La bataille de la narration

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Le monde fantastique de la classe moyenne vénézuélienne : en haut pour l’international, en bas pour les copines sur instagram.

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En 2014 déjà la même mise en scène pour l’international…

Sous le signe d’une violence planifiée, chaotique et déstabilisatrice, depuis 90 jours se déroulent des affrontements au Venezuela qui dépassent l’habituel. Derrière l’apparente lutte pour la démocratie –où s’affrontent a des partisans de la démocratie libérale représentative avec ceux qui cherchent à approfondir la démocratie participative, directe et active − se vit une guerre irrégulière qui utilise des formes de violence jusqu’à présent ignorées dans le pays, dont l’objectif est de générer la peur et la terreur dans la population. Une terreur paralysante.
Carlos Fazio

Carlos Fazio est un journaliste et analyste international uruguayen résidant au Mexique, collaborateur du quotidien mexicain La Jornada et de l’hebdomadaire uruguayen Brecha.

C’est un nouveau type de violence ou d’action directe avec des réminiscences néonazies, pratiquée par de petits groupes disséminés bien entraînés et disciplinés qui agissent en relation avec des éléments de la pègre, de la délinquance organisée, des paramilitaires et déclassés qui disposent d’ armes conventionnelles et domestique, de ressources et d’une logistique inhabituelles dans les partis ou les organisations politiques qui prétendent lutter pour la démocratie et la défense de l’ordre constitutionnel. En plus de disposer d’une écrasante couverture médiatique internationale.

C’est une violence différente de celle du coup guarimbero de 2014, puisque dans la conjoncture actuelle l’offensive d’extrême droite du syndicat patronal (Fedecámaras), des fractions les plus réactionnaires de la Mesa de Unidad Democrática et de la hiérarchie de l’Église catholique locale, et des intellectuels qui font l’apologie du putschisme, a incorporé le « facteur paraco ». C’est-à-dire paramilitaires et tueurs à gages venant du trafic de stupéfiants colombien liés à l’uribismo [ex Président Colombien Alvaro Uribe], qui entre autres missions ont celle de construire des couloirs frontaliers et de faciliter des opérations extraterritoriales.

Nous assistons donc à l’irruption d’une structure « paraco-racaillo-terroriste » qui a arraché la conduite de la lutte de la rue (les dites « mobilisations pacifiques ») à la direction formelle de la MUD, et dont le résultat a été un nouveau mode violent de type terroriste, appris dans les laboratoires de la guerre sale du Pentagone et pratiqué et expérimenté en Colombie ces 25 dernières années.

Où sont les vrais responsables de la violence fratricide ? Qui entraîne les terroristes ? Qui les finance et leur fournit les armes, les équipements coûteux et la logistique qui leur permet d’opérer pendant des mois ?

La perception tue le réel

A ce niveau, comme auparavant en Colombie, Afghanistan, [Kosovo], Irak, Libye, Ukraine et Syrie, etc, le terrorisme gagne partiellement la guerre au Venezuela. Le terrorisme est l’usage illégal, calculé et systématique de la violence préméditée pour inculquer ou provoquer de la peur et intimider une société ou une communauté. C’est une forme spécifique de violence. Comme tactique, c’est une forme de violence politique contre des civils et d’autres objectifs non combattants, perpétrée par des groupes clandestins, mercenaires ou bandes organisées.

Le terrorisme n’est pas un adversaire mais seulement une forme de violence politique qui, parfois, comme c’est le cas actuellement au Venezuela, sert à édifier l’architecture d’une intervention militaire étrangère directe sous une couverture « humanitaire ».

Aux cotés de la guerre psychologique, des opérations clandestines des forces spéciales et des guerres économiques, bactériologiques et électroniques, la pratique du terrorisme via les escadrons de la mort ou de groupes paramilitaires –comme principaux instruments de la guerre sale −, est une composante clef de la guerre asymétrique.

Selon les manuels du Pentagone, la notion d’asymétrie ne fait pas allusion à la perspective d’un simple déséquilibre dans la parité des forces avec l’ennemi, mais suppose une méthodologie qui emploie les tactiques irrégulières ou non conventionnelles qui permettent de manœuvrer au moindre coût politique et militaire possible pour le promoteur ou acteur stratégique caché (le dit « un leadership par derrière »).

Un élément essentiel pour l’efficacité de l’action terroriste, ce sont les médias. Dans une guerre non conventionnelle, d’usure, comme celle que dispensent les États-Unis en coulisses contre le Venezuela, les vraies batailles se livrent dans l’imaginaire collectif. Le Pentagone donne une grande importance à la lutte idéologique dans le domaine de l’information. On utilise les médias comme arme stratégique et politique dans la « bataille de la narration ». Il s’agit de dominer le récit de toute opération, militaire ou non. « La perception est aussi importante pour son succès que l’événement lui même (…) À la fin de la journée, la perception de ce qui est arrivé importe davantage que ce qui est réellement arrivé ».

Sous la baguette de Washington, dans le cadre d’un processus aussi dynamique que celui du Venezuela après l’arrivée au gouvernement de Hugo Chávez en 1999, les grands médias occidentaux ont travaillé à la déstructuration des bases de la compréhension collective et du sens d’appartenance et de Nation d’un secteur majoritaire de la population. Et à travers un travail constant et soigneux de sape symbolique, ils se sont consacrés à dynamiter le processus du changement radical de la société grâce à des campagnes d’intoxication et de désinformation. Ainsi, grâce à la répétition in extremis de matrices déterminées d’opinion, la plus part du temps soutenues par des mythes, de fausses données et des demi-vérités, les États-Unis et les médias cartellisés sous contrôle monopolistique privé ont réussi à fabriquer à l’extérieur du pays la fausse perception selon la quelle au Venezuela, il existe une « dictature ».

Mais un régime totalitaire ne permettrait pas les offenses, les sabotages, les actes vandales ni les attaques d’ unités militaires et policières, de centres industriels, d’ installations gouvernementales ou de services publics clefs comme le Métro ou les 50 autobus brûlés de la compagnie Transbolívar. Pas plus les excès aberrants de plusieurs médias qui opèrent comme le principal bureau de propagande des terroristes et de leurs sponsors cachés.

Dans tout conflit, la guerre mediática −aussi appelé de quatrième génération −, c’est le préambule de la guerre stratégique. Dans ce contexte, ce que chaque jour les grandes corporations des medias transmettent sur la Venezuela n’est pas vrai. Ce qu’ils présentent comme réalité CNN, O’Globo, Télévisa, le Groupe Clarin, la BBC, Deutsche Welle, El País de Madrid, le Réseau de Quotidiens des Amériques membres de la SIP (Société Interaméricaine de Presse) et d’autres oligopoles privés n’est pas tel.

Bien que l’objectif de la couverture de l’information ait à voir avec la dispute pour l’hégémonie (Gramsci), il ne s’agit pas d’un simple problème idéologique ou de classe. Avec le militaire, l’économique, le culturel et le spatial (l’aspect géopolitique et le contrôle de territoires), le terrorisme médiatique est inhérent à la dite « la domination complète du spectre » (full espectrum), une notion dessinée par le Pentagone avant le 11 septembre 2001.

Étant donné que le spectre est politique, géographique, spatial, social et culturel, pour imposer la domination, il est nécessaire de fabriquer le consentement. C’est, placer dans la société des « lieux communs » qui à force de se répéter s’incorporent à l’ imaginaire collectif et introduisent, comme unique, la vision du monde du pouvoir hégémonique.

La domination du spectre complet promu par les États-Unis depuis le Commando Sud, combine différentes modalités de la guerre non conventionnelle, ainsi que plusieurs stratégies et tactiques guerrières asymétriques dans le but de s’adapter à une scène complexe : le Venezuela de Hugo Chávez et de Nicolás Maduro, qui après 18 ans de gestion gouvernementale a réussi à forger un nouveau type historique anticapitaliste et antiimpérialiste ; une union civile-militaire d’un type nouveau, sous un leadership, qui grâce aux circonstances a grandi et mène une bonne gestion tactique de la crise.

Le guerrier de Dieu et la désobéissance civile

Revenant au terrorisme, un cas récent fut le traitement médiatique des attaques lancées depuis un hélicoptère contre le Ministère de l’Intérieur et la Cour suprême de Justice (TSJ), à Caracas, le 27 juin dernier. Dans les faits, ont joué le rôle principal Óscar Pérez, inspecteur de la Brigade d’Action Spéciale du Corps d’Investigations Scientifiques, Pénales et de Criminologie (Cicpc), qui après avoir décollé dans un hélicoptère de la police de la base La Carlota et survolé la capitale, a tiré 15 coups de feu contre le ministère et a lancé quatre grenades d’origine colombienne et de fabrication israélienne contre le TSJ.

Immédiatement après les attaques une vidéo a été diffusée sur Instagram, où Pérez se déclarait en « désobéissance civile » et avec « un groupe de militaires et de policiers », il appelé à un coup d’État contre le président constitutionnel, Nicolás Maduro. Les membres de l’équipage de l’hélicoptère ont exhibé une couverture où on lisait : « 350 : LIBERTAD », en allusion à l’article de la Constitution qui dit que le peuple « ignorera tout régime, législation ou autorité qui contrarie les valeurs démocratiques, les principes et les garanties ou porte atteinte aux droits de l’homme ».

Le chancelier Samuel Moncada a qualifié Óscar Pérez de « psychopathe » criminel qui fait se fait appeler « guerrier de Dieu ». Et il a condamné le silence des pays de l’Union Européenne et de l’Organisation d’États américains (OEA) devant ce qu’il a désigné comme des actions terroristes.

Quelques médias internationaux ont essayé d’occulter le fait ou l’ont présenté comme une opération de faux drapeau. Les autres l’ont exalté et l’ont glorifié. Au moment des attaques dans les deux bâtiments publics, se trouvaient des civils. Et bien qu’on ne compte pas de victimes, par sa nature et les effets qu’il cherchait à produire – perte de vies humaines (vu l’armement utilisé), contrainte psychologique et peur dans la population- ces actes peuvent être qualifiés de terroristes.

Comme on a dit plus haut, le terrorisme est l’usage illégal, calculé et systématique de la violence préméditée pour inculquer ou provoquer la peur et intimider une société. Comme tactique, c’est une forme de violence politique contre des civils et d’autres objectifs non combattants. Il s’agit d’une action indirecte, puisque l’instrument ciblé (des victimes qui ont rien à voir avec le conflit cause de l’acte terroriste), fréquemment sélectionné à cause de sa valeur symbolique ou choisi au hasard (cible occasionnelle), est utilisé pour susciter la peur, pour exercer une coercition ou pour manipuler une audience ou un cible primaire, à travers l’effet multiplicateur des médias, qui peuvent être utilisés comme véhicules de propagande pour discréditer et (ou) user le gouvernement.

À titre d’exemple, Orlando Figuera a été poignardé sur la place Altamira, aspergé avec de l’essence et transformé en torche humaine par des adversaires du MUD, et Barney Subero, un employé retiré de la Garde Nationale a été pris, torturé et assassiné en pleine rue à Cabudare, les deux par une bande opposante pour ressembler à des « chavistas ».

Vu ainsi, le terrorisme est plus que de la simple violence, qui implique la présence de deux parties, l’agresseur et la victime. Le terroriste a besoin d’une troisième partie qui peut être intimidée par le traitement infligé à la victime.

Il est inutile de dire que le maniement du langage appliqué aux mots terreur et au terrorisme a été utilisé, en général, comme un instrument sémantique par les puissants pays d’Occident et les médias à leur service. Dans ce sens, le langage qui est utilisé n’est en rien innocent : le mot terrorisme est toujours appliqué au terrorisme de l’autre, tandis que le sien est caché grâce aux euphémismes. Par exemple, « les combattants de la liberté » de Ronald Reagan dans le Nicaragua sandiniste [et en Afghanistan] et ceux de Donald Trump au Venezuela.

Bien qu’il n’a pas eu d’implications militaires graves, le cas de l’hélicoptère a semblé faire partie de l’escalade putschiste permanente contre Nicolás Maduro. Cela apparaît comme un précédent du plan d’opposition dénommé « Fase Final »[Phase Finale], qui cherche à augmenter les attaques pour semer le chaos dans la vie publique et augmenter la violence face aux élections de l’Assemblée Nationale Constituante.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi .

El Correo de la Diáspora. Paris, le 6 juillet 2017

Le spectre du fascisme au Venezuela, par Alci Rengifo (Venezuelanalysis)

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Oscar Pérez, présenté comme le « superman anti-dictature bolivarienne » par les grands médias, a mené le 27 juin une double attaque terroriste (tirs de rafales et de grenades depuis un hélicoptère) contre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère de l’Intérieur à Caracas.

Il était presque inévitable que la crise vénézuélienne engendre des spectres du fascisme. Avec 80 morts au cours d’affrontements de rue persistants, et la nation prise entre une bureaucratie incertaine et une vieille garde de l’opposition, le terrain est prêt pour l’apparition de nouveaux acteurs radicaux. Le 27 juin, la situation déjà volatile a pris un nouveau tournant lorsqu’un hélicoptère de police détourné fut utilisé pour attaquer plusieurs bâtiments gouvernementaux. Le ministère de l’Intérieur et de la Justice et la Cour suprême furent visés par des attentats à la grenade, sans faire de blessés. Ce qui devrait attirer plus d’attention, c’est la vidéo publiée lors de l’assaut par Oscar Alberto Perez, un officier de l’Agence de police criminelle et scientifique du Venezuela. Perez a non seulement participé à l’attaque, mais prétend faire partie d’un réseau souterrain infiltré dans les forces de sécurité et de l’armée, déterminé à faire tomber le gouvernement sous assaut de Nicolas Maduro. Ce fut un acte qui, par sa méthode de planification, pourrait être qualifié de cinématographique.

 

La vidéo de Pérez a tout d’une déclaration gothique, avec ombres pesantes et du matériel militaire. Il regarde d’un air sévère la caméra avec un froncement de sourcils à la Mussolini, vêtu d’une tenue de combat. Derrière Perez se tiennent des hommes masqués tenant des mitrailleuses. C’est le travail de quelqu’un qui sait comment projeter une image précise. Avant de devenir comploteur, Perez a également travaillé comme acteur du série B au Venezuela, dans des rôles typiquement machistes dans des films avec des titres tels que Mort Suspendue. Dans les photos tirées du film, on peut voir les yeux froids qui aujourd’hui proclament aux Vénézuéliens que la délivrance du socialisme internationaliste en décomposition est à portée de main.

Une grande partie de la couverture médiatique s’est concentrée sur les déclarations tonitruantes de Perez concernant « la restauration de l’ordre constitutionnel ». Mais écoutez attentivement les autres expressions et termes que Pérez utilise dans la vidéo. Ils donnent un aperçu d’une forme de pensée fasciste qui prévaut en Amérique latine depuis au moins la guerre civile espagnole. Dans la vidéo, Perez marie l’idée de la lutte nationaliste avec l’idéalisme chrétien. En désignant un brassard bleu attaché à son bras gauche, il dit : « Nous utilisons ce signe, qui est la couleur de la vérité et de Jésus-Christ, qui est avec nous ». Il s’identifie explicitement, lui et à ses camarades, comme « nationalistes, patriotes et Institutionnalistes « . Vers la fin, il s’écrie plusieurs fois : « nous sommes des guerriers de Dieu, et notre mission est de vivre au service du peuple. Vive le Venezuela ! » Les centurions masqués derrière Perez soulèvent leurs poings en synchronisme avec le futur libérateur et répètent la dernière phrase. Le langage employé par Perez évoque les slogans de dirigeants fascistes comme Francisco Franco, qui a déclaré : « Je suis responsable uniquement envers Dieu et l’histoire. » Espérons qu’il n’adapte pas le slogan du commandant franquiste José Millan Astray qui a popularisé le cri de « Viva la Muerte ».

Il n’est pas surprenant que certains de l’opposition vénézuélienne décrivent maintenant tout cet épisode comme un faux drapeau organisé par le gouvernement Maduro pour justifier des mesures contre les troubles persistants. Jusqu’à maintenant, la plupart des dirigeants de l’opposition étaient des figures de l’ancienne garde sociale, habillés de polos, de casquettes de baseball et se comportant comme des produits typiques du système d’enseignement privé latino-américain. Le principal dirigeant de l’opposition, Henrique Capriles Radonski, a toujours donné l’impression d’avoir un minimum de lucidité et du genre à marcher dans les rues de Westwood ou de Beverly Hills comme un avocat ou un étudiant boursier.

Ces personnes ont réussi à mettre à feu les rues du Venezuela en raison d’une crise économique désastreuse et d’un gouvernement maladroit. Pourtant, ils ont manqué la vision et le talent dramaturgique nécessaire pour diriger une révolution. C’est une raison – en plus de leur identification avec les classes supérieures – pour lesquelles ils ne pourraient jamais rivaliser avec la figure éloquente et hors normes de feu Hugo Chavez. Lorsque les prix du pétrole était au plus haut, et que Chavez semblait capable de contourner les structures capitalistes du pays pour financer son projet, quelqu’un comme Radonski ne pouvait jamais se comparer au titan rouge. Avec Chavez mort, et remplacé par un Maduro moins charismatique, il semble que le fascisme révolutionnaire commence à relever la tête, en utilisant l’image et la violence pour gagner des convertis.

En tant qu’acteur, Perez savait comment planifier l’attaque d’un hélicoptère pour être plus théâtral que mortelle. Une bannière pendait sur le côté de l’hélicoptère qui lisait « Liberté. Article 350. » Ce fut un geste dramatique utilisant l’article de la constitution vénézuélienne qui donne aux citoyens le droit de se rebeller contre un régime tyrannique. Ironiquement, c’était la constitution fondée par Chavez lui-même après avoir assumé le pouvoir à la fin des années 1990. Mais au cœur du drame, ce qui compte, c’est l’impact de l’image. Jusqu’à présent, l’opposition vénézuélienne n’avait aucun sens du romantisme politique. Perez a compris le besoin de gestes héroïques, mais avec les arts noirs du fascisme.

La situation au Venezuela est un étrange mélange d’escalade et d’impasse. L’opposition a rassemblé suffisamment de soutien pour poser au moins une menace électorale au gouvernement de Maduro, mais ils n’ont toujours pas pu pénétrer pleinement les secteurs pauvres et ouvriers – ceux qui s’accrochent encore aux programmes sociaux du Chavisme. Si un mouvement nationaliste radical émergeait avec la capacité de mordre sur les secteurs des opprimés, alors l’équilibre des forces pourrait changer pour le pire.

Il existe déjà des signes que les mouvements fascistes traditionnels, mis en sommeil, profitent de la crise actuelle pour refaire parler d’eux. Parmi ces mouvements figurent ORDEN (Mouvement nationaliste), qui dispose d’un site Web techniquement bien fait, de vidéos de propagande léchées et d’un journal. Le logo du groupe transforme le cheval blanc du drapeau national en un éclair équestre. Comme Aube Dorée en Grèce, ORDEN se drape dans un discours de salut national tout en organisant une iconographie classiquement fasciste. Il est facile de trouver des bannières ORDEN dans certaines des marches actuelles de l’opposition. Ils ne sont en aucun cas représentatifs des tendances dominantes au sein de l’opposition, mais si la situation atteint de nouveaux niveaux de violence, ils pourraient avoir une opportunité.

L’opposition a mené des actes de sabotage et de violence visant des symboles sociaux spécifiques du gouvernement qui donnent au conflit son caractère idéologique. Le site de presse Venezuela Analysis rapporte que les groupes anti-gouvernementaux ont mis le feu à 50 tonnes de nourriture dans un centre de distribution du gouvernement dans l’état d’Anzoategui. Des graffiti inscrits sur les murs du centre exclament « Maudits Chavistas ». Cela vient en plus des récents assassinats de militants chavistes, de lynchages et Chavistas présumés dans les rues et de l’assassinat du juge Nelson Antonio Moncada Gomez, qui a été impliqué dans la condamnation à la prison de la figure de l’opposition Leopoldo Lopez. Lopez fut accusé de mener une vague de violence pendant les manifestations de 2014. Même si des personnages de l’opposition tels que Radonski, Machado ou Lopez ne tolèrent pas ouvertement ces actes de violence, le goût du sang se développera si le statut quo se poursuit.

C’est un terrain toxique, mûr pour la formation de forces fascistes. Du côté bolivarien, la situation devient incertaine et fracturée. Bien que Maduro poursuit son projet pour une assemblée constituante, il a déjà prévenu qu’un renversement du système sera combattu par la lutte armée. La dissidence dans les rangs bolivariens est maintenant apparente avec la rébellion ouverte de la procureure générale Luisa Ortega, qui a été frappée par une interdiction de voyager et un gel des avoirs par la Cour suprême. C’est une situation surréaliste qui donne l’image d’un gouvernement empêtré dans ses propres luttes internes de pouvoir. L’acteur déterminant sera les forces armées. Si une figure dans le style de Perez émerge des échelons supérieurs, alors ces sont les tanks qui règleront la situation comme au Chili en 1973 ou en Égypte en 2013. Il est révélateur que Perez n’a pas été capturé par les forces de sécurité, malgré la chasse active du gouvernement. La question doit être soulevée s’il a effectivement des alliés au sein des forces armées ou d’autres secteurs gouvernementaux qui l’abritent.

Il est incertain si une assemblée constituante règlera quelque chose au Venezuela, alors que Maduro cherche de plus en plus à faire des concessions au milieux d’affaires tout en faisant des annonces populistes sur les consultations de rue et en augmentant sans cesse le salaire minimum. L’expérience bolivarienne n’a jamais eu une théorie ou un cadre clair et défini – Chavez semblait improviser et réviser de 1998 jusqu’à sa mort en 2013. En sortant des modèles marxistes du siècle précédent, Chavez semblait tenter une transformation progressive par des étapes qui étaient parfois inspirées et parfois floues. Vers où le Venezuela se dirigeait restera une question sans réponse après la maladie et la mort de Chavez.

A présent Maduro se retrouve dans d’étranges limbes social-démocrates, avec Perez qui signale l’émergence d’éléments fascistes très clairs et déterminés à détruire le projet bolivarien. La monnaie vénézuélienne a perdu 99,8 pour cent de sa valeur au cours des cinq dernières années, et le pays lutte maintenant avec seulement 10 milliards de dollars de réserves. Ce n’est pas un échec du socialisme, comme l’affirme trop rapidement la classe capitaliste, mais le résultat d’une tentative improvisée de réforme radicale du XXIe siècle basée sur une seule marchandise – le pétrole – qui n’a jamais transformé le tissu social du pays.

Le danger est que le fascisme, élevé dans les classes dirigeantes et le système économique mondial dominant, est toujours clair sur ses intentions. Perez dans sa vidéo proclame explicitement le nationalisme et la religion comme base idéologique. Comme l’explique Enzo Traverso dans Fire and Blood : La guerre civile européenne 1914-1945, son étude clé sur les guerres européennes et leurs racines idéologiques, le franquisme en Espagne a clairement défini les côtés opposés comme « la patrie et l’anti-patrie ». C’est ainsi que Perez et d’autres groupes comme ORDEN définissent la lutte au Venezuela, en tant que nationalistes contre les personnes infectées par l’idée étrangère (particulièrement cubaine) du socialisme et de l’internationalisme, et l’opposition prend toujours de condamner les généreuses offres pétrolières vénézuéliennes aux pays alliés. Si le Venezuela n’est pas engagé dans une guerre civile ouverte, il est certainement au milieu d’une guerre sociale féroce définie par des antagonismes idéologiques clairs.

Le drame terrible du Venezuela devrait être surveillé de près par les mouvements de gauche dans les Amériques et au-delà. Toujours errant dans des brumes post-guerre froide, des mouvements tels que Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne et Syriza en Grèce ont tenté de manœuvrer dans des eaux sociales agitées et le reflux à mesure que de nouvelles forces réactionnaires, basées sur le culte du sang et de la terre, s’organisent. Alors que la gauche cherche à redécouvrir quels programmes offrir à l’âge de l’austérité et de Trump, le camp de la réaction violente offre des options claires et chauvines. Ils emploieront l’esthétique et les actions audacieuses, laissant leurs adversaires ressembler à des bureaucrates périmés. En ce sens, le danger ne réside pas tant dans le fascisme qui deviendrait une force idéologique dominante au Venezuela, mais dans comment elle peut profiter d’une situation fracturée. Les dirigeants de la révolution doivent se battre pour un projet qui demeure incertain et indéfini. Le fascisme peut alors se glisser par la porte arrière, drapé dans les symboles rassurants du drapeau et de la tradition. Le temps nous dira si une population épuisée par la violence et l’incertitude va réagir ou préférer attendre et voir comment la situation évolue. Perez n’aura peut-être eu que ses 15 minutes de renommée, mais ce sont 15 minutes qui mettent en garde contre une tempête qui se prépare.

Alci Rengifo

Alci Rengifo est un écrivain et critique basé à Los Angeles qui contribue régulièrement à Los Angeles Review of Books et est rédacteur en chef associé à Brooklyn et Boyle à l’est de Los Angeles.

Source : https://venezuelanalysis.com/analysis/13224

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https://www.legrandsoir.info/le-spectre-du-fascisme-au-venezuela-venezuela-analysis.html

Venezuela : le « hors-jeu » des intellectuels

Le commissariat est un tas de ruines et de cendres. Il a été assiégé pendant quatre heures par un groupe d’une vingtaine de personnes munies d’armes à feu et un tireur d’élite, qui ont fini par l’incendier et le détruire en utilisant une excavatrice volée dans un établissement appartenant à ‘état lors de pillages. Six policiers ont été blessés. C’est tout juste s’ils ont pu sauver leur peau car ils étaient moins nombreux que les paramilitaires qui leur ont tiré dessus quatre heures durant dans l’objectif de les tuer. Combien de balles pendant une telle durée ?

Devant le commissariat, il y avait une place, sur cette place des gens parmi lesquels se trouvaient les paramilitaires. Celui qui nettoie les ruines et avec qui je parle pourrait même être l’un d’eux. La terreur hante le souvenir des militants chavistes qui étaient présents.

Par Marco Teruggi. Blog : https://hastaelnocau.wordpress.com/

Une nuit, les lumières de la ville se sont éteintes, le ciel s’est illuminé de feux de Bengale et les destructions ont commencé. C’est comme cela que ça s’est passé au début.

Durant la journée, des groupes de 30 individus motorisés, portant des capuches et les armes à la main parcouraient les rues obligeant les commerces à fermer. « Hé les rats rouges ! nous allons vous tuer », criaient-ils. Certaines personnes ont dû se cacher pour éviter d’être assassinées par un groupe de quinze motards et deux voitures, devenant clandestins dans une ville ou un dispositif de contrôle militaire se déployait.

Le même jour, 7 autres commissariats ont été attaqués rien que dans l’État de Barinas, sans compter les commerces détruits. Ce qui signifie un total de 8 groupes disposant des moyens de mener cette action. Et cela ne s’est pas seulement passé à cet endroit, mais dans près de 10 villes et villages du pays ces dernières semaines.

Il s’agit d’attaques-surprise, avec occupation violente des lieux durant 1 ou 2 jours, jusqu’à une semaine dans certains cas. Une démonstration de force pour tester la réaction de l’État, des corps de sécurité et du chavisme.

Mais revenons-en au commissariat. Je marchais parmi les ruines et je tombe sur une déclaration d’intellectuels de gauche. (NdT : une forte visibilité a été offerte, p. ex. par le Journal français « Le Monde », à la pétition lancée début juin par un groupe d’« intellectuels de gauche », altermondialistes ou écologistes d’Amérique latine, d’Europe et des États-Unis dénonçant la « dérive » de Maduro. Le soutien au gouvernement vénézuélien, accuse ce texte, « relève non seulement d’un aveuglement idéologique néfaste, mais il contribue malheureusement à la consolidation d’un régime autoritaire » (sic)). Que penser, dans ces circonstances, d’un texte qui accuse le gouvernement d’autoritarisme? A en juger d’après cette situation d’un village occupé de force pendant 5 jours, c’est justement l’autorité qui a fait défaut. Que doit faire l’État devant une telle attaque de paramilitaires? J’y ai réfléchi. Le texte que j’avais sous les yeux ne m’apportait aucune clé me permettant de comprendre ce que je voyais. Au contraire, il révélait une profonde méconnaissance des événements. Il taisait la réalité des faits.

Deux mois après le début de cette phase du conflit, il était déjà impossible de défendre la thèse de mobilisations pacifiques de la droite. Quiconque la soutient est soit radicalement désinformé, soit un menteur. C’est sur cette thèse et des énoncés du genre « l’opposition controversée » qui se fonde sur une partie de la structure argumentative/politique des intellectuels de gauche. En réalité, nous ne sommes pas devant une mobilisation démocratique avec des incidents propres des conflits de rue avec barricades et cocktails Molotov, qui ne sont que la partie apparente de l’iceberg, le montage médiatique dont a besoin la droite selon le schéma qui a déjà été développé en 2014, avec, rappelons-le, un bilan de 43 morts.

Nous sommes là devant quelque chose de très différent. L’événement du commissariat en est une preuve. Ainsi que les couvre-feux imposés par les paramilitaires dans différentes localités, les tracts menaçant de représailles ceux qui ouvriraient leurs commerces ou conduiraient les véhicules de transport public –menaces mises à exécution-, les attaques de camions acheminant des denrées alimentaires vers la capitale et les assassinats de cadres chavistes.

Il ne s’agit pas simplement d’une « escalade de la violence » dans l’abstrait, manière d’appeler les choses qui nous rappelle le journal argentin El Clarin qui accusa la « crise » d’être responsable de l’assassinat de Mario Santillan et Maximiliano Kosteki. Nous sommes devant un plan d’intensification de la violence avec déploiement de forces paramilitaires qui ont été infiltrées sur le territoire vénézuélien depuis des années. Il est surprenant de constater que des intellectuels de gauche ayant pourtant suivi des cursus d’analyse des pays du continent, ne reconnaissent pas la similitude de ces événements avec ceux qui se sont déroulés dans des pays comme la Colombie, qui a des centaines de kilomètres de frontières communes avec le Venezuela.

Un Colombien qui a vécu la terreur paramilitaire sait en revanche automatique détecter ce qui se passe au moyen des mêmes méthodes au Venezuela.

Cet aspect déplace le débat sur un autre point : que doit-on faire? Comment doit réagir un État lorsqu’il est directement agressé dans ses organes de sécurité par des groupes armés financés depuis des pays étrangers, comme les USA et la Colombie? Ne doit-il pas se défendre? Comment doit-il assurer sa défense dans le cadre d’une processus politique comme celui que connaît le Venezuela? Nous sommes là devant une situation complexe, inconfortable, où les rôles sont inversés.

Je lus donc ce texte et n’y trouvai aucun élément de réponses. Je constatai qu’il ne fait que répéter les thèses de la droite présentées de manières académique et progressiste – progressiste?

Pendant ce temps, des opposants ont tiré sur un groupe de journalistes qui accompagnaient la police et une compagne de Telesur fut touchée par une balle. Si elle n’avait pas eu son gilet pare-balles et son casque, elle serait morte, selon la presse. Et ce serait « l’escalade de violence » qui aurait tiré la balle ?

Le texte des intellectuels de gauche met quasi exclusivement l’accent sur ce qu’ils définissent comme des erreurs du gouvernement. Ils revendiquent cette critique en particulier. Je ne cesse de m’interroger sur l’arrogance de ceux qui prétendent que l’Histoire commence à partir du moment où ils entrent en scène. Ils ont l’air de croire qu’au Venezuela les critiques n’existent pas, que le chavisme est monolithique, que les expériences d’organisation populaire, les communes par exemple, ne contestent pas la bureaucratie et ne la nomment pas publiquement pour ce qu’elle est : une bureaucratie corrompue. Puis ils viennent nous faire la leçon pour, disent-ils, occuper la place d’une gauche qui ne se tait pas.

La première chose qu’ils auraient dû faire, la plus importante, est d’écouter avant de parler.

Selon eux, ils l’auraient fait, et l’argument avancé est qu’il existerait au Venezuela un espace politique qui aurait adopté une position similaire à la leur. L’ étonnant est qu’en se référant à cet espace, une seule personne soit nommée : Edgardo Lander. C’est donc à partir d’une telle analyse –Lander continue encore à défendre la thèse de manifestations pacifiques- que nos intellectuels construisent leur structure argumentative. L’espace auquel ils se réfèrent est constitué de personnes aux références et aux parcours douteux, à quelques rares exceptions près. Tout le monde sait cela au Venezuela, non seulement le gouvernement mais aussi la militance populaire, les organisations critiques, communales, dont à mon avis les intellectuels de gauche ne connaissent même pas l’existence. D’où la pauvreté des documents publiés.

Leur argumentation ignore tout de l’expression critique constructive qui existe au sein du chavisme. Ils signent leurs articles sur le Venezuela en ignorant tout de la réalité des communes, des régions, des campagnes et des brigades de défense chavistes qui s’organisent dans un certain nombre de villes et villages face au scénario en cours. Ils parlent du haut d’une place qui serait située bien au-dessus du commun des mortels, en particulier des classes populaires qu’ils évoquent selon un point de vue purement académique et qui renforce leur point de vue sans doute! Ils posent un diagnostic qui est long à s’asseoir : leur production intellectuelle a du retard sur la réalité vénézuélienne ! Elle est complètement hors-jeu. La meilleure réflexion politique, les meilleures conclusions et synthèses sont loin d’être le fait de la classe intellectuelle à ce jour, mais sont en grande partie produites par les habitants et les habitantes des communes, sans aucune idéalisation de ma part.

L’arrogance -l’opportunisme?-les amène à faire de leur situation hors -jeu un communiqué public. En lisant ce qui est écrit, je constate une fois de plus qu’il n’apporte aucun élément de compréhension de la situation ni la moindre proposition de sortir du scénario en cours qui présente tous les indices d’affrontements civils provoqués par la stratégie mise en œuvre par la droite. Le texte raisonne selon une logique gouvernement/opposition et non de révolution en marche/contre-révolution totale. Je vois ensuite un appui au communiqué signé par Mariestella Swampa dans lequel elle se pose en victime, affirmant qu’une logique de lynchage a été déclenchée contre elle. Puis je lis un article : le jeune qui a été lynché puis brûlé en pleine manifestation de la droite car soupçonné d’être chaviste, est mort. J’ai repassé les images des faits, le jeune a été battu par des dizaines d’individus avant de partir en courant, le corps en feu. Le monde entier a vu ces images. Pourquoi les paramilitaires, ni les assassinats dûs à la haine politique au Venezuela n’empêchent-ils pas les intellectuels de gauche de dormir ?

Pour ma part, j’ai choisi de répondre de l’intérieur même du chavisme, en adoptant une position critique publique contre les bureaucrates, les corrompus, les traîtres et les « autoproclamés ». J’en ai beaucoup parlé, tout est écrit. Pour transformer la réalité du processus révolutionnaire en cours, dans les secteurs dominés par la bureaucratie, il faut laisser place à la critique, et rétablir raison et détermination. La bureaucratie n’est pas tombée du ciel et ne sera pas éliminée à coups de textes. Elle fait partie des difficultés, des débats, des tensions et des obligations d’un chavisme qui se veut radical, populaire et rebelle.

Voilà une tâche qui reste à effectuer, avec une question: nous reste-t-il assez de temps?

Le processus pour établir une Assemblée Nationale Constituante, à laquelle se sont inscrits plus de 55 000 candidats, peut être une opportunité tant pour un retour au débat d’idées sur un plan démocratique que pour un renouvellement interne du chavisme, ce mouvement participatif pouvant lui faire récupérer une majorité électorale. C’est-ce que je souhaite ; j’écris, je milite pour que cela arrive.

Il n’existe à ce jour aucun autre bloc en dehors du chavisme et de la droite actuelle. Vouloir se situer dans un au-delà en invoquant une « complexité » par opposition au supposé « simplisme » de tous les autres revient dans les faits à rester piégé du côté du bloc de la droite, comme le dit Enrique Dussel. Et donc, de soutenir la stratégie élaborée et financée par les USA et les classes dominantes vénézuéliennes, ce qui représente une lutte des classes brutale, avec toutes ses contradictions. Les hommes d’affaires et les propriétaires terriens le savent clairement. Il n’existe aucun endroit qui serait situé au-dessus du conflit en cours et invoqué au nom du peuple qui ne serait pas représenté par les deux forces politiques existantes. Ce lieu n’existe que dans l’imaginaire de ceux qui écrivent, dans une sorte d’auto-reconnaissance, dans un désir de se situer quelque part dans leur ego. Mais sûrement pas dans la bataille politique actuelle, ni dans les conclusions du communiqué. Et la simplification de Svampa prétendant que ceux qui se sont opposés au communiqué se limitaient à l’espace politique argentin est fausse. Chaque jour qui passe apporte la confirmation que la défense critique du Venezuela n’appartient pas exclusivement à un secteur de la gauche, mais à un ample éventail de forces et de courants d’intellectuels qui peuvent difficilement être assimilés à leur parcours. Serions-nous tous simplistes? Qu’est-ce-qui réunit une telle diversité de signatures dans un communiqué qui prime sur celui des intellectuels de gauche?

Je pense qu’il s’agit d’adopter une position éthique face à ce conflit, de faire preuve d’un sens de l’histoire et de la responsabilité qui permette de distinguer où se situent les frontières entre la critique et la collaboration avec la stratégie de l’ennemi – je dis bien « ennemi » en toute connaissance de cause, son plan étant de faire table rase du chavisme comme le montrent les faits-.

Ce communiqué a peut-être favorisé le cadre d’unité qu’il recherchait. Pour le moment, les pronostics n’offrent pas de signaux positifs. Les mouvements souterrains des forces paramilitaires de droite annoncent de probables attaques à plus grande échelle. Ses porte-paroles l’ont annoncé : ils ne reconnaîtront pas l’Assemblée Nationale Constituante et feront leur possible pour qu’elle ne soit pas établie. Ce qui veut dire qu’ils peuvent commettre des actions pour empêcher la tenue des élections, forcer à l’abstention par l’usage de la violence, par exemple. Ils s’y sont déjà entraîné dans ces réunions, mesurant leurs forces à celles du gouvernement. Selon diverses analyses, leur plan est de plonger le pays dans le chaos, le pousser à l’affrontement, à une violence chaque fois plus destructive pour la société elle-même et à une situation d’ingouvernabilité où se disputeraient territoires et sens. Ils ont le feu vert des États-Unis pour le faire.

Que faut-il faire face à cela? Quelles actions doit mener le chavisme? J’ai lu le manifeste sans y trouver la moindre réponse. Je n’y vois que la crise d’intellectuels.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/06/08/el-orsai-intelectual-ante-venezuela/

Traduction : Frédérique Buhl

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Des « porteurs de boucliers » à Oscar Pérez : comment les médias blanchissent l’image du terrorisme au Venezuela

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L’agence Reuters a organisé une séance photo à 23 “escuderos” (du mot escudo = bouclier) ou membres de la dénommée Résistance, des jeunes qui ont commis de graves délits sous couvert de leur « lutte » contre le gouvernement de Nicolas Maduro. “(Le palais présidentiel de) Miraflores en flammes”, dit ce bouclier. Photo: Carlos García Rawlins, Reuters.

Qu’arriverait-il si les fondamentalistes religieux qui posent des bombes, écrasent des personnes et exécutent des actes terroristes dans des pays européens, était soudain présentés par les agences de presse internationales comme des héros, des personnes sensibles qui se préoccupent d’autrui? C’est à peu près ce qui se passe en ce moment au Venezuela : d’importantes agences internationales comme Reuters, et des médias du monde entier (du Washington Post, à CNN, El País d’Espagne ou El Comercio du Pérou) présentent comme des héros et de grands combattants ces jeunes opposants qui ont détruit des édifices publics et assassiné des personnes innocentes. C’est la même chose dans le cas d’Oscar Pérez, le pilote protagoniste mardi dernier d’une attaque terroriste contre deux édifices gouvernementaux, que l’on présente dès lors comme un “Rambo”, un “Superman” et une personne sensible, qui aide les enfants atteints de cancer. Comment expliquer cette attitude des médias ?

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Texte: Alba Ciudad 

L’agence Reuters a publié ce jeudi 29 juin un travail spécial avec 23 photos style portrait, de 23 jeunes membres du groupe auto dénommé “La Résistance” ou “Los Escuderos”. Les 23 photos paraissent dans un dossier spécial pour les abonnés de l’agence londonienne.

Les images s’appuient sur un travail d’éclairage et une esthétique tout à fait professionnels. Elles ont été réalisées par Carlos García Rawlins, photographe vénézuélien qui travaille pour l’agence depuis de nombreuses années et dont personne ne mettrait en cause la qualité des travaux.

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Capture d’écran

Sur l’une des photos, un jeune brandit un couteau de chasse. Sur une autre, une jeune fille arbore un bouclier avec le slogan « Miraflores en flammes », en référence au Palais Présidentiel vénézuélien, que l’on voit brûler sur un dessin du bouclier.

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Les clients de Reuters sont des journalistes, des revues, des sites web, des télévisions et des médias du monde entier.

Le dossier de photos a déjà été publié dans des médias comme La Nación ou Clarín (Argentine), El Comercio (Pérou), El País (Espagne), El Confidencial (Espagne), La Patilla ou El Nacional (Venezuela). On ignore quel aura été le coût payé par ces médias pour l’acquisition des droits d’utilisation de ces photos, coût qui est fonction de l’utilisation qui en sera faite, de la résolution requise, du type de média (papier ou numérique…), du nombre de jour et d’autres détails. D’autres agences vendent chaque photo 300 dollars, avec des remises spéciales pour les clients habituels.

Le gouvernement vénézuélien décrit ces jeunes comme des « terroristes », et, même si certains estiment qu’il s’agit d’une exagération, on ne peut lui donner entièrement tort : ces jeunes oscillent sur une frontière diffuse entre manifestants violents et membres d’une guérilla urbaine. Ils font usage d’explosifs artisanaux et d’armes potentiellement meurtrières. Ils ont assassiné des personnes (dans certains cas après les avoir brûlées vivantes) et ils ont attaqué des édifices remplis d’employés publics et de personnes innocentes. Pourquoi une agence de presse consacre-t-elle autant de moyens à laver l’image de ce groupe de jeunes?

Des manifestants ?

Venezuela’s shield-bearing protesters“, est le titre de l’album en anglais. En espagnol, il a été traduit par : “Des manifestants vénézuéliens avec des boucliers”. Mais, peut-on réellement les considérer comme de simples « manifestants » ?

La Constitution vénézuélienne, adoptée par référendum en en 1999, stipule que “les citoyens et citoyennes ont le droit de manifester, pacifiquement et sans armes, sans d’autres conditions que celles établies par la loi”. Mais les propres photos de Reuters montrent un manifestant brandissant un couteau, et une autre appelant à mettre le feu au palais du gouvernement. 

Lorsque les “ escuderos” arrivent sur le lieu des manifestations à l’est de Caracas, le visage recouvert de coûteux masque antigaz, ils sont applaudis et plébiscités par les autres opposants. Ils arrivent généralement en camion et à bord de véhicules qu’ils ont enlevés quelques minutes auparavant au chauffeur d’une entreprise privée ou publique qui a commis l’erreur de passer part Altamira ou Chacao alors qu’il aurait mieux fait de s’abstenir. Dans de nombreux cas, les camions sont pillés avant d’être utilisés.album4

La scène ressemble fort souvent à celle que les agences nous montrent lorsque le groupe terroriste Daesh, mal nommé État Islamique ou ISIS, prend une ville en Syrie ou en Irak, pour semer la terreur dans la population.album5.png

Les camions « réquisitionnés » sont utilisés comme barricade pour couper l’autoroute principale de Caracas ainsi que d’autres voies de circulation. Ils finissent très souvent détruits. Peu de médias signalent que ces camions sont détournés ou volés par ce groupe de jeunes opposants ; ils évitent d’utiliser des termes négatifs à leur égard, bien que, à plusieurs reprises, leurs propres collègues journalistes aient été la cible de leurs attaques.

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Ces jeunes utilisent principalement des armes artisanales fabriquées par eux-mêmes : ils confectionnent une sorte de grenades rudimentaires avec des explosifs pyrotechniques et du scotch, qui lorsqu’elles explosent projettent des vis, des boulons, des clous et des pièces métalliques comme s’il s’agissait d’éclatsIls utilisent également une sorte de mortier qu’ils montent avec des tubes en métal ou en PVC, pour lancer des feux d’artifices modifiés et des billes. Mais plusieurs fois on a pu les photographier en train de tirer avec des armes à feu conventionnelles.

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Explosifs artisanaux saisis. Le 1er mai, utilisation d’un mortier artisanal lors des affrontements avec la GNB (Garde Nationale Bolivarienne). Photo: Reuters

Cette utilisation d’armes artisanales, mais potentiellement meurtrières, leur permet de se présenter face au monde comme de simples « manifestants » alors qu’ils agissent comme des combattants qui remettent en cause la loi, les règlements et même ce que la population vénézuélienne admettrait contre eux, selon les principes de l’usage progressif et différencié de la force et le respect des droits humains.

Il faut bien souligner que dans d’autres pays que l’on qualifie de « démocratiques », ils seraient réduits par la force sans la moindre hésitation.

Ukraine

L’album de photos diffusées par Reuters est accompagné d’un commentaire en anglais :  « En s’inspirant des révoltes d’Ukraine entre 2013 et 2014, de jeunes manifestants vénézuéliens arborent des boucliers semblables à ceux des Vikings dans leurs batailles contre les forces de sécurité, alors qu’ils regardent avec impatience un film sur les soulèvement de Kiev ».

Un film? Quel film? Qui le projette? Un article de Reuters également publié le 29 juin complète le dossier de photos. Il signale que des “adversaires du président Nicolas Maduro”, sans préciser leur identité, “ont organisé des projections publiques du documentaire de Netflix Winter on Fire“, qui relate les mois de manifestations en Ukraine lesquelles ont mené au renversement du président élu Viktor Yanukovich.

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Affiche de “Un hiver de feu, la lutte d’Ukraine pour la liberté”, le documentaire de Netflix que l’opposition vénézuélienne projette à ses jeunes pour « les motiver ».

L’article essaie de présenter les « escuderos » violents de façon positive en signalant qu’ils ne sont pas à égalité face aux forces de sécurité et que leurs «précaires boucliers ne sont pas assez résistants pour les protéger des plombs ou des jets d’eau et encore moins des balles»

Il essaie de faire des parallèles entre l’Ukraine et le Venezuela même avec le nombre de morts des deux conflits en signalant que les manifestations du pays européens avaient fait 100 morts, alors qu’au Venezuela on compte au moins 80 personnes. Une façon de dire que “la victoire n’est pas loin” et de relever le moral d’une opposition qui doit répondre à de nombreux doutes sur l’utilité de cette « lutte ».

En règle générale, les agences internationales ne donnent pas beaucoup de détails sur la cause de la mort de ces personnes, sauf quelques cas emblématiques. Pour les autres, la question n’est pas abordée.

Dans le cas qui nous occupe, c’est la même chose. On dit seulement, de façon générique, que de « nombreuses » morts sont dues à « des impacts d’armes à feu ». La grande majorité des lecteurs finit par imaginer que les presque 100 morts du Venezuela depuis avril étaient des manifestants innocents, assassinés par des effectifs militaires ou policiers. Peu d’agences de presse spécifient que la grande majorité des morts n’étaient pas des manifestants, mais, dans la plupart des cas, des personnes innocentes qui se sont trouvées piégées dans des affrontements, qui ont été victimes d’accidents de la route causés par les barricades ou qui ont été victimes de tirs de l’opposition elle-même.

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On ne dit pas non plus que le Ministère Public, qui est en ce moment dirigé par une virulente opposante au Gouvernement, a arrêté tous les fonctionnaires policiers et militaires accusés prétendument d’avoir assassiner des manifestants (quelques 19, d’après les informations fournies par ladite Procureure Générale, Luisa Ortega Díaz, début juin).

Même les dirigeants de l’opposition s’en sortent très bien dans cet article, lorsqu’ils sont comparés à leurs pairs ukrainiens. “Au Venezuela (…) les principaux leaders de l’opposition marchent aux côtés des jeunes vénézuéliens, alors qu’en Ukraine on critiquait le manque de participation de l’opposition”.

L’article de Reuters conclut que les opposants doivent passer à une nouvelle étape dans laquelle ils occupent des positions nuit et jour comme en Ukraine. “Les manifestants du pays slave restaient jour et nuit malgré des conditions climatiques adverses alors qu’au Venezuela les manifestations se terminent à la tombée de la nuit et lorsqu’il pleut la participation diminue de façon visible (…) Le moment est arrivé d’élever les manifestations à un autre niveau, mais nous devons nous organiser si nous voulons occuper les rues nuit et jour , si réellement il s’agit d’un pays sans retour”, dit l’article qui cite Hans Wuerich, activiste de l’opposition qui est devenu célèbre en participant nu à une manifestation.

Tel est le nouveau plan de l’opposition? Seul le temps peut le dire. Le député de droite Requesens vient d’expliquer publiquement que cette étape est nécessaire pour préparer une intervention extérieure.

Blanchir l’image de l’auteur de l’attaque terroriste en hélicoptère

Le cas antérieur n’est pas le seul cas de lavage d’image d’auteurs d’attaque terroriste, pour essayer de minimiser leurs actions. Mardi dernier, un membre de la police scientifique vénézuélienne (CICPC, Corps d’Investigations Scientifiques, Pénales et Criminalistiques), du nom d’Oscar Pérez, avec deux autres personnes, ont détourné un hélicoptère de la police et l’ont utilisé pour mener une attaque armée contre les édifices du Ministère de l’Intérieur et du Tribunal Suprême de Justice (TJS), tous deux au centre de Caracas.

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Photo : Réseaux sociaux

De nombreux tirs ont été réalisés contre le premier édifice. Quatre grenades ont été lancées contre le TSJ, trois ont explosé. On ne déplore ni mort ni blessé, mais, des dizaines de personnes se trouvaient dans les deux édifices à ce moment-là : dans le premier avait lieu une réception pour des communicateurs sociaux en l’honneur du Jour du Journaliste. Dans le TSL avait lieu quelques minutes avant l’attaque une journée consacrée à l’attention sociale dans le patio.

De plus, dans les deux lieux se trouvaient des travailleurs dans les bureaux, dans certains cas des enfants que les parents emmènent au travail en raison des vacances scolaires. Les témoignages de ces travailleurs révèlent la panique qui s’est emparée d’eux.

En outre, Oscar Pérez a laissé une vidéo dans laquelle ils se proclament “Guerriers de Dieu”, exigent la démission de Nicolas Maduro, de son cabinet et la réalisation d’élections générales.

Dans n’importe quel pays du monde, un tel évènement serait catalogué d’“attaque terroriste”. C’est ce que le gouvernement vénézuélien a fait, sans hésitation. Mais les médias vénézuéliens et internationaux ont adopté une attitude diamétralement opposée : celle de présenter Oscar Pérez comme un personnage positif.

Il ne viendrait à l’idée de personne au Venezuela de minimiser les récentes attaques terroristes commises par les fondamentalistes religieux dans les pays européens, sans se soucier des problèmes que traversent les pays. Mais la presse du Venezuela et des États-Unis fait tout ce qui est en son pouvoir pour présenter l’un des auteurs d’une attaque terroriste contre deux institutions publiques, comme un héros.

Ces médias ont décidé de minimiser l’importance de ces attaques. Pour le Washington Post, il ne s’agit nullement d’une attaque terroriste mais d’un « vol de protestation contre Maduro ».

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“L’hélicoptère utilisé dans un vol de protestation contre Nicolas Maduro, fait monter les tensions au Venezuela”, titre The Washington Post.

Un grand nombre de médias ont fait le choix de présenter Pérez comme un héros, un “Rambo” vénézuélien ou un James Bond, profitant du fait qu’il a été le protagoniste d’un film il y a quelques années.

“Oscar Pérez, un pilote de film”, tel est le titre qu’a choisit El País d’Espagne pour faire son portrait.

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El País, Espagne

D’autres médias, comme CNN en Espagnol, Euronews, El Correo, Diario Registrado ou TSF (Portugal), le comparent à James Bond, Rambo ou Superman.

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CNN en Espagnol

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El Correo

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TSF, média du Portugal

 

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EuroNews

Pratiquement tous les médias vénézuéliens ont répété jusqu’à la satiété l’histoire sentimentale suivant laquelle lors d’une opération, ce membre de la police scientifique a parlé à un enfant des rues qui lui aurait confié que lorsqu’il serait grand, il voulait devenir “un pran” (mot utilisé au Venezuela pour désigner les chefs de bandes criminelles), parce qu’ainsi il pourrait avoir des voitures, des femmes et vivre comme il voudrait. Les médias ajoutent que cette rencontre a changé la vie de Pérez, qui a créé une fondation et commencé à tourner des courts métrages pour “semer des valeurs” afin d’essayer de changer cette réalité. Ils signalent qu’il est le protagoniste du film “Mort Suspendue” qui a pour but de transmettre des valeurs positives à la jeunesse.

Le film, qui est sorti en 2015, a été réalisé par Oscar Rivas. Personne ne précise qu’il a bénéficié d’un financement de l’état vénézuélien.

Cette opération de lavage d’image de Pérez atteint le summum avec le quotidien vénézuélien qui s’efforce de le présenter comme un philanthrope qui s’occupe d’aider les enfants malades.album17

C’est ainsi que le décrit Oscar Rivas, réalisateur du fameux film, dans un article du quotidien El Nacional intitulé “Óscar Pérez aidait les enfants dans le besoin”, publié le 30 juin :

Moi je dis qu’il est né avec un seul objectif dans la vie, celui d’aider les gens dans le besoin. Il entreprenait toujours des choses positives. Il veillait à ce qu’aucun enfant des rues ne souffre de faim, qu’aucun n’aille mail. Il a fait plusieurs courts métrages pour faire prendre conscience aux citoyens des problèmes de circulation, du comportement commun (…) un peu pour récupérer les valeurs qui se perdent dans notre pays. Voilà le travail que fait Oscar”.

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Capture d’écran de El Nacional

El País souligne également sa position de personne qui aide les enfants malades.

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Capture d’écran de El Mundo, Espagne

Le quotidien vénézuélien d’opposition El Carabobeño a également reproduit une dépêche de l’agence française l’AFP, qui montre comment la délinquance avait affecté Pérez en lui enlevant un frère et en séquestrant un de ses enfants. Une façon évidente de susciter de l’empathie et de la compréhension envers l’auteur d’un acte terroriste qui a souffert de la plupart des maux qui ont affecté la majorité des vénézuéliens, mais qui a décidé de faire quelque chose.

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Capture d’écran de El Carabobeño

La prise de parti des médias vénézuéliens et internationaux pour la lutte de l’opposition vénézuélienne est un fait qui a été dénoncé dès les premières années de la révolution bolivarienne lancée par Hugo Chávez.

  • Les médias ont été acteurs du coup d’État du 11 avril 2002, en signalant faussement que des “tireurs chavistes” ont assassiné des manifestants de l’opposition sans défense, ce qui justifiait l’arrestation du Président vénézuélien de l’époque.
  • Une fois Chávez de nouveau au pouvoir, pendant des mois les médias ont prétendu qu’il n’y avait pas eu de coup d’État, mais seulement un « vide de pouvoir » et que des « militaires pleins de bonnes intentions » avaient occupé le pouvoir face à l’absence de figures politiques capables de le faire.
  • En septembre 2002, ils ont soutenu les militaires séditieux qui se sont soulevés place Altamira, à l’est de Caracas, en retransmettant des émissions de façon permanente depuis la place pendant des mois.
  • Plus tard, lors du blocage pétrolier et du lock-out patronal de décembre 2002, los médias ont été co-protagonistes en remplaçant toute leur programmation par des appels à la population à descendre dans la rue et renverser le gouvernement.

C’est ainsi que les médias ont toujours soutenu la lutte de l’opposition vénézuélienne contre Hugo Chávez et Nicolas Maduro depuis 2003 jusqu’à 2017. En faire le résumé nous demanderait sans doute des centaines de paragraphes.

Mais ce n’est pas la première fois que l’on blanchit l’image de terroristes vénézuéliens qui posent des bombes et des explosifs, au point que l’opinion publique en oublie leurs crimes et finissent par les considérer comme des héros et de grands combattants.

Des terroristes vénézuéliens transformés en héros : en 2003 déjà…

Le 12 avril 2003 a explosé un engin explosif dans l’édifice Caracas Teleport, Place Venezuelaoù fonctionne, dans la capitale vénézuélienne, un des deux sièges dans la capitale vénézuélienne du Conseil National Électoral (CNE) et où, à ce moment-là, se trouvait réunie une Table Ronde de Négociation et d’Accords entre le gouvernement et l’opposition, sous les auspices de l’Organisation des États Américains (OEA).

Comme conséquence de cet évènement et d’autres attentats perpétrés contre l’Ambassade d’Espagne et le Consulat de Colombie à Caracas, le Ministère Public a émis un ordre de détention en novembre 2003 contre les militaires José Colina Pulido et Germán Rodolfo Varela pour “le présumé délit commis contre les personnes, contre l’ordre public et contre la conservation des intérêts publics et privés”.

Tous deux se sont enfuis aux États-Unis. Colina et Varela ont été arrêtés à la demande des organismes compétents du Venezuela, mais aussitôt ils ont été représentés par l’avocat Matthew Archambeault, qui défendait également le terroriste international Luis Posada Carriles, sans aucun doute l’exemple parfait de terroriste latino-américain transformé en héros. 
album21Posada est un ex agent de la CIA d’origine cubaine, qui a avoué être l’auteur intellectuel de l’attentat contre le Vol 455 de Cubana de Aviación en 1976, qui a causé la mort de 73 personnes innocentes. Il vit aujourd’hui à Miami, protégé par le gouvernement étasunien, et est considéré par l’exil cubain comme un héros.

Quant aux vénézuéliens Colina et Varela, l’Agence Nord-américaine d’Immigration et des Douanes (ICE en anglais) a annulé les charges retenues contre eux à la demande expresse du Département d’Etat nord-américain. Après avoir sollicité l’asile politique, ils ont été remis en liberté du Centre de Détention de Krome en avril 2006.

Aujourd’hui, Colina dirige une organisation, “Groupe de Vénézuéliens Poursuivis Politiques en Exil (Veppex)”, qui reçoit des dollars du Sénat nord américain pour accueillir aux États-Unis des vénézuéliennes auto-déclarés “exilés” ou “persécutés politiques”. Il apparaît régulièrement sur les télévisions de Miami, et est fréquemment l’invité des programmes de télévision de Patricia Poleo, journaliste vénézuélienne liée à l’assassinat du juge d’instruction Danilo Anderson qui enquêtait sur le coup d’Etat de 2002 et même de CNN en Espagnol. 

Le mois d’avril dernier, Colina a decoré Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA et virulent opposant au gouvernement de Nicolas Maduro, lors d’un acte public.

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José Colina (à gauche) et Luis Almagro. Photo: El Nuevo Herald

Germán Varela vit protégé aux Etats Uni où il est souvent l’invité de CNN en Espagnol en tant qu’“expert en sécurité”, étant donné son passé de lieutenant de la Garde Nationale vénézuélienne. Sa dernière interview a eu lieu dans la récente émission “Conclusions” de Fernando del Rincónla récente émission “Conclusions” de Fernando del Rincón, le 11 avril dernier.

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Après une longue opération qui les a présentés comme des persécutés politiques du gouvernement vénézuélien, pratiquement plus personne ne se souvient du passé de Colina et de Varela, ni de la pause de bombes dont ils sont accusés.

Est-ce que ce sera le cas de Pérez? Personne ne sera étonné de voir ce fugitif de la police vénézuélienne apparaître bientôt aux États-Unis et devenir le nouveau chef du mal nommé “exil” vénézuélien à Miami, où il oubliera très vite les vies qu’il a mises en danger lors de ses dangereuses attaques d’institutions publiques. Le verrons-nous dans des films aux côtés de La Roca ou Vin Diesel, ou bien la justice finira-t-elle par s’imposer? Seul le temps nous le dira.

Source : http://albaciudad.org/2017/07/lavando-la-imagen-al-terrorismo-desde-los-escuderos-de-altamira-hasta-oscar-perez/

Traduction : Gloria Verges

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Venezuela : comment les médias internationaux incitent à tuer

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’écrivain Primo Levi parlait de cette « zone grise » où la barbarie ne s’appuyait pas tant sur les plus visibles des chefs sanguinaires que sur le petit fonctionnaire qui se contentait d’ouvrir et fermer la porte d’un camp, de tourner la clef de contact d’un convoi (1). Lorsqu’on fait le bilan de cent jours d’insurrection de la droite au Venezuela, on voit émerger comme pièce essentielle du dispositif la « zone grise » du pouvoir médiatique : combien de pigistes, de webmasters, de « spécialistes internationaux » qui ne voyagent plus depuis le rachat de leur journal par la Bourse et qui relaient l’AFP ou Reuters, combien de « fonctionnaires gris » de l' »actu » à demi inconscients de ce qui se passe ou simplement conformistes et désireux de faire carrière, auront-ils contribué à donner l’onction de manière permanente et automatique à des assassins ?

En cent jours de violences, huit personnes ont été lynchées et brûlées vives par les « manifestants pacifiques », certaines parce qu’elles tentaient de traverser des barricades montées pour empêcher la circulation, d’autres parce qu’elles ont été confondues avec des « infiltrés chavistes » (2). La plupart des assassins reste en liberté vu les défaillances ou la lenteur de la Justice vénézuélienne, voire à cause de la proximité de certains juges avec le projet politique que les États-Unis baptisent « gouvernement de transition ». Les auteurs ou organisateurs d’exactions deviennent, grâce aux médias, des dissidents politiques (3). Par contraste, en ce qui concerne la minorité de victimes blessées ou assassinées par des membres des forces de l’ordre ayant désobéi aux ordres de ne pas tirer – on observe l’arrestation et le jugement immédiat des responsables.

« Que se passerait-il », interroge le journaliste uruguayen Aram Aharonian, codirecteur de l’Observatorio en Comunicación y Democracia, « si des fondamentalistes religieux qui posent des bombes et mènent des actes terroristes en Europe, étaient présentés par les médias hégémoniques comme des patriotes sensibles et héroïques ? »

Il y a un effet de « commande médiatique» de la violence et du massacre subis par les vénézuéliens. La droite locale s’appuie sur l’uniformisation du champ médiatique et a bien compris la plus-value de chaque mort à venir : il sera automatiquement attribué par les grands médias au gouvernement à abattre.

Thierry Deronne, Venezuela, 6 juilet 2017

Notes

  1. http://www.universalis.fr/encyclopedie/primo-levi/4-la-zone-grise/
  2. Voir notamment « La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne » et Peut-on porter des habits rouges quand on est journaliste au Venezuela ?
  3. Une des plus respectables ONGs occidentales de droits de l’homme (Amnesty International) se trompe dans ce cas particulier. Contrairement aux gouvernements antérieurs avec leurs cortèges de disparus, de torturés, etc.., il n’y a pas aujourd’hui de « prisonniers politiques » au Venezuela. Le terrorisme, l’organisation de violences ou de massacres, les attentats à l’explosif, la corruption, etc… ne sont pas des délits d’opinion mais de faits de droit commun punissables dans n’importe quelle démocratie et par n’importe quel État de droit. La forte pression du stoyrytelling médiatique, l’image de marque à préserver pour les bailleurs de fond, la confiance accordée aux rapports d’ONGs des droits de l’homme proches de l’opposition – ou mises en place en Amérique Latine là où des gouvernements de gauche on été élus, mènent à ce genre d’erreur. Lire, de Rafael Correa : « l’opposition vénézuélienne est dix mille fois plus putschiste que la nôtre » et “la tactique de la droite nord-américaine en Equateur, au Venezuela et en Bolivie, est de financer des fondations pour déstabiliser les gouvernements progressistes.”

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Le chef d’un réseau de « pressetitution » expulsé du Venezuela

arton32064-e0883par Maurice Lemoine

L’envoyé spécial du Monde, Paulo Paranagua, a été refoulé par les autorités vénézuéliennes dès son arrivée à l’aéroport de Caracas, mercredi soir 28 juin, s’indigne en page 5 de son édition du 30 juin 2017, le directeur du quotidien Jérôme Fenoglio. Le but de son déplacement était de rendre compte de la poursuite des manifestations de l’opposition et de l’intensification de la répression par le pouvoir, qui a déjà causé près de 80 morts depuis début avril. (…) Le Monde proteste contre cette entrave caractérisée à la liberté d’informer. » (NDLR : ce qui est rigoureusement faux. La majorité des victimes est causée par les violences de la droite en cours de coup d’État et le travail de Paulo Paranagua, comme de l’ensemble des grands médias et des médias d’opposition majoritaires au Venezuela, est de berner le monde entier en les attribuant… au gouvernement – voir « Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela (a). En cas de retour au pouvoir, la droite vénézuélienne, tellement revanchiste dans sa haine de classe et de race, appliquerait à plus grande échelle ce que font ses commandos présentés dans les médias comme des « manifestants pacifiques » et ce qu’elle a déjà fait lors de son coup d’État manqué en avril 2002 contre Hugo Chavez : massacrer des militants sociaux ou politiques qui portent une chemise rouge ou qui ont la peau foncée, suivant la méthode de son grand mentor Alvaro Uribe. Exactement comme aujourd’hui, en Colombie, de manière croissante et malgré la signature des accords de paix.)

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Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet”

Informer ? Vous avez dit informer ? Commencez, Monsieur, par vous mettre d’accord avec votre employé qui, dans la même livraison, quelques pages plus loin, ment un peu plus que vous en rajoutant dix unités au massacre imputé au président Nicolás Maduro : « La garde nationale (gendarmerie), la police et les groupes paramilitaires, dits “collectifs”, ont fait 90 morts et 1 400 blessés. »

Et si l’on plongeait un instant dans la réalité ? Paranagua a déjà été pris la main dans le pot d’excréments le 21 avril – « Deux manifestants ont été tués par balles, mercredi, lors de la “mère de toutes les manifestations” » – alors qu’il trompait les lecteurs en inventant de toutes pièces : « Un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno [a été] tué d’une balle dans la tête » lorsque les opposants « ont été attaqués par des motards [les fameux “collectifs” inféodés au pouvoir] qui ont tiré et lancé des gaz lacrymogènes », tout comme « Paola Ramírez Gomez, à San Cristobal, dans des circonstances similaires ». Moreno, qui était sorti pour jouer au football avec quelques amis et non pour manifester, a en réalité été tué par Jonathan Ramón Camacho Delgado, dit « Jhonathan 38 », policier municipal du municipio Sucre (dirigé par un maire d’opposition) qui, en civil, s’est infiltré au cœur des manifestants et a tiré sur plusieurs personnes. Quant à Paola Ramírez Gomez, elle a été victime d’un des vingt-sept coups de feu tirés sur un groupe de motards depuis le troisième étage d’un immeuble par Iván Alexis Pernía Ávila, sympathisant de l’opposition.

Quelques poignées de délinquants manipulés (et pour certains payés) peuvent facilement provoquer des désastres irréparables. Depuis maintenant trois mois, chaque manifestation est suivie d’une phase insurrectionnelle au cours de laquelle des groupes de choc fascisants sèment le chaos, équipés de casques et de masques à gaz, utilisant cocktails Molotov, explosifs, armes létales et mortiers artisanaux [1]. Des victimes tombent dans tous les camps (six policiers et gardes nationaux ont été tués), et même souvent n’appartenant à aucun camp : civils assassinés parce qu’ils tentent de dégager ou contourner une barricade, jeunes hommes brûlés vif (deux morts et deux blessés dans un état très grave à Caracas et Barquisimeto) parce que les « opposants pacifiques » les ont pris pour des « chavistes ». Personne n’aurait donc mis Paranagua au courant ?

Pour Le Monde, « Henrique Capriles Radonski – ex-candidat à la présidence contre Hugo Chávez, puis Nicolas Maduro – a fait campagne au centre gauche, invoquant l’exemple de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (20-21 décembre 2015) ». A quand « Jean-Luc Mélenchon, homme politique français de centre droit » ? Lula a toujours affirmé haut et fort son appui total au « bolivarien » Maduro. Chargée du maintien de l’ordre face à la violence extrême des commandos de l’opposition, la Garde nationale devient, dans un sous-titre affiché à la « une », le 16 juin dernier : « La guardia, bras armé du régime de Maduro. » Le vocabulaire n’est jamais neutre. Lira-t-on demain, si des protestataires contestent en France la réforme par ordonnance du code du travail : « Les CRS, bras armé du régime de Macron »  ? Sachant par ailleurs que nos « casseurs », s’il d’aventure il y en avait, sont des enfants de chœur comparés aux nervis politiques vénézuéliens… A-t-on déjà vu des policiers tués par balles entre La République et la Nation ?

« De nombreux élus et journalistes ont été agressés par les forces de sécurité. » Il est avéré que, dans un tel climat, un certain nombre d’incidents de ce type ont eu lieu. Condamnables. Mais encore faudrait-il que le quotidien vespéral des marchés ne charge pas la barque que d’un seul côté [2]. Journaliste de Televen, chaîne privée d’opposition, Yasmín Velasco, alors qu’elle se trouvait à Altamira pour couvrir les manifestations contre le pouvoir, a été molestée par un groupe violent… parce qu’elle portait un chemisier rouge. La professionnelle de TeleSur Adriana Sivori, touchée par un coup de feu à l’épaule, ne doit d’être encore en vie qu’à son gilet pare-balles : le 5 juin, dans le secteur d’El Paraíso (ouest de Caracas), clairement identifiée sur son casque et le gilet en question par un très visible « Prensa », elle a été la cible, ainsi que plusieurs confrères, de francs-tireurs de l’opposition embusqués dans un immeuble. Le 8 mai, une équipe de la chaîne télévisée Globovisión a été arrosée d’essence à El Rosal (est de Caracas). Le lendemain, après plusieurs jours d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, Ricardo González, présentateur du programme « Zurda Konducta » sur la chaîne publique Venezolana de Televisión, a été l’objet d’un attentat alors qu’il se trouvait dans son auto [3].

« La procureure générale de la République Luisa Ortega, partisane de l’ex-président Hugo Chávez (1999-2013) a été la première figure du régime à dénoncer [les] exactions [des forces de l’ordre], rapporte Paranagua. Elle a critiqué l’usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques. » En tant que telle, l’information rapportant la déclaration de la procureure est juste. Mais elle mérite interprétation. Depuis peu en rupture avec le pouvoir chaviste qu’elle va jusqu’à accuser de pratiquer « un terrorisme d’Etat », Luisa Ortega occupait la même fonction en 2014 lorsque, dans le cadre de l’opération « La Salida » (la sortie), destinée, aux marges de la loi, à renverser le président Maduro, une première vague de violence, similaire à l’actuel chaos, a secoué le pays (43 morts et plus de 800 blessés). L’opposition, l’insultait alors pour son « laxisme » à l’égard des forces de l’ordre et son « excès de rigueur » envers les manifestants.

Interrogée par le journaliste de la BBC Daniel Pardo sur la détention du maire d’opposition de San Cristóbal, Daniel Ceballos, elle répondait alors ainsi : le problème n’est pas « d’appeler à faire telle ou telle chose, mais d’appeler à prendre la rue. C’est d’occuper la rue, exerçant la violence, obstruant les voies, mettant le feu à des barricades, avec des objets dangereux, des armes et des substances incendiaires. Ceci est se soulever dans une attitude hostile que sanctionne notre code pénal. (…) Cette violence est le fait d’un groupe minoritaire, dans quelques municipios. Ce groupe minoritaire, en réalité, a réussi à dépasser les frontières du pays et à provoquer un impact au niveau médiatique, en particulier à travers les réseaux sociaux [4]. »

A situation similaire et également séditieuse, deux réponses diamétralement opposées : l’une lorsqu’on se considère partie prenante du pouvoir, l’autre quand, pour des raisons très mystérieuses compte tenu de la rapidité de la conversion, on a rejoint l’opposition. Il n’empêche… Paranagua qui, le 26 octobre 2016 – « Coup d’Etat chaviste au Venezuela » – la clouait au piloris – « les “populistes” (…) ont commencé par mettre au pas la justice » – adore désormais Luisa Ortega.

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Manifestation pacifique dénonçant l’Assemblée nationale constituante
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Partisans violents de la dictature appuyant l’Assemblée nationale constituante.

Une parenthèse au passage. Depuis le 20 avril, et dans le cadre d’une stratégie de la tension, la base militaire de La Carlota (Caracas) a subi dix attaques extrêmement déterminées, impliquant l’utilisation d’armes létales [5]. Le 21 juin, ce qu’on pouvait redouter a fini par arriver. Malgré l’ordre express donné aux forces de l’ordre de faire un usage contrôlé de la force – grenades lacrymogènes, canons à eau – , et alors que deux soldats avaient été blessés par explosifs, Arli Cleiwi Mñendez Terán, un sergent de la police aérienne, sous pression, a tué d’un tir d’« arme non autorisée » le jeune David Vallenilla (22 ans), qui le menaçait (ou non, l’enquête le déterminera) directement. Bien que le responsable ait immédiatement été mis entre les mains de la justice, le drame a permis un redoublement de la salve féroce des accusations contre la puissance publique et, bien sûr, le président Maduro.

En comparaison, quelle mesure, quelle absence de commentaires à charge et de réquisitoire furibond lorsque Le Monde (23 juin), à propos de la mort de Rémi Fraisse, décédé à l’âge de 21 ans sur le site de Sivens (Tarn), commente sobrement l’enquête qui s’achemine sur un non-lieu : « L’opération s’est déroulée dans un climat “quasi insurrectionnel”, rappelle le parquet, qui évoque des gendarmes “harcelés”, notamment par des tirs de projectiles, et des ripostes incluant l’usage de grenades lacrymogènes et de lanceurs de balles de défense. Une opération de maintien de l’ordre “extrêmement difficile”, résume le procureur Pierre-Yves Couilleau qui revient, en 137 pages de réquisitions, sur les nombreuses auditions de témoins et les rapports rédigés sur la “tragédie”. (…) Quant au gendarme J., le parquet estime qu’il ne peut lui être reproché un “mésusage” de la grenade. Malgré les nombreux témoins qui ont remis en cause la proportionnalité de l’action des forces de l’ordre, le procureur considère que les militaires ont agi de façon réglementaire et justifiée, faisant face à des violences et ne pouvant défendre autrement le terrain qu’il leur avait été ordonné de tenir. »

Disons pour expliquer la différence de traitement que Fraisse ne participait pas à une « révolution de couleur » alors que n’importe quel opposant, factieux ou assassin, de l’autre côté de l’Atlantique, est partie prenante (Paranagua, 28 avril) du « printemps vénézuélien ».

« Depuis le 6 décembre 2015, lorsque l’opposition a remporté les législatives, le président Nicolas Maduro refuse de reconnaître sa défaite, affirme le député [Julio] Borges [président de l’Assemblée nationale]. » Nous ne donnerions pas ce conseil à tout le monde, mais, avant de livrer sans recul à ses lecteurs n’importe quelle foutaise pourvu qu’elle provienne de l’opposition, Paranagua devrait lire… Le Monde  ! Même Marie Delcas, pourtant membre de son réseau, y rapportait le 8 décembre 2015 : « Immédiatement après la proclamation officielle du score, tard dans la nuit, le président Maduro est apparu à la télévision pour reconnaître la victoire de ses adversaires et appeler ses compatriotes à accepter “les règles du jeu et de la démocratie en paix et dans le calme”. »

En annonçant dès sa prise de fonction l’approbation d’une loi d’auto-amnistie pour tous les crimes et délits commis par des factions de l’opposition depuis le coup d’Etat contre Hugo Chávez (avril 2002) et l’objectif de « sortir du pouvoir » Maduro en six mois, c’est le premier président de l’Assemblée nationale, Henry Ramos Allup, qui a déclenché le bras de fer entre législatif et exécutif. Depuis, celui-ci n’a pas cessé, amplifié par une déstabilisation économique similaire à celle du Chili des années 1970 – niée d’ailleurs par la quasi-totalité des médias. Ce qui permet à Paranagua d’asséner des chiffres aussi absurdes que (20 avril 2017) : « Une enquête des trois meilleures universités de Caracas (Centrale, catholique et Simon-Bolivar) estime que la pauvreté touche 82 % des foyers ».

D’après la Commission pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal), la pauvreté, passée de 48.6 % en 2002 a 32.1 % en 2013, augmente depuis à un rythme annuel de 2 % à 5 % en raison de la crise économique et politique [6].

Nouvelle venue dans ce lupanar médiatique, Mélina Monferrat signe dans la livraison datée 25 et 26 juin 2017 un « Au Venezuela, le combat de San Cristobal contre Nicolas Maduro ». « Les manifestations du 22 juin, écrit-elle, avaient pour but de soutenir Luisa Ortega, la procureure générale, menacée d’un procès pour “traîtrise” (sic !) après avoir notamment critiqué ce projet [d’Assemblée nationale constituante convoquée par le chef de l’Etat], qu’elle juge dangereux pour la démocratie. » Cette initiative fait effectivement débat, y compris au sein du « chavisme » (où elle provoque aussi intérêt et enthousiasme), et, tout comme le reste de l’opposition, la procureure générale peut, à titre individuel, y être opposée. On rappellera néanmoins à nos supposés « confrères (et sœurs) » que, en juillet 2014, depuis la prison de Ramo Verde où il est incarcéré pour sa responsabilité dans la convocation de « La salida » et les conséquences (43 morts) qui en ont résulté, Leopoldo López rejetait tout « dialogue » et, soutenant qu’elle pourrait permettre la réconciliation du pays, réclamait… une Constituante : « C’est le mécanisme le plus idoine pour changer le schéma et les dirigeants des pouvoirs publics de l’Etat et, éventuellement, convoquer des élections pour légitimer les fonctions des élus populaires [7]» On rappellera également qu’à son terme, les travaux de l’ANC devront être approuvés par référendum – ce qui laisse tout le loisir à l’opposition, à défaut d’y participer, de la sanctionner (si elle a la majorité).

Dans sa haine de la gauche latino-américaine en général et vénézuélienne en particulier, Paranagua tombe souvent au niveau des « SAS » de feu Gérard de Villiers. Sans jamais étayer sa thèse d’un quelconque fait précis, daté, documenté, il peut ainsi affirmer (28 avril) : « Le danger principal pour les manifestants comme pour les habitants des quartiers populaires vient néanmoins des collectifs, des groupes paramilitaires qui se déplacent à moto et tirent dans le tas ou visent carrément la tête pour terroriser la population. » Il est vrai que s’ils tiraient dans la poitrine, la population serait beaucoup moins terrorisée !

A bonne école, ou sachant ce qu’on attend d’elle, Monferrat, après son passage à San Cristobal, près de la frontière colombienne, reprend donc à son compte la manipulation habituelle : « Les résistants, comme ils se dénomment eux-mêmes (…) comptent leurs morts aussi. Soixante-quinze officiellement (sic !) dans tout le pays (…) » Comme son chef, elle voit des « colectivos » partout, mais n’a en revanche jamais entendu parler de la présence des paramilitaires colombiens. Pas plus que des « chopos », armes artisanales utilisées par les nervis de l’opposition pour projeter des billes de verre ou d’acier – qu’elle attribue sans hésitation aucune aux forces de sécurité.

« Ce que les opposants à Maduro craignent vraiment, continue-t-elle, c’est de finir dans les geôles du Sebin, police politique que tout le monde accuse – rumeur invérifiable mais répandue – de nombreuses disparitions ». Que chacun relise lentement cette phrase (et la complète) : rumeur « invérifiable » (et donc invérifiée) « mais répandue » (et que nous contribuons à répandre). Et qui imprégnera le cerveau des lecteurs, du moins nous l’espérons…

Il n’y a pas si longtemps, le candidat à l’Elysée Emmanuel Macron devait démentir qu’il était homosexuel et en couple avec le directeur de Radio France Mathieu Gallet, rumeur ayant connu ses premières occurrences sur Twitter avant de tourner en boucle sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est Le Monde, pourfendeur des « fake news » qui, utilisant des méthodes ignobles, dignes de la « fachosphère », répand ses propres faux grossiers dans un but partisan. Pauvre Hubert Beuve-Méry [8]

Correspondante du quotidien à Bogotá, Marie Delcas, le 3 décembre 2015, avait déjà fait « presque aussi bien » : « Selon le quotidien espagnol ABC et le Wall Street Journal [quelle enquête digne d’une journaliste d’investigation !], M. [Diosdado] Cabello [alors président de l’Assemblée nationale], serait [serait !] sur la sellette de la justice américaine pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. » « La rumeur lui prête une immense fortune », pouvait-on lire quelques lignes auparavant.

Dénonçant ces jours-ci l’expulsion de Paranagua, Jérôme Fenoglio précise : « Marie Delcas, avait déjà fait l’objet d’une mesure similaire le 31 août. » Disons que cette mesure aura au moins un avantage : vivant en Colombie, Delcas aura désormais plus de temps pour s’intéresser aux exécutions par les paramilitaires des paysans et militants de gauche (plus, récemment, de guérilleros des FARC démobilisés) – 45 victimes depuis le début de l’année, plus de 150 depuis 2012 –, dont ses lecteurs ne savent quasiment rien.

Comme il se doit, une forte visibilité a été offerte à la pétition lancée début juin par un groupe d’« intellectuels de gauche », altermondialistes ou écologistes d’Amérique latine, d’Europe et des Etats-Unis dénonçant la « dérive » de Maduro. Le soutien au gouvernement vénézuélien, accuse ce texte, « relève non seulement d’un aveuglement idéologique néfaste, mais il contribue malheureusement à la consolidation d’un régime autoritaire ». Toutefois, a regretté Paranagua, ce pamphlet « a été signée par peu de Français », signe de « l’indifférence d’une gauche hantée par les vieux rêves de révolution par procuration ». C’est peut-être aussi le signe que les progressistes sont de moins en moins nombreux à se laisser manipuler par le quotidien du soir. Celui-ci n’a-t-il pas oublié d’informer ses lecteurs qu’un autre groupe de personnalités intellectuelles, universitaires et politiques de gauche du monde entier a répondu au premier pamphlet ? Regroupés au sein du Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’Humanité, et sous le titre « Qui accusera les accusateurs ? », les auteurs considèrent que le Venezuela est victime d’une « guerre de quatrième génération ou d’une guerre de basse intensité » menée par les Etats-Unis et que « ignorer [cette] dimension conduit à développer des analyses superficielles ». Trop compliqué pour Paranagua !

Expulser Paranagua du Venezuela bafoue, on ne le contestera pas, la « liberté d’expression ». Mais sûrement pas son pendant : le droit du citoyen à « être informé » ?

Nul doute que le « dévoyé spécial » du Monde aurait rapporté, comme nous le faisons ici, la mise en examen, le 30 juin, au terme de l’enquête diligentée comme dans tout Etat de droit, de deux officiers de la Police nationale bolivarienne (PNB), Wilfredo Casanova et Carla Sayago, pour l’assassinat du jeune Luis José Alviarez Chacón (18 ans), le 15 mai, à Palmira, municipio Guásimo de l’Etat du Táchira.

Mais, selon une méthode éprouvée, il aurait aussi transformé en victimes du pouvoir – « lors de la répression des manifestations »… :

– Les trois gardes nationaux blessés par armes à feu lors d’un affrontement dans l’ « urbanisation Miranda » du municipio Sucre (Caracas), le 26 juin.

– Le sergent de la Garde nationale Ronny Alberto Parra Araujo, tué le 27 juin dans le secteur El Castaño de la ville de Maracay, alors qu’il tentait de contrôler une situation de violence.

– Giovanny González (24 ans), poignardé et brûlé vif le 27 juin par un groupe de fascistes « encapuchados » (masqués), parce qu’il avait l’air d’un « chaviste ».

– La femme attaquée et molestée dans le Centre commercial Ciudad Tamanaco (Caracas) par un groupe de partisans de l’opposition qui l’avaient pris pour Marlene de Andrade, présentatrice sur la chaîne de télévision publique Tves et épouse de Winston Vallenilla, son président.

– José Bravo, conducteur de camion, brûlé à 95 % par un jet de cocktail Molotov alors qu’il tentait d’éviter une barricade et d’échapper à la séquestration de son véhicule, et le motard qu’il a accidentellement tué – mort carbonisé – en reculant précipitamment (29 juin)…

Compte tenu de l’escalade en cours, la liste ne s’arrêtera malheureusement pas là.

Que Fenoglio, donc, cesse de pleurnicher. La mobilisation hautement proclamée contre la montée du Front national en France – si utile, entre parenthèses, au second tour d’une élection – n’est en aucun cas compatible avec la complaisance à l’égard, non de la droite lorsqu’elle agit démocratiquement, mais de l’extrême droite et des fascistoïdes vénézuéliens.

Maurice Lemoine

Notes :

(a) https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-invente-la-repression-au-venezuela/

[1Lire « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques », Mémoire des luttes, 15 juin 2017 – www.medelu.org

[2Présent pendant vingt jours, appareils de photos au poing, au cœur des manifestations et des affrontements fin mai et début juin, l’auteur de cet article, plusieurs fois au contact impromptu des forces de l’ordre, n’a eu aucun problème et n’a constaté aucun débordement de ce type. Ce qui n’empêche évidemment pas qu’en d’autres circonstances ils puissent exister. Disons simplement qu’ils n’ont absolument rien de systématiques.

[3D’après le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP), cité par Reporters sans frontières (RSF) le 27 juin, sur les 376 cas d’agressions ciblant des journalistes entre le 31 mars et le 24 juin 2017, 170 sont attribués aux agents des forces de l’ordre. Si l’on se réfère à ces chiffres, on en déduira donc (ce que ne fait évidemment pas RSF !) que plus de la moitié des exactions sont imputables à des membres, sympathisants ou manifestants de l’opposition.

[4BBC Mundo, 7 avril 2014.

[5Voir les photos accompagnant l’article « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques » (Mémoire des luttes, op.cit.).

[6« Panorama Social de América Latina 2015 », Santiago du Chili, 2016.

[7El Universal, Caracas, 15 juillet 2014.

[8Gérant et directeur du Monde de sa création en décembre 1944 à décembre 1969, Hubert Beuve-Méry en fit un organe de presse de grande qualité, devenu au fil des années le « quotidien de référence ».

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Pourquoi faut-il renverser le gouvernement du Venezuela ?

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par Bruno Sgarzini, Caracas 

Alors que l’ONU vient de condamner les attaques aériennes perpétrées par un commando d’extrême droite contre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère de l’Intérieur du Venezuela – attentats terroristes occultés par les médias français – (1), l’ambassadrice états-unienne auprès des Nations Unies Nikky Haley s’est refusée à le faire : « Nous devons maintenir la pression sur Maduro, il y a des signes qui indiquent que maintenant, il va commencer à utiliser son pouvoir militaire et des armes et ce que nous voyons à la télévision (sic) est en réalité bien pire. C’est une situation terrible, c’est pourquoi nous devons exercer sur Maduro autant de pression que nous pourrons ». (2)

Le 15 juin 2017, lors d’une conférence sur « Prospérité et Sécurité en Amérique Centrale » organisée conjointement par le Département d’État (US), le Département de la Sécurité intérieure (US) et le Mexique, le Vice-président américain Mike Pence s’adressait à un parterre de dirigeants d’Amérique Centrale : « Il suffit de regarder le Venezuela pour voir ce qui se produit lorsque la démocratie est compromise. Cette nation, autrefois riche, s’effondre dans l’autoritarisme qui a causé des souffrance incalculables au peuple vénézuélien, et son basculement dans la pauvreté. Nous devons tous élever notre voix pour condamner les abus de pouvoir et les pratiques du gouvernement envers son propre peuple, et nous devons le faire maintenant. » (3)

Pour comprendre en profondeur ce qui sous-tend la guerre économique, les manoeuvres militaires régionales (Brésil, Colombie) ainsi que les intenses pressions médiatiques et diplomatiques des États-Unis pour neutraliser l’opinion internationale autour du théâtre d’opérations vénézuélien, il faut d’abord rappeler que l’Administration Trump, loin d’avoir engagé une nouvelle politique extérieure, a maintenu les grandes lignes de la stratégie conçue par l’idéologie néoconservatrice qui contrôle aujourd’hui la plupart des décisions prises par son gouvernement ainsi que les actions soutenues par le Congrès des États-Unis. L’urgence de faire tomber le chavisme est difficilement compréhensible si l’on ne prend pas en considération les idées avancées par les principaux think tank, tant au niveau international que régional.

Comment s’inscrit la stigmatisation du Venezuela dans la feuille de route globale ?

A la mi-2016, Le Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine (CNAS) présenta un document intitulé « L’expansion du pouvoir américain » contenant une série de recommandations destinées à générer un consensus dans la classe politique états-unienne visant à « garantir la survie du système international favorable aux USA ». Pour ce faire, le think tank bipartite préconise des réformes économiques sur le plan intérieur, comme, par exemple, une restructuration de la dette et une réforme fiscale destinée à renforcer les bases du système états-unien dans l’objectif d’augmenter les dépenses militaires, économiques et diplomatiques qui lui permettront de s’étendre en Asie, en Europe et au Moyen Orient, trois régions-clefs pour une mondialisation durable.

C’est ainsi que les USA « pourraient dissuader par la voie diplomatique et militaire des puissances telles que la Chine et la Russie de remettre en question l’ordre international libéral actuel afin d’éviter un conflit militaire à l’échelle mondiale (sic) ». C’est également sur la base de telles propositions que ce think tank projette de militariser les Mers du Sud de la Chine et propose une réforme de l’OTAN pour renforcer son déploiement le long des frontières de l’Europe avec la Russie. Propositions qui ont toutes été appliquées par l’Administration Trump en continuation de la politique d’Obama, accompagnées d’autres mesures plus spécifiques concernant directement la Russie, comme la création d’une zone de sécurité dans le nord de la Syrie afin d’y installer des réfugiés et des forces alliées des USA, dans l’objectif de favoriser la partition du pays et de mettre un frein à Moscou suite à son engagement dans cette guerre.

Les récentes rencontres entre Trump et le président chinois Xi Jinping relèvent elles aussi du plan visant à faire adhérer la puissance asiatique à l’ordre international favorable aux multinationales états-uniennes d’une manière pacifique. D’où l’importance à accorder à cette feuille de route globale qui fait partie d’un consensus général des think tank en relation avec les figures de l’administration Trump, comme le secrétaire de la défense James Mattis et le conseiller pour la sécurité nationale H.R. Master.

En quoi cela concerne-t-il le Venezuela ?

L’objectif poursuivi est de déplacer le conflit en cours au Venezuela sur un terrain « à somme nulle ». Tout le monde sait que le Venezuela constitue la principale source de ressources pétrolifères dans le monde et possède un large éventail de réserves aquifères, de gaz et de minéraux stratégiques au profit de l’industrie technologique, spatiale et militaire d’un système qui prétend imposer sa domination sur d’autres parties de la planète. C’est pourquoi sécuriser ce territoire, source d’approvisionnement peu coûteuse, est certainement une stratégie payante pour un plan d’expansion hégémonique que l’on cherche à imposer au monde.

Un extrait du rapport du Centre pour une nouvelle sécurité américaine dit très clairement qu’il est de première importance pour les USA d’obtenir certains avantages sur les marchés énergétiques qui contribueront à étendre leur pouvoir à un niveau mondial. Ce qui équivaut pour le Venezuela à régresser à son statut antérieur qui permettait aux descendantes de la Standard Oil (Exxon, Chevron, Conoco Phillips…) de contrôler directement et indirectement l’industrie pétrolière du Venezuela en leur fournissant justement ces mêmes avantages stratégiques. Il est amplement reconnu aujourd’hui qu’au moins 24 transnationales pétrolières ayant passé des accords avec PDVSA et l’État vénézuélien et fonctionnant selon un régime d’exploitation mixte existent aujourd’hui dans ce pays.

Cela permet de comprendre que des multinationales comme Exxon, Mobil et Chevron financent les sanctions contre le Venezuela, allant même jusqu’à contrôler le Département d’État US, et qu’elles entretiennent des relations très particulières avec l’argent des think tank qui fomentent des actions contre le pays.

Citons parmi de nombreux exemples la récente proposition du Conseil des Relations Extérieures soumise au Congrès US visant à renforcer le blocus étranger par l’intermédiaire de l’OEA, et la visite de Luis Almagro à l’Institut Américain des Entreprises quelques jours avant la présentation de sa demande d’application de la charte démocratique contre le Venezuela. Toutes ces initiatives ont le même but et comptent sur l’appui explicite d’autres think tank comme le Conseil des Amériques et celui de l’Atlantique, tous deux constitués de compagnies particulièrement intéressées par les ressources naturelles du pays qu’elles veulent exploiter en dehors de toute médiation de l’État vénézuélien.

Qu’en est-il de l’équation régionale ?

Le Venezuela est considéré comme le pays-clef garantissant que l’Amérique Latine continuera à être une source d’approvisionnement en ressources naturelles et en main d’œuvre à bas prix, toujours selon l’optique de la stratégie globale mentionnée plus haut, après les changements de gouvernements favorables à cette politique en Argentine et au Brésil.

C’est à cette fin que le Conseil de l’Atlantique a présenté une projet proposant que le Mercosur et l’Alliance du Pacifique s’unissent dans une zone de libre échange commercial qui permettra à la région d’intégrer une méga plate-forme commerciale avec les USA et l’Europe afin de pénétrer avec plus de force le marché asiatique. Cette initiative est en plein processus de mise en œuvre après les discussions entre les deux organismes régionaux antérieures à la suspension du Venezuela du Mercosur, qui constitue une violation flagrante de la législation internationale de cette ligue commerciale. Il est certain qu’en se débarrassant du Venezuela, le principal obstacle pour réaliser ce plan régional serait levé conformément à la stratégie globale promue par ces think tank.

D’où le niveau d’intensité de la pression exercée sur le Venezuela afin d’en finir avec sa « mauvaise influence » sur la région (par exemple en luttant contre l’existence du programme PetroCaribe par lequel le Venezuela fournit du pétrole bon marché aux pays des Caraïbes) et en cherchant à déplacer le conflit politique actuel sur un terrain « à somme nulle » sur lequel toute tentative d’arriver à un consensus politique national qui ne serait pas sous tutelle étrangère et laisserait les Vénézuéliens résoudre la crise, sera sabotée depuis l’extérieur. Ceci en application des mesures dont discutaient déjà les ambassades US en Amérique latine vers 2007 pour en finir avec l’héritage négatif de Hugo Chavez.

Notes

(1) Comme l’explique le syndicaliste français Gilles Maréchal (CGT), « les médias dominants sont dans une phase où le Venezuela ne les sert plus, depuis qu’ont été écartés les risques de l’élection à la Présidence de Jean-Luc Mélenchon et de l’arrivée à l’Assemblée Nationale d’une vague de députés de France Insoumise et du PCF ». Phénomène déjà observé lors de récentes campagnes électorales en Espagne ou en Grèce. Les titres des médias français ne sont pas le fruit d’enquêtes ou d’informations directes du terrain mais la reprise de ce que disent les médias d’opposition (majoritaires en radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux au Venezuela) ou états-uniens.

(2) Voir http://www.telesurtv.net/news/Embajadora-de-EE.UU.-llama-a-mantener-la-presion-sobre-Maduro-20170628-0073.html

(3) Lire, de Philippe Huysmans : « Quand Mike Pence dénonce le « totalitarisme » au Venezuela », http://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/quand-mike-pence-denonce-totalitarisme-venezuela_1872385488

Source : http://misionverdad.com/columnistas/por-que-es-necesario-derribar-a-venezuela

Traduction : Frédérique Buhl

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La droite accélère le tempo du coup d’Etat

Par Marco Teruggi, depuis Caracas.

La droite accélère le temps, resserre chacune des variables, tente de briser la corrélation de forces, veut le coup d’État. Elle l’a annoncé : elle a les mois de juin et de juillet pour atteindre son objectif. Elle a expliqué que, sur base de l’article 350 de la Constitution, elle refusera de reconnaître le gouvernement, l’élection d’une Assemblée Constituante et organisera une riposte violente pour empêcher la population d’exercer son droit au suffrage le 30 juillet.

Ce discours s’est traduit par l’intensification du conflit entre pouvoirs d’État à travers les actions de la Procureure générale de la République et de l’Assemblée Nationale (opposés au gouvernement bolivarien), les tentatives de déclaration contre le Venezuela sans guère de succès de l’Organisation des États Américains (OEA, organisme historiquement pro-Washington), la pression des grands médias (majoritairement opposés au gouvernement, tant au Venezuela qu’à l’étranger) (1), la terreur de rue (qui reprend certaines techniques de l’État Islamique) et les attaques contre les corps de sécurité de l’État, en particulier contre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB).

Ce scénario violent a connu de nouveaux développements ces dernières semaines. Il est caractérisé par l’attaque systématique à la base militaire de La Carlota à Caracas, dans le but de démoraliser et de diviser les forces armées, la présence de quelques foyers de violence à proximité du Palais présidentiel de de Miraflores et la réapparition d’une violence destructrice contre des ministères, institutions publiques ou sièges du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV, chaviste) mais aussi des commerces privés, comme cela s’est produit au début de la semaine à Maracay où ont été détruits 40 établissements publics ou privés. Un schéma similaire à celui utilisé dans plus de dix localités du pays dans les semaines antérieures.

Le nouveau point d’inflexion s’est produit ce mardi : l’attaque – depuis un hélicoptère volé dans la base aérienne de La Carlota – du Ministère de l’Intérieur avec quinze tirs, et du Tribunal Suprême de Justice avec quatre grenades d’origine colombienne et de fabrication israélienne – l’une d’elles n’a pas explosé. A seulement quelques pâtés de Miraflores, dans le centre politique du Venezuela.

Le nouveau héros de l’opposition vénézuélienne : le « supercop » Oscar Perez, auteur de deux attentats menés depuis un hélicoptère, contre le Ministère de l’Intérieur et le Tribunal Suprême de Justice, appelant les forces armées au coup d’État contre le « totalitarisme bolivarien ». Ci-dessous : posant pour la postérité.

Ce fait a eu un impact symbolique tant dans les files de la droite qu’au sein du chavisme : dans le premier cas, accompagné de rumeurs répandues sur tous les réseaux sociaux il a généré la sensation de l’imminence de l’objectif final et d’un pouvoir propre – finalement « les forces armées bolivariennes ont entendu l’appel au coup d’État ». Dans le cas du chavisme l’impact est venu de la frontalité de cette action et a confirmé, si besoin en était, la réalité d’une tentative de coup d’État en cours, qui vit ses heures décisives.

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La droite possède une force suffisante pour imposer la terreur à des localités pendant plusieurs jours, attaquer des casernes et des commissariats, déclencher une haine politique et de classe qui a fait du lynchage de chavistes une pratique récurrente, maintenir des mobilisations presque quotidiennes avec un nombre relativement stable, générer des situations qui peuvent se transformer en destructions et pillages presque-généraux, mener des incursions à travers des bandes de délinquants dans les quartiers populaires pour y monter des barricades, attaquer avec des grenades des institutions de l’État, faire plier certains cadres du chavisme comme la Procureure Générale de la République pour la faire passer de son côté, assassiner des personnes et arriver à faire croire à une partie de la population qu’elles ont été tuées par le gouvernement (1).

Elle peut tout cela et dans les jours prochains nous verrons, ce dont elle est capable en plus de tout cela. Il lui manque cependant deux éléments nécessaires au succès d’un coup d’État : des quartiers populaires mobilisés derrière ses appels, et une fracture des forces armées. Le défi central sur lequel elle travaille avec le plus de force aujourd’hui est d’obtenir cette fracture tant dans les forces armées que dans d’autres secteurs du gouvernement. Elle en a besoin pour surmonter le match nul qu’on vit depuis des mois. C’est pour cela qu’elle augmente le niveau de violence, qu’elle focalise les attaques contre les corps de sécurité, assassine des policiers et des gardes nationaux, et use de la terreur comme méthode de contrôle social (2).

L’appui états-unien est déjà en marche à travers la pression internationale (OEA, médias..) et le financement de la droite, soit directement aux partis soit indirectement à travers des ONGs qui canalisent cet argent pour soutenir les pressions violentes dans la rue et l’entraînement de cellules paramilitaires. L’intervention existe déjà, sous les cordes. Prendra-t-elle une autre forme ?

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La droite accélère le tempo mais, en même temps, ne peut cacher son désespoir. Elle détruit, tue, réussit des « coups » sans atteindre l’objectif final. Elle accède a des objectifs intermédiaires tels que soumettre des localités entières a la violence, déconstruire des liens sociaux, légitimer la persécution – qu’elle a planifié dans son projet si elle redevient gouvernement – contre le chavisme à tous les niveaux. Au cours des mois le pays change, assimile de manière invisible les coups, la haine, la peur, la méfiance, éléments à la « colombienne » dont la droite a besoin pour tenter son plan de remise à zéro violente du pays. (2)

Il est enfin nécessaire de souligner l’autre facteur, omniprésent et invisible, qui imprègne les préoccupations quotidiennes, les possibilités de résistance ou de rupture : l’économie. Ces dernières semaines, la situation a empiré avec la hausse des prix, du dollar illégal – qui est celui qui fixe les prix -, le retour en rayon de la plupart des aliments mais à un prix très élevé, la difficulté persistance d’accéder à des produits vitaux comme les médicaments. Cette attaque n’a rien du hasard, elle fait partie de la pression pour asphyxier, pour priver la population de toute issue de secours.

La réalité populaire vénézuélienne reflue sur certaines lignes qu’elle avait conquises. Cela génère des conditions propices au plan de pillages et de dépolitisation impulsé par la droite. Renverser cette tendance est le défi que n’arrive pas a résoudre la direction du chavisme. C’est là son nœud le plus critique, le débat non résolu.

Nous vivons des jours et des semaines définitives. Ce qui s’est passé cette semaine sont des étapes de l’escalade de la violence de l’opposition, d’actions armées dirigées par des paramilitaires, des groupes de délinquants associés aux dirigeants de la droite, des zones obscures des forces de sécurité (3). Il y aura de plus en plus de morts, car tel est le plan de de la droite : un « maintenant ou jamais » qui veut pousser une société à un désastre fait de violences psychique et physique. L’opposition va mettre toute la pression pour ouvrir enfin les portes de la revanche historique dont rêvent depuis si longtemps les classes dominantes vénézuéliennes, latino-américaines et états-uniennes.

Le Venezuela vit son heure critique. Chaque jour compte.

NdT :

  1. Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/. Rappelons que les titres des médias français ne sont pas le fruit d’enquêtes ou d’informations directes du terrain mais la reprise de ce que disent les médias d’opposition vénézuéliens (majoritaires en radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux) ou états-uniens.
  2. Les guarimbas (barrages violents des voies de circulation organisés par des commandos de la droite) incarnent le retour au moyen âge du paramilitarisme colombien : les conducteurs ne peuvent passer que moyennant un péage aux auteurs du barrage.
  3. Dont on a un exemple dans la figure du « chavisme critique » Miguel Rodriguez Torres, militaire et ex-ministre de l’Intérieur, qui vient de reconnaître publiquement ses liens avec la CIA.

Source : https://notasperiodismopopular.com.ar/2017/06/27/derecha-acelera-tiempo-golpe-estado-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

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Peut-on porter des habits rouges quand on est journaliste au Venezuela ?

25 juin 2017, au Venezuela : comme dans le Chili de 1973, un commando d’extrême droite reçoit l’onction du clergé avant un énième assaut armé contre « le communisme ». Dans « Les grands cimetières sous la lune » – son témoignage sur la guerre d’Espagne – l’écrivain Georges Bernanos, profondément catholique, dénonçait la bénédiction fébrile des exactions franquistes par l’Église.

Les images d’un jeune afro-descendant lynché et brûlé vif  par les manifestants anti-Maduro avaient jeté le soupçon sur le martèlement médiatique de la répression-de-manifestants-pacifiques-au-Venezuela. Ce meurtre dans le plus pur style du Ku Klux Klan a rappelé le type de société dont rêve une opposition qui use de mortiers et de grenades pour déstabiliser un gouvernement élu et empêcher la campagne qui permettra aux vénézuéliens d’élire en juillet une Assemblée Constituante.

Mêmes les médias d’opposition – majoritaires au Venezuela et qui couvrent quotidiennement ces mobilisations de droite, subissent des agressions de la part de ces militants pourtant du même bord qu’eux. La journaliste Yasmín Velasco de Televen (chaîne privée, d’opposition) vient de dénoncer sur son compte Twitter, qu’elle se trouvait à Altamira, une zone riche de l’est de Caracas, pour couvrir les manifestations contre Nicolás Maduro quand elle a été cernée par un groupe violent. Face à l’avancée de ses agresseurs, un cadreur a voulu leur expliquer qu’elle était journaliste mais « cela n’a pas arrêté le groupe qui essayait de brûler ma moto et de me voler mon téléphone ».

Yasmín Velasco est tout sauf « chaviste ». Depuis des années elle dénonce avec vigueur les politiques du gouvernement bolivarien, notamment ses échecs en matière de sécurité, et ne cache pas ses préférences idéologiques. Alors que la majorité des victimes, contrairement à ce qu’affirment les grands médias, est causée par les violences de la droite qui a besoin de ces morts pour justifier une intervention extérieure contre la « dictature bolivarienne », Yasmin Velasco fait comme ses collègues des médias privés : attribuer immédiatement, avant toute enquête, chaque mort au « régime ». C’est pourtant comme « chaviste » qu’elle a manqué d’être carbonisée à son tour. En fait, pas exactement en tant que « chaviste » mais… parce qu’elle portait un chemisier rouge.

Lorsqu’elle a dénoncé cette agression sur Twitter, Velasco a essuyé des réactions significatives de militants d’opposition. Pily Rodríguez (@mapyrc) lui demande “Pour qui travailles tu ? Pour le régime ?” @Alvin_Alarcon lui demande de « cesser de pleurnicher, car tu aides le gouvernement ». Beaucoup de tweets tentent de la consoler en lui expliquant que ses agresseurs ne peuvent être que des « infiltrés » du gouvernement bolivarien dont la présence servirait à souiller la geste démocratique de l’opposition. La palme revient certainement à @euliesaa : « Yasmin Velasco a oublié de mentionner qu’elle portait un chemisier rouge, qu’elle a refusé de montrer sa carte et qu’elle était éloignée de la plupart de ses collègues ». (sic).

Précisons que Yasmin Velasco est de petite taille, a la chevelure brune et des traits « natifs ».

Thierry Deronne, Venezuela, 26 juin 2017

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Venezuela : du coup d’État planétaire à un monde sans murs médiatiques

Cette photo de Paris-Match résume ce que la plupart des citoyens savent du Venezuela. Une croyance entretenue jour après jour par la nouvelle église que sont les transnationales de l’information. Le vieux rêve industriel est devenu réalité : que la population du monde pense la même chose au moment voulu. Or…

  • Ces 80 jours ne sont pas de simples manifestations contre le gouvernement Maduro. Ce sont 80 jours de manifestations d’une droite dont le secteur pacifique en perte de vitesse se fait déborder quotidiennement par une insurrection entraînée, financée et armée par qui rêve de reprendre le contrôle politique d’un continent – et pas seulement des réserves pétrolières du pays. Localement, l’objectif est de stopper la campagne pour élire une Assemblée Constituante et de réunir les conditions d’un coup d’État.
  • Fait significatif : cette insurrection se déploie a partir des quartiers riches où a été prise la photo, des municipalité de droite et de la frontière avec la Colombie en étroite alliance avec le paramimitarisme d’Alvaro Uribe.
  • La majorité de la population vénézuélienne, ces 95 % de citoyen(ne)s qui habitent les quartiers populaires, n’y participe pas, et rejette la violence.
  • La majorité des victimes ne sont pas des victimes du gouvernement comme le disent les grands médias mais les victimes de ces « manifestants pacifiques » que votre télévision ou votre radio ou votre journal, transforment en « population du Venezuela ».
  • Les membres de forces de l’ordre qui ont désobéi aux ordres de ne pas user d’armes a feu et sont responsables de blessures ou d’assassinats ont été aussitôt arrêtés et jugés.
  • Trois scrutins nationaux sont prévus d’ici 2018, sans assurance de victoire pour le chavisme qui a d’ailleurs perdu les législatives de décembre 2015. Dans ce pays qui a mis en place une démocratie participative (invisibilisée systématiquement depuis 18 ans), la majorité des médias écrits, radio, web et télévisés s’opposent au gouvernement bolivarien. Selon l’observateur d’élections Jimmy Carter, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde.
  • Conclusion : le fait que l’opinion occidentale dénonçait Pinochet en 1973 mais soutienne aujourd’hui ses fils au Venezuela confirme que nous sommes gouvernés par les grands médias. Ce pouvoir écrasant fait qu’il est très difficile pour la gauche éloignée de l’Amérique Latine de prendre parti. La voici contrainte de se taire pour protéger sa réputation et de justifier son « ni-ni » par les erreurs de gestion ou les cas de corruption des bolivariens (manifestes mais dont la solution dépend des vénézuéliens). Elle rejoint ainsi passivement l’étau international. Maurice Lemoine : « On a connu le même phénomène de « lâcheté collective » d’intellectuels de gauche auto-proclamés, à la fin des années 1980, lorsque les contre-révolutionnaires (« la contra »), l’administration Reagan et les difficultés accablaient le Nicaragua« . La solution passe par démocratiser en profondeur la propriété des médias tout en créant de nouveaux paradigmes éloignés de l’information-marchandise, à travers des médias non commerciaux, alimentés directement par les mouvements sociaux et reliant les pays du Sud en particulier. C’est ce que proposait le rapport de Sean Mac Bride « Un seul monde, des voix multiples » réalisé pour l’UNESCO en … 1980 : http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000400/040066fb.pdf

Pour l’heure voici les images invisibles sur la « planète Paris-Match » : à commencer par l’assemblée qui réunit ce 21 juin 2017 en Bolivie 2500 délégué(e)s de mouvements sociaux venus de 45 pays pour réclamer « Un monde sans murs ». Accompagné de l’ex-ministre espagnol Rodriguez Zapatero – médiateur du dialogue national au Venezuela, d’Ernesto Samper, ex-président colombien et secrétaire général de l’UNASUR (lui aussi médiateur) ou de Rafael Correa, ex-président de l’Équateur, le président Evo Morales a lancé un fort message de soutien des forces démocratiques au gouvernement du Venezuela : « Ce qui se passe au Venezuela est un coup d’État. Sois fort, Nicolas, contre les putschistes, le peuple latino-américain est avec toi ».

Thierry Deronne, Venezuela, 21 juin 2017.

« Violence ? Quelle violence ? Dans le centre populaire de Caracas, les badauds déambulent, qui dégustant une glace, qui promenant les enfants. Plus à l’ouest encore, royaume des petites motos de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une auto – sociologiquement plutôt « chavistes » –, la capitale vénézuélienne palpite et, comme dans plus de 90 % des agglomérations et des territoires du pays, chacun y vaque tranquillement à ses occupations. » Voir de Maurice Lemoine, la fable des manifestants pacifiques, http://www.medelu.org/Au-Venezuela-la-fable-des

Marche bolivarienne du 19 juin dans les rues de Caracas pour rejeter une enième réunion de l’OEA – organisme basé à Washington et relais historique des visées états-uniennes en Amérique Latine. Cette réunion a finalement échoué à émettre une résolution contre le Venezuela, les pays des Caraïbes notamment ayant apporté leur soutien au gouvernement de Nicolas Maduro.

Congrès de la jeunesse à Caracas, le 20 juin 2017. Nicolas Maduro y a annoncé l’embauche de plusieurs dizaines de milliers de jeunes pour fortifier les missions sociales de lutte contre la pauvreté et de défense de l’environnement.

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