Arc Minier de l’Orénoque: la solution accusée d’être le problème, par José Roberto Duque

Félix Caraballo dirige asamblea de mineros

Le pilonnage contre le Révolution Bolivarienne fait rage sur tous les fronts à la fois. Comme cela se passe ailleurs, c’est l’artillerie informative qui confère à l’agression son caractère massif, cherchant à conditionner la population, sujet et objet du phénomène “opinion publique”. Parmi les nombreux objectifs de guerre identifiables dans l’attaque contre le Venezuela, le plus vulnérable est probablement l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO), un plan de régularisation de l’exploitation minière décrété par le gouvernement national en février 2017.

On peut qualifier ce thème de “vulnérable” parce que comme il s’agit d’une tentative d’organiser et d’exploiter de manière souveraine la mine au Venezuela, il fait s`élever les voix de protestation, en premier lieu, des mafias et des bandes criminelles qui contrôlaient l’exploitation de l’or, des diamants et du coltan au sud du fleuve Orénoque; en deuxième lieu, des groupes environnementaux et des organisations sociales (authentiques ou opportunistes, les deux existent), préoccupés par certains énoncés de l’Arc Minier de l’Orénoque, et dévastés dans leur sensibilité par une propagande systématique et bien organisée. En troisième lieu, viennent les attaques contre l’Arc Minier de la part des transnationales et des gouvernements étrangers qui voient freiné ou stoppé leurs plan de tirer bénéfice des richesses minérales du sol vénézuélien. En dernier lieu intervient aussi un secteur citoyen qui n’a jamais été intéressé ni par le thème de la mine, ni par celui de la souveraineté, pas plus que par la problématique indigéniste ou environnementale, mais qui voit dans l’Arc Minier un thème facile pour insulter et pester, même sans éléments concrets.

Exploitation minière ou seulement responsable ?

L’Arc Minier de l’Orénoque (AMO) est un thème sensible et vulnérable pour une raison puissante: l’exploitation minière, pour tout ce qu’elle représente dans le capitalisme industriel, est un thème facile à attaquer et susceptible de criminalisation. Il est pratiquement impossible de parler en termes laudatifs d’une activité qui a détruit nature et cultures, et qui a appauvri les pays pauvres dont le sous-sol contient la matière première. Quand le gouvernement vénézuélien a créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, le nom fit scandale, qui suggère qu’on peut faire de l’exploitation minière tout en contribuant à l’écologie. Quand on donne les éclaircissements et les précisions nécessaires – il n’existe pas d’exploitation minière écologique mais il existe une forme hautement polluante de l’exercer -, il est trop tard: le nom du ministère fonctionne comme le titre des articles, et la majorité s’y arrête sans approfondir le contenu.

 

Le résumé ou la synthèse de ce cirque volant communicationnel est celui-ci : on attribue à l’Arc Minier (créé en 2017) toute la dévastation causée par un exercice irresponsable, esclavagiste et déprédatrice de l’exploitation minière pendant les deux siècles antérieurs. Il n’a servi à rien d’informer, intensément et de manière soutenue, sur le fait que l’Arc Minier est la réponse de l’État pour diminuer la pollution engendrée par l’activité extractiviste, pour faire que la classe ouvrière (travailleurs de la petite exploitation minière) s’engagent à une exploitation plus propre et responsable, pour préserver les zones sacrées et peuplées par les peuples indigènes. Toujours revient la campagne qui rejette la faute sur l’État vénézuélien de générer ce qu’il vient en réalité éradiquer et corriger.

Le contexte est le suivant. Il y a des territoires au nord de l’état de Bolivar (sud du Venezuela, limitrophe avec le Brésil et le territoire de l’Essequibo) où on pratique depuis 200 ans l’exploitation minière, moyenne et à grande échelle. Dans ces zones s’est développé, comme dans toute ville ou conglomérat humain produit par les dynamiques économiques extractivistes, un réseau de mafias, prostitution et drogues, pollution au mercure, dévastation des zones naturelles, présence de transnationales (dans la seconde moitié du vingtième siècle) et corruption. Pour ces raisons, l’Etat a décrété un plan, applicable dans des zones spécifiques de ces territoires, baptisé Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque. L’État vénézuélien avait une dette historique envers les habitants de cette région et de tout le Venezuela, qui consistait à reprendre le contrôle souverain de ce territoire et de ses ressources, et cela ne peuvent le faire à eux seuls ni le gouverneur de Bolivar, ni les Forces Armées, ni l’entreprise privée, ni un ministère. L’Arc Minier compte parmi ses principes directeurs le respect des peuples indigènes, la protection de zones où il n’est ni nécessaire ni pertinent de développer l’exploitation minière, la mise en œuvre de techniques et de méthodes moins toxiques et moins destructrices que l’usage traditionnel du mercure, et la dignification et la relance de la petite exploitation (activité dont vivent des milliers de familles depuis plusieurs générations) alors que se réduit et se régule l’exploitation minière à grande échelle. Il est faux que vont être dévastés 111.800 kilomètres carrés de forêt, comme le dit la propagande contre l’Arc Minier: le décret estime que moins de 5 pour cent de ce territoire sera directement affecté, et que cela est suffisant pour extraire les ressources du sous-sol.

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Le gros de la campagne contre l’Arc Minier s’est appuyé sur des images et des témoignages recueillis dans les zones minières… avant le décret gouvernemental. Fleuves éteints et réduits à des puits stériles pleins de mercure, vastes zones forestières dévastées. Il s’est avéré incroyablement difficile d’expliquer aux groupes d’opinion créés à ce sujet comprennent que l’Arc Minier est une solution potentielle à ces dévastations et non leur origine.

Tandis que cette propagande négative se renforce et que se déploient des sites informatifs ( http://arcominerodelorinoco.com/ ) financés par la NED (National Endowment for Democracy (cette façade montée par le Département d’État pour “laver” ou filtrer ses rétributions aux mouvements anticommunistes, progressistes et anti-vénézuéliens d’Amérique) charriant tous les préjugés et les mensonges proférés contre l’AMO, le travail sur le terrain a commencé à démontrer son efficacité en matière de captation souveraine et responsable de ressources. Le Venezuela a produit entre 2012 et 2016, 5,1 tonnes d’or, avec des processus conventionnels et l’intervention minière à grande échelle. En seulement huit mois à partir de l’activation de l’Arc Minier de l’Orénoque, la production a atteint 8,6 tonnes. Ces 8,6 tonnes ont été converties en lingots et entreposées dans les chambres fortes de la Banque Centrale du Venezuela, pour grossir les réserves internationales, les actifs de la République.

Le cas le plus récent et vérifiable du pillage de l’or vénézuélien est celui de Curaçao, une dépendance hollandaise des Caraïbes proche de nos côtes: cette île a exporté 2.300 millions de dollars en or entre 2010 et 2015, sans posséder une seule mine d’or…

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L’explication de ce saut olympique tient à deux facteurs d’explication: le contrôle effectif des ressources exploitées, qui auparavant “s’évadaient“ impunément par d’autres pays à travers les fleuves et les forêts, et l’encadrement de la petite exploitation minière, jusqu’ici considérée comme illégale et objet de persécution.

Classe ouvrière et communautés de mineurs

Dans la petite exploitation se trouve la clef, non seulement de l’augmentation de la production mais de l’humanisation et de la reconnaissance de l’activité minière. Les travailleurs se sont organisés en Conseil Populaire Minier, et cette instance de travailleurs maintient une relation net une coordination directes avec l’État. En échange de cette reconnaissance ce sont les travailleurs organisés qui concrétisent et massifient les instructions et la philosophie de l’Arc Miner : petit à petit on élimine l’usage du mercure (la technologie d’extraction par cyanure et charbon actif est moins risquée et moins polluante), on réalise un recensement des travailleurs qui interviennent dans le processus, on vérifie l’accomplissement des engagements centraux: les ressources extraites ne sont vendues qu’à l’État (un coup porté aux mafias transnationales) et les zones protégées et les territoires indigènes sont respectés et préservés.

De nombreux activistes de l’agroécologie, et beaucoup d’entre nous, défenseurs d’une agriculture propre et liée à la terre, souhaiteraient que l’exploitation minière soit proscrite come activité économique. Mais dans des territoires où il y a des communautés qui vivent de la petite exploitation minière depuis plusieurs générations cette élimination ne serait pas possible sans perpétrer un véritable génocide. Après avoir longtemps tourné le dos à l’exploitation minière l’État vénézuélien a permis que croissent des phénomènes parallèles et pervers de l’extractivisme criminelle à grande échelle et la délinquance organisée qui a pillé ces ressources durant des siècles.

Il y aura certainement une opposition au projet, et le discours transversal continuera à être la perversion de l’activité minière en tant qu’activité extractiviste. Toute attaque transnationale, corporative ou de gouvernements ennemis, sera compréhensible et logique. La difficulté sera de concilier le discours de groupes environnementalistes (authentiques ou manipulés) du Venezuela qui continueraient à attaquer l’exploitation minière pendant que l’on continue à se servir de l’activité minière par antonomasie : la pétrolière. Attaquer l’activité minière pendant qu’on vit du pétrole : c’est le paradoxe fondamental de ces étranges temps de furie antivénézuélienne.

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L’assemblée informative commence avec les mineurs, avant d’initier le recensement. Ils sont dans une communauté proche de Tumeremo, mais plus proche du territoire de l’Essequibo, où sont arrivés au bout d’un voyage de plusieurs heures en barque. Les jeunes du Ministère du Développement Écologique expliquent le motif de leur présence : quelques hommes interviennent, interrompent, veulent parler tous à la fois, par moments la conversation se fait lourde et difficile. Soudain arrive un monsieur qui veut mettre « de l’ordre » à sa manière : il sort un pistolet et tire vers le toit. Alors les autres se taisent. Sachez-le : il y a beaucoup de façons de faire respecter un droit de parole.

Pendant trois mois une équipe de techniciens et de professionnels du Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, accompagnés par des jeunes garçons et filles de la Mission Piar et du Plan Travail pour les jeunes, formé dans sa majorité par des jeunes de 17 à 35 ans, ont décidé d’abandonner leur confort pour se submerger dans la forêt et créer à la sueur de leur front, le Registre Unique des Mineurs (RUM); pour connaître et faire connaître de près la réalité des peuples miniers qui habitent l’Arc.

Ainsi formulé, cela pourrait sembler n’être qu’une action de plus de la bureaucratie d’État. Jusqu’à ce qu’on se rende compte des données profondes du contexte et que l’exploit soit mesuré à sa juste valeur : il y avait des endroits où aucune institution de l’État n’avait jamais mis les pieds, et c’est là où ces jeunes garçons et filles ont dû se rendre, se plongeant dans des zones où se déplacent des groupes et des individus qui exercent le contrôle et l’autorité sans discussion possible. Ces derniers qui ont oublié un (gros) détail : cette région fait partie d’un pays où il y a des lois et des institutions. La Révolution a décidé de ne pas le leur expliquer à coups de tanks, d’avions et d’infanterie (ce à quoi on pense souvent dans cette situation) mais en envoyant des jeunes armés d’un sourire, d’une dose de naïveté, et de l’envie de travailler. A la tête de cette équipe chevauche Félix Caraballo, un lutteur de La Vega qui jusqu’il y a peu de mois n’en savait pas beaucoup sur les mines mais pas mal sur les dimensions humaines de l’organisation sociale.

Auparavant le mineur arrivait à un lieu où l’information était centralisée; cette fois, avec l’appui des organisations populaires et de mineurs organisés, plus de 70 jeunes ont habité chez eux, dans les mines d’or de l’état Bolívar. C’est là, dans cet autre Venezuela, caché pour la majorité, qu’ils ont déambulé, embrassant avec vigueur et apprenant avec les neurones frais une réalité en marge du quotidien.

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Le travail du Registre Unique des Mineurs

Petits et (grands) mineurs : de la mitraille à l’hymne national

Liss Lares a 30 ans, est sociologue et assistante adjointe à la Direction Générale de la Gestion Productive de la Petite Exploitation Minière; elle a fait partie de cette équipe qui est partie dans la forêt à la recherche de ces vénézuéliens demi-oubliés. “Nous sommes restés dans les mines des municipalités de El Callao, Cedeño et Piar; nous avons dormis dans des espaces seulement pourvus d’un toit, dans des hamacs ou sans hamacs, avec une moustiquaire, dans des zones ou rôde le paludisme, où il y a des dynamiques de violence. Nous avons mangé ce que mangent les mineurs, car c’est de ce que cela qu’il s’agissait. Pour nous ce fut un processus transformateur, nous avons toujours été disposés à arriver aux mines les plus profondes et nous avons réussi à atteindre la tâche que nous nous étions fixée”.

Le Registre Unique Minier a eu pour objet la caractérisation des zones consacrées à l’exploitation minière et à ses réalités connexes: qui sont les mineurs, d’où ils viennent, quels sont les attentes de ces personnes qui vont chercher de l’or et d’autres ressources minérales de la terre. Liss était particulièrement intéressée de connaître la situation de la femme; créer cet instrument qui permettra à l’État d’orienter les politiques sociales avec l’appui du peuple des travailleurs de la mine, fut une bonne occasion de s’approcher de cette réalité.

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Liss Lares, s’acclimatant au rythme minier

Pour le dire avec élégance et décence, les femmes sont les personnes qui ont vécu les pires choses dans un territoire et une activité où abondent, parmi les mineurs de vieille souche et qui ont construit une culture de travail, des aventuriers de partout du Venezuela et d’autres pays, qui lorsqu’ils arrivent à une zone minière (à une “bulla”: c’est le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté) installent en grappe un campement chaotique et insalubre, couvert de baraques et de toits de plastique; ils s’organisent pour perforer des trous de plusieurs mètres de profondeur, sortir les “moulins” et récupérer de l’or à raison d’un gramme par 200 kilos de matériel brut. Dans la culture du mineur, tout travailleur nouveau qui sort ses premiers grammes d’or doit les dépenser dans les currutelas (bordels), où les jeunes filles se font payer en grammes (un gramme valait 5 millions de bolivars en décembre). Il y a aussi des femmes qui travaillent à creuser le sol mais la stigmatisation fait que toute femme qui travaille comme mineuse soit qualifiée ou traitée comme un objet sexuel.

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Une “bulla” : le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté

Hilgardo Medina travaille comme analyste au ministère, sa préoccupation principale est l’impact environnemental que provoque l’exploitation minière. Dans un véhicule du style Fun Race il a voyagé huit heures de Tumeremo jusqu’à la mine de Botanamo. Tenter de récupérer la couche végétale superficielle où on note les dommages environnementaux est la raison d’être de ce qu’on appelle l’« exploitation minière écologique”, et qui ont éveillé tant de doutes et de soupçons chez des personnes qui croient tout savoir de la mine mais ne sont jamais allés à aucune d’elles. “C’est le lieu où on accède le plus difficilement, ce n’est pas un problème d’accès physique mais la difficulté d’accéder à la conscience du mineur”, dit Hilgardo. “A Botanamo, il y a deux ans, il y a eu une opération de la garde nationale qui a démantelé le campement des mineurs pour trouver le chef d’une bande criminelle qui opérait sur ce territoire. Quand les mineurs ont repris le territoire ils se sont réinstallés comme une organisation populaire, avec leurs règles internes pour restituer l’ordre et avec un grand niveau de conscience. Aujourd’hui quand ils nous ont reçu ils ont chanté l’hymne national”.

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Mineurs en condition d’artisans

Alexandra Meneses, ingénieure géologue, diplômée de l’Université d’Orient, a 26 ans et bien que sa spécialité soit le pétrole, sa vocation sociale l’a poussée à rejoindre cette équipe. Durant cinq semaines elle a parcouru les différentes zones pour parvenir aux fronts miniers et inspecter, géoréférencer (à l’aide du GPS) chacune des communautés productives. “Un jour nous sommes arrivés à la Mine de Hoja de Lata, située dans la municipalité de El Callao, à neuf heures du soir. A cette heure nous avons dressé le campement; le jour suivant nous nous sommes éveillé à 5 h. 30 pour nous doucher avec un demi seau d’eau et déjeuner entourés de chèvres, de vaches, de chiens et de coqs. Parfois nous marchions pendant deux heures et en arrivant à la mine nous nous mettions à travailler immédiatement avec les gens, mais très tôt on se réunissait avec l’équipe pour préparer l’assemblée d’introduction avec les mineurs, pour les informer de ce que nous étions en train de faire sur place. Ensuite nous revenions à El Callao comme point de rencontre pour laver les vêtements, se reposer et réunir les données que nous avions recueillies”.

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Saydubi Santana est de Caracas, elle a 25 ans, est activiste de la communauté de la diversité sexuelle et était chargée de l’enregistrement audiovisuel. Durant le parcours de six heures aller/retour à El Chivao en barque, elle est tombée malade à El Dorado, et vu les symptômes, a dû être rapatriée parce qu’on soupçonnait le paludisme. Finalement on a su que c’était autre chose : un parasite qui s’était introduit par les pieds. Le paludisme fait peur à cause de ses séquelles : tu l’attrapes une seule fois et l’organisme s’en ressent toute la vie. Elle était en train d’apprendre tout ça quand elle rencontra un mineur qui avait souffert réellement du paludisme… mais 79 fois. “Voir autant d’enfants malades de paludisme, voir des jeunes filles de 15 ans travailler dans un bordel pour survivre au coût de la vie élevé, observer la division marquée des rôles de genre, c’est-à-dire l’homme à la mine et la femme à la cuisine, c’est quelque chose de réellement très choquant”. On suppose que l’Arc Minier a été créé pour mettre un terme à ces choses choquantes mais, à cause de la propagande, beaucoup de gens continuent à croire que ce fut l’Arc Minier qui a créé ces maux. Qu’allons-nous y faire ? Un jour nous apprendrons à écouter des histoires de la voix de ceux qui se sont plongés dans l’Histoire.

José Roberto Duque et César Vázquez

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/ et http://epaleccs.info/chambeando-en-otra-venezuela/. Photos: José Roberto Duque et Emilio Guzmán

Traduction : Thierry Deronne

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Au Venezuela, la souveraineté commence par les semences

L’un des enjeux les plus importants de la Révolution Bolivarienne est la construction d’un modèle de production agricole qui garantisse la sécurité et la souveraineté alimentaires, aujourd’hui plus que jamais menacées, et qui offre une alternative au système capitaliste de l’agro-industrie, destructrice et prédatrice. Il s’agit d’un programme ambitieux, qui repose sur un grand nombre d’expériences déjà réalisées dans ce sens dans tout le pays. C’est maintenant au tour de l’Etat de jouer, en instaurant des politiques publiques qui permettront de multiplier ces expériences sur le long terme, de les renforcer et d’en étendre le champ d’application.

POUR UNE AGRICULTURE DIVERSIFIEE ET « ZÉRO DEVISES »

« La possibilité de construire un modèle alimentaire différent, diversifié et souverain fait partie d’une agriculture « zéro devises ». Le Venezuela reste fortement dépendant de l’importation de tous les éléments constituant la chaine de production de l’agro-industrie : depuis les semences jusqu’aux intrants et aux technologies. Il s’agit d’une chaine de production industrialisée des aliments autour de laquelle s’organise le « bachaqueo » : c’est le nom populaire donné au pillage des produits subventionnés au Venezuela pour les revendre à prix majoré (dans le pays lui-même mais aussi et surtout en Colombie ou dans d’autres pays voisins à économie strictement néo-libérale) et à la spéculation, alors même que ces systèmes de production agro-industriels ont depuis toujours bénéficié d’aides et de subventions de la part de l’Etat.

L’agrobusiness s’est développé au Venezuela grâce à  l’appropriation de la rente pétrolière et des biens publics par une poignée de familles ; si nous voulons construire un autre modèle, nous devons modifier tous les éléments de la chaine, des semences à la consommation », nous explique Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« .

Des efforts ont été faits dans le sens d’un tel changement tant par des institutions que par le peuple organisé. La Loi des Semences (2015), fruit de trois années de débats populaires constituants, en a été l’un des résultats les plus importants. Une vision agro-écologique s’en dégage, valorisant la semence indigène, afro-descendante, paysanne et locale. Anti-transgénique, anti-brevet et anti-privatisation, la Loi des Semences respecte la législature constitutionnelle selon laquelle le génome d’êtres vivants ne peut pas être privatisé et l’importation, la production et le semis de graines transgéniques dans le pays doit être interdite.

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Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« 

Actuellement, nous dit Ana Felicien, « de gros efforts sont faits par le peuple mobilisé pour produire et améliorer diverses variétés de semences autochtones, permettant de retrouver la diversité de notre patrimoine génétique et de diminuer notre dépendance aux importations. C’est déjà le cas pour les semences de maïs, de pommes de terre et de quelques autres variétés de légumes ».

AMELIORER NOS PROPRES SEMENCES POUR AMELIORER LA PRODUCTION

« Pour améliorer la production alimentaire, il faut commencer par les semences. Le soutien apporté par l’Etat dans cette optique existe mais doit être plus fort et plus efficace. La dépendance aux semences, outre le fait qu’elle limite la production, va à l’encontre de la politique voulue », affirme l’agriculteur Pablo Characo, producteur de maïs appartenant à la communauté de Guanape (Etat d’Anzoategui) et membre d’un réseau national de producteurs de semences. « Notre communauté travaille à la production et à l’amélioration des semences –en particulier celles de maïs- depuis dix ans et a obtenu de très bons résultats. Nous avons commencé à produire nos propres semences pour plusieurs raisons, mais avant tout par nécessité : les semences que nous nous procurions sur le marché n’étaient pas de bonne qualité et n’arrivaient que lorsque la saison des pluies était terminée. Nous étions aussi affectés d’un point de vue économique, car pour la majorité d’entre nous il est difficile d’acheter des semences importées en raison de leur coût élevé. Le simple fait qu’une semence vienne de l’extérieur peut lui faire perdre, à son arrivée dans le pays, toute garantie d’un bon rendement en raison du changement de climat et d’autres facteurs », nous explique Characo.

Le processus d’amélioration de la semence de maïs créole autochtone (comme l’ont nommée ses producteurs) a apporté de nombreux avantages à la communauté de Guanape. « Nous nous sommes rendus compte que la semence que nous produisions nous-mêmes était de meilleure qualité que celle vendue sur le marché. Tout d’abord parce que n’étant pas obligés de l’acheter, nous avons pu en baisser les coûts de production, ce qui nous a apporté des bénéfices et nous a permis d’améliorer nos conditions de vie ». Mais en dehors du point de vue économique, nous avons aussi pris en considération d’autres aspects pour améliorer nos semences : les conditions climatiques, sociales, politiques et culturelles. Par exemple, les pluies sont insuffisantes à Guanape, nous avons donc adapté nos semences à ce type de climat: elles n’ont pas besoin d’une trop grande quantité d’eau et résistent à la sécheresse. Par ailleurs, à part l’agriculture, nous faisons aussi de l’élevage (ovins, porcs, vaches, volailles) et nos semences, riches en protéines et à forte concentration d’amidon, servent d’aliment pour notre bétail. Nous avons pu vérifier que grâce à cette alimentation, les animaux prennent plus de poids et produisent plus de lait. Le maïs que produisent nos semences pèse plus lourd et est donc plus avantageux à vendre », selon lui.

« La semence que nous avons améliorée ne nécessite pas non plus un tas d’engrais chimiques pour produire, car nous avons adopté une approche agro-écologique : nous utilisons un humus de lombrics et de matière organique comme fertilisants, ainsi que des « contrôleurs biologiques » contre les maladies. Nous avons utilisé un seul produit agro-chimique à petite échelle pour les mauvaises herbes, mais nous cherchons à l’éviter afin de produire des aliments totalement naturels, de préserver la qualité de nos sols et le milieu ambiant. Car nous savons bien que les produits agro-chimiques utilisés en agriculture contaminent les cours d’eau et par conséquent affectent aussi notre qualité de vie », affirme Pablo Characo, qui rappelle que cette semaine, ils apporteront leur appui à d’autres communautés de Guasdualito (Etat d’Apure).

SAUVER LA DIVERSITE ET NOS SAVOIR-FAIRE 

A l’autre bout du pays, dans des communautés du plateau andin, on œuvre aussi à la sauvegarde de légumes autochtones, comme les pommes de terre natives, la cuiba, la ruba, entre autres. « Notre objectif est de sauver aussi bien la diversité des semences de légumes d’origine andine que les savoir-faire liés à leur emploi », explique Liccia Romero, professeure à l’Université des Andes (ULA)  et à l’Université Polytechnique Régionale « Kleiber Ramirez », et membre d’une petite équipe d’investigation qui depuis 18 ans travaille avec une communauté de l’État de Mérida, celle de Gavidia. « La production de pommes de terre de commerce est très dépendante de l’achat de semences qui doivent être renouvelées périodiquement pour échapper à la dégénérescence de la semence-tubercule. Cependant, les communautés paysannes utilisent une série de savoir-faire et un matériau qui rendent possible un refroidissement de longue durée de cette semence et ne connaissent donc par cette dépendance. Par conséquent, aussi bien le matériau -les semences dans toute leur diversité- que les compétences représentent des éléments-clés pour repenser un nouveau modèle productif ne dépendant pas du schéma commercial, de la certification des semences et de coûts de production élevés. Cette option doit être valorisée par nos politiques publiques, qui jusqu’à présent restent trop attachées à la certification.

« La semence paysanne doit être reconnue dans toute sa diversité et toute sa potentialité », soutient Liccia Romero, « la grande diversité de semences que possèdent ces communautés permettent d’obtenir de nombreux produits et  permet différents procédés de récolte, y compris leur conservation sur le long terme, (d’où l’appellation « pommes de terre annuelle »), fondamentale pour la souveraineté et la sécurité alimentaires. De plus, il s’agit de tubercules qui permettent d’adopter facilement un mode de production agroécologique et durable : ils ne nécessitent pas l’usage de produits agro-chimiques, que ce soit pour la conservation de la semence ou pour obtenir une bonne récolte. Ce sont des semences qui ont été sélectionnées pour leur capacité de résistance soit à des maladies dues aux nuisibles, soit à des conditions naturelles défavorables. Elles sont tout-à-fait adaptées au le contexte d’incertitude climatique que nous connaissons actuellement.

Pour l’instant, nous avons notre propre technique de semis à l’intérieur de l’espace communautaire de Gavidia. Au début nous étions 3 familles, maintenant nous sommes 25 à posséder et à reproduire nos propres semences. En-dehors de Gavidia, 17 autres agriculteurs en ont reçu et les multiplient. Mais cela représente un espace restreint, la plupart des familles continuant à dépendre des semences du commerce qui nécessitent beaucoup d’intrants chimiques, une fertilisation intense et de grandes quantités d’eau pour leur irrigation, donc d’une agriculture assez coûteuse », commente Romero.

« Pour que ces expériences puissent s’étendre, il leur faut l’appui d’une politique publique comprenant des programmes spécifiques allant dans ce sens ». L’Etat doit reconnaître la semence paysanne dans toute sa diversité et ses potentialités, en mettant en place des politiques d’incitation à cette forme d’agriculture. « Des organismes de financement comme FONDAS (1) par exemple pourraient lancer des programmes spécifiques pour répandre l’usage de cette catégorie de semences à l’aide de financements et de transferts de savoir-faire. Ce dont ces cultures ont un besoin essentiel, c’est d’une fertilisation organique, d’un sol bien aéré et d’un mode d’exploitation particulier, facilement transmissible. Notre équipe organise fréquemment des ateliers pour enseigner ces pratiques à de nouvelles familles d’agriculteurs qui les apprennent rapidement et les mettent en pratique. Mais notre champ rayon d’action est limité car nous sommes une petite équipe ».

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Une politique publique mise en place dans cette perspective devrait renforcer et accélérer les processus d’investigation, selon Liccia Romero : « L’une des difficultés que nous rencontrons, par exemple, est de trouver le procédé permettant de cultiver cette variété de pomme de terre à plus basse altitude, car jusqu’à présent elle n’a été produite qu’à Gavidia, qui est un plateau de haute altitude ».

Ces politiques publiques devaient aussi développer un marché plus étendu pour l’écoulement de variétés de pommes de terre native dont la culture ne satisfait pour le moment que l’autoconsommation locale : « elles ne sont pas produites en plus grandes quantités car leur commercialisation reste difficile, la plupart des gens ne les connaissant pas et étant habituée à consommer la pomme de terre de commerce. Cependant, les producteurs de cette sorte de pomme de terre préfèrent eux-mêmes acheter la pomme de terre native pour leur consommation personnelle : elle est plus goûteuse et plus naturelle. Ils ne consomment souvent pas les pommes de terre qu’ils cultivent, sachant très bien qu’ils utilisent de grosses quantités de produits agro-chimiques pour leur production », dit Liccia Romero. « Les autres tubercules d’origine andine, comme la cuiba et la ruba sont moins connues mais présentent un grand potentiel de culture agroécologique ainsi qu’une grande diversité de produits dérivés possibles. Ce sont nos propres produits qui contribuent à notre identité andine et vénézuélienne », conclut-elle.

Note

(1) Fond pour le Développement Agricole Socialiste : organisme public rattaché au Ministère du Pouvoir Populaire pour une Agriculture productive et des Terres. Lancé en 2009 par le biais d’une activité de production et d’octroi de crédits aux petites et moyennes unités de production afin d’améliorer la qualité de vie des communautés paysannes.

Source : http://www.albatv.org/La-soberania-comienza-por-las.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent. 

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral important pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste

Arantxa Tirado, @aran_tirado

Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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Différences entre la lutte anticorruption menée par le Venezuela et celle dirigée par les Etats-Unis. 

29 octobre2017

fiscal

Tarek William Saab, Procureur Général de la République

L’Etat moderne et le capitalisme sont fondamentalement corrompus, c’est pourquoi dès leur apparition en Amérique Latine, la corruption y a existé. Depuis l’emploi que fit Santander des ressources de la Colombie afin de laisser les troupes du Libertador démunies de tout argent au 19ème siècle, la corruption s’est donnée deux objectifs : l’enrichissement personnel et la manipulation politique.

La nouveauté du XXè siècle fut la poursuite constante d’une prétendue « lutte contre la corruption » très sélective, dirigée par les Etats-Unis pour faire tomber des gouvernements considérés comme portant atteinte à leurs intérêts hégémoniques dans le monde, et surtout dans ce que ce pays considère comme son « arrière-cour ». Leur utilisation partiale, discriminante et très sélective de la lutte anti-corruption est basée sur cet objectif. Par exemple, la dite « Operation Lava Jato » au Brésil a réussi à atteindre son but : la destitution de Dilma Roussef de la Présidence sans que son implication dans les affaires de corruption et de négligence administrative dont elle fut accusée n’ait jamais été prouvée, ce que reconnurent même des médias tels que la BBC. L’objectif actuel est d’emprisonner le candidat favori des prochaines élections présidentielles, Lula Da Silva.

A l’inverse, les accusations de corruption contre Michel Temer, qui reposent pourtant sur des faits avérés , ont été rejetées et il continue à exercer la présidence du Brésil en toute illégitimité, imposant un retour en arrière dans  toutes les avancées politiques réalisées par les gouvernements du Parti des Travailleurs brésilien. Il se passe la même chose dans l’affaire de l’entreprise de bâtiment et de travaux publics Odebrecht, dûment divulguée et filtrée depuis le Département de Justice des Etats-Unis dans le but d’attaquer des gouvernements progressistes ou des personnalités qui après leur sortie du gouvernement, sont devenus gênantes pour les intérêts états-uniens, comme cela s’est produit au Pérou, au Panama et au Guatémala.

Egalement utilisé pour discréditer l’image du gouvernement des Kirchner en Argentine, ce moyen est employé pour amener le président de l’Equateur, une fois trahi le vote qui le désigna pour poursuivre la ‘révolution citoyenne », à entamer un processus de privatisation et à faciliter la détention du vice-président qui avait été son compagnon de la campagne présidentielle mais qui fut le premier à élever la voix contre ses intentions de privatiser les entreprises de l’Etat équatorien et à attirer l’attention de manière générale sur la trahison par Lenin Moreno  des réalisations de Rafael Correa.

Par contre, l’affaire des Panama’s Papers, dans laquelle étaient impliqués des présidents et leaders de pays alliés des USA comme l’Argentine, le Chili et l’Arabie Saoudite, a été étouffée. Toutefois, l’implication de Macri n’a pas été niée, pas même par son avocat qui s’est contenté de défendre la légitimité des entreprises offshore. 

La lutte anticorruption menée par le Venezuela est radicalement différente. Des affaires comme celle de « Coco » Sosa, des dizaines de hauts dirigeants de l’entreprise publique du pétrole PDVSA parmi lesquels l’ex-président Orlando Chacin, prouvent que personne n’est intouchable.

Pour les Etats-Unis, la « lutte contre la corruption » tant vantée n »est qu’un combat contre l’Etat Nation

Le combat que mène le gouvernement bolivarien contre la corruption est dirigé depuis l’Etat lui-même et adopte une méthode très différente. En premier lieu, c’est le Président Nicolas Maduro lui-même qui en a pris la tête. A plusieurs occasions, il exigea de la Ministre de la Justice, Luisa Ortega Diaz de sanctionner les délits de corruption affectant la stabilité de la nation. Mais Ortega Diaz et son époux German Gerrer ont construit une pyramide d’impunité et faisaient chanter (pour procéder à des extorsions) ceux qui auraient dû être condamnés pour ces mêmes délits, confiants dans le vieil adage qui absout le « voleur volé » ; se voyant découvert, ils ont fui le pays pour se joindre à la campagne internationale contre le Venezuela.

Contrairement à Ortega Diaz, le Procureur Général qui lui a succédé – Tarek William Saab – personnifie l’Etat vénézuélien et a pris l’offensive contre la corruption, aboutissant hier à la détention du déjà cité Orlando Chacin, qui était aussi le vice-président du service Exploration et Production de PDVSA. Des chefs d’accusation tels que « association de malfaiteurs, obstruction à la liberté de commerce et  collusion de fonctionnaires avec des entreprises », ainsi que de  » péculat, détournement de fonds et dommages causés à l’industrie pétrolière » lui ont été imputés.

Cela permet de constater deux choses :  premièrement que la lutte menée contre la corruption inclut les cadres supérieurs les plus proches du gouvernement, deuxièmement, que la corruption constitue l’instrument utilisé par les intérêts des transnationales pour saboter l’économie nationale et détruire l’infrastructure de la plus importante entreprise du Venezuela.

La réaction de médias tels que Reuters a été très suspecte, car au lieu de saluer ces détentions, l’agence tente de ternir cet important coup porté à la corruption en dénonçant un prétendu affrontement qui n’existe pas entre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère Public.

En plein XXIème siècle, tandis que les médias privés d’information contrôlent toujours davantage l’opinion publique, au beau milieu d’une guerre multidimensionnelle qui produit des matrices d’opinions bénéficiant à l’élite occidentale, les enquêtes des principales agences internationales et d’ONGs qui publient et établissent des classements (rankings) de corruption, se basent sur des « enquêtes d’opinion » et non sur des chiffres réels, comme par exemple le nombre de plaintes publiques ou officielles déposées, de chefs d’accusation et  d’arrestations, ce qui aurait un caractère plus scientifique mais pourrait évidemment montrer au grand jour la réalité des chiffres, mettant les Etats-Unis et leurs alliés de la région sur la sellette.

Cela montre clairement que le modèle étatsunien de « lutte contre la corruption » tant vanté  n’est qu’un combat acharné contre l’Etat-nation pour éliminer les contrôles et faire du pillage et de la spoliation des ressources des pays d’Amérique Latine un acte légitime, par des discours prétendant justifier la nécessité de réduire la figure étatique et de tout abandonner aux mains des monopoles privés.

Pour le Venezuela en revanche, la lutte contre la corruption est un combat vital pour garantir la solidité de l’Etat, protéger et réorganiser les entreprises importantes pour le pays (comme la compagnie pétrolière publique PDVSA) ainsi que le système de gestion des devises dans un contexte économique où elles sont moins abondantes que les années antérieures. Toutes ces actions dépassent la simple question de l’économique et ont pour objectif la sécurité et la défense nationales.

Source : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/venezuela-y-eeuu-tienen-diferentes-objetivos-con-la-lucha-anticorrupcion

Traduction : Frédérique Buhl

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A propos de l’Arc Minier au Venezuela

L’Arc Minier au Venezuela, comme d’autres projets de sortie de la pauvreté (par exemple le canal interocéanique mis en construction par le gouvernement sandiniste du Nicaragua) sont critiqués par certaines ONG qui allèguent un « désastre écologique ». Même si on n’est jamais assez prudent, il ne faut pas sous-estimer le fait que cette vigilance existe aussi sur place et que les gouvernements progressistes sont plus soucieux que les gouvernements néo-libéraux de l’impact écologique. Par ailleurs on élude, de manière assez inhumaine, l’objectif de ces projets. Dans le cas vénézuélien, il s’agit de sortir les mineurs artisanaux du joug de mafias sans scrupules et, sur le plan national, de financer des droits fondamentaux comme la santé, l’éducation et toutes les politiques d’État dont des millions de citoyens pauvres ont un besoin vital. La prudence est donc requise, notamment vis-à-vis d’un anti-extractivisme qui s’est développé fortement sur la Toile… à partir du moment où les gouvernements progressistes en Amérique Latine ont mis fin au pillage de leurs ressources par les transnationales et les consacrent au développement social et économique de leurs peuples. (1)

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Ce jeudi 28 septembre 2017, un avion transportant 45 barres d’or a atterri à l’aéroport La Carlota en provenance de l’Etat de Bolivar. Cette cargaison permet de dépasser le chiffre de 4 tonnes d’or que contiennent déjà les coffres-forts de la Banque Centrale du Venezuela (BCV). Elle est le fruit du projet « Moteur Minier » initié par le Gouvernement national pour diversifier l’économie, la dégager du « rentisme » pétrolier ainsi que pour renforcer les réserves internationales face à la guerre économique.

« Depuis 2009, aucun dépôt permettant de dépasser ce montant  n’avait pu être effectué. Ce résultat a été obtenu grâce aux efforts conjoints du Ministère du Développement Ecologique et de plus de 25 000 petits mineurs syndiqués » explique le Ministre du Développement Minier Ecologique Victor Cano. Avec le déploiement du projet « Moteur Minier » dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque, l’extraction minière artisanale à petite échelle a fourni des cargaisons d’or apportant au pays de nouvelles sources de richesses par le biais d’une exploitation responsable, mettant fin au pillage par les mafias des guarimperos de la vaste réserve de ressources minérales  située dans le Sud de l’Etat de Bolivar. « Il est indéniable qu’une population locale a mis sur pied une activité minière depuis plus de 80 ans dans l’Arc Minier de l’Orénoque.  Nous voulons que cette activité se poursuive, mais il est temps qu’elle se fasse de manière responsable et sans nuire à l’environnement. Nous devons nous emparer des technologies et des savoir-faire qui permettront de changer la situation existant dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque » explique le ministre qui a appelé la population des mineurs à s’approprier les nouvelles technologies et à prendre connaissance des projets scientifiques afin de continuer à progresser vers une exploitation minière moins dommageable pour l’environnement.

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Victor Cano, le nouveau Ministre du Développement Minier Ecologique

Ces propos ont été tenus lors de la clôture des Journées Technologiques de l’Or qui se tenaient à la fin du mois de septembre à Ciudad Guyana, dans l’Etat de Bolivar. Lors de cette rencontre, plus de 3 000 techniciens, scientifiques, chercheurs et producteurs miniers ainsi que des représentants des Ministères de l’Education Universitaire, de la Science et de la Technologie et du Développement Minier Ecologique ont échangé expériences et savoir-faire. Le Ministre considère ces journées comme un pas supplémentaire dans l’élaboration d’une pratique minière en accord avec la nature et les droits des populations indigènes, ainsi qu’avec  les revendications économiques et sociales des mineurs et la reconnaissance de leur métier.

« L’idée est que notre activité minière nuise le moins possible à l’écosystème. Nous devons faire appel à la conscience de nos amis mineurs et nous adapter aux nouvelles technologies afin de parvenir à ce que cette activité ait le moins d’impact négatif possible sur l’environnement. Nous avons aussi pris des mesures pour rendre sa dignité au métier de mineur. Au Venezuela, l’être humain et la nature ont priorité sur l’exploitation de l’or et le mineur, sa famille et l’environnement passent en premier » explique le Ministre, qui insiste sur le fait que le gouvernement national et le pouvoir populaire des mineurs discutent, dans les assemblées permanentes,  des options possibles de substitution du mercure pour le traitement de l’or dans l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO). Cano rappelle que si depuis des années les petits exploitants miniers ont utilisé le mercure dans le traitement de l’or, c’est parce que cette méthode faisait partie d’un héritage d’exploitation et d’abus laissé par les transnationales qui opéraient dans la zone avec le soutien des gouvernements néolibéraux du « Puntofijismo » (coalition social-démocrate et social-chrétienne qui a gouverné le Venezuela durant 40 ans, de 1958 à 1998).

Jusqu’à ce jour, quelques villes minières du sud de l’Etat de Bolivar ont perçu des financements de la banque publique pour construire des usines de cyanuration, procédé consistant à faire évaporer rapidement le composant toxique utilisé dans l’extraction de l’or. Il attire également l’attention sur le financement que l’Etat affecte au développement de projets scientifiques et technologiques destinés à une exploitation optimale et responsable des richesses minérales du pays. Ces journées tendaient justement à  évaluer les solutions de remplacement proposées par des chercheurs vénézuéliens dans les domaines scientifique et technologique, afin de concevoir de nouvelles méthodes de traitement de l’or.

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L’initiative de l’Arc Minier a été lancée par le Président Hugo Chavez en 2011 dans le but de diversifier l’économie vénézuélienne et de briser sa dépendance historique au pétrole. Ainsi fut créée la Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque, qui s’étend sur une surface de 111  846,86 km2 occupant en grande partie le nord de l’Etat de Bolivar, et en moindre proportion le nord-est de l’Etat d’Amazonas et une partie de l’Etat de Delta Amacuro. Cette zone contient 7 000 tonnes de réserves d’or, de cuivre, de diamant, de Coltan, de fer, de bauxite et d’autres minéraux cruciaux pour l’industrie électronique et d’armement.

Cette stratégie de développement national est mal vue par les États-Unis : ce n’est un secret pour personne qu’une partie du financement du Département d’Etat des États-Unis est investi dans l’industrie médiatique afin de créer « des médias indépendants, libres et professionnels en plus grand nombre ». Ce financement est important (plus d’1 million 300.000 dollars). Les médias tels que « Efecto Cocuyo » et « OCCRP » (sigle en anglais pour « Projet d’Enquête sur les Délits Organisés et la Corruption) évoquent les « promesses non tenues » du gouvernement de Nicolas Maduro par rapport à l’Arc Minier. Cette opération est financée par le magnat Georges SOROS, Google, le « National Endowment for Democracy » (NED), l’USAID par le biais du Centre International de Journalistes (ICFJ), le Département d’Etat des États-Unis et la Confédération Suisse, ces deux derniers pays ayant été les principaux acquéreurs d’or du Venezuela entre 2010 et 2015.

Recyclage de la bannière de la corruption

Les Etats-Unis et ses corporations qui engendrent le chaos écrivent en gros titres, comme s’ils n’y participaient pas : »L’or et le chaos dans l’Orénoque » (en anglais) et « Arc Minier de l’Orénoque : criminalité, corruption et cyanure », ces articles servant d’alibi pour  poursuivre la narrative d’ingouvernabilité susceptible de justifier une intervention militaire tout en étayant leur propagande sur le journalisme d’investigation et en recyclant le thème de la corruption dans le cortège des matrices médiatiques destinées à alimenter le dossier « Etat en faillite ».

L’or échappe à tout contrôle

Selon les déclarations du vice-président du Conseil Législatif de l’Etat de Bolivar, Aldrin Torres, l’usage de la violence armée et l’appui de bandes armées ont commencé en 2011, juste après la révocation par le Président Chavez des concessions de quelques entreprises transnationales. Des affrontements entre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et des mafias minières, qui ont emprunté le visage de « syndicat » pour exercer leur contrôle sur l’extraction d’or et d’autres métaux précieux, ont été enregistrés cette année-là. Mais le scénario vénézuélien est loin de ressembler à la situation lamentable de certaines nations africaines, car l’Etat y combat les bandes paramilitaires. Cependant, une partie de l’économie aurifère reste partiellement hors du contrôle souverain de l’Etat vénézuélien, ce qui génère un trafic illégal d’or et représente donc une perte de ressources pour la nation.

Le Venezuela détient la principale réserve d’or du continent. En ce qui concerne la législation réformée en 2011, les médias ont tendancieusement utilisé la matrice de la nationalisation lorsqu’ont été établies des entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat vénézuélien devait avoir une participation actionnaire majoritaire. La violence devint le mécanisme auquel les entreprises concessionnaires évincées ont eu recours pour tenter de maintenir leur contrôle sur la commercialisation des minéraux, car bien que ne les extrayant plus, elles se chargeaient toujours de leur vente liée au marché mondial.

Quelques dates

Selon l’Observatoire de la Complexité économique de l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), le Venezuela a exporté 1 milliard 770 millions de dollars-or entre 2010 et 2015, dont 900 en Suisse en 2015, les Etats-Unis apparaissant comme acquéreur les années précédentes.

Curaçao, dont les côtes sont situées face au Venezuela, a exporté 2 milliards 300 millions de dollars-or  dans le même laps de temps. 539 millions (plus de la moitié de ce qui a été exporté par le Venezuela) ont été exportés en Suisse en 2015 (67%) et aux Etats-Unis (33%), ce qui représente 33% des recettes d’exportation de ce pays pour cette année-là.

Curaçao déclare avoir importé 2,28 millions de dollars-or (la millième partie de ses exportations). Ce qui nous pousse à nous demander d’où sort le restant d’or exporté par Curaçao et d’où provient l’intérêt commercial de la Suisse et des Etats-Unis à payer des journalistes pour qu’ils présentent une version  de sang et de chaos à l’intérieur de la zone minière.

Ordre ou chaos ?

Ce n’est pas la première fois que le Venezuela tente de mettre de l’ordre dans son modèle  extractif, comme ce fut le cas pour la Frange Pétrolifère de l’Orénoque (FPO), zone riche en pétrole lourd et extra-lourd située au nord du fleuve Orénoque et de l’Arc Minier. Avec l’aménagement de zones d’extraction sur le territoire des Etats de Guárico, Anzoátegui et Monagas, la participation de plus de 20 entreprises mixtes de différents pays et la mise en œuvre du plan de certification « Proyecto Magna Reserva », a été calculé le meilleur mode d’organisation possible pour une région dont le sous-sol contient les réserves de pétrole les plus importantes du monde : 296 milliards 500 millions de barils (avec un facteur de reconstitution de 20%).

Les évènements violents liés à l’activité pétrolière sont peu nombreux et l’intention de Chavez était d’appliquer le même mode d’extraction méthodique au sud de l’Orénoque. Si malgré toute la vision politique et souveraine adoptée par la FPO, des structures mafieuses constituées de hauts fonctionnaires du Ministère Public, d’importants gérants d’entreprises pétrolières et des entreprises de tous bords ont pu apparaître comme dispositifs de sabotage de l’industrie pétrolière, ce qui peut se produire dans la zone du Bouclier Guyanais est bien pire : une activité minière illégale s’y maintient et des bandes criminelles y sont présentes, ainsi que des agent de la MUD (Mesa de la Unidad Democratica) comme Americo de Grazia, à qui la journaliste de droite Patricia Poleo en personne dit être intéressée à ce que la « situation actuelle » d’exploitation minière illégale y perdure.

Par ailleurs, une donnée géopolitique est devenue incontournable : les achats massifs d’or par la Russie et la Chine au cours des dernières années vont de pair avec l’édification d’une architecture financière mondiale basée sur des monnaies autres que le dollar et rivées à l’étalon-or qui les soutient comme réserve de valeur et d’échange. Ce qui représente une atteinte au règne du pétrodollar qui a soutenu les Etats-Unis en tant que principale économie mondiale basée sur l’émission de billets verts devant influer sur le commerce pétrolier et d’autres matières premières au niveau mondial.

Le fait que le Venezuela détient la plus importante réserve d’or de la région représente non seulement pour le pays une source de devises non liées au pétrole sur le moyen terme et est nécessaire pour la stabilisation de l’économie nationale face aux sanctions a américaines, mais devient aussi un actif sensible pour retarder ou accélérer, selon l’angle géopolitique où l’on se place, le processus de dédollarisation mondial qui menace l’hégémonie de Washington. C’est ce qu’il faut lire entre les lignes de la propagande contre l’Arc Minier de l’Orénoque.

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Note:

(1) Sur ce thème on peut lire l’enquête de terrain de Marco Teruggi, « L’or en temps de guerre », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/27/lor-en-temps-de-guerre/

Source : Eder Peña, article publié dans http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/al-fondo-del-arco-minero-del-orinoco-los-que-financian-el-caos-y-la et données disponibles sur le site du Ministère du Développement Écologique Minier : http://desarrollominero.gob.ve/

Traduction : Frédérique Buhl

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Le Venezuela se rebelle contre le pétrodollar (Il Manifesto)

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par Manlio DINUCCI

“A partir de cette semaine le prix moyen du pétrole est indiqué en yuan chinois”, a annoncé le 15 septembre le Ministre vénézuélien du pétrole. Pour la première fois le prix de vente du pétrole vénézuélien n’est plus indiqué en dollars.

C’est la réponse de Caracas aux sanctions lancées par l’administration Trump le 25 août, plus dures que celles de l’administration Obama en 2014 : elles empêchent le Venezuela d’encaisser les dollars venant de la vente du pétrole aux Etats-Unis, plus d’un million de barils par jour, dollars jusqu’ici utilisés pour importer des biens de consommation comme les produits alimentaires et les médicaments. Les sanctions empêchent aussi le commerce de titres émis par la Pdvsa, la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélienne.

Washington vise un double objectif : augmenter au Venezuela la pénurie des biens de première nécessité et donc le mécontentement populaire, sur quoi s’appuie l’opposition interne (subventionnée et soutenue par les USA) pour abattre le gouvernement Maduro ; mettre l’Etat vénézuélien en default, c’est-à-dire en faillite, en l’empêchant de payer les échéances de la dette extérieure : c’est-à-dire mettre en faillite l’Etat qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde, presque dix fois celles des Etats-Unis.

Caracas essaie de se soustraire à l’étreinte étouffante des sanctions, en cotant le prix de vente du pétrole non plus en dollars USA mais en yuan chinois. Le yuan est entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats futures (contrats à terme) d’achat-vente du pétrole en yuan, convertibles en or. “Si le futur prenait consistance, en érodant ne serait-ce qu’une partie de l’écrasant pouvoir des pétrodollars, ce serait un coup retentissant pour l’économie américaine”, commente Ie quotidien Il Sole 24 ore.

Ce qui est mis en question par la Russie, la Chine et d’autres pays n’est pas seulement l’énorme pouvoir du pétrodollar (monnaie de réserve tirée de la vente du pétrole), mais l’hégémonie même du dollar. Sa valeur est déterminée non pas par la réelle capacité économique étatsunienne, mais par le fait qu’il constitue quasiment les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie avec laquelle on établit le prix du pétrole, de l’or et des marchandises en général. Ceci permet à la Federal Reserve, la Banque centrale (qui est une banque privée), d’imprimer des milliers de milliards de dollars avec lesquels est financée la colossale dette publique étasunienne -environ 23 mille milliards de dollars- à travers l’achat d’obligations et autres titres émis par le Trésor.

Dans ce contexte, la décision vénézuélienne de détacher du dollar le prix du pétrole provoque une secousse sismique qui, depuis l’épicentre sud-américain, fait trembler tout l’édifice impérial fondé sur le dollar. Si l’exemple du Venezuela se répandait, si le dollar cessait d’être la principale monnaie du commerce et des réserves monétaires internationales, une immense quantité de dollars se trouverait mise en circulation sur le marché faisant s’écrouler la valeur de la monnaie étasunienne.

Voilà le réel motif pour lequel, dans l’Ordre exécutif du 9 mars 2015, le président Obama proclamait “l’urgence nationale face à l’inhabituelle et extraordinaire menace posée à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis par la situation au Venezuela”. Ce même motif pour lequel le président Trump annonce une possible “option militaire” contre le Venezuela. Elle est en préparation au U.S. Southern Command, dont l’emblème est l’Aigle impérial qui domine Centre et Sud Amérique, prêt à plonger avec ses serres sur celui qui se rebelle contre l’empire du dollar.

Note de Venezuelainfos : un brin de mémoire historique ne nuisant pas à la compréhension du présent, citons Morgan Sportès dans « Le mai 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler » : 

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« La seule chose que les Américains n’ont jamais pardonné à De Gaulle, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN, ni son fameux discours de Phnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, mais c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar ». (..) De Gaulle, Che Guevara de la finance (et autrement dangereux qu’un Che Guevara puisqu’il dirigeait une nation puissante munie de l’arme atomique) avait envoyé la marine nationale aux États-Unis, acte hautement symbolique, pour remporter « son or » en échange de billets verts, monnaie de singe dont il ne voulait plus. (..)

Là, il visait juste, il visait où ça fait mal. Et il a essayé d’entrainer avec lui, dans cette aventure (se débarrasser des dollars-papier), l’Afrique du sud, les pays arabes, la Russie, la Chine… Les stocks d’or US fondaient. (..)

Dans le même esprit il avait élaboré une défense « tous azimuts », ses missiles nucléaires devant être tournés vers l’est mais aussi vers l’ouest (le général Ailleret, metteur en œuvre de cette politique, mourrait opportunément dans un accident d’avion en mars 68, à la veille du fameux mois de mai). Qui sait, disait de Gaulle pour justifier cette politique, qui gouvernera les États-Unis et la Russie dans quelques décennies. (..)

Tandis que les pavés volaient, les stocks d’or français s’envolaient. La guerre contre le dollar, ourdie par de Gaulle se retournait en offensive spéculative contre le franc… Le paradoxe du gauchisme, – et sa vérité farcesque – c’est que prétendant abattre la société bourgeoise, il avait derrière lui tous les notables, tous les nantis qui rêvaient d’abattre la statue du Commandeur gaullienne (car la France est le seul pays où le mouvement mondial de mai a pris un tour directement politique : renverser un gouvernement).

Aux USA une campagne de presse antigaulliste d’une violence et d’une bêtise inouïes battait son plein… Les sentiments de la CIA à l’égard de de Gaulle, nous les connaissons grâce à un rapport de Richard Helms au président Johnson du 30 mai 1968 dénonçant dans le général un dictateur qui ne pourra se maintenir au pouvoir qu’en versant des fleuves de sang.»

Source:  Edition de mardi 19 septembre 2017 de Il Manifesto :  https://ilmanifesto.it/il-venezuela-si-ribella-al-petrodollaro/,

Traduit par Le Grand Soir : https://www.legrandsoir.info/le-venezuela-se-rebelle-contre-le-petrodollar-il-manifesto.html

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Comment effacer l’ALCA de notre Constitution

Par Luis Britto García

Note de VenezuelaInfos : le 30 juillet les vénézuéliens pourront élire leurs député(e)s – par territoire ou par mouvement social – à une Assemblée Constituante. La droite a promis d’empêcher ce scrutin par tous les moyens, réitérant le 5 juillet son appel au coup d’État militaire contre la « dictature de Maduro ». Aucun média international ne rend compte de ce débat citoyen qui suscite dans le pays de nombreuses réunions et propositions. Parmi celles qui surgissent au fil des jour, voici celle de l’historien et dramaturge Luis Britto Garcia.

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Cela fait dix-neuf ans aujourd’hui que le gouvernement bolivarien lutte contre l’imposition du libre-échange par un traité appelé ALCA (Zone de Libre-échange des Amériques, initiative des USA), dix-neuf ans lié par une norme qui fait entrer l’ALCA dans la Constitution. En effet, lisons l’articule 301 de la Charte Fondamentale : « L’État se réserve l’usage de la politique commerciale pour défendre les activités économiques des entreprises nationales publiques et privées. Personne, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’organismes étrangers ne pourra bénéficier de régimes plus favorables que ceux établis pour les nationaux. L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national ». Voilà l’ALCA résumée en treize mots. Si les conditions sont identiques pour l’investissement étranger et le national, l’État ne pourra pas protéger ce dernier. Si la production nationale n’est pas protégée, elle sera détruite par celle des grandes puissances étrangères, qui, elles, défendent leurs entreprises. Si on ne protège pas l’industrie nationale, il n’y aura pas non plus d’intégration.

Le Venezuela a quitté la Communauté Andine des Nations (CAN) parce que l’une d’elles a signé un Traité de Libre-échange avec les USA. La rédaction actuelle de l’article est encore plus préjudiciable pour le Venezuela qu’un Traité de Libre-échange. Il l’empêche de se défendre là où tous l’attaquent. Comment dans une Assemblée Nationale Constituante dominée par trois cent cinquante Bolivariens en 1999, une infime poignée de conservateurs, parmi lesquels Herman Escarrá, Jorge Olavarría et Allan Randolph Brewer Carías, a pu imposer cet article néolibéral ? Ne savaient-ils pas ce qu’est le néolibéralisme, n’ont-ils pas lu ce qu’ils ont voté ? Nous ne devrions pas réélire des gens aussi désinvoltes à l’Assemblée Constituante actuelle. Pour effacer l’ALCA de la Constitution, il faut barrer une fois pour toutes ces treize mots : « L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national».

Pour défendre les entreprises nationales il faut les conserver. L’article 303 de la Constitution stipule que “Pour des raisons de souveraineté économique, politique et de stratégie nationale, l’État conservera la totalité des actions de Pétroles de Venezuela, S.A., ou de l’entité créée pour la gestion de l’industrie pétrolière, exception faite des filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité déjà constituée ou qui sera constituée comme conséquence du développement de l’activité de Pétroles de Venezuela, S.A.” Cette exception tue la règle. Si on permet que les filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité créé par PDVSA ne soient pas assujetties au contrôle de l’actionnaire, il peut se produire une désintégration en de multiples filiales dominées par des intérêts distincts de ceux de la République. L’entreprise pourrait être privatisée par le biais de l’entrée de capitaux étrangers dans lesdites filiales et associations. Le sabotage informatique lors du lock-out patronal mené en décembre 2002 pour renverser le président Hugo Chavez a été administré par INTESA, firme dans laquelle PDVSA avait une participation minoritaire face à la firme US SAIC, liée au Département de Défense US. Une telle situation va à l’encontre ce qui est prévu dans les Idées fondamentales pour la Constitution Bolivarienne de la Vème République, exposées par le président Hugo Chávez Frías à l’Assemblée Nationale Constituante en septembre 1999. Pour éviter que PDVSA devienne une coquille vide, nous devons réformer l’article 303 de la façon suivante: “La Nation ou l’entité par laquelle s’exerce l’industrie des hydrocarbures conservera la totalité des actions de celle-ci, et la majorité d’action qui permette le contrôle et la direction dans les associations stratégiques, entreprises et toute autre entité personne juridique qui ait été constituée ou qui soit constituée pour réaliser ladite industrie”.

L’article 313 établit que “l’administration économique et financière de l’État sera régie par un budget voté annuellement par loi”. Pour empêcher que ledit budget ne soit un chèque en blanc, et réussir à ce qu’il serve d’instrument pour mener à bien les objectifs fixés dans la planification macro-économique, il faut ajouter que le budget “intègrera les programmes, buts et objectifs à réaliser par le biais de l’exécution des dépenses autorisées”. Afin d’arriver à accomplir les buts fixés et de permettre le contrôle, tant public que social, il est indispensable d’ajouter à la fin de l’article que “les fins spécifiées dans les programmes, les objectifs et les buts du budget doivent être obligatoirement accomplis, dans le cas contraire et sans justification, la responsabilité civile et administrative sera établie”.

On dit qu’au Venezuela personne ne paie d’impôts. C’est en partie vrai : en vertu des infâmes “Traités sur le Double Impôt”, les transnationales et les nationaux d’une quarantaine de pays ne paient pas les 17.500 millions de dollars sur les bénéfices qu’ils font annuellement en Venezuela. Avec cette somme, on pourrait résoudre la crise fiscale. L’article 316 de la Constitution en vigueur établit que “le système fiscal se chargera de la juste distribution des dépenses publiques selon la capacité économique du ou de la contributeur-trice, en tenant compte du principe de progressivité, ainsi que de la protection de l’économie nationale et la hausse du niveau de vie de la population ; pour cela un système efficace pour la collecte des impôts sera mis en place ».

En vertu du principe de progressivité, selon lequel ceux qui gagnent le plus doivent payer plus d’impôts, et selon le principe de protection de l’économie nationale et de la hausse du niveau de vie de la population, il est inhabituel, insensé et contradictoire que justement ce soient des transnationales étrangères et des citoyens étrangers qui ne paient pas d’impôts dans notre pays. Ainsi, parmi les principes du système fiscal, cet article 316 doit inclure celui de “territorialité du revenu, d’après lequel les impôts doivent être payés dans l’État dans lequel les bénéfices sont obtenus”. Sans quoi nous continuerons d’être enchaînés au “Consensus de Washington”, qui veut imposer à notre pays le principe qui veut que les entreprises étrangères paient leurs impôts dans leur pays d’origine, et non dans celui où elles font leurs bénéfices.

De plus, la territorialité est le régime adopté dans la Loi de l’Impôt sur le Revenu en vigueur, dont l’article 1 spécifie : “Sauf disposition contraire à la présente loi, toute personne physique ou juridique, résidente ou domiciliée au Venezuela, paiera l’impôt sur le revenu quelque soit l’origine, que la cause ou la source des ressources soit située dans ou hors du pays. Les personnes physiques ou juridiques non résidentes ou non domiciliées au Venezuela seront assujetties à l’impôt établi par cette loi si la source ou la cause de leurs enrichissements se réalise dans le pays, quand bien même elles n’auraient pas d’établissement ou de siège au Venezuela. Les personnes physiques ou juridiques domiciliées ou résidant à l’étranger qui possèdent un établissement ou un siège fixe dans le pays, paieront exclusivement pour les revenus de source nationale ou étrangère attribuables au dit établissement permanent ou siège fixe”.

Pour éviter que des traités qui violent nos lois n’exonèrent de payer des impôts les étrangers qui justement sont en mesure de le faire, ce principe doit être inscrit dans la Constitution. Les défenseurs des transnationales s’opposeront farouchement à cela. Il faut choisir entre la Patrie et les Empires. Quiconque défend ces derniers ne devrait ni être élu, ni être vénézuélien.

Source : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2017/07/como-borrar-el-alca-de-la-constitucion.html

Traduction : Gloria Verges

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)

Démontez la désinformation de Courrier International (1) et la “chargée de l’Amérique Latine” Sabine Grandadam vous répondra qu’il n’y a pas de désinformation puisque ses sources sont “pluralistes”. Tout comme Thomas Cluzel (France-Culture), auteur d’un record de mensonges en cinq minutes (2) : “Je ne fais qu’une revue de presse internationale”. Tout le monde sait pourtant que l’information est passée sous le contrôle de grands groupes privés et que sous l’apparente “diversité” il y a peu de chances de trouver une dissonance avec la doxa. Ainsi, l’internationale médiatique fait campagne contre des États souverains comme l’Équateur, le Venezuela ou l’Argentine parce qu’ils font ce que toute démocratie doit faire : équilibrer la propriété des médias, desserrer l’étau du monopole privé en permettant aux secteurs public et associatif d’exister à parts égales (3). Une évidence difficile à comprendre pour Cluzel ou Grandadam puisque leur survie dépend sans doute du fait qu’ils ne la “comprennent” pas.

Pour nous parler du récent Sommet des Amériques en tout “pluralisme” (5), Courrier International a choisi cinq sources :

1 – El Nuevo Herald (États-Unis, droite souvent extrême, en pointe contre la gauche latino, propriété de la McClatchy Company, groupe propriétaire de 31 autres publications)

2 – El Universal (Venezuela, droite, propriété de l’entreprise privée espagnole Torreangulo Arte Gráfico et de Industrias Gráficas Bohe).

3 – El País (Espagne, autre fer de lance des campagnes contre la gauche latino, propriété du groupe PRISA. Impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 contre le président Chavez (4), ce groupe est actionnaire à 12% du Monde et propriétaire de dizaines de télévisions, radios, revues, journaux dans 22 pays d’Amérique Latine et d’Europe).

4 – Daniel Lansberg-Rodriguez, politologue étasunien connu pour sa critique du “totalitarisme constitutionnel” de la gauche latino-américaine.

5 – Foreign Policy (États-Unis, droite, propriété de Graham Holdings Company, conglomérat propriétaire de The Washington Post, Newsweek., Slate, Graham Media Group, chaînes de télévisions, entreprises privées de santé, etc..)

Aucun média de gauche. Aucun média public. Aucun média associatif. Aucun gouvernement progressiste. Aucun des mouvements sociaux organisateurs du Sommet des Peuples qui ont travaillé parallèlement au Sommet des chefs d’État, sur des thèmes aussi anodins que la lutte pour l’emploi, le travail et un salaire digne, la sécurité sociale, les retraites, les négociations collectives, la syndicalisation, le droit de grève, la santé au travail, les droits économiques et sociaux, le respect des migrants et des afro-descendants, l’éradication du travail des enfants et de l’esclavage, l’égalité de genre, et dont les porte-paroles étaient pourtant accessibles à tout instant. Cumbre de Los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate. Cumbre de los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate.

Le “pluralisme” de Courrier International sur ce Sommet des Amériques, ce sont les médias conservateurs, privés, de préférence étasuniens.

L’article qui en résulte (5), c’est un peu le “plan média” de Washington : il fallait tout miser sur la photo de la poignée de main Obama-Castro pour redonner un look actif à la fin de mandat plutôt frustrante de l’occupant de la Maison Blanche. En réalité, ce n‘est pas grâce à Barack Obama que Cuba était présent pour la première fois depuis 1962 à un sommet de l’OEA mais à la pression constante, unitaire, des gouvernements latino-américains. Dans son intervention, Cristina Fernández a rappelé : « Cuba est aujourd’hui parmi nous parce qu’il a lutté pendant 60 ans avec une dignité sans précédents ». Obama, lui, n’avait rien apporté de neuf : dans les “mois qui viennent” il devrait en principe étudier la levée de l’embargo toujours en vigueur et fermer Guantanamo, base militaire et centre de tortures installée sur le territoire cubain.

CCVEyu9W4AAucu3Face au rejet unitaire par la CELAC, l’UNASUR, l’ALBA, PetroCaribe, le Groupe des 77 + la Chine et le Mouvement des Non-Alignés du décret traitant le Venezuela de “menace pour la sécurité des États-Unis”, Obama avait tenté in extremis de limiter les dégâts en divisant les latino-américains. La veille du Sommet, il découvrait que tout compte fait, “le Venezuela n’est pas une menace”. Mais les latino-américains pensent aussi. Pendant le Sommet, Barack Obama a dû écouter la dénonciation unanime de la violation du droit international que représente son décret. Il finira par abandonner l’assemblée plénière avant que Cristina Fernández n’intervienne : « La première chose que j’ai faite en apprenant l’existence de ce décret, ce fut de rire. Une menace ? C’est incroyable. C’est ridicule. Le général Perón disait qu’on revient de partout, sauf du ridicule ».

Dès l’extinction des feux médiatiques, la sous-secrétaire d’État Roberta Jacobson a rappelé que Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. Démentant les propos d’Obama sur la fin des ingérences, le Pentagone renforce sa présence en Colombie, au Honduras et au Pérou, déploie la IVème flotte, multiplie les opérations secrètes et l’espionnage des télécommunications.

Mais puisqu’il faut à tout prix “sauver le soldat Obama”, Courrier International martèle la vulgate : les militaires et civils arrêtés au Venezuela parce qu’ils préparaient un coup d’État l’ont été pour leurs “opinions”. Nul doute que si Salvador Allende et d’autres président élus démocratiquement avaient réussi à empêcher les coups d’État planifiés par Washington en faisant arrêter les Pinochet et consorts, Courrier International aurait lancé une campagne pour la libération de ces “prisonniers politiques”. (6)

Bref, oublions cet hebdomadaire qui n’a de valeur que comme témoin d’une nord-américanisation médiatique en France, et revenons au réel latino-américain, plus que copieux.

Un mouvement irréversible

Le véritable événement du Sommet des Amériques 2015, ce n’est bien sûr pas une photo, fût-elle celle d’Obama-et-Castro. C’est l’irréversibilité du mouvement de fond entamé en 2001 sous l’impulsion de Chavez, Kirchner et Lula, lorsque fut enterré le Traité de Libre Commerce que voulaient imposer les États-Unis, le Mexique et le Canada. »Qu’il est loin ce décembre 1994, note la journaliste argentine Telma Luzzani, quand Bill Clinton annonçait que les pays du continent américain devraient tous faire partie de l’ALCA, un seul marché sans barrières ! » (7).

21 ans plus tard, une CELAC indépendante remplace une OEA sous influence de Washington; l’UNASUR demande aux États-Unis de retirer leurs bases militaires (8); l’Amérique Latine signe d’importants accords de coopération avec la Chine et les BRICS; la Banque du Sud est sur le point d’être inaugurée. Pour le politologue argentin Juan Manuel Karg, le fait que les États-Unis et le Canada refusent de signer le document approuvé à l’unanimité par les 33 chanceliers d’Amérique Latine et des Caraïbes souligne cette distance croissante entre Nord isolé et Sud unifié de l’Amérique (9).CCVbrl0WIAAHOHn.jpglarge-632x356

Même la tentative d’Obama d’affaiblir PetroCaribe en profitant de la baisse des cours du pétrole n’a pas fonctionné : c’est d’une voix pratiquement unanime que les États des Caraïbes ont salué les bienfaits économiques et sociaux du programme de solidarité énergétique lancé en 2005 par Hugo Chavez.

La propagande peut-elle arrêter l’Histoire ? C’est ce que que croit encore Paulo Paranagua qui avait promis aux lecteurs du “Monde” qu’”Obama arrivait en position de force face à une Amérique Latine divisée” (sic). La même obsession du contrepied lui avait fait écrire à la mort de Hugo Chavez que “celui-ci avait nui à l’unité latino-américaine” au moment précis où l’ensemble des gouvernements, y compris de droite, ainsi que des organismes d’intégration et des mouvements sociaux du continent saluaient “l’œuvre du principal artisan de l’unité latino-américaine”…(10)

Une dimension populaire invisible pour les médias

Il y a eu, aussi, cet immense contraste dont aucun média occidental n’a rendu compte : d’un côté la dialectique entre peuples et leaders progressistes d’Amérique Latine; de l’autre, la solitude des pouvoirs du Nord. Pendant qu’Eduardo Galeano accomplissait son dernier geste public en signant l’appel à abroger le décret d’Obama, à Caracas Evo Morales le signait aux côtés de Nicolas Maduro, face à des milliers de vénézuéliens.ag_8678142862650311-632x752pueblo en Caracas para apoyar la entrega de 10 millones de firmas contra el decreto Obama

Dès son arrivée à Panama, le président bolivarien est allé à la rencontre d’autres invisibles des médias: les familles des milliers de victimes massacrées par les soldats étasuniens lors de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989. Dans le quartier martyr de El Chorrillo, Maduro a reçu du « même peuple » qu’à Caracas 2000 signatures de plus contre le décret Obama et une lettre des familles des victimes de l’invasion, qu’il a remise au président Obama.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Nicolas Maduro

CCPoaroUkAAeItEAu Sommet des Peuples organisé en parallèle à l’officiel, Maduro, Morales et Correa ont poursuivi leur dialogue avec les mouvements sociaux. “L’important n’est pas de voter tous les cinq ans, mais d’être tous les acteurs actifs des décisions politiques” a rappelé le président vénézuélien. Pendant ce temps, dans un couloir du Sommet des États, le président mexicain, qui mène dans son pays – avec l’appui en armement des États-Unis – une destruction systématique des mouvements sociaux (dont le massacre de Ayotzinapa n’est que la pointe émergée) s’offrait un selfie avec l’empereur de la transnationale Facebook.

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L’Équateur.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a été le premier à s’exprimer avec force, exigeant l’abrogation du décret Obama : « le décret pris par le président Obama contre le Venezuela, viole de manière flagrante le droit international, et plus précisément, la teneur de l’article 3 de la Charte de l’OEA. En réponse, les pays de la région ont massivement rejeté ce décret et ont également demandé son abrogation. Désormais, nos peuples n’acceptent plus les mises sous tutelle, les ingérences et les interventions dans leurs affaires intérieures ». Rappelant les morts du quartier El Chorrillo (1989) lors de l’intervention des USA destinée à chasser du pouvoir le dictateur Manuel Noriega – qu’ils avaient dans un premier temps imposé – Rafael Correa a relevé que « la mémoire collective des peuples de ce continent est saturée des abus et des ingérences».

Le Brésil.

La présidente en exercice Dilma Roussef a signalé  : « la dynamique en cours, des relations au sein de l’hémisphère, n’admet plus les mesures unilatérales et les décisions politiques qui sont prises sous le sceau du secret. Parce qu’en général, elles s’avèrent être contre-productives et inefficaces. Par conséquent, nous rejetons l’adoption de sanctions contre le Venezuela. Le contexte dans lequel ce pays frère évolue, requiert la modération, mais aussi le rapprochement des positions de toutes les parties concernées. C’est dans ce but, que l’Unasur travaille, afin d’appuyer le dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition vénézuelienne. Nous nous employons également à faire en sorte que toutes les parties respectent les règles démocratiques inhérentes à l’État de droit. »

 

Cuba.

Raul Castro, président de Cuba a dit sous les applaudissements que « le Venezuela n’est pas et ne peut représenter une menace pour la sécurité nationale d’une super-puissance comme les USA. Il est bon que le président nord-américain l’ait reconnu. Je réaffirme notre soutien résolu et loyal à la République Bolivarienne sœur, du Venezuela, à son gouvernement légitime, à l’union civico-militaire dirigée par Nicolas Maduro. Mais aussi au peuple bolivarien et chaviste qui lutte, tout en suivant sa propre voie ; qui fait face aux tentatives de déstabilisations, aux sanctions unilatérales dont nous réclamons la levée. »

Raul Castro a conclu en demandant «l’abrogation du décret – même si c’est difficile légalement – que notre communauté interprèterait comme une contribution au dialogue et à la compréhension mutuelle au sein de notre hémisphère. Nous savons ce qui se passe…il est également probable que de tous les pays réunis ici, c’est nous qui comprenions le mieux le processus en cours au Venezuela. Il en est ainsi, non pas parce que nous cherchons à nous immiscer, non pas parce que nous nous efforçons d’exercer notre influence, sur le cours des choses. Il en est ainsi non pas parce qu’on nous rapporte tout ce qui se déroule là-bas. Nous savons tout cela, car nous sommes passés par les mêmes épreuves que le Venezuela en ce moment. Et il est en train de subir des agressions identiques à celles dont nous avons eu à souffrir ! En tout cas une bonne part d’entre elles.»

 

L’Argentine.

Pour sa part, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, s’est prononcée d’une manière forte contre les sanctions prononcées par Obama : « Il est honteux que le déroulement de ce Sommet soit entaché par cette décision. Nous demandons de conserve avec les autres pays frères, que ce décret soit écarté. Toutefois, je n’en appellerai pas à la souveraineté, et ne verserai pas non plus de larmes. Je m’appuierai sur le bon sens. Le général Perón disait que l’on peut revenir de tout, sauf du ridicule. Et il est absolument ridicule de considérer que l’un d’entre nous, constituerait une menace. Je suis par ailleurs satisfaite de participer en ma qualité de présidente à la dernière réunion de ce sommet, car il s’agit d’un événement historique. Pour la première fois en effet, le Sommet des Amériques reçoit Cuba »

Il faut préciser que lors de cette intervention, Obama avait déjà quitté la séance plénière.

« Nous en étions là, quand survint soudainement la nouvelle de la signature de ce décret, déclarant que la République Bolivarienne sœur du Venezuela, représentait une menace pour la sécurité des USA. Je dois vous avouer qu’à l’écoute de cette annonce, je me suis dit : il y a une erreur. Ils doivent vouloir dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique menée ; qu’ils condamnent cette politique. Mais non. On m’a remis le document. Une menace pour la sécurité des États-Unis. La première réponse qui me soit venue à l’esprit, n’a pas été une flamboyante répartie anti-impérialiste. J’ai éclaté de rire. Il est hautement improbable -cela frise le ridicule- que le Venezuela ou l’un des pays de notre continent puisse représenter une menace pour la première puissance du monde ».

« Au-delà de l’idée que nous nous faisons des USA, on ne peut manquer de reconnaître que ce pays est la plus grande puissance sur les plans militaire, économique, financier et scientifique. Il est pourvu d’un budget militaire s’élevant à 640 milliards de dollars. Dans ces conditions, les États-Unis devraient combattre d’une manière effective le narcotrafic et l’immigration illégale ». La présidente a comparé ce budget militaire à celui du Venezuela qui y consacre quant à lui, « 1 ou 2 milliards de dollars, voire un peu plus ». Cristina Fernandez de Kirchner a questionné : « comment concevoir que le Venezuela représente une menace pour la plus grande puissance du monde ? ».

Elle a également rappelé, qu’Obama lui-même se vantait devant ses compatriotes que son pays était le plus puissant de la planète ; que son budget militaire dépasse de 20 fois celui de l’Iran.

« Personne ne peut croire à cette menace du Venezuela. Tout comme personne ne peut envisager que l’Argentine représenterait une menace pour le Royaume-Uni ». Elle se référait ici à cette revendication historique de l’Argentine qui réclame la souveraineté sur les Iles Malouines (enjeu d’un affrontement militaire entre les deux pays en 1982). « J’ai été frappé par la similitude et la simultanéité de ces deux prises de position », a-t-elle conclu.

 

Trinidad et Tobago.

De même, Madame Kamla Persad-Bissessar, le premier ministre de Trinidad y Tobago a fait observer que la célébration de l’accueil de Cuba à ce Sommet des Amériques, coïncide avec la signature du décret visant le Venezuela.

« Président Maduro, je demande qu’une fois encore, nous élevions collectivement et individuellement notre voix. En tant que nations de la région, nous nous devons d’élever notre voix contre ce décret, dont vous nous avez rappelé qu’il existe un précédent, qui a été suivi d’une invasion. Bien que ce décret n’a pas été accompagné d’une déclaration de guerre, ou de tout acte du même genre, cette initiative nous inquiète au plus haut point ».

« Je souhaite ajouter que lorsque les  »éléphants » se mettent à jouer et à danser, c’est l’herbe qu’ils foulent qui en pâtit. Nous autres au Caricom, sommes nous cette « herbe menue ?» Nous sommes de petits pays, très soucieux de leur indépendance, et très en faveur de la démocratie et de la primauté du droit. Il en résulte que nous croyons à la souveraineté des nations, c’est pourquoi nous sommes avec vous, Président Maduro. En défense de votre souveraineté, de votre droit à l’autodétermination. Mais aussi pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, je demande que tout le monde autour de cette table, en parle et croit en cela. Il faut faire ce que nous avons à faire, dès maintenant, et agir de notre mieux, afin d’aboutir à l’élimination de ce décret ».

Kamla Persad-Bissessar a également souligné que tous les pays membres de la Celac (Communauté d’États latino-américains et caraïbes) ont signé la demande d’abrogation de ce décret ; que la Caricom (Communauté caribéenne) est constituée de 14 des 33 nations faisant partie de cette organisation. Le Sommet des Amériques réunit quant à lui, 35 nations, à quoi il convient d’ajouter les USA et le Canada : « 33 d’entre elles ont déclaré que le décret était inutile et qu’il devait être retiré. Nous travaillons dans ce sens. Caricom a du poids: presque la moitié des pays constituant la Celac et le Sommet des Amériques. Ainsi donc, bien qu’étant de petits pays, nous nous faisons entendre parce qu’en la matière, nous sommes unis ».

 

La Bolivie.

Le président bolivien, Evo Morales a prononcé un discours fortement anti-impérialiste. A trois reprises, il a soulevé la question du décret de Barack Obama visant le Venezuela. « Aujourd’hui, ce sont nos peuples qui écrivent l’histoire. Sur le plan politique, économique et militaire, notre Amérique latine et les Caraïbes, ont longtemps été prises en otage par l’Empire, en vertu de la doctrine Monroe nord-américaine :  »L’Amérique aux Nord-américains ». Nous ne voulons plus de Monroe sur notre continent. Nous ne voulons plus de doctrine Truman, plus de doctrine Reagan, plus de doctrine Bush. Nous ne voulons plus de décrets présidentiels, plus d’ordres de l’exécutif, qui déclarent que nos pays représentent une menace. Nous ne souhaitons plus être mis sous surveillance, que nos téléphones soient piratés, que l’on séquestre des avions présidentiels. Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix ! »

« De quelle démocratie parle-t-on, lorsque l’on transforme un peuple révolutionnaire tel que celui du Venezuela, en une menace pour la sécurité nationale ? Le peuple vénézuelien, tout comme ceux de l’Amérique latine et des Caraïbes, ne représentent une menace pour quiconque. La solidarité, la justice, l’égalité, les idées, sont nos seules armes. Nous luttons pour que nos concitoyens puissent jouir d’une vie décente, digne d’un être humain. Selon cette logique, tous les gouvernements d’Amérique latine représentent une menace évidente pour la sécurité des USA ! La menace qui pèse sur les USA, ne provient d’aucun des peuples de l’Amérique latine. Elle est le résultat de leurs propres erreurs, de leur condition d’empire et de leur capacité à déclencher partout des guerres, là où la paix devrait régner ».

Evo Morales a également dénoncé le fait « qu’il n’est pas possible pour eux (les USA) d’expulser du Sommet, l’ensemble de nos mouvements sociaux. 33 pays appuient le Venezuela, et qu’un ou deux pays appuient le décret qui menace non seulement le Venezuela, mais aussi toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Sœurs et frères : puisque les USA sont l’une des plus grandes puissances du monde, alors je prie le Président Obama de faire en sorte que l’Amérique soit un continent de paix et de justice sociale. Président Obama, si vous considérez être le dirigeant d’une puissance planétaire, je vous demande de protéger la Terre Mère, pour que l’Humanité puisse être sauvée ».

 

L’Uruguay.

Le président uruguayen Tabaré Vasquez a condamné la menace latente que les USA font planer sur le droit à l’auto-détermination des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il a également prôné le respect des principes garantissant la pleine expression du droit international, tout en exigeant la non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Il a aussi émis le vœu que l’on travaille au règlement pacifique des différends.

Tabaré Vasquez a par ailleurs précisé qu’il était impossible de ne pas inclure à l’ordre du jour de cette assemblée plénière, l’agression commise contre la souveraineté du Venezuela, faisant suite à la signature du décret pris par le président des USA, Barack Obama, le 9 mars dernier. « Pour le dire brièvement et clairement : comme nous l’avons d’ores et déjà exprimé à l’occasion de rencontres bilatérales ou multilatérales -UNASUR et OEA- nous rejetons le décret du Gouvernement des États-Unis, ce qui illustre bien notre engagement en faveur du plein respect du droit international, du règlement pacifique des différends, mais aussi du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Tout en soulignant qu’en absence de discussion, il n’y aura pas d’issue possible, le président Vasquez a précisé : « Pour le Venezuela, nous appelons au dialogue, toutes les parties en présence ». Le président uruguayen a réitéré son appel à ce que les gouvernements s’abstiennent d’appliquer des mesures coercitives et unilatérales, qui contreviennent au droit international. Il a aussi rendu hommage au rétablissement des relations entre Cuba et les USA, la participation de l’île à ce Sommet en étant l’une des manifestations : « Il convient également de le garder à l’esprit. Nous saluons la présence de Cuba à ce Sommet, dont elle n’aurait jamais dû être absente ». Vasquez s’est également félicité de l’ouverture d’un dialogue de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des conversations qui se déroulent depuis 2012, à la Havane.

Le Salvador.

Le président salvadorien, Salvador Sanchez Ceren, a réclamé l’abrogation du décret signé par le président Obama, le 9 mars dernier. « Je ne peux manquer de noter » a-t-il dit, « que les récentes mesures récemment prises par les USA contre le Venezuela, ont aggravé les tensions entre les deux nations. Ces mesures ont également un impact sur le climat de paix et de concorde, que nous promouvons en Amérique latine. Il est important de se rappeler que tout au long de notre histoire, aucune des mesures unilatérales prises par un État contre un autre n’a résolu quoi que ce soit. Bien au contraire, les problèmes se sont approfondis. Par conséquent, en vertu de ce constat, et invoquant le principe de l’auto-détermination des peuples, nous considérons que le décret récemment pris contre le Venezuela devrait être annulé ». Le président a par ailleurs fait ressortir la participation de Cuba à ce Sommet, pour la première fois depuis son exclusion de l’OEA en 1962.

« Pour la première fois, tous les pays de l’Hémisphère sont réunis, pour atteindre un objectif commun, et travailler conjointement pour le bien-être de nos peuples ». Le président a également salué les progrès accomplis par l’île et le Gouvernement des États-Unis, en vue du rétablissement des relations diplomatiques entre les 2 pays. Et ce, après 50 années d’hostilités entretenues par les USA contre Cuba.

Antigua y Barbuda.

Le premier ministre d’Antigua y Barbudo, Gaston Browne, a condamné samedi le décret pris par le président des États-Unis Barack Obama, par lequel il déclare que le Venezuela représente « une menace » pour la sécurité nationale, et la politique étrangère de son pays. Une action qui a été condamnée par nombre de gouvernements et d’organisations d’intégration dans le monde. Il s’est également félicité du rétablissement des relations entre les USA et Cuba, et de la participation à ce Sommet, de cette île des Caraïbes. G Browne a appelé les pays de l’hémisphère à travailler de manière conjointe, pour lutter contre la pauvreté et offrir des emplois décents à tous ceux qui font partie de ce continent. « Continuons à travailler ensemble, solidairement, pour le progrès des peuples de cet hémisphère » a-t-il conclu.

Le Nicaragua.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega a observé que le décret pris par le président des États-Unis, Barack Obama contre le Venezuela, a mis à mal le consensus qui aurait pu conduire à la déclaration finale de ce VIIème Sommet des Amériques (Panama), rassemblant 35 nations du continent.

« Qui est le provocateur ? Les USA. Qui a fait du mal à ce Sommet ? Les USA. Pourquoi ce Sommet ne se termine-t-il pas, par une déclaration finale ? A cause des USA. Qui a fait du mal à ce Sommet en focalisant sur lui, les préoccupations politiques de ce Sommet ? C’est le décret. Par conséquent, ce dernier a empêché d’aboutir à tout accord sur une résolution commune. »

Le président a dédié une grande partie de son discours à l’énumération des nombreuses interventions et invasions visant les pays de l’Amérique centrale, dont les USA ont été les auteurs. Il a par ailleurs écarté l’hypothèse selon laquelle ces dernières se justifiaient du fait de la Guerre Froide, parce que la plupart ont été perpétrées, bien avant la création de l’Union soviétique. Il a précisé que le décret d’Obama est alarmant parce qu’il se situe dans le droit fil de ces ingérences et interventions.

Daniel Ortega a aussi rappelé les propos du président du Panama, Juan Carlos Valera : 97% du document final résultent d’un consensus sur les aspects économiques, sociaux et autres thèmes abordés. Toutefois, les 3% restant, relatif au volet politique ont été rejetés par les USA. Le président du Nicaragua a également insisté sur le fait que le décret Obama remettant en cause la souveraineté du Venezuela, est un coup porté à l’Amérique tout entière.

Il a en outre observé que le rétablissement des relations entre Cuba et les USA, peut être interprété comme un geste d’Obama. « Indubitablement, toute l’Amérique latine se sent concernée par ce geste. (…) Cependant, les USA se retournent maintenant contre le Venezuela, au prétexte que ce ne serait pas un pays  »démocratique ». Un pays dans lequel se sont déroulées 20 consultations électorales, ne serait pas une démocratie ? Le Venezuela incarne désormais le mal. On tend la main à droite, et l’on porte un coup à gauche ».

 

San Vicente et las Granadinas

Ralph Gonsalves, premier ministre, a exprimé sa préoccupation “face aux actions exécutives qui traitent la République du Venezuela comme une menace, et face aux sanctions, qui marquent un continuel manque de respect pour l’autonomie de ce pays. La situation qui menace le Venezuela nous menace tous. Le Venezuela a été et reste un partenaire, un ami, un pays qui a travaillé pour la paix et l’intégration entre toutes les nations d’Amérique. Caractériser le Venezuela comme une menace ou Cuba comme pays pro-terrroriste, sont des mensonges”.

Les blocus et les décrets sur des menaces attentent contre notre idéal de prospérité, de développement conjoint et de collaboration que nous appuyions ici , où nous avons besoin de respect et de dialogue”.

Jamaïque

Portia Simpson-Miller, premier ministre : “Les accords offerts par le gouvernement du Venezuela à travers Petrocaribe sont un des meilleurs exemples de coopération nord-sud et résument bien l’esprit de ce sommet : prospérité avec équité. Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier une fois de plus le président Maduro pour cet appui continuel apporté par le Venezuela à notre pays”.

Haïti

Michel Martelly, président : “Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un grand hommage au peuple et au gouvernement du Venezuela, en particulier au président Maduro, et lui donner nos remerciements pour l’alliance et la solidarité exprimées concrètement travers des programmes comme PetroCaribe initié par feu le Président Hugo Chávez Frías. Ce programme dont bénéficient une grande majorité de peuples des Caraïbes et de l’Amérique centrale, constitue une aide inestimable pour le peuple d’Haïti, sans lui nous n’aurions pas été en mesure de faire face à des besoins fondamentaux”.

Thierry Deronne, Caracas, 15 avril 2015

Traduction des interventions des chefs d’État : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) « Courrier International », le produit offshore du « Monde », 18 février 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/18/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde/

(2) Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, 12 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

(3) C’est selon la loi ce que devrait faire le CSA en France. Il est vrai que malgré quarante ans de théorie critique des médias, la gauche occidentale n’a pas eu le courage de passer à la pratique et de démocratiser la propriété des médias.. hâtant ainsi sa propre disparition.

(4) Voir à ce sujet l’étude du conseiller parlementaire espagnol José Manuel Fernández (Izquierda Unida) : “Prisa por el Golpe”, http://www.ehu.eus/mediaberri/00tik10arte/08%20Astea/Investigaci%F3n%20realizada%20IU%20venezuela.htm

(5) “Diplomatie : une poignée de main historique entre Obama et Castro”, http://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-une-poignee-de-main-historique-entre-obama-et-castro

(6) Sur ce coup d’État, lire le récit d’Ignacio Ramonet, La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela, 7 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/07/la-tentative-de-coup-detat-contre-le-venezuela-par-ignacio-ramonet/

(7)  “EE.UU ya no marca la agenda”, http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-270363-2015-04-12.htmlTelma Luzzani

(8) L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine 5 avril 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/05/lunasur-exige-des-etats-unis-quils-retirent-leurs-bases-militaires-damerique-latine/

(9) Les États-Unis ont motivé leur refus par leur désaccord avec six points : le transfert de technologies sans conditions, le combat contre le changement climatique, la reconnaissance de la santé comme droit humain, l’accès sûr et fiable aux technologies de l’information et le respect de la privacité, et l’annulation du décret Obama contre le Vénézuela. Lire aussi de Juan Manuel Karg, América Latina después de Panamá, http://alainet.org/es/articulo/168918

(10) Lire « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale », par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

Interventions des chefs d’État collectées par Luigino Bracci :  http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/cumbre-americas-rafael-correa-dilma-rousseff-evo-morales-cristina-fernandez-rechazan-orden-ejecutiva-obama/

 

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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