Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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Le Venezuela lance la campagne nationale contre la violence envers les femmes 

L’élection le 30 juillet dernier d’une Assemblée Constituante au Venezuela remobilise les énergies dans la bataille permanente pour développer les droits de la femme. Ce mercredi, dans tout le Venezuela, a commencé la campagne nationale contre la violence envers les femmes.  Les activités se dérouleront du 1er novembre au 10 décembre 2017 afin de sensibiliser tous les secteurs de la population au droit de la femme à une vie exempte de toute forme de violence. La campagne a démarré le mercredi 1 novembre sur le thème : « La paix commence à la maison, stop à la violence contre les femmes« .

Lors d’un entretien dans le cadre de l’émission « Encendidos » à Venezolana de Television, la Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz a la société à mener une évaluation interne sur ce plan dans chacun de ses secteurs et surtout d’introduire le thème de la violence contre les femmes en tant que délit dans le débat public et politique, ainsi qu’à exiger que les droits des citoyennes soient reconnus comme étant des droits humains.

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La Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz

Le programme des activités commence ce 1er novembre et durera jusqu’au 10 décembre, date à laquelle sera célébrée la Journée Internationale des Droits Humains ». A partir de 19 heures ce soir, des projecteurs de lumière violette illumineront symboliquement des espaces publics et touristiques du pays pour réaffirmer l’engagement du gouvernement à renforcer le dispositif de protection des femmes et des spots TV seront diffusés : https://twitter.com/twitter/statuses/925693161955000321.

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La Ministre des Droits de la Femme Blanca Eekhout (à gauche) lors d’un des meetings de la campagne conte la violence envers la femme.

Madriz a précisé que l’Etat soutiendra les institutions chargées de la défense des droits de la femme dont l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui discutera d’un projet de loi sur la création d ‘un Institut National de Défense des Droits des Femmes afin de développer des actions de promotion (défense, protection) face à ce phénomène qui représente un véritable problème social, d’Etat et de santé publique.

Dix ans après sa promulgation, la Loi Organique sur les Droits de la Femme à une vie exempte de violences sera révisée afin de potentialiser divers thèmes dans le domaine culturel, de renforcer la sensibilisation aux droits relatifs à l’égalité des sexes et de proposer une thérapie aux hommes qui usent de violence.

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Un débat national sera également ouvert sur la dépénalisation de l’avortement, la création d’un dispositif national de planning familial, l’actualisation du Code pénal et un programme de prévention et de réduction des grossesses précoces.

Rebeca Madriz a rappelé que la loi définit actuellement 21 délits de violence contre la femme allant de la violence physique à la violence psychologique, et que l’Institut National de la Femme (Inamujer) et le Ministère des Droits de la Femme ont mis en place un Bureau national d’assistance aux femmes victimes de violence, la Défendeure Nationale des Droits des Femmes, joignable au numéro de téléphone 0800 femmes (6853737) qui reçoit les plaintes et offrent les services de conseillères.

Source : http://ciudadccs.info/este-miercoles-comienza-campana-nacional-la-violencia-hacia-la-mujer/

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Venezuela, le peuple constituant fait des propositions pour le chapitre « Droits de la Femme ».

Le 30 juillet 2017 une mobilisation populaire, assez inattendue dans le contexte difficile de la guerre économique, a élu une Assemblée Constituante au Venezuela. Un moment démocratique qui rappelle le référendum en Catalogne: la droite, appuyée par la plupart des médias, a usé de la violence pour tenter d’empêcher ce scrutin, menaçants les électeurs, saccageant des bureaux de vote, sans autre résultat que galvaniser la volonté de la population (1). Depuis que les urnes ont parlé, la droite a mis fin (pour l’heure) à l’insurrection armée, déplaçant l’offensive sur le plan économique avec l’aide du secteur privé. Dans ce contexte marqué par des hausses de prix constantes des produits de base et les réponses du gouvernement bolivarien pour renforcer l’accès de la population à l’alimentation subventionnée, s’est ouvert le chantier constitutionnel. Toutes sortes de mouvements sociaux et de partis politiques s’expriment au-dehors et au dedans de la nouvelle assemblée, pendant que l’opposition, les médias, l’Union Européenne et Donald Trump crient à la « dictature ». (2)

Une décision récente de l’Assemblée Nationale Constituante a été de désigner le 25 octobre comme journée du « féminisme socialiste ». L’ANC a annoncé sa volonté de renforcer l’ensemble des droits de la femme, dont le thème de l’avortement. Dans leur décret les constituant(e)s veulent  « promouvoir une approche de genre et féministe. Le machisme est une culture capitaliste rétrograde qui affecte autant les hommes que les femmes, nie la diversité et l’intégration et légitime les relations de domination et êtres humains ». 28 associations féministes comme l’Araña Feminista ont participé aux débats (photo) et fait entendre leur voix dans la rue pour demander d’aller plus vite et plus loin, d’accélérer non seulement la dépénalisation de l’avortement mais aussi la diffusion de l’éducation sexuelle et de la distribution des contraceptifs.

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L’ANC a décrété la convocation « de toutes les femmes et les hommes à participer de façon active à la construction collective du Chapitre Femme, Équité et Égalité de genre de la nouvelle proposition constitutionnelle, dont l’objectif est de libérer toutes les potentialités de la femme dans ses multiples facettes vitales », comme de renforcer la participation de ce secteur dans les différents champs de la transformation de la patrie. Promouvoir les valeurs de paix, égalité, entente, équité et justice sociale seront les tâches fondamentales de la Commission Constituante sur la Femme, l’égalité et l’Équité de genre, installée en session ordinaire de l’organe plénipotentiaire, qui a eu lieu au Palais Fédéral Législatif. De même, il a été décidé de créer sur tout le territoire national des équipes de femmes pour « garantir la participation citoyenne à l’Assemblée Nationale Constituante », qui permette la rédaction du nouveau texte constitutionnel.

L’installation de cette commission a été stipulée dans le décret lu et approuvé pendant la session de l’assemblée, durant laquelle ont pris la parole des représentantes de mouvements de femmes de même que la Ministre pour la Femme et l’Égalité de Genre, Blanca Eekhout. Celle-ci a souligné le rôle fondamental de la femme vénézuélienne depuis l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, rôle impulsé par le commandant Hugo Chávez il y a 18 ans.

« Nous avons des avancées extraordinaires parce que la participation des femmes aux institutions de ce pays, s’est consolidée avec la Révolution Bolivarienne », a-t-elle déclaré tout en rappelant la création des différentes missions sociales, créées en priorité pour protéger les femmes des secteurs populaires, exclues pendant l’ère puntofijiste . (3)

La preuve en est – a-t-elle détaillé- la grande mission sociale Hogares de la Patria (foyers de la Patrie), mise en place en 2015 par le président de la République, Nicolás Maduro, pour protéger les enfants et les mères de ce pays. «  Avec la Grande Mission Hogares de la Patria nous avons protégé plus d’un million 200 mille femmes. Dans cette mission des hommes aussi ont été inclus. », a indiqué la titulaire du ministère.

Elle a également manifesté l’importance du premier processus constituant convoqué en 1999 par le leader bolivarien et au cours duquel ont été établis les droits de femme vénézuélienne. «  La Révolution Bolivarienne est la première à hisser le drapeau du féminisme, aucun autre leader dans le monde n’a osé dire je suis féministe. Le premier a été Hugo Chávez et ceci en dit long sur le caractère de la Révolution Bolivarienne », a-t-elle souligné.

Pour sa part, la députée constituante et porte-parole des Comités Locaux d’Approvisionnement et Production (CLAP) Beysimar Pérez, a souligné que les vénézuéliennes sont la clé dans le renforcement de la productivité, grâce aux programmes sociaux comme « Soy mujer » (Je suis une femme) et la Banque de la Femme, instances destinées à financer et accompagner la mise en œuvre des projets socio- productifs mis en œuvre par des femmes des secteurs populaires.

Notes

  1. Voir « (Photos :) Médias du monde libre contre droit au suffrage des vénézuéliens », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/01/photos-medias-contre-droit-au-suffrage-des-venezueliens/
  2. Voir entre autres « L’assemblée constituante renforcera les droits des peuple indigènes » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/15/lassemblee-constituante-renforcera-les-droits-des-peuples-indigenes/
  3. Le « puntofijisme » est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo au Venezuela entre les deux principaux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour se relayer en alternance au pouvoir sans en modifier les structures. Il durera… quarante ans (jusqu’en 1998), date de l’élection d’Hugo Chavez.
  4. Lire « L’indulgence de la presse française (et d’une partie de la gauche) pour la violence d’extrême droite » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/17/venezuela-lindulgence-de-la-presse-francaise-et-dune-partie-de-la-gauche-pour-la-violence-dextreme-droite/

Sources : https://venezuelanalysis.com/news/13404http://albaciudad.org/2017/09/pueblo-debatira-propuestas-para-redactar-capitulo-mujer-en-la-constitucion/ 

Traduction : Cathie Duval

UR de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3Ab

L’Assemblée Constituante renforcera les droits des peuples indigènes

L’élection de l’Assemblée Constituante organisée au Venezuela le 30 juillet dernier, a permis aux peuples originaires d’élire directement, en assemblées, huit députés indigènes. Une de leurs tâches au sein de cette assemblée sera de renforcer les politiques menées par la révolution bolivarienne visant à « payer la dette historique » qui est due aux communautés indigènes (environ 7% de la population vénézuélienne totale).

Yamilet Mirabal

La Ministre pour les Peuples Indigènes Yamileth Mirabal

A cette heure, 3 millions 280 mille 298 hectares de terres ont été restitués aux peuples autochtones vénézuéliens afin d’améliorer leur niveau de vie, en procédant à la reconnaissance de leurs territoires, a rappelé ce jeudi la ministre des Peuples Indigènes, Yamileth Mirabal.

La Ministre a indiqué qu’il s’agit de 102 titres de propriété collective de la terre, qui concèdent aux peuples indigènes des droits à perpétuité sur les territoires qu’ils ont occupé selon un droit ancestral et traditionnel. « La reconnaissance des territoires est un engagement pris par l’État Vénézuélien vis-à-vis des peuples indigènes et assuré par voie constitutionnelle en 1999, afin de légitimer les territoires indigènes et de restituer les titres de propriété collectifs de ces terres à leurs protecteurs ancestraux, préservant ainsi leur modes de vie et leurs pratiques économiques ».

La fonctionnaire explique qu’à la différence d’autres pays où les peuples autochtones sont encore plongés dans le désespoir et le dénuement après avoir été spoliés de leurs terres, le gouvernement du Venezuela soutient les peuples indigènes dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs territoires, leur identité et leurs savoir-faire. Cet engagement figure dans la Constitution de 1999, dans le Programme des Droits de l’Homme 2016-2019 et dans les dispositions de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) « qui servira à être davantage à l’écoute du peuple indigène s’agissant de son droit à renforcer les garanties constitutionnelles sur ses acquis ».

La Constituante renforcera ces droits

« L’une des propositions faites par les constituants indigènes élus selon les modalités de la consultation préalable porte sur le thème de l’identité. La carte d’identité dit que je suis Yamileth Mirabal, mais ne précise pas que je viens de la communauté de Rio Negro, dans l’état d’Amazonas. Obtenir une carte d’identité indigène est le principe de base pour une meilleure reconnaissance de notre identité ».

Une autre idée consiste à modifier l’article 119 de la Constitution de 1999 qui stipule que « l’État reconnaîtra l’existence des peuples et des communautés indigènes, le texte constitutionnel devant selon elle préciser que « L’État reconnaît… ». « Car nous, les peuples indigènes sommes bien présents, bien vivants et bien là et doivent être reconnus maintenant, dès à présent ».

La ministre pour les peuples indigènes a annoncé que les autres thèmes qui seront soumis à débat à la Constituante sont les suivants :

  • le renforcement de l’éducation interculturelle bilingue,
  • la juridiction indigène dans l’exercice de la justice,
  • le développement de la médecine naturelle à base de plantes et les thérapies complémentaires en tant que champ d’application inclus dans le système de santé,
  • la prise en compte des lieux chamaniques sur le plan culturel,
  • l’accès intégral à l’Arc Minier et la décolonisation comme processus transversal de reconnaissance de la culture indigène dans le cadre des politiques publiques.

Parmi les propositions visant à renforcer les droits des autochtones, elle a également souligné la nécessité d’élargir l’enseignement des langues indigènes aux institutions éducatives du pays, au-delà des seules écoles associées à l’éducation interculturelle bilingue.

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Le programme national des droits humains ouvre de nouvelles perspectives

Lors d’un entretien radiophonique, Larry Devoe, secrétaire exécutif du Conseil National des Droits de l’Homme, spécifiait que la Constitution de 1999 impulsée par Hugo Chavez a pour la première fois au Venezuela ouvert le chapitre spécifique des droits des peuples indigènes afin « d’honorer la dette historique de leur exclusion et de la violation de leurs droit ».

Devoe a aussi mis l’accent sur le Programme National des DD.HH 2016-2019, à l’élaboration duquel ont participé les 43 peuples autochtones du Venezuela : « Ce programme comprend une série d’actions importantes destinées à améliorer la politique de l’État Vénézuélien en faveur des peuples et des communautés originaires, comme, par exemple, de poursuivre le processus de délimitation de l’habitat et des terres collectives indigènes afin d’appliquer la disposition constitutionnelle tout en tenant compte des spécificités culturelles de chacun des peuples autochtones ».

« Le Programme National des DD.HH 2016-2019 prévoit la nécessité de créer un mécanisme permettant d’assurer la présence d’interprètes de langues indigènes dans les institutions de l’État, afin d’assister tout compatriote appartenant à un peuple autochtone dans sa propre langue au sein des instances publiques chargées de faire respecter et garantir les droits humains ».

Source : http://rnv.gob.ve/venezuela-respalda-a-los-pueblos-indigenas-en-su-lucha-por-el-reconocimiento-de-sus-territorios/

Traduction : Frédérique Buhl

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3aB

Génération « chaviste rebelle » : les visages et les voix des candidat(e)s député(e)s à la Constituante, par Angele Savino (L’Huma)

« Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie » » 

 Oliver Rivas, militant du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA)
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Oliver Rivas, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas( Réseau de défense, sécurité et souveraineté alimentaire, et mouvement Avancée populaire). Derrière lui on peut voir Chavez et la phrase : « Seulement ensemble, nous sommes Chavez »

Oliver Rivas ne militait pas encore au sein d’un mouvement marxiste en 1998. « Ma mère est la première chaviste de la maison. J’ai été influencé par son engagement nationaliste, bolivarien et anti-impérialiste »
Au début de ses études, il participe à l’occupation de l’Université centrale en 2001, pour matérialiser les lois approuvées lors de l’Assemblée Constituante de 1999. Mais la transformation universitaire est rapidement devenu un domaine réservé aux universitaires. « Il faut construire un modèle d’éducation pour la transformation de la société. La pertinence sociale de l’Université est fondamentale. Il faut inclure dans la formation universitaire un projet productif communautaire »
En 2007, les étudiants provenant de classes aisées lance un mouvement contre Hugo Chavez, avec le soutien de la rectrice Cecilia Arocha. L’Université centrale, lieu historique des luttes révolutionnaires, devient un bastion de la droite. « La rectrice prétend être une figure d’autorité pour présider un conseil électoral parallèle, lors du plébiscite illégal organisé par l’opposition le 16 juillet. Le mandat de Cecilia Arocha est expiré depuis 4 ans. Elle est dans l’obligation d’effectuer des élections ! »
Oliver milite au sein du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA). L’abolition de la libre convertibilité bolivar-peso colombien est une urgence pour lutter contre la guerre économique. Une loi de l’État colombien favorise la contrebande d’aliments. « Les produits de base subventionnés partent en Colombie. Si je prends un kilo de lait en poudre au Venezuela, je le vends à Cucuta en pesos, et lorsque je change ces pesos en bolivars, je vais gagner jusqu’à 10 fois ce que j’ai dépensé en l’achetant au Venezuela. Ces maisons de change sont la base économique de nombreuses entreprises, liées au narcotrafic et au paramilitarisme ».
Les militants de la REDSSA proposent aussi d’installer des conseils socialistes de travailleurs au sein de toutes les entreprises : « Nous devons effectuer un contrôle depuis la base, pour participer aux commissions qui définissent les prix des produits ». Oliver est conscient que la perte du pouvoir politique est possible. « La révolution n’est pas un chemin de fleurs et de poèmes. Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie ». Nous ne voulons pas de pacte avec les élites, nous voulons « construire avec les mots des ponts indestructibles », comme disait Mario Benedetti ».

« La révolution, c’est transformer les consciences »

Tamayba Lara, étudiante

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Tamayba Lara, jeune candidate étudiante en psychologie (mouvement crea y combate), qui se présente sur la liste territoriale de Caracas. Derrière elle une peinture de Chavez dans un hamac. Photo : Angèle Savino

Tamayba a 26 ans, elle a grandi avec Chavez, est passée par une école bolivarienne, puis a bénéficié d’une bourse pour étudier à l’université. « Aujourd’hui, certains considèrent que c’est naturel d’avoir le droit à une éducation gratuite et de qualité. Ils oublient que des jeunes comme Livia Gouverneur et Belinda Alvarez sont morts pour obtenir ces droits ! »
En 1969, le gouvernement a forcé les portes de l’Université Centrale du Venezuela, qui est resté fermée pendant plus d’un an et a supprimé les résidences étudiantes : « Il pensait que c’était un foyer d’organisation pour les étudiants de gauche ». Hugo Chavez a permis aux jeunes bolivariens de reconstruire ces résidences universitaires. Au sein de ces espaces autogérés les étudiants s’organisent pour apporter leurs savoirs aux communautés voisines. Tamayba et ses camarades du collectif « crée et combats » ont monté une pièce de théâtre pour expliquer aux Vénézuéliens des quartiers populaires l’histoire de la dépendance au pétrole, en utilisant la satire politique. « On leur raconte l’histoire de la l’invasion des puissances européennes, mais aussi de la résistance des Indiens, puis du processus d’indépendance, de recolonisation par les « caudillos » qui ont trahi Bolivar et se sont repartis les terres du peuple. Puis on leur parle de notre subordination aux forces impériales, depuis le siècle dernier. On leur explique aussi que nous sommes responsables de cette réalité, nous ne pouvons pas toujours responsabiliser les autres de nos erreurs. La révolution, c’est transformer notre conscience ».
 Tamayba lutte aussi pour la reconnaissance de la parité politique. « Les femmes, nous sommes la base sociale de la révolution, nous sommes les plus actives dans les conseils communaux, mais nous ne sommes pas représentées au sein du pouvoir de l’État. Nous devons aussi nous battre pour la légalisation de l’avortement. Ce n’est pas possible que les femmes riches avortent dans des bonnes conditions dans des cliniques privées et les femmes pauvres meurent, en réalisant des avortements avec des méthodes où elles risquent leur vie. L’État doit ouvrir un débat public national ! »

« Nous devons décoloniser et démarchandiser l’éducation »

Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie

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Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie, qui représente le secteur étudiant. (Mouvement Divas de Venezuela) Derrière elle, les yeux de Chavez et le symbole de la Grande Mission Logement. Photo : Angèle Savino

Rummie Quintero est fière de sa mère, une militante paysanne noire de la région côtière de Barlovento qui a quitté sa terre natale pour la ville. Son père vient de la région andine de Trujillo. « Ma mère est arrivée à Caracas, pour être traitée comme une esclave, cela m’a beaucoup marqué »
Rummie lutte pour les droits des femmes depuis l’âge de 9 ans. « Dans le quartier populaire du 23 de enero, les hommes machistes ne permettaient pas aux filles de pratiquer le sport. On me discriminait, on m’offensait, on me traitait de pédale. Je me disais qu’il fallait que quelqu’un nous défende. Ce que j’ignorais, c’est qu’un jour ce serait moi qui défendrait les transsexuelles ». Dès l’enfance, Rummie savait qu’elle était une femme, elle adorait catwoman, et puis il s’est identifié à wonderwomen. « Je la voyais comme une guerrière, je me disais celle-là, c’est moi ! C’est une diva qui sait se défendre, et si elle doit donner des coups aux hommes, elle le fait ! »
Rummie est devenue athlète, danseuse, et étudie aujourd’hui la psychologie à l’Université bolivarienne. En 2004, elle fonde « Divas de Venezuela », une association de défense de droits de l’Homme, qui « s’occupe de toute personne qui en a besoin sans prendre en compte son idéologie politique, même si Divas défend une vision humaniste de gauche ». Rummie a dû affronter le monde patriarcal, la transphobie dans le milieu homosexuel. Et certaines féministes ne comprennent pas son combat : « comme nous ne pouvons pas accoucher, pour elles nous ne sommes pas des femmes »
Au moment de l’approbation de la loi organique du travail en 2012, Rummie espérait que soit reconnue l’identité de genre, c’est finalement la non- discrimination pour l’orientation sexuelle qui apparaît dans la loi. Selon Rummie, l’assemblée constituante est une opportunité historique pour la représentation des transsexuelles. « Nous devons combattre les faux révolutionnaires. Un révolutionnaire doit d’abord se révolutionner lui-même. Je dois me déconstruire pour me reconstruire. Nous devons politiser l’université, la fille de Chavez, décoloniser et démarchandiser l’éducation »

« L’autogestion est importante pour continuer la lutte » 

Rigel Sergent, militant du mouvement des habitants contre la spéculation immobilière

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Rigel Sergent, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas (Mouvement des locataires à Caracas). Derrière lui : les yeux de Chavez  » Notre chemin est celui de la paix ». Photo : Angèle Savino

Rigel Sergent avait 18 ans au moment de l’arrivée de Chavez au pouvoir. Sa famille était menacée d’expulsion, car elle ne pouvait pas acheter l’appartement qu’elle louait. Rigel prend conscience de cette injustice, et commence à lutter. Il fait partie  du « mouvement des habitants », une plateforme qui rassemble divers mouvements : les comités de terres urbaines, les mouvements de travailleuses résidentielles dites « concierges », exploitées par les propriétaires d’immeubles, les campements des pionniers qui occupent des espaces privés et publics pour l’auto-construction de leur logement, les occupants d’immeubles vides, et le mouvement des locataires, au sein duquel Rigel milite.
«  Au moment du boom pétrolier de 73, les pauvres paysans ont quitté leur terres pour aller travailler en ville. Et c’est comme cela que nos quartiers populaires se sont construits, à la périphérie de la ville. La première lutte de Chavez, a été la titularisation des terres urbaines. Les habitants écrivent l’histoire de la construction du quartier, pour avoir une reconnaissance légale de la part de l’État. Aujourd’hui, nous luttons, nous seulement pour la reconnaissance du quartier, mais aussi pour sa transformation. Nous parlons du droit à vivre dans la ville. On s’organise par exemples avec les comités techniques d’eau pour avoir accès à l’eau potable ».
En décembre 2010, de nombreuses familles ont perdu leur logement à cause des pluies torrentielles. Les réfugiés sont accueillis en urgence dans des centres d’accueille et même au palais Miraflores. En 2011, Hugo Chavez lance la Grande Mission Logement, que le président Nicolas Maduro a développée. Près de 1,7 millions de logements ont été construits. « Le mouvements des habitants, doit être en lien permanent avec le gouvernement pour développer l’auto-construction »
Pourquoi l’autogestion est-elle si importante ? « Parce que s’il y avait une changement de gouvernement, nous serions capables de continuer la lutte. Comme la fédération des coopératives pour l’aide mutuelle en Uruguay, qui a construit 25 000 logement pendant la dictature des années 70 »

« La République est assiégée » 

Reinaldo Iturriza, ancien ministre des communes et de la culture

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Reinaldo Iturriza, sociologue, ancien ministre des Communes et de la Culture, candidat pour le secteur travailleur. Sur son t-shit on peut lire une phrase de Salvador Allende, en anglais : « l’Histoire nous appartient, c’est le Peuple qui la fait ». Derrière lui, les affiches de campagnes du « chavisme rebelle ». Photo : Angèle Savino

Dans les années 1990, Reinaldo Iturriza, étudiant en sociologie, militait au sein d’un mouvement révolutionnaire. Il avait vécu le Caracazo, lorsque des centaines de pauvres furent massacrés par le gouvnernement néoliberal de Carlos Andrés Perez. Il avait 20 ans au moment de la rébellion civile et militaire de Chavez en 1992, et fut témoin de sa campagne, à sa sortie de prison en 1994, lorsqu’il parti à la rencontre du peuple opprimé.  » Les années 1990 je la dénomme la  » décennie vertueuse, ce fut une décennie perdue sur le plan économique, mais c’est à cette époque que se forge l’identité chaviste « 
Pour Reinaldo, le chemin était tout tracé. Il avait le profil de l’étudiant de classe moyenne populaire qui s’exile pour construire une carrière universitaire. Mais l’arrivée de Chavez au pouvoir a tout changé. « Lors de l’assemblée constituante de 1999, c’était fascinant de participer à ce processus de création des nouvelles institutions. En paraphrasant Paolo Virno, je dirais que c’était l’époque  » de l’exubérance des possibilités  » « 18 ans plus tard, la réalité est différente  » En 1999, nous commencions à refonder la république.
Aujourd’hui, la république est assiégée. Nous vivons un Etat d’exception « . Reinaldo Iturriza, qui fut ministre des Communes et de la culture, considère que c’est le moment politique le plus difficile du Chavisme :  » Un gouvernement anti-chaviste, avec tout le soutien des pouvoirs factices internationaux aurait surement plus de facilité à gouverner les institutions, mais il n’arriverait surement pas à gouverner le peuple chaviste indomptable ! « 
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Texte et photos : Angele Savino
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Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out)

Par Andrew King *

Un article récent du New York Times, intitulé « les supporters de Maduro sont pris pour cibles à Miami », décrit le groupe de plus en plus bruyant d’ « exilés » vénézuéliens anti-gouvernementaux vivant aux États-Unis qui renforcent leurs tactiques d’agitation et de harcèlement contre les Vénézuéliens qui soutiennent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro, L’opposition vénézuélienne a bénéficié du soutien inconditionnel du gouvernement US et des médias – qu’ils soient conservateurs ou libéraux – qui, tous en chœur, diabolisent et sapent le gouvernement démocratiquement élu de la nation, qualifié de dictature brutale, tout en dépeignant l’opposition financée par les États-Unis et souvent violente comme des manifestants anti-gouvernementaux pacifiques et démocratiques.

Il est vrai que la situation économique actuelle au Venezuela est assez grave ; la nation connaît actuellement un taux d’inflation à trois chiffres et les vénézuéliens doivent souvent subir de longues files d’attente pour acheter des produits de base. Bien que ces défis soient dus à un éventail complexe de facteurs, dont une guerre économique menée contre le pays et la chute du prix du pétrole, le New York Times, le Washington Post, CNN et Fox News assènent un barrage d’images de crise pour retourner l’opinion publique contre le gouvernement socialiste vénézuélien afin de le déstabiliser et, pour objectif final, le renverser.

Tout en cherchant à diaboliser le gouvernement de Maduro et à glorifier les manifestants anti-gouvernementaux, les grands médias s’abstiennent de montrer le véritable visage de l’opposition ou de faire état de la raison de son opposition. En effet, plusieurs dizaines de personnes, y compris des employés de l’état, ont été tuées ces dernières années en raison des actes violents des manifestants de droite. Les grand médias font soigneusement l’impasse sur ce qui devrait figurer en une, comme le cas de l’afro-vénézuélien Orlando Figuera. Le 20 mai, le jeune homme de 21 ans traversait le bastion de l’opposition gouvernementale de Chacao à Caracas lorsqu’un groupe de « manifestants » anti-gouvernementaux masqués l’accusèrent d’être un partisan du gouvernement. La foule a ensuite encerclé Figuera, l’a poignardé six fois pour ensuite l’arroser d’essence et d’y mettre en feu. Le jeune homme est mort plus tard à l’hôpital. Le président Nicolas Maduro a qualifié l’acte de symbole des crimes de haine commis au Venezuela, en soulignant le caractère raciste de ce lynchage d’un vénézuélien noir. C’est la neuvième personne à être tuée lors des barricades de l’opposition depuis que les violentes manifestations ont éclaté au début du mois d’avril. Les mêmes moyens de communication puissants qui dénoncent systématiquement les violations des droits de l’homme par le gouvernement vénézuélien demeurent en grande partie muets sur ces actes de terrorisme racistes commis par l’opposition de droite.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux déguisent tous les jours en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Il est important de noter que si l’opposition virulente de droite est concentrée dans les secteurs blancs et économiquement favorisés de la population, les barrios, les bidonvilles et les zones rurales où vivent les pauvres, les communautés autochtones et les afro-vénézuéliens ne se sont pas soulevés car la plupart soutiennent le gouvernement. Pour comprendre les racines de la haine et du racisme de l’opposition envers les partisans noirs et indigènes du gouvernement, il faut comprendre l’histoire de la présidence qui a précédé Maduro – celle de Hugo Chavez.

Hugo Chavez et la révolution bolivarienne

Des décennies de politiques néolibérales défaillantes et de répressions gouvernementales ont ouvert la voie à l’élection démocratique de Chavez en 1998. Après avoir pris ses fonctions, le gouvernement Chavez a lancé une campagne vigoureuse pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en redistribuant la vaste richesse pétrolière de la nation aux pauvres, aux secteurs afro-vénézuéliens de la population. Chavez a appelé ce mouvement contre l’hégémonie néolibérale US « la révolution bolivarienne », inspiré par le héros de l’indépendance sud-américaine du XIXe siècle, Simón Bolívar. Selon Chavez, le but ultime de cette révolution était de construire un socialisme du XXIe siècle qui serait mené par les pauvres, les femmes, les indigènes et les afro-vénézuéliens.

Un des objectifs centraux du projet révolutionnaire du Venezuela a été de lutter contre l’héritage historique du racisme envers les indigènes et les afro-vénézuéliens. La nouvelle constitution créée sous Chavez a fait progresser les droits sociaux, culturels et économiques des peuples autochtones, des afro-vénézuéliens et des femmes, y compris la reconnaissance de l’éducation interculturelle. Chavez a été le premier président des Amériques à reconnaître ouvertement son héritage indigène et africain. Les médias privés vénézuéliens se référaient souvent à lui avec des insultes racistes. En 2005, Chávez a déclaré que « la haine contre moi a beaucoup à voir avec le racisme. En raison de ma grande bouche et de mes cheveux bouclés. Je suis vraiment fier d’avoir cette bouche et ces cheveux parce qu’ils sont africains ». La même année, Chávez a créé la Commission présidentielle pour la prévention et l’éradication de toutes formes de discrimination raciale dans le système éducatif vénézuélien.

Le gouvernement Chavez a utilisé la richesse pétrolière du pays pour augmenter les dépenses sociales et a développé des programmes révolutionnaires connus sous le nom de « missions sociales », ce qui a entraîné des progrès sociaux considérables pour les secteurs pauvres et socialement exclus du pays, dont beaucoup sont d’origine africaine ou indigène. En 2010, les programmes gouvernementaux avaient réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de deux tiers. En 2005, l’ONU a déclaré le Venezuela libre d’analphabétisme, après que 1,5 million de vénézuéliens aient appris à lire et à écrire.

Des milliers de médecins cubains et de professionnels de la santé ont été envoyés dans les communautés rurales et pauvres du pays, offrant à des millions de citoyens un accès sans précédent aux soins de santé gratuits. Grâce à ce programme, plus de 6 000 cliniques de santé communautaires ont été construites et des millions de consultations gratuites ont été dispensées. Parmi les autres réalisations, on compte un programme massif de logements sociaux qui a créé plus d’un million de logements depuis son lancement ; la redistribution de milliers de titres de propriété de terres communales aux communautés autochtones ; et une démocratisation des médias grâce à une explosion du nombre de stations de radio et de télévision communautaires.

La nation sud-américaine a renforcé son engagement envers les vies noires en 2011 lorsqu’elle a adopté une loi historique interdisant la discrimination raciale qui, selon le journal international Correo del Orinoco, « mettra en place des mécanismes pour prévenir, réprimer, punir et éradiquer la discrimination raciale par toute personne, groupe de personnes, autorités publiques, institutions privées et organisations civiles, économiques, politiques, culturelles et sociales ». Le gouvernement a également créé une nouvelle question de recensement qui permet aux citoyens d’être classés comme afro-vénézuéliens.

Solidarité avec les Afro-Américains

En 2015, le président Maduro s’est rendu à Harlem pour parler avec des leaders noirs, dont Opal Tometi, cofondateur de Black Lives Matter. Ce geste rappelle la visite de Fidel Castro à Harlem en 1964 pour rencontrer Malcolm X. Plusieurs mois plus tard, le réseau Black Lives Matter et d’autres groupes nord-américains noirs ont publié une déclaration dénonçant l’intervention US au Venezuela et exprimant leur solidarité avec les afro-vénézuéliens et les Vénézuéliens indigènes à la suite de la victoire électorale de la droite aux élections législatives de 2014 qui menace les avancées sociales de la révolution.

Dans cette déclaration, les militants US remercient le Venezuela pour son soutien continu à la communauté afro-américaine des États-Unis, en remontant à l’offre de Chavez d’envoyer de grandes quantités d’aide, y compris des médecins et des spécialistes en gestion de catastrophes, à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. George W. Bush, qui a largement laissé les résidents noirs de la ville se noyer, a refusé l’offre. Au cours des 12 dernières années, Citgo – une filiale vénézuélienne – a fourni une aide au mazout de chauffage à coût réduit à des centaines de milliers de familles pauvres dans 23 états dont ont bénéficié les résidents noirs du Bronx, de Boston, de Chicago et de Philadelphie, entre autres villes. Un certain nombre de dirigeants afro-américains, de militants et d’artistes tels que Danny Glover, Harry Belafonte et Jesse Jackson Jr. se sont rendus au Venezuela et ont créé de solides liens de solidarité avec Chavez et la révolution bolivarienne et reconnaissent sa connexion avec le mouvement de libération des Noirs aux Etas-Unis.

Solidarité avec Haïti, les Caraïbes et l’Afrique

La solidarité du gouvernement vénézuélien envers les Noirs est peut-être nulle part plus évidente que dans l’aide généreuse et le soutien qu’il a apporté au peuple haïtien à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010, qui comprenait la fourniture de milliers de tonnes de nourriture, de médicaments, de camps de secours, d’hôpitaux de campagne et du personnel médical et de secouristes. En outre, Chavez a annulé la dette d’Haïti qui s’élevait à $395 millions, en proclamant que « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela — au contraire, c’est le Venezuela qui a une dette historique envers Haïti », en référence au fait que l’auto-libérée République noire avait fournit des armes, des munitions et des navires à Simón Bolívar pour combattre les Espagnols au Venezuela, en échange de la promesse qu’il abolirait l’esclavage dans son pays. Le Venezuela a également forgé de nouveaux liens avec les pays africains en ouvrant 18 nouvelles ambassades et en établissant des accords de coopération en matière de santé et d’éducation.

C’est précisément à cause de l’audace du gouvernement vénézuélien à lutter contre l’impérialisme raciste des États-Unis – et à affirmer sans réserve que la vie des Noirs compte (*) en faisant valoir les droits des pauvres d’ascendance africaine – qu’il est sous l’assaut constant de la classe dirigeante blanche US et des médias internationaux. Il est donc assez facile de comprendre pourquoi, pour citer le Premier ministre radical noir assassiné de Grenade, Maurice Bishop, « Goliath a tourné toute son attention vers David ».

Andrew King

Notes

Ecouter la dernière lettre officielle de Hugo Chavez, écrite quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

* L’auteur : Andrew King est un étudiant en doctorat en politique publique à UMass Boston, un activiste-érudit, et a soutenu l’organisation de Black Lives Matter et d’autres campagnes de justice raciale et économique. Il est le coordinateur d’un projet de recherche communautaire avec des organisateurs de jeunes de Boston qui se battent pour la justice éducative. Andrew a également fait de la solidarité en organisant et en effectuant des recherches sur les mouvements sociaux latino-américains et a voyagé au Venezuela et à Cuba. Il peut être contacté à andrew.king003@umb.edu.

(*) Wikipedia : « Black Lives Matter » (BLM), qui se traduit en français par « les vies des Noirs comptent », est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de BLM font régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis. Le mouvement est né en 2012 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Source : http://www.truth-out.org/news/item/40994-venezuela-is-under-attack-for-asserting-that-black-lives-matter

Traduit par Le Grand Soir

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Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

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Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

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Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

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Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

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L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
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Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

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(Photos : ) Mille couleurs à Caracas pour la grande marche de la fierté LGBTI

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Ce dimanche 2 juillet 2017, Caracas avait revêtu de multiples couleurs pour célébrer le mois de la diversité sexuelle, un mouvement qui s’est fortifié grâce aux nouveaux espaces et aux lois anti-discriminations mises en place à partir de l’élection de Hugo Chavez. Partie de la Plaza Venezuela, remontant les avenues Libertador, México, Bolívar la marche a conflué vers l’immense salle de concerts gratuits à ciel ouvert qu’est devenue la Place Diego Ibarra.

la libre belgique.pngLes médias (tant ceux du Venezuela qui appartiennent en majorité à l’opposition que les médias internationaux qui les prennent comme source) mentent en transformant une insurrection de droite animée par la haine raciste et de classe en « peuple résistant à la répression ».

Plus grave : ces médias attribuent automatiquement les victimes de cette violence au « régime », encourageant ainsi les émules vénézuéliens de l’Aube Dorée grecque à allonger la liste des morts comme prétexte à un coup d’État ou à une intervention extérieure. Une manipulation médiatique au centuple de celle qu’a subie en 1973 le gouvernement de Salvador Allende, et qui s’opère de deux manières : par les plans serrés de manifestants entraînés par les paramilitaires colombiens pour provoquer les forces de l’ordre et obtenir un énième cliché de la « répression », mais aussi par l’omission du hors-champ de la société vénézuélienne qui refuse de participer à cet engrenage de la violence.

Ce hors-champ, le voici, parmi tant d’autres possibles : une concentration de lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et transsexuels scandant “Vive la sexodiversité, à chacun son identité”. Pour Miguel Franco, du Mouvement Sexogenerodiversidad Revolucionaria : « nous voulons transformer ces paradigmes qu’on nous a inculqués et qui ne font pas partie de notre culture. En comparaison avec les marches précédentes, de plus en plus de personnes défilent à visage découvert, il y a plus de tolérance. Nous sommes un exemple de cette paix et de ce rejet de la violence que pratiquent certains secteurs. »

Parmi les groupes présents à cette fête, Danza Sharpein, de Petare, avec un montage théâtral contre l’homophobie : “Le spectacle débute sur des scènes de moqueries vis-à-vis des homosexuels et peu à peu ouvre les esprits pour dire que nous sommes tous égaux et que nous méritons le respect” explique Glender Velásquez, membre de la troupe. En scène également, le groupe pop El Querubín, d’un chanteur de Caracas qui appuie la communauté LGTBI, avec son thème « Vive la vida » : « que chacun vive à sa manière, sans se frapper la poitrine, sans complexes ni peurs pour qui il est” ou Kevin Urbina du collectif Prostíbulo Poético intervenant «à partir du champ de la poésie et des mots”.


Texte : CiudadCCS (Niedlinger Briceño)
Photos: Félix Gerardi / Adrián García / AVN (Pedro Mattey)

Source : http://albaciudad.org/2017/07/caracas-marcha-comunidad-lgbti-orgullo-diversidad-sexual/

Traduction : Thierry Deronne

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