Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent. 

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral important pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste

Arantxa Tirado, @aran_tirado

Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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Différences entre la lutte anticorruption menée par le Venezuela et celle dirigée par les Etats-Unis. 

29 octobre2017

fiscal

Tarek William Saab, Procureur Général de la République

L’Etat moderne et le capitalisme sont fondamentalement corrompus, c’est pourquoi dès leur apparition en Amérique Latine, la corruption y a existé. Depuis l’emploi que fit Santander des ressources de la Colombie afin de laisser les troupes du Libertador démunies de tout argent au 19ème siècle, la corruption s’est donnée deux objectifs : l’enrichissement personnel et la manipulation politique.

La nouveauté du XXè siècle fut la poursuite constante d’une prétendue « lutte contre la corruption » très sélective, dirigée par les Etats-Unis pour faire tomber des gouvernements considérés comme portant atteinte à leurs intérêts hégémoniques dans le monde, et surtout dans ce que ce pays considère comme son « arrière-cour ». Leur utilisation partiale, discriminante et très sélective de la lutte anti-corruption est basée sur cet objectif. Par exemple, la dite « Operation Lava Jato » au Brésil a réussi à atteindre son but : la destitution de Dilma Roussef de la Présidence sans que son implication dans les affaires de corruption et de négligence administrative dont elle fut accusée n’ait jamais été prouvée, ce que reconnurent même des médias tels que la BBC. L’objectif actuel est d’emprisonner le candidat favori des prochaines élections présidentielles, Lula Da Silva.

A l’inverse, les accusations de corruption contre Michel Temer, qui reposent pourtant sur des faits avérés , ont été rejetées et il continue à exercer la présidence du Brésil en toute illégitimité, imposant un retour en arrière dans  toutes les avancées politiques réalisées par les gouvernements du Parti des Travailleurs brésilien. Il se passe la même chose dans l’affaire de l’entreprise de bâtiment et de travaux publics Odebrecht, dûment divulguée et filtrée depuis le Département de Justice des Etats-Unis dans le but d’attaquer des gouvernements progressistes ou des personnalités qui après leur sortie du gouvernement, sont devenus gênantes pour les intérêts états-uniens, comme cela s’est produit au Pérou, au Panama et au Guatémala.

Egalement utilisé pour discréditer l’image du gouvernement des Kirchner en Argentine, ce moyen est employé pour amener le président de l’Equateur, une fois trahi le vote qui le désigna pour poursuivre la ‘révolution citoyenne », à entamer un processus de privatisation et à faciliter la détention du vice-président qui avait été son compagnon de la campagne présidentielle mais qui fut le premier à élever la voix contre ses intentions de privatiser les entreprises de l’Etat équatorien et à attirer l’attention de manière générale sur la trahison par Lenin Moreno  des réalisations de Rafael Correa.

Par contre, l’affaire des Panama’s Papers, dans laquelle étaient impliqués des présidents et leaders de pays alliés des USA comme l’Argentine, le Chili et l’Arabie Saoudite, a été étouffée. Toutefois, l’implication de Macri n’a pas été niée, pas même par son avocat qui s’est contenté de défendre la légitimité des entreprises offshore. 

La lutte anticorruption menée par le Venezuela est radicalement différente. Des affaires comme celle de « Coco » Sosa, des dizaines de hauts dirigeants de l’entreprise publique du pétrole PDVSA parmi lesquels l’ex-président Orlando Chacin, prouvent que personne n’est intouchable.

Pour les Etats-Unis, la « lutte contre la corruption » tant vantée n »est qu’un combat contre l’Etat Nation

Le combat que mène le gouvernement bolivarien contre la corruption est dirigé depuis l’Etat lui-même et adopte une méthode très différente. En premier lieu, c’est le Président Nicolas Maduro lui-même qui en a pris la tête. A plusieurs occasions, il exigea de la Ministre de la Justice, Luisa Ortega Diaz de sanctionner les délits de corruption affectant la stabilité de la nation. Mais Ortega Diaz et son époux German Gerrer ont construit une pyramide d’impunité et faisaient chanter (pour procéder à des extorsions) ceux qui auraient dû être condamnés pour ces mêmes délits, confiants dans le vieil adage qui absout le « voleur volé » ; se voyant découvert, ils ont fui le pays pour se joindre à la campagne internationale contre le Venezuela.

Contrairement à Ortega Diaz, le Procureur Général qui lui a succédé – Tarek William Saab – personnifie l’Etat vénézuélien et a pris l’offensive contre la corruption, aboutissant hier à la détention du déjà cité Orlando Chacin, qui était aussi le vice-président du service Exploration et Production de PDVSA. Des chefs d’accusation tels que « association de malfaiteurs, obstruction à la liberté de commerce et  collusion de fonctionnaires avec des entreprises », ainsi que de  » péculat, détournement de fonds et dommages causés à l’industrie pétrolière » lui ont été imputés.

Cela permet de constater deux choses :  premièrement que la lutte menée contre la corruption inclut les cadres supérieurs les plus proches du gouvernement, deuxièmement, que la corruption constitue l’instrument utilisé par les intérêts des transnationales pour saboter l’économie nationale et détruire l’infrastructure de la plus importante entreprise du Venezuela.

La réaction de médias tels que Reuters a été très suspecte, car au lieu de saluer ces détentions, l’agence tente de ternir cet important coup porté à la corruption en dénonçant un prétendu affrontement qui n’existe pas entre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère Public.

En plein XXIème siècle, tandis que les médias privés d’information contrôlent toujours davantage l’opinion publique, au beau milieu d’une guerre multidimensionnelle qui produit des matrices d’opinions bénéficiant à l’élite occidentale, les enquêtes des principales agences internationales et d’ONGs qui publient et établissent des classements (rankings) de corruption, se basent sur des « enquêtes d’opinion » et non sur des chiffres réels, comme par exemple le nombre de plaintes publiques ou officielles déposées, de chefs d’accusation et  d’arrestations, ce qui aurait un caractère plus scientifique mais pourrait évidemment montrer au grand jour la réalité des chiffres, mettant les Etats-Unis et leurs alliés de la région sur la sellette.

Cela montre clairement que le modèle étatsunien de « lutte contre la corruption » tant vanté  n’est qu’un combat acharné contre l’Etat-nation pour éliminer les contrôles et faire du pillage et de la spoliation des ressources des pays d’Amérique Latine un acte légitime, par des discours prétendant justifier la nécessité de réduire la figure étatique et de tout abandonner aux mains des monopoles privés.

Pour le Venezuela en revanche, la lutte contre la corruption est un combat vital pour garantir la solidité de l’Etat, protéger et réorganiser les entreprises importantes pour le pays (comme la compagnie pétrolière publique PDVSA) ainsi que le système de gestion des devises dans un contexte économique où elles sont moins abondantes que les années antérieures. Toutes ces actions dépassent la simple question de l’économique et ont pour objectif la sécurité et la défense nationales.

Source : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/venezuela-y-eeuu-tienen-diferentes-objetivos-con-la-lucha-anticorrupcion

Traduction : Frédérique Buhl

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Comment le nouveau Procureur Général Tarek William Saab a repris et accéléré la lutte contre la corruption au Venezuela

Tarek William Saab, nouveau Procureur Général du Venezuela

Le 15 octobre 2017, une opération conjointe de la police anti-corruption, de la sûreté de l’État et d’un groupe de juges a permis l’arrestation de 11 personnes liées à un des plus gros dossiers de corruption des dernières années au Venezuela : l’octroi de dollars préférentiels par l’Etat à des entreprises privées en vue d’importer des biens de première nécessité. Parmi les patrons appréhendés, Esbeir Ghali Doumat – de Biodanica S.A – a effectué des surfacturations pour plus de… 19000 % ! de 2011 à 2013 après avoir reçu 11,2 millions de dollars pour importer du dioxyde de titanium. Luz María García, José Luis Figuera, Leonardo Solorzano et Luis Alberto Romero, actionnaires privés de l’entreprise Aguas del Orinoco ont surfacturé de 16000 % l’importation d’acide phosphorique après avoir reçu de l’État 15 millions de dollars de 2004 à 2011. Etc… Avec ces arrestations le nombre de personnes inculpées atteint déjà 21 personnes, et autant de mandats d’arrêt ont été lancés contre d’autres entrepreneurs accusés de fraude à l’importation.

Ce dossier avait été mis sous le boisseau par la procureure générale Luisa Ortega Diaz : on avait même fini par croire que ce « cangrejo » comme disent les vénézuéliens à propos d’affaires inextricables, resterait à jamais impuni. Cette volonté de rattraper le temps perdu, on la doit au nouveau Procureur Général de la République : l’ex-Défenseur des Droits du Citoyen Tarek William Saab nommé à la tête du Ministère Public (MP) au milieu de troubles inédits au sein de cette institution et dans un contexte politique national extrêmement tendu. Cet ensemble de circonstances exceptionnelles explique la difficulté d’une tâche qui concerne, au-delà de Saab, tous les membres du gouvernement : le bras de fer pour redresser l’Etat depuis l’intérieur. Saab vient de recevoir publiquement l’appui le plus total de Nicolas Maduro, qui l’a pressé « d’accélérer les enquêtes, quelles qu’en soient les conséquences ».

 

Conférence de presse intégrale du Procureur Général de la République, le 18 octobre 2017.

 Après que l’opposition vénézuélienne a conquis électoralement l’Assemblée Nationale (AN) en décembre 2015, la gestion de la Procureure Générale Luisa Ortega Diaz (1) à la tête du Ministère Public, a contribué à démembrer l’Etat depuis l’intérieur, créant un terrain favorable à l’impunité des affaires les plus importantes en matière de financement du secteur privé ou de fraudes internes dans plusieurs macro-entreprises publiques. « En outre, le Ministère Public a favorisé l’impunité de ceux qui avaient planifié une confrontation violente avec appui paramilitaire pour plonger la société et l’Etat dans une situation de guerre » précise Saab. Une situation délétère qui a pris fin le 30 juillet 2017 grâce à la mobilisation citoyenne pour élire une Assemblée Constituante.

Le 5 août 2017, l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) lors de son premier jour de travail (à l’unanimité de ses membres et sur proposition de Diosdado Cabello), a approuvé la destitution de la procureure générale par le Tribunal Suprême de Justice. Ortega Diaz, soutenue par la majorité de droite de l’Assemblée Nationale et des membres de la Table de l’Unité Démocratique (MUD, coordination de l’opposition) s’est opposée à cette décision, avant de prendre la fuite vers la Colombie.

C’est dans ce contexte que Tarek William Saab a été désigné par la Constituante pour prendre la tête du Ministère Public (MP), avec un lourd handicap : Ortega Diaz laissait derrière elle un réseau de corruption particulièrement complexe d’extorsions, de passivité délibérée, d’impunité organisée.

Les cas étudiés par l’actuel cabinet du Procureur Général de la République (FGR) sont variés et ont des ramifications diverses; mais, mise à part la permissivité déjà mentionnée vis-à-vis des violences de l’extrême droite, tous les cas ont un dénominateur commun: les détournements de fonds.

Au cours du bilan de son premier mois de gestion devant la Constituante au siège du Palais Fédéral Législatif, Tarek William Saab a évoqué le cas de Cadivi-Cencoex (organismes publics chargés de l’octroi des dollars préférentiels) en faisant remarquer que 80% des entreprises jugées pour irrégularités dans l’utilisation des devises ont bénéficié d’un non-lieu et seulement 20% ont été sanctionnées.

Saab a expliqué qu’ une de ces compagnies, principalement dans le secteur de l’alimentation, spéculaient à 82.000% sur les importations de Cencoex : « D’après moi une partie de l’origine du drame que traverse notre pays se trouve dans l’affaire Cadivi-Cencoex ». Il a insisté sur le fait qu’il faut geler des comptes, rapatrier l’argent et arrêter toutes les personnes impliquées dans cette affaire. « L’ex-procureure générale de la République avait tout caché et archivé, c’est elle la principale responsable ».

L’ex-Procureure Générale Luisa Ortega Diaz

Mercredi 27 septembre, au cours d’une conférence de presse, le Procureur Saab a également annoncé que 900 entreprises ont fait des bénéfices en surévaluant des produits chimiques obtenus grâce à l’attribution de devises par Cadivi-Cencoex ; 19 d’entre elles sont mises en examen par le MP.

Il a donné des détails sur 3 d’entre elles. « Nous avons perquisitionné à quatre reprises la Corporation Bates Hill CA, chargé des services funéraires. Elle a enregistré une filiale au Panama qui lui permettait de détourner les devises. A partir de cette entreprise 25 autres entreprises ont été créées qui ont dévié 17,2 millions de dollars » a déclaré Saab. Les frères Juan Miguel et Andrés Lozano Espinoza ont été arrêtés « en raison de leur implication dans les délits d’obtention illicite de devises, de blanchiment de capitaux et d’association de malfaiteurs ».

Tarek William Saab a précisé qu’ils ont reçu plus de 15 millions de dollars puisqu’« ils ont tiré profit de la simplification des démarches. Je pense que tout cela n’a pas pu se faire sans complicité ». On calcule que les surcoûts ont atteint 130.000%. Magma Mineral Glob, dont le propriétaire est Walter Jaramillo a reçu presque 9 millions de dollars. Jaramillo a pris la fuite et est actuellement recherché par Interpol. Sans adresse fiscale, la Coopérative Fortezza Da Brazzo RL, a reçu 28 millions de dollars entre 2005  et 2013. Ses actionnaires, Elisaúl Tejada, Isaberio Porta, José Rosario et Laura Muñoz sont également recherchés par Interpol.

La finalité de l’enquête selon Saab : rapatrier les capitaux cédés à des entreprises privées par l’Etat.

C’est ainsi que tout un réseau de corruption a été révélé ; il implique depuis des fonctionnaires publics jusqu’à des entreprises, qui, tous, ont été mis en examen. Le sujet est si sensible qu’il a fallu que l’organisme de Défense des Droits du Citoyen intervienne dans ces processus d’enquêtes qui avaient été relégués au fond des tiroirs par l’ancienne gestion du MP.

La réouverture des dossiers est un sujet qui, même s’il semble administratif et associé à l’économie, est un point d’honneur politique. C’est dans le détournement de devises que réside la plus haute, pernicieuse et traditionnelle corruption dans l’économie pétro-rentière vénézuélienne. On perçoit enfin une volonté politique de rechercher les responsables des désastres de la guerre économique au plus haut niveau.

Saab a été formel en ce qui concerne le but des enquêtes sur ces dossiers : rapatrier les capitaux accordés à des organismes privés par le réseau d’extorsion et le « cabinet privé » de Luisa Ortega, où des procureurs demandaient de l’argent pour ne pas formuler d’accusation contre les personnes concernées par les enquêtes ouvertes par le ministère public.

Cette affaire a conduit à l’imputation de German Ferrer, l’époux de l’ex-procureure et à la perquisition de leur domicile, en raison de la découverte de plus de 6 millions de dollars sur des comptes ouverts dans des paradis fiscaux par un groupe de procureurs du Ministère Public, désignés par Ferrer lui-même et Gioconda Gonzalez, adjointe de l’ex-procureure Luisa Ortega et directrice du bureau de cette institution pendant de nombreuses années.

L’enquête contre ce réseau d’extorsion organisé au plus haut niveau a visé l’avocat José Rafael Parra Saluzzo (2), propriétaire du cabinet Parra Saluzzo, qui a été arrêté à la mi-septembre,  accusé d’’extorsion, d’association de malfaiteurs et de trafic d’influences.

D’après Saab, l’organisation destinée à l’extorsion « a commencé comme un cartel, une mafia du plus haut calibre », depuis des petits fonctionnaires jusqu’à des personnes faisant partie de la plus haute hiérarchie ». Parmi les délits « les plus visibles » on trouve « le trafic d’influences, la perception de commissions » a-t-il affirmé. « Pour tout cela (l’ex-procureure Luisa Ortega) disposait d’un cabinet à son service, et nous avons des preuves… Un citoyen nommé Parra Saluzzo… C’est ce même cabinet qui a été engagé pour les affaires les plus scandaleuses de ces derniers temps » a précisé Saab.

L’ex-député chaviste Germán Ferrer, époux de Luisa Ortega Díaz.

L’ouverture de cette enquête et les révélations exposées sur la place publique ont provoqué la fuite de Luisa Ortega et de son époux German Ferrer qui ont précipitamment quitté le pays. Ortega a depuis multiplié les effets d’annonce sur les preuves qu’elle détiendrait à propos de la corruption du président Maduro.

Par ailleurs Tarek William Saab a contribué à « faire sauter le bouchon » de la plus grande affaire de  corruption au sein de l’industrie du pétrole du Venezuela de l’histoire récente. Il s’agit d’un détournement lié au projet phare de l’Etat, la Bande Pétrolifère de l’Orénoque (Faja Petrolifera del Orinoco – FPO). Ici Luisa Ortega Diaz semble mêlée de près au détournement estimé à au moins 200 millions de dollars au détriment de la nation, lors de négociations de l’entreprise nationale de pétrole Pdvsa « réalisées par la direction de la Bande Pétrolifère de l’Orénoque ( Faja Petrolifera del Orinoco) ».

« Je tiens pour responsable et j’accuse directement l’ex-titulaire du Ministère Public de cette permissivité, et je le dis sans détour, dans le détournement d’argent via des contrats de Pdvsa au détriment de la nation signés par la direction de la Bande Pétrolifère de l’Orénoque dans la période comprise entre 2010 et 2016 »

L’enquête de Saab a freiné le « coup d’État pétrolier ».

Le nouveau Procureur Général Saab a indiqué que Pdvsa (entreprise publique du pétrole) a collaboré dans l’enquête et que  « des contrats de services et d’approvisionnements avec d’importantes surtaxes ont été découverts » ce qui a conduit à une « investigation partielle ».  « Nous avons retenu un échantillon de 12 contrats avec 10 entreprises » parmi lesquelles se trouvent  Cuferca, Cooperativa Servicio de Oriente, Servicios Construcciones Romara y Metroemergencias. Le surcoût des contrats est estimé à 230%.

Il a également signalé qu’il a demandé à la Cour des Comptes et à Pdvsa de désigner des inspecteurs pour évaluer les modalités des contrats, et a indiqué que les propriétaires des entreprises seraient cités à comparaître pour expliquer les chiffres. Les délits qui pourraient leur être imputés dans ce cas sont ceux d’occultation de malversations concernant des licitations, détournement de fonds publics, association de malfaiteurs.

Cette affaire a fini par révéler un réseau très solide de détournement d’actifs nationaux, et a permis la désactivation de fait d’un « complot pétrolier » contre les finances du pays et contre les associations internationales de Pdvsa  qui s’opèrent avec des entreprises alliées et amies grâce à des entreprises mixtes. Le président Maduro a exigé de « nettoyer en profondeur » l’entreprise pétrolière.

La Frange Pétrolière de l’Orénoque et les entreprises associées.

Un mandat d’arrêt a été lancé contre Carlos Esteban Urbano Fermin, membre du groupe Cufeca, propriétaire de l’entreprise Constructora Cuferca, l’illustre. Comme l’a signalé le site internet d’investigations « La Tabla », la compagnie Cuferca est propriétaire d’un groupe dirigé par le chef d’entreprise  Carlos Urbano Fermin. Il s’agit d’un regroupement constitué à l’origine par une société de construction, une compagnie de transport et une manufacture de bois. A l’extérieur Urbano Fermin apparaît comme le directeur de trois compagnies déclarées à Miami en 2012, dans lesquelles se trouvent une entreprise de construction et la firme Grand Coke, qui le relie aux affaires en lien avec ce sous-produit du pétrole brut. Il fait également partie de six entreprises créées au Panama en 2014, et d’une autre en République Dominicaine en 2016. Le groupe Cuferca est partenaire de l’entreprise mixte Servicios Logisticos Petroleros Orinoco (constituée en octobre 2014)  avec Pdvsa comme associé principal. Cuferca a été mise en examen pour irrégularités lors de l’achat de FPU (Unités flottantes de production)  – qui n’ont jamais été mises en place – pour l’industrie du pétrole, où des contrats signés avec les entreprises publiques Petropiar, Petrocedeño et Petromonagas, entreprises mixtes de la FPO ont été trouvés.

L’avocat José Rafael Parra Saluzzo a été engagé par Cuferca pour conseiller l’entreprise en matière de défense pénale dans le procès ouvert suite à l’enquête sur les FPU. La Sudeban a découvert des transactions considérées comme irrégulières entre Cuferca et Parra Saluzzo, ce qui a donné lieu à un rapport d’activité suspecte en juillet dernier et la mobilisation des autorités de police qui ont agi contre cet avocat.

Saab a indiqué que le cabinet de Parra Saluzzo représentait également la macro-entreprise brésilienne Odebrecht au Venezuela, face aux accusations de corruption portées par différents parquets de la région. En ce qui concerne l’affaire qui implique l’entreprise de construction brésilienne, Saab a déclaré qu’Odebrecht livrerait des témoignages de personnes impliquées dans la machination frauduleuse, tout cela dans le cadre de réunions de travail entre la nouvelle institution pénale publique, et la compagnie brésilienne au Venezuela. Il faut rappeler que Parra Saluzzo est le même opérateur privé dans le réseau d’extorsion découverte au sein du Ministère Public, et maintenait des relations étroites et fréquentes avec des fonctionnaires de confiance du bureau du Procureur Général de l’ex-procureur Luisa Ortega Diaz. De plus il a représenté à plusieurs reprises juridiquement le leader de l’aile la plus violente de l’extrême droite, Leopoldo Lopez.

Une première conclusion sur le nouveau rôle du Ministère Public

Tarek William Saab fait contre la corruption ce que de nombreuses personnes ont réclamé depuis longtemps dans la rue : accélérer les enquêtes appropriées et agir de façon concrète.

Le développement d’un réseau de corruption avec des ramifications essentielles comme l’industrie du pétrole et l’importation de biens grâce aux devises donnés par l’Etat menaient à une fracture du gouvernement depuis l’intérieur. Faut-il rappeler que 96% des devises du Venezuela proviennent de Pdvsa ? Le fait que des délits graves aient été commis dans les grands projets pétroliers locaux, comme dans le cas de l’entreprise mixte Petro Zamora est un exemple de sabotage qui confine à un acte de guerre en raison des conséquences qu’il entraîne. Pdvsa est une des entreprises les plus importantes du monde, la première dans la région et la cinquième au niveau mondial, qui gère pour l’Etat et la population du Venezuela les  réserves pétrolières souterraines les plus importantes. Ce problème a des répercussions géopolitiques puisque plusieurs entreprises de différents pays liées au développement de l’industrie énergétique locale travaillent dans la Frange Pétrolière de l’Orénoque.

A une époque où le pétrole vénézuélien est évalué en yuans comme alternative au joug du dollar nord-américain, on comprend l’importance de mettre de l’ordre dans les ressources dont dispose le Venezuela, ainsi que dans celles qui vont se développer grâce à des accords avec des partenaires de poids sur l’échiquier géopolitique comme la Chine, la Russie ou l’Iran.

Quant au réseau de  corruption observé depuis longtemps autour de Cadivi-Cencoex, il est peu à peu dévoilé avec des noms et des prénoms, des mises en examen et des enquêtes en cours dans le but de rapatrier les capitaux qui ont été attribués aussi bien à des sociétés d’importation d’aliments, de médicaments et d’autres qui travaillent depuis longtemps avec l’Etat qu’à des entreprises « fantômes », appelées aussi « entreprises-valises » dont les fonds se trouvent à l’étranger (dans des paradis fiscaux) comme l’a décrit Saab lui-même.

L’affaire du géant brésilien Odebrecht, d’un autre côté, a constitué un thème clef dans la mesure où il s’agit d’une initiative venant du Département de justice nord-américain, avec une juridiction aux Etats-Unis à laquelle s’est plié le reste des pays alignés à la politique extérieure des Etats unis dans la région latino-caribéenne; son but est de destituer et de judiciariser la classe politique au détriment d’une politique judiciaire qui respecte les projets nationaux des pays impliqués dans ce réseau. L’initiative de lutte contre la corruption de la part du nouveau MP, avec Tarek William à sa tête, a un mobile différent de celui du juge  brésilien Sergio Moro : protéger le pays de l’internationalisation de la justice dans un but de déstabilisation de l’État. Les actions du nouveau Procureur laissent entendre à la société vénézuélienne tout entière, que  non seulement toutes les affaires qui mettent en cause la sécurité nationale du Venezuela seront résolues quelles qu’en soient les conséquences, mais aussi que sera rétabli l’ordre juridique à l’intérieur de l’Etat-nation vénézuélien. Etat dont la destruction est l’objectif prioritaire de la part du Pentagone et de l’élite néolibérale qui gouverne les Etats-Unis.

Notes :

(1) Lire Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie II) : le digne chavisme de Mr. Bourdin

(2) Ibid.

Source : http://misionverdad.com/gobierno-bolivariano/las-cruzadas-del-ministerio-publico-trabajo-especial

Traduction : Pascale Mantel

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