Nouveaux sondages surprises au Venezuela (juillet 2017)

Selon l’institut d’enquête privé vénézuélien Hinterlaces, 56 % des vénézuéliens ne sont pas du tout ou peu disposés à participer aux manifestations ou rassemblements de l’opposition. 71 % pensent la même chose pour les blocages de rue, d’autoroutes et d’avenue, la nouvelle forme de protestation mise en place par l’opposition appelée « guarimba » (barricade infranchissable sous peine de tirs).

Cette enquête montre également que les formes les plus violentes de protestations des derniers jours sont celles qui génèrent le plus de rejet de la part de la population, étant donné que 85 % affirme ne pas vouloir participer à des « guarimbas » ni à des affrontements avec des agents de l’ordre public au Venezuela.

Alors que les appels à manifester de la MUD (coordination des partis de droite) ne sont pas non plus suivis par la majorité des vénézuéliens, une éventuelle grève nationale ne serait soutenue que par 37 % de la population et un processus de désobéissance active par 27 % des vénézuéliens.

Ces chiffres mettent à bas le mythe selon lequel la majorité des vénézuéliens soutient les protestations. Tant les violences que le plébiscite interne pour justifier l’existence d’un gouvernement parallèle ou une intervention extérieure, ont pour foyers les quartiers riches et les zones frontalières avec la Colombie, pénétrées par le paramilitarisme. Même le président de la firme Datanalisis, Luis Vicente León, de tendance antichaviste confirmée, confirme que la participation à ces violences n’a été que de 2 et 3 % des vénézuéliens.

La majorité veut un dialogue et attendre les élections présidentielles.

Selon l’enquête de Hinterlaces, 84 % des vénézuéliens sont pour un dialogue entre l’opposition et le Gouvernement pour résoudre le conflit politique actuel, contrairement à ce qu’on croit à l’extérieur sur l’impossibilité d’arriver à quelque accord à cause de la polarisation politique existante dans le pays.

Ce chiffre, de plus, coïncide avec une autre enquête d’Hinterlaces de cette semaine, qui fait ressortir que 59 % des personnes interrogées disent préférer pour qu’on attende les élections présidentielles de l’an prochain (2018). Ceci en opposition avec la thèse soutenue au niveau international sur une volonté de la majorité des vénézuéliens que le président Maduro finisse son mandat plus tôt. Dans ce sens, Hinterlaces explique que 58 % des vénézuéliens préfèrent que le président Maduro prenne les mesures nécessaires pour résoudre en partie les problèmes économiques du pays. Alors que 36 % se montre favorable à ce qu’ un gouvernement d’opposition assume pour faire la même chose.

Désapprovisionnement

75 % des vénézuéliens consultés dans la zone métropolitaine de Caracas affirment que le problème du désapprovisionnement d’aliments est en train d' »empirer », alors que 21 % considère qu’il est en train de se résoudre et 4% ne sait pas ou ne répond pas (NS/NC); révèle le plus récent Monitor País d’Hinterlaces.

CLAPS

Le sondage fait apparaître que 57 % des personnes consultées « sont d’accord » avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) comme système d’approvisionnement en nourriture, alors que 42 % ne sont pas « d’accord » et 1 % ne sait pas/ne répond pas.

69 % des personnes interrogées assurent qu’elles « ont bénéficié » du système d’approvisionnement en aliments à travers les CLAP, alors que 30 % signalent qu’ils « n’en ont pas bénéficié ».

Un total de 49 % des familles habitantes de la zone métropolitaine de Caracas a bénéficié des CLAP au cours du mois précédent, alors que 51 % en ont bénéficié il y a plus de deux mois.

Dans une enquête réalisée le 16 juillet, Hinterlaces révèle que la majorité des vénézuéliens est d’accord avec le développement d’un modèle économique productif socialiste de caractère mixte, qui englobe des entreprises de l’État, privées et de propriété sociale.

L’enquête, menée dans 1500 foyers du pays, indique que 75 % des personnes interrogées est d’accord avec le développement d’un modèle économique socialiste, alors que 24% est en désaccord.

De même, dans un sondage réalisé entre le 15 et le 28 juin, 63 % des sondés a manifesté son accord avec l‘amélioration du modèle économique socialiste, alors que 32 % considère qu’il doit changer pour un modèle productif capitaliste.

Pour ce qui est de la conduite de l’économie, 61 % s’est montrée d’accord avec le fait que ce soit l’État qui la fasse et 34 % en désaccord, de même, 78 % croit que l’État doit établir des règles économiques claires par lesquelles soient régies l’ entreprise privée alors que 12 % n’est pas d’accord.

Le rejet de la privatisation des services et des entreprises clés de la République est un autre des aspects ressortant de cette étude qui montre que 67 % ne veut pas que l’entreprise privée assume le service de l’électricité; 69 % n’est pas d’accord avec la privatisation de l’entreprise d’État de communication Cantv, et 74 % ne veut pas la privatisation de Pétroleos de Venezuela (Pdvsa). Ces privatisations sont pourtant au cœur du programme de l’opposition qui lutte actuellement pour reprendre le pouvoir sans passer par les urnes.

Hinterlaces a aussi enquêté sur l’opinion des vénézuéliens quant à la capacité qu’aurait un gouvernement de droite de résoudre les problèmes économiques du pays: 63 % des sondés ont déclaré ne pas avoir confiance alors que 34 % a manifesté que oui.

Sur l’Assemblée Constituante

54 % des vénézuéliens est « d’accord » avec ceux qui disent qu’il faut « améliorer l’actuelle Constitution pour garantir que les conquêtes sociales ne soient pas perdues », tandis que 44 % ne sont « pas d’accord », révèle également le Monitor País d’Hinterlaces.

L’étude élaborée entre le 15 et le 28 juin a inclus des personnes natives, de sexe masculin et féminin, des majeurs de 18 ans, de catégories socio-économiques A-B, C, D et E.

L’enquête montre que 56 % des personnes interrogées ne sont « pas d’accord » avec ceux qui disent que « le président Maduro veut rédiger une nouvelle constitution pour pouvoir garder le pouvoir », tandis que 42 % est « d’accord » avec cette affirmation.

Avec un indice de confiance de 95 % et une erreur admissible maximale de +/- 2,5 % pour les chiffres obtenus, l’enquête a soutenu que 60 % était « en désaccord » avec ceux qui disent que l' »Assemblée Nationale Constituante rédigera une nouvelle Constitution pour établir au Venezuela un Gouvernement communiste comme celui de Cuba », alors que 37 % a déclaré « être d’accord » avec cette affirmation.

Notons la différence entre ces chiffres et l’image que les médias donnent du Venezuela.

Source : Hinterlaces, http://hinterlaces.com/

Traduction : Cathie Duval

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Wo

Huit mythes sur l’économie vénézuélienne

Par: Pasqualina Curcio

pasqualina_curcio_economista_30jun2016

L’économiste et universitaire Pasqualina Curcio (Venezuela)

On nous a ressassé tant de fables sur l’économie vénézuélienne, qu’elles font aujourd’hui partie de la culture de masse. A l’heure où se noue un large dialogue social dans le cadre de l’Assemblée Constituante, il peut être important de visibiliser les lignes qui séparent le réel du fantastique dans ces histoires qu’on nous serine depuis l’enfance.

1. « Le Venezuela est un pays monoproducteur ». Tant chez nous qu’à l’étranger on a l’habitude de dire qu’ au Venezuela on ne produit que du pétrole. Les chiffres publiés par la Banque Centrale du Venezuela indiquent le contraire. En moyenne, du total de la production nationale [1], 84% provient de l’activité non pétrolière. La production pétrolière n’occupe que les 16% restants.

mitos1

Dans le cadre de la production non pétrolière, c’est la manufacture qui occupe la première place (21%), suivie par les services offerts par le gouvernement général (15,6 %, à savoir santé, éducation, ordre public, sécurité et défense, protection sociale); viennent ensuite les services immobiliers avec 13,2%; le commerce et les services de réparation (12,6 %); la construction (8 %); les services communautaires (7%); l’agriculture, l’élevage et la pêche (6,4 %); les communications (5,9 %); enfin, le transport et le stockage avec 4,6 %.

mitos2

Si donc nous ne sommes pas ce pays mono-producteur qu’on nous a toujours présenté, l’économie vénézuélienne se caractérise en revanche par sa condition mono-exportatrice. Près de 90% des exportations concernent en effet le pétrole et sont réalisées par le secteur public (l’entreprise d’État Petróleos de Venezuela, PDVSA).

mitos3

Le problème ne réside pas dans notre condition de pays mono-exportateur de pétrole, ni dans le fait que ce soit le secteur public qui s’en charge, mais dans la faible performance du secteur privé. Alors qu’on le présente toujours comme un secteur très efficace, celui-ci n’a exporté historiquement et en moyenne que moins de 10 % de ce total.

Quant aux 10% d’exportations non-pétrolières, ils sont formés par la vente de minéraux (26 %); les industries chimiques (45 %); le plastique et le caoutchouc (3 %), les métaux (10 %), tous produits par le secteur public [2]. L’exportation du secteur privé ne dépasse pas en moyenne 1% de ce total.

2. « Nous ne produisons pas ce que nous mangeons ». Une autre fable veut que tous les aliments que consomment les vénézuéliens soient importés. Rien de plus éloigné de la réalité. Du total des aliments disponibles, 88% en moyenne sont produits par nos paysans, éleveurs et pêcheurs en terres et en mers vénézuéliennes, les 12% restants furent et sont encore importés. [3]

mitos5

Le Venezuela produit 99% des tubercules consommés, 92% des sucres, 97% des légumes, 92% des viandes, 99% des œufs, 98% des fruits et du lait, 90% des stimulants (café et thé). 63% des céréales. L’importation principale est le blé (100 %) et l’orge malté (100%), utilisés pour la production du pain et de la bière, ces deux derniers ne pouvant être produits sur place à cause du type de climat. 91% des légumineuses (haricots noirs, rouges, lentilles) que consomment les vénézuéliens sont importés alors qu’ils pourraient parfaitement être produits sur notre territoire. Nous importons aussi 53% des graisses, et spécifiquement le soja.

mitos6

Sans doute certaines de ces fables ont-elles servi d’excuses au grands capitaux, en particulier ceux qui concentrent la production agroindustrielle, pour exiger de l’État de plus en plus de dollars au taux préférentiel avec l’argument que sans l’accès à ces devises, ils ne pourraient pas importer ces produits et la population subirait par conséquent la famine. Ils ont aussi servi à justifier l’endettement privé, et sa reconnaissance puis son remboursement par l’État…

50% de la production totale d’aliments traités par l’agro-industrie sont concentrés dans 10% du total d’entreprises privées [4]. En d’autres termes nous sommes face à une production alimentaire monopolistique.

Bien qu’on ne le mentionne pas, c’est bien là une des principales faiblesses du modèle économique de production au Venezuela, non seulement par les effets pervers que produisent par nature les monopoles quant à la fixation des prix et des quantités, mais surtout par la dépendance d’une poignée d’entreprises qui produisent, importent et distribuent un bien aussi stratégique que l’alimentation de la population. Situation qui renforce le pouvoir de coercition que peuvent exercer ces entreprises, soit par intérêts économiques soit par intentionnalité politique, comme on l’observe ces dernières années au Venezuela.

Le principal enseignement à tirer de cette histoire est la différence entre sécurité et souveraineté alimentaire.

3. « Le secteur public est improductif ». On raconte aussi que le secteur public ne produit rien. En discriminant le total de la production par secteurs institutionnels, c’est-à-dire entre secteurs public et privé, nous nous rendons compte qu’en moyenne 34 % du Produit Interne Brut sont générés par le secteur public et 66% par le secteur privé.

Dans les activités du secteur public au Venezuela entrent principalement le pétrole, les services offerts par le gouvernement (santé, éducation, transport, défense, ordre public, sécurité, protection sociale), l’électricité, l’eau, l’activité minière.

Ces quatre dernières années, malgré la chute des prix du pétrole, facteur déterminant des niveaux de production au Venezuela et malgré les divers aspects de la guerre économique mise en place par le secteur privé – avec blocage de lignes de crédit international et inflation induite à travers la manipulation de la valeur de la monnaie dans le marché illégal, la production dans le secteur public a connu une augmentation.

mitos7.png

La production du secteur public a augmenté de manière soutenue depuis 2003, y compris en 2009, année qui a connu une chute de 34 % du prix du pétrole. Sans compter l’activité pétrolière, la prestation de services de la part du gouvernement occupe la deuxième place de la production après l’activité manufacturière.

4. « Le secteur public, contrairement au secteur privé, est inefficace ». On dit que l’État est inefficace, c’est-a-dire que dans le secteur public les travailleurs perçoivent un salaire mais ne font rien ou, au mieux, font peu. En revanche, les entreprises privées sont toujours réputées « plus efficaces ». Or, par définition, est réputé « efficace » celui qui produit plus avec moins de ressources. [5]

Cette fable a servi de socle à l’argumentaire selon lequel l’État ne doit pas intervenir dans l’économie.

Au Venezuela, en moyenne, la productivité du travail dans le secteur public, y compris dans pétrolier [6], a été 2,5 fois plus élevée que celle du secteur privé [7]. Depuis 1997 et jusque 2015, chaque travailleur public a produit 8,07 millions de bolivars annuels [8] alors que chaque travailleur du secteur privé en a produit 3,25 millions.

Même en excluant de ces calculs l’activité pétrolière, la productivité du travail du secteur public reste non seulement 1,3 fois plus forte que celle du secteur privé, mais a connu en outre depuis 2006 une augmentation de 44%, passant de 3,5 millions de bolivars annuels par travailleur à 5,1 millions [9]. En revanche et sur la même période, la productivité du travail du secteur privé a chuté de 14%.

mitos8

mitos9

mitos10.png

Ces résultats nous permettent de célébrer certains personnages de notre histoire contemporaine : les travailleurs du secteur public. Ouvriers des entreprises publiques, médecins, infirmières, ambulanciers, bio-analystes, institutrices, enseignants et travailleurs universitaires en général; ingénieurs et techniciens de maintenance et de nettoyage; ceux qui se chargent de nettoyer les rues et de ramasser les ordures; communicateurs; conducteurs du métro, des autobus; membres de la police; membres des Forces Armées Nationales Bolivariennes; pompiers; ceux qui travaillent dans le service diplomatique; les travailleurs de l’administration publique; ceux qui administrent la justice; les cuisiniers qui préparent les repas pour les écoliers; les musiciens des orchestres symphoniques; les entraîneurs sportifs; les gardiens de parcs et d’espaces boisés; ceux qui travaillent dans les ports et dans les aéroports, ceux qui administrent les processus électoraux, et même les députés, en fin tous ceux qui se lèvent tôt pour faire vivre le secteur public.

5. « Seules les entreprises privées produisent ». Cette fable classique voudrait que tout mode de production qui n’est pas privé a une moindre capacité de produire, non seulement par comparaison avec l’État mais aussi avec les services communautaires, les coopératives, les coopératives et les communes.

En fait, de 1999 – première année de la révolution bolivarienne – à 2015, le produit intérieur brut total a augmenté de 43%. Or, après les activités financières et de communications, celle qui a montré la plus forte augmentation durant la même période est celle des services communautaire et sociaux. En quatrième lieu vient la production de services du gouvernement général. Les activités agricoles, d’élevage, de manufacture, commerciales et de transport, qui sont principalement aux mains du secteur privé, enregistrent également des augmentations depuis 1999 mais de moindre grandeur.

mitos11

Il ressort que ce ne sont pas les seuls modes de production privés qui apportent une valeur ajoutée à l’économie. La propriété d’État, comme nous l’avons déjà dit, non seulement occupe la deuxième place sur l’échelle de la production, et non seulement a crû ces dernières années – malgré la chute du prix du pétrole : elle a même connu une haute productivité du travail. La production de la propriété sociale a été une des activités économiques qui a enregistré la plus forte augmentation ces dernières années et a donc contribué dans une mesure majeure au produit intérieur brut.

La reconnaissance constitutionnelle d’autres modes de production en parallèle au mode déjà établi de la production privée, constituerait une avancée importante dans la démocratisation de la production et dans la diminution de la dépendance d’un petit nombre de grandes entreprises qui dans de nombreux secteurs monopolisent la production, l’importation et la distribution des biens et des services.

6. « La production privée a chuté depuis 1999 (première année de la révolution bolivarienne) ». C’est la rumeur publique, amplifiée par certains médias : depuis 1999 l’entreprise privée a été démantelée, et les politiques économiques issues du modèle d’égalité et de justice sociale ont créé une méfiance et découragé les investisseurs. On affirme de même que les contrôles des prix, le contrôle du marché des changes et la supposée manque de devises ont empêché les entreprises de produire.

Fiction, là encore : la production dans le secteur privé a augmenté en moyenne de 35% depuis 1999. Toutes les activités économiques aux mains du secteur privé ont enregistré des augmentations. Par exemple, l’activité des institutions financières et d’assurances, principalement privée, a explosé (375 %) durant la même période; le commerce a augmenté de 64 %; le transport et le stockage de 46 %; les communications de 332 %; l’agriculture, l’élevage et la pêche de 27 %; la manufacture, de 12 %; les services immobiliers de 50 %.

Plus : non seulement le produit intérieur brut du secteur privé a augmenté, mais le taux de rentabilité du capital a connu une croissance soutenue depuis 2003, pour se situer en 2008 [10] aux niveaux historiques les plus élevés depuis 1970, soit 22%.

mitos12

Sans doute ceux qui répètent cette fable veulent justifier le retour au modèle néolibéral qui cesserait de contrôler les prix des biens essentiels produits par les grands monopoles, gèlerait les salaires, privatiserait les services publics, et permettrait à quelques propriétaires de grands capitaux, parmi lesquels le système bancaire et financier, de s’approprier les devises obtenues grâce à l’exportation du pétrole.

7. « On ne produit pas parce que le gouvernement a exproprié toutes les entreprises privées ». Le mythe selon lequel le gouvernement a exproprié presque toutes les entreprises privées s’ajoute à la liste en vogue depuis quelques années.

Des 28.222 unités économiques correspondant à l’activité industrielle, seules 363, soit 1,2 %, sont aux mains du secteur public. Les 98,71 % restantes appartient au secteur privé. Quant aux unités économiques liées aux activités commerciales, le secteur public n’en réunit que 294 sur un total de 243.444, c’est-à-dire seulement 0,12 %. Les 99,87 % restants des unités correspondant à cette activité appartiennent au secteur privé. De la même manière, l’activité des services n’appartient que pour 0,88 % au secteur public (943 sur un total de 111.333 unités). Le reste appartient au secteur privé. [11]

mitos13.png

8. « Nous ne vivons que de la rente pétrolière ». Cette fable est la plus élaborée et la plus diffusée de toutes. Elle véhicule un message idéologique particulièrement puissant : « les vénézuéliens sont paresseux, ils ne travaillent pas », dont la fonction est d’occulter le principal problème de l’actuel modèle économique vénézuélien: l’usage, la distribution, et l’appropriation de la richesse, dont la rente pétrolière. Il importe de comprendre en effet qui, entre propriétaires du capital et propriétaires de la force de travail, « ne travaille pas », c’est-à-dire qui s’est approprié historiquement et en majeure proportion la rente pétrolière et de manière générale la valeur ajoutée de l’économie.

Nous reviendrons dans le prochain article sur cet aspect central, qui révèle ce qui doit être changé et dépassé dans ce qu’on appelle le modèle rentier pétrolier.

Notes et références :

[1] Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure tous les biens et services produits dans une économie sur une période donnée, en général sur une année.

[2] Institut National de Statistique (INE). Système de Consultation du Commerce Extérieur. Chiffres disponibles depuis 1950. Nous avons eu accès à l’information recueillie depuis 1980.

[3]  Données du Bilan de l’Équilibre Alimentaire, instrument mis en place depuis 1950 par l’Institut National de Nutrition (INN) pour mesurer al disponibilité d’aliments (production, importation et exportation).

[4]  Chiffre de 2011, repris de l’Enquête des Grandes Entreprises Industrielles de décembre 2013, publiée par l’Institut National de la Statistique (INE).

[5]  La productivité du travail est calculée en divisant le total de la production par le nombre de travailleurs.

[6]  Chiffre obtenu en divisant le Produit Intérieur Brut (PIB) du secteur public par le nombre de travailleurs de ce secteur.

[7]  Calcul effectué de 1997 à 2015.

[8]  Pour l’année de base 1997.

[9]  Bolivars indexés à la valeur de 1997.

[10]  Nous disposons de ces données jusqu’à 2008, année à laquelle s’arrête le travail de Baptista Asdrúbal : Bases Quantitatives de l’Économie Venezuelienne.

[11]  Institut National de Statistique. IVème Recensement économique 2007-2008. http://www.ine.gov.ve/documentos/Economia/IVCensoEconomico/pdf/InformeIVCE.pdf

Source : http://www.15yultimo.com/2017/06/17/mitos-sobre-la-economia-venezolana-i-version-ilustrada

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Ie

« Des travailleurs unis qui produisent sans patron, ça n’existe pas ?». Voyage au coeur des « Ateliers de Grès »

Foto Milangela Galea

Foto Milangela Galea

Foto Milangela Galea

Photos:  Milangela Galea

Le patron s’est installé dans son bureau… en Espagne – peut-être était-ce son domicile ?, a activé Skype et a ordonné d’appeler tous les travailleurs de l’usine de Barquisimeto (Venezuela) autour de l’ordinateur du gérant local : « Je n’ai plus de quoi investir, l’entreprise est liquidée, lundi vous pouvez passer chercher votre chèque » a-t-il dit. Message concis, depuis un pays lointain, dont se souviennent bien les employés des « Ateliers du Grès ». Maintenant il n’y avait plus de doute : l’usine fermait, les licenciait tous, le vendredi 31 août 2012.

Le premier réflexe fut d’empêcher l’avocat d’emporter les machines de l’usine. Le second, de cadenasser la porte d’entrée. Le troisième, de commencer à s’organiser devant les bruits qui circulaient : l’usine sera vendue, démolie sous peu. Les travailleurs formèrent trois groupes de surveillance pour garder les installations 24 heures sur 24, du dimanche au dimanche.

Commencèrent les chantages, les tentatives d’usure et les menaces de la part du patron, de l’avocat, de l’acheteur du terrain et en même temps la pression économique sur des travailleurs privés de salaire, l’apprentissage d’une lutte sur le long terme. Tout ce qui était prévisible dans un bras de fer où la propriété d’une usine est en jeu.

Sur les 150 ouvriers céramistes, 25 sont restés, puis 19… L’argent manquait, impossible d’apporter une réponse aux besoins urgents des familles. Ceux qui maintinrent l’occupation mirent sur pied des stratégies de survie : un étal à la porte de l’usine pour y vendre du café, des bonbons, tout ce qu’on pouvait, et la recherche d’appuis solidaires rapidement apparus : celui de la Fédération Bolivarienne Socialiste de Travailleurs Urbains, Ruraux et de la Pêche- qui monta l’ « opération kilo » afin d’obtenir des aliments – et celui des camarades de l’usine Altusa, qui avaient affronté le même patron dans un conflit similaire.

Les céramistes résistèrent 19 mois, en maintenant chaque machine en état de marche, en construisant un réseau d’appui familial, ouvrier, une conscience, une capacité d’affronter des nuits de solitude. Devant eux, l’usine n’était que silence. Immobilisée, la pièce maîtresse avait fonctionné durant des décennies sans jamais s’éteindre – un four de 120 mètres de long, 2m80 de haut, 60 de large, à une température de 890 degrés, et une capacité de traiter 45 wagons. Sur le modèle de ceux « créés par les allemands durant la deuxième guerre mondiale pour brûler les corps des homosexuels et des juifs » expliquent les travailleurs.

19 mois. Jusqu’au jour où, devant l’absence de réponse de la part de patron et suite aux démarches auprès de l’Etat, ils décidèrent de remettre l’usine en marche, de réactiver le four avec l’aide des travailleurs d’Altusa qui avaient appris comment rallumer les machines de leur usine sans leur patron. « Ils l’ont chauffé pendant deux mois, on leur disait que s’ils l’allumaient, Barquisimeto allait exploser » raconte José Novoa, Président de la fédération.

Mais après les essais et les erreurs – comme la difficulté de stabiliser la température à son juste niveau-, le four recommença à fonctionner, le pré-four et les différents engrenages pour fabriquer les dalles de grès, celles qu’avait toujours produit cette usine.

Avec le premier pas vint le premier problème : le manque de produits chimiques nécessaires à la fabrication des dalles. La solution : produire des poutrelles et des briques alvéolées avec des matières premières faciles à se procurer – argile, eau et mélasse. A force d’invention, on changea les moules, les instruments de découpe et construisit de nouvelles lignes de transport. Et tandis que la production commençait, la situation se régularisait juridiquement : on enregistra la fabrique auprès du Ministère des Communes en tant qu’Entreprise Sociale Directe – c’est-à-dire sans participation de l’Etat : « Ateliers de Grès ». Le bras de fer sur la propriété s’est achevé en faveur des travailleurs.

La production actuelle, après une année et demie de fonctionnement, est de 10.000 briques alvéolées par jour. Lorsque le processus d’automatisation sera finalisé, avec le soutien de la Mission Savoir et Travail, il y aura 30 à 35.000 unités par jour. « Aucun d’entre nous n’est un professionnel, la plupart de ceux qui dirigent l’entreprise n’ont pas le baccalauréat », explique Pedro, l’un des dix-neuf. Il était « homme à tout faire » comme il s’appelle lui-même : il réparait les sous-sols du four, il faisait des travaux de maçonnerie, des réparations mécaniques, il baignait les chiens.

Pour mettre en fonctionnement ces six hectares sur lesquels s’étend l’usine ils ont dû s’organiser davantage en mettant sur pied quatre unités : administration, gestion productive, formation et contrôle. Pedro, par exemple, est membre de la troisième. « Les unités ont été choisies en assemblée, petit à petit nous avons découvert quelle tâche pouvait exécuter chacun d’entre nous » raconte-t-il. Dans les installations on voit une partie de son travail : des fresques murales, des slogans, des consignes, l’esthétique révolutionnaire de l’usine.

« On dit que nous ne savons ni gérer ni produire, mais dans les faits nous avons démontré le contraire. C’est dur mais nous avons appris, tout est dirigé par les travailleurs, l’entreprise est à nous, nous devons en prendre soin. », dit Jorgina Catalina, de l’unité administrative. « Les Ateliers de Grès » comptent aujourd’hui 85 travailleurs, en majorité des jeunes, de moins de 25 ans. L’objectif est d’arriver à 150, lorsque l’usine produira 35 000 briques alvéolées dont ils savent qu’elles seront achetés par la Grande Mission Logement Venezuela.

« La situation n’est pas ce que dit la droite. Une usine sans patron et avec des travailleurs unis, oui, ça produit » explique Pedro. À présent les bénéfices sont répartis de façon équitable entre ceux qui produisent les briques alvéolées, pas comme avant, où « sur les huit heures de travail, deux allaient à celui qui produisait et 8 au patron ».

Les travailleurs des Ateliers ont conscience de représenter une expérience d’avant-garde, non seulement parce qu’il s’agit de l’Entreprise de Production Sociale Directe de plus grande taille mais parce qu’ils sont l’une des rares usines récupérées à être administrées intégralement par des travailleurs. Ils ont noué une alliance étroite avec les deux autres expériences qu’ils connaissent et toutes deux à Barquisimeto : Beneagro –anciennement Poulets Souto- récupérée et mise en production par les travailleurs, et Travailleurs Unis –ex Brahma- (1) où on a résisté à la tentative de licenciement en occupant l’entreprise et où on n’attend que l’expropriation pour la mettre en marche.

« On compte sur les doigts d’une main les entreprises occupées et totalement administrées par les travailleurs » souligne José Novoa qui donne les chiffres actuels : il y a au Venezuela 1800 entreprises récupérées, nationalisées, occupées et alliées, c’est-à-dire là où il existe une forte présence syndicale et un contrôle de la base.

Les « Ateliers du Grès » est l’une de celles que l’on compte sur les doigts d’une main ; elle est parvenue à résister, à se mettre en marche, à produire, à vendre et à croître. Sans baccalauréats, ni propriétaires étrangers, ni experts venant de l’extérieur pour « conseiller » la direction. Ils ont leurs défis, tel que celui d’équilibrer les dynamiques entre les 19 travailleurs et ceux qui s’incorporeront- le groupe qui a résisté n’a pas perçu de salaire pendant deux ans, comment prendre en compte cela sans générer de disparités ?, celui de réaliser une gestion collective, efficace, transparente,  celui de montrer, tant pour eux-mêmes que pour la batailles d’idées en cours au Venezuela, que « oui, la production socialiste ça existe ».

Texte : Marco Teruggi

Photos : Milángela Galea

Traduction : Sylvie Carrasco

Source : http://laculturanuestra.com/no-existe-la-produccion-socialista-viaje-al-interior-de-alfareros-del-gres/

Note : (1) Sur cette expérience, on peut lire “(Photos :) occuper, résister, produire”, http://wp.me/p2ahp2-1UN

Foto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaFoto Milangela GaleaURL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-22W

Plus de dollars pour Fedecamaras. La question des expropriations à l’ordre du jour.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale "Barrio nuevo, barrio tricolor"  dans le quartier populaire 23 de Enero, á Caracas, le 25 avril 2015. L'État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l'ensemble du pays.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale « Barrio nuevo, barrio tricolor » dans le quartier populaire 23 de Enero, à Caracas, le 25 avril 2015. L’État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l’ensemble du pays.

Le même Nicolas Maduro qui, il y a deux ans, en début de mandat, invitait les chefs d’entreprises au palais présidentiel pour tenter de nouer le plus large dialogue, arrive aujourd’hui à l’étape qu’il savait possible : l’obligation de mettre au pied du mur les acteurs de la guerre économique, du système de sabotages et d’accaparements comme éléments d’une guerre d’usure visant à mécontenter la population. Contrer les plans de ce secteur privé impliqué dans une stratégie de coup d’État, a requis pas mal de sagesse politique, de patience stratégique mais aussi un minutage précis des moments de l’intervention.

Maduro a bien compris qu’il s’agit d’une guerre menée sous diverses formes et depuis des années et que même si on se trouve à un tournant, les temps ne sont pas au radicalisme du style « en avant toute ». Ce n’est pas le moment du volontarisme utopique cher aux représentants d’une gauche protégée qui parle beaucoup et agit peu. Bref, pas l’heure de dogmatismes ou de mesures improvisées qui laissent entendre que « tout sera résolu par la suite ». A équidistance de l’idéalisme et du pragmatisme. C’est la posture que Maduro adopte.

L’appareil mafieux qui a dévié la rente pétrolière, la dépendance d’élites politique et économique vis-à-vis de l’empire (1), l’existence d’une bourgeoisie regroupée au sein de grands monopoles privés qui contrôlent 80 % des importations, de la production et de la distribution au Venezuela, la collection de grandes familles qui ont la haute main sur les relations économiques du pays, sont par essence l’ennemi le plus redoutable auquel le peuple vénézuelien a été confronté, bien avant la révolution bolivarienne. Espérer venir à bout de cette lutte historique d’un coup de plume, par un simple décret, est tout aussi irréaliste que tenter d’établir un modus vivendi basé sur une tolérance excessive vis-à-vis de ceux qui impunément, s’adonnent à cette guerre économique.

A ce jour, face à l’ampleur de la brèche, la tactique doit s’articuler avec la stratégie d’assainir l’économie sur la base de nouvelles formes de relations économiques, qui visent à consolider une société plus juste. Il faut également veiller à la réorientation des modes d’obtention, puis d’ d’affectation, des dividendes de la rente pétrolière (quintessence historique du capitalisme « rentier » vénézuélien), tout en supplantant les rapports de propriété qui permettent à la bourgeoisie de contrôler les points névralgiques de ce dispositif. C’est là que se joue la combinaison « approche tactique »/« perspective stratégique ».

Les médias de l’économie privée, majoritaires, imputent au gouvernement les dégâts de la guerre économique dont elle est responsable.

Si la prémisse d’un système d’économie mixte doit naître, ce ne sera sûrement pas avec le concours d’une part importante de cette élite improductive, qui a toujours su comment piller l’État pour s’installer à Paris, Miami ou New York, élite corrompue, incontrôlable, qui flirte en permanence avec le coup d’État (2). Si le tournant économique vénézuélien compte sur des entreprises privées efficaces, productives, responsables, ce seront celles qui peuvent s’inscrire dans une politique de développement national, étrangères à la situation oligopolistique du moment. Et pas les mafieux de Fedecamaras et Consecomercio (Fédérations patronales et des chambres de commerce qui organisèrent le coup d’État manqué contre le président Chavez en avril 2002). Dans ces conditions, bien plus qu’une pierre d’achoppement, la guerre économique comme expression paroxystique de la crise se transforme en un facteur d’opportunités.

Maduro à la croisée des chemins.Maduro

A l’instar de Chavez, et de par sa propre formation, Maduro se place à la croisée des chemins, entre négociation, concertation et tournant décisif. Oui: Nicolas Maduro a pratiqué la politique de la main tendue en direction des représentants les plus emblématiques de la bourgeoisie vénézuelienne. Il devait le faire, tout en sachant que cela lui vaudrait moqueries et sous-estimation. De retour au Venezuela après la victoire obtenue au Sommet des Amériques à Panama (1) le président bolivarien a déclaré que la bourgeoisie confondait sa patience avec le cœur de sa politique, et a appelé ses ministres, les syndicats, et l’ensemble des organisations populaires à travailler davantage pour  s’attaquer à la « racine du mal ». A radicaliser les actions touchant au domaine économique, et à ne « plus croire en la bourgeoisie ».

Sur le plan politique, la situation est celle-ci : on se trouve formellement en présence d’une déclaration de guerre économique. La contre-attaque est dans le camp du gouvernement national. Ceux qui souhaitaient la guerre et espéraient l’absence de réponse ont eu tort.

Ce tournant du conflit permet de mesurer la capacité du gouvernement à diriger. La question que l’on peut se poser est la suivante : ceux qui sont aux responsabilités se donneront-ils les moyens d’aboutir à des décisions concrètes, conformes à ces déclarations ? Dans le cas contraire, le ton tranchant du discours de Maduro (dont le caractère politique est insuffisamment pris en compte par la bourgeoisie) sera placé sur le compte de la démagogie. Le leader d’extrême-droite Leopoldo Lopez Mendoza, est particulièrement bien placé pour répondre à cela, qui avait traité Maduro de « lâche » en le mettant au défi de le faire emprisonner. Cet impénitent guarimbero (organisateur de violences meurtrières, NdT), cousin du grand patron Lorenzo Mendoza, est probablement le premier oligarque à être arrêté dans l’histoire politique récente du pays. Persuadé que sa notoriété politique et médiatique le protègerait, Leopoldo López Mendoza croyait à l’ impunité. Les autorités ont statué sur son cas. Aucun nom fût-il celui d’un multimillionnaire organisateur d’une version tropicale d’ »Aube Dorée » ne se situe au-dessus des lois. Maduro a franchi le Rubicon. Et il ira jusqu’au bout, pour défendre l’État de droit contre les tenants du coup d’État.

A ce jour, certains ex-ministres, dont des militaires, et ex-gouverneurs de l’ère Chavez sont dans le collimateur de la Justice pour faits de corruption et poursuivis pour divers délits (3). Il y a eu des décisions difficiles à prendre sur le plan économique, en réponse à la conjoncture difficile. Le Venezuela où personne jusqu’à présent n’osait mettre la main sur l’« intouchable » entreprise privée de médicaments Farmatodo, vit la fin d’un mythe : l’impunité d’élites à qui rien ne pouvait jamais arriver.

Si quelque chose caractérise les récentes décisions politiques, c’est que la patience tactique a ses limites, que les décisions doivent être prises au moment opportun, qu’aucun individu n’est intouchable. Et ce, qu’elle que soient ses avantages médiatiques, politiques ou sociaux. Il n’y a pas d’intouchables.

Supporter le coût politique.

Les médias de l’élite privée (80 % de l’économie actuelle), disions-nous, imputent au gouvernement les ravages d’une guerre économique dont elle est responsable. Comme au Chili en 1973, l’un des thèmes est celui des expropriations, supposées être responsables de la chute de l’activité productive, engendrant ainsi les pénuries. Cette campagne est menée dans un pays où l’État n’a jamais procédé à l’expropriation (pour ne citer que ces quelques exemples) d’entreprises de fabrication de papier hygiénique, de couches et de serviettes hygiéniques, qui sont tous des produits hautement sensibles ayant disparu des rayons et ciblés sur le public féminin comme pivot de l’économie domestique. Toute action émanant du gouvernement national -notamment en ce qui concerne le dossier des expropriations- sera attaquée avec virulence.

Tarir le flux d’argent tombant dans l’escarcelle des entreprises liées au grand patronat et chambres de commerce suppose la mise en place d’une gestion sélective et différenciée des crédits publics, excluant le « gouvernement  paternel» pour les nombreuses entreprises qui occupent le créneau de la distribution des produits. Celles-ci se sont dotées d’une solide expérience en matière de techniques de commercialisation, et de cette manière peuvent exercer un chantage permanent sur la grande masse des consommateurs.

Cette décision (consistant de manière sélective, à cesser l’octroi à certaines entreprises de dollars préférentiels), ne manquera pas de susciter leur réaction énergique, via les nombreux médias qui leur appartiennent. Leur argumentation reposera sur des arguments comme celui que les sociétés visées seront contraintes de recourir au dollar parallèle (justifiant ainsi une augmentation des prix), ou qu’elles courront le risque de devoir fermer leurs portes ou de « quitter le pays » (à l’exemple de Procter & Gamble, qui menace depuis une décennie, de s’en aller). Nous serons témoins de campagnes de propagande auxquelles l’industrie Polar (principal oligopole vénézuélien) nous habitue : la promesse d’investir dans la production nationale, en échange de subventions publiques en dollars.

Les retombées politiques réelles résultent des deux années de sabotage systématique, véritable moyen d’extorsion de la population. Accompagné de violences d’étudiants de droite et de paramilitaires colombiens comme bélier médiatique et politique, cette déstabilisation a d’ores et déjà causé d’énormes dégâts à l’imaginaire politique vénézuelien. La balle se situe désormais dans le camp du chavisme, du gouvernement, qui peut faire le choix d’une défense en profondeur et cohérente du peuple, ou non.

La guerre économique a débuté alors que le prix du baril de pétrole s’élevait à 100 dollars. Elle s’intensifie à l’heure actuelle, alors que sur le marché international, ce tarif a chuté à 50 dollars. La réponse à cette situation d’urgence consiste à mener sans répit les actions nécessaires, mais en bannissant toute hâte. Les dés sont jetés, et Maduro a déclaré qu’il s’agit d’explorer d’autres pistes, de s’appuyer sur d’autres ressources, afin de prendre à contre-pied, le scénario basé sur la guerre d’usure et les ravages que l’attitude criminelle de la bourgeoisie entend imposer au pays.

Que faire demain ?

Les temps ne sont pas à l’angoisse. Tout indique que le gouvernement national prendra les mesures qui s’imposent, en agissant d’une manière posée, chirurgicale et cohérente. Ce qui suit entrera probablement en application (ces informations n’émanent pas d’une source gouvernementale). Pour imaginer ce qui est le plus probable, il suffit de considérer les axes centraux de cette guerre :

  1. Le système de distribution des biens et marchandises importés, se trouve dans une situation particulièrement critique. Il est par conséquent nécessaire d’agir à ce niveau en posant un veto à l’accès aux dollars préférentiels pour les entreprises concernées, et en imposant quelques mesures d’expropriations. Il s’agit de biens non alimentaires, mais essentiels dans la vie de tous les jours qui sont visés (articles de toilette et ménagers) distribués par des chaînes privées qui devraient être parmi les premières à faire l’objet de mesures gouvernementales.
  2. Des chaînes privées d’importation et de transformation des matériaux constitutifs des produits ménagers et des articles de toilette (qui s’appuient sur des usines et un personnel conséquent) sont également susceptibles d’être touchées par ces actions gouvernementales. Afin ne pas détruire outre mesure le tissu de ce secteur d’importation et de production, le pouvoir exécutif pourrait prendre des mesures temporaires (réquisition de locaux ou expropriation) tout en veillant à ne pas entraîner la paralysie des activités. Certaines de ces chaînes travaillent exclusivement sur ce secteur d’articles. Mais un nombre non négligeable de ces usines sont associées au secteur alimentaire.
  3. Des unités de production, mais aussi des chaînes de distribution de petite taille liées à la fabrication de biens sensibles – et impliquées dans des opérations frauduleuses- peuvent également être visées par des sanctions. L’expropriation récente de magasins généralistes installés dans les zones populaires tels « Dia Dia » constitue un exemple. Ils se trouvent désormais placés sous la tutelle de PDVAL (réseau de distribution alimentaire subventionné par l’État).
  4. Des usines dont la production est paralysée ou menace de l’être, peuvent faire l’objet d’une mesure d’expropriation, ou bénéficier de l’appui de la puissance publique, compte tenu des spécificités de chaque cas.
  5. Un facteur essentiel – de nature politique – doit être intégré aux paramètres de cette étude : celui de la base d’appui dont bénéficie le gouvernement national. Nous assistons probablement au début d’un scénario redouté par beaucoup de la perte par une fraction de l’élite de ses privilèges et de l’expropriation de ses actifs.. La gestion politique de ce dossier doit s’inscrire dans la durée, et être centrée sur les mesures à prendre, en donnant du temps au temps, sans à-coups mais continue, pour tranquilliser cette partie de la population qui soutient le gouvernement tout en aspirant à l’expropriation rapide et décisive de l’ensemble des biens de la bourgeoisie – ce qui ne va pas se produire en ce moment. En outre, une grande partie de la base de soutien au chavisme ne semble pas appeler de ses vœux la mise en application de mesures spasmodiques visant le secteur privé.
  6. La question fondamentale est de savoir si la diversité de forces constitutives du chavisme (mais aussi certaines de celles-ci excédant le chavisme stricto sensu) appuiera majoritairement, et avec constance, le programme en cours de réalisation. Dans le contexte de guerre économique et des ravages qui en résultent, après l’organisation de nombreuses rencontres publiques entre Maduro et les patrons (en réalité, sans résultat tangible), après la découverte de mille formes de corruption au sein des entreprises, de sabotages et d’accaparement de stocks démontrés sur le terrain avec leurs acteurs visibles, du grand entrepreneur aux petits spéculateurs agissant dans le secteur du commerce, le plus probable est que oui : la radicalisation et la puissance des actions menées contre la guerre économique recevront l’appui de la majorité.

Franco Vielma

Notes:

1. Lire « Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International ») », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/15/comment-le-sommet-des-ameriques-a-ecrit-lhistoire-tout-ce-que-ne-vous-a-pas-dit-courrier-international/

2. Lire « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente sans jamais oser le demander », http://wp.me/p2ahp2-1J7

2. http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/ministerio-publico-solicito-orden-aprehension-contra-exministro-garcia-plaza-video/

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/expropiaciones-y-no-mas-dolares-a-fedecamaras

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1SW

L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat

 

La droite radicale vénézuélienne, d'inspiration néolibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici les multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, ams de l'ex-président Uribe, et soutenus par les Etats-Unis.

La droite radicale vénézuélienne, d’inspiration ultralibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici, le triumvirat des multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, proches de l’ex-président Uribe, soutenus par la droite internationale, la plupart des médias et les Etats-Unis.

Caracas, 21 février 2015. Après seize ans de révolution, l’extrême droite vénézuélienne rêve encore et toujours de répéter le coup d’Etat qui coûta la vie à Salvador Allende et à des milliers de chiliens. Le gouvernement bolivarien a déjoué le 12 février une nouvelle tentative au cours de laquelle des officiers de l’Armée de l’Air allaient bombarder (notamment) le siège de la télévision latino-américaine Telesur, l’Assemblée Nationale et le palais présidentiel. Ces militaires ont été arrêtés ainsi qu’un des organisateurs politiques – qui est aussi un des maires de Caracas : Antonio Ledezma, déjà connu pour ses répressions d’étudiants et de journalistes sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution mais aussi pour son soutien aux militaires d’extrême-droite auteurs du coup d’Etat manqué de 2002 contre Chavez (1). Depuis, Ledezma utilisait son poste de maire pour organiser des violences comme celles de 2014 qui ont causé la mort de 43 citoyens vénézuéliens (ce plan baptisé « La Sortie » visait à créer le chaos social pour renverser le président élu, Nicolas Maduro).

Le 12 février dernier, le coup d’état devait mener à la constitution d’un « gouvernement de transition ». Le document intitulé « Appel aux Vénézuéliens, pour un accord national de transition », devait être diffusé immédiatement par le quotidien El Nacional (propriétaire Miguel Henrique Otero), mais aussi les sites internet d’extrême-droite, Vente Venezuela (coalition d’opposition/MUD), Voluntad Popular (fondée par Leopoldo Lopez Mendoza), d’Antonio Ledezma (maire de Caracas/MUD), Congreso Ciudadano (dirigeante : Maria Corina Machado).

Maria Corina Machado, Antonio Ledezma et Leopoldo Lopez ont apposé leurs signatures au bas de ce manifeste de caractère néolibéral, qui devait servir de base à une supposée transition sans la moindre base constitutionnelle, exactement comme lors du coup d’Etat contre le président Chavez en avril 2002. Nous avons sélectionné les passages-clés de ce texte, afin d’en éclairer -et le cas échéant- en approfondir le sens.

1ère citation : « Préparer et organiser dans la transparence, des élections présidentielles libres ».

Commentaire : Pourquoi des élections présidentielles auraient-elles lieu, sachant que nous avons un président légitime en exercice, dont le mandat légal expire en 2019 ? Quel sera le sort réservé à Nicolas Maduro ? Sera-t-il arrêté, contraint à démissionner ? Sera-t-il dans l’obligation de prendre le chemin de l’exil, sera-t-il assassiné ?

2. « Rétablir dans leur autonomie, les divers organes de la puissance publique, en désigner leurs représentants par des moyens constitutionnels, restaurer le pluralisme politique et la souveraineté nationale de l’Etat vénézuélien ».

Commentaire : en usant de moyens identiques à ceux du 12 avril 2002, lorsque les députés de l’Assemblée Nationale, les juges de la Cour suprême de Justice, le procureur général de la République, le Médiateur (une des instances du Pouvoir Citoyen, en charge de la promotion et de la défense des Droits de l’homme) ont été arbitrairement destitués et remplacés au pied levé ?

3. « Mise en application d’un calendrier destiné à redonner confiance au pays sur le plan économique » ; « Réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux. Obtenir en retour, le soutien financier nécessaire, visant à surmonter les difficultés rencontrées à court terme ».

Commentaire : retour aux négociations avec le FMI (Fonds monétaire international), la Banque mondiale et d’autres instances internationales qui conditionnent l’obtention de prêts à l’application de politiques néolibérales. Avec leur cortège de privatisations, de licenciements massifs de fonctionnaires, de réduction, voire de suppression des programmes d’aides aux personnes (pensions, etc.). Ceci afin de « garantir » aux secteurs dont il est question, la bonne obtention des aides financières prévues.

4. « Désigner de nouvelles autorités à la tête des instances économiques de l’Etat, sur la base de normes et de critères de compétence et de mérite ».

Commentaire : cette démarche suppose que les contraintes d’ordre technique l’emportent sur la dimension sociale des politiques à mettre en œuvre. C’est le retour programmé de la technocratie.

5. « Parvenir à des accords d’indemnisation pour les dommages résultant des expropriations arbitraires ».

Commentaire : toutes les terres, entreprises et industries ayant fait l’objet d’une mesure d’expropriation, ou ayant été occupées légalement par le gouvernement bolivarien seront restituées à leurs anciens propriétaires. Cela implique la fin des sociétés d’économie mixte (production de biens socialement utiles?), des communes et entités assimilées.

6. « On procédera à un audit de toutes les entreprises (hors secteur pétrolier), dont l’Etat s’est indûment emparé, signe de la rapacité du régime. Décider des formes de propriété et de gestion qui devront leur être appliquées, pour assurer leur relance productive ».

Commentaire : privatisation des entreprises publiques. Licenciement des travailleurs. Baisse des salaires et élimination systématique des avantages sociaux, pour répondre aux critères d’« efficacité ».

7. « Se débarrasser de la chape de plomb des multiples contrôles, qui étouffe l’économie. Réinstauration des bases juridiques et économiques qui attireront les investissements productifs. Et qui assureront à l’avenir, une croissance stable ».

Commentaire : fin de la réglementation relative aux prix des produits de base ; aux transports publics ; aux cliniques et assimilées. Suppression des mécanismes de contrôle tels que la Loi sur les prix équitables ; du contrôle des changes permettant l’acquisition des produits alimentaires et des médicaments de base, pour être revendus à des prix abordables. La priorité est donnée aux investisseurs, au détriment des intérêts du peuple vénézuélien.

8. « Libération des prisonniers politiques. Le retour immédiat des exilés sera facilité. »

Commentaire : la libération (et leur pardon) accordée aux personnes coupables de graves délits – c’est le cas du banquier Eligio Cedeno, de Leopoldo Lopez, Manuel Rosales, et de nombreux autres – suppose que l’on s’ingère dans les affaires relevant strictement du pouvoir judiciaire. En effet ce n’est pas pour leurs opinions que ces personnes ont été arrêtées mais pour des faits relevant du code pénal : corruption, organisation de violences, par exemple.

7. « Solliciter des autorités judiciaires, l’ouverture de procès visant à réprimer les délits graves commis sous la responsabilité de l’ancien gouvernement. »

Commentaire : A l’heure actuelle, le système judiciaire en place est parfaitement rôdé. Le fait que les fonctionnaires accusés d’excès de pouvoir soient jugés et sanctionnés en administre la preuve. Ainsi lors des violences de 2014 l’usage excessif de la force dans certains cas a aussitôt entraîné l’arrestation des policiers ou gardes nationaux concernés. Ceux qui ont trempé dans les assassinats de Juan Montoya (« Juancho »), de Bassil Da Costa et de Geraldine Moreno, sont en passe d’être jugés. De plus, le gouvernement Bolivarien a récemment obtenu que les fonctionnaires de Pdvsa impliqués dans des affaires de corruption soient mis en détention. Enfin le document dont il est question ici, menace les personnels du gouvernement Bolivarien d’être persécutés, comme ils l’ont été en 2002. (Coup d’Etat contre Hugo Chavez, le président sortant).

8. « Combattre l’insécurité touchant la population, devient une priorité d’Etat. Démantèlement des réseaux criminels qui ont proliféré grâce à la complicité du régime actuel, qui leur a assuré l’impunité. Traiter globalement ces questions sous l’angle de la prévention, des actions policières à mener, des problèmes rencontrés au sein de l’administration judiciaire. L’objectif : mettre un terme à l’impunité, et renforcer l’efficacité du système pénitentiaire ».

Commentaire : suspension des garanties constitutionnelles, et violation des droits humains ? Ratissages des quartiers populaires suivis d’arrestations massives comme c’était le cas sous la IVème République ? Comme par sous les régimes d’avant la révolution, assassinats camouflés des dirigeants politiques sous prétexte de combattre la délinquance ?

9. « Rétablir la capacité opérationnelle du secteur pétrolier, et élévation significative de la production pétrolière »

Commentaire : Cela suppose le non respect des quotas établis par l’OPEP. Le Venezuela se verrait contraint de quitter cette instance. De rompre avec elle. Cela causerait immanquablement une baisse des prix du pétrole similaire à celle que l’on a connu sous l’ère pré-Chavez : 9 $ le baril. Réduction des recettes, ce qui obligera l’Etat à adopter des mesures néolibérales. (Un terme est mis aux investissements sociaux).

10. « Révision des cadres juridiques existants, et des accords en vigueur, qui lui sont néfastes ».

Commentaire : Il sera mis fin aux partenariats liant le pays et les nations qui lui sont associées. Seront notamment visés des organismes tels que : Petrocaribe, UNASUR et CELAC. Les chances de parvenir à l’intégration et à l’union de l’Amérique latine, en seront amenuisées. Les accords assurant la présence de médecins cubains au Venezuela ne seront pas reconduits. Fin également des accords passés avec des pays tels que la Chine et la Russie. Avec toutes les conséquences que cela entraînera sur le plan économique.

11. « Désigner à la tête de Pdvsa, un nouvel organe de direction, dont l’honnêteté et les capacités seront reconnues. Le bon fonctionnement de cette instance sera ainsi garanti, et mis au service du pays ».

Commentaire : retour des coteries du pétrole à la tête de Pdvsa. Avec en perspective, sa privatisation partielle, voire totale.

"Je suis Telesur". Parmi les révélations sur le coup d'Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder cette chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

« Nous sommes plus de 800 ». Parmi les révélations sur le coup d’Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder Telesur, chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

12. « Recouvrer l’exercice effectif de la liberté d’expression. Retour pour le peuple, du droit à l’information sur la gestion de l’Etat ».

Commentaire : les medias d’Etat subordonneront leur nouvelle ligne éditoriale, aux directives imposées par la droite. Le peuple vénézuélien n’aura plus droit au chapitre. Les nouvelles, et la relation des activités liées aux organisations du Pouvoir populaire, aux conseils communaux, et d’une manière générale les opinions favorables au chavisme, sont appelées à disparaître des pages du Correo del Orinoco (Courrier de l’Orénoque), de Ciudad CCS, des radios d’Etat ou des télévisions publiques.

13. « S’assurer de la loyauté des Forces Armées Nationales, et de leur appui à la Constitution. Elles se débarrasseront de toutes formes d’ingérence venant de l’extérieur de leurs rangs, et se préserveront de toute activité politique partisane. »

Commentaire : Pourquoi se réfère-t-on ici, aux Forces Armées Nationales, et non pas aux Forces Armées Nationales bolivariennes ? Pourquoi en a-t-on délibérément soustrait le terme « bolivariennes » ? Qui va juger de la loyauté de la FANB envers la Constitution ? Puisqu’il est précisé que ces dernières devront s’abstenir de toute activité politique partisane, est-il envisagé de retirer le droit de vote aux militaires ?

14. « Amorcer un processus de dépolarisation politique, menant à la réconciliation nationale. »

Commentaire : Quel sens accorder à l’expression «dépolarisation politique » ? Interdira- t-on de se référer au chavisme et à la révolution, au motif que ce genre de discussion porte ombrage à la dépolarisation escomptée, et à la réconciliation nationale ? Imposera-t-on comme par le passé, la censure aux forces de gauche ?

15. « Restaurer à très court terme, un approvisionnement suffisant en matière d’alimentation, mais aussi en ce qui concerne les produits de consommation courante destinés aux foyers. Pallier le problème des pièces détachées, mais aussi des fournitures qui font défaut, et qui nuisent au bon fonctionnement des chaînes de distribution ».

Commentaire : A première vue, cela semble très simple : il suffira de demander aux entreprises concernées, d’abandonner leur pratique de rétention actuelle, et de cesser les actions qui consistent à faire partir frauduleusement vers la Colombie, les marchandises destinées au marché intérieur vénézuélien. Nous ne serions pas surpris si ce genre de rétablissement accompagnait des mesures telles que la libération des prix des principaux produits de consommation courante, et l’annulation de la Loi sur les Prix équitables. Ce qui n’apparaît pas dans le document.

16. Toute référence à Simon Bolivar est supprimée : on parle des « Forces armées Nationales » (en lieu et place de « Forces armées Nationales Bolivariennes ».) On recourt par ailleurs, à « Venezuela », au détriment de « République Bolivarienne du Venezuela ». Or, c’est exactement ce qui est arrivé le 12 avril 2002, lorsque sur les instances de l’éphémère dictateur Pedro Carmona, patron du « MEDEF » vénézuélien, on retira le portrait de Bolivar du Palais présidentiel de Miraflores.

17. Le document fait très peu état des investissements sociaux réalisés, prête bien peu d’attention aux pauvres et aux précaires, y compris les enfants, les adolescents. Pas plus qu’aux personnes âgées, aux handicapé(e)s, et à ceux dont l’état de santé, requiert un traitement particulier. A rebours, les priorités affichées sont clairement définies : « attirer les investissements productifs », « réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux ». « Redonner confiance au pays ».

Aucune mention n’est faite de l’enseignement public gratuit. Et ce, quels que soient les niveaux existants: primaire, secondaire, universitaire. Aucune garantie n’est donnée aux établissements universitaires publics, créés sous la révolution (Unefa, UBV, Unearte, unités sport-études) quant à leur avenir. Il en est de même en ce qui concerne les universités ayant bénéficié d’importants réaménagements (Simon Bolivar, Romulo Gallegos, etc.).

Pour les pensions versées aux retraités, aux personnes âgées, à celles qui sont atteintes d’un handicap, le flou subsiste. Les projets et Missions sociales tels que les « Madres del Barrio » (« Les Mères des quartiers »), ne sont pas mieux lotis : aucune précision quant au sort qui leur est réservé. Aucune mention relative à la défense du salaire minimum, et à son indexation sur le coût de la vie (inflation). Au Venezuela, à 28 reprises durant ces 15 dernières années, le salaire minimum a été revu à la hausse. Par ailleurs, on ignore ce qu’il adviendra des nombreux acquis obtenus par le monde du travail, notamment à travers la mise en application de la nouvelle Loi du Travail (2). La sécurité de l’emploi n’est pas garantie.

Par conséquent, il semble bien que la reconduction du décret sur la sécurité de l’emploi soit remise en cause. Renouvelé tous les ans par le président Chavez et son successeur Nicolas Maduro, ce décret protège tant les travailleurs des entreprises privées, que publiques. Les employés et les travailleurs du secteur public, voient également la stabilité de leur emploi remise en question.

Un flou artistique enveloppe aussi l’engagement de mener à son terme, la construction de 100 000 logements (Gran Mision Vivienda Venezuela). Ce projet ayant bénéficié d’un fort volontarisme d’Hugo Chavez et de son successeur, le président Nicolas Maduro.

18. A aucun moment dans ce document, il n’est fait mention du Pouvoir Populaire. Les diverses instances de cogestion en activité à ce jour (les Conseils communaux ; Communes, Comités techniques (de l’eau…) ; les Entreprises de Production sociale (EPS), etc.) sont logées à la même enseigne. De fait, toutes ces formes de propriété mixte instaurées par le gouvernement bolivarien sont sur la sellette. On ne sait pas si elles seront maintenues ou non. Le silence est également fait sur l’avenir que l’on réserve au projet Canaima Educativa (Canamaitas), dont la mise en œuvre a permis aux jeunes vénézuéliens, d’accéder à des millions de logiciels (et ordinateurs portables) mis gratuitement à leur disposition.

19. Dans le document en question, nulle part il n’est fait allusion à la défense et à la promotion des droits des femmes, à l’appui dont devraient continuer à bénéficier les mouvements sociaux, les collectifs de paysans, LGBT (mouvement lesbien, gay, bisexuel et transsexuel), les groupes écologistes, les défenseurs de la cause animale. Qu’en sera-t-il du maintien de la souveraineté acquise en matière de technologie, en ce qui concerne les logiciels libres ? Qu’en sera-t-il enfin, de ces innombrables mouvements qui auront fait l’objet d’un soutien de la part de la Révolution bolivarienne ?

20. Enfin, à lire ce document, personne ne sait ce qu’il adviendra des mandats de ceux/celles qui assument à ce jour une charge élective issues de scrutins populaires, qu’ils soient issus de la démocratie directe (assemblées) ou d’élections à bulletins secrets.

Luigino Bracci

Source : http://www.aporrea.org/actualidad/a202900.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir http://www.legrandsoir.info/venezuela-qui-est-antonio-ledezma-telesur.html
(2) Sur la Loi du Travail en vigueur au Venezuela, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
(3) “C’est l’heure d’anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids” : les visages du coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/%C2%A8cest-lheure-daneantir-maduro-le-reste-tombera-de-son-propre-poids%C2%A8-les-visages-reveles-du-plan-de-coup-detat/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Kc

Juan Vicente Patin: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

Jorge Rodriguez

Jorge Rodriguez

C’est tout un symbole : le 1 août 2013, le maire bolivarien Jorge Rodriguez (photo), fervent militant de la réhabilitation de l’espace public contre sa privatisation commerciale et de la rénovation intégrale des quartiers populaires contre leur élimination a annoncé que le centre commercial Sambil du quartier de La Candelaria serait converti en un vaste projet culturel.

Sambil-CandelariaLes services de Rodriguez étudient avec les mouvements sociaux la transformation intégrale de ce dinosaure capitaliste, symbole de la corruption d’une mairie antérieure qui avait signé illégalement un permis de construire contre la volonté des habitants.

La force des choses fait de la révolution bolivarienne une révolution urbaine. Historiquement, depuis le boom pétrolier, c’est dans les grandes villes du Venezuela que vit la grande majorité de la population. Dans ce passage brutal de la société rurale à une société de consommation aux rêves modelés par la télévision commerciale, réside une des principales difficultés de la transition actuelle au socialisme. macdonald

Le simple fait que les centres commerciaux ou les MacDonald – degrés zéro de la culture de masse états-unienne – soient devenus des référents culturels ou des lieux de loisir familial en dit long sur la difficulté de changer la vie.

A Caracas en août 2013 la révolution a récupéré et réhabilité un million cent mille mètres carrés pour les citoyen(ne)s. C’est pour éclairer cette politique à contre-courant de celle que subissent la plupart des grandes villes dans le reste du monde, que nous publions le point de vue d’un architecte vénézuélien de la nouvelle génération, Juan Vicente Patin, interrogé par Reinaldo Gonzalez D. pour le quotidien gratuit Ciudad Caracas du 28 juillet 2013.

T.D.

L'architecte Juan Vicente Pantin

Juan Vicente Patín: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

La place Diego Ibarra est un des espaces réhabilités par la Mairie de Caracas et par le Gouvernement de la Capitale. Un peu plus bas se trouve le terminal d’autobus Río Tuy, réhabilité lui aussi à travers cette gestion partagée. Sur son aile nord (celle du terminal), derrière une file de commerces, on trouve un petit coin agréable qui selon les résultats d’une enquête personnelle, n’est connu que des happy few; une sorte de terrasse aux grandes tables et aux chaises spacieuses (grandes et très lourdes) idéales pour jouer au domino ou interviewer le pote Juan Vicente Pantin. Je me permets de l’appeler “pote” parce que bien qu’il soit architecte de l’Université Centrale du Venezuela, professeur d’Histoire d’Architecture Contemporaine de “la Grande Maison d’Étude” et qu’il ait assumé plusieurs postes de responsabilité dans l’administration publique, les titres ne lui sont pas montés à la tête comme à beaucoup d’intellectuels et bureaucrates. Au contraire, ils l’ont marié de plus près à la ville au point d’exercer aujourd’hui son métier en indépendant, et de pratiquer ce qui paraît inconcevable pour un professionel-universitaire-conservateur-idiot de ceux qui abondent à l’Université Centrale : accompagner dans leurs processus d’auto-construction les campements de pionniers, partie intégrante du Mouvement des Habitants. Nul hasard s’il juge que “le plus grand patrimoine de la Caracas contemporaine sont les tissus sociaux qui se sont constitués peu à peu; c’est l’espoir qu’un jour nous aurons une ville plus politique”. L’entretien s’est transformé en conversation.

Reinaldo Gonzalez – Certains perçoivent Caracas comme un chaos…

Juan Vicente Patin – Caracas est une invention du XXème siècle. Le Caracas des toits de tuile rouge a existé jusqu’en 1939, à l’époque du premier plan urbain mais cela n’a duré que deux décennies, les années 40 et  50. Ensuite la ville a été livrée à son sort, aux mains du capital. Ce que nous avons aujourd’hui est le résultat de comment le négoce immobilier a occupé certaines zones et en a ghettoïsé d’autres.

RG – L’Est riche et l’Ouest, majoritaire et populaire…

JVP – Dans les années 40 et 50 s’est produit le fameux “exode paysan”. Certains soutiennent que Caracas, parce qu’il a dû se construire sur des prémisses de moumentalité et de grandeur, exigeait une quantité de force de travail telle que cela a provoqué une grande partie du déplacement vers la ville. Les zones populaires se sont formées par la nécessité de construire ce “centre”. C’est ainsi que la ville s’est divisée en deux. Le secteur immobilier a pris les meilleures zones. Et où se sont formées les zones populaires ? Dans des zones à haut risque géologique, hydrologique, dans des ravins et des lits de rivières, dans des lieux non rentables pour le commerce urbain.

RG – Dans l’Est, il y a eu planification urbaine ?

JVP – Cela reviendrait à dire que le capital planifie… Si nous parlons techniquement, de manière universitaire, Caracas est une ville sans planification. Mais il faudrait répondre depuis les dynamiques sociales qui visent l’organisation et la vision de l’avenir. Quelle est la vision des habitants de Palos Grandes et du Guarataro ? Dans les quartiers populaires il y a un sentiment d’appartenance qu’on perçoit dans la manière de se présenter : “Je suis du 23”, “Je suis de La Vega”. Alors que les habitants de l’Est aisé disent : “Je vis à Santa Paula, dans les Chaguaramos, à La Tahona…”. Il semblerait que le signe du succès social soit dans le déplacement de l’Ouest populaire vers l’Est privilégié. Bien sûr il y en a qui te disent : “J’étais de Catia et maintenant je vis à…”.

RG – Mais on ne peut nier les difficultés de nombreux quartiers populaires, par exemple l’accès aux services publics…

JVP – La classification, un peu ridicule, de ville “formelle” et “informelle” a beaucoup à voir avec l’offre, surtout en termes de service et d’infrastructure. C’est un thème fondamentalement politique, à l’intérieur d’une matrice économique. Quelle serait la différence entre ces deux villes ? Que dans l’une le commerce a toujours été présent, dans l’autre pas.

RG – Quel rôle a joué l’État ?

JVP – Depuis les années 70 jusqu’à Chávez, si nous parlons de planification urbaine et de construction, l’État avait cessé d’exister. La doctrine libérale du “laissez faire” s’était imposée. Ce qui a ouvert la voie à une ville qui ressemble à une graphique de niveaux. Combien peut-on spéculer sur le sol ? La mesure te donne la hauteur des édifices. Regarde La Candelaria, Los Palos Grandes, Chacao… Ils se sont ouverts en fonction des intérêts du capital. De plus, l’État n’a pas investi dans les secteurs dans lesquels il devait investir par nature : les quartiers populaires, qui sont restés dépourvus de tout.

RG – Certains pensent qu’il faut éliminer les quartiers populaires…

JVP – Il y a toujours eu une politique qui s’est perpétuée, qui a consisté à stigmatiser les quartiers populaires au lieu de penser comment les renforcer. Certes il faut prendre en compte la matrice de l’infrastructure, la présence de risques : certains quartiers sont construits sur des terrains propices aux glissements, aux affaissements, vulnérables en cas de tremblement de terre. Mais je crois que plus que se fixer sur l’aspect physique l’important est de préserver le tissu social qui s’y trouve.

Cerros_de_caracas_2DSCN1069

RG – Des projets comme le métro-cable visent ce renforcement du populaire ?

JVP – Le métro surgit dans les années 80 avec pour objectif d’acheminer la force de travail à son poste de travail. Le Metrocable fait partie de la même réalité. Il reproduit le même moule de la mobilité urbaine et non de la mobilité ou des communications visant à fortifier les dynamiques internes de la communauté. Les avantages sont indéniables (1) mais je crois que le Métro-cable peut contribuer à une certaine perte de contact de la zone populaire de San Agustin avec ce qui était son axe naturel de relation : le boulevard Ruiz Pineda.

RG – Il y a des projets similaires en cours d’exécution…

JVP – Il faut faire attention à certains chantiers d’infrastructure à grande échelle qui apportent des bénéfices sans aucun doute, pour qu’ils n‘attentent pas contre ce patrimoine en cours de construction et je crois que c’est le travail principal que nous devons mener à Caracas: comment fortifier les collectifs, comment générer un sentiment d’identité, comment passer de cette vision métropolitaine du Grand Caracas à une vision, encore une fois, régionale, si nous entendons par ce terme les zones populaires, les quartiers résidentiels…

RG – N‘est-ce pas l’objectif de la commune ?

JVP – De nombreux vénézuéliens se sont joints à cette construction collective mais d’autres pas. Il faut le dire. Sur la ville, sur la manière d’être, pèse encore une vision très individualiste. Tu peux le voir par exemple dans la Grande Mission Logement (2) : les gens veulent qu’on leur donne leur logement, ensuite ils s’enferment, installent leur antenne satellitaire DirecTV et oublient la ville. Cet individualisme va contre la construction du sens de communauté. Pour construire la commune il faudrait commencer par éteindre la télévision.

Une ville pour les voitures

20070327_CIUD2_1_1_F1caracas2

Pour Pantin, malgré les efforts inédits pour créer ou réhabiliter des zones piétonnières, des places et des parcs publics, Caracas reste une ville pour voitures… parquées. Le parc automobile croissant qui circule par les mêmes artères construites il y a des décennies : “l’avenue  Bolívar était ce désir de reconstruire les axes monumentaux de Paris mais cette vision européiste a été déplacée par l’urbanisme nord-américain, basé sur la mobilité, les grandes autoroutes… L’objectif était l’expansion de cette ville qui  n’existait pas encore. Autour de cette grande artère qu’était l’autoroute s’édifient des quartiers résidentiels comme Altamira, La Castellana, Prados del Este, Bello Monte… La ville se crée donc sur la prémisse commerciale de l’automobile. Il fallait stimuler les conditions pour l’usage de la voiture. Il fallait la rendre obligatoire”.

RG – Et aujourd’hui, que faire avec autant de voitures ?

JVP – Le seul plan sensé en matière de voirie passe par la réduction du parc automobile. De nombreuses familles de Caracas ont une voiture et celles de la classe moyenne, une voiture par personne.

RG – On ne peut réduire le parc automobile sans améliorer le transport public…

JVP – Les bus ou taxis collectifs ne sont pas un transport public, ils sont privatisés. En tant qu’usagers nous n’avons aucun pouvoir de décision sur la qualité du service, la fréquence des unités, les itinéraires. La rue est complètement anarchisée par manque d’ordre dans le transport public. Nous sommes encore aux mains des bus privés.

RG – Et que penses-tu du Bus Caracas (nouveau transport public) ?

Despues-de-cuatro-anos-BusCaracas-salio-al-ruedo_23636JVP – Quand on a lancé le projet on a dit que cela allait saturer la zone de Nueva Granada. Je suis usager du Bus Caracas et j’observe combien le trafic s’est amélioré. Cela pourrait aller beaucoup mieux si on arrivait à organiser le reste du transport.

Espace en conflit

Selon Juan Vicente Pantin, la lutte entre deux modèles de société irréconciliables s’exprime à tous les niveaux. L’espace urbain n’est pas l’exception. “Si nous parlons du processus politique comme processus de lutte contre la logique du capital, un des champs fondamentaux doit être la ville, pour beaucoup de raisons. La motivation sociale, politique est claire parce qu’il y a une motivation économique : le fait est que la ville, le commerce urbain, la construction, la vente de terrains sont les secteurs qui, ensemble, apportent le plus au PIB. Dans ce contexte de guerre économique il faut revoir l’économie urbaine, et l’État devrait en prendre le contrôle exactement comme il l’a fait pour l’industrie pétrolière ou que nous sommes en train de le faire pour l’industrie alimentaire”.

RG – La grande mission logement semble aller dans ce sens…

gmvv1JVP – Sa plus grande réussite est de construire ces logements populaires DANS la ville. Dans les années 50 Perez Jiménez a construit le quartier “23 de Enero” comme une extension de la ville vers l’Ouest. Puis la quatrième république a construit Caricuao comme une annexion supplémentaire vers l’Ouest. Aujourd’hui on mène un travail inédit qui est la reconnaissance des terrains vagues à l’intérieur de la ville. Dans d’autres pays les impôts sur les terrains abandonnés sont si élevés que beaucoup finissent par les céder à la municipalité, à l’État, faute de pouvoir payer. Ici nous nous donnons le luxe d’avoir une ville à moitié vide. Bien sûr cela fait l’objet de beaucoup de critiques car beaucoup de gens veulent que Caracas reste une ville de ségrégation. Quand on construit des logements dans les zones de El Rosal ou Plaza Venezuela surgissent des arguments sur l’absence de services, la mauvaise qualité des édifices mais le problème de fond est que nous sommes en train de permettre à ceux qui étaient considérés comme la “plèbe” de vivre aux côtés de la classe moyenne et cela crée beaucoup de tension. Cela fait partie de la bataille silencieuse et donne un exemple de la lutte des classes dans l’espace public.

RG – La récupération des espaces publics fait aussi reculer le capital…

TEATRO-MUNICIPAL1

f3452_Ruta-nocturnaJVP – Quand on assume la réhabilitation des espaces publics de Caracas, il y a un effet de reconnaissance de l’histoire de la ville, jusqu’ici totalement refoulée. Le centre était dans l’abandon le plus total. Aujourd’hui tu vois des gens qui se promènent sur la Place Bolivar, qui prennent leur café à San Jacinto… Tu te rends compte qu’il y a eu un changement d’attitude, une réconciliation avec la ville et c’est un premier pas (3). Nous allons vers une ville meilleure que celle que nous avions. Maintenant il nous reste à apprendre à vivre en elle, à la soigner.

RG – Beaucoup cependant continuent à se réfugier dans les centres commerciaux…

JVP – Le centre commercial est lié à la même pénétration états-unienne et aux négoces de Rockefeller qui ont lieu à partir des années 50. Caracas, comme ville du XXème siècle, était une proie facile pour les centres commerciaux, phénomène qui ne s’est pas produit si facilement pour d’autres villes d’Europe ou à Buenos Aires. Un centre commercial implique une destruction du patrimoine, car il occupe de grandes étendues de terrain. Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public. Apparemment l’accès est libre mais il y a des gardes, des caméras et une quantité d’éléments qui en font un espace sous contrôle. C’est un espace privé d’usage public et cela aussi est relatif. L’usage en est la consommation et la consommation est l’antithèse de l’usage démocratique de la ville.

Par Reinaldo Gonzalez D. / Photographies : Jonathan Mendoza et Alii

Source: http://www.ciudadccs.info/?p=453647

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Lire “Quand écologie, socialisme et transport public se marient : le métro-cable, transport public révolutionnaire”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/quand-ecologie-socialisme-et-transport-public-se-marient-le-metro-cable-transport-public-revolutionnaire/

(2) Lire “Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/

(3) Lire « je suis heureuse à Caracas« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/19/je-suis-heureuse-a-caracas-photos/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/02/juan-vicente-pantin-le-centre-commercial-est-lantithese-de-lespace-public/

50 vérités sur Hugo Chávez et la Révolution bolivarienne, par Salim Lamrani

chc3a1vezconversandoenelsilencio

Une caractéristique du président vénézuélien était de rompre le protocole ampoulé des actes officiels pour converser directement avec les citoyen(ne)s, ici avec un jeune homme de Caracas sans domicile fixe et affrontant des problèmes de drogue.

1. Jamais dans l’histoire de l’Amérique latine, un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, seize élections ont eu lieu au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière en date, le 7 octobre 2012. Il a toujours battu ses opposants avec un écart allant de dix à vingt points.

2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins.

3. James Carter, ancien président des Etats-Unis, a déclaré en 2012 que le système électoral vénézuélien était le « meilleur au monde ».

4. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.

5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela.

6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%.

7. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011.

8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens.Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela.

10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400%.

11. La Mission Barrio Adentro Ia permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011.

12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%.

13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011.

14. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.

15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé.

17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011.

18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999.

20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.

21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.

22. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier.

23. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela.

24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.

25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.

26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.

27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

28. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999.

29. Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012.

30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA en 2003 a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.

32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.

33. Depuis 1999, plus de 50 000 coopératives ont été créées dans tous les secteurs de l’économie.

34. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.

36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.

37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.

38. Les femmes seules et les personnes handicapéesreçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.

39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires sans diminution de salaire.

40. La dette publique est passée de 45% du PIB en 1998 à 20% en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale en remboursant par anticipation toutes ses dettes.

41. En 2012, le taux de croissance au Venezuela a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.

42. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

43. Selon le rapport annuel World Happinessde 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush.

45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est désormais souverain dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles sur tout le territoire.

46. La création de Pétrocaribe en 2005 permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.

47. Le Venezuela apporte également son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis en lui fournissant de l’essence à des tarifs subventionnés.

48. La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004 entre Cuba et le Venezuela a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

49. Hugo Chávez est à l’origine de la création en 2011 de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) qui regroupe pour la première fois les 33 nations de la région, qui s’émancipent ainsi de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.

50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Colombie. Selon le président Juan Manuel Santos, « si nous avançons dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints auparavant avec les FARC, c’est également grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela ».

Salim Lamrani

Opera Mundi http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27642/50+verda…

Le Venezuela bolivarien en 2013 : « Accroche-toi, tu n’as encore rien vu ! »

Le jeudi 3 janvier 2013, lors d’un direct avec les travailleurs de «Café Fama de América » transmis par la télévision publique, dans le bruit des machines, la chaleur et l’odeur forte du café, le vice-président Nicolas Maduro et le président de l’Assemblée Nationale Diosdado Cabello ont tracé les grandes lignes de la « zone économique socialiste » qui sera construite en 2013. «Fama de América» est tout un symbole. Longtemps fermée aux caméras comme le reste des entreprises capitalistes, elle fut nationalisée en 2009 par le gouvernement Chavez à la demande des travailleurs en lutte alors que les patrons voulaient la mettre en faillite. Les travailleurs en contrôlent aujourd’hui la gestion avec l’État. Résultat : un café mieux payé aux petits producteurs et moins cher pour le consommateur. Augmenter la production nationale en fonction des besoins de la majorité, se libérer des intermédiaires privés qui exploitent les producteurs et spéculent sur les prix, relier directement les producteurs aux consommateurs : le succès de ce nouveau modèle productif dépend aussi, pour Maduro, d’une participation accrue des travailleurs : «Nous devons avoir une classe ouvrière de plus en plus éduquée, de plus en plus cultivée, de plus en plus consciente, de plus en plus disciplinée, de plus en plus organisée, parce que dans le socialisme le travailleur doit prendre conscience du plan de production, savoir comment on administre l’entreprise, de quels investissements elle a besoin, quelle technologie il faut ajouter aux processus de production, discuter de manière collective les plans et les approuver. Le travailleur socialiste doit penser comment il peut contribuer au développement de la patrie, et du peuple qui est le coeur et la finalité de tout ce que nous faisons. »

Inspection de l’entreprise socialiste « Café Fama de América, 3 janvier 2013, La Yaguara, Caracas.

Le Venezuela bolivarien a achevé l’année 2012 sur une rafale de succès économiques et sociaux : le chômage poursuit sa baisse (6,4%), la croissance se renforce grâce aux investissements publics (5,5 % en 2012, 6% prévus en 2013). L’inflation poursuit sa courbe descendante des derniers mois, le cours du pétrole reste élevé (le baril a dépassé les 100 dollars en janvier 2013). Les statistiques montrent que le Venezuela est devenu le deuxième pays du continent après l’Argentine en termes d’immigration de chômeurs espagnols.

S’y ajoute une longue liste d’avancées sociales (1). Qu’on pense aux 346.700 logements populaires construits en 20 mois grâce à la nationalisation de la sidérurgie et du ciment (soit un logement construit toutes les trois minutes !) et aux 380.000 qui seront construits en 2013. Enfin, 2012 a été marqué par une double victoire politique : la réélection de Hugo Chavez à la présidence le 6 octobre 2012 fut suivie, le 16 décembre, en l’absence de celui-ci, d’une avancée historique des candidats bolivariens aux postes de gouverneurs conquérant 20 états sur 23 (2). Bref, les conditions sont réunies pour accélérer la révolution bolivarienne.

Les médias occidentaux qui enterrent le président Chavez et avec lui la révolution bolivarienne et la révolution latino-américaine, risquent de devoir attendre longtemps pour voir leurs désirs devenir réalité. Leur lecture de la politique comme pur cynisme, pur calcul et rivalité de personnes, leur réduction de l’Amérique Latine à une poignée de chefs d’Etat tombés du ciel, isolés, autocrates, avec les guerres de palais pour unique destin, ne tiennent pas debout. On ne peut éternellement rayer de la carte les populations, leur Histoire et leur participation, effacer les gouvernements, leurs réalisations et leurs programmes, nier les nombreux scrutins par lesquels les majorités décident de leur avenir et transforment leurs existences concrètes.

Exemplaire de l’autisme de la plupart des médias français ou belges, ce titre : « le Venezuela veut la vérité sur la santé du président Chavez ». Ce qui nous est présenté comme une information n’est que l’actuel slogan de la MUD (coordination de la droite vénézuélienne). La population connaît en détail la situation du président Chavez. Pas moins de 27 communiqués officiels ont été transmis à la radio et à la télévision. Le dernier, en date du jeudi 3 janvier 2013, explique qu’actuellement le président lutte pour surmonter une forte infection pulmonaire survenue à la suite du choc opératoire. En décembre 2012 Chavez a rappelé au pays que s’il ne réussissait pas à vaincre le cancer et devait finalement renoncer à ses fonctions, il incomberait au peuple, comme l’exige la Constitution, de retourner aux urnes pour choisir entre le programme de la droite et celui des bolivariens. Dans cette hypothèse, le président Chavez a proposé aux siens de voter pour l’actuel vice-président Nicolas Maduro, un militant bolivarien de la première heure venu du monde du travail.

Face à cette clarté des bolivariens, une droite affaiblie mais armée de puissants médias privés n’a d’autre recours que d’annoncer que Chavez est déjà mort, cherchant à créer un climat de vide de pouvoir comme prélude à une guerre fratricide entre les leaders de la révolution, etc… tandis que les États-Unis parlent de « l’après-Chavez » et de «transition». C’est cette campagne que recyclent, à leur habitude, la plupart des médias français. Mais la majorité des vénézuéliens, attachés à l’institutionnalité démocratique, rejettent le mépris des médias pour leur vote, et réaffirment leur soutien au socialisme bolivarien (3).

L’Amérique Latine d’aujourd’hui n’est plus celle des années 80, qui voyaient les mêmes médias dépeindre la révolution sandiniste au Nicaragua comme un « totalitarisme en marche » tandis qu’elle faisait face, isolée, aux « contras » armés par Ronald Reagan. En 2013, le génie de l’unité latino-américaine est sorti de sa bouteille. Il n’est pas près d’y rentrer (4). Tout ne fait même que commencer. Au Nicaragua le Front Sandiniste réélu sur la base de son bilan social poursuit le redressement d’un pays appauvri par 16 ans de parenthèse néo-libérale. La Colombie, cet Israël hyper-militarisé de l’Amérique Latine, entre dans un dialogue politique inimaginable il y a quelques mois encore, confirmant le bien-fondé de la stratégie de rapprochement avec ce pays lancée par le président Chavez. En Bolivie, en pleine croissance économique, le gouvernement d’Evo Morales, toujours aussi populaire, vient de nationaliser deux filiales espagnoles d’énergie électrique pour faire place aux besoins de la population. La probable réélection du président équatorien Rafael Correa en février prochain – plusieurs sondages lui donnent 60 % des suffrages – signifierait l’approfondissement d’une révolution citoyenne qui a notamment fait reculer le chômage, élevé le salaire des travailleurs ou éliminé la sous-traitance.

Rafael lance sa campagne électorale dans un quartier populaire, Quito, 5 janvier 2013.

A Caracas ce samedi 5 janvier 2013 la population s’est mobilisée autour de l’Assemblée Nationale qui votait pour renouveler ses autorités. Ce parlement qui fonctionnait avant la révolution bolivarienne en vase clos, négociant la répartition des postes de l’État entre partis et loin du peuple, est aujourd’hui un espace ouvert, où une majorité de député(e)s de gauche examine des projets de lois, notamment les projets d’initiative citoyenne. En 2013 ceux-ci plancheront sur de nouvelles lois en faveur de la démocratie participative comme la création des conseils de travailleurs destinée à compléter la nouvelle loi du travail promulguée en mai 2012 (5), ou la loi de la communication populaire, qui permettra d’aller plus loin dans la démocratisation du droit à l’information.

Comme le dit un dicton populaire vénézuélien « Ponte alpargatas, lo que viene es joropo » qu’on peut traduire par : « Accroche-toi, tu n’as encore rien vu ».

Thierry Deronne, Caracas, 6 janvier 2013.

Le peuple réuni autour de l’Assemblée Nationale, 5 janvier 2013, Caracas, Venezuela.

Assemblée Nationale, Venezuela, 5 janvier 2013

Assemblée Nationale, les députés bolivariens et le peuple, 5 janvier 2013

Asamblea nacional enero 2013

Notes :
(1) Pour une liste plus complète de ces avancées, voir « Les facteurs sociaux de la victoire de Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/24/les-facteurs-sociaux-de-la-victoire-de-chavez-par-carles-muntaner-joan-benach-maria-paez-victor/
(2) « Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/
(3) Maurice Lemoine, « Au Venezuela les électeurs ont confisqué la démocratie« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/11/photos-au-venezuela-les-electeurs-ont-confisque-la-democratie-par-maurice-lemoine/
Photos : AVN.

Venezuela : démocratie participative versus déclin démocratique occidental, par Ewan Robertson.

Je peux témoigner du complexe de supériorité de Paris, de l’arrogance impériale de Washington, de la décadence capitaliste de Manhattan, des élections parlementaires en Allemagne et de la juste part que j’ai prise aux élections en Grande-Bretagne. Dans aucun de ces cas je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.

Ewan Robertson

Déjà que ce n’est pas facile d’éviter la politique en général au Venezuela, mais là, en pleine campagne électorale, les signes de débat et de lutte politique se font, presque littéralement, omniprésents. Dans la petite ville andine de Mérida, dont la population n’atteint pas 300.000 habitants, traverser le centre de la ville donne une idée de l’intensité de la campagne pour l’élection présidentielle du 7 octobre. Le Président Hugo Chavez brigue un troisième mandat face au concurrent de la droite Henrique Capriles Radonski, de la coalition de la Table Ronde de l’Unité Démocratique (MUD), et les militants s’activent fortement de toute part.

Une des stratégies à Mérida, ce sont les caravanes de campagne, les militants montent dans des camions, des voitures et des jeeps, font le tour de la ville en arborant des drapeaux, en klaxonnant et en criant des slogans. Une autre est le rassemblement de militants à un point-clef du trafic avec des amplis diffusant de la musique en faveur de leur candidat, freinant le trafic pour distribuer des tracts ou écrire des messages sur les lunettes arrière. Il y a quelques jours j’ai vu une compétition intéressante entre un groupe de Primero Justicia (PJ), le parti de Capriles Radonski, et la jeunesse du Parti Communiste (PCV), qui appuie la candidature de Chavez. Tous deux tentaient de distribuer leurs tracts aux conducteurs et de chanter le plus fort possible. Sans vouloir être trop partisan, je dois reconnaître que les militants du PCV faisaient clairement preuve de plus d’enthousiasme, alors que ceux de  PJ finissaient par se taire et les chansons distinctement révolutionnaires se répandaient dans la rue. “Il semble que les communistes gagnent” me dit mon partenaire en souriant.

Puis il y a les stands : des tables sous de petits auvents où les militants se réunissent avec leurs tracts et leur musique pour faire campagne auprès des passants, activant une sorte de débat de rue à propos de l’élection. Sans aucun doute il y a plus de stands du type “punto rojo” (points rouges) du parti de Chavez, le Parti socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), que de l’opposition. Selon des infos que j’ai reçues de Caracas, la présence de l’opposition dans les rues y est encore plus faible qu’à Mérida. Les punto rojos sont partout, dans chaque place principale et voie principale de la ville, et j’ai déjà amassé une collection de tracts à force de passer devant ces stands. Ajoutez à cela les grands meetings de campagne, les visites porte à porte par les militants, la couverture saturée des médias, les panneaux d’affichage géants, et les affiches couvrant toute surface disponible que les militants collent chaque nuit quand les rues son calmes. Non, ici, impossible d’ignorer l’élection présidentielle. La plupart des vénézuéliens n’ont pas envie de l’ignorer, conscients qu’ils sont, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays, que leur vote va déterminer réellement la future orientation politique du pays.

Manifestation de soutien au candidat de la droite Henrique Capriles Radonski, Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

Manifestation de soutien au programme néo-libéral du « superman » Henrique Capriles Radonski, rues de Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

militantes du Parti Socialiste Unifié lors d’un meeting de soutien à la candidature de Hugo Chavez (Mérida, septembre 2012). Photo : Venezuelanalysis

Un regard sur le matériel de campagne des deux candidats éclaire ce choix. Le tract de campagne de Chavez fait le bilan de ce qui a été réalisé par le président depuis sa première élection en 1998, exprime la vision générale de son mouvement pour le Venezuela et les propositins concrètes pour la période qui vient. Les réussites mentionnées comprennent la santé gratuite et les systèmes éducatifs, l’élimination de l’analphabétisme, l’établissement d’un réseau non lucratif de distribution de nourriture, l’intégration dans une Amérique Latine souveraine et la construction des bases de la démocratie « participative et protagonique”. Les cinqs objectifs de la campagne (chacun d’eux étant décliné en propositions concrètes) sont la consolidation de la souveraineté nationale, la poursuite de la construction du “socialisme bolivarien du 21ème siècle », la conversion du pays en puissance latino-américaine, la promotion d’un ordre mondial multipolaire capable de garantir la paix, et la “préservation de la vie sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine”, ce dernier point étant souvent l’objet de moqueries de la part de Capriles et de sa campagne, pour qui le Venezuela ne devrait s’occuper que de lui-même.

La campagne de Capriles, elle, semble avoir deux manifestes. Dans l’officiel, Capriles se présente comme une sorte de Chavez « light », promettant de maintenir les populaires programmes sociaux, tout en défendant la nécessité d’accroître “les stimulants pour les entrepreneurs” et en critiquant “les obstacles majeurs aux activités des compagnies privées”. Ensuite vient le programme réel, filtré par des membres dissidents de l’opposition, qui montre sa nature néo-libérale : dérégulation bancaire, ouverture de l’économie aux investissements privés, réduction du financement par l’État des services publics et des projets établis par les 40.000 conseils communaux qui oeuvrent dans le pays. On peut lire un résumé des programmes des deux candidats sur le site Venezuanalysis.com ici (en anglais).

D’un point de vue démocratique, malgré le refus de l’opposition de soumettre à l’électorat son programme politique réel, les citoyens du Venezuela sont en présence d’un choix véritable dans cette (et dans chaque) élection. Ils ont le pouvoir de décider de l’orientation qu’ils veulent pour le pays.

Une élection dans une démocratie libérale en déclin

Dans la dernière élection générale dont je fus témoin, en Grande-Bretagne en mai 2010, l’atmosphère était quelque peu différente. J’y étais candidat parlementaire, défendant une alternative socialiste aux coupes claires dans les dépenses publiques et aux autres mesures d’austérité annoncées comme réponse nécessaire à la récession capitaliste. Moi-même et d’autres activistes menions campagne dans la ville d’Aberdeen, en Écosse, qui ceci dit en passant est d’une taille semblable à celle de Mérida. Mais la ressemblance s’arrête là.

Des étudiants de la capitale écossaise Edinburgh manifestent pour protester contre l’augmentation des droits d’inscription en Angleterre et de leur possible introduction en Écosse. Au Venezuela l’éducation universitaire est gratuite. (Photo : Ewan Robertson, décembre 2010.)

Le scrutin se caractérisait par un sentiment d’apathie, de désenchantement, et d’impuissance. Comme dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, l’élection consiste à soumettre au vote de la population deux variantes d’une même politique pré-établie : dans ce cas, de nouvelles privatisations des services publics, le gel des salaires, les pertes d’emplois et la réduction des bénéfices sociaux. Aucun thème substantiel n’était débattu publiquement. Les institutions de la finance internationale, les banques, les médias privés, et les courants politiques dominants avaient déjà décidé que les gens ordinaires paieraient pour la crise économique, causée par le capitalisme en genéral et par le capital financier en particulier. Que les gens votent pour le Parti Travailliste au pouvoir ou pour les autres forces politiques dominantes – les partis Libéral-Démocrate ou Conservateur – ils scelleraient ce qui était basiquement la même politique. L’idée d’une population possédant une véritable voix dans la prise de décision, c’est-á-dire, la véritable démocratie, était reléguée au dernier rang.

Cette élection reflétait le déclin continu du système démocratique libéral, comme on pouvait l’observer dans l’atmosphère de la campagne. À Aberdeen par exemple je garde un seul souvenir de militants du parti travailliste, dont le parti tentait de garder le pouvoir, présents physiquement dans les rues du centre avec leurs tracts. Des aspects de la campagne de terrain tels que le porte-à-porte et la diffusion de tracts eurent sûrement lieu mais rarement.  Cela valait pour tous les grands partis, avec une évidente absence d’enthousiasme et de mobilisation dans la population. En termes de publicité, les marques formelles d’une élection étaient encore présents : affiches, panneaux, tracts massivement distribués par des firmes privées, candidats en tournée dans le pays et dont la presse reprenait les déclarations. C’était une élection mue par les sondages, les campagnes de relations publiques et des discours sous forme de clips.

Déjà, je sentais que l’esprit de la démocratie réelle, celui du peuple contrôlant la politique de son pays et  sentant que sa voix et son vote importent, était absent. Absents, les groupes de militants arrêtant le trafic principal pour une distribution massive de tracts. Absents, les stands sur chaque place et dans chaque rue, avec leurs militants expliquant passionnément pourquoi leur candidat mérite d’être soutenu. Absents, les cortèges massifs de dizaines et de centaines de milliers de personnes, criant avec joie et colère, exigeant, louant leurs candidats, à cause de l’enjeu réel de la victoire. Absente, la notion d’une force politique majeure défendant l’intérêt de la population face à ceux d’une élite dominante, quelque chose qui vous donne la force de vous lever du fauteuil pour vous battre. Cela se refléta dans le taux de participation qui malgré la possibilité d’un changement de gouvernement (comme ce fut le cas) fut faible : 65 %. Bien loin du taux de 84% qui avait marqué le raz-de-marée victorieux des travaillistes en 1950, et du taux de 75% de l’élection présidentielle de 2006 au Venezuela, qui n’a jamais semblé serrée,  Chavez gagnant avec une bonne longueur d’avance. Les taux de participation des élections au Royaume-Uni sont en général encore plus bas.

La réalité est qu’en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, à un degré ou à un autre, la participation et la prise de décision substantielle en politique ont été volées au peuple, à un point qui semble n’avoir jamais existé. Dans les générations antérieures, les électeurs disposaient au moins d’un choix réel à faire, entre le capitalisme de bien-être social avec intervention de l’État dans l’économie, ou le capitalisme néo-libéral de libre marché. Aujourd’hui les politiques peuvent être qualifiées, comme l’a un jour noté le journaliste en campagne John Pilger, comme “des partis indéfinissables en concurrence pour la gestion d’un état à l’idéologie unique”. Des communautés, des syndicats et des organisations de mouvements sociaux sont alors forcés de descendre dans la rue pour défendre les acquis et ls droits sociaux, avec une petite représentation politique formelle disposée à les appuyer. Ajoutez à cette monoculture politique un nationalisme nauséabond pro-establishment, des attaques contre les droits civils au nom de la « guerre contre la terreur”, des scandales sporadiques de corruption, et vous pourrez voir les indicateurs du déclin continu de la culture démocratique et participative dans ces pays.

La naissance d’un Venezuela participatif et démocratique

Pourquoi observe-t-on en revanche des niveaux aussi élevés d’enthousiasme et de participation dans la politique vénézuélienne ? De 1958 à 1998, le Venezuela vivait une “démocratie” où deux partis se succédaient au pouvoir, alors que les militants de gauche étaient activement persécutés. Ce système dit de “Punto Fijo” perdit sa légitimité en 1989 lorsque le président social-démocrate Carlos Andrez Perez (CAP) mit en place les mesures d’austérité néo-libérales du FMI, parmi lesquelles la suppression des subventions au carburant. La population répondit par des manifestations et des émeutes, que le gouvernement de CAP écrasa en recourant aux forces armées, avec un solde estimé à trois mille victimes civiles. Exaspérés par l’élitisme, l’exclusion et la corruption du système de Punto Fijo, le peuple s’est tourné vers Hugo Chavez et son mouvement « Cinquième République » qui a brisé net le système des deux partis décrédibilisés. L’élection de Chavez à la présidence en décembre 1998 marqua le début de la révolution bolivarienne.

Celui-ci a respecté sa promesse de campagne de refonder le pays, avec l’élection d’une assemblée constituante en 1999 qui a produit ce qui est sans doute l’une des constitutions les plus progressistes au monde. Soumise au référendum populaire, elle a donné aux vénézuéliens un large éventail de nouveaux droits politiques,  civils et sociaux, et a fourni le cadre des réformes démocratiques postérieures. Aujourd’hui, entre autres droits, les vénézuéliens peuvent révoquer les représentants élus (du maire au président) à mi-mandat, ou soumettre directement des projets de loi à la discussion par l’Assemblée Nationale. Des élections générales ou des référendums ont eu lieu pratiquement chaque année depuis l’élection de Chavez, permettant à la population de prendre collectivement des décisions sur des matières politiquement cruciales, telles que la confirmation de Chavez lors du référendum révocatoire de 2004, la courte défaite de celui-ci lors du référendum constitutionnel de 2007 et l’approbation par référendum de l’amendement constutionnel qui permet à tout mandataire (du maire au président) de se soumettre au suffrage des électeurs au-delà de deux mandats.

Installation du Parlement Comunal de la Commune Socialiste Ataroa, État de Lara.

S’est développée une dynamique où le travail législatif  a dû avancer au rythme de l’explosion des organisations de base. Beaucoup de vénézuéliens participent et s’engagent activement dans la vie politique, dans les mouvements sociaux, dans les partis politiques, dans les conseils communaux, dans les communes, dans les médias communautaires, dans les syndicats, dans les conseils de travailleurs et dans d’autres assemblées. Une grande partie des classes pauvres et de la classe moyenne inférieure, qui forment près de 80% de la population, se sont sentis représentés par le gouvernement Chavez et l’ont défendu avec passion. En plus d’une politique d’inclusion sociale et de transfert de pouvoir aux pauvres, cela s’explique par les politiques gouvernementales de contrôle des revenus issus de l’industrie pétrolière et de l’investissement dans la santé et dans l’éducation gratuites, dans les subventions au réseau de distribution d’aliments et dans la construction de logements. Le mouvement des privatisations a été renversé avec la nationalisation des télécommunications, de l’électricité, du ciment, de certains secteurs bancaires, et d’autres secteurs stratégiques, probablement, si Chavez gagne l’élection du 7 octobre. Ces mesures ont été prises avec pour toile de fond une opposition intransigeante, soutenue par les États-unis qui a tenté, physiquement comme électoralement, de chasser Chavez, sans succès jusqu’à présent.

Bien sûr rien n’est parfait. Toutes ces conquêtes ne signifient pas qu’il n’y a pas de régressions dans le nouvel essor démocratique. Lorsque Chavez a été atteint d’un cancer l’an dernier, une attention renouvelée a été donnée au fait que le mouvement bolivarien dépende autant d’un dirigeant. La corruption et la bureaucratie sont des phénomènes qui freinent une radicalisation de la démocratisation et érodent l’appui á la révolution bolivarienne en général. Je l’ai noté dans la région orientale de Guayana, oú des figures se réclamant ostensiblement de Chavez résistaient aux avancées du projet de contrôle ouvrier, les travailleurs tentant de prendre le contrôle des entreprises. Une culture politique opportuniste existe encore, certains politiciens tirant un avantage de leur position pour leur promotion personnelle. Ceci peut être observé à Mérida où tant le gouverneur pro-Chavez que le maire d’opposition font imprimer leur nom et leur visage sur les uniformes et le matériel de leurs employés, préférant leur auto-promotion à celle de l’institution pour la gestion de laquelle ils ont été élus. Cela signifie que celui qui veut travailler dans le ramassage public des ordures ou dans l’entretien des parcs, doit porter sur son uniforme l’effigie d’un homme politique. C’est une pratique à laquelle s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-Chavez, et le débat et l’action sur ces thèmes font partie de la dynamique de la lutte pour approfondir la nouvelle démocratie participative du Venezuela.

Points de vue divergeants sur la démocratie au Venezuela : du jargon des médias privés à la réalité.

Néanmoins, de grands pas ont été franchis dans le transfert de pouvoir à la population et la participation de celle-ci depuis 1998. La vitalité de la démocratie vénézuélienne contraste fortement avec l’Occident. J’en ai eu de nouveau la preuve la semaine dernière, lorsque Chavez s’est rendu à Mérida pour un meeting électoral. La réponse de la population fut incroyable : les « campesinos » (producteurs agricoles), les ouvriers, les étudiants et beaucoup d’autres ont afflué vers la ville depuis les alentours pour appuyer la réélection du président. La joie et l’enthousiasme des manifestants était palpable, avec des banderoles faites à la main, des expressions artistiques, des cornes de brume, de la musique, des abrazos, des tapes sur l’épaule, et des déclarations d’appui à Chavez. Les grands meetings vénézuéliens tels que celui-ci sont un mélange de performances musicales, de fêtes de rue et de manifestations politiques. Il est juste aussi de dire que les partisans de l’opposition, même si leur position peut s’appuyer sur des valeurs réactionnaires, ou sur la notion confuse que la “justice” ou le “progrès” doit venir d’un candidat néo-libéral de l’élite vénézuélienne, sont tout autant passionnés, la plupart dans leur opposition à Chavez. Dans la politique vénézuélienne, les gens sentent qu’ils ont une cause qui vaut la peine d’être soutenue et des millions de personnes sont motivées à se lever pour le faire.

En conversant avec les gens du meeting de Mérida, je fus impressionné par la profondeur de la conscience politique et la variété des opinions parmi la foule quant au motif de leur appui à la réélection de Chavez. Pour certains, l’intégration latino-américaine était la raison. Pour d’autres c’était la santé gratuite. Pour beaucoup la raison principale, comme me l’affirma un couple d’âge moyen, était : “c’est le président qui a donné le plus de pouvoir à la population”. Pour un autre homme, c’est le président qui “a réveillé les vénézuéliens et les peuples frères”. Une jeune femme me déclara que c’était tout simplement parce que “je l’aime”.

« Je soutiens la révolution bolivarienne parce que j’ai vu se matérialiser le projet du peuple et la participation sociale dans le changement  » (Photo : Ewan Robertson)

Pour un journaliste au service d’un média privé tel que Reuters, avec son gros salaire dans un bel appartement et disponible pour l’opposition (on imagine), cela est la preuve d’une “vision romantique et affective de Chavez” qui joue cyniquement la  “carte populiste” pour remporter un nouveau mandat. Pour un journaliste d’Associated Press qui n’a jamais connu la pauvreté dans sa vie, les programmes sociaux, souvent mentionnés comme des “largesses effectuées avec l’argent du pétrole” dans le jargon de la presse privée anti-Chavez, peuvent être ignorés : Chavez “dépense lourdement dans des programmes sociaux… cette année en cherchant à consolider son appui” c-à-d en achetant cyniquement des votes. Peu importe la séquence historique qui montre un engagement sur le long terme en termes de budgets sociaux de la part du gouvernement Chavez, avec la réduction de moitié de la pauvreté entre autres succès. Un engagement qui comprend le maintien des budgets sociaux pendant la récession de 2009-10 alors qu’aucune élection présidentielle n’était en vue, afin de neutraliser les effets négatifs de la crise économique globale sur la population du Venezuela, une mesure apparemment hors d’atteinte pour de nombreux pays du « premier monde”.

De fait la jeune femme qui me déclara que « l’amour » était la raison principale d’avoir voté pour Chavez n’était pas éblouie par quelque image populiste ou par des dépenses de dernière minute. Elle vient d’une famille pauvre qui vivait dans un taudis non loin du lieu où se déroulait le meeting. Elle est sur le point d’obtenir un diplôme dans le programme de médecine intégrale communautaire, alors qu’elle aurait été exclue du système traditionnellement élitiste de la médecine au Venezuela. Son logement de fortune a été transformé en logement décent à travers le programme géré par les communautés de « substitution de taudis par des logements“, qui fait partie de la mission gouvernementale de construction massive de logements. C’est ce type de transformations qui valent un appui aussi fort à Chavez, même si le reconnaître est si difficile pour les médias internationaux. Selon les médias privés, rallier l’appui de la majorité populaire en orientant les politiques gouvernementales en fonction de leurs besoins, semble une mauvaise chose pour la « démocratie ». Selon l’analyse récente de l’ex-Conseiller aux Relations Extérieures Joe Hirst, le Venezuela a besoin de prendre des leçons de démocratie auprès des États-Unis. Quelle immondice. Au moins l’ex-président des USA Jimmy Carter a apporté une dose de réalité à ce qui est l’atroce manipulatio médiatique par la plupart des grands médias sur l’élection au Venezuela, déclarant que pour lui, qui a observé 90 élections dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde.

Une renaissance démocratique en Occident ?

Alors que les médias privés se sont enfermés eux-mêmes dans l’illusion orwellienne selon laquelle les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des modèles de démocratie et que le Venezuela est un pays agité et gouverné par un “régime », dans le monde réel la réalité est différente.

La démocratie aux États-Unis et en Europe est en danger, avec une majorité de la population écartée des choix réels en matière de politiques publiques, et une monoculture politique qui gouverne des pays entiers en fonction des intérêts d’une petite élite. Pendant longtemps la réaction a été l’apathie ou la dépolitisation, cependant dans de nombreux pays s’est manifestée une résistance significative à l’austérité capitaliste, avec de nouveaux mouvements qui sont nés et d’anciens qui se sont renouvelés. Il reste à voir si ce désenchantement face au déclin de la démocratie va se convertir en mouvement capable d’une transformation sociale et politique. Peut-être verrons-nous un parallèle avec le Venezuela, où un mouvement de l’extérieur à réussi à briser le monopole des élites sur le pouvoir et a générer une renaissance démocratique révolutionnaire. Dans cette tâche on peut apprendre beaucoup de ses succès et de ses contradictions : par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.

Par Ewan Robertson, Venezuelanalysis.com

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/30/venezuela-democratie-participative-versus-declin-democratique-occidental-par-ewan-robertson/

“La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?” : le rapport du CEPR (Washington).

Le Centre de Recherches Économiques et Politiques (CEPR), basé à Washington, vient de publier ce 26 septembre 2012 son dernier rapport  intitulé La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?”.

Mark Weisbrot

Mark Weisbrot, directeur du CEPR, rappelle que durant les treize années de gouvernement Chávez, la majorité des experts ont annoncé un effondrement économique imminent mais que « ces prévisions étaient basées sur des désirs, non sur des données concrètes”.

Le CEPR indique que la modification apportée par le président vénézuélien à la politique pétrolière a permis de créer “des fonds pour l’investissement dans le secteur social” et que « le Venezuela a construit 2,5 fois plus de logements que les États-Unis en 2011 : chiffres importants si on les compare à la population vénézuélienne« . La construction d’oeuvres civiles a augmenté de 22% en 2011, impulsée par la Grande Mission Logement (Gran Misión Vivienda), qui a construit 147 mille logements jusqu’à l’an dernier et planifie d’en construire 200 mille de plus jusqu’à la fin de 2012.

L’étude mentionne les fonds de développement sino-vénézuéliens, le contrôle des changes, le contrôle des finances publiques et les grands investissements comme facteurs-clefs pour asseoir la stabilité économique du pays. La disponibilité à présent vérifiée de la majeure réserve de pétrole du monde, « près de 500 milliards de barils” et la stabilité politique depuis le retour de l’économie pétrolière sous contrôle de l’État, confèrent au Venezuela “la capacité de maintenir des taux solides de croissance économique.

Le rapport analyse en détail la réaction de l’actuelle équipe gouvernementale face aux deux récessions économiques, en 2003 et en 2009.

La première récession fut la conséquence du coup d’État contre le président Chavez en 2002 et du lock-out des gérants pétroliers en 2002-3. Ce sabotage de la part des cadres supérieurs de Pdvsa (Petróleos de Venezuela) fit chuter la production pétrolière au niveau quasi zéro avec de graves dommages pour le pays. La seconde récession eut lieu à la suite de la chute des prix du pétrole (2008) et de la crise économique mondiale (2009).

Durant la période de récupération économique à la suite du lock-out pétrolier, le Fonds Monétaire International (FMI) avait sous-estimé la reprise de l’économie vénézuélienne, avec des marges de 10,6%, 6,8% et 5,8% pour les années 2004 et 2006. En réalité, l’économie du Venezuela a connu une croissance, respectivement, de 16,8%, 9,3% et 10,3%. »

La seconde récession en 2009 avait assombri les perspectives de croissance. « Or, l’économie vénézuélienne a de nouveau défié la majorité des prévisions par une croissance de 4,2% en 2011 et de 5,6% au premier semestre de 2012”. La CEPAL, organisme des Nations Unies chargé de mesurer le développement économique et social de l’Amérique Latine, table dans son rapport de septembre 2012 sur une croissance de 5 % pour la fin de 2012.

Le rapport de CEPR mentionne le superavit en comptes courants de 24,6 milliards de réserves en US$ (6,6% du PIB dans les 12 derniers mois). « Avec les prévisions de stabilité et l’augmentation des prix du baril de pétrole, un problème dans les paiements internationaux du Venezuela est hautement improbable« .

Sur l’inflation les analystes du CEPR sont optimistes au vu sa baisse continue dans les huit derniers mois (de 27,6% à 19,4%). Sur l’investissement dans les bons du trésor, Weisbrot a signalé qu’il s’agit d’une bonne affaire. “Sur la base de la capacité de paiement de la dette publique et si on se tourne vers le futur, le prix des titres du trésor vénézuélien est certainement sous-évalué« .

Gran Misión Vivienda Venezuela

Gran Misión Vivienda

Les économistes Mark Weisbrot et Jake Johnston concluent que « la récupération de l’économie vénézuélienne, ainsi que l’augmentation de la qualité de vie, la réduction de la pauvreté, l’accès majeur à l’éducation et à la santé, depuis que le gouvernement bolivarien a repris le contrôle de l’industrie pétrolière il y a dix ans, rendent très probable une réélection du président Hugo Chávez le 7 octobre”.

Rapport original intégral (en anglais) : http://www.cepr.net/documents/publications/venezuela-2012-09.pdf

Graphiques du rapport. (Cliquer pour agrandir.)

venezuela-2012-09-fig1.jpgvenezuela-2012-09-fig2.jpgvenezuela-2012-09-fig3.jpgvenezuela-2012-09-fig4.jpgvenezuela-2012-09-fig5.jpgvenezuela-2012-09-fig6.jpgvenezuela-2012-09-fig7.jpgvenezuela-2012-09-fig8.jpgvenezuela-2012-09-fig9.jpgvenezuela-2012-09-fig10.jpgvenezuela-2012-09-fig11.jpgvenezuela-2012-09-fig12.jpg

venezuela-2012-09-fig13.jpg

Note : nous publions par ailleurs ci-dessous un tableau reprenant les derniers sondages réalisés par les instituts les plus expérimentés (privés ou publics) pour la prochaine élection présidentielle du 7 octobre. En effet, face à une défaite annoncée, il est possible que l’opposition de droite s’appuie de nouveau sur les grands médias pour refuser le verdict des urnes et ignorer les avis positifs exprimés par les observateurs étrangers sur le mode de scrutin. Dans ce cas le plan consisterait à dénoncer la « fraude de Chavez », et à préparer des actes de violence destinés aux agences internationales, etc…

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/28/la-recuperation-economique-du-venezuela-est-elle-durable-le-rapport-du-cepr-washington/