A propos de l’Arc Minier au Venezuela

L’Arc Minier au Venezuela, comme d’autres projets de sortie de la pauvreté (par exemple le canal interocéanique mis en construction par le gouvernement sandiniste du Nicaragua) sont critiqués par certaines ONG qui allèguent un « désastre écologique ». Même si on n’est jamais assez prudent, il ne faut pas sous-estimer le fait que cette vigilance existe aussi sur place et que les gouvernements progressistes sont plus soucieux que les gouvernements néo-libéraux de l’impact écologique. Par ailleurs on élude, de manière assez inhumaine, l’objectif de ces projets. Dans le cas vénézuélien, il s’agit de sortir les mineurs artisanaux du joug de mafias sans scrupules et, sur le plan national, de financer des droits fondamentaux comme la santé, l’éducation et toutes les politiques d’État dont des millions de citoyens pauvres ont un besoin vital. La prudence est donc requise, notamment vis-à-vis d’un anti-extractivisme qui s’est développé fortement sur la Toile… à partir du moment où les gouvernements progressistes en Amérique Latine ont mis fin au pillage de leurs ressources par les transnationales et les consacrent au développement social et économique de leurs peuples. (1)

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Ce jeudi 28 septembre 2017, un avion transportant 45 barres d’or a atterri à l’aéroport La Carlota en provenance de l’Etat de Bolivar. Cette cargaison permet de dépasser le chiffre de 4 tonnes d’or que contiennent déjà les coffres-forts de la Banque Centrale du Venezuela (BCV). Elle est le fruit du projet « Moteur Minier » initié par le Gouvernement national pour diversifier l’économie, la dégager du « rentisme » pétrolier ainsi que pour renforcer les réserves internationales face à la guerre économique.

« Depuis 2009, aucun dépôt permettant de dépasser ce montant  n’avait pu être effectué. Ce résultat a été obtenu grâce aux efforts conjoints du Ministère du Développement Ecologique et de plus de 25 000 petits mineurs syndiqués » explique le Ministre du Développement Minier Ecologique Victor Cano. Avec le déploiement du projet « Moteur Minier » dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque, l’extraction minière artisanale à petite échelle a fourni des cargaisons d’or apportant au pays de nouvelles sources de richesses par le biais d’une exploitation responsable, mettant fin au pillage par les mafias des guarimperos de la vaste réserve de ressources minérales  située dans le Sud de l’Etat de Bolivar. « Il est indéniable qu’une population locale a mis sur pied une activité minière depuis plus de 80 ans dans l’Arc Minier de l’Orénoque.  Nous voulons que cette activité se poursuive, mais il est temps qu’elle se fasse de manière responsable et sans nuire à l’environnement. Nous devons nous emparer des technologies et des savoir-faire qui permettront de changer la situation existant dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque » explique le ministre qui a appelé la population des mineurs à s’approprier les nouvelles technologies et à prendre connaissance des projets scientifiques afin de continuer à progresser vers une exploitation minière moins dommageable pour l’environnement.

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Victor Cano, le nouveau Ministre du Développement Minier Ecologique

Ces propos ont été tenus lors de la clôture des Journées Technologiques de l’Or qui se tenaient à la fin du mois de septembre à Ciudad Guyana, dans l’Etat de Bolivar. Lors de cette rencontre, plus de 3 000 techniciens, scientifiques, chercheurs et producteurs miniers ainsi que des représentants des Ministères de l’Education Universitaire, de la Science et de la Technologie et du Développement Minier Ecologique ont échangé expériences et savoir-faire. Le Ministre considère ces journées comme un pas supplémentaire dans l’élaboration d’une pratique minière en accord avec la nature et les droits des populations indigènes, ainsi qu’avec  les revendications économiques et sociales des mineurs et la reconnaissance de leur métier.

« L’idée est que notre activité minière nuise le moins possible à l’écosystème. Nous devons faire appel à la conscience de nos amis mineurs et nous adapter aux nouvelles technologies afin de parvenir à ce que cette activité ait le moins d’impact négatif possible sur l’environnement. Nous avons aussi pris des mesures pour rendre sa dignité au métier de mineur. Au Venezuela, l’être humain et la nature ont priorité sur l’exploitation de l’or et le mineur, sa famille et l’environnement passent en premier » explique le Ministre, qui insiste sur le fait que le gouvernement national et le pouvoir populaire des mineurs discutent, dans les assemblées permanentes,  des options possibles de substitution du mercure pour le traitement de l’or dans l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO). Cano rappelle que si depuis des années les petits exploitants miniers ont utilisé le mercure dans le traitement de l’or, c’est parce que cette méthode faisait partie d’un héritage d’exploitation et d’abus laissé par les transnationales qui opéraient dans la zone avec le soutien des gouvernements néolibéraux du « Puntofijismo » (coalition social-démocrate et social-chrétienne qui a gouverné le Venezuela durant 40 ans, de 1958 à 1998).

Jusqu’à ce jour, quelques villes minières du sud de l’Etat de Bolivar ont perçu des financements de la banque publique pour construire des usines de cyanuration, procédé consistant à faire évaporer rapidement le composant toxique utilisé dans l’extraction de l’or. Il attire également l’attention sur le financement que l’Etat affecte au développement de projets scientifiques et technologiques destinés à une exploitation optimale et responsable des richesses minérales du pays. Ces journées tendaient justement à  évaluer les solutions de remplacement proposées par des chercheurs vénézuéliens dans les domaines scientifique et technologique, afin de concevoir de nouvelles méthodes de traitement de l’or.

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L’initiative de l’Arc Minier a été lancée par le Président Hugo Chavez en 2011 dans le but de diversifier l’économie vénézuélienne et de briser sa dépendance historique au pétrole. Ainsi fut créée la Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque, qui s’étend sur une surface de 111  846,86 km2 occupant en grande partie le nord de l’Etat de Bolivar, et en moindre proportion le nord-est de l’Etat d’Amazonas et une partie de l’Etat de Delta Amacuro. Cette zone contient 7 000 tonnes de réserves d’or, de cuivre, de diamant, de Coltan, de fer, de bauxite et d’autres minéraux cruciaux pour l’industrie électronique et d’armement.

Cette stratégie de développement national est mal vue par les États-Unis : ce n’est un secret pour personne qu’une partie du financement du Département d’Etat des États-Unis est investi dans l’industrie médiatique afin de créer « des médias indépendants, libres et professionnels en plus grand nombre ». Ce financement est important (plus d’1 million 300.000 dollars). Les médias tels que « Efecto Cocuyo » et « OCCRP » (sigle en anglais pour « Projet d’Enquête sur les Délits Organisés et la Corruption) évoquent les « promesses non tenues » du gouvernement de Nicolas Maduro par rapport à l’Arc Minier. Cette opération est financée par le magnat Georges SOROS, Google, le « National Endowment for Democracy » (NED), l’USAID par le biais du Centre International de Journalistes (ICFJ), le Département d’Etat des États-Unis et la Confédération Suisse, ces deux derniers pays ayant été les principaux acquéreurs d’or du Venezuela entre 2010 et 2015.

Recyclage de la bannière de la corruption

Les Etats-Unis et ses corporations qui engendrent le chaos écrivent en gros titres, comme s’ils n’y participaient pas : »L’or et le chaos dans l’Orénoque » (en anglais) et « Arc Minier de l’Orénoque : criminalité, corruption et cyanure », ces articles servant d’alibi pour  poursuivre la narrative d’ingouvernabilité susceptible de justifier une intervention militaire tout en étayant leur propagande sur le journalisme d’investigation et en recyclant le thème de la corruption dans le cortège des matrices médiatiques destinées à alimenter le dossier « Etat en faillite ».

L’or échappe à tout contrôle

Selon les déclarations du vice-président du Conseil Législatif de l’Etat de Bolivar, Aldrin Torres, l’usage de la violence armée et l’appui de bandes armées ont commencé en 2011, juste après la révocation par le Président Chavez des concessions de quelques entreprises transnationales. Des affrontements entre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et des mafias minières, qui ont emprunté le visage de « syndicat » pour exercer leur contrôle sur l’extraction d’or et d’autres métaux précieux, ont été enregistrés cette année-là. Mais le scénario vénézuélien est loin de ressembler à la situation lamentable de certaines nations africaines, car l’Etat y combat les bandes paramilitaires. Cependant, une partie de l’économie aurifère reste partiellement hors du contrôle souverain de l’Etat vénézuélien, ce qui génère un trafic illégal d’or et représente donc une perte de ressources pour la nation.

Le Venezuela détient la principale réserve d’or du continent. En ce qui concerne la législation réformée en 2011, les médias ont tendancieusement utilisé la matrice de la nationalisation lorsqu’ont été établies des entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat vénézuélien devait avoir une participation actionnaire majoritaire. La violence devint le mécanisme auquel les entreprises concessionnaires évincées ont eu recours pour tenter de maintenir leur contrôle sur la commercialisation des minéraux, car bien que ne les extrayant plus, elles se chargeaient toujours de leur vente liée au marché mondial.

Quelques dates

Selon l’Observatoire de la Complexité économique de l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), le Venezuela a exporté 1 milliard 770 millions de dollars-or entre 2010 et 2015, dont 900 en Suisse en 2015, les Etats-Unis apparaissant comme acquéreur les années précédentes.

Curaçao, dont les côtes sont situées face au Venezuela, a exporté 2 milliards 300 millions de dollars-or  dans le même laps de temps. 539 millions (plus de la moitié de ce qui a été exporté par le Venezuela) ont été exportés en Suisse en 2015 (67%) et aux Etats-Unis (33%), ce qui représente 33% des recettes d’exportation de ce pays pour cette année-là.

Curaçao déclare avoir importé 2,28 millions de dollars-or (la millième partie de ses exportations). Ce qui nous pousse à nous demander d’où sort le restant d’or exporté par Curaçao et d’où provient l’intérêt commercial de la Suisse et des Etats-Unis à payer des journalistes pour qu’ils présentent une version  de sang et de chaos à l’intérieur de la zone minière.

Ordre ou chaos ?

Ce n’est pas la première fois que le Venezuela tente de mettre de l’ordre dans son modèle  extractif, comme ce fut le cas pour la Frange Pétrolifère de l’Orénoque (FPO), zone riche en pétrole lourd et extra-lourd située au nord du fleuve Orénoque et de l’Arc Minier. Avec l’aménagement de zones d’extraction sur le territoire des Etats de Guárico, Anzoátegui et Monagas, la participation de plus de 20 entreprises mixtes de différents pays et la mise en œuvre du plan de certification « Proyecto Magna Reserva », a été calculé le meilleur mode d’organisation possible pour une région dont le sous-sol contient les réserves de pétrole les plus importantes du monde : 296 milliards 500 millions de barils (avec un facteur de reconstitution de 20%).

Les évènements violents liés à l’activité pétrolière sont peu nombreux et l’intention de Chavez était d’appliquer le même mode d’extraction méthodique au sud de l’Orénoque. Si malgré toute la vision politique et souveraine adoptée par la FPO, des structures mafieuses constituées de hauts fonctionnaires du Ministère Public, d’importants gérants d’entreprises pétrolières et des entreprises de tous bords ont pu apparaître comme dispositifs de sabotage de l’industrie pétrolière, ce qui peut se produire dans la zone du Bouclier Guyanais est bien pire : une activité minière illégale s’y maintient et des bandes criminelles y sont présentes, ainsi que des agent de la MUD (Mesa de la Unidad Democratica) comme Americo de Grazia, à qui la journaliste de droite Patricia Poleo en personne dit être intéressée à ce que la « situation actuelle » d’exploitation minière illégale y perdure.

Par ailleurs, une donnée géopolitique est devenue incontournable : les achats massifs d’or par la Russie et la Chine au cours des dernières années vont de pair avec l’édification d’une architecture financière mondiale basée sur des monnaies autres que le dollar et rivées à l’étalon-or qui les soutient comme réserve de valeur et d’échange. Ce qui représente une atteinte au règne du pétrodollar qui a soutenu les Etats-Unis en tant que principale économie mondiale basée sur l’émission de billets verts devant influer sur le commerce pétrolier et d’autres matières premières au niveau mondial.

Le fait que le Venezuela détient la plus importante réserve d’or de la région représente non seulement pour le pays une source de devises non liées au pétrole sur le moyen terme et est nécessaire pour la stabilisation de l’économie nationale face aux sanctions a américaines, mais devient aussi un actif sensible pour retarder ou accélérer, selon l’angle géopolitique où l’on se place, le processus de dédollarisation mondial qui menace l’hégémonie de Washington. C’est ce qu’il faut lire entre les lignes de la propagande contre l’Arc Minier de l’Orénoque.

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Note:

(1) Sur ce thème on peut lire l’enquête de terrain de Marco Teruggi, « L’or en temps de guerre », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/27/lor-en-temps-de-guerre/

Source : Eder Peña, article publié dans http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/al-fondo-del-arco-minero-del-orinoco-los-que-financian-el-caos-y-la et données disponibles sur le site du Ministère du Développement Écologique Minier : http://desarrollominero.gob.ve/

Traduction : Frédérique Buhl

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3zi

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Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie III) : « dictature et crise humanitaire au Venezuela »

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Ces derniers mois en France, on observe au hasard des plateaux de télévision et de radio une situation plutôt comique : tout militant insoumis est sommé de rendre des comptes sur le Venezuela. Or s’il y a quelqu’un qui doit rendre des comptes, c’est bien le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population »; Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) des grands groupes privés médiatiques, à l’abri de son écran d’ordinateur ou d’un studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, acceptera de reconnaitre qu’il a encouragé des assassins ?

Les insoumis de France n’ont aucun compte à rendre mais nous sommes tous en droit d’en demander aux « médias ».

Avec huit millions d’électeurs qui ont élu une assemblée constituante le 30 juillet 2017, malgré les violences d’extrême droite et la campagne médiatique, la démocratie vénézuélienne déjà riche en pouvoir communal, médias associatifs, mouvements sociaux, est une démocratie vivante. Elle n’a jamais connu une telle densité d’élections : depuis juillet on a compté deux consultations internes organisées par les partis de droite, l’élection nationale de la Constituante, et ce 15 octobre aura lieu celle des gouverneurs. L’ensemble de l’échiquier politique y participera.

Autre point non négligeable : alors que des gouvernements néo-libéraux – comme ceux de la France ou du Mexique – continuent à détruire la protection sociale de la population, la guerre économique subie par le Venezuela ne lui a pas fait renoncer au maintien et au développement de ses investissements sociaux en faveur des secteurs populaires. L’ONU vient de le confirmer par la voix de la Secrétaire Exécutive de la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) Alicia Bárcena. « Le dernière décennie a été très prometteuse pour le Venezuela en matière sociale. Nous, nous enregistrons une réduction très importante de la pauvreté au Venezuela, sans précédent et aussi de l’amélioration de l’égalité, » a-t-elle déclaré le 22 septembre au siège des Nations Unies, à New York. Elle a souligné que malgré la situation économique mondiale, au Venezuela, les programmes sociaux n’ont pas été réduits, en particulier les missions qui ont des objectifs très concrets : « Dans le domaine social, nous pensons que les choses s’améliorent, dans le domaine économique, il faut mettre plus insister pour pouvoir d’une certaine façon restabiliser les politiques macro-économiques. » Pour Bárcena, les missions sociales du Venezuela sont importantes pour obtenir la réduction de la pauvreté réelle et l’insertion dans le marché du travail ou dans l’éducation : « Ces expériences sont très importantes et ne doivent pas être perdues ». La politique d’assistance sociale stimulée par le Gouvernement Bolivarien a permis de réduire l’indice de pauvreté extrême qui était de 10,8% en 1999 à 4,4% actuellement. Enfin Bárcena a condamné les sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis au Venezuela : « Nous espérons que ces problèmes pourront être résolus. Chaque pays doit résoudre ses problèmes intérieurs par ses propres moyens et l’interférence étrangère est contre-productive ».

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Dans son discours à l’ONU, le président Trump soutient, comme les journalistes, qu’il y a une dictature au Venezuela. Or ces 4 dernières années, et depuis que Nicolas Maduro a accédé au pouvoir, il y a eu pas moins de 4 processus électoraux: 1) élections présidentielles en avril 2013, avec un taux de participation de 79,7%; 2) élections municipales en décembre 2013, avec un taux de participation de 58,36%; 3) des élections législatives auxquelles ont participé 74,17% des électeurs inscrits; et enfin 4) le tout récent processus constituant qui a vu une participation de 41,3% malgré les violences et un appel à l’abstention de la part de secteurs radicaux de l’opposition.

Peut-on qualifier de dictature un système politique dans lequel non seulement on a pu réaliser 4 élections en 4 ans, soit en moyenne 1 par an, mais dans lequel également on reconnaît les victoires mais aussi les défaites? En décembre 2015 le président Maduro n’a-t-il pas reconnu la victoire de l’opposition aux législatives, ou en décembre 2013 la conquête de 81 municipalités -soit 39,34% de l’ensemble des communes- par cette même opposition?

S’il y avait réellement un régime dictatorial au Venezuela, comment comprendre alors que les médias privés n’ont cessé d’augmenter en nombre, font 85 % d’audience et sont pour la plupart opposés au gouvernement ? Et que les 17 partis d’opposition aient inscrits 77 candidats aux élections du 15 octobre prochain pour les postes de gouverneurs dans les 23 états du pays? Ce qui représente 77% des candidats inscrits alors que le Pôle patriotique (partis qui appuient le gouvernement, dont le PSUV) n’en a inscrit que 23%!

Doit-on vraiment parler de dictature dans un pays qui a non seulement réalisé 21 élections depuis 1999, mais qui les a réalisées avec une transparence validée par des organismes internationaux tels que le prestigieux Centre Carter ? Même les plus féroces opposants au soi-disant “régime dictatorial” de Maduro ont légitimé ces processus et leur transparence en participant et emportant des victoires en 2013 et 2015, et en s’inscrivant aux élections à venir; n’est-ce pas au final un signal clair qu’ils donnent sur la fiabilité de la démocratie vénézuélienne, de son système et de son pouvoir électoral?

Mais encore : peut-on appeler dictature un pays où la différence entre le nombre de personnes en âge de voter et le nombre de personnes effectivement inscrites sur les listes électorales est seulement de 3% ? A ce compte-là on peut dire que le Venezuela vivait sous le joug d’une féroce dictature avant 1999, lorsque cette même différence était de plus de 30%! Précisons que sous la prétendue dictature de Maduro le taux moyen de participation aux élections est d’un peu plus de 70%…

On voit bien d’évidence que le terme “dictature” des journalistes n’est pas adéquat pour un pays qui garantit le droit de vote et n’a cessé d’améliorer les conditions de participation des citoyens. En comparaison on est en droit de se demander ce qu’il en est du système électoral étatsunien: quel taux de participation aux élections? Quelle différence entre personnes en âge de voter et personnes effectivement inscrites sur les listes électorales? Les conditions de la transparence du processus électoral et du secret du vote sont-elles bien réunies?

Et quelle profonde contradiction, inexplicable pour tout théoricien ou philosophe politique, que de dire qu’une Assemblée Constituante, expression du peuple souverain originel, n’est pas démocratique! Dans toute définition classique -et toujours actuelle- de la démocratie, l’Assemblée Constituante est au contraire l’espace, le lieu et l’instrument de l’expression du peuple souverain. Aurait-on une autre définition de la démocratie aux Etats-Unis?

Pourquoi donc Donald Trump s’aventure-t-il à qualifier l’Assemblée Nationale Constituante d’illégitime? Elle procède pourtant du dispositif prévu par l’article 348 de la Constitution actuellement en vigueur, par ailleurs dûment débattue et approuvée par referendum populaire en 1999: “La convocation d’une Assemblée Nationale Constituante pourra être prise par le Président ou la Présidente de la République en Conseil des Ministres; par l’Assemblée Nationale à la majorité des 2/3; par les Conseils Municipaux réunis en assemblée générale à la majorité des deux tiers; ou par 15% des électrices et électeurs dûment inscrits sur les listes électorales”

Pourquoi dire que “le Président Maduro a créé l’Assemblée Nationale Constituante”! C’est le peuple vénézuélien qui l’a créée le 15 décembre 1999 en débattant largement puis en l’approuvant par referendum. Ce sont 8.089.320 vénézuéliens qui, le 30 juillet 2017, ont élus leurs députés constituants. Ces citoyens représentent 41,3% des inscrits sur les listes électorales, et ce malgré l’appel à l’abstention de secteurs dits “démocratiques” de l’opposition, et les obstacles physiques (bureaux de vote attaqués, brûlés, barricades) imposés par ces mêmes secteurs pour empêcher le libre exercice du droit de vote universel et secret. Si l’on ajoute à ces 41,3% la traditionnelle abstention de 30% en moyenne constatée lors des processus électoraux antérieurs, il ne reste que 28,7% qui se seraient abstenus pour répondre à l’appel de l’opposition!

Donald Trump affirme que l’Assemblée Nationale Constituante usurpe les pouvoirs de l’Assemblée Nationale législative aux mains de l’opposition. Cette affirmation se heurte à 2 objections majeures. D’abord la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela en vigueur précise ceci dans son article 349: “… Les pouvoirs constitués ne pourront en aucun cas entraver les décisions de l’Assemblée Nationale Constituante”; celle-ci compte en effet avec des pouvoirs qui sont hiérarchiquement au-dessus de ceux des pouvoirs constitués, y compris le pouvoir législatif. Ensuite cette affirmation ignore le récent décret pris par l’Assemblée Nationale Constituante qui régule les relations et les domaines d’intervention avec les 5 autres pouvoirs -que l’ANC reconnaît et entérine donc-. Qui sont les 5 pouvoirs prévus par la Constitution de 1999: exécutif, législatif, judiciaire, électoral et moral]

Donald Trump affirme encore que le prétendu dictateur Maduro “emprisonne les dirigeants de l’opposition élus démocratiquement”. Faut-il considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite grec Aube Dorée, parce qu’ils sont emprisonnés ? Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées.

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. (Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? » http://bit.ly/1NQgl43)

Comment fait-on aux Etats-Unis pour garantir le droit à la vie, à la libre circulation, à la santé, à l’éducation et au travail quand des groupuscules, se disant “pacifiques”, bloquent durant des heures, voire des jours, les autoroutes, les rues et avenues et empêchent de façon violente les gens de sortir de leurs résidences et d’aller au travail, d’accéder aux centres de soins, aux écoles ou aux marchés? Comment garantit-on, aux Etats-Unis, l’ordre public quand des groupes violents et armés, convoqués par des secteurs de l’opposition aux avant-postes des manifestations “pacifiques”, agressent à coups de cocktail Molotov, de mortiers et d’excréments les forces de sécurité? Quelle est la marche à suivre, aux Etats-Unis, quand ces mêmes groupes violents dont les membres se cachent courageusement le visage sous des cagoules incendient des écoles, assiègent des maternités, et à l’instar des méthodes fascistes ou suprématistes brûlent vif des personnes à cause de la seule couleur de leur peau? Permet-on, aux Etats-Unis, que ces mêmes groupes se prévalent du droit à manifester pour lancer des bombes et tentent d’envahir des casernes militaires?

Enfin, pour justifier sa volonté d’intervenir au Venezuela, Donald Trump évoque une crise humanitaire, alors que le PNUD, organisme émanant de cette même ONU, a signalé en mars dernier que le pays de Bolivar a maintenu un haut indice de développement humain (IDH) -0,767 contre 0,762 en 2012- malgré l’agression économique subie et la brutale chute des prix du pétrole ces 4 dernières années. Cela situe le Venezuela à la 71e place sur 188 pays en termes d’Indice de Développement Humain. L’argument de la crise humanitaire est donc bien léger et il faudra en trouver d’autres plus crédibles et solides. S’il y a crise humanitaire, c’est bien dans des pays comme le Pérou ou le Brésil dont l’IDH est 0,740, ou même la Colombie avec un IDH de 0,727! N’y a-t-il pas contradiction à imposer des sanctions économiques à un pays sous prétexte de crise humanitaire, et contribuer par ces mêmes sanctions à l’aggravation de ladite crise? Car c’est bien ce qui est visé : empêcher le peuple vénézuélien d’accéder à des crédits internationaux lui permettant de se procurer des médicaments et de la nourriture.

Avec un taux de 4,4% de pauvreté extrême, et de 18,5% de pauvreté générale le Venezuela est bien mieux loti qu’un nombre conséquent d’autres pays aux taux bien supérieurs de pauvreté. Comment soutenir, à moins que cela ne soit qu’un prétexte, qu’un pays est englué dans une crise humanitaire quand la production per capita de ces 4 dernières années se maintient à des niveaux relativement élevés -9% de plus que ceux qui ont été enregistrés lors des 3 dernières décades-? Et, répétons-le, tout cela dans un contexte de guerre économique orchestrée et de chute drastique des prix mondiaux du pétrole… Toute l’industrie alimentaire ou sanitaire qui opère dans le pays avec des capitaux américains n’a pas été détruite. Ce n’est pas l’ouverture d’un couloir humanitaire, cheval de Troie d’une intervention au Venezuela, qui résorbera la pénurie dans ces secteurs, mais bien la levée de l’embargo commercial clandestinement mis en place depuis 4 ans contre le peuple vénézuélien par ces grands capitaux.

Source : 15 y Ultimo (Pasqualina Curcio) : http://www.15yultimo.com/2017/09/07/dictadura-y-crisis-humanitaria-inventos-de-donald-trump-para-intervenir-en-venezuela/ et Venezuelainfos

Traduction : Jean-Claude Soubiès

Lire les deux volets antérieurs de ce dossier :

 

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Boaventura de Souza Santos: « Pourquoi je continue à défendre la Révolution Bolivarienne au Venezuela”

Décrit comme le « sociologue de l’antiglobalisation » et le « penseur étoile des mouvements sociaux », le portugais Boaventura de Souza est un des principaux initiateurs du Forum Social Mondial et l’un des intellectuels de gauche les plus respectés d’Europe. Cependant son travail dépasse les frontières nationales et universitaires. Docteur en Sociologie du Droit de l’Université de Yale, il occupe les fonctions de directeur du centre d’Etudes Sociales de l’Université de Coimbra et travaille également comme chercheur à la faculté de Droit de l’Université de Wisconsin-Madison aux États-Unis.

Entretien réalisé par Arturo Wallace, de BBC World Service, août 2017.

Lorsque vous écrivez «En défense du Venezuela » que défendez-vous, ou qui défendez-vous exactement ?

Je défends les majorités du Venezuela, parce que jusqu’à maintenant il est évident que ces majorités ont manifesté pour continuer les politiques d’inclusion sociale et de progrès menée pour les classes défavorisées. Comme vous le savez en 1998, au moment de l’élection de Hugo Chavez, 60% de la population du Venezuela vivait sous le seuil de pauvreté et aujourd’hui c’est beaucoup moins. Bien sûr en ce moment, il y a une crise au niveau de l’approvisionnement, une crise économique très grave. Mais jusqu’à présent la majorité pauvre du Venezuela n’a pas manifesté contre (l’actuel gouvernement), sauf lors des élections (parlementaires) de 2015, lorsque l’opposition a gagné mais avec une faible avance..

La société vénézuélienne est polarisée, avec de fortes différences. Et défendre le Venezuela, c’est défendre la démocratie vénézuélienne et le droit des majorités à manifester démocratiquement. Si vous regardez bien, l’opposition organise un référendum – bien qu’il n’ait aucune valeur juridique – et on parle de 7 millions, le gouvernement organise des élections pour une Assemblée Constituante et on parle de 8 millions. Et ensuite une entreprise privée dit qu’en réalité il n’y avait que sept millions, mais ce que tout cela montre c’est que la société est divisée. Et dans nos sociétés les divisions doivent se résoudre démocratiquement.

Mais la démocratie vénézuélienne fonctionne-t-elle ?

Ce qui est clair, c’est que le Venezuela n’est pas une dictature, car si c’en était une, l’opposition ne pourrait pas faire ce qu’elle fait : brûler des centres de santé, brûler des écoles, bombarder le Tribunal Suprême avec un hélicoptère, recourir à tous types de provocations dans la rue. Dans les médias internationaux ces provocations sont présentées comme émanant du gouvernement, alors qu’il est clair que ce n’est pas le cas. Et nous le savons car nous avons déjà vu cela avant. Vous avez peut être regardé par hasard le reportage de Sky News avant les élections (pour l’Assemblée Constituante) sur ce qui ressemblait à une guerre civile à Caracas ; alors souvenez vous de ce que Sky News a fait en Libye, à Tripoli et aussi à Mossoul en Syrie ; ensuite il s’est avéré que tout n’était que mensonges. On essaie de ne pas montrer la réalité du Venezuela aux médias internationaux et c’est pour cela que défendre le Venezuela c’est défendre un peu la démocratie et une sortie non violente à cette crise, car si cela se termine dans la violence, les vénézuéliens en premier lieu, mais aussi le monde entier va en souffrir.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux ont déguisée pendant des mois en « révolte populaire ».

Et vous êtes certain que la majorité des vénézuéliens appuient le gouvernement actuel ? Comme vous l’avez-vous-même rappelé, la dernière fois que l’opposition a participé à des élections, elle a gagné….

C’est vrai, la majorité a voté en décembre 2015 en faveur de l’opposition, cela ne fait aucun doute, mais si on y regarde bien, c’était dans un contexte de crise. Et il est évident que Maduro n’est pas Chavez. Nous savons aussi qu’il y a des problèmes – personne ne peut nier qu’il y a des problèmes au Venezuela – et nous savons aussi que Maduro n’est pas Allende. Mais il faut dire que lors de l’organisation des élections de 2015 la plupart des gens étaient très mécontents de certaines orientations de la Révolution Bolivarienne, mais ils voulaient continuer avec la Révolution : la corriger, pas l’éliminer.

C’est pour cela que lorsque l’Assemblée Constituante est arrivée – dans les conditions difficiles que nous connaissons, avec des salles de vote brûlées, saccagées- huit millions de personnes sont sorties manifester pour la défendre. Il me semble que la majorité des vénézuéliens n’est pas totalement d’accord avec les choix actuels de politiques bolivariennes de Maduro , mais elle veut poursuivre le projet d’intégration sociale, d’élargissement du pouvoir vers les communes, vers les plus pauvres, etc. Il ne s’agit pas d’éliminer complètement les conquêtes acquises depuis 1998. C’est dans ce sens que je parle de majorités.

Mais vous croyez que les conditions dans lesquelles a été élue l’Assemblée Constituante peut être considérée comme un exercice de démocratie et ses résultats comme l’expression de la volonté des majorités ?

Oui, c’est un exercice propre d’une démocratie, pas d’une dictature. Les procédures peuvent varier, proposer différentes formes de choix. Et l’article 348 de la Constitution stipule que le président a cette prérogative (de la convoquer). En fait j’ai toujours critiqué, d’une façon solidaire, certains aspects de la politique bolivarienne; cela ne date pas d’aujourd’hui. Et bien sûr, je pense personnellement – bien que je ne sois pas vénézuélien – qu’il aurait mieux valu garder la Constitution de 1998, et beaucoup de personnes pensent que ce serait possible. Mais dire que l’Assemblée Constituante n’est peut être pas pleinement démocratique est une hypocrisie, dans la mesure où l’Assemblée Nationale exerçait un blocage total à Maduro depuis le début.

Mais c’était un processus plus symbolique qu’effectif, alors que l’Assemblée Constituante, elle, a du pouvoir : de fait, une de ses première décisions a été la destitution de la procureure générale Ortega (NDLR : depuis cette interview, Luisa Ortega et son époux ont fui la justice vénézuélienne à la suite de la découverte d’un vaste réseau de corruption qu’ils dirigeaient depuis le Ministère Public dans la frange pétrolifère de l’Orénoque, et de l’omission juridique de nombreux cas de fraude massive sur le change de devises pour le commerce extérieur. Luisa Ortega collabore à présent, selon le Miami Herald, avec le gouvernement états-unien). Pensez vous que ce genre de décision contribue à la confiance et au dialogue que le gouvernement prétend défendre ?

Non. Et je pense réellement qu’il y a une polarisation croissante et très inquiétante, les deux parties polarisent vraiment la situation. Vous pouvez constater, par exemple qu’il y a eu une tentative pour diviser les militaires, tentatives derrière lesquelles l’interférence nord américaine était très forte, interférence avérée, parce qu’ils essaient de boycotter tout le processus bolivarien du Venezuela. Et les réactions ne me semblent pas bonnes non plus, bien évidemment. Ce qui me semble intéressant cependant c’est que l’opposition a décidé de participer aux élections régionales et locales qui vont avoir lieu. C’est l’expression de leur volonté d’affronter le vote et de continuer sur la voie démocratique, ce qui, selon moi est une très bonne nouvelle.

D’un autre côté, au Venezuela actuellement nous sommes face à une situation de dualité de pouvoir, avec d’un côté l’Assemblée Nationale et aussi un vide institutionnel très fort, parce que Maduro a révoqué la procureure générale, et d’un autre côté l’Assemblée Constituante, qui ne va pas l’accepter. Le résultat est une situation – qui n’est pas nouvelle dans l’histoire, la Russie a connu cela pendant un temps en 1917 – où le pouvoir est divisé dans la société ce qui rend de plus en plus difficile une solution dialoguée. Et nous n’avions jamais connu cette situation auparavant en Amérique Latine.

Ce que nous avons connu ce sont les dictatures sanglantes qui sont venues après, la destruction de tout, et cela doit inquiéter tous les démocrates. Et c’est pour cela que tous les efforts devraient tendre vers le dialogue. Certaines personnes ne sont malheureusement absolument pas intéressés par le dialogue. Et je me demande s’il n’y a pas des forces à l’extérieur qui ont intérêt à ce que le Venezuela, qui a toutes les richesses minérales du monde, ne soit pas un pays vraiment souverain, et non dépendant des États Unis ; on sait bien que tous les pays qui ont des réserves jugées stratégiques pour les intérêts américains ont été éliminés, détruits. Et il existe plusieurs façons d’intervenir. Nous ne pouvons pas rester naïfs. Après l’Opération Condor dans le Cône Sud de l’Amérique Latine au cours des années 70, nous ne pouvons plus être naïfs : il existe de nombreuses formes d’intervention dans les affaires d’un autre pays. Et je pense que sans cette polarisation le problème pourrait être résolu par la voie démocratique. Mais là, je ne sais pas, et cela m’inquiète beaucoup.

Pourtant cela fait 18 ans que le chavisme est au pouvoir. N’est-ce pas là la preuve qu’on exagère le poids de cette soi-disant conspiration organisée par Washington ?

Le problème ce n’est pas le nombre d’années qu’il est au pouvoir, mais s’il gouverne correctement. Et au Venezuela il y a eu un problème structurel très clair : le pays n’a pas su tirer profit des bénéfices du pétrole pour reconstruire un État qui vivait historiquement de ses rentes et dans la dépendance des États Unis. Parce qu’en fait Chavez ne l’a pas changé : il n’a pas profité des bénéfices du pétrole pour changer le modèle de production de l’économie au Venezuela. Au contraire, d’une certaine façon, il est encore plus dépendant de la production du pétrole. C’est bien évidemment un problème structurel. Auquel il faut ajouter le problème de la corruption, qui ne date pas d’aujourd’hui. La corruption était complètement endémique au Venezuela, dans les années 70 et 80. C’était un cas d’étude.

Il n’y a plus de corruption au Venezuela ?

Bien sûr que si. Comme dans d’autres pays. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Le problème c’est qu’il y a deux poids, deux mesures : par exemple au Brésil, la présidente la plus honnête d’Amérique Latine, Dilma Roussef, a été destituée par les politiciens les plus corrompus d’Amérique Latine. C’est ça qui me gêne. Et sur quoi repose cette double politique? en fait c’est très simple : cela dépend si tu es aligné sur les logiques internationales du néolibéralisme, des privatisations et d’abandon des richesses naturelles au marché international. Si tu es d’accord tout est toléré, comme on tolère que l’Arabie Saoudite exécute des jeunes qui ont participé au printemps arabe, ou que les femmes soient fouettées pour avoir conduit une voiture, cela ne provoque aucune vague. En ce qui nous concerne, ce n’est pas du tout ce qui se passe, et c’est cette double politique qui me gêne. Mais je ne cherche absolument pas à cacher les problèmes structurels du pays.

Brésil, mars 2015. « Dilma dehors ! », « Assez de corruption ! », « Nous réclamons une intervention militaire d’urgence face aux trois pouvoirs pourris ! ». « Assez d’endoctrinement marxiste », « Assez de Paulo Freire » (créateur de la célèbre « Pédagogie de l’opprimé », NdT), « US Navy et Air Force, sauvez-nous à nouveau! », des effigies de Lula et Dilma pendues à un pont : comme au Venezuela, des classes moyennes transformées en « révolte populaire » par les médias internationaux ne seraient pas fâchées de voir intervenir militairement les États-Unis, voire de remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les « toxines marxistes ».

Mais vous pensez que les inquiétudes sur la qualité de la démocratie au Venezuela ne sont qu’une façade ?

Non, je pense qu’il faut lutter pour la qualité de la démocratie. Mais encore faut il se mettre d’accord sur ce que l’on entend par démocratie . Il existe des groupes qui essaient de construire un pouvoir communal depuis la base. Par exemple, il existe aujourd’hui au Venezuela une structure très importante qui s’appelle le Pouvoir Communal, à laquelle participent des gens très critiques vis-à-vis des politiques de Maduro et qui essaient de construire depuis la base un pouvoir communal qui est un pouvoir participatif, pas nécessairement représentatif en termes de démocratie représentative. Mais vous savez bien qu’il existe d’autres formes de démocratie.

Et le Venezuela avait un système électoral très sophistiqué. Et je suis surpris que l’entreprise privée Smartmatic dise – sur quelle base, je l’ignore, ce que je sais c’est qu’elle vient de signer un contrat pour plusieurs millions avec la Colombie – qu’ils n’étaient que sept millions, et non pas huit. Il y a des choses que nous ne comprenons pas, qui me surprennent et m’incitent à garder mes distances en raison que ce que j’ai vu en d’autres occasions en Amérique Latine. Les conséquences sont toujours les mêmes : guerre civile, morts, de plus en plus d’assassinats, et ce serait regrettable pour le peuple vénézuélien et les démocrates du monde entier.

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida.

Et l’unanimité des décisions de l’Assemblée Constituante ne vous semble pas suspecte? Dans quelle mesure un organe qui prend de telles décisions peut il être considéré comme représentatif de la société vénézuélienne ?

Je ne suis pas certain que les choses soient comme cela.

Mais c’est ce qui s’est passé jusqu’à présent…

Bien sûr, mais cela n’a pas encore commencé, pour ainsi dire. Nous allons voir ce qui va se passer. D’un autre côté, au Venezuela les mécanismes démocratiques sont encore très forts. Quand cette Assemblée Constituante aura terminé son travail, la nouvelle Constitution devra être approuvée, elle ne pourra pas entrer en vigueur comme cela, il faudra un référendum. Alors les vénézuéliens auront l’occasion, lors du référendum, de dire s’ils sont pour ou contre. En d’autres termes il me semble qu’il existe encore des mécanismes qui permettent une issue démocratique, une issue avec un minimum de violence – qui hélas est déjà très importante – et avec un minimum d’intervention internationale. Nous allons voir si cela est possible, mais il ne faut pas renoncer à espérer. Même si, pour l’instant, les deux parties n’ont pas un comportement propice au dialogue.

Et vous pensez que la volonté de dialogue du gouvernement est réelle ?

Il ne faut pas oublier que tout a commencé lorsque l’opposition a gagné les élections en 2015. Elle a gagné les élections législatives, pas les présidentielles, mais la première chose qu’elle a dite a été : « il faut détruire la Révolution Bolivarienne et faire partir Maduro ». C’est-à-dire que les premières déclarations du nouveau président de l’Assemblée ont été pour détruire tout ce qui a été fait auparavant. Ce n’est pas normal. Et il ne faut pas s’étonner si les partisans du gouvernement ou de Maduro commencent à envisager les façons de se défendre. Et je me réjouis que jusqu’à présent, ils aient choisi le chemin d’une Assemblée Constituante, car ils auraient pu recourir à une lutte armée et tout le monde sait qu’au Venezuela il y a beaucoup d’armes.

C’est pour cette raison que je préfère, d’une certaine façon, reconnaître l’Assemblée Constituante, préparer un vote lors d’un référendum, et reconnaître le verdict, quel qu’il soit. Mais il faut faire en sorte que le processus puisse continuer, même si c’est au bord du chaos. On est au bord au chaos, mais beaucoup de pays ont connu cela : mon pays, le Portugal, est passé par quelque chose de très proche en 1975, et nous nous en sommes sortis. Après la Révolution d’Avril au Portugal on disait qu’une intervention nord-américaine était nécessaire. Et nous sommes parvenus à maintenir le système démocratique..

Bien sûr, le Venezuela n’est pas le Portugal, les pays sont différents, les contextes sont différents. Mais je continue de défendre la possibilité d’une issue de dialogue démocratique, ce qui probablement n’est possible que si l’on n’attise pas la dualité de pouvoir avec l’Assemblée Nationale, si on laisse l’Assemblée Constituante rédiger une Constitution et la soumettre par référendum, et surtout si on mise avec force sur les élections régionales et locales. Les élections régionales et locales vont nous dire ce que pense réellement le peuple. Et toutes les informations que je reçois de l’intérieur du pays, de gens qui sont avec les peuples, c’est que les gens ne sont pas contre la Révolution Bolivarienne, mais ils veulent manger, ils veulent résoudre les problèmes.

Et ils pensent aussi que pendant longtemps il y a eu un boycott de la part des forces de l’oligarchie qui ont bloqué l’approvisionnement de la société. Mais bien sûr, il n’y a pas de récoltes, il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas de couverture santé et tout cela est insupportable. Et les gens ne sont pas du tout satisfaits.

Mais cette situation peut elle s’expliquer uniquement par le boycott de l’oligarchie? N’est-ce pas aussi un résultat des politiques du chavisme ? Comment un boycott peut il expliquer que le Venezuela soit devenu, selon les termes de Ricardo Hausmann, « le pays le plus endetté du monde ? »

Le Venezuela n’est pas le pays le plus endetté; le pays le plus endetté ce sont les États-Unis: 23 milliards de dollars de dette publique. Il ne l’est ni en termes absolus, ni en termes relatifs. Mais ce qui se passe c’est que les États Unis peuvent imprimer les billets qu’ils veulent et la valeur du dollar se maintient…

Mais la dette vénézuélienne est significative…

Oui elle est très importante. Et je ne vais pas vous dire que le boycott en est la seule raison (de la crise économique au Venezuela). Il n’y a pas qu’une seule raison. Et il y a eu des erreurs. Je ne suis pas du tout en train de présenter le pauvre Maduro comme une victime innocente de toute l’opposition. Pas du tout. En fait lorsqu’il y a des erreurs dans une démocratie, que fait-on? On les corrige. Et c’est pour cela que certaines erreurs de la Révolution Bolivarienne ont provoqué la défaite aux législatives de 2015 .

Mais que s’est-il passé ensuite ? La droite qui a gagné les élections (législatives) a décidé que la seule façon de conquérir le pouvoir et de faire reconnaître sa victoire était de détruire la Révolution Bolivarienne au lieu de la corriger.

C’est le problème aujourd’hui. C’est la cause de la polarisation. Parce que lorsqu’on pense qu’il ne faut pas corriger les erreurs mais tout détruire, alors il faut agir de façon plus radicale. C’est ce qui s’est passé au Brésil : il a fallu un coup d’état. Car s’il s’était seulement agi de corriger les erreurs de Lula – qui étaient grandes et que j’ai critiquées à l’époque – on aurait pu trouver une solution démocratique, attendre les élections suivantes et renverser Dilma Roussef à ce moment là. Mais l’oligarchie était impatiente et a choisi la voie du coup d‘état. Je pense que c’est ce qui va arriver au Venezuela. Ou qui peut arriver. Parce que les mécanismes démocratiques qui existent encore sont très fragiles et exigeraient de grands leaders ou la protection d’institutions comme la CELAC et l’UNASUR, qui, si elles étaient fortes pourraient intervenir et dire « Mes amis, nous allons essayer de sauver le plus important ». Mais c’est ce qui manque en ce moment, et les fautes sont partagées. L’important selon moi, c’est de maintenir une structure démocratique, parce que le résultat va être terrible. Et c’est ce que l’on ne peut pas accepter.

Vous êtes optimiste ou pessimiste?

A l’heure actuelle, je suis de plus en plus pessimiste, parce que tous les jours je constate que les possibilités de dialogue s’amenuisent et que la pression internationale, la pression des États-Unis crée une situation propice à un coup d’état. Mais, en plus, l’opposition est très divisée. Elle n’est unie que pour détruire la Révolution Bolivarienne, mais pour rien d’autre et qu’est-ce que cela pourrait produire ? Une grande incertitude, peut être beaucoup de violence et un recul total des avancées sociales.

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-40898069

Traduction : Pascale Mantel

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Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #3

Le jeu des sept différences

Il faut savoir un gré infini à @Filip__FI, ce lycéen de la France Insoumise, pour la leçon de journalisme qu’il nous donne depuis peu sur son Blog http://bit.ly/2wcvsiZ. Jean Lacouture définissait le journaliste comme « l’historien du présent » et c’est bien ce qui fait défaut à nos zombies des médias : aider le citoyen lecteur, auditeur ou téléspectateur à comprendre le présent à travers l’examen vivant du passé.

Pour bien comprendre l’univocité scandaleuse des médias actuels contre un processus démocratique qui a vu une énorme participation populaire répondre pacifiquement à trois mois d’insurrection armée de la droite, et où des militants de tous bords veulent élargir les droits citoyens en portant leurs propositions à la discussion de la constituante, on doit prendre en compte la disparition du pluralisme suite au rachat généralisé par les milliardaires, l’inculture crasse des écoles de journalisme réduites à l’enseignement du formatage, l’alliance du carriérisme et du conformisme chez d’ex-pigistes, la peur de se retrouver seul et de perdre des lecteurs, la droitisation des sociétés européennes, etc… mais il y aussi l’histoire profonde d’une Europe encore prisonnière de son histoire de domination. Se rappeler par exemple qu’il y a 200 ans des gazettes et agents nord-américains traitaient déjà Bolivar de « César assoiffé de pouvoir ». Ou comprendre que la politique Sud-Sud du président Chavez, visant à unifier l’Amérique Latine et à la rapprocher de l’Afrique, souvent décriée à cause de rapports avec l’Iran ou la Libye, s’inspirait en réalité de la vision de Bolivar del « Equilibrio del mundo » et de la célèbre conférence de Bandoeng de 1955 où pour le dire avec Lacouture, « les damnés de la terre réinventèrent le monde« . Cette conférence réunissait pas mal de tyrans aux côtés de chefs d’État plus démocrates du Tiers Monde mais nul historien ne conteste qu’elle marqua une étape décisive dans l’émancipation post-coloniale des peuples du Sud.

Thierry Deronne, Caracas, juillet 2017

Episode 3: La révolution bolivarienne sous Chavez, par @Filip__FI

Nous voici à présent lancés dans le cœur du sujet. Rebondissements après rebondissements, la révolution bolivarienne prend enfin forme. Afin de rester dans le cadre d’un article de blog, il est évident que je ne peux étudier avec vous tous les aspects de la Révolution sous Chavez (même s’il se peut que je déborde un peu après Chavez par moment). En revanche, ce qui va suivre tente de faire une synthèse à la fois détaillée, mais aussi simple et accessible de tous. Certains aspects ne seront peut-être pas approfondis, mais l’espace commentaire est évidemment ouvert aux questions si vous le souhaiter.
Mais je vous rassure, on va déjà aller beaucoup plus en profondeur qu’un article de l’Express ou de Libération…
 © Filip FI © Filip FI

I. Une nouvelle constitution

Comme promis, après avoir prêté serment sans conviction sur la constitution de la IVème république, Chavez entame la rédaction d’une nouvelle constitution par le biais d’une Assemblée Nationale Constituante. La République du Venezuela devient République bolivarienne. Changement de nom, changement de ton. Voyons ce que définie cette assemblée pour le pays.

Dans la nouvelle constitution, quatre axes fondamentaux de la société vénézuélienne sont redéfinis:

  • Sur le plan institutionnel, l’accent est mis sur la démocratie participative. La nouvelle organisation politique de la société permet au peuple de s’impliquer davantage dans la gestion des affaires publiques. Les assemblées de citoyens et citoyennes voient le jour, et le recours au référendum devient beaucoup plus fréquent1. Les référendums peuvent être consultatifs, sur des questions d’intérêt général, abrogatoires, pour adopter une loi que le parlement refuse, ou encore révocatoire, pour destituer un élu allant du maire au président de la République. La constitution en elle-même est née de la consultation du peuple, par l’intermédiaire de l’ANC.
  • La nouvelle constitution marque aussi l’apparition de nouveaux droits fondamentaux pour les vénézuéliens. Ainsi, tout vénézuélien a désormais le droit à des soins médicaux gratuits et de qualité2, une éducation gratuite y compris dans l’enseignement supérieur3, et un environnement sur, sain et écologiquement équilibré4. Un chapitre entier est également consacré aux droits des peuples et communautés indigènes5. Leur existence et leurs us et coutumes sont désormais reconnus et protégés par la constitution.
  • La séparation des pouvoirs est elle aussi redéfinie. On compte désormais cinq branches parmi lesquelles le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais aussi le pouvoir électoral chargé de la bonne tenue des élections (sous contrôle du Conseil National Électoral), et le pouvoir citoyen, regroupant au sein du Conseil moral républicain, le défenseur du peuple, le procureur général de la République (fiscal general en espagnol) et l’inspecteur général de la République6.
  • Enfin, en matière économique, on note que la constitution garantit la totale souveraineté de l’Etat sur l’industrie pétrolière et son entreprise PDVSA7. Quand on sait que l’or noir représente 96% des exportations du pays, le monopole de l’Etat sur sa production n’est pas anodin, il vise à garantir la « souveraineté économique et politique » du pays.

Après validation populaire par référendum le 15 décembre 1999, le 20 décembre la nouvelle constitution est adoptée.

Un homme brandit la constitution de 1999 lors d'une mobilisation chaviste (photo non datée)Un homme brandit la constitution de 1999 lors d’une mobilisation chaviste (photo non datée)

 

En 2007, Chavez a annoncé vouloir modifier 33 articles de la constitution. Cette décision provoque un tollé médiatique international.
Le projet de réforme constitutionnel prévoit notamment de limiter la durée quotidienne de travail à six heures (36 heures hebdomadaires), d’interdire aux employeurs le fait d’obliger leurs salariés à effectuer des heures supplémentaires, de multiplier le nombre de conseils communaux, de supprimer l’autonomie de la banque centrale pour allouer plus de fonds aux programmes sociaux ou encore de distribuer les terres non productives aux paysans. Vous vous doutez bien que ce n’est pas ce genre de réformes sur lesquelles les médias vont s’attarder.

Chavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFPChavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFP

 

La réforme prévoit également d’abolir la limitation du nombre de mandats dans le temps et d’élargir à sept ans la durée d’un mandat présidentiel. Diantre! Il y a là la preuve évidente du caractère dictatorial de cet homme! Une campagne médiatique de grande ampleur est engagée pour dénoncer « l’autoritarisme » présumé de Chavez. Une hypocrisie d’une ampleur risible.
Le projet en lui-même n’est pas imposé au pays. Il est d’abord soumis au vote de l’assemblée nationale puis à celui du peuple par référendum. L’opposition avait boycotté les législatives de 2005 et se plaint de ne pas pouvoir agir sur cette réforme. Drôle de situation non?
Deuxième hypocrisie, encore plus risible celle-ci. On ne parle évidemment pas de l’ensemble de la réforme dans les médias, mais seulement de l’abolition de la limite du nombre de mandats8. On y voit la volonté d’un homme de s’accrocher au pouvoir. Risible encore une fois, quand on sait que l’on peut rester éternellement au pouvoir à condition d’être élu dans bon nombre de pays européens comme le Royaume-Uni, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne ou encore…la France.

Vous voulez la fin de l’histoire? Le projet de réforme de la constitution est refusé par référendum le 2 décembre 2007 à 51% de « non ». Chavez reconnait le résultat et s’y soumet, tel un vrai dictateur pas vrai?

II. Des débuts difficiles | Coup d’état de 2002

La révolution met du temps à s’impulser et connait des débuts difficiles. Le prix du baril avait chuté et avait entraîné une forte récession durant l’année 1999. Chavez a réagi en s’accordant avec les pays de l’OPEP pour faire remonter le prix du baril, signant ainsi le grand retour du Venezuela au sein de l’OPEP.

A la crise économique due au pétrole s’ajoute également des déstabilisations politiques venant de l’opposition et des Etats-Unis. Après avoir re-nationalisé PDVSA en accord avec la constitution, Chavez s’attire évidemment les foudres de Washington qui profitait jusqu’alors d’un pétrole bon marché. L’opposition et la Maison Blanche peinent à reconnaître le caractère légitime de la présidence de Chavez et de la nouvelle constitution.
Chavez est également freiné dans sa volonté de réformes sociales par une corruption et un système capitaliste bien encré dans toutes les sphères de la société. C’est ainsi que le 11 avril 2002, un coup d’état ouvertement soutenu par Washington, une bonne partie de l’opposition et par les médias privés, est fomenté contre lui. Le récit de ce coup pourrait être le scénario d’un film hollywoodien par son déroulement aussi tragique qu’extraordinaire. Je vous en fait une petite chronologie ici:

  • 7 avril 2002: Chavez licencie des cadres dirigeants de PDVSA. Malgré la nationalisation, l’Etat peine à contrôler totalement l’entreprise pétrolière et Chavez tente d’y remédier.
  • 9 avril: Le syndicat CTV et le syndicat patronal Fedecamaras organisent une grève générale de 24h.
  • 11 avril: L’opposition organise une manifestation (200 000 personnes) à Caracas exigeant le départ du président Chavez élu démocratiquement. La manifestation ne suit pas le parcours prévu et se dirige vers le palais présidentiel de Miraflores. L’opposition, soutenue par les médias privés cherche la confrontation avec la contre-manifestation chaviste rassemblée autour du palais. Des heurts éclatent, des snipers inconnus tirent sur la foule tuant chavistes comme anti-chavistes (sept d’entre eux seront arrêtés, on les soupçonne d’être directement envoyé par la CIA qui n’en est pas à son premier coup d’essai en Amérique latine), un détachement de l’armée menace de faire « sauter le palais » si Chavez ne renonce pas. Chavez est emmené et séquestré sur une base militaire. Pedro Carmona, président du syndicat patronal Fedecamaras et fervent opposant à Chavez, est auto-proclamé président de la République et fait abolir la constitution de 1999.
  • 13 avril: les vénézuéliens issus des quartiers populaires majoritairement, descendent dans les rues par milliers exigeant la libération de Chavez et son retour à la présidence du pays. Aidé par certains militaires et la garde présidentielle, le palais de Miraflores est repris, Chavez est libéré et revient en héros.
Le peuple devant le palais présidentiel exige la libération de ChavezLe peuple devant le palais présidentiel exige la libération de Chavez

Ce coup d’état qui aura destitué Chavez durant 48 heures va renforcer considérablement sa réputation.
Avant de passer à la suite, je voudrais vous donner une liste de noms que je vous sommes de retenir: Julio Borges, Leopoldo Lopez, Henrique Capriles ou encore Globovision, Venevision, RCTV, Televen, El Nacional, Ultimas Noticias, El Universal, TalCual. Ce sont là des noms de personnalités politiques ou de médias qui ont soutenu le putsch contre un président démocratiquement élu et qui pour la plupart sont encore actifs aujourd’hui. Tachez de vous en souvenir. On reparlera de certains d’ailleurs dans le prochain article.
Je lance d’ailleurs ici un appel à ce que l’on élargisse cette liste de noms le plus possible (en commentaire de cet article ou sur les réseaux sociaux avec des sources, je rajouterais les noms à la liste ci-dessus ou j’en ferais un article à part s’il y en a assez).

Reprenons. Malheureusement, le coup d’état ne suffit pas à l’opposition. Une grève générale de PDVSA est organisée pendant pratiquement deux mois entre 2002 et 2003. Il y a là une volonté de sabotage de l’industrie pétrolière qui en restera affectée sur sa productivité notamment.

III. D’importantes et impressionnantes avancées sociales

Malgré des débuts difficiles, une fois la révolution réellement lancée, les progrès sociaux vont être impressionnants. Faire l’impasse dessus lorsque l’on parle de la révolution relève clairement de la malhonnêteté intellectuelle.

Les missions bolivariennes (misiones en espagnol) sont une série de programmes sociaux développés au Venezuela depuis 2003 et qui continuent encore de nos jours pour la plupart d’entre-elles (certaines ayant atteint leur but, elles ont pris fin). Les volontés de changements étaient jusque là compromises par, non seulement une opposition néolibérale antidémocratique, mais également par un appareil d’Etat gangrené par une corruption structurelle. Les missions répondent directement à cela par l’implication directe des citoyens dans la gestion public, en continuité avec la démocratie participative prônée par la constitution.

Chaque année, les missions sont rééditées pour répondre à des exigences différentes. Elles traitent chacune d’un ou plusieurs problèmes spécifiques, comme la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté, l’éducation, la santé ou encore l’analphabétisme. Elles sont réalisées grâce à des citoyens bénévoles accompagnés de certaines institutions comme les universités ou bien les entreprises publics. Leur financement est en grande partie lié aux excédents de PDVSA, elles sont donc grandement dépendantes de la prospérité de l’industrie pétrolière vénézuélienne, ce qui pose d’autres problèmes que l’on verra plus tard.

Voyons deux exemples de missions très populaires :

  • La mission Robinson a pour objectif d’éradiquer l’analphabétisme. Créée en 2003, il aura fallu seulement deux ans pour qu’en 2005, l’UNESCO proclame le Venezuela, territoire libre d’analphabétisme9.
Hugo Chavez en 2003 lors d'une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d'alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRESHugo Chavez en 2003 lors d’une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d’alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRES

 

D’autres missions concernant l’éducation ont vu le jour avec chacune leur spécificités et particularités comme la mission Sucre ou la mission Ribas.

  • La Gran Mision Vivienda (Grande Mission Logement) consiste elle à charger l’Etat de la construction de logements dans le pays. Créée en 2011, elle est probablement la plus impressionnante en terme d’efficacité. L’année même de son lancement, 146 718 maisons ou appartements ont été construits, 200 080 en 2012, 200 370 en 2013, 126 503 en 2014 et 326 329 en 2015, pour un total de un million de logements en cinq ans10. Pas mal non? Et ce ne sont pas des logements dans un environnement désertique, ils sont accompagnés d’espaces verts, d’aires de jeux et d’espaces prévus pour les activités sociales, culturelles ou sportives.
Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016

 

Il existe plus d’une vingtaine de misions actives au Venezuela. Je vous donne quelques chiffres significatifs qui illustrent bien leur impact sur la situation sociale du pays:

  • L’espérance de vie est passée de 72 ans en 1998 à 75 ans en 201411.
  • L’indice de développement humain est passé de 0,699 en 2000 à 0,764 en 201312.
  • Entre 1998 et 2013, l’accès à l’eau potable a augmenté de 15%13.
  • Entre 1999 et 2014, le chômage est passé de 11% à 5,6%14.
  • Le nombre d’établissements de santé est passé de 4 957 en 1998 à 13 372 en 2014. Autrement dit, 8 415 établissements de santé ont été construits en 16 ans15.
  • L’accès à l’éducation secondaire a augmenté de 27,1%16.

IV. Intégration américaine

L’exemple de la révolution bolivarienne a poussé d’autres peuples d’Amérique du sud à se révolter démocratiquement, et différents gouvernements de gauche ont vu le jour après l’arrivée de Chavez. Parmi eux, dans leurs diversités politiques, on peut citer ceux de Lula da Silva au Brésil et Nestor Kirchner en Argentine en 2003, de Tabare Vazquez en Uruguay en 2005, de Evo Morales en Bolivie en 2006, de Rafael Correa en Equateur en 2007, ou encore de Michelle Bachelet au Chili en 2014. Chaque gouvernements possèdent leurs propres caractéristiques et ne se revendiquent pas forcément du « socialisme ».

Lorsque Chavez arrive au pouvoir, l’Amérique latine est loin d’être le continent unifié dont rêvait Bolivar. La seule organisation à vocation réellement continentale est l’OEA (Organisation des Etats Américains), mais l’emprise de Washington sur celle-ci est conséquente. Cuba y était encore exclu jusqu’à il y a peu. Les Etats-Unis rêvaient également d’étendre leur libre-échange à échelle continentale à travers l’ALCA principalement.

C’est ainsi que vont voir le jour différentes organisations, dont le Venezuela de Chavez va participer activement à leur création. On peut notamment citer l’UNASUR (2004) comme alternative à l’ALCA (et l’OEA dans une certaine mesure), la CELAC (2010) comme alternative à l’OEA, ou encore la fameuse ALBA (2004).

Logo de l'ALBALogo de l’ALBA

 

 

Parlons un peu de cette ALBA. Cette organisation de coopération voit le jour en avril 2005 avec un accord entre Cuba et le Venezuela selon lequel le pays envoie du pétrole à Cuba en échange de médecins (Cuba étant le pays avec le plus de médecins au km²). Progressivement, d’autres pays vont rejoindre l’organisation parmi lesquels notamment l’Equateur, la Bolivie, et huit autres pays. L’ALBA met l’accent sur la solidarité, la complémentarité, la justice, et la coopération latino-américaine, selon ses propres mots17. Contrairement à ce qui a pu être dit par certains, l’ALBA n’est en aucun cas une alliance militaire, mais avant tout une coopération économique. Il est cependant vrai de dire qu’elle a un caractère politique plus prononcé que d’autres organisations comme l’UNASUR ou la CELAC. L’organisation s’oppose explicitement à l’impérialisme nord-américain et refuse les logiques d’accaparement des richesses au détriment d’autres peuples. A vous de juger si ces intentions sont louables.

V. Naissance du PSUV

Je rajoute cette petite partie pour préciser que, jusque ici, le parti politique dirigeant cette révolution est toujours le Mouvement Cinquième République créé en 1997. Seulement, il vieillit et rien que son nom n’est plus d’actualité. C’est ainsi que le 14 mars 2008 est créé le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Il se fonde par une fusion du Mouvement Cinquième République et de cinq autres partis. Notons que le Parti communiste (PCV) a cependant décidé de rester à l’écart bien qu’il soutienne le président Chavez.

Logo du PSUVLogo du PSUV

 

En 2012 voit le jour un Grand Pôle Patriotique, coalition politique autour du PSUV, qui regroupe plusieurs partis politiques soutenant la révolution bolivarienne, dont le PCV.

VI. Censure des médias au Venezuela? Ça dépend de quel point de vue…

Alors là, c’est une question sensible. Chavez a-t’il muselé la liberté d’expression au Venezuela? A en croire nos médias, c’est irréfutable. A en croire les faits, absolument pas.
Le « problème » de la liberté d’expression au Venezuela n’en est pas un, il ne faut pas avoir peur de le dire, c’est une fable, destinée à détourner le regard des avancées sociales de la révolution. Jamais Chavez n’a empêché la critique de s’exprimer. En réalité, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Pour vous donner une idée, je vous invite à lire l’excellent article de Thierry Deronne de 2015 qui explique très bien cette farce (à voir en bas de page). Je vais vous donner quelques éléments mais j’insiste pour que vous alliez le lire si vous n’êtes pas convaincus par ce qui va suivre.

La grande majorité des médias vénézuéliens sont critiques à l’égard du chavisme, et pour cause, en 2014, sur 2896 médias, 80% d’entre-eux étaient des entreprises privées. La vérité, c’est que un des problèmes du chavisme est de ne pas arriver à diffuser de façon massive ses informations auprès de la population. Les chaînes de télévision et les journaux en majorité privés donc, ne cessent de diffuser des informations contre le gouvernement, et très rarement l’inverse. En 2014, 85% des audiences radios et TV étaient réalisées par les médias privés, contre 12% seulement par ceux du public, et 3% par les médias communautaires.
En 2005 a été lancée la chaîne Telesur à l’initiative de Chavez, en coopération avec d’autres pays latino-américains, dans le but justement de contrer l’hégémonie du privé sur l’information, mais c’est loin d’être gagné.
Pire encore, lors du coup d’Etat de 2002, c’est bien l’opposition qui a pris possession de la seule chaîne TV relaie du point de vue chaviste à cette époque, à savoir VTV sur le Canal 8, et qui en a coupé le signal. Cette même chaîne TV a encore récemment été attaquée par des groupes violent d’opposition qui y ont mis le feu, et combien d’autres exemples d’attaques contre la liberté de la presse venant de l’opposition peut-on citer. Tiens donc, les rôles de l’oppresseur et de l’oppressé seraient-ils en réalité inversés?

Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l'article de Thierry DeronneScène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l’article de Thierry Deronne

 

Donc oui, c’est bien une question de point de vue. D’un côté, celui de ces médias privés (vénézuéliens mais aussi la presse internationale qui reprend en chœur) qui inventent leur propre répression, et de l’autre, celui des chavistes qui tentent tant bien que mal de dénoncer la supercherie et de mettre en avant les réussites de la révolution. Oui, il y a bien une censure de l’information au Venezuela, celle de ces groupes privés qui censurent la réalité des programmes sociaux et s’acharnent à dénoncer la révolution plutôt que de faire un vrai travail journalistique.

Enfin, avant de clore cette partie il faut absolument que je vous parle d’une dernière chose. Une fois toutes les supercheries sur la prétendue censure démasquées, il reste un ultime argument des anti-chavistes: Alo Presidente. Il s’avère que tous les dimanches à 11 heures, était diffusé sur les médias publics radio et tv (15 % d’audience) un programme dans lequel le président de la République, pour ne citer que lui, prend la parole et dialogue avec les citoyens sur des sujets divers et variés. Il y rend également compte des politiques menées par le gouvernement, des choses qui vont, qui ne vont pas etc. Alors effectivement ça peut en effrayer certains, il est préférable d’avoir un gouvernement qui mène sa politique dans son coin, à l’abri des regards, et qui ne rend pas compte de ces actes devant le peuple qu’il est censé représenter. Est-ce une censure des chaines TV? Si ça peut vous rassurer, le programme ne dure que quelques heures le dimanche, le reste du temps, tout fonctionne normalement. (Aujourd’hui l’émission existe toujours sous le nom de Domingo con Maduro)

VII. Les élections: dictature déguisée ou processus démocratiques?

Après la liberté d’expression vient la démocratie. Je vais être concis, mais sachez que l’on n’a vraiment pas de leçons à donner sur ce sujet. Depuis l’accession au pouvoir de Chavez le 6 décembre 1998, dix-sept élections ont eu lieu au Venezuela18. Toutes ont été remportée par le chavisme à l’exception des législatives de 2015. A ces dix-sept élections s’ajoutent sept référendums nationaux, dont six remportés par le chavisme. La fiabilité de l’ensemble des scrutins a toujours été validée par l’ensemble des observateurs internationaux, et le Venezuela est reconnu dans la région comme ayant un excellent système électoral. En 2012, lors de la réélection de Chavez à la présidence, Jimmy Carter, 39ème président des Etats-Unis, a même affirmé que le processus électoral vénézuélien était le « meilleur du monde »19. Un vrai marxiste-léniniste celui-là.

Vote lors de l'élection présidentielle de 2013Vote lors de l’élection présidentielle de 2013

 

Et quand un scrutin est perdu par le chavisme, le résultat est reconnu et respecté. Quand en 2007, le référendum sur la constitution fut perdu par Chavez, il a immédiatement reconnu le résultat et s’est soumis à la démocratie. Quand en 2013, le chavisme gagne les élections, l’opposition ne reconnait pas le résultat20, et quand en 2015, cette même opposition gagne les législatives, le résultat est devenu bon. Démocratie à géométrie variable pour certains donc.
Enfin, tandis que sept référendums ont eu lieu au Venezuela depuis le début de la révolution, sur la même période, seulement deux ont eu lieu en France. Et encore, sur les deux, un n’a pas été respecté (référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005).
Conclusion: vaut mieux balayer devant sa porte avant de chercher à balayer dans le vide chez les autres.

VIII. Prises de position contestées

Si les grands médias de communication font pratiquement abstraction des conquêtes sociales de la révolution bolivarienne, ils insistent cependant beaucoup sur les relations qu’a pu avoir Chavez avec certains dirigeants politiques sur la scène internationale et qui sont évidemment contestables. Parmi ces relations, on peut relever celles avec Kadhafi, Al-Assad ou encore Ahmadinejad.

Je ne fais pas partie de ceux qui soutiennent ces prises de positions et je pense que ce fut une grave erreur. Mais je pense cependant les expliquer (pas justifier) par la volonté de créer (selon moi) une grande coalition à échelle internationale contre la politique impériale des Etats-Unis.

Malgré cette erreur de Chavez, il n’est cependant pas vrai de dire que l’essentiel du chavisme repose sur sa politique extérieur. Réduire le chavisme à cela est une fois de plus ridicule et malhonnête.

IX. Mort de Chavez

En juin 2011, Chavez annonce un cancer. Il est soigné à Cuba où les médecins sont parmi les plus compétents du monde. Il se bat et lutte contre son cancer mais celui-ci l’emportera le 5 mars 2013. D’énormes rassemblements ont lieux dans tout le pays et un deuil national de sept jours est décrété. Avant son décès, Chavez émit l’hypothèse selon laquelle son cancer lui aurait été volontairement inoculé, soulignant l’étrangeté du fait que plusieurs dirigeants d’Amérique latine avait vu eux aussi un cancer se développé21. Il comparait même son cas à celui de Yasser Arafat dont les circonstances de la mort sont également étranges et non élucidées.

Avant sa mort, Chavez a également organisé une allocution télévisée dans laquelle il désigne comme successeur, dans le cadre de la constitution, son vice-président Nicolas Maduro. De nouvelles élections doivent avoir lieu le 14 avril pour élire un nouveau président.

Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012

 

Hugo Rafael Chavez Frias, président du Venezuela du 6 décembre 1998 au 5 mars 2013, aura soufflé un vent nouveau sur l’Amérique latine et sur le monde. Promoteur du « socialisme du XXIème siècle », porteur d’un charisme irremplaçable et d’un courage exemplaire, cet homme a selon moi déjà sa place au panthéon des géants de ce XXIème siècle.

Sa succession parait difficile. Que va-t’il advenir du chavisme sans Chavez? La suite dans le prochain et avant-dernier épisode.

Si vous voulez aller plus loin…

  • …à propos du coup d’Etat de 2002, il est indispensable que vous regardiez ce documentaire qui est vraiment excellent: La révolution ne sera pas télévisée
  • …dans la compréhension du système médiatique vénézuélien, voici l’article de Thierry Deronne que je mentionnais plus haut: Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture
  • …dans la révolution bolivarienne en elle-même, je vous conseille l’excellent bouquin de Andrés Bansart qui va vraiment en profondeur sur le Venezuela et qui aide vraiment à la compréhension de ce qui s’y passe, y compris aujourd’hui: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016

 

ARTICLE PRÉCÉDENT: Episode 2: Avant le 6 décembre 1998 et l’arrivée de Chavez

ARTICLE SUIVANT: Episode 4: Maduro, ou la difficile succession à Chavez

Notes:

1: Article 70 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
2: Article 83 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
3: Articles 102 et 103 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
4: Article 127 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
5: Titre III,Chapitre VIII de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
6: Article 273 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
7: Articles 302 et 303 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
8: Hugo Chavez veut modifier la Constitution pour rester au pouvoir, Libération, 16 août 2007
9: Venezuela: La mission Robinson, 13 ans d’alphabétisation du peuple, bolivarinfos.over-blog.com
10: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016
11;13;15: Données de l’INE sur la santé
12: Données de l’INE sur l’IDH
14: Données de l’INE sur la main-d’oeuvre
16: Données de l’INE sur l’éducation
17: Site officiel de l’ALBA-TCP
18: Voir la liste sur le site du Conseil National Électoral
19: Carter affirme que le processus électoral du Venezuela est le « meilleur du monde », Business Wire, 21 septembre 2012
20: Au Venezuela, l’opposition refuse l’élection de Nicolas Maduro, Le Monde, 15 avril 2013
21: Chavez: « Les Etats-Unis pourraient inoculer le cancer grâce à leur technologie »

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« La technologie ne peut se concevoir isolée de la politique » : entretien avec Carlos Parra, du projet Canaima GNU/Linux

Carlos Parra (troisiéme à partir de la gauche) et son équipe de développeurs du software libre au Veezuela

Carlos Parra (troisième à partir de la gauche) et son équipe de concepteurs et développeurs du software libre au Venezuela

Carlos Eduardo Parra Falcón est chef des opérations du projet Canaima au Centre national des technologies de l’information (CNTI), entité dépendant du ministère du pouvoir populaire pour la science, la technologie et l’innovation de la République bolivarienne du Venezuela.

Mais, en plus de remplir cette charge publique conjoncturelle, Carlos Parra est actif au sein de la communauté du logiciel libre. Pour Carlos, dans toute activité professionnelle existe une orientation politique qui donne sens à tout ce que l’on fait. Il est de ceux qui pensent que la technologie comporte une puissante charge politique que beaucoup s’emploient à « neutraliser ». Actuellement, il a pour responsabilité de gérer le projet Canaima, le système d’exploitation GNU/Linux de l’État vénézuélien, et il essaie d’appliquer sa vision politique à ce projet technique. Il sait que beaucoup d’hommes et femmes politiques ont du mal à prendre conscience de l’importance prise des logiciels libres, dans une société où tous les processus sont de plus en plus commandés par des logiciels. Mais, du moins dans son champ d’action, il s’efforce par son modèle de gestion de rendre les techniciens conscients des implications politiques de la technologie dans la dénommée société de la connaissance. Il n’est en rien facile de rompre avec la domination des monopoles technologiques mais le contexte révolutionnaire qui est celui du Venezuela, une communauté du logiciel libre très active et critique, et des dirigeants qui sont à l’écoute de ces communautés ont permis certaines réussites comme le projet Canaima lui-même ou le taux de pénétration élevé du logiciel libre dans toute l’administration publique vénézuélienne. Carlos, avec sa perspective caribéenne, son esprit rebelle et sa vision communiste, adore chanter Bella Ciao, parler de technologie et, surtout, de politique. Dans cet entretien, il nous explique en quoi le projet Canaima va bien au-delà d’un projet technologique. Il nous fait part de ses réflexions sur le libre savoir, le logiciel libre et le socialisme, ainsi que sur le rapport entre création de logiciel et propriété des moyens de production. Entretien par Rafael Rico Ríos

Pour mieux nous situer, qu’est-ce que Canaima et quel est son objectif ?

À l’origine, Canaima était un produit technologique, une distribution [4] de logiciels libres développée à partir de standards ouverts, conformément au Décret présidentiel n°3390 signé par le Président Hugo Chávez le 23 décembre 2004. Son objectif premier était de faciliter la migration vers les logiciels libres des postes de travail des institutions, organes et entités de l’administration publique vénézuélienne. Avec le temps, et de par sa dynamique, Canaima est devenu beaucoup plus qu’un produit technologique. Actuellement, nous le concevons comme un projet socio-technologique visant à produire des instruments, mécanismes, outils et processus, tant technologiques que sociaux et politiques, qui mettent la technologie au service de la société — d’où le qualificatif de socio-technologique. Cette conception a donné naissance à des projets aussi importants que Canaima Educativo, également mis au point par le gouvernement bolivarien, et à d’autres pas moins importants comme Canaima Comunal, Canaima Universitario, Canaima Colibrí et Canaima Forense, qui ont été mis au point par des communautés organisées.ABN-22-02-2011-222114571717feriaproductiva7HT-canaima-educativo Un des principes les plus largement diffusés du projet Canaima comporte entre autres objectifs la production de compétences nationales, le développement endogène, l’appropriation et la promotion du libre savoir, pour la construction d’une nation vénézuélienne technologiquement préparée. Le projet Canaima est, de fait, une politique publique du gouvernement bolivarien.

Il existe actuellement une infinité de systèmes d’exploitation basées sur les logiciels libres. Pourquoi développer et maintenir Canaima ? Pourquoi ne pas utiliser les distributions libres qui existent déjà ?

Pourquoi Canaima ? Pour beaucoup de raisons. Par exemple, la possibilité qu’il offre à nos talents nationaux de s’approprier un projet national et de lui donner un sens social et politique adapté à notre réalité. Parce qu’adapter un logiciel libre passe nécessairement par faire des recherches, étudier, acquérir des connaissances, les multiplier, les socialiser. Et ce processus génère beaucoup de projets, d’idées, de curiosité qu’il faudra assouvir, beaucoup d’initiatives qui surgissent presque automatiquement lorsque plusieurs personnes s’unissent pour atteindre un objectif et que cette union est solidaire fondée sur le désir de partager et de s’associer, de soutenir et d’aider.

De nombreux projets peuvent être considérés comme étant très urgents dans un société avec de fortes inégalités. Tu considères qu’un système d’exploitation libre est un projet pertinent pour l’État ?

Pour toutes les raisons que l’on vient de voir, et beaucoup d’autres, le projet Canaima est, à n’en pas douter, pertinent ; cela ne veut pas dire que soit la seule politique pertinente pour l’État. La population a des besoins plus concrets, palpables, auxquels les gens sont plus sensibles parce qu’ils laissent des traces perceptibles, chaque jour, dès que l’on sort de chez soi. Par exemple, un voisin qui sort de chez lui et qui remarque que le camion des poubelles n’est pas passé depuis trois jours, a là un besoin bien réel, et un système d’exploitation libre ne va pas lui régler ce problème le quatrième jour et faire que le service d’assainissement de la ville vienne ramasser les ordures dans le quartier. Des problèmes se posent quotidiennement, mais bon nombre d’entre eux ne sont pas conjoncturels mais structurels, systémiques, et les problèmes structurels ne se règlent pas avec des mesures conjoncturelles. Les mesures conjoncturelles peuvent palier la situation, elles peuvent servir à atténuer les effets du problème, mais la solution réelle passe par la recherche des causes du problème et par leur solution à l’endroit où elles apparaissent.abn-21-09-2011-219111094410_mg_345628129 C’est là que l’on voit l’intérêt que présente un système d’exploitation libre, un projet de l’État capable de stimuler l’usage et l’appropriation de la technologie pour la mettre au service de la société conduit, peut-être pas à court terme mais certainement à moyen terme, une nation à un niveau de développement scientifique et technique autonome en mesure de proposer, avec l’aide de la technologie, des solutions aux problèmes quotidiens des gens.

Au Venezuela, on observe beaucoup d’activité et d’engagement politiques de la part des communautés du logiciel libre. Pourquoi pensent-elles que le logiciel libre revêt autant d’importance dans la société actuelle ?

Le logiciel libre ouvre les portes du développement à la société, aux populations, aux pays, et cela parce qu’il respecte le principe de la liberté de la connaissance. Une société sans savoir est une société qui vit dans les ténèbres, un peuple sans avenir, une nation dépendante incapable d’avancer par elle-même et de se tracer son propre destin. Socialiser le savoir revient à irriguer beaucoup de graines semées sur tout le territoire national, ces graines que sont hommes et femmes, étudiants, filles et garçons, l’avenir de la société. Une société qui cherche à se développer d’une manière autonome, durable et tenable doit produire ses propres outils technologiques et se les approprier ; au contraire, une société qui se contente d’importer de la technologie qui sera utilisée par ses citoyens ne fera que consommer des produits technologiques, des objets du marché mondial de la technologie.

Tu dis que le projet Canaima est un projet socio-technologique. Tu considères donc que la technologie a un caractère politique ?

Au sens large, tout ce que nous faisons dans la société présente un caractère politique ; la technologie a un caractère politique, sans aucun doute. Plus concrètement, dans la vie quotidienne de la nation vénézuélienne qui s’attache à être libre, indépendante, souveraine et socialiste, la technologie ne peut se concevoir isolée de la politique : au-delà des activités sociales, l’action de la politique va de pair avec l’action de la technologie, avec la manière de nous l’approprier, la manière de l’utiliser. La technologie naît pour remplir un objectif, depuis le moment où l’on songe à la produire jusqu’au moment où elle se matérialise ; par conséquent, la technologie que nous utilisons est fabriquée en vue d’une fin, que nous accomplissons en l’utilisant. Mais, au-delà, lorsque nous avons le pouvoir de produire nous-mêmes la technologie, ce peut être pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, des objectifs sociaux, politiques, humanistes, par exemple. La production de technologies libres remplit une fin, principale ou sous-jacente, qui est de libérer les connaissances, de les socialiser, de les mettre entre les mains de tous et toutes. C’est une fin humaniste, sociale, politique, philosophique.Canaimitas-476x256 La technologie est tellement liée à la politique que, par exemple, quand tu utilises un logiciel privatif, tu participes, que tu le veuilles ou pas, à l’accumulation de capital au profit de quelques-uns ; cela répond à une conception politique de la vie en société. Et quand tu utilises un logiciel libre, tu participes, que tu le veuilles ou non, à la diffusion des connaissances, à la socialisation de la technologie, tu pratiques le socialisme.

Quand on en vient à des notions comme la souveraineté et l’indépendance technologiques, est-ce qu’un pays peut se développer sur le plan scientifique et technique en utilisant des technologies importées ?

Ça dépend. Si l’importation de cette technologie s’accompagne d’un transfert technologique, bien sûr qu’il peut, parce que, grâce à ce transfert, il parviendra à un développement endogène, à une appropriation de la technologie et des processus nécessaires pour la produire. Le point clé pour parvenir à son propre développement scientifique et technique, de manière durable, avec des technologies importées, c’est qu’elles n’engendrent pas de dépendance. Il faut être très prudent avec ça. Imaginons que j’importe une technologie moyennant un contrat de transfert technologique ; si ce transfert a uniquement pour but d’apporter une aide, je resterai les mains liées parce que la technologie va devenir obsolète et que le transfert n’aura pas prévu son actualisation ni la production de technologies nouvelles. Même en cas de transfert complet, le pays peut aussi commettre l’erreur de ne pas s’employer à multiplier les talents et à développer massivement les processus de production et de socialisation, de ne pas retransférer les technologies, de ne pas former les gens. Dans ce cas, efforts et investissements consentis l’auront été en pure perte. Enfin, un développement scientifique et technique durable dans le pays peut commencer par l’importation de technologies, mais il passe obligatoirement par des processus de transfert technologique, de formation en aval, de recherche et de prospective, d’articulation, d’investissement dans l’infrastructure, d’inclusion des établissements d’enseignement public dans le processus, et sûrement encore d’autres choses auxquelles je ne pense pas maintenant.

Et le logiciel libre suffit à obtenir l’indépendance technologique ?

Non. C’est très important mais cela ne suffit pas. Il faut installer les logiciels libres que nous produisons sur des machines, et si ces machines sont fermées, qu’elles ne sont pas libres ni documentées, l’autre moitié du chemin reste accidentée. Nous devons redoubler d’efforts pour stimuler la production et la recherche sur le hardware libre, nous devrons documenter lehardware que nous produisons dans le pays. Si nous nous contentons d’assembler, il est nécessaire de documenter l’assemblage des machines pour nous approprier peu à peu les processus ; quand nous fabriquerons des cartes, des circuits intégrés, des puces, des mémoires, des disques, alors nous documenterons tout, le savoir est libre.

Le nouveau cycle de développement de Canaima GNU-Linux a été défini dans cette rencontre tenue à Barinas, Universidad Nacional Experimental

Le nouveau cycle de développement de Canaima GNU-Linux a été défini dans cette rencontre tenue à Barinas, Universidad Nacional Experimental

Pour comprendre le Venezuela, il est toujours bon de se rappeler que, comme il possède la plus grande réserve de pétrole du monde, le pays intéresse les grandes multinationales et les pays dominants. En conséquence, l’industrie pétrolière vénézuélienne a subi de multiples sabotages technologiques, de la part de la droite nationale et internationale, et les politiques vénézuéliens savent combien la souveraineté technologique est importante. Qu’en est-il des développeurs [de logiciels] ?

Les notions de souveraineté et d’indépendance technologiques sont des concepts politiques. Pour cette raison, les responsables politiques les appréhendent plus facilement. De façon générale, un développeur connaît très bien les avantages techniques que procurent les langages de programmation libres, des environnements de développement, de la stabilité, des bibliothèques et même du modèle de production collectif du logiciel libre, où tous les développeurs s’unissent dans des scénarios déterminés pour s’entraider. Tout développeur ou développeuse de logiciel libre n’a pas forcément une idée claire des notions d’indépendance et de souveraineté, alors que ce devrait être le cas de tout politique. L’idéal serait que les développeurs en aient aussi une idée claire. Sans chercher bien loin, on en trouvera une bonne illustration au Bureau des opérations du projet Canaima au CNTI, qui dispose d’une équipe de développeurs et développeuses et où les questions politiques sont présentes dans presque toutes nos discussions, parce que le projet Canaima est un projet politique, né en révolution, sous la plume et suivant les idées du Président Hugo Chávez, avec une conception clairement socialiste. Ne pas comprendre ce qui fait notre essence même, ce serait nous perdre, car nos objectifs ne sont pas technologiques mais politiques, notre activité s’inscrit dans le Plan de développement économique et social de la nation, mieux connu sous le nom de Plan de la Patrie ou IIe Plan socialiste de la nation. Le projet Canaima fait partie des nombreuses graines semées par le commandant Hugo Chávez dans cette patrie de Bolívar ; cette graine a poussé, a produit des millions de fruits et poursuit aujourd’hui sa maturation.

Vous essayez d’intégrer la politique à votre modèle de gestion bien qu’il s’agisse d’un projet technologique. Comment travaille-t-on, avec les développeurs, au sein d’un projet technologique s’appuyant sur une vision politique ?

Nous, les développeurs, ne sommes pas des automates, nous sommes des acteurs sociaux, des acteurs politiques comme tout le monde, nous prenons les transports publics ou notre voiture le matin et nous voyons en chemin les inégalités sociales, nous voyons untel au volant de son Audi, untel à la fenêtre d’un immeuble de la Grande Mission habitat Venezuela, nous voyons les inégalités et nous voyons les changements politiques actuellement en cours dans notre pays. Le projet Canaima est plus qu’un projet technologique, la technologie est un outil, pas une fin ; la fin, c’est la souveraineté nationale, la liberté, l’indépendance, la fin la plus précieuse, comme l’indique le premier grand objectif historique du Plan de la patrie. Telle est la vision poursuivie et nous l’avons bien en tête, de sorte qu’au-delà de notre rôle dans le projet, nous savons tous que nous avons aussi pour rôle d’atteindre des fins politiques, chose que nous assumons jour après jour dans nos activités et nos discussions au cours du processus permanent de révision, de rectification et de relance du projet.edición Bailadores-Mérida, activistas del Software Libre y estudiantes de informática establecieron una metodología de trabajo ...

On parle souvent de la neutralité technologique. Vous êtes d’accord ?

D’abord, je veux préciser que ce que certains spécialistes appellent neutralité technologique en se référant à la garantie d’accès et d’échange de données entre systèmes et citoyens n’est pas ce à quoi je pense quand j’utilise cette expression. En ce sens, je préfère le terme « interopérable » à « neutre ». Je ne crois pas que la technologie soit neutre ; la technologie répond toujours aux intérêts de celui qui la fabrique, elle ne naît pas à partir de rien, elle est produite par les hommes et les femmes que nous sommes, qui vivons en société et qui avons des intérêts collectifs ou individuels mais, enfin, des intérêts.

Si la technologie n’est pas politiquement neutre, on peut parler alors d’une technologie capitaliste et d’une technologie socialiste ?

Comme je viens de le dire, la technologie répondra toujours à des intérêts, aux intérêts de celui qui la produit, la construit, la fabrique ou la développe ; cependant, quand les intérêts collectifs prévalent sur les intérêts individuels, on est alors en présence de fins qui favorisent le bien collectif. Politiquement parlant, l’individualisme cède le pas à la solidarité, on ne parle plus d’accumulation mais de socialisation. Il y a là au moins deux modèles politiques clairement identifiables, je reprends les termes de ta question, on parle de capitalisme et on parle de socialisme.

Mais ces deux modèles politiques de la technologie font référence au point de vue des usagers ou à la fin pour laquelle ils l’utilisent ?

Ils ne renvoient ni aux usagers ni à la fin pour laquelle ils l’utilisent, mais à la fin pour laquelle la technologie est produite. Cela apparaît plus clairement quand on va à l’essence du modèle, je veux dire au modèle productif : le modèle employé pour produire des logiciels libres n’est pas le même que celui qu’on emploie pour produire du logiciel privatif. Par exemple, si tu fabriques un système administratif fermé, selon le modèle privatif, et un système administratif en logiciel libre, un examen superficiel peut conduire à affirmer que les deux systèmes, bien que faits avec des modèles de production distincts, visent à la même fin : automatiser l’administration d’une organisation. Mais non. Celui a produit le système administratif privatif l’a fait pour accumuler du capital, pas pour administrer les biens et les ressources d’une organisation. Tu vois ce que je veux dire ? Et, dans le modèle de construction qu’il a utilisé pour le système privatif, il a engagé des travailleurs et des travailleuses, à qui il a payé un salaire, il est interdit de s’approprier la moindre partie du système administratif ; avec ce travail, il a produit une plus-value que s’est approprié le propriétaire d’une entreprise, et le produit résultant n’est rien d’autre qu’une marchandise objet du travail d’une classe qui ne possède pas les moyens de production et qui n’a pas eu d’influence directe sur le choix du mode de production. Pour le système administratif en logiciel libre, on a utilisé un autre modèle, dans lequel la construction est collective, la plus-value, du moins pendant la phase de production, est de la connaissance, et cette connaissance est socialisée. Autrement dit, personne ne s’approprie la plus-value, elle est socialisée et elle bénéficie au collectif, qui à son tour la replace dans le produit et les multiplie au sein du même modèle de production. Tu vois la différence ? Enfin, les deux systèmes, le libre et le privatif, peuvent s’utiliser comme systèmes administratifs dans une organisation, mais le modèle de production utilisé dans chacun est totalement différent et produit des effets distincts dans la société et chez les êtres humains impliqués. Par conséquent, ce qui détermine si une technologie est socialiste ou capitaliste, c’est son modèle de production, et celui-ci est immédiatement reconnaissable, il est unique.

Carlos Parra

Carlos Parra

D’après ce que tu dis, on pourrait affirmer que le logiciel libre est socialiste ?

Sans aucun doute, le logiciel libre est socialiste. Pourquoi ? À cause de son modèle de production, principalement ; il est probable que d’autres variables interviennent, mais sa différenciation par le modèle de production lève toute équivoque. Le modèle de production dans le socialisme se caractérise entre autres par deux choses : – le moyen de production est un bien collectif ; – la planification et l’organisation sont collectives. C’est de cette manière que nous produisons des logiciels libres, que ce soit pour un État ou non, pour un gouvernement ou non ; le moyen de production appartient à tous ceux qui interviennent dans la production, et la planification comme l’organisation et la prise de décision sont collectives.

Mais il peut y avoir de l’exploitation dans une entreprise qui développe du logiciel libre.

C’est possible et cela dépend du modèle de production adopté par l’entreprise. Le modèle de production déterminera si l’entreprise se comporte en exploiteur ou non. Toute la question, j’insiste, réside dans le modèle. Si l’entreprise s’emploie à produire du logiciel libre en socialisant les moyens de production, en générant des biens collectifs, en redistribuant la plus-value, il n’existera pas d’exploitation capitaliste. Mais une entreprise peut créer des logiciels en engageant des travailleurs ou des sous-traitants, en leur versant une rémunération, en s’appropriant la plus-value puis en libérant le produit final, un logiciel sous licence libre. C’est un modèle capitaliste de production de logiciel libre, le résultat est ensuite libéré mais le modèle de production utilisé au départ n’est pas un modèle socialiste.

La licence CopyFarLeft exige que le logiciel, en plus de satisfaire aux quatre libertés du logiciel libre, soit développé dans des organisations disposant de moyens de production collectifs. On a vu apparaître des initiatives intéressantes comme le Manifeste télécommuniste, qui réfléchit sur la propriété des moyens de production dans le développement des logiciels. Que penses-tu de ces propositions ?

Ces propositions viennent combler les lacunes que existe dans le modèle de production du logiciel libre. Je les trouve très révolutionnaires. La création d’une licence qui garantisse que les travailleurs (développeurs et développeuses) soient propriétaires des moyens de production des œuvres (des systèmes, en l’occurrence) constitue un bouclier contre l’exploitation. Grâce à ces propositions, il deviendra possible pour les travailleurs de partager librement, en conservant la valeur du produit de leur travail (la plus-value). Je crois que c’est vers cela que nous devons nous diriger.

Équipe de concepteurs du système Canaima - Linux

Équipe de concepteurs du système Canaima – Linux

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Notes

[2Pour un exemple français de mobilisation en cours, voir par exemple la campagne de Framasoft, Dégooglisons Internet.
[3GNU/Linux est un système d’exploitation informatique, comme le sont aussi Microsoft Windows et Mac OS, mais qui, à la différence de ces derniers, est basé sur le principe du logiciel libre, ce qui suppose d’avoir accès au code source, à des fins de contrôle, notamment. Pour la Free Software Foundation un logiciel est libre — libre n’est pas nécessairement un équivalent de gratuit — s’il confère à son utilisateur quatre libertés : la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages ; la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins ; la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre des copies) ; la liberté d’améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté. L’accès au code source est une condition d’exercice des libertés 1 et 3.
[4Système d’exploitation — note DIAL. URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1XA

L’autre langue

le saman du quartierDimanche 26 avril 2015, six heures de l’après-midi. Près de 17 femmes du Conseil Communal “Dr Alberto Smith” réalisent une assemblée pour discuter des points du jour. Nous sommes à Ocumare del Tuy, État de Miranda. « Terra incognita » pour les médias occidentaux, comme l’est ce pays hors du Caracas qui lève et baisse son rideau selon les besoins de l’internationale médiatique.

La réunion se déroule dans l’ombre fraîche du “samán”, l’arbre du quartier, trois hommes s’y sont joints. Le menu est varié : les erreurs initiales dans l’organisation du conseil communal comme la double identité juridique vis-à-vis des autorités lors de la remise de comptes annuelle, le besoin de vérifier les comptes des autorités antérieures par la commission de contrôle du nouveau conseil, le programme de substitution de l’éclairage ancien par les nouvelles ampoules blanches qui économisent l’énergie, le programme des allocations de retraite pour les personnes âgées, la vente de postes et d’antennes de télé par câble des entreprises de l’État. Le samán est un patrimoine national et ne peut être coupé sans permis de l’Institut National des Parcs et du corps de pompiers mais il faudra au moins en couper quelques branches.

La réunion respire la cordialité de voisins mais la tension revient dès qu’une parcelle de pouvoir est en jeu. Presque toutes ces femmes sont mères, fonctionnaires publiques ou employées, travaillent du lundi au vendredi, travaillent chez elles et consacrent un samedi ou un dimanche par semaine au conseil communal. Elles font leur propre critique parce qu’elles n’ont pas réussi à élire le ou la porte-parole au conseil de rang présidentiel. Le problème est que la personne à choisir doit se consacrer à plein temps à cette tâche : autant il est possible que ce conseil ne se réunisse pas pendant un an, autant il arrive qu’on doive se rendre à toutes les réunions pendant toutes les semaines, un mois complet. Madame Mary parle de la “faible participation aux assemblées”, Cristina explique qu’il faut “s’activer pour obtenir davantage de bénéfices”.

Une heure passe. Il y a d’autres critiques, il faut arriver à des accords. Quelles personnes sont-elles prioritaires pour l’assignation des postes de télévision et des antennes de Cablevisión (les personnes âgées). Le programme « Barrio Nuevo, Barrio Tricolor » organise une journée de substitution des toits d’amiante (encore nombreux dans les communautés intérieures du Venezuela) et des toits de zinc avariés, et la réfection des façades en mauvais état pour les maisons jugées prioritaires. Face aux problèmes de pénurie de certains produits de base on s’organisera avec des entreprises régionales pour vendre certaines denrées comme les produits laitiers.

Les maisons dont les lampes éclairent les rues du quartier recevront une dotation additionnelle d’ampoules incandescentes.

On dirait une autre langue mais c’est le langage de la démocratie participative, ce n‘est pas facile, ce n‘est pas un chemin de roses mais il semble que c’est le chemin.

Carmen Navas Reyes

Anita

Source : https://lacumbale.wordpress.com/2015/04/28/los-consejos-comunales-como-expresion-de-la-democracia-participativa/

Traduction : T.D.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1TG

Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Critique à la critique de l’économie du Venezuela par la CEPAL

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canadá). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

L’auteur : né en Andalousie (et de plus en plus latino-américain), Alfredo Serrano Mancilla est Docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone et titulaire d’un post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canada). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/, il est également Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), de l’Universidad Andina et de l’UMSA (Bolivie), l’Universidad Hermosillo et l’UNAM (Mexique), l’Universidad Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), et de l’Université Santa Marta (Colombie).

Le dernier rapport économique de la CEPAL concernant la Venezuela (dans le cadre d’une Etude Economique de l’Amérique latine et des Caraïbes 2014) présente le panorama extrêmement citrique d’un pays au bord de l’abîme, suivant ainsi la musique du concert que reproduisent de nombreux médias internationaux. Son diagnostic se fonde sur des objectifs et des recettes propres à un paradigme qui ne correspond pas au modèle socio-économique que la majorité sociale y réclame dans les urnes, élection après élection, chaque fois qu’elle se rend à un rendez-vous électoral. La CEPAL fait le choix d’ignorer ce que le peuple désire chaque fois qu’elle met la main à la pâte au moment d’élaborer une publication économique; elle préfère suivre sa ligne, usant et abusant des critères hégémoniques sans prendre en compte ni respecter ce que chaque société choisit en tant que façon de coexister économiquement.

Peu importe que la Colombie ou le Mexique aient décidé de parier sur une économie de type néolibéral à la différence du Venezuela et de la Bolivie : le jugement est toujours formulé selon la même perspective. Il s’agit d’imposer une homogénéité forcée dominante qui n’envisage pas l’hétérogénéité de différents processus. Dans cette optique, de tentative de domination/colonisation épistémologique, la CEPAL examine l’économie vénézuélienne avec un abus de copier/coller pour finir par condamner ce qu’elle voulait sûrement condamner avant de procéder au moindre calcul : “les protestations du début se poursuivent et se sont étendues à d’autres secteurs de la population”.

L’effet perroquet, si l’on peut se permettre le terme, doit être apprécié comme critère sélectif afin d’être en partie en accord avec n’importe lequel des organismes internationaux hégémoniques qui se consacrent à l’analyse de la conjoncture économique de chaque pays. Cette manie qui consiste à répéter toujours la même chose indépendamment de ce que l’on traite, est une pratique courante dans les documents de ces centres de (non) pensée qui fixent l’agenda mondial. Cette sorte d’épistémicide consiste à en finir d’un trait de plume avec n’importe quel épistème local en le remplaçant par un autre, venu et imposé de l’extérieur. Il s’agit d’utiliser toujours la même grille d’analyse, avec un excès de déjà vu, le même dogme et avec les mêmes priorités et objectifs toujours déterminés de l’extérieur sans qu’importe ce que choisit la majorité sociale. C’est ainsi que se succèdent à l’infini les études économiques destinées à examiner de nombreux pays sous une loupe qu’ils n’ont pas choisie. Dans le cas du Venezuela, c’est ce qui se passe quotidiennement.

D’autre part, si ce rapport de la CEPAL avait été écrit par n’importe quel économiste n’appartenant pas à l’establishment on l’aurait accusé (d’emblée) de manque de rigueur en matière d’économie. Pourquoi? Parce qu’en plus de manquer d’identité épistémologique, le document présente de sérieuses erreurs dans l’analyse qu’il devrait avoir évitées. Voici ci-dessous quelques-uns des impairs (volontaires et/ou involontaires) dans la façon dont la CEPAL voit l’économie vénézuélienne.

1. Comme d’habitude: l’inflation est un sujet magique qui ne peut s’expliquer que par l’émission de monnaie. Rien n’a d’importance dans l’île Robinson Crusoé, où il n’y a personne, ni intérêts, ni pouvoir. Tout est dû à cette question de l’augmentation des agrégats monétaires (M1 et M2). Le manque de rigueur dans ce cas est double. D’une part, il n’envisage pas la possibilité que l’inflation soit le résultat d’une bataille autour de la distribution, d’une bataille qui dépend en grande partie du contrôle du pouvoir du marché; si c’est une seule entreprise qui a le monopole de l’importation d’un bien très demandé, et si cette population possède un haut pouvoir d’achat, alors, le prix tendra à être élevé à moins qu’il n’y ait une régulation effective soit sur les prix, soit sur la limite des bénéfices concernant celui qui finit par fixer le prix.

Ceci ne semble pas être digne d’intérêt pour la CEPAL. D’autre part, et le pire, c’est que la thèse cépalienne ne se réalise même pas selon son propre dogme: plus d’émission monétaire entraîne plus d’inflation. C’est ainsi qu’elle explique l’inflation des années 2013 et 2014 ; la CEPAL affirme qu’ “en 2013 la politique monétaire a été fortement expansive. Une augmentation moyenne interannuelle des agrégats monétaires M1 et M2 de 66% et 65% respectivement, très supérieure à l’inflation interannuelle moyenne qui a été de 40% (…) Durant les quatre premiers mois de 2014, la politique monétaire a clairement continué d’être expansive et les agrégats M1 et M2 ont présenté une augmentation interannuelle en moyenne de 76% et de 75% respectivement. L’inflation moyenne interannuelle durant cette même période a été de 59% ». A partir de cette relation, elle essaye de maintenir cette thèse infondée ; mais néanmoins, les auteurs du document n’ont  pas eu envie d’aller voir tout simplement ce qui passait quelques années auparavant : dans ce même Venezuela de l’année 2005, l’augmentation monétaire interannuelle avait été supérieure à 100% et l’inflation annuelle avait été de 14,4% (voir le travail de José Gregorio Piña Torres dans El mito de la maquinita, Centro de Estudios de Economía Política, Univ. Bolivarienne du Venezuela). Voilà, la maxime orthodoxe monétariste ne se vérifie pas dans ce même Venezuela, ne serait-ce que quelques années plus tôt.

On a un autre exemple dans le document La falsabilidad del monetarismo (d’Adrian Gonzalez, Centre de recherche et de gestion de l’Economie Solidaire). Dans celui-ci, citant Zaiat, on affirme qu’en Argentine “ dans la période 2007-2013, dans un moment d’expansion et de contraction monétaire, les indices de prix se sont maintenus à des niveaux élevés stables, que ce soit au niveau de l’indicateur officiel (10%) ou des indicateurs privés (20-25%). Par conséquent, les tensions inflationnistes ont été constantes indépendamment d’une plus grande ou moindre croissance de la création monétaire (émission d’argent). En outre, on ajoute que “l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis n’a pas dépassé 10,3% entre 2008 et 2012 alors que l’émission monétaire a été de presque 160% durant cette même période ; au Royaume-Uni il a été de 16,4% alors que son émission a été de presque 203% ; pour le Brésil, la variation des prix a été de 27,6% alors que son émission a augmenté de presque 123%. Quant à la Chine elle a connu une variation des prix de 16,6% pour une croissance de l’émission d’un peu plus de 100%, durant la même période de référence.” En définitive, dans chaque cas que propose la CEPAL pour démontrer la relation existante entre émission monétaire et inflation, nous pouvons trouver un autre contre-exemple qui prouve le contraire. Et pourquoi ça? Parce que l’inflation va beaucoup plus loin qu’une simple relation réductrice entre deux variables nominales du fait que l’économie réelle a beaucoup à dire dans ce débat.

2. La panacée de l’accumulation de réserves. C’est une histoire de caquetage économique dominant. Premièrement, la faille consiste à considérer que ce moyen discutable est une fin en soi. Et deuxièmement, à continuer de soutenir que les réserves sont une condition obligatoire pour assurer le rythme des importations. La vielle règle dit qu’il faut toujours disposer d’un minimum de réserves équivalant à trois mois d’importation. Mais, cette prémisse ne tient pas compte du fait que de nos jours, en pleine transition géoéconomique, avec de nouvelles alliances économiques indépendantes des pays capitalistes les plus en vue, il est possible de garantir les importations de multiples façons, lesquelles ont peu à voir avec le niveau de réserves dont on dispose. Si un pays a dans son sous-sol la réserve de pétrole la plus importante du monde, celle-ci représente la véritable garantie pour disposer de mécanismes d’importation à crédit, et par anticipation, sans qu’il ne soit besoin d’avoir à présenter un niveau élevé de réserves. Il y a de nouveaux moyens de paiement en ce moment de lente désaméricanisation de l’économie mondiale où de plus en plus de pays accumulent des réserves dans des monnaies différentes du dollar.

En outre, on réalise de plus en plus de transactions commerciales sans passer par le dollar en utilisant des monnaies propres ou d’autres types d’échange (sur la base de la livraison d’une certaine quantité de pétrole ou de matières premières). Continuer d’accumuler des réserves oisivement dans le seul but de satisfaire un présupposé économiquement erroné serait une grossière sottise dans ces moments où l’on exige de plus en plus un usage productif de la devise. La CEPAL présente pour le Venezuela une situation au bord de l’abîme parce qu’il n’a pas de réserves suffisantes ; elle ignore les nouvelles dispositions pour permettre un rythme élevé d’importations en même temps qu’elle méconnaît : a) l’actuelle alliance passée avec la Chine (dont on ne dit rien dans le rapport car sans doute la Chine n’existe-t-elle pas, pas plus que l’engagement chinois à investir 20 000 millions de dollars au Venezuela), et b) que les importations du Venezuela sont de plus en plus diversifiées ( les importations depuis les Etats-Unis en dollars ne représentent qu’un peu moins de 25% du total). On parvient à la rigueur par la rigueur; on aurait pu dire qu’il est bien vrai que les réserves ont diminué (non pas durant cette dernière année 2014, mais effectivement durant l’année 2013) et que cela peut être un motif de préoccupation, mais en précisant toujours les autres  aspects qui sont nécessaires pour avoir une vision plus globale de la question des importations et des réserves.

3. Le manque de devises et le marché illégal de dollars. Voilà comment la CEPAL justifie qu’il existe au Venezuela un taux de change illégal qui est exagérément supérieur à n’importe lequel des trois indicateurs officiels. Elle n’aborde même pas la question de la spéculation pas plus qu’elle ne condamne l’illégalité de ce taux de change, mais bien au contraire, elle argumente en faveur de l’existence de celui-ci et tente de donner de la rationalité économique à une question qui relève davantage de la rationalité politique. Ainsi trouve-t-on dans ledit rapport: “la quantité de devises remises aux entreprises privées ne suffit pas à couvrir les besoins d’importations. Preuve de cela, la brèche qui existe entre les taux de change officiels et le taux de change du marché parallèle.” Or, s’il en était ainsi, comment explique-t-on que le taux de change illégal ait augmenté à une vitesse qui ne correspondait pas à la supposée baisse de remise de devises? Selon les chiffres dont on dispose jusqu’à ce jour, il est plus que probable qu’il y ait eu moins de remise de devises dans l’année 2013 qu’en 2014, et néanmoins, le taux de change illégal durant l’année passée a été bien supérieur à celui de l’année précédente. Une autre thèse qui ne se vérifie pas : il n’y a pas de correspondance directe entre la baisse des devises remises et le taux de change illégal.

Il n’existe pas non plus de relation proportionnelle, c’est clair, le déficit de devises pour importer (si tant est qu’il existât comme l’affirment les chefs d’entreprise) n’a pas  monté autant que l’a fait le taux de change illégal. Quelle que soit la façon de voir les choses, la justification du taux de change illégal selon une simple règle basée sur l’offre et la demande de devises ne tient pas. Cette question dépasse de loin ce petit jeu. Oui, il est vrai qu’il peut y avoir un pourcentage qui s’explique de cette façon. Mais, les véritables causes résident dans le réel intérêt qu’ont à déstabiliser ceux qui affichent un véritable pouvoir de marché pour un taux de change illégal en capacité d’indexer les prix. Ceci permet, d’abord, de créer du mécontentement social ; deuxièmement et fondamentalement, on remplit ainsi le véritable objectif de cette opération spéculative et illicite: se réapproprier en grande partie la rente pétrolière qui retourne au pays.

Pour le capitalisme, le débat a cessé d’être la rente pétrolière à la source, car la bataille au sein de PDVSA est perdue; ces dernières années, le capitalisme s’arrange avec la nouvelle maison socialiste pour voir où elle peut capter le maximum de gain à partir du débat sur la destination de la rente pétrolière (aux mains du peuple vénézuélien, soit directement du fait d’un plus grand pouvoir d’achat ou indirectement via les Missions sociales). Comment faire? En plus d’utiliser la voie du « rentisme importateur du XXIème siècle »(1), improductif et oisif, j’achète à l’extérieur et je vends à l’intérieur sans désir de produire et en obtenant un gain facile et très élevé, accompagné d’une stratégie spéculative basée sur l’indexation des prix grâce précisément à ce marché illégal du dollar. Voilà la raison d’être de ce taux de change illégal : créer un malaise dans le peuple vénézuélien en même temps qu’on continue d’engraisser le taux de profit du capital en absorbant un fort pourcentage de la rente pétrolière à présent convertie e pouvoir d’achat pour la majorité du peuple vénézuélien.

4. L’emploi est une question dépourvue d’importance économique. Tel pourrait être le message subliminal si l’on lisait attentivement le rapport de la CEPAL. Seulement une phrase, et courte phrase, à la dernière page: “ En 2013, la moyenne du taux de chômage urbain est tombé de 0.3 point en pourcentage et a été de 7.8%. Le « taux de population active » a augmenté de 0.4 point, atteignant 64.3%. Ce petit détail pour dire que oui, c’est bien d’avoir un taux de chômage bas, mais ce n’est pas le moins du monde un sujet central en matière d’économie. Le fait d’avoir une bonne santé en matière d’emploi est sûrement un aspect insignifiant pour quelque étude économique que ce soit et qui prétendrait être rigoureuse face à l’establishment. Que l’emploi se voit affecté en période de contraction économique passe inaperçu ; tout comme passe inaperçu le fait que cette caractéristique soit une des forces du modèle économique au Venezuela. En 2014 le taux de chômage a fini par être de 5.5%, ceci étant l’un des taux le plus bas de la région. Si on le compare avec des pays qui ont des taux supérieurs à 20% (et où le chômage des jeunes est supérieur à 50%), il est très difficile d’affirmer que le Venezuela se trouve au bord du précipice. Jouir d’un modèle économique capable de garantir l’emploi est une condition qui ne doit pas être ignorée ou négligée car c’est la base sur laquelle il convient de continuer à avancer en matière de défis économiques structuraux. Le Venezuela démontre ainsi que la variable d’ajustement ne se fait pas sur le terrain de l’emploi, pas plus que sur le terrain social, comme nous le verrons dans le point suivant. L’actuelle contraction extérieure ne se traduit pas dans ce cas par une baisse interne de l’emploi ; actuellement, la détérioration de l’emploi n’est pas la solution choisie au Venezuela.

5. La pauvreté ne doit pas ignorer la dimension non monétaire. On ne peut pas toujours mesurer avec le même indicateur dans tous les cas de figures. Imaginez qu’il existe un endroit où la vie, les droits sociaux, les besoins de base ne sont pas tous commercialisés, dans ce cas, il serait incongru de continuer à mesurer la pauvreté ou non d’une personne à partir de critères relevant de la commercialisation. Ceci ne signifie pas qu’il ne soit pas important et nécessaire d’évaluer le niveau de pauvreté d’un être humain également par l’incapacité à disposer de ressources monétaires pour réaliser certains actes de consommation nécessaires. Mais, cette tâche ne doit ni réduire, ni exclure d’autres choix qui sont pertinents lorsque les modèles économiques ne commercialisent pas certains aspects qui sont indispensables lorsque l’on parle de pauvreté. En ce sens, la CEPAL, dans son Panorama Social de l’Amérique Latine affirme qu’au cours de l’année 2013, il y a eu une augmentation de la pauvreté au Venezuela, mais il s’agit d’une pauvreté mesurée exclusivement sur la base du revenu monétaire sans aucune prise en compte de toutes les prestations sociales que reçoit le peuple par le biais de « l’État intégral des Missions» et qui englobe un grand nombre de besoins de base.

En d’autres termes, il s’agit réellement d’une analyse très pauvre à l’heure d’aborder un sujet aussi sérieux et « intégral » tel que celui de la pauvreté. On laisse de côté tout besoin de base satisfait par une autre voie que monétaire ou commerciale. Par exemple, les bénéfices sociaux des missions éducatives, de santé et de logement ne sont pas pris en compte dans cette vision myope cépalienne de la pauvreté. Se targuer de rigueur aurait impliqué de continuer à évaluer la pauvreté comme la CEPAL le veut, mais au moins en précisant brièvement que son indicateur ne prend pas en compte ce qui, en revanche, l’est dans le NBI (Nécessité de Base Insatisfaite). Précisément, ce NBI continue de baisser au Venezuela même ces dernières années (l’extrême pauvreté selon NBI est passée de 9.9% en 1999 à 5.5% en 2013 ; la pauvreté selon NBI est passée de 29.3% en 1999 à 19.6% en 2013. Pourtant, la CEPAL ne dit rien de cette amélioration sociale.

En plus de cette discussion, il est un autre point qu’il convient d’éclairer : en observant le tableau de données présenté par la CEPAL, on peut facilement détecter un super-indice (sous la lettre (c) qui signale explicitement que les « chiffres de 2012 et 2013 ne sont pas strictement comparables avec ceux des années précédentes ». En définitive, c’est la CEPAL, elle-même, qui reconnaît que ces chiffres ne peuvent être comparés avec les années précédentes bien qu’elle fasse preuve de bien peu de transparence puisqu’elle n’indique pas le pourquoi de cette note en bas de page. Ce sujet a été totalement ignoré par les échos médiatiques portant sur cette analyse.

Ces cinq points ne dispensent en aucune façon les critiques bienvenues que l’on pourrait formuler à l’heure de réaliser une analyse rigoureuse de l’économie vénézuélienne. De nombreux aspects doivent être débattus comme les défis structuraux et les défis conjoncturels de l’économie du pays. En ce sens, le rapport évoque précisément du bout des lèvres, voire ne le fait même pas, des sujets qui eux sont vraiment cruciaux pour continuer à perfectionner de façon habile un modèle qui ne négocie pas les politiques sociales ni sa souveraineté,  pas plus qu’il ne souhaite revenir à l’époque néolibérale. Ce rapport critique aurait pu mettre l’accent sur d’autres aspects au lieu de faire preuve de tant de dogmatisme en ignorant les vrais objectifs fixés dans le dernier Plan Economique ratifié majoritairement dans les urnes par le peuple vénézuélien.

Il existe de nombreux autres points qui, eux, présentent un intérêt pour affronter les années à venir :

1) L’urgence de la révolution productive qui permettrait d’affronter l’ «économie pétro-rentière importatrice », mais en envisageant également l’insertion vertueuse dans les nouvelles chaînes de valeur régionales et globales,  et évidemment, en incorporant les nouveaux sujets économiques (communes, petites et moyennes entreprises) dans le but d’une démocratisation de l’appareil productif.

2) L’absolue nécessité d’éviter le rythme croissant des importations liées aux ressources du secteur pétrolier, rythme qui est très supérieur à celui des exportations dans le même secteur.

3) Continuer de chercher le chemin de la souveraineté fiscale basée sur la conception d’impôts plus progressifs et une capacité de recouvrement pour parvenir à se réapproprier la nouvelle rente pétrolière encore aux mains d’une minorité enrichie, ceci, dans le but de la reconditionner en la dirigeant vers la création de richesse productive interne.

4) Reformuler une politique réussie d’achats publics pour mettre ce potentiel au service d’un nouvel ordre économique qui réduise la dépendance de certains secteurs oligopolistiques.

5) Mener une politique financière qui évite un endettement privé excessif pour soutenir la consommation dans une période inflationniste en même temps qu’elle stimule l’épargne interne pour la diriger vers le secteur productif.

6) Accorder une importance primordiale à la politique de distribution et de commercialisation comme outil pour corriger les failles présentes dans les actuels mécanismes usuriers et inefficaces, mais aussi pour disposer de cette rente pétrolière qui revient au pays mais qui se perd e partie dans les différentes phases de la chaîne commerciale.

7) Mener une politique de développement des sciences et des technologies de façon à réduire la néo dépendance de la connaissance (valeur ajoutée importée) en se centrant sur ces axes stratégiques pour un nouveau développement productif au Venezuela .

8) Développer une politique effective de prix justes par le biais de l’utilisation de divers mécanismes qui puissent aller d’un programme de prix maitrisés (accords entre les parties qui fixent des prix à la baisse en contribuant à créer un nouvel imaginaire collectif populaire en la matière) jusqu’à la création d’agences publiques d’importation qui viennent modifier le pouvoir de marché importateur de certaines entreprises.

9) Revoir la politique de subventions sur les combustibles, selon des principes de justice sociale, au nom d’une réorientation productive de l’usage de chaque dollar entré.

10) Mener une nouvelle politique de (ré)investissements qui empêche « la saignée » que représentent les sorties d’argent liées aux bénéfices nets en essayant de rediriger ces fonds sur ces axes productifs stratégiques ( dans les secteurs spécifiques du développement).

Ce sont ces dix points et non les cinq précédents, qui doivent représenter une part essentielle de la nouvelle centralité pour discuter du nouvel ordre économique interne au Venezuela et pour rendre irréversible tout ce qui a été acquis durant la décennie passée en matière sociale.

Ce sont ces points et d’autres encore qui correspondent effectivement au défi de rendre réversible le métabolisme social du capital encore en vigueur dans l’organisation économique vénézuélienne. Ce fut le leitmotiv du dernier message d’Hugo Chavez dans le coup de barre et qui a trouvé continuité dans cette secousse annoncée par le président Nicolas Maduro à la recherche du nouvel ordre économique interne. Ce sont là les vrais défis et les nouvelles questions économiques que pointe la majorité sociale vénézuélienne qui ne veut pas d’autre modèle (du passé) que celui-ci même, mais toujours en constante amélioration, pour continuer à faire des bonds en avant. Cependant, la CEPAL se trompe de cible et continue à viser là où les vénézuéliens ne regardent même pas, pas plus qu’ils n’en attendent quoique ce soit.

Alfredo Serrano Mancilla

Source : http://www.celag.org/critica-a-la-critica-de-la-cepal-a-la-economia-de-venezuela-por-alfredo-serrano-mancilla/

Traduction : Sylvie Carrasco.

Collaboration : Marie-Louise Benoît

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander

unicasaLa file d’attente comme cliché médiatique du Venezuela voudrait nous convaincre, au cas où nous ne l’aurions pas compris, que le socialisme ne marche pas. Pourtant, comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe, cette image n’attend qu’à être “découverte” par qui voudrait faire le métier d’informer. Certes, face aux actionnaires qui préfèrent les reflets de la caverne de Platon aux Histoires extraordinaires, on imagine mal le journaliste occidental renonçant à la vulgate et retrouvant la passion de l’enquêteur Dupin.

En attendant ce jour…

Tout a commencé dans les années 50 : pétrole, explosion urbaine, Rockefeller et Cisneros inventent la culture de masse vénézuélienne, le “j’achète donc je suis” qui pendant des décennies fera de Miami la référence culturelle principale pour les 20 % de classe moyenne, « la bourgeoisie plus bête du monde », immortalisée par le documentaire Mayami Nuestro de Carlos Oteyza (1).

Un rêve pour les 80% de pauvres exclus du système, qui fit écrire à un cycliste du nom d’Ernesto Guevara, passant par-là dans les années 50, que de tous les pays visités, celui-ci était « le plus aliéné par l’American way of life ». Comme le dit aujourd’hui une compagne de lutte : le jour où le vénézuélien, en voyant les lettres C.C. ne pensera plus « Centre Commercial » mais « Conseil Communal », la révolution aura fait un pas de géant.

Pour beaucoup, le socialisme des quinze dernières années, avec ses hausses de salaire, ses subventions des aliments de base, son droit concret de manger trois fois par jour, sa gratuité de la santé et de l’université, est autant qu’une adhésion idéologique, la possibilité de se hisser au statut jusque-là réservé aux happy few. La guerre économique recycle et travaille cette fibre bien vivante. En 2015 l’hégémonie culturelle au Venezuela reste télévisuelle, celle de Venevision ou Televen, celle du plaisir individualiste de consommer, de l’ascension sociale, avec gymnases, aerobics, cheveux lissés, courbes de silicone, photos du diplômé en cape et toque, et antenne de Direct TV. Même les politiques de communication des médias bolivariens peinent à se libérer de cet imaginaire du produit et de la consommation opposé à l’imaginaire de la production, du travail, du monde social du travail. On a vu des files d’attente se former non pour du shampoing mais pour une marque de shampoing. Il aura suffi, au début de janvier 2015, d’une fausse rumeur propagée par la droite sur les réseaux sociaux évoquant l’imminence d’une grève nationale – qui n’eut jamais lieu – pour que 18 millions de vénézuéliens achètent fébrilement  en quatre jours l’équivalent de ce qu’ils auraient consommé en un mois et demi.

Retournons la carte postale de la file d’attente. Ce qui irrite le plus la population, c’est l’artificialité des files : dans de nombreux cas le stock disponible est plus que suffisant pour permettre une vente fluide. Pas de jour sans qu’on découvre des tonnes d’aliments, médicaments, matériel chirurgical, pneus, carburant cachés dans des entrepôts, des camions parfois munis de plaques colombiennes. Par ailleurs, la moitié au moins des personnes qui font la file ne sont pas des riverains mais des « bachaqueros » (fourmis porteuses). C’est le surnom populaire des milliers de revendeurs et contrebandiers organisés en réseaux et qui se déplacent de commerce en commerce, armés de leurs portables, pour suivre à la trace les produits subventionnés.

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Un des milliers de dépôts de carburant en attente d’être transférés en Colombie par les réseaux mafieux.

2.000 Km de frontière avec la Colombie, tout au long des États  Zulia, Táchira, Apure et Amazonas, servent de passoire depuis des années aux camions-citernes, voitures, avions, bateaux qui vident le Venezuela de 30 à 40 % de ces produits subventionnés. Au Venezuela on remplit un réservoir de 80 litres pour 7,76 Bolivars – c’est l’essence la moins chère du monde – contre 2.100 Bolivars en Colombie. Un kilo de lait en poudre vendu au Venezuela à 70 Bolivars bondit, de l’autre côté de la frontière, à 450 Bolivars. Ce pillage massif et quotidien est devenu un mode de (sur)vie pour la population de 40 municipalités de Colombie, ceux du nord du département de Santander, soit près de 1.320.000 personnes. Le néo-libéralisme colombien a fait du socialisme bolivarien une manne nationale.

Nicolas Maduro explique que les investissements publics de la révolution ont soutenu trois pays. Le premier, celui de la famille vénézuélienne, qui bénéficie aujourd’hui d’une baisse continue du chômage (5,5% en décembre 2014), du niveau de revenus le plus haut en cent ans, et de l’éradication de la faim saluée par la FAO (2). Le deuxième pays est celui de la mafia vénézuélienne qui dévie, stocke, cache et revend à prix d’or les produits subventionnés. Le troisième, c’est l’économie des mafias colombiennes, dont la contrebande d’extraction est freinée aujourd’hui par la surveillance des frontières menée par les forces armées vénézuéliennes.

Des contrôles d’identité menés ces dernières semaines dans les files d’attente ont permis de détecter la présence de centaines de colombiens en séjour illégal, liés aux réseaux paramilitaire implantés depuis dix ans au Venezuela. On les a renvoyés chez eux. Peu à peu le gouvernement accélère les inspections, arrête les propriétaires et gérants de chaînes commerciales vénézuéliennes coupables d’accaparer et de spéculer sur les prix, remet en circulation les marchandises dans les circuits publics (Mercal, Pdval, etc..) pour les vendre au prix juste, et commence ainsi à normaliser, avec l’aide des organisations communales, la distribution et la commercialisation. Cette mobilisation générale permet au président Maduro de rappeler la différence entre un capitalisme qui accapare pour mieux spéculer et le modèle socialiste de distribution pour tous.

Elle est aussi l’occasion de rafraîchir la mémoire historique, et de se souvenir de l’offensive de la bourgeoisie chilienne contre Salvador Allende, sur l’injonction de Nixon : “il faut faire pleurer l’économie chilienne”. Les vénézuéliens ne sont pas plus dupes aujourd’hui qu’en 2002 lorsqu’un lock-out pétrolier voulut les monter contre la révolution. L’Empire sous-estime ce peuple et son président en les soumettant depuis deux ans à une guerre économique comme phase préparatoire d’un coup d’État. Pas de violences, pas de pillage de magasins, pas de marches populaires comme en rêvait l’extrême droite. Malgré les rumeurs, et malgré les techniques du goutte à goutte qui consiste à ne faire passer qu’un petit groupe à la fois afin de faire grossir le nombre de personnes dans la rue.

Élargissons le cadre de l’image : l’économie vénézuélienne, le secteur de l’alimentation par exemple, reste à 70 %  aux mains d’un secteur privé… qui n’a jamais été un vrai secteur privé. Ses produits sont en grande partie importés grâce au dollar subventionné par l’État, ce qui lui permet de spéculer en revendant avec un bénéfice de 200 à 2000 %. Alors que le pouvoir d’achat populaire a fortement augmenté avec la révolution, l’appareil productif privé n’a pas augmenté ses investissements, bien au contraire. La file d’attente est donc l’image de de la faillite d’un capitalisme historiquement incapable d’assumer la production et la distribution nationales. En s’engouffrant dans cette faille, la guerre économique met le gouvernement bolivarien au pied du mur. Le défi est immense. Nicolas Maduro sait que le projet socialiste serait impossible à long terme sans une politique volontariste qui permette le saut structurel vers un puissant appareil productif national, et sans la transformation en profondeur d’un État encore affaibli par le rentisme pétrolier et sa contagion mafieuse.

L’économiste vénézuélien Luis Salas Rodríguez trace la perspective de cette transformation.

Thierry Deronne, Caracas le 7 février 2015

Dépasser un modèle failli, tâche historique du chavisme.

Par Luis Salas Rodriguez

Traduction : Jean-Marc del Percio

L'économiste Luis Salas Rodríguez

L’économiste Luis Salas Rodríguez

« Ils ont d’abord détruit le pays. Ce sont les mêmes qui prennent aujourd’hui la parole pour nous donner des conseils »

Hugo Chavez

Au Venezuela nous assistons incontestablement à l’échec d’un modèle. Tant sur le plan économique, que sociétal : celui d’un capitalisme dépendant ; du développement inégal, assorti d’un contraste marqué, entre une minorité extraordinairement opulente, une classe moyenne également minoritaire, mais toutefois intégrée, dans la mesure où elle s’avère utile à la première, et une majorité exclue quant à elle du rentisme, du consumérisme, de la démocratie au sens où l’entend celle-là, captant dans le meilleur des cas, les retombées de l’ensemble.

Fedecámaras (la fédération des chambres de commerce et de production du Venezuela) et le capital transnational des secteurs pétrolier et commercial en endossent la paternité. La date de naissance de ce modèle : le 18 octobre 1945. C’est-à-dire au moment où la fraction spéculative, usuraire et parasitaire de la bourgeoisie ( pour reprendre la caractérisation que l’on doit à Medina, Pietri, Egana et compagnie, héritiers idéologiques d’Alberto Adriani)  en collusion avec les secteurs les plus durs des forces armées firent capoter le seul projet à peu près sérieux d’industrialisation, qu’une aile ultra minoritaire de la bourgeoisie nationale, avait promu.

Le chavisme qui n’est ni un projet exclusivement économique ou social, mais un projet historique global, s’est affirmé en réaction à cet échec. Or, de tous les points de vue -mais surtout sur le plan économique- cette alternative a été couronnée de succès. Ce sont les effets secondaires inhérents à la réussite de ce projet auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Ils résultent de la réaction propre à ce vieux modèle. Ceux qui en bénéficiaient, ceux qui en étaient les héritiers ne peuvent accepter leur éviction de la scène de l’histoire. En tant que membres d’un bloc historique hégémonique ayant fait son temps, ils sont prêts à tout sacrifier -exceptés leurs propres privilèges- pour l’éviter.

Dans sa tentative de sauver ce qui peut l’être, la réaction de « nos » privilégiés de la rente pétrolière rappelle l’attitude qui sera celle de la noblesse terrienne française durant la période pré-révolutionnaire, malgré les avertissements de ceux qui virent que ses privilèges obscènes, son égoïsme atavique, son sentiment de supériorité illégitime et son nombrilisme invétéré, la mèneraient à sa perte. Non seulement  cette noblesse n’a changé en rien son mode de vie, mais elle s’est entêté à le faire perdurer. Nous savons ce qu’il en advint. La révolution éclata, les masses populaires étant les victimes de la spéculation sur le pain et les céréales.

La faillite du modèle Fedecámaras et la longue grève des investissements du capitalisme vénézuélien.

Retracer  l’échec du modèle économique tel que Fedecámaras le concevait et la faillite du pays qui s’ensuivit, est d’autant plus intéressant, si l’on se réfère à ceux qui, tout en étant acteurs de ce système, ont été suffisamment raisonnables pour réaliser ce qu’il se passait.

Tel le banquier de vieille date Miguel Ignacio Purroy, qui a présidé jusqu’à l’an dernier, Bancaribe (la 7ème banque privée du Venezuela) et que nul ne pourra le soupçonner d’être un sympathisant du chavisme, ou d’être un gauchiste. En 1985, dans un entretien intitulé « Passé, présent et futur de la dette », partie intégrante d’une étude que l’on doit à la non moins archaïque ANCE, Purroy établissait son diagnostic  sur la crise vénézuélienne : « La crise est advenue, en raison de la grève des investissements du secteur privé depuis 1979. Espérant que cela se traduirait par la création de richesses lui permettant de récupérer les crédits alloués, et de contribuer à une amélioration de la situation de l’emploi, l’État a voulu rompre avec cet état de fait. Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Pour la simple raison que la plupart de ces prêts ont été transférés à l’étranger (…) (La Corporación venezolana de Fomento (Société de Développement du Venezuela) par exemple, a débloqué 15 mille millions de Bolivars et en a seulement récupéré 1500 ».

Le graphique suivant, rend clairement compte de la situation que Purroy dénonce : la longue grève des investissements que l’on doit aux capitalistes créoles, s’exprime par une forte baisse de l’investissement fixe.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d'investissements. En vert, les investissemets privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s'inverse au fil de la révolution bolivarienne.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d’investissements. En vert, les investissements privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s’inverse au fil de la révolution bolivarienne.

Les deux tableaux qui suivent mettent en évidence deux des effets les plus pervers que causera cette « grève » : une situation d’inflation et la chute vertigineuse des salaires réels de la population active. (On doit ces études à Asdrubal Baptista, que l’on ne peut soupçonner davantage de chavisme).

Tableau du haut : lourbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix. Tableau du bas : comparaison du taux d'inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Tableau du haut : courbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix.
Tableau du bas : comparaison du taux d’inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Le mythe d’un Venezuela saoudien.

Le Venezuela saoudien  du « ‘tabarato, dame dos !» (« C’est pas cher, donne m’en deux ! »), des week-ends à Miami et de la consommation effrénée qui en découle, fut un mythe, quand on sait que seul le secteur privilégié de toujours et des nouveaux parvenus en bénéficia.

Sur les 15 millions de vénézuéliens d’alors, moins de 3 ont eu accès à ce mode de vie des riches et des célébrités. Cela semble élevé, et c’était en tout cas suffisant pour saturer l’aéroport de La Carlota (Caracas) tous les week-ends, les centres commerciaux de Miami et autres magasins de la 5ème Avenue. Mais cela représentait moins de 20% de la population dans son ensemble.

Que ce grand Venezuela saoudien relève désormais d’un mythe nostalgique  on le doit à l’hypocrisie et au cynisme de ses acteurs et bénéficiaires. La part de nostalgie s’explique d’elle-même. Toutefois l’hypocrisie et le cynisme qui contribuent à forger cette image, méritent que l’on s’y attarde : après la privatisation de l’usufruit de cette richesse produite par tous, désormais concentrée entre quelques mains, on a étendu le blâme à l’ensemble des vénézuéliens en affirmant qu’ils étaient tous des rentiers, des gaspilleurs et des corrompus. Dans ce contexte nul n’était censé être coupable, puisqu’à des degrés divers tout le monde en profitait. Il s’agissait du conditionnement psychologique préalable de la population pour la préparer au grand réajustement néo-libéral, qui a imposé à l’ensemble de la population de se serrer la ceinture. Et de payer les pots cassés par Fedecámaras et ses sbires.

Vu sous cet angle, le modèle du grand Venezuela saoudien est à prendre avec des pincettes. S’il a existé, ce fut à la manière de l’Arabie saoudite et de Dubaï à l’heure actuelle : un royaume de « princes » et de « princesses » accapareurs de richesses qu’ils ne produisent pas, dont les sujets -qu’ils considèrent comme leurs serviteurs- évoluent dans une grande pauvreté.

Les années 1980/90 qui ont vu la fin du Venezuela saoudien, relevaient de l’enfer social. Les exclus de toujours étaient de plus en plus exclus par le néo-libéralisme. Et nombre de ceux qui ne l’étaient pas, ont dégringolé de l’échelle sociale avant de plonger dans la pauvreté.  Ce sera le cas de la classe moyenne vénézuélienne qui subira un déclassement brutal et une précarisation à l’image de ses homologues européens contemporains ou des argentins des années 1990.

Par la force des choses, à la fin des années 1990, le Venezuela comptait parmi les pays les plus inégalitaires au monde (30% de la population monopolisaient 61% de la richesse nationale). Et la classe moyenne vénézuélienne qui représentait 50% de la population dans les années 1970, plafonnait à 20% une vingtaine d’années plus tard.

Entre autres conséquences, les universités publiques que les classes populaires fréquentaient majoritairement, perdirent leur caractère, et furent phagocytées par les représentants des classes moyennes qui n’avaient plus les moyens financiers d’accéder aux institutions universitaires privées.

Du Venezuela saoudien, au Venezuela de toutes et de tous.

Au cours de ces douloureuses années, la bureaucratie a popularisé une expression pour spécifier la situation de ces millions de jeunes à qui l’on refusait le droit à l’éducation. On les appelait « population flottante » parce que prise au piège des limbes institutionnels entre le secondaire et l’université.

D’une manière générale, cette expression (« population flottante ») caractérisait également la situation de 80% de ces vénézuéliennes et vénézuéliens qui « flottaient socialement », du fait que les droits auxquels ils pouvaient prétendre – à l’éducation, à la santé, à la sécurité, au travail, à une bonne alimentation, mais aussi aux loisirs et à la culture- leur étaient refusés.

C’est contre cette situation barbare, contre cette situation désespérée subie par la majorité sociale qu’il revint au chavisme de s’insurger. Ce fut « la première tâche », pour le dire avec ce grand ami et allié de Chavez que fut le président argentin Nestor Kirchner.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que le chavisme remporta des succès extraordinaires et que ce projet – sans être encore un modèle- atteignit son but. Avant d’influencer plusieurs pays de la région.

Tout cela s’est fait avec le pétrole et sa rente ? Oui. Tout cela se fit sans rompre structurellement avec le système capitaliste ? Oui. Mais cette politique n’en est pas moins héroïque et n’en est pas moins immensément révolutionnaire dans son contenu, même la droite le sait.

« Sans court terme, pas de long terme. Cette prémisse fut primordiale pour Hugo Chavez. La dette sociale vénézuélienne découlant des décennies néo-libérales, était si importante qu’elle a empêché tout déploiement de quelque transformation structurelle que ce soit. L’urgence fut de résorber l’extrême pauvreté. Selon les canons de l’économie dominante, et son cortège d’experts techniques, la pauvreté est tout simplement une donnée économique trouvant sa place dans toute équation mathématique. Par conséquent, elle ne prend ni en compte la corrélation de forces politiques qui  explique cet appauvrissement de la majorité de la population, ni la gravité de cette situation sur le plan social. Chavez prit le contre-pied des thèses économiques dominantes. Pour lui pas de futur envisageable sans résoudre d’abord le présent.

« Il fallait jeter immédiatement les bases d’une économie humaniste capable de répondre aux besoins vitaux du peuple vénézuélien. Ainsi, à contre-courant du tsunami néo-libéral, la politique économique de la Révolution Bolivarienne mit un point d’honneur à éradiquer la pauvreté (CEPAL/ Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, ONU); à ramener les chiffres du chômage à un niveau plancher sans précédent (5,5 % en décembre 2014);  à parvenir à l’équité en matière de revenus (PNUD/ Programme des Nations Unies pour le Développement) ; à augmenter le salaire minimum réel; à éradiquer la faim (FAO/Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). N’en déplaise à certains, tout cela est dû à l’efficacité de l’économie socialiste. Aboutir aussi rapidement à l’assainissement de la dette sociale est le signe d’une politique économique qui utilise efficacement  les recettes publiques : plus de 60% du PIB consacrés aux investissements sociaux. Il n’y a pas de magie ni de miracle : la construction de logements, la mise en place d’un service public gratuit dans le domaine de la santé et de l’éducation, cela coûte cher en bolivars et en dollars

« Tout cela a été réalisé grâce à la rente pétrolière ? Oui. Mais non pas parce que cette rente tomba du ciel, se transformant comme par enchantement en missions sociales, en logements, en écoles ou en hôpitaux, mais grâce à la récupération souveraine de ce secteur stratégique et ensuite par la priorité donnée à une politique sociale, contre toute option néo-libérale. La clef de cette réussite a résidé dans le fait que la rente pétrolière a été mise au service d’une économie humaniste. L’usage efficace des recettes publiques permit l’édification d’un État social en lieu et place d’un Etat-providence miniature ». (Alfredo Serrano Mancilla. Révolution productive (3).

Luis Salas Rodriguez

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/superar-el-modelo-fracasado-i

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir le documentaire Mayami Nuestro: https://www.youtube.com/watch?v=1SCbDgB4Ifc

(2) « La Fao considère que le problème de la faim est pratiquement éliminé au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/la-fao-considere-que-le-probleme-de-la-faim-au-venezuela-est-pratiquement-elimine/

(3) « La revolución productiva », http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7687-2014-05-25.html

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1J7

Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Eléments de réflexion pour une bataille des idées

Le 22 janvier, le président Maduro a rendu publique une conversation téléphonique entre militaires d’extrême droite (voir ci-dessous). L’un d’eux, expert en guerre psychologique de la School of Americas, explique comment organiser des pillages “avec l’aide d’étudiants” grâce aux pénuries générées par le secteur privé – encore hégémonique au Venezuela (1). Des liens resurgissent avec le leader d’extrême droite Leopoldo López, actuellement jugé en tant qu’organisateur des violences qui ont fait des dizaines de morts en 2014 et que les médias internationaux présentent comme un “prisonnier politique”. Le président Rafael Correa a rappelé récemment que ce scénario copie le modus operandi employé par Washington pour renverser le président Salvador Allende (2).

Pour stopper ce coup d’État en marche, Nicolas Maduro a lancé un ultimatum au secteur privé tout en réorganisant la distribution des produits et aliments de base. La droite comptait sur la chute des prix du pétrole pour pousser le gouvernement à l’austérité. Peine perdue : le 22 janvier, le président bolivarien a annoncé l’augmentation du salaire minimum de 15 % pour le protéger de l’inflation, 300.000 pensions supplémentaires, 200.000 nouvelles bourses d’études pour les étudiants du secondaire, l’augmentation de 30 % des bourses universitaires, la construction de 400.000 logements et de nouvelles infrastructures routières, ainsi qu’une nouvelle mission de protection sociale pour 500.000 familles populaires (4). Le texte d’Elías Jaua éclaire la lutte entre ces deux modèles.

T.D., Caracas, 24 janvier 2015

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015 brandit la photo de Fabricio Ojeda, député et guérillero de gauche assassiné sous un régime antérieur à la révolution.

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015, brandissant la photo de Fabricio Ojeda, député, journaliste et guérillero de gauche assassiné en 1966.

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014. Cette enième tentative de déstabilisation contre le gouvernement bolivarien avait été présentée par les médias occidentaux comme... "une révolte populaire" !

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014, mêlées aux familles des disparus sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution. La tentative meurtrière de déstabilisation en 2014 avait été présentée par les médias occidentaux comme « une révolte populaire réprimée par le gouvernement ».

 Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Éléments de réflexion pour une bataille des idées.

par Elías Jaua

Traduction : Jean-Marc del Percio

« Ce système est totalitaire et centralisateur. Il établit le contrôle de l’État sur tous les aspects de la vie (…) Il conduit à l’oppression et à la ruine des pays où ce système a été appliqué ».

Conférence des Évêques du Venezuela, janvier 2015.

«Dans le même temps que les intérêts d’une minorité s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité s’effondrent. Ce déséquilibre résulte de la mise en application de critères idéologiques qui soutiennent l’autonomie absolue des marchés, mais aussi la spéculation financière. Et rejettent le droit de contrôle des États sur ces affaires. Lesquels sont en charge de la défense du bien public ».

Pape François. Exhortation apostolique, 12 juillet 2013.

 

Un État luttant pour la défense de l’intérêt général : ce principe est au cœur de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Celle-là même qui aura été approuvée il y a 15 ans, un mois et 3 jours, par le peuple vénézuélien. Un État social, démocratique ; un État de droit et de justice qui répond enfin au rêves de nombreuses générations. Un rêve transformé en réalité, du fait de la volonté affichée de millions de vénézueliens et vénézueliennes.

Notre constitution établit clairement le rôle de contrôle et de régulation dévolu à l’État, dans le domaine économique, et ce, dans le but de protéger les droits humains de notre peuple, face aux monopoles, face à la spéculation, l’usure et la fraude, inhérentes au capitalisme. Il s’agit également de promouvoir une répartition équitable de la richesse nationale, tout en favorisant une économie productive.

Sous l’impulsion initiale du président Chavez, la Révolution Bolivarienne aura sans aucun doute réussi le pari de démocratiser les fruits de la rente pétrolière, tout en soldant la dette sociale accumulée durant la période de la gabegie capitaliste. La remise en question du rentisme pétrolier en est le corrolaire.

A ce jour, la démocratisation des fruits de la rente pétrolière, aura débouché sur les avancées suivantes en matière de recherche du bien commun.

1. L’investissement social

Entre 1985 et 1998 (avant la révolution) : avec un revenu national s’élevant à 213 286 000 de dollars, les dépenses sociales ne représentaient 36,82% (79 540 millions de dollars).

Entre 1999 et 2012 (a partir de la révolution) : avec un revenu national atteignant 883 089 000 de dollars, les dépenses sociales ont grimpé à 62,46% (551 639 millions de dollars).

Ainsi, en universalisant la redistribution de la rente, la Révolution bolivarienne a réussi à inverser la courbe. (3)

2. La bataille contre la pauvreté.

En 1998, 21% des ménages vénézueliens vivaient en situation d’extrême pauvreté. En 2014, cet indice s’est rétracté à 5,5%. D’une manière générale, entre 1998 et 2013, la pauvreté a régressé de 49 à 19%.

Idice GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure le taux d'inégalité. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l'égalité sociale.

Coefficient GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure l’inégalité dans la distribution des revenus par foyer. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l‘égalité sociale.

3. Le droit à la santé.

Si en 1998, le Venezuela comptait 5360 centres de santé sur son territoire, ce chiffre a progressé pour atteindre en 2011 le taux de 13731. Ce qui représente une croissance de 150%.

A cette même date, 182 hôpitaux ont été réhabilités, tandis que les centres de santé publique se voyaient pourvus de 27 620 lits.

Entre autres réalisations importantes, on peut citer la construction -suivie d’une mise en service- de l’Hôpital cardiologique pédiatrique latino-américain Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, doté d’un potentiel permettant de réaliser 4500 interventions chirurgicales annuelles, et 80 000 consultations en externe, pour les enfants souffrant du coeur.

En mars 2014, la Révolution a permis à 17 000 impétrants d’obtenir leurs doctorats en médecine. Et grâce à la Mission Barrio Adentro I, II et III, pas moins de 24 millions de Vénézueliens (82,4% de la population totale), ont bénéficié d’une aide médicale gratuite. Ces Missions successives, se sont appuyées sur un réseau de 7500 cliniques populaires ; 6000 centres de santé ; 3000 cabinets dentaires (odontologie) ; 400 cabinets d’optique/ophtalmologie ; mais aussi sur 559 centres de diagnostic intégral ; 130 blocs opératoires ; 570 salles de rééducation et 35 centres de haute technologie médicale.B7KPPsMIIAEfR7G-632x430

4. Le droit à l’éducation.

Grâce à la Révolution Bolivarienne, le taux des inscriptions a augmenté de 29%. Soit un total 7 778 538 élèves.

Le taux net de scolarisation dans le primaire a connu une croissance de 7 points, atteignant ainsi les 93%. Et si l’on prend pour repère les chiffres de l’année scolaire 1998-99, le nombre de diplômés a explosé (+ 160%. Année scolaire 2012-13).

De 19 682 groupes scolaires existants, l’on est passé à 24 516 (+ 25%). Quant au personnel enseignant, son nombre s’est accru de 188%.

Par ailleurs, les Missions Robinson I et II ont permis l’alphabétisation de 1 756 250 personnes. 789 436 d’entre elles ont terminé leurs cycles d’études primaires. De ce fait, en 2005, l’UNESCO a déclaré officiellement le Venezuela, « territoire libéré de l’analphabétisme ». 822 853 personnes bénéficiant des programmes de la Mission Ribas ont pu achever leurs études secondaires. Quant à la Mission Sucre, elle a assuré 565 201 vénézueliens/ennes d’une formation qui aura autorisé l’accès pour 212 532 d’entre eux, à des études supérieures. (Université).

5. Le droit à la culture.

La Révolution a jeté les bases d’un véritable réseau d’institutions ayant remarquablement contribué à l’épanouissement culturel de notre peuple. Parmi celles-ci, il est possible de citer le Centre pour la Diversité culturelle ; la Fondation « Librairies du Sud » qui s’appuient sur 61 établissements disséminés sur l’ensemble du territoire national ; la maison d’édition «El Perro y la Rana», pourvue de 24 antennes régionales ; l’Institut des Arts scéniques et musicaux (IAEM) ; la compagnie de distribution Amazonia Films ; la Maison du Cinéma, centre de production et formation ; le Centre National d’Histoire ; le Centre National du Disque (CENDIS) ; la Fondation des Musées Nationaux, etc.

Depuis 2012, la Mission Culture a permis la formation de 12 465 professionnels, ayant obtenu leurs diplômes en Éducation, mention « Développement culturel » ; sans oublier l’épanouissement, aujourd’hui célèbre dans le monde entier, des ensembles d’orchestres Simon Bolivar.

Le développement du secteur cinématographique est à souligner. Il résulte de l’effort conjoint de structures diverses telles que la Maison du Cinéma, du Programme National de formation cinématographique et du Centre Autonome cinématographique (CNAC).

Rien qu’en 2012, 12 films vénézueliens ont vu le jour, tandis que 27 projets cinématographiques ont reçu un soutien concret. 25 festivals et expositions ont été organisés au niveau des États. 78 films vénézueliens ont participé à 121 festivals internationaux. 36 prix et distinctions ont été ainsi obtenus. Et en novembre 2014, on a atteint une fréquentation record des salles obscures . Ce qui hisse le Venezuela à la première place des pays d’Amérique latine, quant à la découverte de longs métrages nationaux.

B7KS459IYAAEq98-632x4216. Le droit au sport.

A partir de 1999, le Gouvernement Bolivarien a instauré une politique visant à renforcer le développement des activités sportives. A cette fin, au cours des 12 dernières années, 6 830 614 741 Bolivars ont été investis. De ce fait, 2885 installations sportives ont été réhabilitées ou construites ; 3 stades de football ont vu le jour, et 6 autres ont été modernisés ; l’Université ibéro-américaine du Sport, 27 unités éducatives visant à la détection des talents, mais aussi 14 centres de science et médecine sportives ont été fondés. 6 479 713 personnes ont bénéficié de l’accent mis sur le sport de masse. Dont 165 000, par le biais du Pouvoir sportif Communal ; 3 960 266, via la Mission Barrio Adentro sportif ; 1 985 000, grâce au sport universitaire ; 31 803 par le Simoncito sportif, et 337 644 par le développement systématique des activités physiques, sportives , récréatives, aux fins d’améliorer la santé publique.

La Mission Barrio Adentro pour le Sport, qui couvre les 24 États du pays, est devenue la pierre angulaire de la politique révolutionnaire en matière sportive. D’ailleurs, depuis peu, les performances des athlètes vénézueliens se sont multipliées. Tant au niveau national, qu’international.

7. Le droit à la Communication et à l’accès aux technologies de l’information.

Les avancées de la Révolution en terme d’accès aux communications et à internet sont significatives. Prenons quelques exemples. Tandis qu’en 1998, le pays comptait à peine 342 stations de radio FM (dont 331 relevant du secteur privé, 11 du secteur public et aucune de type communautaire), en 2012, la situation se modifie singulièrement pour atteindre les chiffres de : 843 (503 privées, 86 publiques, 249 de type communautaire). C’est-à-dire + 146%.

Quant aux stations de télévision, en 1998, leur nombre s’élevait à 119 (en signal ouvert), dont 66 privées, 14 publiques et 39 de type communautaire. A ce tableau d’ensemble, il convient d’ajouter la création de Vive TV et Telesur. Sans oublier le lancement de la Radio del Sur (la Radio du Sud), et la fondation du Correo del Orinoco. (Le Courrier de l’Orénoque).

De plus, en 2013, grâce à l’installation de 11 321 km de fibre optique, 12,55 millions de vénézueliens (42% de la population) ont pu accéder à la Toile. Ces réalisations ont hissé le Venezuela au 7ème rang des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, en terme de pénétration des services afférents, et du nombre d’utilisateurs. Il faut également préciser que l’application du programme WIFI para Tod@s (la WIFI pour tous), a permis l’installation de 2903 points publics et gratuits de connexion sur l’ensemble du territoire national. Dont 259 en milieu universitaire, 1389 lycées et 681 villages.

8. Un droit sacré : s’alimenter.

Les 15 premières années de la Révolution bolivarienne ont permis au pays – dont 2,7 millions de citoyens souffraient de la faim (les années 1990)- de réduire ce fléau, pour le rendre exceptionnel. Ainsi, l’indice de malnutrition qui s’élevait initialement à 13,5%, est passé sous la barre des 5%. Quant à l’apport calorique, il est passé de 2127 Kilocalories par personne et par jour (Quatrième République) à 3182 Kilocalories par personne et par jour, en 2012. L’année suivante, la FAO rendra hommage au Gouvernement Vénézuelien, pour avoir par son action, réduit à leur plus simple expression la faim et la malnutrition.

Par ailleurs, 17 554 442 personnes ont bénéficié de la Mission Alimentation Mercal/Programme de distribution d’aliments subventionnés créé en 2003, PDVAL – Entreprise publique de Production et distribution d’aliments, et Abasto Bicentenario – grande chaîne de magasins publics permettant l’achat d’aliments et de produits de 1ère nécessité au « prix juste, qui leur a facilité l’accès à l’alimentation subventionnée par l’État. On estime à 8 059 414 tonnes, les aliments ayant été distribués par les 16 626 points de vente existants.B7KTFGPIgAEdw6j-632x434

9. Le droit au logement.

Si l’on prend l’année 2011, la Grande Mission Logement Venezuela aura permis à 600 000 logements dignes de ce nom de voir le jour. 400.000 seront costruits en 2015. Superficie moyenne : 70 m2, avec salle de bain, chambre à coucher, cuisine. Les services publics et les aménagements urbains sont à portée de main. Ce qui garantit le plein épanouissement (social et productif) des habitants. En outre, nombre de ces logements ont été livrés totalement équipés et meublés. Et les espaces consacrés à l’éducation, la santé, la culture ne manquent pas, tels que les Simoncitos (centres d’éducation initiale pour les enfants de 0 à 6 ans), les écoles, les CDI (Centre de Diagnostic intégral) et les terrains de sport.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d'une remise de logements aux secteurs populaires de l'État Anzoategui.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d’une remise de logements aux secteurs populaires de l’État Anzoategui.

10. Le droit de vieillir dans la dignité

A ce jour, 2 521 750 pensionnés bénéficient des avantages liés à la mise en place de la Gran Mision en Amor Mayor. 300.000 de plus viennent d’être annoncées pour 2015 par le président Maduro. Il y a 16 ans, ce chiffre se ramenait à 300 000. Ces derniers recevant des subsides inférieurs au salaire minimum légal.

Tous ces résultats sont la conséquence d’une politique redistributive socialiste, qui concerne 60% du budget de l’État, et de l’universalisation des fruits de la rente pétrolière. En une décennie, cet effort a conduit le Venezuela à passer d’un Indice de Développement humain moyen à un IDH élevé. Selon un rapport de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine/ONU), notre pays s’avère être le moins inégalitaire de l’Amérique latine. Cela, nous n’avons pu l’obtenir que par l’instauration du socialisme.

Il est par ailleurs nécessaire de préciser qu’il est impossible de construire le socialisme sur la base du rentisme pétrolier. Consciemment ou inconsciemment, cette certitude est liée à la notion que le socialisme relève uniquement de la sphère de la distribution.

Hugo Chavez avait clairement établi que notre socialisme doit être intégral, muni de toutes ses facettes, et se doit de faire ressortir toutes les qualités inhérentes à son mode de production spécifique. Selon Chavez, il ne peut exister un socialisme rentier. Sans vaincre le rentisme, il est impossible de jeter les bases d’une économie productive socialiste.

Non seulement le rentisme implique une dépendance par rapport à la production pétrolière, mais aussi par rapport à la fluctuation des cours du pétrole sur les marchés internationaux. De plus, cette référence au rentisme, s’exprime à travers « la culture spéculative, qui s’est immiscée tel un venin à l’intérieur même du système capitaliste vénézuelien ».

C’est pourquoi, parallèlement à l’application d’une juste politique redistributive de la rente – autorisant l’obtention et la consolidation des droits sociaux- la Révolution Bolivarienne s’est attelée à la concrétisation d’une culture du travail qui permet l’émergence d’une économie productive socialiste.

Voyons ce qu’il en est :

  1. La diversification des relations économiques internationales, a permis un renforcement de notre indépendance et de notre souveraineté. Elle a également favorisé de salutaires transferts de technologie constituant le socle de l’industrialisation du pays. (6)
  1. Le processus des nationalisations a permis le retour dans le giron de la nation, de multiples entreprises d’importance stratégique. Nombre d’entre elles souffraient de graves retards sur le plan technologique, leur situation sur le plan fiscal était précaire. Il n’en demeure pas moins que ces nationalisations étaient nécessaires à l’impulsion de politiques ambitieuses telles que celles de la Grande Mission Logement Venezuela. (A ce jour, plus de 600 000 logements ont été construits et 400.000 supplémentaires le seront en 2015). Il en est de même, en ce qui concerne les secteurs industriels du ciment, de l’acier et de l’électricité. CANTV (compagnie de télécommunications) et Banco de Venezuela étaient viables. Toutefois leurs nationalisations ont été utiles, car elles auront favorisé la démocratisation de l’accès à leurs services respectifs ; mais aussi le bon emploi des bénéfices dégagés, au profit des enfants et des jeunes. De ce fait, un large accès aux technologies de l’information a été possible. (Programme Canaima : 5 millions d’ordinateurs mis gratuitement à la disposition des écoliers et des universitaires). Dans un autre registre, ces nationalisations ont bénéficié aux personnes du 3ème âge, qui peuvent désormais compter sur une pension digne de ce nom (Gran Mision Amor mayor).
  2. La surface agricole utile s’est considérablement étendue. Entre 1998 et 2010, la superficie des terres cultivées a augmenté de 49%. Entre ces deux dates, on est passé de 1 638 923 ha à 2 433 943 ha. Quant à la production agricole relative à l’élevage elle s’est accrue de 44% : 2 575 443 tonnes (1998) ; 4 669 120 tonnes (2010).
  3.  On a également beaucoup investi dans le domaine des infrastructures routières et des transports. Le réseau ferré n’a pas été oublié : on peut notamment citer la mise en service d’une ligne, desservant les Vallées du Tuy (Etat de Miranda); les lignes 3 et 4 du metro de Caracas. La ligne 5 étant en voie de réalisation ; les métros de Maracaibo, Valencia et Los Teques ; le CableTren Bolivariano /Métro de Caracas/Transports publics) ; le réseau reliant Caracas-Guarenas-Guatire (projet de Métro urbain) ; le Métro Câble Mariche et San Agustin (système de téléphériques intégrés) ;
  4. De grandes installations thermoélectriques ont été construites et ont vu leurs capacités de production étendues. Il en est ainsi de la centrale Général Rafael Urdaneta dans l’État du Zulia ; des stations Centre à Carabobo et Josefa Camejo à Falcon ; mais aussi des centrales hydro-électriques comme celle de Caruachi (Etat de Bolivar).
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Courbe du chômage

Le meilleur indicateur de ces efforts sans précédent visant à diversifier l’économie vénézuélienne, réside dans l’écart concernant les chiffres du chômage, si l’on compare la période antérieure durant laquelle le néo-libéralisme sévissait (15 points), à celle de ces dernières années, où ces chiffres ont été ramenés en-dessous de la barre des 6 points. La sécurité de l’emploi garantissant désormais un revenu régulier aux familles. Le taux de chômage est tombé à 5,5 % en décembre 2014.

Toutes ces conquêtes sociales, toutes ces avancées sur le plan économique, nos adversaires s’emploient à en minimiser l’ampleur, voire à les occulter. C’est le cas du médiocre gouverneur Capriles (ex-candidat présidentiel de la droite, NdlR) qui déclare que « le modèle actuel n’est qu’un rêve dont on doit se débarrasser ». Mais venant de sa part, cela sonne creux.

Cela se passe à un moment où l’on assiste à une aggravation progressive de la confrontation avec l’oligarchie locale et ses alliés. A l’instauration d’une situation d’ agression permanente, provenant de l’extérieur. Et nous avons également affaire à une véritable guerre économique, mais aussi politique, sociale et culturelle, à l’intérieur même de notre pays. Non seulement cet état de fait nuit à l’économie, mais il oblige aussi la Révolution à consacrer d’énormes efforts, et à gaspiller un temps précieux, à l’élaboration de contre-mesures.

Il est vrai que nous n’avons pas toujours été en mesure de trouver les arguments solides pour défendre les avancées réalisées. C’est pourquoi le peuple, le Parti Socialiste Unifié (PSUV), les mouvements sociaux et nos diverses institutions doivent jouer un rôle essentiel dans la défense des conquêtes de la révolution bolivarienne et socialiste. Il faut reconnaître que nous ne sommes pas satisfaits de tout ce qui a été accompli à ce jour ; de notre incapacité à surmonter de vieux problèmes dont nous avons hérité.

Il faut garder à l’esprit qu’au moment même où nous nous efforcions d’éliminer le système capitaliste rentier ; de nous acquitter de la dette sociale accumulée au fil des décennies, il était essentiel d’innover, d’emprunter des chemins non encore explorés, d’assumer le risque du tâtonnement et de l’erreur. Aucune Révolution n’a échappé à cela. C’est pourquoi, tout en prenant acte des nombreux succès obtenus, il est nécessaire de corriger le cap lorsque c’est nécessaire. Quand des erreurs ont été commises.

Sous l’égide du Président Nicolas Maduro, mais aussi à travers le passage parmi nous de notre leader historique, cette nouvelle étape de la Révolution nous impose de sérier avec précision et sans dogmatismes, les grandes lignes d’action, mais aussi les objectifs stratégiques à atteindre, pour une économie productive. De plus, pour nous débarrasser du rentisme, mais aussi résoudre les problèmes accumulés, et vaincre dans la guerre économique en cours, une restructuration financière et fiscale est inévitable.

La lutte sans relâche que nous devons livrer à l’inefficacité, la corruption, le bureaucratisme, les manquements et les absences de suivi des processus en cours, est d’autant plus impérative, que tous ces dévoiements sont associés à une forme de culture pétro-rentière. Ce faisant, nous devons rectifier ce qui doit l’être. Pas seulement le Gouvernement Bolivarien. Mais la société tout entière, pour ne pas retomber dans le cauchemar néo-libéral dont nous nous sommes extraits le 6 décembre 1998, en élisant pour la première fois à la Présidence, Hugo Chavez.

Ce qui importe, c’est de poursuivre la construction de notre société -ou pour le dire avec le Pape François- « une société dans laquelle l’humain et non pas l’argent soit le centre ».

Cela fait 16 ans, qu’au Venezuela nous construisons cette société que de profondes et amples libertés démocratiques irriguent. C’est la marque de notre projet socialiste Bolivarien. Notre Socialisme.

« Le socialisme c’est la démocratie et la démocratie c’est le socialisme dans tous les domaines : politique, social et économique ».

Hugo Chavez

Elias Jaua Milano

Nicolas Maduro le 22 janvier à  la cérémonie d'investiture d'Evo Morales, réélu à la présidence de Bolivie. Les deux pays ont convenu d'accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion : "celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela n'est autre que l'empire états-unien" (4)

Nicolas Maduro le 22 janvier à la cérémonie d’investiture d’Evo Morales, réélu à la Présidence de la Bolivie. Les deux pays ont convenu d’accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion que « celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela, c’est l’empire états-unien » (5)

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/por-que-socialismo-en-venezuela-elementos-para-la-batalla-de-ideas/

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

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