Sept ans d’agressions paramilitaires contre le Venezuela: la liste de tous les plans démantelés

Huit paramilitaires capturés par les forces armées bolivariennes lors de l’Opération Negro Primero à Petaquirito, La Guaira, lors de l’incursion armée au Venezuela en mai 2020. Photo: Twitter

Après le décès du Président Hugo Chavez et l’élection en 2013 de Nicolás Maduro à la présidence du Venezuela, dans un contexte de chute mondiale des prix du pétrole, les Etats-Unis ont cru l’heure venue d’anéantir la révolution bolivarienne et d’effacer son influence en Amérique Latine. S’est ouverte une ère de déstabilisation violente sans précédent dont l’objectif reste le changement de “régime” à travers l’assassinat du gouvernement élu et de ses sympathisants, dans un scénario de terreur à la colombienne. On se rappelle comment les insurrections d’extrême droite ont été transformées par les médias internationaux en “révoltes populaires” et la réaction des forces de sécurité en “répression par la dictature. Les agences de presse/photo qui sont devenues aujourd’hui la seule source de la plupart des journalistes ont même été jusqu’à transformer des terroristes en « héros de la lutte pour la démocratie« , tout en invisibilisant la majorité sociale, populaire, pacifique, qui rejetait la violence au profit des urnes (1). De nombreux courants et militants de gauche sont tombés dans le piège de cette propagande. C’est l’époque où est apparu le slogan “ni Trump, ni Maduro”.

Cacher les causes, les remplacer par les effets : pour discréditer une expérience de gauche participative et souveraine, avec record d’élections et processus communaux, les grands médias occidentaux font porter au gouvernement bolivarien la responsabilité essentielle de la guerre économique décrétée par Barack Obama et renforcée par Donald Trump. La complicité médiatique consiste à occulter les conséquences des plus de 300 “sanctions” états-uniennes – mesures de coercition unilatérales, violant le Droit International – telles les menaces sur les banques du monde entier pour qu’elles gèlent 30 milliards de dollars que le pays ne peut plus utiliser pour acheter des aliments ou du matériel médical. Mais aussi à occulter, mettre en doute ou se moquer des nombreuses agressions – sabotages des infrastructures, attentats terroristes et incursions armées, le tout financé à hauteur de centaines de millions de dollars depuis les Etats-Unis et depuis le territoire de leur principal fournisseur de drogue, la Colombie paramilitaire.

Voici par ordre chronologique les nombreux épisodes de cette guerre de basse intensité visant à renverser un gouvernement de gauche, légitimement élu (Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américainsRodriguez ZapateroLula, ou Rafael Correa, parmi tant d’observateurs internationaux et de médiateurs entre gouvernement et secteurs non-putschistes de l’opposition, ont insisté sur la transparence, sur la légitimité, et sur le nombre record d’élections).

10 juin 2013

Neuf paramilitaires ont été capturés à Coloncito (Táchira) et Guanare (Portuguesa), membres de Los Rastrojos, liés au chef paramilitaire colombien José María Barrera, alias « Chepe Barrera », armés de fusils d’assaut, de grenades et de pistolets. Les autorités ont trouvé une boîte noire prête à être utilisée pour un faux positif dans un accident d’avion. Les paramilitaires capturés auraient dit qu’un troisième groupe se trouvait déjà dans la capitale avec des armes de sniper. Ils avaient prévu de se rendre dans la capitale de l’État, où ils se verraient confier une mission à accomplir à Caracas : assassiner le président Maduro.

25 mars 2014

Un groupe de généraux de l’aviation militaire a été capturé, qui possédaient des liens directs avec les secteurs de la droite. Ils ont eux-mêmes déclaré que « cette semaine était décisive ». Ils préparaient un plan de soulèvement militaire, dénoncé par des officiers de rang inférieur. Il s’agissait du général de brigade (Av) José Daniel Machillanda Díaz, du général de division (AV) Oswaldo Hernández Sánchez et du général de brigade Carlos Alberto Millán Yaguaracuto. Le capitaine (r) Juan Carlos Nieto Quintero (qui réapparaît avec Jordan Goudreau dans une vidéo le dimanche 5/3/2020, lors de l' »Opération Gédeon »), de la Garde Nationale Bolivarienne, a été capturé début avril.

12 février 2015

Les autorités vénézuéliennes démantèlent une tentative de coup d’État, baptisée « Coup d’Etat bleu » ou « Opération Jéricho ». Le plan consistait à doter d’artillerie un avion Tucano et à attaquer le palais de Miraflores, ou tout autre lieu où le président participerait aux « Journées de la jeunesse ». Ce projet avait été planifié par un groupe de responsables vénézuéliens de l’aviation militaire et du gouvernement états-unien.

Avion Tucano de l’aviation militaire vénézuélienne. Photo : Forces Armées Bolivariennes

12 et 13 février 2016

Un plan a été démantelé dans lequel cinq militaires et trois civils étaient impliqués opérationnellement : José Gregorio Delgado, Ruperto Chiquinquirá Sánchez, Juan Carlos Nieto Quintero, César Orta Santamaría, Víctor José Ascanio, Nery Adolfo Córdoba, Andrés Thompson Martínez, Laided Salazar et José Acacio Moreno, respectivement. L’idée était d’attaquer les points stratégiques des institutions de l’État par voie aérienne ; cela comprenait aussi des opérations contre les civils. Une tentative de coup d’Etat militaire basé sur la doctrine du choc. La capture d’Antonio Ledezma a été dérivée de ce plan, grâce au suivi des renseignements militaires.

Premier trimestre 2017

L’opération « Epée de Dieu » avait pour principaux membres Angel Vivas et Raul Baduel, respectivement ancien général de brigade et ancien général des Forces Armées Bolivariennes, qui avaient recruté des officiers subalternes afin de perpétrer un assassinat contre le président Maduro. L’État a réussi à capturer différents membres appartenant à cette opération, tous accusés de subversion ; cependant, à la fin de cette année-là, certains d’entre eux se sont échappés de la prison de Ramo Verde (Miranda). Le suivi réalisé par un agent infiltré a été la clé du démantèlement du plan.

Avril 2017

Opération Bouclier de Zamora. Eduardo Ventacourt et Johan Peña, anciens responsables de la DISIP (renseignements), ainsi que le colonel (r) Zomacal Hernández, devaient exécuter « l’opération Bouclier de Zamora« . Ce dernier s’est vu confisquer 32 kilogrammes d’explosifs C4 et d’autres armes qui seraient utilisés dans un plan de coup d’État. Parmi les planificateurs figuraient les hommes politiques Roberto Enriquez, Oswaldo Alvarez Paz (tous deux de COPEI, démocratie chrétienne) et Julio Borges (Primero Justicia, extrême-droite), directement impliqués dans l’insurrection de certains responsables des Forces Armées.

27 juin 2017

L’ancien policier Oscar Perez – du Corps scientifique d’enquêtes criminelles et pénalistes (CICPC) – a détourné un hélicoptère, survolé plusieurs sites à Caracas, mitraillé et tenté d’attaquer différentes institutions de l’État vénézuélien, dont le bâtiment de la Cour Suprême de Justice. Ce fanatique de l’Ordre Nouveau, se déclarant « envoyé de Dieu », a tenté d’attenter à la vie des personnes se trouvant dans les bâtiments des institutions sur lesquelles il a tiré, y compris des enfants, avant de prendre la fuite. Photo : Christian Veron / Reuters

Óscar Pérez le paramilitaire autoproclamé « envoyé de Dieu », transformé en « héros » par les médias. Photo: Christian Veron / Reuters

6 août 2017

Ce jour-là, une escarmouche militaire a eu lieu au Fort Paramacay (Carabobo) : la soi-disant « Opération David », dans laquelle il y a eu un vol d’armes et des appels à l’insurrection avec d’autres opérateurs non militaires, dirigée par Juan Caguaripano de la 41e Brigade blindée de Valence. Il a été neutralisé par les Forces Armées qui a capturé la plupart des membres. Les quelques personnes impliquées dans la tentative et qui ont réussi à s’échapper ont emporté les armes suivantes : 500 fusils AK-103 et 500 chargeurs de ce type de fusil ; 50 lance-grenades multiples de 40 mm ; 140 grenades de 40 mm ; 80 baïonnettes, 60 pistolets. Ce matériel de guerre a été placé dans un véhicule Toyota portant des plaques militaires et volé dans l’installation militaire correspondante.

18 décembre 2017

Pendant l’opération « Genesis », un groupe de mercenaires, de paramilitaires et d’anciens fonctionnaires de la sécurité de l’État, dirigé par Oscar Perez, a attaqué un poste de la Garde Nationale Bolivarienne à Laguneta de la Montaña (Miranda), où ils ont volé 26 fusils d’assaut et des munitions. Dans une vidéo, Perez apparaît lors de l’opération au cours de laquelle une poignée de sujets habillés en contre-espionnage militaire (DGCIM) ont attaqué le poste de la GNB. Lors de l’opération, les faux agents de la DGCIM ont également dérobé 26 fusils AK-103 de marque Kalachnikov ; 3 pistolets de 9 mm ; 108 chargeurs AK-103 ; 3 chargeurs de pistolets ; 3 240 munitions de fusil AK-103 et 67 munitions de 9 mm, selon les rapports de presse.

15 janvier 2018

La DGCIM (renseignements) a retracé la localisation de la cellule terroriste d’Oscar Pérez à El Junquito (Caracas). Après le travail du corps de sécurité et de renseignement, avec le déploiement de plusieurs brigades et de fonctionnaires du CONAS, du SEBIN, de la DGCIM, de la GNB, de la FAES de la PNB et de Policaracas, l’« Opération Gedeon » a été mise en œuvre, du nom des institutions policières-militaires, où plusieurs membres de l' »Opération Genesis » ont été tués, parmi lesquels le très médiatisé « héros » Oscar Perez.

Mars 2018

Depuis le début de ce mois, un plan de coup d’État a été détecté au sein des FANB, appelé « Mouvement de transition vers la dignité du peuple« , dans lequel l’ancien général Miguel Rodríguez Torres était impliqué. Parmi ses membres figuraient le lieutenant colonel Iver Marín Chaparro, le lieutenant colonel Henry Medina Gutiérrez, le lieutenant colonel Deivis Mota Marrero, le lieutenant colonel Eric Peña Romero, le lieutenant colonel Victoriano Soto Méndez, le lieutenant colonel Juan Carlos Peña Palmatieri, le premier lieutenant Yeiber Ariza, le sergent Julio Carlos Gutiérrez et le sergent Yuleima Medina. Au milieu du mois, il a été démantelé par la DGCIM (renseignements).

Avril 2018

L’opération « Gédeon II » des autorités de l’État, rapportée par le ministre Néstor Reverol le 18 avril, a réussi à démanteler une cellule terroriste impliquée dans des actes déstabilisateurs destinés à provoquer l’anxiété de la population et à empêcher les élections du 20 mai. L’opération était la continuation d’une enquête exhaustive qui a conduit au démantèlement de la cellule terroriste d’Oscar Pérez. Dix personnes ont été arrêtés, dont Alonso José Mora, Erick Anderson Villaba et Stephanie Madelein, membres actifs d’un groupe d’affrontement armé qui a participé aux insurrections de l’extrême droite de 2017. Dans la cellule se trouvait également Carlos Miguel Aristimuño, qui appartenait au DISIP et était pilote d’hélicoptère, engagé pour la formation des instructeurs.

Oswaldo García Palomo a coordonné plusieurs tentatives de coup d'Etat depuis le territoire colombien. Photo: Bloomberg

Oswaldo García Palomo a coordonné plusieurs tentatives de coup d’Etat depuis le territoire colombien. Photo: Bloomberg

Mai 2018

Nouvelle tentative de coup d’État menée par le général (r) Oswaldo Garcia Palomo de Colombie, dans le cadre des élections présidentielles, appelé « Opération Constitution« . Les services de renseignement et de contre-espionnage de l’État ont mis ce plan en échec et démantelé le groupe. Garcia Palomo a également été impliqué dans un autre plan de coup d’État au début de 2019. Il a été appréhendé fin janvier 2019 par les autorités vénézuéliennes. 

Mai 2018

En même temps que l' »Opération Constitution », l' »Opération Armageddon » était menée par du personnel militaire et civil et dirigée par le capitaine Luis Humberto de la Sotta Quiroga. Neuf membres de l’armée ont été accusés de trahison envers le pays, d’incitation à la rébellion militaire, d’instigation à la mutinerie. Cette fois, la tentative de coup d’État militaire visait à contrecarrer les élections présidentielles. L’opération était en cours depuis 2017 et consistait à reprendre la base aérienne de La Carlota (Caracas) et même d’assassiner le président Maduro. Le plan a été démantelé par la DGCIM (renseignements). L’enquête a montré que des militaires, Oswaldo Alvarez Paz (du parti COPEI) et des financements des États-Unis et de la Colombie étaient impliqués.

4 août 2018

Ce jour-là, une tentative d’assassinat a eu lieu contre le président (« Opération David contre Goliath« ), certains ministres et membres du haut commandement militaire à Caracas lors d’un événement marquant le 81e anniversaire de la GNB. Là, des explosifs ont été déclenchés, dirigés par des drones, pour assassiner le président Maduro. Le travail des civils, des militaires et des forces de police dans leur ensemble a fait échouer l’opération.

Les autorités ont arrêté Argenis Ruiz, le pilote du drone, et Juan Carlos Monasterio, coordinateur de l’attaque et ancien de la GNB. Plus tard, en janvier 2019, le général (r) Oswaldo García Palomo a admis que le lieutenant-colonel Ovidio Carrasco, qui faisait partie de la garde d’honneur présidentielle, avait été capté par Julio Borges en 2013 et avait participé à la planification de l’assassinat. Outre Julio Borges, d’autres hommes politiques vénézuéliens étaient également impliqués : Fernando Albán et le député d’extrême droite Juan Requesens.

30 avril 2019

La « phase finale » de l’« opération Liberté » a eu lieu avec Juan Guaidó, Leopoldo López, Cristopher Figuera et des militaires, dont Ilich Sánchez et Juvenal Sequea.

Le mouvement cherche à faire quitter le pouvoir au président Nicolas Maduro, en commençant par la prise de contrôle de la base aérienne de La Carlota, qui n’a jamais été prise. L’opération n’a duré que quelques heures le matin et a été démantelée par la DGCIM.

Les leaders d’extrême droite Juan Guaidó, Leopoldo López et des déserteurs militaires ont mis au point l’opération « Libertad », tentative de coup d’Etat qui a échoué en avril 2019. Photo : Archives MV

Juin 2019

Après 14 mois de contre-espionnage par la DGCIM, l’opération « Vuelvan caras » a été démantelée. Parmi ses membres figuraient le général à la retraite Ramón Lozada Saavedra, le général Miguel Sisco Mora, le colonel Miguel Castillo Cedeño, le major à la retraite Pedro Caraballo, le premier lieutenant Carlos Eduardo Lozada Saavedra et les commissaires José Valladares Mejías et Miguel Ibarreto.

C’est un coup d’État militaire qui visait à assassiner le président et à prendre le palais de Miraflores, la base aérienne de La Carlota et la Banque centrale du Venezuela, dans lesquels Josnars Adolfo Baduel, fils de Raúl Baduel, était également impliqué.

Août 2019

L’opération terroriste « Force et liberté » était une tentative d’attaque du siège de la FAES (police) à Propatria, du bloc 40 de la paroisse 23 de Enero et du Palais de Justice (Caracas). Il a été démantelé par la DGCIM (renseignements). Il s’agissait d’une action militaire pour tenter un coup d’Etat et un assassinat impliquant l’huissier du Palais de Justice, Ronnel Guevara, et Luis Ricardo Gómez Peñaranda, un citoyen colombo-vénézuélien qui a été arrêté alors qu’il transportait des explosifs.

A l’époque, le ministre Jorge Rodríguez avait dénoncé que Clíver Alcalá était en Colombie pour coordonner la formation de plus de 200 terroristes dans trois camps : à Maicao, Santa Marta et Riohacha.

Décembre 2019

Le matin du dimanche 29 décembre, une vidéo a été diffusée dans laquelle un groupe de militaires se soulevait, appelant à la rébellion, à un coup d’État et à un assassinat. Ils ont revendiqué le vol d’armes lors de l’attaque d’un détachement de la GNB le 22 décembre dernier dans la municipalité de Gran Sabana (Bolivar), dans le cadre de ce qu’ils ont appelé « l’opération Aurora ».

Il s’agit du lieutenant Josué Abraham Hidalgo Azuaje, du tireur d’élite José Angel Rodríguez Araña et du sergent-major Darwin Balaguera Rivas.

Directement impliqué dans l' »Opération Aurora », Gilber Caro, arrêté lors de l’agression du 22 décembre, a bénéficié du soutien public de l’ex-policier Ivan Simonovis, un membre de l’équipe de Juan Guaidó des États-Unis et proche de Donald Trump (photos ci-dessous). En janvier 2020, le ministère public a inculpé 18 personnes qui ont participé à l’opération.

Le policier spécialiste de la contre-insurrection, Ivan Simonovis, impliqué dans le coup d'Etat d'avril 2002 contre le président Chavez, fut vite adopté par les grands médias et certaines organisations de droits humains comme un “prisonnier politique, un homme très malade, à sortir d'urgence des geôles du Venezuela, etc..”. Dès sa libération, sa santé subitement retrouvée lui a permis de travailler étroitement avec la CIA et aujourd'hui de remplacer auprès de Trump un Juan Guaido de moins en moins crédible, pour poursuivre les opérations de déstabilisation du Venezuela.

Photo : le policier spécialiste de la contre-insurrection, Ivan Simonovis, impliqué dans le coup d’Etat d’avril 2002 contre le président Chavez, fut vite adopté par les grands médias et des organisations de droits humains comme un “prisonnier politique, un homme très malade, à sortir d’urgence avant qu’il meure dans les geôles du Venezuela, etc…”. Dès sa fuite de son arrêt domiciliaire et son arrivée aux USA en mai 2019, sa santé subitement retrouvée lui a permis de travailler étroitement avec la CIA et de remplacer aujourd’hui auprès de Donald Trump un certain Juan Guaido décrédibilisé par les nombreuses affaires de corruption, pour poursuivre les opérations de déstabilisation du Venezuela.

Mai 2020

Une incursion de mercenaires armés (« Opération Gedeon« ) à Macuto (La Guaira) et dans d’autres régions de la côte vénézuélienne a été neutralisée par l‘union civile-militaire (« Opération Negro Primero ») depuis le dimanche 3 mai. La DGCIM a traité les données relatives à l’opération, notamment la localisation des camps en Colombie où se déroulait la formation et la coordination dirigée par Clíver Alcalá.

Juan Guaidó, J.J. Rendón, Sergio Vergara et l’avocat Manuel Retureta avaient signé un contrat avec la société mercenaire américaine Silvercorp, appartenant à Jordan Goudreau, pour effectuer une incursion armée, exécuter un plan de capture et d’assassinat du président Maduro, et à l’aide d’un armement très sophistiqué déclencher une intervention visant à éliminer les dirigeants chavistes, les sympathisants des bases populaires et abroger la Constitution de facto de la République Bolivarienne.

Comme on peut le lire dans le contrat mis en ligne par le Washington Post, la réalisation de « l’objectif premier » était de « capturer/détenir/éliminer Nicolás Maduro, éliminer le “régime” actuel et installer le président fantoche Juan Guaidó. Venait ensuite la participation de Silvercorp à une période de 450 jours -prolongée- de « rétablissement de la stabilité dans le pays ».

La « stabilisation du pays » signifiait que le contractant militaire participerait à l’attaque et à la persécution des « éléments non militaires du commandement et du contrôle du régime précédent », aux répressions, aux détentions, à l’application des couvre-feux, aux contrôles aux frontières, avec l’autorisation de « recourir à la force, jusqu’à et y compris la force mortelle, pour éliminer la menace ».

Tout est écrit dans une annexe de 41 pages avec des détails sur, par exemple, quand et comment utiliser les mines antipersonnel M18A1 claymore, les chaînes de commandement, les formes de paiement, où, en cas d' »insolvabilité monétaire », Silvercorp facturerait « en barils de pétrole ».

Note: (1) Lire « Comment les médias blanchissent l’image du terrorisme au Venezuela » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/07/des-porteurs-de-boucliers-daltamira-a-oscar-perez-comment-les-medias-blanchissent-limage-du-terrorisme-au-venezuela/

Source : Mision Verdad, https://medium.com/@misionverdad2012/siete-a%C3%B1os-de-operaciones-mercenarias-contra-venezuela-un-registro-de-todos-los-planes-bb9eb97cc3c

Traduction : Thierry Deronne

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Exclusif: des pêcheurs du Venezuela racontent la reddition de mercenaires états-uniens, par Fania Rodrigues

L’image des mercenaires états-uniens au sol qui viennent de se rendre, ligotés à l’aide des fils de nylon des pêcheurs artisanaux dans une communauté côtière du Venezuela, a fait le tour du monde des manchettes, la semaine dernière. Au fond de l’image apparaît un mur de la “Maison des pêcheurs socialistes” orné des visages peints de héros révolutionnaires vénézuéliens : Simón Bolívar, Francisco de Miranda, Ezequiel Zamora et Hugo Chávez.

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Fania Rodrigues, journaliste indépendante brésilienne, vit au Venezuela.

Les pêcheurs disent que la scène n’était pas planifiée, mais plutôt le fruit de l’instinct de survie : il leur fallait empêcher ces hommes d’attaquer leur pays. La photo exprime également l’authentique gentillesse vénézuélienne car si ces hommes se sont retrouvés devant la maison des pêcheurs socialistes, c’est parce que c’est le seul endroit où se dresse un arbre. Ils ont donc épargné aux envahisseurs de se retrouver sous le soleil brûlant des Caraïbes, pendant que les renforts arrivaient en hélicoptère militaire.

La scène s’est déroulée le 4 mai dernier, dans le village de pêcheurs de Chuao aux 3500 habitant(e)s, sur la côte de l’État d’Aragua, dans le nord du pays. Un groupe d’environ 60 mercenaires, composé d’ex-combattants états-uniens et de déserteurs des Forces armées nationales bolivariennes, a tenté d’envahir la côte vénézuélienne pour mettre en œuvre un plan qu’ils ont appelé « Opération Gedeón ». Celle-ci visait à kidnapper ou à tuer le président Nicolás Maduro et les principaux membres de son gouvernement. (1)

Ce jour-là, à Chuao, huit hommes ont été arrêtés. Parmi eux, les sergents Airan Berry et Luke Denman, qui ont servi dans les forces spéciales américaines connues sous le nom de bérets verts. Les deux hommes ont participé aux opérations en Irak, en tant que troupes d’élite de l’armée la plus puissante du monde. Ils faisaient même partie du cercle de sécurité du président Donald Trump, comme l’attestent des vidéos et des photos de 2018. Ils travaillent maintenant pour la société de sécurité privée Silvercorp, propriété de l’ancien officier militaire américain Jordan Goudreau, qui a signé un contrat avec le leader de l’opposition vénézuélienne Juan Guaidó pour exécuter l’opération Gedeón. Le conseiller de Guaidó, Juan José Rendón, qui a également signé le contrat, a démissionné le lundi 11 mai.

Ce que les envahisseurs ne pouvaient imaginer, c’est que l’opération se terminerait par cette scène, confie Reinaldo Chávez, un habitant de Chuao. « S’ils avaient su la surprise qui les attendait ici ! Ils peuvent se prendre pour des « Rambos » et nous sommes un peuple humble, mais avec notre vérité, nous finirons toujours par gagner« , a-t-il déclaré à Telesur.

Julio Moreno, porte-parole du Conseil des pêcheurs de Chuao, a raconté comment ils ont agi. Alertés quelques jours avant par les services de renseignement, ils ont mis en place une stratégie de défense populaire. Quelques jeunes se sont dispersés dans les montagnes près de la côte pour observer et détecter une éventuelle approche par des navires inconnus dans le secteur.

« Nos hommes depuis la montagne ont vu lorsqu’ils ont scié le toit du bateau et l’ont jeté à la mer pour rendre l’identification difficile. Nous avons prévenu les autorités, l’hélicoptère militaire est arrivé rapidement. Nous avons mis en place un plan pour défendre la plage« , explique Julio Moreno.

Dans le village, il n’y avait que cinq policiers. L’aide des pêcheurs locaux a donc été fondamentale pour arrêter les mercenaires. En mer, ils ont bénéficié de l’aide d’un hélicoptère de l’armée et d’un bateau de la marine vénézuélienne, ce qui a permis d’empêcher toute tentative de fuite, mais une fois à terre, ce sont les policiers avec des fusils et des pistolets, ainsi que les pêcheurs, qui ont obtenu la reddition des suspects jusqu’à l’arrivée des renforts.

« Les militaires dans l’hélicoptère ont tiré quelques coups de semonce dans l’eau pour qu’ils éteignent le moteur du bateau. Une fois qu’ils sont arrivés dans la baie, nous leur avons ordonné de descendre du bateau, nous les avons ligotés et quand ils ont été maîtrisés, nous les avons remis à la police et au commando de la Garde nationale bolivarienne qui étaient présents » explique le délégué du Conseil des pêcheurs de Chuao.

Andrés Jesus, le chef du poste de police de Chuao, dit qu’en 19 ans d’existence de la coopérative, il n’aurait jamais pensé voir quelque chose comme ça dans ce paisible village de pêcheurs. « La population a eu peur, on n’a jamais rien vu de tel. Mais nos policiers se sont sentis soutenus par les pêcheurs et la population locale. Nous avons dû attacher les terroristes avec des lignes de pêche en nylon parce que c’était la seule chose que nous avions à ce moment-là, nous avons improvisé. Les pêcheurs eux-mêmes ont contribué à immobiliser les terroristes« .

Un des policiers a dû sortir pour aller chercher les militaires qui sont arrivés en hélicoptère et ont atterri loin du centre du village. Une fois de plus, ce sont les pêcheurs qui ont aidé à surveiller les envahisseurs. José André Bolívar, un habitant du village, nous raconte: « Ici, on produit du poisson et du cacao, rien d’autre. Nous ne sommes pas habitués à la violence, alors nous avons peur et nous nous mettons à courir pour aider la police et les attraper [les mercenaires]« .

Selon le chef de la police, la population locale était en état d’alerte depuis des mois. Le commandement de la police nationale bolivarienne avait déjà envoyé des affiches avec des visages de mercenaires qui pouvaient tenter une invasion à tout moment. « C’est pourquoi, lorsque les habitants ont vu les visages, ils ont rapidement reconnu le fils de Baduel » explique le policier Andres Jésus.

Josnars Adolfo Baduel, arrêté à Chuao, est connu parce qu’il a participé à d’autres tentatives de coup d’État, mais aussi parce qu’il est le fils du général Raúl Isaías Baduel qui fut un temps ministre de la défense de l’ancien président Hugo Chávez, emprisonné depuis 2009 pour corruption.

Chuao organise la défense de la communauté

Chuao était connue pour ses beautés naturelles et surtout pour ses exploitations de cacao, reconnues par l’industrie du chocolat comme l’une des plus sophistiquées au monde. Aujourd’hui, ce petit village est aussi une référence de la résistance révolutionnaire.

Le village n’a pas d’accès terrestre, il faut donc prendre un bateau et se rendre à environ 20 minutes depuis Choroni, la municipalité la plus proche. Ce paradis naturel a dû s’adapter à la nouvelle réalité, face aux menaces d’invasion militaire.

La population s’est organisée pour protéger la communauté, dit Julio Moreno. « Depuis que tout cela est passé, nous avons pris conscience de la dimension de l’action que nous avons organisée ce jour-là. Mais nous n’avons pas baissé la garde. Nous avons redoublé d’efforts pour assurer la sécurité de Chuao et des autres communautés qui font partie de l’axe côtier vénézuélien.« 

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Il affirme également que la population a été formée pour être capable d’identifier les situations et les personnes suspectes. « Nous avons conformé un groupe d’agents de renseignements populaires, et nous avons réussi à capturer un autre mercenaire dans la communauté voisine, au Cepe. Nous agissons en tant que citoyens armés pour défendre leur pays« , a déclaré le pêcheur.

Ces entraînements font partie de la routine de la milice nationale bolivarienne, une armée populaire de civils avec une formation militaire créée par le Président Maduro dans la ligne de l’unité civico-militaire de Hugo Chavez. Actuellement, environ 4 millions de Vénézuéliens sont engagés dans ces contingents qui font partie du système de sécurité officiel du Venezuela. En plus de la milice bolivarienne, des groupes de défense des pêcheurs sont créés sur la côte, comme celui-ci formé par les habitants de Chuao.

Dans les jours qui ont suivi, la population d’autres communautés a contribué à la capture de plusieurs groupes de mercenaires. C’est ainsi que dans le village de pêcheurs de Cepe et la communauté de El Junquito, les paysans ont identifié deux d’entre eux et ont fait appel aux militaires. Plus de 40 suspects ont déjà été arrêtés et huit abattus lors des affrontements du premier jour. Le pays maintient l’alerte de sécurité maximale, établie ce 3 mai, lorsque les premiers mercenaires ont été interceptés dans le port de La Guaira, dans l’État de Vargas.

Texte et photos : Fania Rodrigues

Note (1): le Washington Post a mis en ligne le contrat signé notamment par le président fantoche Juan Guaido, décrivant les objectifs de l’opération qui étaient non seulement d’exterminer le gouvernement élu du Venezuela mais aussi des dirigeants d’opposition et les organisations populaires et particuliers suspects d’appuyer la révolution bolivarienne, bref de transformer le Venezuela en une deuxième fosse commune « colombienne » sur orbite états-unienne. Pour cela le contrat prévoit « l’usage de tous les types d’armes possiblestels les canonnières AC-130, les drones Predator armés et les missiles à courte portée Maverick » haute technologie de coût très élevé, capable de causer un niveau de destruction impressionnant) (NdT).

Source : Revista Forum, https://revistaforum.com.br/global/pescadores-da-venezuela-contam-como-renderam-os-mercenarios-dos-eua/amp/

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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Histoires de résistance : les héro(ïne)s méconnu(e)s du Venezuela d’aujourd’hui

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Jessica Dos Santos est professeure d’université, journaliste et écrivaine vénézuélienne. Son travail a été publié dans des revues comme Épale CCS, 15 y Último et Desafíos. Elle est l’auteur du livre « Caracas en sandales » (2018). Elle a remporté le Prix Aníbal Nazoa du Journalisme en 2014.

Il y a quelques jours, certain(e)s de mes ami(e)s, comme beaucoup d’autres vénézuélien(ne)s, se moquaient des milicien(ne)s (membres de la Milicia Bolivariana): “Ce sont eux qui vont nous défendre en cas de guerre ?” “Ils sont si vieux qu’ils peuvent à peine tenir debout”, “Ils sont tous gros” “Des sans-dents” !

En guise de réponse, comme dans d’autres occasions, j’ai évoqué le “Journal de Marquetalia” et ses récits sur une “commune” improvisée, une micro-société socialiste, écrit par un dirigeant de la guérilla colombienne, Jacobo Arenas, en 1972.

Adolescente, j’y découvris le rôle que nous avons toutes et tous à jouer dans la construction de nouvelles structures sociales: celle ou celui qui connaît et utilise correctement les médicaments, celle ou celui qui sait cuisiner sans faire de fumée (dans une guerre de guérilla) pour que le campement ne soit pas repéré, celui ou celle qui est capable de couper les cheveux pour changer totalement une apparence.

Dès lors, comment pourrais-je rabaisser celles et ceux qui, malgré leur âge ou leurs apparences, dans des conditions aussi difficiles que celles que traverse aujourd’hui le Venezuela, ont encore la force de revêtir un uniforme, de déclarer leur amour pour la patrie, et de sortir de chez eux pour accomplir un nombre infini de petites tâches sociales ?

Par exemple, les milicien(ne) ont la responsabilité de percevoir les tickets de métro, restant debout durant des heures et des heures, souvent dans une chaleur torride, tout en étant la cible de nombreuses moqueries de la part de nos médias privés, y compris internationaux. Dans un système où les tourniquets automatiques ne fonctionnent plus et où chaque réparation est extrêmement coûteuse, c’est une responsabilité importante, tout comme celle de maintenir l’ordre et le calme des files d’attente, celle d’assurer la surveillance des espaces publics, etc.

Ce n’est pas l’idéal, mais cela nous aide à « mettre de l’ordre » dans une vie quotidienne durement touchée par l’impact des sanctions états-uniennes et l’absence de réponses nécessaires.

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Il en va de même pour celles et ceux qui crient leur conviction: « Peu importe la faim et le chômage, je reste fidèle à ce processus » (« con hambre y desempleo con este peo me resteo »). D’une façon ou d’une autre, ce sont des gens qui connaissent depuis longtemps les difficultés, mais qui sont prêts à tout faire pour défendre ce en quoi ils ont appris à croire.

De tels héros et héroïnes, il y en a un nombre infini, qui restent invisibles dans les reportages des médias sur le Venezuela d’aujourd’hui. Par exemple, j’ai récemment filmé un court documentaire dans le barrio La Vega (Caracas) où chaque semaine, du lundi au vendredi, quelques femmes cuisinent pour plus de cent personnes dans l’une des cantines populaires du secteur (« comedor popular »).

« Ça commence à 9h du matin, quand les gens commencent à apporter leurs bols pour qu’on les remplisse. Parfois, il n’y a qu’un seul poulet et on le coupe en petits morceaux. Tout le monde en prend un peu et on peut utiliser ce poulet dans plusieurs repas. La même chose arrive avec la viande, le riz. Nous improvisons aussi, nous faisons des arepas (galettes traditionnelles, généralement faites avec de la farine de maïs) avec des pommes de terre, du yucca, des bananes plantains. Aujourd’hui, au Venezuela, il y a de la nourriture, ce qui manque, c’est de l’argent, un salaire pour joindre les deux bouts, donc nous devons agir collectivement« , m’a dit Alicia, l’une de ces femmes.

A certains, ces mots sembleront « conformistes », mais la vérité est que ce « conformisme » sauve cette communauté humaine, et bien d’autres, de la faim.

Parce que, d’une manière ou d’une autre, la crise économique et le blocus américain ont affecté l’accès des populations à l’alimentation et ces espaces (cantines populaires) sont devenus un moyen de prendre soin des secteurs les plus vulnérables du pays. Néanmoins, sans le courage de ces responsables féminines, rien de tout cela ne serait possible.

Je le répète : les femmes. Parce qu’au Venezuela, 70% des personnes qui dirigent les différentes organisations sociales (conseils communaux, communes, programmes alimentaires subventionnés, Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) sont des femmes. Ce sont elles qui, de leur sueur, soutiennent ces projets d’en bas.

De même, au Venezuela, il y a encore beaucoup de fonctionnaires honnêtes, qui non seulement essaient de faire leur travail, mais qui luttent aussi pour que les gens ne tombent pas dans les griffes de la corruption. Il y a quelques semaines, l’un d’eux m’a donné beaucoup de conseils pour que je ne tombe pas entre les mains d’un « gestionnaire » à l’heure de renouveler mon passeport.

Tou(te)s font partie d’un groupe de personnes en bonne santé qui, même au-delà de leurs penchants politiques, sont animés par une essence humaine qui surmonte toute « tentation ». Ils ou elles possèdent une honnêteté, une dignité et un dévouement à l’égard du bien-être commun qui font défaut à bon nombre de ceux qui dirigent ou dirigeraient le pays. Ils savent tous ce que signifie le sacrifice, même s’ils ne méritent pas de continuer à devoir le faire.

Cette semaine, je passais en revue un article du journaliste argentin Luis Bruschtein intitulé « Le Sacrifice ». L’un de ses paragraphes dit : « Nombreux sont ceux qui pontifient sur le sacrifice qu’exige la croissance, comme s’ils avaient jamais eu besoin de se sacrifier eux-mêmes. Mais ils le demandent aux gens, aux citoyens, au « pueblo », aux travailleurs et aux chômeurs, pour qui toute la vie n’a été qu’un sacrifice (…) Les classes moyennes et supérieures ont peut-être souffert, c’est sûr. Mais dans les secteurs les plus humbles et les plus vulnérables, l’impact de la crise est dévastateur. On le voit sur les visages, les dents, le langage corporel. Écouter des politiciens bien nourris exiger des « sacrifices » de ces gens n’engendre aucune bonne volonté. »

Et oui, la même chose s’est produite ici, des deux côtés.

La vérité est que ceux qui se sacrifient (mais jamais ceux qui exigent ces sacrifices), les héros silencieux d’aujourd’hui, celles et ceux qui possèdent une dignité que ceux d’hier n’avaient pas, devraient être la seule réponse quand quelqu’un demande : comment se fait-il que le processus politique au Venezuela reste vivant ? C’est par elles et par eux que tout reste possible.

Jessica Dos Santos

Source: https://venezuelanalysis.com/analysis/14658

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

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« Les États-Unis n’arrivent pas à trouver un Augusto Pinochet dans l’armée vénézuélienne »

Entretien du 12/9/2019 avec Maurice Lemoine, journaliste, écrivain, spécialiste de l’Amérique Latine, auteur de nombreux ouvrages sur ce continent dont récemment « Venezuela, chronique d’une déstabilisation« . L’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique analyse la réactivation par les Etats-Unis d’un ancien traité militaire régional contre le Venezuela. Cette annonce du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo intervient en réponse à de supposés mouvements «belliqueux» de la part du gouvernement vénézuélien le long de la frontière avec la Colombie.

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« Venezuela, le coup d’Etat manqué »: le documentaire d’Ahmed Kaballo (2019) sous-titré en français

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Le journaliste Ahmed Kaballo (Press TV, London)

« Venezuela, le coup d’Etat manqué », le nouveau documentaire du journaliste britannique Ahmed Kaballo est un antidote documenté, très précieux pour se libérer de ce que martèlent 99 % des médias depuis si longtemps.

Six semaines passées sur place en 2019 à la rencontre des diverses sensibilités politiques font pivoter le regard des effets vers les causes et permettent de découvrir les invisibles du champ médiatique. Kaballo démonte les catégories du storytelling (« Etat répressif », « crise humanitaire ») et les stratagèmes états-uniens. Il décrit la violence exercée par les insurrections de l’extrême droite contre les personnes identifiées au chavisme.

Le réalisateur révèle également les grandes occultations journalistiques, comme les ressorts de classe et de race qui propulsent un processus de changement que nombre de vénézuélien(ne)s continuent d’appuyer. « Pendant mon séjour, j’ai rencontré beaucoup de gens qui luttent contre de sévères sanctions économiques, formellement condamnées par les Nations Unies (…) J’ai rencontré beaucoup de gens critiques envers le gouvernement et beaucoup de gens qui le soutiennent, mais, surtout, des gens vivant une vie normale avec un sens profond de la communauté. Un contraste total avec ce que montrent les médias occidentaux« .

Une réalisation d’Ahmed Kaballo pour Press TV et APARAT MEDIA Productions (Londres, UK 2019). Durée : 26 min. 40 sec.

Traduction de l’anglais et sous-titrage en français: Thierry Deronne

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Une victoire

D5a2pDpWwAEQADD30 avril 2019, Caracas. Le peuple appuie massivement le Président Nicolás Maduro face à la tentative de coup d’état dirigé par les Etats-Unis et appuyé par les médias privés du Venezuela et internationaux. L’extrême droite du milliardaire Leopoldo Lopez, un temps relookée en « Obama » (Guaido), n’a pas réussi à briser l’union civico-militaire construite par Hugo Chavez.

L’image mise aussitôt en boucle planétaire d’un « blindé de l’armée vénézuélienne fonçant sur la foule », alors qu’il s’agit de véhicules utilisés par des putschistes, montre que lorsqu’un « sens commun » est sédimenté par une hégémonie médiatique, chaque « journaliste » peut grimper sur une branche de plus en plus haute de la désinformation. Cette existence d’un « Venezuela » virtuel créé par les plans serrés des caméras depuis vingt ans est une leçon pour la gauche du monde entier : comprendre que les médias actuels ne peuvent que désinformer sur ce pays comme sur les Gilets Jaunes, comme sur toute bataille de l’émancipation humaine, et légitimer les coups d’Etat ou la répression d’un mouvement social.

D’où l’urgence de passer du marketing électoraliste à des programmes politiques centrés sur la démocratisation de la propriété des médias, la fondation de nouvelles écoles de journalisme, la création d’un puissant réseau de médias associatifs et de nouvelles technologies numériques plus organisatrices que les réseaux inventés par les Etats-Unis.

T.D., Caracas, 30 avril 2019

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L’hypothèse du double gouvernement et du conflit prolongé

« Manifestants pacifiques » attaquant les passagers d’un transport en commun à Caracas

Par Marco Teruggi

Le problème de la droite vénézuélienne est de s’être fixé un objectif en l’absence des rapports de force nécessaires. En réalité, les décisions ne sont pas prises au niveau national mais aux Etats-Unis où a été conçu le plan stratégique et opérationnel des actions en cours.

La corrélation nécessaire pour renverser le gouvernement passe par le concours des classes populaires et des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB). Or, aujourd’hui, à 90 jours de son déclenchement, le cycle de violences se poursuit sans l’intervention d’aucun de ces deux facteurs. Ce qui ne signifie pas que tout travail politique dans cette direction ait été abandonné.

Pour ce qui est des classes populaires, cette droite étant nettement convaincue qu’elle ne réussira pas à les faire adhérer à son appel à renverser le gouvernement, a décidé de les frapper plus durement encore au moyen de l’asphyxie économique. D’où des actions comme l’incendie d’un dépôt de denrées alimentaires – 60 tonnes parties en fumée – qui étaient destinées à des quartiers populaires, l’attaque de camions transportant des vivres pour le gouvernement ou l’augmentation des prix par le secteur privé, majoritaire au Venezuela. Elle cherche à aggraver les conditions matérielles de vie et l’exaspération, ouvrant la voie à des pillages qu’elle-même organise avec ses groupes de choc.

Quant au travail pour diviser les forces armées, la droite a opté pour plusieurs actions simultanées. L’une d’elle a consisté en une série d’attaques armées de la base militaire principale de Caracas, la Carlota, ainsi que de casernes et de bataillons situés dans divers endroits du pays, la dernière en date ayant eu lieu la nuit de mardi dernier à Acariqua ou des armes ont été volées et un soldat tué.

Une autre de ces manoeuvres consiste à démoraliser sans répit la population par le biais des réseaux sociaux, notamment avec l’appui de robots de Twitter.

Troisième élément de cette stratégie, utilisé dès le début du cycle : appeler les forces armées à désobéir aux ordres du gouvernement et à se joindre au Coup d’État. Julio Borges, le président d’extrême droite de l’Assemblée Nationale, un des organisateurs du coup d’État de 2002 contre Hugo Chavez, présenté par « Le Monde » comme une personnalité démocratique (1), vient de le répéter le 5 juillet lors d’une allocution publique, allant jusqu’à offrir l’amnistie automatique aux militaires qui renverseraient le gouvernement élu : 

L’appel au coup d’État lancé le 5 juillet par le président de droite de l’Assemblée Nationale (voir ci-dessus) et les provocations des députés d’extrême droite ont dégénéré en affrontements avec les partisans de la révolution, violences condamnées par le gouvernement. Dans les « médias » européens cela devient : « Des pro-Maduro séquestrent l’assemblée ». Sans la moindre mention de l’appel au coup d’État. (NDLR)

Mais cet ensemble de tactiques n’a pas eu le résultat escompté. N’ayant pas réussi à obtenir le soutien d’acteurs de poids comme les forces armées, ils envisagent une prolongation du scénario et semblent s’y préparer.

L’hypothèse d’un conflit prolongé repose sur deux éléments clés : le facteur politique et le facteur militaire.

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Au début du mois les partis de la droite vénézuélienne ont annoncé qu’ils organiseraient eux-mêmes un plébiscite le 16 juillet.

En ce qui concerne le facteur politique, les partis de droite se sont déjà prononcés : leur plan est de ne pas reconnaître le gouvernement de Nicolas Maduro ni l’Assemblée Nationale Constituante qui sortira des urnes le 30 juillet et d’accélérer la création de nouveaux pouvoirs publics. Ce qui veut dire essayer de mettre en place un gouvernement parallèle. Pour donner une légitimité à ce schéma d’action déjà en cours, ils ont convoqué un « plébiscite » pour le 16 juillet, hors du contrôle du Centre National Électoral et pour anticiper les élections du 30 juillet, où parmi diverses questions sera posée celle de la création de nouvelles autorités et d’un gouvernement d’unité. Leur problème n’est pas de définir si le référendum sera légal ou non, ni le nombre de votants, mais de valider leur stratégie au niveau international, médiatique et diplomatique. Mais lorsqu’ils se seront engagés dans cette voie se présentera la difficulté de donner un poids réel à ces nouvelles autorités. Il ne suffit pas d’énoncer les choses pour qu’elles arrivent, pratique récurrente chez la droite. La réaction des alliances internationales aura son importance, ainsi que l’intensification de la stratégie de violence.

Sur ce dernier point, la droite a un avantage et a un problème.

L’avantage est qu’ils ont réussi en bonne partie à donner une légitimité à leur violence, surtout au niveau international grâce à la participation active des grands groupes médiatiques et d’autres rouages de l’Empire. Selon la vulgate construite pour « fabriquer le consentement » international, il n’existerait pas de paramilitaires au Venezuela, ni de groupes de choc organisés, ni de bandes de délinquants payés pour commettre des actes de vandalisme, il n’y aurait que des étudiants, un peuple affamé, des jeunes résistant à la dictature. Les actes violents commis, tel le lancement de grenades depuis un hélicoptère sur le Tribunal Suprême de Justice, la destruction d’aliments, etc., sont qualifiés d’auto-coups d’état réalisés par le gouvernement lui-même.

Le problème est que la légitimité ainsi obtenue ne suffit pas, il s’agit aussi de disposer de forces matérielles sur le terrain. Et si de toute évidence ils ont réussi à déployer des actions de grande envergure dans différentes villes du pays pendant plusieurs jours, ils ne semblent pas réunir les conditions pour soutenir leurs positions selon un plan de « territoires libérés », par exemple.

Ils ont l’avantage de s’être acquis l’opinion internationale, mais au niveau national l’opinion reste indécise. Leur violence les discrédite et provoque le rejet de 80 % de la population, et il semblerait que l’appui de la rue leur fait défaut pour mener à bien un plan d’une telle ampleur.

Le scénario risque donc fort de se prolonger. Ils donneront une identité politique à leurs actions violentes, anonymes jusqu’à présent, et déploieront publiquement leur structure armée – allant jusqu’à se différencier des autres partis d’opposition en établissant une distinction entre la MUD (plate-forme politique des partis de droite) et la Résistance (extrême droite armée et active dans la rue). Ils disposent de deux bases arrière pour alimenter cette organisation armée : l’État de Táchira et la Colombie voisine.

Il est difficile de prévoir comment se terminerait un plan présentant de telles caractéristiques.

Certains dirigeants de droite donnent à entrevoir leurs desseins. Tel le député Juan Requesens, du parti d’extrême droite « Primero Justicia », qui vient d’effectuer un aller-retour aux Etats-Unis pour expliquer dans un forum organisé le 6 juillet à l’Université Internationale de Floride (FIU), centre cofinancé par le Southern Command du Pentagone : « Nous devons passer par cette étape de violences de rue pour en arriver à une invasion étrangère ».

D’autres questions se posent qui trouveront leur réponse dans les semaines à venir. L’une d’elles est : la droite (ou une partie de la droite) inscrira-t-elle ses candidats début août pour les élections de gouverneurs qui auront lieu au début de décembre 2017 ?

Si elle ne le fait pas, ce sera la confirmation d’un point de non retour, de l’impossibilité de résoudre le conflit par le dialogue entre les parties. Dans ce cas, l’hypothèse d’une prolongation du conflit jusqu’à une éventuelle fracture au sein des forces armées ou, à un tout autre niveau, d’une intervention étrangère se confirmerait clairement.

Par contre, inscrire leurs candidats signifierait que la résolution finale du conflit reposera en partie sur les élections.

Le scénario se modifiera aussi en fonction des résultats de l’élection à l’Assemblée Constituante du 30 juillet : une forte participation apportera une légitimité et une base politique solide au chavisme. Dans le cas contraire, la confrontation s’aggravera. La droite a annoncé qu’elle fera tout son possible pour que les élections ne puissent pas se dérouler et il est fort probable qu’un blocage des centres électoraux, des routes et des moyens de transport sera organisé avec l’utilisation de leurs organisations armées et la façade publique de leur nouvel instrument en cours d’élaboration : les Comités de Sauvegarde de la Démocratie.

Le Conseil National Électoral a déjà annoncé qu’il protègerait chaque bureau de vote.

Le scénario qui s’est ouvert au début d’avril 2017 ne semble pas prêt de s’arrêter. Les Etats-Unis ont décidé de pousser le Venezuela dans ses derniers retranchements, aux niveaux politique, social, culturel, communicationnel et militaire. Ils veulent reprendre le pouvoir politique par l’intermédiaire de la droite présente dans le gouvernement, assujettir l’économie à leurs propres intérêts et prendre une revanche massive sur un mouvement historique. Le chavisme affronte une guerre complexe et totale à laquelle il doit répondre de manière intelligente et en faisant preuve d’ un engagement ferme face à un peuple fort et créatif, comme a su le faire Hugo Chavez.

M. T.

Note :

(1) Lire « Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/07/la-hipotesis-del-doble-gobierno-y-el-conflicto-prolongado/

Traduction : Frédérique Buhl

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« Permettre l’utopie, organiser l’impossible » – Ma première vie, par Hugo Chávez (Conversations avec Ignacio Ramonet)

Cet ouvrage publié aux Editions Galilée (2015, 720 pages, 32€) dans une présentation très soignée peut être vu comme un document de référence pour ceux qui s’intéressent à l’histoire latino-américaine1, mais aussi comme un récit de vie profondément humain, ou encore comme une mine de réflexions sur la stratégie révolutionnaire, dans le contexte anti-impérialiste de la dernière partie du XXe siècle.

CECjHTLWMAAwkUWDéjà auteur d’une biographie à deux voix de Fidel Castro, Ignacio Ramonet a travaillé avec le président vénézuélien – rencontré dès 1999 – pendant plusieurs séances de travail échelonnées de 2008 à 2012 et à partir d’une documentation considérable. La maladie qui a emporté Hugo Chávez en 2013 n’est pas la raison pour laquelle le livre s’arrête au moment de l’investiture présidentielle. Cette « première vie » a été voulue à la fois comme une œuvred’histoire sur une période dont le recul permet une certaine sérénité et comme une approche de la personne de Hugo Chávez, de sa formation, une réflexion aussi sur son « destin ». De fait, il n’y a pas de ces allers-retours entre le présent et le passé dont les biographies sont coutumières mais dont la sincérité peut parfois être mise en doute. En totale empathie avec son interlocuteur, Ramonet relance, précise, ramène au fil de la chronologie sans juger : sur deux points seulement Chávez semble devoir se justifier, sur sa solidarité « patriotique » avec le terroriste Carlos, sur ses relations avec l’Argentin Rafael Ceresole aux thèses antisémites « inacceptables ».

L’évocation de l’enfance est pleine de couleurs, de senteurs et de sentiments, dans les LLanos, ces plaines de cet Etat de Barinas que « Huguito » ne quittera qu’à 15 ans pour aller à l’Académie militaire de Caracas. Une famille pauvre de paysans sans terre, des parents maîtres d’école qui le confient pour être élevé à une grand-mère qu’il vénère2. Une région de métissage où lui-même porteur de sang noir, indien et blanc dit que le racisme n’existait pas. Par contre l’histoire des luttes sociales y est très présente : c’est le peuple y garde la mémoire d’Ezequiel Zamora, chef d’une révolution paysanne que Chávez qualifie de « présocialiste » et liée au mouvement des idées en Europe en 1850-1860. Sa famille a éloigné la mémoire d’un autre héros local qualifié d’assassin, « Maisanta » qui est son aïeul et sur lequel il fera des recherches prolongées : en fait, un des derniers guérilleros à cheval, un rebelle politique. Dans une zone où le pétrole a causé l’exode rural, les guérillas ne peuvent plus prospérer, analyse Chávez ; il en verra les derniers épisodes dans l’État de Sucre, en tant que jeune officier chargé de la répression. Il en retire une profonde horreur de la violence et l’analyse politique de ce qu’une rébellion sans le peuple est condamnée à l’échec.000_Mvd64743331

Sur le jeune Chávez, notons encore l’empreinte du catholicisme : le Christ fera définitivement partie de son panthéon, à côté de Simón Bolívar et Ezequiel Zamora. Notons la soif d’apprendre et la mémoire d’un excellent élève, la façon dont il a appris à former son esprit avec l’Encyclopédie autodidactique Quillet, alors qu’il rêve de devenir peintre, puis joueur de base-ball. Notons son caractère éminemment sociable : animateur, organisateur de concours de beauté… il est populaire, partout à l’aise, toujours prêt à chanter, il ne lui sera pas difficile, pour suivre Gramcsi « d’être le peuple » plutôt que « d’aller au peuple »3.

Sa formation militaire sera aussi une formation scientifique et politique. Dans les transmissions puis dans les blindés, le jeune sous-lieutenant s’interroge encore sur sa vocati,on. Il découvre une armée vénézuélienne où la troupe est formée des fils du peuple les plus humbles, tandis que les officiers proviennent des couches moyennes ou supérieures avec d’ailleurs certains progressistes (à plusieurs occasions, et parfois au travers d’anecdotes savoureuses, on découvre comment les activités clandestines deChávez sont percées à jour par ses supérieurs et font l’objet d’une certaine bienveillance, de même que le traitement des mutins emprisonnés). Appliquant la notion d’alliance civico-militaire due à Fabricio Ojeda4, Chávez prend conscience du rôle social et politique du soldat, et fait de l’alphabétisation au sein de l’armée.

Or, suite à la nationalisation du pétrole en 1976 et malgré l’argent qui coule à flot, les inégalités sociales et le mécontentement s’accroissent. Chávez participe au Mouvement Rupture et est proche du parti d’extrême gauche Causa R. Il travaille à implanter dans l’armée des cellules bolivariennes et recrute en profitant même de ses activités officielles d’instructeur.

Devenu capitaine de parachutistes en 1982, il crée à la fin de la même année un MBR-200 (Mouvement bolivarien révolutionnaire-200) bien modeste : 8 ou 10 officiers, 20 ou 30 élèves officiers au début. Il faudra compter 10 ans avant le déclenchement d’une première rébellion, années qu’il est impossible de résumer ici mais que ponctue le Caracazo, grand soulèvement populaire du 27 février 1989 dû au virage austéritaire néolibéral du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, et qui se termine dans le sang. « Le peuple nous a pris de vitesse », analyse douloureusement Chávez. Trois ans plus tard, l’alliance civico-militaire sera au rendez-vous lors du « 4-F », 4 février 1992, qui parvient presque à la prise de pouvoir. Le Commandante en attribue l’échec à la démoralisation de la gauche. Il est fait prisonnier avec 300 officiers et 10 000 soldats.

Paradoxalement, c’est l’intervention télévisée de 50 secondes qu’il fait pour expliquer la reddition qui sera au départ de son immense popularité et implante l’idée que le dernier mot n’est pas dit. Une seconde rébellion, principalement due à l’armée de l’air, se produit en novembre. Chávez la soutient mais sans participer à sa direction stratégique. La conspiration reprend en prison, période « féconde » pour travailler sur le programme politique, la démocratie participative, les modalités d’une assemblée constituante… Tant et si bien que lorsque Chávez est libéré en 1994, sous condition de démissionner de l’armée, il est prêt à faire ouvertement campagne dans une longue tournée à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il reçoit notamment à La Havane un accueil exceptionnel de Castro. Le voilà plus clairement perçu sur le nuancier politique mais aussi cible d’une propagande violente de plusieurs bords. La réflexion le conduit alors à préférer désormais l’action électoraliste à l’action militaire, et face aux critiques de la gauche il se décide à « assumer le leadership que le peuple [lui] réclamait ».

Finalement, en avril 1997, le Mouvement Ve République est lancé et la pré-candidature deChávez annoncée. On sait la suite avec les 56,20 % de voix obtenues aux présidentielles du 6 décembre 1998.

La fin du livre revient sur des notions plus générales, le socialisme, la révolution et sur un « mythe Chávez » qui n’était pour l’intéressé que l’expression d’une espérance collective, destinée à être dépassée pour que le « mythe du nouveau Venezuela » puisse émerger, pour que l’utopie (bolivarienne) soit enfin possible, et c’est pour pour cela que Chávez dit avoir surmonté ses doutes en travaillant à organiser l’impossible5.

Voilà donc gros ouvrage qui peut être le compagnon de longues semaines d’été. L’histoire a beau se dérouler sur un autre continent et au siècle dernier, je mets le lecteur au défi de ne pas en tirer de fructueuses réflexions pour le monde dans lequel nous vivons !

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Un briseur de protocole. Ici à Caracas conversant avec un jeune SDF. Ci-dessous lors d’une promotion d’officiers.

Un président qui cassait le protocole. En haut, avec un jeune SDF, en bas lors d'une promotion d'officiers

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

Avec les travailleurs du Mouvement des Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

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Dans le llano vénézuélien

à la rencontre du peuple haïtien

A la rencontre du peuple haïtien

Notes

  1. Le lecteur peu familier avec le contexte historique sera aidé par les notes concernant les centaines de personnages mentionnés et par l’index qui les regroupe. []
  2. Sur le machisme, il écrira : « La femme libre libère le monde… la femme libre nous libère, nous, les hommes. » []
  3. Pour lui, c’est le peuple « l’intellectuel organique ». []
  4. Il lit alors beaucoup d’histoire et de stratégie militaires et évoque Mao : le soldat au milieu du peuple comme le poisson dans l’eau. []
  5. Marc Aurèle : « Le secret de toute victoire réside dans l’organisation de l’impossible. » []

Source de cet article : http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/ma-premiere-vie-par-hugo-chavez-conversations-avec-ignacio-ramonet/7396476

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Venezuela : un nouveau moment politique

descargaPar Juan Manuel Karg, Licencié en Sciences Politiques et Master en Études Sociales Latino-Américaines UBA (Université de Buenos Aires), @jmkarg

On a beaucoup parlé au début de 2014 de la situation politique et sociale du Venezuela face aux violences qui visaient (une fois de plus) à déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro (1). Ce plan, que ses dirigeants conservateurs avaient baptisé “la Sortie” (celle du président Maduro, NdT), connaît un destin paradoxal quelques mois plus tard avec la démission de Ramón Guillermo Aveledo, secrétaire général de la “Plate-forme d’Unité Démocratique” (MUD), principale organisation de la droite et d’opposition au gouvernement bolivarien. Quel moment politique vit le Venezuela ? Qu’a défini le récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), parti au pouvoir ? Que va tenter à présent l’opposition à Maduro ?

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“Il parlaient de ´La Sortie´, et ce sont eux qui ont fini par sortir”, ironisait récemment Nicolás Maduro au cours de son programme radio et télévisé “En ligne avec Maduro”, à propos de la réalité politique de la droite vénézuélienne. A quoi faisait-il allusion ? A la démission de Ramón Guillermo Aveledo comme secrétaire général de la MUD, plate-forme qui a porté par deux fois la candidature présidentielle de Henrique Capriles. Selon Maduro, ce sont les secteurs d’extrême droite au sein de la MUD qui auraient poussé Aveledo vers la sortie à la suite de sa participation aux dialogues successifs impulsés par le gouvernement bolivarien après les violences de février et de mars.

L’opposante María Corina Machado, une des faces visibles de l’opération “Sortie” avec Leopoldo López (2) est en train d’organiser ce qu’elle appelle un “congrès citoyen” qui vise à construire, de nouveau, une force externe à la MUD. Machado représente l’aile dure et radicale de la droite vénézuélienne, qui ne veut faire aucune “concession” à Maduro. Son discours se base en priorité sur le thème de la sécurité, reléguant au second rang les thèmes de la structure productive du pays et de la participation populaire dans les prises de décisions.

Le récent IIIème Congrès du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) a fait preuve d’une solidité croissante comme parti politique, se rassemblant derrière la figure de Nicolás Maduro par ailleurs élu président du parti. Oubliées les lettres de l’ex-ministre Giordani, copieusement relayées par les médias les plus conservateurs du pays dans le but de générer des fissures au sein du parti au pouvoir. Le PSUV a décidé lors de cette assemblée nationale de poursuivre le débat politique commencé il y a un an dans les près de 14 mille UBCH locales (Unités Bolívar Chávez). En outre, les documents émanant du Congrès soulignent que “le monde multi-centré, multipolaire, et l’union latino-américaine et caraïbe garantissent la paix et l’équilibre sur la planète”, font référence au récent sommet UNASUR-BRICS (3) qui s’est tenu au Brésil et indiquent la volonté du PSUV de renforcer ses liens avec d’autres partis au pouvoir dans les pays qui mènent des politiques post-néolibérales.

A présent les vénézuéliens assistent à l’approfondissement de la division de la droite, un phénomène qui n’est pas tout à fait nouveau : en février on pouvait noter clairement deux tendances face aux violences qui ont tenté de renverser le gouvernement Maduro. La situation semble aujourd’hui la même mais dans des proportions plus importantes : alors que Capriles annonce une tournée nationale en solo, Machado choisit de construire un “congrès citoyen” sans la MUD et Aveledo refuse d’expliquer les motifs de sa démission du secrétariat général. Bref, la droite est entrée dans une guerre d’egos et d’objectifs quant au futur du pays.

Sans doute, à l’heure d’écrire ces lignes, un des principaux défis qu’affronte le gouvernement est-il de mettre fin à la croissante spéculation économique impulsée par les grands groupes privés. Freiner cette politique – qui inclut des problèmes d’approvisionnement dans certains lieux et des hausses artificielles des prix – figure à l’agenda d’une droite de nouveau morcelée mais qui tentera par la voie économique ce qu’elle n‘a pu atteindre par la voie politique. Elle cherchera ainsi à saper la base sociale d’un gouvernement qui garde l’appui des majorités populaires, bénéficiaires de la plupart des politiques mises en oeuvre depuis son arrivée au pouvoir.

J-M. Karg, Caracas

Source : ALAI-AMLATINA, 18 août 2014, http://alainet.org/active/76267

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Bien que 7 % seulement des personnes arrêtées pour meurtres ou violences étaient des étudiants et que cette opération partait des quartiers riches de Caracas ou de la frontière avec la Colombie, la plupart des journalistes occidentaux relayèrent la version des médias privés vénézuéliens : celle d’une¨révolte étudiante contre la vie chère¨ face à un ¨État répressif¨, faisant de la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado une égérie de la ¨lutte pour la démocratie¨. Le président Rafael Correa avait déclaré :la vérité est que c’est le gouvernement légitime du Venezuela qui est persécuté, que Nicolas Maduro est un humaniste, qu’il ne serait jamais capable de réprimer son peuple, et qu’on tente de le déstabiliser”.

(2) Lire C’est l’heure d’anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids” : les visages du coup d’État” http://bit.ly/1mMdwCv

(3) Lire “Le BRICS, l’UNASUR et la CELAC dessinent une nouvelle carte du monde multipolaire, http://wp.me/p2ahp2-1yN

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Face à la contrebande massive qui est en partie à l’origine des pénuries actuelles au Venezuela, le gouvernement Maduro a lancé l' »Operación Centinela« , conjointement avec le gouvernement de Juan Manuel Santos. Déployés à la frontière avec la Colombie, 18 mille soldats ont récupéré en quelques jours des milliers de tonnes et de litres de carburants, huiles, aliments, ciment, alcools, médicaments,  etc… Selon les estimations, ce vaste système mafieux qui a recours aux voies aérienne, fluviale et terrestre, nourrirait près de 10 millions de personnes en Colombie.

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L’héritage de Chávez, les communes.

Dans son offensive nationale et internationale, la vulgate de la droite médiatique voulait faire croire que la disparition de Chavez entraînerait la lente dissolution de la révolution bolivarienne. En réalité, c’est en ce moment que son principal héritage commence à déployer ses ailes.

Par Mario Sanoja et Iraida Vargas *

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On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur l’héritage de Chavez, or ce n’est qu’aujourd’hui que, sous l’impulsion du Président Maduro et de son équipe, commence à s’incarner son idée centrale pour transformer la société vénézuélienne. Dès 2007, Chavez expliquait : “Tous les moteurs constituants sont tributaires ou convergent vers le cinquième (moteur), qui est le plus grand, le plus puissant, le moteur essentiel. Lequel ? L’explosion révolutionnaire du pouvoir communal, les conseils communaux… ” (Chávez 2007: 40).

Le Capital est encore profondément inscrit dans tous les secteurs de la culture et de la société vénézuéliennes, capable de dominer et d’influencer en sa faveur le processus de reproduction sociale, tout en étant incapable de résoudre les problèmes et les contradictions qu’entraîne son activité. Abolir ou au moins neutraliser les institutions spécifiques qui font l’hégémonie du capitalisme, doit être, est, le premier pas révolutionnaire dans la construction d’un nouveau bloc historique de pouvoir représenté par la future société et son État socialiste et communal.

Le système communal socialiste déjà existant et qui s’appuie sur les traditions des peuples originaires, constitue la forme spatiale concrète qu’acquiert la résistance populaire au capitalisme, fondée sur l’accumulation de connaissances et d’expériences, la structure sociale et spatiale des forces et de ses acteurs, l’enracinement dans la communauté et dans l’identité culturelle de classe.

A partir de la première décennie du vint-et-unième siècle, la construction d’une société communale socialiste exige que nous produisions une nouvelle cartographie de l’espace national avec les variables fondamentaux du pouvoir communal – les conseils communaux, les communes intégrées avec les réseaux socio-productifs et les missions sociales, pour articuler la chaîne de valeur des matières premières et diversifier la production au service des besoins économiques et sociaux de la population. Ces réseaux transversaux qui représenteraient une alternative post-capitaliste fonctionneraient comne un tissu de connections qui recouperait les centres urbains, stimulant la circulation, la distribution et la consommation de biens et de valeurs (Voir Vargas-Arenas y Sanoja 2014: en préparation).MG_9824

Jusqu’à présent le projet révolutionnaire a eu pour référence centrale la dimension macro-économique. Des esprits éclairés comme D.F. Maza Zavala avaient anticipé qu’au XXIème siècle l’aire de propriété purement étatique devrait être limitée par le développement d’autres formes avancées de propriété sociale, commune ou collective, que nous pourrions assimiler à l’actuel système communal. Maza considérait comme souhaitable que l’État conservât la propriété et le contrôle des activités productives basiques, mais observait que “la socialisation qui est par essence la domination du social par la société, exige la participation collective dans la prise de décisions, le contrôle des intérêts publics ou sociaux par des organisations et des dispositifs institutionnels de type populaire : approfondir la démocratie, éradiquer les élites de pouvoir et le pouvoir des élites, pour développer en leur place le pouvoir populaire” (Maza Zavala 1985: 135-136).

La dimension macro-économique du modèle qui a dominé le processus bolivarien a été affectée par l’actuelle crise du capitalisme, parce qu’elle n‘a pas pu dissocier l’économie et la société vénézuélienne du marché capitaliste promu par l’Empire mais, au contraire, a accru notre dépendance de ce marché. Le processus de socialisation, les communes, ce dont nous parlait Maza Zavala, a pris un nouvel élan sous le gouvernement du Président Maduro.maduro_23_enero_comunas_111377221436-540x360

La soi-disant crise de la révolution bolivarienne semblerait plutôt être un changement de front, une réorientation stratégique du processus en vue d’octroyer un rôle central aux communes, d’où la restructuration du gouvernement entamée par le président (1), discutée par les mouvements sociaux ou lors du récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

La révolution bolivarienne a besoin de revoir son modèle économique, dont une bonne part est héritée des théories économiques de la vieille gauche vénézuélienne depuis les années 1950. Il est important d’évoquer la crise laborale que traversent les entreprises de Guayana et de rappeler à ce propos l’idée de l’économiste eurochaviste Luciano Vasopollo (224:BCV 2013) pour qui il faut différencier nationalisation et socialisation de la gestion économique : la disparition de la propriété privée – dit-il – n’implique pas sa socialisation immédiate.

La nationalisation des secteurs stratégiques (énergie, communications, transport, etc.), apporte des ressources nécessaires pour impulser une stratégie de redressement productif à court terme. Cependant, soutient Vasopollo, la propriété étatique ne garantit pas per se le contrôle des travailleurs(ses) sur leur propre travail ni ne garantit le socialisme.

Si le monopole d’État n’est pas contrôlé directement par les organismes populaires, comme le plaidait également Maza Zavala, celui-ci pourrait retomber dans l’autoritarisme syndical mafieux, le bureaucratisme sydical contre-révolutionaire et inefficace comme c’est le cas au sein des entreprises basiques de Guayana. Sans contrôle démocratique de la part des organismes populaires, la propriété d’État finit par créer et privilégier une nouvelle classe sociale qui surgit du monopole de la gestion étatique des moyens de production (Álvarez 2003; Idem 2010: 58-74).

Comme le note également Vasopollo “… Ce n’est que lorsque s’effectue le contrôle social du processus de production, que la possession des moyens de production est exercée par les unités productives elles-mêmes et que celles-ci, depuis leur environnement immédiat, prennent des décisions sur les investissements et sur le changement technologique, qu’on peut parler d’une autonomie relative de ces unités, autonomie qui peut être accompagnée – ou non – de la condition correspondante de “sujet juridique” …”

Le socialisme, à quelque niveau que ce soit, dit Vasopollo, ne peut être pensé ni construit s’il n’est fondé sur une base solide de démocratie directe qui permette de concevoir la planification sur la base de la connaissance directe des besoins individuels et collectifs (sociaux, d’entreprises, environnementaux, etc.), s’incarnant dans des processus tels que le président Maduro les a baptisés : gouvernement de rue et dialogue sur la production avec les petits et moyens entrepreneurs.

Pour mettre en marche les critères de l’efficacité micro-économique, il serait nécessaire que le gouvernement révolutionnaire dessine et mette en pratique la création d’une culture du travail appropriée, basée sur des valeurs sociales de solidarité collective qui s’oppose à l’opportunisme syndical et au consumérisme individuel qui sont à la base du capitalisme. De la même manière, poursuit Vasopollo, il est non seulement nécessaire de changer la forme et le contenu des fonctions d’utilité micro-économique, en maintenant par exemple la possibilité de répartir le temps de vie entre travail et loisir, mais aussi d’élargir les possibilités qu’a la population de choisir des alternatives autour de ce thème.comunas-2-

Construire le socialisme, toujours selon Vasopollo, c’est promouvoir un changement d’hégémonie culturelle qui inverse les liens de causalité entre économie et politique “…comme on est déjà en train d’en faire l’expérience entre pays de l’ALBA…” redéfinir le discours politique à partir de la centralité de la planification socio-économique…” (BCV 2013: 802), en l’orientant vers un modèle de développement socio-économique auto-déterminé, autogestionnaire, centré sur les ressources et les économies locales et qui valorise en même temps les traditions culturelles et productives, renonçant à importer tant de marchandise inutile qui ne sert qu’à un système de consommation à outrance et insoutenable.

En somme il s’agit de créer la société communale car le passage d’un mode de production à l’autre, à la société post-capitaliste, dit Vasopollo, suppose fondamentalement la présence organisée d’une subjectivité révolutionnaire, exprimée dans le cas vénézuélien par la commune.

La création d’une nouvelle hégémonie culturelle requiert de manière incontournable l’élargissement des espaces politiques où les processus participatifs qui impulsent les processus autodéterminés et autogestionaires puissent s’exprimer avec plénitude : les communes, les conseils communaux, les conseils de travailleurs, les conseils paysans, les conseils étudiants, etc., semences d’une démocratie authentiquement participative, du pouvoir populaire constituant, de la nouvelle société socialiste vénézuélienne (Álvarez 2010: 145-158).MG_9785

En ce sens il est nécessaire de considérer la pertinence d’un système politique de représentation comme celui développé par le PSUV dans lequel les délégué(e)s, porte-paroles des Unités de Bataille Bolívar Chávez (UBCH) doivent se maintenir à tout moment au contact de leurs bases pour guider et orienter le travail et éviter le bureaucratisme.

Le modèle d’intégration civico-militaire vénézuélien, dont l’artisan fut le président Chávez, a joué un rôle de stabilisation fondamental face à l’insurrection armée de secteurs de l’extrême droite vénézuélienne. Selon la nouvelle doctrine militaire vénézuélienne, en cas d’urgence nationale, les forces armées ne resteraient pas les bras croisés à attendre que l’envahisseur ou l’ennemi intérieur agisse contre la révolution mais déploieraient une guerre de résistance populaire appuyée sur le système communal. C’est pour cela que les contigents réguliers ou les forces liées au système communal doivent sentir qu’ils défendent la souveraineté nationale et qu’ils sont aussi les constructeurs actifs du socialisme vénézuélien.

* Anthropologues et historiens vénézuéliens.

Note

(1) Voir “Le Venezuela accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernementhttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/


Références citées:

– Álvarez R, Víctor. 2003. Hacia donde va el modelo productivo. Centro Internacional Miranda. Caracas,
-Álvarez R., Víctor. Del Estado Burocrático al Estado Comunal. Centro Internacional Miranda, Caracas,
-Chávez Frías, Hugo. 2007. Poder Popular: Alma de la Democracia Revolucionaria. Gobierno Bolivariano de Venezuela, Caracas.
– Maza Zavala, D.F. 1985. Ensayos sobre la Ciencia y la Política Económica. Academia Nacional de Ciencias Económicas. Serie Ensayos. Caracas.
-Vargas-Arenas, Iraida y Mario Sanoja Obediente. 2013. Lectura geohistórica de Venezuela. El espacio Nacional y la Sociedad Comunal Socialista. Primera edición. Caracas. Segunda edición revisada, corregida y aumentada (en preparación).
-Vasopollo, Luciano. 2013. Análisis de los Sistemas Económicos. Banco Central de Venezuela, Caracas

Source : http://www.comunaactiva.org.ve/2014/08/el-legado-de-chavez-las-comunas/

Traduction : Thierry Deronne

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