« Ne plus porter de joug, ne plus être dominés »

Une étudiante en journalisme de l’IHECS (Bruxelles) qui rédige un mémoire sur le traitement du Venezuela par l’AFP, m’a posé la question : « Y a-t-il, selon vous, des événements qui ont été particulièrement mal traités par la presse européenne ? Si oui, lesquels ? ». J’ai dû lui dire la vérité : un « évènement » ici, cela peut être la création ou légalisation de nouveaux médias associatifs, les initiatives de la démocratie participative en général, ou la création d’un vaste système de santé gratuite. Or ces « évènements » n’en sont pas pour les médias dominants.

Il y a quelques semaines, j’ai pris le temps d’écouter les voix du conseil communal du quartier où je vis. Une réflexion collective sur les hauts et les bas de la démocratie participative, sans filtre, sans propagande. Loin des médias.

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Entrée du quartier « Bello Monte »

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Nelly García

Je m’appelle Nelly Garcia, je suis une des dirigeantes de la communauté Bello Monte. Dès leur acquisition, ces terrains ont été destinés à l’enseignement agricole; ils ont été divisés en lots et vendus pour être cultivés par certaines personnes qui en furent nommées responsables. C’est une communauté qui s’étend sur environ 15 hectares et qui s’est agrandie par la suite. En 1984, nous nous sommes organisés pour fonder la première association de quartier.

En 1989, nous n’étions encore que peu d’habitants, environ une soixantaine de familles. Mais déjà notre force résidait dans l’organisation, ce qui a conduit d’autres habitants à se joindre progressivement à nous; nous avons conçu de nouveaux projets et nous avons effectué les démarches auprès des organismes compétents. Nous avons obtenu de pouvoir construire des logements à travers l’INAVI (Instituto NAcional de la VIvienda – Institut National du Logement), l’électrification, l’aménagement des  trottoirs, la construction de puits, du réseau d’égouts, bref tous les travaux d’assainissement et de viabilisation; tout cela s’est fait sur environ 15 ans ce qui a permis l’enracinement et le renforcement de la communauté.

Depuis lors nous travaillons avec les conseils communaux qui ont intégré la Mission Robinson (mission d’alphabétisation); les habitants du quartier ont aussi participé à la Mission Rivas (mise à niveau universitaire), certes pas de manière directe mais dans des communautés voisines.

Avec un groupe de personnes arrivées dans  la communauté en 2010, nous avons concrétisé un projet de logements élaboré par le premier conseil communal dont le financement avait été approuvé en 2009: remplacement de 4 «ranchos» (baraques) par des maisons décentes, rénovation de 66 logements et du terrain communal  multisports, construction d’une aire de jeux pour les enfants. Grâce à Dieu mais aussi à la lutte coopérative, nous avons obtenu durant la première période du conseil communal le déblocage de fonds pour la construction d’une maison communale; finalement avec ces fonds on a opté pour l’achat d’une maison en cours de construction. Les travaux ne sont toujours pas terminés, mais nous disposons ainsi d’un siège fixe pour toutes nos activités, fait rare dans les conseils communaux.

«Nous devons être capables d’appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance»

En tant que responsable de quartier, j’estime que nous ne pouvons pas transformer nos faiblesses en défaites; tout au contraire, nous, les responsables nous devons nous concerter et voir ce que nous avons fait et où nous avons failli, et à partir de là en tirer les leçons et la force pour qu’à la prochaine occasion les choses s’améliorent. A nous de nous former par le biais d’un apprentissage quotidien,  car chaque jour de lutte apporte des changements, il y a de nouvelles lois et de nouvelles structures avec lesquels nous devons nous familiariser. Je crois que nos faiblesses viennent de notre manque de formation. Notre formation comme responsables communautaires ou politiques doit se faire au jour le jour; ce sont des expériences que nous devons partager avec les autres et si nous n’avons pas la préparation adéquate nous ne pouvons pas interagir avec une communauté d’habitants aux orientations politiques et idéologiques aussi diverses, aussi différentes. Nous devons être capables de bien appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance et être prêts à  toute éventualité. Le travail communautaire n’est pas facile. Qui a dit que la révolution était une tâche facile ? Tout est politique et d’une façon ou d’une autre, la politique s’immisce dans nos foyers…

«Quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal.»

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Simon Landaeta

Je m’appelle Simon Antonio Landaeta, j’ai commencé à lutter ici dans la communauté en 1992 dans une des associations de quartier. En soumettant à referendum le nom de notre Conseil Communal, nous avons été pionniers en la matière, peu de communautés ont utilisé cette procédure; nous avons aussi élu le directeur de l’école Simon Rodriguez; nous avons recruté une des personnes de la communauté comme enseignant, le professeur Becerra. Peu de communautés peuvent se targuer d’avoir ce type de propositions et d’initiatives.

C’est notre lutte communautaire en 2002 qui a permis l’arrivée du personnel médical cubain à Palo Negro, tout un évènement. Il arrive que ces initiatives ne soient pas appréciées à leur juste mesure, ou qu’on ne les regrette que quand elles disparaissent, mais je connais tous les conseils communaux de la Commune et celui qui fonctionne le mieux, aux dires des habitants des autres communautés qui aimeraient avoir un Conseil Communal comme le nôtre, c’est le nôtre, le Conseil Communal de Bello Monte.

Nous nous efforçons de constituer notre Commune conformément aux orientations proposées par  notre président sur le démantèlement de l’État traditionnel, de l’État bourgeois, des mairies et des gouvernements. Nous le faisons en tant que communauté, en tant que peuple organisé. Comme l’a toujours dit notre président: le pouvoir appartient au peuple, aux communautés; le peuple doit s’approprier du pouvoir. Mais personnellement je remarque que quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal. Il ne poursuit pas la consolidation du projet communal; il y met des embûches; car il y voit là une structure rivale, une répartition du pouvoir qui entrave son leadership et son ascendant sur les gens. C’est encore, je ne dirais pas une faiblesse, mais un des travers sur lesquels il faut rester vigilants et qu’il faut surmonter pour renforcer le pouvoir communal.

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Ismery Castillo

Bonjour, je m’appelle Ismery Castillo. J’ai intégré la communauté Bello Monte en 2004, au moment du démarrage de la Mission «Barrio Adentro» (mission de soins de santé gratuite dans les quartiers populaires). Après quoi est venue la mise en place d’une structure préscolaire à l’Unité éducative Simon Rodriguez; le développement d’un module d’assistance aux citoyens dans leurs démarches, qui fonctionne toujours, au siège du Conseil Communal; il manque encore 2 modules à concrétiser; Le réaménagement du terrain multi-sport a été effectué grâce à l’apport financier de l’ONA (Office National Anti-Drogue) à hauteur de 150 000 bolivars.

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Cité Universitaire inachevée depuis plusieurs années

Il y a aussi le projet de cité universitaire, à l’entrée de la communauté Bello Monte; les ressources ont été octroyées par le Ministère de l’enseignement supérieur en 2005, 2006 et 2013; ce projet a été exécuté par étapes à l’époque où notre président Chavez était toujours vivant. Pour lui, cette cité était déjà achevée. En réalité nous sommes toujours en attente de l’achèvement des travaux car comme les choses se sont faites par étapes, tout a augmenté avec le temps et les sommes débloquées n’ont pas suffi à couvrir les achats ou travaux prévus initialement; donc l’œuvre reste en souffrance et avec le nombre important d’étudiants il est urgent d’avoir une nouvelle aide pour terminer les travaux: seuls les murs, l’électricité et une partie du câblage ont été effectués jusqu’à présent.

Nous fonctionnons actuellement avec quatre CLAP (Comité Local de Abastecimiento y de Produccion – comité local d’approvisionnement et de production).

Nous avons recensé 1042 familles réparties sur 838 logements, soit en tout 2904 habitants ; afin  que tout le monde puisse bénéficier du programme, grâce au premier bureau ouvert, nous avons actualisé ce recensement.organizando los CLAP 6

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Réunion d’organisation des CLAP au siège du conseil communal

Un autre projet pour lequel nous avons sollicité de l’aide auprès des institutions compétentes est celui de l’équipement en citernes, pompes et flotteurs. La demande a été faite à FUNDACOMUNAL (institution publique d’appui aux conseils communaux) et nous attendons la réponse.

L’axe culturel et sportif n’est pas négligé; on y a réfléchi; il viendra après la réhabilitation de l’habitat, par le biais de formations dans le domaine de la danse, de la culture, du théâtre, de l’informatique; les étudiants qui ont choisi d’étudier dans notre communauté nous aident en nous laissant les méthodes, outils et manuels pédagogiques, une fois qu’ils ont obtenu leur diplôme. Nous avons également le projet de construire un module de police; nous avons de la place pour ce faire.

Tout n’est pas que dépenses. Nous avons donné beaucoup de nous-mêmes, en complément à l’apport des institutions. Que nous ayons eu des problèmes, bien sûr, ne nous voilons pas la face !, mais nous discutons et nous révisons tout de la manière la plus transparente possible. Pourquoi ? Parce que le travail en communauté n’est pas facile, il y a de la méfiance envers certains conseils de quartier, qu’on accuse de voler par exemple. Un exemple : alors que nous étions en train de rénover les logements, une compagne du Conseil communal est allée porter plainte pour vol. Comment démontrer que c’était faux ? Nos camarades sont allés à la quincaillerie, ont demandé des copies de toutes les factures et nous avons pu démontrer que nous n’avions rien volé. Au contraire c’est le fournisseur qui était débiteur à notre égard d’une somme de près de trois mille Bolivars, et c’est nous qui étions traités de voleurs ! Mais la leçon a été retenue : désormais nous travaillons minutieusement, nous contrôlons chacune des factures, les copies, les formulaires, les plannings. On ne va pas se faire avoir une nouvelle fois !

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Reinaldo Corredor

Bonjour, mon nom est Reinaldo Corredor, j’habite dans cette communauté depuis 1995 environ. Depuis mes débuts ici je me bats pour l’organisation des travailleurs dans le secteur textile. C’est là que j’ai compris la nécessité d’une participation du peuple et des travailleurs dans la construction d’un véritable socialisme, d’une nouvelle société.

Mon implication date des années 1997-1998, quand j’ai intégré l’association de quartier. L’organisation de la communauté s’est construite sur plusieurs fronts; dans nos tracts nous parlions de «front résidentiel», «front sportif» car c’était la terminologie qu’on utilisait dans les années 90. J’ai toujours considéré que si les premiers pionniers ont pu obtenir ce qu’ils ont obtenu en apportant leur pierre, alors imaginez ce que nous pourrions conquérir tous ensemble, aujourd’hui ! J’ai aussi fait partie des comités de secteurs fonciers, c’était le secteur A je crois ; il y en avait 4 (A, B, C et D) ; c’est de là que sont nés les conseils communaux.

« Sinon, on va rester toujours sous le joug, dominés, tu comprends… »

Nous ne pouvons pas abandonner cette lutte de chaque instant, aussi prégnant soit le contexte, aussi forte soit la guerre économique. L’essentiel réside dans la participation de tous, parce que quels que soient les dirigeants de l’État ou d’un pays, il leur est impossible de résoudre l’ensemble des  problèmes qui se présentent.

L’émancipation du peuple dépend du peuple lui-même, tu comprends. Il faut que le peuple réalise enfin que c’est à partir de ses seules mobilisations et participation que l’on peut obtenir et consolider les réussites. Sinon, on va rester toujours sous le joug, toujours dominés, tu comprends…

En ce qui concerne les projets à venir d’une Commune comme la nôtre, qui est composée de 13 conseils communaux, nous avons l’intention de développer un axe agricole et touristique; en effet, nous avons des terres cultivables; c’est notre environnement et nous devons aller vers une pleine participation à l’exploitation de ces terres afin d’arriver à une production agricole durable et solide. Un autre projet qui pourrait grandement aider la Commune serait la vente du lait de l’entreprise publique « Los Andes », qui ne rapporte pas beaucoup certes, mais ce sont ces choses qui appartiennent au gouvernement que nous devons contrôler de plus en plus via les circuits de production et de commercialisation. C’est ainsi que l’État révolutionnaire met à disposition du peuple les ressources et l’invite à s’organiser pour en disposer; mais c’est aussi là qu’est notre faiblesse, notre retard à l’allumage : le peuple n’a pas encore compris l’intérêt de la participation de chacun dans l’appropriation des choses.

Mon avis personnel est qu’une éducation sur ce qu’est un socialisme participatif, actif, doit être impartie dans les écoles, les lycées et les universités; de fait notre Conseil communal est un de ceux qui sont le plus fréquentés par les étudiants; pour qu’ils luttent à nos côtés pour les mêmes objectifs que nous; mon engagement personnel est de veiller à ce que l’éducation participative et active soit une réalité dans le domaine éducatif; et nos enfants, parce qu’ils sont aussi étudiants, sont les témoins de nos démarches et de nos discussions au sein de la famille. J’espère que tôt ou tard ma fille va y entrer pour qu’elle apporte sa contribution, qu’elle soit protagoniste et actrice dans ce travail commun.

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Santos Flores (gauche)

Je m’appelle Santos Flores, je suis arrivé ici en 2009. D’emblée j’ai intégré le Conseil communal, grâce au camarade Simon Landaeta. J’ai cherché l’adresse et me suis renseigné auprès des leaders du Conseil, et je me suis lancé. J’ai participé aux différentes élections et je suis encore à ce jour au Conseil. De 2009 à ce jour nous n’avons pas cessé de travailler. Nous avons eu nos moments de faiblesse, mais nous avons su rebondir. Notre rôle est de servir, quelles que soient les critiques, les commentaires à notre encontre. C’est à ça que nous avons été appelés : à servir ; à être au service de la communauté, comme l’a dit le président Chavez, être au service des autres, sans aucune contrepartie financière. Et c’est ce qui plaît aux gens, recevoir un service, d’intérêt public, sans qu’ils aient à payer.

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rue principale

La majorité des rues ne sont pas éclairées, seule la rue principale est  éclairée, les autres sont encore dans le noir. Nous avons contacté CORPOELEC (compagnie publique de l’électricité); ils nous ont promis de venir, mais à ce jour et après plusieurs rendez-vous manqués, ils ne l’ont toujours pas fait. Ce problème ne concerne pas seulement le quartier de Bello Monte, mais d’autres secteurs vitaux de la commune. Ils nous ont apporté les ampoules manquantes dans la rue principale. Les gens de la communauté se rendent compte de ce qui est fait quand ils constatent de visu que tu montes sur les poteaux pour installer les ampoules, mais si tu fais quelque chose moins visible à priori, pour aussi bon que ce soit, ils ne semblent pas s’en rendre compte.

Comme je suis un des porte-parole, c’est à moi que la communauté adresse les réclamations. Je réponds que si j’en avais la possibilité j’installerais moi-même les ampoules, mais ce n’est pas dans mes prérogatives; on transmet seulement les projets, et il ne reste aux employés gouvernementaux qu’à intervenir; mais à ce jour ils ne l’ont pas encore fait.

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Blanca Facundez

Mon nom est Blanca Facundez, je participe au comité de santé de notre communauté. J’ai commencé en 2006 et à ce jour je continue toujours dans ce même comité. A trois ou quatre reprises dans le courant de l’année nous menons des campagnes de soins: vaccinations, en podologie, ophtalmologie, réhabilitation… Tous les comités assument leurs responsabilités au moment opportun.

L’an dernier nous avons recensé 85 personnes du troisième âge, parmi lesquelles nous en avons repéré, grâce à Dieu, une douzaine qui étaient en attente d’une retraite.

Il est bon de s’investir dans ce genre de tâches et d’inviter les gens à le faire pour qu’ils réalisent que ce n’est pas facile, combien d’effort cela représente et combien il faut aimer les gens que tu prends en charge mais aussi aimer ce que tu fais; sans se préoccuper de ce que les gens disent car il y a toujours des personnes pour affirmer qu’on ne travaille pas.

Au cours de ces campagnes, nous sommes en contact avec les petits commerçants du quartier, qui nous aident bien, grâce à Dieu, et s’il manque quelque chose, entre nous tous nous arrivons à compléter; j’ai appris que les choses progressent positivement avec beaucoup de force de volonté, pas mal de tolérance et de pragmatisme.

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Antonio Guanipa

Je m’appelle Antonio Guanipa je suis actuellement porte-parole du comité d’économie populaire; mon rôle ne s’est pas cantonné à celui de porte-parole, j’ai aussi contribué au développement des bénéfices concrets de l’action collective : par exemple ce parc a pu être réalisé grâce à la main d’œuvre fournie par nous tous, les habitants du quartier, de même que pour le terrain multi-sport.

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Raquel Sanchez

Bonsoir, je m’appelle Raquel Sanchez, je vis ici depuis 1990, je suis membre également du Conseil Communal. J’ai même fait de la prison à cause de cette longue lutte, et je suis toujours là (rires). J’ai beaucoup appris. J’ai appris à connaître chaque membre de la communauté, celui qui est solidaire, celui qui ne l’est pas. Je rappelle à l’ordre les voisins pour qu’ils s’intègrent au collectif afin de ne pas laisser dépérir le travail de ceux qui se sont investis pour nous; je rappelle les bénéfices concrets de l’engagement de tous : le terrain multi-sport, la présence d’un médecin à Bello Monte  -jusqu’alors un enfant malade devait partir au petit matin à l’hôpital de la Sécurité sociale- ; nous ne souhaitons pas revenir en arrière et nous nous appuyons sur les acquis et l’espoir que nous a laissés le président Chavez.

Le drainage des eaux pluviales et l’asphaltage de chemins agricoles, c’est un autre projet qui nous mobilise actuellement, et qui implique les institutions officielles – gouvernement régional, mairies, conseil fédéral de gouvernement (institution chargée de transférer les fonds publics aux projets des conseils communaux)-; j’ai informé les gens que nous sommes attentifs au bon déroulement de ce projet, et que quand il sera mené à son terme nous le célébrerons comme il se doit, ici à Bello Monte, avec feux d’artifice et fêtes (applaudissements).

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Ana Ibarra

Bonsoir, je m’appelle Ana Ibarra,  je travaille au sein du comité d’alimentation depuis 2005, année au cours de laquelle a été créée la maison communale d’alimentation de Bello Monte qui approvisionnait 150 personnes par jour, parmi lesquelles des personnes du 3e âge, des enfants en situation de handicap  des femmes enceintes et des mères célibataires à faibles revenus: les aliments fournis leur permettaient d’assurer l’équivalent d’un déjeuner et d’un goûter quotidiens.

Nous avons dispensé des cours de conservation des aliments, de pâtisserie locale; les bénéficiaires y assistaient ainsi que des mères. En ce moment la maison communale d’alimentation ne fonctionne plus parce que la propriétaire a vendu le local et l’équipement et les ingrédients sont en attente de transfert chez une autre mère engagée dans le processus. Ça fait un an et quelques mois que nous attendons sans résultat. C’était un beau local accueillant, et quand on nous demande quand le nouveau va ouvrir nous sommes malheureusement incapables d’apporter une réponse concrète.

Nous aimerions que la communauté bénéficie à nouveau de ce service, même s’il est minime, car les besoins des gens en la matière sont réels, je pense notamment en priorité aux vieillards et aux enfants qui sont dans les rues. Nous assurions ce service de 7h00  à 14 h00, et le faisions de manière très personnalisée, car chaque personne bénéficiaire avait sa problématique, ses besoins spécifiques. Et chacun était servi avec le même amour et la même affection.

plan general proyectosTémoignage du Conseil Communal « Bello Monte », Palo Negro, État d’Aragua, mai 2016. Transcription et photos: Thierry Deronne

Publication en espagnol : http://laculturanuestra.com/voces-comuneras-no-queremos-seguir-siempre-arreados-ni-dominados/

Traduction: Jean-Claude Soubiès

URL de cet article: http://bit.ly/2av4g4h

Le tournage de « nous vivrons » commence…

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Relancement de la télévision populaire Teletambores et de l’École Populaire et Latino-amércaine de Cinéma, Télévision et Théâtre « Berta Cáceres » en présence d’Ignacio Ramonet (avril 2016)

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Ces derniers mois nous avons consacré pas mal d’énergie au nouveau départ de la télévision communautaire Teletambores – un émetteur puis puissant atteindra sous peu les écrans de près de 800.000 habitants, et à l’installation d’un nouveau siège pour l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre, rebaptisée Berta Cáceres, militante sociale assassinée au Honduras.

Ces projets motivèrent mon départ au Venezuela il y a vingt-deux ans…

ITW sur mon livre "Commune, temps et télévision" par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Enrtetien sur mon livre « Comuna, tiempo y televisión » par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Pendant toute l’année 2015, j’ai parcouru le pays pour mener une enquête participative sur nos 35 télévisions communautaires, tirer le bilan de 15 ans d’expérience afin d’éviter aux futures télévisions de vivre les erreurs des pionnières et, aussi, de faire des propositions pour rendre plus cohérent le modèle de communication avec la démocratie participative.

Ces travaux ont retardé de quelques mois le début du tournage de mon documentaire « Nous vivrons » mais nous y sommes enfin. Comment ne pas remercier tous ceux qui m’ont aidé dès le départ, comme Bernard T., Sonia B., Julien J., Ismaël M., Philippe H., Nicolas B., Jean D., Fabienne H. et quelques autres. On peut soutenir le film ici : http://wp.me/p2ahp2-1Ev. Le DVD du film sous-titré en français sortira à la fin de 2016.

Pour préparer le tournage j’ai emménagé en janvier dans un quartier populaire de l’Etat d’Aragua, comme on pose l’oreille sur un corps pour se laisser envahir par sa pulsation. Dans ce barrio, un conseil communal composé presque uniquement de femmes qui n’ont pas oublié le volontarisme féministe de Chavez, bataille pied à pied contre la guerre des monopoles privés en réorganisant avec l’appui du gouvernement Maduro le système de distribution d’aliments. Tous les jours le ciel nord-américain descend dans les têtes par mille machines inventées par le capitalisme : la jeunesse vit en majorité dans une sorte de terrain vague comme ceux de l’Italie de Pasolini, errant parmi les jeux vidéo de guerre, Facebook, Discovery Channel, le trafic de drogue. Les chefs paramilitaires lui semblent avoir plus de pouvoir que l’État. Cette jeunesse n’est plus dans la politique mais ailleurs, et c’est ce terrain vague qui déterminera le futur immédiat de la révolution bolivarienne.barrio 18barrio1P1270483Sous l’influence de la télévision, le documentaire se heurte au problème de capturer un objet pour le vendre. Ici, il s’agit d’un nous-documentaire. Nous avons besoin de comprendre le réel et la guerre pour continuer à avancer, c’est en quoi le cinéma peut être un outil d’organisation. Et si la transformation du Venezuela devait cesser un temps, celui d’une bataille politique perdue, ce film, sera, un texte pour le futur: préparer l’après-demain, commence aujourd’hui.

Comment l’œil de la caméra peut-il le dire ?

En filmant les deux contradictions principales: l’extérieure – nous et la guerre des grands groupes économiques, médiatiques subie depuis trois ans – et l’intérieure, notre difficulté à nous organiser, à exercer notre pouvoir citoyen et en même temps, la musique, l’excès de foi qui débordent le quotidien : l’équation de l’être vénézuélien.

En filmant la relation des êtres avec les choses, et la relation des êtres avec les êtres.

Le montage mettra face à face le présent et le futur, juchés sur la flèche du temps qui va des désirs de chacun a la nécessité profonde, collective, au fil des questions intimes que se posent les personnages-clefs. Tout sujet est une forme ineffable et infinie qu’on ne peut connaitre qu’à travers ses effets. D’où des moments de « fiction » pour cheminer plus loin avec les personnages du réel. D’où les images successives de ces personnages, séparées dans le temps, qui révèleront plus que l’apparence de réalité que donnerait une continuité quotidienne. C’est aussi pourquoi nous reviendrons d’année en année tourner de nouveaux épisodes avec eux. Chaque scène, autant que la structure d’ensemble, doit permettre au spectateur d’osciller entre les deux temps, de plus en plus intensément, jusqu’à faire surgir l’émotion d’une connaissance : le lit du fleuve et ses différents cours possibles.

T.D., Aragua, mai 2016

PS : voir mon documentaire précédent « Carlos l’aube n’est plus une tentation » : https://www.youtube.com/watch?v=7uCxTYdteLM

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2bp

« Pourquoi la population ne pourrait-elle pas diriger l’économie ? »

SACOVal-16« Ce n’est pas une foire pour vendre bon marché mais pour créer le système d’approvisionnement communal (SACO) et pour démontrer que le peuple peut diriger l’économie ». Il est encore tôt dans le sud de Valencia, presque huit heures. Presque toutes les caisses sont déjà vides. Partis tout de suite, les haricots : 150 bolivars le kilo contre 500 chez les détaillants privés.

Ils reste des oignons (80 Bs.), des tomates (120 Bs.), du fromage (420 Bs.). On sent pas mal d’énergie dans cette sixième journée du Saco dans le quartier Trapichito. Beaucoup d’habitants sont venus et savent de quoi il retourne. Un tract circule: Guerre économique: on cache des produits, on les sort en contrebande et on augmente les prix des articles de première nécessité […]. Des opérateurs de partis politiques et les journaux privés des entrepreneurs montent une campagne contre le gouvernement pour lui attribuer la responsabilité de la situation économique, et pour s’emparer de nouveau du pouvoir politique au Venezuela, alors qu’ils sont les organisateurs de cette guerre économique, et – un comble – subventionnés par les dollars du pétrole”.SACOVal-5

A ceux qui s’approchent pour converser, on explique le projet de ce système d’approvisionnement qui réunit déjà 22 autres communautés de l’État de Carabobo et qui, le samedi 24 juillet, s’est déployé dans 17 autres secteurs (au début on n’en comptait que cinq). Sans comptabiliser cette journée-ci, on a distribué 16 tonnes d’aliments, en faveur de 3855 familles. L’objectif du SACO  est de montrer qu’il est possible d’acheter à prix juste, qu’il y a un sabotage”. Avec divers résultats dans la communauté: les aliments vendus au prix du producteur, la preuve de l’intérêt d’une organisation communale, l’optimisme nécessaire pour affronter une guerre économique qui sévit, sans trêve, depuis deux ans.

Enseigner par les actes qu’il est possible de lutter contre un tel pouvoir déployé contre une population, qui dans certains cas se livre elle-même au “bachaqueo” (NdT : achat de produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre au prix du marché, notamment en Colombie (1). C’est pourquoi Carmen Moldes, de Trapichito, vend depuis cinq heures du matin; Jesús Moreno, militant du Conseil Régional du Pouvoir Citoyen, fait le tour des popotes du « Saco ». On compte douze points de vente de plus que la semaine antérieure. Pour la prochaine ils comptent sur 20. Pour la fin du mois d’août, 50.

SACOVal-9SACOVal-15Des premiers pas au maillage

Tu me vends ou tu perds tout” dit l’intermédiaire privé à l’agriculteur. Le prix d’achat est bas – inférieur à ce qu’il devrait être; le prix de revente par le grossiste est élevé; quant au prix final que fixe le détaillant privé, il n’a plus aucun rapport avec le prix initial. Résultat : producteurs appauvris et prisonniers des réseaux capitalistes, et consommateurs soumis à la spéculation et à la guerre économique.

Une des premières chose auxquelles ont pensé les organisateurs du « Saco » fut de construire un lien direct entre producteurs et consommateurs. Le premier pas dans cette direction fut de s’associer au Centre de Stockage de Valencia, établissement de l’État capable de stocker jusqu’à 2000 tonnes — et qui actuellement, selon Jesús, fonctionne à moins de 2% de sa capacité.

Quant au transport, il a été mis à disposition par les diverses communautés – camions communaux par exemple, véhicules particuliers —, espaces de vente – maisons, places, etc..  et travail, toujours volontaire. C’est comme ça qu’on a démarré. Les résultats ne se sont pas fait attendre: les points de vente ont commencé à surgir et à générer des excédents – contre l’idée de “bénéfice” – destinés au financement du système d’approvisionnement.

Avec quelques obstacles en chemin : la tentative de certain(e)s d’entrer individuellement dans le système pour faire du bénéfice personnel, et le refus de vendre les quantités requises de la part du Centre d’Approvisionnement. Face à quoi le système s’est renforcé : ne sont admis à participer que les Conseils Communaux, les Communes ou les assemblées légitimées par les habitants. On a organisé depuis la semaine passée un mécanisme de contrôle depuis le Centre.

Simultanément des liens se sont noués avec les producteurs – communes, conseils paysans, réseaux de production, etc…. Actuellement, non seulement on acquiert les produits du centre de stockage mais aussi, directement, des producteurs, sans intermédiaire. C’est le cas de la Commune El Panal 2021, qui fournit sucre et prochainement grains.

Mais pour approfondir ce lien direct et donner force et autonomie au système d’approvisionnement – une économie communale, explique Jésus – l’étape suivante serait de créer directement des centres de stockage dans les communautés. C’est un des objectifs centraux à atteindre – il y a déjà des idées de par où commencer.SACOVal-2-1200x800

La clef : l’intégralité

Un des premiers objectifs a été atteint : des équipes capables de gérer la distribution ont été formées. Il ne s’agit pas seulement de distribuer, expliquent-ils, mais d’encourager la production au sein du Saco. Dans ce but on a formé les brigades “Che” Guevara, qui fonctionnent actuellement dans trois des communautés où s’est développé le système.

En même temps on projette de développer des parcelles productives et des potagers communaux. Il faut avancer vers l’intégralité, analyse Jesús, qui donne l’exemple d’expériences développées à Barquisimeto avec l’Entreprise de Propriété Sociale “Travailleurs Unis” – ex-Brahma S.A. (2) – ou de l’entreprise avicole Souto —également récupérée par ses travailleurs, qui ont mis en place une unité paysanne/communale/ouvrière.

Nous avons besoin de créer un système en marge du marché capitaliste” explique-t-il, considérant – comme le font d’autres expériences d’organisation dans le pays – que “face à la crise les gens ont commencé à chercher des solutions, à s’organiser pour surmonter la situation”. La guerre, systématique, niée par ses propres dirigeants, ouvre un champ d’action/réaction populaire, d’exercice de créativité, d’apprentissage de pouvoir et de force.

Tel est le contexte dans lequel est né le « Saco ». Avec un défi : faire face aux acteurs du désapprovisionnement, du vol de la population dont les responsables sont nommés dans les tracts : “Secteur économique criminel, entrepreneurs nationaux ou étrangers d’une bourgeoisie vivant de la rente pétrolière, tous liés aux secteurs de l’importation, distribution, du commerce et, parfois, de la production”.

Pas seulement le secteur privé mais aussi : “les fonctionnaires corrompus, militaires, policiers et civils infiltrés dans l’État et qui, par égoïsme, individualisme, se servent de l’État pour mener leurs négoces inavouables”.

Pour Jesús, il s’agit de travailler vers un horizon stratégique : démontrer que le peuple peut diriger l’économie, qu’il en est capable et qu’il est nécessaire d’apprendre pour trouver les moyens. C’est pourquoi il est important “d’obtenir des victoires rapidement, de délégitimer les bénéfices, le marché – pourquoi quelqu’un devrait-il “gagner” ? – livrer la bataille culturelle, sans doute la plus profonde et difficile, faire trembler les fondements d’un système qui modèle encore les désirs et le sens commun de millions de personnes.

Pour tout cela, le « Saco ». Parce que la possibilité d’en finir avec cet héritage – faiblesse qui donne toute sa force à la guerre économique – réside en grande partie dans le peuple. Celui qui a démontré si souvent qu’on peut inventer, s’organiser et faire face aux tentatives – qui ne cesseront pas – de la droite de mettre un terme à cette expérience de liberté, d’action et de renaissance d’un peuple.SACOValJsica-Vivas

Notes :

(1) Lire Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demanderhttp://wp.me/p2ahp2-1J7

(2) Lire (Photos :) Occuper, résister, produirehttp://wp.me/p2ahp2-1UN

Texte : Marco Teruggi. Contact : @Marco_Teruggi. Photos : Orlando Herrera (contact: @landulf4) et Jesica Vivas, militante du Saco.

Source : http://laculturanuestra.com/no-podemos-contra-la-guerra-economica/

Traduction : Thierry Deronne

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Maîtres de la terre et de l’Histoire

Oscar Arria

Jusqu’en 1947, toutes les habitations de la ville étaient en terre. C’est alors, avec la fabrique de ciment venue de Caracas et les premiers parpaings, que fut construit le premier quartier résidentiel. Événement oublié, mais pas pour Jesus Coello « Chucho » qui avait 17 ans, dont 7 passés à apprendre l’art de la construction en terre armée.

Avec le béton armé, c’est tout un discours du « progrès » qui s’est imposé : efficacité, beauté, rapidité. L’usage de la terre est resté associé au passé, à la chaumière pauvre, à l’archaïsme, à ce « lieu qu’il fallait laisser derrière soi ». On a commencé à migrer vers les techniques nouvelles – ciment et acier. L’expansion de la ville a commencé, tandis que les maisons en terre se cantonnaient à la Vieille Ville : moins de torchis, moins d’adobes (briques de terre crue séchée au soleil), moins de de bois, moins d’osier. Mais aussi, moins de maîtres-artisans, et d’apprentis. Et plus de manœuvres, de maçons, plus de conducteurs de travaux, plus d’architectes et d’ingénieurs.

Pour les artisans de la construction en terre, ces changements ont entraîné une perte. Ils durent transformer leur vie, devenir salariés d’entreprises, mal payés, et surtout relégués, méconnus comme porteurs d’un savoir-faire ancien et populaire. Un savoir-faire de fondateurs de cités, partie constitutive de l’identité culturelle de Santa Ana de Coro (capitale de l’État de Falcon), et d’une grande partie du Venezuela.

Dans un pays se fondant sur le béton, le pétrole et l’exclusion, quelle place restait-il à ces personnes ? Quel a été le destin de ces hommes, de ces travailleurs, héritiers d’un savoir transmis de génération en génération, mis en pratique à travers l’effort ?Oscar ArriaDiego Morillo se souvient bien de cette époque. Son père, associé à Chucho, en a été l’un des principaux protagonistes. Lui et son frère ont pris le relais. 26 ans d’expérience dans le domaine de ce qu’il appelle la construction traditionnelle. « On entend bien défendre les droits de tous les maîtres-artisans. Cela n’a pas été facile, tant les gouvernements précédents nous ont humiliés, trompés, exploités. Nous sommes des artisans. Cela implique que l’on doive nous exploiter ? Pas du tout. Nous sommes les héritiers d’un patrimoine ».

Quand il parle de patrimoine, il se réfère à sa maîtrise de la technique de la construction en terre mais aussi à la reconnaissance de ce savoir-faire comme patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, de par la diversité des méthodes de construction et du professionnalisme des maîtres-artisans. (Depuis 1993, l’UNESCO a classé Coro et La Vela de Coro, au Patrimoine mondial de l’humanité).

L’ère du ciment a été celle de la marginalisation et du peu de cas fait à la mention de l’UNESCO. Les lignes ont commencé à bouger avec l’arrivée de Hugo Chavez – puis de Nicolas Maduro – et le financement d’importants chantiers de restauration d’édifices de 400 ans d’âge du Centre Historique de Coro. Toutefois, si les murs et les toits des maisons et des églises avaient bénéficié du changement, il n’en était rien pour leurs bâtisseurs, restés dans l’ombre, confinés à l’anonymat.

Jusqu’en 2010, l’année des pluies torrentielles qui se sont abattues avec une telle force sur le centre de la ville, que les murs et les toits ont été détruits. Des mètres cubes de décombres se sont accumulés, dans et hors des maisons. Un scénario d’urgence sur le plan humain et patrimonial et une crise s’est transformée en opportunité.Oscar Arria

Oscar ArriaTravailler avec la communauté et en collaboration avec les maîtres-artisans fut la première idée qui s’imposa avec une conviction : ils étaient les seuls en mesure d’apporter une réponse stratégique à l’urgence de la situation. C’est pourquoi la directrice de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – Merlin Rodriguez- décida d’entrer en contact avec les 9 Conseils communaux se situant dans les zones à risques, et en relation avec les artisans-bâtisseurs concernés : «Le plus important, c’est qu’ils ont eux-mêmes pris les décisions de s’occuper des édifices qui en avaient besoin, non pas exclusivement pour leur valeur architecturale, mais aussi en fonction de leurs occupants, de la présence d’habitants âgés, de personnes n’ayant que peu de ressources pour réparer leurs maisons. C’est l’Assemblée communale qui pouvait décider, ce fut une grande avancée ».

Tous se consacrèrent à cette priorité sociale, au patrimoine ensuite. Avec les 5 millions de bolivars alloués par le Gouvernement pour remettre en état 37 logements, ils en ont restauré 47. Comment ? Le travail volontaire des maîtres-artisans -ils ont travaillé un an sans être payés – mais aussi l’implication des riverains et des techniciens de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – a fait la différence.

Merlin : « Le discours a commencé à changer. Le patrimoine n’était plus seulement la vitrine, le luxe, mais aussi l’empreinte historique qui te permet de savoir d’où tu es. Mettre en valeur le peuple et ses savoirs. Des voisins sans emploi ont aidé et appris comment on faisait. Surtout, il y a l’organisation sociale qui est restée, le moral qui s’est renforcé. Les gens ont donc appris que le travail en commun est possible. Que pour aboutir, il faut s’organiser. Que cela améliore la vie quotidienne ».

Un pari qui a permis de renforcer les liens entre les maîtres-artisans et les habitants et le respect vis-à-vis du savoir-faire, de l’art et de la technique de la construction en terre. Sans oublier le pari majeur : la création d’une entreprise de Propriété Sociale (EPS) qui regroupe 176 artisans et maîtres-artisans.Oscar ArriaSi quelqu’un demande à Lucas Morillo -le frère de Diego- ce qui est le plus important en ce moment, il répondra clairement : « Pour nous, le plus important, c’est d’être respectés, reconnus, qu’on ne nous exploite plus, qu’on ne nous humilie plus».

Quand on cherche des responsables, la Direction parle de ces entreprises sous contrat de l’État de Falcon, qui sous-traitaient les maîtres-artisans. A bas coût, payés de la main à la main, sans droit à la sécurité sociale, sans aucune protection en cas d’accident. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de fondé l’Entreprise de Production Sociale, pour accéder directement aux chantiers en cours, sans retomber dans l’exploitation de la sous-traitance par le secteur privé.

Mais le gouvernement de Falcon a refusé de passer des accords avec la nouvelle structure créée par les artisans. Il ne considère comme interlocutrices que les entreprises privées, alors que celles-ci ne peuvent construire sans les maîtres-artisans.

Diego : « Pourquoi ? Nous savons bien que nous sommes un caillou dans la chaussure des patrons, des entreprises privées, de tous ceux qui dans l’État de Falcon se sont enrichis sur le dos des artisans ». L’option ciment s’est imposée au détriment de la construction en terre – perçue comme désuette- alors même qu’elle est porteuse d’avenir et non pas un héritage dont on devrait se débarrasser.

De fait, plus aucun logement n’a été conçu à partir de la technique de la terre. Coro et La Vela (ville et port) ont poursuivi leur expansion de béton armé et d’acier, alors que comme l’explique Chucho, une maison conçue de terre armée est achevée en 6 mois/1an, et que ses coûts sont moindres. Aucune n’a été construite jusqu’à présent mais avec la consolidation des liens découlant de la structure ayant vu le jour en 2010, l’option de la terre refait surface. Un Conseil Communal a décidé que les locaux de la future station de radio communautaire, seraient entièrement construits avec cette technique traditionnelle. 

Les maîtres-artisans ont l’âge de la fondation de Coro, la doyenne des cités vénézueliennes. Ce sont eux, qui ont édifié et entretenu chacune des maisons et des églises qui la composent : « l’objectif est de changer le discours: passer de la vision des colonisateurs, à la restitution au peuple de ce qui lui appartient, à travers la Révolution. Voir dans les immeubles, le travail des invisibilisés. Voir cet effort collectif, ces mains d’esclaves innombrables qui ont permis la construction d’une ville ».Oscar Arria

Oscar ArriaTelle est la quête de Merlin. La transmission de la technique de la terre s’est faite sans enrichissement quelconque. Les maître-artisans l’expliquent, Chucho par exemple : « on me dit : ceux qui à l’origine étaient ici pour t’aider, eh bien ces manœuvres, ils en savent aujourd’hui plus que toi. Oui. C’est vrai. C’est pour cela qu’on leur transmet notre savoir, pour qu’au final, ils en sachent plus que toi. C’est cela, un maître-artisan. Si je souhaitais qu’ils en sachent moins que moi, quelle sorte de maître-artisan serais-je ? » Ou Lucas : « être maître-artisan, c’est toute ma vie. C’est tout un savoir à léguer, tout l’amour que je ressens au contact de ces maisons. C’est exactement ce que ressentait mon père. Ces maisons, c’était toute sa vie ».

C’est pourquoi, parallèlement à la restauration de la ville, ils ont centré leurs efforts sur la transmission de leurs savoir-faire respectifs. Ils l’ont fait avec les élèves des écoles de la ville (les équipes patrimoniales de la jeunesse) mais aussi avec des jeunes en difficultés, originaires de divers points du Venezuela. Ils se sont également déplacés en plusieurs endroits. Comme à Cumana (Est du pays), où ils ont participé à la restauration des lieux, tout en intervenant face aux étudiants en architecture de l’Université Bolivarienne du Venezuela.

Ils ont remis sur pied la Casa del Sol (« Maison du Soleil ») au cœur du centre historique. C’est ici qu’ils enseignent l’art de préparer la terre, les blocs. Comment couper le bois (toujours à la lune décroissante). Comment construire la maison de terre traditionnelle. Diego insiste sur point : « c’est comme cela qu’on l’appelle. Pas une baraque».

Les dernières années de travail ont permis de jeter des ponts de savoir-faire : on a profité des restaurations de bâtiments pour y adjoindre du matériel moderne, tel que des manteaux imperméabilisants pour les toitures ou l’injection de béton dans les murs porteurs (45 à 60 centimètres de large). En ce qui concerne les maisons de terre proprement dites, les maîtres-artisans considèrent qu’ «il est tout aussi important d’en assurer l’entretien que de les restaurer ».

« La maison de terre est climatologiques : quand il fait chaud à l’extérieur, il fait frais à l’intérieur; et lorsqu’il fait froid dehors, il fait chaud dedans. Pas besoin de recourir à l’air conditionné et aux ventilateurs. Dans ces lieux de vie, tout est naturel » : Diego regarde ces toits recouverts de tuiles artisanales, les murs larges et hauts, les caresse de la main, comprend ces maisons, leur terre, ceux qui l’ont précédé dans la construction.

C’est pourquoi il est crucial de construire de concert avec les habitants des quartiers et des maisons : pour en prendre soin au quotidien, en comprenant les spécificités de la vie et de l’entretien de murs de plus de 300 ans d’âge. C’est ce qui les a faits maîtres de la glèbe, d’un métier, d’une ville qui il y a moins de 70 ans, tenait debout sans un bloc de béton, où les savoirs populaires s’étaient réunis. D’un métier qui porte en lui le futur : une vision du temps propres aux maîtres-artisans s’oppose aux critères des entreprises privées et d’une conception capitaliste des choses et de la vie.Oscar Arria

Oscar ArriaTexte : Marco Teruggi.  Photos: Oscar Arria

Source : http://laculturanuestra.com/?p=1085

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Une maison en juillet à Caracas

Milangela GaleaC’est dans un bruit confus, “comme ce bruit de chaise renversée sur le tapis ou le murmure noyé d’une conversation” que fut occupée la maison du conte connu de Julio Cortázar. Depuis ce jour, le frère et la soeur qui habitaient la maison cédèrent peu à peu l’espace, entre la peur de ce qu’on ne voit pas et l’indifférence face à l’inconnu.

Il y a des manières très opposées d’occuper des maisons. L’une d’elles nous a menés à convertir une maison en terre collective de création artistique.

De quoi s’agit-il ? Plusieurs artistes qui partageaient le quotidien d’un même espace dans le secteur populaire de La Pastora (Caracas) devaient déménager et pour marquer cette fin de cycle ont décidé de transformer la maison en galerie d’un jour, pour montrer à la communauté que toute création peut être itinérante.Milangela Galea

“Cette expo offre les résultats d’un projet qui lie l’espace de vie en commun à la création collective et qui en même temps l’ouvre au public, tant pour montrer des œuvres que pour initier des processus de formation et récupérer des espaces dans les quartiers” explique Joseph Villamizar du collectif Antimantuanxs.

En une semaine ils ont rassemblé vingt créateurs pour monter des expositions de photographie, de peinture, de gastronomie, d’artisanat, de littérature, des installations, du vidéo-art, sur les murs, sur les toits, sur les sols.

C’est la première expérience de cette sorte pour la plate-forme Urbano Aborigen, un collectif qui travaille depuis trois ans dans diverses disciplines artistiques et qui se veut une organisation itinérante, révolutionnaire et latino-américaine.Milangela Galea

“Parmi nous il y a des compagnons et des compagnes qui savent travailler, planifier, s’organiser. Nous venons des Andes, de Maracay, de Los Teques, de Barquisimeto, de Caracas. Quand nous nous sommes réunis nous avons voulu récupérer notre héritage bâillonné, récupérer notre mémoire. Nous avons commencé à travailler l’art corporel à partir de l’esthétique aborigène, des pétroglyphes mais à mesure que le groupe a mûri nous nous sommes transformés en réseau de réseaux interdisciplinaires” raconte Marijó.

Avec la maison-galerie on tente de casser les paramètres traditionnels des musées, les distances entre communautés et espaces d’exposition formels ou académiques. Casser, aussi, cette tradition de mettre le travail artistique dans un espace blanc avec un éclairage spécifique.Milangela Galea

Ce qu’on recherche, pour le dire avec Marijó, c’est “faire de notre foyer un lieu de création. Se rapprocher des collectifs et des voisins. Que les biens culturels s’exposent principalement dans les lieux où ils naissent, dans ce cas das le quartier lui-même, le lieu qui a été mis à la marge dans sa relation avec l’art, comme si, d’ici, nous n’avions pas la possibilité de créer, de nous penser !”.

Et à quoi peut aboutir l’action d’une journée? A ce grain de folie de créer un précédent là où on n’a jamais assumé qu’on pouvait le faire, à la signification symbolique de ce qu’une maison fermée et silencieuse en face de laquelle nous sommes passés durant des années puisse faire palpiter de musique une impasse endormie, la possibilité de vivre une expérience créative, ne fût-ce qu’un jour, qui nous rapproche d’un art qui nous plaît, et que nous ressentons profondément parce qu’il est notre identité.

Et pourquoi une maison partagée et pas une maison réservée aux expositions d’art ? “Parce qu’on nous a habitués à entrer en relation en maintenant les distances, avec cette idée de “la maison d’autrui”, dans l’ignorance de comment vivent nos voisin(e)s. Nous voulons briser ces paradigmes, nous regarder depuis l’intimité, de toi à toi”. Ouvrir la maison, donc, pour la visite du voisin mécanicien, de la compagne muraliste, des enfants qui veulent se peindre le visage. Alors la maison paraît s’étendre, embrasser la rue, jusqu’à l’arrêt du bus.

Cortázar le disait, dans le conte mentionné au début : quand la porte fut ouverte, “on se rendit compte que la maison était très grande”.casa tomada fotos

Texte : Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Photos: Milangela Galea

Source : La Cultura Nuestra, http://laculturanuestra.com/?p=1110

Traduction : T.D.

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Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au Venezuela

Après 40 ans de critique de médias passés sous contrôle de grands actionnaires privés ou imprégnés de logique commerciale, à quoi bon perdre encore le temps à tirer sur les “pianistes” – journalistes qui se déchainent contre un référendum en Grèce ou transforment en “dictatures” des démocraties d’Amérique Latine ? La solution n’est-elle pas plutôt de démocratiser la propriété des médias ? Après Tatuy TV, Lara TVe, nous poursuivons avec Canal Z notre enquête sur l’appropriation populaire de la communication au Venezuela. Expérience difficile… mais unique au monde.BANNER CANAL Z

Q – Comment est né Canal Z ?

R – Canal Z voit le jour en 2000. Ce fut au départ une revue née de la volonté de certains quartiers de populariser les expériences dans le domaine culturel. Ce sont les habitants du quartier Rafael Urdaneta de Maracaibo qui en sont les initiateurs et qui avaient également mis sur pied un réseau de distribution de l’eau. L’aide, elle est venue de professeurs, et d’étudiants (universités), de militants expérimentés. En 2000, la publication s’intitulait Letra Zurda. C’est de là que vient le  »Z », qui identifie désormais cette station de télévision.

Sur le plan juridique, Canal Z existe depuis 2002, à la d’une rencontre organisée par des animateurs de médias communautaires, les camarades de Catia Tve. C’est à cette occasion, qu’enthousiasmés par cette expérience, les futurs fondateurs de Canal Z ont pris la décision. Aucune télévision communautaire n’émettait depuis Maracaïbo. À l’origine, on avait prévu de l’implanter dans le secteur ouest de la ville. Bien que cette partie concentre le plus grand nombre de quartiers, c’est aussi celle qui est la moins bien lotie. Donc en 2002, peu après le coup d’État contre Chavez co-organisé par les médias privés, que le projet prend corps, et qu’en mars de la même année, la station de télévision est légalisée. C’est à partir de la tenue de vidéos-débats, que la station a commencé à capter l’attention des gens dont nous espérions qu’ils nous rejoignent, et qu’ils participent à l’initiative. Ce sont ceux-là même, qui donneront corps à cette structure organique, de type horizontal, composeront les équipes de production audio-visuelle communautaires, en charge de l’organisation -dans tous les quartiers- des vidéos-rencontres. On y collectera ainsi, tout ce qui relève de l’histoire locale; des questions locales, etc. En cette période de coup d’État, on s’est appuyés là-dessus, pour montrer ainsi, toutes les choses que les médias privés taisaient. Les manipulations allaient bon train, tant et plus. On a donc décidé de relayer les luttes en cours. Et on a rallié beaucoup de gens à notre projet.canalz-0085 canal z

Q.- Vous avez une expérience télévisuelle, hors du cadre communautaire ?

R – Sur le plan professionnel ?

Q – Vous avez été contacté par d’autres stations non communautaires ? Vous en avez visité les locaux ?

R: Oui. Des stations qui relèvent du secteur public. Je pense à Vive TV, avec laquelle les contacts ont été étroits durant toutes ces années de travail. Il y a aussi Catatumbo TV qui est proche de la mouvance privée. Avec eux, on a monté quelques coproductions,etc. Dans tous les cas, notre vision des choses et la leur, sont compatibles.

Q – Qu’est-ce qui différencie entre eux les secteurs communautaire, public et commercial ?

R – En connaissance de cause, nous pensons que les moyens de production sont entre les mains des grandes entreprises de diffusion audio-visuelle. Leur position dominante dans les domaines technique, en audience et sur le terrain technologique, leur permet de contrôler ce qui relève de la culture populaire, jusques et y compris les secteurs de la consommation et de la vente. Sans oublier les manœuvres visant à influer sur ce que l’on dit, ce que l’on pense, sur les conduites à suivre, et la mode.hqdefault

On a décidé de construire quelque chose, le plus éloigné possible de ce système. On est bien conscients du fait qu’une station de télévision privée sert avant tout les intérêts de ceux qui la possèdent, des patrons d’entreprises qui la financent, et de certains acteurs de la scène politique. Et les intérêts en question peuvent se situer aussi hors des frontières de notre pays.

Il faudrait aller vers plus de démocratisation : en finir avec cette idée dépassée selon laquelle les médias seraient le domaine réservé des journalistes ou des experts. Pourquoi auraient-ils plus de qualités pour s’exprimer qu’un habitant de quartier ou qu’une association ? Celui qui a quelque chose à dire, peut le dire et il a tous les outils à sa disposition pour le faire. Tout cela donne de la crédibilité au message. C’est ce qui nous distingue des stations de télévision privées et publiques où il y aura toujours l’obligation de préserver ou de promouvoir quelque chose. Dans notre cas, notre souci principal consiste à ce que les choses se voient et se disent. Ce qui influe sur d’autres éléments : ce qui est montré, et comment c’est montré. En effet, le modèle esthétique dominant (NDLR: au Venezuela, les médias privés font, en 2015, 80% d’audience) exige que ceux qui apparaissent à l’écran obéissent à certaines caractéristiques physiques (blanc(he), blond(e), etc.. Sans oublier la forme commerciale à respecter. Nous rejetons ce travestissement de la réalité. Ce qui ne signifie pas que les choses à voir, soient laides ou mal faites. Il faut tout simplement coller à la réalité et laisser de côté toutes ces formes de camouflage et ces apparences que l’on nous habitue à voir à la télévision. La réalité, toujours différente, génère une forme différente.

Sur le plan technique, les stations de télévision communautaires sont sérieusement handicapées, du fait de leur dépendance technologique (NDLR : au Venezuela l’économie est à 80% aux mains du secteur privé). On est en effet obligés d’importer pratiquement tout ce dont nous avons besoin. Du câble au transmetteur. Mais aussi aux caméras. Toutes ces choses. Quand du matériel se dégrade, les pièces de rechange sont difficiles à obtenir. C’est coûteux. Le système économique dominant au Venezuela reste privé, lié au rentisme pétrolier : il est plus facile d’importer pour les privés que de produire chez nous. Par conséquent, les pratiques spéculatives sur ces équipements atteignent des proportions énormes.

cz2Sans l’aide de l’État, il y a des technologies qui seraient inabordables pour nous, les télévisions communautaires. On ne pourrait pas les acheter, tant elles sont coûteuses. Non seulement il faut les renouveler fréquemment, mais elles demandent aussi, un gros effort de maintenance. Sinon, on est rattrapé par l’obsolescence des matériels. En plus de la dépendance technique, on rencontre également des difficultés à avancer sur le thème de l’autonomie financière. Nous sommes en train de rechercher les moyens nous le permettant, sans recourir au sponsoring ou à l’appui de l’État. Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas, nous ne ferons appel à la publicité ou à des choses de ce genre.

Q – Vous bénéficiez de subventions ? Est-ce l’État vous paient pour réaliser des programmes ?

R: Non. Tout d’abord, on ne vend pas nos espaces. On ne procède pas comme ça. Si quelqu’un souhaite réaliser un programme, aborder une question quelconque, la première chose à faire, c’est de s’organiser, et de se former, de s’approprier les outils permettant de mener à bien le programme prévu. On ne vend pas nos espaces. On n’en tire pas profit, tout comme l’État ne nous rémunère pas. Je l’ai déjà dit. En tant que médias communautaires, nous sommes profondément engagés dans le processus révolutionnaire pour une raison simple : la démocratisation de la politique. Mais nous ne sommes pas  »gouvernementaux », au sens où l’État nous entretiendrait. Nous ne sommes pas dans ce schéma. Le nôtre, c’est être partie prenante d’un processus en voie de consolidation.

Ceci dit, la question de l’auto-suffisance, est l’une des plus difficiles auxquelles nous sommes confrontés. Comment procéder pour surmonter cette dépendance vis-à-vis de l’État ? Cette dépendance économique et financière ? Il faut dire qu’on ne reçoit pas d’argent pour que la station de télévision existe en tant que telle. On peut recevoir un paiement à travers la diffusion de messages d’intérêt général. C’est précisément ce terrain que nous explorons à Canal Z. Je pense notamment aux projets de formation qui nous permettent d’assurer l’auto-suffisance de notre structure. Il y a aussi le thème de la participation, dont on perçoit quelques signes d’essoufflement. Je crois que c’est inhérent au processus cyclique que vit la révolution dans cette étape. Cela a poussé quelques compagnons à se détacher de ce type d’investissement. Au final, deux éléments se détachent en terme de difficulté : la dépendance sur le plan technologique et la dépendance économique.

Q – Quelles solutions pourrait-on apporter à tout cela ?

R: Continuer à inventer. Nous tentons de trouver la bonne formule qui nous permettrait de résoudre les problèmes des volets économique et technologique. La nationalisation de la production serait une solution.

Q – Et sur l’articulation organisation populaire/télévision communautaire ?

R: Il faut renforcer ces deux mouvements : aller vers les membres de la communauté, et sur ce que nous faisons. Mais il serait souhaitable que les membres de la communauté aillent également à nous. Car ce projet, ce n’est pas seulement celui de Keila, de Kenia, de Roxalide. C’est un projet qui appartient à tous. Nous sommes ce que notre slogan exprime bien :  »la fenêtre populaire ». Donc, celui qui le veut, il vient. L’idée, c’est qu’il y ait le moins de dépendance possible par exemple s’il y a un transport disponible ou non pour aller jusqu’à Canal Z. L’idée, c’est de montrer les processus en cours, les luttes.

R – Moi, j’étais présente à l’inauguration de Canal Z. J’étais jeune. J’en étais également, lorsqu’il était question du programme Barrio Adentro (NDLR: programme de santé gratuite installé dans les quartiers populaires) et des luttes que nous avons menées et gagnées. Canal Z nous a aidés.

Q – Pourquoi le lien avec Canal Z ne s’est-il pas renforcé?

R – Parce qu’on a perdu la liaison avec Canal Z.

Q – Tu aimerais participer ?

R – Évidemment ! On continue à voir nos têtes quand Canal Z nous apporte son soutien.

Q – Sous quel angle vois-tu l’expérience de Canal Z ?

R – C’est une expérience d’autant plus merveilleuse que j’étais là, à ses balbutiements. Cela faisait un bout de temps que je n’étais pas revenue ici. Le studio est vraiment bien. Il s’est beaucoup agrandi.

Q – Tu as conscience que c’est moins à Canal Z d’aller vers la communauté que l’inverse ?

R: Oui. En tant que communauté, nous nous devons d’investir Canal Z, parce que c’est l’unique média de ce genre. Et il nous apporte son soutien. Alors que les autres médias ne le font pas.

Q – Qu’en est-il de ta participation ? Ici même, au sein de cette communauté ? Quel est ton nom ?

R: Bonjour. Mon nom, c’est Édith Pirela. Je suis coordinatrice de quartier des Comités pour la Santé du programme Barrio Adentro. Pour répondre plus précisément, je voudrais dire d’abord que je suis fière de tout ce qui compose Barrio Adentro Santé. On avait affaire à de nombreuses communautés qui ne bénéficiaient d’aucun soutien en la matière. Il y avait des gens qui ne savaient même pas qu’existaient des moyens pouvant sauver des vies. Qui leur donne cette qualité de vie, dont nous avons besoin en tant qu’êtres humains. Personne ne nous tendait la main, à l’exception de Hugo Chavez. C’est lui qui nous a ouvert les yeux. Nous le répétons souvent. Nous sommes des êtres humains. On n’attend pas que l’on nous réponde :  »Oh les pauvres ! ». Nous choisissons la lutte. Un groupe de personnes issues des communautés et des quartiers s’est lancé dans Barrio Adentro. Quelques collaboratrices, des mères de famille en fait. Et ces femmes au foyer comme on les appelait avant, eh bien ces femmes au foyer se sont rassemblées, et ont répondu à cet appel du président :  »j’ai besoin de vous ». Aujourd’hui nous poursuivons la lutte.

Q – Et ton lien avec l’expérience de Canal Z ?

R – La persévérance nous a fait défaut. On n’a pas suffisamment appuyé Canal Z dans son travail. Parce qu’être présent en permanence, c’est difficile. Les membres de l’équipe en avaient conscience, et ils s’en sont préoccupés. Après l’inauguration, on aurait dû les assister, leur apporter notre appui. Dans ce domaine, on n’a pas été à la hauteur. On doit remédier à cela, c’est ce qui explique ma présence ici. Comme vous l’avez dit : ce n’est pas à Canal Z d’aller vers nous en permanence.

R – Bonjour. Je m’appelle Doris del Carmen Ortiz Baez. Je travaille en tant qu’éducatrice de santé au dispensaire El Membrillo, Quartier Francisco Eugenio Bustamente. Je me félicite de l’existence de Canal Z, parce qu’on n’a pas besoin de maquiller la réalité. On n’a pas besoin d’être des professionnels de la télé. On n’exige pas ce qui l’est dans le secteur privé. Du genre, si tu n’es pas un député, si tu ne sais pas t’exprimer correctement, si tu n’es pas ceci ou cela, on te dénie le droit de mettre les pieds dans la station. On te refuse l’entrée. Les médias communautaires, ils sont solidaires. Par conséquent, c’est bien que ce lien existe. Cela doit continuer. C’est l’existence même du canal qui en définit la mission. Pourquoi ? parce qu’il va vers les communautés et s’adresse à la personne qu’il faut. De la base. Il s’adresse à ceux qui savent comment naît une Mission.

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Photo prise durant cet entretien

R – Mon nom, c’est Morelia Herrera. Cela fait à peu près 3 ans que je suis partie prenante du collectif Canal Z. Appréhender la télévision communautaire comme un outil, ce n’est pas une fin en soi. Tout comme ne doit pas l’être le fait d’assumer des responsabilités au sein de la station, et de garder pour soi, les connaissances acquises. Il faut au contraire, être un élément démultiplicateur, et participer ainsi à la consolidation d’autres collectifs. Il est nécessaire d’assumer cette démarche et son caractère révolutionnaire bien compris. Ce n’est pas le fait d’entrer en relation avec des collectifs pourvus d’une station de télévision communautaire, qui prime. Ce qui compte, c’est le lien que l’on noue, la liaison que l’on établit avec toutes les expériences en cours. On peut partir d’expériences personnelles, et mettre en place une relation étroite avec d’autres.

Q – Comment la télévision communautaire, peut-elle aider à la construction du pouvoir citoyen ?

R – Si l’on part de ce qui vient d’être dit, c’est-à-dire du lien à établir, il faut dans un premier temps comprendre la situation. On devient complémentaires, à partir de la mise en visibilité des actions en cours. Y compris celles dont on s’occupe. Il ne s’agit pas seulement de l’action engagée par les télévisions communautaires. Cela englobe aussi les batailles d’autres collectifs, dont on relaie l’action soit par le biais des programmes de télévision ou de toutes autres formes de médias populaires. Par exemple, la radio. L’objectif : populariser et rendre visibles toutes ces initiatives. De cela, nous en sortons toujours plus forts. Plus solides. Cela provient de l’assimilation des expériences propres à d’autres collectifs. Y compris ceux qui n’ont pas à leur disposition un média communautaire. Quel sont les buts à atteindre ? où nous situons-nous par rapport aux autres ? Quelle est la nature de l’aide à envisager ? En tout état de cause, la leçon à tirer de tout cela, est la suivante : c’est avec le collectif que l’on peut avancer. Dans le contexte actuel, je crois que c’est l’une des plus grandes expériences dont on puisse faire mention en ce moment.

Q – Tu nous donnes ton avis sur le contenu de la programmation ?

R: L’un des aspects les plus séduisants, c’est la volonté toujours affichée, d’être présents, là où l’on se doit de l’être : aux côtés des luttes populaires. Comme Kelly le disait tout à l’heure, quand on fait la comparaison avec les médias privés, on parle beaucoup de professionnalisme, et on travestit la réalité. En ma qualité d’auteur-compositrice, j’ai expérimenté concrètement ce lien. C’est pour toute ces raisons que j’ai souhaité faire partie de cette expérience. Parce que d’une certaine manière, je connais le caractère monstrueux du secteur privé dans ce domaine. Je sais comment on formate un chanteur. Ce n’est pas le talent, ni le message ou le contenu du répertoire qui priment mais la dimension commerciale qui domine. A rebours, ici quelqu’un peut s’exprimer librement à travers la chanson. C’est mon cas. Voilà un autre thème susceptible d’étoffer les champs d’un média communautaire. Dans ce cas, c’est le message qui importe. Et le message principal qui transparaît à travers les batailles menées, mais aussi à partir du moment où tu franchis les portes de la station se résume en ces mots : solidarité, respect des principes, honnêteté.

Canal Z sur Youtube: https://www.youtube.com/channel/UC1szr01op1-mexsm8h70_jQ  

Entretien réalisé à Maracaïbo par Iris Castillo et Gladys Castillo, membres de la télévision communautaire Catia Tve (Ouest de Caracas)

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Portraits d’un peuple

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Photo : Orlando Monteleone

Yeux embués, regards qui défient, commissures tombantes et d’autres qui sourient, lèvres fines ou grosses, moustaches, barbes, traits afros ou indigènes, ongles vernis ou mains endurcies, rides ou cicatrices qui rappellent un acné ancien, enfants, jeunes, adultes. Tous ces visages, toutes ces expressions, toutes ces vies sont dans les portraits d’Orlando Monteleone. Dans ces photographies, il y a un peuple qui a mal, un peuple conscient, un peuple aguerri, un peuple présent.

Lui se définit comme “caraquègne né à Valera” et “italien de nom mais fils d’un chauffeur de taxi et de madame Rosa”; autrement dit, fils d’immigrant et de paysanne. Orlando Monteleone trouve les pourquoi de sa photographie dans l’enfance qui fut la siennee, dans les quatre cent coups commis dans les rues Coromoto et Santa Bárbara, du quartier populaire La Pastora.

Un enfant qui traverse les années 60 avec assez de malice pour se transformer du jour au lendemain en choriste des Tucusitos, à peine sorti de l’École Nationale Crucita Delgado, où il était un “très mauvais étudiant”, se souvient-il. Ainsi s’est-il formé, avec une “bande des douze” gamins, dans ce quartier dont il tire le portrait chaque fois qu’il peut. “La photographie fait partie de l’amour, c’est comme jouer à la toupie, comme si je jouais encore à la balle-pelote, au base-ball de capsules de bouteilles; la rue est restée en moi” explique Monteleone.

L’enfance lui a aussi servi à monter dans la tête ce qu’il désirait. Avec sa bande de voyous il allait au ravin “d’eaux sales, dépotoir des immondices populaires” pour voir ce qu’il y trouvait. “Dans le besoin qui nous obligeait, ou peut-être était-ce les rêves d’enfants, nous imaginions comment nous allions trouver cette bicyclette, comme serait son cadre, si la route de devant allait être plus grande ou plus petite; c’est cela qui est resté, ce doux poison de devoir inventer les choses, les penser, les développer à l’intérieur pour ensuite les situer” raconte l’artiste.

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Orlando Monteleone. Photo : Milángela Galea

Cette créativité l’a aidé à formuler ses projets ultérieurs, un savoir enrichi par une formation académique inachevée: études à l’École Technique des Arts Visuels Cristóbal Rojas, ensuite à l’Institut du Design (IDD) et au Centre d’Enseignement des Arts Graphiques (CEGRA). Il a travaillé au Musée d’Art Contemporain (MAC) et à la Galerie d’Art National (GAN). “J’ai pensé : ici je vais me faire vampire, sucer le sang pour me cultiver” reconnaît Monteleone en évoquant la GAN de cette époque.

Il reste habité par ce ressentiment face à ces gérants qui investissaient beaucoup d’argent dans des artistes internationaux pendant que la population subissait les conséquences du néo-libéralisme. Malgré cela, le photographe reconnaît que ces acquisitions forment une collection importante, “qu’elle existe et qu’il faut la protéger”.

C’est dans ce contexte qu’il a commencé à travailler pour l’entreprise de publicité transnationale  Young & Rubican. “A force de manœuvres je réussis à être envoyé à New York, et c’est là que je me suis réellement spécialisé en portraits photographiques” indique-t-il. Après un an et demi, il rentre au Venezuela où il découvre un nouveau paysage.

Le XXIème venait de commencer. “A mon retour à l’agence de pub, on m’a jeté à coups de pied dès que j’ai commencé à montrer et à rappeler que je venais de lieux très semblables à ceux d’où venait Chávez”.

Ce rejet le poussa à faire son propre chemin, à puiser des forces dans l’acte de créer, dans la malice, dans la nécessité d’inventer, pour créer ses projets, avec de nouveau un renvoi à la rue. Il se rendit compte que la pub n’était pas sa voie. “J’avais une dette avec les miens, avec le temps et avec les espaces où j’ai grandi”.

A travers les images capturées par sa caméra, il retourne au quartier et à ses personnagesss pour retrouver ce que cherche à occulter la vague “Wall Street y Rockefeller”. “La photographie que je tente de faire, je veux qu’elle entretienne cette rébellion […]. C’est une manière de continuer à dire “c’est là”; nous devons rester rebelles, comme aujourd’hui face au décret de ce président des États-Unis qui veut nous spolier de nos ressources” explique Monteleone.

 

Ces jours-ci dans les rues du centre de Caracas de grands panneaux expriment ce qu’a ressenti une grande partie du peuple vénézuélien : un poing levé, des yeux larmoyant, un brassard tricolore au bras, un tee-shirt à l’effigie de Bolívar, quelqu’un qui montre un portrait de Chavez; les personnages varient, le sentiment les réunit.

L’idée naquit dans cette file interminable qui venait rendre un dernier hommage à Hugo Chávez au Paseo Los Ilustres, en mars 2013. (Pendant ce temps à Paris, interrogé dans les studios de BFM TV par un présentateur qu’étonnaient ces files pouvant atteindre trois kilomètres et durant de longues heures, pour un caudillo attaqué sans répit par tous les médias, le journaliste « spécialiste du Venezuela » François-Xavier Freland fit une réponse qui restera dans les annales : « Oh, vous savez, dans cette foule, il y a beaucoup de curieux… »). Installé sur le boulevard des Símbolos, Orlando Monteleone prépara son appareil photographique, ses lumières, son backing, et commença à tirer des portraits. Quelques minutes plus tard, une file de 150 personnes attendaient d’être photographiées.

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Son idée n’était pas de capter la grande masse mais d’entrer dans l’âme des gens, dans les sentiments profonds de chaque être humain. “En outre, je voulais démonter l’idée que les chavistes sont laids. Comme le dit le sociologue et ministre Iturriza: “Le chavisme a été diabolisé”.

Une beauté libérée du joug des défilés de miss, sans figures imposées, beauté haute ou petite, grosse ou maigre; avec ses boucles d’oreille, ses tatouages, ses cheveux bouclés en désordre; mais authentique – dans les yeux brillants, dans un amour maternel, dans une espièglerie d’enfant, dans la fierté de quelqu’un qui participe à une construction collective.

« Au début quand je les ai photographiées, je sentais que les personnes étaient très blessées puis les jours ont passé et tout a cédé la place à un amour collectif : “j’aime Chávez comme un défi, par engagement pour mon fils”, entendait-on, chacun offrait son amour” se souvient l’artiste.

Après avoir travaillé et monté ces images, Monteleone les a fait circuler sur la toile et par les réseaux sociaux, jusqu’à ce qu’elles soient vues et reconnues par le Ministère de la Culture dont les autorités ont décidé de les exposer sur la voie publique pour que les habitants de Caracas puissent les découvrir.

L’exposition qui compte une centaine de photographies, emprunte son titre aux propos d’un d’une des participantes aux longues files d’adieu : “Venez, allons nous faire prendre en photo, nous, les amours de Chávez”. Tout en ajoutant : “Ici personne ne se rend”, “Chávez n’est pas mort, il s’est multiplié”, “Genou à terre” parmi d’autres thèmes populaires entendus.

Je sens que ce sont les pages d’un livre qui s’ouvre. A mesure que nous marchons et regardons, chaque page raconte une histoire. Dans chaque chapitre, nous voyons des personnages différents qui se dénudent pratiquement face au genre d’amour qu’ils voulaient offrir”. 

Une anecdote : un des photographiés — qui dans la photo originale apparaît avec un livre de Lénine — “fut tellement ému de découvrir son portrait dans la rue qu’il s’est fait rephotographier dans la rue, sous le cliché”. Un autre est un historien qui passe son temps au Café Venezuela et “qui bavarde beaucoup de communisme”.

Monteleone dit son bonheur de se voir affiché sur des immeubles, parmi les passants, les voitures et les motos, plutôt que dans un musée. “Maintenant ils sont dans la rue, on a rempli les rues des “amours de Chavez”, on a rempli les rues de peuple”.

Nous montrer

Cette idée de refléter le beau qui n‘est dans aucun concours de Miss mais dans le quotidien est visible dans un autre des projets d’Orlando Monteleone: “Photogéniques”. “Le concept est de décoloniser le portrait, montrer une beauté totalement différente à celle qu’on a voulu nous vendre”.

Ces personnages forment le paysage urbain habituel que Monteleone, en bon “piéton heureux”, a l’habitude de rencontrer tous les jours. Il interagit avec eux, invente des histoires pour pouvoir converser, tout en réfléchissant — comme s’il s’agissait de la bicyclette d’enfance —, plaçant les pièces du puzzle qui s’achèvera dans son studio.

“Si je vais boire un café je finis par parler un bon moment avec le monsieur qui le prépare” résume-t-il pour annoncer d’autres protagonistes : un alcoolique anonyme qui a décidé de ne pas être si anonyme, le vendeur d’oranges du métro Bellas Artes, les personnages du marché de Guaicaipuro, un cireur de chaussures ou un universitaire. Tous se montrent tels qu’ils sont, avec leurs rides, leurs dents de travers, leurs imperfections.

Photo: Orlando Monteleone

Photo: Orlando Monteleone

Autre expérience à laquelle il a participé : la campagne “Nous sommes un peuple digne”, qui visibilise différentes expressions artistiques exprimant les valeurs vivantes au sein du peuple vénézuélien : la lutte pour ce qui est juste, la foi, l’espérance, la solidarité, l’amour, la culture caraïbe, la défense de la patrie, la force collective.

Par exemple, quand des jeunes apprennent à boxer dans le plus haut des quartiers populaires de José Félix Ribas, grâce à l’entraîneur qui a construit un ring au-dessus de sa maison. La majorité de ces jeunes n’étudient pas, malgré les efforts de la révolution bolivarienne pour démocratiser l’enseignement.

“L’entraîneur m’a raconté qu’il a eu un groupe de ce genre il y a deux ans et aujourd’hui plus un seul n’est en vie à cause des affrontements de bandes” explique-t-il. “Après avoir pris ces jeunes en photo, je me suis demandé comment les restituer et j’ai voulu les montrer avec l’expression du défi, il n’y a pas d’autre manière. Ils cherchent comment se frayer un chemin dans la vie”.

Le bonheur est présent parmi les pêcheurs de Naiguatá, qui montrent avec satisfaction leurs réussites collectives : ils ont obtenu un financement pour les moteurs de leurs barques, outils indispensables.

Il y a aussi l’épouse de Jacinto Peña, l’habitant de Maracay à qui, lors du lock-out pétrolier de la droite en 2002, on brûla l’autobus dans lequel il transportait des passagers. Cette femme, “à cause de tout ce que son mari avait subi, angoissée, tomba dans un coma diabétique et perdit les jambes. Le mari est mort il y a peu. Mais elle, avec beaucoup de fierté et d’honnêteté, a voulu se faire tirer le portrait auprès de son autel personnel, près de la photo de son époux”.

Regards de défi, de fierté, de tendresse, d’engagement, de joie, de complicité. Monteleone improvise une analyse sur la prédisposition du vénézuélien à être photogénique: “Le vénézuélien, ce qu’il ne sait pas, il l’invente; et ce qu’il ne peut inventer, il tente de le copier. Il n’a pas de problèmes pour dire qu’il est du peuple, qu’il est pauvre. Peut-être que cela a partie liée avec le pétrole, avec cet excès de confiance intérieure de savoir qu’il y a quelque chose là, sous la terre”.

Démocratiser la photographie

L’ère du visuel — depuis qu’existe l’imprimerie, le téléviseur, et la photographie — a envahi les relations sociales, la manière d’être et de vivre des êtres humains, et le raz-de-marée de la photographie numérique qui s’en est suivi. “On nous drogués de photographie” synthétise le créateur. “De même que le format s’est démocratisé, cette addiction peut nous perturber mais malgré les risques que nous pouvons prendre, je crois qu’elle nous aide”.

Photo: Milángela Galea

Photo: Milángela Galea

Quand la caméra analogique exigeait un laboratoire pour traiter le matériel et que le professionnel devait passer par l’avis d’un expert qui décidait si l’œuvre avait assez de valeur pour “finir sur le mur froid d’un musée”, la photo était pensée selon des normes externes et avec des objectifs commerciaux.

Quand je travaillais au Musée d’Art Contemporain, je gagnais quatre sous et le budget perçu par cette institution était distribué entre photographes et artistes utilisés comme ressources capitalistes pour galeries privées, leurs produits se transformaient en biens de consommation”. 

Lorsque le numérique surgit, la photographie se démocratise : les appareils sont plus accessibles, les portables permettent de prendre des photos et de plus en plus de personnes peuvent prendre en photo ce qu’ils veulent. Ainsi ce qui était un art pour peu s’est converti en amusement pour beaucoup. Surtout au Venezuela où il y a tant de jeunes racontant leur propre histoire.

Comme ceux qui vivaient à la faveur de l’exclusion “n’ont pas compris ce qui se passe, ils se sont retranchés en cénacles dans des librairies de l’Est cossu de Caracas. Cette marée de jeunes qui travaillent dur, qui grandissent avec le processus, ont compris qu’il faut s’emparer de cette technique”, pour rompre avec une photographie que Monteleone considère comme “trompeuse”.

Cette myopie explique pourquoi certains “intellectuels de l’art” continuent à nier, à disqualifier, à refuser ce qui naît du peuple, pour le seul fait d’exister. “Mon travail, les compagnons cultivés n’en veulent pas pour les musées, ils ne l’aiment pas à cause de l’engagement qui l’imprègne” assure-t-il.

Ce risque qu’a assumé la photographie en démocratisant la technique peut conduire à un projet original et intéressant, ou superficiel et inexpressif. Le problème n’est pas l’outil ou la technique — dont il y a beaucoup à apprendre, beaucoup —, mais le fond, le contenu, le pourquoi et le pour qui on photographie.

D’où l’invitation aux jeunes : “Montrons le quartier populaire, montrons nos textures, montrons nos rébellions, montrons que nous existons. Cet élément – il montre l’appareil numérique – a changé la vie de beaucoup de gens. Ce fut un des aspects. Chavez a fait voir à tous qu’ils existent. Cet appareil photographique est le bras armé des quartiers populaires, des communautés. Nous allons montrer l’anniversaire de la cousine, nous allons montrer comment se fait le bouillon collectif, nous allons montrer nos chaussures trouées, nous allons nous montrer. C’est de cela qu’ils ont peur, c’est ce que vomit l’oligarchie. Ce sont des balles visuelles”. Pour remplir de peuple les rues du Venezuela, conclut  Monteleone.

Texte : Laura Farina

Source : http://laculturanuestra.com/?p=560

Traduction : Thierry Deronne

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Dans la Commune Pio Tamayo l’organisation est la clef pour défaire l’inflation.

par Ingrid Navarro Leonet

La Commune Pio Tamayo a réussi à réduire de moitié, le prix de certains articles de base. Les habitants insistent : le peuple organisé doit avancer vers l’autogestion. Il est nécessaire de changer le mode de consommation alimentaire du Venezuelien. Pour cela, il faut raccourcir la chaîne de commercialisation de divers produits, réduire leur prix de vente, et casser la spirale inflationniste.

A Barquisimeto (Lara), les membres de la Commune Jose Pio Tamayo -elle-même constituée de 15 conseils communaux- qui regroupe 30 000 personnes sont conscients de ces enjeux.

Prête à lutter contre « la guerre économique » et l’inflation, l’organisation citoyenne a jeté les bases d’une alliance stratégique, dont les producteurs des zones agricoles avoisinantes, les femmes au foyer et les responsables de quartiers, sont les piliers. Les mécanismes de distribution directe ainsi mis en place, se sont traduits par une réduction de moitié (50%) du prix de certains produits alimentaires. De ce fait, de nouvelles expériences ont pu voir le jour.

La mise en œuvre de cette initiative a favorisé la commercialisation à bas prix de produits tels que la yuca (manioc), le piment rouge, les tomates, citrouilles, potirons, le tubercule d’ocumo, sans oublier le poisson et les poulets.

La communarde Lorena Pena, animatrice du secteur La Antena, affirme avoir mis au point une méthode qui consiste en un recensement -maison par maison- des besoins en nourriture de la population locale. En ce moment, 70% des foyers concernés bénéficient de cette mesure.

Ensuite, en fin de journée, Lorena et ses camarades se réunissent pour faire état de leurs expériences positives et négatives. Ce qui leur permet de peaufiner leur connaissance du terrain, et même d’élaborer de nouvelles recettes pour lesquelles les aliments commercialisés qui ont été choisis, sont utilisés comme matière première. Parmi leurs objectifs, il est par exemple prévu la recherche d’alternatives à des produits tels que la farine de maïs pré-cuite.

Pena : « Ces activités, nous les menons sans l’aide de l’Etat. C’est une initiative qui nous est propre, parce que nous sommes convaincus que c’est la voie à suivre, pour la bonne éducation du consommateur, mais aussi pour briser la situation de dépendance, et s’opposer à la guerre économique. Ceci dit, l’achat régulier des aliments et leur distribution, ce n’est pas une tâche facile ».

Cette femme est devenue communarde, en réponse à l’appel aux organisations populaires lancé par le Président Hugo Chavez. Elle se rappelle d’ailleurs, qu’en 1994 les habitants de La Antena l’ont reçu avec un grand enthousiasme. C’était juste après sa sortie de la prison de Yare. Au moment où il avait décidé de partir à la rencontre du pays.

En ce moment, la Commune anime une campagne pour la réutilisation des sacs en plastique. De plus, la confection de sacs en tissu est à l’ordre du jour. Cela, pour réduire l’impact environnemental.

Témoignages.

José Gomez : « on ne doit pas se borner à lancer des slogans, tels que  »la commune ou rien ». Il doit y avoir une méthodologie qui s’ancre dans le concret ».

Angel Hernandez : « en coopération avec le pouvoir populaire, la zone nord de Barquisimeto n’est pas encore fournie en eau par des canalisations parce que ce service est centralisé ».

Lorena Peña « Ce n’est pas facile de mener le travail communal. Cela implique une lutte permanente pou le bien-être collectif, cela requiert la participation de tous ».

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Pour la terre.

Pour nombre d’entre eux, les conseils communaux constitutifs de la Commune José Pio Tamayo, ont commencé à lutter pour la propriété de la terre. Le Comité des Terres Urbaines fut la première structure à voir le jour.

A l’heure actuelle, les conseils communaux Sapui, Union 1et 1C, Union de la Salle 2, Lanceros, San Antonion 1 et 2, Circulo Obrero, Antena 1,2,3,4 et 5, La Vega et Nuevo Amanecer, forment un tout, et tracent un axe d’est en ouest. (De la Calle 1 jusqu’à l’avenue Las Industrias). Du nord au sud, le périmètre s’étend de la via Ferrea jusqu’à l’avenue Libertador.

A ce jour, 200 personnes représentent les intérêts de la collectivité, à travers les conseils communaux et le Parlement communal. Sans compter le millier de pâtés de maisons organisés, dont les habitants peuvent rapidement se mobilier si les circonstances l’exigent.

Plus productif.

José Miguel Gomez, porte-parole de l’organisation populaire souligne : « nous sommes conscients de la nécessité pour le pays, d’accroître l’activité productive, pour promouvoir, renforcer et consolider le bien-être social ».

Pour se faire, 3 entreprises communales en propriété collective directe ont été fondées: Travailleurs Unis (ex-Brahma) (1), Construction , Génie civil et Transport qui agissent avec des fonds alloués -d’un montant de 23 millions de Bolivars- par le Conseil fédéral de gouvernement et le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes.

En ce qui concerne l’entreprise de construction qui s’appuie sur le programme de La grande Mission Logement Venezuela : on travaille en ce moment sur le remplacement de 120 masures par des logements neufs (auto-construction). Par ailleurs, on s’est donné un objectif qui doit être atteint avant la fin de l’année : plus d’habitat précaire sur le territoire de la Commune.

Dans le cas de « Travailleurs Unis », grâce à un accord passé avec les travailleurs de Brahma et une entreprise de camions-citerne, la distribution d’une quantité substantielle d’eau potable, est quotidiennement assurée. En bénéficient notamment : les centres hospitaliers, la maison d’arrêt d’Uribana et d’autres infrastructures souffrant de carences en matière d’approvisionnement. Car il est prévu que certaines de celles-ci, seraient prochainement transformées en une unité d’emballage (grains), un entrepôt de produits alimentaires, et une fabrique de jus de fruits.

D’autre part, il y a un mois, ils ont instauré un fonds de solidarité destiné à la rénovation de logements, parce que ce type de réparations concernant la réhabilitation des quartiers les plus anciens, « n’entre pas dans les plans de l’Etat ».

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Gomez : « chaque semaine, les intéressés fournissent un apport de 30 bolivars. A ce jour, 400 personnes sont inscrites. C’est une stratégie qui cosiste pour nous à  »fomenter la participation populaire dans les politiques de l’Etat », afin qu’on ne verse pas dans le clientélisme. Car chacun doit pouvoir en bénéficier selon ses besoins ».

En outre, est prévue la création de 2 entreprises communales en propriété collective : santé intégrale et distribution des produits alimentaires. Ils ajoutent que ces deux unités débuteront leurs activités à partir de ressources propres, c’est-à-dire en ayant recours à l’autogestion.

Pour le centre de santé intégrale, ils estiment l’investissement à 4 millions de Bolivars. Le projet ayant trait à la distribution des produits alimentaires est en cours d’élaboration.

La technologie comme alliée.

La Commune JP Tamayo travaille en coordination avec le Système des Entreprises occupées de l’Etat de Lara. Et plus spécifiquement avec Veneagro et Alfarero de Gres. La première s’occupant de volailles (poulets) ; la seconde, de la fabrication de blocs d’argile.

A l’instar de l’ancienne Brahma (ebaptisée « travailleurs unis », la productivité de ces 2 unités est établie selon un plan d’urgence. Ce qui signifie qu’elles ne couvrent que les dépenses liées au personnel.

Alfarero de Gres fabrique 8000 blocs d’argile/jour. Mais elle vise à augmenter la production, pour atteindre le chiffre de 35 000/jour.

Les porte-parole du parlement communal, se sont adressés aux gouvernements national et régional, pour que l’on accélère la délivrance des permis dont ils ont besoin : « Chez Veneagro, nous restons mobilisés, jusqu’à ce que l’on obtienne les autorisations légales et sanitaires nécessaires à l’obtention du  »guide de traçabilité des marchandises et des produits transformés). Ce qui nous permettra d’avancer dans le domaine de l’élevage, de la distribution, et des bénéfices obtenus. Sans oublier la chaîne de fabrication d’aliments pour animaux ».

La Commune Jose Pio Tamayo est également en charge du centre d’information Rafael Chinchilla, inauguré il y 3 ans. Le site dispose de 10 ordinateurs et fonctionne comme une bibliothèque virtuelle pour les recherches. De plus, des ateliers de technique informatique sont organisés, pour que les membres de la communauté puissent se familiariser avec les outils technologiques mis à leur disposition.

Jormi Jimenez, animateur et membre du conseil communal «  Cercle Ouvrier »  explique que les formations ayant trait à la technologie, l’information et la communication (TIC), occupent une bonne place parmi les enseignements dispensés . A cela s’ajoute les cours de réparation et de maintenance des ordinateurs. En outre, le centre s’occupe de la mise à jour des canaimitas (ordinateurs de fabrication venezuelienne) mis à la disposition des jeunes de la zone, et apporte son soutien aux bénéficiaires des diverses Missions.

Le centre d’information est logé dans les locaux de Radio Antena Libre (96.3), partie intégrante de la commune en matière d’organisation communicationnelle. Elle diffuse quotidiennement le programme Amaneciendo en Comunas, qui traite de sujets destinés au plus grand nombre : planification, exploitations, conditions de travail. De plus, la radio rend compte aux auditeurs des progrès réalisés par la Commune dans le domaine de la gestion.

L’info-centre dispose également d’un espace consacré aux femmes, et un autre aux universités, tandis que son programme musical favorise le tamunangue, en tant que patrimoine régional (tradition folklorique, union de 3 cultures : l’indigène, l’espagnole et l’africaine) mais aussi d’autres genres, tels que la salsa.

Antonio Gomez souligne que c’est avec les ressources du Conseil communal que l’émetteur radio a été acquis. Toutefois, il ne manque pas de préciser que la solidarité a joué, puisque la première transmission (5 juillet 2003) s’est faite de La Antena, à l’aide d’équipements prêtés par les radios Crepuscular, et Tamunangue Libre.

« Progressivement, la communauté s’est appropriée cet outil. Aujourd’hui, nous n’hésitons pas à l’appeler  »notre radio ». Car c’est notre instrument en matière de communication. C’est un exemple qui démontre qu’en agissant collectivement, on résout tous les problèmes ».

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La planification est essentielle.

La Commune José Pio Tamayo travaille en conformité avec le Plan Communal 2014-2019, qui a défini les stratégies à déployer et les objectifs à atteindre durant cette période.

Parmi ces derniers, on compte la création de fonds d’épargne autogérés, et de nouvelles entreprises socio-productives.

Pour mener à bien ces réalisations, 6 assemblées communales se sont réunies, sans oublier les tables-rondes qui ont traité de sujets particuliers. La charte de la Commune- qui en présente toutes les potentialités- a servi de base de travail. Le Plan de la Patrie et les dispositions légales concernant la région, ont également été pris en compte. Toutefois, Toni Medina, député et porte-parole du district, en charge de la planification a déclaré que la bataille a été rude. En effet, dans le cas du Venezuela, la documentation ad hoc n’est pas très abondante. « Et celle qui est disponible dans des pays tels que la Colombie et le Chili vise un système bureaucratique et non un État communal ».

Initialement, « les infrastructures existantes, étaient le point fort de la Commune. Cependant, la guerre économique et l’occupation de l’ex entreprise Brahma par les travailleurs, nous ont forcé à nous concentrer davantage sur la question de la production ».

Ceci dit, le porte-parole est également préposé à la mise en adéquation du contenu de la formation pour le Diplôme de Planification Communale, avec la méthodologie préconisée par l’École Nationale de Planification (Caracas).

C’est d’ailleurs en réponse à une demande du Président Nicolas Maduro, que cette tâche consiste à unifier les critères pour l’élaboration et l’adaptation des plans visant à favoriser le développement équitable des Communes et leurs territoires respectifs. T Medina : « Nous avons été parmi les premiers -si ce n’est les premiers- à mener à bien cette mission ».

Note:
(1) Lire (Photos :) Occuper, résister, produire 4 mai 2015

Source : Ingrid Navarro Leonet, Últimas Noticias http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/actualidad/investigacion/video-en-la-comuna-pio-tamayo-la-organizacion-es-c.aspx

Traduction : Jean-Marc del Percio

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L’autre langue

le saman du quartierDimanche 26 avril 2015, six heures de l’après-midi. Près de 17 femmes du Conseil Communal “Dr Alberto Smith” réalisent une assemblée pour discuter des points du jour. Nous sommes à Ocumare del Tuy, État de Miranda. « Terra incognita » pour les médias occidentaux, comme l’est ce pays hors du Caracas qui lève et baisse son rideau selon les besoins de l’internationale médiatique.

La réunion se déroule dans l’ombre fraîche du “samán”, l’arbre du quartier, trois hommes s’y sont joints. Le menu est varié : les erreurs initiales dans l’organisation du conseil communal comme la double identité juridique vis-à-vis des autorités lors de la remise de comptes annuelle, le besoin de vérifier les comptes des autorités antérieures par la commission de contrôle du nouveau conseil, le programme de substitution de l’éclairage ancien par les nouvelles ampoules blanches qui économisent l’énergie, le programme des allocations de retraite pour les personnes âgées, la vente de postes et d’antennes de télé par câble des entreprises de l’État. Le samán est un patrimoine national et ne peut être coupé sans permis de l’Institut National des Parcs et du corps de pompiers mais il faudra au moins en couper quelques branches.

La réunion respire la cordialité de voisins mais la tension revient dès qu’une parcelle de pouvoir est en jeu. Presque toutes ces femmes sont mères, fonctionnaires publiques ou employées, travaillent du lundi au vendredi, travaillent chez elles et consacrent un samedi ou un dimanche par semaine au conseil communal. Elles font leur propre critique parce qu’elles n’ont pas réussi à élire le ou la porte-parole au conseil de rang présidentiel. Le problème est que la personne à choisir doit se consacrer à plein temps à cette tâche : autant il est possible que ce conseil ne se réunisse pas pendant un an, autant il arrive qu’on doive se rendre à toutes les réunions pendant toutes les semaines, un mois complet. Madame Mary parle de la “faible participation aux assemblées”, Cristina explique qu’il faut “s’activer pour obtenir davantage de bénéfices”.

Une heure passe. Il y a d’autres critiques, il faut arriver à des accords. Quelles personnes sont-elles prioritaires pour l’assignation des postes de télévision et des antennes de Cablevisión (les personnes âgées). Le programme « Barrio Nuevo, Barrio Tricolor » organise une journée de substitution des toits d’amiante (encore nombreux dans les communautés intérieures du Venezuela) et des toits de zinc avariés, et la réfection des façades en mauvais état pour les maisons jugées prioritaires. Face aux problèmes de pénurie de certains produits de base on s’organisera avec des entreprises régionales pour vendre certaines denrées comme les produits laitiers.

Les maisons dont les lampes éclairent les rues du quartier recevront une dotation additionnelle d’ampoules incandescentes.

On dirait une autre langue mais c’est le langage de la démocratie participative, ce n‘est pas facile, ce n‘est pas un chemin de roses mais il semble que c’est le chemin.

Carmen Navas Reyes

Anita

Source : https://lacumbale.wordpress.com/2015/04/28/los-consejos-comunales-como-expresion-de-la-democracia-participativa/

Traduction : T.D.

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Dire « nous, femmes »

Macu

Macu

Macu a eu l’attention attirée par une phrase, dans l’après-midi : “Ce que je sens, ce que je vois, non au loin mais comme processus, c’est que pratiquer l’égalité tous les jours nous rend plus libres”. Elle l’aime et la répète. Elle l’a trouvée dans un livre qu’elle dévore à ses heures libres, aux moments construits pour elle.

Pendant qu’elle feuillette dans la salle à mager, ses enfants jouent dans la cour. Sa mère et son frère sont à côté. Macu vit sur les hauteurs de Loma de León, dans la communauté Alí Primera, née d’une occupation de terres il y a 17 ans. De là on voit le secteur La Carusieña, l’aéroport et le centre de Barquisimeto qui prend toute la largeur de la vallée.

Macu profite de ce temps de lecture, les jours vont vite, remplis d’activités. Elle retrouvera bientôt la China, comme tous les mercredis depuis un an, à cinq heures, pour la réunion du Comité de la Femme et d’Égalité de Genre “Beatriz Pérez”. Une quinzaine de femmes avec leurs enfants, leurs bébés, avec pour toit un auvent de tôle, dans l’après-midi qui avance, avance, c’est presque le soir. Adolescentes jusque grands-mères. Femmes. Un homme aussi : José Gregorio.

Macu, qui s’appelle Elvira Dorantes, répète la phrase, une fois de plus. Ensuite elle parcourt les rues de terre du conseil communal “L’éveil d’Alí”, passe en face de la salle collective où joue l’orchestre traditionnel de la commune puis devant l’école maternelle, contourne la fabrique de parpaings, et arrive à la réunion. Avec un sourire ouvert, qui semble chasser une douleur grâce à la lueur de ce qui se passe ici.

Les Comités de la Femme et d’Égalité de Genre

SONY DSCLe Comité Beatriz Pérez est un des premiers à avoir fonctionné dans un conseil communal de la Commune socialiste Ataroa. Il y a un an déjà. Parmi les premières participantes il y avait Macu, la China et José Gregorio. Elles ont répondu à l’appel d’un des mouvements sociaux actifs dans la zone et membre de la commune dès sa fondation : Femmes pour la Vie.

Mais la participation au Comité ne fut pas immédiate. Et ce malgré leur participation à des ateliers de formation, des dialogues et des ateliers de peinture murale organisés par Femmes pour la Vie. “En tant que femmes nous ne nous donnons pas l’importance dont nous avons besoin et nous avons besoin de notre temps pour nous-mêmes” explique la China qui s’appelle Reina Peña.

Les comités sont des groupes de femmes dans les conseils communaux. Chaque comité défend les femmes qui souffrent de violence domestique, de violence sociale  parce que même si cela semble incroyable,  il y a toujours dans n’importe quel espace, une violence contre la femme, en vérité”.

Au début elle a simplement accompagné une amie. “A mesure que nous suivions les ateliers et parlions avec d’autres femmes, nous avons ressenti réellement le besoin parce que dans la vie quotidienne on va et vient, on se dit “bonjour” sans savoir ce qui se passe derrière les murs. C’est alors que nous avons commencé à approfondir le Comité de Genre. C’est urgent, ici, vraiment , parce qu’il y a toute sorte de problèmes, un peu de tout, de machisme, de mauvais traitements, de fierté de soi”. Elles ont resserré les rangs et installé le Comité permanent dans leur conseil comunal – un des huit qui font partie formellement d’Ataroa, même si tous ne fonctionnent pas tout le temps, précise la China. Chaque semaine elles se retrouvent au sein de la réunion de “L’éveil d’Ali”. Elles se battent pour que davantage de femmes participent : c’est important, comme aujourd’hui, de voir débarquer une adolescente comme Wilmery, de 13 ans, qui même si elle ne parle pas beaucoup est présente, c’est le plus important, le premier pas. Souvent, il est ardu de se rapprocher, de participer, de raconter. Mais elles persévèrent : “Même si nous ne sommes que 2, 3 femmes à nous réunir, ici c’est un progrès” explique la China au moment où commence l’assemblée.

Un mercredi de Comité

SONY DSCUn point central occupe la réunion de cette après-midi d’août : plusieurs crédits ont été approuvés par la Banque du Peuple, pour divers projets de production impulsés par des compagnes : bracelets et colliers, pâtisserie, empanadas,coûture, confiseries, hamacs. L’objectif est de lancer le fonctionnement d’Unités de Production Familiale.

A la demande de toutes, Quilmary Gutiérrez montre les colliers qu’elle a produits jusqu’ici. Elle explique comment les faire, la difficulté de fixer les prix à cause de “ce maudit truc de l’inflation”, et où elle pense les vendre. Elles insistent sur la nécessité de suivre des ateliers d’administration pour planifier toutes les étapes et faire en sorte que chaque effort soit rentable.

Macu explique la situation qu’elles vivent comme femmes : “Beaucoup ont leurs compagnons qui travaillent mais il est très difficile de dire “je voudrais manger un chocolat, me teindre les cheveux, faire telle ou telle chose”, se sentir bien avec soi-même, et parfois nous nous inhibons face au “je te donne ce qu’il faut pour la nourriture et pour les enfants”, sans voir les besoins que nous avons comme femmes, penser un peu à nous-mêmes, nous faire plaisir”.

D’où l’idée d’un revenu propre, d’une autonomie pour “ne pas dépendre du revenu du mari”, comme l’explique la China. Macu va plus loin : “pourquoi penser tout le temps à cuisiner, à faire des empanadas, au travail le plus dur… pourquoi en tant que femmes continuer à nous identifier à un torchon, à une cuisine, à un réfrigérateur, pourquoi ne pas penser en grand, à des coopératives d’emballage, de transformation de plastique, où nous soyons celles qui transformons une matière première en quelque chose de productif pour toute la communauté”.

Cette entreprise de recyclage de plastique elles en ont élaboré le projet, parcouru les premières étapes. De même que la fabrique de parpaings dans laquelle Macu a commencé à travailler, bien qu’elle soit freinée pour l’heure à cause de la difficulté d’obtenir le matériel. Petit à petit, en essayant, en s’organisant, elles avancent.

La réunion se poursuit – projets, ateliers… Beaucoup d’enfants tout autour, des pleurs soudains, des courses, allaitement de jeunes mères. Une proposition que toutes jugent nécessaire pour aider à la participation des femmes, et leur droit de suivre des réunions : une garderie communale.

Elles conversent de leurs foyers, de la récente prestation de serment de 400 formatrices communales de l’État de Lara réalisée par le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre, parmi lesquelles 30 sont de la commune Ataora comme Macu et la China, comme d’autres qui passent dans la rue avec la chemisette violette, et le sac en bandoulière. Avec un grand problème à affronter : la violence, celle des foyers et celle des institutions.

Cette situation de violence institutionnelle s’observe surtout dans le secteur obstétrique, où nous sommes les plus victimes au sens du traitement quand nous allons chez le médecin, ou lorsque nous allons accoucher, on nous traite mal; et aussi quand nous devons formuler des dénonciations parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre, on ne prend pas acte de nos dénonciations, on nous met des bâtons dans les roues” explique Macu.

En bonnes lutteuses elles ont commencé à diffuser les adresses des lieux où on peut se rendre face aux situations de violence, où on peut obtenir des réponses et un suivi.

Elles parlent, et il y a quelque chose dans leurs voix, un rire presque constant. Une joie qui les unit de manière invisible. Qui se répète dans chacune d’elles. Qui peut disparaître en une seconde pour faire place à une ombre rouge attachée au mot, une tristesse profonde. Jusqu’à ce qu’une phrase peu à peu leur rende cette voix d’être ensemble.

Femmes pour la Vie

Katrina

Katrina

A travers l’amitié entre femmes, nous construisons le pouvoir populaire” est un des slogans principaux de ce mouvement social né à La Carusieña il y a 20 ans. “Nous allions de porte en porte, là où se trouvaient les femmes ayant des problèmes, femmes victimes de violence, nous les appuyions en les écoutant”, raconte Ana Martínez, une des fondatrices.

Elles ont commencé à réaliser des conversations, des ateliers de formation, de peintures murales, des programmes de radio, et à mettre en oeuvre une politique enracinée dans ce territoire. Face à elles, une réalité très ancienne : “Les conditions des femmes dans les communautés populaires ne sont pas égales à celles des hommes, elles vivent dans des conditions de pauvreté plus extrêmes parce qu’elles sont mères et seules, sans sources de revenus, il leur est plus difficile de trouver du travail, et nous avons encore un système patriarcal où l’homme et tout ce qui est masculin est au-dessus du féminin”.

C’est ce qu’explique Katrina Kozarek, militante du mouvement qui a pris part à la fondation de la “Commune Socialiste Ataroa” en 2007. Elles ont alors poursuivi leur politique envers les femmes dans les communautés, mais à l’intérieur de ce nouveau et grand défi de la Commune. Jusqu’à ce qu’elles décident d’impulser de manière systématique la construction d’une figure présente dans la Loi organique des Conseils Communaux : le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre.

Une décision prise deux ans plus tôt. Promouvoir ce qui est légalement constitué mais inexistant dans la réalité. Elles ont parcouru les conseils communaux pour expliquer ce que sont les Comités et promouvoir l’élection des porte-paroles. Elles ont ensuite mis en marche un plan de formation avec des dialogues où elles ont étudié par exemple la Loi du Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence  – où sont sanctionnées 19 formes de violence -, le système patriarcal comme système oppresseur lié au capitalisme, et la participation des femmes dans l’espace politique.

Et il y a cette affirmation de Hugo Chávez: “Pour être un authentique socialiste il faut être un authentique féministe” que cite Katrina. Finalement, avec chacun des Comités, elles ont monté un plan de travail. Puis ont organisé le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre de la commune “pour planifier des actions à grande échelle où puissent participer les porte-paroles, hommes ou femmes, des comités”. “C’est toujours un peu difficile de démarrer le travail, de réussir à convaincre les gens de participer aux réunions, parce que les porte-paroles travaillent en même temps dans les comités d’alimentation, de santé, de logement, ce qui fait qu’elles priorisent ces secteurs par rapport au travail avec les femmes elles-mêmes” raconte Katrina, qui connaît bien la réalité de gravir des collines, de lancer des appels à se réunir, de se battre avec entêtement pour renverser une réalité pesante, et souvent de l’intérieur.

Dépatriarcaliser les relations

La China

La China

A la fin de la réunion du mercredi les compagnes conversent des difficultés qu’elles recontrent, de l’opposition des maris, des accusations, condamnations ouvertes ou proférées entre les murs. “L’homme n’a pas la maturité de dire “oui, les femmes travaillent, il faut les laisser en paix pour qu’elles puissent s’amuser, se détendre, oublier le stress”, ce qu’ils disent c’est que nous perdons notre temps ici” explique la China. Une situation qui se retrouve dans tous les récits, et se reproduit même dans les conseils communaux et dans la commune : “Dans la commune on ne voit pas l’importance du Comité d’Égalité de Genre, au contraire à tout instant les femmes doivent sortir pour cuisiner, où est le casse-dalle, et ceci, et cela ? On ne nous laisse pas en position de prendre des décisions, nos propositions ne sont pas très prises en compte : “Ah non encore ces femmes avec leurs problèmes, leur patriarcalisme, leur machisme, etc.. et il ne faut pas leur donner d’importance” raconte Macu. Qui parle d’éliminer cela, de conquérir un espace.

85% des participants de la commune sont des femmes. Mais, comme le raconte Katrina, les comités les plus publics – pour les relations avec les institutions, avec d’autres communes, ou le Comité Exécutif de la commune, sont ceux où on compte le moins de femmes.

Parfois la femme, dans les espaces de débat politique, là où il faut planifier et faire des propositions, sont déplacées par certains hommes qui ont une manière d’être qui peut être dure, qui peuvent crier, renverser la table, qui ont tout leur temps pour écrire alors que les femmes travaillent, parce qu’elles s’occupent des enfants et du mari, et dans tous les comités accomplissent des tâches journalières qui prennent tout le temps”.

Dans les ateliers elles parlent par exemple du triple horaire de travail des femmes, du féminisme –“la réalisation, ou l’éveil, être nous-mêmes, visibles, et créer une condition d’égalité entre tous” affirme Macu-, se reconnaître et s’organiser.

C’est difficile. “Il y a des compagnons qui vont même jusqu’à nous accuser de divisionnisme, de vouloir  dévier de la lutte de classes. Mais il ne s’agit pas de ça, la lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme est l’expression même de la lutte des classes, parce que les personnes qui subissent le plus la pauvreté, l’exploitation capitaliste, et en plus de cela l’exploitation du système patriarcal, ce sont les femmes, c’est la même lutte de classes, sauf qu’en plus nous sommes opprimées par le système patriarcal” poursuit Katrina.

Cependant parmi les femmes du Comité d’Égalité de Genre existe une profonde certitude. Grâce à laquelle elles avancent contre les difficultés : “Nous pouvons assumer n’importe quel rôle parce que nous en sommes capables et beaucoup de choses encore, depuis soulever une pelle de ciment jusqu’à rédiger un compte-rendu, pour nous il n’y a pas de limites”.

Une certitude collective comme la nécessité de dépatriarcaliser la commune, intégrer la perspective féministe à cette lutte menée pour un socialisme qu’on cherche chaque jour.

Stratégies et victoires

José Gregorio

José Gregorio

La China, Macu et José Gregorio se sont mis d’accord et ont mis au point une stratégie au sein du conseil communal : la première s’est présentée pour être porte-parole du Comité de Sports, la deuxième pour le Comité de la Femme et d’Égalité de Genre, et le troisième pour le Comité d’Éducation. Ils se sont portés candidats au vote et ont gagné.

Une triangulation, expliquent-ils. Pour, à partir de là, commencer à travailler avec les enfants, les jeunes, les familles. Le thème de l’enfance,  pour José Gregorio et ses compagnes, est central. Il raconte que dans un atelier auquel il a participé avec d’autres hommes, ils ont fait un exercice : se rappeler son enfance. “Alors, en se souvenant, on se rend compte qu’en effet dès le plus jeune âge les jeux enseignent à devenir machiste”.

D’où le travail avec les enfants, par exemple à travers l’orchestre traditionnel communal. Où il travaille d’autres compagnons : “Cela me permet de bouger avec eux et de leur expliquer tout le temps, en blaguant, que je m’identifie au féminisme et à la dépatriarcalisation, et tous les jours nous travaillons le thème de la musique et de comment traiter les enfants, pourquoi il faut éviter la manière répressive de les traiter, cela est lié à la nécessité de la dépatriarcalisation”.

José Gregorio élève seul ses deux filles. Il explique que les deux compagnes l’aident, surtout dans cette étape de l’adolescence.  Il s’est engagé dans la “lutte des femmes” après avoir conversé avec quelques compagnes de Femmes pour la Vie et c’est ainsi, peu à peu, qu’il a compris ce machisme qui génère la violence dans les foyers, dans les quartiers.

Peu à peu elles ont avancé à partir du Comité, obtenant des victoires sur elles-mêmes, sur la communauté, avec d’autres femmes qui se sont rapprochées, avec des compagnons comme  José Gregorio, des initiatives productives qu’elles feront fonctioner, les débats et perspectives qu’elles ont réussi à installer dans la commune, avec leur activisme politique. Et jusque dans la famille elle-même, comme l’explique Macu avec un sourire: “Quand j’ai commencé à oeuvrer au sein du Comité d’Égalité de Genre, en tout cas mes enfants et mes frères ne faisaient absolument rien pour aider, après je les ai même pris en photo les uns en train de nettoyer, les autres de faire la vaisselle, parce que nous avons mis en oeuvre les principes que nous vivons dans les comités.

C’est pour cela qu’elle a construit ces instants, et qu’on les respecte, là où elle peut, comme cette après-midi, le temps de lire le livre de Luciano Fabbri sur féminisme et pouvoir populaire, tandis qu’au-dehors les enfants courent. Parce que dans ce regard de Macu il y a une victoire sur la peur, avoir expulsé une obscurité des mots, de la maison, avoir eu la volonté chaque matin, avec d’autres comme elle, de dire nous femmes.

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Macu et les siens

Texte : Marco Teruggi. Photos: Milángela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/una-estrategia-como-decir-nosotras/

Traduction : Thierry Deronne

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