De Bruxelles à Paris, comprendre le Venezuela avec les invités de Mémoire des Luttes, Venesol et Zin TV

Deux rendez-vous à ne pas manquer pour tou(te)s les citoyen(ne)s qui veulent se réinformer sur le Venezuela face à l’homogénéisation du champ médiatique !

Rencontre/débat le 31 janvier 2018 au Lieu Dit ( 19 heures-21 heures ) à Paris autour de deux invités du Venezuela : Maria Hernandez, avocate féministe et Marco Teruggi, journaliste et sociologue franco-argentin basé à Caracas et dont Venezuelainfos publie les témoignages de terrain depuis quelques années

Crise politique et économique, tensions régionales, sanctions et ingérences des Etats-Unis (et de l’Union européenne), campagnes médiatiques, la situation au Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires, souvent instrumentalisés dans les débats politiques en France et en Europe. Quelle est la situation du pays avant l’élection présidentielle ? Quels sont les défis qui s’imposent au chavisme ? Quels sont les projets de « l’opposition » ?

Cette soirée est organisée à l’initiative de Mémoire des luttes et sera animée par Christophe Ventura, rédacteur en chef du site de Mémoire des luttes ( www.medelu.org)

Ces deux invités seront également présents à Bruxelles le samedi 27 janvier 2018, pour la conférence/concert « Comprendre le Vénézuéla », de 12h à 22h au Pianofabriek, rue du fort 35 – 1060 Bruxelles.

Au programme : 12h. : buffet sud-américain, expo, stands, projection film. 15h: débat avec les invités. 19h: Concert ZONA 7. Prix libre.

Organisé par VeneSol & ZIN TV

« Je ne cesse de m’interroger sur l’arrogance de ceux qui prétendent que l’Histoire commence à partir du moment où ils entrent en scène. Ils ont l’air de croire qu’au Venezuela les critiques n’existent pas, que le chavisme est monolithique, que les expériences d’organisation populaire, les communes par exemple, ne contestent pas la bureaucratie et ne la nomment pas publiquement pour ce qu’elle est : une bureaucratie corrompue. Puis ils viennent nous faire la leçon pour, disent-ils, occuper la place d’une gauche qui ne se tait pas. La première chose qu’ils auraient dû faire, la plus importante, est d’écouter avant de parler. (…)
Leur argumentation ignore tout de l’expression critique constructive qui existe au sein du chavisme. (…) Pour ma part, j’ai choisi de répondre de l’intérieur même du chavisme, en adoptant une position critique publique contre les bureaucrates, les corrompus, les traîtres et les « autoproclamés ».

Marco Teruggi
Journaliste franco-argentin, il habite Caracas et publie régulièrement des chroniques sur la vie politique de la révolution bolivarienne depuis son blog www.hastaelnocau.wordpress.com. Il intervient comme analyste dans TeleSur.

« Les Féministes qui, comme moi avons pris la décision de travailler avec les femmes des zones populaires , nous avons pu constater à quel point elles avaient des pratiques féministes dans leur quotidien y de plus, elles se sont approprié les outils développés par le processus pour transformer leurs propres vies, comprenant qu’on ne pouvait pas transformer le pays sans transformer nos propres réalités, nos familles, nos vies. Elles ont commencé à devenir protagonistes dans leurs quartiers, communautés, conseils communaux… alors qu’avant, lors de la 4e république, elles n’avaient pas la possibilité d’étudier, étant mères très jeunes qui devaient travailler ou rester dans la rue avec leurs enfants.
Chavez a réussi à inspirer ces femmes , il a reconnu qu’il y avait une dette historique envers les femmes en ce qui concerne l’éducation, la santé, il a créé des institutions qui ont pour but de garantir ce processus. il disait toujours que le Venezuela a un visage de femme. La majorité de la population qui s’est émancipé grâce aux différentes stratégies misent en place par le processus révolutionnaire sont des femmes, elles ont pu augmenter leurs capacités et autonomies grâces aux études , à de meilleurs salaires , à la participation et l’organisation populaire. C’est une des plus grandes victoire de cette révolution. Ces femmes qui venaient voir Chavez, suivaient et concrétisaient ses idées dans leurs vies au jour le jour, sont des femmes qui ont su voir dans ce processus leur propre libération, leur propre émancipation. »

Maria Hernández
Avocate, activiste féministe, co-rédactrice de lois à la base de la création de l’Institut National de la Femme (INAMUJER). Professeure d’université, élue défenseuse nationale des droits des femmes 2013/2016.

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Arc Minier de l’Orénoque: la solution accusée d’être le problème, par José Roberto Duque

Félix Caraballo dirige asamblea de mineros

Le pilonnage contre le Révolution Bolivarienne fait rage sur tous les fronts à la fois. Comme cela se passe ailleurs, c’est l’artillerie informative qui confère à l’agression son caractère massif, cherchant à conditionner la population, sujet et objet du phénomène “opinion publique”. Parmi les nombreux objectifs de guerre identifiables dans l’attaque contre le Venezuela, le plus vulnérable est probablement l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO), un plan de régularisation de l’exploitation minière décrété par le gouvernement national en février 2017.

On peut qualifier ce thème de “vulnérable” parce que comme il s’agit d’une tentative d’organiser et d’exploiter de manière souveraine la mine au Venezuela, il fait s`élever les voix de protestation, en premier lieu, des mafias et des bandes criminelles qui contrôlaient l’exploitation de l’or, des diamants et du coltan au sud du fleuve Orénoque; en deuxième lieu, des groupes environnementaux et des organisations sociales (authentiques ou opportunistes, les deux existent), préoccupés par certains énoncés de l’Arc Minier de l’Orénoque, et dévastés dans leur sensibilité par une propagande systématique et bien organisée. En troisième lieu, viennent les attaques contre l’Arc Minier de la part des transnationales et des gouvernements étrangers qui voient freiné ou stoppé leurs plan de tirer bénéfice des richesses minérales du sol vénézuélien. En dernier lieu intervient aussi un secteur citoyen qui n’a jamais été intéressé ni par le thème de la mine, ni par celui de la souveraineté, pas plus que par la problématique indigéniste ou environnementale, mais qui voit dans l’Arc Minier un thème facile pour insulter et pester, même sans éléments concrets.

Exploitation minière ou seulement responsable ?

L’Arc Minier de l’Orénoque (AMO) est un thème sensible et vulnérable pour une raison puissante: l’exploitation minière, pour tout ce qu’elle représente dans le capitalisme industriel, est un thème facile à attaquer et susceptible de criminalisation. Il est pratiquement impossible de parler en termes laudatifs d’une activité qui a détruit nature et cultures, et qui a appauvri les pays pauvres dont le sous-sol contient la matière première. Quand le gouvernement vénézuélien a créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, le nom fit scandale, qui suggère qu’on peut faire de l’exploitation minière tout en contribuant à l’écologie. Quand on donne les éclaircissements et les précisions nécessaires – il n’existe pas d’exploitation minière écologique mais il existe une forme hautement polluante de l’exercer -, il est trop tard: le nom du ministère fonctionne comme le titre des articles, et la majorité s’y arrête sans approfondir le contenu.

 

Le résumé ou la synthèse de ce cirque volant communicationnel est celui-ci : on attribue à l’Arc Minier (créé en 2017) toute la dévastation causée par un exercice irresponsable, esclavagiste et déprédatrice de l’exploitation minière pendant les deux siècles antérieurs. Il n’a servi à rien d’informer, intensément et de manière soutenue, sur le fait que l’Arc Minier est la réponse de l’État pour diminuer la pollution engendrée par l’activité extractiviste, pour faire que la classe ouvrière (travailleurs de la petite exploitation minière) s’engagent à une exploitation plus propre et responsable, pour préserver les zones sacrées et peuplées par les peuples indigènes. Toujours revient la campagne qui rejette la faute sur l’État vénézuélien de générer ce qu’il vient en réalité éradiquer et corriger.

Le contexte est le suivant. Il y a des territoires au nord de l’état de Bolivar (sud du Venezuela, limitrophe avec le Brésil et le territoire de l’Essequibo) où on pratique depuis 200 ans l’exploitation minière, moyenne et à grande échelle. Dans ces zones s’est développé, comme dans toute ville ou conglomérat humain produit par les dynamiques économiques extractivistes, un réseau de mafias, prostitution et drogues, pollution au mercure, dévastation des zones naturelles, présence de transnationales (dans la seconde moitié du vingtième siècle) et corruption. Pour ces raisons, l’Etat a décrété un plan, applicable dans des zones spécifiques de ces territoires, baptisé Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque. L’État vénézuélien avait une dette historique envers les habitants de cette région et de tout le Venezuela, qui consistait à reprendre le contrôle souverain de ce territoire et de ses ressources, et cela ne peuvent le faire à eux seuls ni le gouverneur de Bolivar, ni les Forces Armées, ni l’entreprise privée, ni un ministère. L’Arc Minier compte parmi ses principes directeurs le respect des peuples indigènes, la protection de zones où il n’est ni nécessaire ni pertinent de développer l’exploitation minière, la mise en œuvre de techniques et de méthodes moins toxiques et moins destructrices que l’usage traditionnel du mercure, et la dignification et la relance de la petite exploitation (activité dont vivent des milliers de familles depuis plusieurs générations) alors que se réduit et se régule l’exploitation minière à grande échelle. Il est faux que vont être dévastés 111.800 kilomètres carrés de forêt, comme le dit la propagande contre l’Arc Minier: le décret estime que moins de 5 pour cent de ce territoire sera directement affecté, et que cela est suffisant pour extraire les ressources du sous-sol.

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Le gros de la campagne contre l’Arc Minier s’est appuyé sur des images et des témoignages recueillis dans les zones minières… avant le décret gouvernemental. Fleuves éteints et réduits à des puits stériles pleins de mercure, vastes zones forestières dévastées. Il s’est avéré incroyablement difficile d’expliquer aux groupes d’opinion créés à ce sujet comprennent que l’Arc Minier est une solution potentielle à ces dévastations et non leur origine.

Tandis que cette propagande négative se renforce et que se déploient des sites informatifs ( http://arcominerodelorinoco.com/ ) financés par la NED (National Endowment for Democracy (cette façade montée par le Département d’État pour “laver” ou filtrer ses rétributions aux mouvements anticommunistes, progressistes et anti-vénézuéliens d’Amérique) charriant tous les préjugés et les mensonges proférés contre l’AMO, le travail sur le terrain a commencé à démontrer son efficacité en matière de captation souveraine et responsable de ressources. Le Venezuela a produit entre 2012 et 2016, 5,1 tonnes d’or, avec des processus conventionnels et l’intervention minière à grande échelle. En seulement huit mois à partir de l’activation de l’Arc Minier de l’Orénoque, la production a atteint 8,6 tonnes. Ces 8,6 tonnes ont été converties en lingots et entreposées dans les chambres fortes de la Banque Centrale du Venezuela, pour grossir les réserves internationales, les actifs de la République.

Le cas le plus récent et vérifiable du pillage de l’or vénézuélien est celui de Curaçao, une dépendance hollandaise des Caraïbes proche de nos côtes: cette île a exporté 2.300 millions de dollars en or entre 2010 et 2015, sans posséder une seule mine d’or…

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L’explication de ce saut olympique tient à deux facteurs d’explication: le contrôle effectif des ressources exploitées, qui auparavant “s’évadaient“ impunément par d’autres pays à travers les fleuves et les forêts, et l’encadrement de la petite exploitation minière, jusqu’ici considérée comme illégale et objet de persécution.

Classe ouvrière et communautés de mineurs

Dans la petite exploitation se trouve la clef, non seulement de l’augmentation de la production mais de l’humanisation et de la reconnaissance de l’activité minière. Les travailleurs se sont organisés en Conseil Populaire Minier, et cette instance de travailleurs maintient une relation net une coordination directes avec l’État. En échange de cette reconnaissance ce sont les travailleurs organisés qui concrétisent et massifient les instructions et la philosophie de l’Arc Miner : petit à petit on élimine l’usage du mercure (la technologie d’extraction par cyanure et charbon actif est moins risquée et moins polluante), on réalise un recensement des travailleurs qui interviennent dans le processus, on vérifie l’accomplissement des engagements centraux: les ressources extraites ne sont vendues qu’à l’État (un coup porté aux mafias transnationales) et les zones protégées et les territoires indigènes sont respectés et préservés.

De nombreux activistes de l’agroécologie, et beaucoup d’entre nous, défenseurs d’une agriculture propre et liée à la terre, souhaiteraient que l’exploitation minière soit proscrite come activité économique. Mais dans des territoires où il y a des communautés qui vivent de la petite exploitation minière depuis plusieurs générations cette élimination ne serait pas possible sans perpétrer un véritable génocide. Après avoir longtemps tourné le dos à l’exploitation minière l’État vénézuélien a permis que croissent des phénomènes parallèles et pervers de l’extractivisme criminelle à grande échelle et la délinquance organisée qui a pillé ces ressources durant des siècles.

Il y aura certainement une opposition au projet, et le discours transversal continuera à être la perversion de l’activité minière en tant qu’activité extractiviste. Toute attaque transnationale, corporative ou de gouvernements ennemis, sera compréhensible et logique. La difficulté sera de concilier le discours de groupes environnementalistes (authentiques ou manipulés) du Venezuela qui continueraient à attaquer l’exploitation minière pendant que l’on continue à se servir de l’activité minière par antonomasie : la pétrolière. Attaquer l’activité minière pendant qu’on vit du pétrole : c’est le paradoxe fondamental de ces étranges temps de furie antivénézuélienne.

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L’assemblée informative commence avec les mineurs, avant d’initier le recensement. Ils sont dans une communauté proche de Tumeremo, mais plus proche du territoire de l’Essequibo, où sont arrivés au bout d’un voyage de plusieurs heures en barque. Les jeunes du Ministère du Développement Écologique expliquent le motif de leur présence : quelques hommes interviennent, interrompent, veulent parler tous à la fois, par moments la conversation se fait lourde et difficile. Soudain arrive un monsieur qui veut mettre « de l’ordre » à sa manière : il sort un pistolet et tire vers le toit. Alors les autres se taisent. Sachez-le : il y a beaucoup de façons de faire respecter un droit de parole.

Pendant trois mois une équipe de techniciens et de professionnels du Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, accompagnés par des jeunes garçons et filles de la Mission Piar et du Plan Travail pour les jeunes, formé dans sa majorité par des jeunes de 17 à 35 ans, ont décidé d’abandonner leur confort pour se submerger dans la forêt et créer à la sueur de leur front, le Registre Unique des Mineurs (RUM); pour connaître et faire connaître de près la réalité des peuples miniers qui habitent l’Arc.

Ainsi formulé, cela pourrait sembler n’être qu’une action de plus de la bureaucratie d’État. Jusqu’à ce qu’on se rende compte des données profondes du contexte et que l’exploit soit mesuré à sa juste valeur : il y avait des endroits où aucune institution de l’État n’avait jamais mis les pieds, et c’est là où ces jeunes garçons et filles ont dû se rendre, se plongeant dans des zones où se déplacent des groupes et des individus qui exercent le contrôle et l’autorité sans discussion possible. Ces derniers qui ont oublié un (gros) détail : cette région fait partie d’un pays où il y a des lois et des institutions. La Révolution a décidé de ne pas le leur expliquer à coups de tanks, d’avions et d’infanterie (ce à quoi on pense souvent dans cette situation) mais en envoyant des jeunes armés d’un sourire, d’une dose de naïveté, et de l’envie de travailler. A la tête de cette équipe chevauche Félix Caraballo, un lutteur de La Vega qui jusqu’il y a peu de mois n’en savait pas beaucoup sur les mines mais pas mal sur les dimensions humaines de l’organisation sociale.

Auparavant le mineur arrivait à un lieu où l’information était centralisée; cette fois, avec l’appui des organisations populaires et de mineurs organisés, plus de 70 jeunes ont habité chez eux, dans les mines d’or de l’état Bolívar. C’est là, dans cet autre Venezuela, caché pour la majorité, qu’ils ont déambulé, embrassant avec vigueur et apprenant avec les neurones frais une réalité en marge du quotidien.

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Le travail du Registre Unique des Mineurs

Petits et (grands) mineurs : de la mitraille à l’hymne national

Liss Lares a 30 ans, est sociologue et assistante adjointe à la Direction Générale de la Gestion Productive de la Petite Exploitation Minière; elle a fait partie de cette équipe qui est partie dans la forêt à la recherche de ces vénézuéliens demi-oubliés. “Nous sommes restés dans les mines des municipalités de El Callao, Cedeño et Piar; nous avons dormis dans des espaces seulement pourvus d’un toit, dans des hamacs ou sans hamacs, avec une moustiquaire, dans des zones ou rôde le paludisme, où il y a des dynamiques de violence. Nous avons mangé ce que mangent les mineurs, car c’est de ce que cela qu’il s’agissait. Pour nous ce fut un processus transformateur, nous avons toujours été disposés à arriver aux mines les plus profondes et nous avons réussi à atteindre la tâche que nous nous étions fixée”.

Le Registre Unique Minier a eu pour objet la caractérisation des zones consacrées à l’exploitation minière et à ses réalités connexes: qui sont les mineurs, d’où ils viennent, quels sont les attentes de ces personnes qui vont chercher de l’or et d’autres ressources minérales de la terre. Liss était particulièrement intéressée de connaître la situation de la femme; créer cet instrument qui permettra à l’État d’orienter les politiques sociales avec l’appui du peuple des travailleurs de la mine, fut une bonne occasion de s’approcher de cette réalité.

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Liss Lares, s’acclimatant au rythme minier

Pour le dire avec élégance et décence, les femmes sont les personnes qui ont vécu les pires choses dans un territoire et une activité où abondent, parmi les mineurs de vieille souche et qui ont construit une culture de travail, des aventuriers de partout du Venezuela et d’autres pays, qui lorsqu’ils arrivent à une zone minière (à une “bulla”: c’est le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté) installent en grappe un campement chaotique et insalubre, couvert de baraques et de toits de plastique; ils s’organisent pour perforer des trous de plusieurs mètres de profondeur, sortir les “moulins” et récupérer de l’or à raison d’un gramme par 200 kilos de matériel brut. Dans la culture du mineur, tout travailleur nouveau qui sort ses premiers grammes d’or doit les dépenser dans les currutelas (bordels), où les jeunes filles se font payer en grammes (un gramme valait 5 millions de bolivars en décembre). Il y a aussi des femmes qui travaillent à creuser le sol mais la stigmatisation fait que toute femme qui travaille comme mineuse soit qualifiée ou traitée comme un objet sexuel.

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Une “bulla” : le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté

Hilgardo Medina travaille comme analyste au ministère, sa préoccupation principale est l’impact environnemental que provoque l’exploitation minière. Dans un véhicule du style Fun Race il a voyagé huit heures de Tumeremo jusqu’à la mine de Botanamo. Tenter de récupérer la couche végétale superficielle où on note les dommages environnementaux est la raison d’être de ce qu’on appelle l’« exploitation minière écologique”, et qui ont éveillé tant de doutes et de soupçons chez des personnes qui croient tout savoir de la mine mais ne sont jamais allés à aucune d’elles. “C’est le lieu où on accède le plus difficilement, ce n’est pas un problème d’accès physique mais la difficulté d’accéder à la conscience du mineur”, dit Hilgardo. “A Botanamo, il y a deux ans, il y a eu une opération de la garde nationale qui a démantelé le campement des mineurs pour trouver le chef d’une bande criminelle qui opérait sur ce territoire. Quand les mineurs ont repris le territoire ils se sont réinstallés comme une organisation populaire, avec leurs règles internes pour restituer l’ordre et avec un grand niveau de conscience. Aujourd’hui quand ils nous ont reçu ils ont chanté l’hymne national”.

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Mineurs en condition d’artisans

Alexandra Meneses, ingénieure géologue, diplômée de l’Université d’Orient, a 26 ans et bien que sa spécialité soit le pétrole, sa vocation sociale l’a poussée à rejoindre cette équipe. Durant cinq semaines elle a parcouru les différentes zones pour parvenir aux fronts miniers et inspecter, géoréférencer (à l’aide du GPS) chacune des communautés productives. “Un jour nous sommes arrivés à la Mine de Hoja de Lata, située dans la municipalité de El Callao, à neuf heures du soir. A cette heure nous avons dressé le campement; le jour suivant nous nous sommes éveillé à 5 h. 30 pour nous doucher avec un demi seau d’eau et déjeuner entourés de chèvres, de vaches, de chiens et de coqs. Parfois nous marchions pendant deux heures et en arrivant à la mine nous nous mettions à travailler immédiatement avec les gens, mais très tôt on se réunissait avec l’équipe pour préparer l’assemblée d’introduction avec les mineurs, pour les informer de ce que nous étions en train de faire sur place. Ensuite nous revenions à El Callao comme point de rencontre pour laver les vêtements, se reposer et réunir les données que nous avions recueillies”.

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Saydubi Santana est de Caracas, elle a 25 ans, est activiste de la communauté de la diversité sexuelle et était chargée de l’enregistrement audiovisuel. Durant le parcours de six heures aller/retour à El Chivao en barque, elle est tombée malade à El Dorado, et vu les symptômes, a dû être rapatriée parce qu’on soupçonnait le paludisme. Finalement on a su que c’était autre chose : un parasite qui s’était introduit par les pieds. Le paludisme fait peur à cause de ses séquelles : tu l’attrapes une seule fois et l’organisme s’en ressent toute la vie. Elle était en train d’apprendre tout ça quand elle rencontra un mineur qui avait souffert réellement du paludisme… mais 79 fois. “Voir autant d’enfants malades de paludisme, voir des jeunes filles de 15 ans travailler dans un bordel pour survivre au coût de la vie élevé, observer la division marquée des rôles de genre, c’est-à-dire l’homme à la mine et la femme à la cuisine, c’est quelque chose de réellement très choquant”. On suppose que l’Arc Minier a été créé pour mettre un terme à ces choses choquantes mais, à cause de la propagande, beaucoup de gens continuent à croire que ce fut l’Arc Minier qui a créé ces maux. Qu’allons-nous y faire ? Un jour nous apprendrons à écouter des histoires de la voix de ceux qui se sont plongés dans l’Histoire.

José Roberto Duque et César Vázquez

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/ et http://epaleccs.info/chambeando-en-otra-venezuela/. Photos: José Roberto Duque et Emilio Guzmán

Traduction : Thierry Deronne

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Les douze victoires du président Maduro en 2017, par Ignacio Ramonet

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Rappelons, pour commencer, que Nicolas Maduro est le président le plus injustement harcelé, calomnié et vilipendé de l’histoire du Venezuela. Bien plus encore que le commandant Hugo Chavez, fondateur de la Révolution bolivarienne. Chasser à n’importe quel prix Nicolas Maduro du palais de Miraflores a été et demeure l’objectif obsessionnel de l’opposition réactionnaire interne et de ses puissants alliés internationaux, dont le gouvernement des États-Unis.

A peine l’année 2017 était-elle entamée, que les attaques contre le président se succédaient sans répit. Le premier coup est venu de l’Assemblée nationale, contrôlée par la contre-révolution qui décida, dès le 9 janvier, de « ne pas reconnaître  » le président. Et accusa Nicolas Maduro d’avoir « abandonné son poste ». Faux et absurde.

Devant une telle intention de putsch constitutionnel – inspiré du modèle de coup d’État parlementaire qui destitua Dilma Rousseff au Brésil en 2016 –, le Tribunal suprême de justice (TSJ) rappela alors que, selon la Constitution, l’Assemblée nationale ne peut révoquer le chef de l’Etat, élu directement par le peuple au suffrage universel.

Pour sa part, le président répondit à cette tentative de coup d’État en organisant, le 14 janvier, de grandes manœuvres civiques et militaires, l’« Exercice d’action intégrale anti-impérialiste Zamora 200 ». Quelque 600 000 militaires, miliciens et militants de mouvements sociaux furent mobilisés. Nicolas Maduro put ainsi offrir à ses adversaires une impressionnante démonstration de l’unité des forces armées, du gouvernement, du Parti socialiste uni du Venezuela (Psuv) et des masses populaires. Ce fut la première victoire de 2017.

Enhardie par l’élection, aux Etats-Unis, de Donald Trump – candidat de la droite « suprématiste » qui prit ses fonctions le 20 janvier à Washington –, l’opposition vénézuélienne tenta, quelques jours plus tard, d’intimider le gouvernement maduriste en organisant une grande marche de ses partisans à Caracas le 23 janvier, date de la chute du dictateur Marcos Pérez Jiménez en 1958. Mais là aussi, elle échoua pitoyablement. En particulier parce que le président Maduro répondit en décidant d’organiser, le même jour, le transfert public des restes de Fabricio Ojeda, chef révolutionnaire du mouvement qui renversa Pérez Jiménez, au Panthéon national. Des centaines de milliers de personnes accoururent à l’appel du président, remplissant les avenues de la capitale. On put ainsi constater clairement comment le chavisme populaire dominait la rue, tandis que l’opposition exhibait ses divisions et sa faiblesse. Ce fut la deuxième victoire du président Maduro.

Peu de temps après, le TSJ souligna que l’Assemblée nationale était en situation de « désobéissance à la loi » depuis 2016. En effet, lors des élections législatives du 6 décembre 2015, des fraudes avaient été dénoncées dans l’État d’Amazonas. Fraudes attestées par des enregistrements montrant comment la secrétaire du gouverneur offrait de l’argent à des groupes d’électeurs pour qu’ils votent en faveur de candidats de l’opposition. Par conséquent, le TSJ suspendit ces députés en attente de procès. Mais l’Assemblée nationale persista à leur faire prêter serment. Parce que l’intégration de ces trois membres supplémentaires aurait permis à l’opposition de disposer d’une majorité qualifiée (deux tiers des députés) et le pouvoir donc d’abroger les lois organiques et, surtout, de limiter l’action du président lui-même.

Dans toutes les grandes démocraties, les désaccords entre un Parlement et une Cour suprême sont relativement fréquents. En Europe, par exemple, lorsqu’ un conflit constitutionnel surgit entre les pouvoirs, il est courant que le Tribunal suprême assume momentanément certains pouvoirs du Parlement. Et aux États-Unis, même un président aussi ésotérique que Donald Trump a dû se conformer récemment aux décisions de la Cour suprême.

Mais à Caracas, la contre-révolution a utilisé ce débat pour lancer une campagne internationale sur la prétendue « absence de démocratie au Venezuela ». Avec la complicité de la nouvelle administration américaine, elle n’a pas hésité à monter une colossale opération mondiale de lynchage médiatique contre Nicolas Maduro, mobilisant les principaux médias dominants : de CNN à Fox News et la BBC de Londres, en passant par les grands médias d’Amérique latine et des Caraïbes, les journaux mondiaux les plus influents, ainsi que les réseaux sociaux.

En même temps, la droite vénézuélienne a tenté d’internationaliser le conflit interne en le transférant au sein de l’Organisation des États américains (OEA), « ministère des colonies américaines » selon le Che Guevara, dont le siège est à Washington.

Obéissant aux consignes de la nouvelle administration de Donald Trump et avec l’appui de régimes conservateurs d’Amérique latine, Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, a alors assumé le misérable rôle de direction de cette manœuvre en exigeant l’application de la Charte démocratique contre le Venezuela.

Mais Caracas contre-attaqua aussitôt et obtint la solidarité diplomatique de la plupart des États d’Amérique latine et des Caraïbes. Malgré les stratagèmes malhonnêtes du secrétaire général de l’OEA, le Venezuela n’a jamais pu être mis en minorité. Caracas l’a nettement emporté. Et les ennemis de la Révolution bolivarienne, y compris Washington, se sont cassés les dents contre la stratégie imaginée par le président Maduro, basée sur la réalité des faits, l’honnêteté politique et l’éthique. Plus tard, en avril, Caracas décida de se retirer de l’OEA, accusant cette organisation d’ « actions intrusives contre la souveraineté du Venezuela ». Ainsi donc, avec audace et imagination, dans ce théâtre international complexe, Nicolas Maduro a remporté sa troisième victoire en 2017.

Entre temps, les tensions s’exacerbaient à Caracas lorsque, le 29 mars, la chambre constitutionnelle du TSJ déclarait : « Tant que persistera la situation de désobéissance à la loi et d’invalidité des décisions de l’Assemblée nationale, la chambre constitutionnelle garantira que les compétences parlementaires soient exercées directement par cette chambre ou par l’organe qu’elle désignera, afin de veiller à l’État de droit. » Auparavant, le TSJ avait souligné que l’immunité parlementaire des députés n’était « valable que dans l’exercice de leurs fonctions », ce qui n’était pas le cas puisque l’Assemblée nationale se trouvait en situation de « désobéissance à la loi ».

L’opposition anti-chaviste poussa le cri au ciel. Et avec l’aide, une fois encore, des forces conservatrices internationales, mit sur pied un plan contre-révolutionnaire séditieux. C’est alors qu’a démarré la longue et tragique « crise des « guarimbas » ». Pendant quatre interminables mois – d’avril à juillet – la contre-révolution est passée à l’offensive armée la plus désespérée et la plus brutale contre le gouvernement bolivarien. Financées par la droite internationale, les forces antichavistes – conduites par Primero Justicia(Justice d’abord) et Voluntad Popular(Volonté populaire), deuxorganisations d’extrême droiten’hésitèrent pas à avoir recours à des paramilitaires, des terroristes et des mercenaires du crime organisé pour appliquer des tactiques irrégulières meurtrières. Elles recrutèrent également une série d’experts en guerre psychologique et en propagande « démocratique ». Tout cela pour satisfaire leur obsession pathologique : renverser Nicolas Maduro.

Ivres de violence, les hordes de « guarimberos » se précipitèrent alors à l’assaut de la démocratie vénézuélienne. Elles attaquèrent, détruisirent et incendièrent hôpitaux, centres de santé, crèches, écoles, lycées, maternités, entrepôts de nourriture et de médicaments, bâtiments publics, des centaines d’entreprises privées, des stations de métro, des bus… Tout en multipliant les barricades de flammes dans les secteurs bourgeois sous leur contrôle.

Les plus violents se sont particulièrement acharnés contre les forces de l’ordre, contre lesquelles ils ont lancé des dizaines de cocktails Molotov. Cinq membres des forces de sécurité furent tués par balles. Par ailleurs, d’autres « guarimberos » ont fait preuve de véritable sauvagerie en tendant de minces fils d’acier sur les routes pour décapiter les motards… Ou quand, débordant de haine et de racisme, ils ont brûlé vifs de jeunes chavistes, 29 en tout, dont neuf décédèrent [1]. Résultat : plus de 120 personnes tuées, des milliers de blessés et des pertes estimées à des millions de dollars.

Au cours de ces cent-vingt jours d’embrasement contre-révolutionnaire, l’opposition a également appelé à attaquer les bases militaires, et a tenté de pousser les forces armées à marcher contre le gouvernement légitime et à prendre d’assaut le palais présidentiel. L’extrême droite putschiste a tout tenté pour provoquer une guerre civile, briser l’union civilo-militaire et détruire la démocratie vénézuélienne.

Simultanément, à l’échelle internationale, une frénétique campagne médiatique se poursuivait qui présentait les terroristes ayant incendié des hôpitaux, assassiné des innocents, détruit des écoles et brûlé vifs des personnes, comme des « héros de la liberté »… C’était le monde à l’envers, celui de la « post-vérité » et des « faits alternatifs ».

Ce ne fut pas facile de résister à une telle offensive de terreur, à une telle agression, de faire preuve de patience et de maintenir l’ordre public sur la base d’une vision de l’autorité démocratique fondée sur un usage proportionnel de la force et le respect des droits humains. Le président Nicolas Maduro, constitutionnel et légitime, y réussit. Et il parvint même à trouver ce qui semblait impossible : sortir du labyrinthe de la violence. Avec une idée géniale, à laquelle nul ne s’attendait. Qui a désarçonné l’opposition : revenir au pouvoir constituant originel.

Le prétexte du terrorisme « guarimbero » résidait, en fait, dans le désaccord entre deux légitimités : celle du Tribunal suprême de justice et celle de l’Assemblée nationale. Aucune des deux institutions ne voulait céder. Comment alors sortir de l’impasse ? En se basant sur les articles 347, 348 et 349 de la Constitution chaviste de 1999, et en faisant appel à son statut de chef d’État et d’arbitre suprême, le président Maduro a donc décidé de réactiver un processus populaire constituant.

C’était le seul moyen de trouver un accord avec l’opposition via le dialogue politique et la concertation. D’exclure la violence. Et de régler un conflit historique, pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Le président réfléchit et attendit le bon moment. Jusqu’à ce que, le 1er mai, toutes les conditions soient enfin réunies. Ce jour-là, le président annonça que l’élection des délégués à l’Assemblée nationale constituante se tiendrait le 30 juillet. C’était la seule option en faveur de la paix.

Mais, une fois de plus, confirmant son affligeante myopie politique, l’opposition rejeta la main tendue. Sous les vivats de la presse mondiale, dans le cadre de la campagne brutale contre la révolution bolivarienne, les partis d’opposition décidèrent de ne pas y participer. Au contraire, ils se consacrèrent à saboter ces élections, y compris par la violence, empêchant l’accès au suffrage, montant des barricades, incendiant les bureaux de vote et menaçant ceux qui souhaitaient exercer leur droit de choisir.

Ils échouèrent. Ils furent incapables, le 30 juillet, d’empêcher la population de miser massivement sur la démocratie contre la violence et la terreur. Plus de huit millions et demi de citoyens se rendirent aux urnes, surmontant toutes sortes d’obstacles, affrontant les paramilitaires et les « guarimberos », traversant des rues bloquées, franchissant des torrents et des rivières, faisant l’impossible pour remplir leur devoir civique, politique, éthique et moral, surmontant les menaces intérieures et extérieures.

Peu de gens s’attendaient à une mobilisation populaire aussi forte, à un afflux d’électeurs aussi important et à un succès électoral aussi retentissant. Le lendemain, comme le président l’avait prédit, les « guarimbas » se démobilisaient. La violence se dissipait. La paix régnait à nouveau. Avec patience, courage, détermination et intelligence stratégique, le président Maduro réussit de la sorte à vaincre les « guarimbas » et à faire avorter la tentative de coup d’État. Il sut se montrer ferme face aux menaces, et ce sans modifier la substance de sa politique. Ce fut sa victoire la plus spectaculaire de 2017.

« La mise en place de l’Assemblée constituante, déclara Nicolas Maduro, a sans aucun doute facilité l’arrivée d’un climat de paix qui a permis de lancer l’offensive politique de la Révolution bolivarienne ». Et cette offensive a favorisé ce que beaucoup estimaient impossible : deux autres victoires électorales retentissantes.
Celle des gouverneurs des Etats, le 15 octobre, avec la conquête de 19 Etats sur 23, dont ceux de Miranda et Lara, deux États dont les politiques sociales étaient presque annihilées entre les mains de l’opposition. Et un peu plus tard, le triomphe dans le Zulia, un Etat stratégique de grand poids démographique et avec d’importants gisements de pétrole et de gaz.

La Révolution bolivarienne a ensuite également remporté les élections municipales du 10 décembre, avec 308 communes sur 335, soit 93% des mairies. Le chavisme l’a emporté dans 22 (sur 24) capitales régionales ainsi qu’à Caracas, tandis que la contre-révolution a confirmé son impopularité par la chute vertigineuse de ses électeurs. Elle a perdu plus de 2,1 millions de voix.

Montrant à tous ses détracteurs la vigueur de son système démocratique, le Venezuela est le seul pays à avoir organisé, en 2017, trois grandes élections nationales. Toutes trois remportées par le chavisme. Alors que la droite, démoralisée par tant de désastres successifs, se retrouvait atomisée, désunie, groggy… Ses dirigeants, divisés. Ses partisans, sonnés. Même si elle sut cependant conserver le soutien de ses protecteurs internationaux, en particulier le plus agressif d’entre eux : le nouveau président américain Donald Trump.

Tout au long de l’année 2017 – dans le prolongement du décret présidentiel du 8 mars 2015 signé par Barack Obama déclarant le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis » (!) – Donald Trump a publié une liste de sanctions contre la Révolution bolivarienne.

En particulier, le 11 août, il l’a menacé d’une « action militaire ». S’adressant à des journalistes sur son terrain de golf du New Jersey, Trump a déclaré : « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une option militaire possible, si nécessaire ». Puis, le 25 août, dans le cadre du blocus financier contre Caracas, Trump a interdit à « toute personne, entité, société ou association, légalement établie ou exerçant des activités aux Etats-Unis, de faire des affaires avec de nouvelles obligations de dette émises par des instances du gouvernement vénézuélien, à savoir les obligations de la République émises par la Banque centrale du Venezuela ou la société d’État Pdvsa ».

Ces sanctions cherchent à précipiter le Venezuela dans un « défault » (non-paiement de sa dette extérieure) en fermant à l’Etat et Pdvsa l’accès aux marchés financiers américains. En l’empêchant d’y offrir des titres et de pouvoir y obtenir des devises.

Déjà Lawrence Eagleburger, ancien secrétaire d’État du président George W. Bush, avait ouvertement reconnu dans une interview accordée à Fox News que la guerre économique contre le Venezuela avait été effectivement conçue à Washington : « Nous devons utiliser des outils économiques , avait-il déclaré, pour détériorer l’économie vénézuélienne, de sorte que l’influence du chavisme dans le pays et la région s’effondre (…) Tout ce que nous pourrons faire pour que l’économie vénézuélienne sombre dans une situation chaotique il faut le faire. » L’actuel secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a officiellement confirmé que les nouvelles sanctions économiques visent à « étrangler le Venezuela ».

Face à de telles agressions, Nicolas Maduro a déclaré que le « défault » « n’arrivera jamais ». D’abord, parce que le Venezuela est le pays d’Amérique du Sud qui a toujours payé sa dette. Au cours des quatre dernières années, par exemple, Caracas a payé près de 74 milliards de dollars… Et parce que le gouvernement bolivarien « aura toujours une stratégie claire » visant à renégocier et restructurer la dette extérieure. Le président a dénoncé que ce que les ennemis du chavisme recherchent c’est l’isolement financier de la Révolution bolivarienne. Pour qu’elle n’ait plus aucune possibilité de crédit, et pour l’asphyxier progressivement. Ses adversaires veulent susciter la peur chez les investisseurs privés, pour qu’ils n’achètent plus d’obligations, ne participent pas à la renégociation de la dette et que cessent les investissements. Nicolas Maduro a expliqué qu’au-delà du blocus, le Venezuela fait face à une véritable « persécution » à laquelle participent également des pays comme le Canada et ceux de l’Union européenne. Une persécution active du commerce, des comptes bancaires et des mouvements financiers.

Mais le président a su éviter certaines attaques. Il a particulièrement surpris ses adversaires lorsqu’il a annoncé, le 3 novembre, la création d’une Commission pour le refinancement et la restructuration de la dette extérieure, afin de surmonter les agressions financières. « Nous allons effectuer un reformatage complet des paiements externes pour atteindre l’équilibre », a-t-il affirmé. « Nous allons rompre les schémas internationaux ». Et ce fut le cas. Quelques jours plus tard, défiant le blocus financier, et comme première étape d’un rapprochement pour la renégociation et la restructuration envisagée par le président, un groupe de détenteurs de la dette vénézuélienne originaires des Etats-Unis, du Panama, du Royaume-Uni, du Portugal, de la Colombie, du Chili, de l’Argentine, du Japon et de l’Allemagne arrivait à Caracas pour rencontrer le gouvernement bolivarien. Ce qui a constitué une incontestable victoire pour le président Maduro.

Il convient de noter ici que le conflit de quatrième génération contre la Révolution bolivarienne possède plusieurs fronts. Ce sont notamment quatre guerres qui se livrent simultanément :

  1. Une guerre insurrectionnelle conçue par des experts en subversion, sabotage et psychologie de masse, avec emploi de mercenaires, explosion cyclique de « guarimbas » criminelles et attaques terroristes contre des casernes, des cibles militaires et des infrastructures globales (réseau électrique, raffineries, distribution d’eau, etc.).
  2. Une guerre médiatique, avec la presse, la radio, la télévision et les réseaux sociaux transformés en de nouvelles armées de conquête grâce à l’utilisation planifiée de la propagande visant à gagner les cœurs et les esprits.
  3. Une guerre diplomatique avec le harcèlement dans certaines instances internationales, notamment à l’OEA, le Mercosur, et les attaques des pays dits du « Groupe de Lima », régulièrement rejoints par les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne.
  4. Une guerre économique et financière avec accaparement et création de pénuries alimentaires et de médicaments, manipulation du type de change de la monnaie par des bureaux illégaux, inflation induite, blocus bancaire et distorsion du risque pays.

En ce qui concerne le risque pays, il ne faut pas oublier qu’au cours des quatre dernières années, comme déjà mentionné, Caracas a honoré l’ensemble de ses engagements de remboursement de la dette, sans exception, pour plus de 74 milliards de dollars, ce qui aurait dû réduire considérablement le risque du pays, puisque le Venezuela règle religieusement toutes ses dettes. Mais au contraire, le risque pays a continué d’augmenter. Actuellement, selon la banque JP Morgan, il atteint les 4 820 points, soit 38 fois plus élevé que celui du Chili, qui possède pourtant le même ratio dette/PIB que le Venezuela… On fait donc payer très cher à Caracas son choix démocratique d’un système socialiste.

Quant au blocus bancaire, tout au long de l’année 2017, et notamment après les sanctions de Donald Trump, les ruptures unilatérales de contrats au détriment du Venezuela se sont multipliées. En juillet, par exemple, l’agent de paiement Delaware a signalé que sa banque correspondante, la NCP Bank américaine, avait refusé de recevoir des fonds de PDVSA. En août, Novo Banco de Portugal a notifié à Caracas l’impossibilité d’effectuer des transactions en dollars en raison du blocage des banques intermédiaires américaines. Plus tard, la Bank of China-Frankfurt, un allié de Caracas, n’a pas non plus été en mesure de payer 15 millions de dollars dus par le Venezuela à la compagnie minière canadienne Gold Reserve. En novembre, plus de 39 millions de dollars – destinés à 23 opérations d’achats alimentaires pour les fêtes de fin d’année – ont été renvoyés à Caracas parce que les banques intermédiaires des fournisseurs n’ont pas accepté l’argent du Venezuela.

De surcroît, au début du mois de septembre, on a appris que la société financière Euroclear, une filiale de la banque américaine JP Morgan, avait bloqué un paiement de 1,2 milliard de dollars effectué par le gouvernement bolivarien pour acheter des médicaments et de la nourriture. Cela a empêché, en particulier, l’acquisition de 300 000 doses d’insuline. Dans le même temps, un laboratoire colombien appartenant au groupe suédois BSN Medical refusait d’accepter le paiement par le Venezuela d’une cargaison de primaquine, un médicament destiné au traitement du paludisme et de la malaria.

L’objectif de tous ces blocus est évidemment d’empêcher le gouvernement bolivarien d’utiliser ses ressources pour acheter la nourriture et les médicaments dont la population a besoin. Tout cela dans le but de pousser les gens à protester et de créer le chaos dans le système de santé, en mettant en danger la vie de milliers de malades.

Ici encore, grâce à ses relations internationales, le président a réussi, en novembre, à garantir l’arrivée urgente au Venezuela d’importantes cargaisons d’insuline en provenance de l’Inde. Des centaines de patients en danger de mort ont pu sauver leur vie. Ce fut sans doute une nouvelle victoire de Nicolas Maduro.

Pour briser le blocus financier, le président a annoncé en novembre une autre initiative : la création d’une monnaie numérique, le Petro.

Cette annonce a suscité un vif enthousiasme dans la communauté des investisseurs en cryptomonnaie, plaçant le Venezuela à l’avant-garde de la technologie et des finances mondiales. D’autant plus que le prix du Petro ne sera pas lié aux caprices et à la spéculation sur les marchés, mais sera associé à la valeur internationale des actifs réels tels que l’or, le gaz, les diamants et le pétrole. Le Venezuela a ainsi franchi un pas considérable pour disposer d’un mécanisme révolutionnaire de financement auquel aucune puissance étrangère ne pourra imposer de sanctions, ni boycotter l’arrivée de capitaux. En ce sens, le Petro constitue une autre victoire pour le président Maduro.maduro0509-OR630Il convient d’ajouter qu’au milieu de toutes ces batailles, et malgré l’effondrement du modèle de dépendance pétrolière, le président s’est soucié tout particulièrement de maintenir la continuité du socialisme bolivarien et de ce que les plus pauvres ne soient pas dépourvus d’école, de travail, d’un toit, de soins médicaux, de revenus, d’aliments…

Le gouvernement révolutionnaire n’a pas cessé de financer des travaux publics fondamentaux ou de bâtir des logements : en 2017, plus de 570 000 logements sociaux ont été construits. La Mission Barrio Adentro et toutes les missions sociales ont été maintenues. Le plan Siembra (semences) a été consolidé dans l’agriculture. La mission d’approvisionnement souverain a été prolongée. Les foires de productions rurales souveraines se sont multipliées. Au milieu de tant de tourments et d’attaques, le président Maduro a accompli un miracle social. La contre-révolution n’a pas pu arrêter l’avancée du socialisme.

Dans cette perspective, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP), un modèle centralisé de distribution directe de produits alimentaires, ont continué à se développer dans tout le pays et profitent aujourd’hui à quatre millions de Vénézuéliens pauvres qu’ils protègent contre les pénuries causées par la guerre économique.

En outre, le président Maduro a lancé de nouvelles initiatives sociales tout au long de l’année 2017. Le plus spectaculaire fut le Carnet de la Patrie, un nouveau document d’identité qui permet de connaître le statut socio-économique des citoyens à travers un système de codes QR, et qui favorise ainsi l’accès des familles nécessiteuses à l’aide sociale des missions socialistes. Fin décembre 2017, un total de 16,5 millions de citoyens avaient un Carnet de la Patrie.

Le président a également encouragé la création du mouvement « Somos Venezuela » (Nous sommes le Venezuela) afin d’accélérer le processus d’octroi des aides sociales. Les 200 000 brigadistes de « Somos Venezuela » ont pour tâche d’identifier, foyer par foyer, les besoins des familles modestes. Ils attribuent ensuite les allocations aux familles en fonction de leurs besoins réels. Un autre objectif important du mouvement « Somos Venezuela » est de garantir que 100 % des personnes de plus de 60 ans touchent une retraite, comme l’a promis Nicolas Maduro.

Le président a également proposé le plan « Chamba Juvenil » (Un chance pour les jeunes), qui s’adresse aux personnes âgées de 15 à 35 ans, dans le but de leur donner une formation pour leur permettre de trouver un emploi. Ce plan s’adresse en particulier aux étudiants universitaires sans emploi, aux jeunes non scolarisés, aux mères célibataires pauvres et aux enfants des rues. On estime que ce nouveau plan permettra l’accès de ces jeunes à environ 800 000 emplois.

Toutes ces avancées sociales ont sans aucun doute constitué les victoires les plus précieuses du président Maduro en 2017.

Nous pourrions également citer les succès obtenus dans le domaine de la politique étrangère, en particulier l’importante tournée internationale du président en Biélorussie, Algérie, Russie et Turquie en octobre, qui a débouché sur d’importants accords bilatéraux visant à gagner la guerre économique et sociale. Ou les négociations incessantes du président avec les Etats producteurs de pétrole (Opep et non-Opep) qui ont permis, en 2017, une hausse spectaculaire des prix du baril de plus de 23 %.

Citons également la grande offensive anticorruption lancée enfin, en novembre, avec l’annonce de plusieurs dizaines d’arrestations spectaculaires parmi la haute direction et les directeurs de Pdvsa et Citgo, y compris des dirigeants de premier rang. Rien de semblable ne s’était produit depuis cent ans dans l’industrie pétrolière vénézuélienne. Ce fut sans doute la victoire la plus commentée du président Maduro à la fin de 2017.

Pour finir, il faut rappeler que la destruction de l’image de Nicolas Maduro est le but principal des campagnes mondiales de propagande. Sans oublier la guerre numérique permanente dans la sphère d’Internet notamment sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, WhatsApp, Youtube, Instagram, etc. Toutes ces armes de manipulation de masse tentent de dégrader la figure du président et de manipuler la réalité vénézuélienne. Elles rendent invisible le niveau de soutien réel de larges pans de la population au président et cachent la violence de l’opposition. L’objectif est politique : soumettre le Venezuela bolivarien, acteur clé du système mondial, non seulement en raison de ses richesses considérables mais surtout à cause de son modèle révolutionnaire et social. Et évidemment de son importance géopolitique en tant que puissance anti-impérialiste d’influence régionale.

Jusqu’à présent, tous ces plans pour renverser Nicolas Maduro ont échoué. Comme il l’a dit lui-même : « L’impérialisme n’a pu nous asphyxier, et ne pourra rien contre la Révolution bolivarienne, sur quelque terrain qu’il nous cherche ». Au contraire, le président sort renforcé en 2017.

Cela lui a permis de reprendre l’initiative stratégique pour la pacification du pays. Préoccupé par la défense des grands intérêts nationaux et fidèle aux principes d’honnêteté et d’humilité maximale, Nicolas Maduro a proposé à l’opposition de s’asseoir à la table de négociations et de reprendre le dialogue. Cette fois-ci, dans le cadre neutre de Saint-Domingue (République dominicaine). Sur la base de la reconnaissance et du respect mutuels. Avec l’idée de rétablir une négociation nationale permanente comme méthode démocratique pour défendre l’intérêt supérieur de la nation et pour réguler le conflit qui surgit naturellement des divergences politiques au cours d’une révolution. Une telle avancée vers la paix a peut-être été la victoire la plus appréciée du président.

En cette année héroïque d’attaques brutales et d’agressions infinies, le chavisme a démontré sa force et sa capacité de dépassement, et a réussi à élargir sa base de soutien, augmentant les forces politiques et sociales qui soutiennent la révolution. Le chavisme apparait plus fort que jamais. C’est un soulagement et une espérance pour toute l’Amérique latine. N’en déplaise à ses ennemis, le président Nicolas Maduro a confirmé – avec ses douze brillantes victoires de 2017 – qu’il demeure, comme disent ses admirateurs, « in-des-truc-ti-ble ».

IGNACIO RAMONET

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

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Le narco-Etat colombien et sa guerre économique contre le Venezuela

Chaque jour les mafias de la contrebande font passer de grandes quantités d’essence vénézuélienne (la moins chère du monde), d’aliments, de médicaments, de toutes sortes de produits pour les revendre avec un bénéfice énorme en Colombie.

María Fernando Barreto

En direct de la frontière Venezuela-Colombie

Combien des plus magnifiques récits de la littérature universelle commencent à la croisée des frontières… Avec le temps, les frontières ont condensé les conflits sociaux, la complexité politique et une hybridité culturelle qui les rend fascinantes. Mais passer en ce moment la frontière qui sépare le Venezuela et la Colombie en emportant dans son sac à dos une certaine conscience de l’Histoire implique, en outre, de trouver un orifice par lequel on observe deux guerres : la guerre contre la Révolution Bolivarienne et la guerre de l’Etat colombien contre son propre peuple.

Une première image de la Colombie de cette époque s’est présentée à moi dès que j’ai passé le pont : les vigiles privés qui surveillent les bureaux de migration et traitent les citoyens avec la même arrogance qu’une police nationale. Ces organismes de surveillance privée prolifèrent maintenant en Colombie comme de véritables corps para-policiers. Les groupes paramilitaires semblent s’être fondus dans l’Etat même, les tueurs à gages contrôlent les villages, un silence qui ressemble à de la peur prédomine et la pauvreté de la campagne contraste avec une augmentation des centres commerciaux et des espaces publics enluminés qui aveuglent dans les villes. Il n’y a pas de paix en Colombie, seulement un changement dans la façon de faire la guerre.

Où sont à présent les groupes paramilitaires les plus « organisés » qu’on voyait dans les villes de Colombie ? Ai-je demandé à une camarade qui vit dans l’un des villages autrefois contrôlé par le « Cartel de Cali ».

Alors, les plus durs ont émigré au Venezuela, m’a-t-elle répondu. Là, ce qui reste, c’est un tas de tueurs à gages.

J’ai du mal à l’avaler. En Colombie, même le trafic de drogues a perdu sa souveraineté. D’autres questions inquiètes interrompent mes réflexions.

  • Est-il vrai qu’au Venezuela, on mange des cafards pour survivre ? Est-il vrai que Maduro est un dictateur?
  • Alors, moi, je fais attention pour ne pas grossir – réponds-je ironiquement. Où as-tu entendu ça sur le Venezuela ?
  • Sur RCN, sur Caracol (médias privés, hégémoniques en Colombie, NdT)… partout.
  • Et as-tu entendu sur RCN, sur Caracol, qu’on a tué plus de 187 dirigeants populaires en Colombie cette année ?
  • Non…
  • Et voilà : c’est parce qu’ils mentent sur le Venezuela de la même façon qu’ils mentent sur ce qui se passe en Colombie
  • Ah ! Et pourquoi tant de Vénézuéliens passent-ils la frontière tous les jours ? Pourquoi y a-t-il des gens du Venezuela qui demandent de l’argent dans les rues de Bucaramanga?

Je réponds aux questions de mon interlocutrice par une analyse des chiffres que donne le Gouvernement colombien lui-même et bien qu’elle soit satisfaite, je reste pensive. Où il y a une frontière, il y a de la contrebande, où il y a des contrôles, il y a des affaires parallèles mais avec le Nord de Santander, il y a tout ça et bien plus. Il y a une véritable économie parallèle, il y a une para-politique et évidemment, il y a des paramilitaires.

La seconde image est celle que dessine cette économie parallèle qui se développe à Cúcuta: à seulement 200 mètres. Du pont qui marque la frontière, on voit plusieurs pâtés de bureaux de change qui se consacrent exclusivement à l’achat et à la vente de bolivars et où il est très facile d’obtenir des billets vénézuéliens de 100, 500 et 1000 bolivars.-

  • Combien vous achetez le bolivar ?
  • 5 et demi.
  • Combien vous le vendez ?
  • 6 et demi.
  • Vendez-le moi à moi, mademoiselle, je l’achète à 8 !

Décontenancée, j’essaie de trouver la réponse et un million de bolivars en billets de 1 000 est remis sous mon nez. J’insiste.

  • Mademoiselle, pardon, il m’explique qu’il veut dire 5 et demi.

La réponse a dépassé la réalité :

  • 5 et demi, c’est 0.055 centimes de peso.

Je cligne des yeux, je réfléchis. Alors que la semaine dernière, à la Banque de la République de Colombie, 1 bolivar tournait autour de 300 pesos, à Cúcuta, 1 peso vaut environ 18 bolivars!

C’est que Juan Manuel Santos, le prix Nobel, est un spécialiste dans les offres d’actions pour la paix qu’il ne réalise pas ensuite. Il l’a fait avec les FARC-EP, il l’a fait avec le Gouvernement vénézuélien. Face à la crise économique qui s’est déchaînée au Nord de Santander quand, en 2015, le président Maduro a pris la décision souveraine de fermer la frontière monsieur Santos a offert de demander une abrogation de la résolution 8 de 2000 de la Banque de la République de Colombie qui permet à la main sale et criminelle du marché de réguler – selon le mythe de la loi de l’offre et de la demande – la valeur du peso colombien par rapport au bolivar sans passer par la Banque Centrale du Venezuela et, mieux encore, sans utiliser aucun paramètre économique.

Le président colombien n’a rien fait, cette résolution qui n’est rien d’autre qu’une version colombienne du « laissez faire » c’est à dire « faites ce que vous voulez », dans ce cas, avec la monnaie du pays voisin, reste en vigueur.

Il y a plus d’un an, j’ai écrit un article pour expliquer de la façon la plus didactique possible comment opère l’économie parallèle que ces agents de change soutiennent. Peu de choses ont changé depuis lors. Selon la CEPAL, il n’y a pas d’explication économique à ce dollar parallèle ni au prix qu’on donne du bolivar à Cúcuta, ce n’est pas non plus Dolar Today qui fixe le prix du bolivar à Cúcuta mais c’est ce prix qui définit la valeur du dollar parallèle au Venezuela. Mais l’Etat colombien ne va pas abroger volontairement cette résolution parce qu’elle lui permet :

  • D’être à l’avant-garde de la guerre économique contre le Venezuela. Un rôle qui lui a été assigné depuis ce qui est encore (pour l’instant) l’épicentre du capitalisme mondial.
  • De faire des bénéfices exorbitants sur la contrebande d’extraction d’aliments, de combustible et de ressources minières en provenance du Venezuela. Ce sont les mafias liées à ces secteurs qui en profitent essentiellement, certaines transnationales et Ecopetrol. Des produits qu’une série de décrets a essayé de légaliser en Colombie, d’intégrer au PIB et générer ainsi des sources de « travail » dans les villes frontalières.
  • Et enfin, mais c’est moins important, cette résolution lui permet de « légitimer » des capitaux, c’est à dire de blanchir l’argent provenant du commerce de la drogue qui, selon le dernier rapport de la DEA, a augmenté de plus de 30% l’année dernière en Colombie.

Le Gouvernement vénézuélien a pris de nombreuses mesures pour essayer d’amortir les effets de cette guerre économique. Mais la vérité est que tant que cette résolution n’est pas abrogée, les efforts vénézuéliens seront vains. Santos lui-même, son personnel, les économistes vénézuéliens de droite et les économistes vénézuéliens de gauche assez « égarés » à mon goût rendent les contrôles responsables de l’existence de cette économie parallèle et nous proposent de libérer le dollar pour que la « main invisible » (et sainte?) du marché régule la valeur des devises que l’Etat vénézuélien produit à 95% grâce à l’exportation du pétrole et non grâce aux entreprises privées.

Il serait un peu plus cohérent de dénoncer, par exemple, les dégâts que cause cette résolution de la Banque de la République de Colombie à l’économie vénézuélienne devant les organismes internationaux, d’exiger son abrogation immédiate et une réparation économique pour le Venezuela. Mais là, apparaissent de nouveau ceux qui défendent l’assassin : s’il y a contrebande d’extraction, c’est parce qu’il y a des subventions, s’il y a le dollar parallèle, c’est parce qu’il y a un contrôle des changes et si on te viole, c’est parce que tu sors dans la rue habillée d’une façon très provocante. Certainement, il faut admettre, par exemple, qu’il manque une certaine sorte de devise – ce ne doit pas être le dollar – qui permette le commerce légal entre la Colombie et le Venezuela. Mais il est indubitable que le Gouvernement vénézuélien a le droit et le devoir de protéger ses devises et ses biens et d’envisager un modèle économique différent du modèle colombien, excluant et violent.

Cependant, le Venezuela n’est pas une île, il est à côté de l’un des pays d’Amérique où les inégalités sont les plus fortes et qui est le plus important producteur et exportateur de cocaïne au monde. Le narco-Etat colombien assassine, exploite et contrôle son propre peuple grâce à de multiples appareils légaux (comme les entreprises de la communication) et illégaux (comme la drogue dont la consommation est visiblement plus importante de jour en jour), réprime la protestation du peuple grâce à des corps de sécurité aussi sanguinaires que l’ESMAD et se renforce grâce à des corps de sécurité privés, des armées paramilitaires et des tueurs à gages. Il signe des accords de paix qu’il ne respecte pas, laisse totalement impunis les assassinats de ceux qui osent penser différemment, privatise les services de base et instaure la flexibilisation du travail. Mais il réussit à convaincre une bonne partie de son peuple que ce n’est pas là mais à côté qu’il y a une dictature.

La Colombie n’a pas la souveraineté pour se soulever, elle a le statut de pays hôte des Etats-Unis pour être la protagoniste de la guerre économique et de l’invasion paramilitaire du Venezuela.

Evidemment, les processus historiques ne sont pas des contes de fées. La volonté ne suffit pas pour que la décision souveraine du Venezuela se réalise dans ce contexte géopolitique. La République Bolivarienne du Venezuela pourra seule construire sa réalité concrète sans jamais perdre de vue les objectifs du projet bolivarien que nous construisons selon les orientations du Commandant Chávez, c’est à dire sans faire de concessions stratégiques. Mais il est évident aussi qu’en matière économique, des mesures qui l’obligeront stratégiquement à entrer dans le jeu du marché international sont urgentes.

Il faut attendre que cela se fasse en prenant soin de ne pas être dévoré ni entraîné par leur inertie. Une tâche politique et économique difficile et complexe pour le Gouvernement vénézuélien mais une tâche impérative au début de cette nouvelle année. Il est vital de trouver des mesures économiques unilatérales qui permettent de résoudre le problème que ces bureaux de change causent au pays. On a pour cela le soutien des pouvoirs hégémoniques émergents comme contrepoids pouvant être utilisés en notre faveur, non comme de nouveaux modèles à imiter. Le Venezuela ne doit pas se rendre et la gauche vénézuélienne ne peut pas non plus être paralysée par des purismes anti-dialectiques abstraits et idéalistes. En 2018, il faudra prendre des mesures très différentes en matière d’économie et de finances et, certainement, « le Petro » est un bon indice.

Mais au quotidien, l’homme, la femme, les enfants qui font ou non une révolution foulent la terre. Ils traversent des fleuves et passent des frontières. Ils vont et viennent de San Antonio del Táchira à Cúcuta ou de n’importe lequel des dizaines de villages de cette frontière vivante sur laquelle s’étend un front de guerre économique contre la Révolution Bolivarienne. C’est ça, le terrain des grandes décisions. C’est là que le Gouvernement vénézuélien doit récupérer sa capacité à gouverner.

Enfin, cette fois du point de vue du temps, entre l’année qui s’achève et l’année qui débute, je me demande : nous, les principales victimes du narco-Etat colombien subordonné aux Etats-Unis, nous sommes 2 – d’un côté le peuple colombien qui résiste et de l’autre, le peuple et le Gouvernement du Venezuela qui luttent pour construire leur propre projet historique – qu’attendons-nous pour nous unir plus ?

Source en espagnol : http://misionverdad.com/opinión/guerra-economica-y-paramilitar-contra-venezuela-una-cronica-desde-la-frontera-con-colombia

Traduction : Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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Nouveau triomphe chaviste aux élections municipales du Venezuela

Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral. (..) Le lundi 11 décembre, au lendemain du scrutin, le CEELA a donné lecture de son rapport final: « Le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que « le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines, coïncident à 100%“. (2)

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA), a observé le déroulement du scrutin.
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Avec 66,17 % des suffrages la nouvelle mairesse de Caracas, Erika Farias, a été propulsée par l’électorat des grands quartiers populaires et dépasse même le score de son prédécesseur chaviste Jorge Rodriguez. Son programme vise à mettre en place dans la capitale un « grand réseau de pouvoir communal ». La droite conserve les mairies du Caracas « chic » : Chacao, Baruta, El Hatillo, ou celle de San Cristobal, à la frontière colombienne.

Plus de 5 mille candidats s’affrontaient dans ces élections. Le Grand Pôle Patriotique (coalition chaviste) ayant présenté des candidatures uniques, la grande majorité des candidats étaient d’opposition. La participation a atteint 47,32%, soit 9.139.564 électeurs (davantage qu’aux présidentielles chiliennes), un chiffre considérable d’autant que le scrutin était organisé en pleine guerre économique, avec chantage aux prix des produits de base de la part du secteur privé et blocus financier occidental, et que les secteurs radicaux de l’opposition avaient appelé à le boycotter. Ce scrutin a aussi valeur de symbole régional: au même moment, au Honduras, la population voit son droit au suffrage présidentiel réprimé dans le sang, sous la pression des Etats-Unis et d’une oligarchie économique et militaire, sans que les médias occidentaux s’en émeuvent outre mesure. (3)

On pourrait donner une importance moindre à l’élection municipale qu’à celle des députés à la Constituante en juillet ou à celle des gouverneurs en octobre. En réalité elle renforce la politique de dialogue et de sortie de crise « par le haut » prônée par le gouvernement bolivarien. L’intensité de la déstabilisation meurtrière entre avril et juillet, dont le montage inversé avait servi aux médias à faire croire à une répression du « régime », n’a fait que galvaniser le rejet de la violence par la majorité des vénézuéliens. Les sondages confirment leur préférence pour un dialogue politique auquel plusieurs partis de droite ont finalement accepté de se plier. Le président Maduro a annoncé une réunion nationale le 16 décembre avec les 335 maires élus et les 23 gouverneurs pour mettre en place « un seul plan de services publics ». Le président Evo Morales l’a félicité: « chaque élection au Venezuela met en échec les plans d’interventions de  l’Empire ». Prochain rendez-vous dans quelques mois, en 2018, pour les présidentielles.

Thierry Deronne, Caracas, le 11 décembre 2017.

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Notes:

(1) « Fort de cinquante observateurs, dont vingt ex-présidents, vice-présidents et magistrats d’organismes électoraux dans leurs pays respectifs, le CEELA a accompagné et observé plus de trois cents scrutins, partout sur le continent (sauf aux Etats-Unis !). Son porte-parole, le colombien Guillermo Reyes peut difficilement être considéré comme un redoutable gauchiste : il a été président du CNE colombien – pays où la droite monopolise le pouvoir depuis la nuit des temps ». (Maurice Lemoine, « Insoumission vénézuélienne »,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/10/25/insoumission-venezuelienne-par-maurice-lemoine-memoire-des-luttes/)

(2) Voir http://albaciudad.org/2017/12/ceela-ratifico-confiabilidad-y-transparencia-de-municipales-de-este-domingo/

(3) Maurice Lemoine, « Au Honduras, le coup d’État permanent« , http://www.medelu.org/Au-Honduras-le-coup-d-Etat

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« Il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela » explique l’expert indépendant nommé par l’ONU

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De Zayas lors de la conférence de presse à Caracas, décembre 2017

« Il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela » a déclaré Alfredo de Zayas, nommé par l’ONU en 2012 comme expert indépendant pour son expérience en matière de droits humains et de promotion de la démocratie, et qui vient de passer une semaine à Caracas pour y interviewer des représentants du gouvernement, des ONGs, des député(e)s constituant(e)s, des partis chavistes et des partis de l’opposition.

Avant de poursuivre son voyage pour Quito, le fonctionnaire a été interrogé par la presse: « Selon vous, existe-t-il une crise humanitaire au Venezuela ? », à quoi il a répondu : « Je suis d’accord avec la FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, organisme de l’ONU) ainsi que la CEPAL (Commission Économique et sociale pour l’Amérique Latine, organisme de l’ONU) pour dire qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, bien que dans certains secteurs il y a des pénuries, des problèmes d’approvisionnement, des retards de distribution, etc. L’important est de connaître les causes et de prendre des mesures contre la contrebande, les monopoles, l’accaparement, la corruption, la manipulation de la monnaie et les dislocations de l’économie par une guerre économique et financière qui comprend des sanctions et des pressions. Il faut une solidarité internationale. Le bruit médiatique est d’ordre histrionique et ne résout pas les problèmes. Avec la bonne volonté et le dialogue, les droits humains peuvent être protégés et renforcés: je ferai des recommandations constructives en temps opportun. Je soumettrai mon rapport au Conseil des Droits Humains des Nations Unies en mars 2018.  »

Lundi, le chancelier de la République Jorge Arreaza a également rencontré l’expert au terme de sa visite au Venezuela qui vise à établir de meilleures relations entre le pays et l’ONU. Le but de la visite était de recueillir des informations sur la coopération commerciale régionale, la gouvernance, la protection sociale et la situation des droits humains.

Source : http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/zayas-no-crisis-humanitaria-venezuela/

Note:

Alfred_de_ZayasAlfred-Maurice de Zayas @Alfreddezayas a étudié l’Histoire et le Droit à Harvard, où il a obtenu son diplôme en droit des sociétés, travaillant dans le cabinet d’avocats new-yorkais Simpson Thacher et Bartlett. Il est membre retraité des barreaux de New York et de Floride. Il a obtenu un doctorat en histoire à l’Université de Göttingen en Allemagne. M. de Zayas a été professeur de droit à de nombreuses universités, dont l’Université de Colombie-Britannique au Canada, l’Institut des hautes études de l’Université de Genève, l’École de droit DePaul University (Chicago), l’Institut des droits de l’homme de l’Université nationale irlandaise (Galway) et l’Université de Trèves (Allemagne). Actuellement, il enseigne le droit international à l’Ecole de Diplomatie de Genève.
En 2009, de Zayas a été membre de l’atelier de l’ONU qui a rédigé un rapport sur le droit humain à la paix, qui a ensuite été discuté et développé par le Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme. Membre de plusieurs organisations internationales des droits humains comme Amnesty International ou l’AEDIDH , il est également signataire de la Déclaration de Bilbao et de la Déclaration de Saint Jacques de Compostelle sur le droit humain à la paix. Il a été consultant auprès du Haut-Commissariat aux droits de l’homme sur la question des mercenaires. De Zayas est un expert en droits civils et politiques et a publié neuf livres sur une variété de questions juridiques et historiques, y compris « Jurisprudence du Comité des droits de l’homme des Nations Unies » (avec Jakob th Möller, NP Engel 2009), et a été co-auteur et coéditeur de nombreux autres livres, dont «International Human Rights Monitoring Mechanisms» (avec Gudmundur Alfredsson et Bertrand Ramcharan). Ses articles scientifiques dans l’Encyclopédie Max Planck du droit international public, Oxford Encyclopedia of Human Rights et Macmillan Encyclopedia of Genocide, englobent l’interdiction de l’agression, la juridiction universelle, le droit à la patrie, les transferts massifs de population, les droits des minorités, le rapatriement, les aspects juridiques de la guerre civile espagnole, la détention indéfinie, Guantanamo et le droit à la paix. Il parle couramment six langues et a publié un livre de traductions de Rilke avec des commentaires (« Larenopfer », Red Hen Press 2008) et achève la traduction de « Das Lied des Lebens » d’Hermann Hesse.
De 2002 à 2006, il a été secrétaire général de 2006 à 2010, président de PEN International, Centre Suisse romand. Il a été membre de plusieurs conseils consultatifs, notamment de la Société internationale des droits de l’homme (Francfort-sur-le-Main), du Zentrum gegen Vertreibungen (Berlin), de l’Association internationale des droits de l’homme des minorités américaines et du Conseil scientifique de l’Académie internationale de droit constitutionnel (Tunis). Il a reçu plusieurs prix, dont récemment le «Prix des éducateurs canadiens 2011» pour l’éducation sur le génocide.

 

Source : http://www.ohchr.org/EN/Issues/IntOrder/Pages/AlfredDeZayas.aspx

Traduction : Thierry Deronne

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Venezuela: pourquoi il faut un épouvantail à l’Occident.

Maurice Lemoine au Honduras avec Giorgio Trucchi

Maurice Lemoine (à droite) et Giorgio Trucchi (à gauche) au Honduras en 2013 pour couvrir la résistance populaire au coup d’État mené par l’oligarchie contre le président Zelaya. Face à la probable victoire électorale de l’opposition, l’oligarchie économique et militaire sur orbite étatsunienne vient de reéditer le coup d’État en décembre 2017, avec la même complaisance ou indifférence des médias occidentaux. Journaliste et ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, «Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et récemment  “Les enfants cachés du général Pinochet” (Editions Don Quichotte, en librairie depuis le 2 avril 2015). Lire l’interview à ce sujet : http://wp.me/p2ahp2-1PD (note de Venezuelainfos)

LavaRevue02-redkitten-TRK012cover01-350x490EVA DERONT, Revue Lava, 2 décembre 2017

Entre inflation, perturbation de l’approvisionnement en biens de première nécessité et barricades, le Venezuela est devenu l’épouvantail agité en Europe pour effrayer tous ceux qui pourraient être tentés par une remise en cause du système capitaliste. Jusqu’en juillet 2017, l’opposition vénézuélienne de droite et d’extrême droite a profité des pénuries et de la dégradation de la situation économique pour déclencher une nouvelle vague de violences et tenter de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro. Sans complaisance avec les erreurs du gouvernement, Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique, fait partie des rares journalistes de terrain qui cherchent à donner une vision factuelle des évènements, en replaçant le sabotage économique au centre de l’analyse de la situation politique. Un aperçu de l’ampleur de la tâche et des obstacles auxquels peut se confronter tout gouvernement authentiquement de gauche…

Éva Deront. Entre avril et juillet 2017, le Venezuela a été le théâtre d’affrontements et de violences de la part de militants de droite et d’extrême-droite (attaque à l’hélicoptère contre la cour suprême, jeunes afro-descendants brûlés vif, barricades, attaques contre la Garde nationale). Comment caractériser l’extrême droite vénézuélienne par rapport aux groupes que l’on connaît en Europe ?

Mais il y a aussi une droite dure et une extrême droite. Ce qui les caractérise ? Leur objectif clairement affiché : renverser par n’importe quel moyen, y compris la violence, le chef de l’État. En France, nous avons eu deux périodes de cohabitation : Balladur avec Mitterrand et Jospin avec Chirac. La première chose qu’ont faite ces Premiers ministres en arrivant à l’Assemblée nationale n’a pas été de dire : « On se donne six mois pour renverser le Président. » À 75 %, les manifestants d’opposition au Venezuela ne sont pas des fascistes. Ils appartiennent à une classe moyenne – classe moyenne « haute » et classe moyenne « basse » – qui, majoritairement, par son mode de vie, s’identifie à la bourgeoisie et aspire à rejoindre cette « élite »1. Une partie de leurs homologues seraient dans la rue, ici aussi, si Mélenchon en France ou le PTB en Belgique arrivaient au pouvoir et commençaient à prendre des mesures sociales considérées comme radicales.

Dans les manifestations, l’opposition utilise des groupes de choc, une espèce de mélange de nervis, de délinquants et, près de la frontière, dans les États de Miranda et Táchira, de paramilitaires colombiens… Il y a aussi, c’est très intéressant, toute une génération de jeunes petits bourgeois qui vivent leur mai 68 à l’envers. Ils sont comme des fous : il n’y a jamais eu autant de selfies à Caracas ! Ils passent leur temps dans les manifestations et ont réellement l’impression de se battre pour la liberté.

Vous avez passé trois semaines, en juin, dans les manifestations : arrivez-vous à quantifier cette participation ?

Prenons une manifestation d’environ 20 000 personnes : il y en a environ 15 000 de la classe moyenne — « On n’est pas content, on en a marre du castro-communisme ! » —, dont 3000 jeunes, qui vivent l’aventure de leur vie, et puis les violents, nervis et lumpen. Ce sont eux qui vont défier la Garde nationale.

L’opposition utilise des groupes de choc, une espèce de mélange de nervis, de délinquants et de paramilitaires colombiens

Un universitaire de gauche – on dénonce beaucoup les mensonges ou l’incompétence des journalistes, mais il faudrait aussi s’intéresser à ce que racontent les universitaires – a décrit les manifestations de la façon suivante : les gens manifestent, la Garde nationale réprime, et les jeunes s’interposent pour protéger… C’est un mensonge éhonté ! Je les ai vus faire : les gens manifestent, les groupes de choc prennent la tête de la manifestation, vont défier la Garde nationale, et… les gentils petits bourgeois et le reste sont derrière. Et à un moment, c’est l’affrontement entre groupes.

Quelle est alors la réaction des forces de l’ordre ?

L’encagement d’une manifestation comme on a pu le voir en France lors des mobilisations contre la loi El-Kohmri, ça n’existe pas. Paradoxalement, la police est beaucoup plus provocatrice et répressive en France qu’elle ne l’est au Venezuela. Là-bas, ce n’est pas compliqué, des groupes bloquent la autopista [autoroute urbaine, NDLR] qui joint l’Est et l’Ouest de Caracas. Tous les jours ils viennent là, s’installent, provoquent la Garde nationale ; et puis au bout de deux heures, la Garde nationale vient dégager la voie avec des canons à eau et des lacrymogènes. Ce n’est pas agréable, mais les méthodes sont moins perverses qu’ici.

Tout ce qui se passe au Venezuela en ce moment – que ce soit la violence, les pénuries, les difficultés – n’est pas destiné aux Vénézuéliens, mais à la communauté internationale.

En tant que journaliste, je n’ai pas eu de problème avec les forces de l’ordre. À un moment, j’étais tout seul avec mes deux appareils photo, tout le monde était parti en cavalant ; la Garde nationale arrive, s’arrête et repart. Je n’ai pas vu les journalistes se faire matraquer. En revanche, je ne me sentais pas particulièrement en sécurité au milieu des groupes de délinquants.

Depuis l’élection de l’Assemblée constituante le 30 juillet 2017, on assiste à une scission au sein de l’opposition, affaiblie. Les violences ont cessé. Ces groupes de choc aujourd’hui, que font-ils ? Et que prévoit la droite suite aux élections régionales du 15 octobre ?

Je ne sais pas quelle est leur stratégie. L’élection aux régionales s’est déroulée dans des conditions normales puisque l’opposition avait décidé d’y participer. Comme toujours, on a assisté dans un premier temps à l’application de leur logique « pile je gagne, face tu perds ». Donc là où ils ont gagné, cinq États, ils ont dit : « on a gagné ». Mais là où les chavistes l’ont emporté, dans dix-huit États, l’opposition a crié : « il y a fraude ! ». Évidemment, on oublie ensuite que les représentants de tous les partis avaient participé aux essais techniques du système électoral et qu’ils avaient tous donné leur aval.

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Aujourd’hui, alors que quatre des cinq gouverneurs élus de l’opposition ont reconnu l’Assemblée constituante, il y a deux problèmes pour l’opposition : leur base est complètement désarçonnée et ils ne savent plus où ils en sont. Ils ont envoyé leurs forces dans la rue pendant quatre mois en leur disant : « on renverse Maduro, c’est une dictature » ; ils ont accusé le Conseil national électoral de tous les maux et, d’un seul coup, ils leur annoncent : « On arrête tout et on participe aux élections. » Les radicaux vouent les dirigeants aux gémonies, les autres se demandent à quoi ça rime. Et par ailleurs, ils ont organisé des primaires pendant lesquelles ils se sont mutuellement lynchés. Maria Corina Machado, la seule qui ne voulait pas participer aux élections, a par exemple lancé son nouveau parti Soy Venezuela. Et celui qui a tiré son épingle du jeu, c’est le vieux parti social démocrate  Accion Democratica, qui est resté un peu en retrait pendant les violences.

Quant à la suite des événements, elle est aussi incohérente : mettant en cause le Conseil National Electoral, une partie de la MUD [Table de l’unité démocratique, coalition anti-chaviste – NDLR] décide qu’elle ne participera pas aux élections municipales de décembre, tout en annonçant qu’elle se prépare pour la présidentielle de 2018…

Qu’est ce qui fait qu’on a eu et qu’on a encore cette attaque de la droite nationale et internationale sur le Venezuela, à l’instar d’Emmanuel Macron dénonçant « une dictature qui tente de survivre au prix d’une immense détresse humaine »

La première raison, un grand classique, ce sont les ressources : pas seulement en pétrole [le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, NDLR], mais également en eau, en or, en minerais en tous genres. En témoigne le grand projet de mise en exploitation de l’Arco minero, l’Arc minier, une zone riche en ressources minérales, or, fer, coltan, qui représente environ 10 % du territoire vénézuélien. La deuxième chose, c’est que, du fait de l’action de Chávez, et de son aura, même après son décès, le Venezuela est devenu un symbole. Faire tomber Maduro, c’est faire tomber le chavisme. Qu’on aime ou pas Maduro, si on prend les choses raisonnablement, des élections présidentielles auront lieu en 2018. Mais ce que l’opposition veut, c’est pouvoir proclamer à la face du monde : « Une révolte populaire a fait tomber le chavisme ! » Cela neutraliserait pour les vingt prochaines années l’espoir et la dynamique que la révolution bolivarienne a soulevés dans toute la région. Donc il faut que Maduro tombe.

Il y a des problèmes sérieux au Venezuela, y compris une gestion pas toujours optimale du gouvernement, mais la guerre économique et la déstabilisation démultiplient les difficultés.

Les fameuses pénuries…  Elles ne sont pas dues à la gestion de Maduro. Comme par hasard, il y en a eu systématiquement avant toutes les élections : l’ensemble de la production de Polar [une des principales entreprises alimentaires, NDLR] a reculé de respectivement 37 %, 34 % et 40 % avant l’élection présidentielle de 2013, pendant la phase de violence de 2014 –  la Salida – et avant les législatives de décembre 2015. Battu, Capriles, candidat de l’opposition aux dernières élections présidentielles, avait déclaré après l’élection de 2012 : « Chávez, c’est le Cassius Clay de la politique. » Donc, après sa mort, quand ils ont vu Maduro arriver, ils se sont dit : « Lui, on va lui régler son compte ! » Et les pénuries se sont aggravées. À l’époque du blocus pétrolier fin 2002-début 2003, tout le monde a admiré Chávez, car il a tenu pendant deux mois face à la guerre économique ; paradoxalement, bien peu se rendent compte de la capacité de résistance de Maduro : cela fait trois ans qu’il résiste !

Quant au traitement médiatique et à la récupération politique de la « famine » : Je suis revenu avec cinq cents photos de la rue, des manifestations des chavistes et de l’opposition… Tous les gens m’ont dit : « Il a fallu qu’on change d’habitudes alimentaires, j’ai perdu deux kilos. » Voilà. Mais le traitement qui en est fait, c’est comme si vous regardiez les gens dans la rue, ici, et que vous me disiez qu’ils ont l’air famélique… Ça ne tient pas debout.

Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France ou Pablo Iglesias en Espagne, la gauche européenne est constamment attaquée lorsqu’elle évoque le Venezuela. Quels sont les enjeux de la situation ?

Il ne se passe pas un jour où l’on ne tape pas sur le Venezuela dans les médias français ; mais 300 000 morts au Congo et… rien. Pourquoi cette différence ? C’est clairement un enjeu de politique intérieure. La cible en France, c’est la France insoumise ; en Grande-Bretagne, Corbyn ; en Espagne, Podemos ; en Allemagne, Die Linke. Le discours est simple : « si vous votez Mélenchon, vous serez dans la même situation que le Venezuela. »

Tout ce qui se passe au Venezuela en ce moment – que ce soit la violence, les pénuries, les difficultés – n’est pas destiné aux Vénézuéliens, mais à la communauté internationale. La violence sert à faire apparaître le gouvernement de Maduro comme répressif. Pourtant, Maduro prône régulièrement le dialogue, pour montrer à cette communauté internationale qu’il est prêt à discuter. Il y a peu, il a accepté que le Mexique et le Chili, qui ne sont pas des amis du Venezuela, fassent partie des médiateurs internationaux. Si les observateurs et la communauté internationale étaient de bonne foi, ils ne pourraient que constater qu’il y met de la bonne volonté et que c’est l’opposition qui bloque.

N’est-ce pas naïf ? L’opposition a constamment répété qu’elle ne voulait pas de dialogue et qu’elle souhaitait renverser le gouvernement

Elle est plus perverse que ça. Une partie d’entre elle passe son temps à dialoguer tout en annonçant à ses partisans qu’il n’est pas question de dialoguer. Et de fait, elle rompt régulièrement les conversations en mettant en cause le pouvoir. Double bénéfice : d’un côté, elle paraît modérée, rapport à la communauté internationale ; de l’autre, elle laisse les radicaux mener la déstabilisation. Et Maduro apparaît comme « le méchant », alors qu’il accepte la médiation du Mexique, du Chili et de Zapatero, qui n’a rien d’un gauchiste…

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Pour comprendre la situation économique qui perturbe grandement la vie des Vénézuéliens aujourd’hui, pourriez-vous revenir sur le partage des tâches entre l’État et le secteur privé qui représente toujours plus de 90 % des entités industrielles ? A-t-on une idée de l’absence d’investissement dans les domaines clefs tels que l’énergie, l’agroalimentaire ?

La légende veut que le Venezuela soit un pays pétrolier qui n’a jamais pensé à diversifier son économie. Si l’on admet qu’il n’a pas réussi à s’extraire de cette dépendance pour l’exportation – 90 % des devises du pays proviennent de l’exportation du pétrole par le secteur public –, cela ne veut pas pour autant dire que rien d’autre n’existe à l’intérieur du pays : 84 % de la production nationale ne provient pas du pétrole, mais de la manufacture, des services, du commerce et de l’agriculture; ce n’est néanmoins pas suffisant pour en faire un pays industriel.

Parmi les économistes qui arrivent au constat qu’il n’y a pas eu de diversification, aucun ne propose de solution. Or, en regardant à l’international, quels sont les pays qui ont pu changer leur mode de développement ? Les tigres asiatiques dans les années 1990. Qu’ont-ils utilisé ? Leur avantage comparatif : l’exploitation de la main d’œuvre dont le coût a été réduit au minimum. De même pour les maquiladoras mexicaines, les usines de sous-traitance. Par définition, ce n’est pas l’optique des gouvernements de gauche d’Amérique latine.

Dans un article paru dans sur le site Mémoire des luttes, vous établissez un parallèle entre cette déstabilisation et la guerre économique qui a visé Salvador Allende, au Chili, au début des années 70. Quels en sont les principaux axes ?

Il y en a quatre : des pénuries organisées, une inflation artificiellement provoquée, un embargo commercial et un blocus financier international. Pour importer les biens de première nécessité, l’État fournit des dollars à taux préférentiel au secteur privé. En 2004, les montants atteignaient 15 milliards de dollars et il n’y avait aucune pénurie. En 2013, on arrivait à 31 milliards et tous les biens de première nécessité avaient disparu. On parle souvent du papier toilette : d’où vient la pénurie, alors que l’entreprise qui importe et distribue les rouleaux, Kimberley Clark, a reçu 1000 % de devises en plus en 2014 qu’en 2004 et 2011 ?

Des sommes monstrueuses, allouées à l’importation des aliments ou des médicaments, ont été détournées par le secteur privé

Depuis 2003, un contrôle des changes a été instauré pour éviter la fuite des capitaux. Dans tous les pays où l’on a agi de même, on a assisté au développement d’un marché parallèle. La particularité du Venezuela, et là on est dans la guerre économique, c’est que ce marché parallèle échappe à toute logique économique. Le taux de change est manipulé par le site DolarToday, depuis la Colombie et Miami. Le dollar parallèle peut atteindre 10 000 bolivars pour un dollar, voire 42 000 bolivars actuellement [60 000 à la mi-novembre, NDLR] : cela n’a aucune rationalité, mais entraîne, évidemment, des conséquences désastreuses sur l’inflation et le niveau de vie.

Un autre instrument de la déstabilisation économique, c’est la contrebande vers la Colombie. Par exemple, des médicaments achetés avec les dollars préférentiels arrivent au Venezuela, où ils ne sont pas mis en vente : ils repartent directement vers la Colombie, souvent avec la complicité de militaires et de gardes nationaux achetés par les mafias. Des tonnes de médicaments. Et, quinze jours après, ils reviennent au Venezuela où ils sont revendus dix fois plus cher au marché noir.

Autre exemple : en 2004, les entreprises pharmaceutiques ont reçu environ 600 millions de dollars pour acheter des produits à l’extérieur et les revendre en bolivars au Système public national de santé. Il n’y avait alors pas de pénurie. En 2013 et 2014, on ne trouve plus de médicaments et pourtant les entreprises ont obtenu entre 2 et 3 milliards de dollars… Sur place, j’ai demandé : « Pourquoi ne nationalisez-vous pas et pourquoi l’État n’importe-t-il pas lui-même les médicaments ? » On m’a répondu, ce qui demande à être vérifié : « Les laboratoires internationaux ne vendront pas directement à l’État vénézuélien car ce serait se mettre à dos toute la corporation ». Ces problèmes, relativement récents dans ce domaine, amènent à poser la question : « Doit-on et peut-on court-circuiter les laboratoires pharmaceutiques occidentaux ? » Un début de solution a peut-être été trouvé. En septembre dernier, le Venezuela a signé un accord avec l’Inde pour y acquérir une partie de ses médicaments.

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En réponse à cette situation, observez-vous une évolution dans les mesures économiques prises par l’État ?

On ne discerne pas de boussole économique ou idéologique évidente. Face aux problèmes, faut-il envisager des nationalisations ? Je prends l’exemple du pain : historiquement, le Venezuela ne produit pas de blé, c’est l’État qui l’importe. Il le fournit à des minoteries privées qui transforment le blé en farine, mais, ensuite, un véritable chaos affecte la distribution. La majorité des boulangeries du pays n’est pas livrée régulièrement tandis que d’autres, plus favorisées, leur revendent au prix fort une partie de leurs surplus, ou préfèrent vendre des gâteaux, des brioches, des sandwiches… plutôt que du pain. J’ai posé la question à un ancien ministre de l’économie, Luis Salas : puisqu’il y a sabotage, pourquoi ne nationalisez-vous pas ? Il répond — et comment lui donner tort ? —: « l’État ne peut pas se charger de tout et n’a pas la compétence pour faire du pain et distribuer du pain ». Ça peut toute fois se discuter, compte tenu de la présence d’oligopoles : 50 % de la production totale d’aliments traités par l’agro-industrie sont concentrés dans 10 % du total d’entreprises privées.

Cela a pourtant été fait en partie pour le pétrole : alors que, avant son arrivée, l’état-major de PDVSA prenait le chemin de la privatisation, Chávez a fait en sorte que l’État devienne l’actionnaire majoritaire de toutes les concessions du Venezuela, et reprenne le contrôle des activités d’exploration, de production et des services annexes…

Oui. D’ailleurs Salas me parle du pain, puis il s’arrête et réfléchit : « Tout de même… Si nous sommes capables de faire du pétrole, nous devons être capables de faire du pain…» Et il ajoute : « Ce qu’il faut, ce n’est pas nationaliser, mais créer des entreprises alternatives avec la base. » De fait, on connaît les problèmes induits par des nationalisations systématiques : on crée à terme une bureaucratie, avec ses contraintes et inconvénients.

L’établissement d’une bureaucratie n’est pas automatique : la base chaviste a souvent demandé à avoir plus de contrôle sur l’appareil d’État.

Oui, mais se pose le problème de la ressource humaine. Dès sa naissance, la révolution bolivarienne a manqué de cadres, qui sont très souvent liés à l’opposition. Le meilleur exemple en est la réforme agraire. Elle a été faite et elle a eu des succès : de 2001 à 2010, la production agricole a augmenté de 44 % ; 7 millions d’hectares ont été régularisés, les paysans obtenant des titres de propriété ; 3,5 millions d’hectares ont été repris au latifundio et 1 million de nouveaux hectares ont été mis en production, même si cette augmentation de la production a été contrebalancée par une augmentation de la consommation. Du début de la réforme agraire en 2001 à la fin 2004, par exemple, près de 7 000 coopératives ont été créées. Elles ont dramatiquement manqué de cadres. Il reste 2 % de paysannerie au Venezuela, sans les cadres techniques nécessaires pour relancer une agriculture moderne, écologique, etc. Les paysans se sont souvent retrouvés livrés à eux-mêmes, ils ont beaucoup de mal à moderniser ce secteur. C’est ce manque d’efficacité et d’efficience qui fait apparaître la réforme agraire comme un semi-échec, alors que c’est globalement une réussite.

Ensuite, l’appareil d’État n’est pas constitué que de militants : vous avez le ministre, cinq vice-ministres, vingt cadres engagés, qui veulent que les choses avancent et puis, derrière, une pesanteur terrible de ceux qui sont là, qui ne sont pas forcément chavistes, et qui soit sabotent, soit ne font pas grand-chose.

Les licenciements de ceux qui voulaient forcer Chávez à la démission, après les lock-outs patronaux de 2002-03, n’ont eu lieu que dans le secteur pétrolier ?

Oui, 18 000 personnes en tout. En même temps c’est difficile : vous vous mettez dans la position de vous faire accuser de totalitarisme, d’État policier… Et il faut savoir composer avec les réactions de la « communauté internationale ». La base chaviste, elle, elle réclame la mano dura, une « main ferme ».

El bachaqueo, le marché noir qui s’est établi suite au détournement et à l’accaparement des biens de première nécessité n’existerait pas si on se trouvait dans un État policier. Les Cubains, par exemple, ont instauré une sorte de contrôle social à travers les comités de défense de la révolution, les CDR, dans tous les quartiers. Et vous n’avez pas ce phénomène de corruption.

Des sommes monstrueuses, allouées à l’importation des aliments ou des médicaments, ont été détournées par le secteur privé. Le reproche que l’on peut faire à l’État n’est pas de ne pas avoir investi, mais de ne pas avoir assez contrôlé. En ce moment, après l’élection de la Constituante et l’éviction de la procureure générale Luisa Ortega, ils sont en train de reprendre en mains le Ministère public et de découvrir d’énormes affaires de corruption, des surfacturations de l’ordre de 200 millions de dollars ! Par ailleurs, une cinquantaine de cadres dirigeants de PDVSA ont été arrêtés. Pour la première fois, ils s’en prennent sérieusement à la corruption.

Pourquoi ce problème de corruption n’a t-il pas été traité avant ?

La dette sociale était tellement énorme, quand Chávez est arrivé au pouvoir, qu’il a dit : « Il faut sortir les gens de la pauvreté, il faut qu’ils mangent. » Comme il y avait de l’argent, ils ont dépensé sans compter, sans trop se préoccuper de la corruption. Ça a été peut-être une certaine naïveté de gauche. C’est uniquement lorsque les ressources ont sérieusement diminué, du fait de l’effondrement des prix du pétrole, que le problème s’est posé. On a découvert tout récemment que c’est précisément au cœur du Ministère public que la corruption a pu se développer ; apparemment, sous l’autorité de la procureure générale Luisa Ortega, il s’était transformé en une entreprise de chantage. Des magistrats disaient aux gens qui trempaient dans des affaires de corruption : « Soit tu paies, soit on te poursuit. » Cela faisait longtemps que la base chaviste dénonçait la grande corruption : elle est bien consciente du train de vie de certains bureaucrates.

C’est également ce qui alimente les critiques concernant la « bolibourgeoisie »… Est-ce qu’on a effectivement assisté à la naissance d’une nouvelle bourgeoisie ? Comment se caractérise-t-elle ?

Il y a évidemment des chavistes ou des pseudos chavistes corrompus. Après sa tentative de coup d’État en février 1992, Chávez a passé deux ans en prison, puis il a été amnistié pour faire baisser la pression due à une profonde crise sociale et à sa forte popularité. Beaucoup se sont rendus compte que Chávez, c’était l’avenir. À son arrivée au pouvoir en 1999, il a donc eu autour de lui des révolutionnaires sincères, mais aussi un certain nombre d’arrivistes qui comprennent que c’est « l’endroit où il faut être ». Ensuite, il y en a qui se bâtissent des fortunes à l’ombre du pouvoir : soit par la corruption, soit par des voies classiques de formation de la bourgeoisie. On a connu ce phénomène au Nicaragua ou dans tous les pays qui, un jour, ont fait une révolution ou se sont délivrés du joug colonial… Mais les grandes affaires de corruption impliquent des fonctionnaires et des gens du secteur privé. Par exemple, la majorité des entreprises qui trafiquent les aliments et les biens de première nécessité appartiennent au secteur privé.

Chávez avait beaucoup évolué. Il était plutôt « troisième voie » avant de se radicaliser suite au refus de la droite d’accepter quelque réforme que ce soit

Il faut préciser que ces seuls phénomènes n’expliquent pas la crise. Le Brésil connaît également des problèmes de corruption, cela n’en fait pas pour autant un pays à genoux. Il y a des problèmes sérieux au Venezuela, y compris une gestion pas toujours optimale du gouvernement, mais la guerre économique et la déstabilisation démultiplient les difficultés. Les erreurs du pouvoir, elles, y contribuent à hauteur de 20 % — 30 %.

Face à cette situation, on s’interroge sur le soutien actuel de la population vénézuélienne. Les élections législatives de 2015, qui ont vu la droite emporter 99 sur 167 sièges au Parlement, ont marqué un moment de lassitude et de désapprobation de la base chaviste envers la politique menée par Maduro. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le cœur dur du chavisme on l’estime à 30 % de la population. L’événement important a été l’élection de l’Assemblée constituante en juillet 2017 : le cœur chaviste a réagi puisque plus de huit millions de personnes sont allées voter, soit 41 % du corps électoral, malgré les barrages physiques et les menaces de l’opposition. Ça, c’est un vrai signe, qui a eu des conséquences totalement inattendues puisque la violence s’est arrêtée du jour au lendemain. De même, lors des régionales du 15 octobre, on a assisté à la victoire du chavisme dans dix-huit États sur vingt-trois : il s’impose avec 54 % des suffrages et une participation de 61,4 %, alors qu’il s’agit d’un scrutin pour lequel les Vénézuéliens, traditionnellement, se mobilisent assez peu.

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La guerre économique affecte les gens d’une manière extrêmement dure. Ils galèrent pour trouver à manger, payent plus cher à cause du marché noir, leur pouvoir d’achat s’effondre. Et donc à un moment ils ont dit : « Maduro, qu’est-ce que tu fais ? » Ça a été le vote rejet de 2015, de découragement, de fatigue, mais qui ne s’est pas traduit par un transfert des votes chavistes vers la droite : celle-ci a gagné 350 000 voix, les Chavistes en ont perdu deux millions.

Ont suivi les « guarimbas » de 2014 [violentes barricades de rue qui ont causé plusieurs morts, NDLR] et la violence de cette année-ci, entre avril et juillet. Les gens se rendent compte de qui est responsable de cet état de fait. Dans la rue, dans le quartier de Chacaito, j’ai vu des gens exaspérés qui en avaient marre des manifestations de l’opposition et qui encourageaient les policiers. Même une partie des sympathisants de l’opposition a été prise en otage par ces manifestations. Chacao, Chacaito, Altamira, c’est un peu l’équivalent de Neuilly, Auteuil, Passy à Paris. Là-dessus j’ai des témoignages directs : des groupes d’extrême droite étaient présents dans les quartiers, en permanence, et les gens ne pouvaient plus emmener leurs enfants à l’école. À chaque fois qu’ils passaient, c’était : « on défend la liberté : tu paies ». Et donc y compris des membres de l’opposition plutôt modérée, plutôt respectable, en ont eu marre.

Vous avez préfacé le livre « Des Taupes à Caracas », qui raconte la vie et la participation à la révolution bolivarienne de l’ensemble de la population vénézuélienne : des médias locaux, des aides soignants, des paysans, des policiers… Dans le processus de contre-révolution en cours, comment se positionnent les comités populaires, les coopératives, et les structures de démocratie directe qui avaient été mises en place par Chávez ?

Il y a des secteurs plus radicaux, d’autres moins. Tout en se montrant critique à l’égard du gouvernement, de la bureaucratie et de leurs dysfonctionnements, le noyau dur du chavisme demeure d’une fidélité absolue à Maduro.

Au niveau des conseils communaux, depuis Chávez, l’une des difficultés est l’antagonisme fréquent entre les conseils et les maires ou les députés. Vous êtes élu maire, vous appartenez au PSUV [Parti socialiste Unifié du Venezuela, créé en 2007 par Chávez, NDLR]. De l’autre côté, il y a le conseil communal. Et d’un seul coup, il a des prérogatives aussi importantes que les vôtres, ça n’est pas forcément de votre goût !

Lors de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, cette participation populaire a été favorisée par l’élection des 173 représentants sectoriels [sur les 545 membres de l’Assemblée constituante, 364 représentent les circonscriptions municipales, 173 différents groupes sociaux (travailleurs, étudiants, retraités…), et 8 les communautés indigènes, NLDR] : une évolution douce vers le « socialisme du XXIe siècle » de Chávez avec les communes, les conseils communaux…

On retrouve ces relations parfois difficiles au niveau de la paysannerie, lorsque des paysans occupent les terres dues par la réforme agraire et rencontrent l’opposition de gouverneurs, y compris chavistes. Dans le chavisme, il y a de tout : des opportunistes, des gens qui ont passé des alliances avec les grands propriétaires du coin, des paysans qui sont réprimés par la Garde nationale… Aujourd’hui, pour la réforme agraire, c’est la base radicale qui avance, parfois contre la bureaucratie des couches intermédiaires du chavisme ou du pseudo chavisme. Et en général, c’est la paysannerie qui reste la plus fidèle au chavisme, de même que les campagnes. Ce n’est pas un hasard si le système mis en place pour l’élection de la Constituante qui, d’une certaine manière, favorise les campagnes au détriment des villes, fait enrager l’opposition.

Dans certaines régions, notamment à Zulia, Barinas, Apure, les habitants ont créé, avec succès, des brigades de défense populaire pour lutter contre les incendies, le vandalisme et les violences des groupes de droite. Est-ce que ce sont des régions avec une forte composante paysanne ?

Oui, bien sûr. Mais les paysans subissent une grosse pression : au Táchira, par exemple, ils doivent faire face à des groupes mi paramilitaires mi délinquants. La mission brésilienne du Mouvement des sans terre qui est là-bas a été attaquée par des paramilitaires. Plus de cent militants paysans, chavistes, ont été assassinés au Venezuela. Les conflits sont permanents.

Assiste-t-on à la création d’une classe moyenne qui se désintéresserait du processus après avoir profité du programme Sembrar el petroleo (semer le pétrole) ?

C’est une thèse qui a été développée en Équateur surtout : les gens sortent de la pauvreté, ils accèdent à la classe moyenne et à partir de là, aspirent à continuer en s’identifiant aux plus riches. C’est en partie vrai, en partie seulement.

Il y a eu des phénomènes comme ce qu’il s’est passé avec la Mision Vivienda : l’octroi de 1,8 millions de logements sociaux puis la découverte que des gens qui y avaient eu accès les avaient revendus. Mais on ne peut pas tout expliquer par ça.

Quand on a connu le Venezuela avant Chávez, la différence saute immédiatement aux yeux. Ce n’est pas un hasard si la base chaviste se remobilise en ce moment

Au niveau du Conseil communal — au-delà du « c’est génial, c’est le processus de Chávez qui est en train de se mettre en place » —  une expérience m’a beaucoup éclairé : en allant en visiter un dans la banlieue de Caracas, comme j’étais là pour Le Monde diplomatiquequi a plutôt bonne réputation au Venezuela, je m’attendais à rencontrer du monde. J’arrive dans un grand hangar avec… huit personnes. Ils m’expliquent : « Au début on était nombreux, une bonne cinquantaine. Quand les gens se sont rendus compte qu’ils n’allaient en tirer aucun avantage matériel personnel, mais que c’était un travail de militants, ils sont partis. »

Vous avez pourtant signalé que la base s’est massivement mobilisée pour l’élection de l’Assemblée constituante. Est-ce que la Constituante vient répondre à sa demande de « mano dura » et va lui permettre de reprendre de la place dans le jeu politique ?

Oui. J’ai mis un petit bémol sur les conseils communaux, où, partant d’une idée magnifique, on se trouve confronté à une réalité plus complexe.

Mais ce qui va réactiver la base en réalité, c’est la résolution des problèmes économiques quotidiens. Il y a eu un certain scepticisme au moment où Maduro a annoncé l’élection d’une Constituante. Des gens proches se sont demandé : « A quoi ça va servir ? Notre problème c’est qu’on ne trouve ni pâtes ni riz dans les magasins… » Malgré tout, le processus a pris. Il y a des résultats : par exemple, des communes demandent à être entendues, elles ont leurs représentants élus sectoriellement ; les femmes poussent le thème de l’avortement…

C’est le grand brainstorming. Moi aussi j’ai été étonné, surpris, sceptique dans un premier temps. À quoi ça va servir ? La violence a cessé du jour au lendemain. Je ne sais même pas pourquoi, je ne comprends pas la stratégie de l’opposition. Puis vient la destitution de la procureure générale et, d’un seul coup, on s’attaque à la corruption. Face à cette fameuse guerre économique et à une nécessaire réactivation de l’économie, s’ils réussissent à remettre de l’ordre dans la distribution des aliments, des biens, etc. — car leur importation n’a cessé que partiellement — là, pour le coup, ils toucheront l’essentiel.

Qui compose la Constituante ? A-t-elle été principalement nourrie par les rangs du PSUV ?

La partie sectorielle des élus de cette Constituante a soulevé des critiques féroces. Cela mériterait pourtant un vrai débat, notamment chez ceux qui ne cessent de dénoncer la reproduction des élites : là, il y a une représentation des travailleurs, des paysans, des pêcheurs, des étudiants… Ça échappe partiellement à l’appareil du PSUV, ce ne sont pas des leaders traditionnels qui ont été élus.

Vous insistez sur le rôle de la manipulation extérieure pour créer de l’inflation et une situation de chaos économique ; il est difficile à un gouvernement de lutter contre… Mais est-il prévu que la Constituante apporte une réponse économique aux problèmes internes tels que le boycott du secteur privé et de son contrôle des moyens de production et de distribution ?

Dans le cadre de cette Constituante, le pouvoir vient d’annoncer la mise en place spécifique d’une « Constituante économique » chargée de s’organiser à deux niveaux : le premier, structurel, visant le long terme, et chargé de réformer le système économico-productif, de renforcer le système financier et de développer un nouveau système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix ; le second, chargé de faire des propositions pour le court terme afin de réactiver la production et de corriger les distorsions structurelles de la fixation des prix. Maduro a souhaité que la base soit impliquée dans ces processus qui ne doivent en aucun cas être bureaucratiques. On verra ce qu’il en sera, sachant que la Constituante s’est donnée deux ans et qu’il y a là des problèmes qu’il faudrait régler très rapidement.

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Transport d’urnes aux confins du pays en vue de l’élection des députés constituants du 30 juillet 2017. L’Union Européenne avait suivi étroitement Donald Trump dans ses menaces contre le Venezuela s’il maintenait ce droit au suffrage. De même, la droite locale avait attaqué et détruit plusieurs bureaux de vote pour intimider et dissuader la population d’exercer ce droit. A noter que les peuples indigènes ont voté directement en tant que communautés organisées pour élire leurs propres députés à la constituante (note de Venezuelainfos).

Depuis l’intensification des attaques de la droite, constate-t-on des défections, des bouleversements au sein du gouvernement ?

Non. C’est un phénomène journalistique intéressant : comme tout le monde a envie de prendre ses distances avec le Venezuela, une certaine gauche se rabat sur le « chavisme critique ». Mais seuls cinq des anciens ministres de Chávez ou de Maduro font partie de la « Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique » récemment créée, qui n’a aucun ancrage populaire. Curieusement, on ne médiatise pas les 137 autres ex-ministres qui, à des degrés divers, appuient toujours Maduro.

Mes confrères dénoncent systématiquement la paille dans l’œil de Maduro tout en ignorant la poutre dans celui de l’opposition.

Si l’on prend Jorge Giordani, qui a été l’architecte de la politique économique de Chávez, il a été sorti du gouvernement par Maduro, ce qui a, à l’évidence, engendré une certaine frustration. Mais, tout en dénonçant avec virulence l’actuel gouvernement, il ne procède à aucune autocritique. Affirmer : « en 2012, vingt-cinq milliards de dollars ont été dilapidés dans l’obtention de devises » alors qu’il était lui-même au gouvernement et menait la politique économique… il ne faut quand même pas exagérer ! Tout comme Luisa Ortega : elle était au Ministère public depuis 2007. En trois semaines, elle déclare le contraire de tout ce qu’elle a dit depuis dix ans. Critique, sans aucun doute, mais chaviste sûrement plus : la voici maintenant, cul et chemise avec Washington, réclamant le déferrement de Maduro devant la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’Humanité ».

Bien sûr, devant la violence de l’agression, un phénomène logique se produit. Ceux qui défendent la révolution évitent l’étalage des divergences et des critiques. Mais les chavistes sont tous critiques, à commencer par Chávez, qui, un peu avant sa mort, parlait d’un nécessaire golpe de timón, un coup de gouvernail pour rectifier les erreurs voire les dérives de la révolution.

Vous disiez qu’il n’y a pas d’orientation politique ou idéologique aujourd’hui ; pourtant, sur la fin sa vie, Chávez a essayé de revenir à une doctrine plus marquée, le socialisme du XXIe siècle.

Très clairement, avec Chávez puis Maduro, on se trouve dans une séquence post-néolibérale. Mais il est vrai que, à partir de 1998, Chávez avait beaucoup évolué. Il était plutôt « troisième voie » avant de se radicaliser suite au refus de la droite d’accepter quelque réforme que ce soit. Le procès qui est fait à Maduro de rompre avec le chavisme ou de trahir le chavisme n’est pas sérieux. Il prend le relais et poursuit ce que préconisait Chávez, par exemple la mise en exploitation de l’Arco minero. Une étape vers la diversification, même si l’on reste dans une économie de rente. Cette annonce a déclenché de fortes polémiques, curieusement pas tellement à droite, mais à l’extrême gauche. C’est la même chose en Équateur, sur le thème de l’extractivisme : l’extrême gauche s’est déchaînée contre Correa.

Au Venezuela, ce courant présenté comme du « chavisme critique » compte avec Marea Socialista – une des multiples factions trotskystes –, dont le principal leader Nicmer Evans n’a rien trouvé de mieux, il y a quelques semaines, que d’aller participer à un colloque avec la droite et l’extrême droite.

Comment percevez-vous l’attitude de Marea Socialista, aujourd’hui, dans une période de très fortes tensions, de mise en danger du gouvernement ? Les critiques qui sont portées concernant la nature bourgeoise de l’État chaviste, de bonapartisme…

Au nom d’une « révolution parfaite » qui n’existe que dans l’imagination de ceux qui n’ont pas les mains dans le cambouis, la critique systématique permet de se donner le beau rôle à peu de frais. Dès que Chávez est arrivé au pouvoir, la gauche s’est cassée en deux : le MAS, Causa Radical, le PC… Mais que ce soit Marea Socialista au Venezuela, les rénovateurs sandinistes au Nicaragua, l’extrême gauche équatorienne, aucun n’a jamais réussi à représenter une option politique susceptible d’entraîner l’électorat.

Ce qu’ont fait Chávez et Maduro n’est pas parfait. On peut et on doit évidemment avoir un regard critique. En 1973 au Chili, des débats enflammés genre « critique de gauche » de Salvador Allende se déroulaient entre le Parti socialiste, le PC et le MIR. Néanmoins, aussi bien là-bas qu’ici, on avait la lucidité de dire : « Compte tenu de l’agression dont il est victime, la priorité c’est de défendre ce gouvernement socialiste. » Maintenant on découpe l’histoire en tranches : tous les trois ans, on oublie ce qui s’est passé auparavant. Quand on a connu le Venezuela avant Chávez, la différence saute immédiatement aux yeux. Ce n’est pas un hasard si la base chaviste se remobilise en ce moment. Devant la menace d’un retour de la droite, elle, elle se souvient.

Plus personnellement, en tant que journaliste, pourquoi portez-vous cet intérêt à l’Amérique latine et au Venezuela ?

J’ai connu l’Amérique latine dans les années 70-80-90, à une époque où la pauvreté est passée de 120 millions à 225 millions de personnes. Je suis capable de faire la différence. J’appartiens à une génération qui a connu la dictature au Chili, en Argentine, en Bolivie. Quand on me parle de dictature au Venezuela, où il y a des élections avec une opposition organisée et qui domine les médias, ça me fait rire. Au prétexte qu’il y a une crise en ce moment, on oublie tout ce qui a été fait. Or tout ça n’a pas disparu. Entre le Venezuela des années 1990 et d’aujourd’hui, indépendamment de la crise, il y a une grosse différence : l’éradication de l’analphabétisme, le renforcement des structures de démocratie locale, la construction d’ 1 800 000 logements en cinq ans, de 8 000 établissements de santé en seize ans, l’augmentation de 27 % de l’accès à l’éducation secondaire…

Ce n’est pas un hasard si l’offensive est aussi féroce. À l’époque, ils ont renversé Allende car ils étaient inquiets de la contagion pour l’Amérique latine mais aussi pour la France (avec l’Union de la gauche) et l’Italie. En ce qui concerne le chavisme, c’est pareil : pour casser son influence continentale, il faut en terminer avec lui.

La couverture médiatique et politique, avec les unes mensongères, les informations partielles ou truquées ont notamment montré que toute « la bonne volonté » dont Maduro pourrait faire preuve sur la scène internationale ne joue aucun rôle…

Mes honorables confrères ne font pas leur boulot. Ils ont décidé de dénoncer systématiquement la paille dans l’œil de Maduro tout en ignorant la poutre dans celui de l’opposition. Le journalisme est une profession extrêmement moutonnière. Bien peu de journalistes connaissent le Venezuela. Quand l’un d’entre eux, qui appartient presque systématiquement à la classe moyenne, arrive au Venezuela, il s’identifie avec elle. Elle se compose de gens « sympas », qui vivent dans des appartements décents, regardent les mêmes chaînes de télévision, voient les mêmes films, s’habillent comme nous… Vous allez les interviewer, ils vous offrent un whisky… Alors qu’une manifestation de chavistes, parfois ça paraît un peu brut de décoffrage. C’est vrai. Donc l’identification se fait tout naturellement. Et par-dessus le reste, aussi bien Chávez, Maduro, que les dirigeants chavistes, ne la jouent pas toujours dans la finesse ou la diplomatie…

Mais l’enjeu véritable, c’est ce qui se passe en ce moment au sein de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains. Trump a décidé de sanctions économiques et l’Union européenne a fait de même le 13 novembre. L’OEA a investi le 13 octobre un Tribunal suprême de justice vénézuélien parallèle. On sera alors dans le début de la constitution d’un gouvernement en exil, susceptible d’appeler au secours, etc., avec tout ce que ça implique ensuite par rapport à la communauté internationale – le véritable enjeu.

Il ne faut pas oublier que sous le terme « communauté internationale », on entend l’UE et les États-Unis. Car le G77 + Chine, les pays non alignés, la Russie, l’Inde, la Chine, c’est-à-dire les trois quarts des pays présents à l’Assemblée générale des Nations-Unies, n’ont aucun problème avec le Venezuela ! En Amérique latine, le « groupe de Lima »8 est effectivement en train de mettre la pression sur le Venezuela, mais celui-ci peut encore compter sur la Bolivie, Cuba, le Nicaragua, trois îles de la Caraïbes… Quant à l’Équateur, où Moreno est en train de rompre avec le corréisme, la question va se poser.

Quel type de sanctions peut-on attendre ?

Filiale de PDVSA, l‘entreprise vénézuélienne de raffinage et de distribution Citgo, implantée aux États-Unis, n’a plus le droit de rapatrier ses bénéfices. Autre exemple : 300 000 doses d’insuline ont été bloquées à l’étranger parce que la City Bank refusait d’opérer la transaction… Ce qui permet ensuite le discours humanitaro-mensonger : « Du fait de l’incurie du pouvoir, il n’y a plus de médicaments au Venezuela », alors que le gouvernement a finalement passé des accords pour acheter des médicaments en Inde… Mais cela revient évidemment plus cher que de les faire venir de Californie !

De son côté, le Département du Trésor américain menace toute entité économique ou bancaire ayant des relations de travail avec le gouvernement vénézuélien d’être elle-même victime de sanctions. C’est un véritable étranglement économique qui se met en place, auquel l’Union européenne s’est jointe…

Face à cela, Caracas commence à imaginer d’autres stratégies : pour échapper aux sanctions américaines, elle se tourne aujourd’hui vers le yuan et le rouble comme nouveau système de paiement international.

Passer au yuan et au rouble, établir des accords avec la Russie, la Turquie… Cela ne change pas les problèmes internes au pays, dans la chaîne de production, qui offrent de nombreuses prises à la déstabilisation.

Pour le moment, non, et ça laisse ouverte la question : le pouvoir doit-il se radicaliser ou non ? Chacun a son avis là-dessus. S’il se radicalise, la « communauté internationale » lui tombe dessus et accentue la pression. S’il ne se radicalise pas, il prend des coups mortels et se fait critiquer sur sa gauche. C’est un choix cornélien.

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Comment verriez-vous une « sortie de crise » ?

Rationnellement, ce serait l’élection présidentielle de 2018, quel qu’en soit le résultat. Encore faudrait-il que les États-Unis et l’Union européenne cessent leur ingérence et leur appui inconditionnel à l’opposition.

Un retour de la droite et de l’extrême droite au pouvoir ne serait pas une sortie de crise pour les chavistes : ceux qui ont montré leur soutien au gouvernement vont être sévèrement réprimés ; il y aura des privatisations, des licenciements, des coupes drastiques dans les budgets de l’éducation, de la santé, du logement…

L’hypothèse que, dans le cadre d’élections démocratiques, le chavisme perde serait lourde de conséquences et de signification, mais l’histoire ne s’arrêterait pas là. Ce serait infiniment moins grave que si, dans un contexte de violence, l’opposition parvenait à renverser Maduro. D’un côté on aurait : « Une révolte de la population a renversé le chavisme » ; de l’autre : « Démocratiquement, le chavisme a perdu l’élection et a accepté la défaite ». Cela ne l’empêchera pas, après avoir analysé ses erreurs et ses faiblesses, de revenir ultérieurement.

D’ailleurs, compte tenu de l’absence de programme et de l’extrême division de la droite, rien ne permet de dire que le chavisme ne gagnera pas la présidentielle de 2018. La MUD a semé un tel chaos et s’est montré tellement incohérente qu’elle a perdu beaucoup de ses sympathisants.

Les fameux « flux et reflux » appliqués à la révolution bolivarienne ?

On parle souvent de cycle, mais le vice-président bolivien Álvaro García Linera évoque une vague, qui se retire et puis revient. C’est un peu ça. Sauf régime autoritaire, un courant politique peut difficilement rester en place pendant cinquante ans. Il y a une usure du pouvoir. La révolution bolivarienne a dix-huit ans… Même pour la base, aussi volontariste soit-elle, il est difficile d’être révolutionnaire 24 heures sur 24 pendant aussi longtemps…

Cet entretien, relu et réactualisé par Maurice Lemoine sur notre proposition, a été réalisé à Paris le 13 octobre 2017, deux jours avant les élections des gouverneurs régionaux.

Notes:

  1. La classe moyenne vénézuélienne représente environ 15 % de la population.
  2. Pour Emmanuel Macron, le régime du Venezuela est « une dictature »
  3. Oil reserves
  4. #EnVIVO @MariaCorinaYA: Aceptaremos una negociación verdadera solo para negociar la salida de Maduro del poder
  5. Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique
  6. Pour plus de détails, voir :  La guerre économique pour les nuls (et les journalistes), Maurice Lemoine,  ainsi que Dólar Today distorsiona economía en Venezuela, confirma CEPAL (en espagnol).
  7. Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique
  8. Le groupe de Lima rassemble l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, la Guyane, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou , Sainte-Lucie et l’opposition vénézuélienne . Le Groupe a été fondé le 8 août 2017. NDLR.

Source : https://lavamedia.be/fr/venezuela-lepouvantail-agite-par-loccident/

Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent. 

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral important pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste

Arantxa Tirado, @aran_tirado

Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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Le paramilitarisme colombien profite de « la paix » pour se déployer à la frontière avec le Venezuela

paracos_fronteraLa reconfiguration du champ politique et du territoire colombiens suite aux accords de paix signés avec les FARC a donné lieu à une nette progression du paramilitarisme dans tout le pays voisin, principalement dans les régions de production intensive de coca et à la frontière avec le Venezuela.

Par Mision Verdad, novembre 2017

La para-économie colombienne, qui parasite massivement l’économie du Venezuela, s’étend sur un territoire  principalement situé à la frontière binationale dont Cúcuta constitue l’épicentre. Les autorités colombiennes se sont déclarées « impuissantes » à stopper ce trafic qui, s’aidant de certaines astuces juridiques pour légaliser les marchés parallèles, fortifie le néo-libéralisme colombien grâce aux subventions du socialisme bolivarien.

Le Département du Nord de Santander, dont la capitale est Cúcuta et dont le gouverneur appartient au parti du président Juan Manuel Santos, compte parmi les trois Etats présentant le plus grand nombre de “cultures illicites”. Depuis l’an dernier déjà, lors de l’instauration d’un cessez-le-feu unilatéral par les FARC, des conflits entre bandes paramilitaires ont été signalées dans ce département, surtout dans la zone urbaine de Cúcuta où la lutte entre des groupes paramilitaires comme « Los Rastrojos » et le Cartel du Golfe pour le contrôle des routes de contrebande s’intensifiait.

Même si la propagande médiatique évoque un soi-disant combat des forces de sécurité colombiennes contre ces groupes criminels, qui se font de plus en plus puissants dans la région, il est indubitable que le paramilitarisme se développe et se renforce en Colombie. Après la démobilisation des FARC, les forces armées colombienne se sont focalisées sur ce qu’elles appellent le post-conflit et sur le contrôle d’une dénommée « structure de menaces permanentes » (SAP) qui, selon les autorités, serait formé de dissidents des FARC et de l’ELN n’ayant pas négocié la « paix » avec le gouvernement ainsi que de bandes paramilitaires.

Reconfiguration du narco-Etat colombien

Cependant, l’alliance entre les forces armées colombiennes et les différents groupes paramilitaires existant dans ce pays est telle que dans la mesure où les FARC ont été évacuées de leurs territoires, les corps de sécurité de l’Etat colombien s’assurèrent que ces espaces soient réoccupés par ces mêmes bandes criminelles, consolidant ainsi le narco-Etat en toute « légalité ». Derrière cette nouvelle reconfiguration se cache le contrôle exercé par les cartels de la drogue mexicains et états-uniens sur les mafias colombiennes. C’est un problème d’une telle ampleur que le mieux que puisse faire le président Santos est de regarder ailleurs et d’attaquer le Venezuela.

La lutte pour le contrôle de l’intégralité du territoire colombien est une réalité tangible dans le cadre d’une guerre qui se poursuit malgré les accords signés avec les FARC, car, comme on pouvait s’y attendre, la démobilisation de la plus importante des guérillas sert davantage la consolidation du narco-Etat et la soumission aux projets des Etats-Unis qu’à l’établissement d’une véritable paix. Les matrices d’opinion répandues par les médias tentent d’imposer l’idée que le Venezuela est le théâtre d’opérations de cette lutte entre groupes paramilitaires, cherchant implicitement à légitimer le bellicisme du gouvernement de Juan Manuel Santos envers le processus bolivarien.

La débâcle et les fortes divisions internes de l’opposition vénézuélienne et le relâchement partiel des tensions politiques ont entraîné le besoin d’amplifier les voyages à l’étranger et les effets d’annonce (“Prix Sakharov” décerné par la droite du parlement européen à la droite vénézuélienne, World Tour de Luisa Ortega, etc…) pour pallier cette faiblesse électorale, mais aussi de multiplier les manœuvres contre la souveraineté du Venezuela, comme la contrebande de billets de banque, d’essence et d’autres produits d’origine vénézuélienne, l’offensive contre le bolivar et l’augmentation du narcotrafic. Le président Maduro a fait le lien entre le président Juan Manuel Santos et la progression de ces mafias dans la zone frontalière.

Les médias colombiens tirent à boulets rouges sur le Venezuela

La presse colombienne – un oligopole privé aux mains de l’élite économique au pouvoir – veut imposer le storytelling selon lequel les groupes paramilitaires colombiens trouvent plus sûr de se disputer le pouvoir du côté vénézuélien de la frontière plutôt que du leur, en raison du contrôle qu’y exercent les forces armées de Colombie et parce que le Venezuela serait le premier intéressé par la contrebande de ses produits d’extraction, qu’il organise lui-même ou qu’il introduit en Colombie.

Les médias colombiens martèlent que le Venezuela ouvre ses routes  au narcotrafic depuis la Colombie, principal producteur de drogue au monde, jusqu’à la mer des Caraïbes. Dans ce renversement du responsable et de la victime, les médias de Bogota accusent les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FNAB) de disculper son propre appareil militaire et les nombreux parapolitiques qui occupent les gouvernements et les mairies de départements frontaliers comme le Nord de Santander.

Les paramilitaires colombiens veulent élargir la frontière à leur guise

Les incohérences sautent aux yeux. Un exemple : « El Tiempo »  (média colombien appartenant à la famille Santos) a décrit brièvement les  affrontements qui eurent lieu en mai dernier du côté vénézuélien de la frontière, les morts et les blessés ayant été évacués vers des hôpitaux de Cúcuta sans aucune procédure de transfert ou de déportation.

Ces actions de propagande combinées à la simulation « d’attaques armées  » de l’armée bolivarienne en territoire colombien tentent d’établir une base de légitimité politique dont  Juan Manuel Santos pourrait se servir à moyen terme pour se présenter comme un « gouvernement agressé » devant se défendre face au Venezuela.

Infiltration paramilitaire en territoire vénézuélien

La défaite politique de la droite que représente l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) a donc renvoyé la balle dans le camp international, les affrontements de plus en plus fréquents entre les forces armées bolivariennes et des bandes criminelles comme celle de « Los Rastrojos »  indiquent une augmentation des incursions paramilitaires sur le territoire vénézuélien lui-même.

Les 120 jours de violence qui secouèrent le Venezuela à la mi-2017 avec un solde de près de 100 morts (imputés par les médias internationaux au gouvernement Maduro), ainsi que les sabotages et les actions de guerre urbaine dans les Etats frontaliers (à Táchira et Mérida surtout) trouvèrent dans des bandes paramilitaires comme « Los Rastrojos » les hommes de mains indispensables.

Ce chapitre de la violence meurtrière heureusement stoppé depuis l’élection de la Constituante à la fin du mois de juillet, le paramilitarisme se reconstitue comme Terminator, de l’autre côté de la frontière : le « processus de paix »  génère une réactivation du paramilitarisme, une confrontation interne pour le contrôle territorial et économique et un déploiement d’activités économiques illégales qui servent à les financer dans la zone frontalière. Ces niches para-économiques sont liées à la contrebande de billets de banque et de marchandises – aliments, médicaments, etc. ainsi qu’à la manipulation du taux de change entre le peso et le bolivar qui non seulement facilite le blanchiment des capitaux du narcotrafic mais favorise aussi la hausse du dollar parallèle dont la « base de calcul », protégée légalement par l’Etat Colombien,  se trouve à Cúcuta.

Les liens qu’entretiennent ces bandes avec l’opposition vénézuélienne ont été dénoncés par le Président Nicolas Maduro; quant au groupe « Los Rastrojos », sa présence au Venezuela et sa participation à la contrebande de combustibles vénézuéliens et à d’autres trafics en rapport avec le dollar parallèle deviennent de plus en plus évidentes. Au cours des cinq dernières années, les arrestations au Venezuela de chefs de cette bande sont devenues fréquentes, preuve évidente de leur activité. L’une des plus importantes arrestations après celle de « Diego Rastrojos » en 2012 dans l’Etat de Bolivar, eut lieu en septembre dernier (voir “alias Commandant Camilo”voir “alias Commandant Camilo”) dans la ville dont est originaire la gouverneure du Táchira appartenant au parti d’opposition “Action Démocratique”, Laidy Gomez.

On se demande pourquoi le gouvernement colombien n’a pas manifesté sa reconnaissance légitime pour ces actions du Venezuela contre les paramilitaires, comme c’est l’usage en diplomatie bilatérale.

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En 2017, les fosses communes et les « faux positifs » de l’ère Uribe-Santos commencent à peine à émerger du silence médiatico-gouvernemental. Les réseaux paramilitaires qui ont, avec l’armée, perpétré ces violations massives des droits humains, sont aussi les formateurs, les fournisseurs en armes, en argent et en hommes de main des insurrections de la droite au Venezuela – que les médias nous présentent comme des « révoltes populaires contre la dictature de Maduro ».

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Le milliardaire Henrique Capriles Radonsky, un des leaders de la droite vénézuélienne, avec un des principaux articulateurs du réseau paramilitaire – l’ex-président colombien Alvaro Uribe.

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Autre protégé d’Uribe, autre oligarque vénézuélien : Leopoldo Lopez. Jugé et emprisonné pour l’organisation de violences qui ont fait des dizaines de morts, ce leader de d’extrême droite serait selon les médias occidentaux détenu… « pour ses opinions » (sic). Pour plus de détails en photos sur ces « combattants de la démocratie », voir « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », http://wp.me/p2ahp2-20J

Extension du champ de bataille dans la zone frontalière

Des massacres commis par l’Etat colombien à l’encontre de son propre peuple sont révélés quotidiennement. Une nouvelle fosse commune découverte à La Macarena (département du Meta) et contenant plus de 2000 cadavres, victimes présumées de l’opération « faux-positifs » menée par l’ex-président Alvaro Uribe avec le soutien de son ex-ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a secoué, une fois de plus, l’opinion publique il y a quelques semaines.

Alors que la Colombie vit une situation de précarisation sociale et que les forces de sécurité et les paramilitaires assassinent chaque semaine des leaders sociaux, politiques, des journalistes, des défenseurs des droits humains, des paysans, des indigènes, un rapport comme celui de la « Fondation Idées pour la Paix« , intitulé « Crime organisé et saboteurs armés en période de transition«  (dans lequel le Venezuela est cité plus de vingt fois), signale parmi les nombreuses sources de financement de ces bandes, le trafic d’essence, de bétail et d’aliments du Venezuela vers la Colombie en règle générale. On cherche aussi à répandre la fausse idée selon laquelle le gouvernement de Santos prépare le chemin de la paix en Colombie, faisant abstraction du rôle fondamental joué par le Gouvernement Vénézuélien dans ces accords. Ce rapport rejette la faute d’un éventuel échec de ce qu’il appelle la « transition » sur le Venezuela.

Il dénonce le renforcement de la bande « Los Rastrojos » sur le territoire vénézuélien et le met au compte de la « grave détérioration de la situation sécuritaire au Venezuela, encore aggravé par l’existence d’une collusion criminelle à de nombreux niveaux du Gouvernement« . L’idée centrale dudit rapport  étant que « le développement de structures locales du crime organisé plus réduites, y compris celle des « Rastrojos » peut mettre en péril la transition vers le post-conflit en Colombie« .  En conclusion, il offre une argumentation très dangereuse qui pourrait bien justifier une ingérence plus forte du gouvernement de Santos dans les affaires intérieures du Venezuela et laisse entrevoir la possibilité d’autres « faux-positifs ».

Cette pratique des « faux-positifs » qui maintient le gouvernement vénézuélien  en état d’alerte, en particulier le Ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Les offensives économiques et monétaires dans la zone frontalière, ajoutées aux sanctions états-uniennes défendues par le gouvernement de Santos sur le plan diplomatique et à la réorganisation du paramilitarisme utilisé comme un instrument de guerre asymétrique démontrent que le vrai danger qui  menace actuellement ne provient pas de chez nous, mais bien de chez nos voisins.

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/paramilitarismo-colombiano-dispara-a-la-soberania-venezolana-en-la-frontera

Traduction : Frédérique Buhl

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Lire et offrir « Des taupes à Caracas » de Géraldina Colotti

Traduit de l’italien par Anne MARSALEIX


Préface de Maurice LEMOINE

Ce livre raconte un voyage en deux temps qui s’est déroulé sur une année : en février et mars 2011, puis en janvier et février 2012.

S’il ne verse pas dans le retour au tiermondisme, la recherche stérile de « modèles » ou l’enthousiasme sénile de l’ancien combattant, cet ouvrage assume donc un parti-pris. Du costume de l’enthousiaste ou de celui de l’impartiale, aucun ne me convient vraiment. La vie m’a appris que la plus précieuse des libertés, même dans des situations difficiles, voire extrêmes, est celle de pouvoir choisir. En politique, si vous ne faites pas de choix, quelqu’un d’autre s’en chargera, et cela fait partie du jeu.


Pour ce que j’en ai vu, l’essence du Venezuela bolivarien se situe dans le réveil d’une extraordinaire participation populaire : la passion pour la politique, au sens de la gestion de la polis, par l’exercice constant de l’agora par les exclus, ces « affreux, sales et méchants » qui, aux confins épuisés de la gauche comme il faut, suscitent « le dégoût et l’horreur » qu’exprimait Tocqueville à l’évocation d’Auguste Blanqui.
Dans ce livre, ce sont surtout eux, les « invisibles », qui parlent : des femmes et des hommes de toutes les couches populaires, devenus protagonistes au pied levé.

G.C.

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