Où se cache l’ennemi ? Analyse de la frontière avec la Colombie.

L’auteur : Marco Teruggi (Caracas)

Sous notre pays s’en agite un autre. Nous l’avons vu émerger trois mois durant puis couler comme une pierre dans l’eau sombre. Il n’a pas disparu, il est toujours là, agit, se réorganise, accumule des forces pour resurgir à la prochaine occasion. L’hypothèse est la suivante : l’ennemi se regroupe dans l’Etat de Táchira et le long de la frontière, zone qui constitue la base arrière à partir de laquelle ont été lancées les dernières offensives, sûrement suivie d’autres au fur et à mesure que le scénario se déroulera. Soit il attend les conditions optimales pour passer à l’action, soit il cherchera à les créer, comme nous l’enseigne la politique.

Plusieurs indices mènent à cette conclusion.

En premier lieu, un évènement fortuit : tandis qu’à Caracas, les batailles de rue diminuent brusquement à partir du 25 juillet, elles augmentent dans l’Etat de Táchira où des forces auparavant dispersées en divers points du pays, se sont aujourd’hui concentrées. Des attaques frontales ont eu lieu durant plusieurs jours, assiégeant des villes entières, menées par 4 acteurs : des paramilitaires, des délinquants, des membres de la droite – essentiellement Volonté Populaire – et la base sociale de l’opposition. Tous articulés autour de missions différentes mais relevant d’un plan commun, celui d’empêcher la réalisation des élections constituantes, d’entraîner l’Etat vers un niveau supérieur de violence et à une situation d’ingouvernabilité l’empêchant de maintenir l’ordre public et d’assurer la liberté démocratique.

Cet Etat semblait le plus propice à un effondrement, c’est pourquoi ces forces s’y sont regroupées.

En second lieu, le développement de ces effectifs était en gestation depuis de longues années. Des groupes paramilitaires se sont progressivement installés dans les villes situées le long de la frontière avec la Colombie – pour preuve le camp qui a été démantelé en mars de l’année dernière – , et se sont emparés de maillons de l’économie de l’Etat de Táchira tels que les aliments, les médicaments, les billets de banque et les principaux marchés de fruits et de légumes, sans oublier la contrebande d’essence. On l’a bien vu durant le conflit lorsque des groupes armés empêchaient les camions chargés d’aliments de circuler.

Le découpage des territoires à contrôler correspond à un plan de guerre économique permettant de réorganiser manu militari la vie sociale dans ces zones.

En troisième lieu, nous avons une frontière qui s’étend sur des milliers de kilomètres. De l’autre côté, sont situées des bases militaires nord-américaines, Les forces armées colombiennes et des bases paramilitaires, toutes connectées entre elles : derrière les armes et les munitions des paramilitaires, il y a non seulement la contrebande, mais aussi toute une stratégie des Etats-Unis fournissant finances et organisation. L’intervention annoncée par Donald Trump a déjà commencé par l’entremise de ces forces irrégulières qui opèrent dans l’ombre, sans uniformes, sans bracelets ni annonces publiques. S’agit-il d’un embryon de l’armée irrégulière dont on a besoin? Si elle doit se développer, ce sera apparemment dans cette zone, où ils disposent déjà d’argent, d’un ancrage territorial, de la fourniture d’armes et d’hommes depuis la Colombie voisine. Combien de milliers de paramilitaires y a-t-il dans ce pays? Quelle est leur capacité d’armement? Durant le conflit, des armes lourdes sont apparues.

Puerto Portete, un port sous contrôle exclusif des paramilitaires qui exploitent les indigènes de la Alta Guajira pour charher et décharger les tonnes de produits volés au Venezuela.

“Non, ne me filme pas le visage !”. Depuis la fermeture de la frontière par le Venezuela, la population locale commence à peine à rêver à la fin de la terreur paramilitaire. Photo: Telesur

“Non, ne me filme pas le visage !”. Depuis la fermeture de la frontière par le Venezuela, la population locale commence à peine à rêver à la fin de la terreur paramilitaire. Photo: Telesur

En quatrième lieu, nous avons les caractéristiques de l’Etat de Táchira, à la frontière colombienne.

Pour des raisons évoquées plus haut, ce pourrait être le lieu d’expérimentation d’un projet de « territoire libéré », c’est-à-dire sous contrôle politique de la contrerévolution par le biais de son bras paramilitaire. Non plus dans l’anonymat, mais en affichant une identité publique pour tenter de briser l’unité territoriale de l’Etat. Réuniront-ils les conditions matérielles qui leur permettraient de soutenir une action de cette envergure? Ils ne semblaient pas disposer d’une telle capacité durant ces trois derniers mois. Serait-elle en plein développement en ce moment, surtout après l’échec de leur insurrection et l’éventuelle défaite électorale pouvant survenir en octobre prochain? Ou bien disposent-ils déjà d’un tel potentiel sans le montrer? Il s’agit sans doute d’une tentative de mettre sur pied une armée de colombiens et de vénézuéliens pauvres, inféodée aux intérêts des Etats-Unis, des transnationales et des bourgeoisies et oligarchies nationales. Une armée paramilitaire alimentée d’argent, de drogue, de culture hollywoodienne à la sauce latino-américaine, de la misère qui dévore les jeunes et les transforme en mercenaires formant les troupes des structures armées contrerévolutionnaires. Ils offrent leur vie à ceux qui par la suite tenteront de s’approprier des richesses du pays.

C’est un dilemme propre à toutes les époques, entre ceux qui feront main basse sur les richesses produites par la société et ceux qui les perdront. Dans le cas du Venezuela, cette lutte se déroule aujourd’hui au quitte ou double (sur le mode du tout ou rien). Et tandis que l’ennemi armé a regagné l’ombre au niveau national – sauf dans la zone frontalière où on signale des affrontements avec les Forces Armées Nationales Bolivariennes -, l’ennemi principal, les Etats-Unis, s’est clairement manifesté et s’exprime publiquement. Menaces d’interventions militaires, de sanctions économiques pour mener le pays au default en conséquence des sanctions, déploiement diplomatique au niveau du continent : toutes les cartes sont sur la table.

Mais un autre ennemi se cache derrière l’ennemi principal, selon l’analyse de Fernando Travesio, un ennemi qui œuvre dans l’anonymat au service de la criminalité mondiale : les compagnies pétrolières, elles-mêmes manipulées par quelques grandes familles qui forment le fond d’investissement Vanguard. Quelle stratégie mettent-elles en œuvre pour récupérer le contrôle des richesses du pays? Le schéma est probablement le suivant : mener le pays à la faillite économique au moyen d’un default résultant des sanctions, ce qui aggraverait la situation déjà difficile dans laquelle se trouve la population. Ce scénario s’accompagnerait d’une tentative de déclencher des pillages que l’on chercherait à transformer en assauts insurrectionnels par des méthodes terroristes qu’emploieraient des groupes paramilitaires, et qui pourraient aboutir à un début de contrôle sur l’Etat de Táchira. Un tel plan pourrait déboucher sur une issue électorale – la droite n’étant pas sûre du résultat attendu – ou bien se transformer en conflit durable menant le pays au chaos.

Il comporterait plusieurs étapes : l’usure, l’attaque et la reconfiguration de la société. Quel serait le rôle du bras paramilitaire si la droite récupérait le pouvoir politique? L’un de leurs problème est que la violence déployée entre avril et juin a ôté toute crédibilité aux dirigeants de l’opposition. Une autre difficulté est le fait que le chavisme est présent sur l’échiquier international, en particulier par ses alliances avec la Russie et la Chine.

Mais l’analyse présentée dans ces termes ne considère que l’ennemi extérieur. Or, la situation dans laquelle nous sommes plongés montre que cette division – cette extériorité de l’ennemi du chavisme – n’est pas valide : un exemple évident parmi d’autres est le cas de la Procureure Générale.

L’analyse de la situation économique, en particulier, montre que le rapport des forces dans la lutte pour l’appropriation des richesses, n’est pas en faveur des classes populaires qui constatent que dans le cadre de la réduction des marges économiques, ce sont essentiellement leurs conditions de vie qui se détériorent semaine après semaine, un mois après l’autre.

Ce tableau économique facilite l’avancée de l’ennemi, lui permettant de gagner des positions au niveau national et international. Pourquoi des décisions ne sont-elles pas prises à ce niveau comme cela s’est fait sur le plan politique (NDLR: depuis la rédaction de cet article le président Maduro a annoncé d’importantes mesures de restructuration économique) ? Quels sont les intérêts en jeu quand on laisse les importations aux mains d’entreprises qui ne présentent pourtant pas de bilans positifs, ou dans le manque de transparence dans la présentation de chiffres, d’informations sur les dettes, ou dans les difficultés à rendre étanche une frontière pourtant fermée officiellement? Cette critique résume bien où se situe la connexion entre les ennemis extérieurs de la Révolution et leurs alliés internes – alliances qui peuvent être économiques seulement, mais qui auront un impact inévitable sur la politique.

En ce moment le chavisme prend des initiatives politiques. En parallèle, l’ennemi réorganise ses forces, met sur pied son bras paramilitaire à la frontière, oeuvre à l’affaiblissement économique de la population, abat toutes les cartes possibles. Jusqu’à quand cela durera-t-il? C’est maintenant qu’il faut aller de l’avant, sinon quand ?

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/05/donde-esta-el-enemigo-analisis-de-la-frontera-con-colombia/

Traduction : Frédérique Buhl

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Le Venezuela en question: à propos de Marco Rubio et des alliances avec la Russie et la Chine

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Aux côtés de Donald Trump et du vice-président Pence, le sénateur d’extrême droite Marco Rubio (droite) et Lilian Tintori – ex-speakerine d’une télévision privée au Venezuela, épouse de Leopoldo Lopez, leader de l’extrême droite vénézuélienne, co-organisateur du coup d’État manqué contre le président Chavez en avril 2002, condamné pour l’organisation de violences meurtrières qui ont causé la mort de 43 personnes en 2014, et aussitôt transformé par les médias internationaux en « prisonnier politique ». Membre de l’oligarchie vénézuélienne, formé dans une institution étroitement liée à la CIA – la Kennedy School of Government de Harvard, il a pour mentor principal l’ex-président colombien Alvaro Uribe. Pour une galerie non-complaisante de photos de ce « combattant de la liberté » et de ses amis paramilitaires, voir « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », http://wp.me/p2ahp2-20J

Rien de ce qui se passe dans la géopolitique mondiale n’est étranger au Venezuela. La lutte pour des territoires, des influences et des ressources entre puissances pétrolières, d’état ou privées, maintient notre pays sur le devant de la scène dans cet hémisphère, avec les États-Unis à l’offensive de par leur appui à l’opposition vénézuélienne dans leur désir de renverser le chavisme.

Exxon-Mobil derrière les plans de coup d’État

Ces trois derniers mois de violence se sont inscrits dans le cadre d’une lutte des grandes corporations énergétiques privées pour s’emparer du pétrole et des ressources naturelles sur le territoire vénézuélien. Parmi elles, Exxon-Mobil s’impose comme celle qui a le plus investi pour « le changement de régime » dans le pays.

Deux des hommes politiques les plus belliqueux à l’adresse du Venezuela au sein du Sénat étatsunien sont Marco Rubio et Ed Royce, tous les deux financés par Exxon, tout comme le président Donald Trump qui bénéficie de l’appui financier et politique de la compagnie pétrolière. Les sénateurs, de leur côté, ont fait des sanctions un point clé de leur agenda législatif; ils fournissent également un appui politique et un aval diplomatique à l’agenda du coup d’état qu’opère l’opposition vénézuélienne avec laquelle ils se sont réunis en diverses occasions.

Exxon-Mobil, de la même façon, a exercé des manœuvres de pression pour que soit approuvée une loi au Sénat (des personnalités politiques telles que Marco Rubio, Ileana Ros et Bob Menéndez servant d’opérateurs) qui met en avant le rôle du Département d’État américain dans le financement de groupes d’opposition vénézuéliens (sous le couvert d’ ONG de la « société civile ») pour quelques 5 millions 500 mille dollars et autres fonds additionnels, dans l’objectif de générer de la violence au Venezuela. Tout en appuyant, dans le même temps,  « les organisations régionales engagées dans le développement des réformes au Venezuela, en particulier l’Organisation des États Américains (OEA) », et en étendant les appuis de l’Initiative de Sécurité Énergétique dans la Caraïbe afin d’avoir une incidence négative sur les alliances politiques et pétrolières du Venezuela avec les pays caribéens.

L’actuel secrétaire d’État, chef de la politique extérieure des Etats-Unis, est l’ex-directeur exécutif de Exxon-Mobil, Rex Tillerson. Les intérêts de la compagnie et l’attitude ouvertement favorable à un coup d’état au Venezuela de la part de la diplomatie « gringa » prennent un accent plus « va-t-en guerre » avec Tillerson à la tête.

Les menaces de Marco Rubio

Les États-Unis ont tenté d’établir un siège international contre le Venezuela depuis différentes zones pour atteindre l’objectif final, enlever le chavisme du pouvoir. Contribuer à un encerclement politique et diplomatique à travers l’OEA, sous la tutelle du pouvoir états-unien et avec Luis Almagro à sa tête, a été décisif, autant que l’annonce et l’application de sanctions économiques et financières de la part du Sénat et du Département du Trésor.

Cependant l’encerclement international n’a pu se concrétiser. Les alliances que maintient le Venezuela avec la Caraïbe et d’autres pays hors de l’hémisphère mais aussi importants que la Russie et la Chine, sont parvenues, pour le moment, à atténuer les conséquences du siège multifactoriel.

Pour cela il serait prévu d’attaquer directement le cœur économique du Venezuela: l’industrie du pétrole, représentée par la compagnie d’état PDVSA. Le 4 juin l’agence britannique Reuters laissa filtrer que la Maison Blanche étudiait la possibilité d’un embargo ou d’une interdiction sur l’importation de pétrole vénézuélien depuis les Etats-Unis, ce qui renforcerait le siège imposé pour faire pression sur le Gouvernement Bolivarien et, surtout, sur la population vénézuélienne dans l’actuel contexte de blocages de rues et d’intervention.

Au cours de la matinée du 11 juillet le sénateur Marco Rubio (Exxon) a confirmé la possibilité de voir les Etats-Unis appliquer de nouvelles et « sévères sanctions » à l’encontre du Venezuela si les demandes états-uniennes ne sont pas parfaitement tenues.

Tweet Marco Rubio

L’éventualité que les « sévères sanctions » puissent s’appliquer contre l’industrie vénézuélienne du pétrole est plausible avec Rubio comme porte-parole sur ces mesures.

Manoeuvres « gringas »  contre le Venezuela

En mars de cette année le chef du Commando Sur, Kurt Tidd, a déclaré devant le Sénat des Etats-Unis que la Russie, la Chine et l’Iran « voient l’espace économique, politique et de sécurité latino-américain comme une opportunité pour atteindre des objectifs de longue haleine et pour promouvoir leurs intérêts, lesquels ne peuvent être compatibles avec les nôtres ni avec ceux de nos associés ». Les Etats-Unis voient en ces pays une menace pour leurs intérêts en Amérique Latine, par conséquent leur objectif de sanctions contre Pdvsa pourrait être une tentative d’intimider et d’effrayer des entreprises (surtout russes et chinoises) afin qu’elles n’investissent pas au Venezuela, dans le but de renforcer le blocus financier contre le pays.

C’est ainsi que huit magistrats, le président du Tribunal Suprême de Justice inclus, ont également été sanctionnés par les Etats-Unis en vertu des clauses 155 y 156, alors supprimées. La 156, entre autres attributions, déléguait au pouvoir exécutif la mise en place d’entreprises mixtes compte tenu de l’état de manque de respect de l’Assemblée Nationale, chargée, à l’origine, de ce type de responsabilités.

La compagnie nationale du pétrole (PDVSA) dans le collimateur

En réponse à ces mesures prises par les Etats-Unis, Pdvsa a annoncé le 9 juin l’installation du Secrétariat de la Commission Mixte de Haut Niveau entre la Chine et le Venezuela, où « ont été signés divers accords pour la création d’une société mixte chargée de consolider la mise en fonctionnement de la raffinerie Nanhai, située dans la zone sud du pays asiatique ».

Et la note de presse continue ainsi : « L’accord passé entre Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA) et la Corporation Nationale du Pétrole de Chine (CNPC) envisage le début des opérations de cette raffinerie pour la fin 2020, avec une capacité de traitement de près de 400 mille barils de pétrole par jour, principalement du brut vénézuélien Merey 16. En supplément, elle traitera 120 mille barils de brut léger en provenance d’Iran, de pays arabes et de nations voisines de la Chine ».

Par ailleurs, le 30 juin PVSA a annoncé que la compagnie d’état inaugurait la base opérationnelle de Perforosven, une nouvelle entreprise mixte entre la Russie et le Venezuela, située sur la commune de San José de Guanipa de l’état de Anzoátegui, dans le bloc Ayacucho de la Faja Petrolífera (la bande pétrolifère) de l’Orénoque Hugo Chávez.

Le président de Pdvsa, Eulogio del Pino, a déclaré « cette alliance stratégique incorpore 108 nouveaux emplois, avec un capital investi de 16 millions de dollars répartis sur 4 forages qui produiront à court et moyen terme 800 mille barils de brut, ceci dans le cadre de Motor Hidrocarburos ». Ainsi Rosneft, la principale compagnie pétrolière russe, atteint les 6 accords nationaux avec le Venezuela, trois d’entre eux situés dans la Faja.

Une telle manœuvre, qui élargit à d’autres niveaux la coopération énergétique et partant, politique, entre la Russie et le Venezuela, est, entre autres choses, une réponse à la stratégie de blocus et de coup d’état développée par Exxon-Mobil contre le Venezuela. Les russes, qui constituent le plus grand exportateur de pétrole du monde et le troisième en réserves, ont manifesté le rejet de tout type d’ « ingérence destructive » dans les affaires internes du pays.

Géopolitique en mouvement

La politique de nationalisation de la Faja Petrolífera del Orinoco del presidente Hugo Chávez (la Ceinture Pétrolifière de l’Orénoque du président Hugo Chavez) a eu comme conséquence l’incapacité pour Exxon-Mobil de remplir les conditions pour demeurer dans la zone et de là, sa sortie du pays. Le tableau suivant illustre la répartition des entreprises mixtes, à l’exception du dernier et troisième projet entamé entre Rosneff et Pdvsa.

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Bassin pétrolier de l’Orénoque « Hugo Chávez »

 

L’arrêt de ses opérations au Venezuela (2007) lui a causé, selon le dénommé « coût occasionnel », une perte en extraction de près 200 mille barils par jour, c’est-à-dire que pour un prix moyen de 100 dollars le baril, l’on peut calculer que la compagnie pétrolière états-unienne n’a plus touché, sur 10 ans, la somme de plus de 73 mille millions de dollars en revenus nets.

En raison de ses pertes économiques, du manque de réserves, de la diminution de son influence dans la zone avec le Venezuela à sa tête, avec en plus la cooperation énergétique et politique que protège le pays avec la Russie et la Chine, voilà ce qui fait que Exxon-Mobil canalise sa violence et l’engage dans un coup d’état à travers le financement et l’extorsion politique.

La guerre au Venezuela, par conséquent, ne peut s’expliquer par le seul affrontement de forces locales mais par le combat géopolitique qui a pour nœud du conflit les ressources énergétiques. Les menaces de Marco Rubio et les pouvoirs réels qui sont derrière sa personne sont le signe de la pression qu’ils sont prêts à exercer pour empêcher que les alliances avec la Russie et la Chine ne s’étendent.

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/venezuela-en-disputa-cinco-notas-petroleras

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Dix clefs pour comprendre et analyser la victoire du chavisme à la Constituante

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Électeurs du centre de vote Luis Alejandro Alvarado, Cagua, État d’Aragua (centre du pays)

par Victor Hugo Majano

Le processus électoral qu’a vécu dimanche le Venezuela et les résultats quantitatifs du vote pour la constituante (plus de huit millions de suffrages exprimés) montrent clairement un triomphe du chavisme, avec une corrélation très forte sur les plans politique et symbolique.

La « bataille finale » ne s’est pas jouée comme le disent les boucliers des extrémistes de droite « autour du palais présidentiel de Miraflores » : elle ne s’est pas faite avec des balles mais avec des votes et n’en a que plus de force. Le chavisme dispose à présent d’une grande légitimité et de la base légale pour aller de l’avant et sans hésitations vers une transformation profonde dans le cadre constitutionnel pour assurer la paix, renforcer les institutions et rétablir l’équilibre de l’économie.

Une analyse préliminaire permet d’identifier un ensemble de points-clés:

1) On voit que l’opposition associée à la MUD (coordination des partis de droite) n’est pas majoritaire.

2) Elle n’exprime pas plus les attentes et les besoins de la majorité ou des principaux secteurs du pays. Pas même des secteurs dominants.

3) Elle ne sert pas les intérêts nationaux, mais des facteurs externes bien identifiés, qui ne tentent même pas de nuancer leurs positions ou de les dissimuler.

4) La droite a démontré un caractère violent et son irresponsabilité dans l’usage de la violence. Les dirigeants actuels sont encore ceux du coup d’État contre Chavez ou des « guarimbas » des années antérieures. Ils n’ont jamais condamné mais au contraire encouragé les actions meurtrières de 2017, appelant même à plusieurs reprises à un nouveau coup d’État des forces armées, sans autre projet politique que celui de renverse Maduro, comme ils voulaient renverser Chavez.

5) Pendant ce temps, le chavisme a montré qu’il est le seul mouvement politique actuellement porteur d’une vision, d’un projet national d’inclusion, qui intègre les principaux facteurs sociaux, institutionnels, économiques et politiques du pays et parmi lesquels ne sont pas exclus organiquement les facteurs liés à l’opposition regroupée dans le MUD.

6) La droite, en réponse, passera à la postérité pour sa conduite erratique, qui s’est transformée en menace pour l’indépendance, la paix, la stabilité institutionnelle et l’équilibre économique du Venezuela. Le bloc d’opposition n’a pas su surmonter son obsession de reprendre le pouvoir « par tous les moyens ». Au lieu d’élaborer une proposition politique d’envergue, elle s’est engluée dans une dynamique absolument destructrice.

7) L’origine et le développement des conflits qui vont s’aiguisant depuis 2012 sont d’ordre économique, déterminés par l’accès et la redistribution des revenus pétroliers. Par conséquent, le Venezuela ne peut éluder plus longtemps le débat sur le dépassement du modèle rentisme pétrolier, ainsi que sur tous les éléments symboliques dérivés. Ce qui veut dire profiter de l’avantage de pouvoir prendre des décisions radicales à travers une Constituante pour démanteler les structures productives hautement dépendantes du secteur extérieur.

8) Les conditions imposées par la violence de la rue et les menaces de la droite contre le vote ont forcé le chavisme à faire preuve d’un plus grand engagement. Paradoxalement ces conditions peuvent avoir fonctionné comme encouragement à la participation. Cela s’est produit en 2002-2003 lors de la réaction populaire au coup d’État contre Chavez ou après le sabotage pétrolier en 2004, avant le référendum révocatoire, entre autres dates. Aujourd’hui, le chavisme mécontent et certains des ni-ni (si tant est qu’existe cette catégorie), qui s’étaient abstenus lors de la victoire de la droite aux législatives de décembre 2015, sont allés voter. Alors que ce que pouvait espérer de mieux la droite, était leur indifférence.

9) Le chavisme devient le principal articulateur et promoteur du dialogue politique, mais cela l’oblige à être plus inclusif (en parlant des militants) et plus large thématiquement, tout en s’impliquant davantage dans l’aspect concret de chaque facteur social .

10) Une grande partie des obligations du chavisme implique la construction d’une cosmogonie et d’une téléologie du peuple vénézuélien qui puissent incarner une alternative aux valeurs culturelles du capital. Ce qui inclut des aspects liés à la culture populaire (dont la religiosité).

Source : http://www.albatv.org/En-claves-Que-significa-la.html

Traduction : Thierry Deronne

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Avec le soutien du Mouvement des Sans Terre du Brésil et de la FAO, le Venezuela investit dans la production de semences agroécologiques

L’objectif est de réduire la dépendance aux intrants importés et de développer une production alimentaire viable dans les zones urbaines

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Plantation de légumes organiques par le conseil communal Hugo Chávez Frías, dans le secteur de Junquito, zona périurbaine de Caracas / FAO

par Camila Rodrigues, Brasil de Fato, 24 juillet 2017

En plein centre de Caracas, au Venezuela, l’agriculteur Manuel Velásquez cultive concombres, aubergines, bananes, avocats, légumes verts et autres aliments du jardin bio Bolivar 1, qui dispose de 155 plate-bandes. Outre les légumes, Velásquez produit également des semences pour assurer les futures plantations de ces légumes et d’autres.

Cet espace, inauguré il y a quatre ans et demi par le Président de la République bolivarienne du Venezuela, Hugo Chávez, est un exemple du modèle de production d’aliments que le pays développe en priorité pour palier le manque de nourriture, principalement causé par la guerre économique. L’une des activités est la production de semences agro-écologiques, qui a pour objectif de ne plus dépendre des intrants d’importations. Pour cela, le projet a été conçu en partenariat avec le Ministère de l’agriculture urbaine du Venezuela, le Mouvement des travailleurs sans terre (MST) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le représentant de la FAO, Marcelo Resende, a expliqué comment est née l’initiative : « Le président Nicolás Maduro a demandé à la FAO ainsi qu’à l’organisation MST de mettre en place la production de semences, parce que la base de la production agricole est tout simplement la production de semences et le Venezuela a une faible capacité de production de semences « .

Le projet a été lancé le jeudi 13 Juillet, lors d’une cérémonie à la ferme du Collectif Hugo Chavez, qui compte 17 hectares et est située à El Junquito, une zone péri-urbaine de Caracas.

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Photos : Carmen Navas Reyes / FAO

Plus de 30 producteurs de la ville de Caracas et des états de Miranda, de Lara et de Mérida ont reçu du MST un don de 50 kilogrammes de graines agro-écologiques et d’intrants pour les cultures.
Selon Denir Sosa, responsable pour le MST du projet, la première phase est consacrée aux légumes verts, parce que sont des aliments de cycle rapide, produits en 180 jours. Facteur essentiel alors que le pays connaît un problème d’approvisionnement et a besoin de produire des aliments le plus rapidement possible. « Nous essayons d’implanter ici une méthodologie de reproduction de semences, d’éduquer les personnes en montrant l’importance de produire ses propres semences, et d’introduire la technique de production de semences de légumes verts, pour voir si les producteurs vénézuéliens peuvent être moins dépendants et ne pas acheter autant de semences comme en ce moment » , dit Sosa.

Isbelya Malave, récemment nommée directrice générale de la Fondation de la formation et de l’innovation en soutien à la révolution agraire, la Fondation Ciara , fait le pari qu’avec ce projet, le pays atteindra la souveraineté quant à la production de ses propres semences en quatre ans.

Mais pour cela, il faudra relever un défi majeur : changer le modèle économique et la culture de l’économie rentière liée au pétrole: « Depuis de nombreuses années, plus de 50, 60 ans, nous vivons dans cette culture. Le gouvernement antérieur, et même cette république, reviennent toujours au thème de développer la production pétrolière, mais nous ne sommes pas seuls. Notre objectif est de mener un travail d’un point de vue organisationnel et politique avec les gens, le problème est que nous subissons cette culture du capitalisme et des transnationales à travers les médias … C’est une contre-culture très forte. Un combat difficile « .

Le projet semencier fait partie du programme SANA, créé par la FAO et le gouvernement du Venezuela en 2015 pour soutenir les organisations de base et les mouvements de l’agriculture familiale.

Source : http://mst.org.br/2017/07/24/com-apoio-do-mst-e-da-onu-venezuela-investe-na-producao-de-sementes-agroecologicas.html

Traduction : Gloria Verges

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Pourquoi faut-il renverser le gouvernement du Venezuela ?

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par Bruno Sgarzini, Caracas 

Alors que l’ONU vient de condamner les attaques aériennes perpétrées par un commando d’extrême droite contre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère de l’Intérieur du Venezuela – attentats terroristes occultés par les médias français – (1), l’ambassadrice états-unienne auprès des Nations Unies Nikky Haley s’est refusée à le faire : « Nous devons maintenir la pression sur Maduro, il y a des signes qui indiquent que maintenant, il va commencer à utiliser son pouvoir militaire et des armes et ce que nous voyons à la télévision (sic) est en réalité bien pire. C’est une situation terrible, c’est pourquoi nous devons exercer sur Maduro autant de pression que nous pourrons ». (2)

Le 15 juin 2017, lors d’une conférence sur « Prospérité et Sécurité en Amérique Centrale » organisée conjointement par le Département d’État (US), le Département de la Sécurité intérieure (US) et le Mexique, le Vice-président américain Mike Pence s’adressait à un parterre de dirigeants d’Amérique Centrale : « Il suffit de regarder le Venezuela pour voir ce qui se produit lorsque la démocratie est compromise. Cette nation, autrefois riche, s’effondre dans l’autoritarisme qui a causé des souffrance incalculables au peuple vénézuélien, et son basculement dans la pauvreté. Nous devons tous élever notre voix pour condamner les abus de pouvoir et les pratiques du gouvernement envers son propre peuple, et nous devons le faire maintenant. » (3)

Pour comprendre en profondeur ce qui sous-tend la guerre économique, les manoeuvres militaires régionales (Brésil, Colombie) ainsi que les intenses pressions médiatiques et diplomatiques des États-Unis pour neutraliser l’opinion internationale autour du théâtre d’opérations vénézuélien, il faut d’abord rappeler que l’Administration Trump, loin d’avoir engagé une nouvelle politique extérieure, a maintenu les grandes lignes de la stratégie conçue par l’idéologie néoconservatrice qui contrôle aujourd’hui la plupart des décisions prises par son gouvernement ainsi que les actions soutenues par le Congrès des États-Unis. L’urgence de faire tomber le chavisme est difficilement compréhensible si l’on ne prend pas en considération les idées avancées par les principaux think tank, tant au niveau international que régional.

Comment s’inscrit la stigmatisation du Venezuela dans la feuille de route globale ?

A la mi-2016, Le Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine (CNAS) présenta un document intitulé « L’expansion du pouvoir américain » contenant une série de recommandations destinées à générer un consensus dans la classe politique états-unienne visant à « garantir la survie du système international favorable aux USA ». Pour ce faire, le think tank bipartite préconise des réformes économiques sur le plan intérieur, comme, par exemple, une restructuration de la dette et une réforme fiscale destinée à renforcer les bases du système états-unien dans l’objectif d’augmenter les dépenses militaires, économiques et diplomatiques qui lui permettront de s’étendre en Asie, en Europe et au Moyen Orient, trois régions-clefs pour une mondialisation durable.

C’est ainsi que les USA « pourraient dissuader par la voie diplomatique et militaire des puissances telles que la Chine et la Russie de remettre en question l’ordre international libéral actuel afin d’éviter un conflit militaire à l’échelle mondiale (sic) ». C’est également sur la base de telles propositions que ce think tank projette de militariser les Mers du Sud de la Chine et propose une réforme de l’OTAN pour renforcer son déploiement le long des frontières de l’Europe avec la Russie. Propositions qui ont toutes été appliquées par l’Administration Trump en continuation de la politique d’Obama, accompagnées d’autres mesures plus spécifiques concernant directement la Russie, comme la création d’une zone de sécurité dans le nord de la Syrie afin d’y installer des réfugiés et des forces alliées des USA, dans l’objectif de favoriser la partition du pays et de mettre un frein à Moscou suite à son engagement dans cette guerre.

Les récentes rencontres entre Trump et le président chinois Xi Jinping relèvent elles aussi du plan visant à faire adhérer la puissance asiatique à l’ordre international favorable aux multinationales états-uniennes d’une manière pacifique. D’où l’importance à accorder à cette feuille de route globale qui fait partie d’un consensus général des think tank en relation avec les figures de l’administration Trump, comme le secrétaire de la défense James Mattis et le conseiller pour la sécurité nationale H.R. Master.

En quoi cela concerne-t-il le Venezuela ?

L’objectif poursuivi est de déplacer le conflit en cours au Venezuela sur un terrain « à somme nulle ». Tout le monde sait que le Venezuela constitue la principale source de ressources pétrolifères dans le monde et possède un large éventail de réserves aquifères, de gaz et de minéraux stratégiques au profit de l’industrie technologique, spatiale et militaire d’un système qui prétend imposer sa domination sur d’autres parties de la planète. C’est pourquoi sécuriser ce territoire, source d’approvisionnement peu coûteuse, est certainement une stratégie payante pour un plan d’expansion hégémonique que l’on cherche à imposer au monde.

Un extrait du rapport du Centre pour une nouvelle sécurité américaine dit très clairement qu’il est de première importance pour les USA d’obtenir certains avantages sur les marchés énergétiques qui contribueront à étendre leur pouvoir à un niveau mondial. Ce qui équivaut pour le Venezuela à régresser à son statut antérieur qui permettait aux descendantes de la Standard Oil (Exxon, Chevron, Conoco Phillips…) de contrôler directement et indirectement l’industrie pétrolière du Venezuela en leur fournissant justement ces mêmes avantages stratégiques. Il est amplement reconnu aujourd’hui qu’au moins 24 transnationales pétrolières ayant passé des accords avec PDVSA et l’État vénézuélien et fonctionnant selon un régime d’exploitation mixte existent aujourd’hui dans ce pays.

Cela permet de comprendre que des multinationales comme Exxon, Mobil et Chevron financent les sanctions contre le Venezuela, allant même jusqu’à contrôler le Département d’État US, et qu’elles entretiennent des relations très particulières avec l’argent des think tank qui fomentent des actions contre le pays.

Citons parmi de nombreux exemples la récente proposition du Conseil des Relations Extérieures soumise au Congrès US visant à renforcer le blocus étranger par l’intermédiaire de l’OEA, et la visite de Luis Almagro à l’Institut Américain des Entreprises quelques jours avant la présentation de sa demande d’application de la charte démocratique contre le Venezuela. Toutes ces initiatives ont le même but et comptent sur l’appui explicite d’autres think tank comme le Conseil des Amériques et celui de l’Atlantique, tous deux constitués de compagnies particulièrement intéressées par les ressources naturelles du pays qu’elles veulent exploiter en dehors de toute médiation de l’État vénézuélien.

Qu’en est-il de l’équation régionale ?

Le Venezuela est considéré comme le pays-clef garantissant que l’Amérique Latine continuera à être une source d’approvisionnement en ressources naturelles et en main d’œuvre à bas prix, toujours selon l’optique de la stratégie globale mentionnée plus haut, après les changements de gouvernements favorables à cette politique en Argentine et au Brésil.

C’est à cette fin que le Conseil de l’Atlantique a présenté une projet proposant que le Mercosur et l’Alliance du Pacifique s’unissent dans une zone de libre échange commercial qui permettra à la région d’intégrer une méga plate-forme commerciale avec les USA et l’Europe afin de pénétrer avec plus de force le marché asiatique. Cette initiative est en plein processus de mise en œuvre après les discussions entre les deux organismes régionaux antérieures à la suspension du Venezuela du Mercosur, qui constitue une violation flagrante de la législation internationale de cette ligue commerciale. Il est certain qu’en se débarrassant du Venezuela, le principal obstacle pour réaliser ce plan régional serait levé conformément à la stratégie globale promue par ces think tank.

D’où le niveau d’intensité de la pression exercée sur le Venezuela afin d’en finir avec sa « mauvaise influence » sur la région (par exemple en luttant contre l’existence du programme PetroCaribe par lequel le Venezuela fournit du pétrole bon marché aux pays des Caraïbes) et en cherchant à déplacer le conflit politique actuel sur un terrain « à somme nulle » sur lequel toute tentative d’arriver à un consensus politique national qui ne serait pas sous tutelle étrangère et laisserait les Vénézuéliens résoudre la crise, sera sabotée depuis l’extérieur. Ceci en application des mesures dont discutaient déjà les ambassades US en Amérique latine vers 2007 pour en finir avec l’héritage négatif de Hugo Chavez.

Notes

(1) Comme l’explique le syndicaliste français Gilles Maréchal (CGT), « les médias dominants sont dans une phase où le Venezuela ne les sert plus, depuis qu’ont été écartés les risques de l’élection à la Présidence de Jean-Luc Mélenchon et de l’arrivée à l’Assemblée Nationale d’une vague de députés de France Insoumise et du PCF ». Phénomène déjà observé lors de récentes campagnes électorales en Espagne ou en Grèce. Les titres des médias français ne sont pas le fruit d’enquêtes ou d’informations directes du terrain mais la reprise de ce que disent les médias d’opposition (majoritaires en radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux au Venezuela) ou états-uniens.

(2) Voir http://www.telesurtv.net/news/Embajadora-de-EE.UU.-llama-a-mantener-la-presion-sobre-Maduro-20170628-0073.html

(3) Lire, de Philippe Huysmans : « Quand Mike Pence dénonce le « totalitarisme » au Venezuela », http://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/quand-mike-pence-denonce-totalitarisme-venezuela_1872385488

Source : http://misionverdad.com/columnistas/por-que-es-necesario-derribar-a-venezuela

Traduction : Frédérique Buhl

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« Les 10 victoires du Président Nicolás Maduro en 2016 », par Ignacio Ramonet

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Début 2016, tout semblait bien complexe pour les autorités de Caracas.  Et cela principalement pour trois raisons : 1) L’opposition néolibérale avait remporté les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait désormais l’Assemblée Nationale ; 2) La chute des prix du pétrole, la principale ressource du Venezuela,  avait atteint son plus bas niveau dans les dernières décennies ; 3) Le président des Etat Unis, Barack Obama, avait signé un Ordre exécutif déclarant le Venezuela une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et pour la politique extérieure des Etats-Unis »
C’est-à-dire, dans trois domaines décisifs  – politique, économique et géopolitique – la Révolution bolivarienne semblait à la défensive. Tandis que la contrerévolution, autant intérieure qu’extérieure, pensait avoir enfin le pouvoir à portée de la main.

Le tout dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas,  commencée avec l’arrivée à la Présidence d’Hugo Chávez en 1999, qui s’est intensifiée en avril 2013 et a atteint des niveaux inouïs de violence depuis l’élection du Président Nicolás Maduro.

Ce climat d’harcèlement médiatique agressif et permanent a produit une désinformation insidieuse sur le Venezuela, semant la confusion même chez de nombreux amis de la Révolution  bolivarienne. En particulier car dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle et de la tromperie manifeste n’est  sanctionnée par aucune conséquence négative, ni sur la crédibilité, ni sur l’image.

Tout vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel », et même les faits ou les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. Même l’argument – si évident pour le Venezuela – du complot, de la conjuration, de la conspiration, n’est pas accepté.  Le nouveau discours médiatique dominant dénonce et ridiculise d’avance « le prétendu complotisme » comme un argument inacceptable de « récits à l’ancienne »,  non recevable…

Tout, donc, au début de l’année 2016, semblait difficile pour le Président vénézuélien.  A un point tel que le bancal opposant néolibéral  Henry Ramos Allup, enivré pas sa majorité parlementaire, a osé assurer en janvier 2016, dans son premier discours comme Président de l’Assemblée Nationale, que « dans un délai de mois de six mois » il chasserait Nicolás Maduro du pouvoir. En s’inspirant sans doute du coup d’Etat institutionnel contre la Présidente Dilma Rousef, au Brésil, et misant sur la victoire dans un éventuel référendum révocatoire.

Ainsi allaient les choses quand le Président Maduro, dans une séquence magistrale que personne n’a vu venir dans le jeu d’échecs qui se déroulait – et conformément à la Constitution – a surpris tout le monde.  Il a renouvelé, comme il en avait le droit, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), instance supérieure du pouvoir judiciaire, dont la Salle Constitutionnelle a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

L’opposition, imbue de sa superbe, a commis alors deux erreurs majeures :

  1. Elle a décidé d’ignorer les avertissements du TSJ et a admis en séance trois députés de l’état d’Amazonas dont l’élection en décembre 2015 était l’objet de suspension pour irrégularités.  Devant cet affront, le TSJ a évidemment proclamé la non validité des décisions de l’Assemblée Nationale en raison de la présence en séance de trois députés « non élus régulièrement » .  En fait, le TSJ a déclaré l’Assemblée en désobéissance (desacato) et en conséquence, a décidé  que  « toutes ses décisions seraient considérées nulles».  Ainsi, par ses propres erreurs, l’Assemblée non seulement n’a pas réussi à légiférer ni à contrôler le Gouvernement, mais bien au contraire, comme l’ont reconnu des spécialistes renommés en droit constitutionnel, elle s’est annulée elle-même, a dilapidé son pouvoir est s’est auto-dissoute. Cela a été la première grande victoire de Nicolás Maduro en 2016.
  1. Dans son obsession de renverser le Président, l’opposition anti-chaviste a également décidé d’ignorer ce que stipule la loi (article 72 de la Constitution)  sur les étapes indispensables et les exigences juridiques pour la tenue d’un référendum révocatoire en 2016.  L’opposition a également connu un important échec sur ce point.  Et ce fut une autre grande victoire de Nicolás Maduro.

Malgré cela, vers mars-avril 2016, tout est devenu de plus en plus complexe. Car aux offensives habituelles des forces hostiles à la révolution bolivarienne est  venue s’ajouter une sécheresse impressionnante, la deuxième en importance depuis 1950, et une canicule, résultat du  phénomène El Niño. Or au Venezuela 70% de l’énergie provient des centrales hydroélectriques, dont la principale dépend du barrage El Guri.  Et avec l’absence de pluies, les niveaux de ce barrage ont diminué jusqu’à atteindre presque le niveau minimum.

La contre-révolution a tenté de profiter de ces circonstances pour multiplier les sabotages électriques, cherchant à créer un chaos énergétique, la colère sociale et des manifestations.  Le danger a été grand, car au problème électrique s’ajoutait le manque d’eau potable, conséquence de la sécheresse persistante, ….

Mais une fois de plus le Président Maduro a réagi rapidement en prenant des mesures radicales : il a décidé le remplacement de millions d’ampoules à incandescence par des ampoules à faible consommation d’énergie ; il a ordonné le remplacement des vieux climatiseurs par d’autres moins gourmands en énergie ;  il a décrété la demi journée de travail dans l’administration publique et mis en œuvre un plan national spécial de consommation d’électricité et d’eau.

Grâce à ces mesures audacieuses, le Président a réussi à éviter l’effondrement énergétique.  Et obtenu une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.
Un autre des problèmes importants que le Gouvernement a du affronter (peut-être le plus grave) – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est l’approvisionnement alimentaire. Il faut rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient en situation de pauvreté et seulement 35% pouvaient bénéficier d’une bonne qualité de vie. C’est-à-dire, sur 10 vénézuéliens, seulement 3 mangeaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du maïs, du lait, du sucre… Tandis que pendant les 17 dernières années la consommation alimentaire (grâce à l’investissement social massif de la Révolution) a augmenté de 80%.

Ce changement structurel explique par lui-même pourquoi subitement la production nationale d’aliments, bien plus importante qu’on ne le croit, est devenue insuffisante.

Avec l’augmentation massive de la demande, la spéculation a explosé.  Devant une offre structurellement limitée, les prix se sont envolés vertigineusement.  Et le phénomène du marché noir ou « bachaqueo » s’est propagé : acheter les produits subventionnés par le Gouvernement à des prix inférieurs à ceux du marché pour les revendre à des prix supérieurs à ceux du marché. Ou les « exporter » massivement aux pays voisins (Colombie, Brésil) pour les revendre au double ou au triple du prix subventionné.  Ainsi le Venezuela se « vidait » de ses dollars – de moins en moins nombreux en raison de l’effondrement des prix du pétrole – pour nourrir les « vampires » qui dépouillent les plus humbles des produits de base pour s’enrichir de façon spectaculaire.

Une telle immoralité ne pouvait continuer. Une fois de plus, le Président Maduro agit avec fermeté.  D’abord – très important – il a changé la philosophie de l’aide sociale. Et il a rectifié une erreur majeure commise par le Venezuela depuis des décennies.  Il a décidé que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, devait subventionner les personnes. Pour que seulement les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, puissent avoir accès aux produits subventionnés par le Gouvernement. Pour tous les autres, les prix des produits sont les prix justes fixés par le marché.  Ce qui évite la spéculation et le bachaqueo.

Et la deuxième mesure décisive: le Président a annoncé que désormais le Gouvernement orienterait  tous ses efforts vers le changement du modèle économique du pays, passant d’un « modèle rentier » à un « modèle productif ».  Et le Président a défini ce qu’il appela les « quinze moteurs » pour dynamiser l’activité économique tant du secteur privé que du secteur publique et de l’économie communale.

Ces deux décisions essentielles ont convergé dans une création originale, imaginée par le Président Maduro: les CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) qui constituent une nouvelle forme d’organisation populaire.  Foyer après foyer, les représentants des communautés organisées remettent des sacs pleins d’aliments à un prix régulé.  Beaucoup de ces aliments viennent d’ailleurs de la nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner pendant les prochains mois de 2017 environ quatre millions de familles à revenus modestes.  Garantissant ainsi l’alimentation du peuple. Et signant donc une nouvelle grande victoire du Président Maduro.

Une autre victoire non moins importante en cette difficile année 2016 est le taux record des investissements sociaux, qui représentent 71,4% du budget national.  C’est un record mondial.  Aucun autre Etat au monde ne consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.

En matière de santé, par exemple, le nombre d’hôpitaux a été multiplié par 3,5 depuis 1999.  Et le montant des investissements dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.

Dans le cadre de la Misión Barrio Adentro, dont l’objectif est l’accès aux soins des malades des zones urbaines les plus modestes du pays, ont eu lieu presque 800 millions de consultations et on a sauvé la vie de presque 1.400.000 personnes.  Les facultés de médecine ont formé 27.000 médecins et 30.000 autres doivent obtenir leur diplôme en 2017.  Huit états du Venezuela sont couverts à 100% par la Mission Barrio Adentro, alors que l’objectif fixé était de six états.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média dominants, concerne les retraites.  Avant la révolution, seulement 19% des personnes en âge d’être retraitées recevaient une pension, le reste subsistait souvent dans la misère ou à la charge de leur famille.  En 2016, 90% des personnes en âge d’être retraités reçoivent une pension, et cela même s’ils n’ont pas pu cotiser à la Sécurité Sociale pendant leur vie active.  Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire spectaculaire –   une fois de plus non mentionnée par les média dominants-  est celle de la  Misión Vivienda,  dont le but est de construire des logements sociaux à prix régulé pour les familles les plus modestes.

En 2016, cette Mission a remis 359.000 logements (à titre de comparaison, un pays développé comme la France a construit à peine 109.000 logements sociaux en 2015).  Il faut y ajouter les 335.000 logements rénovés dans le cadre de la belle Misión Barrio Nuevo, Barrio Tricolor.  Mission qui a reçu les éloges du génie de l’architecture Frank Gehry, créateur du  Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton à Paris, qui a affirmé vouloir y participer.  Nous parlons donc de presque 700.000 logements sociaux en 2016.  Un chiffre sans équivalent dans le monde.

Depuis le début de son mandat, en 2013, le Président Maduro a déjà remis à des familles modestes presque un million et demi de logements.  Un record mondial passé sous silence par des média hostiles à la Révolution bolivarienne.  Et que même ses amis négligent parfois de mentionner.
Pour finir, rappelons quelques unes des victoires éclatantes obtenues dans le domaine géopolitique.  Par exemple, avoir empêché l’Organisation des Etats Américains (OEA), contrôlée par Washington, de condamner le Venezuela, comme le voulait le Secrétaire général de l’Organisation, Luis Almagro, en invoquant la Charte Démocratique contre le Venezuela.

Ou le succès du 27ème Sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qui s’est tenu en septembre 2016 au Centre de Conventiond Hugo Chávez, dans l’île de Margarita, en présence de nombreux Chefs d’Etat et de Gouvernement et de représentants de cent vingt pays qui ont manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Mais la principale victoire du Président Maduro en ce domaine a été la réussite inouïe de l’accord entre les Pays OPEP et NON OPEP pour une réduction concertée des exportations de pétrole, fruits de nombreux voyages du Président en quête de cet objectif.
Cet accord historique, signé en novembre 2016, a immédiatement freiné la chute du prix des hydrocarbures, qui s’effondrait depuis le milieu de l’année 2014, quand le prix dépassait 100 dollars le baril.
Grâce à cette victoire capitale, le prix du pétrole, qui était de 24 dollars en janvier, dépassait  45 dollars fin décembre 2016.

Ainsi, pendant l’année la plus dure et la plus longue, pendant laquelle nombreux ont été ceux qui ont misé sur son échec, le Président Nicolás Maduro, déjouant tous les pièges et toutes les difficultés, a montré sa taille exceptionnelle d’homme d’Etat.  Et de leader indestructible de la Révolution bolivarienne

Ignacio Ramonet

Source: Telesur http://www.telesurtv.net/opinion/Las-10-victorias-del-presidente-Maduro-en-2016-20161231-0028.html

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L’unité latinoaméricaine comme projet historique

Monica Bruckmann

Monica Bruckmann

La plupart des journalistes occidentaux ignorant le mouvement historique incarné récemment par l’inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur, puis par le sommet de la CELAC (Communauté des États Latinoaméricains et des Caraïbes) avec la Chine et son plan d’investissements massifs pour 2015-2019, nous livrons l’éclairage de Monica Bruckmann, Docteur en science politique, professeure du Département de Science Politique de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et Directrice de Recherche de la chaire UNESCO sur l’Économie globale et le Développement Durable.

Siége de l?UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Siége de l’UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014) en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

Inauguration du siège de l’UNASUR en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

La conjoncture latinoaméricaine contemporaine est marquée par de grandes avancées dans les projets et processus d’intégration régionale (1). C’est la première fois dans l’histoire que la région a une densité diplomatique aussi dynamique, un ensemble si vaste et divers de mécanismes d’échange et d’action politique conjointe. À la dynamique complexe d’intégration des nations, se joint également l’intégration des peuples et des mouvements populaires, avec un pouvoir croissant de pression sociale et de participation à l’élaboration des politiques publiques qui reflète l’affirmation du mouvement démocratique. Dans ce contexte, il est un principe qui demande toujours plus de centralité, c’est celui de la souveraineté, comme la capacité d’autodétermination des États, des nations, des peuples et des communautés.
Le débat actuel autour de l’intégration régionale et de ses perspectives possède de forts antécédents qui montrent la profondeur de l’unité latino-américaine comme projet historique. Sans nous attarder plus longuement sur le développement de ces antécédents, nous cherchons à présenter quelques exemples de ce qui constitue les bases doctrinaires de l’actuel processus d’intégration régionale. Cette approche montre surtout, les limites d’une tentative de conversion de ce processus d’intégration en un simple échange commercial.

Intégration régionale et projet stratégique

La géopolitique de l’intégration régionale latino-américaine est profondément affectée par une dispute des intérêts entre le projet hégémonique des États-Unis, exprimé dans une stratégie complexe de domination et d’appropriation des ressources naturelles considérées ’« vitales », ce qui convertit l’accès à ces ressources, qui se trouvent essentiellement hors du territoire continental et d’outre-mer des États-Unis, en un sujet de « sécurité nationale » pour ce pays. D’autre part, des processus d’intégration régionale se développent hérités des luttes continentales pour l’indépendance pendant le 19ème siècle, qui rencontrent dans la rénovation du bolivarianisme un projet d’affirmation souveraine qui a avancé et s’est approfondi au cours des dernières années.
Cependant, le renforcement de l’intégration régionale exige une nouvelle vision stratégique élaborée à partir d’une vaste discussion sur la dynamique et les tendances du système mondial, l’émergence des nouvelles puissances à l’échelle globale, et le développement d’une vision géopolitique qui articule les intérêts en jeu et la conformation de nouvelles territorialités à partir d’un grand mouvement social du ’« bas vers le haut ». Ce moment d’élaboration de la pensée régionale a pour défi la construction d’une stratégie de réappropriation sociale des ressources naturelles et de leur gestion économique et scientifique, ce qui exige une rediscussion approfondie de la notion-même de développement, du concept-même de souveraineté et de la position de l’Amérique Latine dans la géopolitique mondiale.
L’analyse des diverses dimensions qu’implique la dispute globale pour les ressources naturelles considérées stratégiques, requiert un bilan de l’histoire mondiale récente qui a pour aspect fondamental, l’émergence de la Chine. La nouvelle centralité de la Chine dans l’économie et la politique mondiale nous conduit à souligner l’importance de l’approche de longue durée (du point de vue Braudélien) et des processus de civilisation dans la construction des instruments théorico-méthodologiques pour l’analyse de la conjoncture. Dans ce contexte, et avec une approche qui s’efforce de capturer la complexité du monde contemporain, la question stratégique transcende largement le cadre de la politique de sécurité et de la défense nationale, pour s’insérer dans l’analyse des processus historiques de longues durées et de la dimension civilisatrice des visions stratégiques.
L’Amérique Latine a, en relation avec la Chine, une opportunité historique de développer une coopération stratégique à long terme, visant à rompre la relation de dépendance qui marqua son insertion dans le système mondial. Il convient à la région de profiter de cette opportunité ou de reproduire la logique de la dépendance et la dynamique d’exportation des matières premières à faible valeur ajoutée, qui a pour base la logique de ce qu’on appelle l’extractivisme, qui étranger à tout projet national, restreint notre horizon économique aux intérêts des économies centrales et des entreprises transnationales qui deviennent les agents économiques de ces intérêts.
Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

De l’hégémonie unipolaire à l’hégémonie partagée

Pendant la dernière décennie, le débat théorique et politique a été profondément marqué par la crise de l’hégémonie unipolaire et par la configuration d’un espace global avec hégémonie partagée, ou multipolaire. L’importance économique et politique croissante des puissances émergentes, ceux que l’on nomme « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et, récemment, Afrique du Sud), posent des éléments nouveaux afin de repenser la dynamique économique et politique d’un monde multipolaire, où les processus et projets d’intégration régionale se convertissent en mécanismes nécessaires pour la compartimentation du pouvoir mondial et régional et pour le renforcement des projets de développement par et pour le Sud.

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Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela) et Rafael Correa (Équateur) en Chine les 5 et 6 janvier 2015

La collaboration sud-sud puise son inspiration plus profonde dans l’affirmation de la lutte anti-coloniale du tiers monde et dans l’apparition des pays non-alignés. La Conférence de Bandung, qui s’est tenue en avril 1955, représenta un des moments les plus importants de ce processus. Ce rassemblement, auquel participèrent 23 pays asiatiques et 5 africains, se nourrit des principes de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, élaborant un vaste appel d’autodétermination et de développement des peuples basé sur la solidarité et la coopération économique et culturelle et cherchant à créer un espace politique indépendant quant aux blocs militaires et la confrontation entre États-Unis et l’Union Soviétique durant la période de la Guerre Froide. Le thème principal était porté sur les luttes nationales pour l’indépendance, l’éradication de la pauvreté et le développement économique, au travers des organisations régionales et des politiques économiques de coopération entre les pays du tiers monde.
Sommet de Bandung (1955)

Sommet de Bandung (1955)

L’esprit de Bandung a permit de créer un vaste consensus entre les principaux leaders et les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine par rapport à l’affirmation de la paix et les principes de coexistence pacifique, à un moment où le monde vivait une situation d’extrême tension et de menace de guerre : l’invasion du Guatemala organisée par les États-Unis pour renverser le président Jacobo Árbenz, le déplacement de la Septième Flotte des États-Unis vers la mer de Chine, la substitution des troupes françaises par les troupes états-uniennes dans la région sud du Vietnam, après la défaite française à Dien Bien Phu en 1954 et la guerre de Corée (1950-1953).
Les cinq principes de coexistence pacifique, proposés par le premier ministre chinois Chou En-lai et ratifiés par le premier ministre hindou Jawaharlal Neru en 1954 : pas d’agression, pas d’intervention dans les affaires internes d’autres États, égalité et avantages mutuels et coexistence pacifique, ont été repris par la Conférence de Bandung comme partie des dix principes généraux, qui incluaient :
  • le respect des droits fondamentaux en accord avec la Charte de l’ONU de 1948
  • respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations
  • reconnaissance de l’égalité de toutes les races et nations, indépendamment de leur taille
  • pas d’intervention et ni d’ingérence dans les affaires internes d’autres pays
  • respect des droits de chaque nation à se défendre, individuellement ou collectivement en accord avec la Charte de l’ONU
  • refus de participer aux préparatifs de défense destinés à servir les intérêts particuliers des superpuissances
  • abstention de tout acte ou menace d’agression ou emploi de force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’autres pays
  • solution pacifique des conflits internationaux, en accord avec la Charte de l’ONU
  • encouragement des intérêts communs de coopération
  • respect de la justice et des obligations internationales
Le Mouvement des non-alignés a donné du contenu diplomatique, aux Nations Unies, à ses lignes d’action. Sous influence latino-américaine se créé la United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD). Émergent également des expressions radicales de la lutte politique révolutionnaire, comme l’organisation Trilatérale, qui se crée à La Havane, en 1973. L’émergence de gouvernements comme celui de Velasco Alvarado au Pérou, de Juan José Torres en Bolivie, de Omar Torrijos au Panamá, de Salvador Allende au Chili, et le retour d’Eva Peron en Argentine, conduisent à des initiatives de l’État qui s’expriment dans la transformation de la ALALC en ALADI (Association Latino-américaine d’Intégration). Le Système Économique Latino-américain et de la Caraïbe (SELA) est également créé en 1975, destiné à l’étude de l’intégration régionale et à la formulation de ses politiques. Cependant, l’organisation interétatique la plus forte se créé en 1960 avec l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Dans le même temps, le vote de la « Charte des Droits et Devoirs Économiques des États », en 1972, promue par le président mexicain Luis Echeverría, consacre les principes du non-alignement aux Nations Unies.
Les initiatives internationales qui forment partie de cette offensive du tiers monde sont diverses, qui voit dans la victoire de la révolution vietnamienne et la libération du Laos et du Cambodge une épopée de la lutte anti-impérialiste mondiale. La réponse du centre impérial à cette offense commence à s’articuler autour de la formation de la Commission Trilatérale (Trilateral Commission) en 1973, qui réunit les États-Unis, l’Europe et le Japon avec pour stratégie la récupération du pouvoir mondial. Cette stratégie atteindra ses résultats dans la décennie de 1980, pendant les gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et s’exprime dans l’établissement de l’hégémonie de la pensée unique qui réussit, à transformer le Glanost et la Perestroika, commencées par les soviétiques, grâce à dissolution de l’Union Soviétique.
Pendant la décennie de 1990 débutent de forts mouvements de restructuration de l’offensive des gouvernements et des mouvements du tiers monde, qui voit dans la réussite économique de la Chine et de l’Inde et, en partie, du Brésil au début du 21ème siècle, une recherche de formes institutionnelles qui expriment cette nouvelle situation.
Si dans la décennie de 1970 se créa le Groupe des 7 principaux pays développés (G7), dans les années 2000, en plus de l’incorporation de la Russie, sont inclus également plusieurs pays émergents composant le groupe des 20 (G20). Le principe de l’hégémonie partagée est ainsi consacré comme successeur des désastres causés par la politique de l’unilatéralisme qui a été imposée avec le gouvernement de Bush fils.
L’héritage historique des luttes du tiers monde se révèle de grande utilité pour une stratégie d’affirmation d’un système multipolaire et pour orienter, d’un point de vue stratégique, le processus d’intégration latino-américaine et son impact sur la géopolitique mondiale contemporaine.
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Sommet de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014)

L’Amérique Latine et la construction de l’unité continentale

Dans le même temps, l’Amérique Latine vit un processus à travers duquel la diplomatie régionale acquiert une densité inconnue jusqu’alors. Un ensemble de nouvelles articulations se traduisent en institutions sous-régionales, régionales et continentales, qui transforment le processus d’intégration en une réalité complexe qui implique des chefs d’État, ministères des relations étrangères et diverses autres agences nationales, qui en même temps, est accompagné d’un processus d’intégration des peuples et des mouvements sociaux, incluant les syndicats et les mouvements des agriculteurs et des étudiants qui avaient déjà une certaine tradition de l’intégration régionale.
Quant aux sciences sociales, un processus croissant d’intégration régionale s’est développé avec de nouvelles institutions d’étude, des universités et des réseaux académiques qui permettent d’avancer vers l’étude de la problématique régionale, en renforçant une vision d’ensemble. Peut-être que certains des exemples les plus remarquables de ce processus sont le Conseil Latinoaméricain de Sciences Sociales (CLACSO), dont la première session s’est organisée à Lima, en 1968 ; ou la Faculté Latinoaméricaine de Sciences Sociales (FLACSO), qui se créé en 1954, au Chili, et ensuite, s’étend à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à l’Équateur et à l’Amérique Centrale.
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Dans le domaine de la recherche se sont créés, après la Commission économique pour l’Amérique Latine (CEPAL), le Centre Latinoaméricain et Caribéen de Démographie (CELADE), au Chili (1957) ; la Escolatina (master à l’université du Chili), dans le secteur de l’économie (Chili) ;l’Institut Latinoaméricain de Planification Économique et Sociale (ILPES) ; la Maîtrise Latinoaméricaine de l’Administration Publique de la Fondation Getulio Vargas, au Brésil ; le Conseil Supérieur Universitaire Centre-Américain (CSUCA), qui coordonne les universités de cette sous-région ; la Coordination des Universités du Cône Sud et, plus récemment, le Forum Universitaire du Mercosur (FOMERCO) et l’Université d’Intégration Latinoaméricaine (UNILA), qui a son siège dans la ville aux trois frontières, Foz de Iguaçu (Brésil). Parmi les diverses associations professionnelles qui se sont constituées au fil des dernières décennies se distinguent l’Association d’Économistes d’Amérique Latine et de la Caraïbe (AEALC) et l’Association Latinoaméricaine de Sociologie (ALAS). Cela montre que sont en train de se créer des conditions pour une intégration à long terme par l’intermédiaire d’un réseau d’institutions qui permettent la coopération et l’échange sur divers domaines de la connaissance.
Un bilan historique un minimum informé montre la densité croissante de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus.
Les parlements latinoaméricains du Mercosur, de la Communauté Andine, du Traité de Coopération Amazonienne, sont également des mécanismes de développement du processus d’intégration. Ce cadre institutionnel croissant ouvre le chemin pour le débat sur une stratégie commune sudaméricaine et latinoaméricaine, avec des possibilités de se convertir en des politiques concrètes. Le renforcement du Mercosur et la création postérieure de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ; l’impact croissant sous-régional de la Communauté et Marché Commun de la Caraïbe, qui actuellement porte le nom de Communauté Caribéenne (Caricom) et plus récemment, la création de l’Union des Nations Suraméricaines (UNASUR) et celle de la Communauté d’États latinoaméricains et caraïbes (CELAC), sont l’expression de la densité croissante et du dynamisme de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus et qui persistent dans leurs tentatives visant à déstabiliser et affaiblir un projet historique d’unité des peuples de la région qui se révèle, en dernier ressort, comme un projet historique de longue durée.
Monica Bruckmann
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement, Nº500 de décembre 2014 qui traite du thème « América Latina : Cuestiones de fondo »
Note :

Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges, par Seumas Milne (The Guardian)

Note : C’est pour ses révélations sur le système mondial de la NSA que le Pulitzer a été décerné au journal The Guardian (Londres) parce qu’¨exemple distingué de service public en tant que quotidien d’information¨. The Guardian vient aussi de sauver l’honneur du journalisme occidental au sujet du Venezuela. Alors que ses confrères sont restés enchaînés au fond de la Caverne de Platon, il a dépêché un envoyé spécial sur place, rappelant l’époque glorieuse où informer était synonyme d’enquêter. Journaliste à The Economist avant de devenir chroniqueur et rédacteur associé au Guardian, Seumas Milne a effectué des reportages au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Russie, en Europe de l’Est et en Amérique Latine. Il est l’auteur d’un livre à succès sur la grêve des mineurs anglais de 1984–5 British intitulé L’ennemi intérieur : la guerre secrète contre les mineurs, fruit d’une enquête sur les agissements du MI5 et de la Special Branch dans ce conflit.

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Par Seumas Milne
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Si on l’ignorait avant, la recrudescence de protestations globales au cours des deux dernières années nous offre une leçon que des manifestations de masse peuvent avoir des sens sociaux et politiques totalement différents. Porter des foulards et construire des barricades – ou même porter des revendications authentiques – ne veut pas dire automatiquement que ceux qui protestent se battent pour la démocratie ou la justice sociale.

De l’Ukraine à la Thaïlande et de l’Egypte au Venezuela, des protestations à grande échelle visaient – et dans certains cas ont réussi – à renverser des gouvernements. Dans certains pays les protestations de masse étaient conduites par des organisations de travailleurs contestant l’austérité et le pouvoir des entreprises privées. Dans d’autres cas des troubles où prédominent la classe moyenne ont servi de levier pour restaurer des élites évincées.

Parfois, en l’absence d’organisation politique, les deux peuvent se chevaucher. Mais quel que soit le secteur qu’elles représentent, elles se ressemblent toutes… à la télévision. Et les manifestations de rue ont été tellement efficaces pour faire tomber des gouvernements ces 25 dernières années que les pouvoirs globaux se sont ruées en force sur le marché de la protestation.

Depuis le renversement du gouvernement élu Mossadegh en Iran dans les années 1950, pour lequel la CIA et le MI6 ont payé des manifestants anti-gouvernementaux, les États-Unis et leurs alliés ont dominé le champ : en finançant des « révolutions de couleur », en fondant des ONGs affiliées, en formant des activistes étudiants, en alimentant les réseaux sociaux de la protestation pour dénoncer – ou ignorer – les répressions policières selon leur convenance.

Après une période où ils se vantaient de promouvoir la démocratie, voici qu’ils reviennent à leur méthodes anti-démocratiques. Prenez le Venezuela qui, ces deux derniers mois a été en proie à des manifestations anti-gouvernementales visant à renverser le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro, élu l’année dernière pour succéder à Hugo Chávez .

L’opposition de droite vénézuélienne a depuis longtemps un problème avec le système démocratique. Après avoir perdu 18 des 19 élections ou référendums depuis que Chávez a été élu la première fois en 1998 – dans un processus électoral décrit par l’ancien président américain Jimmy Carter comme « le meilleur du monde » – ses espoirs s’étaient ravivés en avril 2013 à la suite de la mort de Chavez, lorsque le candidat de l’opposition de droite n’avait perdu que de 1,5 % face à Maduro. Mais en décembre 2013, les élections municipales dans tout le pays rendirent à la coalition chaviste une avance de 10 points.

Le mois suivant, des dirigeants d’opposition liés aux États-Unis– parmi lesquels certains sont impliqués dans le coup d’État contre Chávez en 2002 – ont relancé une campagne pour chasser Maduro, appelant leurs militants à “allumer les rues au feu du combat« . Avec le haut niveau de l’inflation, la criminalité violente et les pénuries de certains produits de base, il y en avait plus qu’assez pour alimenter la campagne – et les manifestants ont répondu à l’appel, de manière littérale.

Pendant huit semaines, ils ont incendié des universités, des édifices publics, des arrêts de bus, et prés de 39 personnes ont été tuées. Malgré les déclarations du secrétaire d’État John Kerry pour qui le gouvernement vénézuélien mène une « campagne de terreur » contre ses citoyens, les preuves indiquent que la majorité a été assassinée par des militants de l’opposition, et parmi ces victimes on compte huit membres des forces de sécurité et trois motards égorgés par des filins d’acier tendus aux barrages de rue. Quatre militants d’opposition ont été tués par la police, faits qui ont entraîné l’arrestation de plusieurs membres des forces de l’ordre (1).


Ce qu’on dépeint comme ¨protestations pacifiques¨ a toutes les marques d’une rébellion anti-démocratique, ancrée dans des privilèges de classe et dans le racisme. Confinée à l’extrême aux zones riches et blanches de classe moyenne, ces manifestations ont rapidement tourné aux incendies et aux combats rituels avec la police, tandis que d’autres secteurs de l’opposition ont accepté de participer aux dialogues de paix.

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Des militants de droite installent une “guillotine” dans un quartier riche, à Caracas. La présence de certains civils armés dans des manifestations de l’opposition a déclenché une diabolisation de tout motard de secteur populaire ou de collectif sympathisant du chavisme. C’est sur cette base qu’ont été justifiés des dispositifs comme des câbles d’acier tendus en travers d’avenues ou de rues à une hauteur de 1,20m environ, et qui ont coûté la vie à deux personnes. Cette guillotine recommandée aux opposants par Angel Vivas, général d’extrême-droite à la retraite, est un instrument socialement sélectif, les motos étant un moyen de transport généralement utilisé par les travailleurs de milieu populaire.

Le soutien au gouvernement, pendant ce temps, reste solide dans le monde du travail. Anacauna Marin, une activiste locale du quartier populaire 23 de Enero à Caracas, explique : « Historiquement les manifestations étaient un moyen que les pauvres utilisaient pour exiger une amélioration de leurs conditions. Mais ici ce sont les riches qui protestent et les pauvres qui travaillent« .

Dans ces circonstances il ne faut pas être surpris si Maduro analyse les événements comme une déstabilisation soutenue par les USA dans le style ¨ukrainien¨, ainsi qu’il me l’a dit. La réponse des États-Unis qui rejettent comme ¨infondée¨ cette analyse, est absurde. Les preuves de la subversion états-unienne au Venezuela – depuis le coup d’État de 2002 jusqu’aux câbles de WikiLeaks éclairant les plans états-uniens pour ¨pénétrer¨, ¨isoler¨ et ¨diviser¨ le gouvernement bolivarien, sans oublier le financement à grande échelle de groupes d’ opposition, sont volumineuses.

Ce n’est pas seulement parce que le Venezuela est assis sur les plus grandes réserves pétrolières du monde (2) mais aussi mais parce qu’il a dirigé la marée progressiste qui a déferlé sur l’Amérique latine au cours de la dernière décennie : contestant la domination des États-Unis , reprenant le contrôle de ressources aux mains des entreprises privées pour redistribuer les richesses et le pouvoir. En dépit de ses problèmes économiques actuels, les réalisations du Venezuela révolutionnaire sont incontestables.

Depuis qu’il a renationalisé le secteur pétrolier, le Venezuela l’a utilisé pour réduire de moitié la pauvreté, et l’extrême pauvreté de 70%, massifier la santé publique, le logement, l’éducation et les droits des femmes, augmenter les pensions et le salaire minimum, établir des dizaines de milliers de coopératives et d’entreprises publiques, transférer des ressources aux organisations de base de la démocratie participative, et financer des programmes de santé et de développement à travers l’Amérique latine et les Caraïbes.

Rien de surprenant donc si les chavistes pro-Maduro gardent le soutien de la majorité.

Pour le maintenir, le gouvernement devra réduire les pénuries et l’inflation – et il a les moyens de le faire. L’envolée des prix s’est produite après l’interruption de l’approvisionnement en dollars du secteur privé qui domine les importations et l’offre de produits alimentaires, et une grande proportion des marchandises soumise au contrôle des prix sort en contrebande du pays pour être revendues en Colombie à des prix beaucoup plus élevés.

De nouvelles mesures de contrôle des changes ont déjà produit leurs effets. Malgré tous ses problèmes, l’économie vénézuélienne a continué à croître et le chômage et la pauvreté à baisser (3). Le Venezuela est très éloigné d’être le cas désespéré dont rêvent ses ennemis. Mais le risque existe que, les manifestations s’essoufflant, des secteurs de l’opposition augmentent le niveau des violences pour compenser leurs défaites électorales.

Le Venezuela et ses alliés progressistes en Amérique Latine son importants pour le reste du monde – non parce qu’ils offrent un modèle politique et social ¨à imiter¨ mais parce qu’ils ont démontré qu’il y a de multiples alternatives économiques et sociales à la faillite néo-libérale dans laquelle sont plongés l’Occident et ses alliés.

Leurs opposants espéraient qu’avec la mort de Chavez se tarirait l’impulsion du changement régional. La récente élection de Michele Bachelet (centre-gauche) au Chili et de l’ex-dirigeant de la guérilla de gauche Sánchez Cerén au Salvador indique que le courant continue. Mais de puissants intérêts sur place et à l’extérieur sont determinés à le faire échouer – ce qui signifie qu’on verra surgir d’ autres manifestations ¨dans le style du Venezuela.¨

Twitter: @SeumasMilne

Notes :

(1)  parmi lesquels il faut compter également des effectifs policiers obéissant à des maires de droite comme ceux de Polichacao (maire : Ramon Muchacho) (NdT).

(2)  La compagnie pétrolière PDVSA vient de découvrir dans l’axe Zulia-Falcón un nouveau gisement de l’ordre de 185 millones de barils de pétrole et de 1,1 milliards de pieds cube de gaz (1,1 TCF) (NdT).

(3)  Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/ (NdT)

Original de cet article : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/09/venezuela-protest-defence-privilege-maduro-elites

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de la version française : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/ 

50 vérités sur Hugo Chávez et la Révolution bolivarienne, par Salim Lamrani

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Une caractéristique du président vénézuélien était de rompre le protocole ampoulé des actes officiels pour converser directement avec les citoyen(ne)s, ici avec un jeune homme de Caracas sans domicile fixe et affrontant des problèmes de drogue.

1. Jamais dans l’histoire de l’Amérique latine, un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, seize élections ont eu lieu au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière en date, le 7 octobre 2012. Il a toujours battu ses opposants avec un écart allant de dix à vingt points.

2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins.

3. James Carter, ancien président des Etats-Unis, a déclaré en 2012 que le système électoral vénézuélien était le « meilleur au monde ».

4. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.

5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela.

6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%.

7. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011.

8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens.Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela.

10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400%.

11. La Mission Barrio Adentro Ia permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011.

12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%.

13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011.

14. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.

15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé.

17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011.

18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999.

20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.

21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.

22. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier.

23. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela.

24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.

25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.

26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.

27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

28. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999.

29. Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012.

30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA en 2003 a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.

32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.

33. Depuis 1999, plus de 50 000 coopératives ont été créées dans tous les secteurs de l’économie.

34. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.

36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.

37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.

38. Les femmes seules et les personnes handicapéesreçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.

39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires sans diminution de salaire.

40. La dette publique est passée de 45% du PIB en 1998 à 20% en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale en remboursant par anticipation toutes ses dettes.

41. En 2012, le taux de croissance au Venezuela a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.

42. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

43. Selon le rapport annuel World Happinessde 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush.

45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est désormais souverain dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles sur tout le territoire.

46. La création de Pétrocaribe en 2005 permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.

47. Le Venezuela apporte également son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis en lui fournissant de l’essence à des tarifs subventionnés.

48. La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004 entre Cuba et le Venezuela a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

49. Hugo Chávez est à l’origine de la création en 2011 de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) qui regroupe pour la première fois les 33 nations de la région, qui s’émancipent ainsi de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.

50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Colombie. Selon le président Juan Manuel Santos, « si nous avançons dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints auparavant avec les FARC, c’est également grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela ».

Salim Lamrani

Opera Mundi http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27642/50+verda…

Pauvreté et progrès aux États-Unis et au Venezuela, par Eric Draitser

The program was launched at the Night of Peace Family Shelter in Baltimore (CITGO)Le programme vénézuélien d’aide aux pauvres états-uniens arrive à sa huitième année d’existence. La fourniture par « CITGO-Venezuela » de gazoile de chauffage, qui a commencé en 2005 comme une simple donation humanitaire à la suite du désastre humain causé par les ouragans Katrina et Rita, a permis ces dernières années d’assurer le chauffage à plus de 1,7 millions de personnes pendant les mois les plus durs de l’hiver. L’apport en gazoile est évalué à 400 millions de dollars. En 2013, plus de 100.000 familles des 25 états plus le District de Columbia, dont plusieurs communautés des nations indigènes et plus de 200 refuges pour personnes privées de domiciles fixe, en ont bénéficié. Pour plus de détails sur ce programme : http://www.citgo.com/Home.jsp

C’est sur ce thème de la pauvreté aux États-Unis et au Venezuela, que nous publions une étude d’Eric Draitser (Counterpunch). 

Pauvreté et progrès. Comparaison entre les Etats-Unis et le Venezuela.

Eric DRAITSER

Qu’appelle-t-on « tiers monde » en 2013 ? Si nous prenons la définition classique du terme, alors le « tiers monde » comprend les pays (non blancs) qui luttent pour atteindre de hauts niveaux de développement économique et qui, généralement, restent à la périphérie de l’économie mondiale. Cependant, depuis la crise qui a commencé en 2007-2008, de nombreux problèmes de ces pays traditionnellement pauvres ont fait leur apparition parfois de manière plus flagrante encore dans les pays soi-disant développés. Les maux socio-économiques tels que la misère, la faim et le chômage se sont terriblement aggravés dans des pays capitalistes développés comme les Etats-Unis pendant que les politiciens et les médias continuent à faire miroiter le mirage d’un redressement économique. Il faut bien sûr se demander qui bénéficie de ce rétablissement économique… les pauvres ou Wall Street ? Par ailleurs, cela a forcé le monde à se pencher sur la nature du progrès. C’est intéressant par exemple de comparer les statistiques étasuniennes à celles du Venezuela. Quand on le fait, on commence à avoir un tableau plus clair, débarrassé des distorsions médiatiques et politiciennes, des progrès réalisés par la Révolution Bolivarienne pendant que la situation des pauvres et des travailleurs étasuniens continue de se détériorer.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Avant de pouvoir définir la pauvreté aux Etats-Unis et au Venezuela, il faut d’abord analyser les différences entre les deux pays dans la manière de mesurer la pauvreté. Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée seulement par le revenu du foyer, à l’aide d’un certain seuil appelé « seuil de pauvreté » déterminé par le Bureau du Recensement. Cette mesure, basée sur une limite absolument arbitraire entre la pauvreté et las « non pauvreté » est celle qui préside à la plupart des analyses et décisions concernant les pauvres étasuniens. Comme cela devrait sauter aux yeux, ce système ignore le simple fait que les personnes qui sont juste au dessus du seuil de pauvreté n’on pas la vie beaucoup plus facile que celles qui sont juste en dessous. Dans les deux cas, la privation est la norme. Qui plus est, l’inflation croissante, la baisse des salaires et d’autres facteurs continuent à affecter le pouvoir d’achat et la vie des pauvres, ce qui rend le seuil de pauvreté de plus en plus problématique.

Le Venezuela, quant à lui, utilise une série de mesures tout à fait différentes pour déterminer la vraie pauvreté comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, au logement etc. Par conséquent la pauvreté au Venezuela n’est pas une question de revenus mais de qualité de vie. En mesurant la pauvreté de cette manière, le gouvernement vénézuelien offre un tableau beaucoup plus complet de la situation socio-économique du pays. Il faut noter que, à la différence des Etats-Unis, les statistiques sur la pauvreté font partie des principales données sur lesquelles le gouvernement du Venezuela s’appuie pour prendre ses décisions. Tandis qu’aux Etats-Unis la pauvreté est devenue un gros mot (comme le montre son absence totale des débats de la présidentielle, l’année dernière), Chavez et la Révolution Bolivarienne en ont fait la pièce centrale des politiques publiques dans tous les domaines.

Que disent les chiffres ?

Quand on examine les données réunies par le Bureau du Recensement des Etats-Unis, on constate de nombreux faits troublants. D’abord il faut absolument noter qu’en 2012, le seuil de pauvreté pour une famille typique de quatre personnes était un total de 23 050 dollars bruts annuels (17 000 euros). Notez que du fait que cette somme est brute et non nette d’impôts, elle ne reflète même pas la gravité réelle de la situation endurée par ces familles. Tous ceux qui ont la moindre notion du coût de la vie aux Etats-Unis se rendent tout de suite compte que le « seuil de pauvreté » est une farce cruelle. Ce niveau de revenu signifie une pauvreté abjecte, elle signifie le manque de ce qui est nécessaire à la vie humaine. De sorte que, en réalité, nous ne parlons pas ici des « pauvres » mais de ceux qui sont en danger de mort à cause de la malnutrition, des maladies graves qui pourraient être guéries et d’innombrables autres problèmes. De plus, il faut noter que le revenu moyen d’une famille (toutes les familles, pas seulement les pauvres) continue à baisser dramatiquement : il a baissé de 8.1% depuis 2007. Par conséquent il est évident que la pauvreté est non seulement importante mais qu’en plus elle augmente.

La Californie, qui a longtemps été le fleuron de l’économie étasunienne, possède maintenant, en plus de la Silicon Valley et de ses côtes magnifiques, le taux de pauvreté le plus haut des Etats-Unis. Selon La Mesure Supplémentaire du Bureau du Recensement des Etats-Unis, la Californie peut se vanter d’avoir un taux de pauvreté de 23,5%, et si on y ajoute les personnes qui ne répondent pas techniquement aux conditions pour être repris dans ce chiffre mais qui vivent en marge de l’économie, on peut dire que la pauvreté se répand comme une épidémie en Californie. Comme Timothy Smeeding, économiste à l’université de Wisconsin Madison l’a expliqué : « D’une manière générale, le filet de sécurité permet à beaucoup de gens de se maintenir à flot mais en Californie c’est relativement plus difficile d’obtenir des bons de nourriture et autres aides. » Nous voyons donc que dans l’état le plus peuplé de la nation, et soi-disant le premier sur le plan économique, la situation des pauvres est catastrophique et de plus en plus de gens ne survivent que grâce à l’aide de l’état. Tout cela bien sûr avec en toile de fond l’austérité, sous la forme de la « entitlement reform » (réforme de l’admissibilité aux prestations, ndt) que veulent imposer les Démocrates comme les Républicains et qui aura pour effet de couper ces programmes d’aide qui sont absolument indispensables à la survie de millions d’étasuniens.

Le revenu ne peut pas et ne devrait pas être le seul indicateur de la pauvreté et de la situation économique. En réalité, il y a beaucoup d’autres facteurs importants comme l’accès à une nourriture correcte, chose cruciale pour les enfants dont les parents sont pauvres. En fait, les données les plus récentes de USDA montrent que, déjà en 2011, au moins 18 millions de familles étasuniennes étaient en situation de « précarité alimentaire ». Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg si on pense aux millions de foyers qui n’ont pas été repris dans cette statistique mais qui pour autant n’ont pas les moyens de s’offrir une nourriture de qualité, et aux familles encore plus nombreuses qui échappent à la précarité alimentaire uniquement grâce aux programmes d’aide du gouvernement comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) connu sous le nom de tickets de nourriture. Le manque d’accès à la nourriture de bonne qualité est l’apanage des quartiers pauvres des villes où les noirs surtout ont du mal à offrir à leurs enfants autre chose que les plats préparés et les produits bas de gamme du magasin du coin.

Ce que nous constatons en examinant ces informations, c’est que la précarité alimentaire et la pauvreté ne sont pas seulement des indicateurs de difficultés économiques, elles délimitent des classes sociales. Les Etats-Unis abritent une sous-classe sociale de plus en plus large, qui regroupe de plus en plus d’anciens ouvriers et de blancs, mais qui touche encore plus les communautés de gens de couleur. Dans toutes les grandes villes et de plus en plus dans des quartiers blancs autrefois prospères, la pauvreté est devenue une réalité quotidienne, mais une réalité cachée par l’illusion collective du « rétablissement économique ».

Le modèle vénézuélien

A la différence des Etats-Unis, le Venezuela progresse rapidement dans l’éradication de la pauvreté dans un pays qui, pendant des décennies, a été un des plus pauvres et des plus exploités du continent américain. En dépit de sa richesse pétrolière et de ses vastes ressources, la misère régnait au Venezuela, spécialement chez les indigènes et les paysans. C’était la conséquence du système colonial et post-colonial qui permettait à une petite élite à la peau claire de dominer le pays et de maintenir le reste de la population dans une misère abjecte. La situation a commencé à changer avec Hugo Chavez et la Révolution Bolivarienne. Chavez, qui était déjà un héro aux yeux des pauvres Vénézuéliens, s’est mis tout de suite au travail pour réaliser son modèle socialiste avec la lutte contre la pauvreté au coeur de son projet politique. Et il poursuit le même projet depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans.

Comme je l’ai déjà dit, le Venezuela utilise plusieurs critères pour évaluer la pauvreté : l’accès à l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’accès à un logement correct, les familles de plus de 3 personnes qui vivent dans une seule pièce, et les familles dont le chef de famille a fait moins de 3 ans d’école. Ces statistiques, connues sous le nom de système de calcul des Besoins Elémentaires non Satisfaits, donnent des résultats surprenants. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Vénézuéliens vivant dans la misère (ceux qui souffraient d’au moins deux de ces signes de pauvreté) a diminué de 11.36% à 6.97%, une réduction de presque la moitié. En même temps, l’espérance de vie et la population totale ont augmenté de manière significative, ce qui montre l’amélioration des services de santé. Un chiffre intéressant concerne la population indienne autochtone, le groupe le plus marginalisé historiquement. Au cours des 10 dernières années, leur nombre a fortement augmenté et ils forment maintenant 3% de la population. Cela montre que non seulement les services de santé sont de meilleure qualité mais qu’ils sont devenus accessibles aux segments les plus démunis de la population.

Il faut noter que l’une des pièces maîtresses des programmes anti-pauvreté du gouvernement bolivarien de Chavez a été l’augmentation exponentielle de construction de logements publics et d’appartements bons marché. Le président Chavez a annoncé la Grande Mission Logement en 2011 pour combattre la misère à laquelle était confrontée tant de famille vénézuéliennes qui vivaient dans des logements insalubres et dangereux. En septembre 2012, plus de 250 000 logements avaient été construits et confiés à de pauvres familles vénézuéliennes. Ce chiffre doit encore augmenter dans les années à venir car les constructions continuent et il y a de plus en plus de logements abordables.

Malgré la crise économique mondiale, le gouvernement Chavez continue à développer ses programmes anti-pauvreté comme le logement et la santé, tandis que la plus grande partie du monde soi-disant développé se laisse gagner par l’hystérie générale de l’austérité. La Révolution Bolivarienne s’est donnée pour tâche de réduire et finalement d’éradiquer la pauvreté dans un pays où la pauvreté était une tradition historique et une réalité supposément incontournable. Pendant l’ère post-coloniale le Venezuela a connu la domination et l’oppression des Etats-Unis et le règne des multinationales pendant que les pauvres et les classes laborieuses vivaient dans la misère. Ce sont les efforts de Chavez pour corriger l’histoire qui l’ont rendu, plus que toute autre chose, si cher au coeur des Vénézuéliens.

Les économies capitalistes développées d’Amérique du nord et d’Europe essaient désespérément de maintenir leur hégémonie et leur survie économique grâce à des programmes d’austérité qui ont pour but de transférer le poids de la dépression des épaules des riches financiers et spéculateurs qui l’ont provoquée, à celles des pauvres et des classes laborieuses qui doivent la payer. Les coupes draconiennes dans les services sociaux dont dépendent des millions d’Etasuniens pour leur survie sont la preuve de ce processus. A la différence du Venezuela, les puissances impérialistes occidentales veulent détruire le filet de sécurité sociale et accroître la misère et le désespoir de leur population.

Il s’agit en fait de la crise du capitalisme post-industriel avancé —un système économique qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres, crée des fortunes insensées et une misère extrême et se maintient en réduisant à la misère et à la pauvreté les classes inférieures. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates, le président Obama et Boehner, le président de l’Assemblée, sont tous au même titre responsables des souffrances et du désespoir des étasuniens pauvres qui peuvent encore se tourner vers le Venezuela et la Révolution Bolivarienne pour trouver le modèle d’une vision réellement progressiste de l’avenir.

Eric Draitser (analyste géopolitique indépendant, New York City).

Pour consulter l’original (anglais) avec les liens internes et l’ensemble des notes : http://venezuelanalysis.com/analysis/7671

Traduction : Dominique Muselet