Terra TV, révolution dans la télévision (II)

Les délégués de la Marche Paysanne Admirable arrivent dans l’état de Falcón, le 11 novembre 2018. Au centre, Arbonio Ortega (poing levé, lunettes et chemise blanche). Le portrait rappelle la lutte du ¨général des hommes et des terres libres », Ezequiel Zamora (1817-1860). A gauche, en chemise bleue et chapeau, le dessinateur paysan Bracamontes qui croque au jour le jour les épisodes de la marche… (voir première photo).

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Au pied de la statue de José Leonardo Chirino le chef de la rébellion des esclaves enthousiasmés par l’exemple des jacobins noirs de Haïti, précurseurs de la geste indépendantiste de Simon Bolivar.

Sourire sage et espiègle d’Arbonio Ortega. ¨Terra Tv est notre moyen de communication¨ nous dit, dans sa barbe et sa voix rauque, ce pédagogue et organisateur têtu des luttes paysannes. Il l’avait promis : « La marche doit continuer. Quelque chose s’est produit qui va au-delà du terrain de chacun, de la lutte de chacun, quelque chose que nous ne pouvions imaginer quand nous avons commencé à marcher« . L’appui logistique promis par le gouverneur local tarde ? Qu’importe ! L’infatigable marche paysanne décide de parcourir ¨a pata¨ l’état de Falcón, selon l’expression devenue son credo politique, ¨à patte¨, “à pied¨. Elle passera par ces montagnes où les paysans se souviennent des guérillas des années soixante puis vous mènent au lieu précis où les espagnols coupèrent les mains du leader afrodescendant José Leonardo Chirino, coupable d’écrire la première page de l’indépendance, en ralliant à lui les jacobins noirs vénézuéliens enthousiasmé par la révolution haïtienne. Falcón aux roches arides, aux troupeaux de chèvres battus par tous les vents des Caraïbes, terre de corps sans sépultures qui voit revenir aujourd’hui ces paysans aux pieds nus, ces ¨pardos¨, qui sauvèrent un jour de la déroute la république de l’aristocrate Bolivar et passèrent avec lui les Andes pour libérer d’autres ¨égaux¨. À chaque halte la marche paysanne d’aujourd’hui se ressource à ces forces séculaires.

Le plan est de faire halte dans dix-sept villages successifs jusqu’à Coro, capitale de l’État. Se réunir dix-sept fois avec les travailleurs de la terre et de la mer – écouter, recueillir les dénonciations, élaborer ensemble le plan qui sera soumis au gouvernement bolivarien. Ces cahiers de doléances serviront à la grande assemblée finale à Coro, le 23 octobre. Sur la côte, Betzany Guedez, formatrice de Terra TV, se met au travail avec les pêcheurs exploités par les entreprises de crevettes. Un autre formateur, Victor Hugo Rivera, court avec la seconde caméra à une réunion de paysans.

Betzany Guedez (bord gauche) au travail

Projection du documentaire « Marche » dans les villages de Falcón

Chaque soir Arbonio, Yudy, Neyda et Gerardo montrent ¨Marche¨, aux assemblées de village pour transmettre l’expérience et rallumer de nouvelles volontés. Malgré la lenteur des fonctionnaires de l’Etat dans l’application des instructions de Nicolas Maduro en faveur des paysans, ce documentaire produit par Terra TV a contribué à renouer des liens entre gouvernement et travailleurs ruraux. À l’autre bout du pays, dans l’État de Portuguesa, les rebelles d’¨El Guayabo¨ ont reçu le 15 novembre, de l’Institut National des Terres, le titre de propriété de cent hectares restés longtemps improductifs aux mains de l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ici aussi les paysannes et les paysans fraternisent avec le formateur de Terra TV Juan José Moreno qui filme avec eux la remise des terres : “Nous vous devons cette victoire parce que vous êtes les seuls à rendre visible notre lutte.¨

La remise des terres du  » Predio El Guayabo »

Pas de studio, ni de politologue, ni de journaliste, ni de maquillage. Pourquoi faudrait-il recycler le formatage universitaire ou commercial des ¨communicants¨? Ici nul ne doit demander la parole, ni attendre qu’on la lui donne et encore moins dire merci. On ne demande pas l’autorisation de faire la révolution. Terra TV est une télévision hors de la télévision, hors de Caracas, où chaque territoire a voix égale. C’est une école permanente qui transmet par la base l’expérience populaire et forme techniquement de nouveaux regards paysans. ¨Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie¨ (Louis Althusser). Cent ans d’expérience et de philosophie révolutionnaires de la communication ne sont pas restés tout à fait vains.

Thierry Deronne, Caracas, 18 novembre 2018

Pour participer à la création de Terra TV, il reste un mois ! C’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros comptent ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible. Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

Premières européennes de ¨Marche¨ à Liège le 6 décembre et à Bruxelles le 12 décembre 2018.

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Terra TV, un média pour faire la révolution

L’équipe de Terra TV (Caracas, octobre 2018)

Depuis quatre mois, avec peu de moyens, les militant(e)s de Terra TV ont relevé le défi de créer une télévision paysanne, et n’ont pas ménagé leurs efforts. Des collectifs de paysan(ne)s en lutte comme ceux de Guayabo Payara (état de Portuguesa), ou les dirigeants de la Plate-Forme paysanne nationale, confirment que la production et la diffusion de 16 reportages ont permis de renforcer le pouvoir de négocier avec le gouvernement, et dans certains cas d’accélérer la remise de titres de propriété. Les paysan(ne)s considèrent déjà Terra Tv comme leur média, organisent des assemblées sur le terrain pour visionner ces vidéos et mobiliser la base, et nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle.

115 d’entre vous ont déjà répondu à l’appel à la solidarité pour créer Terra TV, ce qui a permis de réunir les 3/4 de la somme nécessaire. Il reste un mois pour atteindre cet objectif. Pour participer, c’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros ça compte ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible.

Appuyer la création de Terra TV, c’est apporter une pierre de plus à la révolution au moment où les mafias agraires veulent reprendre les terres distribuées par Hugo Chavez aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. C’est aussi appuyer un nouveau paradigme de télévision, fruit de vingt ans d’expérience, avec la création d’un feuilleton pensé et réalisé par les paysan(ne)s, ou des programmes de formation à distance (organisation, agroécologie, réalisation audiovisuelle…). Terra TV servira aussi de relais aux luttes paysannes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure ou la concentration des médias privés se traduit par une criminalisation croissante des mouvements sociaux.

Ci-dessus, une vidéo récente de Terra TV : les femmes de Caño Seco et de Los Colorados montent en première ligne de la lutte pour cultiver les terres abandonnées par l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ci-dessous, un aperçu du travail réalisé en quatre mois : ateliers de formation audiovisuelle pour les paysan(ne)s, tournages et diffusion des productions en assemblées paysannes dans tout le pays.

Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

D’avance, au nom du mouvement paysan, merci!

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

“Marche” n’est pas un film-vitrine. Nous refusons de tomber dans le piège ou nous mène l’uniformisation des médias internationaux : passer notre vie à répondre aux mensonges quotidiens sans jamais pouvoir parler de ce qui se passe ici, profondément, en dehors du champ médiatique. Nous voulons dépasser ce niveau, en expliquant aux militants du monde entier comment marche la révolution au Venezuela. Toute révolution se meut sur la base de contradictions. En vingt ans de processus bolivarien, on a souvent observé l’alliance entre une base chaviste qui se mobilise et une présidence qui en a besoin pour que ses décisions ne s’enlisent pas dans les méandres d’un Etat encore ancien. Cette mobilisation paysanne en est une démonstration de plus. La contradiction actuelle entre mafias agraires – grands propriétaires, juges corrompus, paramilitaires et parfois fonctionnaires publics -, et les paysan(ne)s à qui on refuse le droit de cultiver ou qu’on expulse de leurs terres, réveille une lutte de classes, en pleine guerre économique où la production d’aliments pour la population est un enjeu stratégique. Les paysans comptent sur le Président Maduro, qui a donné des instructions claires pour les appuyer, mais savent qu’il a besoin de leur mobilisation pour concrétiser ses décisions.

Durée : 46 minutes. Vidéo HD. Production : Terra TV et Plate-forme Paysanne, avec l’appui de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision, Venezuela, octobre 2018.

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La Cuchilla : brévissime histoire d’une récupération de terre

2.jpgAida y Alexis, pendant près de sept années, se sont battus dans l’État de Lara pour sortir de l’abandon et de l’improductivité les terres de ¨La Cuchilla ».

C’est une montagne immense où ce couple et ses trois enfants, paysans comme leurs parents, veulent transformer la broussaille en aliment. ¨Pourquoi laisser la broussaille, quels fruits donne-t-elle ? Aucun. Par contre si tu sèmes du café, des haricots, du maïs, tu aides tes semblables, mais la broussaille, pourquoi la broussaille ? Qui mange de la broussaille ? interroge Alexis, qui se rappelle l’arrivée au milieu d’hectares de broussaille à ensemencer.

Alexis vivait plus haut, dans la montagne où l’océan de terres improductives qui noie la vallée, l’avait repoussé.

 

C’est de là qu’il a observé, des années durant, ces terres envahies d’herbe. Le jour où un des murs de sa maison s’est écroulé, il a décidé d’aller à La Cuchilla pour “semer et sortir d’en bas”. Sa plus grande volonté : que ses fils n’endurent pas ce qu’il avait vécu: “Ce n’est pas qu’on devient riche en semant des avocats, du riz, du maïs, non! On veut vivre bien, faire que les gosses ne revivent pas cette histoire, pour qu’un jour ils disent fièrement : mon père a lutté pour nous laisser quelque chose de bon.”

Ses enfants de 17, 20 et 23 ans travaillent aujourd’hui à La Cuchilla. Ils ont vécu ces longues journées de l’aube à la nuit pour débroussailler la terre et la semer. Et si on leur demande s’ils ne pensent pas migrer vers un autre pays, ils répondent : “Pourquoi chercher ailleurs ce qui est ici, ce qu’on peut trouver dans notre propre terre fertile qui peut nous nourrir, au lieu de mourir dans les mains d’un seul propriétaire qui ne veut pas la cultiver”.

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Robert Torrealba est un de ceux qui ont ressuscité cette terre. Avec ses cousins et ses frères, il a lui aussi enduré les premières et difficiles années de lutte: “Ces terres étaient totalement improductives et nous avons pris l’initiative de les faire produire pour le peuple”.

Ils ont jeté les fondations en élevant leurs cabanes et en quelques semaines à peine, en semant avec leurs propres ressources, sans avoir reçu encore d’appui de l’État. Ils ont semé toute la terre, et savent qu’un jour ils gagneront leur titre de propriété.

Le processus d’adjudication a été lente : les inspections des ingénieurs de l’Institut National des Terres (INTI) en fin de compte, n’ont pas apporté de réponses concrètes. Pourtant les supposés propriétaires n’ont pas de droits sur ces terres car “l’État les a financés, mais ils n’ont jamais remboursé le crédit, et ils veulent garder ces terres sans les cultiver, c’est pour ça que nous avons pris cette initiative”.

Le grand propriétaire Héctor Rivero prétend être le propriétaire. “Il nous menace tout le temps, moi et mes fils, de nous tuer, de nous disparaître” raconte Aida Carebilla, la “rebelle” de la Cuchilla, ainsi que l’appelle le propriétaire: “Quand il apparaît je suis la première à faire face à l’entrée, et il a même dit après qu’on a arrêté mes compagnons, et qu’on a frappé mon fils, qu’il enverrait un groupe de femmes policières pour frapper les femmes rebelles aussi”. Tel est le comportement des grands propriétaires, qui utilisent des fonctionnaires des corps de sécurité comme force de choc personnelle contre les paysans.

Alexis raconte que cela est arrivé plusieurs fois: “Parce qu’ils a beaucoup de contacts avec ces fonctionnaires. Dès qu’il apprenait que nous planifions quelque chose, il débarquait avec ses policiers et nous faisait frapper et arrêter. Avec les polices judiciaire, municipale, de l’État de Lara, alors qu’elles n’ont pas de compétence sur les thèmes de terre. C’est la Garde Nationale qui est compétente, qui ne peut agir qu’avec un ordre de l’Institut des Terres ou d’un tribunal”.

Mais ici, pas d’ordre, seulement des mafias qui agissent, protègent les intérêts du grand propriétaire: “Ils ont frappé mon fils, ont arrêté des compagnons et on les oblige encore à se présenter à la police alors qu’ils n’ont commis aucun délit”.

C’est que semer en ces heures de grande difficulté économique ne peut être traité comme un délit. Les paysans le savent. Même en exposant leurs vies ils gardent le cap : “Semer, rien de plus. Alimenter le peuple, nos enfants, nos petits-fils, qui en a besoin. Semer le maïs, les haricots, le pois chiche, la banane à cuire, le manioc …” Hommes et femmes en lutte contre le latifundisme, et qui visent le développement productif du pays. Comme l’explique Franklin Querales, militant du mouvement paysan www.CRBZ.org : “A la Cuchilla on veut remporter une victoire stratégique dans le cadre de la production, avec un modèle nouveau qui part du paysan, avec le pouvoir du peuple pour faire échec à la guerre économique”.

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Source : http://www.crbz.org/la-cuchilla-breve-historia-de-un-rescate-de-tierras/

Traduction : Thierry Deronne

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Au Venezuela, l’Alliance Nationale Productive comme instrument de lutte pour développer la production

Face à l’urgence de produire, une Alliance Nationale Productive (A.N.P.), formée d’organisations de petits et moyens producteurs et de mouvements de paysan(nes) de tout le Venezuela, est en train d’être créée dans le pays. L’A.N.P. est un espace de rencontre national sur la production alimentaire, qui a pour objectif d’élaborer des agendas de travail et  d’actions permettant de surmonter les difficultés que rencontrent actuellement les producteurs (ices) agricoles.

Les actions de cette Alliance sont menées par l’intermédiaire de Commissions Productives dans des communes et des territoires stratégiques où, explique Kevin Rangel, coordinateur national de la Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora, “nous sommes venus organiser des assemblées et des réunions en faisant largement appel aux producteurs des différents secteurs de production, comme le cacao, la banane, le manioc, la culture maraîchère, les pommes de terre, la carotte, l’oignon, le lait, la viande, et principalement à des petits et moyens producteurs”.

Dans quel but les producteurs(ices) de secteurs aussi divers s’assoient-ils autour d’une table de discussion? Pour lutter tous et toutes ensemble. Si les  principales problématiques leur sont communes, alors les solutions doivent aussi être trouvées en commun. Les Commissions Productives sont tout d’abord un espace de discussion pour identifier les difficultés et les problèmes rencontrés localement et réfléchir de manière collective aux solutions à y apporter. “Ce sont des espaces de discussion portant sur le thème de la production, dont l’objectif est de chercher des solutions à des situations qui peuvent être résolues et débloqués au niveau de la région même. Il faut lutter, par exemple, pour avoir accès aux intrants, aux semences, au carburant que nécessite la production, pour obtenir une faucheuse, une tronçonneuse, de lubrifiants, ces difficultés étant particulières à chaque région”, souligne Kevin Rangel.

L’idée est de trouver une solution à certains problématiques locales, mais aussi à des questions d’ordre structurel qui doivent être analysées à de plus hauts niveaux. Depuis l’A.N.P. on cherche à incorporer progressivement à ces commissions régionales des acteurs qui participeront à la résolution des problèmes ; ils pourront provenir du Ministère de l’Agriculture et des Terres et de ses instances ou institutions rattachées, des Forces Armées Nationales Bolivariennes, des autorités locales et des instances du Pouvoir Populaire, car seule une coordination de cette sorte permettra d‘analyser en détail la réalité qu’affrontent ces régions  dont la tâche est de produire, et d’agir en conséquence rapidement  pour gérer les situations rencontrées.

D’autre part, mettre en place ces Commissions Productives de l’Etat était indispensable pour s’attaquer à des problèmes plus complexes comme la mécanisation, la distribution des récoltes, la sécurité et l’attribution des terres. Pour les espaces agricoles et les secteurs de production, l’objectif est de mettre en place une instance supérieure de coordination avec le gouvernement régional ou même national, avec des porte-parole par secteur, pour exposer leur problématique particulière et discuter des politiques agricoles et productives du pays. Ces commissions iront même jusqu’à débattre du plan de production 2019 avec l’ensemble les forces productives de toutes les régions rassemblées dans des espaces ouverts et démocratiques.

Il en existe déjà au Sud du Lac de Mérida, qui disposent d’un réseau de plus de 1500 producteurs, de caco et de bananes pour l’essentiel ; dans la Commune Libertador del Táchira s’en est formée une de producteurs de lait, de viande, de manioc, de banane, de fromage et d’un front uni de pêcheurs ; il en est de même dans la Commune d’Uribante et au coeur de la Ville Communale Juan Pablo Penaloza qui présente un potentiel prometteur de production de légumes, de pommes de terre, de carottes, d’oignon et d’ail. Toutes ces commissions ont un objectif  commun : combattre les mafias qui se sont emparées de la distribution d’intrants et de semences. Selon Rangel “aujourd’hui, des producteurs de légumes changent de secteur pour subsister en raison des difficultés à obtenir des intrants et des semences qui se retrouvent aux mains de mafias agricoles ; ceux-ci  détournent les maigres ressources, intrants et semences attribuées à l’agriculture vers le “bachaqueo” (revente à prix fort de produits de base accaparés ou volés) et la contrebande, ce qui a pour conséquence que dans des régions comme Laguna Garcia, dans l’Etat de Táchira, par exemple, on cultive différemment.

Jusqu’à tout récemment, il y existait une bonne production mais à ce jour cette productivité est tombée à 17% de ce qu’elle était”. L’Alliance Nationale Productive se propose, à partir de discussions et d’actions communes, d’élaborer des solutions et des propositions qui seront présentées au gouvernement national afin de sortir de la crise dans laquelle se trouve le pays, crise de production pour l’essentiel, et nous en sortirons”, insiste Rangel, “grâce à la volonté politique de ceux qui luttent pour combattre les pratiques bureaucratiques inefficaces qui ont permis l’implantation de mafias agricoles dans les états les plus productifs, en élaborant des projets et des solutions concrètes aux problèmes rencontrés”.

La tâche est immense, comme l’est celle du pays qui doit mettre en oeuvre un développement de la production constituant la base matérielle de notre indépendance et de notre souveraineté. Un nouveau modèle de production au Venezuela ne pourra être instauré qu’à partir de la transformation profonde du secteur agricole, puisque c’est sur lui que repose la subsistance de toute société : les aliments. C’est pour cela qu’il faut s’engager à fond dans l‘effort de mettre en place un tel espace où se joue en bonne partie la viabilité de la relance économique  dont a besoin le Venezuela.

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Source : http://www.crbz.org/alianza-nacional-productiva-instrumento-lucha-desarrollo-productivoalimentos/

Traduction : Frédérique Buhl

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Des nouvelles de Terra TV, la télévision paysanne

Le 17 octobre nous avons organisé dans un cinéma du centre de Caracas la première de ¨Marche¨. Ce long-métrage documentaire, produit par Terra TV en plus de ses reportages hebdomadaires, a été retransmis parallèlement par la chaîne des mouvements sociaux Alba TV sur la TNT et le satellite CANTV. Comme l’explique Gerardo Sieveres, porte-parole de la marche paysanne, ces diffusions montrent l’importance de la création de Terra TV puisqu’elles ont poussé le Ministre de l’Agriculture Wilmar Castro Soteldo à recevoir dès le lendemain les délégué(e)s de ce mouvement social et à commencer à résoudre les nombreuses demandes de terre…

Plus sensible à l’agrobusiness, Mr. Castro Soteldo traînait les pieds pour appliquer la Loi des Terres promulguée par Hugo Chavez et les instructions récentes du Président Maduro de répondre rapidement aux revendications paysannes. Mais en pleine guerre économique et pénuries alimentaires, peut-on rester sourd à l’alternative formulée par les petits producteurs agricoles, et oublier la la justice sociale qui fonde le projet bolivarien ? Combien d’études scientifiques n’ont-elles démontré par ailleurs que ce sont les petits paysans qui sont le plus à même d’assurer la souveraineté alimentaire et de produire des aliments sains pour l’ensemble de la population ?

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Membres de l’équipe de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision chargés de construire Terra Tv avec le mouvement paysan. Caracas octobre 2018.

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Au terme de la projection du 17 octobre à Caracas, les porte-paroles de la marche paysanne conversent avec le public.

Lors du débat qui a suivi la première de ¨Marche¨ à Caracas, le leader paysan Arbonio Ortega a décrit au public à quel point la caméra de Terra Tv avait fait corps avec la marche paysanne durant les 400 km qui séparent Guanare de Caracas. Luisana Colomine, professeure de journalisme à l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV), a salué un nouveau langage qui ouvre la voie ¨à une nouvelle source journalistique et à des formes de communication différentes des formes traditionnelles¨.

En fait, Terra TV dépasse le cadre du Venezuela. La création d’un nouveau type de télévision émanant de la participation populaire, et la refonte quantitative et qualitative du champ médiatique, de sa propriété et de ses écoles, sont directement liées à la survie de la démocratie dans un continent où le putschisme médiatique contre des présidents élus et des mouvements sociaux est le dernier rempart des élites.

Vous êtes déjà 112 ami(e)s à l’avoir compris en nous faisant un don, ce qui a permis d’atteindre la barre des 72 % du montant nécessaire à la création de Terra TV. D’ici le 15 décembre, fin de la campagne, toute initiative de soutien est bienvenue, par exemple l’organisation de projections de ¨Marche¨. Ce film sera disponible avec les sous-titres français dès le 1er noviembre. Pour acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr . En Belgique, la première de ¨Marche¨ aura lieu le mercredi 12 décembre à 19 h. 30 au Cinéma l’Aventure (Bruxelles).

Voici le lien de la campagne pour qui souhaiterait faire un don : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Teaser de « Marche » (Sous-titres français) :

Les Sans Terre du Brésil appuient la création de Terra TV :

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Venezuela : les « Admirables » passent à l’ « action »

19 Oct 2018, 

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours.

Una mañana se ha levantado,

Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Una mañana se ha levantado,
Para luchar contra el opresor,
Oh campesino, llévame contigo,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Oh campesino, llévame contigo,
Porque siente que va a morir.

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours. Ainsi depuis les Etats les plus reculés du Venezuela près de soixante-dix paysans ont débuté leur marche vers Caracas pour rencontrer le gouvernement et revendiquer les points suivants :

  • Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.
  • Renforcer la production paysanne.
  • Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds
  • Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions
  • Garantir la sécurité juridique des récupérations
  • Appui à la création de la chaîne paysanne Terra TV.

Une marche « admirable » mais pauvre. Pauvre car pavée de heurts : ces 435 kilomètres, les paysans les ont parcourus avec des moyens rudimentaires. Accompagnés d’un camion pour le ravitaillement en eau ils n’ont pu compter sur la vieille mécanique que peu de fois : des détours imprévus, des pannes, des pneus crevés, et aucune aide des institutions publiques.

Pour la médiatisation de leur combat, c’est grâce à leur post sur les réseaux sociaux et à leurs « selfies » qu’ils ont pu apporter une dimension médiatique à leur lutte. Et même lorsqu’ils ont appris la mort de trois de leurs compagnons sur la route, ils ont poursuivis. Les mafias des grands propriétaires terriens, bien qu’elles les effrayent encore, ne les impressionnent plus. Trop de paysans sont tombés pour abandonner les millions de pas qui les éloignent de la capitale. Cette marche ils l’ont affronté seuls mais ils l’ont arpenté pour le bien de tous les Campesinos vénézuéliens.

L’ennemi capitaliste à peur, il a peur car une union nationale paysanne suivie de la volonté Chaviste de Maduro abattrait les oligarques véreux et les politiques corrompues par ces derniers. La « marcha » a divisé le gouvernement, entre ceux qui ont et qui veulent continuer à bénéficier des émoluments de la révolution du « Comandante » et ceux qui veulent suivre cette révolution sociale menée depuis Simon Bolivar jusqu’à Nicolas (Maduro).

C’est un moment spécial pour la révolution car au-delà de mettre en exergue la lutte de paysans, cette marche va apporter de la visibilité à la culture rurale, à la lutte pour des semences biologiques, l’accès à l’eau et au droit foncier.

« Nous voulons être vu tels que nous sommes ! »

Il n’existe que peu de reportage à leur propos, les paysans sont inaudibles et invisibles. Les quelques minutes existantes dans le paysage audiovisuelle vénézuélien à propos de l’agriculture sont dédiés aux grand propriétaires terriens, les « terratenientes » et à leur culture d’huile de palme, à leurs champs de cana sucre, aux hectares de maïs pour le bioéthanol ou au « bienfait » de l’utilisation d’intrants chimique ou autre.

 « Combien de personnes nous nourrissons ? Et combien de personnes nous reconnaissent ? »

La médiatisation de cette lutte ne passera pas par le mass-média mais par les médias alternatifs. Voilà pourquoi les élèves de l’EPLACITE soucieux de construire la Terra TV pour et par les paysans sont allés à leur rencontre. Pendant une semaine nous les avons accompagnés dans leurs réunions et dans leurs activités dans le but d’établir une relation de confiance et de lutte commune.

Proposer un outil de communication et les enseignements théoriques et pratiques pour le développer ne s’enseigne pas verticalement mais sur base d’une concertation horizontale. Les cinéastes en herbes de l’EPLACITE peuvent leur apporter les clefs, mais c’est aux « Campesinos» d’ouvrir les portes pour élargir l’horizon audiovisuel.

Accompagnés de caméras et de micro, ils ont filmé leurs interventions, écouté leurs besoins et entendu le média qu’ils veulent développer. La révolution ne se construira pas par quelques cris mais par la mobilisation de toutes les voix conscientes que c’est un processus utopiques pour lequel nous devons nous battre chaque jour.

Des assemblées pour un débat démocratique participatif

Leur lutte ne s’est pas achevée à Caracas, une fois réunis dans la capitale ils en ont profité pour se concerter. Comment ouvrir leur champ de lutte aux autres Campesinos du pays ? Par des assemblées. Une fois le noyau dur formé, les Admirables se sont divisés pour parcourir le pays en formant des assemblées en invitant les autres agriculteurs lors d’assemblées locales.

Au cours de ces assemblées ils ont écouté les revendications extérieures et ont décidés d’élire des représentantes et des représentants dans chaque région du pays. Ces élu.e.s sont continuellement invités à les renseigner sur leur fonctionnement et sur les incidents de la région. De plus chaque élu.e.s aura pour mission de se déplacer jusqu’à la capitale pour la création d’un congrès paysan.

 Investir dans l’agriculture, certes mais surtout investir dans le champ des mentalités

Entre deux assemblées paysannes, je me joins aux Campesinos, nous discutons de leurs objectifs et des conclusions qu’ils tirent de ces assemblées. Le message est passé, mais l’objectif visé par les nouveaux élus ne coïncide pas avec leur vision à long terme. S’ils veulent une révolution verte, ils la veulent agrobiologique.

Ce qu’ils veulent produire, c’est sur le long terme en symbiose avec leur terre. Mais ce qu’ils entendent par des assemblées, c’est la promotion l’agriculture transgénique, la diffusion d’OGM, bref ils veulent produire pour exporter et s’agrandir et voir le vert du Dollar. Si une révolution du droit foncier aura lieu, il devra être encadrée par un accompagnement à l’agriculture biologique pour ne pas reproduire les erreurs vécues dans d’autres pays.

Une marche qui divise le gouvernement bolivarien

Au niveau institutionnel, cette action a chamboulé le paysage du gouvernement. Si les Admirables étaient soutenus par le ministre de l’éducation et par Nicolas Maduro, elle ne l’était pas pour Wilmar Castro Ministre de l’agriculture et vice-ministre de l’économie. Homme fort de la politique du gouvernement Vénézuélien il a participé à l’élaboration de la reconversion monétaire, il est donc une pièce maitresse pour Maduro, malgré ses divergences sur le plan de la lutte paysanne. En effet sa vision économique lui préconisant un développement à court et à moyen terme de l’agriculture industrielle ne coïncide pas avec les valeurs défendue par les Campesinos.

Afin de rassembler les différentes parties prenantes de ce secteurs et le gouvernement le samedi 6 octobre s’est tenu le Congrès Nationale de la lutte paysanne et tous ont été invités à s’y rendre pour envisager l’avenir des agriculteurs vénézuéliens.

Y si se muere el campesino
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Y si se muere el campesino
Tú lo debes enterrar,
enterrar en la montaña,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Enterrar allà en la montaña
Bajo la sombra de una bella flor

Source : Journal de Notre Amérique

« Marche », nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne, sort en Europe.

Ce documentaire produit par Terra TV sera disponible en Europe le 1er novembre 2018. Pour organiser une projection et/ou acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de lutteurs pour la terre se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

Durée : 60 minutes. Vidéo HD. Sous-titres FR. Production : Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela 2018.

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Déjà 100 donateurs pour faire exister Terra TV, le monde vu par les paysan(ne)s


Avec 100 premiers donateurs et 63 % du montant rassemblé, Terra TV commence à travailler. Son équipe de 10 formatrices et formateurs met les bouchées doubles pour que les paysan(ne)s soient les acteurs(trices) direct(e)s d’une télé web comme outil pour se former, s’organiser, se solidariser face aux mafias de la terre paramilitarisées et face aux transnationales de l’agro. Nous remercions chaleureusement tous les militant(e)s et sympathisant(e)s qui ont compris l’importance stratégique de la création de ce média. Comme le dit un des donateurs “Notre soutien à tous les défenseurs de la Terre, de la biodiversité et de la qualité de l’environnement leur est dû car ils sont nos défenseurs.”

Aidez-nous à atteindre l’objectif en faisant un don: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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Liste des 100 premiers donateurs

(7 septembre 2018)

 

– Assos ou Médias alternatifs : Médias Libres (Québec), Primitivi (France), Le Grand Soir (France), Théâtre Croquemitaine (Belgique), France Amérique Latine Comité Bordeaux Gironde.

– Particuliers (par ordre alphabétique) : Raphaëlle Azcué, Elise Alard, Faical Areski, Nasser Belabbas, Alain Bellido, Patrice Bere, Bernard Besson, Léonie Biasotto, Pascal Blanleuil, Patrick Bonhery, Jonas Boussifet, Myriem Benbrahim, Kamil Benjelloun, Zineb Benlyamani, Chantal Casterman, Marie-Claude Cayzac-Vigouroux, Yvain Chambard, Mehdi Chraibi, Hamza Chraibi, Andrea Cotrena, François Cadoux, Olivier D’Asselin, Franck David, Viktor Dedaj, Maggy Dehon, Chris Den Hond, Julie Denoix, Christine Deronne, Véronique Devaux, Frédéric Dietlin, Emmeline Dolléans, Christophe Drevet-Droguet, Benjamin Durand, Kacem El Guernaoui, Omar Elguernaoui, Yassine El Guernaoui, Jean-Baptiste Fabin, Louise Fusenig, Raphael Garcia, Marc Girard, Hélène Goureau, Go mehdouche Tom&Lou, Bernard Guerrien, Lea Houben, Hervé Hubert, Jean-Christophe Huclin, Yannick Humeau, Meryem Ihrai, Julie Jaroszewski, Anne Jaucot, Patricia Kajnar, Fabien Kretz, Radia Lam, Othmane Laousy, Françoise Lemoine, Mathilde Larrère, Guillaume Latrille, Jacqueline Lavy, Nelly Le Caroff, Justine Le Gall, Zoé Libault, Jean-Claude Llinares, Ludovic Mamessier, Anne Mortiaux, Layla Mouchtaq, Oranne Mounition, Stéphane Nadeau, Juliette Oheix, Monia Oussou, Carlos Alfredo Pacas, Christine Pagnoulle, Mônica Passos, Carole Pentier, Emmanuel Piégay, Miguel Quintero y Pérez, Dominique Remi, Marie-Claire Richard, Nordine Saidi, Jean Secret, Mariona Simon, Fabien Simon, Lina Slassi, Mounia Slassi, Marcel Solbreux, Milady Renoir, Mehdi Tarik, Marie Tallut, Bernard Tornare, P-E Travé, Sébastien Urbain, Laurent Van de Wyngaert, Rosana Vautrain, Daniel Veltin, Gloria Verges, Maxime Vivas, Marianne Waeber, Roxane Zadvat et deux anonymes.

 

Vidéos produites par Terra TV ces derniers jours :

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Terra TV : les paysan(ne)s du Venezuela définissent les contenus et se forment pour les réaliser

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Après avoir adopté les propositions faites par les paysan(ne)s de tout le Venezuela pour construire la forme et les contenus de Terra TV, l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre leur a donné un premier atelier de réalisation audiovisuelle. De cette manière naît concrètement le réseau de producteurs(trices) audiovisuel(le)s de Terra TV. Un média stratégique au moment où les grands propriétaires déclarent la guerre aux paysans, veulent reprendre les terres distribuées aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. Vous aussi vous pouvez appuyer la naissance de ce nouveau média en rejoignant ici les 88 premiers donateurs : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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A la plate-forme de la marche paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons totalement comme nous l’avons fait jusqu’à présent”. Compte-rendu de l’assemblée paysanne qui a défini les contenus de Terra TV, le 13 août 2018.

José Ramón Bastardo Martínez, de l’Etat Bolivar prend la parole : “nous semons des tomates avec moins d’eau que les privés et en décembre, nous on récolte le triple ! Mais ça les médias ne peuvent pas le dire. Cela doit rester caché, on produit pour la patrie mais ça il ne faut pas le montrer… Il y a quelques années je disais que j’allais monter une école de paysans mais ce n’était pas pour former des paysans mais pour former des hommes et des femmes de la campagne. Terra Tv doit être aussi une école pour ces jeunes qui vivent dans la ville, avec les pères et les mères qui sont dans le plus grand besoin, leur enseigner à traire une vache, à manier des machines, à monter à cheval, à manier la hache et la houe, comme on le voyait dans cette vidéo…

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Pour Neida Rodríguez, venue de l’Etat de Portuguesa : “Quand vous nous demandez ce que pourrait être une télévision paysanne, sur nos propres terres, dans nos propres espaces, je dis qu’on pourrait faire, pourquoi pas, un feuilleton de la femme paysanne, du fils de paysans, du mari paysan, faire le feuilleton à partir de là, faire le feuilleton depuis ce lieu, vivre notre vie à nous les paysans. Si on réalise des feuilletons de toute sorte, sur les rives du fleuve Arauca, pourquoi pas un feuilleton plein d’amour pour le Venezuela et non seulement pour le Venezuela mais pour toute l’Amérique Latine. Comment est la femme et l’homme paysan, pourquoi nous avons un grand cœur en tant que paysans, si le monde n’en sait rien c’est parce qu’on nous a invisibilisés mais grâce à Terra TV, la télévision populaire qui va porter notre voix et nos sentiments aux pays frères, ils verra comment est le travail du paysan et de la paysanne quand ils se lèvent pour réaliser leur tâche quotidienne, tout ce qu’il leur faut faire, pourquoi ne pas en faire un feuilleton, quand ils se lèvent tôt avec leur gourde d’eau, pourquoi nous n’avons pas droit nous les paysans à ça ? Sans maquillage, sans déguisement, vers d’autres frontières, ou un documentaire pour qu’on voie comme on travaille, comment on fait la production. Si vous voyiez nos enfants, nos petits enfants, comment nous semons, ou comment nous marchons, pourquoi nous marchons pieds nus, on pourrait faire un feuilleton où nous lavons, là où nous sommes, au bord d’un fleuve, dans la cuisine de terre ou dans une maison qui n’est pas en ciment mais dans une maison paysanne, une maison de palmes. Nous, nous produisons de tout, c’est un bonheur. Malgré tout nous vivons bien, à la campagne. Nous voyons la femme urbaine, et nous sommes tristes pour elle, quand l’enfant lui demande à manger, quand il y a la faim, il y a la faim, alors pourquoi ne pas venir travailler avec nous, au moment des vacances, en décembre, pourquoi ne pas aller avec nous à la campagne, je ne leur dis pas de déménager mais ils vont voir qu’après le travail avec nous, ils vont commencer à construire des maisons avec nous. Nous sommes des oubliés sur le plan des institutions, des intrants, de l’engrais, des semences… Et pourquoi nous les paysan(ne)s nous ne pourrions pas être comme vous ? Avoir un studio, Terra Tv, je vous dis d’aller sur les terres pour voir la qualité de personnes que nous sommes et oui, j’aimerais qu’on fasse un feuilleton pour que les gens attendent l’heure de la diffusion et se disent “nous allons regarder le feuilleton des paysans” et que jour après jour on suive l’évolution de la femme paysanne, comment la situation s’améliore… Merci à Terra TV d’avoir suivi notre marche pas à pas et je vous le dis, ceci est un début, un éveil du paysan, parce que nous avons encore un tas de choses à régler.

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Selon un autre compagnon de l’état du Zulia, “Terra TV est un grand espace pour développer tout le potentiel culturel de notre peuple, la danse, la musique, la gastronomie, je parle d’une culture qui naît dans nos peuples, de racines, c’est différent de ce qui se projette dans une école, dans une maison de la culture. Il y a toute une transculturation, nous devons valoriser ce que font notre peuple, nos paysans.

Pour sa part le militant Andrés Alayo exprime : “Pourquoi Terra TV naît à El Esfuerzo et non à El Tunal ?, pourquoi ? Parce qu’il y a une option à El Esfuerzo, une communauté paysanne qui a été expulsée, son école brûlée, il y a une communauté qui construit, qui est un modèle agricole totalement différent de celui d’El Tunal. C’est une lutte communicationnelle avec des acteurs concrets. Comment construire un autre modèle de communication sans que les outils ne soient aux mains du peuple ?”

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Arbonio Ortega, un des leaders de la marche paysanne, de l’état Portuguesa : “on se souvient de comment était Vive TV il y a quelques années, dans la lutte et on se disait : pour travailler la terre, il y a la houe, la binette, le soc et pour la lutte, il y a la télévision; la communication… des armes qui font peur au grand propriétaire et au latifundiste. C’était aussi un moment d’intégration. On s’intégrait et on perdait même la peur de parler, de parler à la caméra, au micro, il y avait une intégration entre le journaliste, le reporter, le paysan… Ces jeunes de la chaîne prenaient leur sac à dos et s’en allaient à la campagne, ainsi était Vive. Je me souviens de plusieurs traversées, à l’Esfuerzo Bolivariano à Guanarito, à cheval, avec l’eau jusqu’à la ceinture… et quel bonheur, avec la caméra dans le sac à dos, et ce n’était pas une petite caméra comme celles d’aujourd’hui, c’était un machin grand et lourd qu’on portait sur le dos, pour enregistrer la lutte, ce n’était pas comme les pistolets-jouets d’aujourd’hui, même si ceux-ci sont tout aussi redoutables et peut-être plus, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de cas n’ont-ils pas été documentés ? 2006, 2005, où on surprenait les vigiles des grands domaines en pleine action, armés jusqu’aux dents, et on a fait tant de documentaires. Combien de programmes ne concernaient le secteur paysan ? Je me souviens de “arrachons les barbelés” à Vive TV. Combien d’images n’avons-nous vues de tant de compagnons tombés, tués, disparus ? Combien de compagnons n’ont-ils pas dit de mots en faveur de la lutte pour ensuite se transformer en dévoreurs de terres, vendant la terre, ceci sert aussi à réfléchir. Pour apprendre de ceux que nous appelons les voyous de la terre. Notre idiosyncrasie, l’échange de notre idiosyncrasie aussi, à travers la télévision.

Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ?

À El Esfuerzo, “Jota” de Terra TV attendait un ministre à Acarigua pendant que les grands propriétaires incendiaient l’école, et il y est allé avec la caméra, ce fut un coup de maître, sans doute que sans ces images l’Etat n’aurait pas bougé, même si les enfants d’El Esfuerzo allaient les enregistrer avec leurs tablettes, mais le plus fort ce fut Jota avec sa caméra. Les médias privés comme Venevisión ont produit des feuilletons comme “Doña Bárbara”, mais même la manière de parler des personnages n’allait pas, c’était comme une moquerie. Quand on lit “Doña Barbara”, on voit que le roman n’a rien à voir avec ça, ils le trahissent complètement. Pour l’auteur Rómulo Gallegos ce serait une honte de voir cela. Par contre si les mêmes personnages sont fidèlement restitués, si leur langue est maintenue, et le contexte aussi, alors l’adaptation nous touche. Là aussi la télévision devient nécessaire, pour maintenir vivante notre identité, notre manière d’être, de penser. Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ? Certains se battent encore comme la compagne de Colombeia TV, de Terra TV, mais Vive TV s’est perdue totalement, cette chaîne ne ressemble plus en rien à ce qu’il était initialement. Au début les compagnons voyageaient jusqu’au lieu de la lutte; parce qu’ils sentaient qu’il fallait y aller, “allons-y !”, sans rien demander en échange, parfois sans hamac, pour vivre la réalité rurale, avec les moustiques et tout. Je vois Terra TV comme une bonne initiative qui va nous réveiller à cette étape de l’Histoire. Je crois que c’est crucial dans ce moment historique que nous vivons, à ce croisement des chemins, parce que quand l’ennemi veut nous voler à nouveau nos terres, quand il veut déclarer une guerre aux paysans, la communication va jouer un rôle important, nous devons livrer cette bataille. Nous devons réussir ou perdre. Le grand propriétaire fonce sur nous et nous n’allons pas le permettre. A travers la communication nous allons montrer les degrés d’unité, d’organicité, la capacité de mobilisation que nous pouvons mener et cela va être une arme puissante contre l’impérialisme. A la plate-forme paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons sous tous ses aspects comme nous l’avons fait jusqu’ici. Autre chose : l’échange sur le plan international avec les autres mouvements paysans. Ici l’élément de pouvoir est la terre. Ils veulent nous éliminer pour conquérir le monopole de la terre et de ses ressources, c’est pourquoi ils nous tuent, partout.

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Douglas Quintero, de l’Etat de Trujillo, prend la parole : “Comment j’imagine la télévision des paysans ? D’abord comme instrument de formation sociopolitique. Deuxièmement comme un outil didactique pour offrir des connaissances au paysan. Parce que la guerre économique nous a fait comprendre que nous en sommes aux balbutiements à l’heure de produire. Qu’on nous coupe l’approvisionnement en intrants, en produits chimiques, qui sont des composants de l’agriculture conventionnelle… et la production retombe presque à zéro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous les paysans, bien que nous disposions de la parcelle comme outil de production, nous sommes encore loin du compte. Beaucoup de paysans sur le plan national ne savent pas ce qu’est un compostage et ne savent pas qu’à travers un biodigesteur nous pouvons produire du gaz. La télévision pourrait nous aider, en plus de la formation, à renforcer la lutte politique. Je voudrais qu’existent des espaces pour transférer la technologie, par exemple, pour comprendre que l’engrais organique est plus puissant que l’engrais chimique et ainsi nous le produirions dans toute la plantation. Je crois qu’il y a des gens qui ne saisissent pas la différence entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture organique, alors que c’est l’agriculture organique qui va nous apporter l’émancipation comme paysans y que va nous libérer d’une entreprise comme Agropatria, mais nous ne cherchons pas à en sortir. L’heure est arrivée. La guerre économique nous a apporté de mauvaises choses mais aussi des points positifs comme de nous rendre compte qu’il y a d’autres outils pour renforcer la production et pour que l’alimentation revienne dans les rayons. A partir de 2016, la majorité des productions étaient à prix écrasé, le riz, la farine de maïs, la viande, mais aujourd’hui même les marchés paysans ne sont plus une option, les commerçants mettent un kilo de pommes de terre à deux millions, ils nous ont ruinés, même un kilo de bananes qui étaient le produit meilleur marché vaut un million. Nous devons aller au plus profond et avec cette télévision apprendre comment on peut produire des semences d’oignon, de pomme de terre, ici nous avons tous les climats. Introduire des connaissances comme celles de la ferme intégrale, pour que le producteur soit plus efficace, plus intégral à l’heure de produire et qu’il y ait plus de bonheur tant envers les consommateurs qu’envers les producteurs. Il y aura moins de cancers.”

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Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes.”

Une compagne paysanne de l’Etat de Barinas conclut : “c’est important de visibiliser le travail, de mettre en lumière ce que les médias ne montrent pas. Parce que le média privé montre le paysan comme un pauvre hère, par exemple comme la femme qui doit épouser un riche mari pour pouvoir cesser d’être paysanne. Nous ne voulons pas que l’on nous regarde comme des pauvres gens, nous sommes celles et ceux qui travaillons et produisons la nourriture pour que ce pays puisse s’en sortir. Mais les institutions se sont pliées aux intérêts des grands riches qui ont de quoi les acheter sous la table. Mais nous sommes ceux qui semons. Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes, fiers d’être paysans. Moi par exemple j’étudie mais je veux aussi semer, je veux aussi avoir mon lopin de terre. L’agroécologie rend indépendant le paysan. Nous les paysans nous dépendons des semences de transnationales et nous ne voulons pas travailler avec des produits chimiques, avec des OGM. Les paysans sont ceux qui transmettent à leurs enfants les connaissances ancestrales, nous devons donc chercher et voir où sont ces connaissances. C’est ce dont nous avons besoin. Comment nous réussissons à maintenir par exemple les semences de maïs. Par exemple en ce moment l’Institut Agroécologique Latino-américain Paulo Freire (état de Barinas, NDT), travaille avec certaines de ces semences. Mais ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont rien et ce sont eux qui poussent tout le thème agroécologique. Ils ont un programme qui s’appelle “maître populaire”: je suis paysan, je vais, je vois et en tant que paysan je vais en former d’autres, on donne des cours sur la manière de cultiver la terre, pas comme ces ingénieurs qui viennent commander. Et quelle fut la manière de revendiquer la marche paysanne invisibilisée par tous les médias ? Ce fut une diffusion télévisée nationale exigée par le président. Parce que ce fut une marche des pauvres, venus à pied, avec un camion qui devait transporter l’eau mais qui est tombé en panne. N’importe qui aurait dit : je rebrousse chemin, parce qu’imaginez, sans eau ni nourriture; et en fait les gens qui nous ont vus, ont dit : nous voulons que vous parveniez au terme de votre marche, nous allons vous aider, et les gens sont sortis pour nous donner de l’eau. Ils nous ont dit : “entrez chez moi, vous pouvez rester ici, ici il y a de la nourriture pour que vous l’emportiez”. Ce sont ces choses qui nous ont fait tenir à tout moment, et plus encore maintenant, quand on voit la réussite que la marche a permis, qui a dépassé nos espérances. L’espoir a envahi les gens, ils se sont sentis fiers et se sont enfin éveillés, c’était l’unique façon; tout le monde se plaint mais jusqu’à présent ce fut la seule action pour dénoncer la situation, pour que le président Maduro se rende compte de ce qui se passait, se rende compte de toute notre souffrance, de tous nos problèmes et que ces problèmes ne viennent pas d’aujourd’hui, depuis combien d’années se battait le compagnon Parra pour les terres (paysan assassiné par des grands propriétaires peu après la réunion entre Maduro et la marche paysanne, NDT) ? Pas depuis un mois ou deux jours, parce qu’ils ont entamé la marche avec nous et cela faisait six ans qu’ils occupaient ces terres. Comment l’ont-ils tué, pourquoi l’ont-ils tué de cette manière ? Ils l’ont torturé pour que le reste des paysans quittent les lieux, s’enfuient.. Et ce paysan, ce n’est pas qu’ils l’ont tué tout à coup, il y a eu tant de dénonciations, de visites aux institutions mais le grand propriétaire s’est dit : après tout ce n’est qu’un petit paysan, je le tue, je paie le juge, je paie la police, je m’en sors bien et plus personne ne saura rien du paysan. Grâce à cette marche on essaie de faire que justice soit rendue, je crois qu’on peut y arriver et aussi pour deux autres paysan assassinés au même endroit par les mêmes personnes (les assassins de Parra ont depuis été arrêtés grâce aux pressions des paysans, NDT).

Photographies de l’assemblée et de l’atelier : Jonas Boussifet.

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Traduction : Thierry Deronne

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L’heure venue

Notre « hors-champ médiatique » est infini. La majorité sociale du Venezuela, que les journalistes ne ponctionnent que dans un cadre individuel, humanitaire et atemporel, n’est pas cet objet qu’on veut identifier comme une victime. C’est un sujet pris dans une action collective, habillé d’une Histoire et d’un futur.

Il faudrait tenter d’expliquer a présent, pour ceux qui vivent loin de nous, ce qu’on perçoit du ronronnement de la machine souterraine. Pour beaucoup le sentiment est que l’heure est venue de s’ébrouer, d’inventer un nouvel Etat, de construire des communes autosuffisantes, des pouvoirs plus clairs, plus directs, voire un Etat communal. Il y a plusieurs explications a cela : les échéances electorales, gagnées par le camp révolutionnaire, sont derrière nous – si on excepte les municipales de décembre prochain. Le verdict des urnes et le répit électoral sont propices à ce recentrage sur la révolution de la structure.

La droite locale, convaincue en 2017 par l’axe Bogota-Washington d’organiser une vague de déstabilisation meurtrière pour que le monde puisse “voir” enfin comment Maduro réprimait les vénézuéliens, est de plus en plus discréditée auprès de sa base, et retrouve son plus bas étiage electoral. L’attentat contre le président Maduro organisé par les Etats-Unis et le président colombien Juan Manuel Santos à deux jours de l’expiration de son mandat, dit bien ce désespoir de l’oligarchie colombienne qui vient d’adhérer à l’OTAN. Transformer la Mer Caraïbe en Atlantique Nord parle d’une Histoire qui se répète. En 1819 la même oligarchie de Santander décidait de s’unir aux Etats-Unis contre un “Bolivar assoiffé de sang” pour empêcher la marche à travers les Andes des ex-esclaves noirs du Venezuela et de leurs alliés les jacobins noirs de Haïti…

Il y a d’autres explications à ce retour d’une ambiance révolutionnaire, très “années 90” au Venezuela: la guerre économique et la hausse irrationnelle des prix organisée par le secteur privé majoritaire, met beaucoup de citoyens au pied du mur. Les communes sont une partie de la solution à ces problèmes de survie, de production, d’alimentation, de services publics en voie de détérioration.

Par ailleurs, vingt ans de révolution ont servi d’école à toute une génération qui a les outils de l’expérience pour se remobiliser. Son but est d’influencer de plus en plus Maduro, en lui exigeant de faire le ménage, par exemple en cessant de recaser des fonctionnaires qui ont failli, volé, trahi la population, en les limogeant une fois pour toutes et en nommant des gens valables à leur place. Cette énergie spécifique, qui répond à la fois à la guerre impériale et au poids de la forme ancienne de l’Etat, est enfin née de ce temps que Chavez ne pouvait accélérer a lui seul, celui qui transforme les idées en force matérielle.

Ce besoin de commune, de transformer l’Etat, s’incarne dans les pieds gonflés des 200 paysan(ne)s venus des Etats intérieurs où les mafias des blanchisseurs de capitaux colombiens, juges, grands propriétaires, militaires, les ont chassés des terres données par Chavez, avant de revendre leurs tracteurs en Colombie. Mafias qui souvent trouvent des complices parmi les fonctionnaires de l’Institut des Terres qui sabotent la remise des engrais, des semences, des crédits aux mêmes paysans, ce qui permet à certains secteurs de l’Etat de dire que mieux vaut appuyer les agroindustriels privés puisque décidément les paysans ne produisent rien. 400 km de marche, 20 km par jour, épuisement, campements de fortune, soif, diarrhées, intimidations, mais la marche a continué grâce à la solidarité des plus humbles comme cette vieille dame qui partage l’espace de sa pauvre demeure au bord de la route et offre le peu qui lui reste de café. Les médias privés, majoritaires, invisibilisent la marche, mais aussi, curieusement, les médias bolivariens. Jusqu’à ce que Nicolas Maduro oblige les télévisions à transmettre leur parole…

A Caracas, lorsqu’une haie de police a stoppé la marche à deux pâtés du palais présidentiel, nous nous sommes dit : si Maduro a réellement ordonné cela et s’il ne les reçoit pas ces paysans qui sont une des bases les plus sincères de la révolution, il ne pourra plus rien comprendre. Quelques gauchistes avaient pris la tête de la marche pour les derniers mètres, exultaient à la vue d’un barrage de police, filmant les casques : la voilà, la preuve de l’Etat bourgeois, de la trahison de Maduro ! Jusqu’à ce que les organisateurs paysans leur demandent courtoisement de s’éloigner, de se placer en fin de cortège, les priant de comprendre les problèmes d’infiltrations et de sécurité du président. Au même moment une délégation des paysans se réunissait avec le Président de l’Assemblée Constituante Diosdado Cabello (photos).

Le lendemain le président Maduro ouvrit grand les portes du palais présidentiel pour les recevoir à son tour, faisant retransmettre à tout le pays par la télévision, radio et Internet, leurs longs témoignages. Il commença par écouter les paysans sans les interrompre, avant d’approuver leurs exigences et d’en faire des ordres.

  • Remise immédiate aux paysans de toutes les terres remises par Chavez et dont ils ont été expulsés de manière arbitraire.
  • Révision cas par cas de toutes les victimes de mercenaires et de persécution par des organes juridiques.
  • Révision de tout le système de désignation des juges agraires pour les mettre au service des paysans vénézuéliens.
  • Modification des lois agraires pour un système du 21ème siècle aux mains du peuple.
  • Démarrage d’une lutte contre la corruption et transformation de toutes les institutions en matière agricole du pays, à la chaleur de la critique populaire.
  • Alliance productive avec tous les secteurs paysans pour concrétiser le Plan Productif et le “Plan de la Patrie 2025”. Enfin, un grand Congrès Paysan pour la troisième semaine de septembre 2018.

Au sortir de la réunion, les paysan(ne)s épuisés ne cachaient pas leur satisfaction, malgré l’amertume des chausse-trappes semés sur la route par certains sous-ministres. N’avaient-ils enfin atteint leur objectif d’une rencontre au sommet et d’une parole totale ? En remettant à Nicolas Maduro deux cents propositions, ils lui on dit ce que tout un peuple chaviste a envie de lui dire depuis longtemps : « l’heure est venue ». Joie vite brisée : au moment même où la rencontre avec le Président prenait fin, le paramilitarisme répondait en torturant, mutilant, assassinant trois leaders de la lutte pour la terre a Barinas, trois compagnons des premières heures de la marche, trois victimes de plus parmi les centaines de victimes de la lutte des terres. A Sabaneta, terre natale de Chavez. Tout un symbole pour une déclaration de guerre aux accords énoncés par Maduro, qui le lendemain allait lui-même subir une tentative d’assassinat. La Loi des Terres promulguée par Chavez avait constitué un des facteurs déterminants du coup d’Etat en 2002.

Il y a quelques jours nous étions sous la bruine côtière de Caruao où les tambours d’Afrique vont de maison en maison de paysans et de pêcheurs dont les fils hésitent entre l’horizon de la mer et l’écran du Blackberry. Caruao recevait pour la première fois la visite de fonctionnaires du Conapdis. Cet institut organise depuis l’Etat le soutien aux personnes handicapées. Le travail du jour consistait à doter les personnes concernées d’un Carnet de la Patrie, outil de recensement qui leur permettra entre autres de toucher des allocations. Problème : beaucoup des patients qui font la file depuis tôt ce matin ne possèdent pas de rapports médicaux attestant de leur handicap. Les fonctionnaires décident alors d’oublier la paperasserie : un diagnostic visuel, une photo faite sur place, on imprime le Carnet, on le remet au patient. Bilan de la journée : une soixantaine de nouveaux allocataires. Tel est ce Venezuela “hors-champ”, toujours prêt a ouvrir doucement sa main pour qui voudrait lire dans ses lignes.

Thierry Deronne, Caracas, 5 août 2018

Photos : CRBZ, Jonas Boussifet

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