Pour soutenir la création de Terra TV, une télévision nouvelle produite par des collectifs paysans en lutte pour la terre, et une école de formation pour les mouvements sociaux

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Lien pour les dons : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Qui sommes-nous ?

Depuis 20 ans l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) a formé des milliers de membres des mouvements sociaux d’Amérique Latine pour qu’ils puissent créer eux-mêmes leur image. Un vaste réseau s’est constitué, qui permet aujourd’hui de passer à nouvelle une étape : la création d’un nouveau média, Terra TV.

Pourquoi Terra TV ?

Notre objectif est de créer une télévision différente, horizontale qui sera un outil de formation, de diffusion et d’articulation des mouvements sociaux paysans et qui permettra de nouer un dialogue entre les expériences vécues dans un grand domaine occupé et mis en culture par les paysans sans terre du Brésil, dans une organisation paysanne de Colombie, une communauté indigène d’Amérique Centrale, une commune rurale du Venezuela et peu à peu avec des collectifs d’Europe, d’Afrique, du monde entier. Ces chroniques croisées, libérées de l’ »événementiel », donneront au spectateur la possibilité de découvrir l’image faite par les paysan(ne)s eux-mêmes. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV accompagnera d’autres collectifs dans la création de formes innovantes, non formatées.

 

Terra TV aura une triple fonction :

–          Diffuser l’image, et faire le suivi, de la vie quotidienne et du travail en profondeur des organisations paysannes et les traduire en portugais, espagnol, anglais ou français.

–          Mettre en ligne des modules de formation en réalisation audio-visuelle, en agroécologie, en Histoire, en économie, en philosophie, en pratiques socioculturelles, eux aussi, traduits en portugais, espagnol, anglais ou français, avec un suivi pédagogique pour les collectifs participant(e)s.

–          Organiser, articuler et nouer des solidarités internationales grâce au suivi des processus et à l’agenda des luttes. Toute organisation qui lutte pour la terre sous n’importe quelle latitude pourra afficher ses activités.

 

Comment soutenir la création de Terra TV ?

Nous faisons appel à vous pour financer l’équipe de ce nouveau média et pouvoir investir dans les outils adéquats. L’équipe sera constituée par :

–          2 monteur(se)s pour assembler les séquences envoyées par les mouvements sociaux et organiser quotidiennement la grille de la WebTV.

–          2 formateurs(trices) pour répondre aux  demandes de formation en ligne des mouvements, générer du contenu formatif adapté en poursuivant  le travail effectué depuis 20 ans par l’EPLACITE.

–          4 traducteurs(trices) pour traduire les productions audiovisuelles et les textes formatifs du portugais ou de l’espagnol au français/portugais/espagnol.

–          Un(e) Webmaster pour coordonner toute l’équipe, répondre aux courriers et maintenir la conception du site à jour. C’est donc un coordinateur et un graphiste en même temps.

–          1 ordinateur type Mac Pro pour le Webmaster + location du serveur.

Autres manières d’aider ce projet..

Si vous ne pouvez aider économiquement ce projet, vous pouvez aussi le soutenir en relayant l’information dans les réseaux sociaux, journaux, etc.…

Note : Les dons au profit de Terra TV vous donnent droit à une réduction d’impôt de l’ordre 66 % du montant versé.

 

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Nouvelle victoire paysanne au Venezuela

Une nouvelle avancée dans la lutte paysanne comme partie intégrante de la révolution bolivarienne : 2000 familles qui avaient récupéré les terres abandonnées de ¨El otono¨ et de ¨la Primavera¨ ont reçu un document légalisant leur occupation et mise en culture et une lettre d’enregistrement agraire de l’Institut National des Terres pour 749 hectares.

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URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-44t

Révolution Bolivarienne et lutte paysanne : les défis actuels

Le 9 avril dernier, le Président Nicolas Maduro a pris fermement position contre la criminalisation de la lutte paysanne et la vague d’expulsions dénoncées par les organisations de ce secteur. Il a ordonné de créer une commission spéciale au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, afin d’enquêter sur les faits les plus récents et d’identifier les responsables ainsi que leurs complices à l’intérieur des institutions. Dans son discours, le Président a affirmé avec force « Cette Révolution n’est pas complice des propriétaires terriens! C’est la Révolution des paysans et des paysannes, de la Justice ». Le 28 avril Maduro a renforcé les aides économiques au secteur paysan et communard.

Pour ceux qui sont directement concernés, la question est de savoir qui est derrière la recrudescence actuelle du harcèlement contre le secteur paysan. Quelles devraient être les actions à entreprendre suite à la récente déclaration de Nicolas Maduro? Comment le soutien apporté par la Révolution aux organisations paysannes pourrait-il se concrétiser ?

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Nicolas Maduro avec Angel Prado, un des leaders de la commune paysanne El Maizal, le 28 avril 2018.

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Les luttes paysannes, point cardinal de la Révolution

Depuis ses débuts, la Révolution Bolivarienne a fait sienne la lutte historique de la paysannerie pour la démocratisation des terres, des intrants et des ressources nécessaires à la production agricole. C’est écrit de façon explicite dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999, et  dans la Loi sur les Terres et le Développement Agricole, l’une des 49 lois approuvées par voie d’habilitation par le Président Hugo Chavez en 2001, afin d’inscrire les principes constitutionnels les plus urgents dans un cadre juridique et d’application concrète.

Selon un recensement réalisé en 1998, sur les presque 30 millions d’hectares de terres cultivables dénombrées, 24 millions environ (c’est-à-dire 60%) sont regroupées dans des latifundios dont les propriétaires ne représentent que 1% de la population. L’agriculture paysanne familiale et de petite et moyenne production constituent 75% des exploitations agricoles mais ne couvre qu’à peine 6% des terres cultivables.

La lutte contre le latifundium a immédiatement suscité de violentes réactions (1) de la part de l’oligarchie, selon laquelle elle serait « contraire à l’intérêt social ». Les puissants intérêts économiques de cette caste, liés à la concentration de la propriété des terres   -plutôt qu’à la production agricole vu son rendement limité- sont à l’origine de la violence et de la persécution envers les communautés paysannes protagonistes de la récupération des terres non cultivées au bénéfice de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du pays. Tout au long de ces années de Révolution, il y a eu environ 300 assassinats de paysans commis par des sicaires, dont la plupart au cours des premières années d’application de la loi. Aujourd’hui, plus de 16 ans après, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les paysans organisés. Menaces, expulsions violentes, judicialisation et criminalisation de la lutte paysanne se répètent et se poursuivent selon un même scénario dans différents Etats du pays. La gravité de la situation a requis l’intervention du Président Maduro.

Pour mettre en évidence les différents facteurs en jeu, nous avons recueilli depuis Albar TV, l’analyse et les apports de la Plateforme de la Lutte Paysanne, qui intègre différentes commissions et coopératives paysannes et des petits producteurs de divers Etats du pays (2).

1) Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.

A l’origine de la criminalisation de la lutte paysanne, il y a de puissants intérêts liés à la concentration de la propriété foncière. Pour s’imposer, ils agissent à différents niveaux et ils tirent actuellement profit d’une matrice d’opinion qui désigne le secteur paysan comme responsable des difficultés économiques que connait le pays. Cette matrice d’opinion prend pied jusque dans les institutions d’état.

Bien que dans la conjoncture économique actuelle, 70% des aliments consommés par les foyers vénézuéliens proviennent de l’agriculture paysanne familiale, on met la crise que nous traversons sur le dos des paysans et ce parti pris se renforce, parce qu’au sein même des différentes institutions on ne croit pas au modèle de production paysan. Ils se justifient en disant que l’Etat a donné des terres et accordé des crédits mais que le paysan « n’a jamais su produire », nous explique-t-on à la Plateforme.

« Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en réalité l’Etat n’a pas mené de politiques judicieuses qui auraient pu contribuer au développement agricole. Car c’est un mensonge que d’affirmer que la plupart des terres sont aux mains des paysans : la plus grande partie d’entre elles, de même que la majeure partie des équipements et du capital disponible pendant la Révolution ont été aux mains de l’Etat, d’entreprises d’Etat qui appartenaient auparavant à la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL) et qui se retrouvent aujourd’hui en partie dans la Corporation du Développement Agricole (DelAgro) et de l’entreprise agricole des Forces Armées Nationales Bolivariennes (AgroFANB) ».

Même si les grands projets de l’Etat issus de la Révolution ont eu des résultats remarquables dans le domaine de la production, la guerre économique de ces dernières années ont compromis ces efforts et montré leur fragilité, que ce soit par le fait d’être devenus l’objet de la contrebande et du détournement de denrées alimentaire, ou par les difficultés liées à l’entretien des machines et à la préservation technologique, ou encore par des erreurs de gestion, entre autres facteurs.

Le discours qui attribue la responsabilité de la crise à l’agriculture paysanne à des répercussions très graves : « car une telle logique amène à dire que les entrepreneurs, eux, savent produire, et par grandes quantités », et c’est pourquoi il faudrait établir des accords à cette fin. Mais il s’agit là d’une logique perverse, qui mène à la restauration du latifundium sous un discours prétendant que des entreprises privées pourraient s’allier à l’Etat pour « faire produire la campagne ». Ce qui signifierait déloger le petit producteur, le paysan,  comme on le constate avec les tentatives d’expulsion actuelles et serait une trahison au legs paysan laissé par Chavez, à tout ce qui a été réalisé et à tous les morts qui sont tombés au cours de ces années. Nous nous trouvons donc face à un grand danger, celui d’une politique restauratrice ».

Les pratiques de monoculture intensive propres aux grandes entreprises de l’agrobusiness sont illégales au Venezuela. C’est ce qu’établit la Loi Organique de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire (2008) qui, tout au contraire, reconnait l’importance qu’a pour le pays le développement d’une agriculture durable. Dont les bases sont : l’agricuture paysanne, familiale et des petits producteurs, comme l’a défini l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (sigle anglais FAO), qui met en évidence l’importance cruciale de la petite production du fait qu’elle répond au triple défi de produire plus d’aliments, de créer plus d’emplois et de conserver les ressources naturelles.

A l’inverse, la mal nommée « révolution verte » de l’agrobusiness n’a non seulement pas atteint son objectif affiché (réduire la faim dans le monde), mais a démontré qu’elle avait des impacts négatifs considérables en épuisant la terre, en instaurant une dépendance au monopole des grandes corporations mondiales sur les instrants et en provoquant le déplacement de la population paysanne et son appauvrissement culturel.

« La production paysanne et la production familiale fournit 80 à 90% des aliments des pays d’Amérique du Sud. Ce que produisent les grandes surfaces de l’agro-industrie aux mains du capital étranger ou national ne sont que des « commodities ». Nous avons là deux points de vue antagonistes » prévient la Plateforme.

Sandra del Toro, communarde

2) Garantir la sécurité juridique des récupérations.

Selon  des informations présentées par le Président Maduro, les terres reprises au latifundium ont atteint 6 millions d’hectares. Cependant, « il y a environ 6 000 cas de récupération pour lesquels la procédure juridique a commencé mais n’a jamais été achevée, « selon les indications de la Plateforme de la Lutte Paysanne.

Par exemple, dans le cas de la commune El Maïzal, dans l’Etat de Lara, « une récupération a eu lieu en 2008 (avec le Président Hugo Chavez en personne). Ce fut une opération spectaculaire, en présence même du propriétaire. Mais  cette récupération n’a jamais été finalisée par l’INTi devant les tribunaux. Le résultat a été qu’en 2013 le TSJ a ordonné de rendre ces terres à l’ancien propriétaire. Comme à ce moment-là avait lieu une rencontre extraordinaire des Communes, il y a eu toute une protestation au niveau national et le Président Nicolas Maduro a pris les devants et a annulé cette décision ».

Des milliers de cas de récupération ont été engagés sans jamais aboutir ou être clos  juridiquement, d’où leur précarité. N’étant pas fondés sur des actes juridiques définitifs, une décision du pouvoir judiciaire peut à tout moment les annuler. La responsabilité retombe, dans ces cas-là, sur l’INTi, qui effectue toutes les démarches légales concernant les récupérations. Nombre de récupérations font l’objet de plaintes de la part des prétendus propriétaires, mais l’INTi n’a jamais donné suite aux convocations des tribunaux. Il y a un risque de de perdre ainsi jusqu’à 90% des récupérations », affirment-ils.

Tout cela se traduit par une absence de sécurité juridique, y compris pour le secteur paysan  qui a reçu son outillage agricole. « Un processus de récupération dure au minimum de six mois à un an. Mais dans les faits, il peut prendre plus de cinq voire dix ans. Si cela est dû en bonne partie à l’inertie bureaucratique, il faut savoir aussi que des avocats de l’INTi perçoivent des pots de vin en contrepartie de leur inaction et que de cette façon, les délais légaux sont dépassés et on aboutit à une péremption administrative. Bien entendu, à l’expiration de la procédure, tout document fourni est invalidé, que ce soit une carte foncière ou une adjudication ».

En effet, au Sud du Lac nous avons un cas de 300 hectares récupérés dans lequel le tribunal des affaires agricoles a reçu une plainte lui demandant d’annuler la carte foncière qui avait été octroyée à la communauté paysanne l’année dernière. Si le tribunal invalide la carte foncière, les paysannes et les paysans seront mis dehors. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le scénario d’un changement de gouvernement, ils n’auraient même pas besoin de dire « nous allons annuler les récupérations », il suffira simplement d’activer  ces cas de péremption judiciaire, c’est-à-dire qui n’ont pas été menés à terme et les terres seront rendues aux latifundistes.

3) Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions.

Suite à l’appel du Président Maduro, le Vice-Ministre des Terres et président de l’INTi, Luis Soltedo, est intervenu ce mardi au siège régional de cette institution dans l’Etat de Mérida après l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, de l’expulsion de l’exploitation La Magdalena, dans la localité d’Obispo Ramos Lora. C’est là que le 16 mars dernier, 32 personnes de la communauté paysanne, accusées d’effraction bien qu’elles aient été en possession d’une autorisation de l’INTi pour récupérer ces terres non cultivées, ont été arrêtées.

Soltedo a destitué 17 fonctionnaires rattachés au Bureau Régional  des Terres de l’Etat de Mérida suspectés d’avoir commis des actes de corruption et a désigné un nouveau directeur. Mais nous ignorons toujours si outre le fait d’avoir été destitués, ils seront poursuivis en justice et si les destitutions sont en rapport avec les harcèlements  envers les organisations paysannes ou avec le sabotage des procédures administration des récupérations. Dans cette même localité, a été dénoncée la complicité des fonctionnaires de l’INTi avec les propriétaires terriens dans le but de faire obstacle à la procédure de récupération de 400 hectares de terres non cultivées du Fundo el Carmen engagée par deux conseils paysans.

Les enquêtes devront être complètes. « Sur le plan judiciaire, la Défenseure publique devra enquêter  sur des procureurs et des juges qui font preuve de partialité envers les propriétaires fonciers et qui prêtent main forte aux expulsions et à l’emprisonnement des paysannes et paysans », affirme-ton à la Plateforme en évoquant l’existence d’un réseau de corruption.

De son côté, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, qui livre une grande bataille contre la corruption depuis qu’il assume sa charge (août de l’année dernière), a déclaré que le Ministère Public affrontera les propriétaires terriens au moyen de la Loi et qu’il assurera la défense des droits humains des paysannes et des paysans victimes de ces tentatives de restauration du latifundium. Une enquête sur les autorités régionales et municipales est nécessaire « parce que leurs services de police ont été utilisés dans les expulsions ». C’est le cas, par exemple, pour Hato Las Mercedes de la municipalité de Pedraza (Etat de Barinas) où environ 450 familles, qui sont venues travailler ces terres dès 2011 avec l’autorisation de l’INTi, ont été victimes d’une expulsion brutale le 7 mars 2017. Dans un autre contexte, nous avons aussi le cas de la commune Minas de Buria, située dans le massif de Nirgua (Etat de Yaracuy) où 277 petits exploitants agricoles sont poursuivis en justice et se trouvent sous la menace d’une expulsion des terres sur lesquelles ils vivent depuis 50 ans, sous l’accusation d’occupation illégale bien qu’ils soient en possession d’une carte foncière de l’INTi. La commune a dénoncé à plusieurs reprises que derrière tout cela oeuvrent en réalité les intérêts de l’exploitation sablière et minière de la région.

« Il faut aussi enquêter à l’intérieur du secteur militaire, car les Forces Armées Bolivariennes ont également été utilisées pour prêter main-forte aux expulsions des communautés paysannes. » Comme exemple, on cite le cas de Hato Gavilan – La Chaqueta (Etat de Barinas) où depuis le 17 avril dernier ,les paysannes et les paysans  qui avaient été expulsés de force de leurs terres, ont pu revenir au bout de 80 jours environ. Au moment de l’expulsion, ils venaient de passer dix mois à  produire des aliments sur ce latifundio. « Ce Hato est protégé par la GNB. Que fait là la GNB ? Sans doute existe-t-il des intérêts pour l’appropriation politique ou militaire de ces terres.  On n’en parle pas, mais il faut enquêter, il ne peut y avoir d’impunité ».

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4) Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds.

« Dans beaucoup d’Etats, les propriétaires terriens ont de nouveau recours à des paramilitaires et à des sicaires pour harceler et menacer la communauté paysanne et lui faire quitter les terres qu’elle travaille », dénonce la Plateforme de la Lutte Paysanne. « C’est une méthode qui a été utilisée durant les cinq premières années de la mise en application de Loi sur les Terres ;   c’est pendant ces années qu’ont eu lieu la plupart des assassinats de paysans » qui, rappelons-le, ont dépassé les 300.

Quelques jours avant le discours du Président Maduro sur les expulsions, des bandes armées au service des propriétaires terriens venaient d’attaquer le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes, dans la communauté de Las Bateitas de la municipalité de Papelon, Etat de Portuguesa. « Au cours de cette attaque, ils ont incendié une maison, brûlé un tracteur, détruit les plantations des paysans qui avaient passé huit ans à occuper et cultiver ces terres ».

Le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes est présent sur un latifundio de 24 000 hectares, nommé Hato Garzon et signalé comme terres non cultivées à l’INTi. Depuis huit ans,  80 familles lui donnent vie en produisant du maïs, des fèves, des haricots, de la banane plantain et de la yuca, en plus de faire de l’élevage de bétail  à double fonction (viande et lait). Durant toute cette période, ils ont reçu des menaces de la part de groupes armés au service de Ali Torrealba, qui prétend être le propriétaire de ces terres non cultivées », nous dit-on.

Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds ainsi que les propriétaires terriens représente donc une tâche urgente pour l’Etat Vénézuélien. « Il doit y avoir une réaction de la part des forces de sécurité, mais aussi au niveau politique et juridique contre les propriétaires terriens qui  financent et  protègent les sicaires et les paramilitaires. Il faut rappeler aussi que beaucoup de propriétaires terriens sont impliqués dans les garimbas et restent impunis ».

Prenons pour exemple le cas de Julio « Cesar Ronco » Garcia à Socopo (Etat de Barinas) qui a mis à la disposition de groupes violents une tractopelle pour attaquer et démolir des édifices publics. Cet individu a, de plus, viré à coups de fusil des paysannes et des paysans de Hato El Diamante – Cajarito, terres appartenant à la Nation qu’ils se sont appropriés par favoritisme selon les dénonciations de fonctionnaires de l’INTi lui-même.

« L’impunité est un facteur qui contribue à la poursuite de pratiques paramilitaires de la part des latifundistes et de l’utilisation de sicaires pour harceler, menacer,  expulser et assassiner les paysans. L’Etat a une dette historique envers le mouvement paysan, et doit rendre justice aux centaines de paysans assassinés par les tueurs à gages. Une assistance a été apportée à 20 ou 30 familles, mais on ne leur a pas encore fait justice ».

5) Renforcer la production paysanne.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est la production paysanne qui nourrit pour l’essentiel les Vénézuéliennes et les Vénézuéliens actuellement. Cependant, « la plupart des politiques d’intrants sont destinées aux grands groupements de producteurs. A ce jour, il n’existe pas de politique appropriée concernant les financements et les intrants au bénéfice de la production des petits exploitants agricoles et des paysans pauvres.

Il faudrait avant tout contrôler les coûts des intrants agricoles et  garantir leur fourniture aux producteurs ». La question des intrants agricoles est centrale pour la production, et leur prix a flambé. L’urée par exemple, un intrant que l’on fabrique au Venezuela, est passé de 60 000 à 500 000 bolivars. C’est un coup dur porté au petit producteur et à la production nationale ».

« L’Institut National de la Santé Agricole Intégrale (INSAI) compte environ 12 laboratoires de production d’intrants au niveau national. Tous les laboratoires sont à l’arrêt, par conséquent celui qui veut produire de manière agro-écologique ne dispose pas d’intrants », nous dit-on.

« Nous sommes déjà mi-avril, le cycle des semailles va bientôt commencer et nous n’avons pas d’intrants. A moins que l’Etat ou des secteurs du Gouvernement ne veuille donner la priorité et ne préfèrent travailler avec les grands groupements de producteurs et non pas avec les petits, qui sont pourtant ceux qui produisent réellement. Que vont devenir les familles de ces derniers, et qu’adviendra-t-il de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du Venezuela? »

Dans le contexte actuel de la guerre économique, il est primordial de renforcer la production. « Et pour ce faire, on a besoin d’une sécurité juridique, d’un financement approprié et d’un accès aux intrants pour les petits producteurs. La priorité doit être donnée à l’accès aux équipements et à la viabilité agricole ».

Une autre question importante est celle de la sécurité de la production face aux vols de récoltes, de machines et d’intrants qui se généralisent. « Il semble qu’une part de la guerre menée contre la Révolution consiste à détruire la production limitée qui existe dans nos campagnes et qui a permis d’atténuer les conséquences de la guerre économique. Ce que nous mangeons, la yuca, la banane plantain, les fèves, les haricots, le maïs, la patate douce, le riz, ce sont les paysannes et les paysans qui le produisent. Mais si on te vole ta motopompe, tu ne peux plus arroser. Si on te vole un transformateur, un tracteur…cela met fin à la production et la guerre économique s’aggrave ».

Notes :

1) C’est ce qu’a rappelé le Commandant Chavez lui-même : »Savez-vous ce qu’ont fait les représentants de l’oligarchie terrienne quand la loi a été approuvée et est parue dans la Gazette Officielle? Ils ont organisé un évènement public et ont déchiré le texte de Loi lors d’une cérémonie, publiquement, devant le pays entier. Un journaliste vénézuélien a dit qu’un propriétaire terrien qui déchire la Loi sur les Terres peut être comparé à un narcotrafiquant qui déchire laLoi Antidrogue. (Discours fait au Forum Social Mondial de Porto Alegre, le 26 juin 2003).

2) La Plateforme de la Lutte Paysanne comprend plusieurs Conseils et Coopératives paysannes, ainsi que des petits producteurs et productrices des Etats de Aragua, Guarico, Cojedes, Barinas, Portuguesa, Mérida, Tachira, Trujillo, Lara, Yaracuy, Carabobo, Vargas et Zulia.

Source : Alba TV/2018 

Traduction : Frédérique Buhl

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L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Construite à l’origine, en 1952, pour servir de centre administratif à la Orinoco Mining Company, multinationale américaine exploitant à l’époque le minerai de fer et l’embarquant vers les marchés internationaux, Puerto Ordaz, fière de ses grappes d’immeubles modernes et d’antennes-relais que séparent de vastes zones vertes, est l’une des villes les plus modernes et industrieuses du Venezuela. Dès l’aube, à la sortie sud de sa « petite sœur pauvre » San Felix (cité dortoir avec laquelle elle forme l’ensemble de Ciudad Guyana), des files d’hommes se pressent sur le bord de la route et jouent des coudes pour aborder les bus, cars, camions, camionnettes ou véhicules parfois vétustes qui passent en vrombissant.
Route nationale qu’emprunte cette noria, la « Troncal 10 » trace son sillon en direction du sud et du Brésil, à 600 kilomètres de là. Toutefois, au bout de 165 kilomètres, elle traverse la première des localités à sinistre réputation vers laquelle se dirige, dans l’espoir d’un possible revenu, cette multitude enfiévrée : Guasipati. De dizaines de kilomètres en dizaines de kilomètres, suivront l’inquiétant El Callao, puis la pustule urbaine de Tumeremo. Il y a même pire, à ce qu’il paraît. « A partir de là, grimace le Vénézuélien qui nous accompagne, c’est l’anarchie. Le point le plus obscur, c’est la mine d’or à ciel ouvert de La Cristina. »

Nous nous trouvons au nord de l’Etat de Bolivar, en plein cœur du très polémique Arc minier de l’Orénoque (AMO). Le 24 février 2016, confronté à la campagne de déstabilisation économique menée par l’opposition et le gouvernement des Etats-Unis, le président Nicolás Maduro en a fait une « zone de développement stratégique nationale » de 112 000 km2 afin d’y exploiter d’importants gisements – or, diamants, coltan, kaolin, dolomie, autres métaux rares et stratégiques – et de diversifier l’économie, trop dépendante du pétrole – ce qui, sur tous les tons, est en permanence reproché au Venezuela « bolivarien ».
L’annonce a provoqué de très virulentes critiques de l’opposition, de partis politiques considérés « progressistes » (tels Marea socialista), de « défenseurs de l’environnement » nationaux et étrangers, d’organisations indigènes et de personnalités présentées comme « dissidentes » du chavisme – une poignée d’ex-ministres de feu le président Hugo Chávez (Ana Elisa Osorio, Héctor Navarro, Gustavo Márquez Marín, Olly Millán), le général en retraite Cliver Alcalá Cordones, l’intellectuel Edgardo Lander et Nicmer Evans (« chouchou de certains « gauchistes » européens, qui vient de s’allier à la droite dure au sein d’un Front large récemment constitué en remplacement de la MUD [1] que l’incohérence et les erreurs de ses dirigeants ont fait exploser).
« Le président a rejoint le camp de la droite en méconnaissant le fait irréfutable que les mouvements de gauche, partout dans le monde, ont incorporé à leur patrimoine doctrinal la préservation de l’environnement (…) », déclarera ainsi Freddy Guttiérrez, le 15 août 2016, lors d’une conférence de presse organisée conjointement par la Plateforme citoyenne de défense de la Constitution bolivarienne et les instigateurs du « recours de nullité » déposé devant le Tribunal suprême de justice (TSJ) contre l’AMO. « Il [le chef de l’Etat] a décidé d’amputer le territoire national de 112 000 km2, un espace plus grand que Cuba, l’Irlande ou la Croatie. Il s’agit de la création d’un Etat dans l’Etat. » Qui plus est, ajoutent les relais internationaux de cette virulente campagne, « livré à la rapacité de dizaines de multinationales dérogeant aux lois du travail et à l’impôt [2] ». Pour l’ex-ministre de l’environnement Osorio, « cette initiative provoquera des dégâts environnementaux irréversibles, avec de graves conséquences pour les ressources hydriques, et rendra plus aiguë la décomposition sociale dans d’importantes zones du territoire aujourd’hui quasiment dépeuplées. »

Il y a là des arguments à ne pas négliger. Mais aussi de quoi sursauter d’étonnement… Tout au long du parcours qui, de Ciudad Guyana, mène à Upata, Guasipati, puis El Callao et Tumeremo, les longues lignes droites de la route ne traversent que des zones déboisées, des aires désolées, des champs qu’arpentent quelques troupeaux. Des cocotiers découpent leurs palmes contre le ciel. Où diable est donc passée la forêt vierge immaculée, l’immense jungle aux lianes énormes, aux cours d’eau inviolés, aux peuples d’Indigènes vivant en harmonie avec la Terre Mère, aux innombrables espèces d’oiseaux qu’est censément en train de détruire Maduro ?
« Il y a méconnaissance et désinformation malicieuse, réagit Luis Alberto Vásquez, technicien « révolutionnaire » (de tendance « écologiste et anarchiste » précise-t-il), qui, pour le compte du Centre national de technologie chimique (CNTQ), collabore avec le ministère du Pouvoir populaire pour le développement minier et écologique (MPPDME). On présente l’Arc comme le responsable de la situation alors qu’il prétend la régler. Il y a dans cette région un héritage historique très lourd auquel le gouvernement cherche à apporter des solutions. »

C’est en 1853 – et non en 2016 ! – qu’El Callao, fondée par des migrants en provenance de la Caraïbe, a changé pour toujours lorsque de l’or y fut découvert. Alluvionnaire d’abord, dans les fleuves et les cours d’eau, puis en sous-sol. A 20 minutes aujourd’hui en hélicoptère de Tumeremo, une compagnie anglaise creusa son premier puits en 1881 – fin de XIXe siècle au cours de laquelle des firmes européennes s’abattaient sur ce nouvel eldorado [3]. Lorsque, un peu plus tard, le prix de l’or s’effondra, ces entreprises se retirèrent. Mais l’exploitation des filons n’a jamais cessée.
En 1970 naquit la vénézuélienne Minerven, nationalisée quatre années plus tard. En même temps, multinationales et compagnies appartenant à la classe dominante – celle-là même qui s’est opposée à Chávez et tente aujourd’hui de renverser Maduro – se voyaient octroyer d’importantes concessions qu’elles exploitaient de façon totalement incontrôlée. Dans le pire des cas, elles ne produisaient pas un gramme du précieux métal. Faisant « certifier » leur minerai [4], elles jouaient en bourse avec les fluctuations du prix de l’or sur les marchés et engrangeaient d’importants profits, n’apportant, sous forme d’impôt, aucun bénéfice à l’Etat. D’autres, jouissant d’une autorisation d’exploitation de vingt, voire cinquante ans, en terminaient rapidement avec le filon le plus facile à arracher au sous-sol – le « filet mignon », s’amuse un acteur de terrain ! – et réclamaient immédiatement une autre concession, laissant derrière elles à l’Etat le reliquat de minerai le plus malaisé et le moins rentable à exploiter.
Dans ce sillage, au milieu de ceintures de misère, toute une population informelle s’installait et, repoussant la forêt et parfois les Indiens, transformait le Bolivar en un gruyère tropical creusé d’innombrables puits. N’en déplaise aux rêveurs mal informés, il y a bien longtemps que le paradis terrestre n’y existe plus.

Entre mines et activités connexes – acheteurs d’or plus ou moins véreux, fournisseurs de matériel, vendeurs de bricoles et de boustifaille, camionneurs, mototaxis, compagnes, prostituées –, environ deux cent cinquante mille personnes vivent d’un « extractivisme » devenu sauvage au fil du temps. Dont une proportion notable d’étrangers – Colombiens, Brésiliens, Guyaniens, Dominicains. A l’exception de quelques gisements à ciel ouvert, les plus épouvantables pour l’environnement, l’exploitation, souterraine, se mène depuis les « verticales », puits d’où s’enfoncent, entre 25 et plus de 80 mètres de profondeur, de très étroites et obscures galeries. Précairement assis sur un court bâton fixé perpendiculairement à l’extrémité inférieure de la corde qu’ils cramponnent à deux mains, les travailleurs descendent ou ressortent, au bout de plusieurs heures d’un labeur épuisant, grâce à un treuil des plus rudimentaires que deux gaillards aux traits rudes actionnent à la force des bras. A mesure que la profondeur augmente, rendant l’effort physiquement impossible, un « winch » électrique modernise quelque peu l’installation. Tout au long du jour, de ces mines, remontent à la surface les sacs de 50 kilos de terre d’où, dans les « plantas » voisines, sera extrait, par un ravageur traitement au mercure, le métal convoité.

Entre deux plongées, les travailleurs se reposent dans leur hamac. Partout autour, sur le « barranco » (le front de travail), l’équivalent d’une fourmilière redouble d’activité. Huit hommes et une cuisinière composent généralement l’équipe qui exploite les mines les plus modestes, l’immense majorité. Incapables de payer un logement ou même une chambre d’hôtel, tous vivent dans des campements insalubres faits de « casuchas » – toiles de plastique noire tendues sur des piquets. Ils ne tiennent d’ailleurs pas forcément à une habitation en dur. Leur précarité leur permet de se déplacer « à vitesse grand V » pour peu que surgisse la rumeur d’une « bulla » – le « raffut » que provoque la découverte inopinée d’un nouveau et supposé riche filon.
« Quand tu trouves de l’or, tu oublies tout, s’esclaffe un intéressé, jusqu’au nom de ta maman ! Tu récupères toute ton énergie. » Parfois jusqu’à l’absurde, jusqu’à la folie ! « En 1981, dans l’ouest du Bolivar, en pleine forêt, sous la piste d’atterrissage de leur campement, des types ont découvert des diamants, raconte Sergio Milano, professeur à l’Université nationale expérimentale de Guyana et spécialiste de l’activité minière. En une nuit, ils ont totalement défoncé la piste ! Quand ils ont retrouvé un minimum de bon sens, ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus ni sortir de là, ni être ravitaillés… »
Traditionnellement, les mineurs ont de l’or une vision magique. Pour eux, le métal pense, il a une personnalité. Ils prétendent qu’ils ne le découvrent pas, que c’est lui qui les trouve. Que c’est lui qui décide à qui il va apparaître. « Dans leur idiosyncrasie, dans leur cosmovision, la nature est seulement porteuse de richesse. Le concept de sa protection ou de sa conservation n’existe pas. » C’est donc, lorsque surgit la « bulla », à grands coups de pics, de pelles, d’explosifs et souvent de conflits que naît une nouvelle communauté.

Un gramme d’or environ pour 200 kilos de matériel brut : la boue collée sur leurs vêtements, les chanceux du moment s’entassent devant les officines qui, de Guasipati à Tumeremo, le long des rues bruyantes et encombrées d’une foule grouillante courant en tous sens, achètent, en argent liquide (qui a disparu dans tout le reste du pays) le métal précieux. La bière et le rhum coulent à flots. Les « filles » des « currutelas » cambrent les reins et tendent la main. « La maison de passe, c’est le centre social de la mine », soupire, ayant l’air d’en connaître un rayon sur la nature humaine, un habitant désabusé.

En période de crise économique, comme celle que traverse le Venezuela actuellement, des hordes d’hommes en quête de survie déboulent de partout. Des zones périphériques surgissent autour des agglomérations, dans la plus totale anarchie. « Cela a un fort impact, nous confie José Alejandro Martínez, le maire chaviste de Guasipati, ex-plus jeune édile du pays, qui entame son troisième mandat. En matière d’eau, d’électricité, d’équipements, cette ville n’est pas préparée à recevoir tant de gens. De plus, cette déferlante a une influence sur l’insécurité. »
Il rôde dans les parages des « malandros » (délinquants), des « pranes » (caïds), des bandes mafieuses appelées « syndicats » ou « bases », qui luttent pour le contrôle des territoires, armés de fusils R-15, FAL et AK-47. On pratique le racket – « la vacuna » (« vaccination » : un terme colombien). Quatre ou cinq grammes d’or à payer chaque mois pour éviter d’être embarqué dans les collines et tabassé, voire exécuté, parfois découpé à la tronçonneuse. A El Callao (25 000 habitants, 80 000 avec la population flottante), l’un des onze « municipios » du Bolivar, 90 assassinats ont eu lieu en 2015. Avec, de temps en temps, un pic spectaculaire de violence, très médiatisé. Le 4 mars 2016, à Tumeremo, quatorze corps sont retrouvés dans une fosse commune, exécutés par la bande d’Ulloa Suárez, alias « El Topo » (abattu par les forces de l’ordre ultérieurement). Cinq morts à El Callao, le 5 avril 2017, quand des sujets armés s’en prennent à une patrouille militaire. Onze malfrats au tapis et un officier de l’armée blessé, le 11 septembre 2017, à Tumeremo, lors d’un affrontement avec le « syndicat » du mafieux « Fausto ». Après neuf morts encore, à El Callao, dans le secteur San Luis, le 15 novembre, dix-huit malfrats porteurs d’armes de gros calibre tombent, le 11 février 2018, dans la mine Cicapra de Guasipati.

Chacune de ces tragédies voit se renouveler la même plaisanterie : les députés d’opposition, leurs supplétifs et leurs médias clouent au pilori… les forces de l’ordre, le gouvernement et Maduro. Quelques heures à peine après l’ultime drame de Guasipati, sans avoir effectué aucune enquête de terrain, Provea, supposée organisation de défense des droits humains devenue une quasi annexe du Département d’Etat américain, estimait que, d’après les faits portés à sa connaissance, il s’agissait « d’un nouveau massacre » des Forces armées bolivariennes [5]. Faisant réagir (parmi beaucoup d’autres) Carlos Clarck Wallace, bel homme de 74 ans, noir comme du charbon (et pas spécialement politisé), rencontré dans sa mine de Caratal (près d’El Callao) : « Pendant la IVe République [avant Chávez], il y avait d’avantage de respect pour la loi. Maintenant, avec leurs histoires de droits de l’Homme, quand vient la Garde nationale, on prétend que c’est de la répression. Ces choses-là circulent jusqu’à l’opinion internationale et contribuent à criminaliser le gouvernement. » 

Depuis quelques années, la violence a changé de nature. « Le mineur est un homme rude, mais pacifique, cette barbarie est importée, analyse Sergio Milano. Une partie des formes d’assassinat utilisées ces derniers temps viennent de Colombie. » La « ruée vers l’or » n’ayant pas attiré que des enfants de chœur, des paramilitaires en provenance du pays voisin ont effectivement importé leurs obscènes méthodes. « Comme ce sont des zones où le contrôle policier est déficient et où, jusqu’à présent, ils pouvaient agir avec une certaine liberté, ils se sont enkystés. »
Dans quel but ? A elle seule, l’activité minière informelle – la « pequeña minería » – produit au grand minimum deux tonnes d’or par mois. Paradoxalement, en 2015, la Banque centrale du Venezuela (BCV) n’en a reçu pour toute l’année que 700 kilos – 500 kg en 2016 – alors que, selon une directive de 2009, les mineurs ont l’obligation de lui vendre 60 % de leur production. En revanche, au large des côtes vénézuéliennes, l’île de Curaçao en exportait plus de 18 tonnes. Cette dépendance hollandaise des Caraïbes a ainsi engrangé 2,3 milliards de dollars entre 2010 et 2015… sans posséder une seule mine sur son territoire !
Dans le chaudron étouffant du Bolivar, or et diamants s’échappent par d’obscurs chemins – « los caminos verdes » – ou de discrètes pistes d’aviation clandestines vers le Brésil, la Colombie, le Guyana, Aruba et Curaçao… Qui, sans vergogne, « légalisent » puis exportent la richesse qu’ils savent volée à leur voisin. Aidés, chez celui-ci, pendant longtemps, par l’absence de contrôles et la plaie endémique de la corruption. « Un garde national, un policier, un fonctionnaire public ont des salaires modestes, explique Milano. On leur offre quelques grammes. Ça vaut des millions. Il est très difficile de résister. »

Longtemps, l’Etat a envisagé d’exploiter cette richesse. Sans réellement passer à l’acte. « Ce secteur était toujours relégué car le pétrole constituait la force motrice du pays : une extraction facile, avec peu de travailleurs, et un marché d’exportation à proximité », nous expliquait en mai 2017 le ministre du MPPDME Jorge Arreaza. Le péché capital du Venezuela du XXe siècle : l’or noir freinant toute autre activité. Par ailleurs, dans la loi des mines de 1952, le petit mineur n’existait pas. « Il devait être éliminé et était censé s’incorporer à l’industrie minière, rappelle Milano. Mais, que cela plaise ou non, il était là ! »
Il faut attendre 2001 pour que Chávez signe un décret-loi prenant en considération cet acteur oublié, qui extraie des fortunes, mais n’en récolte que de misérables miettes. En 1995, peu de temps après être sorti de prison pour sa tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez, il a parcouru l’Etat de Bolivar et y a découvert la dure réalité de la vie des « mineros ». N’ayant rien oublié, il reconnaît la dette historique du pays à l’égard de cette population.
En août 2011, Chávez, encore lui, expose en conseil des ministres, puis publiquement, l’idée qu’il a en tête depuis longtemps. « Dans le sud du pays, affirme-t-il, nous avons l’une des réserves d’or les plus importantes du monde et je vous informe que je vais bientôt approuver une loi nous permettant de prendre en main la gestion de la région aurifère parce que les mafias et la contrebande y font régner l’anarchie. Cette loi est déjà prête pour réserver à l’Etat les activités d’exploration et d’exploitation de l’or et toutes les activités connexes. » Sans coup férir, il « invente » l’Arc minier. Quand le « comandante » parle, les courtisans se taisent. Aucun de ceux qui, aujourd’hui, sur ce thème, se réclament de lui pour crucifier Maduro, n’élève la voix.

« On ne va pas tenter de cacher le soleil avec un doigt en prétendant qu’il n’y a pas de dégâts environnementaux, admet en haussant les épaules José Ortiz. Evidemment qu’il y en a ! Il ne s’agit donc pas de produire “plus d’or”, mais “plus et dans de meilleures conditions”. Cela implique que nous devons être accompagnés par le peuple minier pour transformer les relations sociales de production. »
« Muchacho » né à Guasipati, avocat sans costume ni cravate, mais à l’énergie débordante et communicative, Ortiz est depuis un an président de la Mission Piar [6], elle même apparue en 2005 pour mettre un terme à ce Far-West « polluant et générateur de vices » par une « reconversion minière » pleine de bonnes intentions. Un échec, à ce moment. Car il existe trois types de « mineros ». Ceux qui, surgissant en période de crise, repartiront si la situation générale du pays vient à s’améliorer ; les investisseurs d’entreprises de taille moyenne et leurs salariés ; mais, et surtout, la masse des « historiques », dont les pères, grands-pères et aïeux, parfois sur cinq ou six générations, pratiquaient déjà cette activité. « Ces gens-là, tu ne les transformes pas en coiffeurs, en paysans ou en en boutiquiers du jour au lendemain. Tu te heurtes à tout un substrat culturel. Ils ne bougeront jamais, et moins que tout par décret. Le gouvernement a dû reculer. »

Lorsque le vice-président Elías Jaua lance à son tour en 2010 le Plan Caura, destiné à interdire la recherche illégale et terriblement nocive de l’or et du diamant sur le bassin du río Caura, habitat et terre ancestrale des Indiens Yekuwana, Sanemá et Hoti, il se heurte lui aussi à des résistances initialement sous-estimées. En plein boom pétrolier, l’Etat indemnise les propriétaires de barges et d’installations, lesquels empochent l’argent et… vont se réinstaller un peu plus loin.
Quand enfin Chávez « nationalise » l’or en 2011, en expliquant aux investisseurs privés et aux multinationales que, désormais, l’Etat se réserve les tâches d’exploration-exploitation aurifère et devra posséder 55 % du capital des firmes du secteur, ceux-ci décident de s’en aller. A travers Minerven, l’unique entreprise publique existant alors avec ses 800 travailleurs, l’Etat prend le contrôle des multinationales – Crystallex, Rusoro Mining, Mineria MS Ca, Promotora minera de Guyana, Gold Reserve Inc. –, mais, d’une certaine manière, semble hésiter sur le rôle à attribuer à la « pequeña minería ».

« L’or, jusque-là, ne laissait rien, à l’exception de la malaria, d’un environnement saccagé et d’une situation sociale absolument désastreuse, résume l’actuel ministre du MPPDME Victor Cano. Il y avait dès lors deux manières de procéder. A feu et à sang, en envoyant l’armée nettoyer le secteur d’une partie de sa population, ou en travaillant avec les mineurs, chemin que nous avons choisi. Même si c’est difficile, nous en sommes conscients. »
En récupérant en 2016 le flambeau defeu Chávez, Maduro et ses collaborateurs ont établi les bases « réelles » du projet de développement. Premier élément, essentiel, systématiquement occulté par les détracteurs de l’Arco : seuls 5 % de la « potentielle » zone de production de 112 000 km2 donneront lieu à une exploitation, qui plus est « contrôlée ». Ailleurs, dans les aires sous régime d’administration spéciale et les parcs nationaux, la biodiversité sera protégée.

Le 5 décembre 2017, un décret a démarqué les vingt-trois zones (3 400 km2), définies avec le ministère de l’Ecosocialisme, dans lesquelles pourra être exercée l’activité minière. Tout individu ou communauté exerçant en dehors de ces zones doit immédiatement migrer vers les aires autorisées. Deux pour le diamant, vingt-et-une pour l’or. Quelques-unes destinées à la grande industrie – Faoz (Venezuela) pour le coltan – et à quelques multinationales – Afridiam (République démocratique du Congo) pour le diamant, Bedeschi (Italie) pour l’or, ainsi que Yankuang Group (Chine), Barrick Gold Corporation, MPE International Inc et Gold Reserve (Canada). Comme pour le pétrole, des entreprises obligatoirement « mixtes » dont l’Etat sera propriétaire à 55 % et, précise-t-on au ministère, avec un volontarisme évident, « garant du respect des règles salariales et environnementales ».
La majorité des zones sera néanmoins réservées à la moyenne et petite « minería » [7], dans des conditions également imposées par l’Etat.  » Une recherche d’équilibre entre quatre lignes « stratégiques » : apport à l’économie nationale, sécurité, mesures sociales et protection de l’environnement. « Un plan construit sur le territoire, précise Ortiz, avec la participation des gens et la pleine connaissance de leur réalité, de leur culture, de leurs traditions ; pas planifié à Caracas dans une station de métro. »

En 2017, plus de sept cent réunions ont été organisées, par le biais du Conseil populaire minier (CPM), entité créée par les intéressés ces dernières décennies pour lutter, parfois avec succès (et l’aide de Chávez), contre la grande industrie qui tentait de les expulser. « Il y a des zones, explique Victor Cano, où l’on ne savait même pas combien il y a de personnes… » Pendant trois mois, une équipe de techniciens et de professionnels, accompagnés par cinquante garçons et filles de 17 à 35 ans encadrés par la Mission Piar et le « chapitre minería  » du Plan de travail pour les jeunes – la Chamba Juvenil [8] – se sont plongés dans ces espaces chaotiques pour en recenser les habitants. « Le mineur ne sort pas de sa mine, poursuit le ministre, jamais. Il fait sa vie dans la mine, mange dans la mine, reste à la mine. Impossible de lui dire “va te faire enregistrer à El Callao ou Ciudad Bolivar”, il ne le fera pas. On doit se rendre sur place pour l’identifier. »
Au terme de cette intervention a été formalisé un Registre unique des mineurs (RUM) qui permet de connaître de plus près la réalité. « L’accueil a été différent en fonction des endroits, nous confie une jeune femme de Puerto Ordaz, qui a participéà cette enquête de terrain. Une fois seulement, les mineurs ont refusé de nous recevoir, tout en nous traitant avec cordialité. Ailleurs, ça s’est passé très tranquillement. On n’a rencontré des réticences que dans environ 10 % des cas. » Pour la première fois dans l’Histoire, nous content quelques grands-pères, le gouvernement prend en compte la « piétaille » des « mineros » pour formaliser et réglementer leur activité.

En quelques mois, le gouvernement a signé quarante-six « alliances stratégiques » avec ces derniers – entre cent et cent cinquante autres se trouvant en instance de formalisation. « Ils s’organisent en coopératives, en entreprises dotées d’un statut juridique, s’associent à l’Etat, doivent payer des impôts, mais, en échange, rentrent dans la légalité, c’est gagnant-gagnant. » Jusque-là livrés à une armée de profiteurs et de trafiquants pour se fournir en matériels et combustible à des tarifs exorbitants, ils peuvent désormais les acquérir légalement, à prix régulé, réduisant ainsi leurs coûts de production. En contrepartie, ils s’engagent à vendre leur or à travers la compagnie nationale Minerven, qui, pour le compte de la Banque centrale du Venezuela (BCV), le leur achète, rubis sur l’ongle, au prix international du marché – pour parler clair : au taux de change illégal et manipulé dans le cadre de la « guerre économique » imposée au Venezuela [9]. Un aveu d’impuissance, mais aussi, très pragmatiquement, le seul moyen de décourager l’exploitation clandestine et de mettre à mal la concurrence des mafias. « Actuellement, c’est l’Etat qui paye le mieux, nous confie Mireya Cobarubia, co-propriétaire de la mine Tesoro de Dios. Plus que les étrangers ! Depuis qu’on a signé notre alliance et qu’on est partenaires, tout va beaucoup mieux, on collabore à la construction de ce pays. »

Pour bénéficier de ces conditions qui ne nuisent en rien à leurs intérêts, les « mineros » doivent néanmoins faire un effort et, « impérativement », respecter un certain nombre de règles, en matière de sécurité et de protection de l’environnement. Dans ce registre, le principal défi concerne le traitement du matériel aurifère sorti des puits. « C’est nouveau dans le pays, se réjouit Alberto Vásquez, notre « écologiste anarchiste » du CNTQ. Jusque-là, le traitement se faisait presque exclusivement avec du mercure, dont il faut deux tonnes pour obtenir une tonne d’or. Peu efficace donc, et terriblement polluant, il contamine nos ríos et nos poissons. » En effet très toxique, ce métal lourd relâché dans les eaux résiduelles, détruit la faune, la flore et même les hommes en contaminant la chaîne alimentaire par bioaccumulation ; auparavant, chauffé en plein air pour en séparer l’or qu’il a amalgamé, il a produit des gaz dévastateurs pour le « minero » qui procède à l’opération et son entourage immédiat [10].
Il s’agit désormais, pour les mineurs organisés, de se tourner vers les « plantas » utilisant le cyanure, dont quelques-unes existent déjà ; et de pousser les propriétaires d’équipements utilisant le mercure à remplacer leurs néfastes installations. Négativement connoté – à cause des suicides et des homicides par empoisonnement ! –, le cyanure, infiniment moins contaminant que le mercure, se dégrade beaucoup plus facilement. Si, dans son installation initiale, le processus de lixiviation qu’il permet se révèle plus coûteux, il permet, une fois opérationnel, de récupérer 92 % de l’or contenu dans le matériau brut, quand le mercure n’en capte que 38 à 40 %. A minima, une production passant du simple au double, donc un investissement rapidement rentabilisé [11]. Par ailleurs, la cyanuration ne présente un danger qu’en cas de rupture des digues qui retiennent les boues à 75 % liquides qu’elle rejette en bout de course – ce qui s’est déjà produit de par le monde, chacun en est conscient. « Le ministère nous a sollicités pour qu’on trouve des technologies alternatives, souligne Vásquez. On travaille activement sur de nouvelles possibilités, plus écologiques, de substitution. »

Bien entendu, les chemins du progrès, rarement linéaires, ne sont pas exempts de difficultés. Au sortir du traitement dans les « plantas » (également appelées « molinos » ou « moulins brésiliens ») utilisant le mercure, les boues résiduaires mêlées aux flots d’eaux toxiques constituent, une fois asséchées, les « colas » – sables inertes qui contiennent encore, on l’a vu, environ 60 % de l’or très fin non capté par cette technique d’extraction. Ce sont ces « arenas » que récupèrent en priorité les quelques installations procédant par cyanuration, comme Inversiones Guaviare (10 à 15 kilos d’or par mois, 200 ouvriers travaillant en trois-huit). « L’objectif à atteindre est qu’elles traitent la matière primaire, que le mineur y aille directement, sans passer par le mercure, explique lucidement Darwin Evans, vice-président de Minerven, à El Callao. Mais il y a une quantité importante de “molinos” et de gens qui dépendent de leur activité. A mesure du processus d’organisation, on devrait dépasser cette phase, mais ça va forcément prendre du temps. »
Nous faisant visiter son modeste « molino » de Tesoro de Dios, Mireya Cobarubia confirme à sa manière : « On est conscients de ce que le mercure est mauvais pour notre santé et l’environnement, qu’il va arriver un jour où ce moulin ne pourra plus fonctionner, à cause de la contamination, et qu’on devra apporter le matériel directement à l’usine de cyanuration. Donc, tout le monde commence à se réorganiser, mais sans pression. » Un processus de transformation graduel qui a, quoi qu’on en pense, le mérite d’avoir commencé. Et dans lequel chacun peut trouver son compte s’il est bien mené…
« En 2005-2007, avec le CNTQ, on a calculé la quantité d’“arenas” issues du mercure non encore retraitées, raconte Vásquez, évoquant l’Etat de Bolivar. On est arrivés à 10 millions de tonnes ! Si l’on répartit cette quantité entre les traditionnelles équipes de mineurs, et si l’Etat finance ou subventionne de nouvelles installations de cyanuration, ils vont récupérer de l’or sans être tentés de partir dans les zones de forêt primaire ! »

Souvent levés à quatre heures du matin pour arpenter routes et pistes de terre rouge, les membres de la Mission Piar déploient une activité aussi enthousiaste qu’incessante. Militants autant que fonctionnaires, ils constituent la pièce maîtresse de « la grande transformation » recherchée. Deux cent-trente étudiants et professionnels du Plan de travail pour les jeunes – géologues, ingénieurs des mines, travailleurs sociaux, bacheliers, de toutes les universités de l’Etat de Bolivar – actuellement en formation au cri enthousiaste et ludique de « pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea [12 ! », vont les assister pour, selon José Ortiz, « entreprendre une humanisation des mines ». En poussant à l’abandon du mercure, déjà interdit, mais qui jouit d’une période de « tolérance » : « On n’envoie pas l’armée, on fait les choses progressivement. Quand le temps de grâce sera terminé, tout le monde devra se soumettre à la loi. » Avec des principes simples à comprendre. Par exemple : « Si tu as dévasté la nature, tu dois replanter ! »
La mission entend également favoriser l’émergence de projets socio-productifs – pisciculture, agriculture, briqueteries, petites entreprises – « car il ne s’agit pas de remplacer la rente pétrolière par la rente minière ». Ce qu’ont manifestement intégré nombre d’intéressés : « On a déjà prévu un terrain pour monter un élevage de porcs et développer le maraichage, confirme ainsi Ramón Calderón en nous accueillant dans la zone de La Ramona (1 500 familles, plus une population flottante de 500 personnes). On projette également d’avoir un camion, une ambulance, un module de santé, un terrain de foot, une bonne école et un lycée avec leur cantine. Nous devons aussi préparer notre jeunesse en l’envoyant à l’Université… »
Autres axes de travail, « la santé intégrale, sexuelle et reproductive » ainsi que la sécurisation des mines, souvent dangereuses, non étayées, mal ventilées, où ne sont utilisés ni casques, ni masques, ni gants. Et même un registre « loisirs » pour pousser les mineurs à créer des équipes de football, organiser des tournois, « prendre des vacances de quelques jours au bord de la mer plutôt que de dépenser tout leur fric au bordel… »
« On dira que je suis fou, rit Ortiz, mais c’est notre rôle ! La mine doit cesser d’être un espace de production avec violence pour devenir un espace de production humain. »

« Vous allez vous marier avec un projet et ses difficultés, annonçait ce même Ortiz le 10 mars, sans langue de bois, aux deux cent soixante « chamberos » – jeunesde la « Chamba Juvenil » – réunis à Ciudad Bolivar, capitale de l’Etat que borde le puissant Orenoque. Il y a des choses qu’on pourra faire immédiatement, d’autres à moyen terme, d’autres à long terme. Lorsque des complications inattendues vont surgir, ne sombrez pas dans le découragement. Aucun de nos efforts ne sera vain. Nous ne pouvons pas nous rendre ! Notre champ de bataille, c’est les mines, les pieds dans la boue, avec les gens. »
De fait, le message global commence à générer une dynamique. Les premiers résultats sautent aux yeux. Lors d’une visite à San Rafael de la Camora, l’éternel sourire d’Ortiz s’élargit : « la alzadora » – un simple monte-charge – protège du vide impressionnant les trois hommes qu’il transporte à moins 85 mètres grâce à de très inhabituelles sangles de sécurité. Tous les mineurs portent bottes et casque de sécurité.
De quoi motiver les « chamberos » qui se préparent à se lancer dans l’aventure, avec ferveur, « patriotisme », ils ne s’en cachent pas, mais aussi quelques craintes au fond des yeux. Jolie brune de 32 ans abritée derrière de larges lunettes de soleil, Maria Santoya frissonne : « Tu te demandes comment on va te recevoir… Il y en a qui sont dans les mines depuis une éternité, sur plusieurs générations, et nous, on va se pointer et leur dire qu’il faut mettre un casque, un masque pour les poumons, des gants de chantier ! “Qu’est-ce que c’est que cette jeunette qui vient m’expliquer ce que je dois faire”, vont-ils penser… » Laissant fuser un léger rire, une de ses copines l’interrompt : « C’est tous des hommes ! C’est justement parce qu’on est des “muchachas” qu’ils vont ouvrir de grands yeux et nous écouter. » Ce à quoi Isberlyn González, une géologue de Caroni, ajoute : « On n’y va pas seulement pour les mineurs. On y va aussi pour aider, sur le plan social, leurs femmes et leurs enfants. » Derrière elles, dans un charivari d’exclamations joyeuses, un groupe rugit : « Pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea  ! »
C’est aussi ça, le Venezuela.

« On a défini cinq minéraux stratégiques  : l’or, les diamants, le coltan, le cuivre et l’argent », commente le ministre Victor Cano. Le coltan est exploité depuis moins longtemps que l’or, et de façon artisanale. On ne savait pas qu’il était si important, on n’en a entendu parler que ces dernières années. » Et pour la première fois en 2009, quand Chávez en personne révéla qu’on avait découvert des mafias exploitant de manière illégale et détournant en contrebande en Colombie « un métal stratégique appelé coltan ».
Minerai aussi précieux que l’or du fait de son utilisation dans les industries électronique et spatiale, indispensable à la fabrication des téléphones portables, tablettes et condensateurs d’ordinateurs que même les « écolos » les plus purs utilisent quotidiennement pour dénoncer son extraction « par le gouvernement irresponsable de Maduro », le coltan peut être extrait artisanalement et dans des conditions apocalyptiques, comme en République démocratique du Congo (RDC), ou selon un mode industriel, mécanisé et relativement sécurisé. Pas d’enfants dans les mines donc, ni travail forcé au Venezuela où deux entreprises mixtes fonctionnent d’ores et déjà dans le secteur de Los Pijiguaos. Le 9 septembre 2017, l’Entreprise mixte minière écosocialiste Parguaza (Emmepas) a annoncé avoir produit sa première tonne et le pays a communiqué qu’il allait procéder à sa première exportation « officielle » – aucune nation d’Amérique latine ne disposant encore d’installations pour raffiner cet « or bleu ».
Lui aussi exploité artisanalement, le diamant fait l’objet, depuis plusieurs années, de négociation et de discussions avec des entreprises angolaises et sud-africaines intéressées par une association avec l’Etat vénézuélien. D’après le président Maduro, cité par le quotidien El Universo du 3 juin 2017, la zone concernée s’étend sur 10 000 hectares où, estiment les géologues, se trouveraient 40 millions de carats [13].

Ne voir dans l’arrivée de multinationales, dans les conditions précitées, qu’une « mise à l’encan du pays » et une « soumission au capitalisme » a un aspect terriblement simpliste et réducteur. Toutefois, que le retour de la canadienne Gold Reserve reste en travers de la gorge de ses détracteurs n’a rien non plus de vraiment indécent.
En 1992, pour exploiter la mine Brisas de Las Cristinas, Gold Reserve a obtenu une concession, dont elle s’est crue propriétaire (alors que, selon la Constitution, le sous-sol appartient à la nation). Lorsque, en 2009, Chávez a révoqué cette concession, la multinationale en a appelé à la Banque mondiale qui, bien entendu, à travers le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Ciadi), lui a donné raison. Au terme de six années de confrontation, l’Etat vénézuélien a été condamné à payer 1,037 milliards de dollars d’indemnité – dont près de 800 millions ont été réglés, le solde donnant lieu à un accord qui permet la création de l’Entreprise mixte éco-socialiste Siembra minera, dont la compagnie canadienne possède 45 % des actions. Le champ d’action de ce « partenariat, que le pouvoir entend « plus écologique qu’auparavant », s’étendra sur les 18 951 hectares du projet Brisas Cristinas, l’un des plus importants gisement d’or et de cuivre du monde, où Gold Réserve opérait avant 2009 et où elle a laissé derrière elle un désastre épouvantable en matière d’environnement [14].

L’apparition en 2016 de la Compagnie anonyme militaire des industries minières, pétrolières et gazières (Camimpeg) provoque tout autant les suspicions. Pour le pouvoir, il s’agit, la crise économique étant ce qu’elle est, de permettre à ce « moteur industriel militaire » de générer des ressources afin de subvenir à ses besoins en matière d’équipement, d’armement et de fonctionnement. Et, s’agissant de l’Arc minier, d’y assurer une présence permettant de contrôler et réduire la présence des groupes irréguliers. Pour ses critiques, ce « cadeau » fait aux généraux donne à ceux-ci un pouvoir économique, et donc politique (déjà non négligeable) préoccupant. D’autres, et pas forcément anti-chavistes, du côté de Guasipti et El Callao, se montrent dubitatifs – certains militaires se montrant, en quelques circonstances, sur le terrain, moins enclins à travailler de pair avec le peuple « minero » qu’à défendre des intérêts douteux, y compris à travers la corruption ou même parfois la répression.
Les mêmes rajoutent généralement que si Washington et l’opposition, à la recherche d’un « Pinochet » (« démocratique », cette fois !), n’appelaient pas ouvertement les forces armées à renverser Maduro, le pouvoir aurait moins de raisons de s’assurer sa fidélité en lui consentant quelques « gratifications » excessives. Néanmoins limitées dans le cas présent : contrairement aux thèses absurdes véhiculées par les réseaux sociaux – qui mériteraient d’ailleurs, à l’examen, d’être rebaptisés « copier-coller sociaux » – les militaires ne se sont pas vu octroyer l’exclusivité de l’exploitation de l’Arc minier : ils ne pourront opérer que dans deux zones, quand on peut supposer qu’ils en espéraient beaucoup plus.

D’après le recensement de 2011, 54 686 Indigènes vivent dans l’Etat de Bolivar, répartis dans 182 communautés. Il n’est pas possible ici d’entamer une description systématique des frictions existant sur ce thème, très classiques au demeurant. Arrêtons nous plutôt sur quelques instantanés qui aideront à baliser le terrain.
D’après les opposants, le gouvernement ne respecte pas la Constitution qui, dans son article 119, traite des « garanties que les Indigènes doivent avoir quant à leurs terres » et, dans le 120, précise que l’exploitation des minerais y existant se fera « sans préjudice pour leur intégrité culturelle, sociale et économique ». La loi organique des peuples indigènes de décembre 2005, par ailleurs, prévoit une « consultation préalable et informée (…) de bonne foi, prenant en compte les langues, la spiritualité, respectant l’organisation propre, les autorités légitimes (…) des peuples et communautés indigènes concernés ». Obligation qui ne serait pas respectée.
De son côté, en mai 2017, le ministre Jorge Arreaza nous affirmait que de telles consultations, respectant les formes et les normes, avaient bel et bien lieu. « On leur présente le projet, on leur explique l’impact environnemental. S’ils disent “ici, non, c’est un territoire sacré”, on écarte immédiatement. On leur explique aussi le besoin de main d’œuvre, certains s’opposent, d’autres non. »
Pour Juan Carlos Velásquez, capitaine général des communautés du « municipio » Gran Sabana, l’Arc minier représente un problème de plus pour des populations déjà affectées par les trafiquants de combustibles. Dans le même registre, Esteban Rodríguez, porte-parole des Ye’kuana de l’Alto Ventuari (Amazonas), estime qu’« il attirera des inconnus sur le territoire, prostituera les femmes indigènes et apportera des maladies ». Francisco Rojas, de la Confédération indigène bolivarienne d’Amazonas, affirme quant à lui qu’il provoquera « des guerres et des problèmes entre Indigènes, car quelques membres des communautés concernées par le décret ont donné leur accord et l’ont même fait savoir à l’opinion publique [15 ».

Deux logiques, deux cultures, deux modes de pensée ? Pas forcément. Les « peuples originaires » ne constituent pas un bloc homogène. Pour le compte de la communauté Mapoyo, Jairo García, lors d’une audience devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme, a fait connaître son appui au développement de l’Arc minier. Une partie des Yekuana partage cette position « pro-minería  ». Les Pemones ont une histoire minière ancestrale. Pour le meilleur et pour le pire : utilisation du mercure, liens avec les contrebandiers. Le 2 mars dernier, pendant notre séjour, alors que la vice-ministre devait rencontrer leur capitaine général le lendemain, ils séquestraient une fonctionnaire, provoquant l’émoi. Car les logiques des fils de la « Terre-mère » sont parfois tordues : alors qu’ils ont signé une alliance stratégique et pratiquent l’extraction de l’or, ils veulent pouvoir le faire dans une zone qu’a interdit le gouvernement pour… préserver la biodiversité !

Au-delà des polémiques et controverses, une forte majorité de mineurs plébiscite manifestement le changement. Le 9 mars, dans la chaleur moite de Caicara del Orinoco, sous les paillotes d’un « Club de musique créole », une assemblée attentive et joyeuse assiste à la signature de 43 « alliances stratégiques » entre le gouvernement et des petits producteurs de diamant. A la tribune, le ministre Victor Cano côtoie le vice-président de la BCV José « Chino » Khan, le gouverneur du Bolivar Justo Noguera, les autorités militaires et les édiles locaux. « Cette alliance stratégique avec l’Etat est un acte historique de dignification de notre travail, scande, sans trop de précautions oratoires, l’orateur qui ouvre la cérémonie. Avec tout le respect pour nos Forces armées, ici présentes, les mineurs artisanaux qui sortaient les diamants pour nourrir leur famille avaient peur chaque fois qu’elles apparaissaient ! Ils étaient illégaux, on leur brûlait tout, on leur détruisait leurs machines, comme s’ils étaient des délinquants. Ce qu’ils voulaient, c’était simplement travailler pour élever leurs enfants. Aujourd’hui, grâce au gouvernement révolutionnaire, c’est possible… D’autres vont nous rejoindre. (…) L’or, le diamant, le coltan vont jouer un rôle aussi important que le pétrole et notre activité va être capitale pour renforcer économiquement la patrie dans la difficile situation que nous traversons. »
On pourrait multiplier les déclarations entendues à l’infini, mais l’essentiel, ce jour-là, est dit. On citera simplement la confirmation apportée par Catalina Gómez, sympathique jeune femme actionnaire d’une modeste mine – neuf personnes au fond du « barranco », cinq en surface – dans le secteur Pérou d’El Cllao : « Avant, on avait des problèmes, on nous confisquait nos machines, on nous maltraitait, on nous expulsait ! Maintenant, on est protégés par l’Etat, ça nous permet de travailler. »
Un Etat qui récolte les fruits de sa politique : alors que la Banque centrale (BCV) ne recevait que 500 kilos d’or en 2016, elle en a stocké 8,5 tonnes en 2017 et en annonçait déjà 8 tonnes début mars 2018 – avec un objectif raisonnable de 24 tonnes en fin d’année. Deux milliards de dollars pour le fisc, espère Victor Cano. Un dur coup aux mafias étrangères qui, durant des années, se sont enrichies sur le dos du pays. Et de quoi alimenter la fureur de Washington et de l’opposition… C’est en effet grâce à cet or que le Venezuela, soumis à des sanctions économiques chaque jour plus pénalisantes des Etats-Unis, a pu financer une partie de ses importations, en particulier d’aliments, en janvier et février 2018.

Avec la complexité de ses causes, de ses effets et de ses contradictions, la transformation et l’utilité de l’Arco requièrent, comme on peut le voir, pour être jugées objectivement, un minimum d’informations et de bonne foi. Décoloniser la « minería », la rendre moins prédatrice pour l’environnement, améliorer la situation de dizaines de milliers de travailleurs, tout en remplissant les caisses de l’Etat… On peut débattre de cette approche, douter de sa réussite (et pour certains souhaiter son échec !), mais, en tout état de cause, on est loin de la planification cynique et irresponsable du « saccage à grande échelle » régulièrement dénoncé.
Le 20 mars dernier a été célébré le premier anniversaire de la création du Parc national indigène populaire Caura, espace vierge de 7,5 millions d’hectares (20 % de l’Etat du Bolivar), dans lequel vivent, entre autres, sept ethnies – Yekwana, Sanema Hoti, Pemón, Hivi (Guajibo), Eñepa et Kariñas – reconnu par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) comme la zone forestière humide protégée la plus grande du monde.
Oui… au Venezuela !

[1] Table d’Unité démocratique : organisatrice des violences insurrectionnelles qui se sont soldées par 45 morts en 2014 et 125 en 2017 parmi les opposants, les forces de l’ordre, des malchanceux passant au mauvais endroit au mauvais moment et des chavistes, avec, à chaque fois, des centaines de blessés.

[2] « Arc minier de l’Orénoque  : quand Maduro et l’opposition s’entendent sur le dos des indigènes, des travailleurs et de l’environnement », Hebdo anticapitaliste, Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Paris, 26 juin 2017.

[3] D’après les chroniques, on peut même remonter plus loin puisque celles-ci rapportent que, à l’époque coloniale, les missionnaires faisaient exploiter l’or par les Indigènes afin de l’exporter en Espagne.

[4] Processus d’évaluation et de quantification des réserves minières exécuté par des organismes scientifiques d’exploration et d’analyse du sous-sol.

[5]  BBC Mundo, Londres, 12 février 2018.

[6] Général pendant les guerres d’indépendance et ami de Simón Bolivar, Manuel Carlos Piar, condamné à mort pour « insubordination sédition et conspiration », fut exécuté le 16 octobre 1817 après que Bolivar ait ratifié la sentence.

[7] La petite « minería » traite entre 0 et 100 tonnes de minerai aurifère par jour ; la moyenne, entre 100 et 500 tonnes ; la grande, aujourd’hui représentée par la seule Minerven, plus de 500 tonnes.

[8] Programme de formation et de production destiné à inclure 600 000 jeunes dans le développement d’un nouveau programme économique rompant avec le rentisme pétrolier.

[9] Début mars 2018, lors de la réalisation de ce reportage, 1 dollar s’échangeait officiellement contre 25 000 bolivars ; au marché noir, il permettait d’obtenir 240 000 bolivars.

[10] A El Callao, depuis 2009, 37 % de la population présente des taux de mercure supérieurs au niveau tolérable.

[11] C’est l’acquisition nécessaire de « moulins à bol de broyage » et de réservoirs avec injection d’air, qui rend important l’investissement pour une usine de cyanuration.

[12] « Pic, pic, pelle, pelle, remue, remue la batée ! »

[13] 1 carat = 0,20 grammes.

[14] Ce retour de Gold Reserve se fait pour elle à des conditions avantageuses. Toutefois, contrairement aux allégations des opposants, les impôts et taxes qu’elle devra payer, ainsi que les bénéfices revenant à l’Etat n’ont rien de léonins. Lire : « Oro y CIADI : El arreglo de Gold Reserve con Venezuela », Mining Press, Buenos Aires, 8 août 2016.

[15] Lorena Meléndez, « El Arco minero pasó hasta por encima de los derechos indígenas », Runrunes, Caracas, 23 février 2017.

URL de cet article : http://www.medelu.org/L-Arc-minier-de-l-Orenoque-les

PORTFOLIO

L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias

Photographies : Maurice Lemoine

 

Le conseil paysan « El esfuerzo » obtient un certificat agraire mais continue d’être menacé.

Le samedi 14 février dernier a marqué un jour de victoire pour la communauté du Conseil Paysan « El esfuerzo ». Après un processus qui a duré dix années, des paysannes et paysans organisés ont enfin vu la concrétisation de leur droit sur les terres qu’ils avaient récupérées et sur lesquelles ils vivent et produisent, contribuant ainsi à la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays.

La conclusion tardive de cette procédure administrative arrive à un moment de très forte tension pour cette communauté située sur la commune de Guanare dans l’état de Portuguesa : durant les trois derniers mois, elle a dû tout à coup commencer à faire face à des tentatives d’expulsion, des menaces et des actes de violence tels que l’incendie volontaire d’habitations, du centre de stockage des récoltes et tout récemment de l’école communautaire « Fabricio Ojeda ».

L’entrepreneur Bernardo Medina Moser, organisateur du harcèlement contre la communauté paysanne et notamment de l’incendie de son école.

La communauté rend responsable de cette escalade d’intimidation et de violence l’entrepreneur Bernardo Medina Moser, fils de l’ancien propriétaire de ces terres, Antonio Medina Larrain. Celui-ci les avait laissées à l’abandon depuis 18 ans environ, après que les organismes de sécurité de l’État vénézuélien les aient saisies au motif de la présence de groupes impliqués dans des délits. Des années plus tard, en 2008, des paysannes et des paysans ont dénoncé l’abandon des terres sur lesquelles ils ont commencé à produire en 2011, une fois initiée la procédure légale pour leur récupération, tel que le stipule la loi de Terres et Développement Agraire.

Néanmoins, comme le souligne le portail La Tabla, à présent, les anciennes plantations de teck présentes sur ces terres et qui avaient été abandonnées, ont réactivé les appétits des grands propriétaires terriens « à cause des facilités qu’octroie pour les exportations non traditionnelles le gouvernement national avec l’appui du gouvernement régional depuis quelque temps. Les grands propriétaires sont revenus au teck […] il n’est plus question de capturer la rente pétrolière pour une partie de la bourgeoisie traditionnelle mais de profiter désormais des devises que génère la vente d’autres ressources naturelles ».

La plainte déposée contre l’incendie volontaire de l’école rurale « Fabricio Ojeda » qui a eu lieu le 18 février dernier, a soulevé l’indignation et se trouve à l’origine de l’intervention des institutions de l’État vénézuélien ; celles-ci sont venues se réunir avec la communauté. L’Institut National des Terres (INTI) s’est manifesté en mettant un terme au processus initié en 2011 et en délivrant à la communauté organisée le Titre d’Attribution Socialiste Agraire pour 515 hectares. Le Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Education est également intervenu pour défendre les droits des enfants de la communauté.

« Enfin, les habitants de L’Effort ont reçu des mains du vice-ministre [des terres] et président de l’INTI, Luis Soteldo, le titre d’attribution de la terre. Ils vont être également inclus dans les plans de semailles pour leur financement. [Soteldo] s’est également engagé à faire don du toit de l’école que les paysans eux-mêmes reconstruisent », raconte Arbonio Ortega, membre du Conseil Législatif de l’état de Portuguesa. Cette institution, ainsi que l’ensemble des organisations qui intègrent la Plateforme de Lutte Paysanne, ont joué un rôle important dans la lutte pour les droits de la communauté de « El esfuerzo ».

En plus de l’acte de délivrance du titre de propriété des terres, le directeur de la Zone Éducative de l’état de Portuguesa, Victor Ramirez, a augmenté l’effectif de l’école en reconstruction de 18 à 52 élèves. On a également donné à l’école un code national, ceci pour soutenir la communauté paysanne. De plus, on a augmenté le nombre d’enseignants : deux maîtres supplémentaires et un moniteur de sport qui font partie des familles aidées », raconte Ortega.

Mais le lendemain, les menaces visant les paysannes et les paysans de L’Effort ont repris : « une situation particulière s’est présentée : le survol d’un hélicoptère d’où a été lancé un paquet dans la propriété rurale, provoquant la panique des habitants » rapporte Arbonio Ortega. Les faits ont été immédiatement dénoncés ; les corps de sécurité de l’État sont intervenus pour protéger la communauté paysanne et pour enquêter sur ces faits d’intimidation. Le Conseil Paysan alerte également sur la présence de groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires terriens et sur les menaces de mort formulées à l’encontre de leurs dirigeants.

Les puissants intérêts économiques qui se trouvent derrière le harcèlement dont est victime le Conseil Paysan sont évidents ; en effet, le teck est considéré comme un bois de grande valeur sur le marché international. Ce qui est plus préoccupant, c’est le haut niveau d’appui politique dont bénéficie Medina ; d’après ce que l’on rapporte dans la communauté : même les médias publics ont souligné, il y a peu, le démarrage de leur affaire d’exportation de bois, malgré non seulement la persécution exercée sur la communauté paysanne mais aussi les effractions environnementales et la mauvaise utilisation des terres auxquels recourt cette entreprise agro-forestière. Les champs de teck sur les rives du fleuve mettent gravement en danger son bassin hydrographique.

Source : http://www.albatv.org/El-Consejo-Campesino-El-Esfuerzo.html

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-41a

Arc Minier de l’Orénoque: la solution accusée d’être le problème, par José Roberto Duque

Félix Caraballo dirige asamblea de mineros

Le pilonnage contre le Révolution Bolivarienne fait rage sur tous les fronts à la fois. Comme cela se passe ailleurs, c’est l’artillerie informative qui confère à l’agression son caractère massif, cherchant à conditionner la population, sujet et objet du phénomène “opinion publique”. Parmi les nombreux objectifs de guerre identifiables dans l’attaque contre le Venezuela, le plus vulnérable est probablement l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO), un plan de régularisation de l’exploitation minière décrété par le gouvernement national en février 2017.

On peut qualifier ce thème de “vulnérable” parce que comme il s’agit d’une tentative d’organiser et d’exploiter de manière souveraine la mine au Venezuela, il fait s`élever les voix de protestation, en premier lieu, des mafias et des bandes criminelles qui contrôlaient l’exploitation de l’or, des diamants et du coltan au sud du fleuve Orénoque; en deuxième lieu, des groupes environnementaux et des organisations sociales (authentiques ou opportunistes, les deux existent), préoccupés par certains énoncés de l’Arc Minier de l’Orénoque, et dévastés dans leur sensibilité par une propagande systématique et bien organisée. En troisième lieu, viennent les attaques contre l’Arc Minier de la part des transnationales et des gouvernements étrangers qui voient freiné ou stoppé leurs plan de tirer bénéfice des richesses minérales du sol vénézuélien. En dernier lieu intervient aussi un secteur citoyen qui n’a jamais été intéressé ni par le thème de la mine, ni par celui de la souveraineté, pas plus que par la problématique indigéniste ou environnementale, mais qui voit dans l’Arc Minier un thème facile pour insulter et pester, même sans éléments concrets.

Exploitation minière ou seulement responsable ?

L’Arc Minier de l’Orénoque (AMO) est un thème sensible et vulnérable pour une raison puissante: l’exploitation minière, pour tout ce qu’elle représente dans le capitalisme industriel, est un thème facile à attaquer et susceptible de criminalisation. Il est pratiquement impossible de parler en termes laudatifs d’une activité qui a détruit nature et cultures, et qui a appauvri les pays pauvres dont le sous-sol contient la matière première. Quand le gouvernement vénézuélien a créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, le nom fit scandale, qui suggère qu’on peut faire de l’exploitation minière tout en contribuant à l’écologie. Quand on donne les éclaircissements et les précisions nécessaires – il n’existe pas d’exploitation minière écologique mais il existe une forme hautement polluante de l’exercer -, il est trop tard: le nom du ministère fonctionne comme le titre des articles, et la majorité s’y arrête sans approfondir le contenu.

 

Le résumé ou la synthèse de ce cirque volant communicationnel est celui-ci : on attribue à l’Arc Minier (créé en 2017) toute la dévastation causée par un exercice irresponsable, esclavagiste et déprédatrice de l’exploitation minière pendant les deux siècles antérieurs. Il n’a servi à rien d’informer, intensément et de manière soutenue, sur le fait que l’Arc Minier est la réponse de l’État pour diminuer la pollution engendrée par l’activité extractiviste, pour faire que la classe ouvrière (travailleurs de la petite exploitation minière) s’engagent à une exploitation plus propre et responsable, pour préserver les zones sacrées et peuplées par les peuples indigènes. Toujours revient la campagne qui rejette la faute sur l’État vénézuélien de générer ce qu’il vient en réalité éradiquer et corriger.

Le contexte est le suivant. Il y a des territoires au nord de l’état de Bolivar (sud du Venezuela, limitrophe avec le Brésil et le territoire de l’Essequibo) où on pratique depuis 200 ans l’exploitation minière, moyenne et à grande échelle. Dans ces zones s’est développé, comme dans toute ville ou conglomérat humain produit par les dynamiques économiques extractivistes, un réseau de mafias, prostitution et drogues, pollution au mercure, dévastation des zones naturelles, présence de transnationales (dans la seconde moitié du vingtième siècle) et corruption. Pour ces raisons, l’Etat a décrété un plan, applicable dans des zones spécifiques de ces territoires, baptisé Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque. L’État vénézuélien avait une dette historique envers les habitants de cette région et de tout le Venezuela, qui consistait à reprendre le contrôle souverain de ce territoire et de ses ressources, et cela ne peuvent le faire à eux seuls ni le gouverneur de Bolivar, ni les Forces Armées, ni l’entreprise privée, ni un ministère. L’Arc Minier compte parmi ses principes directeurs le respect des peuples indigènes, la protection de zones où il n’est ni nécessaire ni pertinent de développer l’exploitation minière, la mise en œuvre de techniques et de méthodes moins toxiques et moins destructrices que l’usage traditionnel du mercure, et la dignification et la relance de la petite exploitation (activité dont vivent des milliers de familles depuis plusieurs générations) alors que se réduit et se régule l’exploitation minière à grande échelle. Il est faux que vont être dévastés 111.800 kilomètres carrés de forêt, comme le dit la propagande contre l’Arc Minier: le décret estime que moins de 5 pour cent de ce territoire sera directement affecté, et que cela est suffisant pour extraire les ressources du sous-sol.

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Le gros de la campagne contre l’Arc Minier s’est appuyé sur des images et des témoignages recueillis dans les zones minières… avant le décret gouvernemental. Fleuves éteints et réduits à des puits stériles pleins de mercure, vastes zones forestières dévastées. Il s’est avéré incroyablement difficile d’expliquer aux groupes d’opinion créés à ce sujet comprennent que l’Arc Minier est une solution potentielle à ces dévastations et non leur origine.

Tandis que cette propagande négative se renforce et que se déploient des sites informatifs ( http://arcominerodelorinoco.com/ ) financés par la NED (National Endowment for Democracy (cette façade montée par le Département d’État pour “laver” ou filtrer ses rétributions aux mouvements anticommunistes, progressistes et anti-vénézuéliens d’Amérique) charriant tous les préjugés et les mensonges proférés contre l’AMO, le travail sur le terrain a commencé à démontrer son efficacité en matière de captation souveraine et responsable de ressources. Le Venezuela a produit entre 2012 et 2016, 5,1 tonnes d’or, avec des processus conventionnels et l’intervention minière à grande échelle. En seulement huit mois à partir de l’activation de l’Arc Minier de l’Orénoque, la production a atteint 8,6 tonnes. Ces 8,6 tonnes ont été converties en lingots et entreposées dans les chambres fortes de la Banque Centrale du Venezuela, pour grossir les réserves internationales, les actifs de la République.

Le cas le plus récent et vérifiable du pillage de l’or vénézuélien est celui de Curaçao, une dépendance hollandaise des Caraïbes proche de nos côtes: cette île a exporté 2.300 millions de dollars en or entre 2010 et 2015, sans posséder une seule mine d’or…

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L’explication de ce saut olympique tient à deux facteurs d’explication: le contrôle effectif des ressources exploitées, qui auparavant “s’évadaient“ impunément par d’autres pays à travers les fleuves et les forêts, et l’encadrement de la petite exploitation minière, jusqu’ici considérée comme illégale et objet de persécution.

Classe ouvrière et communautés de mineurs

Dans la petite exploitation se trouve la clef, non seulement de l’augmentation de la production mais de l’humanisation et de la reconnaissance de l’activité minière. Les travailleurs se sont organisés en Conseil Populaire Minier, et cette instance de travailleurs maintient une relation net une coordination directes avec l’État. En échange de cette reconnaissance ce sont les travailleurs organisés qui concrétisent et massifient les instructions et la philosophie de l’Arc Miner : petit à petit on élimine l’usage du mercure (la technologie d’extraction par cyanure et charbon actif est moins risquée et moins polluante), on réalise un recensement des travailleurs qui interviennent dans le processus, on vérifie l’accomplissement des engagements centraux: les ressources extraites ne sont vendues qu’à l’État (un coup porté aux mafias transnationales) et les zones protégées et les territoires indigènes sont respectés et préservés.

De nombreux activistes de l’agroécologie, et beaucoup d’entre nous, défenseurs d’une agriculture propre et liée à la terre, souhaiteraient que l’exploitation minière soit proscrite come activité économique. Mais dans des territoires où il y a des communautés qui vivent de la petite exploitation minière depuis plusieurs générations cette élimination ne serait pas possible sans perpétrer un véritable génocide. Après avoir longtemps tourné le dos à l’exploitation minière l’État vénézuélien a permis que croissent des phénomènes parallèles et pervers de l’extractivisme criminelle à grande échelle et la délinquance organisée qui a pillé ces ressources durant des siècles.

Il y aura certainement une opposition au projet, et le discours transversal continuera à être la perversion de l’activité minière en tant qu’activité extractiviste. Toute attaque transnationale, corporative ou de gouvernements ennemis, sera compréhensible et logique. La difficulté sera de concilier le discours de groupes environnementalistes (authentiques ou manipulés) du Venezuela qui continueraient à attaquer l’exploitation minière pendant que l’on continue à se servir de l’activité minière par antonomasie : la pétrolière. Attaquer l’activité minière pendant qu’on vit du pétrole : c’est le paradoxe fondamental de ces étranges temps de furie antivénézuélienne.

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L’assemblée informative commence avec les mineurs, avant d’initier le recensement. Ils sont dans une communauté proche de Tumeremo, mais plus proche du territoire de l’Essequibo, où sont arrivés au bout d’un voyage de plusieurs heures en barque. Les jeunes du Ministère du Développement Écologique expliquent le motif de leur présence : quelques hommes interviennent, interrompent, veulent parler tous à la fois, par moments la conversation se fait lourde et difficile. Soudain arrive un monsieur qui veut mettre « de l’ordre » à sa manière : il sort un pistolet et tire vers le toit. Alors les autres se taisent. Sachez-le : il y a beaucoup de façons de faire respecter un droit de parole.

Pendant trois mois une équipe de techniciens et de professionnels du Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, accompagnés par des jeunes garçons et filles de la Mission Piar et du Plan Travail pour les jeunes, formé dans sa majorité par des jeunes de 17 à 35 ans, ont décidé d’abandonner leur confort pour se submerger dans la forêt et créer à la sueur de leur front, le Registre Unique des Mineurs (RUM); pour connaître et faire connaître de près la réalité des peuples miniers qui habitent l’Arc.

Ainsi formulé, cela pourrait sembler n’être qu’une action de plus de la bureaucratie d’État. Jusqu’à ce qu’on se rende compte des données profondes du contexte et que l’exploit soit mesuré à sa juste valeur : il y avait des endroits où aucune institution de l’État n’avait jamais mis les pieds, et c’est là où ces jeunes garçons et filles ont dû se rendre, se plongeant dans des zones où se déplacent des groupes et des individus qui exercent le contrôle et l’autorité sans discussion possible. Ces derniers qui ont oublié un (gros) détail : cette région fait partie d’un pays où il y a des lois et des institutions. La Révolution a décidé de ne pas le leur expliquer à coups de tanks, d’avions et d’infanterie (ce à quoi on pense souvent dans cette situation) mais en envoyant des jeunes armés d’un sourire, d’une dose de naïveté, et de l’envie de travailler. A la tête de cette équipe chevauche Félix Caraballo, un lutteur de La Vega qui jusqu’il y a peu de mois n’en savait pas beaucoup sur les mines mais pas mal sur les dimensions humaines de l’organisation sociale.

Auparavant le mineur arrivait à un lieu où l’information était centralisée; cette fois, avec l’appui des organisations populaires et de mineurs organisés, plus de 70 jeunes ont habité chez eux, dans les mines d’or de l’état Bolívar. C’est là, dans cet autre Venezuela, caché pour la majorité, qu’ils ont déambulé, embrassant avec vigueur et apprenant avec les neurones frais une réalité en marge du quotidien.

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Le travail du Registre Unique des Mineurs

Petits et (grands) mineurs : de la mitraille à l’hymne national

Liss Lares a 30 ans, est sociologue et assistante adjointe à la Direction Générale de la Gestion Productive de la Petite Exploitation Minière; elle a fait partie de cette équipe qui est partie dans la forêt à la recherche de ces vénézuéliens demi-oubliés. “Nous sommes restés dans les mines des municipalités de El Callao, Cedeño et Piar; nous avons dormis dans des espaces seulement pourvus d’un toit, dans des hamacs ou sans hamacs, avec une moustiquaire, dans des zones ou rôde le paludisme, où il y a des dynamiques de violence. Nous avons mangé ce que mangent les mineurs, car c’est de ce que cela qu’il s’agissait. Pour nous ce fut un processus transformateur, nous avons toujours été disposés à arriver aux mines les plus profondes et nous avons réussi à atteindre la tâche que nous nous étions fixée”.

Le Registre Unique Minier a eu pour objet la caractérisation des zones consacrées à l’exploitation minière et à ses réalités connexes: qui sont les mineurs, d’où ils viennent, quels sont les attentes de ces personnes qui vont chercher de l’or et d’autres ressources minérales de la terre. Liss était particulièrement intéressée de connaître la situation de la femme; créer cet instrument qui permettra à l’État d’orienter les politiques sociales avec l’appui du peuple des travailleurs de la mine, fut une bonne occasion de s’approcher de cette réalité.

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Liss Lares, s’acclimatant au rythme minier

Pour le dire avec élégance et décence, les femmes sont les personnes qui ont vécu les pires choses dans un territoire et une activité où abondent, parmi les mineurs de vieille souche et qui ont construit une culture de travail, des aventuriers de partout du Venezuela et d’autres pays, qui lorsqu’ils arrivent à une zone minière (à une “bulla”: c’est le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté) installent en grappe un campement chaotique et insalubre, couvert de baraques et de toits de plastique; ils s’organisent pour perforer des trous de plusieurs mètres de profondeur, sortir les “moulins” et récupérer de l’or à raison d’un gramme par 200 kilos de matériel brut. Dans la culture du mineur, tout travailleur nouveau qui sort ses premiers grammes d’or doit les dépenser dans les currutelas (bordels), où les jeunes filles se font payer en grammes (un gramme valait 5 millions de bolivars en décembre). Il y a aussi des femmes qui travaillent à creuser le sol mais la stigmatisation fait que toute femme qui travaille comme mineuse soit qualifiée ou traitée comme un objet sexuel.

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Une “bulla” : le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté

Hilgardo Medina travaille comme analyste au ministère, sa préoccupation principale est l’impact environnemental que provoque l’exploitation minière. Dans un véhicule du style Fun Race il a voyagé huit heures de Tumeremo jusqu’à la mine de Botanamo. Tenter de récupérer la couche végétale superficielle où on note les dommages environnementaux est la raison d’être de ce qu’on appelle l’« exploitation minière écologique”, et qui ont éveillé tant de doutes et de soupçons chez des personnes qui croient tout savoir de la mine mais ne sont jamais allés à aucune d’elles. “C’est le lieu où on accède le plus difficilement, ce n’est pas un problème d’accès physique mais la difficulté d’accéder à la conscience du mineur”, dit Hilgardo. “A Botanamo, il y a deux ans, il y a eu une opération de la garde nationale qui a démantelé le campement des mineurs pour trouver le chef d’une bande criminelle qui opérait sur ce territoire. Quand les mineurs ont repris le territoire ils se sont réinstallés comme une organisation populaire, avec leurs règles internes pour restituer l’ordre et avec un grand niveau de conscience. Aujourd’hui quand ils nous ont reçu ils ont chanté l’hymne national”.

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Mineurs en condition d’artisans

Alexandra Meneses, ingénieure géologue, diplômée de l’Université d’Orient, a 26 ans et bien que sa spécialité soit le pétrole, sa vocation sociale l’a poussée à rejoindre cette équipe. Durant cinq semaines elle a parcouru les différentes zones pour parvenir aux fronts miniers et inspecter, géoréférencer (à l’aide du GPS) chacune des communautés productives. “Un jour nous sommes arrivés à la Mine de Hoja de Lata, située dans la municipalité de El Callao, à neuf heures du soir. A cette heure nous avons dressé le campement; le jour suivant nous nous sommes éveillé à 5 h. 30 pour nous doucher avec un demi seau d’eau et déjeuner entourés de chèvres, de vaches, de chiens et de coqs. Parfois nous marchions pendant deux heures et en arrivant à la mine nous nous mettions à travailler immédiatement avec les gens, mais très tôt on se réunissait avec l’équipe pour préparer l’assemblée d’introduction avec les mineurs, pour les informer de ce que nous étions en train de faire sur place. Ensuite nous revenions à El Callao comme point de rencontre pour laver les vêtements, se reposer et réunir les données que nous avions recueillies”.

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Saydubi Santana est de Caracas, elle a 25 ans, est activiste de la communauté de la diversité sexuelle et était chargée de l’enregistrement audiovisuel. Durant le parcours de six heures aller/retour à El Chivao en barque, elle est tombée malade à El Dorado, et vu les symptômes, a dû être rapatriée parce qu’on soupçonnait le paludisme. Finalement on a su que c’était autre chose : un parasite qui s’était introduit par les pieds. Le paludisme fait peur à cause de ses séquelles : tu l’attrapes une seule fois et l’organisme s’en ressent toute la vie. Elle était en train d’apprendre tout ça quand elle rencontra un mineur qui avait souffert réellement du paludisme… mais 79 fois. “Voir autant d’enfants malades de paludisme, voir des jeunes filles de 15 ans travailler dans un bordel pour survivre au coût de la vie élevé, observer la division marquée des rôles de genre, c’est-à-dire l’homme à la mine et la femme à la cuisine, c’est quelque chose de réellement très choquant”. On suppose que l’Arc Minier a été créé pour mettre un terme à ces choses choquantes mais, à cause de la propagande, beaucoup de gens continuent à croire que ce fut l’Arc Minier qui a créé ces maux. Qu’allons-nous y faire ? Un jour nous apprendrons à écouter des histoires de la voix de ceux qui se sont plongés dans l’Histoire.

José Roberto Duque et César Vázquez

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/ et http://epaleccs.info/chambeando-en-otra-venezuela/. Photos: José Roberto Duque et Emilio Guzmán

Traduction : Thierry Deronne

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Le narco-Etat colombien et sa guerre économique contre le Venezuela

Chaque jour les mafias de la contrebande font passer de grandes quantités d’essence vénézuélienne (la moins chère du monde), d’aliments, de médicaments, de toutes sortes de produits pour les revendre avec un bénéfice énorme en Colombie.

María Fernando Barreto

En direct de la frontière Venezuela-Colombie

Combien des plus magnifiques récits de la littérature universelle commencent à la croisée des frontières… Avec le temps, les frontières ont condensé les conflits sociaux, la complexité politique et une hybridité culturelle qui les rend fascinantes. Mais passer en ce moment la frontière qui sépare le Venezuela et la Colombie en emportant dans son sac à dos une certaine conscience de l’Histoire implique, en outre, de trouver un orifice par lequel on observe deux guerres : la guerre contre la Révolution Bolivarienne et la guerre de l’Etat colombien contre son propre peuple.

Une première image de la Colombie de cette époque s’est présentée à moi dès que j’ai passé le pont : les vigiles privés qui surveillent les bureaux de migration et traitent les citoyens avec la même arrogance qu’une police nationale. Ces organismes de surveillance privée prolifèrent maintenant en Colombie comme de véritables corps para-policiers. Les groupes paramilitaires semblent s’être fondus dans l’Etat même, les tueurs à gages contrôlent les villages, un silence qui ressemble à de la peur prédomine et la pauvreté de la campagne contraste avec une augmentation des centres commerciaux et des espaces publics enluminés qui aveuglent dans les villes. Il n’y a pas de paix en Colombie, seulement un changement dans la façon de faire la guerre.

Où sont à présent les groupes paramilitaires les plus « organisés » qu’on voyait dans les villes de Colombie ? Ai-je demandé à une camarade qui vit dans l’un des villages autrefois contrôlé par le « Cartel de Cali ».

Alors, les plus durs ont émigré au Venezuela, m’a-t-elle répondu. Là, ce qui reste, c’est un tas de tueurs à gages.

J’ai du mal à l’avaler. En Colombie, même le trafic de drogues a perdu sa souveraineté. D’autres questions inquiètes interrompent mes réflexions.

  • Est-il vrai qu’au Venezuela, on mange des cafards pour survivre ? Est-il vrai que Maduro est un dictateur?
  • Alors, moi, je fais attention pour ne pas grossir – réponds-je ironiquement. Où as-tu entendu ça sur le Venezuela ?
  • Sur RCN, sur Caracol (médias privés, hégémoniques en Colombie, NdT)… partout.
  • Et as-tu entendu sur RCN, sur Caracol, qu’on a tué plus de 187 dirigeants populaires en Colombie cette année ?
  • Non…
  • Et voilà : c’est parce qu’ils mentent sur le Venezuela de la même façon qu’ils mentent sur ce qui se passe en Colombie
  • Ah ! Et pourquoi tant de Vénézuéliens passent-ils la frontière tous les jours ? Pourquoi y a-t-il des gens du Venezuela qui demandent de l’argent dans les rues de Bucaramanga?

Je réponds aux questions de mon interlocutrice par une analyse des chiffres que donne le Gouvernement colombien lui-même et bien qu’elle soit satisfaite, je reste pensive. Où il y a une frontière, il y a de la contrebande, où il y a des contrôles, il y a des affaires parallèles mais avec le Nord de Santander, il y a tout ça et bien plus. Il y a une véritable économie parallèle, il y a une para-politique et évidemment, il y a des paramilitaires.

La seconde image est celle que dessine cette économie parallèle qui se développe à Cúcuta: à seulement 200 mètres. Du pont qui marque la frontière, on voit plusieurs pâtés de bureaux de change qui se consacrent exclusivement à l’achat et à la vente de bolivars et où il est très facile d’obtenir des billets vénézuéliens de 100, 500 et 1000 bolivars.-

  • Combien vous achetez le bolivar ?
  • 5 et demi.
  • Combien vous le vendez ?
  • 6 et demi.
  • Vendez-le moi à moi, mademoiselle, je l’achète à 8 !

Décontenancée, j’essaie de trouver la réponse et un million de bolivars en billets de 1 000 est remis sous mon nez. J’insiste.

  • Mademoiselle, pardon, il m’explique qu’il veut dire 5 et demi.

La réponse a dépassé la réalité :

  • 5 et demi, c’est 0.055 centimes de peso.

Je cligne des yeux, je réfléchis. Alors que la semaine dernière, à la Banque de la République de Colombie, 1 bolivar tournait autour de 300 pesos, à Cúcuta, 1 peso vaut environ 18 bolivars!

C’est que Juan Manuel Santos, le prix Nobel, est un spécialiste dans les offres d’actions pour la paix qu’il ne réalise pas ensuite. Il l’a fait avec les FARC-EP, il l’a fait avec le Gouvernement vénézuélien. Face à la crise économique qui s’est déchaînée au Nord de Santander quand, en 2015, le président Maduro a pris la décision souveraine de fermer la frontière monsieur Santos a offert de demander une abrogation de la résolution 8 de 2000 de la Banque de la République de Colombie qui permet à la main sale et criminelle du marché de réguler – selon le mythe de la loi de l’offre et de la demande – la valeur du peso colombien par rapport au bolivar sans passer par la Banque Centrale du Venezuela et, mieux encore, sans utiliser aucun paramètre économique.

Le président colombien n’a rien fait, cette résolution qui n’est rien d’autre qu’une version colombienne du « laissez faire » c’est à dire « faites ce que vous voulez », dans ce cas, avec la monnaie du pays voisin, reste en vigueur.

Il y a plus d’un an, j’ai écrit un article pour expliquer de la façon la plus didactique possible comment opère l’économie parallèle que ces agents de change soutiennent. Peu de choses ont changé depuis lors. Selon la CEPAL, il n’y a pas d’explication économique à ce dollar parallèle ni au prix qu’on donne du bolivar à Cúcuta, ce n’est pas non plus Dolar Today qui fixe le prix du bolivar à Cúcuta mais c’est ce prix qui définit la valeur du dollar parallèle au Venezuela. Mais l’Etat colombien ne va pas abroger volontairement cette résolution parce qu’elle lui permet :

  • D’être à l’avant-garde de la guerre économique contre le Venezuela. Un rôle qui lui a été assigné depuis ce qui est encore (pour l’instant) l’épicentre du capitalisme mondial.
  • De faire des bénéfices exorbitants sur la contrebande d’extraction d’aliments, de combustible et de ressources minières en provenance du Venezuela. Ce sont les mafias liées à ces secteurs qui en profitent essentiellement, certaines transnationales et Ecopetrol. Des produits qu’une série de décrets a essayé de légaliser en Colombie, d’intégrer au PIB et générer ainsi des sources de « travail » dans les villes frontalières.
  • Et enfin, mais c’est moins important, cette résolution lui permet de « légitimer » des capitaux, c’est à dire de blanchir l’argent provenant du commerce de la drogue qui, selon le dernier rapport de la DEA, a augmenté de plus de 30% l’année dernière en Colombie.

Le Gouvernement vénézuélien a pris de nombreuses mesures pour essayer d’amortir les effets de cette guerre économique. Mais la vérité est que tant que cette résolution n’est pas abrogée, les efforts vénézuéliens seront vains. Santos lui-même, son personnel, les économistes vénézuéliens de droite et les économistes vénézuéliens de gauche assez « égarés » à mon goût rendent les contrôles responsables de l’existence de cette économie parallèle et nous proposent de libérer le dollar pour que la « main invisible » (et sainte?) du marché régule la valeur des devises que l’Etat vénézuélien produit à 95% grâce à l’exportation du pétrole et non grâce aux entreprises privées.

Il serait un peu plus cohérent de dénoncer, par exemple, les dégâts que cause cette résolution de la Banque de la République de Colombie à l’économie vénézuélienne devant les organismes internationaux, d’exiger son abrogation immédiate et une réparation économique pour le Venezuela. Mais là, apparaissent de nouveau ceux qui défendent l’assassin : s’il y a contrebande d’extraction, c’est parce qu’il y a des subventions, s’il y a le dollar parallèle, c’est parce qu’il y a un contrôle des changes et si on te viole, c’est parce que tu sors dans la rue habillée d’une façon très provocante. Certainement, il faut admettre, par exemple, qu’il manque une certaine sorte de devise – ce ne doit pas être le dollar – qui permette le commerce légal entre la Colombie et le Venezuela. Mais il est indubitable que le Gouvernement vénézuélien a le droit et le devoir de protéger ses devises et ses biens et d’envisager un modèle économique différent du modèle colombien, excluant et violent.

Cependant, le Venezuela n’est pas une île, il est à côté de l’un des pays d’Amérique où les inégalités sont les plus fortes et qui est le plus important producteur et exportateur de cocaïne au monde. Le narco-Etat colombien assassine, exploite et contrôle son propre peuple grâce à de multiples appareils légaux (comme les entreprises de la communication) et illégaux (comme la drogue dont la consommation est visiblement plus importante de jour en jour), réprime la protestation du peuple grâce à des corps de sécurité aussi sanguinaires que l’ESMAD et se renforce grâce à des corps de sécurité privés, des armées paramilitaires et des tueurs à gages. Il signe des accords de paix qu’il ne respecte pas, laisse totalement impunis les assassinats de ceux qui osent penser différemment, privatise les services de base et instaure la flexibilisation du travail. Mais il réussit à convaincre une bonne partie de son peuple que ce n’est pas là mais à côté qu’il y a une dictature.

La Colombie n’a pas la souveraineté pour se soulever, elle a le statut de pays hôte des Etats-Unis pour être la protagoniste de la guerre économique et de l’invasion paramilitaire du Venezuela.

Evidemment, les processus historiques ne sont pas des contes de fées. La volonté ne suffit pas pour que la décision souveraine du Venezuela se réalise dans ce contexte géopolitique. La République Bolivarienne du Venezuela pourra seule construire sa réalité concrète sans jamais perdre de vue les objectifs du projet bolivarien que nous construisons selon les orientations du Commandant Chávez, c’est à dire sans faire de concessions stratégiques. Mais il est évident aussi qu’en matière économique, des mesures qui l’obligeront stratégiquement à entrer dans le jeu du marché international sont urgentes.

Il faut attendre que cela se fasse en prenant soin de ne pas être dévoré ni entraîné par leur inertie. Une tâche politique et économique difficile et complexe pour le Gouvernement vénézuélien mais une tâche impérative au début de cette nouvelle année. Il est vital de trouver des mesures économiques unilatérales qui permettent de résoudre le problème que ces bureaux de change causent au pays. On a pour cela le soutien des pouvoirs hégémoniques émergents comme contrepoids pouvant être utilisés en notre faveur, non comme de nouveaux modèles à imiter. Le Venezuela ne doit pas se rendre et la gauche vénézuélienne ne peut pas non plus être paralysée par des purismes anti-dialectiques abstraits et idéalistes. En 2018, il faudra prendre des mesures très différentes en matière d’économie et de finances et, certainement, « le Petro » est un bon indice.

Mais au quotidien, l’homme, la femme, les enfants qui font ou non une révolution foulent la terre. Ils traversent des fleuves et passent des frontières. Ils vont et viennent de San Antonio del Táchira à Cúcuta ou de n’importe lequel des dizaines de villages de cette frontière vivante sur laquelle s’étend un front de guerre économique contre la Révolution Bolivarienne. C’est ça, le terrain des grandes décisions. C’est là que le Gouvernement vénézuélien doit récupérer sa capacité à gouverner.

Enfin, cette fois du point de vue du temps, entre l’année qui s’achève et l’année qui débute, je me demande : nous, les principales victimes du narco-Etat colombien subordonné aux Etats-Unis, nous sommes 2 – d’un côté le peuple colombien qui résiste et de l’autre, le peuple et le Gouvernement du Venezuela qui luttent pour construire leur propre projet historique – qu’attendons-nous pour nous unir plus ?

Source en espagnol : http://misionverdad.com/opinión/guerra-economica-y-paramilitar-contra-venezuela-una-cronica-desde-la-frontera-con-colombia

Traduction : Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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Caracas – Cucuta, sur la route du marché noir

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Par Marco Teruggi. 20 décembre 2017. Les billets de bus sont revendus au marché noir; on revend les places directement dans les bus, et on vous revend des billets plus chers que leur valeur pour que vous puissiez acheter le billet de bus qu’on ne peut plus payer avec la carte électronique; ailleurs on revend des emplacements dans les queues, de l’essence, des cartes à puce à un particulier ou un intermédiaire pour recharger de l’essence quasi gratuite au Venezuela et la revende ensuite bien chère en Colombie. Faire le trajet de Caracas à la frontière colombienne c’est  procéder à une radiographie approfondie de la situation économique du pays. C’est dépeindre un tableau qui, en cette fin de 2017, nous parle d’une dynamique croissante de guerre, et qui dit la recomposition en cours dans les sphères économiques, sociales et éthiques.

Pour résumer ce qui est en train de se produire: là où apparaît un besoin, il y a l’opportunité de faire une affaire… Et le Venezuela croule sous les besoins, provoqués par les attaques internationales qui cherchent à asphyxier le pays, par le grand patronat, la corruption ou le piratage des canaux de distribution. Nous sommes dans une société exposée à une faiblesse de l’offre face à un excès de demande. Ceux qui possèdent des biens profitent de la situation pour réaliser des profits colossaux et spéculer aux dépens de la majorité de la population. Ce n’est pas qu’il y ait pénurie de produits, mais les circuits d’approvisionnement ne sont pas ceux qu’ils devraient être.

Bien sûr, chaque secteur a de quoi justifier cet état de fait. Pour ce qui est du secteur des transports de passagers, par exemple, le coût des pièces de rechange et les difficultés d’approvisionnement en essence entraîneraient une diminution du nombre de véhicules en service. Entre nous, la chose est plus complexe car nous sommes là clairement dans un cas de maximisation du chiffre d’affaires. Il n’y a plus de billets en vente aux guichets, mais à quelques mètres à peine on les revend au marché noir. Les entreprises n’acceptent plus d’être payées avec la carte électronique, ainsi elles peuvent revendre à la frontière le liquide acquis, avec des marges importantes. On justifie un surcoût en disant que c’est le dernier bus en partance, sauf que des derniers bus en partance, il y en a toutes les heures ! Les transporteurs jouent gagnant à tous les coups ! Rien de tel que la victimisation classique pour justifier ce qui n’est qu’un vulgaire vol…

Et les passagers sont disposés à payer 150 à 200 mille bolivars en espèces ! La majorité d’entre eux vont à la frontière pour revendre certains produits acquis en territoire vénézuélien, puis en acheter d’autres qu’ils écouleront au Venezuela; ou bien ils s’exilent pour chercher du travail. L’image qui nous est renvoyée de ces mouvements est celle d’une portion de la société vénézuélienne qui a trouvé dans le système de marché noir un moyen de s’en sortir parce qu’ ils ne peuvent plus vivre avec le salaire minimum, d’une fraction de la population qui a intégré de fait les circuits de contrebande organisés par les mafias en connivence avec le gouvernement colombien et les réseaux de corruption. Ce n’est évidemment pas le problème central mais bien la conséquence d’une économie en récession  – récession due en partie à ces structures de contrebande et qui contraint les gens à chercher comment générer des ressources-.

Combien sont-ils ceux qui font quotidiennement le chemin vers la frontière ? Difficile de donner des chiffres. On peut parler de beaucoup de personnes, c’est l’impression que cela donne quand on voit le mouvement vers la frontière et son passage. C’est impressionnant. Quant au nombre de vénézuéliens qui ont émigré cette seule année par diverses voies, des sources donnent le nombre de 2,5 millions de personnes.

Au fur et à mesure que l’on se rapproche de la Colombie, d’autres signaux nous interpellent. La quantité de nouveaux billets vénézuéliens se raréfie; les billets de 100 mille bolivars sont revendus de l’autre côté de la frontière avec 100% de bénéfice : on paie en espèces et on reçoit un transfert sur son compte en banque. L’échange Bolivar-Peso colombien est au plus bas : pour 1 million de bolivars on reçoit 60 mille pesos colombiens en espèces. Côté vénézuélien, il ne reste plus que les vieux billets, que les maisons de change refusent d’échanger et dont le volume augmente au fur et à mesure que leur pouvoir d’achat diminue. C’est ainsi qu’au marché municipal de La Pedrera, état de Táchira, les paiements se font en grande partie avec des billets de 50 et 100 bolivars, c’est-à-dire des sacs de billets ! Les épiciers de quartier ne les comptent plus, ils les pèsent ! 50 mille bolivars en billets de 50 bolivars cela représente une quantité de x grammes, la moitié en billets de 100. Le commerçant a sa balance en permanence, les prix augmentent quotidiennement ou presque.

Beaucoup de ces problématiques ne sont pas nouvelles. Ce qui est nouveau c’est le degré d’importance, la quantité de personnes impliquées, et de voir comment peu à peu la logique de marché noir gagne de plus en plus de domaines de la vie économique. Cela va de pair avec les difficultés croissantes de la situation économique. Quelles alternatives s’offrent à une famille vénézuélienne en 2017 ? Gagner plusieurs salaires minimums n’en est sûrement pas une. Pas question de justifier ce qui se passe, mais on est en droit de penser que face à tout problème il est logique de chercher des solutions, aussi efficaces, illégales ou massives soient-elles. On connaît les conditions de voyage vers la frontière : les coûts comprennent le prix du voyage, en espèces évidemment, le logement, le capital à prévoir pour acheter des marchandises et les faire passer, sans compter les risques inhérents. Et quiconque voyage sans objectif économique sait aussi à quoi s’attendre ; le transport par bus est la seule et unique option, il est quasiment impossible d’obtenir des billets d’avion.

Parler de revente c’est parler de corruption ; de cette micro-corruption qui gangrène tout le tissu social, au point de se normaliser, de devenir une pratique courante, qu’on est réduit par impuissance à tolérer. Cette micro-corruption se connecte avec la grande corruption, celle des hautes sphères, contre laquelle le Procureur général a lancé une offensive depuis le mois d’août dernier. La situation d’ensemble de l’économie ne se résume pas à cet aller-retour quotidien vers la frontière, qui ne concerne qu’une partie de la population, mais résulte bien de cette politique agressive contre le pays, conduite avec la complicité active des mafias qui ont un temps été capables d’affaiblir la nation et de freiner son redressement. On sait pertinemment qu’elles sont actives dans l’industrie pétrolière, et dans les diverses branches du secteur des importations; sinon où ailleurs le pourraient-elles ?

Quand je dis que la micro-corruption s’est connectée à la grande corruption, je fais allusion à  cette impunité qui a longtemps prévalu dans les hautes sphères et qui a irrigué les niveaux inférieurs de la vie sociale. En partant de cette hypothèse, on imagine très bien quel message a bien pu être distillé durant toutes ces années d’impunité ostentatoire. La culture de la corruption, au Venezuela ne s’est pas développée de façon souterraine, bien au contraire. Les mauvais exemples ont proliféré, la perte de crédibilité en a été multipliée. La politique répressive à l’encontre du petit revendeur à la sauvette ne résout pas le problème, elle ne fait que créer une réponse médiatique immédiate à une aspiration urgente de la société à plus d’autorité. Et la situation ne va pas se résoudre ni s’inverser en arrêtant seulement les personnes qui cachent de la viande sous leurs habits pour la revendre en Colombie, alors qu’on laisse passer ceux qui font traverser des troupeaux ou ouvrent des voies clandestines. Bien au contraire : la répression devrait frapper plus en amont pour bien montrer où est la principale cause du problème.

Voilà donc ce qui ressort des enquêtes actuelles sur la corruption menées par le nouveau procureur général. Pour qu’il existe un délit tel que le détournement de fonds il doit y avoir une complicité directe ou indirecte dans les hautes sphères du pouvoir. Frapper précisément là est un message clair et nécessaire qui peut avoir un effet  intimidant. Cela montrerait que la révolution elle-même a la volonté politique de combattre un problème national, de souveraineté, d’intégrité, d’éthique enfin. Elle indiquerait au pays par une action exemplaire qu’elle peut parler avec la voix de l’autorité, cette autorité qui est réclamée par les gens dans tous les recoins du pays, les terminaux de passagers, les stations essence, les frontières. Juger des dirigeants chavistes comme Eulogio del Pino permet et exige que l’on aille plus loin et plus à fond. Certes, quelques entrepreneurs ont été arrêtés ; mais combien d’autres encore doivent l’être ? Là aussi c’est en haut qu’il faut frapper, au sein même de la grande bourgeoisie.

Ce phénomène chaque jour plus parasitant du marché noir, de la spéculation, des allers-retours à la frontière n’impacte pas uniquement  la sphère économique. Il a des implications dans le domaine social, il induit la rupture des liens, l’affaiblissement de la force politique, le désintérêt pour le politique et pour  la recherche de solutions comme unique finalité. Les possibles recompositions qui s’opèrent dans l’ombre sont difficiles à évaluer et à discerner dans l’immédiat ; elles sont potentiellement dangereuses et représentent l’antithèse de la culture chaviste qui place par-dessus tout le souci d’une réponse collective, solidaire et partagée  aux problèmes. Il  est difficile de penser qu’une société exposée durant de longues années  à une telle situation puisse continuer sur sa dynamique, ses valeurs, sa conception de l’altérité.

Cette fin d’année est marquée par un déphasage entre le moment politico-électoral et le moment économique. Le chavisme a réussi à récupérer l’initiative dans le premier de ces moments, à le stabiliser et le maîtriser. C’est le contraire qui se produit dans le second. Combien de temps encore le fossé entre les deux va-t-il se creuser sans dommage majeur? Je n’ai pas la réponse, seulement une interrogation qui se fait chaque jour plus aigüe quand on sillonne de long en large un pays qui réclame des mesures immédiates, qui exige plus d’autorité et de justice. Ce n’est pas seulement l’affaire du gouvernement : le peuple aussi dans ses diverses composantes et organisations a toute sa place dans la construction d’une réponse efficace ; mais au vu de la dimension du phénomène décrit il apparaît clairement qu’on ne pourra pas avancer sans une direction ferme et inflexible de la part du gouvernement.

Marco Teruggi

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/12/22/caracas-cucuta-el-camino-de-la-reventa/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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Au Venezuela, la souveraineté commence par les semences

L’un des enjeux les plus importants de la Révolution Bolivarienne est la construction d’un modèle de production agricole qui garantisse la sécurité et la souveraineté alimentaires, aujourd’hui plus que jamais menacées, et qui offre une alternative au système capitaliste de l’agro-industrie, destructrice et prédatrice. Il s’agit d’un programme ambitieux, qui repose sur un grand nombre d’expériences déjà réalisées dans ce sens dans tout le pays. C’est maintenant au tour de l’Etat de jouer, en instaurant des politiques publiques qui permettront de multiplier ces expériences sur le long terme, de les renforcer et d’en étendre le champ d’application.

POUR UNE AGRICULTURE DIVERSIFIEE ET « ZÉRO DEVISES »

« La possibilité de construire un modèle alimentaire différent, diversifié et souverain fait partie d’une agriculture « zéro devises ». Le Venezuela reste fortement dépendant de l’importation de tous les éléments constituant la chaine de production de l’agro-industrie : depuis les semences jusqu’aux intrants et aux technologies. Il s’agit d’une chaine de production industrialisée des aliments autour de laquelle s’organise le « bachaqueo » : c’est le nom populaire donné au pillage des produits subventionnés au Venezuela pour les revendre à prix majoré (dans le pays lui-même mais aussi et surtout en Colombie ou dans d’autres pays voisins à économie strictement néo-libérale) et à la spéculation, alors même que ces systèmes de production agro-industriels ont depuis toujours bénéficié d’aides et de subventions de la part de l’Etat.

L’agrobusiness s’est développé au Venezuela grâce à  l’appropriation de la rente pétrolière et des biens publics par une poignée de familles ; si nous voulons construire un autre modèle, nous devons modifier tous les éléments de la chaine, des semences à la consommation », nous explique Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« .

Des efforts ont été faits dans le sens d’un tel changement tant par des institutions que par le peuple organisé. La Loi des Semences (2015), fruit de trois années de débats populaires constituants, en a été l’un des résultats les plus importants. Une vision agro-écologique s’en dégage, valorisant la semence indigène, afro-descendante, paysanne et locale. Anti-transgénique, anti-brevet et anti-privatisation, la Loi des Semences respecte la législature constitutionnelle selon laquelle le génome d’êtres vivants ne peut pas être privatisé et l’importation, la production et le semis de graines transgéniques dans le pays doit être interdite.

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Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« 

Actuellement, nous dit Ana Felicien, « de gros efforts sont faits par le peuple mobilisé pour produire et améliorer diverses variétés de semences autochtones, permettant de retrouver la diversité de notre patrimoine génétique et de diminuer notre dépendance aux importations. C’est déjà le cas pour les semences de maïs, de pommes de terre et de quelques autres variétés de légumes ».

AMELIORER NOS PROPRES SEMENCES POUR AMELIORER LA PRODUCTION

« Pour améliorer la production alimentaire, il faut commencer par les semences. Le soutien apporté par l’Etat dans cette optique existe mais doit être plus fort et plus efficace. La dépendance aux semences, outre le fait qu’elle limite la production, va à l’encontre de la politique voulue », affirme l’agriculteur Pablo Characo, producteur de maïs appartenant à la communauté de Guanape (Etat d’Anzoategui) et membre d’un réseau national de producteurs de semences. « Notre communauté travaille à la production et à l’amélioration des semences –en particulier celles de maïs- depuis dix ans et a obtenu de très bons résultats. Nous avons commencé à produire nos propres semences pour plusieurs raisons, mais avant tout par nécessité : les semences que nous nous procurions sur le marché n’étaient pas de bonne qualité et n’arrivaient que lorsque la saison des pluies était terminée. Nous étions aussi affectés d’un point de vue économique, car pour la majorité d’entre nous il est difficile d’acheter des semences importées en raison de leur coût élevé. Le simple fait qu’une semence vienne de l’extérieur peut lui faire perdre, à son arrivée dans le pays, toute garantie d’un bon rendement en raison du changement de climat et d’autres facteurs », nous explique Characo.

Le processus d’amélioration de la semence de maïs créole autochtone (comme l’ont nommée ses producteurs) a apporté de nombreux avantages à la communauté de Guanape. « Nous nous sommes rendus compte que la semence que nous produisions nous-mêmes était de meilleure qualité que celle vendue sur le marché. Tout d’abord parce que n’étant pas obligés de l’acheter, nous avons pu en baisser les coûts de production, ce qui nous a apporté des bénéfices et nous a permis d’améliorer nos conditions de vie ». Mais en dehors du point de vue économique, nous avons aussi pris en considération d’autres aspects pour améliorer nos semences : les conditions climatiques, sociales, politiques et culturelles. Par exemple, les pluies sont insuffisantes à Guanape, nous avons donc adapté nos semences à ce type de climat: elles n’ont pas besoin d’une trop grande quantité d’eau et résistent à la sécheresse. Par ailleurs, à part l’agriculture, nous faisons aussi de l’élevage (ovins, porcs, vaches, volailles) et nos semences, riches en protéines et à forte concentration d’amidon, servent d’aliment pour notre bétail. Nous avons pu vérifier que grâce à cette alimentation, les animaux prennent plus de poids et produisent plus de lait. Le maïs que produisent nos semences pèse plus lourd et est donc plus avantageux à vendre », selon lui.

« La semence que nous avons améliorée ne nécessite pas non plus un tas d’engrais chimiques pour produire, car nous avons adopté une approche agro-écologique : nous utilisons un humus de lombrics et de matière organique comme fertilisants, ainsi que des « contrôleurs biologiques » contre les maladies. Nous avons utilisé un seul produit agro-chimique à petite échelle pour les mauvaises herbes, mais nous cherchons à l’éviter afin de produire des aliments totalement naturels, de préserver la qualité de nos sols et le milieu ambiant. Car nous savons bien que les produits agro-chimiques utilisés en agriculture contaminent les cours d’eau et par conséquent affectent aussi notre qualité de vie », affirme Pablo Characo, qui rappelle que cette semaine, ils apporteront leur appui à d’autres communautés de Guasdualito (Etat d’Apure).

SAUVER LA DIVERSITE ET NOS SAVOIR-FAIRE 

A l’autre bout du pays, dans des communautés du plateau andin, on œuvre aussi à la sauvegarde de légumes autochtones, comme les pommes de terre natives, la cuiba, la ruba, entre autres. « Notre objectif est de sauver aussi bien la diversité des semences de légumes d’origine andine que les savoir-faire liés à leur emploi », explique Liccia Romero, professeure à l’Université des Andes (ULA)  et à l’Université Polytechnique Régionale « Kleiber Ramirez », et membre d’une petite équipe d’investigation qui depuis 18 ans travaille avec une communauté de l’État de Mérida, celle de Gavidia. « La production de pommes de terre de commerce est très dépendante de l’achat de semences qui doivent être renouvelées périodiquement pour échapper à la dégénérescence de la semence-tubercule. Cependant, les communautés paysannes utilisent une série de savoir-faire et un matériau qui rendent possible un refroidissement de longue durée de cette semence et ne connaissent donc par cette dépendance. Par conséquent, aussi bien le matériau -les semences dans toute leur diversité- que les compétences représentent des éléments-clés pour repenser un nouveau modèle productif ne dépendant pas du schéma commercial, de la certification des semences et de coûts de production élevés. Cette option doit être valorisée par nos politiques publiques, qui jusqu’à présent restent trop attachées à la certification.

« La semence paysanne doit être reconnue dans toute sa diversité et toute sa potentialité », soutient Liccia Romero, « la grande diversité de semences que possèdent ces communautés permettent d’obtenir de nombreux produits et  permet différents procédés de récolte, y compris leur conservation sur le long terme, (d’où l’appellation « pommes de terre annuelle »), fondamentale pour la souveraineté et la sécurité alimentaires. De plus, il s’agit de tubercules qui permettent d’adopter facilement un mode de production agroécologique et durable : ils ne nécessitent pas l’usage de produits agro-chimiques, que ce soit pour la conservation de la semence ou pour obtenir une bonne récolte. Ce sont des semences qui ont été sélectionnées pour leur capacité de résistance soit à des maladies dues aux nuisibles, soit à des conditions naturelles défavorables. Elles sont tout-à-fait adaptées au le contexte d’incertitude climatique que nous connaissons actuellement.

Pour l’instant, nous avons notre propre technique de semis à l’intérieur de l’espace communautaire de Gavidia. Au début nous étions 3 familles, maintenant nous sommes 25 à posséder et à reproduire nos propres semences. En-dehors de Gavidia, 17 autres agriculteurs en ont reçu et les multiplient. Mais cela représente un espace restreint, la plupart des familles continuant à dépendre des semences du commerce qui nécessitent beaucoup d’intrants chimiques, une fertilisation intense et de grandes quantités d’eau pour leur irrigation, donc d’une agriculture assez coûteuse », commente Romero.

« Pour que ces expériences puissent s’étendre, il leur faut l’appui d’une politique publique comprenant des programmes spécifiques allant dans ce sens ». L’Etat doit reconnaître la semence paysanne dans toute sa diversité et ses potentialités, en mettant en place des politiques d’incitation à cette forme d’agriculture. « Des organismes de financement comme FONDAS (1) par exemple pourraient lancer des programmes spécifiques pour répandre l’usage de cette catégorie de semences à l’aide de financements et de transferts de savoir-faire. Ce dont ces cultures ont un besoin essentiel, c’est d’une fertilisation organique, d’un sol bien aéré et d’un mode d’exploitation particulier, facilement transmissible. Notre équipe organise fréquemment des ateliers pour enseigner ces pratiques à de nouvelles familles d’agriculteurs qui les apprennent rapidement et les mettent en pratique. Mais notre champ rayon d’action est limité car nous sommes une petite équipe ».

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Une politique publique mise en place dans cette perspective devrait renforcer et accélérer les processus d’investigation, selon Liccia Romero : « L’une des difficultés que nous rencontrons, par exemple, est de trouver le procédé permettant de cultiver cette variété de pomme de terre à plus basse altitude, car jusqu’à présent elle n’a été produite qu’à Gavidia, qui est un plateau de haute altitude ».

Ces politiques publiques devaient aussi développer un marché plus étendu pour l’écoulement de variétés de pommes de terre native dont la culture ne satisfait pour le moment que l’autoconsommation locale : « elles ne sont pas produites en plus grandes quantités car leur commercialisation reste difficile, la plupart des gens ne les connaissant pas et étant habituée à consommer la pomme de terre de commerce. Cependant, les producteurs de cette sorte de pomme de terre préfèrent eux-mêmes acheter la pomme de terre native pour leur consommation personnelle : elle est plus goûteuse et plus naturelle. Ils ne consomment souvent pas les pommes de terre qu’ils cultivent, sachant très bien qu’ils utilisent de grosses quantités de produits agro-chimiques pour leur production », dit Liccia Romero. « Les autres tubercules d’origine andine, comme la cuiba et la ruba sont moins connues mais présentent un grand potentiel de culture agroécologique ainsi qu’une grande diversité de produits dérivés possibles. Ce sont nos propres produits qui contribuent à notre identité andine et vénézuélienne », conclut-elle.

Note

(1) Fond pour le Développement Agricole Socialiste : organisme public rattaché au Ministère du Pouvoir Populaire pour une Agriculture productive et des Terres. Lancé en 2009 par le biais d’une activité de production et d’octroi de crédits aux petites et moyennes unités de production afin d’améliorer la qualité de vie des communautés paysannes.

Source : http://www.albatv.org/La-soberania-comienza-por-las.html

Traduction : Frédérique Buhl

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« Il est urgent de renforcer la participation des petits paysans dans les prises de décision»

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La petite et moyenne production agricole et d’élevage fournit plus de 70% des denrées alimentaires produites sur tout le territoire vénézuélien, et joue un rôle économique fondamental dans l’acquisition de la souveraineté alimentaire. Son importance pour la Révolution Bolivarienne est également liée au renforcement du pouvoir communal et au développement d’une économie productive durable contribuant à la construction d’un modèle socialiste vénézuélien.

D’où le prix accordé à la production agricole et d’élevage à petite et moyenne échelle par le « Projet pour la Patrie », programme du Gouvernement Bolivarien pour la période 2013-2019, proposé par le Commandant Chavez et repris par Nicolas Maduro devenu Président. Mais ce programme est affaibli par une politique agricole peu judicieuse, peu cohérente et contre-productrice. A Alba TV, nous avons interviewé Gabriel Gil, petit éleveur de l’Etat de Lara, et Gerardo « Lalo » Rivas, membre de la Constituante représentant le secteur paysan, qui nous ont exposé les problèmes rencontrés et les solutions envisageables.

Un exemple concret : les œufs

« Nous sommes des « conuqueros » en lutte (petits producteurs propriétaires travaillant sur des parcelles intensives), nous continuons à soutenir le processus bolivarien et les actions du Président Nicolas Maduro. Dans un contexte de guerre économique, nous nous efforçons de produire avec un minimum de moyens. Mais depuis un certain temps, le Ministère de l’Agriculture Productive et des Terres (Mppapt) met manifeste malheureusement plus d’intérêt pour les grands producteurs, pour les grandes entreprises agricoles. Celles-ci constituent un secteur très spécifique, dans le sens où ces entreprises sont plutôt des « pseudo producteurs » dont l’activité réelle est l’importation de denrées alimentaires, d’intrants, de produits agrochimiques, de matières premières, de soja transgénique, entre autres joyaux, et non une production agricole efficace ».

Bien que l’on sache que ces groupes industriels sont des acteurs décisifs de la guerre économique menée contre le Pays, ils captent l’intérêt du Mppapt dans sa gestion actuelle, négligeant l’aspect social de la Révolution : les paysannes et les paysans ».

C’est le  témoignage de Gabriel Gil, qui a participé à la campagne pour un « Venezuela libre d’OGM » dont le résultat a été, en 2015, la conquête historique de la Loi des Semences (2).

« Après ce grand succès, nous avons décidé de nous consacrer à la production agricole et d’élevage à petite échelle et nous vendons des œufs et de la viande de poulet bien en-dessous  des prix spéculatifs. Nous vendons des œufs, du poulet et du fromage de chèvre bon marché à la « Foire des Petits Producteurs » à Caracas. Comme nous, près de 4000 petits producteurs élèvent chacun entre 400 à 600 poulets dans l’Etat de Lara. En nous unissant, nous pourrions produire plus de 1 million 600 000 œufs par jour » explique Gabriel Gil.

« Mais il y a trois mois l’entreprise « El Tunal » (3) nous a écrasé par sa tactique de dumping (4). Cette grande entreprise agricole a bénéficié de dollars à taux préférentiel de la part du Gouvernement pour importer des intrants destinés à la fabrication d’aliments équilibrés pour les poules pondeuses et autre bétail. Qu’ont-ils fait alors ? Ils ont baissé le prix des œufs pendant environ une semaine, puis augmenté le prix de l’aliment concentré. Ce qui va bien sûr provoquer la faillite des petits producteurs. Un peu plus tard, le prix du carton d’œufs a flambé : il est passé de 6000 dollars il y a 6 mois à 80 000 actuellement. Le dumping est une pratique illégale et les lois vénézuéliennes  -en particulier la Loi de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire – le sanctionne »,affirme-il.

« Face à cela, nous avons décidé de résister. Mais depuis quelques semaines, les entreprises de commercialisation et de production d’aliments destinés aux animaux d’élevage, dans notre cas des poules pondeuses et des poulets de chair, ont refusé d’en vendre aux petits producteurs » poursuit Gil en citant l’entreprise PROTINAL (qui appartient au groupe POLAR), CONCAVA, Aliments COLACA, LA PIEDRA et SUPERS.

« Nous élevons 570 poules. Nous essayons de nous convertir à l’agroécologie, mais pour le moment nous dépendons encore de ce type d’alimentation pour pouvoir assurer notre production. Malheureusement, nous en manquons depuis deux semaines déjà et celle que nous avons pu nous procurer est très chère et de mauvaise qualité ; de ce fait, la ponte de nos poules a beaucoup baissé et nous faisons tous faillite », assure Gil.

Selon lui, cette situation ne constitue pas une exception : »Nous sommes face à une pratique systématique et complexe pour casser le petit producteur au niveau national. Il se passe la même chose pour la production porcine à petite échelle ou pour les petites unités de production de café, du fait qu’elles n’ont pas accès aux intrants nécessaires pour leur fonctionnement ».

Le Mppapt n’a pris aucune mesure pour remédier à cette situation : « dans ce contexte de guerre économique, le Ministère est littéralement rayé de la carte. Ils ne viennent pas dans les communautés pour remettre aux producteurs (-trices)  les formulaires de permis de transport à ceux qui prennent le risque d’acheminer leur production à la ville ».  Ce qui les expose à l’extorsion et au racket de la part de militaires et policiers aux postes de contrôle, pratique qui s’est répandue avec les difficultés économiques du pays.  

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« Même si nous nous déplaçons dans un camion que nous a prêté l’Etat, ils te prennent de l’argent sous n’importe quel prétexte. Ils vérifient si tu as le permis de transport, si tu as l’extincteur, ils te menacent d’immobiliser et parquer ton véhicule et finalement tu es obligé de leur laisser une partie de tes produits ou une somme d’argent.

Selon le dernier recensement agricole, 82% des unités de production agricole sont de petite ou moyenne grandeur. Pour faire valoir leurs droits, il est indispensable qu’elles s’organisent. Actuellement, il n’y a plus d’organisation de petits producteurs(-trices) alors qu’entre 2005 et 2012, il en existait une très puissante. Sa désarticulation nous prive de tout moyen de pression sur le Ministère afin qu’il reprenne le chemin dont il ne devait pas s’écarter, celui indiqué par le président Chavez et dans lequel nous autres organisations populaires nous sommes engagées » remarque Gabriel Gil « mais nous recommençons à former un réseau de producteurs(-trices) libres et associés au niveau local ». Il propose par ailleurs de « lancer un appel au Président Nicolas Maduro et à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) pour qu’ils viennent sur le terrain affronter la guerre économique depuis les espaces de production« .

« Les crises sont faites pour trouver des solutions »

« Nous ne nous attendions pas à cela. En plus de subir cette guerre économique, le peu d’aide que nous recevons est attribuée aux grandes entreprises et les petits producteurs continuent de souffrir. N’étant pas organisés, on a du mal à se mobiliser » confirme Gerardo « Lalo » Rivas, député à la Constituante pour le secteur paysan et membre de l’Association de Producteurs Intégraux du Paramo méridional (PROINPA). « Il faut changer la politique économique et productive du Pays en faisant participer les paysans(annes) aux prises de décision sur les questions agricoles. Il y a sans cesse des réunions de parole où l’on discute mais sans jamais donner le pouvoir de décision au producteur ou au paysan. Alors on finit toujours par entrer en conflit », selon Gerardo Rivas.

Il donne l’exemple actuel de la fixation des prix : « Dans le cas du café, nous avons accordé un prix mais dans le « Journal Officiel » c’est un autre prix qui est publié. Cela ne devrait pas se produire. Si l’on parle d’une loi des prix convenus en premier lieu avec le producteur, il n’est pas normal que l’Etat en fixe d’autres ensuite ».

« Pour ce qui est du soja destiné à la consommation animale : qui nous le fournit ? L’Etat. Que le distribue ? L’Etat mais en passant par les grands producteurs comme PROTINAL –qui se débarrasse des poulets aux passage- au lieu de le donner directement au producteur qui élève 1500 à 2000 poules. La tendance est toujours de favoriser le grand producteur alors que de tous temps et dans le monde entier, ce sont les petits producteurs qui fournissent la plus grande partie de l’alimentation », soutient Gerardo Rivas.

« De plus, ce soja est transgénique. Or, au Venezuela, la Révolution Bolivarienne a dit NON aux OGM, mais nous devons malheureusement bien l’avouer : nous en consommons, car la viande que nous mangeons provient d’animaux nourris avec du soja transgénique » (7). Rivas assure qu’au Venezuela « nous avons nos propres semences de soja et sommes tout à fait en mesure de le produire »,nous libérant ainsi du soja transgénique et du coût de son importation. Mais l’obstacle à surmonter dans ce cas seraient les intérêts de ceux qui tirent profit des importations et des dollars préférentiels de la rente pétrolière. En ce qui concerne le projet actuel du Conglomérat AGROSUR, créé par décret présidentiel fin septembre pour renforcer le moteur agroalimentaire de la Nation, Gerardo Rivas soutient « que la participation des petits producteurs et des Communes à AGROSUR est indispensable, pour qu’elle ne devienne pas une corporation inutile de plus. L’Etat doit la gérer AVEC la participation et la supervision du Pouvoir Populaire, dont les membres, paysannes et paysans possédant un savoir-faire productif, doivent faire partie du Comité directeur ».

Mais cette participation doit être conquise, car la Loi émise récemment par l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le fonctionnement d’AGROSUR, même si elle donne met en avant la participation du Pouvoir Populaire pour ce qui concerne la production, ne lui accorde pas d’espace au niveau de sa plus haute autorité et organe décisionnel : le Comité de Direction, dont les membres sont désignés de manière verticale par le Président de la République et le (la) Ministre de l’Agriculture Productive et des Terres, qui choisit aussi les membres du Conglomérat (parmi les entreprises du secteur public, les organisations productives de base du Pouvoir Populaire et les entreprises privées).

« Tous ces problèmes sont traités par l’ANC », assure le Constituant :« J’ai intégré la commission Economie, j’y ai exposé ces idées, mais les procédures sont très lentes. La situation du Pays exige pourtant des réponses plus rapides. Nous sommes en état de guerre non conventionnelle, mais des solutions existent : parfois même les crises ont lieu pour que des solutions puissent émerger. L’une d’elles est de produire nous-mêmes ce que nous consommons. Il y a des gens qui y travaillent déjà, qui sont des pionniers mais qui ne sont pas pris en considération. Il faudrait multiplier les expériences. Nous réunissons toutes les conditions pour produire ce que nous consommons : de l’eau, des terres, des gens qui ont du savoir-faire, des techniciens(ciennes), des gens formés, des producteurs qui veulent sont prêts à travailler dur et même des gens qui ne font pas confiance au Gouvernement  mais doivent vivre de leur métier de producteur.

« PROINPA a justement été créé dans l’idée de changer le système. Cette organisation formée depuis quelques années cherche des solutions de manière collective. Nous avons bien avancé dans la production de semences de pommes de terre : depuis 2 ans déjà nous n’en importons plus. Nous nous occupons maintenant des semences de carottes, d’ail, de céleri, de stevia. Nous ne traînons pas, nous continuons à innover », conclut-il.

IA/ALBA TV/2017

Notes:

(1) Dans le Venezuela bolivarien, la production et le semis de graines transgéniques sont interdits, c’est le résultat de la campagne « le Venezuela libre d »OGM » qui, après trois années d’une grosse bataille juridique aboutit à l’élaboration collective de la Loi de Semences (2015) anti-OGM, anti-brevet et anti-privatisation respectant l’obligation constitutionnelle selon laquelle le génome d’aucun être vivant ne peut être privatisé au Venezuela. Il n’existe cependant pas de  contrôle similaire sur les importations de matières premières et de denrées alimentaires à l’état de produits finis.

(2) cf. Note ci-dessus

(3) L’entreprise « El Tunal » fait partie d’un puissant empire (trust?) économique de l’Ouest du Venezuela dont Alejo Hernandez (alias « El Tonillo ») est le propriétaire.

(4) Le dumping est défini comme une pratique de concurrence déloyale par laquelle une entreprise vend ses produits à un prix inférieur au coût de production pour éliminer la concurrence et établir un contrôle ou un monopole sur le marché.

(5) VIIème Recensement Agricole, réalisé en 2008 et 2009, publié en 2011 par le Ministère de l’Agriculture et des Terres (MAT)

(6) Voir la création de rareté par cette entrerise privée via l’enterrement d’animaux vivants:  https://ciudadvalencia.com.ve/pollitosenterradosvivos-protinal/ et http://vtv.gob.ve/guerra-economica-empresa-protinal-bota-miles-de-pollos-aptos-para-el-consumo-humano/

(7) voir note (1)

Source: http://www.albatv.org/Urge-la-participacion-campesina-en.html

Traduction: Frédérique Buhl

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