Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4nk

Publicités

Congrès des Communes : comment passer des engagements aux actes ?

Une analyse du mouvement social vénézuélien Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora (www.CRBZ.org)

Une première phase du Congrès national des communes vient de s’achever. Comme l’a annoncé le président Maduro, celui-ci sera prolongé durant soixante jours pour élaborer et développer les propositions de manière plus détaillée. Après des jours de débats, lors de la réunion de clôture avec le Président de la République, Nicolás Maduro lui-même a fait siennes et approuvé les propositions présentées par les congressistes. C’est sans aucun doute de la plus haute importance, surtout si l’on considère que le discours officiel acte la décentralisation de la question des communes et l’approfondissement du pouvoir populaire.

Le fait que le président Maduro a publiquement pris ces engagements signifie que le gouvernement national dans son ensemble et les mairies et les administrations doivent prendre en compte et appliquer ces orientations. Ainsi, la question communale reprend de l’importance dans les actions du gouvernement, en vertu de l’engagement pris par la première autorité de l’État vénézuélien, le gouvernement et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

Il ne s’agit pas d’une question mineure, car l’approfondissement de la construction communale n’est rien moins que l’horizon stratégique défini par le commandant Chávez pour développer une démocratie révolutionnaire et ainsi transformer la société à travers un socialismo territorial. C’est dans la commune en effet, dans ses formes d’organisation, dans son potentiel de productivité économique, dans sa capacité à générer de nouvelles formes d’administration, de gestion des services et la satisfaction des besoins de base, à partir de structures organisationnelles fondées sur la participation et l’implication du peuple, que se manifeste le mieux la possibilité de créer une société dans laquelle le peuple lui-même prend en main son destin pour ne pas être conduit par les élites économiques et politiques. D’où l’importance de la tenue du Congrès et des résultats exprimés dans l’engagement du Président Maduro, qui vont dans cette direction.

Un peu de mémoire…

Ces nouveaux accords devraient comporter un nécessaire équilibre d’engagements semblables pris dans le passé par l’Exécutif national. Par exemple, le programme de travail avec lequel le président Maduro s’est engagé le 15 août 2015 et dans lequel il a également impliqué un nombre important de hauts fonctionnaires.

Dans cet ensemble d’accords, il avait été proposé d’avancer dans des domaines tels que la police communale, les plans de défense territoriale, l’intégration des plans de développement communaux dans le système national de planification, la création d’un système national de presses communales, la création d’un réseau pour la distribution et la commercialisation de la production des communes et d’une grande société de production et de distribution commune, la création d’une super intendance du système économique communal, la construction d’un plan afin de transférer des compétences à l’administration et la gestion des services, un plan de transfert de l’administration et de la gestion des sablières, des carrières, des fours à chaux, entre autres, la détermination par la banque de programmes de financement des communes, la promotion du système agricole communal qui implique, entre autres, la création d’un plan agro-industriel pour les communes et une banque de semences, l’affectation d’un code unique d’achat de fournitures pour les communes et autres organisations socio-productives pour avoir un accès préférentiel aux intrants agricoles, au ciment, au fer et à l’acier ainsi qu’à la production des entreprises publiques d’aliments.

Si l’on fait le bilan aujourd’hui, force est de constater que très peu de choses ont été accomplies et beaucoup a été fait pour des choses qui n’ont pas avancé. La logique bureaucratique s’est imposée, la lassitude, des retards, des intérêts politiques partisans, des quotas de pouvoir régional et municipal, mais aussi la corruption et les mafias. Comment faire en sorte que le cela ne se répète pas et que nous puissions réellement avancer dans la réalisation des objectifs proposés ? Comment pouvons-nous reprendre cet agenda en suspens et l’intégrer dans l’agenda actuel ?

Tout d’abord, nous pensons qu’en plus de l’élaboration détaillée des propositions, il est nécessaire de définir des priorités, d’élaborer des plans et des calendriers d’exécution, d’orienter les ressources ainsi que de définir les responsables des tâches aux différents niveaux de gouvernement et dans les instances organisées des communes ; ces plans et calendriers doivent être examinés périodiquement. Les raisons du non-respect et des retards éventuels doivent être évalués afin de déterminer les responsabilités et prendre les décisions en la matière.

Deuxièmement, il est essentiel que cela soit fait à l’égard du pays, d’une manière publique et transparente, sans opacité d’aucune sorte ; à cette fin, il faut mettre à profit internet et les technologies de l’information et de la communication.

Troisièmement, il est essentiel que les communes disposent d’instances et de canaux au sein du gouvernement pour pouvoir porter plainte au sujet des obstacles, des retards, du détournement des ressources dans la mesure où cela se produit : ces canaux doivent être d’une efficacité immédiate.

Quatrièmement, il doit y avoir un espace et des moyens pour que les médias publics deviennent des haut-parleurs tant pour les mesures prises dans les processus de respect des accords que pour les critiques, alertes et dénonciations qui doivent être faites.

Cinquièmement, il faut que les électeurs du Secteur des communes et des Conseils communaux élus par le peuple lors d’élections libres et directes aient un poids déterminant ; le pouvoir transféré par la base communale à ces fonctionnaires doit se traduire par une contre-expression et doit être reconnu dans sa juste mesure par les institutions du gouvernement national, régional et municipal, ainsi que par les autres organes qui constituent l’État.

Le peuple des communes et ceux d’entre nous qui promeuvent et accompagnent la construction communale se sont avérés être l’une des constructions les plus importantes de toutes ces années de révolution ; c’est là que se concentre la base populaire la plus engagée dans les transformations profondes, celles qui concernent l’approfondissement de la démocratie, la défense de la souveraineté, le développement productif. Ceux d’entre nous qui font partie du secteur communal ont également fait preuve d’une loyauté absolue envers la révolution, le gouvernement bolivarien et le président Maduro. Nous voilà, ancrés au sol, fermes dans la défense de l’héritage du commandant Chavez. Notre combativité et notre capacité de lutte seront entièrement mises à disposition pour respecter ces nouveaux accords. L’institutionnalisation du gouvernement bolivarien à tous les niveaux et l’institutionnalisation de l’État dans son ensemble doivent également s’avancer et assumer cette tâche. C’est l’horizon stratégique de la révolution qui est en jeu.

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

Jardins d’orangettes, Commune de Macho Capaz.

L’ex-ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (assis au fond) durant la fête populaire qui a marqué la légalisation de la six-centième commune

Commune Agro-écologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographie : Verónica Canino

Le communicateur alternatif et directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Commune Sabas Peralta

Source : http://www.crbz.org/congreso-de-comunas-como-trascender-del-compromiso-a-los-hechos-comunicado-de-la-corriente/

Traduction : VeneSol

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4lL

Le Président Maduro annonce la création de l’Institut National pour la Décolonisation

DqTlE9qXQAEMoUa-680x453

A l’occasion d’une rencontre avec des intellectuels de différents pays qui participaient à la IIIème Ecole de Pensée Critique Décoloniale ouverte au public vénézuélien, le Président vénézuélien Maduro a approuvé la proposition présentée par Enrique Dussel et Ramon Grosfoguel de créer un Institut pour la Décolonisation, qui combattra la formation européo-centrée qui prévaut toujours à l’intérieur de nombreux programmes éducatifs. Le Ministre du Pouvoir Populaire pour la Culture, Ernesto Villegas, a été désigné pour parachever sa création avec le collectif des intellectuels.

La rencontre entre le Chef de l’État et les intellectuels a eu lieu au palais présidentiel de Miraflores à Caracas, et a été retransmise par la chaîne publique de télévision. Les penseurs visitaient le Vénézuela à l’occasion de  la Troisième Ecole de Pensée Critique Décoloniale : Etat et Processus Constituants, qui se déroulait à la Bibliothèque Nationale du Vénézuela entre le 22 et le 26 octobre.

« Ce furent des journées de débat et de réflexion extrêmement intéressantes, pertinentes, profondes et absolument libres » a expliqué le Ministre de la Culture Ernesto Villegas.  « Le gouvernement bolivarien, à travers ses distinctes institutions, leur a donné tout son soutien, mais cela ne s’est nullement traduit en restriction ou limitation, de manière à ce que l’évènement soit un plan pour le débat critique et autocritique des grandes affaires de l’humanité, particulièrement depuis la perspective de la décolonisation ».

Parmi les participants à l’évènement, on dénombre Enrique Dussel (Mexique), Ramón Grosfoguel (Porto Rico), Juan José Bautista (Bolivie, gagnant du Premier pris du Libérateur de la Pensée Critique en 2014), Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni (Afrique du Sud), Houria Bouteldja (France), Karina Ochoa (Mexique) et José Romero-Losacco (Venezuela). S’est également joint au rendez-vous à Miraflores, le Directeur général de la Bibliothèque Nationale Ignacio Barreto ; le président du Centre National des Etudes Historiques, Pedro Calzadilla; Adán Chávez, Saúl Ortega, Jacobo Borges, Cilia Flores, Tania Díaz, Nicolás Maduro Guerra et Aurora Paredes, entre autres.

« Ce n’est pas dû au hasard que cet évènement ait lieu ici au Vénézuéla, au milieu du bourgeonnement fasciste qui s’est implanté sur notre continent et dans le monde » a exprimé Villegas. « Le Vénézuela  confirme être le bastion de la lutte pour la décolonisation, l’émancipation, la construction d’une nouvelle société distincte et supérieure au capitalisme sauvage et à celle de la modernité et du colonialisme ».

Les propositions.

Le professeur Ramón Grosfoguel a souligné l’importance de défendre l’anti-impérialisme : «  tout anti-impérialisme n’est pas décolonial, mais on ne peut pas être décolonial sans être d’abord anti-impérialiste ».

A l’intérieur des débats en Amérique Latine, beaucoup de gens se présentent comme anticolonialistes, mais à l’heure d’opiner sur le processus bolivarien au Vénézuela « lamentablement, ceux-ci prennent partit pour la droite pro-impérialiste et néolibérale de ce pays ». C’est pour nous, une contradiction énorme ». Cela indique que le décolonial doit tenir un engagement politique et éthique avec les peuples en lutte pour leur libération.

Il a également suggéré qu’« il faut avoir l’idée de penser conjointement un institut de production de en connaissance décoloniale, qui soit transversal » et qui puisse contribuer « pas seulement une fois l’an, mais chaque jours au Vénézuela ». Il a indiqué qu’il y a une génération de de vénézuéliens « formés pour nous, qui peuvent assumer le projet eux-mêmes et l’emmener ».

Enrique Dussel, académicien reconnu, philosophe, historien, théologien d’origine argentine, naturalisé au Mexique, a signalé que, « par malheur, même dans les processus révolutionnaires avancés comme ceux de Cuba ou de la Bolivie, l’éducation primaire, secondaire et universitaire continuent d’être dispensées depuis une vision européo-centrée de la culture et de la science. «C’est difficile, mais nous devons une fois pour toutes changer le contenu du cursus d’enseignement, afin de changer aussi la mentalité de la jeunesse et de tous les citoyens, et ne pas attendre un siècle mais 4 ou 5 ans ». Il a également soutenu l’idée de former un institut qui pourra fournir un équipement « au niveau économique, politique et agricole » touchant ainsi toutes les activités d’un Etat.

« Nous continuons d’éduquer à la manière d’un français ou d’un nord-américain notre jeunesse et le citoyen, nous pouvons changer cela en peu de temps, avec des équipes qui écrivent des textes d’étude pour tous les collèges du pays, gratuits et qui permettront le changement. A cette fin, l’idée de suggérer la constitution d’un institut d’étude décoloniale, mais qui ne sera pas partie de différents ministères ou secrétariats, mais qui dépendra directement de la Présidence, pour que depuis cet endroit, il puisse irradier toutes les activités de l’État. Et cela signifie que « même la stratégie militaire doit être pensée de manière décoloniale ».

DqUHm4fXgAAZ63E-680x440

Approbation de la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela.

A ce propos, le Président Maduro a signifié son accord pour la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela, à cette fin , il a désigné pour responsable le ministre Ernesto Villegas. Il a indiqué que cela était absolument nécessaire afin de donner cohérence, articulation et pouvoir avancer dans l’ensemble de ce processus pour consolider une indépendance absolue du pays. «  Pour la consolidation de l’indépendance véritable, il faut approfondir la décolonisation de notre pays, de notre continent et de nos peuples » a insisté Maduro.

« Je donne mon accord pour que l’Institut de Décolonisation soit connecté à la Présidence de la République, mais je désigne de manière publique le compagnon Ernesto Villegas (ministre de la Culture), comme cadre révolutionnaire du Vénézuela, comme grand essayiste politique, institutionnel et culturel pour un plan intégral de décolonisation. Mais avec un sens éminemment pratique ! » Il a manifesté sa pleine confiance en Villegas, et a appelé à installer ces initiatives « qu’elles aient une grande portée et tout le soutien dans tous les sens du terme ».

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a insisté sur le fait que le nouveau devait être enraciné dans les bases de la pensée révolutionnaire, défavorable à la période coloniale, ce qu’a toujours proclamé le Commandant Chavez. “Hugo Chávez était un homme qui changeait les structures et questionnait les paradigmes établit et il construisait de nouveau paradigme depuis la racine populaire vénézuélienne (…) Nous devons aller à un processus de décolonisation intégral du pays, (…) et l’intégrer au Plan de la Patrie 2025 pour consolider les valeurs de la nouvelle culture et l’indépendance du Vénézuela (…) Nous devons identifier comment créer des processus autonomes, pour aller conquérir les espaces qui consolident le 21ème siècle de la résurrection de l’Amérique Latine et des Caraïbes », a-t-il exprimé.

« Je suis convaincu que cet Institut, depuis l’Alba (Alternative Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique) fera l’Histoire, pour doter de lumières, d’idées, de projets, les processus inévitables que nous allons vivre en Amérique Latine et dans les Caraïbes » a indiqué le Chef de l’État vénézuélien.

Il a également indiqué que la décolonisation devra s’inclure comme une ligne additionnelle du Plan de la Patrie qui est en quelque sorte le programme fondamental du gouvernement.

En Réponse à Mike Pence.

Maduro a également répondu aux accusations du vice-président des Etats Unis, Mike Pence, qui avait déclaré récemment, que selon les informations reçues par le président du Honduras,  Juan Orlando Hernández, c’était… le Gouvernement vénézuélien qui aurait organisé et financé la déferlante de migrants fuyant la misère de ce pays jusqu’au territoire états-unien.

« J’alerte le monde sur la paranoïa de Mike Pence et des secteurs extrémistes du Gouvernement des Etats Unis contre le Vénézuela. Ils ont une obsession car ils n’ont pas pu nous mettre en déroute, et ne pourront jamais le faire car la Révolution Bolivarienne est décidée à avancer » a souligné le mandataire.

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a commenté le danger que représentent de telles déclarations pour sa sécurité et celle du Vénézuela, il a affirmé que les Etats Unis cherchent à démolir la Révolution, formant part d’une campagne de discrédit sans précédent contre la nation.

Maduro a rappelé les différents obstacles qu’a eu à affronter le chavisme depuis son arrivée en 1999, et particulièrement le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002.

« Nous avons du affronter l’assaut durant le premier Gouvernement de George Bush, quand ils vinrent donner un coup d’État, et ils l’ont donné. Ce Palais fût pris entre le 11 et le 12 avril 2002 (…) mais la mobilisation du peuple dans la rue, et l’union civique et militaire, ont fait échouer le coup d’Etat de l’Empire » a-t-il insisté.

DqH8kuAWwAAofK1.jpglarge-680x218.jpeg

DqHwEPKX0AANKLQ-680x383.jpg

Traduction : Julie Jaroszewski

Source :  http://albaciudad.org/2018/10/presidente-maduro-anuncio-la-creacion-del-instituto-nacional-para-la-descolonizacion-videos/

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4lp

Les douze victoires du président Maduro en 2017, par Ignacio Ramonet

nicolasmaduro_consejocampesino031214_001

Rappelons, pour commencer, que Nicolas Maduro est le président le plus injustement harcelé, calomnié et vilipendé de l’histoire du Venezuela. Bien plus encore que le commandant Hugo Chavez, fondateur de la Révolution bolivarienne. Chasser à n’importe quel prix Nicolas Maduro du palais de Miraflores a été et demeure l’objectif obsessionnel de l’opposition réactionnaire interne et de ses puissants alliés internationaux, dont le gouvernement des États-Unis.

A peine l’année 2017 était-elle entamée, que les attaques contre le président se succédaient sans répit. Le premier coup est venu de l’Assemblée nationale, contrôlée par la contre-révolution qui décida, dès le 9 janvier, de « ne pas reconnaître  » le président. Et accusa Nicolas Maduro d’avoir « abandonné son poste ». Faux et absurde.

Devant une telle intention de putsch constitutionnel – inspiré du modèle de coup d’État parlementaire qui destitua Dilma Rousseff au Brésil en 2016 –, le Tribunal suprême de justice (TSJ) rappela alors que, selon la Constitution, l’Assemblée nationale ne peut révoquer le chef de l’Etat, élu directement par le peuple au suffrage universel.

Pour sa part, le président répondit à cette tentative de coup d’État en organisant, le 14 janvier, de grandes manœuvres civiques et militaires, l’« Exercice d’action intégrale anti-impérialiste Zamora 200 ». Quelque 600 000 militaires, miliciens et militants de mouvements sociaux furent mobilisés. Nicolas Maduro put ainsi offrir à ses adversaires une impressionnante démonstration de l’unité des forces armées, du gouvernement, du Parti socialiste uni du Venezuela (Psuv) et des masses populaires. Ce fut la première victoire de 2017.

Enhardie par l’élection, aux Etats-Unis, de Donald Trump – candidat de la droite « suprématiste » qui prit ses fonctions le 20 janvier à Washington –, l’opposition vénézuélienne tenta, quelques jours plus tard, d’intimider le gouvernement maduriste en organisant une grande marche de ses partisans à Caracas le 23 janvier, date de la chute du dictateur Marcos Pérez Jiménez en 1958. Mais là aussi, elle échoua pitoyablement. En particulier parce que le président Maduro répondit en décidant d’organiser, le même jour, le transfert public des restes de Fabricio Ojeda, chef révolutionnaire du mouvement qui renversa Pérez Jiménez, au Panthéon national. Des centaines de milliers de personnes accoururent à l’appel du président, remplissant les avenues de la capitale. On put ainsi constater clairement comment le chavisme populaire dominait la rue, tandis que l’opposition exhibait ses divisions et sa faiblesse. Ce fut la deuxième victoire du président Maduro.

Peu de temps après, le TSJ souligna que l’Assemblée nationale était en situation de « désobéissance à la loi » depuis 2016. En effet, lors des élections législatives du 6 décembre 2015, des fraudes avaient été dénoncées dans l’État d’Amazonas. Fraudes attestées par des enregistrements montrant comment la secrétaire du gouverneur offrait de l’argent à des groupes d’électeurs pour qu’ils votent en faveur de candidats de l’opposition. Par conséquent, le TSJ suspendit ces députés en attente de procès. Mais l’Assemblée nationale persista à leur faire prêter serment. Parce que l’intégration de ces trois membres supplémentaires aurait permis à l’opposition de disposer d’une majorité qualifiée (deux tiers des députés) et le pouvoir donc d’abroger les lois organiques et, surtout, de limiter l’action du président lui-même.

Dans toutes les grandes démocraties, les désaccords entre un Parlement et une Cour suprême sont relativement fréquents. En Europe, par exemple, lorsqu’ un conflit constitutionnel surgit entre les pouvoirs, il est courant que le Tribunal suprême assume momentanément certains pouvoirs du Parlement. Et aux États-Unis, même un président aussi ésotérique que Donald Trump a dû se conformer récemment aux décisions de la Cour suprême.

Mais à Caracas, la contre-révolution a utilisé ce débat pour lancer une campagne internationale sur la prétendue « absence de démocratie au Venezuela ». Avec la complicité de la nouvelle administration américaine, elle n’a pas hésité à monter une colossale opération mondiale de lynchage médiatique contre Nicolas Maduro, mobilisant les principaux médias dominants : de CNN à Fox News et la BBC de Londres, en passant par les grands médias d’Amérique latine et des Caraïbes, les journaux mondiaux les plus influents, ainsi que les réseaux sociaux.

En même temps, la droite vénézuélienne a tenté d’internationaliser le conflit interne en le transférant au sein de l’Organisation des États américains (OEA), « ministère des colonies américaines » selon le Che Guevara, dont le siège est à Washington.

Obéissant aux consignes de la nouvelle administration de Donald Trump et avec l’appui de régimes conservateurs d’Amérique latine, Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, a alors assumé le misérable rôle de direction de cette manœuvre en exigeant l’application de la Charte démocratique contre le Venezuela.

Mais Caracas contre-attaqua aussitôt et obtint la solidarité diplomatique de la plupart des États d’Amérique latine et des Caraïbes. Malgré les stratagèmes malhonnêtes du secrétaire général de l’OEA, le Venezuela n’a jamais pu être mis en minorité. Caracas l’a nettement emporté. Et les ennemis de la Révolution bolivarienne, y compris Washington, se sont cassés les dents contre la stratégie imaginée par le président Maduro, basée sur la réalité des faits, l’honnêteté politique et l’éthique. Plus tard, en avril, Caracas décida de se retirer de l’OEA, accusant cette organisation d’ « actions intrusives contre la souveraineté du Venezuela ». Ainsi donc, avec audace et imagination, dans ce théâtre international complexe, Nicolas Maduro a remporté sa troisième victoire en 2017.

Entre temps, les tensions s’exacerbaient à Caracas lorsque, le 29 mars, la chambre constitutionnelle du TSJ déclarait : « Tant que persistera la situation de désobéissance à la loi et d’invalidité des décisions de l’Assemblée nationale, la chambre constitutionnelle garantira que les compétences parlementaires soient exercées directement par cette chambre ou par l’organe qu’elle désignera, afin de veiller à l’État de droit. » Auparavant, le TSJ avait souligné que l’immunité parlementaire des députés n’était « valable que dans l’exercice de leurs fonctions », ce qui n’était pas le cas puisque l’Assemblée nationale se trouvait en situation de « désobéissance à la loi ».

L’opposition anti-chaviste poussa le cri au ciel. Et avec l’aide, une fois encore, des forces conservatrices internationales, mit sur pied un plan contre-révolutionnaire séditieux. C’est alors qu’a démarré la longue et tragique « crise des « guarimbas » ». Pendant quatre interminables mois – d’avril à juillet – la contre-révolution est passée à l’offensive armée la plus désespérée et la plus brutale contre le gouvernement bolivarien. Financées par la droite internationale, les forces antichavistes – conduites par Primero Justicia(Justice d’abord) et Voluntad Popular(Volonté populaire), deuxorganisations d’extrême droiten’hésitèrent pas à avoir recours à des paramilitaires, des terroristes et des mercenaires du crime organisé pour appliquer des tactiques irrégulières meurtrières. Elles recrutèrent également une série d’experts en guerre psychologique et en propagande « démocratique ». Tout cela pour satisfaire leur obsession pathologique : renverser Nicolas Maduro.

Ivres de violence, les hordes de « guarimberos » se précipitèrent alors à l’assaut de la démocratie vénézuélienne. Elles attaquèrent, détruisirent et incendièrent hôpitaux, centres de santé, crèches, écoles, lycées, maternités, entrepôts de nourriture et de médicaments, bâtiments publics, des centaines d’entreprises privées, des stations de métro, des bus… Tout en multipliant les barricades de flammes dans les secteurs bourgeois sous leur contrôle.

Les plus violents se sont particulièrement acharnés contre les forces de l’ordre, contre lesquelles ils ont lancé des dizaines de cocktails Molotov. Cinq membres des forces de sécurité furent tués par balles. Par ailleurs, d’autres « guarimberos » ont fait preuve de véritable sauvagerie en tendant de minces fils d’acier sur les routes pour décapiter les motards… Ou quand, débordant de haine et de racisme, ils ont brûlé vifs de jeunes chavistes, 29 en tout, dont neuf décédèrent [1]. Résultat : plus de 120 personnes tuées, des milliers de blessés et des pertes estimées à des millions de dollars.

Au cours de ces cent-vingt jours d’embrasement contre-révolutionnaire, l’opposition a également appelé à attaquer les bases militaires, et a tenté de pousser les forces armées à marcher contre le gouvernement légitime et à prendre d’assaut le palais présidentiel. L’extrême droite putschiste a tout tenté pour provoquer une guerre civile, briser l’union civilo-militaire et détruire la démocratie vénézuélienne.

Simultanément, à l’échelle internationale, une frénétique campagne médiatique se poursuivait qui présentait les terroristes ayant incendié des hôpitaux, assassiné des innocents, détruit des écoles et brûlé vifs des personnes, comme des « héros de la liberté »… C’était le monde à l’envers, celui de la « post-vérité » et des « faits alternatifs ».

Ce ne fut pas facile de résister à une telle offensive de terreur, à une telle agression, de faire preuve de patience et de maintenir l’ordre public sur la base d’une vision de l’autorité démocratique fondée sur un usage proportionnel de la force et le respect des droits humains. Le président Nicolas Maduro, constitutionnel et légitime, y réussit. Et il parvint même à trouver ce qui semblait impossible : sortir du labyrinthe de la violence. Avec une idée géniale, à laquelle nul ne s’attendait. Qui a désarçonné l’opposition : revenir au pouvoir constituant originel.

Le prétexte du terrorisme « guarimbero » résidait, en fait, dans le désaccord entre deux légitimités : celle du Tribunal suprême de justice et celle de l’Assemblée nationale. Aucune des deux institutions ne voulait céder. Comment alors sortir de l’impasse ? En se basant sur les articles 347, 348 et 349 de la Constitution chaviste de 1999, et en faisant appel à son statut de chef d’État et d’arbitre suprême, le président Maduro a donc décidé de réactiver un processus populaire constituant.

C’était le seul moyen de trouver un accord avec l’opposition via le dialogue politique et la concertation. D’exclure la violence. Et de régler un conflit historique, pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Le président réfléchit et attendit le bon moment. Jusqu’à ce que, le 1er mai, toutes les conditions soient enfin réunies. Ce jour-là, le président annonça que l’élection des délégués à l’Assemblée nationale constituante se tiendrait le 30 juillet. C’était la seule option en faveur de la paix.

Mais, une fois de plus, confirmant son affligeante myopie politique, l’opposition rejeta la main tendue. Sous les vivats de la presse mondiale, dans le cadre de la campagne brutale contre la révolution bolivarienne, les partis d’opposition décidèrent de ne pas y participer. Au contraire, ils se consacrèrent à saboter ces élections, y compris par la violence, empêchant l’accès au suffrage, montant des barricades, incendiant les bureaux de vote et menaçant ceux qui souhaitaient exercer leur droit de choisir.

Ils échouèrent. Ils furent incapables, le 30 juillet, d’empêcher la population de miser massivement sur la démocratie contre la violence et la terreur. Plus de huit millions et demi de citoyens se rendirent aux urnes, surmontant toutes sortes d’obstacles, affrontant les paramilitaires et les « guarimberos », traversant des rues bloquées, franchissant des torrents et des rivières, faisant l’impossible pour remplir leur devoir civique, politique, éthique et moral, surmontant les menaces intérieures et extérieures.

Peu de gens s’attendaient à une mobilisation populaire aussi forte, à un afflux d’électeurs aussi important et à un succès électoral aussi retentissant. Le lendemain, comme le président l’avait prédit, les « guarimbas » se démobilisaient. La violence se dissipait. La paix régnait à nouveau. Avec patience, courage, détermination et intelligence stratégique, le président Maduro réussit de la sorte à vaincre les « guarimbas » et à faire avorter la tentative de coup d’État. Il sut se montrer ferme face aux menaces, et ce sans modifier la substance de sa politique. Ce fut sa victoire la plus spectaculaire de 2017.

« La mise en place de l’Assemblée constituante, déclara Nicolas Maduro, a sans aucun doute facilité l’arrivée d’un climat de paix qui a permis de lancer l’offensive politique de la Révolution bolivarienne ». Et cette offensive a favorisé ce que beaucoup estimaient impossible : deux autres victoires électorales retentissantes.
Celle des gouverneurs des Etats, le 15 octobre, avec la conquête de 19 Etats sur 23, dont ceux de Miranda et Lara, deux États dont les politiques sociales étaient presque annihilées entre les mains de l’opposition. Et un peu plus tard, le triomphe dans le Zulia, un Etat stratégique de grand poids démographique et avec d’importants gisements de pétrole et de gaz.

La Révolution bolivarienne a ensuite également remporté les élections municipales du 10 décembre, avec 308 communes sur 335, soit 93% des mairies. Le chavisme l’a emporté dans 22 (sur 24) capitales régionales ainsi qu’à Caracas, tandis que la contre-révolution a confirmé son impopularité par la chute vertigineuse de ses électeurs. Elle a perdu plus de 2,1 millions de voix.

Montrant à tous ses détracteurs la vigueur de son système démocratique, le Venezuela est le seul pays à avoir organisé, en 2017, trois grandes élections nationales. Toutes trois remportées par le chavisme. Alors que la droite, démoralisée par tant de désastres successifs, se retrouvait atomisée, désunie, groggy… Ses dirigeants, divisés. Ses partisans, sonnés. Même si elle sut cependant conserver le soutien de ses protecteurs internationaux, en particulier le plus agressif d’entre eux : le nouveau président américain Donald Trump.

Tout au long de l’année 2017 – dans le prolongement du décret présidentiel du 8 mars 2015 signé par Barack Obama déclarant le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis » (!) – Donald Trump a publié une liste de sanctions contre la Révolution bolivarienne.

En particulier, le 11 août, il l’a menacé d’une « action militaire ». S’adressant à des journalistes sur son terrain de golf du New Jersey, Trump a déclaré : « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une option militaire possible, si nécessaire ». Puis, le 25 août, dans le cadre du blocus financier contre Caracas, Trump a interdit à « toute personne, entité, société ou association, légalement établie ou exerçant des activités aux Etats-Unis, de faire des affaires avec de nouvelles obligations de dette émises par des instances du gouvernement vénézuélien, à savoir les obligations de la République émises par la Banque centrale du Venezuela ou la société d’État Pdvsa ».

Ces sanctions cherchent à précipiter le Venezuela dans un « défault » (non-paiement de sa dette extérieure) en fermant à l’Etat et Pdvsa l’accès aux marchés financiers américains. En l’empêchant d’y offrir des titres et de pouvoir y obtenir des devises.

Déjà Lawrence Eagleburger, ancien secrétaire d’État du président George W. Bush, avait ouvertement reconnu dans une interview accordée à Fox News que la guerre économique contre le Venezuela avait été effectivement conçue à Washington : « Nous devons utiliser des outils économiques , avait-il déclaré, pour détériorer l’économie vénézuélienne, de sorte que l’influence du chavisme dans le pays et la région s’effondre (…) Tout ce que nous pourrons faire pour que l’économie vénézuélienne sombre dans une situation chaotique il faut le faire. » L’actuel secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a officiellement confirmé que les nouvelles sanctions économiques visent à « étrangler le Venezuela ».

Face à de telles agressions, Nicolas Maduro a déclaré que le « défault » « n’arrivera jamais ». D’abord, parce que le Venezuela est le pays d’Amérique du Sud qui a toujours payé sa dette. Au cours des quatre dernières années, par exemple, Caracas a payé près de 74 milliards de dollars… Et parce que le gouvernement bolivarien « aura toujours une stratégie claire » visant à renégocier et restructurer la dette extérieure. Le président a dénoncé que ce que les ennemis du chavisme recherchent c’est l’isolement financier de la Révolution bolivarienne. Pour qu’elle n’ait plus aucune possibilité de crédit, et pour l’asphyxier progressivement. Ses adversaires veulent susciter la peur chez les investisseurs privés, pour qu’ils n’achètent plus d’obligations, ne participent pas à la renégociation de la dette et que cessent les investissements. Nicolas Maduro a expliqué qu’au-delà du blocus, le Venezuela fait face à une véritable « persécution » à laquelle participent également des pays comme le Canada et ceux de l’Union européenne. Une persécution active du commerce, des comptes bancaires et des mouvements financiers.

Mais le président a su éviter certaines attaques. Il a particulièrement surpris ses adversaires lorsqu’il a annoncé, le 3 novembre, la création d’une Commission pour le refinancement et la restructuration de la dette extérieure, afin de surmonter les agressions financières. « Nous allons effectuer un reformatage complet des paiements externes pour atteindre l’équilibre », a-t-il affirmé. « Nous allons rompre les schémas internationaux ». Et ce fut le cas. Quelques jours plus tard, défiant le blocus financier, et comme première étape d’un rapprochement pour la renégociation et la restructuration envisagée par le président, un groupe de détenteurs de la dette vénézuélienne originaires des Etats-Unis, du Panama, du Royaume-Uni, du Portugal, de la Colombie, du Chili, de l’Argentine, du Japon et de l’Allemagne arrivait à Caracas pour rencontrer le gouvernement bolivarien. Ce qui a constitué une incontestable victoire pour le président Maduro.

Il convient de noter ici que le conflit de quatrième génération contre la Révolution bolivarienne possède plusieurs fronts. Ce sont notamment quatre guerres qui se livrent simultanément :

  1. Une guerre insurrectionnelle conçue par des experts en subversion, sabotage et psychologie de masse, avec emploi de mercenaires, explosion cyclique de « guarimbas » criminelles et attaques terroristes contre des casernes, des cibles militaires et des infrastructures globales (réseau électrique, raffineries, distribution d’eau, etc.).
  2. Une guerre médiatique, avec la presse, la radio, la télévision et les réseaux sociaux transformés en de nouvelles armées de conquête grâce à l’utilisation planifiée de la propagande visant à gagner les cœurs et les esprits.
  3. Une guerre diplomatique avec le harcèlement dans certaines instances internationales, notamment à l’OEA, le Mercosur, et les attaques des pays dits du « Groupe de Lima », régulièrement rejoints par les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne.
  4. Une guerre économique et financière avec accaparement et création de pénuries alimentaires et de médicaments, manipulation du type de change de la monnaie par des bureaux illégaux, inflation induite, blocus bancaire et distorsion du risque pays.

En ce qui concerne le risque pays, il ne faut pas oublier qu’au cours des quatre dernières années, comme déjà mentionné, Caracas a honoré l’ensemble de ses engagements de remboursement de la dette, sans exception, pour plus de 74 milliards de dollars, ce qui aurait dû réduire considérablement le risque du pays, puisque le Venezuela règle religieusement toutes ses dettes. Mais au contraire, le risque pays a continué d’augmenter. Actuellement, selon la banque JP Morgan, il atteint les 4 820 points, soit 38 fois plus élevé que celui du Chili, qui possède pourtant le même ratio dette/PIB que le Venezuela… On fait donc payer très cher à Caracas son choix démocratique d’un système socialiste.

Quant au blocus bancaire, tout au long de l’année 2017, et notamment après les sanctions de Donald Trump, les ruptures unilatérales de contrats au détriment du Venezuela se sont multipliées. En juillet, par exemple, l’agent de paiement Delaware a signalé que sa banque correspondante, la NCP Bank américaine, avait refusé de recevoir des fonds de PDVSA. En août, Novo Banco de Portugal a notifié à Caracas l’impossibilité d’effectuer des transactions en dollars en raison du blocage des banques intermédiaires américaines. Plus tard, la Bank of China-Frankfurt, un allié de Caracas, n’a pas non plus été en mesure de payer 15 millions de dollars dus par le Venezuela à la compagnie minière canadienne Gold Reserve. En novembre, plus de 39 millions de dollars – destinés à 23 opérations d’achats alimentaires pour les fêtes de fin d’année – ont été renvoyés à Caracas parce que les banques intermédiaires des fournisseurs n’ont pas accepté l’argent du Venezuela.

De surcroît, au début du mois de septembre, on a appris que la société financière Euroclear, une filiale de la banque américaine JP Morgan, avait bloqué un paiement de 1,2 milliard de dollars effectué par le gouvernement bolivarien pour acheter des médicaments et de la nourriture. Cela a empêché, en particulier, l’acquisition de 300 000 doses d’insuline. Dans le même temps, un laboratoire colombien appartenant au groupe suédois BSN Medical refusait d’accepter le paiement par le Venezuela d’une cargaison de primaquine, un médicament destiné au traitement du paludisme et de la malaria.

L’objectif de tous ces blocus est évidemment d’empêcher le gouvernement bolivarien d’utiliser ses ressources pour acheter la nourriture et les médicaments dont la population a besoin. Tout cela dans le but de pousser les gens à protester et de créer le chaos dans le système de santé, en mettant en danger la vie de milliers de malades.

Ici encore, grâce à ses relations internationales, le président a réussi, en novembre, à garantir l’arrivée urgente au Venezuela d’importantes cargaisons d’insuline en provenance de l’Inde. Des centaines de patients en danger de mort ont pu sauver leur vie. Ce fut sans doute une nouvelle victoire de Nicolas Maduro.

Pour briser le blocus financier, le président a annoncé en novembre une autre initiative : la création d’une monnaie numérique, le Petro.

Cette annonce a suscité un vif enthousiasme dans la communauté des investisseurs en cryptomonnaie, plaçant le Venezuela à l’avant-garde de la technologie et des finances mondiales. D’autant plus que le prix du Petro ne sera pas lié aux caprices et à la spéculation sur les marchés, mais sera associé à la valeur internationale des actifs réels tels que l’or, le gaz, les diamants et le pétrole. Le Venezuela a ainsi franchi un pas considérable pour disposer d’un mécanisme révolutionnaire de financement auquel aucune puissance étrangère ne pourra imposer de sanctions, ni boycotter l’arrivée de capitaux. En ce sens, le Petro constitue une autre victoire pour le président Maduro.maduro0509-OR630Il convient d’ajouter qu’au milieu de toutes ces batailles, et malgré l’effondrement du modèle de dépendance pétrolière, le président s’est soucié tout particulièrement de maintenir la continuité du socialisme bolivarien et de ce que les plus pauvres ne soient pas dépourvus d’école, de travail, d’un toit, de soins médicaux, de revenus, d’aliments…

Le gouvernement révolutionnaire n’a pas cessé de financer des travaux publics fondamentaux ou de bâtir des logements : en 2017, plus de 570 000 logements sociaux ont été construits. La Mission Barrio Adentro et toutes les missions sociales ont été maintenues. Le plan Siembra (semences) a été consolidé dans l’agriculture. La mission d’approvisionnement souverain a été prolongée. Les foires de productions rurales souveraines se sont multipliées. Au milieu de tant de tourments et d’attaques, le président Maduro a accompli un miracle social. La contre-révolution n’a pas pu arrêter l’avancée du socialisme.

Dans cette perspective, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP), un modèle centralisé de distribution directe de produits alimentaires, ont continué à se développer dans tout le pays et profitent aujourd’hui à quatre millions de Vénézuéliens pauvres qu’ils protègent contre les pénuries causées par la guerre économique.

En outre, le président Maduro a lancé de nouvelles initiatives sociales tout au long de l’année 2017. Le plus spectaculaire fut le Carnet de la Patrie, un nouveau document d’identité qui permet de connaître le statut socio-économique des citoyens à travers un système de codes QR, et qui favorise ainsi l’accès des familles nécessiteuses à l’aide sociale des missions socialistes. Fin décembre 2017, un total de 16,5 millions de citoyens avaient un Carnet de la Patrie.

Le président a également encouragé la création du mouvement « Somos Venezuela » (Nous sommes le Venezuela) afin d’accélérer le processus d’octroi des aides sociales. Les 200 000 brigadistes de « Somos Venezuela » ont pour tâche d’identifier, foyer par foyer, les besoins des familles modestes. Ils attribuent ensuite les allocations aux familles en fonction de leurs besoins réels. Un autre objectif important du mouvement « Somos Venezuela » est de garantir que 100 % des personnes de plus de 60 ans touchent une retraite, comme l’a promis Nicolas Maduro.

Le président a également proposé le plan « Chamba Juvenil » (Un chance pour les jeunes), qui s’adresse aux personnes âgées de 15 à 35 ans, dans le but de leur donner une formation pour leur permettre de trouver un emploi. Ce plan s’adresse en particulier aux étudiants universitaires sans emploi, aux jeunes non scolarisés, aux mères célibataires pauvres et aux enfants des rues. On estime que ce nouveau plan permettra l’accès de ces jeunes à environ 800 000 emplois.

Toutes ces avancées sociales ont sans aucun doute constitué les victoires les plus précieuses du président Maduro en 2017.

Nous pourrions également citer les succès obtenus dans le domaine de la politique étrangère, en particulier l’importante tournée internationale du président en Biélorussie, Algérie, Russie et Turquie en octobre, qui a débouché sur d’importants accords bilatéraux visant à gagner la guerre économique et sociale. Ou les négociations incessantes du président avec les Etats producteurs de pétrole (Opep et non-Opep) qui ont permis, en 2017, une hausse spectaculaire des prix du baril de plus de 23 %.

Citons également la grande offensive anticorruption lancée enfin, en novembre, avec l’annonce de plusieurs dizaines d’arrestations spectaculaires parmi la haute direction et les directeurs de Pdvsa et Citgo, y compris des dirigeants de premier rang. Rien de semblable ne s’était produit depuis cent ans dans l’industrie pétrolière vénézuélienne. Ce fut sans doute la victoire la plus commentée du président Maduro à la fin de 2017.

Pour finir, il faut rappeler que la destruction de l’image de Nicolas Maduro est le but principal des campagnes mondiales de propagande. Sans oublier la guerre numérique permanente dans la sphère d’Internet notamment sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, WhatsApp, Youtube, Instagram, etc. Toutes ces armes de manipulation de masse tentent de dégrader la figure du président et de manipuler la réalité vénézuélienne. Elles rendent invisible le niveau de soutien réel de larges pans de la population au président et cachent la violence de l’opposition. L’objectif est politique : soumettre le Venezuela bolivarien, acteur clé du système mondial, non seulement en raison de ses richesses considérables mais surtout à cause de son modèle révolutionnaire et social. Et évidemment de son importance géopolitique en tant que puissance anti-impérialiste d’influence régionale.

Jusqu’à présent, tous ces plans pour renverser Nicolas Maduro ont échoué. Comme il l’a dit lui-même : « L’impérialisme n’a pu nous asphyxier, et ne pourra rien contre la Révolution bolivarienne, sur quelque terrain qu’il nous cherche ». Au contraire, le président sort renforcé en 2017.

Cela lui a permis de reprendre l’initiative stratégique pour la pacification du pays. Préoccupé par la défense des grands intérêts nationaux et fidèle aux principes d’honnêteté et d’humilité maximale, Nicolas Maduro a proposé à l’opposition de s’asseoir à la table de négociations et de reprendre le dialogue. Cette fois-ci, dans le cadre neutre de Saint-Domingue (République dominicaine). Sur la base de la reconnaissance et du respect mutuels. Avec l’idée de rétablir une négociation nationale permanente comme méthode démocratique pour défendre l’intérêt supérieur de la nation et pour réguler le conflit qui surgit naturellement des divergences politiques au cours d’une révolution. Une telle avancée vers la paix a peut-être été la victoire la plus appréciée du président.

En cette année héroïque d’attaques brutales et d’agressions infinies, le chavisme a démontré sa force et sa capacité de dépassement, et a réussi à élargir sa base de soutien, augmentant les forces politiques et sociales qui soutiennent la révolution. Le chavisme apparait plus fort que jamais. C’est un soulagement et une espérance pour toute l’Amérique latine. N’en déplaise à ses ennemis, le président Nicolas Maduro a confirmé – avec ses douze brillantes victoires de 2017 – qu’il demeure, comme disent ses admirateurs, « in-des-truc-ti-ble ».

IGNACIO RAMONET

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-3XP

Au Venezuela, apprendre à désapprendre

1er jour : « NOUS SOMMES DES MILITANTS DE LA VIE »

Luisa Araujo et sa fille Lydda

« Pourquoi nous chantons ? Nous chantons parce qu’il pleut sur les sillons, et nous sommes des militants de la vie, nous chantons parce que les champs sentent le printemps, parce que dans la tige de ce fruit, chaque question a sa réponse ». Luisa, directrice vénézuélienne de l’école de Caquetios créée par le Mouvement des Sans Terre (du Brésil) au Venezuela, lit un poème de Benedetti. Étudiants et professeurs forment un cercle autour du mot Révolution qu’ils ont écrit avec des pierres. Autour des pierres, le drapeau du Mouvement des Sans Terre (MST). Luisa Araujo a donné naissance à une petite fille, le 17 décembre 2016. Elle s’appelle Lydda, comme cette militante et poète Lydda Franco, féministe née dans les années 1960. La « mistica » comme disent les brésiliens termine avec l’hymne national vénézuélien.

Le premier jour, les militants du MST, nous expliquent l’histoire et le fonctionnement de l’école. Celia Rodrigues, chargée de la formation politique de l’école, revient du Brésil, où elle a suivi un cours de formation de formateurs. « Nous ne croyons pas au hasard mais à la causalité, explique-t-elle. La défense de la révolution bolivarienne, part d’un des principes du MST : la solidarité, ici nous sommes sur une terre libérée par la Révolution. Notre objectif, c’est d’être autonome pour la production de nourriture et la formation » Les terres de Caquetios appartenaient aux propriétaires terriens qui l’utilisaient pour faire des courses de chevaux. Aujourd’hui, ce sont des « unités de production sociale ». En 2010, l’espace a été récupéré par le gouvernement bolivarien, à travers la CVAL (Corporation Vénézuélienne d’Alimentation). En 2014, Nicolas Maduro signe un nouvel accord avec le Mouvement des Sans Terres, et légalise les titres de propriété des terres. « Caquetios n’est pas une île, les pompes à eaux ont crevé, nous avons beaucoup de problèmes pour la production, nous n’avons pas de quoi arroser. Nous avons du mal à récolter, car on nous vole notre production ». La plus grande avancée selon Celia, c’est l’incorporation de vénézuéliens à la brigade du Mouvement des Sans Terre.

Celia Rodrigues, brasileña del movimiento Sin Tierras

Celia Rodrigues, coordinatrice de formation du Mouvement des Sans Terre (Brésil) au Vénézuéla

Simon Uzcategui, responsable de la production, explique qu’aujourd’hui, les producteurs commencent à fabriquer des biofertilisants. « Nous développons le maïs autochtone qui allait disparaître : le maïs guanape, et la courge, et nous utilisons le champignon tricoderme pour tuer le parasite « cogollero », nous produisons 600 d’insecticides naturel ». Les paysans produisent aujourd’hui une tonne mensuelle de fertilisant organique, ils réparent les tracteurs argentins et biélorusses, et les paysans cultivent deux jardins pour leur propre consommation. Les organisations paysannes sont en train de s’articuler pour former un front de Conseils Paysans. Celia essaye d’organiser des rencontres avec les femmes pour parler de leurs droits sexuels et reproductifs. Le Mouvement des Sans Terres a aussi créé un réseau d’amis de l’école, pour réaliser des cours de production et récupération de semences autochtones.

DIujEhlXYAQ_QLE

Cultures agro-écologiques sur les terres de Caquetios

IMG_1109.jpg

Début de l’atelier de cinéma

L’atelier de cinéma qui va durer 5 jours permettra aux étudiants d’apprendre les techniques du cinéma populaire d’EPLACITE, l’école populaire et latino-américaine de cinéma et théâtre fondée par Thierry Deronne dans les années 1990. Thierry est arrivé au Venezuela, après une rencontre avec des Vénézuéliens dans le Nicaragua sandiniste des années 80. L’histoire de l’école est liée au processus de transformation nationale de la Révolution bolivarienne avec la création de ViVE TV, mais c’est aussi l’école des mouvements sociaux, avec la participation du Mouvement des Sans Terre. « La production audiovisuelle c’est comme le travail du paysan, c’est exactement la même chose, dans les deux cas, il s’agit d’alimenter une population. Dans le premier cas c’est une alimentation physique et dans l’autre une alimentation intellectuelle, spirituelle, mais ces deux production passent par le temps. On ne fait pas un bon documentaire sans le temps de la participation, de l’enquête, de la réalisation, du montage, du retour vers la communauté avec ses images. Ce processus du temps est aussi au coeur du travail du paysan, il définit une vraie agriculture à l’écoute de la terre, au service d’un peuple, mais aussi d’une vraie information. »

L’atelier de cinéma commencera avec l’analyse de séquences de cinéma, et avec la critique de la monoforme télévisuelle où la figure sacro-sainte du journaliste fait de la radio déguisée en donnant la bonne parole au téléspectateur passif. Le « noticiero » de Santiago Alvarez propose une autre mode de produire l’information : une spirale croissante, participative qui part d’un problème vécu par la population pour remonter humblement vers les clefs et les possibles solutions. Une manière d’éveiller la conscience critique du téléspectateur-citoyen, responsable de la solution, lui aussi.

IMG_1048

Jesus Reyes (à gauche), enseignant de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma

Parallèlement, des militants-enseignants français du mouvement France Amérique Latine (FAL 33) de Bordeaux, enseignent la technique de la permaculture à des vénézuéliens venus jusqu’à Caquetios depuis les régions du Zulia, de Falcon, de Lara et de Caracas. Le premier jour, les participants reçoivent des cours théoriques, qu’ils mettront en pratique pendant la semaine. Il y aura trois ateliers : la construction de toilettes sèches, l’installation d’un réservoir d’eau pour filtrer les eaux usées, et un système de récupération des eaux de pluie.

Foto del grupo de Caquetios 2017

Le groupe franco-vénézuélien

Pendant ces cinq jours d’ateliers parallèles, nous formons différents groupes, chaque groupe porte un nom, et sera chargé des différentes tâches collectives dans l’école de Caquetios: solidarité, patrie, lutte, révolution, socialisme. Chaque matin, un groupe présente une poésie, un chant, une idée pendant 15 minutes : « C’est un moment de rencontre très important, de réaffirmation de pourquoi nous sommes là. Nous voulons voir le peuple, la lutte et ses espoirs, la joie et la célébration. L’exemple du partage, de la solidarité internationale, par exemple, c’est cette grande mare que vous avez traversé depuis la France pour venir ici travailler avec nous latino-américains », conclut Celia.

Le premier jour de l’atelier de permaculture, une étudiante de Rossana Melendez répond à la question du professeur de permaculture Franck David. Que signifie la permaculture ? La culture permanente, c’est apprendre à désapprendre. Réapprendre la culture ancestrale paysanne. « La révolution d’aujourd’hui, ce n’est pas la révolution verte, c’est la révolution de la résilience. La résilience c’est être en capacité de résister, ce que vous connaissez bien », répond Franck.

2ème jour : « J’ALLUME CETTE BOUGIE POUR RAVIVER LE FEU DU PATRIOTISME »

Ce matin, une jeune fille lit le poème, « une mer de petits feux », d’Eduardo  Galeano, tiré du « livre des étreintes », « Il y a des gens de grand feu, de petit feu, et des feux de toutes les couleurs. Il y a des feux de gens sereins, qui ne sentent pas le vent, des feux de gens fous, qui remplissent l’air d’étincelles ». Une bougie passe de main en main, et chacun dit une phrase que lui inspire la lumière. « J’allume cette bougie pour raviver le feu du patriotisme, dit une vénézuélienne. C’est mon tour. La première phrase qui me vient à l’esprit. « Que le sol « wicho » des yukpa, illumine le chemin des peuple en lutte ».

Sarah Gourdel participa en el taller de cine

Sarah Gourdel

Sarah Gourdel (photo) vit en France, elle arrive du Brésil pour assister à l’atelier de cinéma. Dans la région bordelaise, elle travaille dans un jardin pédagogique pour accompagner des collectifs d’habitants sur des résidences déjà construites, certaines en construction. L’organisme de formation met en place des pratiques agro-écologiques en jardinage naturel. Gloria Vergès, la présidente de FAL, est venue donner un cours de biofertilisants et lui a parlé de l’atelier de Caquetios au Venezuela. « J’ai décidé de prendre une semaine de vacances pour participer à cet atelier de cinéma, en même temps pour être en lien avec la communauté locale au Venezuela, faire de nouvelles rencontres, prendre ce temps pour moi, pour me former. » se souvient Sarah.

IMGP4406.JPG

Thierry Deronne, formateur de l’école populaire et latino-américaine de cinéma

L’atelier de cinéma documentaire se poursuit. Comment fabriquer un film à 10 personnes ? « On commence par l’enquête de terrain, sans caméra, on écoute avec patience, on se laisse surprendre par la réalité et on ne pas se laisse envahir par elle », explique Thierry à la pause-café. « Cet apprentissage devient un plan de bataille pour le documentaire à réaliser. Les trois groupes de 4 personnes vont être mélangé dans un montage parallèle final ».  Aujourd’hui, Sarah a appris la technique du montage parallèle : « deux situations se déroulent en même temps, et on va intercaler des plans, on fait des ellipses, on n’a pas toute la situation au même moment. » L’an dernier, les frères Rodriguez ont enseigné une autre méthodologie du documentaire. Ils ont demandé aux gens de se balader dans l’espace de Caquetios, et de ressentir cet espace directement, intuitivement, sans passer forcément par l’interview. A partir de là, les étudiants ont élaboré leur image personnelle, avec un montage final d’ordre poétique. « On sait qu’il y a différentes façons d’aborder le réel, que la poésie est aussi importante que la sociologie, l’histoire et la philosophie » précise Thierry.

28815317043_ff9c5c2429_bOdilio Mendez a 20 ans, il vient d’un Conseil Communal près de la Commune El Maizal dans l’Etat de Lara. Angel Prada, représentant de la Commune a été élu à l’Assemblée Constituante comme représentant territorial. « Nous sommes très fiers de son élection, cela fait 9 ans que nous luttons pour la consolidation de la Commune qui va être désormais inscrit dans la Constitution. Nous souhaitons arriver à l’autogouvernement. La commune a demandé une aide pour semer 800 hectares de maïs cette année. En 2016, 1100 hectares ont été semés, et 4 000 tonnes ont été récoltées. « Mais où se trouve la farine ? Le problème du manque de conscience du paysan est un grave problème. Il y a beaucoup de corruption entre nous. Sans faire cet examen, nous ne pouvons pas avancer. Nous devons mettre fin à la rivalité qui existe entre nous ». La Commune El Maizal dans l’Etat Portuguesa, est composée de 22 conseils communaux se trouve en face de la Commune El Piñal dans l’Etat de Lara, et ses 4 Conseils Paysans. « Les paysans refusent de s’entraider. Comment pouvons-nous dialoguer entre les Communes ? Notre commune est mieux consolidée, nous pourrions aider El Piñal avec le problème de l’électrification, de la consommation, de l’eau. »

Odilio Mendez de la Comuna el Maizal, Rosana Melendez y un militante del Frente Francisco de Miranda instalan un sistema para recolectar la lluvia

Odilio Mendez de la commune El Maizal (à droite)

Le problème de la production alimentaire est aussi liée au manque d’inspection, 4 millions d’hectares ont été remis à des producteurs qui ne produisent pas, mais n’ont qu’un objectif : soustraire des ressources à l’État. Le Fond de développement agricole (FONDAS) est tombé en ruine plusieurs fois, parce que beaucoup de crédits ont été déviés. L’État ne peut donc pas leur donner de nouveau crédit, ou financer d’autres producteurs. «Nous sommes habitués à cette culture capitaliste de recevoir des ordres, nous avons toujours besoin de la figure d’un chef », critique Douglas Quintero, du mouvement Fabricio Ojeda, qui appartient au Conseil Communal Indio Chejendé. « Il faut mettre la pression sur le paysan pour qu’il produise sans lui porter préjudice, car en fonction des saisons, la productivité n’est pas la même ». Changer le système bureaucratique inefficace est tout aussi essentiel. Auparavant, l’Institut National des Terres (INTI) mettait 5 ans à remettre le titre de propriété de la terre au paysan. Aujourd’hui, le système est automatisé, et ne dure que 15 jours. Douglas vient d’une famille pauvre, il se définit comme une « âme libre » qui n’aime pas recevoir des ordres. Il a travaillé dans plusieurs institutions agricoles et fondations privées, il est aujourd’hui technicien agricole à Boconó, dans l’État de Trujillo. « J’aime ce métier car j’ai le sentiment d’aider les gens. »

Douglas Quintero trabaja en el taller de phyto-epuracion 2.jpg

Douglas Quintero dans l’atelier de phyto-épuration.

3ème jour: « COLIBRI, TU N’ES PAS FOU ? CE N’EST PAS AVEC CES GOUTTES D’EAU QUE TU VAS ÉTEINDRE LE FEU ! – « : JE LE SAIS, MAIS JE FAIS MA PART ».

Sur le sol, entre les pieds des participants, un chapeau Indien Yukpa. Deux compagnons lisent quelques lignes du livre « Notre Amérique, Passé Communautaire, vers un socialisme indigène ».  « Avec Guaicapuro, Paramaconi, les nus et héroïques indigènes Caracas, nous devons être, et non avec les flammes qui les ont brûlé, ni les cordes qui les ont attaché, ni les fers qui les ont décapité, ni les chiens qui les ont mordus ». Pendant la lecture, une des participantes distribue des fleurs et des plantes aux étudiants et professeurs. Je lis un passage du livre de Pierre Rahbi « Vers la sobriété heureuse », l’histoire du colibri, ce petit oiseau qui tente d’éteindre un immense incendie en recueillant des gouttes d’eau sur les fleurs, alors que les animaux fuient la forêt. Le tatou lui demande « Colibri, tu n’es pas fou, ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? « Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part. «  Ces fleurs qui ont été données, puis redéposées sur le sol pour la terre, des offrandes, des prières pour la terre, la terre est vraiment en souffrance et on a besoin de s’en occuper, c’est ce qui m’a le plus touché, c’est notre mère terre, la Pachamama, j’adore la nature, et le fait d’avoir aborder plein de lecture dont celle du colibri avec chacun fait sa part. comme ça vient plutôt d’Europe, c’est bien de faire cet échange »

Mistica del tercer dia con un sombrero yukpa en el centro, con flores y plantas recojidas en el jardin de Caquetios 2.jpgColibris, mouvement pour la terre et l’humanisme, lancé par Pierre Rabhi encourage l’émergence et l’incarnation de nouveau modèle de société fondée sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme. Son ambition est de participer à la construction d’une société fondée sur le bonheur d’être plutôt que la volonté d’avoir. En Europe, les mouvements écologistes parlent depuis une dizaine d’année de la « décroissance ». Une expression qui peut paraître aberrante pour les gens du Sud de notre terre. En Europe, on utilise de l’eau potable pour les toilettes, alors que dans l’État de Falcon, terre aride du nord-ouest du Venezuela où vit Rossana Melendez, l’eau potable n’arrive qu’une fois par semaine par camion-citerne. Le système de récupération des eaux de pluie est très utile. Même s’il ne pleut presque jamais dans cette région, lorsque la pluie tombe, cela peut durer plusieurs jours. Son rêve, créer une réserve naturelle pour la faune sylvestre. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a commencé à militer au sein d’un mouvement révolutionnaire, en désaccord avec sa famille de droite. Elle a aujourd’hui 26 ans, elle a fait des études de gestion environnementale à l’Université Bolivarienne. Le visage de Chavez tatouée sur sa cuisse n’est pas une veste qu’on retourne toujours du bon côté, comme dit Jacques Dutronc, dans sa chanson sur la critique de la mentalité capitaliste.

Rosaura Mendez es licenciada en gestion ambiental de la Universidad Bolivariana de Falcon 2

Rossana Menendez, licenciée en Gestion Environnementale de la (nouvelle) Université Bolivarienne, état de Falcon

 « Je crois que nous devrions avoir tous les même possibilités de nous développer. La croissance, c’est un appauvrissement moral. Nous devons nous diriger vers l’éco-socialisme. Je crois que le problème de l’arc minier nous montre qu’il faut un équilibre entre les différentes ressources du Venezuela. Mais nous ne devons pas commettre les mêmes erreurs qu’avec le pétrole, nous devons utiliser ces ressources comme l’agriculture ou le tourisme. Souvenons-nous des paysans qui ont quitté leurs terres pour travailler dans les villes au moment du boom pétrolier en 1973. Ils vont à nouveau partir pour travailler dans les mines en pensant à leur supposé « bien-être ». Mais peut-être que lorsqu’ils voudront revenir sur leurs terres, elles n’existeront plus. Pour le moment, nous avons ces ressources minières, mais elles ne sont pas infinies. »

Menehould, jeune française de 22 ans a décidé de participer à l’atelier des toilettes sèches qui permettent d’économiser 50 % de la quantité d’eau nécessaire pour l’être humain. En France, elle travaille dans l’aéronautique et vit dans un petit studio parisien. Elle rêve de construire une maison en bois écologique sur roulette, dans lequel elle installerait des toilettes sèche. Elle partage la vision de Rosaura sur le concept de décroissance. « C’est un terme péjoratif. Dans l’esprit de beaucoup de gens, la décroissance s’accompagne de l’idée de régression mais ce n’est pas du tout le cas. Dans les pays qui sont moins développés – si je puis dire-, c’est plutôt une opportunité de développer dans le bon sens. En Europe, on a un confort de vie bien trop futile, et c’est difficile de dire aux gens de faire autrement. Qu’est-ce que la croissance, elle n’est jouable que si on consomme toujours plus. On est arrivé aux limites de notre planète. Le 2 août, on a dépensé toutes les ressources naturelles existantes sur la planète qu’elle pouvait faire en un an. »

menehould-flor-goya-y-un-carpintero-fabrican-el-bano-seco.jpg

Menehould (chemise blanche) entourée de Goya (gauche) et de Flor (droite)

Nous avons perdu 2 milliards d’hectares en 6000 ans, mais en 60 ans, nous en avons perdu un milliard. « L’homme peut dégrader le sol, l’eau et l’atmosphère, mais il ne peut pas supprimer le sol. Pour détruire l’eau il faudrait la faire bouillir à 100°, ce qui n’arrivera jamais heureusement, par contre le sol on le dégrade très facilement. La notion de sol est donc très importante en terme de permaculture », précise Franck David (photo), paysagiste de formation, depuis sa longue expérience au sein de la Scoop Saluterre.

Franck David

Le paysagiste et enseignant de permaculture Franck David

Les étudiants apprennent la technique de la phyto-épuration, des filtres naturels pour nettoyer cette eau.

Patricia Leal (photos ci-dessous) et David, le fils de Yanilys, du Réseau National des Communardes et Communards sont à l’œuvre, ils espèrent mettre en pratique cette méthode dans leur région semi-aride. Ils construisent avec leurs compagnons un premier filtre vertical. L’eau tombe dans ce filtre vertical, comme une piscine. Ils la remplissent de grosses pierres au fond. Un drain va permettre l’évacuation des gaz, car une grande activité bactériologique va se faire, sans oxygène. Le drain évite de tuer le système, qui attrape toute la pollution, la transforme en nitrate, azote, potassium. Les particules restent accrochées aux gros cailloux. Un autre tuyau transporte l’eau vers une autre piscine moins profonde, de seulement 30 centimètres, horizontale. Le passage de l’eau va se faire de manière horizontale. « Je vais mettre des graviers surtout, les particules vont rester dans les graviers, explique Gloria Verges, professeure de permaculture. Cette piscine est forcément recouverte d’eau, je vais installer des plantes, qui vont remuer les graviers, et vont permettre d’oxygéner cette eau, au bout, je mets encore un tuyau, et là l’eau va aller dans un petit étang avec des plantes à eaux qui terminent de nettoyer l’eau. Lorsque l’eau est là, elle est parfaite. »

Rossana souhaite organiser un voyage à Falcon avec l’équipe de FAL 33 pour étudier les possibilités de permaculture : « Je viens d’une zone très aride, où il y a très peu d’eau, quasiment nulle. Quelle serait la meilleure méthode pour utiliser ces eaux ? Il te faut regarder le sol, lui répond Franck. Il va falloir planter des arbres pour qu’il n’y ait pas de forte évaporation la journée avec des grosses chaleurs, car l’eau va très vite s’évaporer. Il faut planter des arbres parce que ce sont les racines des arbres qui vont permettre de faire percoler l’eau dans les nappes souterraines. Il faudrait se prosterner devant les arbres. C’est dans l’arbre qu’on devrait puiser notre énergie. L’arbre fabrique le sol, il va interférer sur les pollutions atmosphériques, il va filtrer en permanence l’eau. Il va épurer l’air, il va surtout être un réservoir de biodiversité extraordinaire. »

 4ème JOUR: L’ORÉNOQUE ET L’AMAZONE S’EMBRASSERONT.  

La poésie matinale, cette fois, ne se déroule pas dans la salle de classe, mais à l’air libre. Une carte du Venezuela est dessinée sur le sable. Nous sommes invités à en faire le tour, puis on prend un des objets posés au sol : graines, fleurs, fruits, instruments de musiques, caméra, outils de travail. Chacun se positionne sur un endroit de la carte du pays, dit une phrase. Je pose sur le sol un sac de graines : « Vive la loi des semences autochtones vénézuéliennes, interdiction de la directive 9.70 en Colombie ! » (La loi interdit aux paysans de garder leur graines qu’ils sont obligés de les acheter à la multinationale Monsanto).

Au Venezuela, l’utilisation des produits chimiques a dévoré les sols pendant des décennies, le développement de l’agro-écologie est comme la goutte d’eau du colibri, elle commence à éteindre le feu doucement. Mais d’abord, et encore, il faut lutter contre les mafias de la distribution. En 2015, dans la région de Trujillo, le fertilisant chimique était accaparé par les grandes boutiques d’agros. Le prix a tellement augmenté que l’idée de créer un conseil paysan est née. « Nous avons réussi à créer un lien direct avec l’institution Agropatría, et acheter directement les engrais à Pequiven, pour arriver à faire baisser les prix de manière conséquente, explique Douglas. Ces produits ne peuvent pas être gardés plus de 3 ou 4 mois, ils sont très corrosifs et se détériorent rapidement ». Douglas reconnaît que la lutte contre l’agriculture conventionnelle n’est pas facile, car elle est très rentable économiquement.

Face au capitalisme qui dévore notre mère terre, la permaculture nous offre la possibilité de prendre le temps d’observer la nature, échanger, mutualiser en permanence. Le temps n’est pas une ligne droite pour les peuples originaires, c’est une spirale, une forme très utilisée dans la nature : « Le vent est une spirale, le son est une spirale, la voix est une spirale, l’univers est une spirale, les escargots, les coroles, c’est une forme très belle la spirale, car on part de pas grand-chose, et on grandit, cela donne l’effet papillon, », raconte Franck.

Jeudi soir, on distribue des petits papiers. La lumière s’éteint, une voix parle de l’obscurité, de la tristesse, de la douleur, du deuil. Chacun brûle les papiers au centre du cercle, et la lumière s’allume. Les tambours sonnent au rythme de la batucada brésilienne. Sarah danse au centre, nous la rejoignons. La fête commence. Une chanson d’Ali Primera. « Viens, ami Colombien, nous allons chanter ensemble pour la deuxième Indépendance, nous allons lutter ensemble, l’Orénoque et le Magdalena s’embrasseront, entre les chansons de la jungle, tes enfants et les miens chanteront et souriront à la paix. »

Gloria Vergès ayuda los estudiantes a fabricar el la primera piscina de phyto-epuracion

Gloria Verges (à droite) avec les participants à l’atelier de construction du bassin de filtrage de phyto-épuration

Gloria Verges, présidente de FAL 33, a commencé à militer avec les exilés politiques latino-américains dans les années 1970. Au sein d’une association, La Peña, elle recevait les musiciens en exil, comme Inti Illimani et Quilapayun, Mercedes Sosa, Viglietti. Pour faire connaître les mouvements de libération d’Amérique latine, elle a participé à la création d’un comité France Amérique Latine en Gironde en 1981. Parallèlement, elle créé en 1983, un festival de ciné latino-américain. Elle part vivre 3 ans à Cuba, puis rentre en France en 1987. Elle milite avec les zapatistes à la fin des années 1980, développe un projet avec les mères célibataires boliviennes. La période spéciale commence à Cuba. Gloria continue de s’y rendre régulièrement, elle voyage aussi en Colombie pour travailler sur le problème des exactions des paramilitaires, des déplacés de guerre, des exécutions extrajudiciaires, et commence à s’intéresser à l’agriculture urbaine à Cuba. «J’ai rencontré la fondation Antonio Nuñez Jiménez (http://www.fanj.cult.cu), compagnon de lutte de Fidel Castro, un géographe cubain et spéléologue, qui a cartographié Cuba, et qui a découvert la moitié des grottes cubaines, qui a beaucoup travaillé au Venezuela sur l’Orénoque, et dans l’Amazonie, et qui a fondé une association pour la protection de l’environnement auprès des jeunes, la gestion des milieux humides et particulier à Cuba. »

La fondation commence à développer des formations à la permaculture, à partir de 1994, avec des australiens, qui étaient à Cuba au moment de la période spéciale, pour pouvoir faire en ville des jardins spontanés. « En pratiquant la permaculture, on ne va pas se mettre à vivre comme vivaient les hommes dans les cavernes, non. On sait que l’on peut vivre confortablement, en répondant à toutes les nécessités fondamentales de l’homme, c’est-à-dire bien se nourrir, s’alimenter pour être en bonne santé, avoir un toit, être en bonne relation avec les autres, avoir du temps pour soit, penser, ne rien faire, rêver, écrire de la poésie, chanter, regarder la lune, et non pas travailler 40 heures comme des abrutis, et rentrer chez soit complètement claqué, et se mettre devant la télé ou devant des écrans pour s’abrutir. La permaculture, c’est une façon de concevoir le monde, le rapport de l’homme à la planète, c’est une philosophie de vie sur la planète. »

Gloria découvre le Venezuela après avoir vu un film de Thierry Deronne, « le Passage des Andes » en 2005. Le réalisateur vient présenter son film à Bordeaux, invité par le festival « Rencontres » de FAL 33. Elle effectue un premier voyage au Venezuela en 2011, pour mettre en relation l’école populaire et latino-américaine de cinéma (EPLACITE) et le Festival de Cinéma de Bordeaux. « Cela nous permettait de faire se rejoindre nos deux secteurs principaux qui sont le cinéma et la solidarité. J’avais un projet d’agro-écologie, je savais que le Mouvement des Sans Terre était au Venezuela. On a monté à Camunare Rojo un projet avec des femmes paysannes dans l’Etat agricole de Yaracuy. L’an dernier, on a fait une formation permaculture et cinéma, et après on est venu ici, on a développé le projet de Camunare Rojo, celui de Caquetios, et on continue avec EPLACITE. »

IMG_1395

Le formateur Juan José Moreno (chemise rouge, à droite) pendant l’atelier de cinéma de l’EPLACITE

Juan José Moreno, Jota, a 25 ans, il a étudié à l’EPLACITE, où il est désormais professeur de ciné. Il accompagne les étudiants de Caquetios pour la réalisation de leur court-métrage. L’atelier réalisé l’an dernier à Camunare avec les femmes qui ont créé la télévision communautaire est une expérience inoubliable. Elles souhaitaient faire un film de fiction à partir d’une thèse réalisée par des étudiants de l’université centrale dans les années 1970. « Nous avons extrait de ce livre une lutte qui a beaucoup marqué l’histoire de ce village. Une femme violée, séparée de ses parents, mise en esclavage par le grand propriétaire, est témoin tardivement de la naissance de la révolution bolivarienne. Nous racontons dans le film l’assassinat de sa mère au moment de la naissance, puis son enlèvement par un péon du propriétaire terrien. Cette femme n’est plus en vie, mais celles qui ont travaillé le scénario l’ont connue. Dans ce court-métrage de 12 minutes, on voit un camarade qui lutte pour la titularisation des terres, plusieurs personnages se croisent. Le film ne termine pas avec l’étape de la révolution, mais avec un regard d’espoir. Pour nous, c’était très important de montrer que la révolution bolivarienne est un processus qui ne s’est jamais arrêté. L’histoire de Camunare Rojo, nous a ramené à l’histoire des racines des premières résistances indo-américaines sur ces terres, la lutte d’Ezéquiel Zamora, et de Chávez ».  

 5ÈME JOUR. VIE, TERRE

Nous sommes en cercle, dehors. Chacun écrit sur un petit papier les trois mots qui résume notre séjour à Caquetios, que l’on dépose au centre du cercle. « J’écris: sourire, vie, terre ». Ménéhould entonne “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?” 

Le dernier jour, nous rencontrons Ubiel Viñales, un agriculteur aveugle qui pratique l’agro-écologie. Ubiel a récupéré la terre de Yaracuy, avec son camarade député Braulio Alvarez. Il a dú se cacher pendant un an, il y a 20 ans, car les propriétaires terriens le cherchaient pour l’assassiner. Il s’est battu contre les policiers sicaires d’Eduardo Lapi, gouverneur de droite de l’état de Yaracuy, qui poursuivaient les paysans en lutte. « La centrale sucrière Matilde usurpait une terre de tradition indigène. Nous avons pu le démontrer avec la Gazette Officielle de 1904, lorsque Cipriano Castro a ordonné le droit de répartir ces terres. Si les droits indigènes sont intransmissibles, inaliénables, et inattaquables, comment est-ce possible que Jesus Asquetas, colonisateur cubain, arrive au Venezuela en 1946, pour acheter les réserves indiennes de Fermin Calderon, un homme riche qui battait sa propre monnaie ? Si tu étais propriétaire d’une réserve indigène, et que tu avais besoin d’argent, il te prêtait de l’argent, mais il mettait en garantie la terre. Comme au bout de deux ans, tu ne pouvais pas payer ta dette, il récupérait la terre. »

Ubiel a suivi un cours à l’Université Expérimentale de Portuguesa et des Llanos, l’UNELLEZ, puis s’est formé en agro-écologie, grâce à la mission sociale Savoir et Travail, qui devrait « éliminer la division de classe, sans patron ni ouvrier, si nous luttons pour une véritable indépendance. » Il a créé un engrais organique, le « curachire viñalero ». L’origine du nom est un oiseau d’Amazonie. Lorsque cet oiseau vole au-dessus des champs, c’est le signe que vient une grande production agricole. “Nos ancêtres n’utilisaient pas d’engrais chimiques, ils coupaient l’arbre “Rosa”, le brûlait, et utilisait la cendre des arbres comme engrais. Et comme cela, il pouvaient produire toute l’année. »

Marta Lopez, la femme d’Ubiel, est professeure des écoles, retraitée. Elle a mis en place dans son école des projets communautaire pour former les enfants au développement écologique. « C’est une graine qui est restée ici. J’avais 30 petits, il y avait beaucoup de producteurs autour qui utilisaient des produits chimiques. Un jour, je suis tombée malade, j’ai eu une forte bronchite, les enfants aussi. Nous avons commencé à organiser des débats avec les gardes forestiers. L’institutrice actuelle continue mon travail, c’est pour cela que l’éducation est tellement importante. Le monde est à l’envers, comme disait Galeano. Où se trouve l’eau ? Dans les pays du Sud » Et Ubiel, d’ajouter : « Le fleuve Tocuyo débouche sur la mer des Caraïbes dans l’Etat de Falcon. A travers l’érosion du fleuve, à chaque crue, il entraîne du sable. L’accumulation du sable dans le Yaracuy, dans les dunes de Coro se fait à travers la brise. Lorsque Colon, est arrivé et a trouvé au bord du fleuve les Indiens Caraïbes, eux connaissaient bien ce fleuve, parce qu’il était navigable.» Le couple se réjouit de la création de l’université de l’environnement à la Fleur du Venezuela à Barquisimeto, construit par l’architecte alternatif Fruto Vivas, pavillon du Venezuela à l’exposition mondiale de Hanovre en 2000. Le toit est composé de 16 pétales qui s’ouvrent et se ferment. Les vénézuéliens aiment y contempler le coucher de soleil. « Mais la pratique de l’agro-écologie doit se faire sur le terrain, non dans une salle de classe », souligne Ubiel.

L’éducation à l’environnement ouvre la voie patiente vers l’éco-socialisme. « Les jeunes sont comme des éponges, raconte Odilio. Nous devons retenir toutes ces informations, et les faires connaître dans nos communautés, et les mettre en pratique. Aujourd’hui, dans la Commune el Maizal, il n’y a que grands parents. Nous luttons pour la Commune, nous mourrons, et ensuite, que font les jeunes ? 70 % des votes pour l’Assemblée Constituante, ce sont des jeunes.  Nous devons luttons pour ne pas perdre les valeurs. Je suis jeune, rebelle, que vive la Commune ! ». David Torres, ne veut pas quitter la terre de ses ancêtres, comme dit son père Glaudy Alvarez, « s’il devait renaître, ce serait au même endroit, comme disait Chavez »

Dernier jour de formation. Luisa porte sa petite Lydda dans les bras. Sa voix résonne dans la salle de classe. Des bougies sont posées au sol. “Changez le superficiel, changez aussi ce qui est profond, changez la manière de penser, changez tout dans ce monde, changez le climat avec les années, comme le pasteur change avec son troupeau. Et comme tout change, les cheveux du vieil homme changent. Et comme tout change, que je change, ce n’est pas étrange.
Mais cela ne change pas mon amour aussi loin que je sois, ni la mémoire ni la douleur, de mon peuple. Ce qui a changé hier, vous devrez le changer demain. Tout comme je change, dans ce pays lointain. Que je change n’est pas étrange.

P1280564.JPG

Prévisionnage de leur image par les paysans qui travaillent la terre de Caquetíos

DIVvfmbXUAAFcI7

Dernières heures de montage

L’atelier se termine sur la projection du court-métrage réalisé par la quinzaine de participants :

6ÈME JOUR : « JUSQU’À NOUS ENTERRER DANS LA MER »  

Retour vers la capitale. Avec Yannilys Torres, la mère de David, nous allons voir la projection du court-métrage « Mémoires du ciel » de Jésus Reyes, étudiant et aujoud’hui formateur de l’EPLACITE, réalisé dans le vaste quartier populaire de Catia, à l’Ouest de Caracas. Le son raconte l’histoire et la réalité du quartier. « J’aime beaucoup ce film, raconte une personne âgée. J’ai vu un quartier que je n’ai pas connu enfant. Thierry nous a aidés à construire un discours au-delà des mots. » 

Le film « jusqu’à nous enterrer dans la mer », qui sera présenté le 21 septembre au Festival du cinéma d’Attac en Belgique commence… « J’ai vécu un an dans un quartier populaire, me raconte Thierry Deronne, les 11 premiers mois, je n’ai fait qu’y vivre pour dialoguer avec les gens, partager des éléments d’organisation, y compris sur le plan de l’alimentation, sur la lutte contre cette guerre économique, et les pénuries qui en dérivent, puis j’ai senti le moment, le point de rencontre qui pouvait définir l’ensemble de cette réalité. Ce quartier populaire m’est apparu petit à petit comme un grand bateau avec beaucoup de passagers sur une mer violente, qui est la guerre économique, cet océan chaotique de la globalisation culturelle, de la déstructuration de la conscience, d’un jeune un peu perdu qui erre dans un no-man’s land culturel, cet mer violente qui explique en partie ce titre. »

La première image du film, un jardin en friche. « Si nous avions appris à semer, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». Ce n’est plus le temps lyrique de la révolution bolivarienne, où l’imaginaire se nourrissait de passions créatives, en vivant le temps présent. Aujourd’hui, c’est le temps de la résistance patiente du rêve. Une institutrice donne les cours à l’école, son bébé sous le bras. Il n’y a pas de médicament, mais une jeune femme asthmatique, est reçue gratuitement au dispensaire de Barrio Adentro installé au siège du conseil communal. « J’ai aussi voulu écrire cette chronique le plus fidèlement possible à ce que je vivais, par rapport à un cinéma militant qui projette parfois ses désirs sur la réalité, qui parfois se casse la figure, parce qu’il a confondu son rêve avec le réel, a projeté une iconographie du peuple en marche, de la combattante souriante avec un bébé dans les bras. Il ne s’agit pas d’un hymne lyrique à la révolution, mais de regarder la rose avec ses épines, pour mieux réfléchir collectivement et apporter à d’autres de nouvelles idées, mais aussi des leçons à tirer de l’expérience pour continuer à avancer, sans idéaliser la réalité. »

IMG_2435

Denir Sosa, membre de l’équipe du Mouvement brésilien des Sans Terre au Vénézuela

C’est la fin du film, les lumières s’allument. Denir Sosa, militant brésilien du Mouvement des Sans Terres prend la parole. « On nous montre qu’une autre communication est possible, celle des quartiers, invisibles dans les télévisions commerciales. Je dis cela, car les télénovelas brésiliennes sont supposément les meilleures, mais ce n’est pas vrai, si vous faites attention, vous verrez que les noirs sont toujours des employés, chauffeurs, mères au foyer, et lorsque la vie des quartiers apparaît, c’est manière caricaturale. »

Lorsque nous sortons du cinéma, nous discutons du film avec Ynnilys. Je lui demande ce qu’elle pense de la question de la colonialité : « Je vois dans la colonialité, le modernisme et le moi-je-isme. Nous devons arrêter d’être toujours dépendants d’une mode commerciale qui chasse l’autre, et nous identifier à nos racines. Chavez nous a dit qu’il fallait apprendre à produire. Nous devons enseigner aux jeunes à produire de manière écologique, comme par exemple la fabrication d’espadrilles artisanales. » Yanilys, paysanne de l’Etat semi-aride de Lara me parle de l’importance de l’agriculture urbaine. «Ce n’est pas parce que nous sommes en ville que nous ne pouvons pas semer de légumes sur notre balcon. Le film « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » conclut avec le mouvement culturel théâtral César Rengifo. C’est l’image finale qui m’a le plus marqué : la culture. Un des professeurs explique que dans ce programme d’enseignement populaire du théâtre, si on parle de l’Homme Nouveau, il faut bannir le mot de « compétition ». Nous devons partager ces savoirs, mais apprendre à travailler en collectivité. Et petit à petit, retrouver l’amour de semer. »

Texte et photos : Angèle Savino / Victor Rivera / Eplacite

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3pC

Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique

COT8-aIU8AAlgQk

Mesures annoncées par le Président de la République, Nicolás Maduro, dans son discours à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) ce 7 septembre

La Loi de sécurité d’approvisionnement et de prix fixes : « Loi du Plan 50. » La discussion débutera vendredi avec celle-ci, à partir de la Grande Mission de l’Approvisionnement Souverain et les secteurs de la production, de la distribution, les consommateurs et le pouvoir populaire pour créer un nouveau système de fixation des prix de vente maximum pour le public de 50 produits et services essentiels. L’Etat jouera un rôle fondamental avec un procureur et un contrôleur de ces prix. Parmi les produits concernés : le lait pasteurisé, le lait en poudre, la mayonnaise, la margarine, la mortadelle, la farine de blé pour la boulangerie, les pâtes alimentaires, le poulet, la turbina, le cococoro2, le thon, la sardine, le beurre, le fromage blanc dur, le jambon de porc, le savon en pain, le savon de bain, d’huile, entre autres.

Pour Maduro, la solution ne peut être un gel des prix « déphasé et irréaliste, » c’est pourquoi on cherche des consensus « pour les bonnes solutions » par le dialogue mais on a besoin du peuple mobilisé dans la rue et de la justice agissant à temps. On ne peut pas non plus envisager comme solution la libération des prix. J’ai affirmé que le Gouvernement ne laissera pas le peuple seul.

La seconde loi vise à créer un réseau d’inspecteurs citoyens dans les Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) et dans les Conseils Communaux. Maduro a indiqué qu’ils « doivent être les yeux, les oreilles et les mains des quartiers, des communautés, des rues et des villes du Venezuela » pour surveiller les prix en leur donnant une présence juridique et un pouvoir d’action. Ces procureurs du peuple doivent être accompagnés par un procureur d’office et par un défenseur du peuple qui puissent arrêter ceux qui violent la loi pour qu’ils soient jugés par es tribunaux.

La troisième loi autorise le fonctionnement de bureaux de change dans tout le pays (et pas seulement dans les zones frontalières) pour vaincre les mécanismes de fixation des prix du dollar depuis Miami (à travers le site Web d’opposition “DolarToday”). Ils seront dirigés par la Banque Centrale du Venezuela et la Commission de l’Economie Nationale.

La quatrième Loi touche la Promotion et la Protection de l’Investissement Etranger au Venezuela qui permettra d’améliorer les conditions d’investissement des entreprises étrangères.

La cinquième loi établit un nouveau régime pour les investisseurs et un nouveau régime fiscal pour le développement souverain de l’Arc Minier de l’Orénoque. Il a souligné que le mois dernier,  unnouveau lot de 540 kg d’or produit de l’exploitation minière sont entrés dans les réserves internationale. On voudrait qu’un tiers des devises qui entraient par la rente du pétrole soit couvert par le développement minier.

La sixième loi cherche à payer l’impôt de façon juste et à créer des impôts pour ceux qui se sont enrichis pendant la guerre économique. « Que les plus riches paient le développement économique du pays. » Il a demandé une enquête spéciale dans les 30 jours pour déterminer qui sont les bénéficiaires des grandes fortunes surgies de la guerre économique. Il a demandé à l’ANC de déterminer l’origine et la localisation de ces grandes fortunes grâce à sa commission de contrôle.

La septième loi crée l’Unité Fiscale Punitive « pour que tous les délits commis dans le domaine économique contre le peuple soient poursuivis, des plus petits aux plus grands et qu’ils soient rapportés jusqu’à al façon de marcher. » On appliquera la loi à toute personne qui spécule ou fait de la contrebande d’aliments. Il a souligné que les lois actuelles appliquent des amendes dérisoires à ceux qui commettent ces infractions. Maduro a indiqué que le système de facturation électronique pour les 5 000 grands contribuables du pays devrait être installé dans les 30 jours pour qu’ils « paient au pays, respectent l’économie et qu’ils prennent le minimum. » Le ministre des Finances et vice-président Ramón Lobo reste en place.

La huitième loi crée AgroSur: un grand consortium ou une grande corporation agro-alimentaire qui coordonne tous les efforts du pays pour la production des 20 secteurs principaux, s’occupe des matières premières, du conseil, de la machinerie et de tout le processus de production au Venezuela. La semaine prochaine, il y aura un acte de stimulation de l’économie de production locale et socialiste avec une série de recommandations pour les crédits et les matières premières.

12 millions de CLAP

Le Président Maduro a annoncé qu’une effort sera fait pour produire et remettre 12 millions de CLAP par mois à 6 millions de foyers à raison de 2 CLAP par mois pour chacun. On encouragera la production locale des produits de la caisse.

Baisse de l’IVA pour ceux qui paient avec des cartes de crédit

D’autre part, le Président a annoncé la mise en place de mesures pour stimuler la paiement électronique grâce à des cartes de crédit ou à des virements. Il a indiqué que, à partir de lundi, les transactions payés électroniquement auront un taux d’IVA réduit de 5 points. Il sera également obligatoire de recevoir les paiements de tous les services publics du pays par la voie électronique et il y aura une réduction des Impôts sur le Revenus pour toutes les transactions et les paiements électroniques en 2018.

Il a dénoncé que « les banques ont permis la détérioration des points de retrait automatiques, des points de vente et du système de paiement électronique, » ce qu’il considère comme un sabotage ; « C’est une guarimba bancaire ! Resterons-nous les bras croisés ? Ils doivent rétablir tous les mécanismes de paiement et ils doivent fonctionner à 100%, sans retards, sans sabotages et sans guarimbas ! »

Maduro a dit que les ministères et les institutions publiques doivent se transformer car ils se comportent plus comme des membres de l’Etat bourgeois que du peuple et de l’Etat révolutionnaire. « Il faut aller voir dans les rues, inspecter, voir qui profite et amasse de grandes richesses en volant le peuple. »

Maduro a signalé la nécessité de reprendre le chemin du socialisme du XXI° siècle pour vaincre la guerre économique. « Le Commandant Chávez en a jeté les bases mais nous avons abandonné beaucoup d’entre elles ! » a-t-il reconnu et il a appelé instamment à reprendre le chemin du socialisme en s’éloignant des formules trop étatiques. 

Le Venezuela mettra en place un nouveau système de paiements basé sur des monnaies différentes du dollar

A propos des sanctions envers le Venezuela, Maduro a déclaré que le pays mettra en place un nouveau système de paiement international et un panier de monnaies (comme l’euro, le yuan chinois, le rouble russe) pour offrir, payer et être payé « et nous libérer du dollar. » Maduro a indiqué que « c’est immédiat, c’est un ordre qui commence déjà à être mis en place à tous les niveaux. » On espère qu’avec le Venezuela à l’avant-garde, cela ouvre la porte à un nouveau système international qui se libère des conditions que les Etats-Unis fixent avec le dollar.

Il a indiqué que le DICOM (système de change public vénézuélien) commencera à fonctionner en yuans la semaine prochaine. Il a aussi dit que si l’Union européenne fait ces des demandes de Julio Borges et applique des sanctions au Venezuela, l’euro sera sorti de ce panier de paiements.

Conversations avec des détenteurs de bons de la dette publique

Il y aura aussi des conversations avec des détenteurs de bons de la dette publique vénézuélienne qui sont principalement des investisseurs états-uniens et canadiens. Il y aura des rondes de négociations et après celles-ci, le Venezuela prendra une position pour défendre la sécurité juridique de la République, a indiqué le Chef de l’Etat.

Les exportateurs n’ont pas payé le Gouvernement

Le Président Maduro a aussi dénoncé le fait qu’une série d’entreprises a qui on a procuré des devises pour les aider à exporter dans le cadre du Plan Economique Bolivarien ne les ont pas payés et n’a pas rendu l’argent, une somme de quelques 1 000 millions de dollars.

Il a indiqué qu’on a remis plus de 250 millions de dollars à un groupe d’entreprises pour l’exportation mais qu’elles n’ont rendu que 40 millions à l’Etat. Les organismes qui devaient toucher l’argent ne l’ont pas fait et il a exhorté l’Assemblée Nationale Constituante et les organes compétents à enquêter sur ce qui s’est passé.

Conséquences des sanctions

Le Président a signalé plusieurs choses graves produites par les sanctions imposées au Venezuela par les Etats-Unis, sanctions dont il a rendu responsable Donald Trump et le dirigeant de l’opposition Julio Borges. Une banque internationale a déclaré ne pouvoir recevoir des ressources d’une autre entité de l’ordre de 1,5 million de dollars « que si nous les avons, » à cause des sanctions. Ces ressources étaient destinées au déplacement de délégations sportives qui devaient participer à des compétitions dans différents pays. « J’ai ordonné qu’ils mettent les avions présidentiels à la disposition des délégations sportives pour qu’elles se rendent aux rencontres internationales, » a signalé Maduro.

Il a aussi dénoncé le fait que Citibank a refusé de recevoir de l’argent du Venezuela pour acheter 300 000 doses d’insuline à cause des sanctions. C’est pourquoi son Gouvernement a décidé de faire cette acquisition dans un pays tiers qu’il ne mentionnera pas pour ne pas lui attirer d’ennuis. Les doses sont en route.

Il a indiqué qu’il y a 9 millions de caisses CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement en Aliments et de Production, des caisses d’aliments pour les familles vénézuéliennes dans le cadre de al crise économique) bloquées dans un port étranger parce qu’une banque états-unienne a gelé leur paiement, suite aux sanctions imposées par ce pays.

Eléments structurels de l’attaque contre le pays

Le Chef de l’Etat a signalé que le pays affronte des problèmes structurels :

La guerre économique implique de rompre des cycles de production et de créer le chaos dans les mécanismes de fixation des prix de tous les biens de l’économie. Il a dénoncé le fait qu’au Venezuela, il y a « la libéralisation des prix grâce la spéculation. Ils nous ont imposé le capitalisme sous notre propre nez. Le « sauve qui peut » : celui qui peut acheter, qu’il achète. Celui qui ne peut pas, qu’il « aille se faire voir » ». Il a appelé instamment à démanteler toutes les formes de guerre économique dans les systèmes de production et de distribution du pays. Pour cela, il a demandé au vice-président Tareck El Aissami, au ministre des Finances Ramón Lobo, aux présidents de la banque publique, au président de PDVSA et aux présidents des entreprises publiques d’Etat de travailler à l’adoption d’un nouveau modèle économique. « Le nouveau n’a pas fini de naitre et souvent, il meurt à cause de la bureaucratie et de la corruption. Et le vieux n’en finit pas de mourir et souvent vient avec un poignard tuer le nouveau, » a-t-il signalé.

La rupture avec le modèle de la rente pétrolière

Il a été clair sur le fait que les prix du pétrole ne reviendront pas aux niveaux du passé et que c’est la fin du modèle de la rente et de la dépendance envers le pétrole. C’est pourquoi la construction d’un nouveau modèle économique est indispensable. Il a dénoncé le fait que le fracking continue à être utilisé par les Etats-Unis pour augmenter leur production et même devenir un exportateur de pétrole. Le Président a signalé que prochainement, il se rendra à un sommet au Kazakstan avec des pays membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et des producteurs de pétrole qui n’appartiennent pas à l’OPEP pour proposer une formule pour stabiliser et faire augmenter les prix du brut.

La persécution économique et financière contre le pays qu’il appelle aussi « le plan Trump-Borges » et comprend des actions de blocage de comptes du Venezuela et le refus de l’accès aux sources de financement. « Ils nous ont persécutés en nous empêchant de refinancer notre dette comme peut le faire n’importe quel pays du monde qui n’est pas persécuté par l’impérialisme et la droite. » Il a signalé que depuis 3 ans, « ils nous persécutent pour chaque bon, chaque dette, chaque opération de refinancement. Quand elles sont prêtes arrive la main de l’Emmpire et elle est annulée »

L’emploi

Maduro a aussi annoncé une augmentation de 40% du salaire dans le cadre de ses mesures pour protéger l’emploi et les revenus des familles.  « Ce 8 septembre, elle sera donnée à tous les travailleurs publics du pays et au plus tard lundi prochain, ils devront la donner à tous les travailleurs, » a-t-il indiqué. Le ticket d’alimentation augmentera de 4 unités pour arriver à 21.

Au total, le salaire minimum est à 136 544,18 bolivars et le ticket d’alimentation augmente à 189 000 bolivars pour un revenu mensuel total de 325 544 bolivars. L’augmentation comprend en plus toutes les tables de salaires des employés publics y compris la Police Nationale, les Forces Armées, les médecins, les pompiers, les retraites et les pensions du pays.

Le revenu mensuel des retraités est de 177 507 bolivars en ajoutant la pension de 136 544 bolivars plus le bon de guerre de 40 964 bolivars.

Le montant mensuel des cartes Foyers de la Patrie augmentera aussi de 100 000 à 140 000 bolivars.

Il a également annoncé que 3 millions de foyers recevront un bon spécial de 250 000 bolivars pour la rentrée des classes, un bon nécessaire pour acheter les fournitures et le matériel pour l’année scolaire.

D’autre part, Maduro a signalé que 594 000 jeunes ont été incorporés au Plan Travail Jeune pour blinder l’instruction et l’emploi. En 60 jours de fonctionnement, 180 000 jeunes sont déjà passés par l’étape de la sensibilisation « et ils travaillent déjà et sont payés. » 69 460 jeunes de plus se sont incorporés la semaine dernière à ce travail et 50 000 commenceront l’étape de sensibilisation. On espère que 750 000 jeunes intègrent cette structure d’ici la fin de l’année.

Merci à Françoise Lopez de Bolivar infos

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3mY

Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #3

Le jeu des sept différences

Il faut savoir un gré infini à @Filip__FI, ce lycéen de la France Insoumise, pour la leçon de journalisme qu’il nous donne depuis peu sur son Blog http://bit.ly/2wcvsiZ. Jean Lacouture définissait le journaliste comme « l’historien du présent » et c’est bien ce qui fait défaut à nos zombies des médias : aider le citoyen lecteur, auditeur ou téléspectateur à comprendre le présent à travers l’examen vivant du passé.

Pour bien comprendre l’univocité scandaleuse des médias actuels contre un processus démocratique qui a vu une énorme participation populaire répondre pacifiquement à trois mois d’insurrection armée de la droite, et où des militants de tous bords veulent élargir les droits citoyens en portant leurs propositions à la discussion de la constituante, on doit prendre en compte la disparition du pluralisme suite au rachat généralisé par les milliardaires, l’inculture crasse des écoles de journalisme réduites à l’enseignement du formatage, l’alliance du carriérisme et du conformisme chez d’ex-pigistes, la peur de se retrouver seul et de perdre des lecteurs, la droitisation des sociétés européennes, etc… mais il y aussi l’histoire profonde d’une Europe encore prisonnière de son histoire de domination. Se rappeler par exemple qu’il y a 200 ans des gazettes et agents nord-américains traitaient déjà Bolivar de « César assoiffé de pouvoir ». Ou comprendre que la politique Sud-Sud du président Chavez, visant à unifier l’Amérique Latine et à la rapprocher de l’Afrique, souvent décriée à cause de rapports avec l’Iran ou la Libye, s’inspirait en réalité de la vision de Bolivar del « Equilibrio del mundo » et de la célèbre conférence de Bandoeng de 1955 où pour le dire avec Lacouture, « les damnés de la terre réinventèrent le monde« . Cette conférence réunissait pas mal de tyrans aux côtés de chefs d’État plus démocrates du Tiers Monde mais nul historien ne conteste qu’elle marqua une étape décisive dans l’émancipation post-coloniale des peuples du Sud.

Thierry Deronne, Caracas, juillet 2017

Episode 3: La révolution bolivarienne sous Chavez, par @Filip__FI

Nous voici à présent lancés dans le cœur du sujet. Rebondissements après rebondissements, la révolution bolivarienne prend enfin forme. Afin de rester dans le cadre d’un article de blog, il est évident que je ne peux étudier avec vous tous les aspects de la Révolution sous Chavez (même s’il se peut que je déborde un peu après Chavez par moment). En revanche, ce qui va suivre tente de faire une synthèse à la fois détaillée, mais aussi simple et accessible de tous. Certains aspects ne seront peut-être pas approfondis, mais l’espace commentaire est évidemment ouvert aux questions si vous le souhaiter.
Mais je vous rassure, on va déjà aller beaucoup plus en profondeur qu’un article de l’Express ou de Libération…
 © Filip FI © Filip FI

I. Une nouvelle constitution

Comme promis, après avoir prêté serment sans conviction sur la constitution de la IVème république, Chavez entame la rédaction d’une nouvelle constitution par le biais d’une Assemblée Nationale Constituante. La République du Venezuela devient République bolivarienne. Changement de nom, changement de ton. Voyons ce que définie cette assemblée pour le pays.

Dans la nouvelle constitution, quatre axes fondamentaux de la société vénézuélienne sont redéfinis:

  • Sur le plan institutionnel, l’accent est mis sur la démocratie participative. La nouvelle organisation politique de la société permet au peuple de s’impliquer davantage dans la gestion des affaires publiques. Les assemblées de citoyens et citoyennes voient le jour, et le recours au référendum devient beaucoup plus fréquent1. Les référendums peuvent être consultatifs, sur des questions d’intérêt général, abrogatoires, pour adopter une loi que le parlement refuse, ou encore révocatoire, pour destituer un élu allant du maire au président de la République. La constitution en elle-même est née de la consultation du peuple, par l’intermédiaire de l’ANC.
  • La nouvelle constitution marque aussi l’apparition de nouveaux droits fondamentaux pour les vénézuéliens. Ainsi, tout vénézuélien a désormais le droit à des soins médicaux gratuits et de qualité2, une éducation gratuite y compris dans l’enseignement supérieur3, et un environnement sur, sain et écologiquement équilibré4. Un chapitre entier est également consacré aux droits des peuples et communautés indigènes5. Leur existence et leurs us et coutumes sont désormais reconnus et protégés par la constitution.
  • La séparation des pouvoirs est elle aussi redéfinie. On compte désormais cinq branches parmi lesquelles le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais aussi le pouvoir électoral chargé de la bonne tenue des élections (sous contrôle du Conseil National Électoral), et le pouvoir citoyen, regroupant au sein du Conseil moral républicain, le défenseur du peuple, le procureur général de la République (fiscal general en espagnol) et l’inspecteur général de la République6.
  • Enfin, en matière économique, on note que la constitution garantit la totale souveraineté de l’Etat sur l’industrie pétrolière et son entreprise PDVSA7. Quand on sait que l’or noir représente 96% des exportations du pays, le monopole de l’Etat sur sa production n’est pas anodin, il vise à garantir la « souveraineté économique et politique » du pays.

Après validation populaire par référendum le 15 décembre 1999, le 20 décembre la nouvelle constitution est adoptée.

Un homme brandit la constitution de 1999 lors d'une mobilisation chaviste (photo non datée)Un homme brandit la constitution de 1999 lors d’une mobilisation chaviste (photo non datée)

 

En 2007, Chavez a annoncé vouloir modifier 33 articles de la constitution. Cette décision provoque un tollé médiatique international.
Le projet de réforme constitutionnel prévoit notamment de limiter la durée quotidienne de travail à six heures (36 heures hebdomadaires), d’interdire aux employeurs le fait d’obliger leurs salariés à effectuer des heures supplémentaires, de multiplier le nombre de conseils communaux, de supprimer l’autonomie de la banque centrale pour allouer plus de fonds aux programmes sociaux ou encore de distribuer les terres non productives aux paysans. Vous vous doutez bien que ce n’est pas ce genre de réformes sur lesquelles les médias vont s’attarder.

Chavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFPChavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFP

 

La réforme prévoit également d’abolir la limitation du nombre de mandats dans le temps et d’élargir à sept ans la durée d’un mandat présidentiel. Diantre! Il y a là la preuve évidente du caractère dictatorial de cet homme! Une campagne médiatique de grande ampleur est engagée pour dénoncer « l’autoritarisme » présumé de Chavez. Une hypocrisie d’une ampleur risible.
Le projet en lui-même n’est pas imposé au pays. Il est d’abord soumis au vote de l’assemblée nationale puis à celui du peuple par référendum. L’opposition avait boycotté les législatives de 2005 et se plaint de ne pas pouvoir agir sur cette réforme. Drôle de situation non?
Deuxième hypocrisie, encore plus risible celle-ci. On ne parle évidemment pas de l’ensemble de la réforme dans les médias, mais seulement de l’abolition de la limite du nombre de mandats8. On y voit la volonté d’un homme de s’accrocher au pouvoir. Risible encore une fois, quand on sait que l’on peut rester éternellement au pouvoir à condition d’être élu dans bon nombre de pays européens comme le Royaume-Uni, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne ou encore…la France.

Vous voulez la fin de l’histoire? Le projet de réforme de la constitution est refusé par référendum le 2 décembre 2007 à 51% de « non ». Chavez reconnait le résultat et s’y soumet, tel un vrai dictateur pas vrai?

II. Des débuts difficiles | Coup d’état de 2002

La révolution met du temps à s’impulser et connait des débuts difficiles. Le prix du baril avait chuté et avait entraîné une forte récession durant l’année 1999. Chavez a réagi en s’accordant avec les pays de l’OPEP pour faire remonter le prix du baril, signant ainsi le grand retour du Venezuela au sein de l’OPEP.

A la crise économique due au pétrole s’ajoute également des déstabilisations politiques venant de l’opposition et des Etats-Unis. Après avoir re-nationalisé PDVSA en accord avec la constitution, Chavez s’attire évidemment les foudres de Washington qui profitait jusqu’alors d’un pétrole bon marché. L’opposition et la Maison Blanche peinent à reconnaître le caractère légitime de la présidence de Chavez et de la nouvelle constitution.
Chavez est également freiné dans sa volonté de réformes sociales par une corruption et un système capitaliste bien encré dans toutes les sphères de la société. C’est ainsi que le 11 avril 2002, un coup d’état ouvertement soutenu par Washington, une bonne partie de l’opposition et par les médias privés, est fomenté contre lui. Le récit de ce coup pourrait être le scénario d’un film hollywoodien par son déroulement aussi tragique qu’extraordinaire. Je vous en fait une petite chronologie ici:

  • 7 avril 2002: Chavez licencie des cadres dirigeants de PDVSA. Malgré la nationalisation, l’Etat peine à contrôler totalement l’entreprise pétrolière et Chavez tente d’y remédier.
  • 9 avril: Le syndicat CTV et le syndicat patronal Fedecamaras organisent une grève générale de 24h.
  • 11 avril: L’opposition organise une manifestation (200 000 personnes) à Caracas exigeant le départ du président Chavez élu démocratiquement. La manifestation ne suit pas le parcours prévu et se dirige vers le palais présidentiel de Miraflores. L’opposition, soutenue par les médias privés cherche la confrontation avec la contre-manifestation chaviste rassemblée autour du palais. Des heurts éclatent, des snipers inconnus tirent sur la foule tuant chavistes comme anti-chavistes (sept d’entre eux seront arrêtés, on les soupçonne d’être directement envoyé par la CIA qui n’en est pas à son premier coup d’essai en Amérique latine), un détachement de l’armée menace de faire « sauter le palais » si Chavez ne renonce pas. Chavez est emmené et séquestré sur une base militaire. Pedro Carmona, président du syndicat patronal Fedecamaras et fervent opposant à Chavez, est auto-proclamé président de la République et fait abolir la constitution de 1999.
  • 13 avril: les vénézuéliens issus des quartiers populaires majoritairement, descendent dans les rues par milliers exigeant la libération de Chavez et son retour à la présidence du pays. Aidé par certains militaires et la garde présidentielle, le palais de Miraflores est repris, Chavez est libéré et revient en héros.
Le peuple devant le palais présidentiel exige la libération de ChavezLe peuple devant le palais présidentiel exige la libération de Chavez

Ce coup d’état qui aura destitué Chavez durant 48 heures va renforcer considérablement sa réputation.
Avant de passer à la suite, je voudrais vous donner une liste de noms que je vous sommes de retenir: Julio Borges, Leopoldo Lopez, Henrique Capriles ou encore Globovision, Venevision, RCTV, Televen, El Nacional, Ultimas Noticias, El Universal, TalCual. Ce sont là des noms de personnalités politiques ou de médias qui ont soutenu le putsch contre un président démocratiquement élu et qui pour la plupart sont encore actifs aujourd’hui. Tachez de vous en souvenir. On reparlera de certains d’ailleurs dans le prochain article.
Je lance d’ailleurs ici un appel à ce que l’on élargisse cette liste de noms le plus possible (en commentaire de cet article ou sur les réseaux sociaux avec des sources, je rajouterais les noms à la liste ci-dessus ou j’en ferais un article à part s’il y en a assez).

Reprenons. Malheureusement, le coup d’état ne suffit pas à l’opposition. Une grève générale de PDVSA est organisée pendant pratiquement deux mois entre 2002 et 2003. Il y a là une volonté de sabotage de l’industrie pétrolière qui en restera affectée sur sa productivité notamment.

III. D’importantes et impressionnantes avancées sociales

Malgré des débuts difficiles, une fois la révolution réellement lancée, les progrès sociaux vont être impressionnants. Faire l’impasse dessus lorsque l’on parle de la révolution relève clairement de la malhonnêteté intellectuelle.

Les missions bolivariennes (misiones en espagnol) sont une série de programmes sociaux développés au Venezuela depuis 2003 et qui continuent encore de nos jours pour la plupart d’entre-elles (certaines ayant atteint leur but, elles ont pris fin). Les volontés de changements étaient jusque là compromises par, non seulement une opposition néolibérale antidémocratique, mais également par un appareil d’Etat gangrené par une corruption structurelle. Les missions répondent directement à cela par l’implication directe des citoyens dans la gestion public, en continuité avec la démocratie participative prônée par la constitution.

Chaque année, les missions sont rééditées pour répondre à des exigences différentes. Elles traitent chacune d’un ou plusieurs problèmes spécifiques, comme la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté, l’éducation, la santé ou encore l’analphabétisme. Elles sont réalisées grâce à des citoyens bénévoles accompagnés de certaines institutions comme les universités ou bien les entreprises publics. Leur financement est en grande partie lié aux excédents de PDVSA, elles sont donc grandement dépendantes de la prospérité de l’industrie pétrolière vénézuélienne, ce qui pose d’autres problèmes que l’on verra plus tard.

Voyons deux exemples de missions très populaires :

  • La mission Robinson a pour objectif d’éradiquer l’analphabétisme. Créée en 2003, il aura fallu seulement deux ans pour qu’en 2005, l’UNESCO proclame le Venezuela, territoire libre d’analphabétisme9.
Hugo Chavez en 2003 lors d'une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d'alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRESHugo Chavez en 2003 lors d’une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d’alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRES

 

D’autres missions concernant l’éducation ont vu le jour avec chacune leur spécificités et particularités comme la mission Sucre ou la mission Ribas.

  • La Gran Mision Vivienda (Grande Mission Logement) consiste elle à charger l’Etat de la construction de logements dans le pays. Créée en 2011, elle est probablement la plus impressionnante en terme d’efficacité. L’année même de son lancement, 146 718 maisons ou appartements ont été construits, 200 080 en 2012, 200 370 en 2013, 126 503 en 2014 et 326 329 en 2015, pour un total de un million de logements en cinq ans10. Pas mal non? Et ce ne sont pas des logements dans un environnement désertique, ils sont accompagnés d’espaces verts, d’aires de jeux et d’espaces prévus pour les activités sociales, culturelles ou sportives.
Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016

 

Il existe plus d’une vingtaine de misions actives au Venezuela. Je vous donne quelques chiffres significatifs qui illustrent bien leur impact sur la situation sociale du pays:

  • L’espérance de vie est passée de 72 ans en 1998 à 75 ans en 201411.
  • L’indice de développement humain est passé de 0,699 en 2000 à 0,764 en 201312.
  • Entre 1998 et 2013, l’accès à l’eau potable a augmenté de 15%13.
  • Entre 1999 et 2014, le chômage est passé de 11% à 5,6%14.
  • Le nombre d’établissements de santé est passé de 4 957 en 1998 à 13 372 en 2014. Autrement dit, 8 415 établissements de santé ont été construits en 16 ans15.
  • L’accès à l’éducation secondaire a augmenté de 27,1%16.

IV. Intégration américaine

L’exemple de la révolution bolivarienne a poussé d’autres peuples d’Amérique du sud à se révolter démocratiquement, et différents gouvernements de gauche ont vu le jour après l’arrivée de Chavez. Parmi eux, dans leurs diversités politiques, on peut citer ceux de Lula da Silva au Brésil et Nestor Kirchner en Argentine en 2003, de Tabare Vazquez en Uruguay en 2005, de Evo Morales en Bolivie en 2006, de Rafael Correa en Equateur en 2007, ou encore de Michelle Bachelet au Chili en 2014. Chaque gouvernements possèdent leurs propres caractéristiques et ne se revendiquent pas forcément du « socialisme ».

Lorsque Chavez arrive au pouvoir, l’Amérique latine est loin d’être le continent unifié dont rêvait Bolivar. La seule organisation à vocation réellement continentale est l’OEA (Organisation des Etats Américains), mais l’emprise de Washington sur celle-ci est conséquente. Cuba y était encore exclu jusqu’à il y a peu. Les Etats-Unis rêvaient également d’étendre leur libre-échange à échelle continentale à travers l’ALCA principalement.

C’est ainsi que vont voir le jour différentes organisations, dont le Venezuela de Chavez va participer activement à leur création. On peut notamment citer l’UNASUR (2004) comme alternative à l’ALCA (et l’OEA dans une certaine mesure), la CELAC (2010) comme alternative à l’OEA, ou encore la fameuse ALBA (2004).

Logo de l'ALBALogo de l’ALBA

 

 

Parlons un peu de cette ALBA. Cette organisation de coopération voit le jour en avril 2005 avec un accord entre Cuba et le Venezuela selon lequel le pays envoie du pétrole à Cuba en échange de médecins (Cuba étant le pays avec le plus de médecins au km²). Progressivement, d’autres pays vont rejoindre l’organisation parmi lesquels notamment l’Equateur, la Bolivie, et huit autres pays. L’ALBA met l’accent sur la solidarité, la complémentarité, la justice, et la coopération latino-américaine, selon ses propres mots17. Contrairement à ce qui a pu être dit par certains, l’ALBA n’est en aucun cas une alliance militaire, mais avant tout une coopération économique. Il est cependant vrai de dire qu’elle a un caractère politique plus prononcé que d’autres organisations comme l’UNASUR ou la CELAC. L’organisation s’oppose explicitement à l’impérialisme nord-américain et refuse les logiques d’accaparement des richesses au détriment d’autres peuples. A vous de juger si ces intentions sont louables.

V. Naissance du PSUV

Je rajoute cette petite partie pour préciser que, jusque ici, le parti politique dirigeant cette révolution est toujours le Mouvement Cinquième République créé en 1997. Seulement, il vieillit et rien que son nom n’est plus d’actualité. C’est ainsi que le 14 mars 2008 est créé le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Il se fonde par une fusion du Mouvement Cinquième République et de cinq autres partis. Notons que le Parti communiste (PCV) a cependant décidé de rester à l’écart bien qu’il soutienne le président Chavez.

Logo du PSUVLogo du PSUV

 

En 2012 voit le jour un Grand Pôle Patriotique, coalition politique autour du PSUV, qui regroupe plusieurs partis politiques soutenant la révolution bolivarienne, dont le PCV.

VI. Censure des médias au Venezuela? Ça dépend de quel point de vue…

Alors là, c’est une question sensible. Chavez a-t’il muselé la liberté d’expression au Venezuela? A en croire nos médias, c’est irréfutable. A en croire les faits, absolument pas.
Le « problème » de la liberté d’expression au Venezuela n’en est pas un, il ne faut pas avoir peur de le dire, c’est une fable, destinée à détourner le regard des avancées sociales de la révolution. Jamais Chavez n’a empêché la critique de s’exprimer. En réalité, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Pour vous donner une idée, je vous invite à lire l’excellent article de Thierry Deronne de 2015 qui explique très bien cette farce (à voir en bas de page). Je vais vous donner quelques éléments mais j’insiste pour que vous alliez le lire si vous n’êtes pas convaincus par ce qui va suivre.

La grande majorité des médias vénézuéliens sont critiques à l’égard du chavisme, et pour cause, en 2014, sur 2896 médias, 80% d’entre-eux étaient des entreprises privées. La vérité, c’est que un des problèmes du chavisme est de ne pas arriver à diffuser de façon massive ses informations auprès de la population. Les chaînes de télévision et les journaux en majorité privés donc, ne cessent de diffuser des informations contre le gouvernement, et très rarement l’inverse. En 2014, 85% des audiences radios et TV étaient réalisées par les médias privés, contre 12% seulement par ceux du public, et 3% par les médias communautaires.
En 2005 a été lancée la chaîne Telesur à l’initiative de Chavez, en coopération avec d’autres pays latino-américains, dans le but justement de contrer l’hégémonie du privé sur l’information, mais c’est loin d’être gagné.
Pire encore, lors du coup d’Etat de 2002, c’est bien l’opposition qui a pris possession de la seule chaîne TV relaie du point de vue chaviste à cette époque, à savoir VTV sur le Canal 8, et qui en a coupé le signal. Cette même chaîne TV a encore récemment été attaquée par des groupes violent d’opposition qui y ont mis le feu, et combien d’autres exemples d’attaques contre la liberté de la presse venant de l’opposition peut-on citer. Tiens donc, les rôles de l’oppresseur et de l’oppressé seraient-ils en réalité inversés?

Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l'article de Thierry DeronneScène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l’article de Thierry Deronne

 

Donc oui, c’est bien une question de point de vue. D’un côté, celui de ces médias privés (vénézuéliens mais aussi la presse internationale qui reprend en chœur) qui inventent leur propre répression, et de l’autre, celui des chavistes qui tentent tant bien que mal de dénoncer la supercherie et de mettre en avant les réussites de la révolution. Oui, il y a bien une censure de l’information au Venezuela, celle de ces groupes privés qui censurent la réalité des programmes sociaux et s’acharnent à dénoncer la révolution plutôt que de faire un vrai travail journalistique.

Enfin, avant de clore cette partie il faut absolument que je vous parle d’une dernière chose. Une fois toutes les supercheries sur la prétendue censure démasquées, il reste un ultime argument des anti-chavistes: Alo Presidente. Il s’avère que tous les dimanches à 11 heures, était diffusé sur les médias publics radio et tv (15 % d’audience) un programme dans lequel le président de la République, pour ne citer que lui, prend la parole et dialogue avec les citoyens sur des sujets divers et variés. Il y rend également compte des politiques menées par le gouvernement, des choses qui vont, qui ne vont pas etc. Alors effectivement ça peut en effrayer certains, il est préférable d’avoir un gouvernement qui mène sa politique dans son coin, à l’abri des regards, et qui ne rend pas compte de ces actes devant le peuple qu’il est censé représenter. Est-ce une censure des chaines TV? Si ça peut vous rassurer, le programme ne dure que quelques heures le dimanche, le reste du temps, tout fonctionne normalement. (Aujourd’hui l’émission existe toujours sous le nom de Domingo con Maduro)

VII. Les élections: dictature déguisée ou processus démocratiques?

Après la liberté d’expression vient la démocratie. Je vais être concis, mais sachez que l’on n’a vraiment pas de leçons à donner sur ce sujet. Depuis l’accession au pouvoir de Chavez le 6 décembre 1998, dix-sept élections ont eu lieu au Venezuela18. Toutes ont été remportée par le chavisme à l’exception des législatives de 2015. A ces dix-sept élections s’ajoutent sept référendums nationaux, dont six remportés par le chavisme. La fiabilité de l’ensemble des scrutins a toujours été validée par l’ensemble des observateurs internationaux, et le Venezuela est reconnu dans la région comme ayant un excellent système électoral. En 2012, lors de la réélection de Chavez à la présidence, Jimmy Carter, 39ème président des Etats-Unis, a même affirmé que le processus électoral vénézuélien était le « meilleur du monde »19. Un vrai marxiste-léniniste celui-là.

Vote lors de l'élection présidentielle de 2013Vote lors de l’élection présidentielle de 2013

 

Et quand un scrutin est perdu par le chavisme, le résultat est reconnu et respecté. Quand en 2007, le référendum sur la constitution fut perdu par Chavez, il a immédiatement reconnu le résultat et s’est soumis à la démocratie. Quand en 2013, le chavisme gagne les élections, l’opposition ne reconnait pas le résultat20, et quand en 2015, cette même opposition gagne les législatives, le résultat est devenu bon. Démocratie à géométrie variable pour certains donc.
Enfin, tandis que sept référendums ont eu lieu au Venezuela depuis le début de la révolution, sur la même période, seulement deux ont eu lieu en France. Et encore, sur les deux, un n’a pas été respecté (référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005).
Conclusion: vaut mieux balayer devant sa porte avant de chercher à balayer dans le vide chez les autres.

VIII. Prises de position contestées

Si les grands médias de communication font pratiquement abstraction des conquêtes sociales de la révolution bolivarienne, ils insistent cependant beaucoup sur les relations qu’a pu avoir Chavez avec certains dirigeants politiques sur la scène internationale et qui sont évidemment contestables. Parmi ces relations, on peut relever celles avec Kadhafi, Al-Assad ou encore Ahmadinejad.

Je ne fais pas partie de ceux qui soutiennent ces prises de positions et je pense que ce fut une grave erreur. Mais je pense cependant les expliquer (pas justifier) par la volonté de créer (selon moi) une grande coalition à échelle internationale contre la politique impériale des Etats-Unis.

Malgré cette erreur de Chavez, il n’est cependant pas vrai de dire que l’essentiel du chavisme repose sur sa politique extérieur. Réduire le chavisme à cela est une fois de plus ridicule et malhonnête.

IX. Mort de Chavez

En juin 2011, Chavez annonce un cancer. Il est soigné à Cuba où les médecins sont parmi les plus compétents du monde. Il se bat et lutte contre son cancer mais celui-ci l’emportera le 5 mars 2013. D’énormes rassemblements ont lieux dans tout le pays et un deuil national de sept jours est décrété. Avant son décès, Chavez émit l’hypothèse selon laquelle son cancer lui aurait été volontairement inoculé, soulignant l’étrangeté du fait que plusieurs dirigeants d’Amérique latine avait vu eux aussi un cancer se développé21. Il comparait même son cas à celui de Yasser Arafat dont les circonstances de la mort sont également étranges et non élucidées.

Avant sa mort, Chavez a également organisé une allocution télévisée dans laquelle il désigne comme successeur, dans le cadre de la constitution, son vice-président Nicolas Maduro. De nouvelles élections doivent avoir lieu le 14 avril pour élire un nouveau président.

Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012

 

Hugo Rafael Chavez Frias, président du Venezuela du 6 décembre 1998 au 5 mars 2013, aura soufflé un vent nouveau sur l’Amérique latine et sur le monde. Promoteur du « socialisme du XXIème siècle », porteur d’un charisme irremplaçable et d’un courage exemplaire, cet homme a selon moi déjà sa place au panthéon des géants de ce XXIème siècle.

Sa succession parait difficile. Que va-t’il advenir du chavisme sans Chavez? La suite dans le prochain et avant-dernier épisode.

Si vous voulez aller plus loin…

  • …à propos du coup d’Etat de 2002, il est indispensable que vous regardiez ce documentaire qui est vraiment excellent: La révolution ne sera pas télévisée
  • …dans la compréhension du système médiatique vénézuélien, voici l’article de Thierry Deronne que je mentionnais plus haut: Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture
  • …dans la révolution bolivarienne en elle-même, je vous conseille l’excellent bouquin de Andrés Bansart qui va vraiment en profondeur sur le Venezuela et qui aide vraiment à la compréhension de ce qui s’y passe, y compris aujourd’hui: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016

 

ARTICLE PRÉCÉDENT: Episode 2: Avant le 6 décembre 1998 et l’arrivée de Chavez

ARTICLE SUIVANT: Episode 4: Maduro, ou la difficile succession à Chavez

Notes:

1: Article 70 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
2: Article 83 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
3: Articles 102 et 103 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
4: Article 127 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
5: Titre III,Chapitre VIII de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
6: Article 273 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
7: Articles 302 et 303 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
8: Hugo Chavez veut modifier la Constitution pour rester au pouvoir, Libération, 16 août 2007
9: Venezuela: La mission Robinson, 13 ans d’alphabétisation du peuple, bolivarinfos.over-blog.com
10: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016
11;13;15: Données de l’INE sur la santé
12: Données de l’INE sur l’IDH
14: Données de l’INE sur la main-d’oeuvre
16: Données de l’INE sur l’éducation
17: Site officiel de l’ALBA-TCP
18: Voir la liste sur le site du Conseil National Électoral
19: Carter affirme que le processus électoral du Venezuela est le « meilleur du monde », Business Wire, 21 septembre 2012
20: Au Venezuela, l’opposition refuse l’élection de Nicolas Maduro, Le Monde, 15 avril 2013
21: Chavez: « Les Etats-Unis pourraient inoculer le cancer grâce à leur technologie »

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-34K

Génération « chaviste rebelle » : les visages et les voix des candidat(e)s député(e)s à la Constituante, par Angele Savino (L’Huma)

« Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie » » 

 Oliver Rivas, militant du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA)
img_0982

Oliver Rivas, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas( Réseau de défense, sécurité et souveraineté alimentaire, et mouvement Avancée populaire). Derrière lui on peut voir Chavez et la phrase : « Seulement ensemble, nous sommes Chavez »

Oliver Rivas ne militait pas encore au sein d’un mouvement marxiste en 1998. « Ma mère est la première chaviste de la maison. J’ai été influencé par son engagement nationaliste, bolivarien et anti-impérialiste »
Au début de ses études, il participe à l’occupation de l’Université centrale en 2001, pour matérialiser les lois approuvées lors de l’Assemblée Constituante de 1999. Mais la transformation universitaire est rapidement devenu un domaine réservé aux universitaires. « Il faut construire un modèle d’éducation pour la transformation de la société. La pertinence sociale de l’Université est fondamentale. Il faut inclure dans la formation universitaire un projet productif communautaire »
En 2007, les étudiants provenant de classes aisées lance un mouvement contre Hugo Chavez, avec le soutien de la rectrice Cecilia Arocha. L’Université centrale, lieu historique des luttes révolutionnaires, devient un bastion de la droite. « La rectrice prétend être une figure d’autorité pour présider un conseil électoral parallèle, lors du plébiscite illégal organisé par l’opposition le 16 juillet. Le mandat de Cecilia Arocha est expiré depuis 4 ans. Elle est dans l’obligation d’effectuer des élections ! »
Oliver milite au sein du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA). L’abolition de la libre convertibilité bolivar-peso colombien est une urgence pour lutter contre la guerre économique. Une loi de l’État colombien favorise la contrebande d’aliments. « Les produits de base subventionnés partent en Colombie. Si je prends un kilo de lait en poudre au Venezuela, je le vends à Cucuta en pesos, et lorsque je change ces pesos en bolivars, je vais gagner jusqu’à 10 fois ce que j’ai dépensé en l’achetant au Venezuela. Ces maisons de change sont la base économique de nombreuses entreprises, liées au narcotrafic et au paramilitarisme ».
Les militants de la REDSSA proposent aussi d’installer des conseils socialistes de travailleurs au sein de toutes les entreprises : « Nous devons effectuer un contrôle depuis la base, pour participer aux commissions qui définissent les prix des produits ». Oliver est conscient que la perte du pouvoir politique est possible. « La révolution n’est pas un chemin de fleurs et de poèmes. Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie ». Nous ne voulons pas de pacte avec les élites, nous voulons « construire avec les mots des ponts indestructibles », comme disait Mario Benedetti ».

« La révolution, c’est transformer les consciences »

Tamayba Lara, étudiante

img_0900

Tamayba Lara, jeune candidate étudiante en psychologie (mouvement crea y combate), qui se présente sur la liste territoriale de Caracas. Derrière elle une peinture de Chavez dans un hamac. Photo : Angèle Savino

Tamayba a 26 ans, elle a grandi avec Chavez, est passée par une école bolivarienne, puis a bénéficié d’une bourse pour étudier à l’université. « Aujourd’hui, certains considèrent que c’est naturel d’avoir le droit à une éducation gratuite et de qualité. Ils oublient que des jeunes comme Livia Gouverneur et Belinda Alvarez sont morts pour obtenir ces droits ! »
En 1969, le gouvernement a forcé les portes de l’Université Centrale du Venezuela, qui est resté fermée pendant plus d’un an et a supprimé les résidences étudiantes : « Il pensait que c’était un foyer d’organisation pour les étudiants de gauche ». Hugo Chavez a permis aux jeunes bolivariens de reconstruire ces résidences universitaires. Au sein de ces espaces autogérés les étudiants s’organisent pour apporter leurs savoirs aux communautés voisines. Tamayba et ses camarades du collectif « crée et combats » ont monté une pièce de théâtre pour expliquer aux Vénézuéliens des quartiers populaires l’histoire de la dépendance au pétrole, en utilisant la satire politique. « On leur raconte l’histoire de la l’invasion des puissances européennes, mais aussi de la résistance des Indiens, puis du processus d’indépendance, de recolonisation par les « caudillos » qui ont trahi Bolivar et se sont repartis les terres du peuple. Puis on leur parle de notre subordination aux forces impériales, depuis le siècle dernier. On leur explique aussi que nous sommes responsables de cette réalité, nous ne pouvons pas toujours responsabiliser les autres de nos erreurs. La révolution, c’est transformer notre conscience ».
 Tamayba lutte aussi pour la reconnaissance de la parité politique. « Les femmes, nous sommes la base sociale de la révolution, nous sommes les plus actives dans les conseils communaux, mais nous ne sommes pas représentées au sein du pouvoir de l’État. Nous devons aussi nous battre pour la légalisation de l’avortement. Ce n’est pas possible que les femmes riches avortent dans des bonnes conditions dans des cliniques privées et les femmes pauvres meurent, en réalisant des avortements avec des méthodes où elles risquent leur vie. L’État doit ouvrir un débat public national ! »

« Nous devons décoloniser et démarchandiser l’éducation »

Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie

img_0905

Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie, qui représente le secteur étudiant. (Mouvement Divas de Venezuela) Derrière elle, les yeux de Chavez et le symbole de la Grande Mission Logement. Photo : Angèle Savino

Rummie Quintero est fière de sa mère, une militante paysanne noire de la région côtière de Barlovento qui a quitté sa terre natale pour la ville. Son père vient de la région andine de Trujillo. « Ma mère est arrivée à Caracas, pour être traitée comme une esclave, cela m’a beaucoup marqué »
Rummie lutte pour les droits des femmes depuis l’âge de 9 ans. « Dans le quartier populaire du 23 de enero, les hommes machistes ne permettaient pas aux filles de pratiquer le sport. On me discriminait, on m’offensait, on me traitait de pédale. Je me disais qu’il fallait que quelqu’un nous défende. Ce que j’ignorais, c’est qu’un jour ce serait moi qui défendrait les transsexuelles ». Dès l’enfance, Rummie savait qu’elle était une femme, elle adorait catwoman, et puis il s’est identifié à wonderwomen. « Je la voyais comme une guerrière, je me disais celle-là, c’est moi ! C’est une diva qui sait se défendre, et si elle doit donner des coups aux hommes, elle le fait ! »
Rummie est devenue athlète, danseuse, et étudie aujourd’hui la psychologie à l’Université bolivarienne. En 2004, elle fonde « Divas de Venezuela », une association de défense de droits de l’Homme, qui « s’occupe de toute personne qui en a besoin sans prendre en compte son idéologie politique, même si Divas défend une vision humaniste de gauche ». Rummie a dû affronter le monde patriarcal, la transphobie dans le milieu homosexuel. Et certaines féministes ne comprennent pas son combat : « comme nous ne pouvons pas accoucher, pour elles nous ne sommes pas des femmes »
Au moment de l’approbation de la loi organique du travail en 2012, Rummie espérait que soit reconnue l’identité de genre, c’est finalement la non- discrimination pour l’orientation sexuelle qui apparaît dans la loi. Selon Rummie, l’assemblée constituante est une opportunité historique pour la représentation des transsexuelles. « Nous devons combattre les faux révolutionnaires. Un révolutionnaire doit d’abord se révolutionner lui-même. Je dois me déconstruire pour me reconstruire. Nous devons politiser l’université, la fille de Chavez, décoloniser et démarchandiser l’éducation »

« L’autogestion est importante pour continuer la lutte » 

Rigel Sergent, militant du mouvement des habitants contre la spéculation immobilière

miguel

Rigel Sergent, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas (Mouvement des locataires à Caracas). Derrière lui : les yeux de Chavez  » Notre chemin est celui de la paix ». Photo : Angèle Savino

Rigel Sergent avait 18 ans au moment de l’arrivée de Chavez au pouvoir. Sa famille était menacée d’expulsion, car elle ne pouvait pas acheter l’appartement qu’elle louait. Rigel prend conscience de cette injustice, et commence à lutter. Il fait partie  du « mouvement des habitants », une plateforme qui rassemble divers mouvements : les comités de terres urbaines, les mouvements de travailleuses résidentielles dites « concierges », exploitées par les propriétaires d’immeubles, les campements des pionniers qui occupent des espaces privés et publics pour l’auto-construction de leur logement, les occupants d’immeubles vides, et le mouvement des locataires, au sein duquel Rigel milite.
«  Au moment du boom pétrolier de 73, les pauvres paysans ont quitté leur terres pour aller travailler en ville. Et c’est comme cela que nos quartiers populaires se sont construits, à la périphérie de la ville. La première lutte de Chavez, a été la titularisation des terres urbaines. Les habitants écrivent l’histoire de la construction du quartier, pour avoir une reconnaissance légale de la part de l’État. Aujourd’hui, nous luttons, nous seulement pour la reconnaissance du quartier, mais aussi pour sa transformation. Nous parlons du droit à vivre dans la ville. On s’organise par exemples avec les comités techniques d’eau pour avoir accès à l’eau potable ».
En décembre 2010, de nombreuses familles ont perdu leur logement à cause des pluies torrentielles. Les réfugiés sont accueillis en urgence dans des centres d’accueille et même au palais Miraflores. En 2011, Hugo Chavez lance la Grande Mission Logement, que le président Nicolas Maduro a développée. Près de 1,7 millions de logements ont été construits. « Le mouvements des habitants, doit être en lien permanent avec le gouvernement pour développer l’auto-construction »
Pourquoi l’autogestion est-elle si importante ? « Parce que s’il y avait une changement de gouvernement, nous serions capables de continuer la lutte. Comme la fédération des coopératives pour l’aide mutuelle en Uruguay, qui a construit 25 000 logement pendant la dictature des années 70 »

« La République est assiégée » 

Reinaldo Iturriza, ancien ministre des communes et de la culture

img_0974

Reinaldo Iturriza, sociologue, ancien ministre des Communes et de la Culture, candidat pour le secteur travailleur. Sur son t-shit on peut lire une phrase de Salvador Allende, en anglais : « l’Histoire nous appartient, c’est le Peuple qui la fait ». Derrière lui, les affiches de campagnes du « chavisme rebelle ». Photo : Angèle Savino

Dans les années 1990, Reinaldo Iturriza, étudiant en sociologie, militait au sein d’un mouvement révolutionnaire. Il avait vécu le Caracazo, lorsque des centaines de pauvres furent massacrés par le gouvnernement néoliberal de Carlos Andrés Perez. Il avait 20 ans au moment de la rébellion civile et militaire de Chavez en 1992, et fut témoin de sa campagne, à sa sortie de prison en 1994, lorsqu’il parti à la rencontre du peuple opprimé.  » Les années 1990 je la dénomme la  » décennie vertueuse, ce fut une décennie perdue sur le plan économique, mais c’est à cette époque que se forge l’identité chaviste « 
Pour Reinaldo, le chemin était tout tracé. Il avait le profil de l’étudiant de classe moyenne populaire qui s’exile pour construire une carrière universitaire. Mais l’arrivée de Chavez au pouvoir a tout changé. « Lors de l’assemblée constituante de 1999, c’était fascinant de participer à ce processus de création des nouvelles institutions. En paraphrasant Paolo Virno, je dirais que c’était l’époque  » de l’exubérance des possibilités  » « 18 ans plus tard, la réalité est différente  » En 1999, nous commencions à refonder la république.
Aujourd’hui, la république est assiégée. Nous vivons un Etat d’exception « . Reinaldo Iturriza, qui fut ministre des Communes et de la culture, considère que c’est le moment politique le plus difficile du Chavisme :  » Un gouvernement anti-chaviste, avec tout le soutien des pouvoirs factices internationaux aurait surement plus de facilité à gouverner les institutions, mais il n’arriverait surement pas à gouverner le peuple chaviste indomptable ! « 
DFtulfSXUAEcSfu
Texte et photos : Angele Savino
URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Zw

Nouveaux sondages surprises au Venezuela (juillet 2017)

Selon l’institut d’enquête privé vénézuélien Hinterlaces, 56 % des vénézuéliens ne sont pas du tout ou peu disposés à participer aux manifestations ou rassemblements de l’opposition. 71 % pensent la même chose pour les blocages de rue, d’autoroutes et d’avenue, la nouvelle forme de protestation mise en place par l’opposition appelée « guarimba » (barricade infranchissable sous peine de tirs).

Cette enquête montre également que les formes les plus violentes de protestations des derniers jours sont celles qui génèrent le plus de rejet de la part de la population, étant donné que 85 % affirme ne pas vouloir participer à des « guarimbas » ni à des affrontements avec des agents de l’ordre public au Venezuela.

Alors que les appels à manifester de la MUD (coordination des partis de droite) ne sont pas non plus suivis par la majorité des vénézuéliens, une éventuelle grève nationale ne serait soutenue que par 37 % de la population et un processus de désobéissance active par 27 % des vénézuéliens.

Ces chiffres mettent à bas le mythe selon lequel la majorité des vénézuéliens soutient les protestations. Tant les violences que le plébiscite interne pour justifier l’existence d’un gouvernement parallèle ou une intervention extérieure, ont pour foyers les quartiers riches et les zones frontalières avec la Colombie, pénétrées par le paramilitarisme. Même le président de la firme Datanalisis, Luis Vicente León, de tendance antichaviste confirmée, confirme que la participation à ces violences n’a été que de 2 et 3 % des vénézuéliens.

La majorité veut un dialogue et attendre les élections présidentielles.

Selon l’enquête de Hinterlaces, 84 % des vénézuéliens sont pour un dialogue entre l’opposition et le Gouvernement pour résoudre le conflit politique actuel, contrairement à ce qu’on croit à l’extérieur sur l’impossibilité d’arriver à quelque accord à cause de la polarisation politique existante dans le pays.

Ce chiffre, de plus, coïncide avec une autre enquête d’Hinterlaces de cette semaine, qui fait ressortir que 59 % des personnes interrogées disent préférer pour qu’on attende les élections présidentielles de l’an prochain (2018). Ceci en opposition avec la thèse soutenue au niveau international sur une volonté de la majorité des vénézuéliens que le président Maduro finisse son mandat plus tôt. Dans ce sens, Hinterlaces explique que 58 % des vénézuéliens préfèrent que le président Maduro prenne les mesures nécessaires pour résoudre en partie les problèmes économiques du pays. Alors que 36 % se montre favorable à ce qu’ un gouvernement d’opposition assume pour faire la même chose.

Désapprovisionnement

75 % des vénézuéliens consultés dans la zone métropolitaine de Caracas affirment que le problème du désapprovisionnement d’aliments est en train d' »empirer », alors que 21 % considère qu’il est en train de se résoudre et 4% ne sait pas ou ne répond pas (NS/NC); révèle le plus récent Monitor País d’Hinterlaces.

CLAPS

Le sondage fait apparaître que 57 % des personnes consultées « sont d’accord » avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) comme système d’approvisionnement en nourriture, alors que 42 % ne sont pas « d’accord » et 1 % ne sait pas/ne répond pas.

69 % des personnes interrogées assurent qu’elles « ont bénéficié » du système d’approvisionnement en aliments à travers les CLAP, alors que 30 % signalent qu’ils « n’en ont pas bénéficié ».

Un total de 49 % des familles habitantes de la zone métropolitaine de Caracas a bénéficié des CLAP au cours du mois précédent, alors que 51 % en ont bénéficié il y a plus de deux mois.

Dans une enquête réalisée le 16 juillet, Hinterlaces révèle que la majorité des vénézuéliens est d’accord avec le développement d’un modèle économique productif socialiste de caractère mixte, qui englobe des entreprises de l’État, privées et de propriété sociale.

L’enquête, menée dans 1500 foyers du pays, indique que 75 % des personnes interrogées est d’accord avec le développement d’un modèle économique socialiste, alors que 24% est en désaccord.

De même, dans un sondage réalisé entre le 15 et le 28 juin, 63 % des sondés a manifesté son accord avec l‘amélioration du modèle économique socialiste, alors que 32 % considère qu’il doit changer pour un modèle productif capitaliste.

Pour ce qui est de la conduite de l’économie, 61 % s’est montrée d’accord avec le fait que ce soit l’État qui la fasse et 34 % en désaccord, de même, 78 % croit que l’État doit établir des règles économiques claires par lesquelles soient régies l’ entreprise privée alors que 12 % n’est pas d’accord.

Le rejet de la privatisation des services et des entreprises clés de la République est un autre des aspects ressortant de cette étude qui montre que 67 % ne veut pas que l’entreprise privée assume le service de l’électricité; 69 % n’est pas d’accord avec la privatisation de l’entreprise d’État de communication Cantv, et 74 % ne veut pas la privatisation de Pétroleos de Venezuela (Pdvsa). Ces privatisations sont pourtant au cœur du programme de l’opposition qui lutte actuellement pour reprendre le pouvoir sans passer par les urnes.

Hinterlaces a aussi enquêté sur l’opinion des vénézuéliens quant à la capacité qu’aurait un gouvernement de droite de résoudre les problèmes économiques du pays: 63 % des sondés ont déclaré ne pas avoir confiance alors que 34 % a manifesté que oui.

Sur l’Assemblée Constituante

54 % des vénézuéliens est « d’accord » avec ceux qui disent qu’il faut « améliorer l’actuelle Constitution pour garantir que les conquêtes sociales ne soient pas perdues », tandis que 44 % ne sont « pas d’accord », révèle également le Monitor País d’Hinterlaces.

L’étude élaborée entre le 15 et le 28 juin a inclus des personnes natives, de sexe masculin et féminin, des majeurs de 18 ans, de catégories socio-économiques A-B, C, D et E.

L’enquête montre que 56 % des personnes interrogées ne sont « pas d’accord » avec ceux qui disent que « le président Maduro veut rédiger une nouvelle constitution pour pouvoir garder le pouvoir », tandis que 42 % est « d’accord » avec cette affirmation.

Avec un indice de confiance de 95 % et une erreur admissible maximale de +/- 2,5 % pour les chiffres obtenus, l’enquête a soutenu que 60 % était « en désaccord » avec ceux qui disent que l' »Assemblée Nationale Constituante rédigera une nouvelle Constitution pour établir au Venezuela un Gouvernement communiste comme celui de Cuba », alors que 37 % a déclaré « être d’accord » avec cette affirmation.

Notons la différence entre ces chiffres et l’image que les médias donnent du Venezuela.

Source : Hinterlaces, http://hinterlaces.com/

Traduction : Cathie Duval

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Wo

Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

foro-2

Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

Cumbre-1

Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

DFNxCp3XYAASYpo

Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

DE8LU0xXkAAihet

L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
  • DFatPrmXoAAgR_L

Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Vm