Renforcement du pouvoir citoyen et des droits sociaux, sanctions envers les États-Unis : le Venezuela répond à la tentative de coup d’État

Alors qu’en 1973 il restait des médias occidentaux pour s’émouvoir du coup d’État perpétré au Chili, ceux d’aujourd’hui scandent à l’unisson : “Président du Venezuela, laisse-toi te renverser ! C’est pour ton bien ! Renonce à défendre le choix des électeurs ! Renonce à la loi, à la Constitution. Si tu arrêtes un putschiste, nous dénoncerons la répression au Venezuela !”. Le bulldozer des news, déjà bien rodé pour créer le personnage Chavez, a été réactivé pour fabriquer le tyran Maduro qui agite au loin un poing brutal pour mieux écraser des foules fanatisées alors que la voix feutrée de l’opposition de droite ou du porte-parole de la Maison Blanche, de face, en plan proche, s’étonne de tant de violence.

Même lors du coup d’État manqué contre Chavez en 2002, jamais on n’avait observé une telle intensité dans le bombardement médiatique pour nous faire accepter la nécessité d’une intervention extérieure, ou d’un coup d’État, sans attendre les élections.

C’est sans doute l’erreur historique, et suicidaire, de la gauche européenne : ne pas avoir démocratisé la propriété des médias, avoir laissé le service public mimétiser “l’information” des grands groupes privés (1). Qu’arriverait-il au journaliste d’un grand média qui parlerait des 40.000 conseils communaux et de conseils du pouvoir citoyen qui apportent la matière grise de nombre de décisions gouvernementales au Venezuela ?

Et le Maduro réel ? Celui que n’isolent pas les téléobjectifs de l’AFP et de Reuters ?

Le jeudi 26 février, lors de la création du nouveau Conseil des personnes handicapées et des personnes âgées (2), il a approuvé les crédits pour octroyer 300 mille pensions de plus, ce qui élève les bénéficiaires de ce droit à trois millions de citoyen(ne)s. Il a confirmé l’octroi de 10.000 allocations de santé pour mieux protéger les personnes âgées. Il a félicité les employés de la nouvelle mission sociale “Foyers de la patrie” qui a visité en une fin de semaine 200 communautés populaires, soit 25 mille familles : “Cette méthodologie nous permet d’arriver directement jusqu’aux familles en évitant les mafias des intermédiaires”.consejo-presidencial-para-personas-con-discapacidad

Avant d’entamer à travers le territoire un nouveau cycle de “gouvernement de rue” (3) Maduro a rappelé l’idée centrale de sa politique : malgré la guerre économique (4) et la chute des prix du pétrole, pas d’austérité mais l’approfondissement d’un État social et participatif. “Comme le dit le maire Rodriguez, on nous agresse parce que nous sommes un gouvernement des pauvres. Il n’y a que dans le socialisme que les ressources sont administrées en fonction de celui ou celle qui en a besoin”. Pendant cette assemblée un gros dossier arrive aux mains de Maduro. Anibal, affecté d’une incapacité de l’ouïe, un des porte-paroles du nouveau conseil national, prend la parole en langage de signes : “Nous sommes 120 porte-paroles venus des 24 états du pays, nous avons travaillé ensemble sur ces propositions”. “C’est pour cela que j’ai créé les conseils de gouvernement populaire, pour que le peuple prenne le pouvoir, pour qu’il assume le pouvoir politique, pour qu’il se convertisse en peuple président” lui répond Maduro. (5)

sabado

GLS3425_DxO-632x421

Le samedi 28 février lors d’une mobilisation populaire contre l’ingérence des États-Unis (photos), le président a poursuivi : “The Wall Street Journal a écrit récemment que l’heure est venue de m’appeler tyran, je réponds : je serais un tyran parce que je ne me laisse pas renverser ? Et si je me laisse renverser, je serais un démocrate ? Le peuple devrait permettre que s’installe un «gouvernement de transition», éliminant la Constitution ? Je ne le permettrai pas et s’il le fallait je me battrai dans la rue avec notre peuple et nos forces armées. Nous voulons construire la paix, la stabilité la coexistence, la vie en commun. Que ferait le président Obama si un coup d’État était organisé contre son gouvernement ? Celui qui persiste dans ses activités terroristes, putschistes, celui qui agit hors de la Constitution, sera arrêté pour être jugé même si The Wall Street Journal ou le New York Times m’appellent le tyran, ce n‘est pas la tyrannie, non, c’est tout simplement la loi. »

Durant cette marche qui a parcouru les rues de Caracas, Maduro a signé un décret indemnisant 74 familles de victimes du “Caracazo” (6) : en 1989, après deux jours d’émeutes populaires qui suivirent l’application des mesures néo-libérales exigées par le FMI, le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez avait suspendu les garanties constitutionnelles et avait envoyé l’armée “rétablir l’ordre”. En 72 heures, 2000 à 3000 personnes furent assassinées. Maduro a rappelé que cette même austérité de choc fait partie du programme que la droite vénézuélienne avait prévu d’appliquer en cas de succès du coup d’État le 12 février 2015 (7). Jusqu’à l’élection de Hugo Chavez, aucun gouvernement n’avait accepté de reconnaître les fosses communes, les disparitions, et les tortures. Les 74 indemnisations décrétées par Maduro s’ajoutent aux 596 accordées à d’autres familles par le gouvernement bolivarien.

Dimanche 1 mars 2015. Le président Maduro rend hommage aux victimes du massacre du "Caracazo" du 27 février 1989.

Dimanche 1 mars 2015. Le président Maduro rend hommage aux victimes du massacre du « Caracazo » du 27 février 1989.

Par ailleurs, le président a annoncé quatre mesures en réponse  aux sanctions imposées par les États-Unis en violation du Droit international et dénoncées par l’ensemble des pays latino-américains (8), ainsi qu’aux 168 déclarations officielles émises par l’administration Obama contre le gouvernement bolivarien de 2014 à 2015 :

–          L’entrée du territoire vénézuélien est interdite aux fonctionnaires étasuniens complices d’actes terroristes, de violations de droits de l’homme, de crimes de guerre. Parmi ceux-ci l’ex-président George W. Bush, l’ex-vice-président Dick Cheney; l’ex-directeur de la CIA George Tenet, notamment liés au massacre de centaines de milliers d’irakiens sur la base du mensonge des “armes de destruction massive” et à la création de centres de torture – prisons secrètes en Europe, Abu Ghraib, Guantanamo, etc… «Interdit aussi d’accorder des visas aux citoyens américains qui ont violé les droits humains et ont bombardé des populations civiles « . La décision concerne aussi les congressistes d’extrême droite Bob Menendez, Marco Rubio, Ileana Ross-Lehtinen et Mario Diaz-Balart, proches du réseau terroriste du cubain Posada Carriles qui vit actuellement aux USA sous la protection des autorités.

–          Adéquation du nombre de fonctionnaires de l’Ambassade des États-Unis à Caracas. Le gouvernement étasunien y maintient plus de 100 employés alors que seulement 17 fonctionnaires vénézuéliens sont autorisés à travailler à l’ambassade vénézuélienne à Washington. La chancelière Delcy Rodriguez a rappelé que cette faculté de demander l’équilibre du nombre échoit à tout gouvernement en vertu de la Convention de Vienne.

–          Réciprocité en matière de visas.Les citoyens vénézuéliens qui voyagent aux États-Unis doivent payer pour obtenir un visa. A présent, pour rétablir l’égalité de traitement, les étasuniens qui nous visitent, devront obtenir un visa et payer ce que paye un Vénézuélien qui voyage aux États-Unis”.

–          Finies, les réunions des fonctionnaires étasuniens pour conspirer sur notre territoire. Les responsables de l’ambassade étasunienne à Caracas ont été informés que dorénavant «toute réunion réalisée par eux au Venezuela devra être notifiée et approuvée par le gouvernement du Venezuela« , conformément aux articles 41 et 41.2 de la Convention de Vienne. Maduro a révélé : « nous avons détecté et capturé certains étasuniens engagés dans des activités secrètes, notamment d’espionnage, essayant de recruter des gens dans les villages frontaliers avec la Colombie et sous influence paramilitaire. Dans l’État du Táchira nous avons capturé un pilote d’avion étasunien d’origine latino-américaine, avec toute sorte de documents. Il est en train de faire des révélations”.

En concluant son discours, Maduro a réaffirmé son respect pour le peuple étasunien ainsi que pour la communauté afro-américaine, hispanique et caraïbe souvent victimes des violations de droits de l’homme de la part de leur propre gouvernement, rappelant que ces mesures ne sont pas prises contre eux, mais contre l’élite qui persiste à s’ériger en policier mondial et à refuser de respecter le principe de souveraineté.

T.D., Caracas, 1er mars 2015

Notes :

(1) Cas récent d’une émission d’ARTE : http://vivavenezuela.over-blog.com/2015/02/le-venezuela-cartes-sur-table-l-humanite.html. En Europe le gouvernement Tsipras montre la voie en rouvrant la télévision publique fermée sur injonction de Bruxelles et en réembauchant tous ses salariés pour que la population jouisse d’un “service public démocratique et pluriel”. Toute révolution citoyenne devrait s’accompagner de la création d’un vaste réseau de médias populaires pour que les citoyens disposent réellement d’informations alternatives.

(2) Sur la nature de ces nouvelles instances de pouvoir citoyen, lire « Démocratisation de l’État, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/12/31/democratisation-de-letat-hausse-des-budgets-sociaux-nicolas-maduro-met-les-bouchees-doubles/

(3) Sur le gouvernement de rue, lire « Nous t’écoutons Claudia« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

(4) « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/07/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-files-dattente-au-venezuela-sans-jamais-oser-le-demander/

(5) Voir le point (2) sur la démocratisation de l’État.

(6) « Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine/

(7) Lire « L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/22/laccord-de-transition-machado-ledezma-lopez-ce-que-revele-et-ce-quocculte-le-programme-de-la-droite-venezuelienne-en-cas-de-succes-dun-coup-detat/

(8) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC)« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/05/lamerique-latine-serre-les-rangs-autour-du-venezuela-les-etats-unis-isoles-avec-declaration-integrale-du-sommet-de-la-celac/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1KE

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander

unicasaLa file d’attente comme cliché médiatique du Venezuela voudrait nous convaincre, au cas où nous ne l’aurions pas compris, que le socialisme ne marche pas. Pourtant, comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe, cette image n’attend qu’à être “découverte” par qui voudrait faire le métier d’informer. Certes, face aux actionnaires qui préfèrent les reflets de la caverne de Platon aux Histoires extraordinaires, on imagine mal le journaliste occidental renonçant à la vulgate et retrouvant la passion de l’enquêteur Dupin.

En attendant ce jour…

Tout a commencé dans les années 50 : pétrole, explosion urbaine, Rockefeller et Cisneros inventent la culture de masse vénézuélienne, le “j’achète donc je suis” qui pendant des décennies fera de Miami la référence culturelle principale pour les 20 % de classe moyenne, « la bourgeoisie plus bête du monde », immortalisée par le documentaire Mayami Nuestro de Carlos Oteyza (1).

Un rêve pour les 80% de pauvres exclus du système, qui fit écrire à un cycliste du nom d’Ernesto Guevara, passant par-là dans les années 50, que de tous les pays visités, celui-ci était « le plus aliéné par l’American way of life ». Comme le dit aujourd’hui une compagne de lutte : le jour où le vénézuélien, en voyant les lettres C.C. ne pensera plus « Centre Commercial » mais « Conseil Communal », la révolution aura fait un pas de géant.

Pour beaucoup, le socialisme des quinze dernières années, avec ses hausses de salaire, ses subventions des aliments de base, son droit concret de manger trois fois par jour, sa gratuité de la santé et de l’université, est autant qu’une adhésion idéologique, la possibilité de se hisser au statut jusque-là réservé aux happy few. La guerre économique recycle et travaille cette fibre bien vivante. En 2015 l’hégémonie culturelle au Venezuela reste télévisuelle, celle de Venevision ou Televen, celle du plaisir individualiste de consommer, de l’ascension sociale, avec gymnases, aerobics, cheveux lissés, courbes de silicone, photos du diplômé en cape et toque, et antenne de Direct TV. Même les politiques de communication des médias bolivariens peinent à se libérer de cet imaginaire du produit et de la consommation opposé à l’imaginaire de la production, du travail, du monde social du travail. On a vu des files d’attente se former non pour du shampoing mais pour une marque de shampoing. Il aura suffi, au début de janvier 2015, d’une fausse rumeur propagée par la droite sur les réseaux sociaux évoquant l’imminence d’une grève nationale – qui n’eut jamais lieu – pour que 18 millions de vénézuéliens achètent fébrilement  en quatre jours l’équivalent de ce qu’ils auraient consommé en un mois et demi.

Retournons la carte postale de la file d’attente. Ce qui irrite le plus la population, c’est l’artificialité des files : dans de nombreux cas le stock disponible est plus que suffisant pour permettre une vente fluide. Pas de jour sans qu’on découvre des tonnes d’aliments, médicaments, matériel chirurgical, pneus, carburant cachés dans des entrepôts, des camions parfois munis de plaques colombiennes. Par ailleurs, la moitié au moins des personnes qui font la file ne sont pas des riverains mais des « bachaqueros » (fourmis porteuses). C’est le surnom populaire des milliers de revendeurs et contrebandiers organisés en réseaux et qui se déplacent de commerce en commerce, armés de leurs portables, pour suivre à la trace les produits subventionnés.

mucha-gasolina

Un des milliers de dépôts de carburant en attente d’être transférés en Colombie par les réseaux mafieux.

2.000 Km de frontière avec la Colombie, tout au long des États  Zulia, Táchira, Apure et Amazonas, servent de passoire depuis des années aux camions-citernes, voitures, avions, bateaux qui vident le Venezuela de 30 à 40 % de ces produits subventionnés. Au Venezuela on remplit un réservoir de 80 litres pour 7,76 Bolivars – c’est l’essence la moins chère du monde – contre 2.100 Bolivars en Colombie. Un kilo de lait en poudre vendu au Venezuela à 70 Bolivars bondit, de l’autre côté de la frontière, à 450 Bolivars. Ce pillage massif et quotidien est devenu un mode de (sur)vie pour la population de 40 municipalités de Colombie, ceux du nord du département de Santander, soit près de 1.320.000 personnes. Le néo-libéralisme colombien a fait du socialisme bolivarien une manne nationale.

Nicolas Maduro explique que les investissements publics de la révolution ont soutenu trois pays. Le premier, celui de la famille vénézuélienne, qui bénéficie aujourd’hui d’une baisse continue du chômage (5,5% en décembre 2014), du niveau de revenus le plus haut en cent ans, et de l’éradication de la faim saluée par la FAO (2). Le deuxième pays est celui de la mafia vénézuélienne qui dévie, stocke, cache et revend à prix d’or les produits subventionnés. Le troisième, c’est l’économie des mafias colombiennes, dont la contrebande d’extraction est freinée aujourd’hui par la surveillance des frontières menée par les forces armées vénézuéliennes.

Des contrôles d’identité menés ces dernières semaines dans les files d’attente ont permis de détecter la présence de centaines de colombiens en séjour illégal, liés aux réseaux paramilitaire implantés depuis dix ans au Venezuela. On les a renvoyés chez eux. Peu à peu le gouvernement accélère les inspections, arrête les propriétaires et gérants de chaînes commerciales vénézuéliennes coupables d’accaparer et de spéculer sur les prix, remet en circulation les marchandises dans les circuits publics (Mercal, Pdval, etc..) pour les vendre au prix juste, et commence ainsi à normaliser, avec l’aide des organisations communales, la distribution et la commercialisation. Cette mobilisation générale permet au président Maduro de rappeler la différence entre un capitalisme qui accapare pour mieux spéculer et le modèle socialiste de distribution pour tous.

Elle est aussi l’occasion de rafraîchir la mémoire historique, et de se souvenir de l’offensive de la bourgeoisie chilienne contre Salvador Allende, sur l’injonction de Nixon : “il faut faire pleurer l’économie chilienne”. Les vénézuéliens ne sont pas plus dupes aujourd’hui qu’en 2002 lorsqu’un lock-out pétrolier voulut les monter contre la révolution. L’Empire sous-estime ce peuple et son président en les soumettant depuis deux ans à une guerre économique comme phase préparatoire d’un coup d’État. Pas de violences, pas de pillage de magasins, pas de marches populaires comme en rêvait l’extrême droite. Malgré les rumeurs, et malgré les techniques du goutte à goutte qui consiste à ne faire passer qu’un petit groupe à la fois afin de faire grossir le nombre de personnes dans la rue.

Élargissons le cadre de l’image : l’économie vénézuélienne, le secteur de l’alimentation par exemple, reste à 70 %  aux mains d’un secteur privé… qui n’a jamais été un vrai secteur privé. Ses produits sont en grande partie importés grâce au dollar subventionné par l’État, ce qui lui permet de spéculer en revendant avec un bénéfice de 200 à 2000 %. Alors que le pouvoir d’achat populaire a fortement augmenté avec la révolution, l’appareil productif privé n’a pas augmenté ses investissements, bien au contraire. La file d’attente est donc l’image de de la faillite d’un capitalisme historiquement incapable d’assumer la production et la distribution nationales. En s’engouffrant dans cette faille, la guerre économique met le gouvernement bolivarien au pied du mur. Le défi est immense. Nicolas Maduro sait que le projet socialiste serait impossible à long terme sans une politique volontariste qui permette le saut structurel vers un puissant appareil productif national, et sans la transformation en profondeur d’un État encore affaibli par le rentisme pétrolier et sa contagion mafieuse.

L’économiste vénézuélien Luis Salas Rodríguez trace la perspective de cette transformation.

Thierry Deronne, Caracas le 7 février 2015

Dépasser un modèle failli, tâche historique du chavisme.

Par Luis Salas Rodriguez

Traduction : Jean-Marc del Percio

L'économiste Luis Salas Rodríguez

L’économiste Luis Salas Rodríguez

« Ils ont d’abord détruit le pays. Ce sont les mêmes qui prennent aujourd’hui la parole pour nous donner des conseils »

Hugo Chavez

Au Venezuela nous assistons incontestablement à l’échec d’un modèle. Tant sur le plan économique, que sociétal : celui d’un capitalisme dépendant ; du développement inégal, assorti d’un contraste marqué, entre une minorité extraordinairement opulente, une classe moyenne également minoritaire, mais toutefois intégrée, dans la mesure où elle s’avère utile à la première, et une majorité exclue quant à elle du rentisme, du consumérisme, de la démocratie au sens où l’entend celle-là, captant dans le meilleur des cas, les retombées de l’ensemble.

Fedecámaras (la fédération des chambres de commerce et de production du Venezuela) et le capital transnational des secteurs pétrolier et commercial en endossent la paternité. La date de naissance de ce modèle : le 18 octobre 1945. C’est-à-dire au moment où la fraction spéculative, usuraire et parasitaire de la bourgeoisie ( pour reprendre la caractérisation que l’on doit à Medina, Pietri, Egana et compagnie, héritiers idéologiques d’Alberto Adriani)  en collusion avec les secteurs les plus durs des forces armées firent capoter le seul projet à peu près sérieux d’industrialisation, qu’une aile ultra minoritaire de la bourgeoisie nationale, avait promu.

Le chavisme qui n’est ni un projet exclusivement économique ou social, mais un projet historique global, s’est affirmé en réaction à cet échec. Or, de tous les points de vue -mais surtout sur le plan économique- cette alternative a été couronnée de succès. Ce sont les effets secondaires inhérents à la réussite de ce projet auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Ils résultent de la réaction propre à ce vieux modèle. Ceux qui en bénéficiaient, ceux qui en étaient les héritiers ne peuvent accepter leur éviction de la scène de l’histoire. En tant que membres d’un bloc historique hégémonique ayant fait son temps, ils sont prêts à tout sacrifier -exceptés leurs propres privilèges- pour l’éviter.

Dans sa tentative de sauver ce qui peut l’être, la réaction de « nos » privilégiés de la rente pétrolière rappelle l’attitude qui sera celle de la noblesse terrienne française durant la période pré-révolutionnaire, malgré les avertissements de ceux qui virent que ses privilèges obscènes, son égoïsme atavique, son sentiment de supériorité illégitime et son nombrilisme invétéré, la mèneraient à sa perte. Non seulement  cette noblesse n’a changé en rien son mode de vie, mais elle s’est entêté à le faire perdurer. Nous savons ce qu’il en advint. La révolution éclata, les masses populaires étant les victimes de la spéculation sur le pain et les céréales.

La faillite du modèle Fedecámaras et la longue grève des investissements du capitalisme vénézuélien.

Retracer  l’échec du modèle économique tel que Fedecámaras le concevait et la faillite du pays qui s’ensuivit, est d’autant plus intéressant, si l’on se réfère à ceux qui, tout en étant acteurs de ce système, ont été suffisamment raisonnables pour réaliser ce qu’il se passait.

Tel le banquier de vieille date Miguel Ignacio Purroy, qui a présidé jusqu’à l’an dernier, Bancaribe (la 7ème banque privée du Venezuela) et que nul ne pourra le soupçonner d’être un sympathisant du chavisme, ou d’être un gauchiste. En 1985, dans un entretien intitulé « Passé, présent et futur de la dette », partie intégrante d’une étude que l’on doit à la non moins archaïque ANCE, Purroy établissait son diagnostic  sur la crise vénézuélienne : « La crise est advenue, en raison de la grève des investissements du secteur privé depuis 1979. Espérant que cela se traduirait par la création de richesses lui permettant de récupérer les crédits alloués, et de contribuer à une amélioration de la situation de l’emploi, l’État a voulu rompre avec cet état de fait. Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Pour la simple raison que la plupart de ces prêts ont été transférés à l’étranger (…) (La Corporación venezolana de Fomento (Société de Développement du Venezuela) par exemple, a débloqué 15 mille millions de Bolivars et en a seulement récupéré 1500 ».

Le graphique suivant, rend clairement compte de la situation que Purroy dénonce : la longue grève des investissements que l’on doit aux capitalistes créoles, s’exprime par une forte baisse de l’investissement fixe.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d'investissements. En vert, les investissemets privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s'inverse au fil de la révolution bolivarienne.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d’investissements. En vert, les investissements privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s’inverse au fil de la révolution bolivarienne.

Les deux tableaux qui suivent mettent en évidence deux des effets les plus pervers que causera cette « grève » : une situation d’inflation et la chute vertigineuse des salaires réels de la population active. (On doit ces études à Asdrubal Baptista, que l’on ne peut soupçonner davantage de chavisme).

Tableau du haut : lourbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix. Tableau du bas : comparaison du taux d'inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Tableau du haut : courbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix.
Tableau du bas : comparaison du taux d’inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Le mythe d’un Venezuela saoudien.

Le Venezuela saoudien  du « ‘tabarato, dame dos !» (« C’est pas cher, donne m’en deux ! »), des week-ends à Miami et de la consommation effrénée qui en découle, fut un mythe, quand on sait que seul le secteur privilégié de toujours et des nouveaux parvenus en bénéficia.

Sur les 15 millions de vénézuéliens d’alors, moins de 3 ont eu accès à ce mode de vie des riches et des célébrités. Cela semble élevé, et c’était en tout cas suffisant pour saturer l’aéroport de La Carlota (Caracas) tous les week-ends, les centres commerciaux de Miami et autres magasins de la 5ème Avenue. Mais cela représentait moins de 20% de la population dans son ensemble.

Que ce grand Venezuela saoudien relève désormais d’un mythe nostalgique  on le doit à l’hypocrisie et au cynisme de ses acteurs et bénéficiaires. La part de nostalgie s’explique d’elle-même. Toutefois l’hypocrisie et le cynisme qui contribuent à forger cette image, méritent que l’on s’y attarde : après la privatisation de l’usufruit de cette richesse produite par tous, désormais concentrée entre quelques mains, on a étendu le blâme à l’ensemble des vénézuéliens en affirmant qu’ils étaient tous des rentiers, des gaspilleurs et des corrompus. Dans ce contexte nul n’était censé être coupable, puisqu’à des degrés divers tout le monde en profitait. Il s’agissait du conditionnement psychologique préalable de la population pour la préparer au grand réajustement néo-libéral, qui a imposé à l’ensemble de la population de se serrer la ceinture. Et de payer les pots cassés par Fedecámaras et ses sbires.

Vu sous cet angle, le modèle du grand Venezuela saoudien est à prendre avec des pincettes. S’il a existé, ce fut à la manière de l’Arabie saoudite et de Dubaï à l’heure actuelle : un royaume de « princes » et de « princesses » accapareurs de richesses qu’ils ne produisent pas, dont les sujets -qu’ils considèrent comme leurs serviteurs- évoluent dans une grande pauvreté.

Les années 1980/90 qui ont vu la fin du Venezuela saoudien, relevaient de l’enfer social. Les exclus de toujours étaient de plus en plus exclus par le néo-libéralisme. Et nombre de ceux qui ne l’étaient pas, ont dégringolé de l’échelle sociale avant de plonger dans la pauvreté.  Ce sera le cas de la classe moyenne vénézuélienne qui subira un déclassement brutal et une précarisation à l’image de ses homologues européens contemporains ou des argentins des années 1990.

Par la force des choses, à la fin des années 1990, le Venezuela comptait parmi les pays les plus inégalitaires au monde (30% de la population monopolisaient 61% de la richesse nationale). Et la classe moyenne vénézuélienne qui représentait 50% de la population dans les années 1970, plafonnait à 20% une vingtaine d’années plus tard.

Entre autres conséquences, les universités publiques que les classes populaires fréquentaient majoritairement, perdirent leur caractère, et furent phagocytées par les représentants des classes moyennes qui n’avaient plus les moyens financiers d’accéder aux institutions universitaires privées.

Du Venezuela saoudien, au Venezuela de toutes et de tous.

Au cours de ces douloureuses années, la bureaucratie a popularisé une expression pour spécifier la situation de ces millions de jeunes à qui l’on refusait le droit à l’éducation. On les appelait « population flottante » parce que prise au piège des limbes institutionnels entre le secondaire et l’université.

D’une manière générale, cette expression (« population flottante ») caractérisait également la situation de 80% de ces vénézuéliennes et vénézuéliens qui « flottaient socialement », du fait que les droits auxquels ils pouvaient prétendre – à l’éducation, à la santé, à la sécurité, au travail, à une bonne alimentation, mais aussi aux loisirs et à la culture- leur étaient refusés.

C’est contre cette situation barbare, contre cette situation désespérée subie par la majorité sociale qu’il revint au chavisme de s’insurger. Ce fut « la première tâche », pour le dire avec ce grand ami et allié de Chavez que fut le président argentin Nestor Kirchner.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que le chavisme remporta des succès extraordinaires et que ce projet – sans être encore un modèle- atteignit son but. Avant d’influencer plusieurs pays de la région.

Tout cela s’est fait avec le pétrole et sa rente ? Oui. Tout cela se fit sans rompre structurellement avec le système capitaliste ? Oui. Mais cette politique n’en est pas moins héroïque et n’en est pas moins immensément révolutionnaire dans son contenu, même la droite le sait.

« Sans court terme, pas de long terme. Cette prémisse fut primordiale pour Hugo Chavez. La dette sociale vénézuélienne découlant des décennies néo-libérales, était si importante qu’elle a empêché tout déploiement de quelque transformation structurelle que ce soit. L’urgence fut de résorber l’extrême pauvreté. Selon les canons de l’économie dominante, et son cortège d’experts techniques, la pauvreté est tout simplement une donnée économique trouvant sa place dans toute équation mathématique. Par conséquent, elle ne prend ni en compte la corrélation de forces politiques qui  explique cet appauvrissement de la majorité de la population, ni la gravité de cette situation sur le plan social. Chavez prit le contre-pied des thèses économiques dominantes. Pour lui pas de futur envisageable sans résoudre d’abord le présent.

« Il fallait jeter immédiatement les bases d’une économie humaniste capable de répondre aux besoins vitaux du peuple vénézuélien. Ainsi, à contre-courant du tsunami néo-libéral, la politique économique de la Révolution Bolivarienne mit un point d’honneur à éradiquer la pauvreté (CEPAL/ Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, ONU); à ramener les chiffres du chômage à un niveau plancher sans précédent (5,5 % en décembre 2014);  à parvenir à l’équité en matière de revenus (PNUD/ Programme des Nations Unies pour le Développement) ; à augmenter le salaire minimum réel; à éradiquer la faim (FAO/Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). N’en déplaise à certains, tout cela est dû à l’efficacité de l’économie socialiste. Aboutir aussi rapidement à l’assainissement de la dette sociale est le signe d’une politique économique qui utilise efficacement  les recettes publiques : plus de 60% du PIB consacrés aux investissements sociaux. Il n’y a pas de magie ni de miracle : la construction de logements, la mise en place d’un service public gratuit dans le domaine de la santé et de l’éducation, cela coûte cher en bolivars et en dollars

« Tout cela a été réalisé grâce à la rente pétrolière ? Oui. Mais non pas parce que cette rente tomba du ciel, se transformant comme par enchantement en missions sociales, en logements, en écoles ou en hôpitaux, mais grâce à la récupération souveraine de ce secteur stratégique et ensuite par la priorité donnée à une politique sociale, contre toute option néo-libérale. La clef de cette réussite a résidé dans le fait que la rente pétrolière a été mise au service d’une économie humaniste. L’usage efficace des recettes publiques permit l’édification d’un État social en lieu et place d’un Etat-providence miniature ». (Alfredo Serrano Mancilla. Révolution productive (3).

Luis Salas Rodriguez

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/superar-el-modelo-fracasado-i

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir le documentaire Mayami Nuestro: https://www.youtube.com/watch?v=1SCbDgB4Ifc

(2) « La Fao considère que le problème de la faim est pratiquement éliminé au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/la-fao-considere-que-le-probleme-de-la-faim-au-venezuela-est-pratiquement-elimine/

(3) « La revolución productiva », http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7687-2014-05-25.html

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1J7

Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Eléments de réflexion pour une bataille des idées

Le 22 janvier, le président Maduro a rendu publique une conversation téléphonique entre militaires d’extrême droite (voir ci-dessous). L’un d’eux, expert en guerre psychologique de la School of Americas, explique comment organiser des pillages “avec l’aide d’étudiants” grâce aux pénuries générées par le secteur privé – encore hégémonique au Venezuela (1). Des liens resurgissent avec le leader d’extrême droite Leopoldo López, actuellement jugé en tant qu’organisateur des violences qui ont fait des dizaines de morts en 2014 et que les médias internationaux présentent comme un “prisonnier politique”. Le président Rafael Correa a rappelé récemment que ce scénario copie le modus operandi employé par Washington pour renverser le président Salvador Allende (2).

Pour stopper ce coup d’État en marche, Nicolas Maduro a lancé un ultimatum au secteur privé tout en réorganisant la distribution des produits et aliments de base. La droite comptait sur la chute des prix du pétrole pour pousser le gouvernement à l’austérité. Peine perdue : le 22 janvier, le président bolivarien a annoncé l’augmentation du salaire minimum de 15 % pour le protéger de l’inflation, 300.000 pensions supplémentaires, 200.000 nouvelles bourses d’études pour les étudiants du secondaire, l’augmentation de 30 % des bourses universitaires, la construction de 400.000 logements et de nouvelles infrastructures routières, ainsi qu’une nouvelle mission de protection sociale pour 500.000 familles populaires (4). Le texte d’Elías Jaua éclaire la lutte entre ces deux modèles.

T.D., Caracas, 24 janvier 2015

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015 brandit la photo de Fabricio Ojeda, député et guérillero de gauche assassiné sous un régime antérieur à la révolution.

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015, brandissant la photo de Fabricio Ojeda, député, journaliste et guérillero de gauche assassiné en 1966.

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014. Cette enième tentative de déstabilisation contre le gouvernement bolivarien avait été présentée par les médias occidentaux comme... "une révolte populaire" !

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014, mêlées aux familles des disparus sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution. La tentative meurtrière de déstabilisation en 2014 avait été présentée par les médias occidentaux comme « une révolte populaire réprimée par le gouvernement ».

 Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Éléments de réflexion pour une bataille des idées.

par Elías Jaua

Traduction : Jean-Marc del Percio

« Ce système est totalitaire et centralisateur. Il établit le contrôle de l’État sur tous les aspects de la vie (…) Il conduit à l’oppression et à la ruine des pays où ce système a été appliqué ».

Conférence des Évêques du Venezuela, janvier 2015.

«Dans le même temps que les intérêts d’une minorité s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité s’effondrent. Ce déséquilibre résulte de la mise en application de critères idéologiques qui soutiennent l’autonomie absolue des marchés, mais aussi la spéculation financière. Et rejettent le droit de contrôle des États sur ces affaires. Lesquels sont en charge de la défense du bien public ».

Pape François. Exhortation apostolique, 12 juillet 2013.

 

Un État luttant pour la défense de l’intérêt général : ce principe est au cœur de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Celle-là même qui aura été approuvée il y a 15 ans, un mois et 3 jours, par le peuple vénézuélien. Un État social, démocratique ; un État de droit et de justice qui répond enfin au rêves de nombreuses générations. Un rêve transformé en réalité, du fait de la volonté affichée de millions de vénézueliens et vénézueliennes.

Notre constitution établit clairement le rôle de contrôle et de régulation dévolu à l’État, dans le domaine économique, et ce, dans le but de protéger les droits humains de notre peuple, face aux monopoles, face à la spéculation, l’usure et la fraude, inhérentes au capitalisme. Il s’agit également de promouvoir une répartition équitable de la richesse nationale, tout en favorisant une économie productive.

Sous l’impulsion initiale du président Chavez, la Révolution Bolivarienne aura sans aucun doute réussi le pari de démocratiser les fruits de la rente pétrolière, tout en soldant la dette sociale accumulée durant la période de la gabegie capitaliste. La remise en question du rentisme pétrolier en est le corrolaire.

A ce jour, la démocratisation des fruits de la rente pétrolière, aura débouché sur les avancées suivantes en matière de recherche du bien commun.

1. L’investissement social

Entre 1985 et 1998 (avant la révolution) : avec un revenu national s’élevant à 213 286 000 de dollars, les dépenses sociales ne représentaient 36,82% (79 540 millions de dollars).

Entre 1999 et 2012 (a partir de la révolution) : avec un revenu national atteignant 883 089 000 de dollars, les dépenses sociales ont grimpé à 62,46% (551 639 millions de dollars).

Ainsi, en universalisant la redistribution de la rente, la Révolution bolivarienne a réussi à inverser la courbe. (3)

2. La bataille contre la pauvreté.

En 1998, 21% des ménages vénézueliens vivaient en situation d’extrême pauvreté. En 2014, cet indice s’est rétracté à 5,5%. D’une manière générale, entre 1998 et 2013, la pauvreté a régressé de 49 à 19%.

Idice GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure le taux d'inégalité. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l'égalité sociale.

Coefficient GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure l’inégalité dans la distribution des revenus par foyer. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l‘égalité sociale.

3. Le droit à la santé.

Si en 1998, le Venezuela comptait 5360 centres de santé sur son territoire, ce chiffre a progressé pour atteindre en 2011 le taux de 13731. Ce qui représente une croissance de 150%.

A cette même date, 182 hôpitaux ont été réhabilités, tandis que les centres de santé publique se voyaient pourvus de 27 620 lits.

Entre autres réalisations importantes, on peut citer la construction -suivie d’une mise en service- de l’Hôpital cardiologique pédiatrique latino-américain Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, doté d’un potentiel permettant de réaliser 4500 interventions chirurgicales annuelles, et 80 000 consultations en externe, pour les enfants souffrant du coeur.

En mars 2014, la Révolution a permis à 17 000 impétrants d’obtenir leurs doctorats en médecine. Et grâce à la Mission Barrio Adentro I, II et III, pas moins de 24 millions de Vénézueliens (82,4% de la population totale), ont bénéficié d’une aide médicale gratuite. Ces Missions successives, se sont appuyées sur un réseau de 7500 cliniques populaires ; 6000 centres de santé ; 3000 cabinets dentaires (odontologie) ; 400 cabinets d’optique/ophtalmologie ; mais aussi sur 559 centres de diagnostic intégral ; 130 blocs opératoires ; 570 salles de rééducation et 35 centres de haute technologie médicale.B7KPPsMIIAEfR7G-632x430

4. Le droit à l’éducation.

Grâce à la Révolution Bolivarienne, le taux des inscriptions a augmenté de 29%. Soit un total 7 778 538 élèves.

Le taux net de scolarisation dans le primaire a connu une croissance de 7 points, atteignant ainsi les 93%. Et si l’on prend pour repère les chiffres de l’année scolaire 1998-99, le nombre de diplômés a explosé (+ 160%. Année scolaire 2012-13).

De 19 682 groupes scolaires existants, l’on est passé à 24 516 (+ 25%). Quant au personnel enseignant, son nombre s’est accru de 188%.

Par ailleurs, les Missions Robinson I et II ont permis l’alphabétisation de 1 756 250 personnes. 789 436 d’entre elles ont terminé leurs cycles d’études primaires. De ce fait, en 2005, l’UNESCO a déclaré officiellement le Venezuela, « territoire libéré de l’analphabétisme ». 822 853 personnes bénéficiant des programmes de la Mission Ribas ont pu achever leurs études secondaires. Quant à la Mission Sucre, elle a assuré 565 201 vénézueliens/ennes d’une formation qui aura autorisé l’accès pour 212 532 d’entre eux, à des études supérieures. (Université).

5. Le droit à la culture.

La Révolution a jeté les bases d’un véritable réseau d’institutions ayant remarquablement contribué à l’épanouissement culturel de notre peuple. Parmi celles-ci, il est possible de citer le Centre pour la Diversité culturelle ; la Fondation « Librairies du Sud » qui s’appuient sur 61 établissements disséminés sur l’ensemble du territoire national ; la maison d’édition «El Perro y la Rana», pourvue de 24 antennes régionales ; l’Institut des Arts scéniques et musicaux (IAEM) ; la compagnie de distribution Amazonia Films ; la Maison du Cinéma, centre de production et formation ; le Centre National d’Histoire ; le Centre National du Disque (CENDIS) ; la Fondation des Musées Nationaux, etc.

Depuis 2012, la Mission Culture a permis la formation de 12 465 professionnels, ayant obtenu leurs diplômes en Éducation, mention « Développement culturel » ; sans oublier l’épanouissement, aujourd’hui célèbre dans le monde entier, des ensembles d’orchestres Simon Bolivar.

Le développement du secteur cinématographique est à souligner. Il résulte de l’effort conjoint de structures diverses telles que la Maison du Cinéma, du Programme National de formation cinématographique et du Centre Autonome cinématographique (CNAC).

Rien qu’en 2012, 12 films vénézueliens ont vu le jour, tandis que 27 projets cinématographiques ont reçu un soutien concret. 25 festivals et expositions ont été organisés au niveau des États. 78 films vénézueliens ont participé à 121 festivals internationaux. 36 prix et distinctions ont été ainsi obtenus. Et en novembre 2014, on a atteint une fréquentation record des salles obscures . Ce qui hisse le Venezuela à la première place des pays d’Amérique latine, quant à la découverte de longs métrages nationaux.

B7KS459IYAAEq98-632x4216. Le droit au sport.

A partir de 1999, le Gouvernement Bolivarien a instauré une politique visant à renforcer le développement des activités sportives. A cette fin, au cours des 12 dernières années, 6 830 614 741 Bolivars ont été investis. De ce fait, 2885 installations sportives ont été réhabilitées ou construites ; 3 stades de football ont vu le jour, et 6 autres ont été modernisés ; l’Université ibéro-américaine du Sport, 27 unités éducatives visant à la détection des talents, mais aussi 14 centres de science et médecine sportives ont été fondés. 6 479 713 personnes ont bénéficié de l’accent mis sur le sport de masse. Dont 165 000, par le biais du Pouvoir sportif Communal ; 3 960 266, via la Mission Barrio Adentro sportif ; 1 985 000, grâce au sport universitaire ; 31 803 par le Simoncito sportif, et 337 644 par le développement systématique des activités physiques, sportives , récréatives, aux fins d’améliorer la santé publique.

La Mission Barrio Adentro pour le Sport, qui couvre les 24 États du pays, est devenue la pierre angulaire de la politique révolutionnaire en matière sportive. D’ailleurs, depuis peu, les performances des athlètes vénézueliens se sont multipliées. Tant au niveau national, qu’international.

7. Le droit à la Communication et à l’accès aux technologies de l’information.

Les avancées de la Révolution en terme d’accès aux communications et à internet sont significatives. Prenons quelques exemples. Tandis qu’en 1998, le pays comptait à peine 342 stations de radio FM (dont 331 relevant du secteur privé, 11 du secteur public et aucune de type communautaire), en 2012, la situation se modifie singulièrement pour atteindre les chiffres de : 843 (503 privées, 86 publiques, 249 de type communautaire). C’est-à-dire + 146%.

Quant aux stations de télévision, en 1998, leur nombre s’élevait à 119 (en signal ouvert), dont 66 privées, 14 publiques et 39 de type communautaire. A ce tableau d’ensemble, il convient d’ajouter la création de Vive TV et Telesur. Sans oublier le lancement de la Radio del Sur (la Radio du Sud), et la fondation du Correo del Orinoco. (Le Courrier de l’Orénoque).

De plus, en 2013, grâce à l’installation de 11 321 km de fibre optique, 12,55 millions de vénézueliens (42% de la population) ont pu accéder à la Toile. Ces réalisations ont hissé le Venezuela au 7ème rang des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, en terme de pénétration des services afférents, et du nombre d’utilisateurs. Il faut également préciser que l’application du programme WIFI para Tod@s (la WIFI pour tous), a permis l’installation de 2903 points publics et gratuits de connexion sur l’ensemble du territoire national. Dont 259 en milieu universitaire, 1389 lycées et 681 villages.

8. Un droit sacré : s’alimenter.

Les 15 premières années de la Révolution bolivarienne ont permis au pays – dont 2,7 millions de citoyens souffraient de la faim (les années 1990)- de réduire ce fléau, pour le rendre exceptionnel. Ainsi, l’indice de malnutrition qui s’élevait initialement à 13,5%, est passé sous la barre des 5%. Quant à l’apport calorique, il est passé de 2127 Kilocalories par personne et par jour (Quatrième République) à 3182 Kilocalories par personne et par jour, en 2012. L’année suivante, la FAO rendra hommage au Gouvernement Vénézuelien, pour avoir par son action, réduit à leur plus simple expression la faim et la malnutrition.

Par ailleurs, 17 554 442 personnes ont bénéficié de la Mission Alimentation Mercal/Programme de distribution d’aliments subventionnés créé en 2003, PDVAL – Entreprise publique de Production et distribution d’aliments, et Abasto Bicentenario – grande chaîne de magasins publics permettant l’achat d’aliments et de produits de 1ère nécessité au « prix juste, qui leur a facilité l’accès à l’alimentation subventionnée par l’État. On estime à 8 059 414 tonnes, les aliments ayant été distribués par les 16 626 points de vente existants.B7KTFGPIgAEdw6j-632x434

9. Le droit au logement.

Si l’on prend l’année 2011, la Grande Mission Logement Venezuela aura permis à 600 000 logements dignes de ce nom de voir le jour. 400.000 seront costruits en 2015. Superficie moyenne : 70 m2, avec salle de bain, chambre à coucher, cuisine. Les services publics et les aménagements urbains sont à portée de main. Ce qui garantit le plein épanouissement (social et productif) des habitants. En outre, nombre de ces logements ont été livrés totalement équipés et meublés. Et les espaces consacrés à l’éducation, la santé, la culture ne manquent pas, tels que les Simoncitos (centres d’éducation initiale pour les enfants de 0 à 6 ans), les écoles, les CDI (Centre de Diagnostic intégral) et les terrains de sport.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d'une remise de logements aux secteurs populaires de l'État Anzoategui.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d’une remise de logements aux secteurs populaires de l’État Anzoategui.

10. Le droit de vieillir dans la dignité

A ce jour, 2 521 750 pensionnés bénéficient des avantages liés à la mise en place de la Gran Mision en Amor Mayor. 300.000 de plus viennent d’être annoncées pour 2015 par le président Maduro. Il y a 16 ans, ce chiffre se ramenait à 300 000. Ces derniers recevant des subsides inférieurs au salaire minimum légal.

Tous ces résultats sont la conséquence d’une politique redistributive socialiste, qui concerne 60% du budget de l’État, et de l’universalisation des fruits de la rente pétrolière. En une décennie, cet effort a conduit le Venezuela à passer d’un Indice de Développement humain moyen à un IDH élevé. Selon un rapport de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine/ONU), notre pays s’avère être le moins inégalitaire de l’Amérique latine. Cela, nous n’avons pu l’obtenir que par l’instauration du socialisme.

Il est par ailleurs nécessaire de préciser qu’il est impossible de construire le socialisme sur la base du rentisme pétrolier. Consciemment ou inconsciemment, cette certitude est liée à la notion que le socialisme relève uniquement de la sphère de la distribution.

Hugo Chavez avait clairement établi que notre socialisme doit être intégral, muni de toutes ses facettes, et se doit de faire ressortir toutes les qualités inhérentes à son mode de production spécifique. Selon Chavez, il ne peut exister un socialisme rentier. Sans vaincre le rentisme, il est impossible de jeter les bases d’une économie productive socialiste.

Non seulement le rentisme implique une dépendance par rapport à la production pétrolière, mais aussi par rapport à la fluctuation des cours du pétrole sur les marchés internationaux. De plus, cette référence au rentisme, s’exprime à travers « la culture spéculative, qui s’est immiscée tel un venin à l’intérieur même du système capitaliste vénézuelien ».

C’est pourquoi, parallèlement à l’application d’une juste politique redistributive de la rente – autorisant l’obtention et la consolidation des droits sociaux- la Révolution Bolivarienne s’est attelée à la concrétisation d’une culture du travail qui permet l’émergence d’une économie productive socialiste.

Voyons ce qu’il en est :

  1. La diversification des relations économiques internationales, a permis un renforcement de notre indépendance et de notre souveraineté. Elle a également favorisé de salutaires transferts de technologie constituant le socle de l’industrialisation du pays. (6)
  1. Le processus des nationalisations a permis le retour dans le giron de la nation, de multiples entreprises d’importance stratégique. Nombre d’entre elles souffraient de graves retards sur le plan technologique, leur situation sur le plan fiscal était précaire. Il n’en demeure pas moins que ces nationalisations étaient nécessaires à l’impulsion de politiques ambitieuses telles que celles de la Grande Mission Logement Venezuela. (A ce jour, plus de 600 000 logements ont été construits et 400.000 supplémentaires le seront en 2015). Il en est de même, en ce qui concerne les secteurs industriels du ciment, de l’acier et de l’électricité. CANTV (compagnie de télécommunications) et Banco de Venezuela étaient viables. Toutefois leurs nationalisations ont été utiles, car elles auront favorisé la démocratisation de l’accès à leurs services respectifs ; mais aussi le bon emploi des bénéfices dégagés, au profit des enfants et des jeunes. De ce fait, un large accès aux technologies de l’information a été possible. (Programme Canaima : 5 millions d’ordinateurs mis gratuitement à la disposition des écoliers et des universitaires). Dans un autre registre, ces nationalisations ont bénéficié aux personnes du 3ème âge, qui peuvent désormais compter sur une pension digne de ce nom (Gran Mision Amor mayor).
  2. La surface agricole utile s’est considérablement étendue. Entre 1998 et 2010, la superficie des terres cultivées a augmenté de 49%. Entre ces deux dates, on est passé de 1 638 923 ha à 2 433 943 ha. Quant à la production agricole relative à l’élevage elle s’est accrue de 44% : 2 575 443 tonnes (1998) ; 4 669 120 tonnes (2010).
  3.  On a également beaucoup investi dans le domaine des infrastructures routières et des transports. Le réseau ferré n’a pas été oublié : on peut notamment citer la mise en service d’une ligne, desservant les Vallées du Tuy (Etat de Miranda); les lignes 3 et 4 du metro de Caracas. La ligne 5 étant en voie de réalisation ; les métros de Maracaibo, Valencia et Los Teques ; le CableTren Bolivariano /Métro de Caracas/Transports publics) ; le réseau reliant Caracas-Guarenas-Guatire (projet de Métro urbain) ; le Métro Câble Mariche et San Agustin (système de téléphériques intégrés) ;
  4. De grandes installations thermoélectriques ont été construites et ont vu leurs capacités de production étendues. Il en est ainsi de la centrale Général Rafael Urdaneta dans l’État du Zulia ; des stations Centre à Carabobo et Josefa Camejo à Falcon ; mais aussi des centrales hydro-électriques comme celle de Caruachi (Etat de Bolivar).
B77TbbzIUAAXijT

Courbe du chômage

Le meilleur indicateur de ces efforts sans précédent visant à diversifier l’économie vénézuélienne, réside dans l’écart concernant les chiffres du chômage, si l’on compare la période antérieure durant laquelle le néo-libéralisme sévissait (15 points), à celle de ces dernières années, où ces chiffres ont été ramenés en-dessous de la barre des 6 points. La sécurité de l’emploi garantissant désormais un revenu régulier aux familles. Le taux de chômage est tombé à 5,5 % en décembre 2014.

Toutes ces conquêtes sociales, toutes ces avancées sur le plan économique, nos adversaires s’emploient à en minimiser l’ampleur, voire à les occulter. C’est le cas du médiocre gouverneur Capriles (ex-candidat présidentiel de la droite, NdlR) qui déclare que « le modèle actuel n’est qu’un rêve dont on doit se débarrasser ». Mais venant de sa part, cela sonne creux.

Cela se passe à un moment où l’on assiste à une aggravation progressive de la confrontation avec l’oligarchie locale et ses alliés. A l’instauration d’une situation d’ agression permanente, provenant de l’extérieur. Et nous avons également affaire à une véritable guerre économique, mais aussi politique, sociale et culturelle, à l’intérieur même de notre pays. Non seulement cet état de fait nuit à l’économie, mais il oblige aussi la Révolution à consacrer d’énormes efforts, et à gaspiller un temps précieux, à l’élaboration de contre-mesures.

Il est vrai que nous n’avons pas toujours été en mesure de trouver les arguments solides pour défendre les avancées réalisées. C’est pourquoi le peuple, le Parti Socialiste Unifié (PSUV), les mouvements sociaux et nos diverses institutions doivent jouer un rôle essentiel dans la défense des conquêtes de la révolution bolivarienne et socialiste. Il faut reconnaître que nous ne sommes pas satisfaits de tout ce qui a été accompli à ce jour ; de notre incapacité à surmonter de vieux problèmes dont nous avons hérité.

Il faut garder à l’esprit qu’au moment même où nous nous efforcions d’éliminer le système capitaliste rentier ; de nous acquitter de la dette sociale accumulée au fil des décennies, il était essentiel d’innover, d’emprunter des chemins non encore explorés, d’assumer le risque du tâtonnement et de l’erreur. Aucune Révolution n’a échappé à cela. C’est pourquoi, tout en prenant acte des nombreux succès obtenus, il est nécessaire de corriger le cap lorsque c’est nécessaire. Quand des erreurs ont été commises.

Sous l’égide du Président Nicolas Maduro, mais aussi à travers le passage parmi nous de notre leader historique, cette nouvelle étape de la Révolution nous impose de sérier avec précision et sans dogmatismes, les grandes lignes d’action, mais aussi les objectifs stratégiques à atteindre, pour une économie productive. De plus, pour nous débarrasser du rentisme, mais aussi résoudre les problèmes accumulés, et vaincre dans la guerre économique en cours, une restructuration financière et fiscale est inévitable.

La lutte sans relâche que nous devons livrer à l’inefficacité, la corruption, le bureaucratisme, les manquements et les absences de suivi des processus en cours, est d’autant plus impérative, que tous ces dévoiements sont associés à une forme de culture pétro-rentière. Ce faisant, nous devons rectifier ce qui doit l’être. Pas seulement le Gouvernement Bolivarien. Mais la société tout entière, pour ne pas retomber dans le cauchemar néo-libéral dont nous nous sommes extraits le 6 décembre 1998, en élisant pour la première fois à la Présidence, Hugo Chavez.

Ce qui importe, c’est de poursuivre la construction de notre société -ou pour le dire avec le Pape François- « une société dans laquelle l’humain et non pas l’argent soit le centre ».

Cela fait 16 ans, qu’au Venezuela nous construisons cette société que de profondes et amples libertés démocratiques irriguent. C’est la marque de notre projet socialiste Bolivarien. Notre Socialisme.

« Le socialisme c’est la démocratie et la démocratie c’est le socialisme dans tous les domaines : politique, social et économique ».

Hugo Chavez

Elias Jaua Milano

Nicolas Maduro le 22 janvier à  la cérémonie d'investiture d'Evo Morales, réélu à la présidence de Bolivie. Les deux pays ont convenu d'accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion : "celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela n'est autre que l'empire états-unien" (4)

Nicolas Maduro le 22 janvier à la cérémonie d’investiture d’Evo Morales, réélu à la Présidence de la Bolivie. Les deux pays ont convenu d’accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion que « celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela, c’est l’empire états-unien » (5)

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/por-que-socialismo-en-venezuela-elementos-para-la-batalla-de-ideas/

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1HN

Démocratisation de l’Etat, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivariene, Caracas, 15 décembre 2014.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivarienne, Caracas, 15 décembre 2014.

On connaît la musique : chaque fois que le Venezuela approfondit la démocratie, les grands médias en remettent une couche pour créer l’image d’un régime répressif (1). Qu’une population passe de l’état de paysage colonial muet a celui de sujet politique actif explique la réaction locale de la minorité blanche, riche et raciste. Celle-ci sait comment fabriquer les violences dont les médias internationaux ont besoin pour mettre en images leur “révolte populaire contre le gouvernement vénézuélien“. Cette alliance entre les grands groupes médiatiques et une droite locale du seizième siècle – médiatiquement majoritaire au Venezuela – rappelle que l’Occident reste, lui aussi, profondément colonial face à l’émergence du Sud comme sujet politique.

Depuis l’approbation par les électeurs de la Constitution Bolivarienne il y a quinze ans, les gouvernement Chavez puis Maduro ont travaillé à la concrétisation de la “participación protagónica”, à savoir la participation effective et efficace des citoyens au pouvoir d’État. En 2014, dans cette deuxième année de révolution sans Chavez, tout en surmontant toutes sortes de déstabilisations violentes, économiques, médiatiques et politiques, Nicolas Maduro a franchi une étape fondamentale sur cette voie : la création des Conseils Présidentiels.

Formés de porte-paroles désignés par les mouvements sociaux, ils sont baptisés “présidentiels” parce qu’ils disposent du même rang que le Conseil des Ministres – des décisions gouvernementales pouvant être prises directement au cours de ces réunions.  “Ces Conseils ont été créés pour construire les institutions, précise Maduro, et pour réorienter les investissements. Ce sont des conseils de gouvernement, au plus haut niveau présidentiel, au plus haut niveau constitutionnel et des pouvoirs publics”. Cerveau collectif, flux constant de critiques, de propositions, de solutions émanant des mouvements sociaux, ils sont une manière de démultiplier la fonction présidentielle, d’en faire un inspecteur collectif sur le terrain, qui rend compte en connaissance de cause au Président de la république des retards, problèmes, dans la réalisation des accords et des nouveaux besoins en matière de politiques publiques.

Le premier Conseil installé le 19 septembre 2014 fut celui des Communes. A quoi bon parler de “révolution citoyenne” ou de “socialisme bolivarien” sans transformer les relations sociales de production et la division sociale du travail liées à la globalisation néo-libérale ? Basée sur le concept de “toparquía” (“gouvernement local”) créé au 19ème siècle par le philosophe Simón Rodriguez, la commune vénézuélienne – qui regroupe des conseils communaux liés par une même problématique sociale – commence à incarner ce nouveau mode de production centré sur les besoins directs d’une population et administré par celle-ci (2).

En décembre 2014 on note une forte progression du nombre de communes (930 enregistrées dans tout le pays) et de conseils communaux (47 mille 332). “Aucune de ces communes, aucun de ces conseils communaux ne resteront sans financement de leurs projets en 2015 » explique le Vice-Président pour le Socialisme Territorial, le sociologue Elías Jaua. Ce nouveau pouvoir citoyen commence à bousculer les vieilles formes de pouvoir local alors que pour de nombreux maires, gouverneurs, y compris certains chavistes, la politique restait un négoce clientéliste et autoritaire.

Autre Conseil créé ces derniers mois, celui des Travailleurs, articule les politiques impulsant l’économie productive, les avancées du droit du travail et le plan de travail pour les entreprises nationalisées : un nouveau modèle de direction des entreprises publiques sera mis en place en 2015.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

Le Conseil des Femmes réuni avec le président Maduro, novembre 2014.

Le Conseil des Femmes a déjà renforcé les programmes visant à éliminer la violence contre la femme, dénoncé l’image dénigrante que diffusent de la femme les médias privés, majoritaires au Venezuela. Sont mises en place de nouvelles politiques sociales pour les femmes de milieu populaire – historiquement, le secteur le plus vulnérable à l’extrême pauvreté. L’accent sera mis en 2005 sur la création de nouvelles “Bases de missions sociales” (qui regroupent tous les services publics et sociaux essentiels) dans les communautés les plus pauvres, avec priorité pour les femmes.

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs, décembre 2014.

Du Conseil Présidentiel des Paysans et des Pêcheurs ont émergé un plan général de développement agricole et la décision saluée par les mouvements sociaux de restructurer le Ministère des Terres et de l’Agriculture, avec de nouvelles mesures contre les mafias privées qui interceptent et gonflent les prix des produits agricoles avant qu’ils n’arrivent aux mains des habitants.

Les pénuries passagères de certains aliments ont mis en évidence la faillite du capitalisme au Venezuela, où le secteur de l’alimentation reste à 70 % aux mains du secteur privé. Le géant privé Polar, quasi monopolistique sur des produits d’usage quotidien comme la farine de maïs, produit moins qu’il n’importe… grâce aux dollars préférentiels que lui octroye l’Etat.

Le président Maduro a également défendu la réactivation de l’agriculture familiale en petite surface (le traditionnel “conuco”), suivant ainsi les recommendations de la Via Campesina et de la FAO (ONU) qui insistent sur l’importance de ce mode de production pour la souveraineté alimentaire, le développement rural soutenable, une nourriture saine produite de manière agro-écologique.

Il fut aussi question de la lutte accrue contre les exactions de  grands propriétaires qui ont assassiné à ce jour près de deux cents paysans – un thème dont ne parlent jamais les médias internationaux car cela les obligerait à évoquer la réforme agraire. Cette volonté de mettre fin à l’impunité se heurte encore à une justice liée aux grands lobbies terriens – pour preuve la récente tentative – qui a heureusement échoué – du Tribunal Suprême de Justice d’abroger la charte agraire de la commune “El maizal” – modèle de participation populaire dans l’État de Lara. Maduro a aussitôt pris la défense des communards de El Maizal, jugeant cette décision “anticonstitutionnelle et attentant aux droits fondamentaux des paysans”.

Qui aurait cru que 522 ans plus tard, les 44 peuples indigènes qui ont résisté au colonisateurs, allaient être assis au centre du pouvoir politique, au palais présidentiel ? Le Conseil Présidentiel des Peuples Indigènes doit être une nouvelle structure d’État et de gouvernement pour décider et diriger. C’est une rénovation de la révolution, et c’est une révolution dans la révolution”. C’est en ces termes que le président Maduro a salué l’installation du Conseil des Peuples Indigènes avec lequel il a décidé d’augmenter les investissements de projets socio-productifs formulés par les peuples originaires, d’assurer la couverture sociale intégrale de toutes les communautés et de “fonder immédiatement l’institut des langues indigènes, avec une équipe qui travaille de manière permanente, scientifique, à enregistrer, retrouver et rendre vie à toutes les langues indigènes qui existent sur le territoire vénézuélien”.

Le Conseil des Peuples originaires réuni au Palais présidentiel

Le Conseil des Peuples originaires réuni au palais présidentiel, octobre 2014.

consejopresidencialidigenamiraflores

Autres conseils en pleine installation : le Conseil des Jeunes et des Étudiants, et celui des Travailleurs de la Culture qui vise a développer les systèmes de sécurité sociale pour tous les créateurs sans exception. S’y ajouteront en janvier 2015 le Conseil de la classe moyenne et des associations de voisins, celui des organisations de persones âgées et des associations de personnes handicapées.

Pour renforcer cette participation populaire au plus haut niveau de l’État, Maduro a signé dans les derniers mois plusieurs lois importantes : telle la Loi organique des Missions Sociales qui protège légalement tous les travailleurs de ces services publics, assortie de la création du fonds économique unique des grandes missions; La loi de financement des projets du pouvoir citoyen pour accélérer les conditions d’octroi de crédits aux entrepreneurs individuels ou associés, aux conseils communaux, aux communes, aux coopératives, aux personnes de faibles revenus et à toute autre instance de pouvoir populaire; La Loi organique de la gestion communautaire des Services, compétences et autres attributions; La Loi de l’Emploi productif pour les Jeunes qui garantit à ceux-ci la protection légale lors de leur premier emploi, avec salaires et horaires décents, contre l’habituelle exploitation dont ils sont victimes; La Loi d’Alimentation des Travailleurs qui augmente le niveau du ticket alimentation (en complément du salaire); La Loi organique de Planification Publique et Populaire qui oblige l’État à consulter en permanence les citoyens et à planifier de manière participative  l’octroi des ressources pour leurs projets.

Vice-présidents, faites du pouvoir citoyen une priorité. Obligez les ministres qui sont sous votre responsabilité à le faire aussi. Et vous, ministres, exigez à ceux qui travaillent dans vos équipes à en faire la priorité : le nouvel État doit être l’État du pouvoir populaire, tel qu’il est prévu dans la Constitution de la République Bolivarienne. C’est ce nouvel État qui doit substituer l’ancien – l’État bourgeois qui possède encore des tentacules de corruption et de bureaucratie, seul le pouvoir populaire en action pourra y mettre fin”a déclaré Maduro pour résumer l’esprit des lois signées en novembre 2014.

2015, année de la relance économique

Alors que des journalistes européens euphoriques annonçaient dès la chute des cours du pétrole que le “Venezuela allait devoir faire des coupes dans son budget”, le président Maduro a maintenu la hausse du budget social pour 2015, aux antipodes des politiques d’austérité pratiquées en Europe. La majorité des députés socialistes – contre la minorité des députés de droite – a voté un budget de 741 mille 708 millions de bolivars – soit 21,6% du PIB – financé en grande partie par les recettes fiscales non-pétrolières (517 mille 455 millions de Bolivars), les recettes pétrolières (124 mille 74 millions) et un complément d’emprunts publics. Ce qui garantit le financement d’activités et de projets de secteurs aussi divers (à titre d’exemples) que les producteurs agricoles, les organisations communales, les infrastructures publiques – centrales électriques hydro- et géothermiques, le renforcement de 240 centres hospitaliers, l’alimentation destinée aux 4 millions 351 mille étudiants de l’enseignement primaire ou celle que le gouvernement distribue à bas prix à la population en général à travers les réseaux Mercal, PDVAL et les “Maisons d’alimentation” destinés aux secteurs les plus pauvres.

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014.

Le chômage poursuit sa baisse (5,9 % en novembre 2014, un des meilleurs chiffres en quinze ans de révolution) tandis que sur l’ensemble de l’année le salaire minimum intégral a augmenté de 68,28% pour éviter qu’il soit rogné par l’inflation encore très haute (64% en 2014). Selon le rapport de la Banque Centrale de décembre 2014, celle-ci a été renforcée en 2014 par les “guarimbas” violentes de l’opposition, la guerre économique via le dollar parallèle et la contrebande massive de produits subventionnés par le gouvernement, revendus plus cher à l’étranger.

En 2015, Maduro l’a annoncé, les efforts du gouvernement se centreront sur l’élimination de ces mafias économiques par la lutte accrue contre la contrebande, la fixation des prix justes au consommateur, et surtout le passage définitif de l’économie rentière-pétrolière, avec sa culture médiatique d’ultra-consommation, à une économie productive et rationnelle.

Pour que la structure économique ne corsette pas le déploiement des nouvelles formes de participation et de production citoyennes, Maduro a également signé en noviembre 2014 une série de 28 lois en matière économique. Nulle mesure d’austérité, nulle augmentation de l’essence (écartée à court terme). Il s’agit d’assainir une économie depuis longtemps empêtrée dans la corruption et la bureaucratie anti-productives. Ces lois transforment les conditions d’accumulation du capital pour les réorienter en faveur de l’investissement productif – règlementant les investissements étrangers, empêchant les monopoles, simplifiant l’administration pour les mouvements communaux et les secteurs productifs nationaux, fixant une contribution sérieuse du secteur capitaliste – bancaire notamment, qui a engrangé 13% de bénéfices en 2014 – au budget de l’État.

Ces lois fortifient la courbe de croissance des revenus fiscaux non-pétroliers (qui participent déjà pour 72% au budget de l’État) et seront multipliées par deux. Exemple : une des 28 lois modifie les “concessions molles” accordées aux transnationales exploitant le sous-sol vénézuélien et met fin à leur hégémonie, la restituant à l’État. En récupérant l’extraction de cette quantité plus importante que prévue, l’État pourrait en dix ans porter ses réserves internationales à 50 milliards de dollars et renforcer la valeur de la monnaie nationale et la stabilité économique en général.

Sans doute la Sainte Alliance qui va des médias de la droite locale à la majorité des journalistes occidentaux commet-elle la même erreur que celle qu’ils ont commise contre Chavez : celle de sous-estimer Maduro et le “peuple-président”.

Thierry Deronne, Caracas, le 31 décembre 2014.

Notes

(1) Exemple : le mensonge, relayé par le très controversé Paulo Paranagua du “Monde”, d’une “dessinatrice licenciée pour un dessin anti-Chavez”. En réalité le départ de la dessinatrice Rayma (ouvertement raciste et d’extrême droite) provenait de son conflit personnel avec la direction de son journal ”EL Universal” (droite). Il n’ y a eu aucune censure du gouvernement et ses livres sont disponibles dans toutes les bonnes librairies. Rappelons qu’au Venezuela les trois quart des médias écrits, web, radio et télévision (inter-) nationaux, régionaux ou locaux, appartiennent au secteur privé, que leur nombre a augmenté en quinze ans de révolution, et qu’ils propagent en majorité des idées de droite. Pour une liste non-exhaustive des mensonges sur les “atteintes-à-la-liberté-d’expression-au-Venezuela”, voir le site ACRIMED http://www.acrimed.org/spip.php?page=recherche&recherche=venezuela

(2) “La commune, co-présidente du Venezuelahttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1H8

Le Venezuela signe avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil un important accord de coopération

Le vénézuélien Elías Jaua – ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – vient de signer avec les brésiliens Alexandre Conceiçao – membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre et Erivan Hilario dos Santos, Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes, un important accord, qui est l’aboutissement d’un double processus.

D’une part, au Venezuela, la montée en puissance du pouvoir citoyen comme base d’un futur État comunal – avec une demande croissante de formation de la part des nouveaux acteurs sociaux. D’autre part, au Brésil, le travail constant de l’université construite par les Sans Terre (photos) pour que les mouvements sociaux d’Amérique Latine disposent d’un espace permanent d’articulation, d’échange d’expériences et de formation permanente en philosophie, critique de l’économie politique, histoire, théorie de l’organisation politique, question agraire (réforme agraire, rôle de la paysannerie) et sociologie, sous la férule de professeurs volontaires venus du monde entier (1).enff3 ??????????????????????????????? enff2Présenté par Elías Jaua comme “un accord pour la formation des communards, et pour l’organisation et la conscientisation d’un peuple qui lutte pour construire une société socialiste”, le texte porte sur trois objectifs communs :

  • La mise en place de stratégies de coopération en matière d’économie solidaire et communale, de développement local et d’économie sociale;
  • La coordination de stratégies intégrales pour la formation d’entreprises socio-productives;
  • La conception et la réalisation de programmes de formation en matière d’économie solidaire et communale, l’organisation d’entreprises de propriété sociale directe et indirecte au Venezuela.

Des formateurs, techniciens et spécialistes mettront au point ces projets de complémentarité productive, et organiseront des séminaires, ateliers, rencontres et conférences destinés aux mouvements sociaux et aux collectifs communards.

enff7L’accord signé ce 28 octobre 2014 en présence des étudiants latino-américains de l’école basée au sud du Brésil (photo) couronne aussi un itinéraire commun. En janvier 2003, Hugo Chavez, le premier, avait rompu le protocole d’un de ses voyages au Brésil pour aller écouter les paysans d’un asentamiento (unité de production agricole) installés sur un “latifundio” (grande propriété sous-exploitée) ensemencé aux cris de “occuper, résister, produire !” (2). En mai 2013, peu après son élection à la présidence du Venezuela, Nicolas Maduro avait fait une halte à Brasilia pour dialoguer et prendre note des propositions des mouvements sociaux de tout le pays (3).

Thierry Deronne, Caracas, le 29 octobre 2014.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial - et  Erivan Hilario dos Santos (de face), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – et Erivan Hilario dos Santos (centre), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travaileurs ruraux Sans Terre.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre.

Notes

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Gn

Ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire

SONY DSCLes deux hectares de terre brûlée se trouvent au sommet de la colline.  Des petits foyers de fumée grise y persistent encore, des restes de ce qui brûlait à l’aube, à six heures du matin, lorsque la chaleur permet de se mouvoir plus légèrement. Ensuite, le soleil tape, crevasse, désespère. Avec ce feu on a soigné la terre, on l’a rendue plus sèche, plus dure, plus semblable à la couleur des vautours, préparée pour les semailles, pour l’époque des pluies.

A cet endroit, chaque trace a été laissée par un groupe de quatre hommes. Chaque bananier qui poussera aura été planté de leurs mains qui ressemblent à cette même terre qu’ils travaillent à la machette, à la binette et qui les forge eux-mêmes également à chaque coup.

Autour de ces hectares, tout est vert. La forêt se perd, en hauteur et dans le lointain ; sous les cimes, tel de l’or vert, se trouve le cacao. Sur la colline voisine on voit une parcelle de terre identique à celle-ci. D’autres paysans s’y trouvent, eux aussi ils voient naître le jour dans la nuit, ils chargent les plants de bananier, de maïs, de piment remontant depuis le fleuve et ils les gardent dans le même refuge, sous un plastique noir que supportent six piquets de bois.

Lorsque les quatre hommes reviennent à leur communauté à une heure, ils le font par un chemin étroit, sur des pierres qui sont des obstacles, des marches, encore des coups.

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Sur leur passage, par terre, ils voient des coquilles de cacao ouvertes en leur milieu – il y en a des jaunes, orange, vertes, rouge foncé, violette. Tous les quatre ils avancent dans l’ombre traversée par la lumière, sur les feuilles sèches tombées des cacaotiers et des arbres plus hauts qui les protègent- d’où pendent des racines, des orchidées et des nids.

En arrivant, ils traversent la rue principale, saluent les habitants qui, à cette heure-là, se trouvent chez eux- certains se penchent à la fenêtre- ils marchent entourés d’enfants jusqu’à arriver au fourneau où se tient le déjeuner qu’on leur a préparé. Alors, ils s’assoient sur des chaises, des grosses pierres, par terre et mangent le pot-au-feu commun. Des chiens, des chiots courent autour d’eux, des poules cherchent les restes et tout près, le fleuve,  ce fleuve qu’on ne voit pas d’en haut.

La base productive

Ces quatre hommes, qui chaque jour montent jusqu’au sommet brûlé, font partie du conseil communal Los Marines. Tout comme ces terres qu’ils travaillent. L’assemblée a approuvé le financement pour y commencer la production.

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Avec cet argent, ils ont acheté des semis, des outils et ils en ont destiné une partie pour une prime hebdomadaire-un peu moins qu’un salaire. L’accord collectif est le suivant : quand la récolte et la vente se termineront, ils commenceront à rembourser le prêt au conseil communal, et avec l’excédent ils se paieront pour vivre-tout en vivant- en même temps que 3% seront destinés à l’organisation communautaire.

Comme ces deux hectares, il en existe 98 de plus sur la Commune agricole Cajigal, située dans l’état de Sucre, de la municipalité qui lui donne son nom : Cajigal, paroisse Yaguaraparo. Sa surface est de 20 000 hectares, dont la moitié est impropre à la culture, 2300 ha de cacao, 3000 autres attendent d’être mis en production. Sur les hectares restants, on cultive d’autres produits : fruits, et toute sorte de légumes ; les habitants y ont leur logis.

L’agriculture communautaire est l’un des principaux axes économiques encouragés par la Commune. Dans une zone agraire- abandonnée par l’état durant des décennies, marquées par des migrations massives vers les villes et de faible productivité- et dans le contexte d’une guerre économique qui s’est accrue depuis plus d’un an, commencer à faire produire ces terres est une stratégie.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Rien de tout cela n’est nouveau pour les « communards » et les « communardes » : le premier conseil communal de la zone –La Horqueta de Mata de Chivo- a commencé à s’organiser en ce sens, et c’est dans cette direction qu’ils continuent de regarder, vers les 150 nouveaux hectares qu’ils projettent de mettre en production collectivement et dont le financement a été approuvé en partie par l’Etat. A présent, il n’y a plus un conseil communal mais 16, organisés sur la Commune fondée par un après-midi d’août 2013.

Augusto Espinoza, l’un des principaux  membres référents de la Horqueta, connaît cette réalité depuis ses débuts. Avec les autres « communards » il en est arrivé à cette certitude : « il ne peut y avoir de Commune qui ne soit pas productive. Nous travaillons pour qu’il y ait un équilibre entre les 16 conseils communaux, et qu’ils produisent tous ».

Dans son conseil communal, ils sont parvenus à mettre sur pied 5 hangars d’élevage de poulets où travaillent 29 personnes – pour un total de 18 000 unités tous les deux mois – et une fabrique de parpaings d’une capacité de production de 2500 parpaings par jour, où sont employés 20 « communards »  et « communardes » en deux équipes. Ils savent que de cette façon ils créent des emplois, des revenus pour l’organisation communale, un nouveau système économique qui cherche à être productif et un peu plus que cela : socialiste.

***

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Dans les rues, face aux portes, se trouve étalé dans des rectangles le cacao qui sèche au soleil – ceux-ci peuvent mesurer 8 mètres de long ou davantage, et approximativement un mètre et demi de large, pas plus ; ils doivent laisser l’espace nécessaire à la circulation des véhicules. L’air se caractérise par une odeur aigre, presque sucrée, pénétrante. C’est la période des quatre jours qui suivent la sélection des grains, la mise en sachet pour que commence le processus de fermentation. Une semaine au total. Jours durant lesquels les enfants ne vont pas à l’école, pour rester travailler aux côtés de leurs parents.
Dans le village, les maisons sont basses, avec des grilles ; elles sont colorées, très colorées. Des vertes, rose, violette, pourpre, bleu clair et jaunes ; les journées commencent tôt tout comme dans la zone haute. A sept heures c’est comme s’il était dix heures ; dix heures, c’est trop.

En parcourant le territoire communal, rien ne semble indiquer la présence de la Commune, ni les groupes d’hommes et de femmes qui construisent leur maison, ni les files de maisons déjà construites, ni l’institutrice qui va à l’école avec ses enfants, ni les personnes qui préparent les fondations de la nouvelle zone récréative et d’éducation. Pas plus que la pépinière qui se trouve au bord de la route, ou le camion qui vend du poisson sur la place centrale. Cependant, tout l’est. Une excessive évidence qui la rend invisible, la Commune, c’est la vie quotidienne.

Travailleuses de l'Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d'Approvisionnement.

Travailleuses de l’Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d’Approvisionnement.

L’un des rares espaces communaux qui se trouve signalé par un panneau est l’entreprise de Propriété Sociale Directe Commune Unité d’Approvisionnement La Horqueta Produciva, – «  directe car c’est la population qui l’organise directement », explique Elinor, membre de l’entreprise-, située au centre de Cajigal. Ses portes – qui présentent de chaque côté une peinture murale de Simon Bolivar, libérateur, à cheval et portant son épée – ouvrent à 8 heures du matin. Sur les étagères se trouve ce qui manque souvent ailleurs : de l’huile de tournesol et d’olive de l’entreprise Diana, du lait concentré et en poudre de l’entreprise Los Andes, de la farine de maïs, des haricots de la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAl), des fruits, des salades et des légumes produits sur les terres communales, et également par des producteurs individuels – familles – de la communauté.

De bonne heure accourent également vers cet endroit des habitants et habitantes. Ils viennent des rues principales, de la zone basse et empruntent le pont rouge en fer qui enjambe le fleuve, ce fleuve qui descend vers l’endroit où quatre hommes déjeunent de retour du haut qui paraît trop haut, des hommes qui d’ici quelques mois vendront leurs bananes.

La chaîne libératrice

« Nous sommes encore des novices qui posent les fondements ; même si nous avançons, nous produisons encore à très faible échelle, nous devons couvrir les besoins de l’axe communal », dit Eidis Brito tout en conduisant l’un des camions de la communauté. Avec celui-ci, ils montent jusqu’à la zone haute par la route empierrée, pleine de trous et pentue, ils descendent les récoltes jusqu’à l’Unité d’approvisionnement, et vont jusqu’à l’état de Carabobo acheter directement les produits des entreprises d’état.

Eidis sait qu’ils doivent augmenter la production, qu’ils ont besoin de 40 000 poulets et 400 hectares pour les semailles communales pour répondre au besoin de l’axe (où vivent 10 630 personnes) dans ces domaines. Ils doivent aussi avancer sur deux points : avoir le contrôle sur la totalité de la chaîne productive, et renforcer la chaîne. C’est-à-dire, le processus qui permet la mise en marche d’un nouveau projet à partir d’un projet déjà existant pour renforcer celui-ci à son tour.

Vivier communal agro-écologique

Vivier communal agro-écologique

Sur le premier point, ils ont pu avancer à certains niveaux. Le cas de la production agricole, par exemple, est le suivant : avec les pépinières communales agro écologiques (où  fonctionnera  en plus un banc de géo plasma, et dont l’objectif principal est de récupérer les variétés de cacao autochtone, comme le cacao perla), ils produisent une partie des semis pour les petites exploitations communautaires- les autres sont achetés aux entités d’état ou sur le marché privé.

Ce que l’on récolte là est transporté par la communauté vers l’Unité d’Approvisionnement, rompant ainsi partiellement avec le monopole des intermédiaires, qui achètent les produits aux agriculteurs à bas prix pour les revendre avec une augmentation qui à la fin peut aller jusqu’à 100%. La réponse communale est cependant insuffisante : ils doivent distribuer avec un camion –parfois ils en ont deux- 1 240 000 bananes, ceci correspond à la quantité que peuvent produire les 62 hectares communaux.

Finalement, les efforts des paysans sont rassemblés et le fruit de ces efforts est vendu de façon communautaire, à un prix inférieur à celui qu’impose le marché (« la maracuya » (fruit de la passion), par exemple, est vendue 40 bolivars le kilo, alors que dans les magasins privés elle se trouve à 60). De plus, depuis l’Unité d’Approvisionnement, on réalise des opérations de vente aux communautés les plus éloignées pour garantir un accès équilibré aux produits.

Ce parcours – qui n’est pas encore totalement entre les mains de la communauté, et qui fonctionne à une échelle réduite – représente l’exemple le plus avancé de ce que l’on fait dans la communauté de Cajigal. Néanmoins, ceci ne se produit pas dans d’autres circuits, comme celui des poulets. Là, il y a un problème à la base : l’aliment, les poussins (que l’on fait grossir) de même que les matériaux pour construire les hangars : tout est aux mains du secteur privé. La vente, elle, se fait directement à la communauté sans intermédiaires.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le problème des matériels de production auxquels doivent faire face les « communards» (dans un contexte de guerre économique qui provoque de soudaines hausses de prix) n’est pas réservé à ce cas. Face à cela, ils ont élaboré un projet, la chaîne productive. Pour continuer avec cet exemple : Eliel, Augusto et des centaines d’hommes et de femmes qui construisent jour après jour la communauté en sont arrivés à la conclusion qu’il leur fallait un local pour l’abattage des poulets. Pour pouvoir le mettre sur pied il leur faut produire une plus grande quantité, 70 000 unités environ.

Avec ce local en état de fonctionnement, ils pourraient commencer un processus de séchage des viscères, des plumes et des ongles des poulets, pour ensuite les traiter et les transformer en farine (avec un concentré de protéines) qui serait utilisé comme aliment pour des poulets, économisant ainsi une grande partie des aliments qu’aujourd’hui ils achètent au secteur privé et qui représente une grande partie des dépenses (450 000 bolivars pour 10 000 poulets, qui, au bout du compte, rapportent un bénéfice de 150 000 à 200 000 bolivars nets). A son tour, ce même aliment pourrait être utilisé pour le projet d’élevage de cachamas (poisson d’élevage), autre espace de production qu’ils cherchent à mettre sur pied.

Le local d’abattage permettrait de vendre des poulets déjà préparés pour être cuisinés, des poulets qui pourraient être stockés dans les cinq caves (d’une capacité de 10 000 kilos chacune) qui se trouvent à l’Unité d’Approvisionnement ; ils pourraient  être vendus à un prix, là encore, plus bas (actuellement ils les vendent à 40 bolivars alors que dans les magasins privés ils frisent les 60).

Le problème auquel ils sont confrontés pour mettre en marche ce processus représente un seul problème mais il est central : les ressources (ils expliquent qu’en plus du local d’abattage, ils pourraient mettre en fonctionnement une incubatrice ce qui réduirait le coût de l’achat des poussins). Sur ce point, la communauté a trouvé une solution, partielle, mais qui est parvenue à dynamiser le projet : le réinvestissement des excédents générés par les projets eux-mêmes de la communauté. Néanmoins, les temps que nous vivons durent et sont incertains (la construction d’un hangar coûte aujourd’hui 200 000 bolivars, mais dans le contexte inflationniste spéculatif son prix peut augmenter rapidement), et pour réaliser des projets « d’ampleur » ils ont besoin d’un financement d’État, assure Eilis.

Le socialisme, c’est plus que produire

La genèse est la suivante : d’abord, il y a eu 105 maisons attribuées par l’Etat (le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux). Avec la construction de ces logements on a généré un excédent économique- en économisant- qui leur a permis de construire les 5 hangars, et avec l’excédent né de l’élevage des poulets ils ont pu mettre sur pied la fabrique de parpaings, qui à son tour a généré une part d’économie dans la construction de nouvelles habitations (jusqu’à présent, ils en ont construit 487 sur la communauté). Les deux secteurs de production sont situés sur les 9 hectares communautaires également achetés avec les excédents.

Comment ? Grâce au travail volontaire. Celui-ci est le moteur qui a permis d’en arriver là aujourd’hui, construire l’esprit de la communauté, ses moyens. Car, non seulement ils ont économisé sur la main d’œuvre (les hangars ont été construits par des volontaires de la communauté, en plus de l’horaire normal de travail de chacun, seuls les soudeurs ont reçu une prime). Comme l’explique Eidis, « C’est ce mécanisme qui a réveillé la conscience sociale face à une culture capitaliste de 500 ans et a fait que l’on pense comme des sujets collectifs et non pas individuels ».

Ainsi, par exemple, avec les ressources pour construire 500 mètres de route, ils en ont construit un kilomètre. Ceci, en plus de générer une amélioration de la viabilité (dans un secteur, bien qu’à petit échelle, stratégique pour le transport des récoltes), a renforcé la communauté elle-même. Leyda Espinoza, porte-parole et membre référente de la communauté, explique ce que signifie pour eux cette pratique : « Le travail volontaire est le travail libérateur par excellence, car nous travaillons pour notre environnement, nous ne le faisons pas pour gagner quelque chose de personnel, nous nous renforçons nous-mêmes, nous renforçons le développement endogène, la communauté qui croît et s’alimente socialement, économiquement et culturellement ».

Centre communal de fabrication des parpaings

Centre communal de fabrication des parpaings

C’est pour cette raison que, grâce au travail volontaire, ils parviennent à générer des excédents dans chacune de leurs entreprises ; ceux-ci ont été réinvestis dans cette même entité qui les a générés (des machines pour de nouveaux espaces de production,  l’ouverture d’une période de nouvelles semailles, de l’aide pour les problèmes de santé, des œuvres sociales, des enterrements, etc…). Ainsi petit à petit,  s’est consolidé « cet être social » dans lequel croit Eilis  et qu’il a découvert aux côtés de ses « compagnons » et « compagnes » de la Commune.

Car, comme l’affirmait Ernesto Guevara lorsqu’il était ministre de l’industrie en 1965, lors de la révolution cubaine naissante, « le communisme est un phénomène de conscience et pas seulement un phénomène de production ; on ne peut pas parvenir au communisme par la simple accumulation de quantités de produits mis à la disposition du peuple ».

C’est pour cette raison que celui-ci insistait sur le besoin de « stimulant moral » comme étant le moteur central (en tension/confrontation avec le « stimulant matériel individuel »). Le travail volontaire était dans cette perspective l’une des principales formes de prise de conscience populaire pour impulser une production, un développement d’un autre type, non capitaliste, la même conclusion à laquelle sont arrivés les « communards » et « communrades » de Cajigal.  C’est pourquoi Augusto insiste et relie ce nouveau processus avec un nouveau travail : « N’importe quel compagnon peut être membre de la Commune. Il doit commencer par participer au travail volontaire, par être avec l’autre, alors un instituteur peut être membre de la Commune, n’importe qui peut l’être ».

***

L’horizon prend fin quelques petits mètres plus loin, parfois moins. Les hommes se cherchent les uns les autres en criant. Dans la zone basse, il n’y a plus de montagnes et les plantes poussent grandes, grosses et serrées. Près de là, se trouvent les palétuviers, les canaux et le fleuve débouche dans le golfe de Paria, la mer s’ouvre. Là, les hérons rouges marchent sur le sable à marée basse, ils volent par dix, vingt, quarante et reviennent se poser, et chercher dans les flaques, les aliments, la vie que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

Un homme avance avec sa machette entre les plants de maïs, les cocotiers et les potirons. Il admire ce que lui donne la terre, l’effort. Celui-ci a prêté son terrain à la Commune et à présent une petite exploitation y fonctionne; six personnes y travaillent, toutes financées comme les quatre hommes de la colline brûlée, comme ceux qui voudront parier sur la production collective. « Le problème, ce n’est pas la terre- les pastèques  mesurent jusqu’à près d’un mètre- mais les outils et la distribution », explique Eidis.

Les « communards » et « communardes » de Cajigal savent que les terres représentent  tout comme l’organisation populaire, la conscience collective qui va croissant, le processus de  transformation. Ils ont également découvert qu’ils peuvent. Ils l’ont prouvé aux gens qui n’y croyaient pas, à l’État. Mais de cet État ils en ont encore plus besoin, pour renforcer le pouvoir communal- ce nouveau pouvoir qui libère-, l’autonomie. Car ils ont un financement propre, capable d’impulser des projets mais, comme disait Eidis, les limites sont celles de la dimension de cette impulsion.

C’est pour cela que, depuis leur réalité enracinée dans la terre, ils donnent l’exemple et réclament. Ils réclament, de même qu’Augusto demande, propose : « je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement conclut une fois de plus des accords avec le privé qu’ils acceptent jusqu’à ce qu’ils se disputent à nouveau. Pourquoi n’en finit-il pas avec cette toile d’araignée et ne met-il pas en place un plan de six mois avec le peuple et l’armée, nous vivrons ces six mois terribles mais nous monterons des fabriques d’aliments concentrés, de traitement du cacao, nous ferons des plans nationaux de semis de riz, de maïs et de haricots ». Il ne comprend pas non plus pourquoi le Ministère de l’Agriculture et de la Terre ne finance pas des conseils communaux mais seulement des producteurs individuels.

Plant de banane à cuire

Plant de banane à cuire

Toutefois, ce désaccord ne mène pas à l’échec mais à la nécessité de lutter davantage, de se retrouver avec d’autres Communes pour débattre de l’économie communale, d’une économie qui doit être inventée, avec un héritage comme celui de Guevara (qui a inventé, remis en question l’existant- même le socialisme qui était alors en vigueur-, qui a montré le chemin de la transition en Amérique latine : « un cri lancé depuis le sous-développement ») et surtout les héritages laissés par chaque expérience révolutionnaire vénézuélienne qui pousse le possible un peu plus loin.

Car, derrière les bananes, derrière la Commune se trouvent les hommes qui sortent à l’aube, refermant la porte de leur maison, qui allument des feux, brûlent la terre, au soleil et qui marchent sur des chemins violets et rouges de cacao- d’un cacao que d’autres sur d’autres continents ont pris durant des siècles-, et ils le font pour le repas, la vie et un projet nouveau dont ils savent qu’il leur est propre, qu’il appartient à un peuple qui en a ouvert les portes. C’est sur ces hommes que repose l’urgence de la possibilité de la Commune, de sa nécessité, comme celle du fleuve qui descend, des hérons rouges et de ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

SONY DSC

Texte: Marco Teruggi. Photos: Milangela Galea

Source: http://www.mpcomunas.gob.ve/lo-que-deja-el-agua-cuando-se-va/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1G5

Dire « nous, femmes »

Macu

Macu

Macu a eu l’attention attirée par une phrase, dans l’après-midi : “Ce que je sens, ce que je vois, non au loin mais comme processus, c’est que pratiquer l’égalité tous les jours nous rend plus libres”. Elle l’aime et la répète. Elle l’a trouvée dans un livre qu’elle dévore à ses heures libres, aux moments construits pour elle.

Pendant qu’elle feuillette dans la salle à mager, ses enfants jouent dans la cour. Sa mère et son frère sont à côté. Macu vit sur les hauteurs de Loma de León, dans la communauté Alí Primera, née d’une occupation de terres il y a 17 ans. De là on voit le secteur La Carusieña, l’aéroport et le centre de Barquisimeto qui prend toute la largeur de la vallée.

Macu profite de ce temps de lecture, les jours vont vite, remplis d’activités. Elle retrouvera bientôt la China, comme tous les mercredis depuis un an, à cinq heures, pour la réunion du Comité de la Femme et d’Égalité de Genre “Beatriz Pérez”. Une quinzaine de femmes avec leurs enfants, leurs bébés, avec pour toit un auvent de tôle, dans l’après-midi qui avance, avance, c’est presque le soir. Adolescentes jusque grands-mères. Femmes. Un homme aussi : José Gregorio.

Macu, qui s’appelle Elvira Dorantes, répète la phrase, une fois de plus. Ensuite elle parcourt les rues de terre du conseil communal “L’éveil d’Alí”, passe en face de la salle collective où joue l’orchestre traditionnel de la commune puis devant l’école maternelle, contourne la fabrique de parpaings, et arrive à la réunion. Avec un sourire ouvert, qui semble chasser une douleur grâce à la lueur de ce qui se passe ici.

Les Comités de la Femme et d’Égalité de Genre

SONY DSCLe Comité Beatriz Pérez est un des premiers à avoir fonctionné dans un conseil communal de la Commune socialiste Ataroa. Il y a un an déjà. Parmi les premières participantes il y avait Macu, la China et José Gregorio. Elles ont répondu à l’appel d’un des mouvements sociaux actifs dans la zone et membre de la commune dès sa fondation : Femmes pour la Vie.

Mais la participation au Comité ne fut pas immédiate. Et ce malgré leur participation à des ateliers de formation, des dialogues et des ateliers de peinture murale organisés par Femmes pour la Vie. “En tant que femmes nous ne nous donnons pas l’importance dont nous avons besoin et nous avons besoin de notre temps pour nous-mêmes” explique la China qui s’appelle Reina Peña.

Les comités sont des groupes de femmes dans les conseils communaux. Chaque comité défend les femmes qui souffrent de violence domestique, de violence sociale  parce que même si cela semble incroyable,  il y a toujours dans n’importe quel espace, une violence contre la femme, en vérité”.

Au début elle a simplement accompagné une amie. “A mesure que nous suivions les ateliers et parlions avec d’autres femmes, nous avons ressenti réellement le besoin parce que dans la vie quotidienne on va et vient, on se dit “bonjour” sans savoir ce qui se passe derrière les murs. C’est alors que nous avons commencé à approfondir le Comité de Genre. C’est urgent, ici, vraiment , parce qu’il y a toute sorte de problèmes, un peu de tout, de machisme, de mauvais traitements, de fierté de soi”. Elles ont resserré les rangs et installé le Comité permanent dans leur conseil comunal – un des huit qui font partie formellement d’Ataroa, même si tous ne fonctionnent pas tout le temps, précise la China. Chaque semaine elles se retrouvent au sein de la réunion de “L’éveil d’Ali”. Elles se battent pour que davantage de femmes participent : c’est important, comme aujourd’hui, de voir débarquer une adolescente comme Wilmery, de 13 ans, qui même si elle ne parle pas beaucoup est présente, c’est le plus important, le premier pas. Souvent, il est ardu de se rapprocher, de participer, de raconter. Mais elles persévèrent : “Même si nous ne sommes que 2, 3 femmes à nous réunir, ici c’est un progrès” explique la China au moment où commence l’assemblée.

Un mercredi de Comité

SONY DSCUn point central occupe la réunion de cette après-midi d’août : plusieurs crédits ont été approuvés par la Banque du Peuple, pour divers projets de production impulsés par des compagnes : bracelets et colliers, pâtisserie, empanadas,coûture, confiseries, hamacs. L’objectif est de lancer le fonctionnement d’Unités de Production Familiale.

A la demande de toutes, Quilmary Gutiérrez montre les colliers qu’elle a produits jusqu’ici. Elle explique comment les faire, la difficulté de fixer les prix à cause de “ce maudit truc de l’inflation”, et où elle pense les vendre. Elles insistent sur la nécessité de suivre des ateliers d’administration pour planifier toutes les étapes et faire en sorte que chaque effort soit rentable.

Macu explique la situation qu’elles vivent comme femmes : “Beaucoup ont leurs compagnons qui travaillent mais il est très difficile de dire “je voudrais manger un chocolat, me teindre les cheveux, faire telle ou telle chose”, se sentir bien avec soi-même, et parfois nous nous inhibons face au “je te donne ce qu’il faut pour la nourriture et pour les enfants”, sans voir les besoins que nous avons comme femmes, penser un peu à nous-mêmes, nous faire plaisir”.

D’où l’idée d’un revenu propre, d’une autonomie pour “ne pas dépendre du revenu du mari”, comme l’explique la China. Macu va plus loin : “pourquoi penser tout le temps à cuisiner, à faire des empanadas, au travail le plus dur… pourquoi en tant que femmes continuer à nous identifier à un torchon, à une cuisine, à un réfrigérateur, pourquoi ne pas penser en grand, à des coopératives d’emballage, de transformation de plastique, où nous soyons celles qui transformons une matière première en quelque chose de productif pour toute la communauté”.

Cette entreprise de recyclage de plastique elles en ont élaboré le projet, parcouru les premières étapes. De même que la fabrique de parpaings dans laquelle Macu a commencé à travailler, bien qu’elle soit freinée pour l’heure à cause de la difficulté d’obtenir le matériel. Petit à petit, en essayant, en s’organisant, elles avancent.

La réunion se poursuit – projets, ateliers… Beaucoup d’enfants tout autour, des pleurs soudains, des courses, allaitement de jeunes mères. Une proposition que toutes jugent nécessaire pour aider à la participation des femmes, et leur droit de suivre des réunions : une garderie communale.

Elles conversent de leurs foyers, de la récente prestation de serment de 400 formatrices communales de l’État de Lara réalisée par le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre, parmi lesquelles 30 sont de la commune Ataora comme Macu et la China, comme d’autres qui passent dans la rue avec la chemisette violette, et le sac en bandoulière. Avec un grand problème à affronter : la violence, celle des foyers et celle des institutions.

Cette situation de violence institutionnelle s’observe surtout dans le secteur obstétrique, où nous sommes les plus victimes au sens du traitement quand nous allons chez le médecin, ou lorsque nous allons accoucher, on nous traite mal; et aussi quand nous devons formuler des dénonciations parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre, on ne prend pas acte de nos dénonciations, on nous met des bâtons dans les roues” explique Macu.

En bonnes lutteuses elles ont commencé à diffuser les adresses des lieux où on peut se rendre face aux situations de violence, où on peut obtenir des réponses et un suivi.

Elles parlent, et il y a quelque chose dans leurs voix, un rire presque constant. Une joie qui les unit de manière invisible. Qui se répète dans chacune d’elles. Qui peut disparaître en une seconde pour faire place à une ombre rouge attachée au mot, une tristesse profonde. Jusqu’à ce qu’une phrase peu à peu leur rende cette voix d’être ensemble.

Femmes pour la Vie

Katrina

Katrina

A travers l’amitié entre femmes, nous construisons le pouvoir populaire” est un des slogans principaux de ce mouvement social né à La Carusieña il y a 20 ans. “Nous allions de porte en porte, là où se trouvaient les femmes ayant des problèmes, femmes victimes de violence, nous les appuyions en les écoutant”, raconte Ana Martínez, une des fondatrices.

Elles ont commencé à réaliser des conversations, des ateliers de formation, de peintures murales, des programmes de radio, et à mettre en oeuvre une politique enracinée dans ce territoire. Face à elles, une réalité très ancienne : “Les conditions des femmes dans les communautés populaires ne sont pas égales à celles des hommes, elles vivent dans des conditions de pauvreté plus extrêmes parce qu’elles sont mères et seules, sans sources de revenus, il leur est plus difficile de trouver du travail, et nous avons encore un système patriarcal où l’homme et tout ce qui est masculin est au-dessus du féminin”.

C’est ce qu’explique Katrina Kozarek, militante du mouvement qui a pris part à la fondation de la “Commune Socialiste Ataroa” en 2007. Elles ont alors poursuivi leur politique envers les femmes dans les communautés, mais à l’intérieur de ce nouveau et grand défi de la Commune. Jusqu’à ce qu’elles décident d’impulser de manière systématique la construction d’une figure présente dans la Loi organique des Conseils Communaux : le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre.

Une décision prise deux ans plus tôt. Promouvoir ce qui est légalement constitué mais inexistant dans la réalité. Elles ont parcouru les conseils communaux pour expliquer ce que sont les Comités et promouvoir l’élection des porte-paroles. Elles ont ensuite mis en marche un plan de formation avec des dialogues où elles ont étudié par exemple la Loi du Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence  – où sont sanctionnées 19 formes de violence -, le système patriarcal comme système oppresseur lié au capitalisme, et la participation des femmes dans l’espace politique.

Et il y a cette affirmation de Hugo Chávez: “Pour être un authentique socialiste il faut être un authentique féministe” que cite Katrina. Finalement, avec chacun des Comités, elles ont monté un plan de travail. Puis ont organisé le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre de la commune “pour planifier des actions à grande échelle où puissent participer les porte-paroles, hommes ou femmes, des comités”. “C’est toujours un peu difficile de démarrer le travail, de réussir à convaincre les gens de participer aux réunions, parce que les porte-paroles travaillent en même temps dans les comités d’alimentation, de santé, de logement, ce qui fait qu’elles priorisent ces secteurs par rapport au travail avec les femmes elles-mêmes” raconte Katrina, qui connaît bien la réalité de gravir des collines, de lancer des appels à se réunir, de se battre avec entêtement pour renverser une réalité pesante, et souvent de l’intérieur.

Dépatriarcaliser les relations

La China

La China

A la fin de la réunion du mercredi les compagnes conversent des difficultés qu’elles recontrent, de l’opposition des maris, des accusations, condamnations ouvertes ou proférées entre les murs. “L’homme n’a pas la maturité de dire “oui, les femmes travaillent, il faut les laisser en paix pour qu’elles puissent s’amuser, se détendre, oublier le stress”, ce qu’ils disent c’est que nous perdons notre temps ici” explique la China. Une situation qui se retrouve dans tous les récits, et se reproduit même dans les conseils communaux et dans la commune : “Dans la commune on ne voit pas l’importance du Comité d’Égalité de Genre, au contraire à tout instant les femmes doivent sortir pour cuisiner, où est le casse-dalle, et ceci, et cela ? On ne nous laisse pas en position de prendre des décisions, nos propositions ne sont pas très prises en compte : “Ah non encore ces femmes avec leurs problèmes, leur patriarcalisme, leur machisme, etc.. et il ne faut pas leur donner d’importance” raconte Macu. Qui parle d’éliminer cela, de conquérir un espace.

85% des participants de la commune sont des femmes. Mais, comme le raconte Katrina, les comités les plus publics – pour les relations avec les institutions, avec d’autres communes, ou le Comité Exécutif de la commune, sont ceux où on compte le moins de femmes.

Parfois la femme, dans les espaces de débat politique, là où il faut planifier et faire des propositions, sont déplacées par certains hommes qui ont une manière d’être qui peut être dure, qui peuvent crier, renverser la table, qui ont tout leur temps pour écrire alors que les femmes travaillent, parce qu’elles s’occupent des enfants et du mari, et dans tous les comités accomplissent des tâches journalières qui prennent tout le temps”.

Dans les ateliers elles parlent par exemple du triple horaire de travail des femmes, du féminisme –“la réalisation, ou l’éveil, être nous-mêmes, visibles, et créer une condition d’égalité entre tous” affirme Macu-, se reconnaître et s’organiser.

C’est difficile. “Il y a des compagnons qui vont même jusqu’à nous accuser de divisionnisme, de vouloir  dévier de la lutte de classes. Mais il ne s’agit pas de ça, la lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme est l’expression même de la lutte des classes, parce que les personnes qui subissent le plus la pauvreté, l’exploitation capitaliste, et en plus de cela l’exploitation du système patriarcal, ce sont les femmes, c’est la même lutte de classes, sauf qu’en plus nous sommes opprimées par le système patriarcal” poursuit Katrina.

Cependant parmi les femmes du Comité d’Égalité de Genre existe une profonde certitude. Grâce à laquelle elles avancent contre les difficultés : “Nous pouvons assumer n’importe quel rôle parce que nous en sommes capables et beaucoup de choses encore, depuis soulever une pelle de ciment jusqu’à rédiger un compte-rendu, pour nous il n’y a pas de limites”.

Une certitude collective comme la nécessité de dépatriarcaliser la commune, intégrer la perspective féministe à cette lutte menée pour un socialisme qu’on cherche chaque jour.

Stratégies et victoires

José Gregorio

José Gregorio

La China, Macu et José Gregorio se sont mis d’accord et ont mis au point une stratégie au sein du conseil communal : la première s’est présentée pour être porte-parole du Comité de Sports, la deuxième pour le Comité de la Femme et d’Égalité de Genre, et le troisième pour le Comité d’Éducation. Ils se sont portés candidats au vote et ont gagné.

Une triangulation, expliquent-ils. Pour, à partir de là, commencer à travailler avec les enfants, les jeunes, les familles. Le thème de l’enfance,  pour José Gregorio et ses compagnes, est central. Il raconte que dans un atelier auquel il a participé avec d’autres hommes, ils ont fait un exercice : se rappeler son enfance. “Alors, en se souvenant, on se rend compte qu’en effet dès le plus jeune âge les jeux enseignent à devenir machiste”.

D’où le travail avec les enfants, par exemple à travers l’orchestre traditionnel communal. Où il travaille d’autres compagnons : “Cela me permet de bouger avec eux et de leur expliquer tout le temps, en blaguant, que je m’identifie au féminisme et à la dépatriarcalisation, et tous les jours nous travaillons le thème de la musique et de comment traiter les enfants, pourquoi il faut éviter la manière répressive de les traiter, cela est lié à la nécessité de la dépatriarcalisation”.

José Gregorio élève seul ses deux filles. Il explique que les deux compagnes l’aident, surtout dans cette étape de l’adolescence.  Il s’est engagé dans la “lutte des femmes” après avoir conversé avec quelques compagnes de Femmes pour la Vie et c’est ainsi, peu à peu, qu’il a compris ce machisme qui génère la violence dans les foyers, dans les quartiers.

Peu à peu elles ont avancé à partir du Comité, obtenant des victoires sur elles-mêmes, sur la communauté, avec d’autres femmes qui se sont rapprochées, avec des compagnons comme  José Gregorio, des initiatives productives qu’elles feront fonctioner, les débats et perspectives qu’elles ont réussi à installer dans la commune, avec leur activisme politique. Et jusque dans la famille elle-même, comme l’explique Macu avec un sourire: “Quand j’ai commencé à oeuvrer au sein du Comité d’Égalité de Genre, en tout cas mes enfants et mes frères ne faisaient absolument rien pour aider, après je les ai même pris en photo les uns en train de nettoyer, les autres de faire la vaisselle, parce que nous avons mis en oeuvre les principes que nous vivons dans les comités.

C’est pour cela qu’elle a construit ces instants, et qu’on les respecte, là où elle peut, comme cette après-midi, le temps de lire le livre de Luciano Fabbri sur féminisme et pouvoir populaire, tandis qu’au-dehors les enfants courent. Parce que dans ce regard de Macu il y a une victoire sur la peur, avoir expulsé une obscurité des mots, de la maison, avoir eu la volonté chaque matin, avec d’autres comme elle, de dire nous femmes.

SONY DSC

Macu et les siens

Texte : Marco Teruggi. Photos: Milángela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/una-estrategia-como-decir-nosotras/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Fh

Comment le Vénézuéla bolivarien fait baisser le chômage

1Au Venezuela 4,5 millions d’emplois ont été créés en 15 ans de révolution bolivarienne : le taux de chômage a baissé de 8%, passant de 14,7 % en juillet 1999 à 6,7 % en juillet 2014. C’est ce qu’ont annoncé conjointement le Vice-Président de Planification Ricardo Menéndez et le Président de l’Institut National de la Statistique (INE) Elías Eljuri.

Pour Menéndez, “malgré la guerre économique et les tentatives de déstabilisation, l’économie vénézuélienne s’est montrée non seulement capable d’absorber la totalité de la population économiquement active entrée dans le monde du travail entre juillet de 1999 et juillet 2014  – soit 3 millions 999 mille personnes. Elle a aussi permis à 533 mille personnes qui se trouvaient au chômage de trouver un emploi. Ce qui totalise une population de 4 millions 532 mille 331 personnes disposant d’un emploi”.

Le Président de l’Institut National de la Statistique a expliqué ce résultat en rappelant qu’à la différence des pays d’économie néo-libérale qui optent pour des politiques d’austérité, le Vénézuéla a multiplié sur ces quinze années les investissement sociaux et a fait sortir de la pauvreté des millions de vénézuélien(ne)s. Le budget social de l’État qui était de “36 % sous les gouvernements antérieurs est passé à 64% des revenus de la République, soit un bond de 27,9%. Sur 975 milliards de bolivars de revenus publics captés entre 1999 et 2013, 623 milliards ont été investis dans le secteur social, au bénéfice de la population”.

L’enquête de l’Institut National de la Statistique, menée en juillet 2014 auprès d’un échantillon de 6 mille 605 foyers, confirme également, pour la même période, une augmentation de 10% de l’emploi dans le secteur formel qui devient le secteur dominant, l’emploi dans le secteur informel ayant connu une baisse concomitante de 10 %.

Autre donnée révélée par cette étude, l’impulsion donnée depuis quinze ans aux politiques éducatives a permis de faire baisser le chômage des jeunes de 13,9 %. Un chiffre que le Ministre Menéndez a comparé avec ceux de pays européens où le chômage des jeunes peut atteindre des niveaux de 20%.

Grafico-desempleo

Source : http://www.ciudadccs.info/2014/09/en-venezuela-se-han-creado-45-millones-de-empleos-los-ultimos-15-anos/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Eo

Nicolas Maduro refonde l’État « pour donner plus de pouvoir au peuple »

dGzIMEg4

* Journaliste argentin. Correspondant à Caracas de Notas – Periodismo Popular http://notas.org.ar/  @FVicentePrieto

Par Fernando Vicente Prieto *, Caracas.

Comme il l’a annoncé il y a quelques semaines (1) et pour approfondir le programme (2) soumis aux électeurs des présidentielles d’avril 2013, Nicolas Maduro lance une “nouvelle étape historique de la révolution”: “refonder l’État pour donner plus de pouvoir au peuple”.

Cette restructuration s’inscrit dans un double contexte: le besoin de faire face à une guerre économique qui génère inflation et pénuries, et la critique en profondeur de mouvements sociaux mais aussi d’amples secteurs du chavisme face à l’évidente bureaucratisation de l’État qui, pour reprendre les mots de Maduro lui-même, “conserve les restes de l’État bourgeois”, avec son cortège de surdité et de corruption.

Le mardi 2 septembre, le président s’est adressé au pays pour retracer l’histoire des luttes populaires et souligner la nécessité de construire des mécanismes de participation citoyenne plus profonds : “Nous, hommes et les femmes qui sommes à la tête des institutions, des forces politiques et sociales, nous nous devons au peuple. Nous ne devons rien à aucun groupe des oligarchies nationale et transnationale. Nous nous devons au peuple, à notre histoire et au rêve de la grande Patrie latino-américaine que nous a laissé, déjà bien engagé, le président Chávez, avec des orientations très précises”.

Combien de pouvoir détient le peuple ?

Chacun des compagnons, compagnes qui va exercer des responsabilités dans cette nouvelle étape de la révolution devra les assumer avec une totale énergie transformatrice, il devra tout refaire, tout changer pour servir le peuple. Un élément qui permet de mesurer si nous avançons vraiment dans la direction correcte est la quantité de pouvoir que possède le peuple, de pouvoir réel” a-t-il insisté en exigeant de dépasser le modèle de l’État colonial, “cet État conçu pour piller les ressources du monde du travail, pour exproprier la rente pétrolière à tout le peuple du Venezuela”. Il a rappelé la période ouverte par le “Caracazo” de 1989. Ces révoltes de la faim contre les “mesures d’ajustement” du social-démocrate Carlos Andrés Pérez sur injonction du FMI, furent réprimées par l’armée, avec un bilan de plusieurs milliers de morts et de disparus. Pour Maduro “ce fut l’heure du réveil de notre peuple, lorsque furent jetées les bases d’un processus populaire constituant, qui poursuit sa marche”.

Nicolas Maduro dans l'État de Carabobo, le 5 septembre 2014.

Nicolas Maduro dans l’État de Carabobo, le 5 septembre 2014.

“Cinq grandes révolutions dans la Révolution”

Après avoir fait le bilan des avancées sociales des quinze dernières années, Maduro a appelé à créer les conditions pour construire une société “qui ne régresse pas vers le capitalisme”. En premier lieu la révolution économique, qui devra développer une économie diversifiée, capable de satisfaire les besoins matériels du pays et qui soit à la fois moins dépendante des devises et mois vulnérable à l’action des grands groupes privés importateurs – forme qu’a prise la bourgeoisie au Venezuela il y a près d’un siècle à partir de la matrice monoproductrice de pétrole. “Seule une économie diversifiée peut assurer la stabilité du pays dans les années futures” a-t-il précisé.

Liée à l’antérieure, la deuxième révolution de l’État est celle de l’articulation entre savoir, culture, science et  technologie, pour générer une connaissance libératrice, à partir des besoins de toute la Nation, et non plus pour assurer la domination de petits groupes.

En troisième lieu l’approfondissement de la révolution des missions sociales, pour lesquelles, il y a plusieurs mois, Maduro a rassemblé toutes les initiatives en un Système National de Missions, avec pour objectif principal de garantir l’éducation, la santé, l’alimentation et le logement, gratuits ou subventionnés, à toute la population et en particulier de faire passer la pauvreté extrême de 6,5 a 0 %. Avant la fin de l’année, 3000 “bases de missions sociales” seront installées pour offrir ces services de manière directe aux habitants des derniers secteurs les plus pauvres, mais aussi à ceux des nouvelles cités de la Grande Mission Logement et de zones où réside la classe moyenne.

Le président a consacré la majeure partie de son exposé à la quatrième révolution, politique, celle de l’État. “L’objectif est de transformer toutes les structures et les restes de l’État bourgeois en un État démocratique, un État aux mains du peuple”. Un processus, a-t-il expliqué, qui s’appuie sur “la volonté et la vocation de pouvoir politique du peuple, du citoyen et de la citoyenne ordinaires”. Il est fondamental de garantir des changements en profondeur “parce que le peuple peut s’endormir et laisser peu à peu les bureaucrates prendre le pouvoir. Après quoi ces bureaucrates tombent sous l’emprise de groupes économiques et quand nous nous y attendons le moins, resurgissent les vieilles formes de gouverner, de dominer et de piller la patrie. C’est là où est la vraie contre-révolution, celle qui opère en silence, par le bas, gagnant des espaces, corrompant des fonctionnaires”.

Pour cela seront impulsées des instances spécifiques de participation populaire, ainsi qu’un système de simplification de l’administration, désormais réalisable via internet et sans besoin de courir d’un ministère à l’autre pour effectuer une démarche, chacun d’eux étant connecté à la même base centrale de données. “Pour changer leur enfant d’un lycée à un autre on demande aux parents 28 pièces administratives !, a critiqué Maduro, cet excès de paperassie fait resurgir les “intermédiaires” qui en échange d’argent produisent des pièces en un temps record, ou revendent des droits, comme nous l’avons découvert dans le cas de la mission sociale “en amor mayor” où des mafieux extorquaient de l’argent aux bénéficiaires légaux.pour leur attribuer les allocations de retraite ! Nous les avons arrêtés, mais combien d’autres nous ont filé entre les doigts ? Ce contrôle serré va s’exercer partout”.

Le point le plus important est la création des conseils présidentiels populaires, instances d’articulation pour que les mouvements sociaux puissent communiquer directement à la présidence leurs critiques et propositions. Le 23 septembre sera inauguré le Conseil des mouvements de femmes, le 30 septembre celui des mouvements de jeunesse, le 7 octobre celui des organisations de travailleurs, le 12 octobre celui des peuples indigènes, le 14 octobre celui des coordinations de paysans et de pêcheurs et le 21 octobre celui des travailleurs de la culture. Il faut y ajouter le conseil présidence/commune (3), déjà créé en juillet, après avoir été annoncé lors d’une assemblée populaire à Caracas le 17 mai 2014.

Enfin, la cinquième transformation lancée par le président est la révolution du socialisme territorial, qui partira des nouveaux espaces de vie “pour consolider le modèle communal et pour que nous assumions tous le modèle éco-socialiste”. Pour mener cette tâche à bien, Maduro a nommé un poids lourd de la direction politique de la révolution : Elías Jaua, qui laisse la chancellerie aux mains de Rafael Ramírez, jusqu’ici vice-président économique, ministre du pétrole et président de la compagnie PDVSA. Jaua devient donc vice-président du développement territorial et ministre des communes et des mouvements sociaux, en remplacement de Reinaldo Iturizza, nommé ministre de la culture.

Autres changements dans les vice-présidences et ministères

Parmi les changements les plus importants notons encore la création de la vice-présidence de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, dont sera chargé le jeune Iván Gil, jusqu’ici ministre de l’agriculture.

La vice-présidence économique est attribuée à Rodolfo Marco Torres. Dans ce secteur prévaut la continuité avec José David Cabello comme ministre de l’Industrie, Andrés Izarra au Tourisme et deux visages nouveaux mais proches de Ramírez : Asdrúbal Chávez pour le pétrole et Eulogio Del Pino pour PDVSA.

On attend à présent le train de mesures concrètes qui vont accompagner cette refondation. Alors que certains secteurs critiques du chavisme craignent une conciliation avec la bourgeoisie, d’autres soulignent le renforcement de la commune et la volonté appuyée de surmonter la bureaucratie et la corruption, les deux ennemis principaux auxquels doit faire face, au stade actuel, la révolution bolivarienne.

Fernando Vicente Prieto, Caracas.

Source : http://notas.org.ar/2014/09/04/nicolas-maduro-refundar-estado-ministerios-comunas-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1)       Lire “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/

(2)       Lire “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(3)        Ibidem.

imagesPhotos : C’est au coeur des quartiers populaires que Nicolas Maduro a décidé d’inaugurer les nouvelles vice-présidences et de nommer les nouveaux ministres. Le jeudi 4 septembre il a commencé par la Vice-présidence du Développement Social et des Missions – dirigée par Hector Rodriguez – à l’occasion de la construction d’une des 3000 “bases de missions sociales” dans le secteur pauvre de Güerito, municipalité Mariño, État d’Aragua. Pour Maduro, « les bases de missions doivent être l’épicentre des cinq révolutions. La conscience et l’organisation du peuple permettront d’éliminer ce qui reste de pauvreté extrême« .

maduro0509-OR630Le lendemain, vendredi 5 septembre, c’est dans le secteur d’El Valle (Caracas) que le président a lancé la Viceprésidence de Développement du Socialisme Territorial – qui vise à construire l’État communal –  à l’occasion de la remise aux habitants des 760 premiers appartements du nouveau complexe de Ciudad Tiuna, construit par la Grande Mission Logement à travers un accord signé avec la Chine. “De nouveaux logements mais surtout un nouveau mode de vie” a insisté Maduro. Pour le nouveau vice-président Elias Jaua, “ce socialisme ne part pas d’un individu abstrait mais du fait qu’il habite un territoire, un espace de vie où le socialisme va se construire pas à pas. La construction des communes ne peut être décrétée ou imposée, elle doit être une création au sein de la société”. Trait particulier de ce nouveau secteur de l’État : la fusion en un même ministère des mandats de la la construction massive de logements publics avec celui de l’éco-socialisme, sous la houlette du ministre Ricardo Molina.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1DN

L’héritage de Chávez, les communes.

Dans son offensive nationale et internationale, la vulgate de la droite médiatique voulait faire croire que la disparition de Chavez entraînerait la lente dissolution de la révolution bolivarienne. En réalité, c’est en ce moment que son principal héritage commence à déployer ses ailes.

Par Mario Sanoja et Iraida Vargas *

MG_9764

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur l’héritage de Chavez, or ce n’est qu’aujourd’hui que, sous l’impulsion du Président Maduro et de son équipe, commence à s’incarner son idée centrale pour transformer la société vénézuélienne. Dès 2007, Chavez expliquait : “Tous les moteurs constituants sont tributaires ou convergent vers le cinquième (moteur), qui est le plus grand, le plus puissant, le moteur essentiel. Lequel ? L’explosion révolutionnaire du pouvoir communal, les conseils communaux… ” (Chávez 2007: 40).

Le Capital est encore profondément inscrit dans tous les secteurs de la culture et de la société vénézuéliennes, capable de dominer et d’influencer en sa faveur le processus de reproduction sociale, tout en étant incapable de résoudre les problèmes et les contradictions qu’entraîne son activité. Abolir ou au moins neutraliser les institutions spécifiques qui font l’hégémonie du capitalisme, doit être, est, le premier pas révolutionnaire dans la construction d’un nouveau bloc historique de pouvoir représenté par la future société et son État socialiste et communal.

Le système communal socialiste déjà existant et qui s’appuie sur les traditions des peuples originaires, constitue la forme spatiale concrète qu’acquiert la résistance populaire au capitalisme, fondée sur l’accumulation de connaissances et d’expériences, la structure sociale et spatiale des forces et de ses acteurs, l’enracinement dans la communauté et dans l’identité culturelle de classe.

A partir de la première décennie du vint-et-unième siècle, la construction d’une société communale socialiste exige que nous produisions une nouvelle cartographie de l’espace national avec les variables fondamentaux du pouvoir communal – les conseils communaux, les communes intégrées avec les réseaux socio-productifs et les missions sociales, pour articuler la chaîne de valeur des matières premières et diversifier la production au service des besoins économiques et sociaux de la population. Ces réseaux transversaux qui représenteraient une alternative post-capitaliste fonctionneraient comne un tissu de connections qui recouperait les centres urbains, stimulant la circulation, la distribution et la consommation de biens et de valeurs (Voir Vargas-Arenas y Sanoja 2014: en préparation).MG_9824

Jusqu’à présent le projet révolutionnaire a eu pour référence centrale la dimension macro-économique. Des esprits éclairés comme D.F. Maza Zavala avaient anticipé qu’au XXIème siècle l’aire de propriété purement étatique devrait être limitée par le développement d’autres formes avancées de propriété sociale, commune ou collective, que nous pourrions assimiler à l’actuel système communal. Maza considérait comme souhaitable que l’État conservât la propriété et le contrôle des activités productives basiques, mais observait que “la socialisation qui est par essence la domination du social par la société, exige la participation collective dans la prise de décisions, le contrôle des intérêts publics ou sociaux par des organisations et des dispositifs institutionnels de type populaire : approfondir la démocratie, éradiquer les élites de pouvoir et le pouvoir des élites, pour développer en leur place le pouvoir populaire” (Maza Zavala 1985: 135-136).

La dimension macro-économique du modèle qui a dominé le processus bolivarien a été affectée par l’actuelle crise du capitalisme, parce qu’elle n‘a pas pu dissocier l’économie et la société vénézuélienne du marché capitaliste promu par l’Empire mais, au contraire, a accru notre dépendance de ce marché. Le processus de socialisation, les communes, ce dont nous parlait Maza Zavala, a pris un nouvel élan sous le gouvernement du Président Maduro.maduro_23_enero_comunas_111377221436-540x360

La soi-disant crise de la révolution bolivarienne semblerait plutôt être un changement de front, une réorientation stratégique du processus en vue d’octroyer un rôle central aux communes, d’où la restructuration du gouvernement entamée par le président (1), discutée par les mouvements sociaux ou lors du récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

La révolution bolivarienne a besoin de revoir son modèle économique, dont une bonne part est héritée des théories économiques de la vieille gauche vénézuélienne depuis les années 1950. Il est important d’évoquer la crise laborale que traversent les entreprises de Guayana et de rappeler à ce propos l’idée de l’économiste eurochaviste Luciano Vasopollo (224:BCV 2013) pour qui il faut différencier nationalisation et socialisation de la gestion économique : la disparition de la propriété privée – dit-il – n’implique pas sa socialisation immédiate.

La nationalisation des secteurs stratégiques (énergie, communications, transport, etc.), apporte des ressources nécessaires pour impulser une stratégie de redressement productif à court terme. Cependant, soutient Vasopollo, la propriété étatique ne garantit pas per se le contrôle des travailleurs(ses) sur leur propre travail ni ne garantit le socialisme.

Si le monopole d’État n’est pas contrôlé directement par les organismes populaires, comme le plaidait également Maza Zavala, celui-ci pourrait retomber dans l’autoritarisme syndical mafieux, le bureaucratisme sydical contre-révolutionaire et inefficace comme c’est le cas au sein des entreprises basiques de Guayana. Sans contrôle démocratique de la part des organismes populaires, la propriété d’État finit par créer et privilégier une nouvelle classe sociale qui surgit du monopole de la gestion étatique des moyens de production (Álvarez 2003; Idem 2010: 58-74).

Comme le note également Vasopollo “… Ce n’est que lorsque s’effectue le contrôle social du processus de production, que la possession des moyens de production est exercée par les unités productives elles-mêmes et que celles-ci, depuis leur environnement immédiat, prennent des décisions sur les investissements et sur le changement technologique, qu’on peut parler d’une autonomie relative de ces unités, autonomie qui peut être accompagnée – ou non – de la condition correspondante de “sujet juridique” …”

Le socialisme, à quelque niveau que ce soit, dit Vasopollo, ne peut être pensé ni construit s’il n’est fondé sur une base solide de démocratie directe qui permette de concevoir la planification sur la base de la connaissance directe des besoins individuels et collectifs (sociaux, d’entreprises, environnementaux, etc.), s’incarnant dans des processus tels que le président Maduro les a baptisés : gouvernement de rue et dialogue sur la production avec les petits et moyens entrepreneurs.

Pour mettre en marche les critères de l’efficacité micro-économique, il serait nécessaire que le gouvernement révolutionnaire dessine et mette en pratique la création d’une culture du travail appropriée, basée sur des valeurs sociales de solidarité collective qui s’oppose à l’opportunisme syndical et au consumérisme individuel qui sont à la base du capitalisme. De la même manière, poursuit Vasopollo, il est non seulement nécessaire de changer la forme et le contenu des fonctions d’utilité micro-économique, en maintenant par exemple la possibilité de répartir le temps de vie entre travail et loisir, mais aussi d’élargir les possibilités qu’a la population de choisir des alternatives autour de ce thème.comunas-2-

Construire le socialisme, toujours selon Vasopollo, c’est promouvoir un changement d’hégémonie culturelle qui inverse les liens de causalité entre économie et politique “…comme on est déjà en train d’en faire l’expérience entre pays de l’ALBA…” redéfinir le discours politique à partir de la centralité de la planification socio-économique…” (BCV 2013: 802), en l’orientant vers un modèle de développement socio-économique auto-déterminé, autogestionnaire, centré sur les ressources et les économies locales et qui valorise en même temps les traditions culturelles et productives, renonçant à importer tant de marchandise inutile qui ne sert qu’à un système de consommation à outrance et insoutenable.

En somme il s’agit de créer la société communale car le passage d’un mode de production à l’autre, à la société post-capitaliste, dit Vasopollo, suppose fondamentalement la présence organisée d’une subjectivité révolutionnaire, exprimée dans le cas vénézuélien par la commune.

La création d’une nouvelle hégémonie culturelle requiert de manière incontournable l’élargissement des espaces politiques où les processus participatifs qui impulsent les processus autodéterminés et autogestionaires puissent s’exprimer avec plénitude : les communes, les conseils communaux, les conseils de travailleurs, les conseils paysans, les conseils étudiants, etc., semences d’une démocratie authentiquement participative, du pouvoir populaire constituant, de la nouvelle société socialiste vénézuélienne (Álvarez 2010: 145-158).MG_9785

En ce sens il est nécessaire de considérer la pertinence d’un système politique de représentation comme celui développé par le PSUV dans lequel les délégué(e)s, porte-paroles des Unités de Bataille Bolívar Chávez (UBCH) doivent se maintenir à tout moment au contact de leurs bases pour guider et orienter le travail et éviter le bureaucratisme.

Le modèle d’intégration civico-militaire vénézuélien, dont l’artisan fut le président Chávez, a joué un rôle de stabilisation fondamental face à l’insurrection armée de secteurs de l’extrême droite vénézuélienne. Selon la nouvelle doctrine militaire vénézuélienne, en cas d’urgence nationale, les forces armées ne resteraient pas les bras croisés à attendre que l’envahisseur ou l’ennemi intérieur agisse contre la révolution mais déploieraient une guerre de résistance populaire appuyée sur le système communal. C’est pour cela que les contigents réguliers ou les forces liées au système communal doivent sentir qu’ils défendent la souveraineté nationale et qu’ils sont aussi les constructeurs actifs du socialisme vénézuélien.

* Anthropologues et historiens vénézuéliens.

Note

(1) Voir “Le Venezuela accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernementhttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/


Références citées:

– Álvarez R, Víctor. 2003. Hacia donde va el modelo productivo. Centro Internacional Miranda. Caracas,
-Álvarez R., Víctor. Del Estado Burocrático al Estado Comunal. Centro Internacional Miranda, Caracas,
-Chávez Frías, Hugo. 2007. Poder Popular: Alma de la Democracia Revolucionaria. Gobierno Bolivariano de Venezuela, Caracas.
– Maza Zavala, D.F. 1985. Ensayos sobre la Ciencia y la Política Económica. Academia Nacional de Ciencias Económicas. Serie Ensayos. Caracas.
-Vargas-Arenas, Iraida y Mario Sanoja Obediente. 2013. Lectura geohistórica de Venezuela. El espacio Nacional y la Sociedad Comunal Socialista. Primera edición. Caracas. Segunda edición revisada, corregida y aumentada (en preparación).
-Vasopollo, Luciano. 2013. Análisis de los Sistemas Económicos. Banco Central de Venezuela, Caracas

Source : http://www.comunaactiva.org.ve/2014/08/el-legado-de-chavez-las-comunas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1AV