« Dans les processus révolutionnaires, démocratiser la communication est stratégique » (Journal CoLatino, El Salvador)

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Gloria Silvia Orellana
@SilviaCoLatino

Thierry Deronne, cinéaste, professeur universitaire et journaliste, est convaincu que la démocratisation d’une société passe par le renforcement du rôle du peuple et de ses histoires, comme il l’enseigne, et que cela renforce le processus révolutionnaire dans la République Bolivarienne du Venezuela. Deronne, qui est arrivé au Venezuela en 1994, venant de Belgique, a fondé, avec d’autres professionnels vénézuéliens de l’audiovisuel, l’ « Ecole populaire latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre » .

¿Pourquoi cet intérêt pour la communication des communautés?

Ce sont deux processus, les gens ont déjà leurs histoires, et évidemment nous partons de l’idée qu’il faut leur donner les outils pour renforcer le rôle principal du peuple, comme nous l’enseignons à l’université. Pour créer véritablement un processus de démocratisation il est important que le peuple joue le rôle principal, comme pour tout le processus révolutionnaire que nous sommes en train de vivre au Venezuela. Nous devons enseigner les nouvelles formes de communication sociale, pour que, lorsque s’ouvriront de nouveaux espaces de diffusion des acteurs audiovisuels, l’on ait une nouvelle forme et de nouveaux contenus.

¿Estimez-vous que cela a été un plus pour le concept de communication?

Quand je parle d’outils, je ne veux pas seulement parler des techniques, mais précisément d’un rapport au contenu. On tombe souvent dans le piège qui consiste à les séparer, d’un côté l’idéologie, de l’autre la technique. Et ce divorce est un danger, c’est un piège. En fait, nous leur expliquons qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau, et c’est là qu’est le saut qualitatif, une technique qui peut apporter un grand changement dans la communication.

¿Quelle est votre lecture dans le contexte politique actuel du Venezuela?

De manière générale, la réalité au Venezuela est bonne, bien que les medias soient entre les mains des grands groupes de pouvoir, mais je peux te dire que nous sommes un système démocratique qui se développe, nous savons qu’il y a une overdose d’élections, il y a eu plus de 25 scrutins en 18 ans, dont la légitimité et la transparence ont été certifiées par des présidents ou des représentants de cours électorales ainsi que par des experts de différentes latitudes de l’Amérique latine. Et nombreux de ces présidents électoraux qui ne sont pas proches de l’idéologie bolivarienne, mais qui sont des experts, ayant une longue expérience des processus électoraux, ont toujours corroboré et réaffirmé la transparence e des processus, mais ce qui caractérise véritablement cette démocratie vénézuélienne, c’est le Pouvoir Populaire.

¿Comment les institutions jouent-elles leur rôle?

Au-delà de la nature représentative de la démocratie, je crois que la démocratisation vient de la croissance en droits. Toutes les semaines, l’assemblée constituante élue l’année dernière mobilise pour une action, des mouvements sociaux ou de collectifs féministes. Et de cette manière, tout ce que l’on peut imaginer comme mouvement social cherche sa lutte aux côtés de ses représentants sectoriels et des députés à la Constituante. Car les députés ne sont pas seulement les députés des territoires, ils représentent aussi des secteurs, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les mouvements de femmes et les travailleurs font appel à leurs députés. Et à mon avis, il n’y a rien de tel que la mobilisation permanente pour que les revendications ou les pétitions ne tardent pas, ne soient pas reléguées au second plan. C’est comme une marmite toujours en ébullition, pleine de propositions. Grâce à cette participation populaire, peu à peu on vient à bout du monstre bureaucratique, pour en faire quelque chose de beaucoup plus contrôlé et efficace. C’est ce travail que nous appelons le pouvoir populaire.

¿Comment le pouvoir populaire relève-t-il les défis de la situation économique et sociale?

Il y a un secteur privé qui contrôle plus de 80% de la production et de la distribution nationales, ce qui te donne une idée des moyens qu’ils ont de créer les phénomènes de pénurie et de hausse permanente des Prix. Pour y faire face, le gouvernement travaille à deux niveaux, par l’augmentation du salaire, pour protéger le pouvoir d’achat des gens. Il y a deux mois on a presque atteint les 100%, mais le secteur privé a répliqué par une hausse des prix des produits quasiment dans la même proportion.

Cela fait dix jours que l’Etat contrôle les marchés municipaux, où se trame la manipulation des prix, avec la contrebande vers la Colombie. Le travail a été progressif et peu à peu on attaque la structure même de la spéculation, l’Etat cherche à protèger les voies vitales de production et de distribution pour les gens. Autre aspect du pouvoir populaire, la création des Comités locaux d’approvisionnement, c’est une nouvelle stratégie à laquelle a obligé la guerre économique, mais qui est intéressante car elle a réveillé à nouveau le mouvement populaire, qui était atténué depuis la mort d’Hugo Chavez.

Cela a conduit à la création de nouvelles stratégies de survie qui se sont substituées au conseil communal, et ce réveil de l’organisation populaire a joué un rôle stratégique dans la récente victoire électorale.

¿Comment abordez-vous la guerre médiatique?

On ne peut plus remettre vraiment à plus tard une initiative commune ou de démocratisation des médias. C’est inévitable, nous sommes dans la caverne de Platon, où les reflets arrivent à travers les medias hégémoniques, qui sont entre les mains des groupes du pouvoir économique qui sont ceux qui font la guerre médiatique.

Je vais te donner un exemple: l’image constante du Venezuela dans les medias, avec une grande intensité, pour justifier une invasion étrangère par une soi-disant crise humanitaire. Ou bien quand un expert de l’ONU, Alfred Maurice de Zayas, spécialiste en situations humanitaires qui travaille depuis vingt ans en Afrique, qui a publié de nombreux livres et qui enseigne dans de nombreuses universités sur la question de la crise humanitaire affirme qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, mais un défaut d’approvisionnement et qu’il faut différentes manières pour l’éviter.

¿Quel est l’intérêt des Etats-Unis au Venezuela?

Il y a deux niveaux d’appétit de l’empire des Etats-Unis pour le Venezuela. Les grandes réserves de pétrole sont mondialement connues, de même que d’autres richesses comme l’or et d’autres métaux, ainsi que des ressources naturelles qui intéressent les multinationales. Il y a un deuxième aspect que l’on oublie parfois, le plus important: “l’exemple politique”, cet élan qu’a donné la Révovolution Bolivarienne à de nombreux autres peuples qui aspirent à l’émancipation et à la construction d’alternatives au Capitalisme Libéral.

¿Quels sont les défis pour la gauche latino-américaine?

Le défi pour la gauche est d’apprendre à gérer les problèmes des critiques, sans les couvrir, mais au contraire en saisissant l’occasion pour aller à la rencontré des demandes et offrir de solutions , pour consolider la formation permanente du peuple , nourrir la politique publique. Il faut abandonner le verticalisme, le manque d’écoute ou les séparations bureaucratiques. Cette inconscience a coûté cher à la gauche dernièrement. C’est une leçon de plus, nul besoin de pessimisme,  c’est à partir du pouvoir populaire qu’on créera les changements.

Source : https://www.diariocolatino.com/en-procesos-revolucionarios-es-estrategico-democratizar-la-comunicacion-thierry-deronn/

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Union Européenne contre démocratie vénézuélienne : «l’Occident n’est jamais qu’une toute petite partie de la communauté internationale» (Maurice Lemoine)

Interrogé par RT France pour analyser les enjeux de l’élection présidentielle vénézuélienne, Maurice Lemoine a qualifié les résultats de «classiques» mettant en avant le taux d’abstention provoqué par l’appel d’une partie de l’opposition au boycott du scrutin. A ce sujet, il a cependant précisé : «Contrairement à ce que l’on dit souvent, en particulier dans les médias en France, [sur] l’opposition [qui a] boycotté ce scrutin, ce n’est évidemment pas vrai […] C’est une partie de l’opposition qui a boycotté : la droite dure et l’extrême droite.»

Par ailleurs, revenant sur l’idée selon laquelle Henri Falcon, principal opposant de Maduro, est un «candidat fantoche», Maurice Lemoine a affirmé qu’il n’avait rien d’un «comparse» : «C’est un candidat d’opposition tout à fait crédible qui prône le retour du FMI et la dollarisation du Venezuela.»

Enfin, réagissant à l’hostilité occidentale vis-à-vis de Nicolas Maduro, Maurice Lemoine a souhaité rappeler que «l’Occident n’est jamais qu’une toute petite partie de la communauté internationale» : les Etats membres de l’ONU sont près de 200 «dont la Russie, la Chine, [des pays venant de] l’Afrique et [de] l’Asie», explique-t-il.

La victoire de Nicolas Maduro a suscité de nombreuses réactions à l’échelle mondiale. Si certains pays, comme la Russie, ont tenu à féliciter le chef d’Etat réélu, la position occidentale est quant à elle majoritairement hostile au système politique de la République bolivarienne.

 

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Ne m’appelez plus Radio France…

Maurice Lemoine Paraguay

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus (entre autres): “Chávez Presidente”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains á Miami” et “Les enfatns cachés du général Pinochet”

Courrier au médiateur

auditeurs.inter@radiofrance.com

http://mediateur.radiofrance.fr/mediateur/

Le service public de radiodiffusion et de télévision français a-t-il pour vocation d’informer les citoyens ou d’être le porte-parole de l’opposition vénézuélienne ? La question est posée tant le lynchage mené par ses différentes chaînes – avec, en tête de gondole, France Inter et France culture –  contre la République bolivarienne du Venezuela a redoublé de violence (s’il était possible) à l’occasion de l’élection présidentielle du 20 mai, laquelle a vu la réélection du président Nicolás Maduro.

La critique du gouvernement dit « bolivarien » est légitime, dans le cadre, démocratique, de tout média d’information ou d’analyse digne de ce nom. Néanmoins, et sans entrer dans un débat sur le Venezuela qui nécessiterait de longs développements, comment la quasi totalité de vos propagandistes à microphone peut-elle affirmer que ce denier scrutin s’est déroulé sans opposition ? Jusqu’à preuve du contraire, il n’a été boycotté que par la droite dure et l’extrême droite, d’où une abstention similaire à celles enregistrées, par exemple, lors des présidentielles chiliennes de 2013 et 2017, la colombienne de 2014 ou… le second tour des législatives françaises de 2017 !

De la même manière, pourquoi présenter systématiquement le candidat Henri Falcón comme un « dissident chaviste »  – en gros, un candidat fantoche – quand, après avoir effectivement appartenu à cette mouvance politique, il a changé de camp au point de devenir le chef de campagne de Henrique Capriles Radonski, représentant de toutes les droites, au sein de la Table d’unité démocratique (MUD), lors de l’élection présidentielle perdue en 2013 contre Maduro ? Imagine-t-on un chaviste, quand bien même il serait « dissident », prôner la dollarisation du pays et le retour du FMI ? Et, tiens, amusons-nous un peu : présenteriez-vous Bernard Guetta comme un « dissident » de la Ligue communiste révolutionnaire (aujourd’hui NPA) qu’il a fréquentée ?

A quelques exceptions près – dont nous ne donnerons pas ici les noms afin de leur éviter tout problème avec les maîtres à penser que chaque jour ils côtoient –, la majorité de vos journalistes et éditorialistes sont totalement alignés, s’agissant du Venezuela, sur les thèses du brillant président des Etats-Unis Donald Trump, des très progressistes chefs (ex et actuel) du gouvernement espagnol José Maria Aznar et Mariano Rajoy, ou de l’ancien et dangereux chef de l’Etat colombien Álvaro Uribe, qui, pour ne citer qu’eux, refusent de reconnaître le résultat de ce scrutin et entendent sanctionner Caracas. Nous en sommes d’accord, leur position mérite d’être exposée pour comprendre la situation. Mais pourquoi ce silence absolu sur les déclarations du président bolivien Evo Morales, de l’ancien chef de l’Etat Rafael Correa (Equateur) ou même de l’espagnol José Luis Rodríguez Zapatero ? Un redoutable « gauchiste populiste », Zapatero ?

Médiateur lors du dialogue tenu en République dominicaine entre gouvernement et représentants de la MUD, Zapatero a exprimé son amertume lorsque ces derniers, au tout dernier moment, le 6 février, sous la pression de Washington, ont refusé de signer l’accord qui avait été conclu (pour, entre autres, organiser cette élection tant contestée !). Observateur du scrutin de dimanche dernier, il a été hué et agressé par certains de vos nouveaux amis « démocrates » quelque peu fascisants, dans un bureau de vote d’un quartier chic de Caracas et, s’agissant de la non-reconnaissance du résultat par l’Union européenne, a déclaré : « C’est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu’elles n’aient lieu. C’est une marque d’irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d’éléments de jugement me fait peur. » Aznar plutôt que Zapatero : c’est une option politique possible (et même légitime au Figaro). Mais sûrement pas un choix éditorial acceptable sur une chaîne publique d’intérêt général. N’ayez pas peur du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) : prononcer le mot « Zapatero » à l’antenne n’est pas un gros mot (pour ne parler que de lui).

On ne recensera pas ici (cela nécessiterait trop de place et de temps !) les innombrables bobards malveillants diffusés sur vos antennes concernant le Venezuela. Mais, pour prendre en référence cette dernière période, de l’émission « Cultures Monde » (France Culture, 18 mai), destinée à discréditer Maduro et à faire la promotion d’un documentaire « à charge » programmé sur Arte le lendemain, à la chronique hilarante (si le sujet n’était aussi grave) du « spécialiste de tout » Anthony Bellanger dans la matinale de France Inter (21 mai), votre production est devenue une véritable malédiction pour le service public, qu’il discrédite quotidiennement. D’ailleurs, peut-on encore parler de service public et d’une quelconque spécificité ?

Quand Nicolas Demorand quitte la matinale de France Inter en 2010, c’est pour rejoindre Europe 1, puis, en 2011, la codirection des « unes » racoleuses de Libération. Lorsque, après avoir échoué à redresser les ventes de ce quotidien, il revient animer la même tranche de France Inter, Patrick Cohen, qui l’avait remplacé devant le micro, part à son tour à Europe 1, dont il ne parvient pas plus à ranimer l’audience (ce qui prouve, entre parenthèses, que si France Inter demeure la station de radio la plus écoutée le matin et en début de soirée, ce n’est pas à ces rois du boniment qu’elle le doit, mais à l’attachement des Français au service public, envers et contre tout). Evincé du « 20 heures » de France 2, David Pujadas a lui quitté France Télévision et rejoint la chaîne d’info LCI (sous produit de TF1).

Appelé par Arnaud Lagardère,  le nouveau vice-président directeur général d’Europe 1 (ainsi que de RFM et de Virgin Radio), Laurent Guimier, a officiellement pris ses fonctions le 22 mai. Il y avait commencé sa carrière avant de devenir le numéro deux de… Radio France. Dans un premier temps, la rumeur a couru que Matthieu Aron, un ancien de la Maison de la radio, actuellement conseiller éditorial et directeur adjoint de la rédaction à L’Obs, quitterait l’hebdomadaire détenu par les actionnaires du Monde pour rejoindre la direction des antennes du service public, où il s’occuperait de l’information. Pour la petite histoire, Aron avait été nommé en août 2016 à L’Obs pour y remplacer Aude Lancelin, licenciée car non suffisamment « pensée conforme ».

C’est finalement Guy Lagache qui succédera à Guimier et prendra le 25 juin ses fonctions de directeur délégué aux antennes et à la stratégie éditoriale de Radio France. Il a, jusque-là, effectué toute sa carrière au sein de chaînes de télévision privées, essentiellement à M6 où, de 2003 à 2011, il a présenté le magazine économique « Capital ». Les noms d’Aron et de Catherine Nayl (directrice de l’information de France Inter après l’avoir été de… TF1) circulent pour un éventuel poste de directeur(trice) de l’information de Radio France, pour assister Laurent Guimier.

Vous avez dit service public ou « caste médiatique » indifférenciée ?

S’agissant des chaînes privées, il suffit de les éviter ou d’appuyer sur le bouton si les programmes ou l’idéologie déplaisent. Mais, qu’ils l’apprécient ou non, tous les Français (ou à peu près) sont obligés de payer la redevance rémunérant le service public. Dès lors, ils ont des droits. Entre autre celui de recevoir une information digne de ce nom, pluraliste, vérifiée et sourcée, plutôt qu’un discours de propagande. Au nom de quoi devraient-ils accepter de financer de leurs deniers les porte-paroles de la droite et de l’extrême-droite vénézuéliennes, comme c’est actuellement le cas ? Même camouflée sous un manteau démocratique, l’extrême droite est l’extrême droite, que ce soit à Caracas ou à Paris. Et qui dit qu’un jour, excédés, nombre de vos usagers ne s’organiseront pas pour boycotter le paiement injustifié d’une somme se retournant contre leurs intérêts (car, en matière de traitement médiatique, le Venezuela ne constitue pas une exception) ?

Que les tenants de la laïcité nous pardonnent, mais une excellente citation s’impose : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? » (Evangile, Luc, 6, 41). Au lieu de bassiner vos auditeurs et téléspectateurs avec les « fake news » (réelles ou supposées) des autres, commencez par faire la chasse à celles qui sortent de vos studios. Entre autres, celle prétendant qu’il existe une « dictature » au Venezuela. Sinon,  vous ne faites que renforcer le croissant sentiment de défiance à l’égard des journalistes, que vous dénoncez à longueur de temps. Le citoyen n’y trouve pas son compte. Et ne vous faites aucune illusion. Ceux à qui vous « servez la soupe » ne vous en seront nullement reconnaissants.

En témoigne la glorieuse prestation des soixante-huitards ayant accédé à la caste, Daniel « moi je » Cohn-Bendit et Romain Goupil, ex-trotskiste admirateur de George W. Bush, invités le 21 mai dans la matinale de France Culture, après avoir bénéficié d’un complaisant tapis rouge, dans toutes les rédactions, pour leur dernière production cinématographique. La chronique du talentueux Aurélien Bellanger croquant avec humour leur nouvelle idole, Emmanuel Macron, ils l’ont interpelé en direct,  verbalement rudoyé, tutoyé comme un domestique, gratifié d’une pulsion de haine braillarde « Mélenchon – Castro ! » (nullement mentionnés dans son texte), sans que le courageux Guillaume Erner, producteur et animateur  des « Matins » plutôt obsédé par les « populismes », ne songe à élever la voix pour protester et fustiger ces petits caïds de cour de récréation.

MAURICE LEMOINE

(journaliste)

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Venezuela, en temps de guerre (ZIN TV)

Réalisation : Thomas MICHEL & Rafael ABRIL

Production : ZIN TV

Genre : Documentaire
Durée : 45 minutes
Support : HD 720p

Tournage : décembre 2017
Sortie du film : mai 2018

Image, montage et voix off : Thomas MICHEL

  • avec
    Marco Teruggi – sociologue
    Pablo Kunich – ALBA TV
  • Pablo Sepulveda Allende – médecin
    Maria Hernandez – avocate, militante féministe

Synopsis : Au Venezuela, un processus révolutionnaire fait face à une contre-révolution menée par les classes dominantes et les États-Unis et s’acharnent à vouloir détruire le chavisme. Ce conflit est aussi une guerre non-conventionnelle, baptisée « guerre de 4e génération ». L’année 2017 a mené la droite nationale dans une aventure insurrectionnelle et paramilitaire ainsi qu’à des échecs électoraux… Néanmoins, elle contrôle encore le pouvoir économique et médiatique, là où le chavisme peine à trouver des solutions. L’inconfort matériel de la population privera-t-il le chavisme d’un vote favorable ?

Nicaragua : Washington, FMI, patronat, travailleurs, retraités… même combat ?

auton62-d273aMaurice LEMOINE

C’est dans une déclaration datée du 16 avril que le président de l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) Roberto López a rendu publiques une série de mesures destinées à redresser l’institution, laquelle annonce un déficit de 71 millions de dollars (59,8 millions d’euros). Ratifiée le 18 avril par la « résolution 1/317 » du président Daniel Ortega, l’un des leaders de la révolution qui, en 1979, renversa la dictature d’Anastasio Somoza, cette réforme augmentait les cotisations des employeurs, des travailleurs et, surtout, instaurait sur les retraites une contribution spéciale de 5 %. Après un moment de stupeur, cette amputation du pouvoir d’achat d’hommes et de femmes âgés souvent très modestes a provoqué un fort rejet.

Emmenés dans un premier temps par des groupes d’étudiants de l’Université centraméricaine (UCA ; jésuite) et de l’Université polytechnique du Nicaragua (UPOLI) « solidaires de leurs anciens », des milliers de manifestants occupèrent la rue dès le 18 avril contre ce « paquete » qualifié d’« illégal et inhumain ». En quelques heures, cette protestation s’étendit et gagna les villes de province (Jinotepe, Diriamba, Granada, León) et prit un caractère violent, des groupes d’individus vandalisant installations du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir), commerces et supermarchés. Une répression particulièrement « musclée » de la police anti-émeutes et des heurts avec des groupes de contre-manifestants provoquèrent les premières victimes – quatre morts le troisième jour, dont un policier tué par un coup de fusil.

nicaragua-800x445Nicaragua se divide entre defensores y detractores del Gobierno de Ortega

Dès le 21 avril, prenant conscience de l’ampleur du mécontentement, le président Ortega fait marche arrière en appelant à un dialogue national après avoir annoncé la révocation de la « résolution 1/317 ». Ce rapide recul ne provoque aucun effet : une large opposition allant du Conseil supérieur de l’entreprise privée (Cosep) et des partis de droite traditionnels jusqu’aux étudiants et à la classe moyenne en passant par les « dissidents », supposément de centre-gauche, du Mouvement de rénovation sandiniste (MRS) affichent leur détermination de continuer la lutte jusqu’à l’obtention du départ d’Ortega et de son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo, élue en même temps que lui.

A l’appel du Cosep et des étudiants, les rues de Managua s’embrasent à nouveau le lundi 23 avril contre le gouvernement et, le 28, convoquée par l’Eglise, une « marche pour la paix », au cri de « qu’ils s’en aillent ! », exige « la fin du régime » et réclame la justice pour les morts des dernières semaines – les chiffres annoncés, très imprécis, iront de quarante-trois à soixante-trois.

Tout aussi importante, bien que très peu médiatisée, une manifestation monstre des secteurs populaires sandinistes « pour la paix et le dialogue » réagit le 30 avril en appui au chef de l’Etat.

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A partir de ce récit qu’on qualifiera de « standard », au moins trois versions et analyses des événements s’affrontent. Pour certains, le Nicaragua a vécu une explosion sociale provoquée par une mesure impopulaire. Pour l’opposition, les Etats-Unis et les médias en général, il y a au Nicaragua une « dictature »(The Wall Street Journal) et « Daniel Ortega doit partir » (éditorial du quotidien de droite espagnol El País [1]). Pour sa part, le gouvernement voit dans ces troubles une conspiration de la droite pour mener à bien une déstabilisation « à la vénézuélienne  » ou l’un de ces coups d’Etat « light » qui ont écarté du pouvoir Manuel Zelaya (Honduras, 2009) ou Fernando Lugo (Paraguay, 2012). D’autres enfin, peut-être plus pointilleux, s’efforcent de séparer les informations vraies des informations fausses et les ni vraies ni fausses des à moitié-vraies à moitié-fausses. Ce que nous tenterons de faire ici.

Depuis leur retour au pouvoir en 2007, après les seize années de désastre néolibéral qui ont suivi la sanglante agression des Etats-Unis contre la révolution sandiniste (1980-1991), Daniel Ortega et le FSLN ont mis en œuvre d’importants programmes sociaux. Bien plus que toutes les turpitudes qui leur sont attribuées, ces programmes leur ont valu le soutien d’une base populaire, majoritaire, qui explique leur réélection en 2011 et 2016 [2]. Bien entendu, nul n’oserait prétendre qu’ils mènent une politique « révolutionnaire » au sens classique ou même hétérodoxe du mot : depuis 1979 et le renversement de la dictature, le monde a quelque peu changé et les rapports de force ne sont plus ce qu’ils ont été.

Remportant l’élection de 2006 par une marge étroite, Ortega et le FSLN se sont assurés un minimum de stabilité en formulant un « pacte d’unité nationale », une alliance de fait avec une partie de l’Eglise, très conservatrice, et le secteur privé. A l’autre extrémité de l’arc idéologique, ils ont rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [3] et ont ainsi bénéficié de l’aide substantielle du Venezuela (de l’ordre de 500 millions de dollars par an).

Très peu appréciées des castes et de leurs chiens de gardes médiatiques, cette alliance de gouvernements « populistes » et une politique interne qualifiée d’« assistancialiste » (par des analystes généralement bien nourris) ont sorti de la misère et de la faim des dizaines de milliers de déshérités. De 48,3 % en 2005, le taux de pauvreté est passé à 24,9 % en 2016 (l’extrême pauvreté régressant de 17,2 % à 6,9 %) [4].

Malgré ces résultats positifs, un thème demeure fort délicat : assurer l’équilibre structurel du système de Sécurité sociale, laissé dans un état pitoyable par les gouvernements de droite précédents, qui l’ont littéralement pillé. Et qui, aujourd’hui, souffre d’un fort déficit. Mais pas pour les mêmes raisons.

De passage à Paris, Sidhartha Marín, ministre conseiller du président Ortega, souligne, chiffres en main : « Nous nous sommes acquittés d’une énorme dette sociale en augmentant considérablement le nombre des pensions de retraite et en réincorporant des gens qui, pour différentes raisons, et en particulier leur participation à la guerre, n’en avaient pas. » De 420 200 en 2006, le nombre des bénéficiaires a effectivement plus que doublé pour atteindre 914 279 en avril 2017. La retraite minimum, quant à elle, passe dans le même temps de 1212 cordobas (33,8 euros) à 4 680 cordobas (129 euros). Un droit à une pension réduite est instauré pour 42 946 « anciens » du conflit armé qui n’ont jamais cotisé tandis que le pouvoir améliore considérablement le système de santé. On a connu pire casse sociale dans une Amérique centrale ravagée par la pauvreté. Mais le budget de l’INSS n’y a pas résisté…

« On a analysé diverses options pour faire une réforme garantissant la soutenabilité du système à moyen et long terme », explique Sidhartha Marín. Tandis que gouvernement, Cosep et syndicats discutent au sein d’une Commission technique, le Fonds monétaire international (FMI), présent à titre consultatif, livre ses préconisations. Classiques, impitoyables, assassines : doubler de 750 à 1500 le nombre de semaines de cotisation pour accéder à une pension pleine ; passer l’âge de la retraite légal de 60 à 65 ans ; éliminer les pensions pour les victimes de guerre (instaurées par Ortega) ; supprimer les mini-pensions pour les personnes âgées n’ayant pas la totalité des semaines requises de cotisation (également redevables au gouvernement FSLN) ; éliminer le treizième mois versé aux retraités.

Le Cosep applaudit des deux mains. Les syndicats refusent catégoriquement. Le pouvoir les suit et écarte le verdict du FMI. Puis cherche la voie médiane qu’il annonce le 16 avril : les cotisations des travailleurs passent de 6,25 % à 7 % (une hausse de 0,75 %) ; celles des patrons, plus importante, de 19 % à 22,5 % (+ 3,5 %) ; celles des retraités de… 0 % à 5 %. Les travailleurs acceptent la proposition. Le secteur privé la rejette. De même que les retraités.

Somme toute, en amputant le maigre pouvoir d’achat de ces derniers, le pouvoir sandiniste applique une mesure peu ou prou similaire à celle prise par le « président des riches » Emmanuel Macron lorsqu’il a augmenté la Contribution sociale généralisée (CSG) des retraités français. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, il est donc tout à fait compréhensible, pour ne pas dire normal et légitime que, dans les deux pays, ceux-ci descendent dans la rue pour protester. Et, au Nicaragua, ruent dans les brancards quand, jouant de l’urgence et de l’émotion au détriment de la raison, la vice-présidente Rosario Murillo déclare impulsivement que les manifestants sont de « minuscules groupes encourageant la haine » et des « médiocres » à qui elle souhaite « un châtiment divin ».

Elle s’attire en retour les foudres très terrestres d’un dirigeant sandiniste historique, Jaime Wheelock, qui, dans une lettre publique, s’adresse à Ortega : « Par son contenu et par sa forme, le décret qui a réformé l’INSS a été une grave erreur politique, technique et légale du gouvernement (…) car il a affecté les droits économiques acquis et les économies d’un million de chefs de famille, sans offrir de solution pratique à la grave situation financière de l’INSS [5]. »

Connaissant à l’évidence la maxime « errare humanum est, perseverare diabolicum » – « l’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique » – Ortega abroge le décret et en appelle au dialogue – là où bien d’autres à sa place s’entêteraient (cf un certain Emmanuel Macron).

Au-delà de cet aspect de la crise, systématiquement et quasi-uniquement mise en avant, il convient de préciser que le premier acteur de poids à « prêcher la révolte » à l’annonce de la réforme a été le patronat. Pour l’économiste Adolfo Acevedo, ces mesures allaient signifier « une augmentation considérable des coûts s’ajoutant aux salaires », incitant les grandes et moyennes entreprises « à chercher des mécanismes pour réduire l’affiliation de leurs travailleurs au système [de l’INSS] », tandis que les petites y trouveraient « un formidable manque d’encouragement à déclarer leurs travailleurs [6] ». Tout aussi inquiète, la Chambre de commerce américaine du Nicaragua (AmCham), regroupant les firmes étatsuniennes, avertit que ces réformes allaient affecter « les revenus de milliers de Nicaraguayens employés dans l’économie formelle et la compétitivité du pays ».

Ulcérés qu’Ortega n’ait accepté ni de repousser l’âge de la retraite, ni d’augmenter le nombre de semaines de cotisations, ni de revenir sur diverses mesures de protection sociale, ni de privatiser les centres de santé en appliquant les recettes préconisées par le FMI, ces altruistes analystes ont par ailleurs une grosse arête en travers de la gorge (qu’eux et leurs alliés évitent avec soin de mentionner publiquement) : outre l’augmentation des charges précitées, le décret élimine le plafond de 82 953 cordobas (2 322 euros) au-delà duquel un salarié, quand bien même il dispose d’un très haut salaire, ne paie plus de cotisations. Outre la classe moyenne bien intégrée, sont directement affectés les membres de la famille et les amis ou obligés souvent placés dans l’entreprise aux postes d’encadrement et de direction avec des émoluments élevés. Une bonne raison pour hurler à la mort et réclamer « un changement de régime » dans des manifs de déshérités.

C’est donc ce patronat « solidaire » (mais de qui ?) qui sonne le tocsin. Une partie de l’Eglise l’accompagne quand une vingtaine de prêtres ayant à leur tête le cardinal Leopoldo Brenes et l’évêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio Báez, appuient publiquement les protestations. Souvent issus de la classe moyenne et d’idéologie confusément conservatrice, les étudiants montent en première ligne, forts de leur esprit de rébellion. Particulièrement agressifs à l’égard de « Daniel », les « sandinistes dissidents » donnent de la voix. Groupuscule sans poids réel au sein des secteurs populaires, mais regroupant, souvent au sein du Mouvement de rénovation sandiniste (MRS), d’anciens révolutionnaires historiques – Dora María Téllez, Mónica Baltodano, Hugo Torres, Edmundo Jarquín – et quelques intellectuels de renom – Sergio Ramírez, Gioconda Belli –, ils représentent une moyenne bourgeoisie vaguement social-démocrate (dans son acceptation la moins respectable : celle qui a provoqué la phase terminale des PS européens) et n’ont, sur les problèmes de l’INSS, absolument aucune proposition digne de ce nom.

Toutefois, comme nombre d’Organisations non gouvernementales (ONG) qui leur servent de relai – Centre nicaraguayen des droits humains (Cenidh), Commission permanente des droits humains (CPDH), Fundación Violeta Barrios de Chamorro, Hagamos Democracia, etc. –, ils ont, au nom de leur passé (incontestable) et de leur virage idéologique (très dans l’air du temps), maintenu d’excellentes relations aussi bien avec les secteurs considérés « progressistes » de la « communauté internationale » qu’avec, s’agissant des ONG, des sources de financement ni spécialement philanthropes ni particulièrement désintéressées (USAID, NED, Union européenne, etc.) [7]. C’est donc, en symbiose totale avec la droite, leur interprétation des événements – « Un peuple se soulève contre la dictature » – qui, majoritairement, va circuler et s’imposer.

« La réforme de l’INSS a été un prétexte, estime Sidhartha Marín. Après la dérogation, la protestation n’avait plus lieu d’être, les retraités n’étaient plus dans la rue. L’articulation, les niveaux de coordination attirent l’attention. Certains ont récupéré et utilisé le mécontentement pour créer le chaos. »

Dès le 17 avril, surgit sur Twitter un compte nommé #SOSINSS. En quelques heures, des attaques d’une violence extrême s’en prennent aux mairies (Esteli, Grenada), au siège départemental du FSLN à Chinandega, aux commerces, à des maisons de sandinistes, à des centres culturels ou de santé. Dans des villes bientôt jonchées de débris, de voitures incendiées, de barricades érigées à proximité de bâtiments publics saccagés et de grandes surfaces pillées, des pistolets et armes semi-automatiques s’ajoutent aux cocktails Molotov et mortiers artisanaux traditionnellement utilisés dans ce pays à l’Histoire tourmentée. Malgré l’apparente absence de direction, des actions manifestement coordonnées, synchronisées, dans l’ensemble du pays… Et accompagnées du « storytelling » afférent.

Répression il y a eu. Excessive, à l’évidence, en certaines occasions. Dans une interview accordée à la chaîne télévisée Univisión, Bayardo Arce, révolutionnaire de large trajectoire et conseiller économique d’Ortega, après avoir exprimé sa solidarité aux familles endeuillées, avance son explication : « Je ne dirais pas qu’il y a eu répression, mais, concernant la police, une situation comme il s’en produit dans ce type de phénomènes sociaux où, à un certain moment, tu perds le contrôle. La police a perdu le contrôle… » Et parfois l’usage « raisonnable et proportionné » de la force. A tel point que, le 27 avril, la cheffe très critiquée de l’institution, Aminta Granera, qui occupait cette fonction depuis 2006, a présenté sa démission.

Toutefois, tandis que les discours s’enflamment dénonçant le « gouvernement assassin », d’autres voix s’élèvent pour dénoncer une manipulation majuscule », similaire à celle qui accompagna au Venezuela la période insurrectionnelle d’avril à juillet 2017. Pour ne parler que d’elle, la « sympathique » Université polytechnique (UPOLI, propriété d’une Eglise baptiste dont le siège se trouve aux Etats-Unis) est en réalité devenue le centre de commandement de bandes de délinquants recrutés dans les quartiers et transformés en force de choc pour provoquer la police et mettre Managua à feu et à sang.

Fils de Carlos Fonseca Amador, l’un des fondateurs en 1961 du FSLN, assassiné le 8 novembre 1976 par la dictature de Somoza, Carlos Fonseca Terán, secrétaire adjoint aux relations internationales du Front, livre un témoignage édifiant : « Dans l’après du lundi 7 mai, un groupe de citoyens s’étaient réunis sur la rotonde de La Virgen [à Managua] pour demander la paix et appuyer le dialogue. En très peu de temps, ils ont été attaqués par surprise et par derrière à coups de mortiers [artisanaux] et de pierres, depuis une très courte distance, par les “pandilleros” [délinquants]. Une partie de ces personnes attaquées, comme il est naturel, ont quitté les lieux, mais une autre partie, avec l’appui de la population, a décidé de résister aux agresseurs, manifestement en provenance de l’UPOLI et armés jusqu’aux dents. Face à cette situation, la police n’a eu d’autre option que d’intervenir pour empêcher une tragédie. Alors, 100% Noticias [8], qui n’avait jusque-là pas dit un mot sur ce qui se passait, a commencé à “informer” que la Police réprimait durement les étudiants de l’UPOLI [9]. »

Le même type de phénomène a été constaté à Niquinohomo et Catarina, pour ne citer que ces cas, où les forces de l’ordre n’ont pas surgi pour « casser de l’opposant », mais pour protéger des manifestants pro-gouvernementaux pacifiques de bandes antisandinistes enragées.

Au Venezuela, rebaptisés « paramilitaires » par la corrida médiatique, les « colectivos », groupes militants chavistes très politisés, mais, à 95 % pacifiques, se voient accusés de tous les crimes, réels et supposés (présent en mai 2017, dans l’est de Caracas, au cœur de nombreux affrontements de manifestants avec les forces de l’ordre, nous n’avons jamais constaté la présence d’aucun d’entre eux, là où nombre de nos confrères les voyaient partout [10]).

Au Nicaragua, ce sont les Jeunesses sandinistes, mouvement à caractère politique et idéologique présent dans les quartiers les plus vulnérables, qui deviennent des « nervis » et des « gros bras meurtriers ». Que des échauffourées aient eu lieu entre ces contre-manifestants imprégnés de passion politique et des émeutiers tout aussi ardents n’est pas contestable. Mais qui meurt et qui tue ? Là encore, le parallèle avec le Venezuela s’impose, où la vulgate médiatique a attribué toutes les victimes à « la répression », quand il n’en était rien.

Sympathisant sandiniste, le journaliste « assassiné » à Bluefields, Ángel Eduardo Gahona, contrairement aux allégations initiales attribuant sa mort aux forces de l’ordre, aurait (on notera ici l’emploi du conditionnel) été tué par l’arme à feu artisanale du citoyen Brandon Cristopher Lovo Taylor, également accusé d’avoir blessé l’officier de la Police nationale Carlos Anselmo Rodríguez. Deux officiers de police sont morts. De même que des sympathisants sandinistes. L’un d’entre eux brûlé vif dans un bâtiment incendié par des vandales. Et bien sûr, et hélas, des opposants. Mais combien ? « Certaines ONG, de manière imprécise et irresponsable, sans preuves ni arguments, avancent des chiffres, grimace Sidhartha Marín. Pour l’instant, rien n’a été démontré. Il faut être sérieux, très rigoureux, et c’est la raison pour laquelle l’Assemblée nationale a créé une Commission de la justice et de la vérité. »

Personne n’a planifié en amont cette vague de violence, ni au Nicaragua ni à l’étranger. Elle naît d’une mesure sociale impopulaire et très mal reçue. Mais, il existe trop de similitudes avec les méthodes antidémocratiques utilisées dans d’autres pays pour ne pas l’insérer dans la grande partie géopolitique qui se déroule actuellement. Car en quelques jours, la crise a changé de nature. Exploitant l’erreur voire la faute du pouvoir, l’opposition s’est organisée très vite, car prête, à l’affût de la première occasion, pour tenter de le renverser. Ce qui n’a plus rien à voir ni avec la contestation ni avec la démocratie tant revendiquée. Est-ce un hasard ? La « star » de CNN (en espagnol) et d’Univisión Patricia Janiot débarque en personne et en urgence, avec son équipe, dans le chaudron nicaraguayen. L’a-t-on vue dans les manifestations brutalement réprimées qui, il n’y a pas si longtemps, ont suivi une fraude électorale grosse de la taille du soleil lors de l’élection présidentielle au Honduras [11] ? Non. S’est-elle déplacée en Argentine où des foules se rassemblent périodiquement pour protester contre les mesures antisociales du président néolibéral Mauricio Macri ? Non plus. Va-t-elle interroger en Colombie les dirigeants de mouvements sociaux qui, tous les jours, voient l’un de leurs membres ou militants tomber (une victime toutes les trente-six heures en janvier dernier) ? Certainement pas. Mais la gauche latina est en difficulté au Nicaragua, un pays qui plus est membre de l’ALBA. C’est merveilleux ! Contribuons à formater l’opinion.

A l’heure tant espérée de la revanche, l’offensive se développe sur tout le continent. Coup d’Etat parlementaire au Brésil contre Dilma Rousseff, suivi de la condamnation et de l’emprisonnement de l’ex-chef de l’Etat Luiz Inacio da Silva (« Lula), favori des sondages dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre prochain. Sur des bases judiciaires aussi douteuses, emprisonnement du vice-président équatorien Jorge Glass et démantèlement sournois de l’héritage de Rafael Correa. En Colombie, mise en danger des accords de paix par l’arrestation d’un de ses signataires, l’ex-commandant des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) Jésus Santrich, accusé de « narcotrafic » sur la base d’un vraisemblable « montage » de la justice colombienne et de la Drug Enforcement Administration (DEA) – les « anti-narcos » étatsuniens. Abandon par six pays de l’Union des nations sud-américaine (Unasur), créée sous l’impulsion d’Hugo Chávez et pensée comme un contrepoids aux Etats-Unis et à son annexe, l’Organisation des Etats américains (OEA) [12]. Déstabilisation féroce du Venezuela…

On n’oubliera pas que Washington n’a pas attendu la crise de l’INSS pour s’intéresser de très près au Nicaragua. Certes plus révolutionnaire, mais encore trop indocile, Managua se trouve dans le collimateur depuis que le Capitole a mis à l’ordre du jour le « Nicaraguan Investment Conditionality Act 2017 » – plus connu sous le nom de « Nica Act » –, porté par vingt-cinq législateurs (quinze républicains et dix démocrates) également déchainés contre le Venezuela, et destiné à empêcher tout financement du Nicaragua par les organismes financiers internationaux. Approuvée par le Congrès américain en octobre 2017, cette loi se trouve en attente d’examen au Sénat. Des sanctions économiques qui, si elles sont appliquées, auront pour principal effet de torpiller les efforts de Managua pour améliorer les conditions de vie des « Nicas » et diminuer la pauvreté. Une nouvelle agression qui ne peut que hérisser tout « sandiniste » digne de ce nom ayant connu les terribles années 1980. A moins que…

Estimant qu’Ortega et son épouse Murillo ont abandonné les principes historiques du parti, les dissidents du Front ont rebaptisé le pouvoir « danieliste » ou « orteguiste ». Pourquoi pas. Mais peuvent-ils eux-mêmes se réclamer du sandinisme ces dirigeants du MRS qui, en compagnie des secteurs conservateurs les plus rances, demandent aux Etats-Unis, au vu et au su de tous, d’appliquer le « Nica Act » pour punir Ortega ? Des sanctions étranglant leur propre pays ! La droite ne pouvait rêver plus efficaces supplétifs. Plutôt que se rallier à l’« Empire » qui a tant fait souffrir leurs compatriotes, que ne lui réclament-ils le paiement des 17 milliards de dollars qu’il a été condamné à verser par la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, en juin 1986, pour avoir soutenu les mouvements « terroristes » agissant en territoire nicaraguayen depuis le Honduras ? Cette somme, jamais payée, au mépris du droit international, permettrait de combler 240 fois le déficit de l’INSS ou de financer de multiples programmes sociaux.

Membre de ce front politique post-moderne, Cristiana Chamorro, directrice de la Fondation Violeta Barrios de Chamorro – du nom de sa mère et ex-présidente du Nicaragua (1990-1997), qui y a réintroduit les politiques néolibérales – est allée rencontrer, le 4 mai, le secrétaire général de l’OEA et « homme de main » de Washington, Luis Almagro. En le pressant d’intervenir, elle lui a présenté deux scénarii : « Ou des élections justes et transparentes, anticipées [ce que réclamait la droite dure vénézuélienne pendant la phase insurrectionnelle de 2017, avant de refuser d’y participer dès lors qu’elles ont été organisées] permettant une transition pacifique, comme Ortega l’a fait en 1989, ou une sortie sanglante et de destruction du pays comme l’a choisi Somoza en 1979. » Avant d’ajouter : « Malheureusement, il semble qu’Ortega a choisi le second [13]. »

C’est précisément devant le Conseil permanent de l’OEA que Mike Pence, le vice-président des Etats-Unis, a déclaré le 7 mai : « Un obscur nuage de tyrannie plane sur Cuba, le Venezuela et le Nicaragua. » Le 24 avril, la Maison Blanche avait fait référence « à la répugnante violence politique de la Police et des matons pro-gouvernementaux contre le peuple du Nicaragua. » On peut donc craindre que les troubles actuels, s’ils devaient perdurer, ne servent de prétexte parfait à une accélération de l’approbation du « Nica Act ». Et à une déstabilisation accentuée en vue d’un « changement de régime » selon l’expression consacrée du Venezuela à… l’Iran.

Le peuple nicaraguayen a connu une guerre, organisée et financée par Ronald Reagan, qui a fait plus de cinquante mille morts. Il aspire à la paix, n’en déplaise aux violents. « Je tiens à souligner le rôle qu’a joué le pape Francisco en appelant à la concorde et au dialogue, ce que faisait déjà Daniel », nous confie Sidhartha Marín. C’est grâce à cet appel que la Conférence épiscopale a accepté de servir de médiateur et de témoin. »

Reste à savoir si la raison prendra le dessus ou si les boutefeux l’emporteront. Tandis que les évêques demandaient, pour entamer le dialogue, la fin de la violence, le respect du droit de réunion des manifestants et l’accès au pays de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) [14] pour seconder la Commission de la vérité, ce que le pouvoir a accepté, des affrontements opposaient encore forces de l’ordre et émeutiers pendant le week-end des 12 et 13 mai.

Maurice LEMOINE

Illustration : Miolo / Flickr CC

»» http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat

[1] « Daniel Ortega debe marcharse », 2 mai 2018.

[2] Lire « Le Nicaragua sous dictature… du double standard et du copier-coller », Mémoire des Luttes, 29 novembre 2016 ; http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du

[3] Pacte économique, culturel et social fondée le 14 décembre 2004 à la Havane par Hugo Chávez et Fidel Castro, et conçu en opposition à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), voulue à l’époque par les Etats-Unis.

[4] S’agissant du Nicaragua, les derniers chiffres fournis par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) des Nations unies dans son « Panorama social 2017 » concernent l’année 2014 et indiquent respectivement 29,6 % (pauvreté) et 8,3 % (extrême pauvreté).

[5] Marcelo Colussi, « Nicaragua : ¿quién ganó y quién perdió ? », Comité pour l’annulation des dettes illégitimes (CADTM), 5 mai 2018.

[6El País, Madrid, 19 avril 2018.

[7] USAID : Agence des Etats-Unis pour le développement international. NED : Fondation nationale pour la démocratie ; créée par Ronald Reagan, financée via le Congrès des Etats-Unis, attribue des centaines d’importantes subventions chaque année, partout dans le monde, pour soutenir les groupes « pro démocratie » (au sens néolibéral et alignés sur les intérêts de Washington).

[8] Chaîne d’information en continu et site Web d’opposition.

[9] Carlos Fonseca Terán, « Indignación », América latina en movimiento (Alainet), Quito, 10 mai 2018.

[10] Lire sur Mémoire des Luttes : « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques », 15 juin 2017 – http://www.medelu.org/Au-Venezuela-la-fable-des – et « Les “colectivos” vénézuéliens, du fantasme à la réalité », 28 juillet 2014 – http://www.medelu.org/Les-colectivos-venezueliens-du

[11] Lire « Au Honduras, tout est mal qui finit mal »

[12] Leur abandon « pour un temps indéfini  » de l’Unasur a été annoncé le 18 avril par le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Paraguay, le Pérou et la Colombie.

[13] « Abril 2018, la insurección de la conciencia », Envío, Managua, mai 2018.

[14] Organe juridique de l’OEA, entité sous forte influence des Etats-Unis, qui n’ont eux-mêmes pas signé la Convention interaméricaine des droits de l’Homme, la CIDH a très souvent montré une évidente partialité à l’égard des gouvernements de gauche latino-américains. Le 10 septembre 2013, le Venezuela s’en est retiré.

Source : http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat

La classe dominante n’aime pas le socialisme

PAR LÉO-PAUL LAUZON

Bien évidemment, les Occidentaux et leurs transnationales ont en horreur les gouvernements socialistes qui donnent préséance au bien commun. C’est pourquoi leurs agences de presse (Agence France Presse, Associated Press, Reuters, etc.) détenues par des gros intérêts privés se concentrent sur des pays socialistes et versent dans la propagande afin de les dénigrer. Combien d’articles et de reportages a-t-on consacrés ici même au Québec afin de diaboliser Cuba, le Venezuela et d’autres? Une fixation aveugle quoi!

Léo Paul Lozon (Québec)

Par contre, rien que de bons mots pour des gouvernements non élus, mais de droite et pro-occidentaux, qui se sont hissés au pouvoir en renversant par la force ou par des magouilles, des gouvernements élus démocratiquement comme al-Sissi en Égypte, Honduras et Michel Temer au Brésil. Ce Michel Temer, qui jouit d’un taux de popularité de moins de 5 %, est dominé par l’Oligarchie brésilienne et vote des mesures favorables aux nantis comme des privatisations et de larges coupures dans les services publics. Lui-même et plusieurs de ses ministres et de ses juges font face à des accusations de fraude et de corruption, mais les agences de presse internationales le qualifient quand même de « centre droit ». Quelle farce grotesque de désinformation intégrale!

Nicolas Maduro, un modéré…

« Nicolas Maduro, président intérimaire du Venezuela (suite à la maladie d’Hugo Chavez et élu démocratiquement à sa mort). Un modéré qui ne fait pas l’unanimité » (La Presse, 12 décembre 2012). Un modéré qui ne faisait pas l’unanimité au sein du gouvernement chaviste, mais qui a eu le courage de se tenir debout devant le patronat, ses médias et leurs syndicats de travailleurs gras dur du secteur pétrolier et des États-Unis. Un homme de consensus face à une oligarchie intransigeante qui fait que nos médias d’ici prennent plaisir à le dénigrer et à dépeindre la situation au Venezuela de façon catastrophique. Bravo à Nicolas Maduro de se tenir debout au nom du bien-être du monde ordinaire!

Le péché capital de Hugo Chavez

« Hugo Chavez pousse le Venezuela vers le socialisme » (La Presse, 11 janvier 2007). Voilà quel a été le péché impardonnable commis par ce président charismatique élu et réélu quatre fois démocratiquement (1998, 2000, 2006 et 2012) avec, en plus, de fortes majorités.

Tiens, Richard Latendresse du Journal de Montréal (7 octobre 2012) signalait qu’en 1998 : « Sorti de prison en 1994, Chavez remporte l’élection présidentielle avec 56 % des voix, le pourcentage le plus élevé en 35 ans de démocratie vénézuélienne ». Et en 2006, il a gagné avec 61 % des votes et 55 % en 2012.

Les USA pas contents du tout….

« Le directeur de la CIA (ceux qui ont fomenté, comme au Chili et ailleurs, l’enlèvement d’Hugo Chavez en avril 2003) prévoit une aggravation de la violence politique au Venezuela » (Le Journal de Montréal, 12 février 2003). Et vous pouvez compter sur la CIA pour renverser des gouvernements socialistes élus démocratiquement partout dans le monde. Et il y a la « grandiose » secrétaire d’État sous Bush junior qui a ajouté son grain de sel : « Venezuela. Condoleeza Rice accuse Chavez de détruire son pays » (Le Journal de Montréal, 8 février 2007). Bien plus, il y a le populaire preacher milliardaire qui a poussé plus loin ses états d’âme : « Un télévangéliste suggère de tuer le président du Venezuela (Hugo Chavez) » (Le Journal de Montréal, 24 août 2005). Ah oui, j’allais oublier, lors de la quatrième réélection d’Hugo Chavez, La Presse avait consacré le 9 octobre 2012 juste une petite brève à la page a-19. Bien évidemment, rien en page frontispice.

Quelle est la faute commise par Maduro et Chavez?

Le titre de ces deux articles résume bien ce qui se passe vraiment au Venezuela : « Le bras de fer vénézuélien. Derrière les violents affrontements, une oligarchie tente de conserver ses privilèges » et « Le Venezuela se donne un président aujourd’hui. Riches et pauvres nettement divisés à propos de Chavez » (Le Devoir, 4 janvier 2003 et La Presse, 3 décembre 2006). Pas si divisés que ça, puisque les pauvres et la classe moyenne ont voté massivement pour Hugo Chavez, qui l’a emporté en 2006 avec 61 % des votes. Qui dit mieux? Mais les puissants de Venezuela, avec l’aide de certains pays occidentaux, des médias qu’ils détiennent vont continuer leur combat afin de se réapproprier leurs « droits » de privatiser les biens collectifs comme le pétrole, de couper dans les programmes sociaux qu’ils trouvent beaucoup trop généreux pour le monde ordinaire et de baisser leurs impôts sur le revenu et sur la richesse, comme cela se fait au Québec depuis belle lurette.

La cabale continue

Je le répète : Hugo Chavez a été élu démocratiquement, et avec de fortes majorités en 1998, 2000, 2006 et 2012. Comme c’est le cas pour Cuba, certains de nos médias et de leurs journalistes se font les faire-valoir de l’élite en publiant de nombreux textes toujours négatifs sur Hugo Chavez et son gouvernement socialiste. Ben non, et c’est pareil à Cuba, ils ne disent rien sur ce qui s’est fait de bien au Venezuela afin d’améliorer le sort du monde ordinaire par de nombreux investissements effectués en santé, en éducation, en transport commun, etc. et sur les politiques promulguées afin de rétrécir les criminelles inégalités économiques. Le socialisme, c’est le mal incarné pour eux, comme le démontrent les titres de ces quelques articles de journaux très subjectifs. Le jupon dépasse :

– « Au Venezuela, viva la corrupcion! Budgets opaques, valises des pétrodollars… les méthodes du président Chavez favorisent l’économie parallèle… » (Le Devoir, 8 janvier 2007). Ben oui, c’était plus limpide et honnête du temps du règne de l’oligarchie de droite;

– « Chavez, démocrate ou graine de dictateur? Présidentielle sous haute tension au Venezuela » (Le Devoir, 2 décembre 2006). Démocrate ou dictateur? Faut répondre « dictateur ». Mais le dictateur fut réélu avec « seulement » 61 % des voix. Quand le ridicule ne tue pas!

– « Le népotisme de Chavez au Venezuela » (La Presse, 12 juillet 2007). Ayoye, ils sont devenus cinglés! Attachez-les! Népotisme, rien de moins.

– « Chavez fait fuir la classe moyenne » (Le Devoir, 8 novembre 2007). Fait fuir supposément la classe moyenne même si elle a voté en masse pour lui lors de l’élection de 2006. Tous des articles publiés en première page du Devoir. Ça, si ce n’est pas de la propagande à son état pur, je me demande bien c’est quoi!
Et pour finir, quelques drôles dans La Presse

Une chronique de mon favori, Claude Picher, ex æquo avec Alain Dubuc du temps qu’il était chroniqueur « émérite » à La Presse : « Le désastre vénézuélien » (17 août 2004). On s’en doutait bien : socialisme égale toujours désastre selon l’évangile de certains. Bonne retraite Claude!

C’est tellement niaiseux et irrespectueux envers les lecteurs qu’il faut en rire de ces deux textes du chroniqueur invité de La Presse, Philippe Faucher, alors qu’il était directeur du département de science politique et chercheur au CÉRIUM de l’Université de Montréal :

– Le « Mussolini tropical » (22 janvier 2007). Un peu plus et il le comparait à Hitler. C’est ça des universitaires affranchis.

– « Risque d’affaiblissement. En servant de vitrine aux visées du président Chavez, dont la feuille de route démocratique est des plus contestable, le Forum social mondial court de grands risques » (14 janvier 2006). Le Forum social infesté de gauchistes. Le Forum économique mondial, c’est beaucoup mieux, n’est-ce pas?

En conclusion…

Vous le voyez bien, même si Hugo Chavez a été élu démocratiquement à quatre reprises, la cabale médiatique occidentale du temps ressemblait en tout point à celle que subit depuis 2012 le président actuel élu du Venezuela, monsieur Nicolas Maduro. Moi je dis « bravo » au peuple vénézuélien d’avoir élu et réélu des gouvernements socialistes envers et contre tous. Ici au Québec, juste prononcer le mot socialiste fait peur au monde. Preuve de notre ignorance et de notre intoxication.

Source : http://www.journaldemontreal.com/2018/05/11/le-venezuela-socialiste-et-la-propagande-occidentale

« Pour une histoire populaire du Venezuela » : interview de Thierry Deronne par Alex Anfruns (Investig’action)

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Thierry Deronne en mai 2018 à Caracas.

11 Mai 2018, 

Les élections présidentielles du Venezuela auront lieu le 20 mai. Un rendez-vous décisif pour l’avenir de l’Amérique Latine et des relations Sud-Sud. Bénéficiant d’un véritable soutien populaire, le candidat Nicolas Maduro est en train de mobiliser des dizaines milliers de Vénézuéliens dans ses meetings de campagne. C’en est trop pour Mike Pence. Le vice-président US a qualifié ces élections de “mascarade” et demande leur report. Il menace même le Venezuela de nouvelles sanctions. Pourquoi les institutions européennes lui emboîtent-elles le pas? Pourquoi le traitement médiatique de la Révolution bolivarienne est-il calqué sur la vision des Etats-Unis qui considèrent l’Amérique latine comme leur jardin personnel? Et surtout, quelle est la réalité dans ce pays qui a multiplié les expériences créatives en faveur de l’émancipation humaine au cours des 18 dernières années? Le cinéaste belgo-vénézuélien Thierry Deronne, qui vient de concocter son nouveau film “Histoire du Venezuela”, a bien voulu répondre à nos questions.

Alex Anfruns : Vous êtes venu présenter votre dernier film “Histoire du Venezuela” dans votre pays d’origine, la Belgique. Avec un montage où se côtoient d’une part des images d’archive cinématographiques montrant l’envers du décor du boom du pétrole, et d’autre part des voix des figures anticolonialistes visionnaires, le spectateur est face à une expérience audiovisuelle captivante. Comment est née l’idée du film, où a-t-il été déjà projeté et quel a été l’accueil ? 

Thierry Deronne : Après 24 ans de vie au Venezuela, le regard pivote et plusieurs questions commencent à m’intéresser : pourquoi tout en ne ménageant jamais ses critiques vis-à-vis des fonctionnaires publics, le peuple vénézuélien ne tombe pas dans les provocations violentes ou dans le mécontentement recherché par la guerre économique, et continue à réaffirmer son soutien électoral au chavisme ? Ensuite pourquoi la droite est-elle si imperméable au dialogue, d’où vient sa rage, sa violence ? Enfin, pourquoi les européens croient-ils si facilement que le Venezuela est une dictature, pourquoi la désinformation marche-t-elle aussi bien ? A ces trois questions c’est l’Histoire qui répond le mieux.

La critique populaire ? Elle parle d’une longue histoire de résistance à l’humiliation, à la négation de la condition humaine. C’est au Venezuela qu’eurent lieu les premières rebellions d’esclaves du continent. « Ce peuple, dixit le président Guzman Blanco, est un cuir sec – frappez-le d’un côté, il se soulève de l’autre ».

La rage des opposants ? La droite vénézuélienne vit encore dans le racisme colonial, celui de ces mantuanos qui ne sortaient pas de chez eux par peur que le soleil brunisse leur peau et organisaient – déjà ! – des violences à Caracas contre l’édit du roi d’Espagne permettant aux esclaves d’acheter leur affranchissement. Ce seizième siècle refait surface dans les violences de 2017 avec les lynchages d’afrodescendants brûlés vifs par les « combattants de la liberté » chers aux médias occidentaux.

Enfin, pourquoi l’efficacité de la désinformation parmi les européens ? Parce qu’en se soumettant à la gouvernance médiatique, l’Europe s’est coupée du monde et sa peur de la nuit réveille son colonialisme, la pousse à renforcer cette muraille médiatique. L’image caricaturale des vieux machos blancs – entrepreneurs privés, putschistes ou leaders de la violence d’extrême droite qui réprimeraient les leaders sociaux comme en Colombie ou au Brésil s’ils parvenaient au pouvoir – adoubés par l’Union Européenne et ses présidents comme « opposition démocratique du Venezuela », exprime bien ce rendez-vous manqué de l’Europe avec une Amérique Latine qui était pourtant prête à parler d’avenir sur un pied d’égalité.

Deux autres sources majeures pour construire le film « Histoire du Venezuela » sont, d’abord, le chercheur vénézuélien Fernando Coronil qui explique le rapport des pays du sud à leur sol, à leur nature, à leur territoire, comme un rapport qui surdétermine leurs politiques et leurs stratégies – ce troisième concept a jusqu’ici été peu assumé par le marxisme qui a privilégié les deux premiers, ceux de la relation capital-travail. L’Europe des i-phones est de plus en plus habitée par des peuples hors-sol, voués au présent pur de la consommation. L’autre source, c’est Walter Benjamin pour qui à chaque mouvement révolutionnaire la classe opprimée bondit comme un tigre dans la forêt de l’Histoire et en ramène des éléments des révolutions antérieures. Cette rupture par le peuple vénézuélien du mythe du progrès social-démocrate qui imposa des ajustements et tira sur des affamés en 1989, poussa de jeunes militaires comme Hugo Chavez à se replonger dans Bolivar et à sortir du dogme de « la fin de l’Histoire ».

Avec des étudiants de la Sorbonne occupée, avec des cinéphiles du festival Rencontres de Bordeaux, ou les Amis du Diplo d’Annecy, le film a permis de parler du Venezuela sans devoir épuiser le temps disponible à réfuter les mensonges des médias.

Quelle est la situation du cinéma au Venezuela ? Et quelle a été la politique culturelle de la Révolution Bolivarienne ces dernières années, notamment avec la crise liée au prix du pétrole?

Il y a d’énormes investissements publics pour démocratiser le cinéma à tous les niveaux : formation, production et diffusion, même si ce n’est pas simple de déplacer ceux qui s’arc-boutent sur leurs avantages de classe, sur leur capital culturel. Il faut continuer à se battre pour décoloniser l’imaginaire, Hollywood reste encore très présent dans beaucoup de ces espaces, et il n‘y a pas pratiquement aucune fiction produite sur toutes ces années de révolution.

Mais tout ne fait que commencer. La révolution bolivarienne, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique, a maintenu l’ensemble des programmes sociaux et des politiques culturelles – récupération d’espaces pour la création, missions de formation artistique, festivals et spectacles gratuits pour la population, et c’est un trait d’intelligence : l’art n‘est pas sacrifié, jamais, il indique la sortie du tunnel. Après 18 ans on sent une poussée d’en bas de nouvelles voix, de nouveaux créateurs dans tous les domaines.

Lors d’un échange après la projection, vous nous avez confié qu’il existe parmi la jeunesse vénézuélienne un regain d’intérêt pour les cinéastes latino-américains des générations précédentes, appartenant au courant expérimental, tel que le brésilien Glauber Rocha ou le bolivien Jorge Sanjinés. Ces auteurs vous ont-ils inspirés? Quelle est leur spécificité par rapport à d’autres courants de cinéma d’art et essai tels que la “nouvelle vague” française? 

Le point commun du « Nuevo Cine Latinoamericano » des années 60-70 avec la Nouvelle Vague est le rejet des codes de l’industrie nord-américaine.

En Amérique Latine, en outre, on a affaire à des cinéastes organiques et artisanaux : organiques parce qu’ils prophétisent la montée en puissance des peuples. Et artisanaux parce que leur forme est chaque fois différente, secrétée par des cultures, des communautés différentes.

Ils restent un modèle pour notre cinéma, pour notre télévision : être original à chaque instant, dans une rénovation permanente qui ne peut venir que d’une dialectique avec la culture populaire.

Vous êtes aussi formateur d’une école populaire de cinéma et télévision et travaillez dans le développement de médias communautaires, en confirmant que le cinéma est avant tout un art collectif. Est-il possible de se battre à armes égales avec la culture du rentisme qui a prévalu historiquement au Venezuela, telle que l’avait décrite Fernando Coronil dans son ouvrage “El Estado Magico”?

A l’ère des coups d’Etat médiatiques, plutôt que de répéter « la presse est contre nous » ou « nous devons occuper davantage les réseaux sociaux », le socialisme latino-américain doit prendre conscience que son futur passe par la création d’un tissu serré de médias populaires, par la rédaction d’une loi latino-américaine puis mondiale de démocratisation de la propriété des médias, par la remise des fréquences, chaînes et ressources aux organisations populaires, par la refonte conceptuelle de l’enseignement de la communication sociale. Mais aussi et surtout par quelque chose de plus fondamental, sans lequel tout ce qui précède ne suffirait pas.

Le capitalisme a reterritorialisé l’espace et le temps sous la forme d’un métabolisme social du type « tout-à-l’ego », ou la causalité d’ensemble a disparu dans le sautillement de la dénonciation de purs effets. Le socialisme n‘existera que s’il invente un appareillage intégral, technique et culturel, qui soit indépendant de l’industrie globalisée et qui produise des effets sociaux organisateurs et non isolants.

Cette nouvelle civilisation “technique”, cette médiologie structurante, reste le grand « impensé » de la gauche qui en est encore à parler de… « déontologie journalistique » !

Un paysan d’une commune de Barinas nous disait : “nous proposons un système communal qui sera aux mains du paysan producteur d’aliments pour que nous organisions la production et la distribution”. Substituez « alimentation » par « information » et vous aurez le visage du média futur, hors studio, hors portables, décentré, démultiplié, organisateur.

Vous vivez et travaillez au Venezuela depuis les années 1990. De quels changements majeurs vous avez témoigné dans cette époque charnière, notamment avec l’Assemblée Constituante mise en route par Chavez au lendemain de son élection ? 

Depuis longtemps la politique au Venezuela voit s’affronter deux « champs magnétiques ». Le premier, c’est la formation historique « social-démocrate » : le parti Acción Democrática comme appareil clientéliste, fabriquant de sommeil populaire avec télévision de masse, État « magique »au service du pillage de la nation par une élite surtout blanche.

C’est l’école politique première, avec ses rêves d’ascension sociale, qui a duré longtemps (quarante ans), assez pour expliquer beaucoup de comportements actuels à l’intérieur de notre Etat. La fosse commune des 3000 manifestants anti-FMI laissée par le président Carlos Andrés Pérez en 1989 fit tomber le masque de cette « social-démocratie » et déclencha le retour en politique du deuxième « champ magnétique », celui des marrons, ces ex-esclaves qui appelaient au son de leurs tambours à fuir les chaînes coloniales pour créer la « vraie vie », menés cette fois par Hugo Chavez.

Ce désir d’égalité est toujours vivant, et c’est un moteur extraordinaire du point de vue démocratique : il amène des gens à traverser à gué des rivières, à déjouer les attentats et les menaces de la droite pour aller voter en juillet 2017 pour l’Assemblée Nationale Constituante, débordant le Parti Socialiste Unifié (principal parti chaviste). Cette « pulsion créatrice d’un peuple » que Chavez avait prophétisée en citant Marc Bloch, se produit au moment où toute une micro-corruption quotidienne parlerait plutôt d’un affaissement collectif.

Malgré tout ce que signifient le dollar parallèle, la vie plus difficile et l’éreintement de quatre ans de guerre économique, malgré le sabotage de l’élection par l’extrême droite, huit millions de Vénézuéliens déposent un bulletin dans l’urne, élisent une Assemblée Constituante ! Huit millions de citoyens descendant des versants glacés, traversant des rivières fortes.

Qu’il s’agisse de la transformation de l’Etat, de la lutte contre la corruption, de la transformation du système productif, de la sortie du « rentisme pétrolier », des droits en matière culturelle, écologique, ce chantier constituant mérite d’être visibilisé, étudié, on n’a pas encore commencé à en prendre la mesure ni à en déchiffrer l’origine.

Comment expliquez-vous les efforts déployés dans les médias dominants pour présenter le gouvernement vénézuélien comme étant une dictature, malgré les nombreuses élections qui se sont tenues avec la présence de centaines d’observateurs et accompagnateurs internationaux, dont des personnalités comme Jimmy Carter?

L’objectif des médias dominants est un changement de gouvernement. La violence de la droite, mise en scène par les médias comme s’il s’agissait d’une révolte populaire, est ancienne : dès que Bolivar libéra les esclaves pour fonder une armée au service de la libération de l’Amérique Latine, l’oligarchie colombienne rêva de l’assassiner et les gazettes états-uniennes le traitèrent de « César assoiffé de sang ».

Deux siècles plus tard quand le Venezuela redevient un phare d’égalité, de souveraineté, de démocratie (droits des femmes, conseils de travailleurs, formes communales de pouvoir citoyen, 25 élections en 18 ans), la même oligarchie colombienne et les États-Unis rallument les violences paramilitaires et la guerre économique pour faire tomber Maduro.

Les médias poursuivent cette guerre contre l’émancipation des ex-esclaves. En fait ces violences locales sont faites pour les médias, mises en scène pour l’extérieur. Et si quelqu’un doit rendre des comptes aujourd’hui, c’est le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population ».

Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention.

Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste « zone grise » (Primo Levi) des écrans d’ordinateurs ou du studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, aura le courage de reconnaître qu’il a encouragé des assassins ?

Née de la révolution haïtienne, la bolivarienne est une émergence de l’Afrique en Amérique Latine, et c’est exactement ce que veut détruire l’Occident, la même aspiration à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Quand Macron reçoit l’extrême droite vénézuélienne à l’Elysée, il ne fait que rêver de l’enfermement de Toussaint Louverture par Napoléon, pour le laisser mourir de faim et de froid dans les Alpes. L’axe sud-sud, avec l’Afrique en particulier, sera l’axe déterminant pour la libération de nos peuples, pour leur « deuxième indépendance ».

Un effet de l’hypersphère médiatique dans laquelle l’Europe vit désormais est que pour la gauche « science-po » le raisonnement n‘est plus : « comment étudier, comment comprendre l’Autre » mais « quelle position prendre ici, quelle image de marque devons-nous donner ici, en Europe ? »

La plupart des citoyens, intellectuels ou militants en sont réduits à faire une moyenne forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et une minorité de vérité. Le problème est que la quantité de répétition, même si elle crée une opinion, ne fait pas une vérité en soi. Le nombre de titres ou d’images identiques pourrait d’ailleurs être mille fois plus élevé, que cela ne signifierait toujours pas qu’on nous parle du réel.

Comment nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, l’ensemble des mouvements sociaux et les principaux partis de gauche d’Amérique Latine ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains dénoncent la déstabilisation violente de la démocratie vénézuélienne, on dispose d’un large éventail d’expertises démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité qu’Amnesty qui recopie les rapports d’ONGS des droits de l’Homme proches de l’opposition ou que la « moyenne » d’un « science-po » européen obligé de préserver un minimum de respectabilité médiatique.

Meeting Maduro

Nicolas Maduro en campagne, mai 2018.

A l’approche des nouvelles élections présidentielles, Quel est votre regard sur les candidats, leurs programmes respectifs et le climat dans ce début de la campagne ?

Des candidats d’opposition, il y a peu à dire sauf qu’ils sont les ombres d’un théâtre ancien : l’évangéliste corrompu Javier Bertucci ou Henri Falcon qui propose de dollariser le Venezuela. Face à eux, Maduro incarne la jeunesse de la transformation politique. Comme nous disent des paysans de l’État de Portuguesa, « Maduro est encore plus fort que Chavez ». Le second avait proposé le premier comme successeur parce qu’il était le seul à n’avoir pas joué des coudes pour lui succéder.

Élu de peu, Maduro a dû assumer « l’héritage » : gouverner en négociant avec les différents secteurs, certains conservateurs, dans et hors du gouvernement. Son style est différent, plus lent sans doute, que Chavez. Il a non seulement réussi à résister au déluge d’opérations destructrices de l’empire mais il a su ramasser le gant pour développer de nombreux aspects de la révolution, qu’il s’agisse du logement public ou des emplois pour la jeunesse, avec ce pari fou de demander aux gens de se mobiliser en pleine guerre économique pour élire une assemblée constituante.

Sa sainte colère contre le secteur privé, majoritaire, qui augmente les prix pour annuler ses constantes hausses de salaire, ou contre les expulsions de paysans par les mafias des grands propriétaires, sont le prélude à un approfondissement de la révolution s’il est élu le 20 mai. Le pétrole remonte, l’or de l’arc minier revient enfin dans les coffres de l’Etat.

En fait ce qui frappe à Caracas c’est le calme, la tranquillité des gens alors qu’en Europe on parle de chaos, de famine, de violence, pour justifier une intervention « humanitaire ». Malgré les hausses de prix, les sanctions euro-américaines, le peuple ne tombe pas dans la colère recherchée. Pourquoi ? Je parlais de la longue histoire de résistance populaire. Il y a aussi le fait que les aliments reviennent dans les rayons, et certains médicaments.

Outre les allocations que multiplie le gouvernement bolivarien en direction des plus vulnérables, et les distributions massives d’aliments subventionnés, le secret est dans le fait que les vénézuéliens se sont adaptés, on trouve toutes sortes de parades, de combines, pour acquérir ces produits et pallier la pression économique. Et il y a quelque chose de très particulier, subtil, dans l’air : la contrebande du bolivar papier, extrait massivement par la mafia colombienne, la pulvérisation par l’inflation du salaire payé par le patron, tout cela crée une ambiance révolutionnaire, très « An 01 », difficile à percevoir loin du Venezuela, les gens se sentent moins liés au travail, à l’entreprise privée…

Je sais qu’en Europe certains adorent parler du « crépuscule de la révolution », d’une « fin de cycle », (variantes de la « Fin de l’Histoire »), mais peut-être est-ce leur propre dissolution dans l’hypersphère virtuelle qu’ils subliment. La Révolution Bolivarienne a bientôt 19 ans, elle invente tous les jours, refuse de s’habituer à la fatigue, de croire aux larmes. Dans sa dernière lettre, la « Lettre à l’Afrique », Hugo Chavez citait Simon Bolivar : « Il faut attendre beaucoup du temps ».

Caracas, mai 2018.

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseigne le documentaire et la théorie du montage dans deux universités (UBV, UNEARTE). Formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur entre autres du « Passage des Andes » (2005), « Carlos l’aube n‘est plus une tentation » (2012), « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018).

Source : Journal de Notre Amérique

Venezuela : je refuse d’être pris pour une cible médiatique

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Les élections présidentielles au Venezuela auront lieu le 20 mai 2018. Cette convocation du Peuple aux urnes sera l´occasion de demander aux citoyens qu´ils fassent un choix sur le futur de leur pays, de la forme la plus souveraine et démocratique qu´il soit. Le chavisme, emmené par Nicolas Maduro, affrontera quatre candidats d´opposition dont Henri Falcón (1). Cet ancien gouverneur de l´Etat du Lara a été le directeur de campagne du candidat d´opposition Henrique Capriles Radonski aux dernières élections présidentielles de 2013. Avec 22% d´intention de vote dans les sondages, il est aujourd´hui le candidat d´opposition le mieux placé pour tenter de ravir l´exécutif au président sortant. Nicolas Maduro, quant à lui, est désormais crédité de 52% des intentions de votes (2). Situation improbable si l´on s´en tient aux couvertures médiatiques dominantes mais qui reste parfaitement rationnel dans le contexte vénézuélien, où le chavisme conserve une forte base électorale.

C´est donc une élection cruciale qui se tiendra fin mai 2018, et qui permettra au vénézuéliens de définir le cap politique du pays pour les six prochaines années. Rien de très original pour un pays qui compte 25 processus électoraux répartis sur les 19 ans de Révolution Bolivarienne. Sauf que ces élections auront lieu au Venezuela, où se déroule une terrible guerre de quatrième génération, dont la bataille de l´information est un des axes centraux.

Plusieurs opérations psychologiques ont déjà été mises en œuvre depuis l´accession d´Hugo Chávez au pouvoir. La dernière en date visait à faire accepter dans l´opinion publique internationale un changement de régime par la force au lendemain de l´élection d´une assemblée constituante, le 30 juillet 2017. Devant l´incroyable mobilisation des électeurs vénézuéliens en faveur du projet de nouvelle constitution, cette objectif a du être avorté. Mais il a causé de grands torts, et la propagande déployée à ce moment a réussi à faire admettre comme véridique toute une série de matrices d´opinion mensongères. C´est à partir de ce terrain fertile que le système médiatique s´apprête une nouvelle fois à nous prendre pour cible, pour essayer de nous faire accepter comme logique une intervention anti-démocratique contre le gouvernement du Venezuela.

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L’auteur: le sociologue et journaliste Romain Migus

Ce scénario n´est pas à prendre à la légère. Jamais la possibilité d´une attaque militaire n´avait été aussi propice qu´en ce moment. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, ne l´a d´ailleurs pas exclu (3). Après le fiasco de l´intervention en Syrie, un renversement du gouvernement bolivarien pourrait redorer le blason militaire des Etats-Unis dans ce qu´il considère comme son pré-carré. Par ricochet, c´est aussi un bon moyen pour Washington de tester la détermination russe à défendre un monde multipolaire et de savoir sur combien de théâtres d´opération le Kremlin peut-être présent simultanément.

Il s´agit désormais pour le système médiatique de convaincre l´opinion publique du bien fondé d´une intervention. Jusqu´aux prochaines élections présidentielles, nous allons donc assister à un matraquage visant d´une part à délégitimer la portée démocratique du processus électoral, et d´autre part à créer dans l ́opinion publique un laisser faire en cas d ́intervention étrangère.

Nous devons donc nous préparer à faire face à une opération psychologique de grande ampleur s´appuyant sur plusieurs contre-vérités élaborées depuis des années contre le gouvernement bolivarien. Les médias dominants ont ainsi construit plusieurs matrices d´opinions légitimant chacune un prétexte pour une intervention contre le pays de Bolivar.

Une intervention pour rétablir la démocratie

pour retablir la democratieImage d´intervention occidentale pour « rétablir la démocratie »

En mai 2016, quelques mois après la victoire de l´opposition aux élections législatives, un processus de dialogue entre le chavisme et ses opposants a débuté en République Dominicaine sous l´égide de l´ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l´ex président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et l´ex président du Panama, Martin Torrijos. Cette série de 150 réunions avait pour but de sortir politiquement et pacifiquement le pays de la crise politique provoquée par les tentatives violentes de l´opposition pour renverser le président Maduro.

En janvier 2018, un accord semblait avoir été trouvé à propos d´une vieille rengaine des Etats-Unis et de leurs alliés vénézuéliens : la convocation à une élection présidentielle anticipée (4). L´accord portait sur les garantis électorales et la date de l´élection initialement prévue en avril.

Or comme le souligne Jorge Rodriguez, ministre de la communication et chef de la commission de dialogue pour le gouvernement : « Tout était prêt [pour la signature de l´accord] jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie de l´ancien secrétaire d’État américain, Rex Tillerson (…) L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé” (5). La frange la plus radicale de l´opposition décidera alors de boycotter les élections pour laisser croire que Nicolas Maduro se présente seul dans la course au Palais de Miraflores.

Malgré le fait que quatre opposants se présentent contre le président sortant, cet argument a largement été repris par le système médiatique pour laisser croire à l´opinion publique que le gouvernement bolivarien truque les élections et organise une parodie de démocratie. Plusieurs gouvernements ont d´ores et déjà annoncé qu´ils ne reconnaitront pas les résultats de la prochaine élection présidentielle : les Etats-Unis, les pays latino-américains membres du groupe de Lima (6), ainsi que le royaume d´Espagne ou la République française. Or ce que ne montrent jamais les médias, c´est que les conditions sont parfaitement réunis pour des élections démocratiques et transparentes.

Au Venezuela, pour éviter les fraudes, les élections ne sont pas organisées par l´exécutif. La Constitution de 1999, qui reconnaît l´existence de cinq pouvoirs indépendants – l´exécutif, le législatif, le judiciaire, le moral et le pouvoir électoral- laisse à ce dernier la tâche d´organiser les processus électoraux, en fonction de la Loi organique des processus électoraux. Ce cadre légal, adopté en 2009, n´a pas été modifié depuis. Il a notamment permis l´élection de Henrique Capriles comme gouverneur du puissant Etat de Miranda (par 2 fois), a reconnu l´élection d´Antonio Ledezma comme maire de l´agglomération de Caracas ou encore celle de Julio Borges comme député à l´Assemblée Nationale. Aucun des élus de l´opposition n´a jamais émis un doute sur le bon déroulement du suffrage qui l´a donné vainqueur, et l´opposition n´a elle-même jamais remis en cause le cadre légal des processus électoraux. Lorsque les médias nous parlent d´une élection illégitime, pourquoi ne se réfèrent-ils pas à la législation qui encadre le vote des citoyens au lieu de se faire les porte-paroles d´une opposition bien peu démocratique ?

Comment vote-t-on au Venezuela ? Voilà une bonne question jamais traitée par le système médiatique. Explications : Tout d´abord, chaque parti politique a le droit de postuler ses partisans comme assesseurs dans les bureaux de vote, ainsi qu´une liste d´observateurs nationaux et internationaux. Ensuite, le Centre National Electoral (CNE) convoque, en présence de tous les partis, à un audit préalable du logiciel utilisé pour la collecte des données. Des observateurs de chaque parti politique suivront le processus électoral depuis le siège du CNE mais aussi depuis l´entreprise de télécommunication en charge de la transmission des données. Chaque étape doit être approuvée par tous les participants. Et de fait, elle l´a toujours été jusqu´a maintenant.

En ce qui concerne le vote (7), le Venezuela utilise un double système électronique et manuel. Lorsqu´on entre dans le bureau de vote, on s´identifie au moyen de sa carte d´identité et d´une machine de reconnaissance d´empreinte digital. Il est donc impossible de voter deux fois. Ensuite on choisi son candidat sur une machine qui demande confirmation du vote. Une fois confirmé, la machine émet un ticket avec le nom du candidat, que l´électeur place dans une enveloppe et dépose dans une urne. Pour finir, après avoir signé le registre électoral, il trempe son petit doigt dans de l´encre indélébile pour s´assurer une deuxième fois qu´il ne répètera pas son vote. Le soir des résultats, le CNE procèdera à un audit où seront tirés au sort, devant les responsables des différents partis, les bureaux de vote ou l´on vérifiera le résultat électronique. Il s´agira alors de comparer les résultats obtenus dans l´urne après dépouillement avec le résultat électronique. Jamais une erreur n´a été détecté au cours des multiples processus électoraux.

Lorsque, mauvais perdant, Capriles Radonski avait contesté l´élection de Nicolas Maduro en 2013, le CNE a ouvert 100% des urnes pour les comparer avec le résultat électronique qui donnait une courte marge de 1,49%. Après avoir fait abattre 11 chavistes par ses partisans et mis le pays à feu et à sang pendant plusieurs semaines, Capriles Radonski avait bien du reconnaître sa défaite (8).

Ces garanties pour blinder le résultat a conduit l´ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant « le meilleur du monde » (9). Ce sont les mêmes procédures qui définiront le vote de l´élection présidentielle du 20 mai 2018.

En « oubliant » systématiquement de présenter le fonctionnement du système électoral vénézuélien, les médias nous prennent pour cible. Ces omissions lorsqu´elles laissent place à de véritables campagnes de propagande sont criminelles. Comme tout semble indiquer que Nicolas Maduro devrait remporter les prochaines élections (10), la non reconnaissance du caractère démocratique de ces élections par les médias vise à légitimer une intervention étrangère pour « rétablir la démocratie » comme ce fut le cas en Haïti ou en Serbie.

Une intervention contre un Etat voyou (Rogue State) ou en déliquescence (Failed State)

rogue stateImage d´intervention occidentale pour lutter contre un Etat voyou ou en déliquescence

Le mot a été lâché plusieurs fois par le vice-président des Etats- Unis (11). L´Etat vénézuélien serait en déliquescence ou même serait un Etat voyou.

Selon les officines de propagande étatsunienne et leurs relais médiatiques, le Venezuela ne compterait plus sur un système institutionnel qui fonctionne mais dépendrait du bon vouloir d´un dictateur et d´une milice qui assurerait sa protection et son maintien au pouvoir. L´année 2017 a donné lieu à plusieurs constructions médiatiques autour de ce thème. Reprenons la chronologie des évènements pour ne pas être victime des bombardements médiatiques sur ce sujet sensible.

A la suite de l´élection législative de 2015, où l´opposition avaient remporté 112 des 167 sièges, une plainte pour fraude fut déposée dans trois circonscriptions. Une telle mesure n´est pas propre au Venezuela, c´est une procédure similaire qui avait été engagé contre l´ancien premier ministre français Manuel Valls, dont l´élection comme député avait été suspecté de fraude électorale (12).

Après enquête,  l´élection de ces députés de l´Etat d´Amazonie fut invalidée par le tribunal électoral qui rappela les citoyens aux urnes dans ces trois circonscriptions. Préférant le bras de fer au libre choix démocratique, le président de l´Assemblée Nationale d´alors, Henry Ramos Allup pris la décision de ne pas respecter l´arrêt du pouvoir électoral. Comme le stipule la Constitution, c´est le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) qui a tranché et a déclaré l´Assemblée Nationale en situation d´outrage judiciaire tant que l´élection des trois députés n´aurait pas lieu. En conséquence, toutes les décisions de l´Assemblée nationale furent considérées comme nulles par le TSJ tant que perdurerait cette situation. Cette tension institutionnelle a concerné les pouvoirs législatif, judiciaire, et électoral. Elle est même assez symbolique de la vivacité et du bon fonctionnement des institutions vénézuéliennes qui ne permettent ni vide juridique ni absence de pouvoir. Et où le fil constitutionnel n´a jamais été rompu. Il faut noter que dans cette confrontation, l´exécutif n´a pu prendre aucune décision.

Malgré cela, les medias internationaux ont propagé l´idée que les institutions ne fonctionnait plus au Venezuela et que le président Maduro s´était accaparé tous les pouvoirs en faisant taire une Assemblée contradictoire. Ce conflit juridique  se doublera rapidement d´une tentative de putsch avorté. De mars à juillet 2017, de violents affrontements entre groupes armés et forces de l´ordre feront 142 morts et plus de 800 blessés. Immédiatement, une campagne médiatique s´est mise en branle pour attribuer au gouvernement bolivarien la totalité des décès survenus. Après enquête, il s´avèrera que prés de 70% des morts sont imputables de manière directe ou indirecte aux groupes de choc de l´opposition (13).

L´élection de l´Assemblée constituante et les élections locales qui suivirent ont permis un retour au calme mais la propagande des médias a fait son chemin et l´idée d´un Etat en déliquescence, où les institutions ne fonctionneraient plus, a labouré les esprits, manipulés par les entreprises de communication. C´est dans cet optique là qu´il convient de comprendre le récent show médiatique monté par l´opposition pour juger et capturer le président Maduro (14).

Un nouveau «Tribunal Suprême de Justice en exil » désigné par une Assemblée Nationale dont les décisions sont considérés comme nulles a décidé, en se basant sur la demande de l´ancienne procureure de la République Luisa Ortega, destitué et recherché par la justice pour corruption (15), de procéder au jugement du président vénézuélien pour corruption, et de solliciter sa capture par Interpol. L´Assemblée Nationale a ensuite approuvé la demande de ce pouvoir judiciaire fictif, et Luisa Ortega a « ordonné » aux Forces Armées de capturer le président.

Ce qui ressemble à une mauvaise blague s´inscrit dans cette stratégie de faire passer le Venezuela pour un Etat en déliquescence. En créant illégalement des institutions  judiciaires parallèles (TSJ et Procureur « en exil »), l´opposition prétend donner l´impression d´une crise institutionnelle. Cette situation d´ingouvernabilité artificielle pourrait justifier à son tour l´intervention de pays qui ne reconnaitraient pas les véritables pouvoirs légaux en place. Rappelons nous que la constitution de pouvoirs parallèles en exil a toujours été le prélude d´aventures militaires comme ce fut le cas en Libye et en Syrie.

De la même manière, et sans aucune preuve, le Venezuela est accusé d´être une « narco-dictature », prémisse nécessaire avant d´être qualifié d´Etat voyou. En 2015, le député chaviste Diosdado Cabello et un groupe de militaires furent accusés, sans aucune preuve tangible, d´appartenir au mystérieux Cartel de los Soles (16). L´accusation ne reposaient que sur les témoignages d´anciens membres de l´administration vénézuélienne « réfugiés » aux Etats-Unis après avoir été poursuivis par la justice de leur pays pour corruption. Mais le système médiatique s´emballa. Les grands groupes de communication allaient construire une « vérité » par un astucieux système de triangulation de l´information. Ainsi, le Washington Post citait comme preuve un article du journal espagnol ABC, qui allait être ensuite repris par le Wall Street Journal, puis par les journaux colombiens, qui eux même invoquaient les articles de leurs confrères européens, et ainsi de suite. Seul problème, l´absence manifeste de preuve. Aux dernières nouvelles, trois ans après cette affaire les preuves sont rangés dans le même dossier que celles sur les armes de destruction massives iraquiennes ou sur les armes chimiques syriennes.

Peu importe, l´idée a germé dans l´opinion publique pour qui le Venezuela bolivarien, malgré ses efforts dans la lutte anti drogue, est désormais associé au narcotrafic. Cette matrice du narco-état allait être renforcée par l´arrestation par la DEA, de deux membres de la famille de la femme du président Maduro, accusés de trafic de cocaïne. Encore une fois, aucune preuve ne reliait cette arrestation à une entreprise illégale organisée depuis le plus haut sommet de l´Etat.

Qu´importe, pour le système médiatique, le Venezuela est devenu une « narcodictature » (17). Cette précipitation du tribunal médiatique est aussi étonnante que sélective. La même année, les fils du président du Surinam et d´un ex président de la  Mauritanie ont été arrêtés et condamnés pour trafic de drogue (18). Pourtant, aucun média n´a utilisé ces faits divers pour transformer les deux pays mentionnés en narco-état.

Ne nous laissons pas abuser par les fake news des médias dominants. Le récit médiatique qui vise à transformer le Venezuela en Etat de déliquescence ou en Etat-voyou n´a qu´un but : justifier une intervention étrangère comme ce fut le cas lors de l´opération Juste Cause au Panama, ou lors des destructions de l´Afghanistan ou de la Libye.

Une intervention « humanitaire »

intervention humanitaire

Image d´une intervention humanitaire occidentale

En marge du VIIIe sommet des Amériques, le Vice-président étatsunien, Mike Pence s´est réuni avec des membres de la frange la plus extrême de l´opposition vénézuélienne. Durant la réunion, un des politiciens présents, Antonio Ledezma, qui avait appelé quelques semaines plus tôt la communauté internationale « à renverser Maduro » (19), déclara : « plus que de l´aide humanitaire, c´est d´une intervention humanitaire dont nous avons besoin » (20). Le mot est lâché.

Cette déclaration s´inscrit comme point culminant de la stratégie de guerre économique déployée contre le Peuple vénézuélien et qui vise, comme pour le Chili d´Allende, à « faire crier l´économie vénézuélienne » (21). Spéculation contre le bolivar, la monnaie nationale, contrebande d´extraction des produits de première nécessité, pillage de l´essence, trafic de billets de banque vénézuéliens, baisse de la note de solvabilité du Venezuela malgré le paiement de sa dette, tous les moyens sont bon pour asphyxier l´économie du pays et pourrir la vie des citoyens.

A cela s´ajoute un féroce blocus économique et financier de la part des Etats-Unis et de leurs alliés. Instauré sous Obama, il a été renforcé par le président Donald Trump. Comme le note l´économiste Pascualina Curcio (22), 64% du total des importations de médicaments et 82% des aliments importés par le Venezuela viennent des Etats-Unis ou de pays européens et latino-américains alignés sur la politique de Washington et sur sa volonté de pénaliser les entreprises qui commercent avec des entités publiques vénézuéliennes. C´est un acte criminel qui vise à fabriquer de la misère pour justifier une intervention humanitaire, terminologie désormais célèbre pour couvrir les horreurs d´une guerre, comme en Somalie ou au Kosovo.

Etouffé par cette guerre économique, plusieurs centaines de milliers de vénézuéliens ont décidé d´émigrer dans les pays de la région ou aux Etats-Unis (23). Ce processus migratoire est devenu un prétexte pour attaquer le gouvernement et faire planer le spectre d´une intervention humanitaire. Peu importe que l´organisation des Nations Unies pour l´alimentation et l´agriculture ne considère pas de réels problèmes de mal nutrition au Venezuela dans son dernier rapport 2017 (24), peu importe que Alfred De Zayas, expert indépendant des Nations Unies pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, ait déclaré: “J´ai comparé les statistiques du Venezuela avec celles d´autres pays, et il n´y a pas de crise humanitaire. Oui, il y a des problèmes d´approvisionnement et de pénuries mais pour nous qui avons travaillé des dizaines d´années pour les Nations Unies et qui connaissons la situation de pays d´Asie, d´Afrique, et même des Amériques, nous savons que la situation au Venezuela n´est en rien une crise humanitaire” (25). Le thème de la crise humanitaire va être alimenté par toute une série d´ONG à l´objectivité douteuse (26) et repris par tout le système médiatique mondiale pour légitimer l´oxymore d´une intervention militaire « à des fins humanitaires ».

Se justifiant par la crise économique de son voisin, le gouvernement brésilien a ordonné un déploiement militaire à la frontière avec le Venezuela (27). La Colombie, quant à elle, a décidé de construire des camps de réfugiés dans les villes frontalières. Le président colombien Juan Manuel Santos a même dépêché des membres de son gouvernement… à Ankara, pour s´inspirer de la gestion turque à faire face à l´afflux de réfugiés syriens fuyant la guerre dans leur pays (28).

S´il ne s´agit pas de nier l´ampleur du processus migratoire des vénézuéliens, affectés par les conséquences du blocus et de la guerre économique, la réaction des pays voisins et de l´administration américaine semble nous indiquer que nous sommes plus proches de préparatifs de guerre que d´une simple gestion migratoire. A titre de contre exemple, lorsque, au tournant du XXIe siècle, 15% des équatoriens ont du fuir la misère dans laquelle les politiques néolibérales les avaient plongé, aucun état n´a songé à exiger une « intervention humanitaire » en Equateur. Et que dire de la Grèce dont la moitié de la population vit en dehors des frontières de la République hellénique ? Existerait-il un média cohérent pour demander de bombarder Athènes ?

Mettre nos cerveaux en état d´alerte

La situation actuelle au Venezuela est explosive. Au fur et à mesure qu´approche l´élection présidentielle, et la probable victoire de Nicolas Maduro, la pression médiatique va s´intensifier. Cet emballement se réalisera aux quatre coins de la planète, en même temps, avec les mêmes arguments, et surtout avec les mêmes sources d´information. Celles-ci provenant soit d´ONGs financées par les Etats-Unis, soit par le prisme de la triangulation d´une information jamais vérifiée. Le déferlement de fake news qui s´annonce lors des élections présidentielles au Venezuela –qui, rappelons le, ne seront pas reconnues par certains pays- aura pour but de provoquer un choc dans l´opinion publique, et ainsi empêcher toute manifestation de solidarité contre les mesures punitives qui s´ensuivront. Paradoxalement, ceux qui oseront mettre en doute la doxa médiatique seront alors lynchés au nom de la démocratie et de la liberté d´expression.

Il nous convient de refuser que notre cerveau soit pris pour une cible par les frappes et les missiles médiatiques. Défendre le Venezuela dans la tourmente programmée, ce n´est pas seulement affirmer notre adhésion aux principes de respect de la souveraineté démocratique, et de non ingérence ; c´est aussi s´insurger contre les atteintes à notre intégrité mentale, ne pas accepter d´être complice du conflit annoncé et réaffirmer notre droit à être informer de manière honnête et équilibrée.

Romain Migus

Notes :

(1) “¿Quiénes son los candidatos a presidenciales en Venezuela?”, Telesur, 08/03/2018, https://www.telesurtv.net/news/venezuela-cne-cinco-candidatos-elecciones-presidenciales-20180307-0045.html

(2) “Hinterlaces: 52% de los venezolanos votarán por Maduro en presidenciales”, Últimas Noticias, 15/04/2018, http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/hinterlaces-52-los-venezolanos-votaran-maduro-presidenciales/

(3) “Donald Trump no descarta la opción militar contra Venezuela”, Cubadebate, 12/08/2017, http://www.cubadebate.cu/noticias/2017/08/12/donald-trump-no-descarta-la-opcion-militar-contra-venezuela/#.WtelCS_pM9c

(4) Voir par exemple en 2016: “Oposición pide elecciones anticipadas en Venezuela”, El Nuevo Diario, 04/11/2016, https://www.elnuevodiario.com.ni/internacionales/409260-oposicion-pide-elecciones-anticipadas-venezuela/ou en janvier 2017: “Oposición convoca a marcha para exigir elecciones anticipadas”, Última Hora, 18/01/2017, http://ultimahoradigital.com/2017/01/oposicion-convoca-a-marcha-para-exigir-elecciones-anticipadas/ou encore en avril 2017, demande cette fois-ci exprimée par Julio Borges au nom de l´Assemblée Nationale : “Mayoría opositora de la Asamblea Nacional de Venezuela exige elecciones presidenciales anticipadas y « clausura » el diálogo con el gobierno de Maduro”, BBC Mundo, 27/04/2017, http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-39739963

(5) Cathy Dos Santos, “Venezuela. «Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »”, L´Humanité, 03/04/2018, https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

(6) Fondé par les gouvernements de droite de l´Argentine, du Brésil, du Chile, de la Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, du Honduras, du Mexique, du Panama, du Paraguay et du Pérou, le Groupe de Lima est un groupe de pression diplomatique régional contre la Révolution Bolivarienne.

(7) L´auteur de ces lignes a déjà participé aux élections municipales et régionales de 2013.

(8) Sur cet épisode tragique voir Romain Migus, “Nuit de cristal au Venezuela” Venezuela en Vivo, 17/04/2013, http://www.romainmigus.com/2013/06/nuit-de-cristal-au-venezuela.html

(9) “Jimmy Carter: « El sistema electoral venezolano es el mejor del mundo », RT, 20/09/2012, https://actualidad.rt.com/actualidad/view/54145-jimmy-carter-sistema-electoral-venezolano-mejor-mundo

(10) José Vicente Rangel, “La suerte está echada”, Últimas Noticias, 16/04/2018, http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/espejo-jose-vicente-rangel-la-suerte-esta-echada/

(11) “Mike Pence: “Venezuela es un Estado fallido”, El Nacional, 14/04/2018, http://www.el-nacional.com/noticias/latinoamerica/mike-pence-venezuela-estado-fallido_230996

(12) L´élection de Manuel Valls fut finalement validée par le Conseil Constitutionnel.

(13) “Informe de Red de Apoyo demuestra que más del 50% de los 142 fallecidos en guarimbas de 2017 no participaban en manifestaciones”, Alba Ciudad, 05/02/2018, http://albaciudad.org/2018/02/comision-de-la-verdad-informe-red-de-apoyo-142-muertos-guarimbas-2017/

(14) “Por qué el « antejuicio » al presidente Maduro no tiene legitimidad jurídica”, Misión Verdad, 17/04/2018,http://misionverdad.com/La-guerra-en-venezuela/por-que-el-antejuicio-al-presidente-maduro-no-tiene-legitimidad-juridica

(15) “¿Por qué suspenden como fiscal de Venezuela a Luisa Ortega?”, Telesur, 05/08/2018, https://www.telesurtv.net/news/Por-que-suspenden-como-fiscal-de-Venezuela-a-Luisa-Ortega-20170805-0027.htmlainsi que “Luisa Ortega Díaz coopera con el FBI para criminalizar a Venezuela”,Misión Verdad, 31/10/2017, http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/luisa-ortega-diaz-informante-del-gobierno-estadounidense-para-criminalizar-a

(16) Voir Fernando Casado, El nuevo invento para atacar a Venezuela: El Cartel de los Soles, 01/06/2015, http://www.rebelion.org/docs/200755.pdf

(17) Une recherche des mots “narcodictadura” ou “narcoregimen” sur Google est assez éclairante. Ces termes ont été introduits par les médias suite à des tournés politiques de leaders de l´opposition. Ainsi, plusieurs médias d’Espagne, de Colombie, du Guatemala, d´Argentine et d´Equateur ont largement repris le terme lors d´interviews de Miguel Henrique Otero (lui même propriétaire du journal vénézuélien d´opposition) en 2017. Un an plus tard, alors que la “narcodictature” est tombé dans l´oubli médiatique, c´est au tour d´Antonio Ledezma de repopulariser cette terminologie auprès des médias. Il va sans dire qu´aucune des couvertures médiatiques qui accusent le Venezuela d´être une « narco-dicatature » n´apporte pas de preuves concrètes de ce qu´elles avancent.

(18) “Etats-Unis: le fils du président du Suriname lourdement condamné” RFI, 12/03/2015, http://www.rfi.fr/ameriques/20150312-etats-unis-fils-president-suriname-lourdement-condamne-desi-bouterse-dino  et “Trafic de drogue en Mauritanie : onze personnes incarcérées dont le fils d’un ex-président”, Jeune Afrique, 05/02/2016, http://www.jeuneafrique.com/depeches/300279/societe/trafic-de-drogue-mauritanie-onze-personnes-incarcerees-dont-fils-dun-ex-president/

(19) Voir la vidéo de l´intervention d´Antonio Ledezma sur https://www.voanoticias.com/a/antonio-ledezma-reunion-vicepresidente-mike-pence-cumbre-americas/4347460.html#player-set-time=0.00001

(20) Patrick Saint Paul, “Antonio Ledezma : «Il faut une intervention pour renverser Maduro»”, Le Figaro, 23/02/2018, http://www.lefigaro.fr/international/2018/02/23/01003-20180223ARTFIG00339-antonio-ledezma-il-faut-une-intervention-pour-renverser-maduro.php

(21) Des documents déclassifiés ont dévoilé que le président des Etats-Unis Richard Nixon (1969-74) avait demandé à son administration de « faire hurler l´économie chilienne » dans le but de renverser le président socialiste d’alors Salvador Allende (“ to make the economy scream” to prevent Allende from coming to power or to unseat him.”)

(22) Pacualina Curso, “Blocus criminel contre le Venezuela”, Le Grand Soir, 09/04/2018, https://www.legrandsoir.info/blocus-criminel-contre-le-venezuela-ultimas-noticias.html

(23) Les chiffres de l´immigration vénézuélienne donnent lieu à d´intenses spéculations de la part de bon nombre d´ONGs. Sur ce thème voir Falacias e imprecisiones sobre la migración venezolanaMisión Verdad, 02/03/2018, http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/falacias-e-imprecisiones-sobre-la-migracion-venezolana

(24) Organisation des Nations Unies pour l´alimentation et l´agriculture,“L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2017», http://www.fao.org/3/a-I7695f.pdf

(25) “No hay crisis humanitaria en Venezuela, dice experto de ONU”, Telesur, 20/02/2018, https://www.telesurtv.net/news/Experto-ONU-Alfred-de-Zayas-Venezuela–20180220-0053.html

(26) Sur ce thème voir Maurice Lemoine, “Bonnes et mauvaises victimes au Venezuela”, Le Grand Soir, 18/02/2016, https://www.legrandsoir.info/bonnes-et-mauvaises-victimes-au-venezuela.html, ainsi que Romain Migus et Eva Golinger, La Telaraña Imperial, Caracas, ed. CESE, 2008. Disponible sur http://www.romainmigus.com/2013/06/la-telarana-imperial.html

(27) “Éxodo de venezolanos obliga movilización militar en fronteras de Brasil, Colombia y Guyana”, Yahoo noticias, 12/02/2018,  https://es.noticias.yahoo.com/exodo-de-venezolanos-obliga-movilizacion-militar-en-fronteras-de-brasil-colombia-y-guyana-142004472.html

(28) Mariana Escobar Roldán, “Colombia alista campos de refugiados para venezolanos”, 28/08/2018, El Colombianohttp://www.elcolombiano.com/colombia/colombia-alista-campos-de-refugiados-para-venezolanos-EN7186336

Source : http://www.romainmigus.com/2018/04/venezuela-je-refuse-detre-pris-pour-une.html

Maurice Lemoine, journaliste et globe-trotter: «Je suis en colère contre ma profession»

 

C’est l’histoire d’un aventurier devenu journaliste. Pas Joseph Kessel, mais presque. Maurice Lemoine, figure bien connue des spécialistes de l’Amérique latine, était de passage à Paris entre deux escapades à Caracas et Bogota. Nous avons donc pris rendez-vous.

«On me prend parfois pour un gauchiste.» Difficile de contredire cette réputation en France lorsque l’on a défendu les FARC et que l’on défend maintenant le pouvoir au Venezuela. Souvent caricaturé comme un suppôt de Chavez en France, Maurice Lemoine a pourtant accepté de se confier à Sputnik. Rendez-vous chez lui, dans le quartier de la Goutte d’Or, quartier historique du XVIIIe arrondissement de Paris, entre les salons de coiffure afro et les cafés Internet crasseux. Une fois arrivé, il fait part de ses réserves quant à ce portrait, pas très motivé à l’idée de ce papier, opposé, dit-il à la starification des journalistes. L’entretien commence malgré tout, après avoir été rassuré sur mes intentions, ne prétendant à aucune visée voyeuriste façon «Ambition intime».

Pourquoi ce portrait? Parce que le personnage détonne dans le milieu journalistique français, présenté, à tort ou à raison, comme moutonnier, cancanier, casanier et endogame. Non, Maurice Lemoine ne sort pas d’une école de journalisme, lui qui conseille aux jeunes pousses du métier d’engranger de l’expérience, les petits boulots, de découvrir la vie en somme, avant de devenir journaliste. Le personnage dérange aussi sur son aire de prédilection: l’Amérique latine. D’abord la Colombie et les FARC (Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia), sur lesquelles il tient un discours nuancé puis surtout sur le Venezuela, Hugo Chavez et Nicolas Maduro, où il se situe radicalement à contre-courant du discours ambiant.

Comment catégoriser Maurice Lemoine? Son pied-à-terre aide à le cerner, un intérieur exotique, très coloré, entre les souvenirs de voyage d’un véritable globe-trotter (non à la manière d’un homo festivus) et une bibliothèque remplie de littérature révolutionnaire. Lui-même ne se dit même plus journaliste, mais témoin. Il a pourtant commencé au Monde Diplomatique en 1983 en couvrant d’abord les conflits en Amérique centrale, puis la Colombie et désormais le Venezuela.

Sa jeunesse et sa période pré-Amérique latine peuvent être ainsi décrites comme… mouvementées. Le média Le Grand Soir publiait d’ailleurs en 2013 une recension d’un de ses ouvrages, doté d’une biographie bien originale, qui cite tous les petits boulots de Lemoine: «typographe, démarcheur d’assurances au porte-à-porte, distributeur de prospectus, vendeur de (très peu de) machines à écrire, représentant de commerce (particulièrement non doué), homme de ménage dans un Prisunic (technicien de surface, selon l’actuelle dénomination), employé de bureau, veilleur de nuit dans un Club Méditerranée, chauffeur de camion, opérateur-pupitreur, ingénieur commercial, homme de piste à l’aéroport d’Orly, etc. Il a également vécu un an et demi en brousse, au Gabon, comme « Volontaire du progrès » (ce qui lui a laissé entrevoir l’existence de la Françafrique) et un an dans un kibboutz».

Sans aucun doute, Lemoine est de gauche, mais n’est pas un gauchiste. Admettant un penchant plutôt réac à ses débuts, choisissant les paras pour son service militaire, il découvre le socialisme dans les kibboutzim israéliens. Lui, le journaliste ayant vécu tout jeune dans un taudis francilien avec sa mère seule, confie se sentir de plus en plus en phase avec la lutte contre la pauvreté extrême et les inégalités après la période néo-libérale début années 80 jusqu’à la fin des années 90, en Amérique du Sud.
Petit clin d’œil à ses années «para», il s’y retrouve au contact des révolutionnaires sandinistes, les guérillas marxistes des FARC ainsi que le colonel Chavez au Venezuela… Plutôt paradoxal pour un homme de gauche. Cette voix dissonante dans le paysage médiatique s’entend parfois sur Sputnik où il nous a accordé plusieurs interviews, mais aussi dans Le Média et évidemment au Monde Diplomatique, où il est resté une trentaine d’années, après avoir été son rédacteur en chef. Ses sympathies politiques trahies? On trouve sur sa cheminée, une bouteille de vin rouge à l’étiquette «la France Insoumise».

Il l’explique d’ailleurs, c’est parce que Jean-Luc Mélenchon a affiché son soutien à Chavez puis à Nicolas Maduro et a plaidé dans son programme présidentiel de 2017 pour l’intégration de la France dans l’Alliance bolivarienne, que le traitement médiatique sur le Venezuela est si étrange et si politiquement orienté. Selon Maurice Lemoine, si le candidat de la France Insoumise avait soutenu un chef d’État africain, ce dirigeant africain aurait subi un traitement médiatique similaire.

«Je suis en colère contre ma profession». Pour lui, les journalistes français qui se rendent au Venezuela ne font pas leur boulot ou qu’en partie, en ne parlant qu’à l’opposition. Il dénonce ainsi une forme d’entre-soi, où les journalistes embourgeoisés français vont à la rencontre de leurs semblables vénézuéliens, les couches aisées de la population. Refusant néanmoins la posture du donneur de leçons, Lemoine parle sans cesse du devoir pour le journaliste de contextualiser l’information, de chercher à comprendre les mœurs, l’histoire et la culture locales. Et ce dernier de citer les brutalités et les meurtres dans chaque camp.

Plus grave, ces mêmes journalistes sont régulièrement confrontés à des pressions de la part de leurs rédactions parisiennes, sans doute pas encore prêtes à nuancer le discours selon lequel le Venezuela deviendrait une dictature sanglante. Dans les années 80, Maurice Lemoine révèle avoir subi cette forme de censure, lorsqu’une grande maison d’édition avait annulé une commande d’un ouvrage écrit sur les guérilleros sandinistes, sous le prétexte qu’il donnait trop la parole aux rebelles.

Il cite en modèle un autre journaliste, Roméo Langlois, de France 24, qui couvrait le conflit en Colombie et qui s’était fait kidnapper en 2012 par les FARC. Otage durant un mois, il est libéré et publie sur le sujet un reportage nuancé qui lui vaut le Prix Albert Londres, mais également des accusations de syndrome de Stockholm et des pressions des autorités colombiennes. Le visage marqué et buriné par l’aventure, Lemoine admet que les FARC ont commis des crimes et ont violé le droit humanitaire international. Il réfute pourtant le terme de narcoguérilla souvent utilisé pour les discréditer, affirmant seulement qu’ils ont profité du trafic de cocaïne comme tout le monde. Très loin du marxisme-léninisme des origines, la transformation des FARC en un parti politique pourrait les amener au pouvoir à long terme, selon lui.

Pour la gauche française depuis Jospin, entendre par là le courant social-démocrate, il s’agit de punir Chavez pour son anti-impérialisme et son refus du néo-libéralisme. Même auprès de ses amis idéologiques habituellement moins contempteurs du Venezuela, Maurice Lemoine admet que ses positions sur le Venezuela sont compliquées à assumer et qu’il doit sans cesse se justifier. Pour lui, il s’agit d’une lutte de classes, entre les deux catégories sociales au sein même du Venezuela, les bourgeois qui sont acquis à l’opposition de droite et d’extrême droite et les plus pauvres, ceux qui ont surtout bénéficié des réformes de Chavez et qui maintiennent leur confiance en Maduro.

Hugo Chavez? «Un homme politique hors du commun»; «il y en a un par siècle». On le sent habité par l’ancien leader populiste qu’il a rencontré à plusieurs reprises. N’avait-il pas une fibre gaulliste? Tout à fait, répond-il, par son côté grand homme, militaire, et son charisme, Hugo Chavez peut être comparé à Charles de Gaulle, à qui on ajouterait une dose de Front populaire. Il rappelle les acquis sociaux considérables durant sa présidence, le pays passant de 60 à 20% de pauvres. Seulement voilà, la révolution bolivarienne a perdu son grand homme et la crise économique, sociale et politique perdure.

Alors que les prix du pétrole sont remontés et qu’une économie dépendante des hydrocarbures telle que la Russie ait affiché une croissance de 1,5% en 2017, pourquoi le Venezuela, économie subventionnée par la manne pétrolière, subit-il toujours la crise? Question centrale pour Maurice Lemoine et qui détermine les soubresauts vécus à Caracas. Il existe «une agression réelle contre le Venezuela qui est multiforme», déstabilisé à l’intérieur par son opposition antidémocratique et à l’extérieur par les États-Unis. Et il ajoute que les graves pénuries que l’on relate dans les médias sont organisées et préméditées: «les réseaux de distribution sont sabotés avec pour objectif de provoquer une révolte sociale».

Dans cette «guerre psychologique», les États-Unis de Donald Trump peuvent-ils intervenir pour destituer Maduro? Trop compliqué, selon Maurice Lemoine, car cela réunirait la population vénézuélienne et avec elle, l’opinion latino-américaine derrière le successeur de Chavez. Pourtant l’option des couloirs humanitaires entre la Colombie et le Venezuela est régulièrement mise en avant. C’est pourquoi «il faut défendre le Venezuela contre l’agression impérialiste».

Plus de temps à perdre, l’ancien journaliste a son cours de Karaté dans le centre de Paris. Une heure d’entretien d’une rare qualité dont le meilleur est à retrouver dans la vidéo en tête d’article.

Source : https://fr.sputniknews.com/france/201804181036010422-maurice-lemoine-journaliste/

« Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »

Jorge Rodriguez

Dans un entretien réalisé pour l’Humanité par Cathy dos Santos, Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication et chef de campagne du président Nicolas Maduro, candidat à sa réélection, revient sur les raisons de l’échec des pourparlers avec l’opposition, dont une partie concourra au scrutin présidentiel.

L’élection présidentielle aura lieu le 20 mai prochain dans un contexte économique très tendu. Une partie de l’opposition a annoncé qu’elle ne participera pas à ce scrutin. Pourquoi selon vous ?

Jorge Rodriguez Voilà deux ans que le président Nicolas Maduro appelle l’opposition à un processus de dialogue. Un processus durable pour jeter les bases d’une cohabitation pacifique et ce, malgré le fait que nous ayons une vision du pays différente. Nous prônons des modèles sociaux, politiques, économiques complètement antagoniques. Mais, pour le gouvernement, il s’agissait d’éviter toute action extraconstitutionnelle : coup d’État, violences dans les rues… Cette proposition de dialogue s’est concrétisée par plus de cent cinquante réunions secrètes et officielles avec l’opposition. Après l’élection de l’Assemblée nationale constituante en août 2017, l’idée de renouer le dialogue en République dominicaine a été avancée. Le président dominicain, Danilo Medina, a offert ses bons offices. Le dialogue a abouti en décembre à un préaccord qui contenait toutes les garanties électorales, à savoir le registre électoral, la présence d’une observation internationale, la composition du Conseil national électoral. Il abordait également le renforcement institutionnel, la reconnaissance de l’Assemblée nationale constituante de la part de l’opposition…

En tant que chef de la commission de dialogue du gouvernement bolivarien, vous étiez aux premières loges de ces pourparlers en République dominicaine. En février encore, l’accord était présenté comme imminent…

Jorge Rodriguez Durant l’année 2016, les dirigeants de l’opposition vénézuélienne et les mentors internationaux tels que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos, et même le président américain, Donald Trump, disaient que la solution à la crise politique passait par une présidentielle. En décembre donc, nous nous sommes fixé comme objectif un nouveau round de discussion exclusivement autour de la question de l’agenda électoral. L’opposition voulait que la présidentielle se tienne le 9 juin et nous, le 18 mars. L’ancien président du gouvernement espagnol, et médiateur, José Luis Rodriguez Zapatero, entreprend un voyage à Caracas et se réunit avec l’opposition. Celle-ci avance alors la date du 22 avril, et le président Nicolas Maduro donne son accord. J’ai moi-même appelé les responsables de la Mesa de Unidad Democratica (MUD – coalition de l’opposition), en leur confirmant que nous allions donc signer l’accord. Tout était prêt en République dominicaine jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie.

Qui était au bout du fil ?

Jorge Rodriguez Coïncidence, le secrétaire d’État américain (qui a depuis été limogé), Rex Tillerson, entreprenait une tournée en Amérique latine. Ce jour-là, il se réunissait avec le président colombien, Juan Manuel Santos. L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.

Peut-on affirmer que les États-Unis ont directement influencé la décision de la coalition de droite de ne pas signer l’accord politique et électoral ?

Jorge Rodriguez Il n’y a aucun doute à avoir en la matière. Tout comme il est vrai également que le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Caracas, Todd Robinson, a demandé à Henry Ramos Allup, qui s’était porté pré-candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, de ne pas se présenter.

Lors de sa tournée en Amérique latine, l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson a plaidé pour la constitution d’une sorte de front anti-Venezuela. Cet appel augure-t-il d’un interventionnisme plus direct de Washington ?

Jorge Rodriguez Le président Donald Trump a intronisé une période des plus agressives à l’encontre du Venezuela. Il s’agit d’un suprémacisme grossier, virulent. L’intention est claire : empêcher le Venezuela de poursuivre ses transformations par la voie démocratique des urnes.

En dépit de la posture de certains dirigeants de l’opposition, Henri Falcon s’est porté candidat à la présidentielle. Comment interprétez-vous son choix ?

Jorge Rodriguez La MUD est composée de plusieurs partis. Quatre d’entre eux dénient aux autres le droit de participer à une élection ou d’intervenir dans les prises de position de cette coalition. Mais, au vu de l’accord qui avait été élaboré en République dominicaine, Henri Falcon a décidé de participer à la présidentielle. Parce qu’il a fait ce choix, on le présente aujourd’hui comme un chaviste, comme un faux opposant. Pour rappel : il a été deux fois gouverneur de l’État de Lara pour l’opposition et il a occupé le poste de chef de campagne du candidat de la MUD, Henrique Capriles, à la présidentielle de 2013.

L’Union européenne pourrait-elle emboîter le pas à Washington et ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle du 20 mai ?

Jorge Rodriguez Il est triste que des pays européens endossent les mêmes habits que les États-Unis et mènent de ce fait une politique agressive envers le Venezuela. Ne trouvez-vous pas étrange que notre pays subisse des sanctions parce qu’il organise des élections ? Nous parlons d’élections libres, transparentes et secrètes. En Colombie, les électeurs photocopient leurs bulletins de vote. Au Honduras, 65 % des bulletins de vote disparaissent. C’est tellement incroyable que même Luis Almagro, le président de l’Organisation des États américains, n’a pas certifié la validité des élections honduriennes. Au Brésil, comment Michel Temer (président autoproclamé suite au coup d’État contre la cheffe de l’État de gauche, Dilma Rousseff – NDLR) a-t-il été élu ? Que s’est-il passé au Paraguay après le coup d’État ? L’ancien président Jimmy Carter a dit de notre système électoral qu’il était l’un des plus fiables au monde. C’est le même qui a permis à l’opposition de remporter les législatives en 2015. Il s’agit de nos vingt-cinquièmes élections en dix-huit ans. On nous menace de sanctions parce que nous faisons ce que l’opposition nous demandait de faire en décembre dernier, c’est-à-dire d’avancer la présidentielle ! Les garanties électorales existent et ceux qui souhaitent envoyer une mission d’observation peuvent le faire.

Vous évoquez le climat régional. L’avènement de plusieurs gouvernements de droite ne participe-t-il pas également à une forme d’isolement de Caracas ?

Jorge Rodriguez Avec les virages droitiers pris dans certains pays, nous pourrions dire que nous assistons à une « restauration », au retour du modèle néolibéral, qui a pourtant généré tant de pauvreté sur notre continent. Les structures que nous avons promues telles que l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, la Communauté des États latino-américains et caribéens ou encore l’Union des nations sud-américaines sont fragilisées. Pourtant, lorsque les présidents de gauche les ont impulsées, personne n’est allé demander au président mexicain ou au président colombien quelles étaient leurs idéologies pour pouvoir les intégrer. Nous avons toujours promu l’unité. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski voulait interdire au président Maduro de participer au sommet des Amériques de Lima (les 13 et 14 avril) mais c’est lui qui n’y assistera pas puisqu’il a été démis de ses fonctions pour son implication dans la grande affaire de corruption Odebrecht. Néanmoins, je crois que nous assisterons à une récupération des forces progressistes en Amérique latine avec l’élection au Venezuela mais également en Colombie, ou encore au Brésil si Lula ne se voit pas interdit d’élection. Il a d’ailleurs eu cette phrase terrible : « S’ils me tuent, je deviens un martyr. S’ils me mettent en prison, ils font de moi un héros et si je suis libre, je serai président. »

Pour revenir à la situation économique vénézuélienne, les nouvelles sanctions contre la cryptomonnaie, le petro, auront-elles un impact sur le scrutin ?

Jorge Rodriguez Le Venezuela est soumis à des sanctions unilatérales. Il s’agit d’un véritable blocus économique et financier. On parle beaucoup de la crise humanitaire que connaît le pays mais nous avions 1 500 millions de dollars que la République bolivarienne destinait à acheter des médicaments et des aliments, ici, en Europe. Ils ont été bloqués ! Face à cette situation, le président Nicolas Maduro a avancé une série de plans pour protéger le peuple vénézuélien. Il s’agit d’une protection directe de 6 millions de familles qui concerne 20 millions de Vénézuéliens sur une population totale de plus de 31 millions d’habitants. Chaque mois, ils reçoivent 18 produits du panier de base. Le carnet de la patrie permet à 16 millions de personnes de bénéficier d’une protection sociale accrue pour préserver les droits fondamentaux du peuple. En dépit de la crise économique et financière, le caractère social du modèle vénézuélien n’a pas été touché puisque 74 % du budget sont destinés aux dépenses sociales. Aucun des 34 000 centres de santé n’a été fermé même si nous avons des difficultés d’approvisionnement de médicaments. Dans le cadre de la grande mission logement, nous venons de franchir les 2 millions d’appartements livrés en sept ans. Hier encore, à chaque crise pétrolière, les gouvernements abandonnaient aussitôt les politiques sociales pour maintenir les bénéfices d’une minorité de la population. La révolution chaviste fait exactement le contraire.

L’inflation atteint des records hallucinants. Ses conséquences ne peuvent être endiguées par les seules politiques sociales. Quelles mesures adoptez-vous pour y faire face ?

Jorge Rodriguez Il faut des réponses plus macroéconomiques. Le président a annoncé des mesures de compensation monétaire avec la suppression de trois zéros du bolivar. La prévente du petro, la cryptomonnaie, a été de 5 milliards de dollars. Cela va permettre de nous désengorger du blocus financier. Le président Donald Trump ne peut endiguer le petro, sauf à éteindre Internet sur l’ensemble de la planète. Les réserves de la cryptomonnaie s’élèvent à 5 342 millions de barils de pétrole à Ayacucho. Elles s’appuient aussi sur d’autres ressources : nous venons de découvrir la quatrième mine d’or la plus grande au monde. Sans parler du cuivre, des diamants. Le petro doit nous aider à détruire la dictature du dollar au Venezuela.

La crise économique que connaît votre pays ne révèle-t-elle pas les limites d’un modèle économique hyperdépendant de sa rente pétrolière et donc celles de son manque de diversité économique ?

Jorge Rodriguez Oui, bien sûr. Mais la chute drastique du cours du pétrole est partie intégrante de la guerre économique de l’administration contre le Venezuela mais également contre la Russie et l’Iran avec qui nous avions scellé des accords au sein de l’Opep pour stabiliser le prix du pétrole. Cela fait cent vingt ans que le Venezuela a un problème de dépendance au pétrole. Il faut substituer le modèle de la rente mais sans toucher au modèle de protection sociale. Le président Nicolas Maduro en a fait sa principale proposition de campagne présidentielle. Il nous faut diversifier notre économie pour garantir, par exemple, notre suffisance alimentaire. Le petro a permis au Venezuela d’accéder à des ressources financières renouvelées. Car l’idée est que le pétrole ne soit plus la première source de financement. Deuxièmement, nous devons substituer le cours monétaire avec le petro. 2018 doit être l’année de la mise en échec de l’inflation. L’élection, avec ces cinq candidats, constitue une étape importante pour générer un climat plus propice à la paix sociale mais également économique.

Jorge Rodriguez
Ministre de la Communication du Venezuela

entretien réalisé par Cathy Dos Santos.

Source : https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993