Plus de dollars pour Fedecamaras. La question des expropriations à l’ordre du jour.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale "Barrio nuevo, barrio tricolor"  dans le quartier populaire 23 de Enero, á Caracas, le 25 avril 2015. L'État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l'ensemble du pays.

Nicolas Maduro inspectant les chantiers de rénovation urbaine intégrale « Barrio nuevo, barrio tricolor » dans le quartier populaire 23 de Enero, à Caracas, le 25 avril 2015. L’État a investi 6.102 millions de dollars pour relancer ce programme dans l’ensemble du pays.

Le même Nicolas Maduro qui, il y a deux ans, en début de mandat, invitait les chefs d’entreprises au palais présidentiel pour tenter de nouer le plus large dialogue, arrive aujourd’hui à l’étape qu’il savait possible : l’obligation de mettre au pied du mur les acteurs de la guerre économique, du système de sabotages et d’accaparements comme éléments d’une guerre d’usure visant à mécontenter la population. Contrer les plans de ce secteur privé impliqué dans une stratégie de coup d’État, a requis pas mal de sagesse politique, de patience stratégique mais aussi un minutage précis des moments de l’intervention.

Maduro a bien compris qu’il s’agit d’une guerre menée sous diverses formes et depuis des années et que même si on se trouve à un tournant, les temps ne sont pas au radicalisme du style « en avant toute ». Ce n’est pas le moment du volontarisme utopique cher aux représentants d’une gauche protégée qui parle beaucoup et agit peu. Bref, pas l’heure de dogmatismes ou de mesures improvisées qui laissent entendre que « tout sera résolu par la suite ». A équidistance de l’idéalisme et du pragmatisme. C’est la posture que Maduro adopte.

L’appareil mafieux qui a dévié la rente pétrolière, la dépendance d’élites politique et économique vis-à-vis de l’empire (1), l’existence d’une bourgeoisie regroupée au sein de grands monopoles privés qui contrôlent 80 % des importations, de la production et de la distribution au Venezuela, la collection de grandes familles qui ont la haute main sur les relations économiques du pays, sont par essence l’ennemi le plus redoutable auquel le peuple vénézuelien a été confronté, bien avant la révolution bolivarienne. Espérer venir à bout de cette lutte historique d’un coup de plume, par un simple décret, est tout aussi irréaliste que tenter d’établir un modus vivendi basé sur une tolérance excessive vis-à-vis de ceux qui impunément, s’adonnent à cette guerre économique.

A ce jour, face à l’ampleur de la brèche, la tactique doit s’articuler avec la stratégie d’assainir l’économie sur la base de nouvelles formes de relations économiques, qui visent à consolider une société plus juste. Il faut également veiller à la réorientation des modes d’obtention, puis d’ d’affectation, des dividendes de la rente pétrolière (quintessence historique du capitalisme « rentier » vénézuélien), tout en supplantant les rapports de propriété qui permettent à la bourgeoisie de contrôler les points névralgiques de ce dispositif. C’est là que se joue la combinaison « approche tactique »/« perspective stratégique ».

Les médias de l’économie privée, majoritaires, imputent au gouvernement les dégâts de la guerre économique dont elle est responsable.

Si la prémisse d’un système d’économie mixte doit naître, ce ne sera sûrement pas avec le concours d’une part importante de cette élite improductive, qui a toujours su comment piller l’État pour s’installer à Paris, Miami ou New York, élite corrompue, incontrôlable, qui flirte en permanence avec le coup d’État (2). Si le tournant économique vénézuélien compte sur des entreprises privées efficaces, productives, responsables, ce seront celles qui peuvent s’inscrire dans une politique de développement national, étrangères à la situation oligopolistique du moment. Et pas les mafieux de Fedecamaras et Consecomercio (Fédérations patronales et des chambres de commerce qui organisèrent le coup d’État manqué contre le président Chavez en avril 2002). Dans ces conditions, bien plus qu’une pierre d’achoppement, la guerre économique comme expression paroxystique de la crise se transforme en un facteur d’opportunités.

Maduro à la croisée des chemins.Maduro

A l’instar de Chavez, et de par sa propre formation, Maduro se place à la croisée des chemins, entre négociation, concertation et tournant décisif. Oui: Nicolas Maduro a pratiqué la politique de la main tendue en direction des représentants les plus emblématiques de la bourgeoisie vénézuelienne. Il devait le faire, tout en sachant que cela lui vaudrait moqueries et sous-estimation. De retour au Venezuela après la victoire obtenue au Sommet des Amériques à Panama (1) le président bolivarien a déclaré que la bourgeoisie confondait sa patience avec le cœur de sa politique, et a appelé ses ministres, les syndicats, et l’ensemble des organisations populaires à travailler davantage pour  s’attaquer à la « racine du mal ». A radicaliser les actions touchant au domaine économique, et à ne « plus croire en la bourgeoisie ».

Sur le plan politique, la situation est celle-ci : on se trouve formellement en présence d’une déclaration de guerre économique. La contre-attaque est dans le camp du gouvernement national. Ceux qui souhaitaient la guerre et espéraient l’absence de réponse ont eu tort.

Ce tournant du conflit permet de mesurer la capacité du gouvernement à diriger. La question que l’on peut se poser est la suivante : ceux qui sont aux responsabilités se donneront-ils les moyens d’aboutir à des décisions concrètes, conformes à ces déclarations ? Dans le cas contraire, le ton tranchant du discours de Maduro (dont le caractère politique est insuffisamment pris en compte par la bourgeoisie) sera placé sur le compte de la démagogie. Le leader d’extrême-droite Leopoldo Lopez Mendoza, est particulièrement bien placé pour répondre à cela, qui avait traité Maduro de « lâche » en le mettant au défi de le faire emprisonner. Cet impénitent guarimbero (organisateur de violences meurtrières, NdT), cousin du grand patron Lorenzo Mendoza, est probablement le premier oligarque à être arrêté dans l’histoire politique récente du pays. Persuadé que sa notoriété politique et médiatique le protègerait, Leopoldo López Mendoza croyait à l’ impunité. Les autorités ont statué sur son cas. Aucun nom fût-il celui d’un multimillionnaire organisateur d’une version tropicale d’ »Aube Dorée » ne se situe au-dessus des lois. Maduro a franchi le Rubicon. Et il ira jusqu’au bout, pour défendre l’État de droit contre les tenants du coup d’État.

A ce jour, certains ex-ministres, dont des militaires, et ex-gouverneurs de l’ère Chavez sont dans le collimateur de la Justice pour faits de corruption et poursuivis pour divers délits (3). Il y a eu des décisions difficiles à prendre sur le plan économique, en réponse à la conjoncture difficile. Le Venezuela où personne jusqu’à présent n’osait mettre la main sur l’« intouchable » entreprise privée de médicaments Farmatodo, vit la fin d’un mythe : l’impunité d’élites à qui rien ne pouvait jamais arriver.

Si quelque chose caractérise les récentes décisions politiques, c’est que la patience tactique a ses limites, que les décisions doivent être prises au moment opportun, qu’aucun individu n’est intouchable. Et ce, qu’elle que soient ses avantages médiatiques, politiques ou sociaux. Il n’y a pas d’intouchables.

Supporter le coût politique.

Les médias de l’élite privée (80 % de l’économie actuelle), disions-nous, imputent au gouvernement les ravages d’une guerre économique dont elle est responsable. Comme au Chili en 1973, l’un des thèmes est celui des expropriations, supposées être responsables de la chute de l’activité productive, engendrant ainsi les pénuries. Cette campagne est menée dans un pays où l’État n’a jamais procédé à l’expropriation (pour ne citer que ces quelques exemples) d’entreprises de fabrication de papier hygiénique, de couches et de serviettes hygiéniques, qui sont tous des produits hautement sensibles ayant disparu des rayons et ciblés sur le public féminin comme pivot de l’économie domestique. Toute action émanant du gouvernement national -notamment en ce qui concerne le dossier des expropriations- sera attaquée avec virulence.

Tarir le flux d’argent tombant dans l’escarcelle des entreprises liées au grand patronat et chambres de commerce suppose la mise en place d’une gestion sélective et différenciée des crédits publics, excluant le « gouvernement  paternel» pour les nombreuses entreprises qui occupent le créneau de la distribution des produits. Celles-ci se sont dotées d’une solide expérience en matière de techniques de commercialisation, et de cette manière peuvent exercer un chantage permanent sur la grande masse des consommateurs.

Cette décision (consistant de manière sélective, à cesser l’octroi à certaines entreprises de dollars préférentiels), ne manquera pas de susciter leur réaction énergique, via les nombreux médias qui leur appartiennent. Leur argumentation reposera sur des arguments comme celui que les sociétés visées seront contraintes de recourir au dollar parallèle (justifiant ainsi une augmentation des prix), ou qu’elles courront le risque de devoir fermer leurs portes ou de « quitter le pays » (à l’exemple de Procter & Gamble, qui menace depuis une décennie, de s’en aller). Nous serons témoins de campagnes de propagande auxquelles l’industrie Polar (principal oligopole vénézuélien) nous habitue : la promesse d’investir dans la production nationale, en échange de subventions publiques en dollars.

Les retombées politiques réelles résultent des deux années de sabotage systématique, véritable moyen d’extorsion de la population. Accompagné de violences d’étudiants de droite et de paramilitaires colombiens comme bélier médiatique et politique, cette déstabilisation a d’ores et déjà causé d’énormes dégâts à l’imaginaire politique vénézuelien. La balle se situe désormais dans le camp du chavisme, du gouvernement, qui peut faire le choix d’une défense en profondeur et cohérente du peuple, ou non.

La guerre économique a débuté alors que le prix du baril de pétrole s’élevait à 100 dollars. Elle s’intensifie à l’heure actuelle, alors que sur le marché international, ce tarif a chuté à 50 dollars. La réponse à cette situation d’urgence consiste à mener sans répit les actions nécessaires, mais en bannissant toute hâte. Les dés sont jetés, et Maduro a déclaré qu’il s’agit d’explorer d’autres pistes, de s’appuyer sur d’autres ressources, afin de prendre à contre-pied, le scénario basé sur la guerre d’usure et les ravages que l’attitude criminelle de la bourgeoisie entend imposer au pays.

Que faire demain ?

Les temps ne sont pas à l’angoisse. Tout indique que le gouvernement national prendra les mesures qui s’imposent, en agissant d’une manière posée, chirurgicale et cohérente. Ce qui suit entrera probablement en application (ces informations n’émanent pas d’une source gouvernementale). Pour imaginer ce qui est le plus probable, il suffit de considérer les axes centraux de cette guerre :

  1. Le système de distribution des biens et marchandises importés, se trouve dans une situation particulièrement critique. Il est par conséquent nécessaire d’agir à ce niveau en posant un veto à l’accès aux dollars préférentiels pour les entreprises concernées, et en imposant quelques mesures d’expropriations. Il s’agit de biens non alimentaires, mais essentiels dans la vie de tous les jours qui sont visés (articles de toilette et ménagers) distribués par des chaînes privées qui devraient être parmi les premières à faire l’objet de mesures gouvernementales.
  2. Des chaînes privées d’importation et de transformation des matériaux constitutifs des produits ménagers et des articles de toilette (qui s’appuient sur des usines et un personnel conséquent) sont également susceptibles d’être touchées par ces actions gouvernementales. Afin ne pas détruire outre mesure le tissu de ce secteur d’importation et de production, le pouvoir exécutif pourrait prendre des mesures temporaires (réquisition de locaux ou expropriation) tout en veillant à ne pas entraîner la paralysie des activités. Certaines de ces chaînes travaillent exclusivement sur ce secteur d’articles. Mais un nombre non négligeable de ces usines sont associées au secteur alimentaire.
  3. Des unités de production, mais aussi des chaînes de distribution de petite taille liées à la fabrication de biens sensibles – et impliquées dans des opérations frauduleuses- peuvent également être visées par des sanctions. L’expropriation récente de magasins généralistes installés dans les zones populaires tels « Dia Dia » constitue un exemple. Ils se trouvent désormais placés sous la tutelle de PDVAL (réseau de distribution alimentaire subventionné par l’État).
  4. Des usines dont la production est paralysée ou menace de l’être, peuvent faire l’objet d’une mesure d’expropriation, ou bénéficier de l’appui de la puissance publique, compte tenu des spécificités de chaque cas.
  5. Un facteur essentiel – de nature politique – doit être intégré aux paramètres de cette étude : celui de la base d’appui dont bénéficie le gouvernement national. Nous assistons probablement au début d’un scénario redouté par beaucoup de la perte par une fraction de l’élite de ses privilèges et de l’expropriation de ses actifs.. La gestion politique de ce dossier doit s’inscrire dans la durée, et être centrée sur les mesures à prendre, en donnant du temps au temps, sans à-coups mais continue, pour tranquilliser cette partie de la population qui soutient le gouvernement tout en aspirant à l’expropriation rapide et décisive de l’ensemble des biens de la bourgeoisie – ce qui ne va pas se produire en ce moment. En outre, une grande partie de la base de soutien au chavisme ne semble pas appeler de ses vœux la mise en application de mesures spasmodiques visant le secteur privé.
  6. La question fondamentale est de savoir si la diversité de forces constitutives du chavisme (mais aussi certaines de celles-ci excédant le chavisme stricto sensu) appuiera majoritairement, et avec constance, le programme en cours de réalisation. Dans le contexte de guerre économique et des ravages qui en résultent, après l’organisation de nombreuses rencontres publiques entre Maduro et les patrons (en réalité, sans résultat tangible), après la découverte de mille formes de corruption au sein des entreprises, de sabotages et d’accaparement de stocks démontrés sur le terrain avec leurs acteurs visibles, du grand entrepreneur aux petits spéculateurs agissant dans le secteur du commerce, le plus probable est que oui : la radicalisation et la puissance des actions menées contre la guerre économique recevront l’appui de la majorité.

Franco Vielma

Notes:

1. Lire « Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International ») », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/15/comment-le-sommet-des-ameriques-a-ecrit-lhistoire-tout-ce-que-ne-vous-a-pas-dit-courrier-international/

2. Lire « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente sans jamais oser le demander », http://wp.me/p2ahp2-1J7

2. http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/ministerio-publico-solicito-orden-aprehension-contra-exministro-garcia-plaza-video/

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/expropiaciones-y-no-mas-dolares-a-fedecamaras

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1SW

L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat

 

La droite radicale vénézuélienne, d'inspiration néolibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici les multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, ams de l'ex-président Uribe, et soutenus par les Etats-Unis.

La droite radicale vénézuélienne, d’inspiration ultralibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici, le triumvirat des multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, proches de l’ex-président Uribe, soutenus par la droite internationale, la plupart des médias et les Etats-Unis.

Caracas, 21 février 2015. Après seize ans de révolution, l’extrême droite vénézuélienne rêve encore et toujours de répéter le coup d’Etat qui coûta la vie à Salvador Allende et à des milliers de chiliens. Le gouvernement bolivarien a déjoué le 12 février une nouvelle tentative au cours de laquelle des officiers de l’Armée de l’Air allaient bombarder (notamment) le siège de la télévision latino-américaine Telesur, l’Assemblée Nationale et le palais présidentiel. Ces militaires ont été arrêtés ainsi qu’un des organisateurs politiques – qui est aussi un des maires de Caracas : Antonio Ledezma, déjà connu pour ses répressions d’étudiants et de journalistes sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution mais aussi pour son soutien aux militaires d’extrême-droite auteurs du coup d’Etat manqué de 2002 contre Chavez (1). Depuis, Ledezma utilisait son poste de maire pour organiser des violences comme celles de 2014 qui ont causé la mort de 43 citoyens vénézuéliens (ce plan baptisé « La Sortie » visait à créer le chaos social pour renverser le président élu, Nicolas Maduro).

Le 12 février dernier, le coup d’état devait mener à la constitution d’un « gouvernement de transition ». Le document intitulé « Appel aux Vénézuéliens, pour un accord national de transition », devait être diffusé immédiatement par le quotidien El Nacional (propriétaire Miguel Henrique Otero), mais aussi les sites internet d’extrême-droite, Vente Venezuela (coalition d’opposition/MUD), Voluntad Popular (fondée par Leopoldo Lopez Mendoza), d’Antonio Ledezma (maire de Caracas/MUD), Congreso Ciudadano (dirigeante : Maria Corina Machado).

Maria Corina Machado, Antonio Ledezma et Leopoldo Lopez ont apposé leurs signatures au bas de ce manifeste de caractère néolibéral, qui devait servir de base à une supposée transition sans la moindre base constitutionnelle, exactement comme lors du coup d’Etat contre le président Chavez en avril 2002. Nous avons sélectionné les passages-clés de ce texte, afin d’en éclairer -et le cas échéant- en approfondir le sens.

1ère citation : « Préparer et organiser dans la transparence, des élections présidentielles libres ».

Commentaire : Pourquoi des élections présidentielles auraient-elles lieu, sachant que nous avons un président légitime en exercice, dont le mandat légal expire en 2019 ? Quel sera le sort réservé à Nicolas Maduro ? Sera-t-il arrêté, contraint à démissionner ? Sera-t-il dans l’obligation de prendre le chemin de l’exil, sera-t-il assassiné ?

2. « Rétablir dans leur autonomie, les divers organes de la puissance publique, en désigner leurs représentants par des moyens constitutionnels, restaurer le pluralisme politique et la souveraineté nationale de l’Etat vénézuélien ».

Commentaire : en usant de moyens identiques à ceux du 12 avril 2002, lorsque les députés de l’Assemblée Nationale, les juges de la Cour suprême de Justice, le procureur général de la République, le Médiateur (une des instances du Pouvoir Citoyen, en charge de la promotion et de la défense des Droits de l’homme) ont été arbitrairement destitués et remplacés au pied levé ?

3. « Mise en application d’un calendrier destiné à redonner confiance au pays sur le plan économique » ; « Réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux. Obtenir en retour, le soutien financier nécessaire, visant à surmonter les difficultés rencontrées à court terme ».

Commentaire : retour aux négociations avec le FMI (Fonds monétaire international), la Banque mondiale et d’autres instances internationales qui conditionnent l’obtention de prêts à l’application de politiques néolibérales. Avec leur cortège de privatisations, de licenciements massifs de fonctionnaires, de réduction, voire de suppression des programmes d’aides aux personnes (pensions, etc.). Ceci afin de « garantir » aux secteurs dont il est question, la bonne obtention des aides financières prévues.

4. « Désigner de nouvelles autorités à la tête des instances économiques de l’Etat, sur la base de normes et de critères de compétence et de mérite ».

Commentaire : cette démarche suppose que les contraintes d’ordre technique l’emportent sur la dimension sociale des politiques à mettre en œuvre. C’est le retour programmé de la technocratie.

5. « Parvenir à des accords d’indemnisation pour les dommages résultant des expropriations arbitraires ».

Commentaire : toutes les terres, entreprises et industries ayant fait l’objet d’une mesure d’expropriation, ou ayant été occupées légalement par le gouvernement bolivarien seront restituées à leurs anciens propriétaires. Cela implique la fin des sociétés d’économie mixte (production de biens socialement utiles?), des communes et entités assimilées.

6. « On procédera à un audit de toutes les entreprises (hors secteur pétrolier), dont l’Etat s’est indûment emparé, signe de la rapacité du régime. Décider des formes de propriété et de gestion qui devront leur être appliquées, pour assurer leur relance productive ».

Commentaire : privatisation des entreprises publiques. Licenciement des travailleurs. Baisse des salaires et élimination systématique des avantages sociaux, pour répondre aux critères d’« efficacité ».

7. « Se débarrasser de la chape de plomb des multiples contrôles, qui étouffe l’économie. Réinstauration des bases juridiques et économiques qui attireront les investissements productifs. Et qui assureront à l’avenir, une croissance stable ».

Commentaire : fin de la réglementation relative aux prix des produits de base ; aux transports publics ; aux cliniques et assimilées. Suppression des mécanismes de contrôle tels que la Loi sur les prix équitables ; du contrôle des changes permettant l’acquisition des produits alimentaires et des médicaments de base, pour être revendus à des prix abordables. La priorité est donnée aux investisseurs, au détriment des intérêts du peuple vénézuélien.

8. « Libération des prisonniers politiques. Le retour immédiat des exilés sera facilité. »

Commentaire : la libération (et leur pardon) accordée aux personnes coupables de graves délits – c’est le cas du banquier Eligio Cedeno, de Leopoldo Lopez, Manuel Rosales, et de nombreux autres – suppose que l’on s’ingère dans les affaires relevant strictement du pouvoir judiciaire. En effet ce n’est pas pour leurs opinions que ces personnes ont été arrêtées mais pour des faits relevant du code pénal : corruption, organisation de violences, par exemple.

7. « Solliciter des autorités judiciaires, l’ouverture de procès visant à réprimer les délits graves commis sous la responsabilité de l’ancien gouvernement. »

Commentaire : A l’heure actuelle, le système judiciaire en place est parfaitement rôdé. Le fait que les fonctionnaires accusés d’excès de pouvoir soient jugés et sanctionnés en administre la preuve. Ainsi lors des violences de 2014 l’usage excessif de la force dans certains cas a aussitôt entraîné l’arrestation des policiers ou gardes nationaux concernés. Ceux qui ont trempé dans les assassinats de Juan Montoya (« Juancho »), de Bassil Da Costa et de Geraldine Moreno, sont en passe d’être jugés. De plus, le gouvernement Bolivarien a récemment obtenu que les fonctionnaires de Pdvsa impliqués dans des affaires de corruption soient mis en détention. Enfin le document dont il est question ici, menace les personnels du gouvernement Bolivarien d’être persécutés, comme ils l’ont été en 2002. (Coup d’Etat contre Hugo Chavez, le président sortant).

8. « Combattre l’insécurité touchant la population, devient une priorité d’Etat. Démantèlement des réseaux criminels qui ont proliféré grâce à la complicité du régime actuel, qui leur a assuré l’impunité. Traiter globalement ces questions sous l’angle de la prévention, des actions policières à mener, des problèmes rencontrés au sein de l’administration judiciaire. L’objectif : mettre un terme à l’impunité, et renforcer l’efficacité du système pénitentiaire ».

Commentaire : suspension des garanties constitutionnelles, et violation des droits humains ? Ratissages des quartiers populaires suivis d’arrestations massives comme c’était le cas sous la IVème République ? Comme par sous les régimes d’avant la révolution, assassinats camouflés des dirigeants politiques sous prétexte de combattre la délinquance ?

9. « Rétablir la capacité opérationnelle du secteur pétrolier, et élévation significative de la production pétrolière »

Commentaire : Cela suppose le non respect des quotas établis par l’OPEP. Le Venezuela se verrait contraint de quitter cette instance. De rompre avec elle. Cela causerait immanquablement une baisse des prix du pétrole similaire à celle que l’on a connu sous l’ère pré-Chavez : 9 $ le baril. Réduction des recettes, ce qui obligera l’Etat à adopter des mesures néolibérales. (Un terme est mis aux investissements sociaux).

10. « Révision des cadres juridiques existants, et des accords en vigueur, qui lui sont néfastes ».

Commentaire : Il sera mis fin aux partenariats liant le pays et les nations qui lui sont associées. Seront notamment visés des organismes tels que : Petrocaribe, UNASUR et CELAC. Les chances de parvenir à l’intégration et à l’union de l’Amérique latine, en seront amenuisées. Les accords assurant la présence de médecins cubains au Venezuela ne seront pas reconduits. Fin également des accords passés avec des pays tels que la Chine et la Russie. Avec toutes les conséquences que cela entraînera sur le plan économique.

11. « Désigner à la tête de Pdvsa, un nouvel organe de direction, dont l’honnêteté et les capacités seront reconnues. Le bon fonctionnement de cette instance sera ainsi garanti, et mis au service du pays ».

Commentaire : retour des coteries du pétrole à la tête de Pdvsa. Avec en perspective, sa privatisation partielle, voire totale.

"Je suis Telesur". Parmi les révélations sur le coup d'Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder cette chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

« Nous sommes plus de 800″. Parmi les révélations sur le coup d’Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder Telesur, chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

12. « Recouvrer l’exercice effectif de la liberté d’expression. Retour pour le peuple, du droit à l’information sur la gestion de l’Etat ».

Commentaire : les medias d’Etat subordonneront leur nouvelle ligne éditoriale, aux directives imposées par la droite. Le peuple vénézuélien n’aura plus droit au chapitre. Les nouvelles, et la relation des activités liées aux organisations du Pouvoir populaire, aux conseils communaux, et d’une manière générale les opinions favorables au chavisme, sont appelées à disparaître des pages du Correo del Orinoco (Courrier de l’Orénoque), de Ciudad CCS, des radios d’Etat ou des télévisions publiques.

13. « S’assurer de la loyauté des Forces Armées Nationales, et de leur appui à la Constitution. Elles se débarrasseront de toutes formes d’ingérence venant de l’extérieur de leurs rangs, et se préserveront de toute activité politique partisane. »

Commentaire : Pourquoi se réfère-t-on ici, aux Forces Armées Nationales, et non pas aux Forces Armées Nationales bolivariennes ? Pourquoi en a-t-on délibérément soustrait le terme « bolivariennes » ? Qui va juger de la loyauté de la FANB envers la Constitution ? Puisqu’il est précisé que ces dernières devront s’abstenir de toute activité politique partisane, est-il envisagé de retirer le droit de vote aux militaires ?

14. « Amorcer un processus de dépolarisation politique, menant à la réconciliation nationale. »

Commentaire : Quel sens accorder à l’expression «dépolarisation politique » ? Interdira- t-on de se référer au chavisme et à la révolution, au motif que ce genre de discussion porte ombrage à la dépolarisation escomptée, et à la réconciliation nationale ? Imposera-t-on comme par le passé, la censure aux forces de gauche ?

15. « Restaurer à très court terme, un approvisionnement suffisant en matière d’alimentation, mais aussi en ce qui concerne les produits de consommation courante destinés aux foyers. Pallier le problème des pièces détachées, mais aussi des fournitures qui font défaut, et qui nuisent au bon fonctionnement des chaînes de distribution ».

Commentaire : A première vue, cela semble très simple : il suffira de demander aux entreprises concernées, d’abandonner leur pratique de rétention actuelle, et de cesser les actions qui consistent à faire partir frauduleusement vers la Colombie, les marchandises destinées au marché intérieur vénézuélien. Nous ne serions pas surpris si ce genre de rétablissement accompagnait des mesures telles que la libération des prix des principaux produits de consommation courante, et l’annulation de la Loi sur les Prix équitables. Ce qui n’apparaît pas dans le document.

16. Toute référence à Simon Bolivar est supprimée : on parle des « Forces armées Nationales » (en lieu et place de « Forces armées Nationales Bolivariennes ».) On recourt par ailleurs, à « Venezuela », au détriment de « République Bolivarienne du Venezuela ». Or, c’est exactement ce qui est arrivé le 12 avril 2002, lorsque sur les instances de l’éphémère dictateur Pedro Carmona, patron du « MEDEF » vénézuélien, on retira le portrait de Bolivar du Palais présidentiel de Miraflores.

17. Le document fait très peu état des investissements sociaux réalisés, prête bien peu d’attention aux pauvres et aux précaires, y compris les enfants, les adolescents. Pas plus qu’aux personnes âgées, aux handicapé(e)s, et à ceux dont l’état de santé, requiert un traitement particulier. A rebours, les priorités affichées sont clairement définies : « attirer les investissements productifs », « réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux ». « Redonner confiance au pays ».

Aucune mention n’est faite de l’enseignement public gratuit. Et ce, quels que soient les niveaux existants: primaire, secondaire, universitaire. Aucune garantie n’est donnée aux établissements universitaires publics, créés sous la révolution (Unefa, UBV, Unearte, unités sport-études) quant à leur avenir. Il en est de même en ce qui concerne les universités ayant bénéficié d’importants réaménagements (Simon Bolivar, Romulo Gallegos, etc.).

Pour les pensions versées aux retraités, aux personnes âgées, à celles qui sont atteintes d’un handicap, le flou subsiste. Les projets et Missions sociales tels que les « Madres del Barrio » (« Les Mères des quartiers »), ne sont pas mieux lotis : aucune précision quant au sort qui leur est réservé. Aucune mention relative à la défense du salaire minimum, et à son indexation sur le coût de la vie (inflation). Au Venezuela, à 28 reprises durant ces 15 dernières années, le salaire minimum a été revu à la hausse. Par ailleurs, on ignore ce qu’il adviendra des nombreux acquis obtenus par le monde du travail, notamment à travers la mise en application de la nouvelle Loi du Travail (2). La sécurité de l’emploi n’est pas garantie.

Par conséquent, il semble bien que la reconduction du décret sur la sécurité de l’emploi soit remise en cause. Renouvelé tous les ans par le président Chavez et son successeur Nicolas Maduro, ce décret protège tant les travailleurs des entreprises privées, que publiques. Les employés et les travailleurs du secteur public, voient également la stabilité de leur emploi remise en question.

Un flou artistique enveloppe aussi l’engagement de mener à son terme, la construction de 100 000 logements (Gran Mision Vivienda Venezuela). Ce projet ayant bénéficié d’un fort volontarisme d’Hugo Chavez et de son successeur, le président Nicolas Maduro.

18. A aucun moment dans ce document, il n’est fait mention du Pouvoir Populaire. Les diverses instances de cogestion en activité à ce jour (les Conseils communaux ; Communes, Comités techniques (de l’eau…) ; les Entreprises de Production sociale (EPS), etc.) sont logées à la même enseigne. De fait, toutes ces formes de propriété mixte instaurées par le gouvernement bolivarien sont sur la sellette. On ne sait pas si elles seront maintenues ou non. Le silence est également fait sur l’avenir que l’on réserve au projet Canaima Educativa (Canamaitas), dont la mise en œuvre a permis aux jeunes vénézuéliens, d’accéder à des millions de logiciels (et ordinateurs portables) mis gratuitement à leur disposition.

19. Dans le document en question, nulle part il n’est fait allusion à la défense et à la promotion des droits des femmes, à l’appui dont devraient continuer à bénéficier les mouvements sociaux, les collectifs de paysans, LGBT (mouvement lesbien, gay, bisexuel et transsexuel), les groupes écologistes, les défenseurs de la cause animale. Qu’en sera-t-il du maintien de la souveraineté acquise en matière de technologie, en ce qui concerne les logiciels libres ? Qu’en sera-t-il enfin, de ces innombrables mouvements qui auront fait l’objet d’un soutien de la part de la Révolution bolivarienne ?

20. Enfin, à lire ce document, personne ne sait ce qu’il adviendra des mandats de ceux/celles qui assument à ce jour une charge élective issues de scrutins populaires, qu’ils soient issus de la démocratie directe (assemblées) ou d’élections à bulletins secrets.

Luigino Bracci

Source : http://www.aporrea.org/actualidad/a202900.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir http://www.legrandsoir.info/venezuela-qui-est-antonio-ledezma-telesur.html
(2) Sur la Loi du Travail en vigueur au Venezuela, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
(3) “C’est l’heure d’anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids” : les visages du coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/%C2%A8cest-lheure-daneantir-maduro-le-reste-tombera-de-son-propre-poids%C2%A8-les-visages-reveles-du-plan-de-coup-detat/

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Juan Vicente Patin: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

Jorge Rodriguez

Jorge Rodriguez

C’est tout un symbole : le 1 août 2013, le maire bolivarien Jorge Rodriguez (photo), fervent militant de la réhabilitation de l’espace public contre sa privatisation commerciale et de la rénovation intégrale des quartiers populaires contre leur élimination a annoncé que le centre commercial Sambil du quartier de La Candelaria serait converti en un vaste projet culturel.

Sambil-CandelariaLes services de Rodriguez étudient avec les mouvements sociaux la transformation intégrale de ce dinosaure capitaliste, symbole de la corruption d’une mairie antérieure qui avait signé illégalement un permis de construire contre la volonté des habitants.

La force des choses fait de la révolution bolivarienne une révolution urbaine. Historiquement, depuis le boom pétrolier, c’est dans les grandes villes du Venezuela que vit la grande majorité de la population. Dans ce passage brutal de la société rurale à une société de consommation aux rêves modelés par la télévision commerciale, réside une des principales difficultés de la transition actuelle au socialisme. macdonald

Le simple fait que les centres commerciaux ou les MacDonald – degrés zéro de la culture de masse états-unienne – soient devenus des référents culturels ou des lieux de loisir familial en dit long sur la difficulté de changer la vie.

A Caracas en août 2013 la révolution a récupéré et réhabilité un million cent mille mètres carrés pour les citoyen(ne)s. C’est pour éclairer cette politique à contre-courant de celle que subissent la plupart des grandes villes dans le reste du monde, que nous publions le point de vue d’un architecte vénézuélien de la nouvelle génération, Juan Vicente Patin, interrogé par Reinaldo Gonzalez D. pour le quotidien gratuit Ciudad Caracas du 28 juillet 2013.

T.D.

L'architecte Juan Vicente Pantin

Juan Vicente Patín: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

La place Diego Ibarra est un des espaces réhabilités par la Mairie de Caracas et par le Gouvernement de la Capitale. Un peu plus bas se trouve le terminal d’autobus Río Tuy, réhabilité lui aussi à travers cette gestion partagée. Sur son aile nord (celle du terminal), derrière une file de commerces, on trouve un petit coin agréable qui selon les résultats d’une enquête personnelle, n’est connu que des happy few; une sorte de terrasse aux grandes tables et aux chaises spacieuses (grandes et très lourdes) idéales pour jouer au domino ou interviewer le pote Juan Vicente Pantin. Je me permets de l’appeler “pote” parce que bien qu’il soit architecte de l’Université Centrale du Venezuela, professeur d’Histoire d’Architecture Contemporaine de “la Grande Maison d’Étude” et qu’il ait assumé plusieurs postes de responsabilité dans l’administration publique, les titres ne lui sont pas montés à la tête comme à beaucoup d’intellectuels et bureaucrates. Au contraire, ils l’ont marié de plus près à la ville au point d’exercer aujourd’hui son métier en indépendant, et de pratiquer ce qui paraît inconcevable pour un professionel-universitaire-conservateur-idiot de ceux qui abondent à l’Université Centrale : accompagner dans leurs processus d’auto-construction les campements de pionniers, partie intégrante du Mouvement des Habitants. Nul hasard s’il juge que “le plus grand patrimoine de la Caracas contemporaine sont les tissus sociaux qui se sont constitués peu à peu; c’est l’espoir qu’un jour nous aurons une ville plus politique”. L’entretien s’est transformé en conversation.

Reinaldo Gonzalez – Certains perçoivent Caracas comme un chaos…

Juan Vicente Patin – Caracas est une invention du XXème siècle. Le Caracas des toits de tuile rouge a existé jusqu’en 1939, à l’époque du premier plan urbain mais cela n’a duré que deux décennies, les années 40 et  50. Ensuite la ville a été livrée à son sort, aux mains du capital. Ce que nous avons aujourd’hui est le résultat de comment le négoce immobilier a occupé certaines zones et en a ghettoïsé d’autres.

RG – L’Est riche et l’Ouest, majoritaire et populaire…

JVP – Dans les années 40 et 50 s’est produit le fameux “exode paysan”. Certains soutiennent que Caracas, parce qu’il a dû se construire sur des prémisses de moumentalité et de grandeur, exigeait une quantité de force de travail telle que cela a provoqué une grande partie du déplacement vers la ville. Les zones populaires se sont formées par la nécessité de construire ce “centre”. C’est ainsi que la ville s’est divisée en deux. Le secteur immobilier a pris les meilleures zones. Et où se sont formées les zones populaires ? Dans des zones à haut risque géologique, hydrologique, dans des ravins et des lits de rivières, dans des lieux non rentables pour le commerce urbain.

RG – Dans l’Est, il y a eu planification urbaine ?

JVP – Cela reviendrait à dire que le capital planifie… Si nous parlons techniquement, de manière universitaire, Caracas est une ville sans planification. Mais il faudrait répondre depuis les dynamiques sociales qui visent l’organisation et la vision de l’avenir. Quelle est la vision des habitants de Palos Grandes et du Guarataro ? Dans les quartiers populaires il y a un sentiment d’appartenance qu’on perçoit dans la manière de se présenter : “Je suis du 23”, “Je suis de La Vega”. Alors que les habitants de l’Est aisé disent : “Je vis à Santa Paula, dans les Chaguaramos, à La Tahona…”. Il semblerait que le signe du succès social soit dans le déplacement de l’Ouest populaire vers l’Est privilégié. Bien sûr il y en a qui te disent : “J’étais de Catia et maintenant je vis à…”.

RG – Mais on ne peut nier les difficultés de nombreux quartiers populaires, par exemple l’accès aux services publics…

JVP – La classification, un peu ridicule, de ville “formelle” et “informelle” a beaucoup à voir avec l’offre, surtout en termes de service et d’infrastructure. C’est un thème fondamentalement politique, à l’intérieur d’une matrice économique. Quelle serait la différence entre ces deux villes ? Que dans l’une le commerce a toujours été présent, dans l’autre pas.

RG – Quel rôle a joué l’État ?

JVP – Depuis les années 70 jusqu’à Chávez, si nous parlons de planification urbaine et de construction, l’État avait cessé d’exister. La doctrine libérale du “laissez faire” s’était imposée. Ce qui a ouvert la voie à une ville qui ressemble à une graphique de niveaux. Combien peut-on spéculer sur le sol ? La mesure te donne la hauteur des édifices. Regarde La Candelaria, Los Palos Grandes, Chacao… Ils se sont ouverts en fonction des intérêts du capital. De plus, l’État n’a pas investi dans les secteurs dans lesquels il devait investir par nature : les quartiers populaires, qui sont restés dépourvus de tout.

RG – Certains pensent qu’il faut éliminer les quartiers populaires…

JVP – Il y a toujours eu une politique qui s’est perpétuée, qui a consisté à stigmatiser les quartiers populaires au lieu de penser comment les renforcer. Certes il faut prendre en compte la matrice de l’infrastructure, la présence de risques : certains quartiers sont construits sur des terrains propices aux glissements, aux affaissements, vulnérables en cas de tremblement de terre. Mais je crois que plus que se fixer sur l’aspect physique l’important est de préserver le tissu social qui s’y trouve.

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RG – Des projets comme le métro-cable visent ce renforcement du populaire ?

JVP – Le métro surgit dans les années 80 avec pour objectif d’acheminer la force de travail à son poste de travail. Le Metrocable fait partie de la même réalité. Il reproduit le même moule de la mobilité urbaine et non de la mobilité ou des communications visant à fortifier les dynamiques internes de la communauté. Les avantages sont indéniables (1) mais je crois que le Métro-cable peut contribuer à une certaine perte de contact de la zone populaire de San Agustin avec ce qui était son axe naturel de relation : le boulevard Ruiz Pineda.

RG – Il y a des projets similaires en cours d’exécution…

JVP – Il faut faire attention à certains chantiers d’infrastructure à grande échelle qui apportent des bénéfices sans aucun doute, pour qu’ils n‘attentent pas contre ce patrimoine en cours de construction et je crois que c’est le travail principal que nous devons mener à Caracas: comment fortifier les collectifs, comment générer un sentiment d’identité, comment passer de cette vision métropolitaine du Grand Caracas à une vision, encore une fois, régionale, si nous entendons par ce terme les zones populaires, les quartiers résidentiels…

RG – N‘est-ce pas l’objectif de la commune ?

JVP – De nombreux vénézuéliens se sont joints à cette construction collective mais d’autres pas. Il faut le dire. Sur la ville, sur la manière d’être, pèse encore une vision très individualiste. Tu peux le voir par exemple dans la Grande Mission Logement (2) : les gens veulent qu’on leur donne leur logement, ensuite ils s’enferment, installent leur antenne satellitaire DirecTV et oublient la ville. Cet individualisme va contre la construction du sens de communauté. Pour construire la commune il faudrait commencer par éteindre la télévision.

Une ville pour les voitures

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Pour Pantin, malgré les efforts inédits pour créer ou réhabiliter des zones piétonnières, des places et des parcs publics, Caracas reste une ville pour voitures… parquées. Le parc automobile croissant qui circule par les mêmes artères construites il y a des décennies : “l’avenue  Bolívar était ce désir de reconstruire les axes monumentaux de Paris mais cette vision européiste a été déplacée par l’urbanisme nord-américain, basé sur la mobilité, les grandes autoroutes… L’objectif était l’expansion de cette ville qui  n’existait pas encore. Autour de cette grande artère qu’était l’autoroute s’édifient des quartiers résidentiels comme Altamira, La Castellana, Prados del Este, Bello Monte… La ville se crée donc sur la prémisse commerciale de l’automobile. Il fallait stimuler les conditions pour l’usage de la voiture. Il fallait la rendre obligatoire”.

RG – Et aujourd’hui, que faire avec autant de voitures ?

JVP – Le seul plan sensé en matière de voirie passe par la réduction du parc automobile. De nombreuses familles de Caracas ont une voiture et celles de la classe moyenne, une voiture par personne.

RG – On ne peut réduire le parc automobile sans améliorer le transport public…

JVP – Les bus ou taxis collectifs ne sont pas un transport public, ils sont privatisés. En tant qu’usagers nous n’avons aucun pouvoir de décision sur la qualité du service, la fréquence des unités, les itinéraires. La rue est complètement anarchisée par manque d’ordre dans le transport public. Nous sommes encore aux mains des bus privés.

RG – Et que penses-tu du Bus Caracas (nouveau transport public) ?

Despues-de-cuatro-anos-BusCaracas-salio-al-ruedo_23636JVP – Quand on a lancé le projet on a dit que cela allait saturer la zone de Nueva Granada. Je suis usager du Bus Caracas et j’observe combien le trafic s’est amélioré. Cela pourrait aller beaucoup mieux si on arrivait à organiser le reste du transport.

Espace en conflit

Selon Juan Vicente Pantin, la lutte entre deux modèles de société irréconciliables s’exprime à tous les niveaux. L’espace urbain n’est pas l’exception. “Si nous parlons du processus politique comme processus de lutte contre la logique du capital, un des champs fondamentaux doit être la ville, pour beaucoup de raisons. La motivation sociale, politique est claire parce qu’il y a une motivation économique : le fait est que la ville, le commerce urbain, la construction, la vente de terrains sont les secteurs qui, ensemble, apportent le plus au PIB. Dans ce contexte de guerre économique il faut revoir l’économie urbaine, et l’État devrait en prendre le contrôle exactement comme il l’a fait pour l’industrie pétrolière ou que nous sommes en train de le faire pour l’industrie alimentaire”.

RG – La grande mission logement semble aller dans ce sens…

gmvv1JVP – Sa plus grande réussite est de construire ces logements populaires DANS la ville. Dans les années 50 Perez Jiménez a construit le quartier “23 de Enero” comme une extension de la ville vers l’Ouest. Puis la quatrième république a construit Caricuao comme une annexion supplémentaire vers l’Ouest. Aujourd’hui on mène un travail inédit qui est la reconnaissance des terrains vagues à l’intérieur de la ville. Dans d’autres pays les impôts sur les terrains abandonnés sont si élevés que beaucoup finissent par les céder à la municipalité, à l’État, faute de pouvoir payer. Ici nous nous donnons le luxe d’avoir une ville à moitié vide. Bien sûr cela fait l’objet de beaucoup de critiques car beaucoup de gens veulent que Caracas reste une ville de ségrégation. Quand on construit des logements dans les zones de El Rosal ou Plaza Venezuela surgissent des arguments sur l’absence de services, la mauvaise qualité des édifices mais le problème de fond est que nous sommes en train de permettre à ceux qui étaient considérés comme la “plèbe” de vivre aux côtés de la classe moyenne et cela crée beaucoup de tension. Cela fait partie de la bataille silencieuse et donne un exemple de la lutte des classes dans l’espace public.

RG – La récupération des espaces publics fait aussi reculer le capital…

TEATRO-MUNICIPAL1

f3452_Ruta-nocturnaJVP – Quand on assume la réhabilitation des espaces publics de Caracas, il y a un effet de reconnaissance de l’histoire de la ville, jusqu’ici totalement refoulée. Le centre était dans l’abandon le plus total. Aujourd’hui tu vois des gens qui se promènent sur la Place Bolivar, qui prennent leur café à San Jacinto… Tu te rends compte qu’il y a eu un changement d’attitude, une réconciliation avec la ville et c’est un premier pas (3). Nous allons vers une ville meilleure que celle que nous avions. Maintenant il nous reste à apprendre à vivre en elle, à la soigner.

RG – Beaucoup cependant continuent à se réfugier dans les centres commerciaux…

JVP – Le centre commercial est lié à la même pénétration états-unienne et aux négoces de Rockefeller qui ont lieu à partir des années 50. Caracas, comme ville du XXème siècle, était une proie facile pour les centres commerciaux, phénomène qui ne s’est pas produit si facilement pour d’autres villes d’Europe ou à Buenos Aires. Un centre commercial implique une destruction du patrimoine, car il occupe de grandes étendues de terrain. Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public. Apparemment l’accès est libre mais il y a des gardes, des caméras et une quantité d’éléments qui en font un espace sous contrôle. C’est un espace privé d’usage public et cela aussi est relatif. L’usage en est la consommation et la consommation est l’antithèse de l’usage démocratique de la ville.

Par Reinaldo Gonzalez D. / Photographies : Jonathan Mendoza et Alii

Source: http://www.ciudadccs.info/?p=453647

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Lire “Quand écologie, socialisme et transport public se marient : le métro-cable, transport public révolutionnaire”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/quand-ecologie-socialisme-et-transport-public-se-marient-le-metro-cable-transport-public-revolutionnaire/

(2) Lire “Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/

(3) Lire « je suis heureuse à Caracas« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/19/je-suis-heureuse-a-caracas-photos/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/02/juan-vicente-pantin-le-centre-commercial-est-lantithese-de-lespace-public/

50 vérités sur Hugo Chávez et la Révolution bolivarienne, par Salim Lamrani

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Une caractéristique du président vénézuélien était de rompre le protocole ampoulé des actes officiels pour converser directement avec les citoyen(ne)s, ici avec un jeune homme de Caracas sans domicile fixe et affrontant des problèmes de drogue.

1. Jamais dans l’histoire de l’Amérique latine, un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, seize élections ont eu lieu au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière en date, le 7 octobre 2012. Il a toujours battu ses opposants avec un écart allant de dix à vingt points.

2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins.

3. James Carter, ancien président des Etats-Unis, a déclaré en 2012 que le système électoral vénézuélien était le « meilleur au monde ».

4. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.

5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela.

6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%.

7. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011.

8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens.Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela.

10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400%.

11. La Mission Barrio Adentro Ia permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011.

12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%.

13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011.

14. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.

15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé.

17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011.

18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999.

20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.

21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.

22. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier.

23. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela.

24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.

25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.

26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.

27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

28. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999.

29. Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012.

30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA en 2003 a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.

32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.

33. Depuis 1999, plus de 50 000 coopératives ont été créées dans tous les secteurs de l’économie.

34. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.

36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.

37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.

38. Les femmes seules et les personnes handicapéesreçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.

39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires sans diminution de salaire.

40. La dette publique est passée de 45% du PIB en 1998 à 20% en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale en remboursant par anticipation toutes ses dettes.

41. En 2012, le taux de croissance au Venezuela a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.

42. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

43. Selon le rapport annuel World Happinessde 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush.

45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est désormais souverain dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles sur tout le territoire.

46. La création de Pétrocaribe en 2005 permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.

47. Le Venezuela apporte également son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis en lui fournissant de l’essence à des tarifs subventionnés.

48. La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004 entre Cuba et le Venezuela a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

49. Hugo Chávez est à l’origine de la création en 2011 de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) qui regroupe pour la première fois les 33 nations de la région, qui s’émancipent ainsi de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.

50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Colombie. Selon le président Juan Manuel Santos, « si nous avançons dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints auparavant avec les FARC, c’est également grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela ».

Salim Lamrani

Opera Mundi http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27642/50+verda…

Le Venezuela bolivarien en 2013 : « Accroche-toi, tu n’as encore rien vu ! »

Le jeudi 3 janvier 2013, lors d’un direct avec les travailleurs de «Café Fama de América » transmis par la télévision publique, dans le bruit des machines, la chaleur et l’odeur forte du café, le vice-président Nicolas Maduro et le président de l’Assemblée Nationale Diosdado Cabello ont tracé les grandes lignes de la « zone économique socialiste » qui sera construite en 2013. «Fama de América» est tout un symbole. Longtemps fermée aux caméras comme le reste des entreprises capitalistes, elle fut nationalisée en 2009 par le gouvernement Chavez à la demande des travailleurs en lutte alors que les patrons voulaient la mettre en faillite. Les travailleurs en contrôlent aujourd’hui la gestion avec l’État. Résultat : un café mieux payé aux petits producteurs et moins cher pour le consommateur. Augmenter la production nationale en fonction des besoins de la majorité, se libérer des intermédiaires privés qui exploitent les producteurs et spéculent sur les prix, relier directement les producteurs aux consommateurs : le succès de ce nouveau modèle productif dépend aussi, pour Maduro, d’une participation accrue des travailleurs : «Nous devons avoir une classe ouvrière de plus en plus éduquée, de plus en plus cultivée, de plus en plus consciente, de plus en plus disciplinée, de plus en plus organisée, parce que dans le socialisme le travailleur doit prendre conscience du plan de production, savoir comment on administre l’entreprise, de quels investissements elle a besoin, quelle technologie il faut ajouter aux processus de production, discuter de manière collective les plans et les approuver. Le travailleur socialiste doit penser comment il peut contribuer au développement de la patrie, et du peuple qui est le coeur et la finalité de tout ce que nous faisons. »

Inspection de l’entreprise socialiste « Café Fama de América, 3 janvier 2013, La Yaguara, Caracas.

Le Venezuela bolivarien a achevé l’année 2012 sur une rafale de succès économiques et sociaux : le chômage poursuit sa baisse (6,4%), la croissance se renforce grâce aux investissements publics (5,5 % en 2012, 6% prévus en 2013). L’inflation poursuit sa courbe descendante des derniers mois, le cours du pétrole reste élevé (le baril a dépassé les 100 dollars en janvier 2013). Les statistiques montrent que le Venezuela est devenu le deuxième pays du continent après l’Argentine en termes d’immigration de chômeurs espagnols.

S’y ajoute une longue liste d’avancées sociales (1). Qu’on pense aux 346.700 logements populaires construits en 20 mois grâce à la nationalisation de la sidérurgie et du ciment (soit un logement construit toutes les trois minutes !) et aux 380.000 qui seront construits en 2013. Enfin, 2012 a été marqué par une double victoire politique : la réélection de Hugo Chavez à la présidence le 6 octobre 2012 fut suivie, le 16 décembre, en l’absence de celui-ci, d’une avancée historique des candidats bolivariens aux postes de gouverneurs conquérant 20 états sur 23 (2). Bref, les conditions sont réunies pour accélérer la révolution bolivarienne.

Les médias occidentaux qui enterrent le président Chavez et avec lui la révolution bolivarienne et la révolution latino-américaine, risquent de devoir attendre longtemps pour voir leurs désirs devenir réalité. Leur lecture de la politique comme pur cynisme, pur calcul et rivalité de personnes, leur réduction de l’Amérique Latine à une poignée de chefs d’Etat tombés du ciel, isolés, autocrates, avec les guerres de palais pour unique destin, ne tiennent pas debout. On ne peut éternellement rayer de la carte les populations, leur Histoire et leur participation, effacer les gouvernements, leurs réalisations et leurs programmes, nier les nombreux scrutins par lesquels les majorités décident de leur avenir et transforment leurs existences concrètes.

Exemplaire de l’autisme de la plupart des médias français ou belges, ce titre : « le Venezuela veut la vérité sur la santé du président Chavez ». Ce qui nous est présenté comme une information n’est que l’actuel slogan de la MUD (coordination de la droite vénézuélienne). La population connaît en détail la situation du président Chavez. Pas moins de 27 communiqués officiels ont été transmis à la radio et à la télévision. Le dernier, en date du jeudi 3 janvier 2013, explique qu’actuellement le président lutte pour surmonter une forte infection pulmonaire survenue à la suite du choc opératoire. En décembre 2012 Chavez a rappelé au pays que s’il ne réussissait pas à vaincre le cancer et devait finalement renoncer à ses fonctions, il incomberait au peuple, comme l’exige la Constitution, de retourner aux urnes pour choisir entre le programme de la droite et celui des bolivariens. Dans cette hypothèse, le président Chavez a proposé aux siens de voter pour l’actuel vice-président Nicolas Maduro, un militant bolivarien de la première heure venu du monde du travail.

Face à cette clarté des bolivariens, une droite affaiblie mais armée de puissants médias privés n’a d’autre recours que d’annoncer que Chavez est déjà mort, cherchant à créer un climat de vide de pouvoir comme prélude à une guerre fratricide entre les leaders de la révolution, etc… tandis que les États-Unis parlent de « l’après-Chavez » et de «transition». C’est cette campagne que recyclent, à leur habitude, la plupart des médias français. Mais la majorité des vénézuéliens, attachés à l’institutionnalité démocratique, rejettent le mépris des médias pour leur vote, et réaffirment leur soutien au socialisme bolivarien (3).

L’Amérique Latine d’aujourd’hui n’est plus celle des années 80, qui voyaient les mêmes médias dépeindre la révolution sandiniste au Nicaragua comme un « totalitarisme en marche » tandis qu’elle faisait face, isolée, aux « contras » armés par Ronald Reagan. En 2013, le génie de l’unité latino-américaine est sorti de sa bouteille. Il n’est pas près d’y rentrer (4). Tout ne fait même que commencer. Au Nicaragua le Front Sandiniste réélu sur la base de son bilan social poursuit le redressement d’un pays appauvri par 16 ans de parenthèse néo-libérale. La Colombie, cet Israël hyper-militarisé de l’Amérique Latine, entre dans un dialogue politique inimaginable il y a quelques mois encore, confirmant le bien-fondé de la stratégie de rapprochement avec ce pays lancée par le président Chavez. En Bolivie, en pleine croissance économique, le gouvernement d’Evo Morales, toujours aussi populaire, vient de nationaliser deux filiales espagnoles d’énergie électrique pour faire place aux besoins de la population. La probable réélection du président équatorien Rafael Correa en février prochain – plusieurs sondages lui donnent 60 % des suffrages – signifierait l’approfondissement d’une révolution citoyenne qui a notamment fait reculer le chômage, élevé le salaire des travailleurs ou éliminé la sous-traitance.

Rafael lance sa campagne électorale dans un quartier populaire, Quito, 5 janvier 2013.

A Caracas ce samedi 5 janvier 2013 la population s’est mobilisée autour de l’Assemblée Nationale qui votait pour renouveler ses autorités. Ce parlement qui fonctionnait avant la révolution bolivarienne en vase clos, négociant la répartition des postes de l’État entre partis et loin du peuple, est aujourd’hui un espace ouvert, où une majorité de député(e)s de gauche examine des projets de lois, notamment les projets d’initiative citoyenne. En 2013 ceux-ci plancheront sur de nouvelles lois en faveur de la démocratie participative comme la création des conseils de travailleurs destinée à compléter la nouvelle loi du travail promulguée en mai 2012 (5), ou la loi de la communication populaire, qui permettra d’aller plus loin dans la démocratisation du droit à l’information.

Comme le dit un dicton populaire vénézuélien « Ponte alpargatas, lo que viene es joropo » qu’on peut traduire par : « Accroche-toi, tu n’as encore rien vu ».

Thierry Deronne, Caracas, 6 janvier 2013.

Le peuple réuni autour de l’Assemblée Nationale, 5 janvier 2013, Caracas, Venezuela.

Assemblée Nationale, Venezuela, 5 janvier 2013

Assemblée Nationale, les députés bolivariens et le peuple, 5 janvier 2013

Asamblea nacional enero 2013

Notes :
(1) Pour une liste plus complète de ces avancées, voir « Les facteurs sociaux de la victoire de Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/24/les-facteurs-sociaux-de-la-victoire-de-chavez-par-carles-muntaner-joan-benach-maria-paez-victor/
(2) « Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/
(3) Maurice Lemoine, « Au Venezuela les électeurs ont confisqué la démocratie« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/11/photos-au-venezuela-les-electeurs-ont-confisque-la-democratie-par-maurice-lemoine/
Photos : AVN.

Venezuela : démocratie participative versus déclin démocratique occidental, par Ewan Robertson.

Je peux témoigner du complexe de supériorité de Paris, de l’arrogance impériale de Washington, de la décadence capitaliste de Manhattan, des élections parlementaires en Allemagne et de la juste part que j’ai prise aux élections en Grande-Bretagne. Dans aucun de ces cas je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.

Ewan Robertson

Déjà que ce n’est pas facile d’éviter la politique en général au Venezuela, mais là, en pleine campagne électorale, les signes de débat et de lutte politique se font, presque littéralement, omniprésents. Dans la petite ville andine de Mérida, dont la population n’atteint pas 300.000 habitants, traverser le centre de la ville donne une idée de l’intensité de la campagne pour l’élection présidentielle du 7 octobre. Le Président Hugo Chavez brigue un troisième mandat face au concurrent de la droite Henrique Capriles Radonski, de la coalition de la Table Ronde de l’Unité Démocratique (MUD), et les militants s’activent fortement de toute part.

Une des stratégies à Mérida, ce sont les caravanes de campagne, les militants montent dans des camions, des voitures et des jeeps, font le tour de la ville en arborant des drapeaux, en klaxonnant et en criant des slogans. Une autre est le rassemblement de militants à un point-clef du trafic avec des amplis diffusant de la musique en faveur de leur candidat, freinant le trafic pour distribuer des tracts ou écrire des messages sur les lunettes arrière. Il y a quelques jours j’ai vu une compétition intéressante entre un groupe de Primero Justicia (PJ), le parti de Capriles Radonski, et la jeunesse du Parti Communiste (PCV), qui appuie la candidature de Chavez. Tous deux tentaient de distribuer leurs tracts aux conducteurs et de chanter le plus fort possible. Sans vouloir être trop partisan, je dois reconnaître que les militants du PCV faisaient clairement preuve de plus d’enthousiasme, alors que ceux de  PJ finissaient par se taire et les chansons distinctement révolutionnaires se répandaient dans la rue. “Il semble que les communistes gagnent” me dit mon partenaire en souriant.

Puis il y a les stands : des tables sous de petits auvents où les militants se réunissent avec leurs tracts et leur musique pour faire campagne auprès des passants, activant une sorte de débat de rue à propos de l’élection. Sans aucun doute il y a plus de stands du type “punto rojo” (points rouges) du parti de Chavez, le Parti socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), que de l’opposition. Selon des infos que j’ai reçues de Caracas, la présence de l’opposition dans les rues y est encore plus faible qu’à Mérida. Les punto rojos sont partout, dans chaque place principale et voie principale de la ville, et j’ai déjà amassé une collection de tracts à force de passer devant ces stands. Ajoutez à cela les grands meetings de campagne, les visites porte à porte par les militants, la couverture saturée des médias, les panneaux d’affichage géants, et les affiches couvrant toute surface disponible que les militants collent chaque nuit quand les rues son calmes. Non, ici, impossible d’ignorer l’élection présidentielle. La plupart des vénézuéliens n’ont pas envie de l’ignorer, conscients qu’ils sont, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays, que leur vote va déterminer réellement la future orientation politique du pays.

Manifestation de soutien au candidat de la droite Henrique Capriles Radonski, Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

Manifestation de soutien au programme néo-libéral du « superman » Henrique Capriles Radonski, rues de Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

militantes du Parti Socialiste Unifié lors d’un meeting de soutien à la candidature de Hugo Chavez (Mérida, septembre 2012). Photo : Venezuelanalysis

Un regard sur le matériel de campagne des deux candidats éclaire ce choix. Le tract de campagne de Chavez fait le bilan de ce qui a été réalisé par le président depuis sa première élection en 1998, exprime la vision générale de son mouvement pour le Venezuela et les propositins concrètes pour la période qui vient. Les réussites mentionnées comprennent la santé gratuite et les systèmes éducatifs, l’élimination de l’analphabétisme, l’établissement d’un réseau non lucratif de distribution de nourriture, l’intégration dans une Amérique Latine souveraine et la construction des bases de la démocratie « participative et protagonique”. Les cinqs objectifs de la campagne (chacun d’eux étant décliné en propositions concrètes) sont la consolidation de la souveraineté nationale, la poursuite de la construction du “socialisme bolivarien du 21ème siècle », la conversion du pays en puissance latino-américaine, la promotion d’un ordre mondial multipolaire capable de garantir la paix, et la “préservation de la vie sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine”, ce dernier point étant souvent l’objet de moqueries de la part de Capriles et de sa campagne, pour qui le Venezuela ne devrait s’occuper que de lui-même.

La campagne de Capriles, elle, semble avoir deux manifestes. Dans l’officiel, Capriles se présente comme une sorte de Chavez « light », promettant de maintenir les populaires programmes sociaux, tout en défendant la nécessité d’accroître “les stimulants pour les entrepreneurs” et en critiquant “les obstacles majeurs aux activités des compagnies privées”. Ensuite vient le programme réel, filtré par des membres dissidents de l’opposition, qui montre sa nature néo-libérale : dérégulation bancaire, ouverture de l’économie aux investissements privés, réduction du financement par l’État des services publics et des projets établis par les 40.000 conseils communaux qui oeuvrent dans le pays. On peut lire un résumé des programmes des deux candidats sur le site Venezuanalysis.com ici (en anglais).

D’un point de vue démocratique, malgré le refus de l’opposition de soumettre à l’électorat son programme politique réel, les citoyens du Venezuela sont en présence d’un choix véritable dans cette (et dans chaque) élection. Ils ont le pouvoir de décider de l’orientation qu’ils veulent pour le pays.

Une élection dans une démocratie libérale en déclin

Dans la dernière élection générale dont je fus témoin, en Grande-Bretagne en mai 2010, l’atmosphère était quelque peu différente. J’y étais candidat parlementaire, défendant une alternative socialiste aux coupes claires dans les dépenses publiques et aux autres mesures d’austérité annoncées comme réponse nécessaire à la récession capitaliste. Moi-même et d’autres activistes menions campagne dans la ville d’Aberdeen, en Écosse, qui ceci dit en passant est d’une taille semblable à celle de Mérida. Mais la ressemblance s’arrête là.

Des étudiants de la capitale écossaise Edinburgh manifestent pour protester contre l’augmentation des droits d’inscription en Angleterre et de leur possible introduction en Écosse. Au Venezuela l’éducation universitaire est gratuite. (Photo : Ewan Robertson, décembre 2010.)

Le scrutin se caractérisait par un sentiment d’apathie, de désenchantement, et d’impuissance. Comme dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, l’élection consiste à soumettre au vote de la population deux variantes d’une même politique pré-établie : dans ce cas, de nouvelles privatisations des services publics, le gel des salaires, les pertes d’emplois et la réduction des bénéfices sociaux. Aucun thème substantiel n’était débattu publiquement. Les institutions de la finance internationale, les banques, les médias privés, et les courants politiques dominants avaient déjà décidé que les gens ordinaires paieraient pour la crise économique, causée par le capitalisme en genéral et par le capital financier en particulier. Que les gens votent pour le Parti Travailliste au pouvoir ou pour les autres forces politiques dominantes – les partis Libéral-Démocrate ou Conservateur – ils scelleraient ce qui était basiquement la même politique. L’idée d’une population possédant une véritable voix dans la prise de décision, c’est-á-dire, la véritable démocratie, était reléguée au dernier rang.

Cette élection reflétait le déclin continu du système démocratique libéral, comme on pouvait l’observer dans l’atmosphère de la campagne. À Aberdeen par exemple je garde un seul souvenir de militants du parti travailliste, dont le parti tentait de garder le pouvoir, présents physiquement dans les rues du centre avec leurs tracts. Des aspects de la campagne de terrain tels que le porte-à-porte et la diffusion de tracts eurent sûrement lieu mais rarement.  Cela valait pour tous les grands partis, avec une évidente absence d’enthousiasme et de mobilisation dans la population. En termes de publicité, les marques formelles d’une élection étaient encore présents : affiches, panneaux, tracts massivement distribués par des firmes privées, candidats en tournée dans le pays et dont la presse reprenait les déclarations. C’était une élection mue par les sondages, les campagnes de relations publiques et des discours sous forme de clips.

Déjà, je sentais que l’esprit de la démocratie réelle, celui du peuple contrôlant la politique de son pays et  sentant que sa voix et son vote importent, était absent. Absents, les groupes de militants arrêtant le trafic principal pour une distribution massive de tracts. Absents, les stands sur chaque place et dans chaque rue, avec leurs militants expliquant passionnément pourquoi leur candidat mérite d’être soutenu. Absents, les cortèges massifs de dizaines et de centaines de milliers de personnes, criant avec joie et colère, exigeant, louant leurs candidats, à cause de l’enjeu réel de la victoire. Absente, la notion d’une force politique majeure défendant l’intérêt de la population face à ceux d’une élite dominante, quelque chose qui vous donne la force de vous lever du fauteuil pour vous battre. Cela se refléta dans le taux de participation qui malgré la possibilité d’un changement de gouvernement (comme ce fut le cas) fut faible : 65 %. Bien loin du taux de 84% qui avait marqué le raz-de-marée victorieux des travaillistes en 1950, et du taux de 75% de l’élection présidentielle de 2006 au Venezuela, qui n’a jamais semblé serrée,  Chavez gagnant avec une bonne longueur d’avance. Les taux de participation des élections au Royaume-Uni sont en général encore plus bas.

La réalité est qu’en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, à un degré ou à un autre, la participation et la prise de décision substantielle en politique ont été volées au peuple, à un point qui semble n’avoir jamais existé. Dans les générations antérieures, les électeurs disposaient au moins d’un choix réel à faire, entre le capitalisme de bien-être social avec intervention de l’État dans l’économie, ou le capitalisme néo-libéral de libre marché. Aujourd’hui les politiques peuvent être qualifiées, comme l’a un jour noté le journaliste en campagne John Pilger, comme “des partis indéfinissables en concurrence pour la gestion d’un état à l’idéologie unique”. Des communautés, des syndicats et des organisations de mouvements sociaux sont alors forcés de descendre dans la rue pour défendre les acquis et ls droits sociaux, avec une petite représentation politique formelle disposée à les appuyer. Ajoutez à cette monoculture politique un nationalisme nauséabond pro-establishment, des attaques contre les droits civils au nom de la « guerre contre la terreur”, des scandales sporadiques de corruption, et vous pourrez voir les indicateurs du déclin continu de la culture démocratique et participative dans ces pays.

La naissance d’un Venezuela participatif et démocratique

Pourquoi observe-t-on en revanche des niveaux aussi élevés d’enthousiasme et de participation dans la politique vénézuélienne ? De 1958 à 1998, le Venezuela vivait une “démocratie” où deux partis se succédaient au pouvoir, alors que les militants de gauche étaient activement persécutés. Ce système dit de “Punto Fijo” perdit sa légitimité en 1989 lorsque le président social-démocrate Carlos Andrez Perez (CAP) mit en place les mesures d’austérité néo-libérales du FMI, parmi lesquelles la suppression des subventions au carburant. La population répondit par des manifestations et des émeutes, que le gouvernement de CAP écrasa en recourant aux forces armées, avec un solde estimé à trois mille victimes civiles. Exaspérés par l’élitisme, l’exclusion et la corruption du système de Punto Fijo, le peuple s’est tourné vers Hugo Chavez et son mouvement « Cinquième République » qui a brisé net le système des deux partis décrédibilisés. L’élection de Chavez à la présidence en décembre 1998 marqua le début de la révolution bolivarienne.

Celui-ci a respecté sa promesse de campagne de refonder le pays, avec l’élection d’une assemblée constituante en 1999 qui a produit ce qui est sans doute l’une des constitutions les plus progressistes au monde. Soumise au référendum populaire, elle a donné aux vénézuéliens un large éventail de nouveaux droits politiques,  civils et sociaux, et a fourni le cadre des réformes démocratiques postérieures. Aujourd’hui, entre autres droits, les vénézuéliens peuvent révoquer les représentants élus (du maire au président) à mi-mandat, ou soumettre directement des projets de loi à la discussion par l’Assemblée Nationale. Des élections générales ou des référendums ont eu lieu pratiquement chaque année depuis l’élection de Chavez, permettant à la population de prendre collectivement des décisions sur des matières politiquement cruciales, telles que la confirmation de Chavez lors du référendum révocatoire de 2004, la courte défaite de celui-ci lors du référendum constitutionnel de 2007 et l’approbation par référendum de l’amendement constutionnel qui permet à tout mandataire (du maire au président) de se soumettre au suffrage des électeurs au-delà de deux mandats.

Installation du Parlement Comunal de la Commune Socialiste Ataroa, État de Lara.

S’est développée une dynamique où le travail législatif  a dû avancer au rythme de l’explosion des organisations de base. Beaucoup de vénézuéliens participent et s’engagent activement dans la vie politique, dans les mouvements sociaux, dans les partis politiques, dans les conseils communaux, dans les communes, dans les médias communautaires, dans les syndicats, dans les conseils de travailleurs et dans d’autres assemblées. Une grande partie des classes pauvres et de la classe moyenne inférieure, qui forment près de 80% de la population, se sont sentis représentés par le gouvernement Chavez et l’ont défendu avec passion. En plus d’une politique d’inclusion sociale et de transfert de pouvoir aux pauvres, cela s’explique par les politiques gouvernementales de contrôle des revenus issus de l’industrie pétrolière et de l’investissement dans la santé et dans l’éducation gratuites, dans les subventions au réseau de distribution d’aliments et dans la construction de logements. Le mouvement des privatisations a été renversé avec la nationalisation des télécommunications, de l’électricité, du ciment, de certains secteurs bancaires, et d’autres secteurs stratégiques, probablement, si Chavez gagne l’élection du 7 octobre. Ces mesures ont été prises avec pour toile de fond une opposition intransigeante, soutenue par les États-unis qui a tenté, physiquement comme électoralement, de chasser Chavez, sans succès jusqu’à présent.

Bien sûr rien n’est parfait. Toutes ces conquêtes ne signifient pas qu’il n’y a pas de régressions dans le nouvel essor démocratique. Lorsque Chavez a été atteint d’un cancer l’an dernier, une attention renouvelée a été donnée au fait que le mouvement bolivarien dépende autant d’un dirigeant. La corruption et la bureaucratie sont des phénomènes qui freinent une radicalisation de la démocratisation et érodent l’appui á la révolution bolivarienne en général. Je l’ai noté dans la région orientale de Guayana, oú des figures se réclamant ostensiblement de Chavez résistaient aux avancées du projet de contrôle ouvrier, les travailleurs tentant de prendre le contrôle des entreprises. Une culture politique opportuniste existe encore, certains politiciens tirant un avantage de leur position pour leur promotion personnelle. Ceci peut être observé à Mérida où tant le gouverneur pro-Chavez que le maire d’opposition font imprimer leur nom et leur visage sur les uniformes et le matériel de leurs employés, préférant leur auto-promotion à celle de l’institution pour la gestion de laquelle ils ont été élus. Cela signifie que celui qui veut travailler dans le ramassage public des ordures ou dans l’entretien des parcs, doit porter sur son uniforme l’effigie d’un homme politique. C’est une pratique à laquelle s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-Chavez, et le débat et l’action sur ces thèmes font partie de la dynamique de la lutte pour approfondir la nouvelle démocratie participative du Venezuela.

Points de vue divergeants sur la démocratie au Venezuela : du jargon des médias privés à la réalité.

Néanmoins, de grands pas ont été franchis dans le transfert de pouvoir à la population et la participation de celle-ci depuis 1998. La vitalité de la démocratie vénézuélienne contraste fortement avec l’Occident. J’en ai eu de nouveau la preuve la semaine dernière, lorsque Chavez s’est rendu à Mérida pour un meeting électoral. La réponse de la population fut incroyable : les « campesinos » (producteurs agricoles), les ouvriers, les étudiants et beaucoup d’autres ont afflué vers la ville depuis les alentours pour appuyer la réélection du président. La joie et l’enthousiasme des manifestants était palpable, avec des banderoles faites à la main, des expressions artistiques, des cornes de brume, de la musique, des abrazos, des tapes sur l’épaule, et des déclarations d’appui à Chavez. Les grands meetings vénézuéliens tels que celui-ci sont un mélange de performances musicales, de fêtes de rue et de manifestations politiques. Il est juste aussi de dire que les partisans de l’opposition, même si leur position peut s’appuyer sur des valeurs réactionnaires, ou sur la notion confuse que la “justice” ou le “progrès” doit venir d’un candidat néo-libéral de l’élite vénézuélienne, sont tout autant passionnés, la plupart dans leur opposition à Chavez. Dans la politique vénézuélienne, les gens sentent qu’ils ont une cause qui vaut la peine d’être soutenue et des millions de personnes sont motivées à se lever pour le faire.

En conversant avec les gens du meeting de Mérida, je fus impressionné par la profondeur de la conscience politique et la variété des opinions parmi la foule quant au motif de leur appui à la réélection de Chavez. Pour certains, l’intégration latino-américaine était la raison. Pour d’autres c’était la santé gratuite. Pour beaucoup la raison principale, comme me l’affirma un couple d’âge moyen, était : “c’est le président qui a donné le plus de pouvoir à la population”. Pour un autre homme, c’est le président qui “a réveillé les vénézuéliens et les peuples frères”. Une jeune femme me déclara que c’était tout simplement parce que “je l’aime”.

« Je soutiens la révolution bolivarienne parce que j’ai vu se matérialiser le projet du peuple et la participation sociale dans le changement  » (Photo : Ewan Robertson)

Pour un journaliste au service d’un média privé tel que Reuters, avec son gros salaire dans un bel appartement et disponible pour l’opposition (on imagine), cela est la preuve d’une “vision romantique et affective de Chavez” qui joue cyniquement la  “carte populiste” pour remporter un nouveau mandat. Pour un journaliste d’Associated Press qui n’a jamais connu la pauvreté dans sa vie, les programmes sociaux, souvent mentionnés comme des “largesses effectuées avec l’argent du pétrole” dans le jargon de la presse privée anti-Chavez, peuvent être ignorés : Chavez “dépense lourdement dans des programmes sociaux… cette année en cherchant à consolider son appui” c-à-d en achetant cyniquement des votes. Peu importe la séquence historique qui montre un engagement sur le long terme en termes de budgets sociaux de la part du gouvernement Chavez, avec la réduction de moitié de la pauvreté entre autres succès. Un engagement qui comprend le maintien des budgets sociaux pendant la récession de 2009-10 alors qu’aucune élection présidentielle n’était en vue, afin de neutraliser les effets négatifs de la crise économique globale sur la population du Venezuela, une mesure apparemment hors d’atteinte pour de nombreux pays du « premier monde”.

De fait la jeune femme qui me déclara que « l’amour » était la raison principale d’avoir voté pour Chavez n’était pas éblouie par quelque image populiste ou par des dépenses de dernière minute. Elle vient d’une famille pauvre qui vivait dans un taudis non loin du lieu où se déroulait le meeting. Elle est sur le point d’obtenir un diplôme dans le programme de médecine intégrale communautaire, alors qu’elle aurait été exclue du système traditionnellement élitiste de la médecine au Venezuela. Son logement de fortune a été transformé en logement décent à travers le programme géré par les communautés de « substitution de taudis par des logements“, qui fait partie de la mission gouvernementale de construction massive de logements. C’est ce type de transformations qui valent un appui aussi fort à Chavez, même si le reconnaître est si difficile pour les médias internationaux. Selon les médias privés, rallier l’appui de la majorité populaire en orientant les politiques gouvernementales en fonction de leurs besoins, semble une mauvaise chose pour la « démocratie ». Selon l’analyse récente de l’ex-Conseiller aux Relations Extérieures Joe Hirst, le Venezuela a besoin de prendre des leçons de démocratie auprès des États-Unis. Quelle immondice. Au moins l’ex-président des USA Jimmy Carter a apporté une dose de réalité à ce qui est l’atroce manipulatio médiatique par la plupart des grands médias sur l’élection au Venezuela, déclarant que pour lui, qui a observé 90 élections dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde.

Une renaissance démocratique en Occident ?

Alors que les médias privés se sont enfermés eux-mêmes dans l’illusion orwellienne selon laquelle les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des modèles de démocratie et que le Venezuela est un pays agité et gouverné par un “régime », dans le monde réel la réalité est différente.

La démocratie aux États-Unis et en Europe est en danger, avec une majorité de la population écartée des choix réels en matière de politiques publiques, et une monoculture politique qui gouverne des pays entiers en fonction des intérêts d’une petite élite. Pendant longtemps la réaction a été l’apathie ou la dépolitisation, cependant dans de nombreux pays s’est manifestée une résistance significative à l’austérité capitaliste, avec de nouveaux mouvements qui sont nés et d’anciens qui se sont renouvelés. Il reste à voir si ce désenchantement face au déclin de la démocratie va se convertir en mouvement capable d’une transformation sociale et politique. Peut-être verrons-nous un parallèle avec le Venezuela, où un mouvement de l’extérieur à réussi à briser le monopole des élites sur le pouvoir et a générer une renaissance démocratique révolutionnaire. Dans cette tâche on peut apprendre beaucoup de ses succès et de ses contradictions : par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.

Par Ewan Robertson, Venezuelanalysis.com

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/30/venezuela-democratie-participative-versus-declin-democratique-occidental-par-ewan-robertson/

“La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?” : le rapport du CEPR (Washington).

Le Centre de Recherches Économiques et Politiques (CEPR), basé à Washington, vient de publier ce 26 septembre 2012 son dernier rapport  intitulé La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?”.

Mark Weisbrot

Mark Weisbrot, directeur du CEPR, rappelle que durant les treize années de gouvernement Chávez, la majorité des experts ont annoncé un effondrement économique imminent mais que « ces prévisions étaient basées sur des désirs, non sur des données concrètes”.

Le CEPR indique que la modification apportée par le président vénézuélien à la politique pétrolière a permis de créer “des fonds pour l’investissement dans le secteur social” et que « le Venezuela a construit 2,5 fois plus de logements que les États-Unis en 2011 : chiffres importants si on les compare à la population vénézuélienne« . La construction d’oeuvres civiles a augmenté de 22% en 2011, impulsée par la Grande Mission Logement (Gran Misión Vivienda), qui a construit 147 mille logements jusqu’à l’an dernier et planifie d’en construire 200 mille de plus jusqu’à la fin de 2012.

L’étude mentionne les fonds de développement sino-vénézuéliens, le contrôle des changes, le contrôle des finances publiques et les grands investissements comme facteurs-clefs pour asseoir la stabilité économique du pays. La disponibilité à présent vérifiée de la majeure réserve de pétrole du monde, « près de 500 milliards de barils” et la stabilité politique depuis le retour de l’économie pétrolière sous contrôle de l’État, confèrent au Venezuela “la capacité de maintenir des taux solides de croissance économique.

Le rapport analyse en détail la réaction de l’actuelle équipe gouvernementale face aux deux récessions économiques, en 2003 et en 2009.

La première récession fut la conséquence du coup d’État contre le président Chavez en 2002 et du lock-out des gérants pétroliers en 2002-3. Ce sabotage de la part des cadres supérieurs de Pdvsa (Petróleos de Venezuela) fit chuter la production pétrolière au niveau quasi zéro avec de graves dommages pour le pays. La seconde récession eut lieu à la suite de la chute des prix du pétrole (2008) et de la crise économique mondiale (2009).

Durant la période de récupération économique à la suite du lock-out pétrolier, le Fonds Monétaire International (FMI) avait sous-estimé la reprise de l’économie vénézuélienne, avec des marges de 10,6%, 6,8% et 5,8% pour les années 2004 et 2006. En réalité, l’économie du Venezuela a connu une croissance, respectivement, de 16,8%, 9,3% et 10,3%. »

La seconde récession en 2009 avait assombri les perspectives de croissance. « Or, l’économie vénézuélienne a de nouveau défié la majorité des prévisions par une croissance de 4,2% en 2011 et de 5,6% au premier semestre de 2012”. La CEPAL, organisme des Nations Unies chargé de mesurer le développement économique et social de l’Amérique Latine, table dans son rapport de septembre 2012 sur une croissance de 5 % pour la fin de 2012.

Le rapport de CEPR mentionne le superavit en comptes courants de 24,6 milliards de réserves en US$ (6,6% du PIB dans les 12 derniers mois). « Avec les prévisions de stabilité et l’augmentation des prix du baril de pétrole, un problème dans les paiements internationaux du Venezuela est hautement improbable« .

Sur l’inflation les analystes du CEPR sont optimistes au vu sa baisse continue dans les huit derniers mois (de 27,6% à 19,4%). Sur l’investissement dans les bons du trésor, Weisbrot a signalé qu’il s’agit d’une bonne affaire. “Sur la base de la capacité de paiement de la dette publique et si on se tourne vers le futur, le prix des titres du trésor vénézuélien est certainement sous-évalué« .

Gran Misión Vivienda Venezuela

Gran Misión Vivienda

Les économistes Mark Weisbrot et Jake Johnston concluent que « la récupération de l’économie vénézuélienne, ainsi que l’augmentation de la qualité de vie, la réduction de la pauvreté, l’accès majeur à l’éducation et à la santé, depuis que le gouvernement bolivarien a repris le contrôle de l’industrie pétrolière il y a dix ans, rendent très probable une réélection du président Hugo Chávez le 7 octobre”.

Rapport original intégral (en anglais) : http://www.cepr.net/documents/publications/venezuela-2012-09.pdf

Graphiques du rapport. (Cliquer pour agrandir.)

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Note : nous publions par ailleurs ci-dessous un tableau reprenant les derniers sondages réalisés par les instituts les plus expérimentés (privés ou publics) pour la prochaine élection présidentielle du 7 octobre. En effet, face à une défaite annoncée, il est possible que l’opposition de droite s’appuie de nouveau sur les grands médias pour refuser le verdict des urnes et ignorer les avis positifs exprimés par les observateurs étrangers sur le mode de scrutin. Dans ce cas le plan consisterait à dénoncer la « fraude de Chavez », et à préparer des actes de violence destinés aux agences internationales, etc…

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/28/la-recuperation-economique-du-venezuela-est-elle-durable-le-rapport-du-cepr-washington/

Les gens de San Joaquin et la « Misión Vivienda »

A deux semaines des élections présidentielles du 7 octobre 2012 au Venezuela, les sondages confirment l’avance du programme socialiste de Hugo Chavez Frías sur celui, privatisateur, de son concurrent de droite Henrique Capriles Radonsky. Selon la dernière étude de International Consulting Services (ICS), firme privée de sondages états-unienne, le candidat Hugo Chávez rassemble 63% d’intentions de vote tandis que le candidat de droite, Henrique Capriles n’obtiendrait que 36,4% des suffrages. Datanalisis, firme vénézuélienne proche de l’opposition, donne 43,1 % de votes à Chavez contre 30 % à Capriles. Cette avance confirmée depuis des mois par la plupart des agences, ainsi que les avis positifs sur le système électoral vénézuélien de la part de l’UNASUR, du Centre Carter, etc.. rendent plus difficile la campagne médiatique habituelle sur la « vaste fraude organisée par Chavez ».

Tentons de comprendre les raisons (occultées par les grands médias) qui poussent en 2012 une majorité de vénézuéliens à vouloir voter pour le programme bolivarien. Prenons l’exemple du logement populaire. En 18 mois d’action, la nouvelle « Grande Mission Logement Venezuela » lancée par le gouvernement pour construire trois millions de maisons jusqu’en 2019, a déjà remis 252 mille 767 logements neufs aux familles les plus pauvres.

Ce volontarisme social concrétisé par de nombreux investissements publics a dopé la croissance qui selon la Banque Centrale du Venezuela atteindra 6 % à la fin de 2012. L’inflation chute depuis huit mois consécutifs (de 27,6% à 19,4%) notamment grâce à une politique de contrôle des prix et à l’offre croissante de produits bon marché par les entreprises nationalisées. Le chômage lui aussi a baissé (de 15% à 7,4% entre 1999 et 2012) et le salaire minimum est actuellement le plus élevé de l’Amérique Latine.

(Axis of Logic)

Les photos de ce reportage ont été prises à San Joaquin, un secteur populaire de Valencia, au Venezuela. Elles ne sont qu’un échantillon des centaines de milliers de logements construits dans tout le Venezuela pour ceux qui vivaient dans des « ranchos » (taudis) ou dans des refuges à la suite des grandes inondations de la fin de 2010. La première moitié des photos montre quelques uns des « ranchos » où vivent encore certains des habitants de San Joaquin. La seconde moitié montre les nouvelles maisons construites pour eux par le gouvernement à travers la Grande Mission Logement.

Ceux qui vivent encore dans les conditions anciennes sont, c’est palpable, émus à l’idée d’emménager dans leurs nouveaux logements. Jusqu’à présent près de 56 nouvelles maisons ont été achevées et occupées dans cette petite communauté. D’autres sont en cours de construction pour loger l’ensemble des habitants. Je les ai visitées et je puis attester de leur qualité, avec leurs cuisines modernes, salles de bain et salons. Les personnes vivant dans les ranchos peuvent acheter une nouvelle maison pour une faible fraction de leur coût actuel et les payer sur le long terme, grâce à un taux très bas garanti par le système de la banque publique. Le reste du coût des constructions est assumé par PDVSA, la compagnie pétrolière nationalisée.

Les gens de San Joaquin travaillent dur dans des entreprises (parfois cogérées par les travailleurs), dans l’agriculture, la construction, les écoles publiques et les universités, l’administration et certains dans des entreprises privées.

Histoire d’un « rancho » incendié

Le mardi soir on m’apprit que le rancho de bois de mon ami Hamilton venait de brûler. Hamilton y vivait avec deux de ses enfants, âgés de 4 et 6 ans. Il avait réussi à les sauver de l’incendie et par bonheur aucun des trois n’était blessé. Le gagne-pain de Hamilton est son taxi et sa vielle toyota Sedan, parquée près de sa maison, avait été détruite. Ils avaient tout perdu : vêtements, jouets, uniformes et livres scolaires, meubles, électro-ménager, voiture et outils, bibelots – tout. A mon arrivée le samedi, les cendres étaient froides et les garçons fouillaient avidement les décombres, souriant en exhibant comme un trophée les pièces de métal ayant survécu au désastre.

Le samedi trois des oncles de Hamilton firent le voyage de deux heures depuis Caracas pour lui venir en aide. Lorsque je les rejoignis, eux et sa mère Carmen, à San Joaquin, un groupe d’une trentaine de voisins et d’amis s’étaient rassemblés pour construire pour Hamilton et ses fils une structure simple faite de plywood. Pendant ce temps les plus proches voisins les logeaient chez eux. Une pièce supplémentaire ou deux et des toilettes seront ajoutées plus tard au rancho.

Le samedi, tandis qu’on s’affairait à construire la nouvelle maison de Hamilton, les femmes du voisinage pelaient un grand tas de légumes – pommes de terre, ocumos (tubercules), apio (potiron) et yucca (manioc) pour une soupe accompagnée de maïs, choux, épices, le tout cuisiné avec le boeuf dans la grande marmite collective montée sur un feu de bois. Ces gens sont pour la plupart chavistes et beaucoup de conversations tournaient autour du thème du scrutin du 7 octobre. Le rire contagieux de la fête attirait les voisins les plus éloignés.

 
« Majunche » joue son rôle, frappant du doigt le Président Chávez, nous faisant la confidence que Capriles Radonski (le candidat de la droite) sera vainqueur le 7 octobre.

Dans la plupart des discussions politiques, certaines sérieuses et d’autres moins, les gens n’avaient guère d’opposant sous la main. Alors, José, un des oncles de Hamilton a joué le rôle du « majunche » (prononcer : ma-houn-tché), terme que les chavistes utilisent pour les leaders de l’opposition. Ce terme désigne un gars plutôt malchanceux qui suscite plus la pitié et la tolérance, assez  faible en neurones, sans grandes idées nouvelles. Toute la journée, José « le majunche » ne s’est jamais départi de son rôle, discutant avec tous, et tous avec lui, dans ce petit théâtre à l’air libre. Finalement les gens lui dirent que son héros plierait sans doute bagages pour aller vivre à Miami, peut-être même avant le 7 octobre. Le jour tombé, les frères repartirent pour Caracas et José, toujours dans son rôle, porta un toast à Capriles Radonski depuis la fenêtre de la voiture alors que les voisins saluaient le trio.

Hamilton et ses voisins sont économiquement pauvres et vivent actuellement dans des conditions difficiles mais il y a beaucoup de loyauté et d’amour entre les personnes qui vivent dans cette communauté. Tous ceux qui habitent actuellement dans les « ranchos » de la première série de photos attendent de recevoir leur nouveau logement tel que ceux photographiés dans la seconde série.

 

Rancho d’un voisin, en face de celui, incendié, de Hamilton. Photo : Axis of Logic.

 

Rancho typique, construit avec de la tôle ondulée.
Photo : Axis of Logic.

 

Beaucoup des ranchos de San Joaquin ont des murs de tôle ondulée qui séparent leur cour de la rue. Photo : Axis of Logic.

 

Elizabet Liendo vit avec sa famille dans un rancho de San Joaquin. Son neveu Alejandro a deux mois. Photo : Axis of Logic.

 

Une des rues de San Joaquin.
Photo : Axis of Logic.

 

Le rancho incendié de Hamilton.
Photo : Axis of Logic.

 

Hamilton et sa mère Carmen qui a fait un trajet en bus de 90 minutes pour le secourir après l’incendie.
Photo : Axis of Logic.

 

Maison typique de San Joaquin, bois, contre-plaqué, métal et tôles. Photo : Axis of Logic.

 
La plupart de ceux qui vivent dans les ranchos de San Joaquin n’ont pas de voiture mais quand ils en ont ce sont de vieux modèles comme celui-ci. Photo : Axis of Logic.
 
Il est fréquent de voir des poulets et des canards dans les cours, source d’approvisionnement en oeufs et en viande. Photo : Axis of Logic.
 

Cette voisine et son fils m’ont autorisé à les prendre en photo devant leur maison. Photo : Axis of Logic.

 

Maison nouvelle de la Misión Vivienda, presque achevée.
Photo : Axis of Logic.

 

Les nouveaux propriétaires peuvent choisir les couleurs de leur logement.
Photo : Axis of Logic.

 

Deux garçonnets jouant devant leur nouveau logement. Photo : Axis of Logic.

 

Une maison de la Misión Vivienda récemment achevée, attend sa famille. Photo : Axis of Logic.

 

Beaucoup de nouveaux propriétaires collent l’affiche de la campagne présidentielle de Chavez sur leur porte. Photo : Axis of Logic.

 

Logement de la Misión Vivienda en cours d’achèvement.
Photo : Axis of Logic.

 

Une rangée de maisons de la Misión Vivienda en construction, à un pâté de la maison incendiée de Hamilton. Photo : Axis of Logic.

 

Hamilton et son cousin conversent avec un voisin à propos de son nouveau logement. Photo : Axis of Logic.

 

Une rue bordée de nouvelles maisons de la Misión Vivienda, habitées par les bénéficiaires 
Photo : Axis of Logic.

 

Jeune fille et sa soeur face à la nouvelle maison en cours de construction. Photo : Axis of Logic.

 
Une mère et sa fille m’ont autorisé à les prendre en photo devant leur nouveau logement. Les nouveaux occupants choisissent la couleur de la maison. Photo : Axis of Logic.
 

Ces quatre enfants dégustent leur pastèque. Leurs parents attendent d’emménager dans de nouveaux logements. 
Photo : Axis of Logic.

 

Graffitis électoraux des partisans de Chavez à San Joaquin. Photo : Axis of Logic

Auteur : Les Blough, Axis of Logic, 21 septembre 2012 / http://venezuelanalysis.com/analysis/7267

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/22/les-gens-de-san-joaquin-et-la-mision-vivienda/

Le Venezuela et l’Amérique du Sud : la fin de deux cents ans de solitude.

Ce  31 juillet 2012, à Brasilia, lors du sommet extraordinaire du Marché Commun du Sud (MERCOSUR), la présidente argentine Cristina Fernández, a salué l’adhésion du Venezuela : « les gouvernements du Venezuela, de l’Uruguay, du Brésil et de l’Argentine représentent la force sociale et historique de leurs peuples qui se rassemblent au bout de 200 ans d’Histoire pour signifier enfin que la solitude a pris fin, que nous nous sommes retrouvés. Ne croyez pas qu’il s’agit d’une bataille d’idées politiques ou économiques, non, c’est une bataille culturelle. Pendant longtemps nos sociétés, même nos chefs d’entreprise, ont été bombardés par le discours selon lequel les paradigmes étaient autres, les modèles étaient autres. Cette bataille ne peut se mener en termes individuels parce que nous faisons partie de projets collectifs, nous sommes nés collectivement à la politique. Nous ne sommes pas des projets individuels, derrière nous il y a les partis, les mouvements sociaux et politiques nourris d’une longue histoire. »

Brasilia, 31 juillet 2012. En marge du sommet du Mercosur, l’Argentine et le Venezuela ont signé d’importants accords liant leurs compagnies pétrolières publiques.

Lors de son arrivée à Brasilia le président Chavez était attendu par les délégués de nombreux mouvements sociaux et partis de gauche venus de tout le Brésil. Parmi eux les représentants de la CUT, principal syndicat du Brésil et le Mouvement des Sans Terre (www.mst.org.br), dont le coordinateur national, Joao Pedro Stedile, explique la mobilisation : « l’Amérique Latine vit une conjoncture positive pour le monde du travail en général, parce que nous sommes sortis de l’hégémonie totale des États-Unis et du néolibéralisme, avec l’élection de gouvernements progressistes dans tout le continent. L’avenir se joue dans la bataille entre trois projets : le premier est la reprise de l’offensive des États-Unis qui veulent recoloniser la région et la transformer en simple fournisseur de matières premières et d’énergie en vue de maximiser le profit de leurs entreprises qui opèrent ici. Le deuxième projet défend une intégration continentale sans les États-Unis mais qui reste dans le cadre des intérêts des entreprises capitalistes. Et il y a un troisième projet que nous appelons l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour l’Amérique) qui vise à construire une intégration politique, économique et culturelle à partir de l’alliance entre gouvernements progressistes et organisations populaires. Ces trois projets s’affrontent tous les jours dans tous les espaces et à chaque élection présidentielle, on trouve des candidats des trois projets.»

Pour éclairer l’honnête citoyen(ne) sur ce sommet historique du MERCOSUR et sur ses développements à court et à long terme (l’événement ayant été comme d’habitude occulté par les médias français), nous publions le point de vue d’un spécialiste des stratégies économiques publiques : Luciano Wexell Severo. Économiste brésilien formé à l’Université Pontifícia Católica de São Paulo (PUC/SP), Severo est titulaire d’un Master et doctorant d’Économie Politique Internationale (PEPI) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), chercheur de l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) au Brésil et professeur invité de l’Université Fédérale de l’Intégration Latino-Américaine (UNILA). Entre 2004 et 2005, Luciano Wexell Severo fut consultant de la Banque du Commerce Extérieur du Venezuela (Bancoex), puis, de 2005 a 2007, conseiller du Ministère des Industries Basiques de Minerai du Venezuela (Mibam). Entre 2008 et 2012, il a exercé les fonctions de Directeur Exécutif de La Chambre de Commerce et d’Industrie Brésil-Venezuela à Rio de Janeiro.

Hugo Chavez, Dilma Roussef, Pepe Mujica et Cristina Fernandez lors du sommet extraordinaire du MERCOSUR scellant l’adhésion du Venezuela, le 31 juillet 2012, à Brasilia. Roussef a annoncé la création d’un fonds spécial destiné à réduire les asymétries entre économies des membres du Marché Commun du Sud.

Les développements de l’entrée du Venezuela dans le marché Commun du Sud (Mercosur)

Par Luciano Wexell Severo

De manière générale, c’est aux alentours de 2003 que s’est opérée une inflexion dans l’orientation politique des gouvernements d’Amérique du Sud. Les mesures principales furent liées à la déconstruction des asymétries régionales, à une insertion internationale plus souveraine et au renforcement de la participation des mouvements sociaux.

C’est cette année-là que le gouvernement brésilien annonça le Programme de Substitution Compétitive des Importations (PSCI). Quelques mois plus tard fut annoncée la création du Fonds de Convergence Structurelle du MERCOSUR (FOCEM). Les Accords de Complémentarité Économique entre les pays membres du MERCOSUR et de la Communauté Andine des Nations (CAN) s’intensifièrent, permettant le surgissement de la Comunauté Sud-Américaine des Nations (CASA), créée lors du IIIème sommet des Présidents Sud-Américains à Cuzco, en 2004. Ultérieurement, lors du Ier Sommet Énergétique Sud-Américain dans l’île de Margarita, au Venezuela, en 2007, cette institution fut rebaptisée Union des Nations Sud-Américaines  (UNASUR). Celle-ci naquit  avec l’objectif d’être un organisme ample, capable de promouvoir l’intégration non seulement du commerce, mais aussi de l’infrastructure, des finances, de la communication, des transports, de la matrice énergétique, du système éducatif, de la santé, des stratégies scientifiques et technologiques, avec pour  membres la totalité des pays du sous-continent.

Parmi les principales conquêtes de l’UNASUR citons la création des Conseils de Défense Sud-Américain, Energétique de l’Amérique du Sud et de l’Infrastructure et de la Planification, en plus du projet de la Nouvelle Architecture Financière Internationale (NAFR) qui a permis le rapprochement entre Banques Centrales, la Constitution de la Banque du Sud et qui s’est accompagnée d’efforts pour former un marché régional de titres publics. En outre, en 2010, lors de la Réunion des Chefs d’État de l’UNASUR à Buenos Aires, les présidents ont annoncé la création de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC). La naissance de cette institution fut scellée en 2011 à Caracas, coïncidant avec la commémoration du Bicentenaire de la Déclaration de l’Indépendance vénézuélienne.

Pendant de nombreuses années l’Amérique Latine n’a pas conçu de projet propre, mais la dernière décennie, avec l’ascension de gouvernements progressistes, développementistes, populaires ou intégrationnistes, a rendu la situation favorable à la construction d’une dynamique intégratrice, basée sur la coopération, la solidarité, la complémentarité, le développement économique et la déconstruction  des asymétries. Malgré les avancées importantes de l’UNASUR et les nouvelles initiatives qu’elle rend possibles, il reste fondamental d’affirmer le rôle du MERCOSUR como projet d’union régionale et, principalement, comme stratégie de développement des pays sud-américains. Plus que l’aspect purement commercial, il doit incarner une proposition commune de développement. Sur ce point un des éléments les plus siginficatifs est l’entrée du Venezuela dans le MERCOSUR ce 31 juillet 2012.

Avec l’adhésion de ce pays des Caraïbes, le PIB du MERCOSUR totalise en effet près de  3,2 trillions de US$, soit les 75% du total de l’Amérique du Sud. La population des pays membres augmente à 272 millions, soit 70% du total régional. Le bloc devient un des producteurs mondiaux les plus importants d’énergie, d’aliments et de produits manufacturés. Le Venezuela possède d’autres avantages comparatifs, liés à ses immenses réserves de minerai, d’eau potable et de biodiversité, qui lui assurent un rôle croissant dans le scénario mondial. En outre le pays bénéficie d’une position  géographique spéciale, relativement beaucoup plus ouverte aux flux internationaux du commerce de l’Hémisphère Nord.

A la suite de la crise mondiale et de la chute des prix du pétrole, l’économie vénézuélienne a achevé 2010 avec le quatrième plus grand PIB d’Amérique du Sud, derrière le Brésil, l’Argentine et la Colombie. En 2009, il avait accumulé le deuxième PIB le plus grand, dépassé seulement par le Brésil. La population vénézuélienne, physiquement et culturellement très proche de celle du Brésil, frôle les 29 millions d’habitants sur un territoire de 916 mille km2. Le pays est traversé par la Cordillère des Andes, le Delta de l’Orénoque, la Forêt Amazonienne, à la frontière de la région nord du Brésil.

Selon le rapport annuel de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), diffusé en juillet 2011, le Venezuela possédait, à la fin de 2010, une réserve certifiée de plus de 250 milliards de barils, dépassant l’Arabie Saudite. Les réserves vénézuéliennes ont triplé dans les cinq dernières années et ont atteint près de 20% du total mondial. Le résultat est lié aux récentes découvertes de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque. Depuis 2010, les entreprises multinationales ont également découvert d’immenses champs de gaz dans la frange gazifère de la Côte Caraïbe du Venezuela. Le rapport Statistique de l’Énergie 2011 de la British Petroleum, signale que le pays détient la huitième plus grande réserve de gaz de la planète. Ces récentes découvertes renforcent l’idée de constituer une Organisation des Pays Exportateurs de Gaz (OPEG) et fortifient les articulations pour la construction du Gazoduc du Sud qui connectera le sous-continent du Venezuela jusqu’à l’Argentine.

Dans le nord du Venezuela, les plus grandes concentrations de minerai sont celles de nickel, charbon, zinc, argent, cuivre, chrome, plomb et silices. Au sud, les gisements se localisent dans la région stratégique de La Guyane, zone industrielle où se trouvent les entreprises basiques de la Corporation Vénézuélienne de la Guyane (CVG). Cette région, traversée par les fleuves Orénoque et Caroní, possède près de 600 kilomètres de frontière avec le Brésil. Autour de l’axe qui relie les villes de Puerto Ordaz à Santa Elena de Uairén se concentrent principalment les réserves de bauxite, de minerai de fer, de diamant, d’or, de baryte, de caolin et de manganèse. Selon le Ministère des Industries Basiques et Minières du Venezuela (MIBAM), il existe aussi des gisements, bien que peu qualifiés et en quantité indéfinie, de minerais tels que le graphite, le titane, le cobalt, le platine, le tungstène, le mercure, la dolomite, la magnésite, l’étain, et la fluorite, le mica, le vanadium, la bentonite, la cianyte, le bismuth, la colombite et l’asbeste, entre autres. Il y a une ample marge pour les activités des entreprises sud-américaines dans ce pays, tant dans l’exploitation que dans le traitement de ces matières premières.

“Semer le pétrole” et économie productive

L’activité pétrolière du Venezuela a commencé durant la deuxième décennie du siècle dernier dans la région du Lac de Maracaibo, État du Zulia. Depuis lors le pétrole s’est transformé en moteur principal de l’économie du pays ainsi que des transformations politiques et sociales. Selon l’économiste et poète vénézuélien Orlando Araujo (2006, p. 24), le boom de l’économie pétrolière vers la troisième décennie du 20ème siècle a coincidé, entre deux guerres mondiales, avec la crise internationale la plus violente qui a secoué le système capitaliste au cours du 20ème siècle; et sur le plan national, avec la faiblesse séculaire de l’économie agricole héritée du XIXème siècle. Le pétrole est apparu ainsi comme une irruption brutale et providentielle, comme le coup de baguette magique heureux, comme un cadeau divin, manne jaillie des entrailles de la terre pour une tribu sur le point de mourir de faim et à l’aube d’un désastre économique mondial.

Dans la répartition des exportations du Venezuela, le pétrole est passé de 0,9% en 1908 à 76,6% en 1928. Les exportations de café ont chuté de 72,3% à 13,7%, et celles du cacao de 10,1% à 4,4%. En 1948, les ventes de pétrole et de ses produits dérivés avaient déjà atteint le niveau actuel , impressionnant, de 95,9% de toute l’exportation vénézuélienne. L’accès croissant aux pétrodollars et la facilité permanente de l’importation découragea le développement d’autres activités productives internes, comme l’activité minière de l’or, du fer et de l’agriculture. Les ventes de café et de cacao continuèrent de baisser jusqu’à atteindre 2,0% et 1,4% du total respectivement. Entre 1928 et 1970, durant plus de quatre décennies, le pays occupa la position de plus grand exportateur mondial de pétrole.

En plus de marquer une division des eaux dans l’histoire vénézuélienne, la dynamique pétrolière a engendré  une des principales caractéristiques de l’économie du pays – la surévaluation de la monnaie nationale, le Bolívar. Au long des décennies ce phénomène a fouetté les importations tout en freinant les exportations, décourageant le développement des activités productives internes. Cette situation historique explique la relative fragilité de l’industrie et de l’agriculture du Venezuela. En analysant la politique économique vénézuélienne, on note que le plus grand défi historique, qui a échoué de manière répétée, a été de consacrer efficacement les ressources du pétrole dans un processus de diversification productive. Cette politique fut baptisée “Semer le pétrole” (1).

Actuellement, plus de 95% des exportations vénézuéliennes se concentrent sous le code  27 de la Nomenclature Commune du MERCOSUR  (NCM), qui inclut des minerais combustibles, des huiles minérales et les produits de leur distillation, des matières bétumineuses et des cires minérales. Près de 80% des ventes vont vers les États-Unis, la Chine, l’Inde, Singapour, l’Équateur, l’Espagne, la Hollande et quelques îles des Caraïbes. Le Brésil, pour sa part, représente moins d’1% des exportations vénézuéliennes de pétrole.

Pour un pays pétrolier qui veut avancer sur la voie du développement économique, le contrôle du taux de change a été crucial. Après la fuite des capitaux qui a suivi le coup d’État de 2002 et le sabotage des gérants de PDVSA (Entreprise du Pétrole du Venezuela), le Venezuela adopta à la fin de la même année le change fixe, établissant le taux de 1600 Bs. par dollar. Un an plus tard, le taux passa à 1920 Bs./dollar et en 2005  à 2150 Bs/dollar. En 2007, avec l’élimination de trois zéros du Bolívar, le taux officiel fut fixé à 2,15 Bs. A travers la Commission de l’Administration des Devises (CADIVI), le gouvernement a augmenté le contrôle sur le dollar, privilégiant les importations de “produits prioritaires” comme les aliments, les biens de capitaux, technologie, revenus familiaux, transactions diplomatiques et dépenses gouvernementales.

Les produits considérés comme non prioritaires ne bénéficient pas de l’accès garanti aux dollars de CADIVI, et sont importés souvent à travers d’autres mécanismes et avec des taxes qui atteignaient 8,5 Bolivars par dollar. Même de cette manière les données du Ministère du Commerce démontrent que le commerce binational a augmenté de 430% entre 2003 et 2010. Jusqu’à aujourd’hui plus de 60% des exportations brésiliennes vers le Venezuela sont des “produits prioritaires”.

Durant la crise internationale de 2009, le Venezuela a ressenti la forte chute des prix du pétrole. Après deux ans sans modification de taux, le gouvernement annonça la création de deux taux: l’un à. 2,60 Bs. pour l’importation de “produits prioritaires” et l’autre de 4,30 Bs. pour les autres achats. D’un côté la mesure a eu pour effet de contenir l’inflation, de l’autre elle a augmenté la quantité de ressources pour le gouvernement : chaque pétrodollar pour l’usage du gouvernement fut converti à 4,30 Bolivars, multipliant l’effet positif sur les budgets publics. En 2010, ce double taux de change fut éliminé au profit d’um taux unique de 4,30 Bolivars. Le succès de ces initiatives dépendra de plus en plus de l’efficacité de mesures complémentaires  comme l’élargissement du crédit, l’augmentation du salaire réel, la stimulation de la production nationale et l’efficacité de CADIVI.

Dans cet effort de “semer le pétrole” au  Venezuela, les principaux mécanismes utilisés pour surmonter l’économie rentière et pour promouvoir la diversification économique furent (entre autres) :

1) Le retour de l’entreprise PDVSA sous contrôle de l’État. Depuis sa création en 1976 l’entreprise a fonctionné comme un État dans l’État. Cette première mesure a rendu possible en grande partie l’application des autres mesures ;

2) Le contrôle du change, des capitaux et des prix, qui se sont révélés efficaces pour freiner la détérioration de la monnaie nationale et la fuite des capitaux, que ce soit à travers la spéculation internationale sur le bolivar, des revenus de profits à l’extérieur ou d’importations superflues;

3) La nationalisation, à travers le paiement d’indemnisations, d’entreprises stratégiques dans les secteurs des communications, de l’électricité, de l’alimentation et de la construction, ainsi que d’institutions financières;

et 4) La réforme de la Loi de La Banque Centrale du Venezuela, qui a établi un plafond annuel pour les réserves internationales; les valeurs qui dépassent ce plafond doivent être transférés au Fonds de Développement National, le FONDEN, dont l’objectif est de financer des secteurs comme les industries lourdes, les industries de transformation, l’agriculture, la pétrochimie, le gaz, l’infrastructure, les transports et le logement, entre autres. Depuis sa création en 2005, ont été versés au FONDEN, rien que par la compagnie nationale du pétrole PDVSA, près de 21,8 billions de dollars (Chávez, 2009, p.23).

Ces dernières années ont vu de grands progrès dans le processus d’intégration binationale Venezuela/Brésil. Accords noués entre des organismes vénézuéliens et brésiliens comme La Caisse Economique Fédérale (CEF), l’Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole (EMBRAPA), l’Agence Brésilienne de Développement Industriel (ABDI), l’Association Brésilienne d’Industrie des Machines et Équipements (ABIMAQ), la Superintendance de la Zone Franche de Manaos (SUFRAMA), l’Institut Nacional de Métrologie, Qualité et Technologie (INMETRO), l’Institut du Coeur (INCOR), entre autres.

En 2010, les présidents Lula et Chávez annoncèrent leur intention de créer des liens de coopération entre l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) et des institutions vénézuéliennes. Le ministre Samuel Pinheiro Guimarães, alors responsable du Secrétariat des Affaires Stratégiques (SAE), structure à laquelle l’IPEA était subordonné, a eu un rôle important dans cet accord. L’Institut inaugura son premier bureau de représentation à l’extérieur avec un siège au Ministère de l’Énergie et du Pétrole du Venezuela (MENPET) et à Petróleos de Venezuela (PDVSA). Actuellement des techniciens et des spécialistes brésiliens contribuent à la planification territoriale du développement des régions de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque, zone certifiée comme la plus riche en pétrole du monde, et de la Zone Gazifère de l’État de Sucre.

Bien que la région du nord brésilien possède un des plus hauts indices de croissance économique et démographique du Brésil, elle n’est que faiblement intégrée au reste du Brésil. De part et d’autre de la frontière se concentrent les états dotés des plus bas indices de Développement Humains (IDH) des deux pays. L’Amazonie étant une pièce-clef dans le processus d’intégration de l’Amérique du Sud, il convient de considérer les possibilités d’amplifier les travaux autour de l’axe Amazone-Orénoque. Cette région possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, et autour de cet axe se trouvent aussi les entreprises basiques et les principaux gisements de bauxite, minerai de fer, or et diamants du Venezuela. Les dernières années ont été marquées par de grandes avancées dans l’infrastructure énergétique (connexion du Barrage de Guri avec les lignes d’Eletronorte) et de communications (fibre optique de Caracas à Boa Vista et Manaus). Par cette zone passerait le méga-projet de Gazoduc du Sud, oeuvre fondamentale pour garantir la souveraineté énergétique sud-américaine. Actuellement le Groupe Frontalier Binational travaille à l’articulation des chaînes productives (Pôle Industriel de Manaos et Zone Franche de Puerto Ordáz, au Venezuela), à l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux régions et au renforcement de l’infrastructure qui va de Manaos et Boa Vista (Brésil) jusqu’à Puerto Ordaz et Ciudad Bolívar, en passant par Pacaraima et Santa Elena de Uairén (Venezuela). Il est clair que c’est surtout à travers le nord du Brésil que le Venezuela entrera dans le Mercosur.

Ces dernières années les gouvernements du Brésil et du Venezuela, ainsi que les administrations de Roraima et de l’État vénézuélien de Bolívar, ont pris des initiatives pour dynamiser les relations commerciales, intensifier les flux d’investissements et promouvoir l’intégration productive du nord brésilien avec le sud vénézuélien. Il y a de grands potentiels en particulier dans les secteurs de la métallo-mécanique, de  l’agroindustrie, la pétrochinie, l’automobile et l’industrie pharmaceutique. En novembre 2010 et en août 2011, le Ministère des Relations Extérieures (MRE), le Ministère du Développement, de l’Industrie et du Commerce Extérieur (MDIC) et l’IPEA, entre autres organismes brésiliens et vénézuéliens, ont réalisé à Manaos et à Caracas respectivement, des séminaires pour débattre de l’intégration des régions du Nord du Brésil et du Sud du Venezuela.

Les relations entre le Brésil et le Venezuela ont atteint une phase particulière et un niveau très élevé qui ouvre d’innombrables perspectives, devenues plus favorables avec l’entrée du Venezuela dans le Mercosur. Peu de pays comptent autant d’importantes agences brésiliennes établies dans leurs capitales et dans les villes principales. En plus des progrès d’une vaste alliance du secteur public, s’intensifie l’agenda des projets engageant des entreprises privées brésiliennes au Venezuela telles qu’Odebrecht, OAS, Camargo Corrêa, Andrade Gutierrez, Queiroz Galvão, Braskem, AMBEV, Gerdau, Alcicla, Petrobras et Eletrobras, entre autres.

Les exportations brésiliennes vers le Venezuela étaient restées à un niveau relativement bas dans les années 80 jusqu’en 2003. Mais la forte croissance de l’économie vénézuélienne et la décision politique de traiter le Brésil comme un partenaire commercial préférentiel ont dopé les ventes brésiliennes vers le Venezuela. En 2003, les exportations du Brésil ont atteint 600 millions de dollars US. En 2008 déjà, ce montant avait été multiplié par neuf, dépassant 5,2 billions de dollars US. En 2009, même avec la diminution des exportations due à la crise internationale, les ventes brésiliennes au Venezuela ont atteint 3,6 billions de dollars, soit cinq fois plus qu’en 2003. En 2010, elles furent de 3,8 billions de dollars.

En 2003, les exportations brésiliennes vers le Venezuela représentèrent seulement 0,8% des ventes brésiliennes dans le monde. Em août 2010, ce pourcentage fut de 1,5%. En 2009, le Brésil était déjà le deuxième plus grand exportateur d’automobiles et de pièces détachées vers le Venezuela, le troisième plus grand exportateur d’électro-électroniques, d’aliments et de machines et d’équipements et le sixième de produits pharmaceutiques. Il existe, malgré tout, une grande asymétrie dans ces relations commerciales, avec un fort excédent en faveur du Brésil.

Comprenant que l’avancée du processus d’intégration sud-américaine dépend de la déconstruction des asymétries entre les pays et de la complémentarité conséquente des chaînes productives régionales, la chancellerie brésilienne a contribué depuis 2003 à affronter ce scénario défavorable. Cette année-là le gouvernement brésilien a adopté le Programme de Substitution Compétitive d’Importations (PSCI) (2). Ce plan avait pour objectif d’impulser le commerce entre le Brésil et les autres pays sud-américains, em susbstituant, chaque fois que c’était possible et sur base de prix compétitifs, les importations brésiliennes depuis des marchés tiers par des importations provenant de voisins du sud.

En outre dans les dernières années sont néees ou ont pris un nouvel essor les structures tournées vers l’intégration qui prennent en compte les grandes asymétries. Dans ce cadre sont nés l’UNASUR, le Fonds de Convergence Structurelle (FOCEM) et, plus récemment, la Banque du Sud. Dans les années futures l’expansion du réseau d’infrastructures vénézuéliennes permettra au pays caraïbe de développer des liens forts avec le reste de l’Amérique du Sud. On sait que le futur ne dépend pas que des oeuvres humaines. Mais il existe des preuves suffisantes pour affirmer que la planification rationnelle et l’intervention humaine peuvent changer le destin dans l’espace et dans le temps. Il incombe aux penseurs d’aujourd’hui de contribuer à la construction du Mercosur de demain, car il n’y a plus de doutes quant à l’importance fondamentale de l’entrée du Venezuela dans le bloc régional.

(1) L’expression fut lancée par l’intellectuel vénézuélien Arturo Uslar Pietri, em  1936. L’idée était de “convertir la richesse transitoire du pétrole en richesse permanente de la nation”. Pour l’avocat vénézuélien Ramón Crazut (2006), il s’agit d’une “politique orientée à consacrer le gros des ressources obtenues à travers l’exploitation des hydrocarbures à des investissements vraiment productifs qui contribuent à la diversification de la production et des exportations,et nous rendent indépendants de la relative monoproduction et monoexportation d’hydrocarbures, situation qui confère à notre économie une haute vulnérabilité, vu le caractère épuisable de cette ressource extractive et ses continuelles fluctuations de prix”.

(2) Samuel Pinheiro Guimarães (2008) affirme que “la compréhension brésilienne de la necessité de récupération et renforcement industriels de ses voisins nous a menés à la négociation du Mécanisme d’Adaptation Compétitive avec l’Argentine, aux efforts de construction des chaînes productives régionales et à l’exécution du PSCI. L’objectif de celui-ci était de contribuer à la réduction des extrêmes et chroniques déficits commerciaux bilatéraux, quasi tous favorables au Brésil”.

Traduction du portugais : Thierry Deronne

Bibliographie consultée:

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– CHÁVEZ, Hugo. Mensaje anual a la Nación del Presidente de la República Bolivariana de Venezuela, Hugo Chávez, el 13 de enero de 2009 [Cadena nacional de radio y televisión].
 
– COSTA, Darc. Estratégia Nacional. A cooperação sul-americana como caminho para a inserção internacional do Brasil. LP&M Editores: Porto Alegre, 2003.
 
– CRAZUT, Ramón (2006). La siembra del petróleo como postulado fundamental de la política económica venezolana: esfuerzos, experiencias y frustraciones. Caracas: Universidad Central de Venezuela – Consejo de Desarrollo Científico y Humanístico.
 
– FFRENCH-DAVIS, Ricardo; MUÑOZ, Oscar & PALMA, José Gabriel. As economias latino-americanas, 1950-1990. História da América Latina, Volume VI, A América Latina após 1930. Edusp: São Paulo, 2009.
 
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– GONÇALVES, Williams. Latinidade e Mundialização. In: COSTA, Darc. Mundo Latino e Mundialização. Mauad Editora Ltda: Rio de Janeiro, 2004
 
– GUIMARÃES, Samuel Pinheiro. O desafio da integração. O mundo multipolar e a integração sul-americana. Amersur: Buenos Aires, 2008.
 
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– LOPES, Carlos. Empresas externas levam 33% dos recursos do BNDES para indústria, Jornal Hora do Povo, 18 de junho de 2009.
 
– PADULA, Raphael. Uma concepção de integração regional, papel da infraestrutura e ocupação dos espaços. In: COSTA, Darc (org). América do Sul. Integração e infraestrutura. Loco por ti, Rio de Janeiro, 2011. No prelo.
 
– PAIVA, Donizetti Leônidas de & BRAGA, Márcio Bobik. Integração econômica regional e desenvolvimento econômico: reflexões sobre a experiência Latino-Americana. X Encontro Nacional de Economia Política, 2005.
 
– PERÓN, Juan Domingo. La hora de los pueblos. Editorial El encuentro mágico: Buenos Aires, 1968.
 
– PINTO, Luiz Fernando Sanná e SEVERO, Luciano Wexell. O Sistema de Pagamentos em Moeda Local (SML) e suas potencialidades para o Mercosul. Boletim de Economia e Política Internacional, Brasília, Ipea, n. 5, dez. 2010.
 
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– TAVARES, Maria da Conceição. Da substituição de importações ao capitalismo financeiro. Rio de Janeiro: Zahar Editores, 1976. 

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/08/02/le-venezuela-et-lamerique-du-sud-la-fin-de-deux-cents-ans-de-solitude/

Hugo Chavez ou la construction d’un leadership programmatique. Par Jesse Chacón.

Dans l’air une chanson : http://t.co/jxEMBT0J

Puis une image : 

Et ces paroles : « Les années passeront et je me rends compte que je ne m’en irai plus jamais de ces rues parce que Chávez ce n’est plus moi, Chávez c’est le peuple. Nous sommes des millions. Chávez, c’est toi, femme. C’est toi, jeune, c’est toi, enfant; toi, soldat vénézuélien; ce sont vous les pêcheurs, les agriculteurs, les paysans et les commerçants ».

Et il y a ELLE (photo), qui quelques jours auparavant, a accompagné l’inscription au Conseil National Électoral de cet homme que les médias occidentaux rêvaient malade, encerclé par les complots, fini.

Elle a 73 ans m’explique-t-elle, et s’appelle Isabel. Venue des vallées de la rivière Tuy, de loin donc, surtout pour son âge. Je regarde son visage aux traits indigènes, presque impassible. C’est la première fois, poursuit-elle, qu’elle participe à un meeting. La première fois qu’elle croit « vraiment » dans la politique. Elle a fait la route parce qu’elle considère que c’est ce qu’elle peut faire pour lui. Sa fille intervient, émue, s’excusant du désordre de ses pensées : « Chavez a réveillé le meilleur de nous-mêmes, ce qu’il y a de plus authentique en nous. C’est un guerrier infatigable, insoumis et en même temps capable d’une tendresse qui confine à la naïveté. Avec sa franchise à la vénézuélienne qui peut choquer certains mais qui est toujours authentique. Quand je le regarde je vois mon reflet, je vois mes soeurs, mes frères, ou pour le dire autrement, le meilleur de nous-mêmes. II est de ceux qui vous poussent à ne jamais vous avouer vaincu alors que tous les autres vous disent que vous ne pouvez pas. Et notre espoir dans l’avenir n’est plus naïf, pour nous c’est un avenir de travail, de critiques. Nous sommes capables de reconnaître que nous avons fait beaucoup mais qu’il nous reste encore plus à faire. Sauf que maintenant nous savons et que nous nous respectons tels que nous sommes : noirs, indigènes, métis, blancs, tout en étant un même peuple. Avec lui nous avons déjà réussi beaucoup de choses mais je suis sûre que nous allons réussir beaucoup plus de choses parce que nous sommes souverains, indépendants.”

Tout autour de nous, je regarde ces milliers de citoyens. « Messianisme » ? « populisme » ? « totalitarisme » ? dictature » ? Et si c’était le contraire ? Si l’étincelle des urnes de 1998 avait cédé la place à l’intelligence critique d’une population qui ne vote plus pour un homme mais ose « demander le programme » et – crime suprême – ose voter contre l’avis pressant des grands médias ?

Dans le Venezuela de 2012 les universités sont ouvertes et même si la télévision privée conserve une part écrasante d’audience, la réceptionniste qui hier encore se vernissait les ongles, utilise l’ordinateur du patron pour étudier à la « Misión Sucre ». Au-delà de tous les signes « objectifs » publiés par  l’ONU, la CEPAL, etc.. sur les progrès économiques ou les avancées sociales, deux études gagnent à être corrélées : celle de l’ONG chilienne Latinobarometro qui place le Venezuela à la première place des pays latinoaméricains qui croient dans la démocratie (84%) et celle de la firme états-unienne Gallup qui le place à la 5ème place des pays les plus heureux dans le monde.

Un peuple qui a connu les dictatures de Gómez puis de Pérez Jimenez, puis la paix achetée par les sociaux-démocrates et entretenue par Venevision, est devenu mouvement, parole multiple, besoin d’étudier. Ses critiques quotidiennes sur le processus ne font que confirmer ce saut de conscience et ces besoins nouveaux. Les analyses universitaires, journalistiques de la classe moyenne occidentale réduisant ce processus à une manipulation charismatique ont un point commun: le mépris du peuple.

C’est ce type nouveau de co-création du politique que Jesse Chacón analyse dans l’article qui suit.

Thierry Deronne, 3 juillet 2012.

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HUGO CHÁVEZ: LA CONSTRUCTION D’UN LEADERSHIP PROGRAMMATIQUE

Par Jesse Chacón- GISXXI.

24 juin 2012.

Dans notre baromètre du mois de juin 2012, l’action en général du président Chávez se maintient à 63% d’opinions favorables, 17% l’évaluent comme “moyenne” et 19% comme “négative”; par contraste, les opinions positives pour l’opposition n’atteignent que 22% de la population, et 45% la jugent négativement. L’indicateur d’intentions de votes exprime la même tendance pour les deux candidats à l’élection présidentielle du 7 octobre 2012 : 57.8% voteraient pour Hugo Chávez alors que 23% seulement le feraient pour le candidat de la droite, Capriles Radonski.

Selon les indicateurs d’appui ou de rejet, le candidat de l’opposition est rejeté par 43%, Chavez par 17%. 21% se sentent indifférents face à la candidature de Capriles. A cette mathématique du rejet et du soutien, ajoutons que 56% affirment qu’ils ne voteront pas pour Capriles Radonski.

Au vu de ces résultats, divers analystes de l’opposition elle-même qui publient sur le site  http://eleccionespresidenciales2012.blogspot.com, se demandent comment il est possible qu’après l’impact des primaires de l’opposition en février 2012, le candidat de l’opposition n’ait pas réussi à grimper dans les enquêtes. Ils sont intrigués par le fait qu’alors que leur candidat parcourt le pays en faisant du porte à porte, et que le président Chávez ne s’est pas exposé aussi intensément en public, c’est ce dernier qui reste en tête dans tous les sondages. Pas plus qu’ils ne comprennent comment leur candidat qui incarnait la santé et la jeunesse, a pu s’évanouir par deux fois dans des réunions publiques et qu’il soit incapable de construire un discours de plus de 7 minutes, alors qu’un Chavez convalescent, frais comme une rose et plein de vie, bat le record d’un discours de plus de huit heures pour la présentation du bilan annuel au congrès et de trois heures le jour de l’inscription de sa candidature.

Capriles tente de conjurer cette ambiance par l’argument qu’il ne croit « qu’aux enquêtes sérieuses, pas aux enquêtes bidons ». C’est évidemment la réponse de tout candidat qui se sent dépassé par son concurrent; mais cela dénote sans aucun doute la perplexité qui l’envahit face à la proximité du duel électoral et à l’incapacité de construire une stratégie cohérente et dotée d’impact.

D’autres analystes cherchent à expliquer la supériorité du président dans les résultats électoraux par la logique du leadership charismatique, élevant à la dimension de la magie la relation qui s’est construite entre Chávez et le peuple vénézuélien. De ce point de vue seule une connexion du même ordre émotionnel direct et quasi religieuse pourrait renverser cette frénésie.

A première vue l’interprétation précédente peut paraître novatrice. Elle ne fait que s’ajouter aux postures politico-académiques du mépris pour le sujet populaire, national, lorsqu’il acquiert une conscience historique. Cette interprétation préfère octroyer toutes les qualités au leader et reléguer les multitudes au rôle de simples spectatrices, ou, au mieux de marée aveugle, prisonnière de l’émotionnel et de l’irrationnel. Nous pensons que la forte connexion entre le peuple et Chávez doit être lue depuis un autre perspective, celle d’un leadership programmatique.

Le cycle de la révolution que vit aujourd’hui la société vénézuélienne a été déclenché par les majorités lors des émeutes du Caracazo en 1989 : une avant-garde nationale, d’extraction populaire – le MBR200 – interpréta cette atmosphère de révolution et en tira les conclusions en se lançant dans les rébellions civico-militaires de1992. De ces dates jusqu’à aujourd’hui, le Venezuela a vécu un vertigineux processus de déplacement des élites “puntofijistes” (1), a retourné le tracé d’un mode de développement néo-libéral pour le transformer en une politique sociale centrée sur la garantie et l’universalité des droits. Pendant ces 12 ans de gouvernement bolivarien, et malgré la transgression contre-révolutionnaire, ce type de politique a permis des transformations significatives dans la réduction de la pauvreté et dans l’élévation de la qualité de vie des vénézuéliens.

Malgré les échecs opérationnels des rébellions civico-militaires de 1992 menées par le  MBR200, celles-ci se sont configurées en références décisives d’ouverture à une phase instituante, marquant le début d’un cycle révolutionnaire, approfondi ensuite dans la période connue comme constituante. Ce processus constituant ne correspond pas seulement au moment-clef de l’assemblée nationale constituante de 1999, mais à tout le processus de mobilisation et d’identification de la proposition et du modèle de société à construire tel qu’il s’est débattu pendant la décennie des années 90 et qui a trouvé sa première expression publique dans « l’Agenda Alternatif Bolivarien », présenté en 1996 par le MBR200 comme synthèse d’un débat large, riche, initié par les insurgés depuis la prison et ensuite étendu à tout le pays.

L’insurrection sociale et politique vénézuélienne représentée par le MBR200 et la disposition générale de la population à désobéir et à se mobiliser, produisirent leur première expression programmatique dans cet agenda présenté publiquement en 1996.

La période constituante, même si elle ne rompit pas avec la force charismatique générée par le leadership d’Hugo Chávez como commandant principal, permit cependant de développer la construction d’un programme de société nouvelle qui allait prendre forme quelques années plus tard dans la Constitution Bolivarienne de 1999.

S’est construit ainsi un nouveau type de leadership programmatique, un leadership qui s’appuie sur un projet de pays : même si la culture politique vénézuélienne octroie une très forte prééminence au leader, la référence réelle est le projet de constitution bolivarienne, c’est elle qui occupe l’imaginaire des vénézuéliens, comme on l’observera lors des journées d’avril 2002, lorsque le peuple sortit massivement dans la rue pour renouer le fil constitutionnel brisé par le coup d’État de la droite. Le 13 avril 2002, le coeur de la moblisation populaire était le rétablissement du cadre constitutionnel et la restauration de la constitution bolivarienne.

L’Agenda Alternatif Bolivarien de 1996 représenta une option différente face à l’agenda néo-libéral de l’époque baptisé « Agenda Venezuela ». Alors que ce dernier, enivré de néo-libéralisme, approfondissait les privatisations et le démantèlement de l’État comme garant des droits, l’Agenda Alternatif  Bolivarien présenta avec clarté l’obligation pour la société vénézuélienne de recupérer l’État comme centre de gravité du nouveau processus national.

Cet Agenda Alternatif  Bolivarien fut la première ébauche d’un programme minimal et inaugura une nouvelle piste méthodologique, en proposant de créer le programme avec les gens, et de le faire via une assemblée constituante. Cet agenda s’est développé année après année de manière cohérente, d’abord dans la première constitution bolivarienne, ensuite dans les 49 lois d’habilitation, puis dans le plan de développement des 5 équilibres de 1999, dans le Projet National Simón Bolívar de 2006 et aujourd’hui, avec la proposition du candidat Hugo Chávez, le plan de gestion bolivarienne socialiste 2013-2019.

C’est sans aucun doute dans cette cohérence programmatique et dans la forte capacité de la transformer en actes concrets dans la vie quotidienne des gens, que nous devons chercher l’explication de la forte connexion entre Chavez et le peuple. Nulle sorcellerie ni magnétisme personnel du leader mais fidélité au plan de liberté et d’égalité dont le peuple fait conscience a exigé sans cesse la réalisation depuis la geste héroïque de 1989. L’équation n’est pas comme veulent la présenter les analystes d’oppositions ou les universitaires automnaux, que Chávez crée le peuple mais au contraire que Chávez est une création collective du peuple qui se soulève en révolution.

C’est ce peuple devenu gouvernement que la droite vénézuélienne affrontera le 7 octobre.

Jesse Chacón
Directeur de la Fondation GIS XXI
 
(1) NDT. Le « puntofijisme » est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo au Venezuela entre les deux principaux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour se relayer en alternance au pouvoir sans en modifier les structures.
 
Traduction : Thierry Deronne