Comment les Vénézuéliens vivent-ils en temps de blocus économique et de crise ?

L’auteure: Fania Rodrigues, journaliste brésilienne en poste à Caracas

La crise économique, causée en grande partie par le blocus occidental dont souffre le pays, pousse la population à utiliser sa créativité au quotidien ; l’organisation populaire est le moyen que beaucoup ont trouvé pour résoudre collectivement les problèmes.

Il n’est que 6 heures du matin et toute une vie agite déjà les impasses, rues et les escaliers du grand quartier populaire de Altos de Lídice au centre de Caracas. Dans ce quartier, peuplé de maisons simples, chaque porte s’ouvre sur un travailleur qui rejoint la longue file ouvrière qui descend chaque jour la colline pour fournir la main-d’œuvre à la ville.

Là, au pied de l’imposante Avila, la chaîne de montagnes qui coupe Caracas d’un bout à l’autre, vit Wilmer Villarroel, cuisinier de 38 ans, qui se bat pour vivre en temps de crise. « Ici, nous ne pouvons pas travailler à une seule chose, nous devons avoir plusieurs emplois pour garantir la nourriture de la famille« , dit-il. Le salaire minimum légal est dépassé par l’inflation élevée, la crise financière, la baisse de la production pétrolière et du prix du pétrole, ainsi que par le blocus occidental et l’instabilité politique. Au Venezuela, le salaire est payé chaque quinzaine et s’élève environ à 150 000 bolívares (5 USD). C’est pour compenser sa faible valeur qu’il est combiné à des avantages sociaux.

Je me réveille à 5 heures du matin pour faire des arepas (galettes typiquement vénézuéliennes à base de maïs) et je descends la colline à 6h45 du matin pour les vendre. Il y a un arrêt de bus à proximité et je les vends aux chauffeurs. À 7 h, j’ai déjà tout vendu, je reviens et je me joins au travail communautaire, à la brigade d’entretien, nous balayons les rues jusqu’à 12 h” raconte Wilmer.

Le travail est rémunéré par l’intermédiaire de la Commune Altos de Lídice, une forme d’organisation populaire. Pour ce travail, ils perçoivent l’équivalent de six salaires minimums. Cela ne suffit pas. Wilmer doit complémenter avec un troisième et un quatrième revenu. “Je fais de la soupe que je vends le dimanche. Nous avons aussi des terres qui ont été abandonnées, où les gens jetaient des ordures. Avec un oncle et un voisin, nous avons nettoyé et commencé à planter. Nous avons maintenant de la citrouille, du poivre, du poivre, du manioc, du maïs, de la banane, de la tomate, de l’igname, de l’avocat et de la tomate” dit-il.

Comme Wilmer, des milliers de vénézuélien(ne)s considèrent la mise en culture de terres comme un moyen de résoudre le problème de la pénurie. Depuis octobre 2018, les supermarchés améliorent progressivement le niveau de l’offre. Aujourd’hui, il ne manque presque aucun produit dans les rayons, mais le problème est le prix, car le salaire dévalué par l’inflation et la valeur des produits marqués en dollars créent un abîme économique entre la classe qui a accès au dollar et le salarié, qui reçoit en bolivars, la monnaie locale.

Wilmer Villarroel: cultiver soi-même ses aliments pour résister aux pénuries. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Aujourd’hui, cela vaut la peine de planter, car un kilo de bananes dans la rue coûte très cher. Une banane plantain peut coûter 8 000 bolívares. Trois bananes plantains coûtent une demi-semaine. Nous économisons ainsi un argent dont parfois nous ne disposons même pas. Nous aidons également les habitant(e)s du quartier qui n’ont pas les ressources nécessaires pour acheter. Cet aspect est important” souligne Villarroel.

Le Venezuela subit un scénario d’hyperinflation causé par des facteurs internes et externes. La crise économique, qui a débuté en 2013, a été causée par le déficit budgétaire et la baisse de la production pétrolière. En 2012, la production de pétrole était de 2,2 millions de barils par jour et a diminué au cours des dernières années avec un peu moins d’un million de barils en 2019. De plus, le prix du baril a été réduit de plus de 50 %. L’impact a été immédiat, puisque 90% du budget de l’Etat dépend des recettes pétrolières.

En outre, la crise a été accélérée par des facteurs externes, tels que le blocus économique et financier imposé par les États-Unis depuis 2014. Selon le gouvernement vénézuélien, les ressources bloquées dans des banques à l’étranger dépassent 24 milliards de dollars, qui pourraient être utilisés pour acheter des produits de première nécessité, tels que de la nourriture et des médicaments.

A cela s’ajoute ce que l’on appelle l’inflation induite, terme utilisé au Venezuela pour désigner la spéculation opérée par des sites web gérés hors du pays et qui marquent la valeur du dollar parallèle et illégal, servant de référence au commerce et aux médias privés (tous deux majoritaires au Venezuela), et sont aussi les soutiens de la droite.

Économie collective

La vie en communauté est aussi un moyen de surmonter les problèmes économiques. “Le besoin économique nous a forcés à être plus unis et à reprendre l’organisation collective qui avait été laissée de côté après la mort du commandant Hugo Chávez. Organiser de nouveau la commune est le seul moyen de s’assurer que toutes les familles du quartier aient au moins de la nourriture”, explique l’artisane Rosiris Zapatero, une leader communautaire du quartier de La Pastora. Les habitants eux-mêmes ont essayé de faire un recensement du quartier afin de pouvoir suivre les familles qui ont des enfants souffrant de malnutrition infantile. Grâce à quoi ceux-ci bénéficient d’une assistance spéciale, de soins médicaux et du droit de prendre leurs repas à la cantine communautaire, qui fournit aujourd’hui de la nourriture à plus de 200 personnes.

En plus du travail communautaire, Rosiris se dédouble pour gagner sa vie, en tant que décoratrice de fêtes, ce qui est considéré comme un véritable luxe à l’heure où la plupart des gens travaillent pour se procurer la nourriture. Dans n’importe quel pays, dans ces conditions, elle se retrouverait sans travail, mais pas au Venezuela, où les célébrations sont presque sacrées, surtout quand il s’agit des anniversaires des enfants.

Les prix que je facture sont modestes. Les gens d’ici ne sont pas en condition d’acheter beaucoup de choses, alors ils inventent et utilisent leur créativité pour s’amuser. Nous continuons à célébrer, de façon plus simple, mais nous n’arrêtons pas de faire la fête”, dit Rosiris. “Le Vénézuélien est une personne très heureuse. Ils n’ont pas pu nous ôter cette identité. Nous n’avons pas perdu cet esprit joyeux. Les gens luttent contre ce sentiment de tristesse qui laisse une crise de cette ampleur. Nous résistons et luttons de toutes les façons. Nous n’allons pas devenir des personnes tristes parce qu’il y a un problème économique.

Pour Rosiris, “en temps de guerre, maintenir la joie est une forme de résistance”. “Nous n’attendons pas de miracle pour pouvoir célébrer la vie. Nous avons décidé de rendre réels les moments de joie. Pour une mère, il est important que son enfant ait un gâteau d’anniversaire et oui, c’est possible. Ce don de la joie, on ne pourra jamais nous l’enlever. Et j’aide les gens à profiter de ces moments et j’en vis” explique Rosiris.

Roisris: « Nous n’allons pas laisser le problème économique faire de nous des personnes tristes ». Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Outre les fêtes de famille, dans les quartiers les plus humbles, les distractions sont les jeux de hasard – tiercé, loteries et bingos -, les projections itinérantes de films, les jeux sportifs tels que le championnat intercommunal de basket-ball, les spectacles de danse et de théâtre dans les espaces communautaires, les fêtes et les réunions familiales. Quant aux voyages à la plage, les visites au centre commercial et les repas à l’extérieur de la maison, ils ont été réduits ou ont tout simplement cessé d’exister pour les secteurs populaires.

Même la façon de sortir a changé, raconte l’avocat Raúl Escalona, 28 ans, qui travaille pour un organisme public et gagne un peu plus qu’un salaire minimum. Le plus dur c’est la conquête amoureuse, selon Raul, parce que les temps de crise exigent plus de créativité.

Quand je rencontre quelqu’un que j’aime vraiment et avec qui je veux sortir, je l’invite, mais aux restaurants et aux boîtes de nuit on préfère un dîner à la maison, où je cuisine pour elle. C’est aussi un problème, parce que parfois la fille ne veut pas venir à la maison dès le début. Mais nous sommes tous clairs sur la situation actuelle” confie cet avocat venu de la classe moyenne, et qui ressent également les difficultés économiques du pays.

Une fois que l’amour est noué, on cherche ensemble des solutions quotidiennes pour maintenir la flamme. “Ce que nous faisons, en plus de tout diviser, c’est de recourir aux choses les plus simples. Parfois, nous mangeons un hot-dog dans la rue ou achetons cinq bières en réunissant nos ressources. Parfois, je dépense tout ce que j’ai pour sortir et elle aussi, et le week-end suivant, nous restons à la maison. Et c’est comme ça qu’on tient” dit Raúl.

Est-il possible de manger plus sainement dans un pays en crise ?

Dans un pays où la priorité pour beaucoup est tout simplement de manger, la variété nutritive passe au second plan. La question centrale est que le Venezuela importe plus de 50 pour cent de tous les aliments qu’il consomme et qu’avec le blocus économique, certains produits sont devenus plus chers et plus rares, notamment les protéines animales.

Le gouvernement vénézuélien fournit un panier de nourriture subventionné, qui atteint actuellement 25 % de la population la plus pauvre, selon les chiffres officiels du Ministère de l’alimentation. Cependant, il est composé d’aliments riches en glucides et pauvres en protéines animales, en fibres et autres nutriments.

Pour se nourrir plus sainement, le professeur de droit Sílio Sanchez, 42 ans, a décidé de sortir de son milieu intellectuel d’enseignant à l’Université Centrale du Venezuela, la première université du pays, pour aller vivre à la campagne, où il peut développer sa propre production alimentaire.

Ici, nous avons des chèvres, des lapins, des poules de pays et des cochons d’Inde. Ces animaux nous donnent d’autres protéines comme les œufs, le lait et les produits laitiers, en plus de la viande. Pour la viande, ce que nous avons le plus, ce sont les lapins, parce que c’est la production la plus rapide et la plus saine” raconte le professeur. Les chèvres sont davantage utilisées pour la production de fromage, de crème, de confiserie à base de lait, entre autres produits.

Silio explique aussi pourquoi il a choisi ces types d’animaux. « Ils sont plus résistants, ils peuvent survivre sans médicaments dans un contexte de crise et de blocus international, et se nourrissent d’une plus grande variété de végétation et de nourriture. Cela me permet d’économiser toute sorte de choses dont je ne pourrais disposer« .

C’est sur un terrain de 300 mètres, considéré comme petit pour la production rurale, dans une modeste maison en bois, qu’il vit avec sa femme et ses deux enfants. Il partage également le travail et la production avec un ami et un voisin. Ce qu’ils ne consomment pas, ils le vendent, ce qui rapporte environ sept salaires pour chacun des chefs de ménage. “Ce que nous produisons ici ne pourrait pas être achetés avec nos salaires, en tout cas pas dans la quantité que nous consommons. Nous nous offrons un luxe énorme, qu’on peut comparer aux pratiques de consommation de la classe moyenne. En outre, ce sont des produits sains, comme le fromage et le lait de chèvre, des œufs de ferme, le chocolat nutritif qu’ils fabriquent ici avec le cacao, le pollen, le sucre de mélasse et la citrouille”.

Silio est l’exemple du vénézuélien qui “transforme le citron en limonade”. Il a créé un nouveau style de vie et une nouvelle économie domestique qui à leur tout inspirent maintenant d’autres personnes. Des voisins et des amis se sont joints à lui, produisent maintenant collectivement et le partagent en parts égales. Il rêve déjà d’augmenter sa production et de continuer à s’associer avec ses voisins. “Nous avons toujours une carence, qui est celle des légumes, parce que nous n’avons pas d’espace où planter. Nous travaillons à résoudre ce problème, le voisin va nous prêter un terrain près d’ici”.

Les difficultés sont immenses et vont du manque de crédit aux outils de base, difficiles à obtenir dans un pays bloqué. Mais c’est ainsi que chaque vénézuélien(ne) résout les problèmes quotidiens. Le blocus économique et la crise ont touché toutes les classes sociales, mais les plus pauvres sont les plus touchés, c’est pourquoi l’organisation populaire a resurgi comme moyen de résoudre collectivement les problèmes.

Le professeur de Droit Silio Sanchez a laissé son milieu intellectuel d’universitaires pour produire ses propres aliments. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Fania Rodrigues

Source : https://operamundi.uol.com.br/sociedade/61905/como-vivem-os-venezuelanos-em-tempos-de-bloqueio-economico-e-crise

Traduit du portugais par Thierry Deronne

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« Commune Las Lomas. Les raisons d’un peuple » (Terra TV)

Terra TV transmet depuis Villa Nueva dans l’état de Lara, Venezuela. Dans ce deuxième épisode de la chronique communale de Betzany Guedez, le collectif révolutionnaire Argelia Lara raconte comment il s’est organisé pour mener à bien le sauvetage des terres abandonnées par des entreprises publiques ou des propriétaires privés. Il appelle à mettre fin aux intimidations de pouvoirs régionaux afin de pouvoir travailler pleinement en vertu de la Loi des Terres et pour la souveraineté alimentaire du Venezuela.

Montage : Miguel Escalona. Durée: 17 minutes. Production: Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela, novembre 2019.

Le champ médiatique qui surplombe aujourd’hui les champs universitaire et journalistique, fixe les obligations de recherche ou de réponse. Le temps médiatique a peu à peu remplacé le temps politique, menant la majorité des occidentaux a une inintelligence du monde. Nous sommes responsables de n’avoir jamais voulu démocratiser la propriété des médias, ni défendre et multiplier un authentique service public, ni protéger un enseignement journalistique des forces du marché, ni repenser une autre forme de “réseaux sociaux”. Le temps de l’Histoire, celui des peuples, continue.

Répondre sans cesse aux mensonges chaque jour plus grotesques du champ médiatique durera des siècles si nous ne construisons une hégémonie de médias au service des citoyens face à celle, actuelle, de grands groupes privés et de leurs actionnaires, bref : si nous ne sommes pas capables de développer notre propre agenda. La tactique doit céder le pas à la stratégie. Le journaliste ou le militant ne peut que rester en surface s’il ne s’immerge pas dans la pensée populaire. C’est-à-dire s’il ne récupère pas le temps perdu qui seul permet de cultiver la relation morale avec l’Autre social comme base de l’information. Être sur un pied d’égalité avec l’Autre, loin du marché thématique qui pousse subtilement à gommer l’Histoire pour individualiser des « objets humains ».

Prendre ce temps, c’est ce que fait Betzany Guedez , réalisatrice et formatrice de Terra TV, dans cette commune vénézuélienne née sur les hautes collines d’une ancienne “corporation publique du café” si mal gérée que les paysan(ne)s ont décidé de se l’approprier, en vertu de la Loi des Terres. Les médias privés les traitent d’envahisseurs pendant que les mafias agraires utilisent des corps régionaux de sécurité pour les intimider et les chasser de leurs terres. Les mots d’un paysan donnent une belle définition de ce que serait un média au service du peuple : “notre but est de produire des aliments pour satisfaire les besoins de la population la plus proche”.

Photos ci-dessous : pendant ce temps, à un autre bout du pays, dans l’état de Barinas, Betzany Guedez et Jorge Henriquez de TERRA TV donnent un atelier de réalisation aux étudiant(e)s autogestionnaires de l’Institut Agroécologique Latino-américain “Paulo Freire” (IALA). Ce futur noyau de production audiovisuelle est une réponse à leur demande de visibiliser toutes leurs activités et tous leurs efforts pour maintenir l’école en vie.

T.D. Caracas 13 novembre 2019

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Vivre le Venezuela (3) : au pays du bûcheron perdu

par Thierry Deronne, Alto Apure, Venezuela, octobre 2019

« Nous n’avions pas de terres mais ici nous pouvons offrir un futur à nos enfants. C’est ce qui nous a motivées à participer en tant que mères. Ils ne tomberont pas malades comme dans les villes. Ici, ils apprendront à partager, à être humbles et respectueux » raconte Maria. « Ouiiii ! Ouiiii !» font les machettes qu’on affûte sur la pierre plantée entre deux churuatas, cabanes en forme d’étuves, faites de palmes, planches, zinc et bambou. L’une sert aux paysan(ne)s de salle de réunion et de dortoir, l’autre de cuisine. « C’est dans cette casserole qu’on a cuit le poisson ? » « Oui, ne jette pas l’eau ! » Hommes et femmes de garde travaillent sans relâche à nourrir le collectif. A cheval ou à pied, paysan(ne)s et fonctionnaires de l’Institut National des Terres – qui sont ici des alliés – vont et viennent du camp de base à la terre en friche pour démarquer les lots assignés aux 107 familles. Après quinze ans d’attente, chaque agriculteur aura droit à neuf des 1200 hectares abandonnés. « 10% au moins de la zone restera vierge pour préserver la biodiversité » précise un des ingénieurs de l’Institut des Terres. Erigé il y a dix mois au cœur de l’Alto Apure, le campement « Hugo Rafael Chavez Frias », témoigne d’une grande force d’organisation et d’une grande patience…

« Au début nous avons marché, marché beaucoup, partout, pour retrouver les chemins. Tout était recouvert par l’herbe et la forêt. La lutte a été longue. En 2000 quand Chavez a encouragé les paysans nous avons pris la terre mais on nous a demandé de suivre la voie légale. En 2006, en 2014, à chaque occupation, nous sommes restés sans réponse de l’Institut des Terres. Et puis nous nous sommes regroupés ici, en 2019. Il y a eu des nuits où nous devions dormir debout car la pluie avait inondé le campement. Qu’est-ce qu’on a ri, la nuit où le toit de plastique s’est troué, et a douché José de la tête aux pieds ! Quand une compagne a senti un serpent dans son sac de couchage, elle a failli déchirer le hamac ! Il y a des jours où on ne peut pas même boire un café, il n’y a que du pain et de l’eau. De six à neuf heures du soir, nous sommes mangés par les moustiques. A l’aube ils reviennent, ils te rendent fou ! Celui qui n’a pas l’habitude part en courant. Mais nous sommes des paysans. Nous aimons travailler la terre. Nous aimons travailler ensemble ! Avoir sa parcelle, c’est le rêve ! Pouvoir cultiver ses bananes, ses haricots, connaître de nouveaux amis ! Heureusement sous le gouvernement révolutionnaire, cela nous est permis, et grâce à Dieu aussi, car pour nous ce serait impossible d’acheter un lopin. Nous avons formé des groupes armés, pour nous défendre, des équipes pour la cuisine, le bois, l’eau. Et maintenant le toit ne laisse plus passer la pluie. »

« Qui vient avec nous ? » « On se rejoint au fleuve ? ». La vase des étangs, les sentiers oubliés, les friches d’herbe se réveillent à l’aube sous les bottes pressées. Les lames se fraient pendant des heures un chemin dans la forêt de ronces et de roches. Parfois un écho poursuit les pionniers : le bûcheron perdu, un fantôme qui coupe des arbres et qu’on ne voit jamais. Mais rien, ni les trombes de pluie ni les sangsues, n’arrête les trois arpenteurs de l’Institut National des Terres qui s’enfoncent dans les rivières en crue, GPS au-dessus de la tête, et qui se sont engagés à rester sur place tant que la dernière parcelle ne serait pas démarquée. L’après-midi, un groupe électrogène leur permet de transcrire les relevés. Un Etat au service des paysans, des fonctionnaires travaillant et dormant sous le même toit : une fraternisation dont Chavez avait rêvé.

La pointe des machettes tatoue sur la boue séchée les futures parcelles de cacao, maïs, banane plantain, haricots, ail, potiron, tomate, tubercules – ocumo, manioc –, citron, avocat, abricot, noix de coco, goyave et pourquoi pas, ici ou là, dans les marécages, un élevage de buffles, pour la viande et le fromage. Les très poissonneux étangs et le fleuve Uribante sont proches. « Ce que nous voulons, c’est produire. Pas seulement pour nous, mais pour vendre au prix juste à la population voisine, dans les grandes villes, dans les marchés populaires, et pourquoi pas pour exporter. » Juchés sur une estrade de terre, sous les branches d’un guarataro del llano, malgré la fatigue et entre deux averses, les dirigeants locaux et ceux de la Corriente Revolucionaria Bolívar et Zamora ont réuni l’assemblée. La Corriente est forte d’une expérience avancée de pouvoir populaire : elle a organisé près d’ici une vaste cité communale (1). Elle peut donc conseiller les défricheurs: « Sur d’autres terres récupérées nous nous sommes entraidés en offrant trois jours de travail les uns aux autres. Il y en a qui sont venus en rêvant de négoces, mais sont vite partis quand on leur a parlé de socialisme et de révolution. Chaque parcelle est le fruit de la lutte, pas question que certains revendent la leur. Nous voulons travailler pour nourrir le peuple. Pas comme ceux qui émigrent vers des pays voisins parce que la télévision leur dit qu’on y gagne plus d’argent, et qui s’y font exploiter à mort » explique Ovidio.

L’auteur avec Betzany Guedez formatrice et réalisatrice de Terra TV et sa fille. Campement « Hugo Rafael Chavez Frias », Alto Apure, Venezuela, octobre 2019.

Un homme et une femme bien habillés débarquent en 4X4. Ils assistent à l’assemblée, en retrait, visage tendu, lèvres serrées pendant l’hymne national. « Nous sommes les héritiers de ces terres, nous avons les preuves, on ne nous a pas informés de ce qui se passe ici ». « Mais où est votre titre de propriété ? » interrogent les paysans. « Nous n’avons pas eu le temps de le photocopier ». Quand on leur rappelle poliment que l’Institut des Terres a tranché en faveur de ceux qui veulent semer (2), les « héritiers » menacent : « Nous avons de la famille dans le gouvernement.» Après leur départ, un paysan analyse : « Ils parlent d’héritage mais que signifie ce mot puisqu’ils ont abandonné ces terres ? Pour en hériter, il faudrait les mériter comme nous qui les avons assez aimées pour les travailler ». Faut-il prendre au sérieux ces personnages de telenovela ? Peut-être ne sont-ils venus que pour quémander une parcelle, dans leur défaite ? Mais ailleurs les terratenientes continuent à régner à coups d’assassinats. Les médias privés – majoritaires au Venezuela – traitent les paysans d’« envahisseurs », justifiant la violence. Cinq compagnons et une compagne sont encore tombés, le 27 juillet, sur la route de Ticoporo, d’une balle paramilitaire dans la nuque. (3)

Ici, aux croisements des états du Tachira, d’Apure et de Barinas, tout le long de la frontière avec la Colombie, la souveraineté du Venezuela vacille : le peso colombien a remplacé le bolivar. Le satellite diffuse les télés colombiennes. Aux trafics en tout genre – billets de banque, drogue, essence -, s’ajoutent les effets du blocus impérial: centres de santé sans médicaments, réseaux sans électricité, machines agricoles sans pièces de rechange. Les paysans s’organisent pour résister à la guerre économique, aux menaces des mafias agraires, et, parfois, aux maires, gouverneurs, fonctionnaires « chavistes » qui renouent avec les pratiques politiques dénoncées par Chavez. « Nous soutenons à fond le camarade Nicolas Maduro. Un autre gouvernement nous aurait déjà tous massacrés. Mais s’il ne secoue pas l’Etat…  s’il continue à négocier… »

A chaque pas, la lutte révolutionnaire affronte de nouvelles contradictions. Au Venezuela le modèle urbain, celui du grand exode post-boom pétrolier, a généré de curieux hybrides. Comme nous ne sommes ni à la campagne ni dans de vraies villes, la délinquance tend à remplir le vide d’identité sociale. Alors, quand naîtra cette commune paysanne ? Quel sera son visage ? On n’y a pas encore vraiment réfléchi. On attend que l’Etat remplisse sa fonction : électricité, internet, la route surtout… « Sur les terres nous avons réservé une aire pour un terrain sportif, une école, un centre de santé, une église car ici nous respectons le credo de chacun, et puis, nous aimerions bénéficier d’une Mission du Logement paysan ».

Pour les vétérans de la Corriente, le point crucial est d’organiser au plus vite la production, en évitant les dérives commerciales, et la formation. « Pour éviter de vendre tous nos légumes en Colombie, nous devons créer un espace commun de travail. Il faut développer la vie collective du projet, et démontrer au gouvernement que c’est la meilleure alternative. Penser « commune » avant lopin. Dans une commune, un secteur peut produire de l’engrais pour tous les autres, par exemple. Vous vous souvenez de la Commune « Brisas de Caño Amarillo », quand on leur a dit que c’était impossible de cultiver 30 hectares sans machines ? Ils ont récolté à la main et tout transporté jusqu’à la mairie ! C’est ce genre d’expériences que nous devons transmettre. Et que nos futures assemblées soient comme les premières, comme des retrouvailles… et plutôt que de répéter mille fois « commune, conseils communaux… », regardons comment a fonctionné réellement l’auto-gouvernement en pleine crise économique. Pour ne pas décevoir ceux qui viendront à l’assemblée, il faut leur dire ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. »

Sous les discussions et les rires percent les motos, le ruminement intime des chevaux, le bras de fer asthmatique de la pompe à eau, les infatigables oiseaux, singes araguatos, grenouilles, d’une infinité à l’autre de ces terres où chaque famille rêve de construire son rancho. Bientôt viendra l’heure de semer, d’attendre la pluie. « Et qu’elle ne soit pas trop forte

T.D.

Ci-dessous: octobre 2019, une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne) réalise un documentaire pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias ». Surmontant une mauvaise fièvre, l’amie Danilsa, une « commandante » de la « ciudad comunal », est venue de Chorrosquero, avec dans son sac, le livre que j’avais publié en 2009 chez l’éditeur bolivarien Manuel Vadell, à Caracas : « Dix propositions pour créer une télévision socialiste ». Il y a douze ans, avec une équipe de la télévision publique Vive TV, nous étions déjà venus ici pour former au langage de la caméra des militant(e)s de la Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora. La ville communale a bien grandi, et ses défis aussi.

Lire les récits précédents : « Vivre le Venezuela » (1) https://wp.me/p2ahp2-4rZ et “Vivre le Venezuela” (2) https://wp.me/p2ahp2-4su

Notes :

  1. Site de ce mouvement social :http://www.crbz.org/

  2. Lorsque des paysans réclament le droit de semer des terres abandonnées, l’Institut National des Terres (https://twitter.com/INTi_Venezuela ) inspecte le domaine et le cas échéant, publie un avis d’abandon pour que l’éventuel propriétaire puisse faire valoir ses droits à la défense. S’il ne se manifeste pas, la loi dit que la terre doit être remise aux paysans en vertu du droit de la population à la souveraineté alimentaire.

  3. Voir http://www.crbz.org/masacre-en-barinas-contra-militantes-revolucionarios-comunicado-de-la-corriente/ et http://www.crbz.org/intervenciones-en-los-actos-homenajes-a-ls-martires-de-ticoporo/

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Comment distribuer le gaz bon marché dans les quartiers populaires ? Du sentiment d’appartenance collective de certaines entreprises au Venezuela

Au Venezuela certaines communautés populaires organisées ont créé et gèrent totalement leurs entreprises. L’une d’elles se charge de l’approvisionnement en gaz d’un vaste quartier populaire du sud de Caracas. Marco Teruggi a rencontré ces citoyen(ne)s dont l’expérience incarne l’enjeu fondamental du chavisme.

« Qui est prêt à affronter Trump?« . Tou(te)s lèvent la main. César Negrín, délégué de l’Entreprise de Propriété Sociale directe de gaz d’Antímano, pose la question en pleine assemblée organisée pour débattre du fonctionnement de l’E.P.S. Il relie les différents éléments du puzzle: la bataille pour le gaz, les prix, la situation de guerre, le président états-unien.

Délégué d’un conseil communal à l’entrée du dépôt de bonbonnes où on voit le tableau des contributions apportées par chacun(e) des voisin(e)s, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque mercredi, l’assemblée réunit les membres de l’Entreprise de Production Sociale Directe avec les délégué(e)s des 106 conseils communaux auxquels l’entreprise fournit le gaz. Chaque conseil communal est un espace organisé à l’intérieur du quartier, et couvre en moyenne près de 350 familles.

Du total des 106 conseils communaux, quelques 80 participent activement chaque mercredi à l’organisation de l’EPS. C’est l’espace vital pour veiller au bon fonctionnement: « le primordial est le bon fonctionnement, ensuite nous allons à la bataille, puis nous nous réunissons pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas marché » explique Negrín.

En réalité cette bataille en recouvre de nombreuses: collecter les bonbonnes de gaz, les remplir, les redistribuer aux habitant(e)s des hauteurs populaires où se trouvent les conseils communaux ravitaillés par l’EPS. Ces quartiers populaires sont très haut perchés, traversés de rues escarpées. D’ici, à Carapita, depuis tout en haut, on aperçoit l’ensemble du quartier, le centre de la ville et tout au fond, la cordillère du Waraira Repano qui sépare la cité de la mer caraïbe.

« Nous devons avoir un sentiment d’appartenance collective des moyens de production, les camions de l’entreprise appartiennent à tous les conseils communaux » poursuit Negrín. La formule a produit ses résultats.

La naissance

« Nous nous sommes réunis à plusieurs leaders de quartiers, de ceux et celles qui mènent la lutte ici, pour chercher des idées et tenter de résoudre ces problèmes et donner une forme à l’entreprise que nous voulions monter« . C’est ainsi qu’a commencé le projet de l’E.P.S, raconte Sonia Fernández, membre de l’entreprise.

Camion de l’entreprise de propriété sociale directe communale de gaz d’Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Plusieurs conseils communaux ont commencé à s’auto-organiser en février 2014, d’abord en fonction des urgences de l’heure, qui étaient d’inspecter les prix et les magasins. Ensuite est née l’idée de de construire une entreprise de propriété sociale avec l’aide de tou(te)s.

La décision de la consacrer à la distribution communale du gaz est liée, en plus des besoins concrets des quartiers populaires, à une politique gouvernementale de transférer ces compétences aux communautés organisées. Les entreprises de gaz communal ont alors fait partie du plan général de la révolution bolivarienne.

Deux ans se sont écoulés entre la proposition de créer l’EPS de la part des conseils communaux de Carapita et sa réalisation. « Nous avions la foi et la volonté de le faire, mais l’Etat était celui qui disposait des fonds pour acheter les camions » explique Sonia.

Assemblée de propriété sociale directe communale de gaz d’Antimano et des conseils communaux, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Finalement, le 28 de novembre 2016, l’EPS directe de gaz d’Antimano a été inaugurée. Elle a été dotée de trois camions, avec la capacité de charger 230 bonbonnes de gaz chacun. La structure organisative s’est incarnée dans les comités de planification, d’administration, de communication, de contrôle social. Le mercredi a été choisi comme jour d’assemblée conjointe de l’EPS et des conseils communaux.

« L’entreprise de propriété sociale directe fonctionne tant qu’existe l’orientation de l’organisation populaire, de la participation, sinon elle ne serait pas dirigée par la population, avec ses suggestions et ses besoins. Les habitant(e)s sont celles et ceux qui connaissent les problématiques, font les propositions et donnent des réponses à leurs propres besoins » précise Negrín.

Une entreprise de propriété sociale directe ?

Le camion, chargé de centaines de bonbonnes entassées, grimpe par les rues des quartiers où vont et viennent les motard(e)s, conversent les habitant(e)s sous un soleil de midi vertical, éblouissant. Il s’arrête face à un portail où vont être déchargées les bonbonnes remplies et où les voisin(e)s font la file.

Comment marche le système ? L’assemblée du mercredi fixe le chronogramme de distribution. Une fois qu’on tombe d’accord sur l’itinéraire des camions, les délégué(e)s de chaque conseil communal doivent informer les habitant(e)s de leur secteur du jour où ils doivent ramener des bonbonnes vides. Le pas suivant, c’est la collecte par le camion de l’EPS qui les ramène au centre de remplissage de l’Etat, pour les ramener ensuite au conseil communal. Tout es entièrement géré par l’EPS et par les conseils communaux. D’où l’épithète de “directe« .

« Nous ne vendons pas de gaz, nous offrons un service » répète Negrín au cours de l’assemblée. Le coût du remplissage des bonbonnes par le service public est symbolique, « pratiquement gratuit » ajoute Sonia.

Membres de l’entreprise sociale directe communale d’Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

La contribution demandée aux habitant(e)s « est établie sur la base d’un accord préalable avec les conseils communaux, à travers un modèle de coûts: nous calculons l’ensemble des dépenses et des recettes, pour en tirer le prix, à savoir le montant qui assure l’opérativité de l’entreprise« .

Bonbonnes vides dans le camion de l’entreprise de propriété sociale directe communale du gaz, Antímano, Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

De cette manière, le prix de la bonbonne reste économique, produit d’un accord collectif. “On n’écarte pas la personne qui ne peut payer, nous ne sommes pas une entreprise destinée à s’enrichir” rappelle-t-on. « Ici, pas de chef, nous sommes un groupe dont les vision et mission sont d’offrir un service public. Si tu viens avec une mentalité capitaliste et l’envie d’acheter le dernier modèle de portable, ce n’est pas la bonne porte” clarifie Sonia.

Dépôt de bonbonnes d’un conseil communal membre de l’entreprise communale de propriété sociale directe de gaz, Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’entreprise de gaz d’Antímano livre les bonbonnes gratuitement aux maisons d’alimentations, aux lycées et aux centres de santé qui opèrent dans son rayon d’action.

Batailler

« C’est dur » répète Sonia. Le problème majeur réside dans les centres de remplissage de l’Etat: « on fait la file, le premier arrivé est servi, actuellement il y a moins de gaz à cause des camions qui n’arrivent pas, des bateaux qu’on ne laisse pas passer, la situation de guerre nous rend la tâche plus difficile« .

Ne pas charger les bonbonnes signifie perdre un jour pour les habitant(e)s et pour l’entreprise. A quoi Sonia ajoute un autre problème: la corruption: « dans les centres de remplissage il y a toute une lutte à mener« .

Le niveau d’organisation atteint leur permet de surmonter des situations complexes: « les gens s’engagent, il y a une clarté sur la situation que nous vivons, nous sommes restés un mois ou deux sans pouvoir offrir les services mais comme on voit ici, nous faisons des assemblées, nous informons, les gens font preuve de patience et croient dans notre entreprise« .

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe de gaz d’Antímano fait partie du quotidien des quartiers populaires, avec ses camions qui montent et descendent les hauteurs de Carapita, chargés de bonbonnes vides ou pleines. Sur la base de cette légitimité, de l’expérience, on pense construire d’autres entreprises de propriété sociale: l’une d’emballage et de distribution d’aliments, l’autre de transport.

Vue sur Caracas depuis les hauteurs de Carapita. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’objectif est d’apporter une réponse aux besoins des quartiers populaires à travers l’organisation communale. C’est une des clefs de la révolution bolivarienne à l’heure la plus critique, une des forces les plus puissantes du processus. « Que peut bien penser Trump de nous ? Il a limogé Bolton, ce fou s’est cassé les dents sur la stratégie vénézuélienne » commente Negrín.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201909121088669507-el-gas-comunitario-y-la-pertenencia-colectiva-de-empresas-en-venezuela-/

Traduction: Thierry Deronne

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A Caracas, un logement populaire au cœur des quartiers chics…

Araure, dans l’état de Portuguesa, 11 septembre 2019. Nous voici aux 2.800.000 logements. Impressionnant! Continuons vers les 3 millions, puis vers les 5 millions de logements pour le peuple” déclare Nicolas Maduro en inaugurant un nouveau lotissement de la Grande Mission Logement, créée en 2011 par Hugo Chávez. « Cette mission sociale vise à faire de ces espaces une vraie communauté humaine, pour que les enfants disposent d’espaces sportifs, des espaces productifs aussi” rappelle le chef d’Etat. 

Face à la chute des prix du pétrole, à la guerre économique et aux sanctions états-uniennes qui s’alourdissent, d’autres gouvernements auraient sans doute “austérisé”, voire supprimé un tel programme social. L’opposition projette d’ailleurs de privatiser ces logements publics si elle revenait aux affaires. Mais le gouvernement bolivarien de Nicolas  Maduro continue à investir l’argent public dans la démocratisation du droit au logement des secteurs populaires. Il n’y a pas que la quantité qui impressionne: la participation des organisations citoyennes dans ces chantiers aide à mieux contrôler les ressources de l’Etat. 37 % ont été construits par le pouvoir populaire. Marco Teruggi a visité une construction de logements autogérés sur un terrain récupéré au cœur des quartiers de la haute bourgeoisie de Caracas…

Venezuelainfos

« Je suis fière d’être ici, je n’aurais jamais eu une maison toute seule, je suis restée parce que ça en valait la peine, je suis une guerrière », dit Leonor Sanchez, avec 59 ans de vie marqué par la pauvreté, sans jamais baisser les bras. Léonor nous offre du café dans son appartement qui n’est pas encore achevé : il manque les finitions, les carrelages de la salle de bain… « C’est pour ceux d’entre nous qui n’avaient rien », poursuit-elle. Elle est couturière, pâtissière, a eu des enfants, a un partenaire, et un projet collectif : finir les maisons sur le terrain qu’ils occupaient depuis 14 ans, depuis 2005. Elle sourit quand elle parle. « vous reprenez du café ? », demande-t-elle.

A gauche, Leonor Sánchez avec son amie

La parcelle de trois hectares est située à Baruta, à l’est de Caracas, où vivent des gens riches, l’air y est frais, il y a des collines, des urbanisations, et une majorité est contre le chavisme.

« Nous nous sommes battus par les voies légales, nous avons découvert la chaîne des titres de propriété de la terre, et la famille qui pensait être le propriétaire a découvert que le bureau du maire avait enlevé les papiers pour les donner à une société immobilière, » explique Richard Hereida, qui appartient au Mouvement des pobladores.

L’affaire ne s’arrête pas là : le maire était l’opposant Capriles Radonski et ce terrain était destiné à une de ses entreprises pour construire un centre commercial.

Le quartier où vit Richard Hereida, en face de la Nouvelle Communauté Socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Quand ils ont pénétrés sur les lieux, ce n’était qu’une colline avec des sapins. Hereida était là depuis le début, lui et sa famille sont du quartier en face. « Nous vivions sur des collines, des ravins, des collines non planifiées « , dit-il en montrant son quartier. Quand il parle, il est fier de ce qu’ils ont fait : les 60.000 mètres cubes de terre qu’ils ont déplacés, la rue asphaltée, les sept immeubles où 156 familles vivront dans des appartements de 80 mètres carrés, avec trois chambres, salon, cuisine et deux salles de bains. « Rien n’a été donné », dit-il.

Une histoire à deux temps

La récupération de la terre à Baruta c’était au début de la révolution bolivarienne. En 2004, le Ministère du logement et de l’habitat a été créé et le débat sur les terrains urbains n’avait pas encore été organisé. L’une des premières actions de récupération de terrains a été organisée par le Camp des pionniers, faisant partie du mouvement des Pobladores, dans la région de Macaracuay, zone aisée.

« Cette prise de pouvoir nous a fait trembler parce que, bien que nous ayons entendu des rumeurs, il n’y avait personne à Caracas pour contester les terres des riches, pour leur dire que nous allions vivre à côté d’eux parce que nous avions le même droit, il n’y avait pas de discussion, explique Iraida Morocoima, porte-parole du mouvement.

Cette fois-là, ils ne sont pas entrés sur le terrain, l’action s’est déroulée sur le trottoir. La réponse a été violente : « Nous avons commencé à voir ce qu’était la lutte de classes, les gens qui nous insultaient, ils sont sortis avec des annonces à la une des journaux disant « notre maison va perdre de la valeur »‘, ils nous ont craché dessus, nous étions rien, des racistes et des classistes, » dit-elle.

A l’époque, ils faisaient des recherches sur les terrains urbains : « nous avons vu qu’il y avait beaucoup de terrains dans la ville qui pouvaient être récupérés pour les transformer en logements populaires », se souvient Juan Carlos Rodriguez. Il n’y avait pas de politique d’Etat pour ce problème, et ce qui existait, c’était la logique appliquée dans tout le continent : « tout au plus offrait-on des terres en périphérie, les terres pour le logement populaire étaient rejetées en dehors de la ville ».

Bâtiments en construction de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Le mouvement s’est mis à disputer le centre de la ville, à questionner les latifundia urbains, les maisons vides, les terrains non utilisés, l’ordre hiérarchique de la terre et de ses propriétaires.

Le tournant s’est produit en 2011 : le mouvement a rencontré Hugo Chávez, et ce qui était une lutte entre les habitants est devenu une politique d’État, la Grande Mission Logement Venezuela est née et la récupération massive des terres à l’intérieur des villes a commencé.

« Chávez a réussi à regarder dans les yeux d’un peuple qui se battait et qui s’est joint à lui », dit Iraida. C’est en 2011 que l’État a exproprié les terres de Baruta et accordé un premier financement. Maintenant, il s’appelle Nueva Comunidad Socialista Monterrey.

L’autogestion

Occuper, résister, construire, c’est l’un des slogans du mouvement. Dès le début, ils ont proposé le processus d’une manière collective et organisée, tant la pénétration d’une terre que la permanence et la construction. « Les règles sont claires quand nous pénétrons ici, presque tout le monde participe de la lutte depuis le début, nous construisons ces règles nous-mêmes, » explique Hereida.

Espace collectif de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Les normes couvrent plusieurs dimensions dans la construction. L’une d’entre elles est, dans la nouvelle communauté socialiste de Monterrey, que chaque personne doit contribuer 16 heures de travail collectif par semaine pour les espaces communs. Les autres sont pour l’intérieur de votre maison. Les samedis sont les cayapas (travail collectif et non rétribué), quand toutes les familles vont au travail en commun.

« L’autogestion est un pari politique de construction du pouvoir communal et populaire, elle implique le conflit des moyens de production, de la terre, des ressources, des matériaux, des machines, tout cela est un conflit pour que ces moyens soient gérés collectivement », explique Juan Carlos Rodríguez. Le pari, souligne-t-il, est sur le processus, et pas seulement sur le numérique, comme dans la logique constructiviste.

Le processus de construction de logements dépend du niveau d’organisation et de la constance avec laquelle l’État fournit les ressources matérielles. Le résultat est plus qu’un bâtiment : c’est une communauté.

Plan d’urbanisation Nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

« Si les hommes d’affaires construisent et que ce n’est pas rentable, ils le laissent à mi-chemin, mais pas les gens, parce que c’est leur maison, leur lutte, leur rêve, ils ne les abandonnent pas, ils les finissent avec dignité « , explique Iraida. Il fait remarquer à un homme qui se trouve dans les cayapas (travail collectif) : « Je parie que chez lui, les aliments viennent à manquer, parce que malgré tout ce que le président a tenté de faire, ce travail reste difficile, nous n’avons pas d’outils, tu sais combien coûte une paire de chaussures ? »

« Le blocus tue des gens, ce n’est pas que la guerre arrive, c’est qu’il y a la guerre, chaque processus électoral est une bataille de plus, mais qui en paie les conséquences, jusqu’à quand allons-nous mettre les morts. Iraida insiste sur la nécessité de trouver des réponses, et l’autogestion en est une : elle réduit les coûts de construction, crée l’organisation, le tissu social, la solidarité, l’horizon du socialisme communal.

L’une des luttes du Mouvement des Pobladores est pour que l’autogestion soit acceptée comme l’une des modalités de la Grande Mission Logement Venezuela. « Nous devons dépasser la vision selon laquelle l’État doit fournir toutes les ressources et les donner ensuite aux personnes qui en ont besoin », explique Rodríguez. Jusqu’à présent, la Grande Mission a achevé près de 2 millions 800 mille maisons, dont 37% ont été construites par le pouvoir populaire.

A qui appartiennent les maisons ?

L’une des premières lois que la droite a voulu mettre en œuvre lorsqu’elle a remporté l’Assemblée nationale en 2015 a été de modifier les bases du terrain et du logement de la Grande Mission. La loi envisageait de reconnaître la valeur spéculative des terres touchées, c’est-à-dire de les taxer à un prix plus élevé afin que l’État paie une indemnité plus élevée. Deuxièmement, elle proposait que les maisons puissent être vendues librement sur le marché immobilier, afin de les intégrer dans des circuits de spéculation.

Plans des maisons de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Le mouvement des pobladores a mené plusieurs mobilisations pour s’y opposer, et le projet de loi a été classé. Cependant, l’une des mesures qu’ils prendraient s’ils étaient en mesure de le faire est devenue évidente.

« La haine de l’opposition à l’égard de Chávez est principalement due à l’expropriation des terres inutilisées ; ils ne nous pardonneront jamais d’avoir osé construire cela », dit Iraida Morocoima.

Le pari des Pobladores porte sur la propriété collective de la terre et du logement : « Nous ne voulons pas qu’elle passe par un processus d’individualisation de la propriété qui fragmente ce que nous avons construit collectivement au fil des ans », explique Juan Carlos. Ce cadre juridique n’existe pas encore et une partie de leur combat consiste à y parvenir.

Hereida explique qu’une fois les maisons terminées, elles continueront le processus de travail collectif et d’assemblées, comme cela se passe dans les espaces déjà terminés. La nouvelle communauté socialiste de Monterrey disposera de logements, d’une zone de loisirs et d’une autre zone de production, avec une construction de trois étages, où il y aura des locaux pour, par exemple, une boulangerie, une pharmacie, et des locaux pour des ateliers de couture.

« Des combats forts et difficiles arrivent », dit Iraida. « Nous disons que nous sommes loyaux envers les loyaux, pas envers le vol, pas envers la corruption, fidèles à ce qui doit être fait ». Et ce qu’il faut faire, disent-ils, c’est approfondir la politique de récupération des sols oisifs, contester les centres urbains, miser sur l’autogestion, créer des communautés dans les quartiers et au sein des zones exclusives de la bourgeoisie.

Marco Teruggi

Sputnik / traduit par Venesol

« Las Mercedes, la forge d’un héritage », le documentaire de Terra TV qui marche au pas paysan (sous-titres français)

Il y a quelques mois les militant(e)s sociaux de la CRBZ ont parlé à l’équipe de Terra TV de la lutte tenace de nombreuses familles qui cultivent quelques parcelles de l’immense terre improductive del “Hato Las Mercedes”, dans l’état de Barinas. Malgré la Loi des Terres et les instructions du président Maduro de faire cesser toute expulsion de paysans, des mafias locales (grands propriétaires, hommes de main, paramilitaires colombiens, fonctionnaires soudoyés de l’Institut des Terres) tentent de reprendre à ceux et celles qui les travaillent les terres remises par Hugo Chavez. Les cinéastes-formateurs(trices) de Terra TV Jorge Henriquez, Victor Daniel Rivera et Betzany Guedez sont allés visibiliser cette bataille. Cet extraordinaire documentaire est aussi leur premier moyen-métrage.

La situation de la lutte pour la terre reste complexe au Venezuela mais grâce aux luttes des paysan(ne)s et aux campagnes des médias alternatifs, le gouvernement bolivarien a renoué avec la remise des titres de propriété, comme en témoignent les cas récents des terres du “Trebol” et de “Santa Maria”, dans l’état du Zulia.

Las Mercedes – La Forge d’un Héritage”, fruit d’une école de cinéma documentaire

Terra TV est un des résultats d’un effort de formation qui dure depuis vingt ans : l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE). Cette première oeuvre part de quelques uns des principes décolonisateurs de cette école itinérante.

Véhicule direct de la parole paysanne, le film libère l’information du champ externe du journalisme des “questions/ réponses”. La voix du paysan n’est ni trahie, ni rabotée. Jusque dans le volume: la voix que les curseurs de la télé font toujours monter “au-dessus du réel” se mêle ici à l’univers du travail qui transforme l’être humain autant que lui le transforme. Cohérence technique du son avec le concept de l’harmonie recherchée entre paysan(ne)s, animaux, terre et semis. Il y a dans les regards sur les objets une tendresse qui s’oppose à la relation que le capitalisme a créée avec les « choses ».

La haute qualité photographique de ce premier film est aussi liée à la relation de respect, d’amour et aux orientations données par les paysan(ne)s à la jeune équipe de Terra TV. Comme dit Jorge Henriquez : “On nous a aimés”.

Dans le voyage vers la parcelle, il y a un autre effet particulier du montage. Un documentaire classique résumerait sans doute la traversée de la rivière et la longue marche à pied sous le soleil en quelques plans: « c’est ainsi que les paysans arrivent sur la terre à cultiver”. Ici les réalisateurs ont structuré la marche en fragments successifs, renforcés par le son lancinants des pas. Nous marchons avec les paysan(ne)s. Surgissent les personnalités des marcheurs(se)s, mères, enfants, hommes à pied ou en moto. La distance à franchir elle-même évoque mieux que tout discours l’immensité des terres en friche aux mains d’un seul homme, l’immense injustice accentuée par le refus de vendre de l’essence au bac qui passe les paysans d’une rive à l’autre. Les témoignages disent l’espoir des paysans qu’un jour les choses s’amélioreront, une patience populaire qui vient de loin, d’une histoire collective vécue bien avant que les « intellectuels » expliquent comment faire la révolution. Cette longue marche est en quelque sorte l’image du temps de la révolution bolivarienne, foi populaire contre obstacles renouvelés.

Thierry Deronne, Caracas, 4 septembre 2019

Jorge Henriquez « bachaco » et Victor Daniel Rivera (réalisateurs) avec ci-dessous Betzany Guedez (assistante de production et preneuse de son) de Terra TV, le 26 août lors du lancement du documentaire à Caracas, avant les projections dans les campagnes du Venezuela. Photos: Yrleana Gómez Oropeza

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Force féminine : comment les communardes vénézuéliennes affrontent le blocus

Par Marco Teruggi, pour Sputnik News

Les femmes qui habitent les quartiers populaires de Caracas ont un plan: mettre sur pied un système économique qui leur permette de garantir que les aliments leur parviennent directement des producteurs à leurs tables. La clef est l’organisation citoyenne, qu’on appelle ici le pouvoir populaire.

« On dirait une crèche quand la nuit tombe, si tu voyais quand s’allument toutes les ampoules » dit un communard depuis le toit d’une maison en construction du quartier La Libertad, au sud de Caracas. En cet endroit se trouvent les collines des pauvres avec les montagnes vertes, c’est la fin de la “ville”, la frontière. Comme d’habitude, la division géographique est une division de classes et politique : les hauteurs sont peuplées par les plus pauvres, en majorité chavistes, alors que les zones basses sont habitées par la minorité de classe moyenne, en général d’opposition.

Au seuil du quartier, tout en bas, se trouve l’épicentre commercial, le point névralgique: le rond-point de Ruiz Pineda. On y trouve tout ce qu’on veut. Le problème, comme dans le reste du pays, ce sont les prix. Il y a des épiceries, des supermarchés, des magasins et une petite galerie où il y a un mois, on a installé le siège du système d’Initiative Économique Socialiste Communale.

A l’intérieur du local sont empilés des sacs de farine de maïs, de café, de sucre, de sel, de savons bleus, les étagères sont remplies de beurre et de crème fraîche. Il en reste peu, presque tout a déjà été distribué, on attend la prochaine arrivée de produits. La précédente était de 14 tonnes, la prochaine sera plus fournie, avec deux produits de plus : savons de toilette et farine de blé.

« Un des objectifs est de démontrer que le peuple organisé, mobilisé, conscient, peut combattre la guerre, apporter son concours pour préserver la révolution, construire avec des actions concrètes » explique la communarde Yaritza Navarro, entourée d’autres femmes.

Le Système a commencé il y a trois mois. La nécessité l’avait précédé, dès qu’il est devenu évident qu’un des problèmes des prix résidait dans la dimension monopolistique de plusieurs produits, dans la chaîne d’intermédiaires et la spéculation de nombreux commerçants. La question a toujours été: comment transformer ce diagnostic en actes ?

Le point de départ fut la conviction du besoin d’avancer, l’organisation propre, et la certitude de le faire, avec ou sans appui de l’Etat. Mais comment commence-t-on si on ne possède pas de capital, dans un scénario comme celui de l’économie actuelle du Venezuela ?

Yaritza Navarro, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le diagnostic fut le suivant : il existe des communes rurales productrices d’aliments et des communes urbaines disposées à acheter cette production. Il est nécessaire de construire un système d’économie communale qui permette d’aller directement des premières aux secondes, celles-ci se chargeant aussi de la distribution finale. Bref, supprimer les intermédiaires et les commerçants.

Le début

Elles ont commencé avec une tonne de café à crédit. Le plus difficile fut de convaincre la commune, située dans l’état de Lara, vers l’ouest du pays, qu’elle envoie cette quantité sans paiement préalable et qu’elle en prenne en charge le transport. Pour cela furent déterminantes la confiance et la légitimité des communes réunies à Caracas: le Système qui faisait ses premiers pas, regroupe 13 communes de Caricuao, dont Ruiz Pineda est un des secteurs.

La deuxième étape fut de recevoir le café sans avoir encore de lieu pour le stockage, aujourd’hui installé dans la galerie. La distribution et la vente s’est faite dans chaque commune, elles ont réuni l’argent et ont pu payer la commune productrice de café. C’est ainsi qu’a commencé à se mettre en marche la machine qui leur a permis d’obtenir le premier capital et un excédent.

« Avec ce fonds nous nous sommes risqués à tisser plus de liens avec plus de producteurs pour obtenir plus de produits » explique Yaritza. Dans un cadre de dévaluation monétaire, elles ont choisi de réinvestir dans davantage de produits – mieux vaut avoir de la nourriture que des bolivars – et utiliser l’excédent pour l’outil indispensable : le camion communal, qui se trouvait hors de service faute d’argent pour l’arranger.

Le pouvoir populaire en action

Le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale a commencé à se mettre sur pied. Il a impliqué d’aborder trois éléments simultanément : l’économique à proprement parler, l’organisationnel et le politique. L’objectif n’a jamais été d’ouvrir une épicerie de produits de communes rurales mais de réussir à fortifier chaque instance d’organisation territoriale, ce qu’on appelle le pouvoir populaire, par des actions concrètes.

Luisa Gragirena, communarde, montre la Loi Organique de l’Économie Communale: ”C’est notre base, notre président Hugo Chávez nous a légué la plate-forme juridique pour que nous, en tant que pouvoir populaire, développions et brisions les schémas du système capitaliste. Evidemment ce n’est pas facile mais ce n’est pas impossible non plus.

Luisa Gragirena, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Luisa lit « La présente Loi a pour objectif de développer, et fortifier, le pouvoir populaire, en établissant les normes, principes et procédures pour la création, le fonctionnement et le développement du système économique communal (…) dans le but de satisfaire les nécessités collectives et de réinvestir socialement l’excédent, à travers une planification stratégique, démocratique et participative« .

Pas d’économie communale sans organisation populaire, sans construction d’instances démocratiques pour participer et décider. Dans le Système on a décidé que cette instance principale se réunirait chaque mercredi à 15 h. C’est là que se réunissent les délégué(e)s des communes pour évaluer, planifier et prendre les décisions.

Le mercredi 17 juillet par exemple, elles sont venues présenter les nouveaux produits qui entreront dans la prochaine opération. Il s’agit de ce que produit l’Unité de Production Familiale dont fait partie Rosa Meléndez, communarde de Caricuao: savons, shampoing et baume pour les cheveux. Pour le moment elles produisent 4.000 savons mensuels et atteindront les 20.000 à travers des portes de vente et de financement qu’ouvrira le système.

L’objectif est d’avancer vers des instances productives: « Nous allons financer les semences certifiées et selon la projection des terrains nous allons impulser des unités productives. En décembre nous pourrons manger notre ciboulette, nos poivrons et les épices typiques de fin d’année” explique Yaritza.

Savon de toilette offert dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communal de Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’avenir

Chaque pas a été franchi grâce à la force de l’organisation. On espère installer des centres d’approvisionnement dans chaque commune faisant partie du système, ajouter deux produits à chaque livraison, agréger plus de communes, réussir à monter un réseau communal soutenable dans le contexte de la guerre économique : pour garantir un revenu juste pour les producteurs et des excédents à réinvestir.

En trois mois ces femmes ont réussi quelque chose de stratégique: garantir l’approvisionnement en ingrédients du petit déjeuner consommé dans les quartiers populaires: café, arepa (galette de maïs), beurre, et la pointe de crème fraîche qui comme on me l’explique, avait disparu des tables. Il manque le fromage et les protéines animales – c’est un de leurs objectifs.

Elles projettent beaucoup de choses pour la suite. Il existe chez elles – la grande majorité sont des femmes – une volonté profonde de faire face collectivement aux difficultés qu’elles vivent. La dimension du chavisme prend ici tout son sens: dans la présence de chacune d’elles, dans les conseils communaux, les communes, le Système. Il y a des milliers de Yaritza et de Luisa dans tout le pays.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201907191088080809-fuerza-femenina-asi-enfrentan-el-bloqueo-las-comuneras-venezolanas/

Traduction: Thierry Deronne

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Les Maisons d’Alimentation vénézuéliennes: la dernière tranchée contre le blocus économique

Par Marco Teruggi, pour SputnikNews

Les “Casas de Alimentación” (“Maisons d’Alimentation”) sont une des tranchées pour freiner les impacts de la situation économique au Venezuela. Dans le quartier de Caricuao, à Caracas, en fonctionne une, baptisée “Luchadoras de la Patria” (“Lutteuses de la Patrie”). Luisa et les cuisinières se lèvent tous les jours à l’aube pour garantir les repas des personnes qui en ont le plus besoin dans le quartier.

Luisa Del Valle Baiz se lève tous les jours à quatre heures du matin. Elle a 77 ans et la force caraïbe dans chaque mot. Elle est née à Güiria, dans l’état oriental de Sucre, une terre au parfum de mer, de plantations de cacao et de soleil. Depuis ses côtes on aperçoit l’île de Trinidad et Tobago, d’où sa famille est venue à la recherche d’un travail et d’une vie meilleure.

Luisa vit depuis 54 ans à Caracas, dans le quartier populaire de Caricuao. Lors de son arrivée, le paysage était autre: « tout était bananiers, manguiers, jardins potagers« . Il n’y avait pas encore d’autoroutes, ni de barres d’immeubles, ni ce dense réseau de maisons sur la colline où elle a construit son foyer et sa famille: quatre enfants, 21 petits-enfants, 12 arrières-petits-enfants, quatre arrière-arrière-petits-enfants. Sa mère a 101 ans.

Elle s’est toujours levée tôt pour travailler. Mais depuis dix mois ses journées s’organisent autour de la “Casa de Alimentación” qui a commencé à fonctionner sous son toit. Depuis lors, avec quatre femmes, elle prépare les repas du lundi au vendredi pour les 221 personnes qui ont été incluses grâce au diagnostic des besoins sociaux effectué dans le quartier.

« Leurs besoins étaient critiques mais maintenant regarde-les, cela fait plaisir de les voir ainsi » dit Luisa. Le lieu s’appelle “Lutteuses de la patrie ».

 

La proposition d’ouvrir la Maison d’alimentation est venue, comme dans la majorité des cas, de la population du quartier, et a trouvé sa réponse auprès de la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (Fundaproal), l’institution publique chargée de relancer ces Maisons d’Alimentation à partir de 2017. Celles-ci avaient été créées comme politique initiale de la révolution bolivarienne pour répondre à l’immense besoin social, mais avaient été progressivement fermées à la suite des réussites obtenues en matière d’alimentation.

De 2017 jusqu’à aujourd’hui ont été remises en fonctionnement 3.118 de ces cantines dans tout le pays. Chaque jour elles alimentent 605.628 personnes: personnes pauvres venues de ce pays profond où se trouve la genèse du chavisme.

« J’aime ce travail, il me naît de l’âme » dit Luisa, coiffée de son bonnet de cuisinière et d’un tablier qui porte en effigie la signature de Chávez et le nom du programme social. Ce n’est pas pour l’argent qu’elle se lève à l’aube et va et vient face aux fourneaux pour un travail qui n’a rien de simple. Ni pour elle ni pour ses compagnes: Lilibel López, Roxana Herrero et Rosa Vázquez, qui est venue de Guayaquil, Equateur, il y a 17 ans et qui s’est fixée dans ce quartier populaire du sud de la capitale vénézuélienne.

Elles veulent que les repas soient bons, très bons. « La population, on la gagne avec le goût » rient-elles. Aujourd’hui elles cuisinent du riz, du poulet, des lentilles, des galettes de maïs (les fameuses “arepas”), des sardines frites, et du lait. Une partie de ces repas est offerte à la population la plus vulnérable, celle qui est incluse à travers les Centres d’Education et de Récupération Nutritionnelle. « Je répartis les repas à toutes et tous de la même manière » explique Luisa.

Les objectifs de ces Maisons sont plusieurs. En premier lieu, garantir l’alimentation aux secteurs qui éprouvent les plus grands besoin, veiller à ne pas les abandonner. En second lieu, développer un plan pour que ces cantines qui dépendent totalement de l’Etat, puissent peu à peu se développer en espaces intégraux, avec une production alimentaire en propre, un contrôle citoyen, des activités culturelles, une formation sociopolitique.

« Un des objectifs est de transférer le pouvoir de décision à l’organisation populaire, le transférer en termes d’opérativité, pour qu’en sorte une méthode de travail socioproductive, culturelle, de santé alimentaire, pour qu’à un certain moment elle puissent se libérer de la dépendance d’institutions publiques fournisseuses d’aliments » explique Azurduy Tovar, gérant de Fundaproal.

Des pas ont déjà été franchis dans cette direction quant au transport, au traitement et à la remise de la nourriture. La méthode est simple: la responsable de la Maison doit chercher la quantité d’aliments au centre de stockage, à bord d’un camion géré par le quartier, recevoir la nourriture, revenir avec l’appui d’un membre de la milice bolivarienne (corps de réserve civil, effectuant des tâches d’appui à la défense du territoire et aux programme sociaux, NdT), vérifier que tout soit arrivé à bon port pour être ensuite cuisiné et distribué aux hommes et femmes bénéficiaires de cette mission sociale.

La distribution est réalisée à 11h.30 à “Lutteuses de la Patrie”. Jusqu’à cette heure la table est pleine de gobelets de plastique empilés en colonnes: chacune correspond à une famille, il y a des noms inscrits sur les “tupperwares”, même si chacun sait déjà à qui appartient chacun d’eux, raconte Rosa avec sa fille.

La nappe ne se libère que le soir, les fins de semaine, les jours fériés et les 4 décembre, jour de Santa Bárbara. Luisa et sa famille sont dévots de la sainte qui à présent garde le magasin de nourriture situé au fond de la maison, après les cages aux perroquets verts et jaunes, face à la colline de maisons construites l’une sur l’autre, dans une architecture produite par l’exclusion, la volonté et la capacité créatrice de tous ceux qui ont construit les villes du monde.

Maison d’Alimentation “Luchadoras de la Patria”, Caracas, Venezuela

Il n’y a pas que Santa Bárbara qui protège les sacs de riz, la farine, les lentilles, l’huile, les oeufs. Elle est accompagnée dans cette tâche par la Vierge du Carmen, d’El Valle, de La Pastora, de la Coromoto, l’immaculée Conception, Notre Dame du Pilar, le Nazaréen, le divin Enfant, le Coeur de Jésus, Saint Onofre, María Lionza, l’indigène de la force – celui qui donne force, paix et tranquilité – et Simón Bolívar. Autour de chacun d’eux se trouvent les photos des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, arrière-arrière-petits-enfants.

On compte 14.804 mères et pères “élaborateurs(trices)”s dans tout le pays, c’est ainsi qu’on appelle ceux qui assument les tâches de Luisa, Lilibel López, Roxana Herrero, et Rosa, pour les 645.840 bénéficiaires qui mangent tous les jours dans des espaces semblables à celui-ci.

La réactivation des Maisons d’Alimentation a été décidée un an après la mise en place du programme central d’accès aux aliments subventionnés – les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui s’occupent de près de six millions de foyers dans le pays.

Les CLAP furent créés lorsque la pénurie alimentaire constituaient le noeud des problèmes — entre 2015 et 2017 — et les Maisons d’Alimentation dûrent être réactivées à la suite des régressions induites par le cadre hyper-inflationniste et la rupture des salaires comme possibilité d’acquérir le panier de base.

Repas préparés dans la maison d’alimentation “Lutteuses de la Patrie”, à Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Car aujourd’hui le problème n’est plus la disponibilité d’aliments dans les supermarchés ou les épiceries populaires mais leurs prix, et ce sont les secteurs populaires qui subissent le plus cet impact.

Toute l’organisation mise en place pour garantir l’arrivée des aliments subventionnés aux quartiers populaires fait partie de la lutte contre le blocus étasunien contre l’économie vénézuélienne: des attaques ont été menées contre des bateaux important les aliments destinés aux CLAPs et contre les comptes bancaires utilisés pour payer ces achats. L’objectif est d’asphyxier le pays.

A “Lutteuses de la Patrie”, de même que dans la plupart des expériences d’organisation, se crée quelque chose de stratégique: une communauté humaine. C’est une des formes de résistance invisible, une possibilité de résister aux assauts qui ont pour objectif non seulement de renverser un gouvernement mais aussi et surtout tout un processus profond, celui qu’a mis sur pied un sujet historique dont l’identité politique est le chavisme.

« Chávez t’a ouvert les yeux tout grands et plus personne ne te trompe, avant personne ne connaissait ses droits et maintenant chacun prend la parole, sinon je ne serais pas là en train de te parler, je n’oserais pas » dit Luisa, avec la force caraïbe dans chaque mot.

Photos: Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201907121087994411-casas-de-alimentacion-venezolanas-la-ultima-trinchera-contra-el-bloqueo-de-eeuu/

Traduction: Thierry Deronne

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“Patience dans les collines”, le nouveau documentaire de TERRA TV (Venezuela, juillet 2019)

Synopsis: Patience dans les collines” raconte comment les communard(e)s de Villa Nueva, dans l’état de Lara au Vénézuéla, décidèrent d’occuper et de cultiver les 186 hectares d’une plantation de café. En à peine 5 mois celles et ceux que méprisaient les grands propriétaires et certains fonctionnaires publics ont donné à ces terres un visage nouveau. Une lutte en forme d’école populaire dans un Vénézuela inconnu du monde. 

Espagnol sous-titres français. Durée: 18 minutes. Enquête et réalisation: Betzany Guédez. Assistant du son: Yoneider Garcias. Production et montage: Terra TV, juillet 2019.

Betzany Guedez, réalisatrice et formatrice de Terra TV, en plein tournage de « Patience dans les collines »

Patience dans les collines” est la 55ème production de Terra TV. Pour celles et ceux qui découvrent ce projet en cours de route et nous demandent comment y participer, voici deux moyens de le faire :

  • Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail: contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).
  • Vous pouvez aussi donner du petit matériel audiovisuel ou informatique :

– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme au Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

D’avance, merci pour votre aide !

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Terra TV, la télévision paysanne qui ne cesse de grandir

Nous remercions pour leur générosité et leur engagement les 150 donatrices et donateurs qui ont permis d’atteindre l’objectif de créer Terra TV via HelloAsso et France-Amérique Latine Bordeaux. Vous avez donné vie à notre télévision paysanne ! « Revenir » (« Volver« , 20 min, ST FR) est la cinquante-quatrième production de Terra TV en à peine dix mois d’existence.

Synopsis: sur les terres denses de Boconoito, les paysan(ne)s enseignent aux enfants pourquoi sortir de la monoculture et comment aimer les semences. Il y quelques années la compagne Ana Moraes, membre de l’équipe des Sans Terre du Brésil au Venezuela, nous disait : « au fond, tout est un problème de civilisation ». La question-clef  pour construire la justice sociale, la souveraineté alimentaire, l’identité culturelle, reste : comment équilibrer le fast-food urbain avec le temps paysan ? “Revenir” est ce temps retrouvé, trop longtemps repoussé. Enquête: Betzany Guedez. Réalisation: Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera. Durée: 20 min. HD. Production: Terra TV, Venezuela 2019.

En juillet 2019 nous diffuserons d’autres reportages et deux documentaires: l’un sur une commune paysanne occupant une plantation de café abandonnée dans les montagnes de l’état de Lara; l’autre sur des paysans qui résistent aux menaces d’expulsion d’un océan de terres improductives du Hato Las Mercedes, dans l’état de Barinas.

Diffusées sur les ondes hertziennes, la télévision numérique et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des vidéoprojections au sein des organisations de base, les images de Terra TV ont pour effet de multiplier les demandes d’atelier de formation audiovisuelle, et les invitations à filmer partout, sur le terrain, les luttes et les expériences agroécologiques.

Pour celles et ceux qui découvrent Terra TV en cours de route et nous demandent comment continuer à faire grandir ce projet, voici deux moyens de le faire :

– Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail : contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).

– Vous pouvez aussi nous envoyer du petit matériel audiovisuel ou informatique :
– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme dans tout le Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

Dans l’atelier de Terra TV, le compagnon Victor Hugo Rivera fait feu de tout bois.

Ci-dessus: la lutte des paysan(ne)s du Hato Las Mercedes, mai-juin 2019, filmée par Victor Daniel Rivera, Betzany Guedez et Jorge Henriquez, prise de vues au smartphone et prise de son au Tascam, matériel donné par la solidarité suisse (gracias à Amanda Ioset, Laura Florez, Natalia Benelli et Leonardo Schmidt !)

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