Dans la Commune Pio Tamayo l’organisation est la clef pour défaire l’inflation.

par Ingrid Navarro Leonet

La Commune Pio Tamayo a réussi à réduire de moitié, le prix de certains articles de base. Les habitants insistent : le peuple organisé doit avancer vers l’autogestion. Il est nécessaire de changer le mode de consommation alimentaire du Venezuelien. Pour cela, il faut raccourcir la chaîne de commercialisation de divers produits, réduire leur prix de vente, et casser la spirale inflationniste.

A Barquisimeto (Lara), les membres de la Commune Jose Pio Tamayo -elle-même constituée de 15 conseils communaux- qui regroupe 30 000 personnes sont conscients de ces enjeux.

Prête à lutter contre « la guerre économique » et l’inflation, l’organisation citoyenne a jeté les bases d’une alliance stratégique, dont les producteurs des zones agricoles avoisinantes, les femmes au foyer et les responsables de quartiers, sont les piliers. Les mécanismes de distribution directe ainsi mis en place, se sont traduits par une réduction de moitié (50%) du prix de certains produits alimentaires. De ce fait, de nouvelles expériences ont pu voir le jour.

La mise en œuvre de cette initiative a favorisé la commercialisation à bas prix de produits tels que la yuca (manioc), le piment rouge, les tomates, citrouilles, potirons, le tubercule d’ocumo, sans oublier le poisson et les poulets.

La communarde Lorena Pena, animatrice du secteur La Antena, affirme avoir mis au point une méthode qui consiste en un recensement -maison par maison- des besoins en nourriture de la population locale. En ce moment, 70% des foyers concernés bénéficient de cette mesure.

Ensuite, en fin de journée, Lorena et ses camarades se réunissent pour faire état de leurs expériences positives et négatives. Ce qui leur permet de peaufiner leur connaissance du terrain, et même d’élaborer de nouvelles recettes pour lesquelles les aliments commercialisés qui ont été choisis, sont utilisés comme matière première. Parmi leurs objectifs, il est par exemple prévu la recherche d’alternatives à des produits tels que la farine de maïs pré-cuite.

Pena : « Ces activités, nous les menons sans l’aide de l’Etat. C’est une initiative qui nous est propre, parce que nous sommes convaincus que c’est la voie à suivre, pour la bonne éducation du consommateur, mais aussi pour briser la situation de dépendance, et s’opposer à la guerre économique. Ceci dit, l’achat régulier des aliments et leur distribution, ce n’est pas une tâche facile ».

Cette femme est devenue communarde, en réponse à l’appel aux organisations populaires lancé par le Président Hugo Chavez. Elle se rappelle d’ailleurs, qu’en 1994 les habitants de La Antena l’ont reçu avec un grand enthousiasme. C’était juste après sa sortie de la prison de Yare. Au moment où il avait décidé de partir à la rencontre du pays.

En ce moment, la Commune anime une campagne pour la réutilisation des sacs en plastique. De plus, la confection de sacs en tissu est à l’ordre du jour. Cela, pour réduire l’impact environnemental.

Témoignages.

José Gomez : « on ne doit pas se borner à lancer des slogans, tels que  »la commune ou rien ». Il doit y avoir une méthodologie qui s’ancre dans le concret ».

Angel Hernandez : « en coopération avec le pouvoir populaire, la zone nord de Barquisimeto n’est pas encore fournie en eau par des canalisations parce que ce service est centralisé ».

Lorena Peña « Ce n’est pas facile de mener le travail communal. Cela implique une lutte permanente pou le bien-être collectif, cela requiert la participation de tous ».

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Pour la terre.

Pour nombre d’entre eux, les conseils communaux constitutifs de la Commune José Pio Tamayo, ont commencé à lutter pour la propriété de la terre. Le Comité des Terres Urbaines fut la première structure à voir le jour.

A l’heure actuelle, les conseils communaux Sapui, Union 1et 1C, Union de la Salle 2, Lanceros, San Antonion 1 et 2, Circulo Obrero, Antena 1,2,3,4 et 5, La Vega et Nuevo Amanecer, forment un tout, et tracent un axe d’est en ouest. (De la Calle 1 jusqu’à l’avenue Las Industrias). Du nord au sud, le périmètre s’étend de la via Ferrea jusqu’à l’avenue Libertador.

A ce jour, 200 personnes représentent les intérêts de la collectivité, à travers les conseils communaux et le Parlement communal. Sans compter le millier de pâtés de maisons organisés, dont les habitants peuvent rapidement se mobilier si les circonstances l’exigent.

Plus productif.

José Miguel Gomez, porte-parole de l’organisation populaire souligne : « nous sommes conscients de la nécessité pour le pays, d’accroître l’activité productive, pour promouvoir, renforcer et consolider le bien-être social ».

Pour se faire, 3 entreprises communales en propriété collective directe ont été fondées: Travailleurs Unis (ex-Brahma) (1), Construction , Génie civil et Transport qui agissent avec des fonds alloués -d’un montant de 23 millions de Bolivars- par le Conseil fédéral de gouvernement et le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes.

En ce qui concerne l’entreprise de construction qui s’appuie sur le programme de La grande Mission Logement Venezuela : on travaille en ce moment sur le remplacement de 120 masures par des logements neufs (auto-construction). Par ailleurs, on s’est donné un objectif qui doit être atteint avant la fin de l’année : plus d’habitat précaire sur le territoire de la Commune.

Dans le cas de « Travailleurs Unis », grâce à un accord passé avec les travailleurs de Brahma et une entreprise de camions-citerne, la distribution d’une quantité substantielle d’eau potable, est quotidiennement assurée. En bénéficient notamment : les centres hospitaliers, la maison d’arrêt d’Uribana et d’autres infrastructures souffrant de carences en matière d’approvisionnement. Car il est prévu que certaines de celles-ci, seraient prochainement transformées en une unité d’emballage (grains), un entrepôt de produits alimentaires, et une fabrique de jus de fruits.

D’autre part, il y a un mois, ils ont instauré un fonds de solidarité destiné à la rénovation de logements, parce que ce type de réparations concernant la réhabilitation des quartiers les plus anciens, « n’entre pas dans les plans de l’Etat ».

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Gomez : « chaque semaine, les intéressés fournissent un apport de 30 bolivars. A ce jour, 400 personnes sont inscrites. C’est une stratégie qui cosiste pour nous à  »fomenter la participation populaire dans les politiques de l’Etat », afin qu’on ne verse pas dans le clientélisme. Car chacun doit pouvoir en bénéficier selon ses besoins ».

En outre, est prévue la création de 2 entreprises communales en propriété collective : santé intégrale et distribution des produits alimentaires. Ils ajoutent que ces deux unités débuteront leurs activités à partir de ressources propres, c’est-à-dire en ayant recours à l’autogestion.

Pour le centre de santé intégrale, ils estiment l’investissement à 4 millions de Bolivars. Le projet ayant trait à la distribution des produits alimentaires est en cours d’élaboration.

La technologie comme alliée.

La Commune JP Tamayo travaille en coordination avec le Système des Entreprises occupées de l’Etat de Lara. Et plus spécifiquement avec Veneagro et Alfarero de Gres. La première s’occupant de volailles (poulets) ; la seconde, de la fabrication de blocs d’argile.

A l’instar de l’ancienne Brahma (ebaptisée « travailleurs unis », la productivité de ces 2 unités est établie selon un plan d’urgence. Ce qui signifie qu’elles ne couvrent que les dépenses liées au personnel.

Alfarero de Gres fabrique 8000 blocs d’argile/jour. Mais elle vise à augmenter la production, pour atteindre le chiffre de 35 000/jour.

Les porte-parole du parlement communal, se sont adressés aux gouvernements national et régional, pour que l’on accélère la délivrance des permis dont ils ont besoin : « Chez Veneagro, nous restons mobilisés, jusqu’à ce que l’on obtienne les autorisations légales et sanitaires nécessaires à l’obtention du  »guide de traçabilité des marchandises et des produits transformés). Ce qui nous permettra d’avancer dans le domaine de l’élevage, de la distribution, et des bénéfices obtenus. Sans oublier la chaîne de fabrication d’aliments pour animaux ».

La Commune Jose Pio Tamayo est également en charge du centre d’information Rafael Chinchilla, inauguré il y 3 ans. Le site dispose de 10 ordinateurs et fonctionne comme une bibliothèque virtuelle pour les recherches. De plus, des ateliers de technique informatique sont organisés, pour que les membres de la communauté puissent se familiariser avec les outils technologiques mis à leur disposition.

Jormi Jimenez, animateur et membre du conseil communal «  Cercle Ouvrier »  explique que les formations ayant trait à la technologie, l’information et la communication (TIC), occupent une bonne place parmi les enseignements dispensés . A cela s’ajoute les cours de réparation et de maintenance des ordinateurs. En outre, le centre s’occupe de la mise à jour des canaimitas (ordinateurs de fabrication venezuelienne) mis à la disposition des jeunes de la zone, et apporte son soutien aux bénéficiaires des diverses Missions.

Le centre d’information est logé dans les locaux de Radio Antena Libre (96.3), partie intégrante de la commune en matière d’organisation communicationnelle. Elle diffuse quotidiennement le programme Amaneciendo en Comunas, qui traite de sujets destinés au plus grand nombre : planification, exploitations, conditions de travail. De plus, la radio rend compte aux auditeurs des progrès réalisés par la Commune dans le domaine de la gestion.

L’info-centre dispose également d’un espace consacré aux femmes, et un autre aux universités, tandis que son programme musical favorise le tamunangue, en tant que patrimoine régional (tradition folklorique, union de 3 cultures : l’indigène, l’espagnole et l’africaine) mais aussi d’autres genres, tels que la salsa.

Antonio Gomez souligne que c’est avec les ressources du Conseil communal que l’émetteur radio a été acquis. Toutefois, il ne manque pas de préciser que la solidarité a joué, puisque la première transmission (5 juillet 2003) s’est faite de La Antena, à l’aide d’équipements prêtés par les radios Crepuscular, et Tamunangue Libre.

« Progressivement, la communauté s’est appropriée cet outil. Aujourd’hui, nous n’hésitons pas à l’appeler  »notre radio ». Car c’est notre instrument en matière de communication. C’est un exemple qui démontre qu’en agissant collectivement, on résout tous les problèmes ».

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La planification est essentielle.

La Commune José Pio Tamayo travaille en conformité avec le Plan Communal 2014-2019, qui a défini les stratégies à déployer et les objectifs à atteindre durant cette période.

Parmi ces derniers, on compte la création de fonds d’épargne autogérés, et de nouvelles entreprises socio-productives.

Pour mener à bien ces réalisations, 6 assemblées communales se sont réunies, sans oublier les tables-rondes qui ont traité de sujets particuliers. La charte de la Commune- qui en présente toutes les potentialités- a servi de base de travail. Le Plan de la Patrie et les dispositions légales concernant la région, ont également été pris en compte. Toutefois, Toni Medina, député et porte-parole du district, en charge de la planification a déclaré que la bataille a été rude. En effet, dans le cas du Venezuela, la documentation ad hoc n’est pas très abondante. « Et celle qui est disponible dans des pays tels que la Colombie et le Chili vise un système bureaucratique et non un État communal ».

Initialement, « les infrastructures existantes, étaient le point fort de la Commune. Cependant, la guerre économique et l’occupation de l’ex entreprise Brahma par les travailleurs, nous ont forcé à nous concentrer davantage sur la question de la production ».

Ceci dit, le porte-parole est également préposé à la mise en adéquation du contenu de la formation pour le Diplôme de Planification Communale, avec la méthodologie préconisée par l’École Nationale de Planification (Caracas).

C’est d’ailleurs en réponse à une demande du Président Nicolas Maduro, que cette tâche consiste à unifier les critères pour l’élaboration et l’adaptation des plans visant à favoriser le développement équitable des Communes et leurs territoires respectifs. T Medina : « Nous avons été parmi les premiers -si ce n’est les premiers- à mener à bien cette mission ».

Note:
(1) Lire (Photos :) Occuper, résister, produire 4 mai 2015

Source : Ingrid Navarro Leonet, Últimas Noticias http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/actualidad/investigacion/video-en-la-comuna-pio-tamayo-la-organizacion-es-c.aspx

Traduction : Jean-Marc del Percio

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(Photos :) La Commune « Indigènes Quiriquire » de Yare : un exemple d’organisation citoyenne

1 qA quelques kilomètres de la route Tocorón-Punta Brava, dans le secteur de San Francisco de Yare, État de Miranda, deux portails conduisent à une immense propriété de 2,6 hectares récupérés par les organisations citoyennes. L’ancienne Hacienda San Juan, rebaptisée Centre Agroécologique « Indigènes Quiriquire », est protégée par la fraîcheur des arbres fruitiers.3 q

Debout face à un foyer, casquette et chemise rouge, la porte-parole du parlement communal Elizabeth Guzmán a milité toute sa vie. Elle raconte qu’elle travaille ici depuis trois ans, depuis que le gouvernement national a déclaré la propriété d’utilité publique et l’a transformée en centre agro-écologique. Parmi les projets qu’y gère aujourd’hui la commune sur une aire de 127 hectares, on trouve les unités de culture protégée, le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, le centre de traitement d’eau, l’usine d’aliments pour animaux et l’usine de produits laitiers Yare.2 q

La Commune “Indigènes Quiriquire” est une des expressions concrètes du pouvoir citoyen dans la région des Vallées du fleuve Tuy. Elle regroupe neuf conseils communaux, quatre d’entre eux faisant partie du secteur agricole de cette zone qui compte une population de 5.033 habitants.4 q

Six femmes, porte-paroles de l’organisation citoyenne, se répartissent les tâches de la cuisine, de l’entretien des espaces verts, des unités de culture et des espaces communs de cette hacienda faite de grands couloirs, d’une salle principale, d’une cuisine, de toilettes, de sept chambres et de six placettes baptisées Bolívar, Afrodescendance, La Milagrosa, San Antonio, Café Venezuela, Souvenir, ainsi que d’un espace réservé au grill et un parc pour les enfants. La vieille hacienda possède en outre une salle de conférences, des allées, des animaux (vaquiros (petits sangliers), vaches du type “maute”, pintades, oies, canards), des zones de culture de plantes médicinales (moringa, baies de morera, origan); des arbres fruitiers, cacao, légumes, racines et tubercules, parmi les aliments destinés à la population locale.9 q5 q

Elizabeth Guzmán évoque la récupération de cette hacienda par l’organisation citoyenne locale, fatiguée de voir la structure se détériorer et les fruits pourrir au pied des arbres : “les grands propriétaires préféraient laisser l’hacienda à l’abandon, ils préféraient jeter le lait produit plutôt que nous l’offrir”.6 q

Pour développer leurs projets socio-productifs, les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” comptent sur l’appui intégral et la formation permanente offertes par la Corporation pour le Développement de la Vallée du Fleuve Tuy Francisco de Miranda (Corpomiranda), l’Institut National de Développement Rural (Inder), la Corporation Vénézuélienne d’Alimentation, toutes deux inscrites au Ministère de l’Agriculture et des Terres.

Le centre développe diverses activités. Parmi elles, la vente de repas modiques pour les travailleurs des quatre usines et les visiteurs qui parcourent la route Tocorón-Punta Brava. 7 qMême s’il n’offre pas de logement touristique, le centre ouvre aussi ses espaces aux divers groupes citoyens (partis, conseils communaux, communes) pour leurs réunions et pour leurs ateliers de formation.

Production

Dans le rayon de la commune “Indigènes Quiriquire” fonctionne aussi le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, secteur de San Francisco de Yare, inauguré le 7 mars 2015 par le président Nicolas Maduro afin d’articuler les systèmes de production, de distribution et de commercialisation avec les besoins de la population. Jorge Navas, coordinateur de ce centre, explique que l’activation de cette petite entreprise a créé 90 emplois directs et 15 indirects et bénéficiera à plus de 65 producteurs laitiers recensés et aux 32 mille habitants de la Vallée du fleuve Tuy.8 q

Le centre compte quatre entrepôts frigorifiques avec la capacité de stocker 3 mille litres de lait chacun, soit un total de 12 mille litres, pour la production du fromage (du type Paisa et demi dur). “Actuellement nous recevons mille litres de lait par jour pour produire 170 kilos de fromage par semaine”.

A court terme on prévoit le renforcement de la ligne de production pour élaborer la crème, le flan, le babeurre, le beurre et les confiseries à base de lait, produits qui seront écoulés à travers le supermarché public « Abasto Bicentenario ». “Nous attendons une écrémeuse pour initier la production de tous ces dérivés” ajoute Navas.

Pour construire ce centre de production laitière de 4.030 hectares, l’Etat a apporté 15 millions de bolivars. A part le centre de stockage proprement dit, on trouve des aires d’élevage de bétail, des corrals, des unités de traite et 30 hectares de patures irriguées, afin d’alimenter le bétail qui arrivera bientôt dans ce complexe agro-industriel.

Unité de production de maracuyas

Un autre projet mis en oeuvre par les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” de Yare, depuis janvier 2015, est la mise en culture de milliers de plants de maracuyas (fruits de la passion) sur un terrain de cinq hectares, lui aussi reconnu d’intérêt public, à l’entrée du secteur de Tocorón. “Ce terrain en friche est devenu productif. Avec un investissement de 6 millions de bolivars on a semé 4.700 arbustes de maracuya, sous la supervision de membres de la commune qui se consacrent à l’entretien, au désherbage, arrosage, fertilisation et à la récolte” poursuit Jorge Navas.

Actuellement l’Unité de Production de fruits, à son niveau le plus élevé, produit par semaine plus de 500 kilos de fruits écoulés par le même supermarché « Abasto Bicentenario » de la municipalité Cristóbal Rojas et des communautés des Vallées du Tuy. Une partie de la récolte sera traitée par l’Usine Laitière Yare, qui fonctionne depuis le 7 mars 2013 dans le complexe Agroindustriel Ezequiel Zamora, sur la route Ocumare – Yare.

Projets

Autres projets qu’on veut impulser avec l’appui de la commune : une unité d’extraction de  pulpe de fruits pour l’élaboration de jus et de produits concentrés et emballés. Cette usine génèrera de nouveaux emplois locaux. D’autres projets agricoles s’articulent autour de la Base agro-productive “La Espada de Bolívar”, sur la route nationale San Francisco de Yare- Santa Teresa del Tuy. Inaugurée il y a trois ans par le gouvernement, elle possède une surface de deux hectares composés d’une centaines d’aires de culture organoponique (écologique), un vivier de plantes médicinales (moringa et baies de morera) et d’ornement, un point d’Agrociudad, une salle de formation,  une chambre de conservation d’aliments, un bureau administratif, un réfectoire et sept réservoirs d’eau potable avec une capacité de 14 mille litres chacun. On y trouve aussi deux unités de culture protégée (avec la technologie de contrôle de température et d’humidité) qui permettront de récolter durant le reste de l’année des produits prisés comme la tomate et le poivron.10 q

Ces différents projets font partie des efforts actuels d’articulation des organisations communales avec le gouvernement pour développer le potentiel productif de l’État de Miranda.15 q 14 q 13 q 12 q 11 q

Source : AVN, Reina Ruiz, http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/05/comuna-indios-quiriquire-de-yare-un-modelo-exitoso-de-organizacion-popular-fotos/

Traduction : T. Deronne

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Le Venezuela lutte contre les transnationales en produisant ses semences autochtones

UPSA "Los caquetíos"

UPSA « Los caquetíos »

L’initiative a pris corps ce samedi 15 mai avec le semis par les organisations communales et paysannes de deux premiers hectares de mais, dans l’unité de Production Sociale Agricole (Upsa) « Los Caquetíos », située sur l’ancienne route Barquisimeto-Yaritagua  (État de Lara, centre occidental du pays). La variété de maïs “Guanape” permet de produire entre 6 et 7 tonnes de semences par hectare. Le plan comprend d’autres semences de légumes comme la tomate, l’oignon, le piment rouge et le persil produits par l’Institut National de Recherches Agricoles (Inia) et concerne dans une première phase, la mise en culture de 38 hectares de semences agro-écologiques, pour être étendu à la région orientale du pays et dans les états d’Aragua et de Carobobo.

afiche_semillaaaaaCette avancée est le fruit d’un accord de coopération entre le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre du Brésil, représenté par Celia Rodrigues et Messilene Gorete, coordinatrices de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho, le Ministère vénézuélien de l’Agriculture et des Terres dont l’actuel titulaire est José Luis Berroterán, et la FAO (Nations Unies).

« Ce projet est basé sur l’usage de nos semences autochtones, sélectionnées par les producteurs. Il y a une avancée technologique qui va nous permettre de progresser de manière soutenable et sûre : les semences de légumes seront disponible en 70 jours et la semence de maïs en 140 jours. Sans production de semences dans l’agriculture nous continuerons à dépendre des transnationales et nous ne pourrions atteindre la souveraineté alimentaire” a déclaré le ministre Berroteran.

Lancement du plan de production des semences autochtones, UPSA "Los caquetíos", 15 mai 2015

Lancement du plan de production des semences autochtones, UPSA « Los caquetíos », 15 mai 2015

CFTLqH1UkAAfusy CFKqgFbWAAAOX72 CFTIg4KW0AI83dF CFTIFLfXIAAYgoI CFTIN3qWIAAlJKe CFTLoG0UsAAljI1 CFTLt4dVIAEGbmoFAO  (Nations-Unies) : “Nous vivons une nouvelle époque au Venezuela”

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Marcelo Resende (FAO Venezuela)

Présent lors de ce lancement, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation au Venezuela (FAO), Marcelo Resende, a déclaré : « Je veux, au nom des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, vous féliciter (…) Ici, nous avons un exemple très vivant de la façon dont les paysans, les paysannes, les conseils communaux, les communes, le Gouvernement sont en train de parvenir à la souveraineté et à la sécurité alimentaire. Par conséquent, félicitations à vous tous pour cette initiative ». Resende a réaffirmé la disposition de la FAO à soutenir le Venezuela dans le développement de sa souveraineté alimentaire : « Nous vivons une nouvelle époque, au Venezuela (…) La FAO se joint à ce projet qui est d’une importance fondamentale pour l’agriculture familiale », a-t-il ajouté au sujet du nouveau programme mis en place grâce à un accord entre le Venezuela et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil.

En juin 2013, à Rome, Italie, la FAO avait décerné un prix au Venezuela pour avoir relevé par anticipation le défi proposé par le Sommet Mondial sur l’Alimentation de 1996, et qui était de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans chaque pays avant 2015.

Selon les chiffres de l’Organisation, entre 1990 et 1992, au Venezuela, 13,5% de la population souffrait de la faim alors qu’entre 2007 et 2012, seulement 5% en souffrait encore.

Chaque jour qui passe, la lutte pour la semence continue.

Tandis que le jour se lève sur Montecarmelo (Sanare), les membres de la section locale des Guardianes de Semillas se préparent pour l’assemblée et le travail en commun.

Au même moment à Merida, Lalo boit son café avant de sortir pour prendre soin de la terre et semer des pommes de terre.

Quant à Analia, elle va confier à un laboratoire de Caracas, le soin d’analyser des échantillons de sols et de semences locales. A Carabobo, déambulant dans les couloirs de l’école d’agro-écologie, Magda s’apprête à quantifier la production de la semaine, avant de tenir conseil avec ses compagnons de travail, afin d’améliorer le cursus de formation pour la plantation et l’entretien des semences. Mariana et Alejandro chaussent leurs bottes, avant d’irriguer les différentes aires agro-productives (agriculture urbaine) se situant à Bellas Artes (Caracas).

Viana allaite Simon tout en mettant à jour le blog de la commune, en y ajoutant le projet de loi. Gerardo prend place devant l’ordinateur et envoie un email à ses interlocuteurs : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Le mouvement Populaire pour la nouvelle Loi sur les Semences regroupe plus de 140 organisations et mouvements sociaux qui se sont donné pour tâche de mettre au point collectivement, une loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences. Ce projet de loi, qui va faire l’objet d’une seconde lecture à l’Assemblée Nationale en 2015, s’incrit dans le combat mondial mené contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), et toute forme de privatisation de la semence, via les brevets ou les licences d’exclusivité. Etant entendu, que dans cette optique, la semence est un organisme vivant et relève du patrimoine naturel commun. Il s’agit d’un des points-clés de la Loi.

Des 26 au 29 octobre 2012, s’est tenue la Rencontre internationale des Guardianes de Semillas, à laquelle 300 organisations et institutions sociales se sont associées, démontrant solennellement la participation des organisations du pouvoir citoyen à l’élaboration du projet de Loi sur les Semences, qui parachèvera sur le plan juridique/légal l’engagement historique du Venezuela à être un territoire libre d’OGM. C’est à ce titre, que les unes et les autres ont élaboré collectivement la Déclaration de Montecarmelo.

Quelque temps auparavant, le 28 juin 2013, le premier atelier d’élaboration collective de la Loi sur les semences a vu le jour, dans le but d’apporter ses propres contributions au débat. Le 22 octobre de la même année, c’était au tour des porte-parole des mouvements sociaux de se rencontrer, en présence de la seconde vice-présidente de l’Assemblée Nationale -Blanca Eechout- et du député à l’origine du projet de loi. Ces échanges ont débouché sur cet accord fondamental : bâtir sur le mode d’un débat populaire constituant, les termes de la Loi Nouvelle sur les Semences. Un pari fondé sur l’élaboration collective –et sur le mode participatif- du projet de loi, associant tout à la fois les pouvoirs exécutif, législatif et populaire.ley_semillas

Des discussions animées ont caractérisé les débats organisés autour de diverses tables-rondes et de déjeuners pris en commun. Par ailleurs, la résolution a fait valoir que « les semences dont il est question, excèdent un cadre purement local, autochtone, voire même paysan. Il s’agit plus profondément, de graines d’origine africaine, indigène ». Il a aussi été précisé ce qui suit : « nous ne voulons pas l’obtention de licences d’exclusivité. Nous souhaitons la mise en place d’une forme de protection alternative de nos semences, nous garantissant également un accès libre et gratuit à ces dernières ». Cette initiative collective a pris de l’ampleur, puisqu’elle a vu les débats se poursuivre à Lara, Carabobo, La Azulita, Mérida, Barinas, Anzoategui, avant de rejoindre à nouveau l’Assemblée Nationale. Le mouvement retient son souffle. Le législateur prend le relai. Et au sein des commissions techniques, on attend que le débat constitutionnel se traduise par un projet de loi proprement dit.

Le texte est proposé en première lecture à l’Assemblée Nationale. L’écart entre pouvoir constitué et pouvoir constituant est tangible. Puisque dans ce cas de figure, c’est le premier qui imprime sa marque, l’approche qui en résulte ne paraît pas tout à fait conforme aux attentes du peuple. A la suite de quoi, le processus de débat public (relatif au projet de Loi) qui s’enclenche, débouche sur une proposition de Loi, émanation du Pouvoir Populaire. Le peuple s’approprie la technique législative pour la faire sienne et la maîtriser. C’est le peuple législateur qui s’exprime ici. Celui qui participera à toutes les tables-rondes prévues dans le cadre de la consultation publique. C’est ainsi que le projet de Loi prend corps.

Le travail en commun se déroule dans le cadre d’un comité technique. (Ministères de l’Agriculture et des Terres ; de l’écosocialisme et de l’Eau) et Mouvement Populaire pour une Loi nouvelle sur les Semences. On aboutit à un accord, on discute de concepts. Gerardo s’assoit et rédige un email : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et à des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Deux ans déjà ont passé. Deux années de discussions, et le mouvement s’empare de la rue, essaimant, recherchant, lisant, se formant. C’est le Peuple Légiférant. Un communiqué est rédigé, qui demande que les dispositions suivantes soient appliquées :

– Reconnaissance du Pouvoir Populaire organisé en différentes instances telles que le Conseil Populaire de Sauvegarde et de Protection de la Semence Locale, Paysanne, Indigène et Afrodescendante, les systèmes participatifs d’assurance qualité, les installations de stockage et de préservation des semences, à l’instar des enseignants populaires et des formes traditionnelles d’organisation citoyenne.

– Application de licences libres aux semences, comme mécanisme de protection juridique/légale des connaissances et innovations relatives aux graines, pouvant faire l’objet de droits de propriété intellectuelle sous la forme de brevets. Dans ce secteur, on les appelle les « droits de l’obtenteur » ou « licences exclusives pour la production et la commercialisation ». Ces licences d’exclusivité favorisent la monopolisation, l’accaparement et l’appropriation des semences. Un état de fait allant à l’encontre de notre Constitution Bolivarienne, qui stipule que « le génome des êtres vivants ne peut être breveté ».

L’application de licences libres aux semences que la nouvelle Loi sur les Semences autorise, permet ainsi de protéger les graines contre toute forme d’appropriation privée, (qui restreint les droits d’améliorer, d’utiliser et de partager librement ces dernières) à travers l’établissement d’un contrat de droits non exclusifs. Autrement dit, l’application de licences libres aux semences garantit le caractère anti-brevet du projet de Loi.

-Interdire et sanctionner la production, l’importation, la commercialisation, la distribution, la propagation et l’usage de graines transgéniques, dont la menace qu’elles font peser sur l’agrobiodiversité, la santé des peuples, et la souveraineté de l’Etat est reconnue.

-Reconnaître et revitaliser les connaissances traditionnelles associées aux semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, comme patrimoine des peuples et de la nation.

-Promouvoir la revitalisation des systèmes de production, de distribution, de circulation, d’échange et de consommation des semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, reposant sur le principe de co-responsabilité.

Au final, une résolution qui engage l’ensemble du mouvement est mise au point : « nous déclarons l’adoption de cette loi révolutionnaire, dont les termes sont issus des discussions antérieures avec le Pouvoir Populaire. Partie prenante de la lutte anti-impérialiste et en défense de la Patrie ». De plus, cette loi nouvelle sur les semences, « reflète l’héritage que nous a légué le président Chavez. Un héritage présent dans notre Constitution Bolivarienne, qui établit ce qui suit : les êtres vivants, mais aussi les connaissances et innovations émanant des peuples indigènes, ne peuvent être privatisés. Par ailleurs, cette loi se place dans le droit fil d’un Venezuela libre d’OGM, selon les propres termes du Commandant Chavez, auxquels il associait la dénonciation de l’agro-business et des semences transgéniques, véritables menaces pour la souveraineté des peuples, et la santé de l’humanité ».

En définitive, l’on peut désormais s’appuyer sur une Loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences, issue d’une proposition du Pouvoir Populaire, en accord avec les pouvoirs exécutif et législatif. En attendant le passage en seconde lecture de la proposition de loi à l’Assemblée Nationale, le temps passe, jour après jour, et le secteur de l’agro-industrie pro-OGM tisse sa toile, tandis que la lutte engagée contre lui continue.

Yrleana Gómez

Photos : Yrleana Gómez

Yrleana Gómez

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Sources : 

http://www.avn.info.ve/contenido/fao-reconoce-avance-venezuela-materia-seguridad-y-soberanía-alimentaria

La Cultura Nuestra http://laculturanuestra.com/?p=438Texte: Liliana Buitrago. Photos :  Alejandra Teijido; Colectivo Agujero Negro; Yrleana Gómez

Traduction : Jean-Marc del Percio

Voir aussi : « Au Venezuela, le peuple légifère contre Monsanto« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/ et « Le Venezuela signe avec les Sans Terre du Brésil un important accord de coopération », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/10/30/le-venezuela-signe-avec-le-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-un-important-accord-de-cooperation/

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Maduro, la mangue et l’exemple

Au cours d’un meeting de sa campagne présidentielle en 2013, le candidat Nicolas Maduro avait  évoqué la tragédie historique de la bataille de Macarapana (1567) où les espagnols avaient réussi à diviser et à monter les peuples indigènes les uns contre les autres, pour mieux écraser ensuite leur résistance : «Cette bataille de 1567, nous pourrions l’appeler la bataille de la trahison. Si la droite gagnait, ce serait comme si la malédiction de cette bataille retombait sur nous mais nous n’allons pas permettre que cela se reproduise». Dans « Le Monde » du 7 avril 2013, cela devint :

«Maduro agite la menace d’une malédiction sur les Vénézuéliens

Le Monde.fr avec Reuters | 07.04.2013 à 05h23

Candidat à l’élection présidentielle au Venezuela, Nicolas Maduro a affirmé samedi 6 avril qu’un sortilège vieux de plusieurs siècles s’abattrait sur ceux qui ne lui apporteraient pas leur voix le 14 avril . «Si quelqu’un parmi le peuple vote contre (moi), il vote contre lui-même et la malédiction de Macarapana s’abattra sur lui, a mis en garde le président par intérim, dauphin désigné par Hugo Chavez lui-même avant sa mort d’un cancer en mars.»

Les perruques poudrées qui s’ennuyaient à Versailles se délectaient déjà en observant les fous de Charenton ou les sauvages emplumés des Indes Galantes de Rameau, ces êtres lointains, fanatiques, dont la magie menace notre raison. «Eux les barbares, nous les civilisés» : retour d’un certain “journalisme” à la case coloniale au moment où l’Amérique Latine s’émancipe de l’Occident.

La relation de proximité avec les citoyens qui marque la présidence de Nicolas Maduro (comme, hier celle de Hugo Chavez ou de José « Pepe » Mujica, aujourd’hui celle de Rafael Correa ou Evo Morales) ne mérite donc pour « Courrier International » – autre produit du Groupe Le Monde (1) – qu’une raillerie empruntée au rayon « réalisme magique » de la FNAC (2).

L’article de Luigino Bracci, lui, nous parle d’une Amérique où le pouvoir n’est pas forcément synonyme de cynisme et de cruauté.

T.D., Caracas 4 mai 2015

Maduro, la mangue et l’exemple

Luigino Bracci, Radio Alba Ciudad

Mango 1Lors des visites du président Nicolas Maduro dans les états d’Aragua et d’Anzoategui, où il a inauguré le service de transport public TransMaracay ainsi qu’un nouveau tronçon de l’avenue La Costanera de Barcelona,  il a lui-même conduit durant plusieurs heures un autobus à faible vitesse, tandis qu’il saluait des milliers de personnes et communiquait directement avec elles. « Nous avons reçu plus de 4000 lettres, notes, documents ou propositions. Tout cela est en train d’être traité ! Même une mangue! » a-t-il dit mardi dernier. Des demandes, des rapports, des projets et des plaintes ont été remis par la population qui semble garder confiance en lui malgré la guerre économique qui secoue le pays. On lui a également remis de très gros livres, des boîtes de sardines, des boîtes de jus de fruit, des livres et… même une brosse à cheveux.

Depuis notre enfance, on nous enseigne à manipuler toute sorte de règles qui doivent être respectées lors de la réalisation de certaines tâches. Par exemple, comment écrire une lettre…comment faire un rapport pour le lycée…comment remplir un imprimé de dépôt bancaire. Celui qui va présenter une thèse doit acheter un de ces nombreux livres exposant les dizaines de règles pour présenter un rapport final, qui contiennent des dizaines de précisions sur les marges, les espaces, sur comment réaliser la page de garde, l’index et chacun des chapitres. Ensuite, il faut se coltiner des dizaines de modes d’emploi sur comment présenter son curriculum vitae pour une recherche lorsque tu cherches un emploi, comment faire bonne impression lors de l’entretien d’embauche et comment répondre aux questions. Si tu obtiens le travail, tu dois tout mettre en pratique et apprendre à t’adresser à tes chefs, à tes collègues, aux responsables des autres départements ou institutions, à tes clients ou tes fournisseurs. Comment élaborer des rapports et des requêtes. Comment remplir des formulaires et à qui les remettre. Et le fait de t’adresser à tes supérieurs suppose une suprême solennité.

Est-ce pour cela que que beaucoup de ceux qui pensent qu’ils ont reçu « la meilleure éducation » se moquent en apprenant que le président du pays qui possède la plus grande réserve pétrolière du monde, a reçu des demandes écrites sur… une mangue ? Oui, une mangue, ce délicieux fruit sucré qui abonde dans notre pays deux ou trois mois par an.  Chavez a dit un jour que s’il n’en tenait qu’à lui, le manguier serait l’arbre national, et ce n’est pas qu’il ait eu quelque chose contre les jolis  « araguaney » mais parce qu’en réalité il n’y a aucun enfant des quartiers populaires du Venezuela qui n’ait grimpé des centaines de fois à l’un de ces arbres pour avoir le plaisir de manger une mangue verte avec du sel.

Le président Nicolas Maduro est en train de faire en ce moment une tournée dans différents états du pays en essayant d’avoir le plus grand nombre de contacts possibles avec la population. En conduisant lui-même un autobus à petite vitesse, il retrouve son vieux métier de chauffeur – puis syndicaliste – du Métrobus avant de se consacrer à la politique.

Samedi 18 avril, il l’a fait alors qu’il conduisait un autobus récemment inauguré de la ligne Transmaracay dans la capitale de l’État d’Aragua. Le mercredi 22 il a conduit un autre autobus alors qu’il inaugurait un tronçon de l’Avenue La Costanera à Barcelona, état d’Anzoategui.

Et ce n’est facile pour personne. Il y a beaucoup de monde qui s’agglutine, il y a également des photographes et des caméramans qui essaient de faire leur travail, beaucoup de monde qui veut approcher Maduro pour lui serrer la main, prendre une photo, se plaindre de quelque chose ou exposer un problème. L’équipe de sécurité du Président fait son travail en l’entourant et en le protégeant. Il y a un monde fou.

mango 2Généralement, ces visites sont inattendues et de très nombreuses personnes veulent profiter de l’occasion pour écrire un message ou une requête sur un petit papier et tenter de le remettre en mains propres au président. Imagine : tu apprends par la rumeur que le Président va passer près de chez toi, tu veux lui donner un message mais tu n’as que quelques minutes pour le rédiger. Sapristi ! une lettre pour le Président de la république ! Le gars pour qui ont voté des millions de personnes ! L’homme désigné par Chavez lui-même pour lui succéder ! Si je dois être cravaté et en costume pour aller chercher du travail, ne devrais-je pas rédiger une lettre destinée au président de la façon la plus formelle possible ? Voyons… je sors la machine à écrire de grand-père ? J’allume la Canaïmita (ordinateur portable offert par l’État, NdT) du gamin ? Ah, et où est-ce que j’imprime ? Je vais au centre informatique ? Hum. Tu sais quoi ? C’est mieux, donne-moi un stylo et j’écris la lettre à la main, il comprendra bien.

Si les réseaux sociaux sont constamment pleins de personnes qui profèrent des insultes, des malédictions et même des menaces de mort contre Maduro et les siens, les rues vénézuéliennes sont tout le contraire. Voir ces vidéos, c’est voir des milliers de personnes qui s’approchent de Maduro pour lui donner toute sorte de messages positifs, pour le remercier de sa gestion, lui serrer la main, se plaindre de choses qui ne fonctionnent pas, d’injustices au travail.

CDdA8rxW8AAggdCLe fait que Maduro sorte dans la rue avec un petit groupe de soldats bousculés par la foule, et dont le travail est d’essayer de faire en sorte que trop de personnes ne s’attroupent autour du Président, indique qu’il a une très grande confiance en la protection de son propre peuple. Rien de semblable avec l’énorme dispositif de sécurité dont s’est entouré Barack Obama au sommet des Amériques et qui comprenaient même deux porte-avions et des milliers de soldats.

Plus encore, il est même devenu courant qu’un habitant, peut-être impatient de remettre son message à Maduro, finisse par carrément lui lancer le petit papier ou le dossier.

Mais, regarde un peu ! Tu es en train de jeter un petit papier au Président de la Nation ! Avez-vous déjà vu un jour un citoyen lancer un petit papier ou un dossier à Obama, Rajoy, Cameron, Merkel, Peña Nieto, Santos ou Poutine ? Au mieux, il serait roué de coups et on le mettrait plusieurs jours en prison.

Un ami qui avait à ce moment-là 14 ans et qui est aujourd’hui professeur d’université m’a raconté :  « Moi, rien que pour avoir dit dans une réunion à Jaime Lusinchi (Président du Venezuela de 1984 à 1989) que nous n’avions pas de pupitre au Lycée, on m’a arrêté comme guérillero. Et pourtant, j’étais en train d’être décoré comme jeune étudiant brillant ! ». Et ce sont ces présidents que l’on accuse d’être des « démagogues populistes » : Maduro, Evo, Correa et d’autres leaders qui eux reçoivent des petits papiers des gens, et essaient d’apporter une réponse à leurs angoisses.

mango 3Dans d’autres pays, la paranoïa est telle que le 21 avril dernier on a fait un véritable scandale au Japon lorsque quelqu’un a fait atterrir un jouet en forme d’hélicoptère, de ceux que l’on appelle aujourd’hui « drones », sur le toit d’un immeuble où travaille le premier ministre japonais qui n’était même pas présent dans le pays. Est-ce que quelqu’un voulait utiliser ce drone pour remettre un message au premier ministre japonais, pour lui demander de l’aide parce qu’il avait des problèmes avec sa maison ou un enfant malade ? Quoiqu’il en soit, la nouvelle fit plus de bruit pour « la menace » qu’avait représentée ce petit drone que pour toute autre chose.

En revanche, Maduro est une personne plutôt humble et simple, tel que l’était Chavez, qui non seulement recevait des milliers de petits papiers chaque fois qu’il parcourait le pays mais avait du personnel qui les lisait, les classait et tentait d’apporter des solutions aux problèmes, comme cela est visible dans le documentaire « La révolution ne sera pas transmise » de Kim Bartley et Donnacha O Brien.

« Nous recevons plus de 4000 lettres, petits papiers, documents et propositions. Ils sont tous traités ! Même la mangue… ! a-t-il dit le 21 avril (voir la vidéo) tandis qu’il menait son programme « En contact avec Maduro » depuis l’état d’Anzoategui, lorsqu’il a raconté les anecdotes de cette la visite du samedi 18. « C’est une mangue mûre, un « délice ». Je n’y ai pas mis les dents parce nous étions en train de classer les lettres » ajoute-t-il en plaisantant et en montrant à la caméra le message écrit sur le fruit au stylo feutre : « si vous pouvez, appelez-moi » avec un numéro de téléphone et un nom : Marleny Olivo. La femme avait un problème avec son logement. Dans le cadre de la Grande Mission Logement Venezuela, plan qui a récemment construit 700 000 maisons et appartements remis dans tout le pays, on donnera un appartement neuf à madame Olivo.mango 4mango 5

La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre, et lors du nouveau parcours du 22 avril à Barcelona, que la chaîne publique VTV a transmis en direct durant deux heures, on a pu voir beaucoup de choses amusantes, émouvantes et intéressantes… le président a reçu de nombreuses autres mangues portant un message. Et depuis cette visite, l’humour populaire en profite, et pas mal de fruits sont offerts en guise de lettres urgentes…mango 6

Une femme lui a donné un sac avec deux grosses mangues : cadeau remis  affectueusement par une personne modeste pour quelqu’un qu’elle voit sans doute comme son fils. Ou peut-être que son message était trop long et qu’il ne tenait pas sur une seule mangue.bolsa-mangos-632x424

D’autres lui ont offert toutes sortes d’objets étranges. Par exemple, quelqu’un a insisté pour lui offrir une bouteille d’un certain jus de fruit. Ou une sorte de brosse à cheveux.cepillo-632x455

Ou une boîte de sardines…
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Ou encore une autre variété de fruit…fruta1-632x457

Ou un livre, avec un message écrit sur la première page.libro-632x426

Évidemment les dossiers volaient. Parfois on les lui lançait, non par manque de respect mais parce que c’était la seule façon qu’avait une personne qui ne pouvait pas passer par-dessus la foule ou l’équipe de sécurité du Président.

Mais il ne s’agissait pas seulement de requêtes. Maduro a reçu un grand sac en papier, avec l’inscription « reçu » écrite dessus. Il l’a ouvert, il y avait un livre gigantesque, aussi épais que les annuaires téléphonique d’antan. Il l’a feuilleté, et l’a remis à Aristobulo Isturiz, gouverneur d’Anzoategui qui l’accompagnait dans le bus, en lui donnant des instructions. Il s’agissait sûrement d’un projet ou d’une proposition que quelqu’un voulait faire parvenir entre ses mains.

Dans un autre cas, on lui a remis le projet d’une commune socialiste agroindustrielle.comuna1comuna2Le fait que l’on remette des petits papiers ou des requêtes à Maduro nous paraît quelque chose de courant, si habituel que ce n’est plus une surprise. Je l’avoue : moi-même j’y n’y ai plus accordé d’importance. Mais c’est devenu différent le jour où l’on a lancé une mangue à la tête de Maduro durant son parcours à Anzoategui. La vidéo, que quelqu’un a prise avec son téléphone portable, a immédiatement été diffusée sur le réseau Twitter, accompagnée de quelques messages ironiques et haineux encouragés par des sites web d’extrême droite tels que Maduradas, DolarToday, La Patilla et NTN24.

C’est devenu une banalité de dire que lorsque l’extraordinaire nous semble quotidien, c’est que nous sommes en révolution. Mais nous ne pouvons considérer comme banal et habituel le fait d’avoir successivement deux présidents qui aient une telle interaction avec leur peuple, même dans des circonstances aussi difficiles que celles de la guerre économique que nous vivons. Il se passe ici des choses extraordinaires et bien des personnes dans ce monde voudraient bien qu’elles leur arrivent !

Le samedi 18, le personnel de la chaîne publique a fait un effort titanesque, en transmettant en direct durant trois heures le parcours du Président au volant à Maracay. Mais, c’était vraiment surprenant de voir l’affection que lui manifestaient les gens, en se pressant les uns contre les autres pour s’approcher de lui, bousculant les deux files de soldats au bérets rouges qui escortaient l’autobus (des soldats qui avaient accompagné Chavez lors des deux insurrections militaires de 1992), passant au-dessus d’eux, faisant tout pour parvenir à la fenêtre du véhicule, serrer fortement la main du chef de l’État, lui exprimer leur soutien et l’encourager.

Il y avait de très nombreuses femmes et de nombreux hommes, quelques-uns avec un garçonnet ou une fillette sur les épaules. Maduro, souvent ému, prenait les petits papiers, les pancartes et les dossiers. Il riait, faisait des gestes en signe de victoire, ou en signe de lutte, le poing fermé tandis qu’à l’extérieur on lui criait des consignes.

Un jeune qui portait un gant de boxe s’approchait en mimant un combat, et à Barcelone un deux jeunes élèves se sont arrêtés face à l’autobus et ont fait une démonstration d’arts martiaux.boxeo339-632x406sensei2394332-632x423

« Maduro, que Dieu te bénisse ! » répétaient sans cesse de nombreuses femmes sur le chemin des deux parcours. A Aragua, on lui a offert une petite croix, qu’il a rangée dans son portefeuille. Des enfants et des jeunes s’approchaient également pour lui exposer un problème et solliciter son aide. Parfois, on n’entendait pas ce qu’ils disaient, mais l’émotion sur les visages laisse penser qu’il s’agissait de problèmes sérieux et compliqués.

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Le soir à Maracay, un travailleur dont le visage exprimait un profond désespoir, s’est approché passant par-dessus les soldats pour lui remettre une enveloppe et des vidéos. Le jeune homme était désespéré.polar2827323-632x404

« On m’a fait renoncer à mon travail. Voilà les vidéos, Président ! », disait-il. Nous dénoncions la guerre économique avant le décès du Commandant Hugo Chavez. Regardez ces vidéos sur ce que nous étions en train de dénoncer… c’était au magasin d’alimentation Polar, à Palo Negro, il y avait un entrepôt clandestin, une entreprise sous-traitante et maintenant c’est Polar qui l’a. Mais, il faut que vous sachiez, nous avons dû démissionner parce que nous y avons été contraints, on nous a menacés. » Maduro a promis de l’appeler une heure plus tard. « Ça, c’est la classe ouvrière qui dénonce ceux qui mènent la guerre économique », dit-il en remettant l’enveloppe avec les vidéos à ses collaborateurs et en donnant ses instructions.

Ces visites permettent à Maduro et à son équipe (laquelle inclut généralement le gouverneur et le maire de la zone visitée) d’analyser les problèmes des gens et d’apporter une solution à ceux qui sont les plus urgents et qui touchent le plus grand nombre de personnes.

Même ainsi, moi, en tant qu’informaticien, je rêve qu’un jour on n’ait plus besoin de poursuivre le chef de l’état lors de ses visites pour lui remettre des petits papiers où l’on dénonce des problèmes et où l’on formule des requêtes. Tout le monde ne peut y arriver… il y a des personnes malades, des personnes âgées, ou ceux qui sont au travail et qui n’ont pas pu arriver à temps.

Un jour nous avons écrit que c’était pour cette raison que les entités publiques ont une plateforme informatique et qu’il est relativement simple d’installer un équipement de gestion, en software libre, pour que les personnes accèdent à la page Web et qu’ils y mettent leurs problèmes et leurs requêtes d’une façon respectueuse et  sincère, avec toutes leurs coordonnées, sans la limitation des 140 caractères de twitter, sans craindre que le tweet puisse être vu par quelqu’un qui puisse prendre des représailles contre toi. L’équipe de serviteurs de l’état traite toutes ces demandes et leur apporte réponse (comme l’a fait en son temps la Sala Chavez Candanga), et en plus, cela lui permet d’élaborer des statistiques et de déterminer quels problèmes touchent le plus de personnes et quels sont ceux dont il convient de s’occuper en premier.

Quelques-uns diront qu’il s’agit là d’une proposition très technocratique, mais je suis de ceux qui pensent que, pour une personne qui habite dans un village ou dans un lieu isolé, il est beaucoup plus facile d’arriver à un infocentre ou à un cybercafé et de mettre une requête sur la page web (avec l’aide de quelqu’un, si l’affaire semble compliquée) que de se rendre à la capitale de l’état ou du pays,  faire la queue et passer de mauvais moments pendant deux ou trois jours pour tenter de résoudre un problème.

Mais je reconnais aussi une chose : aussi efficace que soit un système comme celui-ci, je suis sûr que bien des personnes qui se sont trouvées près de Maduro et sont parvenues à lui remettre en mains propres un dossier, une mangue ou une petite croix, n’échangeraient pour rien au monde cette expérience. Malgré la bousculade et les désagréments.

Et qu’en est-il de nous, nous qui travaillons pour l’État en tant que serviteurs de l’état ? Que ferons-nous le jour où une dame nous remettra une mangue avec une requête écrite dessus ? Nous la rejetterons, nous lui ferons une histoire, nous nous sentirons offensés et nous la ferons emmener par les services de sécurité ? Ou bien, nous nous en occuperons avec patience ? Tant qu’il y a des institutions publiques qui donneront l’impression d’avoir  plus d’intérêt à décourager les gens, il y a aussi d’autres serviteurs de l’état qui travaillent très dur pour s’occuper du public, sans faire attention à l’heure ni à la date, tout cela parce qu’ils croient qu’ils verront le Venezuela aller de l’avant et que le fait de voir le sourire d’une personne dont on a résolu le problème leur semble être une superbe récompense. Ou bien, comme me l’a dit une fonctionnaire d’Etat : « les jours d’attention au public nous sommes là jusqu’à huit heures du soir, des milliers de fois, à voix basses, je parle avec les gens, je leur donne mon numéro de téléphone… C’est que…nous restons engagés envers Chavez ! »

Ce sont des fonctionnaires comme elle que nous devons imiter.

Luigino Bracci

Source : http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/maduro-el-mango-y-el-ejemplo/

Traduction : Sylvie Carrasco

 Notes : 

(1) Lire « Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/15/comment-le-sommet-des-ameriques-a-ecrit-lhistoire-tout-ce-que-ne-vous-a-pas-dit-courrier-international/. Lire aussi « Courrier International », le produit offshore du « Monde »

(2) Courrier International « Planète Buzz » « Venezuela. La formidable histoire du président et sa mangue magique », http://www.courrierinternational.com/article/venezuela-la-formidable-histoire-du-president-et-sa-mangue-magique

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(Photos :) Occuper, résister, produire

63-de-98Inquiet de l’avenir, Vicente Pacheco a décidé ce soir, de parler à sa femme et à son fils. Ils vivent de son labeur. Vicente compte 32 ans d’ancienneté dans la même usine. C’est dur, mais ils font avec. Il leur a parlé des décisions prises par l’entreprise, de ce qui pourrait se passer, des doutes qui traversent la plupart de ses collègues. La conversation a été longue. Il se rappelle ce qu’il se sont dit : «tu resteras ici jusqu’à la fin, pas question de s’en aller».

C’est en 1981 -à l’âge de 29 ans- qu’il a été embauché. A l’époque, cette usine de Barquisimeto produisait de la bière, de la marque Zulia. Vicente a occupé tous les postes, en particulier celui du conditionnement des canettes de bière (palettiseur) en fin de chaîne de production. Dans l’intervalle, l’entreprise a changé de patrons, et Pacheco a poursuivi son travail pour le compte de la Cervecera Nacional. Toujours avec un maigre salaire et sans possibilité de défendre ses droits, malgré la présence d’un syndicat « maison ».

En 1995, la multinationale brésilienne Brahma, a repris les rênes de l’usine. Vicente à dû obéir aux nouvelles directives. Celles de ceux qui empochaient les dividendes. La production quotidienne s’élevait alors à 36 000 boîtes métalliques et à 18 000 canettes. Jour après jour, 7 jours sur 7. Son travail ne changeait pas : il chargeait et conditionnait la marchandise, submergé par le bruit des nombreuses machines qui transportaient, lavaient, remplissaient, déplaçaient, attribuaient un code, pasteurisaient et étiquetaient tout autour de lui, les articles produits.

Vicente a passé la moitié de sa vie, dans cette usine. « Je ne suis pas de ceux qui reviennent en arrière. Quand une décision est prise, elle est prise. C’est ainsi que je reste moi-même, fidèle à mes principes », dit-il dans le silence d’un entrepôt de plusieurs milliers de mètres carrés, qui hier encore débordait d’activités 24 heures sur 24. Désormais, toute la production s’est arrêtée. La poussière qui s’accumule depuis 2 ans, sur toutes les parties de ce vaste local en témoigne. On discerne encore les couleurs jaune, noir, blanche des différentes installations -dont celles des gros interrupteurs électriques rouge- sans oublier les couches de graisse qui ruissellent de ci, de là.

Avec Brahma -qui s’est appelée AmBev à partir de 2003, et qui est l’une des plus grandes multinationales du continent- une nouvelle organisation du travail a vu le jour : aux 12 heures de travail d’affilée, succédaient 12 heures de repos. Pour combattre la fatigue, de nombreux ouvriers mastiquaient des chiques de tabac (« chimo »), buvaient du Coca-Cola et du café noir qu’ils mélangeaient.

En accord avec les gérants de l’usine, le « syndicat » maison avait la haute main sur la convention collective. Pacheco et ses collègues de travail n’avaient pas le droit d’en discuter, ni d’en débattre. Pas de voix au chapitre. Vicente : « jour après jour, on vendait notre force de travail. C’est tout ».

93-de-9880-de-98Malgré sa situation d’exploité, Pacheco aime ces imposantes machines et la puissance qui se dégage de l’entreprise qui s’étend sur 14 ha. Le site contient 14 silos d’une capacité de stockage de 8.1980 tonnes; des cuves de fermentation, de cuisson, de mélange, de refroidissement et de filtrage, mais aussi 2 réservoirs pouvant recueillir 24 000 litres d’eau chacun. Des ateliers de réparation et des laboratoires complètent le tout. En somme, tout ce qui est nécessaire à la production de la bière, de A jusqu’à Z. A l’exception des matières premières (importées), telles que l’orge et le houblon.

Accompagné de son propre écho, Pacheco se souvient. Il s’installe aux commandes des machines, actionne le mécanisme qui remplit 900 canettes (boîtes métalliques)/minute.

Le 5 mars 2013 à 16h25, les patrons ont débouché les bouteilles de whisky. Tout en applaudissant les nouvelles de la télévision, ils demandèrent aux travailleurs, à travers les fenêtres ouvertes des bureaux de la direction : « qu’est-ce que vous allez faire maintenant que votre président (Chavez) est mort? ». Le 18, ils ont convoqué l’ensemble du personnel pour lui annoncer que l’usine allait fermer ses portes, « du fait que la viabilité économique n’était plus au rendez-vous pour le maintien de leurs activités au Venezuela ». A aucun moment ils n’ont parlé de faillite. Il était également prévu que les 600 travailleurs sous contrat, et les 300 intérimaires recevraient sous peu, une « indemnité ».

Pacheco avait déjà parlé chez lui des stratagèmes de la société, et c’est avec les siens qu’il a décidé de la réponse à donner. De nombreux autres travailleurs de l’usine en ont fait autant. Ils savaient qu’on pouvait résister, qu’ils étaient dans leur droit – la nouvelle Loi du Travail n’autorise pas ce type de cessation d’activités (1). Ils n’avaient pas à courber l’échine. De plus, la majorité d’entre eux adhéraient au chavisme, et ils étaient organisés.

A tout prix

Les premières réunions ont eu lieu dans les locaux sanitaires, à 3 heures du matin. Alors la direction en a fait retirer les portes et les ouvriers ne furent plus autorisés à s’y rendre qu’accompagnés d’un contremaître, à raison de 10 minutes à prendre sur les 12 heures de roulement. Au début, ils étaient peu nombreux. 12 pour être exact. Ils savaient aussi que des mouchards rôdaient, que le « syndicat maison » allait main dans la main avec les patrons. Des travailleurs avaient été menacés. Chaque réunion devenait un risque.

La première chose qu’ils firent fut d’étudier les textes de lois et de discuter de la convention collective. Ils se sont ensuite procurés une brochure intitulée Movimiento Fuerza Unida (Mouvement Force Unie), dont ils ont assuré la diffusion clandestine. Leur objectif principal, selon Heiber Mogollon qui est référent de l’usine et membre de la Fédération Socialiste Bolivarienne pour les zones urbaine, rurale et de pêche : « organiser la classe ouvrière, préparer l’émergence des conditions subjectives, la conscience de notre peuple, les conditions objectives étant d’ores et déjà réunies ».

En 2005, ils ont été découverts par hasard. Aussitôt les accusations ont fusé : traîtres, agents déstabilisateurs, apprentis guérilleros, gauchistes. Mais ils avaient déjà jeté les bases d’une organisation. Mogollon : « ce qui importait dans ce premier temps, c’était de diffuser auprès des travailleurs la vraie nature de leur convention collective. Pour cela, on a convoqué une assemblée, on a imprimé un contrat et le personnel s’est rendu compte de toutes les irrégularités qui entachaient ce document, au seul profit du patron et de son syndicat. Chacun a pu se faire une opinion. Entre 300 et 400 travailleurs mécontents et grugés ont demandé des comptes au syndicat en place, qui les tenait depuis 20 ans sous sa coupe. « On a fait monté la sauce ». Résultat : lors des élections de 2006, 99,5% des bulletins exprimés se sont portés sur de nouvelles instances qui ont été élues, et la convention collective est passée aux mains du nouveau syndicat.67-de-98

Par la suite, les patrons de l’entreprise ont tenté de les acheter en offrant des fourgonnettes, des valises pleines de billets de 100, de comptes bancaires ouverts à leur noms. Ils ont même recruté un homme de main chargé de les menacer de mort. Pourtant ces tentatives de corruption n’ont mené à rien, l’intelligence des gens a déjoué le projet d’homicide, le syndicat s’est renforcé, et une première et authentique convention collective a vu le jour (2008-2011). L’une des premières mesures à être prise, portait sur la suppression des 12X12, et au retour des rotations de travail de 8 heures.

Mais au moment où tous ces changements survenaient, Ambev avait échafaudé d’autres plans : en 2010, elle formalisa la vente de 85% du capital de l’usine, qu’elle céda à l’entreprise brassicole Regional. « Ce sont eux qui ont réuni les conditions pour que l’usine s’achemine lentement vers la fermeture de ses portes. Ils ont tenté de faire valoir cet argument auprès des services du Ministère des Finances, qui consistait à dire que le manque de viabilité économique de l’usine, rendait inopérant le soutien à une entreprise dont les pertes étaient toujours plus importantes. Mais c’est la direction qui est responsable de cela » selon Angel Vazquez, qui a tenu pendant les deux années de résistance.

Tous ensemble, ils ont étudié, essayé de comprendre le cours des événements. AmBev se devait de fermer l’usine, de la vider de ses travailleurs, pour mener à bien l’opération de cession prévue et consolider son alliance avec Regional, qui produisait la bière de marque Zulia, sur le brevet de laquelle la multinationale d’origine brésilienne, avait un droit de regard. Angel : « le capitalisme a eu le dernier mot et les travailleurs se sont retrouvés à la rue ».

Le 18 mars 2013, de nombreux ouvriers revenaient de Caracas, où ils avaient rendu un dernier hommage à Hugo Chavez. On traversait une mauvaise passe. Mogollon était du voyage. Pourtant, l’heure n’était pas aux lamentations. Il devait s’adresser au personnel de l’usine, convaincre sans pour pouvoir promettre ce qu’il ignorait. « Soutenir leur regard a été le plus difficile pour moi, quand j’ai pris la parole lors de l’assemblée qu’on avait réuni. Il fallait vraiment leur démontrer que ce que je disais, j’en avais l’intime conviction : nous allions résister ». Des centaines d’entre eux l’ont suivi.

« Dans un premier temps, on a décrété une sorte d’état d’urgence au niveau de l’usine. Le but : contrôler et protéger notre outil de travail. Pour cela, on a mis sur pied des équipes de surveillance, d’entretien » raconte le dirigeant qui a occupé les locaux toutes les nuits, une année durant, en compagnie de 300 autres travailleurs. Toutefois, au bout d’un certain temps, le manque d’argent s’est fait sentir et certains d’entre eux ont commencé à chercher du travail ailleurs, à courir après une solution pour les enfants, pour la famille. S’est formé le dernier carré des irréductibles. « On était convaincu de la nécessité d’agir, de faire bouger les choses. On se disait : si on s’en va, tout cela sera peu à peu oublié, et le système en sortira renforcé ».14-de-98

L’unité

C’est par nécessité qu’ils ont contacté la Commune José Pio Tamayo, dans un premier temps. Dans l’attente de l’expropriation, on leur avait recommandé de faire enregistrer l’usine sous le statut d’Entreprise de Propriété Sociale (EPS), un concept juridique communautaire. Le Parlement Communal a fait un peu plus que leur ouvrir ses portes : les aider à relever le défi. On a même inventé une expression pour caractériser cette initiative : le pouvoir ouvrier-communal.

Jusque là, seule une partie des travailleurs connaissaient l’existence des Communes, pour avoir entendu Hugo Chavez en parler lors de sa participation personnelle à un Conseil communal. Toutefois, la majorité d’entre eux ignorait tout de cette structure. Ils étaient encore moins nombreux à se douter de ce qu’ils allaient entreprendre, à partir de la création de l’Entreprise de Propriété Sociale Travailleurs Unis.

Tout d’abord, confrontés à la nécessité pressante de créer de nouvelles sources de revenus, ils ont élaboré un plan d’urgence avec l’appui de la Commune : à l’aide de camions-citernes, ils se sont lancés dans le lavage de voitures. Ils ont également mis en vente des poulets, achetés à crédit. Dans ce domaine, Veneagro -une usine relevant du contrôle ouvrier- leur apporta son concours. De cette manière, ils ont pu assurer une rentrée d’argent hebdomadaire oscillant entre 1000 et 1500 Bolivars. Chacun des 60 travailleurs ayant poursuivi la lutte a pu en bénéficier. Survivre, c’est une chose, mais il faut aussi avoir un projet précis. Il a aussi été nécessaire de se défendre contre un procureur acheté par AmBev, qui a lancé des ordres d’expulsion.

Mogollon : « Nous parions sur un nouveau modèle de gestion fondé sur la participation et appuyé sur un collectif ouvrier-communal. Au sein d’une entreprise privée, gagner son pain à la sueur de son front, cela s’appelle  »plus-value ». Dans notre cas, c’est de la  »rétribution » et du  »contrôle social ». Les richesses produites par cette grande usine servent à la réalisation de nos projets : bâtir des écoles, des centres de santé, assurer l’éducation de nos enfants, sans pour autant devoir tout demander à l’État, ni dépendre du bon vouloir du secteur privé ».

C’est ce que le porte-parole de la Commune, José Miguel Gomez appelle le double processus de création : création de richesse, et libération de territoire. Pour articuler ces deux axes, lui et un autre « communard » élu ont commencé à participer aux assemblées d’usines et de Travailleurs Unis, tandis que deux travailleurs/socio-producteurs ont rejoint le Parlement Communal.

Cette participation croisée plonge ses racines dans les assemblées des conseils communaux. C’est à cet échelon qu’on traite des besoins les plus criants de chaque zone concernée. C’est aussi à ce niveau, que les porte-parole sont élus. Ceux qui donnent vie au parlement. Mais aussi les socio-producteurs, qui assistent aux débats, en recueillent les propos, et les relaient auprès des assemblées d’usines. Gomez : « Au final, tous ces éléments sont transmis à un fonds social, qui en synthétise les termes et se charge de les transformer en réalisations concrètes sur le terrain ».

Dans cette nouvelle unité de production, organisée autour d’une assemblée centrale à participation ouverte -ce qui permet de prendre collectivement les décisions- on a rompu avec les logiques verticales propres aux modes d’organisation capitalistes, avec la fragmentation des tâches et des savoirs. Gomez : « un système de transfert des connaissances s’est mis en route. Ici, les ouvriers participent à la planification, ont accès aux livres comptables, parce que désormais, on peut maîtriser les processus de connaissance liés aux domaines de la science et de la technologie ». La démocratisation des grilles de salaires, des tâches et des savoirs. C’est dans cette direction, que les travailleurs commencent à penser. C’est dans cette voie qu’ils s’engagent.

Mettre sur pied un vrai contrôle des travailleurs. Sans supervision administrative de l’État, comme ce fut le cas dans d’autres expériences. Prendre directement les choses en main, comme dans le cas des Empresas de Propriedad Social Directe qui dépendent des Communes. Mais ici, c’est l’amorce d’une expérience à grande échelle. Pour Gomez, c’est une étape vers l’inversion du scenario actuel : « L’économie du Venezuela, la majorité des moyens de production restent privées à 80 %, l’État en contrôle une petite partie mais bien peu se trouvent sous le contrôle citoyen. Les relations sociales sont encore marquées par la méthode capitaliste ».

Être autogestionnaires, c’est faire en sorte « que le peuple contrôle les rouages de l’économie pour qu’ils puisse s’émanciper et avancer dans la construction d’un socialisme vénézuélien» (Angel Vazquez).18-de-98

Jusqu’au bout

Pacheco achève sa visite de l’usine et des vastes terrains qui l’environnent. Il pense que le pire est derrière lui. Il ne manque plus que la signature présidentielle d’expropriation de l’entreprise, et que les projets se concrétisent. Ils ne vont plus produire de bière, mais vont se tourner vers la mise en bouteille d’eau minérale et la création d’un jus de moringa et de stevia, s’associer à la chaîne de production de l’entreprise publique Lacteos Los Andes, assurer le stockage des productions issues des communes agricoles et le conditionnement des silos à grains de la commune.

Le vieux travailleur a également découvert que personne n’a à lui dicter ce qu’il doit faire, ce qu’il doit être. Ce que les patrons de l’usine ont essayé d’écraser, de réduire au silence, d’acheter. Eux savent qu’ils doivent étudier, se former, s’organiser pour pouvoir agir, et résister.

Note :

(1) Lire « Nouvelle loi du travail : un pas de plus vers la vraie vie », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

Texte : Marco Teruggi

Photos : Gustavo Lagarde

Source : http://laculturanuestra.com/?p=175

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Démocratisation des élections : la lutte entre l’ancien et le nouveau au Venezuela et en Amérique Latine

On savait la droite vénézuélienne divisée entre courants “accumulation de forces” (tendance Enrique Capriles Radonski) et “coup d’État” (tendance Maria Corina Machado). Voici qu’elle se déchire sur les élections législatives qui auront lieu en 2015. Pourquoi ? Tout comme son adversaire le Parti Socialiste Unifié du Venezuela, elle va organiser des primaires dans quelques semaines (1). Sauf que les deux camps ont suivi des méthodes diamétralement opposées.

Du côté de la droite (regroupée dans la MUD, Mesa de la Unidad Democrática), chacun des aspirants-candidats aux primaires du 17 mai devait réunir 1 % des signatures du registre électoral, payer 150.000 bolivars soit 26 fois le salaire minimum, et ne disposait que d’une semaine pour ce faire (du 10 au 17 mars). Conséquence, on ne trouve parmi les 110 candidats retenus que très peu de citoyens de base et… beaucoup d’entrepreneurs privés (comme Braulio Jatar Alonso, Luis Alberto Silva, Franciovy Hernández, Ylidio Abreu, Vestalia San Pedro ou Isaac Pérez). « Comment un producteur, un employé, un professeur universitaire ou un syndicaliste auraient-ils pu réunir toutes ces signatures et 150 mille bolivars en une semaine ? Serait-ce que les gens ne travaillent pas ?” s’insurge Claudio Fermin, membre de la MUD, ex-maire de Caracas et dirigeant du parti Acción Democrática. En outre, les militants de base ne pourront s’exprimer que dans 38 des 87 circonscriptions que compte le pays. Le reste des candidatures a été fixé sans les consulter, à travers des pactes entre appareils.

Claudio Fermin

Claudio Fermin

Pour Fermin, “ces pactes relèvent de la plus pathétique politique de salon. Il est vital de combattre l’apathie et l’abstention lors des prochaines élections en promouvant des actions qui suscitent l’intérêt et la participation des vénézuéliens car ce sont ces éléments qui ont octroyé la victoire au chavisme ces dernières années. La MUD n’est qu’une dictature d’appareils et tous ses partis ne font pas 15 % de la population ».

Nombreux sont les dirigeants locaux de la MUD à dénoncer ces pratiques. A Caracas, Carlos Julio Rojas a exigé que les candidats imposés (comme la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado) paient eux aussi les 150.000 bolivars. Le parachutage d’Ismaël Garcia, à la réputation douteuse, est mal vécu par la base de l’état de Portuguesa mais les plaintes à la direction nationale restent lettre morte. Leonardo Prieto du “Movimiento Gente” de Puerto Ordaz a entamé une grève de la faim face au refus de la MUD d’organiser des primaires, l’accusant de “séquestrer” le droit des citoyens. Dans l’État de Lara le dirigeant et député Eduardo Gomez Sigala s’étonne que “le candidat Henri Falcon soit imposé par la direction sans passer par des primaires (..) sans doute parce qu’il ne les gagnerait pas” et a rejeté l’argument des dirigeants de Caracas pour qui l’organisation d’une consultation eût été “trop coûteuse”. “L’opportunisme ne peut pas faire la loi (..) Nous assistons à une escroquerie qui nie le droit de la base à choisir ses candidats. Pas de démocratie sans primaires ». D’autres dirigeants comme Efrén José Meza Barrios ont annoncé la création d’une coalition parallèle à la MUD, baptisée “Lara Entera por el Cambio y las Primarias” (2). Dans l’État de Mérida la droite locale proteste en organisant elle-même la consultation des militants.

Dirigeants de la MUD (opposition vénézuélienne). Dernier à droite du premier rang, le député Andrés Velásquez.

Dirigeants de la MUD (opposition vénézuélienne). Deuxième à partir de la gauche du premier rang, Antonio Ledezma, impliqué dans le coups d’État de 2002 et les tentatives de 2014 et 2015. Dernier à droite, le député Andrés Velásquez.

Pour le député d’opposition Andrés Velásquez, cette manière d’organiser les primaires constitue une “grave erreur stratégique”. “Nous avons perdu une occasion en or. Ces primaires nous auraient permis d’élargir notre espace, de construire une base plus large. Les aspirations de nombreuses personnes dans plusieurs états du pays ont été purement et simplement ignorées. Il est temps de mettre un point final à cette habitude des cercles de dirigeants de partis de confisquer les opinions des citoyens”. Velásquez a réclamé une cohérence entre le discours de la MUD qui se dit “plurielle” et “démocratique” mais qui ne se traduit pas dans la pratique dès qu’il s’agit de se répartir des sièges de députés.

Ces dissensions n’auraient sans doute pas pris une telle ampleur sans l’inévitable comparaison avec la méthode suivie par le Parti socialiste Unifié du Venezuela, le PSUV, principal parti de la révolution bolivarienne.

Alors que les 110 candidats de la droite sont plutôt des hommes âgés, riches, blancs, qu’on n’y trouve pratiquement aucune femme (1 sur 10) ni de jeunes (pas même les étudiants de droite qui servirent, médiatiquement, à faire passer les violences de 2014 et 2015 pour une “révolte populaire”), la base du PSUV a organisé 13.682 assemblées à travers tout le pays avec la participation d’environ 900.000 citoyen(ne)s, sans la moindre discrimination de race, de sexe ou de classe sociale, et a désigné 1.152 candidat(e)s pour les primaires, soit dix fois plus que ceux de la droite. 60 % des candidats du PSUV sont des femmes, et la moitié a entre 21 et 30 ans. En tout, 83% ont moins de 50 ans. Pour garantir une campagne équitable les frais des candidat(e)s sont pris en charge par les cotisations des militants : “chacun aura droit à la même quantité d’affiches, à la même quantité d’espaces radio et TV” explique Jorge Rodriguez, un des dirigeants du Parti Socialiste Unifié.

Une assemblée de militants du Parti Socialiste Unifié (PSUV) choisit les candidats aux primaires de juin 2015.

Assemblées de militant(e)s du Parti Socialiste Unifié (PSUV) choisissant les candidats aux primaires de juin 2015.

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Un champ politique nouveau

Un jour j’interrogeai un vénézuélien pauvre : ”Pourquoi votez-vous pour Chavez ? » … « Parce que je ne veux pas redevenir invisible ».
Eduardo Galeano (1940-2015) dans “Chavez, un drôle de dictateur”.

 

La comparaison des deux méthodes révèle deux projets de société. Le champ politique vénézuélien ne se caractérise pas tant, comme le martèlent les grands médias, par une “polarisation” “pour ou contre Maduro” ou “pour ou contre la révolution”, mais par une contradiction plus profonde, historique : entre l’exclusion, la discrimination, l’humiliation et le besoin majoritaire de dignité, de respect et de participation. La caste nostalgique qui espère encore voir poindre le drapeau salvateur des GI’s  – qu’incarne parfaitement Maria Corina Machado, télégénique survivante du seizième siècle (3) – voit sa propre base militante réclamer son droit de participer. Effet d’entraînement d’une révolution qui a su dynamiter l’apartheid des années 80 pour ouvrir le champ politique à de nouveaux acteurs – organisations féministes populaires ou mouvements d’auto-constructeurs de logements. La constitution bolivarienne est un bon exemple, qui donne aux citoyens le droit d’organiser un référendum révocatoire à mi-mandat (qu’il s’agisse d’un maire ou d’un président). Approuvée par référendum en décembre 1999, elle fut d’abord dénoncée par la droite comme “totalitaire”. Jusqu’au jour où celle-ci comprit l’avantage politique qu’elle pouvait en tirer et se l’appropria comme outil de lutte… contre la “dictature bolivarienne”.

Bien qu’elle possède la majorité des médias comme dans le reste de l’Amérique Latine, la droite vénézuélienne n‘a pas réussi, pour l’heure, à capitaliser le mécontentement d’une population qui subit la guerre économique depuis deux ans. Sa difficulté reste qu’elle ne peut sauter par-dessus ses propres murs, renoncer à son rêve néo-libéral et socialement raciste (4). La firme privée de sondages Hinterlaces confirme qu’actuellement, le chavisme reste la seule force sociale, culturelle et symbolique de caractère populaire face à une opposition divisée, sans message et sans projet, élitiste et absente des mouvements sociaux et de la rue (5).

Assemblée du PSUV pour postuler des candidats aux primaires de juin 2015.

Assemblée du PSUV pour postuler les candidat(e)s aux primaires de juin 2015.

Le mouvement de démocratisation ne concerne pas que le système électoral. La domination machiste recule à mesure que s’organise un féminisme populaire – comme celui de l’Union Nationale des Femmes, coordination de 400 collectifs en lutte dans tout le Venezuela et qui ouvre des points d’inscription ce 2 mai dans 335 municipalités du pays. On pourrait parler aussi de la démocratisation d’une université jusqu’ici réservée aux élites : 2015 bat les records avec l’inscription de 486.179 candidats aux études supérieures. Ou de l’appropriation progressive de médias par des centaines de collectifs citoyens, devenus légalement propriétaires de leurs propres fréquences de radio et de télévision locales, sortis de la clandestinité d’avant la révolution. Ou de la démocratisation de l’internet, qui  a valu au Venezuela un prix de l’UNESCO, avec ses centres de connexion dans les quartiers populaires et l’extension du WIFI sur les places publiques et dans les universités. Ou des 1070 communes et des 44.600 conseils communaux qui commencent à écrire l’utopie invisibilisée par les médias d’une économie et d’une politique cogérées par les citoyen(ne)s. Bref, alors que la plupart des journalistes fabriquent docilement l’image d’un “Venezuela qui bascule dans la dictature” exactement comme ils le faisaient à propos du Nicaragua des années 80 (et on voit bien aujourd’hui qu’il n’en était rien), il n’est pas exagéré de dire que le Venezuela est aujourd’hui une des démocraties les plus avancées au monde.

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La Présidente Michelle Bachelet

Une réalité à replacer dans le contexte de la montée des forces progressistes en Amérique Latine depuis le retour de la démocratie. Au Chili, la présidente Michelle Bachelet vient de réaliser une de ses promesses en abrogeant la loi électorale mise en place par Pinochet et dont les dispositions empêchaient l’émergence de petits partis pour mieux maintenir la domination de la droite. 40 % des candidatures devront être féminines pour viser la parité à l’assemblée nationale. Bachelet a annoncé la refonte de la constitution à partir de septembre, à travers un large débat démocratique, décision critiquée par la droite.

Brésil, marche pour la démocratisation de la vie politique.

Brésil, marche pour la démocratisation de la vie politique.

Assemblée constituante, parité de genre, fin des financements des candidatures par les grands lobbies économiques, figurent également dans le projet de réforme politique appuyé par Dilma Roussef et porté par 112 mouvements sociaux et politiques, religieux et étudiants, qui vont de la Via Campesina au Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre et à la CUT, principale force syndicale du pays.

La Présidente Cristina Fernández

La Présidente Cristina Fernández

Dans une interview récente (6), la présidente argentine Cristina Fernández rappelle pour sa part : “après tant d’échecs subis en tant que députée ou sénatrice dans la lutte pour la démocratisation des partis politiques, je suis fière d’avoir réussi à faire que la vie politique en Argentine se caractérise par des primaires internes ouvertes, de caractère obligatoire, pour que les appareils des partis ne soient plus ceux qui définissent les candidatures, mais pour que ce soit la société qui en décide : j’en suis fière et très heureuse parce que nous vivons en démocratie, parce que nous choisissons, parce que nous participons, et je crois que c’est très positif”.

Thierry Deronne, Caracas, 2 mai 2015.

Notes :

(1)   Fait curieux, pour organiser ces primaires, la droite a demandé l’appui du Conseil National Électoral (CNE) alors qu’à chacune de ses défaites, elle accuse ce dernier de “fraude”. Le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (19 en 15 ans), reconnus comme transparents par les observateurs de l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains ou de l’Association des Juristes Latino-américains. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Pour l’ONG, “le Venezuela est le pays où on observe la plus grande différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui circule dans la communauté internationale”.

(2)  “État de Lara au complet pour les primaires et le changement”.

(3)  Natacha Tatu (“Nouvel Obs”, France) rattrape sur le tard le peloton des grands médias en nous présentant Maria Corina Machado comme une victime du pouvoir, égérie sympa de la lutte pour la démocratie. Héritière d’une des grandes familles de l’oligarchie, leader de l’extrême droite, Mme Machado signa en avril 2002 le décret de l’éphémère et meurtrier coup d’État contre le président Chavez, qui porta au pouvoir durant 48 heures le patron des patrons Pedro Carmona. Ce décret abolissait toutes les institutions démocratiques telles que la constitution et l’assemblée nationale, tandis que la police putschiste faisait la chasse aux opposants. En juin 2013, dans une conversation téléphonique, Machado évoque ses contacts avec les États-Unis et la nécessité de tenter un nouveau coup d’État précédé de « confrontations non-dialogantes ». Bilan des violences de 2014 : 43 morts, la plupart dans le camp bolivarien et six membres des forces de l’ordre tués par balles. “Il faut nettoyer cette porcherie, en commençant par la tête, profiter du climat mondial avec l’Ukraine et maintenant la Thaïlande” insiste-t-elle en 2014 dans un des mails échangés avec l’ambassadeur états-unien en poste à Bogota, Kevin Whitaker. “C’est l’heure de faire des efforts, de procéder aux appels nécessaires et d’obtenir le financement pour anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids”. Le 12 février 2015, le siège de la télévision publique Telesur où travaillent 800 personnes et l’assemblée nationale devaient être bombardés lors d’une tentative de coup d’État. Lire “C’est l’heure d’anéantir Maduro”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/%C2%A8cest-lheure-daneantir-maduro-le-reste-tombera-de-son-propre-poids%C2%A8-les-visages-reveles-du-plan-de-coup-detat/

(4)   Lire “L’accord de transition Machado-Ledezma-Lopez, ce que révèle et occulte le programme de la droite en cas de succès d’un coup d’État”,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/22/laccord-de-transition-machado-ledezma-lopez-ce-que-revele-et-ce-quocculte-le-programme-de-la-droite-venezuelienne-en-cas-de-succes-dun-coup-detat/

(5)   Lire “Qui a perdu la rue ?”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/05/qui-a-perdu-la-rue/

(6)   Interview accordée à Russia Today par la Présidente Cristina Fernandez de Kirchner, http://www.tvpublica.com.ar/programa/entrevista-de-rusia-todaday-a-cristina-fernandez-de-kirchner/

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L’autre langue

le saman du quartierDimanche 26 avril 2015, six heures de l’après-midi. Près de 17 femmes du Conseil Communal “Dr Alberto Smith” réalisent une assemblée pour discuter des points du jour. Nous sommes à Ocumare del Tuy, État de Miranda. « Terra incognita » pour les médias occidentaux, comme l’est ce pays hors du Caracas qui lève et baisse son rideau selon les besoins de l’internationale médiatique.

La réunion se déroule dans l’ombre fraîche du “samán”, l’arbre du quartier, trois hommes s’y sont joints. Le menu est varié : les erreurs initiales dans l’organisation du conseil communal comme la double identité juridique vis-à-vis des autorités lors de la remise de comptes annuelle, le besoin de vérifier les comptes des autorités antérieures par la commission de contrôle du nouveau conseil, le programme de substitution de l’éclairage ancien par les nouvelles ampoules blanches qui économisent l’énergie, le programme des allocations de retraite pour les personnes âgées, la vente de postes et d’antennes de télé par câble des entreprises de l’État. Le samán est un patrimoine national et ne peut être coupé sans permis de l’Institut National des Parcs et du corps de pompiers mais il faudra au moins en couper quelques branches.

La réunion respire la cordialité de voisins mais la tension revient dès qu’une parcelle de pouvoir est en jeu. Presque toutes ces femmes sont mères, fonctionnaires publiques ou employées, travaillent du lundi au vendredi, travaillent chez elles et consacrent un samedi ou un dimanche par semaine au conseil communal. Elles font leur propre critique parce qu’elles n’ont pas réussi à élire le ou la porte-parole au conseil de rang présidentiel. Le problème est que la personne à choisir doit se consacrer à plein temps à cette tâche : autant il est possible que ce conseil ne se réunisse pas pendant un an, autant il arrive qu’on doive se rendre à toutes les réunions pendant toutes les semaines, un mois complet. Madame Mary parle de la “faible participation aux assemblées”, Cristina explique qu’il faut “s’activer pour obtenir davantage de bénéfices”.

Une heure passe. Il y a d’autres critiques, il faut arriver à des accords. Quelles personnes sont-elles prioritaires pour l’assignation des postes de télévision et des antennes de Cablevisión (les personnes âgées). Le programme « Barrio Nuevo, Barrio Tricolor » organise une journée de substitution des toits d’amiante (encore nombreux dans les communautés intérieures du Venezuela) et des toits de zinc avariés, et la réfection des façades en mauvais état pour les maisons jugées prioritaires. Face aux problèmes de pénurie de certains produits de base on s’organisera avec des entreprises régionales pour vendre certaines denrées comme les produits laitiers.

Les maisons dont les lampes éclairent les rues du quartier recevront une dotation additionnelle d’ampoules incandescentes.

On dirait une autre langue mais c’est le langage de la démocratie participative, ce n‘est pas facile, ce n‘est pas un chemin de roses mais il semble que c’est le chemin.

Carmen Navas Reyes

Anita

Source : https://lacumbale.wordpress.com/2015/04/28/los-consejos-comunales-como-expresion-de-la-democracia-participativa/

Traduction : T.D.

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Plus de dollars pour Fedecamaras. La question des expropriations à l’ordre du jour.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale "Barrio nuevo, barrio tricolor"  dans le quartier populaire 23 de Enero, á Caracas, le 25 avril 2015. L'État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l'ensemble du pays.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale « Barrio nuevo, barrio tricolor » dans le quartier populaire 23 de Enero, à Caracas, le 25 avril 2015. L’État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l’ensemble du pays.

Le même Nicolas Maduro qui, il y a deux ans, en début de mandat, invitait les chefs d’entreprises au palais présidentiel pour tenter de nouer le plus large dialogue, arrive aujourd’hui à l’étape qu’il savait possible : l’obligation de mettre au pied du mur les acteurs de la guerre économique, du système de sabotages et d’accaparements comme éléments d’une guerre d’usure visant à mécontenter la population. Contrer les plans de ce secteur privé impliqué dans une stratégie de coup d’État, a requis pas mal de sagesse politique, de patience stratégique mais aussi un minutage précis des moments de l’intervention.

Maduro a bien compris qu’il s’agit d’une guerre menée sous diverses formes et depuis des années et que même si on se trouve à un tournant, les temps ne sont pas au radicalisme du style « en avant toute ». Ce n’est pas le moment du volontarisme utopique cher aux représentants d’une gauche protégée qui parle beaucoup et agit peu. Bref, pas l’heure de dogmatismes ou de mesures improvisées qui laissent entendre que « tout sera résolu par la suite ». A équidistance de l’idéalisme et du pragmatisme. C’est la posture que Maduro adopte.

L’appareil mafieux qui a dévié la rente pétrolière, la dépendance d’élites politique et économique vis-à-vis de l’empire (1), l’existence d’une bourgeoisie regroupée au sein de grands monopoles privés qui contrôlent 80 % des importations, de la production et de la distribution au Venezuela, la collection de grandes familles qui ont la haute main sur les relations économiques du pays, sont par essence l’ennemi le plus redoutable auquel le peuple vénézuelien a été confronté, bien avant la révolution bolivarienne. Espérer venir à bout de cette lutte historique d’un coup de plume, par un simple décret, est tout aussi irréaliste que tenter d’établir un modus vivendi basé sur une tolérance excessive vis-à-vis de ceux qui impunément, s’adonnent à cette guerre économique.

A ce jour, face à l’ampleur de la brèche, la tactique doit s’articuler avec la stratégie d’assainir l’économie sur la base de nouvelles formes de relations économiques, qui visent à consolider une société plus juste. Il faut également veiller à la réorientation des modes d’obtention, puis d’ d’affectation, des dividendes de la rente pétrolière (quintessence historique du capitalisme « rentier » vénézuélien), tout en supplantant les rapports de propriété qui permettent à la bourgeoisie de contrôler les points névralgiques de ce dispositif. C’est là que se joue la combinaison « approche tactique »/« perspective stratégique ».

Les médias de l’économie privée, majoritaires, imputent au gouvernement les dégâts de la guerre économique dont elle est responsable.

Si la prémisse d’un système d’économie mixte doit naître, ce ne sera sûrement pas avec le concours d’une part importante de cette élite improductive, qui a toujours su comment piller l’État pour s’installer à Paris, Miami ou New York, élite corrompue, incontrôlable, qui flirte en permanence avec le coup d’État (2). Si le tournant économique vénézuélien compte sur des entreprises privées efficaces, productives, responsables, ce seront celles qui peuvent s’inscrire dans une politique de développement national, étrangères à la situation oligopolistique du moment. Et pas les mafieux de Fedecamaras et Consecomercio (Fédérations patronales et des chambres de commerce qui organisèrent le coup d’État manqué contre le président Chavez en avril 2002). Dans ces conditions, bien plus qu’une pierre d’achoppement, la guerre économique comme expression paroxystique de la crise se transforme en un facteur d’opportunités.

Maduro à la croisée des chemins.Maduro

A l’instar de Chavez, et de par sa propre formation, Maduro se place à la croisée des chemins, entre négociation, concertation et tournant décisif. Oui: Nicolas Maduro a pratiqué la politique de la main tendue en direction des représentants les plus emblématiques de la bourgeoisie vénézuelienne. Il devait le faire, tout en sachant que cela lui vaudrait moqueries et sous-estimation. De retour au Venezuela après la victoire obtenue au Sommet des Amériques à Panama (1) le président bolivarien a déclaré que la bourgeoisie confondait sa patience avec le cœur de sa politique, et a appelé ses ministres, les syndicats, et l’ensemble des organisations populaires à travailler davantage pour  s’attaquer à la « racine du mal ». A radicaliser les actions touchant au domaine économique, et à ne « plus croire en la bourgeoisie ».

Sur le plan politique, la situation est celle-ci : on se trouve formellement en présence d’une déclaration de guerre économique. La contre-attaque est dans le camp du gouvernement national. Ceux qui souhaitaient la guerre et espéraient l’absence de réponse ont eu tort.

Ce tournant du conflit permet de mesurer la capacité du gouvernement à diriger. La question que l’on peut se poser est la suivante : ceux qui sont aux responsabilités se donneront-ils les moyens d’aboutir à des décisions concrètes, conformes à ces déclarations ? Dans le cas contraire, le ton tranchant du discours de Maduro (dont le caractère politique est insuffisamment pris en compte par la bourgeoisie) sera placé sur le compte de la démagogie. Le leader d’extrême-droite Leopoldo Lopez Mendoza, est particulièrement bien placé pour répondre à cela, qui avait traité Maduro de « lâche » en le mettant au défi de le faire emprisonner. Cet impénitent guarimbero (organisateur de violences meurtrières, NdT), cousin du grand patron Lorenzo Mendoza, est probablement le premier oligarque à être arrêté dans l’histoire politique récente du pays. Persuadé que sa notoriété politique et médiatique le protègerait, Leopoldo López Mendoza croyait à l’ impunité. Les autorités ont statué sur son cas. Aucun nom fût-il celui d’un multimillionnaire organisateur d’une version tropicale d’ »Aube Dorée » ne se situe au-dessus des lois. Maduro a franchi le Rubicon. Et il ira jusqu’au bout, pour défendre l’État de droit contre les tenants du coup d’État.

A ce jour, certains ex-ministres, dont des militaires, et ex-gouverneurs de l’ère Chavez sont dans le collimateur de la Justice pour faits de corruption et poursuivis pour divers délits (3). Il y a eu des décisions difficiles à prendre sur le plan économique, en réponse à la conjoncture difficile. Le Venezuela où personne jusqu’à présent n’osait mettre la main sur l’« intouchable » entreprise privée de médicaments Farmatodo, vit la fin d’un mythe : l’impunité d’élites à qui rien ne pouvait jamais arriver.

Si quelque chose caractérise les récentes décisions politiques, c’est que la patience tactique a ses limites, que les décisions doivent être prises au moment opportun, qu’aucun individu n’est intouchable. Et ce, qu’elle que soient ses avantages médiatiques, politiques ou sociaux. Il n’y a pas d’intouchables.

Supporter le coût politique.

Les médias de l’élite privée (80 % de l’économie actuelle), disions-nous, imputent au gouvernement les ravages d’une guerre économique dont elle est responsable. Comme au Chili en 1973, l’un des thèmes est celui des expropriations, supposées être responsables de la chute de l’activité productive, engendrant ainsi les pénuries. Cette campagne est menée dans un pays où l’État n’a jamais procédé à l’expropriation (pour ne citer que ces quelques exemples) d’entreprises de fabrication de papier hygiénique, de couches et de serviettes hygiéniques, qui sont tous des produits hautement sensibles ayant disparu des rayons et ciblés sur le public féminin comme pivot de l’économie domestique. Toute action émanant du gouvernement national -notamment en ce qui concerne le dossier des expropriations- sera attaquée avec virulence.

Tarir le flux d’argent tombant dans l’escarcelle des entreprises liées au grand patronat et chambres de commerce suppose la mise en place d’une gestion sélective et différenciée des crédits publics, excluant le « gouvernement  paternel» pour les nombreuses entreprises qui occupent le créneau de la distribution des produits. Celles-ci se sont dotées d’une solide expérience en matière de techniques de commercialisation, et de cette manière peuvent exercer un chantage permanent sur la grande masse des consommateurs.

Cette décision (consistant de manière sélective, à cesser l’octroi à certaines entreprises de dollars préférentiels), ne manquera pas de susciter leur réaction énergique, via les nombreux médias qui leur appartiennent. Leur argumentation reposera sur des arguments comme celui que les sociétés visées seront contraintes de recourir au dollar parallèle (justifiant ainsi une augmentation des prix), ou qu’elles courront le risque de devoir fermer leurs portes ou de « quitter le pays » (à l’exemple de Procter & Gamble, qui menace depuis une décennie, de s’en aller). Nous serons témoins de campagnes de propagande auxquelles l’industrie Polar (principal oligopole vénézuélien) nous habitue : la promesse d’investir dans la production nationale, en échange de subventions publiques en dollars.

Les retombées politiques réelles résultent des deux années de sabotage systématique, véritable moyen d’extorsion de la population. Accompagné de violences d’étudiants de droite et de paramilitaires colombiens comme bélier médiatique et politique, cette déstabilisation a d’ores et déjà causé d’énormes dégâts à l’imaginaire politique vénézuelien. La balle se situe désormais dans le camp du chavisme, du gouvernement, qui peut faire le choix d’une défense en profondeur et cohérente du peuple, ou non.

La guerre économique a débuté alors que le prix du baril de pétrole s’élevait à 100 dollars. Elle s’intensifie à l’heure actuelle, alors que sur le marché international, ce tarif a chuté à 50 dollars. La réponse à cette situation d’urgence consiste à mener sans répit les actions nécessaires, mais en bannissant toute hâte. Les dés sont jetés, et Maduro a déclaré qu’il s’agit d’explorer d’autres pistes, de s’appuyer sur d’autres ressources, afin de prendre à contre-pied, le scénario basé sur la guerre d’usure et les ravages que l’attitude criminelle de la bourgeoisie entend imposer au pays.

Que faire demain ?

Les temps ne sont pas à l’angoisse. Tout indique que le gouvernement national prendra les mesures qui s’imposent, en agissant d’une manière posée, chirurgicale et cohérente. Ce qui suit entrera probablement en application (ces informations n’émanent pas d’une source gouvernementale). Pour imaginer ce qui est le plus probable, il suffit de considérer les axes centraux de cette guerre :

  1. Le système de distribution des biens et marchandises importés, se trouve dans une situation particulièrement critique. Il est par conséquent nécessaire d’agir à ce niveau en posant un veto à l’accès aux dollars préférentiels pour les entreprises concernées, et en imposant quelques mesures d’expropriations. Il s’agit de biens non alimentaires, mais essentiels dans la vie de tous les jours qui sont visés (articles de toilette et ménagers) distribués par des chaînes privées qui devraient être parmi les premières à faire l’objet de mesures gouvernementales.
  2. Des chaînes privées d’importation et de transformation des matériaux constitutifs des produits ménagers et des articles de toilette (qui s’appuient sur des usines et un personnel conséquent) sont également susceptibles d’être touchées par ces actions gouvernementales. Afin ne pas détruire outre mesure le tissu de ce secteur d’importation et de production, le pouvoir exécutif pourrait prendre des mesures temporaires (réquisition de locaux ou expropriation) tout en veillant à ne pas entraîner la paralysie des activités. Certaines de ces chaînes travaillent exclusivement sur ce secteur d’articles. Mais un nombre non négligeable de ces usines sont associées au secteur alimentaire.
  3. Des unités de production, mais aussi des chaînes de distribution de petite taille liées à la fabrication de biens sensibles – et impliquées dans des opérations frauduleuses- peuvent également être visées par des sanctions. L’expropriation récente de magasins généralistes installés dans les zones populaires tels « Dia Dia » constitue un exemple. Ils se trouvent désormais placés sous la tutelle de PDVAL (réseau de distribution alimentaire subventionné par l’État).
  4. Des usines dont la production est paralysée ou menace de l’être, peuvent faire l’objet d’une mesure d’expropriation, ou bénéficier de l’appui de la puissance publique, compte tenu des spécificités de chaque cas.
  5. Un facteur essentiel – de nature politique – doit être intégré aux paramètres de cette étude : celui de la base d’appui dont bénéficie le gouvernement national. Nous assistons probablement au début d’un scénario redouté par beaucoup de la perte par une fraction de l’élite de ses privilèges et de l’expropriation de ses actifs.. La gestion politique de ce dossier doit s’inscrire dans la durée, et être centrée sur les mesures à prendre, en donnant du temps au temps, sans à-coups mais continue, pour tranquilliser cette partie de la population qui soutient le gouvernement tout en aspirant à l’expropriation rapide et décisive de l’ensemble des biens de la bourgeoisie – ce qui ne va pas se produire en ce moment. En outre, une grande partie de la base de soutien au chavisme ne semble pas appeler de ses vœux la mise en application de mesures spasmodiques visant le secteur privé.
  6. La question fondamentale est de savoir si la diversité de forces constitutives du chavisme (mais aussi certaines de celles-ci excédant le chavisme stricto sensu) appuiera majoritairement, et avec constance, le programme en cours de réalisation. Dans le contexte de guerre économique et des ravages qui en résultent, après l’organisation de nombreuses rencontres publiques entre Maduro et les patrons (en réalité, sans résultat tangible), après la découverte de mille formes de corruption au sein des entreprises, de sabotages et d’accaparement de stocks démontrés sur le terrain avec leurs acteurs visibles, du grand entrepreneur aux petits spéculateurs agissant dans le secteur du commerce, le plus probable est que oui : la radicalisation et la puissance des actions menées contre la guerre économique recevront l’appui de la majorité.

Franco Vielma

Notes:

1. Lire « Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International ») », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/15/comment-le-sommet-des-ameriques-a-ecrit-lhistoire-tout-ce-que-ne-vous-a-pas-dit-courrier-international/

2. Lire « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente sans jamais oser le demander », http://wp.me/p2ahp2-1J7

2. http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/ministerio-publico-solicito-orden-aprehension-contra-exministro-garcia-plaza-video/

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/expropiaciones-y-no-mas-dolares-a-fedecamaras

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Au Venezuela et en Amérique Latine, le Rap et le Hip Hop dans la lutte des femmes

10983861_420120394828475_3963683475912358862_nDans les missions sociales, les conseils communaux, les communes, dans les salles de classe des universités gratuites, bref dans ces espaces de participation que les journalistes occidentaux ne visitent jamais et qui sont le cœur même du processus vénézuélien, on rencontre une majorité de femmes. Au point qu’on peut dire que nous avons affaire à une révolution « féminine ». « Pas de socialisme sans féminisme, pas de féminisme sans socialisme » :  l’idée lancée par Chavez prend peu à peu corps dans un pays affecté d’une forte tradition machiste. Il reste beaucoup à faire. Le 14 avril 2015 un nouveau circuit judiciaire chargé spécialement des délits de violence contre la femme a été inauguré dans l’État de Lara pour accélérer le dépôt de plaintes et la réponse de la justice, portant le nombre de ces circuits spéciaux à 16 pour l’ensemble du pays. Les revendications pour les droits de la femme rencontrent un large écho au sein du mouvement hip hop vénézuélien et latino, contrairement à certains courants musicaux dont les paroles la dénigrent souvent comme le reggaeton, le dembow, la bachata et dans certains cas spécifiques, le merengue.

Le rap latino-américain aussi s’emploie à valoriser l’image des femmes et de leurs luttes, à travers des textes combatifs et explicites, qui traitent des divers aspects de la vie quotidienne. C’est ainsi que sont abordés les thèmes ayant trait aux abus physiques et aux pressions psychologiques, tels qu’ils se dévoilent à la maison ou sur les lieux de travail, manifestations du joug patriarcal partie prenante du système de domination sur les femmes. Un de ces collectifs musicaux – « Nous sommes femmes, nous sommes hip hop » – a présenté pour la première fois sur les réseaux sociaux, son vidéoclip intitulé « Amérique latine unie ». C’était le dimanche 5 avril 2015 à 20 heures:

Depuis les années 1990, des groupes tels que Actitud Mariamarta, La Mala Rodriguez, Diana Avella et Ariana Puello, se sont frayés un chemin au sein d’un univers musical traditionnellement dominé par les hommes.

10430852_437792856394562_989442698790732176_nPar ailleurs, faisant suite à des années de persévérance, des représentantes de ce style, mais aussi des groupes se sont imposés au niveau mondial, consolidant ainsi la présence des femmes dans le rap. Se chargeant de la mise en valeur de l’univers de la femme et ses expériences, Lucia Vargas, Anita Tijoux et Arena La Rosa, sont de ces chanteuses qui auront imposé au sein de cette tendance, un courant philosophique, résolument activiste, qui excède le simple champ de la distraction musicale. Quant aux artistes telles que Telmary Diaz, Danay Suarez, elles ont opté pour une exploration expérimentale du rap ; Michu Mc et Ursula y Dj Gely, ayant choisi une orientation privilégiant la radicalité.Somos-Mujeres-Somos-Hip-Hop-Latinoamerica

A l’heure actuelle, le Venezuela connaît une véritable explosion de cette tendance, dont le centre de gravité est Caracas. En effet, il n’y est pas rare -c’est le cas chaque semaine- que des interprètes exclusivement féminines se produisent sur scène. De plus, à raison d’un jour par semaine, des programmes de radio tel que celui de Mega Flow, sont dédiés à ce genre de rap. Apolonia, Garee, La Nena, Gabylonia, Anarkia Mc, Mc Kim, Robex Mc, Arena La Rosa et Knela Palacios sont les principales représentantes de ce genre musical. La génération montante n’est pas en reste, puisqu’elle commence à s’imposer, notamment en milieu urbain. En sont : Ly Maraday, Estructura Mc, Zahory La Real, Divina Vertud Nativa, Ruedac Fyah Babylon, Rima Rap, Raya Mc, Meztiza, Lira Mc, Neblina, Satya Riot, Vaneza Ezayla, Imalay Rojas, Bari Amatista, Kathy Flow, Afreeka, Bengali, Dariani Mc, Joy Martinez et Karen Caceres. 

Pour en savoir un peu plus sur ce mouvement, nous avons discuté avec deux des représentantes du rap vénézuélien : Anarkia Mc et Knela Palacios.

Anarkia Mc (@maestrarima)

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Comment sont présentées les revendications de la femme et ses luttes, au moyen du rap ?

Grâce au pouvoir de la rime, à notre mode d’expression, nous faisons en sorte que les femmes aient le sentiment de s’exprimer, de s’exclamer, qu’elles prennent la parole, qu’elles aient le sentiment d’être entendues. A chaque fois que ces chansons sont programmées, elles comprennent qu’elles ne sont pas seules, que nous sommes vivantes ; mais aussi que notre liberté de pensée est bien réelle, que leurs luttes sont nos luttes. Que tout cela n’est pas vain.

C’est difficile d’évoluer dans un milieu musical traditionnellement dominé par les hommes ?

Bien sûr, c’est difficile. Parce que c’est une sphère culturelle dominée par les hommes. C’est comme tout dans ce monde. Le système patriarcal s’impose partout. C’est la raison pour laquelle une forme de « non existence » s’est imposée aux femmes. D’après les canons dominants, nous sommes destinées à enfanter, à nous occuper de notre foyer. C’est pourquoi nous avons de longue date engagé une lutte historique qui concerne tout à la fois, les sphères du travail, de la culture, de l’histoire, du sport ,etc. Il en résulte également, que tout ce que nous faisons, nous tenons à l’identifier, nous le nommons, nous l’édictons. Dire que nous faisons du « rap féminin », procède de cela. Parce qu’ainsi, chacun sait que ce sont des femmes qui font du rap. Que nous possédons tout aussi bien que les hommes -parfois en mieux- la faculté d’écrire des textes, la maîtrise de l’improvisation.

Les femmes de ce mouvement sont-elles organisées ?

Si l’on considère ce qui se passe au niveau mondial, il y a effectivement divers pays au sein desquels des collectifs de femmes bien structurés s’expriment. C’est le cas du Mexique avec le collectif  »Mujeres Trabajando » ( »Les Femmes au Travail ») ; mais aussi de l’Equateur, avec le collectif  »Somos Mujeres, Somos Hip Hop » ( »Nous sommes femmes, nous sommes Hip Hop »), qui est à l’origine d’un réseau s’étendant à l’heure actuelle, sur toute l’Amérique latine. Quant au Venezuela, je crois que nous souffrons d’un défaut d’organisation. Il faudrait plus de solidarité et moins de concurrence entre nous. Personnellement, je suis en train de me battre pour mettre sur pied un collectif intitulé  »mujeres urbanas » ( »Les femmes des villes ». J’espère atteindre cet objectif dans un futur proche.

Knela Palacios (@knelarap)10628855_10204853902287594_4800076646938241679_o-632x421

Quel est ton sentiment en ce qui concerne le rap féminin au Venezuela ?

Je voudrais tout d’abord dire, que toutes celles qui font du rap dans notre pays, sont dignes de respect. Quant à ma propre vision du rap, je dirai que je m’attelle à l’approfondissement de concepts relevant tout à la fois du questionnement, et des réponses à fournir à ces interrogations. C’est pourquoi j’ai du mal à m’étiqueter  »chanteuse de rap ».

J’ai l’impression que le rap féminin de notre pays manque encore de maturité. Le plus souvent, on a tendance à personnaliser à outrance le rap. De ce fait, on se heurte aux égos des unes et des autres, c’est pourquoi j’ai du mal à m’identifier à cela. Toutefois, il y des exceptions notables dans le rap féminin. Je pense aux  »rappeuses » de la vieille école : Garee, Arena et Apolonia.

Peut-on affirmer que le rap féminin est un rap politique ?

Tout est politique à partir du moment où tu décides d’interroger la réalité, quand tu souhaites formuler un schéma de vie, « hors norme ». Mais aussi quand tu écris les paroles d’une chanson. Tout cela relève de l’action politique. Cela n’a rien à voir avec la politique au sens classique du terme. Moi, je définis la politique comme un ensemble d’actions de forme individuelle ou collective, qui détermine l’émergence de situations, de réalités concrètes.

Que cherche à mettre en exergue le rap de Knela, ton rap ?

Je tente uniquement de m’émanciper de ces paradigmes, qu’un système abusif, répressif et fasciste cherche à m’imposer. Quand j’écris, c’est toute ma rage que je libère, je donne une expression à mes émotions, mes potentialités, aux contradictions qui me traversent. J’observe ainsi le monde, je le savoure, je le questionne, je le vis et m’y adapte. En fait, je suis ce que j’écris. Je n’écris pas pour écrire. Je tiens uniquement à exprimer ce que je suis, tout en cherchant à approfondir, ce qui en moi, m’autorise à évoluer en tant qu’essence.

Zahory “La Real ” Soy (Venezuela) : 

Rima Roja con Black Mama – Bendición ser mujer (Equateur)

Diana Avella – Nací Mujer (Colombie)

Rebeca Lane – Bandera Negra (Guatemala)

Audry Funk – Rompiendo Esquemas : 

Mala Rodríguez – Quien Manda

Source : http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/las-mujeres-en-el-movimiento-de-hip-hop-en-espanol/

Traduction : Jean-Marc del Percio

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