« Construire sa maison sans dépendre d’une entreprise privée » : l’École du Constructeur Populaire au Venezuela

« Le plus beau, pour ces jeunes qui viennent des milieux populaires, c’est de pouvoir réaliser leur rêve, construire leur propre maison sans dépendre d’une entreprise privée. Les projets collectifs de nos apprenti(e)s naissent de la collaboration avec les habitant(e)s, ils ou elles vont dans la communauté, cherchent le problème et proposent des solutions, grâce à leur formation technique, à partir d’une vision sociale« , raconte fièrement l’ingénieur Eskell Romero, directeur de l’école du Constructeur Populaire « Aristobulo Isturiz ». » « Dans chaque lotissement de la Grande Mission Logement Venezuela se trouve un noyau de notre école« .

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177 scientifiques, professeur(e)s et agent(e)s de santé de terrain répondent aux fake-news de Luke Taylor (« Nature ») sur la gestion du Covid au Venezuela

Dès le début de la pandémie au Venezuela (13 mars 2020), le gouvernement bolivarien a mis en place une politique intensive de biosécurité, masques, désinfection d’espaces, confinement, dépistage massif, campagnes d’éducation et actuellement, une campagne intensive de vaccination gratuite. Nous avons publié une dizaine d’articles sur ce thème. En septembre 2021 – nouvelle victoire sur le blocus occidental -, le Venezuela a pu acheter 700.000 doses du vaccin chinois Sinovac, libérées du verrou bancaire suisse après une longue bataille, grâce à l’appui de l’OMS/COVAX qui enverra au total 11 millions de doses. Vient d’arriver également la neuvième cargaison du vaccin russe Sputnik-V. Le Venezuela est à présent en tête des pays pour la vitesse de vaccination (graphique) et continue comme depuis le début de la pandémie à écraser la courbe du Covid (https://covid19.who.int/region/amro/country/ve), ce qui explique que l’ONU ait demandé au Venezuela l’autorisation d’étudier le succès de sa politique anti-Covid. Une politique qui contraste avec les politiques « trumpo-darwinistes », ultra-néolibérales, qui ont provoqué des hécatombes en Equateur, au Brésil ou en Colombie.

Un secteur de médecins de classe moyenne et liés à la droite, continue à nier cette réussite. Ce secteur relayé par les médias privés (majoritaires) a mal vécu la perte du monopole commercial de la santé qu’il exerçait avant l’élection du Président Chavez, ainsi que de voir une révolution étendre les droits sociaux, de santé ou d’études universitaires, à l’ensemble de la population. Sa réaction de classe l’a déshumanisé : il a dénoncé comme « concurrence déloyale » (sic) la mission sociale « Barrio Adentro » qui a sorti la médecine de sa vision mercantiliste, l’a rendue gratuite, accessible aux secteurs populaires et a sauvé les vies de millions de vénézuélien(ne)s. Ce secteur a appuyé les violences de rue et les coups d’État contre le gouvernement élu, et a reçu en grande pompe le putschiste Juan Guaido (photo) dès sa première visite publique comme fake-président du Venezuela (un personnage dont les campagnes en faveur des sanctions ont bloqué l’achat de nombreux médicaments, et provoqué la mort de nombreux patient(e)s). Tout cela, sans doute, dans l’espoir du retour du Venezuela aux temps de l’apartheid où la médecine était réservée à ceux qui peuvent payer.

La naturalisation du storytelling de la droite et des grands médias sur l’existence d’une « dictature » au Venezuela donne des ailes à des auteurs en mal d’audimat, qui pensent pouvoir recycler les poncifs sans que personne ne les contredise. La revue « Nature » a publié le 25 août un article d’un certain Luke Taylor qui applique ce storytelling à la gestion de la pandémie. 177 scientifiques, professeurs et agents de santé de terrain, publient un important droit de réponse : http://revista.vps.co.ve/editorial/ que nous traduisons et publions avec la liste des signataires :

« En tant que membres de la communauté scientifique vénézuélienne, du secteur de la santé et d’autres domaines de connaissance, nous demandons un droit de réponse à la revue Nature que vous éditez. Compte tenu de la désinformation, des demi-vérités et des inexactitudes exprimées dans l’article « Les travailleurs de la santé vénézuéliens collectent secrètement des statistiques sur le COVID », par M. Luke Taylor, publié le 25 de ce mois, et dans l’article « COVID au Venezuela, les essais de santé supprimés – la semaine en infographie », publié deux jours plus tard, tous deux sur le site Internet de Nature, nous souhaitons rétablir les faits et décrire la réalité de la lutte du Venezuela contre le COVID-19, informer sur les vrais chiffres acceptés par tous les organismes internationaux concernés.

« La communauté scientifique internationale a en effet le droit d’obtenir une image plus complète et plus précise de la réalité que notre pays subit depuis 2015, et ce malgré l’imposition cruelle d’une série de mesures coercitives unilatérales (gouvernement des États-Unis), qui, dans le cadre de la pandémie COVID-19, a produit un scénario socio-économique critique aux conséquences désastreuses pour la société vénézuélienne.

« Parlons de contexte d’abord : les mesures coercitives unilatérales (« sanctions »)  et le blocus imposés à la République bolivarienne du Venezuela par les États-Unis et leurs alliés depuis 2015, en vertu de la loi 113.278 signée par l’ancien président Barack Obama en décembre 2014. Cette situation a eu de graves conséquences sur la vie quotidienne, en particulier dans des secteurs tels que l’éducation, l’alimentation et la santé (1-3). Or, curieusement, ce fait majeur n’est mentionné à aucun moment dans la critique de Taylor, alors qu’il a eu d’énormes répercussions négatives sur les droits humains dont le droit à la santé de la population, touchant particulièrement les femmes et les enfants, entre autres groupes, privés d’accès aux fournitures et aux médicaments (4).

« La rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’impact de sanctions, la professeure de Droit International Alena Douhan (photo), a établi en février 2021 un rapport accablant sur les conséquences des sanctions occidentales contre le Venezuela, et rappelé leur illégalité. La « menace pour la sécurité nationale des États-Unis » invoquée le 8 mars 2015 comme base pour introduire des sanctions contre le Venezuela, et prolongée/renforcée à plusieurs reprises par D. Trump puis J. Biden, ne correspond pas aux exigences de l’art. 4 du Pacte International relatif aux Droits civils et politiques. En juillet 2021 six autres experts indépendants nommés par l’ONU ont dénoncé l’impact de ces sanctions sur la vie des patient(e)s affecté(e)s de cancer.

« Le reportage de Taylor publié dans Nature mentionne un prétendu médecin de famille qui déclare « anonymement » (!) que « Face à la répression du gouvernement et aux ressources limitées, les médecins et les infirmières travaillent discrètement avec des réseaux de recherche pour rapporter des données fiables… Lorsqu’ils ont parlé de ce qu’ils disent être des conditions inacceptables, certains ont été détenus par les forces gouvernementales ». Citer un médecin unique et anonyme qui prétend que certains travailleurs de la santé ont été détenus par les forces gouvernementales, sans offrir de sources primaires pour étayer l’allégation, ni mentionner les noms, les charges ou les dates de la détention présumée de ces travailleurs, témoigne à tout le moins d’un manque de sérieux.

« Ensuite, le même « médecin anonyme » affirme qu’une « partie » du corps de santé du pays communique « clandestinement » des données « fiables » sur la pandémie qu’ils a lui-même recueillies… en secret (sic). Et que ces anonymes déclarent qu' »il est évident que les chiffres du Venezuela ne reflètent pas la réalité, et que le décompte drastique est dû à un manque de preuves et d’infrastructures, mais aussi à un effort délibéré du gouvernement pour minimiser la situation de pandémie ».

« Il est important de noter que depuis les deux premiers cas de COVID-19 dans le pays (13 mars 2020), le gouvernement vénézuélien a déclaré l’état d’urgence (https://elpais.com/sociedad/2020-03-13/venezuela-confirma-dos-casos-de-coronavirus.html). Il a immédiatement pris certaines mesures comme la mise en quarantaine préventive obligatoire des passagers du vol 6673 d’Iberia les 5 et 8 mars 2020, origine des premiers cas, la suspension des classes à tous les niveaux et l’utilisation de masques par les passagers dans les transports tels que le métro et les trains. Deux jours plus tard, le 15 mars, lorsque 17 cas positifs ont été confirmés dans plusieurs états du pays, il a décidé de prendre des mesures drastiques, comme le confinement collectif. Il a établi une stratégie de communication dans les médias nationaux, les espaces publics et privés, en tenant la population vénézuélienne informée, quotidiennement et à jour via Twitter notamment, des statistiques des paramètres épidémiologiques de la pandémie. Les cas positifs, les décès et les cas guéris sont signalés par État toutes les 24 heures, ainsi que les mesures de biosécurité à appliquer au sein de la population. Une stratégie de restriction de l’activité commerciale, appelée 7+7, a été mise en place, dans laquelle une semaine d’activité flexible est suivie d’une semaine d’activité restreinte. Toutes ces orientations émanent du Conseil scientifique présidentiel (CCP), qui a été constitué le 13 mars dernier, et dont les membres sont des scientifiques de différents domaines de connaissance, dotés d’une grande expérience.

« Nous voudrions ajouter quelques détails intéressants. Le gouvernement, et ce conseil scientifique, ont pris une série de mesures pour combattre l’épidémie depuis son apparition. Au moment de convenir, dans une résolution conjointe du Ministère de la Santé (MPPS) et du Ministère pour la Science et la Technologie (MPPCyT), des priorités à investiguer, un ensemble de plusieurs domaines a été rendu public dans le Journal Officiel, parmi lesquels se détachent les contributions à la caractérisation épidémiologique du COVID-19 dans la population vénézuélienne, ainsi que l’impact psychologique, social et culturel de ce dernier ; 1) un Fonds économique a été approuvé par l’exécutif pour le développement de la recherche et des innovations scientifiques liées à la lutte contre le COVID-19, fonds qui ont été investis dans le renforcement et la préparation des réponses sociales et sanitaires dont le pays avait besoin pour lutter et combattre le nouveau coronavirus ; 2) selon le référentiel de l’Observatoire national de la science, de la technologie et de l’innovation (ONCTI), entre janvier-2020/juin-2021, trois cent neuf (309) documents écrits par des Vénézuéliens ont été identifiés, dont 71% ont été collectés dans des revues nationales et internationales à comité de lecture, dans six grands domaines de connaissance et liés à COVID-19, précisant que 61% de ces textes apportent de nouvelles connaissances à la communauté scientifique, à travers des découvertes, des recommandations et des revues documentaires (http://oncti.gob.ve). En d’autres termes, la gestion de cette pandémie ne relève pas de la seule responsabilité du gouvernement. Il s’agit d’une situation qui requiert les efforts de tous les secteurs du pays afin de l’affronter et de la contrôler ; 3) A l’ONCTI, des cycles de forums virtuels sur la connaissance et les mesures préventives de la pandémie ont été initiés, dictés par des experts en la matière et ouverts à toute la population vénézuélienne. Ces indicateurs importants peuvent être consultés sur le nouveau portail web de l’ONCTI (http://oncti.gob.ve), créé dans le but de diffuser l’activité scientifique du Venezuela. En d’autres termes, il y a eu une politique officielle de publication et diffusion des efforts, du travail et des réalisations accomplis sur la pandémie par les différents secteurs du pays. C’est pourquoi nous ne comprenons pas les recherches « secrètes » que ces agents de santé effectuent pour obtenir des « données fiables » sur les statistiques de la pandémie dans le pays.

« En ce sens, il est pour le moins étonnant que les données officielles recueillies systématiquement par l’ensemble du système national de santé publique ne soient pas fiables, comme le décide Taylor alors que les données recueillies « secrètement » par les membres du corps sanitaire des hôpitaux vénézuéliens soient considérées, elles, comme fiables. Et ce, bien qu’ils n’expliquent pas la méthodologie utilisée, si ce n’est qu’ils n’ont qu’un seul critère pour « diagnostiquer  » un patient suspect : évaluer s’il a une infection respiratoire aiguë, ce qui, les travailleurs eux-mêmes le reconnaissent dans l’article, n’est pas un indicateur parfait de COVID-19. Le pire, c’est que la revue ne propose aucun chiffre sur l’épidémie dans le pays.

« D’autre part, l’OMS, les experts en épidémiologie et les gouvernements ont reconnu qu’au cours de toute pandémie, il est impossible de connaître le nombre réel de cas positifs en temps réel, car le début de l’infection est inconnu en raison de la période de latence et il existe un grand nombre de patients asymptomatiques. En bref, il est impossible pour tout pays de disposer d’un registre totalement complet des personnes infectées en temps réel.

« Dans une autre partie de l’article, intitulée The pandemic narrative, Taylor aborde deux questions et dévoile, à rebours de la scientificité, une intentionnalité politique : a) l’économie du Venezuela selon lui « s’est effondrée au cours de la dernière décennie en raison de la corruption, de la mauvaise gestion financière et de l’effondrement du prix du pétrole, son principal produit d’exportation ». Or il ne mentionne rien du  blocus, ni des sanctions états-uniennes expliqués au début de ce document, qui sont les principaux responsables de la situation ; b) il parle de l’émigration qui s’est produite ces dernières années dans le pays, affirmant qu' »au moins 5,4 millions de personnes ont fui le pays et, parmi celles qui restent, environ 90% vivent aujourd’hui dans la pauvreté, selon les Nations unies ». Là encore, l’auteur n’indique pas la source à laquelle il emprunte ces chiffres qui, selon nous, sont exagérés. Cependant, quel que soit le nombre (6), l’émigration et la pauvreté ont une relation étroite, évidente, avec le blocus sur les exportations : le début de ce phénomène a coïncidé avec le début de la guerre économique qui a privé l’État vénézuélien de 99% des ressources de la vente du pétrole.

« Par ailleurs, cette section de l’article contient une affirmation pour le moins contradictoire, lorsque certains épidémiologistes interrogés déclarent que l’effondrement économique pourrait avoir ralenti la propagation du coronavirus SRAS-CoV-2. Ces chercheurs répondent par l’affirmative, mais leurs raisons n’incluent pas les mesures drastiques et efficaces prises par le gouvernement supérieur depuis le début de la pandémie. Or ces mesures sont similaires à celles que certains gouvernements dans le monde ont prises pour lutter contre la pandémie, comme la Chine, Singapour, Taïwan et la Thaïlande, avec des résultats positifs similaires. Si nous observons les courbes du taux de prévalence du coronavirus dans les pays d’Amérique latine en avril 2020 (OMS ou Our World in data), nous pouvons déjà constater l’aplatissement de la courbe dans les pays qui ont pris les mesures sociales les plus radicales et les plus rapides, telles que la distanciation sociale et le confinement, comme le recommandait l’OMS à l’époque. Cela a permis d’éviter une croissance exponentielle de la propagation virale au sein de la population, et c’est exactement ce qui s’est produit au Venezuela. C’est l’une des mesures qui a permis de maintenir un contrôle relatif de la pandémie au Venezuela. Cependant, dans des pays comme la Colombie et le Brésil, où les gouvernements respectifs ont évité de prendre rapidement des mesures épidémiologiques drastiques, alors qu’ils disposaient de suffisamment de temps, la pandémie est devenue incontrôlable. Aujourd’hui encore, ils continuent à subir les terribles conséquences de ce manque de contrôle initial sur leurs populations respectives. Nous ne comprenons pas comment des chercheurs vénézuéliens puissent réfuter à priori les chiffres du gouvernement vénézuélien, ou qu’un vice-président d’une ONG états-unienne dise que les chiffres n’ont pas de sens. Il suffit de comprendre les processus épidémiologiques de base pour combattre une pandémie établis par l’OMS.

« Enfin, l’article de Taylor indique qu’un « réseau » (ONG) avait identifié que six variants de coronavirus, dont deux, Beta et Gamma, classés comme variants préoccupants, s’étaient répandus au Venezuela, sur la base d’un article publié dans la revue Int J Infect Dis (Patiño et al, 2021). Cependant, en examinant cet article, nous avons constaté que les patients vénézuéliens infectés vivent sur le territoire colombien (la période n’est pas précisée) et il n’y a pas de preuve certaine quant à savoir s’ils ont été infectés par transmission communautaire sur le territoire colombien ou par migration transnationale. Il est important de souligner que le Venezuela ne dispose pas actuellement des ressources et des moyens suffisants pour assurer une surveillance génomique adéquate du virus SRAS-CoV-2. Toutefois, deux institutions assurent la surveillance génomique du virus, l’Institut vénézuélien de recherche scientifique (IVIC) et l‘Institut des études avancées (IDEA), dont les équipes de chercheurs ont traité des échantillons provenant de diverses régions du pays, ce qui a permis de confirmer la circulation de la variante Delta, en particulier dans les zones frontalières avec la Colombie. Ces données ont été rapportées par les autorités du Ministère Populaire de la Santé à l’OMS, et des publications dans des revues spécialisées sont en préparation. Selon les plans du Ministère de la Santé, à court terme, une moyenne de 100 échantillons par mois sera réalisée pour le séquençage par état, ce qui implique une moyenne de 1000 échantillons par mois pour l’ensemble du pays. Il n’est peut-être pas possible de comparer cette quantité de séquençage épidémiologique avec ceux effectués dans d’autres pays aux capacités économiques plus importantes, mais il est important de noter qu’à partir des données obtenues, nous aurons une idée précise de la progression de la circulation des variantes du SRAS-CoV-2.

« Nous espérons que les données et l’analyse que nous avons partagées dans cette lettre aideront les collègues de la communauté scientifique internationale à une disposer d’une vision plus complète de la situation du pays dans le contexte décrit ci-dessus. Le pays vit depuis des années sous le coup d’une campagne médiatique internationale qui déforme la réalité à des fins politiques. En raison de l’absence d’informations scientifiquement rigoureuses, l’article de Taylor semble faire partie de cette campagne, dans laquelle les chercheurs impliqués sont des porte-parole politiques reconnus de l’opposition vénézuélienne. Nous ne sommes pas surpris par ce type de campagne, mais ce qui est étonnant c’est que la revue scientifique Nature s’y soit prêtée, sans vérifier ni le contexte, ni le type de sources, ni la véracité du contenu de l’article mentionné. Nous espérons qu’en toute honnêteté et par souci d’équilibre, la rédaction de la revue nous accordera le droit de réponse demandé. »

« RÉFÉRENCES

1. SURES. 2018. Hernández M et Salazar A. Rapport spécial. Mesures coercitives unilatérales sur le Venezuela et leur impact sur les droits de l’homme. INFORME-MEDIDAS-UNILATERALES-COERCITIVAS.-SURES.pdf

2. Telesur News. 2019. Chronologie des sanctions unilatérales américaines contre le Venezuela. In Depth : Latin America and the Caribbean. https://www.telesurtv.net/telesuragenda/cronologia-sanciones-eeuu-venezuela-historia-20190529-0002.html

3. SURES. 2020. Lorena Giménez. Rapport spécial. Las medidas coercitivas unilaterales desde la Unión Europea desde la Unión Europea contra la República Bolivariana de Venezuela. informe-especial-las-medidas-coercitivas-unilaterales-desde-la-uniocc81n-europea.pdf (wordpress.com)

4. Douhan, A. 2021. Droits de l’homme et mesures coercitives unilatérales. Avis aux médias. Nations Unies. Voir https://www.ohchr.org/_layouts/15/WopiFrame.aspx?sourcedoc=/Documents/Issues/UCM/UCM-COVID19.docx&action=default&DefaultItemOpen=1

5. SURES. 2021. Informe Especial : Uso político y mercantilización de la migración venezolana (I) (https://sures.org.ve/migracion/).

6. Il est important de noter qu’il n’a pas été possible d’unifier ou même d’approximer les différents nombres de migrants vénézuéliens qui sont souvent cités en premier lieu. En 2019, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé que 2 519 780 Vénézuéliens avaient quitté leur pays. Pour la même période, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a affirmé que le nombre de migrants était de 4 769 498. La marge d’erreur entre les deux chiffres est supérieure à la population de Barcelone (Catalogne, Espagne) (5). »

Scientifiques et professionnels de la santé signataires :

Source : http://revista.vps.co.ve/editorial/

Traduction : Thierry Deronne

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Comment un hôpital cardiologique infantile a réussi à réaliser plus de 300 opérations gratuites cette année au Venezuela malgré le blocus et la pandémie.

Patient et sa mère à l’hôpital latino-américain de cardiologie infantile Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo Jacobo Méndez

Yanira tient dans ses bras son bébé de sept mois, qui se remet d’une opération du cœur à l’hôpital de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa, à Caracas, et nous raconte le processus. Ce petit garçon qui ne cesse de sourire, est l’un des 305 enfants qui ont été opérés dans ce centre de santé depuis le début de l’année, en pleine pandémie.

Plus de 12.000 opérations ont été réalisées au centre de cardiologie depuis son inauguration le 20 août 2006, sous le gouvernement du président Hugo Chávez. En 2021, l’hôpital prévoit d’en atteindre 400, un chiffre qui prend un sens tout particulier dans le contexte des effets profonds sur la vie quotidienne des gens causés à la fois par la pandémie et par les sanctions états-uniennes et européennes contre le Venezuela.

Dès l’entrée dans cet hôpital, avec ses longs couloirs silencieux et très éclairés, les mesures de biosécurité sont strictes: lavage des mains, distance sociale et masques. Après avoir traversé des espaces très nets où le blanc prédomine, on arrive au bureau de la présidente de l’institution, la Docteure Isabel Iturria.

Comprendre les chiffres

La première chose qui saute aux yeux, ce sont les chiffres, nous explique-t-elle. Cette année, 305 interventions cardiologiques ont été réalisées. Le contexte donne de l’importance aux chiffres, car de 2014 à 2019, le Venezuela a subi une contraction économique brutale causée par la perte de 99% de ses revenus pétroliers suite au blocus sur les exportations décidé par les États-Unis contre la compagnie pétrolière publique PDVSA, en plus des sanctions.

Hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Selon Isabel Iturria, les plus grands hôpitaux du monde réalisent entre 300 et 400 opérations par an, et ceux qui dépassent ce chiffre appartiennent à un « groupe très restreint » d’institutions médicales. Ces chiffres, lorsqu’ils sont comparés à ceux du Venezuela, font paraître incroyables les réalisations du pays sud-américain dans ce domaine, alors qu’il est soumis à un blocus.

Avant la création du centre de cardiologie infantile, moins de 200 opérations par an étaient réalisées dans le pays, vu le coût exorbitant pour les familles populaires pratiqués par la médecine privée. Cependant, depuis l’ouverture de cet hôpital public il y a 15 ans, la moyenne annuelle est de 700 à 800 opérations (moitié chirurgies et moitié cathétérismes). « Le centre cardiologique a transformé les possibilités de traitement des enfants atteints de maladies cardiaques » affirme l’ancienne Ministre de la Santé (2013).

« On vous donne l’impression de faire quelque chose d’illégal ».

Dans un pays sanctionné par un empire, des processus aussi routiniers que l’achat de fournitures médicales passent par des labyrinthes kafkaïens. « On dirait que vous faites quelque chose d’illégal, alors que ceux qui le font sont ceux qui violent le Droit en entravant l’arrivée des moyens de la santé et de la vie au Venezuela » dénonce Iturria.

Il y a quelques années, deux appels d’offres ouverts étaient organisés chaque année pour l’achat de fournitures. Un groupe d’entreprises qui avaient la possibilité de soumissionner a participé à ces appels d’offres. Progressivement, leur présence a diminué.

« C’est extrême, il y a des matériels que le fournisseur n’apporte tout simplement pas pour ne pas s’exposer à des sanctions », bien que l’hôpital cardiologique était un client principal vu que la chirurgie pédiatrique est très peu pratiquée dans les autres institutions du pays.

La Présidente de l’Hôpital de cardiologie infantile d’Amérique latine Gilberto Rodríguez Ochoa, Isabel Iturria. Photo: Jacobo Méndez

Actuellement, la plupart des produits proviennent de Chine, par le biais d’accords bilatéraux, et d’autres pays. Certains intrants sont achetés à un importateur « qui les a achetés à un autre, qui à son tour les a achetés à un autre » et il faut ensuite évaluer lequel peut facturer l’hôpital, lequel ne le peut pas et lequel peut facturer le Ministère de la santé… « Cette procédure empêche la concurrence et génère des coûts plus élevés, car les produits proviennent d’un autre intermédiaire. Cela affecte vraiment notre pays, même si l’État a trouvé des voies alternatives », dit-elle.

En plus des fournitures, la technologie est également nécessaire pour que l’hôpital puisse fonctionner. C’est le cas de la climatisation des salles d’opération, « qui présente des caractéristiques très spécifiques : non seulement il faut générer le froid, mais le purifier de toutes sortes de polluants et de particules ». Cet équipement est importé et ses pièces de rechange ne sont plus vendues au Venezuela à cause du blocus états-unien.

L’entretien de cette technologie subit également les conséquences du blocus. Les fournisseurs habituels refusent de travailler dans l’hôpital ou affirment que leur société-mère les sanctionne et ne leur vend pas de pièces détachées si elles sont destinées à l’État vénézuélien. « C’est incroyable, mais c’est une réalité », dit Iturria.

Combien coûtent les opérations ?

Les opérations sont gratuites pour les patients et l’hôpital couvre les coûts, qui sont beaucoup moins élevés que dans le secteur privé. Partout ailleurs dans le monde, une telle opération peut coûter jusqu’à 40 000 dollars.

À l’extérieur de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo: Jacobo Méndez

La présidente de l’hôpital explique que pour une seule opération dans une clinique privée vénézuélienne, sept ou huit sont réalisées à la clinique cardiologique. L’autre mythe qui s’effondre est celui de l' »inefficacité » du secteur public, qui semble être davantage un cliché qu’un élément rationnel », ajoute-t-elle.

La gratuité couvre même l’alimentation de la mère, et l’hébergement du père à la résidence hospitalière le jour de l’intervention. « Il faudrait que ce soit plus cher ici, mais ce n’est pas le cas. Nous le faisons gratuitement, avec une qualité technique, mais aussi avec affection, avec solidarité, avec chaleur », déclare la médecin, diplômée de l’Université centrale du Venezuela (UCV).

Pour avoir une idée des coûts, une chirurgie cardiaque congénitale pour un seul enfant peut nécessiter 300 choses différentes. Certains matériaux peuvent être restérilisés, mais pas d’autres, car ils sont très chers et la technologie est difficile à reproduire.

Hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Comment se déroule le processus ?

Ce qui frappe quand on entre dans le centre de cardiologie, c’est qu’il n’y a pas de mères avec leurs enfants dans les bras faisant une file sans fin pour attendre leur tour. Comment a-t-il été possible de transformer une telle réalité quotidienne dans un centre de santé publique ?

C’est d’abord le fruit de la planification et de l’utilisation des technologies de l’information. Dans les hôpitaux vénézuéliens où il existe un service de cardiologie, le spécialiste accède au système hospitalier et saisit les données des patients nécessitant une intervention chirurgicale ou un cathétérisme dans le registre national des enfants et adolescents atteints de cardiopathie congénitale (RENAC).

« Chaque jour, nous pouvons avoir en temps réel les patients qui ont été ajoutés à la liste d’attente nationale et nous pouvons les appeler lorsque nous avons les conditions pour pouvoir les opérer, en fonction de leur pathologie », explique Iturria.

Façade principale de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Certain(e)s patient(e)s doivent patienter plusieurs années, quand l’intervention ne peut être réalisée que lorsque l’enfant est plus âgé, tandis que d’autres doivent être opérées dès le premier mois de vie.

« De cette manière, nous optimisons les ressources au sein de l’hôpital et évitons que le patient ne doive être transféré inutilement. Nous le faisons depuis la période d’avant la pandémie », ajoute-t-elle.

Professionnels absents

Dans le quotidien de l’hôpital, il y a d’autres chiffres, moins encourageants, un défi pour ceux qui y travaillent : le service de cardiologie fonctionne avec la moitié ou moins de son personnel, car de nombreux spécialistes ont quitté le pays à la suite du blocus. « C’est un bilan négatif pour la révolution, que nous devons d’une manière ou d’une autre essayer de remonter », dit Iturria.

Les médecins sont très recherchés à l’étranger, explique-t-il, et les Vénézuéliens « rivalisent à des conditions favorables avec ceux du monde entier et sont attirés par d’autres pays sans blocus qui leur offrent de meilleures conditions de vie », bien qu’ils exercent dans certains pays des fonctions bien inférieures à leurs qualifications.

La formation d’un spécialiste peut durer environ 14 ans : sept années d’université, l’année de travail en zone rurale et les études de troisième cycle, qui durent chacune trois ans. « Dans cet hôpital, les médecins ont entre deux et trois diplômes de troisième cycle. Beaucoup d’entre eux sont partis, même si je dirais que beaucoup aimeraient rester au Venezuela.

Médecins de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo: Jacobo Méndez

« C’est un vrai problème que le Venezuela a tenté de résoudre en augmentant le nombre de médecins formés. Aujourd’hui, le nombre de médecins formés est plus élevé que jamais dans l’histoire du Venezuela », dit-elle. Le secteur principal est la médecine communautaire intégrale, avec un accent sur la médecine préventive et la promotion de la santé et de la qualité de vie. « C’est sûrement l’un des éléments fondamentaux qui a permis de contrôler la pandémie, avec les nombreuses autres mesures qui ont été prises », dit-elle.

Comment un hôpital dont la moitié du personnel a disparu peut-il encore tenir debout, telle est la question qui se pose. Le président fait référence à l’expérience accumulée en 15 ans d’existence de l’hôpital cardiologique et à l’engagement des travailleurs envers l’institution, ce qui a facilité les choses. Elle-même confirme qu’elle est revenue aux gardes de 24 heures, comme elle le faisait lorsqu’elle était résidente il y a plusieurs décennies. « Il y a vraiment beaucoup de travail à faire.

La pandémie a également été un défi auquel on a dû s’adapter : la présence des personnes accompagnant les patients a été limitée, tout le personnel a été vacciné et des outils technologiques ont été utilisés pour réaliser les activités d’enseignement et de diffusion des connaissances.

Nathali Gómez

Source : https://actualidad.rt.com/actualidad/402372-hospital-cardiologico-infantil-venezuela-sanciones-pandemia

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/07/comment-un-hopital-cardiologique-infantile-a-reussi-a-realiser-plus-de-300-operations-gratuites-cette-annee-au-venezuela-malgre-le-blocus-et-la-pandemie/

Nos chantiers au Venezuela et comment nous aider

Beaucoup d’entre vous déplorent la désinformation « impressionnante » (Rafael Correa) sur le Venezuela, nous remercient pour nos 21 ans de travail et nous demandent comment nous aider. Pour accélérer nos formations des mouvements sociaux au langage audio-visuel et pour multiplier la production d’articles, de reportages, de documentaires qui montrent une révolution occultée par les grands médias, vous pouvez faire un don à ce compte :

Compte Crédit Mutuel 00020487902

Titulaire: LABORATOIRE INTERNATIONAL POUR L’HABITAT POPULAIRE DURABLE, 25 RUE JEAN JAURES, 93200 ST DENIS

Code IBAN: FR76 1027 8061 4100 0204 8790 256

Code BIC: CMCIFR2A

SVP ne mentionner que : « Soutien Terra TV »

Votre solidarité aidera à couvrir les frais de nos formations, productions et diffusions – nourriture, déplacements (vaste territoire que le Venezuela !), hébergements des équipes de formateurs(trices), matériels audiovisuels de prises de vues, de son, de montage et informatiques. Toute somme est la bienvenue pour continuer à réaliser ces trois objectifs et au nom de toute l’équipe de formation et de production des militant(e)s sociaux, nous vous en remercions d’avance.

  • 1. Formation des mouvements sociaux. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, notre école de communication offre des ateliers permanents aux citoyen(ne)s de tout le continent qui refusent de baisser les bras face à la concentration capitaliste et à la fonction destructrice des médias. Depuis la création de l’école en 1995 nous avons formé plusieurs milliers de communicatrices(eur)s populaires et de jeunes cinéastes pour préparer la création de nouveaux médias participatifs et contribuer à décoloniser l’imaginaire. En août 2021 nous avons formé 17 compagnes et compagnons de la République d’Haïti, arrivé(e)s au Venezuela pour étudier l’agroécologie et en avril, 12 jeunes membres de la Commune rurale El Maizal.

  • 2. Réalisation de reportages. Depuis 1999 nous visibilisons la participation populaire au sein de la révolution bolivarienne, avec toutes ses difficultés mais aussi sa force de résistance et de création. Chaque semaine nous alimentons notre chaîne YouTube Terra TV de reportages de terrain sous-titrés en français – vous pouvez vous y abonner. Ces reportages sont également relayés par le site Web de Terra TV (photo ci-dessous), nos réseaux sociaux et le Blog Venezuelainfos créé en 2012 et qui a publié à ce jour 1021 articles.
  • 3. Réalisation de documentaires. En août 2021 plusieurs chaînes de télévision vénézuéliennes ont invité nos formateurs/réalisateurs à exposer leur travail et la Cinémathèque Nationale du Venezuela nous a rendu hommage en projetant un cycle de nos documentaires récents. Parmi eux, le documentaire « Temps de Lutte », chronique d’une année de construction d’un autogouvernement citoyen et majoritairement féminin dans les quartiers populaires de Caracas, a fait le tour du monde (Sénégal, Corée du Sud, France, Brésil, Tunisie, Chili…).

Notre documentaire « Marcha » (2019), qui se faisait le porte-parole des revendications paysannes pour approfondir la réforme agraire, n’a pas été inutile puisque 95% des demandes de ce mouvement social ont aujourd’hui été résolues par le gouvernement bolivarien. A la fin de novembre 2021, notre nouveau documentaire de 70 minutes sur la révolution bolivarienne sera sous-titré en français, en anglais, et diffusé internationalement. Comment transformer l’espace/temps pour que la révolution soit durable ? La réponse appartient à celles et ceux que nous avons rencontré(e)s dans tout le Venezuela : communard(e)s, milicien(ne)s, architectes, conseils communaux, paysan(ne)s, artistes de cirque, fonctionnaires d’État… engagées dans la réforme agraire, dans la transformation de la culture et de l’éducation, dans l’organisation de la santé dans les quartiers populaires, dans la construction d’un nouvel espace de vie. L’objectif du film est de transmettre les expériences concrètes des organisations populaires, où participent majoritairement des femmes, ainsi que leurs idées, pour aller encore plus loin dans la révolution. Photos de tournage :

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/02/nos-chantiers-au-venezuela-et-comment-nous-aider/

« Alors que l’Occident sape la souveraineté d’Haïti, le Venezuela maintient sa solidarité », par Owen Schalk (Canadian Files)

Le 14 août, Haïti a été dévasté par un séisme de magnitude 7,2 provenant du sud de la péninsule de Tiburon, à 150 kilomètres de la capitale, Port-au-Prince. Les dirigeants mondiaux ont publié des déclarations de solidarité, les organisations caritatives internationales ont commencé à encourager les dons et les Nations Unies ont commencé à organiser des fonds d’aide d’urgence pour aider le pays. Les articles sur cette tragédie en cours mettent souvent l’accent sur deux catastrophes antérieures qui ont aggravé l’impact du séisme sur le peuple haïtien : la pandémie de COVID-19 et l’instabilité politique suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse. 

Dans de telles analyses, il va de soi que les pays du Nord global et les Nations Unies devraient consacrer la réponse internationale à la catastrophe.  Un article de Global News cite de nombreux responsables des Nations Unies et le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, en tant qu' »autorités » sur cette situation tandis qu’un article de la BBC cite à la fois l’UNICEF et l’USAID. Ce qui n’est jamais souligné, c’est le rôle néfaste que les groupes affiliés aux Nations Unies et aux États-Unis ont joué en Haïti dans le passé, et le rôle positif que d’autres pays du Sud, en particulier le Venezuela, ont eu dans le développement d’Haïti.

Le Venezuela apporte un soutien matériel à Haïti via Petrocaribe

Le 12 mars 2007, le président vénézuélien Hugo Chávez a visité la République d’Haïti. C’était la dernière étape de son voyage présidentiel dans cinq pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dont l’Argentine, la Bolivie, le Nicaragua et la Jamaïque. De manière typiquement audacieuse, Chávez suivait le voyage du président George W. Bush dans cinq pays pour rencontrer les dirigeants du Brésil, de l’Uruguay, de la Colombie, du Guatemala et du Mexique, dans l’espoir que son voyage diminuerait l’impact des visites de son rival idéologique. 

Le peuple haïtien a envahi les rues pour l’accueillir. La liesse publique à l’occasion de la visite de Chávez était différente de tout ce que Bush avait connu au cours de sa tournée en Amérique latine. Alors que son cortège présidentiel traversait les quartiers extrêmement pauvres de Bel Air et de Cité Soleil, une marée de supporters courait après lui et scandait « Vive Chavez, vive Aristide ! et « A bas Bush, à bas la MINUSTAH ! Chávez, au grand dam de son équipe de sécurité, a sauté de son véhicule et a couru dans les rues de Port-au-Prince, frappant des mains et des coups de poing avec le peuple haïtien – un peuple dont les conditions matérielles sombres sont si souvent évoquées par les dirigeants du Nord global, alors que ces mêmes dirigeants attaquent la capacité de leur gouvernement à soulager leurs souffrances. 

Chavez, contrairement à ces dirigeants, n’avait aucun intérêt à faire taire la voix du peuple haïtien. Il était là pour aider. Grâce à l’accord pétrolier Petrocaribe , le Venezuela a demandé au gouvernement haïtien de ne payer que 60 % de ses achats de pétrole au pays, tandis que la somme restante pouvait être remboursée sur une période de 25 ans à 1 % d’intérêt. Selon l’accord, le gouvernement haïtien (ainsi que les seize autres États membres) a été encouragé à investir ces économies dans le développement social national. Comme le note TeleSur , « Petrocaribe est devenu un phare pour les peuples des Caraïbes pour affirmer leur indépendance et leur autonomie économique, ainsi que pour développer une série de programmes sociaux » . 

Petrocaribe était immensément populaire parmi le peuple haïtien, qui – comme les Cubains qui avaient lutté pendant la période spéciale imposée par les États-Unis – était reconnaissant pour le généreux soutien infrastructurel du Venezuela. À la suite du tremblement de terre de 2010, Chavez a annulé toute la dette pétrolière d’Haïti, déclarant qu’ « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela, bien au contraire : le Venezuela a une dette historique envers cette nation », se référant au soutien d’Haïti au mouvement d’unité latino-américiane, à la révolution anti-coloniale menée par Simón Bolívar au début du XIXe siècle.  Kevin Edmonds, un expert en économie politique des Caraïbes à l’Université de Toronto, a résumé succinctement la relation : « Les Caraïbes, qui restent à la périphérie de l’économie mondiale – abandonnées par l’Europe et les États-Unis lorsque les préférences commerciales et les priorités de sécurité ont changé – ont trouvé un ami dans le Venezuela et Hugo Chavez. »  

Un autre leader mondial a effectué une visite en Haïti en 2007 : le Premier ministre canadien Stephen Harper. Il est arrivé à Port-au-Prince à la mi-juillet. Harper, comme Chavez, a visité Cité Soleil, mais le ton de leurs visites n’aurait pas pu être plus différent.  

Alors que Chávez a été accueilli avec une approbation enthousiaste, la visite de Harper était « virtuellement une opération militaire ». Avant son arrivée, des soldats de la MINUSTAH ont arrêté quarante Haïtiens qui organisaient une manifestation contre le rôle antidémocratique du Canada en Haïti. « Nos camarades sont descendus dans les rues avec des pancartes, des banderoles et des mégaphones », a déclaré Lovinsky Pierre-Antoine, un militant haïtien des droits humains engagé dans la manifestation. « À ce moment-là… les soldats de la MINUSTAH ont commencé à procéder à des arrestations sans raison. Beaucoup de nos amis ont été arrêtés ce matin-là. 

Lorsque Harper est arrivé, son cortège de voitures était précédé d’une jeep de l’armée contenant des troupes de la MINUSTAH lourdement armées, qui ont gardé leurs mitrailleuses braquées, aux mains d’observateurs méfiants à chque instant du parcours. Après être entré dans Cité Soleil comme un conquérant militaire, Harper a pris un moment pour se féliciter de sa propre magnanimité, affirmant que « les Canadiens devraient être très fiers d’offrir leur aide, que notre aide fait une différence en termes de sécurité. de la vie des gens, en leur donnant un peu d’espoir et des opportunités

Les puissances occidentales écrasent la démocratie haïtienne, le Venezuela défend la souveraineté haïtienne

Cité Soleil et des quartiers populaires qui ont la même histoire d’oppression ont constitué la base de soutien du mouvement Lavalas de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide. La philosophie politique d’Aristide était enracinée dans la théologie de la libération, ou la croyance que le capitalisme ne libérerait jamais les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes de l’exploitation néocoloniale. Il a été élu au début de 1991, mais un coup d’État militaire l’a contraint à fuir aux États-Unis, où il a commencé à cultiver le soutien pour son retour au pouvoir, en particulier parmi le Congressional Black Caucus et la communauté de la diaspora haïtienne. 

Le président Clinton a accepté de l’aider, mais à la seule condition qu’il permette aux politiques d’ajustement structurel du type FMI et Banque mondiale de néolibéraliser l’économie de son pays. Comme le note Daniel Troup , « les États-Unis ont facilité le retour d’Aristide en septembre 1994 à condition qu’il accepte l’amnistie pour les auteurs du coup d’État, le développement d’une force de police haïtienne formée aux États-Unis et la mise en place d’un programme d’ajustement structurel néolibéral ». Aristide, n’ayant d’autre alternative pour sortir Haïti de la dictature militaire, a acquiescé. Les troupes états-uniennes ( avec l’aide du Canada et de l’ONU ) le ramenèrent au pouvoir en 1994, ses tendances plus radicales étant tempérées par les conditions de la « restauration ». 

Le rôle impérialiste du Canada en Haïti n’atteindra sa phase vraiment cancérigène qu’en 2004, lorsqu’un autre coup d’État – celui-ci soutenu par les gouvernements des États-Unis et de la France– a obligé illégalement Aristide à abandonner son mandat. Jusque là, Lavalas restait le seul instrument politique en Haïti qui sert les intérêts des populations les plus pauvres du pays, et Aristide avait recommencé à intensifier sa rhétorique. Après son élection en 2000 (que les partis d’opposition ont qualifiée de frauduleuse), Aristide avait appelé la France à rendre à son pays 21 milliards de dollars afin de rectifier enfin une indemnité de 1825 donnée à la France par Haïti en tant que « remboursement » pour les propriétés perdues pendant la Révolution haïtienne – propriétés basées sur la mise en esclavage des Haïtiens. L’indemnité de 1825 est souvent citée par les universitaires comme un moment critique dans l’appauvrissement forcé d’Haïti post-révolutionnaire par les puissances impérialistes du monde. Comme l’ écrit Marlene Daut , « l’impôt sur sa liberté que la France a contraint Haïti à payer – appelé « indemnité » à l’époque – a gravement endommagé la capacité du pays nouvellement indépendant à prospérer ». 

La France a refusé de dédommager le peuple haïtien et a commencé à travailler avec les États-Unis et le Canada pour saper le mandat d’Aristide. Le 1er février 2003, le député canadien Denis Paradis a accueilli un certain nombre de responsables français et américains au lac Meech pour décider de l’avenir d’Haïti. L’événement était intitulé « l’Initiative d’Ottawa sur Haïti ». Aucun représentant haïtien n’a été invité. Des fuites publiées par le journaliste Michel Vastel affirment que les personnes présentes ont décidé qu’Aristide devait être démis de ses fonctions au 1er janvier 2004, avant les élections prévues en 2005. 

Alors que les paramilitaires anti-Aristide basés en République dominicaine – qui auraient reçu une formation des ÉtatsUnis – ont commencé à faire des ravages dans de nombreuses villes haïtiennes, le Canada et l’Europe ont accru la pression diplomatique sur le président. Début 2004, il a été kidnappé par l’armée et contraint de quitter ses fonctions. Un avion américain l’a fait sortir du pays et l’a déposé en République centrafricaine. Les troupes canadiennes avaient sécurisé l’aéroport pour son départ. 

À la suite du coup d’État contre Aristide, le Canada a joué un rôle important dans la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Ostensiblement une mission de maintien de la paix, la MINUSTAH a rapidement acquis une réputation de réponses musclées aux manifestations en faveur de la démocratie et aux raids ciblés contre les partisans d’Aristide. Au lendemain du coup d’État, certains Haïtiens ont affirmé que les troupes canadiennes venaient chez eux et menaçaient les membres de leur famille s’ils refusaient de révéler les noms des partisans locaux de Lavalas. En 2007, un projet de manuel rédigé par les Forces canadiennes a révélé que les troupes canadiennes menaient des opérations de contre-insurrection contre « l’insurrection criminelle [c’est-à-dire les communautés pro-Aristide] en Haïti depuis le début de 2004 ». 

Alors que le Canada aidait à soutenir le gouvernement post-coup d’État, Chávez a annoncé : « Nous ne reconnaissons pas le nouveau gouvernement d’Haïti. Le président d’Haïti s’appelle Jean-Bertrand Aristide. Son soutien vocal à la démocratie haïtienne – pratiquement seul parmi les nations puissantes de l’hémisphère – a contribué à la bonne volonté qu’il a reçue lors de son voyage à Port-au-Prince en 2007. »  

À la suite du tremblement de terre de 2010, les forces militarisées de l’ONU (dont un nombre important de Canadiens) ont resserré leur emprise sur Haïti. Chávez a publiquement critiqué la présence accrue de l’ONU : « J’ai lu que 3 000 soldats arrivent. Des marines armés comme s’ils allaient à la guerre. Les armes ne manquent pas là-bas, mon Dieu. Des médecins, des médicaments, du carburant, des hôpitaux de campagne, voilà ce que les États-Unis devraient envoyer… Il s’agit d’une occupation déguisée. »

Parmi les nombreuses violations des droits humains commises par la MINUSTAH contre le peuple haïtien, certaines des plus atroces incluent : un massacre de 25 civils à Cité Soleil en juillet 2005 ; abus sexuels généralisés sur les femmes haïtiennes, crimes pour lesquels les troupes de l’ONU sont presque toujours restées impunies ; une épidémie de choléra en déversant des eaux usées de la MINUSTAH dans les cours d’eau d’Haïti, tuant plus de 10 000 personnes et infectant environ 800 000 autres. Il n’est pas étonnant que pour de nombreux Haïtiens, la MINUSTAH ait représenté un chapitre de plus dans leur longue histoire post-révolutionnaire d’exploitation par des puissances étrangères. L’histoire atroce de la MINUSTAH est la raison pour laquelle l’affirmation de l’ONU selon laquelle elle jouera un rôle de premier plan dans l’atténuation des dommages causés par le tremblement de terre du 14 août est un sujet de grande préoccupation. 

Au lendemain du séisme d’août 2021, le Venezuela a immédiatement envoyé plus de 30 tonnes d’aide humanitaire à Haïti, et Cuba a envoyé une brigade médicale composée de 250 médecins, sans conditions. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, a tweeté que « le Canada est prêt à aider le peuple haïtien » et que de nombreux organismes de bienfaisance canadiens collectent des dons privés, mais un plan d’aide canadien précis n’a pas encore été annoncé. La fait que le Canada et l’ONU se préparent pour une autre période d’engagement post-crise en Haïti, valide une fois de plus l’affirmation de Chávez selon laquelle les projets d’aide menés par le Nord global sont souvent des façades pour un renforcement clandestin de la domination néocoloniale.

L’auteur : Owen Schalk ( https://owenschalk.com/, Twitter: @OwenSchalk) est un écrivain canadien basé à Winnipeg, Manitoba. Ses domaines d’intérêt incluent le post-colonialisme et les impacts sociaux du néolibéralisme globalisé. Ses analyses politiques ont été publiées dans Canadian Dimension, Dissident Voice et People’s Voice (@CDN_Dimension, @TheCanadaFiles, @PVNews1), et ses nouvelles ont été publiées par Fairlight Books, antilang., whimperbang, (@FairlightBooks, @SobotkaLitMag, @antilangmag), notamment. Son travail universitaire a été récompensé par un certain nombre de bourses et de prix au Manitoba.

Source : https://www.thecanadafiles.com/articles/while-western-powers-undermine-haitian-sovereignty-venezuela-continues-to-show-solidarity

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/31/alors-que-loccident-sape-la-souverainete-dhaiti-le-venezuela-maintient-sa-solidarite-par-owen-schalk-canadian-files/

« Mexique : une diplomatie à la hauteur » par Pierre Lebret

Pierre Lebret *, Paris (Prensa Latina)

Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador n’est pas un fan des tournées internationales. Il ne s’est pas non plus montré très intéressé par les relations extérieures au début de son mandat, déclarant que « la meilleure politique étrangère est la politique intérieure ». Un sens honorable des priorités. Mais avec son ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard, force est de constater qu’il a réussi depuis 2019 à installer une diplomatie active et davantage tournée vers l’Amérique latine et les Caraïbes, un véritable contraste avec ses prédécesseurs.

Ces dernières années, alors que des forces obscures dominaient la région, les membres du Palais national et de la Tour Tlatelolco ont joué un rôle clé dans le rétablissement des espoirs intégrationnistes, contribuant ainsi à la stabilité politique et à la solidarité régionale.

Depuis Hugo Chávez, l’Amérique latine n’a jamais eu un gouvernement aussi proactif. Plusieurs moments marquent la gestion diplomatique actuelle du Mexique : d’abord le rôle qu’il a joué dans les moments de tension qui ont suivi le coup d’État en Bolivie en novembre 2019, lorsqu’il a accordé l’asile au président Evo Morales, évitant ainsi une plus grande tragédie.

Le Mexique a également exprimé sa solidarité avec Cuba en dénonçant le blocus états-unien à plusieurs reprises, ainsi qu’en envoyant une aide humanitaire pour soutenir la plus grande des Antilles face à la pandémie.

En ce qui concerne le Venezuela, alors que certains dirigeants de droite pensaient pouvoir obtenir des résultats avec des intentions douteuses comme ce fut le cas lors du show humanitaire de Cúcuta, le président Andrés Manuel López Obrador a toujours défendu le principe d’autodétermination des peuples. Il a ensuite proposé – récemment – sa coopération et son pays comme lieu de négociations entre le gouvernement de Nicolás Maduro et l’opposition (d’extrême droite NdT) vénézuélienne. Le Mexique prend des risques pour le dialogue et la stabilité, et renforce son leadership régional.

Photo: Tours et détours de l’Histoire. Les visages du coup d’État sanglant d’extrême droite contre Hugo Chávez mené le 11 avril 2002 par le patronat, un groupe de militaires formés à de la School of Americas, les médias privés, les USA et l’Espagne. En bas et au centre de cette photo de 2002, un certain Gerardo Blyde… qui dirige aujourd’hui la délégation de l’extrême droite vénézuélienne au Mexique, s’éloignant du putschiste Juan Guaido et tentant de négocier son retour dans le champ démocratique/électoral avec le gouvernement de Nicolas Maduro. (NDT)

Lors de la crise actuelle de la pandémie de Covid-19, le Mexique a également démontré l’importance d’une approche intégrationniste en mettant en œuvre, avec l’Argentine d’Alberto Fernández, un accord de production de vaccins qui prévoit la distribution de 250 millions de doses de vaccins contre le coronavirus dans la région.

Ce travail commun se traduit par la capacité de nos pays à agir et à proposer des objectifs face à des défis communs. Les gouvernements progressistes montrent une fois de plus l’exemple, la voie et l’importance de la coopération.

RÉACTIVER LE DIALOGUE POLITIQUE RÉGIONAL

En termes d’intégration, traditionnellement, les efforts les plus conséquents ne proviennent pas des géants du continent. Mais cette fois, la diplomatie mexicaine a réussi à relancer ce qui s’était dilué ces dernières années : le dialogue politique régional. Elle a donné un nouvel élan à la CELAC (Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes), qui avait été mise à l’écart par les gouvernements conservateurs de la région.

En regardant plus au sud qu’au nord, en neutralisant une OEA (Organisation des États Américains, inféodée à Washington, NdT) nuisible et discréditée, le Mexique a ouvert une nouvelle étape pour l’intégration régionale. Toutefois, il sera essentiel de multiplier les mécanismes de participation avec et pour la société civile.

Si la population ne s’approprie pas les processus intégrationnistes, il lui est très difficile de les défendre lorsqu’il y a un changement de gouvernement et que la nouvelle autorité décide de partir. Sans la participation active des citoyens, les progressistes continueront à avoir du mal à assurer la durabilité des projets d’intégration ayant une perspective émancipatrice pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

Pour surmonter la crise actuelle, il faut parvenir à une intégration durable afin de mettre en place des projets régionaux et, à terme, une coopération renouvelée pour réduire les niveaux de pauvreté et d’inégalité. La région ne peut pas permettre que l’arrivée de gouvernements de droite mette en péril les avancées significatives du scénario régional.

Le Mexique prend toute sa part de ce travail, et il y apporte sa vision et sa clarté. L’Amérique latine et les Caraïbes doivent suivre cette dynamique et comprendre qu’une région intégrée sera bénéfique pour son développement, utile pour ses peuples, indispensable pour les générations futures. Le Mexique a de la magie, disait Chavela Vargas, cherchons la magie…

(*) Politologue, latino-américaniste, expert en coopération internationale.

Source : https://m.prensa-latina.cu/?p=100329/una-diplomacia-a-la-altura-en-mexico/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/27/mexique-une-diplomatie-a-la-hauteur-par-pierre-lebret/

Victoire pour la démocratie vénézuélienne : l’extrême droite renonce à la violence et demande la levée des sanctions

Succès des diplomaties bolivarienne et mexicaine lors du premier round de négociations organisé au Mexique en présence d’observateurs des Pays-Bas, de la Norvège et de la Russie. L’extrême droite vénézuélienne accepte de signer avec le gouvernement bolivarien une feuille de route (qui servira de cadre aux négociations) où elle accepte de rentrer dans le jeu électoral avec observateurs et garanties pour tous, reconnait l’État de Droit, le gouvernement élu de Nicolas Maduro et la Constitution bolivarienne. Elle rejette toute forme de violence politique, appuie la levée des sanctions occidentales et la restitution des actifs dérobés à la République du Venezuela (par l’équipe du fake-président Guaido, Ndlr).

En lisant cette feuille de route, le représentant de la Norvège a déclaré : « Personne d’autre ne peut résoudre cette situation à part vous-mêmes, elle doit être résolue entre Vénézuélien(ne)s, nous attendons que les parties soient entendues… » tout en soulignant l’importance de l’accord sur « le rejet de la violence politique » et « la levée des sanctions ». Au nom du Mexique qui accueille ces négociations sur l’initiative du président Lopez Obrador, Marcelo Ebrard, Ministre des Affaires Étrangères, a déclaré : « Nous serons un hôte respectueux et solidaire, le dialogue est la voie à suivre, et je ne peux que vous souhaiter le meilleur. Toute la communauté latino-américaine et caribéenne est avec vous ».

Cette évolution était attendue vu l’échec patent des sanctions des États-Unis et de l’Union Européenne, avec pour corolaire le plan putschiste de Guaido, à renverser le gouvernement élu par la majorité des vénézuélien(ne)s. Après la Bolivie, l’Argentine, le Mexique, le Pérou, la nation caraïbe de Sainte-Lucie a quitté le « Groupe de Lima » (cartel des droites pro-USA créé pour attaquer le Venezuela) qu’elle qualifie de « gang corrompu qui a trop fait souffrir le peuple vénézuélien » et a renoué les relations diplomatiques avec Caracas. Cette souffrance de la population vénézuélienne et son rejet quasi unanime des sanctions et du blocus rendaient de plus en plus impopulaires, inaudibles, les discours pro-occidentaux de la droite vénézuélienne. Six rapporteurs spéciaux de l’ONU contre la torture, les traitements cruels, et sur le droit à la santé ont récemment publié un communiqué dénonçant les sanctions qui affectent le droit à la santé des vénézuéliens, notamment en bloquant l’accès à du matériel ou soins pour les patients cancéreux.

Comme l’expliquait il y a quelques mois le politologue et historien vénézuélien William Serafino : « Il y a eu un changement dans la façon d’aborder la question vénézuélienne, en particulier dans le cas de l’Union européenne qui, dès janvier de cette année, a rétrogradé Guaidó à simple interlocuteur de l’opposition vénézuélienne, et bien que les États-Unis maintiennent du bout des lèvres la reconnaissance de cette figure un peu folle de « gouvernement intérimaire », ils n’ont pas attaqué fortement l’élection du nouveau Conseil national électoral et, ce qui est le plus important, ils n’ont pas intensifié leur habituel récit contre la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale élue en décembre dernier. Il est clair que les USA ne peuvent pas la reconnaître car cela reviendrait à ôter tout soutien à Guaidó, mais ils n’ont pas non plus pris la décision de l’attaquer de front lorsqu’elle a élu ce nouveau Conseil National Électoral.

« Il est clair qu’il existe une voie électorale qui s’est imposée concrètement dans le pays, qui a le soutien de toutes les institutions vénézuéliennes et qui est reconnue à l’extérieur comme un premier pas vers la réinstitutionnalisation du pays.

« Les élections de maires et de gouverneurs du 21 novembre 2021 semblent une opportunité plus sérieuse pour l’extrême droite (qui a jusqu’ici joué la carte de ne pas participer aux élections en criant à « la fraude », laissant toute la place à des partis de droite traditionnelle comme AD ou COPEI), de se réinsérer dans le jeu politique, de reconquérir des espaces territoriaux de pouvoir et, à partir de là, d’édifier de meilleures bases pour les élections suivantes. Les demandes de Guaidó, au-delà de la levée des sanctions elles-mêmes, n’attirent guère un secteur de l’opposition qui même s’il a longtemps parié sur le coup d’État, et pensait qu’il allait être une réalité automatique, savent que ces élections viennent modifier la donne.« 

Point important : bien que validée automatiquement par les grands médias depuis des années, l’assertion martelée par la droite vénézuélienne de l’existence de « prisonniers politiques » au Venezuela, est inexacte. Les personnes poursuivies par la justice ne l’ont jamais été pour leur appartenance politique mais pour des cas avérés de corruption, ou pour des actes de violence, attentats, sabotages, assassinats, invasions mercenaires ou tentatives de coup d’État. A moins, évidemment, de prendre pour des « prisonniers politiques » les près de 200 putschistes arrêtés aux États-Unis pour avoir attaqué le Capitole ou les assassins néo-nazis d’Aube Dorée arrêtés et jugés en Grèce. La majorité de la population vénézuélienne estime d’ailleurs que le gouvernement a été trop généreux : alors que les policiers ou militaires qui ont désobéi aux ordres et commis des violations des droits humains lors des affrontements avec l’extrême droite ont été rapidement jugés et incarcérés, par contre de nombreux putschistes qui ont commis des violences et des meurtres (certains à connotation raciste, être noir étant souvent considéré comme preuve de chavisme) du coup d’État de 2002 jusqu’aux insurrections de 2014 et 2017, sont restés en liberté ou ont été libérés de manière anticipée dans le cadre de « commissions de dialogue national » organisées ces dernières années par les autorités bolivariennes avec des représentants de la droite.

Ci-dessous : texte original du mémorandum signé à Chapultepec, Mexico Ciudad, le 13 août 2021.

Thierry Deronne, Caracas, le 14 aout 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/14/victoire-pour-la-democratie-venezuelienne-lextreme-droite-renonce-a-la-violence-et-demande-la-levee-des-sanctions/

Le Venezuela n’est pas en faillite, par Luis Britto García

Après avoir racheté les parts de Total et Equinor, le gouvernement bolivarien du Venezuela place l’entreprise Petrocedeno à 100% sous contrôle public et renforce sa politique de nationalisation pétrolière au service du développement social et économique. Les exportations pétrolières remontent lentement, notamment en direction de la zone asiatique.

« Blinken, puis Harris, maintenant Sullivan… les premiers voyages états-uniens de haut niveau en 2021 ont eu lieu en Amérique latine. L’empire se concentre sur le continent, devenu front de bataille existentiel entre son « America is Back » et le « One Belt, One Road » de la Chine » explique William Serafino, historien et politologue vénézuélien qui ajoute : « Après la Guerre d’Indépendance et la construction d’une République souveraine au XIXe siècle, la résistance socialement organisée contre le blocus et l’agression des USA de ces dernières années est l’œuvre collective et historique la plus importante du peuple vénézuélien. »

Occasion d’écouter aussi l’écrivain et historien vénézuélien Britto Garcia.

En 1919, le jeune José Rafael Pocaterra, emprisonné dans un cachot de la Rotonde pour s’être opposé à la dictature de Juan Vicente Gómez, écrivit deux ouvrages, avec des moignons de crayon, qui sont fondamentaux pour comprendre le Venezuela : Mémoires d’un Vénézuélien en décadence, et le roman prémonitoire La maison de la famille Abila. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille possédant de vastes domaines. Les héritiers sont des ahuris, des dépensiers ou des fous, qui laissent la gestion du domaine à un gendre, qui le charge de dettes fictives et d’importations fantômes. Un incendie se déclare dans une hacienda, et le gendre convoque un conseil de famille : « Nous sommes ruinés ! Nous devons tout liquider ! Nous devons nous rendre sans condition aux créanciers ! En secret ! Et sans y penser ! Bien sûr, nous ferons un grand spectacle pour le dissimuler« . Seul le plus jeune frère, Juan de Abila, a pu penser à objecter que l’incendie de quelques palissades de canne ne pouvait pas anéantir une fortune comme celle de la famille. Les proches l’insultent ; le gendre profiteur, l’administrateur, transfère tous les biens à sa succession individuelle pour une bouchée de pain, et c’est à Juancito de lutter contre la ruine dans un lointain troupeau ravagé par la peste équine, dans les marécages duquel jaillit… une mare d’huile noire.

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87% de la consommation énergétique mondiale est couverte par les hydrocarbures. Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole, avec 302,81 milliards de barils, soit 25% du total. Il est suivi en ordre décroissant par l’Arabie saoudite, le Canada, l’Iran, l’Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Russie, la Libye, le Nigeria, le Kazakhstan, et les États-Unis à une mélancolique 12e place, avec 36,52 milliards de barils, soit un peu plus d’un dixième des réserves du Venezuela, ce qui est insuffisant pour le plus grand consommateur d’énergie fossile au monde. L’OPEP estimait qu’en 2014, il y aurait 1,65 trillion de barils de pétrole sur la planète : si la production de 83 millions de barils par jour était maintenue, il resterait à peine assez de pétrole pour 54 ans. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_proven_oil_reserves). Les hydrocarbures états-uniens seront épuisés dans une ou deux décennies ; déjà, les coûts de production de la fracturation atteignent plus de quatre-vingts dollars par baril ; pour rester une puissance industrielle, les USA dépendent de notre sous-sol. Celui qui contrôle nos réserves dominera le monde. C’est à nous de décider si ce sera le Venezuela ou le capital transnational auquel nous les cédons.

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Jusqu’à présent, les États-Unis ont obtenu les hydrocarbures vitaux en forçant les producteurs à les vendre en échange d’un papier vert sans support : le fameux pétrodollar. La Chine, première puissance mondiale, se prépare à le remplacer par une monnaie adossée à l’or. À cet égard, nous citons à nouveau Víctor Cano, ministre du Développement minier écologique en 2018, qui a déclaré :  » Dans la seule zone 4 de l’Arc minier de l’Orénoque, nous estimons qu’il y a 8 000 tonnes d’or présumé. Nous avons certifié 2 300 tonnes sur ces 8 000 tonnes. Cela ferait de nous la deuxième plus grande réserve d’or au monde, mais nous pourrions être les premiers ». (https://www.conelmazodando.com.ve/venezuela-podria-tener-la-reserva-de-oro-mas-grande-del-planeta)
C’est à nous de décider si la future monnaie mondiale dépend de notre or, ou si nous le cédons en échange de l’espoir de recevoir un quelconque papier vert sans garantie.

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Abrégeons le catalogue de nos ressources, en commençant par l’énergie hydroélectrique en Guyane, puis l’eau douce, le fer, l’aluminium, le coltan, le cuivre, le thorium, la biodiversité et la faune marine. Passons au plus grand de tous, la splendide main-d’œuvre de 14.167.281 personnes, soit presque la moitié de la population, dont 6.274.817 sont des travailleurs intellectuels et 2.267.003, soit presque un cinquième, se qualifient comme professionnels, techniciens et travailleurs assimilés. Ils sont la source du travail, la source de toute valeur et richesse. C’est à nous d’utiliser leurs pouvoirs créateurs pour développer le pays, ou de les enterrer dans des zones spéciales où ne s’appliqueront ni les lois ni les tribunaux vénézuéliens, ni les droits du travail ni les droits syndicaux, exploités par des transnationales qui s’empareront de nos ressources sans payer d’impôts.

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Le Venezuela n’est pas en faillite : ce sont les puissances qui sont en faillite, elles qui ne peuvent pas survivre sans nos ressources, ni nous les enlever par la force brute, car cela déclencherait un conflit mondial aux conséquences incalculables. Si les bombes ne pleuvent pas sur notre pays, c’est en raison d’un équilibre tendu des menaces entre blocs géopolitiques où se joue l’hégémonie mondiale. Avec une maladresse brutale, le bloc dirigé par les États-Unis, au lieu de parvenir à un accord raisonnable, judicieux et équitable avec le Venezuela, a choisi une politique de confrontation qui ne peut que creuser les distances et les conflits sans solution possible par la force directe, obligeant notre pays à renforcer ses liens avec des blocs concurrents.

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Ainsi, les États-Unis ont fait bouger leurs alliances internationales en vain, n’obtenant ni l’isolement diplomatique du Venezuela, ni son expulsion des Nations unies, ni une action décisive ou une condamnation de la communauté internationale à son encontre. Ils ont parrainé un gouvernement fantoche, sans autre résultat qu’une succession de larcins et de détournements de fonds qui ont discrédité à la fois les commanditaires et les parrainés. Ils ont poussé leurs alliés militaires à soutenir des attaques ratées, des infiltrations désordonnées, des violences, des invasions farfelues – des politiques qui n’ont pas réussi, et qui ne semblent pas devoir s’intensifier, étant donné la situation interne délicate de la Colombie, dont le gouvernement lutte pour sa propre survie.

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Le blocus et les embargos sur les avoirs vénézuéliens à l’étranger ne sont rien d’autre qu’un aveu flagrant de l’échec de toutes les politiques d’agression directe et, comme elles, obligent le Venezuela à se rapprocher toujours plus du groupe dirigé par la Chine, à accroître ses relations commerciales et sa dette publique avec elle. La richesse du Venezuela est suffisante et excédentaire pour plus que rembourser toute dette sans nous livrer à qui que ce soit. La seule certitude est que plus les mesures coercitives du pouvoir du Nord dureront, plus nous nous en éloignerons. Dans cette confrontation, il nous appartient d’être fidèles à un équilibre que nous avons tous le pouvoir de faire pencher en notre faveur.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/venezuela-no-esta-en-quiebra-luis-britto-garcia/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/09/le-venezuela-nest-pas-en-faillite-par-luis-britto-garcia/

Les ONG et le nouveau plan Condor pour l’Amérique latine

Via le Département d’État et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le budget prévu par Washington en 2022 pour des « programmes de démocratie » destinés à Cuba atteindra 20 millions de dollars, soit le même niveau de financement qu’en 2021. A charge pour des organisations non gouvernementales (ONG) locales de relayer cette action « interventionniste » sur le terrain.
Censées représenter la « société civile », toutes les ONG ne sont pas à mettre dans le même sac ou sur le même plan. Il n’en demeure pas moins que, au cours des dernières années, nombre d’entre elles, ainsi que leurs financements, ont été mis en cause par les gouvernements d’Hugo Chávez et Nicolás Maduro (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Evo Morales (Bolivie), Andrés Manuel López Obrador (Mexique), pour ne citer qu’eux. Elles se trouvent actuellement au cœur de la violente polémique qui oppose les États-Unis, l’Union européenne et leur sphère médiatique au gouvernement nicaraguayen de Daniel Ortega [1].
Au nom de l’Internationale des peuples anti-impérialistes, l’ex-président hondurien de centre gauche Manuel Zelaya, renversé en 2009 par un coup d’Etat, s’est récemment exprimé sur la question.


L’auteur : José Manuel Zelaya. Élu président de la République du Honduras, il prend ses fonctions le 27 janvier 2006. Soucieux de sortir le Honduras de l’extrême pauvreté, il se rapproche de l’alliance régionale de coopération économique sociale, l' »ALBA ». Le 28 juin 2009 il est arrêté par les militaires putschistes sous influence de Washington et expulsé vers le Costa Rica, deux heures avant le début d’une consultation populaire. Le journal français « Libération » l’accuse alors d’avoir « joué avec le feu » (sic) en se rapprochant de l’ALBA.

À partir des années 1980, avec l’avènement du modèle d’exploitation néolibéral, sont apparues des organisations qui, en théorie, étaient censées combler le vide qui se créait naturellement entre la sphère publique et la sphère privée. Semblant au départ impartiales, ces organisations non gouvernementales (ONG) sont devenues par essence des agents politiques autoproclamés de la société civile qui légitiment l’essor impétueux de la mondialisation et du marché. En Amérique latine, avec l’arrivée de gouvernements progressistes via les élections, comme dans le cas du triomphe électoral de Daniel Ortega et de la révolution sandiniste avec plus de 70 % des voix [2], ces organisations ont orienté leur activité vers le contrôle stratégique et politique de la société, avec pour objectif ce que, aux Etats-Unis, elles appellent par euphémisme un « changement de régime ».

La structure fonctionnelle érigée au « sommet », que ce soit par les États-Unis ou l’Europe, utilise quelques fondations opulentes pour alimenter toute la machinerie des ONG. Les plus importantes de ces fondations fournissent environ 80 % de tous les fonds gérés dans le monde par ces organisations. Dans la plupart des cas, les fondations mères n’ont pas de relation directe avec les bénéficiaires, qui fonctionnent comme opérateurs locaux des fonds reçus. Un réseau constitué par des agences de coopération internationale telles que l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), l’Institut national démocrate (NDI), la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED), l’Institut républicain international (IRI) et d’autres agences gouvernementales occidentales financent des actions d’intervention visant principalement et prétendument à la « réduction de la pauvreté », au renforcement des « valeurs démocratiques », à la gouvernance, aux « droits de l’homme », à la transparence, la justice et la bonne gestion des finances publiques.

Du réseau susmentionné se déploient des centaines d’ONG qui saturent la vie politique de la société, créant une sorte d’Etat parallèle piloté par de grands médias et réseaux ; devenus artificiellement des protagonistes de la vie politique, ceux-ci tentent de saper l’action des gouvernements progressistes ou d’empêcher la montée au pouvoir de projets de gauche revendiquant la participation de la société et de l’Etat contre la tromperie du marché.

Cet immense réseau tentaculaire des pouvoirs factices se charge de promouvoir un agenda caché et spécifique défini par l’orientation qu’ils veulent voir adoptée par l’opinion publique. Au Nicaragua, ils promeuvent sans vergogne les politiques que l’Hégémon exige. Il n’est donc pas étrange qu’au Honduras, en 2009, ils aient activement soutenu le coup d’Etat, toujours sous couvert d’un discours anticommuniste de défense de la démocratie.

Dotées d’importantes ressources, ces organisations se consacrent à dire à l’Etat ce qu’il doit faire, jusqu’à devenir des agents de dé-légitimation de la politique ; pourtant, en se prononçant contre les mouvements de libération socialistes, elles adoptent de fait, au sens strict, une attitude de caractère politique.

De façon tout aussi perverse, elles se consacrent à la déstabilisation de tout gouvernement populaire qui, en Amérique latine, n’accepte pas de se soumettre aux diktats ou aux intérêts géostratégiques des faucons de Washington. Dans ce but, et en dépensant des ressources importantes, elles alimentent des réseaux de supposés mécontentements destinés à la construction d’images négatives des dirigeants.

Depuis la première décennie du XXIe siècle, ce système bien articulé de « smart power » s’est spécialisé dans la promotion et l’organisation de « révolutions de couleur ». Celles-ci ne sont rien d’autre que des « protestations populaires contrôlées » visant à un changement de régime et à l’imposition d’une administration docile, au service des intérêts des sociétés transnationales. Significatives sont les participations de la Fondation Ford et plus spécifiquement de George Soros, qui a accumulé de l’expérience dans les pays d’Europe de l’Est après la chute du bloc soviétique et a joué un rôle clé dans les fameux « printemps arabes », dont certains, dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ont fini par renforcer l’existence de groupes extrémistes tels que l’Etat islamique.

En Amérique latine, l’activité de ces organisations va du Mexique, où elles s’opposent au gouvernement de la Quatrième transformation, à l’Argentine, où elles participent au travail minutieux de discrédit de l’administration péroniste. Ces derniers temps, leur principale attaque a été dirigée contre les pays de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), essentiellement le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie et Cuba.

Dans ces pays, elles ont été jusqu’à organiser des soulèvements violents, qui ont coûté la vie à de nombreux innocents. Le cas de Cuba est particulier, car les conditions existantes du blocus ne permettent pas le flux de ressources qu’elles utilisent dans les autres pays mentionnés. En ce qui les concerne, et sur leurs territoires, le Venezuela et la Bolivie ont neutralisé [NDLR : partiellement] l’opération de ces ONG qui utilisent généralement une façade d’organisation humanitaire.

Actuellement attaqué, le Nicaragua vit une situation similaire à celle qui a précédé les violentes émeutes organisées en 2018 par une opposition politique dépourvue de capacité organique, mais qui a bénéficié d’importantes ressources externes pour créer le sentiment d’une chute imminente du gouvernement démocratique. Cette fois, le nouveau « Plan Condor électoral » américain a été anticipé [par les autorités sandinistes], notamment du fait de l’injection de ressources considérables destinées à provoquer un boycott du scrutin de novembre prochain. Ces efforts visent à rehausser le profil politique de l’opposition et à empêcher une nouvelle victoire populaire du sandinisme. A cette fin, ils utilisent l’agenda médiatique qui, par sa tendance à la génuflexion, leur permet de passer de grands défenseurs du processus électoral aujourd’hui à porte-drapeaux de la suspension de l’élection demain, si son résultat ne favorisait pas leurs intérêts.


Manuel Zelaya
Lois Perez Leira

Source : https://www.el19digital.com/articulos/ver/titulo:117944-las-ong-y-el-nuevo-plan-condor-para-america-latina

[1https://www.medelu.org/Vol-d-hypocrites-au-dessus-du-Nicaragua

[2] NDLR : Daniel Ortega a été élu le 5 novembre 2006 avec 37,99 % des suffrages ; le 6 novembre 2011 avec 62,5 % ; le 6 novembre 2016 avec 72 %.

URL de cet article https://www.medelu.org/Les-ONG-et-le-nouveau-plan-Condor-pour-l-Amerique-latine

“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

Pour continuer à être informé des expériences de la démocratie participative vénézuélienne, systématiquement occultées depuis vingt ans par les grands médias, abonnez-vous à la chaîne YouTube de Terra TV : https://www.youtube.com/channel/UCnIJcbZH03gsb8ZoshVFE6A

Source : www.terratve.com

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/18/85-de-nouveaux-visages-au-primaires-chavistes-un-renouveau-revolutionnaire/