Venezuela. «Les sanctions tuent»

Par Christophe KOESSLER – Le Courrier
Le Venezuela est victime d’une guerre économique à l’interne et de sanctions internationales qui contribuent en grande partie à la crise actuelle, estime un expert onusien.
Le rapport déposé lundi au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, jour de son ouverture, fait tache face à l’unanimisme des pays occidentaux à condamner le gouvernement de Nicolas Maduro. Pour expliquer la grave crise économique et politique que traverse le Venezuela, Alfred de Zayas, expert indépendant de l’ONU sur l’ordre international, démocratique et équitable, insiste beaucoup sur la guerre économique menée à l’interne par l’opposition et sur les sanctions internationales des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Canada, qui viennent aggraver la situation de la population.
Spéculation sur la monnaie et le taux de change, flux illicites, rétention de marchandises, sabotage de biens publics sont autant de moyens utilisés par des financiers et de grands entrepreneurs vénézuéliens et étrangers pour déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu, constate l’ancien professeur étasunien et suisse.
Docteur en droit de l’Université Harvard, l’homme a été haut fonctionnaire des Nations Unies pendant vingt-deux ans (1981-2003) et professeur dans plusieurs universités, dont l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève, l’université DePaul à Chicago, et celle de British Columbia à Vancouver. Interview à l’heure où ce juriste laisse son mandat d’expert à son successeur, après six ans de loyaux services.
Ne sous-estimez-vous pas la responsabilité du gouvernement vénézuélien dans la crise actuelle? Quelles sont vos critiques de son action?
Alfred de Zayas: Je me sens comme Denis Halliday et Hans-Christoph von Sponeck, tous les deux coordinateurs humanitaires des Nations Unies à Bagdad dans les années 1990. Ils ont démissionné à cause des sanctions économiques qui ont provoqué la mort de plus d’un million de civils iraquiens.
Au Venezuela – comme auparavant à Cuba, au Chili et au Nicaragua –, le peuple a subi une guerre économique, une guerre non conventionnelle. Les sanctions économiques tuent. Il s’agit de mesures contre la démocratie. Elles sont interdites par la Charte de l’organisation des Etats américains et par la Charte des Nations Unies.
Il est certain que le gouvernement vénézuélien porte une responsabilité dans la crise. Tant Hugo Chavez que Nicolas Maduro ont commis de graves erreurs dans le domaine économique. Mais ils ont été élus démocratiquement. Dire aux Vénézuéliens comment ils doivent voter ne rentre pas dans le cadre de ma fonction. Je veux aider tout le peuple vénézuélien. Ma mission était orientée sur les résultats et j’en ai obtenu, tels que la libération de quatre-vingts prisonniers après ma visite et l’amélioration entre les agences de l’ONU et le gouvernement.
En tant qu’expert indépendant sur l’ordre international, démocratique et équitable, j’ai un mandat limité. Je ne suis pas un «super rapporteur» ni un plénipotentiaire des Nations Unies. J’ai formulé mes préoccupations au gouvernement oralement et dans un mémorandum. Il s’agit aussi de permettre à d’autres rapporteurs de l’ONU d’effectuer des visites. Entretemps, trois autres ont été invités. Je préfère une diplomatie discrète et efficace.
La vraie fonction d’un rapporteur est de formuler des recommandations constructives et de convaincre le gouvernement que c’est dans son propre intérêt et dans l’intérêt du peuple de faire de réformes. On ne réussit rien si l’on est hostile.
De nombreuses causes expliquent la crise vénézuélienne. Comment pondérez-vous l’importance de tous ces facteurs?
La crise a effectivement des causes multiples. Bien sûr, il y a la dépendance du pays envers le pétrole. Cela ne date pas d’hier: la structure de cette économie, qui a plus d’un siècle, a été héritée par les gouvernements de Chavez et de Maduro. Il est certain qu’il faut diversifier cette économie. Le gouvernement de Maduro a mis en place plusieurs initiatives dans ce sens, dans le domaine de l’agriculture, de la production de médicaments génériques, etc. Mais la guerre économique interne puis les sanctions extérieures ont freiné les progrès dans ce domaine. Bien sûr, il y a de l’incompétence, et je l’ai dit au gouvernement, il y a trop d’idéologues, pas assez de technocrates au sein de l’Etat.
La corruption est aussi présente. Mais, là encore, elle existait aussi dans les années 1980 et 1990. Beaucoup de citoyens ont élu Hugo Chavez pour protester contre la corruption des gouvernements antérieurs. Sous Maduro, le nouveau ministre de la Justice a mis en place un programme anticorruption robuste. En ce moment même, il y a des investigations et des procès en cours.
Les membres de l’opposition qui j’ai interviewés insistent sur les facteurs endogènes et sur la mauvaise gestion. Le gouvernement pointe les facteurs extérieurs. Ces deux séries de causes existent et convergent. J’ai formulé des recommandations à ce sujet dans mon mémorandum au gouvernement. J’ai proposé entre autres la création d’un Comité d’experts internationaux pour conseiller le gouvernement. Ce pourrait être un organe composé d’experts en économie, par exemple Thomas Piketty, Joseph Stiglitz, mais aussi d’experts dans le domaine de la production de pétrole, d’or, de bauxite, de coltan, et des spécialistes du commerce et de l’agriculture. Mais il faut d’abord libérer le pays du blocage financier qu’il subit et des sanctions qui sont en train d’asphyxier l’économie, entraînant la forte émigration actuelle.
Depuis votre visite au Venezuela fin 2017, la situation économique et sociale s’est encore dégradée. Des centaines de milliers de Vénézuéliens fuient la crise en émigrant… Connaissez-vous les causes précises de cette détérioration?
Pas besoin d’un doctorat en physique nucléaire pour comprendre que la guerre économique et les sanctions ont généré des manques dans tous les domaines, ainsi qu’énormément de chômage. Il est normal que les gens cherchent une vie meilleure, en Colombie, au Brésil, en Equateur, au Pérou, et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés doit les aider. Il faut aussi rappeler que le Venezuela a accueilli par le passé quelque cinq millions d’émigrants économiques colombiens, qui ont bénéficié des programmes sociaux vénézuéliens, sans aucune discrimination.
A-t-on désormais atteint le stade de la crise humanitaire au Venezuela?
Non. Même si les médias aiment utiliser ce terme. La situation du Venezuela n’est aucunement comparable à celle de Gaza, du Yémen, de la Syrie, ou encore du Mali. Je reçois des informations fiables de toute l’Amérique latine et j’échange des informations et des statistiques avec des experts aux Etats-Unis et en Espagne. Le terme «crise humanitaire» dans le cas du Venezuela ne vise qu’à créer un climat propice à une éventuelle intervention militaire extérieure ou à la justification d’un coup d’Etat.

Vers une agression militaire?

Certains observateurs évoquent la possibilité d’une intervention armée des Etats-Unis ou d’une guerre déclenchée par la Colombie. Comment évaluez-vous la probabilité de tels événements?
Il existe effectivement plusieurs plans pour une intervention militaire. L’un serait mené par les Etats-Unis et la Colombie, avec le soutien de l’OTAN et du Brésil. L’idée serait de déguiser l’intervention et le renversement du gouvernement Maduro en une action liée à la protection des droits humains, prenant appui sur la crise économique actuelle.
Cela comporterait pourtant de grands risques, comme en 1961 lorsque Kennedy pensait que l’intervention de la CIA à la baie des Cochons, à Cuba, serait chirurgicale et rapide. Elle a échoué. Il est important de rappeler que le monopole de l’utilisation de la force reste l’apanage du Conseil de sécurité des Nations Unies. Toute intervention militaire menée sans son aval serait illégale et constituerait un crime d’agression selon le Statut de Rome.
Au vu de ces risques, je doute que les Etats-Unis ou la Colombie osent l’agression militaire. Ils misent probablement sur une aggravation de la crise et une rébellion interne contre Maduro. D’où la volonté des Etats-Unis d’imposer des sanctions économiques plus draconiennes encore, sans aucun égard pour les droits humains.
Aucune solution ne semble en vue.
Que recommandez-vous aux deux parties au Venezuela et à la communauté internationale?
Il faut renouer le dialogue entre le gouvernement et les partis de l’opposition. Avec l’appui du Vatican, l’ancien premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a tenté entre 2016 et 2018 une médiation internationale entre l’opposition et les représentants du gouvernement. Plusieurs Etats latino-américains ont aussi prêté leurs services pour la médiation, des deux côtés. Après deux ans de discussion, le compromis était prêt pour la signature. Hélas, à la surprise de tous les participants, le 7 février 2018, Julio Borges, le représentant de l’opposition, a refusé de signer.
Pourtant, je suis convaincu qu’il faut relancer une médiation internationale, et de bonne foi, sous les auspices des Nations Unies et de la Communauté d’Etats latino-américains (CELAC).
La seule alternative serait la violence, avec une autre tentative de coup d’Etat, comme en 2002 contre Chavez, ou une autre tentative d’assassinat, comme début août contre Maduro.
Que pensez-vous de l’appel de Quito, lancé par plusieurs Etats latino-américains après leur réunion début septembre? Il recommande l’adoption d’un mécanisme d’assistance humanitaire en faveur du Venezuela.
Une action humanitaire de bonne foi est urgente. La Croix-Rouge pourrait se charger de la distribution, de même que Caritas ou peut-être la Fondation Bill Gates. Le gouvernement Maduro a réclamé de l’aide à plusieurs reprises. Mais l’aide humanitaire ne doit pas servir des intérêts politiques cachés. Il s’agit d’aider tous les Vénézuéliens, sans discrimination.
CKR
10 septembre 2018
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Les invisibles en marche

Pendant vingt jours, ils ont parcouru les routes et autoroutes qui relient l’Etat de Portuguesa à Caracas quelles qu’aient été les conditions climatiques, mangeant peu, dormant où ils le pouvaient, mais fermement résolus à faire entendre leur voix devant le pays tout entier. Et ils y sont parvenus.

 

Par Malu Rengito, @malurengito  Photos : Michael Mata

Les leçons que nous autres créatures de la ville, avons à recevoir de la campagne et de ses habitants sont nombreuses. Celle d’aujourd’hui ne parle certes pas de semailles ou d’élevage de bétail – ce qui vient à l’esprit de n’importe quel habitant de Caracas réductionniste face aux propos d’un paysan- mais une leçon de détermination, d’organisation, d’humilité, de lutte et de loyauté, entre autres choses, comme en ont fait preuve les plus de 120 hommes et femmes de la campagne vénézuélienne qui se sont mis en marche le 12 juillet dernier depuis Guanare, dans l’Etat de Portuguesa pour un long périple qu’ils ont appelé la Grande Marche Paysanne Admirable.

« Nous exigeons que le fonctionnement du Pouvoir Judiciaire soit réexaminé. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans, pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que de milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment ».

Ils voulaient partir trois mois plus tôt, mais l’assassinat de deux de leurs compagnons à Palo Quemao a stoppé ce projet.

« Nous voulons que la manière dont fonctionne le Pouvoir Judiciaire soit réexaminée et modifiée. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que des milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment même et doivent se présenter devant la Justice parce qu’ils ont été expulsés illégalement de leurs exploitations ; nous en avons toutes les preuves. Nous ne continuerons plus à accepter cette situation », dit Gerardo Sieveres, paysan de Tinaco, l’un des porte-paroles du mouvement.

Leurs revendications : justice, terres et intrants.

Parmi les nombreux documents qu’ils ont apporté pour les soumettre au Président, il y a par exemple la Proposition Tagua Venezuela, un projet de production d’une protéine végétale qui pourrait se substituer au soja, à une dimension industrielles afin de produire de l’alimentation pour le bétail, dont l’approvisionnement fait défaut du fait du blocus et des sanctions imposées par l’Empire qui empêche le soja d’entrer dans le pays. L’objectif est donc de développer la culture d’espèces comme le pignon de pin qui pousse de manière naturelle dans notre pays, afin de réguler la production d’aliments pour le bétail de manière souveraine. Mais ce n’est pas tout.

Mettez-vous à notre place : quand la distribution de ressources et d’intrants destinés à la production agricole et à l’élevage se retrouve aux mains de mafias en tous genres qui ont activement participé au déroulement de la terrible guerre économique à laquelle nous avons survécu ces dernières années, ou quand on se rend compte que la sécurité juridique qui vous est due concernant la récupération de terres non cultivées dépend de votre détermination et de vos jambes, ou, en quelques mots, si vous êtes un simple paysan, vous avez en avez tant vu que rien ne vous fait plus peur.

Quand vous vous réveillez tous les matins en sachant que la responsabilité d’alimenter le reste du pays repose entre vos mains, que vos jambes sont le support d’une grande chaîne de production qui emporte les aliments depuis les champs jusqu’à la table de vos compatriotes, et, surtout, dans vous avez de tous temps été dupés par des maires ou des fonctionnaires démagogues passant par votre communauté juste pour se faire prendre en photo, vous n’avez pas peur de faire une marche de 400 kms à pied pour faire entendre ce que vous avez à dire face au pays et au Président, auquel le fonctionnaire démagogue que nous venons de mentionner n’a jamais fait parvenir le message que nous lui avions adressé.

Lorsque vous avez vu vos camarades paysans déplacés de force par des groupes paramilitaires importés, vous n’hésitez pas à vous déplacer par n’importe quel moyen, (y compris ce putain de vieux si nécessaire ?), pourvu que quelqu’un qui s’en soucie écoute ce que vous avez à dire. Vous hésitez encore moins si les raisons qui vous poussent à réaliser une mobilisation de cette ampleur, il y a le fait que des centaines de paysans ont été brutalement assassinés par des latifundistes et les sicaires à leur solde au cours de ces dernières années ; ce qui ne s’arrêtera pas aussi longtemps que justice n’aura pas été fait et que ne soit enfin imposé de manière définitive le principe révolutionnaire qui affirme que la terre appartient à ceux qui la travaillent. Tout ce que nous venons de dire là nous a conduits jusqu’ici. Les soldats de Chavez ne vont-ils pas accomplir leur mission ?

LES INVISIBLES

« La marche se planifie en cours de route, et c’est ce que nous avons fait depuis notre départ de Portuguesa. Nous sommes arrivés ici prêts à donner une accolade  à nos camarades de Caracas, de parler aux médias ; cela nous a beaucoup attristés de constater que des camarades de la presse ont voulu passer sous silence ce que nous sommes venus dire. Nous étions invités à un programme en direct sur Vive TV, et à la dernière minute on nous a dit que non, que finalement le programme n’aurait pas lieu. Ce que nous sommes venus dire ici ne va pas à l’encontre du processus révolutionnaire, bien au contrait, nous voulons nous exprimer en faveur de notre gouvernement, en soutien au Président Nicolas Maduro. Nous savons que des camarades occupant des postes intermédiaires dans le Gouvernement ont voulu ôter toute visibilité à notre Marche, car ils craignent que celle-ci ne fasse ce qu’elle a déjà fait : réveiller l’espoir du peuple en le laissant s’exprimer et parvenir à faire que les choses fonctionnent. Ils ont menti à notre sujet, nous traitant d’infiltrés et nous voulons faire savoir que c’est faux ; ce que nous présentons ici, c’est une série de dénonciations et de propositions qui exposent nos problèmes mais aussi les solutions que nous savons pouvoir y apporter », dit Sieveres.

Le drôle d’accueil  qui nous a été réservé et la réussite de ce qui n’est qu’un début : le mercredi 1er août au matin, les paysans, accompagnés de nombreux camarades des mouvements sociaux de Caracas, se sont rendus de Hoyo de la Puerta (où ils ont bénéficié d’une assistance médicale et d’un lieu de repos) jusqu’à l’avenue Urdaneta, très proche du Palais de Miraflores. Mais un cordon de sécurité policière important les a empêché d’arriver jusqu’au Palais, et, bien qu’il ne s’agissait pas d’un rassemblement violent, cette situation a contribué à ce que des voix pressantes se soient élevées, ne provenant pas de la Marche, en défense des paysans. Malgré tout, avec la fermeté et le calme qui caractérisent l’homme de la campagne, ces derniers ont pris cela comme une ultime bataille à livrer et ils ont supporter stoïquement une nuit de plus, encouragés par l’enthousiasme et le soutien qu’ils avaient reçu tout au long de leur voyage.

« Tu vois, nous sommes partis avec le cœur en bandoulière, avec nos bananes, quelques topochos (bananes à cuire), du riz. Nous sommes allés jusqu’à Cojedes, Carabobo, en mangeant ces topochos, du riz salé, car c’est tout ce que nous avions. Notre arrivée à Carabobo a été impressionnante : les camarades du mouvement populaires, les camarades de Conuquo, ceux de « Todas la Manos a la siembra » nous ont reçu très cordialement et nous ont apporté un grand soutien. De là-bas jusqu’ici, nous n’avons manqué de rien. Nous avons reçu à boire et à manger, et bon, nous pouvons affirmer avec une grande dignité et beaucoup de fierté que c’est le peuple qui a financé cette Marche et nous sommes très reconnaissants envers ces camarades, ceux du Parti Tupamaro, du PCV, des partis du Pôle Patriotique qui se sont montrés favorables à cette marche ; de même que les camarades de Patria Grande, d’Argentine ; les camarades du Mouvement des Sans Terre du Brésil ; les Zapatistes du Chiapas, les camarades d’Europe qui nous ont apporté leur soutien ; les camarades de Via Campesina et bien d’autres encore.

Nous n’avons donc pas le moindre doute qu’avec un tel soutien, le Président Nicolas Maduro nous recevra, car son peuple se tient là, le peuple qui le défend et qui le défendra dans n’importe quelles circonstances ».

Gerardo ne s’est pas trompé : le lendemain, ils ont été reçus par le Président et leur droit de s’exprimer sur une chaîne nationale, acquis bien plus qu’à la simple force des poignets, pour dire ce qu’ils avaient à dire, a été respecté.

Source : EPALE 284, http://epaleccs.info/campesinos-admirables-una-travesia-por-la-justicia-y-el-alimento/

Traduction : Frédérique Buhl

Note : on peut voir et entendre les témoignages des paysan(ne)s sur la Teleweb Terra TV 

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Prétexter une ‘crise migratoire’ pour envahir le Venezuela ?

Prétexter une ‘crise migratoire’ pour envahir le Venezuela ?

Photo d’un montage hollywoodien à la frontière entre le Venezuela et la Colombie : explication dans le texte)

Après les mesures économiques annoncées par le président Maduro pour stabiliser le  pouvoir d’achat et limiter la hausse des prix par le secteur privé majoritaire dans son pays, les grands médias se voient obligés de revenir à la charge en élevant le volume de l’émigration vénézuélienne à des niveaux stridents, qualifiant le phénomène de « crise humanitaire sans précédent » et le présentant comme la preuve irréfutable qu’une situation grave se produit au Venezuela qui nécessite « une aide humanitaire » et justifie ainsi une intervention étrangère. Un nouveau plan qui honore les déclarations que l’ancien président Obama a fait il y a quelque temps dans une interview cynique et inhabituelle pour le portail américain Vox : « … Nous avons la plus forte armée du monde et parfois nous devons tourner le bras des pays qui ne veulent pas faire ce que nous voulons… Si nous ne voulons pas avoir cette dose de ‘réalisme politique’, nous ne pourrions atteindre nos objectifs. »

Plusieurs nouvelles simultanées liées à l’émigration ont provoqué de grands bouleversements ces derniers jours :

– le rapatriement de 89 Vénézuéliens de Lima dans un avion mis à leur disposition par le gouvernement bolivarien, qui a décrit les conditions pas du tout idylliques dans lesquelles ils ont dû survivre dans un Pérou désormais xénophobe et néolibéral ;

– le nombre croissant de Vénézuéliens, comme en témoignent les milliers de demandes des consulats et ambassades qui veulent rentrer au pays, stimulés par les récentes mesures prises par le gouvernement pour affronter la guerre économique ;

– les récentes déclarations du sénateur républicain Marcos Rubio cataloguant l’émigration vénézuélienne comme une menace à la sécurité régionale ;

– l’appel de Luis Almagro en faveur d’une session ordinaire du Conseil permanent de l’OEA le 5 septembre pour traiter la « crise migratoire » causée par la situation au Venezuela et

-l’analyse de cette situation par Samuel Moncada, représentant du Venezuela auprès de l’ONU.

Le rapatriement des Vénézuéliens a montré la face cachée de cet exode, et il devient évident que la désormais appelée « crise migratoire », ainsi que la « crise économique » induite, rendent visible aux artistes publicitaires experts en construction de « réalités » dans le meilleur style hollywoodien. Dans une interview pour Telesur, la journaliste Madeleine García, qui accompagnait les rapatriés, a rendu compte de la mise en scène minutieusement préparée pour prendre la photo de « l’exode massif des Vénézuéliens fuyant la dictature », pour laquelle ils ont arrêté le trafic normal sur le pont de la frontière entre la Colombie et le Venezuela, où, chaque jour, des milliers de personnes vont et viennent, attendent qu’un grand nombre s’accumule dans un espace réduit, et capturent ainsi « la photo », que les médias internationaux ont ensuite diffusée dans le monde entier, exposant un long cortège de personnes traversant le pont international Simón Bolívar et convainquant l’opinion publique mondiale qu’il existe une « diaspora » massive. Et voici la question : les migrants sont-ils utilisés pour renforcer le bilan de la « crise humanitaire » ?

Selon les résultats d’une étude réalisée par l’Organisation des Nations Unies pour les migrations (OIM) et le Ministère colombien des affaires étrangères, aux points de passage officiels et non officiels entre la Colombie et le Venezuela dans les municipalités de Cúcuta, Villa del Rosario et Arauca (N.d.E. villes colombiennes), 67 % des personnes qui ont franchi la frontière et qui sont actuellement dans ces trois municipalités sont des ressortissants colombiens (notamment des personnes binationales), et 33 % des Vénézuéliens. Lorsqu’on leur a demandé pourquoi ils se rendaient en Colombie, 52 % ont dit qu’ils traversaient pour faire du shopping, 17 % pour rendre visite à leur famille, 14 % pour le travail, 5 % pour le tourisme, 2 % pour les études et 10 % pour d’autres raisons. Selon les informations recueillies par Migración Colombia du 1er mai 2017 à ce jour, la grande majorité des 455 094 Vénézuéliens enregistrés ont une vocation temporaire en Colombie, et plus de 50% d’entre eux entrent dans la zone frontalière pour y acheter des denrées alimentaires.

Le ministre de la Communication et de l’Information, Jorge Rodríguez, a affirmé qu’après l’arrivée récente de 89 ressortissants péruviens qui avaient souffert de mauvaises expériences dans le pays sud-américain, ils ont reçu des milliers de demandes pour faciliter de futurs retours. Pour sa part, le Président Maduro a affirmé mardi la mise en œuvre prochaine d’un plan de retour pour les Vénézuéliens. « Tous les Vénézuéliens qui sont allés dans d’autres pays et qui veulent retourner dans leur patrie seront accueillis avec amour et avec l’engagement de lutter pour le pays. Ceci, à travers le Plan « Retour à la patrie », un programme social de protection de la population qui a décidé d’émigrer et qui se trouve dans une situation difficile, avec une attention particulière à ceux qui se trouvent en Colombie, au Brésil, au Pérou et en Équateur où une forte réaction xénophobe a été déclenchée contre eux. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les coyotes d’assister à l’arrivée des avions de retour rapatriés, ils tombent sous le charme du « show hollywoodien » qu’ils induisent et mettent en scène autour des émigrants considérant que plus de 750 « fakes news » (fausses nouvelles) ont été produites du 2 mars au 28 août sur le thème de l’émigration des Venezueliens, 187 seulement en août et 80% dans le même Venezuela.

La Vice-Présidente Exécutive de la République bolivarienne du Venezuela, Delcy Rodriguez, lors d’une conférence de presse, a rappelé qu’en 2014, le Chef du Commandement Sud des États-Unis de l’époque avait menacé d’envahir le pays, elle a cité ses paroles : « Si une crise humanitaire se présentait au Venezuela, les États-Unis Interviendraient militairement. »

La Vice-Présidente a dénoncé que le Groupe de Lima a modifié le nombre d’émigrants vénézuéliens, la quantité la plus utilisée et la moins vérifiée étant celle de quatre millions d’émigrants. Elle a informé de la réunion avec des représentants du Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (ACNUR) où elle a présenté des preuves dans lesquelles on demande aux vénézuéliens à l’étranger de se déclarer comme « réfugiés » et a annoncé que le gouvernement travaillera main dans la main avec l’ACNUR et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour rendre compte fidèlement du nombre de migrants vénézuéliens qui ont été « malsainement » agressés par le Groupe de Lima.

Le Vice-Président a précisé qu’il est nécessaire de faire la distinction entre les réfugiés, qui sont les personnes déplacées de force qui sont obligées de fuir à cause de la violence et de la guerre, violant leurs droits humains et les migrants économiques qui sont des personnes qui décident de partir pour des raisons personnelles, à la recherche de meilleures conditions économiques. Les Vénézuéliens sont des « migrants économiques ». Le Venezuela ne connaît pas une situation de guerre, que c’est la manière comme l’ACNUR définit conceptuellement les personnes déplacées ou les réfugiés forcés en raison de la violation de leurs droits humains.

D’autre part, alors que cette guerre non conventionnelle contre le Venezuela est menée de l’étranger, le sénateur républicain de Floride Marco Rubio a déclaré le 29 août dans une interview à Univision qu’il avait tenu une réunion avec le conseiller à la sécurité nationale du gouvernement Donald Trump, John Bolton, au cours de laquelle il a évoqué la crise que traverse le Venezuela et les répercussions sur les Etats-Unis et l’Amérique latine. Il a ajouté que pendant des années, il a refusé une option militaire dans le cas du Venezuela, mais maintenant les circonstances ont changé et il considère qu’il existe des arguments solides pour considérer que le gouvernement de Nicolás Maduro représente une menace pour son pays et la région latino-américaine.

Le lendemain de ces déclarations de Marcos Rubio, l’OEA, à la demande de Luis Almagro, a convoqué une réunion d’urgence pour aborder la « crise migratoire au Venezuela ». Lors d’un forum tenu à Saint-Domingue, Almagro avait déjà annoncé que le Conseil permanent se réunirait pour discuter de la sortie massive des Vénézuéliens, qu’il considérait comme « le plus grand exode de l’histoire de l’hémisphère occidental ». Le Venezuela attaqué par Almagro a sur son territoire 5 millions 600 mille Colombiens qui ont fui la guerre sans fin en Colombie, 400 mille Équatoriens et 500 mille Péruviens, selon les registres du gouvernement vénézuélien, et le Venezuela les a reçus à bras ouverts et sans faire un scandale international, au contraire, tous bénéficiant des avantages sociaux de la Révolution Bolivarienne, mais cette question n’a pas été examinée à la séance proposée par l’OEA.

Selon l’analyse faite par le représentant du Venezuela à l’ONU, Samuel Moncada, le Venezuela entre dans une phase dangereuse d’agression. « Tout indique qu’il ne s’agit pas d’une résolution sur les migrants mais de la déclaration d’un « casus belli » (cas de guerre) contre le Venezuela. La déclaration d’un Etat en déliquescence incapable d’agir sur son propre territoire et générant une crise humanitaire qui déstabilise la région et ne peut être arrêtée que par une « intervention humanitaire ». Il est nécessaire de dénoncer dans toutes les agences de l’ONU, dans tous les forums multilatéraux et dans tous les États de l’OEA ce qu’ils appuieraient délibérément ou par inadvertance. Il s’agit d’une action énergique contre le Venezuela. Il ne s’agit pas d’une résolution sur les migrants et l’OEA est la plate-forme de l’agression. Ce texte n’est pas nouveau et a déjà été utilisé en Libye, en Irak, en Afghanistan et dans tant d’autres pays que les États-Unis ont envahi sous prétexte d’apporter une aide humanitaire.

09.09.2018 – Caracas, Venezuela – Rosi Baró, pour Pressenza

Pour plus d’information sur les raisons du bombardement médiatique de la « crise-humanitaire-au-Venezuela » : « IL N’Y A PAS DE CRISE HUMANITAIRE AU VENEZUELA » EXPLIQUE L’EXPERT INDÉPENDANT NOMMÉ PAR L’ONU

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Déjà 100 donateurs pour faire exister Terra TV, le monde vu par les paysan(ne)s


Avec 100 premiers donateurs et 63 % du montant rassemblé, Terra TV commence à travailler. Son équipe de 10 formatrices et formateurs met les bouchées doubles pour que les paysan(ne)s soient les acteurs(trices) direct(e)s d’une télé web comme outil pour se former, s’organiser, se solidariser face aux mafias de la terre paramilitarisées et face aux transnationales de l’agro. Nous remercions chaleureusement tous les militant(e)s et sympathisant(e)s qui ont compris l’importance stratégique de la création de ce média. Comme le dit un des donateurs “Notre soutien à tous les défenseurs de la Terre, de la biodiversité et de la qualité de l’environnement leur est dû car ils sont nos défenseurs.”

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Liste des 100 premiers donateurs

(7 septembre 2018)

 

– Assos ou Médias alternatifs : Médias Libres (Québec), Primitivi (France), Le Grand Soir (France), Théâtre Croquemitaine (Belgique), France Amérique Latine Comité Bordeaux Gironde.

– Particuliers (par ordre alphabétique) : Raphaëlle Azcué, Elise Alard, Faical Areski, Nasser Belabbas, Alain Bellido, Patrice Bere, Bernard Besson, Léonie Biasotto, Pascal Blanleuil, Patrick Bonhery, Jonas Boussifet, Myriem Benbrahim, Kamil Benjelloun, Zineb Benlyamani, Chantal Casterman, Marie-Claude Cayzac-Vigouroux, Yvain Chambard, Mehdi Chraibi, Hamza Chraibi, Andrea Cotrena, François Cadoux, Olivier D’Asselin, Franck David, Viktor Dedaj, Maggy Dehon, Chris Den Hond, Julie Denoix, Christine Deronne, Véronique Devaux, Frédéric Dietlin, Emmeline Dolléans, Christophe Drevet-Droguet, Benjamin Durand, Kacem El Guernaoui, Omar Elguernaoui, Yassine El Guernaoui, Jean-Baptiste Fabin, Louise Fusenig, Raphael Garcia, Marc Girard, Hélène Goureau, Go mehdouche Tom&Lou, Bernard Guerrien, Lea Houben, Hervé Hubert, Jean-Christophe Huclin, Yannick Humeau, Meryem Ihrai, Julie Jaroszewski, Anne Jaucot, Patricia Kajnar, Fabien Kretz, Radia Lam, Othmane Laousy, Françoise Lemoine, Mathilde Larrère, Guillaume Latrille, Jacqueline Lavy, Nelly Le Caroff, Justine Le Gall, Zoé Libault, Jean-Claude Llinares, Ludovic Mamessier, Anne Mortiaux, Layla Mouchtaq, Oranne Mounition, Stéphane Nadeau, Juliette Oheix, Monia Oussou, Carlos Alfredo Pacas, Christine Pagnoulle, Mônica Passos, Carole Pentier, Emmanuel Piégay, Miguel Quintero y Pérez, Dominique Remi, Marie-Claire Richard, Nordine Saidi, Jean Secret, Mariona Simon, Fabien Simon, Lina Slassi, Mounia Slassi, Marcel Solbreux, Milady Renoir, Mehdi Tarik, Marie Tallut, Bernard Tornare, P-E Travé, Sébastien Urbain, Laurent Van de Wyngaert, Rosana Vautrain, Daniel Veltin, Gloria Verges, Maxime Vivas, Marianne Waeber, Roxane Zadvat et deux anonymes.

 

Vidéos produites par Terra TV ces derniers jours :

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Les communard(e)s de tout le Venezuela se réunissent à Sarare

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74 communes originaires des États Apure, Barinas, Táchira, Lara, Mérida, Yaracuy, et Carabobo, se ont donné rendez-vous lors de la rencontre nationale de communes qui a eu lieu dans le village de Sarare, convoqué par El Maizal et le Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora.
« Que fait le Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora dans Simón Planas ? Qui a proposé et qui est derrière tout cela ? C’est le chavisme, car ici sont réunies les communes qui sont nées sous l’étoile de la révolution bolivarienne, ici il y a cinq membres constituants élus par notre peuple », a affirmé Ángel Prado après avoir initié l’assemblée dans les installations du Village Universitaire Simón Planas, récupéré ce mois encore par le mouvement populaire dans un processus de construction d’une ville communale.
Lors de la rencontre  les constituants, Ángel Prado, Pedro Alvarado, Yoleida Uzcátegui, Lisandro Solórzano, et Orlando Zambrano ont participé. Les objectifs centraux ont été énoncé, mais le principal, est d’avancer dans l’articulation et la progression du mouvement populaire national, pour construire un agenda de lutte sur la base des demandes des communes.
« Il y a beaucoup de gens qui luttent dans tout le pays, mais ceux qui sont dans la lutte commune nous sommes encore désarticulés, avons besoin d’un agenda de lutte pour que nous puissions résister aux ravages de la guerre et du réformisme qui veut en finir avec ce processus », a affirmé Angel devant les communards venus par leurs propres moyens jusqu’à Lara.
À la rencontre, sont venu également assister des délégations de la Marche Paysanne Admirable, du Réseau National de Communards, du Mouvement de Travailleurs sans Terre du Brésil et du mouvement Patria Grande de l’Argentine.
« Le mouvement populaire est dans un processus de regroupement afin de continuer à lutter, nous devons voir où est l’ennemi, quelles sont nos forces propres que nous devons réunir pour construire une plate-forme de luttes, nous avons besoin de nous retrouver et de construire un instrument national où nous laisserions de côté toutes les différences qui nous désunissent et chercherons ce qui nous uni, », a affirmé Zambrano.
Zambrano, dirigeant du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, s’est référé à la nécessité de réaliser un bilan sur le mouvement populaire pour tirer des leçons et pour avancer : quels ont été les relations et les problèmes avec l’État? La bureaucratie qui nous a conduit à une situation de démobilisation et de division au sein du mouvement populaire? A partir des réponses des pas doivent être fait afin de chercher un progrès et des victoires : « Nous devons à passer à l’offensive, nous devons exercer une pression sur les bureaucrates car leur temps n’est pas celui du mouvement communard », a affirmé Zambrano.
Le membre constituant s’est référé à son tour à la nécessité de construire un espace unitaire entre le mouvement communard et le mouvement paysan, souvent c’est le même sujet, pour ainsi articuler les luttes, donner une forme à la plate-forme nécessaire pour porter les défis urgents et stratégiques.
Durant la rencontre différents sujets ont été abordés à chaque table de travail, comme celui des enjeux et des défis du mouvement populaire ; l’articulation de processus productifs ; la communication ; comment encourager la construction de l’État communal, entre autres. À son tour a été abordé le débat sur les membres constituants des communes, son rôle à l’intérieur de l’Assemblée nationale constituante, son rôle à l’intérieur du mouvement populaire.
La clôture de la séance plénière a laissé par-devant les pas qui restent à faire dans cet agenda accordé de luttes, d’horizons politiques et économiques. Il suivra le chemin du regroupement, d’objectifs, d’organisation et de mobilisation afin d’affronter les batailles dont la patrie a besoin en ce moment : la révolution n’avancera pas dans ses révolutions nécessaires sans le rôle principal de la commune, des paysans et du peuple en général.

 

Source : Presse Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora / Traduction : venesol

Terra TV : les paysan(ne)s du Venezuela définissent les contenus et se forment pour les réaliser

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Après avoir adopté les propositions faites par les paysan(ne)s de tout le Venezuela pour construire la forme et les contenus de Terra TV, l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre leur a donné un premier atelier de réalisation audiovisuelle. De cette manière naît concrètement le réseau de producteurs(trices) audiovisuel(le)s de Terra TV. Un média stratégique au moment où les grands propriétaires déclarent la guerre aux paysans, veulent reprendre les terres distribuées aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. Vous aussi vous pouvez appuyer la naissance de ce nouveau média en rejoignant ici les 88 premiers donateurs : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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A la plate-forme de la marche paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons totalement comme nous l’avons fait jusqu’à présent”. Compte-rendu de l’assemblée paysanne qui a défini les contenus de Terra TV, le 13 août 2018.

José Ramón Bastardo Martínez, de l’Etat Bolivar prend la parole : “nous semons des tomates avec moins d’eau que les privés et en décembre, nous on récolte le triple ! Mais ça les médias ne peuvent pas le dire. Cela doit rester caché, on produit pour la patrie mais ça il ne faut pas le montrer… Il y a quelques années je disais que j’allais monter une école de paysans mais ce n’était pas pour former des paysans mais pour former des hommes et des femmes de la campagne. Terra Tv doit être aussi une école pour ces jeunes qui vivent dans la ville, avec les pères et les mères qui sont dans le plus grand besoin, leur enseigner à traire une vache, à manier des machines, à monter à cheval, à manier la hache et la houe, comme on le voyait dans cette vidéo…

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Pour Neida Rodríguez, venue de l’Etat de Portuguesa : “Quand vous nous demandez ce que pourrait être une télévision paysanne, sur nos propres terres, dans nos propres espaces, je dis qu’on pourrait faire, pourquoi pas, un feuilleton de la femme paysanne, du fils de paysans, du mari paysan, faire le feuilleton à partir de là, faire le feuilleton depuis ce lieu, vivre notre vie à nous les paysans. Si on réalise des feuilletons de toute sorte, sur les rives du fleuve Arauca, pourquoi pas un feuilleton plein d’amour pour le Venezuela et non seulement pour le Venezuela mais pour toute l’Amérique Latine. Comment est la femme et l’homme paysan, pourquoi nous avons un grand cœur en tant que paysans, si le monde n’en sait rien c’est parce qu’on nous a invisibilisés mais grâce à Terra TV, la télévision populaire qui va porter notre voix et nos sentiments aux pays frères, ils verra comment est le travail du paysan et de la paysanne quand ils se lèvent pour réaliser leur tâche quotidienne, tout ce qu’il leur faut faire, pourquoi ne pas en faire un feuilleton, quand ils se lèvent tôt avec leur gourde d’eau, pourquoi nous n’avons pas droit nous les paysans à ça ? Sans maquillage, sans déguisement, vers d’autres frontières, ou un documentaire pour qu’on voie comme on travaille, comment on fait la production. Si vous voyiez nos enfants, nos petits enfants, comment nous semons, ou comment nous marchons, pourquoi nous marchons pieds nus, on pourrait faire un feuilleton où nous lavons, là où nous sommes, au bord d’un fleuve, dans la cuisine de terre ou dans une maison qui n’est pas en ciment mais dans une maison paysanne, une maison de palmes. Nous, nous produisons de tout, c’est un bonheur. Malgré tout nous vivons bien, à la campagne. Nous voyons la femme urbaine, et nous sommes tristes pour elle, quand l’enfant lui demande à manger, quand il y a la faim, il y a la faim, alors pourquoi ne pas venir travailler avec nous, au moment des vacances, en décembre, pourquoi ne pas aller avec nous à la campagne, je ne leur dis pas de déménager mais ils vont voir qu’après le travail avec nous, ils vont commencer à construire des maisons avec nous. Nous sommes des oubliés sur le plan des institutions, des intrants, de l’engrais, des semences… Et pourquoi nous les paysan(ne)s nous ne pourrions pas être comme vous ? Avoir un studio, Terra Tv, je vous dis d’aller sur les terres pour voir la qualité de personnes que nous sommes et oui, j’aimerais qu’on fasse un feuilleton pour que les gens attendent l’heure de la diffusion et se disent “nous allons regarder le feuilleton des paysans” et que jour après jour on suive l’évolution de la femme paysanne, comment la situation s’améliore… Merci à Terra TV d’avoir suivi notre marche pas à pas et je vous le dis, ceci est un début, un éveil du paysan, parce que nous avons encore un tas de choses à régler.

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Selon un autre compagnon de l’état du Zulia, “Terra TV est un grand espace pour développer tout le potentiel culturel de notre peuple, la danse, la musique, la gastronomie, je parle d’une culture qui naît dans nos peuples, de racines, c’est différent de ce qui se projette dans une école, dans une maison de la culture. Il y a toute une transculturation, nous devons valoriser ce que font notre peuple, nos paysans.

Pour sa part le militant Andrés Alayo exprime : “Pourquoi Terra TV naît à El Esfuerzo et non à El Tunal ?, pourquoi ? Parce qu’il y a une option à El Esfuerzo, une communauté paysanne qui a été expulsée, son école brûlée, il y a une communauté qui construit, qui est un modèle agricole totalement différent de celui d’El Tunal. C’est une lutte communicationnelle avec des acteurs concrets. Comment construire un autre modèle de communication sans que les outils ne soient aux mains du peuple ?”

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Arbonio Ortega, un des leaders de la marche paysanne, de l’état Portuguesa : “on se souvient de comment était Vive TV il y a quelques années, dans la lutte et on se disait : pour travailler la terre, il y a la houe, la binette, le soc et pour la lutte, il y a la télévision; la communication… des armes qui font peur au grand propriétaire et au latifundiste. C’était aussi un moment d’intégration. On s’intégrait et on perdait même la peur de parler, de parler à la caméra, au micro, il y avait une intégration entre le journaliste, le reporter, le paysan… Ces jeunes de la chaîne prenaient leur sac à dos et s’en allaient à la campagne, ainsi était Vive. Je me souviens de plusieurs traversées, à l’Esfuerzo Bolivariano à Guanarito, à cheval, avec l’eau jusqu’à la ceinture… et quel bonheur, avec la caméra dans le sac à dos, et ce n’était pas une petite caméra comme celles d’aujourd’hui, c’était un machin grand et lourd qu’on portait sur le dos, pour enregistrer la lutte, ce n’était pas comme les pistolets-jouets d’aujourd’hui, même si ceux-ci sont tout aussi redoutables et peut-être plus, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de cas n’ont-ils pas été documentés ? 2006, 2005, où on surprenait les vigiles des grands domaines en pleine action, armés jusqu’aux dents, et on a fait tant de documentaires. Combien de programmes ne concernaient le secteur paysan ? Je me souviens de “arrachons les barbelés” à Vive TV. Combien d’images n’avons-nous vues de tant de compagnons tombés, tués, disparus ? Combien de compagnons n’ont-ils pas dit de mots en faveur de la lutte pour ensuite se transformer en dévoreurs de terres, vendant la terre, ceci sert aussi à réfléchir. Pour apprendre de ceux que nous appelons les voyous de la terre. Notre idiosyncrasie, l’échange de notre idiosyncrasie aussi, à travers la télévision.

Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ?

À El Esfuerzo, “Jota” de Terra TV attendait un ministre à Acarigua pendant que les grands propriétaires incendiaient l’école, et il y est allé avec la caméra, ce fut un coup de maître, sans doute que sans ces images l’Etat n’aurait pas bougé, même si les enfants d’El Esfuerzo allaient les enregistrer avec leurs tablettes, mais le plus fort ce fut Jota avec sa caméra. Les médias privés comme Venevisión ont produit des feuilletons comme “Doña Bárbara”, mais même la manière de parler des personnages n’allait pas, c’était comme une moquerie. Quand on lit “Doña Barbara”, on voit que le roman n’a rien à voir avec ça, ils le trahissent complètement. Pour l’auteur Rómulo Gallegos ce serait une honte de voir cela. Par contre si les mêmes personnages sont fidèlement restitués, si leur langue est maintenue, et le contexte aussi, alors l’adaptation nous touche. Là aussi la télévision devient nécessaire, pour maintenir vivante notre identité, notre manière d’être, de penser. Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ? Certains se battent encore comme la compagne de Colombeia TV, de Terra TV, mais Vive TV s’est perdue totalement, cette chaîne ne ressemble plus en rien à ce qu’il était initialement. Au début les compagnons voyageaient jusqu’au lieu de la lutte; parce qu’ils sentaient qu’il fallait y aller, “allons-y !”, sans rien demander en échange, parfois sans hamac, pour vivre la réalité rurale, avec les moustiques et tout. Je vois Terra TV comme une bonne initiative qui va nous réveiller à cette étape de l’Histoire. Je crois que c’est crucial dans ce moment historique que nous vivons, à ce croisement des chemins, parce que quand l’ennemi veut nous voler à nouveau nos terres, quand il veut déclarer une guerre aux paysans, la communication va jouer un rôle important, nous devons livrer cette bataille. Nous devons réussir ou perdre. Le grand propriétaire fonce sur nous et nous n’allons pas le permettre. A travers la communication nous allons montrer les degrés d’unité, d’organicité, la capacité de mobilisation que nous pouvons mener et cela va être une arme puissante contre l’impérialisme. A la plate-forme paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons sous tous ses aspects comme nous l’avons fait jusqu’ici. Autre chose : l’échange sur le plan international avec les autres mouvements paysans. Ici l’élément de pouvoir est la terre. Ils veulent nous éliminer pour conquérir le monopole de la terre et de ses ressources, c’est pourquoi ils nous tuent, partout.

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Douglas Quintero, de l’Etat de Trujillo, prend la parole : “Comment j’imagine la télévision des paysans ? D’abord comme instrument de formation sociopolitique. Deuxièmement comme un outil didactique pour offrir des connaissances au paysan. Parce que la guerre économique nous a fait comprendre que nous en sommes aux balbutiements à l’heure de produire. Qu’on nous coupe l’approvisionnement en intrants, en produits chimiques, qui sont des composants de l’agriculture conventionnelle… et la production retombe presque à zéro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous les paysans, bien que nous disposions de la parcelle comme outil de production, nous sommes encore loin du compte. Beaucoup de paysans sur le plan national ne savent pas ce qu’est un compostage et ne savent pas qu’à travers un biodigesteur nous pouvons produire du gaz. La télévision pourrait nous aider, en plus de la formation, à renforcer la lutte politique. Je voudrais qu’existent des espaces pour transférer la technologie, par exemple, pour comprendre que l’engrais organique est plus puissant que l’engrais chimique et ainsi nous le produirions dans toute la plantation. Je crois qu’il y a des gens qui ne saisissent pas la différence entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture organique, alors que c’est l’agriculture organique qui va nous apporter l’émancipation comme paysans y que va nous libérer d’une entreprise comme Agropatria, mais nous ne cherchons pas à en sortir. L’heure est arrivée. La guerre économique nous a apporté de mauvaises choses mais aussi des points positifs comme de nous rendre compte qu’il y a d’autres outils pour renforcer la production et pour que l’alimentation revienne dans les rayons. A partir de 2016, la majorité des productions étaient à prix écrasé, le riz, la farine de maïs, la viande, mais aujourd’hui même les marchés paysans ne sont plus une option, les commerçants mettent un kilo de pommes de terre à deux millions, ils nous ont ruinés, même un kilo de bananes qui étaient le produit meilleur marché vaut un million. Nous devons aller au plus profond et avec cette télévision apprendre comment on peut produire des semences d’oignon, de pomme de terre, ici nous avons tous les climats. Introduire des connaissances comme celles de la ferme intégrale, pour que le producteur soit plus efficace, plus intégral à l’heure de produire et qu’il y ait plus de bonheur tant envers les consommateurs qu’envers les producteurs. Il y aura moins de cancers.”

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Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes.”

Une compagne paysanne de l’Etat de Barinas conclut : “c’est important de visibiliser le travail, de mettre en lumière ce que les médias ne montrent pas. Parce que le média privé montre le paysan comme un pauvre hère, par exemple comme la femme qui doit épouser un riche mari pour pouvoir cesser d’être paysanne. Nous ne voulons pas que l’on nous regarde comme des pauvres gens, nous sommes celles et ceux qui travaillons et produisons la nourriture pour que ce pays puisse s’en sortir. Mais les institutions se sont pliées aux intérêts des grands riches qui ont de quoi les acheter sous la table. Mais nous sommes ceux qui semons. Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes, fiers d’être paysans. Moi par exemple j’étudie mais je veux aussi semer, je veux aussi avoir mon lopin de terre. L’agroécologie rend indépendant le paysan. Nous les paysans nous dépendons des semences de transnationales et nous ne voulons pas travailler avec des produits chimiques, avec des OGM. Les paysans sont ceux qui transmettent à leurs enfants les connaissances ancestrales, nous devons donc chercher et voir où sont ces connaissances. C’est ce dont nous avons besoin. Comment nous réussissons à maintenir par exemple les semences de maïs. Par exemple en ce moment l’Institut Agroécologique Latino-américain Paulo Freire (état de Barinas, NDT), travaille avec certaines de ces semences. Mais ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont rien et ce sont eux qui poussent tout le thème agroécologique. Ils ont un programme qui s’appelle “maître populaire”: je suis paysan, je vais, je vois et en tant que paysan je vais en former d’autres, on donne des cours sur la manière de cultiver la terre, pas comme ces ingénieurs qui viennent commander. Et quelle fut la manière de revendiquer la marche paysanne invisibilisée par tous les médias ? Ce fut une diffusion télévisée nationale exigée par le président. Parce que ce fut une marche des pauvres, venus à pied, avec un camion qui devait transporter l’eau mais qui est tombé en panne. N’importe qui aurait dit : je rebrousse chemin, parce qu’imaginez, sans eau ni nourriture; et en fait les gens qui nous ont vus, ont dit : nous voulons que vous parveniez au terme de votre marche, nous allons vous aider, et les gens sont sortis pour nous donner de l’eau. Ils nous ont dit : “entrez chez moi, vous pouvez rester ici, ici il y a de la nourriture pour que vous l’emportiez”. Ce sont ces choses qui nous ont fait tenir à tout moment, et plus encore maintenant, quand on voit la réussite que la marche a permis, qui a dépassé nos espérances. L’espoir a envahi les gens, ils se sont sentis fiers et se sont enfin éveillés, c’était l’unique façon; tout le monde se plaint mais jusqu’à présent ce fut la seule action pour dénoncer la situation, pour que le président Maduro se rende compte de ce qui se passait, se rende compte de toute notre souffrance, de tous nos problèmes et que ces problèmes ne viennent pas d’aujourd’hui, depuis combien d’années se battait le compagnon Parra pour les terres (paysan assassiné par des grands propriétaires peu après la réunion entre Maduro et la marche paysanne, NDT) ? Pas depuis un mois ou deux jours, parce qu’ils ont entamé la marche avec nous et cela faisait six ans qu’ils occupaient ces terres. Comment l’ont-ils tué, pourquoi l’ont-ils tué de cette manière ? Ils l’ont torturé pour que le reste des paysans quittent les lieux, s’enfuient.. Et ce paysan, ce n’est pas qu’ils l’ont tué tout à coup, il y a eu tant de dénonciations, de visites aux institutions mais le grand propriétaire s’est dit : après tout ce n’est qu’un petit paysan, je le tue, je paie le juge, je paie la police, je m’en sors bien et plus personne ne saura rien du paysan. Grâce à cette marche on essaie de faire que justice soit rendue, je crois qu’on peut y arriver et aussi pour deux autres paysan assassinés au même endroit par les mêmes personnes (les assassins de Parra ont depuis été arrêtés grâce aux pressions des paysans, NDT).

Photographies de l’assemblée et de l’atelier : Jonas Boussifet.

Source de cet article : https://wp.me/p2bGPp-1Tb

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4hI

Pour une télévision qui permette au peuple de discuter avec le peuple


En 1975 déjà, dans leur ouvrage Culture et communication de masses, Mattelart, Garreton et Valdez analysaient en ces termes le Coup d’état contre le Président Salvador Allende. « Si la possibilité d’une révolution socialiste a échoué au Chili, on le doit en partie aux atermoiements de la gauche officielle dans sa politique communicationnelle, sa difficulté à valoriser son propre projet historique, sa crainte que les masses elles-mêmes imposent leur voix dans les médias existants ou dans d’autres créés par elles. Il manquait la confiance suffisante pour laisser agir ces acteurs essentiels : les travailleurs. La gauche officielle est restée malheureusement sur la défensive. L’accusé s’est enfermé dans le cercle argumentaire de son adversaire de classe, recyclant les représentations collectives produites par son ennemi politique. L’initiative du discours est restée dans les mains de la droite, et les techniciens de la communication officielle n’ont pas été capables de s’effacer pour laisser surgir les embryons d’une nouvelle culture. La neutralité technique s’est révélée un mythe. Il n’y avait pas de « technique en soi », utilisable à souhait par la droite ou par la gauche. Il n’y avait qu’une technique bourgeoise de la communication et rien de plus. »

Répondant à l’appel de la Révolution Sandiniste au Nicaragua puis Bolivarienne au Venezuela, Thierry Deronne s’est investi, à partir de cet héritage conceptuel, dans les processus de transformation sociale en Amérique Latine. Il vit depuis 1994 au Venezuela, où il enchaîne les ateliers populaires de création audio-visuelle. Dans ce but, il a fondé l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma en 1995, puis la télévision de quartier Teletambores à Maracay. Plus tard, il participe à la fondation de la télévision publique, nationale et participative, VIVE TV, en 2003, dont il fut vice-président jusqu’en 2010. En parallèle il est l’auteur de nombreux films. Citons Le passage des Andes (2005), Carlos l’aube n’est plus une tentation (2012), Jusqu’à nous enterrer dans la mer (2017). De passage à Bruxelles, Thierry Deronne a présenté « Histoire du Venezuela » (2018), son dernier film, et a donné le séminaire « Une autre télévision est possible », organisé par ZIN TV. L’occasion de nous entretenir avec lui.

Avec quatre élections victorieuses en un an, le processus bolivarien semble entrer dans un nouveau cycle. Quels sont ses défis sur le terrain économique et de la communication ?

Le secteur privé contrôle plus de 80% de la production et de la distribution. Quand le gouvernement opère de fortes augmentations de salaire – jusqu’à 100% – pour protéger le pouvoir d’achat populaire, ce secteur réplique en augmentant les prix dans la même proportion. La contre-offensive du gouvernement Maduro porte donc sur le contrôle des prix, sur la structure même de la spéculation – en gelant les prix ou en prenant le contrôle des marchés municipaux. La massification des Comités locaux d’approvisionnement est une autre stratégie que la guerre économique a imposée mais qui donne un second souffle à une organisation populaire atténuée depuis la mort d’Hugo Chavez. La bataille principale est la construction communale tant comme résistance économique que comme germe d’une autre société possible. Pour nous, cinéastes, gens de théâtre, formateurs, l’enjeu fondamental est de stimuler l’imaginaire communal face aux secteurs conservateurs de l’Etat. D’autant plus que la politique communicationnelle officielle est robotisée par la réponse aux mensonges quotidiens de 99 % des grands médias et n’a donc pas le temps de créer cet imaginaire transformateur.

La gauche en général et plus particulièrement les mouvements sociaux et les progressistes semblent avoir du mal à conquérir le terrain de la communication. A quoi cela doit-il selon toi ?

La gauche ne comprend pas que le secret de l’« action des idées dans l’histoire » ne se trouve pas dans les discours mais dans les supports, les appareils, les relais techniques. Or, un processus de transmission doit servir, comme le disait Walter Benjamin, à nous organiser. D’abord, en donnant tous ses moyens à une politique culturelle visant faisant de la société une grande école artistique et critique, pour acquérir tous les outils de la création visuelle et sonore notamment, dès le plus jeune âge, dans toutes les écoles, à tous les niveaux… Ensuite en promulguant une loi de démocratisation radicale de la propriété des médias, en créant un réseau serré de médias populaires, en remettant la majorité des fréquences, chaînes et ressources aux organisations citoyennes, en refondant un service public de radio et télévision basé sur la participation. Il faut éliminer l’absurde modèle commercial et l’enseignement du schéma émetteur/récepteur qui vend une « actu »-marchandise à des consommateurs. On pourra alors construire un imaginaire non plus axé sur le plaisir de la consommation individuelle mais sur celui de la transformation collective, et réaliser la prophétie sartrienne d’une information non plus comme « droit du journaliste » mais comme « droit du lecteur ou du téléspectateur », c’est-à-dire de celui ou celle qui travaille au bureau, dans les chantiers et n’a pas les moyens de voir l’image complète du monde.
Substituons l’image des produits par l’image des processus les reconnectant avec leur origine. Réhumanisons les temps de fabrication d’un programme et la possibilité de connaître et de réfléchir sur le monde : enquête, réalisation, diffusion, suivi, montage dans et entre les programmes. Bref, créons « une télévision qui permette au peuple de discuter avec le peuple » (Sartre). Il y a quelque chose de tout aussi fondamental, sans lequel tout ce qui précède ne suffirait plus. On sait que le capitalisme a re-territorialisé notre espace-temps en un métabolisme social du « tout-à-l’égo ». La vague numérique états-unienne a mis « hors-sol » une grande partie de la société, les écrans portables entraînent chacun dans une bulle narcissique, avec réenracinement compensatoire de la psyché collective dans le colonialisme. La gouvernance médiatique du champ politique fait que la causalité d’ensemble a disparu derrière le sautillement “facebookien », émotionnel, des effets. Le socialisme n‘existera que s’il inverse cette tendance lourde et invente un appareillage technique et culturel indépendant de l’industrie globalisée.
Un gouvernement de gauche devra donc immédiatement investir dans une recherche scientifique et industrielle basée sur les idées des mouvements sociaux, en vue de générer une technique nouvelle qui produise des effets sociaux organisateurs et non isolants. Cette nouvelle civilisation “technique”, cette restructuration « médiologique » de la vie, reste le grand « impensé » de la gauche. Celle-ci base encore sa « com » sur des apparitions en studio et sur des plateaux, et semble prisonnière du mythe de la déontologie journalistique. Comme si on pouvait oublier que « ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » (Althusser).

Contrairement à la révolution soviétique ou la révolution cubaine, certains pensent que la révolution bolivarienne n’a pas su créer sa véritable esthétique.

Si on parle d’imaginaire cinématographique, les processus révolutionnaires que tu cites ont commencé par brasser les possibles puis ont normalisé leur discours, parfois brutalement dans le cas de l’URSS, ou par la retombée dans le Hollywood pathétique que critiquait Humberto Solas à Cuba. Ce qui est très intéressant chez les soviétiques des années 20, c’est qu’ils pensent les nouvelles images non seulement depuis le contenu mais depuis le mode de production : ciné-train, ciné-bateau, vaste réseau de correspondants ouvriers ou paysans… ou parlent “artisanat” contre “industrie », ou « déprofessionnalisation ». Au Venezuela, cette question reste à poser parce que les relations de production restent fondamentalement modélisées par l’entreprise capitaliste. Si on les dépasse par le modèle communal, alors on pourra parler d’une esthétique propre à la révolution bolivarienne, et non de la simple injection de politique dans les formats existants, voire hollywoodiens (Villa del Cine, etc..). Il n‘y a pratiquement aucune fiction produite sur toutes ces années de révolution. Mais tout ne fait que commencer. La révolution bolivarienne, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique, a maintenu l’ensemble des politiques sociales et culturelles – récupération d’espaces pour la création, missions de formation artistique, festivals et spectacles gratuits pour la population, et c’est un trait d’intelligence : l’art n‘est pas sacrifié, il indique la sortie du tunnel. Après 19 ans on sent une poussée d’en bas de nouvelles voix, de nouveaux créateurs dans tous les domaines, le peuple reste l’acteur principal de cette révolution et c’est pourquoi nous sommes toujours debout.

Un des aspects de la révolution bolivarienne est la légalisation des télévisions communautaires. Quels sont ses acquis ? Où en sommes-nous aujourd’hui.

Notre équipe de chercheurs a mené de 2015 à 2016 une enquête approfondie sur les 35 télévisions populaires existantes, certaines actives, d’autres moins, d’autres éteintes. Parmi les conclusions apparaît d’abord la persistante difficulté de créer une nouvelle forme de média dans un champ homogénéisé par la globalisation marchande et par ses monopoles médiatiques. Nombreux sont ceux qui reproduisent les pratiques dominantes, oublient la formation intégrale et renoncent à créer leur propre agenda. Les collectifs expriment aussi des autocritiques : privatisation du média par un petit groupe ou par une famille, manque de coordination nationale, excès de jalousie territoriale, manque de volonté dans la formation d’équipes de production populaires, mauvais usage, parfois destructeur, du matériel donné par l’État. Mais toutes ces années ont aussi permis de valoriser la télévision populaire comme la « maison qui est la nôtre », comme l’espace d’amitié et de collaboration libéré des normes commerciales, comme les retrouvailles de mondes séparés par le capitalisme (vie et temps, ville et campagne, homme et femme, enfant et adulte…), comme porte-parole des mouvements sociaux, comme école d’organisation citoyenne, capable de pallier les faiblesses de l’Etat.
Pour surmonter la faible production de programmes, les militants proposent de partir des dynamiques déjà existantes : talents musicaux individuels ou collectifs en quête d’indépendance, ligues sportives, etc… William Sivira, de Lara TVe, nous explique : “Nous projetons de prendre le contrôle des terres sur le territoire de la commune pour les semer avec l’appui de jeunes qu’on traite à tort de délinquants”. Autres projets : une école nationale des médias associatifs, un fonds de soutien – récemment approuvé par une Loi sur la Communication Populaire – pour financer les formations et un réseau d’appui mutuel pour mettre à niveau les connaissances techniques.
Beaucoup de ceux qui se forment grâce aux outils de la télévision populaire partent ensuite travailler dans les médias privés. Face à ce problème, on propose une présélection des candidats sur la base de leur engagement social et de ne créer un média nouveau qu’au terme d’un travail de réflexion avec les habitants, pour éviter qu’il soit perçu comme une intervention externe et pour garantir son appropriation populaire immédiate.
La plupart des collectifs souhaitent que l’Etat les dote d’un véhicule pour accéder à tout leur secteur, lui demandent de salarier une trentaine de permanents pour éviter la commercialisation dans laquelle sont tombées les radios communautaires. En général, on attend de l’Etat plus d’appui, plus de suivi technique, plus d’investissements, car le matériel reste cher et complexe.
Sont aussi évoqués la création d’une industrie nationale pour sortir de la dépendance technologique, une majeure interaction via les nouvelles technologies, tout cela adossé à une politique de démocratisation réelle de la propriété des ondes, comme dans l’Argentine d’avant Macri, ou dans la Bolivie d’Evo Morales et dans l’Equateur de Rafael Correa, où les ondes allaient être partagées en trois tiers : privé, public, associatif.


Tu es en train de fonder Terra TV, peux-tu nous raconter en quoi consiste ce projet ?

Terra TV, c’est le monde vu par les paysans, cette télévision sera faite par eux, et sera basée sur ces vingt ans de laboratoire de formes nouvelles. Elle aura une triple fonction : diffuser l’image, et faire le suivi de la vie quotidienne et du travail en profondeur des organisations paysannes, traduire ces chroniques en portugais, espagnol, anglais ou français ; Mettre en ligne des modules de formation en réalisation audio-visuelle, en agroécologie, en Histoire, en économie, en philosophie, en pratiques socioculturelles, avec un suivi pédagogique pour les collectifs participant(e)s ; Organiser, articuler et nouer des solidarités internationales grâce au suivi des processus et à l’agenda des luttes. Toute organisation qui lutte pour la terre sous n’importe quelle latitude pourra afficher ses activités. Ce nouveau média, libéré de « l’événementiel » et des filtres du journalisme traditionnel, commencera par diffuser les programmes réalisés par les partenaires latino-américains pour intégrer peu à peu les organisations paysannes d’Afrique, d’Asie et d’Europe.

Entretien réalisé par Ronnie Ramirez, cinéaste et membre de ZIN TV

Joignez-vous aux donateurs qui appuient la création de Terra Tv : ici

URL de cet article : http://www.zintv.org/Pour-une-television-qui-permette-au-peuple-de-discuter-avec-le-peuple

L’heure venue

Notre « hors-champ médiatique » est infini. La majorité sociale du Venezuela, que les journalistes ne ponctionnent que dans un cadre individuel, humanitaire et atemporel, n’est pas cet objet qu’on veut identifier comme une victime. C’est un sujet pris dans une action collective, habillé d’une Histoire et d’un futur.

Il faudrait tenter d’expliquer a présent, pour ceux qui vivent loin de nous, ce qu’on perçoit du ronronnement de la machine souterraine. Pour beaucoup le sentiment est que l’heure est venue de s’ébrouer, d’inventer un nouvel Etat, de construire des communes autosuffisantes, des pouvoirs plus clairs, plus directs, voire un Etat communal. Il y a plusieurs explications a cela : les échéances electorales, gagnées par le camp révolutionnaire, sont derrière nous – si on excepte les municipales de décembre prochain. Le verdict des urnes et le répit électoral sont propices à ce recentrage sur la révolution de la structure.

La droite locale, convaincue en 2017 par l’axe Bogota-Washington d’organiser une vague de déstabilisation meurtrière pour que le monde puisse “voir” enfin comment Maduro réprimait les vénézuéliens, est de plus en plus discréditée auprès de sa base, et retrouve son plus bas étiage electoral. L’attentat contre le président Maduro organisé par les Etats-Unis et le président colombien Juan Manuel Santos à deux jours de l’expiration de son mandat, dit bien ce désespoir de l’oligarchie colombienne qui vient d’adhérer à l’OTAN. Transformer la Mer Caraïbe en Atlantique Nord parle d’une Histoire qui se répète. En 1819 la même oligarchie de Santander décidait de s’unir aux Etats-Unis contre un “Bolivar assoiffé de sang” pour empêcher la marche à travers les Andes des ex-esclaves noirs du Venezuela et de leurs alliés les jacobins noirs de Haïti…

Il y a d’autres explications à ce retour d’une ambiance révolutionnaire, très “années 90” au Venezuela: la guerre économique et la hausse irrationnelle des prix organisée par le secteur privé majoritaire, met beaucoup de citoyens au pied du mur. Les communes sont une partie de la solution à ces problèmes de survie, de production, d’alimentation, de services publics en voie de détérioration.

Par ailleurs, vingt ans de révolution ont servi d’école à toute une génération qui a les outils de l’expérience pour se remobiliser. Son but est d’influencer de plus en plus Maduro, en lui exigeant de faire le ménage, par exemple en cessant de recaser des fonctionnaires qui ont failli, volé, trahi la population, en les limogeant une fois pour toutes et en nommant des gens valables à leur place. Cette énergie spécifique, qui répond à la fois à la guerre impériale et au poids de la forme ancienne de l’Etat, est enfin née de ce temps que Chavez ne pouvait accélérer a lui seul, celui qui transforme les idées en force matérielle.

Ce besoin de commune, de transformer l’Etat, s’incarne dans les pieds gonflés des 200 paysan(ne)s venus des Etats intérieurs où les mafias des blanchisseurs de capitaux colombiens, juges, grands propriétaires, militaires, les ont chassés des terres données par Chavez, avant de revendre leurs tracteurs en Colombie. Mafias qui souvent trouvent des complices parmi les fonctionnaires de l’Institut des Terres qui sabotent la remise des engrais, des semences, des crédits aux mêmes paysans, ce qui permet à certains secteurs de l’Etat de dire que mieux vaut appuyer les agroindustriels privés puisque décidément les paysans ne produisent rien. 400 km de marche, 20 km par jour, épuisement, campements de fortune, soif, diarrhées, intimidations, mais la marche a continué grâce à la solidarité des plus humbles comme cette vieille dame qui partage l’espace de sa pauvre demeure au bord de la route et offre le peu qui lui reste de café. Les médias privés, majoritaires, invisibilisent la marche, mais aussi, curieusement, les médias bolivariens. Jusqu’à ce que Nicolas Maduro oblige les télévisions à transmettre leur parole…

A Caracas, lorsqu’une haie de police a stoppé la marche à deux pâtés du palais présidentiel, nous nous sommes dit : si Maduro a réellement ordonné cela et s’il ne les reçoit pas ces paysans qui sont une des bases les plus sincères de la révolution, il ne pourra plus rien comprendre. Quelques gauchistes avaient pris la tête de la marche pour les derniers mètres, exultaient à la vue d’un barrage de police, filmant les casques : la voilà, la preuve de l’Etat bourgeois, de la trahison de Maduro ! Jusqu’à ce que les organisateurs paysans leur demandent courtoisement de s’éloigner, de se placer en fin de cortège, les priant de comprendre les problèmes d’infiltrations et de sécurité du président. Au même moment une délégation des paysans se réunissait avec le Président de l’Assemblée Constituante Diosdado Cabello (photos).

Le lendemain le président Maduro ouvrit grand les portes du palais présidentiel pour les recevoir à son tour, faisant retransmettre à tout le pays par la télévision, radio et Internet, leurs longs témoignages. Il commença par écouter les paysans sans les interrompre, avant d’approuver leurs exigences et d’en faire des ordres.

  • Remise immédiate aux paysans de toutes les terres remises par Chavez et dont ils ont été expulsés de manière arbitraire.
  • Révision cas par cas de toutes les victimes de mercenaires et de persécution par des organes juridiques.
  • Révision de tout le système de désignation des juges agraires pour les mettre au service des paysans vénézuéliens.
  • Modification des lois agraires pour un système du 21ème siècle aux mains du peuple.
  • Démarrage d’une lutte contre la corruption et transformation de toutes les institutions en matière agricole du pays, à la chaleur de la critique populaire.
  • Alliance productive avec tous les secteurs paysans pour concrétiser le Plan Productif et le “Plan de la Patrie 2025”. Enfin, un grand Congrès Paysan pour la troisième semaine de septembre 2018.

Au sortir de la réunion, les paysan(ne)s épuisés ne cachaient pas leur satisfaction, malgré l’amertume des chausse-trappes semés sur la route par certains sous-ministres. N’avaient-ils enfin atteint leur objectif d’une rencontre au sommet et d’une parole totale ? En remettant à Nicolas Maduro deux cents propositions, ils lui on dit ce que tout un peuple chaviste a envie de lui dire depuis longtemps : « l’heure est venue ». Joie vite brisée : au moment même où la rencontre avec le Président prenait fin, le paramilitarisme répondait en torturant, mutilant, assassinant trois leaders de la lutte pour la terre a Barinas, trois compagnons des premières heures de la marche, trois victimes de plus parmi les centaines de victimes de la lutte des terres. A Sabaneta, terre natale de Chavez. Tout un symbole pour une déclaration de guerre aux accords énoncés par Maduro, qui le lendemain allait lui-même subir une tentative d’assassinat. La Loi des Terres promulguée par Chavez avait constitué un des facteurs déterminants du coup d’Etat en 2002.

Il y a quelques jours nous étions sous la bruine côtière de Caruao où les tambours d’Afrique vont de maison en maison de paysans et de pêcheurs dont les fils hésitent entre l’horizon de la mer et l’écran du Blackberry. Caruao recevait pour la première fois la visite de fonctionnaires du Conapdis. Cet institut organise depuis l’Etat le soutien aux personnes handicapées. Le travail du jour consistait à doter les personnes concernées d’un Carnet de la Patrie, outil de recensement qui leur permettra entre autres de toucher des allocations. Problème : beaucoup des patients qui font la file depuis tôt ce matin ne possèdent pas de rapports médicaux attestant de leur handicap. Les fonctionnaires décident alors d’oublier la paperasserie : un diagnostic visuel, une photo faite sur place, on imprime le Carnet, on le remet au patient. Bilan de la journée : une soixantaine de nouveaux allocataires. Tel est ce Venezuela “hors-champ”, toujours prêt a ouvrir doucement sa main pour qui voudrait lire dans ses lignes.

Thierry Deronne, Caracas, 5 août 2018

Photos : CRBZ, Jonas Boussifet

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Venezuela : Spéculation et hausse des prix (Chroniques d’en bas par Romain Migus)

 

Cet article sur la spéculation et la hausse des prix, s’inscrit dans un cycle de chroniques de notre ami Romain Migus, journaliste français qui a longtemps exercé son métier au Venezuela où il se trouvait encore il y a quelques semaines.
Son témoignage est particulièrement opportun quand les médias français (on se demande bien pourquoi ?) désinforment.
LGS

 

“On va aller faire les courses avant que les prix n’augmentent” me dit Paola, en rigolant.

Paola, c’est la cousine qui habite dans notre appartement. Elle est biologiste, et travaille à l’Institut vénézuélien de recherche scientifique. C’est une sportive, ainsi qu’une écologiste radicale, ce qui est assez rare dans ce pays pétrolier. Chaussures de montagne aux pieds et sac à dos sur les épaules, elle crapahute avec autant de dextérité à la campagne qu’à la ville. Quand elle est en mode rat des champs, elle rapporte toutes sortes de pousses de plantes, de mousses et d’autres espèces végétales qu’elle entrepose soigneusement dans des pots qui s’entassent dans le salon de l’appartement ou sur le rebord des fenêtres. Dans le cas présent, c’est plutôt le rat des villes qui m’intéresse. Ce matin, on va aller remplir le frigo et son sac à dos ne sera pas de trop.

« On va aller dans un supermarché et on achètera les légumes au marché de Coche, me dit Paola, ça nous reviendra moins cher ».
Au contraire de l´année 2016, tous les produits sont désormais disponibles sur les étals et les files d´attente ont disparudevant les portes des supermarchés. Désormais ce sont les prix qui s´envolent chaque semaine. En un mois et demi passé à Caracas, les prix de la plupart des produits ont doublé. On comprendra donc que n´importe quelle discussion au Venezuela s´amorce par une catharsis nécessaire sur l´augmentation continuelle des prix à la consommation.

La plupart des gens échangent sur le thème, se donnent des tuyaux pour trouver des produits à bas prix, se plaignent -à juste titre- de la situation, s’organisent pour assurer leur subsistance, critiquent tel ou tel membre du gouvernement pour son inaction, mais s’amusent aussi des multiples anecdotes que génère la hausse des prix.

Le poète José Javier me racontera comment, alors qu’il en train de manger une soupe dans un restaurant, dont le prix était indiqué á 250.000 bolivars sur l’ardoise des menus du jour, le patron effaça le prix initial pour indiquer le nouveau tarif en vigueur : 340.000.

« Hermano, protesta le poète en lâchant sa cuillère. Moi, j’ai commencé à manger la soupe avant, quand elle coutait 250.000.
– Dépêche-toi de la finir, lui répondit le tenancier, ou je te la compte au nouveau prix. »

Un autre jour, Sandra et Enrique (1) , en sortant du travail, tombe sur un camion frigorifique rempli de sardines qui revient de la côte caribéenne. Fraîchement pêchées, de nombreuses sardines gigotent encore dans les bacs. Le prix est imbattable : 300.000 le kilos.

« On savait que dans les prochains jours, le prix allait certainement doubler, me racontera Sandra. Alors, on en a acheté 12 kilos pour les congeler. Le problème, c’est qu’on a dû les ramener en métro à la maison. Je ne te raconte pas l’odeur sur la demi-heure de trajet.
– En plus, poursuit Enrique en rigolant, plusieurs sardines était encore vivantes et sautaient en dehors des sacs. J’étais obligé de les ramasser dans la rame de métro ».

Malgré ces histoires racontées dans la bonne humeur, la situation économique est plus préoccupante que drôle. Les citoyens doivent constamment s’adapter à cette réalité délicate, provoquée en partie par une guerre économique brutale.

Aux mesures de blocus économique et financier contre le pays bolivarien, s’ajoutent la contrebande d’extraction des produits de première nécessité, le pillage de l´essence ou encore la baisse de la note de solvabilité du Venezuela malgré le paiement de sa dette. Au cœur de ce dispositif mis en place pour étouffer l’économie du pays, la spéculation contre la monnaie nationale et le trafic de billets de banque compliquent particulièrement la vie quotidienne des Vénézuéliens.

« Pas besoin que tu achètes des féculents ou des aliments non périssables, on en a avec le Clap, me dit Paola. On devrait d’ailleurs recevoir cette caisse d’aliments subventionnée par l’Etat dans les prochains jours ». (2)

Au supermarché, on trouve de tout. La sélection par l’argent s’est substituée au rationnement des produits de base, mis en place il y a quelques années. Malgré cela, le lieu est bondé, et la seule file d’attente que nous rencontrons est celle qui se forme aux caisses.

Après avoir fait la queue, le verdict tombe : 40 millions de bolivars pour un demi caddie, comprenant un marché pour deux pour 15 jours (sans les légumes), des produits d’entretien pour l’appartement et des produits d’hygiène personnel dont le fameux papier toilette. 40 millions de bolivars, c’est 10 fois le salaire minimum et prés de 3 fois le salaire d’un directeur d’un organisme public.

Cette distorsion des échelles de prix est la conséquence de la manipulation du taux de change et de la spéculation criminelle contre la monnaie nationale.

Si l’Etat vénézuélien a depuis l’instauration du contrôle des changes en 2003 toujours eu le monopole du maniement des devises étrangères, il n’a jamais nationalisé le commerce extérieur. N’importe quelle entreprise peut lui acheter des dollars au taux fixé par le gouvernement pour importer des biens. Un taux parallèle a également toujours coexisté, afin de pallier les limites de l’offre officielle de devises, dépassant la valeur nominale officielle du bolivar de 50% à 100%. Or depuis 2012, la valeur du dollar au marché noir s’est envolé, et n’entretient plus aucun type de rapport rationnel avec le taux flottant officiel.

Si au début de notre séjour, le dollar au marché noir s’échangeait autour de 1 million de bolivars, un mois et demi plus tard, il valait 2,5 millions de bolivars. Cette dernière valeur est 1150% plus importante que la valeur du taux officiel flottant (autour de 200.000 bolivars). Il va de soi que le commerce de dollars est aujourd’hui plus rentable qu’aucune autre entreprise.

Cette augmentation du prix du dollar au marché noir ne correspond plus à aucun critère rationnel. Depuis maintenant plusieurs années, Dolar Today, un site web hébergé aux Etats-Unis donnait les cours du dollar parallèle comme bon lui semblait. Aujourd’hui, plusieurs autres plateformes web donnent des cours parallèles, et complexifient les mesures de contrôles. Des bourses d’achats de dollars en bolivars se sont propagées sur le web, sans parler des multiples manières de rentrer dans ce système de change depuis l’étranger.

Si ces contradictions liées au mode de production vénézuélien, ont toujours existé, avec la spéculation contre la monnaie nationale, le fossé s’est amplifié entre deux pays. D’un coté, le pays Dolar Today, minoritaire mais nombreux qui a accès à des devises – soit directement, soit par l’envoi des remesas, l’aide de famille ou proches vivant à l’étranger- ou qui commerce en bolivars au taux du marché noir. De l’autre, le pays Clap -du nom de cette caisse d’aliments subventionnés que distribue l’Etat- composé de ceux qui ne peuvent suivre l’augmentation continuelle des prix.


Vue aérienne du marché de Coche

Les achats au supermarché étant faits, on va aller acheter les légumes au marché.
Le sac à dos se remplit doucement et nous voilà dans le métro direction le marché en gros de Coche, au sud de la ville. Les étals de fruits et légumes sont nombreux. Au cul des camions, on vend aussi les produits qui arrivent des provinces agricoles. Le marché grouille de monde, venu acheter en quantité et à moindre coût.

Devant un gros marchant assis sur une petite chaise. Je lance : « Combien le kilo de patates ?
– 850.000 par carte de crédit. 100.000 en liquide.
J’ai très bien compris la phrase mais je me retourne perplexe vers Paola :
« C’est devenu compliqué d’avoir du cash, tu dois faire la queue des heures à la banque. Du coup, l’argent liquide est devenu une marchandise comme les autres. Si tu veux, tu peux même en acheter sur ce marché.
– Comment ça ?
– Là bas, me dit-elle en me montrant un coin du marché, il y a des types qui te vendent du cash. Tu leur payes 600.000 par carte, et ils te donneront 100.000 en billet. Ça te reviendra moins cher que si tu payes tes patates directement par carte.

Depuis 2015, un gigantesque trafic de billets de banque vénézuéliens s’est mis en place. En Colombie, dans la ville frontalière de Cúcuta, des négociants achètent les billets vénézuéliens à 150% de la valeur marquée sur le papier. Pour un billet de 100 bolivars, 150 bolivars seront transférés sur le compte du vendeur au Venezuela. Voilà pour la contrebande “artisanale”.


Point de vente de billets de banque vénézuéliens à Cúcuta

Le versant industriel de ce trafic est encore plus impressionnant. Régulièrement des hangars remplis de billets de banques sont découverts par les autorités vénézuéliennes, ou par la police de pays étrangers. Au Paraguay, à 6.000 kilomètres de Caracas, les autorités de ce pays ont arrêté, en 2016, un commerçant en possession de 30 tonnes de billets vénézuéliens.


30 tonnes de billets de banques vénézuéliens sont récupérés par la police du Paraguay

Le résultat de ce front particulier de la guerre économique est cruel. Le billet de banque a presque disparu des transactions quotidiennes. En un mois et demi passé à Caracas, je n’en ai jamais touché un. La plupart des achats se font par virement ou par carte de crédit. Aujourd’hui, même les vendeurs de rue, y compris les plus humbles, disposent d’un terminal de paiement électronique.

C´est avec un sac à dos remplide victuailles et un autre de questionnements économiques en tout genre que nous rentrons à l´appartement. A peine les courses rangées, je décide d´appeler Pascualina Curcio. Elle est économiste et pourra certainement m’aider à y voir plus clair. Rendez-vous est pris dans l’après midi à l´Hôtel Alba. Pour l’instant, on va déjeuner avec Paola qui me supplie : « Quand tu verras ton économiste tout à l’heure, n’oublie pas de lui demander quelles sont les solutions qu’elle propose, parce qu’on n’y comprend plus rien ».

Nicolas Maduro vient d’être largement réélu à la présidence du Venezuela. Parallèlement un sondage a révélé que 58% des vénézuéliens préfèrent que ce soit le chef de l’Etat actuel qui règle les problèmes économiques. Preuve, s’il en est, que les Vénézuéliens continuent de décrypter les difficultés du quotidien au prisme des idéologies politiques en jeu. Une grande majorité est consciente que la vie de tous les jours est fortement perturbée par la guerre économique. Ce qui ne l’empêche pas de critiquer le gouvernement lorsqu’elle le juge trop passif. Si les Vénézuéliens soutiennent Nicolas Maduro, l’absence, de la part du gouvernement, de prises de décisions radicales ou d’un cadre économique ajusté à la situation peut désorienter et mettre à l’épreuve la patience de la population.*

Bien conscient de cette problématique, je me dirige vers l’Hôtel Alba en ce début d’après-midi. Cet ancien hôtel de la chaine Hilton, nationalisé en 2007, a été, durant de nombreuses années, l’épicentre des rencontres internationales organisées par le gouvernement bolivarien. Il n’était pas rare de rencontrer au lobby ou au bar de l’Alba, la fine fleur du monde progressiste mondial. De très nombreux politiques ou intellectuels, membres de mouvements sociaux ou de syndicats ont fourmillé entre ces murs. Aujourd’hui, ce type de rencontres, plus rare à cause du manque de devise, s’est déplacé vers d’autres lieux de la capitale.

Du coup, l’Alba a perdu de sa splendeur d’antan, et ressemble plus à l’Hôtel Overlook dans le film Shinning qu’à ce qu’il fut dans ses meilleures années. Oublié l’activité permanente des années précédentes. C’est seul, que je patiente dans le fastueux lobby, en m’attendant plus à voir débarquer Jack Torrance avec sa hache, qu’Ignacio Ramonet ou Piedad Cordoba.

Une personne s’approche de moi et me demande : « Vous êtes Romain ?
– Pascualina ? On pouvait pas se louper, on est tous seuls. Venez, allons au bar, on y sera tout aussi tranquille.
Pascualina est docteure en sciences politiques, économiste, et professeure à l’Université Simon Bolivar. C’est une petite dame à la voix fluette, ce qui me change des braillards avec lesquels je converse habituellement. Depuis plusieurs années, elle a centré ses recherches sur les mécanismes de la guerre économique qui sévissent contre le Venezuela bolivarien.

Nous nous asseyons à une table, immédiatement servis par le garçon en costume. Tout en sirotant un soda, je raconte à Pascualina mon expérience au marché de Coche.
« Ce que tu as vu au marché, commence-t-elle, est une conséquence de la manipulation artificielle du taux de change. C’est injustifiable qu’en un mois le bolivar ait perdu la moitié de sa valeur et que les prix aient doublé. Depuis l’année 2013, ceux qui manipulent le cours de notre monnaie ont fait augmenter le prix du dollar au marché noir de 26.000.000% ».
Je manque de m’étouffer et de recracher ma boisson.
« 26 millions de pourcents ? Un 26 avec six zéros derrière ?
– C’est bien ça, me dit-elle d’un air grave. L’objectif est politique. Ils cherchent à déstabiliser l’économie, générer du mécontentement et détruire le soutien populaire à la révolution. Dans ce cas de figure où la conséquence est une inflation élevée, les billets viennent à manquer car la banque centrale ne peut pas suivre le rythme. Donc effectivement, tu vas payer moins cher un produit avec un billet parce qu’ensuite ce même billet va se commercialiser et être revendu plus cher.
« C’est une sorte de placement financier dans le papier ? lui dis-je un brin ironique.
– Si on veut répond-elle, en tout cas, le billet est devenue une marchandise comme une autre ».
Nous poursuivons la discussion.
« Comment expliques-tu que certains politiques ou intellectuels insistent pour faire endosser au seul gouvernement de Nicolas Maduro le problème de l’inflation ?
Pascualina démarre sa réponse au quart de tour. Visiblement ce n’est pas la première fois qu’elle s’attache à démonter cette position.
« Ça fait parti du jeu politique. La vérité, c’est que l’inflation au Venezuela est induite, ce n’est pas le résultat de politiques monétaires du gouvernement. Ceux qui prétendent le contraire vont te dire que le gouvernement fait tourner la machine à billets, que cet argent -qui n’est pas épargné- est dépensé, et que dés lors qu’il y a plus d’argent en circulation, la demande dépasse l’offre et donc que les prix augmentent.
– C’est la théorie monétariste.
– C’est ça, continue-t-elle. Sauf qu’au Venezuela, aucun vénézuélien ne consomme plus qu’avant, malgré l’augmentation des liquidités. De plus, cette augmentation de l’argent en circulation n’est pas proportionnelle à la manipulation des taux de change. Et d’autre part, cette augmentation des liquidités n’a eu aucune influence sur la demande, et donc sur les prix. Au mieux, elle a empêché une chute drastique de la demande face à une offre dont les prix augmentent sans cesse. En fait tu es face à deux politiques possibles : ou tu réduits la quantité d’argent et la population va en souffrir ou tu choisis de protéger la population en t’adaptant aux prix et en augmentant la quantité d’argent disponible. Mais j’insiste : c’est une conséquence et non pas la cause de l’augmentation des prix ».

Je repense à Paola. C’est le moment d’exaucer sa supplique pour une solution.
« La spéculation contre le bolivar est devenue le problème principal en ce moment. Parler de récupération du tissu productif ou de lutte contre la contrebande et la corruption peut paraître vain tant qu’il existe une différence aussi importante entre la valeur réelle du bolivar et celle du marché noir. Quelles seraient les solutions pour sortir de cette spirale ?
– La manipulation du taux de change est la plus puissante des armes de la guerre économique. Cela génère de l’inflation et de la pauvreté, mais a aussi des conséquences sur le tissu productif et sur le budget de l’Etat. Elle crée des distorsions dans toute notre économie. L’inflation est une arme politique, qui a déjà été utilisé au Nicaragua dans les années 80 ou dans le Chili d’Allende. Il faut donc éviter avant tout que la valeur de notre monnaie, le bolivar, puisse être manipulée par des personnes externes. C’est pourquoi une des solutions possibles est de fixer la valeur du bolivar à la valeur de l’or que nous possédons… »

Je la coupe : « Et en quoi cela empêcherait des facteurs externes de spéculer et manipuler le taux de change ? Pourquoi ne pourraient-ils pas indiquer une valeur irréelle du bolivar-or ? »
La professeure ne se démonte pas : « La confiance dans la valeur monnaie est une des principales variables sur laquelle jouent ceux qui manipulent les taux de change. Ils disent : “la valeur que fixe le gouvernement n’est pas correcte et ils inventent la valeur de change qu’ils veulent”. Nous prônons que le calcul de la valeur du bolivar ne se fasse plus en fonction du dollar mais en fonction de la richesse dont nous disposons.
– Et comment ça marcherait en pratique ?
– Si la Banque Centrale du Venezuela dispose par exemple de 160 tonnes d’or , tu prends tous les bolivars en circulation et tu les divise par la quantité d’or pour avoir une valeur de référence : tant de bolivars valent tant d’onces d’or. Ce n’est pas manipulable car cela dépend de la quantité d’or dont dispose la République et du prix de l’or sur les marchés internationaux ».

Il y a quelques mois, le Venezuela a lancé une crypto-monnaie indexée sur les richesses de la Nation : le Petro. Je demande à Pascualina en quoi cette crypto-monnaie diffère de son plan de sauvetage du bolivar.

« Le Petro, me répond-elle, est plus conçu pour déjouer le blocus imposé par les Etats-Unis et pouvoir réaliser des transactions commerciales normales. Il ne faut pas que le Petro se substitue au Bolivar ou qu’il entre en concurrence avec lui au plan national, parce qu’il y a un risque que la plus forte monnaie déplace l’autre, comme le stipule la loi de Gresham. Et le bolivar est notre monnaie, c’est inscrit dans la Constitution ».

Nous nous séparons devant la porte de l’hôtel. J’ai tout de suite conscience que la résolution du thème économique ne va pas être aussi simple que le “bon sens“ prôné par Pascualina. Si, par les erreurs politiques de l’opposition et son vide programmatique en la matière, le chavisme est aujourd’hui hégémonique, il n’est pas monolithique. Au sein même de l’administration de l’Etat ou du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv), plusieurs courants politiques se confrontent, chacun ayant une conception différente –parfois antagonique- pour résoudre la situation économique actuelle, pour répondre aux attentes des secteurs énergétiques et pétroliers, ou pour pallier les défaillances au sein de certains services publics.

Les mesures d’urgences prises par l’Etat, si elles sont nécessaires et bienvenues, ne résolvent pas l’augmentation continuelle des prix. Il y a fort à parier que, dans les semaines qui viennent, le président Maduro tranchera dans les diverses options économiques proposées au sein de l’exécutif, du Psuv ou de l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le prochain cours économique de la Révolution. *

En attendant, les citoyens tentent de résoudre leur vie quotidienne. Les cartes de crédit revolving, très répandues dans le pays, permettent d’avancer l’argent d’un achat en attendant un prochain programme d’appoint salarial décrété par le gouvernement.

Dans la tourmente d’une situation économique délicate, les réseaux de solidarité se multiplient. Tout comme les Comités locaux d’Approvisionnement et de Production pour distribuer les caisses d’aliments subventionnés. Comme nous l’avions déjà mentionné, la situation économique actuelle n’est pas perceptible dans l’espace public.

Les Vénézuéliennes, très coquettes, continuent toutes de se maquiller, et de refuser de troquer un rimmel ou un rouge à lèvres pour un plat de lentilles. Les gens continuent de vivre. De sortir. De se réunir. De partager. De rire. Et de s’organiser pour laisser le mythe de la « crise humanitaire » aux organes de propagande du système médiatique.

Prochain épisode : Entre mesures d´urgence et construction de l´Etat.

* Un mois après notre retour, le 25 juillet 2018, Nicolas Maduro annoncera plusieurs mesures pour stabiliser la situation économique : 1) une reconversion monétaire : de nouveaux billets circuleront avec 5 zéros en moins 2) la valeur de la monnaie nationale sera fixée à la valeur du Petro, lui même indexé sur les réserves pétrolières vénézuéliennes 3) un champ pétrolier du bassin de l’Orénoque, dont les réserves sont certifiées à 29.298 millions de barils deviendra propriété de la Banque Centrale afin de supporter les devises internationales de l’entité financière 4) réforme de la loi sur les délits de change –Ley de ilicitos cambiarios-, prélude nécessaire à une profonde réforme des politiques de change de la monnaie vénézuélienne 5) exonération d’impôt pour les importations de matières premières, pièces de rechange pour l’industrie, matériel pour la production agricole 6) recensement de tout le parc automobile national afin d’améliorer le système de transport public et privé.

Romain MIGUS
(Pour legrandsoir.info).

Notes :
(1) Pour connaitre Sandra et Enrique, voir Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº2 : 2016-2017, le calme après la tempête”, Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/2016-et-2017-le-calme-apres-la-tempete-ch…

(2) Voir la prochaine chronique, Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº4 : Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat”, à paraître sur Le Grand Soir.

URL de cet article 33627
https://www.legrandsoir.info/venezuela-speculation-et-hausse-des-prix-chroniques-d-en-bas-no-3.html

La voix dissonante du Forum de São Paulo, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

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La 24e édition du Forum de São Paulo (FSP), rencontre qui rassemble les partis et mouvements progressistes de l’Amérique latine et de la Caraïbe, s’est tenue à La Havane du 15 au 17 juillet. Fondé en 1990 par le président cubain Fidel Castro et celui qui n’était encore que le dirigeant au Brésil du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio Lula da Silva, ce rassemblement accueillit d’emblée tant des partis de gauche modérés que des formations forgées dans la lutte armée, des partis communistes (dont le PCC cubain) et leurs différentes scissions. « Affronter le néolibéralisme en Amérique latine, nous expliquera bien plus tard Valter Pomar, membre de la direction nationale du PT, exigeait une attitude ouverte et plurielle, prenant en compte tant la crise traversée par le communisme que celle frappant la social-démocratie. »

Présent à La Havane et évoquant, lors de la journée de clôture de cette édition 2018, son prédécesseur à la présidence du Venezuela, Nicolás Maduro a rappelé avec émotion : « [Hugo] Chávez disait que quand toutes les lumières se sont éteintes dans le monde ; quand l’Union soviétique s’est effondrée et que son pouvoir s’est désintégré en mille morceaux ; quand l’ancien bloc des pays socialistes s’est écroulé et est tombé entre les mains du capitalisme ; quand il semblait que le monde unipolaire, le consensus de Washington et la fin de l’Histoire s’imposaient, il y a eu une lumière et un drapeau s’est levé en Amérique latine. Depuis Cuba, depuis le Brésil, depuis le Forum de São Paulo, cet espace de lumière et de lutte s’est dressé. »

A la naissance du FSP, un seul parti membre exerçait le pouvoir : le PCC de Fidel Castro. La droite, partout ailleurs, imposait son hégémonie. Depuis la fin des années 1990 et leur tournant historique, la majorité des autres partis, modérés ou radicaux, ont accédé à un moment ou à un autre, par les urnes, à la magistrature suprême – au Venezuela, en Uruguay, en Bolivie, au Chili, au Brésil, en Equateur, au Nicaragua, au Panamá, au Paraguay, au Salvador, pays auxquels s’ajoute, depuis le 1er juillet dernier, le Mexique, grâce à la victoire du Mouvement de régénération nationale (Morena) d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO).

Cette victoire, elle aussi historique, ne peut néanmoins occulter le recul et les difficultés de gauches de gouvernement, en particulier les plus radicales, que les secteurs conservateurs – en bonne logique – n’ont jamais accepté. La gauche n’est tolérée que lorsque elle se soumet aux codes du monde dans lequel elle navigue. Pas lorsqu’elle s’attaque au néolibéralisme et bouscule (ne serait-ce qu’en partie) ses diktats.

Les gouvernements progressistes (ou « populistes », pour satisfaire les grincheux), comme tous les autres, commettent des erreurs, des impairs. Des fautes politiques parfois. Qu’ils les paient dans les urnes – comme en Argentine (2015) – est évidemment dommageable, mais n’a rien de scandaleux. En revanche, quand la nouvelle restauration conservatrice utilise le coup d’Etat « militaro-parlementaire » (Manuel Zelaya, Honduras, 2009), « parlementaire » (Fernando Lugo, Paraguay, 2012), « juridico-parlementaire » (Dilma Rousseff, Brésil, 2016), condamne sans preuves un ex-chef de l’Etat pour l’exclure de la vie politique (Lula, Brésil, 2018), tente d’en faire incarcérer d’autres, dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons (l’équatorien Rafael Correa ou même l’argentine Cristina Fernández de Kirchner), déstabilise une nation souveraine (le Venezuela depuis l’arrivée au pouvoir de Maduro), elle remet à l’ordre du jour le déni de démocratie et l’oppression. Avec la bénédiction d’un ordre médiatique globalement peu porté à reconnaître une infamie flagrante quand il l’a sous les yeux. En témoigne le traitement des deux crises les plus graves de la période, celle récurrente du Venezuela, et celle, actuellement en plein paroxysme, du Nicaragua.

Pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle ou simplement journalistique, en aucun cas l’explosion de violence nicaraguayenne ne peut être qualifiée de lutte du bien contre le mal, des « gentils étudiants » contre le méchant « caudillo » [1]. Lire : Daniel Ortega. Qu’un policier (ou un civil) tuant un manifestant soit un assassin est parfois ou souvent vrai. Tout dépend du contexte et des circonstances. Mais qu’un contestataire mâtiné de délinquant blesse un policier (ou un militant sandiniste), le tue, l’arrose d’essence, puis le brûle, n’en fait pas, même béni par les évêques, un membre pacifique de la « société civile ».

Il faut une certaine dose de naïveté, l’arrogance de ceux qui savent disposer à l’étranger de puissants appuis ou une totale méconnaissance du Nicaragua pour s’imaginer que, dans un pays où ils ont renversé au prix de milliers de morts la dictature de Somoza, puis ont résisté, les armes à la main, au prix d’autres milliers de morts, pendant dix ans, à l’agression américaine, puis ont accepté de rendre démocratiquement le pouvoir après avoir perdu les élections, puis les ont regagnées tout aussi démocratiquement et ont bénéficié de programmes sociaux, les sandinistes acceptent sans réagir de voir l’opposition se livrer à une tentative brutale de renversement du président qu’ils ont élu. D’où, aux côtés des forces de l’ordre, l’apparition de groupes de militants souvent « historiques » – rebaptisés « paramilitaires » par les médias – répondant parfois par les armes, pour le meilleur – la libération de populations prises en otage – et aussi le pire – une violence meurtrière incontrôlés –, à une situation insurrectionnelle également armée (ce qui ne signifie nullement qu’il n’existe pas d’opposants pacifiques, on l’aura compris).

Seulement, il est parfois très mal vu de se référer à un « réel » aussi complexe. Et la solidarité avec les « étudiants » dressés contre l’ « infernal couple sandiniste Ortega-Murillo [2] » (comme ceux du Venezuela s’opposant en 2014 à Maduro !) prend parfois de bien curieux chemins. Le 20 juillet, en France, en appelant à l’arrêt immédiat des violences (option que nous partageons), le Groupe d’amitié interparlementaire France – Mexique et pays d’Amérique centrale a « condamné l’aggravation des attaques visant ces derniers jours des groupes de religieux et d’étudiants qui manifestent contre le gouvernement » et déploré « l’intervention de groupes paramilitaires [« sandinistes »] lourdement armés. »

Pour arriver à cette conclusion sans nuance, qui ne met en cause que le pouvoir, ce groupe d’élus s’est contenté de recueillir le témoignage de trois étudiantes d’opposition en tournée de propagande européenne, qui lui ont été amenées sur un plateau, et de s’entretenir avec des représentants de la section française d’Amnesty International. Certes très respectée, cette organisation non gouvernementale (ONG) a une fâcheuse tendance à ne condamner « que » la violence des Etats et paraît considérer relevant de « la violence légitime », nous y revenons, la déstabilisation, l’organisation insurrectionnelle du chaos, la tentative assumée de renversement d’un président démocratiquement élu, l’utilisation des séquestrations et de la torture, ou l’usage d’armes létales contre les forces de sécurité. Toutes choses dûment constatées au Nicaragua (et en 2014 et 2017 au Venezuela).

Pourquoi ne pas prendre également en compte l’appel de l’Association des travailleurs ruraux (ATC), référent nicaraguayen de l’également très respectée (mais dans les milieux populaires et anticapitalistes) Vía Campesina, pour que « cesse la violence et la manipulation médiatique des classes dominantes avec l’appui des forces de l’Empire [lire : les Etats-Unis] [3 » ?

Cette suggestion passablement naïve ne tient évidemment pas compte de la composition politique de ce groupe parlementaire de supposés amis français du Nicaragua : huit de ses membres appartiennent au parti Les Républicains (LR) ; neuf à l’Union centriste (UC) ; quatre au Groupe socialiste et républicain (SOCR, socialiste et apparentés) ; un à La République en Marche (LREM) ; un au Rassemblement démocratique et social européen (RDSE, très majoritairement « macroniste »). Disons : du centre mou (pour être aimable) à la droite dure (pour être précis).

On retrouve là une configuration similaire à celle du Groupe parlementaire d’amitié France-Venezuela, dont la présidente Michèle Crouzet (LREM) a organisé le 5 juillet, au siège de l’Assemblée nationale, à l’occasion de la commémoration du jour de l’Indépendance vénézuélienne, un « débat » pour lequel elle n’a invité que des intervenants viscéralement « antichavistes » – dont (à titre d’anecdote significative) Paula Doumerg-Osorio, franco-vénézuélienne militante à Paris du très droitier parti Voluntad Popular et, en même temps, collaboratrice à l’Assemblée de Guillaume Gouffier-Cha, député LREM du Val-de-Marne.

A ces adversaires somme toute évidents, se joignent curieusement d’autres chevaliers de l’« axe du bien ». Le 18 juillet, un groupe latino-américain « d’intellectuels, de militants sociaux et d’universitaires », comme eux-mêmes se définissent, a émis une « déclaration urgente sur le Nicaragua » : « Nous voulons exprimer notre profond rejet face à la très grave situation de violence politique d’Etat et de violation des droits humains que traverse le Nicaragua, avec pour responsable l’actuel régime Ortega-Murillo ». Suit une dénonciation féroce du « dictateur, aveugle de pouvoir et aux mains tachées de jeune sang » et du « gouvernement illégitime et criminel qui, aujourd’hui, usurpe la mémoire sandiniste [4] ». Parmi les signataires, le ban et l’arrière-ban de l’ « anti-corréisme » équatorien dit « de gauche » emmené par Alberto Acosta, les détracteurs d’Evo Morales sous la conduite de Pablo Solón [/a] et, emmenés par l’inévitable Edgardo Lander, les contempteurs dits « progressistes » de Maduro.

Un texte du même type et émanant de la même mouvance avait circulé le 30 mai 2017 pendant la phase insurrectionnelle sanglante (125 morts) de la déstabilisation du Venezuela, sous le titre « Appel international urgent pour stopper la montée de la violence au Venezuela [5] ». Une formulation louable. Mais une escroquerie, par sa seule dénonciation d’un « gouvernement de plus en plus délégitimé, prenant un fort caractère autoritaire (…) principal responsable de la situation ». Par son parti pris évident, cet appel avait donné lieu à une réponse diffusée par le Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’humanité : « Qui accusera les accusateurs ? [6] »

Un malaise existe et il n’est pas forcément inutile d’en faire état. Avec ses faiblesses, mais aussi ses incontestables réussites, la gauche latino-américaine doit désormais se battre sur deux fronts. Contre la droite conservatrice, ce qui ne surprendra personne. Mais aussi contre certains secteurs de ce qu’on appelait autrefois l’extrême gauche, lesquels, « post-trotskistes », « anarcho-irresponsables », « académiques haut de gamme », « khmers verts » de l’écologie (sans parler du sous-courant des « marxistes narcissistes » qui, depuis Paris, Caracas, Buenos Aires ou Quito, inondent les réseaux sociaux), à l’instar de la gauche institutionnelle, ont perdu leurs repères et leurs fondamentaux. Localement ultra minoritaires, dépourvus de poids politique, mais exerçant une réelle influence grâce aux réseaux de leurs alliés, amis et groupuscules internationaux (en particulier européens), ils confortent l’offensive de la droite et de l’extrême droite en les rejoignant, non dans une critique nécessaire et légitime, mais dans des dénonciation outrancières et des analyses extravagantes. Celles d’un supposé « autoritarisme de Correa » pendant ses dix années de pouvoir, de la « régression nationale-stalinienne » de Maduro, du « retour de la dictature » au Nicaragua (sans par ailleurs avoir seulement l’idée de s’indigner dans une de leurs brillantes tribunes contre l’extermination silencieuse des dirigeants populaires et sociaux en Colombie – plus de 300 depuis 2016).

A l’abri du regard théorique, indifférents aux difficultés et aux contradictions de la pratique du pouvoir, que démultiplient par ailleurs les diverses techniques de déstabilisation employées par la réaction, ces faiseurs d’opinion estampillés « think tank », ONGs (et bailleurs de fonds), carrières universitaires, chapelles, clans et coteries, se comportent en alliés objectifs des présidents faucons Donald Trump (Etats-Unis), Juan Manuel Santos ou son successeur Ivan Duque (Colombie), Mauricio Macri (Argentine), de l’Organisation des Etats américains (OEA), des médias dominants (qui se pourlèchent les babines à chacun de leurs communiqués), quand bien même les plus « purement révolutionnaires » d’entre eux terminent religieusement chacun de leur article ou intervention par un vibrant et surtout très confortable « nous dénonçons autant la dérive autoritaire de Nicolás Maduro que la droite putschiste vénézuélienne et les menaces d’intervention militaire des Etats-Unis, parce que nous défendons l’intérêt des classes populaires face à tous leurs ennemis. » Magnifique ! Mais, en présentant (dans le moins pire des cas) une pièce désenchantée qui renvoie tout le monde dos à dos, ils génèrent la confusion. Alors qu’une agression féroce s’abat sur les forces post-néolibérales, ils cassent les solidarités au sein des secteurs progressistes européen, et en particulier chez les plus jeunes qui, peu connaisseurs de cette région du monde et de son histoire, tiraillés entre des versions contradictoires, ne savent plus que penser.

Sur la gauche du champ politique, deux thèses s’affrontent donc à fleurets de moins en moins mouchetés. Dans son appel « Nicaragua » et sa dénonciation de la répression, la noble Inquisition haut de gamme s’indigne : « Et cette indignation devient encore plus intense quand ce panorama de violence politique d’Etat s’accompagne du silence complice de leaders politiques et de référents intellectuels (auto)proclamés de gauche. » Dans la tranchée d’en face, beaucoup plus modeste, car émanant de paysans nicaraguayens, l’Association des travailleurs ruraux (ATC) avertit : « Nous informons [la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC) et la Vía Campesina] que certains réseaux sociaux, ONG internationales et analystes qui s’auto-définissent comme de gauche se font l’écho de l’appel des forces réactionnaires au Nicaragua et, à travers une communication permanente, tergiversent la réalité du pays en prétendant représenter la majorité du peuple et la vérité absolue ; en tant que partie prenante de la manipulation médiatique, ils vont jusqu’à favoriser des déclarations qui ne tiennent aucun compte des faits et de la souffrance du peuple de Sandino (…).  »

Qui croire ? On ne prétendra pas ici détenir « la vérité ». En revanche, pour éclairer la lanterne de ceux qui s’interrogent de bonne foi, on se penchera, en s’attachant aux faits, sur le récent Forum de São Paulo (que l’appareil médiatique, est-ce un hasard, a totalement occulté).

Dans une lettre envoyée à ce « Foro » depuis la prison de Curitiba où le pouvoir judiciaire brésilien le séquestre [7], Lula a évoqué les lointaines années 1990 : « Ce que nous ne prévoyions pas, c’était que le Forum de São Paulo prendrait l’importance qu’il a prise et qu’il continuera à avoir car il a été le plus important, le plus large et le plus durable des forums de débat de la gauche latino-américaine et caribéenne tout au long de ces vingt-huit années. »

Qu’on en juge… Du 15 au 17 juillet dernier, ont honoré le FSP de leur présence l’amphitryon et chef d’Etat Miguel Díaz Canel (Cuba), les présidents Nicolás Maduro (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Salvador Sánchez Cerén (El Salvador) ; le premier ministre de Saint-Vincent-et les-Grenadines, Ralphs Goncalves ; les ex-chefs d’Etats Dilma Rousseff (Brésil), Manuel Zelaya (Honduras), Martín Torrijos (Panamá), Kenny Anthony (Sainte-Lucie) ; l’ex-premier ministre Denzil Douglas (Saint-Christophe-et-Nieves) ; des figures de premier plan comme l’ex-sénatrice colombienne Piedad Córdoba ; Adán Chávez, frère de feu Hugo ; Oscar López Rivera, dirigeant indépendantiste portoricain emprisonné pendant plus de trente-cinq ans dans les geôles étatsuniennes, récemment libéré le 17 mai 2017, à 74 ans. Et, surtout, cœur battant du grand « remue-méninges », 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques, mouvements sociaux et intellectuels, des observateurs d’une vingtaine de pays non latinos ainsi que 60 parlementaires venus du monde entier.

Parlons cuisine ! Tout auteur ou journaliste (digne de ce nom), confronté à des listes interminables, soit les ignore, soit les résume – « les personnalités », « les mouvements sociaux » –, soit les colle dans une note de bas de page (que bien peu liront) pour ne pas infliger au lecteur un décryptage rébarbatif et fastidieux. Nous ne le ferons pas ici. « S’informer fatigue », écrivit en octobre 1993, dans Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet. Nous confirmons et demandons encore un effort à ceux qui ont eu la patience de nous suivre jusqu’ici. Puisqu’il s’agit d’une certaine manière de mesurer la « représentativité » de tel ou tel courant, il n’est pas inconvenant d’en connaître les acteurs.

Etaient donc présents à ce FSP les partis de gauche de l’Argentine, d’Aruba, des Barbades, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, de Cuba, de Curaçao, d’Equateur, du Salvador, du Guatemala, de Haití, du Honduras, de la Martinique, du Mexique, du Nicaragua, de Panamá, du Paraguay, du Pérou, de Porto Rico, de la République dominicaine, de Trinidad et Tobago, d’Uruguay et du Venezuela.

Au nom du mouvement populaire, se sont également exprimés : l’ALBA Mouvements, l’Assemblée internationale des peuples, le Groupe de travail pour la démocratie et contre le néolibéralisme, le Réseau en défense de l’humanité, l’Assemblée des peuples de la Caraïbe, la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC), Vía Campesina, la Marche mondiale des femmes, la Rencontre syndicale de notre Amérique, le Front continental des organisations communales, les Amis de la terre, Latindad, le Mouvement des affectés par les barrages, etc. Toutes organisations difficilement assimilables à des « intellectuels de cour », pour reprendre une expression qui fait flores dans certains milieux.

S’il fallait résumer : un « collectif politique » aussi représentatif que le permet la nature humaine des gouvernants et des gouvernés.

Le lieu de ce rassemblement avait valeur de fort symbole. La Cuba « post Castro », toujours debout et en train de préparer, sous l’autorité du président Díaz Canel, une nouvelle Constitution adaptée aux temps nouveaux [8]. Sans renier en rien les anciens. Toujours premier secrétaire du PCC, Raúl fut particulièrement ovationné lors de l’ouverture et encore davantage lors de l’hommage général, rendu en clôture, à son frère Fidel. Non que l’ensemble des participants ait comme référence ou projet une décalque du système politique cubain, mais en témoignage d’admiration pour la résistance de la « génération historique » et d’un peuple qui n’ont jamais plié malgré les vicissitudes, plus de soixante années d’attaques permanentes et d’embargo étatsunien. Un exemple pour ceux qui aujourd’hui se battent contre les mêmes ennemis et le même type d’agression.

Comme il se doit dans ce type d’événement, qui fonctionnent aussi à l’« affectif », les « leaders » ont été attentivement écoutés. Pour ne pas dire avec ferveur. Victime d’un coup d’Etat en 2009, six mois après avoir rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [9], le Hondurien Manuel Zelaya, sous les acclamations, a persisté et signé : « Si je devais aujourd’hui à nouveau demander mon entrée dans l’ALBA, une organisation à vocation anti-impérialiste et anticapitaliste, démocratique et solidaire, je le ferais avec encore plus d’orgueil, plus de dignité, de conviction et de responsabilité. »

Lors de leurs diverses interventions, en dénonçant l’obscène condamnation et incarcération de Lula, l’ex-présidente Dilma Rousseff, elle aussi défenestrée illégalement, et la présidente du Parti des travailleurs Gleisi Hoffmann ont et commenté la peur de la droite brésilienne de le voir remporter l’élection présidentielle d’octobre prochain si elle le laisse se représenter.

Lula lui-même, dans sa lettre, a synthétisé ce qui se révèlera pendant quatre jours être la philosophie générale du FSP : « Je l’ai toujours dit : s’ils veulent nous affronter, qu’ils le fassent politiquement, qu’ils soient candidats et qu’ils nous battent démocratiquement. Nous n’en avons pas peur et nous saurons les affronter et discuter avec le peuple de l’avenir qu’il veut (…) Ils veulent m’empêcher de participer aux élections de cette année mais jamais ils ne me feront taire ni ne m’empêcheront de lutter pour les droits du peuple brésilien, latino-américain et caribéen. » Avant de terminer « à la latina » par « une grande accolade de Lula ».

Du géant brésilien au confetti de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, au-delà des apparences, il n’y a eu qu’un pas. Lorsque vint son tour de s’exprimer, le premier ministre Ralph Gonsalves appela à appuyer le peuple brésilien, mais aussi à défendre Caracas et Managua : « Un jour c’est le Venezuela, un autre le Brésil, maintenant le Nicaragua, ce qui nous rappelle en permanence le coup d’Etat contre Zelaya (…).  »

On grincera sans doute, ici où là, que le discours du « despote » Maduro, dénonçant lors de la session de clôture « tous les types de guerre non conventionnelle » qu’affronte son pays, était cousu de fil blanc : « Tant qu’existera l’impérialisme, il y aura lutte. Tant qu’il y aura l’impérialisme des Etats-Unis, bien qu’il soit en pleine décadence, il y aura des intrigues contre les gouvernements progressistes ». Ou que celui de son ami Evo Morales était convenu  : « L’ennemi de ce temps est le président des Etats-Unis Donald Trump. C’est l’ennemi de l’Humanité et de la planète terre. » Mais constatons au passage que, dans la fameuse lettre de Lula, celui-ci écrit : « Nous condamnons les sanctions appliquées au Venezuela et les menaces d’intervention armée du président des Etats-Unis que, malheureusement, la droite, sur notre continent, ne condamne pas. Au contraire, dans la pratique, elle cherche à exclure le Venezuela des forums auxquels il a le droit de participer comme l’OEA ou le Mercosur [marché commun du sud].  » Quant à « Dilma », réputée encore plus modérée que son mentor, elle n’a pu s’empêcher de manifester son admiration : « Le Venezuela a démontré une immense capacité de résistance face à une force absolument disproportionnée mise en place par les Etats-Unis, et maintenant, avec le gouvernement de Trump, les menaces d’une intervention militaire. » Moyennant quoi la colombienne Piedad Córdoba, une autre femme qui, loin du monde des « idéologues », sait ce que lutter veut dire, a appelé à la résistance : « Tout est le produit d’un blocus inhumain [10] qui, non seulement affecte les présidents, mais le peuple vénézuélien ».

De cette revue de détail de la situation continentale, un authentique naufrage, lui, a émergé : la Colombie « post-conflit » se noie dans le sang. Parlant de sa propre nation, Córdoba a fait un constat hélas connu de tous : « Rien [de ce qui avait été signé avec la guérilla des FARC] n’a encore été respecté par l’Etat et, évidemment, cela menace gravement l’Accord de paix. La situation est extrêmement difficile du fait de l’assassinat de dirigeants et dirigeantes du mouvement social, 324 en tout, un fait extrêmement douloureux. » Tournant les Accords, les enfreignant, y contrevenant, la justice colombiennea été jusqu’à interdire de quitter le pays aux ex-commandants de l’opposition armée, Rodrigo Londoño et Rodrigo Granda, invités au FSP pour y parler de leurs perspectives de réintégration politique dans le cadre du nouveau parti Forces alternatives révolutionnaires du commun (également FARC), créé après le désarmement.

Dans le même registre « mesquineries, provocations et trahison », il a évidemment beaucoup été question à La Havane du président équatorien Lenin Moreno. Elu sous la bannière d’Alianza País (AP), parti de son prédécesseur Rafael Correa, dont il a été pendant six années vice-président, il a entrepris de détruire l’héritage de ce dernier et, dans le cadre d’une « chasse aux sorcières » digne de Torquemada, qui affecte tous les proches et partisans de l’ancien chef de l’Etat, va jusqu’à tenter de le faire condamner et emprisonner [11]. Tandis que Correa, dans un vidéo-message enregistré en Belgique détaillait la croisade menée contre lui, son ancien ministre de l’Economie, puis des Affaires étrangères, puis de la Défense, Ricardo Patiño, présent à La Havane, a appelé le FSP à se solidariser avec les dirigeants persécutés par la justice – Lula, Cristina Fernández de Kirchner, Correa et un autre de ses vice-présidents, Jorge Glas, déjà condamné et incarcéré au terme d’un procès sujet à caution.

Cassé en deux par Moreno et les opportunistes qui l’ont suivi, Alianza País était également représenté par son ex-secrétaire générale, présidente de l’Assemblée nationale de 2013 à 2017, la députée Gabriela Rivadeneira. Au-delà du cas Correa, celle-ci a mis en évidence le dramatique retour en arrière promu par Moreno : « Nous avons maintenant comme ministre de l’Economie le représentant des Chambres de commerce, nous avons reçu le vice-président des Etats-Unis et signé des accords de coopération militaire, nous revenons à nouveau aux traités bilatéraux d’investissement (…) En outre, depuis la rupture, nous avons perdu l’organisation politique qu’a fondé Rafael Correa, Alianza País. Depuis décembre [2017], nous avons commencé à travailler à la création d’une nouvelle organisation, mais nous nous heurtons à un blocage absolu : on ne nous permet pas de la légaliser, bien qu’elle soit la principale force du pays. »

Aux antipodes des thèses de la « gauche régressive », les manifestations de soutien à Correa se sont multipliées. Toujours sans existence légale dans son propre pays, le nouveau parti, Révolution citoyenne, a été accepté comme membre du FSP. Lequel, inquiet des rumeurs qui circulent avec de plus en plus d’insistance, a publié le 17 juillet un communiqué exhortant Quito à garantir les droits de Julian Assange, réfugié depuis six années dans l’ambassade équatorienne à Londres. Dans sa dérive, le président Moreno a clairement laissé entendre que ce locataire encombrant lui pose problème et qu’il aimerait s’en débarrasser. Au risque que l’homme qui a révélé leurs vilains petits secrets à travers Wikileaks soit ensuite extradé aux Etats-Unis.

Sans contact aucun avec les classes populaires, ce rassemblement de dirigeants et de partis prêterait légitimement le flanc à la critique. Raison pour laquelle a été portée une attention toute particulière à l’articulation des différents niveaux d’action politique. « Pour des raisons logiques et leurs formes différentes, tant les partis que les mouvements sociaux ont des façons distinctes de s’organiser et de fonctionner, constata d’emblée, sans fioritures, Mónica Valente, la secrétaire exécutive du FSP. Toutefois, nous qui sommes représentés ici partageons les mêmes objectifs et horizons, raison pour laquelle nous souhaitons stimuler un lien profond, dans nos pays, entre les partis et les mouvements sociaux, syndicaux et populaires. Nous connaissons la complexité de ces relations, mais également le potentiel dont nous disposons. »

On connaît les réussites de la vague post-néolibérale : selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), près de 94 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie. On en connaît aussi les difficultés, les insuffisances, les échecs, les contradictions. « Les partis ne parviennent pas toujours à lire toutes les sensibilités des groupes et communautés locales, a estimé le syndicaliste costaricain Jorge Coronado. Il faut promouvoir le dialogue, non que les mouvements sociaux aient la lecture intégrale correcte, mais afin d’analyser comment nous devons faire pour agir de façon complémentaire. Et nous devons avoir une discussion fondamentale, celle de la démocratie, vu que l’institutionnalité bourgeoise a avalé un courant important de la gauche, qui a adopté sa logique [12]. »

A rebrousse-poil des sentiers battus, ce FSP n’a, on le voit, en rien ressemblé à une assemblée de « béni-oui-oui ». Bureaucratisation des processus, verticalité excessive, erreurs économiques, fiscalité insuffisamment réformée, perte de l’éthique, corruption, extractivisme, modèle économique… Aucun thème n’a été éludé par cette gauche qui connaît elle aussi l’impérieuse nécessité de la critique. Mais ne se retourne pas contre les siens pour autant. Et qui a annoncé, entre bien d’autres proclamations, l’entame de conversations entre dix plateformes régionales de syndicats, mouvements de femmes, jeunes, militants LGTB, avec les partis, pour une meilleure coordination. Nul ne parie qu’il y aura forcément des miracles, mais, comme disait on ne sait trop qui [13], « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

De quatre jours d’embrassades, de poignées de mains et de claques dans le dos – l’Amérique latine n’est jamais triste, même lorsqu’elle affronte des difficultés – , mais surtout de discours, de conférences, de rencontres, d’échanges et de débats, est sorti un mot d’ordre : « Unité ! » Au-delà de leurs sensibilités différentes, inspirés par « l’offensive multiforme, réactionnaire et conservatrice de la restauration néolibérale », tous ces délégués de la gauche latino-américaine se sont retrouvés sur l’essentiel, exprimé à travers les Conclusions finales (et une quarantaine de « résolutions »). En voici, résumés, quelques éléments :

« Nous dénonçons l’ingérence de l’OEA, qui continue à être considérée par le gouvernement des Etats-Unis comme son ministère des Colonies. Les agissements de son secrétaire général [Luis Amlagro], marqués par une méprisable soumission aux intérêts de la Maison-Blanche, le prouvent tous les jours. L’OEA et le Groupe de Lima [14] constituent les chevaux de Troie contre l’unité latino-américaine et caraïbe. »

« Nous condamnons la guerre non conventionnelle et de large spectre imposée par l’impérialisme “yanki” et ses alliés européens, latino-américains et caraïbes contre la Révolution bolivarienne. (…) Comme il y a un an à Managua, le FSP reste en état d’alerte et en session permanente de solidarité internationaliste contre l’intervention au Venezuela. »

« Nous réaffirmons notre absolue volonté de parier pour la paix, en concordance avec la Celac [Communauté des Etats latino-américains et Caraïbes] qui, en janvier 2014 a déclaré l’Amérique latine zone de paix. Pour cette raison, nous appuyons la demande des forces politiques et sociales de Colombie pour que le gouvernement de ce pays mette en œuvre les Accords de La Havane, maintienne ouvert le dialogue avec l’ELN [Armée de libération nationale] et fasse des pas authentiques pour en finir avec l’assassinat d’ex-combattants, de dirigeants sociaux, politiques, écologistes et défenseurs des droits humains. »

« Nous rejetons de manière énergique la politique interventionniste des Etats-Unis dans les affaires internes du Nicaragua sandiniste, pays dans lequel est mise en œuvre la méthode appliquée par l’impérialisme nord-américain aux pays qui ne répondent pas à ses intérêts hégémoniques, causant la violence, la destruction et la mort à travers la manipulation et l’action déstabilisatrice des groupes terroristes de la droite “golpista”.  »

« Nous exigeons que soit rendu au peuple de Cuba le territoire occupé illégalement par la base navale étatsunienne à Guantánamo. »

« Nous exigeons l’élimination de toutes les bases militaires étatsuniennes existant dans la région (77 au total qui, avec la IVe Flotte, couvrent tout l’espace régional), et de toutes les bases militaires de n’importe quel pays, où qu’il se trouve [15]. »

« Nous exprimons notre solidarité au “compañero” Rafael Correa Delgado, dirigeant populaire et progressiste de notre région. En raison de la rupture de l’Etat de droit et de la procédure régulière, le “compañero” Rafael est lui aussi victime d’une persécution politique et de l’utilisation de la justice comme instrument de vengeance et d’intimidation. »

« Nous exigeons la libération immédiate de Lula après une condamnation et une incarcération sans preuves, et soutenons son droit à être candidat présidentiel lors des élections d’octobre au Brésil, respectant ainsi la volonté de la majorité du peuple brésilien. Lula est vivant ! Lula Innocent ! Lula président ! »

Cuba, Brésil, Equateur, Venezuela, Nicaragua… Tous les « sujets qui fâchent ». Il ne s’agit pas là des déclarations d’un groupuscule, d’une secte, d’un clan, d’une chapelle, d’une tendance, d’une sous-tendance, d’une faction. Rappelons-le : elles émanent de 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux… La gauche latina.

 

Notes

[1] Lire : http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat et http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du

[2] Daniel Ortega, dirigeant du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), réélu à la présidence le 6 novembre 2016, avec 72,5% des suffrages (abstention : 31,8 %) ; Rosario Murillo (son épouse), vice-présidente.

[3] http://www.cloc-viacampesina.net/noticias/nicaragua-comunicado-de-la-asociacion-de-trabajadores-del-campo-0

[4] http://www.rebelion.org/noticia.php?id=244304&titular=%22como-intelectuales-queremos-manifestar-nuestro-profundo-rechazo-frente-a-la-violencia-pol%EDtica-estatal

[/a] Ambassadeur de la Bolivie aux Nations unies depuis 2009, Pablo Solón a démissionné en 2011 pour marquer son désaccord avec la répression de manifestations radicales de groupes indigènes du parc Tipnis, mobilisés contre la construction d’une route traversant leur territoire.

[5] http://llamadointernacionalvenezuela.blogspot.com/2017/05/appelinternational-urgent-pour-stopper.html

[6] https://www.aporrea.org/ideologia/a247063.html

[7] Pour comprendre la crise brésilienne : http://www.medelu.org/Crise-democratique-et-condamnation

[8] Cuba avait déjà accueilli le FSP en 1993 et 2001.

[9] Née à l’initiative de Hugo Chávez et Fidel Castro, cette initiative d’intégration régionale innovante regroupe aujourd’hui neuf pays : la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela, le Nicaragua, Cuba, Antigua-et-Barbuda, La Dominique, Sainte-Lucie, -Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Les « golpistas » honduriens s’en sont retirés une fois leur coup d’Etat réussi.

[10] Référence aux sanctions américaines et à la « guerre économique » dont est victime le Venezuela.

[11] Vivant actuellement en Belgique, d’où est originaire son épouse, Correa est sous le coup d’un ordre de « prison préventive » qui a été notifié à Interpol – pour l’heure sans résultat. Mais il ne peut plus rentrer en Equateur pour y exercer une quelconque activité politique.

[12] https://www.alainet.org/es/articulo/194151

[13] La phrase est attribuée à Lénine, Winston Churchill, Jaurès et même Lao Tseu.

[14] Alliance de quatorze pays néolibéraux latino-américains, dont le Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Pérou et le Canada, agissant en supplétifs des Etats-Unis contre le Venezuela. La récente victoire d’Andrés Manuel López Obrador au Mexique devrait priver la coalition d’un poids lourd de la région.

[15] Référence à l’occupation des îles Malouines argentines par les Britanniques.

 

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