L’ONU demande au Venezuela l’autorisation d’étudier sa stratégie de suppression de la pandémie pour la reproduire dans d’autres pays

La coordination du Système des Nations Unies (ONU) présente au Venezuela a demandé au gouvernement de Nicolas Maduro l’autorisation d’étudier sa stratégie de suppression de la pandémie de Covid-19. descarga (4)« Les experts utilisent l’expression de stratégie de suppression, ainsi qu’on appelle épidémiologiquement, et demandent l’autorisation d’étudier ce modèle pour pouvoir le reproduire dans d’autres pays » a déclaré la vice-présidente de la République, Delcy Rodriguez, au terme d’une réunion du groupe de travail permanent avec les experts onusiens, au palais présidentiel (photo).

Delcy Rodriguez a précisé que les responsables de l’organisme international ont valorisé le modèle et le parcours épidémiologique qui a permis au pays d’enregistrer un aplatissement de la courbe de propagation, depuis les diverses mesures appliquées de manière précoce jusqu’à l’assouplissement adapté de la quarantaine.

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Delcy Rodríguez, Vice-présidente de la République.

La vice-présidente a expliqué que l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) a accès en permanence aux résultats des diagnostics, et qu’elle a informé l’ONU de la deuxième phase de dépistage massif que le Venezuela mettra en oeuvre dans les prochains jours. « La massification des tests moléculaires va s’amplifier : rappelons que la méthode de santé publique populaire mise en place avec l’aide de Cuba (« Barrio Adentro ») nous permet d’aller de maison en maison, pour détecter et freiner la propagation du virus à la racine« . (1)

Anecdote significative : certains médecins des quartier chics de Caracas (fiefs de l’opposition de droite) ont refusé d’effectuer les tests par crainte d’être infectés, demandant aux médecins cubains de le faire, c’est-à-dire aux médecins qu’ils stigmatisent depuis toujours comme une « concurrence déloyale » à leur médecine commerciale (2). Le président Maduro a pour sa part salué la capacité des quartiers populaires, où vit la majorité sociale, de faire preuve d’une discipline, d’une patience et d’une unité qui ont permis de renforcer le confinement généralisé et le dépistage de masse. « Nous avons fait de grands progrès, mais nous n’avons pas encore terminé la première phase de tests. Nous planifions la seconde en détail« .

Depuis le début de la pandémie jusqu’au 1er mai 2020, et malgré le redoublement des sanctions états-uniennes qui l’empêchent d’acheter l’ensemble du matériel médical nécessaire, le Venezuela a limité à 10 le nombre de décès (soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s), et à 335 le nombre de personnes infectées (avec un taux de guérison de 43% parmi ces patient(e)s qui sont aussitôt pris en charge gratuitement). Pour consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/ (3)

Nicolás Maduro a estimé que si les mesures de confinement collectif n’avaient pas été prises à temps, le nombre de cas d’infection s’élèverait aujourd’hui à plus de 213.000. Il a rappelé les trois scénarios possibles selon les experts:

– Maintien du confinement : un deuxième foyer pourrait se produire mais rester sous contrôle.
– Assouplissement trop rapide du confinement : une deuxième épidémie serait pire que la première.
– Levée totale du confinement : une deuxième épidémie serait pire que celle enregistrée jusqu’à présent en termes de nombre de cas et de décès et serait incontrôlable jusqu’à l’année prochaine.

Le président bolivarien a précisé que le pays compte plus de 27000 lits d’hospitalisation et 4500 lits dans les unités de soins intensifs, avec une capacité suffisante pour traiter les cas de Covid-19, une fois qu’ils sont détectés grâce au dépistage massif et personnalisé, par les équipes médicales, lors des visites à domicile (voir « Le modèle vénézuélien… occulté par les médias).

Photos: 29 avril 2020. Dans l’Ouest populaire de Caracas, le personnel de santé du Centre de Diagnostic Intégral de la Pastora poursuit les visites à domicile. @ Jesus Garcia.

Alors que le virus explose et que la famine menace dans de nombreux régimes néo-libéraux d’Amérique Latine, un autre rapport onusien intitulé « La sécurité alimentaire sous la pandémie de Covid-19« , préparé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) salue également la politique du gouvernement bolivarien. Au chapitre «Perturbations dans la distribution et la commercialisation des aliments», l’exemple du Venezuela est salué parce que : «la Surintendance de la gestion agroalimentaire y a conçu un plan d’urgence pour garantir le fonctionnement du système agroalimentaire complet pendant la période de confinement (..) une série d’actions ont été mises en œuvre pour maintenir les indices d’approvisionnement des 12 aliments prioritaires qui font partie du panier de base, garantissant l’existence de la chaîne de distribution et la commercialisation ». (4)

Enfin Juan Pablo Bohoslavsky, un expert indépendant des Nations Unies, a demandé la levée urgente de toutes les mesures coercitives unilatérales (prises par les Etats-Unis et l’Union Européenne, NdT) contre le Venezuela, rappelant que ces mesures peuvent être considérées comme violatoires des droits humains en plus d’attenter contre la nécessaire lutte d’ensemble, sur le plan mondial, contre le Covid-19. (5)

Thierry Deronne, Caracas, le 1er mai 2020

Sources:

(1) Radio YVKE http://www.radiomundial.com.ve/article/onu-pide-autorizaci%C3%B3n-para-replicar-modelo-venezolano-de-supresi%C3%B3n-del-covid-19,

(2)  Madelein Garcia (Telesur): https://twitter.com/i/status/1256355192355917824

(3) Radio Alba Ciudad: https://albaciudad.org/2020/05/venezuela-registra-dos-nuevos-casos-de-covid-19-y-la-cifra-de-contagios-se-ubica-en-335/

(4) MPPRE http://mppre.gob.ve/2020/04/28/fao-destaca-ejemplo-venezuela-distribucion-comercializacion-alimentos-bajo-pandemia/

(5) MPPRE http://mppre.gob.ve/2020/04/15/experto-onu-levantar-medidas-coercitivas-unilaterales-covid-19/

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5i9

« Face à l’inconnu… la Pandémie et le système-monde » (et Cuba, et le Venezuela..) par Ignacio Ramonet

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Ancien directeur du mensuel Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet  est actuellement directeur de l’édition espagnole du Monde diplomatique1 et président de l’Association Mémoire des luttes2. Il est également éditorialiste de politique internationale à l’agence Kyodo News (Tokyo), à l’agence Inter Press Service (IPS)3, à Radio Nederland (Amsterdam), au quotidienEleftherotypía (Athènes) et au journal d’information numérique Hintergrund en Allemagne.

Ignacio Ramonet vient de rédiger une dense étude de 26 pages sur la pandémie du Covid-19, où il démonte notamment l’idée qu’elle aurait pris l’humanité par surprise, et en particulier les grandes puissances. De nombreuses études et rapports de services de renseignement l’annonçaient : “La plus importante, peut-être, de ces analyses a été présentée en novembre 2008 par le National Intelligence Council (NIC), le bureau d’anticipation géopolitique de la CIA, qui a publié pour la Maison Blanche un rapport intitulé Global Trends 2025 : A Transformed World”, précise Ramonet. “Ce document confidentiel comprenait des recherches d’environ 2.500 experts indépendants d’universités de 35 pays d’Europe, de Chine, d’Inde, d’Afrique, d’Amérique Latine et du monde arabo-musulman.

Avec un sens inhabituel de l’anticipation, il annonçait avant 2025 l’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine, hautement transmissible et virulente pour laquelle il n’existe pas de contre-mesures adéquates, et qui pourrait devenir une pandémie globale » souligne-t-il. Ramonet explique qu’un rapport plus récent, réalisé par le Pentagone en 2017 (alors que Trump occupait déjà la Maison Blanche), a confirmé que l’alerte de ‘« la menace la plus probable et significative pour les citoyens étasuniens est une nouvelle maladie respiratoire”. Ramonet rappelle également des avertissements de l’Organisation Mondiale de la Santé et de plusieurs scientifiques.

L’étude fait un tour d’horizon de toutes les conséquences avérées ou possibles de la pandémie sur les plans social, technologique, économique et politique, tel l’avènement du capitalisme numérique : « La quarantaine mondiale menace, sur toute la planète, la survie économique d’innombrables entreprises de divertissement, de culture et de loisirs (théâtres, musées, librairies, cinémas, stades, salles de concert, etc.) D’autre part, les mastodontes numériques tels que Google, Amazon, Facebook ou Netflix, qui dominaient déjà le marché, connaissent un grand moment de triomphe commercial. L’injection massive d’argent et, surtout, de macro-données qu’ils reçoivent leur permettra de développer de manière exponentielle leur maîtrise de l’intelligence algorithmique. Pour dominer encore plus, à l’échelle mondiale, la sphère de la communication numérique. Ces gigantesques plates-formes technologiques sont les gagnants absolus, en termes économiques, de ce moment tragique de l’histoire. Cela confirme que, dans le capitalisme, après l’ère du charbon et de l’acier, l’ère des chemins de fer et de l’électricité, et l’ère du pétrole, le temps est venu pour les données, la nouvelle matière première dominante de l’ère post-pandémique.« 

Sur le plan médical, l’auteur souligne l’importance de la solidarité de Cuba avec d’autres pays dans la bataille contre le Covid-19, malgré les dommages causés par le blocus des États-Unis. “L’île a été la première à venir en aide à la Chine quand la pandémie a éclaté. Depuis lors, les autorités cubaines n’ont cessé d’envoyer des brigades de médecins et de personnel sanitaire pour combattre le Covid-19 dans une vingtaine de pays, répondant aux demandes angoissées de leurs gouvernements (..) Le monde est en train de découvrir ce que les principaux médias dominants internationaux ont essayé de cacher jusqu’à présent : Cuba est une superpuissance médicale.« 

Le journaliste et spécialiste de la communication évoque également l’importance du modèle vénézuélien : « De nombreux experts considèrent que l’Islande et la Nouvelle-Zélande, ainsi que la Corée du Sud, sont les nations qui ont le mieux fait face à la pandémie. Mais il faut ajouter le cas du Venezuela. Bien que les médias internationaux dominants refusent de l’admettre, le président Nicolas Maduro a été, en Amérique du Sud, le leader qui a le plus rapidement compris comment agir de manière drastique contre l’agent pathogène. Grâce à la batterie de mesures (confinement, fermeture des frontières, fouilles volontaires de maison en maison, hospitalisation de toutes les personnes positives) décidées par son gouvernement – et malgré le blocus économique, financier et commercial illégal imposé par les États-Unis, et les menaces militaires -, le Venezuela a pu éviter les erreurs commises en Italie, en Espagne ou aux États-Unis et sauver des centaines de vies. La « méthode du Venezuela » s’est avérée être l’une des plus efficaces au monde. L’OMS a reconnu que le nombre de personnes infectées au Venezuela est plus faible en Amérique latine qu’au Brésil, au Chili, en Équateur, au Pérou, au Mexique, au Panama, en République dominicaine, en Colombie, en Argentine, au Costa Rica, en Uruguay, au Honduras et en Bolivie.« 

Note de Venezuelainfos: depuis le début de la pandémie jusqu’au 29 avril 2020, le Venezuela a limité à 331 le nombre de personnes infectées. Sur ce total on ne compte que 10 décès, soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s. 142 patient(e)s sont guéri(e)s (soit un taux de guérison de 42,9 %). 89 continuent à recevoir des soins dans les hôpitaux, 66 dans les Centres de Diagnostic Intégral (CDI), et 24 dans les cliniques. Pour consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/

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Photo: Des milliers de vénézuélien(ne)s rentrent chez eux, fuyant le Covid-19 qui explose en Colombie, au Pérou, au Brésil et en Équateur. Malgré les attaques contre sa monnaie, la guerre des prix menée par le secteur privé, la chute des cours du pétrole et le blocus maritime des Etats-Unis, le gouvernement bolivarien s’efforce de maintenir une assistance sociale de base. Pour ces citoyen(ne)s arrivant à la frontière, le protocole de sécurité vénézuélien prévoit une assistance médicale totalement gratuite, des tests obligatoires et un confinement de 15 jours avant de se rendre dans leur État. Des refuges de confinement et des autobus publics ont été mis en place pour transporter ensuite, gratuitement, les personnes concernées chez elles. (Note de Venezuelainfos)

Sources: Prensa Latina et traduction FR de l’étude par Jean-Claude Romettino.

Lire aussi: Covid-19, le modèle vénézuélien… occulté par les médias

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Les entretiens des Nouvelles Libres – L’école de communication internationale des mouvements sociaux à Caracas

Thierry Deronne, créateur du blog Venezuela infos, a accepté de nous parler du projet qui est en train de voir le jour à Caracas : celui d’une école de communication internationale des mouvements sociaux. Entretien.

  1. Bonjour Thierry. Vous habitez au Venezuela depuis 1994. Comment d’abord avez vous pris la décision d’aller vivre là-bas ?

 « Dans les années 80, parmi d’innombrables “internationalistes”, j’ai vécu deux ans au Nicaragua pour apporter mon modeste concours de vidéaste à l’immense effort de transformation mené par le gouvernement sandiniste (1). J’y ai rencontré Mariana Yonüsg Blanco, une militante vénézuélienne féministe dont l’appartement était devenu une sorte de “siège de l’ONU ». Jésuites madrilènes, théologienne de gauche allemande, infirmières basques, professeur de musique mexicain, médecins cubains, femmes bâtisseuses de Condega, nous débattions passionnément, de longues nuits durant, de comment nous allions construire la planète socialiste. Après la défaite électorale des sandinistes en 1990, nombre de ces “architectes” ont dû renoncer à leur « folie » et sont rentrés dans leur pays. Mariana est retournée au Venezuela avec ses enfants. Elle m’a invité à la rejoindre à Maracay pour poursuivre le travail d’éducation populaire. C’est elle qui m’a fait connaitre le MBR-200, le mouvement bolivarien – encore à demi clandestin – conçu par Hugo Chavez à sa sortie de prison. Après la victoire électorale du Comandante en 1998 s’est déployée au Venezuela la même énergie collective qu’au Nicaragua. Grâce à quoi j’ai pu fonder une école populaire et latino-américaine audiovisuelle et deux télévisions populaires. A partir de 2004 j’ai participé à la direction et à la formation du personnel de la télévision publique participative Vive TV créée à la demande du président Chavez par la militante de la communication populaire Blanca Eekhout. »

  1. Sur votre site vous présentez un aspect du Venezuela qu’en France et en Europe nous ne connaissons pas ou peu. Pourquoi ce choix ?

 « Les médias qui fabriquent le consentement mondial ont pour tactique de personnaliser les processus (Venezuela = Maduro, etc.). Invisibiliser le peuple, son rôle moteur dans la démocratie participative, vise à empêcher l’identification citoyenne pour mieux construire des opinions publiques favorables aux “frappes sélectives” contre un “dictateur solitaire”. Depuis vingt ans, les journalistes français, logés dans les secteurs chics de Caracas, ont occulté les 80 % de quartiers populaires où vit la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif l’extrême droite insurgée des Guaido et autres, et en « répression » les affrontements générés pour les médias internationaux. On pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américainsRodriguez ZapateroLula ou Rafael Correa, parmi tant d’observateurs internationaux, ont attesté la transparence, la légitimité, le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est l’inclusion des exclu(e)s et l’avènement d’une démocratie participative qui caractérisent le mieux le Venezuela bolivarien. Montrer ce que les gens font de leur destin, apprendre à comprendre, à respecter et à aimer ce sujet plein d’histoire, qui construit des communes et d’autres formes de pouvoir citoyen, et qui n’est pas seulement une “victime de l’impérialisme pétrolier”, est donc stratégique. C’est l’angle que je privilégie dans mon Blog Venezuela Infos. »

« Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? »

 

  1. Un projet, l’école de communication internationale des mouvements sociaux est en train de voir le jour. Pouvez-nous le présenter ?

 « Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Préparer le monde nouveau pourrait-il se faire sans créer de nouveaux médias qui permettent « au peuple de discuter avec le peuple » ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant d’abord et partout à une forme nouvelle, plus participative, moins narcissique, et moins éphémère, d’informer. Et comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« … »

  1. D’où est venue cette idée et par qui est-elle portée ?

 « Depuis vingt ans, avec Pablo Kunich d’Alba TV et tant d’autres, nous avons participé à des rencontres de mouvements sociaux latino-américains qui concluaient à ce besoin pressant d’un vaste système de communication populaire. C’est paradoxal : alors que nous assumons que tout travail politique, toute compréhension de l’Histoire suppose de mettre les cartes sur la table, d’ouvrir et de traiter les contradictions à partir du cerveau collectif, au moment de « communiquer » nous revenons à la forme pauvre – commerciale, lisse, verticale – de vendre un message à un consommateur individuel. On recycle les schèmes de la communication du libre marché, des techniques émanant d’un monde que nous rejetons. Or s’il est un acquis de la pensée révolutionnaire en matière de communication, c’est celui qu’Althusser résumait: “Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie”. Un média (ou une usine, un État, une université, une commune, etc.) n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est mais parce que son mode de production l’est (à savoir comment il émane de la population, comment il organise le travail, la formation interne, la programmation, etc.).

Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier. »

  1. Quel est le rôle des mouvements sociaux, et notamment du Mouvement des Sans Terre dans ce projet ?

 « Les Sans Terre du Brésil appuient depuis le début, puissamment, notre école, et de beaucoup de manières, ils font d’ailleurs partie de son équipe pédagogique à Caracas. En tant qu’enseignant(e)s nous avons été très influencé(e)s par l’extraordinaire Université populaire des Sans Terre construite par eux-mêmes, sur la base du volontariat, au sud de Sao Paulo pour les mouvements sociaux du monde entier.

L’école Florestan Fernandes est un projet intégral. Après les matins d’étude de la philosophie, de l’économie politique, de l’agroécologie ou de la théorie de l’organisation, les étudiant(e)s de tous les continents partagent la tâche de produire leur alimentation en cultivant sur le terrain de l’école, et ils s’organisent pour faire la cuisine, entretenir l’école et créer toutes sortes d’activités culturelles parallèles aux cours. Aucune activité n’y est étrangère à la vision transformatrice. Dans notre école de communication aussi, chaque mouvement social apportera sa propre expérience. »

  1. Quelles en seront les modalités ? Qui pourra s’inscrire ? Quels seront les cursus et les matières ?

 « L’école est destinée aux mouvements sociaux – qu’il s’agisse de travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, elle organisera chaque année 30 ateliers intégraux, quatre ateliers de formation de formateurs, quatre séminaires, quatre laboratoires de création et deux stages internationaux. Elle apportera des réponses concrètes aux besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’école sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. »

  1. Depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez au Venezuela, les attaques économiques, mais aussi médiatiques, contre le pays se multiplient. Plus généralement elles touchent tous les pays Latinos-américains dirigés par la gauche mais aussi tous les pays du monde qui refusent d’être les valets de l’impérialisme. Cette école est-elle un moyen de rétablir quelques vérités ?

 « Une des conséquences de la vitesse émotionnelle, de l’instantané satellitaire, de l’absence de contexte, etc. qui caractérisent le champ médiatique actuel, est « l’obligation de moyenne ». D’un côté mille médias martèlent la Weltanschauung états-unienne (Maduro-est-un-dictateur-qui-affame-son-peuple), de l’autre le terrain du Venezuela reste trop lointain, difficile d’accès. La plupart des citoyens, intellectuels ou militants sont donc réduits à « faire une moyenne » forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et le réel. Ce qui donne, dans le meilleur des cas : « Il y a des problèmes de droits de l’homme, de famine, de pauvreté, je condamne la violence d’où quelle vienne, etc. »

Comment, dès lors, nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, ou Via Campesina, ou le Forum de Sao Paulo qui regroupe 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux d’Amérique Latine, ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains décrivent la déstabilisation économique, les violences, mais aussi les réponses populaires et gouvernementales à cette guerre impériale, on dispose d’un large éventail alternatif de sources et d’expertises provenant d’organisations démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité que la « moyenne » d’un science-po occidental, obligé de préserver sa carrière médiatique et universitaire. Dans notre école, le temps d’enquête, l’acquisition d’une culture historique, la possibilité de travailler sur place avec un secteur aussi ancré dans le réel que les mouvements sociaux, vont permettre en effet de générer toute sortes de contenus, documentaires, reportages multimédias, au-delà de toute propagande. »

« L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. »

 

  1. A long terme l’école pourra-t-elle être reproduite dans d’autres pays afin d’aider à l’émergence de nouveaux médias ?

 « Telle est en effet notre stratégie : contribuer à mettre en place une politique de rupture médiatique partout dans le monde. Il est temps de sortir de l’éternelle “critique des médias” pour récupérer notre temps, notre agenda. Seule la souveraineté populaire, communicationnelle, la polyphonie des témoignages contradictoires, endogènes, permettent à une nation de croître mais aussi de dialoguer avec les autres. L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. C’est pour esquiver les menaces, survivre, croître et trouver des alliés qu’il a besoin d’une information plurielle et différenciée – alors que la commerciale est de plus en plus homogène, superficielle, socialement inutile. C’est pourquoi l’avenir du métier d’informer est dans la démocratie participative. Pour le dire avec Sartre “le rôle du journaliste est de permettre que le peuple discute avec le peuple”. Contrairement aux médias commerciaux, la communication populaire ne résout pas la réalité sur l’écran ou sur la scène mais reste une « oeuvre ouverte » pour que le peuple participe à la construction du sens et se mette en mouvement. C’est aussi pourquoi elle est toujours originale dans sa forme. Elle repart toujours de quelque chose de nouveau parce que la réalité bouge à chaque instant, génère une forme nouvelle, non-formatée, à tout moment. Elle fait aussi ce que ne font jamais les médias dominants : un suivi d’une information pour transmettre les leçons qui nourriront la construction d’autres organisations.

Comment ne pas voir que lorsque le mode de produire l’information sera totalement nié par le grand monopole privé, notre grande “cellule” – appelons-la république, nation ou peuple – aura toujours besoin de “s’alimenter” ? Dès lors qu’attendons-nous ? Pourquoi ne pas anticiper les événements ? Combien de coups d’Etat médiatiques de plus attendrons-nous pour rédiger une loi mondiale, de démocratisation de la propriété des médias, refonder un service public participatif qui ne soit pas la copie du privé, remettre le reste des ondes, concessions, fréquences et ressources aux organisations populaires, repenser un usage du numérique organisateur et non narcissique, tribal ou éphèmère, et mettre en activité les écoles de la nouvelle communication sociale ? L’école “Hugo Chavez” est une école parmi d’autres. Chaque peuple va construire la sienne pour générer des médias socialement utiles qui posent les questions utiles aux citoyen(ne)s. »

Pour aider cette école à naître, tout don, même petit, sera très utile : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

(1) : Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Covid-19: le modèle vénézuélien… occulté par les médias

Au 5 mai 2020, l’OMS confirme que le Venezuela compte un total de 367 cas d’infection depuis le début de la pandémie, avec 164 cas de guérison (soit 44% du total) et 10 décès seulement (soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s). 116 cas sont asymptomatiques : en fait, c’est grâce aux millions de tests mis en place très tôt par le gouvernement que la courbe de la contagion a pu être cassée (1). Face au blocus et aux sanctions renforcées par l’administration Trump, le pont aérien de la coopération chinoise et russe, mais aussi de l’OMS et de la Croix Rouge, se poursuit. Des centaines de tonnes de gants, masques, blouses, kits de dépistage débarquent depuis des semaines.

Conscience et discipline populaires, densité du réseau des centres de santé publique « Barrio Adentro », s’ajoutent aux confinement général, tests massifs et port de masques décidés avant toute infection par le Président Nicolas Maduro. « Les faits parlent d’eux-mêmes » explique l’ex-Président Rafael Correa pour qui le Venezuela freine de manière exemplaire le Covid-19 en Amérique Latine alors que par contraste les régimes néo-libéraux font passer l’économie avant la vie, provoquant la mort de milliers de femmes et d’hommes.

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Le Ministre des Affaires Étrangères Jorge Arreaza salue une équipe de l’ONU à Caracas.

Le succès du Venezuela s’explique aussi par la mise en ligne d’une enquête gouvernementale sur la plate-forme « Carnet de la Patria » créée à l’origine pour connaître les besoins des familles populaires face à la guerre économique états-unienne. Au 20 avril 18.637.699 citoyen(ne)s y ont répondu, et pour certain(e)s, déclaré des symptômes qui ont permis aux médecins de les visiter rapidement pour effectuer le test de dépistage. Sans oublier la mission sociale « Barrio Adentro« , système de santé créé avec l’aide de Cuba, qui aide à massifier les tests. Plus de 300.000 tests ont déjà été effectués.

Pourquoi les grands médias le cachent-ils ? Pourquoi cachent-ils les mesures de protection des travailleurs décrétées par le Président Maduro ? Pourquoi cachent-ils le retour de milliers de vénézuélien(ne)s fuyant le Covid-19 qui explose en Colombie, au Pérou et en Équateur – principales destinations d’une migration économique qui avait fui les effets du blocus états-uniens (et attribuée par les médias à la « faillite du socialisme ») ?

La réponse réside dans le fait que ces pays n’offrent pas de solution sociale pour prendre en charge ces personnes, dont la plupart sont des travailleur(se)s indépendant(e)s. Les routes de Colombie sont à nouveau pleines d’immigrant(e)s, mais cette fois dans l’autre sens. Malgré les attaques contre sa monnaie et le blocus maritime des Etats-Unis, le gouvernement bolivarien s’efforce de maintenir une assistance sociale de base. Et comme l’explique la journaliste brésilienne vivant au Venezuela, Fania Rodrigues, c’est ici, au Venezuela, que vivent leurs parents et que sont leurs racines. Pour elles et eux, à la frontière, le protocole de sécurité vénézuélien prévoit une assistance médicale totalement gratuite, des tests obligatoires et une quarantaine de 15 jours avant de se rendre dans leur État. Des refuges et des autobus de l’État ont été affectés à cette quarantaine, pour transporter ensuite les personnes concernées chez elles. C’est le cas des 910 vénézuélien(ne)s rentré(e)s la semaine dernière du Brésil. Logés, nourris, confinés quelques jours avant de rentrer chez eux avec l’appui logistique du gouvernement, ils ou elles ont aussitôt reçu des masques et passé le test de dépistage.

Thierry Deronne, Caracas, le 20 avril 2020.

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photo: Marco Teruggi – Sputnik New

Le porte-à-porte : comment le Venezuela, avec les médecins cubains, stoppe le coronavirus

Outre la quarantaine, les visites à domicile que les médecins effectuent pour détecter les cas de contagion et les traiter précocement sont une des stratégies de lutte contre le coronavirus. Beaucoup de ces médecins sont Cubains et se promènent tous les jours dans les quartiers avec leur blouse blanche et leur masque. Le journaliste Marco Teruggi qui réside au Venezuela suit cette bataille menée pied à pied dans les quartiers populaires.

Aller chercher les cas d’infection par le coronavirus même à l’intérieur des maisons. C’est ce que l’on appelle l’approche « porte-à-porte », une des méthodes les plus efficaces mise en œuvre au Venezuela, avec la quarantaine, pour faire face à la pandémie de COVID-19.

La scène se répète chaque jour depuis le début du déploiement de la stratégie contre le SRAS-CoV-2, peu après la confirmation des premiers cas dans le pays le vendredi 13 mars. Actuellement, dans le seul État de Miranda, dans le centre-nord du Venezuela, au moins 1.500 médecins cubains pourvus de masques parcourent les quartiers en blouse blanche, remplissant des formulaires avec les renseignements sur les personnes qu’ils visitent à domicile.

Il ne s’agit pas de visites aléatoires. Le déploiement se fait à partir d’une base de données recueillies par l’enquête menée par le gouvernement par le biais d’un système de stockage de données numériques — appelé Plataforma patria — permettant à ceux qui présentent des symptômes d’informer sur leur situation.

Ainsi, au lieu d’avoir un afflux dans les centres de santé, les médecins vont vers ceux qui peuvent être infectés par le COVID-19.

« Nous allons, médecins, infirmières, personnel de laboratoire, à la recherche des maisons où vivent des gens qui ont été en contacts avec des personnes de l’étranger et des gens qui ont des symptômes et qui l’ont signalé par l’intermédiaire de la Plataforma patria », explique Rafael Crespo Plasencia, un médecin récemment arrivé de Cuba pour se joindre à la lutte contre le coronavirus.

Le travail est également pédagogique : « Il y a encore des gens qui ne perçivent pas le risque, ils ne se sont pas très bien informés malgré tous les réseaux d’information, la radio, la télévision. Chez eux, on leur explique qu’ils doivent utiliser un masque et comment se laver les mains ».

Dans leur grande majorité, les gens respectent les règles, même si, lors d’une visite d’un quartier populaire de Petare dans la périphérie de Caracas, Plasencia fait remarquer que certaines personnes n’utilisent toujours pas de masque lorsqu’elles sont, par exemple, à la porte de leur maison. C’est le manque de perception du risque, insiste-t-il.

Comment fonctionne le système de santé vénézuélien ?

Le Centre de Diagnostic Intégral (CDI) de San Miguel Arcángel, ou Cimetière de Petare, comme on l’appelle dans le quartier, est situé sur une avenue principale. Derrière, un des nombreux quartiers de Petare s’élève sur une colline à travers des ruelles étroites, des passages, des escaliers, un labyrinthe pour qui ne connaît pas.

Spoutnik / Marco Teruggi
CDI à Petare : visite porte-à-porte des médecins cubains

Les CDI font partie du second niveau de la santé : au premier niveau se trouvent les cliniques Barrios Adentro, et au troisième les hôpitaux. Les CDI, ainsi que les salles de consultation, font partie de l’architecture sanitaire développée pendant la révolution bolivarienne en collaboration avec la mission médicale cubaine dans le pays.

L’une des clés de ce système se fonde sur deux éléments centraux: la prévention et la participation de la communauté, qui font partie des piliers actuels de la stratégie de lutte contre le coronavirus.

Spoutnik / Marco Teruggi
Le Dr. Rafael Crespo Plasencia s’entretient avec une femme
qui reçoit une visite à son domicile

Le personnel de santé qui sort chaque matin pour visiter le quartier à partir du CDI est accompagné d’une personne qui appartient à l’une des formes d’organisation populaire qui existent dans le quartier, comme les conseils communaux, les communes, les comités locaux d’approvisionnement et de production.

« Nous accompagnons les médecins dans les visites à domicile, nous sommes toujours là, parce que nous connaissons notre communauté, nous connaissons les cas, sinon ils sont un peu perdus lorsqu’ils arrivent », explique Norma Josefina Urbina, membre du conseil communautaire, qui accompagne Plasencia et le groupe de santé qui visite le quartier escarpé.

À côté de la base de données numérique, ils sont l’autre grande force pour les  personnes infectées par le coronavirus. Ils savent qui vit dans les maisons, les personnes les plus à risque, celles qui ont présenté des symptômes et ne les ont pas signalés. Ils guident les médecins cubains et vénézuéliens en connaissant la région.

L’objectif est « de détecter toute personne présentant des symptômes, notamment respiratoires, et de visiter pour vérifier l’état de santé des groupes les plus vulnérables, les personnes âgées, les femmes, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques », explique Carlos Luis Oliver Santana, un médecin cubain qui travaille dans le pays depuis un an.

Au total, 11 988 personnes ont déjà été visitées, sur les quelque 37 000 qui vivent dans le rayon d’action du CDI du Cimetière de Petare. Le travail est quotidien, constant.

Dans les maisons, ils parlent aux gens, posent des questions sur d’éventuels symptômes, entrent en contact avec des personnes qui sont revenues de l’étranger ou qui ont eu le virus et « si nous constatons des symptômes ou des preuves », la personne est alors transférée au CDI et « subit gratuitement le test rapide ».

Le Cimetière de Petare

Petare se situe dans l’État de Miranda, où vivent environ 3 millions de personnes. Il y a 60 DCI pour ce territoire, dont 38 sont des DCI sentinelles, qui assurent une surveillance 24 heures sur 24 pour faire face à la pandémie : « Ils s’occupent de toutes les pathologies, mais seules les affections respiratoires liées au coronavirus sont admises », explique Angel Sierra, le médecin-chef adjoint de l’État.

Spoutnik / Marco Teruggi
Admission au cimetière du CDI à Petare où un médecin reçoit
les personnes susceptibles d’être atteintes du coronavirus

Le CDI Cimetière de Petare est l’une de ces 38 sentinelles et a été équipé pour mener à bien cette mission. À l’entrée, un médecin protégé de la tête aux pieds par une combinaison complète, des gants, un masque et des lunettes de protection, reçoit les patients qui présentent des symptômes.

Les patients sont ensuite soumis à un test rapide pour savoir s’ils sont positifs au COVID-19. « Ils ne vont nulle part ailleurs, sauf s’ils sont testés positifs ou s’ils présentent des symptômes du virus sans être positifs, ou s’ils sont positifs sans symptômes », explique Santana.

Spoutnik / Marco Teruggi
Test de coronavirus sur une patiente au cimetière de Petare de l’ICD

S’ils se trouvent dans l’une de ces situations, ils sont admis à l’unité de soins intensifs où ils sont isolés, placés en observation pendant 14 jours — le temps d’incubation du virus ­— et reçoivent les différents médicaments, comme l’interféron, pour renforcer leur système immunitaire.

Une fois sortis de l’hôpital, « un médecin leur rendra visite à domicile pendant sept jours pour s’assurer qu’il n’y a pas de symptômes ».

Sierra explique qu’ils disposent « de toutes les ressources, fournitures, médicaments et équipements pour traiter le coronavirus dans tous les DCI ». À Miranda, sur 2.198 membres de l’équipe sanitaire cubaine, 1.600 en moyenne vont enquêter, tandis que le reste garantit les soins.

« Entre 49 000 et 52 000 patients sont vus chaque jour, et 500 sont détectés avec des symptômes respiratoires chaque jour ».

Coronavirus au Venezuela : un modèle de lutte

Le système du porte-à-porte a été couronné de succès au Venezuela. C’est une méthode qui s’appuie sur ce qui avait déjà été construit en termes de santé et d’organisation populaire, renforcée par l’arrivée d’apports médicaux de pays tels que la Chine, la Russie, Cuba, ainsi que d’agences internationales comme la Croix-Rouge et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le bras régional de l’OMS.

Sa mise en œuvre a permis de combattre le coronavirus, un dépistage dans chaque foyer pour le détecter précocement et éviter les complications chez les patients, couper les chaînes de transmission, empêcher son expansion — qui peut être très rapide, comme cela a été montré dans d’autres pays, l’Italie et l’Espagne par exemple.

C’est en partie pour cette raison que la courbe reste plate au Venezuela. Le rôle joué par l’aide cubaine est central, tout autant qu’il l’a été dans la construction d’une partie du système de santé dès le début de la révolution bolivarienne. Les médecins sont là, tous les jours, dans les collines, en blouse blanche, avec leurs masques, qui vont porte après porte, posent des questions, donnent des conseils, contribuant ainsi à la lutte contre la pandémie.

Marco Teruggi

Source : https://mundo.sputniknews.com/america-latina/202004171091154019-a-la-caza-casa-por-casa-asi-frena-venezuela-el-coronavirus-y-con-medicos-cubanos/

Traduction : Venesol

Note: (1) pour qu’on puisse consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/

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Roger Waters: défendons la démocratie vénézuélienne face aux menaces de Trump! (pétition)

Le musicien @rogerwaters  (Pink Floyd) et d’autres artistes et intellectuels états-uniens comme @noamchomskyT  s’élèvent contre l’étau que resserrent les USA contre la démocratie vénézuélienne. Waters propose de signer la pétition en ligne. 

Roger Waters

Chers amis de la paix, de la justice et des droits de l’homme du monde entier,

La pandémie de COVID-19 a révélé la pratique illégale et immorale consistant à imposer des mesures coercitives unilatérales (sanctions économiques) de la part du gouvernement des États-Unis contre plus de trente nations. La guerre économique contre ces nations avait déjà entraîné des souffrances inimaginables pour les populations des pays ciblés avant même la pandémie.

Avec la dévastation causée par le COVID-19, les pays ciblés – en particulier le Venezuela, Cuba, l’Iran, la Syrie et le Zimbabwe – éprouvent des difficultés insurmontables pour protéger et à sauver la vie de leurs citoyen(ne)s face à l’urgence mondiale actuelle. Ces sanctions constituent des crimes contre l’humanité.

Au lieu d’aider ces pays à combattre les effets dévastateurs de la pandémie, le gouvernement des États-Unis utilise maintenant la distraction publique pour intensifier ses actions militaires contre les nations ciblées. Il accroît ses menaces contre l’Iran et la Syrie en s’engageant à nouveau dans un renforcement silencieux de ses forces militaires en Irak, et a envoyé ses navires de guerre de la marine sur les côtes du Venezuela, exigeant la reddition totale du gouvernement vénézuélien aux volontés des États-Unis.

Seule une vague mondiale de protestation populaire peut mettre un terme à ces politiques et actions anti-humaines.

Veuillez utiliser le lien fourni ci-dessous pour signer la lettre ouverte au gouvernement des États-Unis et aux Nations unies, adressée au président des États-Unis et au secrétaire général des Nations unies, demandant que toutes les sanctions américaines et onusiennes contre les nations visées soient levées, et que toutes les menaces et actions militaires états-uniennes à leur encontre cessent immédiatement.

Nous sommes confrontés à une urgence mondiale et devons agir rapidement.

Sanctions Kill !

Cliquez ici pour Signer la Lettre Ouverte
(en plusieurs langues)

  • Tim Anderson, Centre for Counter Hegemonic Studies
  • Noam Chomsky, Professor Emeritus, MIT; Professor, U. of Arizona
  • Gerald Horne, Historian, University of Houston, Texas
  • Vijay Prashad, Tricontinental Institute for Social Research
  • Cornel West, Harvard University
  • Iraklis Tsavdaridis, World Peace Council
  • Bahman Azad, U.S. Peace Council
  • Ajamu Baraka, Black Alliance for Peace
  • Medea Benjamin, CODEPINK
  • Jackie Cabasso, United for Peace and Justice
  • Nathaniel Chase, International Action Center
  • Omowale Clay, December 12th Movement
  • Gerry Condon, Veterans For Peace
  • Darien De Lu, Women’s International League for Peace and Freedom — US Section
  • Sara Flounders, International Action Center
  • Miguel Figueroa, Canadian Peace Congress
  • Margaret Flowers, Popular Resistance
  • Bruce Gagnon, Global Network Against Weapons & Nuclear Power in Space
  • Roger Harris, Task Force on the Americas
  • Chuck Kaufman, Alliance for Global Justice
  • Margaret Kimberley, Black Agenda Report
  • Joe Lombardo, United National Antiwar Coalition
  • Alfred Marder, U.S. Peace Council
  • Makasi Metoma, People’s Power Assemblies
  • Teri Mattson, CODEPINK
  • Nancy Price, Alliance for Democracy (US)
  • Cindy Sheehan, March on the Pentagon
  • David Swanson, World BEYOND War
  • Emily Thomas, IFCO Pastors for Peace
  • Gail Walker, IFCO: Pastors for Peace
  • Yasemin Zahra, US Labor Against the War
  • Kevin Zeese, Popular Resistance

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L’ex-Président Lula: Maduro est un leader démocratique, Guaidó devrait être en prison, le blocus états-unien tue des civils

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L’ex-président Lula libéré en novembre 2019 après 580 jours de captivité. Les sondages le donnant favori des élections présidentielles, l’oligarchie brésilienne l’empêcha d’y participer, fabricant de fausses accusations par l’intermédiaire du juge Sergio Moro. Celui-ci fut nommé ministre de la justice par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Dans des commentaires passés sous silence par les médias anglophones, l’ex-président du Brésil Lula da Silva a dénoncé la tentative de coup d’Etat états-unien contre le Venezuela, rappelant que Nicolás Maduro a été élu démocratiquement et que le leader d’extrême droite Juan Guaidó devrait être en prison pour l’organisation des déstabilisations violentes et des tentatives de coups d’Etat.

Le gouvernement d’extrême droite du président brésilien Jair Bolsonaro est l’un des plus proches alliés de Washington en Amérique latine. Il a joué un rôle majeur dans la tentative de coup d’État de l’administration Donald Trump contre le Venezuela, soutenant même un complot terroriste contre le gouvernement du président Nicolás Maduro.

En mars dernier, l’administration Bolsonaro a signé un accord militaire historique, faisant entrer directement le Brésil dans la sphère d’influence impériale américaine, fusionnant essentiellement l’industrie de la défense du pays avec le complexe militaro-industriel de Washington.

Cependant, quelques jours avant que l’accord ne soit finalisé, l’ancien président du Brésil, le syndicaliste de gauche Lula da Silva, s’est exprimé avec véhémence contre l’ingérence des États-Unis en Amérique latine, critiquant sévèrement le putsch de Washington contre Evo Morales en Bolivie et sa tentative de coup d’État en cours contre le Venezuela.

Dans une interview aux médias brésiliens qui n’a pas encore été couverte par la presse anglophone, Lula a condamné Juan Guaidó, le leader du coup d’Etat vénézuélien soutenu par les Etats-Unis, comme un criminel belliciste qui devrait être en prison. Il a ensuite souligné que le président Nicolás Maduro est un dirigeant démocratiquement élu qui a encouragé la paix et la diplomatie.

 » L’Europe et les États-Unis ne peuvent pas reconnaître un fraudeur qui se déclare président « , a déclaré Lula, en référence à Guaidó. « Ce n’est pas juste. Parce que si la mode s’empare de la démocratie, elle est jetée à la poubelle, et tout escroc peut se déclarer président. Je pourrais me déclarer président du Brésil, mais où irait la démocratie ? »

Lula a été interviewé par Folha de S.Paulo, le journal brésilien le plus diffusé, qui appartient à une famille d’oligarques milliardaires actifs dans les médias.

Lorsque le journal s’est opposé à ses commentaires, qualifiant Maduro de « dictateur », Lula a souligné que le président vénézuélien avait été élu et qu’il avait fait preuve du genre de patience et de retenue qu’aucun autre dirigeant ne pratiquerait dans de telles circonstances.

 » Il [Guaidó] devrait être en prison« , a déclaré Lula. « Et Maduro a été si démocratique qu’il ne l’a pas arrêté quand il est allé en Colombie pour essayer d’organiser une invasion du Venezuela« .

 » Celui qui prend l’initiative de parler est Maduro, pas Guaidó « , a déclaré Lula. « Guaidó voudrait que les Américains envahissent le Venezuela – en fait, il a même essayé de l’imposer« .

Le journal a encore reculé, disant que M. Maduro a conduit à une crise économique au Venezuela.

 » Que son gouvernement se porte bien ou non, c’est une autre histoire. Mais vous n’allez pas attaquer tous les pays qui ne vont pas bien « , a répondu Lula.

 » Les gens ne peuvent pas critiquer M. Maduro et ne pas critiquer le blocus. Le blocus n’attaque pas les soldats, il ne tue pas les coupables, le blocus tue les innocents « , a déclaré l’ancien président brésilien.

Ces remarques de Lula n’ont reçu pratiquement aucune couverture dans la presse anglophone, alors qu’elles ont été largement couvertes dans les médias de langue portugaise et espagnole.

Lula défend le président bolivien Evo Morales

Le journal brésilien a également poussé Lula à dénoncer le président bolivien Evo Morales, qui a été renversé lors d’un coup d’Etat militaire d’extrême-droite soutenu par les Etats-Unis en novembre 2019.

Folha de S.Paulo note que Morales s’est présenté pour un quatrième mandat à la présidence, mais le journal omet de mentionner… que la Cour suprême de Bolivie l’a autorisé à le faire.

Au premier tour des élections d’octobre 2019, Morales l’a emporté avec une marge de plus de 10 %.

Le journal a affirmé à tort qu’il y avait eu des irrégularités dans l’élection – un mythe initialement répandu par l’Organization of American States (NdT : Organisation des États américains) qui a ensuite été démystifié par de nombreuses enquêtes menées par de grands spécialistes (experts du CEPR, du CELAG, du Massachussets Institute of Technology).

Lula a défendu M. Morales et son gouvernement contre les affirmations du journal selon lesquelles l’élection bolivienne était entachée de prétendues « complications ».

 » L’élection de Georges Bush contre Al Gore n’a-t-elle pas été compliquée ? C’était compliqué, mais Bush a pris le contrôle du gouvernement pendant huit ans « , a répondu Lula.  » L’élection de Trump n’a-t-elle pas été compliquée ? C’était compliqué, et il a pris le pouvoir « , a-t-il déclaré.  » L’élection de Bolsonaro n’a-t-elle pas été compliquée ? Tout le monde connaît la farce des ‘fake news’ «.

Les coups d’État états-uniens ont porté l’extrême droite au pouvoir au Brésil

Des remarques comme celles-ci illustrent pourquoi Washington a soutenu des coups d’État et s’est immiscé dans la politique intérieure du Brésil afin de renverser Lula et son parti, pour les empêcher de revenir au pouvoir.

Lula est non seulement l’un des hommes politiques les plus populaires du Brésil, mais il représente aussi un mur de contention contre l’hégémonie américaine. Lorsqu’il a quitté ses fonctions en 2010, après avoir terminé son deuxième mandat à la tête de l’État, il avait un impressionnant taux d’approbation de 87 %, l’un des plus élevés au monde.

La présidente Dilma Rousseff qui succéda au président Lula au nom du Parti ddes Travailleurs, fut évincée en 2016 lors d’un coup d’État parlementaire mené par l’opposition de droite brésilienne et une panoplie d’oligarques soutenue en coulisses par les États-Unis.

Lula a souligné à plusieurs reprises que Washington avait joué un rôle décisif dans les coups d’État au Brésil. « Tout ce qui se passe porte la main des États-Unis « , a-t-il déclaré dans une interview accordée en 2019.

« Les États-Unis ont créé l’enquête Lava Jato« , a ajouté Lula, faisant référence à la prétendue opération « anti-corruption » utilisée pour évincer le Parti des travailleurs et installer le gouvernement d’extrême-droite de Jair Bolsonaro qui a appelé au rétablissement de la dictature militaire.

En 2018, M. Lula faisait à nouveau campagne pour l’élection présidentielle, et menait les sondages avec une forte marge d’avance. C’est à ce moment-là qu’il a été emprisonné pour de fausses accusations de corruption, ce qui a permis à M. Bolsonaro de prendre le pouvoir.

Le juge qui a supervisé l’opération Lava Jato et emprisonné Lula, Sergio Moro, a ensuite été récompensé par M. Bolsonaro par la nomination au poste de ministre de la justice.

Immédiatement après leur entrée en fonction, MM. Bolsonaro et Moro ont effectué une visite spéciale au siège de la CIA.

« Aucun président brésilien n’avait jamais rendu visite à la CIA« , a commenté Celso Amorim, qui a été Ministre des Affaires Etrangères sous M. Lula. « C’est une position de soumission explicite. Rien n’est comparable à cela« .

Ben_Norton_journalistBen Norton est journaliste, écrivain et cinéaste. Il est l’éditeur adjoint de The Grayzone, et le producteur du podcast Moderate Rebels, qu’il co-anime avec le rédacteur en chef Max Blumenthal. Son site web est BenNorton.com et il tweete sur @BenjaminNorton.

Source originale: The GrayZone

Traduit de l’anglais par M-L Lefebvre pour Investig’Action

Maduro, mort ou vif !, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

« Offrir des récompenses, comme le faisaient les cowboys racistes du Far West avec les révolutionnaires mexicains, montre le désespoir de l’élite suprémaciste de Washington envers le Venezuela », a jugé le Ministre des Relations extérieures du Venezuela, Jorge Arreaza (note de Venezuelainfos).
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Dans sa croisade destinée à reconquérir et soumettre les colonies dont l’indépendance devient intolérable, Washington vient d’atteindre des sommets. En pleine explosion du Covid-19 – une épidémie si catastrophiquement gérée par Donald Trump que, d’après lui, un bilan final limité à quelque 100 000 morts démontrerait « l’excellence de ses décisions [1]  » –, le procureur général William Barr a annoncé le 26 mars, en conférence de presse, l’inculpation du président vénézuélien Nicolás Maduro pour « narcotrafic » et « blanchiment d’argent » [2]. Selon le Département de la Justice, a précisé le procureur Geoffrey S. Berman, le chef de l’Etat bolivarien a établi un « partenariat de narco-terrorisme avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie [FARC] au cours des vingt dernières années » et, après avoir été l’une des « têtes » du Cartel des Soleils (un supposé cartel vénézuélien de narcotrafiquants), en est désormais le seul « leader » avec pour objectif, aujourd’hui comme hier, d’« inonder les Etats-Unis de cocaïne ».
Faisant preuve d’une imagination illimitée dans l’invention de méthodes destinées à déstabiliser, renverser, emprisonner (et même assassiner) les dirigeants qui dérangent, cette accusation extravagante s’accompagne d’une mise à prix de la tête de Maduro – 15 millions de dollars (13,5 millions d’euros) étant promis à qui permettra de le localiser ou de le capturer.

L'auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l'Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

L’auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

Des poursuites ont également été lancées contre treize autres hauts fonctionnaires du gouvernement vénézuélien, parmi lesquels le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, le président du Tribunal suprême de justice (TSJ) Maikel Moreno et, surtout, avec une offre de 10 millions de dollars pour qui les livrera, le président de l’Assemblée nationale constituante (ANC), Diosdado Cabello, et le vice-ministre de l’économie, Tareck El Aissami.
« Offrir des récompenses comme le faisaient les cowboys racistes du Far West montre le désespoir de l’élite suprématiste de Washington et son obsession envers le Venezuela », a réagi le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza. Ajoutant au caractère grotesque de l’accusation, le montant proposé pour la capture de Maduro n’a été dépassé dans l’Histoire que par les 25 millions de dollars offerts pour la tête d’Oussama Ben Laden, après les attentats du 11 septembre 2001, et celle d’Ayman al-Zawahiri, actuel chef du réseau terroriste Al-Quaïda. Plus grand « capo » latino-américain du narcotrafic, le colombien Pablo Escobar ne valait « que » 10 millions de dollars et, son successeur mexicain, Joaquín « El Chapo » Guzmán [3], 8,5 millions.

Comme il se doit, cette violente offensive du régime de Donald Trump contre le gouvernement bolivarien a décuplé les débordements, passions et appétits du ban et de l’arrière-ban de la droite extrémiste vénézuélienne (et de ses alliés). A commencer par la principale tête de gondole, le « président » (élu par Trump) Juan Guaido. « Je suis persuadé que les accusations présentées contre les membres du régime sont bien fondées et vont aider à libérer le pays du système criminel qui a séquestré notre peuple depuis tant d’années », a-t-il immédiatement réagi par communiqué. Comme il l’a fait pendant des décennies en annonçant la « chute imminente de Fidel Castro », le cubano-américain (et espagnol) Carlos Alberto Montaner prévoit déjà « la fin du chavisme » dans la presse de Miami : « Après l’accusation formulée contre Maduro et ses acolytes par le Département d’Etat et celui de la Justice, les prédictions changent totalement, jusqu’à ce que quelqu’un de leur entourage décide de les éliminer [4]. » En Bolivie, le secrétaire à la Présidence Erick Foronda, bras droit de Janine Añez, portée au pouvoir par un coup d’Etat, s’est fendu d’un Tweet menaçant pour « le suivant » : « Ils viennent pour toi, Maduro. Tu n’auras pas d’échappatoire. El le suivant est Evo Morales. Tes jours de conspiration sont terminés, délinquant ! »
Confortablement confinée dans l’Hexagone d’où elle appuie les secteurs fascisants qui s’acharnent sur les habitants de son pays d’origine, l’anthropologue et écrivaine franco-vénézuélienne Elizabeth Burgos s’enthousiasme dans un message à la journaliste Jurate Rosales : « C’est un coup de maître contre les partisans du dialogue et l’Union européenne, etc. On ne peut pas dialoguer avec un “Wanted” [5]. » Le dialogue, voilà l’ennemi…

Tant les agissements ubuesques de la Maison-Blanche que ce type de commentaires devraient ne provoquer qu’un simple haussement d’épaules accablé. Toutefois, si une chose est de constater leur ineptie, autre chose est d’en mesurer l’ampleur et les possibles prolongements. Raison pour laquelle, des années de propagande politico-médiatique ayant passablement troublé les esprits, on tentera d’analyser ici en profondeur les mensonges et incohérences de cette agression majeure des pitbulls de Washington contre le Venezuela.

Premier rappel indispensable : de tous temps, les Etats-Unis ont instrumentalisé le « narcotrafic », tantôt le combattant, tantôt l’ignorant, tantôt l’utilisant pour leurs sombres desseins. Dans les années 1980, sous l’administration de Ronald Reagan et avec la pleine collaboration de la Central Intelligence Agency (CIA), les « contras » (contre révolutionnaires) nicaraguayens se sont livrés au trafic de cocaïne pour financer leur guerre contre les sandinistes. Dans son rapport du 13 avril 1989, le Comité du Sénat des affaires étrangères mentionna : « Les activités des Contra incluent des paiements aux trafiquants de drogue par le Département d’Etat des Etats-Unis, autorisés par le Congrès en tant qu’aide humanitaire [déjà !], dans certains cas après l’inculpation de trafiquants par des agences fédérales, dans d’autres pendant que les trafiquants étaient sous enquête par ces mêmes agences. » L’un des artisans de ces manœuvres scélérates s’appelait Elliott Abrams. Avant d’être gracié par George H. W. Bush, il fut condamné pour cela à deux ans de prison. Trump en a fait l’actuel responsable (« envoyé spécial ») de sa politique sur le Venezuela, avec pour tâche de contribuer au renversement de Maduro.

Au Panamá, le général Manuel Antonio Noriega a de même pactisé avec les barons du Cartel de Medellín. Depuis la fin des années 1950, il émargeait également à la CIA, qui, à partir de 1967, le rémunéra grassement. Des liens étroits l’unissaient à George H. W. Bush, promu directeur de l’« Agence » en 1976.
Entre 1983 et 1989, Noriega confisque les élections et gouverne de façon autoritaire (mais beaucoup moins que son homologue chilien Augusto Pinochet). Seulement, Noriega se montre soudain moins docile aux injonctions de la Maison-Blanche, qui lui demande une participation accrue à l’agression contre le Nicaragua sandiniste. De gangster ami Noriega se transforme en ennemi scélérat. Déclenchée le 20 décembre 1989, l’« Opération Juste Cause » lance 28 000 « marines », commandos et parachutistes sur Panama City. L’arrestation du trafiquant fait 4 000 morts – essentiellement des civils. Le 29 décembre 1989, par 75 voix contre 20 et 40 abstentions, l’Assemblée générale de l’ONU adoptera une résolution condamnant cette pseudo intervention « anti-narco ».

Peu avant le procès de l’ex-général, embarqué manu militari et incarcéré aux Etats-Unis, le Département de la Justice conclue un accord secret avec le Cartel de Cali (le second, en importance, en Colombie). Si les « narcos » apportent des témoignages contre Noriega, une remise de peine sera accordée à Luis Santacruz Echeverri, frère d’un des chefs du cartel, qui purge alors une peine de vingt-trois ans d’emprisonnement.
Pendant son procès, Noriega prétendit que sa collaboration avec la CIA lui avait rapporté 10 millions de dollars. Il demanda à pouvoir révéler les tâches qu’il avait effectuées pour les Etats-Unis. Le tribunal statua : « L’information sur le contenu des opérations secrètes dans lesquelles Noriega a été engagé en échange de versements présumés est sans rapport avec sa défense » et pourrait « confondre le jury ». En conséquence de quoi, sur cette séquence embarrassante, le silence lui fut imposé. On le condamna à 40 ans de prison [6].
Lors de sa conférence de presse du 26 mars dernier, le procureur général Barr n’a pas hésité à établir un parallèle douteux, mais surtout alarmant : « Nous ne reconnaissons pas Maduro comme président du Venezuela ; c’est déjà arrivé avec Noriega, que nous ne reconnaissions pas non plus. »

En ce qui le concerne, le colombien Álvaro Uribe n’a rencontré aucun problème pour être reconnu. Pourtant, l’Agence du Renseignement du Département de la Défense (DIA) américain lui a attribué, en 1991, le numéro 82 d’une liste de personnalités entretenant des liens étroits avec Pablo Escobar et le Cartel de Medellín [7] ! Uribe n’en a pas moins poursuivi sans encombres sa carrière politique. Accédant à la tête de l’Etat en 2002, il est devenu le principal allié des Etats-Unis dans la région. Ses liens avérés avec les « narco-paramilitaires » ne lui ont pas attiré plus d’ennuis.
Bien que toujours en mouvement, la vie n’opère pas forcément de constants changements : en février 2019, c’est avec l’aide de l’organisation narco-paramilitaire colombienne des Rastrojos que le président fantoche vénézuélien Juan Guaido a traversé clandestinement la frontière pour rejoindre le président Iván Duque (le fils spirituel d’Uribe) à Cúcuta, en Colombie [8]. Pas de problème. Il s’agissait de « bons narcos ».

Les concepteurs de l’acte d’accusation contre le chef de l’Etat vénézuélien comptent manifestement sur le fait que, d’une manière générale, les journalistes n’ont ni mémoire ni archives. Si l’on en croit les « révélations » de Barr au nom de la Justice US, lorsque Chávez a fait de Maduro son ministre des Affaires étrangères, le 7 août 2006, les FARC ont remis à ce dernier 5 millions de dollars, produit du narcotrafic. On est là un paquet de mois avant le 1er mars 2008, jour où un commando de l’armée colombienne bombarde et tue le numéro deux de cette guérilla, Raúl Reyes. Près de son corps, sont, dit-on, récupérés trois ordinateurs, deux disques durs et trois clés USB. Lesquels « révèlent » leurs secrets. Des milliers de courriers électroniques « prouvent » les liens entre l’« organisation terroriste » et Chávez (ainsi que le chef de l’Etat équatorien Rafael Correa). Les gouvernements colombien et américain font feu de tout bois. Un certain nombre de médias influents – The Wall Street Journal, The New York TimesEl País (Madrid), etc. – relaient avec délice l’information. Le monde entier apprend ainsi que Chávez, « sans un haussement de sourcils », a donné 300 millions de dollars à la guérilla.
Comprenne qui pourra… Les FARC sont tellement misérables qu’elles quémandent (affirme-t-on à l’époque) 300 millions de dollars à Chávez, mais tellement prospères qu’elles ont auparavant ou en même temps (prétend-on aujourd’hui) arrosé Maduro de 5 millions !

Pour qui ne connaîtrait pas le fin mot de l’histoire des « ordinateurs magiques » de Reyes, on rappellera que le 18 mai 2008, la Cour suprême de justice (CSJ) colombienne a déclaré les informations obtenues à partir d’eux « nulles et illégales ». La Cour contesta en particulier l’existence des fameux e-mails, les documents présentés comme tels se trouvant dans les fichiers d’un traitement de texte (Word) et non dans un navigateur permettant de démontrer qu’ils avaient été envoyés et/ou reçus. En d’autres termes : n’importe qui avait pu les rédiger et les introduire dans les ordinateurs a posteriori [9].
Cette information n’intéressa guère. Dans l’un de ses multiples éditoriaux consacrés au Venezuela, le Washington Post avait déjà résumé à lui seul l’objectif de la formidable campagne d’intoxication : « Si le scandale des ordinateurs est utilisé de manière adéquate [c’est nous qui soulignons], il approfondira le trou dans lequel cette supposée “révolution bolivarienne” est en train de se noyer. »
Douze ans plus tard, les méthodes et la thématique n’ont pas changé.

« Durant plus de vingt ans, affirme le procureur général Barr, Maduro et un grand nombre d’alliés ont conspiré avec les FARC, provoquant que des tonnes de cocaïne entrent et dévastent les communautés étatsuniennes. » Si le postulat du jeu est que la conduite de chaque individu ou groupe est rationnelle, nul n’envisagerait de renoncer à une si lucrative poule aux œufs d’or. Pourtant, avant même d’être président, Chávez estimait qu’il fallait en terminer avec le conflit colombien. « Un mouvement de guérilla n’est plus à l’ordre du jour dans les montagnes d’Amérique latine », lança-t-il même en 2008, créant le trouble chez les radicaux, tant colombiens que vénézuéliens.
Lui et Maduro, son ministre des Affaires étrangères, ne ménagèrent pas leurs efforts pour favoriser des négociations de paix entre la guérilla et le gouvernement de Juan Manuel Santos. Tous deux réussirent à convaincre les rebelles, ce qui n’avait rien d’évident (et raison pour laquelle des contacts existaient effectivement entre émissaires vénézuéliens et état-major des insurgés). Lors des obsèques de Chávez, le 8 mars 2013, c’est bel et bien Santos qui déclara, parlant de son homologue bolivarien : « L’obsession qui nous unissait, et qui a été la base de notre relation, était la paix de la Colombie et de la région. Si nous avons avancé dans un processus solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des avancées comme jamais il n’y en avait eu avec la guérilla des FARC, c’est aussi grâce au dévouement et à l’engagement sans limites du président Chávez et du gouvernement vénézuélien. »

Il en faudrait davantage pour que le Département de la Justice américain renonce à ses calembredaines. D’après lui, en 2008, Chávez, « qui était alors président du Venezuela et l’un des leaders du “Cartel des Soleils”, s’est mis d’accord avec Luciano Marín Arango, alias Iván Márquez [futur négociateur des Accords de paix, côté guérilla], pour utiliser les fonds de l’entreprise [pétrolière] d’Etat vénézuélienne PDVSA, pour appuyer les actions terroristes et de narcotrafic des FARC ». C’est l’époque où, toujours d’après les mêmes représentants de la loi et de l’ordre yankees, « Maduro a abusé de son pouvoir comme ministre des Affaires étrangères pour s’assurer que la frontière entre le Venezuela et la Colombie demeure ouverte et, ainsi, faciliter le trafic de drogue ».
Fichtre ! Maintenir les frontières de son pays ouvertes… Nul n’en disconviendra, il s’agit là d’un crime absolu. Sauf, bien sûr, si les Etats-Unis avaient commis un écart analogue… Car, n’ayant pas fermé les leurs, ne demeurent-ils pas, avec 6,8 millions de « clients » (d’après l’ONU), les premiers consommateurs mondiaux de cocaïne ? Faute de questions posées lors de la conférence de presse sur cette complicité de Washington avec les « narcos » colombiens, les procureurs vedettes de la chasse au Maduro ne se sont malheureusement pas prononcés sur la question.

De fait, le Venezuela se trouve coincé entre le premier pays producteur de cocaïne, la Colombie, avec laquelle il partage 2 300 kilomètres de frontière, et la principale destination de la « blanche », les Etats-Unis. Il se trouve donc particulièrement vulnérable – et le constat ne date pas d’aujourd’hui. En octobre 1997, lors d’une visite du président William « Bill » Clinton à Caracas, un accord de coopération pour la lutte contre le narcotrafic (11 millions de dollars) fut signé avec le prédécesseur de Chávez, Rafael Caldera. Raison invoquée à l’époque : « Le Venezuela est la plus importante route de contrebande du narcotrafic [drug-smuggling] depuis la Colombie jusqu’aux marchés illicites. Le pays sert de zone de transit pour environ 100 tonnes de cocaïne et 10 tonnes d’héroïne par an [10] » Vraiment trop « coooooool », Clinton n’a pas mis la tête de Caldera à prix.

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Ce document officiel états-unien (US Coast Guard) montre la densité de l’autoroute du trafic de drogue entre le premier producteur – la Colombie – et le premier consommateur – les Etats-Unis, essentiellement via l’Amérique Centrale et le Pacifique,…  mais c’est contre le Venezuela que Trump vient d’annoncer l’envoi imminent de navires pour mener une « guerre contre la drogue ». Il s’agit a minima de renforcer le blocus de la nourriture et des médicaments fournis par les pays alliés (note de Venezuelainfos).

Une telle situation géographique fait par définition naître des « vocations ». Lesquelles, défraient régulièrement la chronique, de multiples façons. Très court florilège. En 1997 (avant Chávez), le « dernier grand capo » après la mort de Pablo Escobar, l’ex-militaire colombien Justo Pastor Perafán, est capturé en plein centre de San Cristóbal (Venezuela). Deux ans plus tard, un Boeing 727 appartenant au prince saoudien Nayef Bin Fawwaz al-Shaalan quitte Caracas au terme d’une réunion de l’OPEP ; lors d’une escale à Paris, la police française y découvre 2 tonnes de cocaïne de la plus grande pureté [11]. Le 10 septembre 2013, c’est également à Paris qu’a lieu une « saisie record » (1,3 tonnes) à bord d’un vol d’Air France en provenance de l’aéroport Maiquetía de Caracas. Parmi les vingt-huit arrestations effectuées au Venezuela, figurent le lieutenant-colonel Ernesto Mora Carvajal (directeur de la sécurité de l’aéroport) et huit membres de la Garde nationale. En août 2011 déjà, lors de la capture d’une « narcoavioneta » transportant 1,4 tonnes de « coke » dans l’Etat de Falcón, on avait découvert que le petit appareil avait décollé de la base militaire de La Carlota (Caracas). En 2016, c’est l’officier de police représentant Interpol, Eliecer García Torrealba, qui tombera. Très remarqués, et pour cause, deux civils – Efrain Antonio Campo Flores et Franqui Francisco Flores de Freitas –, neveux de l’épouse de Maduro, Cilia Flores, finiront, pour le même motif supposé, condamnés en décembre 2017 à 18 ans de réclusion, dans une prison des Etats-Unis [12].
Financée par les barons de la drogue, la corruption à très large échelle s’infiltre à tous les niveaux et contamine, nul n’en disconvient, jusqu’à certains éléments de la police et de l’armée.
Mais quid du « Cartel des Soleils » ?

Il s’agit, peut-on lire ou entendre dans les rubriques « Le Venezuela par les Nuls », d’un gang de généraux né sous la présidence de Chávez et jouissant de sa complicité. Ridicule ! L’expression « Cartel des Soleils » a été utilisée pour la première fois en… 1993, lorsque deux généraux de la Garde nationale furent inculpés pour trafic de stupéfiants. Les « soleils » en question sont les insignes d’épaules que portent les généraux des Forces armées vénézuéliennes (quatre « soleils » pour le général en chef).
La formule revient sporadiquement lorsque des militaires sont impliqués ou arrêtés, mais refait surtout surface en 2015 sous la plume du « journaliste » Emili Blasco, correspondant à Washington du (monarchique, catholique et ultra-conservateur) quotidien espagnol ABC. Chávez est mort, l’« offensive finale » contre la révolution bolivarienne vient de commencer. Sur la base de supposées révélations de la Drug Enforcement Administration (DEA), Blasco fait de Diosdado Cabello, alors président de l’Assemblée nationale, le leader du Cartel des Soleils et l’un des narcotrafiquants les plus puissants du continent (ne connaissant pas encore le procureur général américain William Barr, il oublie de mentionner Chávez et Maduro).
Avec un ensemble touchant, extrapolant à partir du strict minimum de données, la docile corporation des faiseurs d’opinion – à commencer par The Wall Street Journal (Etats-Unis) et El Mundo (Espagne) [13] – se charge de colporter l’accusation. Que les plus prudents de leurs confrères reprennent à demi-mots, à coups de « conditionnels » hypocrites – ce qui suffit à imprimer une « vérité » dans l’opinion. Plus direct, le sénateur républicain cubano-américain Marco Rubio fait de Cabello « le Pablo Escobar vénézuélien ».
Preuves, faits irréfutables ou même moyennement étayés, vérifiables et vérifiés ? Aucun. Jamais.

Dans ce registre, le « think tank » Insight Crime se distingue particulièrement. Organisation supposément indépendante possédant son siège à Medellín (Colombie), Insight Crime a été fondé par Steven Dudley, ex-chef du bureau pour la région andine du quotidien le Miami Herald (« anticastriste », « antichaviste », « anti-tout-ce-qui-bouge-à-gauche ») et par Jeremy McDermott, ancien officier des Forces armées britanniques. Une bonne odeur de souffre, un parfum de barbouzerie. Les différents rapports d’Insight Crime s’appuient essentiellement sur les informations distillées par la DEA ou le Bureau du contrôle des actifs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain, les « révélations » de transfuges ex-chavistes cherchant à s’obtenir les bonnes grâces de leurs nouveaux amis américains, et des articles de presse. Laquelle presse, reprend à son tour la production d’Insight Crime, dans un classique dispositif de serpent qui se mord la queue. Oubliant au passage quelques particularités évoquées par le « think tank » lorsquemalgré son parti pris, il estime qu’il s’agit (le « Cartel des Soleils ») d’ « un réseau disparate de trafiquants, comprenant des acteurs étatiques et non étatiques », et précise que « s’il y a bien des cellules dans les principales branches des Forces armées, et à tous leurs niveaux (…), on ne peut pas les décrire comme un cartel, car la manière dont fonctionnent les relations entre ces cellules n’est pas claire [14]  ». En matière de de certitudes, on a déjà fait mieux.

Chacun voit midi à sa porte. Difficile pour le non belligérant de discerner où se trouve la vérité. Régulièrement mis en accusation par le rapport que publie chaque année le Département d’Etat américain, le Bureau national anti-drogue (ONA) vénézuélien ne reconnaît en la matière que les données de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC). Dans son rapport 2019, cet organisme peu suspect de partialité décrit ainsi en quelques lignes lapidaires la situation(§ 578) [15] : « Il y a des indices que, dans la République bolivarienne du Venezuela, les groupes délictueux ont réussi à s’infiltrer au sein des forces de sécurité gouvernementales et ont créé un réseau informel connu comme le “Cartel des Soleils” pour faciliter l’entrée et la sortie de drogues illégales ». Indices, réseau informel… Même un média vénézuélien férocement d’opposition comme Costa del Sol admet : « Les experts en matière de sécurité reconnaissent que ce n’est pas un groupe organisé verticalement comme les cartels du narcotrafic colombien ou mexicain. Ils agissent plutôt comme un groupe d’individus aux connexions bureaucratiques, qui peuvent avoir peu ou aucune coordination les uns avec les autres [16] »
Qu’on examine le problème par n’importe quelle entrée, la thèse de Chávez, puis Cabello, et maintenant Maduro épluchant d’énormes liasses de billets en dirigeant d’une main de fer un gang criminel structuré ne repose sur aucun élément sérieux. Comme l’a noté l’avocat vénézuélien Juan Martorano, l’existence du Cartel des Soleils relève plus que tout du « mythe urbain » [17].

Le 9 août 2019, l’administration Trump a « certifié » la Colombie d’Iván Duque – preuve de sa bonne conduite et de sa pleine coopération avec Washington en matière de lutte contre la drogue. Dans le même temps, elle « dé-certifiait » la Bolivie (encore dirigée par Evo Morales) et le Venezuela gouverné « par le régime illégitime de Nicolás Maduro ». La pertinence de ces traitements différenciés apparaît avec évidence lorsqu’on sait que, en Colombie, la surface dédiée aux cultures de coca, la matière première de la cocaïne, a atteint des niveaux sans précédents : d’après l’UNODC (Nations unies) elle est passée de 48 000 hectares en 2013 à… 169 000 hectares en 2018 (et même 208 000 hectares d’après le Bureau de la politique nationale pour le contrôle des drogues [ONDCP] de la Maison-Blanche). Et ce, alors que les FARC, longtemps accusées d’être les principales responsables de ce fléau, ont déposé les armes en 2016.
D’après le procureur général « yankee » Barr, plus de 250 tonnes de cocaïne sortent du Venezuela chaque année à destination de l’Amérique centrale et de la Caraïbe « avec le consentement de Maduro ». Ce qui fait de la République bolivarienne LE « narco-Etat » de la région. D’après la très officielle Base de données antidrogues consolidée inter-agences (CCDB), un organisme gouvernemental américain, c’est pourtant en Colombie, pas au Venezuela, que la production de cocaïne a atteint 2 478 tonnes en 2017 (+ 269 % par rapport aux 918 tonnes de 2012).

Peu importe. Les « enquêteurs » étatsuniens persistent et signent : le Venezuela constitue le principal tremplin d’expéditions de drogue vers les Etats-Unis. Nouvelle supercherie.En 2012, d’après l’Organisation des Etats américains (OEA), dirigée alors par le chilien José Miguel Insulza, près de 70 % de la « coke » sortait de Colombie à travers le Pacifique, 20 % à travers l’Atlantique et 10 % via le Venezuela [18]. Vingt ans plus tard (11 mars 2020), s’appuyant sur les chiffres de la CCDB « yankee », le Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA) parvient au même constat : 84 % de la drogue produite chez Uribe, Santos et maintenant Duque passent par l’Océan Pacifique (que bordent la Colombie et, à un degré moindre, concernant les expéditions, l’Equateur et le Pérou), 9 % empruntent la voie de la Caraïbe occidentale (l’Amérique centrale) et seulement 7 % la Caraïbe orientale (le Venezuela) [19]. En d’autres termes : même ses propres services – le CCDB, le Département de la Défense – mettent en évidence la supercherie de Trump (et de ses « employés »).

Pour illustrer la manipulation du thème des pays de transit, on précisera que, toujours d’après la CCDB, 210 tonnes de cocaïne ont circulé par le Venezuela en 2018 (ce qui est plausible) et… 1 400 tonnes par le Guatemala. De son côté, l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC) mentionne dans son dernier rapport (§ 579) que le trafic par la voie maritime depuis les ports du Chili est en constante augmentation, ce qui le convertit, « avec le Brésil et la Colombie, en l’un des principaux pays de sortie de la cocaïne saisie à Valencia et Algésiras, en Espagne, importantes voies d’entrée de ces stupéfiants en Europe ».
Pendant que le régime de Trump amuse la communauté internationale avec ses fantaisies, « des gens », à Miami, Los Angeles, ou ailleurs dans des paradis fiscaux, déposent des centaines de milliers de dollars, sans trop attirer l’attention.

Le 1er novembre 2019, le ministre de l‘Intérieur vénézuélien, Néstor Reverol, informait que, cette même année, les forces de sécurité avaient intercepté et confisqué 29,779 tonnes de drogues de toutes natures, arrêtant 5837 personnes et ouvrant 1 556 procédures judiciaires (d’après la même source, entre 2015 et mars 2020, ce sont 212 tonnes qui ont été saisies). Insuffisant pour bloquer la très peu Sainte Inquisition : 15 millions de dollars, on l’a vu, pour la tête de Maduro, 10 millions pour celles de Cabello et d’El Assaimi, mais aussi pour deux autres piliers du « régime corrompu » et de son « cartel », Hugo Carvajal, ancien chef du Renseignement, ex-député chaviste (et en cavale en Espagne, soit dit en passant) et Cliver Alcalá. Quiconque fournira une information permettant de localiser tous ces gens-là touchera (théoriquement) le gros lot. S’agissant de Maduro, on se permettra ici de donner un indice relevant du très à la mode « journalisme d’investigation » : Palais présidentiel de Miraflores, Final Avenida Urdaneta 1010, Esquina de Bolero, Caracas Distrito Capital (Venezuela). Pour Cliver Alcalá, membre du même gang, pas de difficulté majeure non plus : depuis deux ans, au vu et au su de tous, ce « dangereux narcotrafiquant », vit tranquillement à Barranquilla, en Colombie. Sans que les forces conjointes de la CIA et de la DEA ne l’y aient repéré. Sans que les autorités colombiennes ne l’aient détecté. Et pour cause…

Général au sein des Forces armées nationales bolivariennes (FANB), Alcalá s’est démarqué du pouvoir et, après avoir pris sa retraite en 2013, s’est publiquement opposé à Maduro. Il a été un excellent « client » pour un certain nombre de chercheurs, universitaires et journalistes dits « de gauche », avides des déclarations de « chavistes critiques » leur permettant de rejoindre l’offensive anti-Maduro sans paraître renier Chávez et sa révolution pour lesquels, lorsqu’on pouvait le faire sans s’exposer outre mesure aux condamnations de la majorité conformiste, ils avaient manifesté une certaine sympathie.
Accusé depuis 2014 de liens avec le narcotrafic, Alcalá est entré tout à fait légalement en Colombie par Cúcuta (d’après Migración Colombia). Bien qu’ayant (ou parce qu’il a) épousé en mai 2012 Marta González, une sœur d’Hermágoras González Polanco, alias « El Gordito González », narcotrafiquant et ancien membre de l’organisation paramilitaire des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), Alcalá vivrait encore paisiblement dans son pays d’accueil si [20]

Le 24 mars, l’épidémie de Coronavirus restreignant la circulation, la police de la route colombienne, dans une opération de routine, contrôle un véhicule qui circule sur la route Barranquilla – Santa Marta. Elle y découvre un arsenal : 26 fusils d’assaut AR-15, des silencieux, des viseurs nocturnes, des casques, des gilets pare-balles, des émetteurs-récepteurs radio, etc. Arrêté, le conducteur confesse qu’il se dirigeait vers la Guajira (département frontalier avec le Venezuela). Deux jours plus tard, une radio colombienne à forte audience, Web Radio, diffuse une déclaration explosive de… Cliver Alcalá, l’un des « narcos » vénézuéliens complices de Maduro recherchés par la Justice des Etats-Unis : « Je me trouve à Barranquilla, dans mon logis, où le gouvernement colombien, depuis longtemps, sait que je suis. » Ce détail précisé, Alcalá dévoile que les armes saisies le 24 appartiennent à un groupe de 90 officiers vénézuéliens (déserteurs) qu’il dirige. Objectif : « Obtenir la liberté du Venezuela ». Comment ? En faisant passer ces armes dans la Guajira vénézuélienne où elles devaient être réceptionnées par un officier – alias « Pantera ». Continuant ses révélations, Alcalá dit ceci : toute cette opération a eu lieu dans le cadre d’un accord passé avec « le président » Guaido, son conseiller politique Juan José « J.J. » Rendon (consultant de multiples candidats présidentiels latinos de droite) et des conseillers américains. Il implique dans le complot Leopoldo López (leader de Volonté populaire, le parti de Guaido), Sergio Vergara (député de VP, bras droit de Guaido) et Iván Simonovis, nommé Coordinateur spécial de la sécurité et du renseignement aux Etats-Unis par le président autoproclamé [21].

Alcalá multiplie ensuite ses interventions sur Twitter et, finalement, livre ses dernières révélations en exclusivité sur Infobae : « Depuis plusieurs mois, nous travaillons à la formation d’une unité pour libérer le pays et éliminer chirurgicalement les objectifs criminels du narcotrafic et du désastre qu’“ils” ont généré dans notre pays [22]  ». Assurant une dernière fois qu’il ne fuit pas, comme le laisse entendre la Justice des Etats-Unis – laquelle vient « à sa grande surprise » de le placer sur la liste des « narcoterroristes » de la bande à Maduro ! –, Alcalá précise, évoquant le procureur général Barr : « Je présume qu’il ne connaît pas l’accord confidentiel que nous avons. » Raison pour laquelle il annonce son intention de se mettre à disposition des autorités colombiennes et son entière disposition « à collaborer avec la justice nord-américaine ».
Sur un personnage et un épisode aussi « tordus », les spéculations vont bon train. On ne s’engagera pas ici dans un fatras d’hypothèses oiseuses et de théories. On s’en tiendra aux faits. Alcalá s’est affectivement « rendu » sans perte de temps aux forces de l’ordre colombiennes. Durant son transfert jusqu’à l’aéroport de Bogotá, en vue d’une extradition immédiate aux Etats-Unis, il a eu tout le loisir de donner des interviews téléphoniques et par vidéo sur les réseaux sociaux (ce qui est très fréquent chez les narcotrafiquants détenus !). Evoquant les agents de la Direction nationale du renseignement (DNI) qui l’escortaient, il déclara : « Je les connais, je les ai vus et je traite avec eux depuis plus d’un an. J’ai été constamment en communication avec eux. Par le passé, en Colombie, je me suis réuni avec eux, ici, à Barranquilla [23] » Les heures qui vont suivre n’apporteront guère de démenti à ces allégations. Lorsque le 27, Alcalá s’apprête à monter dans l’avion dépêché en toute hâte par la DEA pour le ramener à New York (malgré la fermeture des frontières), où l’attend théoriquement une prison de haute sécurité, il le fait sans menottes, de manière détendue, après avoir salué très cordialement et échangé quelques « abrazos » avec ceux qui le surveillaient. Nul doute que les « révélations » les plus explosives sur Maduro vont maintenant se multiplier dans le cadre de négociations dont raffole la Justice étatsunienne pour, en échange d’une réduction de peine, compromettre, diffamer et si possible jeter dans un cul de basse fosse le ou les individus qu’elle poursuit de sa vindicte.

A l’origine de cette séquence, l’arsenal confisqué aux opérateurs d’Alcalá n’était à l’évidence pas de nature à déclencher une opération d’envergure de type invasion ou coup d’Etat. En revanche, il était parfaitement adapté à l’organisation d’opérations de type « élimination chirurgicale » (pour reprendre l’expression de l’ex-général) ou « assassinat sélectif ». L’avenir dira peut-être quels objectifs étaient visés. Mais en tout état de cause, le lot d’armes s’inscrit dans la stratégie de déstabilisation du Venezuela – de la tentative d’assassinat de Maduro le 4 août 2018 à la présence notoire de camps d’entraînements pour mercenaires (liés à Alcalá, en particulier à Riohacha, dans la Guajira). Cette politique de caractère terroriste, dont le régime de Trump donne le « la », atteint son point d’orgue avec la récente mise à prix de Maduro. Une semaine après cette dernière, et le lendemain du jour où le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a présenté un plan de « Gouvernement de transition, sans Maduro ni Guaido », le gouvernement américain a en effet annoncé le déploiement d’une importante opération navale destinée à réduire l’entrée de drogues illégales aux Etats-Unis« Alors que les gouvernements et les nations se concentrent sur le coronavirus, a expliqué sans rire le maître de la Maison-Blanche, il existe une menace croissante que les cartels, les criminels, les terroristes et d’autres acteurs malveillants tentent d’exploiter la situation pour leur propre profit. » Pour qui n’aurait pas tout à fait saisi la nature de l’opération, le conseiller à la Sécurité nationale Robert O’Brien a ajouté qu’il s’agit de réduire les ressources financières du narcotrafic, lequel «  fournit au régime corrompu de Maduro (…) et à d’autres acteurs pernicieux les fonds nécessaires à la réalisation de leurs activités malignes ».
Au moins dix garde-côtes, des destroyers, des navires de guerre de dernière génération, des porte-hélicoptères, une brigade d’infanterie, des membres des forces spéciales et une importante couverture aérienne – P-8 (version militaire du Boeing 737), E-3 Awacs, E-8 JStars – vont prendre progressivement position, théoriquement dans le Pacifique et l’Atlantique, en réalité massivement face aux côtes du Venezuela. Un marteau pilon ! Pour combattre… des mouches. Les cargaisons maritimes de « coke » quittent les côtes latino-américaines à bord de « go fast » (vedettes rapides), de bateaux de pêche, de mini-sous-marins, de navires commerciaux et de porte-conteneurs ; les expéditions aériennes utilisent des avions de tourisme. Des cibles et objectifs sans commune mesure avec le déploiement spectaculaire de cette armada.

Au moment où les Nations Unies demandent une suspension des mesures coercitives unilatérales (dites « sanctions ») contre le Venezuela et Cuba (ainsi que l’Iran) pendant la crise du Coronavirus, Trump a donc opté pour une authentique déclaration de guerre. Brandie à la face du monde, la « cocaïne » de Maduro est l’équivalent de la petite fiole de poudre de perlinpimpin de Colin Powell accusant Saddam Hussein, devant l’Assemblée générale des Nations unies, de disposer d’armes de destruction massive. Cette dangereuse surenchère a au moins une cause aisément détectable : l’échec de la stratégie du « président fantoche » censé faire tomber Maduro. Pauvre Guaido ! Il fait pourtant tout ce qu’il faut : il approuve les sanctions qui martyrisent ses compatriotes, il célèbre la mise au ban de Maduro, il appuie le déploiement de la force navale. Il n’en a pas moins été congédié sans ménagements. En proposant un plan de transition « sans Maduro ni Guaido », Washington a signé la fin de cette comédie. Et le Guaido en question s’est montré pour ce qu’il est et n’a jamais cessé d’être : une marionnette. Depuis janvier 2019, il joue au chef de l’Etat légitime, inébranlable, ferme, crâne, intrépide, viril, courageux, « reconnu par la communauté internationale », et ne cédant sur rien. Que Trump lui intime de se retirer, et il obtempère sans résistance, sans une once de dignité : « Oui chef ! bien chef ! » Comme on dit au Mexique, « qui paye le mariachi choisit la chanson ».

Quinze millions de dollars pour la tête de Maduro ! En tant qu’objectif prioritaire des « faucons » étatsuniens, le chef de l’Etat vénézuélien, à travers ce procédé original, succède à l’irakien Saddam Hussein et au libyen Mouammar Kadhafi – avec, en ce qui concerne ces derniers, les dénouements que l’on connaît. Certes, le pouvoir vénézuélien tient bon. Malgré les énormes difficultés quotidiennes (qu’aggravent le Coronavirus), une très large fraction des secteurs populaires l’appuient. Les discussions se poursuivent avec l’opposition modérée. Les Forces armées demeurent loyales. Evoquant « la furia bolivariana », l’alliance « civico-militaire » (très mal comprise à l’étranger) prépare, au cas où, la défense du pays.
Mais c’est précisément cette résistance aux desseins de la puissance impérialiste qui incite cette dernière à utiliser les méthodes les plus extrêmes (quand bien même elles seraient cousues de gros fil blanc). « Des millions pour la tête de… » Maduro, Cabello, El Aissami ! Une telle promesse de récompense attire les avides comme la lumière attire les papillons. On trouve toujours des hommes qui aiment les sales besognes. Quelque militaire félon, acheté, opportuniste ou intimidé par la puissance de l’ennemi. Des paramilitaires (colombiens ou venézolano-colombiens). Des barbouzes, des aventuriers. Des mercenaires de compagnies de sécurité privée. Des « spécialistes » américains – surgis, par exemple, du sein de l’armada en cours de déploiement.
Pour ce type de coup tordu, les méthodes ne manquent pas. L’opération commando permettant de séquestrer la cible. Le drone, chargé de l’assassiner. Le bombardement « chirurgical ». La balle d’un « sniper ». Le coup d’Etat mené par un secteur minoritaire de l’armée…

Le pire n’est bien entendu jamais sûr. On ne négligera pas la capacité de la révolution bolivarienne à déjouer les plans ennemis. Ni même un changement de pouvoir lors de la prochaine élection américaine, Trump semblant moins doué pour gérer une pandémie que pour semer la terreur et la mort dans ce qu’il croit être son pré-carré. Néanmoins, en l’état, au mépris du droit international, la préparation d’un crime potentiel se déroule sous nos yeux. Une conspiration. La séquestration ou l’assassinat d’un chef de l’Etat reconnu par l’Organisation des Nations unies et qui n’a commis aucun crime, sauf ceux de défendre la Constitution et la souveraineté de son pays.
Nul n’est obligé d’aimer le président vénézuélien. Nul n’est contraint d’appuyer la révolution bolivarienne. Mais, tout de même… A l’époque où il existait en France une gauche digne de ce nom, elle aurait crié, à l’unisson, toutes tendances confondues : « Nous sommes tous Maduro ! Trump, pas touche au Venezuela ! »

Maurice Lemoine, 8 avril 2020.


[3Chef du Cartel de Sinaloa, considéré comme le « trafiquant le plus dangereux du monde » par les Etats-Unis, Joaquin Guzmán a été capturé en février 2014 par les autorités mexicaines (après une première évasion), extradé aux Etats-Unis et condamné à perpétuité par le tribunal de New York, le 17 juillet 2019.

[6Sa peine fut ultérieurement ramenée à trente ans, puis, pour bonne conduite, réduite à dix-sept ans.

[7Rapport du 23 septembre 1991.

[9Sur cette affaire, lire Maurice Lemoine, « La Colombie, Interpol et le cyberguérillero », Le Monde diplomatique, juillet 2008.

[10 The International Herald Tribune, 14 octobre 1997.

[11Condamné en France à dix années par contumace, le prince est depuis protégé par son pays.

[12Les deux jeunes hommes sont tombés dans un piège tendu par des agents de la DEA : des informateurs payés par cette agence leur ayant promis 20 millions de dollars en échange de cocaïne, ils auraient prévu d’obtenir la marchandise auprès d’un intermédiaire se fournissant auprès des FARC. Du fait de leur arrestation, le crime n’a pas été commis. Ils ont été condamnés pour « conspiration en vue de… ».

[14Pour les différents articles consacrés par IC au Cartel des Soleils : https://www.insightcrime.org/venezuela-organized-crime-news/cartel-de-los-soles/

[20D’après Caracol Radio, Marta González, l’épouse d’Alcalá, a une sœur, Lucy, qui a été en couple avec le truand José Guillermo « Ñeñe » Hernández, assassiné en 2019 et au cœur d’un scandale d’« achats de votes » au profit de l’actuel président Iván Duque. Sur cette affaire, lire : http://www.medelu.org/La-Colombie-aux-temps-du-cholera

Créer l’école internationale des mouvements sociaux « Hugo Chavez » : pour rester maîtres de notre futur

Cher(e) Ami(e), l’école internationale de communication des mouvements sociaux « Hugo Chavez » est un projet merveilleux que nous demandent de réaliser depuis vingt ans de nombreux mouvements du monde entier qui n’acceptent plus l’écrasement des luttes sociales par le champ médiatique. Comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« .

C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien. Nous espérons aussi, avec votre aide, toucher un peu plus de gens tous les jours. Voici la présentation détaillée du projet ainsi que les modalités pour qui souhaiterait faire un don et faire de cette idée folle une réalité forte d’engagement et de solidarité: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

Un abrazo fraternel depuis Caracas!

 

L’école de communication continentale Hugo Chavez : rester maîtres de notre futur

[Versión en español al final – English version below]

 

Si les grands médias effacent l’Histoire des peuples et opposent les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant partout à une forme nouvelle, participative, d’informer. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier.

Pour former qui ?

Toutes celles et ceux qui cherchent des réponses concrètes à leurs besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia : travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, l’école organisera chaque année 30 ateliers intégraux, 4 Ateliers de formation de formateurs, 4 Séminaires, 4 Laboratoires de Création et 2 Stages Internationaux. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne à la disposition des mouvements sociaux, afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’École sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. L’objectif économique vise à financer tous ces ateliers : hébergement, nourriture, transport, équipe d’instructeurs(trices). Nous fournissons, en plus de notre expérience, le matériel d’études, l’équipement technique nécessaire aux ateliers, l’infrastructure où la formation aura lieu et nos équipes de formatrices et formateurs qui garantiront la réalisation des ateliers. C’est pourquoi nous vous invitons à participer à cet effort collectif.

Qui porte le projet ?

Quatre associations à but non-lucratif ont décidé d’unir leur expérience en formation intégrale pour créer cette école: l’ EPLACITEALBA TV , TERRA TV et la BALEINE NOIRE. Ses enseignant(e)s se sont formé(e)s depuis quinze ans aux côtés de professeurs chevronnés comme Augusto Boal (Théâtre de l’Opprimé, Brésil), Jorge Sanjines (Cinéaste, Bolivie), Thierry Odeyn (professeur de documentaire, INSAS, Bruxelles), Claude Bailblé (professeur de son, FEMIS, France) et toute sorte d’enseignant(e)s d’Histoire, de littérature, de formation sociopolitique comme celles et ceux de l’École des Sans Terre au Brésil.

L’EPLACITE

Depuis 1995 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision a formé des milliers de personnes comme le salvadorien Sergio Sibrián dont la première oeuvre Le Tigre et le Cerfa reçu le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen (Floride) et du Meilleur Documentaire Indigène au Festival Voces Urgentes (Mexique). « Mémoire des Luttes » raconte l’histoire de l’EPLACITE.

ALBA TV

Depuis 13 ans, la chaîne de télévision Alba TV travaille main dans la main avec des mouvements sociaux et avec d’autres télévisions communautaires ou médias alternatifs en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans le monde entier. C’est un média basé sur la participation directe des peuples, et ses lignes de travail sont la production, la formation et l’articulation d’un point de vue décolonial, anti-impérialiste et anti-patriarcal.

TERRA TV

Diffusé via le satellite et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des projections de terrain, Terra TV transmet les luttes et les propositions des paysan(ne)s. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV les accompagne dans la création de formes innovantes, non formatées. Des participants tels le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil ont réalisé « La terre est à tous » visible dans ce reportage de Reporterre.

LA BALEINE NOIRE

La BALEINE NOIRE a créé des documentaires comme Qui-es tu octobre ? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival International de documentaires de Buenos Aires, Visions du Réel, etc..) ou d’oeuvres théâtrales telles que le Choeur d’Ali Aarrass dont les 30 femmes racontent la lutte pour la libération du détenu belgo-marocain Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE place la rencontre au centre du processus créatif, et tend à effacer la frontière entre acteur et spectateur à travers l’émancipation d’un regard critique.
Pour savoir comment participer aux cours de l’école, proposer des thèmes ou des collaborations, écrivez-nous : escuelaenred.comunicacion@gmail.com
 
[Versión en español]

La Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez: para seguir siendo dueños de nuestro futuro

Si los grandes medios de comunicación borran la historia de los pueblos y dividen a lxs ciudadanxs para desmovilizar sus luchas, ¿bastará con democratizar su propiedad? La recuperación de todos estos espacios sólo tendrá sentido si nos formamos en todas partes en una nueva forma participativa de informar. Ubicada en Caracas, en la encrucijada de las Américas y el Caribe, la Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez es un viejo sueño de los movimientos sociales. Su fuerza radica en los 25 años de experiencia de sus fundadore(a)s y en su infraestructura concreta de capacitación, producción y transmisión televisiva. Será un paso importante en el retorno del campo mediático a manos de los ciudadanos y extenderá sus brazos a otros continentes, en particular a África.

¿Para formar a quién?

A todxs aquellxs que buscan respuestas concretas a sus necesidades de formarse en escritura audiovisual, fotográfica, teatral, radiofónica, televisiva (incluso en vivo) y multimedia: trabajadorxs y creadorxs de todo tipo, sindicatos, movimientos de mujeres y jóvenes, organizaciones campesinas, de maestrxs, estudiantiles, colectivos de medios alternativos o comunitarios, etc… A partir de 2020, la escuela organizará 30 talleres integrales, 4 talleres de formación de formadores, 4 diplomados, 4 seminarios, 4 laboratorios de creación y 2 prácticas internacionales cada año. Pondrá a disposición de los movimientos sociales sus módulos de formación y clases magistrales en linea, para facilitar el acceso de todos y todas. Los movimientos también podrán enviar sus guiones o producciones para que sean analizados por nuestros formadore(a)s. La escuela será un espacio de articulación de los movimientos sociales de todo el mundo y de encuentro con las organizaciones populares locales. El objetivo económico apunta a cubrir la realización de todos estos talleres: alojamiento, comida, transporte, equipo de instructores. Aportamos, además de nuestra experiencia, los materiales de estudio, los equipos técnicos necesarios para las prácticas, la infraestructura donde se realizarán la formación y nuestros colectivos de compañeras y compañeros que garantizarán la realización de los talleres. Por eso te invitamos a ser parte de este esfuerzo colectivo.

¿Quién lleva el proyecto?

Cuatro asociaciones sin ánimo de lucro han decidido unir sus experiencias en formación integral para crear esta escuela: la EPLACITEALBA TVTERRA TV y la BALLENA NEGRA. Sus educadore(a)s se formaron durante quince años junto a maestros experimentados como Augusto Boal (Teatro de los Oprimidos, Brasil), Jorge Sanjinés (Cineasta, Bolivia), Thierry Odeyn (Profesor de Documentales, INSAS, Bruselas), Claude Bailblé (Profesor de Sonido, FEMIS, Francia) y todo tipo de maestrxs de Historia, Literatura, formación sociopolítica como lxs de la Escuela de los Sin Tierra de Brasil.

La EPLACITE

Desde 1995 la Escuela Popular y Latinoamericana de Cine, Teatro y Televisión ha formado a miles de personas como el salvadoreño Sergio Sibrián, cuya primera obra El Tigre y el Venado recibió el Premio al Mejor Documental Latinoamericano en el Festival Sunscreen (Florida) y al Mejor Documental Indígena en el Festival Voces Urgentes (México). « Mémoire des Luttes » cuenta la historia de la EPLACITE.

ALBA TV

Durante los últimos 13 años, el canal de televisión ALBA TV ha trabajado de la mano de los movimientos sociales y otros medios de televisión comunitaria y alternativa en América Latina, el Caribe y en todo el mundo. Es un medio de comunicación basado en la participación directa de los pueblos, y sus líneas de trabajo son la producción, la formación y la articulación de un punto de vista descolonial, antiimperialista y antipatriarcal.

TERRA TV

Transmitido por satélite y por cable a través de ALBA TV, de las redes sociales o mediante proyecciones de campo, TERRA TV es un canal-escuela que transmite las luchas y propuestas del mundo campesino. Como escuela audiovisual, Terra TV acompaña a los campesinos en la creación de formas innovadoras y sin formato. Participantes como el Movimiento de los Trabajadores Rurales Sin Tierra del Brasil, han realizado el corto « La Tierra es para todos » visible en este informe de Reporterre.

LA BALLENA NEGRA

La Ballena Negra ha creado documentales como Quien eres octubre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival Internacional de Documentales de Buenos Aires, Visions du Réel, etc.) u obras teatrales como el Coro de Ali Aarrass cuyas 30 mujeres cuentan la historia de la lucha por la liberación del prisionero belga-marroquí Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE coloca el encuentro en el centro del proceso creativo, y tiende a borrar la frontera entre el actor y el espectador a través de la emancipación de una mirada crítica.

Para saber cómo participar a los cursos de la escuela, proponer temas o colaboraciones, escríbanos a: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

(English version)

The Hugo Chavez School of Continental Communication : Let us remain in control of our Future

If the mass media erase the History of the peoples and oppose the citizens to demobilize their struggles, will it be enough for us to democratize their ownership? Recovering all those spaces will only make sense if we are trained everywhere in a new participatory form of informing. Located in Caracas, at the crossroads of the Americas and the Caribbean, the Hugo Chavez School of Continental Communication is a long-standing dream of the social movements. Its strength lies in its founders’ 25 years of experience and in its ready-made infrastructure for television production and transmission. It will be an important step towards the return of the media landscape in the hands of citizens and will reach out to other continents, in particular Africa.

To train whom?

All those who are looking for concrete answers to their needs in audiovisual, photographic, theatrical, radio, television (including live transmission) and multimedia writing training : workers and creators of all kinds, trade unions, women’s and youth movements, environmentalists, farmers’ organizations, teachers, students, alternative media, etc. Starting in 2020, the school will organize every year 30 integral workshops, 4 Workshops for Trainers’ training, 4 Seminars, 4 Creation Laboratories and 2 International Internships. It will upload its training modules and master classes which will be available to social movements, in order to facilitate access to all. The movements will also be able to send their scripts or productions for analysis by our trainers. The School will be a space for the articulation of social movements from all over the world and a meeting space with local popular organizations. The economic intention is to finance all of these workshops: including accommodation, food, transport, and the teams of instructors. In addition to our experience, we provide the study material and the technical equipment necessary for the workshops, as well as the spaces where the training will take place, as well as the personnel (the trainers) who will ensure the implementation of the workshops. This is why we invite you to participate in this collective effort.

Who carries the project?

Four non-profit associations have decided to combine their experience in integral training to create this school: EPLACITEALBA TVTERRA TV and the BLACK WHALE. Its teachers have been trained for fifteen years along with experienced teachers such as Augusto Boal (Theatre of the Oppressed, Brazil), Jorge Sanjines (Filmmaker, Bolivia), Thierry Odeyn (Documentary Film Teacher, INSAS, Brussels), Claude Bailblé (Sound Teacher, FEMIS, France) and all kinds of teachers of History, Literature, socio-political training such as those of the School of the Landless in Brazil.

EPLACITE

Since 1995 the Popular and LatinAmerican School of Cinema, Theatre and Television has trained thousands of people, such as the Salvadorian Sergio Sibrián, whose first work The Tiger and the Deer received the Award for Best Latin American Documentary at the Sunscreen Festival (Florida) and Best Indigenous Documentary at the Voces Urgentes Festival (Mexico). « Mémoire des Luttes » tells the story of EPLACITE.

ALBA TV

For the past 13 years, Alba TV has been working hand in hand with social movements and other community televisions and alternative media in Latin America, the Caribbean and around the world. It is a medium based on the direct participation of the peoples, and its directions of work are production, training and the articulation of a decolonial, anti-imperialist and anti-patriarchal point of view.

TERRA TV

Broadcast via satellite and cable of Alba TV, via social networks or through field projections, Terra TV transmits the struggles and calls for help of the peasants. As an audio-visual school, Terra TV accompanies its participants in the creation of innovative, unformatted forms. Participants such as the Landless Rural Workers Movement of Brazil have made « Earth is for everyone » which is viewable in this Reporterre report.

THE BLACK WHALE

The Black Whale has created documentaries such as Who are you Octobre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Buenos Aires International Documentary Festival, Visions du Réel, etc.) or theatrical works such as the Choir of Ali Aarrass, whose 30 women tell the story of the struggle for the liberation of the Belgian-Moroccan prisoner Ali Aarrass. The Black Whale sees the encounter as a central part of the creative process and tends to blur the lines between actor and spectator through the emancipation of a critical gaze.

To find out how to participate in the school’s courses, propose topics or collaborations, write to us at: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

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Venezuela: La réponse au Covid-19 pourrait vous surprendre…

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Photo du haut : médecins vénézuéliens effectuant des visites à domicile dans les quartiers populaires de Caracas. Photo du bas: visite de dépistage et formation de la population de la Commune Socialiste de Lidice. Photos de @OrlenysOV et Giuliano Salvatore

Par Leonardo Flores  /  Global Research

Quelques heures après son lancement, plus de 800 Vénézuéliens aux États-Unis se sont inscrits pour un vol d’urgence de Miami à Caracas par le biais d’un site web géré par le gouvernement vénézuélien. Ce vol, offert gratuitement, a été proposé par le président Nicolás Maduro lorsqu’il a appris que 200 Vénézuéliens étaient bloqués aux États-Unis suite à la décision de son gouvernement d’arrêter les vols commerciaux à titre de mesure préventive contre les coronavirus. La promesse d’un vol s’est étendue à deux vols ou plus, car il est apparu clairement que de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis voulaient retourner au Venezuela, mais la situation n’est toujours pas résolue en raison de l’interdiction américaine sur les vols à destination et en provenance du pays.

Ceux qui se fient uniquement aux médias grand public pourraient se demander qui, dans leur bon sens, voudrait quitter les États-Unis pour le Venezuela. Le Time, le Washington PostThe Hill et le Miami Herald, entre autres, ont publié des opinions au cours de la semaine dernière décrivant le Venezuela comme un cauchemar chaotique. Ces médias ont brossé le tableau d’un désastre dû au coronavirus, de l’incompétence du gouvernement et d’une nation au bord de l’effondrement. La réalité de la réponse du Venezuela aux coronavirus n’est pas du tout couverte par les médias mainstream.

De plus, ce que chacun de ces articles résume, c’est le dommage causé par les sanctions de l’administration Trump, qui a dévasté l’économie et le système de santé bien avant la pandémie de coronavirus. Ces sanctions ont appauvri des millions de Vénézuéliens et ont eu un impact négatif sur des infrastructures vitales, comme la production d’électricité. Le Venezuela est empêché d’importer des pièces de rechange pour ses centrales électriques et les pannes qui en résultent interrompent les services d’eau qui dépendent des pompes électriques. Ces problèmes, ainsi que des dizaines d’autres implications de la guerre hybride contre le Venezuela, ont provoqué une baisse générale des indicateurs de santé, entraînant 100 000 décès à la suite des sanctions.

En ce qui concerne les coronavirus en particulier, les sanctions augmentent le coût des kits de dépistage et des fournitures médicales, et interdisent au gouvernement vénézuélien d’acheter du matériel médical aux États-Unis (et dans de nombreux pays européens). Ces obstacles semblent placer le Venezuela sur la voie du pire des scénarios, comme l’Iran (également frappé par les sanctions) ou l’Italie (frappée par l’austérité et le néolibéralisme). Contrairement à ces deux pays, le Venezuela a pris très tôt des mesures décisives pour faire face à la pandémie.

Grâce à ces mesures et à d’autres facteurs, le Venezuela se trouve actuellement dans son meilleur scénario. Au moment où nous écrivons ces lignes, 11 jours après le premier cas confirmé de coronavirus, le pays compte 86 personnes infectées, avec 0 décès. Ses voisins n’ont pas fait aussi bien : Le Brésil compte 1 924 cas avec 34 décès ; l’Équateur 981 et 18 ; le Chili 746 et 2 ; le Pérou 395 et 5 ; le Mexique 367 et 4 ; la Colombie 306 et 3 (à l’exception du Mexique, ces gouvernements ont tous participé et contribué activement aux efforts de changement de régime menés par les États-Unis au Venezuela). Pourquoi le Venezuela fait-il beaucoup mieux que les autres pays de la région ? (1)

Les sceptiques prétendront que le gouvernement Maduro cache des chiffres et des décès, qu’il n’y a pas assez de tests, pas assez de médicaments, pas assez de talents pour faire face de manière adéquate à une pandémie. Mais voici les faits :

Premièrement, la solidarité internationale a joué un rôle inestimable pour permettre au gouvernement de relever le défi. La Chine a envoyé des kits de diagnostic de coronavirus qui permettront de tester 320 000 Vénézuéliens, en plus d’une équipe d’experts et de tonnes de fournitures. Cuba a envoyé 130 médecins et 10 000 doses d’interféron alfa-2b, un médicament qui a fait ses preuves en aidant les patients atteints de COVID-19 à se rétablir. La Russieenvoyé le premier de plusieurs envois de matériel et de kits médicaux. Ces trois pays, que la politique étrangère américaine qualifie régulièrement de malfaisants, offrent leur solidarité et leur soutien matériel. Les États-Unis offrent davantage de sanctions et le FMI, dont on sait qu’il est sous contrôle américain, a rejeté une demande vénézuélienne de 5 milliards de dollars de financement d’urgence que même l’Union européenne soutient.

Deuxièmement, le gouvernement a rapidement mis en œuvre un plan pour contenir la propagation de la maladie. Le 12 mars, un jour avant les premiers cas confirmés, le président Maduro a décrété l’urgence sanitaire, a interdit aux foules de se rassembler et a annulé les vols en provenance d’Europe et de Colombie. Le 13 mars, premier jour, deux Vénézuéliens ont été testés positifs ; le gouvernement a annulé les cours, a commencé à exiger le port de masques dans le métro et à la frontière, a fermé les théâtres, les bars et les boîtes de nuit, et a limité les restaurants à emporter ou à livrer. Il convient de répéter que c’était le premier jour où un cas a été confirmé ; de nombreux États américains n’ont pas encore pris ces mesures. Au quatrième jour, une quarantaine nationale a été mise en place (équivalent à des ordonnances de confinement) et un portail en ligne appelé « Plan pour la Patrie » a été réorienté pour enquêter sur les cas potentiels de COVID-19. Au huitième jour, 42 personnes étaient infectées et environ 90 % de la population se conformait à la quarantaine. Au onzième jour, plus de 12,2 millions de personnes avaient répondu à l’enquête, plus de 20 000 personnes ayant déclaré être malades ont reçu la visite de professionnels de la santé à leur domicile et 145 personnes ont été orientées vers un test de dépistage du coronavirus. Le gouvernement estime que sans ces mesures, le Venezuela compterait 3 000 personnes infectées et un nombre élevé de décès.

Troisièmement, le peuple vénézuélien était en mesure de faire face à une crise. Au cours des 7 dernières années, le Venezuela a vécu la mort d’un leader très populaire, de violentes manifestations de droite, une guerre économique caractérisée par des pénuries et une hyperinflation, des sanctions qui ont détruit l’économie, un coup d’État en cours, des tentatives d’insurrections militaires, des attaques contre les services publics, des coupures de courant, des migrations massives et des menaces d’action militaire américaine. Le coronavirus est un défi d’un autre genre, mais les crises précédentes ont instillé une résilience chez le peuple vénézuélien et renforcé la solidarité au sein des communautés. Il n’y a pas de panique dans les rues ; au contraire, les gens sont calmes et suivent les protocoles de santé.

Quatrièmement, l’organisation de masse et la priorité donnée aux personnes avant tout. Les communes et les communautés organisées ont pris les devants, en produisant des masques, en maintenant le système d’approvisionnement alimentaire CLAP en marche (ce paquet alimentaire mensuel atteint 7 millions de familles), en facilitant les visites de médecins dans chaque maison et en encourageant l’utilisation des masques en public. Plus de 12 000 étudiants en médecine en dernière ou avant-dernière année d’études ont demandé à être formés aux visites à domicile. Pour sa part, l’administration Maduro a suspendu le paiement des loyers, a instauré un gel des licenciements à l’échelle nationale, a accordé des primes aux travailleurs, a interdit aux télécoms de couper le téléphone ou l’internet des gens, a conclu un accord avec les chaînes hôtelières pour fournir 4 000 lits au cas où la crise s’aggraverait, et s’est engagée à payer les salaires des employés des petites et moyennes entreprises. En pleine crise de santé publique – aggravée par une crise économique et des sanctions – la réponse du Venezuela a été de garantir la nourriture, de fournir des soins de santé gratuits et des tests de dépistage à grande échelle, et d’alléger encore la pression économique sur la classe ouvrière.

Le gouvernement américain n’a pas répondu à la demande de l’administration Maduro de faire une exception pour Conviasa Airlines, la compagnie aérienne nationale sous sanctions, afin de ramener à Caracas les Vénézuéliens bloqués aux États-Unis. Étant donné tout ce qui se passe aux États-Unis, où le traitement par COVID-19 peut coûter près de 35 000 dollars et où le gouvernement pèse la possibilité de donner la priorité à l’économie sur la vie des gens, peut-être que ces Vénézuéliens qui attendent de rentrer chez eux comprennent que leurs chances de survivre au coronavirus – tant physiquement qu’économiquement – sont bien meilleures dans un pays qui privilégie la santé aux profits.

(1) au 29 mars, les chiffres de contagion dans la plupart des pays mentionnés par Leonardo Flores ont fortement cru, alors que le Venezuela réussit toujours à « aplatir la courbe » de la progression. On y compte en effet 10 nouveaux cas de Covid-19, ce qui porte à 129 le nombre de patient(e)s atteint(e)s du virus. 87 patient(e)s restent sous surveillance médicale. 3 personnes sont malheureusement décédées mais 39 se sont rétabli(e)s. Près de 20.000 professionnel(le)s de la santé sont déployé(e)s dans tout le pays pour suivre les cas qui ont répondu à l’enquête en ligne du gouvernement. (Note de Venezuelainfos)
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Les étudiants en médecine communautaire intégrale, de la promotion « Helenira Resende », de l’Ecole de Médecine Latino-Américaine (Elam), au Venezuela, ont effectué une autre cycle de visites de dépistage du Covid-19 dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, auprès de la population d’une des zones les plus nécessiteuses de Caracas.
La promotion formée par les jeunes issus des unités productives rurales du Mouvement des Sans Terre ont recueilli les données sur le Covid-19 et répondu aux habitant(e)s qui restent confiné(e)s chez eux en cette période de quarantaine nationale.

Traduction: Bernard Tornare

Source en anglais

Leonardo Flores est un expert politique latino-américain et militant de CODEPINK.

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d’en mentionner  le traducteur, l’auteur et le blog Hugo Chavez.

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Trump veut-il bombarder Caracas comme Panamá en 1989? (par Vijay Prashad, Paola Estrada, Ana Maldonado, Zoe PC / PeoplesDispatch.org)

Attorney-General-William-BarrLors d’une conférence de presse tenue le 26 mars, il était presque comique de constater le peu de preuves fournies par le ministère américain de la justice lorsqu’il a accusé le président du Venezuela Nicolás Maduro et plusieurs dirigeants de son gouvernement de « trafic de stupéfiants ». Les États-Unis ont offert 15 millions de dollars pour l’arrestation de Maduro et 10 millions de dollars pour les autres. « Maduro », a dit le procureur américain Geoffrey Berman sur un ton façon dramatique, « a très délibérément utilisé la cocaïne comme arme ». Des preuves ? Aucune.

Sanctions

Il est surréaliste que les États-Unis – en pleine pandémie mondiale COVID-19 – choisissent de placer leurs efforts dans cette mise en accusation ridicule et sans preuves contre Maduro et d’autres membres du gouvernement. L’argent de la récompense aurait mieux fait d’être versé à l’hôpital surchargé d’Elmhurst, à New York. Des pressions sont déjà exercées sur les États-Unis pour qu’ils réduisent les sanctions non seulement contre le Venezuela mais aussi contre l’Iran (même le New York Times a publié le 25 mars un appel à la fin des sanctions contre l’Iran). L’Organisation Mondiale de la Santé a clairement indiqué que ce n’était pas le moment d’entraver la capacité des pays à importer des biens de première nécessité pour lutter contre la pandémie. Le Secrétaire Général des Nations unies, António Guterres, a appelé à un cessez-le-feu dans les conflits ; ce n’est plus qu’une question de jours pour qu’il fasse une déclaration sur les sanctions. Aujourd’hui, en désespoir de cause, les États-Unis ont tenté de faire glisser le débat, non plus sur le COVID-19 et les sanctions, mais sur le narco-terrorisme.

Interrogé sur ces mises en accusation en pleine pandémie, le procureur général américain William Barr a tenté d’expliquer que la faute n’en incombe pas à Washington mais à Caracas. Il a déclaré, en l’absence de toute preuve, que le Venezuela bloquait l’entrée de l’aide dans le pays. Rien n’est plus faux, puisque le Venezuela a demandé et obtenu du matériel médical et l’envoi de personnel soignant en provenance de Chine, de Cuba et de Russie, ainsi que de l’Organisation mondiale de la Santé. En fait, l’Organisation Mondiale de la santé a fait pression sur les États-Unis pour qu’ils lui laissent plus de liberté pour faire parvenir cette coopération dans le pays – une demande que les États-Unis ont rejetée (les États-Unis ont également rendu difficile pour l’Organisation Mondiale de la Santé l’entrée de matériel médical en Iran). Lorsque le Venezuela s’est adressé au Fonds Monétaire International pour demander l’octroi d’un fond de 5 milliards de dollars – fonds humanitaire sans intérêt ni conditions – pour des achats liés au COVID-19, le gouvernement américain a fait pression sur le Fonds pour qu’il refuse la demande. Mais Barr peut facilement multiplier les contre-vérités : aucun des médias présents à la conférence de presse ne l’a contesté en se basant sur des faits qui sont pourtant clairement dans le domaine public.

Changement de régime

En 1989, les États-Unis ont utilisé l’accusation de trafic de stupéfiants, en particulier de cocaïne, pour entacher la réputation de leur ancien agent, le président du Panama Manuel Noriega. Le même juge Barr est lié à l’invasion du Panama par les Etats-Unis qui massacrèrent 6000 personnes. C’est sur la base de cette accusation et d’une inculpation en Floride que les États-Unis ont finalement envahi le pays, enlevé Noriega, installé la marionnette de Washington à Panama City et jeté Noriega dans une prison de Floride. L’ombre de la manière dont les États-Unis ont traité Noriega plane sur Caracas : les États-Unis vont-ils lancer un raid expéditionnaire sur la base de ce nouvel acte d’accusation ? Ce n’est pas une question théorique. Les États-Unis ont tenté depuis longtemps, et au moins depuis janvier 2019, de déstabiliser et de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro. Le but de cette accusation est tout simplement d’essayer de serrer la vis.

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En 1989, dans l’indifférence mondiale, les Etats-Unis envahirent le Panama, massacrant six mille habitant(e)s des quartiers populaires.

La mise à prix des têtes de Maduro et d’autres dirigeants suggère que le gouvernement états-unien veut frapper d’un coup de massue de style mafieux les dirigeants du Venezuela. Il s’agit là d’une manœuvre très dangereuse de la part des États-Unis. Elle donne essentiellement aux gangsters le feu vert pour tenter de commettre un assassinat à l’intérieur du Venezuela. Le refus d’autoriser Maduro à voyager hors du Venezuela est une violation d’une série de conventions internationales qui priment la diplomatie sur la belligérance. Mais, étant donné la manière illégale dont les États-Unis ont formulé leur stratégie de changement de régime contre le Venezuela, il est peu probable que quelqu’un critique cette décision.

Quelques heures avant l’annonce à Washington, la rumeur a commencé à se répandre que les États-Unis allaient placer le gouvernement du Venezuela sur la liste des « États qui soutiennent le terrorisme » – la plus haute condamnation d’un gouvernement. Mais ils ont dû faire une pause. Cette pause est survenue pour des raisons absurdes. Si le gouvernement américain accusait le gouvernement de Maduro d’être un « État parrain du terrorisme », il reconnaîtrait tacitement que le gouvernement de Maduro était bien le gouvernement du Venezuela. Depuis l’année dernière, l’une des tentatives de déstabilisation a consisté à nier que le gouvernement de Maduro était le gouvernement légitime du Venezuela, voire à nier qu’il s’agissait d’un quelconque gouvernement. Il serait impossible de dire que le gouvernement Maduro était un « État qui soutient le terrorisme » sans reconnaître qu’il s’agit du gouvernement du Venezuela. Les États-Unis ont donc dû garder la main, pris au piège par leur propre logique.

Pendant ce temps, le gouvernement américain n’ose pas prendre des mesures contre ses alliés dans les principaux pays producteurs et trafiquants de drogue que sont la Colombie et le Honduras. L’ancien président colombien et actuel membre du Sénat Álvaro Uribe Vélez est en ce moment impliqué dans plus de 270 affaires judiciaires en Colombie, avec des accusations d’écoutes illégales, de crime organisé, d’assassinats sélectifs et de disparitions forcées. Uribe et les membres de sa famille ont des liens avérés avec le groupe paramilitaire Bloque de Antioquia, responsable de milliers d’assassinats de civils colombiens et profondément impliqué dans le trafic de stupéfiants. Uribe et son protégé Iván Duque ont une relation étroite avec le gouvernement états-uniens et ont été la pierre angulaire et l’allié de divers plans d’intervention contre le Venezuela.

L’actuel président du Honduras, Juan Orlando Hernández, a été impliqué dans l’affaire intentée par un tribunal fédéral de New York contre son frère Antonio Hernández. Les procureurs ont affirmé que le président avait reçu 25.000 dollars de pots-de-vin de la part de trafiquants de drogue qui ont été utilisés pour sa campagne présidentielle de 2013.

La déclaration publiée par le ministère américain de la justice se lit comme un thriller, tant le manque de preuves amène à la comparaison avec la fiction. Elle énumère des noms et des accusations, fait constamment référence au « narco-terrorisme » et affirme que le gouvernement vénézuélien veut « inonder » les États-Unis de cocaïne. Il faudrait un effort surhumain d’aveuglement pour croire à ces divagations et délires sans fondement. Mais le problème est que le peuple vénézuélien doit prendre cela au sérieux, car il s’agit d’un renforcement de la belligérance du gouvernement des États-Unis. Le peuple vénézuélien est conscient d’une situation de type panaméen. Il est difficile de les blâmer. C’est le bilan du gouvernement des États-Unis.

Le commentaire du secrétaire général de l’ONU selon lequel les cessez-le-feu sont à l’ordre du jour étant donné la pandémie mondiale devrait s’appliquer à la guerre hybride des États-Unis contre le Venezuela. Elle doit s’arrêter maintenant. C’est l’heure de la réconciliation et de la compassion, pas celle de la masculinité toxique et de la guerre.

Vijay Prashad est historien, rédacteur et journaliste indien. Il est collaborateur de rédaction et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017).
Paola Estrada fait partie du Secrétariat de l’Assemblée Internationale des Peuples et est membre du chapitre brésilien des Mouvements de l’ALBA (Coordination continentale des mouvements sociaux vers l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique).
Zoe PC est journaliste à Peoples Dispatch et fait des reportages sur les mouvements populaires en Amérique latine.
Ana Maldonado fait partie du Frente Francisco de Miranda (Venezuela).

Source: https://peoplesdispatch.org/2020/03/26/as-the-world-tackles-the-covid-19-pandemic-the-us-raises-the-pressure-on-venezuela/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

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