« Le noir manqué » : diplômée à  85 ans et future archéologue

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Le noir manqué” nous attend à l’ombre d’un arbre de l’arrière-cour, dans sa maison du village de Caujarao, État de Falcón. La première chose qu’elle me dit c’est qu’en m’asseyant en position de papillon j’accoucherai sans douleur. Puis l’envie de se répandre en histoires illumine son visage. C’est là, au milieu des vibrations des couleuvres, des iguanes et des grands perroquets qui nous entourent, qu’elle commence. « J’étais très coureuse de garçons. Tout le temps dans la rivière à jouer avec eux. C’est pour ça qu’on m’appelle « le noir manqué ». Un de ces gars est tombé amoureux de moi, c’est le vieux avec qui je vis. J’avais quinze ans. A dix-sept ans je suis tombée enceinte pour la première fois, et à partir de là j’ai fait un enfant tous les deux ans. Quand nous sommes arrivés au onzième, j’ai décidé de me marier parce que je m’étais dit « tant que je ne le connais pas suffisamment je ne me marie pas avec lui », et c’est après notre petit onzième que je l’ai connu », lance-t-elle avec un rire épais et savoureux.

Amelia et son époux, qu’elle a “connu” après avoir eu 11 enfants de lui.

Amelia et son époux, qu’elle a “connu” après avoir eu 11 enfants de lui.

Un des fils d’Amelia, avec son père.

Un des fils d’Amelia, avec son père.

Amelia Agüero a quatre-vingt-cinq ans. L’écouter c’est monter sur un trapèze pour sauter d’histoire en histoire, elle vous parle d’Histoire, de psychologie, de théologie et même des murmures du vent de Coro. Ce n’est qu’à onze ans qu’elle s’est mise à étudier “formellement”.

Fillette, elle réussit à achever la sixième primaire. Mais il lui fallut travailler aussitôt. Chez sa mère elle achetait du fil pour coudre les pièces des sandales de cuir, avec quoi elle achetait du tissu pour faire des vêtements. Elle a fait des confiseries, des conserves, des gâteaux de maïs de toutes sortes – du pan de horno aux pipiritos, des meringues. Et quand elle a eu ses enfants les travaux sont devenus plus épineux : casser des pierres dans la rivière, couper du bois, laver à la main, porter l’eau sur la tête, moudre à force de poignet, tout ce qui lui fut possible pour que les enfants aient les mêmes chances. Il en fut ainsi pendant plusieurs années : « élever les enfants, couvrir les labeurs domestiques, travailler. Jusqu’au jour où, il y a dix ans, je me suis dit “maintenant mon heure est venue, et j’ai dit à mon vieux, je vais à l’école, je vais apprendre. »

Ma motivation

« Tu sais d’où vient le nom Caujarao? C’était le nom du père du cacique  indigène Manaure, grand-père de Jadacaquiva. Comment je le sais ? Mes parents me l’ont raconté, ils le savaient par mes aïeux. C’est pour toutes ces histoires que j’ai eu envie d’étudier mais à ce moment-là c’était impossible. Qu’est-ce qui m’a motivée à le faire après tant d’années ? Chávez. C’est lui qui m’a donné l’inspiration quand j’ai vu que naissait un Venezuela nouveau. Il nous dévoilait la vraie histoire du pays dans ses discours. De mes quelques et lointaine années d’école primaire, je me souviens qu’on nous disait que Christophe Colomb était venu nous découvrir. Quoi ? Nous nous étions déjà découverts, par nous-mêmes, mais cela on ne nous le disait pas. C’est adulte, en écoutant Chávez, que je me suis rendu compte de tout ça. C’est à présent que j’ai découvert l’Histoire, la vraie. »

Elle avait plus de soixante-dix ans quand elle a commencé à étudier dans la Mission  Robinson, le programme social d’alphabétisation mis en place sous le gouvernement du président Chávez. Bien qu’elle eût déjà réussi sa sixième primaire elle décida de commencer à zéro. D’abord par le niveau 1, appelé “Moi oui je peux”, ensuite la “Bataille pour la sixième”, et finalement, les “Cercles de lecture”. « Je ne pouvais pas m’arrêter. Je me suis inscrite immédiatement dans la Mission Ribas, j’ai passé mon bac. Puis j’ai continué avec la Mission Sucre, pour obtenir mon diplôme de Technicien Supérieur Universitaire en audiovisuel. Et ce titre, le premier de ma vie, je l’ai obtenu seule, j’ai fait ma thèse toute seule parce que mes compagnons d’étude pensaient que comme j’étais vieille je serais un poids pour eux, mais non, pas du tout. Une de mes petites filles m’aidait à faire les diapositives et m’interrogeait : « Vous savez faire tout ça ?’ Moi je lui répondais “bien sûr que je sais le faire parce que tout cela je l’ai étudié. »

Pour sa licence elle a entrepris une thèse collective. « Je suis entrée dans un groupe de jeunes. Ma fille m‘a conseillée. Au début nous étions trente, à la fin nous étions trois. »

Elle est tellement appliquée que cela fait quarante-huit ans qu’elle donne des cours de catéchisme dans l’école de son village. Au point d’être la seule personne autorisée à dire la messe : le peu de temps qui lui restait, elle le consacrait à l’église et dans les années quatre-vingt, en voyant sa détermination, le curé l’a poussée vers des études religieuses. « Je n’avais même pas mon bac mais comme ce qui m’intéressait était de bien faire les choses, je fus constante et on m’a même donné une bourse. »

Elle respire. Elle regarde la cour comme si elle reconnaissait une autre époque: « Nous avons toujours eu la conscience claire. Je vais te raconter. Je nourrissais les guérilleros. Un chemin passait par cette maison, qu’ils empruntaient pour aller dans la montagne. A cette époque il y avait un garçon dot nous avons fait un neveu adoptif, on l’appelait Gallinazo, il passait par ici et me demandait de l’eau, et on lui gardait les galettes de maïs. Je lui préparais des caisses de nourriture, des boîtes de conserve, tout ce que je pouvais, pour les aider. Même le chien qu’on avait chez nous, ils l’ont pris. Je les ai récriminés et ils m’ont dit que ce chien les a sauvés : « il se battait avec nous ». C’est pour cela que je me sens une guérilléra de plus, parce que je les ai aidés et que j’ai gardé le secret. Je ne sais pas, je dois avoir ça dans le sang parce que mon arrière-grand-père, le père de ma grand-mère, Sandalio Navas, était lui aussi guérillero, il s’est battu à l’époque de Maisanta ». Ce qui semblait une digression se mue en conférence sur l’Histoire du Venezuela.

Pourquoi une licence à quatre-vingt-cinq ans ?

« Je n’ai pas acquis ces diplômes pour travailler ou pour entrer dans la concurrence du marché du travail. Je les ai voulus parce que j‘ai voulu sortir de l’ignorance. Je suis sûre qu’avec ces connaissances je peux aider à celui qui en a besoin. » Et il en est ainsi. Elle a filmé sa montagne pendant plus de cent heures jusqu’au tournant qui borne le village, des plans d’ensemble qui racontent l’histoire de sa communauté et qui dénoncent, il faut le dire, la destruction des collines aux mains de ceux qui improvisent des maisons sans le moindre contrôle. « Alors, pourquoi étudier ? Pour ne pas oublier l’origine, parce qu’un peuple sans Histoire n’est rien. Et pour avoir plus d’outils au moment de nous organiser, pour dénoncer ce genre de choses car l’étude confinée à une salle de cours ne garantit rien, nous devons aussi assumer note rôle comme membres de la commune, et qu’est-ce qu’être communard ? Tout simplement s’unir, se rassembler pour défendre et lutter et protéger sa communauté. Si nous croyons et avons confiance dans cette forme d’unité, tout s’arrange. »

Elle n’avait pas de lieu pour faire les travaux pour l’université. Un jour le président Chávez est allé à Coro, Amelia s’est préparée et a quitté sa maison un papier à la main qu’au milieu d’un fleuve de gens elle lui a tendu. “Il m’a vue et il a dit “dites-lui de venir”. Il a emporté le feuillet. En un mois le vœu a été exaucé. Amelia et son époux sont entrés dans la Mission En Amor Mayor, le programme social destiné aux personnes du troisième âge qui n’ont pas de pension. « Avec cet argent je me suis acheté un ordinateur pour faire mes travaux. Personne ne m‘a appris à l’utiliser, j’ai appris toute seule. »

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Montrant avec fierté quelques photos de son processus.

Montrant avec fierté quelques photos de son processus.

Ce ne fut pas son seul contact avec Chavez. Quand il a été emprisonné à Yare, après sa rébellion civico-militaire de 1992, un fils d’Amelia et d’autres compagnons de classe lui ont envoyé une lettre demandant qu’il soit le parrain de leur promotion. « Nous n‘espérions rien, ce n‘était que notre manière de lui dire notre admiration et l’envie qu’il nous accompagne, mais Chávez a répondu, il a dit que oui. Imaginez l’émotion ! Nous avons pris la lettre, nous l’avons reproduite et distribuée dans toute l’université » racontent les filles d’Amelia. Personne n’osait croire qu’il irait les voir mais après sa libération et peu avant de lancer la campagne présidentielle, Chávez est apparu à Coro. « Nous avons dîné avec lui à la fin du meeting, nous avons parlé, ri. Il est parti à trois heures du matin. En sortant il a vu quelques jeunes voyous debout pas loin d’où nous étions, il les a appelés, il s’est assis par terre avec eux, pour converser un moment. »

Deuxième diplôme, “nom de …” !

« Vous saviez que le premier cri de liberté sur ces terres c’est le noir José Leonardo Chirino qui l’a poussé ? Et pourquoi je vous dis cela ? Ceci était une maison de terre. Un jour est tombée une averse et mon mari s’est mis à creuser le sol pour que l’eau n’envahisse pas la chambre des enfants et soudain sous la terre il a trouvé un mort et une dague. C’étaient les restes de quelqu’un qui avait lutté pendant la Guerre Fédérale ». Elle fait chercher la dague, la range comme un trésor qui n’a pas de prix, comme si ce fragment de métal contenait toutes les chroniques de combats enterrés des années durant dans le silence d’argile.

« C’est pour tout cela, que je veux continuer à étudier les étapes de l’histoire du Venezuela, je veux commencer à étudier l’archéologie pour découvrir l’histoire cachée sous le sol. Et tout ce que je trouve je voudrais que cela fasse partie d’un futur musée archéologique. Pourquoi continuer à écrire ? Pour découvrir plus de vérité. Et en second lieu parce que nous devons être le témoignage de ceux qui viendront après nous, je me considère ainsi, témoignage vivant de cette communauté qui va entamer un chemin pour les nouvelles générations. Ce musée ne doit pas être un espace pour ranger des objets, il doit se déplacer, enquêter, générer des changements sociaux, communiquer une vision cultuelle. Si nous avons initié ce processus au Venezuela, pourquoi le laisser se perdre, merde ! Pardon pour le mot. »

Au début de ses études elle a dû essuyer les critiques faites aux missions éducatives : « Beaucoup disaient que nous n‘étudions pas, que nous n’étions pas vraiment formés, que nous étions des « étiquettes jaunes » – terme méprisant associé aux produits de mauvaise qualité. Je vous dis une chose, « étiquette jaune » c’est toute personne qui indépendamment de son lieu d’études, n’enquête pas, n’a pas d’éthique. Je vous recommande d’avoir une éthique, d’être authentique, de ne pas laisser dévier votre route par des intérêts égoïstes et surtout, enquêter, faire des recherches, si vous n’enquêtez pas à fond, vous êtes fichu. »

Elle a reçu l’Ordre Santa Ana de Coro en première classe pour son destin  exemplaire. Quand on lui a passé la bandoulière elle a crié « Vive Chávez, nom de.. ! »

« Mon mot d’ordre c’est insister, résister et ne jamais désister. Dans la persévérance réside le triomphe. Vous voyez, on se moquait de moi parce que j’étais vieille, “un vieux perroquet n‘apprend pas à parler » me disait-on. Ma réponse est : si, on peut apprendre, regardez-moi. »

Elle a trente petit-fils et trois arrière-petits-fils et affirme que tant qu’elle vivra elle sera plongée dans les livres, parce qu’elle adore lire, qu’elle se sent heureuse avec un livre dans les mains, renouvelant, apprenant des choses nouvelles : « je me sens comme une adolescente ».

Pour étudier il n‘y a pas d’âge. C’est une de ses filles qui le dit, et qui a eu l’occasion de lui donner des cours à l’université. « Un jour elle m’a cherché querelle parce que je ne lui avais pas mis vingt sur vingt. Je l’ai traitée comme une autre étudiante, je lui ai expliqué en quoi elle avait commis une erreur, elle a compris et m’a remerciée. » Amelia répond « Ma fille a eu une éthique. Je suis fière: je l’ai bien éduquée. »

A son âge,  Amelia, celle qui a élevé le technicien en chimie, le topographe et le dessinateur, le technicien en électricité, l’enseignante de français et d’anglais, le technicien agricole, le technicien mécanicien, le mécanicien industriel et celui de machines lourdes, la licenciée en prévention de désastres naturels et deux bacheliers de plus, a reçu son diplôme de communication sociale.

« Qu’il n‘y ait pas de doute, toute cette expérience de vie n‘aurait pas été possible sans le pari du président Chávez de nous alphabétiser, lui-même a toujours étudié, y compris quand il était prisonnier à Yare, cet homme avait une bibliothèque dans la tête. Et à celui qui par peur ou par préjugés n’a pas voulu continuer à se former, je dis qu’étudier est une source très puissante pour nous défendre, pour défendre nos pensées, notre souveraineté, pour découvrir des vérités cachées, pour discerner les supposées vérités qui en fait ont toujours été des mensonges. »

Amelia avec une petite partie de sa famille.

Amelia avec une petite partie de sa famille.

 

Texte : Katherine Castrillo / Contact : @ktikok

Photographies : Sahili Franco / Contact : @slashysah

Source : La Cultura Nuestra, http://laculturanuestra.com/loro-viejo-no-aprende-a-hablar-el-negro-chato-licenciada-a-los-85-anos/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2jy

Les étudiant(e)s de l’École Populaire Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE) cherche Parrains et Marraines…

Pour participer à cette campagne, cliquez ici :

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En 20 ans d’existence, l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) a réalisé des milliers d’ateliers pour former de futurs cinéastes tels le salvadorien Sergio Sibrián. Dans « Le Tigre et le Cerf« , sa première œuvre, un paysan indigène de 103 ans enseigne la flûte à un jeune apprenti pour qu’il puisse perpétuer la mémoire de la rébellion populaire de 1932. Ce film a reçu le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen 2015 (Floride) :
 
 

En novembre 2015 les membres de la télévision associative Montaña TV (Venezuela) ont réalisé un court-métrage dans le cadre d’un atelier de l’EPLACITE portant sur la fiction populaire. Ils se sont inspirés de la nouvelle Guerre des Temps de Alejo Carpentier :

En août 2016 les femmes de la télévision associative rurale Camunare Rojo TV (Venezuela) ou des militants du Mouvement Sans Terre du Brésil ont réalisé en quelques jours d’atelier ces deux court-métrages sur l’histoire de la lutte pour la terre :

 

C’est de ces cinéastes en herbe que nous vous proposons de devenir le parrain ou la marraine.

Pour tout savoir sur l’EPLACITE (Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision)…

Historique.

Le fait qu’aujourd’hui en Amérique Latine les ondes de télévision restent concentrées aux mains de grands groupes privés explique pourquoi les médias alternatifs tendent à reproduire le langage commercial. Espace permanent de formation pour les jeunes talents populaires, l’EPLACITE veut briser ce joug et former une nouvelle génération de réalisateurs(trices). 

L’EPLACITE a été créée en 1994 au Venezuela par Thierry Deronne. En 22 ans, elle a offert plus de mille ateliers à de nombreux collectifs du Venezuela et d’Amérique latine comme le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terredu Brésil, l’École de Vidéo Mésoaméricaine au Salvador, la Fondation Luciernaga au Nicaragua, le Centre de Communication Populaire Aymara SAPHI ARU (Voix des Racines) en Bolivie, l’Association Paysanne de la Vallée du Fleuve Cimitarra (Colombie), les télévisions associatives du Venezuela et du reste du continent, etc…

Chaque mouvement social sélectionne les étudiant(e)s de l’EPLACITE sur la base de leur vocation créatrice et de la motivation à transmettre les connaissances acquises au reste du collectif.

Les enseignants de l’EPLACITE mettent en pratique une méthodologie participative qui part des besoins des mouvements sociaux et usent d’outils adaptés aux rythmes de vie des participant(e)s dont la majorité travaille ou étudie. Les exercices se font tantôt individuellement, tantôt collectivement. Les éléments théoriques sont enseignés comme réponses aux problèmes posés lors des exercices. Les diplômé(e)s sont en mesure de s’engager directement dans les diverses activités d’une télévision associative existante ou d »initier la création d’une télévision dans leur quartier. Le bagage transmis est intégral pour éviter une excessive division du travail et pour garantir la possibilité d’une transmission des savoirs aux mouvements sociaux.

En plus d’être un organisme pédagogique et un espace de production, l’EPLACITE est une plate-forme d’articulation et d’échange entre professionnels du cinéma et mouvements sociaux d’Amérique Latine et des Caraïbes.

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Objectifs généraux

1. Offrir aux mouvements sociaux du Venezuela et du reste du continent une formation intégrale en télévision associative, tant en matière de production de contenus qu’en termes de fonctionnement technique, de manière à les rendre les plus autonomes possibles.
2. Promouvoir l’égalité femme-homme dans la sélection et dans la formation des mouvements sociaux.
3. Renforcer la capacité de formation interne de ces mouvements en donnant aux étudiant(e)s les outils pédagogiques pour transmettre le savoir acquis.
4. Devenir un pôle de réflexion pédagogique par l’accumulation d’expériences et de méthodologies pluralistes issues de tous les mouvements sociaux.
5. Contribuer à la décolonisation de l’imaginaire collectif marqué par la télévision commerciale en formant intégralement des communicateurs populaires capables de générer des récits audiovisuels qui partent des populations comme sujets et non comme objets.  Il s’agit de revitaliser des genres appauvris par la télévision commerciale comme le feuilleton populaire, le documentaire, le reportage et le cinéma d’animation.

 

Module central des cours de l’EPLACITE (adaptable selon les besoins de chaque étudiant(e) et du mouvement social).

a. La réalisation documentaire.
b. La réalisation du reportage.
c. Le montage comme analyse de la réalité.
d. Méthodologie d’enquête participative.
e. Recherche socioculturelle et recueil de récits de vie et d’histoires locales comme base de la création audiovisuelle.
f. La prise de vues comme langage et comme instrument de montage.
g. La prise de son comme langage et comme instrument de montage.
h. La lumière comme forme d’expression.
i. La dramaturgie et l’écriture d’un feuilleton populaire.
j. Le jeu et la direction d´acteurs
k. La mise en scène théâtrale.
l. Le cinéma d’animation.
m. Histoire des formes télévisuelles en Amérique Latine et dans le monde.

 

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Résultats attendus.

1. Chaque année, formation intégrale et promotion de 150 professionnel(le)s en télévision associative, en cinéma et en théâtre du Venezuela et d’Amérique Latine, reconnu(e)s par un diplôme de l’EPLACITE. Les compétences théoriques et pratiques leur permettront d’occuper des postes de réalisateurs, journalistes, chefs opérateurs, directeurs de la photo, ingénieurs du son, monteurs, scénaristes, concepteurs de projets et multimédia, metteurs en scène de théâtre et réalisateurs.
2. Élaboration, projection publique et diffusion en ligne de 150 programmes audiovisuels par an comme travaux de fin d´études.
3. Publication et mise en ligne par le centre de 50 modules de cours/an.
4. A moyen terme, création par ces nouveaux diplômé(e)s de nouvelles télévisions associatives et de nouveaux centres de formation au Venezuela et en Amérique Latine.

 

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Evaluation participative.

En fin d’études les étudiant(e)s effectuent un stage pratique au sein d’une équipe de production cinématographique, d’une télévision de quartier ou d’un espace théâtral. Il s’agit de développer intégralement une oeuvre nourrie de la participation des habitants, depuis son écriture jusqu’à sa diffusion sur les ondes. Chaque programme, film, pièce de théâtre de fin d’études est montré aux habitants du quartier, aux professeurs et aux étudiant(e)s, et diffusé par voie hertzienne. La proximité et l’appui d’une télé associative offrent l’avantage d’une diffusion rapide, en grandeur réelle, des travaux des étudiant(e)s et d’un feed-back des habitants.

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Indicateurs du degré de réussite.

– Capacité des étudiant(e)s de réaliser de manière autonome des programmes, scénarios, films.
– Quantité de programmes produits par les mouvements sociaux et télévisions associatives partenaires.
– Nombre de mouvements sociaux inscrits.
– Nombre de télévisions associatives créées.
– Impact des oeuvres produites dans la solution de problématiques sociales.

 

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A quoi servira la collecte ? 

Le but de la collecte est de multiplier l’organisation de cours, stages et ateliers pratiques avec de grands professionnels de l’Amérique Latine pour les étudiant(e)s de l’EPLACITE. Les salaires étant plus bas au Venezuela qu’en Europe, chaque tranche de 1000 euros servira directement à payer intégralement le salaire d’un professeur vénézuélien ou latino-américain pour une année entière ! L’objectif de 4000 euros correspond donc à l’engagement de 4 nouveaux professeurs- intervenants et si nous dépassons notre objectif, le nombre de professeurs croîtra.

Votre soutien fera de vous le parrain ou la marraine d’un ou de plusieurs de ces jeunes talents car vous les aiderez concrètement à réaliser leurs premiers films ou leurs premières représentations théâtrales. Vous apparaitrez comme tel(le) au générique de leurs premières oeuvres.

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tdNé en 1962 à Tournai (Belgique) Thierry Deronne (diplômé en Arts du Spectacle et Techniques de Diffusion, IHECS, Bruxelles, 1985) s’est installé en 1994 au Venezuela pour participer à la formation des citoyen(ne)s en vue de l’appropriation populaire des médias et de la culture. Il y a créé l’EPLACITE ainsi que diverses télévisions associatives. Formateur et réalisateur de documentaires (http://bit.ly/28TFij5), il enseigne également la dramaturgie, la théorie du montage et le documentaire social dans deux universités à Caracas, l’UNEARTE et l’UBV.

 

Commune El Tambor : le rêve ne meurt pas

img_20150217_092249Poèmes, chansons, thèses, chroniques, arts plastiques : beaucoup de témoignages ont été produits sur la Commune de La Azulita, la beauté de ses paysages et de ses gens. Sans atteindre la même ampleur, beaucoup de documentaires et de chroniques ont évoqué le développement productif et le bilan organisationnel de la Commune de El Tambor. Mais rare sont ceux qui  expriment la force d’El Tambor; hé oui, vous lisez bien, il y a une force occulte à El Tambor, somme d’éléments naturels, magiques, symboliques, agricoles et politiques.

Au bout de notre route nous attend l’arbre Tambor, gardien végétal couronné de fleurs dont le  jaune contraste avec l’obscur du feuillage, ce qui lui donne un attrait particulier au sein de la flore locale.

La commune se compose d’environ 500 familles, soit un peu moins de 4000 habitants ; elle abrite l’entreprise  de torréfaction, siège de l’Entreprise en Propriété Sociale Directe (EPSD) « Cœur du café », qui fédère huit producteurs de café. Leur production organique provient de 3 hameaux voisins. Cette initiative née pendant la révolution à 5 ans d’âge et elle a bénéficié de l’aide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Rien qu’en 2015 pas moins de 8 tonnes de café qui ont été empaquetées et distribuées.

Actuellement les associés ont décidé de faire une pause dans la production après avoir analysé de façon détaillée les logiques de marché qui obèrent les possibilités de construire un système économique communal.  Julio Mota et Shirley Guerra, habitants de la commune et porte-paroles de l’entreprise, m’expliquent que les conditions de la culture du café ont changé au fil du temps ; l’élevage extensif et les monocultures de cycle court, en particulier la culture de la pomme de terre, des carottes et de l’ail ont pris des extensions considérables de terrain, faisant reculer les pratiques ancestrales de culture du café.

L’aspect le plus terrible en sont la pollution des principales sources d’eau de la municipalité d’Andrés Bello par suite de l’usage abusif de produits agro-toxiques et chimiques pour nettoyer les étables, et la présence dans ces sources vitales de résidus fécaux générés par les troupeaux de bovins.

A quoi s’ajoute le fait que la culture du café a perdu son caractère culturel d’entreprise de famille : avant, chaque membre participait solidairement au processus productif.

« Aujourd’hui nous n’avons pas de génération de relève qui prenne à bras-le-corps la problématique du café, et plus généralement, la problématique de la terre. Les jeunes veulent travailler comme chauffeurs de moto-taxis, vendre des disques piratés, que sais-je, tout sauf s’investir dans le travail du café. D’où notre projet dont l’objectif principal étaient la réhabilitation de cette culture et l’attraction d’une main d’œuvre jeune, en l’associant à de nouveaux processus technologiques » me dit Julio, alors que nous partageons le déjeuner dans l’entreprise de torréfaction.

Julio Mota, le lutin des champs de café

Julio Mota, le lutin des champs de café

L’entreprise a mis en production près de 4000 hectares mais les distorsions de l’économie de marché brident ce potentiel en modifiant profondément la réalité et les besoins de la paysannerie. Des producteurs qui dans de nombreux cas ont bénéficié des divers programmes de l’Etat sur le plan agricole finissent par écouler leur production sur base de la logique mafieuse des marchés de gros, ce qui entraîne une augmentation conséquente du prix au consommateur ; alors qu’en réalité produire et distribuer le café peuvent épouser une logique différente, celle d’un prix juste et solidaire.

C’est ce qu’expliquent ces compagnons, qui ont réalisé un travail méticuleux, méthodique, et vraiment passionnant pour produire du café en zones ombragées. L’ombre offre une option plus soutenable, en équilibre avec l’environnement et plus proche des postulats de l’agroécologie. En fin de compte il s’agit de réhabiliter des formes ancestrales de culture.

D’où leurs réflexions sur les adaptations nécessaires pour assurer une production de café pérenne. Sans bien sûr que cela ne se fasse au détriment de la production générale d’aliments dans la commune, nécessaire à l’autosuffisance.

Il s’agit aussi des décisions éthiques et politiques liées à  la construction du pouvoir, de l’autogestion et de l’auto-gouvernement.

Ironie de l’Histoire ! Le café le plus cher du monde provient des excréments d’éléphant, vieille bataille entre Capital et conscience….14139042_10153584429432574_1940944035_o

Paysage et histoire.

L’histoire raconte que ces mêmes sentiers que nous parcourons parmi les caféiers furent un temps le Chemin Royal par lequel on transportait le café vers le Port de Gibraltar (sud du Lac de Maracaibo, État du Zulia). D’où l’idée qui a germé chez les associés de l’entreprise de torréfaction d’une route touristique du café qui permettrait, tout en visitant la plantation, de comprendre le processus de culture du café, de sa récolte et de sa distribution.

La route du café

La route du café

Ces paysages d’une beauté unique abritent le haut-plateau d’El Tambor ; le sommet du même nom culmine à 3047 mètres sur le niveau de la mer. La toponymie résulte de cette circonstance géographique. Ce n’est pas tout : sur ce plateau on trouve la pierre sacrée El Tambor à laquelle on attribue des pouvoirs curatifs ; cette pierre a la particularité de résonner, d’où la comparaison avec un tambour.

La montagne, la pierre, le haut-plateau et l’arbre ont construit un imaginaire naturel, magique, symbolique et  historique qui alimente un héritage culturel marqué du sceau de la résistance et de l’insurrection. Même si aujourd’hui la participation aux activités de la commune a diminué (comme dans d’autres espaces militants au niveau national) en raison de la situation complexe que nous vivons, le rêve n’est pas mort. L’expérience de ces associés est la concrétisation d’un militantisme conscient de son rôle historique, qui place le travail collectif par-dessus toute atomisation. Voilà une expérience concrète de comment se mène la bataille au quotidien. Magnifique pays en mouvement.

Texte : Xavier Rodríguez, École Populaire de Comunicación “Casa del Costurero”, Mérida.

Photos : Tatuy TV

Source : http://laculturanuestra.com/comuna-el-tambor-viaje-al-corazon-del-cafe/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2hP

Un court-métrage produit au Venezuela parle de la relation du paysan à la terre

articulo-1Source : page officielle du Mouvement Sans Terre (Brésil), 4 septembre 2016.

Par : Luara Dal Chiavon

Photos : Thierry Deronne et Pablo Kunich

Ce film est un des résultats d’un atelier de cinéma et d’agroécologie réalisé à Caquetios du 19 au 23 août 2016 dans l’école de formation que construit le Mouvement des Sans Terre au Venezuela, dans l’État de Lara, à plus de 400 kilomètres de Caracas. Le court-métrage “La terre est à tous” décrit de manière poétique la relation des paysan(ne)s à la terre, et sera présenté par Alba TV www.albatv.org ce mercredi 7 septembre 2016.

Les ateliers ont été menés en partenariat avec l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, TV et Théâtre (qu’on peut découvrir et soutenir ici : https://www.kisskissbankbank.com/soutien-a-l-ecole-populaire-et-latino-americaine-de-cinema-theatre-et-television-eplacite) et avec le Collectif France-Amérique Latine Bordeaux (FAL 33), pour près de 50 membres de mouvements sociaux et collectifs du Venezuela.

Autre collectif participant : ALBA TV, télévision participative créée il y a 10 ans et qui, en plus de son site Web www.albatv.org, diffuse en numérique sur près de la moitié des états vénézuéliens. L’objectif de cette chaîne est de construire et de diffuser l’agenda des mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine.

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil a également participé à l’atelier de l’EPLACITE mené sous la férule des frères Luis et Andrés Rodriguez.articulo-2

Le cinéma comme outil de lutte

L’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE), fondée au Nicaragua par le belgo-vénézuélien Thierry Deronne il y a trente ans et ancrée depuis 20 ans au Venezuela, a pour objectif de former les adhérents des mouvements sociaux et populaires au cinéma entendu comme outil de lutte.

Pour Thierry, le court-métrage produit durant l’atelier “est un travail participatif, de nombreuses mains ont porté et orienté la caméra, beaucoup de regards ont cherché à percer les apparences du réel, beaucoup d’idées se sont rassemblées – personne ne sait tout mais chacun sait quelque chose – et cet effort de créer un cerveau collectif s’accompagne d’une grande sensibilité. C’est dans le temps – temps de la rencontre, de la réalisation, du montage – que réside la possibilité d’accéder au monde de l’Autre, et à l’autre monde possible”.

Professeurs invités de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, les cinéastes Luis et Andrés Rodriguez, primés internationalement pour certains de leurs films comme “Brèche dans le silence” (Venezuela, 2012) ont dirigé les quatre jours d’atelier pour près de 20 militants des mouvements sociaux du Venezuela et du Mouvement des Sans Terre du Brésil – membres de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho présent depuis 10 ans au Venezuela à l’invitation de Hugo Chavez pour développer des projets de semences autochtones et de communication populaire.

La méthodologie suivie par ces cinéastes s’apparente à celle des mouvements sociaux : dialogue, participation intense et création collective. Après avoir revisité quelques concepts du langage cinématographique, on passe à l’observation de la réalité pour que deux sous-groupes tournent les images-visions librement rêvées et élaborées par chacun(e). Ces tournages intensifs durent deux jours et chacun(e) peut manier la caméra et composer les plans. Le résultat est ce court-métrage de 11 minutes, monté sur place et projeté au collectif de participants ainsi qu’à la communauté populaire voisine qui a participé au tournage.

Pour le cinéaste Luis Rodriguez, “les jeunes ont abordé de manière assez intuitive le travail de l’image autour du thème de la relation à la terre, de la relation de l’être humain a la terre. C’est un peu le thème central abordé dans l’atelier, en symbiose avec l’espace de Caquetíos où nous avons vécu ces quatre  jours”.

Son frère le cinéaste Andrés Rodriguez travaille dans la même perspective d’accès à l’universel à partir du local : “Nous avons beaucoup souffert du regard de l’extérieur sur nous, qui est toujours en train de nous superviser, ou d’élaborer nos discours et de dire qui nous sommes. Notre identité doit être construite plan par plan, avec la sueur, la passion, le sang, avec beaucoup de force pour faire face aux voix de ceux qui veulent nous conquérir, nous coloniser à travers des discours. Il s’agit de construire une identité propre, libre, à partir de notre manière de voir les choses, de nos idiosyncrasies, c’est une lutte que nous devons mener avec beaucoup de force” souligne-t-il.

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Agroécologie : échange d’expérience entre peuples

Parallèlement et durant ces quatre jours, 30 militants ont participé à l’atelier d’agroécologie et de permaculture offert par l’association française FAL-33 (France –Amérique Latine Bordeaux).

Gloria Verges, membre de ce collectif et qui a donné l’atelier en compagnie de Chloé Jareno et de Franck David de http://www.saluterre.com/, explique qu’un des buts fondamentaux de l’apprentissage des participants fut qu’ils prennent conscience , à partir d’un projet initial et de la vision de la permaculture, d’une nouvelle philosophie de vivre la terre en pensant aux générations futures, de manière soutenable, pour élaborer une vision encore manquante de l’intégralité du processus : “Ils possédaient de nombreux éléments de connaissance qui sont autant de petits éléments de permaculture, mais il manquait la vision intégrale, globale et systémique. L’atelier a renforcé les pratiques qu’ils menaient déjà, en les intégrant dans une vision globale ”.

Caquetios, école en construction

Une des tâches des Sans Terre au Venezuela est de contribuer à la construction d’un espace de formation latino-américain sur les terres de Caquetios, ancienne hacienda expropriée par le gouvernement Chavez, transformée en Unité de production alimentaire (UPSA), puis cédée au mouvement brésilien non seulement comme espace productif pour contribuer à alimenter la population vénézuélien mais aussi comme espace de formation pour les mouvements sociaux d’Amérique Latine.

De cette manière le Mouvement des Sans Terre cherche à dépasser les frontières géographiques et à contribuer à la lutte internationaliste dans toute l’Amérique Latine, à partir d’une pédagogie paysanne, qui refuse de séparer la théorie de la pratique, et veut les construire conjointement. En d’autres termes, sur ce lieu où on produit les aliments, il s’agit aussi de produire des connaissances. Et de contribuer depuis une réflexion pratique à faire avancer l’unité des peuples et le socialisme latino-américain.articulo-4

Célia Cunha, militante des Sans Terre travaille depuis près de dix ans au Venezuela: “Parler de souveraineté c’est parler de semences. Et pour parler de semences nous devons parler de semailles, de récoltes, de mise en culture, et cela passe par un travail de base, de conscientisation. Il ne s’agit pas seulement de distribuer les semences, il faut aussi que ce processus s’accompagne d’un processus de prise de conscience”.

Célia insiste par ailleurs sur le défi que représente l’organisation même des processus de formation, le débat sur le thème des semences comme souveraineté et leur redistribution aux familles, en garantissant un processus d’accompagnement, pour que dans un an le contexte soit différent. Et l’unité est fondamentale pour réussir ce processus : “nous savons que nous ne mènerons pas ce processus seuls, mais avec l’engagement des paysannes et des paysans du Venezuela, des collectifs (…) C’est pourquoi notre tâche est de jeter des ponts entre eux”.

 

Source : http://www.mst.org.br/2016/09/04/curta-metragem-produzido-na-venezuela-discute-a-relacao-do-campones-com-a-terra.html

Texte : Luara Dal Chiavon

Edition : Iris Pacheco

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2hA 

Wakapa, les Jibi et la victoire dans la guerre de la faim

José Roberto Duque

Los Jibi sont un des peuples originaires qui peuplent la frontière colombo-vénézuélienne, il est plus connu comme le peuple Guajibo.

atarayaimg_20160721_134234-copiaJe dirai plus loin quelque chose sur ce verbe répugnant de « guajibier » pour ceux qui ne le connaitraient pas ou ne s’en souviendraient pas. Nous parlerons aussi de ce que font les fils de ce peuple survivant de massacres pour remporter un round dans la guerre de la faim menée contre le Venezuela.

Les Jibi comptent dans leur vaste cosmogonie plus d’une divinité parmi lesquelles Yamaju, la Mater qui fabrique la fureur des éclairs et du tonnerre. Par conséquent les divinités et leurs taches intimidantes possèdent une relation directe avec les eaux : il y a des éclairs et du tonnerre quand il pleut.

Ces lignes proviennent de ma une rencontre récente avec quelque chose qui se produit dans et avec les abondantes, torrentielles et productives eaux du sud du Venezuela, aussi me pardonnera-t-on le détour par une paire de mythes ancestraux et par quelques données historiques avant d’aller au cœur du sujet. Ce cœur ne battrait pas sans les auspices de deux ou trois phénomènes qui ont lieu aux abords du colossal Orénoque.

Il existe un village appelé Puente Parhueña, à mi-chemin entre Puerto Páez et Puerto Ayacucho. Il s’agit d’une communauté de formation récente : je ne dispose pas de données précises mais la mémoire des amis Jibi, fondateurs et fils de fondateurs, fait remonter le peuplement initial de cette ancienne plantation aux années 50 du vingtième siècle. Ses premiers habitants furent dans leur majorité des Guajibo déplacés par les multiples guerres et massacres commis dans les territoires colombiens du Vichada, du Meta et de Casanare. Cette communauté de l’état vénézuélien d’Amazonas est le produit d’un cruel exode colombien : celui des « Guajibos » ou « Jibis » qui fuyaient les « guajibiades ». “Guajibier” signifie « chasser du Guajibo ». Les guajibiades étaient des pratiques ethnocidaires et génocidaires très communes consistant à liquider des indigènes à coups de fusil et de machette, soit pour les déposséder de leurs terres originelles, soit par pur plaisir.

En 1971, lors du procès des assassins de 16 indigènes (massacre de La Rubiera, 1967), quand les autorités colombiennes se décidèrent à capturer quelques-uns des criminels, un des prévenus fit une déclaration insolite pour se défendre des accusations de multiples assassinats. Cette phrase simple fit le tour du monde et devint le titre du reportage de Daniel Samper : « Je ne savais pas que c’était mal de tuer des indiens ». Grâce au cynisme, à l’ignorance, à la maladie mentale ou spirituelle ou à la sincérité de ce salaud, beaucoup de personnes ont découvert quelque chose qu’elles ne se rappellent probablement pas à chaque « festivité » du 12 octobre : tuer des indigènes est mal et pour cela ils insistent pour qu’on rende à cette date le nom de « journée de la race » qui donne une légitimité historique aux guajibiades.

Histoire ancienne ?  D’aucune manière. La folie guerrière continue d’assassiner des indigènes de tous les peuples ancestraux ainsi que des peuples métis et de toute provenance.

Ce dieu Yamaju, père des éclairs et des grondements, porte sur lui une arme de poids appelée Wakapa. Wakapa est un lieu de l’État d’Amazonas, en plein Parhueña, où il y a six ans s’est produite la révélation suivante. Il existe une autre divinité Jibi appelée Munueno ; c’est le père vigilant et protecteur des poissons. La tradition orale Jibi en fait un vieil homme maigre, barbe et cheveux blancs, qui marche dans l’eau appuyé sur deux troncs et qui a les yeux sur les genoux. La révélation fut l’arrivée subite à Parhueña d’un sujet appelé Walter Lanz. Personne n’a vérifié si ce camarade a des yeux aux genoux mais à peine est-il arrivé sur les terres de la famille Yuave que tout le monde est tombé d’accord qu’il était identique au Munueno de la mythologie guajibo. La surprise a continué lorsque l’homme à la barbe blanche a commencé à les enthousiasmer à propos du projet de l’Ecole Populaire de Pisciculture et avec la possibilité que dans ces sablières amazoniennes on pourrait élever des « cachamas » et en outre semer des fruits, des légumes, des types de mais pour la consommation humaine.

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne, auteur de ce blog (droite)

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne (droite), auteur de ce blog.

« Élever des poissons près de l’Orénoque » c’est comme « vendre des frigos au Pôle Nord »

Voici les clefs de cette blague:

  • Parhueña se trouve à une demi-heure du fleuve Orénoque, en voiture.
  • L’expression « élever des poissons près de l’Orénoque » équivaut à dire « emmener des chèvres à Coro » ou « vendre des frigos au Pôle Nord ». Ou si l’on veut, « habituer les gens des villes à semer dans la cour de leur maison et à administrer des poulaillers verticaux quand le pétrole est à 100 dollars et que la nourriture abonde dans les épiceries et dans les supermarchés ».

Bref, il y a quelques jours j’ai visité Parhueña. De là on m’a emmené pour réaliser une activité de celles dont on ne sait comment remercier la vie, surtout quand on est vénézuélien : nous sommes allés avec Jessica pêcher dans l’Orénoque, accompagnés par des habitants de Parhueña et de Mare Mare (État de Bolívar). Notre barque à moteur a bondi durant une demi-heure au pied d’une de ces rochers préhistoriques de la taille du Polyèdre de Caracas. Là nous est arrivé quelque chose qui en aurait déprimé d’autres : à cause de l’équipement de fortune que nous emportions (un hameçon très grand et un fil de nylon très mince), le peu d’adresse, l’intervention de Munueno le grand Veilleur et la dentition des poissons « Caribes », nous nous sommes retrouvés sans matériel de pêche en quelques minutes. Munueno sait que l’être humain s’alimente de poissons mais sa mission est d’éviter que les consuméristes et les accumulateurs ne viennent extraire plus de poissons qu’ils n’en ont besoin.

Il manquait la partie principale du privilège : être entourés d’enfants Jibi et métis, de 8 à 14 ans, être témoins de la manière fraîche et agréable avec laquelle ces petits sortaient, un par un, des poissons de six variétés, certains plus grands que d’autres. Parenthèse : un des garçons portait un filet qu’il lançait de temps à autre. A chaque lancer il ramenait une demi-douzaine de petits poissons, mais ceux-ci n’étaient pas la pêche proprement dite : c’était la proie pour l’hameçon des poissons grands ou moyens. C’est ainsi, en riant de et avec nous, caraquègnes maladroits pas foutus de pêcher quoi que ce soit, qu’ils ont pêché des « bagres », des « paletos », des « torunos », des « payaras », des « caribes » et des « bocones ». Une heure et quelque de jeux et de manœuvres ont suffi pour que nous rentrions au village sur le fleuve et pour nous livrer à l’indescriptible rite de dépecer et de manger ces poissons avec les mains, collectivement. Nous avons fini par nous lasser de tant de « payara », « bocón » et de « sapoara ».

Nous allons redire avec un marteau pour qu’on l’entende bien (une fois encore) la partie cachée de cette blague : ces enfants indigènes ont réussi, en une heure et quelque d’amusement et d’espiègleries, ce qui dans les villes nous coûte des heures de files, de colère, de frustration, de maladies nerveuses, cardiovasculaires; de violence physique et psychologique : obtenir quelques kilos de protéines animales pour le foyer et pour les nôtres.dsc07383-copia

« En ce moment il y a une marée de bancs de poissons dans l’Orénoque » nous ont expliqué Ruben et Mayra, et de là vient une autre : dans deux semaines une marée de poissons viendra de Caicara ».

Cette manne n’est pas un phénomène permanent, mais il y aura toujours des poissons dans l’Orénoque et dans les grands fleuves. Toujours.

Ces jours-ci il y avait à Puerto Ayacucho une Fête du Poisson. L’offre : sept kilos de « bocón » à deux mille bolivars. C’était un 19 juillet; dans la majorité des villes le poisson du fleuve coûtait alors de mille huit cents à deux mille bolivars le kilo.

Munueno ignore peut-être un détail : malgré cette fête du poisson, qui révèle une offre suffisante pour couvrir les besoins régionaux et certainement nationaux, une bonne partie de ce qu’on pêche dans nos grands fleuves est emporté en Colombie, où tout s’achète et se vend à des prix 50 fois plus élevés que de ce côté-ci du fleuve et de la frontière.

Cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson. Elle s’est contentée de les récolter.

Quelques jours plus tard nous écoutions la transmission en direct sur toutes les chaînes de Lorena Fréitez, ministre de l’Agriculture Urbaine, expliquer à tout le pays le point de départ le plus simple de la politique gouvernementale de production de protéine animale : on calcule le besoin par personne, on multiplie cet indice par la quantité d’habitants d’une communauté. Ensuite on détermine de combien de porcs, de poulets ou de poissons a besoin cette communauté. La logique mène au reste : si on a besoin de deux mille kilos de produits carniques et que je finis par en produire 4 mille, une fois les besoins en protéines de la communauté satisfaits je passe à la distribution du reste aux communautés qui n’ont pas atteint leur « quota de production » (terminologie nuisible que nous, les ignorants en la matière, employons parfois à défaut de connaitre un terme plus approprié).

Voyons comment s’applique cette formule à une communauté telle que Mare Mare, sur les rives de l’Orénoque : cette communauté peut pêcher et manger tout ce qu’elle voudra, l’excédent de poissons restants est incommensurable. Mais il ne faut pas oublier la donnée cruciale : cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson (de même que nous, citadins n’avons rien fait pour produire tout le pétrole que nous a offert le sous-sol), elle s’est limitée à les récolter. Une fois souligné le mot « production », nous trouvons la formule et l’analyse du Ministère de l’Agriculture Urbaine correctes. Revenons à Parhueña, à Wakapa et à l’École Populaire de Pisciculture.

A Parhueña, après l’arrivée de Walter et la mobilisation des sœurs Mayra et Alejandra Yuave, de leur mère María, de Ruben Montoya et d’autres parents et voisins, ont commencé à se produire des faits étranges tels que par exemple le fait qu’on y a élevé et qu’on y élève du poisson en contrevenant quelques paramètres des techniciens, universitaires et « experts en la matière ». Par exemple : quelqu’un leur ayant dit qu’ils ne pouvaient créer d’étangs pour élever des poissons sans auparavant demander les permis et les études de sol auprès du Ministère de l’Environnement, ils s’y sont rendus pour demander ces autorisations. Comme ces messieurs tardèrent à apparaître on a décidé de construire sans permis les foutus étangs, sans connaissances en ingénierie, ni en hydraulique et en autres disciplines.

Après quelques vaines tentatives, ils ont réussi à faire un trou qui s’est rempli d’eau sans la filtrer et y ont plongé les premiers alevins de moins de 4 centimètres. Munueno (Walter) était présent en 2012 avec plusieurs jeunes étudiants de l’Institut Agroécologique Latino-Américain (IALA), paysans de plusieurs pays intégrés à une expérience éducative vénézuélienne fondée par les Sans Terre du Brésil, et tous ensemble réalisèrent un réservoir d’une capacité de 60 mille litres. Enthousiasmés par le récit d’un iranien, ils ont jeté par-dessus une sorte de basse-cour de poules et de canards ; les excréments et les aliments rejetés par ces volailles tombaient dans le réservoir et le fertilisaient, ce qui permettait de nourrir les « cachamas ».

Dans la partie basse du réservoir un robinet ou mécanisme de vidage fut connecté à un tube qu’ils ont percé de nombreux trous (contre l’avis des experts) et l’eau « sale » (fertilisée) alla se répandre dans une sablière soi-disant stérile. Grâce à cette eau puant le poisson un verger magnifique alimente des canards, des poules, les poissons et les personnes. Ainsi, sans un seul gramme d’aliment concentré commercial pour poissons (chose obligatoire, disent les techniciens) ont grandi les premières « cachamas ».

Autre mythe des experts : pour que l’expérience soit considérée comme rentable il est nécessaire que les « cachamas » atteignent, sur une période de temps donnée, un poids proche ou supérieur à 2 kilos. Mais au bout d’un an passé à alimenter les poissons la logique Jibi de María – la maman de Mayra et d’Alejandra – s’est imposée avec le décret suivant : « Si elles prennent place dans une assiette c’est qu’elles sont bonnes à manger ». Madame María pleura, car il a des gens qui s’enamourent des « cachamas » (Munueno travaille aussi les émotions des Jibi). Quoi qu’il en fût elles les mangèrent, les partagèrent et en vendirent même. Les techniciens, experts et universitaires n’ont encore convaincu personne à Parhueña que l’élevage de « cachamas » n’est bon que s’il donne des bénéfices déterminés en bolivars.

Les « experts en la matière » vivent dans un monde fantastique alors que ce « Wakapa » possède un restaurant contigu à l’élevage

Alors que florissait l’expérience et que trois étangs avaient été construits, une lettre arriva aux mains des jeunes Montoya et Yuave; c’était le résultat de l’étude nécessaire pour procéder au creusement. Le rapport ministériel disait : « Après les analyses correspondantes il a été déterminé que le sol recueilli dans la zone est INAPTE à la construction d’étangs productifs ».

Le rire résonna depuis l’Orénoque jusqu’à la Pierre du Cocuy, à la frontière du Brésil.

Certains « experts en la matière », de chair, d’os et de papiers, vivent dans un monde fantastique car trop “sérieux” et irréalisable, alors que ce « Wakapa », où Munueno et Yamaju ont parrainé toute une expérience à partir de leur être mythique, possède un restaurant contigu à l’aire d’élevage. Ses impulseurs propagent en outre le concept d’Ecole Populaire dans la municipalité d’Atures. Mayra Yuave est arrivée le 27 mai 2016 à la communauté Kuweï (autre divinité Jibi), à quelques kilomètres seulement du Tobogán de la Selva (secteur Platanillal) avec 11 alevins de cachama de quelques 4 centimètres. Elle les a remis à Javier Sánchez, autre citoyen du peuple Guajibo sans la moindre expertise ni expérience en matière de pisciculture ou de fabrication de viviers. Avec pelles et pioches, l’aide de deux parents et l’enthousiasme propre aux survivants de massacres séculaires, ils ont ouvert un trou de 10 mètres sur trois et un de profondeur. Les pluies torrentielles des derniers mois ont rempli d’eau ce vulgaire trou converti en vivier.dsc07365_-_copia

Javier s’est consacré à alimenter les 11 poissons (oui, 11 poissons seulement, à quelques kilomètres de plusieurs fleuves remplis de « payaras », « palometas », « bagres » et « bocones »). Le gars sème (dans le Venezuela au pétrole cher qui sert à tout acheter) avec ce qu’il a sous la main : semences rayées de « guama », restes de riz, petits crapauds, maïs tendre, vers, insectes variés. Le 20 juillet ces alevins remis à Javier étaient « de la taille de ma main ». Pardonnez cette expression si peu professionnelle ou scientifique.

Impossible d’arriver à Wakapa, de converser avec les braves gens qui ont rendu ceci possible sans vouloir rassembler l’histoire, les mythes, les sensations et les nouvelles dans ce puzzle. Avec le genre de chronique que nous venons d’achever il se passe la même chose que lorsque Ruben Montoya nous a demandé de lui expliquer comment il pouvait y avoir des gens qui ont faim au Venezuela. Les méandres de la langue ne nous a pas permis d’aller au bout de l’idée : s’il y a des gens qui ont faim c’est parce que tout le monde n’habite pas au bord d’un Orénoque et parce que le système nous a habitués à ce que la nourriture vienne en paquet, en boîte, en bouteille, raffinée, pasteurisée, avec un prix marqué sur un petit papier. Les compagnons Jibi eux-mêmes nous l’ont confirmé ensuite : il y a des communautés indigènes réclamant en plein forêt et en plein fleuve leur sac de sucre, de riz, de pâtes et de sardine en boîte. Jessica Dos Santos, juste avant la zambullida à Wakapa, l’Orénoque et la générosité des Jibi, avait analysé en détail le piège honteux appelé « panier alimentaire de base” ; nous recommandons sa lecture dans en 15yultimo.

Cet après-midi nous avons frit et mangé des fourmis à gros cul. Un mets exquis que les Jibi obtiennent dans un rite d’où ils sortent lacérés par les fourmis-soldats de cette colonie : c’est la reine qu’ils mangent.

Peu importe qu’après des siècles ou des milliers d’années de l’invention de cette pratique par nos peuples originaires, la FAO (ONU) recommande la consommation d’insectes comme source de protéines. Il y aura toujours un arrogant pour pointer le doigt : « Vous voyez, les chavistes obligent les gens à manger des fourmis et des vers « . La stupidité aussi est gratuite.

Source : http://misionverdad.com/pais-adentro/wakapa-los-jibi-y-el-triunfo-en-la-guerra-del-hambre

Traduction : Thierry Deronne

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« Ne plus porter de joug, ne plus être dominés »

Une étudiante en journalisme de l’IHECS (Bruxelles) qui rédige un mémoire sur le traitement du Venezuela par l’AFP, m’a posé la question : « Y a-t-il, selon vous, des événements qui ont été particulièrement mal traités par la presse européenne ? Si oui, lesquels ? ». J’ai dû lui dire la vérité : un « évènement » ici, cela peut être la création ou légalisation de nouveaux médias associatifs, les initiatives de la démocratie participative en général, ou la création d’un vaste système de santé gratuite. Or ces « évènements » n’en sont pas pour les médias dominants.

Il y a quelques semaines, j’ai pris le temps d’écouter les voix du conseil communal du quartier où je vis. Une réflexion collective sur les hauts et les bas de la démocratie participative, sans filtre, sans propagande. Loin des médias.

entrada avenida principal Barrio Bello monte

Entrée du quartier « Bello Monte »

reunion de testimonios 2

Nelly García

Je m’appelle Nelly Garcia, je suis une des dirigeantes de la communauté Bello Monte. Dès leur acquisition, ces terrains ont été destinés à l’enseignement agricole; ils ont été divisés en lots et vendus pour être cultivés par certaines personnes qui en furent nommées responsables. C’est une communauté qui s’étend sur environ 15 hectares et qui s’est agrandie par la suite. En 1984, nous nous sommes organisés pour fonder la première association de quartier.

En 1989, nous n’étions encore que peu d’habitants, environ une soixantaine de familles. Mais déjà notre force résidait dans l’organisation, ce qui a conduit d’autres habitants à se joindre progressivement à nous; nous avons conçu de nouveaux projets et nous avons effectué les démarches auprès des organismes compétents. Nous avons obtenu de pouvoir construire des logements à travers l’INAVI (Instituto NAcional de la VIvienda – Institut National du Logement), l’électrification, l’aménagement des  trottoirs, la construction de puits, du réseau d’égouts, bref tous les travaux d’assainissement et de viabilisation; tout cela s’est fait sur environ 15 ans ce qui a permis l’enracinement et le renforcement de la communauté.

Depuis lors nous travaillons avec les conseils communaux qui ont intégré la Mission Robinson (mission d’alphabétisation); les habitants du quartier ont aussi participé à la Mission Rivas (mise à niveau universitaire), certes pas de manière directe mais dans des communautés voisines.

Avec un groupe de personnes arrivées dans  la communauté en 2010, nous avons concrétisé un projet de logements élaboré par le premier conseil communal dont le financement avait été approuvé en 2009: remplacement de 4 «ranchos» (baraques) par des maisons décentes, rénovation de 66 logements et du terrain communal  multisports, construction d’une aire de jeux pour les enfants. Grâce à Dieu mais aussi à la lutte coopérative, nous avons obtenu durant la première période du conseil communal le déblocage de fonds pour la construction d’une maison communale; finalement avec ces fonds on a opté pour l’achat d’une maison en cours de construction. Les travaux ne sont toujours pas terminés, mais nous disposons ainsi d’un siège fixe pour toutes nos activités, fait rare dans les conseils communaux.

«Nous devons être capables d’appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance»

En tant que responsable de quartier, j’estime que nous ne pouvons pas transformer nos faiblesses en défaites; tout au contraire, nous, les responsables nous devons nous concerter et voir ce que nous avons fait et où nous avons failli, et à partir de là en tirer les leçons et la force pour qu’à la prochaine occasion les choses s’améliorent. A nous de nous former par le biais d’un apprentissage quotidien,  car chaque jour de lutte apporte des changements, il y a de nouvelles lois et de nouvelles structures avec lesquels nous devons nous familiariser. Je crois que nos faiblesses viennent de notre manque de formation. Notre formation comme responsables communautaires ou politiques doit se faire au jour le jour; ce sont des expériences que nous devons partager avec les autres et si nous n’avons pas la préparation adéquate nous ne pouvons pas interagir avec une communauté d’habitants aux orientations politiques et idéologiques aussi diverses, aussi différentes. Nous devons être capables de bien appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance et être prêts à  toute éventualité. Le travail communautaire n’est pas facile. Qui a dit que la révolution était une tâche facile ? Tout est politique et d’une façon ou d’une autre, la politique s’immisce dans nos foyers…

«Quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal.»

simon

Simon Landaeta

Je m’appelle Simon Antonio Landaeta, j’ai commencé à lutter ici dans la communauté en 1992 dans une des associations de quartier. En soumettant à referendum le nom de notre Conseil Communal, nous avons été pionniers en la matière, peu de communautés ont utilisé cette procédure; nous avons aussi élu le directeur de l’école Simon Rodriguez; nous avons recruté une des personnes de la communauté comme enseignant, le professeur Becerra. Peu de communautés peuvent se targuer d’avoir ce type de propositions et d’initiatives.

C’est notre lutte communautaire en 2002 qui a permis l’arrivée du personnel médical cubain à Palo Negro, tout un évènement. Il arrive que ces initiatives ne soient pas appréciées à leur juste mesure, ou qu’on ne les regrette que quand elles disparaissent, mais je connais tous les conseils communaux de la Commune et celui qui fonctionne le mieux, aux dires des habitants des autres communautés qui aimeraient avoir un Conseil Communal comme le nôtre, c’est le nôtre, le Conseil Communal de Bello Monte.

Nous nous efforçons de constituer notre Commune conformément aux orientations proposées par  notre président sur le démantèlement de l’État traditionnel, de l’État bourgeois, des mairies et des gouvernements. Nous le faisons en tant que communauté, en tant que peuple organisé. Comme l’a toujours dit notre président: le pouvoir appartient au peuple, aux communautés; le peuple doit s’approprier du pouvoir. Mais personnellement je remarque que quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal. Il ne poursuit pas la consolidation du projet communal; il y met des embûches; car il y voit là une structure rivale, une répartition du pouvoir qui entrave son leadership et son ascendant sur les gens. C’est encore, je ne dirais pas une faiblesse, mais un des travers sur lesquels il faut rester vigilants et qu’il faut surmonter pour renforcer le pouvoir communal.

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Ismery Castillo

Bonjour, je m’appelle Ismery Castillo. J’ai intégré la communauté Bello Monte en 2004, au moment du démarrage de la Mission «Barrio Adentro» (mission de soins de santé gratuite dans les quartiers populaires). Après quoi est venue la mise en place d’une structure préscolaire à l’Unité éducative Simon Rodriguez; le développement d’un module d’assistance aux citoyens dans leurs démarches, qui fonctionne toujours, au siège du Conseil Communal; il manque encore 2 modules à concrétiser; Le réaménagement du terrain multi-sport a été effectué grâce à l’apport financier de l’ONA (Office National Anti-Drogue) à hauteur de 150 000 bolivars.

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Cité Universitaire inachevée depuis plusieurs années

Il y a aussi le projet de cité universitaire, à l’entrée de la communauté Bello Monte; les ressources ont été octroyées par le Ministère de l’enseignement supérieur en 2005, 2006 et 2013; ce projet a été exécuté par étapes à l’époque où notre président Chavez était toujours vivant. Pour lui, cette cité était déjà achevée. En réalité nous sommes toujours en attente de l’achèvement des travaux car comme les choses se sont faites par étapes, tout a augmenté avec le temps et les sommes débloquées n’ont pas suffi à couvrir les achats ou travaux prévus initialement; donc l’œuvre reste en souffrance et avec le nombre important d’étudiants il est urgent d’avoir une nouvelle aide pour terminer les travaux: seuls les murs, l’électricité et une partie du câblage ont été effectués jusqu’à présent.

Nous fonctionnons actuellement avec quatre CLAP (Comité Local de Abastecimiento y de Produccion – comité local d’approvisionnement et de production).

Nous avons recensé 1042 familles réparties sur 838 logements, soit en tout 2904 habitants ; afin  que tout le monde puisse bénéficier du programme, grâce au premier bureau ouvert, nous avons actualisé ce recensement.organizando los CLAP 6

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Réunion d’organisation des CLAP au siège du conseil communal

Un autre projet pour lequel nous avons sollicité de l’aide auprès des institutions compétentes est celui de l’équipement en citernes, pompes et flotteurs. La demande a été faite à FUNDACOMUNAL (institution publique d’appui aux conseils communaux) et nous attendons la réponse.

L’axe culturel et sportif n’est pas négligé; on y a réfléchi; il viendra après la réhabilitation de l’habitat, par le biais de formations dans le domaine de la danse, de la culture, du théâtre, de l’informatique; les étudiants qui ont choisi d’étudier dans notre communauté nous aident en nous laissant les méthodes, outils et manuels pédagogiques, une fois qu’ils ont obtenu leur diplôme. Nous avons également le projet de construire un module de police; nous avons de la place pour ce faire.

Tout n’est pas que dépenses. Nous avons donné beaucoup de nous-mêmes, en complément à l’apport des institutions. Que nous ayons eu des problèmes, bien sûr, ne nous voilons pas la face !, mais nous discutons et nous révisons tout de la manière la plus transparente possible. Pourquoi ? Parce que le travail en communauté n’est pas facile, il y a de la méfiance envers certains conseils de quartier, qu’on accuse de voler par exemple. Un exemple : alors que nous étions en train de rénover les logements, une compagne du Conseil communal est allée porter plainte pour vol. Comment démontrer que c’était faux ? Nos camarades sont allés à la quincaillerie, ont demandé des copies de toutes les factures et nous avons pu démontrer que nous n’avions rien volé. Au contraire c’est le fournisseur qui était débiteur à notre égard d’une somme de près de trois mille Bolivars, et c’est nous qui étions traités de voleurs ! Mais la leçon a été retenue : désormais nous travaillons minutieusement, nous contrôlons chacune des factures, les copies, les formulaires, les plannings. On ne va pas se faire avoir une nouvelle fois !

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Reinaldo Corredor

Bonjour, mon nom est Reinaldo Corredor, j’habite dans cette communauté depuis 1995 environ. Depuis mes débuts ici je me bats pour l’organisation des travailleurs dans le secteur textile. C’est là que j’ai compris la nécessité d’une participation du peuple et des travailleurs dans la construction d’un véritable socialisme, d’une nouvelle société.

Mon implication date des années 1997-1998, quand j’ai intégré l’association de quartier. L’organisation de la communauté s’est construite sur plusieurs fronts; dans nos tracts nous parlions de «front résidentiel», «front sportif» car c’était la terminologie qu’on utilisait dans les années 90. J’ai toujours considéré que si les premiers pionniers ont pu obtenir ce qu’ils ont obtenu en apportant leur pierre, alors imaginez ce que nous pourrions conquérir tous ensemble, aujourd’hui ! J’ai aussi fait partie des comités de secteurs fonciers, c’était le secteur A je crois ; il y en avait 4 (A, B, C et D) ; c’est de là que sont nés les conseils communaux.

« Sinon, on va rester toujours sous le joug, dominés, tu comprends… »

Nous ne pouvons pas abandonner cette lutte de chaque instant, aussi prégnant soit le contexte, aussi forte soit la guerre économique. L’essentiel réside dans la participation de tous, parce que quels que soient les dirigeants de l’État ou d’un pays, il leur est impossible de résoudre l’ensemble des  problèmes qui se présentent.

L’émancipation du peuple dépend du peuple lui-même, tu comprends. Il faut que le peuple réalise enfin que c’est à partir de ses seules mobilisations et participation que l’on peut obtenir et consolider les réussites. Sinon, on va rester toujours sous le joug, toujours dominés, tu comprends…

En ce qui concerne les projets à venir d’une Commune comme la nôtre, qui est composée de 13 conseils communaux, nous avons l’intention de développer un axe agricole et touristique; en effet, nous avons des terres cultivables; c’est notre environnement et nous devons aller vers une pleine participation à l’exploitation de ces terres afin d’arriver à une production agricole durable et solide. Un autre projet qui pourrait grandement aider la Commune serait la vente du lait de l’entreprise publique « Los Andes », qui ne rapporte pas beaucoup certes, mais ce sont ces choses qui appartiennent au gouvernement que nous devons contrôler de plus en plus via les circuits de production et de commercialisation. C’est ainsi que l’État révolutionnaire met à disposition du peuple les ressources et l’invite à s’organiser pour en disposer; mais c’est aussi là qu’est notre faiblesse, notre retard à l’allumage : le peuple n’a pas encore compris l’intérêt de la participation de chacun dans l’appropriation des choses.

Mon avis personnel est qu’une éducation sur ce qu’est un socialisme participatif, actif, doit être impartie dans les écoles, les lycées et les universités; de fait notre Conseil communal est un de ceux qui sont le plus fréquentés par les étudiants; pour qu’ils luttent à nos côtés pour les mêmes objectifs que nous; mon engagement personnel est de veiller à ce que l’éducation participative et active soit une réalité dans le domaine éducatif; et nos enfants, parce qu’ils sont aussi étudiants, sont les témoins de nos démarches et de nos discussions au sein de la famille. J’espère que tôt ou tard ma fille va y entrer pour qu’elle apporte sa contribution, qu’elle soit protagoniste et actrice dans ce travail commun.

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Santos Flores (gauche)

Je m’appelle Santos Flores, je suis arrivé ici en 2009. D’emblée j’ai intégré le Conseil communal, grâce au camarade Simon Landaeta. J’ai cherché l’adresse et me suis renseigné auprès des leaders du Conseil, et je me suis lancé. J’ai participé aux différentes élections et je suis encore à ce jour au Conseil. De 2009 à ce jour nous n’avons pas cessé de travailler. Nous avons eu nos moments de faiblesse, mais nous avons su rebondir. Notre rôle est de servir, quelles que soient les critiques, les commentaires à notre encontre. C’est à ça que nous avons été appelés : à servir ; à être au service de la communauté, comme l’a dit le président Chavez, être au service des autres, sans aucune contrepartie financière. Et c’est ce qui plaît aux gens, recevoir un service, d’intérêt public, sans qu’ils aient à payer.

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rue principale

La majorité des rues ne sont pas éclairées, seule la rue principale est  éclairée, les autres sont encore dans le noir. Nous avons contacté CORPOELEC (compagnie publique de l’électricité); ils nous ont promis de venir, mais à ce jour et après plusieurs rendez-vous manqués, ils ne l’ont toujours pas fait. Ce problème ne concerne pas seulement le quartier de Bello Monte, mais d’autres secteurs vitaux de la commune. Ils nous ont apporté les ampoules manquantes dans la rue principale. Les gens de la communauté se rendent compte de ce qui est fait quand ils constatent de visu que tu montes sur les poteaux pour installer les ampoules, mais si tu fais quelque chose moins visible à priori, pour aussi bon que ce soit, ils ne semblent pas s’en rendre compte.

Comme je suis un des porte-parole, c’est à moi que la communauté adresse les réclamations. Je réponds que si j’en avais la possibilité j’installerais moi-même les ampoules, mais ce n’est pas dans mes prérogatives; on transmet seulement les projets, et il ne reste aux employés gouvernementaux qu’à intervenir; mais à ce jour ils ne l’ont pas encore fait.

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Blanca Facundez

Mon nom est Blanca Facundez, je participe au comité de santé de notre communauté. J’ai commencé en 2006 et à ce jour je continue toujours dans ce même comité. A trois ou quatre reprises dans le courant de l’année nous menons des campagnes de soins: vaccinations, en podologie, ophtalmologie, réhabilitation… Tous les comités assument leurs responsabilités au moment opportun.

L’an dernier nous avons recensé 85 personnes du troisième âge, parmi lesquelles nous en avons repéré, grâce à Dieu, une douzaine qui étaient en attente d’une retraite.

Il est bon de s’investir dans ce genre de tâches et d’inviter les gens à le faire pour qu’ils réalisent que ce n’est pas facile, combien d’effort cela représente et combien il faut aimer les gens que tu prends en charge mais aussi aimer ce que tu fais; sans se préoccuper de ce que les gens disent car il y a toujours des personnes pour affirmer qu’on ne travaille pas.

Au cours de ces campagnes, nous sommes en contact avec les petits commerçants du quartier, qui nous aident bien, grâce à Dieu, et s’il manque quelque chose, entre nous tous nous arrivons à compléter; j’ai appris que les choses progressent positivement avec beaucoup de force de volonté, pas mal de tolérance et de pragmatisme.

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Antonio Guanipa

Je m’appelle Antonio Guanipa je suis actuellement porte-parole du comité d’économie populaire; mon rôle ne s’est pas cantonné à celui de porte-parole, j’ai aussi contribué au développement des bénéfices concrets de l’action collective : par exemple ce parc a pu être réalisé grâce à la main d’œuvre fournie par nous tous, les habitants du quartier, de même que pour le terrain multi-sport.

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Raquel Sanchez

Bonsoir, je m’appelle Raquel Sanchez, je vis ici depuis 1990, je suis membre également du Conseil Communal. J’ai même fait de la prison à cause de cette longue lutte, et je suis toujours là (rires). J’ai beaucoup appris. J’ai appris à connaître chaque membre de la communauté, celui qui est solidaire, celui qui ne l’est pas. Je rappelle à l’ordre les voisins pour qu’ils s’intègrent au collectif afin de ne pas laisser dépérir le travail de ceux qui se sont investis pour nous; je rappelle les bénéfices concrets de l’engagement de tous : le terrain multi-sport, la présence d’un médecin à Bello Monte  -jusqu’alors un enfant malade devait partir au petit matin à l’hôpital de la Sécurité sociale- ; nous ne souhaitons pas revenir en arrière et nous nous appuyons sur les acquis et l’espoir que nous a laissés le président Chavez.

Le drainage des eaux pluviales et l’asphaltage de chemins agricoles, c’est un autre projet qui nous mobilise actuellement, et qui implique les institutions officielles – gouvernement régional, mairies, conseil fédéral de gouvernement (institution chargée de transférer les fonds publics aux projets des conseils communaux)-; j’ai informé les gens que nous sommes attentifs au bon déroulement de ce projet, et que quand il sera mené à son terme nous le célébrerons comme il se doit, ici à Bello Monte, avec feux d’artifice et fêtes (applaudissements).

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Ana Ibarra

Bonsoir, je m’appelle Ana Ibarra,  je travaille au sein du comité d’alimentation depuis 2005, année au cours de laquelle a été créée la maison communale d’alimentation de Bello Monte qui approvisionnait 150 personnes par jour, parmi lesquelles des personnes du 3e âge, des enfants en situation de handicap  des femmes enceintes et des mères célibataires à faibles revenus: les aliments fournis leur permettaient d’assurer l’équivalent d’un déjeuner et d’un goûter quotidiens.

Nous avons dispensé des cours de conservation des aliments, de pâtisserie locale; les bénéficiaires y assistaient ainsi que des mères. En ce moment la maison communale d’alimentation ne fonctionne plus parce que la propriétaire a vendu le local et l’équipement et les ingrédients sont en attente de transfert chez une autre mère engagée dans le processus. Ça fait un an et quelques mois que nous attendons sans résultat. C’était un beau local accueillant, et quand on nous demande quand le nouveau va ouvrir nous sommes malheureusement incapables d’apporter une réponse concrète.

Nous aimerions que la communauté bénéficie à nouveau de ce service, même s’il est minime, car les besoins des gens en la matière sont réels, je pense notamment en priorité aux vieillards et aux enfants qui sont dans les rues. Nous assurions ce service de 7h00  à 14 h00, et le faisions de manière très personnalisée, car chaque personne bénéficiaire avait sa problématique, ses besoins spécifiques. Et chacun était servi avec le même amour et la même affection.

plan general proyectosTémoignage du Conseil Communal « Bello Monte », Palo Negro, État d’Aragua, mai 2016. Transcription et photos: Thierry Deronne

Publication en espagnol : http://laculturanuestra.com/voces-comuneras-no-queremos-seguir-siempre-arreados-ni-dominados/

Traduction: Jean-Claude Soubiès

URL de cet article: http://bit.ly/2av4g4h

La BBC reconnaît qu’il y a « des représentations exagérées et des mythes » à propos de la crise au Venezuela

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Un article de la BBC reconnaît que les médias ont fortement exagéré ce qui se passe au Venezuela…

Sans laisser d’admettre les difficultés que traverse le Venezuela, un correspondant de la chaîne britannique reconnaît qu’il est faux de dire que le pays vit une situation de « famine », ou qu’il est en train de se « cubaniser », ou que le chavisme est en train de disparaître, qu’il n’y a pas de liberté de la presse ou que les gens ne se distraient pas. Il explique que la perception de notre pays par les gens de l’extérieur est « catastrophique ». A quoi cela est-il dû ?

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

Dans un article intitulé « 5 mythes à propos de la crise au Venezuela » (et ce qui se passe en réalité), la BBC, un média qui a été traditionnellement plutôt critique envers le gouvernement du président Nicolas Maduro, reconnaît qu’il y a « des représentations exagérées » dans la perception qu’ont les habitants de nombreux pays de la situation actuelle du Venezuela.

« Chaque fois que je sors du pays, je me retrouve face aux questions de ma famille, de mes collègues, me demandant si tout est réellement aussi grave, aussi catastrophique qu’on le rapporte dans les médias », écrit Daniel Pardo, qui a écrit des articles assez durs à la BBC sur la situation du Venezuela.  « Les questions commencent avec « tu manges ? » en passant par « Le gouvernement te censure ? » et finissent par « Tu as des gardes du corps ? » ».

Pardo reconnaît que les produits de base comme le riz, la farine ou le lait sont très difficiles à obtenir mais que « même s’ils sont très chers, les vénézuéliens parviennent à trouver des fruits, des légumes disponibles à tous les coins de rue ».

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Les médias écrits, radio, TV, en majorité privés au Venezuela, font campagne contre le gouvernement sur des thèmes comme « la famine ».

L’un des cinq mythes qu’il attaque dans son article est celui comme quoi il y aurait une  famine au Venezuela. Bien qu’il signale que 90% des vénézuéliens mangent moins – selon une enquêtrice- et qu’en 2016 les conditions se sont dégradées, il précise aussi : « mais il ne s’agit pas de famine, telle que la définit le Programme Mondial d’Alimentation des Nations Unies »  c’est-à-dire qu’au moins 20%  des foyers souffrent d’un manque sévère, que la malnutrition soit de 30% et que 2 personnes sur 10 000 meurent quotidiennement. »

Pardo ne précise pas le nombre exact de personnes qui meurent par dénutrition au Venezuela. Il n’a obtenu que les chiffres donnés par les secteurs d’opposition qui ne sont pas des porte-paroles autorisés en la matière. Selon eux, il y a eu 28 morts par jour par dénutrition au Venezuela en juin, chiffres qui n’ont pas pu être confirmés ou confrontés de façon indépendante.

« Selon l’ONU, une famine au Venezuela, où il y a 30 millions d’habitants, signifierait 6000 morts par jour par dénutrition » explique Pardo. « Les experts vénézuéliens sont d’accord pour dire que ce qui se passe chez eux ce n’est pas la même chose qu’en Ethiopie dans les années quatre-vingts ou en Corée du Nord dans les années quatre-vingt-dix », cas qui ont été définis comme des famines.

Pourquoi dire qu’il y a une situation de « famine » au Venezuela ?

Pardo n’explique pas pourquoi il y a un si grand intérêt à imposer l’idée qu’il y a une famine au Venezuela : son existence justifierait une intervention étrangère dans le pays à des fins « humanitaires ». Dans le manuel TC 18-01 des Forces Spéciales étasuniennes sur la Guerre Non Conventionnelle, l’ « assistance humanitaire » constitue la phase finale d’une série d’opérations de sabotage économique et politique dans un pays où l’on doit intervenir.

Et pourquoi faut-il intervenir au Venezuela ? Il aurait été intéressant que Pardo fasse un résumé des immenses richesses naturelles qu’il y a dans le pays, et des nombreuses tentatives mises en œuvre depuis 2001 par des agents corporatistes et politiques intérieurs ou extérieurs, réalisées pour tenter de renverser Hugo Chavez et son successeur.

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Les CLAP représentent un important effort de la part du gouvernement pour faire parvenir des aliments aux secteurs populaires.

Pardo ne signale pas non plus qu’il existe de grandes tentatives de la part du gouvernement vénézuélien pour aider, en particulier, les secteurs les plus vulnérables du pays qui pourraient être affectés par la crise, telles que les bases des missions, les cartes de missions qui apportent des subventions aux familles les plus pauvres, ou bien les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, soit les CLAPs.

« Cubanisation »

Pardo consacre également l’un des paragraphes de son article à nier le fait que « le Venezuela se soit cubanisé »

En premier lieu, il faut expliquer l’origine politique que revêt ce mot, très utilisé par les détracteurs du socialisme, lesquels affirment que les conditions de vie se sont détériorées dans des pays comme le Venezuela ceci étant, soit disant, une conséquence de la tentative de mettre en œuvre un système économique socialiste.

Comme de coutume, on omet de dire qu’en réalité aucun pays n’est parvenu à mettre en œuvre un système économique socialiste, pas même Cuba. Un grand nombre de problèmes vécus dans ces pays ne sont pas dus au socialisme, mais aux sanctions commerciales et aux différentes formes de sabotage que l’on a appliquées contre eux.

Par exemple, le blocus étatsunien contre Cuba a imposé durant cinquante ans de sévères sanctions à toute entreprise étatsunienne qui s’établirait sur l’île ou entretiendrait des relations commerciales avec son gouvernement. On inflige même des amendes à des citoyens étatsuniens qui voyagent à Cuba pour faire du tourisme.

Ceci se trouve très peu expliqué dans les médias.

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Le gouvernement de Barak Obama a assoupli quelques sanctions imposées par les Etats-Unis à Cuba, à tel point que quelques productions d’Hollywood, comme « Rapide et Furieux » ont été enregistrées à la Havane. Néanmoins, le blocus des Etats-Unis contre Cuba se poursuit et l’assouplissement de celui-ci dépendra, en grande partie, de qui gagnera les prochaines élections.

Dans son analyse, Pardo omet cette explication, il reconnaît en revanche que le secteur privé a beaucoup plus d’activité au Venezuela qu’à Cuba, en indiquant qu’ici, il est encore normal que les gens fréquentent le week-end des magasins ou des endroits comme McDonald’s, Zara ou Bershka et qu’il existe de grands centres commerciaux qui continuent à fonctionner bien que leurs ventes soient très faibles.

Il n’explique pas qu’une partie de ces problèmes est due à la nécessaire priorisation des devises que réalise le gouvernement vénézuélien à la suite de la chute des prix du pétrole : auparavant, le Venezuela pouvait vendre du pétrole à 120 dollars le baril, mais à présent il doit le faire à 37 dollars ou moins. Avant cette brusque chute des revenus tirés du pétrole, la plupart des devises qui entrent doivent être utilisées pour importer des aliments et des médicaments et le reste est offert à des taux de change supérieurs ce qui fait que de nombreux produits importés atteignent des prix exorbitants.

Une autre cause de la chute des ventes dans les centres commerciaux, et que Pardo omet dans son article, est dû au rationnement électrique provoqué par la grande sécheresse qu’a traversé le pays jusqu’à il y a peu ; ceci se trouve à l’origine du fait que l’on impose des horaires à ces établissements. La majeure partie de l’électricité au Venezuela est produite par des centrales hydroélectriques dont les retenues d’eau se sont trouvées dans une situation particulièrement critique.

Cependant, Pardo admet qu’au Venezuela « il y a des banques espagnoles et étatsuniennes, succursales des multinationales les plus importantes du monde et des médias indépendants du monde entier ».

Liberté d’expression et de presse

Pardo évoque également différents problèmes que rencontre « la presse indépendante » (ou ce qu’il entend, lui, comme telle),  parmi eux les difficultés pour importer du papier hygiénique. En réalité, il y a des difficultés pour importer quoique ce soit, ceci étant dû à la faible disponibilité de devises pour les raisons évoquées ci-dessus. Il n’y a pas que la presse qui ait ces difficultés : tout type d’entreprise publique et privée a des problèmes pour importer des produits venant de l’extérieur.

Les difficultés en ce qui concerne le papier ne sont pas limitées aux médias de l’opposition : les médias officiels et de gauche, et même les maisons d’édition et d’imprimerie gouvernementales, ont également des difficultés à l’heure d’obtenir du papier ou des matériaux importés, la seule chose c’est qu’ils ont tendance à ne pas faire de scandales publiquement sur ces problèmes.BBC5

A certains moments, les journaux Courrier de l’Orénoque et CiudadCCS, qui sont édités par des institutions du gouvernement bolivarien, ont dû imprimer des tirages réduits à une quantité de pages moindre qu’à l’accoutumée ; les maisons d’édition du Ministère de la Culture ont également dû se résoudre à publier et distribuer de nombreux livres en format électronique ou digital, façon de continuer à distribuer divers ouvrages face au manque de papier et d’encre. Rien de cela ne peut être attribué à quelque type de censure que ce soit, mais aux évidentes difficultés d’accès aux devises pour importer des produits, et à la nécessité de donner la priorité au plus important : les aliments et les médicaments.

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Miguel Enrique Otero et d’autres éditeurs de journaux sont poursuivis pour diffamation continuelle et aggravée.

Sans doute l’un des plus grands mensonges qui figure dans l’article de Pardo est-il « de nombreux journalistes mis en examen ou en prison ». Néanmoins, Pardo ne signale pas que le Venezuela, à la différence de pays comme le Mexique ou le Honduras, ne connaît pas de problèmes d’assassinat de journalistes. En 2015, on a enregistré au Mexique 14 cas d’assassinat de communicateurs sociaux et deux autres sont déclarés disparus, selon les données de la Commission d’Enquête sur les Attentats sur des journalistes-Fédération Latino-américaine de Journalistes (CIAP-Felap). Au Honduras, il y eu 10 cas de journalistes morts de façon violente cette année, suivis de huit au Brésil, de cinq en Colombie et de trois au Guatemala.

Quant aux « journalistes » poursuivis, dans de nombreux cas, il s’agit de plaintes de particuliers non pas contre des communicateurs mais contre quelques éditeurs ou propriétaires de journaux, tels que Miguel Enrique Otero, Federico Ravell, Teodoro Petkoff ou Rafael Poleo, qui ont accusé différentes figures politiques du chavisme, de façon réitérée et sans preuves, d’appartenir à des cartels de la drogue ; ceux-ci ont porté plainte pour diffamation aggravée et continuelle. Aucun d’entre eux n’est détenu, et tous ces journalistes continuent de circuler.

Otero fait également l’objet d’un jugement suite à une plainte d’Alfredo Peña, ancien maire de Caracas et furieux opposant, pour une grosse dette en dollars, ce qui a donné lieu à une enquête quant à l’origine de cet argent.

Accès à Internet

Au sujet de l’accès à Internet, il signale que « c’est le plus lent de la région, mais presque tout le monde a une connexion avec accès à Facebook, Netfix et aux médias internationaux critiques sur le gouvernement. A Cuba, non ».

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La remise de 3 millions d’ordinateurs portables à des garçons et fillettes des écoles publiques vénézuéliennes, avec des contenus éducatifs, est une autre réussite du gouvernement vénézuélien fréquemment omise dans des articles de médias internationaux.

Pardo ne précise pas que l’accès à Internet au Venezuela pour des personnes de secteurs populaires ou ruraux est beaucoup plus grand que dans d’autres pays, pas plus qu’il ne précise que l’accès à Internet à Cuba a été restreint, entre autres raisons, pour des difficultés imposées par le blocus étatsunien à l’île.

Dans sa comparaison entre le Venezuela et Cuba, Pardo ne mentionne pas les nombreuses réussites en matière d’éducation et de santé que connaît l’île et que l’on ne voit pas, en général, dans les pays capitalistes de la région ; mais, elles commencent à être visible au Venezuela, en particulier l’accès à l’éducation universitaire et la baisse de la mortalité infantile.

Par contre, Pardo signale que l’ampleur des frontières qui caractérise le Venezuela et le fait qu’il soit un pays pétrolier se trouvent à l’origine de très graves problèmes de contrebande, lesquels n’ont pas cours à Cuba s’agissant d’une île.

Le Président Maduro

Pardo souligne que le président Nicolas Maduro conserve à peine 30% de soutien « selon différentes enquêtes », bien qu’il signale, ce qui est véridique, « que c’est plus que ce qu’ont les présidents du Brésil, du Chili ou de Colombie ».

Toutefois, celui qui écrit reconnaît que « Chavez continue d’enregistrer 60% d’approbation et qu’il est donc difficile de parler de fin du chavisme ».

Vie nocturne

L’analyse que réalise Pardo sur l’insécurité et la délinquance au Venezuela est un peu superficielle et n’en analyse pas les causes sinon les effets : Pardo signale que « dans les secteurs de classe moyenne et privilégiée, les rues restent désertes après 21heures, mais « il exprime une grande vérité : « Il y a encore de nombreux vénézuéliens, non seulement à Caracas, mais dans tout le pays, qui vont en discothèque, fréquentent les bars et restaurants. Paradoxalement, là où il y a le plus d’homicides, les quartiers populaires, la nuit est aussi animée que dans n’importe quelle ville. »

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Des améliorations ponctuelles quant à la vie nocturne dans le centre de Caracas sont fréquemment passées sous silence dans des articles comme celui de la BBC. Le toit de la Baleine est un lieu qui se situe dans le quartier historique de Caracas.

Il reconnaît également que « les centres des villes et des villages, durant la journée, sont aussi sinon plus animés, folkloriques ou joyeux que dans n’importe quel autre endroit d’Amérique Latine », et sur ce point, il a tout à fait raison.

Pardo omet de dire qu’il y a eu des réussites particulières. Le centre historique de Caracas était devenu un lieu très dangereux à partir de 18 heures. Les travailleurs devancés par le président d’alors, Hugo Chavez, le maire Jorge Rodriguez et le gouvernement du district de la Capitale sont parvenus à transformer le centre de Caracas et certains lieux proches, comme le Théâtre Teresa Carreño, en des lieux de vie, avec de nombreux théâtre et locaux commerciaux ouverts jusqu’à 21 heures.

Source en espagnol : http://albaciudad.org/2016/07/bbc-mitos-sobre-crisis-venezuela/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2f8

Les Sans Terre du Brésil construisent une nouvelle école au Venezuela

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Caquetios, Etat de Lara (ouest du Venezuela). A gauche,  Edson Marcos, coordinateur de la Brigada Apolonio

Etat de Lara (ouest du Venezuela), juillet 2016. Edson Marcos (gauche), coordinateur de la Brigada Apolonio de Carvalho des Sans Terre au Venezuela, et Celia Rodrigues, coordinatrice de l’école intégrale « Caquetíos ».

T.D. – Celia, Edson, quel bilan faites-vous de l’accord qui lie les Sans Terre du Brésil au gouvernement vénézuélien ?

Edson Marcos Nous sommes ici depuis dix ans. Dix ans de multiples activités. Tous les Sans Terre venus du Brésil pour travailler dans le cadre de cet accord ont beaucoup, beaucoup appris. Aujourd’hui nous sommes en train de construire une école de formation sociopolitique et technique, agroécologique, provisoirement baptisée « Caquetios » comme l’Unité de Production Agricole où elle est basée. Nous disposons de terres productives. Les chambres, le réfectoire son quasi prêts, il manque encore quelques détails, mais nous démarrerons bientôt avec une capacité d’hébergement de soixante personnes par formation.

Celia Rodrigues – Nous sommes présents ici avec toute notre volonté, toute notre mystique, pour apporter notre pierre à la construction de la révolution bolivarienne. « Caquetios » est un défi que nous devons relever avec l’ensemble du peuple vénézuélien, de ses collectifs. L’objectif est de fortifier le mouvement populaire, les communes et en particulier le mouvement paysan du Venezuela.

T.D. – C’est le Ministère des Communes qui soutient le projet ?

Edson Marcos – Oui mais nous sommes aussi soutenus par celui de l’Agriculture et des Terres, et par celui de l’Agriculture Urbaine. En fait, nous avons des relations avec l’ensemble du gouvernement : nous envisageons un accord avec le Ministère de l’Éducation et avec celui de l’Enseignement Supérieur pour réunir des enseignants, des techniciens qui pourront  apporter d’autres contenus a l’école.

Celia Rodrigues – Quand nous parlons d’institution au Brésil et au Venezuela, nous parlons de deux choses différentes ! Car ici a lieu une révolution, malgré toutes les contradictions qu’elle porte. Nous comprenons que nous devons agir autant dans le champ institutionnel que dans le champ de notre autonomie sociale. Nous sommes des alliés du gouvernement bolivarien mais nous ne sommes pas « gouvernementalistes ». Et l’institution est claire aussi sur ce point : notre autonomie est respectée.

De gauche à droite : Willians Sivira, Juan José Moreno, militants de la communicarion populaire, Anaemilia Borba et Denir Sosa, responsables pédaggiques et d'organisation.

De gauche à droite : Willians Sivira, Juan José Moreno, militants vénézuéliens de la communication populaire, Ana Emilia Borba et Denir Sosa, responsables brésiliens de la formation et de l’organisation.

T.D. – Dans cette école, les étudiants pourront produire leur propre alimentation ?

Edson Marcos – L’idée est de garder le maximum d’autonomie en matière d’alimentation, d’où cette intégration des étudiant(e)s au travail de la terre, ce qui leur permettra aussi d’expérimenter la production de semences.  Nous avons créé une fondation, le gouvernement nous appuie dans l’infrastructure pour inviter les étudiants et pour planifier la mise en culture de cette grande étendue de terres autour de l’école.

T.D. – Vous avez déjà réussi à sauver un maïs indigène…

Edson Marcos – Oui, il y a un peu plus d’un an, nous sommes tombés sur ce maïs du type « guanape », qui avait pratiquement disparu du pays. Nous avons semé six quintaux de cette variété excellente, très productive et très résistante, ici et dans une plantation à 40 km d’ici. Nous sommes en train de récolter les grains, nous en avons déjà envoyé dans d’autres lieux du pays. Nous produisons d’autres semences agroécologiques : coriandre, aubergine, pois cajan, salade, choux, navets, et d’autres légumes.11393067_852056694849922_1080582383842064742_n

T.D. – Cette école sera une plate-forme ouverte à tout type de formation proposée par  les mouvements sociaux: de l’agroécologie au théâtre populaire…

Edson Marcos – En effet. Nous somme dans la phase d’administration, de penser la stratégie politique de l’espace, avec une planification ouverte à tous ceux qui veulent venir suivre ou donner des cours ici. Ce sont ces différentes formations qui vont faire croitre le projet. Notre tâche, ici, est transitoire, nous n’allons pas demeurer ici indéfiniment. Nous allons former une équipe vénézuélienne pour assumer la coordination de l’école, avec nous au début, puis elle-même, totalement.

CnxXvX8WEAAamOzCelia Rodrigues – L’école doit remplir sa fonction sociale d’échange
de connaissances pour nos organisations, y compris pour les militants de la Brigade des Sans Terre au Venezuela, nous espérons que tous ceux qui passent par ici gardent une impression aussi positive que les étudiant(e)s de notre Ecole Nationale Florestan Fernandes (au Brésil, NdT). Que tous sachent qu’ici ils peuvent apprendre quelque chose, et que nous, brésiliens, voulons apprendre aussi.

T.D. – Au Brésil, les Travailleurs Ruraux Sans terre sont le mouvement social le plus mobilisé contre un coup d’État qui est aussi médiatique…

Edson Marcos – Dans la dernière période du gouvernement progressiste, de Lula a Dilma, le Mouvement des Sans Terre s’en est tenu plus ou moins à sa position d’autonomie et nous avons parfois exprimé de dures critiques sur sa politique. Mais la priorité du moment est de le défendre. Dès le coup d’Etat, nous sommes descendus dans la rue pour défendre ce gouvernement, non pour ses erreurs mais pour ses réussites. Les gains pour les travailleurs et pour les plus pauvres ont été très importants. Le retour au néo-libéralisme, pour nous, constitue une très forte régression. Aujourd’hui de nombreux citoyens et mouvements ont rejoint le « Front Populaire » pour mener la lutte. 100 % des médias brésiliens appartiennent aux grandes corporations. Qui paie l’orchestre choisit la musique : les contenus, les éditoriaux, sont en faveur du coup d’Etat et cherchent à désorganiser le monde du travail. La situation est très dure car nous n’avons pas réellement de médias alternatifs pour toucher l’ensemble des citoyens. Reste le travail de base comme outil principal pour diffuser la contre-information.

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Entretien : Thierry Deronne. Photos : T. D. et Brigade Apolonio de Carvalho.

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Le courage d’un député face au monde créé par les médias

Exemple parfait, s’il en était encore besoin, que la majorité des politiques ne peuvent plus penser hors du monde créé par les grands groupes de médias, le parlement européen s’est récemment fait l’allié de la campagne contre la démocratie participative du Venezuela en demandant « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques » (sic).

Dans notre article « Venezuela, pierre de folie » (1), nous avons expliqué que Leopoldo López, un des « prisonniers politiques » que les principaux groupes de la Chambre européenne appellent à libérer, est le bras droit au Venezuela de l’ex-président colombien Alvaro Uribe (un des principaux criminels de guerre et contre l’humanité en Amérique Latine, dont on attend toujours la traduction en justice). Mr. Lopez, leader de l’Aube Dorée vénézuélienne, a été condamné par la justice à 13 ans de prison pour sa responsabilité dans les délits d’incendie volontaire, d’instigation publique à la violence, dommages aux biens publics et association de malfaiteurs, lors d’une campagne visant à renverser le président Maduro.

Il n’y a aucun prisonnier politique au Venezuela mais certains terroristes d’extrême droite, entraînés par les paramilitaires colombiens, auteurs d’assassinats ou d’attentats, ont été arrétés et jugés, comme cela se passe dans n’importe quel Etat de Droit. Ce sont eux que les médias transforment en « prisonniers politiques ».

De plus, l’instance européenne dit que le gouvernement vénézuélien doit respecter « les mécanismes légaux reconnus dans la Constitution pour révoquer le président Maduro avant la fin de 2016 », feignant d’ignorer que le Conseil National Electoral (CNE) vérifie actuellement les signatures présentées dans ce but par la droite (nous l’expliquons dans le même article). Le CNE est l’organisme recteur d’une vingtaine de processus électoraux organisés depuis le début de la révolution bolivarienne. Tous ont été validés par les organisations internationales pour leur légitimité et pour leur transparence (dont l’UE, l’OEA, l’UNASUR, etc..).

Enfin, « les députés européens appellent instamment le président Nicolás Maduro et son Gouvernement à appliquer de façon urgente des réformes économiques en collaboration avec l’Assemblée Nationale – contrôlée par l’opposition de droite – pour surmonter la crise, en particulier la pénurie d’aliments et de médicaments ». C’est comme si on avait sommé Salvador Allende de résoudre la guerre économique (basse production d’aliments et détournement de produits) sans expliquer sa mise en oeuvre par la droite locale, le secteur privé de l’importation et de la distribution et les Etats-Unis de Richard Nixon. Enfin le P.E. parle de « crise humanitaire », argument-clef pour justifier l’intervention d’une grande puissance…

Bref, face au contrôle du discours et de la pensée du politique par les médias, la réponse du député européen Jean-Luc Mélenchon (France) est un exemple de courage et d’honnêteté qui mérite une très large diffusion.

 

Voici le texte de son intervention : « Voilà une résolution qui ne sert strictement à rien. Je demande dans quel pays du monde on traite le gouvernement de dictature quand il perd les élections et qu’il le reconnaît, qu’il perd les référendums et qu’il le reconnaît. Dans quel pays au monde on est d’accord pour soutenir un opposant qui stocke chez lui des armes de guerre et des bombes ? Si vous faites ça, alors préparez-vous à traiter de prisonnier politique n’importe quel terroriste que nous avons arrêté. Peut-être que monsieur Maduro aurait dû faire donner mille coups de fouet à cet opposant, parce qu’alors il bénéficierait du silence complice de cette assemblée, comme vous le faite pour l’Arabie Saoudite, dont vous trouvez cependant le moyen de citer l’un des ressortissants, qui est président de la commission des droits de l’homme – oui, des droits de l’homme ! -, un Saoudien président de la commission des droits de l’homme de l’ONU, pour montrer du doigt le Venezuela. La vérité, c’est que vous ne vous occupez que de ceux qui défendent les pauvres pour les fustiger et les discriminer. La vérité, c’est que tout ceci participe à une entreprise de déstabilisation organisée par les États-Unis d’Amérique qui font des coups d’État institutionnels comme ils l’ont fait au Guatemala, comme ils l’ont fait au Brésil, comme ils l’ont fait au Honduras, et que tout ceci n’est qu’un moment de propagande internationale de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique. Ça ne vaut strictement rien, et je dis la colère de ceux qui aiment les gouvernements qui défendent les pauvres. »

Note : (1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/24/venezuela-pierre-de-folie/

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Au Venezuela, la bataille pour récupérer le revenu des familles

P1270659La conjoncture économique vénézuélienne a entraîné de grandes inflexions qu’on ne peut nier ni occulter. Si on considère la guerre économique comme en faisant partie, toute guerre a ses victimes et, pour de nombreuses familles vénézuéliennes, la victime majeure est le revenu réel, le pouvoir d’achat familial.

Cela fait déjà trois ans que les systèmes et sous-systèmes d’approvisionnement et de prix sont soumis à un chaos programmé et télécommandé. L’usure résultant des facteurs industriels et de distribution produit ses effets et l’on constate un profond impact dans un contexte économique où les délits d’accaparement s’imposent et où la spéculation ronge de façon accélérée le revenu familial. La situation s’aggrave du fait de la chute des cours du pétrole, en raison de l’étroite interrelation entre des facteurs industriels et la rente en devises. Avec les cours du pétrole actuellement bas, l’Etat a moins de ressources pour procéder à des importations et soutenir l’économie.

Dans le cadre de l’Agenda économique bolivarien, cette conjoncture appelle une restructuration du modèle économique. De façon pragmatique, des stratégies sont mises en œuvre pour réorienter l’ensemble de l’économie, en créant de nouveaux espaces de gouvernance, en procédant à des ajustements et en centrant les efforts sur la résorption des déséquilibres. En théorie, le second semestre 2016 pourrait être plus favorable sur le plan économique que le premier en termes d’approvisionnement mais à ce jour l’impact de la baisse réelle du pouvoir d’achat est réel. Il est tellement profond qu’il importe avant tout de l’examiner rigoureusement et sans tabou. Il est plus important à l’heure actuelle d’en analyser les mécanismes afin de contenir la chute du revenu réel et de créer les conditions élémentaires de sa récupération.

On nous a « mexicanisé » l’économie

Je me permets de vous relater une anecdote personnelle. J’étais il y a peu à Mexico dans le cadre d’un événement politique et académique pour expliquer des aspects de la situation économique et politique du Venezuela. J’ai essayé de comprendre comment les choses fonctionnent là-bas, je me suis empressé d’interroger de nombreux mexicains sur des aspects quotidiens de l’économie, dans un pays où les étals sont bien fournis, ce qui suppose que « tout va bien ». J’ai fait ensuite des comparaisons et des rapprochements.

Depuis le réajustement du premier mai dernier, le salaire minimum vénézuélien est de 15 051 Bolivars, à quoi on ajoute les bons d’alimentation dont le montant est estimé à 18 585 Bolivars, cela fait un total de 33 636 Bolivars. A Mexico le salaire de base (sans aucun autre apport) est de 2 100 pesos. J’ai alors interrogé les gens sur les dépenses de base des familles et l’on m’a répondu que « personne ne peut vivre avec le salaire minimum » ; je me suis dit que « c’est la même chose au Venezuela » ; mais si on va dans les détails, j’ai appris que faire le plein d’essence peut coûter 1 000 pesos (soit presque 50% du salaire minimum), le coût de l’électricité dans une résidence familiale peut aller jusqu’à 400 pesos (20% du salaire minimum), le gaz domestique mensuel 300 pesos (15% du salaire minimum), la facture mensuelle d’eau 250 pesos (12,5%), ceci sans compter les dépenses de loyer qui sont différentes selon les endroits (cette donnée est importante dans la mesure où une très forte proportion de mexicains sont locataires). Au Venezuela, si ont fait la comparaison le plein d’essence, soit 400 Bolivars, représente 1,3%du salaire minimum, l’électricité à 600 Bolivars, c’est 2% du salaire minimum, l’eau avec 150 Bolivars 0,5% du salaire minimum et le gaz domestique 0,3% soit environ 100 Bolivars.

En  voyant les différences exorbitantes entre les dépenses basiques des mexicains et des vénézuéliens, j’ai demandé alors ce qui était le plus cher pour la majorité des familles mexicaines. Je m’attendais à ce qu’ils me disent que c’était les dépenses courantes. Non : « c’est l’alimentation » m’entendis-je répondre. Pour sûr l’économie vénézuélienne est dans une passe difficile, mais je me suis demandé « bon sang comment font-ils dans ce Mexique où ils « «vont bien » » ; la réponse fut que personne ne vit avec le salaire minimum et qu’il est normal que beaucoup de mexicains aient 2 emplois, salariés, indépendants ou informels. Il y en a même qui travaillent le week-end inclus pour couvrir les dépenses courantes et ça c’est habituel là-bas.

Dans le domaine de l’alimentation au moins, on nous a « mexicanisé l’existence…

Faisons des mises au point importantes. Quand on parle de service public et de sa relation au pouvoir d’achat des familles, il faut souligner qu’en raison de la propriété publique de ces services et  la nature socialiste de notre gouvernement, l’Etat vénézuélien ne nous  ponctionne même pas 4% du salaire minimum. Ce n’est pas le cas du Mexique. Mais indubitablement la crise du pouvoir d’achat des vénézuéliens touche le domaine de l’alimentation. Dans ce domaine au moins, ils nous ont « mexicanisé » l’existence… Le rude changement dans les systèmes de fixation des prix a conduit l’économie des familles vénézuéliennes à des situations similaires à celles de familles mexicaines, colombiennes et de l’Argentine de Macri. Avec l’aggravant pour ces familles qu’elles n’ont pas les protections sociales que nous avons encore au Venezuela et que la droite veut démanteler. Le problème est qu’il nous en coûte de comprendre la dimension réelle de tout ça : en effet cela fait 17 ans que nous vivons sous la protection de l’Etat, mais la guerre économique et l’ensemble de la conjoncture la sapent. Bien évidemment ce qui se passe nous affecte.

La perte du pouvoir d’achat réel des familles vénézuéliennes est donc un thème qui requiert toute notre attention. La spéculation épuise le pouvoir d’achat et ses effets sont particulièrement notables sur la vie des salariés ces derniers 6 mois de 2016. Les soutiens de famille qui représentent 60% de la population active dans le secteur formel sont ceux qui supportent le plus grand impact de la pagaille régnante dans l’approvisionnement et la fixation des prix. Ce sont 3 ans d’inflation provoquée par la fixation des prix en fonction du cours du dollar parallèle,  par le boycott des systèmes de juste prix, par le sabotage des réseaux de productions régulées, le tout orchestré par la grande, moyenne et petite bourgeoisie qui ont ainsi affaibli 14 ans de récupération progressive du salaire réel.

La lutte pour récupérer le revenu familial.

Pour la seconde partie de cette année, les perspectives relatives à une atténuation et une résorption des déséquilibres dans le domaine de l’approvisionnement sont favorables (1). Une légère remontée des prix du pétrole, le cycle national de semailles, l’investissement centré à doses homéopathiques sur  les matières premières, les nouvelles sources de financement et le reprofilage de la dette forment un ensemble qui va contribuer profondément à cette amélioration.

Il y a actuellement un réaccomodement dans les structures et les processus de fixation des prix. Un dollar flottant Dicom verra le jour, vu que l’Etat est dans l’incapacité d’importer de tout et d’affecter des dollars pour tout (y compris les matières premières pour les entreprises), ce qui signifie qu’une bonne partie des biens de consommation intérieure ne bénéficieront pas de l’aide indirecte de l’Etat ; c’est ce qui avait permis durant ces dernières années que le marché soit inondé par des articles achetés ou associés au dollar. Les ajustements inflationnistes en Bolivars pour les produits arrivent et continueront. Cela implique que devant une progressive et éventuelle récupération des produits sortant des usines, le problème principal  ne sera pas la pénurie d’aliments mais la capacité de consommation des familles socio-économiquement les plus vulnérables.

Aujourd’hui il est assez difficile pour beaucoup de familles d’acheter des aliments sensibles et soumis aux horreurs de la spéculation, particulièrement ceux qui relèvent du régime en protéines animales telles que la viande, le poulet, le fromage, les œufs, le ton, le poisson, le porc, les boudins. C’est donc un problème de l’ici et du maintenant, qui impose des mesures d’urgence afin de corriger de façon conséquente les causes de la dépression des salariés.

Il y a 2 façons fondamentales de revaloriser le revenu familial. La première est à travers les hausses salariales. Si l’on peut être sûrs d’une chose c’est que le président Maduro suivra cette voie. C’est malgré tout un défi pour le gouvernement dans un contexte de baisse des revenus pétroliers. Même si les nouvelles sont bonnes sur ce front puisque les impôts payés au Venezuela ont crû de façon très importante : ils représentent 90% de budget 2015. Il est vrai également qu’il est plus facile de réajuster les salaires avec un baril de pétrole à 100 dollars, mais c’est hypothétique. Les réajustements salariaux ont été fréquents mais il a fallu compter avec l’inflation générée par la spéculation. Cette dernière est une arme politique et à ce titre elle est irrationnelle et incontrôlable, alors que les hausses salariales dépendent d’un ajustement mathématique dans le cadre du budget et d’un effort pour trouver et diversifier les ressources.

Le problème des aliments réside dans la structure de la distribution.

C’est pourquoi la deuxième voie pour revaloriser le revenu familial est la plus importante : les gens doivent pouvoir acheter leurs produits de base en toute confiance et au juste prix. Dit autrement : les nouveaux produits régulés qui se vendront, circuleront davantage (en théorie), ils serviront pour remplir les rayons ; ils seront certes plus chers, mais 6 fois plus économiques que les produits accaparés illégalement, ce qui les rend encore vulnérables à un détournement vers le marché parallèle et le sabotage de ces 3 dernières années. La solution réside dans le contrôle total de tous les mécanismes distributifs

L’Agenda économique bolivarienne doit reconnaître l’importance vitale de la distribution, comme facteur essentiel aujourd’hui soumis au sabotage. Sans corriger ce travers il est impossible que les produits arrivent dans les foyers dans des conditions justes. Pour protéger la consommation des foyers, les CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) sont une réponse à la hauteur de l’enjeu ; il convient donc de les étendre, de les consolider et de centrer leur action sur les groupes socio-économiques les plus vulnérables, là où est la classe salariée, là où la conjoncture a le plus durement frappé. Le défi à relever doit être de rendre efficaces les mécanismes permettant aux produits régulés (qu’ils proviennent d’entreprises privées ou publiques) d’arriver jusqu’aux populations les plus démunies.

Chercher les produits détournés dans les réseaux privés ou les ventes de produits accaparés est certes nécessaire et il faut  poursuivre cette action, mais cela ressemble à la situation d’un apprenti karateka cherchant à tuer chaque abeille d’un essaim qui l’attaque avec des baguettes chinoises. Le problème réside dans la structure de la distribution. L’alternative des CLAP est une stratégie plus nécessaire que jamais et elle contribuera fortement au contrôle du problème de distribution ; mais il faut se pencher également sur le rôle des intermédiaires, les grandes chaînes de distribution et de commercialisation où une bonne partie des détournements a lieu. Il faut aller au cœur du système. Cela implique qu’en plus de préparer le terrain à des mesures structurelles et correctives inhérentes à la production, notre gouvernement doit s’atteler à des mesures conjoncturelles et correctives des mécanismes de distribution.

Comprenons de quoi il s’agit : une économie marquée par la guerre systématique et coordonnée contre la population. Pour gagner cette guerre, il faut la comprendre, reconnaître chaque étape, chaque piège et chaque espace contrôlé par l’adversaire pour la vider de son efficacité opérationnelle et de son pouvoir de feu. La lutte consiste à protéger notre front intérieur, la vie des gens humbles et les conquêtes sociales obtenues durant la révolution. N’abandonnons pas nos réussites entre les mains des spéculateurs. Protégeons-les avec courage et créativité. Il faut soustraire les produits du flux mercantiliste de la guerre, en suscitant des voies solidaires de distribution et en soumettant les facteurs intermédiaires à des mesures conjoncturelles et fortes. La meilleure voie pour la récupération du revenu familial décent, c’est la construction d’une économie juste.

Franco Vielma

Note : 1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2016/05/28/la-contre-offensive-bolivarienne-et-la-course-contre-la-montre-de-la-droite-au-venezuela/

Source de cet article : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/la-debacle-del-ingreso-familiar-y-el-reto-de-recuperarlo

Traduction : Jean-Claude Soubiès

Photo (Thierry Deronne) : réunion d’un Comité Local d’Approvisionnement et de Production, Palo Negro, état d’Aragua, juin 2016.

URL de cet article: http://bit.ly/1PcFpQl

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