Deux campagnes chavistes « au cœur du peuple » : une mémoire photographique.

Ces dernières semaines notre équipe de formateurs de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et du canal alternatif Terra TV se sont retroussé les manches pour soutenir, à leur demande, deux communes populaires qui présentaient leurs candidat(e)s aux élections municipales du 21 novembre.

Nous avons donné des ateliers de formation en communication populaire, reportage et documentaire, réalisé des reportages photographiques et des vidéotracts pour la campagne, en veillant à ne jamais séparer les leaders du collectif social et politique qui les portent. Les campagnes actuelles personnalisent le(a) candidat(e) pour le vendre comme un produit individuel. Il s’agit d’une caractéristique ancienne mais anachronique de la publicité capitaliste. Les images réalisées par Victor Hugo Rivera et par Jesus Reyes rendent visibles les visages d’un gouvernement citoyen, occultés par les grands médias. Nous n’avons pas oublié le conseil du cinéaste Dziga Vertov : ne montrez pas le produit, décrivez un processus. Une maxime stratégique pour une démocratie participative où l’acteur principal – le peuple enfin constitué en sujet historique – cherche à créer un État communal, émancipateur, égalitaire.

Vous pouvez soutenir concrètement ce travail de formation et de production qui croît au fil du temps, via ce lien : https://terratve.com/ayudarnos-contactarnos/

Première série de photos, réalisées par Victor Hugo Rivera : le leader communard Angel Prado a été élu maire de Simón Planas avec une participation de 53% (10% de plus que la moyenne nationale). La Commune Socialiste El Maizal incarne bien la stratégie originale de Chavez : mettre en place un système d’organisations communales autogérées, destinées à exercer une démocratie directe et à créer les conditions de la souveraineté alimentaire. L’équipe de TERRA TV a participé à toute la campagne, formant un noyau de jeunes communicateur(trices) communaux.

Deuxième série de photos, réalisées par Jesus Reyes : le jeune Jesus Garcia, infatigable organisateur et formateur de la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas), a réussi son pari d’être élu conseiller municipal au bout d’une campagne intense d’écoute et d’engagements dans les quartiers populaires de la capitale. Il a prêté serment le 24 novembre 2021.

Des scènes de ces deux campagnes seront visibles dans notre nouveau documentaire « Nostalgiques du futur » (sortie: février 2022).

  1. Campagne d’Angel Prado / Mairie de Simon Planas / Commune El Maizal
  1. Campagne de Jesus Garcia / Conseiller Municipal de Caracas / Commune Altos de Lidice

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/25/deux-campagnes-chavistes-au-coeur-du-peuple-une-memoire-photographique/

Venezuela : cinq raisons pour lesquelles le chavisme a gagné

Alors que l’ensemble des observateurs internationaux expriment leur satisfaction à propos du caractère démocratique du scrutin, ces élections devraient faire comprendre à l’administration Biden que continuer à soutenir la MUD, et en particulier la fiction de Guaidó en tant que « président par intérim », est une politique vouée à l’échec.

Par Leonardo Flores *

Photos: le jeune Jesus Garcia, infatigable organisateur et formateur de la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas), a réussi son pari d’être élu conseiller municipal au bout d’une campagne intense d’écoute et d’engagements dans les quartiers populaires de la capitale. Il a prêté serment le 24 novembre 2021. Crédit photos: Jesus Reyes.


Pour la première fois en quatre ans, chaque grand parti d’opposition au Venezuela a participé aux élections. Pour la cinquième fois en quatre ans, le chavisme a remporté une victoire écrasante. Les électeurs ont élu 23 gouverneurs, 335 maires, 253 législateurs d’État et 2 471 conseillers municipaux. Le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), au pouvoir, a remporté au moins 19 des 23 postes de gouverneur (une seule élection reste trop serrée pour être prononcée) et la mairie de Caracas lors des « méga-élections » du 21 novembre. Sur les 335 élections municipales, le décompte des voix est terminé pour 322 d’entre elles. Le PSUV et sa coalition en ont remporté 205, les coalitions d’opposition 96 et les autres partis 21. Plus de 70 000 candidats se sont présentés à ces 3 082 postes, et 90 % des votes ont été comptés et vérifiés quelques heures après la fermeture des bureaux de vote. Le taux de participation a été de 42,2 %, soit onze points de plus que lors des élections parlementaires de l’année dernière.

Voici pourquoi le chavisme, le mouvement à l’origine de la révolution bolivarienne du Venezuela, a gagné :

1. Bonne gouvernance en matière de santé, de logement et d’alimentation. Les politiques de santé du Venezuela en réponse au Covid-19 ont été exemplaires. Aux Etats-Unis, on s’attendait à ce que le coronavirus submerge le système de santé vénézuélien, qui a été dévasté par des années de sanctions. Et pourtant, par million d’habitants, le Venezuela a enregistré 15 000 cas et 180 décès. À titre de comparaison, les chiffres aux États-Unis sont de 146 000 cas/million et 2 378 décès/million, ceux du Brésil sont de 103 000 et 2 854, et ceux de la Colombie de 98 000 et 2 481. Contrairement aux images que nous avons vues en Équateur ou en Bolivie, il n’y avait pas de corps de victimes abandonnés dans les rues, ni de morgues débordantes comme à New York.

En termes de logement, le gouvernement vénézuélien a construit 3,7 millions de maisons pour les familles de la classe ouvrière au cours des dix dernières années, dont la majorité a été construite et livrée par l’administration Maduro alors qu’elle était sous sanctions.

Aussi meurtrières que soient les sanctions, la situation serait bien pire sans le plus important programme social du Venezuela de ces cinq dernières années : les CLAP. Il s’agit de boîtes de nourriture et d’autres produits de première nécessité, dont certains sont produits localement, qui sont emballées et distribuées par les communautés elles-mêmes. Sept millions de familles vénézuéliennes reçoivent des boîtes CLAP chaque mois, sur un pays de 30 millions d’habitants. Non seulement ce programme a permis de nourrir la population, mais il a revigoré la base du chavisme et reconnecté le gouvernement avec la base après la défaite du PSUV aux élections législatives de 2015.

2. La situation économique s’améliore. Selon une enquête réalisée en août 2021 par l’institut de sondage d’opposition Datanálisis, 50 % des Vénézuéliens considèrent que leur vie s’est améliorée par rapport à l’année ou aux deux années précédentes. Malgré les sanctions qui ont entraîné une baisse de 99 % des revenus du gouvernement, l’économie vénézuélienne se stabilise. L’inflation est tombée à moins de 10 % pour la première fois en quatre ans. Le Crédit Suisse a prévu une croissance de 5,5 % en 2021 et de 4,5 % en 2022. La production de pétrole a atteint son plus haut niveau depuis 18 mois en octobre, aidée par un accord commercial avec l’Iran. 

3. Le chavisme est uni (en grande partie). Le PSUV n’a pas gagné les élections seul, il était uni à 8 autres partis de gauche dans une coalition connue sous le nom de GPP (Grand Pôle Patriotique). Le PSUV lui-même a organisé des primaires internes en août, le seul parti à le faire. Plus de la moitié des candidats du GPP étaient des femmes, 52%, tandis que 43% étaient des jeunes. Dans l’ensemble, 90 % des candidats n’avaient jamais exercé de fonction auparavant, ce qui suggère un renouvellement du parti à partir de la base. Cependant, il s’agit de la deuxième élection consécutive où la gauche n’est pas complètement unie. Une coalition comprenant le parti communiste du Venezuela a présenté son propre ticket. Ces partis ont obtenu moins de 3 % des voix aux élections parlementaires de 2020 et leur décision de se présenter séparément ne semble pas avoir eu d’impact sur les courses au poste de gouverneur.

4. La droite est divisée. Jamais connue pour son unité, l’opposition vénézuélienne a subi une scission majeure, certains partis ayant opté pour le boycott des élections et tenté de renverser le gouvernement, tandis que d’autres ont préféré la voie démocratique. Bien que tous les grands partis aient participé à ces élections, l’opposition s’est divisée en deux coalitions principales, la MUD (Table ronde d’unité démocratique) et l’Alliance démocratique. La grande majorité des 70 000 candidats sont dans l’opposition et ils s’affrontaient dans presque toutes les courses. Sur les 23 courses au poste de gouverneur, six ont été remportées par des candidats du PSUV avec moins de 50 % des voix et par moins de six points – une plus grande unité entre la MUD et l’Alliance démocratique aurait pu faire la différence.

Le décompte des voix dans les courses au poste de gouverneur et de maire de Caracas montre que la coalition PSUV a obtenu 46 % du total des voix, le reste étant réparti entre les différentes oppositions. Une opposition unie pourrait gagner au Venezuela, mais « opposition unie » est un oxymore.

5. La droite est profondément impopulaire. Si l’on parle beaucoup du prétendu manque de soutien au président Maduro (les millions de votes obtenus par son parti ne seront jamais reconnus par les États-Unis), on sait moins que l’opposition est profondément impopulaire. Voici les taux de désapprobation de certaines des figures clés de l’opposition : Juan Guaidó, 83% de désapprobation ; Julio Borges (le « ministre des affaires étrangères » de Guaidó), 81% ; Leopoldo López (le mentor de Guaidó et le cerveau des tentatives de coup d’État), 80% ; Henry Ramos Allup (leader de l’opposition de longue date), 79% ; Henrique Capriles (perdant des élections présidentielles de 2012 et 2013), 77% ; et Henri Falcón (perdant des élections présidentielles de 2018), 66%. Tous ces candidats, à l’exception de Falcón, font partie de la MUD.

La coalition MUD a passé des années à prétendre qu’elle représentait une majorité, une affirmation qui ne pouvait pas être vérifiée par leur stratégie de boycott électoral. Cependant, leur retour dans le processus électoral n’a marqué qu’une augmentation de dix points de la participation électorale par rapport à 2020. En outre, la MUD s’est classée derrière les autres partis d’opposition dans 9 des 23 États et à Caracas. La MUD n’a remporté qu’un seul des trois postes de gouverneur occupés par l’opposition. Cela pourrait être dû en partie au rejet généralisé des sanctions américaines. La MUD a approuvé à plusieurs reprises des sanctions mortelles malgré le fait que 76 % des Vénézuéliens les rejettent.

La MUD bénéficie du soutien politique, financier et logistique des États-Unis et de l’UE, tandis que les membres d’autres partis d’opposition ont été dénoncés et sanctionnés par les États-Unis pour avoir négocié avec l’administration Maduro. Ces élections devraient faire comprendre à l’administration Biden que continuer à soutenir la MUD, et en particulier la fiction de Guaidó en tant que « président par intérim », est une politique vouée à l’échec. 

Photo : Elisa Stefania Peña prête serment comme conseillère municipale de Simon Planas, état de Lara, le 24 novembre 2021. Elisa, mère célibataire, travaille depuis de nombreuses années au sein de l’équipe de femmes de la Commune populaire El Maizal, une vaste unité de production agricole de propriété collective qui est devenue au fil des ans une école de pouvoir citoyen au service du mouvement communal dans le reste du Venezuela.

Source : https://www.codepink.org/five_reasons_the_left_won_in_venezuela

Traduction Bernard Tornare https://b-tornare.overblog.com/

* Leonardo Flores (États-Unis) est un expert politique latino-américain, né au Venezuela. Coordinateur de la campagne Amérique latine de CODEPINK. Titulaire d’une licence en philosophie de l’Université du Maryland.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/24/venezuela-cinq-raisons-pour-lesquelles-le-chavisme-a-gagne/

Venezuela: alors que les observateurs internationaux saluent la « haute transparence du scrutin », des leaders de la droite appellent à tourner la page du putschisme de Guaido

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/23/venezuela-alors-que-les-observateurs-internationaux-saluent-la-haute-transparence-du-scrutin-des-leaders-de-la-droite-appellent-a-tourner-la-page-du-putschisme-de-guaido/

Les vénézuélien(ne)s ont voté : résultats et clefs du rebond de participation.

Élections municipales et régionales au Venezuela : 90 % des voix dépouillées. Hausse de la participation : près de 42 % (soit un bond de 11% par rapport au scrutin législatif de décembre 2020). Victoire historique du chavisme qui remporte 20 des 23 états en lice et qui gagne la mairie de Caracas avec Carmen Melendez (photo ci-dessous). La droite gagne Nueva Esparta et deux nouveaux états : Cojedes et le Zulia, état pétrolier stratégique.

Le PSUV (principal parti du chavisme) a gagné dans les États d’Amazonas (40,16 %), Anzoátegui (45,98 %), Apure (43,33 %), Aragua (51,76 %), Barinas (42. 10 %), Carabobo (54,94 %), Delta Amacuro (59,95 %), Falcón (43,39 %), Guárico (47,07 %), La Guaira (50,12 %) et Lara (45,91 %).

Victoire également à Mérida (40,42 %), Miranda (48,19 %), Monagas (45,59 %), Portuguesa (45,78 %), Sucre (46,71 %), Táchira (41,03 %), Trujillo (41,48 %) et Yaracuy (45,89 %).

D’autre part, les forces de la droite ont gagné dans trois États, dont deux sont allés à la Mesa de la Unidad Democrática (MUD), Cojedes (48,52 %) et Zulia (56,90 %), et le gouvernorat de Nueva Esparta avec « Fuerza Vecinal » (42,56 %).

Pourquoi y a-t-il eu un regain de participation électorale ?

Vidéo : L’opposant @adbernabe Secrétaire Général du parti Acción Democratica appelle les électeurs à voter: « Le temps des violences de rue est fini. Le temps est venu de dire adieu aux coups d’État, aux sanctions et aux appels à l’invasion. C’est aux vénézuéliens de résoudre eux-mêmes leurs problèmes¨

La hausse de 11 % de la participation s’explique par plusieurs facteurs : à commencer par le retour dans le champ démocratique de partis de droite/extrême droite qui jusque-là appelaient au boycott et préféraient jouer la carte du coup d’État, grâce à l’image sédimentée par les grands médias (« Venezuela=dictature »).

Lors des négociations récentes appuyées par le Mexique, l’aile putschiste a accordé son retour dans le champ électoral, et souhaite à présent suivre une autre voie, celle du travail politique de terrain. Face au retour d’une droite qui reste, comme ailleurs en Amérique Latine (Bolivie, Brésil, Pérou, Mexique, Chili etc..) incapable de sortir de son colonialisme, malgré ses déguisements, et surtout de sa soumission/admiration pour les USA et l’Europe, se rallume alors l’âme rebelle, indomptable d’un peuple qui même s’il critique souvent la gestion gouvernementale, n’acceptera jamais de revenir à la case du « fouet et de l’esclave ». C’est l’essence profonde du chavisme.

Il est significatif par exemple que le communard Angel Prado a été élu maire de Simón Planas (état de Lara) avec 53% de participation (12 % de plus que la moyenne nationale) : la commune El Maizal incarne en effet la stratégie originale de Chavez, celle d’organisations communales destinées à exercer une démocratie directe et à créer les conditions de la souveraineté alimentaire. Il ne faut pas sous-estimer non plus la dynamique participative au sein même du PSUV, seul parti a avoir organisé au mois d’août des primaires internes pour évaluer les gestions et choir les meilleur(e)s candidats. Ce renouvellement a oxygéné et remobilisé le parti, faisant place en partie à une nouvelle génération, à participation fortement féminine.

Il y a aussi, la sortie de la pandémie (l’OMS confirme que le Venezuela a écrasé la courbe de la pandémie). Le pays a rouvert les services publics, les espaces éducatifs, les transports avec la plus grande liberté et sécurité qui en découlent pour la population. Enfin l’usure et la fatigue sociales causées par le blocus et la guerre économique des USA et de l’UE commencent à faire place à un optimisme modéré de la population, palpable dans les rues et l’activité commerciale, grâce à la reprise économique attestée par des agences d’étude économique occidentale comme le Crédit Suisse qui prévoit un retour de la croissance.

Ce qui explique d’ailleurs le retour au pays, chaque semaine, de dizaines ou de centaines de vénézuélien(ne)s à bord des vols gratuits que le gouvernement met à leur disposition (sur la compagnie publique Conviasa), et qui avaient été forcé(e)s d’émigrer à la suite du blocus occidental.

Comportement historique de la participation aux principaux processus électoraux depuis 2000 au Venezuela jusqu’au scrutin de novembre 2021. Il montre une augmentation de 11% de la participation par rapport aux élections parlementaires de décembre 2020.

Avis de quelques uns des observateurs internationaux

Depuis le mois d’août le Conseil d’Experts Électoraux Latino-américains (CEELA), composé de présidents de tribunaux électoraux venus de pays de tout signe politique, a assisté aux 17 audits du matériel de vote avec tous les partis de droite à gauche. Tous ont validé sa fiabilité.

Même évaluation de l’Observatoire des Affaires Latino-américaines du Parlement argentin qui a suivi les mêmes audits et après avoir visité plusieurs bureaux de vote aujourd’hui, a noté une totale normalité.

Pour l’ex-président espagnol José Luis Zapatero, également observateur sur place, « le Centre National Électoral du Venezuela a garanti le pluralisme de ces élections »

Pour Ignacio Ramonet, « nous avons observé une journée extrêmement calme, (le processus de vote) avance très rapidement, c’est pourquoi il n’y a pas beaucoup d’attente (…) Nous pouvons dire que c’est un grand succès ».

Après avoir visité plusieurs bureaux de vote, la chef de la mission électorale de l’Union européenne, Isabel Santos, a déclaré que « tout se passe bien » et que « les gens peuvent voter en toute sérénité ».

Pour sa part l’ex-président bolivien Evo Morales a salué cette victoire :

« Nous félicitons le peuple frère du Venezuela pour la grande victoire du chavisme, qui remporte 20 des 23 états en lice aux élections régionales. Une victoire de la Révolution Bolivarienne avec son président @NicolasMaduro face à un blocus criminel et à ses opérateurs politiques »

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/22/les-venezueliennes-ont-vote-premiers-resultats/

Élections au Venezuela, un tournant

Le-Venezuela-dictature-où-il-n’y-a-pas-de-place-pour-les-opposants. La vieille antienne de l’internationale médiatique vise les militant(e)s de gauche du monde entier, pour les démobiliser, les neutraliser, éliminer toute velléité de solidarité.

Le dimanche 21 novembre 2021, 70.244 candidat(e)s se présentent aux élections régionales et municipales. 49,4 % sont des femmes. Il s’agit du 29ème scrutin depuis l’élection de Hugo Chávez en décembre 1998. Les partis d’opposition (dont l’extrême droite) présentent près de 67162 candidat(e), soit 96% du total. Mouvement unitaire, le chavisme ne présente que 3082 candidat(e)s, soit 4%. Il y a donc près de 22 candidat(e)s d’opposition pour chaque candidat(e) chaviste. Ces « méga-élections » concernent 3.082 postes dans tout le pays : 23 postes de gouverneur(e), 335 postes de maire(sse), 253 postes de législateur(trice) régional(e) et 2.471 postes de conseiller(ère) municipal(e).

21.159.846 électeurs(trices) pourront déposer leur vote secret avec double vérification (vote électronique + vote en papier pour audit postérieur si nécessaire) dans un des 14.262 bureaux de vote, en présence de 262.284 témoins de tous les partis. Le vote n’est pas obligatoire. Dans les semaines précédant l’élection, des machines de vote automatique ont été installées un peu partout pour permettre aux citoyen(ne)s de s’entraîner et de se familiariser avec la liste des partis (simulation de vote publiée aussi sur le site du Centre National Électoral) et avec l’acte de voter. Les organisations indigènes éliront leurs propres représentant(e)s, avec leur propre scrutin.

Vidéo : comme d’habitude ces élections sont précédées de nombreux audits (17 dans ce cas) du système et des machines de vote, effectués en présence des différents partis de l’ultra-droite à l’ultra-gauche et des observateurs électoraux.

Le processus électoral sera observé par près de 500 observateurs internationaux. L’Union européenne a envoyé près de 100 observateurs (après avoir décliné l’invitation du Centre National Électoral lors des élections de 2006) mais la mission de novembre 2021 a perdu beaucoup de crédit à cause des déclarations du dirigeant européen Borrel pour qui « notre rôle est d’aider l’opposition » et « seul le rapport de l’UE validera ou non le résultat » (sic). En outre, espérant faire pression sur les électeur(trices)s, l’Union Européenne vient de reconduire « pour un an » ses sanctions illégales contre le Venezuela (dénoncées par l’ONU), à trois jours du scrutin…

D’autres observateurs d’organismes multilatéraux participeront dont le groupe d’experts des Nations Unies, du Centre Carter, et surtout du prestigieux Conseil des Experts Électoraux Latino-américains (CEELA), composé d’experts juridiques et de présidents de tribunaux électoraux provenant de pays de tout signe politique. Ajoutons les experts électoraux de l’observatoire des affaires latino-américaines de la Chambre des députés de la République d’Argentine, la mission de suivi de la Conférence Permanente des Partis Politiques Latino-américains (COPPAL), l’Observatoire de la démocratie du Parlement du Mercosur, l’équipe du National Lawyers Guild of New York & California, l’Observatorio de Derechos Humanos de los Pueblos @ObservatorioDHP, etc.. ainsi que quelques centaines de journalistes de 70 médias nationaux et internationaux, d’experts électoraux de pays d’Afrique, des Caraïbes et d’Asie, de politiques (dont l’ex-président espagnol Rodriguez Zapatero), de mouvements sociaux et d’universitaires du monde entier. Comme le souligne Pedro Calzadilla, président du Conseil National Électoral, il s’agira des élections les plus contrôlées au monde.

Parmi les partis participants au élections il y a d’un côté, le PSUV, principal parti du chavisme, qui vient de tenir des élections primaires qui ont permis aux militant(e)s d’évaluer les gestions des maires et gouverneurs chavistes et de renouveler une bonne partie de ses candidat(e)s, avec les forces alliées du Grand Pôle Patriotique (Gran Polo Patriotico). De l’autre côté se trouve la Plataforma Unitaria, qui rassemble un groupe de partis de droite dirigés par Guaidó. Ils sont rejoints par l’Alliance démocratique, une coalition d’opposition qui a participé aux élections et dispose d’une représentation institutionnelle, et l’Alternative populaire révolutionnaire (APR), une coalition politique de gauche opposée à l’administration de Nicolás Maduro, plus discursive qu’ancrée socialement. Enfin, il existe une douzaine de partis régionaux et/ou municipaux.

Photos: Candidate chaviste à la mairie de Caracas, Carmen Melendez a intégré dans ses 1750 propositions celles des mouvements féministes. Lutte contre les violences, création de maisons-refuges, appui aux programmes d’allaitement maternel et d’accouchement humanisé, etc… Les organisations de base de la révolution sont dirigées à 85% par des femmes.

L’extrême droite en campagne à Caracas

Alors qu’elle appelait au boycott électoral depuis des années, l’extrême droite a donc, cette fois, décidé de participer au scrutin avec la droite traditionnelle. Il s’agit en effet des premières élections depuis 2017 auxquelles participeront les factions les plus radicalisées de l’opposition, regroupées dans le dénommé G4 – rebaptisé Plataforma Unitaria. Le passage de la phase insurrectionnelle pour exiger la « fin de l’usurpation » de Maduro, à l’acceptation du dialogue et de la participation aux élections a été un chemin tortueux, à cause des interférences incessantes de Washington. Depuis plusieurs années, différents mécanismes de dialogue ont été proposés par le président Maduro afin de pousser l’opposition vers la reconnaissance de la décision des urnes et le champ démocratique. On a ainsi tenté de réduire le poids des sanctions unilatérales – diplomatiques et économiques – que l’UE et les USA ont mises en place peu après la disparition du président Chávez, dans l’espoir d’éradiquer définitivement la révolution bolivarienne, sanctions exigées internationalement par la droite vénézuélienne.

Occultées ou minimisées par les médias internationaux afin de rejeter la faute de la « crise » sur le président Maduro et l’attribuer à « l’échec du socialisme », cette guerre économique et ces mesures coercitives unilatérales, illégales au regard du droit international et de la charte de l’ONU, ont été dénoncées comme source principale des grandes souffrances sociales par la rapporteure spéciale de l’ONU, Alena Douhan. Selon Benigno Alarcón Deza – directeur du média de droite vénézuélien Politikaucab – elles sont à la fois le point principal des revendications du chavisme et « la pression la plus importante sur le gouvernement et le seul point d’appui « .

Vidéo : Par contraste avec les meetings d’une droite puissamment financée mais déchirée par des conflits internes inextricables liés aux nombreux scandales de corruption entourant l’ex-fake-président Guaido, les mobilisations populaires du chavisme frappent par le nombre de participant(e)s et par la clarté des militant(e)s sur les enjeux du vote du 21 novembre.

En mai 2021, le gouvernement a lancé un processus de renouvellement du Conseil National Électoral (CNE), l’organe suprême du pouvoir électoral. Ce renouvellement s’inscrivait dans le cadre d’un accord entre le gouvernement bolivarien et la droite – tant dans sa variante parlementaire que dans les associations dites de la « société civile » – qui a modifié la structure de direction de l’organe plénier : deux représentants de la droite sur un total de cinq membres ont été incorporés.

En août, un nouveau cycle de négociations a débuté au Mexique entre le gouvernement et l’extrême droite emmenée par l’ex-putschiste Gerardo Blyde, qui refusait de participer aux élections et de reconnaître Nicolás Maduro comme président légitimement élu. Ces négociations ont eu lieu au Mexique avec la bénédiction du gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador, et ont été observées par le Royaume de Norvège, et accompagnées par le Royaume des Pays-Bas et la Fédération de Russie. Il s’agissait de la cinquième tentative du gouvernement en dehors du Venezuela pour établir un dialogue en vue d’un accord, dans le but de parvenir à une entente qui permettrait de sortir du conflit et du siège que subit le pays depuis des années.

Toutefois, contrairement aux tentatives précédentes, un protocole d’accord a été signé entre les deux parties dans le cadre de ce processus de dialogue. Sept points ont été convenus : droits politiques pour tous ; garanties électorales ; levée des sanctions illégales de l’Occident ; respect de l’État de droit ; coexistence politique et sociale ; protection de l’économie nationale ; garanties pour la mise en œuvre et le suivi des accords.

Ces élections s’inscrivent donc dans le cadre d’un changement de stratégie des factions les plus radicales de l’opposition, qui avaient parié ces dernières années sur un « changement de régime » en désavouant Maduro et en créant un cadre institutionnel parallèle visant à destituer le gouvernement. Cette stratégie, avec la création d’un gouvernement parallèle dirigé par Guaidó, est entrée en crise. Si l’extrême droite (transformée par les grands médias du monde entier en « rébellion populaire ») rentre aujourd’hui dans le jeu démocratique, c’est sans doute pour tenter de regagner le terrain perdu à force de ne jouer que sur l’immédiateté médiatico-putschiste depuis 2013.

L’une des principales questions de ces élections tournera autour du niveau de l’abstention électorale, qui est en hausse ces dernières années (le vote n’est pas obligatoire au Venezuela). Lors des élections législatives de fin 2020, le taux de participation n’a atteint que 31 %. L’opposition, qui n’avait pas participé aux élections, a fait valoir que l’abstention était un rejet virtuel du gouvernement et un soutien pour elle. Le gouvernement a attribué le faible taux de participation à l’absence d’une opposition compétitive sur le plan électoral, à la fatigue due à la situation économique générée par le blocus occidental, et à la pandémie.

Quels que soient les résultats, les élections du 21 novembre constitueront un tournant dans le panorama politique mouvementé du Venezuela, inscrit qu’il est dans un panorama latino-américain en pleine bataille entre progression de la gauche et restauration de la droite. La gauche qui se présente sous les régimes d’extrême-droite ultralibérale, sous pression du pouvoir médiatique, se voit obligée écarter les candidats de rupture en faveur de «centristes» (Boric, Petro) qui atténuent leur programme et calquent leur discours de politique étrangère sur les grands médias (par exemple sur le Venezuela). Mais il y a quelque chose de suicidaire dans cette tactique électorale. A court terme, la timidité des réformes déçoit les classes populaires et l’extrême-droite néolibérale revient en force dans les urnes, comme en Argentine avec Alberto Fernandez.

On verra si les forces populaires vénézuéliennes parviennent, dans ce contexte, à garder le cap qui caractérise la révolution bolivarienne depuis plus de vingt ans, celui du socialisme du XXIe siècle. Ou si, au contraire, nous assistons à une normalisation libérale progressive dans un pays profondément meurtri, puni pour le sacrilège d’avoir opté pour une voie différente de celle stipulée par la normalité capitaliste.

Texte : Gabriel Vera Lopes et Thierry Deronne / Venezuelainfos

Source et traduction : Bernard Tornare : https://b-tornare.overblog.com/2021/11/elections-au-venezuela-un-tournant.html

Source en espagnol

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/19/elections-au-venezuela-un-tournant/

(Teaser:) « Nostalgiques du futur » : devenez coproducteur(trice) !

Il était une fois un pays en révolution. Un exemple si dangereux de démocratie participative que le champ médiatique s’acharnait depuis vingt ans à la transformer en dictature. Sans contradicteurs. Jour après jour.  

Notre film « Nostalgiques du futur » ira plus loin qu’une contre-information symétrique. « Comment transformer l’espace de vie à travers le temps long de la démocratie ? » La réponse appartiendra à toutes celles et ceux qui se retroussent les manches et que nous écoutons, filmons depuis des mois, en parcourant des milliers de kilomètres dans tout le Venezuela, là où les médias ne vont jamais : communard(e)s, femmes des équipes de quartier de santé, architectes en herbe, paysan(ne)s, étudiant(e)s en agroécologie, artistes de cirque populaire, fonctionnaires publics…

Si ce thème était acceptable pour le champ télévisuel actuel, nous pourrions obtenir quelque subvention. Mais un documentaire qui veut apprendre des acteurs et actrices d’une révolution vivante pour transmettre leur expérience à d’autres, n’entre pas dans les « cases thématiques ».

Pour continuer à écrire cette chronique d’une révolution sans image, pour qu’elle serve à d’autres citoyen(ne)s du monde entier, il n’y a donc que vous !  Vous pouvez coproduire « Nostalgiques du futur » en nous faisant un don :

Compte Crédit Mutuel 00020487902

Titulaire: LABORATOIRE INTERNATIONAL POUR L’HABITAT POPULAIRE DURABLE, 25 RUE JEAN JAURES, 93200 ST DENIS

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Code BIC: CMCIFR2A

SVP ne mentionner que : « Soutien Terra TV »

D’avance nous vous en remercions.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/15/teaser-nostalgiques-du-futur-devenez-coproducteurtrice/

Le peuple nicaraguayen a voté : défaite cuisante des médias

Défaite cuisante des médias: à cheval, en barque, à pied, les électeurs du #Nicaragua ont exercé le suffrage universel, à bulletin secret, avec une forte participation (65%). L’appel à ne pas voter lancé par certains secteurs de l’opposition politique est tombé dans le vide.

En Occident, la gauche « morale », ombre des grands médias et de la droitisation, avait appuyé la déstabilisation meurtrière contre un gouvernement élu puis menti en parlant d' »autocratie », de « candidats arrêtés » et méprise aujourd’hui le droit d’un peuple à élire ses représentants au vote secret.

4,4 millions de citoyen(ne)s étaient appelé(e)s aux urnes pour élire le président, 90 député(e)s à l’Assemblée nationale et 20 au Parlement d’Amérique centrale. 7 partis étaient en lice, 6 candidats à la présidence. 225 observateurs de 27 pays accompagnaient le processus électoral.

Un sondage réalisé avant les élections par la firme privée M&R Consultores montrait que 69,8% des Nicaraguayens pensent que l’avenir du pays dans les 5 prochaines années sera fait de stabilité et de progrès économique, et 79,3% reconnaissent les progrès réalisés depuis le retour au pouvoir du #FSLN.

Quelques indicateurs sur le Nicaragua en 2021 : – Réduction de la pauvreté de 48% à 24% – Extrême pauvreté de 17% à 7%. – 5ème place mondiale en matière d’égalité des sexes. – Couverture électrique de 98 %. – 92% d’autosuffisance alimentaire. – Réduction de 70% et 60% de la mortalité maternelle et infantile.

On ne peut que recommander la contre-enquête de Maurice Lemoine, antidote à l’invention du concept magique d' »orteguisme » ou de « régime » (comme s’il n’y avait ni peuple ni élections au Nicaragua) par des ONGs, des journalistes ou des centres d’études « progressistes », désormais « pensés » par un champ médiatique tout-puissant : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/02/vol-dhypocrites-au-dessus-du-nicaragua/

Pendant ce temps, au Honduras, peu avant une possible victoire de Xiomara Castro De Zelaya du Partido Libre (centre-gauche), Laura Dogu y est nommée ambassadrice des #USA. Au Nicaragua c’est elle qui tirait les ficelles du soutien économique et politique au coup d’État manqué. Message subliminal, politique préventive…

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/08/le-peuple-nicaraguayen-a-vote-defaite-cuisante-des-medias/

Diplomatie des peuples : solidarité des deux principaux syndicats brésiliens avec le Venezuela

Des représentants des deux principales centrales syndicales du Brésil sont au Venezuela dans le cadre d’une campagne de solidarité visant à remercier le gouvernement du président Nicolás Maduro et les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s pour leur soutien lors de la crise sanitaire provoquée par la pandémie, exacerbée par la négligence du gouvernement de Jair Bolsonaro.

Sergio Nobre, président de la Central Unitaria de Trabajadores de Brasil (CUT) et Miguel Torres, président de Força Sindical, ont soutenu une réunion avec Carlos Ron, président de l’Institut Simon Bolivar pour la paix et la solidarité entre les peuples (ISB).

Cette visite a un caractère historique puisqu’il s’agit d’un échange direct de solidarité entre travailleurs, dans le contexte de la pandémie et du blocus illégal des États-Unis contre le Venezuela.

Le peuple vénézuélien a montré sa solidarité avec le peuple du Brésil en envoyant de l’oxygène à Manaus, et en réponse, les travailleurs brésiliens ont lancé une campagne pour envoyer au Venezuela des équipements nécessaires à la production d’oxygène ; cependant, cet envoi a été bloqué par les mesures coercitives unilatérales des États-Unis.

À cet égard, M. Nobre a expliqué combien il était précieux pour la population de Manaus, dans l’État d’Amazonas, de recevoir de l’oxygène pour traiter les patients gravement infectés par le virus. « Dans la région de Manaus, il y a eu un drame parce que, contrairement au gouvernement vénézuélien, le gouvernement brésilien (Bolsonaro) n’a pas reconnu la pandémie ; il n’a pas pris les mesures sanitaires dont le pays avait besoin (…) mettant la situation économique au-dessus de la vie », a déclaré Nobre.

Au Brésil, des milliers de personnes sont mortes à cause de la pandémie. « Nous vivons le pire moment de l’histoire de la classe ouvrière. Nous avons dépassé les 600.000 victimes et ce sont des travailleurs qui ne pouvaient pas rester à la maison en pleine pandémie », a rapporté le président de la CUT. Pour cette raison, l’envoi de milliers de litres d’oxygène au Brésil depuis le Venezuela, au milieu des difficultés qu’il traverse en raison des mesures coercitives criminelles des États-Unis, est « un geste humain très important », explique Nobre.

Les représentants syndicaux brésiliens ont annoncé que dans le cadre de cette visite, ils enverront prochainement une cargaison de fournitures et de pièces de rechange pour la maintenance de l’usine d’oxygène de Siderúrgica del Orinoco (Sidor), la plus importante du pays.

De son côté, Miguel Torres, a rappelé que seuls la Chine et le Venezuela étaient capables de comprendre les difficultés que traverse le peuple brésilien, face à un gouvernement qui sert les intérêts des États-Unis.

Torres a réaffirmé que « la solidarité syndicale est très importante en ce moment ; en temps de crise, la seule chose qui nous unit est la solidarité ».

Carlos Ron a profité de la présence des deux dirigeants syndicaux pour les remercier de la campagne de solidarité. « Pour nous, cette visite est très importante ; cette expression de solidarité parce que c’est une reconnaissance de la souffrance du peuple vénézuélien affecté par le blocus criminel et illégal des États-Unis. »

Ron juge fondamental que les travailleur(se)s du monde entier s’articulent pour faire face ensemble aux défis de ces temps.

Source : https://www.isb.ve/2021/11/04/movimientos-sindicales-brasil-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/06/diplomatie-des-peuples-solidarite-des-deux-principaux-syndicats-bresiliens-avec-le-venezuela/

La politique des États-Unis à l’égard du Venezuela n’a jamais consisté à « promouvoir la démocratie » (Steve Ellner, The Progressive Magazine).

Photo: Juan Guaidó aux côtés de l’ex-président Donald Trump à la Maison Blanche.

L’an dernier, Elliott Abrams, alors représentant spécial, a déclaré que l’administration Trump « travaillait dur » pour évincer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Aujourd’hui, M. Abrams (actuellement chargé de mission au Council on Foreign Relations), ainsi que l’administration Biden, exhortent l’opposition vénézuélienne à participer aux prochaines élections locales et régionales de novembre.

Le récent rétropédalage de Washington ne signifie toutefois pas qu’il a renoncé à intervenir dans les affaires intérieures du Venezuela.

Sans surprise, Washington a fait pression sur l’opposition de droite vénézuélienne – dirigée par le président autoproclamé Juan Guaidó et le chef de l’opposition Leopoldo López – pour qu’elle abandonne sa politique de trois ans de boycott des élections, qu’elle prétend truquées. La participation électorale est une pilule difficile à avaler pour les deux politiciens car elle brise l’illusion, entretenue par beaucoup à Washington, que Guaidó est le président légitime et qu’il n’est qu’à quelques jours ou semaines d’occuper le palais présidentiel.

Le rejet de la légitimité de Maduro remonte à début 2015, lorsque l’administration Obama a déclaré que le Venezuela constituait « une menace pour la sécurité nationale des États-Unis » (sic). Cette déclaration a préparé le terrain pour les sanctions sévères de Trump, conçues pour intimider les entreprises internationales afin qu’elles rompent leurs relations avec le Venezuela. Francisco Rodríguez, économiste ultra-libéral vénézuélien, anciennement à la Bank of America et principal conseiller de la droite, a extrapolé que sans les sanctions, la production de pétrole dans la région à haut rendement de l’Orénoque aurait été trois à cinq fois plus importante cette année.

Lors des élections de novembre, le parti de droite Voluntad Popular, fondé par López, présentera des candidats sous la bannière d’une alliance entre les principaux partis d’opposition du pays. De nombreux petits partis modérés présentent également des candidats qui ont critiqué les sanctions et qui, contrairement à Voluntad Popular et à ses alliés, reconnaissent la légitimité de Maduro. La fragmentation de l’opposition augmente la possibilité que le Parti socialiste unifié de Maduro obtienne une majorité dans les urnes.

Un sondage récent d’une firme privée a évalué la popularité du parti chaviste à 34 %, contre 13 % pour Voluntad Popular et le reste de la droite réunis. (Le sondeur de droite Luis Vicente León, lui, affirme que le parti chaviste est à 20 ou 25 %). Malgré l’avance du parti chaviste, le « phénomène Nicaragua » (les Nicaraguayens ont voté pour le départ des Sandinistes en 1990 par peur de la violence et des sanctions économiques encouragées par les États-Unis) pourra-t-il profiter à l’opposition ?

Pratiquement rien n’a changé depuis que le président Joe Biden a pris ses fonctions en 2020, a récemment rappelé Maduro. « Il n’y a pas eu un seul signe positif », a déploré Maduro, même s’il est au courant qu’au moins certains fonctionnaires du département d’État « sont d’accord avec un dialogue politique entre les Vénézuéliens. »

Néanmoins, la politique de Biden semble s’écarter de la stratégie de Trump consistant à inciter à un coup d’État militaire et à menacer d’une intervention militaire. Malgré cette approche, le Panam Post a noté que l’administration Biden a généralement minimisé l’importance du Venezuela et « tourné son regard vers le Nicaragua », où les perspectives de changement de régime sont plus intéressantes.

Le véritable changement de politique en 2021 a consisté à pousser Maduro à tenir compte des intérêts économiques et politiques des États-Unis, par opposition à un changement de régime. Quelques jours après les élections américaines de 2020, Abrams a recommandé à Biden de ne plus utiliser les sanctions comme stratégie de changement de régime contre le Venezuela. Au lieu de cela, la nouvelle approche propose de modifier ou de lever les sanctions en échange de concessions de Maduro.

Maduro, dans une interview accordée à Bloomberg, a indiqué qu’il savait comment jouer le jeu. « Les détenteurs d’obligations savent qu’il est possible d’investir au Venezuela », a-t-il déclaré,  » pour autant que toute cette persécution et ces sanctions cessent. »

En réponse, le journaliste de Bloomberg Erik Schatzker a demandé : « Lorsque les négociations commenceront, si elles commencent, chercherez-vous un accord tout ou rien, ou accepterez-vous un processus graduel ? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller avec cette réouverture [économique] ? ».

L’approche par effet de levier de Washington révèle que la politique à l’égard du Venezuela n’a jamais vraiment porté sur la « démocratie ». Exercer des pressions pour obtenir des concessions en faveur des intérêts des entreprises américaines n’équivaut guère à la promotion des idéaux démocratiques.

Carlos Ron, vice-ministre vénézuélien des affaires étrangères pour l’Amérique du Nord, déclare à Progressive qu’en dépit de sa posture, Washington « ne s’est jamais vraiment préoccupé de la démocratie vénézuélienne et a tenté de saper et d’écarter tous les processus électoraux depuis le président Chavez ».

Soucieux de voir Biden lever les sanctions, Maduro fait des concessions en faveur du parti Voluntad Popular. En juillet, Maduro a libéré de prison le putschiste d’extrême droite Freddy Guevara, du parti Voluntad Popular, accusé pour l’organisation de violences. Il n’est pas surprenant que ce soit Guaidó qui ait nommé l’équipe de négociation de l’opposition pour les pourparlers, qui se déroulent avec le gouvernement vénézuélien au Mexique.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Ned Price, a annoncé que Washington « allègera les sanctions » s’il y a des « progrès significatifs » dans les négociations entre Maduro et l’opposition. De même, Abrams suggère l’éventualité d’un « assouplissement des sanctions ou d’un accord permettant d’utiliser des fonds vénézuéliens, gelés par les banques occidentales, pour acheter des médicaments et pour des objectifs connexes », en fonction des concessions que Maduro est prêt à accorder.

Tout comme dans le cas de l’approche de marchandage de l’administration pour obtenir des concessions économiques, sa stratégie fragmentaire sur le front politique favorisant les dirigeants de droite, il est difficile de faire valoir que la démocratie est, ou a toujours été, le but final de Washington en ce qui concerne le Venezuela.

La rhétorique binaire de Washington, qui oppose les bons aux méchants, convaincrait n’importe qui que le choix en novembre sera entre Maduro et Guaidó. Fidèle à la devise de Washington, « notre homme à Caracas », Guaidó est supposé être le principal porte-parole de l’opposition, tandis que Voluntad Popular est supposée être le plus grand parti de la droite.

Cette vision est démentie par l’impopularité de Guaidó au Venezuela et le fait que Voluntad Popular est un parti relativement petit, situé à la frange radicale de la droite. En fait, le traitement privilégié accordé à Guaidó et à son parti par Washington a nui à l’opposition dans son ensemble, étant donné que d’autres partis et leaders anti-révolutionnaires jouissent d’un peu plus de crédibilité au Venezuela.

La rivalité qui existe entre Voluntad Popular et ses plus proches alliés de droite et d’extrême droite à l’approche des élections du 21 novembre n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au 6 septembre, 70.244 candidats – dont la majorité sont anti-gouvernementaux – étaient en lice pour 3.082 postes. Alors que les quatre plus grands partis, y compris Voluntad Popular populaire, sont unis dans une alliance électorale, d’autres groupes leur reprochent leurs tentatives ratées de changement de régime sous l’égide de Washington.

Luis Vicente León, sondeur de droite, prédit un taux d’abstention de 50 à 60 %, malgré l’attention nationale et internationale que ces élections ont suscitée. Selon León, le problème de l’opposition est son extrême fragmentation et le fait que, dans certains cas, elle présente « des candidats qui ne sont pas présentables, qui arrivent sur la scène à la suite d’un accord politique. »

Les sanctions des États-Unis ont fait des ravages sur l’économie et le peuple vénézuéliens. Comment pourrait-il en être autrement alors que, depuis un siècle, le Venezuela est totalement dépendant de l’exportation de pétrole qui est maintenant bloquée par des sanctions contre toute entreprise du monde entier qui ose acheter ce produit.

Sur le plan politique, la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela a également eu un effet dévastateur : elle exacerbe la polarisation aux dépens d’un terrain d’entente constitué des modérés de l’opposition ainsi que des critiques de Maduro sur la gauche. Les modérés, par opposition à la volonté populaire, sont plus en phase avec les préoccupations des Vénézuéliens ; ils s’opposent aux sanctions et préfèrent se concentrer sur les solutions aux problèmes économiques concrets plutôt que sur un changement de régime.

Le grand dilemme de la droite sera de faire voter en novembre. Le taux d’abstention prévu de 50 % en novembre reflète le rejet généralisé de l’ensemble de la classe politique par les électeurs. En effet, la moitié du pays reproche au gouvernement d’être responsable des problèmes économiques urgents de la nation et à l’opposition d’être tombée dans le piège du programme de changement de régime de Washington.

Au cours des trois dernières années, les principaux partis de l’opposition se sont attribués le mérite du fort taux d’abstention aux élections vénézuéliennes, affirmant que ceux qui n’avaient pas voté étaient une « majorité silencieuse » qui sympathisait avec leur cause. Maintenant que ces mêmes partis ont opté pour la participation électorale, le taux d’abstention élevé attendu pour les élections de novembre est une indication claire de la surestimation de leur soutien populaire.

Si c’est effectivement le cas, l’échec de la droite vénézuélienne à obtenir une majorité importante parmi les électeurs éligibles démontrera la folie de la reconnaissance continue par Washington de Juan Guaidó comme le « président » du Venezuela.

L’auteur : Professeur retraité de la Universidad De Oriente (Venezuela), Steve Ellner a été professeur invité à l’Universidad Central de Venezuela (1994-2001), au St. John Fisher College de Rochester, NY (2001), à Georgetown University (2004), à Duke University (2005), à l’Universidad de Buenos Aires (2010), à l’Australian National University (2013) et à Tulane University (2015), a enseigné à la School of International and Public Affairs de Columbia University (2011) et à Johns Hopkins University (2012). Outre son appartenance au collectif des éditeurs coordinateurs de Latin American Perspectives, Ellner fait partie du comité consultatif de Science and Society. Son dernier livre est Latin American Extractivism : Dependency, Resource Nationalism, and Resistance in Broad Perspective (Rowman and Littlefield, 2021).

Source : https://progressive.org/latest/us-policy-venezuela-never-about-democracy-ellner-211027/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/01/la-politique-des-etats-unis-a-legard-du-venezuela-na-jamais-consiste-a-promouvoir-la-democratie-steve-ellner-the-progressive-magazine/

Comment le gouvernement des États-Unis utilise les réseaux sociaux pour intervenir au Venezuela (Jacobin Mag)

Par Tim Gill et Christian Lewelling

Photo: pour les élections du 21 novembre 2021, 130 organisations sont en lice pour 23 gouverneurs/335 maires, y compris les partis de droite défaits dans leurs plans putschistes. Des 70.000 candidat(e)s au scrutin du 21 novembre, 80 % sont d’opposition. Le parti chaviste fut le seul à organiser des primaires. (Note de Venezuelainfos)

La prétendue « ingérence russe » dans les élections états-uniennes avait suscité une « indignation » largement relayée par les médias. Mais les documents obtenus par Jacobin révèlent que les États-Unis sont intervenus (avec l’argent des contribuables) dans les élections vénézuéliennes en formant les forces de droite à utiliser Facebook contre le mouvement chaviste soutenant le président Nicolás Maduro. Notamment lors des élections législatives en 2015 qui avaient permis la victoire de la droite (et le redémarrage des insurrections d’extrême droite que les médias avaient relookées en « révoltes populaires », Note de Venezuelainfos).

Ces derniers mois, les législateurs états-uniens ont condamné Facebook pour avoir nui à la santé des enfants, amplifié la violence de Washington jusqu’à l’Inde et diffusé des informations erronées sur le COVID-19 et son vaccin. Ces critiques font suite à la fuite de milliers de documents internes de l’entreprise, connus sous le nom de « Facebook Papers« , qui révèlent qu’en dépit de la connaissance du rôle de ses produits dans le développement d’une série de comportements toxiques, Facebook a refusé de prendre des mesures significatives en réponse à cette situation, faisant passer ses profits avant la santé sociale.

Pourtant, alors que les législateurs exploitent les retombées politiques de la fuite pour intensifier leurs attaques contre le géant technologique, les contribuables pourraient également être intéressés de savoir que le gouvernement états-unien a financé des programmes visant à aider les partis politiques d’opposition et les militants à utiliser Facebook pour saper les gouvernements étrangers. Le Venezuela en est un bon exemple.

Après la mort du président socialiste vénézuélien Hugo Chávez, le National Democratic Institute – un organe indépendant du gouvernement américain créé pour financer et soutenir les partis politiques à l’étranger d’une manière plus formelle que la Central Intelligence Agency – a financé des membres de l’opposition vénézuélienne, notamment pour qu’ils utilisent le géant des médias sociaux afin de mobiliser leurs partisans et de pousser les partisans du gouvernement socialiste vers « l’autre bord ». Nous avons récemment obtenu des documents du gouvernement états-unien en vertu de la Loi sur la liberté d’information (FOIA) qui illustrent la manière dont le gouvernement a élaboré un programme axé sur l’utilisation de Facebook pour aider l’opposition vénézuélienne lors des élections municipales en 2013 et des élections législatives en 2015 (qui ont vu la victoire de la droite). Ces documents montrent, en d’autres termes, que le gouvernement états-unien utilise activement les médias sociaux pour s’ingérer dans les élections d’autres pays.

La crise de Facebook

Des activistes à travers le monde entier ont utilisé Facebook, Twitter et d’autres médias en ligne pour transmettre des messages, coordonner des manifestations et même faire tomber des gouvernements. Compte tenu de l’importance de Facebook en particulier, la pression s’est accrue pour réglementer la messagerie sur le site. Les législateurs américains, par exemple, ont reproché à la société de ne pas avoir pris de mesures contre les campagnes de désinformation présumées de la Russie visant à semer le chaos et à influencer les élections aux États-Unis. En outre, nombreux sont ceux qui ont dénoncé l’incapacité de la société à sévir contre les activistes soutenant Trump qui prétendaient que les élections de 2020 étaient frauduleuses et qui ont utilisé le site pour organiser l’assaut du Capitole par l’extrême droite, le 6 janvier 2021 à Washington, DC.

Dans le sillage des Facebook Papers, les législateurs américains ont relancé leurs critiques à l’égard du géant de la technologie. Les documents révèlent que les dirigeants de Facebook savaient que les « mécanismes de base » (c’est-à-dire les algorithmes) de leurs plateformes conduisent les utilisateurs vers les publications les plus sensationnelles, les plus controversées et les plus polarisantes dans leur fil d’actualité, ce qui entraîne une série d’effets socialement toxiques.

Par exemple, les documents révèlent qu’en dépit de recherches internes prouvant que l’application Instagram de l’entreprise nuit à l’estime de soi des enfants, les dirigeants de Facebook ont poursuivi leurs projets de développement d’une application similaire pour les enfants de moins de treize ans – et n’ont arrêté ces projets que deux semaines après la révélation des Facebook Papers. Les documents décrivent également l’inquiétude croissante des dirigeants de l’entreprise quant à l’impact social plus large de la plateforme, qui va de la facilitation de la violence politique et de la diffusion de la désinformation COVID-19 à son utilisation par les cartels de la drogue, les trafiquants d’êtres humains et les groupes armés pour engager des tueurs à gages, documenter des meurtres, réduire des femmes en esclavage et promouvoir le génocide dans des pays comme le Myanmar.

Les documents montrent que, en réponse, les dirigeants de Facebook ont privilégié les profits en refusant de prendre des mesures concrètes – optant plutôt pour des tactiques de gestion des relations publiques – par crainte que la modification de leurs algorithmes ne réduise l’engagement des utilisateurs et donc la croissance de la plateforme.

Le résultat a été la pire crise politique de l’histoire de l’entreprise (au moins depuis Cambridge Analytica), incitant l’entreprise à annoncer un changement de marque. Les législateurs tant démocrates que républicains ont capitalisé sur la crise pour fustiger davantage Facebook, signalant même un soutien bipartisan pour une réglementation accrue du géant de la technologie.

La sénatrice Marsha Blackburn (R-TN), par exemple, a déclaré : « Il est clair que Facebook privilégie le profit au détriment du bien-être des enfants et de tous les utilisateurs » alors que le sénateur Richard Blumenthal (D-CT) a suggéré qu’il s’agissait peut-être du « moment Big Tobacco » de Facebook, faisant référence à l’indignation et à la diminution du tabagisme aux États-Unis après les révélations des machinations de l’industrie pour semer le doute sur les effets négatifs de ses produits sur la santé.

Il est quelque peu amusant d’entendre des sénateurs états-uniens exprimer leurs préoccupations quant à l’orientation d’une entreprise vers la recherche du profit dans une société capitaliste – surtout lorsque plusieurs d’entre eux possèdent des millions d’actions de Big Tech. Mais quelles que soient les critiques que les politiciens états-uniens formulent à l’égard de l’impact de Facebook dans leur pays, le gouvernement des États-Unis n’hésite pas à utiliser Facebook pour promouvoir ses propres politiques impérialistes à l’étranger.

Un plan d’intervention financé par les États-Unis

À partir d’octobre 2013, la National Endowment for Democracy (NED) – une agence gouvernementale créée par l’administration Reagan – a versé près de 300.000 dollars au National Democratic Institute (NDI) pour un programme intitulé Venezuela : Improved Training and Communications Skills for Political Activists. Le NDI a également été fondé sous l’administration Reagan, en tant que bras international du parti démocrate aux côtés de son homologue du GOP, l’International Republican Institute. Les deux groupes travaillent toutefois souvent de concert et soutiennent bon nombre des mêmes acteurs et objectifs à l’étranger.

La NED reste l’agence-mère des deux groupes et reçoit la quasi-totalité de son financement des contribuables. Bien que la NED et le NDI revendiquent leur indépendance vis-à-vis du gouvernement américain, ils doivent tous deux rendre compte de leurs activités au Congrès, qui restent soumises aux demandes de FOIA.

« L’indignation suscitée par la prétendue intervention russe dans les campagnes électorales états-uniennes n’a pas cessé. Pourquoi, alors, est-il permis au gouvernement des États-Unis de s’engager dans un comportement explicitement partisan à l’étranger ? »

Dans la description du programme, la NED affirme que le gouvernement vénézuélien a cherché à contrôler les « médias de masse » du pays, les utilisant comme un outil pour contraindre ses citoyens (ce qui est faux: l’opposition et le secteur privé comme dans quasi tous les pays du monde, possède la plupart des médias). En conséquence, la NED rapporte que les opposants et les « militants politiques ont des difficultés particulières à communiquer avec les citoyens ainsi qu’à organiser et à mobiliser des partisans ». En revanche, la NED décrit les médias sociaux comme « moins vulnérables aux restrictions gouvernementales et … un outil utile pour les activistes politiques indépendants au Venezuela pour diffuser des messages et s’organiser ».

Alors que la NED décrit soigneusement ces militants comme indépendants, il est clair que ce programme a été conçu pour les militants et les membres de partis associés à l’organisation de la droite, la Table ronde de l’Unité Démocratique, ou MUD (Mesa de la Unidad Democrática).

Formée en 2008, la MUD reste le plus grand bloc de partis d’opposition au Venezuela, cherchant à unifier les partis d’opposition existants derrière un candidat de consensus contre les membres du Parti socialiste du Venezuela (PSUV), le parti de Chávez et de Maduro, lors des compétitions électorales. Parmi ses principaux partis figurent Primero Justicia, La Causa Radical, Un Nuevo Tiempo et Voluntad Popular, dont Juan Guaidó – le leader de l’opposition soutenu par les États-Unis qui a tenté de renverser Maduro de manière non démocratique, y compris par la force, et que certains pays reconnaissent comme le leader légitime du Venezuela – fait toujours partie.

Après la mort de Chávez en mars 2013, puis la victoire aux élections présidentielles de son successeur Nicolás Maduro le mois suivant, l’opposition a commencé à élaborer des stratégies pour les élections municipales de décembre 2013 et, tout aussi important, les élections législatives de 2015. La NED raconte que si les médias sociaux restent essentiels à l’organisation politique contemporaine, l’opposition n’était pas équipée dans « l’utilisation des médias sociaux et d’autres technologies de l’information et de la communication (TIC)« .

En réponse, le NED a financé le NDI pour fournir plusieurs services à l’opposition vénézuélienne.

Tout d’abord, le NDI a planifié et accueilli « un séminaire en dehors du Venezuela sur l’utilisation de la technologie et des médias sociaux pour la sensibilisation et l’engagement des citoyens ». En outre, le NDI a créé une « boîte à outils virtuelle » hébergée sur un site respectif intitulé Red Innovación, un site également financé par le NED, offrant « un cours en ligne personnalisé de renforcement des capacités sur une série de questions relatives à l’innovation politique ». Le site et ses cours restent actifs.

Après les élections municipales de décembre 2013, le personnel du NDI a organisé une « session de révision de la stratégie » avec des membres de l’opposition « afin de développer des stratégies à plus long terme pour maintenir le contact avec les citoyens et améliorer leur capacité à communiquer et à diffuser des informations en utilisant les TIC. » En outre, le NDI a engagé un consultant « pour assurer un encadrement continu des participants au programme ».

Après la mise en œuvre de son programme, le NDI a discuté de ses résultats sur son site Internet. Et a considéré ce programme comme une étude de cas de réussite.

Grâce au financement et à la formation du NDI, la MUD a « mobilisé une base de données d’électeurs qui a identifié et ciblé les électeurs influents par le biais des médias sociaux » et, en effet, en décembre 2015, la droite a remporté la majorité à l’Assemblée nationale vénézuélienne pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Chávez en 1999. Le NDI décrit comment la MUD a créé une base de données d’électeurs, ce qui lui a permis « d’extrapoler des conclusions sur les penchants des partis politiques pour de grandes parties de l’électorat… en calculant la probabilité qu’un électeur soit un partisan du PSUV, un partisan de la MUD ou un électeur de tendance. »

Le MUD a ensuite créé deux groupes : ceux qui penchent pour le MUD (groupe A) et ceux qui penchent pour le PSUV (groupe B). Par la suite, le NDI décrit la manière spécifique dont la MUD a utilisé Facebook pour atteindre ces groupes :

la MUD a mené sa campagne de médias sociaux sur Facebook, qui a ciblé les électeurs avec différents messages tenant compte de leurs penchants politiques. La MUD a ciblé les électeurs du groupe A avec des messages d’incitation au vote, tandis qu’elle a ciblé le groupe B avec des informations sur les candidats du PSUV afin de les inciter à se rallier à son parti. En utilisant sa base de données, la campagne a également identifié 8,5 millions d’électeurs sur Facebook et les a ciblés avec des messages spécifiques similaires. Les mesures de Facebook ont indiqué que les messages ciblés touchaient plus de personnes que les campagnes précédentes. Le jour de l’élection, la campagne avait atteint 6,3 millions d’électeurs et 2,9 millions d’électeurs avaient interagi au moins une fois avec le contenu de la campagne sur Facebook.

Au final, le NDI s’attribue le mérite du succès de l’opposition, écrivant que cette stratégie « a finalement joué un rôle important dans leur victoire éclatante aux élections de 2015 » et qu’un « facteur déterminant dans le succès de la coalition aux élections législatives de 2015 a été un effort de deux ans avant les élections pour sensibiliser, former et aligner les structures nationales et régionales de communication de tous les partis qui conforment la MUD » (les italiques sont de nous). En effet, le NDI a organisé cet  » effort de deux ans  » pour former les membres de la MUD à l’utilisation des médias sociaux dans sa campagne contre le PSUV, comme détaillé dans la subvention qu’ils ont reçue du NED.

Ni le personnel de la NED ni celui du NDI n’ont répondu à nos demandes de commentaires.

Une longue histoire d’intervention états-unienne

Il n’est pas surprenant que le gouvernement américain finance un tel programme. Les États-Unis ont une longue – et sanglante – histoire d’intervention dans le monde, en particulier en Amérique latine. Ils ont même cherché à créer une nouvelle plateforme de médias sociaux à Cuba afin de déposer le gouvernement. Et au Venezuela, au cours des deux dernières décennies, le gouvernement des États-Unis n’a cessé de chercher à renverser Chávez et maintenant Maduro. Pourtant, ces stratégies ont finalement échoué, illustrant certaines des limites de l’impérialisme américain.

Pour beaucoup, le gouvernement vénézuélien est sans aucun doute devenu plus autoritaire sous la direction de Maduro. Mais en fin de compte la question que soulèvent ces documents récemment obtenus n’est pas de savoir si Maduro est « bon » ou « mauvais », mais si les contribuables américains devraient financer et former les membres de l’opposition vénézuélienne à utiliser Facebook pour leurs campagnes politiques de droite.

En effet, l’indignation suscitée par la prétendue intervention russe dans les campagnes électorales des États-Unis n’a pas cessé. Pourquoi, alors, est-il permis au gouvernement des États-Unis d’adopter un comportement explicitement partisan à l’étranger ? Pourquoi le gouvernement des États-Unis a-t-il le feu vert – malgré sa longue histoire de violence – pour intervenir dans les processus politiques d’autres pays ?

Tim Gill est professeur adjoint de sociologie à l’Université du Tennessee.

Christian Lewelling est étudiant en doctorat au Département de Sociologie de l’Université du Tennessee, Knoxville.

Source de cet article : https://jacobinmag.com/2021/10/us-venezuela-election-campaign-intervention-influence-maduro-mud-social-media-facebook

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/10/31/comment-le-gouvernement-des-etats-unis-utilise-les-reseaux-sociaux-pour-intervenir-au-venezuela-jacobin-mag/