Réflexions sur le féminisme au Venezuela, par Marielis Fuentes

L’auteure: Marielis Fuentes (à droite), Licenciée en Langue et Littérature, rédactrice et productrice de télévision, enseignante communautaire,  militante des droits humains, du mouvement féministe et pour les droits de la diversité sexuelle au Venezuela.

Il y a quelque temps, une amie chilienne venue au Venezuela pour réaliser un documentaire sur la milice bolivarienne, me posa une question qui m’a fait réfléchir un bon moment avant que je n’y réponde.

Souhaitant en savoir davantage sur nos processus de lutte, elle me demanda “Qu’en est-il du féminisme au Venezuela ? Où sont les féministes ?”. Je me rappelle qu’avoir avoir avalé ma gorgée de cocuy (1) et ruminé une ou deux réflexions initiales, je tentai de lui exposer, au prix d’un certain effort, les multiples et diverses actions que nous déployons, nous les femmes, pour en finir avec les oppressions dans notre pays.

Quelques mois plus tard, la même question me fut posée par une compagne colombienne qui m’invita à rédiger un article pour brosser aux camarades du monde entier le tableau de nos féminismes vénézuéliens. Une telle coïncidence n’est pas due au hasard, mais relève de causes bien précises. J’ai relevé le défi et je me suis préparée à dépeindre à grands traits ce qui pourrait constituer le visage féministe de mon pays.

Il est évident que ce besoin de savoir comment se vivent les luttes féministes au Venezuela provient de l’ample désinformation entretenue par les grands médias privés à l’étranger. La plus grande partie si ce n’est la totalité de ce qui est diffusé, ne saurait être plus éloigné de la réalité de mon pays, qui par ailleurs traverse de grandes difficultés et est en butte à des menaces d’intervention étrangère; son peuple, les femmes en tête, mène une lutte inlassable pour gagner cette guerre et conquérir la paix. Cela implique évidemment une bataille culturelle interne pour éradiquer les violences liées au genre et au sexe.

Je pense que pour faire ce portrait des luttes émancipatrices des femmes vénézuéliennes, je dois commencer par souligner que nos processus de résistance féminine ont commencé bien avant que n’apparaisse le terme “féminisme” dans le monde, et cette caractéristique est partagée par les autres luttes de notre Amérique Latine et des Caraïbes.

La femme vénézuélienne d’aujourd’hui est le produit de la lutte et des résistances anti-impérialistes inscrites dans son corps depuis plus de 500 ans. Avec, comme fer de lance, l’héroïque Apacuana, Juana Ramirez poussant son canon tout au long de sa marche, Luisa Caceres de Arismendi. Toutes ces femmes et des millions d’autres, anonymes, forment à bien des égards le capital génétique des femmes que nous sommes maintenant.

Même si après l’indépendance, ces combattantes, ces chamanes et nos aïeules qui s’étaient battues côte à côte avec les hommes pour arracher l’indépendance à l’empire espagnol ont été reléguées, une fois la République mise en place, au simple rôle de femmes au foyer pourvoyant aux besoins de leurs familles et à l’éducation des enfants, elles commencèrent à former les premières associations de femmes, indignées par cette non-reconnaissance de la part d’hommes devenus propriétaires et “seigneurs” de la nouvelle patrie. Elles le firent essentiellement dans les colonnes de certains journaux ou en écrivant des pamphlets dans lesquels la question du genre occupait une place importante.

Un siècle de victoires et déceptions successives s’est écoulé par la suite, avec pour résultat certaines conquêtes, comme le droit à l’éducation ou le droit de vote reconnu en 1945, ainsi que diverses politiques de santé ou des droits sociaux obtenus grâce au travail de camarades marronnes comme Angela Laya et notre bien-aimée commandante Jacinta dont le combat s’est révélé des plus rudes dans un pays miné par le bipartisme d’extrême-droite au milieu du XXème siècle.

Mais l’évènement qui sans aucun doute a changé pour toujours le cours de la lutte féministe dans notre pays a été l’avènement du processus révolutionnaire initié et conduit par Hugo Chavez. Citer Hugo Chavez pour expliquer les luttes féministes du pays peut paraître une concession absurde aux yeux de compagnes ou compagnons vivant hors du Venezuela ; seul celui ou celle qui aura étudié non pas l’homme mais le phénomène culturel et politique qu’il représente, pourra le comprendre.

Depuis l’avènement de la Révolution, la participation politique des femmes a changé du tout au tout. Les femmes vénézuéliennes ont répondu à l’appel de ce grand président qu’a été Chavez, et celui-ci, à son tour, a rapidement compris l’importance cruciale qu’aurait le fait d’accorder une place de premier ordre aux revendications des femmes dans la politique et dans l’agenda révolutionnaires. Il a aussi compris qu’à défaut d’éradiquer la situation d’inégalité qui existe entre les genres, il n’y aurait pas de véritable processus de changement et encore moins d’émancipation populaire.

En 1999, le taux d’analphabétisme féminin était proportionnellement plus élevé que celui des hommes. La participation politique au niveau décisionnel était quasiment nulle, les rares postes à responsabilité étaient occupés par des femmes qui étaient en mesure de faire valoir leur provenance d’une classe sociale privilégiée. L’employée de maison ne bénéficiait d’aucune sorte de protection sociale ou de droit salarial. Pour résumer, la pauvreté affichait avant tout un visage de femme, comme dans le reste du monde.

Dans un pays où la famille est matricentrée, où il incombe à la femme de porter l’entière responsabilité de la préservation de la vie avec tout ce que cela inclut, il était nécessaire, pour parvenir au “Bien Vivre”, de transversaliser la problématique hommes-femmes dans le cadre de la nouvelle politique émergente, ce qui impliquait d’utiliser tous les moyens disponibles pour obtenir l’émancipation de la femme.

La réforme de la Constitution en 1999 a été le premier pas effectué, son langage inclusif permettant de donner aux femmes une visibilité en tant que citoyenne ayant des droits et des devoirs. Cette réforme reconnaît pour la première fois le travail domestique non rémunéré en tant que travail à part entière, et devant bénéficier à ce titre de garanties sociales comme tout autre travail. C’est à partir de là qu’ont été franchis de nouveaux pas vers une histoire inédite de la lutte organique des femmes dans le cadre du Venezuela Bolivarien.

Des missions telles que “Mères du Quartier” ont été créées, qui non seulement ont imposé la reconnaissance du temps dédié aux activités domestiques et à la prise en charge de la famille par le versement d’une rémunération mensuelle, mais ont aussi promu l’alphabétisation, la formation et l’organisation politique des femmes de la base. C’est ainsi que des compagnes qui n’avaient jamais eu l’occasion de sortir de leur cuisine, ont non seulement quitté l’espace domestique pour conquérir l’espace public, mais un grand nombre d’entre elles sont aussi devenues les protagonistes du processus de changement naissant.

Il faut souligner que lorsque cette Mission a été créée, la droite vénézuélienne a poussé des cris d’orfraie en montrant du doigt cette nouvelle insanité du « dictateur » encourageant la fainéantise de femmes sans aucun mérite.

Cette attitude a toujours été celle de ce secteur social lorsqu’il s’agissait d’offrir aux femmes des classes populaires les moyens de s’émanciper.

Bien que le gouvernement a fait des efforts pour intégrer divers thèmes liés à l’égalité des genres dans son agenda politique, le préjugé patriarcal influence toujours les décisions et les prises de position politiques adoptées. L’année dernière par exemple, il y eut le cas d’un féminicide commis par l’ex-compagnon de la la compagne Mayell Consuelo Hernández Naranjo, étudiante à Unearte. Bien qu’elle eût signalé à plusieurs reprises les violences de son agresseur, les services concernés ont ignoré ses signalements, ce qui a facilité son assassinat.

Le meurtrier a été arrêté, mais sa détention n’a duré que 24 heures, ce qui a provoqué l’indignation et la mobilisation du mouvement féministe, étudiant, de mouvements politiques et régionaux ainsi que d’autres secteurs qui ont dénoncé l’absence de justice avec laquelle ce cas avait été traité. La pression exercée par cette partie importante et diversifiée de la société vénézuélienne eut pour résultat qu’en moins de 72 heures, la justice vénézuélienne dicta une sentence de 30 ans de prison pour le meurtrier de Mayell.

L’agenda de la lutte féministe a beaucoup avancé au Venezuela ; cependant, trois questions restent non résolues: elles sont à mon avis, fondamentales pour progresser dans la garantie des droits des Vénézuéliennes.

La première est celle de la dépénalisation de l’avortement, thème sensible sur lequel les idées religieuses et morales ont encore une influence prépondérante. En février et mars 2018, le mouvement féministe, dont le réseau d’organisations de l’Arana Feminista, fit de l’agit-prop devant l’Assemblée Nationale Constituante pour exiger la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Un droit de parole au sein de l’Assemblée donna aux compagnes l’opportunité d’exposer les raisons pour lesquelles il importe de dépénaliser l’avortement au Venezuela. Malgré ce droit de parole, le débat n’a pas abouti à grand-chose, étant donné que les restrictions à l’accès aux contraceptifs existent toujours, de même que les gros risques que continuent à encourir les femmes sans ressources qui pratiquent un avortement, ou encore la grande vulnérabilité sociale de celles qui doivent assumer une maternité non souhaitée et forcée.

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Rencontre avec Erika Farias (à gauche, en vert), maire chaviste de Caracas

La deuxième question sur laquelle il est important de travailler au sein de la société vénézuélienne et de l’Etat est celle de la diversité sexuelle. Il existe actuellement un département de la diversité sexuelle à la Mairie de Caracas, à partir duquel se sont développés des plans et des politiques de soutien à la population des femmes ayant une sexualité différente. Même si cet engagement institutionnel fait la démonstration d’une volonté politique, il est essentiel d’approfondir ce sujet non seulement dans la capitale, mais aussi dans d’autres villes et régions du pays et de travailler son aspect culturel afin d’éradiquer les pratiques de discrimination et l’absence de débouchés pour les personnes vivant une sexualité différente.

La troisième question est celle du manque de chiffres officiels sur la situation des femmes vénézuéliennes. Même si la guerre économique, le blocage et le sabotage ont généré des difficultés pour collecter les données de base, il est de première importance pour le mouvement des femmes et pour les institutions de connaître, par exemple, les chiffres des violences faites aux femmes, de la mortalité maternelle, du taux de maternité des adolescentes, entre autres indicateurs.

Malheureusement, au niveau de l’Etat les moyens destinés à dresser un tel registre n’ont pas été mis en place et les chiffres disponibles ne proviennent pas de sources officielles, nombre d’entre eux étant gonflés ou modifiés et ne s’accordant pas avec la réalité, car ils sont manipulés par des ONGs poursuivant des fins politiques adverses à la Révolution. Disposer de données fiables, pertinentes et solides est essentiel, car cela permettrait d’identifier les problématiques les plus urgentes pour les femmes et d’élaborer des politiques publiques destinées à résoudre leurs besoins prioritaires en fonction des ressources limitées dont dispose l’Etat.

Comme nous l’avons déjà dit, bon nombre des nécessités des femmes vénézuéliennes n’ont pas trouvé de réponse, ou leur traitement a été lent en raison de la vision patriarcale qui persiste au sein de nos institutions, et ce alors que nous disposions d’un échafaudage juridique et législative solide à ce sujet. L’attitude machiste et sexiste de certains fonctionnaires freine aussi les processus de mise en œuvre des conquêtes obtenues et retarde leur concrétisation.

Un autre facteur qui nous a empêché de progresser est la guerre économique, le sabotage et le blocus états-uniens, puisqu’en premier ressort ils ont pour résultat d’abaisser les ressources économiques et de réduire l’accès aux services de base des familles vénézuéliennes, celles-ci étant dirigées par des femmes qui portent sur leurs épaules tout le poids de la subsistance. Ensuite, les politiques d’ingérence extérieure et de sabotage font que l’Etat se concentre essentiellement sur la sécurité nationale, l’approvisionnement et la préservation de la souveraineté du pays, les autres nécessités et demandes du peuple ne venant qu’en second lieu.

Le dernier point non moins important sur lequel j’aimerais attirer l’attention, est la difficulté qu’a rencontrée le mouvement féministe de placer les débats au niveau de la base populaire des femmes vénézuéliennes. Des questions comme la violence sexiste et l’avortement ont malheureusement été traitées par des féministes blanches, universitaires, issues de la classe moyenne qui ont ignoré les voix des femmes noires et indigènes de la base populaire qui auraient pourtant pu enrichir le débat, le socialiser au sein des organisations et se joindre aux mobilisations nationales.

Le mouvement féministe doit améliorer sa relation et son dialogue avec les femmes de la base, car c’est cette déconnexion qui à mon avis a rendu plus difficile l’inclusion de thèmes telles que la légalisation de l’avortement dans l’agenda public et politique. Malgré ces difficultés et la culture machiste qui persiste, les femmes continuent à faire partie de l’avant-garde la plus fidèle et la plus consciente de l’ouragan révolutionnaire.

Les organisations de femmes se sont multipliées partout et se sont chargées d’elles-mêmes des missions et des espaces d’organisation territoriale dans tout le pays, et c’est toujours le cas aujourd’hui: la femme vénézuélienne est majoritaire dans tous les espaces d’organisation de base des communautés, dans le secteur de la défense comme celui de l’éducation paysanne ou indigène.

Dans cette marée composée de femmes, nous rencontrons une fourchette qui va de celles qui se consacrent à des études universitaires, à des travaux de recherche et à la production de contenus jusqu’à celles qui, sans même savoir qu’elles sont féministes, pratiquent instinctivement la lutte pour l’éradication du patriarcat. Beaucoup de féministes du Venezuela présentent le visage d’une femme qui, sans connaître la théorie et sans avoir en mémoire chacun des courants du féminisme eurocentriste, comprend et reconnaît de loin l’oppression patriarcale, la prévient et la combat.

Ce sont ces femmes qui, dans les réunions communales accueillent leurs sœurs, exigent que leur droit de parole soit respecté, s’associent aux politiques de genre en faveur de l’égalité des sexes menées par l’Etat et remettent en cause les modèles imposés par le modèle patriarcal. Ouvrières de chantiers, paysannes, membres des communes et des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, chauffeures, mécaniciennes, ministres, miliciennes, toutes ces compagnes forgent notre résistance féministe.

Et, à leurs côtés se tiennent les organisations féministes proprement dites, celles qui animent les ateliers de formation, dirigent les agitations de rue, les débats, ont recours à tous les moyens d’interpellation et de dialogue. Féminisme instinctif, féminisme universitaire ou féminisme de rue, mots d’ordres et graffitis, tout cela réuni dans un engrenage solide qui fissure le ciment du pouvoir patriarcal. Un mouvement de femmes multiforme, latent ou manifeste, faisant face à de grands défis en pleine création d’un socialisme bolivarien, chaviste, et qui se doit d’être profondément un féminisme populaire.

Le 8 mars dernier, tandis que dans le monde entier affluaient des millions de femmes pour exiger l’abolition du système patriarcal ou bien participaient à notre grève féministe, nous, les Vénézuéliennes, devions affronter l’obscurité, une attaque cybernétique destinée à nous démobiliser, ce qui n’était pas un fait fortuite car la grande majorité des actes d’agression économique de ces dernières années touche les femmes. Raréfier la nourriture, retenir, confisquer le papier toilette ou les couches ont été les premières actions menées contre nous. Mais ils se sont encore trompés, car ce 8 mars, en pleins désarroi, agitation et angoisse, alors que nous ne savions pas très bien ce qu’il s’était passé la nuit précédente quand tout à coup la lumière s’est éteinte dans tout le pays, ce furent des centaines de femmes qui, à pied, par files entières, se dirigèrent vers la Place Bolivar à Caracas. Et notre commémoration du jour international de la femme s’est convertie en tribune anti-impérialiste.

Nous avons grandi au milieu des difficultés: tel est sans doute le trait distinctif du féminisme vénézuélien.

Marielis Fuentes

  1. Le cocuy est une liqueur artisanale du Venezuela, d’origine indigène, longtemps restée illégale; en 2005, l’Assemblée Nationale l’a déclaré patrimoine naturel, ancestral et culturel de la Nation.

Source: https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/

Traduction: Frédérique Buhl

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Le Venezuela célèbre deux ans de son programme d’humanisation de l’accouchement

Par Michele de Mello, Brasil de Fato | Caracas 31 juillet 2019.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence au Venezuela. Approuvé par le Président Nicolas Maduro et institué comme politique d’État visant à établir et à promouvoir les conditions pour que les femmes puissent choisir une autre façon d’accoucher. Cette mesure fait du Venezuela un pionnier d’une politique publique qui permet un accouchement sans actes chirurgicaux ni médicamenteux.

Ce programme concerne plus de 50% de la population féminine vénézuélienne, et parmi celle-ci, près de 9 millions de femmes en âge de procréer. 520.000 accouchements par an sont réalisés dans le pays selon les données de 2014 de l’UNICEF.

De plus, le Venezuela est l’un des pays sud-américains ayant le taux de grossesse le plus élevé chez les adolescentes : 23% des naissances sont des enfants nés de mères ayant entre 15 et 19 ans. Les autres 75% de grossesses se produisent entre 25 et 35 ans.

« C’est un défi qui signifie surmonter un tabou. C’est aussi la construction d’un projet de vie avec ces jeunes femmes non seulement pour construire une société juste où chacun(e) est l’égal(e) de l’autre mais aussi sur le plan personnel, car les femmes peuvent avoir un projet, un horizon dans la société socialiste que nous voulons construire » affirme Asia Villegas, médecin et Ministre de la femme et de l’égalité des genres .

Ce programme social vise à faire que ces naissances soient réalisées dans le respect des volontés de la future mère, indépendamment de la classe sociale à laquelle elle appartient. Néanmoins, l’État crée également des mécanismes particuliers pour que les secteurs les plus pauvres de la population puissent avoir accès à ce Plan. Depuis 2017, il existe trois aides financières pour les femmes : une aide pour l’allaitement maternel, pour un accouchement humanisé, et une autre pour les promotrices de ce Programme. Actuellement, les aides sont de 26.600 bolivars, versée tous les mois par le biais du Sistema Patria à environ 760.000 vénézuéliennes.

« En tant que plan, nous sommes liés par un accord pour que les femmes aient un accompagnement médical. Nous n’encourageons pas les accouchements à la maison, du moins cela ne fait pas partie du Plan national. L’objectif est que les femmes enceintes reçoivent une attention respectueuse, chaleureuse dans les centre de santé » explique la responsable des accouchements et coordinatrice du Programme, Anabel Perez. L’Organisation Mondiale de la Santé défend un accord mondial selon lequel chaque pays devrait avoir un maximum de 10 à 15% d’accouchement par césarienne, cependant au Venezuela cette pratique concerne 52% des naissances, soit, près de 250.000 actes par an.

Asia Villegas, médecin et Vice-ministre de la Femme et de l'Égalité de Genre

Asia Villegas, médecin et Ministre de la Femme et de l’Égalité des Genres. Photo: Michele de Mello

Le nombre reste important malgré les coûts élevés de chirurgie. Dans une clinique privée, une césarienne peut valoir entre mille et six mille dollars ! Alors que les assurances santé des entreprises publiques couvrent des actes allant jusqu’à 250.000 bolivars… A présent, dans le système de santé, cet acte est devenu presque impossible en raison du manque de fournitures médicales- qui résulte du blocus économique. Les femmes qui ont besoin d’une césarienne ou qui choisissent cet acte dans le système de santé publique doivent acheter un kit à part, qui inclut les gants, les injections, les antibiotiques, les compresses et autres matériels qui coûte environ 100 dollars… Les profits dérivés de la césarienne sont un des principaux motifs pour lesquels les médecins privés vénézuéliens poussent les femmes enceintes à faire le choix de la chirurgie. Anabel Perez critique la marchandisation de l’accouchement et défend son humanisation comme moyen de respecter davantage le bébé et la femme enceinte.

« L’acte, quand il devient humain et quelque chose de naturel, ne dépend de rien ni de personne d’autre. Il est naturel pour une femme de mettre au monde un être vivant. La prise en charge de la grossesse autant que la procréation sont des processus que nous savons tous naturellement mettre en œuvre. Le déroulement social au sein du capitalisme nous fait croire que la seule façon de naître est celle que nous connaissons et nous oublions celle de nos ancêtres », affirme-t-elle.

Avec des techniques de yoga, les formatrices enseignent des exercices qui aident les femmes enceintes jusqu’au moment de l’accouchement. Photo: Michele de Mello

Au-delà du fait qu’il réduit la quantité d’accouchements réalisés par interventions chirurgicales, le Plan National d’accouchement Humanisé, adopté le 18 juillet 2017, vise également à lutter contre la violence obstétrique. « Vaincre la violence obstétrique passe par la conscience des droits et la conscience d’un défi pacifique » affirme la Ministre, Asia Villegas. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 830 femmes meurent quotidiennement dans le monde pour des raisons liées à la grossesse et à l’accouchement qui peuvent être évitées, comme les infections, les hémorragies et l’hypertension. En 2016, la mortalité maternelle a augmenté de 65% au Venezuela, ce qui représente 756 décès selon les données du Ministère de la Santé. Quant à la mortalité néonatale elle a augmenté de 30% dans cette même année, ce qui représente un total de 11.466 décès.

Ce fut le cas de Dilia Ortiz, professeur et actuellement formatrice du Plan d’accouchement Humanisé dans le quartier de Caucaguita du quartier populaire de Petare, à l’Est de Caracas. En 2016, Dilia a perdu sa première fille à cause de complications lors de l’accouchement et par manque de prise en charge rapide. Sa mère, Maria Munol, qui est également formatrice du Programme, affirme que « si ce programme avait existé à ce moment-là, Dilia n’aurait pas perdu son bébé ».

Dilia et Maria font partie d’une famille dont quatre générations de femmes ont accouché naturellement. L’arrière-grand-mère et la grand-mère de Dilia étaient sages-femmes, elle-même ainsi que sa mère sont formatrices et promotrices de l’accouchement humanisé.

Dilia Penarosa Barrios, grand-mère de Dilia Ortiz, quand elle était enfant, a accompagné sa mère – qui avait été hospitalisée pendant cinq mois à l’hôpital à cause d’une appendicite – observant la routine de l’endroit et aidant les infirmières. A 13 ans, elle a appris comment aider d’autres femmes à accoucher.

Toute sa vie durant, dans la zone rurale de Cartagenas de Indias en Colombie, Dilia a exercé comme sage-femme. Mère de 11 enfants, elle raconte qu’elle savait exactement quand elle allait accoucher et, du fait des difficultés de l’époque, elle nettoyait la maison, lavait tous ses enfants, se lavait, se nourrissait, se peignait les cheveux et disait : « Si je meurs, ne cherche pas une autre famille, va chercher tes parrains » se rappelle-t-elle.

Aujourd’hui, Dilia apporte ses connaissances dans les activités du Plan National d’accouchement humanisé. Sa fille et sa petite-fille font partie du programme social depuis sa création.

C’est de manière presque intuitive que la famille découvre le plan. Maria Munol termine ses études d’éducation de base à l’Institut National de Formation et d’Education Sociale où elle a entendu pour la première fois l’expression « accouchement humanisé » lors de l’annonce du début d’un cours pour promotrices. Avec l’expérience acquise à la maison, immédiatement, Maria a voulu rejoindre le projet. Dilia allait seulement accompagner sa mère aux cours et elle a fini par participer au Plan.

« Je portais ma tristesse, ma douleur, ma colère, et je n’ai fait que suivre. A cette époque, je pleurais tous les jours en entendant ce que l’on disait, mais j’ai pu me retrouver dans le processus d’accouchement humanisé. Je me suis enthousiasmée et passionnée pour cette idée de pouvoir partager ma si triste expérience et de pouvoir ainsi aider d’autres femmes »  raconte l’enseignante.

Maria Munol et Dilia Ortiz avec les photos de deux générations de sages-femmes dans la famille : photo Michele de Mello

LE PLAN

Depuis juillet 2017, ce plan promeut un traitement humain de l’accouchement dans deux hôpitaux publics du pays, une politique qui suppose la connaissance du territoire national et de la diversité des femmes. Actuellement, 12.000 femmes chargées de cette promotion sont enregistrées et 2500 autres se trouvent en formation. Le but, fixé par Nicolas Maduro, est de parvenir à une équipe de 20.000 femmes d’ici l’année prochaine.

Le Ministère de la Femme et de l’Égalité des Genres a désigné 24 responsables politiques pour la mise en application du plan, une dans chaque état vénézuélien; en plus de permettre la supervision des 30 espaces d’accouchement humanisés dans le pays, cela devrait attirer davantage de promotrices pour le programme social.

Pour être promotrice, il suffit d’avoir entre 18 et 60 ans et d’être en capacité d’apporter de l’affection à la famille qu’elle va accompagner ; c’est là le principal pré-requis selon Anabel Perez.

Après leur inscription, les femmes suivent une formation en tant qu’enseignante au sein du Plan dans les espaces de vie commune de leurs propres communautés. Durant six semaines de cours, les promoteurs apprennent les notions fondamentales sur le processus de grossesse, d’accouchement et de post-accouchement, d’allaitement et d’éducation respectueuse, sur les méthodes pour aborder des domaines de santé intégrale communautaire, d’organisation sociale sur le territoire et des notions de base pour assurer le suivi dans la vie quotidienne des femmes enceintes et surveiller les facteurs de risque.

« L’intention est de faire en sorte que les femmes enceintes soient responsables, confiantes par rapport à elles-mêmes et leur grossesse, qu’elles sachent respirer, comprendre ce qui va se passer » affirme Dilia Ortiz.

« Dans nos centres d’attention, les promotrices font partie de l’équipe de santé de base élargie. Cependant, au lieu d’attendre les patientes dans les unités, les promotrices parcourent les communautés en cherchant à établir le contact avec des femmes enceintes ou en âge de procréer. La promotrice est la voisine, l’amie qui vit dans la même communauté et connaît la réalité de l’endroit. C’est là qu’elle tisse des liens affectifs, de fraternité, grâce auxquels les femmes enceintes et les promotrices se rapprochent les unes des autres. La promotrice invite la femme enceinte à un cours de formation sur la grossesse, dans lequel elles se verront une fois par semaine pour faire des exercices, pour se détendre, pour apprendre tout ce qui a trait à la grossesse, à l’accouchement, à l’allaitement et à l’éducation » raconte Anabel Perez, l’assistante pour l’accouchement.

A Caracas, l’hôpital Maternel Hugo Chavez a été le premier à s’adapter et à s’ouvrir à ce programme. Dans cette unité, les promotrices du Plan peuvent faire des projets et des doulas (accompagnantes intégrales) peuvent accompagner les femmes enceintes lors de l’accouchement. Toutefois, cette réalité n’existe pas dans tout le pays.

Selon Villegas, les professionnels de la santé, axés sur la médecine privée, continuent d’opposer une résistance à l’accouchement humanisé. « Nous devons actualiser nos équipes médicales, convoquer les équipes de santé, en plus du travail d’institutionnalisation ».

C’est pourquoi, afin d’élargir le champ d’application du plan, le Ministère de la femme mise sur une action coordonnée avec d’autres institutions, telles que le Ministère de la santé et du Travail.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence

UN PEU D’HISTOIRE

Le programme social est le résultat d’une lutte d’environ 10 années des mouvements féministes pour la défense des droits de reproduction et sexuels des femmes. « C’est leur expertise, leur expérience qui nous ont accompagnés dans l’élaboration de la proposition du plan » affirme la vice-ministre, qui reconnaît également que tout ce qu’elle sait sur l’accouchement humanisé, elle l’a appris en dehors de l’université, aux côtés des mouvements sociaux. Ce que toutes les femmes impliquées dans le programme s’accordent à dire, c’est qu’un plan national comme celui-ci n’est possible que dans le cadre de la Révolution Bolivarienne. « Qu’un Etat, non seulement assume la défense de la dignité de sa population, de la personne sur le territoire, mais aussi qu’il assume la responsabilité de chaque femme enceinte dans chaque localité, c’est une transformation, c’est révolutionnaire » conclut la Ministre Asia Villegas.

Reportage et photos : Michele de Mello (+ 2 photos AVN)

Edition: Luiza Mançano

Coordination : Daniel Giovanaz et Vivian Fernandes

Source : Brasil de Fato https://www.brasildefato.com.br/2019/07/31/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado/

Traduction : Sylvie Carrasco

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« Il est aussi nécessaire de défendre la construction du modèle du peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique », entretien avec Alessandra Moonens, médecin et militante féministe

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En Belgique, le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) a rencontré Alessandra Moonens (photo), médecin de famille, membre de Venesol et du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne. Elle a vécu au Venezuela pendant 8 ans, de 2007 à 2015, participant en tant que militante à la construction politique de divers mouvements de femmes dont Plataforma para el Derecho al Aborto, Araña Feminista, Feministas en Acción Libre y Directa por la Autonomía Sexual y Reproductiva (Faldas-R), Escuela de Feminismo Popular.

Elle a également travaillé avec des mouvements de base tels que le Courant Révolutionnaire Bolivar y Zamora (CRBZ), le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ), le Mouvement des Habitants (mouvement anti-spéculation immobilière et pour le droit au logement) et l’Alianza Sexo-Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) – l’Alliance Révolutionnaire des Différences de Sexe et de Genre. En tant que professionnelle de la médecine, elle a travaillé dans plusieurs centres de santé ruraux et dans l’un des centres de soins intégraux pour femmes. Aujourd’hui, elle nous parle de son expérience au Venezuela et de la façon dont le processus bolivarien est perçu en Europe.

Par rapport à ton expérience de vie au Venezuela, avec les mouvements de base féministes, les mouvements paysans et en tant que médecin en milieu rural, que retiendrais-tu du processus bolivarien ?

Eh bien, soulignons d’abord qu’il s’agit d’un processus, c’est-à-dire d’un ensemble d’initiatives, de nouvelles structures, de façons d’organiser, d’expériences qui vont toutes de pair. Nous essayons de révolutionner tous les espaces et tous doivent avancer en même temps, car tous sont imbriqués, nous ne pouvons révolutionner la santé sans toucher à l’éducation, au transport, etc. Mais si je devais insister sur un de ces aspects… je pense que j’insisterais sur la territorialisation de l’éducation, c’est-à-dire sur l’arrivée de missions éducatives dans tous les coins du pays. C’est ce qui a permis au Venezuela d’être déclaré Territoire Libre d’Analphabétisme par l’Unesco en quelques années, et avec cela, des espaces de formation ont été développés au niveau universitaire dans des villes où la majorité des gens ne pouvaient même pas rêver d’aller à l’université, des carrières ont été ouvertes comme ingénieur agroalimentaire, médecine, droit, génie dans la construction civile, entre autres. Il convient de noter que le taux de scolarisation universitaire au Venezuela est le cinquième plus élevé au monde et le deuxième en Amérique latine.

Maintenant, en tant que médecin, je ne peux m’empêcher de citer les Missions de Santé telles que « Barrio Adentro », qui ont permis aux médecins, aux infirmières, aux dentistes et aux programmes de prévention d’atteindre directement le village, où qu’il soit, au lieu que les malades aient à se rendre en ville pour trouver des médecins – ce qui était une forme de mépris par ailleurs, comme une claire démonstration de différence de classe – qui les traitent directement dans leurs communautés ou quartiers. Néanmoins, je dois également dire que les femmes sont un peu oubliées dans ces Missions lorsqu’il s’agit de développer la planification familiale, la grossesse et l’accouchement car la pierre angulaire de l’émancipation des femmes est le droit de décider de leur corps et non de mourir dans tout ce qui a trait à la grossesse, l’accouchement ou l’avortement… et on ne s’en est pas préoccupé dans ces Missions.

C’est une dette historique que le processus révolutionnaire garde envers les femmes et que, de nos jours, le mouvement féministe au sein du processus bolivarien exige avec plus de force chaque jour. Mais nous, les femmes, nous ne nous attendons jamais à ce qu’on nous donne le droit de nous organiser et au Venezuela, les femmes ont commencé à s’organiser pour défendre leurs droits, avec une clarté politique révolutionnaire qui m’a fait comprendre que, même si je me sens féministe, je me sens avant tout appartenir à ce féminisme socialiste, révolutionnaire et Bolivarien. En d’autres termes, sortir du rôle que la société patriarcale leur impose pour révolutionner leur propre vie, tout en construisant la Révolution bolivarienne dont elles sont l’axe fondateur puisqu’elles représentent la majorité des bases de la force bolivarienne. Les femmes ont utilisé les politiques sociales pour transformer leur réalité et celle du processus sans que cela ait été pensé à cette fin. Il est indispensable de parler de l’espace le plus révolutionnaire qui s’est développé durant toutes ces années de processus : les communes et les villes communales, urbaines et rurales. Ce sont les laboratoires de la société du futur. Les expériences qui s’y construisent sont essentielles pour ceux d’entre nous qui cherchons à nous organiser dans une société post-capitaliste, juste, profondément et véritablement démocratique, participative, protagoniste et bien sûr, anti-patriarcale.

13508859_10154270692393615_569623303900787297_nÀ présent que tu es en Belgique, comment perçois-tu la réalité de ce qui se passe au Venezuela ?

Cela dépend évidemment des sources d’information. Ayant vécu au Venezuela pendant tant d’années, je continue d’entretenir des liens étroits avec mes camarades et je peux recevoir des informations directes de personnes de confiance, en plus des médias alternatifs que je lis. Maintenant, en écoutant dans les médias hégémoniques les nouvelles quotidiennes sur le Venezuela, je suis abasourdie et je me demande ce qui se passe vraiment dans le reste du monde où je n’ai pas d’amis qui me donnent des informations directes. La plupart du temps, les médias reprennent exactement ce qu’on peut lire au Venezuela dans les médias clairement identifiés comme étant de droite et profondément anti-chavistes. Ce sont des mensonges, déformations et exagérations, au lieu d’une analyse politique des causes de la situation actuelle. Les choses positives et constructives qui se sont également développées depuis plus de 20 ans dans le pays ne sont jamais mentionnées. Aussi, je me rends compte que, malheureusement, beaucoup de gens qui se disent de gauche et qui sur d’autres questions multiplient leurs sources et ont des positions que je partage, se laissent sans hésitation emporter par le discours dominant sur le Venezuela. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand un peuple passe de la résistance à la construction réelle du socialisme, ceux qui ne participent pas à cette expérience semblent frustrés et préfèrent critiquer depuis une perspective théorique, au lieu de soutenir un peuple qui met en jeu toute sa vie, sa force et son courage pour construire son avenir et le futur de la société que nous voulons.

Que penses-tu des sanctions de l’Union européenne ou, par exemple, du blocage de l’argent vénézuélien par l’un des systèmes de transactions financières mondiaux comme Euroclear, situé à Bruxelles, qui affecte le peuple vénézuélien ?

Venant des États-Unis et de l’Europe il n’y avait rien de mieux à attendre. Dans l’histoire du monde ceux qui ont le pouvoir ont toujours essayé d’annuler, d’annihiler et d’éradiquer les expériences de socialismes qui sont nées. En fait, ils l’ont toujours fait avec beaucoup plus de détermination qu’avec l’extrême-droite qu’ils préfèrent, bien qu’ils la « condamnent ». Pour le capitalisme, rien n’est plus dangereux qu’un peuple en révolution.

Il est terriblement cynique que les sanctions « assumées » ces dernières années et que les conséquences directes de ces sanctions soient utilisées pour accuser l’État vénézuélien. Il y a quelques années au Venezuela, quand les marchandises n’entraient plus comme elles l’auraient dû, cela n’était pas considéré comme une sanction.

Malgré le fait que ceux qui se plaignent de la situation économique actuelle sont les gens de la classe moyenne et supérieure de l’opposition, ceux qui souffrent, qui ont faim, qui meurent et qui perdent leurs filles et leurs fils par manque de médicaments… ce sont les pauvres, comme toujours. Ce sont les mêmes qui gardent la tête haute et traversent les rivières et les dangers pour voter en faveur de la Constituante, en faveur du processus parce qu’ils savent que c’est la voie à suivre. Une fois de plus, je déplore que les « gauches » ne dénoncent pas ce blocus avec plus d’unité et de force, qu’elles ne défendent pas les populations victimes de cette guerre non conventionnelle même s’il n’y a pas de consensus sur la politique intérieure du Venezuela. Sans oublier que, comme dans le monde entier, lorsqu’un peuple est attaqué, les premières victimes sont les femmes, elles sont la cible privilégiée de ces attaques. Au Venezuela, il n’y a plus d’accès aux contraceptifs depuis plus de 5 ans – bien avant la mise en place des sanctions illégales. Il est notoire que pour appauvrir un peuple, le moyen le plus efficace et le plus rapide est de mettre les femmes enceintes le plus tôt et le plus souvent possible.

Dans le cadre de VeneSol et du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, pourquoi soutenir la défense du processus bolivarien et comment pouvez-vous aider l’Europe ?

Je pense avoir développé dans les questions précédentes les raisons de défendre le processus bolivarien, mais en résumé, je pourrais dire qu’il est aussi nécessaire de défendre le modèle de société construit par le peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique. L’avenir de la planète et de l’humanité sont en jeu. Et je parle de toute l’humanité, non seulement de l’espèce humaine mais de tous les individus qui la composent et qui ont besoin de vivre en paix, dans le respect de nos diversités.
Pour aider, il est nécessaire de dénoncer le blocus, ce qui permettra de dégager un consensus dans la dénonciation, même s’il n’y a pas de consensus sur le projet d’une société qui défend le Venezuela ; de faire du lobbying politique dans le plus grand nombre d’espaces possibles, de briser le cercle des médias et l’isolement que le Venezuela a subi ces dernières années ; développer des projets de solidarité avec les populations, dans les domaines de l’agronomie, de la santé et de l’éducation, par exemple, mais en mettant l’accent sur l’autonomie et l’autodétermination des populations.

Mais, surtout, je crois que le plus important est de diffuser des informations alternatives et correctes sur ce qui se passe réellement au Venezuela, au lieu de répéter ce que disent les médias dominants. C’est pour cela que nous avons développé le site http://www.venesol.org, qui permet aux francophones de découvrir une autre façon de voir ce pays. Personne ne défend ce qu’il ne connaît pas, et pour défendre le peuple du Venezuela nous devons savoir pourquoi nous le faisons, nous devons savoir comment démonter les mensonges, mais aussi découvrir ce qui se construit et ce dont personne n’a jamais entendu parler, comme les communes, les expériences de solidarité entre les peuples, la destruction quotidienne du capitalisme, du colonialisme et du patriarcat pour construire un socialisme féministe et divers. Et peut-être… s’inspirer de ce qui s’y passe pour construire un monde meilleur, ici. Si nous voulons mettre fin au capitalisme, nous devons être convaincu.e.s qu’un autre monde est possible et que c’est la voie à suivre.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

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Traduction : VeneSol, http://venesol.org/2018/12/26/il-est-aussi-necessaire-de-defendre-la-construction-du-modele-du-peuple-venezuelien-que-de-lutter-contre-le-rechauffement-climatique/

« Chavez a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières des discriminations », entretien avec Maria Gabriela Blanco

Le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) rencontre María Gabriela Blanco, membre de l’Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) et militante active en Belgique au sein de Venesol et INTAL Amérique latine, membres du réseau.

Née à Higuerote, dans l’État de Miranda, Gaby Blanco (photo) a étudié l’Économie sociale à l’Université Nationale Polytechnique Expérimentale des Forces Armées et a été chroniqueuse pour l’hebdomadaire culturel Todos Adentro dans la rubrique Diversité populaire. Elle collabore depuis 2012 au magazine Épale CCS dans la rubrique Soberanía Sexuales et vit actuellement à Bruxelles. Elle nous explique comment ce collectif comprend le processus bolivarien au Venezuela et pourquoi il convient de le défendre.

Différents collectifs, mouvements, organisations sociales, partis politiques et vous, Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) font partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Qu’est-ce qui vous a unis pour faire partie de ce projet pour la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple Vénézuelien ?

Je dois d’abord décrire l’organisation qui m’a appris ce que signifie être chaviste, surtout à une époque où le fait de prendre des positions qui dérangent en haut lieu entraîne régulièrement des attaques discriminatoires. L’Alliance Sexo Género Diversa Revolucionaria, ASGDRe, créée en 2009, est un collectif composé de personnes de sexualités et d’expressions de genre diverses, dissidentes de l’hétéronorme (femmes et hommes lesbiennes, trans, homosexuelles, hétérosexuelles et fluides), que nous organisons pour créer, renforcer et consolider la lutte pour nos droits en tant que population discriminée et exclue.

À partir de là, nous nous proposons d’assumer un rôle historique, participatif et moteur dans les luttes des peuples opprimés, c’est pourquoi nous rappelons toujours que nous sommes le fruit de la Révolution bolivarienne. Le travail que nous réalisons nous le faisons à partir de nos relations quotidiennes intimes et sociales, à partir de nos communautés, de notre condition de classe, de nos moyens alternatifs d’éducation et de formation et des espaces d’organisation populaire. En tant qu’Alliance, nous affirmons le besoin fondamental de formation interne ainsi qu’avec les autres communautés afin de mettre en commun et d’approfondir nos connaissances, ainsi que pour nous reconnaître mutuellement comme sujets et sujets politiques de transformation et d’émancipation dans les processus de changement social.

Rencontre nationale des mouvements de la sexo-diversité à Caracas

Il ne faut cependant pas tout mélanger, notre lutte et nos réflexions n’exigent pas le respect ‘diplomatique’ de notre existence, encore moins d’être inclu.e.s dans les logiques de consommation du système capitaliste et patriarcal, nous voulons changer ce système. Nous défendons le fait que le sexe et la diversité des genres font partie d’une lutte de classe et c’est précisément pour cette raison que nous ne sommes pas d’accord avec des objectifs qui sont clairement vindicatifs et fragmentés, mais que nous reconnaissons et nous nous articulons avec de multiples luttes, parmi lesquelles celles des afrodescendants, travailleurs, féministes, paysans, écologistes, indigènes, travailleurs culturels et tous ceux qui sont convaincus de construire un système plus fraternel et humaniste dans la perspective de Notre Amérique. Cela nous amène à faire partie du RÉSEAU EUROPÉEN de Solidarité avec la Révolution bolivarienne qui s’est fondé avec des objectifs très divers, mais communs, ce qui me rappelle beaucoup les débuts de l’ALBA des Mouvements sociaux en 2009.

En Europe, des personnes venues du Venezuela ont demandé le statut de réfugié ou le statut de demandeur d’asile en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ; au Venezuela, des personnes sont-elles persécutées à cause de cette situation ?

Dans les articles 19, 20, 21, 22 et 23, relatifs aux Devoirs, Droits Humains et Garanties, la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela oblige l’État à garantir, « sans aucune discrimination, la jouissance et l’exercice inaliénables, indivisibles et interdépendants des droits humains » ; stipule également que « toute personne a droit au libre développement de sa personnalité » et donc que « tous sont égaux devant la loi », interdisant la discrimination fondée sur la race, le sexe, la croyance, la condition sociale ou celles qui, en général, ont pour but ou pour résultat de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits et libertés individuels.

Ainsi, tout un appareil législatif découle de la Constitution pour protéger en la dotant de droits fondamentaux notre communauté de genre dissident. C’est pourquoi, en l’honneur de la vérité et contre la malhonnêteté, aucun(e) compatriote qui aurait le plein usage de ses facultés ne peut affirmer et demander l’asile au prétexte d’une persécution puisque dans notre pays la diversité sexuelle et de genres n’est pas criminalisée, au contraire, elle est légalement garantie. Aucun fonctionnaire de la Puissance publique nationale n’a le pouvoir de soumettre ou de réprimer une personne trans, lesbienne, homosexuelle, bisexuelle, queer, pansexuelle ou tout autre forme existante en dehors de l’hétéronormatif (Loi du Statut de la fonction de police en matière d’administration du personnel et développement de la carrière dans la police, articles 70 et 143).

De plus, par respect pour les sœurs LGBTQIA qui viennent en Europe en provenance de pays comme le Soudan, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Mauritanie ou le Yémen où l’homosexualité est punie de la peine de mort, il est honteux pour moi de savoir que certains Vénézuéliens ont fait cette requête. Au Venezuela, nous avons également des représentants politiques, qu’il s’agisse de chavistes ou d’opposants qui ont gagné les élections et qui exercent actuellement leur mandat, qui assument ouvertement leur différence de sexe ou de genre.

Il est regrettable que les collègues de l’Association Civile Vénézuélienne Igualitaria, créée en 2012 dans le but d’unir leurs forces avec d’autres collectifs et mouvements sociaux pour développer des stratégies d’information, de formation et de sensibilisation des citoyens en matière de droit à la non-discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression du genre, qui soutiennent le Mariage civil égalitaire comme un de leurs drapeaux de lutte, aient reçu des demandes de Vénézuéliens à l’étranger, pas seulement en Europe, pour obtenir un document, presque comme une faveur personnelle, pour soutenir la thèse de personnes qui disent être persécutées du fait de leur orientation ou identité sexuelle et veulent ainsi obtenir le statut de réfugié. Ces demandes ont été rejetées catégoriquement par cet organisme.

Il faut dénoncer le fait que les pays qui se prêtent à la désinformation et à l’isolement du Venezuela dans le concert international, jouent au jeu statistique de ceux qui fabriquent les « crises humanitaires et migratoires » dans le monde, telles que l’USAID, NED, Open Society Foundation, parmi d’autres opérateurs politiques qui attaquent le Venezuela, en augmentant le nombre de personnes déclarées en asile politique pour renforcer le scénario de la ¨dictature¨. Mais il faut dire aussi que le Venezuela, comme le reste de notre Amérique et les pays d’Europe plus ou moins égaux en droits, souffre de la maladie du machisme, héritage de l’ « ancien » monde colonisateur. C’est une dette historique due à notre communauté, victime de l’hétéropatriarcat. C’est là que l’héritage du commandant Chávez reste pertinent, puisque c’est lui qui a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières de la discrimination et nous intégrer dans les politiques de l’État.

Comment s’y prendre à partir du Réseau européen ou de collectifs comme ASGDRe pour contrer la manipulation des médias et la désinformation sur ce qui se passe au Venezuela ? Comment briser ce siège médiatique, quelles alternatives avons-nous ?

Il faut raviver la rébellion et la créativité des médias populaires et alternatifs qui ont tant contribué à la prise de conscience, à l’organisation et à la mobilisation du pouvoir populaire au Venezuela. La résistance, la guérilla et la contre-offensive communicationnelle ont caractérisé les mouvements sociaux et les conseils communaux à une époque où, au Venezuela, nous ne pouvions même pas imaginer être inclus dans les grilles de programmes de la télévision traditionnelle, en raison du caractère hégémonique de ses contenus. Reprendre les stratégies de base de la communication (pochoir, peinture murale, sérigraphie, formation, construction de contenu, agitation), les relier aux outils sociaux actuels et surtout comprendre le territoire et ses habitants comme l’espace symbolique où va s’établir l’artillerie de la pensée. Que faire avec tout cela ? Au Venezuela, même si le courant dominant l’invisibilise, des changements profonds se produisent, les gens se regroupent, réfléchissent, conçoivent leur avenir avec ou sans le blocus.

Nous devons enregistrer et diffuser ce réel pour qu’il devienne viral, tant sur le territoire communal où le processus révolutionnaire se déroule que dans les territoires adjacents (pour les motiver) et ceux qui vivent des expériences similaires (pour les inciter). Pour donner un exemple concret, La Minka, une entreprise de propriété sociale, réalise un travail collectif en faveur de la communauté d’Altagracia et de La Pastora à Caracas. En ce moment le thème de leurs luttes se résume dans le slogan : « Espace vide, espace récupéré », qui leur permet de développer une stratégie pour promouvoir l’agriculture urbaine. En plus de fonctionner en tant que Maison Culturelle, La Minka est aussi une boulangerie, une production de textiles, organise des ateliers de danse, de poésie, de théâtre, de graffitis, et participe aux débats dans les Assemblées Populaires. Elle réalise aussi un travail de guérilla de communication en enregistrant l’événement politique depuis la base, en direct avec ceux qui le vivent. Cette expression d’autogestion communale est certainement une de celles que le Réseau peut promouvoir et accompagner pour équiper notre artillerie de défense de la Révolution Bolivarienne…

Comment renforcer la solidarité internationale avec le Venezuela et défendre le processus révolutionnaire depuis l’Europe ou la Belgique ?

En termes vénézuéliens, le Réseau doit serrer les coudes avec notre peuple qui fait l’impossible pour résister aux agressions de cette guerre non conventionnelle. La communication, comme je l’ai expliqué précédemment, est stratégique, elle doit être une priorité, puisque l’ennemi parie sur l’occultation et la désinformation par rapport aux transformations politiques qui se mettent en place.

C’est pour cela que le flux d’information doit être constant, véridique et immédiat, afin de ne pas donner au lobbying des médias qui désinforment une chance de se positionner aussi facilement. Ce type de diffusion, je l’imagine à partir de l’essence même de la guérilla communicationnelle, avec une utilisation maîtrisée des ressources, un message clair et une compréhension de ce que nous voulons transmettre. Et ce que nous voulons transmettre sera en accord avec les camarades qui sont sur le territoire. Rien ne peut se faire sans l’avis du peuple vénézuélien. Je crois que le RÉSEAU devrait avoir un bureau au Venezuela chargé de s’articuler avec les mouvements sociaux, les communes et les plates-formes citoyennes pour planifier des campagnes et des stratégies de solidarité. En 2019, par exemple, en Amérique latine, l’Assemblée internationale des peuples aura lieu au Venezuela et les réunions préparatoires ont déjà commencé et je crois que le Réseau doit exprimer son soutien et son intérêt à participer à cet espace… Nous devons également faire un travail de persuasion avec les camarades des différentes gauches européennes pour accompagner cette construction sans précédent que nous appelons le Socialisme du 21e siècle, qui n’a pas de modèle, qui s’appuie sur l’approfondissement des communes, sur l’articulation constante avec les mouvements nationaux, citoyens et les plates-formes continentales d’intégration comme l’ALBA, la CELAC, Unasur, ASA, au lieu de jouer le jeu d’une droite internationale qui table sur l’isolement d’un pays qui, comme Cuba, a été pour beaucoup de frères l’espoir d’un autre monde possible.

Traduction: VeneSol, https://venesol.org/2018/12/27/asgdre/#more-3077 

Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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Le Venezuela lance la campagne nationale contre la violence envers les femmes 

L’élection le 30 juillet dernier d’une Assemblée Constituante au Venezuela remobilise les énergies dans la bataille permanente pour développer les droits de la femme. Ce mercredi, dans tout le Venezuela, a commencé la campagne nationale contre la violence envers les femmes.  Les activités se dérouleront du 1er novembre au 10 décembre 2017 afin de sensibiliser tous les secteurs de la population au droit de la femme à une vie exempte de toute forme de violence. La campagne a démarré le mercredi 1 novembre sur le thème : « La paix commence à la maison, stop à la violence contre les femmes« .

Lors d’un entretien dans le cadre de l’émission « Encendidos » à Venezolana de Television, la Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz a la société à mener une évaluation interne sur ce plan dans chacun de ses secteurs et surtout d’introduire le thème de la violence contre les femmes en tant que délit dans le débat public et politique, ainsi qu’à exiger que les droits des citoyennes soient reconnus comme étant des droits humains.

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La Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz

Le programme des activités commence ce 1er novembre et durera jusqu’au 10 décembre, date à laquelle sera célébrée la Journée Internationale des Droits Humains ». A partir de 19 heures ce soir, des projecteurs de lumière violette illumineront symboliquement des espaces publics et touristiques du pays pour réaffirmer l’engagement du gouvernement à renforcer le dispositif de protection des femmes et des spots TV seront diffusés : https://twitter.com/twitter/statuses/925693161955000321.

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La Ministre des Droits de la Femme Blanca Eekhout (à gauche) lors d’un des meetings de la campagne conte la violence envers la femme.

Madriz a précisé que l’Etat soutiendra les institutions chargées de la défense des droits de la femme dont l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui discutera d’un projet de loi sur la création d ‘un Institut National de Défense des Droits des Femmes afin de développer des actions de promotion (défense, protection) face à ce phénomène qui représente un véritable problème social, d’Etat et de santé publique.

Dix ans après sa promulgation, la Loi Organique sur les Droits de la Femme à une vie exempte de violences sera révisée afin de potentialiser divers thèmes dans le domaine culturel, de renforcer la sensibilisation aux droits relatifs à l’égalité des sexes et de proposer une thérapie aux hommes qui usent de violence.

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Un débat national sera également ouvert sur la dépénalisation de l’avortement, la création d’un dispositif national de planning familial, l’actualisation du Code pénal et un programme de prévention et de réduction des grossesses précoces.

Rebeca Madriz a rappelé que la loi définit actuellement 21 délits de violence contre la femme allant de la violence physique à la violence psychologique, et que l’Institut National de la Femme (Inamujer) et le Ministère des Droits de la Femme ont mis en place un Bureau national d’assistance aux femmes victimes de violence, la Défendeure Nationale des Droits des Femmes, joignable au numéro de téléphone 0800 femmes (6853737) qui reçoit les plaintes et offrent les services de conseillères.

Source : http://ciudadccs.info/este-miercoles-comienza-campana-nacional-la-violencia-hacia-la-mujer/

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Venezuela, le peuple constituant fait des propositions pour le chapitre « Droits de la Femme ».

Le 30 juillet 2017 une mobilisation populaire, assez inattendue dans le contexte difficile de la guerre économique, a élu une Assemblée Constituante au Venezuela. Un moment démocratique qui rappelle le référendum en Catalogne: la droite, appuyée par la plupart des médias, a usé de la violence pour tenter d’empêcher ce scrutin, menaçants les électeurs, saccageant des bureaux de vote, sans autre résultat que galvaniser la volonté de la population (1). Depuis que les urnes ont parlé, la droite a mis fin (pour l’heure) à l’insurrection armée, déplaçant l’offensive sur le plan économique avec l’aide du secteur privé. Dans ce contexte marqué par des hausses de prix constantes des produits de base et les réponses du gouvernement bolivarien pour renforcer l’accès de la population à l’alimentation subventionnée, s’est ouvert le chantier constitutionnel. Toutes sortes de mouvements sociaux et de partis politiques s’expriment au-dehors et au dedans de la nouvelle assemblée, pendant que l’opposition, les médias, l’Union Européenne et Donald Trump crient à la « dictature ». (2)

Une décision récente de l’Assemblée Nationale Constituante a été de désigner le 25 octobre comme journée du « féminisme socialiste ». L’ANC a annoncé sa volonté de renforcer l’ensemble des droits de la femme, dont le thème de l’avortement. Dans leur décret les constituant(e)s veulent  « promouvoir une approche de genre et féministe. Le machisme est une culture capitaliste rétrograde qui affecte autant les hommes que les femmes, nie la diversité et l’intégration et légitime les relations de domination et êtres humains ». 28 associations féministes comme l’Araña Feminista ont participé aux débats (photo) et fait entendre leur voix dans la rue pour demander d’aller plus vite et plus loin, d’accélérer non seulement la dépénalisation de l’avortement mais aussi la diffusion de l’éducation sexuelle et de la distribution des contraceptifs.

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L’ANC a décrété la convocation « de toutes les femmes et les hommes à participer de façon active à la construction collective du Chapitre Femme, Équité et Égalité de genre de la nouvelle proposition constitutionnelle, dont l’objectif est de libérer toutes les potentialités de la femme dans ses multiples facettes vitales », comme de renforcer la participation de ce secteur dans les différents champs de la transformation de la patrie. Promouvoir les valeurs de paix, égalité, entente, équité et justice sociale seront les tâches fondamentales de la Commission Constituante sur la Femme, l’égalité et l’Équité de genre, installée en session ordinaire de l’organe plénipotentiaire, qui a eu lieu au Palais Fédéral Législatif. De même, il a été décidé de créer sur tout le territoire national des équipes de femmes pour « garantir la participation citoyenne à l’Assemblée Nationale Constituante », qui permette la rédaction du nouveau texte constitutionnel.

L’installation de cette commission a été stipulée dans le décret lu et approuvé pendant la session de l’assemblée, durant laquelle ont pris la parole des représentantes de mouvements de femmes de même que la Ministre pour la Femme et l’Égalité de Genre, Blanca Eekhout. Celle-ci a souligné le rôle fondamental de la femme vénézuélienne depuis l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, rôle impulsé par le commandant Hugo Chávez il y a 18 ans.

« Nous avons des avancées extraordinaires parce que la participation des femmes aux institutions de ce pays, s’est consolidée avec la Révolution Bolivarienne », a-t-elle déclaré tout en rappelant la création des différentes missions sociales, créées en priorité pour protéger les femmes des secteurs populaires, exclues pendant l’ère puntofijiste . (3)

La preuve en est – a-t-elle détaillé- la grande mission sociale Hogares de la Patria (foyers de la Patrie), mise en place en 2015 par le président de la République, Nicolás Maduro, pour protéger les enfants et les mères de ce pays. «  Avec la Grande Mission Hogares de la Patria nous avons protégé plus d’un million 200 mille femmes. Dans cette mission des hommes aussi ont été inclus. », a indiqué la titulaire du ministère.

Elle a également manifesté l’importance du premier processus constituant convoqué en 1999 par le leader bolivarien et au cours duquel ont été établis les droits de femme vénézuélienne. «  La Révolution Bolivarienne est la première à hisser le drapeau du féminisme, aucun autre leader dans le monde n’a osé dire je suis féministe. Le premier a été Hugo Chávez et ceci en dit long sur le caractère de la Révolution Bolivarienne », a-t-elle souligné.

Pour sa part, la députée constituante et porte-parole des Comités Locaux d’Approvisionnement et Production (CLAP) Beysimar Pérez, a souligné que les vénézuéliennes sont la clé dans le renforcement de la productivité, grâce aux programmes sociaux comme « Soy mujer » (Je suis une femme) et la Banque de la Femme, instances destinées à financer et accompagner la mise en œuvre des projets socio- productifs mis en œuvre par des femmes des secteurs populaires.

Notes

  1. Voir « (Photos :) Médias du monde libre contre droit au suffrage des vénézuéliens », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/01/photos-medias-contre-droit-au-suffrage-des-venezueliens/
  2. Voir entre autres « L’assemblée constituante renforcera les droits des peuple indigènes » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/15/lassemblee-constituante-renforcera-les-droits-des-peuples-indigenes/
  3. Le « puntofijisme » est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo au Venezuela entre les deux principaux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour se relayer en alternance au pouvoir sans en modifier les structures. Il durera… quarante ans (jusqu’en 1998), date de l’élection d’Hugo Chavez.
  4. Lire « L’indulgence de la presse française (et d’une partie de la gauche) pour la violence d’extrême droite » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/17/venezuela-lindulgence-de-la-presse-francaise-et-dune-partie-de-la-gauche-pour-la-violence-dextreme-droite/

Sources : https://venezuelanalysis.com/news/13404http://albaciudad.org/2017/09/pueblo-debatira-propuestas-para-redactar-capitulo-mujer-en-la-constitucion/ 

Traduction : Cathie Duval

UR de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3Ab

L’Assemblée Constituante renforcera les droits des peuples indigènes

L’élection de l’Assemblée Constituante organisée au Venezuela le 30 juillet dernier, a permis aux peuples originaires d’élire directement, en assemblées, huit députés indigènes. Une de leurs tâches au sein de cette assemblée sera de renforcer les politiques menées par la révolution bolivarienne visant à « payer la dette historique » qui est due aux communautés indigènes (environ 7% de la population vénézuélienne totale).

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La Ministre pour les Peuples Indigènes Yamileth Mirabal

A cette heure, 3 millions 280 mille 298 hectares de terres ont été restitués aux peuples autochtones vénézuéliens afin d’améliorer leur niveau de vie, en procédant à la reconnaissance de leurs territoires, a rappelé ce jeudi la ministre des Peuples Indigènes, Yamileth Mirabal.

La Ministre a indiqué qu’il s’agit de 102 titres de propriété collective de la terre, qui concèdent aux peuples indigènes des droits à perpétuité sur les territoires qu’ils ont occupé selon un droit ancestral et traditionnel. « La reconnaissance des territoires est un engagement pris par l’État Vénézuélien vis-à-vis des peuples indigènes et assuré par voie constitutionnelle en 1999, afin de légitimer les territoires indigènes et de restituer les titres de propriété collectifs de ces terres à leurs protecteurs ancestraux, préservant ainsi leur modes de vie et leurs pratiques économiques ».

La fonctionnaire explique qu’à la différence d’autres pays où les peuples autochtones sont encore plongés dans le désespoir et le dénuement après avoir été spoliés de leurs terres, le gouvernement du Venezuela soutient les peuples indigènes dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs territoires, leur identité et leurs savoir-faire. Cet engagement figure dans la Constitution de 1999, dans le Programme des Droits de l’Homme 2016-2019 et dans les dispositions de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) « qui servira à être davantage à l’écoute du peuple indigène s’agissant de son droit à renforcer les garanties constitutionnelles sur ses acquis ».

La Constituante renforcera ces droits

« L’une des propositions faites par les constituants indigènes élus selon les modalités de la consultation préalable porte sur le thème de l’identité. La carte d’identité dit que je suis Yamileth Mirabal, mais ne précise pas que je viens de la communauté de Rio Negro, dans l’état d’Amazonas. Obtenir une carte d’identité indigène est le principe de base pour une meilleure reconnaissance de notre identité ».

Une autre idée consiste à modifier l’article 119 de la Constitution de 1999 qui stipule que « l’État reconnaîtra l’existence des peuples et des communautés indigènes, le texte constitutionnel devant selon elle préciser que « L’État reconnaît… ». « Car nous, les peuples indigènes sommes bien présents, bien vivants et bien là et doivent être reconnus maintenant, dès à présent ».

La ministre pour les peuples indigènes a annoncé que les autres thèmes qui seront soumis à débat à la Constituante sont les suivants :

  • le renforcement de l’éducation interculturelle bilingue,
  • la juridiction indigène dans l’exercice de la justice,
  • le développement de la médecine naturelle à base de plantes et les thérapies complémentaires en tant que champ d’application inclus dans le système de santé,
  • la prise en compte des lieux chamaniques sur le plan culturel,
  • l’accès intégral à l’Arc Minier et la décolonisation comme processus transversal de reconnaissance de la culture indigène dans le cadre des politiques publiques.

Parmi les propositions visant à renforcer les droits des autochtones, elle a également souligné la nécessité d’élargir l’enseignement des langues indigènes aux institutions éducatives du pays, au-delà des seules écoles associées à l’éducation interculturelle bilingue.

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Le programme national des droits humains ouvre de nouvelles perspectives

Lors d’un entretien radiophonique, Larry Devoe, secrétaire exécutif du Conseil National des Droits de l’Homme, spécifiait que la Constitution de 1999 impulsée par Hugo Chavez a pour la première fois au Venezuela ouvert le chapitre spécifique des droits des peuples indigènes afin « d’honorer la dette historique de leur exclusion et de la violation de leurs droit ».

Devoe a aussi mis l’accent sur le Programme National des DD.HH 2016-2019, à l’élaboration duquel ont participé les 43 peuples autochtones du Venezuela : « Ce programme comprend une série d’actions importantes destinées à améliorer la politique de l’État Vénézuélien en faveur des peuples et des communautés originaires, comme, par exemple, de poursuivre le processus de délimitation de l’habitat et des terres collectives indigènes afin d’appliquer la disposition constitutionnelle tout en tenant compte des spécificités culturelles de chacun des peuples autochtones ».

« Le Programme National des DD.HH 2016-2019 prévoit la nécessité de créer un mécanisme permettant d’assurer la présence d’interprètes de langues indigènes dans les institutions de l’État, afin d’assister tout compatriote appartenant à un peuple autochtone dans sa propre langue au sein des instances publiques chargées de faire respecter et garantir les droits humains ».

Source : http://rnv.gob.ve/venezuela-respalda-a-los-pueblos-indigenas-en-su-lucha-por-el-reconocimiento-de-sus-territorios/

Traduction : Frédérique Buhl

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3aB

Génération « chaviste rebelle » : les visages et les voix des candidat(e)s député(e)s à la Constituante, par Angele Savino (L’Huma)

« Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie » » 

 Oliver Rivas, militant du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA)
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Oliver Rivas, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas( Réseau de défense, sécurité et souveraineté alimentaire, et mouvement Avancée populaire). Derrière lui on peut voir Chavez et la phrase : « Seulement ensemble, nous sommes Chavez »

Oliver Rivas ne militait pas encore au sein d’un mouvement marxiste en 1998. « Ma mère est la première chaviste de la maison. J’ai été influencé par son engagement nationaliste, bolivarien et anti-impérialiste »
Au début de ses études, il participe à l’occupation de l’Université centrale en 2001, pour matérialiser les lois approuvées lors de l’Assemblée Constituante de 1999. Mais la transformation universitaire est rapidement devenu un domaine réservé aux universitaires. « Il faut construire un modèle d’éducation pour la transformation de la société. La pertinence sociale de l’Université est fondamentale. Il faut inclure dans la formation universitaire un projet productif communautaire »
En 2007, les étudiants provenant de classes aisées lance un mouvement contre Hugo Chavez, avec le soutien de la rectrice Cecilia Arocha. L’Université centrale, lieu historique des luttes révolutionnaires, devient un bastion de la droite. « La rectrice prétend être une figure d’autorité pour présider un conseil électoral parallèle, lors du plébiscite illégal organisé par l’opposition le 16 juillet. Le mandat de Cecilia Arocha est expiré depuis 4 ans. Elle est dans l’obligation d’effectuer des élections ! »
Oliver milite au sein du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA). L’abolition de la libre convertibilité bolivar-peso colombien est une urgence pour lutter contre la guerre économique. Une loi de l’État colombien favorise la contrebande d’aliments. « Les produits de base subventionnés partent en Colombie. Si je prends un kilo de lait en poudre au Venezuela, je le vends à Cucuta en pesos, et lorsque je change ces pesos en bolivars, je vais gagner jusqu’à 10 fois ce que j’ai dépensé en l’achetant au Venezuela. Ces maisons de change sont la base économique de nombreuses entreprises, liées au narcotrafic et au paramilitarisme ».
Les militants de la REDSSA proposent aussi d’installer des conseils socialistes de travailleurs au sein de toutes les entreprises : « Nous devons effectuer un contrôle depuis la base, pour participer aux commissions qui définissent les prix des produits ». Oliver est conscient que la perte du pouvoir politique est possible. « La révolution n’est pas un chemin de fleurs et de poèmes. Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie ». Nous ne voulons pas de pacte avec les élites, nous voulons « construire avec les mots des ponts indestructibles », comme disait Mario Benedetti ».

« La révolution, c’est transformer les consciences »

Tamayba Lara, étudiante

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Tamayba Lara, jeune candidate étudiante en psychologie (mouvement crea y combate), qui se présente sur la liste territoriale de Caracas. Derrière elle une peinture de Chavez dans un hamac. Photo : Angèle Savino

Tamayba a 26 ans, elle a grandi avec Chavez, est passée par une école bolivarienne, puis a bénéficié d’une bourse pour étudier à l’université. « Aujourd’hui, certains considèrent que c’est naturel d’avoir le droit à une éducation gratuite et de qualité. Ils oublient que des jeunes comme Livia Gouverneur et Belinda Alvarez sont morts pour obtenir ces droits ! »
En 1969, le gouvernement a forcé les portes de l’Université Centrale du Venezuela, qui est resté fermée pendant plus d’un an et a supprimé les résidences étudiantes : « Il pensait que c’était un foyer d’organisation pour les étudiants de gauche ». Hugo Chavez a permis aux jeunes bolivariens de reconstruire ces résidences universitaires. Au sein de ces espaces autogérés les étudiants s’organisent pour apporter leurs savoirs aux communautés voisines. Tamayba et ses camarades du collectif « crée et combats » ont monté une pièce de théâtre pour expliquer aux Vénézuéliens des quartiers populaires l’histoire de la dépendance au pétrole, en utilisant la satire politique. « On leur raconte l’histoire de la l’invasion des puissances européennes, mais aussi de la résistance des Indiens, puis du processus d’indépendance, de recolonisation par les « caudillos » qui ont trahi Bolivar et se sont repartis les terres du peuple. Puis on leur parle de notre subordination aux forces impériales, depuis le siècle dernier. On leur explique aussi que nous sommes responsables de cette réalité, nous ne pouvons pas toujours responsabiliser les autres de nos erreurs. La révolution, c’est transformer notre conscience ».
 Tamayba lutte aussi pour la reconnaissance de la parité politique. « Les femmes, nous sommes la base sociale de la révolution, nous sommes les plus actives dans les conseils communaux, mais nous ne sommes pas représentées au sein du pouvoir de l’État. Nous devons aussi nous battre pour la légalisation de l’avortement. Ce n’est pas possible que les femmes riches avortent dans des bonnes conditions dans des cliniques privées et les femmes pauvres meurent, en réalisant des avortements avec des méthodes où elles risquent leur vie. L’État doit ouvrir un débat public national ! »

« Nous devons décoloniser et démarchandiser l’éducation »

Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie

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Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie, qui représente le secteur étudiant. (Mouvement Divas de Venezuela) Derrière elle, les yeux de Chavez et le symbole de la Grande Mission Logement. Photo : Angèle Savino

Rummie Quintero est fière de sa mère, une militante paysanne noire de la région côtière de Barlovento qui a quitté sa terre natale pour la ville. Son père vient de la région andine de Trujillo. « Ma mère est arrivée à Caracas, pour être traitée comme une esclave, cela m’a beaucoup marqué »
Rummie lutte pour les droits des femmes depuis l’âge de 9 ans. « Dans le quartier populaire du 23 de enero, les hommes machistes ne permettaient pas aux filles de pratiquer le sport. On me discriminait, on m’offensait, on me traitait de pédale. Je me disais qu’il fallait que quelqu’un nous défende. Ce que j’ignorais, c’est qu’un jour ce serait moi qui défendrait les transsexuelles ». Dès l’enfance, Rummie savait qu’elle était une femme, elle adorait catwoman, et puis il s’est identifié à wonderwomen. « Je la voyais comme une guerrière, je me disais celle-là, c’est moi ! C’est une diva qui sait se défendre, et si elle doit donner des coups aux hommes, elle le fait ! »
Rummie est devenue athlète, danseuse, et étudie aujourd’hui la psychologie à l’Université bolivarienne. En 2004, elle fonde « Divas de Venezuela », une association de défense de droits de l’Homme, qui « s’occupe de toute personne qui en a besoin sans prendre en compte son idéologie politique, même si Divas défend une vision humaniste de gauche ». Rummie a dû affronter le monde patriarcal, la transphobie dans le milieu homosexuel. Et certaines féministes ne comprennent pas son combat : « comme nous ne pouvons pas accoucher, pour elles nous ne sommes pas des femmes »
Au moment de l’approbation de la loi organique du travail en 2012, Rummie espérait que soit reconnue l’identité de genre, c’est finalement la non- discrimination pour l’orientation sexuelle qui apparaît dans la loi. Selon Rummie, l’assemblée constituante est une opportunité historique pour la représentation des transsexuelles. « Nous devons combattre les faux révolutionnaires. Un révolutionnaire doit d’abord se révolutionner lui-même. Je dois me déconstruire pour me reconstruire. Nous devons politiser l’université, la fille de Chavez, décoloniser et démarchandiser l’éducation »

« L’autogestion est importante pour continuer la lutte » 

Rigel Sergent, militant du mouvement des habitants contre la spéculation immobilière

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Rigel Sergent, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas (Mouvement des locataires à Caracas). Derrière lui : les yeux de Chavez  » Notre chemin est celui de la paix ». Photo : Angèle Savino

Rigel Sergent avait 18 ans au moment de l’arrivée de Chavez au pouvoir. Sa famille était menacée d’expulsion, car elle ne pouvait pas acheter l’appartement qu’elle louait. Rigel prend conscience de cette injustice, et commence à lutter. Il fait partie  du « mouvement des habitants », une plateforme qui rassemble divers mouvements : les comités de terres urbaines, les mouvements de travailleuses résidentielles dites « concierges », exploitées par les propriétaires d’immeubles, les campements des pionniers qui occupent des espaces privés et publics pour l’auto-construction de leur logement, les occupants d’immeubles vides, et le mouvement des locataires, au sein duquel Rigel milite.
«  Au moment du boom pétrolier de 73, les pauvres paysans ont quitté leur terres pour aller travailler en ville. Et c’est comme cela que nos quartiers populaires se sont construits, à la périphérie de la ville. La première lutte de Chavez, a été la titularisation des terres urbaines. Les habitants écrivent l’histoire de la construction du quartier, pour avoir une reconnaissance légale de la part de l’État. Aujourd’hui, nous luttons, nous seulement pour la reconnaissance du quartier, mais aussi pour sa transformation. Nous parlons du droit à vivre dans la ville. On s’organise par exemples avec les comités techniques d’eau pour avoir accès à l’eau potable ».
En décembre 2010, de nombreuses familles ont perdu leur logement à cause des pluies torrentielles. Les réfugiés sont accueillis en urgence dans des centres d’accueille et même au palais Miraflores. En 2011, Hugo Chavez lance la Grande Mission Logement, que le président Nicolas Maduro a développée. Près de 1,7 millions de logements ont été construits. « Le mouvements des habitants, doit être en lien permanent avec le gouvernement pour développer l’auto-construction »
Pourquoi l’autogestion est-elle si importante ? « Parce que s’il y avait une changement de gouvernement, nous serions capables de continuer la lutte. Comme la fédération des coopératives pour l’aide mutuelle en Uruguay, qui a construit 25 000 logement pendant la dictature des années 70 »

« La République est assiégée » 

Reinaldo Iturriza, ancien ministre des communes et de la culture

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Reinaldo Iturriza, sociologue, ancien ministre des Communes et de la Culture, candidat pour le secteur travailleur. Sur son t-shit on peut lire une phrase de Salvador Allende, en anglais : « l’Histoire nous appartient, c’est le Peuple qui la fait ». Derrière lui, les affiches de campagnes du « chavisme rebelle ». Photo : Angèle Savino

Dans les années 1990, Reinaldo Iturriza, étudiant en sociologie, militait au sein d’un mouvement révolutionnaire. Il avait vécu le Caracazo, lorsque des centaines de pauvres furent massacrés par le gouvnernement néoliberal de Carlos Andrés Perez. Il avait 20 ans au moment de la rébellion civile et militaire de Chavez en 1992, et fut témoin de sa campagne, à sa sortie de prison en 1994, lorsqu’il parti à la rencontre du peuple opprimé.  » Les années 1990 je la dénomme la  » décennie vertueuse, ce fut une décennie perdue sur le plan économique, mais c’est à cette époque que se forge l’identité chaviste « 
Pour Reinaldo, le chemin était tout tracé. Il avait le profil de l’étudiant de classe moyenne populaire qui s’exile pour construire une carrière universitaire. Mais l’arrivée de Chavez au pouvoir a tout changé. « Lors de l’assemblée constituante de 1999, c’était fascinant de participer à ce processus de création des nouvelles institutions. En paraphrasant Paolo Virno, je dirais que c’était l’époque  » de l’exubérance des possibilités  » « 18 ans plus tard, la réalité est différente  » En 1999, nous commencions à refonder la république.
Aujourd’hui, la république est assiégée. Nous vivons un Etat d’exception « . Reinaldo Iturriza, qui fut ministre des Communes et de la culture, considère que c’est le moment politique le plus difficile du Chavisme :  » Un gouvernement anti-chaviste, avec tout le soutien des pouvoirs factices internationaux aurait surement plus de facilité à gouverner les institutions, mais il n’arriverait surement pas à gouverner le peuple chaviste indomptable ! « 
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Texte et photos : Angele Savino
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Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out)

Par Andrew King *

Un article récent du New York Times, intitulé « les supporters de Maduro sont pris pour cibles à Miami », décrit le groupe de plus en plus bruyant d’ « exilés » vénézuéliens anti-gouvernementaux vivant aux États-Unis qui renforcent leurs tactiques d’agitation et de harcèlement contre les Vénézuéliens qui soutiennent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro, L’opposition vénézuélienne a bénéficié du soutien inconditionnel du gouvernement US et des médias – qu’ils soient conservateurs ou libéraux – qui, tous en chœur, diabolisent et sapent le gouvernement démocratiquement élu de la nation, qualifié de dictature brutale, tout en dépeignant l’opposition financée par les États-Unis et souvent violente comme des manifestants anti-gouvernementaux pacifiques et démocratiques.

Il est vrai que la situation économique actuelle au Venezuela est assez grave ; la nation connaît actuellement un taux d’inflation à trois chiffres et les vénézuéliens doivent souvent subir de longues files d’attente pour acheter des produits de base. Bien que ces défis soient dus à un éventail complexe de facteurs, dont une guerre économique menée contre le pays et la chute du prix du pétrole, le New York Times, le Washington Post, CNN et Fox News assènent un barrage d’images de crise pour retourner l’opinion publique contre le gouvernement socialiste vénézuélien afin de le déstabiliser et, pour objectif final, le renverser.

Tout en cherchant à diaboliser le gouvernement de Maduro et à glorifier les manifestants anti-gouvernementaux, les grands médias s’abstiennent de montrer le véritable visage de l’opposition ou de faire état de la raison de son opposition. En effet, plusieurs dizaines de personnes, y compris des employés de l’état, ont été tuées ces dernières années en raison des actes violents des manifestants de droite. Les grand médias font soigneusement l’impasse sur ce qui devrait figurer en une, comme le cas de l’afro-vénézuélien Orlando Figuera. Le 20 mai, le jeune homme de 21 ans traversait le bastion de l’opposition gouvernementale de Chacao à Caracas lorsqu’un groupe de « manifestants » anti-gouvernementaux masqués l’accusèrent d’être un partisan du gouvernement. La foule a ensuite encerclé Figuera, l’a poignardé six fois pour ensuite l’arroser d’essence et d’y mettre en feu. Le jeune homme est mort plus tard à l’hôpital. Le président Nicolas Maduro a qualifié l’acte de symbole des crimes de haine commis au Venezuela, en soulignant le caractère raciste de ce lynchage d’un vénézuélien noir. C’est la neuvième personne à être tuée lors des barricades de l’opposition depuis que les violentes manifestations ont éclaté au début du mois d’avril. Les mêmes moyens de communication puissants qui dénoncent systématiquement les violations des droits de l’homme par le gouvernement vénézuélien demeurent en grande partie muets sur ces actes de terrorisme racistes commis par l’opposition de droite.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux déguisent tous les jours en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Il est important de noter que si l’opposition virulente de droite est concentrée dans les secteurs blancs et économiquement favorisés de la population, les barrios, les bidonvilles et les zones rurales où vivent les pauvres, les communautés autochtones et les afro-vénézuéliens ne se sont pas soulevés car la plupart soutiennent le gouvernement. Pour comprendre les racines de la haine et du racisme de l’opposition envers les partisans noirs et indigènes du gouvernement, il faut comprendre l’histoire de la présidence qui a précédé Maduro – celle de Hugo Chavez.

Hugo Chavez et la révolution bolivarienne

Des décennies de politiques néolibérales défaillantes et de répressions gouvernementales ont ouvert la voie à l’élection démocratique de Chavez en 1998. Après avoir pris ses fonctions, le gouvernement Chavez a lancé une campagne vigoureuse pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en redistribuant la vaste richesse pétrolière de la nation aux pauvres, aux secteurs afro-vénézuéliens de la population. Chavez a appelé ce mouvement contre l’hégémonie néolibérale US « la révolution bolivarienne », inspiré par le héros de l’indépendance sud-américaine du XIXe siècle, Simón Bolívar. Selon Chavez, le but ultime de cette révolution était de construire un socialisme du XXIe siècle qui serait mené par les pauvres, les femmes, les indigènes et les afro-vénézuéliens.

Un des objectifs centraux du projet révolutionnaire du Venezuela a été de lutter contre l’héritage historique du racisme envers les indigènes et les afro-vénézuéliens. La nouvelle constitution créée sous Chavez a fait progresser les droits sociaux, culturels et économiques des peuples autochtones, des afro-vénézuéliens et des femmes, y compris la reconnaissance de l’éducation interculturelle. Chavez a été le premier président des Amériques à reconnaître ouvertement son héritage indigène et africain. Les médias privés vénézuéliens se référaient souvent à lui avec des insultes racistes. En 2005, Chávez a déclaré que « la haine contre moi a beaucoup à voir avec le racisme. En raison de ma grande bouche et de mes cheveux bouclés. Je suis vraiment fier d’avoir cette bouche et ces cheveux parce qu’ils sont africains ». La même année, Chávez a créé la Commission présidentielle pour la prévention et l’éradication de toutes formes de discrimination raciale dans le système éducatif vénézuélien.

Le gouvernement Chavez a utilisé la richesse pétrolière du pays pour augmenter les dépenses sociales et a développé des programmes révolutionnaires connus sous le nom de « missions sociales », ce qui a entraîné des progrès sociaux considérables pour les secteurs pauvres et socialement exclus du pays, dont beaucoup sont d’origine africaine ou indigène. En 2010, les programmes gouvernementaux avaient réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de deux tiers. En 2005, l’ONU a déclaré le Venezuela libre d’analphabétisme, après que 1,5 million de vénézuéliens aient appris à lire et à écrire.

Des milliers de médecins cubains et de professionnels de la santé ont été envoyés dans les communautés rurales et pauvres du pays, offrant à des millions de citoyens un accès sans précédent aux soins de santé gratuits. Grâce à ce programme, plus de 6 000 cliniques de santé communautaires ont été construites et des millions de consultations gratuites ont été dispensées. Parmi les autres réalisations, on compte un programme massif de logements sociaux qui a créé plus d’un million de logements depuis son lancement ; la redistribution de milliers de titres de propriété de terres communales aux communautés autochtones ; et une démocratisation des médias grâce à une explosion du nombre de stations de radio et de télévision communautaires.

La nation sud-américaine a renforcé son engagement envers les vies noires en 2011 lorsqu’elle a adopté une loi historique interdisant la discrimination raciale qui, selon le journal international Correo del Orinoco, « mettra en place des mécanismes pour prévenir, réprimer, punir et éradiquer la discrimination raciale par toute personne, groupe de personnes, autorités publiques, institutions privées et organisations civiles, économiques, politiques, culturelles et sociales ». Le gouvernement a également créé une nouvelle question de recensement qui permet aux citoyens d’être classés comme afro-vénézuéliens.

Solidarité avec les Afro-Américains

En 2015, le président Maduro s’est rendu à Harlem pour parler avec des leaders noirs, dont Opal Tometi, cofondateur de Black Lives Matter. Ce geste rappelle la visite de Fidel Castro à Harlem en 1964 pour rencontrer Malcolm X. Plusieurs mois plus tard, le réseau Black Lives Matter et d’autres groupes nord-américains noirs ont publié une déclaration dénonçant l’intervention US au Venezuela et exprimant leur solidarité avec les afro-vénézuéliens et les Vénézuéliens indigènes à la suite de la victoire électorale de la droite aux élections législatives de 2014 qui menace les avancées sociales de la révolution.

Dans cette déclaration, les militants US remercient le Venezuela pour son soutien continu à la communauté afro-américaine des États-Unis, en remontant à l’offre de Chavez d’envoyer de grandes quantités d’aide, y compris des médecins et des spécialistes en gestion de catastrophes, à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. George W. Bush, qui a largement laissé les résidents noirs de la ville se noyer, a refusé l’offre. Au cours des 12 dernières années, Citgo – une filiale vénézuélienne – a fourni une aide au mazout de chauffage à coût réduit à des centaines de milliers de familles pauvres dans 23 états dont ont bénéficié les résidents noirs du Bronx, de Boston, de Chicago et de Philadelphie, entre autres villes. Un certain nombre de dirigeants afro-américains, de militants et d’artistes tels que Danny Glover, Harry Belafonte et Jesse Jackson Jr. se sont rendus au Venezuela et ont créé de solides liens de solidarité avec Chavez et la révolution bolivarienne et reconnaissent sa connexion avec le mouvement de libération des Noirs aux Etas-Unis.

Solidarité avec Haïti, les Caraïbes et l’Afrique

La solidarité du gouvernement vénézuélien envers les Noirs est peut-être nulle part plus évidente que dans l’aide généreuse et le soutien qu’il a apporté au peuple haïtien à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010, qui comprenait la fourniture de milliers de tonnes de nourriture, de médicaments, de camps de secours, d’hôpitaux de campagne et du personnel médical et de secouristes. En outre, Chavez a annulé la dette d’Haïti qui s’élevait à $395 millions, en proclamant que « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela — au contraire, c’est le Venezuela qui a une dette historique envers Haïti », en référence au fait que l’auto-libérée République noire avait fournit des armes, des munitions et des navires à Simón Bolívar pour combattre les Espagnols au Venezuela, en échange de la promesse qu’il abolirait l’esclavage dans son pays. Le Venezuela a également forgé de nouveaux liens avec les pays africains en ouvrant 18 nouvelles ambassades et en établissant des accords de coopération en matière de santé et d’éducation.

C’est précisément à cause de l’audace du gouvernement vénézuélien à lutter contre l’impérialisme raciste des États-Unis – et à affirmer sans réserve que la vie des Noirs compte (*) en faisant valoir les droits des pauvres d’ascendance africaine – qu’il est sous l’assaut constant de la classe dirigeante blanche US et des médias internationaux. Il est donc assez facile de comprendre pourquoi, pour citer le Premier ministre radical noir assassiné de Grenade, Maurice Bishop, « Goliath a tourné toute son attention vers David ».

Andrew King

Notes

Ecouter la dernière lettre officielle de Hugo Chavez, écrite quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

* L’auteur : Andrew King est un étudiant en doctorat en politique publique à UMass Boston, un activiste-érudit, et a soutenu l’organisation de Black Lives Matter et d’autres campagnes de justice raciale et économique. Il est le coordinateur d’un projet de recherche communautaire avec des organisateurs de jeunes de Boston qui se battent pour la justice éducative. Andrew a également fait de la solidarité en organisant et en effectuant des recherches sur les mouvements sociaux latino-américains et a voyagé au Venezuela et à Cuba. Il peut être contacté à andrew.king003@umb.edu.

(*) Wikipedia : « Black Lives Matter » (BLM), qui se traduit en français par « les vies des Noirs comptent », est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de BLM font régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis. Le mouvement est né en 2012 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Source : http://www.truth-out.org/news/item/40994-venezuela-is-under-attack-for-asserting-that-black-lives-matter

Traduit par Le Grand Soir

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