Création de l’Institut Simon Bolivar : une bouffée d’oxygène pour un monde en lutte

Par Arnold August, pour COHA, Montréal, Canada

La création de l’Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples, le 6 septembre 2020, marque un nouvelle étape du combat politique. Dans des circonstances extrêmement difficiles, face non seulement aux sanctions états-uniennes et canadiennes mais aussi à la pandémie, la Révolution bolivarienne redéploie son énergie au profit de toutes celles et ceux qui croient en ses idéaux de libération à travers la planète. L’objectif de l’Institut est de coordonner la solidarité mondiale avec la Révolution bolivarienne et le peuple vénézuélien, mais aussi la solidarité de la nation sud-américaine envers les luttes pour la justice sociale et économique des peuples du monde entier. Il développera également la recherche, la formation et promouvra la discussion critique.

L’Institut répond également à la crise actuelle et urgente à laquelle la planète est confrontée. Le premier paragraphe de la déclaration de l’Institut Simón Bolívar explique : 

« La pandémie COVID-19 a montré que le modèle de société capitaliste basé sur des valeurs individualistes, dont le seul but est d’accumuler des richesses, n’est pas capable de défendre l’humanité, de garantir ses droits fondamentaux ni de sauvegarder la vie sur la planète. Face à cet échec, le modèle utilise la violence pour maintenir son hégémonie, s’approprie les ressources naturelles des peuples, s’attaque à la classe ouvrière et à ceux qui cherchent à construire un modèle alternatif« .

Les téléspectatrices(eurs) du monde entier qui ont assisté en ligne à la cérémonie à Caracas ont pu constater qu’un autre monde est possible, avec plus de 100 invités spéciaux, parmi lesquels des leaders sociaux, d’anciens présidents et des militants de nombreux pays, dont le prestigieux musicien Roger Waters :

L’un des premiers à prendre la parole a été Fernando González Llort, président de l’Institut cubain de l’amitié des peuples (ICAP). Le peuple cubain a été victime ces dernières années d’une intensification de l’embargo criminel des Etats-Unis, et González Llort a expliqué que  l’accent sur la solidarité internationale entre les peuples  et non sur le système bipartisan états-unien comme source de salut.

Parmi les autres participant(e)s figuraient Evo Morales et Rafael Correa, qui avaient beaucoup de choses à expliquer sur le récent coup d’État en Bolivie et le Lawfare qui se déchaîne en Équateur. Les deux anciens présidents sont touchés par des décisions de justice à motivation politique qui les empêchent de participer aux élections. Beaucoup d’autres voix ont résonné comme celle de la militante colombienne Laura Capote (photo), représentant la Marcha Patriótica, depuis la Colombie où se multiplient les assassinats de leaders sociaux. Dans l’une des premières déclarations publiques de l’Institut Simón Bolívar pour la paix et la solidarité entre les peuples, l’organisation a condamné dix meurtres récemment perpétrés par la police colombienne. L’Institut a également dénoncé l’assassinat de plus de 600 dirigeants sociaux et indigènes au cours des deux dernières années et celui de deux cents anciens guérilleros démobilisés et pourtant protégés par les Accord de Paix signés en 2016 par le gouvernement et les insurgés.

Un discours rafraîchissant

Au fur et à mesure que les travaux avançaient et que je réfléchissais à toutes ces paroles, à cette bouffée d’oxygène face au paradigme étouffant de la politique états-unienne dominante, une des nombreux représentant(e)s des États-Unis a pris la parole : l’universitaire Adrienne Pine (photo). Elle a souligné l’importance et la nécessité de développer le mouvement révolutionnaire contre ce concept idéologique empoisonnée de réformer un système en déclin. J’ai immédiatement commenté sur Twitter ses paroles formidables et rafraîchissantes : « le problème du fascisme n’est pas de voter pour l’un ou l’autre parti, la solution est la révolution« .

Les animateurs ont parlé la même langue, ne voyant aucune brèche transformatrice, aucun espoir d’humanisation sous l’actuel duopole états-unien qui a appliqué des sanctions sévères et illégales qui font tant de mal au peuple vénézuélien.

Nous avons également eu le privilège d’être en contact virtuel avec le président Nicolás Maduro dont le message s’adressait à tou(te)s les représentant(e)s des peuples du monde, lorsqu’il a dit : « Je demande le plein appui des mouvements de solidarité pour diffuser la vérité sur le Venezuela et ainsi conquérir la paix, la souveraineté, l’indépendance et le respect de notre peuple« .

Le Ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères, Jorge Arreaza, a souligné que cette initiative a été créée pour coordonner la solidarité avec la révolution bolivarienne, mais aussi pour renforcer la solidarité du Venezuela et des Amériques avec toutes les révolutions et les causes justes du monde. Dans un récent article publié par le COHA, Arreaza a écarté toute illusion quant au scrutin de novembre 2020 alors qu’il est clair que les démocrates attaquaient Trump depuis la droite : « Trump ferait mieux de suivre son instinct initial de parler au président Maduro. Un dialogue respectueux avec le Venezuela va vraiment dans l’intérêt des États-Unis« .

Lors de son discours inaugural, le ministre Arreaza a également déclaré que « Cet Institut appartient aux peuples du monde et nous voulons que vous en tiriez profit, que vous l’utilisiez comme votre propre institut (…) Depuis le Venezuela, nous sommes solidaires de toutes ces luttes, de Julian Assange et de sa prison plus qu’injuste, du peuple palestinien, Saharahui, de tous ceux qui sont opprimés, soumis à des guerres injustes, et à l’impérialisme ».

Beaucoup d’entre nous, de l’Ouest capitaliste ou du Sud, se sentent chez eux au Venezuela. La solidarité n’est pas à sens unique. La solidarité est plutôt un soutien mutuel à la même cause d’opposition au capitalisme, à ses ramifications racistes, à l’hégémonie unipolaire de l’impérialisme et à ses guerres génocidaires. Nous sommes tous sur un pied d’égalité pour la même cause d’un monde multipolaire, de la souveraineté des peuples, de la paix et d’un nouveau système socio-économique.

Carlos Ron est le vice-ministre des Affaires Etrangères du Venezuela pour l’Amérique du Nord (au centre, avec Margaret Flowers et son compagnon Kevin Zeese, à Washington) et le nouveau président de l’Institut Simón Bolívar. Il nous l’a dit lors de la cérémonie de lancement : 

« Mes amis, soyez conscients que vous avez ici un peuple qui connaît vos luttes, qui les reconnaît et les partage« . De fait, au Canada, comme nos sœurs et frères aux États-Unis, nous avons fait l’expérience de la profonde sincérité des propos de Carlos Ron. Rien qu’en 2020, nous avons partagé deux événements. Tout d’abord, nous avons savouré la défaite de la candidature du gouvernement Trudeau à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies (et je suis convaincu que l’une des raisons de cette victoire sur la candidature de Trudeau était la politique du gouvernement canadien au Venezuela). Deuxièmement, l’Institut canadien de politique étrangère, avec la collaboration de nombreux autres, a organisé une conférence virtuelle Zoom avec Jorge Arreaza depuis le Canada, qui a été vue par plusieurs milliers de personnes. Arreaza a fait une critique diplomatique mais aussi politique cinglante de l’ingérence de Trudeau au Venezuela par le biais de sa direction du groupe de Lima.

Le lancement de l’Institut Simón Bolívar a coïncidé avec l’anniversaire de la Lettre de Bolívar écrite en Jamaïque le 6 septembre 1885, par laquelle il voulait approfondir les perspectives et les objectifs du mouvement d’indépendance de l’Espagne. Un paragraphe de cette lettre nous permet d’apprécier la pertinence de l’héritage de Bolívar, en remplaçant simplement l’Espagne par les États-Unis : « Actuellement, le poids de l’adversité subsiste : nous sommes menacés par la peur de la mort, du déshonneur et de tout mal ; il n’y a rien que nous n’ayons subi aux mains de cette belle-mère contre-nature qu’est l’Espagne. Le voile a été déchiré. Nous avons déjà vu la lumière, et nous ne voulons pas être repoussés dans les ténèbres. Les chaînes ont été brisées, nous avons été libérés, et maintenant nos ennemis cherchent à nous asservir à nouveau. C’est pourquoi l’Amérique [du Sud] se bat désespérément, et il est rare que le désespoir n’aboutisse pas à une victoire. »

L’Institut a repris cette épée de Bolivar pour se tailler immédiatement une place dans les cyber-communications. Son compte Twitter est passé de zéro à plus de 3700 abonnés le 18 septembre, et de nombreuses mises à jour quotidiennes sont publiées depuis la création de l’Institut. De même, ses deux nouvelles chaînes YouTube (en anglais avec plus de 300 abonnés et en espagnol avec plus de 800) sont en constante évolution, tout comme ses comptes et son site web Telegram et Instagram. La cérémonie de lancement peut être vue ici en espagnol, et ici en anglais.

Hommage à l’avocat et militant Kevin Zeese

L’événement était consacré à la mémoire et à l’héritage de Kevin Zeese, connu dans le monde entier comme membre du Collectif de protection des ambassades vénézuéliennes à Washington DC. Il est décédé subitement au petit matin du 6 septembre, le jour où l’événement s’est déroulé à Caracas. À seulement 64 ans, sa mort a été un choc pour nous tous. Carlos Ron a immédiatement transformé notre chagrin en une émotion collective. Il a dédié le lancement de l’Institut à Kevin. Il ne s’agissait pas d’une dédicace officielle. Au contraire, le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza et Carlos Ron ont tous deux intégré un hommage à Kevin dans le tissu même de la fondation de l’Institut.

Je n’ai jamais rencontré Kevin. Mais j’ai suivi de près sa défense héroïque de la souveraineté vénézuélienne dans le ventre de la bête impériale, alors que la police de Washington menaçait à chaque instant de le déloger, lui et les siens, de l’ambassade du Venezuela. Cependant, bien que j’aurais pris l’avion pour Washington pour lui offrir mon soutien et écrire des articles, je n’ai pas pu entrer aux États-Unis depuis mars 2019. À cette époque, il y a un an et demi, je me rendais à Washington DC avec un message de soutien des mouvements canadiens pour cette manifestation historique dans la capitale américaine en faveur du Venezuela.

Je dédie donc, moi aussi, cet article à Kevin Zeese, à sa compagne Margaret Flowers, à sa famille et à ses camarades.

Arnold August est un auteur, journaliste, conférencier et membre de l’Institut canadien de politique étrangère basé à Montréal. Il a écrit trois livres sur Cuba, l’Amérique latine et les États-Unis. Ses articles sont publiés en anglais, en espagnol et en français en Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe et Moyen Orient. Thèmes actuels : géopolitique des relations entre Etats-Unis, Venezuela, Cuba, Bolivie et le rôle du Canada.

[Credit of all photos: Foreign Relations Ministry of Venezuela]

Source : https://www.coha.org/new-simon-bolivar-institute-for-peace-and-solidarity-among-peoples-a-refreshing-contribution-from-venezuela-to-the-world/

Traduction : Thierry Deronne

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De la Colonie à la Révolution bolivarienne : comment se sont formées les femmes vénézuéliennes

Assemblée préparatoire du Congrès des femmes vénézuéliennes (2015) Photo : Archives

Assemblée préparatoire du Congrès des femmes vénézuéliennes (2015) Photo : Archives

Les femmes vénézuéliennes sont devenues une figure marquante de la révolution bolivarienne. Chávez a su identifier le rôle que les femmes jouaient dans la structure socio-familiale des classes populaires vénézuéliennes et l’a toujours exprimé dans ses récits sur l’éducation donnée par sa grand-mère paternelle, Mama Rosa, et dans les autres sources féminines de sa formation.

Beaucoup d’entre nous nous sommes senties revendiquées dans les anecdotes présidentielles parce qu’en général, dans chaque foyer vénézuélien (non bourgeois) de la vie paysanne ou à la périphérie des villes, il y a une forte présence de la femme comme mère protectrice, qui dirige les activités économiques de la famille et étend les liens de protection aux noyaux familiaux dérivés du sien, et aux autres espaces de la communauté dans laquelle ils vivent, sans qu’existe nécessairement de lien familial.

En caractérisant le chavisme à partir de sa condition de classe, nous passerons en revue de manière générale l’évolution des femmes des secteurs populaires, en cherchant à décrire ce « ferment féminin » que Chávez, citant Karl Marx, demandait d’étudier afin de l’intégrer dans la construction de la Cinquième République : « Il n’y a pas de changements sociaux si nous n’atteignons pas le ferment, et comment atteint-on le ferment ? Une combinaison d’éléments pour que quelque chose fermente ; les mots sont précis, on ne peut pas dire qu’il y a participation des femmes simplement parce qu’il y a un groupe de ministres, ni en les plaçant sur un piédestal, non ! Ici, il faut créer le ferment, le ferment avec la passion, avec la connaissance, avec l’action, avec le mouvement« .

L’invasion européenne, la première agression

Dans son livre L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Engels fait référence au fait qu’avec les premières oppressions de classe, s’est produite également la première oppression masculine contre les femmes. Dans ces conditions d’inégalité entre les sexes, l’aspect de classe continue d’être un facteur déterminant.

Nous pouvons le constater dans les études qui revendiquent la participation des femmes aux processus historiques. Bien que « la » femme soit presque toujours abordée comme un sujet homogène, la recherche finit par la différencier en fonction des inégalités dont souffrent les femmes pauvres par rapport aux femmes riches.

Dans Histoire, Femme ; Femmes : Origine et Développement historique de l’exclusion sociale au Venezuela, l’anthropologue vénézuélienne Iraida Vargas Arenas a constitué un dossier historique très complet sur le travail des femmes dans l’histoire vénézuélienne. Cette documentation soutient une grande partie du voyage que nous allons faire.

Avant la domination espagnole, les femmes indigènes (selon les études anthropologiques des sociétés tribales) faisaient partie de groupes coopératifs où l’idée de « famille » s’étendait à toute la tribu. Elles étaient chargés des tâches liées à la reproduction et à l’éducation, travaillant en particulier dans l’agriculture et dans l’élaboration d’instruments pour la collecte et la cuisson des aliments. Selon le cas, dans certains peuples autochtones, elles pouvaient également travailler dans la chasse et la pêche.

Selon l’anthropologue Luis Bate, cité par Vargas, dans les sociétés primitives, il n’existait pas de discrimination sexuelle au sein du travail productif sur base d’une situation désavantageuse. La répartition de certaines tâches, comme celle de sage-femme, était due à des fonctions biologiques clairement différenciées entre hommes et femmes.

Les données sur les femmes indigènes et leur connaissance de l’agriculture seront précieuses pour les sociétés coloniales. Comme le dit Vargas, la stabilité des colonies espagnoles dépendait beaucoup plus de la connaissance que les sociétés tribales avaient du territoire vénézuélien que de ce que la « modernité » européenne de l’époque était capable de fournir pour s’installer.

L’irruption de l’empire catholique espagnol a disloqué les relations sociales des peuples originels, sans les modifier complètement, en imposant la famille nucléaire, en substituant aux logements communaux des maisons unifamiliales, et dans ce nouvel univers, en soumettant les femmes aux travail domestique dans les maisons des riches aristocrates, en les déracinant de la culture originelle pour leur faire reproduire celle des sociétés hispaniques, qui contenait en elle les valeurs du capitalisme naissant.

Comment sont apparues les femmes métisses, mulâtres et zamba

La colonisation espagnole n’a pas été un phénomène monolithique au Venezuela, ni un succès dans son travail d’endoctrinement ; au contraire, les peuples autochtones et afrodescendants soumis à l’exploitation et à l’esclavage du blanc européen ont généré des formes culturelles hétérogènes que l’envahisseur a classées selon un ordre stratifié pour tenter de contrôler cette anarchie.

Le résultat de siècles de relations coloniales est que les femmes vénézuéliennes se sont formées sous la domination formelle de l’Église et des modalités européennes. Mais, en réalité, elles construisaient leurs propres codes dans la sphère du public et du privé.

Les groupes qui suivaient le plus les normes du concept féminin européen étaient les aristocrates (les « mantuanas »), membres des familles ayant du pouvoir et de l’argent au Venezuela. On constate souvent leur invisibilité dans la vie publique de la colonie, par opposition aux hommes qui appartenaient à la même classe sociale.

Les épouses des blancs vénézuéliens et européens blancs étaient subordonnées à leurs décisions économiques et politiques, car elles étaient considérées comme incapables de travailler dans ces domaines. Certaines aristocrates faisaient exception à ce confinement domestique, quand elles prenaient par exemple en charge leur foyer en l’absence du mari ou d’autres tuteurs masculins, ce qui leur conférait une certaine influence sur l’économie du pays, en prenant des décisions concernant la production agricole des domaines, par exemple.

"Cuisine à l'extérieur" (1854), peinture de Camille Pissarro pendant son séjour au Venezuela

« Cuisine à l’extérieur » (1854), peinture de Camille Pissarro pendant son séjour au Venezuela

La femme africaine qui a été esclavisée au Venezuela est impossible à situer dans une forme culturelle unique, car l’esclavage a touché des coutumes et des traditions extrêmement diverses du continent d’origine. Elle n’existait pas pour les classes supérieures de l’époque ; les esclaves, hommes et femmes, étaient plus considérés comme du bétail que comme des personnes. Mais leur présence a vraiment marqué l’histoire de notre pays. L’influence importante de la culture africaine sur la structuration de la société vénézuélienne a beaucoup à voir avec le rôle des femmes cuisinières et des esclaves domestiques dans la maison du maître. Avec les femmes indigènes, elles ont nourri et élevé les enfants des élites et, par ce biais, transmis une partie de leurs traditions culturelles.

Leurs métiers ne se réduisaient pas au travail à domicile. Il est presque certain que les épisodes rapportés au Brésil par Luiz Roberto de Barros Mott sur l’exploitation des femmes noires se sont répétés au Venezuela : « Les petits propriétaires (…) utilisaient leurs esclaves pour toutes les tâches, même celles considérées comme les plus dangereuses et soi-disant masculines, comme le défrichage, avec l’usage de la machette et de la hache. Les esclaves étaient également utilisés pour la production de sucre, pour récolter le coton, pour préparer le manioc, pour nettoyer le champ de maïs, pour récolter les produits indigènes, pour traire, pour s’occuper du jardin et du poulailler » (cité par Iraida Vargas Arenas).

La littérature sur la vie quotidienne des femmes indigènes et africaines est rare, comme pour tout autre groupe n’ayant pas intégré les élites. Pour se faire une idée de l’influence que leurs coutumes ont acquise au sein de la société vénézuélienne, on peut passer en revue les traces laissées par l’esclavage dans les foyers des familles riches.

Dans les chroniques de Ker Porter, consul britannique au Venezuela entre 1825 et 1835, on trouve des détails sur les influences indigènes et africaines qui les différencient des aristocrates des communautés européennes : « La manière de porter les enfants (d’influence indigène-africaine évidente), la nudité des enfants jusqu’à l’âge de quatre ans (élément de la tradition indigène), la façon dont les femmes fumaient en privé (également d’origine indigène), la conception de l’utilisation de l’espace domestique, en particulier celles qui se réfèrent à la multifonctionnalité spatiale, qui s’exprime dans les caractéristiques du mobilier (hamacs pour dormir dans le salon et pour recevoir des visiteurs) et le partage de l’espace privé avec les animaux domestiques, le peu de soin apporté aux vêtements portés par les femmes chez elles, parfois presque nues, contrairement à celles qui sortent, etc… »

La chercheuse Doris Acevedo (Le travail et la santé au travail des femmes au Venezuela) affirme que dans les foyers de l’élite, les travailleuses domestiques « non seulement ont préservé les traditions gastronomiques populaires au sein des familles, mais en même temps, en tant que préceptrices des enfants d’aristocrates, elles leur ont inculqué l’idéologie qui imprégnait les deux classes sociales et les valeurs des traditions culturelles« .

"Plaza Mayor" (1854). Photo : Peinture de Camille Pissarro

« Plaza Mayor » (1854). Photo : Peinture de Camille Pissarro

Les coutumes des collectifs subordonnés au Venezuela ont infiltré de manière irrépressible les impositions culturelles de la colonie, tout comme les castes se sont mélangées jusqu’à devenir de plus en plus difficiles à stratifier.

C’est ainsi que se sont formées les femmes de notre peuple, qui n’ont pas suivi l’ordre établi pour les rôles de genre dans la société vénézuélienne, peut-être parce qu’elles n’étaient pas considérées comme en faisant partie non plus.

La femme pauvre s’occupait des tâches domestiques, mais participait également à la vie publique en exerçant le rôle de lavandière, de bûcheronne, de repasseuse, de tisserande, de nourrice, de cuisinière, de vannière, de sage-femme, de bonne, de vendeuse, de journalière ou de couturière ; tandis que la femme de la classe supérieure exerçait une influence moindre, concentrée dans la vie privée.

À cet égard, Acevedo cite une information provenant des archives historiques de la mairie de Caracas, qui sert de référence pour se faire une idée de la proportion de femmes dans la population active à partir de ce moment :

« Dans le registre de population réalisé dans la ville de Cagua en 1810, sur 4.184 âmes recensées, 2.342 étaient des femmes, et parmi celles-ci, 882 participaient à l’appareil productif, divisées entre 468 travailleuses de condition libre et 414 esclavisées noires. »

La longue période du Venezuela colonial a donc été marquée par les contributions des femmes pauvres depuis le travail domestique et d’éducation, fait qu’on a longtemps tardé à reconnaître. D’une part, elles ont socialisé les traditions et les coutumes indigènes et africaines, et celles qui découlent du mélange avec les européennes; enfin, dans les périmètres économiques du pays, elles ont pris part à la distribution et à la circulation des biens produits.

Du XIXème siècle à nos jours

Nous savons, grâce à des histoires individuelles, que les femmes ont joué un rôle actif dans le projet d’émancipation de Simon Bolivar. Ces témoignages nous permettent de connaître, avec moins de flou, leur participation à la politique.

Les femmes patriotes, en plus de participer aux batailles et d’aider les malades, mènent des activités d’espionnage, prêtent leurs maisons pour des réunions clandestines où l’on discute d’idées anti-monarchiques, et diffusent une propagande en faveur de la République.

Les conditions de la République conçue par le Libérateur Bolivar étaient favorables à leur rôle direct dans la politique : « On peut dire que Bolívar était en avance sur son temps dans la conception du rôle que les femmes devaient jouer dans la nouvelle société, et il se distinguait par une attitude bien au-dessus des préjugés de l’époque. En plus d’exalter sa féminité sans complexe, il souligne son courage et félicite son courage au combat. Alors que d’autres, comme Santander et Pablo Morillo, ont interdit la participation des femmes à la guerre, sous peine d’être fouettées« , écrit la chercheuse Gladys Higuera dans « Le rôle des femmes dans l’Indépendance. »

Après les guerres d’indépendance et les affrontements civils qui ont suivi dans la tumultueuse période républicaine, les tâches de survie sont devenues extrêmes. Connaissant le rôle des femmes dans ce domaine, il est évident que la dynamique de leur vie quotidienne a subi des changements fondamentaux.

« Jusqu’aux années 1820 et plus tard, durant les luttes entre conservateurs et libéraux pour le contrôle du pouvoir (…) on peut dire que l’économie reposait sur les épaules et les mains des femmes, qui devaient assumer, dans une large mesure, la gestion des troupeaux et des domaines pour la production agricole, payer les contributions aux patriotes pour la guerre d’indépendance, confectionner leurs uniformes, s’occuper des activités commerciales et même faire la guerre » explique Acevedo.

En ces temps de guerre, les femmes sans ressources apporteront leur propre force de travail, en travaillant dans les activités agricoles sur les domaines des aristocrates ou en quittant leur foyer pour accompagner les soldats au combat. Higuera raconte que « les femmes urbaines, de la classe moyenne et les métisses du peuple, épouses, amantes, amies et compagnes des soldats, ont partagé leurs triomphes et leurs échecs. Sans doute leur présence a-t-elle remonté le moral des troupes de l’indépendance et découragé la désertion« .

"Trois Amazones vénézuéliennes" (1892). Photo de l'états-unien Willian Nephew King, tirée d'un reportage sur la Révolution légaliste commandée par Cipriano Castro.

« Trois Amazones vénézuéliennes » (1892). Photo de l’états-unien Willian Nephew King, tirée d’un reportage sur la Révolution légaliste commandée par Cipriano Castro.

Au XXe siècle, le Venezuela entame le processus d’incorporation au capitalisme industriel en tant que pays monoproducteur de pétrole. Une représentation féminine réduite est autorisée à participer aux secteurs de service, d’administration et, dans une moindre mesure, au travail dans les usines de ce nouveau système d’exploitation. Parallèlement se déclenche une vague de revendications de droit du travail, juridiques et politiques pour le sexe féminin dans le cadre de la société de consommation, imitant celles qui ont eu lieu dans les sociétés occidentales du « premier monde ». L’apogée de cette évolution a été l’acceptation des femmes en tant que citoyennes en leur accordant le droit de vote, en 1947.

Ces éléments ont surtout une incidence dans les couches de la classe supérieure déjà constituées et la classe moyenne émergente, explique Doris Acevedo, alors que « dans les secteurs pauvres, les femmes ont toujours dû travailler dur, en rejoignant l’activité agricole, le petit commerce et le service domestique, en même temps qu’elles s’occupaient du foyer« . Les femmes issues de la classe ouvrière vont poursuivre leur travail précaire dans les campagnes, où elles gardent encore une certaine indépendance grâce aux pratiques du conuco (parcelle productive), et vont progressivement grossir les rangs du secteur informel dans les villes.

Situation courante dans les familles ouvrières vénézuéliennes : les femmes « restent à la maison » pour élever les enfants et s’occuper du ménage, et doivent inévitablement s’engager dans d’autres activités pour soutenir les membres de la famille.

Il est impossible de savoir exactement quelle proportion de ce travail de subsistance (qui n’a pas toujours eu une valeur marchande : le travail rural en est le meilleur exemple, pour la consommation propre et à des fins semi-commerciales) était effectuée par les femmes par rapport au travail formel, car les registres d’emploi ne prenaient pas en compte ce type d’activités instables.

Ce n’est qu’avec la victoire électorale du chavisme qu’une véritable transformation des conditions sociales des femmes pauvres du Venezuela deviendra possible, à commencer par le fait que la Constitution Bolivarienne fut l’une des premières de la région à reconnaître comme travail productif celui des femmes au foyer (article 88).

Le chavisme a généré une série d’institutions juridiques, économiques et sociales pour promouvoir la force de ce collectif féminin et l’intégrer dans la participation politique du processus bolivarien.

Cet objectif est palpable lorsqu’on examine les politiques sociales de l’État : plus de 70 % des missions sociales qui protègent les grandes majorités vénézuéliennes sont axées sur les femmes. Cette proportion se retrouve dans la formation des organisations politiques dans les communautés : sur dix personnes qui dirigent les conseils communautaires, sept sont des femmes.

Actuellement, avec l’augmentation des agressions externes contre le Venezuela, les femmes chavistes ont assumé la direction d’organisations de résistance à la guerre. Les Comités Locaux d’Approvisionnement, les Foyers de la Patrie, le programme d’Accouchement Humanisé et d’Allaitement Maternel sont des programmes que le gouvernement de Nicolás Maduro a ajoutés à l’univers des activités communautaires dirigées par les femmes.

Femme vénézuélienne, famille et communauté

Dans cette succession d’anciennes et de nouvelles institutions vénézuéliennes, le lien entre la femme et la maternité va acquérir une place centrale dans l’organisation familiale du pays, reléguant la figure des familles nucléaires avec père, mère et enfants.

Les sociologues vénézuéliens qualifient ce phénomène de « matricentrisme« . Ce paradigme a des racines historiques et culturelles typiques des pays des Caraïbes, produit de l’héritage africain et indigène. La famille matricentrée s’est répandue, de manière générale, dans les couches populaires. Pourquoi la figure paternelle a-t-elle moins de force ? Plusieurs éléments historiques peuvent aider à répondre.

Tout d’abord, les communautés autochtones n’étaient pas régies par la structure matrimoniale ; celle-ci s’est imposée avec la culture occidentale. Et bien qu’on suppose que l’Église a forcé ce comportement chez les Espagnols, et qu’il a donc dû y avoir un transfert de celui-ci dans la colonie, la réalité de cette époque semble avoir été différente : selon le sociologue Alejandro Moreno, dans la société espagnole, « le bâtard constituait une forme de comportement sexuel-familial qui était attribué avant tout à la noblesse (…) bien qu’il fût plus de la noblesse que du peuple, cela signifiait que parmi le peuple il devait y avoir un nombre relativement important de noyaux matricentrés qui étaient le produit de ce même bâtard (…) Combien de conquérants provenaient de noyaux matricentrés ? »

En plus de ces racines culturelles, la nécessité pour les hommes de quitter leur foyer pour s’engager dans les guerres d’indépendance et les guerres civiles a peut-être contribué à renforcer le phénomène.

En bref, les circonstances historiques d’oppression ont obligé les femmes des secteurs populaires à assumer la pleine responsabilité d’élever les enfants, en compensant la figure paternelle, et dans de nombreux cas également les responsabilités économiques, en exerçant des tâches au service d’autrui.

Ce « matricentrisme » a traversé les siècles des tragédies coloniales, puis s’est développé de manière désordonnée au cours des années suivantes, jusqu’à devenir une structure stable dans la société vénézuélienne.

Un modèle qui peut être considéré comme dysfonctionnel s’il est relié au modèle occidental et qui possède ses faiblesses et ses limites. Mais le chavisme, au lieu de le rejeter, a su le prendre en compte comme un véhicule pour introduire les changements politiques de la Révolution bolivarienne. Parce que les femmes et la richesse de leur expérience de la maternité et de la communauté ne doivent pas nécessairement être négatives. Revenons à l’exemple de Mama Rosa, la première éducatrice de Chavez, et aux leçons qu’elle lui a inculquées sur la vie en commun. Le petit-fils transformera ces leçons en catégories politiques et les appliquera dans son programme de gouvernement.

Le « matricentrisme » a permis la transmission de très précieuses données culturelles de notre pays à travers des générations de femmes : dans l’éducation, la production et la distribution des aliments, l’administration des ressources, la fabrication d’artisanat fonctionnel, les soins aux malades, entre autres. Il est facile de comprendre tout l’aspect positif que l’identité féminine, forgée dans l’histoire convulsive de notre pays, a apporté à la nature du vénézuélien : la vie en commun et la coopération sont des valeurs profondes de notre peuple, bien qu’elles coexistent avec les perversions d’un pays minier.

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Rebeca Monsalve, pour Misión Verdad

Source : https://medium.com/@misionverdad2012/de-la-colonia-a-la-revoluci%C3%B3n-bolivariana-c%C3%B3mo-se-form%C3%B3-la-mujer-venezolana-db75bea74771

Traduction : Thierry Deronne

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« Rondon ne s’est pas encore battu »

Portrait de Juan José Rondón (1790-1822) par Constancio Franco

Quand je converse avec des politologues de gauche européens, je me rends compte que beaucoup ont du mal à comprendre que la contradiction coloniale est au coeur du présent. Ils pensent que c’est une erreur conceptuelle, quelque chose d’anachronique, que la postmodernité joyeuse – celle qui leur livre le Mac à domicile, a dépassé tout ça, et que Trump ou Bolsonaro sont des accidents racistes de l’Histoire. Sauf que les “anachronismes” et les “fautes de goût” semblent durer plus longtemps que prévu… et que sous le vernis publicitaire de la globalisation capitaliste, l’Histoire profonde n’en finit pas de revenir à la surface.

La révolte qui a lieu aux Etats-Unis est celle qui fonde la résistance du peuple vénézuélien. La révolution qui se voulait “égale jusqu’au bout”, et que nous explique si bien l’historienne Sophie Wahnich, a été massacrée en France. Mais elle a été assumée en premier lieu par Haïti, qui a sauvé Simón Bolívar du suicide, en l’accueillant, en le finançant, en lui donnant des armes, des soldats et des renforts de toute sorte. Dès que l’ex-aristocrate accepta, à la demande expresse d’Alexandre Pétion et des Jacobins Noirs, d’inscrire dans son “programme” la libération des esclavagisés, il vola de victoire en victoire, à la tête d’une armée populaire capable de traverser les Andes. Les “deux-tiers du monde” et l’equilibrio del mundo dont rêvait Bolivar – où entrent “Notre mère l’Afrique” comme disait Chavez, et Haïti, première république libre d’Amérique – sont la raison suffisante de notre volonté d’être libres, d’être respectés, d’être traités comme des Égaux, pour pouvoir donner au monde tout ce que nous avons à offrir. C’est pourquoi le président Trump a utilisé exactement, à trois semaines de distance, la même phrase au sujet du Venezuela qu’au sujet du peuple de Minneapolis : «Nos militaires sont prêts. Nous pouvons envoyer des troupes sur le terrain très rapidement.» L’historien Kevin Gannon rappelle que « l’Insurrection Act de 1807 invoqué par Donald Trump était destiné à prévenir une éventuelle révolte des esclavagisé(e)s, comme celle qui venait de conduire à l’indépendance d’Haïti (1804).« 

Pour le cinéaste Michael Moore, « l’expérience états-unienne est morte. Tuée par le genou collectif du pouvoir blanc, du privilège blanc et de la propriété blanche, de la richesse/travail/salaire d’esclave. USA are beautiful ? Nous ne nous sommes jamais repentis de nos péchés originels d’esclavage et de génocide« . Ce suprémacisme blanc, c’est ce que l’extrême droite vénézuélienne veut importer au Venezuela pour revenir à l’apartheid d’avant Chavez, qu’ils détestaient autant pour sa révolution sociale que parce qu’il était un “mono” (singe). William Serafino a raison: « Dans un sens métaphorique, la clef qui a étranglé à mort George Floyd est appliquée au Venezuela. La clef, dans notre cas, est l’escalade du blocus économique de Washington. »

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Au début de 2019, la droite vénézuélienne fête dans un quartier chic de Caracas l’autoproclamation par Donald Trump de Juan Guaido comme « président du Venezuela ».

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Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux ont transformée en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Si quelqu’un doit rendre des comptes, c’est bien le journaliste occidental qui a fait passer les révoltes des riches blancs vénézuéliens et leur rage d’afrikaners, pour une révolte du peuple contre une dictature (1). Faire passer pour “la population” du Venezuela une minorité insurgée contre l’inclusion des métis et le partage des richesses ! La majorité sociale au Venezuela est une majorité métisse, que les reporters, logés dans les quartiers chics de Caracas, n’ont jamais voulu montrer. Au Venezuela la majorité sociale, populaire, est pacifique : elle a toujours rejeté la violence au profit des urnes, et malgré ses nombreuses critiques, soutenu en majorité l’option électorale du gouvernement bolivarien. On a tous en tête les images d’une “répression policière” au Venezuela. Bien peu savent que l’ordre du montage était inversé. Quand la droite préparait une agression, les caméras du monde entier étaient déjà sur place. Les violences de rue et la réponse des forces de l’ordre, montée à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants.

Il y a plus grave : la plupart des médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui alimentait l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) des groupes privés médiatiques, acceptera aujourd’hui de reconnaître qu’il a encouragé une minorité sociale à brûler vifs des afrodescendants « noirs donc chavistes » (2) ? Une minorité dont l’épicentre s’est déplacé aujourd’hui vers Miami et vers le « bercail »: Madrid (où le quartier riche de Salamanca a été surnommé « Little Caracas » parce qu’elle y a acquis sept mille appartements de luxe, selon le New York Times) et d’où elle lance, dans la même veine coloniale qu’à Caracas, des manifestations rageuses contre le gouvernement “communiste” (sic) de Sanchez et de Podemos.

Aujourd’hui dans cette guerre difficile entre être et non-être (Bolivar), nous aimons au Venezuela citer l’expression “Rondón no ha peleado todavia”. Le 25 juillet 1819, après avoir traversé les Andes pour libérer le peuple neogranadino (colombien) du joug de l’empire espagnol, Simon Bolivar fut mis en grande difficulté militaire lors de la bataille de Pantano de Vargas. La défaite était presque annoncée quand il décida de faire appel au colonel Juan José Rondon, et lui demanda de “sauver la Patrie”. Le “negro” Rondon lui répondit “Rondon ne s’est pas encore battu”. A la tête de ses lanciers « llaneros » il renversa le cours de la bataille, donna la victoire aux troupes de la naissante république bolivarienne et sauva la possibilité de notre indépendance.

Thierry Deronne, Caracas, 31 mai 2020

Notes:

(1) Etude approfondie d’Alan Mac Leod: « voyous chavistes contre société civile, racisme et mépris de classe des médias occidentaux sur le Venezuela » https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/03/10/voyous-chavistes-contre-societe-civile-racisme-et-mepris-de-classe-des-medias-occidentaux-sur-le-venezuela-par-alan-macleod-fair/

(2) Andrew King, « Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi la vie des noirs compte » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/24/le-venezuela-est-attaque-parce-que-pour-lui-aussi-la-vie-des-noirs-compte-truth-out/ . Lire également « ils ont brûlé vif mon fils parce qu’il était noir et chaviste » https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/05/19/ils-ont-brule-vif-mon-fils-parce-quil-etait-noir-et-chaviste/

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La Grande Interview : Rafael Correa converse avec Nicolás Maduro (RT France)

Pour cette édition exceptionnelle de « Conversation avec Correa« , l’ex-président équatorien voyage à Caracas afin d’évoquer avec le président Nicolás Maduro les mythes et les réalités du Venezuela actuel. Les deux chefs d’Etat abordent la question de l’intensification de la manipulation des médias qui va de pair avec l’accroissement des sanctions états-uniennes, la place de l’individu dans l’Histoire ainsi que les récents développements politiques de la révolution bolivarienne.

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La révolution qui progresse en Haïti est directement liée à celle du Venezuela

Roger Waters, fondateur des Pink Floyd: « empêcher le coup d’Etat de Trump contre la démocratie vénézuélienne »

RogerWIl y a quelques jours Roger Waters, fondateur des Pink Floyd, écrivait sur son compte Twitter @rogerwaters : “arrêtons cette nouvelle folie des Etats-Unis, laissez le peuple vénézuélien en paix. Ils ont une vraie démocratie, arrêtez cette tentative de détruire ce pays pour que le 1% (les riches) puissent s’emparer du pétrole”. L’artiste invitait les citoyen(ne)s à se concentrer à New York le lundi 4 février à 15 heures, face à la Mission Diplomatique des USA aux Nations Unies, pour protester contre le coup d’Etat que veut mener Donald Trump.

Waters explique son engagement dans une note du 6 février publiée sur sa page Facebook et intitulée : “Une des réponses que j’ai reçues à mon tweet «bas les pattes du Venezuela» est celle d’un vieil ami, un musicien vénézuélien expatrié”. Elle est publiée sous l’image et la célèbre réflexion de Simon Bolivar: “Les Etats-Unis paraissent destinés par la Providence à infester les Amériques de misère au nom de la démocratie

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Appelons-le X.

Mon cher X.

Il y a deux jours j’ai tweeeté “US hands-off Venezuela” (« USA, bas les pattes du Venezuela ») et j’ai reçu l’habituelle charretée de critiques de tous ceux qui parlent au nom du peuple vénézuélien – la plupart d’entre eux sont blancs, de classe moyenne et vivent à New York. Et toi, mon cher ami, en guise de remontrance et dans l’espoir de m’instruire, tu as attiré mon attention sur une lettre ouverte écrite par une jeune femme du nom d’Adriana Kohlhofer et adressée aux “US Democratic Socialists”, à l’attention du Sénateur Bernie Sanders, des membres féminines du Congrès Cortez, Omar, Khanna et au courant complet de l’aile des Socialistes Démocratiques du Parti Démocrate. Tu m’as imploré de la lire. C’est ce que j’ai fait, et pour que d’autres sachent de quoi nous parlons, voici un lien vers cette lettre: https://medium.com/@akohlhofer18/an-open-letter-to-us-democratic-socialists-from-venezuelan-expatriates-9a3e26eb834d

Je l’ai donc lue, et tout ce qu’on y trouve, c’est un polémique enflammée pour soutenir les sanctions états-uniennes et d’autres formes d’intervention au Venezuela dans l’espoir de provoquer un changement de régime. Un changement de régime destiné à faciliter l’adoption de politiques néolibérales comme le retour de l’industrie pétrolière aux mains du privé. C’est une vieille, vieille histoire, que nous avons tous entendue auparavant. Mon point de vue personnel est que les revenus du pétrole doivent continuer, autant que possible, à bénéficier au peuple vénézuélien à travers cette industrie nationalisée et relancée par Hugo Chavez, héros de la révolution, fils indigène de son et de votre pays et amèrement regretté par son peuple. Où en étais-je ? Ah oui, ayant lu la lettre d’Adriana Kohlhofer, je me suis demandé : qui donc est cette personne qui affirme parler au nom du peuple vénézuélien ? j’ai donc cherché sur Google. Vous allez rire:

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Adriana Kohlhofer – Analyste de Gestion en Santé Privée @ Goldman Sachs.

Ok Adriana Kohlhofer, porte-parole du Venezuela, voici quelque chose qui vient réellement du peuple du Venezuela… Ci-dessous les résultats de l’étude conduite entre le 7 et le 20 janvier 2019 par Hinterlaces, une firme privée vénézuélienne de sondages connue et respectée, dirigée par le sondeur indépendant Oscar Schemel. Voici ce que répondent les vénézuéliens vivant au Venezuela.

Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec les sanctions économiques et financières des Etats-Unis actuellement appliquées contre le Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

81% des vénézuéliens sondés répondent “je ne suis pas d’accord”.

Etes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

78% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”

Etes-vous d’accord ou pas d’accord avec l’hypothèse d’une intervention militaire internationale au Venezuela pour chasser le président Maduro du pouvoir ?

86% des vénézuéliens sondés répondent “je ne serais pas d’accord”.

En général êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec la tenue d’un dialogue entre le gouvernement national et l’opposition pour résoudre les problèmes économiques actuels dans le pays ?

84% des vénézuéliens sondés répondent “je suis d’accord”.

Hé bien, Adriana, comme vous voyez, ces résultats montrent ce que la majorité du peuple vénézuélien réel, qui vit réellement au Venezuela, considèrent comme le vrai récit, pas celui que vous vendez, Madame l’Analyste de Gestion de Santé Privée de @goldmansachs’, ou Donald Trump, ou Mike Pompeo, ou Isaac Abrams, ou John Bolton ou les grands médias soumis aux Etats-Unis ou aux acolytes également soumis au gouvernement des Etats-Unis au Canada et en Australie et dans l’Otan et dans l’Union Européenne et dans toute l’aile droite des dictatures et quasi démocraties dominées par les Etats-Unis en Amérique Latine et du Sud. Les résultats du sondage expriment un cri du coeur, celui d’un peuple assiégé. Je n’ai pas plus le droit que vous de mettre des mots dans sa bouche, mais il me semble que son récit est plutôt celui-ci : “S’il te plaît, peuple des Etats-Unis, persuade ton président et son gouvernement de lever les sanctions mortelles et draconiennes que vous nous avez imposées, s’il vous plaît levez le blocus sur nos vies, et laissez-nous le temps et l’espace pour trouver notre propre chemin vers le rêve vénézuélien d’une société socialiste, stable, équitable. Nous sommes des gens fiers et pleins de ressources, nous avons parcouru une longue route depuis 1998, lorsque Hugo Chavez nous a remis sur la voie révolutionnaire. Votre intervention conflictuelle pousse notre nation au bord d’une guerre civile. Nous ne voulons pas être la prochaine Libye, Irak ou Syrie, arrêtez de nourrir les chacals parmi nous, s’il vous plaît cessez de planer comme des vautours sur nos champs de pétrole. S’il vous plaît, allez vous-en.”

Donc, ami musicien, je t’aime comme un frère, mais Mme l’Analyste en Gestion de Santé Privée n’est que ça, tout sauf un oracle, je ne saurai jamais pourquoi nous n’avons pas enfermé tous ces salopards après 2008, mais par pitié ne les laissons pas détruire votre beau pays pour quelques barils de goudron, qui est la seule chose qui les intéresse.

Love

Roger

Texte original : https://www.facebook.com/notes/roger-waters/a-note-from-roger-one-of-the-responses-i-got-to-us-hands-off-venezuela-was-from-/2517817721565996/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

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« Pour une histoire populaire du Venezuela » : interview de Thierry Deronne par Alex Anfruns (Investig’action)

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Thierry Deronne en mai 2018 à Caracas.

11 Mai 2018, 

Les élections présidentielles du Venezuela auront lieu le 20 mai. Un rendez-vous décisif pour l’avenir de l’Amérique Latine et des relations Sud-Sud. Bénéficiant d’un véritable soutien populaire, le candidat Nicolas Maduro est en train de mobiliser des dizaines milliers de Vénézuéliens dans ses meetings de campagne. C’en est trop pour Mike Pence. Le vice-président US a qualifié ces élections de “mascarade” et demande leur report. Il menace même le Venezuela de nouvelles sanctions. Pourquoi les institutions européennes lui emboîtent-elles le pas? Pourquoi le traitement médiatique de la Révolution bolivarienne est-il calqué sur la vision des Etats-Unis qui considèrent l’Amérique latine comme leur jardin personnel? Et surtout, quelle est la réalité dans ce pays qui a multiplié les expériences créatives en faveur de l’émancipation humaine au cours des 18 dernières années? Le cinéaste belgo-vénézuélien Thierry Deronne, qui vient de concocter son nouveau film “Histoire du Venezuela”, a bien voulu répondre à nos questions.

Alex Anfruns : Vous êtes venu présenter votre dernier film “Histoire du Venezuela” dans votre pays d’origine, la Belgique. Avec un montage où se côtoient d’une part des images d’archive cinématographiques montrant l’envers du décor du boom du pétrole, et d’autre part des voix des figures anticolonialistes visionnaires, le spectateur est face à une expérience audiovisuelle captivante. Comment est née l’idée du film, où a-t-il été déjà projeté et quel a été l’accueil ? 

Thierry Deronne : Après 24 ans de vie au Venezuela, le regard pivote et plusieurs questions commencent à m’intéresser : pourquoi tout en ne ménageant jamais ses critiques vis-à-vis des fonctionnaires publics, le peuple vénézuélien ne tombe pas dans les provocations violentes ou dans le mécontentement recherché par la guerre économique, et continue à réaffirmer son soutien électoral au chavisme ? Ensuite pourquoi la droite est-elle si imperméable au dialogue, d’où vient sa rage, sa violence ? Enfin, pourquoi les européens croient-ils si facilement que le Venezuela est une dictature, pourquoi la désinformation marche-t-elle aussi bien ? A ces trois questions c’est l’Histoire qui répond le mieux.

La critique populaire ? Elle parle d’une longue histoire de résistance à l’humiliation, à la négation de la condition humaine. C’est au Venezuela qu’eurent lieu les premières rebellions d’esclaves du continent. « Ce peuple, dixit le président Guzman Blanco, est un cuir sec – frappez-le d’un côté, il se soulève de l’autre ».

La rage des opposants ? La droite vénézuélienne vit encore dans le racisme colonial, celui de ces mantuanos qui ne sortaient pas de chez eux par peur que le soleil brunisse leur peau et organisaient – déjà ! – des violences à Caracas contre l’édit du roi d’Espagne permettant aux esclaves d’acheter leur affranchissement. Ce seizième siècle refait surface dans les violences de 2017 avec les lynchages d’afrodescendants brûlés vifs par les « combattants de la liberté » chers aux médias occidentaux.

Enfin, pourquoi l’efficacité de la désinformation parmi les européens ? Parce qu’en se soumettant à la gouvernance médiatique, l’Europe s’est coupée du monde et sa peur de la nuit réveille son colonialisme, la pousse à renforcer cette muraille médiatique. L’image caricaturale des vieux machos blancs – entrepreneurs privés, putschistes ou leaders de la violence d’extrême droite qui réprimeraient les leaders sociaux comme en Colombie ou au Brésil s’ils parvenaient au pouvoir – adoubés par l’Union Européenne et ses présidents comme « opposition démocratique du Venezuela », exprime bien ce rendez-vous manqué de l’Europe avec une Amérique Latine qui était pourtant prête à parler d’avenir sur un pied d’égalité.

Deux autres sources majeures pour construire le film « Histoire du Venezuela » sont, d’abord, le chercheur vénézuélien Fernando Coronil qui explique le rapport des pays du sud à leur sol, à leur nature, à leur territoire, comme un rapport qui surdétermine leurs politiques et leurs stratégies – ce troisième concept a jusqu’ici été peu assumé par le marxisme qui a privilégié les deux premiers, ceux de la relation capital-travail. L’Europe des i-phones est de plus en plus habitée par des peuples hors-sol, voués au présent pur de la consommation. L’autre source, c’est Walter Benjamin pour qui à chaque mouvement révolutionnaire la classe opprimée bondit comme un tigre dans la forêt de l’Histoire et en ramène des éléments des révolutions antérieures. Cette rupture par le peuple vénézuélien du mythe du progrès social-démocrate qui imposa des ajustements et tira sur des affamés en 1989, poussa de jeunes militaires comme Hugo Chavez à se replonger dans Bolivar et à sortir du dogme de « la fin de l’Histoire ».

Avec des étudiants de la Sorbonne occupée, avec des cinéphiles du festival Rencontres de Bordeaux, ou les Amis du Diplo d’Annecy, le film a permis de parler du Venezuela sans devoir épuiser le temps disponible à réfuter les mensonges des médias.

Quelle est la situation du cinéma au Venezuela ? Et quelle a été la politique culturelle de la Révolution Bolivarienne ces dernières années, notamment avec la crise liée au prix du pétrole?

Il y a d’énormes investissements publics pour démocratiser le cinéma à tous les niveaux : formation, production et diffusion, même si ce n’est pas simple de déplacer ceux qui s’arc-boutent sur leurs avantages de classe, sur leur capital culturel. Il faut continuer à se battre pour décoloniser l’imaginaire, Hollywood reste encore très présent dans beaucoup de ces espaces, et il n‘y a pas pratiquement aucune fiction produite sur toutes ces années de révolution.

Mais tout ne fait que commencer. La révolution bolivarienne, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique, a maintenu l’ensemble des programmes sociaux et des politiques culturelles – récupération d’espaces pour la création, missions de formation artistique, festivals et spectacles gratuits pour la population, et c’est un trait d’intelligence : l’art n‘est pas sacrifié, jamais, il indique la sortie du tunnel. Après 18 ans on sent une poussée d’en bas de nouvelles voix, de nouveaux créateurs dans tous les domaines.

Lors d’un échange après la projection, vous nous avez confié qu’il existe parmi la jeunesse vénézuélienne un regain d’intérêt pour les cinéastes latino-américains des générations précédentes, appartenant au courant expérimental, tel que le brésilien Glauber Rocha ou le bolivien Jorge Sanjinés. Ces auteurs vous ont-ils inspirés? Quelle est leur spécificité par rapport à d’autres courants de cinéma d’art et essai tels que la “nouvelle vague” française? 

Le point commun du « Nuevo Cine Latinoamericano » des années 60-70 avec la Nouvelle Vague est le rejet des codes de l’industrie nord-américaine.

En Amérique Latine, en outre, on a affaire à des cinéastes organiques et artisanaux : organiques parce qu’ils prophétisent la montée en puissance des peuples. Et artisanaux parce que leur forme est chaque fois différente, secrétée par des cultures, des communautés différentes.

Ils restent un modèle pour notre cinéma, pour notre télévision : être original à chaque instant, dans une rénovation permanente qui ne peut venir que d’une dialectique avec la culture populaire.

Vous êtes aussi formateur d’une école populaire de cinéma et télévision et travaillez dans le développement de médias communautaires, en confirmant que le cinéma est avant tout un art collectif. Est-il possible de se battre à armes égales avec la culture du rentisme qui a prévalu historiquement au Venezuela, telle que l’avait décrite Fernando Coronil dans son ouvrage “El Estado Magico”?

A l’ère des coups d’Etat médiatiques, plutôt que de répéter « la presse est contre nous » ou « nous devons occuper davantage les réseaux sociaux », le socialisme latino-américain doit prendre conscience que son futur passe par la création d’un tissu serré de médias populaires, par la rédaction d’une loi latino-américaine puis mondiale de démocratisation de la propriété des médias, par la remise des fréquences, chaînes et ressources aux organisations populaires, par la refonte conceptuelle de l’enseignement de la communication sociale. Mais aussi et surtout par quelque chose de plus fondamental, sans lequel tout ce qui précède ne suffirait pas.

Le capitalisme a reterritorialisé l’espace et le temps sous la forme d’un métabolisme social du type « tout-à-l’ego », ou la causalité d’ensemble a disparu dans le sautillement de la dénonciation de purs effets. Le socialisme n‘existera que s’il invente un appareillage intégral, technique et culturel, qui soit indépendant de l’industrie globalisée et qui produise des effets sociaux organisateurs et non isolants.

Cette nouvelle civilisation “technique”, cette médiologie structurante, reste le grand « impensé » de la gauche qui en est encore à parler de… « déontologie journalistique » !

Un paysan d’une commune de Barinas nous disait : “nous proposons un système communal qui sera aux mains du paysan producteur d’aliments pour que nous organisions la production et la distribution”. Substituez « alimentation » par « information » et vous aurez le visage du média futur, hors studio, hors portables, décentré, démultiplié, organisateur.

Vous vivez et travaillez au Venezuela depuis les années 1990. De quels changements majeurs vous avez témoigné dans cette époque charnière, notamment avec l’Assemblée Constituante mise en route par Chavez au lendemain de son élection ? 

Depuis longtemps la politique au Venezuela voit s’affronter deux « champs magnétiques ». Le premier, c’est la formation historique « social-démocrate » : le parti Acción Democrática comme appareil clientéliste, fabriquant de sommeil populaire avec télévision de masse, État « magique »au service du pillage de la nation par une élite surtout blanche.

C’est l’école politique première, avec ses rêves d’ascension sociale, qui a duré longtemps (quarante ans), assez pour expliquer beaucoup de comportements actuels à l’intérieur de notre Etat. La fosse commune des 3000 manifestants anti-FMI laissée par le président Carlos Andrés Pérez en 1989 fit tomber le masque de cette « social-démocratie » et déclencha le retour en politique du deuxième « champ magnétique », celui des marrons, ces ex-esclaves qui appelaient au son de leurs tambours à fuir les chaînes coloniales pour créer la « vraie vie », menés cette fois par Hugo Chavez.

Ce désir d’égalité est toujours vivant, et c’est un moteur extraordinaire du point de vue démocratique : il amène des gens à traverser à gué des rivières, à déjouer les attentats et les menaces de la droite pour aller voter en juillet 2017 pour l’Assemblée Nationale Constituante, débordant le Parti Socialiste Unifié (principal parti chaviste). Cette « pulsion créatrice d’un peuple » que Chavez avait prophétisée en citant Marc Bloch, se produit au moment où toute une micro-corruption quotidienne parlerait plutôt d’un affaissement collectif.

Malgré tout ce que signifient le dollar parallèle, la vie plus difficile et l’éreintement de quatre ans de guerre économique, malgré le sabotage de l’élection par l’extrême droite, huit millions de Vénézuéliens déposent un bulletin dans l’urne, élisent une Assemblée Constituante ! Huit millions de citoyens descendant des versants glacés, traversant des rivières fortes.

Qu’il s’agisse de la transformation de l’Etat, de la lutte contre la corruption, de la transformation du système productif, de la sortie du « rentisme pétrolier », des droits en matière culturelle, écologique, ce chantier constituant mérite d’être visibilisé, étudié, on n’a pas encore commencé à en prendre la mesure ni à en déchiffrer l’origine.

Comment expliquez-vous les efforts déployés dans les médias dominants pour présenter le gouvernement vénézuélien comme étant une dictature, malgré les nombreuses élections qui se sont tenues avec la présence de centaines d’observateurs et accompagnateurs internationaux, dont des personnalités comme Jimmy Carter?

L’objectif des médias dominants est un changement de gouvernement. La violence de la droite, mise en scène par les médias comme s’il s’agissait d’une révolte populaire, est ancienne : dès que Bolivar libéra les esclaves pour fonder une armée au service de la libération de l’Amérique Latine, l’oligarchie colombienne rêva de l’assassiner et les gazettes états-uniennes le traitèrent de « César assoiffé de sang ».

Deux siècles plus tard quand le Venezuela redevient un phare d’égalité, de souveraineté, de démocratie (droits des femmes, conseils de travailleurs, formes communales de pouvoir citoyen, 25 élections en 18 ans), la même oligarchie colombienne et les États-Unis rallument les violences paramilitaires et la guerre économique pour faire tomber Maduro.

Les médias poursuivent cette guerre contre l’émancipation des ex-esclaves. En fait ces violences locales sont faites pour les médias, mises en scène pour l’extérieur. Et si quelqu’un doit rendre des comptes aujourd’hui, c’est le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population ».

Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention.

Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste « zone grise » (Primo Levi) des écrans d’ordinateurs ou du studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, aura le courage de reconnaître qu’il a encouragé des assassins ?

Née de la révolution haïtienne, la bolivarienne est une émergence de l’Afrique en Amérique Latine, et c’est exactement ce que veut détruire l’Occident, la même aspiration à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Quand Macron reçoit l’extrême droite vénézuélienne à l’Elysée, il ne fait que rêver de l’enfermement de Toussaint Louverture par Napoléon, pour le laisser mourir de faim et de froid dans les Alpes. L’axe sud-sud, avec l’Afrique en particulier, sera l’axe déterminant pour la libération de nos peuples, pour leur « deuxième indépendance ».

Un effet de l’hypersphère médiatique dans laquelle l’Europe vit désormais est que pour la gauche « science-po » le raisonnement n‘est plus : « comment étudier, comment comprendre l’Autre » mais « quelle position prendre ici, quelle image de marque devons-nous donner ici, en Europe ? »

La plupart des citoyens, intellectuels ou militants en sont réduits à faire une moyenne forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et une minorité de vérité. Le problème est que la quantité de répétition, même si elle crée une opinion, ne fait pas une vérité en soi. Le nombre de titres ou d’images identiques pourrait d’ailleurs être mille fois plus élevé, que cela ne signifierait toujours pas qu’on nous parle du réel.

Comment nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, l’ensemble des mouvements sociaux et les principaux partis de gauche d’Amérique Latine ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains dénoncent la déstabilisation violente de la démocratie vénézuélienne, on dispose d’un large éventail d’expertises démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité qu’Amnesty qui recopie les rapports d’ONGS des droits de l’Homme proches de l’opposition ou que la « moyenne » d’un « science-po » européen obligé de préserver un minimum de respectabilité médiatique.

Meeting Maduro

Nicolas Maduro en campagne, mai 2018.

A l’approche des nouvelles élections présidentielles, Quel est votre regard sur les candidats, leurs programmes respectifs et le climat dans ce début de la campagne ?

Des candidats d’opposition, il y a peu à dire sauf qu’ils sont les ombres d’un théâtre ancien : l’évangéliste corrompu Javier Bertucci ou Henri Falcon qui propose de dollariser le Venezuela. Face à eux, Maduro incarne la jeunesse de la transformation politique. Comme nous disent des paysans de l’État de Portuguesa, « Maduro est encore plus fort que Chavez ». Le second avait proposé le premier comme successeur parce qu’il était le seul à n’avoir pas joué des coudes pour lui succéder.

Élu de peu, Maduro a dû assumer « l’héritage » : gouverner en négociant avec les différents secteurs, certains conservateurs, dans et hors du gouvernement. Son style est différent, plus lent sans doute, que Chavez. Il a non seulement réussi à résister au déluge d’opérations destructrices de l’empire mais il a su ramasser le gant pour développer de nombreux aspects de la révolution, qu’il s’agisse du logement public ou des emplois pour la jeunesse, avec ce pari fou de demander aux gens de se mobiliser en pleine guerre économique pour élire une assemblée constituante.

Sa sainte colère contre le secteur privé, majoritaire, qui augmente les prix pour annuler ses constantes hausses de salaire, ou contre les expulsions de paysans par les mafias des grands propriétaires, sont le prélude à un approfondissement de la révolution s’il est élu le 20 mai. Le pétrole remonte, l’or de l’arc minier revient enfin dans les coffres de l’Etat.

En fait ce qui frappe à Caracas c’est le calme, la tranquillité des gens alors qu’en Europe on parle de chaos, de famine, de violence, pour justifier une intervention « humanitaire ». Malgré les hausses de prix, les sanctions euro-américaines, le peuple ne tombe pas dans la colère recherchée. Pourquoi ? Je parlais de la longue histoire de résistance populaire. Il y a aussi le fait que les aliments reviennent dans les rayons, et certains médicaments.

Outre les allocations que multiplie le gouvernement bolivarien en direction des plus vulnérables, et les distributions massives d’aliments subventionnés, le secret est dans le fait que les vénézuéliens se sont adaptés, on trouve toutes sortes de parades, de combines, pour acquérir ces produits et pallier la pression économique. Et il y a quelque chose de très particulier, subtil, dans l’air : la contrebande du bolivar papier, extrait massivement par la mafia colombienne, la pulvérisation par l’inflation du salaire payé par le patron, tout cela crée une ambiance révolutionnaire, très « An 01 », difficile à percevoir loin du Venezuela, les gens se sentent moins liés au travail, à l’entreprise privée…

Je sais qu’en Europe certains adorent parler du « crépuscule de la révolution », d’une « fin de cycle », (variantes de la « Fin de l’Histoire »), mais peut-être est-ce leur propre dissolution dans l’hypersphère virtuelle qu’ils subliment. La Révolution Bolivarienne a bientôt 19 ans, elle invente tous les jours, refuse de s’habituer à la fatigue, de croire aux larmes. Dans sa dernière lettre, la « Lettre à l’Afrique », Hugo Chavez citait Simon Bolivar : « Il faut attendre beaucoup du temps ».

Caracas, mai 2018.

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseigne le documentaire et la théorie du montage dans deux universités (UBV, UNEARTE). Formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur entre autres du « Passage des Andes » (2005), « Carlos l’aube n‘est plus une tentation » (2012), « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018).

Source : Journal de Notre Amérique

« Permettre l’utopie, organiser l’impossible » – Ma première vie, par Hugo Chávez (Conversations avec Ignacio Ramonet)

Cet ouvrage publié aux Editions Galilée (2015, 720 pages, 32€) dans une présentation très soignée peut être vu comme un document de référence pour ceux qui s’intéressent à l’histoire latino-américaine1, mais aussi comme un récit de vie profondément humain, ou encore comme une mine de réflexions sur la stratégie révolutionnaire, dans le contexte anti-impérialiste de la dernière partie du XXe siècle.

CECjHTLWMAAwkUWDéjà auteur d’une biographie à deux voix de Fidel Castro, Ignacio Ramonet a travaillé avec le président vénézuélien – rencontré dès 1999 – pendant plusieurs séances de travail échelonnées de 2008 à 2012 et à partir d’une documentation considérable. La maladie qui a emporté Hugo Chávez en 2013 n’est pas la raison pour laquelle le livre s’arrête au moment de l’investiture présidentielle. Cette « première vie » a été voulue à la fois comme une œuvred’histoire sur une période dont le recul permet une certaine sérénité et comme une approche de la personne de Hugo Chávez, de sa formation, une réflexion aussi sur son « destin ». De fait, il n’y a pas de ces allers-retours entre le présent et le passé dont les biographies sont coutumières mais dont la sincérité peut parfois être mise en doute. En totale empathie avec son interlocuteur, Ramonet relance, précise, ramène au fil de la chronologie sans juger : sur deux points seulement Chávez semble devoir se justifier, sur sa solidarité « patriotique » avec le terroriste Carlos, sur ses relations avec l’Argentin Rafael Ceresole aux thèses antisémites « inacceptables ».

L’évocation de l’enfance est pleine de couleurs, de senteurs et de sentiments, dans les LLanos, ces plaines de cet Etat de Barinas que « Huguito » ne quittera qu’à 15 ans pour aller à l’Académie militaire de Caracas. Une famille pauvre de paysans sans terre, des parents maîtres d’école qui le confient pour être élevé à une grand-mère qu’il vénère2. Une région de métissage où lui-même porteur de sang noir, indien et blanc dit que le racisme n’existait pas. Par contre l’histoire des luttes sociales y est très présente : c’est le peuple y garde la mémoire d’Ezequiel Zamora, chef d’une révolution paysanne que Chávez qualifie de « présocialiste » et liée au mouvement des idées en Europe en 1850-1860. Sa famille a éloigné la mémoire d’un autre héros local qualifié d’assassin, « Maisanta » qui est son aïeul et sur lequel il fera des recherches prolongées : en fait, un des derniers guérilleros à cheval, un rebelle politique. Dans une zone où le pétrole a causé l’exode rural, les guérillas ne peuvent plus prospérer, analyse Chávez ; il en verra les derniers épisodes dans l’État de Sucre, en tant que jeune officier chargé de la répression. Il en retire une profonde horreur de la violence et l’analyse politique de ce qu’une rébellion sans le peuple est condamnée à l’échec.000_Mvd64743331

Sur le jeune Chávez, notons encore l’empreinte du catholicisme : le Christ fera définitivement partie de son panthéon, à côté de Simón Bolívar et Ezequiel Zamora. Notons la soif d’apprendre et la mémoire d’un excellent élève, la façon dont il a appris à former son esprit avec l’Encyclopédie autodidactique Quillet, alors qu’il rêve de devenir peintre, puis joueur de base-ball. Notons son caractère éminemment sociable : animateur, organisateur de concours de beauté… il est populaire, partout à l’aise, toujours prêt à chanter, il ne lui sera pas difficile, pour suivre Gramcsi « d’être le peuple » plutôt que « d’aller au peuple »3.

Sa formation militaire sera aussi une formation scientifique et politique. Dans les transmissions puis dans les blindés, le jeune sous-lieutenant s’interroge encore sur sa vocati,on. Il découvre une armée vénézuélienne où la troupe est formée des fils du peuple les plus humbles, tandis que les officiers proviennent des couches moyennes ou supérieures avec d’ailleurs certains progressistes (à plusieurs occasions, et parfois au travers d’anecdotes savoureuses, on découvre comment les activités clandestines deChávez sont percées à jour par ses supérieurs et font l’objet d’une certaine bienveillance, de même que le traitement des mutins emprisonnés). Appliquant la notion d’alliance civico-militaire due à Fabricio Ojeda4, Chávez prend conscience du rôle social et politique du soldat, et fait de l’alphabétisation au sein de l’armée.

Or, suite à la nationalisation du pétrole en 1976 et malgré l’argent qui coule à flot, les inégalités sociales et le mécontentement s’accroissent. Chávez participe au Mouvement Rupture et est proche du parti d’extrême gauche Causa R. Il travaille à implanter dans l’armée des cellules bolivariennes et recrute en profitant même de ses activités officielles d’instructeur.

Devenu capitaine de parachutistes en 1982, il crée à la fin de la même année un MBR-200 (Mouvement bolivarien révolutionnaire-200) bien modeste : 8 ou 10 officiers, 20 ou 30 élèves officiers au début. Il faudra compter 10 ans avant le déclenchement d’une première rébellion, années qu’il est impossible de résumer ici mais que ponctue le Caracazo, grand soulèvement populaire du 27 février 1989 dû au virage austéritaire néolibéral du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, et qui se termine dans le sang. « Le peuple nous a pris de vitesse », analyse douloureusement Chávez. Trois ans plus tard, l’alliance civico-militaire sera au rendez-vous lors du « 4-F », 4 février 1992, qui parvient presque à la prise de pouvoir. Le Commandante en attribue l’échec à la démoralisation de la gauche. Il est fait prisonnier avec 300 officiers et 10 000 soldats.

Paradoxalement, c’est l’intervention télévisée de 50 secondes qu’il fait pour expliquer la reddition qui sera au départ de son immense popularité et implante l’idée que le dernier mot n’est pas dit. Une seconde rébellion, principalement due à l’armée de l’air, se produit en novembre. Chávez la soutient mais sans participer à sa direction stratégique. La conspiration reprend en prison, période « féconde » pour travailler sur le programme politique, la démocratie participative, les modalités d’une assemblée constituante… Tant et si bien que lorsque Chávez est libéré en 1994, sous condition de démissionner de l’armée, il est prêt à faire ouvertement campagne dans une longue tournée à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il reçoit notamment à La Havane un accueil exceptionnel de Castro. Le voilà plus clairement perçu sur le nuancier politique mais aussi cible d’une propagande violente de plusieurs bords. La réflexion le conduit alors à préférer désormais l’action électoraliste à l’action militaire, et face aux critiques de la gauche il se décide à « assumer le leadership que le peuple [lui] réclamait ».

Finalement, en avril 1997, le Mouvement Ve République est lancé et la pré-candidature deChávez annoncée. On sait la suite avec les 56,20 % de voix obtenues aux présidentielles du 6 décembre 1998.

La fin du livre revient sur des notions plus générales, le socialisme, la révolution et sur un « mythe Chávez » qui n’était pour l’intéressé que l’expression d’une espérance collective, destinée à être dépassée pour que le « mythe du nouveau Venezuela » puisse émerger, pour que l’utopie (bolivarienne) soit enfin possible, et c’est pour pour cela que Chávez dit avoir surmonté ses doutes en travaillant à organiser l’impossible5.

Voilà donc gros ouvrage qui peut être le compagnon de longues semaines d’été. L’histoire a beau se dérouler sur un autre continent et au siècle dernier, je mets le lecteur au défi de ne pas en tirer de fructueuses réflexions pour le monde dans lequel nous vivons !

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Un briseur de protocole. Ici à Caracas conversant avec un jeune SDF. Ci-dessous lors d’une promotion d’officiers.

Un président qui cassait le protocole. En haut, avec un jeune SDF, en bas lors d'une promotion d'officiers

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

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Dans le llano vénézuélien

à la rencontre du peuple haïtien

A la rencontre du peuple haïtien

Notes

  1. Le lecteur peu familier avec le contexte historique sera aidé par les notes concernant les centaines de personnages mentionnés et par l’index qui les regroupe. []
  2. Sur le machisme, il écrira : « La femme libre libère le monde… la femme libre nous libère, nous, les hommes. » []
  3. Pour lui, c’est le peuple « l’intellectuel organique ». []
  4. Il lit alors beaucoup d’histoire et de stratégie militaires et évoque Mao : le soldat au milieu du peuple comme le poisson dans l’eau. []
  5. Marc Aurèle : « Le secret de toute victoire réside dans l’organisation de l’impossible. » []

Source de cet article : http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/ma-premiere-vie-par-hugo-chavez-conversations-avec-ignacio-ramonet/7396476

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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Depuis l’Orénoque, pour que le peuple gouverne

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, la guitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communal Angostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara– la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

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