(vidéos et photos :) Quarante jours à la rencontre des mouvements sociaux.

«Je salue notre dangereux ami… » (rires) «…Joao Pedro Stedile, du mouvement des sans terre». Là où d’autres chefs d’Etat évitent tout risque d’incident diplomatique, le nouveau président du Venezuela, élu le 14 avril 2013, préfère bousculer le protocole pour se réunir avec les mouvements sociaux. La signature le même jour d’accords majeurs de coopération avec la présidente du Brésil n’empêche pas Nicolas Maduro de dialoguer avec ceux qui critiquent l’abandon de la réforme agraire et les progrès de l’agro-business sous le mandat de Dilma Roussef. (1)maduro_darcy_ribeiro_brasilia

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Réunion avec les mouvements sociaux à l’Université de Brasilia, Mémorial Darcy Ribeiro, 9 mai 2013

Ce 9 mai 2013 au mémorial Darcy Ribeiro – qui pour Maduro «fait partie des  hommes capables de transformer la conscience d’une époque» – c’est le porte-parole du Mouvement des Sans Terre, au nom des syndicats et collectifs présents, qui accueille le président vénézuélien. Le lutteur social rappelle que Chavez fut le premier à aller vers eux, à dénoncer les limites institutionnelles de l’État bourgeois en vigueur depuis trois siècles et à chercher l’appui  des mouvements sociaux dans cette transformation.

Avec les militants brésiliens, Maduro évoque la transformation du Marché Commun du Sud (MERCOSUR) dont le Venezuela assumera la présidence le 28 juin « en une identité de peuple, une opportunité de développement, d’intégration énergétique, économique, structurelle de nos pays », notamment à travers la consolidation du SUCRE,  monnaie régionale qui met fin à la dictature du dollar pour la vente et l’achat de produits entre pays de l’ALBA, la Banque du Sud, la création d’une École de Formation des Mouvements Sociaux, la défense des ressources naturelles lors de la prochaine réunion de la CELAC à Caracas, l’organisation d’un Fonds Égalitaire de lutte conte la pauvreté à discuter au sein de l’OPEP : «nous ne sommes pas simplement un gouvernement, nous sommes une révolution populaire au pouvoir et nous transformons la société.  Le pouvoir moral, politique, organisateur des mouvements sociaux est la garantie majeure pour les processus démocratiques de notre région et la clef de leur invincibilité face aux agressions impériales».

La première étape de cette tournée dans les pays du MERCOSUR l’avait mené en Uruguay à la rencontre du Président Mujica et des travailleurs. Maduro, qui entra en politique à travers la militance syndicale, y a proposé la création d’une confédération des travailleurs à l’échelle du continent..

Uruguay, 7 mai 2013

Avec les travailleurs uruguayens, 7 mai 2013

Uruguay Madurocon los trabajadoresNicolas Cochabamba BoliviaQuelques semaines plus tard à Cochabamba, lors de sa rencontre avec les mouvements sociaux boliviens en compagnie d’Evo Morales, le président du Venezuela a de nouveau plaidé pour la création d’une organisation continentale des mouvements de travailleurs, paysans, pêcheurs, communautés indigènes, mouvements féministes, étudiants et pour faire face ensemble aux nouvelles stratégies impériales et aux traités de libre commerce – notamment l’Alliance Pacifique mise sur orbite par les États-Unis (Mexique, Colombie, Pérou et Chili)- et aux plans de la droite latino-américaine pour détruire l’ALBA.“Nous avons décidé de développer fortement à travers l’ALBA tout ce qui concerne l’éducation publique gratuite et de qualité pour nos peuples, de fortifier nos universités publiques. Les pays membres de l’ALBA sont en tête des indicateurs de l’éducation universitaire en Amérique Latine et dans certains cas, dans le monde”.Bolivia movimientos sociales 1Bolivia movimientos sociales 3

Bolivie, 25 mai 2013

Bolivie, 25 mai 2013

Ce volontarisme social de la diplomatie bolivarienne est occulté, ou réduit à une « pétrodiplomatie », par les médias occidentaux qui taisent avec le même soin le « gouvernement de rue » au coeur de la politique intérieure que mène Maduro au Venezuela. Conçu pour « rencontrer directement les problèmes et les résoudre avec la population, organiser un nouveau modèle de gouvernement avec les conseils communaux, essence d’une nouvelle démocratie et du socialisme« , ce « gouvernement de rue » a déjà pris des centaines de mesures et alloué les ressources nécessaires sur la base du diagnostic participatif. (2)

Pour rendre à l’État sa capacité d’action sur le terrain et lutter contre la corruption, Maduro a décrété six Régions Stratégiques de Développement Intégral (REDI). Tout va se jouer dans l’efficacité du suivi par les relais mis en place. Après avoir surmonté la tentative de coup d’État organisée par la droite en avril 2013, le président est en train de regrouper les forces sociales autour du programme sorti des urnes, le « Plan Patria 2013-2019 » (3). C’est pourquoi la droite latino-américaine et ses alliés états-uniens intensifient leurs manoeuvres de déstabilisation, notamment depuis la Colombie. Mais le temps joue en faveur de la révolution bolivarienne. (4)

Thierry Deronne, Caracas, 3 juin 2013.
Version espagnole de cet article : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=169235

« Gouvernement de rue », quartier de Coropo, État d’Aragua, Venezuela, 31 mai 2013.

Aragua

Notes :
(1) Voir « A Brasilia le campement national Hugo Chavez exige la reprise de la réforme agraire » http://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/03/23/a-brasilia-le-campement-paysan-national-hugo-chavez-exige-la-reprise-de-la-reforme-agraire/
(2) Sur la méthode de gouvernement de Nicolas Maduro, on peut lire « Nous t’écoutons Claudia » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/ ; « Gouvernement dans la rue et révolutions dans la révolution : Nicolas Maduro commence à gouverner » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/20/gouvernement-dans-la-rue-et-revolutions-dans-la-revolution-nicolas-maduro-commence-a-gouverner/ ; et « Le Venezuela en 2013 : accroche-toi, tu n’as encore rien vu » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/06/le-venezuela-bolivarien-en-2013-accroche-toi-tu-nas-encore-rien-vu/
(3) Voir « Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(4) Parallèlement aux mesures issues des assemblées populaires, à l’augmentation générale des salaires et à la mise en oeuvre effective de la nouvelle Loi du Travail, voici quelques mesures qui ont marqué les quarante premiers jours de la présidence de Nicolas Maduro : (merci à Juan Miguel Díaz Ferrer)

Sécurité citoyenne

Création du “Mouvement pour la Paix et pour la Vie”, avec le désarmement effectif de bandes de jeunes délinquants, la création d’espaces culturels et de formation et la création du fonds spécial « Jóvenes de la Patria » (500 millions de Bolivars).
Mise en place du Plan National de sécurité avec l’appui mutuel des communautés populaires, des forces armées et de la police nationale bolivarienne. Dans les premiers mois le taux d’homicides a été réduit de 60 % en moyenne. Il s’agit aussi de mettre fin aux violations des droits de l’homme commises par les polices antérieures.
Renforcement de la Mission A Toda Vida Venezuela pour humaniser les conditions de détention dans le système pénitencier.
Réunion avec  les télévisions privées pour qu’elles réduisent leur dose quotidienne de violence.
Politiques alimentaires
Dialogue avec le secteur privé. La Chambre de l’industrie alimentaire du Venezuela a accepté de travailler avec l’exécutif à trouver des solutions aux problèmes d’approvisionnement et prévoit dans les 180 jours d’augmenter la production de 18%.
Lancement de la construction d’une centrale agro-industrielle près de Caracas avec un investissement d’environ 52 millions de dollars de la Chine.
Nouvelle stratégie visant à accroître les réserves alimentaires du pays.
Importation de 760.000  tonnes de nourriture, huile, lait en poudre, le sucre brut, le thon en conserve, sardines en conserve et le sorgho.
Renforcement du système des magasins d’État PDVAL, qui vend les produits de base 35% moins cher que dans le marché et du réseau FarmaPatria qui vend les médicaments à des prix 40% iférieurs à ceux du marché.
Recensement par les experts agricoles des pays du Mercosur, dans les états du Zulia, Aragua, Portuguesa et autres de 230 000 hectares aptes à la mise en culture immédiate.
 Subventions aux producteurs de riz et de canne à sucre.
 Avec l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, la Bolivie, signature de nouveaux accords agricoles et énergétiques.
 Avec des sociétés brésiliennes, le Venezuela construit une usine d’engrais pour produire 1,5 millions de tonnes par an.
Électricité
Déclaration de l’état d’urgence pour le réseau national d’électricité. Approbation des ressources nécessaires pour renforcer le système électrique national (SEN), dans le cadre du plan de 100 jours présenté par le ministre de l’Electricité.
Inspection du parc d’énergie éolienne de La Guajira (État du Zulia)
Tarifs spéciaux pour les grands consommateurs d’électricité, afin d’encourager les économies d’énergie (commerciaux, etc) et maintien du tarif social pour la population.
Logement
Reprise du plan massif de rénovation urbaine populaire « quartier tricolore ».
Objectif de la Grande Mission Logement Venezuela pour cette année : construction de 380.000 maisons à travers le pays.
Relations Internationales
Visite des pays du MERCOSUR qui ont signé plusieurs accords de coopération avec le Vénézuéla.
Appui aux candidatures de la Bolivie et de l’Equateur au sein du Mercosur.
Articulation des processus d’intégration régionale ALBA–Mercosur, et Petrocaribe-Mercosur. Organisatio à Caracas du VIIème Sommet de Petrocaribe,avec  l’entrée du Guatemala et du Honduras en tant que membres actifs du mécanisme de coopération, démarrage des travaux pour constituer la Zone Économique de Petrocaribe (ZEP), accord spécial signé pour la fourniture d’engrais à promouvoir le développement agro-industriel régional, et régime spécial des liaisons aériennes entre tous les pays membres. Création d’un fonds pour les opérations conjointes. Développement d’un système de développement du commerce interne dans la zone de Petrocaribe.
Vidéos : dialogue avec les mouvements sociaux brésiliens, Mémorial Darcy Ribeiro, le 9 mai 2013.



URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/06/03/videos-et-photos-quarante-jours-a-la-rencontre-des-mouvements-sociaux/

« Nous t’écoutons, Claudia »

C’est sans doute la phase la plus importante de la révolution bolivarienne : la mise en pratique du “gouvernement dans la rue” que le président Chavez avait souvent demandé de réaliser, sans guère de résultats, à ses ministres (1). Les médias privés (hégémoniques au Venezuela) et internationaux ne s’y trompent pas en l’occultant totalement…Gobierno-de-calle-Miranda3

La caméra balaie les barrios, on dirait que la pluie leur a pris leurs couleurs. Le président Maduro interroge les citoyens assemblés.

– Comment êtes-vous arrivés ici ? Qui fut le premier a construire ici ?

– Lucero !

– Et d’où venait Lucero ?

– De la campagne.

– Voilà :  vous avez été expulsés de la campagne par le libéralisme. En plus dans les  années 70 les vallées du Tuy étaient devenus non seulement la cité-dortoir de Caracas mais aussi, pardon du mot, le dépotoir des pauvres de Caracas.

– C’est vrai, je l’ai vécu président, on nous a déportés ici dans les années 70, on nous amenait dans des autobus à deux heures du matin quand la pluie avait rasé nos maisons, et puis.. débrouillez-vous ! Et ce que dit la compagne sur nos hôpitaux, c’est vrai : l’autre jour un travailleur a failli mourir, on a trouvé de justesse une ambulance parce qu’il fallait l’emmener jusqu’à Caracas.

Assise parmi les habitants, la nouvelle ministre de la santé Isabel Iturria, fondatrice de l’Hôpital latino-américain de Cardiologie Infantile, confirme : «nous avons inspecté aujourd’hui deux hôpitaux publics : ils n’ont pas assez de lits».

Une porte-parole communale se lève : «Il nous faut plus que ces deux hôpitaux parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre et il ne nous reste qu’à mourir ou à accoucher dans la rue».

Maduro à la ministre : «réunissez-vous dans l’heure, il faut remettre sur pied tous ces hôpitaux, comme nous l’avons fait pour l’hôpital de Coche quand les gens ont dénoncé, nous, nous assumons nos erreurs et nous agissons rapidement».

Depuis deux semaines le gouvernement bolivarien se déploie dans les lieux de travail, les quartiers populaires, inspectant les chantiers publics et cherchant des solutions aux problèmes posés par les organisations sociales – pour la plupart des conseils communaux, au rythme de quatre à cinq assemblées par jour. Certains ministres y gagnent des cernes ou perdent du poids, ou la voix. D’autres en reviennent couverts de pluie et de ciment. Après les États du Zulia et de Miranda, la mobilisation sur le terrain promise par le président Maduro dès sa prise de fonctions, touchera les 21 états restants.noti1_3413

image_previewJohanna, porte-parole de l’économie informelle de la municipalité de Guaicaipuro, prend la parole.

– Président, nous sommes dans la rue sous la pluie, sous le soleil depuis des années, les passants se prennent les pieds dans nos kiosques. On ne nous brutalise plus comme le faisait la police avant, mais plutôt qu’un problème nous voulons être une solution. Nous avons besoin d’un marché couvert,  le dossier n’avance pas.

– Quel est l’organisme chargé du projet ?

– Fundapropatria.

– Appelez-moi le président de Fundapropatria.

– Président je suis Teresa Lopez, je suis fière de mon quartier de Guarimar, notre principal problème, ce sont les voies d’accès. La route alternative est dangereuse, la nuit il y a des accidents, beaucoup n’ont pas été voter parce qu’ils se sentent abandonnés, et Capriles quand il est passé, il nous a offert 25 mille Bolivars… (NdT : ex-candidat néo-libéral aux présidentielles, Henrique Capriles est l’actuel gouverneur de l’État de Miranda). La route c’est le plus important pour nous, nous ne nous vendons pas mais avec nos rues de terre, quand il pleut les enfants ne peuvent pas aller à l’école.

– Le ministre du transport doit s’en charger. Et je viens de parler au président de Fundapropatria, Mr. Tascon, qui viendra au plus tard dans deux semaines pour commencer avec vous la construction du marché populaire (applaudisssements).

– Président, nous avons de grands problèmes avec la collecte des immondices… Avec une dotation de camions, d’autres conseils communaux ont pu pallier l’irresponsabilité du maire….

– Oui nous avons reçu pas mal de dénonciations à ce sujet… (le nouveau ministre de l’environnement Dante Rivas promet de se réunir avec les conseils communaux concernés.)

– Il y a la distribution du gaz dans les quartiers, parfois les gens courent derrière les camions, les forcent à s’arrêter pour se fournir eux-mêmes…

– De qui dépend cela ?

– De PDVSA-Gaz. Et il y a le problème de l’Université Bolivarienne, j’y ai étudié moi-même à mes cinquante ans… (applaudissements) et elle n’a toujours pas de siège propre… nous proposons l’immeuble de Fetramiranda..

– Bien d’accord, nous allons transférer l’ancien siège de FetraMiranda, à l’Université Bolivarienne. Et toutes ces écoles primaires qui ne fonctionnent pas, qu’elles passent sous la responsabilité des communautés !

– Bonsoir Président, je suis Yanoares, porte-parole du secteur de la Matica. Nous avons 186 conseils communaux pour 38000 habitants, nous sommes très nombreux. Nous n’avons reçu aucune aide du gouverneur Capriles, par contre nous avons eu l’appui de mairies, de communes, du conseil fédéral de gouvernement mais les solutions manquent, nous n’avons pas encore l’eau, nous avons besoin de plus d’appui pour la sécurité.. Nous avons des projets de logements mais depuis des années nous n’avons obtenu aucun titre de propriété. A l’école nous prenons soin des pupitres, nous comptons 500 élèves mais la majorité des étudiants doit descendre jusqu’au centre, parce que dans notre communauté il n’y a pas de lycée, pas de Mission Ribas, pas de Mission Robinson. Nous avons une maison d’accueil pour les jeunes victimes de la drogue mais nous avons besoin d’appui, parce que nos permanents ne perçoivent aucun type de ressources.
Gobierno-de-calle-Miranda4– Maduro : Pardonne-moi de t’interrompre un instant, je sens en toi une grande capacité de lutte, je le vois dans ce le dossier que tu as dans les mains et je lis aussi en toi une grande impatience. Si nous faisons la liste des tous les problèmes de ta communauté, nous passerons ici plusieurs jours. Pour ne pas nous laisser submerger, nous devons intégrer les solutions à travers un plan comme le Barrio Tricolor, qui va rénover, reconstruire les quartiers et dont nous avons décidé qu’il allait se mettre en marche ici rapidement, ce qui comprend ton quartier. Nous avons faits nos calculs : 800.0000 sympathisants chavistes n’ont pas été voter le 14 avril, certains ont sombré dans la tristesse qui a suivi la mort du président Chavez et les médias privés les ont bombardés tous les jours : « Maduro n’est pas Chavez, Maduro n’est pas Chavez… ». En plus de cela, reconnaissons-le, nous n’avons pas fait le travail nécessaire, le porte-à-porte pendant la campagne, nous ne l’avons pas fait. Malgré tout, alors que je n’ai eu droit qu’à trois semaines de campagne pour parcourir tout le pays, nous avons gagné avec près de 300.000 voix d’avance, ce fut une victoire héroïque. Mais je vous demande, si deux pour cent de plus des nôtres n’étaient pas allés voter ? Que se serait-il passé avec l’éducation, la santé, le logement si le néo-libéral avait été élu ? Et avec l’ALBA, l’UNASUR, PetroCaribe ? Maintenant, croyez-vous qu’il est possible d’atteindre le socialisme en 2019 ? Je vous pose toutes ces questions pour que nous, le « Venezuela pensant » – avant la bourgeoise se croyait la seule à penser – nous tous réfléchissions aujourd’hui sur les moyens d’atteindre la pauvreté zéro. Certains d’entre nous, quand ils obtiennent enfin l’appartement construit par la révolution, quand ils sortent du chômage et reçoivent un salaire digne, oublient tout, se croient des « Rockefeller », c’est la misère spirituelle du capitalisme. Nous devons nous sentir fiers de nos quartiers populaires, les embellir chaque jour et c’est pouquoi ici dans l’État de Miranda, nous allons relancer le programme Barrio Tricolor.

noticias1116Quand un délégué de prévention d’accidents du travail prend la parole, Maduro parle «des travailleurs de l’électricité, ceux des lignes à haute tension, qui souffrent souvent des articulations, des vertèbres cervicales, évidemment la bourgeoisie n’en est même pas consciente alors qu’elle en est la responsable.»

Lorsque deux jeunes qui ont décidé de renoncer à la délinquance racontent leur vie, remettent leur projet socio-culturel à Maduro et parlent de la difficulté de la réinsertion, le nouveau ministre de la Commune, le sociologue Reinaldo Iturizza et la Ministre du Service Pénitenciaire Iris Varela prennent rendez-vous. Nicolas Maduro qui a lancé ce plan national de désarmement et d’action culturelle avec pour acteurs principaux les jeunes des quartiers populaires, leur demande s’ils connaissent la vie de Malcolm X, et comme ils répondent que non, il leur parle de lui, de l’importance d’étudier l’Histoire, sans laquelle un peuple perd tout horizon, et demande à la chaîne publique VTV de diffuser le film de Spike Lee. Il leur montre l’image qu’il a publiée sur son compte twitter @NicolasMaduro :

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Si vous n’y prenez garde, les médias vous feront aimer l’oppresseur et haïr l’opprimé. Malcolm X.

Puis le président annonce des rectifications comme « le contrôle ouvrier qui n’a pas fonctionné dans nos entreprises de base comme SIDOR, parce qu’il s’est mué en bureaucratie. Est-ce pour cela que nous allons renoncer au contrôle ouvrier ? Non, nous allons le renforcer car notre économie est encore essentiellement capitaliste ». Et d’évoquer le corps d’inspecteurs qui se déploie aujourd’hui dans le pays pour la bataille contre la corruption. « Il y aura des surprises dans les prochains jours. La corruption dans nos rangs, de ceux qui se déguisent en révolutionnaires, doit cesser totalement, comme celle de la bourgeoisie, peu importe le camp. Il y a deux siècles Bolivar avait décrété de fusiller les fonctionnaires corrompus. Nous, nous ne tuons personne mais la loi et la constitution s’appliquent à tous, même à ceux qui se diront ensuite avec l’appui des médias, « persécutés politiquement ».

–       Quand les ministres venaient-ils ici dans les vallées du fleuve Tuy ?

–       Jamais ! répond l’assemblée.

Gobierno-de-calle-Miranda2Routes alternatives, grand marché d’alimentation « Bicentenario », Centres de Diagnostic Intégral, lycées, canalisations d’eau potable, construction d’espaces culturels, crédits pour les producteurs agricoles, voies ferrées, extensions du métro de Caracas, création d’une université polytechnique régionale… Au bout de trois mois, les ministres et le président reviendront sur place pour l’inspection. Ces réunions sont cruciales pour le moral des bolivarien(ne)s. Les médias privés hégémoniques du Venezuela, ne s’y trompent pas : pas une news, pas un article, pas un bulletin radio ne mentionnent ce « gouvernement dans la rue».

Au même moment, alors que Barack Obama reste le seul gouvernant à refuser de reconnaître le verdict des électeurs vénézuéliens, un sommet extraordinaire de PetroCaribe et de l’ALBA se réunit à Caracas. 18 chefs d’État des Caraïbes et d’Amérique Latine rendent hommage au président Chavez en ratifiant l’alliance des deux organismes pour les éloigner un peu plus du chaos capitaliste, par la création d’une zone économique interne qui fortifiera l’industrie, le tourisme, l’agriculture, les liaisons aériennes, entre autres.Petrocaribe5Les médias internationaux, eux aussi, censurent ce sommet qui concerne des millions de latino-américains, de même qu’ils invisibilisent le « gouvernement dans la rue » et, depuis quatorze ans, l’ensemble des réalisations de la démocratie participative vénézuélienne. Ils occultent les sabotages et les assassinats commis par une droite sur orbite états-unienne, relaient avec sympathie le refus de reconnaître le scrutin par son leader Capriles et face aux plans de déstabilisation, personnalisent et réduisent la révolution bolivarienne à Nicolas Maduro, brossé en tribun fantasque, agressif comme ils l’ont fait avec Hugo Chavez.

Huit heures du soir. L’assemblée-fleuve déborde presque la sécurité. Tous veulent parler, saluer, montrer leurs banderoles, remettre leurs messages. Maduro : «Je le vois dans vos yeux, nous saurons répondre en travaillant, en exigeant le respect à l’empire, aux transnationales médiatiques. Tôt ou tard nous reviendrons travailler avec vous. Nous devons rester ce peuple plein d’énergie, invincible, sans jamais nous laisser emporter par l’indifférence, le populisme, le clientélisme. Si nous voulons une école pour nos enfants, pourquoi ne pas commencer en donnant un sac de ciment, toi les briques, toi le pot de peinture, pourquoi ne pas organiser une ou deux journées de travail volontaire ?»

– Président, il reste cinq porte–paroles de conseils communaux qui doivent prendre la parole, c’est le tour de Claudia.

– Nous t’écoutons, Claudia.

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Thierry Deronne, Caracas, le 6 mai 2013.

(1) Voir »Le président Chavez exige au gouvernement d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire »  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

«Gouvernement dans la rue» et «révolutions dans la révolution» : Nicolas Maduro commence à gouverner

Alors que les médias occidentaux prennent leurs désirs pour la réalité («chavisme affaibli, divisé, fragilisé», etc…), la remobilisation populaire – pacifique – et l’unification diplomatique de l’Amérique Latine face à la tentative de coup d’État ont accompagné le président Nicolas Maduro pour sa prise de fonctions, ce 19 avril 2013.

Lors de la session spéciale de l’Assemblée Nationale, en présence de chefs d’État, musiciens et  mouvements sociaux venus du Venezuela, d’Amérique Latine et du monde entier, Maduro a dénoncé le black-out médiatique sur les victimes des commandos de l’opposition, et rappelé leurs noms : José Luis Ponce, Rosiris Reyes, Ender Agreda, Henry Manuel Rangel, Keler Enrique Guevara, Luis García Polanco, Rey David Sánchez, Jonathan Antonio Hernández Acosta, Johny Pacheco, en demandant que ces meurtres ne restent pas impunis.

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La mère de Luis García (24 ans) assassiné le 15 avril à Maracaibo.

Le gouvernement bolivarien et plusieurs députés dissidents de l’opposition avaient, dans les semaines précédant l’élection, dénoncé les préparatifs de la déstabilisation violente et notamment l’infiltration de paramilitaires et les réunions à l’ambassade des États-Unis. Les médias privés, radios, télévisions et journaux d’opposition, majoritaires au Venezuela, gardent aujourd’hui le silence sur ces victimes, comme si elles n’avaient jamais existé. L’ONG de «défense des droits de l’homme» PROVEA, puisant ses informations dans le journal d’opposition « el Nacional », les attribue… à la pègre.

« Comme les nazis dans les années trente »

Le président a rappelé que «toute proportion gardée, la haine de la droite contre les centres de santé intégraux installés dans les quartiers populaires et contre les médecins cubains qui y travaillent avec les nouveaux médecins intégraux vénézuéliens, rappelle celle des nazis dans les années trente en Allemagne. Ce sont les mêmes prémisses qui consistent à exclure, à nier le droit de vivre de l’Autre, à l’époque celui du peuple juif, qui ont justifié l’Holocauste. C’est le même visage qui pointe derrière le racime social d’aujourd’hui.

«Peu m’importe la haine de l’oligarchie. A cette oligarchie, à ces médias qui haïssent le peuple, qui réactivent la haine du coup d’État de 2002, qui ont poussé à l’assassinat de huit des nôtres, qui me traitent de «chien colombien» parce que ma mère est d’origine colombienne, je leur crie du fond de mon coeur : Chávez est vivant, la lutte continue et vivra pour toujours ! Il y a parmi nous trois millions de colombiens qui avant la révolution se faisaient exploiter faute de papiers, et nous les avons régularisés, nous sommes historiquement un même et seul peuple : les peuples colombien et vénézuélien !

«Nous n’avons jamais appartenu et nous n’appartiendrons jamais à une élite.

«Aujourd’hui notre capacité d’agir et notre force se sont multipliées : un peuple et un État ont su faire face à une campagne de déstabilisation organisée de longue date. Nos forces armées sont loyales au peuple et ne sont plus l’instrument répressif d’il y a 15 ans. Le peuple s’est organisé en conseils communaux. 20 gouverneurs bolivariens sur 23 ont été élus en décembre dernier et nous voyons grandir chaque jour un puissant mouvement culturel, le monde des artistes, des musiciens, des cinéastes, il faut continuer à revitaliser la culture populaire.

«Nos racines spirituelles plongent dans la rébellions des lutteurs de la première indépendance d’il y a deux siècles, Miranda, Bolívar, Rodríguez, et la lutte pour l’indépendance est la même aujourd’hui, nous venons de la révolution sandiniste, de la révolution salvadorienne des année 80, de la révolution cubaine et de toutes les alternatives de la gauche actuelle. Aujourd’hui, tout autour de nous, nous comptons sur des forces unitaires comme celle de l’UNASUR (3) qui dans sa diversité idéologique – droite, gauche, centre-droit, centre-gauche, réussit à trouver un terrain d’entente commune pour défendre la démocratie, et au fil des épreuves qui ont eu lieu ces dernières années, au fil des tentatives de déstabilisation, a su réagir, réaffirmer, construire, ce que j’appellerais un patrimoine démocratique.

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« révolutions dans la révolution »

«Je vous invite à mener plusieurs révolutions dans la révolution. Nous allons d’abord réaliser et approfondir le « Plan Patria » 2013-2019 en cinq objectifs, qui est l’héritage que nous a apporté le président Chavez (1). Entre 2005 et 2006 quand j’étais député j’ai participé au lancement du «parlementarisme de rue», un phénomène important, suivi de l’étape du «peuple législateur» grâce auquel les citoyen(ne)s présentent leurs propres projets de lois (2). Aujourd’hui nous allons amplifier ce mouvement de participation à travers « le gouvernement dans la rue« .

«Dès lundi, je vais parcourir le pays avec les ministres, nous allons écouter tout le monde, écouter les critiques, les critiques et les solutions car la population dans les quartiers, les travailleurs dans les centres de production, sont les premiers experts de la réalité. Pour que l’économie fonctionne, pour que les aliments ne soient plus accaparés, pour faire face à la guerre économique, aux sabotages, à la mafia du dollar parallèle, nous allons viser l’efficacité socialiste à tout prix, combattre la corruption, la bureaucratie, l’indifférence, le travail mal fait de personnes qui se déguisent en révolutionnaires, se coiffent d’un béret rouge «chaviste» pour mieux se moquer du peuple. Nous allons renforcer toutes les missions, et créer les micro-missions, collectifs locaux chargés de résoudre chaque problème local des missions nationales. Contre la corruption, nous allons aussi créer un corps secret d’enquêteurs.

«80 % des vénézueliens considèrent à juste titre – et c’est un fait constant en Amérique Latine – que le problème principal est l’insécurité. Après les premiers pas déjà accomplis – la création de la nouvelle police nationale bolivarienne, et d’une université intégrale pour la former en permanence, il nous faut travailler avec le «mouvement pour la vie et pour la paix» (3) dans les quartiers et la main dans la main avec les secteurs populaires.

«Nous allons relancer la mission «Barrio tricolor» (quartier tricolore), accélérer la construction de logements dans les quartiers pour qu’ils deviennent les plus beaux, pour une qualité de vie maximale. Cet effort sera complémentaire de la Grande Mission Logement (4) avec un objectif de 3 millions de logements. Dès lundi, notre système national d’électricité deviendra stratégique avec un niveau maximal de sécurité, pour mettre fin aux coupures et aux sabotages qui ont eu lieu dans tout le pays. Nous allons multiplier la construction de centres de diagnostic intégraux, il y aura plus de santé gratuite pour l’ensemble de la population, partout. Ici comme ailleurs, je vais demander aux forces armées de s’intégrer davantage, d’apporter toute leur aide dans ces projets sociaux. De même que les travailleurs doivent être plus présents dans la planification des objectifs de l’économie.

«Notre objectif pour 2019, c’est zéro pauvreté, zéro misère. Mais augmenter la puissance des facteurs productifs de tout le pays, notamment en multipliant les investissements Sud-Sud, surmonter la misère, n’est possible que dans le socialisme. Si nous ne dépassions pas le capitalisme, nous retomberions dans la fosse. C’est la grande révolution sociale de la démocratie, du pouvoir populaire, du mode de vie socialiste, car bien sûr tout est lié, la construction des conseils communaux, des communes, la vie syndicale et les organisations de travailleurs,  nous voulons le respect de la vie, de la solidarité, de la coopération, poursuivre une formation socio-politique critique, car si tout cet effort de conscientisation s’étiolait, la révolution mourrait. Tout cela ne sera possible qu’avec le peuple, à partir de lui.»

maduro asamblea nacional

Nicolas Maduro lors de sa prise de fonctions salue quelques uns des chefs d’État présents : Dilma Roussef, Raul Castro et Cristina Fernandez. Pour la présidente argentine, “c’est le premier président chaviste, ouvrier. Dieu, quel continent que le nôtre ! c’est ça, l’Amérique Latine. J’ai vu à Caracas de nombreux logements en construction. Nous devons stopper la haine, la xénophobie des minorités violentes.»

Depuis Brasilia, le Mouvement des Travailleurs Sans Terre qui a organisé le « campement national Hugo Chavez » pour exiger la reprise de la réforme agraire au Brésil, a déclaré par la voix du membre de la Coordination Nationale Alexandre Conceiçao : «la démocratie vénézuélienne a choisi Maduro pour présider le pays. Les actes contraires à cette reconnaissance sont un attentat contre la souveraineté du peuple vénézuélien et concernent toute l’Amérique Latine et les Caraïbes.»

Campement « Hugo Chavez » organisé par le Mouvement des Sans Terre, Brasilia.

CCS-200413-024

Thierry Deronne, Caracas, 20 avril 2013,

avec AVN, Ciudad Caracas Info, Correo del Orinoco.

Notes :
  1. « Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019 » , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. Sur les lois d’initiative populaire, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/04/au-venezuela-la-marche-vers-la-democratisation-des-medias/
  3. Sur la création du Mouvement pour la Paix et pour la Vie, voir http://www.avn.info.ve/contenido/maduro-exhort%C3%B3-grupos-armados-pasarse-al-movimiento-paz-y-vida
  4. « Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/
  5. « A Brasilia, le campement national Hugo Chavez exige la reprise de la réforme agraire », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/a-brasilia-le-campement-paysan-national-hugo-chavez-exige-la-reprise-de-la-reforme-agraire/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/20/gouvernement-dans-la-rue-et-revolutions-dans-la-revolution-nicolas-maduro-commence-a-gouverner/

La sécurité au Venezuela : la solution depuis l’État et non comme offre électorale, par Jesse Chacón – Fondation GISXXI.

Jesse Chacón

Le thème de la sécurité a été utilisé dans toutes les sociétés capitalistes comme ressource de l’État pour légitimer ses appareillages répressifs et militarisés. Elle est fondamentalement un rituel de contrôle social. La stratégie à l’oeuvre dans ces dispositifs est le traitement violent des conflits qui se convertit, dans le cas des problèmes d’insécurité en un scénario privilégié de violation des droits humains.

Face au défi que signifie conjurer les formes croissantes d’insécurité urbaine, le gouvernement bolivarien a opté pour une politique nationale de sécurité dont la conception et la mise en oeuvre concrète suivent les normes de respect et de garantie des droits humains. Il s’agit de transformer le droit à la sécurité en sécurité des droits comme le propose avec raison le criminologue critique Alexandro Barata.

La gestion antérieure a permis de construire un système national de police, qui compte sur des instruments significatifs tels que la police nationale et les nouveaux standards opérationnels des polices des état et municipales.

Les résultats obtenus dans la diminution du taux de délits contre le patrimoine comme les vols avec violence ou non, ont été importants. C’est le résultat de nouvelles conduites policières ainsi que de l’intégralité  dans la politique sociale et de garantie des droits économiques et sociaux. Le taux national de vols sans violence a baissé de 190 en 2009 à 169 en 2011, celle des vols avec violence de 254 en 2009 à 211 en 2011.

Le taux d’homicides au contraire, bien que contenu, stagne sans montrer de tendance significative à la baisse, qui en 2009 fut de 49 et en 2010 de 50, avec les jeunes comme majorité des victimes et auteurs d’homicides. En ce qui concerne les caractéristiques des homicides,  83,63% ont lieu le plus fréquemment dans les secteurs populaires, 56,52% dans la strate 4 et  27,12%. Dans la strate 5, dans la strate 1 et 2 (secteurs riches) ne se produisent que 3,9% des homicides. 61,57% des assassinats se produisent dans le quartier lui-même et 10,01% dans le même secteur. 71.5 ont lieu le soir et à l’aube.

Sur tout ce qui précède, il existe divers facteurs de la société liés à ce qu’on appelle l’opposition qui ne comprennent pas ce que signifie transformer cette problématique sur la base d’un modèle de sécurité citoyenne centré sur des pratiques démocratiques et sur le respect des droits humains, et ne valorisent pas le processus substantif de construction du système national de police ni la politique nationale de désarmement. Ces secteurs ne peuvent valoriser ces pas fondamentaux de la politique publique parce qu’ils gardent la vision et la conception militarisée de la sécurité citoyenne, qu’ils appliquent selon le schéma typique du “plomb pour les délinquants”. Leur tradition est la violation systématique des droits humains, et leur position en matière criminologique est donnée par la théorie du « droit pénal de l’ennemi » selon laquelle les formes de criminalité juvénile, en tant qu’elles transgressent le pacte social, doivent être classées comme celle d’ennemis publics auxquels il n’est pas légitime d’acccorder les garanties et le respect des droits humains. Il ne faut pas s’étonner de les voir exiger en  permanence que toute mutinerie soit écrasée dans le feu et le sang.

Le Gouvernement bolivarien est conscient de la gravité que représente le problème de l’insécurité pour l’ensemble de la société vénézuélienne et c’est pourquoi il a lancé un appel à assumer publiquement ce problème comme celui de tous, au lieu de le considérer depuis la partialité politique, et recherche la convergence de tous les secteurs de la société pour dégager des solutions alternatives.

Le début de la solution passe par la capacité de tisser État et société sur la base de l’accomplissement des standards des droits humains, par la reconnaissance que la sécurité est un problème politique et citoyen, et non pas en adoptant les postures régressives de la militarisation des mentalités et des dispositifs d’action.

Il est également nécessaire de caractériser correctement les nouveaux types de criminalité transnationale qui s’implantent dans la société vénézuélienne. Considérer le problème de l’insécurité sans visibiliser l’impact que les cartels colombiens et mexicains de la drogue ont dans la reconfiguration de la criminalité  urbaine, exprimée par le micro-trafic de stupéfiants et par l’augmentation des homicides, c’est perdre de vue la connexion structurelle du problème.

Ces phénomènes ne sont pas nationaux mais font partie d’un phénomène qui impacte aujourd’hui à plus ou moins grand degré la totalité des villes d’Amérique. Une compréhension de ce phénomène exige la lecture du narcotrafic non seulement comme problème criminel mais comme expression d’une transnationale d’accumulation de capital, dans laquelle se mêlent autant les néo-bourgeois mafieux aux élégants banquiers de la bourgeoisie traditionnelle.

Le narcotrafic et son impact dans la société vénézuélienne peuvent être mieux compris si on analyse l’évolution du marché des consommateurs. Jusqu’à la fin de la décennie 90, selon les Nations Unies, les États Unis représentaient un marché de 267 tonnes cubiques par an pour  2008 – produit du surgissement d’un segment de consommateurs jeunes tournés vers les drogues synthétiques, tandis que la consommation annuelle de cocaïne s’est réduit à 165 millions de tonnes. Pendant ce temps, l’Europe a subi une augmentation de la consommation, en passant de 63 tonnes annuelles en 1998 à 165 tonnes en 2008.

Cette variation fondamentale dans les marchés a eu pour conséquence la transformation de la cartographie de la distribution et la consolidation et la configuration de nouvelles routes, qui ont converti le Venezuela en un territoire fondamental de transit de la drogue, acheminée au littoral vénézuélien puis aux îles Caraïbes et de là, réexportée directement pour une part vers l’Europe et pour une autre part à travers l’Afrique.

La configuration de circuits criminels au  Venezuela ne s’est pas fait attendre, avec le développement du mercenariat consubstantiel au commerce du narcotrafic, autour de la protection et du transport des chargements depuis la Colombie ainsi qu’autour du microtrafic de drogue urbain qui a impliqué une augmentation de la consommation et de la possession de drogue par les citoyens.

Selon des données du CICPC (Corps d’Investigations Scientifiques, Pénales et Criminelles), alors qu’en 2009 le taux de consommation de drogues au Venezuela était de 0,04, il s’est situé à 7,7 en 2011; le taux de possession de drogue par les citoyens est passé dans la même période de 33 à 39.

Le gouvernement révolutionnaire, conscient de la signification dramatique de ce nouveau phénomène transnational dans la réalité nationale, n’a pas été la proie de réponses spasmodiques à court terme, ni de formules fascistes de contrôle et de répression; au contraire, sans écarter l’augmentation opérationnelle des forces policières, qui a permis d’obtenir des résultats partiels sur plusieurs indicateurs, il a opté pour une transformation structurelle du système national de sécurité.

Récemment le gouvernement a convoqué une moblisation publique autour du problème du désarmement et travaille à des mesures structurelles pour le contrôle de l’armement. Il a également mobilisé des facteurs citoyens pour participer à la mission “A toda Vida Venezuela(1) qui travaillera de manière systématique sur les manifestations de la criminalité, les problèmes d’accidents de la route et le manque de lien social à l’intérieur des communautés.

Tout ceci est la nouvelle manière de tisser le social sur la base de critères socialistes : une stratégie visant à transformer le concept et la pratique de la sécurité, dans le cadre de la construction de liens sociaux, qui est le nouveau nom de la sécurité.

Étudiant(e)s de la nouvelle Police Nationale Bolivarienne, organe formé au respect des droits humains au sein de l’UNES (Université Expérimentale de la Sécurité). Lancement de la Mission « A toda Vida Venezuela », juillet 2012.

Malheureusement, confrontée à sa stagnation dans les sondages, l’opposition a opté pour électoraliser ce problème, avec une proposition qui ne contient aucune action concrète. Que peut en effet proposer le candidat Henrique Capriles aux vénézuéliens en matière de sécurité, alors que l’État dont il est le gouverneur possède les plus hauts indices de criminalité ?

Puissions-nous sortir ce thème de la polémique politicienne et offrir une solution d’État à une société qui le demande. La Mission “A toda vida Venezuela” est la grande occasion de rassembler toutes les volontés autour de cet objectif.

Jesse Chacón, Directeur de la fondation GISXXI

http://www.gisxxi.org

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

PDF de l’original : LA SEGURIDAD: Su solución desde el estado y no desde la oferta electoral

 
(1) NdT: La mission d’État “A toda vida Venezuela”, lancée officiellement le 10 juillet 2012, a six axes principaux : 
1. La prévention intégrale et la vie en commun solidaire.
2. Le renforcement des organes de sécurité citoyenne.
3. La transformation du système judiciaire, pénal et la création de mécanismes alternatifs de résolution des conflits.
4. La modernisation du système pénitentiaire.
5. La création d’un système national de suivi intégral des victimes de la violence.
6. La création et la socialisation de la connaissance pour le vivre-ensemble et la sécurité.
 
URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/14/la-securite-au-venezuela-la-solution-depuis-letat-et-non-comme-offre-electorale-par-jesse-chacon-fondation-gisxxi/
 

Début 2012 : les 3 problèmes principaux de la population vénezuélienne sont : insécurité, chômage, inflation.

La question était: à présent je voudrais savoir quels sont selon vous les trois problèmes principaux du pays ?

Réponse :

Insécurité : 38 % / Chômage : 16 % / Inflation et coût de la vie : 9 % / Service publics : eaux, ordures, voies publiques, zones de récréation : 8 % / Rareté des aliments : 6 % /  Assistance médicale : 6 % / Logement : 5 % / Routes, voies publiques : 3 % / Pauvreté : 3 % / Éducation : 3 % /  Autres : 1 % / Pas de problèmes : 1 %.

Source : Grupo de Investigación Social GIS XXI, http://www.gisxxi.org

Vénézuéla, Sécurité : politique d’Etat ou manipulation politique ?

vendredi 11 novembre 2011

Nous avons vu dans des articles antérieurs comment la manipulation politique du thème de l’insécurité tentait de faire de l’augmentation des homicides un des éléments propre du processus de la Révolution Bolivarienne ; au contraire, nous voyons que la violence a augmenté de manière dramatique durant les cycles antérieurs où l’opposition actuelle était au pouvoir.

Selon des données du Centre d’Etudes pour la Paix de l’UCV (université Centrale du Vénézuéla), durant la décennie des 90, le taux d’homicide par 100.000 habitant a augmenté de 153%, passant de 13 homicides par 100.000 habitants en 1991 à 33 homicides par 100.000 habitants en 2000.

Le jeu politique de la manipulation consiste à séparer le phénomène de son développement historique ; le problème de l’insécurité, comme l’indiquent les donnée antérieures, est un phénomène social qui prend racine sous les gouvernements de la quatrième République de la fin des années 80 et de la décennie des 90. L’insécurité est le produit de la rupture de liens basiques de socialisation au sein de la famille. Famille déstructurée qui est un produit de la politique néolibérale d’ajustement et l’élimination des politiques sociales qui a condamné nombre d’entre elles à la pauvreté ou l’extrême pauvreté.

Comme conséquence de ces politiques néolibérales, émerge alors un nouveau protagonisme juvénil au moyen de la violence et la visibilisation d’expression délictuelle, qui ne sont rien d’autre que la matérialisation de la perte de futur et d’espérance, en particulier pour les secteurs D et E.

La manipulation consiste également à construire un sentiment social de chaos et de danger dont la responsabilité, tant de son apparition que de sa résolution, incomberait uniquement au gouvernement national. L’opposition se présente dès lors comme la seule pouvant apporter une solution, comme la salvatrice. Mais cette tentative se heurte au fait que la citoyenneté dans sa majorité, qui reconnait l’insécurité comme principal problème du pays, pense que chacun doit contribuer à sa solution ; de la même manière, l’institution la mieux reconnue pour son action face au problème de sécurité est celle du Président Chavez, avec 51% d’avis favorables.

L’opinion citoyenne exprime la volonté d’une approche critique, qui devrait être comprise par toutes les tendances politiques, à savoir que l’insécurité n’est pas un thème qui doit être utilisé comme tremplin ou comme arme politique ; l’insécurité étant un incendie dans lequel nous pouvons tous nous brûler.

Concernant les manoeuvres de différents acteurs politiques qui se présentent comme porteurs d’une alternative au problème de l’insécurité, il nous semble important de relever comment ils tentent d’effacer les preuves de leur mauvaises gestion du problème lorsqu’ils étaient au gouvernement, ou de faire oublier qu’ils gouvernent et son responsables de l’insécurité dans différents états ou communes.

Une observation des communes comme Baruta et Chacao et de deux états comme Nueva Esparta et Zulia, où l’opposition est au pouvoir depuis près de 10 ans, remet en question leur supposée expertise pour contenir la violence. Un rapide regard sur les statistiques nous permet de conclure que le taux d’homicide a augmenté dans ces territoires entre 2000 et 2008, tandis qu’il baissait dans des communes comme Libertador qui sont gouvernées par le chavisme.

En se présentant comme alternative, l’opposition vénézuelienne a présenté sa proposition de sécurité dénommée “Tout le nouveau gouvernement contre la criminalité, la violence et l’impunité”, en mettant en avant la figure de Lolita Aniyar de Castro, criminologue reconnue sur le plan international, en tant que responsable de leur groupe d’experts. Cependant, leur proposition reprend les bases du processus de la CONAREPOL et du Système National de Police (initiatives de l´actuel gouvernement), sans reconnaitre ni valoriser les efforts qu’ils représentent. Au contraire, l’opposition les minimisent et les stigmatisent comme étant un processus politisés.

Il faut relever le fait qu’en tant que gouverneure de l’état de Zulia, la Docteure Lolita Aniyar n’a rien fait pour contenir les hauts indices de délits au niveau national qui ont atteint 1276 en 1993 et 1270 en 1994 : les deux années avec les taux de délits les plus élevés de l’histoire contemporaine du Vénézuela ; Elle ne l’a pas fait non plus avec les taux nationaux d’homicides qui sont passés de 8 homicides pour 100.000 habitants en 1986 à 21 homicides pour 100.000 habitants en 1995. De même, le taux de délits atteignait 829 en 1995 dans l’état de Zulia (le taux le plus haut de la période 1995-2009).

La réflexion que nous avons développée dans cet article, ne prétend pas minimiser l’ampleur de l’insécurité aujourd’hui au Vénézuela ni la complexité multifactorielle du problème ; par contre, nous prétendons démasquer les manipulations et inviter tous les acteurs nationaux à penser conjointement le problème et les solutions alternatives pour y faire face.

Une révolution qui a réussi en 12 ans à améliorer significativement la qualité de vie de sa population, en particulier de ses secteurs les moins favorisés, a comme défi primordial d’apporter des solutions structurelles à cette spirale de violence héritée de la quatrième République. Pour cela, il est nécessaire de :

1. Construire un plan national de sécurité citoyenne comme accord national dans lequel tous les secteurs de la vie nationale participent.

2. Transformer et optimiser le fonctionnement de tout le système de justice pénale : investigation (CICPC), accusation (FISCALIA) et jugement (TSJ). Il est essentiel de contenir le sentiment d’impunité aujourd’hui très présent dans la société vénézuelienne.

3. Rendre réellement cohérentes vis-à-vis des standards du nouveau système policier toutes les politiques régionales et communales créées de manière anarchique sous la quatrième République.

4. Construire une politique qui vise à l’éradication des circuits existant de violence territoriale dans de vastes secteurs de la société vénézuélienne, en cherchant à privilégier auprès des jeunes de ces secteurs, la substitution d’une symbologie de la violence et du consumérisme d’aujourd’hui par une nouvelle symbologie basée sur l’espérance, l’auto-estime et la solidarité.

Cette tâche concerne tout le monde, d’autant plus que l’insécurité et la violence, surgit en Amérique latine à la fin des années 80 comme conséquences des mesures d’ajustement qui ont détruit le fragile contrat social en vigueur à l’époque, dépassent aujourd’hui le cadre national et se placent comme un problème propre aux sociétés et processus d’urbanisation du tiers monde, dans le cadre des nouvelles typologies du crime organisé global.

Jesse Chacón

Directeur GISXXI

www.gisxxi.org

Source : http://www.gisxxi.org/wp-content/uploads/2011/10/Artìculo-Seguridad-Polìtica-de-Estado-o-Manipulaciòn-Polìtica.jpg

Traduction : Sebastian Franco pour www.larevolucionvive.org.ve

La vraie vie, dans ma ville ! : gouverner socialistement dans le champ de la sécurité citoyenne.

lundi 11 juillet 2011

“Que signifie gouverner socialistement ?” se demandait Reinaldo Iturriza dans un article recommandé par le président Chavez après les élections de 2010 et qui donnait des pistes de réponse : “réduire la distance qui règne entre le socialisme comme horizon stratégique et les formes de gouvernement proprement socialistes”. Les moyens du gouvernement doivent préfigurer leurs fins : l’horizon libertaire, l’égalité substantive, le protagonisme populaire et l’autogouvernement que propose la démocratie socialiste. Il ne s’agit ni de gestions ni de procédures qui concrétisent les décisions d’une avant-garde exerçant le pouvoir gouvernemental, mais de la politisation de toute la gestion. Mais que le présent de l’acte de gouverner contienne les valeurs et les principes du futur en construction.

Une des fonctions de la nouvelle Université Expérimentale de la Sécurité (UNES) est de produire des connaissances adaptées en fonction des nécessités et des droits de notre peuple, notamment pour inspirer des propositions de politiques publiques. La UNES, pour relever le défi lancé par le président Chavez en recommandant la lecture de Iturriza, expérimente dans chacun de ses six centres de formation (Catia à Caracas et, en cours d’édification, Barcelona, Maracay, San Cristobal, Barquisimeto et San Francisco au Zulia), avec les organisations populaires, mouvements sociaux et politiques, la construction d’une politique qui cherche à concrétiser une forme de gouvernement mobilisatrice, en faveur des pratiques libertaires et égalitaires d’autogouvernement dans le champ de la vie en commun et de la sécurité citoyenne. Son nom provisoire est “¡Pura Vida Parroquia !” (La vraie vie, ma ville !). Le but est d’expérimenter une réunion de forces citoyennes, sur une échelle locale – l’aire polygonale autour de chaque centre de formation regroupant une ou plusieurs « parroquias », où se regroupent les institutions de l’Etat et les organisations populaires. (NDT : au Venezuela la parroquia est une démarcation administrative du territoire (urbain ou non) conçue pour déconcentrer la gestion municipale, promouvoir la participation citoyenne et améliorer l’offre des services publics municipaux.)

Dans les dynamiques d’atelier qui ont articulé près de 300 organisations et mouvements populaires, les participants ont identifié :

a) le problème de l’insécurité, qui affecte le plus durement les secteurs populaires.

b) ses facteurs générateurs (structurels, situationnels et institutionnels).

c) ses conséquences (beaucoup d’entre elles deviennent aussi facteurs générateurs)

d) Des propositions de programmes et de politiques d’Etat et sociales, pour réduire le problème de l’insécurité.

Voici un cadre synthétisant quelques uns des produits de cette construction, encore en cours.

Le problème que la politique se propose d’affronter – l’insécurité citoyenne – a été définie dans ces assemblées comme : « agressions », « homicides », « vols », « viols », « enlèvements », « violence », « tirs », « violence de genre », « peur de sortir dans la rue », « méfiance », « risque », « angoisse », « détresse », « vulnérabilité », « impuissance ». Faits ou sentiments générés tant par la délinquance que par des fonctionnaires de police qui commettent des délits.

Quelques uns des facteurs générateurs mentionnés par les participants sont :

a) Structurels : “pauvreté extrême”, “chômage”, “chômage des jeunes”, “inégalité sociale”, “basse qualité de l’éducation”, “exclusion de jeunes du système éducatif”, “beaucoup de désœuvrement juvénil”, “consumérisme”, “violence intrafamiliale”, “manque d’organisation et d’autorégulation sociale”, “peur de dénoncer” ;

b) Situationnels : “déficit d’éclairage public”, “beaucoup de vente d’alcool (légale et illégale)”, “distribution de drogues”, “contrôle du territoire par les bandes”, “consommation irrationnelle d’alcool et de drogues”, “manque d’espaces pour le sport et pour la récréation”, “facilité d’obtention d’une arme à feu, ”entassement, surpopulation”, “situation frontalière (au Táchira et au Zulia)”.

c) Institutionnelles : ”corruption de corps de sécurité”, “impunité”, “corruption de juges et de policiers”, “corruption dans la prison”, “inefficacité politique de la réinsertion sociale (d’ex-détenus)”, “discrimination dans le système pénal”, “désarticulation entre les institutions de l’Etat”, “absence de surveillance policière”, “violation des droits de l’homme”, “négligence des institutions qui protègent le garçon, la fillette et l’adolescent(e)”, “manque de réponse immédiate des institutions de la sécurité régionale et municipale”, “déficience des politiques préventives”.

Parmi les conséquences, on en trouve certaines de type individuel : « frustration », « cela nous déprime », « nous nous isolons », « nous somatisons et cela affecte la santé », « peur » et ” et d’autres réactions de type collectif et politique : “nous nous rendons complices faute de dénoncer”, “le collectif se brise, on tombe dans l’individualisme, “cela immobilise, démobilise, il y a moins de participation”, “nous nous réfugions chez nous”, “le processus de changements perd de sa crédibilité”.

Les programmes et les projets proposés pour s’articuler dans une politique répondent à chacun des facteurs générateurs. Ils sont pensés pour être exécutés directement par les communautés, par les communautés et l’Etat ou par celui-ci exclusivement. Il s’agit d’un processus initial dont la gestion et les résultats seront évalués et soumis à l’enquête, pour apprendre d’eux, de leurs réussites et de leurs erreurs et pour produire des connaissances utiles dans une gestion politiquement cohérente.

Jesse Chacon

Directeur de la Fondation Gisxxi

www.gisxxi.org

Original (espagnol) PDF : http://www.gisxxi.org/articulos/pur…

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

Encore un dirigeant paysan victime d´une tentative d´assassinat

Une des menaces les plus graves, les plus pressantes que subissent le peuple et la Révolution, c´est le problème de l’insécurité tant sur les plans personnel, collectif que sur celui de l’État lui-même. Les balles de la contre-révolution, ne pourront anéantir la volonté du peuple bolivarien d’être libre.

Le 11 septembre 2009 le compagnon JOSÉ PIMENTEL, dirigeant paysan de l’état Cojedes, a été victime d´une tentative d´assassinat par des tueurs à gages payés par des propriétaires fonciers. Reflet d´une lutte constante menée depuis plusieurs années – guerre contre le latifundio et construction d´un socialisme agraire. Le nom de Pimentel s´ajoute à une liste de plus de 213 compagnons assassinés ou blessés depuis la promulgation de la loi de terres jusqu’à aujourd’hui. Rien ne pourra arrêter l´élan du mouvement paysan qui s´organise jour après jour face à l´oligarchie des propriétaires terriens.

Rappelons-nous chaque jour chacun de nos morts ou blessés pour qu´un jour la justice de Bolivar et de Zamora s´impose et que cesse l´impunité. « Nous considérons que ces faits ne peuvent rester impunis et qu´il est nécessaire de prendre des mesures face au problème de l’insécurité. Problème qui doit être traité intégralement puisqu’il contient des ingrédients très dangereux, paramilitarisme – trafic de drogue – infiltration de la police. Tout cela en fait un problème de sécurité d’État ». Par conséquent, au nom du Front National Paysan Ezequiel Zamora, du Front Communal Simon Bolivar et du courant révolutionnaire Bolivar et Zamora nous proposons :

A l´heure de dénoncer cette action lâche, perpétrée par les forces violentes de la contre-révolution, nous exigeons que les organismes compétents de la justice agissent. Le peuple est patient mais il veut qu´on agisse quand cela est nécessaire. Nous en avons assez de voir s´allonger la liste de nos compagnons blessés et assassinés, d´entendre des discours et de voir que rien ne se passe : Sans la justice ne peut exister la paix véritable.
- La dépuration des organes de sécurité de l’État sans retard et sans atermoiement pour combattre l’infiltration et la complicité avec des mafias économiques.
- Dans le cadre de la construction du Pouvoir Populaire, faire en sorte que le peuple organisé participe aux tâches de sécurité et de défense par le biais des conseils communaux, des communes et de villes communales en organisant les comités de défense, et la formation des milices Nationales et territoriales.
- Former une commission mixte sur le plan national Gouvernement – Pouvoir populaire pour débattre sur un plan national des problémes de sécurité et de défense.
- Formation d’un front contre l’insécurité.
- Relancer la politique de formation en matière de sécurité paysanne avec les hautes autorités gouvernementales, et que le ministère public agisse en particulier pour que cesse l’impunité.
- Mobilisation permanente de la population face à cette composante de la contre-révolution armée qui vise à démobiliser et à semer la terreur au sein du mouvement populaire.

FRONT NATIONAL PAYSAN EZEQUIEL ZAMORA ET FRONT NATIONAL COMMUNAL SIMON BOLIVAR.

Source : La Revolución Vive

« On ne va pas parler de mathématiques, on va voir le Poisson Mathématique, le calcul de la jauge d’une embarcation.. »

Une forte brise souffle, un air de musique de l’île de Margarita. Un groupe de militaires se prépare avec d’autres personnes, pour cette journée de Mercal [magasin d’Etat vendant des produits de base à prix régulés] à ciel ouvert. Des sacs de nourriture sont données à la communauté. Au bord de la mer, dans le secteur El Tirano, nous faisons la connaissance de Miguel Rodríguez, Président de l’association de pêcheurs Virgen del Carmen El Tirano. Il nous explique que cette communauté vit principalement de la pêche, mais qu’elle est devenue depuis peu une importante destination touristique pour ces beautés naturelles.

Les pêcheurs se disent heureux de la loi sur la pêche, qui a peu à peu mis fin à la pêche au chalut. Les trois types de pêche traditionelle qu’ils emploient, la palangre, la pêche à la ficelle et à la nasse, respectent la faune corallienne. C’est ainsi qu’ils subviennent aux besoins de leur famille. Mais un autre grand problème est apparu : le vol du matériel de pêche, de leurs moteurs et des bâteaux. Miguel Rodríguez explique qu’ils ont proposé de mettre en place avec l’armée et la communauté un mécanisme qui permette de minimiser ce délit. (…)

La coopérative des pêcheurs de la Virgen del Carmen del Tirano ont un centre d’approvisonnement, où tous les pêcheurs peuvent apporter leur produit, qui leur est acheté au prix du marché. Mais un certain pourcentage est prélevé sur chaque kilo de poisson : ce « bon d’approvisionnement » leur est remis à la fin de l’année. Les excédents sont également répartis entre les pêcheurs, et la coopérative finance aussi les moteurs, les bâteaux et le matériel de pêche, en prélevant une mensualité aux membres selon leur production. « Ces enseignements sont ceux de nos grands-pères, de nos arrières-grands-pères. C’est quelque chose de juste et d’équitable », dit un pêcheur.

Sur l’île de Cubagua, le professeur John Naser explique : “un enfant de 13 ou 14 ans va avoir des difficultés si on lui donne un cours de mathématiques ou de littérature. Ici, les cours sont en rapport avec la mer. On ne va pas parler de mathématiques, on va voir le Poisson Mathématique, le calcul de la jauge d’une embarcation, son périmètre, ce qu’est un kilo… tout ce qu’ils peuvent mettre en pratique dans leur vie quotidienne. Je travaille avec quatorze élèves qui ont entre 2 et 15 ans. Ce sont des enfants patriotes, courageux, qui ont envie d’étudier. Des enfants de pêcheurs, de la Patrie, de Cubagua. C’est le premier endroit où l’Amérique du Sud a été peuplée, et nous sommes là, à nous occuper d’eux avec beaucoup de tendresse. Ça ne coûte rien de rêver. » Il éprouve de la reconnaissance pour la communauté et pour l’Armée Bolivarienne.

Le pêcheur Mario González vit depuis quarante ans à Cubagua. « Pendant des annéees, on a fait des promesses à cette île, mais elles n’ont jamais été remplies. Jusqu’à aujourd’hui. Les gens de l’Institut de Patrimoine Culturel sont venu ici, et le président José Manuel Rodríguez et le ministre Farruco F. Sexto nous ont donné 50 millions de Bolívares, pour aider la communauté à réparer leurs maisons. »

Des militaires s’approchent d’une maison très pauvre. Ils apportent au vieil homme qui l’habite une caisse remplie d’aliments de première nécessité.

L’Opération Guaiquerí 2008 a été ordonnée par l’Exétutif National. Elle a été motivée par l’augmentation des délits, l’insécurité des pêcheurs, le vol de moteurs et la délinquence commune dans l’Etat de la Nueva Esparta. Ses grandes lignes sont dictées par le ministère du Pouvoir Populaire de l’Intérieur et de la Justice, avec pour référence le plan Caracas Sûre.

L’Amiral Ricardo Sánz Ferrer, Commandant de la Zone Navale de l’Oriente, précise : « C’est pour cela que nous devons nous appuyer sur les Conseils Communaux et sur les Conseils de Pêcheurs. Ainsi, nous pouvons créer des cordons de sécurité, et c’est avec leur appui que nous pouvons être plus efficaces dans ce genre d’activités. »

Source : La Revolución Vive