« Construire sa maison sans dépendre d’une entreprise privée » : l’École du Constructeur Populaire au Venezuela

« Le plus beau, pour ces jeunes qui viennent des milieux populaires, c’est de pouvoir réaliser leur rêve, construire leur propre maison sans dépendre d’une entreprise privée. Les projets collectifs de nos apprenti(e)s naissent de la collaboration avec les habitant(e)s, ils ou elles vont dans la communauté, cherchent le problème et proposent des solutions, grâce à leur formation technique, à partir d’une vision sociale« , raconte fièrement l’ingénieur Eskell Romero, directeur de l’école du Constructeur Populaire « Aristobulo Isturiz ». » « Dans chaque lotissement de la Grande Mission Logement Venezuela se trouve un noyau de notre école« .

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Terra Tve est une expérience unique : une télévision/école qui travaille au Venezuela, sur le terrain, pour vous montrer une révolution participative occultée depuis vingt ans par les médias. Elle a formé des milliers de communicateurs(trices) populaires, réalise des reportages, des documentaires sous-titrés en français, pour les diffuser dans le monde entier. Vous pouvez suivre sa chaîne YouTube en cliquant ici.

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Nos chantiers au Venezuela et comment nous aider

Beaucoup d’entre vous déplorent la désinformation « impressionnante » (Rafael Correa) sur le Venezuela, nous remercient pour nos 21 ans de travail et nous demandent comment nous aider. Pour accélérer nos formations des mouvements sociaux au langage audio-visuel et pour multiplier la production d’articles, de reportages, de documentaires qui montrent une révolution occultée par les grands médias, vous pouvez faire un don à ce compte :

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  • 1. Formation des mouvements sociaux. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, notre école de communication offre des ateliers permanents aux citoyen(ne)s de tout le continent qui refusent de baisser les bras face à la concentration capitaliste et à la fonction destructrice des médias. Depuis la création de l’école en 1995 nous avons formé plusieurs milliers de communicatrices(eur)s populaires et de jeunes cinéastes pour préparer la création de nouveaux médias participatifs et contribuer à décoloniser l’imaginaire. En août 2021 nous avons formé 17 compagnes et compagnons de la République d’Haïti, arrivé(e)s au Venezuela pour étudier l’agroécologie et en avril, 12 jeunes membres de la Commune rurale El Maizal.

  • 2. Réalisation de reportages. Depuis 1999 nous visibilisons la participation populaire au sein de la révolution bolivarienne, avec toutes ses difficultés mais aussi sa force de résistance et de création. Chaque semaine nous alimentons notre chaîne YouTube Terra TV de reportages de terrain sous-titrés en français – vous pouvez vous y abonner. Ces reportages sont également relayés par le site Web de Terra TV (photo ci-dessous), nos réseaux sociaux et le Blog Venezuelainfos créé en 2012 et qui a publié à ce jour 1021 articles.
  • 3. Réalisation de documentaires. En août 2021 plusieurs chaînes de télévision vénézuéliennes ont invité nos formateurs/réalisateurs à exposer leur travail et la Cinémathèque Nationale du Venezuela nous a rendu hommage en projetant un cycle de nos documentaires récents. Parmi eux, le documentaire « Temps de Lutte », chronique d’une année de construction d’un autogouvernement citoyen et majoritairement féminin dans les quartiers populaires de Caracas, a fait le tour du monde (Sénégal, Corée du Sud, France, Brésil, Tunisie, Chili…).

Notre documentaire « Marcha » (2019), qui se faisait le porte-parole des revendications paysannes pour approfondir la réforme agraire, n’a pas été inutile puisque 95% des demandes de ce mouvement social ont aujourd’hui été résolues par le gouvernement bolivarien. A la fin de novembre 2021, notre nouveau documentaire de 70 minutes sur la révolution bolivarienne sera sous-titré en français, en anglais, et diffusé internationalement. Comment transformer l’espace/temps pour que la révolution soit durable ? La réponse appartient à celles et ceux que nous avons rencontré(e)s dans tout le Venezuela : communard(e)s, milicien(ne)s, architectes, conseils communaux, paysan(ne)s, artistes de cirque, fonctionnaires d’État… engagées dans la réforme agraire, dans la transformation de la culture et de l’éducation, dans l’organisation de la santé dans les quartiers populaires, dans la construction d’un nouvel espace de vie. L’objectif du film est de transmettre les expériences concrètes des organisations populaires, où participent majoritairement des femmes, ainsi que leurs idées, pour aller encore plus loin dans la révolution. Photos de tournage :

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/02/nos-chantiers-au-venezuela-et-comment-nous-aider/

“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

Pour continuer à être informé des expériences de la démocratie participative vénézuélienne, systématiquement occultées depuis vingt ans par les grands médias, abonnez-vous à la chaîne YouTube de Terra TV : https://www.youtube.com/channel/UCnIJcbZH03gsb8ZoshVFE6A

Source : www.terratve.com

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/18/85-de-nouveaux-visages-au-primaires-chavistes-un-renouveau-revolutionnaire/

Venezuela, autoconstruction d’un peuple (www.terratve.com)

Depuis 11 ans, un groupe d’habitants du quartier populaire d’Antímano, secteur « El Algodonal » (Caracas), construit ses propres maisons en autogestion. L’urbanisme « Jorge Rodriguez Padre » est une école intégrale d’architectes et de travailleur(se)s de la construction, en grande majorité des femmes. C’est une des nombreuses écoles de pouvoir populaire si caractéristiques de la révolution bolivarienne où le gouvernement conseille ou fournit des ressources aux organisations populaires pour qu’elles puissent réaliser leurs propres projets.

VO ESP sous-titres français. Image : Ruben Paredes. Son : Victor Hugo Rivera. Réalisation : Thierry Deronne. Production : Terra TV. République bolivarienne du Venezuela, juillet 2021.

Pour découvrir les nombreux visages de la démocratie participative vénézuélienne, suivez la chaîne Youtube de Terra TV, télévision des mouvements sociaux : http://terratve.com

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Le très long voyage d’Argelia Laya

« Si tu veux marcher vite, marche tout seul; si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». S’il est un peuple à laquelle peut s’appliquer ce proverbe africain c’est bien celui du Venezuela. L’intensité de la guerre médiatique est évidemment liée à ce potentiel illimité d’expériences à partager avec le reste du monde et dont il faut à tout prix empêcher la transmission. Nous avons souvent expliqué, lorsque les médias transformèrent les violences de l’extrême droite au Venezuela en « révolte populaire » et la plus grande démocratie participative du monde en « dictature », que la gauche ne pouvait plus se passer de démocratiser le champ médiatique, si elle voulait rester connectée au monde. En attendant…

La révolution bolivarienne, féminine et populaire, a 22 ans et sa force créatrice ne s’étiole pas. Le 4 juin 2021, les communard(e)s de la Commune El Maizal et de l’Union Comunera débattent avec une commission de l’Assemblée Nationale du projet de Loi sur les Cités Communales :

La réforme agraire continue. Le gouvernement bolivarien (ici à travers le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre et l’Institut des National des Terres) remet des titres de propriété aux paysannes dans tout le pays :

A Caracas, la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas) fête trois ans d’existence. En juin 2021, l’auto-gouvernement, à majorité féminin, est plus vivant que jamais. Les assemblées, les décisions, l’apprentissage constant sont un pas énorme dans la construction de la démocratie participative. Un des leaders et formateurs de cette commune, Gsus Garcia explique : « Nous célébrons aujourd’hui 3 ans de construction collective d’un modèle d’organisation politique – territoriale, sociale et économique qui rassemble plus de deux mille familles.

Nous avons appris que tout ce qui sest passé jusqu’à présent fait partie d’un processus, rien n’est terminé. Rien n’est venu du jour au lendemain. Tout cela a été le fruit d’efforts et de luttes constants. Nous sommes une fenêtre ouverte sur l’avenir. Tout ce que nous générons vise à nous permettre de consolider le plus grand état de bien-être possible, pour le présent et pour nos descendants.

Nous ne sommes pas parfaits, et encore moins idéalistes. Ce dont nous sommes convaincus, c’est que nous n’en sommes qu’au début et que nous faisons modestement de notre mieux. Nous voyons l’horizon comme large et prometteur chaque fois que le soleil se lève, nous pouvons le voir de n’importe quelle fenêtre du quartier. De là, nous rêvons d’un monde meilleur, un monde qui, pour nous, commence à partir de n’importe quel foyer de notre commune.

Pour ce troisième anniversaire de la Commune nous avons décidé de faire publiquement le bilan de la gestion communale. Ce qui nous a donné quelques soucis (les mesures de protection sanitaire dues à la pandémie sont toujours en vigueur) mais c’est la meilleure voie : les assemblées de rue. Nous avons dû rencontrer les gens, écouter, expliquer, débattre. Dans chaque assemblée, nous avons exposé les victoires mais aussi les échecs, et tout ce qui nous manque.

Hier, par exemple, quelqu’un ne voulait pas écouter, comme cela s’est produit dans une autre assemblée, elle voulait seulement exposer ce sentiment de frustration et d’ignorance d’une gestion collective. Les deux compagnes se sont ouvertement opposées. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous aimons ces débats. Pouvoir exposer tout ce qui a été fait, avec la conscience tranquille, pour débattre de chaque point, mettre à nu devant tant de gens les vraies raisons de ces passions négatives avec de bons arguments, cela nous rend très heureux. Honnêtement, j’ai été surpris par l’attitude de la population en général dans les assemblées, les applaudissements, etc. Nous avons fait preuve d’humilité et, comme le dit le dicton, « on ne peut pas cacher le soleil avec un doigt« . Nous devons faire très attention à l’arrogance, au fait de croire que nous avons atteint notre limite, de ne pas comprendre que les applaudissements d’aujourd’hui peuvent être les huées de demain, c’est pourquoi nous devons continuer à travailler, à gagner les débats avec des éléments concrets, avec des exemples, avec des certitudes, avec une unité programmatique. » :

Pendant ce temps, à Caracas aussi et dans d’autres villes, pendant que le président Maduro relance les primaires ouvertes avec assemblées de base pour que les bases désignent leurs candidat(e)s aux élections de novembre 2021, relance la discussion publique de la loi des Cités Communales, les programmes du réseau de santé nationale Barrio Adentro et le programme urbain d’Agriculture Urbaine, ont lieu de nombreuses manifestations de solidarité avec l’État et le Peuple Palestinien (qui a son ambassade à Caracas) face aux violations massives et incessantes des Droits Humains et du Droit International de la part du gouvernement israélien.

Entre les mailles du blocus des USA, le Venezuela reçoit de la Russie un nouveau lot de 500.000 vaccins Spoutnik. Et grâce aux nouveaux apports de vaccins chinois, le président @NicolasMaduro ordonne de multiplier par 10 les centres de vaccination pour atteindre la protection de l’ensemble de la population à la fin de septembre.

Au Mexique une équipe de l’Institut vénézuélien de Solidarité Simon Bolivar Instituto Simón Bolívar voyage pour dialoguer avec les représentant(e)s du parti de la transformation Morena d’Andrés Manuel López Obrador et autres militant(e)s, activistes, intellectuel(le)s : à propos de solidarité féministe, de souveraineté, de démocratie participative et de futures formations. Lors de la rencontre « fortifier nos démocraties« , le Président de l’institut, Carlos Ron explique : « après la mort du Président Chávez, ils ont tout essayé pour nous détruire : invasions paramilitaires, accusations de narcotrafic… etc.. Mais n’oublions pas une chose : ce n’est pas seulement pour notre pétrole mais aussi parce que notre modèle politique, notre démocratie participative où le peuple est au centre, est un exemple trop enthousiasmant, trop dangereux pour les autres peuples« 

Retour à Caracas. Dans un espace récupéré par le gouvernement bolivarien, répétitions en cours pour réinterpréter la bataille de Carabobo (1821), qui scella son indépendance. Irrévérence caraïbe des corps de jeunes artistes engagé(e)s dans le théâtre, la musique symphonique, la danse et le cirque.

Et puis, dans tout le pays, une initiative extraordinaire, réalisée sans grands moyens mais à force de volonté, celles des fourmis qui travaillent en silence : la Brigade communarde Argelia Laya franchit d’immenses distances, pour que les communes se rejoignent, se connaissent, s’entraident matériellement et organisent des ateliers de formation :au cœur d’une force populaire et d’une vie qui ne renonceront jamais.

Thierry Deronne, Caracas le 5 juin 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/05/le-tres-long-voyage-dargelia-laya/

« Communardes, architectes du Droit à la Santé », le nouveau documentaire sur les autogouvernements populaires du Venezuela

Pour sortir du champ médiatique, abonnez-vous à la chaîne Youtube de Terra TV ! La télévision des mouvements sociaux transmet, depuis le Venezuela, des reportages sur les éternels invisibles des médias depuis 21 ans de révolution bolivarienne, tou(te)s ces citoyen(ne)s qui construisent une démocratie participative aux mille visages. Cette semaine : l’épopée des « Communardes, architectes du Droit à la Santé« . Quand on considère les trois ans d’autogouvernement populaire mis en place par la Commune Socialiste d’Altos de Lidice, organisée dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, on voit combien est crucial le rôle des femmes des équipes de santé. En plein blocus états-unien et ses conséquences terribles sur l’accès aux médicaments et aux matériels sanitaires, elles sont devenues ces « architectes » :

Ce sont aussi des femmes, responsables du Conseil Communal « Coromoto de Dios » qui ont réussi à peindre l’entrée principale de la Commune socialiste « Altos de Lidice » (Caracas) avec l’aide de la brigade de nettoyage « Che Guevara » :

Grâce au salaire collecté de porte à porte, et aujourd’hui aux cotisations des habitant.e.s à la banque communale, cette brigade d’entretien « Ernesto Che Guevara » composée de de sept habitant.e.s, autogérée et dirigée par deux femmes, entretient les rues des conseils communaux et prépare un projet de recyclage intégral.

Réalisation des reportages et photographies : Jesus Reyes. Production: TERRA TV. VO ESP Sous-titres français. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/31/communardes-architectes-du-droit-a-la-sante-le-nouveau-documentaire-sur-les-autogouvernements-populaires-du-venezuela/

Sous la peau de la commune populaire au Venezuela : ce que disent ceux qui agissent

La première fois que j’ai entendu parler de la proposition ou du concept de ville communale, c’était en mars 2020, à Barcelone, dans l’État d’Anzoátegui, au Venezuela. Je l’ai entendu de la bouche de certain.e.s communard.e.s, et aussi dans la voix du maire Luis José Marcano, qui avait décidé de se laisser emporter par l’ouragan communard lorsqu’un supplément de vent favorable souffla sur la folle machine.

C’était lors d’une réunion d’un organisation baptisée Propulseurs de la Commune, où on me fit l’extrême honneur d’écouter et de répondre à mes provocations et réflexions génératrices. Parmi celles que j’ai lancées en guise d’introduction, il y en a une que je voulais transformer en pierre d’achoppement de cette guerre philosophique ou de l’écueil culturel auquel nous sommes confrontés : notre tradition vieille de cinq siècles de diviser les municipalités en « parroquias » ; nous sommes encore structurellement et juridiquement habitants de « parroquias« ). Et comme la division politico-territoriale actuelle nous condamne à appeler « parroquia » l’unité minimale d’organisation sous de la municipalité, il faudra bien plus qu’un effort rhétorique pour que cette unité de résidents se mue en commune, et ses habitant.e.s en communard.e.s.

Dans le débat qui a suivi a émergé l’idée qu’en réalité, seul le nom légal de la « parroquia » est demeuré. Dans de nombreux endroits au Venezuela, les gens préfèrent appeler le lieu où ils vivent un barrio, un « caserío » (hameau), un secteur ou une communauté. J’ai entendu un communard expliquer que les notions chavistes de commune, de cité communale et de fédération de communes ne sont pas de simples références territoriales, car ce qui les définit et leur donne sens réside dans leur caractère productif.

J’ai entendu parler ou j’ai visité des communes officiellement baptisées, par exemple, « Commune socio-productive Simon Bolivar« . Dans le noyau fort de cette commune, le secteur de Las Casitas, les dirigeant.e.s et militant.e.s (presque tous des femmes) sont conscient.e.s que cette dénomination représente tout un défi. Cette commune, avec le soutien et l’orientation de la direction municipale, est en train de jeter les bases d’une activité économique qui lui permettra de s’appeler « socio-productive » dit la professeure Luisa Ramirez. L’appellation est là pour rappeler au peuple sa mission et son objectif.

À propos, en raffinant l’analyse politique, la communarde Arlene Portuguez fait observer que dans les descriptions officielles de cette commune, il est dit que la pêche est un de ses atouts : « En réalité, ce que nous avons, ce sont des côtes avec un potentiel pour la pêche, le tourisme, la pisciculture, et les conditions pour installer un dépôt de gaz. Le combat actuel consiste à développer des projets dans ces domaines« .

Las Casitas, une communauté plutôt déprimée appelée La HuCha (d’après Hugo Chávez), est un conglomérat de logements de la Gran Mission Logement Venezuela. Dans un peu plus de 80 maisons vivent 120 familles ; le soupçon ou la déduction des problèmes de surpopulation suscités par ces simples chiffres augmente lorsqu’on se promène dans les rues : les maisons sont très petites, certaines de 6 x 6 mètres avec des toits d’une précarité évidente (certains sont en amiante, pour l’élimination desquels une stratégie sanitaire de bouclage devra être réalisée un jour), des rues en terre, un système d’éclairage artisanal construit par la communauté elle-même.

La description physique de ce secteur vise à dépeindre le contexte dans lequel se produit le phénomène suivant : sur les quelque 500 adultes qui y vivent, pas plus de 10 sont anti-chavistes. « Beaucoup d’entre nous sommes des chavistes mécontents de la situation d’abandon« , explique José Barreto. Mais le chavisme n’a perdu aucune des élections municipales, régionales ou nationales qui ont eu lieu.

Les petites maisons remises il y a sept ans sans avoir été achevées, ont de grands patios qui, dans certains cas, peuvent faire quatre ou cinq fois la taille de la maison. Dans ces cours, disent plusieurs voisins, l’agriculture urbaine peut être développée. Mais Carmen Sánchez remet aussitôt les pendules à l’heure : « Ce que nous avons ici, c’est le désir de planter. Il n’y a pas d’agriculteurs, bien que nous ayons reçu une formation dans ce domaine. Nous avons fait le nettoyage et le travail de rue à la seule force de nos poignets. Nous avons le sentiment que ces derniers temps, le soutien qui nous était apporté s’est refroidi ; le colis du Comité local d’approvisionnement et de production (CLAP) n’est pas arrivé depuis longtemps, aucun crédit n’est accordé dans le domaine socio-productif. Ceux d’entre nous qui faisons du travail politique nous ne sommes pas payés pour cela, tout dépend du temps et les efforts que nous prodiguons« .

Arlene, qui est porte-parole du service d’urbanisme de la commune, achève sur une conclusion optimiste et édifiante : « L’une de nos tâches consiste à créer un sentiment d’appartenance pour ceux qui vivent ici. Nous avons une force qui est le talent humain. Malgré toutes les critiques à faire, nous continuons à mener la bataille« .

A Las Casitas, la possibilité de donner forme au projet communal est très visible, car il est possible de la fonder depuis son origine elle-même. Les possibilités de construire quelque chose de nouveau sont plus grandes dans la mesure où l’on part de zéro ; il peut sembler exagéré d’attribuer aux pénuries et aux carences matérielles la vertu de stimuler la volonté, mais c’est pourtant ainsi qu’on comprend le soutien quasi unanime de cette communauté et d’autres semblables à celle-ci, à un projet de refonder la société vers d’autres horizons. À Las Casitas, il existe une organisation et une volonté dont la puissance ne peut être comprise que parce que la fondation de la communauté est née d’une nécessité absolue, et a été consolidée à partir de la confiance dans un projet municipal qui évolue maintenant comme un signe de transformation du pays.

Une philosophie depuis (et basée) sur le territoire

En général, et comme partout, la réflexion et l’action communautaire à Las Casitas sont médiées par les conditions matérielles.

« Au cours de ces années, nous avons progressé dans les niveaux d’organisation du peuple. Il y a un manque de motivation, mais nous avons aussi les bonnes personnes pour assumer les tâches de formation. Bien que nous ayons des lois qui nous permettent de faire des choses grâce à la participation directe des citoyen.ne.s, il existe encore une culture de dépendance vis-à-vis des institutions. Nous avons pour mission de transformer la pratique de la consommation en production, et nous y parviendrons en renforçant la formation, la sensibilisation et le sentiment d’appartenance » dit Nelson Mejía.

Francys Olivares ajoute : « Tous les enfants ici savent déjà l’importance du recyclage, et les adultes aussi. Pour chaque tonne de plastique, Recibar (l’entreprise de récupération du plastique) nous verse 60 dollars. Ainsi, avec ce que nous avons collecté dans nos foyers, plus ce que nous collecterons lors des prochaines journées de collecte, nous pourrons soutenir le centre d’oncologie infantile, les Inass (foyers d’accueil pour les personnes âgées) et l’éclairage du secteur« .

« L’idée de la Banque communale, puisqu’elle est tellement capitaliste, pourrait être changée et nous pourrions parler d’un système économique financier, discuter des monnaies communales… « , ajoute Luisa Ramírez.

« Nous sommes dans un processus de transition et nous devons reconnaître que nous avons fait de grandes avancées. Nous savons que nous devons construire le nouveau, mais le nouveau sera-t-il une mairie en format réduit  ? Quelle que soit cette structure, nous devons la faire fonctionner sur le territoire. Nous ne sommes pas des défenseurs du système capitaliste, mais nous devons partir de quelque chose, par exemple en attirant des professionnels pour travailler dans ces domaines. Sur la côte, nous pouvons développer une station-service, le tourisme, la pisciculture ; ce sont des propositions, mais la pensée des gens n’est pas comme ça, nous ne prenons pas le temps d’élaborer des projets. J’ai le sentiment que beaucoup de nos faiblesses sont dues à l’existence de courants internes au sein du chavisme« , déclare Mireya Martínez.

« Il y a un haut niveau de vulnérabilité sociale ici ; les maisons et l’éclairage ont été développés par les résidents eux-mêmes. Nous avons de bons cadres qui font le travail politique, mais les racines doivent être fortifiées. Parmi nos points forts, il y a le travail avec les semis et les viviers de La HuCha, le travail avec les enfants pour les former et les encourager à recycler« , explique Carmen Sanchez.

« En tant que responsable de planification, j’ai appris et mis en pratique le principe selon lequel on ne planifie pas depuis un bureau mais sur le territoire. Nous devons apprendre à être autosuffisants. Mais ce qui manque le moins, c’est le talent humain » ajoute Arlene Portuguez.

Et de conclure sur une réflexion : « Au début de l’administration du maire Luis José Marcano, il y a eu des ateliers de formation, mais comme chacun n’en faisait qu’à sa tête, il nous a semblé que ce n’était pas le moment pour cela, que ces ateliers n’avaient pas de sens. Mais avec le temps nous comprenons leur valeur : maintenant nous avons besoin d’ateliers pour qu’ensemble nous puissions clarifier ce que nous devons attendre des Cités Communales et ce que nous devons leur apporter. Nous devrons discuter de ce grand territoire que nous avons au nord : cette côte qui va de Guanta à Boca de Uchire. Il y a un projet de zone économique ; cela semble être le bon moment pour reprendre cette discussion« .

José Roberto Duque 

Photos : Jesús Arteaga

Source : https://correodelalba.org/2021/05/06/reportaje-%e2%94%82-desde-la-piel-de-la-comuna-venezolana-lo-que-dicen-los-que-hacen/

Traduction : Thierry Deronne

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Luis José Marcano : « nous devons faire plus pour montrer l’efficacité des communes populaires »

En 2017 le journaliste Luis José Marcano (photo) fit le meilleur score électoral parmi les candidat(e)s chavistes aux municipales. Il consacra son mandat à faire de la ville de Barcelona (dans la région orientale du Venezuela) une avant-garde de l’État communal, avec pour moteur central le pouvoir citoyen. Il s’est entouré pour cette tâche d’une équipe à majorité féminine, afin que la commune populaire soit aussi un outil de la lutte contre le patriarcat. Élu député en décembre 2020, Marcano a été nommé Protecteur de l’état oriental d’Anzoategui, et Président de la Commission Permanente pour le Développement des Communes au sein de l’Assemblée Nationale. Notre équipe de journalistes (Mercedes Chacín, Gustavo Mérida, Nailet Rojas, Jesús Arteaga, Luis Zárraga, José Roberto Duque, Matías Aberg Cobo) l’a interviewé au moment où la Loi Organique des Cités Communales est soumise à la consultation publique : un débat qui ne se confine pas à l’enceinte de l’Assemblée Nationale mais s’étend aux quartiers urbains, villages, organisations sociales, culturelles et politiques de tout le Venezuela.

Ciudad Caracas – Trop souvent les fonctionnaires qui se font élire, au lieu de transférer le pouvoir au peuple organisé, s’entichent et s’accrochent à leur pouvoir personnel et freinent l’élan d’organisation du peuple. Comment combattre cet obstacle ?

Luis José Marcano – Cela se produit lorsqu’il n’y a pas assez de force idéologique pour comprendre que l’objectif de la révolution bolivarienne est de transformer cette structure, de la dépasser et d’en construire une nouvelle. Dans ce cas, la tendance naturelle est de se replier sur soi, de se désengager. Je pense que cette vulnérabilité nous a empêchés de faire davantage de progrès. Chávez se définissait comme subversif. Il était le chef de l’État mais il se considérait comme le premier subversif, celui qui était appelé à renverser l’ordre établi pour construire le nouveau. Dans des cas comme ceux que vous mentionnez, il y a un manque de formation ou d’engagement envers l’objectif stratégique de surmonter certaines instances, de les démolir pour en établir de nouvelles. Comment surmonter et corriger cette faiblesse ? En principe, en approfondissant la formation des cadres afin qu’ils arrivent dans ces instances avec les qualités nécessaires pour remplir les objectifs stratégiques. Même si l’on considère la question d’un point de vue pragmatique, il est évident que si vous êtes maire ou gouverneur, et que vous avez autour de vous une organisation populaire qui a pour valeur centrale la volonté de faire des choses importantes pour l’intérêt collectif, cela va vous aider à travailler en tant que maire ou gouverneur.

– Pouvez-vous nous parler d’un cas concret où une communauté de la ville de Barcelona a compris et assumé cette tâche, en administrant les pouvoirs qui lui ont été transférés par la mairie ?

– Il y a un secteur, une zone populaire, celle des Tronconales (Tronconal, divisé en secteurs 1, 2, 3, 4, 5 et 6). Ce sont des secteurs populaires, disons comme le vaste quartier populaire du « 23 de Enero » à Caracas. Dans ces secteurs, la collecte des déchets a toujours été un problème crucial. Dans Tronconal 1 et 2, il existe une commune appelée « Luisa Cáceres de Arismendi ». Elle fait partie des neuf communes populaires, participatives, qui ont pris en charge la collecte des déchets, une responsabilité qui incombait auparavant à la mairie. Quand vous entrez dans Los Tronconales, même si vous ne connaissez pas cette communauté, vous vous rendez compte quand vous êtes dans le secteur 2 et que vous passez au secteur 3 : la commune a transformé le territoire en prenant en charge la collecte des déchets, et vous pouvez le voir, c’est très visible. En outre, nous parlons d’une commune dont la population est d’environ 40 000 habitants. Une population plus importante que celle de nombreuses municipalités du pays. C’est un exemple clair de volonté, d’engagement, d’efficacité.

-Et concrètement, en dehors du pouvoir et de l’autorité, quels éléments matériels la mairie a-t-elle transférés à la commune dans ce cas et dans d’autres ?

-Le processus s’est déroulé comme suit. Par mandat constitutionnel, la collecte des déchets correspond au bureau du maire. En 2019, nous avons organisé un référendum (le 28 juillet, jour de l’anniversaire de Chávez, soit dit en passant), afin que la communauté puisse dire si elle approuvait le transfert de ce pouvoir de la mairie à la commune. Il s’agissait d’un processus organisé par l’organisation populaire, les commissions électorales des conseils communaux, accompagnées par les techniciens du Conseil National Électoral (CNE), et le « Oui » l’a emporté. Ensuite, il y a eu le processus juridique du transfert lui-même, et en même temps l’octroi des conditions matérielles, fondamentalement la livraison d’un camion compacteur de déchets. A partir de ce moment-là, la responsabilité de la collecte, de la perception du service, correspond déjà à la commune.

-Nous savons qu’il existe des collectivités qui paient les services publics avec des déchets. En quoi consiste ce mécanisme ?

-Il existe une société appelée Recibar, qui achète du plastique, des déchets plastiques, aux organisations citoyennes, et grâce à ces ressources, plusieurs communautés ont reçu et continuent de recevoir des avantages. Dans cette phase de transition, ces accords sont nécessaires, et ils fonctionnent. Le bureau du maire, par exemple, a réaménagé et meublé plusieurs arrêts de transport public avec un matériau fabriqué à partir de plastique recyclé. « Bois plastique », comme on l’appelle. Cela a rendu la question du recyclage visible. Aujourd’hui, de nombreuses personnes peuvent voir et toucher des objets utiles fabriqués à partir de ce qu’elles appellent des « déchets ».

Comment l’entretien de ces camions et compacteurs est-il résolu ? Combien de communes ont atteint l’autogestion ?

-L’initiative que j’ai mentionnée est l’une des nombreuses. La mission est la communautarisation des politiques publiques, la collecte en fait partie.

Pour nous, ce sont aussi des écoles qui stimulent l’organisation et la participation des gens. Derrière les personnes qui s’organisent pour gérer un camion, recevoir des quantités de plastique et tout cela, il y a l’exercice de la volonté et la capacité d’action de ces personnes, c’est sur cela que nous parions. Dans le simple fait de déplacer des déchets plastiques d’un endroit à un autre, les gens voient la possibilité de réaliser d’autres choses. Je vois donc cela comme un exercice visant à stimuler l’organisation populaire. Cela dit je vais commenter l’aspect concret : le coût opérationnel de tout cela est élevé. Un de ces appareils peut user quatre à cinq pneus par semaine, et lorsque le caoutchouc ne peut plus supporter de réparations, il peut coûter entre 150 et 200 dollars. Ajoutons le pétrole, le paiement des personnes qui travaillent. Notre pari fondamental est que le paiement du service financer tout. Ainsi, en cette période de transition vers une indépendance totale des municipalités, il est important que ces liens avec des entités comme Recibar existent. C’est une entité de soutien, qui est en mesure de soutenir parce qu’elle a des ateliers, elle a des pièces mécaniques qui servent les compacteurs, qui sont déjà la propriété des municipalités et aussi de la municipalité.

– Nous pouvons penser à un parallèle entre le processus communal et ce qui s’est passé avec d’autres expériences de la Révolution, comme l’expropriation des usines, des terres improductives, etc. Bien entendu, le développement ou le succès ne peut être le même partout et dans tous les cas. Mais la propagande ou le manque d’efficacité de la communication donne l’impression prédominante d’un échec. Il n’est pas vrai que toutes les expériences ont échoué, mais comme on ne nous a jamais montré d’expériences réussies, le commentaire le plus répandu est que toute cette politique était une erreur. En ce qui concerne le pari communard, comment communiquer, comment convaincre ou sensibiliser les gens que c’est la voie à suivre ?

– Je partage cette préoccupation, entre autres parce que je suis aussi un communicateur. Et j’ai également pensé que j’aurais pu faire davantage pour communiquer ces choses de manière efficace. Nous avons réfléchi, maintenant que nous commémorons le bicentenaire de la bataille de Carabobo (qui scella l’indépendance du Venezuela face à l’empire espagnol, NdT), et en profitant du scénario actuel de consultation publique de la loi sur les villes communales, à la manière de relier les deux questions, l’actuelle et l’historique : comment relier l’attitude de notre peuple à la lutte de Carabobo. C’est un lien nécessaire qui doit être montré, la volonté et l’attitude militante que l’on remarque chez tant de personnes aujourd’hui, sans intérêts personnels mais avec le pur désir de construire quelque chose pour que nous puissions tous vivre mieux, et leur relation avec les personnes qui ont participé à ces processus d’émancipation d’il y a 200 ans.

Ma pratique politique a consisté à dire aux gens, surtout aux personnes passives ou défavorables, qu’ils doivent aussi s’organiser. Un jour, dans une communauté dont la majorité est défavorable au chavisme, un homme s’est approché de moi pour me dresser un tableau dramatique de la façon dont nous allons mal, que la commune est inutile, que la commune est inutile, ce genre de choses. Je lui ai répondu : « mais comment pouvez-vous dire que la commune ne sert à rien, si c’est la commune qui s’occupe du ramassage des ordures et qui le fait bien, c’est plus propre qu’avant « . Et l’homme m’a répondu : « la commune ? Ah, eh bien, je ne savais pas que la commune faisait ça« . Cette déficience communicationnelle existe, autour de la commune.

Le président a fait quelques réflexions. Lors d’une activité du Congrès du Bicentenaire, il a répondu à une accusation selon laquelle le gouvernement veut maintenant éliminer les postes de gouverneurs et de maires. « C’est absurde, au contraire nous sommes en train d’appeler à des élections« , tout en précisant : « Ce qui est certain, c’est que les bureaux des maires et des gouverneurs doivent être transformés. Ou ils se dépêchent à le faire ou ils resteront au bord du chemin« . Là, Maduro a clairement indiqué la voie à suivre : la volonté politique de transférer le pouvoir au peuple est cruciale, car c’est la possibilité que l’avancée vers la commune se concrétise. J’apprécie beaucoup que le président Maduro ait lancé cette initiative maintenant, dans ce moment difficile, alors qu’il est logique qu’elle soit attaquée. On attaque la commune précisément parce que c’est l’essence même de notre projet. Je crois que cette décennie est celle de la question communale. Au cours de ces années, son succès sera défini ou sera rejeté. Lors d’une réunion avec la Jeunesse du PSUV (Parti socialiste Unifié du Venezuela, principale formation du chavisme, NdT), je leur ai récemment dit : si la jeunesse ne s’engage pas dans la construction des communes, qui parlera de cette question dans 20 ans ? L’âge moyen du militantisme dans les parlements communaux est élevé.

Le combat de Marcia

Marcia Moreno (photo) est bien plus que « l’épouse de Luis José Marcano« . Engagée dans l’exercice des politiques publiques et dans la promotion et la diffusion des questions de genre et des droits des femmes, à Barcelona et dans ses environs, où des centres communautaires de femmes ont été fondés et continuent de l’être (il y en a déjà plus de dix). Et ce modèle se propage : il y a quelques jours, une autre de ces maisons a été fondée dans l’État de Carabobo. En sa qualité de directrice régionale du ministère de la Femme et de l’Égalité des sexes, elle a encouragé la création de ces centres, qui visent « la formation, la croissance et la protection pour une vie sans violence à l’égard des femmes« , une politique qui comprend un soutien juridique et d’autres aspects pratiques, et pas seulement théoriques ou philosophiques.

Il se trouve que la présence des femmes dans toutes les sphères de l’organisation révolutionnaire du peuple de Barcelona et de toute la municipalité est écrasante ; nous avons assisté à des réunions d’organes communaux avec la présence de douze femmes et d’un seul homme. Dans une interview de l’année dernière, nous avons demandé à Marcia Moreno de commenter quelque chose qui nous a étonnés : la commune doit être anti-patriarcale ou elle ne sera pas dans une région où, traditionnellement, la logique du mâle s’est imposée dans tous les aspects de la vie quotidienne, de la politique, etc.

« La région orientale a la réputation d’être une région machiste« , lui avons-nous dit.

Marcia s’est tue quelques secondes, avec un sourire presque invisible et cette sorte de regard oblique par-dessus ses lunettes, en inclinant lentement la tête sur le côté.

Le regard a dit : « C’est précisément pour cela que nous travaillons, idiot« .

Source : http://ciudadccs.info/2021/04/22/entrevista-luis-jose-marcano-atacan-la-ciudad-comunal-porque-es-la-esencia-de-nuestro-proyecto/

Traduction : Thierry Deronne


URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/07/luis-jose-marcano-nous-devons-faire-plus-pour-montrer-lefficacite-des-communes-populaires/

Comprendre le Venezuela

« Oh tu sais ici en Europe les gens ne s’intéressent pas beaucoup à ces histoires de commune et de démocratie participative » : cette phrase, je l’ai parfois entendue depuis vingt ans dans la bouche de personnes qui préfèrent traiter le Venezuela sous les traits de la politique classique : parti, personnalités… Mais peut-on comprendre le Venezuela et sa « révolution bolivarienne » en passant à côté de ce qui fait sa particularité historique, son moteur de résistance, son projet stratégique et fondamental ? Dans un champ médiatique qui invisibilise une démocratie participative en construction depuis vingt ans, peut-on s’identifier à l’alter ego vénézuélien, aux citoyen.ne.s du quotidien en ne privilégiant que les figures de la politique occidentale ?

Hier, le 16 mars 2021, la commune « Altos de Lidice » a élu son parlement à forte majorité de femmes. Les nouvelles et nouveaux parlementaires ont prêté serment sur la colline la plus haute de ces quartiers haut perchés de Caracas. De là-haut, la capitale des hôtels, des commerces et des ministères reprend sa dimension exacte : un petit centre qui est en réalité la périphérie de la ville populaire, celle qui travaille, celle qui l’a construite. Celle qui vote, aussi. Comprendre le Venezuela, c’est écouter ce sujet historique occulté à dessein par la quasi totalité des journalistes.

Terra TV, canal/école des mouvements sociaux, s’attache à décrire cette démocratie participative en acte. L’élection d’un parlement communal n’est que la partie émergée d’une infinité de réunions, assemblées, débats, ateliers de formation, fatigues, abandons, reprises de la marche, erreurs et leçons. Ici en mars 2021, les délégué.e.s de plusieurs conseils communaux débattent pour trouver une solution au problème de l’eau :

Autre caractéristique de la révolution bolivarienne (tout aussi occultée que le travail des bases populaires) : la tension créatrice permanente entre le programme communal d’un gouvernement et les revendications, les propositions et les critiques de ces mouvements sociaux. « Nous testons un nouveau modèle de société » a affirmé Nicolas Maduro le 16 mars 2021 lors d’un dialogue en ligne avec les communard.e.s de tout le Venezuela au moment d’aborder la construction des cités communales, comme nouveau maillon de la démocratie participative. L’Assemblée Nationale vient d’adopter un avant-projet de loi en ce sens, qui va être débattu dans tout le pays.

Thierry Deronne, Caracas, le 17 mars 2021.

Photos de l’élection du parlement communal, 16 mars 2021 : Jesus Reyes.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/03/17/comprendre-le-venezuela/

« Etre un jeune leader dans une révolution » : la réflexion de Jesus Garcia

Photo : Jesus Garcia, leader et formateur communal. La Commune socialiste Altos de Lidice regroupe des conseils communaux des quartiers populaires de l’Ouest où vivent 80% de la population de Caracas.

« Leadership, ô leadership ! Cette chose que beaucoup de gens veulent pratiquer à leur façon et parfois sont capables de tout pour y parvenir, et quand ils y parviennent, deviennent un « désastre ».

Ce n’est pas facile (si on veut bien faire les choses), il y a beaucoup de regards sur toi tout le temps, tu es censé être l’exemple de la façon de faire les choses, donc tout le monde ne te regarde pas de la même façon, il y a ceux qui veulent qu’on pousse les choses dans une direction, à leur façon, et d’autres qui défendent une autre voie… et il faut trouver le chemin qui marche à partir de toutes les visions. On ne fait presque jamais plaisir à tout le monde, mais quand la majorité est d’accord, c’est une victoire particulièrement tranquillisante.

Assumer le leadership dans un processus comme le nôtre est encore plus difficile, parce que parfois nous sommes perçus à l’extérieur du pays comme un processus parfait, mais ici à l’intérieur du pays nous sommes sous le feu de 20.000 points de vue différents, dans le quartier il y a partout et en permanence un œil aigu qui t’observe, au quotidien, c’est une pression très forte, il n’est pas très conseillé de se planter tout le temps parce que les conséquences sont graves, ici les gens oublient très vite les bonnes choses que vous arrivez à faire, alors que les mauvaises choses brillent plus que les vêtements de Lady Gaga.

Et la famille ? Assumer un leadership dans le quartier à ce moment-là a un impact BRUTAL sur la famille, tous les problèmes que la lutte apporte finissent tôt ou tard, même si on tente de l’empêcher, par affecter ton foyer. C’est un combat quotidien pour la paix, là on se bat pour préserver la joie, sans blague, compris ? On pourrait séparer les heures de travail dans le quartier et celles de la vie de famille, mais c’est très dur de faire coexister un leadership politique de base avec « une vie normale » qui n’existe malheureusement pas pour ceux d’entre nous qui ont choisi cette voie.

Surtout : je n’idéalise pas la chose, j’assume que je peux me tromper et pas un peu, j’offre mes excuses quand elles sont dues, je ne me considère pas comme parfait, j’essaie d’être le plus cohérent possible avec mes propres paramètres, aucun hippie idéaliste ne va venir me dire comment m’habiller ou quelle musique écouter. Perfectionnisme ? Non. Rappelle-toi, Chavez lui-même a été critiqué par les super-cerveaux de la gauche vénézuélienne.

Mes respects à mes compagnons communard(e)s d’Altos de Lídice et à tou(te)s les dirigeant(e)s qui luttent au milieu de cette guerre.

VOUS ÊTES TOUS IRREMPLAÇABLES !

La lutte continue… »

Ci-dessous, reportage de Terra Tv sur un atelier donné il y a quelques jours par Jesus Garcia.

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/23/etre-un-jeune-leader-dans-une-revolution-la-reflexion-de-jesus-garcia/