Révolution bolivarienne, révolution latino-américaine: l’interview intégrale de Nicolas Maduro par Ignacio Ramonet

Si effrayante pour tous, l’année 2020 a été relativement clémente pour le Venezuela. Bien sûr, le blocus et les attaques de l’extérieur n’ont pas cessé, et se sont même parfois intensifiés. Mais la révolution bolivarienne, qui vient d’avoir 22 ans, est déjà affermie par ces batailles. Ce qui est remarquable, c’est qu’ici, contrairement à ce qui s’est passé dans presque toute l’Amérique latine et en particulier dans les pays voisins (Colombie, Brésil), la pandémie de Covid-19 a été maîtrisée. Peu d’infections, faible mortalité (voir les chiffres de l’OMS). Entre-temps, l’économie, dans des circonstances très difficiles, a connu une reprise spectaculaire. Avec une augmentation sans précédent de la production agricole et des activités commerciales. En outre, la nouvelle législation encourage un afflux important d’investissements étrangers. Ces nouveaux airs et ces nouvelles grâces, après plusieurs années de difficultés, se sont traduits politiquement par une victoire éclatante du Chavisme, le 6 décembre dernier, aux élections législatives.

Attaqué férocement depuis des années, le président Nicolas Maduro savoure l’heure où, par ailleurs, deux de ses principaux adversaires mordent successivement la poussière. Sur la scène nationale : l’opposition extrémiste dirigée par Juan Guaidó, battue le 6 décembre et expulsée démocratiquement de l’Assemblée nationale. Sur la scène étrangère : le chef de la conspiration internationale, Donald Trump,a été mis KO aux Etats-Unis le 3 novembre et sera hors-jeu à dater du 20 janvier.

Pour parler de ces questions, dans les magnifiques jardins de La Casona  qui était autrefois la résidence officielle des présidents du Venezuela et qui est aujourd’hui un centre culturel ouvert au public , nous nous sommes entretenus avec Nicolás Maduro. 

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour la gentillesse dont vous avez fait preuve en nous accordant cette interview. Il est devenu une tradition pour nous de nous rencontrer chaque premier janvier pour faire le bilan de l’année écoulée et aussi pour que vous nous disiez comment vous envisagez les perspectives pour l’année à venir.

Cet entretien s’articulera autour de neuf questions : trois sur la politique intérieure, trois sur l’économie et trois sur la politique internationale.

Je voudrais commencer par la politique intérieure. L’année 2020, qui vient de se terminer, restera dans l’histoire comme « l’année de la pandémie Covid-19 » avec un bilan terrifiant à l’échelle planétaire, en termes de contagion et de victimes…. Dans ce panorama effrayant, les chiffres présentés par le Venezuela sont très encourageants, très positifs, et sont parmi les meilleurs du monde… Comment expliquez-vous ces bons résultats malgré les blocus et les mesures coercitives unilatérales imposées à votre pays par les autorités étasuniennes et européennes ? Existe-t-il peut-être un « modèle vénézuélien » pour la lutte contre le Covid ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, je vous remercie pour cette opportunité, cette fenêtre que vous nous ouvrez pour communiquer avec de nombreuses personnes honnêtes dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique… En effet, ces entretiens s’inscrivent déjà dans une tradition publiée le 1er janvier et qui marquera le début de la nouvelle année 2021. En effet, nous avons fait un grand effort pour traiter le coronavirus. Je pourrais vous dire qu’il existe un modèle vénézuélien. Je le dis humblement, parce qu’au Venezuela il y a un système de santé publique gratuit et de qualité construit en révolution. Et parce que, malgré les persécutions et les sanctions pénales qui nous empêchent d’acheter du matériel médical dans le monde ; et qui nous empêchent d’acquérir, de manière naturelle, les médicaments dont le pays a besoin, nous avons réussi à maintenir, à augmenter et à perfectionner le système de santé publique fondé par le commandant Chavez. La « Mission Barrio Adentro » a été la première étape de la construction de notre système primaire de médecine familiale avec plus de 14.000 cliniques externes, avec le médecin de famille, etc. Tout cela avec le soutien de Fidel Castro, de Cuba et, depuis seize ans, de milliers de médecins et du personnel de santé cubains… Entre-temps, nous avons également formé des milliers de médecins, d’infirmiers et d’infirmières…

Quand, en mars dernier, le Venezuela a commencé à faire face à Covid, je me souviens des articles du Miami Herald, des journaux espagnols El País et ABC, du New York Times, etc. qui « prédisaient », comme toujours avec le Venezuela, l’ »effondrement » de la société vénézuélienne, l’ »effondrement » de notre système de santé, donnaient des chiffres vraiment terrifiants, tragiques…

Entretien réalisé par Ignacio Ramonet à Caracas, le 30 décembre 2020

Cette guerre psychologique a un effet… Parce que vous lisez ces chiffres et vous vous dites : « Mon Dieu, que va-t-il se passer… » En mars, quand on a su que c’était une pandémie, eh bien, on a activé tous les mécanismes de la médecine préventive… Nous avons mobilisé environ 16.000 brigades médicales — qui sont toujours actives… — pour aller chercher les cas avec les tests PCR, les tests rapides, pour aller de maison en maison, dans les quartiers, dans les communautés…

Nous avons décidé d’offrir un traitement complet à tous les patients atteints de Covid… Tous ! Et les faire hospitaliser dans le système de santé publique… Et un petit pourcentage dans les cliniques privées, le système privé avec lequel nous avons établi une parfaite coordination, pour leur donner un traitement et une hospitalisation à 100 % des cas…

Aujourd’hui, je peux vous dire que 95 % des cas de Covid que nous avons eus — cent mille et demi cas d’infection — au Venezuela, ont été détectés à temps, ont reçu un traitement médical à l’hôpital et ont eu tous leurs médicaments.

Nous avons identifié un groupe des meilleurs médicaments nationaux et internationaux et nous avons effectivement fourni un traitement complet garanti à tous les patients : à ceux qui sont asymptomatiques, à ceux qui sont légèrement infectés, à ceux qui sont modérément infectés et, naturellement, à ceux qui sont gravement infectés dans leurs différentes modalités.

De plus, la science vénézuélienne a réussi à créer deux médicaments : un appelé DR10, et un autre que j’appelle les « gouttes miracles José Gregorio Hernández », qui sont deux thérapies permettant d’attaquer et de neutraliser le coronavirus à 100 %. C’est notre petite contribution…

Ces deux médicaments, nous les certifions auprès de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… Et très bientôt, le pays entrera dans la phase de production de masse, pour la consommation nationale, de ces deux médicaments, qui sont vraiment encourageants.

Lorsque nous parlons du « modèle vénézuélien », nous devons également mentionner une formule que nous avons créée après les longues quarantaines volontaires pendant les mois de mars, avril, mai, juin et juillet. Parce que, ensuite, nous avons essayé une méthode, qui est notre méthode, que nous appelons « 7 + 7 » : sept jours de quarantaine radicale profonde, toujours volontaire ; et sept jours de flexibilisation. Cela nous a permis de combiner la protection indispensable avec l’activité économique… La nécessaire reprise économique s’est combinée à une quarantaine stricte et volontaire pour couper les cycles de contagion. C’est ainsi que nous avons construit notre méthode.

Où l’avons nous trouvé, Ramonet ? De l’étude des expériences dans le monde. De l’étude des expériences positives, comme il y en a eu en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Nicaragua, en Nouvelle-Zélande, dans une étape en Corée du Sud… De ces expériences et de l’étude des expériences néfastes comme celle des États-Unis, du Brésil, de la Colombie, qui ont rempli ces pays frères de coronavirus, de maladies et de décès. Nous avons donc atteint un équilibre entre la quarantaine nécessaire, les soins nécessaires, la discipline nécessaire, et la flexibilité.

IR : Il faut dire aussi que le Venezuela a été le premier pays des Amériques, sur l’ensemble du continent, à prendre des mesures de quarantaine. Si je me souviens bien, l’OMS a déclaré la pandémie le 11 mars, et ici, la quarantaine a été décrétée le 13 mars… C’est-à-dire bien avant tout autre pays de la région.

Nicolás Maduro : Oui, et nous avons eu beaucoup de succès avec très peu de cas au cours des trois premiers mois. Puis il y a eu un phénomène : le retour massif de milliers de migrants vénézuéliens de Colombie, d’Equateur, du Pérou… Fuyant le coronavirus, la violence, la famine… Certains sont venus à pied de l’Équateur, du Pérou, de Cali, de Medellin, de Bogota jusqu’à la frontière.

Nous avons reçu plus de 270.000 Vénézuéliens, dont près de 250.000 de Colombie… Une « vague » qui est arrivée en juin, juillet… La frontière est très poreuse, très longue aussi. Et une grande partie de ces migrants sont arrivés par des moyens illégaux, par les « trochas » (Une « trocha » est un chemin souvent utilisé par les narcotrafiquants et qui permet de traverser la jungle ou les sous-bois.)… C’est pourquoi on parle de « trochismo »… Beaucoup d’entre eux sont venus de Colombie, d’Equateur, du Pérou et sont arrivés directement dans leurs communautés…  Ce qui a augmenté le nombre de cas de Covid. Actuellement, cela est contrôlé. Aujourd’hui, je peux dire que, malgré le fait que nous ayons fait une flexibilisation totale au mois de décembre 2020 — nécessaire pour la famille, pour l’économie — nous avons un bon niveau de contrôle.

Et maintenant, nous avons signé un accord avec la Russie pour acheter 10 millions de doses du vaccin Spoutnik V. Nous terminons les études de phase 3 de ce vaccin contre le Spoutnik V, qui sont très favorables. Et nous allons commencer la phase de vaccination. Mais il ne faut pas se leurrer : les vaccins aideront, mais ils ne protégeront que durant six mois à deux ans… Ce n’est pas pour toujours… Les gens doivent le savoir. De nombreuses personnes qui se font vacciner maintenant dans le monde, se font vacciner en espérant que c’est la fin définitive de tout danger de contracter le Covid. Non, c’est une expérience. La vaccination de masse est encore une expérience qui sera évaluée…

IR : Monsieur le Président, tout au long de l’année dernière, les attaques et le sabotage  en particulier contre l’industrie électrique et l’industrie pétrolière  dirigés et financés de l’étranger contre la révolution bolivarienne se sont également poursuivis.  En ce sens, la défaite de l’incursion armée appelée « Opération Gédéon« , en mai 2020, a démontré une fois de plus la force de l’union civile-militaire. Quelles sont les clés de cette union qui semble résister à toutes les épreuves ? Quelles nouvelles menaces armées craignez-vous contre le Venezuela et contre vous-même ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous travaillons beaucoup. En premier lieu, nous travaillons avec notre parole, avec des exemples, avec des actions du gouvernement permanent. Nous travaillons sur l’idéologie, la politique, les valeurs dans toute la société… Le Venezuela a montré, en cette année 2020, une fois de plus, la grande force de ses nouvelles institutions, des valeurs constitutionnelles. Et elle a démontré une grande force de conscience de l’ »union civique, militaire et policière », comme je l’appelle.

Le Venezuela est attaqué par une guerre permanente. Il ne faut laisser planer aucun doute sur le fait que l’empire étasunien, en tant qu’empire, a décidé de reconquérir, de recoloniser le Venezuela, de détruire notre révolution, de détruire nos institutions.

Durant ces quatre années de présidence de Donald Trump, nous avons connu une version extrémiste de la politique impériale contre le Venezuela. Un extrémisme total… Trump a autorisé à plusieurs reprises — on le saura en temps voulu, Ramonet — mon assassinat. Trump a pris goût pour le sang, pour la mort… Il a fait tuer Soleimani (Le 3 janvier 2020, le général iranien Qasem Soleimani, chef de la Force Quds, a été tué à Bagdad, en Irak, par une attaque de drones étasuniens) et bien d’autres. Et à plusieurs reprises, il a autorisé des plans, coordonnés avec le président colombien Iván Duque, pour m’assassiner. Ces plans sont toujours en vigueur aujourd’hui. De temps en temps, nous découvrons des éléments et prenons des mesures pour la protection, non seulement de ma vie, de la vie de ma famille, de la vie du haut commandement politico-militaire, de la vie des dirigeants du pays, de la vie des institutions…

Récemment, nous venons de démanteler un plan qui avait été conçu à Riohacha, sur la côte atlantique de la Colombie. C’est là qu’a eu lieu, le 21 décembre 2020, une réunion dirigée par trois agents des services secrets colombiens étroitement liés à Álvaro Uribe Vélez [ex-Président Colombien], envoyés par Iván Duque pour organiser un plan d’attaque de notre centrale hydroélectrique de Guri, pour attaquer nos raffineries, pour tenter de détruire, avec des explosifs, le siège de l’Assemblée nationale ? Ce plan s’appelait « Boycott de l’Assemblée nationale ».

Nous sommes en train de le démanteler en ce moment même, avec des preuves à l’appui, avec les témoignages des personnes qui ont participé à cette réunion à Riohacha. Le gouvernement colombien a gardé le silence, parce que nous avons découvert le plan secret qu’ils avaient pour ces jours de décembre et janvier. Nous sommes attaqués en permanence, menacés en permanence…

Mais la clé, c’est la prise de conscience. Sans aucun doute, si on nous demandait : quelle est la clé pour maintenir la révolution bolivarienne ? La réponse est : la vérité ; une parole engagée ; une action permanente ; avoir l’initiative politique… Et la conscience supérieure du peuple, la conscience supérieure de notre Force armée nationale bolivarienne.

Cette année, une loi a été adoptée — la loi constitutionnelle qui régit la Force armée nationale bolivarienne — et dans cette loi ont été exposés les éléments doctrinaux avec lesquels le soldat vénézuélien se meut. L’anti-impérialisme, le bolivarisme, l’américanisme latin s’expriment… La Force armée s’est déclarée comme une force armée anti-oligarchique.

Il y a des principes, des éléments clés : travailler la conscience, travailler les valeurs avec la vérité… C’est une clé fondamentale de l’union civile-militaire-policière qui soutient, en combat permanent, notre révolution.

IR : Monsieur le Président, les élections législatives du 6 décembre ont donné une nouvelle et éclatante victoire au Chavisme et à ses alliés. Le 5 janvier, le mandat de la précédente Assemblée, qui était dominée par l’opposition, prendra fin. Et le Chavisme va reprendre le contrôle de l’Assemblée nationale. Cependant, une partie de l’opposition a refusé de participer à ces élections et ne reconnaît pas les résultats. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour convaincre cette opposition de participer à un nouveau dialogue pour aller vers la pacification définitive de la vie politique ?

Nicolás Maduro : Eh bien, en effet, une partie importante de l’opposition a adopté la vision extrémiste imposée par Washington en cette période de Trump. Mais l’ère de Trump se termine, et nous allons voir comment cette partie de l’opposition réagit maintenant. Nous avons toujours mené des dialogues et des négociations avec toute l’opposition, y compris celle qui s’est exclue du système politique démocratique du pays. Nous leur avons même parlé, en les invitant à occuper leurs espaces. L’opposition vénézuélienne a des partisans, des militants ; elle a des électeurs. Et bien, ils ont le droit d’occuper leurs espaces politiques.

J’espère qu’avec l’installation de la nouvelle Assemblée nationale le 5 janvier pour la période 2021-2025… Le mandat constitutionnel est de cinq ans, du 5 janvier 2021 au 5 janvier 2026, et ici les mandats constitutionnels sont de cinq ans pour le pouvoir législatif, pas un jour de plus, pas un jour de moins. Je souhaite que cette Assemblée nationale qui se met en place appelle à un grand dialogue, inclusif, large, très large. Je propose de participer à ce dialogue comme une personne de plus, assis sur une chaise comme une personne de plus ; j’enlève mes épaulettes présidentielles et je m’assieds là pour contribuer à la rencontre et à la réconciliation des Vénézuéliens. Et j’espère que ce dialogue convoqué par l’Assemblée nationale donnera de bons résultats. Et qu’elle devienne un épicentre politique de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation.

Nous espérons que toute l’opposition participera aux élections de 2021 pour les gouverneurs que nous avons et qui sont très importantes… Ils sont mandatés par la Constitution… Il y a 23 gouvernorats dans le pays.

La dernière fois, Ramonet, que nous avons lutté contre toute l’opposition unie contre les forces bolivariennes, c’était lors d’une élection de gouverneurs, le 15 octobre 2017. Et sur 23 gouvernorats, nous en avons gagné 19, bien mérités. Nous avons obtenu 54 % des votes nationaux. Une formidable victoire. C’est la dernière fois que nous avons pu nous mesurer. De plus, je peux ajouter que nous voulons nous mesurer à toute l’opposition dans tous les États du pays, au bras de fer, ou comme ils le veulent, en taekwondo, en boxe… comme ils le souhaitent, mais aux élections, aux élections… Si seulement. Puis, en 2022, vient l’élection des maires de 335 municipalités, très importante pour le gouvernement local. Et en 2022, je dois rappeler que le 10 janvier 2022, je serai président depuis trois ans…

IR : Il y a une possibilité de révocation…

Nicolás Maduro : Oui, il y a le droit à un référendum révocatoire. Si quelqu’un de l’opposition voudrait recueillir les signatures, et s’il les recueillait, en respectant les exigences constitutionnelles et légales, nous aurions, en 2022, un référendum révocatoire, nous irions nous mesurer aussi.

Et puis, en 2024, qu’il fasse beau temps ou mauvais temps, il y aura des élections présidentielles au Venezuela. Nous avons donc un grand programme électoral, un programme politique, et au-delà du programme électoral, au-delà du programme politique, il y a un programme économique de relance, il y a un programme social, il y a un programme moral de lutte contre la corruption. J’aimerais parler de toutes ces questions avec toute l’opposition, et être capable de parvenir à un consensus.

Maintenant je peux vous dire sincèrement Ramonet, vous êtes un citoyen franco-espagnol, vous connaissez très bien l’Europe. La responsabilité de l’extrémisme de l’opposition, de l’exclusion de l’opposition de la vie politique du pays, de l’abandon de ses espaces naturels et de ses électeurs, incombe en grande partie à l’Union européenne et aux gouvernements européens. Pas seulement Donald Trump, parce que ceux qui ont suivi Donald Trump c’est l’Union européenne, soutenant toutes les politiques barbares, d’extrémisme de droite, toutes les politiques insensées, imprésentables… Le seul endroit au monde où l’Union européenne soutient ces politiques est le Venezuela. Il faudra voir pourquoi. Une grande partie du fait que la droite vénézuélienne, l’opposition, s’engage dans une politique de bon sens, de participation et de dialogue, est liée à l’Union européenne, qui a une telle influence sur l’esprit de ces dirigeants politiques dans ce secteur de l’opposition. Espérons que l’Union européenne leur parlera de dialogue et les aidera à réfléchir et à rectifier le tir.

IR : Nous allons maintenant parler de l’économie, je voulais vous demander la chose suivante : votre gouvernement a choisi, depuis un an, de permettre une dollarisation partielle de l’économie, plutôt que du commerce. Pourriez-vous faire un bilan de cette dollarisation ? Pourquoi cette mesure a-t-elle été prise ? Quels avantages a-t-elle apportés ? Quels inconvénients ? Jusqu’à quand va-t-elle être maintenue ? Et une autre question que certains analystes se posent : Révolution et dollarisation, n’y a-t-il pas là une contradiction ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, le Venezuela est soumis à une situation très particulière. Nous sommes poursuivis par toutes les sources de financement. Je pourrais vous dire, Ramonet, que pratiquement l’empire étasunien a interdit l’utilisation de la monnaie dollar par l’État vénézuélien. Donc, vous voyez… Je vais couper court à votre question en vous disant cette grande vérité : le Venezuela n’a pas le droit de vendre du pétrole au monde et d’encaisser en dollars. Le Venezuela n’a pas le droit, en tant qu’État, de gérer des comptes pour acheter les médicaments, la nourriture dans le monde… Elle n’en a pas le droit.

Nous avons nos propres façons de faire bouger les ressources, mais elles doivent toutes être atypiques, parallèles au monde du dollar. Tout cela montre comment le dollar, comment le système bancaire étasunien est utilisé pour tenter d’imposer un modèle économique, un modèle politique, un changement de régime au Venezuela. C’est la vraie vérité.

Nous sommes au milieu d’une économie de résistance, d’une économie de guerre. Nous avons dû passer de 56 milliards de dollars de revenus en 2013 à moins de 500 millions de dollars de revenus pétroliers en 2020. Que chacun tire ses propres conclusions. Et pourtant, nous avons maintenu l’État-providence social tel que dicté par notre Constitution. Ici, l’éducation publique gratuite et de qualité a été maintenue pour notre peuple. Ici, la santé publique gratuite et de qualité a été maintenue et même augmentée. Ici, nous avons maintenu le droit au logement… Nous avons un record mondial dans la construction et la livraison de logements… Je viens de livrer 3.400.000 logements… Nous construisons 1.095 logements sociaux par jour… Un record, un vrai record du monde. Et ici, les niveaux d’emploi ont été maintenus.

Qu’est-ce qui s’est effondré ? Le revenu national et le revenu des travailleurs. Le revenu des travailleurs a été attaqué en raison de la chute à 99 % du revenu national en devises étrangères.

Et au milieu de tout cela, que s’est-il passé ? Une économie autrefois subreptice a émergé, désormais ouverte et publique, où le dollar est géré, notamment au niveau commercial. J’ai quelques chiffres que, pour la première fois, je vais vous donner officiellement. Au niveau du commerce, et au niveau de certaines activités, le dollar a fonctionné comme une soupape de sécurité pour les revenus, pour le commerce et pour la satisfaction des besoins de secteurs importants de la vie vénézuélienne… Il s’agit d’une soupape de sécurité.

Mais je peux vous donner des données à partir de cette année 2020, vous voyez ? Toute l’activité commerciale est collectée dans ces chiffres. En 2020, je peux vous dire, en particulier au cours des deux derniers mois de novembre et décembre, que l’activité commerciale dans le pays a été multipliée par cinq par rapport à l’année dernière. Quintuplé en bolivars et en dollars.

Maintenant, je peux vous dire qu’en dollars — ces données sont récentes —, l’importance relative des dépenses faites par les ménages, selon les moyens de paiement utilisés, je peux vous dire que 77,3 % des transactions commerciales dans le pays, en 2020, ont été faites en Bolivar par des moyens de paiement numériques. Vous pouvez donc encore voir le poids de la monnaie nationale, et nous allons la récupérer. Seuls 18,6 % ont été réalisés en espèces en devises convertibles, principalement en dollars… Vous pouvez voir ici, par exemple, qu’au mois de juin, juillet les paiements en devises étrangères sont passés à plus de vingt pour cent, mais le résultat annuel est déjà de 18,6 pour cent de paiements en espèces en dollars, dans de nombreuses activités des centres commerciaux, y compris le commerce de rue, le commerce informel… Et 3,4 % en bolivars physiques, dont vous savez qu’ils nous font la guerre contre la monnaie physique. Nous allons, cette année 2021, vers une économie numérique plus profonde et plus étendue… J’ai fixé l’objectif : une économie 100 % numérique, que chacun ait ses moyens de paiement en carte de débit, carte de crédit…

IR : L’argent physique disparaît, donc dans une certaine mesure ….

Nicolas Maduro : Il disparaît. Pour le Venezuela, c’est un grand avantage. Nous allons même créer quelques formats de paiement en monnaie numérique, avec un compte d’épargne en devises étrangères dans la banque vénézuélienne. Les comptes d’épargne et les comptes courants en devises étrangères sont autorisés, et les gens pourront payer au prix de la monnaie en bolivars sur le marché général du pays. Cela signifie que le dollar est une soupape de sécurité. Vous ne pouvez pas dire que le Venezuela est, comme l’Équateur par exemple, une économie dollarisée. Il ne dépend pas du département du Trésor étasunien comme le Panama. Non. Le Venezuela a sa monnaie, le bolivar, et nous allons la défendre en 2021 en améliorant les revenus. Nous devons améliorer la qualité de la monnaie vénézuélienne. Nous devons continuer à faire baisser l’inflation, qui est encore très élevée, même si nous l’avons contrôlée progressivement. Mais c’est difficile, en raison de la situation globale du revenu national… On ne peut donc pas parler d’une dollarisation de l’ensemble de l’économie. Alors à la question : Y a-t-il une contradiction entre dollarisation et révolution ? La réponse est, pour autant qu’on puisse le voir : non. Il y a plutôt une complémentarité.

IR : Monsieur le Président, le Venezuela a été victime d’un vol spectaculaire de biens à l’étranger. Vous avez notamment été dépouillé de la société Citgo aux Etats-Unis, ainsi que des réserves d’or déposées à Londres. Quelles initiatives votre gouvernement a-t-il prises pour récupérer ces avoirs ? Quelle est la situation actuelle ? Quels espoirs avez-vous de les récupérer ?

Nicolás Maduro : Nous avons toujours de l’espoir, parce que nous avons la raison juridique, nous avons la raison nationale, républicaine. Ce sont des biens de la République. L’or de Londres appartient à la République, gérée par sa Banque centrale du Venezuela. Les comptes bancaires gelés au Portugal, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, sont des comptes bancaires de près de 30 milliards de dollars qui, s’ils étaient activés et récupérés, constitueraient une injection immédiate de reprise et de relance économique du Venezuela, uniquement avec la récupération de cet argent.

Ils nous ont volé l’entreprise Citgo, une société qui possède huit mille stations d’essence aux États-Unis. Elle est gelée, volée par le clan Trump, ils la guettaient depuis que Donald Trump est devenu président avec son groupe d’affaires pour nous voler Citgo… Avec la complicité de ces bandits sournois, des voleurs, issus de l’extrême droite vénézuélienne, dirigés par Juan Guaidó… Ils ont volé Citgo. Il y a un espoir de récupération.

Nous avons eu du mal à défendre le Venezuela et ses intérêts car, même pour payer les cabinets d’avocats internationaux, on nous en empêche. Parce que, je le répète, ils nous ont gelés et ont volé nos comptes.

Mais au Venezuela, nous trouvons toujours un moyen de trouver de bons cabinets d’avocats, de trouver des avocats courageux, compétents et bien informés… Et pour défendre nos intérêts, une nouvelle Assemblée nationale arrive… Et l’Assemblée nationale, qui a été l’épicentre du pillage, de la dépossession, du vol du Venezuela, s’en va… Cela va beaucoup changer la situation parce qu’une nouvelle Assemblée nationale dotée de pleins pouvoirs législatifs va arriver, et je crois que cela va nous aider à avancer dans l’objectif de récupérer ce qui appartient à la République. Elle n’appartient pas à Maduro, elle n’appartient pas à un groupe, elle est l’héritage de la République, elle est l’argent et l’héritage de tous les Vénézuéliens, de toutes les femmes vénézuéliennes.

IR : Monsieur le Président, dans la difficile situation économique nationale et internationale actuelle, marquée par les conséquences, comme vous le soulignez, du blocus et de la pandémie, quelles seraient les principales questions à résoudre pour relancer la croissance économique de votre pays ? Dans quelle mesure le récent vote d’une loi « anti-blocus » peut-il y contribuer ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous nous sommes formés aux difficultés. Le Libérateur Simon Bolivar se disait « l’homme des difficultés ». Et nous appelons notre peuple le « peuple des difficultés ». Nous avons déjà indiqué et guidé un plan de relance qui a eu pour axe, cette semaine, la loi anti-blocus.

La loi anti-blocus joue le rôle d’un grand axe matriciel dans le processus de recouvrement du revenu national. Et avec le redressement du revenu national, nous devons progressivement retrouver les facteurs et les équilibres de la macroéconomie. Recouvrer les revenus des travailleurs et maintenir un processus de redressement du marché intérieur national.

Je peux vous donner une information importante sur la façon dont, en 2020, nous avons progressé dans le processus d’installation d’une économie alternative, d’une économie post-rentière, d’une économie productive… Nous avons augmenté de 400.000 tonnes, par exemple, la production alimentaire, et nous avons dépassé les niveaux de pénurie de produits et de nourriture qui existaient il y a trois, quatre ou cinq ans. Avec une production nationale.

Je tiens à féliciter les hommes d’affaires et les producteurs, l’industrie agro-alimentaire… Nous sommes en train d’élaborer le plan du CLAP 2021… Aujourd’hui, j’ai approuvé le plan pour le CLAP 2021, qui signifie le marché alimentaire mensuel pour 7 millions de ménages…

Pour me faire bien comprendre : les CLAP sont les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production qui constituent un instrument fondamental du marché alimentaire. Qu’il s’agit sans doute d’améliorer, d’augmenter… Nous en parlerons en janvier, avec le ministère de l’alimentation, le vice-président exécutif… J’ai déjà approuvé les lignes de travail pour la production nationale de tous les CLAP, de toute la nourriture distribuée aux 7 millions de ménages nationaux. Avant, nous importions 60 ou 70 % de cette nourriture… Ainsi, à partir de 2021, avec la loi anti-blocus, nous allons récupérer le revenu national, rétablir l’équilibre macroéconomique, contenir encore plus l’inflation l’année prochaine et reprendre la croissance économique réelle, de l’économie réelle.

L’année 2021 marque le début d’une nouvelle croissance progressive, soutenue, réelle, je vous le dis, de l’économie réelle, de l’économie productive. Pas de l’économie des papiers, de la spéculation, du mensonge, de la farce, non, c’est la croissance de l’économie qui produit des céréales, du lait, de la viande, du maïs, des arépas (spécialité Vénézuélienne et Colombienne) des vêtements, du pétrole, de l’or, etc. De l’économie réelle.

Je pense que toute cette cruauté qui a été appliquée contre le Venezuela nous a laissé de grandes leçons, et nous nous sommes mis sur la voie du développement de notre propre économie, une véritable économie, qui va être très forte, très puissante, vous verrez, et d’ailleurs, nous en donnons un exemple au monde. On peut nous interdire le dollar, on peut nous interdire le financement et le refinancement dans le système bancaire occidental, on peut nous persécuter et nous retirer nos comptes, mais on ne nous a pas arrêtés et on ne nous arrêtera jamais. Et ce qui émerge ici va donner au monde un exemple qu’un autre monde est possible, qu’il n’y a plus de chantage au dollar et au système financier par le Fonds monétaire international… Au Venezuela, nous démontrons, dans la résistance, dans une résistance très dure, qu’un autre monde est possible. Nous allons aller de l’avant, vous allez le voir.

IR : Monsieur le Président, nous allons maintenant parler de politique internationale et nous allons commencer par parler de l’Amérique latine. Quelque chose est en train de changer en Amérique latine. Aux gouvernements progressistes du Mexique et de l’Argentine se sont ajoutés la récente victoire du MAS en Bolivie, le succès du plébiscite au Chili, la défaite de Bolsonaro aux élections municipales au Brésil, la révolte populaire au Pérou, les protestations au Guatemala et en Colombie, les perspectives raisonnables de victoire du candidat Araúz aux prochaines élections présidentielles en Équateur et la victoire retentissante du Chavisme aux élections législatives du 6 décembre au Venezuela… Tout cela crée une atmosphère très différente de celle qui existait récemment lorsque certains parlaient de la « fin du cycle progressif »… Comment voyez-vous la situation géopolitique en Amérique latine pour cette année 2021 qui commence ?

Nicolás Maduro : Eh bien, je peux dire que les mouvements populaires radicaux de lutte, les mouvements dits progressistes, les mouvements de gauche, les mouvements révolutionnaires sont une réalité en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous sommes l’alternative de nos peuples, chacun avec son profil, sa caractéristique, son discours, son leadership… On ne peut pas, par exemple, comparer la direction des mouvements populaires en Colombie avec celle de l’Equateur, ou du Venezuela, ou du Brésil… Chacun a son profil, sa texture, son esthétique, son discours, son courage, ses opportunités mais, sans aucun doute, du Mexique à la Patagonie et dans toute la Caraïbe, il existe un puissant mouvement populaire, radical, rebelle. Il existe un puissant mouvement progressiste et un puissant mouvement de gauche. Il y a une direction révolutionnaire puissante. À l’avant-garde se trouve l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. La victoire en Bolivie a été une grande victoire pour l’ALBA et, eh bien, elle recompose ce qui est une grande alliance pour la paix, le développement social, la vie de nos peuples. A l’avant-garde est sans aucun doute Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie, les Caraïbes avec nos dirigeants des Caraïbes, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade…   La grande alliance profonde et véritable qui a été maintenue face aux menaces, face à toutes les circonstances.

L’ALBA a toujours tenu bon. L’ALBA est née et est le produit de la première vague révolutionnaire menée par Hugo Chávez à cette époque, la première vague qui a conduit à la rencontre historique de Chávez et Fidel, au moment du retour au pouvoir du Sandinisme, de la victoire d’Evo Morales, de Rafael Correa, la victoire de Kirchner… Eh bien, de cette première vague est née l’ALBA, et là, elle est ferme, forte… Et maintenant, sans aucun doute, je vois arriver une deuxième vague. La deuxième vague de gouvernements progressistes, populaires, nationalistes, latino-américains… Une deuxième vague arrive qui est en plein développement, et pourquoi cette deuxième vague arrive-t-elle ? parce que le capitalisme néolibéral est épuisé… Le capitalisme néolibéral génère la pauvreté, l’exclusion, la répression… Observons le Chili, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, toute la partie Pacifique : répression, misère, chômage… Colombie cette année plus de 90 massacres… Plus de 250 anciens combattants des FARC ont été tués… Et que disent les médias, que dit le monde ? Ils se taisent… Le modèle répressif, antipopulaire, excluant et générateur de misère du capitalisme néolibéral n’a pas de réponse pour le peuple… C’est un épuisement très profond, et il est naturel que de nouveaux leaderships émergent qui surprendront non seulement l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi le monde entier.

Passons à une deuxième vague, je ne le dis pas simplement par optimisme, par foi — bien que je suis un homme optimiste, de foi, de foi dans les peuples, de foi dans la lutte, de foi dans l’histoire de nos pays —  je le dis par observation directe de la réalité et avec les données que vous, même, avez apportées dans votre question.

IR : Monsieur le Président, ces dernières années, alors que l’hostilité de Washington et de nombreuses capitales européennes envers le Venezuela s’est accrue, votre gouvernement a renforcé ses liens avec plusieurs puissances telles que la Chine, la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Inde et d’autres qui ont défendu la souveraineté du Venezuela. Pouvez-vous nous dire quelles sont les perspectives de projets de coopération et de développement avec ces puissances ?

Nicolás Maduro : Nous sommes ouverts sur le monde. Sans aucun doute, nos relations sont particulières avec la Fédération de Russie, avec la République populaire de Chine, avec la République islamique d’Iran, avec Cuba… Nous avons aussi des liens privilégiés avec l’Inde, il y a une grande identité avec l’Inde, avec sa spiritualité, avec son peuple… Et avec de nombreux autres pays. Avec la Turquie… Et avec l’Afrique, avec de nombreux pays dans le monde, nous avons de grandes et excellentes relations.

Nous voulons que ces relations soient consolidées, nous continuerons à travailler. Grâce à la loi anti-blocus, de nouvelles alliances ont déjà fait des progrès spectaculaires dans divers domaines de l’investissement dans l’économie… Je ne peux pas en dire d’avantage, c’est la caractéristique de la loi anti-blocus, de faire sans dire, et de dire quand cela a été fait. C’est le principe : faire, faire, faire, avancer sans rien dire, pour éviter la guerre impérialiste, pour la neutraliser, et dire plus tard, quand tout sera fait, quand j’aurai l’accomplissement ici entre mes mains. Maintenant, dans cette même ligne de la loi anti-blocus, j’invite aussi les investisseurs d’Amérique latine, du Mexique, du Panama, nos frères d’investissement de Colombie, du Brésil, d’Argentine, de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, des États-Unis : venez, voilà un monde pour investir avec des conditions spéciales. Si quelqu’un a porté préjudice aux investisseurs de toutes sortes, aux détenteurs de la dette des États-Unis, c’est bien Donald Trump et sa politique obstinée et extrémiste contre le Venezuela.

Parce que les investisseurs étasuniens ont les portes ouvertes ici pour investir dans le pétrole, le gaz, la pétrochimie, les télécommunications, le tourisme, la finance, tout ce qu’ils veulent. Trump a fait beaucoup de dégâts aux détenteurs de dettes… Et je peux également vous dire, pour la première fois, que nous avons versé aux détenteurs de la dette, par engagement de la République, plus de 76 milliards de dollars sur la période 2014-17. Et avec le commandant Chavez, sur la période 2010-2013, nous avons versé jusqu’à 56 milliards de dollars… Faites le calcul, comme le dit un de mes amis, faites le calcul : 76 milliards plus 56 milliards, c’est 132 milliards de dollars que nous avons payés de 2010 à 2017 jusqu’à l’arrivée de Trump…

C’étaient les profits des investisseurs financiers… Les détenteurs de la dette ont tout perdu quand ils ont gelé nos comptes, quand ils ont attaqué nos revenus pétroliers… J’ai affirmé à tous les détenteurs de dettes, à tous les investisseurs américains, notre volonté de négocier et de renégocier, et d’honorer tous nos engagements à l’avenir. Pour parvenir à des accords… Nous avons les meilleures relations… Ils savent que nous sommes bien payés, que nous sommes des gens de parole, fiables pour l’activité financière, économique, ils le savent, et ils savent que Trump a fait beaucoup de mal à leurs investissements, ils le savent parfaitement.

Il y a des investisseurs, Ramonet, qui représentent même des groupes, des syndicats de retraités américains, des groupes sociaux aux États-Unis qui ont acheté, pour leur fiabilité, des obligations de la dette vénézuélienne et maintenant, regardez, Trump les a brisées, Trump les a détruites. Un autre monde est possible, même à cet égard.

Je profite donc de votre question pour envoyer un message à tous les investisseurs du monde : nous sommes prêts, préparés, nous avons la loi anti-blocus, il y a la nouvelle Assemblée nationale qui va élaborer un ensemble de lois pour rendre plus flexible tout ce qui est investissement dans l’activité économique vénézuélienne, le Venezuela est ouvert au monde pour l’investissement.

IR : Monsieur le Président, c’est précisément la récente défaite électorale de Donald Trump aux États-Unis et l’arrivée imminente de la nouvelle administration démocratique du président Joe Biden qui constituent un moment particulier de changement dans la vie politique internationale. Qu’attendez-vous de cette nouvelle administration américaine ? Quel message de bienvenue adressez-vous à Joe Biden ?

Nicolas Maduro : À ce sujet, je suis obligé d’être prudent… Cela ne veut pas dire que je n’ai pas une pensée claire, j’en ai une, sur les changements aux États-Unis, sur la défaite retentissante de Donald Trump. Trump s’en va… Voyons si avec le départ de Trump, sa politique néfaste et extrémiste contre le Venezuela va partir aussi… Voyons voir… Il y a beaucoup de lobbying en cours. J’ai reçu hier des informations sur ce voleur et meurtrier nommé Leopoldo López : il vient d’engager, à Washington, deux sociétés de lobbying proches du Parti démocrate pour commencer à faire pression en faveur de l’extrémisme de droite au Venezuela face au nouveau gouvernement Biden. Vous savez que la politique américaine est basée sur le lobbying. C’est même légal… Maintenant, ils embauchent de nouveaux lobbyistes liés à Biden, liés au nouveau secrétaire d’État [Anthony Blinken] nommé par Biden, alors, eh bien, espérons que le 20 janvier arrive, que le président Joe Biden soit assermenté et que nous puissions suivre notre chemin.

J’ai toujours dit qu’avec le départ de Trump, puisse sa politique extrémiste et cruelle contre le Venezuela disparaître, espérons-le, et que le dialogue sera rétabli avec Biden et les États-Unis sur un programme constructif. Espérons, espérons. En attendant, nous sommes entre les mains de Dieu, toujours en fonction de nos propres efforts… Je dis toujours au peuple vénézuélien et aux peuples du monde : ne dépendons de personne, dépendons toujours de nos propres efforts, dépendons de nos propres pensées, de nos propres mots, le reste est du profit, comme disent nos peuples. Espérons que c’est pour le bien, le changement aux États-Unis, pour l’humanité, et espérons que c’est aussi pour le bien du Venezuela. C’est ce que je souhaite.

IR : Merci beaucoup, Monsieur le Président, nous sommes arrivés au terme de cette interview, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, à votre famille et, bien sûr, au Venezuela et à tout son peuple, une bonne année.

Nicolás Maduro : Merci beaucoup pour cette opportunité. Face à l’avalanche de mensonges, de manipulations, d’attaques qu’il y a dans la presse mondiale… Je vois tout le temps, dans la presse et à la télévision à Madrid, des attaques et des attaques… Madrid est devenu l’épicentre de l’attaque d’extrême droite contre le Venezuela, on lit le « New York Times« , le « Miami Herald« , la presse colombienne et le monde en général : des attaques sans pitié, incessantes, incessantes… Mais, eh bien, voici notre vérité et pour notre vérité nous donnons nos vies ; et avec notre vérité nous prenons les chemins du futur.

L’année 2021, sera une année emblématique car c’est le bicentenaire de la bataille de Carabobo (Le 24 juin 1821, la victoire des forces patriotiques de Simon Bolivar contre les troupes royalistes dans la bataille de Carabobo a été décisive dans la guerre d’indépendance du Venezuela.). Elle a été fixée par le commandant Chavez lui-même : « En 2021, 200 ans après Carabobo, Chavez a dit, nous devons arriver à être libres, indépendants et souverains ». Et c’est ainsi que nous sommes arrivés : libres, indépendants, souverains dans la résistance, mais aussi dans la victoire. Bonne année.

IR : Merci Monsieur le Président, prenons rendez-vous pour le 1er janvier 2022.

Nicolás Maduro : d’accord, approuvé !

(Caracas, 30 décembre 2020.)

Source : Cubadebate / Traduit par Venesol

Le gouvernement Maduro inaugure 100 bases de missions socialistes

« Aujourd’hui, nous inaugurons 100 bases de missions socialistes dans 100 localités où vivent les familles populaires, pour servir des milliers d’entre elles, afin que la population sache qu’elle est protégée. Malgré le blocus états-unien nous avons réorganisé ce réseau avec le soutien de la communauté » a expliqué le président Maduro lors d’une évaluation générale avec l’ensemble des ministres concernés, le 10 novembre 2020. « Nous devons gouverner avec le peuple, par le peuple, pour le peuple, c’est ainsi que Chávez l’a conçu« .

Pour accélérer le mouvement face à la détérioration des conditions socio-économiques sous la pression, depuis plusieurs années, de la guerre économique états-unienne, Maduro a également approuvé le budget qui permettra de mener à bien de nouveaux chantiers avec les conseils communaux et les communes avant le 31 décembre. « Nous allons inaugurer 100 autres bases de missions socialistes pour 150000 communautés populaires, nous le ferons malgré le blocus, car c’est comme ça que nous attaquons vraiment la pauvreté. Les grandes missions sociales sont le mécanisme permettant d’atteindre l’égalité, d’éliminer la pauvreté et de maintenir la communication permanente avec la population« , a-t-il précisé.

La base de missions socialistes « Marisela Mendoza de Brito » a été l’une des premières à être inaugurée dans l’État de Miranda : 13 communautés de la municipalité de Charallave en bénéficieront, soit 2026 familles. Dans ce lieu opérera la Mission Barrio Nuevo Barrio Tricolor dont l’objectif est de réparer les maisons ou d’en construire, le Programme de l’accouchement humanisé, les missions sociales éducatives Ribas, Robinson, Foyers de la Patrie et le Mouvement Somos Venezuela.

À San Carlos, dans le secteur de San Ramón, sept nouvelles bases de mission ont été inaugurées, où les patients seront également soignés par la médecine naturelle. Sur place, 1527 familles bénéficieront des services de cette base. De même, la base de missions socialistes « Rosa Inés » a été inaugurée dans le secteur de San Simón, de la municipalité de Maturín (région orientale du pays), pour s’occuper de plus de 3300 familles. La base de mission « Darío Vivas » dans le secteur de Las Majaguas de la municipalité de Juan Germán Roscio activera les espaces éducatifs, la clinique de médecine générale, ainsi que le système « point et cercle » avec un terrain de sport, l’espace préscolaire et Simoncito.

Ces « bases de missions socialistes » sont composées de trois modules à partir desquels sont gérées les missions sociales, programmes publics de protection créés par la Révolution bolivarienne.

En général le premier des modules internes de chaque base sert de logement aux médecins déjà installés dans ces communautés pour y dispenser des soins permanents. Le second est l’espace prévu pour les programmes de formation et les programmes culturels, notamment le Simoncito (enseignement initial), Misión Robinson (alphabétisation), Misión Ribas (enseignement secondaire) et Misión Sucre (enseignement universitaire). Il y a également un espace pour des activités culturelles, des cours, des ateliers, des lectures de groupe, etc. Le troisième module est une clinique de soins primaires dont le personnel est composé de médecins qui vivent dans la communauté. C’est là qu’opèrent les missions Barrio Adentro, le programme de santé de l’État. En bref, il y a trois espaces : le module résidentiel, le module de services et le module éducatif.

Cette campagne de construction de bases a été relancée par le président Nicolas Maduro le 7 juin 2014, après une enquête qui a déterminé qu’il y avait encore 1 500 communautés dans 255 paroisses avec une pauvreté extrême dans le pays.

Plan de relance de la Gran Misión Barrio Nuevo Tricolor

Le président a également ordonné d’accélérer la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (GMBNBT), dont l’objectif est de construire et/ou transformer l’habitat des secteurs populaires au niveau national (cette mission a déjà remis plus de trois millions de logements à très bas prix aux secteurs populaires).

« Je veux un plan spécial pour donner une forte impulsion à cette mission« , a-t-il déclaré depuis le Palais présidentiel, rappelant que « cette mission est un mécanisme pour vaincre la pauvreté et assurer une meilleure qualité de vie » dans le cadre de la lutte gouvernementale contre l’inégalité produite par les sévères restrictions économiques, financières et commerciales imposées depuis 2014 par l’Occident.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/mas-vida/gobierno-entrego-100-nuevas-bases-de-misiones-socialistas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/11/le-gouvernement-maduro-inaugure-100-bases-de-missions-socialistes/

Le Président Maduro présente la « Loi Anti-blocus » à l’Assemblée Constituante

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a présenté ce mardi à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) le projet de loi constitutionnelle anti-blocus pour le développement national et pour la garantie des droits du peuple vénézuélien, compte tenu des menaces d’intervention militaire et de l’intensification du blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. L’activité s’est déroulée au Palais législatif fédéral, en présence des cabinets exécutif et ministériel, ainsi que d’une partie du corps diplomatique résidant au Venezuela.

Ce projet de loi permettra de « doter l’État vénézuélien des outils institutionnels, juridiques et de gestion pour faire face et surmonter l’agression la plus perverse, la plus répandue et la plus brutale que notre Patrie ait subie en 200 ans de vie républicaine. Le président a demandé que ce projet de loi soit débattu par le peuple vénézuélien afin de « partager l’information, de le sensibiliser, mais aussi de renforcer l’avenir et d’expliquer beaucoup de choses qui avaient dû être tues« .

Maduro a souligné que le blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis fait partie d’une doctrine de la nation américaine visant à générer un changement de régime dans le pays, et en installer un qui réponde à ses intérêts.

Il a cité des déclarations officielles du Département d’État états-unien : « La campagne de pression contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées ont contraint le Venezuela à faire défaut et nous assistons à un effondrement économique total dans ce pays. Ainsi, notre politique fonctionne. Notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. » Maduro a rappelé que cette citation « est l’aveu d’un crime international, d’un acte de sauvagerie économique visant à détruire un peuple, l’aveu d’un crime contre l’humanité. »

Il a expliqué les étapes successives des « sanctions » (mesures coercitives unilatérales):

  • Persécution financière pour étouffer le pays économiquement
  • Opérations politico-juridiques dans les tribunaux étrangers afin de déposséder le pays de ses avoirs
  • Embargo économique sur le pétrole et les produits vénézuéliens
  • Sabotage interne, pour provoquer la destruction des équipements et appareil industriel de la PDVSA, la compagnie publique du pétrole.

Maduro a indiqué que les mesures appliquées contre le Venezuela pendant la période de six ans entre 2014 et 2019, ont provoqué une baisse de 99% des recettes en devises. « Pour chaque 100 dollars ou euros que le pays obtenait de la vente du pétrole en 2014, il obtient aujourd’hui moins d’un dollar. Nous sommes passés de 56 milliards de dollars à moins de 400 millions de dollars sur 2019″.

Maduro a donné des chiffres : En 6 ans, le pays a perdu 99% de ses revenus pétroliers à cause du blocus

Le président vénézuélien a souligné que grâce au système des missions et des grandes missions sociales et à la conscience et à la résistance du peuple vénézuélien, les conséquences du blocus ont été surmontées. Il a également déclaré que la chute des revenus externes a été exacerbée en 2015, avec le « vol » de la société Citgo aux États-Unis.

Il a confirmé l’acte de piraterie contre des navires en provenance du Libéria, qui apportaient 3 millions de barils d’essence au Venezuela, illégalement expropriés par le gouvernement de Donald Trump et dont la marchandise a été mise aux enchères sur le marché étranger, alors qu’elle avait été payée par le Venezuela. Toutefois, il a indiqué que de bonnes nouvelles pour le Venezuela seront annoncées ce mercredi.

Nicolas Maduro a demandé de ne pas se faire d’illusions au sujet des élections états-uniennes. « Nous devons nous lever et être prêts à tout pour défendre le Venezuela contre l’empire états-unien. Si Trump gagne, nous l’affronterons et le vaincrons ! Et si Biden gagne, aussi ! » Le président a indiqué que, si l’un d’entre eux souhaite revoir la politique menée à l’encontre du Venezuela et veut engager des relations respectueuses avec ce pays, il est disposé à le recevoir à bras ouverts à renouer le dialogue. « Mais qu’ils sachent qu’ici ils trouveront des hommes et des femmes dignes« .

Qu’est-ce que la loi anti-blocus ?

Il s’agit d’une réponse de l’État dans son ensemble, qui, à travers un cadre juridique spécial et temporaire, « permettra à l’État, par une gestion efficace, de protéger nos actifs internes et externes contre la menace de confiscation, de vol et de pillage par des gouvernements étrangers et des entreprises alignées sur le blocus« .

Loi anti-blocage au Venezuela : Maduro explique en 6 minutes les mesures qui seront mises en œuvre:

La loi vise à renforcer l’administration publique et à améliorer les revenus de la nation. Elle créera des incitations pour stimuler l’activité économique interne et des partenariats productifs externes qui favorisent le développement national. Maduro propose de conclure des alliances avec des secteurs productifs et des entreprises à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, afin de développer des secteurs économiques et des entreprises dans des domaines stratégiques, tels que les hydrocarbures, l’agriculture, les services, etc. Le revenu national sera amélioré en assouplissant la participation de l’État dans les coentreprises, ainsi qu’en gérant les actifs et les passifs de l’État afin d’accroître le revenu de la nation.

Des incitations fiscales et de travail seront créées et la stabilité juridique sera renforcée pour le développement des secteurs et des zones de production, et l’utilisation du pétrole et d’autres crypto-monnaies dans le commerce intérieur et extérieur sera améliorée, et toutes les crypto-monnaies du monde pourront être utilisées pour le commerce intérieur et extérieur.

La loi réaffirmera le décret d’interdiction de licenciement pour tou(te)s les travailleur(se)s et la pleine jouissance des droits sociaux. Les nouveaux revenus obtenus dans le pays serviront à renforcer le revenu réel des travailleurs, et les politiques de récupération progressive du salaire, à renforcer le réseau et les politiques de protection sociale de l’État et ses priorités telles que l’alimentation et la santé.

Les revenus extraordinaires générés par les partenariats productifs seront obligatoirement investis dans des programmes tels que le Comité Local d’approvisionnement et de Production (CLAP), la protection des enfants, des adolescents, des mères, de tous les secteurs vulnérables, l’amélioration des services publics, l’eau, l’électricité, le gaz, les télécommunications, les transports, entre autres. Cette loi et ses mécanismes resteront en vigueur exceptionnellement tant que le blocus durera ou jusqu’à ce que les effets des sanctions et des menaces sur l’économie cessent.

Le président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Diosdado Cabello, a affirmé que « le projet de loi anti-blocage est une alternative pour le peuple pour faire face aux agressions impériales, raison pour laquelle le pouvoir plénipotentiaire s’est déclaré en état d’urgence réglementaire pour la révision, la diffusion et l’approbation de ce projet dans les plus brefs délais. Ce projet de loi contient tout ce qui est nécessaire, non seulement pour faire face à ce dernier trimestre, mais aussi aux années à venir. Dès aujourd’hui une Commission mixte sera formée, composée de la Commission de l’économie, de la Commission constitutionnelle, de la Commission de la participation citoyenne, de la Commission des travailleurs et de la Commission de la sécurité et de la défense, pour approuver cette loi dans les prochains jours »

Texte : AVN et Alba Ciudad

Traduction : Thierry Deronne

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« Temps de lutte », le nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

On sait pourquoi le gouvernement mondial des médias a creusé un abîme entre la réalité du Venezuela et son image. Encore faut-il pouvoir ressourcer notre conscience au réel. “Temps de lutte” nous fait entrer au coeur d’une démocratie participative que la plupart des journalistes ont substituée par “la-dictature-de-Maduro”.

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les réalisateurs de ce documentaire dense et imposant de 90 minutes, Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son), se sont immergés pendant un an dans un “barrio”. Un de ces quartiers populaires où vit la majorité des vénézuélien(ne)s, invisibilisés par les grands médias depuis vingt ans en tant que base sociale de la révolution. Ils y ont suivi sept conseils communaux qui, face à la guerre économique impériale, prennent en main la santé, le transport, l’approvisionnement, et surmontent mille et une difficultés pour s’organiser en commune. Au départ, les auteurs voulaient étudier le lien possible entre luttes paysannes et approvisionnement de Caracas. Ils ont fini par se marier pour une année avec cette organisation populaire dans ses doutes, ses rires, ses conflits, ses chutes et ses nouveaux départs. Le personnage principal du film, ce sont comme souvent au Venezuela, les femmes.

Temps de lutte” est le contraire d’une vitrine. Il refuse la colonisation des images par la voix off. Le montage associe le local et le global, le passé et le futur, l’individu et le groupe, laissant le spectateur libre de sa lecture. Croire dans le documentaire, c’est aussi croire dans le droit des sujets d’une Histoire de transmettre une expérience qui peut nous aider dans nos propres processus de transformation.

Durée: 90 minutes. HD. Sous-titres français. Coproduction: Commune Socialiste « Altos de Lidice »/EPLACITE. Venezuela janvier 2020.

Ci-dessous: première du film au Théâtre Principal de Caracas, le 12 décembre 2019, en présence des communard(e)s. Photos: Yrleana Gomez.

Ci-dessous: photogrammes tirés du documentaire « Temps de lutte« .

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S’insurger en temps de guerre, par Pasqualina Curcio

L’économiste et universitaire vénézuélienne Pasqualina Curcio. Professeure titulaire (Université Simón Bolívar). Économiste (UCV). Master en Public Policies (IESA). Docteure en sciences politiques (USB).

Voyons en face la dimension de la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Cela fait 7 ans que les monopoles transnationaux et nationaux nous font faire des files d’attente et courir d’un lieu à l’autre pour obtenir des biens vitaux (nourriture, médicaments et produits d’hygiène). Notre monnaie, le Bolivar, a été attaquée à hauteur de… 29.862.393.456 % : en 2012 le taux de change était de 8,69 BsF/US$, aujourd’hui les sites comme DolarToday, sans base économique, pures créations politiques et guerrières, marquent 2.595.042.000 BsF/US$ et produisent la hausse incessante des prix depuis 2013.

Cette guerre, sans précédent historique en raison de ses dimensions, a débuté en 1999 et s’est intensifiée en 2013. Le peuple vénézuélien n’a pas seulement résisté, il a choisi de s’insurger héroïquement. Un phénomène inexplicable pour Donald Trump et ses conseillers, au point que John Bolton a perdu son emploi.

Nous, les Vénézuéliens, avons fait quelque chose que l’impérialisme américain ne peut déchiffrer.

Les leçons de la guerre. Ceci est une lutte de classes : ce qui paraissait autrefois une rhétorique se vit aujourd’hui au jour le jour. Il est clair qu’il y lutte de classe quand, dans le circuit des marchés privés, la relation entre le salaire, le prix et le profit (telle qu’élaborée par Marx) devient une caricature. L’augmentation accélérée et disproportionnée des prix, conséquence de l’attaque sur la monnaie et de la logique du marché capitaliste, fait chuter le salaire réel, au point que le travailleur ne parvient pas à couvrir ses besoins matériels. L’ouvrier qui fait du pain et reçoit un salaire de 40.000 BsS/mois, soit un peu plus de 1.000 BsS/jour, ne peut même pas acquérir l’un des dizaines de pains qu’il fait cuire chaque jour. Le prix de chaque pain est de 10 000 BsS. La différence se situe au niveau du bénéfice.

Le mythe de l’inefficacité de l’État. Imaginez qu’en ces temps de guerre, nous n’ayons pas un système national de santé publique qui desserve 85 % de la population (au-delà des carences qui le caractérisent). Imaginez qu’il n’y ait pas de plan d’immunisation qui garantisse, de la part du public, une couverture vaccinale supérieure à 90 %.

Imaginons que la seule option soit d’acheter des vaccins pour nos enfants en dollars, comme on nous le demande chez les médecins du privé. En ces temps de guerre, où est donc le fameux secteur privé « efficace » ? Combien de personnes se rendent dans les cliniques privées et à quel prix, et quel est le montant couvert par les assureurs ? D’où proviennent les réponses apportées aux populations, du circuit public ou du circuit privé ?

Imaginons qu’il n’y ait pas d’écoles publiques, de lycées ni d’universités qui accueillent 90% de nos enfants et de nos jeunes et que ce soient les écoles privées et les universités privées qui, en ces temps de guerre, garantissent l’accès à l’éducation ? Poursuivons l’exercice de l’imagination et supposons qu’en ces temps de guerre, le programme d’alimentation scolaire n’existe pas. Imaginons Caracas sans métro. Imaginez des familles sans Comités Locaux d’Approvisionnement et Production.

En termes d’activité industrielle et commerciale, 98,71% et 99,87% appartiennent respectivement au secteur privé. Le secteur public ne produit pas de farine de maïs précuite, de riz, de pâtes, d’huile, d’huile, de margarine, de papier hygiénique, de dentifrice ou de médicaments; le circuit privé le fait, surtout les multinationales qui, dans le cadre de cette guerre, se plaignent depuis sept ans et exigent de l’État des devises étrangères bon marché afin de remplir leur responsabilité d’approvisionnement du peuple vénézuélien.

Dans ce scénario, qui sont les plus efficaces, l’État qui génère 98% des devises étrangères du pays ou les entreprises privées qui n’exportent même pas 2% de leur produits ? Le gouvernement qui fournit des services de santé et d’éducation à plus de 85% de la population, ou les grandes entreprises privées qui n’attendent que des devises étrangères bon marché ?

L’occasion en or : Ce n’est qu’en renforçant le circuit public, collectif, étatique et communal que nous vaincrons la guerre économique. Il est temps d’avancer dans la construction du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Tomber dans le piège monétariste et décapitaliser l’administration publique au motif que l’argent ne peut être émis parce qu’il est la cause de l’inflation revient à épouser la stratégie de l’ennemi. En temps de guerre, lorsque les salaires se détériorent à la suite d’attaques contre la monnaie, il est essentiel de renforcer le circuit public et communal. C’est la seule garantie d’accès à des biens vitaux de la part de la population et, ce faisant, nous construisons le socialisme du XXIe siècle. En 2003, face au lock-out général du lobby pétrolier, la stratégie de Chávez fut de fortifier le secteur public.

Imaginons cette guerre sans les missions sociales. Et c’est que nous sommes organisés ! Malgré toutes les tentatives de déstabilisation, de démoralisation et de démobilisation menées par l’impérialisme, le peuple vénézuélien s’insurge dans cette guerre d’une manière consciente et organisée. Sur le territoire, dans la commune, nous nous formons, nous informons, nous communiquons, nous apprenons, nous inventons, nous résolvons et nous mobilisons. Nous sommes organisés dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, dans les unités de combat Bolívar Chávez, dans les milices, dans les conseils communaux, dans les conseils productifs ouvriers, dans les comités de santé, dans les missions, dans l’organisation nationale féminine UNaMujer, etc.

Les blessures de cette guerre sont profondes et aussi très douloureuses, mais le peuple vénézuélien a tout enduré et a résisté en s’insurgeant.

L’échec du modèle socialiste ? Les médias et les leaders d’opinion de droite disent que la cause de ce que nous, les Vénézuéliens, vivons aujourd’hui est l’échec du modèle socialiste. Échec pour qui ? Entre 1980 et 1998, dans le cadre du modèle capitaliste néolibéral, l’économie a progressé de 52% et l’extrême pauvreté de 132%. Entre 1999 et 2015, à partir de la révolution bolivarienne, l’économie a connu une croissance de 43% et la pauvreté a diminué de 56% malgré le siège, la guerre économique et le sabotage auxquels les Vénézuéliens sont confrontés depuis 1999. Le Venezuela reste le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine.

Pasqualina Curcio

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/economia/abre-brecha-insurgiendo-en-tiempos-de-guerra/

Traduction: Thierry Deronne

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Les Maisons d’Alimentation vénézuéliennes: la dernière tranchée contre le blocus économique

Par Marco Teruggi, pour SputnikNews

Les “Casas de Alimentación” (“Maisons d’Alimentation”) sont une des tranchées pour freiner les impacts de la situation économique au Venezuela. Dans le quartier de Caricuao, à Caracas, en fonctionne une, baptisée “Luchadoras de la Patria” (“Lutteuses de la Patrie”). Luisa et les cuisinières se lèvent tous les jours à l’aube pour garantir les repas des personnes qui en ont le plus besoin dans le quartier.

Luisa Del Valle Baiz se lève tous les jours à quatre heures du matin. Elle a 77 ans et la force caraïbe dans chaque mot. Elle est née à Güiria, dans l’état oriental de Sucre, une terre au parfum de mer, de plantations de cacao et de soleil. Depuis ses côtes on aperçoit l’île de Trinidad et Tobago, d’où sa famille est venue à la recherche d’un travail et d’une vie meilleure.

Luisa vit depuis 54 ans à Caracas, dans le quartier populaire de Caricuao. Lors de son arrivée, le paysage était autre: « tout était bananiers, manguiers, jardins potagers« . Il n’y avait pas encore d’autoroutes, ni de barres d’immeubles, ni ce dense réseau de maisons sur la colline où elle a construit son foyer et sa famille: quatre enfants, 21 petits-enfants, 12 arrières-petits-enfants, quatre arrière-arrière-petits-enfants. Sa mère a 101 ans.

Elle s’est toujours levée tôt pour travailler. Mais depuis dix mois ses journées s’organisent autour de la “Casa de Alimentación” qui a commencé à fonctionner sous son toit. Depuis lors, avec quatre femmes, elle prépare les repas du lundi au vendredi pour les 221 personnes qui ont été incluses grâce au diagnostic des besoins sociaux effectué dans le quartier.

« Leurs besoins étaient critiques mais maintenant regarde-les, cela fait plaisir de les voir ainsi » dit Luisa. Le lieu s’appelle “Lutteuses de la patrie ».

 

La proposition d’ouvrir la Maison d’alimentation est venue, comme dans la majorité des cas, de la population du quartier, et a trouvé sa réponse auprès de la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (Fundaproal), l’institution publique chargée de relancer ces Maisons d’Alimentation à partir de 2017. Celles-ci avaient été créées comme politique initiale de la révolution bolivarienne pour répondre à l’immense besoin social, mais avaient été progressivement fermées à la suite des réussites obtenues en matière d’alimentation.

De 2017 jusqu’à aujourd’hui ont été remises en fonctionnement 3.118 de ces cantines dans tout le pays. Chaque jour elles alimentent 605.628 personnes: personnes pauvres venues de ce pays profond où se trouve la genèse du chavisme.

« J’aime ce travail, il me naît de l’âme » dit Luisa, coiffée de son bonnet de cuisinière et d’un tablier qui porte en effigie la signature de Chávez et le nom du programme social. Ce n’est pas pour l’argent qu’elle se lève à l’aube et va et vient face aux fourneaux pour un travail qui n’a rien de simple. Ni pour elle ni pour ses compagnes: Lilibel López, Roxana Herrero et Rosa Vázquez, qui est venue de Guayaquil, Equateur, il y a 17 ans et qui s’est fixée dans ce quartier populaire du sud de la capitale vénézuélienne.

Elles veulent que les repas soient bons, très bons. « La population, on la gagne avec le goût » rient-elles. Aujourd’hui elles cuisinent du riz, du poulet, des lentilles, des galettes de maïs (les fameuses “arepas”), des sardines frites, et du lait. Une partie de ces repas est offerte à la population la plus vulnérable, celle qui est incluse à travers les Centres d’Education et de Récupération Nutritionnelle. « Je répartis les repas à toutes et tous de la même manière » explique Luisa.

Les objectifs de ces Maisons sont plusieurs. En premier lieu, garantir l’alimentation aux secteurs qui éprouvent les plus grands besoin, veiller à ne pas les abandonner. En second lieu, développer un plan pour que ces cantines qui dépendent totalement de l’Etat, puissent peu à peu se développer en espaces intégraux, avec une production alimentaire en propre, un contrôle citoyen, des activités culturelles, une formation sociopolitique.

« Un des objectifs est de transférer le pouvoir de décision à l’organisation populaire, le transférer en termes d’opérativité, pour qu’en sorte une méthode de travail socioproductive, culturelle, de santé alimentaire, pour qu’à un certain moment elle puissent se libérer de la dépendance d’institutions publiques fournisseuses d’aliments » explique Azurduy Tovar, gérant de Fundaproal.

Des pas ont déjà été franchis dans cette direction quant au transport, au traitement et à la remise de la nourriture. La méthode est simple: la responsable de la Maison doit chercher la quantité d’aliments au centre de stockage, à bord d’un camion géré par le quartier, recevoir la nourriture, revenir avec l’appui d’un membre de la milice bolivarienne (corps de réserve civil, effectuant des tâches d’appui à la défense du territoire et aux programme sociaux, NdT), vérifier que tout soit arrivé à bon port pour être ensuite cuisiné et distribué aux hommes et femmes bénéficiaires de cette mission sociale.

La distribution est réalisée à 11h.30 à “Lutteuses de la Patrie”. Jusqu’à cette heure la table est pleine de gobelets de plastique empilés en colonnes: chacune correspond à une famille, il y a des noms inscrits sur les “tupperwares”, même si chacun sait déjà à qui appartient chacun d’eux, raconte Rosa avec sa fille.

La nappe ne se libère que le soir, les fins de semaine, les jours fériés et les 4 décembre, jour de Santa Bárbara. Luisa et sa famille sont dévots de la sainte qui à présent garde le magasin de nourriture situé au fond de la maison, après les cages aux perroquets verts et jaunes, face à la colline de maisons construites l’une sur l’autre, dans une architecture produite par l’exclusion, la volonté et la capacité créatrice de tous ceux qui ont construit les villes du monde.

Maison d’Alimentation “Luchadoras de la Patria”, Caracas, Venezuela

Il n’y a pas que Santa Bárbara qui protège les sacs de riz, la farine, les lentilles, l’huile, les oeufs. Elle est accompagnée dans cette tâche par la Vierge du Carmen, d’El Valle, de La Pastora, de la Coromoto, l’immaculée Conception, Notre Dame du Pilar, le Nazaréen, le divin Enfant, le Coeur de Jésus, Saint Onofre, María Lionza, l’indigène de la force – celui qui donne force, paix et tranquilité – et Simón Bolívar. Autour de chacun d’eux se trouvent les photos des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, arrière-arrière-petits-enfants.

On compte 14.804 mères et pères “élaborateurs(trices)”s dans tout le pays, c’est ainsi qu’on appelle ceux qui assument les tâches de Luisa, Lilibel López, Roxana Herrero, et Rosa, pour les 645.840 bénéficiaires qui mangent tous les jours dans des espaces semblables à celui-ci.

La réactivation des Maisons d’Alimentation a été décidée un an après la mise en place du programme central d’accès aux aliments subventionnés – les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui s’occupent de près de six millions de foyers dans le pays.

Les CLAP furent créés lorsque la pénurie alimentaire constituaient le noeud des problèmes — entre 2015 et 2017 — et les Maisons d’Alimentation dûrent être réactivées à la suite des régressions induites par le cadre hyper-inflationniste et la rupture des salaires comme possibilité d’acquérir le panier de base.

Repas préparés dans la maison d’alimentation “Lutteuses de la Patrie”, à Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Car aujourd’hui le problème n’est plus la disponibilité d’aliments dans les supermarchés ou les épiceries populaires mais leurs prix, et ce sont les secteurs populaires qui subissent le plus cet impact.

Toute l’organisation mise en place pour garantir l’arrivée des aliments subventionnés aux quartiers populaires fait partie de la lutte contre le blocus étasunien contre l’économie vénézuélienne: des attaques ont été menées contre des bateaux important les aliments destinés aux CLAPs et contre les comptes bancaires utilisés pour payer ces achats. L’objectif est d’asphyxier le pays.

A “Lutteuses de la Patrie”, de même que dans la plupart des expériences d’organisation, se crée quelque chose de stratégique: une communauté humaine. C’est une des formes de résistance invisible, une possibilité de résister aux assauts qui ont pour objectif non seulement de renverser un gouvernement mais aussi et surtout tout un processus profond, celui qu’a mis sur pied un sujet historique dont l’identité politique est le chavisme.

« Chávez t’a ouvert les yeux tout grands et plus personne ne te trompe, avant personne ne connaissait ses droits et maintenant chacun prend la parole, sinon je ne serais pas là en train de te parler, je n’oserais pas » dit Luisa, avec la force caraïbe dans chaque mot.

Photos: Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201907121087994411-casas-de-alimentacion-venezolanas-la-ultima-trinchera-contra-el-bloqueo-de-eeuu/

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent. 

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral important pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste

Arantxa Tirado, @aran_tirado

Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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A propos de l’Arc Minier au Venezuela

L’Arc Minier au Venezuela, comme d’autres projets de sortie de la pauvreté (par exemple le canal interocéanique mis en construction par le gouvernement sandiniste du Nicaragua) sont critiqués par certaines ONG qui allèguent un « désastre écologique ». Même si on n’est jamais assez prudent, il ne faut pas sous-estimer le fait que cette vigilance existe aussi sur place et que les gouvernements progressistes sont plus soucieux que les gouvernements néo-libéraux de l’impact écologique. Par ailleurs on élude, de manière assez inhumaine, l’objectif de ces projets. Dans le cas vénézuélien, il s’agit de sortir les mineurs artisanaux du joug de mafias sans scrupules et, sur le plan national, de financer des droits fondamentaux comme la santé, l’éducation et toutes les politiques d’État dont des millions de citoyens pauvres ont un besoin vital. La prudence est donc requise, notamment vis-à-vis d’un anti-extractivisme qui s’est développé fortement sur la Toile… à partir du moment où les gouvernements progressistes en Amérique Latine ont mis fin au pillage de leurs ressources par les transnationales et les consacrent au développement social et économique de leurs peuples. (1)

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Ce jeudi 28 septembre 2017, un avion transportant 45 barres d’or a atterri à l’aéroport La Carlota en provenance de l’Etat de Bolivar. Cette cargaison permet de dépasser le chiffre de 4 tonnes d’or que contiennent déjà les coffres-forts de la Banque Centrale du Venezuela (BCV). Elle est le fruit du projet « Moteur Minier » initié par le Gouvernement national pour diversifier l’économie, la dégager du « rentisme » pétrolier ainsi que pour renforcer les réserves internationales face à la guerre économique.

« Depuis 2009, aucun dépôt permettant de dépasser ce montant  n’avait pu être effectué. Ce résultat a été obtenu grâce aux efforts conjoints du Ministère du Développement Ecologique et de plus de 25 000 petits mineurs syndiqués » explique le Ministre du Développement Minier Ecologique Victor Cano. Avec le déploiement du projet « Moteur Minier » dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque, l’extraction minière artisanale à petite échelle a fourni des cargaisons d’or apportant au pays de nouvelles sources de richesses par le biais d’une exploitation responsable, mettant fin au pillage par les mafias des guarimperos de la vaste réserve de ressources minérales  située dans le Sud de l’Etat de Bolivar. « Il est indéniable qu’une population locale a mis sur pied une activité minière depuis plus de 80 ans dans l’Arc Minier de l’Orénoque.  Nous voulons que cette activité se poursuive, mais il est temps qu’elle se fasse de manière responsable et sans nuire à l’environnement. Nous devons nous emparer des technologies et des savoir-faire qui permettront de changer la situation existant dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque » explique le ministre qui a appelé la population des mineurs à s’approprier les nouvelles technologies et à prendre connaissance des projets scientifiques afin de continuer à progresser vers une exploitation minière moins dommageable pour l’environnement.

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Victor Cano, le nouveau Ministre du Développement Minier Ecologique

Ces propos ont été tenus lors de la clôture des Journées Technologiques de l’Or qui se tenaient à la fin du mois de septembre à Ciudad Guyana, dans l’Etat de Bolivar. Lors de cette rencontre, plus de 3 000 techniciens, scientifiques, chercheurs et producteurs miniers ainsi que des représentants des Ministères de l’Education Universitaire, de la Science et de la Technologie et du Développement Minier Ecologique ont échangé expériences et savoir-faire. Le Ministre considère ces journées comme un pas supplémentaire dans l’élaboration d’une pratique minière en accord avec la nature et les droits des populations indigènes, ainsi qu’avec  les revendications économiques et sociales des mineurs et la reconnaissance de leur métier.

« L’idée est que notre activité minière nuise le moins possible à l’écosystème. Nous devons faire appel à la conscience de nos amis mineurs et nous adapter aux nouvelles technologies afin de parvenir à ce que cette activité ait le moins d’impact négatif possible sur l’environnement. Nous avons aussi pris des mesures pour rendre sa dignité au métier de mineur. Au Venezuela, l’être humain et la nature ont priorité sur l’exploitation de l’or et le mineur, sa famille et l’environnement passent en premier » explique le Ministre, qui insiste sur le fait que le gouvernement national et le pouvoir populaire des mineurs discutent, dans les assemblées permanentes,  des options possibles de substitution du mercure pour le traitement de l’or dans l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO). Cano rappelle que si depuis des années les petits exploitants miniers ont utilisé le mercure dans le traitement de l’or, c’est parce que cette méthode faisait partie d’un héritage d’exploitation et d’abus laissé par les transnationales qui opéraient dans la zone avec le soutien des gouvernements néolibéraux du « Puntofijismo » (coalition social-démocrate et social-chrétienne qui a gouverné le Venezuela durant 40 ans, de 1958 à 1998).

Jusqu’à ce jour, quelques villes minières du sud de l’Etat de Bolivar ont perçu des financements de la banque publique pour construire des usines de cyanuration, procédé consistant à faire évaporer rapidement le composant toxique utilisé dans l’extraction de l’or. Il attire également l’attention sur le financement que l’Etat affecte au développement de projets scientifiques et technologiques destinés à une exploitation optimale et responsable des richesses minérales du pays. Ces journées tendaient justement à  évaluer les solutions de remplacement proposées par des chercheurs vénézuéliens dans les domaines scientifique et technologique, afin de concevoir de nouvelles méthodes de traitement de l’or.

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L’initiative de l’Arc Minier a été lancée par le Président Hugo Chavez en 2011 dans le but de diversifier l’économie vénézuélienne et de briser sa dépendance historique au pétrole. Ainsi fut créée la Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque, qui s’étend sur une surface de 111  846,86 km2 occupant en grande partie le nord de l’Etat de Bolivar, et en moindre proportion le nord-est de l’Etat d’Amazonas et une partie de l’Etat de Delta Amacuro. Cette zone contient 7 000 tonnes de réserves d’or, de cuivre, de diamant, de Coltan, de fer, de bauxite et d’autres minéraux cruciaux pour l’industrie électronique et d’armement.

Cette stratégie de développement national est mal vue par les États-Unis : ce n’est un secret pour personne qu’une partie du financement du Département d’Etat des États-Unis est investi dans l’industrie médiatique afin de créer « des médias indépendants, libres et professionnels en plus grand nombre ». Ce financement est important (plus d’1 million 300.000 dollars). Les médias tels que « Efecto Cocuyo » et « OCCRP » (sigle en anglais pour « Projet d’Enquête sur les Délits Organisés et la Corruption) évoquent les « promesses non tenues » du gouvernement de Nicolas Maduro par rapport à l’Arc Minier. Cette opération est financée par le magnat Georges SOROS, Google, le « National Endowment for Democracy » (NED), l’USAID par le biais du Centre International de Journalistes (ICFJ), le Département d’Etat des États-Unis et la Confédération Suisse, ces deux derniers pays ayant été les principaux acquéreurs d’or du Venezuela entre 2010 et 2015.

Recyclage de la bannière de la corruption

Les Etats-Unis et ses corporations qui engendrent le chaos écrivent en gros titres, comme s’ils n’y participaient pas : »L’or et le chaos dans l’Orénoque » (en anglais) et « Arc Minier de l’Orénoque : criminalité, corruption et cyanure », ces articles servant d’alibi pour  poursuivre la narrative d’ingouvernabilité susceptible de justifier une intervention militaire tout en étayant leur propagande sur le journalisme d’investigation et en recyclant le thème de la corruption dans le cortège des matrices médiatiques destinées à alimenter le dossier « Etat en faillite ».

L’or échappe à tout contrôle

Selon les déclarations du vice-président du Conseil Législatif de l’Etat de Bolivar, Aldrin Torres, l’usage de la violence armée et l’appui de bandes armées ont commencé en 2011, juste après la révocation par le Président Chavez des concessions de quelques entreprises transnationales. Des affrontements entre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et des mafias minières, qui ont emprunté le visage de « syndicat » pour exercer leur contrôle sur l’extraction d’or et d’autres métaux précieux, ont été enregistrés cette année-là. Mais le scénario vénézuélien est loin de ressembler à la situation lamentable de certaines nations africaines, car l’Etat y combat les bandes paramilitaires. Cependant, une partie de l’économie aurifère reste partiellement hors du contrôle souverain de l’Etat vénézuélien, ce qui génère un trafic illégal d’or et représente donc une perte de ressources pour la nation.

Le Venezuela détient la principale réserve d’or du continent. En ce qui concerne la législation réformée en 2011, les médias ont tendancieusement utilisé la matrice de la nationalisation lorsqu’ont été établies des entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat vénézuélien devait avoir une participation actionnaire majoritaire. La violence devint le mécanisme auquel les entreprises concessionnaires évincées ont eu recours pour tenter de maintenir leur contrôle sur la commercialisation des minéraux, car bien que ne les extrayant plus, elles se chargeaient toujours de leur vente liée au marché mondial.

Quelques dates

Selon l’Observatoire de la Complexité économique de l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), le Venezuela a exporté 1 milliard 770 millions de dollars-or entre 2010 et 2015, dont 900 en Suisse en 2015, les Etats-Unis apparaissant comme acquéreur les années précédentes.

Curaçao, dont les côtes sont situées face au Venezuela, a exporté 2 milliards 300 millions de dollars-or  dans le même laps de temps. 539 millions (plus de la moitié de ce qui a été exporté par le Venezuela) ont été exportés en Suisse en 2015 (67%) et aux Etats-Unis (33%), ce qui représente 33% des recettes d’exportation de ce pays pour cette année-là.

Curaçao déclare avoir importé 2,28 millions de dollars-or (la millième partie de ses exportations). Ce qui nous pousse à nous demander d’où sort le restant d’or exporté par Curaçao et d’où provient l’intérêt commercial de la Suisse et des Etats-Unis à payer des journalistes pour qu’ils présentent une version  de sang et de chaos à l’intérieur de la zone minière.

Ordre ou chaos ?

Ce n’est pas la première fois que le Venezuela tente de mettre de l’ordre dans son modèle  extractif, comme ce fut le cas pour la Frange Pétrolifère de l’Orénoque (FPO), zone riche en pétrole lourd et extra-lourd située au nord du fleuve Orénoque et de l’Arc Minier. Avec l’aménagement de zones d’extraction sur le territoire des Etats de Guárico, Anzoátegui et Monagas, la participation de plus de 20 entreprises mixtes de différents pays et la mise en œuvre du plan de certification « Proyecto Magna Reserva », a été calculé le meilleur mode d’organisation possible pour une région dont le sous-sol contient les réserves de pétrole les plus importantes du monde : 296 milliards 500 millions de barils (avec un facteur de reconstitution de 20%).

Les évènements violents liés à l’activité pétrolière sont peu nombreux et l’intention de Chavez était d’appliquer le même mode d’extraction méthodique au sud de l’Orénoque. Si malgré toute la vision politique et souveraine adoptée par la FPO, des structures mafieuses constituées de hauts fonctionnaires du Ministère Public, d’importants gérants d’entreprises pétrolières et des entreprises de tous bords ont pu apparaître comme dispositifs de sabotage de l’industrie pétrolière, ce qui peut se produire dans la zone du Bouclier Guyanais est bien pire : une activité minière illégale s’y maintient et des bandes criminelles y sont présentes, ainsi que des agent de la MUD (Mesa de la Unidad Democratica) comme Americo de Grazia, à qui la journaliste de droite Patricia Poleo en personne dit être intéressée à ce que la « situation actuelle » d’exploitation minière illégale y perdure.

Par ailleurs, une donnée géopolitique est devenue incontournable : les achats massifs d’or par la Russie et la Chine au cours des dernières années vont de pair avec l’édification d’une architecture financière mondiale basée sur des monnaies autres que le dollar et rivées à l’étalon-or qui les soutient comme réserve de valeur et d’échange. Ce qui représente une atteinte au règne du pétrodollar qui a soutenu les Etats-Unis en tant que principale économie mondiale basée sur l’émission de billets verts devant influer sur le commerce pétrolier et d’autres matières premières au niveau mondial.

Le fait que le Venezuela détient la plus importante réserve d’or de la région représente non seulement pour le pays une source de devises non liées au pétrole sur le moyen terme et est nécessaire pour la stabilisation de l’économie nationale face aux sanctions a américaines, mais devient aussi un actif sensible pour retarder ou accélérer, selon l’angle géopolitique où l’on se place, le processus de dédollarisation mondial qui menace l’hégémonie de Washington. C’est ce qu’il faut lire entre les lignes de la propagande contre l’Arc Minier de l’Orénoque.

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Note:

(1) Sur ce thème on peut lire l’enquête de terrain de Marco Teruggi, « L’or en temps de guerre », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/27/lor-en-temps-de-guerre/

Source : Eder Peña, article publié dans http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/al-fondo-del-arco-minero-del-orinoco-los-que-financian-el-caos-y-la et données disponibles sur le site du Ministère du Développement Écologique Minier : http://desarrollominero.gob.ve/

Traduction : Frédérique Buhl

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Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie III) : « dictature et crise humanitaire au Venezuela »

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Ces derniers mois en France, on observe au hasard des plateaux de télévision et de radio une situation plutôt comique : tout militant insoumis est sommé de rendre des comptes sur le Venezuela. Or s’il y a quelqu’un qui doit rendre des comptes, c’est bien le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population »; Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) des grands groupes privés médiatiques, à l’abri de son écran d’ordinateur ou d’un studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, acceptera de reconnaitre qu’il a encouragé des assassins ?

Les insoumis de France n’ont aucun compte à rendre mais nous sommes tous en droit d’en demander aux « médias ».

Avec huit millions d’électeurs qui ont élu une assemblée constituante le 30 juillet 2017, malgré les violences d’extrême droite et la campagne médiatique, la démocratie vénézuélienne déjà riche en pouvoir communal, médias associatifs, mouvements sociaux, est une démocratie vivante. Elle n’a jamais connu une telle densité d’élections : depuis juillet on a compté deux consultations internes organisées par les partis de droite, l’élection nationale de la Constituante, et ce 15 octobre aura lieu celle des gouverneurs. L’ensemble de l’échiquier politique y participera.

Autre point non négligeable : alors que des gouvernements néo-libéraux – comme ceux de la France ou du Mexique – continuent à détruire la protection sociale de la population, la guerre économique subie par le Venezuela ne lui a pas fait renoncer au maintien et au développement de ses investissements sociaux en faveur des secteurs populaires. L’ONU vient de le confirmer par la voix de la Secrétaire Exécutive de la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) Alicia Bárcena. « Le dernière décennie a été très prometteuse pour le Venezuela en matière sociale. Nous, nous enregistrons une réduction très importante de la pauvreté au Venezuela, sans précédent et aussi de l’amélioration de l’égalité, » a-t-elle déclaré le 22 septembre au siège des Nations Unies, à New York. Elle a souligné que malgré la situation économique mondiale, au Venezuela, les programmes sociaux n’ont pas été réduits, en particulier les missions qui ont des objectifs très concrets : « Dans le domaine social, nous pensons que les choses s’améliorent, dans le domaine économique, il faut mettre plus insister pour pouvoir d’une certaine façon restabiliser les politiques macro-économiques. » Pour Bárcena, les missions sociales du Venezuela sont importantes pour obtenir la réduction de la pauvreté réelle et l’insertion dans le marché du travail ou dans l’éducation : « Ces expériences sont très importantes et ne doivent pas être perdues ». La politique d’assistance sociale stimulée par le Gouvernement Bolivarien a permis de réduire l’indice de pauvreté extrême qui était de 10,8% en 1999 à 4,4% actuellement. Enfin Bárcena a condamné les sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis au Venezuela : « Nous espérons que ces problèmes pourront être résolus. Chaque pays doit résoudre ses problèmes intérieurs par ses propres moyens et l’interférence étrangère est contre-productive ».

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Dans son discours à l’ONU, le président Trump soutient, comme les journalistes, qu’il y a une dictature au Venezuela. Or ces 4 dernières années, et depuis que Nicolas Maduro a accédé au pouvoir, il y a eu pas moins de 4 processus électoraux: 1) élections présidentielles en avril 2013, avec un taux de participation de 79,7%; 2) élections municipales en décembre 2013, avec un taux de participation de 58,36%; 3) des élections législatives auxquelles ont participé 74,17% des électeurs inscrits; et enfin 4) le tout récent processus constituant qui a vu une participation de 41,3% malgré les violences et un appel à l’abstention de la part de secteurs radicaux de l’opposition.

Peut-on qualifier de dictature un système politique dans lequel non seulement on a pu réaliser 4 élections en 4 ans, soit en moyenne 1 par an, mais dans lequel également on reconnaît les victoires mais aussi les défaites? En décembre 2015 le président Maduro n’a-t-il pas reconnu la victoire de l’opposition aux législatives, ou en décembre 2013 la conquête de 81 municipalités -soit 39,34% de l’ensemble des communes- par cette même opposition?

S’il y avait réellement un régime dictatorial au Venezuela, comment comprendre alors que les médias privés n’ont cessé d’augmenter en nombre, font 85 % d’audience et sont pour la plupart opposés au gouvernement ? Et que les 17 partis d’opposition aient inscrits 77 candidats aux élections du 15 octobre prochain pour les postes de gouverneurs dans les 23 états du pays? Ce qui représente 77% des candidats inscrits alors que le Pôle patriotique (partis qui appuient le gouvernement, dont le PSUV) n’en a inscrit que 23%!

Doit-on vraiment parler de dictature dans un pays qui a non seulement réalisé 21 élections depuis 1999, mais qui les a réalisées avec une transparence validée par des organismes internationaux tels que le prestigieux Centre Carter ? Même les plus féroces opposants au soi-disant “régime dictatorial” de Maduro ont légitimé ces processus et leur transparence en participant et emportant des victoires en 2013 et 2015, et en s’inscrivant aux élections à venir; n’est-ce pas au final un signal clair qu’ils donnent sur la fiabilité de la démocratie vénézuélienne, de son système et de son pouvoir électoral?

Mais encore : peut-on appeler dictature un pays où la différence entre le nombre de personnes en âge de voter et le nombre de personnes effectivement inscrites sur les listes électorales est seulement de 3% ? A ce compte-là on peut dire que le Venezuela vivait sous le joug d’une féroce dictature avant 1999, lorsque cette même différence était de plus de 30%! Précisons que sous la prétendue dictature de Maduro le taux moyen de participation aux élections est d’un peu plus de 70%…

On voit bien d’évidence que le terme “dictature” des journalistes n’est pas adéquat pour un pays qui garantit le droit de vote et n’a cessé d’améliorer les conditions de participation des citoyens. En comparaison on est en droit de se demander ce qu’il en est du système électoral étatsunien: quel taux de participation aux élections? Quelle différence entre personnes en âge de voter et personnes effectivement inscrites sur les listes électorales? Les conditions de la transparence du processus électoral et du secret du vote sont-elles bien réunies?

Et quelle profonde contradiction, inexplicable pour tout théoricien ou philosophe politique, que de dire qu’une Assemblée Constituante, expression du peuple souverain originel, n’est pas démocratique! Dans toute définition classique -et toujours actuelle- de la démocratie, l’Assemblée Constituante est au contraire l’espace, le lieu et l’instrument de l’expression du peuple souverain. Aurait-on une autre définition de la démocratie aux Etats-Unis?

Pourquoi donc Donald Trump s’aventure-t-il à qualifier l’Assemblée Nationale Constituante d’illégitime? Elle procède pourtant du dispositif prévu par l’article 348 de la Constitution actuellement en vigueur, par ailleurs dûment débattue et approuvée par referendum populaire en 1999: “La convocation d’une Assemblée Nationale Constituante pourra être prise par le Président ou la Présidente de la République en Conseil des Ministres; par l’Assemblée Nationale à la majorité des 2/3; par les Conseils Municipaux réunis en assemblée générale à la majorité des deux tiers; ou par 15% des électrices et électeurs dûment inscrits sur les listes électorales”

Pourquoi dire que “le Président Maduro a créé l’Assemblée Nationale Constituante”! C’est le peuple vénézuélien qui l’a créée le 15 décembre 1999 en débattant largement puis en l’approuvant par referendum. Ce sont 8.089.320 vénézuéliens qui, le 30 juillet 2017, ont élus leurs députés constituants. Ces citoyens représentent 41,3% des inscrits sur les listes électorales, et ce malgré l’appel à l’abstention de secteurs dits “démocratiques” de l’opposition, et les obstacles physiques (bureaux de vote attaqués, brûlés, barricades) imposés par ces mêmes secteurs pour empêcher le libre exercice du droit de vote universel et secret. Si l’on ajoute à ces 41,3% la traditionnelle abstention de 30% en moyenne constatée lors des processus électoraux antérieurs, il ne reste que 28,7% qui se seraient abstenus pour répondre à l’appel de l’opposition!

Donald Trump affirme que l’Assemblée Nationale Constituante usurpe les pouvoirs de l’Assemblée Nationale législative aux mains de l’opposition. Cette affirmation se heurte à 2 objections majeures. D’abord la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela en vigueur précise ceci dans son article 349: “… Les pouvoirs constitués ne pourront en aucun cas entraver les décisions de l’Assemblée Nationale Constituante”; celle-ci compte en effet avec des pouvoirs qui sont hiérarchiquement au-dessus de ceux des pouvoirs constitués, y compris le pouvoir législatif. Ensuite cette affirmation ignore le récent décret pris par l’Assemblée Nationale Constituante qui régule les relations et les domaines d’intervention avec les 5 autres pouvoirs -que l’ANC reconnaît et entérine donc-. Qui sont les 5 pouvoirs prévus par la Constitution de 1999: exécutif, législatif, judiciaire, électoral et moral]

Donald Trump affirme encore que le prétendu dictateur Maduro “emprisonne les dirigeants de l’opposition élus démocratiquement”. Faut-il considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite grec Aube Dorée, parce qu’ils sont emprisonnés ? Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées.

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. (Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? » http://bit.ly/1NQgl43)

Comment fait-on aux Etats-Unis pour garantir le droit à la vie, à la libre circulation, à la santé, à l’éducation et au travail quand des groupuscules, se disant “pacifiques”, bloquent durant des heures, voire des jours, les autoroutes, les rues et avenues et empêchent de façon violente les gens de sortir de leurs résidences et d’aller au travail, d’accéder aux centres de soins, aux écoles ou aux marchés? Comment garantit-on, aux Etats-Unis, l’ordre public quand des groupes violents et armés, convoqués par des secteurs de l’opposition aux avant-postes des manifestations “pacifiques”, agressent à coups de cocktail Molotov, de mortiers et d’excréments les forces de sécurité? Quelle est la marche à suivre, aux Etats-Unis, quand ces mêmes groupes violents dont les membres se cachent courageusement le visage sous des cagoules incendient des écoles, assiègent des maternités, et à l’instar des méthodes fascistes ou suprématistes brûlent vif des personnes à cause de la seule couleur de leur peau? Permet-on, aux Etats-Unis, que ces mêmes groupes se prévalent du droit à manifester pour lancer des bombes et tentent d’envahir des casernes militaires?

Enfin, pour justifier sa volonté d’intervenir au Venezuela, Donald Trump évoque une crise humanitaire, alors que le PNUD, organisme émanant de cette même ONU, a signalé en mars dernier que le pays de Bolivar a maintenu un haut indice de développement humain (IDH) -0,767 contre 0,762 en 2012- malgré l’agression économique subie et la brutale chute des prix du pétrole ces 4 dernières années. Cela situe le Venezuela à la 71e place sur 188 pays en termes d’Indice de Développement Humain. L’argument de la crise humanitaire est donc bien léger et il faudra en trouver d’autres plus crédibles et solides. S’il y a crise humanitaire, c’est bien dans des pays comme le Pérou ou le Brésil dont l’IDH est 0,740, ou même la Colombie avec un IDH de 0,727! N’y a-t-il pas contradiction à imposer des sanctions économiques à un pays sous prétexte de crise humanitaire, et contribuer par ces mêmes sanctions à l’aggravation de ladite crise? Car c’est bien ce qui est visé : empêcher le peuple vénézuélien d’accéder à des crédits internationaux lui permettant de se procurer des médicaments et de la nourriture.

Avec un taux de 4,4% de pauvreté extrême, et de 18,5% de pauvreté générale le Venezuela est bien mieux loti qu’un nombre conséquent d’autres pays aux taux bien supérieurs de pauvreté. Comment soutenir, à moins que cela ne soit qu’un prétexte, qu’un pays est englué dans une crise humanitaire quand la production per capita de ces 4 dernières années se maintient à des niveaux relativement élevés -9% de plus que ceux qui ont été enregistrés lors des 3 dernières décades-? Et, répétons-le, tout cela dans un contexte de guerre économique orchestrée et de chute drastique des prix mondiaux du pétrole… Toute l’industrie alimentaire ou sanitaire qui opère dans le pays avec des capitaux américains n’a pas été détruite. Ce n’est pas l’ouverture d’un couloir humanitaire, cheval de Troie d’une intervention au Venezuela, qui résorbera la pénurie dans ces secteurs, mais bien la levée de l’embargo commercial clandestinement mis en place depuis 4 ans contre le peuple vénézuélien par ces grands capitaux.

Source : 15 y Ultimo (Pasqualina Curcio) : http://www.15yultimo.com/2017/09/07/dictadura-y-crisis-humanitaria-inventos-de-donald-trump-para-intervenir-en-venezuela/ et Venezuelainfos

Traduction : Jean-Claude Soubiès

Lire les deux volets antérieurs de ce dossier :

 

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