(Photos :) Venezuela, les images que vos médias ne vous montreront pas

Le 16 mars, depuis l’Argentine, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Nigéria, le Bénin, le Ghana, la Zambie ou le Brésil, de nombreux militant(e)s et mouvements sociaux ont accompagné la forte mobilisation populaire qui fêtait sa nouvelle victoire dans les rues de Caracas. Le sabotage de l’économie et des services par lequel les Etats-Unis escomptaient générer un chaos social et politique s’est brisé sur une combinaison de résistance populaire et d’actions rapides de la part du gouvernement bolivarien. Plus que jamais, celui-ci peut compter sur l’appui renouvelé de la communauté internationale. La Russie a confirmé que cette cyberattaque a été réalisée depuis l’extérieur, et a demandé qu’elle soit rapidement sanctionnée en vertu du droit international. Moscou pourrait déployer une protection anti-missiles pour renforcer les capacités défensives de Caracas. La Chine a offert son appui technologique pour blinder le réseau vénézuélien. L’Inde continue à acheter le pétrole du Venezuela malgré les menaces de sanctions états-uniennes. Ce 16 mars le président Maduro, qui a accusé directement John Bolton d’avoir planifié l’attaque contre la centrale hydro-électrique du Guri, a lancé de grandes manoeuvres civico-militaires pour faire face à toute nouvelle tentative de déstabilisation et pour renforcer la protection des infrastructures énergétiques ciblées par l’Empire : “nous allons approfondir l’union civico-militaire dans tous les quartiers populaires, les villages, les communautés, pour intensifier notre capacité de défendre tout le territoire”.

Thierry Deronne, Caracas, 16 mars 2019

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(Photos:) Mobilisation populaire à Caracas le 16 mars 2019

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Entraînement civico-militaire et formation des mouvements sociaux en vue de renforcer la défense du territoire notamment face à de possibles incursions paramilitaires depuis la Colombie, dans le cadre de la « Contra » bis que met en place Elliot Abrams, formateur de la contre-insurrection et des escadrons de la mort en Amérique Centrale dans les années 80, et récemment nommé « envoyé spécial pour le Venezuela » par le président Trump.

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Joao Pedro Stedile (deuxième à partir de la gauche)

Il y a quelques semaines une Assemblée Internationale des Peuples de 90 pays s’est réunie à Caracas. Parmi près de 500 délégués, ceux du Mouvement des Sans Terre du Brésil. Dans l’interview qui suit, leur coordinateur national Joao Pedro Stedile explique pourquoi il faut continuer à muscler la solidarité internationale en défense de la révolution bolivarienne. Les photos décrivent sa visite, au sein d’une délégation de ces mouvements sociaux du monde entier, à la Commune de los Altos de Lidice (Ouest de Caracas) sur laquelle Terra TV sortira un documentaire en avril 2019.

« Le Venezuela est très important parce que c’est la bataille du siècle »
Carlos Aznarez – Pourquoi une Assemblée internationale des peuples maintenant?

 

Joao Pedro Stedile – L’effort que nous faisons avec cette articulation, sans nous substituer à d’autres comme celle des partis et des syndicats, est d’essayer de rassembler toutes les forces populaires pour que nous puissions promouvoir des luttes communes contre les ennemis communs que sont les impérialistes. C’est la raison principale pour laquelle il faut chercher de nouvelles formes d’articulation internationale qui promeuvent les luttes et qui essaient de donner une unité aux divers espaces et formes d’organisation dans nos pays. Dans cette première Assemblée, à cause du degré de conflit au Venezuela, qui est maintenant l’épicentre de la lutte des classes mondiales, du moins en Occident, où l’impérialisme veut faire basculer le Venezuela, notre numéro un, la priorité zéro pour nous tous est de partir d’ici avec un agenda de mobilisations, de dénonciations, pour que nos mouvements puissent se développer dans chacun des pays où nous sommes.

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Je me fais l’avocat du diable : chaque fois que ce type de réunion se tient, il est proposé à chacun de retourner dans leurs pays et de coordonner les actions, puis, pour une raison ou l’autre, même internes de chaque pays, ces choses ne sont pas menées à bien ou les documents et résolutions sont restés au placard.

Telle est notre réflexion autocritique : nous devons sortir du monde du papier et essayer de promouvoir davantage des actions. Je crois que nous devrions promouvoir des luttes et des actions concrètes parce que les forces populaires qui sont ici sont déjà habituées aux processus d’articulation populaire dans leurs pays, elles sont mieux préparées, elles ont plus de vocation, pour construire des processus unitaires et de lutte sociale. En d’autres termes, ce n’est pas une réunion bureaucratique qui vient avec le logo ou le parti, voilà des gens qui sont impliqués dans leur pays dans de véritables processus de lutte. Nous sommes donc persuadés qu’à leur retour dans leur pays, ils inscriront la question du Venezuela, la question de l’internationalisme, à leur ordre du jour permanent dans les luttes nationales qu’ils mènent déjà.

Le Venezuela est aujourd’hui un tournant dans la lutte anti-impérialiste, comment pensez-vous qu’il soit plus valable ou plus efficace de faire preuve de solidarité avec le Venezuela sur le continent ?

Il est vrai qu’il y a une grande confusion et c’est pourquoi le Venezuela est un point clé, car même certains secteurs de gauche d’Amérique latine et d’Europe se laissent influencer par ce que dit la presse bourgeoise. Nous avions invité plusieurs forces européennes qui refusaient de venir parce que le Venezuela n’est pas la démocratie. Regardez, un pays qui a tenu 25 élections en 20 ans, où la presse privée est majoritaire, où l’opposition manifeste tous les jours comme elle le veut, comment peut-on dire qu’il n’y a pas de démocratie dans ce pays ? Ainsi, ces idées de la bourgeoisie ont aussi affecté des secteurs de la gauche, des plus institutionnels, qui plus tard n’évoluent que par logique électorale, que s’ils sont dans une année électorale, ils croient qu’il est commode pour nous d’être proches des Vénézuéliens car ils sont très radicaux. Comme par le passé, ils se sont isolés de Cuba, mais il y a Cuba, après 60 ans de résistance et maintenant avec son peuple heureux et instruit.

Le Venezuela est donc très important parce que c’est la bataille du siècle. Si l’empire réussit à renverser le Venezuela, cela signifie qu’il aura plus de forces pour renverser Cuba, le Nicaragua, tous les processus qui se proposent pour le changement, même cette gauche institutionnelle qui ne pense qu’aux élections avec une défaite du Venezuela aura plus de difficultés pour gagner les élections. Donc, même pour la lutte institutionnelle ou publique, il est très important de défendre le Venezuela et de le transformer en tranchée de résistance et de creuser ici la tombe, au moins, du gouvernement Trump.

53117901_1809038209202923_2213661607903363072_o.jpgDans vos discours et déclarations, vous avez tendance à critiquer les erreurs des gouvernements néo-développementaux, mais il y a une tendance qui veut que pour sortir de cette offensive impérialiste, il faut recourir une fois de plus à la social-démocratie : comment voyez-vous cela, est-ce valable ou faut-il se définir plus clairement en proposant le chemin du socialisme ?

L’évaluation que nous faisons, c’est qu’il y a une crise profonde du mode de production capitaliste et que l’issue qu’ils trouvent pour résoudre leurs entreprises, leur accumulation, est de s’emparer d’une forme encore plus offensive de ressources naturelles, que ce soit le pétrole, les minerais, l’eau, la biodiversité, et d’augmenter le taux d’exploitation de la classe ouvrière en retirant les droits historiques conquis durant la décennie après la Deuxième guerre mondiale. Sur le plan idéologique, ce que le capital promeut, c’est le retour de l’extrême droite, comme lors de la crise des années 1930, il a fait appel aux idées fascistes et nazies.

L’avantage que nous avons en ce moment, c’est que ce projet ne peut pas être répété comme une proposition de la droite parce qu’ils n’ont pas de mouvement de masse dans la classe ouvrière comme l’ont eu le fascisme et le nazisme, et cela nous donne un peu de sécurité. Mais, d’un autre côté, comme ils n’ont pas de masses, ils nous font la lutte idéologique et utilisent toutes les armes qu’ils ont, la télévision, Internet, les réseaux, les fausses nouvelles, dans le but de nous vaincre sur le plan de l’idéologie.

52951207_1809037585869652_2169241136277749760_o.jpgSur ce plan, le capital a déjà vaincu la social-démocratie. En Amérique latine, l’Europe et la social-démocratie dans le monde entier étaient une manière d’humaniser le capital, mais le capital ne veut plus être humain. Le capital, pour se rétablir, doit être le diable, pour aller jusqu’aux dernières conséquences, que ce soit en termes de manipulation de l’État ou de super-exploitation de la nature et du travail humain.

Alors, ce serait une erreur de la gauche que de penser que pour gagner à nouveau les élections, il faut être encore plus sociaux-démocrates. Maintenant, nous devons essayer de retourner au travail de base, à la lutte idéologique, à la récupération de notre base sociale qui est la classe ouvrière déplacée, précaire, qui fait face à de nombreux problèmes. Mais nous devons le réorganiser sous d’autres formes qui ne sont pas seulement syndicales et partisanes comme nous en avions l’habitude, mais avec de nouvelles formes, de nouveaux mouvements, pour avoir une base sociale qui met sur la table de nouvelles formes y compris la démocratie participative, car il ne suffit pas de gagner des élections, comme cela a été prouvé en Uruguay, Brésil et Argentine. Bien sûr, il est important de gagner les élections, mais nous avons la force accumulée pour réaliser des changements structurels dans l’économie et dans le régime politique.

Il y a un phénomène en Europe qui attire l’attention et c’est les gilets jaunes. Curieusement, cette vague vient d’Europe et non d’Amérique latine comme on aurait pu l’imaginer, avec une approche antisystème. Croyez-vous que ce phénomène pourrait prendre sa place dans ces nouvelles formes de lutte que nous devons donner à l’empire ?

Sans aucun doute. Nous sommes très intéressés par le processus d’articulation, nous allons essayer d’envoyer nos gens pour rester un peu et apprendre avec eux les formes qu’ils ont adoptées. Cela a attiré notre attention parce qu’ils font partie de la classe ouvrière, ce n’est pas un mouvement de la petite bourgeoisie ou d’étudiants désabusés comme cela se faisait autrefois en Europe avec ces occupations sur les places publiques, qui était un peu à gauche, plus maintenant. Nous percevons qu’il y a des initiatives depuis la classe ouvrière précaire qui était en dehors des syndicats, des partis, mais qui ont réagi à cette contradiction quand ils ont vu que le capitalisme ne résout plus précisément leurs problèmes quotidiens et ils ont adopté cette forme qui nous semblait très intéressante.

Cependant, ce n’est pas une forme que nous devrions appliquer dans chaque pays, mais leur importance est qu’ils ont été créatifs et ont découvert une forme qui sert la réalité française. C’est ce que nous devons rechercher au Brésil, en Argentine et dans chacun des pays. En d’autres termes, promouvoir un débat dans les forces populaires pour rechercher de nouvelles formes de lutte qui ralentiront le capital et leur feront du mal, parce que ce n’est pas seulement avec des manifestations, des slogans et des mots d’ordre, des rassemblements, on de freinera pas le capital. Là-bas, les gilets jaunes de France ont causé des dégâts parce qu’ils ont coupé les routes et tout le monde sait que les capitaux ne circulent plus dans les camions qui transportent les marchandises. Je félicite les camarades et j’espère que la gauche française apprendra d’eux et s’impliquera afin de tirer des leçons du point de vue méthodologique sur la manière dont nous devons travailler avec les masses désorganisées.

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53211100_1809038265869584_61881407764430848_o.jpgComment le MST propose-t-il la lutte en ce moment au Brésil où le temps passe, Lula est toujours en prison, il y a des contradictions dans le gouvernement, mais ils continuent à avancer sur les droits des travailleurs et les acquis ?

Le MST se trouve aujourd’hui dans une situation très complexe parce que nous devons redoubler d’efforts et de travail, parce que notre mouvement a une base paysanne, il a développé son expérience de lutte de classe dans les campagnes contre les grand propriétaires terriens et l’agrobusiness, qui sont les grandes multinationales. C’est là que nous nous sommes formés, que nous avons politisé et que nous avons compris que la Réforme Agraire n’est pas seulement une terre pour ceux qui la travaillent comme les idées zapatistes l’ont défendues au 20ème siècle, mais maintenant la Réforme Agraire est une lutte contre le capital international, contre sa technologie des transgènes et agrotoxiques. C’est cette lutte qui nous a politisés pour extrapoler ce que sont les mouvements paysans classiques.

Face à l’échec de la prison pour Lula et à la victoire de Bolsonaro, de nouveaux défis nous sont imposés qui extrapolent la lutte pour la réforme agraire. En même temps, pour appliquer la Réforme agraire, nous devons gagner dans la lutte politique. Ensuite, le MST doit faire preuve de plus de prudence dans la réforme agraire, car la droite est prête à ce que nous tombions dans un piège et que nous soyons battus. Maintenant, dans les campagnes, nous devons agir avec beaucoup plus de sagesse et beaucoup plus de gens pour nous protéger de la répression à venir. Pour l’instant, les milices du capital a été très ponctuelle, nous n’avons pas encore fait face à la répression de l’État, du gouvernement de Bolsonaro, mais nous ne doutons pas que c’est ce qu’ils veulent.

Sur le plan politique, ce que nous devons faire, et nous préparons nos militants, c’est essayer d’aller en ville avec notre militantisme, notre expérience, et d’y développer un mouvement qui agit précisément à la périphérie avec toutes les forces, et pour cela nous avons créé au Brésil un large front unitaire des mouvements populaires appelé le Front Populaire Brésil. Nous sommes en train de développer notre manière de faire du travail de base, que nous appelons Congrès du Peuple, c’est un nom pompeux, mais il essaie de défier, de faire du porte-à-porte pour parler aux gens, pour poser des questions sur leurs problèmes et pour les motiver à aller à une assemblée populaire dans leur quartier, leur paroisse, leur lieu de travail. Après les assemblées où les gens disent leurs problèmes, essayez de tenir des assemblées municipales, puis des assemblées provinciales, pour arriver un jour, l’année prochaine ou à la fin de l’année, à un Congrès national du peuple comme moyen de stimuler les gens à participer à la politique, à récupérer de nouveaux moyens de communication, à distribuer notre journal, à en discuter avec le peuple, à utiliser les réseaux Internet, à tenir des événements culturels, à atteindre le peuple par la musique, le théâtre et pas seulement par le discours politique que personne n’entend. Nous devons utiliser d’autres pédagogies de masse pour que les masses comprennent ce qui se passe au Brésil, la créativité dont je parlais.

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53220902_1809038945869516_2147537150407606272_o.jpgLula et sa libération restent-ils à l’ordre du jour du MST ?

C’est la deuxième grande question en politique : la liberté de Lula est au centre de la lutte des classes au Brésil. Il n’y a pas de successeur à Lula parce que celui qui choisit le leadership populaire ce n’est pas un parti, c’est le peuple, c’est pourquoi on l’appelle le leadership populaire parce que le peuple choisit ses dirigeants et Lula est le dirigeant populaire du Brésil.

C’est une tâche fondamentale pour la lutte des classes que nous réussissions à libérer Lula pour qu’il redevienne le principal porte-parole, celui qui a la capacité d’aider à mobiliser les masses contre le système et le projet de l’extrême droite. C’est pourquoi l’extrême droite est horrifiée et l’empêche même de parler, de donner des interviews, ce qui va à l’encontre de la Constitution. N’importe quel narcotrafiquant au Brésil parle à la télévision nationale, mais Lula ne peut même pas donner une interview à un journal écrit.

Nous sommes donc dans cette lutte pour la liberté de Lula qui dépendra de deux facteurs importants : la solidarité internationale. Je profite donc de cette occasion pour demander à tout le monde de nous aider, maintenant qu’il y a une campagne massive de soutien avec la nomination de Lula au prix Nobel de la paix.

Le deuxième facteur est la mobilisation nationale : au Brésil nous encourageons à converger la campagne pour Lula avec la lutte concrète, pour que les gens commencent à réaliser qu’ils devront se mobiliser contre les mesures du gouvernement néolibéral, pour la défense des droits historiques de la classe ouvrière qu’ils cherchent à éliminer.

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52686620_1809037182536359_6282119767595679744_oPar Carlos Aznárez, Resumen Latinoamericano / traduit par Venesol

Photos: CRBZ, Alba Ciudad.

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Le Venezuela attaqué : les sept-clefs pour comprendre la guerre irrégulière des Etats-Unis

Ces derniers jours, le Venezuela a été victime d’une nouvelle vague de sabotages, la plus importante de l’histoire du pays, contre la centrale hydroélectrique de Guri à l’aide de virus informatiques mais aussi de bombardements électro-magnétiques contre la téléphonie notamment. Tout cela a privé d’électricité au moins 80% de la population. Même le magazine états-unien Forbes considère comme hautement probable que cette attaque soit l’oeuvre des Etats-Unis. Tant l’agence Stratfor (courriel révélé par Wikileaks) qu’un document de 2010 de CANVAS, l’organisation états-unienne qui a formé Juan Guaido avaient prévu les « avantages politiques d’un sabotage électrique »… Elliot Abrams l’a confirmé dans une interview radio réalisée le 12 mars : le but de cette action de guerre cybernétique est « d’augmenter la pression interne ». En clair, saper toute tentative du gouvernement du Venezuela de stabiliser l’économie et d’initier une séquence de chaos social insurrectionnel (panne d’électricité, panne de télécommunications = pénurie d’essence, d’eau, de nourriture, etc..) que les Etats-Unis et leurs outils comme Guaidó doivent à tout prix organiser dans ce pays.  La fausse “aide humanitaire” à la frontière colombienne était peut-être une manoeuvre secondaire, voire “distractive”, face à ce plan élaboré de phases successives du « coup d’Etat à mèche lente » (Maurice Lemoine). (Notons que le New York Times vient de faire amende honorable et de reconnaître, grâce à une vidéo non tronquée des événements, que l’incendie des camions « humanitaires » a été causée comme nous l’avions indiqué précédemment, par des paramilitaires colombo-vénézuéliens, et non par les autorités vénézuéliennes comme la plupart des médias l’ont affirmé. Pour sa part, la télévision canadienne a déjà démonté la fake news du « pont bloqué par Maduro »…)

    1. La préparation du choc.

Les messages venant des Etats-Unis étaient clairs ces derniers jours: la montée en puissance de la déstabilisation était imminente. Le retour faussement épique de Guaidó a duré moins longtemps que prévu sur le panneau d’affichage: il n’ y a pas eu de défections critiques dans les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) qui, mélangées à une révolte sociale générale, l’auraient installé à Miraflores pour exercer le pouvoir. Son retour glorieux au Venezuela n’a eu d’effet que dans la frénésie passagère des médias. En conséquence, Guaidó est revenu au point de départ inconfortable d’il y a deux mois. Épuisée par la défaite “humanitaire” du 23 février et sans des actions concrètes de commandement présidentiel qui le catapulteraient à l’intérieur, l’orchestration des opérations suivantes se ferait entièrement sous contrôle des Etats-Unis.

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Le sénateur US Marco Rubio, puis Juan Guaido, a annoncé quelques heures avant la panne que « les Vénézuéliens vivront la plus grave pénurie de nourriture et d’essence« . « Les politiques de Maduro n’amènent qu’obscurité. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas d’électricité et bientôt, pas de Maduro » s’est gaussé le Secrétaire d’Etat et ex-directeur de la CIA Mike Pompeo dans un de ses tweets.  Pour sa part, le gouvernement russe a publié une déclaration dans laquelle il avertit que  » les Etats-Unis sont en train d’élaborer un plan de secours visant à introduire des groupes armés illégaux formés au Venezuela afin de mener des activités de sabotage et de subversion ».

Le black-out généralisé a eu un impact étendu sur le réseau bancaire, les télécommunications et les services publics vitaux du pays (hôpitaux, approvisionnement en eau, transport, etc.), entravant son fonctionnement et paralysant les activités courantes de la population. Bref, une attaque secrète contre le centre gravitationnel du système électrique vénézuélien, destinée à aggraver le malaise social et économique, a remis à flot le récit de la « crise humanitaire » et de l' »État en faillite », avec lesquels ils espèrent réactiver le leadership déprimé de Guaidó.

Mais cette tendance à faire appel aux options anti-politiques et à la guerre non conventionnelle lorsque les ressources politiques font défaut n’est ni nouvelle ni récente (il suffit de se rappeler les attaques électriques continues lorsque les révolutions colorées de l’extrême droite de 2014 et 2017 sont entrées en récession). À sa façon, Bloomberg l’a laissé entendre dans son dernier rapport. L’usure de Guaidó, son incapacité à mener un processus de transition plus ou moins sérieux, ouvre la voie à des attaques comme celle du barrage hydro-électrique du Guri, la violence armée, la guerre de sabotage irrégulière, du type de la Contra nicaraguayenne, pour devenir des alternatives « légitimes » et « urgentes » pour affronter le chavisme. Le délégué de Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams, spécialiste de la guerre contre le Nicaragua sandiniste et de l’invasion de l’Irak, se base à présent sur un mélange de chaos social générés par les sabotages croissants et les incursions paramilitaires destructrices.

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La « Contra » semant la terreur au Nicaragua dans les années 80, chapeautée par l’actuel envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliot Abrams

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Un des soldats d’Abrams: deuxième en bas à partir de la gauche, Lorent Saleh, paramilitaire vénézuélien formé par Alvaro Uribe a été considéré comme « persécuté politique » par Amnesty International et par le Parlement européen qui lui a octroyé… le « Prix Sakharov ». Le gouvernement de Juan Manuel Santos l’avait expulsé de Colombie en 2014 à la suite de ses activités illégales d’entraînement terroriste.

2. Embargo et sanctions: armes de destruction massive.

Outre les vulnérabilités historiques d’un système électrique tributaire des recettes pétrolières, il y a eu une politique féroce de sanctions financières qui a réduit la capacité d’investissement public dans les branches stratégiques de l’État. L’argent vénézuélien saisi par les États-Unis s’élève à 30 milliards de dollars, ce qui, en utilisant le « gouvernement parallèle » de Guaidó comme outil, a laissé le pays sans ressources liquides pour faire face aux difficultés soulevées par les sanctions.

Le système électrique national a été attaqué sur la base d’un mélange explosif entre désinvestissement, stimulé par le blocus financier, la perte de personnel technique spécialisé en raison de la dépréciation des salaires et opérations de sabotage systématique, ce dernier toujours mis en œuvre lorsque l’offensive politique est reprise par le chavisme. Chris Floyd, auteur du livre The Empire Burlesque, a eu raison de qualifier les sanctions financières d' »holocauste » : l’utilisation de cette arme de destruction massive dans des pays comme l’Irak, l’Iran et la Syrie, montre que les dommages aux infrastructures critiques sont similaires à une campagne intense de bombardements par des missiles de croisière.

En ce sens, la panne d’électricité est une extension de l’embargo contre le Venezuela, de la politique américaine de restriction des importations, de blocage des comptes et d’entrave à l’accès aux liquidités sur le marché financier international et sur son propre marché pétrolier, interdisant le paiement des exportations au Venezuela. La panne est aussi une métaphore de l’état de siège dans lequel le pays est maintenu et de la façon dont le blocus financier, qui empêche l’utilisation de l’argent pour récupérer un système électrique national déjà affaibli qui soutient l’activité pétrolière et économique du pays, vient se substituer aux actions militaires directes.

3. Coup d’Etat cybernétique et crime contre l’humanité.

Ce que Guaidó avait expliqué lors de son appel non suivi à une « grève nationale » mardi dernier devant certains syndicats de l’administration publique, était qu’une action énergique imminente accompagnerait la fabrication d’une situation d’effondrement, comme lorsque la plate-forme de paiement Credicard a été sabotée, en 2016, provoquant l’interruption de toutes les activités commerciales et économiques dans le pays, cette fois exécutée en élargissant son rayon d’affectation.

Le poids du stress et du mécontentement dans la population, comme carburant pour stimuler une situation d’anarchie généralisée qui pourrait en quelque sorte être canalisée dans des manifestations violentes en faveur de Guaidó, indique que la stratégie du chaos (par le cybersabotage et l’artisanat axé sur les infrastructures critiques qui font fonctionner le pays) est utilisé comme un outil de choc. L’opération n’est pas seulement une guerre électrique: ses conséquences couvrent toutes les activités courantes de la société vénézuélienne, auxquelles l’accès à la nourriture, au service hospitalier et aux communications de base est entravé. Un crime contre l’humanité vu à la lumière du Statut de Rome et du droit international, tout en cherchant à détruire physiquement un groupe de population en utilisant comme armes de guerre les éléments fondamentaux de sa subsistance.

Marco Rubio et Mike Pompeo ont réagi à la panne en plaisantant sur Twitter, ce qui reflète bien les motivations et la stratégie sous-jacente du coup d’Etat contre le Venezuela : comme le « plan Guaidó » a échoué dans ses objectifs à atteindre la fracture au sein des forces armées pour faire disparaître Maduro, la population civile (sans discrimination idéologique) devient la première victime des attaques militaires clandestines continues menées par les Etats-Unis.

Ce coup d’État cybernétique contre le système électrique national implique une agression militaire de facto, une extension de celle qui a eu lieu à la frontière entre la Colombie et le Venezuela le 23 février.

4. Cette phase n’est que la première de la guerre irrégulière.

Depuis l’arrivée de Guaidó, sa projection médiatique est devenue marginale. Cette réduction préméditée de sa visibilité contraste avec le poids croissant que le Commandement du Sud, John Bolton, Marco Rubio et Mike Pompeo ont dans l’orientation du changement de régime. En ce sens, les effets néfastes du black-out s’inscrivent parfaitement dans le récit de la  » crise humanitaire « , selon laquelle le Commandement Sud et l’extrême droite vénézuélienne, depuis 2016, mobilisent  » l’urgence  » d’activer un dispositif d' » intervention humanitaire  » qui neutralise l’interdiction du Congrès américain, du Conseil de sécurité des Nations Unies et le consensus pragmatique pour la non intervention qui a fait son chemin en Amérique latine et dans le monde entier.

Le black-out en tant que tel n’est pas une fin en soi. Il vise à aiguiser les vulnérabilités du pays et à mesurer la capacité de réponse militaire des systèmes défensifs de la République face à une action militaire irrégulière et mercenaire, qui profiterait du blocus de l’information pour couvrir les incursions armées, sa carte opérationnelle et ceux directement responsables sur le terrain, surtout du fait du black out généré par la rupture du système électrique.

Ainsi, au niveau du théâtre d’opérations de la guerre contre le Venezuela, le black-out se traduit par la génération d’un panorama diffus et déroutant qui favoriserait l’exécution d’opérations de faux drapeaux, d’incursions paramilitaires et autres actions violentes qui précipitent un état de troubles généralisés, qui pourrait être présenté comme l’événement déclencheur d’une intervention militaire préventive, soit pour « stabiliser le pays du fait de la crise humanitaire » ou pour « sauver les Vénézuéliens de la situation d’État failli » dans « une crise humanitaire ». Dans ce cadre narratif, Julio Borges, Antonio Ledezma, Juan Guaidó, Elliot Abrams et le cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, se serrent la main et travaillent ensemble sous la doctrine du chaos contrôlé de facture américaines.

Avec le black-out, ils cherchent à concrétiser physiquement la « crise humanitaire », non seulement au niveau de la propagande, mais aussi en profitant des pertes humaines et des complications d’un autre type générées par l’opération de sabotage.

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L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams (au centre), réuni avec l’équipe de Juan Guaido à New York le 26 janvier 2019.

  1. Caractéristiques de l’agression.

Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’attaque contre des sous-stations ou des lignes de transport d’électricité, comme cela avait déjà été tenté à plusieurs reprises, selon les manuels de sabotage de la CIA contre le Nicaragua sandiniste des années 80, déjà déclassifié.

Il est à noter que le logiciel utilisé (appelé Scada) dans le système de contrôle automatisé (SCA) qui assure le fonctionnement des moteurs est celui créé par la société ABB, qui ne fonctionne plus dans le pays depuis des années. Cette société ABB, qui a travaillé au Venezuela sous le nom de ABB Trilateral Consortium (ABB Venezuela, ABB Canada, ABB Suisse), a conçu un projet de modernisation de Guri à la fin de la dernière décennie, sous le gouvernement de Hugo Chávez, dans lequel elle décrit en profondeur le système attaqué et l’organisation fondamentale du Guri.

L’analyste géopolitique Vladimir Adrianza Salas, dans un entretien avec TeleSur, a expliqué que le réservoir de Guri  » nécessite un système de contrôle techniquement appelé  » scada system « , qui n’est rien de plus qu’un système de supervision, de contrôle et de réquisition de données qui permet, du point de vue informatique, de contrôler tous les éléments de la production énergétique. Si vous sabotez ça, vous sabotez l’opération. Mais pour saboter cela, il faut deux choses : soit vous devez avoir accès de l’extérieur, soit vous devez avoir une complicité interne pour modifier les processus.

Des précédents de ce type se retrouvent dans des pays directement attaqués ou sous pression par les États-Unis, comme l’Irak et le Liban, où les pannes ont été systématiques et consécutives, l’une après l’autre pendant des dizaines d’heures. Les « répliques » de l’interruption de l’approvisionnement énergétique répondraient à ces séquences d’offensives qui ont déjà été vécues dans d’autres contextes de guerre asymétrique et irrégulière.

La création d’armées de pirates et de matériel de cyberguerre par la CIA et la NSA a été documentée au fil des ans. Un documentaire explique l’origine du virus Stuxnet, qui devrait indiquer les couloirs de ces agences de renseignement américaines. Cet instrument de cyberattaque visait à la fois à saboter les installations de recherche nucléaire en Iran et à dresser un tableau circonstancié qui pourrait conduire à une attaque du réseau électrique national automatisé de l’Iran (analogue au système Guri) en cas de guerre déclarée entre Washington et la République islamique.

  1. Ralentir les tendances à la reprise.

La panne se produit dans un contexte de tendance à la reprise économique à différent niveaux : une baisse des prix des produits alimentaires sensibles a réduit la tension en début d’année, tandis qu’au niveau financier, la restructuration du marché des changes a permis de contenir une des variables de l’inflation induite : la hausse du prix des devises sur le marché noir. Ces tendances ont favorisé la stabilité politique du pays, au milieu d’agressions non conventionnelles et de menaces d’intervention militaire, privant Guaidó non seulement du pouvoir de convocation, mais aussi de la capacité de manœuvre pour capitaliser le malaise général causé par les sanctions.

Ainsi, le black-out cherche à freiner ces tendances de redressement social, politique et économique, aggravant par un boycott généralisé les moyens de paiement, l’accès à la nourriture et aux hôpitaux et le développement normal de la société vénézuélienne. De même, l’agressivité de l’attaque vise à affaiblir la production pétrolière et industrielle du Venezuela.

  1. La prise de conscience du pays et le pouls de l’intervention.

Tout comme en 2002, la population vénézuélienne vient de connaître un baptême généralisé du feu. Une opération de sabotage visant à précipiter un chaos généralisé, qui met en danger la santé et la nutrition de la population, l’activité économique du pays, ses télécommunications et nos routines les plus élémentaires, nous ramène au paysage du sabotage pétrolier des années 2002-2003, où l’opposition de ce moment, les mêmes qui gèrent une intervention avec les Etats-Unis et la Colombie, ont exécuté un état de siège qui paralyse le pétrole.

La réaction de la population, attaquée psychologiquement au cours des dernières années dans le but de l’inciter à une guerre civile qui rend possible une intervention, a été défavorable au calcul du sabotage. Malgré des protestations locales, le calme s’est imposé, à travers l’utilisation d’alternatives pour cuisiner, la mobilisation des ressources physiques du pays pour faire face aux urgences les plus urgentes, et la vocation généralisée du pays à ne pas tomber dans une provocation qui vise à mener à une confrontation civile et armée. La violence a été vaincue comme en 2002-2003 : ce paysage qui marque aujourd’hui notre histoire contemporaine offre la leçon qu’après l’épreuve de feu, où la brutalité du coup d’Etat a un impact massif, la cohésion du peuple est réaffirmée. Les Etats-Unis doivent donc « augmenter la dose de chaos » pour obtenir le mécontement servant à justifier leurs plans d’intervention ou de coup d’Etat..

Juan Guaidó tente de canaliser l’impact du black-out pour  » déclarer une urgence extraordinaire  » à l’Assemblée nationale, car selon lui  » le moment est venu de faire le pas « , flirtant avec l’idée d’utiliser la Constitution pour légitimer une intervention. C’est précisément dans cette orientation comme moyen de boucler le cycle du sabotage, que l’on voit que le black-out tente de fabriquer les conditions de l’anarchie, du chaos et de l’absence de services vitaux, de faire pression pour une « intervention humanitaire » sur le sol vénézuélien, avec l’approbation de l’Assemblée nationale et la « coalition des pays latino-américains », prêts à entreprendre une action vigoureuse conçue par John Bolton.

Compte tenu de l’arrivée prochaine de la mission technique du Haut Commissariat aux Droits Humains (ONU), le black-out cherchera à être canalisé vers un renforcement du dossier  » crise humanitaire  » au Venezuela qui, s’il est bien géré et promu dans les médias, pourrait entraîner un changement de position au niveau de la région, de l’ONU elle-même, du Congrès américain, sur  » l’urgence  » d’une action  » humanitaire  » demandée par le  » gouvernement parallèle.

Cette manœuvre baisse le rideau sur Guaidó : emprisonné dans un plan mal conçu et dépendant de la chaîne de commandement du cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, il doit être sacrifiée pour l’ouvrir à la guerre. Sa volonté de faire légitimer par une assemblée nationale à majorité de droite, une intervention militaire étrangère est un suicide politique. Il est accompagné par des secteurs de l’extrême droite de Caracas, descendants en droite ligne des premiers colonisateurs espagnols, et qui prétendent activer la Responsabilité de Protéger (R2P) qui a détruit la Libye, le Kosovo, l’Irak, et d’autres régions que les Etats-Unis ont pillées pour maintenir leur statut de puissance.

Mais le black-out doit apporter une autre leçon, et nous obliger à retrouver les codes sociaux et les habitudes collectives et solidaires pratiquées lors de la guerre économique de 2002-2003. C’est là que sont nos armes en tant que communauté historique et spirituelle, armes mises à notre disposition pour maintenir en vie le fil de notre histoire comme patrie.

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Mobilisation de travailleurs pétroliers en réaction au lock-out décidé par les cadres supérieurs de l’entreprise publique PDVSA  dans le cadre de la guerre économique de 2002-2003 contre Hugo Chavez


Source : Mision Verdadhttp://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/venezuela-bajo-ataque

Traduction: Thierry Deronne

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Le chantage-au-Venezuela: comment les médias états-uniens tentent d’enrayer la contestation de la politique extérieure, par Alan MacLeod (FAIR)

En France, la tête de liste d’un mouvement progressiste en campagne pour les européennes (Manon Aubry) a déclaré récemment dans un média que “ni Guaido ni Maduro n’ont la légitimité pour organiser de nouvelles élections au Venezuela”. Elle met ainsi sur le même pied un putschiste d’extrême droite, élu par personne, adoubé par Donald Trump, et un président démocratiquement élu lors d’un scrutin dont la transparence a été soulignée par les nombreux observateurs internationaux (parmi lesquels le respecté Conseil des Experts Electoraux Latino-Américains ou l’ex-premier ministre espagnol Rodriguez Zapatero). Les élections qui avaient permis d’élire l’Assemblée Constituante en 2017, furent organisées sur une initiative constitutionnelle de Maduro. Elles ont permis de sortir par le haut du cycle de violences de l’extrême droite qui avait déjà produit des dizaines de morts. Ce fut une nouvelle preuve de cette grande maturité politique, de cette volonté pacifiste qui caractérise la société vénézuélienne. Celle-ci a toujours su éviter la « colombianisation » vers laquelle l’Empire veut l’entraîner. Elle détient d’ailleurs un record continental : 25 scrutins en vingt ans de révolution. Enfin il n’appartient à personne de juger depuis Paris qui est capable ou non d’organiser des élections : les vénézuéliens les organisent en fonction de leur Constitution et de leur loi électorale. 

La position d’Aubry contraste avec celle du leader historique Jean-Luc Mélenchon, qui signe une analyse autocritique sur l’intervention en Libye, dénonce l’ingérence francaise au Venezuela, son “vieux fond de colonialisme” et sa soumission aux Etats-Unis. Des militants expliquent que la candidate Aubry “ne peut pas tout savoir sur tout” ou qu’elle a simplement “merdé au micro”. Mais sans doute le “ni-ni” répandu dans la génération post-moderne a-t-il une cause plus profonde : les champs politique et universitaire sont passés sous la domination du champ médiatique. Le sens commun sédimenté par l’hégémonie des médias a détaché le mot “Venezuela” du réel d’origine pour en faire un « marqueur » de respectabilité. Pour beaucoup de personnalités politiques, revues, journaux, centres de recherche, etc.. la question n’est plus “comment enquêter là-bas, comprendre, apprendre” mais “comment soigner, ici, mon image antitotalitaire dans l’opinion”. L’analyse d’Alan MacLeod montre qu’en ce domaine la France n’est que l’ombre portée de ce qui se passe aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Venezuelainfos

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Le chantage-au-Venezuela: comment les médias états-uniens tentent d’enrayer la contestation de la politique extérieure

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Aux Etats-Unis les médias dominants ont toujours attaqué les gens de gauche pour leurs positions sur le Venezuela, systématiquement déformé et diabolisé (FAIR.org, 6/1/02, 11/1/05, 4/1/13, 2/22/19). Depuis l’aggravation des sanctions décidée par le président Trump et les indices de préparatifs d’une invasion annoncée (Fox News, 2/27/19), la campagne visant à piéger les partisans du Venezuela est passé à la vitesse supérieure. La droite de l’échiquier politique s’unit à l’establishment du parti démocrate pour dénoncer le candidat potentiel à la présidence, Bernie Sanders, pour sa position soi-disant favorable à la « dictature vénézuélienne ». Et les médias la rejoignent dans cette tâche.

BS2

Tweets de Bernie Sanders (1/24/19) sur le Venezuela.
Le gouvernement de Maduro a violemment réprimé la société civile vénézuélienne, il a violé la constitution en dissolvant l’Assemblée Nationale et a été réélu l’année dernière lors d’une élection dont nombreux observateurs ont dit qu’elle était frauduleuse. La situation économique est catastrophique et les gens émigrent par millions.
Les Etats-Unis devraient soutenir l’état de droit, des élections libres et régulières et l’auto-détermination pour le peuple vénézuélien. Nous devons condamner l’usage de la violence contre des manifestants désarmés et la répression de l’opposition.
Mais nous devons tirer les leçons du passé et ne pas nous consacrer à renverser des régimes ni à soutenir des putschs, comme nous l’avons fait au Chili, au Guatemala, au Brésil et dans la République Dominicaine.
Les Etats-Unis ont une longue histoire d’interventions à tort dans les pays d’Amérique Latine, il ne faut plus s’engager sur cette voie.

Et pourtant, les déclarations de Sanders sur la crise vénézuélienne (voir tweets ci-dessus) étaient très critiques du Président Nicolas Maduro, disant que la réélection de 2018 avait été « jugée frauduleuse par de nombreux observateurs ». Sanders avait condamné la “violente répression de la société civile vénézuélienne» et insisté pour que « l’aide humanitaire » soit autorisée dans le pays. Il s’est systématiquement opposé au Venezuela, appelant Hugo Chavez, le prédécesseur de Maduro, « un dictateur communiste mort ».

En réalité, les élections de 2018 ont été certifiées libres et régulières par plus de 150 observateurs internationaux, bien que les médias aient tu en chœur ces faits gênants. (FAIR.org, 5/23/18). Notons également que la “société civile” n’est pas un terme neutre mais lourdement connoté (FAIR.org, 1/31/19). Dans une étude de plus de 500 articles sur une période de 20 ans, j’ai conclu que le terme était exclusivement employé pour parler de l’élite blanche vénézuélienne, soutenue par les Etats-Unis, mais jamais pour se référer aux groupes de la population majoritairement noire et ouvrière qui soutiennent le gouvernement.

Les Nations Unies et la Croix-Rouge ont également rejeté l’”aide”étatsunienne exigée par Sanders du fait qu’elle était motivée politiquement, et ont longtemps travaillé en coopération avec le gouvernement vénézuélien pour apporter et distribuer une véritable aide internationale dans tout le pays. En outre, le bureau McClatchy DC (2/7/19) a déjà révélé que des armes des Etats-Unis étaient livrées clandestinement dans le pays. Par conséquent, les déclarations du sénateur appuyaient et faisaient écho à nombreux des arguments discrédités en faveur d’un changement de régime qu’avancent Trump, John Bolton et Elliott Abrams .

Mais en même temps, Sanders ne va pas jusqu’à soutenir la tentative du gouvernement Trump de renverser le gouvernement Maduro, alertant au fait que “nous devons tirer les leçons du passé et ne pas nous consacrer à renverser des régimes ni à soutenir des putschs , comme nous l’avons fait au Chili, au Guatemala, au Brésil et dans la République Dominicaine »

Les Etats-Unis ont une longue histoire d’interventions à tort dans les pays d’Amérique Latine, il ne faut plus s’engager sur cette voie.

Certains membres de l’establishment se félicitent de la position de Sanders. Dans un essai paru dans Foreign Policy, intitulé “La gauche continue de ne rien comprendre au Vénézuela” (1/28/19), l’écrivain James Bloodworth fait une distinction entre Sanders et des dirigeants politiques de gauche tels que Ilhan Olmar et Tulsi Gabbard qui seraient « partisans de dictateurs, tant que ceux-ci déclarent des platitudes anti-américaines » :

« Il est possible de s’opposer à l’interventionnisme des Etats-Unis sans trouver d’autres excuses à la dictature de Caracas. Les déclarations sans équivoque du Sénateur états-unien Bernie Sanders mettent en évidence l’absurdité de l’idée selon laquelle la gauche a quelque devoir que ce soit de protéger des dictateurs simplement parce qu’ils se prétendent socialistes. »

(Bloodworth a fait de cette traque des politiques-pro-Venezuela sa spécialité, écrivant le même article pendant des années—Spectator, 11/23/13; London Independent, 2/19/14; International Business Times, 7/4/17; New Statesman, 8/2/17; Huffington Post, 5/22/18.)

BS3

Gros titre : Bernie Sanders a tout faux sur ce qui se passe au Venezuela. Légende de la photo : Juan Guaido prend la parole lors de la présentation de son projet de gouvernement appelé « Plan pais » pour le « sauvetage du Venezuela » a la Facultad de Ciencias Economicas y Sociales de l’Université Centrale du Venezuela le 31 janvier 2019 à Caracas, Venezuela. The Washington Post (1/31/19) réprimande Bernie Sanders parce qu’il refuse de reconnaître “que les Etats-Unis relâchent leur volonté de faire tomber des régimes toxiques »

La plupart des médias dominants ont condamné la position de Sanders comme un soutien servile et honteux à une dictature. The Wall Street Journal (1/28/19) a attaqué le sénateur pour s’être inquiété du “changement de régime » : « Un changement de régime est exactement ce que veut le peuple du Venezuela. Bernie se range aux côtés du dictateur, qui survit au pouvoir seulement grâce à l’armée et aux renseignements cubains. »

Jackson Diehl, du Washington Post (1/31/19) a écrit que Sanders était “mal informé” et qu’il “avait tout faux sur le Venezuela”, puisque selon lui « les Etats-Unis ont évité un affrontement tous azimuts avec le Venezuela pendant des décennies », ignorant le soutien de Washington au renversement du gouvernement vénézuélien au moins depuis 2002, et les sanction dévastatrices qui ont paralysé l’industrie pétrolière et l’accès au crédit du pays.

Le Washington Examiner (2/21/19) a dit du sénateur que “l’immoralité l’étouffait” et “qu’il puait l’hypocrisie » parce qu’il refusait d’appeler au renversement de Maduro, alias le « boucher tueur d’enfants du Venezuela ». Le Miami Herald (2/1/19) a commencé un article par “Honte à vous, Bernie Sanders!”, affirmant que “répéter comme un perroquet la propagande du dictateur Maduro” rendait service à Trump en attirant des électeurs vers une position soi-disant plus raisonnée de la Maison Blanche.

Politico (2/21/19) accentue la pression sur Sanders, affirmant qu’il ne pouvait pas être candidat des démocrates parce qu’il cautionnait un « dictateur », prêtant le flanc à toutes les attaques vues ses remarques « révoltantes », « hors-sol » et « extrêmement ignorantes » qui prouvaient « qu’il ne sera pas le candidat du Parti Démocrate » parce qu’ « il ne comprend pas la situation ».

Politico a présenté Maduro comme un tyran isolé et la position de la Maison Blanche en faveur d’un changement de « régime » comme preuve de bon sens. En signe d’équilibre, il n’oublie pas d’ informer ses lecteurs que des pays comme la Corée du Nord, la Syrie, l’Iran et la Russie s’opposent à ce plan, sans leur dire que des gouvernements tels que ceux de la Norvège, l’Italie, la Suisse, le Mexique, l’Inde, la Chine ou l’Afrique du Sud, qui ne sont pas constamment diabolisés par les médias étatsuniens reconnaissent également le président Maduro.

BS4

Wolf Blitzer (CNN, 2/26/19) demande à Bernie Sanders pourquoi il n’emploie pas le terme validé par la propagande lorsqu’il condamne Maduro.

Pendant plus d’un mois, les médias n’ont cessé de poursuivre Sanders avec la même question. Il a été mis sur le grill en direct par Wolf Blitzer lors d’un passage sur CNN le 25 février. (CNN, 2/26/19): “Pourquoi n’avez-vous jamais dit de Maduro que c’est un dictateur ?» lui a demandé le journaliste.

En réalité 75 pour cent des pays du monde ont rejeté la position des Etats-Unis selon laquelle Juan Guaido est le président légitime du Venezuela, d’après une étude de Venezuelanalysis (2/6/19). L’ONU a officiellement condamné les sanctions des Etats-Unis. Un rapporteur spécial des Nations Unies les a comparées à un “siège médiéval” et a déclaré que les Etats-Unis étaient coupables de “crimes contre l’humanité” (London Independent, 1/26/19). Ces vérités dérangeantes sur lesquelles repose la compréhension de la situation n’ont pas été mentionnées par le New York Times, ni par CNN, MSNBC ou d’autres médias nationaux.

L’opinion internationale, qui n’est jamais en faveur des Etats-Unis, est vite en train de devenir hostile aux plans de Trump, dont la plupart sont tacitement ou explicitement entérinés par Sanders. Les Etats-Unis ont été fortement critiqués lors d’une séance du Conseil de Sécurité (2/26/19), tandis que le Groupe de Lima—un ensemble d’états latinoaméricains de droite, créé par Washington expressément pour promouvoir le changement de régime au Venezuela – est en voie de désintégration. Même le gouvernement fascisant du Brésil a retiré son soutien aux préparatifs militaires, déclarant qu’il ne participerait en aucun cas à une invasion (The Hill, 2/25/19). D’autres partenaires-clefs comme la Colombie, le Chili et le Pérou ont fait des déclarations analogues, tandis que des alliés européens importants tels que l’Espagne et l’Allemagne ont rejeté l’option militaire (Guardian, 2/25/19). Ainsi, en tentant d’isoler le Venezuela, la position extrême adoptée par les Etats-Unis ne fait-elle que les isoler eux-mêmes.

Néanmoins, alors que la politique étrangère des Etats-Unis est considérée comme trop extrémiste… même par des gouvernements d’extrême-droite comme celui du Brésil, les médias continuent de faire pression sur Sanders pour qu’il se conforme à cette politique agressive. Bien que Sanders a dénoncé Maduro et soutenu les douteuses exigences “humanitaires” des Etats-Unis, son simple rappel de l’histoire des Etats-Unis en matière « d’interventions inappropriées dans les pays latinoaméricains » semble encore être de trop pour les journalistes de la télévision et de la presse écrite.

Dans leur étude fondatrice sur les médias La Fabrique du consentement, Edward Herman et Noam Chomsky ont expliqué qu’il existait dans la presse une religion laïque antisocialiste omniprésente. Ils ont signalé que les gens de gauche aux Etats-Unis sont constamment accusés de soutenir “les atrocités” des pays “socialistes”, les mettant en permanence sur la défensive et leur exigeant d’apporter leur soutien aux politiques réactionnaires à l’étranger pour prouver leur bonne foi démocratique.

BS5

Titre: La tragédie du Venezuela montre à quel point Jeremy Corbyn et ses acolytes sont dangereux. The London Telegraph (2/4/19) démontre que le piège du Venezuela est un outil commode des deux côtés de l’Atlantique.

L’épouvantail du Venezuela est si utile, que l’on s’en sert dans le monde entier pour que les politiques de gauche soient forcés de soutenir le changement de régime sous peine de s’exposer au blâme. Tantôt, c’est le Daily Telegraph (2/4/19) qui prétend que “la tragédie du Venezuela” montre à quel point le leader du Parti Travailliste du Royaume-Uni, Jeremy Corbyn, est “dangereux”, tantôt c’est le Daily Express (2/5/19) qui accuse Corbyn de « faillite morale » parce qu’il a insuffisamment dénoncé Maduro. Pendant ce temps, le Premier Ministre grec a été condamné pour son refus de soutenir ceux qui « se battent pour un Venezuela démocratique » (Ekathimerini, 2/7/19).

Sanders a déjà été confronté à ce type de chantage, à propos de sa position sur la Russie, un autre ennemi officiel. Bien qu’il a toujours souscrit au discours sur le Russiagate et qu’il a condamné le Président Vladimir Poutine pour son ingérence dans les élections aux Etats-Unis, il a été lui-même constamment traité de marionnette de la Russie (FAIR.org, 7/27/18). Le Washington Post (11/12/17) a demandé a ses lecteurs: “Lorsque la Russie d’ingérera dans les élections de 2020 au nom du candidat à la candidature démocrate Bernie Sanders, comment les progressistes vont-ils réagir ?”

En fait, plus aucune position n’est acceptée par les médias qui ne soit la soumission intégrale à ce chantage intellectuel. Ce tir de barrage « anti-rouges » est une technique éprouvée qui consiste à faire rentrer dans le rang tout avis s’éloignant de l’opinion « respectable ». Toute personne qui ne serait pas assez enthousiaste vis-à-vis d’un changement de régime dans « l’arrière-cour » des Etats-Unis s’expose à une démolition et à une diffamation en règle. Sanders devrait le savoir, qui présenta un jour une conférence de Noam Chomsky (5/20/85) en expliquant que la déformation de l’image des pays latinoaméricains est un élément préalable à l’intervention militaire.

Alan MacLeod

Alan-MacLeodL’auteur@AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

 

Source : https://fair.org/home/venezuela-baiting-how-media-keep-anti-imperialist-dissent-in-check/

Traduction : Venezuela Infos

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« L’invasion du Venezuela par les Etats-Unis est-elle possible ? », l’interview de Maurice Lemoine par RT France

Entretien du 25/02/2019 avec Maurice Lemoine, journaliste spécialiste de l’Amérique latine. Pour RT France, il revient sur la situation au Venezuela alors qu’une intervention américaine semble imminente.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4wD

Le peuple bolivarien inflige une nouvelle défaite aux médias occidentaux

220px-Gustavo_Petro_Mayor_of_Bogota_(cropped_2)Plus loin, toujours plus loin dans la propagande : “Nicolas Maduro brûle les camions d’aide humanitaire”. Le sénateur Gustavo Petro, ex-maire de Bogota, ex-candidat à la présidence de la Colombie, et qui n’a jamais ménagé ses critiques vis-à-vis du gouvernement Maduro, s’indigne face au lavage de cerveau : “Les camions ont été brûlés par les hommes de Guaidó (éphémère “président” du Venezuela nommé par Donald Trump, NdR). Si l’incendie des camions sert de prétexte à une invasion, Duque (actuel président colombien, protégé d’Alvaro Uribe, NdR) et Guaidó passeront à l’Histoire comme instigateurs de la violence sur la base d’un mensonge. Depuis que j’ai commencé à écrire sur le concert, et sur la soi-disant “aide humanitaire”, depuis qu’ont été découverts les vrais auteurs de l’incendie des camions, j’ai clairement dit que la stratégie de Duque et de Trump était l’invasion violente. Nous avons vu qu’en Colombie, chaque fois que nos peuples indigènes manifestent et protestent, on les réprime et on les tue, la même chose se produit pour nos paysans, nos étudiants, nos vendeurs ambulants, pour ceux qui s’opposent, demandent la justice et cherchent des vérités. Si la priorité de Duque avait été la protection de la population civile à la frontière, il n’aurait pas mené cette stupide opération d’agression, concert inclus. A présent le contrôle de la frontière est aux mains des cartels mexicains de la drogue. Nous ne pouvons rester spectateurs, nous devons agir, nous bouger pour la paix. Après son échec, Juan Guaido n’a pas choisi la voie d’un vrai dialogue au Venezuela mais de demander ouvertement une intervention militaire étrangère, sans que lui importent les milliers de compatriotes qui mourraient dans son pays. Je l’invite à ouvrir les portes du dialogue (1)

Le “blocage-par-Maduro-de-l’aide-humanitaire” convoyée dans des avions militaires US par Elliot Abrams, ex-chef des escadrons de la mort en Amérique Centrale, étaient une fake news annoncée. Deux jours avant les incidents, Dmitri Polyanskiy, premier adjoint du représentant permanent de la Russie à l’ONU, déclarait : “Sous prétexte d’une livraison d’une aide humanitaire au peuple vénézuélien, les États-Unis sont en train de préparer une provocation «flagrante» à la frontière entre le Venezuela et la Colombie, pour le 23 février. Se trouvant apparemment dans un état de frénésie, nos collègues américains, ont décidé de diffuser de fausses nouvelles au sein du Conseil de sécurité » (2).

images_cms-image-000554727Même pronostic de la part du diplomate Celso Amorin (photo), ex-Ministre des affaires étrangères, et ex-Ministre de la défense du Brésil (2003-2014) :  “l’aide humanitaire des Etats-Unis pour le Venezuela est une provocation pour intervenir dans ce pays et forcer Nicolás Maduro à partir. Il s’agit d’une provocation, pour créer une situation paramilitaire qui mène à un changement de régime » (3). L‘ancien président Lula s’était également exprimé, depuis sa prison politique : « Nous ne pouvons permettre la soumission du Brésil aux Etats-Unis. Maduro est le problème des vénézuéliens, pas des états-uniens. Ils parlent de la faim mais ils ne parlent pas de leur embargo qui tue des enfants, des hommes et des femmes innocents ». Même José Miguel Insulza, ex-Secrétaire Général de l’OEA, qui a souvent critiqué le gouvernement de Chavez, avait admis: « Voir débarquer en Colombie le Chef du Southern Command des Etats-Unis, avec toutes sortes de généraux et le sénateur Rubio et d’autres, tout cela sent de moins en moins l’aide humanitaire et de plus en plus la recherche d’un prétexte de confrontation« .

On comprend que l’envoyé du Pape François en Colombie, Luis Mariano Montemayor, ou le Président de la Croix Rouge en Colombie Christoph Harnisch (4) aient refusé de participer à la mise en scène d’une “aide” qu’ils considèrent, tout comme le Secrétariat Général de l’ONU lui-même, plus “politisée qu’humanitaire”. Déjà, dans les années 80, Elliot Abrams et la CIA avaient usé de faux emblèmes de la Croix Rouge pour envoyer illégalement des armes aux paramilitaires de la “Contra” au Nicaragua. Ce 23 février, à la frontière de la Colombie, certains paramilitaires portaient le même insigne…

Rappelons en passant que Nicolas Maduro ne refuse pas de laisser entrer les véritables aides humanitaires puisque tant l’ONU avec laquelle des accords viennent d’être signés que la Russie, le Mexique ou l’Inde très récemment, envoyent des tonnes de médicaments ou de nourriture par le port de la Guaira. Que les médias n’en parlent jamais ne signifient pas que ces faits n’existent pas ! Sachant que des agences de paiement comme Euroclear bloquent les transactions vénézuéliennes sur le marché des aliments et des médicaments, ces puissances ou organismes pallient les effets de la guerre économique développée ces dernières années par l’administration états-unienne. Les effets de celle-ci sont décrits par l’expert humanitaire de l’ONU Alfred de Zayas (5)

Les violences paramilitaires à la frontière ont été repoussées par les forces armées du Venezuela, mais aussi par la population vénézuélienne. Car il ne faudrait pas l’oublier : si personne n’a réussi à violer le territoire du Venezuela et si l’image du militant d’extrême droite Guaido entrant, triomphant, au Venezuela, juché sur le marche-pied d’un camion “humanitaire”, restera une fake news, c’est aussi grâce à cette résistance populaire. Les paramilitaires colombiens ont quand même fait 315 blessés chez les chavistes (en menant des attaques à San Antonio, Ureña et Boca de Grita).

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D0H4yzpWsAEb1_dD0IBiLsX4AAguAERéunis à Cucuta (Colombie) quelques heures après l’échec du show de l’aide humanitaire : le président chilien Sebastian Pinera, Juan Guaido le « président » autoproclamé qui a fui le Venezuela à bord d’un hélicoptère militaire colombien, le président Ivan Duque, protégé d’Alvaro Uribe, et Luis Almagro, le secrétaire général de l’OEA qui consacre pratiquement tout son mandat au « changement de régime » à Caracas. Les visages parlent d’eux-mêmes.

Prenant appui sur la vulgate médiatique mondiale, John Bolton, Mike Pompeo, Ivan Duque et Juan Guaido, ont promis de demander une “escalade dans l’usage de la force” (sic) à leurs alliés néo-libéraux du “groupe de Lima”, dès ce lundi 25 février. La chancellerie russe a expliqué que le texte en ce sens était déjà prêt le vendredi, et qu’un de ses paragraphes dénonçait les incidents du samedi avant même qu’il se produisent, en les attribuant au “régime de Nicolas Maduro”… Le dimanche 24, le sénateur états-unien Marco Rubio a tweeté une photo de Mouammar Kadhafi ensanglanté, prise peu de temps avant son assassinat, promettant à Nicolas Maduro le même sort “à brève échéance”. Pendant ce temps au Venezuela, tandis que quelques groupes d’opposants tentaient vainement d’appeler les forces armées à se soulever contre “la dictature”, de nombreuses manifestations chavistes avaient lieu, avec des milliers de personnes à Caracas, en défense de la souveraineté du Venezuela face l’offensive impériale. Mobilisations populaires occultées comme d’habitude par les médias occidentaux.

Pour l’intellectuel décolonial Ramon Grosfoguel, qui dénonce le « ni Maduro ni Trump » d’une “extrême gauche” occidentalisée, “une des caractéristiques du chavisme est d’être un mouvement populaire où le leadership des femmes et surtout de femmes non-blanches des barrios (quartiers populaires) est très puissant et massif. Le grand problème de l’empire est que Chavez fut un grand pédagogue populaire de la libération qui a élevé la conscience de tout un peuple, et surtout des vénézuéliennes. La force spirituelle d’un peuple ne peut se mesurer avec des statistiques ni s’expliquer avec des mots, c’est quelque chose qui se ressent et qui se vit. Chávez n’est plus un individu mais tout un peuple. Difficile de comprendre ces mots sans connaître le Venezuela”. (6)

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Une des femmes des quartiers populaires qui a défendu la frontière du Venezuela face aux assauts paramilitaires, le 23 février 2019.

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Manifestations populaires à Caracas en défense de la souveraineté

En recopiant sans le moindre sens critique le “plan média” états-unien, qui rappelle les “armes de destruction massive” à l’origine des huit cent milles morts irakiens, les journalistes occidentaux espèrent démobiliser l’opinion pour permettre l’assassinat d’une démocratie et occulter le nettoyage sanglant qui s’ensuivrait grâce au savoir-faire des marines et des paramilitaires d’Alvaro Uribe. Leur erreur est triple.

Croire qu’occulter un peuple (qui n’est pas la minorité de droite médiatisée comme “peuple” mais bien la majorité sociale, pacifique, qui a voté 25 fois en 20 ans) fait que ce peuple n’existe pas et qu’il ne défendra pas sa Patrie.

Croire qu’occulter vingt ans de réformes sociales et de démocratie participative, fait que ces réformes sociales et cette démocratie participative n’existent pas et ne seront pas défendues.

Croire que cette propagande fonctionne dans une Europe où même la classe moyenne appauvrie a cessé de croire au storytelling des élites libérales.

C’est aussi l’erreur de l’empire et des extrêmes droites vénézuélienne et colombiennes: croire qu’on peut, à coups de campagnes médiatiques, forcer un peuple à accepter des décisions prises sans lui, sans se soumettre aux urnes.

Thierry Deronne, Caracas, le 25 février 2019

Notes:
(1)  https://twitter.com/petrogustavo/status/1099660775516524544  
https://twitter.com/petrogustavo/status/1099763051111346177
(2) http://versionfinal.com.ve/mundo/rusia-eeuu-prepara-una-provocacion-en-la-frontera-entre-colombia-y-venezuela/
(3) https://www.brasil247.com/pt/247/mundo/384904/’Ajuda-humanit%C3%A1ria’-%C3%A9-provoca%C3%A7%C3%A3o-para-gerar-mudan%C3%A7a-de-regime-diz-Celso-Amorim.htm
(4) https://www.telesurtv.net/news/cruz-roja-ayuda-humanitaria-venezuela-eeuu-20190211-0015.html
(5) https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/03/23/pour-lexpert-de-lonu-alfred-de-zayas-il-est-temps-que-le-venezuela-mene-les-etats-unis-devant-la-cour-penale-internationale/ 

(6) https://www.facebook.com/ProfGrosfoguel/

 

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VENEZUELA. Maurice Lemoine : « Nous assistons à une tentative de coup d’Etat à mèche lente » (L’Huma)

La crise politique au Venezuela entre dans une phase à hauts risques. L’opposition soutenue par Donald Trump tente de donner l’estocade au régime. Entretien avec Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique.

Maurice Lemoine Paraguay

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente 1”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains á Miami” et “Les enfatns cachés du général Pinochet”

L’armée risque-t-elle de basculer dans le camp du président autoproclamé ?

Maurice Lemoine : C’est en effet une question cruciale. Comme on l’a vu au cours des semaines et des mois précédents, l’un des objectifs de l’opposition et des États-Unis est de provoquer ce basculement. Ils multiplient les appels aux militaires pour qu’ils interviennent dans la crise, pour qu’ils aident à renverser Maduro, y compris l’Assemblée nationale. Il est important de rappeler que celle-ci est dans l’illégalité depuis janvier 2016. Elle a fait prêter serment à trois députés qui n’étaient pas élus. Le fond du problème est un peu là aussi. Si l’Assemblée revenait sur ces décisions, peut-être retrouverait-elle toutes ses prérogatives. Cette même Assemblée a adopté, il y a quelques jours, une pseudo-loi d’amnistie, clin d’œil aux militaires qui participeraient au renversement de Nicolas Maduro. Seul problème, et pas des moindres, pour Juan Guaido, président autoproclamé, l’armée annonce jusque-là qu’elle respecte la Constitution et qu’à ses yeux il n’y a pas d’autre chef d’État légitime que Nicolas Maduro. Cela n’exclut pas qu’il y ait, en son sein, des comportements de dissidence, des groupuscules prêts à passer à l’action. C’est le cas, notamment, d’une vingtaine de gardes nationaux. Mais on ne constate pas de mouvement massif. L’armée reste apparemment fidèle, pas forcément à Maduro, mais à la Constitution.

Alors que se passe-t-il  ?

Maurice Lemoine : Il y a une formule très simple qui peut résumer ce à quoi on assiste : un coup d’État à mèche lente, une tentative disons, car cela n’a pas encore réussi. À mèche lente parce que tout a commencé avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro en 2013. On est à présent dans une phase très aiguë au cours de laquelle l’opposition, avec l’aide des États-Unis et des pays de droite et d’extrême droite d’Amérique latine, tente de porter l’estocade au chavisme.

Ils estiment que les conditions sont réunies ?

Maurice Lemoine : Disons plutôt qu’ils espèrent que ces conditions soient réunies. Rappelons les faits : l’opposition a délibérément rompu avec la voie démocratique. Elle a refusé de participer à l’élection de l’Assemblée constituante, et à l’élection présidentielle, alors même qu’elle réclamait depuis des mois des élections anticipées. Dès lors, il ne lui reste à présent que la voie de fait. Les choses sont claires depuis un certain temps. Sa stratégie n’est plus de gagner le pouvoir par la voie démocratique à l’intérieur du Venezuela. Du fait de ses erreurs objectives, elle a perdu la partie. Elle entreprend désormais de travailler à partir de l’extérieur ou à travers la formation d’un gouvernement parallèle. L’autoproclamation de Juan Guaido comme président intérimaire de la République suit la création, en exil – en Colombie –, d’un tribunal suprême de justice parallèle, avec une procureure générale parallèle. Nous sommes donc dans la suite logique de ce qui se passe maintenant depuis un an et demi : l’appel à la « communauté internationale », cette dernière étant, il faut le souligner, très divisée. Si l’on prend par exemple l’Organisation des États américains, on se rend compte que 16 pays seulement sur 34 appuient le coup d’État.

Peut-on vraiment exclure la réussite de ce coup d’État ?

Maurice Lemoine :Je suis très prudent. Jusqu’à présent, Nicolas Maduro a résisté de manière assez extraordinaire compte tenu de l’ampleur de l’opération. Je crains en revanche que cela débouche sur une crise d’une infinie gravité. Si l’opposition réussissait, avec l’aide de Donald Trump, avec l’aide du président d’extrême droite du Brésil, avec celui de la Colombie – il faut le rappeler c’est très important –, à renverser Maduro, il y aura alors un risque majeur d’aller vers une guerre civile, qui va déstabiliser toute la région et en particulier le pays voisin, la Colombie, dans lequel la période post-accord de paix avec les Farc se passe très mal. Les chavistes n’accepteront jamais de voir leur président renversé de façon non démocratique.

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manifestation de la droite vénézuélienne en faveur du coup d’Etat le 2 février à Caracas

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Manifestation chaviste contre le coup d’Etat le 2 février à Caracas

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Pour tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela

Benjamín Netanyahu (Israël), Sebastián Piñera (Chili) et Mike Pompeo (Etats-Unis) réunis pour la prise de fonctions du président brésilien Jair Bolsonaro, le 1er janvier 2019

L’investiture de Nicolas Maduro, ce 10 janvier, provoque déjà des remous politiques et médiatiques. Élu le 20 mai 2018, le président vénézuélien doit faire face à une opération concertée et planifiée des Etats-Unis et de leurs alliés. Prenant pour prétexte initiale les conditions électorales qui ont permis la victoire de Maduro, une poignée de gouvernements, très minoritaires par rapport aux gouvernements qui reconnaissent le verdict des urnes au Venezuela, a été repeinte par les médias occidentaux en «communauté internationale». Le journaliste Romain Migus décortique ce qui est, pour lui, une énième tentative de destabilisation de Caracas par Washington.

Comme c’est devenu l’habitude dans le cas du Venezuela, la plupart des médias dominants se vautrent dans les fausses informations et oublient jusqu’au sens même de la déontologie journalistique. Il convient, pour le lecteur scrupuleux et avide de démêler le vrai du faux, d’exposer les faits, de revenir sur les conditions de l’élection de Maduro, et d’analyser la stratégie de Washington pour punir un peuple jugé, depuis maintenant 20 ans, trop rebelle et encombrant.

Des prétextes fallacieux pour une nouvelle offensive politique

Dans ce nouveau scénario de déstabilisation du Venezuela, les justifications principales invoquées par les gouvernements opposés à Caracas tournent toutes autour des conditions de l’élection de Nicolas Maduro en mai dernier.

Afin de comprendre ces prétextes fallacieux, il nous faut revenir un peu en arrière.

En mai 2016, quelques mois après la victoire de l’opposition aux élections législatives, un processus de dialogue entre le chavisme et ses opposants a débuté en République Dominicaine. Une série de 150 réunions, sous l’égide de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l’ancien président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et l’ancien président du Panama, Martin Torrijos, a abouti en janvier 2018, à la rédaction d’un accord portant sur la convocation à une élection présidentielle anticipée ainsi que sur ses garanties électorales.

Un storytelling médiatique qui obéit à des desseins bien peu démocratiques

Or comme l’a souligné Jorge Rodriguez, chef de la commission de dialogue pour le gouvernement : «Tout était prêt [pour la signature de l’accord] jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie de l’ancien secrétaire d’État américain, Rex Tillerson […] L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.» (1)

L’opposition vénézuélienne se scinde sur la stratégie à adopter. Alors que sa frange la plus radicale décide de ne pas participer, la partie de l’opposition qui n’a pas renoncé à reconquérir le pouvoir par la voie démocratique présentera un candidat, Henri Falcón. Deux autres prétendants participeront à cette élection (2). Il est donc tout simplement faux de prétendre que l’opposition a boycotté ce scrutin ou que Nicolas Maduro s’est présenté tout seul (3). Il s’agit là d’un story-telling obéissant à des desseins politiques bien peu démocratiques.

Un système électoral transparent et démocratique

Une des rengaines de Washington et de ses satellites latino-américains ou européens est d’affirmer que les élections au Venezuela ne s’alignent pas sur les standards internationaux en la matière. Ce qui est évidemment faux, mais nécessaire dans ce processus politico-médiatique visant à ne pas reconnaître la légalité de l’élection du 20 mai 2018, et la légitimité du résultat. Pour saisir l’hypocrisie de ces gouvernements sur le pied-de-guerre, attardons nous un instant sur les conditions électorales offertes au peuple vénézuélien depuis l’approbation par référendum de la Constitution bolivarienne, le 15 décembre 1999. Notre lecteur pourra aisément se faire une idée de la transparence des élections au Venezuela en comparant  ces mécanismes  électoraux avec ceux à l’oeuvre dans son propre pays.

Ivan Duque, le nouveau président de Colombie sous haute influence d’Alvaro Uribe, réuni récemment avec le Secrétaire d’Etat états-unien Mike Pompeo. Lire aussi Etats-Unis et Colombie entendent rétablir «la démocratie» au Venezuela

Au Venezuela, pour éviter les fraudes, les élections ne sont pas organisées par l’exécutif via le ministère de l’intérieur. La Constitution de 1999, qui reconnaît l’existence de cinq pouvoirs indépendants – l’exécutif, le législatif, le judiciaire, le moral et le pouvoir électoral- laisse à ce dernier la tâche d’organiser les processus électoraux, en fonction de la Loi organique des processus électoraux.

Ce cadre légal, adopté en 2009, n’a pas été modifié depuis (4). Il a notamment permis l’élection de multiples représentants de l’opposition à des pouvoirs publics. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs jamais émis de doute sur le bon déroulement du suffrage qui l’a donné vainqueur, et l’opposition n’a elle-même jamais remis en cause le cadre légal des processus électoraux. Ce qu’elle aurait pourtant pu faire au moyen d’un référendum d’initiative citoyenne, prévu pour abroger des lois par l’article 74 de la Constitution. Elle s’est toujours contentée de dénoncer les résultats des élections lorsqu’elle perdait, ou préventivement lorsqu’elle savait qu’elle allait perdre.

En ce qui concerne le vote des citoyens (5), le Venezuela utilise un double système électronique et manuel. Lorsqu’on entre dans le bureau de vote, on s’identifie aux assesseurs avec sa carte d’identité et l’on active la machine à voter au moyen d’une reconnaissance biométrique. Il est donc impossible de voter deux fois. Après avoir choisi le candidat de son choix, la machine à voter émet un ticket avec le nom du candidat, que l’électeur place dans une enveloppe et dépose dans une urne. Pour finir, après avoir signé le registre électoral, il trempe son petit doigt dans de l’encre indélébile pour s’assurer une deuxième fois qu’il ne répètera pas son vote.

Ces garanties pour blinder le résultat ont conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant «le meilleur du monde»

Dans les jours précédant l’élection, Le Centre National Electoral (CNE), organe recteur du pouvoir électoral, convoque tous les partis politiques participants à l’élection à une série de 14 audits préalables. Ainsi, sont mis à l’épreuve les listes d’électeurs, le logiciel utilisé pour la collecte des données électorales, les machines à voter ainsi que leur mode d’assemblage, le système biométrique de reconnaissance des électeurs, l’encre indélébile, le réseau de transmission des données électorales ainsi que le système de totalisation des données (6). Des observateurs de chaque parti politique participent à ces différents audits précédant le vote des citoyens. Chaque étape doit être approuvée préalablement par tous les participants pour assurer la plus grande transparence de l’élection. Et de fait, elles ont toujours été acceptées jusqu’à maintenant. Ajoutons à cela que tous les partis politiques en présence ont le droit de postuler leurs partisans comme assesseurs, ainsi que de faire participer les observateurs nationaux et internationaux de leurs choix à la surveillance des bureaux de vote.

Le soir des résultats, le CNE procèdera à un nouvel audit où seront tirés au sort, devant les responsables des différents partis, 54,4% (au minimum selon la loi) des bureaux de vote ou l’on vérifiera le résultat électronique. Il s’agira alors de comparer les résultats obtenus dans l’urne après dépouillement avec le résultat électronique. Jamais une erreur n’a été détectée au cours des multiples processus électoraux.

Ces garanties pour blinder le résultat a conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant «le meilleur du monde» (7). Ce sont les mêmes procédures qui ont assuré la transparence de toutes les élections au Venezuela, que se soit par exemple, pour les élections législatives du 5 décembre 2015 (gagnées par l’opposition) ou pour l’élection présidentielle du 20 mai 2018 (gagné par le chavisme).

Comme on peut le voir, le Venezuela apporte plus de garanties électorales que dans de nombreux pays occidentaux, pour ne pas parler des pays du groupe de Lima. La transparence de l’élection de Nicolas Maduro a d’ailleurs été validée par plus de 2000 observateurs internationaux provenant notamment de la Communauté Caribéenne (Caricom), de l’Union Africaine et du Conseil des Experts Electoraux Latino-Américains (Ceela).

Au vu de ce système, on comprend aussi pourquoi une partie de l’opposition a refusé de se présenter à une élection qu’elle aurait perdue. Accepter de participer aux élections revient à s’associer aux audits et à valider la transparence du système électoral vénézuélien. Ce refus de prendre part au processus démocratique a ouvert la voie à la tentative de déstabilisation que nous voyons aujourd’hui.

Au delà des garanties électorales, les pays qui contestent la légitimité du président vénézuélien s’emploient à critiquer les résultats de l’élection présidentielle. Une fois encore, il ne s’agit que d’un prétexte pour légitimer la déstabilisation du Venezuela. Attardons nous un instant sur ces résultats.

L’élection présidentielle au Venezuela est une élection au suffrage universel direct à un tour. Le président est élu non pas en fonction d’accords parlementaires ou par le choix de «grands électeurs» mais directement par le peuple.

Le 20 mai 2018, 9 389 056 électeurs se sont exprimés dans les urnes, soit 46,07% des citoyens inscrits sur les listes électorales. Le taux d’abstention élevé est encore aujourd’hui utilisé par les adversaires de la Révolution Bolivarienne pour disqualifier la victoire de Nicolas Maduro. Bien évidemment aucun de ces critiques ne mentionnera les dizaines de sanctions financières et de rétorsions à l’économie du pays depuis 2014 (8). Une persécution qui a fortement découragé nombre de Vénézuéliens, et a augmenté leur défiance face à une solution électorale de sortie de crise. De plus, l’appel au boycott des urnes par plusieurs partis de l’opposition a eu aussi une conséquence sur le taux de participation.

Malgré cela, 30,45% des électeurs inscrits ont voté pour Nicolas Maduro au premier tour. Soit un résultat supérieur à ceux du président chilien Sebastián Piñera (26,5%), du président argentin Mauricio Macri (26,8%) ou du président Donald Trump (27,20%). Sans parler des scores réalisés au premier tour par le président colombien (21%) ou par le président Emmanuel Macron (18,19%). Personne évidemment ne conteste la légitimité de leurs élections malgré la faible proportion d’électeurs qui les a choisi.

Une stratégie coordonnée et planifiée depuis Washington

Dès l’élection de Nicolas Maduro, les Etats-Unis vont renforcer la coalition contre le Venezuela dans la région. Le 27 juin 2018, le vice-président américain, Mike Pence, annonçait déjà la couleur depuis le Brésil : «La liberté et la démocratie seront restaurés au Venezuela. Les Etats-Unis demande au Brésil d’adopter une attitude ferme contre le régime de Nicolas Maduro.» (9) Lui faisant écho, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, affirmera, le 21 septembre 2018, que les Etats-Unis «continueront d’accroître le niveau de pression» contre le pays bolivarien. Ce même Pompeo réalisera plusieurs rencontres avec les responsables des gouvernements brésiliens, péruviens et colombiens afin de préparer l’opération du 10 janvier.

Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre

Mais c’est la réunion du Groupe de Lima, tenue le 4 janvier 2019, qui va véritablement définir le scénario. Au cours de ce cénacle, les gouvernements membres de cette internationale anti-bolivarienne (10), se sont accordés sur une série d’actions à mener contre Caracas. Notons que le gouvernement mexicain, désormais dirigé par le président progressiste Andrés Manuel López Obrador, n’a pas souscrit à ce document et a réaffirmé la volonté de son pays de ne pas s’immiscer dans les affaires internes d’une autre nation, tranchant avec les positions bellicistes du gouvernement précédent et du groupe de Lima.

Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre (11). En présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis (par visio-conférence), les gouvernements opposés à la révolution bolivarienne se sont entendus pour augmenter la pression diplomatique contre le Venezuela, et persévérer dans leur intention de faire ouvrir une enquête à la Cour Pénale Internationale contre l’Etat vénézuélien. Une demande soutenue, d’ailleurs, par la France (12).

Les membres du groupe de Lima condamnent la crise économique au Venezuela mais adoptent une résolution pour renforcer le blocus financier contre ce pays. Le texte adopté prévoit d’établir des listes de personnalités juridiques avec lesquels ces pays «ne devront pas travailler, devront empêcher l’accès à leur système financier, et si nécessaire congeler leurs actifs et ressources économiques». De même, la résolution oblige les pays membres du groupe de Lima à faire pression sur les organismes financiers internationaux auxquels ils appartiennent pour empêcher l’octroi de nouveaux crédits à la république bolivarienne du Venezuela.

Plus surprenant encore, cette déclaration commune exige que le gouvernement «de Nicolas Maduro et les Forces Armées du Venezuela renoncent à tous types d’actions qui violeraient la souveraineté de ses voisins». Cette accusation se base sur une réaction récente du Venezuela à une exploration pétrolière autorisée par le Guyana dans une zone territoriale réclamée par les deux nations voisines (13). Il s’agit là encore d’un prétexte qui fait écho à des fait dénoncés par le président du Venezuela, le 12 décembre 2018.

Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, à organiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela

Lors d’une allocution télévisée, Nicolas Maduro avait dévoilé la présence de 734 mercenaires sur les bases militaires d’Eglin en Floride et de Tolemaida en Colombie. Leur but étant d’agresser le Venezuela ou de préparer une attaque sous faux drapeau dans le but de justifier une intervention militaire contre la nation bolivarienne. Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, à organiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela (14). La déclaration du Groupe de Lima semble donc renforcer les suspicions d’agression émises par l’État vénézuélien.

Après avoir rappeler que l’élection de Nicolas Maduro était illégitime, le groupe de Lima exhorte le président vénézuélien à ne pas assumer la présidence et à «transférer le pouvoir exécutif, de manière provisionnel, à l’Assemblée nationale». Peu importe que Nicolas Maduro ait été élu grâce au même système électoral qui a permis l’élection du pouvoir législatif. Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition à la tête du pays pétrolier.

Cette tentative de coup d’Etat institutionnel, déjà mise en œuvre dans d’autres pays de la région (15), s’inscrit dans une stratégie de substitution des pouvoirs politiques légitimes. Dés juillet 2017, en toute illégalité, l’opposition a crée un Tribunal Suprême de Justice «en exil» basé au Panama, ainsi qu’un poste de Procureur Général de la Nation «en exil» depuis Bogota. Ces instances fantoches essaient depuis de se substituer aux pouvoirs légitimes vénézuéliens.

En lien avec une Assemblée nationale, elle même déclarée en outrage judiciaire (17) par son refus de reconnaître les fraudes dans l’élection de députés de l’Etat d’Amazonas, avérées par des enregistrements audio, en mars 2017, ces parodies de pouvoirs publics réaliseront un simulacre de procès depuis le siège du Parlement colombien (sic), et condamneront le président vénézuélien Nicolas Maduro à une peine de 18 ans et 3 mois de prison.

Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition néo-libérale à la tête du pays pétrolier

Pour illustrer cette situation saugrenue, imaginons un instant qu’un groupe de Gilets jaunes français désigne un Garde des Sceaux et une Cour de Cassation «en exil» et que, celles-ci organisent un simulacre de procès pour condamner Emmanuel Macron à 18 ans de prison depuis la Douma russe. Cela prêterait à sourire, mais que ce passerait-il si plusieurs états de par le monde reconnaissaient comme légitimes ces pouvoirs judiciaires «en exil» ? Il y a fort à parier que l’on entendrait un grand nombre de voix crier, à juste titre, à l’ingérence étrangère voire à la tentative de coup d’Etat. L’exemple que nous venons de mentionner peut paraître ridicule mais c’est bien ce qui est en train de se dérouler au Venezuela.

Il ne faut pas prendre ces manœuvres à la légère. L’attentat manquée au moyen d’un drone chargé de C4, qui a eu lieu le 4 août 2018, ne visait pas seulement à éliminer Nicolas Maduro mais tous les pouvoirs publics de la nation, dans le but de leur substituer leurs homologues fantoches et illégaux (18). La constitution de pouvoirs parallèles n’est pas un cirque politico-médiatique mais fait partie intégrante d’un coup d’Etat institutionnel en préparation.

De même, déclarer Nicolas Maduro illégitime est un message virulent pour les principaux partenaires économiques de Caracas (la Chine, la Russie ou la Turquie) leur notifiant que les accords signés avec le gouvernement bolivarien ne seront pas reconnus dès lors que Nicolas Maduro aura été renversé. Un conflit avec le pays caribéens  pourrait avoir des répercutions bien au delà de ses frontières. Sergueï Riabkov, le vice-ministre des Affaires étrangères russes a, en ce sens, appelé «les exaltés de Washington à ne pas tomber dans la tentation d’une intervention militaire» au Venezuela. (19)

D’autre part, c’est aussi un message destiné aux forces armées nationales car, si  le président Maduro est illégitime, cela revient à décapiter le pouvoir militaire de son commandant en chef.

C’est dans cet optique qu’il convient de décrypter le scénario élaboré par les Etats-Unis et ses alliés. En conformité avec la résolution du Groupe de Lima, l’Assemblée Nationale du Venezuela, en outrage judiciaire et dont les décisions sont nulles et non avenues (20), a déclaré que la prise de fonction de Nicolas Maduro était une «usurpation de pouvoir». En conséquence, elle s’apprête illégalement à assumer le pouvoir exécutif durant «une période de transition». Le 8 janvier, une loi sur la transition a été discuté au sein de l’hémicycle vénézuélien dans le but de s’emparer du pouvoir exécutif à partir du 10 janvier.

Durant les discussions, le député Americo de Grazia a appelé tous les secteurs à s’aligner sur les autorités parallèles crées par l’opposition et appelé à prendre la rue pour «harmoniser les actions internationales, nationales et institutionnelles» (21).

Quant au nouveau président de l’instance législative, Juan Guaidó, il a appelé les militaires vénézuéliensà renverser le gouvernement à partir du 10 janvier (22).

Le décor est planté. L’épreuve de force imminente. Reste à savoir quelles personnalités politiques et médiatiques justifieront la violation de la souveraineté du Venezuela et le non respect de ses institutions.

Notes: 

(1) Cathy Dos Santos, “Venezuela. «Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »”, L´Humanité, 03/04/2018,https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

(2) Bertucci, pasteur évangélique mouillé dans le scandale des Panama Papers se présentera en candidat indépendant, ainsi que Reynaldo Quijada, soutenu par une fraction du trotskysme vénézuélien. Ils réaliseront respectivement 10,82% et 0,39% des voix.

Notons ici que le score de Bertucci s’explique plus  par la nouveauté  de cette offre électorale dans un climat de méfiance face aux partis politique que par une percée de l’évangélisme politique au Venezuela. En effet, le vote des évangélistes est lui-même divisé. Le parti évangéliste Organisación Renovadora Auténtica (ORA) soutenait Nicolas Maduro.

(3) À propos de la fake news sur l’interdiction des partis politiques au Venezuela, lire Thierry Deronne, “L’interdiction d’un parti qui n’existe pas”, Venezuela Infos, 29/01/2018, https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/01/29/venezuela-linterdiction-dun-parti-qui-nexiste-pas/

(4) Cette loi complète la loi Organique du Pouvoir électoral approuvée en 2002.

(5) L’auteur de ces lignes a déjà participé aux élections municipales et régionales de 2013.

(6) Lire la liste des audits  sur le site du Centre National Electoral, http://www.cne.gov.ve/web/sistema_electoral/tecnologia_electoral_auditorias.php

Nous invitons les lecteurs courageux à se plonger plus en profondeur dans ces systèmes d’audit en lisant les longs rapports techniques du CNE (en espagnol) http://www.cne.gov.ve/web/media/biblioteca/AUDITORIAS/libro-auditorias-del-sistema-automatizado-de-votacion.pdf

(7) “Jimmy Carter: « El sistema electoral venezolano es el mejor del mundo », RT, 20/09/2012, https://actualidad.rt.com/actualidad/view/54145-jimmy-carter-sistema-electoral-venezolano-mejor-mundo

(8) Romain Migus, « Chronologie des sanctions économiques contre le Venezuela »,Venezuela en Vivo, actualisé le 07/01/2019,   https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

(9) « Mike Pence : La libertad será restaurada en Venezuela », El Nacional, 27/06/2018, http://www.el-nacional.com/noticias/latinoamerica/mike-pence-libertad-sera-restaurada-venezuela_241757

(10) Les gouvernements membres du groupe de Lima sont ceux d’Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Guyana, Honduras, Panama, Paraguay, Pérou et Sainte Lucie. Ainsi que celui du Mexique qui a refusé de signer la dernière déclaration.

(11) Document disponible sur https://www.gob.pe/institucion/rree/noticias/24270-declaracion-del-grupo-de-lima

(12) Palais de l’Elysée, « Communiqué relatif à la situation au Venezuela », 30/09/2018, disponible sur https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2018/09/30/communique-relatif-a-la-situation-au-venezuela

(13) Manuel Palma, “Los buques de la discordia: Venezuela y Guyana reavivan la disputa por su diferendo territorial”, RT, 28/12/2018, https://actualidad.rt.com/actualidad/300448-buques-discordia-venezuela-guyana-reavivar

(14) Luigino Bracci, “Maduro denuncia: Más de 700 paramilitares entrenan en Colombia para ejecutar golpe de Estado en su contra”, AlbaCiudad,12/12/2018, http://albaciudad.org/2018/12/maduro-golpe-de-estado-john-bolton/

(15) Notamment au Honduras (2009), au Paraguay (2012), au Brésil (2016) ou en Equateur (2017).

(16) Après l’élection des députés en décembre 2015, une plainte a été déposé par les candidats du Psuv dans l’Etat d’Amazonie pour achat de voix de la part de leurs opposants élus. Le tribunal judiciaire ayant sanctionné par la suite cette malversation, le tribunal du pouvoir électoral a exigé que l’élection de ces trois postes de députés soit à refaire. La présidence de l’Assemblée Nationale ayant refusé de se plier aux pouvoirs judiciaire et électoral, l’Assemblée Nationale a été déclaré en outrage judiciaire. Les décisions et votes qui émanent du pouvoir législatif sont donc nuls et non avenus tant que la présidence de l’Assemblée Nationale n’autorise pas le retour aux urnes. Précisons que l’opposition détient une majorité absolue de 122 députés sur 167 postes.

(17) “TSJ en el exilio condenó a Maduro a 18 años y 3 meses de prisión”, El Nacional, 15/08/2018, http://www.el-nacional.com/noticias/crisis-humanitaria/tsj-exilio-condeno-maduro-anos-meses-prision_248160

(18) Romain Migus, ”Le drone médiatique explose en plein vol”, Venezuela en Vivo, 08/08/2018, https://www.romainmigus.info/2018/08/le-drone-mediatique-explose-en-plein-vol.html

(19) “El Gobierno ruso advirtió a Estados Unidos contra una posible intervención militar en Venezuela”, SputnikNews, 09/01/2019, https://mundo.sputniknews.com/politica/201901091084610873-politica-de-eeuu-respecto-venezuela/

(20) Voir explication en point 16.

(21) Maritza Villaroel, “Asamblea Nacional arranca proceso para Ley de Transición”, Site de l’Assemblée Nationale du Venezuela, 08/01/2019, http://www.asambleanacional.gob.ve/noticias/_asamblea-nacional-arranca-proceso-para-ley-de-transicion

(22) “El golpismo venezolano no descansa”, Pagina12, 05/01/2019, https://www.pagina12.com.ar/166485-el-golpismo-venezolano-no-descansa?fbclid=IwAR3-4Oe_vnJzRq_FCnpTW0sbBoFUmWispXhMDOk0PxwTt82jbXm2sT2eHdM(traduction française disponible sur http://venesol.org/2019/01/07/juan-guadio-president-du-parlement-venezuelien-appelle-a-un-coup-detat-contre-nicolas-maduro/)

Source: article initialement publié par RT,  https://francais.rt.com/opinions/57702-tout-comprendre-nouvelle-offensive-contre-venezuela?fbclid=IwAR0eo2qRXzJa6rRijRMqfMXJJ4f5BLt_IR6EYq8uOQ01AskzYAa_pGX5vQk

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Le Président Maduro annonce la création de l’Institut National pour la Décolonisation

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A l’occasion d’une rencontre avec des intellectuels de différents pays qui participaient à la IIIème Ecole de Pensée Critique Décoloniale ouverte au public vénézuélien, le Président vénézuélien Maduro a approuvé la proposition présentée par Enrique Dussel et Ramon Grosfoguel de créer un Institut pour la Décolonisation, qui combattra la formation européo-centrée qui prévaut toujours à l’intérieur de nombreux programmes éducatifs. Le Ministre du Pouvoir Populaire pour la Culture, Ernesto Villegas, a été désigné pour parachever sa création avec le collectif des intellectuels.

La rencontre entre le Chef de l’État et les intellectuels a eu lieu au palais présidentiel de Miraflores à Caracas, et a été retransmise par la chaîne publique de télévision. Les penseurs visitaient le Vénézuela à l’occasion de  la Troisième Ecole de Pensée Critique Décoloniale : Etat et Processus Constituants, qui se déroulait à la Bibliothèque Nationale du Vénézuela entre le 22 et le 26 octobre.

« Ce furent des journées de débat et de réflexion extrêmement intéressantes, pertinentes, profondes et absolument libres » a expliqué le Ministre de la Culture Ernesto Villegas.  « Le gouvernement bolivarien, à travers ses distinctes institutions, leur a donné tout son soutien, mais cela ne s’est nullement traduit en restriction ou limitation, de manière à ce que l’évènement soit un plan pour le débat critique et autocritique des grandes affaires de l’humanité, particulièrement depuis la perspective de la décolonisation ».

Parmi les participants à l’évènement, on dénombre Enrique Dussel (Mexique), Ramón Grosfoguel (Porto Rico), Juan José Bautista (Bolivie, gagnant du Premier pris du Libérateur de la Pensée Critique en 2014), Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni (Afrique du Sud), Houria Bouteldja (France), Karina Ochoa (Mexique) et José Romero-Losacco (Venezuela). S’est également joint au rendez-vous à Miraflores, le Directeur général de la Bibliothèque Nationale Ignacio Barreto ; le président du Centre National des Etudes Historiques, Pedro Calzadilla; Adán Chávez, Saúl Ortega, Jacobo Borges, Cilia Flores, Tania Díaz, Nicolás Maduro Guerra et Aurora Paredes, entre autres.

« Ce n’est pas dû au hasard que cet évènement ait lieu ici au Vénézuéla, au milieu du bourgeonnement fasciste qui s’est implanté sur notre continent et dans le monde » a exprimé Villegas. « Le Vénézuela  confirme être le bastion de la lutte pour la décolonisation, l’émancipation, la construction d’une nouvelle société distincte et supérieure au capitalisme sauvage et à celle de la modernité et du colonialisme ».

Les propositions.

Le professeur Ramón Grosfoguel a souligné l’importance de défendre l’anti-impérialisme : «  tout anti-impérialisme n’est pas décolonial, mais on ne peut pas être décolonial sans être d’abord anti-impérialiste ».

A l’intérieur des débats en Amérique Latine, beaucoup de gens se présentent comme anticolonialistes, mais à l’heure d’opiner sur le processus bolivarien au Vénézuela « lamentablement, ceux-ci prennent partit pour la droite pro-impérialiste et néolibérale de ce pays ». C’est pour nous, une contradiction énorme ». Cela indique que le décolonial doit tenir un engagement politique et éthique avec les peuples en lutte pour leur libération.

Il a également suggéré qu’« il faut avoir l’idée de penser conjointement un institut de production de en connaissance décoloniale, qui soit transversal » et qui puisse contribuer « pas seulement une fois l’an, mais chaque jours au Vénézuela ». Il a indiqué qu’il y a une génération de de vénézuéliens « formés pour nous, qui peuvent assumer le projet eux-mêmes et l’emmener ».

Enrique Dussel, académicien reconnu, philosophe, historien, théologien d’origine argentine, naturalisé au Mexique, a signalé que, « par malheur, même dans les processus révolutionnaires avancés comme ceux de Cuba ou de la Bolivie, l’éducation primaire, secondaire et universitaire continuent d’être dispensées depuis une vision européo-centrée de la culture et de la science. «C’est difficile, mais nous devons une fois pour toutes changer le contenu du cursus d’enseignement, afin de changer aussi la mentalité de la jeunesse et de tous les citoyens, et ne pas attendre un siècle mais 4 ou 5 ans ». Il a également soutenu l’idée de former un institut qui pourra fournir un équipement « au niveau économique, politique et agricole » touchant ainsi toutes les activités d’un Etat.

« Nous continuons d’éduquer à la manière d’un français ou d’un nord-américain notre jeunesse et le citoyen, nous pouvons changer cela en peu de temps, avec des équipes qui écrivent des textes d’étude pour tous les collèges du pays, gratuits et qui permettront le changement. A cette fin, l’idée de suggérer la constitution d’un institut d’étude décoloniale, mais qui ne sera pas partie de différents ministères ou secrétariats, mais qui dépendra directement de la Présidence, pour que depuis cet endroit, il puisse irradier toutes les activités de l’État. Et cela signifie que « même la stratégie militaire doit être pensée de manière décoloniale ».

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Approbation de la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela.

A ce propos, le Président Maduro a signifié son accord pour la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela, à cette fin , il a désigné pour responsable le ministre Ernesto Villegas. Il a indiqué que cela était absolument nécessaire afin de donner cohérence, articulation et pouvoir avancer dans l’ensemble de ce processus pour consolider une indépendance absolue du pays. «  Pour la consolidation de l’indépendance véritable, il faut approfondir la décolonisation de notre pays, de notre continent et de nos peuples » a insisté Maduro.

« Je donne mon accord pour que l’Institut de Décolonisation soit connecté à la Présidence de la République, mais je désigne de manière publique le compagnon Ernesto Villegas (ministre de la Culture), comme cadre révolutionnaire du Vénézuela, comme grand essayiste politique, institutionnel et culturel pour un plan intégral de décolonisation. Mais avec un sens éminemment pratique ! » Il a manifesté sa pleine confiance en Villegas, et a appelé à installer ces initiatives « qu’elles aient une grande portée et tout le soutien dans tous les sens du terme ».

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a insisté sur le fait que le nouveau devait être enraciné dans les bases de la pensée révolutionnaire, défavorable à la période coloniale, ce qu’a toujours proclamé le Commandant Chavez. “Hugo Chávez était un homme qui changeait les structures et questionnait les paradigmes établit et il construisait de nouveau paradigme depuis la racine populaire vénézuélienne (…) Nous devons aller à un processus de décolonisation intégral du pays, (…) et l’intégrer au Plan de la Patrie 2025 pour consolider les valeurs de la nouvelle culture et l’indépendance du Vénézuela (…) Nous devons identifier comment créer des processus autonomes, pour aller conquérir les espaces qui consolident le 21ème siècle de la résurrection de l’Amérique Latine et des Caraïbes », a-t-il exprimé.

« Je suis convaincu que cet Institut, depuis l’Alba (Alternative Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique) fera l’Histoire, pour doter de lumières, d’idées, de projets, les processus inévitables que nous allons vivre en Amérique Latine et dans les Caraïbes » a indiqué le Chef de l’État vénézuélien.

Il a également indiqué que la décolonisation devra s’inclure comme une ligne additionnelle du Plan de la Patrie qui est en quelque sorte le programme fondamental du gouvernement.

En Réponse à Mike Pence.

Maduro a également répondu aux accusations du vice-président des Etats Unis, Mike Pence, qui avait déclaré récemment, que selon les informations reçues par le président du Honduras,  Juan Orlando Hernández, c’était… le Gouvernement vénézuélien qui aurait organisé et financé la déferlante de migrants fuyant la misère de ce pays jusqu’au territoire états-unien.

« J’alerte le monde sur la paranoïa de Mike Pence et des secteurs extrémistes du Gouvernement des Etats Unis contre le Vénézuela. Ils ont une obsession car ils n’ont pas pu nous mettre en déroute, et ne pourront jamais le faire car la Révolution Bolivarienne est décidée à avancer » a souligné le mandataire.

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a commenté le danger que représentent de telles déclarations pour sa sécurité et celle du Vénézuela, il a affirmé que les Etats Unis cherchent à démolir la Révolution, formant part d’une campagne de discrédit sans précédent contre la nation.

Maduro a rappelé les différents obstacles qu’a eu à affronter le chavisme depuis son arrivée en 1999, et particulièrement le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002.

« Nous avons du affronter l’assaut durant le premier Gouvernement de George Bush, quand ils vinrent donner un coup d’État, et ils l’ont donné. Ce Palais fût pris entre le 11 et le 12 avril 2002 (…) mais la mobilisation du peuple dans la rue, et l’union civique et militaire, ont fait échouer le coup d’Etat de l’Empire » a-t-il insisté.

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Traduction : Julie Jaroszewski

Source :  http://albaciudad.org/2018/10/presidente-maduro-anuncio-la-creacion-del-instituto-nacional-para-la-descolonizacion-videos/

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Comment Nicolas Maduro répond aux nouvelles offensives économiques et impériales

Roger Noriega, ex-assistant du Secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental, connu pour ses antécédents de « faucon » allié direct des secteurs putschistes et terroristes de la droite latino-américaine vient de publier dans le New York Times un article intitulé : « les options sont épuisées pour le Venezuela » où il réitère l’appel d’autres politiques républicains en faveur d’un coup d’Etat militaire pour renverser le président Nicolas Maduro. D’autres responsables de la politique étrangère des Etats-Unis ont émis des déclarations dans le même sens comme le vice-président Mike Pence qui a annoncé que les prochains pays à libérer sont « le Nicaragua, le Venezuela et Cuba » ou Mike Pompeo, ex-chef de la CIA et nouveau secrétaire d’Etat des Etats-Unis, qui a donné autorité à un nouveau groupe de diplomates étasuniens pour promouvoir un changement au Venezuela.

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Kurt Walter Tidd, Chef du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis

La journaliste Stella Calloni a diffusé un nouveau document du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis, signé par l’Amiral Kurt Walter Tidd, qui explique en onze pages, méthodiquement, ce que les États-Unis entendent faire pour empêcher la victoire du président Nicolás Maduro aux élections du 20 mai prochain ou, en cas d’échec de cette tentative, user de leur pouvoir médiatique pour lancer et justifier une intervention. Ce plan dénoncé par le président Evo Morales a été élaboré avant l’organisation des élections présidentielles du 20 mai prochain, il accorde un rôle à l’opposition mais il reconnaît aussi l’inefficacité de ces partis, vu l’absence d’une base sociale, les divisions, l’arrivisme et la corruption qui règne en leur sein. Les militaires étasuniens parlent d’une « renaissance de la démocratie » en Amérique Latine et ils citent l’exemple du Brésil, de l’Équateur et de l’Argentine. Ils considèrent que le tour du Venezuela est arrivé.

Si, comme la plupart des sondages des firmes privées l’indiquent, Nicolás Maduro sort vainqueur des urnes, tous les outils du Pentagone en matière de guerre psychologique seront déployés pour créer un climat favorable à une action militaire. À cette fin, assure le document, on travaille avec des pays alliés des États-Unis dont le Brésil, la Colombie, l’Argentine, le Panama et la Guyana, à la préparation d’une force conjointe sous la bannière de l’OEA, l’Organisation des États Américains et sous la supervision, sur le plan médiatique et juridique, de son secrétaire général Luis Almagro. Le Commandement Sud se servira des bases militaires en Colombie, des installations régionales de surveillance électronique, des hôpitaux et des enclaves dans la forêt panaméenne de Darién, ainsi que des terrains des anciennes bases d’Howard et d’Albrrok, dans la zone du Canal.

La première phase du projet est d’ores et déjà en marche : elle consiste à aggraver les problèmes internes du Venezuela, en particulier la pénurie d’aliments et de produits de première nécessité, couper l’accès aux sources de devises, exacerber la violence, épuiser le pouvoir d’achat de la monnaie nationale et, en même temps, mettre en marche tout l’appareil de propagande pour rendre le gouvernement de Nicolás Maduro responsable de cette crise et l’accuser lui et ses principaux collaborateurs de présumée corruption.

Après l’échec des « guarimbas » (violences d’extrême droite) organisées d’avril à juillet 2017, et présentées par les médias internationaux comme une « révolte populaire », la droite a reporté ses efforts sur le terrain économique, renforçant les variables comme la hausse des prix, le taux de change et la contrebande d’extraction.

Face à cette guerre aux mille visages qui vise à saper l’appui populaire au chavisme, le président Nicolas Maduro accélère la riposte en multipliant la distribution des aliments subventionnés à la population. Il porte en même temps des coups au cœur du système capitaliste : les dirigeants de la mégabanque privée Banesco qui se consacrait a une contrebande massive de la monnaie vénézuélienne et au blanchiment de capitaux, ont été arrêtés, et la banque mise sous tutelle publique.

A l’apogée de l’abondance pétrolière, Banesco avait ouvert la route de la fuite des capitaux vers des paradis fiscaux comme la République Dominicaine, la Colombie, le Panamá, Porto Rico et La Floride (Etats-Unis) où année après année commencèrent à apparaître des filiales de Banesco avec un capital de base très supérieur, comme dans le cas bien connu de Banesco Panamá, à celui de banques étasuniennes de grande envergure comme Citibank. Jusqu’à il y a peu, l’ascension de Banesco était présentée à l’opinion publique comme la conséquence des grandes qualités de son patron fondateur Juan Carlos Escotet. Cependant, en 2015, Banesco Panamá reçut une amende 614 000 dollars pour violation des règles de prévention du blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Le mythe recevait sa première dose de réalité…

Pendant ce temps, sur la frontière avec la Colombie, l’opération « mains de papier » s’efforce de démanteler le vaste système de contrebande des billets vénézuéliens, lavés et réimprimés en dollars ou réutilisés par la mafia colombienne pour acheter des biens subventionnés par le gouvernement bolivarien et les revendre cent fois plus cher sur le marché colombien. Les autorités nationales et régionales découvrent de nombreux hangars avec des passages secrets où on accaparait et on reconditionnait riz, beurre, sucre, huile, fongicides, et une grande quantité d’aliments protégés par l’Etat vénézuélien que les mafieux faisaient passer et versaient dans des emballages colombiens, aussi bien dans des ballots que dans des sachets. Sans oublier la contrebande massive d’essence – avec parc de camions-citernes. Dans la capitale des dépôts remplis de tonnes de nourriture accaparée (photo) ont été découverts et ces aliments sont redistribués a la population via les comités d’approvisionnement.

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Pour protéger le salaire des travailleurs, Maduro a décrété le 30 avril une nouvelle augmentation de 95 % du salaire légal, a annoncé l’augmentation des allocations et une couverture à 100% des pensionnés, et a multiplié les allocations aux plus vulnérables : personnes âgées, étudiants, femmes enceintes, femmes allaitant leurs enfants, etc… La réplique des chaînes de distribution qui sont comme la production et la commercialisation, à 80% aux mains du secteur privé, consiste à augmenter les prix dès le lendemain. Maduro a annoncé que s’il est réélu le 20 mai à la présidence, il va mettre au pas la mafia des supermarchés et relancera le « gouvernement de rue », ville par ville, pour renforcer le contrôle citoyen et gouvernemental des mécanismes de distribution.

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Photos : Nicolas Maduro en pleine campagne présidentielle, interrompue un temps pour recevoir le Président palestinien Mahmoud Abbas et signer avec lui un accord de coopération portant sur 20 millions de Petros, la nouvelle crypto-monnaie vénézuélienne indépendante du dollar.

Le candidat  le mieux placé de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon, affirme qu’en dollarisant le Venezuela, on gagnerait la confiance des organismes internationaux comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Le président Nicolás Maduro envisage la voie opposée, rendre le pays indépendant du dollar en créant une devise propre : le petro : « Qu’un pays comme le nôtre puisse avoir sa propre monnaie internationale serait un succès sans précédent dans le monde, » a-t-il ajouté en évoquant le Petro lancé par le Gouvernement Bolivarien.

5 domaines de travail

Dans le cadre de la coordination de la proposition du Président, la Commission de l’Economie a établi plusieurs domaines de travail : le domaine de la sécurité et de la souveraineté agro-alimentaire, la conception d’une nouvelle architecture financière concernant la gestion des finances publiques, la relation avec les capitaux étrangers, l’économie de production, un nouveau modèle économique avec exposition des motifs à la Constituante et le problème de l’énergie qui comporte plusieurs points faibles.

L’un d’entre eux est PDVSA Gas Communal : le service direct et la distribution en bombonnes font aussi partie des lignes de travail essentielles à cause de l’importance qu’ils ont dans les foyers populaires. En plus, on a insisté sur le problème des courants de raffinage pour valoriser le travail de transformation du brut aussi bien dans l’exploitation que dans l’extraction.

Interrogé sur le destin des plus importantes réserves de brut du monde, le député constituant David Paravisini a déclaré que les ressources de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque Hugo Chávez continuent à être utilisées comme instrument de la géopolitique mondiale.

« Celui qui veut du pétrole doit s’adapter aux conditions établies par l’Etat. On envisage même de fixer des conditions plus strictes dans cette relation de propriété : 60% à la république et 40% à l’investisseur privé pour qu’il soit associé et qu’il apporte la technologie en plus du financement. »

La démocratisation de la gestion de l’industrie doit se poursuivre car malgré le contrôle du Gouvernement sur Petróleos de Venezuela (PDVSA) qui, avant le coup d’Etat et la grève pétrolière de 2002-2003 contre le président Hugo Chávez était contrôlé par « une caste bureaucratique » appelée méritocratie, elle continue à être géré par une structure très liée aux pouvoirs factuels des transnationales. Le décret présidentiel 3 368, publié le jeudi 12 avril au Journal Officiel du Venezuela N° 41 376 est un pas dans cette direction. Ce décret a valeur de loi a pour but de réorganiser les opérations pétrolières et de minimiser la bureaucratie à l’intérieur de l’entreprise d’Etat et dans ses entreprises mixtes pour rétablir les capacités de production du brut.

« L’activité de l’industrie pétrolière s’est totalement déformée. D’une soi-disant prise de contrôle de toutes les variables avec la nationalisation du pétrole en 1975 qui, en réalité, est devenue un Ministère du Pétrole très fort mais avec une industrie qui, en réalité, est gérée par les transnationales grâce à des rabatteurs, nous sommes passés à une autre dans laquelle les 2 flanc devaient être contrôlés par l’Etat. »

Cela a provoqué un renforcement sur le moment mais dans la pratique « nous avons perdu le contrôle sur le problème du pétrole. Aujourd’hui, nous l’avons perdu sur l’industrie et on a perdu la force du ministère, » a regretté Paravisini, député à la Constituante. « PDVSA a été une création de l’impérialisme et de la CIA. Rómulo Betancourt, au début, s’est opposé à sa création et ensuite, il a accepté à condition que les entreprises soient dirigées par les anciens directeurs des transnationales. » a-t-il rappelé.

Thierry Deronne, avec tous nos remerciements à Françoise Lopez pour ses traductions

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Venezuela. Cette habitude caribéenne de ne pas se rendre

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Nicolas Maduro en campagne, Maracay, mai 2018. Photo: Fania Rodriguez, Brasil de Fato

Nicolas Maduro MTCR

Nicolas Maduro lance le Mouvement national de formation théâtrale César Rengifo, le 21 octobre 2013.

Par Marco Terrugi in La tinta

Le Venezuela se prépare aux élections présidentielles. Face à la menace des Etats-Unis et la nécessité de soutenir une révolution qui donne encore de l’espoir au continent.
Caracas vit au rythme de la rage et de la caraïbe. Ce n’est pas un bal de débutantes. Le transport y est une bataille, le distributeur d’argent y est une bataille, la pharmacie y est une bataille, les prix y sont une bataille. C’est une guerre qui éclate comme les tempêtes tropicales décrites par Maïakovsky : Il ne reste que peu d’air entre tant de pluie. Mais il ne pleut pas à Caracas, il y a des semaines de transition entre soleil et pluie, une sécheresse nuageuse. L’eau se recycle, elle passe de seau en bassine, on y fait attention dans la douche, dans la cuisine. Et quand revient son bruit dans les tuyaux, c’est la fête dans les maisons. Nous marchons au bord des limites, comme d’habitude.
Personne n’aurait dit que nous arriverions jusque là, en mai 2018. Ni avec des dés, ni en lisant les cendres de cigare, ni en appliquant de manière méticuleuse les hypothèses bien huilées qui ont donné des résultats dans les autres pays. Ce processus a pour habitude de ne pas respecter les règles, de frapper comme frappe le gitan du film Snatch, quand tout le monde le voit vaincu, que des millions ont été misé sur sa défaite, et qu’il se lève avec un poing droit qui casse les pronostics et laisse l’autre sur le tapis. Au tapis, il y a la droite vénézuélienne, qui ne se remet pas de la défaite de l’année dernière, quand elle a cherché à prendre le pouvoir politique avec les pires venins inoculés pendant des années dans sa base sociale et l’entrée en scène de groupes armés, entraînés pour des assauts violents. C’est pourquoi le gros de cette droite ne va pas aux élections. Et ceux qui avaient investi sur elle ont déchiffré son incapacité à convaincre les majorités. Je parle des Etats-Unis, impérialisme à l’ère des disputes géopolitiques ouvertes, condensées dans des pays comme la Syrie.
Ils veulent nous faire capoter. Que le pays s’effondre, que nous revenions aux misères qui ont engendré le cycle de la révolution, cette fois-ci pour tout faire chavirer, couler au niveau matériel et au niveau des idées. Ils le répètent avec l’impunité du pouvoir de leurs grands médias, semaine après semaine, ils annoncent d’autres attaques économiques, encore plus d’asphyxie par un blocus qui cherche à empêcher les importations, les transactions, les renégociations, en dollars et encryptomoneda Petro. Leur nouveau coup sera, et c’est déjà prévu, de ne pas reconnaître le président élu qui, selon les sondages, sera Nicolás Maduro. S’il gagne c’est par l’unité du chavisme autour de sa candidature, une base sociale historique, le poids de Chávez, et par la faiblesse de ses adversaires électoraux : Henry Falcón, ex chaviste, qui promet une dollarisation de l’économie (il se garde bien d’expliquer comment il le fera), et l’outsider évangéliste conservateur Javier Bertucci.
Tout n’est pas de la faute de l’impérialisme. C’est aussi évident que l’existence de l’impérialisme. Poser cela au centre de la scène permet de situer le conflit et ses dimensions, le ring où nous nous trouvons.
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Le pain, le distributeur de monnaie, le transport, les prix et les médicaments font partie de cette trame géopolitique, sa manifestation immédiate, quotidienne, la forme qui impacte la bouche de chacun. La stratégie d’usure est une oeuvre élaborée, pas improvisée. Elle fait mal là où ça fait le plus mal, elle s’articule sur les misères et les contradictions du processus, la corruption, l’indolence, les compromissions pour obtenir une maison, une voiture, un compte en banque. Les effets du cadre économique sur le tissu social changent à mesure que la situation se prolonge. On peut le voir, à quelques jours des prochaines élections présidentielles qui auront lieu le 20 mai : Alors qu’une partie des gens, du chavisme, parle de la campagne, milite, suit les infos, une autre partie est immergée dans la résolution des batailles quotidiennes qui n’arrêtent pas, et qui ne se calment que de temps en temps sur certains points. Il y a plusieurs temps superposés dans les territoires où s’est fondé le chavisme.
Ces temps sont exigeants. Ils demandent à ce qu’on reprenne le contrôle sur une économie qui semble effrénée, particulièrement sur les prix, qu’on exerce l’autorité, que soit freinée cette course où beaucoup ont fait de petites, moyennes ou très juteuses affaires sur les besoins, que les dirigeants reprennent le langage des rues, qu’ils fassent de la politique à la Chavez, que la lutte contre la corruption qui s’est développée soit approfondie, que les promesses de campagne ne soient pas seulement des promesses de campagne mais des faits. C’est une demande adressée aux dirigeants, au Parti Socialiste Uni du Venezuela, aux institutions, à la révolution en tant qu’espace de construction, d’espoir, d’identité.
Nous ne sommes pas dans une crise humanitaire, ce concept politique installé par les Etats Unis et répété jusqu’à la nausée par les grands médias pour justifier les attaques et diaboliser par l’effroi dès que l’on prononce le nom du Venezuela. Nous sommes dans un cadre de recul des espaces qui avaient été conquis, qui pousse à des reconversions économiques pour arriver à finir le mois ou la quinzaine, en jonglant avec les chiffres pour que ça rentre. Le cas des transferts de fonds en est un exemple très clair : Cent dollars, ce qui est très peu dans un autre pays, servent à résoudre une grande partie des besoins mensuels.
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Ainsi, de même qu’il était impossible ou presque, il y a un an, de pronostiquer que ce mois de mai nous trouverait aux portes d’élections présidentielles avec une possibilité de victoire de Maduro, il est impossible de pronostiquer ce qui se passera dans un an. Le prochain pas, c’est de garantir la continuité du pouvoir politique le 20 mai. C’est indispensable au niveau national et continental, niveau que l’impérialisme ne perd jamais de vue. Il n’existe pas trois blocs, il n’y en a que deux. C’est à l’intérieur du processus, du chavisme en tant que courant historique, que peuvent se construire des solutions aux urgences du quotidien dans une perspective stratégique. Il serait trop tard de s’en rendre compte après, avec des classes dominantes déchargeant sans freins et sans demi-mesures leur revanche jusque dans nos maisons.
Nous sommes face à nous mêmes : Histoire, rage, caribéens, latinoaméricains, avec nos passions et nos pauvretés, dans une époque qui défie nos générations réunies autour du Venezuela. Il y a dans ce destin un destin commun, qui marque ce que nous pourrons, ou pas, dans les prochaines années. Ceux qui nous ont précédé, comme ceux qui viendront et chercheront ce que nous aurons réussi, nous regardent.