« El Curarire », sous la bannière de l’organisation

1La place du village grouille de monde. On a l’impression d’avoir affaire à une exposition de motos en tout genre, tant elles stationnent en nombre, les unes à côté des autres. Juché sur le mur du monument qui se situe en son centre, Danis – un porte-parole du parlement communal – explique à la centaine de pêcheurs présents le but de l’assemblée : élaborer un document collectif qui sera adressé à Insopesca, l’Institut de la Pêche dont le siège se situe dans la capitale de l’Etat de Zulia.

« On peut et on doit trouver un terrain d’entente, car la situation actuelle nous porte préjudice, à tous autant que nous sommes ». Perdu au sein de cette nombreuse assemblée, un des pêcheurs présents renchérit : « on ne peut pas remettre les décisions à plus tard, cela entretient la désunion. En outre il faut préserver les ressources ».

Une des raisons d’être  de la Commune « El Curarire », c’est la pêche. Elle façonne en grande partie son identité. A quoi il faut ajouter l’élevage laitier. Danis Parra est natif de la côte occidentale du Lac de Maracaibo. Il vit depuis toujours à La Canada de Urdaneta. Son père, mais aussi le père de son père étaient pêcheurs. Avec un sourire malicieux qui lui éclaire le visage – dont les traits attestent de ses lointaines origines indigènes – Danis se souvient encore de sa première sortie en mer. Il avait 9 ans. Pour la première fois, il accompagnait son frère aîné et son père dans une campagne de pêche nocturne. Bien que son regard soit teinté d’une certaine timidité, Danis, son chapeau bien calé sur le crâne, n’en est pas moins la figure de proue des pêcheurs de la commune. Il préside par ailleurs l’assemblée qui déterminera la voie à suivre, la position collective à adopter pour le futur immédiat.

Danis Parra

Danis Parra

Et quelle est cette réclamation adressée à Insopesca (Institut socialiste de la Pêche et de l’Agriculture) ? En 2011, dans le cadre d’une réunion annuelle, toute une série d’accords furent ratifiés, qui engageaient les deux parties en présence : pour l’État  Insopesca, d’une part ; 115 Conseils de pêcheurs représentatifs de l’état du Zulia dans son ensemble, d’autre part. Il s’agissait de mettre en oeuvre  la Loi de la Pêche promulguée en 2008, interdisant la pratique du chalutage, en raison de son impact négatif bien connu sur l’écosystème marin, et par voie de conséquence, sur la biodiversité.

De cette rencontre, il résulte ce qui suit : aux fins de préservation des ressources halieutiques, une décision est prise, consistant à substituer la pêche à la palangre à celle ayant recours aux nasses. En effet, ces dernières ont ceci de spécifique, qu’elles doivent reposer durant un laps de temps assez long, sur le fond. Or, de ce fait, elles ont fait l’objet de vols répétés. Le Lac de Maracaibo n’ayant pas échappé à la règle. De plus, ce dispositif est nocif, puisque les nasses agissent comme autant de pièges, qui se referment d’une manière non discriminante sur toutes sortes de poissons, y compris les plus jeunes. Il était impératif de prendre un certain nombre de dispositions : établir au plus vite, une taille minimale de capture ; déterminer un quota de pêche hebdomadaire à ne pas dépasser, assorti d’un nombre de jours de sortie à respecter. Malgré quoi la pression qu’exercent certains gros employeurs de la région, pourrait mettre à mal cet ensemble de mesures et amener une régression, avec la réintroduction des vieilles méthodes de pêche que ces récents cadres légaux ont bannies. De cela, les Conseils de pêcheurs ne veulent pas entendre parler.Orillas-de-la-cañanada

Il faut également préciser que l’Assemblée dont Danis est le porte-parole, est l’expression de l’un des secteurs les plus défavorisés, les plus pauvres de la communauté. La majeure partie des hameaux regroupant les familles de pêcheurs, sont composés de maisonnettes bien précaires, surmontées de plaques de zinc faisant office de toits. Ces villages se blotissent tout autour du Lac, et les rivages qui en constituent le prolongement, sont maculés de pétrole et d’huile de bateaux. De loin en loin, tant bien que mal, les filets de pêche noircis de graisse, sèchent au soleil.

Danis passe en revue les besoins des pêcheurs qu’il représente :

1/ créer un centre de stockage du produit de la pêche afin de le soustraire à l’obligation de le vendre au secteur privé, et donc, à un prix fixé par le marché ;

2/ consolider la filière de la pêche artisanale, afin de contrer les gros employeurs qui embauchent  les pêcheurs en leur versant en retour un salaire de misère ;

3/ concourir au maintien des accords passés avec Insopesca, sur base de la nouvelle loi de la pêche, prenant en ligne de compte la nécessité de se placer dans une logique qui serait celle du développement durable; inverser les tendances lourdes se situant à l’origine des diverses formes de pollution.

Depuis la côte – bercée par une douce brise – on distingue les plate-formes pétrolières qui se détachent nettement sur l’horizon marin. Elles sont les témoins d’un temps où dans l’Etat de Zulia comma ailleurs, l’extraction de l’or noir ne s’accompagnait d’aucune mesure concrète de préservation. « L’industrie pétrolière portent de rudes coups à l’écosystème. Les plaques de pétrole  s’échouent en permanence sur les plages. Chaque soir qui passe, nous nous voyons dans l’obligation de nous laver les pieds et les mains avec de l’essence. Nous souhaitons que tous ces  »tuyaux » soient bouchés. Et en plus de cela, on est exposé à des émanations de gaz ».Cangrejos-El-Curarire

« Nous voulons court-circuiter le réseau des intermédiaires »

A La Canada, le circuit de commercialisation relève du secteur privé. Et uniquement de ce dernier. C’est la raison pour laquelle la préférence est donnée au plus offrant. Le crabe bleu est la principale espèce qui se pêche ici.  On en capture jusqu’à 8 tonnes par jour. Quant aux crevettes, la production journalière s’échelonne d’une à trois tonnes. En ce qui concerne le poisson en tant que tel, Danis nous apprend qu’on en ramène en moyenne 1 tonne par jour. « Pourtant, lorsque le fournisseur s’occupe de la commercialisation, il cherche à dégager une marge financière qui lui est extrêmement favorable. Alors que la marchandise achetée au pêcheur relève de la portion congrue. Donc, vendre au plus offrant, ce n’est pas probant. Il faut procéder autrement. C’est notre conviction ». Pour eux, l’alternative est simple : « Il faut court-circuiter le réseau des intermédiaires, et nous approprier cette fonction. Nous nous occuperons aussi des relations commerciales. Et les points de vente, nous les animerons nous-mêmes ».

Katiuska Rincon est membre du Conseil communal « La Gabarra », un des premiers à être mis sur pied et qui, avec les autres Conseils représentant le secteur de la pêche, a jeté les bases du système actuel. Vivant depuis 52 ans des produits de la pêche, son père  lui fera découvrir le  métier à l’âge de 7 ans. Par la suite, les vols d’embarcations se multipliant, il est devenu dangereux pour une fille de travailler dans ce secteur. Katiuska s’est consacrée aux études. Elle se souvient : « de retour du Lac, chaque jour, tôt le matin, papa nous réveillait pour nous faire manger du poisson frais ».

Kati insiste sur le fait que la vie collective placée sous le signe de la commune, a profondément transforme la communauté : « le conseil communal, c’est un peu notre famille à tous. Si une partie de la communauté venait à être confrontée à un problème, c’est la commune dans son ensemble qui s’en emparerait, pour le résoudre ».

Katiuska, le conseil communal

Katiuska Rincón, le conseil communal

Si on souhaite porter un regard extérieur sur cet échantillon d’humanité, sur ce qu’il est en train de réaliser, il ne faut surtout pas se contenter d’une première impression. « Toutes les bonnes choses,  viennent aussi de ce qui est proche, de ce que l’on connaît depuis toujours ».  Ainsi parle Marylis, une vénérable grand-mère. (Sa bisaïeule , une «indigène guajira vêtue de sa tunique traditionnelle », est décédée à l’âge canonique de 114 ans). Ce qui ne l’empêche nullement d’être l’une des porte-parole de la commune et d’y assumer nombre de responsabilités. Entourée à ce jour de quelque 72 petits-enfants, elle est issue d’une famille de modestes agriculteurs.

« Nous devons préserver ce mode d’être »

Marylis est convaincue du fait que le nouvel état d’esprit qui émane de cette organisation communale puise à la source de la forme de vie paysanne, dont elle s’abreuve depuis sa plus tendre enfance. « La vie collective telle qu’elle s’exprime aujourd’hui, à travers la commune, nos ancêtres la pratiquaient déjà. C’est la raison pour laquelle nous devons préserver ce mode d’être, mais aussi cette culture fondés sur une vie collective  harmonieuse, qui nous rend chaque jour, un peu plus forts. Cette vigueur, on la doit également à la possibilité d’être formés sur le plan idéologique. Car si nous ne sommes pas pourvus d’une idée claire de ce qu’est le socialisme, on ne pourra pas appréhender correctement la nature même de la commune. Parce que la commune plonge également ses racines dans cette matrice ».

Marylis

Marylis

Jeune, Marylis devait partir à la recherche de maigres touffes d’herbe qu’elle trouvait le plus souvent sur les trottoirs. Telle était la pitance qu’elle donnait aux quelques pauvres vaches qui lui appartenait. La police l’a arrêtée à deux ou trois reprises alors qu’elle faisait paître les  animaux sur la place du village.

Désormais, au sein de l’Unité de Production Familiale (UPF) de La Flerida, Marylis s’occupe de l’élevage de bovins, de chèvres et de porcs. Toutefois, le poste qui marche le mieux dans cette structure, c’est la fabrication de fromages. Il en est ainsi parce que Marylis est des petits producteurs locaux qui ont bénéficié de la réforme agraire. En 2003, les plus grands propriétaires terriens de la commune – la famille Urdaneta – ont vu leurs terres expropriées aux fins de redistribution. A ce jour, la majeure partie de ce qui est produit est vendu au secteur privé. Il en est ainsi parce que même si l’on souhaitait vendre le lait à l’entreprise publique Lacteos Los Andes, cela ne serait pas possible, du fait de l’absence de moyens de transport et de réseau routier adéquat. Il faut néanmoins préciser que les excédents en matière de production de fromages et de viande, sont vendus aux membres de la communauté, à des tarifs préférentiels, solidaires.leche

Bien que les inégalités en matière économique et sur le plan du développement entre les différents secteurs soient encore perceptibles, Marylis tient à souligner que le point fort de la commune, c’est sa capacité organisationnelle : « depuis que nous nous sommes donné les moyens d’apparaître sous cette forme, nous constituons un véritable gouvernement local. Désormais, tout ce qui est constitutif de notre secteur, est de notre ressort. Nous avons également besoin de nous appuyer sur tous les moyens existants pour parvenir à l’éradication des dernières poches de pauvreté ».

« El Curarire », est la seule et unique Commune qui existe dans la localité « La Canada de Urdaneta ». Pour être précis, 17 conseils communaux la  composent : 6 pour la partie urbaine proprement dite ; 5 pour le secteur  piscicole ; 6 enfin, pour l’agriculture.

C’est en 2010, que l’on a jeté les bases de ce qui deviendra cette articulation sur laquelle la Commune repose. Il a fallu dans un premier temps, dresser un état des lieux, établir un diagnostic initial. Pas moins de 2 années ont été nécessaires qui auront permis la recension des secteurs les plus fragiles, en situation de pauvreté extrême.

Un an après sa constitution officielle et légale, « El Curarire » est incontestablement pourvu d’un potentiel réellement prometteur. Marylis : « Dans 5 ans,  »El Curarire » s’appuyera sur une chaîne de commercialisation efficace, qui lui permettra de nouer des liens de ce type, avec d’autres Etats de notre pays. Il en sera ainsi, parce que les moyens de transport tout autant que les voies de communication nouvelles, nous en donneront la possibilité. De ce fait, les secteurs se situant en marge des grands axes d’échanges et de communication disparaîtront. Pour ce faire, nous allons entreprendre la construction de logements d’habitation, et extirper une fois pour toute de la misère, tous ces gens qui méritent un  autre sort ».

«  Notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion.»

Irwin, l’un de ces autres producteurs locaux qui a obtenu de bons  résultats ces dernières années du fait des changements en cours, tient également à s’exprimer. Il se défie des phrases toutes faites et des stéréotypes qui les accompagnent. Bien qu’un peu mal à l’aise avec les constructions de phrases, il s’emploie à donner à son intervention toute la verve nécessaire. Et ce qu’il ne sait pas dire, il le dessine. Il ne cesse de sécher son visage ruisselant de sueur, tandis que s’agitant sans arrêt, ses mains accompagnent son effort. A sa manière, c’est un véritable maître en rhétorique : « certains  producteurs locaux se tiennent à distance du Conseil communal. Quelques-uns manifestent de l’indifférence, d’autres éprouvent une certaine inquiétude à s’investir au sein de la Commune. Toutefois la grande majorité d’entre nous , soutient l’expérience de Pouvoir populaire en cours ».

Irwin

Irwin

Comme Marilys, Irwin est issu de ce secteur de petits producteurs locaux, qui ont accédé à une certaine prospérité, à travers son appartenance à l’Unité Familiale (UPF) dont il dépend. C’est donc en connaissance de cause qu’il fait partie de ceux qui ont souhaité s’intégrer aux activités de la Commune, à partir d’une prise en compte du caractère politique de l’organisation : « notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion. Or, l’autogestion relève à la fois du politique et du social ».

Selon Irwin, la production laitière de la Commune s’élève à 45 000 litres par jour. Toutefois ces brillants résultats ne peuvent être étendus aux sphères de la pêche et de l’agriculture proprement dite. Irwin : « Au jour d’aujourd’hui, le Plan de Développement Communal 2014, relève de la théorie pure et simple, puisque aucun des 44 projets dont nous avons prévu la réalisation, n’est sorti des cartons ».

Parmi ceux-ci, l’on peut citer : la reprise d’une unité d’élevage et de production de crevettes ; la consolidation de deux Entreprises de Propriété Sociale (fabrication de parpaings, et textile) en cessation d’activité par manque d’intrants; des centres d’approvisionnement pour le secteur de la pêche;  le percement de puits supplémentaires pour l’agriculture (eau/irrigation).

Bien qu’à l’abri d’un arbre solitaire qui lui prodigue une ombre bienfaisante, Irwin ne cesse de transpirer. Il poursuit : « la commune est un espace de communication et d’échanges qui offre de très nombreuses opportunités. La convivialité est le maître-mot. C’est également un lieu où les paradigmes d’antan qui ont la vie dure, peuvent être dépassés. Quant à la solidarité, c’est un point d’appui solide, qui nous permet de replacer au centre du débat des valeurs longtemps mises à l’écart, et que l’on a trop souvent dénigrées ».

Carmen

Carmen

Carmen a les yeux légèrement bridés, les pommettes hautes, les mains tannées et maculées de terre : « Je suis paysanne jusqu’au bout des ongles. J’ai grandi dans les montagnes environnantes, avec en permanence autour de moi, des poules, des vaches, des cochons. Sans oublier les chats et les chiens ».

Lors du déroulement de la réunion hebdomadaire – à laquelle les porte-paroles des autres Conseils communaux participent – on s’attache (à la manière de l’État du Zulia) à mutualiser les problèmes auxquels on se heurte, en vue d’un règlement rapide. Les cris et les gesticulations sont également au rendez-vous. Les rires ne manquent pas et les plaisanteries fusent de toutes parts.

Carmen adopte une certaine attitude de retrait qui la singularise quelque peu. Elle place en effet toutes ses interventions, sous le signe de la mesure et de la pondération. Ceci dit, tout est enregistré pour le lendemain. Ce qui permet à qui le souhaite, de consulter la teneur des débats de la veille.  Bien connue de tous, la maisonnette de Carmen, qu’elle partage avec son époux, se situe sur un terrain sec et aride.

Le Conseil communal « Tagualayuu » (« Mes frères » en langue indigène wayuu) a vu le jour, il y a 6 ans. Chacune des 42 familles qui le compose dispose d’une parcelle depuis 2003, date à laquelle, l’Institut National des Terres (Inti)  les a mises à leur disposition. Et ce, à la suite de l’expropriation de terrains que le propriétaire terrien et « grand homme » du secteur détenait. Il s’agit de Rafael Urdaneta dont on a déjà parlé.

En dépit de cette aide initiale, la faiblesse (voire l’absence) des infrastructures existantes a été un frein constant, auquel se sont heurtées les aspirations du secteur productif local dans son ensemble. Quand les pluies surviennent, les routes inondées ont contribué à la perte totale de plus d’une récolte. Par ailleurs, pour l’instant, un seul et unique puits est mis à la disposition de toutes ces familles.

« Que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? »

Carmen, fille de paysans, est l’aînée d’une fratrie de 7 enfants. Quand elle s’exprime, sa voix est pleine de fermeté : « que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? Qui plus est, quand il occupe une ferme au fin fond de la forêt, avec pour seule compagnie, quelques colonies de chauve-souris ? Rien. Nous ne manquons pas de ressources quand il s’agit de mettre la main à la pâte. La volonté est là, en nous. Bien présente. La terre est désormais mise à notre disposition. Il nous faut une seule chose : que le gouvernement/les pouvoirs publics nous donne le coup de pouce décisif, en nous apportant les financements appropriés. Parce que, je le répète, sans eau, sans machines agricoles, sans moyens de transport et en l’absence d’infrastructures routières dignes de ce nom, on ne pourra rien produire. Alors que cette terre est généreuse et fertile ».

Une femme approchant la cinquantaine témoigne du fait qu’elle ignorait tout de la politique, jusqu’à ce fameux 4 février 1992. A ce moment, sûre de son fait, elle affirma aux membres de sa famille : « c’est l’homme qu’il nous faut ». (Il s’agissait du futur Président Chavez, auteur d’une insurrection contre la corruption et la répression du régime de Carlos Andrés Pérez). Aujourd’hui, 20 ans après, elle soutient que la clé du succès réside dans le fait de réunir les moyens d’obtenir ce coup de pouce financier : « avec cette aide, nous pourrons résoudre les questions relatives au manque d’électricité, d’habitations, de routes. En somme, si l’on peut construire ici, 30 unités d’habitation pour les paysans, ce sera 30 problèmes en moins pour notre président et ses ministres ».

D’après Carmen, si certaines catégories de producteurs du secteur ont tout de même réussi à prospérer, elles le doivent aux prêts qui leur ont été accordés, ce qui leur a permis d’entreprendre sur des bases spécifiques, le travail de la terre qui leur ont été concédées à l’époque. Toutefois, à l’unisson de tous les membres du Conseil communal, Carmen poursuit son total engagement au sein de cette organisation. Parce qu’ils sont convaincus que c’est le seul et unique moyen d’atteindre ce à quoi ils aspirent collectivement. «Cette organisation, ce n’est qu’un bébé qui vient de naître. Procéder étape par étape, méthodiquement, telle est la voie. Une organisation digne de ce nom est l’outil incontournable. Cela suppose également que l’on respecte la loi. Nous veillons scrupuleusement à ce que personne ne cherche à la violer. La commune est en plein essor. C’est certain. Nous allons très prochainement recueillir les fruits de nos efforts. Nous organisons de nombreuses réunions. Nous engageons de multiples débats. Quant à l’opposition, elle est dans les cordes. Les maires et les gouverneurs qui la représentent sont sur les dents, parce qu’ils sont contraints à leur corps défendant de transmettre le pouvoir au peuple ».el-peladero

Les nuages de terre que soulève la camionnette engagée sur le chemin de terre, l’accompagnent jusqu’au seuil de la maisonnette. L’atmosphère compacte rend plus oppressante la chaleur de midi qui s’abat sur les environs immédiats. Ici et là, quelques pauvres vaches paissent le long de la piste poussiéreuse. Au centre de ce paysage désolé, se dresse un maisonnette solitaire, qui semble avoir été comme déposée ici, sur ce sol sec et cassant. Une clôture de cactus complète le décor. Ce tableau d’ensemble est caractéristique du grand problème qui affecte d’une manière récurrente cette zone agricole : le tragique manque d’eau.

La nuit s’abat sur le toit de zinc de la galerie attenante au logement de Marylis, qui accueille ce soir, quelques communardes et communards qui se retrouvent ici après une journée de travail au Mercal local (magasin d’État qui vend les aliments bon marché) et la visite à ceux qui bénéficient du réfectoire communautaire. Les familles de pêcheurs et certaines personnes liées aux Unités de Production Familiales sont de celles qui le fréquentent assidûment. C’est à ce moment de la journée que les moustiques locaux profitent de leur festin quotidien. La chaleur de Maracaibo est de celle qui pourrait effrayer le Diable en personne. Toutefois, une brise bienfaisante la chasse peu à peu. Malgré toutes les contradictions et les problématiques, avec tous leurs désaccords, les erreurs et réussites, les communardes et aux communards de « El Curarire » continuent à parier sur l’organisation.

Texte : Martín Di Giácomo. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-organizacion-como-bandera/

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Depuis l’Orénoque, pour que le peuple gouverne

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, la guitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communal Angostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara– la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Là où le fleuve dissout les frontières

Par Marianny Sánchez

delta1delta8La nuit menace d’éteindre les dernières étincelles de l’éclairage au gazoile qui illumine les terrains des baraques, Myriam se bat avec le transistor à piles, tord l’antenne dans tous les sens et finit par gagner. Dans l’obscurité de ces terres lointaines une voix parvient “… mon peuple… il faut s’organiser… en commune…”, un son assez métallique, sale, là où les télécommunications tiennent presque du miracle.

À cette date perdue d’un jour de 2009, dans cette masse de milliers d’années formées par les volcans, ce conglomérat de sédiments, de terre et d’histoire entraînés par le puissant fleuve Orénoque, la femme endort les sept enfants et rêve. “Quand le commandant a lancé cet appel, cet appel à se former en comunes pour le bien-être social, je me suis dit “voilà ce qu’il faut faire’ (…) Le camarade  Humberto et moi nous avons allumé cette petite flamme. Nous avons sorti la barque et le petit moteur 40 pour aller de maison en maison dire aux gens que c’était la solution, parce que comme disait Chavez, les gens organisés sont plus forts que chacun séparément” se souvient Myriam Hernández, face au pionnier et compagnon de lutte Humberto “Mon” Güira.

Myriam Hernández

Myriam Hernández

A voir ce couple combatif on finit par penser que dans tout le silence et toute la solitude qui rythment la vie du Delta, l’imagination est le muscle le plus puissant. Cette “commune” qui n’était qu’un mot ils l’ont d’abord entrevue, palpé ses fondations invisibles dans la terre, ils l’ont détectée dans les visages de quelques voisins qui un jour se joindraient au va-et-vient : jusqu’à ce que naisse l’an dernier la commune au nom légitime : “Ribereña del Caño Mánamo, Hugo Chávez Frías”.

Quand les remous du fleuve annonçaient l’arrivée de la barque, par une de ces après-midis, l’indiscret du coin courait à leur rencontre en criant : “Les fous sont arrivés !”, raconte-t-elle, pendant que ses mains imitent les airs de surprise et de méfiance – mains brûlées de tant de soleil, de tant de fourneau, de terre et même de la construction de 14 maisons dans son conseil comunal “Los Mangos”.

Nous avons cherché pendant trois mois les gens pour un projet dont ils pensaient qu’il n’allait pas se réaliser : la commune. Humberto et moi nous allions et venons partout (…) Après, quand les gens ont commencé à nous croire, nous avons démarré les réunions tous les jeudis, avec les porte-paroles des 12 conseils communaux. Maintenant ils se rendent compte que la constance et la foi font que les choses arrivent. Par exemple nous avions la conviction qu’un jour nous habiterions nos propres maisons, et voilà : 14 baraques ont été remplacées par de vrais logements”.

“Ici les gens s’étaient habitués à faire de la politique bidon”

Une brise tempère la chaleur brûlante de midi sur le Delta. Dans le fond, les maisons à la façade de vieux rose, les enfants pieds nus, en couches, courent dans les couloirs, mi-curieux mi-cachés, pendant que la grand-mère, la communarde respectée par les voisins, reconstruit l’histoire de comment furent bâties non seulement les 180 maisons dans toute la commune depuis 2010 mais aussi l’organisation qui fut nécessaire pour changer la relation des riverains au travail, à la production et à la participation politique.

Humberto Guira "Mon"

Humberto Guira « Mon »

Ici les gens se sont habitués à faire de la politique bidon, à se former pour obtenir un place à la Mairie ou au Gouvernement Régional, travailler à Tucupita, Même si dans leur communauté il vivent dans la misère (…)  Nous nous sommes rendus compte que cela fait beaucoup de dégâts parce qu’on nous donne du travail, mais cela nous fait oublier d’où tu viens et où tu vis : la campagne. Donc le problème n’est pas d’obtenir un travail dans un bureau et puis voilà, mais de contrôler la production du produit” explique Humberto Güira, en mettant le doigt sur un des plus grands obstacles qu’affrontent les communard(e)s de Caño Mánamo.

Celui qui demande où est Humberto, ne le trouvera jamais. Ici, pour tous, c’est “Mon”. A la différence de beaucoup, le fantasme de Caracas n’a pas duré longtemps pour lui, à cause d’une révélation. Exceptionnellement originaire d’un des coteaux aujourd’hui baptisé conseil communal “Altagracia”, il décida à treize ans que sa voie était la technique des coups et il abandonna la campagne pour devenir boxeur.

Je prenais des classes de boxe et je vivais à Caracas, à Quinta Crespo, chez une de mes soeurs, qui était restée veuve. J’ai travaillé dans une banque, puis dans une fabrique de chaussures et un jour en parlant avec un compagnon je me suis dit “Mais bon Dieu, mon père qui a tant de terrain, avec tant de choses là-bas, et moi ici  travaillant pour un autre ! Je retourne dans ma campagne, je veux produire. Et quand je suis arrivé à Tucupita je me suis dit que j’irai à Altagracia, sur la rive du Delta. Ils pensaient que j’étais fou, parce qu’on y produisait à peine un peu de lait, mais c’est là que j’ai commencé à troquer des bananes à cuire ou du manioc que produisait ma famille, contre du poisson que d’autres pêchaient sur le fleuve, et ainsi de suite”.

Avec son talent pour flairer tous les chemins possibles, devenu la preuve vivante qu’en produisant et en pratiquant le troc solidaire on peut nourrir la compagne, les enfants et même les voisins, armé de cette pulsion de vie qui se lit dans les mocassins démolis par tant de chemins de terre, de flaques et d’asphalte, “Mon” s’est mis à porter des coups aux structures bureaucratiques et s’est converti – sur la base d’un accord unanime – en porte-parole politique de la commune.

Pas besoin de papier pour qu’il cite de mémoire les projets du Plan de Développpement Communal. Là oú l’étranger ne voit qu’une simple structure, Humberto voit le siège de l’usine de traitement de bora, d’où sortira, après traitement du potiron, de la banane à cuire, du manioc en surplus et du lys d’eau (bora) qui se reproduit sur les rives du fleuve, un aliment innovateur pour le bétail : NutriBora. “Avec cette entreprise nous allons créer 20 emplois directs, par exemple, pour que nos gens sortent de l’inactivité – les jeunes surtout – et que les gens se rendent compte aussi que le seul horizon n‘est pas de décrocher un poste public” insiste-t-il.
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Il manie la barque de deux moteurs 100 remise à la commune il y a deux ans, tout un navire si on la compare avec les barques des particuliers. Il connaît ces eaux comme sa poche et, au-delà du squelette de ce qui sera l’entreprise NutriBora, nous amène aux terrains où quelques branches servent d’enclos aux 60 buffles qui donnent le lait – 35 à 40 litres par jour – pour fabriquer le fromage, actuellement revenu principal de la commune.

Il sait – et l’a fait savoir aux voisins – que l’usine de traitement ne sera pas suffisante pour que la production communale puisse faire face aux moyens producteurs et aux grands propriétaires qui détiennent encore de grandes étendues de terres sur ces rives.

De quoi a besoin la commune ? De l’alimentation, et où allons-nous la trouver ? Avec ce que nous produisons nous travaillons à l’installation d’un Mercal Communal type II (NdT :  magasin d’État d’aliments bon marché) pour la communauté de Chaguarama. Nous avons aussi besoin de produit pour les semailles, c’est pourquoi un autre de nos projets est d’ouvrir un Agropatria Communal. Et pour que nous ne perdions plus l’excédent – par exemple lors d’une forte période de pluies – nous proposons de créer un centre de stockage. Et une entreprise d’élevage de cachamas (poissons) et une unité de production de casabe (grandes galettes de manioc), nous raffolons du casabe et c’est absurde que celui que nous mangeons vienne des États de Monagas ou de Bolívar”.delta4 delta5

Dur pour la rétine de passer des gris de l’aube à la lueur incandescente du matin. Le jour nouveau s’annonce entre le sommeil qui humidifie la peau et la chaleur qui rebondit sur les parois de zinc. Rafael Contreras, Jean Carlos Contreras et Eliseo Contreras s’éveillent, l’un d’eux part à cheval convoyer les femelles de buffles pour la traite.

Tous trois portent sur leur visage l’empreinte maternelle, celle de Candelaria del Valle Urrieta. Elle leur a non seulement transmis les rudiments de la fabrication du fromage mais aussi la vocation diffuse pour la commune et ce sont ces trois frères qui – dès cinq heures du matin – traient, font cailler puis fermenter le lait dont sortira la forme fraîche de dix kilos distribuée dans les conseils communaux et au Marché Municipal de Tucupita.

La mère affronte le peu de loquacité des fils, et tout ce qu’ils ne veulent pas expliquer, Candelaria le décrit, elle qui a dû se former en un temps record en matière de lois du Pouvoir Populaire, démarches administratives, plans productifs et tout ce que l’envergure de l’engagement – celui de rendre les comptes – lui a imposé.

Trois jours avant c’est elle qui a dû redresser la fromagerie lors du décès de l’ancien trayeur, quand que sa veuve a réclamé la moindre des choses qui lui avait appartenu. “Vous voyez, c’est ça être communarde. De même que nous avons construit une baraque en un jour, nous avons dû relever ce défi, ils nous ont laissé sans rien (…) La femme a réclamé toutes les choses matérielles qu’il possédait, ils ont tout emporté, même ce qui était à l’intérieur, mais immédiatement en tant que commune organisée, nous avons érigé une autre maison (…) En tant que communards unis nous l’avons remise en route, nous avons réuni les bêtes, nous les avons comptées, et nous sommes arrivés au compte, nous continuons à produire tous les jours le fromage”.GLS-19-de-48

L’action solidaire, à plusieurs, “pour s’en sortir, pour avancer” ponctue les réponses qui surgissent de chaque bouche, de chaque itinéraire parcouru pour mériter le titre de communard ou de communarde. Ici, où le fleuve dissout les frontières, entre les états de Delta Amacuro et de Monagas, où le bateau peut mettre des minutes ou des heures pour atteindre sa destination, le fromage est non seulement un revenu mais aussi la nourriture de nombreux voyages au port ou aux villes proches.

Morceaux de fromage frais, galettes de mélasse (catalina) et grandes galettes de manioc (casabe), raconte Humberto, c’est ce qu’ont emporté 12 jeunes de la commune pour leur voyage jusqu’à San Félix, dans l’état de Bolívar, pour y recevoir une formation sur l’élevage des cachamas (poissons d’eau douce). Et sur la fabrication du fromage – maintenant qu’il se vend à 110 bolivars le kilo – un groupe plus nombreux a voyagé pour un échage de savoirs et non seulement pour apprendre à faire des galettes de maïs, mais aussi pour apprendre à gérer la future fabrique de casabe.GLS-8-de-48

“Du peu que nous tirons de la production de fromage de buffle, nous finançons les voyages nécessaires pour nous former et de cette manière pouvoir faire fonctionner nos projets. Parfois nous vendons un fromage, deux fromages et nous en emportons une partie pour le manger avec du pain jusqu’à l’arrivée en ville; que nous percevions ou non des viatiques, c’est ce qui compte le moins. S’il faut aller à une Rencontre Nationale de Communards, nous vendons 3, 4 fromages, nous en emportons un et nous nous mettons en route” explique-t-il en découpant à la corde la haute tour de fromage produite ce matin même pour en tirer une rondelle parfaite qu’il découpe en triangles, le résidu encore laiteux fond sur la langue qui savoure – affamée – les morceaux huileux et salés.

Pablo Plaza

Pablo Plaza

Quand “l’oiseau joyeux” Pablo Plaza tire quelques notes de sa guitare à quatre cordes et de l’harmonica, ni la chaleur ni la paresse ne peuvent affaiblir les applaudissements. Les pieds et quelques hanches se meuvent au rythme des merengue qu’il a composés et – l’espace d’un instant – tout obstacle semble léger face au paysage de fleuve, mangrove, arbres araguatos, palmiers, infini.

Ce mercredi d’assemblée extraordinaire, seuls 15 personnes ont répondu présentes – pour une communauté de 1900 habitants – pour discuter de la mise en place du Plan Jeunes des Quartiers. En tant que communards ils le savent : surmonter la difficulté du transport fluvial quand on ne possède pas de pirogue, de barques à moteur qui fassent office de transport public, est très ardu. Le rêve de multitude parlementaire s’évanouit face à la réalité des chiffres : 100 bolivars pour un aller-retour.

Avec la difficulté du transport – qui renforce l’indifférence des plus jeunes vis-à-vis de l’éducation formelle -, il y a le fait d’être à la merci des voleurs qui profitent de la nuit et de l’impunité pour faire main basse sur les poulets, les chêvres, les porcs, et les buffles, un coup qui s’ajoute aux autres.GLS-26-de-48

Les riverains en savent peu sur leurs voisins et ancêtres les indigènes waraos. Les communautés indigènes se trouvent à une distance de la commune mesurable en heures, un lointain trop coûteux à parcourir quand on lutte pour trouver de l’huile à moins de 300 bolivars et de l’essence. Mais cette mystique qui pour l’heure est identifiée à l’autre, cette chose exotique qu’on aperçoit dans les campements payés en dollars, en euros et dont les noms se terminent par “lodge”, cette chose qui vit dans les yeux des habitants du Delta, ce ton jaune de la peau, remonte aussi le fleuve.

Ils ne le savent pas mais ces navigateurs du Wirinoko, toponyme warao des eaux qui réunissent leurs histoires de persévérance, portent la marque profonde du “lieu où on rame”. Là dans la barque rament avec “Mon”, Candelaria, Alexis, Nery, Rafael, les visionnaires : là où le distrait ne voit que le vide, eux voient la naissance, là où d’autres voient l’obstacle, eux voient l’occasion.

Ils sont parvenus à ces rives au milieu des années 70, quand la fermeture du caño Mánamo, un bras de l’Orénoque, avait causé le déclin de la pêche et salinisé les terres au point de les rendre incultivables,  au moment où commença la migration vers les centres urbains. Mais eux sont allés à contre-courant. Myriam : “Ici nous n’avons jamais pensé que nous ne pourrions pas, nous sommes amoureux de notre condition d’habitants du Delta, nous restons ici, nous accouchons des fils du Delta, nous aimons ce paysage, cette terre, et si vous me demandez s’il y eut un jour où la difficulté m’a fait perdre la foi je vous le dis très clairement “non, non et non”, il n‘y en pas eu. Sans foi, pas de lutte et sans lutte, tout est perdu, vous entendez ?”. On l’entend, comme en écho.delta7delta9

Texte : Marianny Sánchez. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Thierry Deronne

Source : “Allá, donde el río diluye las fronteras, Comuna Ribereña del Caño Mánamo Hugo Chávez Frías, municipios Tucupita (Delta Amacuro) y Uracoa (Monagas)”, http://www.mpcomunas.gob.ve/alla-donde-el-rio-diluye-las-fronteras/

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“Nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

Le Vème Congrès bolivarien “Jeune Indo-Amérique” s’est conclu le 26 juillet à Caracas. Il a réuni 260 délégués indigènes de 14 pays latino-américains et des Caraïbes autour du thème “fortifier la diplomatie entre les peuples du Sud”.

La déclaration finale lue par la déléguée équatorienne Diana Pijal (vidéo) rend hommage à Hugo Chavez en tant qu’initiateur de la politique de défense des droits des peuples originaires aujourd’hui poursuivie par le président Nicolas Maduro, et demande aux gouvernements du reste du continent d’oeuvrer à la reconnaissance totale des droits civils, politiques, économiques et de l’autodétermination des peuples indigènes.

Le congrès rappelle la nécessité de la démarcation de l’ensemble des territoires ancestraux et de la remise immédiate des titres de propriété aux communautés autochtones, de la lutte contre l’agro-business et contre la destruction de la terre-mère par les agro-toxiques, du développement de l’agro-écologie et de l’usage des semences autochtones pour lutter contre l’invasion des transnationales.

La déclaration propose également :

  1. L’intégration immédiate des organisations de la jeunesse indigène à la CELAC ainsi qu’au MERCOSUR à la faveur de la récente arrivée du Venezuela à la tête de cet organisme, afin de participer aux politiques de lutte contre le chômage, l’analphabétisme et la pauvreté en général.
  2. La création d’une école de formation socio-politique des dirigeants des mouvements de jeunesse indigène.
  3. L’intégration des peuples indigènes à la fonction diplomatique.
  4. La création de Conseils de gardiens écologiques.
  5. La création de l’agence d’information “Jeune Indo-Amérique”.
  6. La création d’une école pour l’étude et la transmission des savoirs de la médecine traditionnelle des peuples autochtones en complément de la médecine scientifique, hors de la logique commerciale.
  7. La création d’un fonds latino-américain pour financer les projets socio-productifs des peuples amérindiens et fortifier ainsi leur autonomie économique.
    La Ministre des Peuples indigènes Aloha Nuñez

    La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Acte conclusif du Congrès « IndoAmérica Joven », Caracas, 26 juillet 2013.

Comme l’ont fait la CELAC, l’ALBA, le MERCOSUR, l’UNASUR et l’OEA, le congrès indigène condamne la violation du droit international et le comportement discriminatoire, néo-colonialiste, de pays comme la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne qui ont fermé leur espace aérien au président bolivien Evo Morales sur injonction des États-Unis. La dirigeante Diana Pijal a conclu en rappelant la pensée d’une de ses compagnes de lutte en Équateur : “nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez (droite) lors d'une visite à une communauté autochtone, juillet 2013.

La Ministre Aloha Nuñez (à droite) visitant une communauté autochtone, juillet 2013.

La ministre vénézuélienne des peuples indigènes Aloha Nuñez, membre de la nation Wayuu (1), a pour sa part rappelé l’importance de ce dialogue entre pays-frères qui a permis à la déléguée mexicaine ou aux représentants péruviens venus à Caracas par voie terrestre, de juger sur pièce des conquêtes des peuples indigènes du Venezuela afin d’en informer leurs mouvements.

Aloha Nuñez a souligné que ce congrès est un des fruits de la révolution bolivarienne. Avant sa première élection en 1998 Hugo Chavez s’était engagé à régler en priorité la dette due depuis cinq cents ans aux peuples indigènes (bien qu’au Venezuela ceux-ci ne représentent environ que 3 % de la population). Une fois élu, le président a convoqué une assemblée pour rédiger la nouvelle Constitution Bolivarienne dont l’article 121 déclare : “Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle, leur cosmovision, leurs valeurs, leur spiritualité et leurs lieux sacrés et de culte. L’État appuiera la mise en valeur et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes qui ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif interculturel et bilingue qui respecte leurs particularités socio-culturelles, leurs valeurs et leurs traditions. »

Cet article a ouvert la voie à une série d’instruments légaux qui ont permis de visibiliser les peuples indigènes et leur ont donné des moyens effectifs d’action comme en témoigne la création du ministère.

Construite sur les rives des fleuves Orénoque et Tauca, dans l’État de Bolívar, l’Université Indigène du Venezuela est un exemple de cette lutte pour défendre et transmettre les savoirs ancestraux de communautés victimes depuis longtemps de l’acculturation provoquée par l’invasion de sectes évangélistes, de la violence des grands propriétaires terriens ou de l’exploitation illégale des gisements de minéraux.

Cette initiative des peuples autochtones, unique en Amérique Latine, a obtenu la reconnaissance et l’appui du gouvernement bolivarien qui en a fait une université publique en juin 2010 et a créé un second siège dans l’état d’Amazonas.

Un des apports gouvernementaux consiste en l’octroi de bourses collectives gérées par les communautés Tegui, Cuibas, Puné o Yaruro, Baniva, Bare, Jivi, Kurnipako, Mako, Piapoka, Piaroa, Punave, Yavorana, Yekuana, Warao, Arawak, Macuchu, Pemón, Sanema, Umak o, Anitani, e’ñepá, ou Jodi.

Le reportaje photo ci-dessous montre la vie de ces étudiant(e)s – depuis leurs trajets vers l’université jusqu’à l’étude et au repos dans la résidence.

Thierry Deronne, Caracas, 27 juillet 2013.

Note :

(1) Lire « Aloha Nuñez : continuer la lutte des peuples indigènes du Venezuela » , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/14/aloha-nunez-continuer-la-lutte-des-peuples-indigenes-au-venezuela/

Photos : Jorge Silva / Caridad – HavanaTimes. Vidéo : TVEs, chaîne publique vénézuélienne.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/27/nous-sommes-comme-les-herbes-des-haut-plateaux-qui-repoussent-quand-on-les-arrache/

Nicolas Maduro : “le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier”

reunion_maduro_gobernadoresNous sommes à Caracas le 16 juillet 2013, à Miraflores (palais présidentiel). Nicolas Maduro s’adresse à vingt gouverneurs bolivariens : “Comment est-il possible qu’à une personne âgée, à une de ces personnes que nous rencontrons lorsque le gouvernement sillonne le pays, on fasse payer 20 millions pour pouvoir accéder à une mission sociale?  Certains, ils me l’ont dit, ont payé et ils ont été effectivement inclus ensuite dans la mission ! Qu’est-ce cela veut dire? Qu’au-dessus de ces extorqueurs il y a des hauts fonctionnaires qui couvrent ces agissements, comme ceux qu’on a arrêtés. Nous devons aller jusqu’au bout de chaque enquête et vous, les gouverneurs, qui avez mille témoins dans vos régions, faites le travail sur place, car nous avons détecté beaucoup de cas lors de nos déplacements”.

Quelque semaines ont suffi pour détecter des systèmes de corruption mis en place par des hauts fonctionnaires du service des douanes, de l’immigration, de l’inspection du commerce, de l’industrie sidérurgique, de la compagnie pétrolière publique, de la banque nationale du développement… Nicolas Maduro a promis de nouvelles surprises dans cette offensive-éclair contre la corruption “où qu’elle soit, et à tous les niveaux, coiffée d’un béret rouge chaviste ou dans les rangs de la droite, dans le secteur public comme dans le privé : il n’y aura plus d’intouchables. Personne ne me fera prendre des vessies pour des lanternes. Je ferai bientôt quelques inspections-surprises sur les chantiers publics”.

Dans le même temps, le plan “Patria Segura” a déployé sur tout le territoire une police mieux formée à la protection des citoyens. Un premier bilan parle d’une baisse de 200 % des enlèvements et de 38 % des homicides. Maduro veut aller plus loin. Il rappelle comment il a vu toute une jeunesse populaire – sa génération – décimée par la drogue, la violence à partir des années 80 et veut s’attaquer frontalement à l’imaginaire des médias privés resté très puissant malgré quatorze ans de révolution, en multipliant les missions culturelles, la récupération des espaces publics et la rénovation intégrale des quartiers populaires (plan »barrio tricolor« ), le relancement de la musique populaire, l’appui aux artistes et aux mouvements de jeunes, le transfert de nouvelles technologies et la dotation de nouvelles chaînes de télévision aux secteurs jusqu’ici exclus.

Sans doute étaient-ce ces chantiers que le président Chavez voulait aborder en 2013 : quelques mois avant sa mort il appelait les jeunes du grand quartier populaire de Petare à renoncer à la drogue, à la violence pour mettre leur talent au service du pays.

La droite et les grands médias rêvaient d’enterrer la révolution bolivarienne avec son initiateur. Des politologues de gauche annonçaient la lutte fratricide des chavistes ou une “NEP” réformiste. 90 jours après la mort de Chavez, on découvre un homme d’Etat qui, s’appuyant sur une équipe élargie aux mouvements sociaux et aux partis progressistes, applique méthodiquement les cinq objectifs du “Plan Patria” légué par Chavez (1) et lance un “gouvernement de rue” (2).

BN-JYeYCUAADzyC.jpg largePresidente-Nicolás-Maduro-en-Sucre-4Né dans un quartier populaire de Caracas, militant syndical, bolivarien clandestin puis ministre de Chavez, Nicolas Maduro connaît bien les rouages de l’État et… du terrain. Avec une  moyenne de 102 projets pour chaque entité traversée – à savoir 23 états et le district de Caracas, le “gouvernement de rue” aligne déjà 2.037 projets financés par l’État. Un “banc d’essai” du pouvoir populaire que le président du Venezuela veut permanent et actif sur tout le territoire. Même la presse officielle et les partis de la gauche classique ont du mal à suivre ce dialogue direct de Maduro avec les problèmes du peuple.

« Combien de temps notre peuple s’est-il habitué à voir le pouvoir comme un concept lointain, étrange, comme le privilège d’une élite ? Et bien non: la révolution n’a d’autre sens, comme Chavez nous l’a rappelé sans cesse, que le transfert de la totalité du pouvoir aux mains d’un peuple qui doit se former sans cesse pour cela. Nous avons assez patienté, nous devons nous réveiller, redevenir des combattants de la rue, de tous les jours… Le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier. Comment faire une révolution avec un peuple passif ? Le pouvoir populaire sert à faire la révolution et pas n’importe laquelle : une révolution socialiste. Ou le peuple la fait, ou il n’y en aura pas. Le pouvoir populaire doit exister partout et tous les jours, dans les états, dans les rues, au palais présidentiel. Notre nouvel état sera l’État comunal, c’est un des axes principaux de notre programme, Chavez nous a exigé de lui donner la priorité (3). Nous allons redoubler d’efforts à partir du mois d’août pour construire partout la commune.”

« La commune ou rien »

venezuela_asambleacomunal7 venezuela_asambleacomunal2Deux jours plus tôt dans l’État de Lara, une assemblée d’organisations de base (photo) s’est réunie au nom des « trois R” – formule inventée par Chavez pour “revoir, rectifier, réimpulser” le gouvernement révolutionnaire. Ont fusé les critiques sur la gestion antérieure du ministère de la commune : mise sous tutelle du pouvoir populaire, arrogance de cadres auto-proclamés qui considèrent la masse populaire comme un simple champ de manoeuvres pour “ceux-qui-savent-comment-faire-la-révolution”, véritables boulets pour le travail populaire.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Itturizza (à droite), los d'une journée du "gouvernement de rue", mai 2013.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (à droite), lors d’une journée du « gouvernement de rue« , mai 2013.

Une grande partie des demandes que nous avons recueillies tout au long des assemblées populaires concerne une meilleure présence de l’État aux côtés des processus d’organisation” explique Reinaldo Iturizza, un sociologue critique devenu le nouveau ministre de la Commune sur décision de Maduro et qui a dû s’arracher au monde des thèses sur papier. “Je suis en train de créer une équipe qui racontera les histoires de ces journées dans la rue, qui vont continuer. Ce que nous voyons doit être connu”. L’équipe d’Iturizza met au point une méthodologie nouvelle réunissant les conseils communaux et les autorités du Ministère pour résoudre des problèmes tels que l’auto-construction de logements. 60 mille foyers de la Grande Mission Logement ont pu être construits par les habitants eux-mêmes. On en prévoit 100 mille de plus en 2013.

Alors que les médias privés qui dominent la majorité des ondes au Venezuela occultent cette école de pouvoir citoyen et ciblent Maduro, le “gouvernement de rue” est devenu en soi un véritable média populaire qui attaque vraiment la forme dominante, commerciale et représentative, de la communication politique, qui cultive la participation critique et ose prendre des décisions jusqu’ici freinées par une classe moyenne d’État peu ouverte aux propositions populaires.

006_ma_4086_1373321519Le 8 juillet, c’est dans l’état d’Amazonas, au Centre de Formation et de Production Agroécologique Matuwiniyu Yekuana Rene, que Maduro et son équipe font halte. Un militant indigène leur montre la maquette d’une maison autochtone : “Je vous présente une maison fluviale indigène totalement écologique, avec sa barque, sa batterie d’élevage de poules, son vivier à poissons, chaque famille peut y vivre et produire sans devoir quitter le fleuve”. “Bravo, c’est un des projets que nous voulons approuver !” applaudit Maduro pour qui c’est là tout le sens de ce “gouvernement de rue” : réactiver les propositions, la créativité du peuple. A ses côtés la Ministre des Peuples Indigènes Aloha Nuñez, précise : “nous sommes ici en territoire Jivi, l’État d’Amazonas compte 19 peuples indigènes et nous, les ministres, ne sommes pas restés en ville, par exemple la ministre de la santé a passé la nuit dans une communauté indigène. Ces populations étaient infiltrées par les “nouvelles tribus” (une ONG états-unienne), nos compagnons commençaient à parler anglais, à présent le travail est d’assurer l’intégralité des droits à la santé, à l’éducation pour nos peuples indigènes”.

Maduro en profite pour rappeler l’insistance du président Chavez : “Pourquoi les ministres ne pourraient-ils pas vivre deux ou trois jours durant dans les communautés ? Nous, gouvernement bolivarien, sommes du peuple, nous ne venons d’aucune élite, d’aucun groupe économique et même si nous devons nous protéger face aux menaces de l’ennemi, nous ne devons pas perdre le sens de qui nous sommes : des gens humbles, qui nous devons au peuple”.

Misión-Arbol-250x187Et d’évoquer le cinquième objectif du programme légué par son prédécesseur : l’éco-socialisme, qui prévoit notamment le reboisement massif de tout le pays – la Misión Árbol sèmera quelques deux millions d’arbres dans les deux ans à venir. Une mission grâce à laquelle la surface boisée du pays atteint 47,6 millions d’hectares, réduisant de 47 pour cent le taux de déforestation.

La biodiversité, poursuit Maduro, doit être pensée dans sa dimension macro-écologique. Nous n’allons plus comme le faisaient les gouvernements antérieurs recevoir les représentants de lobbies qui veulent acheter un morceau d’Amazonie. Mais pour nous qui sommes un pays amazonien, le plus incroyable c’est que nous n’ayons pas encore créé d’institut pour étudier cet immense patrimoine de biodiversité en fonction par exemple de nos besoins en médicaments, avant que ne les brevettent des transnationales. Nous ne pouvons pas attendre 15 ans, c’est aujourd’hui que nous devons prendre la décision. Créer un institut pas seulement pour produire des thèses universitaires mais pour générer des connaissances transfomatrices, des connaissances scientifico-populaires : on a souvent considéré les peuples indigènes, et le peuple en général, comme ignorants alors qu’ils produisent des milliers de savoirs vitaux, mille choses. C’est d’ailleurs pour cela que les élites nous méprisent, parce qu’au fond, nous sommes des indigènes.

007_mg_2703_1372195635-632x421Tout en menant tambour battant ces assemblées avec la population, Maduro a bouclé en deux semaines un agenda diplomatique très dense au service de l’unité du Sud et de l’intégration des organismes existants. En visite officielle en Haïti le 25 juin pour renforcer la coopération (photo) puis le 30 juin à Managua au sommet de PetroCaribe avec de nouveaux accords sur l’éducation, sur la “misión milagro” (chirurgie et soins oculaires gratuits), les politiques alimentaires et la création d’une zone économique élargie vers le Sud ; en prenant part à Moscou le 1er juillet au sommet des 18 états producteurs de gaz – le Venezuela est la quatrième réserve mondiale – pour plaider en faveur de la création d’une “OPEP” du gaz ; à Cochabamba, le 4 juillet, au sommet d’urgence d’UNASUR, pour joindre sa voix à celle de ses homologues face à la violation du droit international par des pays d’Europe qui, sur ordre de Washington, ont fermé leur espace aérien au président de la Bolivie (4); en invité d’honneur d’un sommet des 15 pays membres du Caricom (marché commun des Caraïbes) à Trinidad et Tobago ; enfin, le 10 juillet, à Montevideo, pour assumer la présidence du Mercosur et engager le “tournant social” de ce marché commun devenu le quatrième bloc économique mondial et proposer l’association stratégique avec PetroCaribe, l’ALBA et les BRICS.

Les 22 et 23 juillet, Caracas accueillera la première réunion ministérielle de la Communauté des États Latino-américains et de la Caraïbe (CELAC) pour élaborer de nouveaux plans contre la faim et la pauvreté. Elle sera suivie du 12ème sommet des présidents de l’ALBA, le 30 juillet, à Guayaquil (Équateur), consacré lui aussi à renforcer les programme sociaux.

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Pas de socialisme sans féminisme !

La maxime de Hugo Chavez s’incarne dans les choix ministériels de Nicolas Maduro.

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Maryann Hanson

Maryann Hanson (Éducation)

Maria Cristina Iglesias

Maria Cristina Iglesias (Travail)

Iris Varela

La Ministre du Système Pénitentiaire Iris Varela

Aux côtés de Maryann Hanson (Ministre de l’Éducation), de María Cristina Iglesias (Ministre du Travail) et d’Iris Varela, la Ministre du système pénitentiaire qui s’efforce d’humaniser un système encore dominé par des mafias et de réduire les retards dans le procédures de jugement, de nouvelles responsabilités et de nouveaux visages marquent l’équipe gouvernementale nommée en avril 2013 :

La ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez - ici réunie avec des indigènes états-uniens dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La nouvelle ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez – ici réunie avec des autorités indigènes états-uniennes dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées, alors que le Venezuela, toujours menacé par les États-Unis, vient d’installer un nouveau système de défense anti-aérienne.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées. Face aux menaces impériales et pour garantir la souveraineté du Venezuela, Nicolas Maduro vient d’annoncer l’installation d’un nouveau système de défense anti-aérienne.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de genres. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de Genre. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 juillet 2013

Notes :

  1. Sur ces cinq objectifs : “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. « Nous t’écoutons, Claudia« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/
  3. Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines » et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’État communal.”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  4.  “Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/ et la note de protestation du Venezuela : http://www.legrandsoir.info/note-de-protestation-aux-gouvernements-d-espagne-de-france-d-italie-et-du-portugal.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/19/nicolas-maduro-le-pouvoir-du-peuple-quand-il-ne-sexerce-plus-finit-par-satrophier/

Aloha Nuñez : « continuer la lutte des peuples indigènes au Venezuela »

Bien que la population indigène du Venezuela soit relativement réduite (environ 3 % de la population) si on la compare à des pays où elle est largement majoritaire comme le Guatemala ou l’Equateur, le processus bolivarien cherche à réparer la « dette historique » que représente l’extermination des populations et l’anéantissement de leur culture. Le décompte d’octobre 2012 montre que 1,8 millions d’hectares du territoire vénézuélien ont été démarqués comme territoires ancestraux appartenant aux communautés indigènes. Il reste cependant un grand travail à faire dans les États d’Anzoategui, de Monagas, de Sucre, de Bolívar, d’Amazonas et du Zulia, à savoir au moins 40 titres supplémentaires à octroyer, les surfaces étant déjà connues. Dans le cas de l’État du Zulia, il ne reste qu’une communauté à laquelle doit être octroyée le titre de propriété (Japrería, municipalité Villa de Rosario de Perija).

Localisation des communautés indigènes sur le territoire vénézuélien.

L’annonce faite en septembre 2012 par l’ONG britannique Survival d’un « massacre d’indigènes Yanomami au Venezuela », largement reprise par les grands médias et par les réseaux sociaux avant d’être démentie par cette même ONG, rappelle que la lutte indigène, par son caractère « victimaire », est un thème médiatiquement « sensible ». Pour certains médias, elle constitue d’ailleurs une « ligne de travail » servant à discréditer les gouvernements progressistes élus ces dernières années en Amérique Latine (1).
L’évolution récente montre cependant une montée en puissance des peuples indigènes eux-mêmes. Le samedi 13 octobre 2012 se sont réunis à Caracas les porte-paroles d’organisations indigènes venues de l’ensemble de Abya-Yala (terme indigène désignant le continent latino-américain) : de l’Équateur, du Pérou, de la Colombie, d’Argentine, de Bolivie, et du Venezuela. La rencontre, organisée dans le cadre de la Journée de la Résistance Indigène (12 octobre) visait à échanger les expériences respectives en matière de politiques publiques.

Le délégué indigène équatorien Milton Galo Llasag Fernández a souligné la participation croissante des communautés indigènes dans la construction des politques publiques. “L’idée est d’enrichir ces processus, de faire valoir nos propositions pour donner un saut qualitatif en Amérique Latine en ce qui concerne les thèmes de l’interculturalité et de la pluralité. Il s’agit de dépasser le simple fait de la reconnaissance. Ce thème ne concerne pas seulement les communautés indigènes mais aussi les États latino-américains ».  Le délégué a salué la volonté politique de l’État vénézuélien car “souvent dans nos pays nous avons un appareillage juridique, constitutionnel excellent qui garantit les droits collectifs mais s’il n’y a pas de volonté politique de la part des gouvernants, il ne se révèle pas très efficace”. Gregorio Alcón, indigène Aymara de Bolivie qui a réalisé une visite dans l’État vénézuélien d’Amazonas, a signalé que « les peuples indigènes disposent de projets de santé, d’unités éducatives et socio-productives« .

Par ailleurs, ce 13 octobre, le président Chavez a nommé la jeune indigène Wayuu Aloha Nuñez, 28 ans, Ministre des Peuples Indigènes. Celle-ci a déclaré : « Nous sommes ici pour continuer à défendre chaque jour la lutte et l’unification des mouvements indigènes, nous sommes plus de 3.000 communautés et 41 peuples dans tout le Venezuela »

Aloha Nuñez, Ministre des Peuples Indigènes du Venezuela.

C’est l’occasion de publier l’interview qu’elle accordait il y a quelques mois au journal brésilien Brasil de Fato lors de son passage au Brésil pour une réunion de l’Organisation du Traité de Coopération Amazonienne (OTCA). Elle était alors vice-ministre.

Par : Vinicius Mansur de Brasília (DF)

Q/ A combien s’élève la population indigène au Venezuela ?

R/ Selon le recensement effectué en 2001, nous sommes entre 2 et 3 pour cent de la population, c’est à dire un peu plus de 500 mille indigènes. Mais ces chiffres ne correspondent pas à la réalité car ce recensement ne parvient pas à rendre compte de toutes les communautés. Le fait est qu’il n’était pas facile de s’avouer indigène ; c’était les débuts de la révolution et avant celle-ci, pas question de droit ni de reconnaissance pour les peuples indigènes. Dire que l’on était indigène provoquait le rejet. Aujourd’hui les choses sont différentes. Il existe une Loi Organique pour les Peuples Originaires. Nous avons des droits. En 2001, le recensement faisait état de l’existence de 36 peuples indigènes . A présent, 44 ont été reconnus ainsi que 2800 communautés indigènes contre 2400 à l’époque.

Q/ Y a-t-il un mouvement indigène organisé au Venezuela ?

R/ Oui, il existe plusieurs organisations indigènes tant au niveau régional que national. Chaque peuple ou tout du moins chaque région compte des organisations représentant leur état respectif. Au niveau national, nous comptons des organisations comme le Conseil National Indigène du Venezuela, le Front Indigène Waike’puru ou la Confédération Bolivarienne Indigène du Venezuela.

Q/ Comment décrire la relation de ces mouvement avec la révolution bolivarienne ?

R/ La lutte des peuples indigènes a commencé il y a très longtemps. C’est à travers notre mobilisation sur tout le continent américain, quand commença la lutte pour les droits des peuples originaires à l’ONU, quand la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail fut obtenue, que les organisations indigènes ont acquis une certaine visibilité. Ensuite vint la révolution. Avant d’être élu à la présidence, le président Chavez s’était engagé auprès des peuples originaires afin de faire tout ce qui était possible afin d’arriver au règlement de la dette historique accumulée. L’ouverture du président vis-à-vis des communautés indigènes date des débuts de la révolution. Elle se manifesta à travers cet engagement et ensuite, dès son arrivée au pouvoir, quand il convoqua l’assemblée constituante et y impliqua la population indigène.

Q/ Parlez nous de ce processus.

R/ Des députés indigènes prirent part à la constituante et la nouvelle constitution contient un chapitre spécial pour les peuples et communautés indigènes. C’est un droit dont ils n’ont jamais joui auparavant. Précédemment n’existait qu’un article qui promettait… « l’incorporation progressive des indigènes à la vie de la Nation ». Ils n’étaient même pas reconnus comme faisant partie de la société ! Par conséquent, la Constitution bolivarienne de 1999 ouvrit toute grande la porte. Il y est établi que 3 députés indigènes doivent être élus à l’Assemblée Nationale pour les régions sud, orient et occident. En outre, dans chaque municipalité indigène il y a des conseillers municipaux indigènes et dans chaque état où vivent des communautés indigènes, il y a des législateurs indigènes.

Les peuples originaires ont la garantie de disposer d’un poste au moins dans chacun de ces espaces. Ensuite, vint la création de la loi de démarcation et de garantie de l’habitat et des territoires indigènes. Suivirent la mission Guaicaipuro destinée à la prise en charge des besoin sociaux des ces populations ainsi que la promulgation de la Loi Organique des peuples et des communautés indigènes. Je ne connais pas d’autre pays ayant des lois établissant autant de droits à ces populations, dépassant de fait les exigences de la convention 169 de l’OIT.

Par la suite a été créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour les peuples indigènes avec à sa tête Nicia Maldonado, une indigène Yekuana de l’Amazonie. Ceci démontre sans aucun doute, une réelle volonté politique. Dans les autres pays, il n’y pas de ministères indigènes. Tout au plus des fondations dépendantes de l’État et qui bien souvent ne sont même pas dirigées par des indigènes. Par conséquent, on ne peut que constater la fidélité du président Chavez dans sa politique envers les peuples originaires et la réalité des avancées obtenues par les indigènes fruit de cette lutte commune.

Femme indigène, oeuvre de Roger Bastardo (Venezuela 2012)

Q/ Où en est-on avec la délimitation des terres ?

R/ Elle se poursuit. Au Venezuela, la délimitation des terres est organisée à partir d’une demande des communautés ou à l’initiative de la Commission Présidentielle Nationale de Délimitation qui se charge conjointement avec une commission régionale de l’étude des dossiers. Nous avons déjà remis 40 titres de propriété collective mais il y a encore beaucoup à faire. Ces titres sont accompagnés d’un plan d’appui afin de pourvoir tous les outils nécessaires pour arriver à l’autosuffisance de ses communautés qui par la suite pourront, à leur tour, aider le pays.

Q/ Existe-t-il une politique de promotion de la culture indigène ?

R/ La Loi reconnait les langues indigènes comme langues officielles. Dans les écoles des communautés originaires, les cours sont données dans les langues indigènes. Avant, tout était donné en espagnol. Dans les villes où réside une population indigène, il doit y avoir au moins un enseignant chargé d’impartir soit les cours en langue indigène ou alors ce qu’on appelle l’éducation interculturelle bilingue. Par ailleurs, nous comptons également une Loi pour l’artisanat indigène.

Q/ Aujourd’hui, quelles sont les principales revendications des peuples originaires ?

R/ Mener à bout le processus de démarcation des terres. Ceci est une revendication qui existe sur tout le continent. Pour nous, il s’agit d’une priorité et le président Chavez a beaucoup insisté pour qu’elle soit satisfaite. D’autre part, nous ne pouvons nier que nous avons encore des communautés en grande précarité qui demandent une assistance gouvernementale permanente. À cet effet, nous avons créé un système de co-responsabilité entre les communautés et l’État afin que les peuples soient pleinement les acteurs de leur décisions et des solutions à leurs difficultés, en se libérant eux-mêmes de la misère et de l’analphabétisme pour arriver à jouir de « la plus grande somme de bonheur possible » comme le préconisait notre libérateur Simon Bolivar. Une grande quantité de nos communautés indigènes n’a pas encore réussi à obtenir cette libération. Quelques unes y sont arrivées. Nous vivons un processus révolutionnaire mais nous ne pouvons pas réparer miraculeusement le mal causé par 500 ans d’invasion et d’extermination, d’éducation perverse qui imposa l’image de l’indigène idiot, alcoolique et dangereux. Nous nous trouvons dans cette phase ou il nous faut remplacer l’ancienne vision par une nouvelle.

Q/ Existe-t-il des conflits entre les communautés indigènes et l’État au sujet de grands projets gouvernementaux d’exploitation des ressources naturelles ?

R/ Oui. Mais au Venezuela nous respectons la convention 169 de l’OIT qui prévoit le consentement libre des communautés. Par conséquent, chaque fois qu’un projet doit être réalisé dans une communauté indigène, celle-ci doit être consultée et informée au préalable. Si les communautés émettent des doutes, il est nécessaire de dialoguer afin de les éclaircir et de renoncer à la réalisation d’un projet si celle-ci s’y oppose.

Q/ L’État a-t-il déjà renoncé à la réalisation d un projet ?

R/ Une fois, Il y a quelque temps déjà. Il s’agissait de concessions pour l’exploitation du charbon en territoire yukpa. Les indigènes étaient contre le projet et cela est arrivé aux oreilles du président Chavez qui organisa un meeting avec plus de 2 mille travailleurs du secteur pétrolier et il y annonça qu’il n’y aurait pas de concessions. Et en effet il n’y a pas eu de concessions. Cette histoire fut très manipulée car certaines ONGs disaient que nous ne voulions pas délimiter les territoires yukpa. Ils espéraient gagner une certaine autonomie après la délimitation. Ces ONGs ont utilisé un dirigeant appelé Sabino Romero comme porte-parole des indigènes, transformant la lutte de toute un communauté en lutte personnelle. Ces ONGs disaient de Sabino Romero qu’il était le cacique des caciques, le plus combatif de tous. Mais, quand vous parlez avec les membres de la communauté, il vous disent que ce n’est pas vraiment comme cela. Lors d’une de leur assemblée, la communauté en est arrivé au point de déclaré cette ONG « persona non grata ».

Q/ Quelle est la situation de ce cacique aujourd’hui ?

R/ Une des conséquence du conflit fut l’affrontement entre deux communautés indigènes et leur leader Sabino Romero et un autre camarade. Il y a eu un échange de coup de feu entre les deux camps et 3 personnes ont perdu la vie. À la suite de ses assassinats , Sabino et Alexander Romero furent arrêtés. C’est alors que les ONGs commencèrent à les qualifier de « prisonniers politiques ». Un procès est en cours. Il est important de souligner que ce sont les propres yupka qui ont décidé que Sabino Romero devait être jugé par la justice ordinaire. Sous la loi yukpa, l’assassinat d’un membre de la communauté est puni de mort. Nous nous trouvons dans un processus de transformation pour ne plus en arriver à de telles extrêmes. C’est pourquoi la communauté décida qu’il fallait le livrer a la justice ordinaire. Ceci aida à la compréhension de la situation car tout le monde avait tendance à victimiser Sabino Romero. Aujourd’hui il est en liberté conditionnelle. La communauté dit qu’elle ne veut plus de Sabino, lui réplique qu’il pourrait y avoir des morts si on lui interdit de revenir. Ceci préoccupe le gouvernement car nous ne voulons pas d’affrontement entre yukpa.

Q/ L’État reconnait-il la justice indigène ?

R/ Oui. La constitution et la loi organique des peuples et communautés indigènes reconnaissent la justice traditionnelle. Mais il y reste des zones d’ombre. Les lois indigènes sont faites à travers l’assemblée communautaire. Certaine choses doivent être normalisées : la peine de mort n’existe pas au Venezuela et jamais nous ne l’appuirons. Chaque communauté a ses particularités et nous les étudions afin de garantir qu’aucune n’applique des peines qui violent les droits de l’homme.

Aloha Nuñez (alors vice-ministre) accueillie par la communauté Sioux (Dakota) dans le cadre de l’aide en gasoile de chauffage attribuée par le gouvernement de Hugo Chavez à plusieurs communautés indigènes des Etats-Unis.

Source : [Brasil de Fato – edição 428 – de 12 a 18 de maio de 2011]. ADITAL, http://www.adital.com.br/site/notic…

(1) Voir de Maurice et Alexis Lemoine, « Voyage en pays indien », http://www.monde-diplomatique.fr/2007/07/LEMOINE/14908

Traduction française : Yerko Ivan

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/14/aloha-nunez-continuer-la-lutte-des-peuples-indigenes-au-venezuela/

Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne

Dessin publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Le 16 mars 2012 le journal d’opposition « Tal Cual », dirigé par l’ex-ministre néo-libéral des années 90 Teodoro Petkoff, publiait une caricature accusant le gouvernement bolivarien de distribuer de l’eau sale aux usagers. Le dessin montre un homme coiffé d’un béret incarnant Hugo Chavez accompagné d’enfants et regardant l’eau jaillir d’un robinet sur lequel s’est posée une mouche. L’homme au béret dit: “Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons des eaux afrodescendantes”. Dans “Le général dans son labyrinthe”, Gabriel García Márquez raconte comment les peintres du XIXème siècle « blanchirent » les traits de Simón Bolívar jusqu’à effacer ses traits africains. Cette obsession raciste des « mantuanos » – aristocratie coloniale d’origine européenne – n’a pas disparu. L’élite qui rêve de chasser Hugo Chavez du pouvoir « par tous les moyens » considère comme illégitime l’élection à la Présidence de la République d’un « zambo » (mélange d’indigène et d’afrodescendant). Le mythe fondateur de la société coloniale puis censitaire postulait que les millions de « morenos », « pardos », « zambos », n’appartenaient pas au genre humain.

Hugo Chavez vu par l’opposition.

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas (1) : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes en général oublient que les « choses noires » qui leur lavent les cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, sont des « singes » qui habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. » Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne voient soudain leur statut se banaliser et nourrissent une rage raciste décuplée contre Hugo Chávez. Mais quand les dirigeants de cette opposition (minoritaire dans les urnes à l’issue de scrutins validés internationalement) répètent « nous sommes la majorité », ils ne mentent pas. Ils réaffirment sincèrement leur vision du monde. Eux seuls appartiennent au genre humain, eux seuls peuvent être comptés. Ils sont donc, très logiquement, « majoritaires ». Un racisme relayé par des « spécialistes » du monde extérieur comme le français Alexandre Adler pour qui « Hugo Chávez est un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005), un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) 

« Mantuana » espagnole avec son esclave noire, XVIIIème siècle.

Vargas et Sanoja : « Bien avant l’élection de Hugo Chávez et la démocratisation progressive du champ  politique, les “singes” étaient pourtant bien là, pas encore citoyens mais déjà constructeurs de tout un pays : majorité sociale d’employés, de domestiques, d’ouvriers, de journaliers que l’historiographie de l’oligarchie ignorait systématiquement, considérant comme naturelle l’exploitation des untermenschenindigènes, métis, blancs pauvres ainsi que leur maintien dans des conditions de vie dégradantes. »

Buste du héros national, le rebelle José Leonardo Chirinos (1754-1796), Caujarao, État de Falcón, Venezuela.

Eduardo Galeano a rappelé que les premières insurrections d’Africains en Amérique Latine eurent lieu au Venezuela, lorsque se soulevèrent les mineurs de Buria (1533) sous l’impulsion du Rey Miguel. Simon Bolívar avait douze ans lorsque près de trois siècles plus tard, à deux pas de chez lui, les mantuanos exécutèrent sur une place publique de Caracas un autre rebelle : José Leonardo Chirinos, dont le corps écartelé fut exposé aux quatre coins du pays pour rappeler aux esclaves ce qui les attendait en cas de récidive. Sanoja et Vargas : « Vers la fin du XVIIIème siècle, les métis et africains réduits en esclavage totalisaient les 72% d’une population dominée par une bourgeoisie (27%) de commerçants, artisans, producteurs agricoles et des premiers métis, indigènes et noirs affranchis. Au sommet de cette pyramide, 3000 oligarques “mantuanos” de Caracas (1%) accaparaient  plus de 50% de la richesse per capita. « Comme le montrent leurs nombreuses appellations – Angola, Cabindo, Carabalí, Congo, Fuló, Wolof, Mandinga, Malembe – , les esclaves capturés en Afrique occidentale provenaient de sociétés complexes structurées autour du commerce, de l’agriculture et de l’élevage, de l’extraction minière, de la forge et de la fonte du métal. Cette « main d’oeuvre » fut enrôlée dans les mines de cuivre de Cocorote, dans l’état de  Ya­racuy, au XVIIème siècle. « Bien que la structure des grandes plantations absorba la majeure partie de cette force de travail culturellement déracinée, les traditions de la musique, de la magie et de la médecine survécurent avec une intensité qui permit aux afrodescendants de conserver leur identité sociale. Les femmes réduites en esclavage eurent une immense importance dans la vie sexuelle des maîtres de l’oligarchie coloniale et républicaine, soumises aux viols illimités, fait qui explique l’énorme population de mulâtres qui forment le secteur social des « pardos ». Les africains d’origine mandinga, réputés plus rebelles, étaient associés dans l’esprit des maîtres à la représentation du diable, comme l’est Chavez aujourd’hui. « Beaucoup ignorent que le premier drapeau brandi par Bolívar en signe de rébellion contre la couronne espagnole était un drapeau noir appelant le peuple réduit en esclavage à se rallier à la cause de l’indépendance et, par la suite, de l’Égalité. Mais si Bolivar décréta l’abolition de l’esclavage dès 1816, respectant ainsi la promesse faite aux « jacobins noirs » de Haïti à qui il devait pratiquement tout, l’exploitation de cette main d’oeuvre lui survécut. Certes les républiques « indépendantes » qui s’ensuivirent étaient faites pour « les citoyens ». Mais les afrodescendants n’étaient pas encore considérés comme « citoyens ». C’est pourquoi nombre d’entre eux répondirent à l’appel « Terres et Hommes Libres ! » du général Ezequiel Zamora (1859-1863) dont l’assassinat repoussa une fois de plus l’émancipation espérée. Jesús Chucho García (2) : “Au Venezuela l’intellectuel Arturo Uslar Pietri  réclamait une immigration européenne pour “améliorer la race et le niveau culturel , expliquant que les antillais n’avaient rien à apporter au développement de notre pays. Dès 1937, Pietri proposait à la Chambre de Commerce que le Venezuela, pour devenir un pays moderne, renonce à ses composantes indigènes et afrodescendantes. Le marxisme vénézuélien, importé d’Europe comme signe de distinction sociale, refoula lui aussi les thèmes indigènes et afrodescendants. » Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : «à partir de 1936, avec le boom pétrolier et la fin de la dictature de Juan Vicente Gómez, s’effondrèrent les relations de production de type semi-féodal qui maintenaient les paysans enfermés dans leurs ghettos. Tous ces paysans sans terre, mulâtres, indigènes et noirs se joignirent à l’embryon de prolétariat urbain rejeté à la périphérie des grandes villes, en particulier à Caracas : une population essentiellement jeune, souvent désoeuvrée, souvent obligée de recourir à la délinquance pour subvenir à ses besoins. La démagogie électorale des années 60 et 70 stimula davantage encore l’exode rural, gonflant les ceintures de misère de millions d’habitants qu’on cherchait à manipuler à travers le média politique central : la télévision, avec sa vision d’une société blanche comme modèle incontournable du « développement ». « Le boom pétrolier permit à la classe moyenne de passer d’une vie austère à un vie aisée, condition qui s’améliora encore avec la hausse du pétrole dans les années 70. C’est à cette époque aussi que la bourgeoisie de gauche comme de droite, s’autoproclama soit comme avant-garde de la révolution mondiale soit comme bouclier anticommuniste, et dans les deux cas, comme garante des intérêts populaires. « Aujourd’hui ces secteurs se sentent trahis par « leurs sujets ». Ils n’ont pas vu venir les élections de 1998 où une majorité de «singes » leur a préféré Hugo Chavez. Cette inclusion soudaine de nouveaux sujets devenus citoyens à part entière, qui proposent des lois, se forment, s’organisent, participent à la vie politique, explique la convergence de certains secteurs marxistes des années 80 avec la droite de la classe moyenne, surtout parmi les universitaires irrités de perdre le monopole du discours critique, et qui défendent leurs intérêts de classe face à l’ « insurrection des singes ».

Norma Romero

La révolution bolivarienne, elle, a rompu avec le mythe officiel du métissage en vigueur sous les gouvernements antérieurs et a promulgué en 2011 une Loi contre la discrimination raciale. Recueillant une proposition exprimée lors de la IVème Rencontre Internationale des mouvements sociaux Afrodescendants d’Amérique Latine et des Caraïbes (juin 2011), le président Chavez a également décrété en mai 2012 la création du Conseil National des Communautés Afrodescendantes dont le rôle est de «concevoir les politiques publiques et d’articuler les différents ministères pour apporter des réponses concrètes et  mettre fin aux asymétries et discriminations qui affectent encore ces communautés». Norma Romero Marín (photo) a été nommée responsable de cet organisme lancé lors d’un acte officiel dans la région de Caucagua, berceau historique de rébellions et de communes libres organisées par les esclaves fugitifs.

Semaine de l’Afrique au Venezuela (mai 2012) en présence du Vice-Ministre Reinaldo Bolivar.

Récemment c’est autour de la figure du rebelle José Leonardo Chirinos que s’est ouverte la Semaine de l’Afrique (21-25 mai 2012). Des étudiants originaires d’Afrique de l’ELAM (École Latino-Américaine de Médecine « Salvador Allende »), de l’Université Expérimentale des Forces Armées (UNEFA), ou encore les étudiant(e)s du Lycée Andrés Bello ont débattu avec le Vice-Ministre des Affaires Étrangères pour l’Afrique, Reinaldo Bolivar (photo), également créateur d’un Centre des savoirs Africains (Centro de Saberes Africanos). Parmi les thèmes abordés : le racisme encore présent dans de nombreux médias privés, l’impact de la Loi contre la Discrimination Raciale et l’analyse des contenus éducatifs. Comme ces “bourgeoisies” locales historiquement fondées sur la négation de l’Autre, les empires actuels invisibilisent, déshumanisent, via les médias, les civilisations qu’ils veulent détruire. Cette réduction de l’Autre, doté de « moins de subtilité intellectuelle, moins de richesse historique » réapparaît parfois curieusement dans la gauche occidentale (avec la puissance du refoulé colonial et sous des dehors apparemment progressistes comme la « laicité » ou les « droits de l’homme »). Le cliché souvent entendu : «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté de comprendre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux. Comment ignorer encore le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir « les trois quarts de l’Humanité » lors d’un vaste congrès à Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), la stratégie bolivarienne consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples finira par démocratiser les institutions politiques et permettra des relations internationales enfin basées sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. Caracas accueillera le prochain sommet des non-alignés en 2015.

Jesús « Chucho » García lors d’une conférence-débat, Caracas.

Jesus « Chucho » García : « Le Venezuela fait un grand travail pour resserrer les liens avec l’Afrique: nous avons commencé à faire venir des étudiants de là-bas et à nouer toutes sortes d’accords : commerciaux, culturels, etc.. Pendant trop d’années et malgré tout ce que nous avons en commun nous avons tourné le dos à l’Afrique, au moment où l’impérialisme mène une guerre de reconquête pour s’emparer de ses ressources naturelles. Nous ne nous identifions pas pour autant à la religion afro-centrée ni à une certaine forme d’auto-ségrégation du mouvement noir états-unien. Nous sommes américains et sur ce continent américain a eu lieu un long processus d’innovation, de création. Nous ne voulons pas nous paralyser dans le temps. Notre objectif final est que nous soyons tous égaux et que l’on comprenne que le racisme fut inventé pour justifier un système d’exploitation mondiale». Auteur et traducteur : Thierry Deronne (1)  Ricardo Sanoja et Iraida Vargas,  anthropologues et historiens vénézuéliens, article ” El Origen de “Monos” y “Escuálidos”. Voir aussi http://www.dailymotion.com/video/xmi3bz_a-solas-con-dos-antropologos-venezolanos-mario-sanoja-obediente-e-iraida-vargas-arenas_news (2)  Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel vénézuélien et fondateur/activiste du mouvement afrodescendant, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf ) URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

Conseil Communal Mucusé Miranda, travailler la terre et sauver sa culture

jeudi 28 janvier 2010

L’organisation et la lutte sont des facteurs indispensables pour obtenir et faire perdurer des bénéfices pour une communauté, c’est le travail que mène ce conseil communal Mucusé Miranda, dont les membres sont majoritairement des indigènes Timotes, vivant dans les hautes et luxuriantes montagnes au milieu de ces zones isolées du Venezuela.

Ce conseil communal s’est formée en 2004, quand cette forme d’organisation a commencé à se développer, en tant qu’organisation sociale qui cherche à trouver des solutions aux problèmes qui peuvent exister dans la communauté. face aux besoins de leur communauté, ils ont ici aussi créé un conseil communal. Ana Salcedo, productrice agricole raconte : « le fait de nous unir dans cette organisation, nous a beaucoup appris.Nous avions un grave problème d’infrastructure, Nous n’avions pas de chemin en bon état pour transporter nos marchandises. La route est désormais construite, mais ce cela nous a aussi permis de nous rendre compte que nous ne pouvions nous séparer le la communauté de Piedra Gorda, qui se trouve sur la rivière Otata et à laquelle nous appartenons depuis 15 ans. Comme ils ont un énorme système d’irrigation, la rivière se retrouve souvent à sec. »

Avec la construction de cette voie de communication, les producteurs agricoles ont vu un impact positif sur leur récolte, ici l’on produit des salades, du chou-fleur et de nombreux légumes. 90% des membres de la communauté Timotes sont des producteurs, pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles et avoir un travail. Noél Uzcátegui, producteur agricole explique : « nous avons bénéficié d’un crédit de la Banque Communale qui nous a permis de faire ce chemin pour nous permettre de vendre nos produits à l’extérieur. Notre qualité de vie s’est considérablement améliorée. Auparavant, on devait transporter ces choux-fleur sur des bêtes. »

Le conseil communal a également permis de relier la zone au réseau électrique, pour un budget de 300 milles bolivars, qui a permis de couvrir à la fois le sec Miranda et le secteur Mucusé. Un voisin confirme : « on s’éclairait il y à peu à la bougie ou avec des lampes au kérosène. Maintenant que nous avons de la lumière, tout est beaucoup plus facile. Nous avions prévu l’achat de trois transformateur, mais quatre supplémentaires ont été nécessaires, plus 500 mètres de câbles. Et ainsi, nous avons raccordé à l’électricité jusqu’à la dernière maison isolée. »

Laynel Fumero

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

La communauté indigène Timotes s’organise dans l’Etat Mérida

vendredi 18 décembre 2009

Les hautes montagnes, l’intense verdure et l’implacable froid constituent les éléments permettant d’identifier le climat de la région de Mérida. Dans les profondeur de cette région isolée vit une communauté indigène : les Timotes.

Ces indigènes se consacrent essentiellement à la culture de légumes, une partie d’entre elle va à la consommation interne, le reste est vendu aux marchands qui passent régulièrement par leurs villages. Ils doivent le plus souvent vendre leurs production à prix très bas pour ne pas la perdre, car il ne disposent pas de transport en propre pour aller la vendre directement au consommateur.

Ainsi l’explique M. Regulo “ un panier de brocolis est vendu 10 BsF( 3 euros) et si l’on demande un peu plus ils nous répondent qu’ils ne peuvent pas parce que l’essence coûte cher et que pour atteindre ces régions leurs véhicules endurent beaucoup de risques, sans compter leurs autres dépenses ».

Le problème des Timotes est qu’ils ne disposent pas de ce service de transport en propre, qui puisse atteindre les parties hautes des montagnes, sans cela, ils doivent parfois payer un prix exorbitant pour pouvoir simplement rentrer chez eux avec de la nourriture et une bonbonne de gaz. Ils ont donc décidé de créer un Conseil Communal Indigène.

Le premier projet qu’ils ont mis en œuvre a été de construire une route comme l’explique un des membres de la communauté : « avant, nous souffrions beaucoup de la situation car la majorité des transports ne nous amenaient qu’à la moitié du chemin, peu importe qu’ils s’agisse d’enfants ou de personnes âgées. Leur problème c’était leur jeep plus que notre santé. » Le projet a couté au total 30 000 BsF (10 000 euros).

Ils ont également lancé un autre projet : La maison dans laquelle fonctionne actuellement l’Unité Educative a été donnée par une voisine mais le lieu présente de nombreux problèmes comme l’explique une des institutrices : « l’école dispose d’une cuisine et de deux toilettes, mais le toit n’est pas étanche et quand il pleut nous devons faire classe dans la cuisine. Les toilettes sont également inutilisables car l’eau filtre dans la maison quand on tire la chasse ». Ainsi en plus d’acquérir des 4×4 pour développer un service de transport interne ils désirent construire une nouvelle école pour les enfants de l’ensemble de la communauté.

Laynel Fumero

Traduction : Grégoire Souchay pour :http://www.larevolucionvive.org.ve/

« Avant nous étions très maltraitées, on ne nous écoutait pas, on ne nous recevait pas parce que nous étions indigènes ».

mercredi 25 novembre 2009

Des peuples indigènes de l’État de Bolívar soutiennent une réunion dans le municipe de Sifontes, afin de débattre du thème de la démarcation et de la remise des titres de propriété de leurs terres ancestrales. Il s’agit de finaliser cette discussion, qui traîne depuis des années.

Les conflits entre les peuples originaires de cette entité et ceux qui ont tenté d’occuper leur territoire ont été nombreux et ont eu des conséquences fatales de part et d’autre.

L’État vénézuélien reconnaît l’intégrité des territoires indigènes. Cependant au bout de dix ans aucune mesure effective à ce sujet n’a été prise ici. .

Écouter le porte-parole indigène Italo Pizarro pour RNV (MP3 2min)

Les peuples indigènes de tout le pays expriment leur reconnaissance envers le processus révolutionnaire mené par le Président de la République Hugo Chávez, durant lequel ont été approuvées des lois protégeant les droits des peuples originaires, leurs expressions artistiques et culturelles, leur cosmovision, l’économie ancestrale et les langues.

Miriam Yavina, membre de la communauté indigène Warekena de l’ État d’Amazonas explique que les peuples originaires disposent d’ »une grande oportunité offerte par le President Chávez, notamment grâce aux lois qui protègent la femme indigène. Avant nous étions très maltraitées, on ne nous écoutait pas, on ne nous recevait pas parce que nous étions indigènes. Grâce au processus révolutionnaire nous pouvons travailler, étudier, nous sommes en outre protégées des institutions, des hommes et de tous ceux qui peuvent nous faire du mal »..

Écouter la porte-parole indigène Miriam Yavina pour RNV (MP3 2min)

Source : Radio Nacional de Venezuela / Noticiero Indígena