Des mouvements paysans parcourent 200 km à pied pour faire entendre leur voix auprès du gouvernement

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Assemblée de mouvements sociaux paysans, à l’occasion de l’élection d’un autogouvernement dans l’Etat d’Apure (juillet 2018)

Depuis une semaine, des compagnes et compagnons paysans engagés dans la révolution bolivarienne ont entrepris de remonter à pied depuis l’Etat agricole de Portuguesa jusqu’à Caracas pour y faire entendre leurs voix et leurs revendications auprès du gouvernement. Cette action a surgi comme une initiative autonome de partis et d’organisations populaires après leur recherche ou leur participation à des instances de dialogue qui n’ont pas abouti. L’objectif primordial est de remettre aux mains du président Nicolas Maduro un document qui exprime l’appui politique à son gouvernement mais aussi toute une série de critiques constructives à propos des politiques productives menées actuellement. Parmi ces points qui concernent l’appropriation populaire des terres improductives, les équipements de production et la justice pour les victimes des grands propriétaires ou des mafias juridico-policières régionales, les mouvements paysans n’oublient pas la nécessité de visibiliser leurs luttes et leurs expériences, d’où leur appui au nouveau média Terra TV  :

  • Justice pour les 200 paysans victimes des mercenaires des grands propriétaires.

  • Justice pour les paysans criminalisés.

  • Remise de terres occupées et dénonciation de terres non mises en culture (cas Fundo La Victoria, Agrícola Yaracuy, Agrícola A y B, entre autres).

  • Financement et matières premières.

  • Plan de Semailles Nord / été.

  • Financement por des Banques de Semences Paysannes de Semences.

  • Dotation de 12 tracteurs avec équipements.

  • Financement de 12 camions pour le Système Paysan de Production et Approvisionnement.

  • Pensions de la Sécurité Sociale pour les paysans.

  • Financement du Plan de Logements pour les Paysans.

  • Dotation de l’Ecole de Formation Politique et Technique.

  • Dotation de la chaîne Terra TV et de la Guérilla Communicationnelle Paysanne.

  • Financement de projets productifs de la jeunesse paysanne.

  • Restructuration des institutions qui ne fonctionnent pas.

  • Corruption.

  • Insécurité.

Cette marche de 185 Km, à raison d’environ 26 km de marche quotidienne, doit mener le groupe à Caracas le mercredi 25 juillet.

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A gauche , chemise blanche, Juan Jose Moreno, formateur de Terra TV, filme une assemblée à Barinas, lors de l’occupation de l’Institut des Terres par divers mouvements paysans, juin 2018.

Source : http://www.albatv.org/Marcha-Campesina-Admirable-rumbo-a.html

Traduction : Terra TV

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(Photos): au Vénézuéla, la commune, force politique du peuple pour le peuple

Par Jonas Boussifet, envoyé spécial à Caracas

Un coucher de soleil dans le barrio, une lampe dans une école, une lumière de tungstène dans la rue… Au cours des trois dernières semaines, en accompagnant une des équipes de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma, j’ai pu participer aux réunions de la Comuna de Lidice. Les comunas – communes – sont dans le processus de la Révolution Bolivarienne des canaux par lesquels les habitants tentent de s’approprier la politique en faisant prévaloir leurs problèmes journaliers : coupure d’eau dans les quartiers, la sécurité dans les barrios, fourniture scolaire, alimentation mais aussi en partageant leurs peurs et leurs solutions pour endiguer les tracas quotidiens provoqués par le blocus économique de la « communauté internationale » comme disent les journalistes, à savoir le tandem grinçant des Etats-Unis et de l’Europe.

C’est ainsi que chaque semaine une réunion populaire est convoquée par sa trentaine de membres ou par d’autres habitants observateurs dans des endroits différents du « barrio ». Cette méthode a comme effet de permettre à l’ensemble de la population de suivre ces assemblées communales et ne pas se restreindre aux habitants qui ont les « moyens »1 d’y participer, de se faire entendre et de trouver des solutions.

Des difficultés !

Il est vrai qu’après une journée de travail il n’est pas aisé de se concentrer pendant trois heures. Crissement des pneus de motos, pleurs des enfants fatigués, longues marches par des collines interminables, chaleur. Mais l’assemblée ranime les esprits. « Miren los huecos en la calle ! (Regardez les trous de cette rue) » lance une jeune dame, « la ultima vez en la noche me cai (la dernière fois je suis tombée un soir) » répond une autre… « Voici le moment d’en parler tous ensemble et de réparer ça » propose un autre », et le tour de parole commence et les propositions pleuvent comme les mangues sur les toits.

Des résultats…

Il y a trois semaines une caraqueña prend la parole. Nous sommes au lendemain d’une nuit agitée, les vents ont giflé les tôles des maisons. Son toit a résisté à la tempête mais l’arbre qui abritait sa maison s’est déraciné et s’est couché sur les toits des deux maisons voisines. « Que puis-je faire, j’ai téléphoné maintes et maintes fois aux autorités et elles se relancent la balle entre elles pour savoir qui est la plus compétente pour déplacer l’arbre et restaurer les toits de ses voisins. Je suis fatiguée, je perds l’espoir de trouver de l’aide et surtout je n’ai pas assez d’argent pour réparer les dommages causé par mon arbre ». La Comuna se concerte et lui propose de se charger d’appeler les administrations dès le lendemain. Tour à tour les membres de la Comuna téléphonent, se renseignent, se déplacent parmi les administrations, plusieurs jours passent mais rien n’y fait, l’arbre est toujours couché sur les toits. Mais la Comuna à d’autres réserves : quelques communards armés de leurs forces, de leurs volontés, de leur solidarité et de quelques machettes vont s’en occuper… L’arbre est maintenant coupé et les toits vont être réparés.

Une bougie dans une école, une lumière de tungstène dans la rue, et dans la nuit la chaleur d’un processus démocratique participatif.

J. B. Caracas, 18 juillet 2018

1 Moyens physiques, financiers, de temps

 

Photos prises par Jesus Reyes et Jonas Boussifet lors de la réunion de la Commune et du tournage organisé par l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma, de Théâtre et de Télévision, Altos de Lidice, Caracas, 17 juillet 2018.

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Sur les hauts de Lidice, à Caracas, la commune ou rien…

12 juillet 2018

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.35.38 p.m.Au milieu d’une très dure conjoncture économique et des conséquences de la guerre menée depuis plusieurs années contre les classes populaires du Venezuela, l’organisation populaire se réveille. Une deuxième révolution s’amorce-t-elle ? Un signe d’espoir apparaît à Caracas, réputée plus difficile en termes d’organisation : les habitant(e)s décident d’élire une commune pour travailler de manière collective. « Seul le peuple peut sauver le peuple » ?

Par Malu RENGIFO @malurengifo/ photos: Enrique Hernandez.

Haut, très haut, sur les hauteurs de Lidice, un ensemble de communautés agissaient jusqu’ici séparément, chacune de leur côté et selon leurs moyens. Les habitants de La Orchida travaillaient à résoudre leurs propres problèmes, ceux de La Vaquera, les leurs et ceux de El Bosque également, etc. Ce fut un désastre, en fin de compte on n’aboutit pas à grand-chose. Sept conseils communaux se battaient chacun pour ses affaires : l’eau -mais rien n’a été fait à part le petit escalier bleu menant à la maison de Jacintica – ou la hausse des tarifs du transport alors que l’arrêt se trouve toujours à l’angle de l’épicerie – de là jusque sur les hauteurs, les autres s’en occuperont – , ou le nettoyage du ruisseau – mais chacun son territoire, et au bout du compte, ça ne sert à rien puisque le ruisseau commence tout là-haut et suit son cours jusqu’en-bas, et si quelques uns le nettoient à un endroit mais qu’il est mal entretenu à un autre, à qui servira-t-il ?

Au milieu d’une telle confusion, les communautés qui vivent sur les Hauts de Lidice se sont rappelé les élections de 2015, bâclées et mal gérées par les institutions -car il faut bien reconnaître que cela fut le cas- et elles se sont regardées les unes les autres en constatant le résultat : nous avons perdu l’Assemblée Nationale. « Que nous est-il arrivé? Ta faute ?, chaviste de merde, tu étais trop paresseux pour aller voter ? etc…

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Ces jours-ci un jeune homme nommé Jésus Garcia, avec un important groupe de compagnons, a consacré son temps à faire un travail d’organisation à El Polvorin, sa communauté d’origine, mais diverses circonstances l’ont rapproché des Hauts de Lidice. Une relation forte s’est nouée entre les activités menées là et celles de Jesus sur le plan de l’organisation populaire. Jésus est resté là et a commencé à se mobiliser aux côtés des habitants, à la recherche de l’idéal chaviste: la Commune.

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Photo : Le travail a également consisté à parcourir l’ensemble de la communauté pour relever les problèmes particuliers de chaque foyer.

 

Malu Rengifo – Je dois admettre que je m’attendais à trouver, en arrivant à cet endroit, un petit panneau indiquant « Vous arrivez à la Commune de …. », à voir définies les limites de la Commune, à voir des gens de la Commune en train de travailler, à voir où se terminait la Commune, à la rencontrer, à la soupeser, à l’évaluer et de venir leur raconter une histoire du genre « visite de parc thématique », mais ça n’a pas été le cas. Les choses se sont passées de la manière suivante.

Où est située la Commune ?

Jesus Garcia – Nous voici dans la Commune. Tout ce que nous voyons en fait partie, elle commence tout là-haut et s’étend jusqu’aux secteurs qui se trouvent là en bas, nous indique-t-on en désignant presque le ciel, puis le flanc de la montagne jusqu’à sa base quelques kilomètres plus bas au niveau de l’Avenue Sucre de Catia. Nous pouvons maintenant affirmer que nous sommes devenus la Commune Urbaine Socialiste Altos de Lidice. Nous sommes le produit de l’union de sept conseils communaux qui convergent ici, avec ses huit CLAP, son club du 3ème âge, un total de plus de 1 305 familles comptant 3 506 habitants environ, selon un recensement effectué il y a un peu plus d’un an.

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.58 p.m.

Photo : surmonter la situation est plus compliqué qu’il n’y paraît. La discussion constante des problèmes est essentielle.

Comment s’est déroulé le processus de sa mise en place ?

Ecoute, la décision de son organisation a surgi de la nécessité de résoudre les problèmes du quartier non de manière sectorisée ou temporaire, mais durablement et pour tous. C’est extrêmement difficile, comme ça l’a aussi été de nous organiser en tant que commune, mais rien ne pourra être résolu si nous restons chacun dans notre coin. Le processus a été très instructif, car le temps passait et aucune méthodologie d’organisation ne fonctionnait. Nous n’avons pas adopté la méthodologie du Ministère des Communes pour nous guider, nous avons commencé par nous organiser en conseils communaux et décidé de nous réunir pour réfléchir à des solutions, à penser la Commune.

Au début, personne ne comprenait de quoi nous parlions, de sorte que nous avons dû inventer nos propres méthodes ; nous avons commencé par discuter et il s’est trouvé que les gens ont été séduits, non pas par l’idée de Commune, mais par celle de compagnon, de voisin, de la manière dont celui d’à côté envisageait les problèmes, comment il en parlait et quelles solutions possibles il envisageait ; une sorte d’intérêt s’est progressivement porté sur de la question de l’organisation. A un moment donné, nous avons commencé à rédiger la charte fondatrice, à organiser des élections et une consultation afin de savoir si les membres, ou la majorité des membres des conseils communaux voulaient réaliser la Commune ; et bien qu’il y eut des réticences, bien que beaucoup de pessimistes pensaient que l’apathie ou le refus des gens nous feraient reculer devant ce projet, le résultat a été surprenant : plus de 90% de votes positifs. Il y a eu quelques chose comme 9 votes contre et 300 en faveur de la Commune.

La décision de nous organiser a été prise il y a environ six mois, et la Commune elle-même a été fondée légalement il y a un mois. C’est un processus qui avance très progressivement car il est très difficile de faire venir les institutions jusqu’ici pour régler un problème ou s’enquérir de nos besoins. C’est à nous de nous déplacer pour donner des informations sur une situation donnée, solliciter une aide, c’est pourquoi tout ce que nous avons réussi à faire l’a été par la seule volonté des habitants. Pour obtenir ces réussites, je peux t’affirmer que nous n’avons pas cessé de lutter. Nous avons d’abord identifier les problématiques : la pauvreté, la malnutrition, la situation difficile des petits exploitants, de graves problèmes d’eau et de transport ; et en fonction de ces données, nous avons réussi à faire venir la Directrice des Communes de Caracas, Mary Carmen Moreno, afin de l’informer de la situation, lui faire part des solutions que nous avions envisagées, les engagements que nous étions prêts à prendre afin d’être nous-mêmes partie prenante des solutions proposées et du soutien que nous demandions au ministère pour ce qui est des fonds et de tout ce qui serait nécessaire pour atteindre notre objectif.

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Que va-t-il résulter de cette expérience ?

Ce qui m’a surpris dans tout cela, vois-tu, c’est le fait que cette Commune soit apparue juste au moment où il était impensable que les gens veuillent s’organiser en commune. Malgré les difficultés environnantes, qui faisant sans doute penser aux gens « chacun pour soi », j’ai senti qu’ici les gens se disaient : « Comment « chacun pour soi », jeune homme? Ici, nous allons nous organiser car personne d’autre ne viendra régler nos problèmes ». Tu peux constater qu’ici les voisins s’organisent effectivement, et nous avons lancé des initiatives pour aller apporter nous-mêmes notre soutien à d’autres familles en difficulté, c’est comme ça. La chose remarquable dans cette Commune a été le fait que dans un moment difficile pour tout le monde, où il était dur de trouver de la nourriture pour les familles, des gens qui en disposaient en ont donné pour sauver les autres.

Quels problèmes ont été prioritaires ?

La santé et la pauvreté sont passées en premier. Maintenant, nous sommes en train de voir comment faire pour le transport et l’eau, mais je peux t’assurer que c’est grâce à aux habitants eux-mêmes, qui ont occupé les lieux et les ont entretenus, en les peignant et en les gardant en bon état, que nous avons pu obtenir qu’on nous dote de brancards, de matériel, etc. qui nous ont permis d’installer deux dispensaires médicaux dans la communauté. Nous avons aussi pris une initiative que nous avons appelée « sac magique » : il s’agit d’un sac de jouets et d’aliments que nous avons donné à des enfants qui se trouvaient dans les pires situations. Une fois, nous avons fait une rumba (fête) là-bas, et nous ne savions que demander pour l’entrée ; il nous est venu à l’idée que ce pourrait être un jouet, un vêtement ou quelque chose à manger ; nous pensions que personne n’allait venir. Nous nous sommes trompés : nous avons réussi à emplir deux grands sacs de jouets et d’autres choses pour les gosses de la communauté.

Quelle est l’activité économique de la Commune ?

Ici, tu trouves des cordonniers, des fabricants d’uniformes, de costumes de bain. Il y a quatre hectares de terrains exploités et les produits qui en sont tirés sont distribués par l’intermédiaire des CLAP de la Commune. Il y a des gens qui font de tout afin de satisfaire, en premier lieu, les besoins de la Commune. La création d’une boulangerie est en cours ! Voilà ce que nous sommes en train de faire.

Source : http://epaleccs.info/wp-content/uploads/2018/07/REVISTA-ÉPALE-CCS-N285.pdf

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Venezuela, on sème dans le ¨hors-champ¨ médiatique

Au Venezuela, les habitants des quartiers populaires répondent à la guerre économique en autogérant des écoles de semences et en nettoyant des parcelles de terre pour développer l’agriculture urbaine. Dans les années qui viennent Terra Tv ira à la rencontre de cette majorité sociale rejetée dans le ¨hors-champ » médiatique…

Joignez-vous au 57 donateurs qui soutiennent déjà Terra TV, la télé faite par les paysans, il reste 40 jours pour atteindre notre objectif ! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

« Dans les processus révolutionnaires, démocratiser la communication est stratégique » (Journal CoLatino, El Salvador)

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Gloria Silvia Orellana
@SilviaCoLatino

Thierry Deronne, cinéaste, professeur universitaire et journaliste, est convaincu que la démocratisation d’une société passe par le renforcement du rôle du peuple et de ses histoires, comme il l’enseigne, et que cela renforce le processus révolutionnaire dans la République Bolivarienne du Venezuela. Deronne, qui est arrivé au Venezuela en 1994, venant de Belgique, a fondé, avec d’autres professionnels vénézuéliens de l’audiovisuel, l’ « Ecole populaire latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre » .

¿Pourquoi cet intérêt pour la communication des communautés?

Ce sont deux processus, les gens ont déjà leurs histoires, et évidemment nous partons de l’idée qu’il faut leur donner les outils pour renforcer le rôle principal du peuple, comme nous l’enseignons à l’université. Pour créer véritablement un processus de démocratisation il est important que le peuple joue le rôle principal, comme pour tout le processus révolutionnaire que nous sommes en train de vivre au Venezuela. Nous devons enseigner les nouvelles formes de communication sociale, pour que, lorsque s’ouvriront de nouveaux espaces de diffusion des acteurs audiovisuels, l’on ait une nouvelle forme et de nouveaux contenus.

¿Estimez-vous que cela a été un plus pour le concept de communication?

Quand je parle d’outils, je ne veux pas seulement parler des techniques, mais précisément d’un rapport au contenu. On tombe souvent dans le piège qui consiste à les séparer, d’un côté l’idéologie, de l’autre la technique. Et ce divorce est un danger, c’est un piège. En fait, nous leur expliquons qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau, et c’est là qu’est le saut qualitatif, une technique qui peut apporter un grand changement dans la communication.

¿Quelle est votre lecture dans le contexte politique actuel du Venezuela?

De manière générale, la réalité au Venezuela est bonne, bien que les medias soient entre les mains des grands groupes de pouvoir, mais je peux te dire que nous sommes un système démocratique qui se développe, nous savons qu’il y a une overdose d’élections, il y a eu plus de 25 scrutins en 18 ans, dont la légitimité et la transparence ont été certifiées par des présidents ou des représentants de cours électorales ainsi que par des experts de différentes latitudes de l’Amérique latine. Et nombreux de ces présidents électoraux qui ne sont pas proches de l’idéologie bolivarienne, mais qui sont des experts, ayant une longue expérience des processus électoraux, ont toujours corroboré et réaffirmé la transparence e des processus, mais ce qui caractérise véritablement cette démocratie vénézuélienne, c’est le Pouvoir Populaire.

¿Comment les institutions jouent-elles leur rôle?

Au-delà de la nature représentative de la démocratie, je crois que la démocratisation vient de la croissance en droits. Toutes les semaines, l’assemblée constituante élue l’année dernière mobilise pour une action, des mouvements sociaux ou de collectifs féministes. Et de cette manière, tout ce que l’on peut imaginer comme mouvement social cherche sa lutte aux côtés de ses représentants sectoriels et des députés à la Constituante. Car les députés ne sont pas seulement les députés des territoires, ils représentent aussi des secteurs, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les mouvements de femmes et les travailleurs font appel à leurs députés. Et à mon avis, il n’y a rien de tel que la mobilisation permanente pour que les revendications ou les pétitions ne tardent pas, ne soient pas reléguées au second plan. C’est comme une marmite toujours en ébullition, pleine de propositions. Grâce à cette participation populaire, peu à peu on vient à bout du monstre bureaucratique, pour en faire quelque chose de beaucoup plus contrôlé et efficace. C’est ce travail que nous appelons le pouvoir populaire.

¿Comment le pouvoir populaire relève-t-il les défis de la situation économique et sociale?

Il y a un secteur privé qui contrôle plus de 80% de la production et de la distribution nationales, ce qui te donne une idée des moyens qu’ils ont de créer les phénomènes de pénurie et de hausse permanente des Prix. Pour y faire face, le gouvernement travaille à deux niveaux, par l’augmentation du salaire, pour protéger le pouvoir d’achat des gens. Il y a deux mois on a presque atteint les 100%, mais le secteur privé a répliqué par une hausse des prix des produits quasiment dans la même proportion.

Cela fait dix jours que l’Etat contrôle les marchés municipaux, où se trame la manipulation des prix, avec la contrebande vers la Colombie. Le travail a été progressif et peu à peu on attaque la structure même de la spéculation, l’Etat cherche à protèger les voies vitales de production et de distribution pour les gens. Autre aspect du pouvoir populaire, la création des Comités locaux d’approvisionnement, c’est une nouvelle stratégie à laquelle a obligé la guerre économique, mais qui est intéressante car elle a réveillé à nouveau le mouvement populaire, qui était atténué depuis la mort d’Hugo Chavez.

Cela a conduit à la création de nouvelles stratégies de survie qui se sont substituées au conseil communal, et ce réveil de l’organisation populaire a joué un rôle stratégique dans la récente victoire électorale.

¿Comment abordez-vous la guerre médiatique?

On ne peut plus remettre vraiment à plus tard une initiative commune ou de démocratisation des médias. C’est inévitable, nous sommes dans la caverne de Platon, où les reflets arrivent à travers les medias hégémoniques, qui sont entre les mains des groupes du pouvoir économique qui sont ceux qui font la guerre médiatique.

Je vais te donner un exemple: l’image constante du Venezuela dans les medias, avec une grande intensité, pour justifier une invasion étrangère par une soi-disant crise humanitaire. Ou bien quand un expert de l’ONU, Alfred Maurice de Zayas, spécialiste en situations humanitaires qui travaille depuis vingt ans en Afrique, qui a publié de nombreux livres et qui enseigne dans de nombreuses universités sur la question de la crise humanitaire affirme qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, mais un défaut d’approvisionnement et qu’il faut différentes manières pour l’éviter.

¿Quel est l’intérêt des Etats-Unis au Venezuela?

Il y a deux niveaux d’appétit de l’empire des Etats-Unis pour le Venezuela. Les grandes réserves de pétrole sont mondialement connues, de même que d’autres richesses comme l’or et d’autres métaux, ainsi que des ressources naturelles qui intéressent les multinationales. Il y a un deuxième aspect que l’on oublie parfois, le plus important: “l’exemple politique”, cet élan qu’a donné la Révovolution Bolivarienne à de nombreux autres peuples qui aspirent à l’émancipation et à la construction d’alternatives au Capitalisme Libéral.

¿Quels sont les défis pour la gauche latino-américaine?

Le défi pour la gauche est d’apprendre à gérer les problèmes des critiques, sans les couvrir, mais au contraire en saisissant l’occasion pour aller à la rencontré des demandes et offrir de solutions , pour consolider la formation permanente du peuple , nourrir la politique publique. Il faut abandonner le verticalisme, le manque d’écoute ou les séparations bureaucratiques. Cette inconscience a coûté cher à la gauche dernièrement. C’est une leçon de plus, nul besoin de pessimisme,  c’est à partir du pouvoir populaire qu’on créera les changements.

Source : https://www.diariocolatino.com/en-procesos-revolucionarios-es-estrategico-democratizar-la-comunicacion-thierry-deronn/

Habitants populaires au Venezuela: des gens qui ne cherchent pas qu’un toit

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Par: Jessica Dos Santos

Cet après-midi du 27 février, il y a 29 ans, la ville brûlait sous les braises du Caracazo, mais aujourd’hui elle est recouverte d’un inhabituel froid intense, ce qui n’a pas empêché les gens de se mobiliser pour accompagner le Président lors du dépôt de sa candidature à la réélection.

C’est de là que revenait Iraida, portant une veste noire et des tennis marron qui semblaient bien fragiles pour une pareille marche. Elle prit une chaise en plastique et s’assit à mon côté : « Moi j’aime marcher » m’a-t-elle déclaré, tout en ôtant un peu ses chaussures.

Nous nous trouvions au Campement des Pionniers “Combattants de ma Patrie”, à l’intersection de Miguelacho et Tracabordo, à La Candelaria, où autrefois il y avait d’ordinaire un stationnement dont subsistent encore les postes de surveillance. Autour de nous, des jeunes s’affairent à réparer une moto sur le point de rendre l’âme.

Ici personne ne nous aimait, et on se faisait huer, mais aujourd’hui ils nous acceptent et nous, on aide les gens à faire leurs courses, on leur monte les bouteilles de gaz, nous organisons des ventes de poisson, nous essayons de leur faire voir que nous n’allons pas apporter d’insécurité,” me dit Iraida, tandis que deux gamins jouent au basket et que des jeunes-filles interrompent la confection d’une banderole, pour préparer du café.

Iraida fait partie du Movimiento Pobladores y Pobladoras de Venezuela (Le mouvement des occupants et occupantes du Venezuela), un regroupement né en 2002, qui rassemble les Comités des Terres Urbaines, les Travailleuses de l’Habitat (Residenciales), le  Movimiento de Inquilinos Mouvement des locataires, les Campements de Pionniers, parmi d’autres. Tous avec un même objectif : le droit à un logement (et un habitat) digne.

Un droit difficile à conquérir quand on se trouve dans le pays le plus urbanisé de l’hémisphère (le Venezuela) où près de 90% de la population vit dans des villes et 60% dans des quartiers auto-construits, sans sécurité juridique sur le terrain qu’ils occupent et, souvent, dans des conditions de grande vulnérabilité.

Ma situation en matière de logement, avant de me marier, était « normale » ; c’est-à-dire que je vivais chez mes parents, un espace très modeste, au Quartier 5 de Julio, à Petare ; je me suis mariée en 92 et nous avons alors loué une toute petite maison dans le secteur de La Capilla ; après quoi ça n’a été que des allées et venues, j’ai dû déménager tous les 2 ou 4 ans » se souvient-elle. Elle a aussi vécu dans l’Impasse Urdaneta, rue Guaicaipuro, etc…, toujours à l’intérieur du même quartier. De tous ces logements, elle a dû partir contrainte et forcée, tout comme elle apprit à ses dépens les différentes modalités d’expulsion qui peuvent coexister dans ce système.

Je faisais un travail social , mais, en plus, mon frère était entré dans les rangs du parti Bandera Roja, et moi je finis par être une sorte d’alliée, celle qui a des tâches spécifiques ; mais ils rasaient les maisons, quelques-unes des camarades finirent en prison, et cela en quelque sorte me barra dans le quartier, c’est-à-dire que les gens éprouvèrent une certaine peur à me fréquenter”, me raconte-t-elle.

Cependant Chavez devint président et des choses commencèrent à changer.

“Le décret 1666, sur les Comités de Terres Urbaines est promulgué.  Avant, tous les quartiers déshérités étaient considérés comme zones vertes, mais Chavez nous donna ce décret, cette reconnaissance, titres de propriété, travaux d’amélioration, à partir de cela je me suis totalement engagée dans les rangs chavistes”.

C’est alors que je me suis souvenue de la communication de l’une des dernières feuilles de route de Chavez que je devais couvrir : à côté de l’emblématique « mur » de Petare. Cependant c’est un autre jour que se remémora Iraida, lorsque le Commandant alla remettre des titres de propriété de terrains à La Vega et qu’elle entra dans une colère noire :

J’étais contrariée car ils ne prenaient en compte que ce secteur, alors nous avons bloqué une rue et nous avons protesté. Mais est arrivée María Cristina Iglesias et elle nous a envoyés au bureau technique national, j’y suis allée, j’ai réclamé et ils m’ont offert du travail. La femme m’a dit : si tu ne veux pas que cela continue, eh bien, viens et organise-toi ”.

Alors Iraida s’est intégrée. “Et puis après avoir remis de très nombreux titres de propriété, c’est moi qui ai été délogée. Et sais-tu pourquoi ? En tant que chaviste, cela s‘est passé pendant la tentative de coup d’Etat contre Chavez ”.

En effet, Iraida a déménagé, mais pour une autre maison du même quartier: “J’avais la facilité de tout connaître, d’être dans les comités, de les avoir recensés (…)mais, après les premières barricades de rue, quelque chose a changé, c’était un quartier uni, avec une forte opposition, certains très très proches de la droite, cependant il y avait du respect, jusqu’à ce que commencent à surgir des situations d’insécurité bien mystérieuses ”.

Le regard d’Iraida se perd dans le fond du campement où l’on aperçoit des tables organoponiques en construction. “L’angoisse est arrivée, la terreur, beaucoup croyaient qu’il s’agissait d’une lutte pour un secteur de drogue, mais non, ceux qui s’incorporent au travail, qui respectent les gamins, s’occupent des autres, commencèrent à être assassinés, ils nous enlevèrent notre protection et le niveau d’insécurité a augmenté (…) ils se mirent à tuer les gens qui vivaient autour de moi, ils mirent le feu au troisième étage de ma maison, jusqu’à ce que quelqu’un me dise ; tu ne crois pas que tu devrais partir ?”

Moi je ne comprenais pas encore ce que tout cela avait à voir avec le mouvement, avec le droit au logement, jusqu’à ce qu’elle décrète : “C’est le niveau d’expulsion le plus révoltant qui existe, parce que, s’ils essaient de te déloger par une augmentation de loyer, bon, tu te mets à te battre ou tu cherches une solution, mais si l’on t’expulse en te disant « tu t’en vas ou on te tue» , c’est différent, c’est comme si tous les matins quand tu te lèves on te braquait un pistolet contre la tempe. Ils voulaient que je m’en aille de chez moi et du quartier.

Iraida éclate en sanglots, je ne sais pas bien que faire, il y a quelques minutes à peine nous étions des inconnues l’une pour l’autre , mais, soudain, à travers son récit, nous devenions une même personne, je tendis ma main et ne parvins qu’à susurrer un timide: “allez, ça va aller”. Mais elle insista:

En plus c’est une forme d’expulsion que les gens ne voient pas, ne remarquent pas car personne ne porte plainte, contre qui vas-t-u porter plainte ? On te vole ta nuit (…) On a vécu une guerre et nous n’en avons pas eu conscience (…) Moi, parfois j’y retourne, quand le quartier est tranquille, je suis contente de les voir, ils sont contents de me voir, mais il y a des endroits où je n’ai pu retourner, trop de souvenirs, je te parle de plus de dix personnes tuées d’un coup ”.

C’est ainsi qu’Iraida finit par être délogée de Petare. Elle se trouve aujourd’hui dans une commune proche, mais dans une autre ambiance : “Je suis allée temporairement dans un campement, à Chacao, une belle communauté, avec des gens unis malgré les différences, cependant là aussi il y avait des embrouilles à tout instant, car les flics de Chacao intervenaient etc,,, mais moi je me sentais protégée parce que tout le monde défendait l’espace, ici nous savons que personne n’est seul ”.

Mais dans le quartier ils sont plus nombreux ”, insisté-je. “Oui, mais dans le quartier ils sèment la terreur et nous isolent, au point que parfois les gens ne sortent même pas voir ce qui est arrivé, lorsqu’ils ont tué mon ex beau-père à Petare, d’une balle dans la tête, j’ai demandé de l’aide aux gens et personne ne voulait aider, il n’a pas été facile de trouver une voiture pour l’emmener à l’hôpital”.

Iraida me dit qu’au “Campamento de Pioneros 22 de enero” elle a eu un hébergement de solidarité, cependant ce n’est pas là qu’elle fixera ses racines. “C’est transitoire, eux ne vivent pas encore par désir d’aboutir, mais ils font leurs gardes, c’est un espace dédié (…) j’ai compris là que le logement c’est un détail, le plus important est ce qui se cache derrière : les gens ne cherchent pas un toit, ils cherchent leur sécurité ”.

C’est alors que l’alarme d’une voiture voisine se déclencha et, tandis que des gens cherchaient à l’éteindre, j’en profitai pour boire la dernière gorgée de café, pour sourire devant la présence d’une poule dans une espèce de « cage » confectionnée avec des caisses du CLAP, et lâcher ma dernière pointe d’amertume : tu as bien conscience que cela ne suffit pas pour résoudre la question?

Ce n’est ni avec les deux millions de logements déjà livrés ni avec la Grande Mission, que l’on résoudra tout le problème, mais ici et là on obtient quelque chose, tu sais quoi ?L’espérance (…)Nous les pionniers nous nous battons pour vivre en commun et nous ne nous rendons pas

Tu es sûre? “Moi, avec les Comités des Terres, j’allais empêcher des expulsions, nous nous heurtions avec la police mais ils ne nous délogeaient pas, nous sommes une plateforme, nous nous appuyons, et nous recommençons comme au début parce qu’ici bien que l’expulsion par la force soit interdite, des gens continuent d’être délogés et le négoce immobilier s’est renforcé parallèlement à la crise”.

Au Venezuela, comme dans le reste du monde capitaliste, le logement et la ville sont un produit coûteux interdit à la grande majorité. Mais, le Mouvement des Occupants et des Occupantes croit en la possibilité d’inverser cette “logique”.

Source : http://desafioconstituyente.com.ve/pobladores-una-gente-no-busca-4-paredes/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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« La grande victoire du Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé »

Vanessa Angustia est sénatrice d’Izquierda Unida / Podemos dans l’Etat espagnol. Elle faisait partie de la délégation d’accompagnement international présente au Venezuela lors des élections du 20 mai dernier qui ont abouti à la réélection de Nicolas Maduro à la présidence de la république.

Deux jours après la tenue de ces élections, la sénatrice a interpelé le Sénat espagnol au sujet des raisons pour lesquelles le gouvernement de l’Espagne ne reconnaissait pas la légitimité des résultats électoraux au Venezuela, en signalant que cette position était “antidémocratique, qu’elle constituait une ingérence qui faisait fi de la volonté émanant du peuple vénézuélien”.

Elle a aussi demandé à cette chambre parlementaire pour quelle raison le gouvernement espagnol avait, en revanche, reconnu les élections au Honduras et au Paraguay, malgré les plaintes importantes pour fraude dans ces deux cas, et ce qui « justifiait ces deux poids deux mesures de la part du gouvernement au sujet des élections au Venezuela ».

Lors de cette question au gouvernement, Vanessa Angustia a conclu en demandant si le gouvernement espagnol “allait rompre les relations diplomatiques avec le Venezuela , alors qu’il ne le fait pas avec des pays qui violent les droits de l’homme en permanence et de manière flagrante, comme le Maroc et Israël”

L’équipe de Prensa CRBZ s’est entretenue avec la sénatrice dans le cadre de son intervention et de sa récente visite au Venezuela en tant qu’accompagnatrice internationale des élections.

Quelle est ton appréciation du processus électoral du point de vue technique?

Le travail du Conseil National Electoral a été impeccable. Rares sont les pays dans le monde qui ont un système de garanties électorales offrant la fiabilité que nous avons pu constater ici. Le processus a été dans l’ensemble impeccable, depuis l’annonce le 23 janvier des élections présidentielles par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), pendant la négociation dans le cadre de l’accord de garanties électorales dans la République Dominicaine et jusqu’au 20 mai.

Je viens d’un pays où le gouvernement gère les processus électoraux avec une entreprise privée qui lui fournit l’appui et qui se charge de la logistique, de la transmission et de la diffusion des votes décomptés, une entreprise appelée Indra qui est assez contestée au plan international, par conséquent je souligne toujours le fait qu’au Venezuela tout le système électoral est public. Ce processus a fait l’objet de dix-neuf audits, sous tous ses aspects : registres électoraux, PV de scrutin, données des électeurs dans les machines à voter, etc. Pratiquement tout est vérifié. Et il faut signaler la vérification des résultats après le module du dépouillement, lorsqu’on procède à la comparaison de 54% des bulletins de vote électronique et des bulletins de sauvegarde.

Par rapport à d’autres processus il y a eu des améliorations cette fois-ci, telles que l’ajout de cinq nouveaux audits. Le système électoral n’est pas statique, il est au contraire en cours de révision et d’amélioration constante. Il faut rappeler cette volonté de rechercher un système qui offre toujours plus de garanties.

Et du point de vue politique, quelle est ton impression?

Dans l’opposition, il y a eu deux lignes, une ligne intérieure et une ligne extérieure. La ligne extérieure a été de continuer de tabler sur l’ingérence. D’un côté, une partie importante et non négligeable de l’opposition a décidé de participer au processus, ne s’est pas retirée de la table de négociation des accords de garanties électorales, a légitimé le processus dans chacune de ses étapes, et mené une campagne tranquille et en paix. Toutefois, une fois les élections perdues, elle s’est plaint de fraude électorale, sans fournir en plus aucune espèce de preuve.

D’un autre côté, il y a l’opposition regroupée dans la MUD qui a décidé de ne pas participer aux élections et de les délégitimer en appelant à s’abstenir. Il semble que cet appel a été entendu et que le taux d’abstention correspond à sa part de l’électorat. Cet argument contredit le discours qui dit qu’il y a eu une faible participation. Cette opposition est justement celle qui a été à l’origine des violences précédant l’ANC. C’est là qu’entrent en jeu la participation internationale, l’intervention et l’ingérence des Etats Unis et de l’Union Européenne, qui ont décidé dès le départ de ne pas reconnaitre les élections et de mener leur propre campagne dans les médias et les gouvernements, en annonçant la non-reconnaissance des résultats électoraux et en menaçant de sanctions.

Les intentions sont très claires: peu importe ce qui se passe au Venezuela et les garanties démocratiques qu’on donne. On décide des gros titres pendant la campagne et sur cette base on construit un discours. Ils ne vont jamais reconnaître l’espace électoral, parce que l’objectif politique est autre: renverser le gouvernement et s’approprier le pays aux côtés des secteurs qui cherchent à exploiter les ressources du Venezuela pour faire leurs profits et reconstruire leur oligarchie défaite avec les oligarchies aux Etats-Unis et en Europe. Il ne faut pas tomber dans l’erreur qui consiste à chercher quelque élément de vérité que ce soit dans cette stratégie politique. En plus, c’est une communauté internationale qui vient de légitimer la violence provoquée en 2017.

C’est un programme qui a une composante très dure pour l’espace des alliances que nous cherchons à construire dans la gauche européenne sur la base de relations d’égalité, et il a fait un pas en arrière, vers le XXème siècle, vers un type de politique coloniale a l’égard de l’Amérique latine qui croit que l’on peut décider des ressources et de l’organisation de ses peuples. Et ce serait une erreur de notre part de ne pas comprendre qu’il s’agit d’une stratégie globale de l’empire contre les pays et les secteurs politiques qui, comme nous, ne s’alignent pas sur cette politique coloniale.

D’après toi, maintenant que les résultats sont connus, que peut-on dire de la légitimité du nouveau mandat de Maduro?

Dans ce cas, il est important de fournir des données, parce que celles-ci ne sont pas neutres, elles sont des données politiques. Il y a des données qui sont manipulées pour ternir la légitimité d’un processus qui a été impeccablement propre, valable et démocratique.

Lors des dernières élections européennes en 2014, le taux global de participation dans tous les pays a été de 41,6%; en Espagne, 43,8% et au Royaume-Uni de 35,6%. C’est-à-dire que l’Europe ne peut pas parler du niveau de légitimité des élections en se fondant sur le taux de participation, parce que personne n’a contesté la représentativité du Parlement européen sur cette base, personne ne l’a mise en doute.

Lors des dernières élections aux Etats-Unis il y a eu 48% de participation, et le président Trump a été reconnu comme légitime, alors qu’il a été élu avec un pourcentage inférieur à celui de Maduro. Même chose dans les cas de Macri, Piñera et Santos. En France, le taux de participation lors des législatives de l’année dernière était de 42 à 48%, au Portugal pareil.

La question n’est donc pas la participation mais l’usage que l’on veut faire des données, c’est ce qui s’appelle une manipulation.

En tant que militante et en tant que députée, dans le contexte des énormes difficultés que vit le peuple vénézuélien et dans lequel se sont déroulées ces dernières élections, quel bilan dresses-tu de ce que tu as pu apprécier au contact des gens dans notre pays pendant le élections?

La grande victoire au Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé, d’avoir des classes laborieuses qui se défendent elles-mêmes, qui savent parfaitement quel est l’ennemi et qui est l’agresseur, et qui agissent en conséquence, qu’elles aient ou non des divergences ou des critiques, et elles savent parfaitement à qui elles doivent faire face et qui cherche à leur enlever des droits et de la souveraineté. C’est le résultat d’une politique dans laquelle on ne fragmente pas la vision de la vie, on ne parle pas d’économie d’un côté et de politique, de garanties sociales et de politique internationale de l’autre. Cette fragmentation est appliquée par le pouvoir sur les peuples, en Europe et aux Etats-Unis, afin qu’ils n’aient pas de vision d’ensemble ni de compréhension de leur réalité, ce qui provoque de la démotivation politique et une fragmentation des luttes.

Quand on ne fait pas cela, et que l’on gouverne avec des politiques favorables au peuple, il y a une formation politique du peuple qui apprend à faire la différence. Et ce qui a l’air facile à expliquer n’est pas un modèle dans nombreux de nos états. Ce n’est pas la dynamique sociale de participation politique que l’on voit en Espagne, par exemple.

Les difficultés au Venezuela sont énormes. Il en résulte un découragement et la certitude très partagée que la situation est difficilement tenable car les sanctions et les agressions étaient déjà annoncées. Cependant, ce découragement a été surmonté et a trouvé son aboutissement avec cette conscience qu’ont prise les classes populaires. Même si la situation est extrême pour des millions de personnes, il y a aussi cette idée qu’il ne faut pas se rendre, parce que si l’impérialisme l’emporte, la situation sera bien pire.

Je crois qu’être au Venezuela, c’est se plonger dans un bain de réalité. Nombreux sont ceux et celles qui devraient aller au Venezuela prendre une leçon d’humilité et connaître un peuple qui se défend et se protège lui-même, surtout ceux qui délégitiment le processus et le peuple parce qu’il continue de soutenir le gouvernement sans connaître en réalité les circonstances, sans s’être informés des raisons des agressions et de ce qui provoque cette guerre avec le Venezuela.

Et il est toujours agréablement étonnant de voir la joie de vivre avec laquelle le peuple vénézuélien vit ce processus, même dans les moments les plus difficiles, tels que les élections à l’Assemblée Constituante étant donné le degré de violence organisée par la droite et la situation économique extrêmement dure. Il y a beaucoup à en apprendre, comme l’exemple que nous donnent des codes culturels et sociaux qui sont précieux pour la participation démocratique. Il y a là un enseignement à méditer afin d’améliorer nos propres garanties démocratiques.

Source : Prensa Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora, le 24 mai 2018

Traduction : Paula Faraone

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Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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