¨Comprendre le Venezuela¨, Andrés Bansart parle de son nouveau livre.

couv_bansart_comprendre-le-venezuela

Thierry DeronneTu t’es marié, il y a longtemps, à notre pays le Venezuela. Peux-tu nous parler de cette vie commune? A-t-elle changé ta vision de l’être humain?

Andrés Bansart – Après le coup d’Etat au Chili et la mort d’Allende, je me suis installé au Venezuela. Le pays avait la réputation d’être un bastion de la démocratie en Amérique Latine. Bien sûr, en comparaison avec la plupart des pays qui étaient tombés sous les dictatures les plus féroces, il semblait que le Venezuela était un exemple de démocratie. A un ami, qui avait été accueilli par la Suède et qui m’avait écrit qu’il était bien mais se trouvait là comme dans une cage d’or, je répondis que, quant à moi, j’avais cru arriver dans un pays démocratique, mais que ce n’était pas le cas. En effet, le Pacte de Punto Fijo de 1958 avait fixé des règles de jeu qui  n’étaient pas démocratiques du tout et permettaient à une certaine classe sociale avec deux partis de contrôler le pays qu’ils vendaient aux Etats-Unis et aux entreprises transnationales. Ce système politique dura pendant quarante ans. Quant à ma vision de l’être humain, elle n’a pas beaucoup changé. Je me suis attaché à ce pays jusqu’à obtenir la nationnalité venezuelienne et vivre comme miens les événements positifs et négatifs du pays où, finalement, j’ai passé le plus d’années de ma vie. Si ma vision de l’être humain n’a pas changé, celle de la société a par contre évolué. Je suis très reconnaissant pour tout ce que j’ai pu vivre au Venezuela. J’ai donc connu une certaine époque, puis pu vivre les événements et les changements qui eurent lieu en 1989, 1992, 1998 et se poursuivent quasi vingt ans après.

T.D. – La globalisation comme fait culturel, l’urbanisation qui déplace peu à peu l’agriculture se ressentent au Venezuela comme dans tous les pays. On le voit en particulier dans une jeunesse bien différente de celle d’y a dix ans. Crois-tu que l’héritage bien palpable du chavisme -comme la souveraineté ou l’écosocialisme- a des chances de durer?

A. B. – Il faut peut-être rappeler que le Venezuela est un pays extrêmement riche sur lequel sévit la pauvreté parfois la plus extrême. C’est le résultat du colonialisme puis de l’impérialisme, celui des actions de certaines classes sociales, au cours de son Histoire depuis le XVIème siècle. Après le vol des perles de Cubagua, il y eut les plantations de café, de cacao et de sucre pour les acheteurs riches des pays riches, les haciendas et les esclaves. Puis, il y eut le pétrole et les camps miniers avec des ingénieurs souvent étrangers et des cabanes d’ouvriers, les déplacements de populations, les ceintures de misère autour des villes, les quartiers riches des villes, les ports d’où saignaient les richesses du pays et où entraient les produits que les riches achetaient avec les gains du pétrole, les aéroports pour recevoir les ingénieurs étrangers et enmener les riches qui voulaient faire du tourisme ou placer ailleurs leur trop-plein d’argent. Des dizaines d’années de gains pour les uns, de misère pour les autres. Et puis, il y eut 1989: les pauvres en avaient assez. Combien de personnes furent-elles tuées? Et puis, il y eut 1992: la tentative de renverser le Pouvoir échoua, mais un certain Hugo Chávez dit: “Por ahora! Pour l’instant!” Et puis, il y eut encore des points de suspension dans les espoirs… Et puis, il y eut 1998, 1999, Chávez Président, une nouvelle Constitution, une nouvelle République, les missions, une certaine solidarité, pas d’aumônes, mais des droits. Les prix du pétrole ont chuté et les anciens maîtres du pays ont voulu en profiter pour récupérer les avantages d’antan. La situation a changé. Ce n’est plus si facile. Les gens connaissent leurs droits. Le Peuple est souverain. L’héritage est là. Des moments durs sont devant nous, mais le désespoir n’est pas permis. Quant à l’ecosocialismo, certaines communautés de base le pensent et commencent à le pratiquer. Il faudra longtemps pour qu’il s’étende vraiment. Les jeunes ont la responsabilité du futur.

T. D.Le Venezuela peut-il être compris, et par qui devrait-il être compris?

A. B. – Il peut être compris par ceux qui le veulent. Mais pour vraiment comprendre un phénomène, il faut connaître les antécédents de celui-ci. Les grands médias nationaux et étrangers appartiennent à ceux qui ont avantage à manipuler l’information et à distorsioner les faits. Là, on voit l’effort qui doit être le nôtre, le tien, le mien, celui des camarades du Venezuela lui-même et ceux qui vivent dans d’autres pays. Dans “Comprendre le Venezuela” (Paris, Le Temps des Cerises, 2016), je tente d’expliquer nos problèmes, nos difficultés, pourquoi est né un personnage comme Chávez, quel a été son rôle, comment a réagi le Peuple, comment le Peuple continue à chercher un chemin, à construire une société nouvelle.

T. D.Existe-t-il en France une information sur nous qui ne soit pas projection de positions internes?

AB. – En France comme ailleurs, certains médias offrent des informations qui permettent de comprendre l’évolution du Venezuela. Il faut les en remercier. Mais l’ensemble des gens se font une idée en se référant à ce qu’ils connaissent et, comme je viens de le dire, à ce qu’ils recoivent comme matériel pour la comprendre (souvent ce matériel fait qu’il comprennent mal). Puis, il y a en effet un système de projections. Mais cela se fait dans les deux sens. Ainsi, lorsque, au moment des élections présidentielles francaise de 2012, au cours d’une interview sur TeleSur, j’ai expliqué que le parti socialiste francais n’avait rien à voir avec le PSUV; le mot “socialiste” prête à confusion. On tente toujours de comprendre à partir de son expérience et souvent on fausse ainsi les explications qu’on se donne.

T. D.L’Européen pourra-t-il un jour adopter cette humilité vis-à-vis des Africains ou des Latino-américains sans laquelle une vraie gauche ne saurait exister?

A. B. – Un jour! Quand? Il est difficile pour les gens de connaître la vérité de l’Histoire. Qui écrit celle-ci? Et dans quel but? Comment enseigne-t-on l’Histoire à l’école? Quels sont ces héros (anti-héros) qu’on fait admirer aux enfants? Quelles sont les valeurs (souvent les anti-valeurs) de ces héros? Il y a plusieurs manières d’aborder l’Histoire, celle de la colonisation, de l’esclavage et du néo-colonialisme. Bien sûr, dans les pays riches, il est difficile d’expliquer la provenance des richesses. Et puis, le bien-être est, pour les habitants de ces pays plus important que le Bien-Vivre (le Buen Vivir), concept que la plupart ne comprend même pas. Il leur est difficile de constater que leur bien-être (“buen-estar”) provient de la rapine, de la domination de l’être humain par d’autres êtres humains, de la domination implitoyable de la nature, de l’exploitation. La plupart des gens ne savent pas ou ne veulent pas savoir que cette exploitation a déséquilibré la nature et les sociétés. Ils ne savent pas ou ne veulent pas savoir que leur industrialisation est en partie responsable du changement climatique et voudraient maintenant que tous les pays fassent un effort pour empêcher les drames qu’auraient sans doute a souffrir la Terre et, partant, l’Humanité. Une minorité le sait. Elle comprend. Elle lutte. Elle cherche le moyen, comme nous, d’imaginer un écosocialismo et de commencer à le faire fonctionner. Mais il faudra du temps. Les vraies révolutions se font lentement. Pour y participer, il faut de l’humilité, de la patience et une grande capacité de travailler en équipe.

Andrés BansartComprendre le Venezuela, Paris, Le Temps des Cerises Editeurs, 200 pages, 15 euros, publié le 21 octobre 2016.

logo-tdc2

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2n9

« Les 10 victoires du Président Nicolás Maduro en 2016 », par Ignacio Ramonet

006_mg6973_1477506168-1-680x453

Début 2016, tout semblait bien complexe pour les autorités de Caracas.  Et cela principalement pour trois raisons : 1) L’opposition néolibérale avait remporté les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait désormais l’Assemblée Nationale ; 2) La chute des prix du pétrole, la principale ressource du Venezuela,  avait atteint son plus bas niveau dans les dernières décennies ; 3) Le président des Etat Unis, Barack Obama, avait signé un Ordre exécutif déclarant le Venezuela une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et pour la politique extérieure des Etats-Unis »
C’est-à-dire, dans trois domaines décisifs  – politique, économique et géopolitique – la Révolution bolivarienne semblait à la défensive. Tandis que la contrerévolution, autant intérieure qu’extérieure, pensait avoir enfin le pouvoir à portée de la main.

Le tout dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas,  commencée avec l’arrivée à la Présidence d’Hugo Chávez en 1999, qui s’est intensifiée en avril 2013 et a atteint des niveaux inouïs de violence depuis l’élection du Président Nicolás Maduro.

Ce climat d’harcèlement médiatique agressif et permanent a produit une désinformation insidieuse sur le Venezuela, semant la confusion même chez de nombreux amis de la Révolution  bolivarienne. En particulier car dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle et de la tromperie manifeste n’est  sanctionnée par aucune conséquence négative, ni sur la crédibilité, ni sur l’image.

Tout vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel », et même les faits ou les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. Même l’argument – si évident pour le Venezuela – du complot, de la conjuration, de la conspiration, n’est pas accepté.  Le nouveau discours médiatique dominant dénonce et ridiculise d’avance « le prétendu complotisme » comme un argument inacceptable de « récits à l’ancienne »,  non recevable…

Tout, donc, au début de l’année 2016, semblait difficile pour le Président vénézuélien.  A un point tel que le bancal opposant néolibéral  Henry Ramos Allup, enivré pas sa majorité parlementaire, a osé assurer en janvier 2016, dans son premier discours comme Président de l’Assemblée Nationale, que « dans un délai de mois de six mois » il chasserait Nicolás Maduro du pouvoir. En s’inspirant sans doute du coup d’Etat institutionnel contre la Présidente Dilma Rousef, au Brésil, et misant sur la victoire dans un éventuel référendum révocatoire.

Ainsi allaient les choses quand le Président Maduro, dans une séquence magistrale que personne n’a vu venir dans le jeu d’échecs qui se déroulait – et conformément à la Constitution – a surpris tout le monde.  Il a renouvelé, comme il en avait le droit, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), instance supérieure du pouvoir judiciaire, dont la Salle Constitutionnelle a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

L’opposition, imbue de sa superbe, a commis alors deux erreurs majeures :

  1. Elle a décidé d’ignorer les avertissements du TSJ et a admis en séance trois députés de l’état d’Amazonas dont l’élection en décembre 2015 était l’objet de suspension pour irrégularités.  Devant cet affront, le TSJ a évidemment proclamé la non validité des décisions de l’Assemblée Nationale en raison de la présence en séance de trois députés « non élus régulièrement » .  En fait, le TSJ a déclaré l’Assemblée en désobéissance (desacato) et en conséquence, a décidé  que  « toutes ses décisions seraient considérées nulles».  Ainsi, par ses propres erreurs, l’Assemblée non seulement n’a pas réussi à légiférer ni à contrôler le Gouvernement, mais bien au contraire, comme l’ont reconnu des spécialistes renommés en droit constitutionnel, elle s’est annulée elle-même, a dilapidé son pouvoir est s’est auto-dissoute. Cela a été la première grande victoire de Nicolás Maduro en 2016.
  1. Dans son obsession de renverser le Président, l’opposition anti-chaviste a également décidé d’ignorer ce que stipule la loi (article 72 de la Constitution)  sur les étapes indispensables et les exigences juridiques pour la tenue d’un référendum révocatoire en 2016.  L’opposition a également connu un important échec sur ce point.  Et ce fut une autre grande victoire de Nicolás Maduro.

Malgré cela, vers mars-avril 2016, tout est devenu de plus en plus complexe. Car aux offensives habituelles des forces hostiles à la révolution bolivarienne est  venue s’ajouter une sécheresse impressionnante, la deuxième en importance depuis 1950, et une canicule, résultat du  phénomène El Niño. Or au Venezuela 70% de l’énergie provient des centrales hydroélectriques, dont la principale dépend du barrage El Guri.  Et avec l’absence de pluies, les niveaux de ce barrage ont diminué jusqu’à atteindre presque le niveau minimum.

La contre-révolution a tenté de profiter de ces circonstances pour multiplier les sabotages électriques, cherchant à créer un chaos énergétique, la colère sociale et des manifestations.  Le danger a été grand, car au problème électrique s’ajoutait le manque d’eau potable, conséquence de la sécheresse persistante, ….

Mais une fois de plus le Président Maduro a réagi rapidement en prenant des mesures radicales : il a décidé le remplacement de millions d’ampoules à incandescence par des ampoules à faible consommation d’énergie ; il a ordonné le remplacement des vieux climatiseurs par d’autres moins gourmands en énergie ;  il a décrété la demi journée de travail dans l’administration publique et mis en œuvre un plan national spécial de consommation d’électricité et d’eau.

Grâce à ces mesures audacieuses, le Président a réussi à éviter l’effondrement énergétique.  Et obtenu une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.
Un autre des problèmes importants que le Gouvernement a du affronter (peut-être le plus grave) – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est l’approvisionnement alimentaire. Il faut rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient en situation de pauvreté et seulement 35% pouvaient bénéficier d’une bonne qualité de vie. C’est-à-dire, sur 10 vénézuéliens, seulement 3 mangeaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du maïs, du lait, du sucre… Tandis que pendant les 17 dernières années la consommation alimentaire (grâce à l’investissement social massif de la Révolution) a augmenté de 80%.

Ce changement structurel explique par lui-même pourquoi subitement la production nationale d’aliments, bien plus importante qu’on ne le croit, est devenue insuffisante.

Avec l’augmentation massive de la demande, la spéculation a explosé.  Devant une offre structurellement limitée, les prix se sont envolés vertigineusement.  Et le phénomène du marché noir ou « bachaqueo » s’est propagé : acheter les produits subventionnés par le Gouvernement à des prix inférieurs à ceux du marché pour les revendre à des prix supérieurs à ceux du marché. Ou les « exporter » massivement aux pays voisins (Colombie, Brésil) pour les revendre au double ou au triple du prix subventionné.  Ainsi le Venezuela se « vidait » de ses dollars – de moins en moins nombreux en raison de l’effondrement des prix du pétrole – pour nourrir les « vampires » qui dépouillent les plus humbles des produits de base pour s’enrichir de façon spectaculaire.

Une telle immoralité ne pouvait continuer. Une fois de plus, le Président Maduro agit avec fermeté.  D’abord – très important – il a changé la philosophie de l’aide sociale. Et il a rectifié une erreur majeure commise par le Venezuela depuis des décennies.  Il a décidé que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, devait subventionner les personnes. Pour que seulement les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, puissent avoir accès aux produits subventionnés par le Gouvernement. Pour tous les autres, les prix des produits sont les prix justes fixés par le marché.  Ce qui évite la spéculation et le bachaqueo.

Et la deuxième mesure décisive: le Président a annoncé que désormais le Gouvernement orienterait  tous ses efforts vers le changement du modèle économique du pays, passant d’un « modèle rentier » à un « modèle productif ».  Et le Président a défini ce qu’il appela les « quinze moteurs » pour dynamiser l’activité économique tant du secteur privé que du secteur publique et de l’économie communale.

Ces deux décisions essentielles ont convergé dans une création originale, imaginée par le Président Maduro: les CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) qui constituent une nouvelle forme d’organisation populaire.  Foyer après foyer, les représentants des communautés organisées remettent des sacs pleins d’aliments à un prix régulé.  Beaucoup de ces aliments viennent d’ailleurs de la nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner pendant les prochains mois de 2017 environ quatre millions de familles à revenus modestes.  Garantissant ainsi l’alimentation du peuple. Et signant donc une nouvelle grande victoire du Président Maduro.

Une autre victoire non moins importante en cette difficile année 2016 est le taux record des investissements sociaux, qui représentent 71,4% du budget national.  C’est un record mondial.  Aucun autre Etat au monde ne consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.

En matière de santé, par exemple, le nombre d’hôpitaux a été multiplié par 3,5 depuis 1999.  Et le montant des investissements dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.

Dans le cadre de la Misión Barrio Adentro, dont l’objectif est l’accès aux soins des malades des zones urbaines les plus modestes du pays, ont eu lieu presque 800 millions de consultations et on a sauvé la vie de presque 1.400.000 personnes.  Les facultés de médecine ont formé 27.000 médecins et 30.000 autres doivent obtenir leur diplôme en 2017.  Huit états du Venezuela sont couverts à 100% par la Mission Barrio Adentro, alors que l’objectif fixé était de six états.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média dominants, concerne les retraites.  Avant la révolution, seulement 19% des personnes en âge d’être retraitées recevaient une pension, le reste subsistait souvent dans la misère ou à la charge de leur famille.  En 2016, 90% des personnes en âge d’être retraités reçoivent une pension, et cela même s’ils n’ont pas pu cotiser à la Sécurité Sociale pendant leur vie active.  Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire spectaculaire –   une fois de plus non mentionnée par les média dominants-  est celle de la  Misión Vivienda,  dont le but est de construire des logements sociaux à prix régulé pour les familles les plus modestes.

En 2016, cette Mission a remis 359.000 logements (à titre de comparaison, un pays développé comme la France a construit à peine 109.000 logements sociaux en 2015).  Il faut y ajouter les 335.000 logements rénovés dans le cadre de la belle Misión Barrio Nuevo, Barrio Tricolor.  Mission qui a reçu les éloges du génie de l’architecture Frank Gehry, créateur du  Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton à Paris, qui a affirmé vouloir y participer.  Nous parlons donc de presque 700.000 logements sociaux en 2016.  Un chiffre sans équivalent dans le monde.

Depuis le début de son mandat, en 2013, le Président Maduro a déjà remis à des familles modestes presque un million et demi de logements.  Un record mondial passé sous silence par des média hostiles à la Révolution bolivarienne.  Et que même ses amis négligent parfois de mentionner.
Pour finir, rappelons quelques unes des victoires éclatantes obtenues dans le domaine géopolitique.  Par exemple, avoir empêché l’Organisation des Etats Américains (OEA), contrôlée par Washington, de condamner le Venezuela, comme le voulait le Secrétaire général de l’Organisation, Luis Almagro, en invoquant la Charte Démocratique contre le Venezuela.

Ou le succès du 27ème Sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qui s’est tenu en septembre 2016 au Centre de Conventiond Hugo Chávez, dans l’île de Margarita, en présence de nombreux Chefs d’Etat et de Gouvernement et de représentants de cent vingt pays qui ont manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Mais la principale victoire du Président Maduro en ce domaine a été la réussite inouïe de l’accord entre les Pays OPEP et NON OPEP pour une réduction concertée des exportations de pétrole, fruits de nombreux voyages du Président en quête de cet objectif.
Cet accord historique, signé en novembre 2016, a immédiatement freiné la chute du prix des hydrocarbures, qui s’effondrait depuis le milieu de l’année 2014, quand le prix dépassait 100 dollars le baril.
Grâce à cette victoire capitale, le prix du pétrole, qui était de 24 dollars en janvier, dépassait  45 dollars fin décembre 2016.

Ainsi, pendant l’année la plus dure et la plus longue, pendant laquelle nombreux ont été ceux qui ont misé sur son échec, le Président Nicolás Maduro, déjouant tous les pièges et toutes les difficultés, a montré sa taille exceptionnelle d’homme d’Etat.  Et de leader indestructible de la Révolution bolivarienne

Ignacio Ramonet

Source: Telesur http://www.telesurtv.net/opinion/Las-10-victorias-del-presidente-Maduro-en-2016-20161231-0028.html

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2n5

L’étrange crise vénézuélienne

Marco Teruggi

pibasEn Argentine le mot « crise » est synonyme de commerces en faillite, de milliers et de milliers de collecteurs de carton, d’ordures comme butin, d’épargnes perdues, de chômage massif, de pillages spontanés et planifiés, la pauvreté – cette immense douleur –qui s’abat sur les villes, les quartiers populaires et les campagnes, d´émigration des classes moyennes, de vol ouvert de banquiers et de politiciens. Ce mot signifie aussi pour beaucoup : organisation populaire, occupation de tout ce qui peut être occupé, piquets, insurrections de pauvres, une trame collective qui s’étend comme urgence et stratégie. Pour le sens commun national, voilà ce que semble recouvrir, à gros traits, le terme de crise.

Quiconque, depuis l’Argentine, imagine la crise vénézuélienne à travers ces images, se trompe. Une erreur produite par la désinformation planifiée par les monopoles de la communication, par des campagnes soutenues pour construire au sujet de la révolution un storytelling qui l’assimile aux pires scénarios mondiaux. Le  Venezuela serait un mélange du 2001 argentin, et pire encore, un gouvernement dictatorial, un pays exsangue au bord de l’abîme humanitaire.

Or celle ou celui qui débarque au Venezuela se retrouve face à d’autres images. Il est vrai qu’il se forme des queues dans de nombreux supermarchés pour obtenir des produits à prix régulés, que les pharmacies répondent plus souvent “il n’y en a pas” que “oui”, et d’autres scènes qui font la crise. Face à cela surgit l’indispensable question : pourquoi ? Ce qu’on ne voit pas ici, c’est une armée de pousseurs de charrettes à la nuit tombée, des restaurants vides, des stores baissés avec des ventes au rabais, les images de la faim comme des ombres dans la rue. Au contraire il y a des centres commerciaux remplis de téléphones portables de dernière génération vendus à des prix exorbitants, des queues pour acheter des glaces. Et plus : des plages remplies, des bières glacées, une vie qui se déroule de manière instable mais loin de toucher le fond.

Moins d’abondance qu’avant ? Il ne pouvait en être autrement dans un pays pétrolier qui a disposé durant des années d’un baril à un prix très élevé, et qui fut utilisé – entre autres choses – pour démocratiser la consommation. Avec la chute des prix du pétrole, source première de revenus de l’économie et malgré la diversification croissante, il serait impossible qu’une partie des conquêtes ne reculât pas.

La crise existe mais ne ressemble en rien aux images argentines du mot crise. Il s’agit d’une économie sabotée avec une précision chirurgicale, comme stratégie pour briser les reins du chavisme. Il est bon de le répéter incessamment : la cause des choses est indissociable des choses elles-mêmes, la pénurie est le produit d’un plan politique, non de lois du marché. C’est ce que les grands médias et toutes les droites occultent avec minutie. Frapper et cacher le poing, pour accuser le chavisme ou le « régime » comme ils aiment dire.

***

Ce qui s’est passé il y a quinze jours fut exemplaire de la situation qui se vit. Trois faits se sont déroulés l’un après l’autre, sans laisser le temps de respirer. Le premier fut l’augmentation quotidienne du dollar illégal parallèle; le second fut la tentative de la part des gouvernements du Brésil, d’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay d’expulser le Venezuela du Mercosur; le troisième est le sabotage informatique qui a paralysé tout le système d’achats par cartes pendant vingt-quatre heures.

Rien que ce dernier fait a transformé Caracas – point de référence politique et de la vie collective – en chaos. Sans la possibilité de réaliser des transactions avec une carte bancaire, dans une période marquée par la difficulté d’obtenir du liquide pour cause de l’annonce de l’émission prochaine de nouveaux billets de montants plus élevés, la ville a connu des queues immenses, colères et angoisses. Ce n’était pas la faim qu’il y avait: c’était l’impossibilité de payer ce qu’on voulait consommer. Une fois le système normalisé, la consommation/consumérisme revint.

C’est un scénario complexe où beaucoup d’argent circule et où les commerces émergent aux coins de rue – celui qui sait comment capter l’argent qui circule par des voies parallèles peut devenir riche. La situation est dure, en particulier pour les plus pauvres, mais à des années-lumière de l’image d’un enfer d’où il faut partir parce qu’on ne peut plus y vivre. Ceux qui s’en vont sont dans leur immense majorité de classe moyenne (et de sa frange supérieure y compris), ils émigrent à Miami, Madrid, Santiago du Chili et laissent derrière eux, en général, des drames de riches. Ils le disent eux-mêmes : un journal raconte la tragédie d’un homme qui a abandonné sa maison de 300 mètres carrés dans la zone huppée de Caracas, sans pouvoir la vendre parce qu’il voulait être payé en dollars et qu’il n’a pas atteint son but. « Maintenant, poursuit l’article, les cadres qui ornent les murs de la salle à manger ne créent plus l’harmonie ».

Les pauvres par contre ne sont pas partis. Où aller ? Pourquoi partir ?

***

Il existe une dimension de la crise commune avec l’imaginaire argentin: l’organisation populaire pour construire des réponses. Parce que les besoins produits par la pénurie et l’augmentation des prix sont réels. Il fallait s’attendre à ce que le chavisme de base – cet immense tissu qui zèbre le pays – s’organise pour trouver des solutions. Hugo Chávez insista dès le premier jour sur la nécessité de donner forme à la démocratie participative et protagonique, il l’a répété chaque fois qu’il l’a pu, appelant le collectif les gens à une tâche stratégique, proposant à chaque étape historique des formes différentes : Comités de Terre Urbaine, Équipes Associatives de l’Eau. Missions sociales, Conseils Communaux, Communes, etc. Là où il existait un besoin, il fallait s’organiser.

C’est pour cela que la situation actuelle s’est transformée pour beaucoup en une possibilité de renforcer les niveaux d’organisation déjà existants, d’initier des expériences dotées de nouvelles vertus comme celle de ne plus dépendre du financement de l’État. Parce qu’il est vrai que beaucoup des expériences ont été appuyées économiquement par l’État – de quelle manière et avec quelles logiques mérite un autre débat – et que beaucoup d’organisations se sont créées sous la forme de projets présentés à des ministères pour recevoir des appuis.

On pourrait parler d’un saut qualitatif pour le dire avec les mots de Rodolfo Walsh quad il parle du peuple qui comprend qu’il compte uniquement sur lui-même. Mais même cela serait injuste : faute d’un gouvernement, à l’exception de certains dirigeants, qui se soit approprié le projet de transition au socialisme, la vérité est que la contradiction actuelle est une possibilité de travailler et d’avancer. Il existe des portes, des fenêtres par où entrer, des opportunités pour développer une politique dans les institutions, un champ immense sur tout le territoire pour jeter les bases de l’État Communal.

Le Venezuela n’est ni le visage de la faim, ni la société qui se défait. Le pays est ce débat et beaucoup d’autres. C’est une crise étrange où la vie trébuche et se relève, il n‘y a pas de milliers de pauvres au centre des villes, les restaurants et les plages restent bondés, et les plus touchés sont ceux qui, en général, se battent le plus. Des problèmes ? Oui : des tonnes. De même que les efforts pour les surmonter.

@Marco_Teruggi

Photo: Vicent Chanza

Traduction : Thierry Deronne

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2016/12/10/la-extrana-crisis-venezolana/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/12/20/letrange-crise-venezuelienne/

Nouvelle donne politique au Vénézuéla… et retard de l’information en France

Retour au galop du réel refoulé par les grands médias. Alors que ceux-ci qualifiaient de « prisonniers politiques » les leaders d’extrême droite arrêtés pour possession d’explosifs ou organisation de violences meurtrières avec l’appui paramilitaire d’Alvaro Uribe, la droite vénézuélienne reconnaît à présent qu’il n’existe que des « personnes arrêtées ». Plus surprenant encore, elle admet la réalité d’une guerre économique qu’elle qualifiait jusqu’ici d’invention du président Maduro « pour cacher la faillite du socialisme bolivarien ». Le sociologue vénézuélien Franco Vielma nous éclaire sur ces revirements inattendus.

dialogoA l’initiative du gouvernement bolivarien, les partis de la droite vénézuélienne ont accepté récemment de s’asseoir à la table des négociations. La première étape de ce dialogue amorcé avec l’appui de l’ex-président du Panama Martin Torrijos et de l’ex-président espagnol Rodriguez Zapatero s’est achevée le samedi 12 novembre 2016. Entouré notamment du secrétaire général de l’UNASUR et ex-président de Colombie Ernesto Samper, de Leonel Fernandez, ex-président de la République Dominicaine, l’envoyé du Vatican Claudio María Celli a lu les cinq points principaux du communiqué final :

  1. Le gouvernement et la MUD (coordination des partis d’opposition à la révolution) ont convenu de combattre ensemble toute forme de sabotage, de boycott ou d’agression envers l’économie. La priorité sera donnée aux mesures en faveur de l’approvisionnement, production et importation de médicaments et aliments, via la planification et l’application de politiques de coopération entre les secteurs public et privé pour surveiller et contrôler les mécanismes d’acquisition et de distribution de matières premières et de marchandises.
  1. La droite accepte la sentence d’illégalité prononcée par le Tribunal Suprême de Justice à la suite de l’élection frauduleuse de trois de ses députés (Ndr : ces députés, exclus, ont offert leur démission au leader de la droite, Henry Ramos Allup, président de l’Assemblée Nationale). Les parties ont également convenu de travailler ensemble à la nomination de deux recteurs du Conseil National Électoral dot le mandat prend fin en décembre 2016.
  1. Les parties ont adopté une position unanime de défense des droits du Venezuela sur la région de l’Esequibo, adoptant l’accord de Genève de 1966 comme instrument juridique pour résoudre cette controverse territoriale.
  1. Les parties ont adopté une déclaration commune intitulée « Vivre ensemble en Paix ».
  1. Seront invités aux prochaines réunions un gouverneur de chacune des parties et des représentants des différents secteurs de la société. Une commission de suivi sera coordonnée par l’ex-président espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, par Jorge Rodriguez pour le gouvernement bolivarien et Luis Aquiles Moreno pour la MUD.

Qui gagne, qui perd ?

Dans le cadre strict des accords il n‘y a ni gagnant ni perdant. C’est une victoire de la Constitution Bolivarienne, soit une avancée majeure pour une société vénézuélienne qui réclame de ses leaders des alternatives et des solutions consensuelles, en particulier pour faire cesser les violences.

C’est sur la nouvelle donne politique et la perception publique que je voudrais faire quelques commentaires.

  • La coordination de la droite (MUD) admet face au pays qu’il y a un boycott et une agression économique persistants contre la population, reconnaissant entre les lignes que son capital politique est né d’un contexte d’extorsion et du désespoir d’une population qui a voté pour elle en décembre 2015. La guerre économique cent fois niée existerait donc ? C’est la MUD qui le dit à présent. Autre discours qui s’effondre : celui du « communisme régulateur » comme cause de la situation économique. La MUD adhère en effet à la nécessité de « surveiller, inspecter et contrôler » le flux de marchandises.
  • En reconnaissant que l’Assemblée Nationale ne peut maintenir des députés élus frauduleusement, la droite renonce au lexique destiné aux médias internationaux (ou commandé par eux…) d’« actions arbitraires » de la part d’une « dictature ». Les élections législatives dans l’état d’Amazonas ont été entachées de fraudes et devront être répétées.
  • 2016-11-12t210831z_276140051_s1beumlznbab_rtrmadp_3_venezuela-politics-825x510

    De gauche à droite : Jorge Rodriguez (Parti Socialiste Uni du Venezuela) pour le gouvernement, Leonel Fernandez (médiateur, ex-président de la République Dominicaine) et Carlos Ocariz, porte-parole de la MUD (pour l’opposition) lisant les accords.

    Carlos Ocaríz (porte-parole antichaviste qui a participé au dialogue, voir photo) use à présent du terme « personnes arrêtées » au lieu de celui de « prisonniers politiques » jusqu’ici destiné aux militants et dont la fonction était surtout d’agiter les médias internationaux (terme rentable également pour certaines « ONG de droits de l’homme » à l’œuvre également en Bolivie, en Equateur ou au Nicaragua).

  • Pas d’accord sur le référendum révocatoire, dont la collecte de signatures a elle aussi été entachée de fraudes massives (des milliers de personnes décédées apparaissant parmi les signataires) ni sur les prochaines élections générales (il y en aura deux en 2017). La rhétorique et la démagogie destinées aux militants souffre des incohérences, des divisions au sein de la droite, minant sa crédibilité. Même l’ambassade des États-Unis semble lassée de tant d’inefficacité. Il n‘est pas sûr encore que son soutien se poursuive avec la même intensité sous la présidence de Donald Trump.
  • Après de nombreux effets d’annonces sur la « prise du palais présidentiel » au terme de mobilisations de rue, la droite rentre dans les rangs institutionnels de l’Assemblée Nationale qu’elle pourra continuer à utiliser comme un bélier politique. Pour sa part le chavisme gagne en légitimité. La droite aurait-elle sous-estimé la capacité politique de Nicolas Maduro ?

Franco Vielma

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/reflexiones-sobre-los-resultados-del-dialogo-chavismo-mud

Traduction : Thierry Deronne

________________________

imagesLettre de Maurice Lemoine au médiateur de Radio France sur le traitement du Vénézuéla dans la matinale (16/11) de France Culture.

(Invitée : Paula Vasquez (EHESS / CNRS)

Votre message a bien été envoyé au Médiateur des antennes de Radio France. Il est en cours de traitement.

De : Monsieur Maurice Lemoine (75018)
Concernant la chaîne : France Culture

Votre message :

Au nom de la droite et de l’extrême droite vénézuéliennes, merci à M. Guillaume Erner pour son traitement de la crise vénézuélienne, à travers une seule intervenante, représentante (assez caricaturale, je vous l’accorde, mais universitaire, vous avez eu raison de le souligner) de l’opposition.

Merci d’avoir caché les responsabilités bien réelles de cette opposition dans la crise – en particulier dans le report (et non l’interdiction) du Référendum révocatoire.

Merci d’avoir occulté que se déroule actuellement un « dialogue », sous les auspices d’individus extrêmement douteux – M. Ernesto Samper, secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) ; les ex-présidents panaméen et dominicain Martin Torrijos et Leonel Fernandez ; l’ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero ; le représentant du Pape, Mgr Emil Paul –, dialogue auquel s’oppose la partie la plus « droitière » de l’opposition, représentée ce matin sur votre plateau.

Merci d’avoir innocemment introduit une petite séquence « Jean-Luc Mélenchon » dans votre lynchage des présidents Chavez et Maduro.

Merci encore de ne pas avoir mentionné, en évoquant les « pénuries » et la « famine », les similitudes étonnantes qu’elles présentent avec le phénomène constaté au Chili durant les mois qui ont précédé le renversement de Salvador Allende.

Merci surtout d’avoir laissé raconter qu’on ne trouve plus un journal dans les rues de Caracas – les occasions de rire sont tellement rares que, lorsqu’il s’en présente une, il faut en profiter à fond.

Merci, mille fois merci, de participer à l’affaiblissement du service public en lui ôtant toute crédibilité – ceux qui rêvent de le démanteler vous en seront gré.

Maurice Lemoine *

* NdR : Ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, auteur de nombreux ouvrages sur l’Amérique Latine qu’il sillonne depuis trente ans, Maurice Lemoine a récemment publié « Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation » (ed. Don Quichotte, 2015).

Pour écrire au médiateur : http://mediateur.radiofrance.fr/contact/mediateur/)

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/11/16/nouvelle-donne-politique-au-venezuela-et-retard-de-linformation-en-france/

Budget 2017 : l’offensive chaviste…

006_mg6973_1477506168-1-680x453

Nicolas Maduro lors de la marche populaire du 26 octobre 2016 à Caracas: une image et un son interdits dans les médias internationaux…

marcha_m_61477499115-680x453

Les médias-système recommencent à s’exciter sur le Venezuela… Vieilles ficelles : montrer les manifestations de la droite sans montrer les marches populaires qui défendent la révolution bolivarienne. Parler de crise humanitaire alors même que de nombreux produits reparaissent peu à peu dans tout le pays. Occulter le fait que face à la guerre d’un secteur privé jusqu’ici quasi monopolistique, le gouvernement a construit un vaste système public de production, commercialisation et distribution alimentaires qui commence à porter ses fruits.

Le budget très social de 2017 ayant été rejeté d’emblée par la droite – majoritaire à l’Assemblée Nationale – le président vénézuélien l’a soumis au Tribunal Suprême de Justice qui l’a validé. Explication par William Serafino de Misión Verdad.

Ce qu’on ne dit pas sur le budget…

  • Le calcul des ressources générées par l’exportation de produits pétroliers sur la base du prix international de 30 dollars le baril, ne garantit pas seulement la capacité de l’Etat vénézuélien de couvrir une part importante des dépenses (malgré un -toujours possible- scénario de contraction des prix sur le marché énergétique mondial à court ou moyen terme). Il permet aussi d’avoir une marge suffisante dans le cas contraire d’une stabilisation des prix au-dessus de 50 dollars le baril en 2017; c’est d’ailleurs ce que projettent les ministres de l’énergie de pays comme l’Iran et la Russie pour leur propre budget. Le gouvernement bolivarien a établi un budget permettant d’assurer, dans la pire des hypothèses, les services publics tels que la santé, l’éducation, le paiement des salaires et des pensions ainsi que les investissements sociaux ou  en infrastructures.
  • L’investissement dans les programmes sociaux équivaut à 73,6% du budget 2017 alors qu’il n’était que de 42% en 2016 ; à titre de comparaison, un pays comme l’Espagne, érigé en modèle de planification, ne consacre que 0,65% de son budget à l’Education, 1,11% à la Santé, 4,73% aux services publics et 0,5% aux services sociaux. On constate la même tendance pour des pays considérés comme des modèles en Amérique latine : la Colombie et le Mexique. Selon des sources autorisées, en 2015, si l’on s’en tient au domaine de l’Education, l’Etat colombien n’y avait consacré que 10% de l’ensemble de son budget ; et le Mexique a réduit les dépenses de 5 milliards 697 millions de pesos soit d’environ 9%, tout en supprimant  au passage 14 programmes scolaires. Décidément, le néo-libéralisme ne paie pas…
  • Le point névralgique du budget 2017 de la Nation repose sur l’indépendance des ressources pétrolières pour pouvoir se financer. 83% sera assuré par le recouvrement interne du SENIAT (service de perception des impôts) et les 17% restant par la vente internationale du pétrole, à quoi s’ajouteront à hauteur de 11,9% du budget total les dividendes produits par les entreprises et les banques d’Etat. Les services publics et les programmes sociaux ainsi que l’augmentation de 413% de la dotation constitutionnelle aux mairies et aux gouverneurs seront maintenus grâce à l’activité économique interne à laquelle sera appliquée l’augmentation des taux de recouvrement impositif (ISRL, impôt sur le luxe, droits d’importation, etc…) ; cette dernière procède du paquet de lois organiques lancé par le président Maduro au début de cette année et vise à taxer davantage les grands patrons et autres riches contribuables.

Les tendances suicidaires de la droite vénézuélienne.

Au-delà de l’économie il y a les facteurs politiques. Ce sont les plus importants car ils dessinent les traits et les caractéristiques du conflit actuel au Venezuela.

La MUD (coordination de la droite), qui engage de grands groupes économiques nationaux ou internationaux  par les discours qu’elle émet  -ou omet-  depuis l’Assemblée Nationale, se frottait les mains à l’idée de paralyser l’Etat par un refus d’approuver et d’appliquer le budget 2017.

Elle ne pensait pas en termes d’ « infaisabilité technique » sur le plan économique, mais en termes de gain politique : arriver à  imposer politiquement au chavisme son propre agenda et son propre rythme.

Mais elle s’est elle-même mise entre le mur et l’épée. Elle a passé outre les normes du Tribunal Suprême de Justice (TSJ) et a autoproclamé une majorité qualifiée de 112 députés malgré la fraude électorale avérée dans l’état d’Amazonas le 6 décembre dernier. La décision des députés chavistes de solliciter l’arbitrage du  TSJ est une façon de refuser les fraudes de la droite.

Cette droite parlementaire invoque l’ « illégalité » de la présentation du budget de la Nation 2017 devant le TSJ, veut juger Nicolas Maduro et le TSJ, et argue du fait que la décision « viole » plusieurs articles de la Constitution. L’ironie étant qu’en 10 mois elle s’est déjà bien chargée de violenter chaque règle légale du jeu juridique, économique et politique.

Au-delà du budget : la capacité politique du chavisme.

Derrière le budget 2017 de la Nation et au-delà des aspects stratégiques commentés ci-dessus, il y a une signification politique globale qui ne peut se réduire à des considérations techniques et encore moins économique.

L’Etat de droit et ses institutions représentatives traditionnelles entrent en crise. Ce processus a débuté au Venezuela en 1989 et n’a jamais cessé depuis. Mais ce n’est pas un symptôme local ; cette crise politique est globale.

Pour preuve les coups d’Etat au Honduras, au Paraguay ou plus récemment au Brésil où les parlements ont été instrumentalisés afin de procéder à un changement rapide de régime et au démantèlement de l’Etat au service des grandes multinationales. Ou encore, en Colombie, un Alvaro Uribe Velez brisant le consensus des élites politiques et financières en imposant le NON au référendum sur les accords de paix avec la guérilla des FARC, via ses puissants lobbies médiatiques et ses réseaux paramilitaires.

Si le chavisme perdure au pouvoir c’est bien parce qu’il a su tirer les leçons des expériences récentes de coups d’état parlementaires. Le pouvoir est une question de rapports de forces, pas d’ « équilibre des pouvoirs ». Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir toutes les tentatives  de sanctionner le Venezuela dans le cadre de l’OEA, la politique systématique de sabotage financier contre le pays, le soutien au décret Obama, l’asphyxie économique appliquée par Fedecamaras et ses acolytes.

Ce sont les mêmes, avec un tel passif,  qui exigent maintenant que le chavisme leur soumette sur plateau d’argent la décision d’approuver ou non le budget 2017 de la Nation,  ou qui refusent de reconnaître une décision de justice invalidant la collecte de signatures pour fraude massive de l’opposition. Allez raconter ça à une autre Dilma !

Dans cette course effrénée contre la montre, où la droite n’a pas su capitaliser sa victoire aux législatives de décembre 2015 et voit avec effroi une possible sortie de la crise économique, le chavisme a pris un temps d’avance.

Texte : William Serafino

Traduction : Jean-Claude Soubiès

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/presupuesto-2017-ofensiva-chavista-y-los-alaridos-de-la-legalidad-burguesa

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2k0

Comment raconter une révolution ?

  1. A 5 h.30 du matin la flaque de sang de la vache est d’un rouge phosphorescent. Illuminée par les phares du camion des communards : six d’entre eux tranchent, dépècent, ouvrent l’animal dont la peau se décolle, la tête inerte, la gueule levée vers la nuit épaisse. Une heure de lutte pour transformer 400 kilos en côtes, en steaks, en tripes. Transpiration, mains pleines de sang et de graisse, morceaux qui pendent aux crochets, lever de soleil, survol de vautours, la plaine avec ses arbres, la traite, la vie qui recommence. Nous filmons, nous photographions, nous cherchons des plans, des lumières, des voix, des phrases, des odeurs.

Cette vache morte, cette femme de la commune qui la découpe en kilos, ce ciel haut, c’est la révolution.vaca_muerta-_marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Nous faisons des reportages, des chroniques, des interviews, des analyses, des essais, nous tentons d’absorber le maximum de ce qui nous entoure. Trop de réalité et pas assez de temps. Cette fois, c’est l’état d’Apure, municipalité de Biruaca, dans les communes déjà connues de Colonias del Viento et de La Revolución en Progreso, où nous accompagne le mouvement paysan Bolívar et Zamora. Nous attend Nilson, référent communard et pasteur évangéliste. C’est une zone où abonde la présence religieuse, temples, églises, dimanche de haut-parleurs pour la parole de Dieu, et un chavisme aux reins solides. Chavisme humble, aux pieds nus, de plantations de jojoto (maïs tendre), sacs pleins de kilos sur les épaules, tables ouvertes aux hôtes de passage, terre, vent, pluie, sécheresses. Ici Chávez est vivant – et le Bon Dieu aussi, semble-t-il.

Nous allons passer ici une fin de semaine. Je me demande comment raconter de nouveau ce que j’ai déjà raconté et qu’il est indispensable de montrer une fois de plus. Posons la simple question à un passant : que savez-vous des communes ? La réponse, sauf dans des zones à forte présence communarde, sera quasi toujours un lever de sourcils et un « je ne sais pas ». La majeure partie du pays ignore la réalité du projet stratégique de la commune, proposé par  Hugo Chávez. Ce devrait être un motif suffisant pour tourner massivement nos crayons, claviers et caméras dans cette direction.

Qui sont ceux qui racontent la révolution ? Que montrerons-nous à nos enfants de cette époque passionnante ?comunas_apure-_marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Les activités sont les habituelles dans les communes rurales : semailles, productions, ventes au prix juste, assemblées, rapport, projets de semences, maux de têtes avec l’entreprise publique Agropatria – douleurs et combats -, parcelles productives, auto-construction de logements, routes, formation d’un sujet collectif qui gouverne son territoire. Tout est important : la production pour rompre le mythe du pays improductif, le marché communal pour défaire la matrice médiatique de la crise humanitaire, l’autogouvernement pour expliquer le pouvoir communal. Je pourrais ajouter les équipes de protection bolivariennes, les galettes de maïs maison, les Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production, etc… Toute la question est : comment le raconter ?

La majeure partie des gens lisent – quand ils le font – des textes courts, au Venezuela plus qu’en Argentine. Je ne peux pas écrire quelque chose de trop long pour les réseaux sociaux. La chronique, dit-on, traite de ce qu’ignore le pouvoir constitué – toute chronique est politique et, d’habitude, relativement longue. Entre mon désir et les lecteurs il y a une distance, toujours tendue : si le texte est trop long il y a un risque de décrochage mais je ne peux renoncer en même temps à lui donner le contenu que je crois nécessaire. Comment parvenir à ce que le lecteur – avec son quotidien accéléré, 2.0, privé de temps, arrive au bout ? C’est tout l’art en soi. C’est la même chose avec les vidéos : entre 40 secondes et 2 minutes. Plus, c’est trop. Comment intituler, ouvrir sur des images qui n’annoncent pas qu’elles vont montrer quelque chose de lent, au format documentaire ? Est-ce mieux avec des voix en off, style playground avec rien que des lettres, avec des plans fixes et des communards racontant leur réalité? Si vous, le lecteur, êtes arrivé jusqu’ici, je tiens le bon cap. Sinon je devrais me demander à quel moment le récit s’est affaibli.

Il y a une erreur qui ne peut se produire : l’ennui – le prédictible par exemple est ennuyeux.

C’est facile à dire, dans les faits c’est très difficile.produccion_comunas-marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Au Venezuela l’idée du journalisme telle qu’on l’enseigne dans les universités a été pulvérisée – il n‘en reste rien. Personne ne peut feindre de se situer au-dessus du partage des eaux : révolution et contre-révolution. Avec toute la palette des nuances possibles, mais sans échappatoire. Comme l’a écrit José Roberto Duque : ce qu’il y a est propagande, d’un côté comme de l’autre. Avec une machine internationale de mass media qui n’hésite pas à mentir systématiquement -mentir totalement, même pas repeindre la réalité.

En soi la propagande n’est ni bonne ni mauvaise. C’est la qualité qui importe. La nôtre, je veux dire celle que produit le gouvernement, n’est pas bonne depuis longtemps. C’est là le problème. Prédictible, répétitive, uniforme, éloignée d’une langue de la rue qui a changé.

On peut faire de la propagande sans la langue de la propagande – en cela la droite est experte. La solution se donne dans chaque texte : l’écriture à venir doit être construite dans les faits, non dans les effets d’annonce. Je crois qu’entre autres choses, elle doit réussir à traduire des idées, des concepts, des théories, des débats critiques, dans des langages attirants, qui accrochent, qui soient comme des coups à la mâchoire pour reprendre le mot de Roberto Arlt. C’est la rupture avec la reproduction qui possède une force d’entraînement : briser les langages académiques, traditionnels, de gauche, identiques à eux-mêmes.

Inventer pour convaincre.

J’ignore, par exemple, si ce texte, y parvient.periodismo_comunas-marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Citadins dans la campagne : nous apprenons comme des enfants. Comment on tue une vache, comment on sème du riz, comment on récolte des haricots, comment on trait à l’aube, comment on fait des crêpes de maïs à l’aube ou des radeaux pour traverser les fleuves. Et nous dans tout ça, qui conversons, qui dormons dans l’Entreprise de Propriété Sociale, nous qui pensons « comment raconter ce que nous voyons ? », cela est aussi la révolution.

Au bout de deux jours nous rentrons à Caracas. Les mémoires des caméras remplies, les carnets aussi. Dans la commune on nous demande un matériel à usage interne. Ce sera une vidéo de plus, indispensable. Le retour se fait de nuit, par les états d’Apure, de Guárico, d’Aragua jusqu’à la capitale, dans la solitude du ciel dégagé vers où la vache inerte dressait sa gueule, dans l’aube de la commune. Nous voyons les photos, nous conversons sur comment traiter tant d’information, l’immensité de la plaine, être avec des hommes et des femmes qui ont l’Histoire sur le bout de la langue, et la certitude de résister face à tout ce qui peut arriver. Tout.

Heure d’écrire. Comme chaque fois je devrai me mesurer avec le texte.

Et je répondrai une fois de plus à la question qui revient toujours : comment raconter une révolution ?periodismo_comunas_2-marco_teruggi-jpg_825434843

Texte : Marco Teruggi

Source : http://www.telesurtv.net/opinion/Como-se-cuenta-una-revolucion-20160928-0031.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2jJ

La BBC reconnaît qu’il y a « des représentations exagérées et des mythes » à propos de la crise au Venezuela

BBC1

Un article de la BBC reconnaît que les médias ont fortement exagéré ce qui se passe au Venezuela…

Sans laisser d’admettre les difficultés que traverse le Venezuela, un correspondant de la chaîne britannique reconnaît qu’il est faux de dire que le pays vit une situation de « famine », ou qu’il est en train de se « cubaniser », ou que le chavisme est en train de disparaître, qu’il n’y a pas de liberté de la presse ou que les gens ne se distraient pas. Il explique que la perception de notre pays par les gens de l’extérieur est « catastrophique ». A quoi cela est-il dû ?

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

Dans un article intitulé « 5 mythes à propos de la crise au Venezuela » (et ce qui se passe en réalité), la BBC, un média qui a été traditionnellement plutôt critique envers le gouvernement du président Nicolas Maduro, reconnaît qu’il y a « des représentations exagérées » dans la perception qu’ont les habitants de nombreux pays de la situation actuelle du Venezuela.

« Chaque fois que je sors du pays, je me retrouve face aux questions de ma famille, de mes collègues, me demandant si tout est réellement aussi grave, aussi catastrophique qu’on le rapporte dans les médias », écrit Daniel Pardo, qui a écrit des articles assez durs à la BBC sur la situation du Venezuela.  « Les questions commencent avec « tu manges ? » en passant par « Le gouvernement te censure ? » et finissent par « Tu as des gardes du corps ? » ».

Pardo reconnaît que les produits de base comme le riz, la farine ou le lait sont très difficiles à obtenir mais que « même s’ils sont très chers, les vénézuéliens parviennent à trouver des fruits, des légumes disponibles à tous les coins de rue ».

BBC2

Les médias écrits, radio, TV, en majorité privés au Venezuela, font campagne contre le gouvernement sur des thèmes comme « la famine ».

L’un des cinq mythes qu’il attaque dans son article est celui comme quoi il y aurait une  famine au Venezuela. Bien qu’il signale que 90% des vénézuéliens mangent moins – selon une enquêtrice- et qu’en 2016 les conditions se sont dégradées, il précise aussi : « mais il ne s’agit pas de famine, telle que la définit le Programme Mondial d’Alimentation des Nations Unies »  c’est-à-dire qu’au moins 20%  des foyers souffrent d’un manque sévère, que la malnutrition soit de 30% et que 2 personnes sur 10 000 meurent quotidiennement. »

Pardo ne précise pas le nombre exact de personnes qui meurent par dénutrition au Venezuela. Il n’a obtenu que les chiffres donnés par les secteurs d’opposition qui ne sont pas des porte-paroles autorisés en la matière. Selon eux, il y a eu 28 morts par jour par dénutrition au Venezuela en juin, chiffres qui n’ont pas pu être confirmés ou confrontés de façon indépendante.

« Selon l’ONU, une famine au Venezuela, où il y a 30 millions d’habitants, signifierait 6000 morts par jour par dénutrition » explique Pardo. « Les experts vénézuéliens sont d’accord pour dire que ce qui se passe chez eux ce n’est pas la même chose qu’en Ethiopie dans les années quatre-vingts ou en Corée du Nord dans les années quatre-vingt-dix », cas qui ont été définis comme des famines.

Pourquoi dire qu’il y a une situation de « famine » au Venezuela ?

Pardo n’explique pas pourquoi il y a un si grand intérêt à imposer l’idée qu’il y a une famine au Venezuela : son existence justifierait une intervention étrangère dans le pays à des fins « humanitaires ». Dans le manuel TC 18-01 des Forces Spéciales étasuniennes sur la Guerre Non Conventionnelle, l’ « assistance humanitaire » constitue la phase finale d’une série d’opérations de sabotage économique et politique dans un pays où l’on doit intervenir.

Et pourquoi faut-il intervenir au Venezuela ? Il aurait été intéressant que Pardo fasse un résumé des immenses richesses naturelles qu’il y a dans le pays, et des nombreuses tentatives mises en œuvre depuis 2001 par des agents corporatistes et politiques intérieurs ou extérieurs, réalisées pour tenter de renverser Hugo Chavez et son successeur.

BBC3

Les CLAP représentent un important effort de la part du gouvernement pour faire parvenir des aliments aux secteurs populaires.

Pardo ne signale pas non plus qu’il existe de grandes tentatives de la part du gouvernement vénézuélien pour aider, en particulier, les secteurs les plus vulnérables du pays qui pourraient être affectés par la crise, telles que les bases des missions, les cartes de missions qui apportent des subventions aux familles les plus pauvres, ou bien les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, soit les CLAPs.

« Cubanisation »

Pardo consacre également l’un des paragraphes de son article à nier le fait que « le Venezuela se soit cubanisé »

En premier lieu, il faut expliquer l’origine politique que revêt ce mot, très utilisé par les détracteurs du socialisme, lesquels affirment que les conditions de vie se sont détériorées dans des pays comme le Venezuela ceci étant, soit disant, une conséquence de la tentative de mettre en œuvre un système économique socialiste.

Comme de coutume, on omet de dire qu’en réalité aucun pays n’est parvenu à mettre en œuvre un système économique socialiste, pas même Cuba. Un grand nombre de problèmes vécus dans ces pays ne sont pas dus au socialisme, mais aux sanctions commerciales et aux différentes formes de sabotage que l’on a appliquées contre eux.

Par exemple, le blocus étatsunien contre Cuba a imposé durant cinquante ans de sévères sanctions à toute entreprise étatsunienne qui s’établirait sur l’île ou entretiendrait des relations commerciales avec son gouvernement. On inflige même des amendes à des citoyens étatsuniens qui voyagent à Cuba pour faire du tourisme.

Ceci se trouve très peu expliqué dans les médias.

BBC4

Le gouvernement de Barak Obama a assoupli quelques sanctions imposées par les Etats-Unis à Cuba, à tel point que quelques productions d’Hollywood, comme « Rapide et Furieux » ont été enregistrées à la Havane. Néanmoins, le blocus des Etats-Unis contre Cuba se poursuit et l’assouplissement de celui-ci dépendra, en grande partie, de qui gagnera les prochaines élections.

Dans son analyse, Pardo omet cette explication, il reconnaît en revanche que le secteur privé a beaucoup plus d’activité au Venezuela qu’à Cuba, en indiquant qu’ici, il est encore normal que les gens fréquentent le week-end des magasins ou des endroits comme McDonald’s, Zara ou Bershka et qu’il existe de grands centres commerciaux qui continuent à fonctionner bien que leurs ventes soient très faibles.

Il n’explique pas qu’une partie de ces problèmes est due à la nécessaire priorisation des devises que réalise le gouvernement vénézuélien à la suite de la chute des prix du pétrole : auparavant, le Venezuela pouvait vendre du pétrole à 120 dollars le baril, mais à présent il doit le faire à 37 dollars ou moins. Avant cette brusque chute des revenus tirés du pétrole, la plupart des devises qui entrent doivent être utilisées pour importer des aliments et des médicaments et le reste est offert à des taux de change supérieurs ce qui fait que de nombreux produits importés atteignent des prix exorbitants.

Une autre cause de la chute des ventes dans les centres commerciaux, et que Pardo omet dans son article, est dû au rationnement électrique provoqué par la grande sécheresse qu’a traversé le pays jusqu’à il y a peu ; ceci se trouve à l’origine du fait que l’on impose des horaires à ces établissements. La majeure partie de l’électricité au Venezuela est produite par des centrales hydroélectriques dont les retenues d’eau se sont trouvées dans une situation particulièrement critique.

Cependant, Pardo admet qu’au Venezuela « il y a des banques espagnoles et étatsuniennes, succursales des multinationales les plus importantes du monde et des médias indépendants du monde entier ».

Liberté d’expression et de presse

Pardo évoque également différents problèmes que rencontre « la presse indépendante » (ou ce qu’il entend, lui, comme telle),  parmi eux les difficultés pour importer du papier hygiénique. En réalité, il y a des difficultés pour importer quoique ce soit, ceci étant dû à la faible disponibilité de devises pour les raisons évoquées ci-dessus. Il n’y a pas que la presse qui ait ces difficultés : tout type d’entreprise publique et privée a des problèmes pour importer des produits venant de l’extérieur.

Les difficultés en ce qui concerne le papier ne sont pas limitées aux médias de l’opposition : les médias officiels et de gauche, et même les maisons d’édition et d’imprimerie gouvernementales, ont également des difficultés à l’heure d’obtenir du papier ou des matériaux importés, la seule chose c’est qu’ils ont tendance à ne pas faire de scandales publiquement sur ces problèmes.BBC5

A certains moments, les journaux Courrier de l’Orénoque et CiudadCCS, qui sont édités par des institutions du gouvernement bolivarien, ont dû imprimer des tirages réduits à une quantité de pages moindre qu’à l’accoutumée ; les maisons d’édition du Ministère de la Culture ont également dû se résoudre à publier et distribuer de nombreux livres en format électronique ou digital, façon de continuer à distribuer divers ouvrages face au manque de papier et d’encre. Rien de cela ne peut être attribué à quelque type de censure que ce soit, mais aux évidentes difficultés d’accès aux devises pour importer des produits, et à la nécessité de donner la priorité au plus important : les aliments et les médicaments.

BBC6

Miguel Enrique Otero et d’autres éditeurs de journaux sont poursuivis pour diffamation continuelle et aggravée.

Sans doute l’un des plus grands mensonges qui figure dans l’article de Pardo est-il « de nombreux journalistes mis en examen ou en prison ». Néanmoins, Pardo ne signale pas que le Venezuela, à la différence de pays comme le Mexique ou le Honduras, ne connaît pas de problèmes d’assassinat de journalistes. En 2015, on a enregistré au Mexique 14 cas d’assassinat de communicateurs sociaux et deux autres sont déclarés disparus, selon les données de la Commission d’Enquête sur les Attentats sur des journalistes-Fédération Latino-américaine de Journalistes (CIAP-Felap). Au Honduras, il y eu 10 cas de journalistes morts de façon violente cette année, suivis de huit au Brésil, de cinq en Colombie et de trois au Guatemala.

Quant aux « journalistes » poursuivis, dans de nombreux cas, il s’agit de plaintes de particuliers non pas contre des communicateurs mais contre quelques éditeurs ou propriétaires de journaux, tels que Miguel Enrique Otero, Federico Ravell, Teodoro Petkoff ou Rafael Poleo, qui ont accusé différentes figures politiques du chavisme, de façon réitérée et sans preuves, d’appartenir à des cartels de la drogue ; ceux-ci ont porté plainte pour diffamation aggravée et continuelle. Aucun d’entre eux n’est détenu, et tous ces journalistes continuent de circuler.

Otero fait également l’objet d’un jugement suite à une plainte d’Alfredo Peña, ancien maire de Caracas et furieux opposant, pour une grosse dette en dollars, ce qui a donné lieu à une enquête quant à l’origine de cet argent.

Accès à Internet

Au sujet de l’accès à Internet, il signale que « c’est le plus lent de la région, mais presque tout le monde a une connexion avec accès à Facebook, Netfix et aux médias internationaux critiques sur le gouvernement. A Cuba, non ».

BBC7

La remise de 3 millions d’ordinateurs portables à des garçons et fillettes des écoles publiques vénézuéliennes, avec des contenus éducatifs, est une autre réussite du gouvernement vénézuélien fréquemment omise dans des articles de médias internationaux.

Pardo ne précise pas que l’accès à Internet au Venezuela pour des personnes de secteurs populaires ou ruraux est beaucoup plus grand que dans d’autres pays, pas plus qu’il ne précise que l’accès à Internet à Cuba a été restreint, entre autres raisons, pour des difficultés imposées par le blocus étatsunien à l’île.

Dans sa comparaison entre le Venezuela et Cuba, Pardo ne mentionne pas les nombreuses réussites en matière d’éducation et de santé que connaît l’île et que l’on ne voit pas, en général, dans les pays capitalistes de la région ; mais, elles commencent à être visible au Venezuela, en particulier l’accès à l’éducation universitaire et la baisse de la mortalité infantile.

Par contre, Pardo signale que l’ampleur des frontières qui caractérise le Venezuela et le fait qu’il soit un pays pétrolier se trouvent à l’origine de très graves problèmes de contrebande, lesquels n’ont pas cours à Cuba s’agissant d’une île.

Le Président Maduro

Pardo souligne que le président Nicolas Maduro conserve à peine 30% de soutien « selon différentes enquêtes », bien qu’il signale, ce qui est véridique, « que c’est plus que ce qu’ont les présidents du Brésil, du Chili ou de Colombie ».

Toutefois, celui qui écrit reconnaît que « Chavez continue d’enregistrer 60% d’approbation et qu’il est donc difficile de parler de fin du chavisme ».

Vie nocturne

L’analyse que réalise Pardo sur l’insécurité et la délinquance au Venezuela est un peu superficielle et n’en analyse pas les causes sinon les effets : Pardo signale que « dans les secteurs de classe moyenne et privilégiée, les rues restent désertes après 21heures, mais « il exprime une grande vérité : « Il y a encore de nombreux vénézuéliens, non seulement à Caracas, mais dans tout le pays, qui vont en discothèque, fréquentent les bars et restaurants. Paradoxalement, là où il y a le plus d’homicides, les quartiers populaires, la nuit est aussi animée que dans n’importe quelle ville. »

BBC8

Des améliorations ponctuelles quant à la vie nocturne dans le centre de Caracas sont fréquemment passées sous silence dans des articles comme celui de la BBC. Le toit de la Baleine est un lieu qui se situe dans le quartier historique de Caracas.

Il reconnaît également que « les centres des villes et des villages, durant la journée, sont aussi sinon plus animés, folkloriques ou joyeux que dans n’importe quel autre endroit d’Amérique Latine », et sur ce point, il a tout à fait raison.

Pardo omet de dire qu’il y a eu des réussites particulières. Le centre historique de Caracas était devenu un lieu très dangereux à partir de 18 heures. Les travailleurs devancés par le président d’alors, Hugo Chavez, le maire Jorge Rodriguez et le gouvernement du district de la Capitale sont parvenus à transformer le centre de Caracas et certains lieux proches, comme le Théâtre Teresa Carreño, en des lieux de vie, avec de nombreux théâtre et locaux commerciaux ouverts jusqu’à 21 heures.

Source en espagnol : http://albaciudad.org/2016/07/bbc-mitos-sobre-crisis-venezuela/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2f8

Le courage d’un député face au monde créé par les médias

Exemple parfait, s’il en était encore besoin, que la majorité des politiques ne peuvent plus penser hors du monde créé par les grands groupes de médias, le parlement européen s’est récemment fait l’allié de la campagne contre la démocratie participative du Venezuela en demandant « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques » (sic).

Dans notre article « Venezuela, pierre de folie » (1), nous avons expliqué que Leopoldo López, un des « prisonniers politiques » que les principaux groupes de la Chambre européenne appellent à libérer, est le bras droit au Venezuela de l’ex-président colombien Alvaro Uribe (un des principaux criminels de guerre et contre l’humanité en Amérique Latine, dont on attend toujours la traduction en justice). Mr. Lopez, leader de l’Aube Dorée vénézuélienne, a été condamné par la justice à 13 ans de prison pour sa responsabilité dans les délits d’incendie volontaire, d’instigation publique à la violence, dommages aux biens publics et association de malfaiteurs, lors d’une campagne visant à renverser le président Maduro.

Il n’y a aucun prisonnier politique au Venezuela mais certains terroristes d’extrême droite, entraînés par les paramilitaires colombiens, auteurs d’assassinats ou d’attentats, ont été arrétés et jugés, comme cela se passe dans n’importe quel Etat de Droit. Ce sont eux que les médias transforment en « prisonniers politiques ».

De plus, l’instance européenne dit que le gouvernement vénézuélien doit respecter « les mécanismes légaux reconnus dans la Constitution pour révoquer le président Maduro avant la fin de 2016 », feignant d’ignorer que le Conseil National Electoral (CNE) vérifie actuellement les signatures présentées dans ce but par la droite (nous l’expliquons dans le même article). Le CNE est l’organisme recteur d’une vingtaine de processus électoraux organisés depuis le début de la révolution bolivarienne. Tous ont été validés par les organisations internationales pour leur légitimité et pour leur transparence (dont l’UE, l’OEA, l’UNASUR, etc..).

Enfin, « les députés européens appellent instamment le président Nicolás Maduro et son Gouvernement à appliquer de façon urgente des réformes économiques en collaboration avec l’Assemblée Nationale – contrôlée par l’opposition de droite – pour surmonter la crise, en particulier la pénurie d’aliments et de médicaments ». C’est comme si on avait sommé Salvador Allende de résoudre la guerre économique (basse production d’aliments et détournement de produits) sans expliquer sa mise en oeuvre par la droite locale, le secteur privé de l’importation et de la distribution et les Etats-Unis de Richard Nixon. Enfin le P.E. parle de « crise humanitaire », argument-clef pour justifier l’intervention d’une grande puissance…

Bref, face au contrôle du discours et de la pensée du politique par les médias, la réponse du député européen Jean-Luc Mélenchon (France) est un exemple de courage et d’honnêteté qui mérite une très large diffusion.

 

Voici le texte de son intervention : « Voilà une résolution qui ne sert strictement à rien. Je demande dans quel pays du monde on traite le gouvernement de dictature quand il perd les élections et qu’il le reconnaît, qu’il perd les référendums et qu’il le reconnaît. Dans quel pays au monde on est d’accord pour soutenir un opposant qui stocke chez lui des armes de guerre et des bombes ? Si vous faites ça, alors préparez-vous à traiter de prisonnier politique n’importe quel terroriste que nous avons arrêté. Peut-être que monsieur Maduro aurait dû faire donner mille coups de fouet à cet opposant, parce qu’alors il bénéficierait du silence complice de cette assemblée, comme vous le faite pour l’Arabie Saoudite, dont vous trouvez cependant le moyen de citer l’un des ressortissants, qui est président de la commission des droits de l’homme – oui, des droits de l’homme ! -, un Saoudien président de la commission des droits de l’homme de l’ONU, pour montrer du doigt le Venezuela. La vérité, c’est que vous ne vous occupez que de ceux qui défendent les pauvres pour les fustiger et les discriminer. La vérité, c’est que tout ceci participe à une entreprise de déstabilisation organisée par les États-Unis d’Amérique qui font des coups d’État institutionnels comme ils l’ont fait au Guatemala, comme ils l’ont fait au Brésil, comme ils l’ont fait au Honduras, et que tout ceci n’est qu’un moment de propagande internationale de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique. Ça ne vaut strictement rien, et je dis la colère de ceux qui aiment les gouvernements qui défendent les pauvres. »

Note : (1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/24/venezuela-pierre-de-folie/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2cS

Venezuela, pierre de folie

Extraction_of_the_Stone_Hieronymus_BoschIl y a quelques années dans un cours magistral diffusé par la Sept/Arte, l’historien Marc Ferro comparait les actualités cinématographiques de la deuxième guerre mondiale. En observant les visages de ceux qui agitent des fleurs au passage de Hitler ou de Pétain, l’envie vous prenait d’arracher ce “nous autrefois” à son inconscience.

Caracas, mai 2016. Comme la Constitution le lui permet, la coordination de la droite (MUD) a remis au Centre National Électoral (CNE) les signatures nécessaires pour que celui-ci organise un référendum révocatoire contre le président Maduro. Garant de processus électoraux validés depuis 17 ans par les organisations internationales (UE, OEA, UNASUR..), le CNE est en train de vérifier l’authenticité de ces listes (1). La présence d’identités usurpées ou de personnes décédées fait croire à certains que la droite a autosaboté sa collecte pour mieux crier à la dictature en cas de rejet : une grande puissance y trouverait le prétexte à une intervention. Quoi qu’il en soit, si le nombre requis de signature est validé et si l’on compte les délais de chaque phase du processus, le référendum pourra être organisé au début de 2017, après les élections des gouverneurs.

Le 14 mai. l’ex-président colombien Alvaro Uribe, dont on attend encore la comparution devant la Justice pour crimes contre l’humanité, a déclaré depuis Miami que l’opposition vénézuélienne devrait avoir “une armée pour la défendre” et qu’il fallait répliquer contre Maduro la technique utilisée contre Dilma Roussef (2). Le 18 mai, ses apprentis paramilitaires, regroupés au sein de l’Aube Dorée vénézuélienne, partent à l’assaut du Centre national Électoral, déjà victime de plusieurs agressions, pour exiger la « tenue immédiate » du référendum, blessant gravement plusieurs fonctionnaires de police, s’acharnant sur une femme policière (3).

Que dit France 2 de tout cela? Que “le gouvernement rejette le référendum” et que ”la police réprime des manifestants”.

Voilà ce que la grande majorité des téléspectateurs voit, entend et croit, jour après jour, année après année. Images fabriquées sur commande durant quelques minutes sur quelques mètres carrés de la capitale, destinées à alimenter le storytelling des médias. L’objectif est de provoquer la violence pour dénoncer devant les organisations internationales les soi-disant violations des droits de l’homme. Alors que le hors-champ réel montrerait la population indifférente ou lassée des provocations, une voix off de journaliste le substitue, loin du Vénézuéla, pour évoquer une « guerre civile ». Mais qui le devinera ? Retour à la case départ, aux visages des archives de Marc Ferro. Au bout de 17 ans de révolution, le mot “Venezuela” active automatiquement dans notre cortex l’image “répression”. Plus de contre-champ, plus de hors-champ, plus de temps, plus de suivi. La quantité devient qualité. Dire le réel devient impossible. A moins d’être pris pour un fou et de perdre ses amis.

Le cas de Podemos (Espagne) est exemplaire, qui a dû se forger un programme consensuel et rompre ses liens avec la révolution bolivarienne. Son dirigeant Pablo Iglesias a souhaité la libération de Leopoldo Lopez (leader d’extrême-droite condamné pour sa responsabilité directe dans les violences et la mort de 43 personnes en 2014) et déclaré que le “pays est au bord de la guerre civile” (6). Il sait que c’est faux car il connaît la réalité. Mais pourquoi ne pas sacrifier un réel lointain si cela permet d’améliorer son image dans les médias et de gagner des voix?

Ce besoin de protéger l’image de marque s’exprime en général dans la position « sciences-po » : une critique « d’intellectuel vigilant » avec pour argument « attention, restons prudents, il y a des expériences dans le passé qui ont mal fini ». Il y a pourtant une alternative: écouter les mouvements sociaux vénézuéliens, la critique faite de l’intérieur et en connaissance de cause par les acteurs d’un processus aussi difficile que la construction d’un pouvoir citoyen, parfois frustrés, souvent impatients face aux lenteurs de l’Etat, déterminés à construire une démocratie participative.

En 17 ans de révolution bolivarienne, j’ai observé mille fois la réaction des visiteurs qui prenaient la peine de sortir de l’hôtel, sidérés par l’abîme entre l’image créée par les médias et la réalité qu’ils découvraient. Tel Jon Jeter, chef du Bureau Amérique du Sud du Washington Post s’exclamant en 2004 : « mais je ne comprends pas ! Ce n’est pas une dictature ! » ou les enquêteurs du prestigieux institut chilien Latinobarometro concluant en 2013 que « le Venezuela est le pays où on observe la plus grande différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui circule dans la communauté internationale”. Ironie de l’Histoire, c’est un… socialiste espagnol (et non un membre de Podemos), l’ex-premier ministre Rodriguez Zapatero, observateur officiel d’élections législatives remportées par la droite en décembre 2015, qui «partage des impressions très positives sur le déroulement du processus électoral, contrairement à l’image que donnent les médias internationaux».

Comment oublier l’expérience du Nicaragua, ou j’ai vécu dans les années 80: le même bombardement médiatique cherchait à rendre “totalitaire” la révolution sandiniste qui avait mis fin aux 50 ans de la dictature des Somoza. Affaiblis par l’étau économique et militaire des Etats-Unis reaganiens, les sandinistes perdirent les élections de 1990. Ils reconnurent aussitôt leur défaite. En 2006 les urnes les ramenèrent au pouvoir, après 16 ans de néolibéralisme et de paupérisation massive. Leurs politiques sociales recueillent aujourd’hui, selon les instituts privés de sondage, une forte popularité.

La majorité ne peut voyager, prisonnière de la Caverne de Platon. Sur l’international, les réseaux “sociaux” sont l’ombre portée des médias dominants. Des coups d’Etat menés par une droite majoritaire médiatiquement (Paraguay, Brésil, Venezuela…) sont justifiés par des journalistes « de gauche » (4). Lorsqu’en 2009 le président du très pauvre Honduras, Mel Zelaya, fut victime d’un coup d’État notamment parce qu’il avait cherché auprès de l’ALBA l’appui économique refusé par les Etats-Unis, Gérard Thomas de Libération lui reprocha d’avoir “joué avec le feu” (5). Le pays bat depuis lors les records en nombre de journalistes et de militants sociaux assassinés mais Mr. Thomas semble l’avoir oublié.

En laissant la propriété des médias se concentrer aux mains des transnationales, en poussant le service public à imiter le privé au lieu de renforcer sa spécificité et de former ses journalistes comme historiens du présent, en méprisant la création de médias associatifs ou d’autres modes de production de l’information, la gauche occidentale s’est coupée du monde, de ses alliés potentiels. Elle s’est livrée elle-même à l’excision de la pierre de folie par les “journalistes” de la pensée unique.

Thierry Deronne, Caracas, mai 2016

Notes :                                                                                                   

(1) Lire sur le site du CNE : http://www.cne.gob.ve/web/sala_prensa/noticia_detallada.php?id=3451 Fait curieux, pour organiser ce référendum, la droite a demandé l’appui du Conseil National Électoral alors qu’à chacune de ses défaites, elle accuse ce dernier de “fraude”. Le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (une vingtaine) en 17 ans, reconnus comme transparents par les observateurs de l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains ou de l’Association des Juristes Latino-américains. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %).

(2) http://globovision.com/article/uribe-fuerzas-armadas-deben-ser-puestas-al-servicio-de-oposicion-venezolana

(3) http://www.telesurtv.net/news/Manifestantes-de-oposicion-atacan-a-policias-en-Venezuela-20160518-0058.html Dans ces manifestations, les étudiants – de droite- sont minoritaires. Voir « Brévissime leçon de journalisme pour qui ceux croient encore ça l’information » : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/

(4) Maurice Lemoine, « A la « gauche » française et européenne…” , http://www.medelu.org/A-la-gauche-francaise-et

(5) http://www.acrimed.org/Sous-information-et-desinformation-loin-du-Honduras

(6) Pour tout savoir sur Leopoldo Lopez et les « opposants réprimés par le gouvernement Maduro», rien de tel qu’une galerie photographique :

Leopoldo

Avec la crème de l'extrême droite et du patronat, lors du coup d'État contre le président Chávez en avril 2002

Ci-dessus: Leopoldo Lopez, « prisonnier d’opinion » selon les médias ocidentaux, organisateur de violences et d’assassinats commis par les militants de son parti d’extrême droite. Antécédents : posant avec la crème de l’extrême droite et du patronat, lors du coup d’État appuyé par les télévisions privées contre le président Chávez en avril 2002

Le leader de la droite vénézuélienne Leopoldo Lopez et son principal soutien régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe. Bogota, décembre 2011.

Avec son principal soutien régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe, lié aux mafias du narcotrafic, organisateur du paramilitarisme et responsable de multiples crimes contre l’humanité . Bogota, décembre 2011

Il y a quelques jours, dans la zone haute de la Comuna 13, ont comencé les exhumations de la décharge transformée en cimetière clandestin en 2002, après que l’armée, sur ordre du président Álvaro Uribe, a déclenché l’Opération Orión, pour « pacifier » la zone et en a confié le contrôle aux paramilitaires du « Bloque Cacique Nutibara »

C’est en août 2015, dans la décharge d’immondices de la Comuna 13, qu’ont commencé les exhumations d’une des nombreux cimetières clandestins de l’ère Uribe. Cette fosse commune qui s’étend sur quinze hectares date de 2002, après que l’armée, sur ordre du président Álvaro Uribe, déclencha l’Opération Orión, pour « pacifier » la zone, et en confia le contrôle aux paramilitaires. Un nouvel espoir de traduire enfin en justice l’ex-président colombien ?

CMTJsFjWsAAR3rG

Maria Corina Machado, Leopoldo López avec José Pérez Venta (cerclé), militant de la droite étudiante formé par les paramilitaires colombiens et qui organisa pour les médias occidentaux la “révolte populaire contre le gouvernement” en 2014.  Perez Venta, formé par les paramilitaires colombiens,  a été arrêté le 11 août 2015 pour avoir violé, torturé et dépecé Lilian Hergueta, sur ordre d’un dirigeant  dénoncé par celle-ci dans le cadre d’une escroquerie aux dollars  (Voir: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/actualidad/sucesos/detenidos-sospechosos-de-crimen-de-liana-hergueta.aspx#ixzz3ijsRXYk0)

Leopoldo López et Pérez Venta

Leopoldo López et Pérez Venta

CMYQrZ6WwAAMWt-

Le paramilitaire dépeceur en compagnie d’autres leaders de droite/extrême droite (Henrique Capriles Radonski, María Corina Machado, Antonio Ledezma, etc..)

Leopoldo López en compagnie d'un autre étudiant d'extrême droite Lorent Saleh, présenté par les médias comme comme un “leader étudiant de la lutte pour la démocratie”. Celui-ci a été expulsé de Colombie le 4 septembre 2014 par le gouvernement Santos, alors qu’il y perfectionnait sa formation paramilitaire. Plusieurs vidéos le montrent durant ces cours se réjouir de l’appui des médias internationaux à “l’Opération Liberté” et de rentrer bientôt au Venezuela muni d’un arsenal renforcé et appuyé par un personnel plus nombreux et mieux formé : “nous allons commencer par descendre vingt macchabées en 48 heures à Caracas, pour neutraliser les collectifs”.

Leopoldo López en compagnie d’un autre étudiant d’extrême droite Lorent Saleh, présenté par les médias comme comme un “leader étudiant de la lutte pour la démocratie”. Celui-ci a été expulsé de Colombie le 4 septembre 2014 par le gouvernement Santos, alors qu’il y perfectionnait sa formation paramilitaire. Plusieurs vidéos le montrent durant ces cours se réjouir de l’appui des médias internationaux à “l’Opération Liberté” et de rentrer bientôt au Venezuela muni d’un arsenal renforcé et appuyé par un personnel plus nombreux et mieux formé : “nous allons commencer par descendre vingt macchabées en 48 heures à Caracas, pour neutraliser les collectifs”. Voir: https://www.youtube.com/watch?v=mssSTguxtm4

Ci8kdsgXEAERe9G

Lorent Saleh avec son mentor Alvaro Uribe.. et, ci-dessous,  à l’entraînement

Z-24

Ci7CE4ZWEAAi-x-

Autre leader de la droite vénézuélienne et actuel gouverneur de l'État de Miranda, Henrique Capriles Radonski (à gauche) réuni avec l'ex-secrétaire de gouvernement de Pinochet (à droite) Jovino Novoa, à Santiago le 19 juillet 2013. Radonski est impliqué lui aussi dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002.

Actuel gouverneur de l’État de Miranda,  ex-candidat á la présidentielle, le leader de la droite Henrique Capriles Radonski (à gauche) s’est réuni avec l’ex-secrétaire de gouvernement de Pinochet (à droite) Jovino Novoa, à Santiago le 19 juillet 2013. Radonski est impliqué lui aussi dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002. Ci-dessous dans les bras d’Alvaro Uribe.

Le même Capriles Radonski dans les bras d'Uribe...

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2bS

Comment la CIA fabrique des informations contre le gouvernement du Venezuela (La Jornada, Mexique)

par José Manuel Martín Medem

 

Quand Felipe Gonzalez dit que le Venezuela vit sous un régime tyrannique, personne ne demande à l’ancien chef du gouvernement espagnol qu’il expose ses arguments pour justifier un mensonge aussi éhonté. Et lui de rajouter que le Chili de Pinochet respectait plus les droits de l’homme que le Venezuela de Maduro. Par contre quiconque voudrait lui répondre se verrait obligé d’apporter milles et une preuve, lesquelles n’auraient de toute façon aucun effet contre la mauvaise foi. Le Venezuela n’est pas une démocratie jusqu’à ce que l’on démontre le contraire, c’est une tyrannie bien que cette accusation ne tienne que… « parce que tout le monde le sait« .

arton143516-3b1e7

Pour Fernando Casado, parler de « tyrannie au Venezuela » est un parfait exemple de sound bites, des messages courts qui résument des idées complexes et dont le but est d’être injectés l’opinion publique internationale. Spécialiste en droit et communication, Casado vient de publier à Madrid un livre (1) qui reprend ses conclusions après cinq années de recherches sur le rôle des informations contre le gouvernement du Venezuela dans les médias les plus influents d’Espagne et d’Amérique latine.

Il explique le système de triangulation mis en place pour tergiverser l’information et se base sur ses interviews de plusieurs journalistes reconnus travaillant pour de grands médias, qui reconnaissent l’influence que joue la ligne éditoriale antigouvernementale dans leurs articles.

La triangulation consiste à semer des informations de la CIA dans la presse madrilène, provenant toujours de « sources confidentielles », pour ensuite les reproduire à Miami et par le biais du Groupe de Journaux d’Amérique. Ces informations sont ensuite rediffusées à Caracas par le journal El Nacional, comme s’il s’agissait de la parole divine.

Il est important de souligner ici qu’il ne s’agit pas de l’opinion de Casado ou de la mienne, mais de l’expérience vécue et racontée par des journalistes qui travaillent pour les médias impliqués. Le Groupe de Journaux d’Amérique est constitué de O Globo (Brésil), El Mercurio (Chili), La Nación (Argentine), El Tiempo (Colombie), El Comercio (Equateur et Pérou), El Universal (Mexique), El País (Uruguay) et El Nacional (Venezuela). Des journaux comme El Nuevo Herald (Miami), El Espectador (Colombie) et ABC, El Mundo et El País (Madrid) sont sur la même longueur d’onde.

Les faits que révèlent les journalistes interviewés par Casado lèvent le voile sur un supposé journalisme de qualité qui laisse en fait fort à désirer. Angelica Lagos, éditrice de la rubrique internationale du journal El Espectador, parle d’une « construction dévastatrice pour l’image du Venezuela ». Maye Primera et Clodovaldo Hernández, tous deux collaborateurs d’El País à Caracas, parlent d’un « effort pour créer une opinion publique défavorable » et d’ « une pression insupportable pour raconter les choses comme eux voulaient les voir ». Miguel Angel Bastenier : « Nous savons tous qui est notre propriétaire ; l’immense majorité de ceux qui se trouvent à l’intérieur du système ne sortent pas de ce cadre ». Angel Expósito, directeur du journal ABC : « Nous avons accès à des informations de la CIA ».

La CIA sème des infos dans la presse à Madrid

Le 6 janvier, la DEA et la CIA ont offert un petit cadeau au journal madrilène ABC. Ils ont exfiltré de Caracas le déserteur Leasmy Salazar -présenté comme un officier membre des gardes du corps d’Hugo Chavez et de Diosdado Cabello, le président de l’Assemblée Nationale- ils l’ont emmené à Madrid afin qu’il se fasse interviewer par Emili J. Blasco, correspondant à Washington du journal. Salazar lui a relaté en exclusivité les chefs d’accusation qu’il allait négocier avec le procureur aux Etats-Unis : « le Venezuela est un narco-état construit par Hugo Chavez et aujourd’hui dirigé par Diosdado Cabello ». Je n’invente pas cette histoire. Blasco la raconte lui-même dans le livre (2) qu’il a écrit à partir des révélations de Salazar, mis à sa disposition par la DEA et la CIA. Expósito [le directeur du journal ABC] a admis à Casado que l’information « provenait de la CIA » et Blasco confirme dans son ouvrage qu’il a eu accès à des rapports des services secrets. Le correspondant d’ABC est devenu la référence de base pour tous les médias qui sont disposés à utiliser l’information des services secrets des Etats-Unis préalablement blanchie par ABC.

Le livre de Blasco assure aussi que le Venezuela a mis en place un système de fraude électorale permanent grâce à l’intervention d’assesseurs cubains. Ses seules preuves sont les « accusations de témoins protégés par la Justice américaine » et des révélations de « figures du chavisme qui ont établi des contacts avec les autorités américaines mais qui préfèrent attendre encore avant de prendre la fuite ».

Le Wall Street Journal a participé à la légitimation de l’intervention de la CIA dans les médias, en l’auréolant de son prestige de Mecque du journalisme international. Pourtant, il est intéressant de lire avec attention les articles au sujet du Venezuela. En effet, le WSJ reconnaît que toute l’information utilisée provient de fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis et de ses services secrets. Le journal reconnaît aussi que les Etats-Unis tentent depuis dix ans de monter des affaires judiciaires liées au narcotrafic contre le gouvernement du Venezuela sans y parvenir faute de preuves indiscutables, et qu’une opération en cours consiste a provoquer des désertions de fonctionnaires et de militaires afin de leur donner le statut de témoins en échange de compensations comme un titre de séjour aux Etats-Unis. « Les services secrets américains –reconnaît le WSJ- ont accéléré le processus de recrutement de déserteurs qui offrent des informations utiles ». Des agents de ces services ont expliqué au journal que des exilés vénézuéliens les aident à contacter des fonctionnaires gouvernementaux afin de leur proposer qu’ils deviennent des déserteurs et partent se réfugier aux Etats-Unis.

« Tout le monde sait que »

Un second livre (3) récemment publié a lui aussi alimenté les accusations de supposée complicité entre Cuba et le Venezuela. Son auteur est un vénézuélien, Gustavo Azócar, conseiller électoral de l’opposition, et ses sources proviennent aussi d’informations récoltées par le journal espagnol ABC. Il réitère les accusations de Blasco, utilise les mêmes « rapports des services secrets » et a souvent recours au « tout le monde sait que« , assurant ainsi que les militaires cubains contrôlent l’Université des Forces Armées dans le cadre de la formation des officiers vénézuéliens pour réprimer les protestations populaires qui auront lieu suite à la fraude électorale lors des prochaines législatives du 6 décembre.*

The Guardian (et qui oserait prétendre qu’il s’agit d’un journal chaviste et bolivarien ?) a envoyé au Venezuela l’économiste américain Mark Weisbrot afin qu’il informe au sujet des mobilisations de l’opposition. Après deux semaines d’observation sur place, il a publié une chronique intitulée La vérité sur le Venezuela : une révolte des riches**, dans laquelle il explique que la vérité n’a pas grand-chose à voir avec celle décrite par les médias qui ont le plus d’influence auprès de l’opinion publique internationale. Weisbrot en arrive à la conclusion suivante : une stratégie insurrectionnelle de l’extrême droite vénézuélienne est en cours, avec le soutien des Etats-Unis.

José Manuel Martín Medem

L’auteur a été correspondant de RTVE au Mexique, en Colombie et à Cuba. Membre de la Commission Exécutive du Syndicat des Journalistes de Madrid (SPM).

Source : La Jornada (Mexique), 06/12/2015
http://www.jornada.unam.mx/2015/12/06/opinion/013a1pol

Traduit par Luis Alberto Reygada pour Le Grand Soir (http://www.legrandsoir.info/)

»» http://www.jornada.unam.mx/2015/12/06/opinion/013a1pol

NOTES :

(1) Antiperiodistas. Fernando Casado. Editions Akal.

(2) Bumerán Chávez. Emili J. Blasco. Sans identification éditoriale.

(3) Disparen a matar. Gustavo Azócar. Sans identification éditoriale.

NOTES DU TRADUCTEUR :

* L’article a été publié le 06 décembre 2015 et donc écrit avant l’annonce des résultats de l’élection. L’auteur fait allusion a une campagne médiatique orchestrée par la droite vénézuélienne et ses soutiens internationaux qui visait à dénoncer une fraude de la part du gouvernement vénézuélien qui refuserait de reconnaître une victoire de l’opposition. Les faits ont, encore une fois, démontré le contraire.
** Voir The truth about Venezuela : a revolt of the well-off, not a ’terror campaign’ Mark Weisbrot, The Guardian, 20/03/2014 http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/mar/20/venezuela-revolt-truth-not-terror-campaign (traduction en français par LGS : http://www.legrandsoir.info/la-verite-sur-le-venezuela-une-revolte-des-classes-aisees-pas-une-campagne-de-terreur-the-guardian.html).

URL de cet article 29714
http://www.legrandsoir.info/comment-la-cia-fabrique-des-informations-contre-le-gouvernement-du-venezuela-la-jornada.html