Comment fonctionne une commune au Venezuela (BBC Monde)

Par Daniel Garcia Marco (@danigmarco) BBC Monde, Caracas. 1er novembre 2017

Déjà malade, quelques jours après avoir remporté sa réélection et six semaines avant sa dernière apparition télévisée, Hugo Chavez était très mal à l’aise. C’était le 20 octobre 2012. Il avait encore six ans de mandat devant lui, mais, sans doute poussé par la maladie, sentait le besoin d’accélérer son projet socialiste. « Est-ce que je vais continuer à prêcher dans le désert ? » houspilla-t-il ses ministres, auxquels il reprocha de ne pas avoir lu un livre sur l’histoire des communes chinoises remis quelque temps auparavant. Maduro baissa les yeux, comme les autres ministres, donnant raison à Chavez qui lança : « la commune ou rien ! Nicolas, je te confie ce projet comme je te confierais ma vie : les communes ». Avec le temps, cette phrase est apparue comme un testament.

5 ans ont passé. L’actuel président Nicolas Maduro, aux prises avec une grave crise économique, n’a pas fait  des Communes sa priorité. C’est une chose qui pourrait bien changer avec l’actuelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), ce corps plénipotentiaire élu par la population le 30 juillet dernier pour réformer l’État et rédiger une nouvelle Constitution. « J’en appelle à une Constituante profondément ouvrière, profondément communale » avait dit Maduro le 1er mai. Désormais installée depuis début août, l’ANC pourrait réaliser ce que Chavez ne put faire: donner à la Commune un rang constitutionnel.

« Âme du socialisme réel »

Mais, qu’est-ce qu’une Commune ? C’est une forme d’organisation basée sur l’autogouvernement et l’autogestion qui possède son propre modèle économique. La sublimation du « pouvoir populaire » que recherchait Chavez. « L’âme du projet de socialisme réel », disait le leader de ce que l’on a appelé la Révolution bolivarienne. L’un de ses plus grands exemples est la Commune socialiste Panal 2021 (Panal signifie : « nid d’abeille ») dirigée par le collectif ou la fondation Alexis Vive.

Panal 2021 a, au-delà de la « commune chinoise » plusieurs référents : les communes des zapatistes au Mexique et la Commune de Paris, un mouvement insurrectionnel qui gouverna la capitale française durant une brève période en 1871.

Panal 2021 se situe dans le quartier 23 janvier ; sans doute le quartier populaire le plus politisé d’Amérique Latine, un bastion de la gauche malgré le triomphe de l’opposition aux élections parlementaires de 2015.

La commune regroupe huit grands blocs d’immeubles, 3600 familles, 13000 habitants. Parmi eux, il y a de nombreux opposants, ce qui n‘empêche pas beaucoup d’entre eux participent à la logique communarde.

« Nous voulons que ce « Commune ou rien » de Chavez ne reste pas un slogan, qu’il soit une action quotidienne. La révolution, ce ne sont pas les ministres qui la font mais les peuples organisés », dit à BBC Monde Ana Marin, porte-parole de l’organisation anticapitaliste Alexis Vive.

Cette commune a démarré en 2006 et elle se distingue par la prise des décisions en assemblées et par des « moyens de production sociale », c’est-à-dire, des petites entreprises telles qu’une boulangerie, un atelier textile et une fabrique d’empaquetage de sucre qui sont entre les mains de la communauté.

Pour sa création, elle a compté sur une aide initiale de l’État, qui a animé et financé l’autogestion. La commune Panal 2021 s’est étendue à d’autres zones de Caracas et même à d’autres régions du pays. Et elle aspire à continuer de croître.

La commune, qui possède sa propre banque pour l’attribution de microcrédit, est en train de mettre la dernière main à la frappe de sa propre monnaie, le Panal, qu’on utiliserait pour payer une partie du salaire des travailleurs, lesquels pourraient dépenser leur argent dans les magasins de la commune. Pour eux, la logique capitaliste de l’offre et de la demande ne s’impose pas. « Il s’agit d’une économie planifiée, qui n’est pas au service du capital mais au service du bien commun et de la répartition équitable de la richesse » affirme Marin, qui assure que les « unités productives » sont rentables.

« Nous ne sommes la main d’œuvre de personne »

L’atelier textile constitue un exemple d’activité. Un portrait en couleur de Chavez domine cet espace où se trouvent plus d’une dizaine de machines à coudre et une machine à broder acquises avec les ressources du gouvernement du District capitale de Caracas. « Ici, il n’y a pas de chef. Ni d’employés. On les appelle des producteurs. Il s’agit d’une organisation horizontale » : José Lugo, porte-parole de l’économie communale, me le montre avec un exemple. Il appelle deux jeunes femmes, je leur propose un prix pour la confection d’uniformes. Toutes les deux me répondent de la même façon, au grand contentement de Lugo : « Nous devons convoquer une assemblée dans laquelle nous fixerons le prix de notre produit ».

«Il n’y a personne qui nous impose le prix que va coûter notre force de production », renchérit Lugo. « Nous ne sommes la main d’œuvre de personne. Nous sommes une force productive. C’est ce que nous a enseigné le Commandant Hugo Chavez Frias », ajoute-t-il.

Dans l’atelier on confectionne des sacs, des tee-shirts et des uniformes avec le logotype d’une abeille du Panal 2021. Les douze productrices connaissent toutes les étapes du processus textile. Elles ont commencé avec six machines et en ont désormais 19 ainsi qu’une camionnette pour la distribution. Les excédents que génèrent cet atelier et le reste de ce que l’on appelle « les unités socio-productives », affirment les porte-parole, sont réinvestis dans la communauté ; celle-ci propose des prix beaucoup plus accessibles car dans la Commune on évite les canaux de distribution, argument-ils.

Une enquête du portail digital local Armando.Info a dénoncé, néanmoins, le fait que le tissu entrepreneurial est en train d’apporter des bénéfices surtout à l’équipe de direction d’Alexis Vive. BBC Monde n’a pu joindre son responsable, Robert Longa.

Pas besoin de policiers

La commune, c’est aussi le contrôle social. Marin s’enorgueillit du fait que le niveau de scolarisation soit plus élevé qu’ailleurs et du haut niveau de sécurité grâce au système de caméras de surveillance. « Nous faisons office d’intelligence sociale. Les caméras représentent un mécanisme de prévention et de dissuasion » dit Marin ; elle assure que les habitants sont actifs et signalent la présence d’éléments externes. La porte-parole nie, cependant, que le collectif Alexis Vive dispose d’armes. Nombre de ces groupes ralliés au gouvernement chaviste, sont accusés de constituer les forces de choc de la dite révolution bolivarienne.

L’autogestion fait qu’eux-mêmes contrôlent leur territoire, affirme la porte-parole. « Ici, il n’y a pas de police, non pas parce qu’elle ne peut pas entrer, mais parce qu’elle n’est pas nécessaire » assure-t-elle. Quant à sa structure, la commune du Panal 2021 se divise en « petits nids », qui se composent de 10 à 12 habitants par bloc, responsables d’environ 300 familles.

Les « nids »apportent des propositions aux assemblées ordinaires, qui se tiennent dans la salle omnisport tous les 15-20 jours. Là, on décide à mains levées. Il n’y a pas de vote secret et universel.

Marin reconnaît le leadership du collectif Alexis Vive en matière de proposition ; il est dirigé par Longa et constitué d’un noyau dur de quelques 50 personnes. « Ici les gens se plient toujours à ce que nous décidons. Non pas parce que c’est l’Alexis Vive qui doit décider de tout, mais parce que nous avons la confiance des gens » dit Marin.

La disparition de l’État ?

L’objectif final, me dit Lugo, c’est que cette commune, l’une de celles qui ont les plus importantes ressources et organisation, soit autosuffisante et en mesure d’être autogérée.

C’était le rêve de Chavez ; en 2007, les poches pleines de pétrodollars, réélu avec la plus large majorité, avec une opposition détruite et une fois dépassées les difficultés sous forme de coup d’état, chômage pétrolier et autre, il relança son idée d’État communal. « C’est la culmination du projet politique de Chavez », dit à BBC Monde l’historienne et professeure Margarita Lopez Maya qui a évolué vers une position critique, et a étudié à fond le projet du commandant. Chavez a tenté d’introduire le nouveau schéma d’organisation territoriale dans la réforme de la Constitution qu’il proposa en 2007. Néanmoins, lors du référendum,  il essuya l’une de ses rares défaites électorales.

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Malgré tout, il continua. En 2010, la Loi Organique de Communes, fut approuvée ; on y développe l’idée d’État Communal, une nouvelle forme d’organisation « qui permettra aux vénézuéliens et aux vénézuéliennes d’atteindre le bonheur social dans la société socialiste » dit le texte.

L’évolution socialiste de Chavez

Chavez cherchait à rompre avec la Constitution de 1999 – elle sera à présent réformée par l’Assemblée Constituante – nombreux sont  les chavistes qui qualifient ce texte de trop bourgeois et libéral. « La discussion consiste à savoir si Chavez a toujours voulu le socialisme et qu’il n’a pas pu le mener à bien jusqu’à ce qu’il ait un pouvoir sans contrepoids ou si, en vérité, il s’est peu à peu laissé convaincre par le socialisme » expose Lopez Maya; elle voit dans ce tournant une claire influence du modèle cubain et de Fidel Castro, qui, lui aussi, vira au socialisme après avoir gagné le pouvoir dans l’île.

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La mort de Chávez, la chute des prix du pétrole et la crise économique ont mis un frein – pour le moment – au rêve du commandant. « Sur le chemin que nous avions parcouru avec le président Chavez, nous avons un peu reculé avec le président Maduro du fait de tout ce qui s’est passé » admet José Lugo, le porte-parole économique de Panal 2021.

« Mais, avec l’Assemblée Constituante, ce que nous avons reculé, nous allons le parcourir quatre fois plus vite, en marche avant », confie-t-il.

BBC Monde n’a pas reçu de réponse à sa demande d’entretien avec le Ministère des Communes et avec la Commission de la Constituante pour le renforcement de la Démocratie participative, les Communes et les Conseils Communaux. L’idée de la Constituante consiste à renforcer les liens entre le peuple et l’État, mais Lugo poursuit un objectif plus lointain : « L’intention, au bout du compte, c’est de démonter l’État, c’est ce que disait le commandant Chavez : en finir avec la bureaucratie, réduire l’État dans la mesure du possible. Ce serait l’idéal ».

« Ceci pourrait paraître une utopie, mais nous sommes bien là », dit-il.

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-41827684

Traduction : Sylvie Carrasco

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Succès pour l’avant-première du documentaire « Jusqu’à nous enterrer dans la mer »

Organisée par ATTAC Bruxelles, que nous remercions pour son travail constant de réinformation face à l’univocité médiatique, l’avant-première du documentaire sur la révolution bolivarienne « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » a rempli la salle du cinéma « Aventure » dans le centre de la capitale, ce jeudi 21 septembre. Vu l’énorme affluence il faudra sans doute organiser une nouvelle séance pour ceux qui n’ont pu entrer dans la salle… La projection a été précédée d’une interview en vidéo de Maurice Lemoine et suivie d’un débat sur la situation actuelle du Venezuela, avec Carolina Gerendas et Paul-Emile Dupret.

Le film est le fruit d’un an de vie en commun avec les habitants du quartier populaire « Bello Monte » dans l’état d’Aragua au Venezuela. Il tente de faire le point sur la révolution bolivarienne. Il est aussi une autre manière de parler de la politique et de la faire s’exprimer. (Réalisation: Thierry Deronne, Venezuela, 2017. Durée: 60 min. Vidéo HD.)

On peut commander le DVD  en écrivant à Gloria Verges de France-Amérique Latine (FAL 33) : gloriaverges@free.fr

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L’hypothèse du double gouvernement et du conflit prolongé

« Manifestants pacifiques » attaquant les passagers d’un transport en commun à Caracas

Par Marco Teruggi

Le problème de la droite vénézuélienne est de s’être fixé un objectif en l’absence des rapports de force nécessaires. En réalité, les décisions ne sont pas prises au niveau national mais aux Etats-Unis où a été conçu le plan stratégique et opérationnel des actions en cours.

La corrélation nécessaire pour renverser le gouvernement passe par le concours des classes populaires et des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB). Or, aujourd’hui, à 90 jours de son déclenchement, le cycle de violences se poursuit sans l’intervention d’aucun de ces deux facteurs. Ce qui ne signifie pas que tout travail politique dans cette direction ait été abandonné.

Pour ce qui est des classes populaires, cette droite étant nettement convaincue qu’elle ne réussira pas à les faire adhérer à son appel à renverser le gouvernement, a décidé de les frapper plus durement encore au moyen de l’asphyxie économique. D’où des actions comme l’incendie d’un dépôt de denrées alimentaires – 60 tonnes parties en fumée – qui étaient destinées à des quartiers populaires, l’attaque de camions transportant des vivres pour le gouvernement ou l’augmentation des prix par le secteur privé, majoritaire au Venezuela. Elle cherche à aggraver les conditions matérielles de vie et l’exaspération, ouvrant la voie à des pillages qu’elle-même organise avec ses groupes de choc.

Quant au travail pour diviser les forces armées, la droite a opté pour plusieurs actions simultanées. L’une d’elle a consisté en une série d’attaques armées de la base militaire principale de Caracas, la Carlota, ainsi que de casernes et de bataillons situés dans divers endroits du pays, la dernière en date ayant eu lieu la nuit de mardi dernier à Acariqua ou des armes ont été volées et un soldat tué.

Une autre de ces manoeuvres consiste à démoraliser sans répit la population par le biais des réseaux sociaux, notamment avec l’appui de robots de Twitter.

Troisième élément de cette stratégie, utilisé dès le début du cycle : appeler les forces armées à désobéir aux ordres du gouvernement et à se joindre au Coup d’État. Julio Borges, le président d’extrême droite de l’Assemblée Nationale, un des organisateurs du coup d’État de 2002 contre Hugo Chavez, présenté par « Le Monde » comme une personnalité démocratique (1), vient de le répéter le 5 juillet lors d’une allocution publique, allant jusqu’à offrir l’amnistie automatique aux militaires qui renverseraient le gouvernement élu : 

L’appel au coup d’État lancé le 5 juillet par le président de droite de l’Assemblée Nationale (voir ci-dessus) et les provocations des députés d’extrême droite ont dégénéré en affrontements avec les partisans de la révolution, violences condamnées par le gouvernement. Dans les « médias » européens cela devient : « Des pro-Maduro séquestrent l’assemblée ». Sans la moindre mention de l’appel au coup d’État. (NDLR)

Mais cet ensemble de tactiques n’a pas eu le résultat escompté. N’ayant pas réussi à obtenir le soutien d’acteurs de poids comme les forces armées, ils envisagent une prolongation du scénario et semblent s’y préparer.

L’hypothèse d’un conflit prolongé repose sur deux éléments clés : le facteur politique et le facteur militaire.

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Au début du mois les partis de la droite vénézuélienne ont annoncé qu’ils organiseraient eux-mêmes un plébiscite le 16 juillet.

En ce qui concerne le facteur politique, les partis de droite se sont déjà prononcés : leur plan est de ne pas reconnaître le gouvernement de Nicolas Maduro ni l’Assemblée Nationale Constituante qui sortira des urnes le 30 juillet et d’accélérer la création de nouveaux pouvoirs publics. Ce qui veut dire essayer de mettre en place un gouvernement parallèle. Pour donner une légitimité à ce schéma d’action déjà en cours, ils ont convoqué un « plébiscite » pour le 16 juillet, hors du contrôle du Centre National Électoral et pour anticiper les élections du 30 juillet, où parmi diverses questions sera posée celle de la création de nouvelles autorités et d’un gouvernement d’unité. Leur problème n’est pas de définir si le référendum sera légal ou non, ni le nombre de votants, mais de valider leur stratégie au niveau international, médiatique et diplomatique. Mais lorsqu’ils se seront engagés dans cette voie se présentera la difficulté de donner un poids réel à ces nouvelles autorités. Il ne suffit pas d’énoncer les choses pour qu’elles arrivent, pratique récurrente chez la droite. La réaction des alliances internationales aura son importance, ainsi que l’intensification de la stratégie de violence.

Sur ce dernier point, la droite a un avantage et a un problème.

L’avantage est qu’ils ont réussi en bonne partie à donner une légitimité à leur violence, surtout au niveau international grâce à la participation active des grands groupes médiatiques et d’autres rouages de l’Empire. Selon la vulgate construite pour « fabriquer le consentement » international, il n’existerait pas de paramilitaires au Venezuela, ni de groupes de choc organisés, ni de bandes de délinquants payés pour commettre des actes de vandalisme, il n’y aurait que des étudiants, un peuple affamé, des jeunes résistant à la dictature. Les actes violents commis, tel le lancement de grenades depuis un hélicoptère sur le Tribunal Suprême de Justice, la destruction d’aliments, etc., sont qualifiés d’auto-coups d’état réalisés par le gouvernement lui-même.

Le problème est que la légitimité ainsi obtenue ne suffit pas, il s’agit aussi de disposer de forces matérielles sur le terrain. Et si de toute évidence ils ont réussi à déployer des actions de grande envergure dans différentes villes du pays pendant plusieurs jours, ils ne semblent pas réunir les conditions pour soutenir leurs positions selon un plan de « territoires libérés », par exemple.

Ils ont l’avantage de s’être acquis l’opinion internationale, mais au niveau national l’opinion reste indécise. Leur violence les discrédite et provoque le rejet de 80 % de la population, et il semblerait que l’appui de la rue leur fait défaut pour mener à bien un plan d’une telle ampleur.

Le scénario risque donc fort de se prolonger. Ils donneront une identité politique à leurs actions violentes, anonymes jusqu’à présent, et déploieront publiquement leur structure armée – allant jusqu’à se différencier des autres partis d’opposition en établissant une distinction entre la MUD (plate-forme politique des partis de droite) et la Résistance (extrême droite armée et active dans la rue). Ils disposent de deux bases arrière pour alimenter cette organisation armée : l’État de Táchira et la Colombie voisine.

Il est difficile de prévoir comment se terminerait un plan présentant de telles caractéristiques.

Certains dirigeants de droite donnent à entrevoir leurs desseins. Tel le député Juan Requesens, du parti d’extrême droite « Primero Justicia », qui vient d’effectuer un aller-retour aux Etats-Unis pour expliquer dans un forum organisé le 6 juillet à l’Université Internationale de Floride (FIU), centre cofinancé par le Southern Command du Pentagone : « Nous devons passer par cette étape de violences de rue pour en arriver à une invasion étrangère ».

D’autres questions se posent qui trouveront leur réponse dans les semaines à venir. L’une d’elles est : la droite (ou une partie de la droite) inscrira-t-elle ses candidats début août pour les élections de gouverneurs qui auront lieu au début de décembre 2017 ?

Si elle ne le fait pas, ce sera la confirmation d’un point de non retour, de l’impossibilité de résoudre le conflit par le dialogue entre les parties. Dans ce cas, l’hypothèse d’une prolongation du conflit jusqu’à une éventuelle fracture au sein des forces armées ou, à un tout autre niveau, d’une intervention étrangère se confirmerait clairement.

Par contre, inscrire leurs candidats signifierait que la résolution finale du conflit reposera en partie sur les élections.

Le scénario se modifiera aussi en fonction des résultats de l’élection à l’Assemblée Constituante du 30 juillet : une forte participation apportera une légitimité et une base politique solide au chavisme. Dans le cas contraire, la confrontation s’aggravera. La droite a annoncé qu’elle fera tout son possible pour que les élections ne puissent pas se dérouler et il est fort probable qu’un blocage des centres électoraux, des routes et des moyens de transport sera organisé avec l’utilisation de leurs organisations armées et la façade publique de leur nouvel instrument en cours d’élaboration : les Comités de Sauvegarde de la Démocratie.

Le Conseil National Électoral a déjà annoncé qu’il protègerait chaque bureau de vote.

Le scénario qui s’est ouvert au début d’avril 2017 ne semble pas prêt de s’arrêter. Les Etats-Unis ont décidé de pousser le Venezuela dans ses derniers retranchements, aux niveaux politique, social, culturel, communicationnel et militaire. Ils veulent reprendre le pouvoir politique par l’intermédiaire de la droite présente dans le gouvernement, assujettir l’économie à leurs propres intérêts et prendre une revanche massive sur un mouvement historique. Le chavisme affronte une guerre complexe et totale à laquelle il doit répondre de manière intelligente et en faisant preuve d’ un engagement ferme face à un peuple fort et créatif, comme a su le faire Hugo Chavez.

M. T.

Note :

(1) Lire « Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/07/la-hipotesis-del-doble-gobierno-y-el-conflicto-prolongado/

Traduction : Frédérique Buhl

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« Jusqu’à nous enterrer dans la mer », le nouveau film de Thierry Deronne

« Le film le plus juste que j’ai vu sur l’Amérique Latine »

Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet

Interview du réalisateur par Gloria Verges, présidente de France-Amérique Latine Bordeaux Gironde (FAL33.org), Bordeaux, 19 mars 2017.

Gloria Verges – Thierry tu viens de présenter à nos 34èmes Rencontres du cinéma latino-américain a Bordeaux, hors compétition, ton documentaire inédit « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » qui tente de faire le point sur la révolution bolivarienne au Venezuela et qui est aussi une autre manière de représenter la politique.

Thierry Deronne – Oui, évidemment on pourrait se contenter de représenter le politique vénézuélien en jouant les envoyés spéciaux,  en filmant tour à tour les visages d’opposants et d’amis, ou de membres du gouvernement mais ce serait anachronique, cela reviendrait à exporter en Amérique latine la fausse égalité des plateaux de télé qu’a démontée Pierre Bourdieu. Pire : Ce serait reproduire le narcissime du journaliste politique-grenouille qui veut devenir bœuf en fréquentant les palais présidentiels et puis qui donne, en toute impartialité, « 50 % à Hitler et 50 % aux Juifs » comme rit bien Godard…

G. V. – Pourquoi « anachronique » ?

T.D. – Parce que la réalité profonde du politique n’est plus dans cette rue médiatique binaire, trop bien faite pour les caméras ! Elle est notamment dans le temps, l’écoute, la participation et les leçons citoyennes à tirer de la construction ou déconstruction d’organisations. Elle est, surtout, dans la dépolitisation généralisée qui déborde la forme politique classique, en particulier dans cette nouvelle génération qui partout, parmi la plupart des jeunes du Brésil, de Cuba ou même parmi les jeunes démobilisés des FARC, se fout de cette projection politique des journalistes. La majorité de la jeunesse est ailleurs, elle ne vote plus, elle s’est perdue quelque part dans le nouveau cosmos de la globalisation et des technologies virtuelles. C’est ce qui explique en grande partie pourquoi la plupart des gauches sont dans les cordes actuellement. Ce phénomène planétaire fait qu’on ne peut pas représenter le politique comme avant. D’ailleurs la gauche et la politique elle-même n’ont pas d’avenir en dehors de la démocratisation radicale de la propriété des médias, de la formation et des politiques culturelles. On peut se demander pourquoi la gauche ne s’y est pas attelée depuis le début ! ça confine au suicide ou à la servitude volontaire de La Boétie.

G.V. – Comment alors représenter le politique ? Comment as-tu fait pour ton documentaire ?

T.D. – Notre film est le fruit d’un an de vie en commun avec les habitants du quartier populaire « Bello Monte » dans l’état d’Aragua. Pas de préjugés, de commentaire off, pas d’interview journalistique. Cette écoute n’est pas pour autant humanitaire ou intimiste, nous parlons d’une analyse collective issue des rapports entre situations et personnages. Elle permet de comprendre la relation du petit territoire avec le vaste monde, par exemple des citoyens avec l’Etat ou avec la globalisation. Elle génère parfois la poésie sonore ou visuelle qui peut sauver de la misère de l’apolitisme et de l’évangélisme. Elle est la possibilité de cesser de nous raconter des histoires, d’arrêter de projeter notre temps médiatico-politique sur le temps de la société latino-américaine. Ici on met les cartes sur la table, on n’éteint aucune contradiction, on montre les conflits profonds de la réalité sous l’apparence lisse et statique. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » disait Louis Althusser. Contre la monoforme journalistique de la gouvernance planétaire, il s’agissait pour nous de construire une forme ouverte avec des temps d’identification aux êtres comme sujets et non comme objets, de retrouver un montage intellectuel qui laisse au spectateur un espace pour penser, participer, travailler au sens.

G.V. – Pendant le festival tu nous as aussi présenté plusieurs films issus du travail de l’école populaire et latino-américaine de cinéma…

T.D. – Nous venons de mener un an d’enquête parmi les trente-cinq collectifs qui font de la télé associative qui a surgi un peu partout au Venezuela depuis que la révolution bolivarienne a légalisé ce droit. Première conclusion,  la difficulté énorme de créer un nouveau modèle de télévision dans un champ médiatique qui reste écrasé par la forme commerciale. Une forme devenue tellement « naturelle » qu’elle est imitée par le service public et par les médias associatifs. Notre école populaire de cinéma et télévision cherche depuis vingt ans à desserrer ce carcan et à ouvrir d’autres voies, notamment en étudiant d’autres expériences d’esthétique révolutionnaire et en repartant toujours de la participation populaire. Un média n’est pas révolutionnaire parce que son contenu est révolutionnaire mais parce que son mode de production, sa forme d’organisation, est révolutionnaire. Ces films récents sont le témoin de ce chantier.

« Jusqu’à nous enterrer dans la mer », Venezuela 2017, 75 min, sous-titres français. Pour acquérir le film en DVD, vous pouvez contacter le distributeur gloriaverges@free.fr 

(Une copie est en cours d’envoi aux souscripteurs solidaires de 2016)

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Photos du film

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« Ne plus porter de joug, ne plus être dominés »

Une étudiante en journalisme de l’IHECS (Bruxelles) qui rédige un mémoire sur le traitement du Venezuela par l’AFP, m’a posé la question : « Y a-t-il, selon vous, des événements qui ont été particulièrement mal traités par la presse européenne ? Si oui, lesquels ? ». J’ai dû lui dire la vérité : un « évènement » ici, cela peut être la création ou légalisation de nouveaux médias associatifs, les initiatives de la démocratie participative en général, ou la création d’un vaste système de santé gratuite. Or ces « évènements » n’en sont pas pour les médias dominants.

Il y a quelques semaines, j’ai pris le temps d’écouter les voix du conseil communal du quartier où je vis. Une réflexion collective sur les hauts et les bas de la démocratie participative, sans filtre, sans propagande. Loin des médias.

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Entrée du quartier « Bello Monte »

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Nelly García

Je m’appelle Nelly Garcia, je suis une des dirigeantes de la communauté Bello Monte. Dès leur acquisition, ces terrains ont été destinés à l’enseignement agricole; ils ont été divisés en lots et vendus pour être cultivés par certaines personnes qui en furent nommées responsables. C’est une communauté qui s’étend sur environ 15 hectares et qui s’est agrandie par la suite. En 1984, nous nous sommes organisés pour fonder la première association de quartier.

En 1989, nous n’étions encore que peu d’habitants, environ une soixantaine de familles. Mais déjà notre force résidait dans l’organisation, ce qui a conduit d’autres habitants à se joindre progressivement à nous; nous avons conçu de nouveaux projets et nous avons effectué les démarches auprès des organismes compétents. Nous avons obtenu de pouvoir construire des logements à travers l’INAVI (Instituto NAcional de la VIvienda – Institut National du Logement), l’électrification, l’aménagement des  trottoirs, la construction de puits, du réseau d’égouts, bref tous les travaux d’assainissement et de viabilisation; tout cela s’est fait sur environ 15 ans ce qui a permis l’enracinement et le renforcement de la communauté.

Depuis lors nous travaillons avec les conseils communaux qui ont intégré la Mission Robinson (mission d’alphabétisation); les habitants du quartier ont aussi participé à la Mission Rivas (mise à niveau universitaire), certes pas de manière directe mais dans des communautés voisines.

Avec un groupe de personnes arrivées dans  la communauté en 2010, nous avons concrétisé un projet de logements élaboré par le premier conseil communal dont le financement avait été approuvé en 2009: remplacement de 4 «ranchos» (baraques) par des maisons décentes, rénovation de 66 logements et du terrain communal  multisports, construction d’une aire de jeux pour les enfants. Grâce à Dieu mais aussi à la lutte coopérative, nous avons obtenu durant la première période du conseil communal le déblocage de fonds pour la construction d’une maison communale; finalement avec ces fonds on a opté pour l’achat d’une maison en cours de construction. Les travaux ne sont toujours pas terminés, mais nous disposons ainsi d’un siège fixe pour toutes nos activités, fait rare dans les conseils communaux.

«Nous devons être capables d’appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance»

En tant que responsable de quartier, j’estime que nous ne pouvons pas transformer nos faiblesses en défaites; tout au contraire, nous, les responsables nous devons nous concerter et voir ce que nous avons fait et où nous avons failli, et à partir de là en tirer les leçons et la force pour qu’à la prochaine occasion les choses s’améliorent. A nous de nous former par le biais d’un apprentissage quotidien,  car chaque jour de lutte apporte des changements, il y a de nouvelles lois et de nouvelles structures avec lesquels nous devons nous familiariser. Je crois que nos faiblesses viennent de notre manque de formation. Notre formation comme responsables communautaires ou politiques doit se faire au jour le jour; ce sont des expériences que nous devons partager avec les autres et si nous n’avons pas la préparation adéquate nous ne pouvons pas interagir avec une communauté d’habitants aux orientations politiques et idéologiques aussi diverses, aussi différentes. Nous devons être capables de bien appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance et être prêts à  toute éventualité. Le travail communautaire n’est pas facile. Qui a dit que la révolution était une tâche facile ? Tout est politique et d’une façon ou d’une autre, la politique s’immisce dans nos foyers…

«Quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal.»

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Simon Landaeta

Je m’appelle Simon Antonio Landaeta, j’ai commencé à lutter ici dans la communauté en 1992 dans une des associations de quartier. En soumettant à referendum le nom de notre Conseil Communal, nous avons été pionniers en la matière, peu de communautés ont utilisé cette procédure; nous avons aussi élu le directeur de l’école Simon Rodriguez; nous avons recruté une des personnes de la communauté comme enseignant, le professeur Becerra. Peu de communautés peuvent se targuer d’avoir ce type de propositions et d’initiatives.

C’est notre lutte communautaire en 2002 qui a permis l’arrivée du personnel médical cubain à Palo Negro, tout un évènement. Il arrive que ces initiatives ne soient pas appréciées à leur juste mesure, ou qu’on ne les regrette que quand elles disparaissent, mais je connais tous les conseils communaux de la Commune et celui qui fonctionne le mieux, aux dires des habitants des autres communautés qui aimeraient avoir un Conseil Communal comme le nôtre, c’est le nôtre, le Conseil Communal de Bello Monte.

Nous nous efforçons de constituer notre Commune conformément aux orientations proposées par  notre président sur le démantèlement de l’État traditionnel, de l’État bourgeois, des mairies et des gouvernements. Nous le faisons en tant que communauté, en tant que peuple organisé. Comme l’a toujours dit notre président: le pouvoir appartient au peuple, aux communautés; le peuple doit s’approprier du pouvoir. Mais personnellement je remarque que quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal. Il ne poursuit pas la consolidation du projet communal; il y met des embûches; car il y voit là une structure rivale, une répartition du pouvoir qui entrave son leadership et son ascendant sur les gens. C’est encore, je ne dirais pas une faiblesse, mais un des travers sur lesquels il faut rester vigilants et qu’il faut surmonter pour renforcer le pouvoir communal.

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Ismery Castillo

Bonjour, je m’appelle Ismery Castillo. J’ai intégré la communauté Bello Monte en 2004, au moment du démarrage de la Mission «Barrio Adentro» (mission de soins de santé gratuite dans les quartiers populaires). Après quoi est venue la mise en place d’une structure préscolaire à l’Unité éducative Simon Rodriguez; le développement d’un module d’assistance aux citoyens dans leurs démarches, qui fonctionne toujours, au siège du Conseil Communal; il manque encore 2 modules à concrétiser; Le réaménagement du terrain multi-sport a été effectué grâce à l’apport financier de l’ONA (Office National Anti-Drogue) à hauteur de 150 000 bolivars.

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Cité Universitaire inachevée depuis plusieurs années

Il y a aussi le projet de cité universitaire, à l’entrée de la communauté Bello Monte; les ressources ont été octroyées par le Ministère de l’enseignement supérieur en 2005, 2006 et 2013; ce projet a été exécuté par étapes à l’époque où notre président Chavez était toujours vivant. Pour lui, cette cité était déjà achevée. En réalité nous sommes toujours en attente de l’achèvement des travaux car comme les choses se sont faites par étapes, tout a augmenté avec le temps et les sommes débloquées n’ont pas suffi à couvrir les achats ou travaux prévus initialement; donc l’œuvre reste en souffrance et avec le nombre important d’étudiants il est urgent d’avoir une nouvelle aide pour terminer les travaux: seuls les murs, l’électricité et une partie du câblage ont été effectués jusqu’à présent.

Nous fonctionnons actuellement avec quatre CLAP (Comité Local de Abastecimiento y de Produccion – comité local d’approvisionnement et de production).

Nous avons recensé 1042 familles réparties sur 838 logements, soit en tout 2904 habitants ; afin  que tout le monde puisse bénéficier du programme, grâce au premier bureau ouvert, nous avons actualisé ce recensement.organizando los CLAP 6

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Réunion d’organisation des CLAP au siège du conseil communal

Un autre projet pour lequel nous avons sollicité de l’aide auprès des institutions compétentes est celui de l’équipement en citernes, pompes et flotteurs. La demande a été faite à FUNDACOMUNAL (institution publique d’appui aux conseils communaux) et nous attendons la réponse.

L’axe culturel et sportif n’est pas négligé; on y a réfléchi; il viendra après la réhabilitation de l’habitat, par le biais de formations dans le domaine de la danse, de la culture, du théâtre, de l’informatique; les étudiants qui ont choisi d’étudier dans notre communauté nous aident en nous laissant les méthodes, outils et manuels pédagogiques, une fois qu’ils ont obtenu leur diplôme. Nous avons également le projet de construire un module de police; nous avons de la place pour ce faire.

Tout n’est pas que dépenses. Nous avons donné beaucoup de nous-mêmes, en complément à l’apport des institutions. Que nous ayons eu des problèmes, bien sûr, ne nous voilons pas la face !, mais nous discutons et nous révisons tout de la manière la plus transparente possible. Pourquoi ? Parce que le travail en communauté n’est pas facile, il y a de la méfiance envers certains conseils de quartier, qu’on accuse de voler par exemple. Un exemple : alors que nous étions en train de rénover les logements, une compagne du Conseil communal est allée porter plainte pour vol. Comment démontrer que c’était faux ? Nos camarades sont allés à la quincaillerie, ont demandé des copies de toutes les factures et nous avons pu démontrer que nous n’avions rien volé. Au contraire c’est le fournisseur qui était débiteur à notre égard d’une somme de près de trois mille Bolivars, et c’est nous qui étions traités de voleurs ! Mais la leçon a été retenue : désormais nous travaillons minutieusement, nous contrôlons chacune des factures, les copies, les formulaires, les plannings. On ne va pas se faire avoir une nouvelle fois !

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Reinaldo Corredor

Bonjour, mon nom est Reinaldo Corredor, j’habite dans cette communauté depuis 1995 environ. Depuis mes débuts ici je me bats pour l’organisation des travailleurs dans le secteur textile. C’est là que j’ai compris la nécessité d’une participation du peuple et des travailleurs dans la construction d’un véritable socialisme, d’une nouvelle société.

Mon implication date des années 1997-1998, quand j’ai intégré l’association de quartier. L’organisation de la communauté s’est construite sur plusieurs fronts; dans nos tracts nous parlions de «front résidentiel», «front sportif» car c’était la terminologie qu’on utilisait dans les années 90. J’ai toujours considéré que si les premiers pionniers ont pu obtenir ce qu’ils ont obtenu en apportant leur pierre, alors imaginez ce que nous pourrions conquérir tous ensemble, aujourd’hui ! J’ai aussi fait partie des comités de secteurs fonciers, c’était le secteur A je crois ; il y en avait 4 (A, B, C et D) ; c’est de là que sont nés les conseils communaux.

« Sinon, on va rester toujours sous le joug, dominés, tu comprends… »

Nous ne pouvons pas abandonner cette lutte de chaque instant, aussi prégnant soit le contexte, aussi forte soit la guerre économique. L’essentiel réside dans la participation de tous, parce que quels que soient les dirigeants de l’État ou d’un pays, il leur est impossible de résoudre l’ensemble des  problèmes qui se présentent.

L’émancipation du peuple dépend du peuple lui-même, tu comprends. Il faut que le peuple réalise enfin que c’est à partir de ses seules mobilisations et participation que l’on peut obtenir et consolider les réussites. Sinon, on va rester toujours sous le joug, toujours dominés, tu comprends…

En ce qui concerne les projets à venir d’une Commune comme la nôtre, qui est composée de 13 conseils communaux, nous avons l’intention de développer un axe agricole et touristique; en effet, nous avons des terres cultivables; c’est notre environnement et nous devons aller vers une pleine participation à l’exploitation de ces terres afin d’arriver à une production agricole durable et solide. Un autre projet qui pourrait grandement aider la Commune serait la vente du lait de l’entreprise publique « Los Andes », qui ne rapporte pas beaucoup certes, mais ce sont ces choses qui appartiennent au gouvernement que nous devons contrôler de plus en plus via les circuits de production et de commercialisation. C’est ainsi que l’État révolutionnaire met à disposition du peuple les ressources et l’invite à s’organiser pour en disposer; mais c’est aussi là qu’est notre faiblesse, notre retard à l’allumage : le peuple n’a pas encore compris l’intérêt de la participation de chacun dans l’appropriation des choses.

Mon avis personnel est qu’une éducation sur ce qu’est un socialisme participatif, actif, doit être impartie dans les écoles, les lycées et les universités; de fait notre Conseil communal est un de ceux qui sont le plus fréquentés par les étudiants; pour qu’ils luttent à nos côtés pour les mêmes objectifs que nous; mon engagement personnel est de veiller à ce que l’éducation participative et active soit une réalité dans le domaine éducatif; et nos enfants, parce qu’ils sont aussi étudiants, sont les témoins de nos démarches et de nos discussions au sein de la famille. J’espère que tôt ou tard ma fille va y entrer pour qu’elle apporte sa contribution, qu’elle soit protagoniste et actrice dans ce travail commun.

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Santos Flores (gauche)

Je m’appelle Santos Flores, je suis arrivé ici en 2009. D’emblée j’ai intégré le Conseil communal, grâce au camarade Simon Landaeta. J’ai cherché l’adresse et me suis renseigné auprès des leaders du Conseil, et je me suis lancé. J’ai participé aux différentes élections et je suis encore à ce jour au Conseil. De 2009 à ce jour nous n’avons pas cessé de travailler. Nous avons eu nos moments de faiblesse, mais nous avons su rebondir. Notre rôle est de servir, quelles que soient les critiques, les commentaires à notre encontre. C’est à ça que nous avons été appelés : à servir ; à être au service de la communauté, comme l’a dit le président Chavez, être au service des autres, sans aucune contrepartie financière. Et c’est ce qui plaît aux gens, recevoir un service, d’intérêt public, sans qu’ils aient à payer.

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rue principale

La majorité des rues ne sont pas éclairées, seule la rue principale est  éclairée, les autres sont encore dans le noir. Nous avons contacté CORPOELEC (compagnie publique de l’électricité); ils nous ont promis de venir, mais à ce jour et après plusieurs rendez-vous manqués, ils ne l’ont toujours pas fait. Ce problème ne concerne pas seulement le quartier de Bello Monte, mais d’autres secteurs vitaux de la commune. Ils nous ont apporté les ampoules manquantes dans la rue principale. Les gens de la communauté se rendent compte de ce qui est fait quand ils constatent de visu que tu montes sur les poteaux pour installer les ampoules, mais si tu fais quelque chose moins visible à priori, pour aussi bon que ce soit, ils ne semblent pas s’en rendre compte.

Comme je suis un des porte-parole, c’est à moi que la communauté adresse les réclamations. Je réponds que si j’en avais la possibilité j’installerais moi-même les ampoules, mais ce n’est pas dans mes prérogatives; on transmet seulement les projets, et il ne reste aux employés gouvernementaux qu’à intervenir; mais à ce jour ils ne l’ont pas encore fait.

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Blanca Facundez

Mon nom est Blanca Facundez, je participe au comité de santé de notre communauté. J’ai commencé en 2006 et à ce jour je continue toujours dans ce même comité. A trois ou quatre reprises dans le courant de l’année nous menons des campagnes de soins: vaccinations, en podologie, ophtalmologie, réhabilitation… Tous les comités assument leurs responsabilités au moment opportun.

L’an dernier nous avons recensé 85 personnes du troisième âge, parmi lesquelles nous en avons repéré, grâce à Dieu, une douzaine qui étaient en attente d’une retraite.

Il est bon de s’investir dans ce genre de tâches et d’inviter les gens à le faire pour qu’ils réalisent que ce n’est pas facile, combien d’effort cela représente et combien il faut aimer les gens que tu prends en charge mais aussi aimer ce que tu fais; sans se préoccuper de ce que les gens disent car il y a toujours des personnes pour affirmer qu’on ne travaille pas.

Au cours de ces campagnes, nous sommes en contact avec les petits commerçants du quartier, qui nous aident bien, grâce à Dieu, et s’il manque quelque chose, entre nous tous nous arrivons à compléter; j’ai appris que les choses progressent positivement avec beaucoup de force de volonté, pas mal de tolérance et de pragmatisme.

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Antonio Guanipa

Je m’appelle Antonio Guanipa je suis actuellement porte-parole du comité d’économie populaire; mon rôle ne s’est pas cantonné à celui de porte-parole, j’ai aussi contribué au développement des bénéfices concrets de l’action collective : par exemple ce parc a pu être réalisé grâce à la main d’œuvre fournie par nous tous, les habitants du quartier, de même que pour le terrain multi-sport.

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Raquel Sanchez

Bonsoir, je m’appelle Raquel Sanchez, je vis ici depuis 1990, je suis membre également du Conseil Communal. J’ai même fait de la prison à cause de cette longue lutte, et je suis toujours là (rires). J’ai beaucoup appris. J’ai appris à connaître chaque membre de la communauté, celui qui est solidaire, celui qui ne l’est pas. Je rappelle à l’ordre les voisins pour qu’ils s’intègrent au collectif afin de ne pas laisser dépérir le travail de ceux qui se sont investis pour nous; je rappelle les bénéfices concrets de l’engagement de tous : le terrain multi-sport, la présence d’un médecin à Bello Monte  -jusqu’alors un enfant malade devait partir au petit matin à l’hôpital de la Sécurité sociale- ; nous ne souhaitons pas revenir en arrière et nous nous appuyons sur les acquis et l’espoir que nous a laissés le président Chavez.

Le drainage des eaux pluviales et l’asphaltage de chemins agricoles, c’est un autre projet qui nous mobilise actuellement, et qui implique les institutions officielles – gouvernement régional, mairies, conseil fédéral de gouvernement (institution chargée de transférer les fonds publics aux projets des conseils communaux)-; j’ai informé les gens que nous sommes attentifs au bon déroulement de ce projet, et que quand il sera mené à son terme nous le célébrerons comme il se doit, ici à Bello Monte, avec feux d’artifice et fêtes (applaudissements).

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Ana Ibarra

Bonsoir, je m’appelle Ana Ibarra,  je travaille au sein du comité d’alimentation depuis 2005, année au cours de laquelle a été créée la maison communale d’alimentation de Bello Monte qui approvisionnait 150 personnes par jour, parmi lesquelles des personnes du 3e âge, des enfants en situation de handicap  des femmes enceintes et des mères célibataires à faibles revenus: les aliments fournis leur permettaient d’assurer l’équivalent d’un déjeuner et d’un goûter quotidiens.

Nous avons dispensé des cours de conservation des aliments, de pâtisserie locale; les bénéficiaires y assistaient ainsi que des mères. En ce moment la maison communale d’alimentation ne fonctionne plus parce que la propriétaire a vendu le local et l’équipement et les ingrédients sont en attente de transfert chez une autre mère engagée dans le processus. Ça fait un an et quelques mois que nous attendons sans résultat. C’était un beau local accueillant, et quand on nous demande quand le nouveau va ouvrir nous sommes malheureusement incapables d’apporter une réponse concrète.

Nous aimerions que la communauté bénéficie à nouveau de ce service, même s’il est minime, car les besoins des gens en la matière sont réels, je pense notamment en priorité aux vieillards et aux enfants qui sont dans les rues. Nous assurions ce service de 7h00  à 14 h00, et le faisions de manière très personnalisée, car chaque personne bénéficiaire avait sa problématique, ses besoins spécifiques. Et chacun était servi avec le même amour et la même affection.

plan general proyectosTémoignage du Conseil Communal « Bello Monte », Palo Negro, État d’Aragua, mai 2016. Transcription et photos: Thierry Deronne

Publication en espagnol : http://laculturanuestra.com/voces-comuneras-no-queremos-seguir-siempre-arreados-ni-dominados/

Traduction: Jean-Claude Soubiès

URL de cet article: http://bit.ly/2av4g4h

Le tournage de « nous vivrons » commence…

relancement de la télévision populaire Teletambores en présence d'Ignacio Ramonet (avril 2016)

Relancement de la télévision populaire Teletambores et de l’École Populaire et Latino-amércaine de Cinéma, Télévision et Théâtre « Berta Cáceres » en présence d’Ignacio Ramonet (avril 2016)

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Ces derniers mois nous avons consacré pas mal d’énergie au nouveau départ de la télévision communautaire Teletambores – un émetteur puis puissant atteindra sous peu les écrans de près de 800.000 habitants, et à l’installation d’un nouveau siège pour l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre, rebaptisée Berta Cáceres, militante sociale assassinée au Honduras.

Ces projets motivèrent mon départ au Venezuela il y a vingt-deux ans…

ITW sur mon livre "Commune, temps et télévision" par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Enrtetien sur mon livre « Comuna, tiempo y televisión » par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Pendant toute l’année 2015, j’ai parcouru le pays pour mener une enquête participative sur nos 35 télévisions communautaires, tirer le bilan de 15 ans d’expérience afin d’éviter aux futures télévisions de vivre les erreurs des pionnières et, aussi, de faire des propositions pour rendre plus cohérent le modèle de communication avec la démocratie participative.

Ces travaux ont retardé de quelques mois le début du tournage de mon documentaire « Nous vivrons » mais nous y sommes enfin. Comment ne pas remercier tous ceux qui m’ont aidé dès le départ, comme Bernard T., Sonia B., Julien J., Ismaël M., Philippe H., Nicolas B., Jean D., Fabienne H. et quelques autres. On peut soutenir le film ici : http://wp.me/p2ahp2-1Ev. Le DVD du film sous-titré en français sortira à la fin de 2016.

Pour préparer le tournage j’ai emménagé en janvier dans un quartier populaire de l’Etat d’Aragua, comme on pose l’oreille sur un corps pour se laisser envahir par sa pulsation. Dans ce barrio, un conseil communal composé presque uniquement de femmes qui n’ont pas oublié le volontarisme féministe de Chavez, bataille pied à pied contre la guerre des monopoles privés en réorganisant avec l’appui du gouvernement Maduro le système de distribution d’aliments. Tous les jours le ciel nord-américain descend dans les têtes par mille machines inventées par le capitalisme : la jeunesse vit en majorité dans une sorte de terrain vague comme ceux de l’Italie de Pasolini, errant parmi les jeux vidéo de guerre, Facebook, Discovery Channel, le trafic de drogue. Les chefs paramilitaires lui semblent avoir plus de pouvoir que l’État. Cette jeunesse n’est plus dans la politique mais ailleurs, et c’est ce terrain vague qui déterminera le futur immédiat de la révolution bolivarienne.barrio 18barrio1P1270483Sous l’influence de la télévision, le documentaire se heurte au problème de capturer un objet pour le vendre. Ici, il s’agit d’un nous-documentaire. Nous avons besoin de comprendre le réel et la guerre pour continuer à avancer, c’est en quoi le cinéma peut être un outil d’organisation. Et si la transformation du Venezuela devait cesser un temps, celui d’une bataille politique perdue, ce film, sera, un texte pour le futur: préparer l’après-demain, commence aujourd’hui.

Comment l’œil de la caméra peut-il le dire ?

En filmant les deux contradictions principales: l’extérieure – nous et la guerre des grands groupes économiques, médiatiques subie depuis trois ans – et l’intérieure, notre difficulté à nous organiser, à exercer notre pouvoir citoyen et en même temps, la musique, l’excès de foi qui débordent le quotidien : l’équation de l’être vénézuélien.

En filmant la relation des êtres avec les choses, et la relation des êtres avec les êtres.

Le montage mettra face à face le présent et le futur, juchés sur la flèche du temps qui va des désirs de chacun a la nécessité profonde, collective, au fil des questions intimes que se posent les personnages-clefs. Tout sujet est une forme ineffable et infinie qu’on ne peut connaitre qu’à travers ses effets. D’où des moments de « fiction » pour cheminer plus loin avec les personnages du réel. D’où les images successives de ces personnages, séparées dans le temps, qui révèleront plus que l’apparence de réalité que donnerait une continuité quotidienne. C’est aussi pourquoi nous reviendrons d’année en année tourner de nouveaux épisodes avec eux. Chaque scène, autant que la structure d’ensemble, doit permettre au spectateur d’osciller entre les deux temps, de plus en plus intensément, jusqu’à faire surgir l’émotion d’une connaissance : le lit du fleuve et ses différents cours possibles.

T.D., Aragua, mai 2016

PS : voir mon documentaire précédent « Carlos l’aube n’est plus une tentation » : https://www.youtube.com/watch?v=7uCxTYdteLM

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« Pourquoi la population ne pourrait-elle pas diriger l’économie ? »

SACOVal-16« Ce n’est pas une foire pour vendre bon marché mais pour créer le système d’approvisionnement communal (SACO) et pour démontrer que le peuple peut diriger l’économie ». Il est encore tôt dans le sud de Valencia, presque huit heures. Presque toutes les caisses sont déjà vides. Partis tout de suite, les haricots : 150 bolivars le kilo contre 500 chez les détaillants privés.

Ils reste des oignons (80 Bs.), des tomates (120 Bs.), du fromage (420 Bs.). On sent pas mal d’énergie dans cette sixième journée du Saco dans le quartier Trapichito. Beaucoup d’habitants sont venus et savent de quoi il retourne. Un tract circule: Guerre économique: on cache des produits, on les sort en contrebande et on augmente les prix des articles de première nécessité […]. Des opérateurs de partis politiques et les journaux privés des entrepreneurs montent une campagne contre le gouvernement pour lui attribuer la responsabilité de la situation économique, et pour s’emparer de nouveau du pouvoir politique au Venezuela, alors qu’ils sont les organisateurs de cette guerre économique, et – un comble – subventionnés par les dollars du pétrole”.SACOVal-5

A ceux qui s’approchent pour converser, on explique le projet de ce système d’approvisionnement qui réunit déjà 22 autres communautés de l’État de Carabobo et qui, le samedi 24 juillet, s’est déployé dans 17 autres secteurs (au début on n’en comptait que cinq). Sans comptabiliser cette journée-ci, on a distribué 16 tonnes d’aliments, en faveur de 3855 familles. L’objectif du SACO  est de montrer qu’il est possible d’acheter à prix juste, qu’il y a un sabotage”. Avec divers résultats dans la communauté: les aliments vendus au prix du producteur, la preuve de l’intérêt d’une organisation communale, l’optimisme nécessaire pour affronter une guerre économique qui sévit, sans trêve, depuis deux ans.

Enseigner par les actes qu’il est possible de lutter contre un tel pouvoir déployé contre une population, qui dans certains cas se livre elle-même au “bachaqueo” (NdT : achat de produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre au prix du marché, notamment en Colombie (1). C’est pourquoi Carmen Moldes, de Trapichito, vend depuis cinq heures du matin; Jesús Moreno, militant du Conseil Régional du Pouvoir Citoyen, fait le tour des popotes du « Saco ». On compte douze points de vente de plus que la semaine antérieure. Pour la prochaine ils comptent sur 20. Pour la fin du mois d’août, 50.

SACOVal-9SACOVal-15Des premiers pas au maillage

Tu me vends ou tu perds tout” dit l’intermédiaire privé à l’agriculteur. Le prix d’achat est bas – inférieur à ce qu’il devrait être; le prix de revente par le grossiste est élevé; quant au prix final que fixe le détaillant privé, il n’a plus aucun rapport avec le prix initial. Résultat : producteurs appauvris et prisonniers des réseaux capitalistes, et consommateurs soumis à la spéculation et à la guerre économique.

Une des premières chose auxquelles ont pensé les organisateurs du « Saco » fut de construire un lien direct entre producteurs et consommateurs. Le premier pas dans cette direction fut de s’associer au Centre de Stockage de Valencia, établissement de l’État capable de stocker jusqu’à 2000 tonnes — et qui actuellement, selon Jesús, fonctionne à moins de 2% de sa capacité.

Quant au transport, il a été mis à disposition par les diverses communautés – camions communaux par exemple, véhicules particuliers —, espaces de vente – maisons, places, etc..  et travail, toujours volontaire. C’est comme ça qu’on a démarré. Les résultats ne se sont pas fait attendre: les points de vente ont commencé à surgir et à générer des excédents – contre l’idée de “bénéfice” – destinés au financement du système d’approvisionnement.

Avec quelques obstacles en chemin : la tentative de certain(e)s d’entrer individuellement dans le système pour faire du bénéfice personnel, et le refus de vendre les quantités requises de la part du Centre d’Approvisionnement. Face à quoi le système s’est renforcé : ne sont admis à participer que les Conseils Communaux, les Communes ou les assemblées légitimées par les habitants. On a organisé depuis la semaine passée un mécanisme de contrôle depuis le Centre.

Simultanément des liens se sont noués avec les producteurs – communes, conseils paysans, réseaux de production, etc…. Actuellement, non seulement on acquiert les produits du centre de stockage mais aussi, directement, des producteurs, sans intermédiaire. C’est le cas de la Commune El Panal 2021, qui fournit sucre et prochainement grains.

Mais pour approfondir ce lien direct et donner force et autonomie au système d’approvisionnement – une économie communale, explique Jésus – l’étape suivante serait de créer directement des centres de stockage dans les communautés. C’est un des objectifs centraux à atteindre – il y a déjà des idées de par où commencer.SACOVal-2-1200x800

La clef : l’intégralité

Un des premiers objectifs a été atteint : des équipes capables de gérer la distribution ont été formées. Il ne s’agit pas seulement de distribuer, expliquent-ils, mais d’encourager la production au sein du Saco. Dans ce but on a formé les brigades “Che” Guevara, qui fonctionnent actuellement dans trois des communautés où s’est développé le système.

En même temps on projette de développer des parcelles productives et des potagers communaux. Il faut avancer vers l’intégralité, analyse Jesús, qui donne l’exemple d’expériences développées à Barquisimeto avec l’Entreprise de Propriété Sociale “Travailleurs Unis” – ex-Brahma S.A. (2) – ou de l’entreprise avicole Souto —également récupérée par ses travailleurs, qui ont mis en place une unité paysanne/communale/ouvrière.

Nous avons besoin de créer un système en marge du marché capitaliste” explique-t-il, considérant – comme le font d’autres expériences d’organisation dans le pays – que “face à la crise les gens ont commencé à chercher des solutions, à s’organiser pour surmonter la situation”. La guerre, systématique, niée par ses propres dirigeants, ouvre un champ d’action/réaction populaire, d’exercice de créativité, d’apprentissage de pouvoir et de force.

Tel est le contexte dans lequel est né le « Saco ». Avec un défi : faire face aux acteurs du désapprovisionnement, du vol de la population dont les responsables sont nommés dans les tracts : “Secteur économique criminel, entrepreneurs nationaux ou étrangers d’une bourgeoisie vivant de la rente pétrolière, tous liés aux secteurs de l’importation, distribution, du commerce et, parfois, de la production”.

Pas seulement le secteur privé mais aussi : “les fonctionnaires corrompus, militaires, policiers et civils infiltrés dans l’État et qui, par égoïsme, individualisme, se servent de l’État pour mener leurs négoces inavouables”.

Pour Jesús, il s’agit de travailler vers un horizon stratégique : démontrer que le peuple peut diriger l’économie, qu’il en est capable et qu’il est nécessaire d’apprendre pour trouver les moyens. C’est pourquoi il est important “d’obtenir des victoires rapidement, de délégitimer les bénéfices, le marché – pourquoi quelqu’un devrait-il “gagner” ? – livrer la bataille culturelle, sans doute la plus profonde et difficile, faire trembler les fondements d’un système qui modèle encore les désirs et le sens commun de millions de personnes.

Pour tout cela, le « Saco ». Parce que la possibilité d’en finir avec cet héritage – faiblesse qui donne toute sa force à la guerre économique – réside en grande partie dans le peuple. Celui qui a démontré si souvent qu’on peut inventer, s’organiser et faire face aux tentatives – qui ne cesseront pas – de la droite de mettre un terme à cette expérience de liberté, d’action et de renaissance d’un peuple.SACOValJsica-Vivas

Notes :

(1) Lire Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demanderhttp://wp.me/p2ahp2-1J7

(2) Lire (Photos :) Occuper, résister, produirehttp://wp.me/p2ahp2-1UN

Texte : Marco Teruggi. Contact : @Marco_Teruggi. Photos : Orlando Herrera (contact: @landulf4) et Jesica Vivas, militante du Saco.

Source : http://laculturanuestra.com/no-podemos-contra-la-guerra-economica/

Traduction : Thierry Deronne

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Maîtres de la terre et de l’Histoire

Oscar Arria

Jusqu’en 1947, toutes les habitations de la ville étaient en terre. C’est alors, avec la fabrique de ciment venue de Caracas et les premiers parpaings, que fut construit le premier quartier résidentiel. Événement oublié, mais pas pour Jesus Coello « Chucho » qui avait 17 ans, dont 7 passés à apprendre l’art de la construction en terre armée.

Avec le béton armé, c’est tout un discours du « progrès » qui s’est imposé : efficacité, beauté, rapidité. L’usage de la terre est resté associé au passé, à la chaumière pauvre, à l’archaïsme, à ce « lieu qu’il fallait laisser derrière soi ». On a commencé à migrer vers les techniques nouvelles – ciment et acier. L’expansion de la ville a commencé, tandis que les maisons en terre se cantonnaient à la Vieille Ville : moins de torchis, moins d’adobes (briques de terre crue séchée au soleil), moins de de bois, moins d’osier. Mais aussi, moins de maîtres-artisans, et d’apprentis. Et plus de manœuvres, de maçons, plus de conducteurs de travaux, plus d’architectes et d’ingénieurs.

Pour les artisans de la construction en terre, ces changements ont entraîné une perte. Ils durent transformer leur vie, devenir salariés d’entreprises, mal payés, et surtout relégués, méconnus comme porteurs d’un savoir-faire ancien et populaire. Un savoir-faire de fondateurs de cités, partie constitutive de l’identité culturelle de Santa Ana de Coro (capitale de l’État de Falcon), et d’une grande partie du Venezuela.

Dans un pays se fondant sur le béton, le pétrole et l’exclusion, quelle place restait-il à ces personnes ? Quel a été le destin de ces hommes, de ces travailleurs, héritiers d’un savoir transmis de génération en génération, mis en pratique à travers l’effort ?Oscar ArriaDiego Morillo se souvient bien de cette époque. Son père, associé à Chucho, en a été l’un des principaux protagonistes. Lui et son frère ont pris le relais. 26 ans d’expérience dans le domaine de ce qu’il appelle la construction traditionnelle. « On entend bien défendre les droits de tous les maîtres-artisans. Cela n’a pas été facile, tant les gouvernements précédents nous ont humiliés, trompés, exploités. Nous sommes des artisans. Cela implique que l’on doive nous exploiter ? Pas du tout. Nous sommes les héritiers d’un patrimoine ».

Quand il parle de patrimoine, il se réfère à sa maîtrise de la technique de la construction en terre mais aussi à la reconnaissance de ce savoir-faire comme patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, de par la diversité des méthodes de construction et du professionnalisme des maîtres-artisans. (Depuis 1993, l’UNESCO a classé Coro et La Vela de Coro, au Patrimoine mondial de l’humanité).

L’ère du ciment a été celle de la marginalisation et du peu de cas fait à la mention de l’UNESCO. Les lignes ont commencé à bouger avec l’arrivée de Hugo Chavez – puis de Nicolas Maduro – et le financement d’importants chantiers de restauration d’édifices de 400 ans d’âge du Centre Historique de Coro. Toutefois, si les murs et les toits des maisons et des églises avaient bénéficié du changement, il n’en était rien pour leurs bâtisseurs, restés dans l’ombre, confinés à l’anonymat.

Jusqu’en 2010, l’année des pluies torrentielles qui se sont abattues avec une telle force sur le centre de la ville, que les murs et les toits ont été détruits. Des mètres cubes de décombres se sont accumulés, dans et hors des maisons. Un scénario d’urgence sur le plan humain et patrimonial et une crise s’est transformée en opportunité.Oscar Arria

Oscar ArriaTravailler avec la communauté et en collaboration avec les maîtres-artisans fut la première idée qui s’imposa avec une conviction : ils étaient les seuls en mesure d’apporter une réponse stratégique à l’urgence de la situation. C’est pourquoi la directrice de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – Merlin Rodriguez- décida d’entrer en contact avec les 9 Conseils communaux se situant dans les zones à risques, et en relation avec les artisans-bâtisseurs concernés : «Le plus important, c’est qu’ils ont eux-mêmes pris les décisions de s’occuper des édifices qui en avaient besoin, non pas exclusivement pour leur valeur architecturale, mais aussi en fonction de leurs occupants, de la présence d’habitants âgés, de personnes n’ayant que peu de ressources pour réparer leurs maisons. C’est l’Assemblée communale qui pouvait décider, ce fut une grande avancée ».

Tous se consacrèrent à cette priorité sociale, au patrimoine ensuite. Avec les 5 millions de bolivars alloués par le Gouvernement pour remettre en état 37 logements, ils en ont restauré 47. Comment ? Le travail volontaire des maîtres-artisans -ils ont travaillé un an sans être payés – mais aussi l’implication des riverains et des techniciens de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – a fait la différence.

Merlin : « Le discours a commencé à changer. Le patrimoine n’était plus seulement la vitrine, le luxe, mais aussi l’empreinte historique qui te permet de savoir d’où tu es. Mettre en valeur le peuple et ses savoirs. Des voisins sans emploi ont aidé et appris comment on faisait. Surtout, il y a l’organisation sociale qui est restée, le moral qui s’est renforcé. Les gens ont donc appris que le travail en commun est possible. Que pour aboutir, il faut s’organiser. Que cela améliore la vie quotidienne ».

Un pari qui a permis de renforcer les liens entre les maîtres-artisans et les habitants et le respect vis-à-vis du savoir-faire, de l’art et de la technique de la construction en terre. Sans oublier le pari majeur : la création d’une entreprise de Propriété Sociale (EPS) qui regroupe 176 artisans et maîtres-artisans.Oscar ArriaSi quelqu’un demande à Lucas Morillo -le frère de Diego- ce qui est le plus important en ce moment, il répondra clairement : « Pour nous, le plus important, c’est d’être respectés, reconnus, qu’on ne nous exploite plus, qu’on ne nous humilie plus».

Quand on cherche des responsables, la Direction parle de ces entreprises sous contrat de l’État de Falcon, qui sous-traitaient les maîtres-artisans. A bas coût, payés de la main à la main, sans droit à la sécurité sociale, sans aucune protection en cas d’accident. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de fondé l’Entreprise de Production Sociale, pour accéder directement aux chantiers en cours, sans retomber dans l’exploitation de la sous-traitance par le secteur privé.

Mais le gouvernement de Falcon a refusé de passer des accords avec la nouvelle structure créée par les artisans. Il ne considère comme interlocutrices que les entreprises privées, alors que celles-ci ne peuvent construire sans les maîtres-artisans.

Diego : « Pourquoi ? Nous savons bien que nous sommes un caillou dans la chaussure des patrons, des entreprises privées, de tous ceux qui dans l’État de Falcon se sont enrichis sur le dos des artisans ». L’option ciment s’est imposée au détriment de la construction en terre – perçue comme désuette- alors même qu’elle est porteuse d’avenir et non pas un héritage dont on devrait se débarrasser.

De fait, plus aucun logement n’a été conçu à partir de la technique de la terre. Coro et La Vela (ville et port) ont poursuivi leur expansion de béton armé et d’acier, alors que comme l’explique Chucho, une maison conçue de terre armée est achevée en 6 mois/1an, et que ses coûts sont moindres. Aucune n’a été construite jusqu’à présent mais avec la consolidation des liens découlant de la structure ayant vu le jour en 2010, l’option de la terre refait surface. Un Conseil Communal a décidé que les locaux de la future station de radio communautaire, seraient entièrement construits avec cette technique traditionnelle. 

Les maîtres-artisans ont l’âge de la fondation de Coro, la doyenne des cités vénézueliennes. Ce sont eux, qui ont édifié et entretenu chacune des maisons et des églises qui la composent : « l’objectif est de changer le discours: passer de la vision des colonisateurs, à la restitution au peuple de ce qui lui appartient, à travers la Révolution. Voir dans les immeubles, le travail des invisibilisés. Voir cet effort collectif, ces mains d’esclaves innombrables qui ont permis la construction d’une ville ».Oscar Arria

Oscar ArriaTelle est la quête de Merlin. La transmission de la technique de la terre s’est faite sans enrichissement quelconque. Les maître-artisans l’expliquent, Chucho par exemple : « on me dit : ceux qui à l’origine étaient ici pour t’aider, eh bien ces manœuvres, ils en savent aujourd’hui plus que toi. Oui. C’est vrai. C’est pour cela qu’on leur transmet notre savoir, pour qu’au final, ils en sachent plus que toi. C’est cela, un maître-artisan. Si je souhaitais qu’ils en sachent moins que moi, quelle sorte de maître-artisan serais-je ? » Ou Lucas : « être maître-artisan, c’est toute ma vie. C’est tout un savoir à léguer, tout l’amour que je ressens au contact de ces maisons. C’est exactement ce que ressentait mon père. Ces maisons, c’était toute sa vie ».

C’est pourquoi, parallèlement à la restauration de la ville, ils ont centré leurs efforts sur la transmission de leurs savoir-faire respectifs. Ils l’ont fait avec les élèves des écoles de la ville (les équipes patrimoniales de la jeunesse) mais aussi avec des jeunes en difficultés, originaires de divers points du Venezuela. Ils se sont également déplacés en plusieurs endroits. Comme à Cumana (Est du pays), où ils ont participé à la restauration des lieux, tout en intervenant face aux étudiants en architecture de l’Université Bolivarienne du Venezuela.

Ils ont remis sur pied la Casa del Sol (« Maison du Soleil ») au cœur du centre historique. C’est ici qu’ils enseignent l’art de préparer la terre, les blocs. Comment couper le bois (toujours à la lune décroissante). Comment construire la maison de terre traditionnelle. Diego insiste sur point : « c’est comme cela qu’on l’appelle. Pas une baraque».

Les dernières années de travail ont permis de jeter des ponts de savoir-faire : on a profité des restaurations de bâtiments pour y adjoindre du matériel moderne, tel que des manteaux imperméabilisants pour les toitures ou l’injection de béton dans les murs porteurs (45 à 60 centimètres de large). En ce qui concerne les maisons de terre proprement dites, les maîtres-artisans considèrent qu’ «il est tout aussi important d’en assurer l’entretien que de les restaurer ».

« La maison de terre est climatologiques : quand il fait chaud à l’extérieur, il fait frais à l’intérieur; et lorsqu’il fait froid dehors, il fait chaud dedans. Pas besoin de recourir à l’air conditionné et aux ventilateurs. Dans ces lieux de vie, tout est naturel » : Diego regarde ces toits recouverts de tuiles artisanales, les murs larges et hauts, les caresse de la main, comprend ces maisons, leur terre, ceux qui l’ont précédé dans la construction.

C’est pourquoi il est crucial de construire de concert avec les habitants des quartiers et des maisons : pour en prendre soin au quotidien, en comprenant les spécificités de la vie et de l’entretien de murs de plus de 300 ans d’âge. C’est ce qui les a faits maîtres de la glèbe, d’un métier, d’une ville qui il y a moins de 70 ans, tenait debout sans un bloc de béton, où les savoirs populaires s’étaient réunis. D’un métier qui porte en lui le futur : une vision du temps propres aux maîtres-artisans s’oppose aux critères des entreprises privées et d’une conception capitaliste des choses et de la vie.Oscar Arria

Oscar ArriaTexte : Marco Teruggi.  Photos: Oscar Arria

Source : http://laculturanuestra.com/?p=1085

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Une maison en juillet à Caracas

Milangela GaleaC’est dans un bruit confus, “comme ce bruit de chaise renversée sur le tapis ou le murmure noyé d’une conversation” que fut occupée la maison du conte connu de Julio Cortázar. Depuis ce jour, le frère et la soeur qui habitaient la maison cédèrent peu à peu l’espace, entre la peur de ce qu’on ne voit pas et l’indifférence face à l’inconnu.

Il y a des manières très opposées d’occuper des maisons. L’une d’elles nous a menés à convertir une maison en terre collective de création artistique.

De quoi s’agit-il ? Plusieurs artistes qui partageaient le quotidien d’un même espace dans le secteur populaire de La Pastora (Caracas) devaient déménager et pour marquer cette fin de cycle ont décidé de transformer la maison en galerie d’un jour, pour montrer à la communauté que toute création peut être itinérante.Milangela Galea

“Cette expo offre les résultats d’un projet qui lie l’espace de vie en commun à la création collective et qui en même temps l’ouvre au public, tant pour montrer des œuvres que pour initier des processus de formation et récupérer des espaces dans les quartiers” explique Joseph Villamizar du collectif Antimantuanxs.

En une semaine ils ont rassemblé vingt créateurs pour monter des expositions de photographie, de peinture, de gastronomie, d’artisanat, de littérature, des installations, du vidéo-art, sur les murs, sur les toits, sur les sols.

C’est la première expérience de cette sorte pour la plate-forme Urbano Aborigen, un collectif qui travaille depuis trois ans dans diverses disciplines artistiques et qui se veut une organisation itinérante, révolutionnaire et latino-américaine.Milangela Galea

“Parmi nous il y a des compagnons et des compagnes qui savent travailler, planifier, s’organiser. Nous venons des Andes, de Maracay, de Los Teques, de Barquisimeto, de Caracas. Quand nous nous sommes réunis nous avons voulu récupérer notre héritage bâillonné, récupérer notre mémoire. Nous avons commencé à travailler l’art corporel à partir de l’esthétique aborigène, des pétroglyphes mais à mesure que le groupe a mûri nous nous sommes transformés en réseau de réseaux interdisciplinaires” raconte Marijó.

Avec la maison-galerie on tente de casser les paramètres traditionnels des musées, les distances entre communautés et espaces d’exposition formels ou académiques. Casser, aussi, cette tradition de mettre le travail artistique dans un espace blanc avec un éclairage spécifique.Milangela Galea

Ce qu’on recherche, pour le dire avec Marijó, c’est “faire de notre foyer un lieu de création. Se rapprocher des collectifs et des voisins. Que les biens culturels s’exposent principalement dans les lieux où ils naissent, dans ce cas das le quartier lui-même, le lieu qui a été mis à la marge dans sa relation avec l’art, comme si, d’ici, nous n’avions pas la possibilité de créer, de nous penser !”.

Et à quoi peut aboutir l’action d’une journée? A ce grain de folie de créer un précédent là où on n’a jamais assumé qu’on pouvait le faire, à la signification symbolique de ce qu’une maison fermée et silencieuse en face de laquelle nous sommes passés durant des années puisse faire palpiter de musique une impasse endormie, la possibilité de vivre une expérience créative, ne fût-ce qu’un jour, qui nous rapproche d’un art qui nous plaît, et que nous ressentons profondément parce qu’il est notre identité.

Et pourquoi une maison partagée et pas une maison réservée aux expositions d’art ? “Parce qu’on nous a habitués à entrer en relation en maintenant les distances, avec cette idée de “la maison d’autrui”, dans l’ignorance de comment vivent nos voisin(e)s. Nous voulons briser ces paradigmes, nous regarder depuis l’intimité, de toi à toi”. Ouvrir la maison, donc, pour la visite du voisin mécanicien, de la compagne muraliste, des enfants qui veulent se peindre le visage. Alors la maison paraît s’étendre, embrasser la rue, jusqu’à l’arrêt du bus.

Cortázar le disait, dans le conte mentionné au début : quand la porte fut ouverte, “on se rendit compte que la maison était très grande”.casa tomada fotos

Texte : Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Photos: Milangela Galea

Source : La Cultura Nuestra, http://laculturanuestra.com/?p=1110

Traduction : T.D.

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Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au Venezuela

Après 40 ans de critique de médias passés sous contrôle de grands actionnaires privés ou imprégnés de logique commerciale, à quoi bon perdre encore le temps à tirer sur les “pianistes” – journalistes qui se déchainent contre un référendum en Grèce ou transforment en “dictatures” des démocraties d’Amérique Latine ? La solution n’est-elle pas plutôt de démocratiser la propriété des médias ? Après Tatuy TV, Lara TVe, nous poursuivons avec Canal Z notre enquête sur l’appropriation populaire de la communication au Venezuela. Expérience difficile… mais unique au monde.BANNER CANAL Z

Q – Comment est né Canal Z ?

R – Canal Z voit le jour en 2000. Ce fut au départ une revue née de la volonté de certains quartiers de populariser les expériences dans le domaine culturel. Ce sont les habitants du quartier Rafael Urdaneta de Maracaibo qui en sont les initiateurs et qui avaient également mis sur pied un réseau de distribution de l’eau. L’aide, elle est venue de professeurs, et d’étudiants (universités), de militants expérimentés. En 2000, la publication s’intitulait Letra Zurda. C’est de là que vient le  »Z », qui identifie désormais cette station de télévision.

Sur le plan juridique, Canal Z existe depuis 2002, à la d’une rencontre organisée par des animateurs de médias communautaires, les camarades de Catia Tve. C’est à cette occasion, qu’enthousiasmés par cette expérience, les futurs fondateurs de Canal Z ont pris la décision. Aucune télévision communautaire n’émettait depuis Maracaïbo. À l’origine, on avait prévu de l’implanter dans le secteur ouest de la ville. Bien que cette partie concentre le plus grand nombre de quartiers, c’est aussi celle qui est la moins bien lotie. Donc en 2002, peu après le coup d’État contre Chavez co-organisé par les médias privés, que le projet prend corps, et qu’en mars de la même année, la station de télévision est légalisée. C’est à partir de la tenue de vidéos-débats, que la station a commencé à capter l’attention des gens dont nous espérions qu’ils nous rejoignent, et qu’ils participent à l’initiative. Ce sont ceux-là même, qui donneront corps à cette structure organique, de type horizontal, composeront les équipes de production audio-visuelle communautaires, en charge de l’organisation -dans tous les quartiers- des vidéos-rencontres. On y collectera ainsi, tout ce qui relève de l’histoire locale; des questions locales, etc. En cette période de coup d’État, on s’est appuyés là-dessus, pour montrer ainsi, toutes les choses que les médias privés taisaient. Les manipulations allaient bon train, tant et plus. On a donc décidé de relayer les luttes en cours. Et on a rallié beaucoup de gens à notre projet.canalz-0085 canal z

Q.- Vous avez une expérience télévisuelle, hors du cadre communautaire ?

R – Sur le plan professionnel ?

Q – Vous avez été contacté par d’autres stations non communautaires ? Vous en avez visité les locaux ?

R: Oui. Des stations qui relèvent du secteur public. Je pense à Vive TV, avec laquelle les contacts ont été étroits durant toutes ces années de travail. Il y a aussi Catatumbo TV qui est proche de la mouvance privée. Avec eux, on a monté quelques coproductions,etc. Dans tous les cas, notre vision des choses et la leur, sont compatibles.

Q – Qu’est-ce qui différencie entre eux les secteurs communautaire, public et commercial ?

R – En connaissance de cause, nous pensons que les moyens de production sont entre les mains des grandes entreprises de diffusion audio-visuelle. Leur position dominante dans les domaines technique, en audience et sur le terrain technologique, leur permet de contrôler ce qui relève de la culture populaire, jusques et y compris les secteurs de la consommation et de la vente. Sans oublier les manœuvres visant à influer sur ce que l’on dit, ce que l’on pense, sur les conduites à suivre, et la mode.hqdefault

On a décidé de construire quelque chose, le plus éloigné possible de ce système. On est bien conscients du fait qu’une station de télévision privée sert avant tout les intérêts de ceux qui la possèdent, des patrons d’entreprises qui la financent, et de certains acteurs de la scène politique. Et les intérêts en question peuvent se situer aussi hors des frontières de notre pays.

Il faudrait aller vers plus de démocratisation : en finir avec cette idée dépassée selon laquelle les médias seraient le domaine réservé des journalistes ou des experts. Pourquoi auraient-ils plus de qualités pour s’exprimer qu’un habitant de quartier ou qu’une association ? Celui qui a quelque chose à dire, peut le dire et il a tous les outils à sa disposition pour le faire. Tout cela donne de la crédibilité au message. C’est ce qui nous distingue des stations de télévision privées et publiques où il y aura toujours l’obligation de préserver ou de promouvoir quelque chose. Dans notre cas, notre souci principal consiste à ce que les choses se voient et se disent. Ce qui influe sur d’autres éléments : ce qui est montré, et comment c’est montré. En effet, le modèle esthétique dominant (NDLR: au Venezuela, les médias privés font, en 2015, 80% d’audience) exige que ceux qui apparaissent à l’écran obéissent à certaines caractéristiques physiques (blanc(he), blond(e), etc.. Sans oublier la forme commerciale à respecter. Nous rejetons ce travestissement de la réalité. Ce qui ne signifie pas que les choses à voir, soient laides ou mal faites. Il faut tout simplement coller à la réalité et laisser de côté toutes ces formes de camouflage et ces apparences que l’on nous habitue à voir à la télévision. La réalité, toujours différente, génère une forme différente.

Sur le plan technique, les stations de télévision communautaires sont sérieusement handicapées, du fait de leur dépendance technologique (NDLR : au Venezuela l’économie est à 80% aux mains du secteur privé). On est en effet obligés d’importer pratiquement tout ce dont nous avons besoin. Du câble au transmetteur. Mais aussi aux caméras. Toutes ces choses. Quand du matériel se dégrade, les pièces de rechange sont difficiles à obtenir. C’est coûteux. Le système économique dominant au Venezuela reste privé, lié au rentisme pétrolier : il est plus facile d’importer pour les privés que de produire chez nous. Par conséquent, les pratiques spéculatives sur ces équipements atteignent des proportions énormes.

cz2Sans l’aide de l’État, il y a des technologies qui seraient inabordables pour nous, les télévisions communautaires. On ne pourrait pas les acheter, tant elles sont coûteuses. Non seulement il faut les renouveler fréquemment, mais elles demandent aussi, un gros effort de maintenance. Sinon, on est rattrapé par l’obsolescence des matériels. En plus de la dépendance technique, on rencontre également des difficultés à avancer sur le thème de l’autonomie financière. Nous sommes en train de rechercher les moyens nous le permettant, sans recourir au sponsoring ou à l’appui de l’État. Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas, nous ne ferons appel à la publicité ou à des choses de ce genre.

Q – Vous bénéficiez de subventions ? Est-ce l’État vous paient pour réaliser des programmes ?

R: Non. Tout d’abord, on ne vend pas nos espaces. On ne procède pas comme ça. Si quelqu’un souhaite réaliser un programme, aborder une question quelconque, la première chose à faire, c’est de s’organiser, et de se former, de s’approprier les outils permettant de mener à bien le programme prévu. On ne vend pas nos espaces. On n’en tire pas profit, tout comme l’État ne nous rémunère pas. Je l’ai déjà dit. En tant que médias communautaires, nous sommes profondément engagés dans le processus révolutionnaire pour une raison simple : la démocratisation de la politique. Mais nous ne sommes pas  »gouvernementaux », au sens où l’État nous entretiendrait. Nous ne sommes pas dans ce schéma. Le nôtre, c’est être partie prenante d’un processus en voie de consolidation.

Ceci dit, la question de l’auto-suffisance, est l’une des plus difficiles auxquelles nous sommes confrontés. Comment procéder pour surmonter cette dépendance vis-à-vis de l’État ? Cette dépendance économique et financière ? Il faut dire qu’on ne reçoit pas d’argent pour que la station de télévision existe en tant que telle. On peut recevoir un paiement à travers la diffusion de messages d’intérêt général. C’est précisément ce terrain que nous explorons à Canal Z. Je pense notamment aux projets de formation qui nous permettent d’assurer l’auto-suffisance de notre structure. Il y a aussi le thème de la participation, dont on perçoit quelques signes d’essoufflement. Je crois que c’est inhérent au processus cyclique que vit la révolution dans cette étape. Cela a poussé quelques compagnons à se détacher de ce type d’investissement. Au final, deux éléments se détachent en terme de difficulté : la dépendance sur le plan technologique et la dépendance économique.

Q – Quelles solutions pourrait-on apporter à tout cela ?

R: Continuer à inventer. Nous tentons de trouver la bonne formule qui nous permettrait de résoudre les problèmes des volets économique et technologique. La nationalisation de la production serait une solution.

Q – Et sur l’articulation organisation populaire/télévision communautaire ?

R: Il faut renforcer ces deux mouvements : aller vers les membres de la communauté, et sur ce que nous faisons. Mais il serait souhaitable que les membres de la communauté aillent également à nous. Car ce projet, ce n’est pas seulement celui de Keila, de Kenia, de Roxalide. C’est un projet qui appartient à tous. Nous sommes ce que notre slogan exprime bien :  »la fenêtre populaire ». Donc, celui qui le veut, il vient. L’idée, c’est qu’il y ait le moins de dépendance possible par exemple s’il y a un transport disponible ou non pour aller jusqu’à Canal Z. L’idée, c’est de montrer les processus en cours, les luttes.

R – Moi, j’étais présente à l’inauguration de Canal Z. J’étais jeune. J’en étais également, lorsqu’il était question du programme Barrio Adentro (NDLR: programme de santé gratuite installé dans les quartiers populaires) et des luttes que nous avons menées et gagnées. Canal Z nous a aidés.

Q – Pourquoi le lien avec Canal Z ne s’est-il pas renforcé?

R – Parce qu’on a perdu la liaison avec Canal Z.

Q – Tu aimerais participer ?

R – Évidemment ! On continue à voir nos têtes quand Canal Z nous apporte son soutien.

Q – Sous quel angle vois-tu l’expérience de Canal Z ?

R – C’est une expérience d’autant plus merveilleuse que j’étais là, à ses balbutiements. Cela faisait un bout de temps que je n’étais pas revenue ici. Le studio est vraiment bien. Il s’est beaucoup agrandi.

Q – Tu as conscience que c’est moins à Canal Z d’aller vers la communauté que l’inverse ?

R: Oui. En tant que communauté, nous nous devons d’investir Canal Z, parce que c’est l’unique média de ce genre. Et il nous apporte son soutien. Alors que les autres médias ne le font pas.

Q – Qu’en est-il de ta participation ? Ici même, au sein de cette communauté ? Quel est ton nom ?

R: Bonjour. Mon nom, c’est Édith Pirela. Je suis coordinatrice de quartier des Comités pour la Santé du programme Barrio Adentro. Pour répondre plus précisément, je voudrais dire d’abord que je suis fière de tout ce qui compose Barrio Adentro Santé. On avait affaire à de nombreuses communautés qui ne bénéficiaient d’aucun soutien en la matière. Il y avait des gens qui ne savaient même pas qu’existaient des moyens pouvant sauver des vies. Qui leur donne cette qualité de vie, dont nous avons besoin en tant qu’êtres humains. Personne ne nous tendait la main, à l’exception de Hugo Chavez. C’est lui qui nous a ouvert les yeux. Nous le répétons souvent. Nous sommes des êtres humains. On n’attend pas que l’on nous réponde :  »Oh les pauvres ! ». Nous choisissons la lutte. Un groupe de personnes issues des communautés et des quartiers s’est lancé dans Barrio Adentro. Quelques collaboratrices, des mères de famille en fait. Et ces femmes au foyer comme on les appelait avant, eh bien ces femmes au foyer se sont rassemblées, et ont répondu à cet appel du président :  »j’ai besoin de vous ». Aujourd’hui nous poursuivons la lutte.

Q – Et ton lien avec l’expérience de Canal Z ?

R – La persévérance nous a fait défaut. On n’a pas suffisamment appuyé Canal Z dans son travail. Parce qu’être présent en permanence, c’est difficile. Les membres de l’équipe en avaient conscience, et ils s’en sont préoccupés. Après l’inauguration, on aurait dû les assister, leur apporter notre appui. Dans ce domaine, on n’a pas été à la hauteur. On doit remédier à cela, c’est ce qui explique ma présence ici. Comme vous l’avez dit : ce n’est pas à Canal Z d’aller vers nous en permanence.

R – Bonjour. Je m’appelle Doris del Carmen Ortiz Baez. Je travaille en tant qu’éducatrice de santé au dispensaire El Membrillo, Quartier Francisco Eugenio Bustamente. Je me félicite de l’existence de Canal Z, parce qu’on n’a pas besoin de maquiller la réalité. On n’a pas besoin d’être des professionnels de la télé. On n’exige pas ce qui l’est dans le secteur privé. Du genre, si tu n’es pas un député, si tu ne sais pas t’exprimer correctement, si tu n’es pas ceci ou cela, on te dénie le droit de mettre les pieds dans la station. On te refuse l’entrée. Les médias communautaires, ils sont solidaires. Par conséquent, c’est bien que ce lien existe. Cela doit continuer. C’est l’existence même du canal qui en définit la mission. Pourquoi ? parce qu’il va vers les communautés et s’adresse à la personne qu’il faut. De la base. Il s’adresse à ceux qui savent comment naît une Mission.

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Photo prise durant cet entretien

R – Mon nom, c’est Morelia Herrera. Cela fait à peu près 3 ans que je suis partie prenante du collectif Canal Z. Appréhender la télévision communautaire comme un outil, ce n’est pas une fin en soi. Tout comme ne doit pas l’être le fait d’assumer des responsabilités au sein de la station, et de garder pour soi, les connaissances acquises. Il faut au contraire, être un élément démultiplicateur, et participer ainsi à la consolidation d’autres collectifs. Il est nécessaire d’assumer cette démarche et son caractère révolutionnaire bien compris. Ce n’est pas le fait d’entrer en relation avec des collectifs pourvus d’une station de télévision communautaire, qui prime. Ce qui compte, c’est le lien que l’on noue, la liaison que l’on établit avec toutes les expériences en cours. On peut partir d’expériences personnelles, et mettre en place une relation étroite avec d’autres.

Q – Comment la télévision communautaire, peut-elle aider à la construction du pouvoir citoyen ?

R – Si l’on part de ce qui vient d’être dit, c’est-à-dire du lien à établir, il faut dans un premier temps comprendre la situation. On devient complémentaires, à partir de la mise en visibilité des actions en cours. Y compris celles dont on s’occupe. Il ne s’agit pas seulement de l’action engagée par les télévisions communautaires. Cela englobe aussi les batailles d’autres collectifs, dont on relaie l’action soit par le biais des programmes de télévision ou de toutes autres formes de médias populaires. Par exemple, la radio. L’objectif : populariser et rendre visibles toutes ces initiatives. De cela, nous en sortons toujours plus forts. Plus solides. Cela provient de l’assimilation des expériences propres à d’autres collectifs. Y compris ceux qui n’ont pas à leur disposition un média communautaire. Quel sont les buts à atteindre ? où nous situons-nous par rapport aux autres ? Quelle est la nature de l’aide à envisager ? En tout état de cause, la leçon à tirer de tout cela, est la suivante : c’est avec le collectif que l’on peut avancer. Dans le contexte actuel, je crois que c’est l’une des plus grandes expériences dont on puisse faire mention en ce moment.

Q – Tu nous donnes ton avis sur le contenu de la programmation ?

R: L’un des aspects les plus séduisants, c’est la volonté toujours affichée, d’être présents, là où l’on se doit de l’être : aux côtés des luttes populaires. Comme Kelly le disait tout à l’heure, quand on fait la comparaison avec les médias privés, on parle beaucoup de professionnalisme, et on travestit la réalité. En ma qualité d’auteur-compositrice, j’ai expérimenté concrètement ce lien. C’est pour toute ces raisons que j’ai souhaité faire partie de cette expérience. Parce que d’une certaine manière, je connais le caractère monstrueux du secteur privé dans ce domaine. Je sais comment on formate un chanteur. Ce n’est pas le talent, ni le message ou le contenu du répertoire qui priment mais la dimension commerciale qui domine. A rebours, ici quelqu’un peut s’exprimer librement à travers la chanson. C’est mon cas. Voilà un autre thème susceptible d’étoffer les champs d’un média communautaire. Dans ce cas, c’est le message qui importe. Et le message principal qui transparaît à travers les batailles menées, mais aussi à partir du moment où tu franchis les portes de la station se résume en ces mots : solidarité, respect des principes, honnêteté.

Canal Z sur Youtube: https://www.youtube.com/channel/UC1szr01op1-mexsm8h70_jQ  

Entretien réalisé à Maracaïbo par Iris Castillo et Gladys Castillo, membres de la télévision communautaire Catia Tve (Ouest de Caracas)

Traduction : Jean-Marc del Percio

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