Venezuela, une femme parmi tant d’autres (9): Ernestina de Ribas

La Azulita, état de Mérida, Venezuela, 22 août 2019. Avec la projection publique du portrait collectif d’Ernestina de Ribas (assise au premier rang avec le petit Jeremy) s’est conclu un nouvel atelier de Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE).

Après deux jours de cours théorique, deux jours d’observation sur le terrain et de tournage, et un jour et demi de montage, les participant(e)s ont projeté ce portrait d’une paysanne, productrice de semences, qui cultive sa terre sur les hauteurs de La Azulita, dans les Andes vénézuéliennes.

Cet atelier a été réalisé avec l’appui de la Brigade internationaliste Apolonio de Carvalho du Mouvement des Sans Terre du Brésil, et la solidarité de France-Amérique Latine Bordeaux Gironde (FAL 33). Formateurs: Victor Hugo Rivera, Sylvain Mavel, Betzany Guedez, Thierry Deronne. Participant(e)s: Nadia Lobo, Diana Lobo, Cécile Leonett, Catherine Dautret, Cathy Chambon, Frédéric Paschal, Thomas Cornet. Durée: 15 min. ESP, ST français.

Ernestina de Ribas sur sa parcelle, La Azulita, Andes vénézuéliennes, août 2019.

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L’Institut Agroécologique Latino-Américain « Paulo Freire » prépare un noyau de production audiovisuelle avec Terra TV

Betzany Guedez, formatrice et réalisatrice de Terra TV (première en bas à droite, enlaçant l’enfant portant une plante) avec une partie du collectif étudiant et la communauté voisine de l’Instituto Agroecológico Latinoamericano « Paulo Freire » (IALA), État de Barinas, Venezuela, juin 2019.

A la demande de porte-paroles étudiants de l’Institut Agroécologique Latino-américain « Paulo Freire » (IALA, Venezuela), Betzany Guedez de Terra TV est allée à leur rencontre entre juin et juillet 2019 pour dialoguer avec eux et jeter les bases d’un travail collectif de visibilisation audiovisuelle de l’énorme travail qui se développe dans cette école intégrale. Voici son témoignage.

« Dans l’État de Barinas, tout près de Sabaneta, se trouve l’IALA, où 60 jeunes de différents États du Venezuela ainsi que d’Haïti, d’Uruguay et d’Équateur, sont actuellement en formation pour cinq ans. Au petit matin, dès que sonne la cloche, le groupe de volontaires se lève pour préparer le petit déjeuner. Ils assument cette tâche par solidarité avec les travailleur(se)s chargés de la cuisine qui ne peuvent arriver très tôt en raison des difficultés de transport. Si par hasard il n’y a pas de gaz, il leur revient d’aller chercher du bois pour cuisiner.

Ensuite tout le monde se joint aux activités prévues la veille : visites des communautés voisines où se développe un travail avec les habitants pour partager les connaissances, la recherche et l’échange d’expériences, ainsi que la participation aux plantations avec les familles paysannes.

Les Maestros Pueblos apportent également leur contribution à la formation des étudiants. Ce sont des paysannes et des paysans qui pratiquent depuis plusieurs années les techniques de l’agro-écologie dans leurs exploitations et ont reçu une certification de formateurs délivrée par cette université.

Dans le cadre de la recherche participative, les étudiants de l’IALA ont pu établir un diagnostic des enfants paysans déscolarisés du fait de leur éloignement physique des écoles, et ont décidé d’assumer comme projet de donner des cours à ces enfants afin qu’ils ne perdent pas leur année scolaire. Ils ont construit une salle de classe pour leur donner cours, y compris le chant, la danse, la formation agro-écologique tout en veillant à leur intégration dans les activités culturelles de l’université.

Ici le travail est basé sur une discipline volontaire : on assume le travail parce qu’on en a envie et que l’on comprend pourquoi on le fait. Ils partagent ainsi leur vie quotidienne en appliquant l’éducation populaire de manière libre. Les élèves peuvent venir aux cours pieds nus, avec leurs chiens à côté d’eux, sans aucune discrimination, le troc permettant parfois de résoudre les échanges (ainsi le prêt de tracteurs aux agriculteurs qui travaillent à proximité de l’IALA, en échange de nourriture comme le manioc pour la cantine des étudiants). C’est ainsi que se côtoient femmes enceintes, familles paysannes, ouvrières et ouvriers, enfants et enseignants qui comprennent ainsi les différents parcours que vivent les élèves. Ces jeunes vivent une dynamique qui leur est propre mais d’une manière engagée et responsable pour atteindre un seul objectif : la massification de l’agroécologie.

En plus de recevoir une formation agro-écologique, académique et sociopolitique avec leurs pratiques et leurs recherches, ils sont intégrés dans différentes activités culturelles, historiques, sportives, artistiques et même de défense territoriale : cinq camarades assurent les tâches de la “milicia bolivariana” (équipes assurant des tâches de défense civile) pendant leur temps libre. Toutes et tous avec énormément de passion et de dévouement pour ce qu’ils réalisent. »

Texte et photos : Betzany Guedez (Terra TV)

Source : https://escuelapopularcineytv.wordpress.com/

Traduction : Venesol

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TERRA TV, une télévision pour construire la souveraineté populaire dans l’information

Betzany Guedez qui est entrée récemment dans l’équipe de la télévision paysanne Terra TV comme réalisatrice et formatrice, raconte son voyage dans le Vénézuéla profond et revient sur ses premiers pas au sein de ce nouveau média (VO ST FR):

La tactique fondamentale des médias, sur le Venezuela aujourd’hui comme en Irak ou ailleurs, est d’abord de faire disparaître tout un peuple, pas seulement le peuple quotidien qui travaille et fait la vie d’un pays, mais aussi le peuple citoyen comme sujet historique, avec ses rêves, ses échecs et ses expériences sans cesse reprises. Il faut empêcher à tout prix l’identification des peuples entre eux, qui serait dangereuse pour l’élite mondialisée et pourrait freiner les guerres qu’elle doit constamment mener.

Prenons un exemple. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et si ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les caméras du monde entier seront déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précèdera alors les violences des paramilitaires et deviendra grâce à cette inversion chronologique… la répression à priori d’un Etat contre son « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire deviendront, une fois de plus, des « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste à jamais invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation.

Dans les années 70-80 déjà avec Mc Luhan, Bourdieu, Mattelard, Godard, Debord, Chomsky, Ramonet, Freire, Pasolini, Marcuse, Habermas ou Enzensberger, etc.. tout avait été déchiffré sur le rôle des médias et sur la nécessité d’en créer d’une autre type. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » écrivait Louis Althusser. Mais curieusement la gauche n’a jamais voulu aborder ce champ stratégique qui conditionne tous les autres. Il y eut une timide proposition de fonds de soutien aux TVs associatives dans les années 80 en France, mais aujourd’hui ni dans les programmes des partis, ni sur le terrain, ni dans les activités du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, on n’observe de proposition radicale de refonte en profondeur de l’enseignement du journalisme, de démocratisation de la propriété des médias, de création d’un réseau serré des médias citoyens. La Télévision Numérique Terrestre offrait en principe plus d’espaces d’expression mais le champ local a finalement été investi par de grands groupes privés…. Pas non plus de proposition de créer des technologies numériques en propre qui ne soient pas celles des Etats-Unis (Facebook, Twitter etc..). Au-delà de l’aspect industriel nous parlons d’inventer des technologies numériques plus proches de l’organisation et de la formation que de la fragmentation individuelle, voire narcissique, reflet du type de société qui les a produites jusqu’ici. Bref, si nous ne pensons pas et ne révolutionnons pas ce champ médiatique qui nous enveloppe, nous surplombe, modèle nos vies et jusqu’à nos corps, « pense » l’université, les politiques et la société en général, il ne nous restera qu’à pester, impuissants, pendant des siècles “devant la télé”…

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Voici un autre reportage récent (VO) réalisé par Betzany à Chirrical, près de Guanare, dans l’état de Portuguesa, où vivent des familles de lutteur(se)s pour la terre qui pourraient bien t’expliquer ce qu’est la liberté, ou la révolution, non comme une énigme à déchiffrer entre intellectuels, mais comme l’argile qui reste à modeler. Si on leur pose la question, bien sûr ! Car ce ne sont là que quelques un(e)s des 90% des vénézuélien(ne)s invisibilisé(e)s par les grands médias depuis vingt ans…

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

132 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 89% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Thierry Deronne

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Terra TV… ou les efforts d’une luciole

par Julie Jaroszewski, envoyée spéciale au Venezuela

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Julie Jaroszewski à la guitare, lors de l’atelier de Terra TV avec les paysan(ne)s de la Commune El Esfuerzo, Portuguesa, Venezuela, 16-21 juillet 2018

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Le camion chargé à ras-bord de sacs, vidéoprojecteur, bout de matelas, cadre de lit, et d’une équipe féminine de l’Ecole Populaire et LatinoAméricaine de Cinéma et de Théâtre, a laissé derrière lui la route de goudron de Guanare dans l’Etat de Portuguesa et s’engage dans les chemins de terre. Le soleil se couche doucement sur les collines au fond de cette plaine agricole du cœur du Venezuela et les premières lucioles commencent à scintiller dans les arbres. Entre un cadre de lit et deux dos d’âne, on s’échange des tartines de fromage blanc en riant. Puis une étoile s’allume, puis une autre, puis c’est la lune.

Impossible de ne pas penser à la Barraca, la compagnie théâtrale dirigée par Federico Garcia Lorca, durant la seconde République espagnole et s’intégrant au projet gouvernemental des missions pédagogiques de la « Nina Roja ». La vocation de Terra TV est semblable : apporter via le théâtre, le cinéma et la télévision, les outils aux communautés rurales en lutte afin de pouvoir se raconter.

La commune ici, s’appelle El Esfuerzo (« l’effort»), et rassemble une quarantaine de familles paysannes. Depuis 2011 et après avoir initié la procédure légale pour la récupération des terres -telle que le stipule la loi des Terres et Développement Agraire- celles-ci ont commencé à construire leurs maisons et à cultiver la terre. Ce 14 février dernier, après dix ans de lutte, les habitants ont vu leurs efforts reconnus par l’État bolivarien à travers l’obtention d’un titre de propriété reconnaissant leur droit à vivre et produire sur ces terres.

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Yarumi Gonzalez et Estephanie Carrizales, formatrices de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Marilena Jara, formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Betzany Guedez formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

La présence de l’Ecole a pour vocation de donner de manière récurrente des ateliers transmettant des techniques de jeu d’acteur, de langage audiovisuel mais aussi de dramaturgie, afin de dégager avec la communauté les bases qui serviront à l’élaboration d’un scénario retraçant l’épopée menée pour la construction de leur commune paysanne. Il ne s’agit pas seulement de raconter le passé, mais d’interroger le présent, afin de fortifier de manière consciente au sein du groupe, ce qui fût acquis, les fragilités, les conflits en cours, et l’émergence des nécessités. La dramaturgie ici, devient un outil au service de la communauté apportant la distance nécessaire afin de se reconnaître dans la construction d’un récit commun.

C’est la chanson de Chicho Sanchez, Gallo Rojo – Gallo Negro, qui va être choisie pour exemple afin de transmettre les fondamentaux de la dramaturgie et dégager les bases d’un scénario. Composée au début des années 60, cette chanson était rapidement devenue un hymne contre la dictature franquiste. Elle met en jeu deux coqs, l’un rouge et l’autre noir. Le premier veut chanter l’espérance avec les siens, le second appelle l’obscurité et veut chanter seul. Ils s’affrontent dans l’arène, le coq noir est grand et traitre mais le coq rouge est courageux. La chanson se conclut sur la révélation du coq rouge, il y formule qu’il ne se rendra pas avant d’être mort. Le choeur du refrain, chante la peine du manque de transmission historique.

A travers des ateliers avec les enfants, les femmes et les hommes de la Commune del Esfuerzo, ceux-ci analysent et transposent la chanson à leur réalité. Le coq noir ici, c’est Bernardo Medina Moser, le fils de l’ancien propriétaire de ces terres laissées à l’abandon et saisies par l’État vénézuélien suite à la présence de groupe impliqués dans des délits. Aujourd’hui, celui-ci tente d’exproprier une partie des terres occupées par la communauté afin de s’approprier le bois des tecks, ses arbres précieux représentant une valeur marchande considérable.

Le coq rouge c’est la communauté del Esfuerzo en pleine construction de son conseil communal. Son école a été brûlée par le coq noir, mais les fondations d’un nouveau bâtiment sont d’ores et déjà debout, grâce à l’endurance du groupe et au soutien du gouvernement bolivarien. Une partie de la communauté et de ses leaders sont en marche depuis l’État agricole jusqu’à Caracas afin de faire entendre leurs revendications auprès du gouvernement et solliciter un rendez vous avec le Président de la République Bolivarienne Nicolas Maduro.

Alors que les ateliers de dramaturgie se concluent, le dernier jour voit l’arrivée d’une inspection du Ministère Agricole. L’avocate de Bernardo Medina Moser a demandé une inspection des terres, celle-ci a dénoncé le non-respect de l’environnement dans la Commune del Esfuerzo. L’argumentation est cynique et oppose sans aucune honte, d’une part la volonté des paysans de vivre du travail de la terre et d’autre part l’appétit vorace des propriétaires terriens alléché par la valeur marchande des tecks (bois précieux).

Alors que la réunion se conclut et que la date de la prochaine séance est avancée entre les juges, les avocats et la communauté ; les membres de l’Ecole et la Communauté entonnent en choeur « Gallo Rojo, Gallo Negro ». Pendant que les véhicules des visiteurs démarrent et traversent la rivière, on énonce déjà les articles de lois à relire, étudier, travailler lors des prochaines sessions de travail. On discute des stratégies à adopter afin de valoriser le travail de reforestation entrepris par la Communauté afin de se défendre de toutes nouvelles attaques visant le non-respect de l’environnement.

Si dans la chanson de Chicho Sanchez, le choeur chante la peine du manque de transmission dans le combat que fût la guerre d’Espagne, ici, à El Esfuerzo, la bataille est toujours en cours. « Si le vent efface sans cesse ce que l’on chante », les membres de Terra TV sont debout aux côtés des communautés en lutte. Loin de lutter contre des moulins à vent, ils inscrivent dans le présent les bases d’un combat concret, celui de la nécessité d’une souveraineté dramaturgique et d’une liberté à oser définir ses objectifs loin de la culture dominante imposée par le capitalisme et le modèle colonial.

J.J. – 24 juillet 2018. Photos de l’auteure

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Des mouvements paysans parcourent 200 km à pied pour faire entendre leur voix auprès du gouvernement

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Assemblée de mouvements sociaux paysans, à l’occasion de l’élection d’un autogouvernement dans l’Etat d’Apure (juillet 2018)

Depuis une semaine, des compagnes et compagnons paysans engagés dans la révolution bolivarienne ont entrepris de remonter à pied depuis l’Etat agricole de Portuguesa jusqu’à Caracas pour y faire entendre leurs voix et leurs revendications auprès du gouvernement. Cette action a surgi comme une initiative autonome de partis et d’organisations populaires après leur recherche ou leur participation à des instances de dialogue qui n’ont pas abouti. L’objectif primordial est de remettre aux mains du président Nicolas Maduro un document qui exprime l’appui politique à son gouvernement mais aussi toute une série de critiques constructives à propos des politiques productives menées actuellement. Parmi ces points qui concernent l’appropriation populaire des terres improductives, les équipements de production et la justice pour les victimes des grands propriétaires ou des mafias juridico-policières régionales, les mouvements paysans n’oublient pas la nécessité de visibiliser leurs luttes et leurs expériences, d’où leur appui au nouveau média Terra TV  :

  • Justice pour les 200 paysans victimes des mercenaires des grands propriétaires.

  • Justice pour les paysans criminalisés.

  • Remise de terres occupées et dénonciation de terres non mises en culture (cas Fundo La Victoria, Agrícola Yaracuy, Agrícola A y B, entre autres).

  • Financement et matières premières.

  • Plan de Semailles Nord / été.

  • Financement por des Banques de Semences Paysannes de Semences.

  • Dotation de 12 tracteurs avec équipements.

  • Financement de 12 camions pour le Système Paysan de Production et Approvisionnement.

  • Pensions de la Sécurité Sociale pour les paysans.

  • Financement du Plan de Logements pour les Paysans.

  • Dotation de l’Ecole de Formation Politique et Technique.

  • Dotation de la chaîne Terra TV et de la Guérilla Communicationnelle Paysanne.

  • Financement de projets productifs de la jeunesse paysanne.

  • Restructuration des institutions qui ne fonctionnent pas.

  • Corruption.

  • Insécurité.

Cette marche de 185 Km, à raison d’environ 26 km de marche quotidienne, doit mener le groupe à Caracas le mercredi 25 juillet.

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A gauche , chemise blanche, Juan Jose Moreno, formateur de Terra TV, filme une assemblée à Barinas, lors de l’occupation de l’Institut des Terres par divers mouvements paysans, juin 2018.

Source : http://www.albatv.org/Marcha-Campesina-Admirable-rumbo-a.html

Traduction : Terra TV

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Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

La ferme-centre de formation de Caquetíos : «la production agricole est la clé pour ne pas disparaître en tant que nation»

Avec une importante production d’oignons, entre autres, l’Unité de Production Sociale Agricole (UPSA) Caquetíos, souligne l’importance de la production pour la conquête de la souveraineté alimentaire du Venezuela. Tel est l’objectif exprimé par les travailleurs de cette ferme aux journalistes de Ciudad Barquisimeto, « il ne s’agit pas simplement de mettre le produit sur le marché, mais aussi de reproduire des semences pour les donner à d’autres producteurs ».

Leonardo Herrera, l’un des responsables de la production, explique que les oignons qu’ils sont en train de planter viennent du Brésil. « Les graines sont amenées là par les camarades brésiliens du Mouvement sans terre, l’idée étant de planter des oignons pas seulement pour obtenir un produit frais, mais pour produire des graines ; en ce moment nous sommes en plein processus de la germination des graines ».

Avec cette procédure, les producteurs de Caquetíos, assurent que les différences entre une économie capitaliste et une économie socialiste sont démontrées. Dans le premier cas, les entreprises sont isolées et cachent les graines pour maintenir un monopole sur un produit, en profitant de la concurrence ; dans le second, les entreprises sociales travaillent en étroite collaboration pour que le progrès de l’une serve d’exemple aux autres. Ils expliquent que de meilleurs produits atteignent la population et ainsi le bien-être des personnes est au-dessus des intérêts particuliers des producteurs.

SI NOUS NE PRODUISONS PAS, NOUS DISPARAITRONS EN TANT QUE NATION

Les producteurs disent que les techniques de production devraient être améliorées pour tirer le meilleur parti de la terre. Par exemple, Herrera explique que la population paysanne au Venezuela ne dépasse pas 13 pour cent et que seulement 7 pour cent produit. Avec un pourcentage si faible, il faut nourrir plus de 30 millions d’habitants, ce qui, selon lui, nécessite un meilleur travail de la terre et de meilleurs moyens agricoles de production.

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« Nous devons encourager les gens pour qu’ils se consacrent  à la production agricole, parce que si nous ne produisons pas, nous disparaîtrons en tant que nation », a-t-il dit, se référant aux allusions de nombreux analystes qui se plaignent de ce que la nourriture au Venezuela dépende de la stabilité ou de l’instabilité des autres pays exportateurs.

Bien qu’il y ait en ce moment une plantation d’oignons, les producteurs expliquent que leur travail ne se limite pas à la monoculture, mais à la diversité des cultures. La raison est double, fournir des produits variés aux consommateurs locaux et prendre également soin de la terre, car «en cas de monoculture, les épidémies créent une résistance, ce qui est très négatif. L’idée est d’avoir une production constante avec cultures différentes « .

Après l’oignon, UPSA entrera dans un nouveau cycle de production avec la coriandre et la ciboulette, entre autres.

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Le maïs autochtone d’origine indigène, sauvé et produit à Caquetíos

LES SOLS VENEZUELIENS

Dans de nombreuses parties du territoire national, la monoculture a été utilisée pendant de nombreuses années. Les raisons en étaient diverses, l’une d’entre elles étant que les sols vénézuéliens n’étaient pas de bonne qualité pour certains produits, de sorte qu’il fallait les importer. Contrairement à cette affirmation, Edson Bagnara, représentant du Mouvement sans terre (MST) a déclaré que les terres vénézuéliennes sont de haute qualité, déplorant que jusqu’à présent, elles aient été condamnés à la monoculture.

« Au Venezuela, il n’y a pas de problèmes de sols. Au Brésil, il y a des endroits où la terre est très bonne et où il n’y a pas besoin d’engrais, mais après des années d’utilisation, il faut utiliser les mêmes engrais utilisés dans le cas de mauvaises terres. Au Venezuela, c’est exactement pareil », explique le brésilien et ajoute que« le problème n’est pas la terre. Dans la nature, tout doit être organisé, la terre est amendée, il faut s’y consacrer de façon appropriée ».

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Edson Bagnara, coordinateur du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (www.mst.org.br) au Venezuela

Il a comparé la situation du Venezuela à celle du Cerrado Brésilen, où on disait qu’on ne pouvait rien y produire à cause de la qualité supposée médiocre du sol. Cependant, il explique que les meilleures cultures de soja ne sont pas dans les meilleures terres, mais dans le Cerrado où il ne pleut seulement quatre ou cinq fois par an. « On y sème du maïs en grande quantité pour exporter, c’est la preuve que le sol au Venezuela ne pose aucun problème », a-t-il réitéré.

IL FAUT PRÉSERVER LA MÉMOIRE AGRICOLE

Pour Bagnara, le vrai problème au Venezuela, c’est que la bourgeoisie a éliminé la culture agricole du peuple. « Il y a un énorme manque de motivation pour la production, parce qu’au Venezuela, intentionnellement, la bourgeoisie a effacé la mémoire agricole du peuple. La jeunesse ne ressent aucun sentiment pour la production héritée de génération en génération. Vous pouvez avoir les meilleurs sols, les meilleures semences et le meilleur système d’irrigation, mais s’il n’y a pas des personnes pour se charger de chaque processus, il n’y aura pas de production.»

Alexander Alayo, pour sa part, a rappelé que UPSA Caquetíos appartenait à la famille Sigala, mais plus tard, en 2008, elle a été récupéré grâce le commandant Chavez. Pour Alayo qui fait partie du groupe de soutien travaillant dans la UPSA, « le travail doit être fait avec soin, pour donner un traitement approprié au sol » et rappelle que le Venezuela souffre actuellement d’une attaque par ceux-là mêmes qui pendant de nombreuses années ont ruiné l’agriculture du pays.

Ils ont appelé d’autres producteurs à «croire dans le pays». Ils expliquent que les humains «peuvent vivre dans des grottes, sans églises, mais sans nourriture, ils ne peuvent pas vivre, la production est essentielle pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. L’appel est lancé aux producteurs et surtout aux jeunes pour sauver la culture du travail agricole ».

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Avec Carmen Meléndez, élue depuis gouverneure (chaviste) de l’ëtat de Lara

Alejandro Gil Rivero, pour CIUDAD BQTO, lundi 23 octobre 2017

Source : http://ciudadbqto.com/2017/10/22/upsa-caquetios-la-produccion-agricola-es-la-clave-para-no-sucumbir-como-nacion/

Traduction : FAL 33 (www.fal33.org)

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« Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela »

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Emma ORTEGA, agricultrice installée dans l’Etat d’Aragua, été élue le 30 juillet dernier comme députée pour le Secteur Paysans et Pêcheurs à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La télévision alternative Alba TV a eu l’occasion de discuter avec elle à propos l’importance de la Loi sur les Semences conquise par la Révolution, du quotidien des femmes paysannes au Venezuela et des difficultés que rencontre le gouvernement bolivarien dans la mise en place des conditions devant mener à la souveraineté alimentaire selon le modèle communal.

Les semences et les transnationales

Pour Emma Ortega, la Loi sur les Semences qui interdit les OGM et défend les semences autochtones « est non négociable », il faut profiter de l’Assemblée Constituante pour lui donner pleinement un rang constitutionnel « en raison de l’autonomie que représente pour le pays le fait de disposer de ses propres semences ». Selon elle, après l’engagement dans une politique orientée vers la préservation de nos semences avec la création d’instances comme l’Institut National de Recherche Agricole ou l’Institut National de Santé Agricole Intégrale (INSAI), le moment est venu de lever le rideau sur le fait que nous restons dépendants de sociétés productrices de semences capitalistes : « les transnationales sont présentes dans nos structures gouvernementales, ce qu’il faut dénoncer, car leur intérêt est de soutenir le modèle capitaliste et agro-industriel dans nos campagnes ».

Si notre politique agricole est basée sur l’agriculture verte, « il est indubitable que Monsanto reste dans les coulisses pour influencer nos décisions et c’est ce qu’il faut dénoncer, Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela. On nous dira probablement que nous ne disposons pas de substituts, mais nous les avons, ils sont là, connus de la population et des techniciens qui ne sont pas rivés à une politique agricole dans laquelle le paysan ne fait que fournir la matière première à ceux qui la transforment ».

La politique agricole appliquée jusqu’à présent est fragmentée, nous devons systématiser une agriculture qui n’aurait pas seulement à voir avec des kilos et des quintaux mais aurait un rapport directe avec les acteurs (trices) sociaux(ales), le processus de production et ses implications « .

C’est pourquoi il faut valoriser la vie des paysans et des habitants des campagnes, garantir leur entière sécurité -pas seulement physique mais aussi sociale – en leur offrant une infrastructure de soutien à la production agricole , »depuis des routes jusqu’à l’électricité, des centres de collecte, de transport, tout cela faisant partie des investissements devant être faits dans l’agriculture paysanne pour consolider les espaces qu’occupe la paysannerie ».

Malgré ces contradictions, Ortega fait remarquer que les étalages des rues des villes sont remplis d’auyamas (potirons), piments doux, de tubercules comme l’ocumo, la yucca, de poivrons et de tomates. « Une production existe dans le pays, la paysannerie est présente, ce sont les aliments liés à l’agro-industrie qui nous posent problème ».

Elle s’interroge sur le fait qu’au cours de visites dans des régions comme Calabozo dans l’Etat de Guárico, elle a observé qu’il s’y produit bien du riz, mais que celui qui est commercialisé est importé. « Se pourrait-il que notre riz soit mis en sacs importés et ainsi vendu plus cher? »

« Ils naissent à la campagne et meurent dans les villes »

Selon elle, les lacunes de notre politique agricole et le fait de ne pas offrir d’opportunités aux jeunes couples paysans favorise leur déplacement vers les villes où ils finissent attrapés dans les rets de la délinquance. Lorsqu’ils doivent s’éloigner à cause d’un conflit ou d’un délit qu’ils ont commis, ils se réfugient de nouveau à la campagne, dans des endroits dont ils connaissent la territorialité et comment s’y meut l’économie. Et ce sont eux qui pillent et violent, « ce sont des délinquants ruraux pour ainsi dire ».

« Je croyais que c’était nous, les femmes, qui étions les plus lésées, mais ce sont finalement les jeunes dont l’espérance de vie est de 24 ans à peine dans cette dynamique qui les fait naître à la campagne pour mourir dans la délinquance », dit Emma. Pour elle, la « Gran Mision Vivienda Venezuela » (Grande Mission Logement Venezuela) est admirable, bien que trop centrée sur les villes ; elle devrait aussi s’étendre dans aux campagnes à travers des programmes ruraux afin de remédier à l’exode des jeunes couples paysans.

« Quand les femmes vont de l’avant, aucun homme ne recule »

Ortega rappelle que la titularisation des terres est transversale à l’économie, le politique et le social, domaines dans lesquels les femmes sont théoriquement les premières concernées, mais la loi donne la priorité aux femmes chefs de famille, laissant en marge des milliers de femmes paysannes qui vivent en union libre; de fait ou consensuelle, car lors de l’enregistrement, c’est l’homme qui finit par devenir le seul titulaire des terres au vu de sa carte d’identité où il apparaît comme célibataire. Elle considère tout aussi nécessaire d’établir une titularisation commune entre l’homme, la femme qui travaille aux champs et leurs enfants.

Vidéo de l’entrevue intégrale :

Source : http://www.albatv.org/Monsanto-debe-empezar-a-hacer-sus.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Chronique de quelques semaines d’ateliers solidaires de permaculture au Venezuela

Depuis 2016, France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde (FAL 33) développe des projets de solidarité au Venezuela. Dans ce cadre, un groupe d’adhérents de l’association girondine et d’autres comités réalise un voyage solidaire du 4 au 22 août : ateliers de formation (réalisation audiovisuelle et permaculture) la première semaine et visite de projets la deuxième semaine.mapa-lara

Raiz Fuerte est un projet de ferme de production agricole qui fonctionne aussi comme une école en agro écologie et en organisation communautaire pour les paysans et petits producteurs des Etats de Lara, Falcon, Zulia, Vargas, Miranda, Yaracuy et du District Capitale. La ferme se situe dans la municipalité de Cabudare, à 15 minutes de Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela), il s’agit de l’UPSA (Unité de Production Sociale Agricole) Los Caquetios, du nom des populations indigènes qui habitaient la région. La ferme, qui compte 290 hectares, dispose de bâtiments pouvant accueillir une soixante de personnes en formation ; elle est administrée par  la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC) du Mouvement des Sans Terre du Brésil au Venezuela en coopération avec les travailleurs vénézuéliens. Le MST apporte son expertise en agro-écologie, en éducation populaire et organisation communautaire de paysans et producteurs.

Nous nous rendons directement depuis l’aéroport à la ferme Caquetios. Installation, repos, visite de Barquisimeto et une réunion avec l’équipe qui administre la ferme afin de voir les derniers détails de la semaine, occupent nos deux premiers jours. Vingt personnes travaillent aujourd’hui sur la ferme qui s’auto gère et s’auto finance (apport du MST et vente de la production). Dès le dimanche après-midi les participant(e)s commencent à arriver, de l’Etat de Lara mais aussi de Miranda, Trujillo, Barinas, Mérida, ou Falcon…

La ferme de Caquetios a lancé l’invitation aux organisations populaires avec qui elle est en relation dans le cadre de son action de formation. Cette année, le choix a été de travailler sur la problématique de l’eau et de mettre en place un espace dont le design a été réalisé en août 2016, lors d’un atelier similaire. Cet espace se trouve à l’entrée de la ferme, il s’agit d’une maison d’habitation (et de l’espace alentours, environ 200 m2) où vivent les personnes de la brigade du MST : Celia (en charge de la formation globale des projets au Venezuela) et Ricardo, technicien en agro écologie et responsable financier du projet ainsi que des vénézuéliens, Luisa –responsable du projet –et Lida sa petite fille de un an–  et Verana, responsable logistique et secrétariat. Nous retrouvons plusieurs personnes ayant déjà participé à l’atelier l’an dernier.

L’une d’elle est Goya, elle vient des montagnes de Sanare, à 45 km de Barquisimeto et appartient à la Fondation Argimiro Gabaldón, du nom d’un leader social défenseur des droits de l’homme des années 60’. La Fondation se consacre à l’éducation populaire, la culture, la production agricole bio et autre (production de tuile et de briques) ; elle a aussi un « Infocentre », dirigé par des paysans de la zone, qui se charge de la communication et de la formation technologique. Goya se charge de l’éducation populaire envers les enfants, et les adultes ; elle est accompagnée de Franklin, un jeune qui travaille à l’Infocentre.

Ils arrivent en retard car à quelques voitures devant le bus qui les amenaient, un bus a été attaqué par 4 jeunes hommes armés de pierre et de bouteilles qui ont obligé les gens à descendre pour ensuite mettre le feu au bus. Ils ont fait le bout de chemin qu’il manquait à pied. Goya est indignée, « ils détruisent des bus, un dépôt entier de bus a été brûlé, de la nourriture, c’est criminel », elle commente qu’un homme du bus, excédé a invité les autres personnes à maîtriser les attaquants, « qui peut croire qu’il s’agit de gens du peuple, il n’y a que la presse pour raconter de tels mensonges ».  Ce sont les dernières manifestations de l’opposition très affaiblie depuis le vote de la Constituante. « Avec la Constituante, c’est le peuple et la paix qui ont gagné, les « guarimbas », c’est fini, ajoute Flor, leader sociale du Conseil Paysan El Tamarindo de la commune voisine de Palavecino. L’Etat de Lara a connu des épisodes très difficiles comme lorsque Danny José Subero, ex-lieutenant de la Garde Nationale Bolivarienne a été roué de coups jusqu’à la mort par un groupe de terroristes de l’opposition. Elle confie qu’à plusieurs reprises, elle a eu très peur et s’est enfermé chez elle, « ici tout le monde me connait, alors je n’allais pas prendre le risque d’être immolée comme d’autres l’ont été, tout le monde sait que je suis chaviste ».

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Des participants jeunes et déjà dans la production agricole

L’atelier permaculture est donné par deux membres de France Amérique Latine 33 formés et ayant une expérience en permaculture et compte plus de vingt participants.

L’atelier est conçu pour que les participants « apprennent en faisant » avec des allers-retours constants entre théorie et pratique. La première journée commence par une introduction théorique des grands principes de la permaculture avec des focus sur la gestion des eaux, les toilettes sèches, la phyto épuration et le design ; un temps est consacrée à la visite de l’espace concerné et des espaces alentours afin d’en faire une observation détaillée permettant de repérer les matériaux utilisables et d’organiser le travail à réaliser.

Un groupe se charge de la récupération et de la distribution des eaux de pluies pour l’arrosage, le second de la construction d’un philtre planté pour assainir les eaux vannes et les eaux grises des habitants de la maison et le troisième de la construction d’une toilette sèche et de son composteur.

Parmi les participants vénézuéliens, outre plusieurs travailleurs de la ferme et Simon, le responsable  de production, on compte de nombreux jeunes qui travaillent déjà dans la production agricole ou qui appartiennent à des collectifs ayant mis en place des jardins collectifs et/ou des groupements de vente directe du producteur au consommateur. Beaucoup sont des enfants ou petits enfants de paysans pratiquant une agriculture ancestrale appelée conuco. L’agriculture conuquera est très productive, elle consiste à cultiver trois légumes complémentaires –maïs, courge, haricot–, chacun ayant une action bénéfique sur les deux autres. Le haricot pousse sur le maïs et apporte l’azote nécessaire au sol ; la courge couvre le sol et aide à conserver l’humidité, deux éléments indispensable en zone tropicale. Ces trois plantes ont des développements différents et ne sont pas en concurrence quant aux nutriments qu’elles puisent dans le sol.

Douglas, Cesar, David, Patricia… : les eaux usées c’est un problème.

Ils sont jeunes, débordent d’énergie et s’inscrivent sur le chantier le plus « physique » : celui de l’assainissement des eaux grises et noires de la maison d’habitation.  Creuser des bassins, faire des coffrages et du béton, calculer le dimensionnement… rien ne les rebute. Un atelier où il faut faire preuve de toute la créativité et toute la débrouillardise propres à tout bon permacultrice/permaculteur. Pas de plan de l’évacuation des eaux, alors en tâtonnant on creuse et on tombe sur un tuyau de distribution d’eau : une vieille  chambre à air de tracteur viendra à bout de la fuite d’eau occasionnée. Pour l’étanchéité des bassins, le ciment manque cruellement et quand on en trouve, il est hors de prix. Verena et Rodrigo ont pu en trouver quelques sacs, à peine un quart de la quantité qu’on utiliserait en France pour faire du ciment. Qu’à cela ne tienne, une solution est trouvée en passant en revue les matériaux utilisés pour l’agriculture. Simon nous dégote de la chaux agricole qui fera l’affaire. On fait les essais et le tour est joué. Le gravier est « récolté » dans les alentours et les grosses pierres posées au fond du bassin à écoulement vertical qui feront le premier « nettoyage » des eaux par une fermentation anaérobique sont ramenée de la rivière proche.

   

Douglas est technicien en agriculture, il vient de Boconó, le « Jardin du Venezuela », ajoute-t-il avec fierté. C’est le  nom donné par le Libérateur Simon Bolivar à cette région des Andes vénézuéliennes de l’Etat de Trujillo. Il est vrai que cette zone entre 1200 et 1800 mètres avec un climat tempéré (17°) est propice à la production d’aliments divers et variés ainsi qu’à la culture du café. Le meilleur du Venezuela, parait-il.  Il avoue qu’il est venu piqué par la curiosité de la permaculture mais avec beaucoup de doutes. Il repartira convaincu et surtout il lui tarde de mettre en pratique, il en a les yeux qui brillent, « d’abord, je vais expérimenter sur mon espace » et après partager ce qu’il a appris avec les compañeros du Conseil Paysan de Producteurs et de Productrices Fabricio Ojeda. Ce conseil porte le nom du journaliste et président de la Junta Patriotica qui, cinq jours après sa mort, allait renverser la dictature de Marcos Pérez Jiménez.

La problématique de l’eau : les trois chantiers sont un tout.

La ferme est l’une des rares de la zone à disposer de puits permettant une alimentation régulière en eau et ainsi de cultiver toute l’année. Malgré cela la question de l’eau est cruciale, car une panne du système de pompage et une sècheresse prolongée de plus de trois mois sans une goutte de pluie a eu raison de plusieurs hectares de production. Il s’agit donc de mettre en place un cycle vertueux autour de l’eau : récupérer l’eau de pluie pour arroser des surfaces de productions de légumes près des bâtiments, réduire la consommation d’eau par les toilettes sèches et assainir les eaux souillées afin de les réutiliser pour l’arrosage.

Odilio, vient de la Comuna El Maizal, de l’Etat de Lara, pas loin de Caquetios. En 2009, 2200 hectares de terre non cultivées ont été données à 2000 familles pour les mettre en culture. Les 22 conseils communaux qui composent la Comuna assurent une organisation en autogestion de ce projet de production agricole qui produit et transforme les aliments pour ensuite les distribuer en vente directe à plus de 24 000 personnes. Produire, une façon de répondre à la guerre non conventionnelle que mène l’opposition contre le peuple. Alors l’eau, bien sûr, ça l’intéresse, pour produire. Tout comme Rossana, qui vient de la péninsule de Paraguaná, dans l’Etat de Falcón, une zone au climat aride où faire pousser une laitue est une gageure. Luis, fait partie du Front Francisco Miranda de Caracas et il se charge d’accompagner et de mettre en place des jardins urbains, alors récupérer de l’eau de pluie, c’est essentiel.

     

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Par chance, le troisième jour, il s’est mis à pleuvoir et car il a plus et en moins d’une heure, nous avons pu collecter plus de mille litres d’eau dans les récupérateurs installés. Le groupe de la phyto-épuration n’est pas du même avis, avec la pluie, impossible de couler le béton, il faudra attendre le lendemain.

Toilettes sèches, un atelier très « féminin ».

Flor, Goya, Méné, Darlys et Alexis –qui travaille à Caquetios– ont opté pour la construction d’une toilette sèche et de son composteur. Caquetios est une ferme de production d’aliments et de production de semences bio mais aussi un centre de formation en agro écologie où il n’est pas rare que soixante personnes y séjournent pendant une semaine : les volumes d’eau utilisés pour les toilettes sont importants. Aussi dans la gestion de l’eau, diminuer la consommation d’eau potable est fondamental ; rien de mieux que d’adopter des toilettes sèches. D’autant que le système actuel de fosses sceptiques a donné des signes de saturation. Celia nous explique que des problèmes de saturation sont apparus en avril lors de la formation Méthode d’organisation populaire pour la production bio agro alimentaire qui s’est déroulée à Caquetios du 24 au 30 avril, avec plus de soixante participants qui venaient de cinq Etat (Lara, Táchira, Mérida, Portuguesa, Trujillo) et appartiennent à une vingtaine de municipalités différentes.

Darlys travaille à la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (FUNDAPROAL), un organisme qui accompagne les populations les plus fragiles dans l’accès à l’alimentation et dans la mise en place de projets socio-productifs, auprès des mères de familles pour l’élaboration de produits alimentaires par exemple, en collaboration avec l’Institut National de Nutrition (INN). Pour elle les toilettes sèches peuvent être une réponse au problème de l’eau et de la pollution des eaux dans des petites structures collectives, mais encore faut-il changer le regard des personnes.

Après discussion du groupe sur le « où » placer cette toilette sèche et une mini enquête menée auprès des utilisateurs habituels potentiels, il est décidé de ne pas les installer dans la maison d’habitation –ce qui demanderait un travail de maçonnerie plus important– mais plutôt dans un espace commun (une sorte de paillote en dur qui sert d’espace de réunions et aussi d’espaces pour soirées culturelles et festives) , ce qui permettra en outre, une collecte plus importante. Six mois seulement suffiront –en climat tropical– pour transformer ces matières collectées en excellent engrais qui aidera à la récupération des sols de la ferme longtemps appauvris par les intrants chimiques, les labours et le passage de gros engins, à tel point que certaines parcelles sont à ce jour improductives. Une fois les toilettes et le composteur terminés, un panneau pédagogique est confectionné pour en expliquer le fonctionnement.

 

Les toilettes ont été rapidement terminées –récupération de planches ayant servies au coffrage et pour la matière sèche, le foin produit par la ferme fera parfaitement l’affaire. Chacune et chacun a tenu à les inaugurer si bien que dès la fin de la semaine, le composteur est entré en service. Une belle réussite!

 Un compost planté pour aller au bout du cycle de l’eau

Le dernier jour, tout le groupe entier participe à la réalisation de plates bandes en lasagne dans lesquelles nous avons directement planté et semé des légumes qui pourront être arrosés grâce à l’eau collectée à proximité.

Cette technique de culture est particulièrement intéressante car elle permet de planter et semer tout de suite sur des sols difficiles (ou pas de sol du tout d’ailleurs), elle est ludique à réaliser, elle utilise tous les déchets (verts et marrons) du jardin et des alentours et elle permet d’avoir un sol très riche. Le premier travail consiste à collecter les matières vertes et les matières carbonées qui vont servir à faire les couches, ce qui ne manque pas dans les alentours. Les matières carbonées -feuilles mortes, papiers, cartons, brindilles, paille- seront humidifiées ; les couches seront d’égale épaisseur jusqu’à monter à 30 centimètres. Enfin pour semer ou planter on placera la plante ou la graine dans une motte de terreau. Et le tour est joué.

Autour de la maison d’habitation, il est intéressant de planter des plantes aromatiques, des condiments, des haricots, des courges, des tomates… Chacun(e) a choisi ce qu’il allait planter ou semer, puis placé un bâtonnet avec une étiquette destinée à celles et ceux qui prendront soin de ce potager improvisé !

Un potager qui viendra compléter les productions de la fermes.

           

Caquetios aujourd’hui…

La ferme, en auto gestion et auto financement, donne du travail à vingt personnes (agriculture, formations, administrations, logistique). Elle diversifie ses productions entre production d’intrants pour l’agriculture (bio fertilisants à partir de lombriculture, six cent litres d’insecticides pour le maïs et le manioc, une tonne d’engrais par mois à base de bouse, de bagasse et de sciure) et production agricole (maïs guanape autochtone, courges -840 kg lors de la dernière récolte-, poivrons, fruitiers…, du foin) et quelques hectares de production de semences bio pour la reproduction. Le foin est vendu aux petits producteurs des alentours et les légumes font l’objet d’une vente directe « communautaire » à travers la Commune Socialiste Ataroa, située au sud de Barquisimeto, commune qui compte plus de soixante mille personnes et est organisée autour de 36 conseils communaux et 18 organisations sociaux-productives.

Epilogue …

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Sieste franco-vénézuélienne, les français n’ont pas l’air préoccupés par l’état de guerre annoncée par les grands médias…

Gloria Verges, FAL33

Dimanche 13 août : Après une semaine à Caquetios, la ferme école du  Mouvement Sans Terre (brésilien), nous voilà pour un après midi dans une coopérative, près de Tucani, sur les terres basses et chaudes, au sud du lac de Maracaibo.

Ce sont 35 familles, essentiellement des afro-descendants, travailleurs de la terre qui se sont installés ici en 2001 et ont créé la coopérative Bervéré Fundo Zamorano Andrés Bello sur des terres récupérées par l’état, dès que la loi le leur a permis. Ils ont construit un village avec des petites maisons toutes pareilles et ils sont fiers de la diversification de l’agriculture qu’ils ont mise en place : 18 cultures différentes, des légumes, des céréales et plein d’arbres fruitiers ; et aussi de l’élevage ; et de la reforestation sur un demi km, le long de la rivière.

 

« Ici, on a été le premier lieu de formation du Mouvement Sans Terre, m’explique une vieille dame en épluchant des pamplemousses. Il y a eu jusqu’à 150 personnes qui dormaient là, sous des tentes. Ils venaient de tous les pays, d’Europe, du Japon ; on se rencontrait tous : C’était beau !… »

Nous, on n’est que 8, et au bout d’une heure, on se sent dans une grande famille ; autour de la table, il y a du monde : des vieux, des jeunes et plein d’enfants qui viennent nous voir et écouter les échanges, mais sans intervenir. La coordinatrice (élue pour 3 ans) est une belle dame d’une cinquantaine d’années, sans doute ; en 2005, elle était analphabète, aujourd’hui, elle a le Bac. Elle nous explique le fonctionnement : toutes les décisions se prennent au consensus, en Assemblée Générale tous les 2 mois et dans les différentes commissions   toutes les semaines. Parmi ces décisions, il y a bien sûr, l’utilisation des bénéfices et les critères de répartition entre tous.

Les difficultés sont abordées : « Maintenant, il y a moins de coopératives. Certaines ont périclité. Pourquoi ? C’est dur ! Il ne faut pas se décourager. Il peut y avoir des dissensions. Savoir discuter, écouter, respecter, prendre des décisions pour la communauté, ce n’est pas évident, ça s’apprend. Et il faut vraiment avoir conscience que c’est nécessaire. Nous, ça va bien. Il faut dire qu’on avait déjà mené des luttes ensemble avant de pouvoir fonder une coopérative.

Inutile de préciser qu’on a bien du mal à s’arracher à ces discussions et à remonter dans notre bus, surtout que les enfants veulent absolument nous amener à la rivière avec eux.

 

 

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L’État communal, une utopie en construction, par Angèle Savino

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Source : L’Humanité Dimanche, édition du 29 juin au 5 juillet 2017

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