« Permettre l’utopie, organiser l’impossible » – Ma première vie, par Hugo Chávez (Conversations avec Ignacio Ramonet)

Cet ouvrage publié aux Editions Galilée (2015, 720 pages, 32€) dans une présentation très soignée peut être vu comme un document de référence pour ceux qui s’intéressent à l’histoire latino-américaine1, mais aussi comme un récit de vie profondément humain, ou encore comme une mine de réflexions sur la stratégie révolutionnaire, dans le contexte anti-impérialiste de la dernière partie du XXe siècle.

CECjHTLWMAAwkUWDéjà auteur d’une biographie à deux voix de Fidel Castro, Ignacio Ramonet a travaillé avec le président vénézuélien – rencontré dès 1999 – pendant plusieurs séances de travail échelonnées de 2008 à 2012 et à partir d’une documentation considérable. La maladie qui a emporté Hugo Chávez en 2013 n’est pas la raison pour laquelle le livre s’arrête au moment de l’investiture présidentielle. Cette « première vie » a été voulue à la fois comme une œuvred’histoire sur une période dont le recul permet une certaine sérénité et comme une approche de la personne de Hugo Chávez, de sa formation, une réflexion aussi sur son « destin ». De fait, il n’y a pas de ces allers-retours entre le présent et le passé dont les biographies sont coutumières mais dont la sincérité peut parfois être mise en doute. En totale empathie avec son interlocuteur, Ramonet relance, précise, ramène au fil de la chronologie sans juger : sur deux points seulement Chávez semble devoir se justifier, sur sa solidarité « patriotique » avec le terroriste Carlos, sur ses relations avec l’Argentin Rafael Ceresole aux thèses antisémites « inacceptables ».

L’évocation de l’enfance est pleine de couleurs, de senteurs et de sentiments, dans les LLanos, ces plaines de cet Etat de Barinas que « Huguito » ne quittera qu’à 15 ans pour aller à l’Académie militaire de Caracas. Une famille pauvre de paysans sans terre, des parents maîtres d’école qui le confient pour être élevé à une grand-mère qu’il vénère2. Une région de métissage où lui-même porteur de sang noir, indien et blanc dit que le racisme n’existait pas. Par contre l’histoire des luttes sociales y est très présente : c’est le peuple y garde la mémoire d’Ezequiel Zamora, chef d’une révolution paysanne que Chávez qualifie de « présocialiste » et liée au mouvement des idées en Europe en 1850-1860. Sa famille a éloigné la mémoire d’un autre héros local qualifié d’assassin, « Maisanta » qui est son aïeul et sur lequel il fera des recherches prolongées : en fait, un des derniers guérilleros à cheval, un rebelle politique. Dans une zone où le pétrole a causé l’exode rural, les guérillas ne peuvent plus prospérer, analyse Chávez ; il en verra les derniers épisodes dans l’État de Sucre, en tant que jeune officier chargé de la répression. Il en retire une profonde horreur de la violence et l’analyse politique de ce qu’une rébellion sans le peuple est condamnée à l’échec.000_Mvd64743331

Sur le jeune Chávez, notons encore l’empreinte du catholicisme : le Christ fera définitivement partie de son panthéon, à côté de Simón Bolívar et Ezequiel Zamora. Notons la soif d’apprendre et la mémoire d’un excellent élève, la façon dont il a appris à former son esprit avec l’Encyclopédie autodidactique Quillet, alors qu’il rêve de devenir peintre, puis joueur de base-ball. Notons son caractère éminemment sociable : animateur, organisateur de concours de beauté… il est populaire, partout à l’aise, toujours prêt à chanter, il ne lui sera pas difficile, pour suivre Gramcsi « d’être le peuple » plutôt que « d’aller au peuple »3.

Sa formation militaire sera aussi une formation scientifique et politique. Dans les transmissions puis dans les blindés, le jeune sous-lieutenant s’interroge encore sur sa vocati,on. Il découvre une armée vénézuélienne où la troupe est formée des fils du peuple les plus humbles, tandis que les officiers proviennent des couches moyennes ou supérieures avec d’ailleurs certains progressistes (à plusieurs occasions, et parfois au travers d’anecdotes savoureuses, on découvre comment les activités clandestines deChávez sont percées à jour par ses supérieurs et font l’objet d’une certaine bienveillance, de même que le traitement des mutins emprisonnés). Appliquant la notion d’alliance civico-militaire due à Fabricio Ojeda4, Chávez prend conscience du rôle social et politique du soldat, et fait de l’alphabétisation au sein de l’armée.

Or, suite à la nationalisation du pétrole en 1976 et malgré l’argent qui coule à flot, les inégalités sociales et le mécontentement s’accroissent. Chávez participe au Mouvement Rupture et est proche du parti d’extrême gauche Causa R. Il travaille à implanter dans l’armée des cellules bolivariennes et recrute en profitant même de ses activités officielles d’instructeur.

Devenu capitaine de parachutistes en 1982, il crée à la fin de la même année un MBR-200 (Mouvement bolivarien révolutionnaire-200) bien modeste : 8 ou 10 officiers, 20 ou 30 élèves officiers au début. Il faudra compter 10 ans avant le déclenchement d’une première rébellion, années qu’il est impossible de résumer ici mais que ponctue le Caracazo, grand soulèvement populaire du 27 février 1989 dû au virage austéritaire néolibéral du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, et qui se termine dans le sang. « Le peuple nous a pris de vitesse », analyse douloureusement Chávez. Trois ans plus tard, l’alliance civico-militaire sera au rendez-vous lors du « 4-F », 4 février 1992, qui parvient presque à la prise de pouvoir. Le Commandante en attribue l’échec à la démoralisation de la gauche. Il est fait prisonnier avec 300 officiers et 10 000 soldats.

Paradoxalement, c’est l’intervention télévisée de 50 secondes qu’il fait pour expliquer la reddition qui sera au départ de son immense popularité et implante l’idée que le dernier mot n’est pas dit. Une seconde rébellion, principalement due à l’armée de l’air, se produit en novembre. Chávez la soutient mais sans participer à sa direction stratégique. La conspiration reprend en prison, période « féconde » pour travailler sur le programme politique, la démocratie participative, les modalités d’une assemblée constituante… Tant et si bien que lorsque Chávez est libéré en 1994, sous condition de démissionner de l’armée, il est prêt à faire ouvertement campagne dans une longue tournée à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il reçoit notamment à La Havane un accueil exceptionnel de Castro. Le voilà plus clairement perçu sur le nuancier politique mais aussi cible d’une propagande violente de plusieurs bords. La réflexion le conduit alors à préférer désormais l’action électoraliste à l’action militaire, et face aux critiques de la gauche il se décide à « assumer le leadership que le peuple [lui] réclamait ».

Finalement, en avril 1997, le Mouvement Ve République est lancé et la pré-candidature deChávez annoncée. On sait la suite avec les 56,20 % de voix obtenues aux présidentielles du 6 décembre 1998.

La fin du livre revient sur des notions plus générales, le socialisme, la révolution et sur un « mythe Chávez » qui n’était pour l’intéressé que l’expression d’une espérance collective, destinée à être dépassée pour que le « mythe du nouveau Venezuela » puisse émerger, pour que l’utopie (bolivarienne) soit enfin possible, et c’est pour pour cela que Chávez dit avoir surmonté ses doutes en travaillant à organiser l’impossible5.

Voilà donc gros ouvrage qui peut être le compagnon de longues semaines d’été. L’histoire a beau se dérouler sur un autre continent et au siècle dernier, je mets le lecteur au défi de ne pas en tirer de fructueuses réflexions pour le monde dans lequel nous vivons !

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Un briseur de protocole. Ici à Caracas conversant avec un jeune SDF. Ci-dessous lors d’une promotion d’officiers.

Un président qui cassait le protocole. En haut, avec un jeune SDF, en bas lors d'une promotion d'officiers

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

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Dans le llano vénézuélien

à la rencontre du peuple haïtien

A la rencontre du peuple haïtien

Notes

  1. Le lecteur peu familier avec le contexte historique sera aidé par les notes concernant les centaines de personnages mentionnés et par l’index qui les regroupe. []
  2. Sur le machisme, il écrira : « La femme libre libère le monde… la femme libre nous libère, nous, les hommes. » []
  3. Pour lui, c’est le peuple « l’intellectuel organique ». []
  4. Il lit alors beaucoup d’histoire et de stratégie militaires et évoque Mao : le soldat au milieu du peuple comme le poisson dans l’eau. []
  5. Marc Aurèle : « Le secret de toute victoire réside dans l’organisation de l’impossible. » []

Source de cet article : http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/ma-premiere-vie-par-hugo-chavez-conversations-avec-ignacio-ramonet/7396476

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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Depuis l’Orénoque, pour que le peuple gouverne

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, la guitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communal Angostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara– la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

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La mer libère

Simón Bolívar, par José Gil de Castro

Simón Bolívar, par José Gil de Castro

L’imaginaire conventionnel de notre indépendance vénézuélienne insiste sur de fulminantes charges dans les « llanos » et de rudes traversées des Andes. Mais, en tant qu’exilé ou envahisseur, Bolivar a sillonné la Caraïbe avec agilité, il a considéré les villes portuaires comme des points-clefs, il a fondé près des Etats-Unis la République indépendante des Florides, il a scellé l’Indépendance du Venezuela avec les batailles du lac de Maracaibo et de l’embouchure de l’Orénoque, il a mobilisé des armées par mer sur le Pacifique, il a planifié le Canal de Panama et avec l’aide du Congrès amphictyonique, il a préparé une invasion navale pour donner son indépendance à Cuba, comme je l’explique dans « La pensée du Libertador ». Pourtant peu de nos auteurs ont levé l’ancre avec ce capitaine qui comprit que la mer libère. Les Caraïbes auxquelles nous avons longtemps tourné le dos, sont intimement liées à notre futur.

Littérature sans Odyssée

En deux siècles de vie républicaine, les villes portuaires exportent des récoltes, des minerais et reçoivent des instructions et des modes culturelles en provenance des nouvelles métropoles sur des bateaux étrangers. Trois romans à peine parlent de notre mer : Cubagua, d’Enrique Bernardo Nuñez ; Damaso Velasquez, d’Antonio Arraiz, et Pirate, de celui qui vous parle. De rares contes décrivent notre monde marin : « Marina », de Romulo Gallegos, « Le navire Balandra Isabelle est arrivé cet après-midi » et « La main tout près du mur » de Guillermo Meneses, « Simeon Calamaris » d’Arturo Uslar Pietri, « La perle » d’Enrique Bernardo Nuñez. Ce sont des romans qui traitent davantage des ports que de la mer tempétueuse. Plus abondante et plus diversifiée est la poésie marine, depuis Cruz Salmeron Acosta jusqu’à Andrés Eloy Blanco, en passant par Ana Enriqueta Teran, Miguel Otero Silva, Aquiles Nazoa dans son magistral « Polo Doliente » (Pôle en souffrance) et Ramon Palomares dans son ontologique « L’enfant prodige ».

Écrans sans mer

De rares films, Araya de Margot Benacerraf et La balandra Isabelle est arrivé cet après-midi de Carlos Hugo Christensen, Simplicio de Franco Rubartelli et Carpion Milagrero de Michel Katz reflètent notre mer. Voici trois ans qu’attend « La Planta Insolente », ce projet de film de Roman Chalbaud sur l’agression du Venezuela par les cuirassés anglais, allemand et italien en 1902. L’océan absent des écrans sauve néanmoins notre vie. Nous confondons la mer avec le bonheur.Archipelago_los_Roques_Venezuela

Immigrés et révolutionnaires

Nos si longues côtes manquent-elles d’attrait pour la vie de la nation ? Fernand Braudel affirme que durant le temps de la Colonie la moitié du commerce avec l’Amérique s’est effectuée de façon illégale. Il en fut de même au temps de la République. C’est par la mer que sont arrivés les africains de Birongo, les sépharades de Coro, les allemands de la « Colonia Tovar » et les corses de Carupano ainsi que tous les autres flux torrentiels de migration. C’est sur la mer que sont partis, il y a un siècle, des plongeurs de l’île Margarita pour ramasser des perles dans la Mer Rouge. Tout juste José Rafael Pocaterra dans « Mémoires d’un vénézuélien de la décadence », Federico Vegas dans  « Falke » et Miguel Otero Silva dans « Fiebre » racontent-ils les invasions navales dignes de Don Quichotte contre Gomez. Pour tant de flots, cependant, il manque un Homère.

mare nostrum

Tankers et cargos

Il n’y a pas d’occupation physique de l’espace sans que cela génère un imaginaire d’une ampleur comparable. Au cours de mes années de navigateur à voile je n’ai presque pas rencontré de navigateurs vénézuéliens. Des entreprises transnationales de la pollution ont semé des déchets toxiques sur nos plages. Des multinationales de la pêche au chalut dévastent nos ressources. Des transnationales du tourisme installent des enclaves illégales dans des parcs nationaux comme celui de Los Roques. Le sabotage pétrolier de 2002 est venu nous rappeler à quel point nous dépendons de tankers qui exportent les hydrocarbures et des cargos qui importent de la nourriture. Depuis Curaçao nous visent des bases nord-américaines. Dans la Caraïbe, la quatrième flotte guette en nous menaçant. La Guyane et la Colombie se disputent avec nous pour nos eaux. Il y a peu, nous avons récupéré la Compagnie Vénézuélienne de Navigation qui nous met en communication avec le monde entier. C’est seulement en 2011 que nous avons déclaré Territoire insulaire Miranda nos îles et que nous avons centralisé leur administration à Los Roques. Pour que la mer soit nôtre, nous devons lui appartenir. Il ne suffit point de la sillonner : il faut la penser et la rêver.

Luis Britto García

conmapaLuis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix « Casa de las Américas » 1970) et “Abrapalabra” (Prix « Casa de las Américas » 1969).

 

Source : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2012/10/el-mar-libera.html

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/25/la-mer-libere/

Semer l’homme qui écoute

Il y a un mystère que les politologues ne sont pas près de percer en ce qui concerne le président Chavez, mort le 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Malgré l’intense, incessant  travail des médias internationaux pour en faire un “dictateur”,  travail initié il y a deux siècles déjà par des consuls états-uniens qui diffusaient de Simón Bolívar l’image d’un “César assoiffé de pouvoir”, les peuples latino-américains n’ont jamais été dupes. D’où vient la connection souterraine ? D’où vient la communication secrète, anonyme, permanente ?

Hier, 3 mars 2014, une femme a tenu à se faire photographier avec ses enfants auprès du géant façonné par les artisans du carnaval populaire d’Olinda (État de Pernambuco, Brésil). Dans l’État de Santa Catalina, plus au sud, une paysanne et militante des Sans Terre, a réalisé un portrait dont chaque pièce est une semence.

Olinda, Brésil 4 mars 2014

Santa Catalina, Brésil, mars 2014

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Campement National « Hugo Chavez » organisé par les Sans terre à Brasilia, mars 2013.

Et l’an dernier lorsqu’il dénoncèrent l’abandon de la réforme agraire par le gouvernement de Dilma Roussef, c’est du nom du leader vénézuélien que les Sans Terre baptisèrent leur campement installé à deux pas du palais présidentiel, à Brasilia.

Les Sans Terre se souviennent d’un « leader d’origine pauvre qui n’a jamais trahi son peuple. Nous l’avons connu lors des premiers forums sociaux organisés pour débattre de la sortie du néo-libéralisme. Avec lui nous avons construit une proposition continentale d’agro-écologie qui serve de base pour une politique de production d’aliments sains pour toute la population, et un réseau continental d’écoles d’agro-écologie. Ensemble nous avons jeté les bases d’un projet d’intégration continentale, mais à partir des peuples, au-delà des articulations gouvernementales et commerciales. Beaucoup de présidents lorsqu’ils arrivent au pouvoir, se croient les maîtres du monde, ne conservent que la bouche et perdent les oreilles. Chavez, lui, en toute simplicité, t’écoutait, cherchait à converser avec toi pour apprendre,  écouter».chavez en OlindaCarnaval d'Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

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Carnaval d’Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

 

Bref, d’oú vient que le mort Chávez ne meurt jamais ? La réponse se trouve peut-être dans son dernier message, écrit quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

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Hugo Chavez visite un campement productif du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

T.D., Caracas, 4 mars 2014

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/04/semer-lhomme-qui-ecoute/

Vers les rives de l’Arauca

Un jour au hasard du temps invisible dans les médias. La pluie tambourine sur l’arsenal remis aux autorités par 97 groupes du quartier populaire 23 de enero. On broie les armes et le délégué communal explique : « elles nous ont servi autrefois à nous défendre des gouvernements sociaux-démocrates, elles sont vaines aujourd’hui » avant de lire un par un l’intitulé et les responsables d’une trentaine de projets productifs, socio-culturels. Le président Maduro exige des ministres présents qu’ils prennent rendez-vous avec chacune des organisations pour leur transférer des ressources «qui n’appartiennent pas au gouvernement mais au peuple». Les armes seront fondues et transformées en poutrelles pour les milliers de chantiers de la Grande Mission Logement.avn

On pariait peu, il y a quelques mois encore, sur l’appel à désarmer lancé par Maduro. Les médias privés nationaux ou internationaux avaient reconduit le cliché de Caracas-sanglante-capitale-du-crime. Mais la république bolivarienne n’est plus une photo du scénario occidental. Alors que depuis 2006, dans un Mexique sur orbite états-unienne, 116.000 citoyens ont été assassinés par les cartels de la drogue et les forces de sécurité, le Venezuela forme sa police nationale bolivarienne aux droits humains et a réduit de 30 à 50 % les homicides en quelques semaines. La récupération des espaces publics, la réforme de la justice et du système pénitentiaire, l’appui aux mouvements urbains de jeunesse visent le même objectif. En septembre 2013 la rentrée des classes, avec distribution de 35 millions de livres et d’ordinateurs gratuits, permet aux écoliers, comme l’explique Nicolas Maduro, «d’apprendre non plus à manier une arme mais à construire et à interpréter des personnages, à pratiquer des sports, à s’initier à l’art de jouer du violon. Chaque commune pourra disposer de son propre réseau de théâtre ».

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Groupe de jeunes musiciens vénézuéliens avec Nicolas Maduro à la batterie (septembre 2013)

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Le Mouvement Théâtral César Regifo va se développer progresssivement dans toutes les écoles à partir de la rentrée 2013 (ici à l’Escuela Nacional Básica San José, sept. 2013)

Ce même jour, pendant qu’on broie des armes, une équipe de l’entreprise nationalisée PDVSA inaugure au large des Caraïbes le plus grand gisement de gaz ; Maduro tient une autre réunion avec les militants de tout le pays pour réviser le financement et relancer toutes les missions sociales pour des millions de vénézuéliens ;  de nouvelles communes s’auto-organisent dans l’État de Lara; à la frontière colombo-vénézuélienne les chanceliers inaugurent une douane dans une zone contrôlée par les mafias du carburant et des aliments. La stratégie de Chavez – la paix avec les colombiens – a contribué à faire reculer le paramilitarisme de Uribe. Pour la première fois des mouvements sociaux imposent leur dynamique au gouvernement Santos, connectent un nouveau champ politique au reste du continent. Dans la quête de sa seconde indépendance, l’Amérique Latine voit son horizon intérieur s’élargir.

Obstacles externes et internes

Comme chaque jour depuis quatorze ans, ce jour-ci fut invisibilisé par la plupart des médias. Au Venezuela les chaînes privées de radio et télévision (satellitaires, nationales, régionales et locales) font 80 % d’audience (1). Beaucoup de citoyens vivent ainsi dans une zone grise, opaque à tout ce qui concerne la révolution bolivarienne, et restent connectés à la telenovela du narcotrafiquant sympathique, prisonniers de la grande ville où vivre se résume à consommer individuellement. Le Venezuela n’a pas encore démocratisé la propriété des médias comme l’ont fait l’Argentine puis l’Équateur. Quant au cinéma national, la réalisatrice vénézuélienne Liliane Blaser observe que «presque toute notre fiction exclut le processus politique actuel, et se déroule dans un pays où rien de tout cela n’a lieu. Nous voyons certains films policiers qui pourraient se dérouler à n’importe quelle époque ou dans la nôtre mais qui sont expurgés de tout ce qui touche à la politique, à la société, à la culture. Or nous vivons un phénomène intégral qui devrait être visibilisé et décrit”.

La droite fonctionne à partir de cette domination culturelle. Avec ses alliés états-uniens et sa patiente infiltration de centaines de paramilitaires « dormants » entre deux assassinats sélectifs, elle recycle une synthèse des scénarios « chilien » et « nicaraguayen ». Éroder la patience populaire en sabotant l’alimentation, en coupant le courant ici et là, en paralysant une raffinerie pétrolière, en injectant du dollar parallèle pour gonfler l’inflation, en achetant des agents dans l’administration… Il s’agit de générer du mécontentement en vue des municipales de décembre 2013 et de maintenir les conditions d’une opération militaire directe pour reprendre le pouvoir et reprivatiser le pays en profondeur. Il y a peu le gouvernement colombien a aidé les autorités vénézuéliennes à arrêter des paramilitaires en pleins préparatifs d’un attentat contre Nicolas Maduro (2), confirmant les dénonciations du gouvernement bolivarien.

La droite et le patronat vénézuéliens peuvent compter sur les médias internationaux pour traduire leurs sabotages ou leurs accaparements en «faillites du régime», les condamnés pour corruption en « prisonniers politiques » ou la violence en « guerre civile ». Combien de journalistes occidentaux qui prêtent leur concours si docile à cette guerre contre une démocratie de gauche savent-ils qu’ils recyclent la campagne de la SIP préparant le coup d’État contre Salvador Allende en 1973 ( « menaces sur la liberté d’expression au Chili », « liens avec le totalitarisme soviétique »…) et que leurs épithètes sont vieux de deux cents ans, lorsque les premiers émissaires des États-Unis menaient campagne contre un certain Simon Bolivar, «  César assoiffé de pouvoir absolu » ?

Le président Maduro lors de la marche de commémoration de l'Unité Populaire de Salvador Allende (Caracas, 11 septembre 2013)

Le président Maduro lors de la marche de commémoration de l’Unité Populaire de Salvador Allende (Caracas, 11 septembre 2013)

«Nous allons défendre le peuple » répond Maduro qui prend des mesures économiques concertées avec les mouvements sociaux, investit 600 millions de dollars pour importer 3,5 millions de tonnes d’aliments de Colombie et garantir l’approvisionnement de la population, promet d’exproprier les entreprises qui accaparent les produits de première nécessité. Avec son homologue Xi Jinping, il vient de signer à Pékin ce 22 septembre un accord avec la Banque de Crédit chinoise : 5 milliards de dollars seront injectés pour accélérer le développement de l’agriculture, de la santé publique, de l’industrie et de la recherche scientifique, de la construction, du système électrique vénézuéliens.

De cette manière, Maduro poursuit la mise en œuvre du programme proposé par son prédécesseur, et approuvé par les électeurs d’octobre 2012 et d’avril 2013. Il parie sur le réveil des forces populaires, passé le choc lié au probable assassinat de Hugo Chavez, pour reprendre «la transformation active, révolutionnaire » d’un État resté, malgré quatorze ans de révolution, le fief d’une classe moyenne « professionnalisée » avant la révolution, et minoritairement révolutionnaire. Le problème (qui est en général celui de toute révolution) est celui du « levier ». Où trouver les formateurs du type nouveau si la majorité des enseignants disponibles sont ceux qu’ont légués le libre marché et un État antipopulaire et non-participatif ?

Quand on dialogue avec les vénézuéliens, on entend parfois la crainte que les nombreuses mesures prises par le président Maduro (par exemple dans sa lutte contre la corruption au sein de l’État ou l’insécurité, approuvées par une large majorité selon des firmes privées de sondage) soient un « modismo » – qu’elles ne durent qu’un temps ou que se « tuerzan en el camino » – qu’elles se perdent en chemin.

Il est vrai que malgré l’appel insistant de Nicolas Maduro aux ministres, gouverneurs, maires et candidats-maires pour qu’ils “résolvent en profondeur les problèmes du peuple car c’est lui qui possède les solutions et c’est á nous d’apprendre à l’écouter”, la vision bolivarienne s’enlise encore souvent dans les pratiques coloniales de fonctionaires dont le seul souci est d’arriver au pouvoir pour y rester. En imposant plusieurs candidats à sa base, le PSUV (parti de la révolution) s’expose à perdre plusieurs mairies lors des municipales en décembre prochain. En dehors de la forme « Etat » ou  « parti », combien des 1.150 communes et des 31.670 conseils communaux, combien des centaines de médias communautaires sont-ils de véritables instances de pouvoir collectif ? Et pourquoi la démocratie participative avance-t-elle lentement ?

Parce qu’il faut encore beaucoup de temps pour surmonter la tradition politique de domination coloniale externe et interne, d’imposition et de castration.

Mais Chavez a réveillé un peuple et Maduro reprend le travail sur un socle qui, comme le rappelle Jesse Chacón, ne pourra être détruit même si la droite remportait les élections : celui de la montée en puissance de ceux d’en bas, de la récupération de la souveraineté et du rôle défensif, citoyen, des forces armées, la redistribution de la richesse nationale et l’égalité sociale comme composantes essentielles de la démocratie. Des experts des Nations Unies, dans leur récent rapport World Happiness Report for 2013 ont conclu que le Vénézuéla est le pays le plus heureux d’Amérique du Sud, confirmant les conclusions d’autres organismes internationaux (3). Mutation aussi sûre que celle du roseau face au chêne. La « guerre des temps » oppose à présent le court terme du « consomme et tais-toi, l’État est un obstacle à ton plaisir.. » à la conscience de l’Histoire longue comme capital du peuple. L’enjeu est la construction d’un imaginaire qui libère le citoyen du narcissisme de la réussite individuelle et le pousse à s’engager davantage au service de la collectivité.

La ferveur des habitants de Caracas saluant le retour de leur fils Simon Bolivar peut sembler une parenthèse folklorique aux touristes ou aux experts occidentaux impatients de voir le Venezuela revenir à la “normale” du libre marché et des gros contrats industriels. Mais lorsque Nicolas Maduro montre au peuple l’épée qui va rejoindre le corps du Libertador dans son Panthéon, chacun comprend qu’il s’agit d’une idée proclamée il y a deux siècles lorsque Caracas poussa le « cri de l’Égalité » et se mua en « berceau de l’indépendance américaine ».

Entrée triomphale de Simón Bolívar (Caracas 6 août 2013)

Entrée triomphale de Simón Bolívar (Caracas 6 août 2013)

Comme l’écrit Gonzalo Ramírez Quintero, l’oligarchie vénézuélienne, celle qui faisait main basse sur les finances de l’État pour s’installer à Paris ou à Miami, « voudrait que Bolivar redevienne une statue pour fêtes patriotiques, un motif rhétorique. Le Bolívar vivant la perturbe : il lui rappelle en permanence sa misère et son inauthenticité. La haine de ses médias, leur rejet moqueur du dialogue entre le peuple et la pensée bolivarienne n’est que la continuité de sa haine coloniale. Il s’agit aussi d’occulter le fort impact qu’a eu l’expérience de la révolution haïtienne dans la redéfinition sociale de la guerre émancipatrice par Simon Bolivar. »

Toute analyse qui se bornerait à analyser le présent pècherait par naïveté. Au Venezuela ce n’est pas seulement avec des archives que l’on commémore l’Unité Populaire chilienne de 1971-73 mais en initiant la discussion parlementaire de « la loi des conseils de travailleurs” qui donnera à ceux-ci le pouvoir non plus seulement de revendiquer syndicalement mais de participer politiquement aux décisions sur la production – dans la foulée des fameux cordons industriels, embryons du pouvoir populaire anéanti par le général Pinochet et l’administration Nixon. Ce nouveau texte complètera la loi du travail anti-néo-libérale mise en vigueur par Hugo Chavez (4). Il faudra encore que les travailleurs assument ce nouveau pouvoir.

Avec l'écrivain Eduardo Galeano, lors de la marche en mémoire d'Allende, Caracas, 11 septembre 2013.

L’écrivain Eduardo Galeano et le président, lors de la marche en mémoire d’Allende, Caracas, 11 septembre 2013.

« Certains m’on dit que Chavez est mort mais je n’en crois rien » dit l’uruguayen Eduardo Galeano, venu à Caracas en septembre 2013 présenter son livre récent « Los hijos de los días ». L’écrivain a rappelé l’empreinte qu’a laissée dans la pensée et dans la personnalité de Bolivar, le philosophe Simón Rodríguez. Un des concepts-clefs de la pensée de Rodriguez, de sa république américaine qui refusait de copier l’européenne, est la toparquia, « l’auto-gouvernement local ». C’est ce concept que Chavez et Maduro ont interprété pour transformer les actuelles relations de production capitalistes à travers une forme sociale et économique nouvelle : « la Commune ». C’est ici où le concept du temps historique rejoint celui d’espace comme fondement de la politique.

Présentation du livre d'Eduardo Galeano "Los hijos de los días" par le président Maduro, Caracas, le 10 septembre 2013.

Présentation du livre d’Eduardo Galeano « Los hijos de los días » par le président Maduro, Caracas, le 10 septembre 2013.

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Eduardo Galeano visite la « Casa de las Primeras Letras« , récemment sauvée de la destruction par le gouvernement bolivarien. Un espace interactif doté d’hologrammes permet au public de découvrir l’itinéraire intellectuel du philosophe Simón Rodríguez qui forma dans ce même lieu il y a deux siècles le jeune Simón Bolívar. José Martí, l’apôtre de l’indépendance cubaine y enseigna à son tour en 1881.

Qu’est-ce que cette « commune » dont Maduro a fait une priorité, après les critiques de Chavez sur le retard pris par le gouvernement dans sa mise en place ? (5)

Laissons la parole à José Roberto Duque (6) :

« A Caracas – et dans tout le Vénézuéla – il y a des centaines de communes en construction, mais le type de relations des grandes villes actuelles  rendent inviable une commune. Caracas est une ville capitaliste, dont la structure et le concept ont été moulés sur le mode de production de l’esclavage puis du capitalisme industriel. Avec de tels antécédents, difficile d’imaginer qu’elle serve de base au socialisme ou à la société de type nouveau que nous voulons. Difficile, oui : mais ceux qui vivent à Caracas ont la mission d’essayer. Caracas a aussi produit une étonnante culture de résistance, une citoyenneté qui sait que quelque chose doit être détruit.

« Un communard c’est quelqu’un qui se lève le matin, pour s’intégrer à une activité productive qui offre une vie et une indépendance à sa  communauté ou à sa commune. Aujourd’hui, les grandes villes n’ont pas de vocation productive (c’est ainsi que le capitalisme les a dessinées : des lieux où se concentrent les consommateurs et les esclaves des tâches inorganiques) de sorte que les citoyens doivent importer du dehors ce qu’ils consomment. Dans les villages agricoles la construction de communes est plus viable : semer pour consommer et pour vendre est un bon levier pour développer une communauté auto-soutenable.

« L’habitant des zones populaires de Caracas se lève le matin pour se rendre à un travail qui, en général, se trouve loin (et parfois très loin) de la communauté dans laquelle il vit ou, simplement, dort. Tout ce temps et cette énergie mentale et physique seraient mieux investis dans une commune. La construction des communes de Caracas doit commencer avec la destruction de cette manière de fonctionner, de cette imposition de la ville capitaliste.

« Les retrouvailles des jeunes avec leurs communautés iraient dans ce sens : l’affection pour le lieu de vie est la matière première pour créer et inventer un futur.

Un projet conçu et mis en oeuvre par un collectif autonome de femmes : la construction d'un immeuble au coeur de Caracas. Septembre 2013.

Un projet conçu et mis en oeuvre par un collectif autonome de femmes : la construction d’un immeuble au coeur de Caracas. Septembre 2013.

« Nous ne connaîtrons pas la société socialiste que nous sommes en train de construire. »

« Il y a cinq ans, ou moins, je l’avoue, je me sentais assez désespéré par certaines choses que je percevais dans le processus bolivarien, dans notre affrontement avec le capitalisme. Je disais que nous étions en train de perdre cette bataille. Cela m’enchantait de me remplir la bouche de critiques faciles parce que leur objet était visible : je disais que Caracas n’était pas une ville socialiste et que celui qui en doutait n‘avait qu’à parcourir les rues et compter chaque McDonald, chaque centre commercial, chaque contradiction de classe, chaque magasin ou bureau ou enseigne lumineuse des principales compagnies transnationales du monde capitaliste. Cela me semblait terrible et contradictoire avec notre déclaration de rébellion et notre proclamation d’une patrie marchant vers le socialisme.

« Difficulté de comprendre le temps de la révolution. Cette difficulté est liée presque exclusivement au fait que dans notre courte vie nous voulons que se produisent tous les changements sociaux dont nous rêvons. Nous passons rapidement de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte. Comme nous fonctionnons de manière individuelle, nous voudrions que le pays change très vite. Nous avons entendu de nombreux compagnons dire : “Après 14 ans nous continuons à négocier avec la bourgeoisie. Après 14 ans il y a encore de l’exploitation capitaliste. Après 14 ans il y a encore des baraques. Après 14 ans il y a encore des jeunes qui préfèrent le regguaetón á Silvio Rodríguez (vous avez déjà tenté de danser « mi unicornio azul ») ?

« Mais nous avons fini par comprendre. Nous, les vénézuéliens d’aujourd’hui, ne connaîtrons pas la société socialiste que nous voulons construire, et que nous sommes en train de construire. Nous ne verrons pas se dresser cet édifice dont nous posons aujourd’hui les premières pierres. Cette affirmation peut paraître très triste, elle mène en réalité à une belle conclusion. Tout ce que nous avons fait de 1998 jusqu’à aujourd’hui (et, depuis plus longtemps, contre les lois et parfois dans la clandestinité) sera bénéfice, jouissance et dignité pour les vénézuéliens qui ne sont pas encore nés. C’est ce qu’on appelle “construire le futur”. Certains d’entre nous sont trop aveugles pour accepter cette idée dure mais réaliste : nous mourrons individuellement sans avoir connu autre chose que ce vicieux capitalisme. »

Changer la vie passe in fine par la création d’un État communal. Ce jour-là Chavez pourra enfin réaliser son vieux rêve, accrocher son hamac sur les rives de l’Arauca.

Thierry Deronne, Caracas, septembre 2013.

Sommet de Petrocaribe à Cienfuegos, Cuba, 2007.

Sommet de Petrocaribe à Cienfuegos, Cuba, 2007.

Photos: AVN, Ciudad Caracas, Correo del Orinoco.
Notes:
  1. Voir http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela
  2. Lire http://www.telesurtv.net/articulos/2013/06/10/detienen-grupos-paramilitares-en-venezuela-que-iban-a-atentar-contra-presidente-maduro-3346.html
  3. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/06/02/le-venezuela-hors-de-la-caverne-de-platon-2eme-pays-le-plus-heureux-damerique-latine-selon-luniversite-de-columbia-et-5eme-pays-le-plus-heureux-du-monde-selon-gallup/
  4. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
  5. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  6. Lire l’article complet : « La lenta construcción del futuro », http://www.ciudadccs.info/?p=453632

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/09/22/vers-les-rives-de-larauca/

« Nous t’écoutons, Claudia »

C’est sans doute la phase la plus importante de la révolution bolivarienne : la mise en pratique du “gouvernement dans la rue” que le président Chavez avait souvent demandé de réaliser, sans guère de résultats, à ses ministres (1). Les médias privés (hégémoniques au Venezuela) et internationaux ne s’y trompent pas en l’occultant totalement…Gobierno-de-calle-Miranda3

La caméra balaie les barrios, on dirait que la pluie leur a pris leurs couleurs. Le président Maduro interroge les citoyens assemblés.

– Comment êtes-vous arrivés ici ? Qui fut le premier a construire ici ?

– Lucero !

– Et d’où venait Lucero ?

– De la campagne.

– Voilà :  vous avez été expulsés de la campagne par le libéralisme. En plus dans les  années 70 les vallées du Tuy étaient devenus non seulement la cité-dortoir de Caracas mais aussi, pardon du mot, le dépotoir des pauvres de Caracas.

– C’est vrai, je l’ai vécu président, on nous a déportés ici dans les années 70, on nous amenait dans des autobus à deux heures du matin quand la pluie avait rasé nos maisons, et puis.. débrouillez-vous ! Et ce que dit la compagne sur nos hôpitaux, c’est vrai : l’autre jour un travailleur a failli mourir, on a trouvé de justesse une ambulance parce qu’il fallait l’emmener jusqu’à Caracas.

Assise parmi les habitants, la nouvelle ministre de la santé Isabel Iturria, fondatrice de l’Hôpital latino-américain de Cardiologie Infantile, confirme : «nous avons inspecté aujourd’hui deux hôpitaux publics : ils n’ont pas assez de lits».

Une porte-parole communale se lève : «Il nous faut plus que ces deux hôpitaux parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre et il ne nous reste qu’à mourir ou à accoucher dans la rue».

Maduro à la ministre : «réunissez-vous dans l’heure, il faut remettre sur pied tous ces hôpitaux, comme nous l’avons fait pour l’hôpital de Coche quand les gens ont dénoncé, nous, nous assumons nos erreurs et nous agissons rapidement».

Depuis deux semaines le gouvernement bolivarien se déploie dans les lieux de travail, les quartiers populaires, inspectant les chantiers publics et cherchant des solutions aux problèmes posés par les organisations sociales – pour la plupart des conseils communaux, au rythme de quatre à cinq assemblées par jour. Certains ministres y gagnent des cernes ou perdent du poids, ou la voix. D’autres en reviennent couverts de pluie et de ciment. Après les États du Zulia et de Miranda, la mobilisation sur le terrain promise par le président Maduro dès sa prise de fonctions, touchera les 21 états restants.noti1_3413

image_previewJohanna, porte-parole de l’économie informelle de la municipalité de Guaicaipuro, prend la parole.

– Président, nous sommes dans la rue sous la pluie, sous le soleil depuis des années, les passants se prennent les pieds dans nos kiosques. On ne nous brutalise plus comme le faisait la police avant, mais plutôt qu’un problème nous voulons être une solution. Nous avons besoin d’un marché couvert,  le dossier n’avance pas.

– Quel est l’organisme chargé du projet ?

– Fundapropatria.

– Appelez-moi le président de Fundapropatria.

– Président je suis Teresa Lopez, je suis fière de mon quartier de Guarimar, notre principal problème, ce sont les voies d’accès. La route alternative est dangereuse, la nuit il y a des accidents, beaucoup n’ont pas été voter parce qu’ils se sentent abandonnés, et Capriles quand il est passé, il nous a offert 25 mille Bolivars… (NdT : ex-candidat néo-libéral aux présidentielles, Henrique Capriles est l’actuel gouverneur de l’État de Miranda). La route c’est le plus important pour nous, nous ne nous vendons pas mais avec nos rues de terre, quand il pleut les enfants ne peuvent pas aller à l’école.

– Le ministre du transport doit s’en charger. Et je viens de parler au président de Fundapropatria, Mr. Tascon, qui viendra au plus tard dans deux semaines pour commencer avec vous la construction du marché populaire (applaudisssements).

– Président, nous avons de grands problèmes avec la collecte des immondices… Avec une dotation de camions, d’autres conseils communaux ont pu pallier l’irresponsabilité du maire….

– Oui nous avons reçu pas mal de dénonciations à ce sujet… (le nouveau ministre de l’environnement Dante Rivas promet de se réunir avec les conseils communaux concernés.)

– Il y a la distribution du gaz dans les quartiers, parfois les gens courent derrière les camions, les forcent à s’arrêter pour se fournir eux-mêmes…

– De qui dépend cela ?

– De PDVSA-Gaz. Et il y a le problème de l’Université Bolivarienne, j’y ai étudié moi-même à mes cinquante ans… (applaudissements) et elle n’a toujours pas de siège propre… nous proposons l’immeuble de Fetramiranda..

– Bien d’accord, nous allons transférer l’ancien siège de FetraMiranda, à l’Université Bolivarienne. Et toutes ces écoles primaires qui ne fonctionnent pas, qu’elles passent sous la responsabilité des communautés !

– Bonsoir Président, je suis Yanoares, porte-parole du secteur de la Matica. Nous avons 186 conseils communaux pour 38000 habitants, nous sommes très nombreux. Nous n’avons reçu aucune aide du gouverneur Capriles, par contre nous avons eu l’appui de mairies, de communes, du conseil fédéral de gouvernement mais les solutions manquent, nous n’avons pas encore l’eau, nous avons besoin de plus d’appui pour la sécurité.. Nous avons des projets de logements mais depuis des années nous n’avons obtenu aucun titre de propriété. A l’école nous prenons soin des pupitres, nous comptons 500 élèves mais la majorité des étudiants doit descendre jusqu’au centre, parce que dans notre communauté il n’y a pas de lycée, pas de Mission Ribas, pas de Mission Robinson. Nous avons une maison d’accueil pour les jeunes victimes de la drogue mais nous avons besoin d’appui, parce que nos permanents ne perçoivent aucun type de ressources.
Gobierno-de-calle-Miranda4– Maduro : Pardonne-moi de t’interrompre un instant, je sens en toi une grande capacité de lutte, je le vois dans ce le dossier que tu as dans les mains et je lis aussi en toi une grande impatience. Si nous faisons la liste des tous les problèmes de ta communauté, nous passerons ici plusieurs jours. Pour ne pas nous laisser submerger, nous devons intégrer les solutions à travers un plan comme le Barrio Tricolor, qui va rénover, reconstruire les quartiers et dont nous avons décidé qu’il allait se mettre en marche ici rapidement, ce qui comprend ton quartier. Nous avons faits nos calculs : 800.0000 sympathisants chavistes n’ont pas été voter le 14 avril, certains ont sombré dans la tristesse qui a suivi la mort du président Chavez et les médias privés les ont bombardés tous les jours : « Maduro n’est pas Chavez, Maduro n’est pas Chavez… ». En plus de cela, reconnaissons-le, nous n’avons pas fait le travail nécessaire, le porte-à-porte pendant la campagne, nous ne l’avons pas fait. Malgré tout, alors que je n’ai eu droit qu’à trois semaines de campagne pour parcourir tout le pays, nous avons gagné avec près de 300.000 voix d’avance, ce fut une victoire héroïque. Mais je vous demande, si deux pour cent de plus des nôtres n’étaient pas allés voter ? Que se serait-il passé avec l’éducation, la santé, le logement si le néo-libéral avait été élu ? Et avec l’ALBA, l’UNASUR, PetroCaribe ? Maintenant, croyez-vous qu’il est possible d’atteindre le socialisme en 2019 ? Je vous pose toutes ces questions pour que nous, le « Venezuela pensant » – avant la bourgeoise se croyait la seule à penser – nous tous réfléchissions aujourd’hui sur les moyens d’atteindre la pauvreté zéro. Certains d’entre nous, quand ils obtiennent enfin l’appartement construit par la révolution, quand ils sortent du chômage et reçoivent un salaire digne, oublient tout, se croient des « Rockefeller », c’est la misère spirituelle du capitalisme. Nous devons nous sentir fiers de nos quartiers populaires, les embellir chaque jour et c’est pouquoi ici dans l’État de Miranda, nous allons relancer le programme Barrio Tricolor.

noticias1116Quand un délégué de prévention d’accidents du travail prend la parole, Maduro parle «des travailleurs de l’électricité, ceux des lignes à haute tension, qui souffrent souvent des articulations, des vertèbres cervicales, évidemment la bourgeoisie n’en est même pas consciente alors qu’elle en est la responsable.»

Lorsque deux jeunes qui ont décidé de renoncer à la délinquance racontent leur vie, remettent leur projet socio-culturel à Maduro et parlent de la difficulté de la réinsertion, le nouveau ministre de la Commune, le sociologue Reinaldo Iturizza et la Ministre du Service Pénitenciaire Iris Varela prennent rendez-vous. Nicolas Maduro qui a lancé ce plan national de désarmement et d’action culturelle avec pour acteurs principaux les jeunes des quartiers populaires, leur demande s’ils connaissent la vie de Malcolm X, et comme ils répondent que non, il leur parle de lui, de l’importance d’étudier l’Histoire, sans laquelle un peuple perd tout horizon, et demande à la chaîne publique VTV de diffuser le film de Spike Lee. Il leur montre l’image qu’il a publiée sur son compte twitter @NicolasMaduro :

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Si vous n’y prenez garde, les médias vous feront aimer l’oppresseur et haïr l’opprimé. Malcolm X.

Puis le président annonce des rectifications comme « le contrôle ouvrier qui n’a pas fonctionné dans nos entreprises de base comme SIDOR, parce qu’il s’est mué en bureaucratie. Est-ce pour cela que nous allons renoncer au contrôle ouvrier ? Non, nous allons le renforcer car notre économie est encore essentiellement capitaliste ». Et d’évoquer le corps d’inspecteurs qui se déploie aujourd’hui dans le pays pour la bataille contre la corruption. « Il y aura des surprises dans les prochains jours. La corruption dans nos rangs, de ceux qui se déguisent en révolutionnaires, doit cesser totalement, comme celle de la bourgeoisie, peu importe le camp. Il y a deux siècles Bolivar avait décrété de fusiller les fonctionnaires corrompus. Nous, nous ne tuons personne mais la loi et la constitution s’appliquent à tous, même à ceux qui se diront ensuite avec l’appui des médias, « persécutés politiquement ».

–       Quand les ministres venaient-ils ici dans les vallées du fleuve Tuy ?

–       Jamais ! répond l’assemblée.

Gobierno-de-calle-Miranda2Routes alternatives, grand marché d’alimentation « Bicentenario », Centres de Diagnostic Intégral, lycées, canalisations d’eau potable, construction d’espaces culturels, crédits pour les producteurs agricoles, voies ferrées, extensions du métro de Caracas, création d’une université polytechnique régionale… Au bout de trois mois, les ministres et le président reviendront sur place pour l’inspection. Ces réunions sont cruciales pour le moral des bolivarien(ne)s. Les médias privés hégémoniques du Venezuela, ne s’y trompent pas : pas une news, pas un article, pas un bulletin radio ne mentionnent ce « gouvernement dans la rue».

Au même moment, alors que Barack Obama reste le seul gouvernant à refuser de reconnaître le verdict des électeurs vénézuéliens, un sommet extraordinaire de PetroCaribe et de l’ALBA se réunit à Caracas. 18 chefs d’État des Caraïbes et d’Amérique Latine rendent hommage au président Chavez en ratifiant l’alliance des deux organismes pour les éloigner un peu plus du chaos capitaliste, par la création d’une zone économique interne qui fortifiera l’industrie, le tourisme, l’agriculture, les liaisons aériennes, entre autres.Petrocaribe5Les médias internationaux, eux aussi, censurent ce sommet qui concerne des millions de latino-américains, de même qu’ils invisibilisent le « gouvernement dans la rue » et, depuis quatorze ans, l’ensemble des réalisations de la démocratie participative vénézuélienne. Ils occultent les sabotages et les assassinats commis par une droite sur orbite états-unienne, relaient avec sympathie le refus de reconnaître le scrutin par son leader Capriles et face aux plans de déstabilisation, personnalisent et réduisent la révolution bolivarienne à Nicolas Maduro, brossé en tribun fantasque, agressif comme ils l’ont fait avec Hugo Chavez.

Huit heures du soir. L’assemblée-fleuve déborde presque la sécurité. Tous veulent parler, saluer, montrer leurs banderoles, remettre leurs messages. Maduro : «Je le vois dans vos yeux, nous saurons répondre en travaillant, en exigeant le respect à l’empire, aux transnationales médiatiques. Tôt ou tard nous reviendrons travailler avec vous. Nous devons rester ce peuple plein d’énergie, invincible, sans jamais nous laisser emporter par l’indifférence, le populisme, le clientélisme. Si nous voulons une école pour nos enfants, pourquoi ne pas commencer en donnant un sac de ciment, toi les briques, toi le pot de peinture, pourquoi ne pas organiser une ou deux journées de travail volontaire ?»

– Président, il reste cinq porte–paroles de conseils communaux qui doivent prendre la parole, c’est le tour de Claudia.

– Nous t’écoutons, Claudia.

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Thierry Deronne, Caracas, le 6 mai 2013.

(1) Voir »Le président Chavez exige au gouvernement d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire »  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019

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Célébration de la victoire, 14 avril 2013, Caracas.

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Le programme révolutionnaire (socialiste, écologique, participatif, basé sur les concepts de souveraineté et de politique étrangère multipolaire) proposé par Nicolas Maduro a été approuvé par 50,7 % des électeurs ce 14 avril 2013, contre 48,9 % au programme néo-libéral du candidat Henrique Capriles Radonski. La victoire de ce programme inconnu des citoyens occidentaux frappe d’autant plus que les médias privés du Venezuela et leurs relais internationaux ont fabriqué depuis quatorze ans l’image du “dictateur Chavez”. Pourtant, en l’absence de celui-ci et malgré l’usure de quatorze ans de pouvoir, la majorité des citoyens s’est mobilisée pour confirmer dans les urnes le programme débattu publiquement depuis juillet 2012, qui avait valu sa victoire à Hugo Chavez en octobre 2013 et qui a constitué le coeur de la campagne présidentielle de Nicolas Maduro. Alors que le candidat de la droite appuyé par les médias privés fait campagne depuis trois scrutins et a disposé de plus de temps pour construire son plancher électoral, Nicolas Maduro n’a eu que quelques semaines pour mener sa première campagne au contact de la population.

Près de 19 millions d’électeurs pouvaient voter et, bien que le vote ne soit pas obligatoire, la participation a été massive (79,8 %). Ce scrutin, comme les 16 autres qui l’ont précédé depuis le début du processus révolutionnaire, a été suivi par 173 observateurs internationaux accrédités par le Conseil National Électoral (CNE) : l’Union des douze Nations Sud-américaines (UNASUR), l’Union Interaméricaine des Organismes Électoraux (UNIORE), le MERCOSUR et le Centre Carter, notamment. Nicolas Maduro a été proclamé officiellement président de la république ce lundi 15 avril par le Centre National Électoral. Les résultats définitifs sont publiés sur le site du CNE :  http://resultados.cne.gob.ve/resultado_presidencial_2013/r/1/reg_000000.html

Du côté de la droite, le scénario se répète : le candidat Capriles Radonski, qui avait participé activement au coup d’État du patronat et de généraux made in CIA contre Chavez en avril 2002, refuse de reconnaître le verdict des urnes et appelle au coup d’État, allumant ici et là des foyers de violence avec l’aide des mêmes  « puissances étrangères » et des mêmes médias. Des centres de santé populaire, un siège du Parti Socialiste Uni du Venezuela ont été détruits, plusieurs personnes ont été assassinées par des commandos d’extrême-droite. Le gouvernement bolivarien, sans tomber dans la provocation,  s’est attelé dès ce lundi à défendre la constitution, à empêcher la violence d’interrompre le cours de la démocratie, et à réaliser son programme pour résoudre les problèmes économiques, sociaux définis durant la campagne, avec l’appui de 20 sur 23 gouverneurs, une majorité de maires et de députés, et de nombreux espaces de démocratie participative.

Comme le dit José Roberto Duque, « Si l’état communal que nous sommes à peine en train de formuler, de discuter et de construire maladroitement à travers des processus et des expériences locales et pour l’heure isolées, se convertit en forme de vie et de participation citoyenne, là oui ce sera la révolution. Cela sera, oui, l’héritage de Chavez, ce sera aussi notre fierté. Nous, formés, moulés par les codes bourgeois, dans des écoles bourgeoises et dans une manière de nous relier absolument bourgeoises, nous aurons démontré que nous pouvons nous faire violence, faire échouer notre être égoïste, individualiste, consommateur et médiocre, pour mériter l’épithète de génération révolutionnaire. La mauvaise nouvelle est que nous, les vénézuéliens vivants, ne saurons jamais si on se souviendra de nous de cette manière. Je le regrette. L’histoire est pleine de personnes qui n’ont pas mesuré la taille de leur contribution à l’humanité« . (1)

Pajarito

« J’ai voté pour Maduro ! Mission accomplie ». Face au dénigrement de Maduro par les médias comme « simple chauffeur d’autobus » (allusion à sa trajectoire de syndicaliste du transport), l’humour populaire a rendu la politesse.

morales_evoParmi les félicitations des présidents du monde entier, celle du président Evo Morales : « cette victoire montre que face à la soumission, face au pillage du capitalisme et de l’impérialisme, les peuples se manifestent démocratiquement« .

Depuis l’Équateur Rafael Correa a déclaré : “Gloire au peuple courageux qui a vaincu le joug ! Félicitations Président imagesMaduro. Commandant Chávez : le Venezuela ne retournera jamais au passé ! »

L’ensemble des présidents latino-américains seront présents à la prise de fonctions de Maduro, ce vendredi 19 avril 2013.

Le seul fait que le Venezuela bolivarien, système “excessivement démocratique” selon l’ex-président Lula, avec sa surdose de processus électoraux et la participation citoyenne aux dizaines de milliers de conseils communaux, puisse être dépeint comme un régime autoritaire démontre que les médias privés et leurs copies publiques ne défendent plus le droit des citoyens à l’information. Certes, cette propagande prend de moins en moins dans les secteurs populaires en Occident, et éveille des soupçons grandissants chez ceux qui ont compris le rôle des médias dans le maintien de l’ordre néo-libéral mondial.

Mais ni Facebook, ni les blogs ne suffiront à contrebalancer l’image du monde transmise par les médias de masse. Par exemple, la gauche occidentale ferme les yeux sur des guerres coloniales, sur des bombardements humanitaires ou laïcs de populations civiles ou sur des coups d’Etat téléguidés, parce qu’elle n’ose pas affronter les justifications démocratiques diffusées par ces médias et qu’elle préfère y soigner son image de marque. Les citoyens occidentaux ont devant eux une tâche urgente : démocratiser et répartir les ondes de radio et de télévision pour garantir la libre expression des mouvements sociaux, pour briser la colonisation du service public par la logique des médias privés et par le dogme du libre marché et pour que les citoyens puissent comprendre ce qui se passe dans le reste du monde.

L’Argentine l’a déjà fait en légiférant pour offrir un tiers des ondes radiophoniques et télévisées au service public, un tiers aux entreprises privées, un tiers aux associations citoyennes. En Equateur, en Bolivie, ou au Venezuela, la démocratisation des ondes avance plus lentement – ces pays vivent encore sous la domination médiatique de grands groupes économiques privés anti-État, anti-mouvements sociaux (2). Alors que ce thème était jusqu’ici tabou au Brésil, le Parti des Travailleurs et la principale centrale syndicale du pays, la CUT, évoquent pour la première fois publiquement la nécessité d’en finir avec la dictature du monopole privé incarné par TV Globo et toute sa chaîne de journaux, livres, revues, etc.. (3). Quelque chose s’est mis en mouvement en Amérique Latine. Mais démocratiser les ondes dans une seule partie du monde ne suffira pas s’ils restent monopolisés par de grands groupes privés ailleurs.

En Occident, il ne s’agit pas seulement de légaliser et de multiplier les médias citoyens et de refinancer le service public, mais aussi de revenir à une formation intégrale, universelle et critique des journalistes, qui les libèrera de la Fin de l’Histoire, leur rendra le sens original d’un métier qui passe par une véritable rencontre avec l’Autre, par le respect de son Histoire, de son droit d’élire qui il veut, et d’être entendu dans ses propositions. Ce qui implique de restaurer une logique de production où le temps est premier : le temps de voyager, de sortir des hôtels et des conférences de presse, le temps d’écouter, de se former, de comprendre et de découvrir tout qu’on ne savait pas, tout ce qu’on ne comprenait pas.

Sans cela, comment un journaliste européen pourra-t-il comprendre la rébellion vivante dans les gènes des vénézuéliens, ces métis qui n’ont jamais obéi à aucune capitainerie générale du royaume d’Espagne, et qui ne sont plus prisonniers du présent médiatique, mais ont un pied dans le passé et l’autre dans le futur ? Ou que la révolution au lieu de se militariser comme l’annonçaient les médias il y cinq ou dix ans, vient d’élire un président civil et que les médias privés, majoritaires, font librement campagne contre lui ? Ou ce qui pousse des voyageurs du monde entier à chercher à Caracas un sens aux mots démocratie, socialisme, politique ?

Nous publions une synthèse des 70 pages du programme choisi par les électeurs.

Dans beaucoup de pays la “gauche” gouvernementale s’est vidée de tout programme pour se muer en agence de casting et fournir des “évènements” quotidiens aux médias. Les bolivariens, eux, tiennent leurs promesses et ont ouvert le chantier infini de la transformation de la vie. “Ne nous y trompons pas : la formation socio-économique qui prévaut encore au Venezuela est de caractère capitaliste et rentier. Le socialisme commence à peine à imposer sa propre dynamique interne parmi nous. Ce programme est fait pour le fortifier et l’approfondir, en radicalisant la démocratie participative. Nous partons du principe qu’accélérer la transition au socialisme bolivarien du XXIème siècle passe nécessairement par l’accélération de la restitution du pouvoir au peuple. C’est sa condition indispensable. Le présent programme s’efforce d’exprimer la volonté des majorités populaires, mais nous avons beau vouloir figer celle-ci dans des mots, nous savons que cela est totalement insuffisant. C’est pourquoi, à partir de ce jour, nous voulons que ce texte soit le sujet du débat le plus large et le plus libre pour qu’il soit prolongé, biffé, amendé, corrigé, complété et enrichi, pour que ce deuxième Plan Socialiste de la Nation soit une oeuvre éminemment collective, comme il se doit en temps de révolution.” (Introduction du programme par Hugo Chavez, juin 2012).

Thierry Deronne, Caracas, avril 2013.

Programme de gouvernement pour 2013-2019.

Premier objectif :Défendre, étendre et consolider le bien le plus précieux que nous ayons reconquis depuis 200 ans : l’indépendance Nationale.”

INFOGRAFÍA obj 1Exemples de quelques mesures prévues :

Renforcement et expansion du Pouvoir Populaire pour que le peuple soit le pouvoir. Préserver, récupérer et avancer dans les espaces de gouvernement régional et local pour approfondir la restitution du pouvoir au peuple. Continuer à construire l’hégémonie en matière de communications, pour qu’au Venezuela, on écoute toutes les voix. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur Pétroles de Venezuela S.A. Garantir l’hégémonie de la production nationale de pétrole. S’assurer une participation majoritaire dans les entreprises mixtes. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur les entreprises d’état qui exploitent les ressources minières sur le territoire national.
Promouvoir et stimuler la recherche scientifique et le développement technologique dans le but d’assurer les opérations intermédiaires de l’industrie pétrolière. Renforcer la coordination des politiques pétrolières au sein de l’OPEP. Impulser des mécanismes pour la juste valorisation du gaz. Elever la conscience politique et idéologique du peuple et des travailleurs du pétrole et du secteur minier , ainsi que sa participation active dans la défense des ressources naturelles de la nation. Impulser la participation des travailleurs dans la planification des activités de l’industrie pétrolière. Consolider et approfondir les instances de participation politique du peuple et des travailleurs du pétrole et des mines. Impulser et promouvoir une initiative de coordination entre les grands pays pétroliers.
Garantir l’utilisation des ressources naturelles du pays, souverainement, pour la satisfaction des demandes internes ainsi que son utilisation en fonction des plus hauts intérêts nationaux. Etablir et développer un régime fiscal minier, comme mécanisme de récupération efficace de recouvrement des revenus de l’activité minière.
Projets de développement social, notamment via la convention Chine-Vénézuéla : logements, hôpitaux et centres médicaux. Projets de développement énergétique tels que raffineries, usines de production de gaz naturel, de pipelines et de gazoducs, usines de gaz liquide, projets d’extraction, transport et commercialisation du charbon, etc.. Cette politique a permis de nous rendre indépendants des organismes financiers multilatéraux comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) et la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Fortifier et amplifier les accords de coopération énergétique. Renforcement des accords dans le cadre de Petrocaribe pour contribuer à la sécurité énergétique, au développement socio-économique et à l’intégration des pays des Caraïbes et de l’Amérique Centrale par l’emploi souverain des ressources énergétiques. Renforcement de l’ALBA.
Souveraineté alimentaire pour garantir le droit sacré de notre peuple à l’alimentation. Développer notre potentiel de production agricole. Augmenter la surface agricole irriguée de 178 000 ha jusqu’à 538000 ha irrigués en 2019, ce qui représente une augmentation de 202%. Accélérer la démocratisation de l’accès , pour les paysans, les producteurs et les différentes collectivités et entreprises socialistes, aux ressources nécessaires (terres, eau, arrosage, semences et capitaux) pour la production, en encourageant leur utilisation rationnelle et soutenable. Commencer la construction de 14 Maisons de Pêcheurs au niveau national dans les états de Carabobo, Aragua, Apure, Falcon, Nueva Esparta, Sucre, Miranda et Portuguesa. Créer et consolider les centres de distribution et de vente locale dans les grandes villes, vente et distribution directe de produits de consommation directe dont l’accès sera garanti à la population avec une rémunération juste du travail du paysan dans le but de développer le commerce d’exportation. Multiplication des réseaux de distribution socialiste Mercal, PDVAL, BICENTENARIO, marchés communaux et programmes de distribution gratuite. Renforcer et moderniser le système de régulation sociale d’état pour combattre l’usure et la spéculation dans l’achat et la distribution des aliments, étant donné son caractère de bien essentiel pour la vie humaine.
Mettre en place une politique d’exportation dans les pays des Caraïbes et au nord du Brésil. Donner un coup de pouce au développement et à l’utilisation de technologies pour les matières premières, réduisant les émissions nocives dans le milieu environnemental. Consolidation des espaces de participation citoyenne dans la gestion publique des aires thématiques et territoriales en rapport avec les sciences, la technologie et l’innovation. Consolider le déploiement des infrastructures éducatives du pays dans les centres universitaires, techniques, des médias et pour la formation pour le travail libérateur. Accroître la capacité défensive du pays avec la consolidation de la redistribution territoriale des Forces Armées Nationales Bolivariennes. Accroître la participation active du peuple pour consolider l’union civique et militaire. Renforcer et accroître le système de renseignements et de contre-espionnage militaire pour la défense intégrale de la patrie.

Deuxième objectif :Continuer à construire le socialisme bolivarien du XXIème siècle comme alternative au système destructeur et sauvage du capitalisme et ainsi, assurer la «plus grande sécurité sociale possible, la plus grande stabilité politique et le plus grand bonheur possibles» (Simón Bolívar) pour notre peuple.

INFOGRAFÍA obj 2Exemples de quelques mesures prévues :

Favoriser la démocratisation des moyens de production et impulser de nouvelles formes d’articulation de formes de propriété, en les plaçant au service de la société. Fortifier l ‘appareil productif national, en le modernisant technologiquement pour fournir la base matérielle en l’orientant vers le nouveau modèle du socialisme. Développer des modèles de gestion des unités de production basés sur l’inclusion, la participation des travailleurs et travailleuses, alignés sur les politiques nationales ainsi que sur une culture du travail qui s’oppose au rentisme du pétrole, en démontrant la structure d’ oligopole et de monopole existante. Assurer la formation collective dans les centres de travail en assurant son incorporation dans le travail productif, solidaire et libérateur. Augmenter durablement la production et la distribution de biens culturels au niveau national, à travers la production de 15.000.000 d’exemplaires du système massif de revues, et avec l’augmentation de 200% de la production de livres. Augmenter les infrastructures culturelles mises à la disposition du peuple avec la construction de 336 salles de bibliothèques, une par municipalité, avec le mobilier nécessaire à la lecture. Universaliser la sécurité sociale pour les artistes, les employés du secteur de la culture et les créateurs.
Rendre plus puissantes les expressions culturelles libératrices. Rendre visible l’identité historique et communautaire (Mision Cultura Corazon Adentro). Améliorer l’habitat et les infrastructures pour les peuples indigènes. Accélérer la délimitation territoriale de leurs espaces, à travers la remise de titres de propriété de terres aux communautés indigènes et de dotation de logements dignes à chaque famille indigène en situation de vulnérabilité, dans le respect de leurs choix culturels. Encourager la formation et le financement pour des unités socioproductives, avec le renforcement de 2345 conseils communaux et communes socialistes indigènes au moyen du financement de projets, dans le respect de leurs pratiques et de leurs formes d’organisation traditionnelles. Approfondir la participation politique et active des femmes dans le Pouvoir Populaire. Améliorer et construire des infrastructures pour les communautés pénitentiaires. Développer une politique intégrale de protection et de divulgation scientifique en relation avec la diversité biologique de notre pays, et en particulier en ce qui concerne nos Parcs, ainsi que les réservoirs d’eau de notre pays et ce qu’ils représentent pour la planète.
Renforcer la lutte contre ce qui détermine les conditions d’inégalité qui doivent être supprimées pour éradiquer l’extrême pauvreté. Etendre la couverture de l’inscription scolaire à toute la population. Développer l’éducation interculturelle bilingüe avec la participation des populations indigènes. Consolidation de la transformation universitaire autour de la formation intégrale, de la production intellectuelle et des liens sociaux qui garantissent le développement des capacités créatives et des capacités qui permettent de résoudre les problèmes prioritaires du pays. Renforcer le droit constitutionnel à l’éducation universitaire pour tous et toutes en augmentant les investissements, la poursuite et la dépense, au moyen de l’augmentation de 90% de l’inclusion des jeunes bacheliers au système d’éducation universitaire. Assurer la santé de la population à travers la consolidation du système public national de santé, sur la base de l’approfondissement de Barrio Adentro, du pouvoir populaire et de l’articulation de tous les niveaux du système de protection, de promotion, de prévention et de soin intégrala u service de la santé individuelle et collective. Assurer une alimentation saine et adéquate tout au long de la vie, en concordance avec les demandes de la Constitution concernant la Santé, la Souveraineté et la Sécurité Alimentaire, avec l’augmentation de la prédominance de l’allaitement Maternel Exclusif  jusqu’à 70%.
Renforcer 4500 magasins d’alimentation pour en faire des centres de formation et de soins nutritionnels. Consolider et agrandir le Réseau de Pharmacies Populaires sur tout le territoire national. Développer le Système Economique Communal avec les différentes formes d’organisation socio-productive : entreprises de propriété sociale, unités familiales, groupes d’échange solidaires et d’autres formes associatives pour le travail. Fortifier la base sociale du système d’économie communale. Développer le Pouvoir Populaire dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Constitution de Conseils de Travailleurs et Travailleuses dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Créer de nouvelles Grandes Missions dans des zones et sur des thèmes ou des problèmes prioritaires. Développer à partir des Grandes Missions, les systèmes d’accompagnement territoriaux pour transformer la vie des familles et des communautés en situation de pauvreté. Garantir la participation active du peuple organisé en ce qui concerne la formation, la transformation du modèle économique de production, la prévention et la protection sociale par les nouvelles instances de participation populaire comme les Conseils Communaux, les organisations de femmes, de jeunes , d’adolescents, d’indigènes, d’afro-descendants, d’étudiants, d’ouvriers et d’ouvrières, de paysans et de paysannes,  de travailleurs du transport, de professionnels, de petits et moyens producteurs et commerçants, associations de la diversité sexuelle, employés de la culture, écologistes, mouvements de villageois parmi beaucoup d’autres dans les sphères de la formation.
Accélérer la participation du peuple aux conseils communaux, groupes de bataille sociale, communes socialistes, cités communales, fédérations et confédérations communales pour le renforcement des possibilités d’action locales dans une perspective territoriale , politique, économique, sociale, culturelle, écologique,et de défense de la souveraineté nationale . De 2013 à 2016 : on développera l’organisation des 21 004 Conseils Communaux qui relieront 8.821.296 personnes (couverture totale de la population vénézuélienne). Le renforcement et l’accompagnement du Pouvoir Populaire dans la période 2013-2019 permettront la mise en conformité de 3 000 Communes Socialistes, selon des prévisions approximatives de 450 Communes, conformément à la démographie des axes de développement territorial. Ces Communes regrouperont 39 000 Conseils Communaux où vivront 4 680 000 familles , ce qui représente 21 060 000 citoyens. Garantir le transfert de compétences en ce qui concerne la gestion et l’administration de la chose publique à partir des instances institutionnelles régionales et locales vers les communautés organisées , les organisations de base et autres instances du Pouvoir Populaire comme stratégie de restitution totale du pouvoir au peuple souverain. Création de 3 000 Banques Communales qui serviront à consolider la nouvelle architecture financière du Pouvoir Populaire. Supprimer toutes les démarches inutiles demandées aux citoyens et aux citoyennes, pour réaliser des opérations légales avec l’Etat, ou pour obtenir des licences, des enregistrements, des diplômes, des certifications, etc…
Elaborer à partir de l’Etat une profonde et définitive révolution dans le système d’administration de la justice pour que cesse l’impunité, pour l’égalité et pour supprimer le caractère de classe et le caractère raciste dans son application. Poursuivre la transformation du Système Pénitentiaire. Activer le Système National de Soins aux Victimes. Garantir le droit et l’accès au libre exercice de l’information et de la communication véritable. Consolider la régulation sociale des moyens de communication en tant qu’outils pour le renforcement du Pouvoir Populaire en promouvant le Système National de Communication Populaire (radios, télévisions communales, journaux communautaires, environnementaux, personnels de l’environnement, ouvriers, jeunes, membres des partis, syndicalistes, paysans,entre autres) en tant qu’espace pour l’articulation de signifiants et de relations produites par la pratique de la communication sociale et humaine dans le but de transformer la réalité à partir du Pouvoir Populaire organisé. Actualiser et développer les plate-formes technologiques des moyens de communication en profitant du développement que représente la mise en arche de la Télévision Digitale Ouverte (TDA) qui permettra d’améliorer la qualité des transmissions.

Troisième objectif :Transformer le Venezuela en une puissance du point de vue social, économique et politique, à l’intérieur de la grande puissance naissante de l’Amérique Latine et des Caraïbes qui garantisse la création d’une zone de paix dans Notre Amérique.

INFOGRAFÍA obj 3Exemples de quelques mesures prévues :

Développer la capacité de production du pays en rapport avec les immenses réserves d’hydrocarbures conformément au principe d’exploitation nationale et de la politique de conservation des ressources naturelles épuisables et non renouvelables. Développer des projets pétrochimiques pour l’exploitation du gaz naturel, la production de carburants et dérivés de raffinage en les transformant en produits d’une plus grande valeur ajoutée. Renforcer et étendre la souveraineté technologique. Approfondir les stratégies de diversification des marchés du pétrole brut et des produits dérivés, avec l’objectif, pour 2019, de 2.200 MBD destinés aux pays asiatiques, 1.250 MBD vers l’Amérique Latine et les Caraïbes, 550 MBD vers l’Europe et 1,150 MBD vers l’Amérique du Nord. Renforcer et élargir le réseau électrique national. Diversifier les sources de production électrique en favorisant le recours au gaz naturel, au coke, et aux autres sources d’énergie. Développer l’utilisation efficace de l’électricité, en ayant recours à des sources alternatives et en développant le recours à la ressource éolienne. Approfondir les alliances politiques et économiques avec les pays qui ont un positionnement géostratégique favorable et dont les intérêts convergent avec ceux de notre nation, ce qui encouragera la construction d’un monde multipolaire.
Développer et adapter les Forces Armées pour le défense de notre Patrie. Consolider la coopération avec les pays frères en accord avec les exigences de la Défense Intégrale de la Patrie. Conserver et préserver les milieux naturels. Incorporer la reconnaissance de la Culture propre à chaque Peuple dans les processus de planification et de mise en valeur des territoires. Entretenir et étendre le réseau de routes, autoroutes et voies de raccordement qui relient les agglomérations grandes et moyennes sur toute l’étendue du territoire national et pour relier les zones industrielles aux zones d’exploitation des ressources. Améliorer l’état des routes dans les zones rurales et agricoles. Développer la seconde phase de la Grande Mission Logement Venezuela pour en finir définitivement avec la pénurie de logements récurrente. Renforcer la construction de logements dans les zones rurales pour améliorer les conditions de vie des familles paysannes. Poursuivre la construction de réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement des eaux usées dans les agglomérations encore dépourvues de ces services. Accélérer le Plan de distribution de gaz domestique. Développer l’usage des transports collectifs pour qu’ils l’emportent sur les transports privés.

Quatrième objectif :Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale incarnant un monde multipolaire pour atteindre l’équilibre de l’univers (Simón Bolívar)et garantir la paix mondiale.

4Exemples de quelques mesures prévues :

Promouvoir le rôle d’avant-garde de l’ALBA dans le processus des changements en cours en Amérique Latine et les Caraïbes et dynamiser les nouveaux espaces tels que l’UNASUR et la CELAC. Renforcer le rôle du Système Unitaire de Compensation Régionale (SUCRE) et celui de la Banque de l’Alba dans la stratégie de complémentarité économique, financière, productive et commerciale de la zone. Renforcer le mécanisme de PETROCARIBE comme schéma de coopération énergétique et sociale solidaire. Assurer la participation active dans chacun des Conseils de UNASUR pour impulser des politiques et des actions bénéfiques pour les peuples de Notre Amérique. Impulser et renforcer la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC) comme mécanisme d’union de l’Amérique Latine et les Caraïbes. Développer les projets nationaux d’union économique avec les pays de l’ALBA et de complémentarité productive avec les pays du MERCOSUR. Renforcer la Banque du Sud en tant qu’institution visant l’intégration financière régionale. Consolider le rôle du Venezuela en tant qu’acteur d’une coopération solidaire, sans prétensions hégémoniques, et respectueux du principe de l’autodétermination de chaque peuple.
Développer le nouvel ordre latino-américain dans le domaine des communications en insistant sur les nouveaux systèmes et les nouvelles technologies de l’information et en développant de nouveaux outils de communication. Renforcer Telesur et lui assurer une plus grande présence régionale et mondiale. Développer les émissions de Radio du Sud comme outil de communication pour faire connaître les processus politiques en cours dans la région. Développer les réseaux de chaînes d’information alternatives et communautaires dans la région de même que les réseaux sociaux. Diffuser de façon permanente l’information véridique émise par les pays de l’ALBA et les pays alliés du Sud. Défendre la présence des miminorités ethniques et des peuples autochtones dans les organes décisionnels “notre-américains”. Développer le rapprochement et la coordination entre les nouveaux mécanismes de l’union latino-américaine et Caraïbes (ALBA, UNASUR, CEPALC) et le groupe BRICS pour donner plus de force à la voix des peuples du Sud dans l’arène mondiale. Nouer des alliances avec des chaînes de communication et d’information des pôles émergents du monde pour améliorer la compréhension mutuelle et l’information authentique sur nos réalités à l’abri du filtre déformant des grandes entreprises de la communication propriétés des puissances impérialistes.
Promouvoir la diplomatie des peuples et la participation active des mouvements populaires organisés dans la construction d’un monde multipolaire et équilibré.Promouvoir la participation des réseaux mondiaux des mouvements sociaux dans les grands Forums et Sommets internationaux. Poursuivre une politique active et entreprenante en partenariat avec les pays progressistes de notre zone en appelant à une urgente et indispensable réforme du Système Inter-américain de Défense des Droits de l’Homme et de la Justice étant donné que celui-ci est un bastion hautement politisé de l’impérialisme nord-américain. Dénoncer les traités et les accords bilatéraux pouvant limiter la souveraineté nationale face aux intérêts des puissances néocoloniales (promotion et défense des investisements). Porter à un niveau non vital les échanges commerciaux avec les puissances néocoloniales. Porter à un niveau non vital la connexion du Venezuela avec les réseaux de communication dominés par les puissances néocoloniales. Augmenter la part des devises des pays émergents dans les réserves et le commerce international du Venezuela. Réaliser la majeure partie des échanges économiques et commerciaux avec les pôles émergents du monde nouveau.

Cinquième objectif :Contribuer à préserver la vie sur la planète et au sauvetage de l’espèce humaine”.

5Exemples de quelques mesures prévues :

Développer l’action aux niveaux national et international pour la protection et la conservation des zones stratégiques, entre autres les sources et plans d’eau (eaux de surface et nappes phréatiques) pour une gestion globale des bassins hydrographiques, la biodiversité, la gestion soutenable des mers, des océans et des forêts. Continuer à militer pour la reconnaissance du droit à l’accès à l’eau comme un des Droits Humains supplémentaire dans tous les forums et toutes les enceintes. Combattre les chémas internationaux qui prônent la marchandisation de la nature, des services environnementaux et des écosystèmes. Rechercher des alliances stratégiques dans tous les forums internationaux pour lutter contre la marchandisation de la nature. Redynamiser la coopération avec les pays frontaliers sur les questions concernant la gestion respectueuse de l’environnement et les zones écologiques d’intérêt commun sur la base des principes du droit international. Défendre les droits territoriaux et la souveraineté de l’État du Venezuela dans les négociations concernant l’administration des espaces marins et océaniques de même que la diversité biologique marine au-delà de la juridiction nationale.
Elever le niveau des débats de fond sur les questions économiques, sociales et environnementales dans les instances pertinentes au niveau régional et international pour que les décisions y soient prises de façon inclusive et transparente, hors de toute orientation de type paternaliste et néocolonial de la part des pays développés.  Impliquer les institutions publiques dans la production d’une critique percutante des formes culturelles et des reconstructions historiques imposées par la culture jusqu’à présent dominante. Faire circuler la critique à travers les médias publics (magazines, télévision, manifestations événementielles, etc.). Développer l’édition de manuels scolaires pour faire naître une conscience nouvelle et former l’esprit critique des nouvelles générations. Créer des lieux d’expression et des mécanismes d’enregistrement et de conservation des cultures populaires et de la mémoire historique des groupes sociaux et ethniques tenus jusqu’à présent pour secondaires. Aux niveaux national et régional, recenser les lieux d’expression et les formes populaires de conservation de la mémoire historique (par exemple, les conteurs). Organiser, au sein de chaque Conseil de Communauté et dans chaque Commune en Création, des groupes de travail pour la conservation de la mémoire historique et pour la diffusion des acquis de la culture populaire ou ethnique (par exemple, s’agissant, des Afro-Vénézueliens, les travaux réalisés par les Comités “Tierras Urbanas”, “Mesas de Agua” et autres…).
Former des experts issus de ces populations pour la sauvegarde de leur patrimoine culturel et de leur mémoire historique. Accorder une attention toute particulière aux rapports entre les sexes. Dans ce sens, développer des groupes de travail constitués de femmes pour réfléchir sur leur vie familiale et professionnelle et mettre au point des stratégies de résistance et de libération, car les femmes sont les principales victimes des cultures dominantes, cultures qui lesrelèguent dans des rôles secondaires et qui font d’elles, souvent, les victimes de formesexplicites de violence. La même chose peut s’appliquer aux groupes dont l’orientation sexuelle est diverse (gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels), contraints de vivre dans un état de répression et d’humiliation permanentes et dont la seule issue est la frivolité offerte par le monde capitaliste. Élaborer des stratégies pour que soit conservée et diffusée, dans l’actuelle société“mondialisée”, la mémoire culturelle et historique du peuple de Venezuela. Contribuer à la constitution d’un mouvement mondial visant à enrayer les causes et à remédier aux effets du changement climatique conséquence du modèle capitaliste prédateur. Poursuivre la lutte pour la préservation, le respect et la stabilisation du régime climatique conformément à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et son Protocole de Kyoto.
Faire abolir les schémas de marchés internationaux du carbone qui légalisent l’achat de droits à polluer et la destruction de la planète en toute impunité. Développer et renforcer le régime juridique actuel concernant le climat en insistantsur les responsabilités historiques des pays développés. Impulser et soutenir toutes les actions qui visent à porter devant la justice internationale tous les manquements des pays développés à leurs obligations dans le cadre du Protocole de Kyoto. Concevoir, au niveau national, un Plan National de Modération qui concerne les secteurs productifs émetteurs de gaz à effet de serre, comme une contribution nationale volontaire aux efforts pour sauver la planète. Promouvoir, au niveau national, la transformation des secteurs productifs selon la ligne tracée par l’éthique transformatrice du modèle économique socialiste, en insistant en particulier sur les secteurs de l’energie, de l’agriculture et de l’élevage, de la gestion des déchets solides et celui de la forêt. Mettre au point un ambitieux Plan National d’Adaptation, conforme à l’engagement éthique bolivarien éco-socialiste, en vue de préparer notre pays à affronter les scénarios et impacts climatiques à venir en raison de l’irresponsabilité des pays industrialisés et pollueurs du monde.

Notes :

  1. « Hacia un nuevo ciclo de nuestra historia », http://www.tracciondesangre.blogspot.com/2013/04/hacia-un-nuevo-ciclo-de-nuestra-historia.html
  2. https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/04/au-venezuela-la-marche-vers-la-democratisation-des-medias/
  3. http://www.cut.org.br/destaques/23103/comunicacao-publica-e-debatida-por-cutistas-e-parceiros-da-luta-pela-libertacao-da-palavra

Illustrations : Collectif d’artistes “Crea y combate

Traduction du programme : Manuel Colinas, Gaston Lopez et Françoise Lopez. Texte intégral : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(Video ESP + FR :) Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien / El día que Burkina Faso tejió su bandera bolivariana.

Combien à Ouagadougou rêvaient-ils d’être à Caracas, ce 8 mars 2013 ? La télévision française diffusait les images de l’arrivée des chefs d’Etats de toute l’Amérique Latine et du monde entier aux obsèques de Hugo Chávez, sans rien comprendre de la volonté exprimée en 1828 de Simón Bolívar de réunir les deux tiers de l’humanité. Quelques semaines plus tôt elle montrait des foules en liesse au passage de l’armée libératrice du petit père des peuples François Hollande, comme si les africains pouvaient attendre quoi que ce soit d’une France impunie pour ses violations des droits de l’homme avant-hier en Algérie, hier au Rwanda, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, en Libye, aujourd’hui au Mali. Un ouagalais eut un rire las: « La manière dont l’occident se comporte en gendarme international est très claire. Mais le jeune le plus informé de son temps ne doit plus regarder ces médias comme un singe regarderait une montre ».

Le 9 mars 2013, au lendemain des obsèques du président vénézuélien, des étudiants, artistes et sympathisants de la révolution bolivarienne se sont retrouvés au département de communication et de journalisme de l’Université de Ouagadougou pour y donner lecture de « La lettre à l’Afrique », le dernier document de politique internationale du Président Chavez (février 2013).

Burkina Faso Venezuela 1Souleyman travaille toute la journée comme tailleur dans son atelier et le soir comme barman dans une boîte de nuit. La veille il a consacré quatre heures à coudre un drapeau bolivarien: « j’ai  confectionné  le drapeau venézuelien parce que Chávez était un combattant qui voulait tisser le lien entre l’Union Africaine et l’Amérique du Sud. Je ne le connaissais pas mais après avoir lu sa lettre j’ai compris que c’était un homme intègre, comme Thomas Sankara. »

«Nous sommes bien conscients que notre statut de pauvreté est lié au jeu d’échecs des puissances occidentales : toute idée révolutionnaire est directement ciblée comme source d’inspiration»  confie un étudiant du département de philosophie. «Kadhafi a beau avoir été catalogué de dictateur et avoir fait l’objet de sobriquets, à l’annonce de sa mort, à l’université nous avons observé une semaine de deuil. Ces amphithéâtres, c’est lui qui nous les a construits !»

Moussa, un machiniste de cinéma venu aider à l’organisation de la journée : « Quand nous avons appris le décès du président vénézuelien, ça nous a touché au coeur, parce qu’il s’agit d’un homme qui su combattre pour la liberté et contre l’incivisme en Afrique et en Amérique Latine. Il le dit dans sa lettre: nous sommes un même peuple et nous devons travailler à notre rapprochement. C’était un visionnaire. Lorsque l’OTAN a commencé à bombarder la Libye, il n’y a que trois pays en Afrique qui s’y sont opposés. Mais cela n’a pas suffi à empêcher la guerre, le « mal occidental ». Thomas Sankara l’a dit en son temps: nous n’avons besoin de personne pour émerger!»

Brkina Faso 2La ressemblance est claire entre Hugo Chávez et Thomas Sankara. Tous deux basèrent leurs politiques sociales sur la défense des plus démunis, rendant leurs droits à la femme, libérant les forces armées des écoles répressives, redonnant confiance aux peuples dans leur propre Histoire. Abdul, instituteur qui a repris des études de philosophie à l’université de Ouagadougou : « nous n’avons pas connu la révolution sur le long terme, mais nous savons à quoi ça ressemble, nous savons bien ce que Hugo Chávez a incarné comme idée. »

La lettre de Chavez à l’Afrique en vidéo

Les participants à cette journée ont tenu à immortaliser l’évènement sous la forme de la vidéo ci-dessus adressée aux peuples de l’Alba, pour mieux leur dire leur engagement et leur disposition à réaliser un des rêves de Chávez : « voir TeleSur s’articuler avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays. »

Note : en complément on peut lire « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/

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Traducción al castellano :

« El día que Burkina Faso tejió su bandera bolivariana. »

¿Cuántos en Ouagadugu soñaban estar en Caracas, este 8 de marzo 2013? La televisión francesa difundía imágenes de la llegada de los jefes de Estado de América Latina y alrededor del mundo al funeral de Hugo Chávez, sin entender la voluntad expresada por Simón Bolívar en 1828 de reunir a las dos terceras partes de la humanidad. Unas semanas antes la misma televisión mostraba multitudes vitoreando el ejército libertador del pequeño padre de los pueblos, François Hollande, como si los africanos pudiesen esperar algo todavía de la Francia aún impune por las violaciones de los derechos humanos cometidas antier en Argelia, ayer en Ruanda, Costa de Marfil, Afganistán, Libia, hoy en Malí. Un ouagalès tuvo una risa cansada: « La forma en que se comporta Occidente como policía internacional está muy clara. Pero el joven muy informado de hoy ya no puede ver estos medios igual que como un mono ve un reloj.  »

El 9 de marzo de 2013, tras el funeral del presidente venezolano, los estudiantes, los artistas y los simpatizantes de la Revolución Bolivariana se reunieron en el departamento de Comunicación y Periodismo de la Universidad de Ouagadougou para una lectura especial de la « Carta a África », el último gran documento de  política internacional del presidente Chávez (febrero 2013).

Burkina Faso Venezuela 1

Souleyman trabaja de  día como sastre en su taller y por la noche como camarero en un club nocturno. El día antes se pasó cuatro horas cosiendo una bandera bolivariana. « Hice a mano la bandera de Venezuela porque Chávez era un luchador que quería tejer el vínculo entre la Unión Africana y América del Sur. Yo no lo conocía, pero después de leer su carta comprendí que era un hombre honrado, como Tomás Sankara. »

« Estamos muy conscientes de que nuestra condición de pobreza se relaciona con el juego de ajedrez de las potencias occidentales: toda idea revolucionaria se vuelve blanco directo de agresiones como fuente de inspiración« , dice un estudiante del departamento de filosofía. « Gadafi puede haber sido etiquetado como dictador y objeto de apodos, pero en el anuncio de su muerte nuestra universidad se observó una semana de luto. Estos anfiteatros, fue él quien nos los construyó ».

Moussa, un asistente técnico de cine que vino a apoyar la organización de la jornada: « Cuando nos enteramos de la muerte del presidente de Venezuela, nos golpeó duro el corazón, porque él fue un hombre que sabía cómo luchar por la libertad y contra el anticivismo en África y América Latina. Él dice en su carta: somos un solo pueblo y tenemos que trabajar para acercarnos. Fue un visionario. Cuando la OTAN empezó a bombardear Libia, tan sólo tres países de África se opusieron. Pero no fue suficiente para evitar la guerra, el « mal occidental ». Thomas Sankara lo dijo en su momento: ¡no necesitamos a nadie para salir adelante! »

Brkina Faso 2

El parecido es obvio entre Hugo Chávez y Tomás Sankara. Tanto en sus políticas sociales en defensa de los más pobres, de los derechos de la mujer, de liberación de las fuerzas armadas de las escuelas represivas, como en su capacidad de restaurar la confianza de la gente en su propia historia. Abdul, un maestro de escuela que ha iniciado el estudio de la filosofía en la Universidad de Ouagadougou: »no hemos vivido la revolución en un largo plazo, pero sabemos a qué se parece, sabemos cuál fue la idea que Hugo Chávez encarnó… »

Video de la carta de Chávez a Africa

Los participantes de esta jornada han querido grabar este vídeo que va dirigido a los pueblos del Alba, para expresar mejor su compromiso y su voluntad de concretar uno de los sueños de Chávez: “articular Telesur con África para que puedan  cumplir desde estas latitudes su función principal: conectar a las personas de todo el mundo y ofrecerles la verdad y la realidad de nuestro países.

URL de este artículo: https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/

De Sandino à Chavez, « l’aube n’est plus une tentation »

Augusto C. Sandino et son "Armée Populaire de Défense de la Souveraineté"

Augusto C. Sandino et son Armée de Défense de la Souveraineté Nationale (EDSN).

Caracas, 6 mars 2013

Comme le dit le sociologue Reinaldo Iturizza, parler de “transition” ou de “post-chavisme” reviendrait à insulter l’intelligence des vénézuéliens, et à nier l’Histoire elle-même, ce mouvement profond qui ne fait que commencer dans une Amérique Latine qui a changé de nature. Comprendre le Venezuela de 2013, c’est d’abord comprendre une vérité qui crève les yeux. Le peuple vénézuélien d’aujourd’hui n’est plus le peuple des années 90. C’est la victoire de Chavez : « à ceux qui me souhaitent la mort, je leur souhaite une très longue vie pour qu’ils continuent à voir la Révolution Bolivarienne avancer de bataille en bataille, de victoire en victoire.»

Dans les années 80 j’ai vécu au Nicaragua, en pleine révolution sandiniste. Deux faits m’ont marqué.

Alors que sur place, les nicaraguayens jouissaient pour la première fois d’élections libres, d’un État de Droit et de la liberté d’expression, après l’interminable nuit de tortures, de massacres et de disparitions de la dictature somoziste, les médias occidentaux s’empressèrent de transformer cette révolution en « totalitarisme en marche ». A l’époque Julio Cortázar, le grand cronope argentin, envoyait ses protestations au journal français « Le Monde » pour tenter de briser le mensonge. Des cinéastes canadiens réalisèrent un excellent documentaire pour démonter cette fabrication d’un Nicaragua virtuel : « The world is watching ». Détail comique, moliéresque : lorsque les sandinistes perdirent les élections en 1990 et remirent le pouvoir à l’opposition, les grands médias découvrirent soudain que ceux-ci étaient en fin de compte… des démocrates.

Ce sont les mêmes ficelles qu’on a resorties du placard pour transformer la démocratie participative vénézuélienne en son contraire dès que Chavez a été élu en 1998 et qu’il a commencé à extraire sa nation du carcan néo-libéral pour construire le socialisme bolivarien.

Le deuxième fait est plus important. Beaucoup à gauche pensèrent que les élections perdues en 1990 au Nicaragua signifiaient la fin de l’aventure révolutionnaire, le dernier rêve brisé, ouvrant la voie à l’exercice de la nostalgie, qu’il ne restait qu’à rentrer mourir non sans donner de loin d’ultimes leçons à ces « gauches délavées qui ne sont plus ce qu’elles étaient ». Sous-estimer les peuples, leur Histoire, leur capacité d’élire qui ils veulent et de corriger ce qu’ils veulent quand ils veulent, invitent à ce genre de déraison. En 2013, la révolution latino-américaine n’a jamais été aussi puissante : parce que collective et consciente. L’isolement brutal des nicaraguayens face aux « contras » équipés par Ronald Reagan dans les années 80 fait place aujourd’hui à une unité qui s’accélère dans tous les ordres – politique, social, économique, diplomatique, etc… un fait probablement sans précédent dans l’Histoire mondiale, et qui se déploie sous les noms SUCRE, CELAC, ALBA, UNASUR, Banco del SUR, etc.. termes à peu près inconnus des populations occidentales.

Augusto C. Sandino, le rebelle nicaraguayen des années 30, adoubé Général des Hommes Libres par ses paysans-soldats métis et indigènes, avait dans ses rares écrits annoncé la couleur de cette Histoire. Il évoquait la nécessité d’une banque latino-américaine pour le développement, d’une citoyenneté et d’un passeport latino-américains, d’une force de défense commune constituée par les nations pour garantir leur souveraineté. Sandino baptisa son programme « La réalisation du rêve suprême de Bolívar ».

On peut bien sûr se couvrir les yeux, refuser de voir, refuser d’étudier, de comprendre, d’enquêter, de transmettre, bref participer en tant que journaliste à la construction de l’ignorance et de la division, pour maintenir le plus longtemps possible la domination. Mais à quoi bon ? L’Histoire des pionniers et la mutation des peuples en sujets collectifs pour assouvir leur besoin profond de respect, de souveraineté, de dignité, d’égalité, de bonheur expliquent pourquoi « tout ne fait que commencer ».

Thierry Deronne, Caracas, 7 mars 2013.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/07/de-sandino-a-chavez-laube-nest-plus-une-tentation/

Version espagnole : http://www.kaosenlared.net/component/k2/item/49626-de-sandino-a-ch%C3%A1vez-%E2%80%9Cel-amanecer-dej%C3%B3-de-ser-una-tentaci%C3%B3n%E2%80%9D.html