Teaser de “Commune”, nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne de TERRA TV

“Commune”, qui sort en janvier 2019, est un nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne produit par TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE).

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour la transformer aujourd’hui en ¨dictature de Maduro¨.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

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Assemblée populaire, maquette du quartier… Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera au son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir.  On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours.  »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction.¨

Et de citer Julio García Espinoza: ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

« Commune » de Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera, production Terra TV, sortie le 20 janvier 2019. Pour acquérir le DVD en sous-titres français, on peut écrire à partir de cette date à Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

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Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

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(Photos): au Vénézuéla, la commune, force politique du peuple pour le peuple

Par Jonas Boussifet, envoyé spécial à Caracas

Un coucher de soleil dans le barrio, une lampe dans une école, une lumière de tungstène dans la rue… Au cours des trois dernières semaines, en accompagnant une des équipes de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma, j’ai pu participer aux réunions de la Comuna de Lidice. Les comunas – communes – sont dans le processus de la Révolution Bolivarienne des canaux par lesquels les habitants tentent de s’approprier la politique en faisant prévaloir leurs problèmes journaliers : coupure d’eau dans les quartiers, la sécurité dans les barrios, fourniture scolaire, alimentation mais aussi en partageant leurs peurs et leurs solutions pour endiguer les tracas quotidiens provoqués par le blocus économique de la « communauté internationale » comme disent les journalistes, à savoir le tandem grinçant des Etats-Unis et de l’Europe.

C’est ainsi que chaque semaine une réunion populaire est convoquée par sa trentaine de membres ou par d’autres habitants observateurs dans des endroits différents du « barrio ». Cette méthode a comme effet de permettre à l’ensemble de la population de suivre ces assemblées communales et ne pas se restreindre aux habitants qui ont les « moyens »1 d’y participer, de se faire entendre et de trouver des solutions.

Des difficultés !

Il est vrai qu’après une journée de travail il n’est pas aisé de se concentrer pendant trois heures. Crissement des pneus de motos, pleurs des enfants fatigués, longues marches par des collines interminables, chaleur. Mais l’assemblée ranime les esprits. « Miren los huecos en la calle ! (Regardez les trous de cette rue) » lance une jeune dame, « la ultima vez en la noche me cai (la dernière fois je suis tombée un soir) » répond une autre… « Voici le moment d’en parler tous ensemble et de réparer ça » propose un autre », et le tour de parole commence et les propositions pleuvent comme les mangues sur les toits.

Des résultats…

Il y a trois semaines une caraqueña prend la parole. Nous sommes au lendemain d’une nuit agitée, les vents ont giflé les tôles des maisons. Son toit a résisté à la tempête mais l’arbre qui abritait sa maison s’est déraciné et s’est couché sur les toits des deux maisons voisines. « Que puis-je faire, j’ai téléphoné maintes et maintes fois aux autorités et elles se relancent la balle entre elles pour savoir qui est la plus compétente pour déplacer l’arbre et restaurer les toits de ses voisins. Je suis fatiguée, je perds l’espoir de trouver de l’aide et surtout je n’ai pas assez d’argent pour réparer les dommages causé par mon arbre ». La Comuna se concerte et lui propose de se charger d’appeler les administrations dès le lendemain. Tour à tour les membres de la Comuna téléphonent, se renseignent, se déplacent parmi les administrations, plusieurs jours passent mais rien n’y fait, l’arbre est toujours couché sur les toits. Mais la Comuna à d’autres réserves : quelques communards armés de leurs forces, de leurs volontés, de leur solidarité et de quelques machettes vont s’en occuper… L’arbre est maintenant coupé et les toits vont être réparés.

Une bougie dans une école, une lumière de tungstène dans la rue, et dans la nuit la chaleur d’un processus démocratique participatif.

J. B. Caracas, 18 juillet 2018

1 Moyens physiques, financiers, de temps

 

Photos prises par Jesus Reyes et Jonas Boussifet lors de la réunion de la Commune et du tournage organisé par l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma, de Théâtre et de Télévision, Altos de Lidice, Caracas, 17 juillet 2018.

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Sur les hauts de Lidice, à Caracas, la commune ou rien…

12 juillet 2018

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.35.38 p.m.Au milieu d’une très dure conjoncture économique et des conséquences de la guerre menée depuis plusieurs années contre les classes populaires du Venezuela, l’organisation populaire se réveille. Une deuxième révolution s’amorce-t-elle ? Un signe d’espoir apparaît à Caracas, réputée plus difficile en termes d’organisation : les habitant(e)s décident d’élire une commune pour travailler de manière collective. « Seul le peuple peut sauver le peuple » ?

Par Malu RENGIFO @malurengifo/ photos: Enrique Hernandez.

Haut, très haut, sur les hauteurs de Lidice, un ensemble de communautés agissaient jusqu’ici séparément, chacune de leur côté et selon leurs moyens. Les habitants de La Orchida travaillaient à résoudre leurs propres problèmes, ceux de La Vaquera, les leurs et ceux de El Bosque également, etc. Ce fut un désastre, en fin de compte on n’aboutit pas à grand-chose. Sept conseils communaux se battaient chacun pour ses affaires : l’eau -mais rien n’a été fait à part le petit escalier bleu menant à la maison de Jacintica – ou la hausse des tarifs du transport alors que l’arrêt se trouve toujours à l’angle de l’épicerie – de là jusque sur les hauteurs, les autres s’en occuperont – , ou le nettoyage du ruisseau – mais chacun son territoire, et au bout du compte, ça ne sert à rien puisque le ruisseau commence tout là-haut et suit son cours jusqu’en-bas, et si quelques uns le nettoient à un endroit mais qu’il est mal entretenu à un autre, à qui servira-t-il ?

Au milieu d’une telle confusion, les communautés qui vivent sur les Hauts de Lidice se sont rappelé les élections de 2015, bâclées et mal gérées par les institutions -car il faut bien reconnaître que cela fut le cas- et elles se sont regardées les unes les autres en constatant le résultat : nous avons perdu l’Assemblée Nationale. « Que nous est-il arrivé? Ta faute ?, chaviste de merde, tu étais trop paresseux pour aller voter ? etc…

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.40 p.m.

Ces jours-ci un jeune homme nommé Jésus Garcia, avec un important groupe de compagnons, a consacré son temps à faire un travail d’organisation à El Polvorin, sa communauté d’origine, mais diverses circonstances l’ont rapproché des Hauts de Lidice. Une relation forte s’est nouée entre les activités menées là et celles de Jesus sur le plan de l’organisation populaire. Jésus est resté là et a commencé à se mobiliser aux côtés des habitants, à la recherche de l’idéal chaviste: la Commune.

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.53 p.m.

Photo : Le travail a également consisté à parcourir l’ensemble de la communauté pour relever les problèmes particuliers de chaque foyer.

 

Malu Rengifo – Je dois admettre que je m’attendais à trouver, en arrivant à cet endroit, un petit panneau indiquant « Vous arrivez à la Commune de …. », à voir définies les limites de la Commune, à voir des gens de la Commune en train de travailler, à voir où se terminait la Commune, à la rencontrer, à la soupeser, à l’évaluer et de venir leur raconter une histoire du genre « visite de parc thématique », mais ça n’a pas été le cas. Les choses se sont passées de la manière suivante.

Où est située la Commune ?

Jesus Garcia – Nous voici dans la Commune. Tout ce que nous voyons en fait partie, elle commence tout là-haut et s’étend jusqu’aux secteurs qui se trouvent là en bas, nous indique-t-on en désignant presque le ciel, puis le flanc de la montagne jusqu’à sa base quelques kilomètres plus bas au niveau de l’Avenue Sucre de Catia. Nous pouvons maintenant affirmer que nous sommes devenus la Commune Urbaine Socialiste Altos de Lidice. Nous sommes le produit de l’union de sept conseils communaux qui convergent ici, avec ses huit CLAP, son club du 3ème âge, un total de plus de 1 305 familles comptant 3 506 habitants environ, selon un recensement effectué il y a un peu plus d’un an.

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.58 p.m.

Photo : surmonter la situation est plus compliqué qu’il n’y paraît. La discussion constante des problèmes est essentielle.

Comment s’est déroulé le processus de sa mise en place ?

Ecoute, la décision de son organisation a surgi de la nécessité de résoudre les problèmes du quartier non de manière sectorisée ou temporaire, mais durablement et pour tous. C’est extrêmement difficile, comme ça l’a aussi été de nous organiser en tant que commune, mais rien ne pourra être résolu si nous restons chacun dans notre coin. Le processus a été très instructif, car le temps passait et aucune méthodologie d’organisation ne fonctionnait. Nous n’avons pas adopté la méthodologie du Ministère des Communes pour nous guider, nous avons commencé par nous organiser en conseils communaux et décidé de nous réunir pour réfléchir à des solutions, à penser la Commune.

Au début, personne ne comprenait de quoi nous parlions, de sorte que nous avons dû inventer nos propres méthodes ; nous avons commencé par discuter et il s’est trouvé que les gens ont été séduits, non pas par l’idée de Commune, mais par celle de compagnon, de voisin, de la manière dont celui d’à côté envisageait les problèmes, comment il en parlait et quelles solutions possibles il envisageait ; une sorte d’intérêt s’est progressivement porté sur de la question de l’organisation. A un moment donné, nous avons commencé à rédiger la charte fondatrice, à organiser des élections et une consultation afin de savoir si les membres, ou la majorité des membres des conseils communaux voulaient réaliser la Commune ; et bien qu’il y eut des réticences, bien que beaucoup de pessimistes pensaient que l’apathie ou le refus des gens nous feraient reculer devant ce projet, le résultat a été surprenant : plus de 90% de votes positifs. Il y a eu quelques chose comme 9 votes contre et 300 en faveur de la Commune.

La décision de nous organiser a été prise il y a environ six mois, et la Commune elle-même a été fondée légalement il y a un mois. C’est un processus qui avance très progressivement car il est très difficile de faire venir les institutions jusqu’ici pour régler un problème ou s’enquérir de nos besoins. C’est à nous de nous déplacer pour donner des informations sur une situation donnée, solliciter une aide, c’est pourquoi tout ce que nous avons réussi à faire l’a été par la seule volonté des habitants. Pour obtenir ces réussites, je peux t’affirmer que nous n’avons pas cessé de lutter. Nous avons d’abord identifier les problématiques : la pauvreté, la malnutrition, la situation difficile des petits exploitants, de graves problèmes d’eau et de transport ; et en fonction de ces données, nous avons réussi à faire venir la Directrice des Communes de Caracas, Mary Carmen Moreno, afin de l’informer de la situation, lui faire part des solutions que nous avions envisagées, les engagements que nous étions prêts à prendre afin d’être nous-mêmes partie prenante des solutions proposées et du soutien que nous demandions au ministère pour ce qui est des fonds et de tout ce qui serait nécessaire pour atteindre notre objectif.

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Que va-t-il résulter de cette expérience ?

Ce qui m’a surpris dans tout cela, vois-tu, c’est le fait que cette Commune soit apparue juste au moment où il était impensable que les gens veuillent s’organiser en commune. Malgré les difficultés environnantes, qui faisant sans doute penser aux gens « chacun pour soi », j’ai senti qu’ici les gens se disaient : « Comment « chacun pour soi », jeune homme? Ici, nous allons nous organiser car personne d’autre ne viendra régler nos problèmes ». Tu peux constater qu’ici les voisins s’organisent effectivement, et nous avons lancé des initiatives pour aller apporter nous-mêmes notre soutien à d’autres familles en difficulté, c’est comme ça. La chose remarquable dans cette Commune a été le fait que dans un moment difficile pour tout le monde, où il était dur de trouver de la nourriture pour les familles, des gens qui en disposaient en ont donné pour sauver les autres.

Quels problèmes ont été prioritaires ?

La santé et la pauvreté sont passées en premier. Maintenant, nous sommes en train de voir comment faire pour le transport et l’eau, mais je peux t’assurer que c’est grâce à aux habitants eux-mêmes, qui ont occupé les lieux et les ont entretenus, en les peignant et en les gardant en bon état, que nous avons pu obtenir qu’on nous dote de brancards, de matériel, etc. qui nous ont permis d’installer deux dispensaires médicaux dans la communauté. Nous avons aussi pris une initiative que nous avons appelée « sac magique » : il s’agit d’un sac de jouets et d’aliments que nous avons donné à des enfants qui se trouvaient dans les pires situations. Une fois, nous avons fait une rumba (fête) là-bas, et nous ne savions que demander pour l’entrée ; il nous est venu à l’idée que ce pourrait être un jouet, un vêtement ou quelque chose à manger ; nous pensions que personne n’allait venir. Nous nous sommes trompés : nous avons réussi à emplir deux grands sacs de jouets et d’autres choses pour les gosses de la communauté.

Quelle est l’activité économique de la Commune ?

Ici, tu trouves des cordonniers, des fabricants d’uniformes, de costumes de bain. Il y a quatre hectares de terrains exploités et les produits qui en sont tirés sont distribués par l’intermédiaire des CLAP de la Commune. Il y a des gens qui font de tout afin de satisfaire, en premier lieu, les besoins de la Commune. La création d’une boulangerie est en cours ! Voilà ce que nous sommes en train de faire.

Source : http://epaleccs.info/wp-content/uploads/2018/07/REVISTA-ÉPALE-CCS-N285.pdf

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Venezuela, on sème dans le ¨hors-champ¨ médiatique

Au Venezuela, les habitants des quartiers populaires répondent à la guerre économique en autogérant des écoles de semences et en nettoyant des parcelles de terre pour développer l’agriculture urbaine. Dans les années qui viennent Terra Tv ira à la rencontre de cette majorité sociale rejetée dans le ¨hors-champ » médiatique…

Joignez-vous au 57 donateurs qui soutiennent déjà Terra TV, la télé faite par les paysans, il reste 40 jours pour atteindre notre objectif ! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Habitants populaires au Venezuela: des gens qui ne cherchent pas qu’un toit

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Par: Jessica Dos Santos

Cet après-midi du 27 février, il y a 29 ans, la ville brûlait sous les braises du Caracazo, mais aujourd’hui elle est recouverte d’un inhabituel froid intense, ce qui n’a pas empêché les gens de se mobiliser pour accompagner le Président lors du dépôt de sa candidature à la réélection.

C’est de là que revenait Iraida, portant une veste noire et des tennis marron qui semblaient bien fragiles pour une pareille marche. Elle prit une chaise en plastique et s’assit à mon côté : « Moi j’aime marcher » m’a-t-elle déclaré, tout en ôtant un peu ses chaussures.

Nous nous trouvions au Campement des Pionniers “Combattants de ma Patrie”, à l’intersection de Miguelacho et Tracabordo, à La Candelaria, où autrefois il y avait d’ordinaire un stationnement dont subsistent encore les postes de surveillance. Autour de nous, des jeunes s’affairent à réparer une moto sur le point de rendre l’âme.

Ici personne ne nous aimait, et on se faisait huer, mais aujourd’hui ils nous acceptent et nous, on aide les gens à faire leurs courses, on leur monte les bouteilles de gaz, nous organisons des ventes de poisson, nous essayons de leur faire voir que nous n’allons pas apporter d’insécurité,” me dit Iraida, tandis que deux gamins jouent au basket et que des jeunes-filles interrompent la confection d’une banderole, pour préparer du café.

Iraida fait partie du Movimiento Pobladores y Pobladoras de Venezuela (Le mouvement des occupants et occupantes du Venezuela), un regroupement né en 2002, qui rassemble les Comités des Terres Urbaines, les Travailleuses de l’Habitat (Residenciales), le  Movimiento de Inquilinos Mouvement des locataires, les Campements de Pionniers, parmi d’autres. Tous avec un même objectif : le droit à un logement (et un habitat) digne.

Un droit difficile à conquérir quand on se trouve dans le pays le plus urbanisé de l’hémisphère (le Venezuela) où près de 90% de la population vit dans des villes et 60% dans des quartiers auto-construits, sans sécurité juridique sur le terrain qu’ils occupent et, souvent, dans des conditions de grande vulnérabilité.

Ma situation en matière de logement, avant de me marier, était « normale » ; c’est-à-dire que je vivais chez mes parents, un espace très modeste, au Quartier 5 de Julio, à Petare ; je me suis mariée en 92 et nous avons alors loué une toute petite maison dans le secteur de La Capilla ; après quoi ça n’a été que des allées et venues, j’ai dû déménager tous les 2 ou 4 ans » se souvient-elle. Elle a aussi vécu dans l’Impasse Urdaneta, rue Guaicaipuro, etc…, toujours à l’intérieur du même quartier. De tous ces logements, elle a dû partir contrainte et forcée, tout comme elle apprit à ses dépens les différentes modalités d’expulsion qui peuvent coexister dans ce système.

Je faisais un travail social , mais, en plus, mon frère était entré dans les rangs du parti Bandera Roja, et moi je finis par être une sorte d’alliée, celle qui a des tâches spécifiques ; mais ils rasaient les maisons, quelques-unes des camarades finirent en prison, et cela en quelque sorte me barra dans le quartier, c’est-à-dire que les gens éprouvèrent une certaine peur à me fréquenter”, me raconte-t-elle.

Cependant Chavez devint président et des choses commencèrent à changer.

“Le décret 1666, sur les Comités de Terres Urbaines est promulgué.  Avant, tous les quartiers déshérités étaient considérés comme zones vertes, mais Chavez nous donna ce décret, cette reconnaissance, titres de propriété, travaux d’amélioration, à partir de cela je me suis totalement engagée dans les rangs chavistes”.

C’est alors que je me suis souvenue de la communication de l’une des dernières feuilles de route de Chavez que je devais couvrir : à côté de l’emblématique « mur » de Petare. Cependant c’est un autre jour que se remémora Iraida, lorsque le Commandant alla remettre des titres de propriété de terrains à La Vega et qu’elle entra dans une colère noire :

J’étais contrariée car ils ne prenaient en compte que ce secteur, alors nous avons bloqué une rue et nous avons protesté. Mais est arrivée María Cristina Iglesias et elle nous a envoyés au bureau technique national, j’y suis allée, j’ai réclamé et ils m’ont offert du travail. La femme m’a dit : si tu ne veux pas que cela continue, eh bien, viens et organise-toi ”.

Alors Iraida s’est intégrée. “Et puis après avoir remis de très nombreux titres de propriété, c’est moi qui ai été délogée. Et sais-tu pourquoi ? En tant que chaviste, cela s‘est passé pendant la tentative de coup d’Etat contre Chavez ”.

En effet, Iraida a déménagé, mais pour une autre maison du même quartier: “J’avais la facilité de tout connaître, d’être dans les comités, de les avoir recensés (…)mais, après les premières barricades de rue, quelque chose a changé, c’était un quartier uni, avec une forte opposition, certains très très proches de la droite, cependant il y avait du respect, jusqu’à ce que commencent à surgir des situations d’insécurité bien mystérieuses ”.

Le regard d’Iraida se perd dans le fond du campement où l’on aperçoit des tables organoponiques en construction. “L’angoisse est arrivée, la terreur, beaucoup croyaient qu’il s’agissait d’une lutte pour un secteur de drogue, mais non, ceux qui s’incorporent au travail, qui respectent les gamins, s’occupent des autres, commencèrent à être assassinés, ils nous enlevèrent notre protection et le niveau d’insécurité a augmenté (…) ils se mirent à tuer les gens qui vivaient autour de moi, ils mirent le feu au troisième étage de ma maison, jusqu’à ce que quelqu’un me dise ; tu ne crois pas que tu devrais partir ?”

Moi je ne comprenais pas encore ce que tout cela avait à voir avec le mouvement, avec le droit au logement, jusqu’à ce qu’elle décrète : “C’est le niveau d’expulsion le plus révoltant qui existe, parce que, s’ils essaient de te déloger par une augmentation de loyer, bon, tu te mets à te battre ou tu cherches une solution, mais si l’on t’expulse en te disant « tu t’en vas ou on te tue» , c’est différent, c’est comme si tous les matins quand tu te lèves on te braquait un pistolet contre la tempe. Ils voulaient que je m’en aille de chez moi et du quartier.

Iraida éclate en sanglots, je ne sais pas bien que faire, il y a quelques minutes à peine nous étions des inconnues l’une pour l’autre , mais, soudain, à travers son récit, nous devenions une même personne, je tendis ma main et ne parvins qu’à susurrer un timide: “allez, ça va aller”. Mais elle insista:

En plus c’est une forme d’expulsion que les gens ne voient pas, ne remarquent pas car personne ne porte plainte, contre qui vas-t-u porter plainte ? On te vole ta nuit (…) On a vécu une guerre et nous n’en avons pas eu conscience (…) Moi, parfois j’y retourne, quand le quartier est tranquille, je suis contente de les voir, ils sont contents de me voir, mais il y a des endroits où je n’ai pu retourner, trop de souvenirs, je te parle de plus de dix personnes tuées d’un coup ”.

C’est ainsi qu’Iraida finit par être délogée de Petare. Elle se trouve aujourd’hui dans une commune proche, mais dans une autre ambiance : “Je suis allée temporairement dans un campement, à Chacao, une belle communauté, avec des gens unis malgré les différences, cependant là aussi il y avait des embrouilles à tout instant, car les flics de Chacao intervenaient etc,,, mais moi je me sentais protégée parce que tout le monde défendait l’espace, ici nous savons que personne n’est seul ”.

Mais dans le quartier ils sont plus nombreux ”, insisté-je. “Oui, mais dans le quartier ils sèment la terreur et nous isolent, au point que parfois les gens ne sortent même pas voir ce qui est arrivé, lorsqu’ils ont tué mon ex beau-père à Petare, d’une balle dans la tête, j’ai demandé de l’aide aux gens et personne ne voulait aider, il n’a pas été facile de trouver une voiture pour l’emmener à l’hôpital”.

Iraida me dit qu’au “Campamento de Pioneros 22 de enero” elle a eu un hébergement de solidarité, cependant ce n’est pas là qu’elle fixera ses racines. “C’est transitoire, eux ne vivent pas encore par désir d’aboutir, mais ils font leurs gardes, c’est un espace dédié (…) j’ai compris là que le logement c’est un détail, le plus important est ce qui se cache derrière : les gens ne cherchent pas un toit, ils cherchent leur sécurité ”.

C’est alors que l’alarme d’une voiture voisine se déclencha et, tandis que des gens cherchaient à l’éteindre, j’en profitai pour boire la dernière gorgée de café, pour sourire devant la présence d’une poule dans une espèce de « cage » confectionnée avec des caisses du CLAP, et lâcher ma dernière pointe d’amertume : tu as bien conscience que cela ne suffit pas pour résoudre la question?

Ce n’est ni avec les deux millions de logements déjà livrés ni avec la Grande Mission, que l’on résoudra tout le problème, mais ici et là on obtient quelque chose, tu sais quoi ?L’espérance (…)Nous les pionniers nous nous battons pour vivre en commun et nous ne nous rendons pas

Tu es sûre? “Moi, avec les Comités des Terres, j’allais empêcher des expulsions, nous nous heurtions avec la police mais ils ne nous délogeaient pas, nous sommes une plateforme, nous nous appuyons, et nous recommençons comme au début parce qu’ici bien que l’expulsion par la force soit interdite, des gens continuent d’être délogés et le négoce immobilier s’est renforcé parallèlement à la crise”.

Au Venezuela, comme dans le reste du monde capitaliste, le logement et la ville sont un produit coûteux interdit à la grande majorité. Mais, le Mouvement des Occupants et des Occupantes croit en la possibilité d’inverser cette “logique”.

Source : http://desafioconstituyente.com.ve/pobladores-una-gente-no-busca-4-paredes/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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« J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. » (BBC Monde)

Par Alicia Hernández, envoyée spéciale pour BBC Monde, Caracas.

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Les femmes de la commune Rogelio Castillo Gamarra sont prêtes à voter pour Nicolás Maduro. Ce dimanche et pour toujours.

Malgré la crise, malgré les problèmes, Nicolás Maduro peut compter sur plusieurs millions de personnes prêtes à le réélire dimanche à la présidence du Venezuela. 

Bien qu’il existe un pourcentage élevé de rejet, un noyau dur d’environ 4-5 millions de votants reste fidèle au leader politique du chavisme, une option politique qui pourrait atteindre les 20 ans de gouvernement avec Nicolas Maduro. Ses partisans l’appuient soit par des convictions politiques, soit par leurs expériences personnelles, soit parce qu’il ne trouvent pas de meilleure alternative ou par loyauté envers Hugo Chávez.

Cela fait de Maduro le favori d’une élection sans ses principaux rivaux, qui sont emprisonnés ou inhabilités (pour l’organisation de violences meurtrières ou des cas de corruption, NdT), et où l’opposition appelle à ne pas voter parce qu’elle considère que le processus est frauduleux.

Dans la commune Rogelio Castillo Gamarra, qui se trouve à Petare, considéré comme le plus grand quartier populaire d’Amérique latine, à l’est de Caracas, les opinions divergent.

En entrant, sur un grand mur à gauche, un portrait peint de la guérilla disparue regarde une affiche de propagande avec Chavez et Maduro en face. À l’intérieur de la commune, des affiches des campagnes passées, avec les deux présidents, et des photos de Che Guevara, Fidel et Raúl Castro ou une afiche de Simón Bolívar.

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La commune est responsable de la distribution des boîtes alimentaires vendues par le gouvernement à un prix subventionné.

Obilia Madrid est du comité exécutif de la commune, une forme autogérée d’organisation communautaire promue par Chávez. Sa chemise, avec un grand M tricolore, ne laisse pas de doute sur son choix : « Je vais voter pour Maduro, c’est l’héritage de Hugo Rafael Chávez Frías », dit-il.

« Par conviction »

La première fois qu’elle a voté, elle avait 26 ans, en 1998, quand Chávez a concouru pour la première fois. « Sous la ¨quatrième¨ (République – c’est ainsi que le chavisme appelle la période avant la victoire de Chávez), je n’avais jamais voté et je vais te dire : ¨je suis toujours là, debout, par conviction bien que je n’ai rien reçu, pas de maison, rien, mais c’est grâce à ce processus que nous (les pauvres) avons vu la réalité du pays.  »

Elle parle des missions, des programmes sociaux promus par le chavisme et y voit l’héritage, « ce que Chávez nous a laissé pour diriger notre destin« . « Et tout ça n’est pas pour acheter un vote, mais pensé en fonction des nécessités des gens », dit-elle, en rejetant ceux qui expliquent le soutien du chavisme par le favoritisme.

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La figure d’Hugo Chávez est toujours très présente et favorise Nicolás Maduro.

Elle fait elle-même partie de l’une des missions, ¨Barrio Adentro¨, qui apporte des soins de santé primaires aux zones les plus pauvres du pays. Dans la commune, il y a plusieurs salles consacrées à cela, dont la principale, un cabinet dentaire.

« Lors de la catastrophe naturelle et du glissement de terrain de Vargas (1999) les médecins cubains sont venus ici pour nous aider et on a demandé des volontaires à Petare. Je suis infirmière auxiliaire et j’ai collaboré pour aider les gens. » A partir de ce moment, elle s’est liée au chavisme à travers le travail avec la communauté. « J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. »

La « guerre économique »

Elle reconnaît qu’avant il y avait de tout et que maintenant les médicaments ne sont pas disponibles. « La contrebande les revend. Le président a démantelé les hangars où ils avaient accaparé des médicaments. La guerre économique et sociale, est très forte. Maduro a fait tout ce qu’il pu, mais il y a beaucoup de sabotage interne ».

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On estime qu’il y a environ 5 millions d’électeurs du noyau dur du chavisme qui votent toujours pour Nicolás Maduro comme ils l’ont fait pour Hugo Chávez. 

Obilia souscrit à l’argument avancé par le gouvernement Maduro pour expliquer l’hyperinflation et les pénuries. Dans cette communauté le travail social se fait avec les voisins et on distribue les boîtes des CLAP (comités locaux d’approvisionnement et de production), une sélection de produits alimentaires que le gouvernement vend à un prix subventionné.

Santiaga Aponte est en charge de l’organisation de la distribution des 22 740 caisses chaque fois qu’elles arrivent, avec une régularité -non constante- d’une fois par mois. Malgré la qualité médiocre de certains produits, ils apportent un soulagement face au prix élevé de la nourriture pratiqué par le secteur privé, qui affirme le faire en raison de l’hyperinflation.

Pour Aponte, il y a un avant et après la soi-disant révolution bolivarienne. « Nous n’étions pas pris en compte du tout. Nous étions ¨les pauvres¨. Aujourd’hui, nous avons une participation active à la société. Chavez nous a fait voir beaucoup de choses et nous a réveillés. Et je vais voter pour Maduro parce que nous voulons continuer la révolution à travers lui. »

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Dans une élection avantageuse et boycottée par une partie de l’opposition, Nicolás Maduro pourrait être réélu. Meeting du 17 mai, Caracas.

Interrogée sur les pénuries actuelles de nourriture et de médicaments, elle explique : « Maintenant, ce que nous avons est une guerre économique et l’empire (les Etats-Unis) ne nous laisse pas acheter, ne nous laisse pas importer des biens ou nous approvisionner ».

« Le combat est un mode de vie »

La commune est surtout portée par des femmes, mais plusieurs hommes participent aux activités quotidiennes.

Palmiro Vidal, 68 ans, leur apporte son soutien en tant que conseiller politique, volontairement. Il faisait partie des Forces Armées de Libération Nationale, la guérilla vénézuélienne, et a été emprisonné pendant plusieurs années. En plus d’être un révolutionnaire, c’est une encyclopédie ouverte qui peut discourir d’économie, de littérature ou de Queen, son groupe de rock préféré.

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L’anti-impérialisme est l’un des thèmes du gouvernement socialiste du Venezuela et de ses sympathisants.

« Le combat est un mode de vie. Et maintenant, après le 20 (mai), nous devons nous battre, parce que ce qui est à venir est une sacrée bataille. L’opposition n’existe plus en tant que telle, c’est le Département d’État des États-Unis qui veut prendre le contrôle. » « Il y a tout un mouvement mondial qui nous agresse. Je vote contre l’impérialisme américain et européen. Je vote contre la dollarisation« , dit-il.

José González se définit comme un muraliste, un artisan, un pêcheur et un agriculteur. Il fait partie du mouvement culturel de la commune. Son premier vote est également allé à Chávez en 1998. Il avait 23 ans. « Quelque chose m’a poussé à voter pour lui, je l’ai fait avec mon coeur, je l’ai senti avec la vérité et la révolution. » Aujourd’hui il va voter pour Maduro parce qu’il croit que c’est la seule alternative: « Il n’y a pas d’autre gouvernement ici qui puisse être à la hauteur« .

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Malgré le mécontentement de beaucoup, il y en a d’autres qui ne voient pas la crise comme une raison de changer de gouvernement.

Mais aussi pour quelque chose dans laquelle il croit fermement: « Pour maintenir l’éducation, pour qu’elle reste publique, la lutte est pour les plus pauvres« . Il nous confie qu’il connaît de nombreux révolutionnaires qui ne voteront pas dimanche ou qui voteront contre le gouvernement. Il reconnaît que son vote n’est pas un chèque en blanc. « Nous allons donner un vote de confiance. Si cela ne fonctionne pas, ça s’arrêtera là. Je suis plein d’espoir, mais si la situation ne s’améliore pas, les gens descendront dans les rues. Je vais voter pour Maduro parce qu’il a donné sa parole que ça ira mieux, et s’il sait ce que tenir sa parole signifie, il la tiendra.  »

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-44149261

Traduction : Thierry Deronne

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Erika Farías, nouvelle mairesse de Caracas: « pour faire la ville que nous voulons, la clef est de rendre le pouvoir au peuple »

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En 450 ans de l’histoire de Caracas, c’est la première femme à la tête du gouvernement municipal, et elle assure qu’en tant que caribéenne elle ne reste pas un instant sans inventer quelque chose. Comme toute femme elle est passionnée, volontariste, comme disait le commandant Chávez lorsqu’il parlait de cette audace des femmes, aussi nourrit-elle beaucoup de projets et de rêves pour notre ville. Voilà pourquoi l’organisation populaire sera pour elle une priorité dans sa tâche à la tête de la Mairie de Caracas.

« Sa première obligation en tant que mairesse ? » : s’attaquer aux problèmes que les gens souhaitent voir affrontés par n’importe quel maire : les ordures, l’eau, la circulation et les services. Sa principale préoccupation ce sont les jeunes, cible de l’hyper-consumérisme de la culture capitaliste – elle voit son propre reflet dans leur révolte. Elle dit qu’elle a été et qu’elle reste une rebelle. Elle mise sur la sauvegarde de la Caracas solidaire, pleine d’espoir. La Caracas où les histoires se transmettent par les contes des aïeux, où d’un rien naît une rumba, une fête sans fin, une blague impertinente, la conversation sans fin, pour le plaisir, où prévaudra la culture de paix, propre à un révolutionnaire.

Erika est une femme directe, sans détours, qui va droit au but. Elle aime la vérité, le travail quand il a du sens. Elle aime s’impliquer dans des causes et convaincre les autres. Elle fait confiance au peuple, voilà pourquoi elle s’est fixé le tâche de lui restituer son pouvoir originaire, constituant. Avec ses 24 scrutins en 18 ans de révolution, le Venezuela est sans doute une des démocraties représentatives les plus vivantes au monde, mais elle est plus que cela : une volonté et un besoin de développer la démocratie participative. Ce samedi 6 janvier, des citoyens ont entamé dans tout le pays la discussion pour apporter des idées en fonction du programme de gouvernement 2019-2015 et fortifier une révolution féministe, écosocialiste et communale.

— De votre point de vue féministe, que pensez-vous apporter à Caracas ?

— Sans doute y a-t-il des choses très concrètes auxquelles la population aspire et qu’elle attend d’un maire. On peut philosopher, être créatif, innover, il n’y a pas de limites, mais, au départ, les ordures doivent être ramassées, les trous rebouchés, les rues éclairées. Tout passe par la nécessité de résoudre le principal problème qu’a Caracas : le manque de coordination entre nous qui y vivons et nous qui y gouvernons, qu’il s’agisse de la mairie, du pouvoir populaire ou du ministère. Nous n’avons pas atteint un degré de coordination qui permette de faire de Caracas le lieu auquel aspire le président Maduro ou le peuple. C’est en ce sens que nous les femmes avons une forte potentialité, car de tous temps, en raison des responsabilités qui nous ont été attribuées, nous avons eu la mission de mettre de l’ordre, plus que les hommes ne le font. Et cela a à voir avec les pratiques historiquement assumées : l’agriculture, la répartition des choses dans les lieux que nous habitons, la famille. Tout cela te donne de l’expérience. Quand la coordination manque, on perd beaucoup de temps et d’effort. Par ailleurs, les femmes, nous sommes très dynamiques, inventives. Voilà pourquoi Chávez nous disait «hyper-engagées». Moi je suis ainsi. Dans le monde des hommes on ne discute pas beaucoup, on impose beaucoup, tandis que dans le monde des femmes, le dialogue est toujours présent. Le débat, la discussion, la réflexion sont toujours présents, cela nous plaît et c’est une valeur qu’il faut sauver. Nous, les femmes en général, nous ne restons pas immobiles, nous sommes toujours en train d’inventer une nouveauté et comment ne pas inventer à Caracas, une ville jeune, diverse, qui bouge, un peu chaotique, hystérique, bipolaire. Comment ne pas inventer dans une Caracas pareille ! dans une ville marquée par le passage quotidien de plus d’un million de personnes qui viennent pour la visiter ou parce qu’ils y travaillent ou qu’ils y étudient ou simplement qui passent par plaisir. Alors, en plus de nous qui vivons ici, et nous sommes près de 4 millions, tout cela fait que Caracas a besoin de beaucoup d’inventivité, de créativité, de flexibilité et de beaucoup de force. Et autre chose encore : nous les femmes sommes têtues. Ce que nous disons, nous le faisons, avec de la formation, avec de l’organisation et avec de la planification.

— Quelles sont les tâches prioritaires à prendre en compte et comment aborder ces problèmes stratégiques de la ville ?

— En premier lieu, il y a la question économique, en insistant sur l’approvisionnement, non seulement des aliments, mais c’est le principal. En deuxième lieu, les services publics (ordures, transport, circulation, eau potable) et en troisième, l’organisation communale. Ce sont les trois grandes priorités parmi les six défis que nous nous sommes lancés sur le plan du gouvernement.

Le mode d’organisation va nous permettre de rendre au peuple son pouvoir d’origine. Il n’y a pas un seul problème qui puisse se résoudre sans la participation populaire. Par exemple le ramassage des ordures. On pourra avoir les meilleures équipes et la meilleure technologie, mais si l’on ne parvient pas à faire comprendre que c’est une question de culture, il y aura toujours des ordures. La solution se joue à moyen terme avec la participation principale de la population. Pour les denrées alimentaires, c’est la même chose. Le CLAP (comité local d’approvisionnement et de production) est une mesure de guerre qui nous a permis, à Caracas, de secourir près de 805000 familles. L’appareil économique qui est au service de la bourgeoisie, de l’empire, a miné tout le système d’investissement et le processus de production, distribution et commercialisation, mais également le modèle de consommation. Les gens font la queue pour acheter des choses qui peuvent être remplacées dans le régime alimentaire de base. En situation de guerre il nous faut nous tourner vers d’autres choses, sinon, le degré de dépendance augmente dans le désir angoissé d’obtenir ce qu’on ne peut avoir. Malheureusement la culture de la consommation s’est imposée et c’est pour cela que la bataille doit être menée dans le domaine économique avec tous les secteurs de la population, afin de changer de modèle de consommation. On ne peut voir triompher un processus révolutionnaire sans un peuple organisé, sans un sujet historique conscient, mobilisé, organisé. Voilà pourquoi je crois fermement que seul le peuple sauve le peuple. Toutes les secondes de ma vie que je passerai à la tête de cette institution, je les mettrai au service de l’organisation populaire. C’est pour moi une priorité.

— Comment rendre son pouvoir au peuple ?

— Rendre son pouvoir au peuple signifie lui faire comprendre qu’il fait partie du problème car il est le demandeur. Il ne peut demander et attendre que la solution vienne. Il doit faire partie du processus de la solution. Il doit réclamer, car ce sont ses droits : l’eau, l’alimentation, la culture, le loisir, et cela grâce à la Révolution. Les droits, il nous faut les protéger et les construire.

Si en plus, on fait entrer ce peuple dans ce processus de planification et de réalisation des solutions, alors il fait preuve de ses capacités. Cet instant-là devra marquer la fin des vieilles institutions car le peuple exercera pleinement son pouvoir et il y aura des institutions qui n’auront plus de raison d’être – elle dit cela avec un sourire convaincu. Mais cela est un processus, il ne faut pas l’imposer à coup de matraque. D’où la nécessité du débat, de l’organisation, de la réflexion, parce que le pays est un, le projet aussi. Au milieu de tout ceci il faut protéger la Patrie comme une force unique ainsi que notre projet révolutionnaire, car c’est lui qui nous permet de faire ceci, c’est pourquoi une extrême responsabilité s’impose. L’un des grands défis que doit relever notre révolution est donc d’obtenir que le peuple soit l’acteur principal. Si le peuple se sent habilité, s’il est conscient que c’est son heure, qu’il a un rôle historique, personne ne peut l’abattre. Lorsque nous parlons d’une Caracas Communale c’est le peuple qui en est le sujet central, qui reconnaît son moment historique, qui reconnaît sa diversité, ses luttes et son identité ; dans cette conscience, en opposition au système hégémonique, il doit nécessairement, non seulement créer les bases d’un nouveau modèle mais aussi développer toute sa potentialité dans cette entreprise.

— Comment faire un gouvernement communal ?

— Notre Révolution a créé de nombreux mécanismes aptes à rendre le pouvoir au peuple, comme par exemple la Municipalité, le Conseil Fédéral de gouvernement, le Conseil des ministres, et le Président lui-même, lequel a la faculté de valider des ressources extraordinaires pour des projets en particulier. Mais il y a aussi l’autogestion. Nous ne devons pas laisser perdre les efforts fournis. Notre peuple a garanti un ensemble de conditions qui lui permettent d’être partie prenante de la solution de certains problèmes autrefois inexistants. Écoute, ma mère a passé toute sa vie à construire une maison, pour nous, pour ses enfants. Quand enfin elle a fini, nous étions déjà partis. Quand je passe par le tunnel de La Planicie je vois toujours la maison, mais nous n’y sommes plus. Mais maintenant il en est autrement, une famille a la possibilité de bâtir sa maison, parce qu’il y a un gouvernement qui garantit cela, elle a un emploi, il y a un système de missions et chacun peut prendre part à la solution de son problème. Voilà les concepts qu’il faut se réapproprier : l’autogestion, la coresponsabilité, les devoirs partagés. L’Etat a des devoirs, mais la communauté aussi. C’est l’un des débats que nous allons avoir en leur temps et à leur rythme, mais je suis sûre que nous allons avancer suffisamment, car c’est un travail à moyen et long terme. Il ne faut pas désespérer sur ce point, zéro angoisse. Nous les révolutionnaires nous savons quoi faire et ce qu’il faut faire, c’est s’occuper, sans angoisser. Les choses ne vont pas se résoudre du jour au lendemain, ou par magie, -souligne-t-elle simplement, insufflant ce calme nécessaire auquel elle fait référence.

— Quelle est votre stratégie pour le thème de la sécurité en ville ?

—La sécurité se ressent quand un ensemble de thèmes est résolu. La Municipalité a une police administrative, cependant nous avons notre responsabilité sur l’insécurité, qui est résultat et non cause. Nous avons la responsabilité de l’existence d’un bon aménagement, des normes de vie en commun, du loisir, de la culture et du sport pour éviter l’insécurité. Lorsqu’il y a des cas d’insécurité, il y a des mécanismes que l’Etat utilise, et en ce sens notre Révolution a une stratégie que sont les « secteurs de paix» où sont intégrées à l’organisation populaire des activités récréatives, sportives et culturelles pour le contrôle de la criminalité. Il faut souligner qu’ont été importées à Caracas des pratiques criminelles étrangères à notre culture et qui portent atteinte à la normalité de quelques communautés. Je m’engagerai dans ces équipes pour continuer à garantir l’éradication de cette conduite criminelle introduite par des groupes étrangers à notre culture et totalement démobilisés. Il y a à Caracas 11 « secteurs de paix » et nous allons les soutenir aux côtés de la Police Nationale Bolivarienne et des corps d’intelligence, de police de proximité pour continuer la bataille contre le crime.

— Comment la Mairie stimulera-t-elle l’Economie Productive ?

— Il y a une grande expectative avec le Conseil Economique de Caracas. Nous avons une forte potentialité dans le secteur du textile, des services, de la chaussure et dans l’alimentaire, non seulement en agriculture urbaine mais aussi sur la conservation et la transformation des aliments, tout comme dans le Tourisme. En ce sens nous pensons travailler conjointement avec l’état de Vargas, avec lequel nous partageons le parc naturel Waraira Repano et le bord de mer. Caracas a de magnifiques sites pour connaître l’histoire, toutes ces activités bien faites et planifiées peuvent s’avérer une source significative de revenus pour la ville. De plus –ajoute-t-elle- le vénézuélien est plus productif qu’hier, nous ne sommes pas un peuple de mous, d’ignorants, de paresseux. Si tel était le cas, aucune des luttes qui au long de plus de 500 ans ont été conduites pour conquérir la liberté et pour libérer cinq nations sud-américaines et davantage, n’aurait été menée ; c’est là l’œuvre d’un peuple vaillant, travailleur, d’un peuple qui pense, cultivé et intelligent. Pour que le Venezuela soit une puissance économique, son territoire et son peuple doivent être forts. Caracas a ces possibilités, il y a une voie, un plan unifié.

— Quelle est selon vous la principale potentialité de Caracas ?

— Caracas a une grande potentialité du point de vue des structures organisationnelles que la Révolution a construites, qui sont nombreuses et très diverses. Et grâce à elles nous créons des liens, nous intégrons quiconque aime Caracas et la Patrie. Nous allons y inviter toute personne qui voudra faire de Caracas un espace aimable où nous pourrons nous sentir chez nous, où nous pourrons développer nos propres capacités, afin de construire une Caracas sûre, productive, où la culture, les loisirs et le sport nous aideront à édifier cette culture nouvelle, ce sens commun qu’il nous faut bâtir dans le cadre du socialisme.

— Quels projets avez-vous pour poursuivre la récupération des espaces publics ?

—Jorge Rodríguez, le maire qui m’a précédée, a fait beaucoup pour notre ville et l’effort réalisé dans ce sens a été réellement extraordinaire. Cependant, le travail n’est pas encore terminé car cela requiert une programmation propre à chacun des espaces récupérés afin qu’ils soient en utilisation permanente. Un terrain de sport par exemple, peut avoir beaucoup d’usages, pour des aînés qui s’entraînent, pour des enfants qui s’initient à l’activité sportive, pour des évènements culturels, des réunions de la communauté, des débats… Ces espaces doivent être constamment utilisables, et, naturellement, il faut impliquer la communauté dans leur utilisation. Caracas est une ville universitaire, par exemple, et les jeunes gens de la Unearte pourraient exprimer leurs talents, animer des ateliers, dans un partage avec la communauté. Telle est la vraie « Culture Au Cœur ». Mettre dans ces espaces toute cette potentialité qui existe dans nos universités et parmi nous. Est-ce que vous imaginez –dit-elle le visage souriant- dans l’un ou l’autre de ces espaces nos grands -pères et grand- mères en train de raconter notre histoire. Il faut retrouver la culture orale.

Elle marque une pause et décide de nous raconter une anecdote : « Ma grand-mère Luisa était une indienne Karina, extraordinaire, forte et elle me racontait toujours ses histoires sous le manguier, et je ne vous dis pas tout ce qu’elle me racontait » -ajoute-t-elle tout en lançant un grand éclat de rire complice. – Les vénézuéliens nous sommes des conteurs, nous aimons raconter nos histoires. Ces choses se sont perdues, dans la précipitation de la ville capitaliste, de l’hyperconsommation, de ce machin – elle prend le téléphone portable et plonge les yeux sur l’écran, comme pour envoyer un message- nous avons perdu la véritable Caracas.

— Et quelle est la véritable Caracas à laquelle vous faites référence ?

—Cette Caracas qui, quand elle se lève, a le souci de l’autre, la Caracas solidaire. Cette Caracas elle est là, en attente. Elle n’est pas morte. L’hyperconsommation, la culture capitaliste de l’individualisme nous a fabriqué une société qui nous fait courir tout le temps comme hébétés et il faut combattre cela, car parfois c’est par plaisir, or personne ne peut vivre ainsi pressé en permanence, à ces niveaux d’angoisse qui font que les gens tombent malades et qu’ils veuillent même se battre avec tout le monde. Cela ne permet pas de voir la véritable Caracas, celle qui se retrouve un dimanche et fait une soupe collective. Cette Caracas où d’un rien naît une rumba, une fête, un mauvais tour, un joli boniment. Il faut retrouver cela, voilà la culture de la Paix.

— Quelle est votre plus grande préoccupation?

— La jeunesse. Une des choses qui me préoccupent beaucoup c’est cette tendance destructrice que l’empire nord-américain et la bourgeoisie veulent inoculer chez nos jeunes, avec comme devise « consomme à en mourir ». La jeunesse est une saine préoccupation, non pour les juger mais pour les accompagner car j’ai été jeune moi aussi et j’ai été très révoltée, je suis très reconnaissante à ma famille de ne pas m’avoir laissée seule dans ma période de plus grande révolte. Et avec le reguetón, tous ces hits commerciaux érotiques, et la petite fille qui tombe enceinte, surgit le thème de la sexualité, propre aux jeunes, car aujourd’hui ils sont initiés de plus en plus tôt. Il y a des gens qui ont peur de ce sujet, mais moi, non, rien n’est plus naturel, sans elle l’humanité n’existerait pas. Mais si l’on écoute les chansons c’est presque un retour à l’animalité … qu’est-ce que cela ?… où est passé l’amour, le fait de tomber amoureux ? – demande-t-elle, se plaignant des paroles des chansons de reguetón.- Nous cessons d’être des animaux et redevenons des êtres humains lorsque nous commençons à apprécier chez l’autre la beauté, la capacité à développer le meilleur de moi-même en l’autre, mais il convient au capitalisme que cela se perde. Nous devons dire comme le poète : Il faut lutter pour la joie, pour la beauté, pour l’amour, nous ne pouvons déboucher sur une société de barbares. Nous ne pouvons pas accuser les jeunes, il ne faut pas les laisser seuls – insiste-t-elle, sinon la culture antagonique les avale. C’est pour moi une grande préoccupation car notre pays est jeune. Et cette jeunesse est le futur. Chez nos ancêtres s’occuper des enfants est une affaire collective, cela ne concerne pas que papa et maman, la communauté doit les soutenir et les accompagner et moi, c’est en cela que je crois. Voilà pourquoi c’est mon souci et pour cela on me verra parmi les jeunes.

— Quel est le défi spécifique?

— Nous devons valoriser notre idéologie, nos contenus, notre identité, parce que, parfois, nous ne faisons que reproduire ce qui est étranger, qui nous asservit. Nous devons retrouver et reconstruire notre esthétique … Notre commandant disait que l’homme de la révolution doit être beau, cultivé, soigné, personne de référence, exemplaire. La Révolution est la plus belle chose du monde. Nous devons continuer à fouiller pour retrouver cette Caracas profonde, ce Venezuela profond, qui est capable de faire ce qu’il a fait le dimanche des élections. Au milieu d’une guerre comme celle que nous connaissons, où l’on croirait qu’il n’y a aucun motif pour nous faire bouger, qu’il n’y a rien ni personne à soutenir car nous sommes dans un conflit permanent, la saleté, le ticket de bus, la monnaie … tout un problème et la file en prime, pour s’approvisionner… au milieu d’un machin chaotique … et malgré tout cela le peuple a dit oui, mais c’est la Révolution et non le capitalisme qui va résoudre cela … peut-être n’a-t-elle pas tous les arguments, mais notre peuple sait qu’ils sont en train d’attaquer tout ce que Chavez a fait, afin d’enfoncer Nicolás Maduro… Ce qu’eux ne savent pas c’est que, nous les chavistes, nous sommes têtus et avons de la mémoire. Je suis militante, missionnaire de cette unité extraordinaire qu’il faut nouer sans cesse entre notre direction et notre peuple indissociable, pour l’unité, pour la détermination, pour l’adéquation, pour les enjeux, pour les défis. Nicolás est présent, un homme du peuple, courageux. C’est la plus belle qualité qu’a notre peuple, ils n’ont pas pu nous abattre et ne le pourront pas, ils ne vont pas pouvoir. Je le dis avec ma conviction de femme révolutionnaire, ici il n’y a pas de lâches et personne ne va se rendre.

Dans mon vieux San Juan

Erika est née dans le quartier Los Eucaliptos et jusqu’à quelque temps de là, elle vivait à Capuchinos, deux endroits de la paroisse San Juan. Pour elle, parcourir les rues de Caracas est un plaisir auquel, actuellement, elle s’adonne peu en raison de ses responsabilités politiques. « Je m’en allais de San Juan jusqu’à la Place des Musées, aller et retour à pied. A n’importe quelle heure, et j’étais la personne la plus heureuse du monde. Et cela me manque beaucoup». Le parc naturel Waraira Repano est l’un de ses lieux préférés, non seulement parce qu’il enserre Caracas, mais aussi parce qu’elle le connaît en long et en large car elle y monte depuis l’âge de trois ans quand, avec sa mère, elle allait voir son oncle qui était garde forestier. “Des 5 frères et sœurs, l’aînée et moi- même, gardons ce lien avec Waraira. Je connais presque toutes ses montées et j’y suis restée souvent, en différents moments : joyeux, tristes, méditatifs. Je choisis toujours la montagne. »

Sa façon de se distraire est de voir des films, des séries ainsi que la lecture. Elle dit qu’elle adore les enquêtes policières. Sur la musique, elle nous a dit que ses goûts sont variés, mais lorsque nous lui avons demandé si elle incluait les jukebox elle a éclaté de rire et nous raconta cette anecdote : « J’étais alors ministre des Communes, il était tard, j’étais fatiguée, mais avant d’arriver chez moi, à Capuchinos, je voulais me vider un peu la tête et je suis entrée dans un troquet immonde, tout près. J’hésitai à entrer, mais je me persuadai qu’à cette heure-là personne ne me verrait, alors je suis entrée et j’ai vu qu’il y avait un jukebox, je me suis installée, car il n’y avait presque personne, pour écouter Toña La Negra, la Lupe, Felipe Pirela, Javier Solís… à partir de ce jour, chaque fois que je le pouvais, j’allais faire le vide un petit moment pour « déconnecter un brin ». Sur un ton mélancolique elle se souvient du café Rajatabla. «  Il n’y a pas à Caracas un endroit comme celui-là, il faudrait qu’on rouvre ce bar ! ».

Biographie

La nouvelle mairesse de la Municipalité Libertador de Caracas a été élue le 30 juillet comme députée à l’assemblée constituante pour le District-Capitale. Le 22 septembre le chef de l’Etat l’a désignée comme ministre du Pouvoir Populaire auprès du Bureau de la Présidence de la République. Elle a aussi occupé les portefeuilles ministériels de l’Agriculture Urbaine, celui des Communes et Mouvements Sociaux et a été élue gouverneure de l’état de Cojedes, un mandat exercé de 2012 à 2016. La militante du PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela) a fait des études de Philosophie à l’UCV et à l’Université Pédagogique Expérimentale Libertador. Elle a été la directrice nationale du Front Francisco de Miranda, organisation politique de la jeunesse vénézuélienne spécialisée dans le travail social. “J’ai commencé à travailler avec le commandant Chávez comme assistante civile. Dans cet espace intime on pouvait percevoir sa qualité humaine, sa capacité à comprendre les personnes et les choses. L’une de ses qualités qui m’a beaucoup marquée ce fut son authenticité, Chávez était ce qu’on voyait, il n’était pas autre chose, affectueux et très juste. Avec Chávez nous avons appris la nécessité de l’étude. « Un cadre révolutionnaire doit être constamment en train d’étudier, il ne peut être une personne superficielle, nous disait-il », se souvient-elle. Comme anecdote Erika nous a raconté qu’une fois quelqu’un l’a fustigée en tant que membre du gouvernement, à quoi, lui, le commandant, lui répondit : « rien de ceci n’est contre toi en tant que personne, c’est la vision révoltée d’un peuple qui un jour s’est dressé contre un gouvernement qui l’a toujours exclus, c’est pourquoi nous nous sommes engagés à écouter notre peuple et à changer la vision qu’il a du gouvernement. Voilà pourquoi nous devons être de plus en plus révolutionnaires. Ce peuple n’a jamais pu parler. Il faut toujours gagner son adhésion afin qu’il nous accompagne aussi fortement qu’il nous critique, car nous sommes convaincus que c’est le gouvernement révolutionnaire lui-même qui va établir les bases de la libération. »

Source : ODRY FARNETANO / CIUDAD CCS, http://ciudadccs.info/entrevista-erika-farias-restituir-poder-al-pueblo-la-caracas-queremos/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Nouveau triomphe chaviste aux élections municipales du Venezuela

Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral. (..) Le lundi 11 décembre, au lendemain du scrutin, le CEELA a donné lecture de son rapport final: « Le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que « le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines, coïncident à 100%“. (2)

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA), a observé le déroulement du scrutin.
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Avec 66,17 % des suffrages la nouvelle mairesse de Caracas, Erika Farias, a été propulsée par l’électorat des grands quartiers populaires et dépasse même le score de son prédécesseur chaviste Jorge Rodriguez. Son programme vise à mettre en place dans la capitale un « grand réseau de pouvoir communal ». La droite conserve les mairies du Caracas « chic » : Chacao, Baruta, El Hatillo, ou celle de San Cristobal, à la frontière colombienne.

Plus de 5 mille candidats s’affrontaient dans ces élections. Le Grand Pôle Patriotique (coalition chaviste) ayant présenté des candidatures uniques, la grande majorité des candidats étaient d’opposition. La participation a atteint 47,32%, soit 9.139.564 électeurs (davantage qu’aux présidentielles chiliennes), un chiffre considérable d’autant que le scrutin était organisé en pleine guerre économique, avec chantage aux prix des produits de base de la part du secteur privé et blocus financier occidental, et que les secteurs radicaux de l’opposition avaient appelé à le boycotter. Ce scrutin a aussi valeur de symbole régional: au même moment, au Honduras, la population voit son droit au suffrage présidentiel réprimé dans le sang, sous la pression des Etats-Unis et d’une oligarchie économique et militaire, sans que les médias occidentaux s’en émeuvent outre mesure. (3)

On pourrait donner une importance moindre à l’élection municipale qu’à celle des députés à la Constituante en juillet ou à celle des gouverneurs en octobre. En réalité elle renforce la politique de dialogue et de sortie de crise « par le haut » prônée par le gouvernement bolivarien. L’intensité de la déstabilisation meurtrière entre avril et juillet, dont le montage inversé avait servi aux médias à faire croire à une répression du « régime », n’a fait que galvaniser le rejet de la violence par la majorité des vénézuéliens. Les sondages confirment leur préférence pour un dialogue politique auquel plusieurs partis de droite ont finalement accepté de se plier. Le président Maduro a annoncé une réunion nationale le 16 décembre avec les 335 maires élus et les 23 gouverneurs pour mettre en place « un seul plan de services publics ». Le président Evo Morales l’a félicité: « chaque élection au Venezuela met en échec les plans d’interventions de  l’Empire ». Prochain rendez-vous dans quelques mois, en 2018, pour les présidentielles.

Thierry Deronne, Caracas, le 11 décembre 2017.

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Notes:

(1) « Fort de cinquante observateurs, dont vingt ex-présidents, vice-présidents et magistrats d’organismes électoraux dans leurs pays respectifs, le CEELA a accompagné et observé plus de trois cents scrutins, partout sur le continent (sauf aux Etats-Unis !). Son porte-parole, le colombien Guillermo Reyes peut difficilement être considéré comme un redoutable gauchiste : il a été président du CNE colombien – pays où la droite monopolise le pouvoir depuis la nuit des temps ». (Maurice Lemoine, « Insoumission vénézuélienne »,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/10/25/insoumission-venezuelienne-par-maurice-lemoine-memoire-des-luttes/)

(2) Voir http://albaciudad.org/2017/12/ceela-ratifico-confiabilidad-y-transparencia-de-municipales-de-este-domingo/

(3) Maurice Lemoine, « Au Honduras, le coup d’État permanent« , http://www.medelu.org/Au-Honduras-le-coup-d-Etat

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