Roger Waters (Pink Floyd) et l’ex-président Rafael Correa démontent l’emballement médiatique contre la démocratie vénézuélienne

Ce 18 février Roger Waters, fondateur des Pink Floyd, a posté ce message vidéo urgent : « Richard Branson veut organiser dans quelques jours un « Concert live » à la frontière de la Colombie avec le Venezuela « pour rassembler une aide humanitaire pour le peuple du Venezuela ». Je l’ai lu dans le Daily Mail et j’ai vu un vidéoclip de Branson avec son coeur saignant et son tee-shirt de Virgin. L’important à comprendre, si vous entendez ce truc comique, c’est que tout ça n’a rien à voir avec l’aide humanitaire. Cela regarde l’adhésion de Richard Branson (ce qui ne m’étonne pas de sa part) à la décision états-unienne de s’emparer du Venezuela. Tout cela n’a rien à voir avec les besoins du peuple du Venezuela. Ce concert n’a rien à voir avec la démocratie. Rien à voir avec la liberté. Rien à voir avec une « aide ». J’ai des amis à Caracas. Il n’y a pas de guerre civile, pas de violence, pas de meurtres, pas de dictature apparente, pas d’emprisonnement massif d’opposants, pas de suppression de la presse, non, rien de tout cela n’a lieu, même si c’est le storytelling qu’on vend au reste des Etats-Unis. Il faut s’éloigner de tout ça, et en particulier de Richard Branson. Et Peter Gabriel, mon ami, appele-moi. Car il est très facile d’être emmené par le bout du nez vers un « changement de régime ». Voulons-nous vraiment que le Venezuela devienne un autre Irak ? Ou Syrie ? Ou Libye ? Pas moi. Le peuple vénézuélien non plus. » 

C’est aussi l’avis de Rafael Correa, ex-président d’Equateur qui s’exprimait hier sur les ondes de la Radio-Télévision Publique Belge. Il y a démonté la vulgate médiatique de la « crise humanitaire », comme l’a déjà fait l’expert de l’ONU envoyé sur place, Alfred de Zayas, et a pointé la guerre économique contre le Venezuela. Il a rappellé que le président Maduro a été élu démocratiquement et accusé les Etats-Unis de manipulation. « Quel plus grand attentat contre les droits de l’Homme que le blocus de la part des Etats-Unis ? Qui peut croire que Donald Trump défend les droits de l’Homme ? « .

Notons le rôle des « questions » des journalistes dans ce type d’interviews : recycler le « sens commun » qu’ils ont eux-mêmes sédimenté depuis des années. Dans ce cas, répéter que le gouvernement élu du Venezuela est un « régime » et que ce « régime bloque l’aide humanitaire » (1). Ce qui contribue à neutraliser l’opinion et à justifier une intervention ou un coup d’Etat contre une démocratie électorale et participative.

Face à l’arrivée en Colombie de militaires états-uniens et du sénateur Marco Rubio dans le cadre de l' »aide humanitaire », l’ex-candidat présidentiel Gustavo Petro s’est exprimé via son compte twitter: « Bien que nos médias n’aiment pas le dire, le sénateur Rubio est l’expression des secteurs les plus rétrogrades de la politique états-unienne et a aidé à construire une politique extérieure violente. Cette politique a assassiné des millions de personnes au vingt-et-unième siècle » ajoutant dans un autre message : « Le sénateur américain Marco Rubio était également allé apporter la démocratie en Libye. Ce pays est aujourd’hui un État failli avec des dizaines de milliers de morts et est devenu un marché d’esclaves noirs ».

Thierry Deronne, Caracas, le 18 février 2019

Note (1) : la télévision canadienne vient d’admettre que l’image du « pont bloqué par le Venezuela » était une fake news : https://www.cbc.ca/news/world/venezuela-bridge-aid-pompeo-1.5018432

URL de l’article : https://wp.me/p2ahp2-4vu

Publicités

La révolution qui progresse en Haïti est directement liée à celle du Venezuela

De Trump à Macron, les grands cimetières sous la « une »

Lorsqu’il remonte ce 13 février les couloirs feutrés du Congrès jusqu’aux lambris du House Committee on Foreign Relations, Elliot Abrams, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, a de quoi se réjouir. Le leurre des caisses à moitié vides a fonctionné. L’opinion publique occidentale s’est aussitôt étranglée: “pourquoi Maduro refuse-t-il l’aide humanitaire alors que son peuple meurt de faim ?”.

Convoyées par l’USAID, l’ONG de la CIA, jusqu’à une région de Colombie en proie à une pauvreté extrême, ces caisses que ni la Croix Rouge ni Caritas ne veulent distribuer car elles n’y voient pas d’“aide humanitaire” (1), ne concerneraient en fait que 20 mille vénézuéliens pour quelques jours, selon l’autoproclamé “président” Juan Guaido. Ce cheval de Troie, entouré d’une nuée de médias, a une fonction plus plausible : servir de décor à un incident militaire, voire à une invasion.

Depuis près de deux ans le gouvernement bolivarien résiste à la hausse des prix pratiquée par les oligopoles privés de l’alimentation. Via des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), il distribue une à deux fois par mois des caisses de nourriture à six millions de familles des classes populaires. Le prix des aliments est symbolique : 1 % de celui du secteur privé. Le gouvernement verse également des allocations pour tenter de défendre un salaire attaqué de toutes parts. En fait, au grand étonnement des voyageurs, on, n’observe nulle “crise humanitaire” au Venezuela, comme l’a expliqué l’expert dépêché sur place par l’ONU, Alfred de Zayas. Pour qui “l’aide, la seule, serait de lever le blocus et de cesser la guerre économique”. (2)

Tout cela a été occulté par les médias occidentaux. Mais ce 13 février, lors de son audition par le Congrès, malgré l’avantage du “sens commun” construit par les journalistes, Elliot Abrams est mis sur le grill par la ténacité d’une représentante démocrate, issue du mouvement féministe: Ilhan Omar. Celle-ci rappelle à Abrams son passé d’organisateur et de financeur des escadrons de la mort dans l’Amérique Centrale des années 80. Elle prononce le nom qui fait mal : El Mozote. Le 10 décembre 1981, le bataillon de réaction immédiate Atlacatl, formé aux États-Unis, a torturé, violé, dépecé plus de 800 civils, hommes, femmes et enfants de cette communauté paysanne du Salvador. 136 des restes identifiés par les médecins-légistes argentins correspondent à des enfants de moins de six ans. Propagande communistes’était alors gaussé Abrams.

« Allez-vous appuyer des groupes criminels et le génocide au Venezuela comme vous l’avez fait au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala, si cela favorise les intérêts des Etats-Unis? » insiste la membre du Congrès.

« Je refuse de répondre à ce qui n’est pas une questionrétorque Abrams.

Ilhan Omar lui répond dans les yeux : Savoir si, alors qu’un génocide a lieu, vous détournerez le regard car cela sert les intérêts américains, est une question légitime pour le Congrès et pour le peuple états-unien”.

La représentante du Minnesota sait de quoi elle parle : à l’âge de dix ans, elle a dû quitter la Somalie, un pays qui a subi une intervention militaire des Etats-Unis soucieux d’y acheminer leur “aide humanitaire”.

Version française : https://www.facebook.com/venesolidarite/videos/429506354461296/

Dans les années 80, lorsque le Congrès décida de ne plus leur octroyer de budget officiel aux paramilitaires antisandinistes, Abrams organisa le financement clandestin des opérations meurtrières de la « Contra » et leur fit livrer des armes camouflées en « aide humanitaire ». Abrams mentit au Congrès à deux reprises sur son rôle, plaidant coupable avant d’être grâcié par George H. W. Bush. Défenseur enthousiaste de l’invasion de l’Irak, il oeuvrait de nouveau à la Maison Blanche au moment du coup d’Etat avorté de 2002 contre Hugo Chávez. « Je n’arrive pas à comprendre« , assène Ilhan Omar, « pourquoi les membres de ce Comité ou le peuple américain devraient considérer comme véridique tout témoignage que vous donnez aujourd’hui« .

« El Mozote: The Volumetrics of a Massacre, » Oeuvre de Romeo G. Osorio en mémoire des enfants assassinés.

Le président Macron est connu à l’étranger pour l’usage disproportionné de la force contre la population française, avec un bilan actuel d’une dizaine de morts, de centaines de personnes blessées, mutilées à vie, et des centaines de prisonniers. Mais il faut rappeler que bien avant la nomination d’Addams par Trump, il a également reçu à l’Elysée les “fils cachés de Pinochet” du Venezuela. On le voit ainsi sourire aux côtés de Julio Borges et de Freddy Guevara, organisateurs du coup d’Etat de 2002 contre Hugo Chavez et des tentatives de coup d’Etat postérieures, non moins violentes, menées de 2013 à 2017 contre le président Nicolas Maduro (3).

Comme l’extrémiste de droite Juan Guaido, adoubé “président du Venezuela » par Trump et Macron, les hommes de Washington ont montré leur vrai visage lors de ces éphémères passages à l’acte : formation par les paramilitaires colombiens, attentats terroristes contre des transports en commun, des ministères, des maternités, des centres de santé, sous-traitance de violences par la pègre, utilisation d’enfants-mercenaires, assassinats et tortures. Les photos plus bas montrent un manifestant de la droite vénézuélienne éloigner ses comparses pour brûler vif le jeune Orlando Jose Figuera après l’avoir tabassé, jeté au sol et aspergé de combustible. Ces lynchages d’afrodescendants ont été commis par les amis de Mr. Macron au Venezuela en 2017. Comme leurs mentors Uribe, Duque, Bolsonaro, Abrams ou Bolton, cette faction radicale rêve aujourd’hui de s’emparer du pouvoir pour “finir le travail”: nettoyer définitivement le Venezuela de tous les microbes communistes.

macronguevaraborges

Autour du président français Emmanuel Macron, les leaders de l’extrême droite vénézuélienne Julio Borges (gauche) et Freddy Guevara (droite), reçus à l’Élysée le 4 septembre 2017.

primero-justicia-golpismo-1

Julio Borges (centre) avec Leopoldo Lopez et Henrique Capriles Radonsky lors du coup d’État sanglant d’avril 2002 organisé contre le Président Chavez par le MEDEF local, les télévisions privées et des militaires formés à la School of Americas.

img-8229

Freddy Guevara (en bas à gauche) et ses croisés « pacifiques », lors de l’insurrection de 2017.

Orlando Figuera

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par des extrémistes transformés par les médias internationaux en « combattants de la liberté » ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Si Mr. Macron se fait prendre en photo à côté d’eux, c’est aussi parce que l’écrasante majorité des journalistes a créé un sens commun : ces violateurs des droits humains seraient des “combattants de la liberté”. Sauf que le “peuple” du Venezuela que montrent les médias, n’en est pas un. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses beaux quartiers, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et chaque fois que ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les télévisions du monde entier sont déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précède alors les violences des paramilitaires et devient par la magie de l’inversion… la répression à priori d’un Etat contre le « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire sont repeints, une fois de plus, en « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation. Ce n’est pas tout : à chaque fois, les médias imputent automatiquement au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui alimente l’énergie des tueurs. Ceux-ci savent parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcera le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, de RFI à El Pais, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) de l’“actu” reconnaîtra qu’il encourage des assassins ?

Comme l’explique l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine : “aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le « golpe » du général Augusto Pinochet (1973) – , il convient désormais de rajouter un chapitre : l’appui d’Emmanuel Macron à la tentative de coup d’Etat au Venezuela(4). Il est urgent de dénoncer la complicité de Mr. Macron et des grands médias avec une extrême droite qui rêve de faire du Venezuela, comme la Colombie, un grand cimetière sous la lune.

Le symbole de la « main blanche » commercialisé pour les sympathisants de Juan Guaido à Caracas ressemble beaucoup au sigle que les escadrons de la mort du Salvador peignaient sur les portes de leurs victimes.

Thierry Deronne, Caracas, le 15 février 2019

Notes : 

(1) « El envío de productos desde EE.UU. a Venezuela: ¿Es « ayuda » o « amenaza humanitaria »? »https://actualidad.rt.com/actualidad/305389-ayuda-humanitaria-eeuu-guaido-maduro-venezuela

(2) « Il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela » explique l’expert de l’ONU », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/05/il-ny-a-pas-de-crise-humanitaire-au-venezuela-explique-lexpert-independant-nomme-par-lonu/

(3) « Le Monde lâché par la BBC: Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’Etat« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

(4) « Venezuela : qui reconnaît qui ?« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/02/08/venezuela-qui-reconnait-qui/

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4uD

TERRA TV, une télévision pour construire la souveraineté populaire dans l’information

Betzany Guedez qui est entrée récemment dans l’équipe de la télévision paysanne Terra TV comme réalisatrice et formatrice, raconte son voyage dans le Vénézuéla profond et revient sur ses premiers pas au sein de ce nouveau média (VO ST FR):

La tactique fondamentale des médias, sur le Venezuela aujourd’hui comme en Irak ou ailleurs, est d’abord de faire disparaître tout un peuple, pas seulement le peuple quotidien qui travaille et fait la vie d’un pays, mais aussi le peuple citoyen comme sujet historique, avec ses rêves, ses échecs et ses expériences sans cesse reprises. Il faut empêcher à tout prix l’identification des peuples entre eux, qui serait dangereuse pour l’élite mondialisée et pourrait freiner les guerres qu’elle doit constamment mener.

Prenons un exemple. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et si ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les caméras du monde entier seront déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précèdera alors les violences des paramilitaires et deviendra grâce à cette inversion chronologique… la répression à priori d’un Etat contre son « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire deviendront, une fois de plus, des « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste à jamais invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation.

Dans les années 70-80 déjà avec Mc Luhan, Bourdieu, Mattelard, Godard, Debord, Chomsky, Ramonet, Freire, Pasolini, Marcuse, Habermas ou Enzensberger, etc.. tout avait été déchiffré sur le rôle des médias et sur la nécessité d’en créer d’une autre type. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » écrivait Louis Althusser. Mais curieusement la gauche n’a jamais voulu aborder ce champ stratégique qui conditionne tous les autres. Il y eut une timide proposition de fonds de soutien aux TVs associatives dans les années 80 en France, mais aujourd’hui ni dans les programmes des partis, ni sur le terrain, ni dans les activités du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, on n’observe de proposition radicale de refonte en profondeur de l’enseignement du journalisme, de démocratisation de la propriété des médias, de création d’un réseau serré des médias citoyens. La Télévision Numérique Terrestre offrait en principe plus d’espaces d’expression mais le champ local a finalement été investi par de grands groupes privés…. Pas non plus de proposition de créer des technologies numériques en propre qui ne soient pas celles des Etats-Unis (Facebook, Twitter etc..). Au-delà de l’aspect industriel nous parlons d’inventer des technologies numériques plus proches de l’organisation et de la formation que de la fragmentation individuelle, voire narcissique, reflet du type de société qui les a produites jusqu’ici. Bref, si nous ne pensons pas et ne révolutionnons pas ce champ médiatique qui nous enveloppe, nous surplombe, modèle nos vies et jusqu’à nos corps, « pense » l’université, les politiques et la société en général, il ne nous restera qu’à pester, impuissants, pendant des siècles “devant la télé”…

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Voici un autre reportage récent (VO) réalisé par Betzany à Chirrical, près de Guanare, dans l’état de Portuguesa, où vivent des familles de lutteur(se)s pour la terre qui pourraient bien t’expliquer ce qu’est la liberté, ou la révolution, non comme une énigme à déchiffrer entre intellectuels, mais comme l’argile qui reste à modeler. Si on leur pose la question, bien sûr ! Car ce ne sont là que quelques un(e)s des 90% des vénézuélien(ne)s invisibilisé(e)s par les grands médias depuis vingt ans…

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

132 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 89% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Thierry Deronne

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4up

“Venezuela” : le mot unique qui sert aux médias états-uniens à contrer la menace socialiste

par Alan MacLeod (1), pour FAIR.org

Venezuela-Collage-1024x768

Le socialisme — quel que soit le sens qu’on lui donne — revient à la mode. Un récent sondage de la firme Gallup (8/13/18) montre qu’une majorité de l’actuelle génération états-unienne y est favorable, et le préfère au capitalisme. Le leader du Socialisme démocratique Bernie Sanders est l’homme politique le plus populaire aux Etats-Unis, et les politiques de la nouvelle députée de gauche Alexandria Ocasio-Cortez’s d’imposer les grandes fortunes, de rendre gratuits les frais de santé et de scolarité dans les collèges publics, sont hautement populaires – même chez les électeurs républicains (FAIR.org,1/23/19).

Fox-Venezuela-AOC-640x669

Fox News use du terme « Venezuela » pour narguer ses ennemis.

Inquiet face à la menace croissante de politiques progressistes à l’intérieur des Etats-Unis, l’establishment a découvert une arme faite d’un seul mot pour stopper la marée montante : Venezuela. Le jeu consiste à attaquer toute figure ou mouvement politique même vaguement orientées à gauche en les accusant de vouloir transformer le pays en un “champ de ruines socialiste” (Fox News, 2/2/19) dirigé par une dictature corrompue, abandonnant sa population à la famine et à la dévastation.

A la tête de cette campagne, on trouve Fox News et d’autres publications conservatrices. Un article d’opinion de Fox (1/25/19) affirmait que les états-uniens devraient être “absolument dégoûtés” par l’“escroquerie” de Bernie Sanders et de démocrates comme Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), Elizabeth Warren et Cory Booker, qui “continuent à promouvoir un système qui provoque une famine massive et la faillite d’un pays”, avertissant le lecteur que c’est exactement ce que produiraient aux Etats-Unis leurs politiques socialistes qui ont échoué partout. (Si on revient au monde réel, notons que si Sanders et Ocasio-Cortez se revendiquent comme socialistes, Warren se définit comme capitaliste, et Booker est connu pour ses liens avec Wall Street, dont il aurait sollicité l’appui pour son offre présidentielle). Un deuxième article de Fox News (1/27/19) continue dans la même veine, pour nous avertir qu’“au coeur de l’écroulement du Venezuela il y a une liste interminable de politiques socialistes qui ont décimé son économie.

WSJ-Socialists-640x738

Le Wall Street Journal (1/28/19) réduit l’appel en faveur de négociations au Venezuela à l’idée de “s’asseoir avec un dictateur.

Dans un article intitulé “Bernie Sanders, Jeremy Corbyn et les enfants affamés du Venezuela”, le Washington Examiner (6/15/17) avertit ses lecteurs de “se méfier de l’utopie socialiste”, la décrivant comme une dystopie où les enfants souffrent de famine grâce au socialisme. Le Wall Street Journal (1/28/19) a récemment condamné Sanders pour son appui au “dictateur” malgré le fait que Bernie a fortement critiqué le président Nicolás Maduro, et a traité son prédécesseur Hugo Chavez, de “dictateur communiste mort” (Reuters, 6/1/16).

Même des publications considérées plus au centre reprennent le même angle d’attaque. Dans le New York Times Bret Stephens (1/25/19) argumente : “Le Venezuela est une catastrophe socialiste. A l’ère de Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), il faut réapprendre la leçon”— à savoir que le “socialisme ne marche jamais” et que “20 ans de socialisme” ont abouti à “la ruine d’une nation”. Le Miami Herald (2/1/19) trouve honteux que Sanders et AOC puissent trouver des arguments en faveur du socialisme alors qu’il y a tant de preuves contre lui, et décrit le refus de la gauche de soutenir l’autoproclamé président Juan Guaidó – quelqu’un dont moins de 20% des vénézuéliens ont entendu parler et pour qui un pourcentage moindre encore a voté -, comme “moralement répugnant”.

Cette arme utile contre la gauche ne peut fonctionner que dans la mesure où elle occulte un grand nombre d’éléments-clefs – parmi lesquels le principal est le rôle des Etats-Unis dans la dévastation du Venezuela. Les sanctions des USA, selon le tsar en économie de l’opposition vénézuélienne, sont responsable d’une baisse de 50% de la production pétrolière (FAIR.org, 12/17/18). Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a formellement condamné les Etats-Unis et évoqué le paiement de réparations. Le rapporteur spécial des Nations Unies a décrit les sanctions de Trump comme un probable “crime contre l’humanité” (London Independent, 1/26/19). Ces faits n’ont été rapportés par personne ni dans le New York Times, ni dans le Washington Post, ni à CNN ni dans aucune autre publication d’infos en “résistance” aux Etats-Unis, où les médias ont par contre fait preuve d’une grande célérité dans l’appui aux plans de Trump de changement de régime (FAIR.org, 1/25/19).

De même, le rôle de la droite locale, soutenue par les Etats-Unis, dans la crise économique est à peine mentionné. L’opposition qui contrôle la majeure partie de l’approvisionnement en nourriture du pays, a assumé officiellement sa responsabilité dans l’organisation d’une “guerre économique” qui accapare de la nourriture et d’autres biens essentiels.

Par exemple, l’entreprise monolithique Polar contrôle la majorité de la production et de la distribution de farine, cruciale pour confectionner l’arepa de maïs, aliment de base au Venezuela. Le président du C.A. de Polar est Leopoldo Lopez, coordinateur du parti d’extrême droite de Juan Guaidó Voluntad Popular, et son PDG, Lorenzo Mendoza, a envisagé de se présenter contre Maduro lors des élections de 2018 qui ont beaucoup agité la sphère médiatique (FAIR.org, 5/23/18).

Il est évident que ce sont les produits sur lesquels Polar détient un quasi-monopole qui connaissent de fréquentes pénuries. Ce n’est pas un secret et pourtant ce fait n’est jamais mentionné dans les copieux articles (CNN, 5/14/14, Bloomberg, 3/16/17, Washington Post, 5/22/17, NPR, 4/7/17) qui se focalisent sur les files d’attente au Venezuela.

Autre fait rarement rapportés: les multiples missions d’observateurs internationaux ont déclaré que les élections présidentielles de mai 2018 ont été libres et justes, et la proportion du PIB (souvent prise comme baromètre du socialisme) dépensée par le gouvernement du Venezuela est en réalité moindre qu’aux Etats-Unis, et beaucoup moindre qu’en Europe, selon la conservatrice Heritage Foundation.

Express-Corbyn-Venezuela

Les titres du London Daily Express (2/3/19) montrent que les accusations de “totalitarisme rouge” fonctionnent aussi bien des deux côtés de l’Atlantique.

Indépendamment de ces faits gênants pour eux, les médias ont continué à présenter la dictature “socialiste” du Venezuela comme étant l’unique responsable de la crise et comme un avertissement pour tous les progressistes qui seraient tentés par de mauvaises idées. Un outil si utile qu’il est employé contre les mouvements progressistes partout dans le monde. Le Daily Express (2/3/19) et le Daily Mail (2/3/19) ont condamné le leader du Parti Travailliste Jeremy Corbyn pour sa “défense” d’un “dictateur”, tandis que le Daily Telegraph (2/3/19) nous explique que la catastrophe du Venezuela n’est autre que le projet des travaillistes pour le Royaume-Uni. Pendant ce temps, la reconnaissance par le parti grec Syriza de Maduro comme président légitime (position officielle partagée par les trois-quarts des pays membres des Nations Unies) est condamnée comme “honteuse” (London Independent, 1/29/19).

Le “Venezuela” est aussi utilisé comme réponse-à-un-seul-mot pour clore les débats et contrer toute idée ou pensée progressiste. Lorsqu’un panel d’invités sur ABC’s The View (7/23/18) discutait d’une législation progressiste comme le Medicare pour Tous et de la réforme de l’immigration, la conservatrice Meghan McCain a répondu en évoquant le Venezuela. “Ils meurent de faim” a-t-elle expliqué, laissant les autres invités perplexes.

Le président Trump aussi l’a employé. Après s’être moqué des racines indigènes de la sénatrice Elizabeth Warren en la traitant de “Pocahontas”, il a répondu aux critiques de celle-ci en affirmant qu’elle “transformerait notre pays en Venezuela” (Reuters, 10/15/18).

L’efficacité de l’arme ne peut fonctionner que sur la base de médias étroitement liés aux objectifs gouvernementaux de changement de régime. Nul hasard dans le fait que les médias se focalisent sur les difficultés d’un pays relativement petit et sans importance dans la «cour arrière» américaine et que l’image du Venezuela soit si superficielle. Bien au contraire, le récit simpliste d’une dictature socialiste affamant son peuple est d’une grande utilité en tant qu’arme qui permet à l’establishment de vaincre la « menace » intérieure du socialisme, en associant des mouvements et des personnalités telles que Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et Jeremy Corbyn à une caricature diabolique conçue avec beaucoup de soin.

Alan-MacLeod(1) L’auteur: Alan MacLeod @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/venezuela-medias-one-word-rebuttal-to-the-threat-of-socialism/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4ue

Venezuela: qui reconnaît qui ?

Aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le « golpe » du général Augusto Pinochet (1973) – , il conviendra désormais de rajouter un chapitre : l’appui d’Emmanuel Macron à la tentative de coup d’Etat au Venezuela.

par Maurice Lemoine

Le 23 janvier 2019, deux manifestations secouent les rues de Caracas. Celle imposante des chavistes, celle massive de l’opposition. C’est dans la fièvre de cette dernière que, depuis l’estrade dressée place Juan Pablo II, dans le très chic « municipio »de Chacao, le député et président de l’Assemblée nationale [1] Juan Guaidó s’autoproclame « président par intérim » du Venezuela et « prête serment ». Arguments invoqués : les articles 233, 333 et 350 de la Constitution qui établissent que, en cas « d’absence absolue du chef de l’Etat », il revient au chef du pouvoir législatif d’occuper temporairement la présidence et de convoquer des élections. « Absence absolue » ? A quelques kilomètres de là, depuis le balcon du palais présidentiel de Miraflores, le chef de l’Etat constitutionnel, Nicolás Maduro, harangue la foule, au milieu des ovations.

Pour qui ne s’informerait qu’en écoutant les « matinales » de France Culture ou France Inter, représentantes officielles à Paris de la droite radicale et de l’extrême droite vénézuéliennes, on rappellera la déclaration récente de Claudio Fermín, chef de campagne du candidat de la droite civilisée, Henri Falcón, lors de la dernière élection présidentielle : « La victoire du chef de l’Etat le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime [2]. »

Impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués – Assemblée nationale constituante (ANC), Tribunal suprême de justice (TSJ), Conseil national électoral (CNE), etc. –, le président fantoche Juan Guaidó a dans les faits été « nommé » par la Maison Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela. Le 22 janvier, veille de son auto-proclamation, le vice-président étatsunien Mike Pence avait diffusé ses ordres sous forme d’un message vidéo dans lequel il appelait les manifestants vénézuéliens « à faire entendre leur voix demain » et assurait, au nom de la Maison-Blanche et (supposément) du peuple américain : « Nous sommes avec vous tant que ne sera pas restaurée la démocratie. » Le 23, quelques minutes après la pseudo prestation de serment, c’est Trump en personne qui se chargea par tweet de faire savoir qu’il reconnaissait Guaido comme seul président du Venezuela.

Très emblématiquement, c’est depuis le Forum économique mondial de Davos, symbole de l’argent, du pouvoir et des milliardaires au cerveau plein de chiffres, que Mauricio Macri (néolibéral pur et dur), Ivan Duque et Jair Bolsonaro (extrême droite), respectivement présidents de l’Argentine, de la Colombie et du Brésil, pays chefs de file du Groupe de Lima, violemment hostile à Caracas, ont apporté leur onction à Guaidó.

En avril 2002, lors de l’éphémère coup d’Etat contre Hugo Chavez, les plus rapides à reconnaître le patron des patrons Pedro Carmona « seul président légitime » s’appelaient George W. Bush et José María Aznar. En 2019, un « trio de la honte » euro-américain a assuré la succession : Donald Trump, le « socialiste » espagnol Pedro Sánchez et Emmanuel Macron. Dès le 24 janvier dans la matinée, ce dernier a ainsi twitté : « Depuis l’élection illégitime de Nicolás Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. » Avant, se croyant encore au temps des colonies, de lancer en compagnie de Sánchez un « ultimatum de huit jours » à Maduro pour qu’il organise de nouvelles élections. Faute de quoi Paris reconnaîtrait le « pronunciamiento » (rebaptisé « Juan Guaidó »).
Ne manquant pas d’humour et croquant férocement l’impudence des petits marquis européens, le président vénézuélien a en retour posé un ultimatum à Madrid en lui donnant « huit jours pour reconnaître la Catalogne », faute de quoi Caracas prendrait des sanctions.

Du XVIIe à la presque fin du XXe siècle, la souveraineté nationale a constitué le principal fondement du droit international. Le principe selon lequel « tout Etat a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d’ingérence de la part de n’importe quel autre Etat » a été confirmé par divers actes juridiques, notamment la résolution du 24 octobre 1970 de l’Assemblée générale de l’ONU et l’acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) de 1975 [3]. Aux « conquistadores » à la petite semaine, il n’est pas inutile de rappeler quelques principes de ce droit international censé garantir le respect de l’article 2, paragraphe 1 de la Charte de l’ONU : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. » Il s’agit, somme toute, de protéger les plus faibles des disparités de puissance entre Etats. En rappelant, par exemple « le devoir d’un Etat de s’abstenir de favoriser, d’encourager ou d’appuyer, directement ou indirectement, les activités de rébellion ou de sécession, au sein d’autres Etats, sous quelque prétexte que ce soit, et de toute action tendant à briser l’unité ou à saper ou à compromettre l’ordre politique d’autres Etats »  ; « le devoir d’un Etat de s’abstenir d’exploiter et de déformer les questions relatives aux droits de l’Homme dans le but de s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats, d’exercer des pressions sur des Etats ou de susciter la méfiance et le désordre à l’intérieur d’Etats ou de groupes d’Etats et entre eux [4]. » Quant au paragraphe 4 du même article 2 de la Charte fondamentale, que semblent ignorer tant Donald Trump que Luis Almagro, lesquels n’ « écartent pas l’option militaire », il interdit « la menace ou l’emploi de la force contre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique du tout Etat ».

En tant qu’association d’Etats indépendants, l’ONU peut admettre un nouvel Etat parmi ses membres. Elle accrédite également les titulaires de la représentation de chacun des pays siégeant en son sein. Dans le cas d’un changement normal d’autorité, au terme d’une élection démocratique, par exemple, la question de l’accréditation du représentant de l’Etat concerné ne se pose pas [5]. Plus complexe se révèle la reconnaissance de l’autorité légitime d’un pays en cas de doute sur les conditions du processus démocratique, après ou pendant des troubles intérieurs, une révolution, un coup d’Etat ou l’existence d’un « gouvernement en exil » (en général autoproclamé). N’étant ni un Etat ni un gouvernement, l’ONU en tant que telle n’est pas habilitée à trancher. Elle dépend du concert des Nations. Au sein duquel certaines dominent et d’autres non. Avec de surcroît, au Conseil de sécurité, dont les décisions ont un caractère obligatoire, cinq membres permanents disposant d’un droit de veto [6].
Dès lors, en l’absence de tout critère qui puisse véritablement la fonder, la légitimation de tel ou tel acteur apparaît éminemment politique, sachant par ailleurs que l’acceptation d’un gouvernement comme représentant d’un Etat au sein d’une organisation internationale ne s’analyse pas nécessairement comme une reconnaissance collective de celui-ci [7]. Et que les tractations se déroulent à l’occasion hors des murs de l’ONU.

Le passé pré et post-ONU fourmille d’exemples faisant pencher le fléau de la balance dans un sens ou dans l’autre, au gré des circonstances et des intérêts en jeu. On mentionnera simplement ici la façon dont les Etats-Unis, après 1917, ont ignoré la révolution bolchévique, ne reconnaissant qu’un gouvernement tsariste, qui n’avait aucune maîtrise effective de son supposé territoire ; le gouvernement de la France libre, reconnu par les alliés et considéré comme un gouvernement légitime de 1940 jusqu’à la fin de la guerre ; Taïwan qui a longtemps représenté la Chine à l’ONU alors qu’il ne contrôlait qu’une île de 36 000 kilomètres carrés ; le général de Gaulle, chef d’Etat français capable de ne pas servir de carpette aux Etats-Unis, reconnaissant la République populaire de Chine le 27 janvier 1964, sept ans avant l’ONU et quatorze ans avant l’établissement de relations diplomatiques entre Washington et Pékin ; plus récemment, en 1991, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide qui, renversé par un coup d’Etat et en exil, a continué à siéger à l’ONU à travers ses représentants, les sbires du gouvernement illégitime n’y étant pas admis.

Sous la forte domination de Washington, la mondialisation néolibérale et une forme d’hégémonie euro-atlantique ont contribué, ces dernières années, à une érosion du droit et donné lieu à des actes belliqueux d’un caractère purement discrétionnaire. Avec des résultats généralement calamiteux.
C’est ainsi au nom de « raisons humanitaires » – nourrir la population acculée à la famine – que l’opération hyper-médiatisée « Restore Hope » a été menée en 1992 par les Etats-Unis et les Casques bleus de l’ONU en Somalie. Chacun s’en souvient, faute d’une connaissance des réalités socio-économiques du pays, elle s’est terminée en 1993 par un sanglant fiasco, sans, en rien, améliorer le sort des Somaliens.

Un quart de siècle plus tard, le même type de prétexte – « l’aide humanitaire » – revient pour justifier ce qui n’est en fait qu’une cynique provocation. Asphyxiant le Venezuela par une sournoise « guerre économique » et d’astronomiques sanctions financières, les Etats-Unis et leurs supplétifs annoncent la livraison de cette « aide » de l’USAID à Guaido et son « gouvernement de transition ». D’ores et déjà, avec l’accord du président Duque, la ville de Cúcuta, sur la frontière colombienne, a été choisie comme principale porte d’entrée d’un supposé « corridor humanitaire » destiné à faire entrer au Venezuela un important stock d’aliments et de médicaments (à l’heure où nous écrivons, la présence du socialo-sarkozo-macroniste Bernard Kouchner, avec son sac de riz sur l’épaule, n’a pas encore été confirmée [8]).

Cúcuta est un lieu particulièrement symbolique. Dans une région colombienne hautement pénétrée par le paramilitarisme, cette ville est le centre de la « contrebande » hautement organisée qui participe de la « guerre économique » imposée au Venezuela. Le gouvernement « bolivarien » refusant de laisser se développer ce « show » monté avec la complicité de la Colombie (mais aussi du Brésil et d’une île de la Caraïbe encore non précisée), la tentative de faire entrer cette « assistance humanitaire » dans le pays pour la remettre à un pseudo gouvernement « de transition » va se révéler hautement problématique et pourrait déboucher sur de sérieux incidents – objectif à l’évidence recherché.

Emmanuel Macron n’a rien d’un précurseur. Créé le 27 février 2011 en Libye afin de coordonner la rébellion contre le régime de Mouammar Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) a été d’emblée reconnu par de nombreux Etats. La France de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Bernard Henri Lévy a été le premier d’entre eux à recevoir des représentants du CNT. Les Nations unies ont finalement gelé les fonds et les avoirs financiers appartenant à / ou contrôlés par la famille Kadhafi, l’objectif étant à terme de permettre « au peuple libyen » de récupérer ces biens – peuple qui les attend encore, son pays ayant été imprudemment ou cyniquement détruit, livré à la rapine et au chaos. Perspective qu’on ne peut nullement écarter s’agissant du Venezuela où une guerre civile menace si d’aventure Maduro venait à être renversé par l’actuelle tentative de coup d’Etat. Ce qui, bien entendu, n’a rien de certain, le chavisme faisant preuve de belles capacités de résistance. Mais que chacun en soit conscient : outre le Venezuela, une telle catastrophe affecterait fortement la Colombie voisine, où les « accords de paix » battent de l’aile, sabotés par l’extrême droite et ce qu’on appellera pour aller vite « l’oligarchie ». Les conditions sont réunies pour une extension du conflit.

En droit international, l’usage a consacré les « sanctions » comme terme générique pour qualifier les contre-mesures légitimes prises par le reste du monde à l’encontre d’un Etat qui ne respecte pas ses obligations internationales. S’agissant de celles, financières, unilatéralement imposées par Washington à Caracas, qui ne semblent poser aucun problème à l’Union européenne (pourtant elle même parfois affectée par les lois extraterritoriales américaines), elles ne sont nullement sanctifiées par les Nations unies [9]. Bien au contraire. « Je suis particulièrement préoccupé d’entendre des informations selon lesquelles ces sanctions visent à changer le gouvernement vénézuélien », a déclaré le 31 janvier le Rapporteur spécial de l’ONU Idriss Jazairy, avant de préciser : « L’utilisation de sanctions de la part de pouvoirs extérieurs pour renverser un gouvernement élu est en violation de toutes les normes du droit international. » Le 17 septembre 2018, plus avisé que son compatriote et successeur, le « José María Aznar de gauche » Pedro Sánchez, l’ex-président du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, fort de son expérience de médiateur entre le gouvernement bolivarien et son opposition, avait lié « l’intensification des flux migratoires [de Vénézuéliens] aux sanctions économiques imposées par les Etats-Unis ».

Transition encore… Soucieux de faire aussi mal que celui de Nicolas Sarkozy avec la Libye, le gouvernement de François Hollande, sans craindre « d’ajouter la guerre à la guerre » (pour reprendre une expression de François Mitterrand [10]), a été le premier, le 23 novembre 2011, à reconnaître comme « interlocuteur légitime » le Conseil national syrien, qui ne représentait qu’une infime partie de l’opposition, avant même les Etats-Unis (6 décembre) et le Royaume-Uni (24 février 2012). Deux jours après l’apparition de la Coalition nationale syrienne, le 11 novembre 2012, François Hollande déclarera : « La France reconnaît la Coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique, permettant d’en terminer avec le régime de Bachar Al-Assad. » Huit années après le déclenchement de la tragédie, on peut a minima s’interroger sur l’opportunité d’une telle prise de position qui n’a en rien fait avancer la cause de la paix et a totalement marginalisé la diplomatie française dans la région.

Mélange bâtard de ses deux prédécesseurs, le président Macron figure donc en première ligne de cette « communauté internationale » qui, à en croire la sphère médiatique, a reconnu la légitimité de Juan Guaido et de son « gouvernement de transition ». Information ou manipulation ?

Côté pro-coup d’Etat, Washington et ses supplétifs. Le Groupe de Lima (13 pays latinos conservateurs plus le Canada). Le 4 février, depuis Ottawa, celui-ci s’est prononcé « pour un changement de régime sans usage de la force » en appelant… l’armée vénézuélienne « à se ranger derrière Juan Guaido ». Message subliminal : « On cherche un Pinochet sympa. » Et respectueux des nouvelles normes en matière de coup d’Etat.
Traditionnellement, un « golpe » est défini comme la prise illégale et brutale du pouvoir par l’armée ou par une autorité politique bénéficiant de son soutien. Si le pire devait survenir au Venezuela en la figure d’un quarteron de généraux félons, qu’on n’imagine pas un scénario à la chilienne. L’opération porterait le tampon « méthode Honduras ».

Dans ce pays, en juin 2009, ce sont le Parlement, la Cour suprême de justice et, dans l’ombre, Washington, qui se trouvent à la manœuvre pour renverser le président constitutionnel – mais de gauche – Manuel Zelaya. L’astuce (sur ordre impératif du gouvernement américain) : le 28 juin, c’est un commando militaire qui arrête et séquestre le chef de l’Etat, l’expédie à l’étranger et réprime violemment ses partisans. Toutefois, l’exécuteur des basses œuvres, le général Romeo Vásquez, remet immédiatement le pouvoir au président du Congrès. Une manœuvre parfaite : « soumis au pouvoir civil », qui lui a demandé d’agir pour défendre la Constitution, les militaires servent d’instrument à une « succession présidentielle ». Bientôt, le régime putschiste de Roberto Micheletti se verra rebaptisé « gouvernement de transition » [11]. Anesthésiée par la présence omniprésente des « costume cravate », l’opinion internationale n’y verra que du feu.

Le Groupe de Lima, donc [12]. Les boutefeux européens : l’Allemagne, l’Espagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, bientôt rejoints par l‘Autriche, qui envoient un l’ahurissant ultimatum de huit jours au chef de l’Etat constitutionnel, lui enjoignant de convoquer une nouvelle élection présidentielle, puis reconnaissent le « fils de Trump » (en espagnol : «  HijueTrumpa »). Comme l’a fait le 31 janvier – 430 « pour », 104 « contre » et 88 abstentions – le Parlement européen. Une résolution non contraignante, mais donnant le sens du vent mauvais.

Derniers appuis au « dictateur », soutiennent devant micros et caméras les disciples du faux-semblant, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, la Turquie et Cuba. Une liste qui, puant les « pays parias » à plein nez, est censée mettre un terme à tout débat. Sauf que le monde entier n’est pas obligé de croire ce genre de demi-vérité. Car, à l’examen, même l’Europe se divise. « Aussi incroyable que cela paraisse, s’étrangle L’Express(6 février), il y a au cœur de l’UE des gouvernements qui ne parviennent toujours pas à déclarer ouvertement que Nicolas Maduro, le maître de la clique de Caracas, s’est rendu illégitime (…).  » Interdisant une position commune, la Grèce et l’Italie, ou la Roumanie refusent de suivre le troupeau ; seules dix-neuf nations de l’UE sur vingt-huit reconnaissent Guaido.

Pire encore au sein de l’Organisation des Etats américains ! Humiliant son secrétaire général Almagro et le chef de la « diplomatie » américaine (et ex-patron de la CIA) Mike Pompeo, la résolution destinée à adouber le pseudo-président, lors du Conseil permanent réuni le 24 janvier, n’a recueilli que 16 voix sur 34 – c’est-à-dire, pour qui sait compter, une minorité. Par la voix de leur représentant, le premier ministre de San Cristóbal et Nieves, Timothy Harris, les pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) ont vertement exprimé leur « désapprobation et leur grave préoccupation » face aux scandaleux agissements d’Almagro. Tandis que le « nouvel ambassadeur vénézuélien » nommé par l’Assemblée nationale, Gustavo Tarre Briceño, n’était pas autorisé à participer à la session, le Mexique (ex-membre du Groupe de Lima, abandonné depuis l’élection d’Andrés Manuel López Obrador) a enjoint le secrétaire général de vérifier « le statut juridique » de Guaidó. Puis, en compagnie de l‘Uruguay, s’est proposé comme médiateur pour de possibles discussions. Que Maduro a acceptées.

Pour les apprentis sorciers, le coup de grâce provient finalement de l’ONU. Le 26 janvier, au cours de la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité, convoquée à la demande du secrétaire d’Etat Mike Pompeo pour essayer d’obtenir la reconnaissance du « gouvernement fantoche », dix-neuf des vingt-cinq pays de tous les continents qui participent au débat se prononcent pour la non ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela. Au nom de l’Union africaine, continent qui s’y connaît en matière d’arrogance coloniale, le vice-président Thomas Kwesi Quartey, envoie un message de solidarité au président Maduro.

Certes, Guaido poursuit son « show » en faisant nommer, par l’Assemblée nationale, de nouveaux « ambassadeurs » au Brésil, au Paraguay, au Guatemala, en Argentine, aux Etats-Unis, etc… Que vont faire les nouveaux duettistes Pedro Sánchez et Emmanuel Macron, pour ne citer qu’eux ? Dans leurs capitales respectives, ils ne peuvent autoriser quiconque à utiliser les locaux de l’ambassade vénézuélienne, compte tenu de l’inviolabilité rappelée à l’article 22 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Cela ne leur interdit pas de déclarer les ambassadeurs du gouvernement qu’ils contestent persona non grata et de les obliger à quitter le territoire. Mais, dans ce cas, comment pourront-ils prétendre à un rôle d’interlocuteur dans le Groupe de contact européen [13] – censé, avec son homologue latino-américain, et à l’initiative du Mexique et de l’Uruguay (qui n’ont pas reconnu Guaidó), aider le Venezuela à trouver une sortie négociée – ce qui implique de parler avec les représentants du président Maduro ? Joli casse-tête pour le brillant (Jean-Yves) Le Drian.

Pour qui demeure attaché au droit international, censé faire sortir l’Humanité de la barbarie, le bon côté de la légitimité saute aux yeux : le 31 janvier, en réponse à une requête de Guaidó, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a confirmé que les Etats de l’Assemblée générale des Nations unies et du Conseil de sécurité reconnaissent Nicolás Maduro comme président constitutionnel et légitime du Venezuela. Il s’est également félicité de l’initiative du Mexique et de l’Uruguay, organisateurs d’une réunion internationale dans le but de lancer un dialogue politique. Toutefois, vraisemblablement conscient de l’hypocrisie et de la duplicité de certains des participants, le secrétaire général Guterres a fait savoir que son secrétariat ne participera à aucune réunion de groupes qui se forment pour discuter de la crise vénézuélienne, afin de « garder sa crédibilité ».

De son côté, et alors que l’opération « corridor humanitaire » va démarrer sous l’œil des essaims de caméras, à la demande du « président par intérim », le directeur des opérations du Comité international de la Croix Rouge (CICR), Dominik Stillhart, a informé que tout acheminement d’aide au Venezuela ne sera(it) possible qu’avec « le consentement du gouvernement du président Nicolás Maduro ». Cheffe de la délégation du CICR pour les Etats-Unis et le Canada, Alexandra Boivin a même été plus loin en avertissant Washington « des risques qu’implique sa décision d’envoyer de l’aide au Venezuela sans autorisation du gouvernement ».

Trump et ses petits soldats peuvent bien monopoliser les « unes » des ex-journaux d’information, les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 197 Etats actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, seuls 34 ont reconnu Juan Guaido [14]. « Le [supposé] défaut de légitimité [de Maduro] n’est jamais qu’un prétexte d’apparence juridique invoqué pour justifier un refus de reconnaissance inspiré par des considérations purement politiques [15] » Même avec l’onction de l’impérialisme et du sous-impérialisme, une tentative de coup d’Etat demeure une tentative de coup d’Etat. Aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le coup d’Etat du général Augusto Pinochet (1973) – , il conviendra désormais de rajouter un chapitre : Emmanuel Macron et le Venezuela.

Illustration  : ATTENTION : CECI N’EST PAS UNE « FAKE NEWS » – Manifestation d’appui au président Nicolas Maduro, le 2 février, à Caracas (malheureusement trop discrète pour être remarquée par les médias).

F11AutMauriceLemoine

L’auteur: Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, couvre l’Amérique Latine depuis 40 ans.


[1Depuis janvier 2016, l’Assemblée nationale, dominée par l’opposition, se trouve dans l’illégalité (« desacato ») pour avoir fait prêter serment à trois députés élus dans des conditions irrégulières.

[2 Globovisión, Caracas, 15 janvier 2019.

[3Olivia Danic, « L’évolution de la pratique française en matière de reconnaissance de gouvernement », Annuaire français de droit international, CNRS Editions, Paris, 2013.

[4« Déclaration sur l’inadmissibilité de l’intervention et de l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats », résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 36/103 du 9 décembre 1981.

[5A chaque session, l’Assemblée générale examine les pouvoirs de tous les représentants des Etats membres participants.

[6France, Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni et Chine.

[7Résolution 396 (V) du 14 décembre 1950 de l’Assemblée générale des Nations unies.

[8Le 5 décembre 1992, accompagné d’un fort contingent de journalistes pour immortaliser son courage et son abnégation, Kouchner, alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire du gouvernement Bérégovoy (socialiste), débarqua, un sac de riz sur l’épaule, sur une plage, au nord de Mogadiscio.

[9Pour saisir l’ampleur dévastatrice de ces sanctions, on en consultera la liste détaillée et actualisée sur le blog de Romain Migus, « Venezuela en vivo » : https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

[10Le 28 juin 1992, lors d’une visite éclair à Sarajevo, pendant le conflit en ex-Yougoslavie, Mitterrand, pressé par les inévitables Bernard-Henri Levy et Bernard Kouchner, rejeta toute action militaire contre la Serbie.

[11Lire Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etats modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, Paris, 2015.

[12La chaîne d’information panaméricaine Telesur s’est vue interdire de couvrir sa dernière réunion à Ottawa (si quelqu’un croise Reporters sans frontières, prière de bien vouloir l’en informer).

[13Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.

[1416 en Amérique (sur 35) ; 15 en Europe (sur 50) ; 1 au Proche-Orient (sur 16) ; 1 en Afrique (sur 54) ; 1 en Océanie (sur 15).

[15J. Touscoz, Le principe d’effectivité dans l’ordre international, LGDJ, Paris, 1964.

 

URL de cet article : http://www.medelu.org/Qui-reconnait-qui

Moscou estime que Washington « a déjà pris la décision d’intervenir au Venezuela »

La-portavoz-del-Ministerio-de-Asuntos-Exteriores-de-Rusia-María-Zajárova-ofrece-su-rueda-de-prensa-semanal-en-Moscú.

7 février 2019 – « Des signes sont en train de venir de Washington sur la possibilité d’utiliser le scénario de la force pour renverser les autorités légitimes, même par le biais d’une intervention militaire directe » a déclaré ce jeudi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Russie, Maria Zajárova., rappelant que la Maison-Blanche parlait « ouvertement » de ces options. (1)

« Je voudrais vous rappeler que ce type de déclarations émanant de responsables américains constituent une violation directe de l’article de la Charte des Nations Unies qui oblige tous les membres de l’organisation à s’abstenir, dans leurs relations internationales, d’user de la menace de la force ou d’employer la force » a souligné la porte-parole.

La diplomate russe a déclaré que Washington travaillait dans plusieurs domaines, y compris la logistique, pour préparer le scénario d’un « changement de pouvoir par la force au Venezuela« .

En ce sens, Zajárova a cité des informations indiquant que, dans la zone frontalière de la Colombie avec le Venezuela, récemment visitée par des gardés de haut rang de l’armée américaine, un poste de commandement unifié a été déployé dans le cadre de la soi-disant « opération humanitaire » ou, si nous appelons les choses par leur nom. , simplement une « intervention humanitaire » a-t-elle déclaré.

Le porte-parole a également indiqué que, récemment, des délégations militaires américaines se sont rendues dans la région sous le prétexte de « sauver » les Vénézuéliens et de « rétablir » la démocratie dans ce pays. L’annonce de stocker quelques tonnes d’aide humanitaire à la frontière vise à créer un scénario médiatique pour initier la confrontation militaire.

Ainsi, « on arrive involontairement à une conclusion, évidente dans cette situation, que la décision de recourir à la force a déjà été prise à Washington et que tout le reste n’est rien d’autre qu’une opération de camouflage » a déclaré la porte-parole de la chancellerie.

« L’apogée du cynisme »

Selon la diplomate, le fait que les Etats-Unis ont imposé une aide humanitaire internationale à Caracas tout en introduisant des sanctions « draconiennes » qui, simplement, « bloquent l’économie vénézuélienne » et « frappent directement » le peuple vénézuélien, constituent « l’apogée du cynisme« .

« Les Etats-Unis disent que les Vénézuéliens vivent mal avec ce gouvernement. Qu’ils commencent par lever leurs sanctions, pour laisser l’État vivre et se développer, et résoudre ses problèmes par lui-même, au lieu de les aggraver » a déclaré Zajárova.

* La crise politique au Venezuela a éclaté après que le militant d’extrême droite Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale – en désobéissance légale depuis 2016 et dont les actes sont nuls et non avenus, selon plusieurs décisions de la Cour suprême de justice vénézuélienne – s’est autoproclamé « président en charge » dans un centre commercial des beaux quartiers de Caracas, sans avoir été élu, aussitôt reconnu comme tel par les États-Unis et par quelques d’Amérique latine et d’Europe. (2)

* Le président américain, Donald Trump, est allé jusqu’à dire que l’intervention militaire au Venezuela était une « option » pour « résoudre » la situation de la nation latino-américaine.

* Pour sa part, Caracas a dénoncé le fait que la droite vénézuélienne mène un « coup d’État » soutenu par les Etats-Unis et a accusé Washington de mener des « guerres injustes« , ainsi que de “massacrer des populations civiles innocentes » et « de bloquer des économies« .

Notes 

(1) et (2): A noter que contrairement à ce qu’affirment les grands médias, les Etats-Unis et la Commissaire Européenne sont de plus en plus isolés. La communauté internationale ne suit pas Trump. La grande majorité des pays de l’ONU, à savoir 158 pays contre 35 (plus le Conseil de Sécurité) dont les principales puissances du monde actuel que sont la Russie, la Chine, l’Inde.. ou un pays-clef comme le Mexique, ou la majorité des pays du Caricom (Caraïbes) ou les pays de l’Union Africaine au complet, etc… reconnaissent la légitimité du président Nicolas Maduro.

Source : https://actualidad.rt.com/actualidad/304863-moscu-washington-intervencion-venezuela

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4tW

Roger Waters, fondateur des Pink Floyd: « empêcher le coup d’Etat de Trump contre la démocratie vénézuélienne »

RogerWIl y a quelques jours Roger Waters, fondateur des Pink Floyd, écrivait sur son compte Twitter @rogerwaters : “arrêtons cette nouvelle folie des Etats-Unis, laissez le peuple vénézuélien en paix. Ils ont une vraie démocratie, arrêtez cette tentative de détruire ce pays pour que le 1% (les riches) puissent s’emparer du pétrole”. L’artiste invitait les citoyen(ne)s à se concentrer à New York le lundi 4 février à 15 heures, face à la Mission Diplomatique des USA aux Nations Unies, pour protester contre le coup d’Etat que veut mener Donald Trump.

Waters explique son engagement dans une note du 6 février publiée sur sa page Facebook et intitulée : “Une des réponses que j’ai reçues à mon tweet «bas les pattes du Venezuela» est celle d’un vieil ami, un musicien vénézuélien expatrié”. Elle est publiée sous l’image et la célèbre réflexion de Simon Bolivar: “Les Etats-Unis paraissent destinés par la Providence à infester les Amériques de misère au nom de la démocratie

bol

Appelons-le X.

Mon cher X.

Il y a deux jours j’ai tweeeté “US hands-off Venezuela” (« USA, bas les pattes du Venezuela ») et j’ai reçu l’habituelle charretée de critiques de tous ceux qui parlent au nom du peuple vénézuélien – la plupart d’entre eux sont blancs, de classe moyenne et vivent à New York. Et toi, mon cher ami, en guise de remontrance et dans l’espoir de m’instruire, tu as attiré mon attention sur une lettre ouverte écrite par une jeune femme du nom d’Adriana Kohlhofer et adressée aux “US Democratic Socialists”, à l’attention du Sénateur Bernie Sanders, des membres féminines du Congrès Cortez, Omar, Khanna et au courant complet de l’aile des Socialistes Démocratiques du Parti Démocrate. Tu m’as imploré de la lire. C’est ce que j’ai fait, et pour que d’autres sachent de quoi nous parlons, voici un lien vers cette lettre: https://medium.com/@akohlhofer18/an-open-letter-to-us-democratic-socialists-from-venezuelan-expatriates-9a3e26eb834d

Je l’ai donc lue, et tout ce qu’on y trouve, c’est un polémique enflammée pour soutenir les sanctions états-uniennes et d’autres formes d’intervention au Venezuela dans l’espoir de provoquer un changement de régime. Un changement de régime destiné à faciliter l’adoption de politiques néolibérales comme le retour de l’industrie pétrolière aux mains du privé. C’est une vieille, vieille histoire, que nous avons tous entendue auparavant. Mon point de vue personnel est que les revenus du pétrole doivent continuer, autant que possible, à bénéficier au peuple vénézuélien à travers cette industrie nationalisée et relancée par Hugo Chavez, héros de la révolution, fils indigène de son et de votre pays et amèrement regretté par son peuple. Où en étais-je ? Ah oui, ayant lu la lettre d’Adriana Kohlhofer, je me suis demandé : qui donc est cette personne qui affirme parler au nom du peuple vénézuélien ? j’ai donc cherché sur Google. Vous allez rire:

bol3

Adriana Kohlhofer – Analyste de Gestion en Santé Privée @ Goldman Sachs.

Ok Adriana Kohlhofer, porte-parole du Venezuela, voici quelque chose qui vient réellement du peuple du Venezuela… Ci-dessous les résultats de l’étude conduite entre le 7 et le 20 janvier 2019 par Hinterlaces, une firme privée vénézuélienne de sondages connue et respectée, dirigée par le sondeur indépendant Oscar Schemel. Voici ce que répondent les vénézuéliens vivant au Venezuela.

Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec les sanctions économiques et financières des Etats-Unis actuellement appliquées contre le Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

81% des vénézuéliens sondés répondent “je ne suis pas d’accord”.

Etes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

78% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”

Etes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention militaire internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

86% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”.

En général êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec la tenue d’un dialogue entre le gouvernement national et l’opposition pour résoudre les problèmes économiques actuels dans le pays ?

84% des vénézuéliens sondés répondent “je suis d’accord”.

Hé bien, Adriana, comme vous voyez, ces résultats montrent ce que la majorité du peuple vénézuélien réel, qui vit réellement au Venezuela, considèrent comme le vrai récit, pas celui que vous vendez, Madame l’Analyste de Gestion de Santé Privée de @goldmansachs’, ou Donald Trump, ou Mike Pompeo, ou Isaac Abrams, ou John Bolton ou les grands médias soumis aux Etats-Unis ou aux acolytes également soumis au gouvernement des Etats-Unis au Canada et en Australie et dans l’Otan et dans l’Union Européenne et dans toute l’aile droite des dictatures et quasi démocraties dominées par les Etats-Unis en Amérique Latine et du Sud. Les résultats du sondage expriment un cri du coeur, celui d’un peuple assiégé. Je n’ai pas plus le droit que vous de mettre des mots dans sa bouche, mais il me semble que son récit est plutôt celui-ci : “S’il te plaît, peuple des Etats-Unis, persuade ton président et son gouvernement de lever les sanctions mortelles et draconiennes que vous nous avez imposées, s’il vous plaît levez le blocus sur nos vies, et laissez-nous le temps et l’espace pour trouver notre propre chemin vers le rêve vénézuélien d’une société socialiste, stable, équitable. Nous sommes des gens fiers et pleins de ressources, nous avons parcouru une longue route depuis 1998, lorsque Hugo Chavez nous a remis sur la voie révolutionnaire. Votre intervention conflictuelle pousse notre nation au bord d’une guerre civile. Nous ne voulons pas être la prochaine Libye, Irak ou Syrie, arrêtez de nourrir les chacals parmi nous, s’il vous plaît cessez de planer comme des vautours sur nos champs de pétrole. S’il vous plaît, allez vous-en.”

Donc, ami musicien, je t’aime comme un frère, mais Mme l’Analyste en Gestion de Santé Privée n’est que ça, tout sauf un oracle, je ne saurai jamais pourquoi nous n’avons pas enfermé tous ces salopards après 2008, mais par pitié ne les laissons pas détruire votre beau pays pour quelques barils de goudron, qui est la seule chose qui les intéresse.

Love

Roger

Texte original : https://www.facebook.com/notes/roger-waters/a-note-from-roger-one-of-the-responses-i-got-to-us-hands-off-venezuela-was-from-/2517817721565996/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4tL

(Photos:) Un après-midi de février à Caracas

Dyagau_W0AcHN7d

Dya-u0OWoAEt-EA

Caracas, ce 2 février. Depuis des mois on n’avait vu une telle affluence populaire à un meeting bolivarien. Pendant ce temps dans les beaux quartiers, les rassemblements de la droite, moins nombreux, diffusaient l’hymne états-unien, déployaient des drapeaux US et d’Israël sur leur podium principal, applaudissant avec une certaine excitation à l’idée d’un débarquement des marines dans leur pays. Devinez pourquoi, depuis vingt ans, les médias ne vous montrent que les marches de la droite et jamais les manifestations chavistes ?

« Captain America, mon futur dépend de toi » : comment pensent les manifestants de l’opposition vénézuélienne, Caracas, le 2 février 2019.

51454169_2165742063485865_2803167893871656960_n.jpg

Supporters de Guaido remplaçant le drapeau vénézuélien par le drapeau états-unien.

Malheureusement pour la droite vénézuélienne, ses drapeaux et son « american dream », les Etats-Unis et la Commissaire Européenne sont de plus en plus isolés. La communauté internationale ne suit pas Trump. La grande majorité des pays de l’ONU (plus le Conseil de Sécurité) dont les principales puissances du monde actuel que sont la Russie, la Chine, l’Inde.. ou un pays-clef comme le Mexique, ou la majorité des pays du Caricom (Caraïbes) ou encore les pays de l’Union Africaine au complet, etc… reconnaissent la légitimité du président Maduro.

Thierry Deronne, Caracas, 2 février 2019

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4t0

Un document interne du gouvernement des États-Unis explique le programme de « guerre économique » contre le Venezuela (The Grayzone)

Ben NORTON

 

Un document interne du gouvernement révèle des tactiques de « guerre économique » et d’ »armes financières » que les Etats-Unis utilisent contre le Venezuela au nom de la « promotion du capitalisme ».

Le Venezuela a souffert d’une crise économique ces dernières années, et alors que le gouvernement américain et les médias commerciaux ont blâmé cette situation difficile uniquement sur le parti socialiste au pouvoir, des documents internes du gouvernement américain reconnaissent que Washington a utilisé ce qu’il décrit clairement comme des « armes financières » pour mener une « guerre économique » contre cette nation sud-américaine riche en pétrole.

L’aveu discret confirme ce que le gouvernement de Caracas répète depuis des années : Les États-Unis mènent une guerre économique contre le Venezuela, le pays qui possède les plus grandes réserves de pétrole du monde.

Les sanctions paralysantes imposées par l’administration Donald Trump ont privé le Venezuela de milliards de dollars.

Le premier rapporteur des Nations Unies à se rendre dans le pays depuis deux décennies, le juriste Alfred de Zayas, a déclaré à The Independent que les sanctions internationales dévastatrices imposées au Venezuela sont illégales et pourraient constituer un crime contre l’humanité.

Le professeur Steve Ellner, un éminent spécialiste de la politique vénézuélienne qui vit et enseigne dans le pays depuis des décennies, a expliqué dans une interview accordée à Moderate Rebels que les sanctions ont isolé économiquement Caracas : « La crainte de représailles de la part de l’administration Trump a poussé la communauté économique mondiale abandonner l’économie vénézuélienne. Cela équivaut pratiquement à un blocus du Venezuela. »

Début 2019, l’administration de Trump renforça les mesures. Le 23 janvier, le gouvernement américain a initié un coup d’Etat politique au Venezuela en reconnaissant le leader de l’opposition de droite non élu Juan Guaidó comme soi-disant « président intérimaire ».

M. Guaidó, qui était un inconnu pour 81 % des Vénézuéliens, selon un sondage effectué en janvier, a tenté d’usurper le gouvernement légitime du président Nicolás Maduro, réélu lors des élections présidentielles de 2018 qui ont été volontairement boycottées par l’opposition soutenue par les États-Unis.

Cette tentative de coup d’État en cours est le point culminant d’une campagne de déstabilisation menée depuis deux décennies par les États-Unis pour briser la révolution bolivarienne au Venezuela. Caracas a longtemps décrit cette campagne comme une campagne de guerre économique. Et des documents internes du gouvernement américain montrent que c’est exactement ça.

Les « armes financières » et la « guerre économique » des Etats-Unis

Alors que le coup d’état fait rage au Venezuela, WikiLeaks a publié un extrait de ce qu’il a décrit comme le « manuel du coup d’Etat américain« , le livret des Forces d’opérations spéciales de l’Armée de terre sur la guerre non conventionnelle (PDF).

WikiLeaks a particulièrement attiré l’attention sur une partie de la publication intitulée « Financial Instrument of U.S. National Power and Unconventional Warfare » [Instrument financier du pouvoir national US et la guerre non-conventionnelle]. Cette section décrit comment le gouvernement US, selon ses propres termes, utilise des « armes financières » pour mener une « guerre économique » contre des gouvernements étrangers qui tentent de suivre une voie indépendante.

WikiLeaks

@wikileaks

What’s happening with Venezuela? @WikiLeaks‘ publication of US coup manual FM3-05.130, Unconventional Warfare [UW], provides insight

DOS=Department of State
IC=Intelligence Community
UWOA=UW operations area
ARSOF=US Army Special Operations Forceshttps://file.wikileaks.org/file/us-fm3-05-130.pdf 

1 703 personnes parlent à ce sujet

Dans le manuel de guerre non conventionnelle, l’Army Special Operations Forces (ARSOF) écrit que les Etats-Unis « peuvent utiliser la puissance financière comme une arme en temps de conflit jusqu’à une guerre générale à grande échelle« . Et il a noté que « la manipulation de la force financière des États-Unis peut influencer les politiques et la coopération de gouvernements étrangers » – c’est-à-dire forcer ces gouvernements à se conformer à la politique américaine.

Les institutions qui aident le gouvernement américain à y parvenir, a poursuivi l’ARSOF, sont la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Parmi les exemples d’ »armes financières », on peut citer la « manipulation par l’Etat de la fiscalité et des taux d’intérêt » et les pressions exercées sur les institutions financières pour qu’elles restreignent « les prêts, subventions ou autres aides financières aux acteurs étatiques et non étatiques étrangers », selon l’ARSOF.

« Le Bureau of Foreign Assets Control (OFAC) a une longue histoire de conduite de guerre économique précieuse pour toute campagne de guerre non conventionnelle de l’ARSOF « , conclut le manuel.

C’est l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor US qui supervise les sanctions contre des pays comme le Venezuela. Et le 28 janvier, le jour où WikiLeaks a tweeté l’extrait ci-dessus, l’OFAC a sanctionné la compagnie pétrolière publique du Venezuela, Petroleos de Venezuela, S.A. (PDVSA).

Cibler la compagnie pétrolière d’État vénézuélienne PDVSA

L’objectif de ces dernières sanctions américaines est clair : Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor de Trump et ancien directeur de l’information de Goldman Sachs, a indiqué que Juan Guaidó, le leader du coup d’État soutenu par les États-Unis au Venezuela, utilisera PDVSA et les actifs pétroliers basés aux États-Unis pour financer son gouvernement parallèle non élu.

L’OFAC, qui, selon l’ARSOF, « a une longue histoire de guerre économique« , a pris soin de souligner, tout en sanctionnant la PDVSA, que cette compagnie pétrolière d’État est « une source primaire de revenus et de devises étrangères du Venezuela« .

Comme l’a rapporté Grayzone, Guaidó a immédiatement pris pour cible PDVSA quelques heures après s’être déclaré « président par intérim » (avec la bénédiction de l’administration Trump). Guaidó et l’opposition de droite soutenue par les Etats-Unis espèrent restructurer PDVSA et pousser à sa privatisation, réécrire les lois vénézuéliennes sur les hydrocarbures et distribuer des contrats pour permettre aux multinationales d’accéder aux plus grandes réserves de pétrole du monde. Et Guaidó a sollicité l’aide financière du FMI, que l’ARSOF a identifié comme un allié américain dans sa stratégie de guerre économique.

Le manuel de guerre non conventionnelle de l’ARSOF indique clairement que ces politiques ne sont pas seulement une campagne de pression pacifique ; elles font partie d’une stratégie explicite de « guerre non conventionnelle » visant le Venezuela.

Ces paroles, prononcées directement par le gouvernement US, confirment que les sanctions et autres politiques économiques punitives ne sont pas un simple prélude à la guerre ; elles sont une forme de guerre.

Les Etats-Unis ne sont pas en train d’ « envisager » une guerre contre le Venezuela ; la superpuissance mène déjà depuis des années une guerre contre cette nation sud-américaine indépendante.

Les sanctions américaines « comparables aux sièges médiévaux « 

C’est précisément ce qui a conduit l’ancien rapporteur de l’ONU Alfred de Zayas à déclarer, tant dans une interview à The Independent que dans un rapport sur le Venezuela qu’il a soumis au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, que les Etats-Unis et leurs alliés comme l’Union européenne et le Canada ont mené une « guerre économique » contre le Venezuela.

De Zayas, un juriste qui enseigne le droit international à l’Ecole de diplomatie de Genève, a écrit : « Les sanctions économiques et les blocus des temps modernes sont comparables aux sièges des villes des temps médiévaux« . Il a ajouté : « Les sanctions du XXIe siècle tentent de mettre à genoux non seulement une ville, mais des pays souverains. »

Premier rapporteur de l’ONU à écrire sur le Venezuela depuis 21 ans, M. de Zayas a déclaré à The Independent : « Quand je dis que l’émigration est en partie attribuable à la guerre économique menée contre le Venezuela et en partie aux sanctions, les gens n’aiment pas entendre cela. Ils veulent juste le simple récit que le socialisme a échoué et qu’il a failli devant le peuple vénézuélien. »

Et les États-Unis n’ont pas été les seuls dans cette agression. La Banque d’Angleterre a également refusé de rendre au gouvernement souverain du Venezuela ses 1,2 milliard de livres de réserves en or. Au lieu de cela, un ministre britannique des affaires étrangères a tenté de donner cet argent au chef du coup d’État nommé par Trump, Juan Guaidó.

Les objectifs réels de la politique étrangère américaine

Le manuel sur la guerre non conventionnelle de l’ARSOF donne un aperçu de ce qui motive réellement les États-Unis à faire la guerre économique au Venezuela et ailleurs.

Ce document décrit l’un des principaux objectifs de la politique étrangère américaine :

« Promouvoir le libre-échange, libre de droits de douane, d’interdictions et d’autres barrières économiques, et promouvoir le capitalisme pour favoriser la croissance économique, améliorer les conditions de vie et promouvoir la vente et la mobilité des produits américains aux consommateurs internationaux. »

JPEG - 188.6 ko
Les objectifs de la politique étrangère américaine énoncés dans le manuel de guerre non conventionnelle de l’ARSOF

Le conseiller ultra-militariste du président Trump pour la sécurité nationale, John Bolton, s’est fait l’écho de ces priorités dans un entretien avec Fox Business. « Nous sommes en pourparlers avec de grandes entreprises américaines… Je pense que nous essayons d’obtenir le même résultat final », a déclaré M. Bolton.

« Cela fera une grande différence pour l’économie des États-Unis si les compagnies pétrolières américaines peuvent vraiment produire et investir dans les capacités pétrolières du Venezuela »

Ben Norton

URL de cet article 34503
https://www.legrandsoir.info/des-documents-internes-du-gouvernement-des-etats-unis-presentent-les-grandes-lignes-d-un-programme-de-guerre-economique-contre.html