« Les gens ne rejettent pas le modèle d’inclusion sociale, ils veulent qu’il fonctionne »

mujer constructora en CCS.pngUne récente étude de la firme privée de sondages vénézuélienne Hinterlaces, indique que « pour plus de 70% des vénézuéliens le pays est sur une mauvaise voie. Les principaux problèmes sont d’ordre économique, en particulier les problèmes d’approvisionnement d’aliments et de médicaments, l’inflation, avec l’insécurité qui préoccupe beaucoup (1) ». Pour le sociologue Oscar Schemel, président d’Hinterlaces « la guerre économique a fait que l’opposition diffuse des post-vérités, des évènements, des circonstances qui génèrent une angoisse et une névrose, qui visent un débordement social, qui obligent les gens à rejeter les facteurs qui causent la névrose. Cependant le chavisme, même s’il n’est pas une force électorale majoritaire, reste la première option politique : ceci s’explique par le fait qu’au cours de ces dernières années le pays s’est reconfiguré socialement, politiquement et symboliquement. La force électorale majoritaire n’est pas l’opposition mais le mécontentement. Les gens ne rejettent pas le modèle d’inclusion sociale, mais veulent qu’il fonctionne. Le champ économique devrait être primordial pour le gouvernement s’il veut rétablir une dynamique forte en termes de communication »

Sur la base des enquêtes récemment menées par Hinterlaces (2), Oscar Schemel fait remarquer que « l’opposition ne possède pas de force symbolique, n’a pas de puissance de mobilisation par elle-même, manque de réponses, de solutions, de propositions et de projet politique à part le renversement du gouvernement actuel et la reprivatisation de l’économie. Elle manque de discours, de messages, de codes originaux et s’est finalement montrée très faible dans la bataille de la subjectivité. Certes elle tire bénéfice des erreurs et des errements dans la politique économique du gouvernement bolivarien mais les gens ne votent pas pour l’opposition. Le vote sert à punir, à montrer son désaccord sur une gestion économique déterminée. L’opposition n’arrive pas à se constituer en alternative. C’est le contraire avec le chavisme qui reste aujourd’hui la force socialement, politiquement et symboliquement la plus significative du pays : sa capacité de récupération est importante”. (2)

Autre élément intéressant selon Oscar Schemel: « l’existence de secteurs du centre politique qui s’identifient avec la proposition du modèle d’inclusion sociale, qui est celle de la révolution bolivarienne : la justice sociale , l’égalité et sur le plan économique l’économie mixte, une société avec un État fort et un marché ; un modèle où coexistent différentes formes de propriété et où le rôle fondamental de l’État est de conduire le développement économique et de reconnaître l’entreprise privée comme faisant partie de la solution.

En ce sens la société vénézuélienne se meut vers le centre. Il ne s’agit pas tant d’un « centre indépendant » que d’un centre chaviste. Le secteur des « ni-ni » s’estompe et en ce moment le pays se meut au centre politique du chavisme, ce qui est différent. En d’autres termes il n’y a pas d’effet de pendule du socialisme vers le néolibéralisme, nous restons dans une configuration politique, sociale, symbolique et culturelle qui reste influencée par le discours de Hugo Rafael Chávez Frías”.campo

Le dialogue, ajoute Schemel, est non seulement nécessaire mais urgent, indispensable, il est vital. Les conséquences d’un non-dialogue ne bénéficie qu’aux grandes puissances, au narcotrafic et aux bandes criminelles. Il est important de le comprendre. L’opposition doit reconnaître que le chavisme est une réalité et de son côté le chavisme doit reconnaître que l’opposition existe. Des deux côtés doit exister la compréhension qu’il est impossible d’écraser l’autre, qu’une conciliation est nécessaire, qu’il est possible d’élaborer un programme commun ».

« L’opposition doit négocier avec des conditions minimales de stabilité et de gouvernabilité, mais le fera-t-elle depuis Miami, ou depuis CNN? Il lui faut négocier avec le chavisme parce que celui-ci représente une force sociale, symbolique et politique, il a une présence réelle dans les quartiers populaires, dans les esprits et dans la conscience politique de l’État” conclut le président d’Hinterlaces. (3)

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Notes :

  1. « Tout comprendre sur l’inflation et les pénuries », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/29/venezuela-tout-comprendre-sur-linflation-et-les-penuries/ et « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander », http://wp.me/p2ahp2-1J7
  2. « Les surprises des sondages privés au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/16/les-surprises-des-sondages-prives-au-venezuela-avril-2017/
  3. Propos extraits de l’interview accordée au journaliste de la télévision publique VTV Jorge Amorin par le président d’Hinterlaces Oscar Schemel sur la base des dernières enquêtes publiées par Hinterlaces : http://hinterlaces.com/schemel-con-amorin-plano-economico-es-clave-para-recomponer-hegemonia/

Traduction : Thierry Deronne

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La droite vénézuélienne ou l’échec de la cocotte-minute

José Roberto Duque

Suite à l’annonce du Conseil National Electoral convoquant à une Assemblée Nationale Constituante et aux élections régionales (1), l’aile la plus dure de la MUD (coordination de la droite vénézuélienne) a annoncé par la voix de Freddy Guevara et Lilian Tintori que son plan d’action basé sur l’agitation et la violence suivra son cours ! Guevara a utilisé une expression qui met à nu tous les dessous de l’échec annoncé de son plan subversif: « augmenter la pression jusqu’à ce que Nicolas Maduro s’en aille ».

A des fins de brève analyse nous allons supposer, même si c’est imaginaire, que Freddy Guevara et la MUD ont le pouvoir de maîtriser la pression sociale ou le mécontentement populaire. Au pire et dans l’immédiat, ça n’aura d’incidence que sur une infime partie de l’action des groupes violents surgis ici ou là sur le territoire vénézuélien au cours de ce mois-ci. Mais à moyen terme il faudra bien mettre publiquement sur la table le rôle des groupes ou éléments qui ont réellement le contrôle des actions des mercenaires et des nombreux criminels actuels ou en puissance qui réclament l’extermination des chavistes ou qui travaillent déjà à cette fin.

D’après la deuxième loi de la thermodynamique, vous ne pouvez pas maintenir ni augmenter la quantité de chaleur dans un système clos, sans une valve d’échappement qui permette de libérer l’excès de chaleur, sinon c’est tout le système qui va exploser, et cela de façon totalement aléatoire et imprévisible. En ignorant que cette simple loi de la nature vaut aussi pour la vie quotidienne ou sociale, on s’expose à des désastres : par exemple les cocottes minutes explosent parce que la valve d’échappement dysfonctionne ; autre exemple encore : les relations de couples, quand elles tournent en vase clos, terminent au pire par des coups ou au mieux par la haine entre les 2 protagonistes ; entre nous : pourquoi Machin ou Machine prétendrait-il garder sous stricte surveillance nuit et jour son conjoint, sans que ce(tte) dernier(e) ne puisse s’échapper ne serait-ce qu’une nuit en solitaire pour boire, danser, se promener ou pourquoi pas baiser (au final des amours clandestins et fugaces ne font-ils pas office de valve d’échappement?) ? Si tu as décidé de contrôler et de cadenasser, alors prépare-toi à l’explosion…

Venons-en au fascisme qui se déchaîne actuellement au Venezuela : si l’on veut avoir la maîtrise de la cocotte-minute (les anti-chavistes qui piaffent d’en découdre pour détruire et tuer) on doit d’abord s’assurer que le couvercle est sous contrôle. On doit être capable de libérer suffisamment de chaleur, mais sans que toute la vapeur ne parte complètement de la marmite sinon l’énergie y perdrait de sa force. Trois options, donc : ne pas libérer la pression, alors la marmite explose et vous emporte ; libérer trop de pression, mais il ne reste plus d’énergie pour arriver à ses fins; enfin la laisser filtrer par un orifice trop petit, et c’est encore l’explosion qui vous dévaste. Ce phénomène vaut aussi pour notre corps quand on doit libérer l’énergie d’une rage terrible ou d’un malaise via l’exercice physique ; certains libèrent cette charge en donnant des coups (à un mur ou à une personne) ou en buvant en excès…

Pour synthétiser :

1. L’énergie libérée durant un mois de marches, de barricades, d’actions et de sabotages a abouti à ce que la violence de la protestation citoyenne se soit finalement canalisée et ait diminué en puissance. On a conduit les citoyens à réaliser des actions et des tâches éprouvantes et surtout stériles . Et le gouvernement n’est toujours pas tombé comme on le leur avait promis ! Ils se résignent alors en se repliant sur leur vie, mais drainent leur haine de manière virtuelle à travers les réseaux sociaux.

2. Pour compenser cette fuite massive de gens (et donc d’énergie), qui comprennent finalement qu’ils ne peuvent pas passer leur vie à incendier, marcher sans fin ou agresser des policiers, les soi-disant dirigeants du fascisme ont activé un plan B qui consiste en l’activation de groupes d’agitateurs ou de délinquants, payés par leurs soins. C’est une des raisons pour laquelle les actes de vandalisme sont chaque fois plus violents mais moins suivis par les citoyens ordinaires.

3. La piètre gestion de l’énergie destructrice de l’anti-chavisme a abouti à ce que les manifestations de rue aient pris une direction autre que celle qu’avaient planifiée les chefs de la MUD : les brigades des défenseurs de la liberté dont ils rêvaient n’existent décidément pas ; à la place sévissent des bandes de délinquants qui rackettent, qui s’attaquent aux citoyens d’un bord politique ou de l’autre en les lynchant de façon indiscriminée, et qui détruisent les biens publics sans raison.

4. Ce n’est pas la construction ou la concrétisation d’un projet politique qui a servi de combustible à la mobilisation d’un secteur de la population mais la simple haine personnelle contre les chavistes. Comme la haine laisse des traces, la conséquence en est l’émergence de tendances criminelles y compris chez des gens qui ne s’imaginaient jamais commettre des crimes, ou se complaire dans l’idée d’assassiner. Si vous observez bien, vous détecterez partout des gens qui se croient bons et purs appelant à lyncher des chavistes ou à les ficher pour les exterminer ensuite : (extrait d’un échange de messages via Facebook)

« A l’attention de  Indira, Estefania, Oscar y Angel, administrateurs du groupe : Avec tout le respect qui vous est dû, je demande à travers ce message que vous considériez ou soumettiez aux votes l’expulsion des chavistes et des opposants du groupe, car ils en perturbent la sérénité et le bon fonctionnement. Les habitants de cette commune, leurs enfants et quiconque lutte pour le changement méritent d’être dans un groupe sans qu’ils soient taxés d’être vendus au gouvernement, et pour que ce qui s’est passé hier ne se reproduise plus. J’espère que ma proposition ne vous dérange pas et si vous deviez la refuser, je la respecterai et je chercherai un autre moyen pour que les habitants de San Antonio puissent s’exprimer librement sans risquer d’être poursuivis par le régime. Je comprends que vous n’êtes pas d’accord avec l’exclusion et que vous préconisiez l’union, mais avec les chavistes il ne peut pas y avoir d’union tant qu’ils tuent ou emprisonnent nos jeunes. Cordialement. PS : ceux qui appuient ma demande qu’ils le manifestent avec un « j’aime » et postent un commentaire. Commentaire de Javier Leon : Avant d’éliminer les crevures et les chavistes, il faut noter leurs coordonnées pour aller les débusquer quand le narco-régime tombera… »

En termes strictement tactiques, si le fascisme vénézuélien était dans une université virtuelle pour suivre un cours d’insurrection et se présentait à l’examen pour la matière « laboratoire insurrectionnel », il serait recalé ! Techniquement les fascistes font ce que doivent faire tous les agitateurs qui ne comptent pas avec le soutien majoritaire de la population : créer des foyers de violence sur des points sensibles (paroisse caraquègne de El Valle, état de Tachira, ouest de Barquisimeto, route Panamericana, sud de Valencia) avec pour objectif de provoquer une grande quantité de gens afin de les inciter à s’unir à la protestation, ou au moins au saccage et à la destruction. Mais les résultats ne sont pas ceux qui étaient attendus. Bonne exécution de l’expérience mais très mauvais contrôle des composants actifs !

Vous pouvez générer la « mère des perturbations » dans l’intercommunalité de El Valle avec à peine 50 agitateurs ; mais si vous ne ralliez pas 5 000 personnes supplémentaires, vous et vos 50 agitateurs vous vous fatiguerez et le lendemain El Valle aura retrouvé le calme. A ce jour, l’effet domino escompté ne s’est toujours pas produit. Pourquoi cela ? Parce que El Valle ce n’est pas seulement ces hauts édifices que vous apercevez quand vous passez à 140km/h sur l’autoroute; c’est une communauté gigantesque dont 99% de la population ignore ou refuse les invitations ou les provocations à manifester faites par les jeunes minets de la bourgeoisie.

Témoignage personnel. Le 23 mai dernier, à Barquisimeto, alors que je venais de me procurer des pièces de rechange automobiles et que moi et mes camarades nous nous apprêtions à sortir par l’ouest de la ville, nous nous sommes trouvés face à des « barricades » (ils appellent ainsi tout monticule, poubelle brûlée ou tas de gravats qui empêchent les véhicules de passer). Pour trouver une autre voie de sortie vers Quibor, nous avons dû revenir en ville, dans les secteurs les plus pauvres des faubourgs de la ville. Afin d’éviter les « barricades » érigées par ces individus qui avaient pris possession de l’avenue principale de sortie, on suivait donc une caravane de véhicules qui traversait ces gigantesques communautés que sont Cerrito Blanco, Valle Dorado. Au début on sentait que les gens jouaient avec nous, en nous indiquant des chemins erronés, puis ils ont finalement décidé de collaborer et de nous aider, et de simples panneaux de signalisations en carton indiquant la direction de « Quibor » sont alors apparus.

Si ces communautés étaient vraiment engagées et solidaires avec le plan visant à paralyser la ville et le pays tout entier afin de porter à la présidence de la République Guevara, Ramos Allup ou Maria Corina, leur détermination aurait été telle qu’elles auraient vraiment bloqué toutes les rues et peut-être même elles en auraient profité pour détrousser les étrangers perdus qui passions pour la première fois par là.

De tout cela on peut en tirer la conclusion qu’il n’y a au final qu’une minorité engagée dans des projets macro-politiques (autant de notre côté que de l’autre bord politique) ; en face une énorme masse populaire est lassée de tant de gesticulations qui au lieu d’apporter des solutions, rendent plus chaotique la vie des gens. Les barricades et les manifestations apportent certes leur lot d’émotion, mais vraiment quelle plaie, ces chevaliers à la triste figure qui nous invitent comme peuple à défendre une cause qui n’est pas celle des vénézuéliens.

Notes

  1. Lire Venezuela : en route vers l’élection de l’assemblée constituante, les régionales et les présidentielles

Source : http://misionverdad.com/columnistas/presion-como-no-hacerla-estallar

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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La faute à Maduro ?

Marco Teruggi 

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Manifestation chaviste à Caracas, mai 2017

Le 19 avril 2013, lorsque Nicolas Maduro a prêté serment en tant que président, nous sûmes que le pire était passé. La tentative de coup d’état commencée le 14 au soir n’avait pas triomphé. Elle s’était soldée par 11 assassinats, l’attaque de locaux du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) et de Centres de Diagnostic Intégral, par l’agression de dirigeants, par la violence telle une trainée noire. Il s’agissait de la première des quatre tentatives de coup d’état que l’on allait affronter en quatre ans. Actuellement, nous vivons la quatrième. Elle est en plein déroulement.

Le Venezuela de ces jours-là vivaient une superposition de temps : le deuil suite au départ de Chavez –les dix jours d’obsèques avec des millions de personnes-, Maduro et sa victoire électorale de justesse, les souvenirs de l’épopée d’octobre, la résistance devant les appels à la haine de Capriles Radonsky. Tout restait à voir, au bord de l’incertitude, l’histoire était ouverte comme bien peu souvent.

Il faut commencer par les attaques et le répéter : quatre tentatives de coup d’état en quatre ans. La première en avril 2013, la seconde en février/mars 2014, la troisième en octobre 2016, la quatrième en mars/avril 2017. Oui, il le faut, car comme le disait Rodolfo Walsh, c’est la réaction de l’ennemi qui donne la mesure de nos réussites. Cet ennemi n’a cessé d’attaquer. Et le calcul n’est pas exact : il y a bien eu quatre tentatives d’insurrection. Mais le coup d’état en tant que tel a été permanent, d’usure, prolongé et, plus qu’un coup d’état, il s’est agi d’une guerre.

Ils n’ont pas laissé Maduro gouverner, disait l’autre jour une dame dans une manifestation.

Rien de plus vrai. Pas un seul instant.

Il convient de le souligner. Car dans le bilan provisoire de ces années en cours, le facteur impérialiste a été le point névralgique : le Venezuela a été et est la cible numéro un du continent. L’anti-impérialisme devrait avoir constitué un point d’accord entre les gauches et les progressismes pour défendre le Venezuela. Il ne l’a pas été. Nombreux sont ceux qui lui ont lâché la main ces derniers temps, reflet de la désinformation, du purisme, de l’opportunisme, réaction de repli devant les pronostics d’échec- mieux vaut prendre de la distance pour ne pas y être associé. C’est dans les moments les plus difficiles que la révolution s’est trouvée la plus isolée. En particulier Nicolas Maduro, accusé par beaucoup d’avoir mené à la banqueroute le processus de transformation qui avait fait rêver une génération, accusé de ne pas avoir pu assumer l’héritage. Des accusations dues –qu’on le veuille ou non- à la tactique de la droite qui a eu pour objectif de concentrer tous les maux sur les épaules de Maduro, de le mettre sur la croix, de le ridiculiser et de le vouer aux cendres de l’histoire.

Maduro a été l’homme à abattre depuis le jour de sa victoire.

***

Il a assumé parce qu’il avait été élu à la majorité, et il s’était présenté parce qu’Hugo Chavez avait indiqué qu’il en serait ainsi. Il a endossé l’écharpe présidentielle du processus qui condensait tout ce qu’il y avait de plus avancé dans les expériences transformatrices de cette époque, et il affrontait en même temps des difficultés et des erreurs qui venaient des années précédentes- il faut chercher la genèse de ces tendances dans l’étape qui commence en 2006. Il convient de le faire remarquer : nombres des problèmes auxquels a dû faire face le gouvernement mené par Maduro venaient d’avant. Des problèmes que Chavez lui-même avait signalés le 20 octobre 2012 dans le discours du « Coup de Gouvernail ». Il fallait corriger le cap, ceci se trouvant synthétisé dans l’expression « commune ou rien ».

Il prit la présidence avec cette ligne directrice stratégique. Il le fit à la tête d’une architecture de gouvernement héritée, un nœud économique historique qui n’avait pas été résolu- ni plus ni moins que la dépendance de la rente pétrolière- un mouvement de masse national, et un ennemi qui n’attendit pas pour tenter de lui porter un coup violent à l’estomac afin de la faire tomber. Mais il n’est pas tombé.

Il est resté à la tête de l’État et il a fait face. Le problème consiste à vouloir analyser ces quatre années uniquement à partir de sa figure, comme si un processus politique pouvait s’expliquer au travers d’un seul homme. Il s’agit là d’une erreur d’analyse, d’un angle politique posé par la droite, d’une erreur de communication d’un secteur du chavisme qui voulut –et il faut insister sur ce point- construire l’épopée de Maduro en laissant dehors tout le reste, en le qualifiant artificiellement. Ces lignes se rejoignirent et contribuèrent à le rendre seul administrateur/coupable. C’est ainsi que sont passés au second plan : des acteurs populaires, des médiations politiques, des mouvements sociaux, des contradictions propres à une tentative de transition, des intérêts de classe opposés à l’intérieur du chavisme, des logiques de manœuvre du pouvoir au niveau de la direction, la dispute pour le pouvoir, des figures telles que celles de la bureaucratie et des traitres, la situation géopolitique, des contre-offensives nationales et impériales.

La simplification s’est traduite par l’équation suivante : la révolution dépendait de Chavez et des prix du pétrole. Une fois mort le premier et en chute libre le second, le processus s’est épuisé.

Les clés de la (non)analyse ainsi posées, la partie était perdue d’avance. Il n’y avait rien à faire. Le problème, c’est que non seulement les données sont inexactes –le profond désapprovisionnement avait commencé des mois avant la chute des prix du pétrole, raison pour laquelle le lien entre les deux n’est pas direct- mais que tout le reste se réduit à un simple spectateur. Les classes populaires, celles-là mêmes qui les 12 et 13 avril 2002 avaient été les protagonistes du retour de Chavez, sont devenues passives : elles n’ont pas de conscience, d’expérience organisatrice, de luttes avec l’État, elles sont dépouillées de leur capacité politique.

Au lieu de voir le bien et le mal chez Maduro, il est plus correct de considérer celui-ci comme l’une des parties importantes de la direction civico-militaire du processus de transformation. Il n’est ni victime d’un siège qui ne le laisserait pas gouverner –vieille thèse presque mythologique- ni acteur tout-puissant.

***

Le madurisme n’existe pas. Maduro s’est lui-même chargé de le répéter. Sa figure a fait partie de la stratégie de communication de la droite et des secteurs opportunistes qui faisaient partie du chavisme. Avec cette opération, il s’agit d’instaurer une rupture, de l’accuser de vouloir créer son propre courant qui aurait trahi l’héritage historique, voilà bien ce dont il est question. Cela implique que des chavistes puissent revendiquer leur identité chaviste et s’opposer en même temps à l’actuel gouvernement, façon d’attirer des votes à droite.

Ce qui existe, c’est la révolution vénézuélienne. En son sein, et dans sa conduite, ceux qui ont pris le plus de place sont ceux qui ont choisi de céder du pouvoir à ceux qui ont provoqué les attaques contre cette même révolution. C’est cela la lutte de classes interne, un débat nodal qui est posé. C’est une partie du tout. Il en existe beaucoup d’autres : des secteurs qui construisent des communes, des mouvements sociaux locaux, des transferts de ressources vers des expériences organisées, des usines récupérées qui tentent de nouvelles formes de production, plus d’1 500 000 mille logements livrés en six ans, une résolution collective face aux problèmes de l’alimentation, des expériences miliciennes etc. C’est une trame complexe qui ne peut se réduire à Nicolas Maduro – de la même façon qu’elle ne pouvait se réduire à Hugo chavez.

Quel serait le paramètre pour évaluer sa gestion à la tête de l’État ? Comme l’indiquait Chavez, ce serait fonction –pour y réfléchir en termes socialistes- de si les mesures de gouvernement prises ont contribué à la consolidation d’un « mode substantiellement démocratique, de contrôle social, d’autogestion générale ». Chavez citait, dans ce cas-là, Istvan Meszaros. Selon cette perspective, on peut citer en faveur de Maduro l’augmentation des communes sous son mandat, et la constitution des Conseils Présidentiels de Gouvernement Populaires, comme des outils concrets de co-gouvernement. Dans quelle situation se trouvent aujourd’hui ces éléments ? L’analyse doit incorporer non seulement l’élément « volonté » du président, mais aussi la maturation –ou non- des forces populaires/communales, l’action du PSUV, les politiques des ministres, les logiques dans lesquelles sont mis les ministres –davantage en fonction des quotas de pouvoir que d’après leur ligne politique- les tensions avec les gouverneurs et autres etcétéras, qui font la complexité du cœur du projet chaviste : la construction de la société et de l’Etat communal. Si l’on n’a pas assez avancé, est-ce la faute de Maduro ?

On pourrait évaluer sa gestion selon d’autres perspectives. L’une d’elle est celle d’être parvenu à éviter les scénarios de violence que la droite a tenté de construire lors de chacune des quatre insurrections. La paix a été une victoire : lutter contre cette guerre a été de la maintenir dans des limites démocratiques- il serait nécessaire de débattre sur les limites de fait de la démocratie en des temps de guerres hybrides. Maduro a dirigé cette paix. En tant que président de la République et en tant que leader du chavisme. Aujourd’hui, 19 avril, il se trouve à nouveau devant ce défi. Lui et tout le mouvement.

Il lui est revenu de gouverner dans le pire des contextes. Avec le soulèvement de la contre-révolution, le pétrole à des prix bas, la corrélation de forces inversées au niveau du continent, et les démons non résolus du chavisme en tension constante. Vue, après coup, la question serait : qui pourrait l’avoir mieux fait ? Bien que cette question soit un piège car elle conforte implicitement la thèse selon laquelle cela dépendrait d’une seule personne. La révolution a son propre labyrinthe, et pour défendre Maduro on pourrait poser une autre question : il a fait ce qu’il a fait durant ces quatre années, mais qu’ont fait ceux qui devraient radicaliser le processus, renforcer son développement socialiste ? Pourquoi ceux qui voient la transformation en un État fort qui réalise des accords avec le patronat en maintenant des politiques sociales  ont-ils occupé tant d’espace?

Quatre ans plus tard, il est nécessaire d’approfondir de manière intégrale les clés de résolution des principaux défis, reconnaître et débattre des réussites et des limites du président qui n’est qu’une partie de la direction, projeter les avancées qui permettraient de résister aux attaques putschistes et construire les outils de transition vers le socialisme. On ne doit pas demander à Maduro de faire ce que d’autres devraient faire. Et une fois encore, il faut le dire : il est indispensable de serrer les rangs autour de lui. L’unité du chavisme est une condition pour envisager la victoire. Cette unité signifie aujourd’hui reconnaître son leadership. Le reste c’est apporter de l’eau à un autre moulin. Or, il n’existe que deux moulins.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/04/20/la-culpa-es-de-maduro/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Venezuela: tout comprendre sur l’inflation et les pénuries

Dans deux récents articles nous avons étudié comment « Le Monde » d’avril et mai 2017 a fait passer une insurrection de l’extrême droite au Venezuela pour une « révolte populaire » et imputé à ce qu’il appelle un « régime » les assassinats commis par la droite (1). Ce média use de ce procédé depuis le début des tentatives de déstabilisation en 2013. Le mensonge corollaire, tout aussi gros, que propage « Le Monde » à l’unisson de la Sainte Alliance médiatique, c’est la « crise-humanitaire-comme-faillite-de-la révolution-bolivarienne ».

La méthode est simple : faire passer les effets pour les causes. Les images de files d’attente interminables, de rayons vides dans les supermarchés, de manque de médicaments, d’inflation galopante, de marché noir endémique… qui servent à la droite locale et internationale de justification à une intervention extérieure ne sont pas, en effet, la « faillite d’un modèle socialiste » mais la conséquence d’une guerre ouverte du secteur privé – 80 % de l’économie – contre la révolution bolivarienne. Une déstabilisation sociale, économique et politique savamment orchestrée que le Chili de Salvador Allende a subie en 1973, et face à laquelle le Président Nicolas Maduro a décrété l’état d’urgence économique en mai 2016, comme le prévoit la Constitution.

A rebours de l’effet-pour-la-cause et des « décryptages » superficiels repris en boucle par les médias occidentaux, nous proposons une synthèse de l’analyse détaillée sur les causes des difficultés économiques et sociales auxquelles le Venezuela Bolivarien est confronté depuis 2003, réalisée par Pasqualina Curcio Curcio, professeure de sciences économiques à l’Université Simon Bolivar, et publiée dans un document intitulé « Pénuries et inflation au Venezuela » (20/12/2015). Précisons que depuis cette publication, la tendance est à l’amélioration progressive de l’approvisionnement, bien que les prix des denrées restent élevés. Cette hausse constante des prix par le secteur privé est contrée de diverses manières par le gouvernement : par la hausse à répétition du salaire minimum légal, un effort de productivité nationale dans l’agriculture et la distribution massive d’aliments hautement subventionnés aux secteurs populaires à travers le réseau national des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production).

L’économiste Pascualina Curcio Curcio

LES PENURIES AU VENEZUELA : MYTHES ET REALITE

Pasqualina Curcio Curcio

Pour le dire simplement, la théorie économique admet qu’une pénurie survient lorsque l’offre se contracte et n’arrive plus à faire face à la demande ou bien lorsque la demande augmente mais l’offre n’arrive pas à suivre ou pire encore lorsqu’on observe simultanément une contraction de l’offre et une augmentation de la demande.

Une contraction de l’offre au Venezuela ?

En théorie, une contraction de l’offre peut s’expliquer tant par une baisse de la production nationale que par une baisse des importations des biens que l’économie nationale n’est pas en mesure de produire ; les deux facteurs peuvent là encore se combiner. Les pénuries recensées au Venezuela peuvent-elles s’expliquer par ces facteurs ?

Entre 2003 et 2013, le pays connaît une période de croissance économique et de baisse du taux de chômage (passant de 18% à 8%).

On ne peut en outre établir aucun lien de corrélation entre l’évolution du PIB et le niveau de pénuries puisqu’à titre d’exemple, on observe une forte hausse des pénuries sur la période 2006-2007 bien que la production augmentait sur cette même période et, au contraire, on note une diminution des pénuries entre 2008 et 2011 alors même que la production chutait (période de récession mondiale). Les pénuries étant principalement alimentaires, on ne peut cependant établir aucun lien empirique entre Produit Intérieur Brut Agricole et le niveau de pénurie puisque le PIBA est soit à la hausse soit stable sur la période observée.

A ce stade, on peut donc dire que ce n’est pas une chute de la production vénézuélienne qui explique les pénuries qui affligent le peuple et l’économie du Venezuela. Les causes de ces pénuries seraient donc peut-être à chercher du côté des importations… Le Venezuela n’ayant pas encore atteint l’autosuffisance dans de nombreux domaines, il importe un grand nombre de biens et services. Mais là encore, l’indice des importations exprimé en dollars US est en forte augmentation entre 2003 et 2013 et aucun lien de corrélation ne peut être établi avec le niveau de pénurie. Par exemple, entre 2006 et 2007, on observe une hausse de 25% de l’indice de pénurie concomitante avec une hausse de 39% des importations ! Entre 2008 et 2009, une forte chute des importations coïncide en revanche avec une baisse des pénuries…

Concernant les produits alimentaires importés, on obtient un résultat surprenant d’un point de vue théorique : on enregistre au même moment une augmentation des pénuries et une augmentation des importations de produits alimentaires (exprimés en dollars US) et lorsque les importations baissent, les pénuries baissent ! Les pénuries des produits tant alimentaires que non-alimentaires ne sont donc pas non plus liées à une baisse des importations !

Étant données ses caractéristiques de pays mono-exportateur de pétrole, l’octroi de devises étrangères de la part de l’État au secteur privé importateur est une nécessité.

Une partie de l’opposition vénézuélienne reproche au gouvernement vénézuélien de ne pas mettre à disposition assez de devises étrangères aux entreprises privées importatrices. Or, entre 2003 et 2013, c’est une augmentation de plus de 440% du nombre de devises étrangères mises à disposition par l’État.

Sur l’ensemble de la période étudiée (2003-2013) et en dépit de la forte diminution entre 2009 et 2010 (récession mondiale), la mise à disposition de devises étrangères au secteur privé n’a jamais été inférieure à son niveau de 2004. Il est important de le relever puisque 2004 correspond à l’année où l’on enregistre le niveau de pénurie le plus bas sur l’ensemble de la période 2003-2013 !

Les pénuries n’ont donc pas grand-chose à voir non plus avec une mise à disposition insuffisante de devises étrangères au secteur privé importateur de la part de l’État.

A ce stade, voici ce que l’on observe :

– Les niveaux de production mesurés par le PIB et le PIBA, ont augmenté en moyenne de 75% et 25% respectivement entre 2003 et 2013 ;

– Le total des importations exprimées en dollars US et, plus spécifiquement, les importations de denrées alimentaires ont augmenté en moyenne d’un peu moins de 390% et d’un peu plus de 570% respectivement entre 2003 et 2013 ;

– Le nombre de devises étrangères attribuées au secteur privé importateur a augmenté en moyenne d’un peu plus de 440% entre 2003 et 2013 ;

– L’indice de pénurie, quant à lui, a pourtant augmenté en moyenne de 38% sur la même période.

Ce n’est donc pas du côté de la contraction de l’offre que l’on peut expliquer les problèmes de pénurie auxquels le monde du travail vénézuélien est confronté.

Une explosion de la demande que l’offre n’arrive pas à juguler ?

L’autre piste à étudier est donc l’hypothèse d’une explosion de la demande que l’offre ne serait pas en mesure de satisfaire. Il faudrait, pour confirmer cette hypothèse, vérifier une hausse de la consommation finale des ménages et de l’État plus forte que la hausse de la production et des importations. Nous observons bien une hausse de la consommation tant intermédiaire que finale entre 2003 et 2013 mais le taux de croissance moyen de l’indice de consommation reste toujours inférieur au taux de croissance moyen de la production et des importations.

Mais même lors du pic de pénurie en 2006, la production et les importations augmentent plus vite que la consommation. Les pénuries ne trouvent manifestement pas leurs origines ici non plus.

A ce stade, il n’est pas possible d’établir de lien entre le niveau de pénurie, le niveau de production et des importations et l’indice de consommation au Venezuela. La question demeure entière : comment se fait-il que les biens produits au Venezuela ou importés ne finissent pas dans les rayons des supermarchés vénézuéliens ? On comprend dès lors que les pénuries qu’endure un grand nombre de Vénézuéliens s’expliquent par d’autres facteurs.

Accaparement, importations fantômes et contrebande : les vraies causes des pénuries

Une analyse plus fine des importations au Venezuela nous montre très nettement une augmentation des importations exprimées en dollars US bien plus forte que l’augmentation des importations exprimées en kilogrammes bruts à partir de 2003. Entre 2003 et 2013, le Venezuela importe moins de biens et services malgré un plus grand nombre de devises étrangères mises à dispositions du secteur privé par l’État pour l’import.

On observe d’ailleurs le même phénomène concernant les seules importations de denrées alimentaires…

Si cet octroi croissant de devises étrangères au secteur privé importateur ne sert donc pas à importer davantage de biens et services et satisfaire la demande, où ces devises s’évaporent-elles ?

Comme on l’a vu, le secteur privé importateur dispose de toujours plus de devises étrangères pour importer et qu’il importe toujours moins de biens et services, il est intéressant de confronter ce phénomène à l’évolution des stocks de numéraire et dépôts à l’étranger du secteur.

On observe bien une augmentation de plus de 230% du stock de numéraire et dépôts détenus à l’étranger par le secteur privé vénézuélien entre 2003 et 2013.

On comprend qu’une part croissante des devises étrangères accordées par l’État pour l’import est en réalité directement placée à l’étranger. On parle notamment d’importations « fantômes ». Fausses factures, transfert d’argent liquide non déclaré aux douanes et autres combines plus ou moins élaborées ne manquent pas. C’est une véritable fuite de capitaux !

Mais le placement à l’étranger d’une partie des devises étrangères destinées à l’import ne peut expliquer pas à lui seul, les pénuries. Certains secteurs privés se livrent en effet à un véritable accaparement, c’est-à-dire qu’ils accumulent et stockent massivement des marchandises de même espèce en vue de provoquer leur raréfaction artificielle.

D’ailleurs, les caractéristiques des biens pour lesquels on recense les principales pénuries ne trompent pas : les pénuries concernent principalement des biens et non des services ; Biens facilement stockables et non périssables : denrées alimentaires (pâtes, lait en poudre, sucres, …), produits d’hygiène personnel, produits d’hygiène, etc ; Biens de première nécessité pour les foyers (de nombreuses pénuries recensées parmi les 20 aliments les plus consommés par le Venezuela) et biens intermédiaires indispensables pour la production de biens et services (pièces de rechange, moteurs de voiture, etc.) ; Biens principalement produits, importés ou distribués par des monopoles et oligopoles privés : farine de maïs, farine de blé, sucre, huile, … Pénuries recensées principalement dans le commerce de détail : un restaurateur se procurera plus facilement de la farine de blé qu’un consommateur final.

Les biens accaparés par ces oligopoles et monopoles privés sont ensuite déversés sur des marchés parallèles : marché noir local et surtout commerce de contrebande à la frontière avec la Colombie.

Les pénuries ne sont donc pas le résultat d’un effondrement de la production nationale et/ou d’une baisse des importations consécutive à une baisse des devises étrangères accordées par l’État

Les causes réelles des pénuries recensées au Venezuela sont donc dans l’ordre :

– Importations « fantômes » : Diminution des importations malgré un octroi croissant de devises étrangères au secteur privé importateur qui place à l’étranger une part des devises attribuées pour l’import

– Accaparement sélectif de biens de première nécessité

Commerce de contrebande

Les acteurs économiques qui se livrent à ce genre de pratiques frauduleuses poursuivent bien entendu des intérêts économiques puisqu’ils réalisent de juteux profits mais l’appât du gain n’est pas la motivation principale : ce sont des intérêts principalement politiques qui sont poursuivis. En effet, force est de constater que les pics de pénuries coïncident avec des événements politiques majeurs tels que des rendez-vous électoraux et des épisodes de forte tension politique : « coup d’état pétrolier » (2003), référendum constitutionnel (2007), campagne et élection présidentielles (2012-2013).

Les biens qui sont l’objet de pénuries ne sont d’ailleurs pas choisis au hasard comme on l’a vu, il s’agit de produits de première nécessité : médicaments, aliments de base, pièces de rechange, produits d’hygiène…

Cette déstabilisation socio-économique qui se traduit par une déstabilisation sociale, vise le monde du travail, cœur de l’électorat chaviste alors que les classes aisées sont épargnées (http://www.telesurtv.net/opinion/Ejecutivo-vasco-muestra-supermercados-de-la-clase-alta-en-Caracas-no-falta-nada-20160529-0004.html). Les manifestations les plus visibles de cette déstabilisation sont bien entendu les files d’attente à l’abord des supermarchés vénézuéliens à l’effet médiatique et psychologique dévastateur ; les images étant abondamment diffusées par les médias et les réseaux sociaux du monde entier.

Toutes les composantes de l’opposition sont d’ailleurs mobilisées puisque les médias d’opposition tant locaux (majoritaires au Venezuela) qu’internationaux participent également à l’opération de déstabilisation en mettant en place de vastes campagnes médiatiques destinées à générer une psychose et une peur de manquer au sein de la population. A l’image de ce qui s’est passé en France lors de la grève des raffineries de pétrole contre la Loi « Travail » (mai 2015), certaines pénuries sont le résultat de pics de demande momentanés consécutifs à la psychose et la peur de manquer générées par les médias.

Au Venezuela, ce sont notamment les couche-culotte et le lait en poudre qui en ont fait les frais. Ces pénuries très ciblées ne sont donc pas le résultat d’une soi-disant « faillite» du modèle économique vénézuélien. Ces pénuries sont l’instrument et le résultat d’opérations savamment orchestrées de déstabilisation économique et sociale motivés par des intérêts essentiellement politiques.

LA MANIPULATION DE LA MONNAIE, LEVIER PRINCIPAL DE LA GUERRE ECONOMIQUE

Dollar parallèle et inflation

Le deuxième problème qui mine l’économie du pays est le taux d’inflation. L’indice des prix à la consommation révèle deux points d’inflexion en 2007 puis en 2012 pendant lesquels l’augmentation de l’indice des prix s’envole (prix de base 1997) :

La théorie économique admet que l’indice des prix dépend du total de la demande : une augmentation de la demande a pour conséquence une inflation des prix. Les monétaristes retiennent, en revanche, que l’inflation dépend de la masse de liquidité monétaire en circulation : une plus grande masse de liquidité monétaire stimulera la demande surtout sur le court terme, ce qui engendrera une hausse des prix.

Cependant, au Venezuela, la fixation des prix n’est pas simplement déterminée par le niveau de la demande et la masse des liquidités en circulation car il existe une variable additionnelle qui rentre en ligne de mire: le taux de change du marché « parallèle » des devises. Pasqualina Curcio-Curcio établit grâce à ses calculs que l’indice des prix est déterminé à hauteur de 70% par le dollar parallèle et par le niveau de la demande à hauteur de 30% seulement.

Le taux de change parallèle sert donc non seulement de base de référence pour la fixation des prix du marché souterrain (ou « noir » si l’on préfère) mais également pour la fixation des prix dans l’économie « réelle » par un effet-en-chaîne : il suffit de quelques secteurs établissent leur prix en fonction du taux de change du dollar parallèle pour que l’ensemble des secteurs suivent le pas.

Ce taux de change parallèle fait office de base de référence pour l’ensemble des agents économiques, y compris les agents économiques qui n’ont pas de pouvoir de marché et qui ne peuvent se constituer en monopole ou oligopole : petites entreprises, petites exploitations agriculteurs, petits commerçants, etc…

Une manipulation délibérée de la monnaie

Pasqualina Curio-Curio démontre que les critères de calcul du taux de change n’obéissent à aucune règle logique connue et que par conséquent, la valeur du dollar parallèle est tout à fait fictive. Le taux de change du dollar parallèle, publié quotidiennement sur internet, est fixé arbitrairement

Cette fixation arbitraire du dollar parallèle correspond donc à une manipulation du taux de change de la monnaie qui constitue le principal levier de la guerre économique livrée au Venezuela. D’abord, l’inflation induite a pour conséquence directe une perte du pouvoir d’achat du monde du travail qui les contraint à une recomposition du panier des dépenses donnant la priorité aux biens de première nécessité, au transport et à la santé. L’effet en chaîne est la baisse de la demande des biens et services de « seconde nécessité », ce qui provoque une baisse de la production et une montée du chômage. Par ailleurs, le marché parallèle du dollar constitue une incitation aux « importations fantômes » avec les conséquences économiques et sociales que l’on sait : des pénuries source douloureuses pour la population. En effet, l’échange de devises sur le marché parallèle est plus rentable que l’importation de biens et services.

Dès lors, un cercle vicieux entre inflation/pénurie /maximisation des profits du secteur importateur s’installe : le financement de la guerre économique revient moins cher aux importateurs et la guerre économique s’avère être pour eux une affaire plus juteuse que d’importer.

Publié le 26 Mai 2017 par Bolivar Infos

Traduction : Françoise Lopez

Notes :

(1) Voir « Comment « Le Monde » invente « la répression » au Venezuela, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-invente-la-repression-au-venezuela/

et « Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’état, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

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L’opposition paie des enfants pour les enrôler dans ses violences

ninosg-680x510Au Venezuela, la base militante de la droite voit s’éloigner l’objectif promis par ses dirigeants de chasser par la force le président Maduro et commence à se lasser de sacrifier des journées de travail ou de commerce. Ceci explique l’affaiblissement de sa participation aux manifestations – où sa propre violence se retourne parfois contre elle (des militants de droite en ont assassiné d’autres). Pour les leaders de l’opposition le problème est de maintenir les conditions d’une intervention extérieure et d’alimenter les médias internationaux en images de morts. Ils sont donc contraints de maintenir en activité des foyers de violence notamment en faisant donner directement les paramilitaires colombiens, en sous-traitant des pillages par la pègre locale ou en payant des mercenaires de tout âge… C’est ce que vient de révéler la journaliste Madeleine García de Telesur, en diffusant des interviews d’enfants utilisés par la droite pour les manifestations violentes organisées dans les quartiers riches de Caracas.

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Madelein Garcia, correspondante de TeleSur au Venezuela. @madeleintlSUR

Madelein Garcia

Des chaussures, des vêtements, de la nourriture, des confiseries, de l’argent ; ils me donnent de tout” raconte un des enfants. “C’est pour les aider”. Le “travail” consiste à “leur passer les munitions : pierres, essence, tout”. Il indique également qu’ils élaborent les boucliers, masques et casques qu’on observe dans les confrontations violentes avec la Police et la Garde Nationale Bolivarienne. Un autre des mineurs d’âge explique qu’ils l’ont payé jusqu’à 50 mille bolivars pour une journée de « travail », en plus de cadeaux en vêtements et en chaussures. “ça me paraît bien et en même temps cela me paraît mal, les gens se tuent et le pays s’enfonce”. Quand on lui pose la question de si ce sont des membres de l’opposition ou du chavisme qui le payent, il répond : l’opposition.

Rubén Darío Molina, vice-ministre des Relations Extérieures du Venezuela a annoncé ce jeudi le dépôt d’une plainte à l’UNICEF, appuyée par de nombreux témoignages verbaux et du matériel vidéo et photo, sur cette utilisation d’enfants – garçons et fillettes – dans des violences, avec toutes les conséquences que cela implique.

Source : http://albaciudad.org/2017/05/en-video-entregan-dinero-ropa-y-zapatos-a-ninos-para-colaborar-con-las-protestas-violentas/

Traduction : Thierry Deronne

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« Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’État

Dès les premiers jours de l’insurrection de la droite vénézuélienne, Paulo Paranagua (du journal français « Le Monde ») avait tenté de donner un visage humain aux « enfants de Pinochet ». Le 14 avril 2017, une interview complaisante nous campe Julio Borges, un des leaders de l’extrême droite, en sympathique combattant pour la démocratie qui ne rêve que d’« élections libres » et, la main sur le cœur, jure ne pas vouloir de coup d’état.

Un double mensonge pourtant facile à démonter. En ce qui concerne les élections, le Venezuela va vivre d’ici mars 2018 pas moins de trois scrutins majeurs : celui de l’Assemblée Constituante en juillet, celui des gouverneurs et parlements régionaux en décembre et last but not least, la présidentielle de mars 2018, sans assurance de victoire pour les chavistes. (1)

Quant au serment de Julio Borges de ne pas vouloir de putsch, rappelons qu’il fut un des acteurs publics du coup d’État sanglant mené en avril 2002 contre le président Chavez, avec la complicité du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Un coup d’État déjoué en 48 heures par un soulèvement conjoint de la population et de militaires loyalistes. Dans les années qui ont suivi, Wikileaks a révélé les liens de Borges avec le Département d’Etat et le versement de millions de dollars à son parti à travers des ONG financées par les États-Unis au Venezuela. (2)

Julio Borges (à gauche) avec la crème de l’extrême droite et du patronat, lors du coup d’État appuyé par les télévisions privées contre le président Chávez en avril 2002.

Mais la honte pour le « journaliste » du « Monde » est que ce mensonge a été démonté par… Julio Borges lui-même, désarçonné le 19 mai par le célèbre journaliste et présentateur britannique Stephen Sackur, lors du programme non complaisant HardTalk de BBC World. (3)

Publier de larges extraits de cette interview nous semble important dans la mesure où il est très rare que des questions gênantes soient posées en France à l’opposition vénézuélienne.

Dans cette interview, Borges nie toute responsabilité dans la mort des plus de 60 personnes provoquée par les violentes manifestations que lui et son parti ont dirigées au Venezuela. Il admet ouvertement qu’il appelle les Forces Armées à refuser d’obéir aux ordres de leur Commandant en chef, et qualifie de « propagande » les accusations de soutien à la tentative de coup d’état contre Hugo Chavez en 2002, les liens de son parti avec les États-Unis et les millions de dollars qui lui sont parvenus par la voie d’ONG financées par ce pays. Il affirme que lors de la réunion avec le Vice président des États-Unis, Mike Pence et avec le conseiller à la Sécurité Nationale de ce pays, H.R. McMaster il n’a fait que « demander leur soutien ».

Extrait de l’interview.

le journaliste de la BBC Stephen Sackur

Stephen Sackur : (…) En tant que leader politique responsable (vous êtes le Président de l’Assemblée Nationale et un des dirigeants du parti Primera Justicia) , n’avez-vous pas une certaine responsabilité? Quand on voit l’effusion de sang, et – comme vous le faites remarquer vous même- le fait que de nombreuses victimes son des étudiants et des gens très jeunes, n’avez-vous pas la responsabilité de dire aux manifestants de votre Parti et des autres formations que cela suffit, que l’effusion de sang et le prix à payer sont trop élevés ?

Julio Borges : Oui, mais notre responsabilité, Stephen, c’est d’apporter la démocratie, la paix et la liberté au pays. Nous vivons dans un Venezuela qui n’est qu’une mauvaise copie de Cuba ; il n’y a pas de droits au Venezuela, il n’y a pas de nourriture, il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas d’opportunités. Des milliers de jeunes quittent le Venezuela pour chercher un avenir dans d’autres pays. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit politique au Venezuela mais un affrontement vital, existentiel et de valeurs. Parmi les gens qui participent aux marches dans la rue, on y retrouve des personnes de tous horizons : des jeunes, des vieux, des politiques, des activistes, des chômeurs, absolument de tous horizons. C’est donc tout le peuple qui est contre Maduro ; ce n’est pas un simple affrontement politique.

SS. Oui, mais pensez vous réellement que ces protestations vont faire partir Maduro du pouvoir? C’est ce que demandent les manifestants –« Maduro doit partir » – clament-ils – mais il n’y a aucun signe du départ de Maduro.

JB. Nous luttons pour une série de valeurs, nous n’avons pas le temps et nous n’avons pas d’autre façon de lutter pour la liberté, la justice, la démocratie. Vous devez vous rappeler, Stephen, que c’est le coup d’état réalisé par Maduro contre le Parlement qui est à l’origine de tout cela. Il est presque parvenu à annuler le Parlement, mais tout le monde est descendu dans la rue pour défendre la démocratie, défendre la séparation des pouvoirs, le système de contrôles et d’équilibres, défendre le droit de vote, le droit à une économie libre ; c’est pour cela que nous sommes dans une lutte très profonde au Venezuela, avec un gouvernement qui n’a pas la moindre intention de proposer un calendrier démocratique; pour le peuple vénézuélien il n’existe pas d’autre voie que la lutte dans les rues, et le peuple est prêt à lutter pour son pays.

SS. Mais les vénézuéliens ont aussi le sens de l’histoire, et ils se rappellent qu’en 2014, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour essayer de lui faire quitter le pouvoir, en disant que ces élections avaient été truquées. Mais Maduro a fait face aux manifestants et est sorti vainqueur. On peut aussi rappeler les événements de l’année dernière, quand vous et beaucoup de vos camarades avez réclamé un référendum révocatoire ; vous croyiez que vous pourriez faire tomber Maduro, mais une fois de plus il s’est maintenu, et moi je vous dis une fois de plus que selon toute probabilité cette fois encore Maduro se maintiendra.

JB. Oui, mais nous avons un atout. La communauté internationale sait parfaitement que le gouvernement de Maduro est une dictature, et que le peuple vénézuélien est en position de force, ce n’est pas une minorité, mais une majorité énorme. Presque 80 ou 85% du peuple est convaincu que Maduro doit quitter le pouvoir, car il a perpétré un coup d’état au Venezuela.

SS. Mais Julio Borges, vous savez qu’en démocratie on ne gère pas le gouvernement par des enquêtes mais par des élections. Il ne faut pas oublier, que cela vous plaise ou non, que Nicolas Maduro a un mandat électoral, il a gagné les élections présidentielles après le décès de Chavez en 2013, et son mandat est prévu jusqu’en 2018 : c’est ce qui est prévu.

JB. Oui mais regardez, on doit gouverner en respectant la Constitution, et la Constitution stipule que l’an dernier nous aurions dû organiser des élections pour les gouverneurs, et Maduro a refusé. Nous aurions dû avoir un référendum révocatoire et Maduro l’a empêché ; nous aurions dû avoir des élections régionales et Maduro les a empêchées. Alors il ne peut pas y avoir une Constitution pour Nicolas Maduro et aucune Constitution pour le peuple vénézuélien. C’est là que se trouve le nœud du problème.

Au Venezuela nous n’avons aucune constitution, il n’y a que la volonté de Maduro, et c’est lui qui décide si nous avons ou non des élections. Ce n’est pas juste, ce n’est pas cela la démocratie. Et nous luttons précisément pour une voie démocratique au Venezuela.Nous luttons pour apporter la constitution dans la vie politique, alors que Maduro lutte en dehors du cadre de la constitution,. Nous nous luttons à l’intérieur de la constitution. C’est une différence énorme, nous luttons pour la démocratie, Maduro lutte pour la violence.

SS. Bien, mais Maduro dit que vous (et il vous a nommé, vous, Julio Borges en personne) êtes l’auteur intellectuel des coups d’état ; que ce que vous voulez en fait c’est un coup d’état, et je dois dire qu’un de vos commentaires récents stipule : « il est temps que les hommes en vert, c’est-à-dire les Forces Armées, sortent de leur silence ». Est-ce que cela signifie que vous voulez dire, implicitement, que vous souhaitez une situation où les forces de sécurité vénézuéliennes, et les Forces Armées en particulier refusent d’obéir aux ordres ?

JB. Ce que nous demandons aux Forces Armées du Venezuela c’est justement qu’elles aident le peuple vénézuélien, pas l’opposition, mais le peuple, pour garantir l’ordre constitutionnel et démocratique au Venezuela.

SS. Excusez-moi mais les Forces Armées au Venezuela doivent obéir aux ordres du Commandant en Chef, le Président du pays. Je ne comprends pas en quoi suggérer que vous souhaitez une mutinerie de toutes les Forces Armées du Venezuela puisse être constitutionnel.

JB. Non, parce qu’il existe une différence énorme entre un Commandant en Chef qui agit en tant que chef du gouvernement vénézuélien et Maduro, qui agit et donne des ordres aux Forces Armées en tant que chef d’un parti politique. Ce que nous ne voulons pas c’est une Force Armée avec une couleur politique, qui soit à l’intérieur d’un parti politique, c’est là que se trouve le vrai problème. Nous voulons une Force Armée constitutionnelle et indépendante. C’est là que se trouve le fond du problème. Nous n’appelons pas les Forces Armées à entrer dans l’opposition, mais nous voulons qu’elles répondent aux institutions démocratiques au Venezuela et non aux partis politiques ; c’est Maduro qui a montré sa couleur politique au Venezuela.

SS. Une question très simple, à laquelle il faut répondre par oui ou non. Vous appelez bien les Forces Armées dans la rue, celles là même qui ont contrôlé les manifestations en ouvrant le feu parfois contre les manifestants, à refuser d’obéir aux ordres ?

JB. Oui, tout à fait. Je pense que chaque agent qui viole les Droits de l’Homme au Venezuela doit réfléchir avec sa conscience, il n’est pas supportable qu’un gouvernement non démocratique puisse donner des ordres contre les gens, surtout quand les protestations ont lieu de façon aussi pacifique, simplement pour demander des élections. C’est complètement disproportionné que les jeunes qui manifestent pour une solution pacifique, à savoir un vote, doivent faire face à la répression du gouvernement qui nie les Droits de l’Homme, allant même jusqu’à les faire comparaître devant la juridiction des Forces Armées, ce qui est contraire à la Constitution et contraire aux Droits de l’Homme. Nous devons donc faire appel à la conscience et lutter pour une solution qui respecte des Droits de l’Homme au Venezuela et non pour la répression

SS. D’accord, mais le problème c’est que vous avez des antécédents. – comme Maduro et ceux du gouvernement le rappellent souvent- à savoir que vous avez soutenu la tentative de coup d’état militaire contre Hugo Chavez en 2002. Et grâce aux informations publiées par Wikileaks dans les années qui ont suivi, nous savons que votre parti a des liens avec les États-Unis et que des milliers, voire même des millions de dollars ont été versés à votre parti à travers des ONG financées par les États-Unis. Et par conséquent, beaucoup à l’intérieur du régime disent que vous n’êtes qu’un agent des États-Unis, c’est-à-dire de la puissance impériale.

JB. Tout ceci n’est que de la propagande, et il existe une façon très facile de le vérifier : entrons dans un processus électoral pour que le peuple décide si je suis ou non un agent de la puissance impérialiste, ou si je suis à même de diriger le Venezuela. Nous devons laisser le peuple décider, par la voie des élections, quel futur il veut pour le Venezuela. Et je suis convaincu que le mouvement politique que nous avons créé avec tant de jeunes dirigeants, est aujourd’hui même le choix et l’avenir que le Venezuela veut pour que le pays soit un pays moderne. C’est très facile : permettez au peuple de voter, et laissez- le décider quel type de Venezuela il veut. C’est Maduro qui refuse cette solution.

SS. Le 5 mai, me semble-t-il, vous avez rencontré le Vice-président (des États Unis) Mike Pence et le conseiller de la Sécurité Nationale, H.R. McMaster. Vous avez bien demandé à ces deux messieurs une aide nord-américaine, et vous leur avez demandé d’aller au-delà de sanctions individuelles, et vous leur avez bien demandé des sanctions économiques contre le pays en tant qu’entité n’est-ce pas?

JB. Bien sûr que non. Impossible. Nous sommes en train de mettre au point dans toute l’Amérique, et surtout en Amérique Latine, un groupe ou une équipe de pays qui pourraient aider le Venezuela. Nous avons parlé avec les présidents du Panama, du Pérou, de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique et ils sont tous très inquiets pour le Venezuela car ce pays ne représente pas seulement un problème local, mais un problème régional. Nous demandons l’appui de la communauté internationale et de la communauté latino-américaine pour proposer un programme démocratique ici au Venezuela, et l’objectif de ce programme c’est de permettre au peuple de voter. C’est très clair, seul le vote peut apporter une solution.

SS. Mais le problème c’est que, tout au long de cet entretien, vous avez parlé comme si l’opposition était unie, alors que l’opposition est très loin d’être unie. Il existe 21 partis politiques. Par exemple, vous, en tant qu’individu, vous avez un passé de divisions et de disputes avec des dirigeants de l’opposition, et franchement, la plupart du temps, les membres de l’opposition vénézuélienne se sont battus dans leur propre camp, comme des rats dans un sac. Pour quelles raisons les gens à l’extérieur, sans parler des vénézuéliens, croiraient, que s’il y avait des élections, et si vous parveniez à les gagner, vous pourriez gouverner de façon cohérente, dans la mesure où vous êtes divisés ?

JB Excuse moi, Stephen, mais ce n’est pas vrai. Je suis le Président du Parlement, et Président d’un Parlement qui compte 14 partis politiques dans sa coalition, et nous sommes très fiers de ce que nous avons construit ensemble. Il n’y a pas eu une seule élection où nous ayons présenté plus d’un candidat présidentiel. Il n’y a eu que deux candidats aux élections : un candidat de l’opposition et un candidat du Gouvernement. Nous avons une plate-forme unique, avec un seul message pour la campagne. Nous avons un système de règles pour les élections au travers du référendum et des élections primaires, et une seule position.

(…)

SS. Si vous le permettez, j’ai été au Venezuela, comme vous devez le savoir, j’ai parlé avec toute sorte de gens dans différentes parties du pays, des gens de conditions économiques différentes, depuis les quartiers aisés où vous vivez, jusqu’aux quartiers les plus pauvres, où vivent les chavistes les plus loyaux et les plus radicaux. L’impression que j’ai eue c’est que beaucoup de gens en veulent à Maduro, mais qu’il existe encore un noyau central qui appuie le socialisme et la Révolution Bolivarienne, et il me semble que si vous parvenez à faire partir Maduro, vous courez le risque de déclencher un conflit, et même une guerre civile au Venezuela. Êtes vous prêt à courir ce risque ?

JB. Je ne suis pas d’accord avec cette vision. D’abord parce que les chavistes habitent dans certaines des parties les plus riches de la ville.

SS. Je ne parle pas des membres du Gouvernement, mais des gens du peuple, et certains pensent que c’est grâce à Hugo Chavez qu’ils peuvent avoir une maison, un emploi et une situation économique meilleure que celle qu’ils avaient avant, quand votre classe, M. Borges, était au pouvoir au Venezuela dans les années 80 et au début des années 90.

JB. A cette époque, excusez–moi je n’avais que 20 ans. Mais ce que je peux dire, c’est que maintenant, ces gens savent que Maduro a détruit ce que Chavez avait construit, et à l’heure actuelle, les bases chavistes et pro-Maduro ne représentent que 10 ou 12% de la population, et nous savons que nous pouvons avoir un futur gouvernement qui intègre ces personnes dans un nouveau Venezuela ; un Venezuela uni. Donc je ne vois pas où est le problème ni les raisons pour un affrontement, puisque qu’il n’existe pas de position symétrique entre les deux parties, mais une situation très claire : l’opposition contre Maduro. Nous parlons de 90% de la population qui est contre Maduro, pas de la moitié de la population, c’est pourquoi je ne vois aucun risque à poursuivre la voie de la démocratie et du rassemblement (en cela vous avez raison), un discours politique très rassembleur pour unifier tout le pays.

Traduction : Pascale Mantel

Notes

(1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/venezuela-en-route-vers-lelection-de-lassemblee-constituante-les-regionales-et-les-presidentielles/

(2) https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

(3) http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd

 

Source : http://albaciudad.org/2017/05/julio-borges-bbc-world-stephen-sackur-hardtalk/

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« Le président qui parlait aux vaches » ou comment les médias transforment un président élu en « dictateur »

Au cours d’un meeting de sa campagne présidentielle en 2013, le candidat Nicolas Maduro était passé par une analogie historique pour illustrer la bataille entre le socialisme bolivarien et la menace d’une revanche néolibérale. Il avait évoqué la tragédie historique de la bataille de Macarapana (1567) où les espagnols avaient réussi à diviser et à monter les peuples indigènes les uns contre les autres, pour mieux écraser ensuite leur résistance : «Cette bataille de 1567, nous pourrions l’appeler la bataille de la trahison. Si la droite gagnait, ce serait comme si la malédiction de cette bataille retombait sur nous mais nous n’allons pas permettre que cela se reproduise». Dans « Le Monde » du 7 avril 2013, cela devint :

«Maduro agite la menace d’une malédiction sur les Vénézuéliens

Le Monde.fr avec Reuters | 07.04.2013 à 05h23

Candidat à l’élection présidentielle au Venezuela, Nicolas Maduro a affirmé samedi 6 avril qu’un sortilège vieux de plusieurs siècles s’abattrait sur ceux qui ne lui apporteraient pas leur voix le 14 avril . «Si quelqu’un parmi le peuple vote contre (moi), il vote contre lui-même et la malédiction de Macarapana s’abattra sur lui, a mis en garde le président par intérim, dauphin désigné par Hugo Chavez lui-même avant sa mort d’un cancer en mars.»

Les perruques poudrées qui s’ennuyaient à Versailles se délectaient déjà en observant les fous de Charenton ou les sauvages emplumés des Indes Galantes de Rameau, ces êtres lointains, fanatiques, dont la magie menace notre raison. «Eux les barbares, nous les civilisés» : retour du journalisme français à la case coloniale.

Le journal mexicain La Jornada du 18 mai 2017, sous la plume de Luis Hernandez Navarro, démonte à l’aide d’exemples plus récents  le besoin constant de ces grands médias de sédimenter une image donnée pour qu’elle devienne peu à peu « vérité », même si cette image est déconnectée du réel. Exemple récent : lors d’une visite à l’exposition de producteurs nationaux installée à Fuerte Tiuna à Caracas, Nicolas Maduro a échangé quelques propos avec un groupe d’ouvriers agricoles qui gardaient le bétail : « Je voudrais que des porte-paroles, des leaders et des producteurs du secteur agricole fassent partie des prochains députés de la Constituante.« .. Mais selon les informations parues dans la presse, c’est… aux vaches qu’il aurait parlé.

El Pais

Le quotidien espagnol El Pais « informe » ses lecteurs : c’est aux vaches que Maduro a parlé de l’assemblée constituante, « réforme grâce à laquelle il espère se maintenir au pouvoir » (sic)….

Les médias ont malignement fait semblant d’ignorer l’existence des ouvriers agricoles auxquels s’adressait la Président et rapporté qu’il expliquait la méthode de l’Assemblée Constituante au bétail. « Aberrant, Maduro parle aux vaches« , affichait par exemple la une d’un journal du Costa Rica.

Cette histoire de manipulation médiatique peut prêter à rire, mais d’autres indignent davantage. Ainsi du cas du jeune joueur de violon alto Armando Canizales, 17 ans, assassiné le 3 mai dernier lors d’une manifestation. Armando avait appris la musique dans l’emblématique Ensemble National des Orchestres de Jeunes et d’Enfants du Venezuela. « Ils ont tué un jeune de 17 ans pendant que Maduro dansait« , a twitté le député de droite Freddy Guevara qui, quelques heures auparavant, encourageait des jeunes à être téméraires face à la police. L’opposition vénézuélienne a dénoncé que la mort de Canizales avait été causée par une bombe lacrymogène lancée par la police. La presse internationale donna un large écho à cette version. Pourtant elle était fausse. Le journal catalan La Vanguardia, très critique à l’égard du gouvernement vénézuélien, a reconnu que les tirs venaient des manifestants de droite eux-mêmes, comme l’enquête l’a démontré. (1)

Dans leur majorité, ces histoires d’assassinats d’opposants de la main de leurs propres compagnons ainsi que l’exécution de sympathisants de Nicolas Maduro et de membres des forces de l’ordre sont ignorées par la majorité des agences de presse et des médias internationaux qui s’appliquent, en revanche, à répandre la fable selon laquelle la violence en cours dans ce pays est l’œuvre de la répression gouvernementale à l’encontre de manifestants pacifiques.

Pour comprendre l’origine et la nature de la violence vécue au Venezuela, il faut partir d’un constat vérifiable : une stratégie insurrectionnelle de la droite et de ses soutiens étrangers y est en cours, dans l’objectif de renverser la Présidence démocratiquement élue de Maduro, en fomentant une division dans l’armée et un éventuel coup d’état, en renforçant l’isolement international de ce pays, et en envisageant même de commanditer une intervention étrangère. Dans le cadre de de cette stratégie internationale, la plupart des grandes chaînes d’information manipulent sans vergogne l’information qu’elles diffusent, occultant le niveau de soutien réel apporté par d’amples secteurs de la population au Gouvernement et en faisant l’impasse sur la violence de l’opposition.

C’est dans ce cadre qu’il faut faire passer pour un fou autocrate le Président Maduro, celui-qui-parle-aux-vaches.

Autre cas récent : Euronews, à propos du cas d’un homme noir lynché et brûlé vif par l’extrême droite parce qu’il « ressemblait à un chaviste ». Les vidéos et témoignages abondent, les preuves sont irréfutables, et pourtant Euronews sème le doute : « Cet homme, poignardé, frappé, et grièvement brûlé, est toujours en vie aujourd’hui mais les partisans de Nicolas Maduro tiennent pour responsables les militants de l’opposition. » Et d’enfoncer le clou: « Le Président vénézuélien n’a lui-même pas hésité à lancer des accusations (…) ». Il suffit pourtant de s’informer un minimum pour se rendre compte que cet homme a été victime de la violence des militants de droite, qui l’ont pris pour un partisan du gouvernement. (2)

Comme c’est le cas depuis plusieurs semaines dans toute la presse dominante, Euronews évoque les « manifestations de l’opposition de plus en plus durement réprimées » et indique que « 48 personnes sont mortes depuis début avril ». Après avoir évoqué la répression des manifestations par les forces de police, le lien logique est naturel… mais sournoisement trompeur. 7 victimes sur 60 sont décédées en conséquence de bavures des membres de forces de l’ordre, ces derniers ont été arrêtés et jugés pour ces crimes, les autres victimes étant le résultat direct ou indirect des actions violentes provoquées par l’opposition.

Euronews rectifiera-t-il cet article ?

 

Merci à F.B. pour la traduction de l’article de La Jornada, réalisée pour le Blog Venezuelainfos.

Source : http://www.jornada.unam.mx/2017/05/18/opinion/025a1pol

NOTES :

  1. « Comment « Le Monde » invente la « répression » au Vénézuéla, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-invente-la-repression-au-venezuela/
  2. « La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne/

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« Affaires sensibles » sur Hugo Chávez et la « fermeture » de RCTV

par Nils Solari, mercredi 24 mai 2017

La crise économique, sociale et politique que traverse le Venezuela depuis plusieurs années fait l’objet, en France, d’un traitement médiatique fortement marqué par des partis-pris souvent unilatéraux qui altèrent gravement l’information. Nous y reviendrons. Mais, de même que nous nous sommes toujours gardés d’opposer à la propagande anti-Chávez une contre propagande, que l’on ne compte pas sur nous pour nous ranger dans un camp contre l’autre en lui accordant un soutien inconditionnel, comme le font de nombreux médias hostiles au gouvernement actuel. Ce sont l’exactitude et la qualité de l’information qui nous importent avant tout.

L’objet de cet article est très limité : il vise simplement à relever une désinformation persistante et significative sur un épisode de la « révolution bolivarienne ».

En ce 18 mai, l’émission de France Inter « Affaires sensibles », animée par Fabrice Drouelle [1] était consacrée à « Hugo Chávez et la révolution bolivarienne ». S’il ne s’agit pas, ici, de revenir sur le contenu de celle-ci dans son ensemble, il convient tout de même de souligner la perpétuation d’un mensonge qui, décidément, a la vie longue…

Tout auditeur de France Inter a probablement eu l’occasion d’entendre au moins une fois la promotion de l’émission « Affaires sensibles », dans laquelle son animateur annonce fièrement : « Quand l’histoire éclaire l’actualité »…

En ce jour, Fabrice Drouelle se proposait donc de nous éclairer, à la lumière de l’histoire, sur « Hugo Chávez et ses 14 années d’expérience socialiste. ». L’ambition n’est pas des moindres, puisque, comme le rappelait la page de présentation du programme, il s’agissait de « […] tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé durant ces 14 années de « Chavisme » et d’expérience socialiste. L’objectif est que chacun puisse se faire sa propre idée et se forger sa propre conviction ! »

Évidemment, prétendre revenir sur 14 années de régime, voire même sur ce qui les a précédées sur le plan historique, en moins d’une heure est une gageure, que même un journaliste mieux renseigné et plus consciencieux que Fabrice Drouelle, aurait du mal à soutenir. On notera, par exemple, que l’événement tragique du « Caracazo » [2], qui explique pourtant en partie comment un outsider comme Chavez a pu arriver au pouvoir quelque neuf ans après, a malheureusement été négligé… Mais passons.

La question qui nous intéresse particulièrement, c’est lorsqu’il est fait mention de la politique en matière de médias menée par l’ancien chef d’État vénézuélien. Dans cette perspective, nous ne pouvions faire autrement que de relever ce passage (à 31’44 du podcast) :

« En l’espace de quelques mois, sous l’impulsion du président Chávez, le Venezuela prend un virage socialiste radical. Malgré la contestation populaire, le gouvernement décide d’imposer plusieurs mesures fortes, à la symbolique politique non moins forte : d’une part, un contrôle des médias, on notera la fermeture d’une chaîne de radio-télé dont la ligne éditoriale faisait, selon les chavistes, le jeu de l’opposition […] » .

Du « contrôle des médias », l’auditeur avisé de France Inter ne saura pas grand-chose, si ce n’est la mention de la « fermeture d’une chaîne de radio-télé  » . Cette chaîne dont il est question et que Fabrice Drouelle ne prend pas le soin de nommer, c’est RCTV (Radio Caracas Télévision). Or, comme nous l‘avions expliqué ici-même, RCTV n’a pas été « fermée » par Chávez. Sa concession n’a tout simplement pas été renouvelée ! Et le motif n’était pas simplement que « la ligne éditoriale faisait, selon les chavistes, le jeu de l’opposition », mais, comme le rappelait Le Figaro – que l’on peut difficilement suspecter de « chavisme » –, du 26 mai 2007, que « pendant des années, la chaîne a ouvertement conspiré contre le président en place en relayant les appels à renverser le régime. Lors du coup d’État du 11 avril 2002, le canal [RCTV ndlr] annonçait qu’Hugo Chávez avait démissionné et accepté que le dirigeant du patronat local, Pedro Carmona, assure l’intérim à la tête de l’État. En réalité, le président était maintenu au secret dans une île au large du Venezuela par des militaires putschistes. »

On peut lire, sur la page Internet de l’émission de France Inter, cette observation d’une grande sagesse : « Une chose est sûre : la personnalité et les idées d’Hugo Chávez suscitent toujours un vif débat parmi les intellectuels que ce soit en France ou à l’étranger. Et bien souvent, ce débat engendre avec lui dans la presse ou sur les plateaux télévisés des raccourcis historiques ou des amalgames maladroits  ».

Et à France Inter : « raccourci historique » ou « amalgame maladroit » ?
Nils Solari

 Notes
[1Auquel nous avions consacré un article, au moment où son émission se substituait à celle de Daniel Mermet sur les ondes de la radio publique.
[2« Le Caracazo ou sacudòn est l’ensemble de manifestations et d’émeutes survenues le 27 février 1989 à Caracas, la capitale du Venezuela, et dans les villes alentour. Ces émeutes, les pires de l’histoire du Venezuela, causèrent la mort, selon les estimations, de 300 à 3 000 personnes, en majorité du fait des forces de l’ordre », comme on peut le lire sur Wikipedia.

Venezuela : en route vers l’élection de l’assemblée constituante, les régionales et les présidentielles

Le 23 mai 2017, par la voix de sa présidente Tibisay Lucena, le Centre National Électoral (1) a annoncé le calendrier des scrutins à venir. Les élections de l’Assemblée Constituante auront lieu à la fin du mois de juillet 2017; les élections des gouverneurs et des parlements régionaux le 10 décembre 2017. Les élections présidentielles seront organisées comme prévu en mars 2018. Le Venezuela continue de battre des records en matière de vitalité électorale (en 2018 on comptera 28 scrutins en 19 ans de révolution bolivarienne). Rappelons que son système automatisé de vote et de contrôle anti-fraude ont valu au Centre National Électoral les éloges de l’observateur Jimmy Carter en 2012. Après avoir comparé 98 scrutins dans le monde, celui-ci a conclu que le système électoral du Venezuela est « le meilleur au monde » (2).

En juillet prochain 540 parlementaires constituants seront donc élus par les vénézuéliens dans le secret de l’isoloir. Le président Maduro a usé de son droit constitutionnel pour lancer ce processus qui permettra d’élire 364 députés par territoire (toute municipalité, grande, moyenne ou petite, aura droit à un député), huit députés issus des populations indigènes, dans le respect des traditions des communautés indigènes pour l’organisation du vote ainsi que 168 députés par secteur social. Cette méthode qui consiste à mélanger des députations territoriales à des députés représentant des secteurs sociaux vise à insuffler davantage de pluralisme d’une assemblée qui pourrait notamment constitutionnaliser la diversification économique, les missions sociales, les mécanismes de démocratie participative, la lutte contre le changement climatique et la politique extérieure multipolaire. Les 168 parlementaires « sociaux » seront choisis parmi les secteurs suivants :

1. Travailleurs.

2. Paysans et pêcheurs.

3. Étudiants.

4. Personnes handicapées.

5. Peuples indigènes.

6. Pensionnés.

7. Entrepreneurs.

8. Communes et conseils communaux.

Pour l’opposition de droite, le chavisme ne fait plus que 10% de suffrages dans le pays. Selon une étude récente de la firme privée Hinterlaces, même si quatre ans de guerre économique ont incontestablement généré un fort degré de mécontentement et de dépolitisation dans le pays, et considérablement affaibli le chavisme, celui-ci reste la première force politique du pays (3), dépassant de quelques pour cent l’ensemble des partis de droite. Les urnes parleront.

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Travailleur(ses) de la santé publique manifestant en faveur de l’assemblée constituante, Caracas, le 22 mai

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Manifestation contre la violence et le terrorisme, et pour l’assemblée constituante, Caracas, le 22 mai 2017.

Thierry Deronne, Venezuela, 24 mai 2017

Notes

  1. Site du CNE (Centre National Électoral) : http://www.cne.gob.ve/web/index.php
  2. Voir https://venezuelanalysis.com/print/7272. Notons qu’en 2016, les décisions de justice sur la fraude massive de l’opposition dans la collecte de signatures pour demander un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro ont conduit le CNE à invalider cette demande. Pour plus de détails, lire « Guerre sournoise en Equateur, guerre totale au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/27/guerre-sournoise-en-equateur-guerre-totale-au-venezuela/
  3. Sur l’étude de Hinterlaces : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/16/les-surprises-des-sondages-prives-au-venezuela-avril-2017

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La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne

On croyait avoir tout vu de la part de l’extrême droite vénézuélienne (rhabillée en « combattante de la démocratie » par les médias français) : formation par les paramilitaires colombiens, terrorisme, attentats à l’explosif, destructions de centres de santé et de maternités, sous-traitance de violences par la pègre, utilisation d’enfants-mercenaires, assassinats et tortures (1). Hé bien non. On peut toujours faire mieux dans la barbarie. Avoir la peau trop foncée n’est pas conseillé si on veut participer aux manifestations des fils des beaux quartiers d’Altamira ou de Chacao (Est de Caracas):  on peut être pris pour un « chaviste infiltré » (2). Ces photos et cette vidéo montrent un des manifestants éloigner ses comparses pour mettre le feu à Orlando Jose Figuera (21 ans) après l’avoir tabassé, jeté au sol et aspergé de combustible. Ces faits ont eu lieu le 20 mai 2017. Images déconseillées aux âmes sensibles.

 

 

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes bolivariens en général oublient que les choses noires qui lavent leurs cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. »

Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne (minoritaires sociologiquement car 95 % de la population vénézuélienne est métissée de sang africain) ont vu leur statut se banaliser par les efforts d’inclusion sociale de la révolution bolivarienne, et nourrissent une rage raciste décuplée contre les chavistes.

Vidéo : le groupe de chanteuses vénézuéliennes afrodescendantes « Eleggua »

 

Thierry Deronne, Venezuela, 23 mai 2017

Notes

  1. Comment « Le Monde » invente « la répression » au Venezuela, http://wp.me/p2ahp2-2zk
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne, lire « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

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