Le Venezuela se rebelle contre le pétrodollar (Il Manifesto)

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par Manlio DINUCCI

“A partir de cette semaine le prix moyen du pétrole est indiqué en yuan chinois”, a annoncé le 15 septembre le Ministre vénézuélien du pétrole. Pour la première fois le prix de vente du pétrole vénézuélien n’est plus indiqué en dollars.

C’est la réponse de Caracas aux sanctions lancées par l’administration Trump le 25 août, plus dures que celles de l’administration Obama en 2014 : elles empêchent le Venezuela d’encaisser les dollars venant de la vente du pétrole aux Etats-Unis, plus d’un million de barils par jour, dollars jusqu’ici utilisés pour importer des biens de consommation comme les produits alimentaires et les médicaments. Les sanctions empêchent aussi le commerce de titres émis par la Pdvsa, la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélienne.

Washington vise un double objectif : augmenter au Venezuela la pénurie des biens de première nécessité et donc le mécontentement populaire, sur quoi s’appuie l’opposition interne (subventionnée et soutenue par les USA) pour abattre le gouvernement Maduro ; mettre l’Etat vénézuélien en default, c’est-à-dire en faillite, en l’empêchant de payer les échéances de la dette extérieure : c’est-à-dire mettre en faillite l’Etat qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde, presque dix fois celles des Etats-Unis.

Caracas essaie de se soustraire à l’étreinte étouffante des sanctions, en cotant le prix de vente du pétrole non plus en dollars USA mais en yuan chinois. Le yuan est entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats futures (contrats à terme) d’achat-vente du pétrole en yuan, convertibles en or. “Si le futur prenait consistance, en érodant ne serait-ce qu’une partie de l’écrasant pouvoir des pétrodollars, ce serait un coup retentissant pour l’économie américaine”, commente Ie quotidien Il Sole 24 ore.

Ce qui est mis en question par la Russie, la Chine et d’autres pays n’est pas seulement l’énorme pouvoir du pétrodollar (monnaie de réserve tirée de la vente du pétrole), mais l’hégémonie même du dollar. Sa valeur est déterminée non pas par la réelle capacité économique étatsunienne, mais par le fait qu’il constitue quasiment les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie avec laquelle on établit le prix du pétrole, de l’or et des marchandises en général. Ceci permet à la Federal Reserve, la Banque centrale (qui est une banque privée), d’imprimer des milliers de milliards de dollars avec lesquels est financée la colossale dette publique étasunienne -environ 23 mille milliards de dollars- à travers l’achat d’obligations et autres titres émis par le Trésor.

Dans ce contexte, la décision vénézuélienne de détacher du dollar le prix du pétrole provoque une secousse sismique qui, depuis l’épicentre sud-américain, fait trembler tout l’édifice impérial fondé sur le dollar. Si l’exemple du Venezuela se répandait, si le dollar cessait d’être la principale monnaie du commerce et des réserves monétaires internationales, une immense quantité de dollars se trouverait mise en circulation sur le marché faisant s’écrouler la valeur de la monnaie étasunienne.

Voilà le réel motif pour lequel, dans l’Ordre exécutif du 9 mars 2015, le président Obama proclamait “l’urgence nationale face à l’inhabituelle et extraordinaire menace posée à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis par la situation au Venezuela”. Ce même motif pour lequel le président Trump annonce une possible “option militaire” contre le Venezuela. Elle est en préparation au U.S. Southern Command, dont l’emblème est l’Aigle impérial qui domine Centre et Sud Amérique, prêt à plonger avec ses serres sur celui qui se rebelle contre l’empire du dollar.

Note de Venezuelainfos : un brin de mémoire historique ne nuisant pas à la compréhension du présent, citons Morgan Sportès dans « Le mai 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler » : 

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« La seule chose que les Américains n’ont jamais pardonné à De Gaulle, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN, ni son fameux discours de Phnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, mais c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar ». (..) De Gaulle, Che Guevara de la finance (et autrement dangereux qu’un Che Guevara puisqu’il dirigeait une nation puissante munie de l’arme atomique) avait envoyé la marine nationale aux États-Unis, acte hautement symbolique, pour remporter « son or » en échange de billets verts, monnaie de singe dont il ne voulait plus. (..)

Là, il visait juste, il visait où ça fait mal. Et il a essayé d’entrainer avec lui, dans cette aventure (se débarrasser des dollars-papier), l’Afrique du sud, les pays arabes, la Russie, la Chine… Les stocks d’or US fondaient. (..)

Dans le même esprit il avait élaboré une défense « tous azimuts », ses missiles nucléaires devant être tournés vers l’est mais aussi vers l’ouest (le général Ailleret, metteur en œuvre de cette politique, mourrait opportunément dans un accident d’avion en mars 68, à la veille du fameux mois de mai). Qui sait, disait de Gaulle pour justifier cette politique, qui gouvernera les États-Unis et la Russie dans quelques décennies. (..)

Tandis que les pavés volaient, les stocks d’or français s’envolaient. La guerre contre le dollar, ourdie par de Gaulle se retournait en offensive spéculative contre le franc… Le paradoxe du gauchisme, – et sa vérité farcesque – c’est que prétendant abattre la société bourgeoise, il avait derrière lui tous les notables, tous les nantis qui rêvaient d’abattre la statue du Commandeur gaullienne (car la France est le seul pays où le mouvement mondial de mai a pris un tour directement politique : renverser un gouvernement).

Aux USA une campagne de presse antigaulliste d’une violence et d’une bêtise inouïes battait son plein… Les sentiments de la CIA à l’égard de de Gaulle, nous les connaissons grâce à un rapport de Richard Helms au président Johnson du 30 mai 1968 dénonçant dans le général un dictateur qui ne pourra se maintenir au pouvoir qu’en versant des fleuves de sang.»

Source:  Edition de mardi 19 septembre 2017 de Il Manifesto :  https://ilmanifesto.it/il-venezuela-si-ribella-al-petrodollaro/,

Traduit par Le Grand Soir : https://www.legrandsoir.info/le-venezuela-se-rebelle-contre-le-petrodollar-il-manifesto.html

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Comment effacer l’ALCA de notre Constitution

Par Luis Britto García

Note de VenezuelaInfos : le 30 juillet les vénézuéliens pourront élire leurs député(e)s – par territoire ou par mouvement social – à une Assemblée Constituante. La droite a promis d’empêcher ce scrutin par tous les moyens, réitérant le 5 juillet son appel au coup d’État militaire contre la « dictature de Maduro ». Aucun média international ne rend compte de ce débat citoyen qui suscite dans le pays de nombreuses réunions et propositions. Parmi celles qui surgissent au fil des jour, voici celle de l’historien et dramaturge Luis Britto Garcia.

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Cela fait dix-neuf ans aujourd’hui que le gouvernement bolivarien lutte contre l’imposition du libre-échange par un traité appelé ALCA (Zone de Libre-échange des Amériques, initiative des USA), dix-neuf ans lié par une norme qui fait entrer l’ALCA dans la Constitution. En effet, lisons l’articule 301 de la Charte Fondamentale : « L’État se réserve l’usage de la politique commerciale pour défendre les activités économiques des entreprises nationales publiques et privées. Personne, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’organismes étrangers ne pourra bénéficier de régimes plus favorables que ceux établis pour les nationaux. L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national ». Voilà l’ALCA résumée en treize mots. Si les conditions sont identiques pour l’investissement étranger et le national, l’État ne pourra pas protéger ce dernier. Si la production nationale n’est pas protégée, elle sera détruite par celle des grandes puissances étrangères, qui, elles, défendent leurs entreprises. Si on ne protège pas l’industrie nationale, il n’y aura pas non plus d’intégration.

Le Venezuela a quitté la Communauté Andine des Nations (CAN) parce que l’une d’elles a signé un Traité de Libre-échange avec les USA. La rédaction actuelle de l’article est encore plus préjudiciable pour le Venezuela qu’un Traité de Libre-échange. Il l’empêche de se défendre là où tous l’attaquent. Comment dans une Assemblée Nationale Constituante dominée par trois cent cinquante Bolivariens en 1999, une infime poignée de conservateurs, parmi lesquels Herman Escarrá, Jorge Olavarría et Allan Randolph Brewer Carías, a pu imposer cet article néolibéral ? Ne savaient-ils pas ce qu’est le néolibéralisme, n’ont-ils pas lu ce qu’ils ont voté ? Nous ne devrions pas réélire des gens aussi désinvoltes à l’Assemblée Constituante actuelle. Pour effacer l’ALCA de la Constitution, il faut barrer une fois pour toutes ces treize mots : « L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national».

Pour défendre les entreprises nationales il faut les conserver. L’article 303 de la Constitution stipule que “Pour des raisons de souveraineté économique, politique et de stratégie nationale, l’État conservera la totalité des actions de Pétroles de Venezuela, S.A., ou de l’entité créée pour la gestion de l’industrie pétrolière, exception faite des filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité déjà constituée ou qui sera constituée comme conséquence du développement de l’activité de Pétroles de Venezuela, S.A.” Cette exception tue la règle. Si on permet que les filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité créé par PDVSA ne soient pas assujetties au contrôle de l’actionnaire, il peut se produire une désintégration en de multiples filiales dominées par des intérêts distincts de ceux de la République. L’entreprise pourrait être privatisée par le biais de l’entrée de capitaux étrangers dans lesdites filiales et associations. Le sabotage informatique lors du lock-out patronal mené en décembre 2002 pour renverser le président Hugo Chavez a été administré par INTESA, firme dans laquelle PDVSA avait une participation minoritaire face à la firme US SAIC, liée au Département de Défense US. Une telle situation va à l’encontre ce qui est prévu dans les Idées fondamentales pour la Constitution Bolivarienne de la Vème République, exposées par le président Hugo Chávez Frías à l’Assemblée Nationale Constituante en septembre 1999. Pour éviter que PDVSA devienne une coquille vide, nous devons réformer l’article 303 de la façon suivante: “La Nation ou l’entité par laquelle s’exerce l’industrie des hydrocarbures conservera la totalité des actions de celle-ci, et la majorité d’action qui permette le contrôle et la direction dans les associations stratégiques, entreprises et toute autre entité personne juridique qui ait été constituée ou qui soit constituée pour réaliser ladite industrie”.

L’article 313 établit que “l’administration économique et financière de l’État sera régie par un budget voté annuellement par loi”. Pour empêcher que ledit budget ne soit un chèque en blanc, et réussir à ce qu’il serve d’instrument pour mener à bien les objectifs fixés dans la planification macro-économique, il faut ajouter que le budget “intègrera les programmes, buts et objectifs à réaliser par le biais de l’exécution des dépenses autorisées”. Afin d’arriver à accomplir les buts fixés et de permettre le contrôle, tant public que social, il est indispensable d’ajouter à la fin de l’article que “les fins spécifiées dans les programmes, les objectifs et les buts du budget doivent être obligatoirement accomplis, dans le cas contraire et sans justification, la responsabilité civile et administrative sera établie”.

On dit qu’au Venezuela personne ne paie d’impôts. C’est en partie vrai : en vertu des infâmes “Traités sur le Double Impôt”, les transnationales et les nationaux d’une quarantaine de pays ne paient pas les 17.500 millions de dollars sur les bénéfices qu’ils font annuellement en Venezuela. Avec cette somme, on pourrait résoudre la crise fiscale. L’article 316 de la Constitution en vigueur établit que “le système fiscal se chargera de la juste distribution des dépenses publiques selon la capacité économique du ou de la contributeur-trice, en tenant compte du principe de progressivité, ainsi que de la protection de l’économie nationale et la hausse du niveau de vie de la population ; pour cela un système efficace pour la collecte des impôts sera mis en place ».

En vertu du principe de progressivité, selon lequel ceux qui gagnent le plus doivent payer plus d’impôts, et selon le principe de protection de l’économie nationale et de la hausse du niveau de vie de la population, il est inhabituel, insensé et contradictoire que justement ce soient des transnationales étrangères et des citoyens étrangers qui ne paient pas d’impôts dans notre pays. Ainsi, parmi les principes du système fiscal, cet article 316 doit inclure celui de “territorialité du revenu, d’après lequel les impôts doivent être payés dans l’État dans lequel les bénéfices sont obtenus”. Sans quoi nous continuerons d’être enchaînés au “Consensus de Washington”, qui veut imposer à notre pays le principe qui veut que les entreprises étrangères paient leurs impôts dans leur pays d’origine, et non dans celui où elles font leurs bénéfices.

De plus, la territorialité est le régime adopté dans la Loi de l’Impôt sur le Revenu en vigueur, dont l’article 1 spécifie : “Sauf disposition contraire à la présente loi, toute personne physique ou juridique, résidente ou domiciliée au Venezuela, paiera l’impôt sur le revenu quelque soit l’origine, que la cause ou la source des ressources soit située dans ou hors du pays. Les personnes physiques ou juridiques non résidentes ou non domiciliées au Venezuela seront assujetties à l’impôt établi par cette loi si la source ou la cause de leurs enrichissements se réalise dans le pays, quand bien même elles n’auraient pas d’établissement ou de siège au Venezuela. Les personnes physiques ou juridiques domiciliées ou résidant à l’étranger qui possèdent un établissement ou un siège fixe dans le pays, paieront exclusivement pour les revenus de source nationale ou étrangère attribuables au dit établissement permanent ou siège fixe”.

Pour éviter que des traités qui violent nos lois n’exonèrent de payer des impôts les étrangers qui justement sont en mesure de le faire, ce principe doit être inscrit dans la Constitution. Les défenseurs des transnationales s’opposeront farouchement à cela. Il faut choisir entre la Patrie et les Empires. Quiconque défend ces derniers ne devrait ni être élu, ni être vénézuélien.

Source : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2017/07/como-borrar-el-alca-de-la-constitucion.html

Traduction : Gloria Verges

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)

Démontez la désinformation de Courrier International (1) et la “chargée de l’Amérique Latine” Sabine Grandadam vous répondra qu’il n’y a pas de désinformation puisque ses sources sont “pluralistes”. Tout comme Thomas Cluzel (France-Culture), auteur d’un record de mensonges en cinq minutes (2) : “Je ne fais qu’une revue de presse internationale”. Tout le monde sait pourtant que l’information est passée sous le contrôle de grands groupes privés et que sous l’apparente “diversité” il y a peu de chances de trouver une dissonance avec la doxa. Ainsi, l’internationale médiatique fait campagne contre des États souverains comme l’Équateur, le Venezuela ou l’Argentine parce qu’ils font ce que toute démocratie doit faire : équilibrer la propriété des médias, desserrer l’étau du monopole privé en permettant aux secteurs public et associatif d’exister à parts égales (3). Une évidence difficile à comprendre pour Cluzel ou Grandadam puisque leur survie dépend sans doute du fait qu’ils ne la “comprennent” pas.

Pour nous parler du récent Sommet des Amériques en tout “pluralisme” (5), Courrier International a choisi cinq sources :

1 – El Nuevo Herald (États-Unis, droite souvent extrême, en pointe contre la gauche latino, propriété de la McClatchy Company, groupe propriétaire de 31 autres publications)

2 – El Universal (Venezuela, droite, propriété de l’entreprise privée espagnole Torreangulo Arte Gráfico et de Industrias Gráficas Bohe).

3 – El País (Espagne, autre fer de lance des campagnes contre la gauche latino, propriété du groupe PRISA. Impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 contre le président Chavez (4), ce groupe est actionnaire à 12% du Monde et propriétaire de dizaines de télévisions, radios, revues, journaux dans 22 pays d’Amérique Latine et d’Europe).

4 – Daniel Lansberg-Rodriguez, politologue étasunien connu pour sa critique du “totalitarisme constitutionnel” de la gauche latino-américaine.

5 – Foreign Policy (États-Unis, droite, propriété de Graham Holdings Company, conglomérat propriétaire de The Washington Post, Newsweek., Slate, Graham Media Group, chaînes de télévisions, entreprises privées de santé, etc..)

Aucun média de gauche. Aucun média public. Aucun média associatif. Aucun gouvernement progressiste. Aucun des mouvements sociaux organisateurs du Sommet des Peuples qui ont travaillé parallèlement au Sommet des chefs d’État, sur des thèmes aussi anodins que la lutte pour l’emploi, le travail et un salaire digne, la sécurité sociale, les retraites, les négociations collectives, la syndicalisation, le droit de grève, la santé au travail, les droits économiques et sociaux, le respect des migrants et des afro-descendants, l’éradication du travail des enfants et de l’esclavage, l’égalité de genre, et dont les porte-paroles étaient pourtant accessibles à tout instant. Cumbre de Los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate. Cumbre de los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate.

Le “pluralisme” de Courrier International sur ce Sommet des Amériques, ce sont les médias conservateurs, privés, de préférence étasuniens.

L’article qui en résulte (5), c’est un peu le “plan média” de Washington : il fallait tout miser sur la photo de la poignée de main Obama-Castro pour redonner un look actif à la fin de mandat plutôt frustrante de l’occupant de la Maison Blanche. En réalité, ce n‘est pas grâce à Barack Obama que Cuba était présent pour la première fois depuis 1962 à un sommet de l’OEA mais à la pression constante, unitaire, des gouvernements latino-américains. Dans son intervention, Cristina Fernández a rappelé : « Cuba est aujourd’hui parmi nous parce qu’il a lutté pendant 60 ans avec une dignité sans précédents ». Obama, lui, n’avait rien apporté de neuf : dans les “mois qui viennent” il devrait en principe étudier la levée de l’embargo toujours en vigueur et fermer Guantanamo, base militaire et centre de tortures installée sur le territoire cubain.

CCVEyu9W4AAucu3Face au rejet unitaire par la CELAC, l’UNASUR, l’ALBA, PetroCaribe, le Groupe des 77 + la Chine et le Mouvement des Non-Alignés du décret traitant le Venezuela de “menace pour la sécurité des États-Unis”, Obama avait tenté in extremis de limiter les dégâts en divisant les latino-américains. La veille du Sommet, il découvrait que tout compte fait, “le Venezuela n’est pas une menace”. Mais les latino-américains pensent aussi. Pendant le Sommet, Barack Obama a dû écouter la dénonciation unanime de la violation du droit international que représente son décret. Il finira par abandonner l’assemblée plénière avant que Cristina Fernández n’intervienne : « La première chose que j’ai faite en apprenant l’existence de ce décret, ce fut de rire. Une menace ? C’est incroyable. C’est ridicule. Le général Perón disait qu’on revient de partout, sauf du ridicule ».

Dès l’extinction des feux médiatiques, la sous-secrétaire d’État Roberta Jacobson a rappelé que Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. Démentant les propos d’Obama sur la fin des ingérences, le Pentagone renforce sa présence en Colombie, au Honduras et au Pérou, déploie la IVème flotte, multiplie les opérations secrètes et l’espionnage des télécommunications.

Mais puisqu’il faut à tout prix “sauver le soldat Obama”, Courrier International martèle la vulgate : les militaires et civils arrêtés au Venezuela parce qu’ils préparaient un coup d’État l’ont été pour leurs “opinions”. Nul doute que si Salvador Allende et d’autres président élus démocratiquement avaient réussi à empêcher les coups d’État planifiés par Washington en faisant arrêter les Pinochet et consorts, Courrier International aurait lancé une campagne pour la libération de ces “prisonniers politiques”. (6)

Bref, oublions cet hebdomadaire qui n’a de valeur que comme témoin d’une nord-américanisation médiatique en France, et revenons au réel latino-américain, plus que copieux.

Un mouvement irréversible

Le véritable événement du Sommet des Amériques 2015, ce n’est bien sûr pas une photo, fût-elle celle d’Obama-et-Castro. C’est l’irréversibilité du mouvement de fond entamé en 2001 sous l’impulsion de Chavez, Kirchner et Lula, lorsque fut enterré le Traité de Libre Commerce que voulaient imposer les États-Unis, le Mexique et le Canada. »Qu’il est loin ce décembre 1994, note la journaliste argentine Telma Luzzani, quand Bill Clinton annonçait que les pays du continent américain devraient tous faire partie de l’ALCA, un seul marché sans barrières ! » (7).

21 ans plus tard, une CELAC indépendante remplace une OEA sous influence de Washington; l’UNASUR demande aux États-Unis de retirer leurs bases militaires (8); l’Amérique Latine signe d’importants accords de coopération avec la Chine et les BRICS; la Banque du Sud est sur le point d’être inaugurée. Pour le politologue argentin Juan Manuel Karg, le fait que les États-Unis et le Canada refusent de signer le document approuvé à l’unanimité par les 33 chanceliers d’Amérique Latine et des Caraïbes souligne cette distance croissante entre Nord isolé et Sud unifié de l’Amérique (9).CCVbrl0WIAAHOHn.jpglarge-632x356

Même la tentative d’Obama d’affaiblir PetroCaribe en profitant de la baisse des cours du pétrole n’a pas fonctionné : c’est d’une voix pratiquement unanime que les États des Caraïbes ont salué les bienfaits économiques et sociaux du programme de solidarité énergétique lancé en 2005 par Hugo Chavez.

La propagande peut-elle arrêter l’Histoire ? C’est ce que que croit encore Paulo Paranagua qui avait promis aux lecteurs du “Monde” qu’”Obama arrivait en position de force face à une Amérique Latine divisée” (sic). La même obsession du contrepied lui avait fait écrire à la mort de Hugo Chavez que “celui-ci avait nui à l’unité latino-américaine” au moment précis où l’ensemble des gouvernements, y compris de droite, ainsi que des organismes d’intégration et des mouvements sociaux du continent saluaient “l’œuvre du principal artisan de l’unité latino-américaine”…(10)

Une dimension populaire invisible pour les médias

Il y a eu, aussi, cet immense contraste dont aucun média occidental n’a rendu compte : d’un côté la dialectique entre peuples et leaders progressistes d’Amérique Latine; de l’autre, la solitude des pouvoirs du Nord. Pendant qu’Eduardo Galeano accomplissait son dernier geste public en signant l’appel à abroger le décret d’Obama, à Caracas Evo Morales le signait aux côtés de Nicolas Maduro, face à des milliers de vénézuéliens.ag_8678142862650311-632x752pueblo en Caracas para apoyar la entrega de 10 millones de firmas contra el decreto Obama

Dès son arrivée à Panama, le président bolivarien est allé à la rencontre d’autres invisibles des médias: les familles des milliers de victimes massacrées par les soldats étasuniens lors de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989. Dans le quartier martyr de El Chorrillo, Maduro a reçu du « même peuple » qu’à Caracas 2000 signatures de plus contre le décret Obama et une lettre des familles des victimes de l’invasion, qu’il a remise au président Obama.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Nicolas Maduro

CCPoaroUkAAeItEAu Sommet des Peuples organisé en parallèle à l’officiel, Maduro, Morales et Correa ont poursuivi leur dialogue avec les mouvements sociaux. “L’important n’est pas de voter tous les cinq ans, mais d’être tous les acteurs actifs des décisions politiques” a rappelé le président vénézuélien. Pendant ce temps, dans un couloir du Sommet des États, le président mexicain, qui mène dans son pays – avec l’appui en armement des États-Unis – une destruction systématique des mouvements sociaux (dont le massacre de Ayotzinapa n’est que la pointe émergée) s’offrait un selfie avec l’empereur de la transnationale Facebook.

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L’Équateur.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a été le premier à s’exprimer avec force, exigeant l’abrogation du décret Obama : « le décret pris par le président Obama contre le Venezuela, viole de manière flagrante le droit international, et plus précisément, la teneur de l’article 3 de la Charte de l’OEA. En réponse, les pays de la région ont massivement rejeté ce décret et ont également demandé son abrogation. Désormais, nos peuples n’acceptent plus les mises sous tutelle, les ingérences et les interventions dans leurs affaires intérieures ». Rappelant les morts du quartier El Chorrillo (1989) lors de l’intervention des USA destinée à chasser du pouvoir le dictateur Manuel Noriega – qu’ils avaient dans un premier temps imposé – Rafael Correa a relevé que « la mémoire collective des peuples de ce continent est saturée des abus et des ingérences».

Le Brésil.

La présidente en exercice Dilma Roussef a signalé  : « la dynamique en cours, des relations au sein de l’hémisphère, n’admet plus les mesures unilatérales et les décisions politiques qui sont prises sous le sceau du secret. Parce qu’en général, elles s’avèrent être contre-productives et inefficaces. Par conséquent, nous rejetons l’adoption de sanctions contre le Venezuela. Le contexte dans lequel ce pays frère évolue, requiert la modération, mais aussi le rapprochement des positions de toutes les parties concernées. C’est dans ce but, que l’Unasur travaille, afin d’appuyer le dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition vénézuelienne. Nous nous employons également à faire en sorte que toutes les parties respectent les règles démocratiques inhérentes à l’État de droit. »

 

Cuba.

Raul Castro, président de Cuba a dit sous les applaudissements que « le Venezuela n’est pas et ne peut représenter une menace pour la sécurité nationale d’une super-puissance comme les USA. Il est bon que le président nord-américain l’ait reconnu. Je réaffirme notre soutien résolu et loyal à la République Bolivarienne sœur, du Venezuela, à son gouvernement légitime, à l’union civico-militaire dirigée par Nicolas Maduro. Mais aussi au peuple bolivarien et chaviste qui lutte, tout en suivant sa propre voie ; qui fait face aux tentatives de déstabilisations, aux sanctions unilatérales dont nous réclamons la levée. »

Raul Castro a conclu en demandant «l’abrogation du décret – même si c’est difficile légalement – que notre communauté interprèterait comme une contribution au dialogue et à la compréhension mutuelle au sein de notre hémisphère. Nous savons ce qui se passe…il est également probable que de tous les pays réunis ici, c’est nous qui comprenions le mieux le processus en cours au Venezuela. Il en est ainsi, non pas parce que nous cherchons à nous immiscer, non pas parce que nous nous efforçons d’exercer notre influence, sur le cours des choses. Il en est ainsi non pas parce qu’on nous rapporte tout ce qui se déroule là-bas. Nous savons tout cela, car nous sommes passés par les mêmes épreuves que le Venezuela en ce moment. Et il est en train de subir des agressions identiques à celles dont nous avons eu à souffrir ! En tout cas une bonne part d’entre elles.»

 

L’Argentine.

Pour sa part, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, s’est prononcée d’une manière forte contre les sanctions prononcées par Obama : « Il est honteux que le déroulement de ce Sommet soit entaché par cette décision. Nous demandons de conserve avec les autres pays frères, que ce décret soit écarté. Toutefois, je n’en appellerai pas à la souveraineté, et ne verserai pas non plus de larmes. Je m’appuierai sur le bon sens. Le général Perón disait que l’on peut revenir de tout, sauf du ridicule. Et il est absolument ridicule de considérer que l’un d’entre nous, constituerait une menace. Je suis par ailleurs satisfaite de participer en ma qualité de présidente à la dernière réunion de ce sommet, car il s’agit d’un événement historique. Pour la première fois en effet, le Sommet des Amériques reçoit Cuba »

Il faut préciser que lors de cette intervention, Obama avait déjà quitté la séance plénière.

« Nous en étions là, quand survint soudainement la nouvelle de la signature de ce décret, déclarant que la République Bolivarienne sœur du Venezuela, représentait une menace pour la sécurité des USA. Je dois vous avouer qu’à l’écoute de cette annonce, je me suis dit : il y a une erreur. Ils doivent vouloir dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique menée ; qu’ils condamnent cette politique. Mais non. On m’a remis le document. Une menace pour la sécurité des États-Unis. La première réponse qui me soit venue à l’esprit, n’a pas été une flamboyante répartie anti-impérialiste. J’ai éclaté de rire. Il est hautement improbable -cela frise le ridicule- que le Venezuela ou l’un des pays de notre continent puisse représenter une menace pour la première puissance du monde ».

« Au-delà de l’idée que nous nous faisons des USA, on ne peut manquer de reconnaître que ce pays est la plus grande puissance sur les plans militaire, économique, financier et scientifique. Il est pourvu d’un budget militaire s’élevant à 640 milliards de dollars. Dans ces conditions, les États-Unis devraient combattre d’une manière effective le narcotrafic et l’immigration illégale ». La présidente a comparé ce budget militaire à celui du Venezuela qui y consacre quant à lui, « 1 ou 2 milliards de dollars, voire un peu plus ». Cristina Fernandez de Kirchner a questionné : « comment concevoir que le Venezuela représente une menace pour la plus grande puissance du monde ? ».

Elle a également rappelé, qu’Obama lui-même se vantait devant ses compatriotes que son pays était le plus puissant de la planète ; que son budget militaire dépasse de 20 fois celui de l’Iran.

« Personne ne peut croire à cette menace du Venezuela. Tout comme personne ne peut envisager que l’Argentine représenterait une menace pour le Royaume-Uni ». Elle se référait ici à cette revendication historique de l’Argentine qui réclame la souveraineté sur les Iles Malouines (enjeu d’un affrontement militaire entre les deux pays en 1982). « J’ai été frappé par la similitude et la simultanéité de ces deux prises de position », a-t-elle conclu.

 

Trinidad et Tobago.

De même, Madame Kamla Persad-Bissessar, le premier ministre de Trinidad y Tobago a fait observer que la célébration de l’accueil de Cuba à ce Sommet des Amériques, coïncide avec la signature du décret visant le Venezuela.

« Président Maduro, je demande qu’une fois encore, nous élevions collectivement et individuellement notre voix. En tant que nations de la région, nous nous devons d’élever notre voix contre ce décret, dont vous nous avez rappelé qu’il existe un précédent, qui a été suivi d’une invasion. Bien que ce décret n’a pas été accompagné d’une déclaration de guerre, ou de tout acte du même genre, cette initiative nous inquiète au plus haut point ».

« Je souhaite ajouter que lorsque les  »éléphants » se mettent à jouer et à danser, c’est l’herbe qu’ils foulent qui en pâtit. Nous autres au Caricom, sommes nous cette « herbe menue ?» Nous sommes de petits pays, très soucieux de leur indépendance, et très en faveur de la démocratie et de la primauté du droit. Il en résulte que nous croyons à la souveraineté des nations, c’est pourquoi nous sommes avec vous, Président Maduro. En défense de votre souveraineté, de votre droit à l’autodétermination. Mais aussi pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, je demande que tout le monde autour de cette table, en parle et croit en cela. Il faut faire ce que nous avons à faire, dès maintenant, et agir de notre mieux, afin d’aboutir à l’élimination de ce décret ».

Kamla Persad-Bissessar a également souligné que tous les pays membres de la Celac (Communauté d’États latino-américains et caraïbes) ont signé la demande d’abrogation de ce décret ; que la Caricom (Communauté caribéenne) est constituée de 14 des 33 nations faisant partie de cette organisation. Le Sommet des Amériques réunit quant à lui, 35 nations, à quoi il convient d’ajouter les USA et le Canada : « 33 d’entre elles ont déclaré que le décret était inutile et qu’il devait être retiré. Nous travaillons dans ce sens. Caricom a du poids: presque la moitié des pays constituant la Celac et le Sommet des Amériques. Ainsi donc, bien qu’étant de petits pays, nous nous faisons entendre parce qu’en la matière, nous sommes unis ».

 

La Bolivie.

Le président bolivien, Evo Morales a prononcé un discours fortement anti-impérialiste. A trois reprises, il a soulevé la question du décret de Barack Obama visant le Venezuela. « Aujourd’hui, ce sont nos peuples qui écrivent l’histoire. Sur le plan politique, économique et militaire, notre Amérique latine et les Caraïbes, ont longtemps été prises en otage par l’Empire, en vertu de la doctrine Monroe nord-américaine :  »L’Amérique aux Nord-américains ». Nous ne voulons plus de Monroe sur notre continent. Nous ne voulons plus de doctrine Truman, plus de doctrine Reagan, plus de doctrine Bush. Nous ne voulons plus de décrets présidentiels, plus d’ordres de l’exécutif, qui déclarent que nos pays représentent une menace. Nous ne souhaitons plus être mis sous surveillance, que nos téléphones soient piratés, que l’on séquestre des avions présidentiels. Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix ! »

« De quelle démocratie parle-t-on, lorsque l’on transforme un peuple révolutionnaire tel que celui du Venezuela, en une menace pour la sécurité nationale ? Le peuple vénézuelien, tout comme ceux de l’Amérique latine et des Caraïbes, ne représentent une menace pour quiconque. La solidarité, la justice, l’égalité, les idées, sont nos seules armes. Nous luttons pour que nos concitoyens puissent jouir d’une vie décente, digne d’un être humain. Selon cette logique, tous les gouvernements d’Amérique latine représentent une menace évidente pour la sécurité des USA ! La menace qui pèse sur les USA, ne provient d’aucun des peuples de l’Amérique latine. Elle est le résultat de leurs propres erreurs, de leur condition d’empire et de leur capacité à déclencher partout des guerres, là où la paix devrait régner ».

Evo Morales a également dénoncé le fait « qu’il n’est pas possible pour eux (les USA) d’expulser du Sommet, l’ensemble de nos mouvements sociaux. 33 pays appuient le Venezuela, et qu’un ou deux pays appuient le décret qui menace non seulement le Venezuela, mais aussi toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Sœurs et frères : puisque les USA sont l’une des plus grandes puissances du monde, alors je prie le Président Obama de faire en sorte que l’Amérique soit un continent de paix et de justice sociale. Président Obama, si vous considérez être le dirigeant d’une puissance planétaire, je vous demande de protéger la Terre Mère, pour que l’Humanité puisse être sauvée ».

 

L’Uruguay.

Le président uruguayen Tabaré Vasquez a condamné la menace latente que les USA font planer sur le droit à l’auto-détermination des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il a également prôné le respect des principes garantissant la pleine expression du droit international, tout en exigeant la non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Il a aussi émis le vœu que l’on travaille au règlement pacifique des différends.

Tabaré Vasquez a par ailleurs précisé qu’il était impossible de ne pas inclure à l’ordre du jour de cette assemblée plénière, l’agression commise contre la souveraineté du Venezuela, faisant suite à la signature du décret pris par le président des USA, Barack Obama, le 9 mars dernier. « Pour le dire brièvement et clairement : comme nous l’avons d’ores et déjà exprimé à l’occasion de rencontres bilatérales ou multilatérales -UNASUR et OEA- nous rejetons le décret du Gouvernement des États-Unis, ce qui illustre bien notre engagement en faveur du plein respect du droit international, du règlement pacifique des différends, mais aussi du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Tout en soulignant qu’en absence de discussion, il n’y aura pas d’issue possible, le président Vasquez a précisé : « Pour le Venezuela, nous appelons au dialogue, toutes les parties en présence ». Le président uruguayen a réitéré son appel à ce que les gouvernements s’abstiennent d’appliquer des mesures coercitives et unilatérales, qui contreviennent au droit international. Il a aussi rendu hommage au rétablissement des relations entre Cuba et les USA, la participation de l’île à ce Sommet en étant l’une des manifestations : « Il convient également de le garder à l’esprit. Nous saluons la présence de Cuba à ce Sommet, dont elle n’aurait jamais dû être absente ». Vasquez s’est également félicité de l’ouverture d’un dialogue de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des conversations qui se déroulent depuis 2012, à la Havane.

Le Salvador.

Le président salvadorien, Salvador Sanchez Ceren, a réclamé l’abrogation du décret signé par le président Obama, le 9 mars dernier. « Je ne peux manquer de noter » a-t-il dit, « que les récentes mesures récemment prises par les USA contre le Venezuela, ont aggravé les tensions entre les deux nations. Ces mesures ont également un impact sur le climat de paix et de concorde, que nous promouvons en Amérique latine. Il est important de se rappeler que tout au long de notre histoire, aucune des mesures unilatérales prises par un État contre un autre n’a résolu quoi que ce soit. Bien au contraire, les problèmes se sont approfondis. Par conséquent, en vertu de ce constat, et invoquant le principe de l’auto-détermination des peuples, nous considérons que le décret récemment pris contre le Venezuela devrait être annulé ». Le président a par ailleurs fait ressortir la participation de Cuba à ce Sommet, pour la première fois depuis son exclusion de l’OEA en 1962.

« Pour la première fois, tous les pays de l’Hémisphère sont réunis, pour atteindre un objectif commun, et travailler conjointement pour le bien-être de nos peuples ». Le président a également salué les progrès accomplis par l’île et le Gouvernement des États-Unis, en vue du rétablissement des relations diplomatiques entre les 2 pays. Et ce, après 50 années d’hostilités entretenues par les USA contre Cuba.

Antigua y Barbuda.

Le premier ministre d’Antigua y Barbudo, Gaston Browne, a condamné samedi le décret pris par le président des États-Unis Barack Obama, par lequel il déclare que le Venezuela représente « une menace » pour la sécurité nationale, et la politique étrangère de son pays. Une action qui a été condamnée par nombre de gouvernements et d’organisations d’intégration dans le monde. Il s’est également félicité du rétablissement des relations entre les USA et Cuba, et de la participation à ce Sommet, de cette île des Caraïbes. G Browne a appelé les pays de l’hémisphère à travailler de manière conjointe, pour lutter contre la pauvreté et offrir des emplois décents à tous ceux qui font partie de ce continent. « Continuons à travailler ensemble, solidairement, pour le progrès des peuples de cet hémisphère » a-t-il conclu.

Le Nicaragua.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega a observé que le décret pris par le président des États-Unis, Barack Obama contre le Venezuela, a mis à mal le consensus qui aurait pu conduire à la déclaration finale de ce VIIème Sommet des Amériques (Panama), rassemblant 35 nations du continent.

« Qui est le provocateur ? Les USA. Qui a fait du mal à ce Sommet ? Les USA. Pourquoi ce Sommet ne se termine-t-il pas, par une déclaration finale ? A cause des USA. Qui a fait du mal à ce Sommet en focalisant sur lui, les préoccupations politiques de ce Sommet ? C’est le décret. Par conséquent, ce dernier a empêché d’aboutir à tout accord sur une résolution commune. »

Le président a dédié une grande partie de son discours à l’énumération des nombreuses interventions et invasions visant les pays de l’Amérique centrale, dont les USA ont été les auteurs. Il a par ailleurs écarté l’hypothèse selon laquelle ces dernières se justifiaient du fait de la Guerre Froide, parce que la plupart ont été perpétrées, bien avant la création de l’Union soviétique. Il a précisé que le décret d’Obama est alarmant parce qu’il se situe dans le droit fil de ces ingérences et interventions.

Daniel Ortega a aussi rappelé les propos du président du Panama, Juan Carlos Valera : 97% du document final résultent d’un consensus sur les aspects économiques, sociaux et autres thèmes abordés. Toutefois, les 3% restant, relatif au volet politique ont été rejetés par les USA. Le président du Nicaragua a également insisté sur le fait que le décret Obama remettant en cause la souveraineté du Venezuela, est un coup porté à l’Amérique tout entière.

Il a en outre observé que le rétablissement des relations entre Cuba et les USA, peut être interprété comme un geste d’Obama. « Indubitablement, toute l’Amérique latine se sent concernée par ce geste. (…) Cependant, les USA se retournent maintenant contre le Venezuela, au prétexte que ce ne serait pas un pays  »démocratique ». Un pays dans lequel se sont déroulées 20 consultations électorales, ne serait pas une démocratie ? Le Venezuela incarne désormais le mal. On tend la main à droite, et l’on porte un coup à gauche ».

 

San Vicente et las Granadinas

Ralph Gonsalves, premier ministre, a exprimé sa préoccupation “face aux actions exécutives qui traitent la République du Venezuela comme une menace, et face aux sanctions, qui marquent un continuel manque de respect pour l’autonomie de ce pays. La situation qui menace le Venezuela nous menace tous. Le Venezuela a été et reste un partenaire, un ami, un pays qui a travaillé pour la paix et l’intégration entre toutes les nations d’Amérique. Caractériser le Venezuela comme une menace ou Cuba comme pays pro-terrroriste, sont des mensonges”.

Les blocus et les décrets sur des menaces attentent contre notre idéal de prospérité, de développement conjoint et de collaboration que nous appuyions ici , où nous avons besoin de respect et de dialogue”.

Jamaïque

Portia Simpson-Miller, premier ministre : “Les accords offerts par le gouvernement du Venezuela à travers Petrocaribe sont un des meilleurs exemples de coopération nord-sud et résument bien l’esprit de ce sommet : prospérité avec équité. Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier une fois de plus le président Maduro pour cet appui continuel apporté par le Venezuela à notre pays”.

Haïti

Michel Martelly, président : “Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un grand hommage au peuple et au gouvernement du Venezuela, en particulier au président Maduro, et lui donner nos remerciements pour l’alliance et la solidarité exprimées concrètement travers des programmes comme PetroCaribe initié par feu le Président Hugo Chávez Frías. Ce programme dont bénéficient une grande majorité de peuples des Caraïbes et de l’Amérique centrale, constitue une aide inestimable pour le peuple d’Haïti, sans lui nous n’aurions pas été en mesure de faire face à des besoins fondamentaux”.

Thierry Deronne, Caracas, 15 avril 2015

Traduction des interventions des chefs d’État : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) « Courrier International », le produit offshore du « Monde », 18 février 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/18/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde/

(2) Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, 12 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

(3) C’est selon la loi ce que devrait faire le CSA en France. Il est vrai que malgré quarante ans de théorie critique des médias, la gauche occidentale n’a pas eu le courage de passer à la pratique et de démocratiser la propriété des médias.. hâtant ainsi sa propre disparition.

(4) Voir à ce sujet l’étude du conseiller parlementaire espagnol José Manuel Fernández (Izquierda Unida) : “Prisa por el Golpe”, http://www.ehu.eus/mediaberri/00tik10arte/08%20Astea/Investigaci%F3n%20realizada%20IU%20venezuela.htm

(5) “Diplomatie : une poignée de main historique entre Obama et Castro”, http://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-une-poignee-de-main-historique-entre-obama-et-castro

(6) Sur ce coup d’État, lire le récit d’Ignacio Ramonet, La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela, 7 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/07/la-tentative-de-coup-detat-contre-le-venezuela-par-ignacio-ramonet/

(7)  “EE.UU ya no marca la agenda”, http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-270363-2015-04-12.htmlTelma Luzzani

(8) L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine 5 avril 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/05/lunasur-exige-des-etats-unis-quils-retirent-leurs-bases-militaires-damerique-latine/

(9) Les États-Unis ont motivé leur refus par leur désaccord avec six points : le transfert de technologies sans conditions, le combat contre le changement climatique, la reconnaissance de la santé comme droit humain, l’accès sûr et fiable aux technologies de l’information et le respect de la privacité, et l’annulation du décret Obama contre le Vénézuela. Lire aussi de Juan Manuel Karg, América Latina después de Panamá, http://alainet.org/es/articulo/168918

(10) Lire « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale », par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

Interventions des chefs d’État collectées par Luigino Bracci :  http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/cumbre-americas-rafael-correa-dilma-rousseff-evo-morales-cristina-fernandez-rechazan-orden-ejecutiva-obama/

 

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla

Cinq théologiens et activistes écrivent à Obama sur le VenezuelaCher président Obama,

Nous te saluons comme un frère, disciple de Jésus, avec tout l’amour et le respect que nous devons, conformément à notre voeu, même à ceux qui se sont comportés avec nous en ennemis.

Qu’est-ce qui t’est arrivé, cher frère ? Qu’est-il advenu de cet intrépide et lumineux Obama qui, en 2008 et à travers sa campagne présidentielle, a parlé de changement, d’un VRAI changement qui emporterait l’adhésion du peuple? Tu as redonné l’espoir à des millions de personnes, non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde, à nous y compris.

Nous nous rappelons des sondages d’opinion recensant un nombre étrangement significatif d’afroaméricains qui n’étaient pas favorables à ton élection, non pas parce que ils ne t’aimaient pas, ou qu’ils n’étaient pas d’accord avec les valeurs que tu défendais. Ils t’aimaient trop. Ils craignaient ton assassinat par le complexe industriel-militaire et financier, qui serait certainement passé à l’acte si tu avais eu le courage de l’affronter avec ta vision et ta promesse que les Etats-Unis fassent à nouveau partie de la communauté humaine.

Tu es bien placé pour savoir que les Etats-Unis ont toujours été le pays le plus haï dans l’histoire du monde pour son arrogance et son obsession nationaliste, diabolique, de domination planétaire. Contrairement à des leaders comme Ronald Reagan et Georges W. Bush, qui ne se sont pas distingués par leur intelligence, tu es sans nul doute une personne douée d’intelligence. De plus, tu as manifesté un attachement à des valeurs morales et éthiques profondément ancrées, et une adhésion aux valeurs prônées par Jésus, et de fait, par tous les grands leaders spirituels du monde, quelle que soit leur religion.

Ce qui nous presse, cher frère, de t’écrire cette lettre, c’est le décret exécutif extrêmement honteux d’urgence nationale que tu as pris le 9 mars 2015 en déclarant que « la situation au Venezuela représente une menace inhabituelle et et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis ». Ce qui n’est pas sans nous rappeler la décision ordonnée par Reagan, il y a plus de trente ans, de déclencher la guerre des Contras contre le Nicaragua dans les années 80. Cette décision, que nous considérons comme honteuse et extrêmement hypocrite est en plus une violation flagrante du droit international: Il s’agit bien d’une menace d’user de la force contre le Venezuela, et en même temps une incitation pour tes valets vénézuéliens de poursuivre leurs efforts pour déstabiliser le pays.

Tu devrais savoir, cher frère, qu’en Amérique Latine, il existe un sentiment croissant d’unité et de solidarité, dans toute cette région Latino-américaine et afro-antillaise que le peuple considère comme la terre de ses ancêtres.

En même temps que nous rejetons ton ordre exécutif arrogant et interventionniste, nous t’adjurons de te tourner vers Jésus, la fraternité et la solidarité, et de rejeter une fois pour toutes, les démons de la cupidité, de la guerre et de la domination planétaire.

Nous continuerons de prier pour toi et tes proches. Ton pays est notre monde.

Sois assuré de la grâce infinie de Dieu, si toutefois tu ne lui tournes pas le dos.

Amour et bénédiction,

Miguel d’Escoto Brockmann, Prêtre Maryknoll, Nicaragua

Pedro Casaldáliga, Évêque, Brésil

Ramsey Clark, États-Unis

Leonardo Boff, Brésil

Thomas Gumbleton, Evêque, États-Unis

Copie : Pape François

Sources (anglais) : https://fromcentralamerica.wordpress.com/2015/03/13/letter-to-obama/

(espagnol) : http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/03/13/importantes-teologos-y-activistas-envian-carta-a-obama-denunciando-injerencia-de-eeuu-en-venezuela/

Traduction : Philippe Tasquin

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Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

unasur-oficx1x.jpg_1718483346 Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Vénézuéla le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.

Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “avec la pleine actualité du droit international, la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” et, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ont appelé tout gouvernement “à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international”. Les participants à la réunion de Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique “des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basée sur les príncipes de souveraineté des peuples« .

En outre, le porte-parole a rappelé que l’UNASUR poursuivra sa mission d’accompagnement du “plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit”. La semaine passée la délégation de l’UNASUR s’était rendue à Caracas pour enquêter sur la tentative de coup d’État du 12 février contre le gouvernement de Nicolas Maduro, avait invité les diverses forces politiques à un réunion et s’était entretenue avec les autorités du Centre National Électoral. Au terme de ces travaux, le président de l’UNASUR, l’ex–président colombien Ernesto Samper, avait rejeté l’ ingérence extérieure et recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Une position réaffirmée ce samedi par le chancelier uruguayen : “L’Unasur considère que la situation intérieure du Venezuela doit être résolue par les mécanismes prévus dans la Constitution vénézuélienne” et offre son plein appui dans le cadre de l’observation des prochaines élections législatives prévues cette année au Venezuela,  “convaincue de l’importance de maintenir l’ordre constitutionnel, la démocratie et la plus totale permanence des droits humains fondamentaux de l’Unasur”.

Pour rappel, le lundi 9 mars 2015, le gouvernement des États-Unis avait franchi un nouveau seuil dans les menaces vis-à-vis du Venezuela lorsque le président Barack Obama avait signé un ordre exécutif décrétant “l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure” (sic). Ce document avait, en peu de jours, suscité une solidarité active avec le Venezuela de la part des mouvements sociaux latino-américains et de collectifs du monde entier qui ont défilé à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à Managua, à La Havane, etc.. jusqu’à Madrid : collectifs citoyens, mouvements étudiants, syndicats de travailleurs, mouvements paysans comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil CAB6QwnWUAElRHT

Marche de soutien au Venezuela á Buenos Aires

Marche de soutien à Buenos Aires

Marche de soutien au Vénézuéla á Brasilia

Marche de soutien à Brasilia

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré : “Comment ne pas rejeter avec indignation cette barbarie ! A l’époque des dictatures des années 70, c’était quelque chose de commun mais aujourd’hui, en plein XXIème siècle ! Le droit international existe ! Que l’on soit ou non d’accord avec le gouvernement de Nicolas Maduro, la plus élémentaire des dignités nous oblige, en tant que latino-américains, à rejeter tant d’arrogance, tant d’unilatéralisme, tant d’impérialisme. Nous en avons assez ! Quelle honte !”. Pour l’ex-Président Mujica, dire que « le Venezuela est une menace est une folie, nous en avons assez de l’intromission permanemte des États-Unis ! » et  le président bolivien Evo Morales a exigé au président Obama de présenter ses excuses à l’Amérique Latine.

Des théologiens brésiliens de la Libération comme le père franciscain Leonardo Boff et l’évêque Pedro Casaldáliga, le Père nicaraguayen Miguel d’Escoto, ex-Président de l’Assemblée des Nations-Unies, ainsi que l’évêque Thomas Gumbleton et l’ex-Procureur Général des États-Unis Ramsey Clark, ont  écrit au président Obama pour lui demander de retirer son décret. “Nous qualifions d’honteux et de profondément hypocrite votre décret. Il constitue également une violation flagrante du droit international en tant que menace d’usage de la force contre le Venezuela et en tant qu’encouragement à vos agents vénézuéliens pour qu’ils continuent à déstabiliser le pays”. (1)

T.D., Caracas, 14 mars 2015.

Note: (1) Lire Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla, http://wp.me/p2ahp2-1NG

Message envoyé à la Maison Blanche par la population de l'État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

Message personnel envoyé à la Maison Blanche par la population de l’État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

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L’Amérique Latine défend le Venezuela face au décret du président Obama. Rapprochement de Caracas avec Athènes.

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Après la décision du président Barack Obama, le 9 mars 2015, de décréter « l’urgence nationale aux États-Unis » face à la « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et notre politique extérieure qu’est le Venezuela » (sic), le président de Bolivie Evo Morales a demandé une réunion d’urgence de l’UNASUR (organisme regroupant la totalité des nations sud-américaines) et de la CELAC (Communauté élargie des États Latino-américains et des Caraïbes) « pour nous déclarer en état d’urgence et défendre le Venezuela face à l’agression de Barack Obama. Nous allons défendre le Venezuela » Il a souligné l’importance de l’unité des peuples face à l’Empire qui tentent de « nous diviser, pour nous dominer politiquement et nous spolier sur le plan économique ».

Le président Correa, à travers son chancelier, a exprimé son « rejet le plus ferme de la décision illégale et extra-territoriale contre le Venezuela, qui représente une attaque inacceptable pour sa souveraineté ». Il a rappelé le signal négatif que constitue la signature de ce décret par Obama 48 heures après la visite de travail de l’UNASUR à Caracas. Cette délégation a enquêté sur la récente tentative de coup d’État contre le président Nicolas Maduro, élu en avril 2013, a rejeté l’ingérence extérieure, demandant aux secteurs violents de l’opposition de revenir à la voie électorale.

« Comment le Venezuela menace-t-il les Etats-Unis? A des milliers de kilomètres de distance, sans armes stratégiques et sans employer de ressources ni de fonctionnaires pour conspirer contre l’ordre constitutionnel étasunien ? Une telle déclaration faite dans une année d’élections législatives au Venezuela révèle la volonté d’ingérence de la politique extérieure étasunienne. » a déclaré pour sa part le gouvernement cubain.

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Les mouvements sociaux latino-américains se sont mobilisés en défense de la démocratie vénézuélienne. Pour Joao Pedro Stédile, de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « Au Brésil il y a un peuple qui est avec vous, nous serons toujours solidaires et nous ne laisserons pas l’Empire envahir le Venezuela pour récupérer ses gisements de pétrole ». Le mouvement social bolivien a également manifesté sa solidarité. Rodolfo Machaca, dirigeant de la Confédération syndicale des travailleurs agricoles, a condamné l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures vénézueliennes, et leur complicité avec les violences organisées par la droite. Selon Machaca : « La situation au Venezuela nous préoccupe, c’est pourquoi nous proclamons notre solidarité avec ce pays, mais aussi avec le président Maduro. Nous condamnons l’ingérence nord-américaine, et toutes les tentatives de coup d’État ou autres manœuvres visant à la déstabilisation du Venezuela. ».

Rafael Correa dénonce les manipulations médiatiques contre le Venezuela.

Le 1er mars, depuis Montevideo, où il assistait à l’investiture du président uruguayen Tabaré Vasquez, le président Correa a déclaré : «Le Venezuela est confronté à une guerre économique et médiatique, et se retrouve dans la situation d’autres gouvernements progressistes d’Amérique latine, avant lui. Cette situation, on l’a déjà vécu en Amérique latine. Souvenons-nous de ce qui est arrivé à (Salvador) Allende : la même guerre économique, le même type d’ingérence, les mêmes attaques médiatiques. De grâce, tirons les leçons de l’Histoire ». Selon Correa, cette ingérence « ne débouchera pas forcément sur ce qui est arrivé à Allende. Il n’en demeure pas moins que nous sommes confrontés chaque jour aux tentatives de déstabilisation de gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine, par la guerre économique, et à la manipulation mondiale en matière d’information ».

Au sujet de l’arrestation du maire d’opposition de Caracas, Antonio Ledezma, accusé d’implication dans un complot visant à déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro, le président Correa a déclaré qu’il était « réducteur de commenter cet événement sans connaître les détails de l’affaire, en outre la souveraineté et les institutions de chaque pays doivent être respectées ».

Le Venezuela et la Grèce renforcent leurs relations bilatérales.

En visite officielle en Grèce le 6 mars, la ministre des Affaires étrangère Delcy Rodriguez a félicité le nouveau gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras, au nom du Gouvernement Bolivarien et du peuple vénézuelien. Dès la victoire de Syriza, Maduro avait salué la décision des électeurs malgré « la campagne médiatique qui tentait de leur faire peur en présentant notamment Alexis Tsipras comme l’agent d’une dictature vénézuélienne »

La Chancelière vénézuélienne a été reçue par Alexis Tsipras qui a manifesté son intention d’accueillir prochainement en Grèce le président Nicolas Maduro, assurant de son soutien le Venezuela et son peuple et insistant sur l’affection qu’il lui porte.

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Accompagnée de l’ambassadeur du Venezuela en Grèce – Farid Fernandez – Mme Rodriguez a eu aussi l’occasion de rencontrer son homologue grec Nikos Kotzias (photo). La réunion a porté sur la possibilité de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans le domaine économique et commercial. Nikos Kotzias a reçu des informations sur la situation actuelle au Venezuela et a souligné l’importance de nouer des relations solides dans les domaines de la technologie, de l’économie, du commerce et du tourisme.

Un désir commun s’est exprimé : qu’Athènes devienne l’un des principaux partenaires de Caracas.

Cette visite officielle en Grèce répond à la volonté de Caracas de renforcer l’émergence d’un monde multipolaire, au sein duquel prévaudront le respect mutuel, la compréhension, la coopération, mais aussi le droit pour les peuples à l’autodétermination, à la liberté et à la souveraineté.

Traduction : Jean-Marc del Percio

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L’Afrique dans la vision de Malcom X et Hugo Chavez.

Hugo y Malcolm

Par Jesús Chucho García

On commémorait ce 21 février le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Malcom X, leader de l’auto-conscience afro-nord-américaine. Ce 5 mars, on commémorera le deuxième anniversaire de la mort (induite ?) du président Hugo Chávez Frías… En quoi ces deux afro-descendants libres se rapprochent-ils au sujet du continent africain ?

Les idées dans le temps

Malcom X était le nom de Malcom Little, mais son nom officiel était El Hajj Malik El Shabazz, s’étant converti à l’Islam après une jeunesse turbulente. De part son environnement familial, il connaissait l’histoire du légendaire panafricaniste jamaïcain Marcus Garvey. Ces deux aspects, à savoir l’Islam de tendance sunnite ainsi que les exposés de Garvey, lui permirent d’ approfondir son amour et sa connexion avec l’Afrique révolutionnaire.

Son voyage à la Mecque lui fit remettre en question l’idée de l’islam radical qu’il tenait de son ancien Maitre Elijah Muhamad, ce qui eut pour lamentable conséquence de fixer la date de sa mort le 21 février 1965, pendant un discours à Harlem, New York.

Dans un entretien accordé au journal Young Socialist, il s’exprimait ainsi «J’ai visité l’Égypte, l’Arabie, le Koweït, le Liban, le Soudan, l’Éthiopie, le Kenya, Tanganika et Zanzibar (actuellement la Tanzanie), le Niger, le Ghana, le Libéria et l’Algérie. Pendant ce voyage, j’ai pu m’entretenir avec le président Nasser d’Égypte, le président Nyerere, Jomo Kenyata du Kenya, Sékou Touré». A cette époque l’Afrique bouillonnait de lutes contre le colonialisme et pour l’autodétermination face aux impérialistes européens. Quand on l’interrogeait sur l’influence du processus anticolonial africain, il disait : «l’image positive des africains que sont en train de se développer ces processus contribuent à la formation de la conscience des afro-américains… La révolution africaine et l’état d’esprit des afro-américains sont deux choses indissociables.» Au sujet du capitalisme, Malcom X s’était exprimé quelques temps avant son assassinat : «il est impossible que le capitalisme survive puisque le capitalisme a toujours besoin de sang à sucer. Le capitalisme avait pour habitude d’être un aigle, aujourd’hui il est plutôt un vautour.»

Contre le colonialisme

cacDans quelques un de ses programmes télévisés, le commandant Hugo Chávez a mentionné à plusieurs reprises Malcom X comme un référent digne de la lutte des afro-américains contre le racisme, mais il le mentionnait aussi dans sa dimension humaine.

Chavez, tout comme Malcom X, avait été marqué par ses différents voyages en Afrique et peut être sans le vouloir, s’était-il connecté avec la vision de Malcom X dans les processus des luttes anti-impérialistes, comme il le fit apparaître clairement lorsqu’il était en Gambie et au Mali, où il avait réaffirmé la solidarité comme un geste dérivé des luttes anti-impérialistes.

En Afrique, Malcom X avait dit : «Notre problème est aussi le vôtre. Vos problèmes ne seront jamais résolus tant que nous n’aurons pas résolu les nôtres. On ne vous respectera jamais pleinement tant et à moins que nous ne soyons nous-mêmes respectés. Vous ne serez jamais reconnus comme des êtres humains libres tant que nous ne serons pas reconnus et traités comme des êtres humains.»

Cette pensée de Malcom X sur la nécessité de nous reconnaître comme un ensemble en lutte face aux mêmes pouvoirs s’est transformée de manière très concrète avec Hugo Chavez et ses initiatives très pratiques comme les Sommets Afrique/Amérique du Sud sans l’intervention des puissances capitalistes étrangères. En février 2013, Chavez réaffirmait cette heureuse coïncidence éthique avec Malcom X lorsqu’il écrivit au dernier sommet de l’ASA à Malabo (Guinée Équatoriale) cette « Lettre à l’Afrique » (vidéo):

https://www.youtube.com/embed/Nv8rPKcBCAA« >

« Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caraïbe. Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre les nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Et ainsi, l’Amérique Latine et Caraïbe partage avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de luttes, auxquelles nous ne pouvons renoncer, pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.»

L’actualité des argumentaires de Malcom X et Hugo Chávez Frías prend force aujourd’hui plus que jamais, alors que dans le pays de Malcom le racisme revient en force tout comme les interventions militaires menées en Afrique par les puissances occidentales ainsi qu’une diplomatie d’intervention pour appuyer des groupes qui veulent des «solutions hors de la constitution», assortie d’une guerre médiatique permanente contre le Vénézuela, l’Argentine, le Brésil, l’Équateur et la Bolivie.Malcolm X sur les médias

Source : http://alainet.org/active/81163

Traduction : Julie Jarozsewski

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Renforcement du pouvoir citoyen et des droits sociaux, sanctions envers les États-Unis : le Venezuela répond à la tentative de coup d’État

Alors qu’en 1973 il restait des médias occidentaux pour s’émouvoir du coup d’État perpétré au Chili, ceux d’aujourd’hui scandent à l’unisson : “Président du Venezuela, laisse-toi te renverser ! C’est pour ton bien ! Renonce à défendre le choix des électeurs ! Renonce à la loi, à la Constitution. Si tu arrêtes un putschiste, nous dénoncerons la répression au Venezuela !”. Le bulldozer des news, déjà bien rodé pour créer le personnage Chavez, a été réactivé pour fabriquer le tyran Maduro qui agite au loin un poing brutal pour mieux écraser des foules fanatisées alors que la voix feutrée de l’opposition de droite ou du porte-parole de la Maison Blanche, de face, en plan proche, s’étonne de tant de violence.

Même lors du coup d’État manqué contre Chavez en 2002, jamais on n’avait observé une telle intensité dans le bombardement médiatique pour nous faire accepter la nécessité d’une intervention extérieure, ou d’un coup d’État, sans attendre les élections.

C’est sans doute l’erreur historique, et suicidaire, de la gauche européenne : ne pas avoir démocratisé la propriété des médias, avoir laissé le service public mimétiser “l’information” des grands groupes privés (1). Qu’arriverait-il au journaliste d’un grand média qui parlerait des 40.000 conseils communaux et de conseils du pouvoir citoyen qui apportent la matière grise de nombre de décisions gouvernementales au Venezuela ?

Et le Maduro réel ? Celui que n’isolent pas les téléobjectifs de l’AFP et de Reuters ?

Le jeudi 26 février, lors de la création du nouveau Conseil des personnes handicapées et des personnes âgées (2), il a approuvé les crédits pour octroyer 300 mille pensions de plus, ce qui élève les bénéficiaires de ce droit à trois millions de citoyen(ne)s. Il a confirmé l’octroi de 10.000 allocations de santé pour mieux protéger les personnes âgées. Il a félicité les employés de la nouvelle mission sociale “Foyers de la patrie” qui a visité en une fin de semaine 200 communautés populaires, soit 25 mille familles : “Cette méthodologie nous permet d’arriver directement jusqu’aux familles en évitant les mafias des intermédiaires”.consejo-presidencial-para-personas-con-discapacidad

Avant d’entamer à travers le territoire un nouveau cycle de “gouvernement de rue” (3) Maduro a rappelé l’idée centrale de sa politique : malgré la guerre économique (4) et la chute des prix du pétrole, pas d’austérité mais l’approfondissement d’un État social et participatif. “Comme le dit le maire Rodriguez, on nous agresse parce que nous sommes un gouvernement des pauvres. Il n’y a que dans le socialisme que les ressources sont administrées en fonction de celui ou celle qui en a besoin”. Pendant cette assemblée un gros dossier arrive aux mains de Maduro. Anibal, affecté d’une incapacité de l’ouïe, un des porte-paroles du nouveau conseil national, prend la parole en langage de signes : “Nous sommes 120 porte-paroles venus des 24 états du pays, nous avons travaillé ensemble sur ces propositions”. “C’est pour cela que j’ai créé les conseils de gouvernement populaire, pour que le peuple prenne le pouvoir, pour qu’il assume le pouvoir politique, pour qu’il se convertisse en peuple président” lui répond Maduro. (5)

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Le samedi 28 février lors d’une mobilisation populaire contre l’ingérence des États-Unis (photos), le président a poursuivi : “The Wall Street Journal a écrit récemment que l’heure est venue de m’appeler tyran, je réponds : je serais un tyran parce que je ne me laisse pas renverser ? Et si je me laisse renverser, je serais un démocrate ? Le peuple devrait permettre que s’installe un «gouvernement de transition», éliminant la Constitution ? Je ne le permettrai pas et s’il le fallait je me battrai dans la rue avec notre peuple et nos forces armées. Nous voulons construire la paix, la stabilité la coexistence, la vie en commun. Que ferait le président Obama si un coup d’État était organisé contre son gouvernement ? Celui qui persiste dans ses activités terroristes, putschistes, celui qui agit hors de la Constitution, sera arrêté pour être jugé même si The Wall Street Journal ou le New York Times m’appellent le tyran, ce n‘est pas la tyrannie, non, c’est tout simplement la loi. »

Durant cette marche qui a parcouru les rues de Caracas, Maduro a signé un décret indemnisant 74 familles de victimes du “Caracazo” (6) : en 1989, après deux jours d’émeutes populaires qui suivirent l’application des mesures néo-libérales exigées par le FMI, le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez avait suspendu les garanties constitutionnelles et avait envoyé l’armée “rétablir l’ordre”. En 72 heures, 2000 à 3000 personnes furent assassinées. Maduro a rappelé que cette même austérité de choc fait partie du programme que la droite vénézuélienne avait prévu d’appliquer en cas de succès du coup d’État le 12 février 2015 (7). Jusqu’à l’élection de Hugo Chavez, aucun gouvernement n’avait accepté de reconnaître les fosses communes, les disparitions, et les tortures. Les 74 indemnisations décrétées par Maduro s’ajoutent aux 596 accordées à d’autres familles par le gouvernement bolivarien.

Dimanche 1 mars 2015. Le président Maduro rend hommage aux victimes du massacre du "Caracazo" du 27 février 1989.

Dimanche 1 mars 2015. Le président Maduro rend hommage aux victimes du massacre du « Caracazo » du 27 février 1989.

Par ailleurs, le président a annoncé quatre mesures en réponse  aux sanctions imposées par les États-Unis en violation du Droit international et dénoncées par l’ensemble des pays latino-américains (8), ainsi qu’aux 168 déclarations officielles émises par l’administration Obama contre le gouvernement bolivarien de 2014 à 2015 :

–          L’entrée du territoire vénézuélien est interdite aux fonctionnaires étasuniens complices d’actes terroristes, de violations de droits de l’homme, de crimes de guerre. Parmi ceux-ci l’ex-président George W. Bush, l’ex-vice-président Dick Cheney; l’ex-directeur de la CIA George Tenet, notamment liés au massacre de centaines de milliers d’irakiens sur la base du mensonge des “armes de destruction massive” et à la création de centres de torture – prisons secrètes en Europe, Abu Ghraib, Guantanamo, etc… «Interdit aussi d’accorder des visas aux citoyens américains qui ont violé les droits humains et ont bombardé des populations civiles « . La décision concerne aussi les congressistes d’extrême droite Bob Menendez, Marco Rubio, Ileana Ross-Lehtinen et Mario Diaz-Balart, proches du réseau terroriste du cubain Posada Carriles qui vit actuellement aux USA sous la protection des autorités.

–          Adéquation du nombre de fonctionnaires de l’Ambassade des États-Unis à Caracas. Le gouvernement étasunien y maintient plus de 100 employés alors que seulement 17 fonctionnaires vénézuéliens sont autorisés à travailler à l’ambassade vénézuélienne à Washington. La chancelière Delcy Rodriguez a rappelé que cette faculté de demander l’équilibre du nombre échoit à tout gouvernement en vertu de la Convention de Vienne.

–          Réciprocité en matière de visas.Les citoyens vénézuéliens qui voyagent aux États-Unis doivent payer pour obtenir un visa. A présent, pour rétablir l’égalité de traitement, les étasuniens qui nous visitent, devront obtenir un visa et payer ce que paye un Vénézuélien qui voyage aux États-Unis”.

–          Finies, les réunions des fonctionnaires étasuniens pour conspirer sur notre territoire. Les responsables de l’ambassade étasunienne à Caracas ont été informés que dorénavant «toute réunion réalisée par eux au Venezuela devra être notifiée et approuvée par le gouvernement du Venezuela« , conformément aux articles 41 et 41.2 de la Convention de Vienne. Maduro a révélé : « nous avons détecté et capturé certains étasuniens engagés dans des activités secrètes, notamment d’espionnage, essayant de recruter des gens dans les villages frontaliers avec la Colombie et sous influence paramilitaire. Dans l’État du Táchira nous avons capturé un pilote d’avion étasunien d’origine latino-américaine, avec toute sorte de documents. Il est en train de faire des révélations”.

En concluant son discours, Maduro a réaffirmé son respect pour le peuple étasunien ainsi que pour la communauté afro-américaine, hispanique et caraïbe souvent victimes des violations de droits de l’homme de la part de leur propre gouvernement, rappelant que ces mesures ne sont pas prises contre eux, mais contre l’élite qui persiste à s’ériger en policier mondial et à refuser de respecter le principe de souveraineté.

T.D., Caracas, 1er mars 2015

Notes :

(1) Cas récent d’une émission d’ARTE : http://vivavenezuela.over-blog.com/2015/02/le-venezuela-cartes-sur-table-l-humanite.html. En Europe le gouvernement Tsipras montre la voie en rouvrant la télévision publique fermée sur injonction de Bruxelles et en réembauchant tous ses salariés pour que la population jouisse d’un “service public démocratique et pluriel”. Toute révolution citoyenne devrait s’accompagner de la création d’un vaste réseau de médias populaires pour que les citoyens disposent réellement d’informations alternatives.

(2) Sur la nature de ces nouvelles instances de pouvoir citoyen, lire « Démocratisation de l’État, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/12/31/democratisation-de-letat-hausse-des-budgets-sociaux-nicolas-maduro-met-les-bouchees-doubles/

(3) Sur le gouvernement de rue, lire « Nous t’écoutons Claudia« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

(4) « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/07/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-files-dattente-au-venezuela-sans-jamais-oser-le-demander/

(5) Voir le point (2) sur la démocratisation de l’État.

(6) « Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine/

(7) Lire « L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/22/laccord-de-transition-machado-ledezma-lopez-ce-que-revele-et-ce-quocculte-le-programme-de-la-droite-venezuelienne-en-cas-de-succes-dun-coup-detat/

(8) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC)« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/05/lamerique-latine-serre-les-rangs-autour-du-venezuela-les-etats-unis-isoles-avec-declaration-integrale-du-sommet-de-la-celac/

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