Terra TV… ou les efforts d’une luciole

par Julie Jaroszewski, envoyée spéciale au Venezuela

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Julie Jaroszewski à la guitare, lors de l’atelier de Terra TV avec les paysan(ne)s de la Commune El Esfuerzo, Portuguesa, Venezuela, 16-21 juillet 2018

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Le camion chargé à ras-bord de sacs, vidéoprojecteur, bout de matelas, cadre de lit, et d’une équipe féminine de l’Ecole Populaire et LatinoAméricaine de Cinéma et de Théâtre, a laissé derrière lui la route de goudron de Guanare dans l’Etat de Portuguesa et s’engage dans les chemins de terre. Le soleil se couche doucement sur les collines au fond de cette plaine agricole du cœur du Venezuela et les premières lucioles commencent à scintiller dans les arbres. Entre un cadre de lit et deux dos d’âne, on s’échange des tartines de fromage blanc en riant. Puis une étoile s’allume, puis une autre, puis c’est la lune.

Impossible de ne pas penser à la Barraca, la compagnie théâtrale dirigée par Federico Garcia Lorca, durant la seconde République espagnole et s’intégrant au projet gouvernemental des missions pédagogiques de la « Nina Roja ». La vocation de Terra TV est semblable : apporter via le théâtre, le cinéma et la télévision, les outils aux communautés rurales en lutte afin de pouvoir se raconter.

La commune ici, s’appelle El Esfuerzo (« l’effort»), et rassemble une quarantaine de familles paysannes. Depuis 2011 et après avoir initié la procédure légale pour la récupération des terres -telle que le stipule la loi des Terres et Développement Agraire- celles-ci ont commencé à construire leurs maisons et à cultiver la terre. Ce 14 février dernier, après dix ans de lutte, les habitants ont vu leurs efforts reconnus par l’État bolivarien à travers l’obtention d’un titre de propriété reconnaissant leur droit à vivre et produire sur ces terres.

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Yarumi Gonzalez et Estephanie Carrizales, formatrices de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Marilena Jara, formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Betzany Guedez formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

La présence de l’Ecole a pour vocation de donner de manière récurrente des ateliers transmettant des techniques de jeu d’acteur, de langage audiovisuel mais aussi de dramaturgie, afin de dégager avec la communauté les bases qui serviront à l’élaboration d’un scénario retraçant l’épopée menée pour la construction de leur commune paysanne. Il ne s’agit pas seulement de raconter le passé, mais d’interroger le présent, afin de fortifier de manière consciente au sein du groupe, ce qui fût acquis, les fragilités, les conflits en cours, et l’émergence des nécessités. La dramaturgie ici, devient un outil au service de la communauté apportant la distance nécessaire afin de se reconnaître dans la construction d’un récit commun.

C’est la chanson de Chicho Sanchez, Gallo Rojo – Gallo Negro, qui va être choisie pour exemple afin de transmettre les fondamentaux de la dramaturgie et dégager les bases d’un scénario. Composée au début des années 60, cette chanson était rapidement devenue un hymne contre la dictature franquiste. Elle met en jeu deux coqs, l’un rouge et l’autre noir. Le premier veut chanter l’espérance avec les siens, le second appelle l’obscurité et veut chanter seul. Ils s’affrontent dans l’arène, le coq noir est grand et traitre mais le coq rouge est courageux. La chanson se conclut sur la révélation du coq rouge, il y formule qu’il ne se rendra pas avant d’être mort. Le choeur du refrain, chante la peine du manque de transmission historique.

A travers des ateliers avec les enfants, les femmes et les hommes de la Commune del Esfuerzo, ceux-ci analysent et transposent la chanson à leur réalité. Le coq noir ici, c’est Bernardo Medina Moser, le fils de l’ancien propriétaire de ces terres laissées à l’abandon et saisies par l’État vénézuélien suite à la présence de groupe impliqués dans des délits. Aujourd’hui, celui-ci tente d’exproprier une partie des terres occupées par la communauté afin de s’approprier le bois des tecks, ses arbres précieux représentant une valeur marchande considérable.

Le coq rouge c’est la communauté del Esfuerzo en pleine construction de son conseil communal. Son école a été brûlée par le coq noir, mais les fondations d’un nouveau bâtiment sont d’ores et déjà debout, grâce à l’endurance du groupe et au soutien du gouvernement bolivarien. Une partie de la communauté et de ses leaders sont en marche depuis l’État agricole jusqu’à Caracas afin de faire entendre leurs revendications auprès du gouvernement et solliciter un rendez vous avec le Président de la République Bolivarienne Nicolas Maduro.

Alors que les ateliers de dramaturgie se concluent, le dernier jour voit l’arrivée d’une inspection du Ministère Agricole. L’avocate de Bernardo Medina Moser a demandé une inspection des terres, celle-ci a dénoncé le non-respect de l’environnement dans la Commune del Esfuerzo. L’argumentation est cynique et oppose sans aucune honte, d’une part la volonté des paysans de vivre du travail de la terre et d’autre part l’appétit vorace des propriétaires terriens alléché par la valeur marchande des tecks (bois précieux).

Alors que la réunion se conclut et que la date de la prochaine séance est avancée entre les juges, les avocats et la communauté ; les membres de l’Ecole et la Communauté entonnent en choeur « Gallo Rojo, Gallo Negro ». Pendant que les véhicules des visiteurs démarrent et traversent la rivière, on énonce déjà les articles de lois à relire, étudier, travailler lors des prochaines sessions de travail. On discute des stratégies à adopter afin de valoriser le travail de reforestation entrepris par la Communauté afin de se défendre de toutes nouvelles attaques visant le non-respect de l’environnement.

Si dans la chanson de Chicho Sanchez, le choeur chante la peine du manque de transmission dans le combat que fût la guerre d’Espagne, ici, à El Esfuerzo, la bataille est toujours en cours. « Si le vent efface sans cesse ce que l’on chante », les membres de Terra TV sont debout aux côtés des communautés en lutte. Loin de lutter contre des moulins à vent, ils inscrivent dans le présent les bases d’un combat concret, celui de la nécessité d’une souveraineté dramaturgique et d’une liberté à oser définir ses objectifs loin de la culture dominante imposée par le capitalisme et le modèle colonial.

J.J. – 24 juillet 2018. Photos de l’auteure

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Des mouvements paysans parcourent 200 km à pied pour faire entendre leur voix auprès du gouvernement

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Assemblée de mouvements sociaux paysans, à l’occasion de l’élection d’un autogouvernement dans l’Etat d’Apure (juillet 2018)

Depuis une semaine, des compagnes et compagnons paysans engagés dans la révolution bolivarienne ont entrepris de remonter à pied depuis l’Etat agricole de Portuguesa jusqu’à Caracas pour y faire entendre leurs voix et leurs revendications auprès du gouvernement. Cette action a surgi comme une initiative autonome de partis et d’organisations populaires après leur recherche ou leur participation à des instances de dialogue qui n’ont pas abouti. L’objectif primordial est de remettre aux mains du président Nicolas Maduro un document qui exprime l’appui politique à son gouvernement mais aussi toute une série de critiques constructives à propos des politiques productives menées actuellement. Parmi ces points qui concernent l’appropriation populaire des terres improductives, les équipements de production et la justice pour les victimes des grands propriétaires ou des mafias juridico-policières régionales, les mouvements paysans n’oublient pas la nécessité de visibiliser leurs luttes et leurs expériences, d’où leur appui au nouveau média Terra TV  :

  • Justice pour les 200 paysans victimes des mercenaires des grands propriétaires.

  • Justice pour les paysans criminalisés.

  • Remise de terres occupées et dénonciation de terres non mises en culture (cas Fundo La Victoria, Agrícola Yaracuy, Agrícola A y B, entre autres).

  • Financement et matières premières.

  • Plan de Semailles Nord / été.

  • Financement por des Banques de Semences Paysannes de Semences.

  • Dotation de 12 tracteurs avec équipements.

  • Financement de 12 camions pour le Système Paysan de Production et Approvisionnement.

  • Pensions de la Sécurité Sociale pour les paysans.

  • Financement du Plan de Logements pour les Paysans.

  • Dotation de l’Ecole de Formation Politique et Technique.

  • Dotation de la chaîne Terra TV et de la Guérilla Communicationnelle Paysanne.

  • Financement de projets productifs de la jeunesse paysanne.

  • Restructuration des institutions qui ne fonctionnent pas.

  • Corruption.

  • Insécurité.

Cette marche de 185 Km, à raison d’environ 26 km de marche quotidienne, doit mener le groupe à Caracas le mercredi 25 juillet.

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A gauche , chemise blanche, Juan Jose Moreno, formateur de Terra TV, filme une assemblée à Barinas, lors de l’occupation de l’Institut des Terres par divers mouvements paysans, juin 2018.

Source : http://www.albatv.org/Marcha-Campesina-Admirable-rumbo-a.html

Traduction : Terra TV

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Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

La ferme-centre de formation de Caquetíos : «la production agricole est la clé pour ne pas disparaître en tant que nation»

Avec une importante production d’oignons, entre autres, l’Unité de Production Sociale Agricole (UPSA) Caquetíos, souligne l’importance de la production pour la conquête de la souveraineté alimentaire du Venezuela. Tel est l’objectif exprimé par les travailleurs de cette ferme aux journalistes de Ciudad Barquisimeto, « il ne s’agit pas simplement de mettre le produit sur le marché, mais aussi de reproduire des semences pour les donner à d’autres producteurs ».

Leonardo Herrera, l’un des responsables de la production, explique que les oignons qu’ils sont en train de planter viennent du Brésil. « Les graines sont amenées là par les camarades brésiliens du Mouvement sans terre, l’idée étant de planter des oignons pas seulement pour obtenir un produit frais, mais pour produire des graines ; en ce moment nous sommes en plein processus de la germination des graines ».

Avec cette procédure, les producteurs de Caquetíos, assurent que les différences entre une économie capitaliste et une économie socialiste sont démontrées. Dans le premier cas, les entreprises sont isolées et cachent les graines pour maintenir un monopole sur un produit, en profitant de la concurrence ; dans le second, les entreprises sociales travaillent en étroite collaboration pour que le progrès de l’une serve d’exemple aux autres. Ils expliquent que de meilleurs produits atteignent la population et ainsi le bien-être des personnes est au-dessus des intérêts particuliers des producteurs.

SI NOUS NE PRODUISONS PAS, NOUS DISPARAITRONS EN TANT QUE NATION

Les producteurs disent que les techniques de production devraient être améliorées pour tirer le meilleur parti de la terre. Par exemple, Herrera explique que la population paysanne au Venezuela ne dépasse pas 13 pour cent et que seulement 7 pour cent produit. Avec un pourcentage si faible, il faut nourrir plus de 30 millions d’habitants, ce qui, selon lui, nécessite un meilleur travail de la terre et de meilleurs moyens agricoles de production.

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« Nous devons encourager les gens pour qu’ils se consacrent  à la production agricole, parce que si nous ne produisons pas, nous disparaîtrons en tant que nation », a-t-il dit, se référant aux allusions de nombreux analystes qui se plaignent de ce que la nourriture au Venezuela dépende de la stabilité ou de l’instabilité des autres pays exportateurs.

Bien qu’il y ait en ce moment une plantation d’oignons, les producteurs expliquent que leur travail ne se limite pas à la monoculture, mais à la diversité des cultures. La raison est double, fournir des produits variés aux consommateurs locaux et prendre également soin de la terre, car «en cas de monoculture, les épidémies créent une résistance, ce qui est très négatif. L’idée est d’avoir une production constante avec cultures différentes « .

Après l’oignon, UPSA entrera dans un nouveau cycle de production avec la coriandre et la ciboulette, entre autres.

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Le maïs autochtone d’origine indigène, sauvé et produit à Caquetíos

LES SOLS VENEZUELIENS

Dans de nombreuses parties du territoire national, la monoculture a été utilisée pendant de nombreuses années. Les raisons en étaient diverses, l’une d’entre elles étant que les sols vénézuéliens n’étaient pas de bonne qualité pour certains produits, de sorte qu’il fallait les importer. Contrairement à cette affirmation, Edson Bagnara, représentant du Mouvement sans terre (MST) a déclaré que les terres vénézuéliennes sont de haute qualité, déplorant que jusqu’à présent, elles aient été condamnés à la monoculture.

« Au Venezuela, il n’y a pas de problèmes de sols. Au Brésil, il y a des endroits où la terre est très bonne et où il n’y a pas besoin d’engrais, mais après des années d’utilisation, il faut utiliser les mêmes engrais utilisés dans le cas de mauvaises terres. Au Venezuela, c’est exactement pareil », explique le brésilien et ajoute que« le problème n’est pas la terre. Dans la nature, tout doit être organisé, la terre est amendée, il faut s’y consacrer de façon appropriée ».

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Edson Bagnara, coordinateur du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (www.mst.org.br) au Venezuela

Il a comparé la situation du Venezuela à celle du Cerrado Brésilen, où on disait qu’on ne pouvait rien y produire à cause de la qualité supposée médiocre du sol. Cependant, il explique que les meilleures cultures de soja ne sont pas dans les meilleures terres, mais dans le Cerrado où il ne pleut seulement quatre ou cinq fois par an. « On y sème du maïs en grande quantité pour exporter, c’est la preuve que le sol au Venezuela ne pose aucun problème », a-t-il réitéré.

IL FAUT PRÉSERVER LA MÉMOIRE AGRICOLE

Pour Bagnara, le vrai problème au Venezuela, c’est que la bourgeoisie a éliminé la culture agricole du peuple. « Il y a un énorme manque de motivation pour la production, parce qu’au Venezuela, intentionnellement, la bourgeoisie a effacé la mémoire agricole du peuple. La jeunesse ne ressent aucun sentiment pour la production héritée de génération en génération. Vous pouvez avoir les meilleurs sols, les meilleures semences et le meilleur système d’irrigation, mais s’il n’y a pas des personnes pour se charger de chaque processus, il n’y aura pas de production.»

Alexander Alayo, pour sa part, a rappelé que UPSA Caquetíos appartenait à la famille Sigala, mais plus tard, en 2008, elle a été récupéré grâce le commandant Chavez. Pour Alayo qui fait partie du groupe de soutien travaillant dans la UPSA, « le travail doit être fait avec soin, pour donner un traitement approprié au sol » et rappelle que le Venezuela souffre actuellement d’une attaque par ceux-là mêmes qui pendant de nombreuses années ont ruiné l’agriculture du pays.

Ils ont appelé d’autres producteurs à «croire dans le pays». Ils expliquent que les humains «peuvent vivre dans des grottes, sans églises, mais sans nourriture, ils ne peuvent pas vivre, la production est essentielle pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. L’appel est lancé aux producteurs et surtout aux jeunes pour sauver la culture du travail agricole ».

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Avec Carmen Meléndez, élue depuis gouverneure (chaviste) de l’ëtat de Lara

Alejandro Gil Rivero, pour CIUDAD BQTO, lundi 23 octobre 2017

Source : http://ciudadbqto.com/2017/10/22/upsa-caquetios-la-produccion-agricola-es-la-clave-para-no-sucumbir-como-nacion/

Traduction : FAL 33 (www.fal33.org)

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« Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela »

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Emma ORTEGA, agricultrice installée dans l’Etat d’Aragua, été élue le 30 juillet dernier comme députée pour le Secteur Paysans et Pêcheurs à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La télévision alternative Alba TV a eu l’occasion de discuter avec elle à propos l’importance de la Loi sur les Semences conquise par la Révolution, du quotidien des femmes paysannes au Venezuela et des difficultés que rencontre le gouvernement bolivarien dans la mise en place des conditions devant mener à la souveraineté alimentaire selon le modèle communal.

Les semences et les transnationales

Pour Emma Ortega, la Loi sur les Semences qui interdit les OGM et défend les semences autochtones « est non négociable », il faut profiter de l’Assemblée Constituante pour lui donner pleinement un rang constitutionnel « en raison de l’autonomie que représente pour le pays le fait de disposer de ses propres semences ». Selon elle, après l’engagement dans une politique orientée vers la préservation de nos semences avec la création d’instances comme l’Institut National de Recherche Agricole ou l’Institut National de Santé Agricole Intégrale (INSAI), le moment est venu de lever le rideau sur le fait que nous restons dépendants de sociétés productrices de semences capitalistes : « les transnationales sont présentes dans nos structures gouvernementales, ce qu’il faut dénoncer, car leur intérêt est de soutenir le modèle capitaliste et agro-industriel dans nos campagnes ».

Si notre politique agricole est basée sur l’agriculture verte, « il est indubitable que Monsanto reste dans les coulisses pour influencer nos décisions et c’est ce qu’il faut dénoncer, Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela. On nous dira probablement que nous ne disposons pas de substituts, mais nous les avons, ils sont là, connus de la population et des techniciens qui ne sont pas rivés à une politique agricole dans laquelle le paysan ne fait que fournir la matière première à ceux qui la transforment ».

La politique agricole appliquée jusqu’à présent est fragmentée, nous devons systématiser une agriculture qui n’aurait pas seulement à voir avec des kilos et des quintaux mais aurait un rapport directe avec les acteurs (trices) sociaux(ales), le processus de production et ses implications « .

C’est pourquoi il faut valoriser la vie des paysans et des habitants des campagnes, garantir leur entière sécurité -pas seulement physique mais aussi sociale – en leur offrant une infrastructure de soutien à la production agricole , »depuis des routes jusqu’à l’électricité, des centres de collecte, de transport, tout cela faisant partie des investissements devant être faits dans l’agriculture paysanne pour consolider les espaces qu’occupe la paysannerie ».

Malgré ces contradictions, Ortega fait remarquer que les étalages des rues des villes sont remplis d’auyamas (potirons), piments doux, de tubercules comme l’ocumo, la yucca, de poivrons et de tomates. « Une production existe dans le pays, la paysannerie est présente, ce sont les aliments liés à l’agro-industrie qui nous posent problème ».

Elle s’interroge sur le fait qu’au cours de visites dans des régions comme Calabozo dans l’Etat de Guárico, elle a observé qu’il s’y produit bien du riz, mais que celui qui est commercialisé est importé. « Se pourrait-il que notre riz soit mis en sacs importés et ainsi vendu plus cher? »

« Ils naissent à la campagne et meurent dans les villes »

Selon elle, les lacunes de notre politique agricole et le fait de ne pas offrir d’opportunités aux jeunes couples paysans favorise leur déplacement vers les villes où ils finissent attrapés dans les rets de la délinquance. Lorsqu’ils doivent s’éloigner à cause d’un conflit ou d’un délit qu’ils ont commis, ils se réfugient de nouveau à la campagne, dans des endroits dont ils connaissent la territorialité et comment s’y meut l’économie. Et ce sont eux qui pillent et violent, « ce sont des délinquants ruraux pour ainsi dire ».

« Je croyais que c’était nous, les femmes, qui étions les plus lésées, mais ce sont finalement les jeunes dont l’espérance de vie est de 24 ans à peine dans cette dynamique qui les fait naître à la campagne pour mourir dans la délinquance », dit Emma. Pour elle, la « Gran Mision Vivienda Venezuela » (Grande Mission Logement Venezuela) est admirable, bien que trop centrée sur les villes ; elle devrait aussi s’étendre dans aux campagnes à travers des programmes ruraux afin de remédier à l’exode des jeunes couples paysans.

« Quand les femmes vont de l’avant, aucun homme ne recule »

Ortega rappelle que la titularisation des terres est transversale à l’économie, le politique et le social, domaines dans lesquels les femmes sont théoriquement les premières concernées, mais la loi donne la priorité aux femmes chefs de famille, laissant en marge des milliers de femmes paysannes qui vivent en union libre; de fait ou consensuelle, car lors de l’enregistrement, c’est l’homme qui finit par devenir le seul titulaire des terres au vu de sa carte d’identité où il apparaît comme célibataire. Elle considère tout aussi nécessaire d’établir une titularisation commune entre l’homme, la femme qui travaille aux champs et leurs enfants.

Vidéo de l’entrevue intégrale :

Source : http://www.albatv.org/Monsanto-debe-empezar-a-hacer-sus.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Chronique de quelques semaines d’ateliers solidaires de permaculture au Venezuela

Depuis 2016, France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde (FAL 33) développe des projets de solidarité au Venezuela. Dans ce cadre, un groupe d’adhérents de l’association girondine et d’autres comités réalise un voyage solidaire du 4 au 22 août : ateliers de formation (réalisation audiovisuelle et permaculture) la première semaine et visite de projets la deuxième semaine.mapa-lara

Raiz Fuerte est un projet de ferme de production agricole qui fonctionne aussi comme une école en agro écologie et en organisation communautaire pour les paysans et petits producteurs des Etats de Lara, Falcon, Zulia, Vargas, Miranda, Yaracuy et du District Capitale. La ferme se situe dans la municipalité de Cabudare, à 15 minutes de Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela), il s’agit de l’UPSA (Unité de Production Sociale Agricole) Los Caquetios, du nom des populations indigènes qui habitaient la région. La ferme, qui compte 290 hectares, dispose de bâtiments pouvant accueillir une soixante de personnes en formation ; elle est administrée par  la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC) du Mouvement des Sans Terre du Brésil au Venezuela en coopération avec les travailleurs vénézuéliens. Le MST apporte son expertise en agro-écologie, en éducation populaire et organisation communautaire de paysans et producteurs.

Nous nous rendons directement depuis l’aéroport à la ferme Caquetios. Installation, repos, visite de Barquisimeto et une réunion avec l’équipe qui administre la ferme afin de voir les derniers détails de la semaine, occupent nos deux premiers jours. Vingt personnes travaillent aujourd’hui sur la ferme qui s’auto gère et s’auto finance (apport du MST et vente de la production). Dès le dimanche après-midi les participant(e)s commencent à arriver, de l’Etat de Lara mais aussi de Miranda, Trujillo, Barinas, Mérida, ou Falcon…

La ferme de Caquetios a lancé l’invitation aux organisations populaires avec qui elle est en relation dans le cadre de son action de formation. Cette année, le choix a été de travailler sur la problématique de l’eau et de mettre en place un espace dont le design a été réalisé en août 2016, lors d’un atelier similaire. Cet espace se trouve à l’entrée de la ferme, il s’agit d’une maison d’habitation (et de l’espace alentours, environ 200 m2) où vivent les personnes de la brigade du MST : Celia (en charge de la formation globale des projets au Venezuela) et Ricardo, technicien en agro écologie et responsable financier du projet ainsi que des vénézuéliens, Luisa –responsable du projet –et Lida sa petite fille de un an–  et Verana, responsable logistique et secrétariat. Nous retrouvons plusieurs personnes ayant déjà participé à l’atelier l’an dernier.

L’une d’elle est Goya, elle vient des montagnes de Sanare, à 45 km de Barquisimeto et appartient à la Fondation Argimiro Gabaldón, du nom d’un leader social défenseur des droits de l’homme des années 60’. La Fondation se consacre à l’éducation populaire, la culture, la production agricole bio et autre (production de tuile et de briques) ; elle a aussi un « Infocentre », dirigé par des paysans de la zone, qui se charge de la communication et de la formation technologique. Goya se charge de l’éducation populaire envers les enfants, et les adultes ; elle est accompagnée de Franklin, un jeune qui travaille à l’Infocentre.

Ils arrivent en retard car à quelques voitures devant le bus qui les amenaient, un bus a été attaqué par 4 jeunes hommes armés de pierre et de bouteilles qui ont obligé les gens à descendre pour ensuite mettre le feu au bus. Ils ont fait le bout de chemin qu’il manquait à pied. Goya est indignée, « ils détruisent des bus, un dépôt entier de bus a été brûlé, de la nourriture, c’est criminel », elle commente qu’un homme du bus, excédé a invité les autres personnes à maîtriser les attaquants, « qui peut croire qu’il s’agit de gens du peuple, il n’y a que la presse pour raconter de tels mensonges ».  Ce sont les dernières manifestations de l’opposition très affaiblie depuis le vote de la Constituante. « Avec la Constituante, c’est le peuple et la paix qui ont gagné, les « guarimbas », c’est fini, ajoute Flor, leader sociale du Conseil Paysan El Tamarindo de la commune voisine de Palavecino. L’Etat de Lara a connu des épisodes très difficiles comme lorsque Danny José Subero, ex-lieutenant de la Garde Nationale Bolivarienne a été roué de coups jusqu’à la mort par un groupe de terroristes de l’opposition. Elle confie qu’à plusieurs reprises, elle a eu très peur et s’est enfermé chez elle, « ici tout le monde me connait, alors je n’allais pas prendre le risque d’être immolée comme d’autres l’ont été, tout le monde sait que je suis chaviste ».

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Des participants jeunes et déjà dans la production agricole

L’atelier permaculture est donné par deux membres de France Amérique Latine 33 formés et ayant une expérience en permaculture et compte plus de vingt participants.

L’atelier est conçu pour que les participants « apprennent en faisant » avec des allers-retours constants entre théorie et pratique. La première journée commence par une introduction théorique des grands principes de la permaculture avec des focus sur la gestion des eaux, les toilettes sèches, la phyto épuration et le design ; un temps est consacrée à la visite de l’espace concerné et des espaces alentours afin d’en faire une observation détaillée permettant de repérer les matériaux utilisables et d’organiser le travail à réaliser.

Un groupe se charge de la récupération et de la distribution des eaux de pluies pour l’arrosage, le second de la construction d’un philtre planté pour assainir les eaux vannes et les eaux grises des habitants de la maison et le troisième de la construction d’une toilette sèche et de son composteur.

Parmi les participants vénézuéliens, outre plusieurs travailleurs de la ferme et Simon, le responsable  de production, on compte de nombreux jeunes qui travaillent déjà dans la production agricole ou qui appartiennent à des collectifs ayant mis en place des jardins collectifs et/ou des groupements de vente directe du producteur au consommateur. Beaucoup sont des enfants ou petits enfants de paysans pratiquant une agriculture ancestrale appelée conuco. L’agriculture conuquera est très productive, elle consiste à cultiver trois légumes complémentaires –maïs, courge, haricot–, chacun ayant une action bénéfique sur les deux autres. Le haricot pousse sur le maïs et apporte l’azote nécessaire au sol ; la courge couvre le sol et aide à conserver l’humidité, deux éléments indispensable en zone tropicale. Ces trois plantes ont des développements différents et ne sont pas en concurrence quant aux nutriments qu’elles puisent dans le sol.

Douglas, Cesar, David, Patricia… : les eaux usées c’est un problème.

Ils sont jeunes, débordent d’énergie et s’inscrivent sur le chantier le plus « physique » : celui de l’assainissement des eaux grises et noires de la maison d’habitation.  Creuser des bassins, faire des coffrages et du béton, calculer le dimensionnement… rien ne les rebute. Un atelier où il faut faire preuve de toute la créativité et toute la débrouillardise propres à tout bon permacultrice/permaculteur. Pas de plan de l’évacuation des eaux, alors en tâtonnant on creuse et on tombe sur un tuyau de distribution d’eau : une vieille  chambre à air de tracteur viendra à bout de la fuite d’eau occasionnée. Pour l’étanchéité des bassins, le ciment manque cruellement et quand on en trouve, il est hors de prix. Verena et Rodrigo ont pu en trouver quelques sacs, à peine un quart de la quantité qu’on utiliserait en France pour faire du ciment. Qu’à cela ne tienne, une solution est trouvée en passant en revue les matériaux utilisés pour l’agriculture. Simon nous dégote de la chaux agricole qui fera l’affaire. On fait les essais et le tour est joué. Le gravier est « récolté » dans les alentours et les grosses pierres posées au fond du bassin à écoulement vertical qui feront le premier « nettoyage » des eaux par une fermentation anaérobique sont ramenée de la rivière proche.

   

Douglas est technicien en agriculture, il vient de Boconó, le « Jardin du Venezuela », ajoute-t-il avec fierté. C’est le  nom donné par le Libérateur Simon Bolivar à cette région des Andes vénézuéliennes de l’Etat de Trujillo. Il est vrai que cette zone entre 1200 et 1800 mètres avec un climat tempéré (17°) est propice à la production d’aliments divers et variés ainsi qu’à la culture du café. Le meilleur du Venezuela, parait-il.  Il avoue qu’il est venu piqué par la curiosité de la permaculture mais avec beaucoup de doutes. Il repartira convaincu et surtout il lui tarde de mettre en pratique, il en a les yeux qui brillent, « d’abord, je vais expérimenter sur mon espace » et après partager ce qu’il a appris avec les compañeros du Conseil Paysan de Producteurs et de Productrices Fabricio Ojeda. Ce conseil porte le nom du journaliste et président de la Junta Patriotica qui, cinq jours après sa mort, allait renverser la dictature de Marcos Pérez Jiménez.

La problématique de l’eau : les trois chantiers sont un tout.

La ferme est l’une des rares de la zone à disposer de puits permettant une alimentation régulière en eau et ainsi de cultiver toute l’année. Malgré cela la question de l’eau est cruciale, car une panne du système de pompage et une sècheresse prolongée de plus de trois mois sans une goutte de pluie a eu raison de plusieurs hectares de production. Il s’agit donc de mettre en place un cycle vertueux autour de l’eau : récupérer l’eau de pluie pour arroser des surfaces de productions de légumes près des bâtiments, réduire la consommation d’eau par les toilettes sèches et assainir les eaux souillées afin de les réutiliser pour l’arrosage.

Odilio, vient de la Comuna El Maizal, de l’Etat de Lara, pas loin de Caquetios. En 2009, 2200 hectares de terre non cultivées ont été données à 2000 familles pour les mettre en culture. Les 22 conseils communaux qui composent la Comuna assurent une organisation en autogestion de ce projet de production agricole qui produit et transforme les aliments pour ensuite les distribuer en vente directe à plus de 24 000 personnes. Produire, une façon de répondre à la guerre non conventionnelle que mène l’opposition contre le peuple. Alors l’eau, bien sûr, ça l’intéresse, pour produire. Tout comme Rossana, qui vient de la péninsule de Paraguaná, dans l’Etat de Falcón, une zone au climat aride où faire pousser une laitue est une gageure. Luis, fait partie du Front Francisco Miranda de Caracas et il se charge d’accompagner et de mettre en place des jardins urbains, alors récupérer de l’eau de pluie, c’est essentiel.

     

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Par chance, le troisième jour, il s’est mis à pleuvoir et car il a plus et en moins d’une heure, nous avons pu collecter plus de mille litres d’eau dans les récupérateurs installés. Le groupe de la phyto-épuration n’est pas du même avis, avec la pluie, impossible de couler le béton, il faudra attendre le lendemain.

Toilettes sèches, un atelier très « féminin ».

Flor, Goya, Méné, Darlys et Alexis –qui travaille à Caquetios– ont opté pour la construction d’une toilette sèche et de son composteur. Caquetios est une ferme de production d’aliments et de production de semences bio mais aussi un centre de formation en agro écologie où il n’est pas rare que soixante personnes y séjournent pendant une semaine : les volumes d’eau utilisés pour les toilettes sont importants. Aussi dans la gestion de l’eau, diminuer la consommation d’eau potable est fondamental ; rien de mieux que d’adopter des toilettes sèches. D’autant que le système actuel de fosses sceptiques a donné des signes de saturation. Celia nous explique que des problèmes de saturation sont apparus en avril lors de la formation Méthode d’organisation populaire pour la production bio agro alimentaire qui s’est déroulée à Caquetios du 24 au 30 avril, avec plus de soixante participants qui venaient de cinq Etat (Lara, Táchira, Mérida, Portuguesa, Trujillo) et appartiennent à une vingtaine de municipalités différentes.

Darlys travaille à la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (FUNDAPROAL), un organisme qui accompagne les populations les plus fragiles dans l’accès à l’alimentation et dans la mise en place de projets socio-productifs, auprès des mères de familles pour l’élaboration de produits alimentaires par exemple, en collaboration avec l’Institut National de Nutrition (INN). Pour elle les toilettes sèches peuvent être une réponse au problème de l’eau et de la pollution des eaux dans des petites structures collectives, mais encore faut-il changer le regard des personnes.

Après discussion du groupe sur le « où » placer cette toilette sèche et une mini enquête menée auprès des utilisateurs habituels potentiels, il est décidé de ne pas les installer dans la maison d’habitation –ce qui demanderait un travail de maçonnerie plus important– mais plutôt dans un espace commun (une sorte de paillote en dur qui sert d’espace de réunions et aussi d’espaces pour soirées culturelles et festives) , ce qui permettra en outre, une collecte plus importante. Six mois seulement suffiront –en climat tropical– pour transformer ces matières collectées en excellent engrais qui aidera à la récupération des sols de la ferme longtemps appauvris par les intrants chimiques, les labours et le passage de gros engins, à tel point que certaines parcelles sont à ce jour improductives. Une fois les toilettes et le composteur terminés, un panneau pédagogique est confectionné pour en expliquer le fonctionnement.

 

Les toilettes ont été rapidement terminées –récupération de planches ayant servies au coffrage et pour la matière sèche, le foin produit par la ferme fera parfaitement l’affaire. Chacune et chacun a tenu à les inaugurer si bien que dès la fin de la semaine, le composteur est entré en service. Une belle réussite!

 Un compost planté pour aller au bout du cycle de l’eau

Le dernier jour, tout le groupe entier participe à la réalisation de plates bandes en lasagne dans lesquelles nous avons directement planté et semé des légumes qui pourront être arrosés grâce à l’eau collectée à proximité.

Cette technique de culture est particulièrement intéressante car elle permet de planter et semer tout de suite sur des sols difficiles (ou pas de sol du tout d’ailleurs), elle est ludique à réaliser, elle utilise tous les déchets (verts et marrons) du jardin et des alentours et elle permet d’avoir un sol très riche. Le premier travail consiste à collecter les matières vertes et les matières carbonées qui vont servir à faire les couches, ce qui ne manque pas dans les alentours. Les matières carbonées -feuilles mortes, papiers, cartons, brindilles, paille- seront humidifiées ; les couches seront d’égale épaisseur jusqu’à monter à 30 centimètres. Enfin pour semer ou planter on placera la plante ou la graine dans une motte de terreau. Et le tour est joué.

Autour de la maison d’habitation, il est intéressant de planter des plantes aromatiques, des condiments, des haricots, des courges, des tomates… Chacun(e) a choisi ce qu’il allait planter ou semer, puis placé un bâtonnet avec une étiquette destinée à celles et ceux qui prendront soin de ce potager improvisé !

Un potager qui viendra compléter les productions de la fermes.

           

Caquetios aujourd’hui…

La ferme, en auto gestion et auto financement, donne du travail à vingt personnes (agriculture, formations, administrations, logistique). Elle diversifie ses productions entre production d’intrants pour l’agriculture (bio fertilisants à partir de lombriculture, six cent litres d’insecticides pour le maïs et le manioc, une tonne d’engrais par mois à base de bouse, de bagasse et de sciure) et production agricole (maïs guanape autochtone, courges -840 kg lors de la dernière récolte-, poivrons, fruitiers…, du foin) et quelques hectares de production de semences bio pour la reproduction. Le foin est vendu aux petits producteurs des alentours et les légumes font l’objet d’une vente directe « communautaire » à travers la Commune Socialiste Ataroa, située au sud de Barquisimeto, commune qui compte plus de soixante mille personnes et est organisée autour de 36 conseils communaux et 18 organisations sociaux-productives.

Epilogue …

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Sieste franco-vénézuélienne, les français n’ont pas l’air préoccupés par l’état de guerre annoncée par les grands médias…

Gloria Verges, FAL33

Dimanche 13 août : Après une semaine à Caquetios, la ferme école du  Mouvement Sans Terre (brésilien), nous voilà pour un après midi dans une coopérative, près de Tucani, sur les terres basses et chaudes, au sud du lac de Maracaibo.

Ce sont 35 familles, essentiellement des afro-descendants, travailleurs de la terre qui se sont installés ici en 2001 et ont créé la coopérative Bervéré Fundo Zamorano Andrés Bello sur des terres récupérées par l’état, dès que la loi le leur a permis. Ils ont construit un village avec des petites maisons toutes pareilles et ils sont fiers de la diversification de l’agriculture qu’ils ont mise en place : 18 cultures différentes, des légumes, des céréales et plein d’arbres fruitiers ; et aussi de l’élevage ; et de la reforestation sur un demi km, le long de la rivière.

 

« Ici, on a été le premier lieu de formation du Mouvement Sans Terre, m’explique une vieille dame en épluchant des pamplemousses. Il y a eu jusqu’à 150 personnes qui dormaient là, sous des tentes. Ils venaient de tous les pays, d’Europe, du Japon ; on se rencontrait tous : C’était beau !… »

Nous, on n’est que 8, et au bout d’une heure, on se sent dans une grande famille ; autour de la table, il y a du monde : des vieux, des jeunes et plein d’enfants qui viennent nous voir et écouter les échanges, mais sans intervenir. La coordinatrice (élue pour 3 ans) est une belle dame d’une cinquantaine d’années, sans doute ; en 2005, elle était analphabète, aujourd’hui, elle a le Bac. Elle nous explique le fonctionnement : toutes les décisions se prennent au consensus, en Assemblée Générale tous les 2 mois et dans les différentes commissions   toutes les semaines. Parmi ces décisions, il y a bien sûr, l’utilisation des bénéfices et les critères de répartition entre tous.

Les difficultés sont abordées : « Maintenant, il y a moins de coopératives. Certaines ont périclité. Pourquoi ? C’est dur ! Il ne faut pas se décourager. Il peut y avoir des dissensions. Savoir discuter, écouter, respecter, prendre des décisions pour la communauté, ce n’est pas évident, ça s’apprend. Et il faut vraiment avoir conscience que c’est nécessaire. Nous, ça va bien. Il faut dire qu’on avait déjà mené des luttes ensemble avant de pouvoir fonder une coopérative.

Inutile de préciser qu’on a bien du mal à s’arracher à ces discussions et à remonter dans notre bus, surtout que les enfants veulent absolument nous amener à la rivière avec eux.

 

 

URL de cet article : http://www.fal33.org/caquetios-chronique-dune-semaine-datelier-solidaire-permaculture/

L’État communal, une utopie en construction, par Angèle Savino

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Source : L’Humanité Dimanche, édition du 29 juin au 5 juillet 2017

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Jh

« Dans notre combat, nous ne ferons de cadeau à personne ». Chronique paysanne au bord du fleuve Chama

7 avril 2016, par Katherine Castrillo. Reportage pour Cultura Nuestra

122-2-1200x776L’histoire remonte au bassin supérieur du fleuve. Sur ses rives peuplées de langues indigènes, aujourd’hui fragilisées et éteintes, il y a eu des enterrements primitifs et des mains qui fabriquaient des objets en céramique. Plus bas, dans les vallées latérales où poussent les bananiers – l’or vert- le fleuve Chama poursuit son cours.

A hauteur des villages de La Fortuna, Paraiso, Francisco Javier Pulgar et le Chivo, seul son cours sépare ses habitants des terres fertiles qui se trouvent de l’autre côté du fleuve. Faire le tour depuis ces endroits habités jusqu’aux champs, c’est encore aujourd’hui quelque chose d’impensable à cause de la distance. Le chemin direct, c’est le fleuve.

Ils n’avaient pas de maison, ils n’avaient pas de terres à travailler. Ils ont entendu parler de quelque chose sur cet autre côté,  de bonnes terres inexploitées pleines de brousssailes de tubercules d’ocumo, de cèdre et de chêne. Ils ont décidé de traverser les eaux pour aller voir. C’était en décembre 2013.

« Le premier jour, nous sommes passés à six. Ceux qui surveillaient cette zone nous ont lancé des bombes lacrymogènes. « Vous vous en allez d’ici, ces terres sont à nous », ils étaient masqués. Le lendemain, nous avons réuni un groupe de personnes de la communauté pour savoir quels étaient ceux qui comptaient les cas les plus graves en terme de pauvreté et de logement et qui seraient d’accord pour venir travailler les terres, prendre la décision de passer de l’autre côté et d’y établir des campements. Nous avons formé des groupes de 50, 80 et 100, nous dormions sur le mur de contention du fleuve. Nous étendions des plastiques et nous dormions par terre, attentifs aux serpents, à trouver de l’eau, à monter la garde par tours de cinq ou six personnes. On nous détruisait les campements et nous les remontions. Ce fut un dur travail que nous avons fait peu à peu jusqu’au jour où nous avons décidé de venir à bout de cette montagne à la force des machettes et des haches. Nous avons demandé une autorisation à la Garde Nationale pour pouvoir faire quelques brûlis alors que nous nous organisions », c’est ainsi que Juan Castillo commence cette histoire.

Le cas de l’hacienda Bicentenaire, au Sud du lac, état de Zulia, est encore aujourd’hui l’un des plus emblématiques de la lutte paysanne pour récupérer et travailler des terres quand la grande propriété et la « récupération » par l’état ne se sont pas avérées des alternatives pour le peuple.20-2-744x443

Roberto Gonzalez était le grand propriétaire qui possédait les 776 hectares de l’hacienda. Il s’est fait passer pour un petit producteur et sollicitait des prêts à l’état qu’il ne remboursait jamais. « Nous avons des copies des chèques qui correspondent à ces prêts. Lorsqu’on a commencé à vérifier, on a découvert qu’il avait, rien que dans cette zone, plus de mil hectares et d’autres terres dans l’état de Zulia. Il embauchait des sans papiers pour leur donner un salaire de misère, il ne payait pas de prestations sociales ; si les travailleurs tombaient malades, il ne les laissait pas aller à l’hôpital, il leur donnait un médicament quelconque sur place », raconte Lili, l’une des porte-parole des paysans.

Une fois que l’état a exproprié la propriété, il la considérait comme « modèle » à cause de sa capacité de production, elle est devenue l’usine de transformation de bananes « Argelia Laya ». Elle est restée approximativement quatre ans sous administration de l’état, jusqu’en décembre 2013 lorsque les paysans et paysannes ont décidé de commencer le processus de récupération de cet espace qui, racontent-ils, se trouvait pratiquement à l’abandon. « Nous avons fait un radeau et tous les jours nous traversions le fleuve. Nous sommes arrivés avec l’idée de parler aux autorités de l’usine Argelia Laya. Nous leur disions que ce dont nous avions besoin c’était d’un morceau de terre en friche pour la travailler. Alors, nous avons cherché conseil dans notre communauté auprès de personnes qui étaient au courant des lois. Elles nous ont dit que nous devions nous constituer en coopératives, pour parler directement avec la direction de la fabrique. La direction nous a fait signer un papier comme quoi ils ne nous chercheraient pas querelle et qu’ils nous permettraient de rester sur le mur de contention jusqu’à ce que nous puissions entrer, mais après cet accord ils nous ont envoyé la Garde Nationale et la police », rappelle Marbella Urdaneta.142-2-744x496

L’occupation

Vitalia Ramirez, on l’appelle « La grand-mère ». Elle est la première à se lever, presque à l’aube, pour faire le café. Elle parle un dialecte de Zulia authentique et rapide. Elle n’a pas encore dit le moindre mot qu’ils rigolent tous. Elle a les cheveux raides et blancs et elle serre ses mains fortes, elle raconte : « Pour moi, ça a été très dur. Je pleurais en traversant le fleuve. On nous faisait courir. Une fois, on nous a même tiré dessus et avec la peur, je ne sais même pas à quoi je me suis agrippée, mais je me disais « je dois rester en vie ». Alors, je me suis retrouvée seule pour franchir le fleuve qui était en crue, je ne savais pas quoi faire, et un camarade est arrivé et il m’a dit « que faites-vous grand-mère, n’ayez pas peur, vous n’allez pas vous noyer, où vas-tu ? lui dis-je, je vais aux champs, je ne fais pas marche arrière, ça ne fait rien, s’ils doivent nous tuer, qu’ils nous tuent tous ». Alors, cinq autres camarades sont apparus et ils m’ont donné du courage, nous avons couru et je me suis même hissée sur un gros morceau de guayacan (arbre tropical). Lorsque nous sommes arrivés nous avons retrouvé d’autres camarades, ils nous ont dit que les hommes masqués se trouvaient dans les parages. Nous savions donc que devions rester groupés. J’ai pris deux camarades par le bras et nous avons marché. Nous sommes tombés sur la Garde et la police. Ils nous ont dit qu’on ne pouvait pas rester là. Je me suis plantée devant eux et leur ai dit :  « Je suis un paquet de nerfs mais on m’a élevée pour me confronter à quoique ce soit ». C’est le jour où ils ont fait l’occupation définitive. C’était en avril 2014.

Ils étaient déjà 300 familles. Quand ils sont enfin entrés, ils ont dormi pendant trois mois dans des hangars entourés de forêt. Ils n’avaient pas de lumière, pas d’eau, ils dormaient dans des hamacs, beaucoup d’entre eux exposés aux intempéries. Ils organisaient de nouvelles rondes de garde. Lili avait un panier où l’on met les bananes qu’elle utilisait en guise de placard. Elle y mettait le linge, un mixer pour préparer à manger à sa petite fille d’à peine un an, celle-ci était purulente à force d’être piquée par les insectes durant les nuits au bord du fleuve. Et même si ce n’était guère confortable, vivre ici, au milieu de tout cela, c’était moins triste et ça donnait plus de cet « espoir vert » dont parle José Maria Arguedas, cette victoire comme un lac profond où respirent les terres qui attendent d’être récoltées.

Cent personnes par garde. Les individus masqués arrivaient, ils couraient et revenaient à leur garde. Ils ont commencé à monter trois coopératives et un front paysan. Enfin, trois mois après l’occupation les actes constitutifs étaient prêts, ils ont cherché un géomètre pour qu’il mesure et définisse les limites  et pour commencer à diviser équitablement les terres entre toutes les familles. Ils ont commencé à s’installer et à travailler pour  faire produire ces terres. Les employés de la Argelia ont commencé à s’en aller bien qu’ils les aient invités à rester. « Ils n’ont pas voulu se joindre à notre lutte, ils voulaient vivre en coupant des bananes, un point c’est tout. Nous leur avons dit « ou vous travaillez ou vous partez » et ils sont partis. Après, ils ont réalisé et ils ont commencé à s’organiser sur d’autres terres près d’ici ».110-2-744x450

Juillet 2015 est arrivé. On appelle l’une de ses nuits « le désastre ». Lorsque les employés sont partis, les machines et les tracteurs de l’entreprise Pedro Camejo sont restés. Une nuit, après la journée de travail, lorsqu’ils étaient réunis en dehors de chez eux, pour discuter, un camion est arrivé avec une douzaine d’hommes armés. Ils les ont frappés et enfermés. Tout cela a duré quatre heures. Ils les ont visé et mis « tête en bas ». De peur, ils ont uriné sur eux et vomis. Ils leur disaient qu’ils allaient les tuer. Tout ça pour quoi ? Ils sont allés voler un tracteur qui était crevé.

« Mais nous continuons à aller de l’avant. Nous avons dû tout faire en partant de zéro. Tout ce que tu vois ici, c’est le résultat de notre travail. Nous avons vendu des galettes de maïs, des fromages, nous avons semé sur des portions de terre pour la faire produire peu à peu. Nous nous sommes rendus dans les bureaux des différentes institutions pour demander de l’aide afin d’obtenir les intrants agricoles les meilleurs marché, car avec l’actuelle guerre économique un produit qui vaut 340 bolivars est vendu 30 000. Mais nous ne sommes pas soutenus. De quoi avons-nous besoin ? Qu’on nous donne le titre qui régularise notre situation sur ces terres, tant que nous n’aurons pas les papiers officiels on continuera de nous répondre qu’on ne peut pas nous aider car nous figurons comme des récupérateurs de terres ou des occupants illégaux. Il faut que nous soyons régularisés, nous voulons travailler. »

Croisée de chemins et horizons

On leur a dit que quelques groupes de la Garde Nationale veulent prendre ces terres. Pour Johana Urdaneta la raison est simple, le manque de proximité avec les expériences vivantes du peuple ont fait que l’on ignore, y compris dans certains secteurs de hauts dirigeants politiques, que de nombreuses luttes paysannes désignées comme des récupérations sont le résultat d’un processus d’organisation accumulée, d’une prise de conscience collective. « Nombreux sont ceux qui croient que nous avons été mis ici sans rien avant, que nous coupons les bananiers et que nous vivons comme des rois, mais personne ne sait tout ce que nous avons enduré et combien nous avons lutté. Si nous avions cinq galettes de maïs, nous mangions tous avec ça, un petit morceau pour chacun, si on apportait du riz, la même chose, nous faisions de grandes marmites de soupe pour que cela profite bien, nous faisions du café avec l’eau du fleuve, nous cuisinions le manioc sans eau, directement jeté sur le feu. »

Et ce n’est pas seulement le fait de la Garde Nationale ou du grand propriétaire, un ex maire d’El Chivo a menacé l’une des porte-parole ; à une autre, il a offert une maison pour qu’elle renonce avec sa famille. « Ils nous ont offert de l’argent pour que nous remettions tous les papiers obtenus lors de nos démarches, les actes constitutifs de nos coopératives, les registres d’information fiscale, les papiers que nous obtenus dans l’affaire avec l’usine Argelia Laya. Mais non, car grâce à toute cette information que nous avons recueillie, nous avons obtenu que le Tribunal Suprême Agricole tranche en notre faveur pour une attribution de terres. Que voulaient-ils ? Que nous leur remettions tout, que nous jetions l’éponge, que nous nous vendions, que nous soyons déloyaux à la lutte de toutes ces familles », dit la professeure Lianela Chourio.

Devant tant de harcèlement, ils ne cessent de faire des projets. Leur objectif est d’obtenir une banane 100% qualité pour l’exporter. Plusieurs entreprises, mixtes ou privées, sont déjà parvenues à offrir quelque chose de semblable, mais ils sont clairs, elles ne participeraient à aucune prise de décisions : « Nous voulons arrêter de travailler avec des intermédiaires qui sont ceux qui augmentent les prix du produit au consommateur et qui sont ceux qui gagnent le plus alors qu’ils ne font pratiquement rien. Ils sont venus ici en pensant qu’ils allaient bien obtenir quelque chose de ces ignorants. Eux, ils vendront une autre partie de leur production aux communautés des environs et la banane de type C, ils les donneront aux institutions qui en auront le besoin.

Il y a 776 hectares, divisées de telle sorte que chaque famille travaille chacune son morceau. Ceci garantit le fait que si vous avez ce morceau, c’est vous qui devez l’entretenir, ainsi chaque famille doit-elle se montrer à la hauteur de sa terre face au collectif, et celle qui ne le fera pas doit céder son morceau à une nouvelle famille qui en a besoin et qui voudra la travailler. Ils disent que ceci ne signifie pas qu’ils ne s’aident pas les uns les autres ; si une famille a besoin d’un coup de main ou d’un outil, de graines ou d’intrants, de bombe pour fumiger, ou de machettes, d’autres familles sont là pour les leur apporter.

« Les personnes qui doutent de tout cela, qu’ils viennent voir et prennent connaissance de notre travail. A l’Assemblée Nationale  l’opposition est là à enquiquiner, ils disent qu’ici nous ne produisons pas une seule banane. Avant de nous juger, qu’ils viennent ». Nous, nous l’avons vu. Les camions sortent chargés. Ils emportent 60 tonnes de bananes par jour, en pleine sécheresse, alors qu’ils n’ont pas un accès facile aux intrants, ni pratiquement aucune aide autre que celle de leurs mains pour travailler. « Et, que dit l’opposition ? Qu’on ne produit pas la moindre banane. Jusque dans le sable et en été nous semons du manioc et du maïs pour notre consommation familiale, des petites bananes, des « parchitas » et du potiron. Nous nous suffisons à nous-mêmes, mais assurons la subsistance des personnes des communautés voisines qui viennent travailler.118-2

Il y a 220 enfants, plus d’une trentaine d’entre eux avec différentes formes de handicap, quatre-vingt personnes âgées. Plus de 60% de ces paysans et paysannes n’ont rien d’autre que le fruit de cette lutte. Ils savent que tout le pays connaît une situation économique difficile : « Et néanmoins, ici nous pouvons dire que nous avons à manger, bien qu’il y ait de nombreux obstacles, nous sommes là paysans et paysannes et nous allons continuer à lutter, nous n’allons pas renoncer ni faire de cadeau à personne. Ici, celui qui viendra va devoir affronter plus de six cents personnes, ici ils vont trouver des gens avec lesquels il faudra combattre pour les expulser ».

Vers la fin de cette conversation, dans la nuit bien avancée et chaude, nous leur avons demandé comment ces expériences ont transformé leur quotidien. D’abord, ils nous ont demandé si nous aimerions manger une galette de maïs avec de l’iguane au petit déjeuner et puis, ils nous ont répondu, toujours les femmes en premier :

« Toute cette expérience nous a apporté un changement dans notre vie et notre attitude. Nous avons appris que l’important n’est pas de travailler pour travailler, mais de nous soutenir collectivement, de sortir de l’isolement.- A toi de parler.

-Bon, je n’avais pas de toit. Rien. Avec tout ce que nous avons fait petit à petit, nous sommes passés de vivre dans un sac dans un hangar à construire notre petite maison. Nous avons deux hectares où semer, et garantir ainsi que nos enfants iront étudier.

Johana dit : « Nous y sommes arrivés parce que le fleuve nous a toujours favorisé la tâche »

Texte: Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Photos: Luis Miguel Hernández / Contact: @FotodgraficoLM

Traduction: Sylvie Carrasco

Source: http://laculturanuestra.com/no-vamos-a-darle-pelea-facil-a-nadie-cronica-campesina-junto-al-rio-chama/

URL de cet article: http://bit.ly/1qZylS3

« Nous ne serons plus jamais une terre sèche ». Luttes agroécologiques et travail des Sans Terre du Brésil dans la Révolution bolivarienne

caquetios-38-1200x803Ils n’avaient laissé qu’une terre sèche. Une plaine raclée jusqu’au cœur. Un sol si fatigué de ne produire que de la canne à sucre empoisonnée. Là où on avait cessé de semer, on a continué à labourer, et après le passage et le repassage de la charrue, le vent est venu arracher la couche supérieure. Tout s’est érodé. Les pluies ont emporté ce qui restait. La terre s’est fendue partout et dans ses failles s’est engouffré l’oxygène qui a tué les micro-organismes. Quand elle se craquèle, elle est presque déjà stérile. Imaginez un corps ainsi maltraité, un corps de 2400 hectares. Une chose pareille doit faire mal.

Ces terres se trouvent dans les vallées du Turbio. Elles s’étendent depuis Titicare jusqu’à l’Hacienda Papelón, dans l’état de Lara. Les “propriétaires” antérieurs, un titre que ne méritent pas les grands propriétaires, c’était la famille Sigala. Le terrain était divisé en quatre. Durant de nombreuses années il n’y eut que la monoculture de la canne, à 70%. Après qu’on l’a importée, on n’a plus planté qu’une petite fraction. Ceux qui vécurent au bord de cette broussaille qui puait la féodalité, racontent que lors des dernières années de propriété, elle n’était plus qu’un haras pour que le seigneur des lieux y promène ses amies, pendant que la terre agonisait, devenant boue aride.

En 2004, Hugo Chavez donna l’ordre d’inspecter et de récupérer les terres en friche pour augmenter la production agricole et en finir avec le régime des latifundistes : “Là où il y a une terre abandonnée les mains de l’État doivent s’étendre à travers le ministère de l’Agriculture, pour donner la terre à qui la travaille et pas à qui l’abandonne”. Ainsi fut scellé, trois ans plus tard, le destin des Sigala.

“L’Institut National des Terres (INTI) est venu en 2007. Au moment de récupérer les terres, j’étais  métayer de la ferme à bétail” me raconte Duvalier Palma qui travaillait alors depuis seize ans pour les Sigala.

On ne trouva que quelques vaches, mais aussi des terres incultes et contaminées. Pendant la récolte de la canne à sucre, avant la coupe, on brûlait pour éliminer les résidus et les animaux nuisibles et faciliter la coupe manuelle. On carbonisait ainsi toute la flore et toute la faune. Crises d’asthmes, pneumonies, bronchites pour les enfants et les adultes. Les cendres s’envolaient jusqu’aux câbles de haute tension, ce qui provoquait des coupures, les villages voisins se retrouvant sans électricité. Contre la broussaille on employait des herbicides tels l’Ametrol (toxique, “à user avec modération” dit l’étiquette…) et le 2,4-D, composant chimique de l’ « agent orange » utilisé au Vietnam. Tout cela, drainé par l’eau hautement salubre de la zone, ajouté à l’usage indiscriminé de fertilisants de formule intégrale et à une surdose d’engrais à la longue cancérigène, a produit cette glaise malade.

En 2008 l’INTI est revenu avec son rapport final qui conclut que les terres étaient improductives et qu’il s’agissait de spéculation foncière en vue de construire des résidences secondaires au lieu de produire des aliments. Selon Palma, “peu leur importait que d’ici sorte 45 % de l’eau de Barquisimeto, capitale de l’état; et 100% de l’eau qui va de Palavecino, et ses municipalités”.caquetios-6caquetios-25

Celia Rodrigues, formatrice du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre au Venezuela

Celia Rodrigues, formatrice du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre au Venezuela

La récupération des sols et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil

Sont d’abord arrivés l’Institut National des Terres (INTI), la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL), épaulés par les militaires. Jour mémorable pour Palma: “Quand ils ont débarqué ils nous ont demandé où étaient les propriétaires mais comme ils n’étaient jamais ici, ce furent nous, les travailleurs, qui avons répondu présents. On nous a expliqué qu’il s’agissait d’une récupération de terres. Nous savions qu’il s’agissait d’un décret présidentiel et que cela n’affecterait pas les travailleurs. On prit en compte nos suggestions et nos décisions. Avant nous n’avions pas de sécurité sociale et les bénéfices économiques étaient minimes, nous étions assujettis au contrat collectif de la société des cultivateurs de canne à sucre qui ne sont autres que les grands propriétaires. La seule chose que nous mangions, c’était des pâtes et des haricots”.

Suivit l’entreprise socialiste Pedro Camejo. On commença à labourer pour mettre en place un nouveau système productif, d’études de sols, de semis de maïs, de sorgho et de soja. On amena du bétail hollandais-argentin qui permit de produire de 18 à 25 litres de lait par jour. Plusieurs inspections vinrent vérifier si le travail était rentable. Accompagnés de techniciens argentins avec de nouvelles machines, techniques pour semer et un vibrocultivateur pour combler les failles.

Les terres ont été rebaptisées Caquetíos, du nom du peuple indigène qui les habita autrefois. La quantité de fertilisants a diminué et on a organisé quatre unités de production. En 2013 prit fin l’accord de coopération avec l’Argentine.

Le Mouvement des Sans Terre du Brésil (MST) était arrivé au Venezuela en 2005. Une première historique : ce fut la première fois qu’un mouvement social signait un accord direct avec un gouvernement. “Nous sommes arrivés ici avec un objectif clair : contribuer à un processus organique de la révolution, depuis la base, et impulser la production des aliments dans le cadre de la souveraineté alimentaire. Ce qui implique un travail intégral avec les paysans et un débat autour de l’agro-écologie pour changer la manière de produire des aliments” explique Celia Rodrigues, porte-parole du MST.

Revenons à 2013. Le Mouvement des Sans Terre a présenté au Ministère de l’Agriculture un projet de production de légumes sur les terres récupérées. Trois compagnons du M.S.T. étaient chargés d’impulser le projet sous la coordination de la CVAL. Jusqu’à ce moment ils n’avaient pas vu les conditions du sol : “S’ils avaient continué à la traiter ainsi durant cinq ans, sur cette terre n’aurait plus germé une semence” assure Celia.

Cette réalité, ajoutée à une certaine méfiance institutionnelle au sujet de la présence du M.S.T., rendit nécessaire la discussion, la reformulation, et la refonte de l’accord “où nous réaffirmions que nous sommes un mouvement social paysan, que notre relation avec le Venezuela était de l’ordre de la coopération, non de l’intervention. Et que pour que notre apport fût concret et que nous puissions parvenir à des résultats nous avions besoin d’une certaine autonomie, que note expérience était suffisante pour marcher sur nos propres jambes. A partir de là nous fut assignée cette zone pour développer ce projet de production de semences et de formation socio-politique, ce dernier aspect permettant de contribuer au débat avec les paysans sur les actions pour combattre la guerre économique, pour en finir avec la dépendance des transnationales dans l’acquisition des semences et approfondir les actions visant la souveraineté alimentaire.”

Passer du chimique à l’organique, c’est tout recommencer. Il ne s’agit pas seulement d’éliminer une méthode mais d’éliminer une culture paysanne habituée par la force des monopoles à l’usage des agro-toxiques. Sans les utiliser et avec un sol aussi malmené, le projet du M.S.T. réussit à produire une récolte de plus de dix tonnes de pastèques, cinq d’oignons, et d’autres légumes. Cette année on a semé du maïs de la vallée de Guanape, état d’Anzoategui, le maïs de nos indigènes, on a récolté et trié les graines pour les resemer et les redistribuer aux autres producteurs. Le problème principal ? Le blocus d’intrants agricoles et de semences.

“Il y a une campagne de manipulation de la part des transnationales : “la semence autochtone ne germe pas et n’offre pas les mêmes indices de productivité”, ce qui rend difficile ce processus de transition et de conscientisation du paysan sur le fait que les semences n’ont pas besoin de ce package (semences importées + produits agro-toxiques pour éliminer les maladies), et de convaincre que si, c’est possible de récupérer les semences et tout l’apprentissage que nous ont légué nos ancêtres, et qu’a détruit en si peu d’années l’industrie des OGM.” En écoutant Celia nous faisons des calculs terrifiants : si on compare le temps d’intervention des transnationales en zone rurale (près de soixante ans, peut-être moins au Venezuela) aux milliers d’années de culture et de récolte menées avec des techniques inoffensives, on mesure le pouvoir de destruction des transnationales. Ils ont domestiqué notre vie paysanne sans mesurer le coût écologique de cette “haute” productivité.

Un horizon

Quand nous parlons d’agroécologie et de transition, nous parlons de temps et de patience. En  2005, quand les Sans Terre du Brésil sont arrivés au Venezuela, la consommation effrénée des « packages » par les paysans était impressionnante. En 2015, à la suite des pénuries générées par la guerre économique, ces produits sont de plus en plus rares et les paysan(ne)s se retournent vers les techniques traditionnelles. “On se rend compte que ces autres produits sont bons, la situation est difficile mais il faut en profiter. Beaucoup des personnes sont satisfaites des résultats obtenus. Quand on use d’engrais biologiques la qualité des récoltes est égale ou meilleure. Avant on utilisait des fongicides agro-chimiques, maintenant on utilise de l’huile de neem (arbre d’Inde), et aucune maladie n‘a attaqué les cultures”. Pour Celia ce changement est possible et le Mouvement des Travailleur(se)s Sans Terre continue à parier sur le projet.

Pour récupérer complètement un sol comme celui-ci, il faut au moins sept ans de travail continu. Peut-être est-ce la métaphore la plus fidèle de notre réalité. Au Venezuela, ce territoire spolié surtout depuis son activité pétrolière à partir du XIXème siècle, ce pays dont l’identité fut peu à peu détruite pour finir par s’identifier à ce qui est étranger et artificiel, nous n‘avons encore parcouru que quinze ans d’un changement social sui generis. Comme le sol des Caquetíos, nous sommes en pleines « semailles ».

C’est ce que nous ne pouvons perdre de vue lors du scrutin du 6 décembre. C’est l’heure de mesurer nos forces mais aussi de définir dans quelles mains ira tant de terres, c’est l’heure de savoir si nous retournons à la terre sèche ou si nous continuons à avancer dans la récupération de notre racine féconde.

Texte: Katherine Castrillo @ktikok

Photos : Irene Echenique @Irevendre

Source : http://laculturanuestra.com/venezuela-nunca-mas-seremos-barro-seco/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-25j

Conversation avec le collectif AFRO TV

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Cet entretien poursuit notre enquête de terrain sur la cinquantaine de télévisions participatives au Venezuela (1). Si elles n’occupent encore que peu de place face à la télévision commerciale, elles annoncent peut-être une télévision libérée des monopoles privés qui partout empêchent les citoyens de se voir, de se connaître et de se comprendre.

D’emblée les compagnons d’AfroTV nous expliquent leur vision : “Transformer à travers la culture… on a créé les communes, ce type de choses…. Et nous venons nous ajouter comme une expérience de plus. Il y a un élément historique vénézuélien qui est le “cumbe”, cet espace libertaire où les esclaves en fuite cherchaient de l’eau, généraient leur communication et avaient trouvé un moyen de survivre, et tu vois, c’est exactement ce que la révolution exige de nous aujourd’hui, je suis en train d’écrire là-dessus : “d’accord, tu dis que le pays va mal, que le gouvernement ne fait rien mais que fais-tu toi, depuis ton espace, qu’apportes-tu?”

« Nous devons dépasser la démocratie représentative parce qu’il y a un nouveau modèle politique qui est la démocratie participative et protagonique – à partir de là nous sommes, tous, co-responsables de ce qui se passe, il nous reste donc à changer d’attitude. »

« Nous luttons à partir d’ici… Dans tout ce processus on trouve des fonctionnaires qui ne comprennent pas ce type de lutte, parce que c’est très facile d’être à l’abri, dans un bureau climatisé, et planifier sans avoir de contacts avec les gens. C’est pourquoi a surgi la proposition de Chavez, d’un gouvernement agraire, il y a un document qui s’appelle “coup de timon” (2) qui est aujourd’hui plus d’actualité que jamais…. Je crois que c’est l’heure de se définir… beaucoup de gens se contentent d’avoir, je préfère être et non pas avoir, je suis afro-descendant, cela te donne une force, mais l’avoir… l’avoir.. souviens-toi que c’est matériel… »

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Avez-vous noué des liens avec un type de télévision autre que communautaire, privée par exemple ?

Non.

Pourquoi vous êtes-vous tournés vers un média comme la télévision, était-ce le seul moyen de visibiliser la problématique sociale ?

Nous sommes partis de l’expérience de publier un journal, nous venions de ce processus de communiquer et ce journal reflétait note réalité et quand il circulait les gens commençaient à se voir, à se reconnaître…

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L’équipe d’Afro TV avec le militant et acteur Danny Glover

Quelle était votre situation avant de vous engager dans cette télévision communautaire ?

Nous diffusions notre culture, notre identité de Barlovento, notre identité afro aussi, et c’est de là que nous avons décidé de créer cette télévision…

Si je peux être différent, je peux faire en sorte que nous pensions différemment. C’est là qu’entre en jeu notre Collectif Intégral Afro qui se charge d’appuyer les jeunes qui font du sport, ceux qui jouent de la musique, moi je ne savais pas que c’était possible et je m’en suis rapproché, j’ai découvert que d’une manière ou d’une autre on peut manifester, enseigner, on peut apprendre, la tâche principale est là: transmettre la culture aux jeunes, leur parler de vivre, de ce que continuer à vivre vaut la peine.554520_3183147597768_1112752032_n

Qu’est-ce qui a changé depuis ton engagement ici ?

Hé bien, ma manière de penser, ma manière… d’être humain (rien de tel que le sens commun), davantage de responsabilité. Je peux te rappeler qui nous étions au départ: des amis qui sont plus âgés aujourd’hui comme Chucho García, Miguel Urbina, Yoni Ruda et différents lutteurs autour de Gerónimo Sánchez. Ils ont organisé un ciné-club, ils débarquaient et portaient le message de lutte aux communautés pour que les habitants prennent conscience de ce qui à cette époque était la lutte pour les droits citoyens et ils ont réussi pas mal de choses….

A travers les ciné-clubs, à travers ce principe de lutte, ils ont créé la fondation Afro-américaine un projet de développement culturel rural qui nous a permis d’inclure les jeunes des communautés rurales. De fait nous avons eu les rencontres de percussions dans les années 1990-91, bon, et toute cette série d’activités de la culture afro-vénézuélienne, et à ce moment malgré la présence des gouvernements de la démocratie représentative, ils ont réussi à communiquer aux gens un modèle révolutionnaire, un modèle de libération à travers la culture. C’est alors que démarre la lutte avec les représentations culturelles sur un plan national et à travers le réseau des organisations afro-vénézuéliennes qui aujourd’hui agrège nos mouvements. Ce réseau porte le principe de lutte, d’organisation en notre nom. Puis, comme l’a expliqué le compagnon, avec l’approbation de la constitution bolivarienne nous nous sommes engagés dans la refondation de la république. Comme tu vois, c’est toute une trajectoire de vie…

Nous avons une vidéo d’un groupe de jeunes qui raconte cette histoire en musique. Parce que les communautés rurales partaient du principe que pour sauver un jeune il fallait l’entourer, s’articuler pour le faire, c’était ainsi à l’époque, et aujourd’hui, nous parlons d’un autre modèle de vie et nous voulons créer cette alternative à travers les médias.9c1fb3e3-616c-4db9-8575-329fb0460ae5

Considérez-vous que la télévision communautaire a eu à voir avec ces changements ?

Nous portons un processus d’organisation et de formation des nôtres, imagine le jour où cet ouragan de réalités si diverses, apparaîtra à l’écran, c’est ce que je dis aux jeunes : vous n’imaginez pas le potentiel que nous avons aujourd’hui ! Pourquoi ? Parce que imaginez que nous devons être prêts à capter toute cette demande d’un coup, tout cela qui est dans la rue, je le dis à ceux qui sont en train d’étudier, parce que quand on étudie, on acquiert une responsabilité sociale

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Croyez-vous que la télévision communautaire a influé d’une manière ou d’une autre sur la vie de votre communauté à travers sa programmation ou par la formation que vous avez offerte ?

Bien sûr.. il va y avoir sous peu une réunion de jeunes, 3 ou 4, l’un d’eux a monté un studio d’enregistrement chez lui avec l’appui de son père et de sa mère, ce n’est pas un grand studio professionnel mais quelle fierté pour lui ! et il a déjà réalisé plusieurs productions avec des personnages du secteur. Tu vois, il y a des jeunes en milieu rural qui ont tout un potentiel, comme toi… et donc, nous enregistrons leur travail, nous les invitons à se présenter en public pour que la population les connaisse… Parce que qu’est-ce qui s’est passé avec nos jeunes ? Le manque de suivi, d’accompagnement de la part de la famille, de la communauté elle-même, a fait que n’importe quel délinquant qui débarque va le convaincre facilement de le suivre.

A partir de là il passe par un processus de formation. Nous croyons aujourd’hui que la télévision privée a pris ce rôle des parents, un enfant de 7 ou 8 ans a déjà consommé trois mille heures de télévision, il faut chercher le moyen de retourner cette situation, et nous savons que ce n’est pas la télévision seule qui va le faire, mais la télévision conjointement avec les parents et la communauté, pourraient contribuer de manière efficace à cette formation.100816530

Comment ont influé les ateliers de formation ?

Ici on n’a pas mené d’ateliers de formation depuis 2006, nous en avions menés ici au siège de la télévision mais aussi en zone rurale, à Mango de Ocoita…. S’y est déroulée toute une série de travaux pratiques, nous avons vu la théorie et nous l’avons pratiquée sur place. Des personnes du troisième âge ont participé, leur travail consiste à semer en tant que travailleurs de l’agriculture mais ils ont aussi manié la caméra, ils ont réalisé leurs prises de vue, ils ont fait un peu de montage, en d’autres termes il y a eu une véritable motivation à ce moment-là pour démarrer un processus de formation.

Nous avons eu une expérience de formation avec l’amie Jazmín Tovar, qui aujourd’hui est coordinatrice du site Aporrea, ainsi qu’une expérience de formation avec la compagne Celina de Vive TV. Donc nous ne partons pas de zéro mais il nous faut approfondir.

Considérez-vous que la télévision communautaire a fait le suivi de votre lutte ?

Oui parce qu’il est important de visibiliser notre lutte, nous en sommes convaincus. Encourager les communautés aussi. Il ne s’agit pas seulement des ressources, mais de l’envie de faire. De l’envie de changer les choses. Combien d’argent n’a-t-on pas investi ici ? Je me souviens de quand le baril pétrole était à 100 dollars. Hé bien… Crois-tu qu’ici à Barlovento nous avons besoin des bananes à cuire du marché de Coche ? (rires) Alors, comment nous montrer, à travers quelle image ? La question n’est pas dans l’avoir mais dans l’être, l’être humain comme je te le disais, moi j’ai changé ma forme de vie, le niveau de responsabilité et cela passe par un plan…
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Selon vous comment doit être un média communautaire, comment doivent être son image et son contenu ?

Il faut élaborer les contenus avec les familles et la télévision doit travailler avec la communauté, que la communauté sente que cette télévision lui appartient aussi.…. Qu’elle soit l’actrice principale du processus.

Entretien réalisé par Johanna Márquez et Maritfa Pérez

Notes :

(1) Dans le cadre de cette enquête on peut lire sur ce même blog :  Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au VenezuelaLara TVe, de la télé communautaire à la télé communale(Photos: ) Tatuy TV : le besoin d’être libres

(2) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

Source de l’entretien original (espagnol): http://wp.me/p2bGPp-IO . 

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-20x

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