Les processus progressistes qui n’affrontent pas directement le pouvoir médiatique et l’hégémonie culturelle sont-ils viables ?

L’auteur : Andrés Mora Ramírez est chercheur à l’Institut des Études Latino-américaines (IDELA) et au Centre de Recherches en Enseignement et Éducation (CIDE), Costa Rica. Master en Études Latino-américaines, spécialisation en Culture et Développement; Master en Éducation, spécialisation en Enseignement universitaire de l’Université Nationale du Costa Rica; Licencié en Communication Sociale de l’Université Fédérale du Costa Rica. Co-auteur de « Vendre les bijoux de la grand-mère : identité nationale et politiques culturelles au Costa Rica (1990-2010) ».

« Quelle misère que ces pays, quelle farce, la démocratie, quel système honteux, que celui de l’Amérique Latine ! » C’est par ces mots que l’ex-président du Honduras Manuel Zelaya a rappelé les événements qui ont entouré le coup d’État dont il a été victime en 2009 et qui, d’après lui, a marqué le début de la restauration conservatrice dans notre région.

Dans une interview publiée par le journal Página/12, Zelaya déclare : « Ce retour des droites agressives et réactionnaires de l’Amérique Latine n’est pas conjoncturel. C’est une réponse planifiée depuis Washington par des forces qui ont senti qu’elles perdaient du terrain. »

En plus du Honduras, cette restauration a été mis en œuvre au Paraguay contre Fernando Lugo et au Brésil contre Dilma Rousseff avec des variantes et des prévisions dans d’autres scénarios et d’autres processus politiques.

« La restauration conservatrice amène la conspiration. Elle combine attaques des médias, gros mensonges publicitaires et fraudes électorales. La restauration est violente, elle n’est ni pacifique ni démocratique » explique le président renversé qui dirige actuellement le Parti Liberté et Refondation (LIBRE).

Les événements de ces dernières années en Amérique Centrale et en Amérique du Sud – et en particulier au Brésil, avec un développement accéléré ces dernières semaines – donnent de nouvelles clefs pour interpréter le nouveau moment historique que nous vivons après 15 ans d’avancées du camp du peuple et des forces politiques et des gouvernements qui ont adhéré (plus ou moins) à une idéologie dans laquelle se détachaient, entre autres drapeaux, ceux de l’anti-impérialisme et de l’intégration régionale, de la souveraineté et de l’autodétermination, de l’indépendance et de la recherche d’alternatives pour surmonter le néolibéralisme.

Les coups d’État de nouveau modèle ou coups d’État « soft » perpétrés grâce aux parlements et revêtus de pseudo-légitimité par les instances judiciaires soumises aux pouvoirs factuels et aux intérêts étrangers ainsi que la recrudescence des manœuvres de désinformation et des stratégies de manipulation de l’opinion publique qui grossissent le répertoire de la guerre médiatique dans notre région sont les principales armes de la restauration néolibérale.

Sans chercher plus loin des exemples, le Réseau O’Globo, la chaîne de médias du Brésil la plus influente et la plus puissante augmentée et renforcée sous la protection de la dictature a récemment admis qu’il a utilisé des informations « imprécises » pour couvrir la soi-disant existence de comptes off shore au nom de Lula da Silva et de Dilma Rousseff pour recevoir l’argent de pots-de-vin.

Ni O’Globo ni les procureurs qui ont mené l’enquête n’ont présenté une seule preuve pour soutenir les accusations contre les deux ex-présidents : un mensonge dans toute sa splendeur utilisé comme arme politique reproduit jusqu’à plus soif et dans une mauvaise intention par les médias hégémoniques à l’intérieur et hors du Brésil qui a donné des prétentions et des « arguments » au honteux procès de destitution contre Rousseff. Tel est le modus operandi de l’offensive de restauration.

La coordination mafieuse entre les groupes de médias – ou organisés en cartels – et ce qu’on appelle le parti judiciaire qui n’est rien d’autre que la récupération par la droite de l’un des pouvoirs clefs de la structure républicaine appelé à être le garant du respect des conditions minimales qui rendent viable la coexistence en société se révèle être l’un des principaux dangers pour la construction de démocraties réelles, profondes et pleines et non des artifices fonctionnels des élites et de leurs alliés comme cela a été la triste tradition dans une grande majorité de nos pays. Les risques que nous affrontons ne sont pas rien.

Comme l’explique bien le journaliste Martín Granovsky, « l’itinéraire de la justice et la dénonciation journalistique en tant que pouvoir moral supérieur » font partie du bélier utilisé pour « produire le pire de la démocratie qui est de la laisser à la charge des chefs d’entreprises déguisés en bienfaiteurs publics. »

Comment les gauches affrontent-elles cette alliance ? Quelle sorte de démocraties peut-elle se construire sous la tutelle des partis médiatiques et judiciaires ? Les processus de changement qui ne se proposent pas de disputer l’hégémonie culturelle et d’affronter directement les pouvoirs factuels sont-ils viables ? Un projet émancipateur peut-il coexister avec la présence d’acteurs de ces pouvoirs factuels intégrés au sein des institutions de l’État ?

C’est un débat que nous ne pouvons plus remettre si nous voulons laisser définitivement derrière nous la farce des démocraties contrôlées dans l’ombre : en particulier aujourd’hui, quand augmentent les engrenages d’une offensive de restauration dont la continuité politique s’accompagne de points d’interrogation et qui – comme plusieurs intellectuels l’ont dit – dans le cas du Brésil, pourrait ouvrir des fissures dangereuses pour une nouvelle irruption de l’armée comme élément agissant de la vie politique dans notre Amérique.

(Avec des informations de Prensa Latina)

Traduction : Françoise Lopez pour Bolivar Infos
http://bolivarinfos.over-blog.com/2017/06/amerique-latine-les-armes-de-la-restauration-neoliberale.html

Source en espagnol : http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/06/10/las-armas-de-la-restauracion-neoliberal/#.WTz5yjPpMRE

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Le pouvoir par tous les moyens, par Maurice Lemoine

Loin de l’image de jeunes pacifistes réprimés, le Venezuela affronte un mouvement organisé et violent de déstabilisation, témoigne notre reporter. La réplique de l’État peine à ramener la concorde, tandis que la Colombie voisine joue désormais le même rôle que la Turquie dans le conflit syrien : francs-tireurs et paramilitaires colombiens (mais aussi vénézuéliens) servent de bras armé à la restauration néolibérale.

Ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, le journaliste Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet

TEXTES ET PHOTOS : MAURICE LEMOINE, DE RETOUR DE CARACAS

Venezuela. Ce 13 mai, tandis que des pneus crament sur la chaussée, une foule d’opposants au président Nicolás Maduro stationne sur la place Francia du quartier bourgeois d’Altamira (est de Caracas). «J’ai 57 ans, j’ai connu diverses présidences et, bien qu’il y ait toujours eu de la pauvreté et de l’insécurité, il y avait une bonne qualité de vie, nous explique une femme élégante. Hélas, depuis [Hugo] Chávez, la situation a bien changé…» Perplexe, elle fixe l’épais nuage de fumée qui s’élève à proximité: «Des jeunes ont monté une barricade, la Garde nationale est arrivée et il y a eu une grande confusion. Un autobus a été incendié, mais cela n’a pas été provoqué par les manifestants, il a brûlé (elle cherche ses mots)… spontanément.» Autour d’elle, la paranoïa rôde, instillée depuis des lustres par les médias: «Ce sont des colectivos infiltrés qui ont fait ça.» Les supposés paramilitaires du «régime», systématiquement accusés de tous les maux. Notre interlocutrice, elle, nous fixe avec gentillesse: «Vous êtes seul? Faites attention, il y a des délinquants qui pourraient vous voler vos appareils photos.»

Casqués, cagoulés, agressifs, ceux qu’elle évoque à demi-mot s’activent autour de la carcasse métallique du bus calciné qu’ils dépècent pour le transformer en nouvelles barricades. Recueilli par la police municipale du quartier de Chacao, le chauffeur du véhicule exposera les faits: ce sont bien six voyous qui, au nom de la lutte contre le «chavisme», ont incendié son outil de travail après l’avoir séquestré et détourné de son trajet.

Trois ans d’émeutes

A la mort de Chávez, dans le but de neutraliser définitivement la révolution bolivarienne, les radicaux de la Table d’opposition démocratique (MUD) ont entrepris d’empêcher Maduro, élu démocratiquement, de consolider son pouvoir. Jouissant d’un fort appui international – un décret de Barack Obama faisant du Venezuela «une menace pour la sécurité nationale des EtatsUnis» et l’arrivée à la tête de l’Organisation des États américains (OEA) d’un inconditionnel de Washington, l’Uruguayen Luis Almagro –, ils ont lancé une offensive de guérilla urbaine en 2014 sous le nom explicite de la Salida (la sortie) et, en l’absence de résultat tangible (hormis 43 morts et plus de 800 blessés!), accentué une «guerre économique» destinée à déstabiliser le pays. Cette fois avec un succès certain. Durement affectée par les pénuries sciemment organisées d’aliments, de médicaments et de produits de première nécessité, une partie des électeurs du «chavisme» a sanctionné le pouvoir, rendu responsable du chaos, en permettant, plus par abstention que par adhésion, une victoire de l’opposition lors des législatives de décembre 2015.

Lors de son installation à l’Assemblée, le 5 janvier 2016, la MUD, désormais majoritaire, n’annonce qu’un seul et unique objectif, fort peu respectueux de la Constitution: renverser Maduro en six mois! Et se met immédiatement dans l’illégalité (qui perdure aujourd’hui) en incorporant trois députés dont l’élection a été entachée de fraudes dans l’État d’Amazonas. Ce qui a amené le Tribunal suprême de justice (TSJ) à invalider toutes ses décisions et même, fin mars 2017, à prétendre assumer les fonctions législatives, avant de faire machine arrière pour mettre un terme aux accusations d’«auto-coup d’État». Bref, depuis maintenant trois ans, pouvoir et opposition se rendent coup pour coup. De sorte que, en torpillant le 6 décembre 2016 un éphémère dialogue entamé sous les auspices de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et du Vatican, l’opposition a réaffirmé sa volonté d’éjecter le chef de l’État, soit en imposant, sans aucune base légale, des élections présidentielles anticipées, soit en le renversant purement et simplement à travers d’incessantes «manifestations pacifiques». Qui, depuis le 4 avril 2017, ont fait entre soixante-cinq et quatre-vingts morts. Dues à une «répression féroce» si l’on en croit la plupart des médias.

L’arrivée des combattants

Chaque jour ou presque, dans l’est de Caracas, de quelques centaines de personnes à plusieurs dizaines de milliers de manifestants, selon les cas, prennent la rue. Selon un scénario immuable, de 10h à 14h, ils défilent en ordre en scandant «liberté!» et en traitant Maduro d’«assassin». Aucune force de l’ordre gouvernementale ne s’oppose à leur progression.

En début d’après-midi, le ton change. Des dizaines d’«encapuchados» (individus masqués) équipés de casques, de masques à gaz, de boucliers décorés de motifs rappelant les croisades, de gants de chantier, de cocktails Molotov et d’armes improvisées, hérissent les carrefours de barricades, de camions confisqués à leur conducteur sous la menace, brûlent des pneus et des détritus, puis prennent la tête du cortège en direction d’un endroit non autorisé – Ministère de l’intérieur, Conseil national électoral (CNE), TSJ, etc. Entourés de caméras, les leaders surgissent, María Corina Machado, bras et index impératifs tendus vers l’ouest – «la fin de ce gouvernement corrompu approche grâce à l’héroïsme du peuple vénézuélien qui, quoi qu’il en coûte, ne doit pas se laisser arrêter!» –, Henrique Capriles Radonski, les yeux hallucinés (il ne s’agit pas d’une image), lesquels chauffent les troupes avant, prudemment, de se retirer.

La production de «victimes de la répression» bat dès lors son plein

C’est alors que commencent les affrontements et que, systématiquement, les meneurs entraînent une partie de la «manif» sur l’autopista Francisco Fajardo – l’autoroute à six voies qui, d’est en ouest, traverse la capitale. Les «pacifiques» restant en retrait tout en poussant des hurlements et en applaudissant, les «combattants» provoquent les gardes nationaux (GN), lesquels finissent par intervenir pour dégager la voie, à coups de grenades lacrymogènes et de canons à eau. Tout comme les fonctionnaires de la Police nationale bolivarienne (PNB), et sur ordre du chef de l’État, lors des opérations de maintien de l’ordre, ils n’ont pas le droit de porter d’armes à feu.

Tandis que, pestant contre «la dictature», le gros de la foule reflue entre yeux larmoyants et quintes de toux, des groupes stratégiquement coordonnés s’éparpillent dans les rues avoisinantes qu’ils transforment en terrain de guérilla. La production de «victimes de la répression» bat dès lors son plein.

Morts dans les deux camps

Le 31 mai, un rapport du «défenseur du peuple» Tarek William Saab a révélé que, sur soixante-cinq victimes, cinquante-deux sont mortes dans le contexte des manifestations et treize lors de pillages et autres actes de vandalisme. Trois décès mettent en cause des effectifs de la GN, deux la PNB, cinq les polices des États de Carabobo, du Táchira, du Bolivar, et un la police municipale de Sucre (quartier de Caracas dirigé par l’opposition). Pour ces faits, dans le cadre de l’État de droit, trente-cinq membres des forces de l’ordre ont été mis en examen ou sont recherchés. Mais qui a tué un garde national et deux policiers de l’État de Carabobo? Les cinq personnes qui se sont fracassées contre une barricade et les deux autres assassinées en tentant de franchir les obstacles érigés par des manifestants? Le juge Nelson Moncada Gómez, exécuté de plusieurs balles alors qu’il tentait d’éviter un barrage? Les victimes des «chopos», armes artisanales utilisant des billes de métal ou de verre comme munitions? La vingtaine de personnes qui se trouvaient malencontreusement «à proximité» des manifestations? Les trois «chavistes» pris pour cible depuis un immeuble? Qui a blessé par armes à feu et explosifs six policiers et vingt-deux gardes nationaux?

Tirs «amis»

Plus de 1100 blessés (dont 340 membres des forces de l’ordre)… Avec, certes, une part d’accidents et de ce qu’on appellerait en termes militaires de «tirs amis». Le 31 mai, lors de l’attaque extrêmement violente de la base militaire de La Carlota (Caracas), que nous suivons «en première ligne», il nous est donné d’observer: un excité enflammer ses vêtements et se brûler grièvement avec son propre cocktail Molotov; un individu ramasser une grenade lacrymogène et la relancer maladroitement… sur ses amis; le servant d’un bazooka improvisé se faire huer et insulter pour avoir expédié son projectile quasiment sur les opposants; l’utilisateur d’un lance-pierres propulser ses billes métalliques d’une distance telle qu’il a autant de chance d’atteindre les gardes nationaux que les enragés en train de les affronter…

Mais l’explication d’un tel bilan va bien au-delà. Dans le recrutement criminel de bandes de délinquants équipés et rétribués pour semer le chaos. Des bandes armées qui pillent et saccagent. Qui rançonnent les habitants des quartiers «occupés» sous prétexte qu’ils «luttent pour la liberté». Qui, le 22  mai, jour de la «marche pour la santé», incendient des dépôts de médicaments et des centres médicaux! Qui, le 20 mai, à Altamira, l’accusant d’être «chaviste», lynchent le jeune Orlando Figuera, le lardent de coups de couteaux, l’arrosent d’essence et y mettent le feu (il mourra le 3 juin).

La Colombie jouant désormais le rôle de la Turquie dans le conflit syrien, francs-tireurs et paramilitaires colombiens (mais aussi vénézuéliens), bras armé de la restauration néolibérale, opèrent dans les États de Carabobo, Táchira et Mérida. A Barinas, durant un Premier mai de terreur, les bandes criminelles de l’«opposition démocratique» ont imposé un véritable état de siège, attaqué et mis à sac une centaine de commerces, une trentaine d’institutions publiques et laissé quatre morts sur le terrain.

L’issue par une Constituante?

Pour sortir de l’impasse, Maduro a annoncé la convocation d’une Assemblée nationale constituante (1). Alors qu’elle réclamait des élections, la MUD ne veut pourtant pas en entendre parler. Dans tout le Venezuela, y compris au sein du «chavisme critique», dont émerge depuis peu la figure de la procureure générale de la République Luisa Ortega, le débat fait rage. Ex-ministre de l’Économie, le chercheur Luis Salas réfléchit à haute voix: «Le gouvernement a une proposition, qui est discutable, qui ne recueille pas le consensus de tous les Vénézuéliens, mais il a une proposition. Quelle est celle de la droite?» Les faits parlent d’eux-mêmes: déchaîner la violence pour renverser Maduro.

Note :
(1) L’Assemblée Constituante, un visage nouveau pour la République, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/06/07/lassemblee-constituante-un-visage-nouveau-pour-la-republique/

Lire aussi “Réfléchir avec les latino-américains” : entretien avec Maurice Lemoine pour la sortie de son livre “Les enfants cachés du général Pinochet”

Source : Le Courrier de Genève

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Le Venezuela sans la télévision

par Marco Teruggi

Jour 1 : pays en mouvement

Caracas 6 heures du matin, recommence la ville du travail. L’agenda du jour indique des violences à hauteur de l’autoroute Francisco Fajardo, une nouvelle confrontation médiatique et armée, un possible épicentre de terreur dans un point de l’intérieur du pays – on parle de Barinas- qui laissera un mort ou plus, et de nouvelles pressions internationales. Comme s’il s’agissait d’un ordre dans le siège, un quotidien de l’impact assimilé par la force par la majorité.

A cette heure tout est calme, en particulier dans l’Ouest de Caracas où vit la majorité de la population. Personne ne dirait que nous sommes en guerre – sommes-nous en guerre ? On ne le dirait pas non plus lorsque nous partons en direction de l’état de Guarico, point-charnière du pays par sa situation stratégique d’état limitrophe avec huit autres états. Le plan pour ces jours-ci est de parcourir, écouter, raconter le pays en mouvement, comprendre ce qui se passe hors du champ des caméras. Autant celles de la droite que du gouvernement. Qui raconte ce qui se passe dans les profondeurs du pays ? Presque personne, comme on nous le dira lors de ce parcours.

Le chemin ? Le pays. D’abord un arrêt faute de nourriture: plusieurs mois sans que parvienne les produits au Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). Ensuite une manifestation de la droite à la hauteur de El Sombrero, la localité où on parlait du Picure, chef d’une bande criminelle structurée selon la logique paramilitaire, abattu l’an dernier lors d’une opération policière. Les opposants ne coupent pas la route, ils agitent leurs panneaux, soufflent dans des vuvuzelas. Casquettes tricolores, chemises blanches. Ils sont la surface de la bataille, la part la plus authentique peut-être de l’opposition.

Tout aux alentours est immense : plaine, herbages, oiseaux, vaches. L’amour de Simón Díaz.

Ce sont des heures de plaine pour parvenir à la Valle de La Pascua, zone d’élevage et d’agriculture, jusqu’à une entreprise privée de traitement de farine de mais précuite, la « Doña Goya ». Elle est une des bénéficiaires des accords que l’État a signés pour fournir matière première et machines. La capacité est d’empaqueter 100 tonnes par jour. 70% sont destinés aux Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production : c’est la contrepartie de l’accord. Il s’agit de stimuler un secteur d’entrepreneurs qui produisent pour le marché national, hors de la logique spéculative qui consiste à demander à l’État des dollars subventionnés pour importer des biens surfacturés et les revendre en s’alignant sur la valeur du dollar parallèle/illégal…

Peut-on encore créer une bourgeoise nationale en Amérique Latine ?

Nous parcourons les lieux, nous conversons avec les dirigeants de l’entreprise pour comprendre la logique de ceux qui cherchent à émerger dans un marché écrasé par une seule entreprise : la Polar contrôle 56 % du marché de farine de maïs. Ils ne s’identifient avec aucun courant politique, mais seulement avec leur commerce, et ils ont besoin de l’État. En cas de victoire de la droite, disent-ils en raisonnant avec pragmatisme, le pays irait mieux.

Là-bas les boucliers, les gaz lacrymogènes, les destructions de Barinas qui ont lieu au même moment, semblent un peu lointains. Combien de pays existent-ils en même temps ? Dans la Valle de la Pascua, l’offensive de la droite ne s’est pas encore mise en route. Fera-t-elle partie d’une prochaine phase du plan ? Nous repartons à l’aube vers l’État d’Apure. La vendeuse d’empanadas et de café ou nous déjeunions nous raconte qu’elle achète sa farine dans sa communauté à prix de marché noir, c’est à dire trois fois plus cher.

Combien de temps faut-il pour connaître la carte de la vérité des choses ?

Jour 2 : les distances de la plaine

Nous ne comprenons pas les distances de cette grande Plaine (« le Llano »), nous qui venons de la ville serrée, toujours pris dans ce bus, ce métro, cette moto-taxi, rapide qui n’en finit pas d’arriver. Ici le temps se défait de tant d’horizon vert et d’heures qui passent. Nous voyageons de jour, depuis les premières heures de ce pays qui commence avant le soleil. Par les nuits les routes sont dangereuses : manque d’éclairage, de panneaux de signalisation, animaux-surprises traversant sur la route, vaches, sangliers « chiguïres », ours mangeurs de fourmis, caïmans, – et vols à main armée.

Nous nous arrêtons pour interviewer une dame qui vend la chair de caïman séchée au soleil, du piranha moulu pour soigner tout type de douleur, des épices très piquantes de fourmis à gros derrière, prépare le casabe (1), résiste à la chaleur qui écrase. Littéralement écrase. Les points de vente sont alignés au bord de la route. Tous vendent la même chose. Plus loin, derrière, et de chaque côté, continue l’immensité. Il ne manque pas de nourriture produite ici. Manque l’autre, celle du Comité Local d’Approvisionnement et de Production. Tandis que nous interviewons, on entend entre cris et rires:

Dis qu’on ne trouve pas de riz, ni de pâtes, ni de sucre !

Le plan était d’arriver au Hato (grand domaine destiné à l’élevage) El Cedral en début d’après-midi. Nous arrivons à 21 heures. 53 mille hectares achetés en 2008 par l’État qui à présent possède 90% des terres. Les 10% restants appartiennent à l’ancien propriétaire. Contredisant le mythe de l’improductivité des entreprise d’État, celle-ci fonctionne. Le tourisme se maintient encore, mais affecté par la violence et l’insécurité, a baissé. Le Hato, rebaptisé Unité de Production Socialiste Agroécologique El Cedral, dispose de 14 mille têtes de bétail – vaches et buffles. Il est un des maillons de l’Entreprise Socialiste d’Élevage Bravos de Apure – elle aussi d’État -, qui regroupe 9 de ces hatos avec un total de 40 mille têtes. Un de ces grands domaines – El Frío – fut récupéré après des années de mauvaise gestion. Il est vrai que souvent les espaces sous administration directe de l’État n’ont pas donné de résultats. Par manque de suivi, par la corruption, l’impunité, l’inexpérience, la nomination à leur tête de personnes non formées, par la fermeture des directions à la participation des travailleurs, et l’éternelle confiance dans la rente pétrolière.

Mais certains fonctionnent comme El Cedral. Ce sont les cas modèles. Ici se développe la politique du point et du cercle : on réalise un travail social dans les communautés qui l’environnent -14 plus 13 territoires indigènes – et on s’appuie sur les petits producteurs avec des crédits pour les animaux sans spéculation bancaire. L’entreprise est partie de quelque chose de plus que le bénéfice propre, d’un projet défini de manière intégrale. Quant aux ventes elles se font à un prix moindre que celui du marché, avec priorité pour les réseaux de l’État – écoles, grandes ou petites surfaces du réseau public alimentaire (PDVALs, Mercals).

La propriété d’État, la privée, et la sociale/communale sont les trois formes de propriété au Venezuela. Dans cette époque d’ouverture – dramatique – constituante, plusieurs proposent que la troisième forme soit incorporée dans le texte de la nouvelle Constitution.

Nous réalisons les entretiens, nous parcourons, nous filmons. Les maisons sont regroupées en régime de fruits dans l’immensité. Dans toutes les directions il y a une immensité que nous ne saurions pas comment traverser. On nous monte dans une embarcation qui va remonter le fleuve Matiyure. A quelques mètres passent des cerfs, des petits sangliers chigüires, des caïmans, des hérons blancs d’un mètre et demi qui s’arrachent dans un vol lent et lourd.

Nous en restons bouche bée.

Jour 3: brigades populaires à la frontière.

Nous sommes en zone frontalière. La Colombie n’est pas de l’autre côté du fleuve, elle est ici, déjà. Dans la musique, les accents, l’économie, la population. L’essence, par contre, est de l’autre côté. Une partie au moins en tout cas. La contrebande des biens subventionnés par le socialisme bolivarien et revendus aux prix du marché colombien n’est pas nouvelle, elle a lieu depuis de nombreuses années dans la zone – et parfois dans les deux sens, selon le type de change. Le changement est venu avec la guerre économique qui lui a fait prendre des proportions jusque là inconnues, se transformant en pénurie. Et la frontière, selon les habitants, même lorsqu’elle a été officiellement fermée, est toujours restée ouverte partiellement, avec son ordre et avec ses prix.

Il faut faire près de six heures de file pour remplir les réservoirs d’essence. Nous en profitons pour suivre une mobilisation de la droite qui passe à un pâté d’un rassemblement chaviste. Pas de tirs, ni de lynchages, ni de pierres. La violence de la droite – je parle de sa base sociale et non de ses groupes de choc dans la rue et de ses paramilitaires – est avant tout classiste. C’est pour cela que dans ce village du « Llano », personne n’incinère un chaviste vivant ou quelqu’un qui serait simplement suspect de l’être. Cela ne se passe pas dans les quartiers populaires. (2)

D’Elorza à Guasdualito il reste trois heures – cela paraît déjà peu. Il pleut et l’immensité prend des tons gris qui l’étirent un peu plus. Ce pays pèse des tonnes de beauté.

La menace aussi : à Guasdualito est entré un groupe de 20 paramilitaires depuis la Colombie. 20 hommes qui ont pour plan de former 20 cellules. Ils ont dû y recourir parce que malgré les tentatives ils n’ont pas réussi à déclencher dans cette municipalité. Pour deux raisons. D’abord parce qu’il s’agit comme pour tout Apure, d’une zone profondément chaviste.

Il serait nécessaire pour comprendre cette dimension, de saisir l’impact qu’a eu Hugo Chavez dans ces villages oubliés, relégués, tombés de la carte historique, politique, culturelle du Venezuela. Ensuite, parce que le niveau d’organisation est très élevé, tant communard – tout le municipe Páez est couvert de communes – qu’en ce qui concerne les groupes de défense civile. Dans cette zone, où les mouvements populaires affrontent la contrebande et le paramilitarisme depuis des années, ont surgi des équipes de défense populaire Hugo Chávez avec un objectif clair : défendre le territoire, les infrastructures, prévenir les attaques de la droite. Pour cela il n’est pas de meilleure arme que la participation et les informations que peuvent apporter les citoyens. Et ce ne sont pas de simples citoyens, ils ont vécu un processus de transformation de 18 ans.

La chaleur à Guasdualito est plus forte que toutes les autres chaleurs. Le village est calme. Le dernier épisode de violence remonte à décembre dernier, pendant la crise des billets de 100 bolivars, quand furent incendiés la Banque du Venezuela et les billets de 100 lancés en l’air, brûlés et distribués par sacs. Le lendemain on apprenait qu’ils resteraient en circulation et garderaient leur valeur pour un mois de plus. Ces jours-là on remarqua que ceux qui menaient les destructions avaient été en majorité ramenés d’états voisins. Dans ces petits espaces tout le monde se connaît.

Le climat est donc de calme et d’attente. On sait ce qui peut se passer. Les mesures de protection sont prises. Des assemblées ont lieu. Dans les communes on parle de l’Assemblée Nationale Constituante, de comment organiser des réunions avec toute la communauté, dialoguer, écouter l’autre, cet autre qui peut être fatigué, déçu, pris dans l’urgence de la recherche d’aliments, de prix relativement justes. Nous assistons aux réunions : dans la politique communarde est condensé le meilleur du chavisme.

Comment raconter tant de choses ? Comment raconter le Venezuela : une révolution et sa contre-révolution ?

Je lance une mangue dans les feuillages pour qu’en tombent d’autres de l’arbre. Des perroquets guacamayas s’envolent.

Les vaches observent. Un compagnon filme l’après-midi dans son heure la plus longue.

Nous savons ce que ferait la droite si elle reprenait les rênes du pouvoir politique.

Jour 4 : scènes de guerre.

Nous arrivons à Socopó, un des points névralgiques dans cette étape de la guerre. Il s’agit d’une municipalité de droite, avec une forte dose de narcotrafic, de paramilitarisme et de gros éleveurs. Cela donne un bloc compact, auquel se joignent une partie des commerçants. Ils ont des conditions pour disputer le territoire. Et Socopó possède surtout une position stratégique : elle est sur la route qui unit San Cristóbal – arrière-garde du paramilitarisme – à la ville de Barinas, et possède un pont qui en cas de coupure empêche tout transit. Fermer Socopó, c’est fermer une des voies principales vers Caracas. Et c’est du Táchira que sortent de grandes quantités de légumes vers Caracas. Supprimer les aliments : une tactique principale dans cette guerre.

La situation à l’arrivée est tendue. On sait qu’un vendeur de jus, d’arepas (3), un homme assis sur le banc public, toute personne peut être un informateur de la structure paramilitaire. Ici a eu lieu une bataille frontale – les 19 et 20 avril et les 22, 23 et 24 mai – cinq jours de terreur au dire des voisins. Nuits de pillages et de destructions dans un village dont l’éclairage avait été coupé. Le commissariat de police fut attaqué pendant quatre heures avec des armes à feu, pris sous le feu d’un franc-tireur blessant six policiers – l’objectif était de les tuer – laissant l’édifice incendié et détruit par un bulldozer. Ne restent que des ruines.

A Socopó, comme à Guasdualito, le chavisme de base s’est organisé et à créé le Front de Défense Intégrale Hugo Chávez. L’initiative a surgi pour deux raisons principales. La première, celle de se protéger : les menaces envers les dirigeants ont commencé le 20 avril, avec des motos parcourant les rues avec une liste de chavistes à tuer. La deuxième, le besoin de mettre en mouvement un niveau d’organisation majeur, capable de prévenir les actions de la droite. Et si c’est la fonction des corps de sécurité de l’État, il est aussi vrai que le chavisme, en tant que trame organisée dans les territoires, lieux de travail, possède une capacité d’intelligence populaire et de lecture directe du terrain.

C’est la guerre. Avec ses batailles, ses balles, ses sièges, ses tactiques, ses ponts, ses compagnons menacés.

Il n’y a pas de doute à ce sujet quand on débarque à Socopó et qu’on comprend ce qui s’est passé ici – ce qui se passera.

– Une télévision du gouvernement est venue ici ? ai-je demandé.

– Personne, c’est comme si on nous avait oubliés, me répond une compagne.

Socopó est une répétition de la phase deux de l’insurrection paramilitaire. Elle en contient tous les éléments. On est dans une trêve, on sait que cela continuera. C’est une partie de la tactique déployée par la droite qui déplace les affrontements sur le territoire, comme un coup d’échecs qui a des points clefs à frapper. Elle est passée par plus de dix villes.

Toutes les variables sont à leur tension maximale. La droite cherche à ce que l’une d’elles explose et précipite la corrélation de forces en sa faveur. Une des tâches est de comprendre cette réalité, d’informer, de construire des clefs pour l’analyse, d’agir et d’écouter, simplement, comme disait Rodolfo Walsh quand il affirmait qu’écrire c’est écouter. C’est le pourquoi de notre itinéraire de Valle de la Pascua, à Guasdualito et à Socopó, là l’écoute des gens, de la militance, du temps profond et silencieux qui n’est pas transmis par les médias, du retour à Caracas et de ces textes. La réalité est dans le 2.0 et dans les territoires. C’est là que se trouve un pays en mouvement, une des sources majeures d’information, les meilleures synthèses communardes, populaires, chavistes.

Ce pays a les portes ouvertes.

Il demande qu’on le raconte.

M. T.

Notes :

(1) grande galette très plate de manioc, tradition indigène.

(2) https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne

(3) galettes de maïs, aliment quotidien au Venezuela.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/06/04/cronicas-llaneras-historias-silenciadas/

Traduction : Thierry Deronne

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« Pour qui vient du sud de l’Amérique avec les morts enterrés dans l’estomac, il faut se contenir en écoutant les fils de la bourgeoisie de Caracas crier « dictature »

Par Marco Teruggi*

(spécial pour La Tecl@ Eñe)

Non, le Venezuela n’est pas une grande barricade. Ce n’est pas non plus la multitude qui a envahi Caracas. Les médias mentent. Depuis que jeudi dernier a commencé la dénonciation mondiale d’un supposé « coup d’Etat » de Maduro, la ville est pareille à elle-même. Les rues sont les rues de toujours, puissantes, si caraquègnes. Au point qu’on apprenait l’existence du « coup d’Etat » à travers des messages qui parvenaient du dehors, alors que tout était comme d’habitude dans le Centre, autour de l’Assemblée Nationale, du palais présidentiel de Miraflores.

Y a-t-il eu ou non un coup d’Etat ? Juridiquement parlant, non. Le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) a émis une sentence sur une Assemblée Nationale (AN) entrée dans l’illégalité parce qu’elle veut maintenir de force trois députés élus de manière frauduleuse, dont la majorité de droite issue des législatives de 2016 a annoncé à plusieurs reprises qu’elle allait en finir avec le président Nicolás Maduro, et qui a tenté en octobre 2016 d’imiter un coup d’État institutionnel « à la brésilienne », puis a revoté en janvier 2017 une non-reconnaissance du président élu. Tout change selon le point départ qu’on prend… En Argentine le journal La Nación ne dit-il pas que la violence politique a commencé avec la guérilla des montoneros ?

On pourrait aller plus loin : ceux qui dirigent aujourd’hui l’Assemblée Nationale – et l’opposition de droite en général – sont les mêmes qui lancèrent le coup d’Etat d’avril 2002 contre le président Chavez avec l’appui du MEDEF local et d’un secteur pro-étatsunien des forces armées. Ils feignent aujourd’hui l’amnésie.

Il n’y a pas eu cette fois de « coup d’État » mais une décision du Tribunal Suprême qui dans un premier temps a retiré leur immunité aux parlementaires et a donné au TSJ la possibilité d’assumer les compétences d’une AN refusant les verdicts de la justice. L’avalanche médiatique fut automatique, comme il se doit, dans le cadre des attaques internationales contre le Venezuela, avec à leur tête, la vieille OEA historiquement sous influence de Washington. Le vendredi se produisit un tournant inattendu lorsque la Procureure Générale de la République déclara face aux caméras que la résolution du TSJ avait rompu le fil constitutionnel. Le soir-même, autre surprise : le président Maduro annonça la réunion du Conseil de Sécurité de la Nation pour résoudre ces divergences. Résultat : le lendemain le TSJ a fait marche arrière en supprimant les deux articles qui faisaient polémique. Simple pirouette pour revenir au point de départ ?

De nombreux experts constitutionnels ont pris publiquement position en donnant leur avis sur la validité de la première décision du Tribunal Suprême. La droite a dit que tout était un montage : la sentence, la Procureure Générale, Maduro, la révision et la résolution finale. Tout cela n’aurait été qu’une machination chaviste pour démontrer qu’il y a une séparation de pouvoirs au Venezuela – bref le grand complot… C’est alors que, sur commande médiatique internationale, la droite a tout rejeté et s’est lancée dans la rue – escarmouches jeudi et vendredi – avec quelques minutes de tambourinage de casseroles , concentration le samedi dans les rues de l’Est riche de la capitale – deux mille personnes – et le mardi un grand show pour les caméras, pendant que les députés annonçaient leur intention de destituer les magistrats du TSJ.

Choc des pouvoirs de l’Etat, choc des caméras et choc international.

Et la rue ?

L’envers du décor… Pour le casting du grand JT planétaire (comme en 2013, 2014, 2015 et 2016..), la droite offre à un essaim de journalistes quelques plans serrés de son « peuple révolté » : des jeunes bien payés, organisés en commandos, entraînés par les paramilitaires colombiens ou par d’autres puissances, pour agresser les forces de l’ordre et fournir les clichés nécessaires de la « dictature de Maduro ».

Le monde fantastique de la bourgeoisie vénézuélienne : en haut pour l’international, en bas pour les copines sur instagram.

La Direction de la Magistrature du Tribunal Suprême de Justice après le passage des commandos « pacifiques » de l’opposition, le 8 avril 2017, à Caracas.

***

Caracas se divise en deux grands « arrondissements ». L’Ouest, gouverné par le chavisme, l’Est par l’opposition de droite. La limite centrale : la Plaza Venezuela. L’accès à l’ouest fut interdit à la droite depuis qu’en février 2014 elle a incendié plusieurs institutions de l’État. Ce fut le cycle des guarimbas menés par l’Aube Dorée vénézuélienne et qui laissa un total de 43 morts. Leopoldo López, organisateur de ces violences, fut arrêté et transformé par les médias du monde entier en « prisonnier politique » (1). C’est pour cela que les manifestations de la droite ont lieu dans l’Est de la ville. C’est une frontière de classes : c’est la que se concentre sa base sociale, classes moyennes et hautes, minorité sociologique mais majorité médiatique.

Comme pour la droite équatorienne qui refuse de reconnaître le verdict des urnes et joue la carte de la violence de rue, le pari réitéré par les dirigeants de la droite vénézuélienne est de parvenir à l’Ouest : au Palais de Miraflores, au Conseil National Électoral, au Parquet général de la République, où que ce soit, selon la conjoncture. Passer au-delà de la Plaza Venezuela, c’est ce qu’annoncent les dirigeants à tout instant pour finalement, tromper leur monde. Parce qu’en n’ayant pas d’autorisation pour pénétrer dans ce secteur, ils se retrouvent face à un cordon de policiers. Faudrait-il les laisser passer ? Pour se battre avec les manifestants du chavisme ?

C’est sur cette base que la droite a appelé à manifester le mardi. Ils étaient peu, très peu. Disons 3 mille, avec pour objectif de renverser un gouvernement, une dictature. Parce que c’est ainsi qu’ils parlent. Et pour qui vient du Sud de l’Amérique avec les morts enterrés dans l’estomac, il faut se contenir en écoutant les fils de la bourgeoisie de Caracas crier « dictature », eux, les propriétaires des choses depuis si longtemps, eux qui ont gagné à chacune de nos morts. La matrice de communication internationale est claire : coup d’État, « régime », dictature, censure, prisonniers politiques, violations des droits de l’homme, crise humanitaire, etc… Dans les rues le jeu est différent : groupes de choc pour chercher l’affrontement, générer de la fumée, des pierres, des courses-poursuites. Il faut des images pour l’OEA, pour le monde, pour justifier l’intervention (2). Si les masses n’y vont pas, il faut des cellules entraînées. Ils n’étaient pas plus de 300 dans les zones de choc. Ces images se mêlent à celle de la speakerine commerciale, la blonde Lilian Tintori devenue épouse de prisonnier politique/figure angélique internationale, plus quelques personnes évanouies, plus un jet d’autopompe, et voilà, tout y est… « Maduro sombre dans la dictature » écrira tel ou tel site « alternatif » en Argentine, en France : la boucle sera bouclée sur la planète « George Orwell ».

La droite ne réussit pas à remobiliser. Elle a trompé ses militants par deux fois l’an passé. Elle avait réuni près de 40 mille personnes avec la promesse d’arriver au palais de Miraflores. A la fin de chaque concentration elle a renvoyé les gens chez eux, pour qu’ils frappent sur des casseroles, dans le meilleur des cas. Les dirigeants ont fini par perdre la légitimité, leur base sociale veut une revanche, une punition. Les dirigeants aussi. Ce n’est pas si simple de renverser un gouvernement sans forces armées, sans classes populaires, et sans une fraction de la bourgeoisie qui noue des pactes avec ce gouvernement.

C’est pour cela qu’ils dépendent du front international. Les jours avant, pendant et après le « coup d’État », une vingtaine de dirigeants ont quitté le pays : Capriles Radonsky, Lilian Tintori, Freddy Guevara, Julio Borges, entre autres. Un hasard ?

Ils ont perdu la rue. Le chavisme par contre, la tient encore. Avec moins de spontanéité et plus de travailleurs de l’État, c’est vrai. Chacune des bases sociales a diminué. L’une est passée de moyenne à petite, l’autre d’immense à grande. Cette dernière se fait plus forte quand l’impérialisme annonce la couleur, comme cela s’est passé depuis plusieurs semaines : les rangs se serrent, l’ennemi historique se rapproche. Il suffit de voir les images. Les plans de la droite sont tous en plan serré, celles du chavisme font la longueur de deux colonnes.

Quelque chose a retenu l’attention ces jours-ci : il n’y a pas eu de climat de coup d’État, de convulsion politique comme cela s’est produit à de récentes occasions – en octobre passé par exemple. La normalité vénézuélienne a continué dans les rues de Caracas et du pays. Comme si le conflit, aussi réel que l’est le choc des pouvoirs de l’État et des menaces de l’OEA, n’avait rien à voir avec les gens ordinaires. Il y a comme une sorte de fatigue vis-à-vis de cette logique de conflit/accord entre superstructures, de la petite politique. Un signal qui montre la nécessité de comprendre ce qui se passe dans les temps du peuple, ceux qui ne se reflètent pas dans les agendas communicationnels/politiques. Pourquoi face à quelque chose de si important beaucoup – la majorité – semble regarder de si loin ? Qu’indique ce moment ?

Ne pas réussir à organiser de manifestations massives est un problème circonstanciel pour la droite : ce n’est pas une préoccupation stratégique car la dépolitisation de la société fait partie de son plan. En revanche, pour le chavisme le coût est grand : une des forces du processus de transformation fut de rendre la politique aux citoyens, de les rendre partie prenante de la trame décisionnelle, de briser la politique comme ce qui se discute à huis-clos. Il existe des appels à manifester, à écouter les dirigeants, à soutenir les décisions du président : de moins en moins de sujets « protagoniques » et de plus en plus de canaux de réception de la ligne officielle. Qu’est-ce qui s’éloigne ? les dirigeants des bases ou les bases des dirigeants ? Le résultat est que la politique semble revenir au lit normal de la politique restreinte, celle-là même que la révolution s’est proposée de briser. Cette dynamique est celle de la désaffiliation, du distancement de la politique dans une dynamique nationale marquée par des épisodes périodiques, répétés, comme celui que nous traversons.

Où vont ceux qui s’éloignent ? Ils vont résoudre le jour d’aujourd’hui, marqué par les difficultés d’une économie sabotée comme partie du plan de déstabilisation, où le poids principal retombe sur les secteurs populaires – base principale du chavisme.

Où iront-ils électoralement ?

***

La question politique est : pourquoi, en plein assaut international, le Tribunal Suprême de Justice a-t il rendu cette sentence au sujet de l’Assemblée Nationale ? Il était prédictible qu’elle déboucherait sur un scénario de plus forte pression internationale, d’incertitude nationale, et de dégâts dans l’opinion. La raison en serait l’impossibilité d’avancer dans une initiative de création/modification d’entreprises mixtes pétrolières : pour cela, selon la Loi des Hydrocarbures, est nécessaire l’approbation de l’Assemblée Nationale. Quelle modification ou création se verrait freinée ? Il fallait qu’elle fût stratégique pour prendre cette décision dans ces heures. En tout cas cela n’a pas fait l’objet du débat public.

D’où la question du solde final. Tout cela a-t-il servi à la repolitisation, à l’ouverture de canaux, à la revitalisation des canux démocratiques ? Si par contre cela se traduit par une distance majeure entre les gens et la politique, alors le solde est négatif et aura apporté plus d’éléments à une tendance qui croît dangereusement. Le problème est de mesurer le résultat en termes de jeu d’échecs, comme une bataille de forces politiques qui se meuvent uniquement depuis leurs dirigeants. A partir de cette logique  -qui imprègne la direction du chavisme – s’est livrée une bataille victorieuse.

Tous ces éléments sont en plein développement. La droite persistera à user du pouvoir législatif comme d’un espace d’où diriger la confrontation politique. Elle veut non seulement destituer les magistrats du Tribunal Suprême mais voter « la rupture de l’ordre constitutionnel et la permanence du coup d’État”. Son plan a pour épicentre la sphère internationale, preuve de sa faiblesse interne, de ses incapacités à diriger, de ses conflits internes, l’impossibilité de faire le saut qu’elle n’a pas su faire depuis 1999 pour se battre sur un pied d’égalité. Voilà d’où vient cette surdose d’OEA, d’agression économique, d’infiltration de paramilitaires. Il ne semble pas qu’elle réussira à réunir plus de gens autour d’eux. Cela a-t-il vraiment de l’importance ? La question centrale semble celle de savoir si elle réussira à attirer les votes de ceux qui se sentent fatigués.

La révolution pour sa part se trouve face a la nécessité de renaitre de là où elle est née : des gens, d’un peuple qui n’est pas le même qu’en 1999 ni matériellement ni politiquement. Et un des pires dangers de la direction est celui de se croire autosuffisant. Quant au plan économique le pari a déjà été formulé par le gouvernement : il se jouera centralement avec les entrepreneurs. On leur a accordé une libération des prix, des dollars pour l’importation, des espaces de télévision. Le résultat ne se fait pas encore sentir au quotidien. Du temps ? Il n’en reste pas beaucoup. En face se prépare une revanche sur les masses.

Caracas, 5 avril 2017

* Journaliste et poète

Note :

(1) Voir Venezuela : la presse francaise lâchée par sa source ?

(2) Voir « Brévissime cours de journalisme pour ceux qui croient encore à l’information« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/

Source : http://www.lateclaene.com/teruggi-marcos-venezuela

Traduction : Thierry Deronne

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)

Démontez la désinformation de Courrier International (1) et la “chargée de l’Amérique Latine” Sabine Grandadam vous répondra qu’il n’y a pas de désinformation puisque ses sources sont “pluralistes”. Tout comme Thomas Cluzel (France-Culture), auteur d’un record de mensonges en cinq minutes (2) : “Je ne fais qu’une revue de presse internationale”. Tout le monde sait pourtant que l’information est passée sous le contrôle de grands groupes privés et que sous l’apparente “diversité” il y a peu de chances de trouver une dissonance avec la doxa. Ainsi, l’internationale médiatique fait campagne contre des États souverains comme l’Équateur, le Venezuela ou l’Argentine parce qu’ils font ce que toute démocratie doit faire : équilibrer la propriété des médias, desserrer l’étau du monopole privé en permettant aux secteurs public et associatif d’exister à parts égales (3). Une évidence difficile à comprendre pour Cluzel ou Grandadam puisque leur survie dépend sans doute du fait qu’ils ne la “comprennent” pas.

Pour nous parler du récent Sommet des Amériques en tout “pluralisme” (5), Courrier International a choisi cinq sources :

1 – El Nuevo Herald (États-Unis, droite souvent extrême, en pointe contre la gauche latino, propriété de la McClatchy Company, groupe propriétaire de 31 autres publications)

2 – El Universal (Venezuela, droite, propriété de l’entreprise privée espagnole Torreangulo Arte Gráfico et de Industrias Gráficas Bohe).

3 – El País (Espagne, autre fer de lance des campagnes contre la gauche latino, propriété du groupe PRISA. Impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 contre le président Chavez (4), ce groupe est actionnaire à 12% du Monde et propriétaire de dizaines de télévisions, radios, revues, journaux dans 22 pays d’Amérique Latine et d’Europe).

4 – Daniel Lansberg-Rodriguez, politologue étasunien connu pour sa critique du “totalitarisme constitutionnel” de la gauche latino-américaine.

5 – Foreign Policy (États-Unis, droite, propriété de Graham Holdings Company, conglomérat propriétaire de The Washington Post, Newsweek., Slate, Graham Media Group, chaînes de télévisions, entreprises privées de santé, etc..)

Aucun média de gauche. Aucun média public. Aucun média associatif. Aucun gouvernement progressiste. Aucun des mouvements sociaux organisateurs du Sommet des Peuples qui ont travaillé parallèlement au Sommet des chefs d’État, sur des thèmes aussi anodins que la lutte pour l’emploi, le travail et un salaire digne, la sécurité sociale, les retraites, les négociations collectives, la syndicalisation, le droit de grève, la santé au travail, les droits économiques et sociaux, le respect des migrants et des afro-descendants, l’éradication du travail des enfants et de l’esclavage, l’égalité de genre, et dont les porte-paroles étaient pourtant accessibles à tout instant. Cumbre de Los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate. Cumbre de los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate.

Le “pluralisme” de Courrier International sur ce Sommet des Amériques, ce sont les médias conservateurs, privés, de préférence étasuniens.

L’article qui en résulte (5), c’est un peu le “plan média” de Washington : il fallait tout miser sur la photo de la poignée de main Obama-Castro pour redonner un look actif à la fin de mandat plutôt frustrante de l’occupant de la Maison Blanche. En réalité, ce n‘est pas grâce à Barack Obama que Cuba était présent pour la première fois depuis 1962 à un sommet de l’OEA mais à la pression constante, unitaire, des gouvernements latino-américains. Dans son intervention, Cristina Fernández a rappelé : « Cuba est aujourd’hui parmi nous parce qu’il a lutté pendant 60 ans avec une dignité sans précédents ». Obama, lui, n’avait rien apporté de neuf : dans les “mois qui viennent” il devrait en principe étudier la levée de l’embargo toujours en vigueur et fermer Guantanamo, base militaire et centre de tortures installée sur le territoire cubain.

CCVEyu9W4AAucu3Face au rejet unitaire par la CELAC, l’UNASUR, l’ALBA, PetroCaribe, le Groupe des 77 + la Chine et le Mouvement des Non-Alignés du décret traitant le Venezuela de “menace pour la sécurité des États-Unis”, Obama avait tenté in extremis de limiter les dégâts en divisant les latino-américains. La veille du Sommet, il découvrait que tout compte fait, “le Venezuela n’est pas une menace”. Mais les latino-américains pensent aussi. Pendant le Sommet, Barack Obama a dû écouter la dénonciation unanime de la violation du droit international que représente son décret. Il finira par abandonner l’assemblée plénière avant que Cristina Fernández n’intervienne : « La première chose que j’ai faite en apprenant l’existence de ce décret, ce fut de rire. Une menace ? C’est incroyable. C’est ridicule. Le général Perón disait qu’on revient de partout, sauf du ridicule ».

Dès l’extinction des feux médiatiques, la sous-secrétaire d’État Roberta Jacobson a rappelé que Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. Démentant les propos d’Obama sur la fin des ingérences, le Pentagone renforce sa présence en Colombie, au Honduras et au Pérou, déploie la IVème flotte, multiplie les opérations secrètes et l’espionnage des télécommunications.

Mais puisqu’il faut à tout prix “sauver le soldat Obama”, Courrier International martèle la vulgate : les militaires et civils arrêtés au Venezuela parce qu’ils préparaient un coup d’État l’ont été pour leurs “opinions”. Nul doute que si Salvador Allende et d’autres président élus démocratiquement avaient réussi à empêcher les coups d’État planifiés par Washington en faisant arrêter les Pinochet et consorts, Courrier International aurait lancé une campagne pour la libération de ces “prisonniers politiques”. (6)

Bref, oublions cet hebdomadaire qui n’a de valeur que comme témoin d’une nord-américanisation médiatique en France, et revenons au réel latino-américain, plus que copieux.

Un mouvement irréversible

Le véritable événement du Sommet des Amériques 2015, ce n’est bien sûr pas une photo, fût-elle celle d’Obama-et-Castro. C’est l’irréversibilité du mouvement de fond entamé en 2001 sous l’impulsion de Chavez, Kirchner et Lula, lorsque fut enterré le Traité de Libre Commerce que voulaient imposer les États-Unis, le Mexique et le Canada. »Qu’il est loin ce décembre 1994, note la journaliste argentine Telma Luzzani, quand Bill Clinton annonçait que les pays du continent américain devraient tous faire partie de l’ALCA, un seul marché sans barrières ! » (7).

21 ans plus tard, une CELAC indépendante remplace une OEA sous influence de Washington; l’UNASUR demande aux États-Unis de retirer leurs bases militaires (8); l’Amérique Latine signe d’importants accords de coopération avec la Chine et les BRICS; la Banque du Sud est sur le point d’être inaugurée. Pour le politologue argentin Juan Manuel Karg, le fait que les États-Unis et le Canada refusent de signer le document approuvé à l’unanimité par les 33 chanceliers d’Amérique Latine et des Caraïbes souligne cette distance croissante entre Nord isolé et Sud unifié de l’Amérique (9).CCVbrl0WIAAHOHn.jpglarge-632x356

Même la tentative d’Obama d’affaiblir PetroCaribe en profitant de la baisse des cours du pétrole n’a pas fonctionné : c’est d’une voix pratiquement unanime que les États des Caraïbes ont salué les bienfaits économiques et sociaux du programme de solidarité énergétique lancé en 2005 par Hugo Chavez.

La propagande peut-elle arrêter l’Histoire ? C’est ce que que croit encore Paulo Paranagua qui avait promis aux lecteurs du “Monde” qu’”Obama arrivait en position de force face à une Amérique Latine divisée” (sic). La même obsession du contrepied lui avait fait écrire à la mort de Hugo Chavez que “celui-ci avait nui à l’unité latino-américaine” au moment précis où l’ensemble des gouvernements, y compris de droite, ainsi que des organismes d’intégration et des mouvements sociaux du continent saluaient “l’œuvre du principal artisan de l’unité latino-américaine”…(10)

Une dimension populaire invisible pour les médias

Il y a eu, aussi, cet immense contraste dont aucun média occidental n’a rendu compte : d’un côté la dialectique entre peuples et leaders progressistes d’Amérique Latine; de l’autre, la solitude des pouvoirs du Nord. Pendant qu’Eduardo Galeano accomplissait son dernier geste public en signant l’appel à abroger le décret d’Obama, à Caracas Evo Morales le signait aux côtés de Nicolas Maduro, face à des milliers de vénézuéliens.ag_8678142862650311-632x752pueblo en Caracas para apoyar la entrega de 10 millones de firmas contra el decreto Obama

Dès son arrivée à Panama, le président bolivarien est allé à la rencontre d’autres invisibles des médias: les familles des milliers de victimes massacrées par les soldats étasuniens lors de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989. Dans le quartier martyr de El Chorrillo, Maduro a reçu du « même peuple » qu’à Caracas 2000 signatures de plus contre le décret Obama et une lettre des familles des victimes de l’invasion, qu’il a remise au président Obama.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Nicolas Maduro

CCPoaroUkAAeItEAu Sommet des Peuples organisé en parallèle à l’officiel, Maduro, Morales et Correa ont poursuivi leur dialogue avec les mouvements sociaux. “L’important n’est pas de voter tous les cinq ans, mais d’être tous les acteurs actifs des décisions politiques” a rappelé le président vénézuélien. Pendant ce temps, dans un couloir du Sommet des États, le président mexicain, qui mène dans son pays – avec l’appui en armement des États-Unis – une destruction systématique des mouvements sociaux (dont le massacre de Ayotzinapa n’est que la pointe émergée) s’offrait un selfie avec l’empereur de la transnationale Facebook.

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L’Équateur.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a été le premier à s’exprimer avec force, exigeant l’abrogation du décret Obama : « le décret pris par le président Obama contre le Venezuela, viole de manière flagrante le droit international, et plus précisément, la teneur de l’article 3 de la Charte de l’OEA. En réponse, les pays de la région ont massivement rejeté ce décret et ont également demandé son abrogation. Désormais, nos peuples n’acceptent plus les mises sous tutelle, les ingérences et les interventions dans leurs affaires intérieures ». Rappelant les morts du quartier El Chorrillo (1989) lors de l’intervention des USA destinée à chasser du pouvoir le dictateur Manuel Noriega – qu’ils avaient dans un premier temps imposé – Rafael Correa a relevé que « la mémoire collective des peuples de ce continent est saturée des abus et des ingérences».

Le Brésil.

La présidente en exercice Dilma Roussef a signalé  : « la dynamique en cours, des relations au sein de l’hémisphère, n’admet plus les mesures unilatérales et les décisions politiques qui sont prises sous le sceau du secret. Parce qu’en général, elles s’avèrent être contre-productives et inefficaces. Par conséquent, nous rejetons l’adoption de sanctions contre le Venezuela. Le contexte dans lequel ce pays frère évolue, requiert la modération, mais aussi le rapprochement des positions de toutes les parties concernées. C’est dans ce but, que l’Unasur travaille, afin d’appuyer le dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition vénézuelienne. Nous nous employons également à faire en sorte que toutes les parties respectent les règles démocratiques inhérentes à l’État de droit. »

 

Cuba.

Raul Castro, président de Cuba a dit sous les applaudissements que « le Venezuela n’est pas et ne peut représenter une menace pour la sécurité nationale d’une super-puissance comme les USA. Il est bon que le président nord-américain l’ait reconnu. Je réaffirme notre soutien résolu et loyal à la République Bolivarienne sœur, du Venezuela, à son gouvernement légitime, à l’union civico-militaire dirigée par Nicolas Maduro. Mais aussi au peuple bolivarien et chaviste qui lutte, tout en suivant sa propre voie ; qui fait face aux tentatives de déstabilisations, aux sanctions unilatérales dont nous réclamons la levée. »

Raul Castro a conclu en demandant «l’abrogation du décret – même si c’est difficile légalement – que notre communauté interprèterait comme une contribution au dialogue et à la compréhension mutuelle au sein de notre hémisphère. Nous savons ce qui se passe…il est également probable que de tous les pays réunis ici, c’est nous qui comprenions le mieux le processus en cours au Venezuela. Il en est ainsi, non pas parce que nous cherchons à nous immiscer, non pas parce que nous nous efforçons d’exercer notre influence, sur le cours des choses. Il en est ainsi non pas parce qu’on nous rapporte tout ce qui se déroule là-bas. Nous savons tout cela, car nous sommes passés par les mêmes épreuves que le Venezuela en ce moment. Et il est en train de subir des agressions identiques à celles dont nous avons eu à souffrir ! En tout cas une bonne part d’entre elles.»

 

L’Argentine.

Pour sa part, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, s’est prononcée d’une manière forte contre les sanctions prononcées par Obama : « Il est honteux que le déroulement de ce Sommet soit entaché par cette décision. Nous demandons de conserve avec les autres pays frères, que ce décret soit écarté. Toutefois, je n’en appellerai pas à la souveraineté, et ne verserai pas non plus de larmes. Je m’appuierai sur le bon sens. Le général Perón disait que l’on peut revenir de tout, sauf du ridicule. Et il est absolument ridicule de considérer que l’un d’entre nous, constituerait une menace. Je suis par ailleurs satisfaite de participer en ma qualité de présidente à la dernière réunion de ce sommet, car il s’agit d’un événement historique. Pour la première fois en effet, le Sommet des Amériques reçoit Cuba »

Il faut préciser que lors de cette intervention, Obama avait déjà quitté la séance plénière.

« Nous en étions là, quand survint soudainement la nouvelle de la signature de ce décret, déclarant que la République Bolivarienne sœur du Venezuela, représentait une menace pour la sécurité des USA. Je dois vous avouer qu’à l’écoute de cette annonce, je me suis dit : il y a une erreur. Ils doivent vouloir dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique menée ; qu’ils condamnent cette politique. Mais non. On m’a remis le document. Une menace pour la sécurité des États-Unis. La première réponse qui me soit venue à l’esprit, n’a pas été une flamboyante répartie anti-impérialiste. J’ai éclaté de rire. Il est hautement improbable -cela frise le ridicule- que le Venezuela ou l’un des pays de notre continent puisse représenter une menace pour la première puissance du monde ».

« Au-delà de l’idée que nous nous faisons des USA, on ne peut manquer de reconnaître que ce pays est la plus grande puissance sur les plans militaire, économique, financier et scientifique. Il est pourvu d’un budget militaire s’élevant à 640 milliards de dollars. Dans ces conditions, les États-Unis devraient combattre d’une manière effective le narcotrafic et l’immigration illégale ». La présidente a comparé ce budget militaire à celui du Venezuela qui y consacre quant à lui, « 1 ou 2 milliards de dollars, voire un peu plus ». Cristina Fernandez de Kirchner a questionné : « comment concevoir que le Venezuela représente une menace pour la plus grande puissance du monde ? ».

Elle a également rappelé, qu’Obama lui-même se vantait devant ses compatriotes que son pays était le plus puissant de la planète ; que son budget militaire dépasse de 20 fois celui de l’Iran.

« Personne ne peut croire à cette menace du Venezuela. Tout comme personne ne peut envisager que l’Argentine représenterait une menace pour le Royaume-Uni ». Elle se référait ici à cette revendication historique de l’Argentine qui réclame la souveraineté sur les Iles Malouines (enjeu d’un affrontement militaire entre les deux pays en 1982). « J’ai été frappé par la similitude et la simultanéité de ces deux prises de position », a-t-elle conclu.

 

Trinidad et Tobago.

De même, Madame Kamla Persad-Bissessar, le premier ministre de Trinidad y Tobago a fait observer que la célébration de l’accueil de Cuba à ce Sommet des Amériques, coïncide avec la signature du décret visant le Venezuela.

« Président Maduro, je demande qu’une fois encore, nous élevions collectivement et individuellement notre voix. En tant que nations de la région, nous nous devons d’élever notre voix contre ce décret, dont vous nous avez rappelé qu’il existe un précédent, qui a été suivi d’une invasion. Bien que ce décret n’a pas été accompagné d’une déclaration de guerre, ou de tout acte du même genre, cette initiative nous inquiète au plus haut point ».

« Je souhaite ajouter que lorsque les  »éléphants » se mettent à jouer et à danser, c’est l’herbe qu’ils foulent qui en pâtit. Nous autres au Caricom, sommes nous cette « herbe menue ?» Nous sommes de petits pays, très soucieux de leur indépendance, et très en faveur de la démocratie et de la primauté du droit. Il en résulte que nous croyons à la souveraineté des nations, c’est pourquoi nous sommes avec vous, Président Maduro. En défense de votre souveraineté, de votre droit à l’autodétermination. Mais aussi pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, je demande que tout le monde autour de cette table, en parle et croit en cela. Il faut faire ce que nous avons à faire, dès maintenant, et agir de notre mieux, afin d’aboutir à l’élimination de ce décret ».

Kamla Persad-Bissessar a également souligné que tous les pays membres de la Celac (Communauté d’États latino-américains et caraïbes) ont signé la demande d’abrogation de ce décret ; que la Caricom (Communauté caribéenne) est constituée de 14 des 33 nations faisant partie de cette organisation. Le Sommet des Amériques réunit quant à lui, 35 nations, à quoi il convient d’ajouter les USA et le Canada : « 33 d’entre elles ont déclaré que le décret était inutile et qu’il devait être retiré. Nous travaillons dans ce sens. Caricom a du poids: presque la moitié des pays constituant la Celac et le Sommet des Amériques. Ainsi donc, bien qu’étant de petits pays, nous nous faisons entendre parce qu’en la matière, nous sommes unis ».

 

La Bolivie.

Le président bolivien, Evo Morales a prononcé un discours fortement anti-impérialiste. A trois reprises, il a soulevé la question du décret de Barack Obama visant le Venezuela. « Aujourd’hui, ce sont nos peuples qui écrivent l’histoire. Sur le plan politique, économique et militaire, notre Amérique latine et les Caraïbes, ont longtemps été prises en otage par l’Empire, en vertu de la doctrine Monroe nord-américaine :  »L’Amérique aux Nord-américains ». Nous ne voulons plus de Monroe sur notre continent. Nous ne voulons plus de doctrine Truman, plus de doctrine Reagan, plus de doctrine Bush. Nous ne voulons plus de décrets présidentiels, plus d’ordres de l’exécutif, qui déclarent que nos pays représentent une menace. Nous ne souhaitons plus être mis sous surveillance, que nos téléphones soient piratés, que l’on séquestre des avions présidentiels. Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix ! »

« De quelle démocratie parle-t-on, lorsque l’on transforme un peuple révolutionnaire tel que celui du Venezuela, en une menace pour la sécurité nationale ? Le peuple vénézuelien, tout comme ceux de l’Amérique latine et des Caraïbes, ne représentent une menace pour quiconque. La solidarité, la justice, l’égalité, les idées, sont nos seules armes. Nous luttons pour que nos concitoyens puissent jouir d’une vie décente, digne d’un être humain. Selon cette logique, tous les gouvernements d’Amérique latine représentent une menace évidente pour la sécurité des USA ! La menace qui pèse sur les USA, ne provient d’aucun des peuples de l’Amérique latine. Elle est le résultat de leurs propres erreurs, de leur condition d’empire et de leur capacité à déclencher partout des guerres, là où la paix devrait régner ».

Evo Morales a également dénoncé le fait « qu’il n’est pas possible pour eux (les USA) d’expulser du Sommet, l’ensemble de nos mouvements sociaux. 33 pays appuient le Venezuela, et qu’un ou deux pays appuient le décret qui menace non seulement le Venezuela, mais aussi toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Sœurs et frères : puisque les USA sont l’une des plus grandes puissances du monde, alors je prie le Président Obama de faire en sorte que l’Amérique soit un continent de paix et de justice sociale. Président Obama, si vous considérez être le dirigeant d’une puissance planétaire, je vous demande de protéger la Terre Mère, pour que l’Humanité puisse être sauvée ».

 

L’Uruguay.

Le président uruguayen Tabaré Vasquez a condamné la menace latente que les USA font planer sur le droit à l’auto-détermination des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il a également prôné le respect des principes garantissant la pleine expression du droit international, tout en exigeant la non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Il a aussi émis le vœu que l’on travaille au règlement pacifique des différends.

Tabaré Vasquez a par ailleurs précisé qu’il était impossible de ne pas inclure à l’ordre du jour de cette assemblée plénière, l’agression commise contre la souveraineté du Venezuela, faisant suite à la signature du décret pris par le président des USA, Barack Obama, le 9 mars dernier. « Pour le dire brièvement et clairement : comme nous l’avons d’ores et déjà exprimé à l’occasion de rencontres bilatérales ou multilatérales -UNASUR et OEA- nous rejetons le décret du Gouvernement des États-Unis, ce qui illustre bien notre engagement en faveur du plein respect du droit international, du règlement pacifique des différends, mais aussi du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Tout en soulignant qu’en absence de discussion, il n’y aura pas d’issue possible, le président Vasquez a précisé : « Pour le Venezuela, nous appelons au dialogue, toutes les parties en présence ». Le président uruguayen a réitéré son appel à ce que les gouvernements s’abstiennent d’appliquer des mesures coercitives et unilatérales, qui contreviennent au droit international. Il a aussi rendu hommage au rétablissement des relations entre Cuba et les USA, la participation de l’île à ce Sommet en étant l’une des manifestations : « Il convient également de le garder à l’esprit. Nous saluons la présence de Cuba à ce Sommet, dont elle n’aurait jamais dû être absente ». Vasquez s’est également félicité de l’ouverture d’un dialogue de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des conversations qui se déroulent depuis 2012, à la Havane.

Le Salvador.

Le président salvadorien, Salvador Sanchez Ceren, a réclamé l’abrogation du décret signé par le président Obama, le 9 mars dernier. « Je ne peux manquer de noter » a-t-il dit, « que les récentes mesures récemment prises par les USA contre le Venezuela, ont aggravé les tensions entre les deux nations. Ces mesures ont également un impact sur le climat de paix et de concorde, que nous promouvons en Amérique latine. Il est important de se rappeler que tout au long de notre histoire, aucune des mesures unilatérales prises par un État contre un autre n’a résolu quoi que ce soit. Bien au contraire, les problèmes se sont approfondis. Par conséquent, en vertu de ce constat, et invoquant le principe de l’auto-détermination des peuples, nous considérons que le décret récemment pris contre le Venezuela devrait être annulé ». Le président a par ailleurs fait ressortir la participation de Cuba à ce Sommet, pour la première fois depuis son exclusion de l’OEA en 1962.

« Pour la première fois, tous les pays de l’Hémisphère sont réunis, pour atteindre un objectif commun, et travailler conjointement pour le bien-être de nos peuples ». Le président a également salué les progrès accomplis par l’île et le Gouvernement des États-Unis, en vue du rétablissement des relations diplomatiques entre les 2 pays. Et ce, après 50 années d’hostilités entretenues par les USA contre Cuba.

Antigua y Barbuda.

Le premier ministre d’Antigua y Barbudo, Gaston Browne, a condamné samedi le décret pris par le président des États-Unis Barack Obama, par lequel il déclare que le Venezuela représente « une menace » pour la sécurité nationale, et la politique étrangère de son pays. Une action qui a été condamnée par nombre de gouvernements et d’organisations d’intégration dans le monde. Il s’est également félicité du rétablissement des relations entre les USA et Cuba, et de la participation à ce Sommet, de cette île des Caraïbes. G Browne a appelé les pays de l’hémisphère à travailler de manière conjointe, pour lutter contre la pauvreté et offrir des emplois décents à tous ceux qui font partie de ce continent. « Continuons à travailler ensemble, solidairement, pour le progrès des peuples de cet hémisphère » a-t-il conclu.

Le Nicaragua.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega a observé que le décret pris par le président des États-Unis, Barack Obama contre le Venezuela, a mis à mal le consensus qui aurait pu conduire à la déclaration finale de ce VIIème Sommet des Amériques (Panama), rassemblant 35 nations du continent.

« Qui est le provocateur ? Les USA. Qui a fait du mal à ce Sommet ? Les USA. Pourquoi ce Sommet ne se termine-t-il pas, par une déclaration finale ? A cause des USA. Qui a fait du mal à ce Sommet en focalisant sur lui, les préoccupations politiques de ce Sommet ? C’est le décret. Par conséquent, ce dernier a empêché d’aboutir à tout accord sur une résolution commune. »

Le président a dédié une grande partie de son discours à l’énumération des nombreuses interventions et invasions visant les pays de l’Amérique centrale, dont les USA ont été les auteurs. Il a par ailleurs écarté l’hypothèse selon laquelle ces dernières se justifiaient du fait de la Guerre Froide, parce que la plupart ont été perpétrées, bien avant la création de l’Union soviétique. Il a précisé que le décret d’Obama est alarmant parce qu’il se situe dans le droit fil de ces ingérences et interventions.

Daniel Ortega a aussi rappelé les propos du président du Panama, Juan Carlos Valera : 97% du document final résultent d’un consensus sur les aspects économiques, sociaux et autres thèmes abordés. Toutefois, les 3% restant, relatif au volet politique ont été rejetés par les USA. Le président du Nicaragua a également insisté sur le fait que le décret Obama remettant en cause la souveraineté du Venezuela, est un coup porté à l’Amérique tout entière.

Il a en outre observé que le rétablissement des relations entre Cuba et les USA, peut être interprété comme un geste d’Obama. « Indubitablement, toute l’Amérique latine se sent concernée par ce geste. (…) Cependant, les USA se retournent maintenant contre le Venezuela, au prétexte que ce ne serait pas un pays  »démocratique ». Un pays dans lequel se sont déroulées 20 consultations électorales, ne serait pas une démocratie ? Le Venezuela incarne désormais le mal. On tend la main à droite, et l’on porte un coup à gauche ».

 

San Vicente et las Granadinas

Ralph Gonsalves, premier ministre, a exprimé sa préoccupation “face aux actions exécutives qui traitent la République du Venezuela comme une menace, et face aux sanctions, qui marquent un continuel manque de respect pour l’autonomie de ce pays. La situation qui menace le Venezuela nous menace tous. Le Venezuela a été et reste un partenaire, un ami, un pays qui a travaillé pour la paix et l’intégration entre toutes les nations d’Amérique. Caractériser le Venezuela comme une menace ou Cuba comme pays pro-terrroriste, sont des mensonges”.

Les blocus et les décrets sur des menaces attentent contre notre idéal de prospérité, de développement conjoint et de collaboration que nous appuyions ici , où nous avons besoin de respect et de dialogue”.

Jamaïque

Portia Simpson-Miller, premier ministre : “Les accords offerts par le gouvernement du Venezuela à travers Petrocaribe sont un des meilleurs exemples de coopération nord-sud et résument bien l’esprit de ce sommet : prospérité avec équité. Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier une fois de plus le président Maduro pour cet appui continuel apporté par le Venezuela à notre pays”.

Haïti

Michel Martelly, président : “Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un grand hommage au peuple et au gouvernement du Venezuela, en particulier au président Maduro, et lui donner nos remerciements pour l’alliance et la solidarité exprimées concrètement travers des programmes comme PetroCaribe initié par feu le Président Hugo Chávez Frías. Ce programme dont bénéficient une grande majorité de peuples des Caraïbes et de l’Amérique centrale, constitue une aide inestimable pour le peuple d’Haïti, sans lui nous n’aurions pas été en mesure de faire face à des besoins fondamentaux”.

Thierry Deronne, Caracas, 15 avril 2015

Traduction des interventions des chefs d’État : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) « Courrier International », le produit offshore du « Monde », 18 février 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/18/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde/

(2) Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, 12 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

(3) C’est selon la loi ce que devrait faire le CSA en France. Il est vrai que malgré quarante ans de théorie critique des médias, la gauche occidentale n’a pas eu le courage de passer à la pratique et de démocratiser la propriété des médias.. hâtant ainsi sa propre disparition.

(4) Voir à ce sujet l’étude du conseiller parlementaire espagnol José Manuel Fernández (Izquierda Unida) : “Prisa por el Golpe”, http://www.ehu.eus/mediaberri/00tik10arte/08%20Astea/Investigaci%F3n%20realizada%20IU%20venezuela.htm

(5) “Diplomatie : une poignée de main historique entre Obama et Castro”, http://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-une-poignee-de-main-historique-entre-obama-et-castro

(6) Sur ce coup d’État, lire le récit d’Ignacio Ramonet, La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela, 7 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/07/la-tentative-de-coup-detat-contre-le-venezuela-par-ignacio-ramonet/

(7)  “EE.UU ya no marca la agenda”, http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-270363-2015-04-12.htmlTelma Luzzani

(8) L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine 5 avril 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/05/lunasur-exige-des-etats-unis-quils-retirent-leurs-bases-militaires-damerique-latine/

(9) Les États-Unis ont motivé leur refus par leur désaccord avec six points : le transfert de technologies sans conditions, le combat contre le changement climatique, la reconnaissance de la santé comme droit humain, l’accès sûr et fiable aux technologies de l’information et le respect de la privacité, et l’annulation du décret Obama contre le Vénézuela. Lire aussi de Juan Manuel Karg, América Latina después de Panamá, http://alainet.org/es/articulo/168918

(10) Lire « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale », par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

Interventions des chefs d’État collectées par Luigino Bracci :  http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/cumbre-americas-rafael-correa-dilma-rousseff-evo-morales-cristina-fernandez-rechazan-orden-ejecutiva-obama/

 

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Un Sommet des Amériques sous tension, par Maurice Lemoine

Depuis 1994, sous les auspices de l’Organisation des Etats américains (OEA), tous les pays du continent, à l’exception de Cuba exclue depuis 1962, se réunissent périodiquement dans le cadre du Sommet des Amériques pour débattre des questions d’intérêt commun. Sa septième édition se tiendra les 10 et 11 avril au Panamá et, présentée comme « historique », devrait compter sur la présence de Barack Obama et Raúl Castro.

La première rencontre d’Obama avec ses pairs a eu lieu lors du sommet tenu en avril 2009 à Puerto España (Trinité et Tobago). Nombre d’observateurs attendaient avec gourmandise le moment où le locataire de la Maison-Blanche croiserait le Vénézuélien Hugo Chávez, victime en 2002 d’une tentative de coup d’Etat soutenue par George W. Bush – également impliqué dans la tentative de déstabilisation du président bolivien Evo Morales en septembre 2008. Ceux qui espéraient un clash en ont été pour leurs frais. Obama a salué Chávez, en espagnol, d’un cordial « Cómo estás ? » et celui-ci lui a répondu en anglais « I want to be your friend ».

Sommet de Trinidad et Tobago (2009). Le président Chavez offre au président Obama “Les Veines ouvertes de l'Amérique Latine” de l'uruguayen Eduardo Galeano (1971), récit implacable du pillage des ressources de l'Amérique latine depuis le début de la colonisation européenne des Amériques jusqu'à l'époque contemporaine. On ignore si l’occupant du Bureau Ovale l’a lu.

Sommet de Trinidad et Tobago (2009). « I want to be your friend ! » : le président Chavez offre au président Obama “Les Veines ouvertes de l’Amérique Latine” de l’uruguayen Eduardo Galeano (1971), récit implacable du pillage des ressources de l’Amérique latine depuis la colonisation européenne des Amériques jusqu’à l’époque contemporaine.

Face à la majorité de chefs d’Etat catalogués « de gauche » ou « de centre gauche » arrivés au pouvoir depuis la fin des années 1990, Obama avait alors offert un dialogue « d’égal à égal », « un nouveau commencement », tout en confirmant qu’il maintiendrait l’embargo imposé à Cuba. Cette annonce a empêché la signature d’une « Déclaration finale » commune, mais, marquant un évident changement d’époque, il n’y a pas eu de confrontation.

Toutefois, rapidement, l’espoir de relations équilibrées s’est converti en déception. C’est bel et bien avec l’assentiment et parfois la participation directe de Washington, sous le mandat du même Obama, qu’ont été renversés les présidents hondurien Manuel Zelaya (2009) et paraguayen Fernando Lugo (2012), et qu’un soulèvement policier à caractère putschiste a tenté de « sortir » l’Equatorien Rafael Correa (2010). La réactivation de la IVe flotte US – pour patrouiller au large de l’Amérique centrale et du Sud – ainsi que l’utilisation par le Pentagone de sept bases militaires en Colombie ont fortement indisposé les gouvernements progressistes du sous-continent. En septembre 2013, furieuse de l’espionnage de la NSA, dont elle et ses collaborateurs avaient été victimes, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a dénoncé l’administration Obama devant l’Assemblée générale de l’ONU et, en signe de protestation, a annulé une visite d’Etat prévue à Washington. Peu de temps auparavant, en avril 2012, lors du Sommet des Amériques de Carthagène (Colombie), une majorité de pays avaient témoigné leur solidarité envers Cuba en menaçant de ne pas participer à celui de 2015, au Panamá, si l’île n’y prenait pas part.

L’annonce était assortie de dangers trop précis pour être prise à la légère, un tel boycott réduisant encore un peu plus l’influence de Washington dans son « arrière-cour » et infligeant publiquement un camouflet à la Maison-Blanche. En effet, depuis la création en 2008 de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR ), à l’initiative de Chávez et de son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, puis, en 2011, de la Communauté des Etats latino-américains et caraïbes (CELAC : tout le continent sauf les Etats-Unis et le Canada), l’OEA demeure la seule instance régionale au sein de laquelle le Département d’Etat peut faire entendre sa voix. Plutôt que d’affronter un outrage tout en torpillant le forum le plus important à ses yeux, Obama, dans le registre « puisque les événements nous échappent, feignons de les organiser », a annoncé, le 14 décembre 2014, l’ouverture de négociations avec La Havane en vue de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays. Se sortant ainsi d’une situation délicate. De fait, cette décision a été saluée par l’ensemble de la communauté internationale, particulièrement sa composante interaméricaine, qui y a vu – une seconde fois ! – le début d’une nouvelle ère dans les Amériques.

Las ! Chassez le naturel, il revient au galop… Au Venezuela, incapable de l’emporter dans les urnes, la droite radicale, depuis février 2014, s’est lancée dans une campagne de déstabilisation du successeur de feu Chávez, Nicolás Maduro. Alors que cette situation conflictuelle est généralement présentée, dans les médias, comme de la seule responsabilité du gouvernement bolivarien, dès le 7 mars 2014, au nom de l’UNASUR, la présidente du Chili, la modérée Michelle Bachelet, a donné le ton : « Nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement. » Ce qui n’empêchera pas le dirigeant d’opposition vénézuélien Leopoldo López d’encourager ses partisans, le 19 mars suivant : « Je lance à un appel à tout le pays pour maintenir et augmenter la pression jusqu’au renversement de la dictature » – ce qui lui a valu d’être inculpé et arrêté.

Après quarante-trois morts – dont de nombreux civils victimes des enragés de l’opposition et six membres des forces de l’ordre tués par balles -, une nouvelle tentative putschiste a été neutralisée le 12 février 2015, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et du maire de Caracas Antonio Ledezma. Se portant au secours des éléments factieux, Obama a réagi en signant le 9 mars un « Executive Order » décrétant une « urgence nationale » pour répondre à « la menace inhabituelle et extraordinaire » que représente le Venezuela « pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ».

Au terme d’une visite à Caracas où, en compagnie des ministres des Affaires étrangères Mauro Vieira (Brésil), María Ángela Holguin (Colombie) et Ricardo Patiño (Equateur), il a pris connaissance des preuves de la conspiration réunies par le gouvernement vénézuélien, le président de l’UNASUR, l’ex-président colombien Ernesto Samper, a recommandé à l’opposition « de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence ». Réunis en session extraordinaire à Quito le 14 mars, les Etats membres de l’organisation ont manifesté leur rejet unanime du décret « impérial » et, déclarant que l’ingérence des Etats-Unis dans la région « crée une très forte tension », réclament son abrogation. Depuis, la CELAC s’est prononcée dans le même sens, de même que la Russie, le G-77 + Chine (plus de 130 membres), le Mouvement des pays non-alignés (120 pays, soit deux tiers des pays membres de l’ONU) – c’est-à-dire le gros de la « communauté internationale » (qui ne se limite pas aux Etats-Unis, à l’Union européenne et à leur excroissance, l’OTAN).

Lorsqu’il atterrira au Panamá, le 10 avril, Obama n’y sera sans doute pas accueilli avec des fleurs par ses partenaires latino-américains. Malgré la présence tant attendue et commentée de Cuba, ce Sommet des Amériques risque davantage d’être celui de la discorde que celui de la réconciliation.

Maurice Lemoine au Honduras avec Giorgio Trucchi

Maurice Lemoine (à droite) et Giorgio Trucchi (à gauche) au Honduras en 2013 pour couvrir la résistance populaire au coup d’État mené par l’oligarchie contre le président Zelaya avec l’appui des États-Unis.  Journaliste et ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et récemment  “Les enfants cachés du général Pinochet” (Editions Don Quichotte, en librairie depuis le 2 avril 2015). Lire l’interview à ce sujet : http://wp.me/p2ahp2-1PD

Source : http://huff.to/1yP250Y

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L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine

« L’Argentine représente une menace pour nous ». C’est en usant d’un argument semblable à celui du président Obama au sujet du Venezuela que Londres vient d’augmenter sa présence militaire dans les îles Malouines, en plein territoire argentin. María Cristina Perceval, ambassadrice de l’Argentine aux Nations Unies, a dénoncé cet acte hostile auprès du secrétaire général Ban Ki-moon, ainsi que du Comité Spécial de Décolonisation et du Groupe des 77 + la Chine : « Nous, qui ne sommes pas une menace, nous menacerions ceux qui de manière constante nous menacent. Nous défendons les principes de souveraineté, de dialogue et d’intégrité territoriale alors que le Royaume-Uni utilise ce thème comme un mécanisme dégradant dans sa politique intérieure. La voie de la violence n’a pas sa place dans une zone de paix et de coopération comme l’est l’Atlantique Sud.”

anexo_2_portaaviones_de_la_iv_flotaParallèlement, dans le cadre de la contention des démocraties de gauche, les États-Unis renforcent leur présence militaire en Amérique latine. En février 2015, sous l’argument de « combattre le trafic de drogue et le terrorisme », le gouvernement péruvien a approuvé l’augmentation demandée par Washington d’une augmentation de son contingent de 125 a 3.200 marines en 2015, qui seront répartis dans les sept bases étasuniennes installées au Pérou. Le gouvernement péruvien – membre de « L’Alliance Pacifique » proche de Washington et dont font partie aussi le Chili, le Mexique et la Colombie – a également octroyé à la IVème Flotte trois ports pour qu’elle puisse héberger et ravitailler ses navires de guerre.

Par ailleurs, la base aérienne étasunienne de Soto Cano, au Honduras – que l’on appelle également « Palmerola » et qui se situe à 86 km de Tegucigalpa – a reçu ce mercredi le renfort d’une nouvelle unité spéciale. La base de Soto Cano, qui accueille en permanence un effectif de 500 à 600 soldats américains, va voir 250 marines supplémentaires s’ajouter à ces forces. Ils seront accompagnés d’au moins 4 hélicoptères lourds, et d’un catamaran amphibie à grande vitesse, conçu pour le transport de troupes et de matériel de port à port, dans le cadre de l’ouverture d’un théâtre d’opération militaire. La nouvelle unité sera définitivement opérationnelle entre juin et novembre.

bases-yanquisCes effectifs supplémentaires sont censés répondre « à une situation de crise ». Officiellement, leur mission consiste à collaborer avec l’armée hondurienne, améliorer sa formation, apporter une assistance humanitaire, et participer à des « opérations anti-drogue »  (SPMAGTF-South). L’arrivée de cette nouvelle force est concomitante de la venue au Honduras de John Kelly, le chef du Commandement Sud de l’armée américaine, qui a participé à la Conférence sur la sécurité transnationale Centraméricaine. Les représentants et chefs des armées de 14 pays étaient présents, dont le Canada, le Mexique, la Colombie, la République Dominicaine, Haïti et le Costa Rica.

En 2009, le président de la République hondurienne -Manuel Zelaya- avait manifesté son intention de transformer Soto Cano en aéroport civil, avec le financement de l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques). Cette décision avait été rejetée par l’ambassadeur des États-Unis au Honduras et peu après, en juin 2009, Manuel Zelaya avait été renversé par un coup d’État. Soto Cano – clé de voûte de la défense des intérêts américains dans la région – servit alors d’appui logistique pour l’arrestation et l’expulsion du territoire du président. En France le quotidien « Libération », notamment, avait justifié ce coup d’État sous la plume de Gérard Thomas, avec l’argument que « Zelaya avait joué avec le feu ». Depuis, le Honduras a vu des centaines de militants des mouvements sociaux et des dizaines de journalistes assassinés sélectivement avec l’appui de formateurs de la police venus de Colombie et d’Israël, et Soto Cano est resté un aéroport militaire sous contrôle des États-Unis.

Bases-militares-en-ColombiaEnfin, la sous-secrétaire d’État américaine à la Défense Mary Beth Long, a félicité les forces armées de Colombie d’avoir pris en compte la « menace » éventuelle que pourrait représenter le Venezuela, apportant ainsi une réponse à ceux qui se demandaient quelles seraient les missions futures d’une armée forte de 500 000 hommes, une fois résolu -par le biais d’un accord entre les parties- le conflit avec la guérilla colombienne.

La réponse de l’UNASUR

samper-unasur-630x378Dans ce contexte qui pourrait voir le décret du président Obama désignant le Venezuela comme « une menace extraordinaire et inhabituelle contre les États-Unis » se transformer en conflit armé, Ernesto Samper, le secrétaire général de l’UNASUR – qui regroupe les douze nations sud-américaines, a proposé lundi, l’élimination de toutes les bases militaires américaines implantées sur le territoire de l’Amérique latine, les considérant comme des anachronismes « de l’époque de la Guerre Froide ».

C’est dans la perspective du Sommet des Amériques qui se tiendra au Panama, les 10 et 11 avril prochains, que l’ex-président colombien Ernesto Samper a déclaré : « qu’il n’y ait plus de bases militaires nord-américaines en Amérique du Sud, constituerait un bon départ pour le nouvel agenda des relations à établir entre les USA et l’Amérique Latine ».

Opposant une fin de non recevoir aux mesures unilatérales prises par les USA à l’encontre du Venezuela, Samper considère qu’il serait temps de repenser les relations entre le Gouvernement des États-Unis et l’ensemble des pays de la région. En cela, la conférence qui se déroulera prochainement au Panama arrive à point nommé : « dans un monde globalisé comme le nôtre, il n’est pas possible de préconiser des règles du jeu pour l’économie à l’échelle mondiale, tout en imposant l’unilatéralisme dans le domaine politique. Aucun pays n’est en droit de juger de la conduite d’un autre, et moins encore de lui imposer des sanctions ou des pénalités pour son propre compte ». Ernesto Samper a condamné le fait qu’ «un pays qui n’adhère pas formellement au système inter-américain de protection des Droits de l’Homme (Les États-Unis, NdT), s’érige en juge ».

Il a souligné que la rencontre entre le président de Cuba, Raul Castro, et son homologue nord-américain Barack Obama, est l’un des moments attendus de ce Sommet. Samper a également insisté sur le fait qu’il serait important de procéder à un tour d’horizon sur la nécessité de lever le blocus économique imposé à Cuba et qui reste en vigueur malgré les négociations actuelles. De plus, selon le secrétaire général de l’UNASUR, il faudra aborder d’« autres thèmes que ceux pour lesquels les USA manifestent un intérêt ».

… et des États-Unis

Roberta-Jacobson-Departamento-Latinoamerica-AP_NACIMA20130228_0470_6La sous-secrétaire d’État des États-Unis pour l’Amérique Latine, Roberta Jacobson, a déclaré ce vendredi être « déçue » par la réaction et le large soutien des pays latino-américains au Venezuela face aux sanctions et au décret adoptés par le président étasunien Barack Obama

Au terme de sa participation à une conférence au centre d’Études Brookings à Washington, dans laquelle elle a abordé le prochain Sommet des Amériques qui aura lieu à Panama les 10 et 11 avril, Jacobson a déclaré que « les mots sont importants, comme le ton sur lequel on dit ces mots. Le ton qu’utilisent maintenant les leaders latino-américains diabolise les États-Unis comme si c’était la source des problèmes du Venezuela alors que ce n’est pas le cas. Cela nous empêche d’avancer de façon pragmatique. J’ai été déçue qu’il n’y ait pas plus de pays qui défendent le fait que les sanctions n’étaient pas destinées à faire des dommages aux Vénézuéliens ou au gouvernement vénézuélien dans son ensemble » a expliqué la diplomate.

La sous-secrétaire d’État étasunienne a argumenté que les sanctions « contre certains fonctionnaires vénézuéliens ont été très spécifiques et que l’Administration Obama s’est refusée à prendre toute mesure tant qu’il y avait un espoir de dialogue entre le gouvernement de Nicolas Maduro et l’opposition. Mais il est arrivé un moment où on ne percevait pas de volonté claire de trouver des solutions qui iraient dans la bonne direction, nous avons vu encore plus d’arrestations et aucune libération importante.»

Rappelons que suite à une énième tentative de coup d’État contre le gouvernement vénézuélien et le président Maduro, élu en 2013, plusieurs organisateurs du putsch – militaires et civils comme Antonio Ledezma – ont été arrêtés. Ils ont aussitôt été transformés en “prisonniers politiques” par des médias qui épousent la vision de la Maison Blanche et mettent en doute ou passent sous silence les actions violentes d’extrême-droite ou la préparation de coups d’État contre des démocraties de gauche en Amérique Latine, tels “Le Monde” ou “Libération” (France).

Sources : http://www.telesurtv.net/ , http://www.resumenlatinoamericano.org/2015/04/03/ee-uu-admite-fracaso-en-su-agresion-contra-venezuela/ et http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/03/31/propone-unasur-eliminacion-de-las-bases-militares-en-latinoamerica-infografia/#.VRyL9fyG-88

Traduction : Jean-Marc del Percio

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“Réfléchir avec les latino-américains” : entretien avec Maurice Lemoine pour la sortie de son livre “Les enfants cachés du général Pinochet”

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez  Presidente 1”,  « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains á Miami” et “Les enfatns cachés du général Pinochet”

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet

Depuis l’uniformisation des médias dans les années 80, l’Amérique Latine n’apparaît plus que lorsqu’un pic de désinformation épouse un programme de déstabilisation ou comme objet victimaire, humanitaire (indigènes, écologie…). Les 99 % du temps et de l’espace d’un sujet historique restent hors de portée de l’occidental.
Le nouveau livre de Maurice Lemoine que publient les Editions Don Quichotte jette un pont. Les 716 pages des Enfants cachés du général Pinochet ont la force du cinéma de Francesco Rosi. Le thriller populaire fait avancer l’enquête à grand renfort de détails “vécus” sans renoncer aux surimpressions de cartes et de listes, et finit par nous arracher à notre fauteuil comme dans « l’Affaire Mattei ». En plus, ici, les peuples font l’Histoire (ce qui rappelle l’épique « Salvatore Giuliano »). Il faut vivre les histoires avant de les raconter, et vivre l’Amérique Latine tend à rendre meilleur : ce qui nous donne un style aux antipodes de la morgue du journalisme franco-français.

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Thierry Deronne Cours d’Histoire ou sirène d’alarme ? 

Maurice Lemoine En Europe en général et en France en particulier, bien peu comprennent réellement ce qui se passe en Amérique latine depuis la fin des années 1990. Et bien peu soutiendraient que, depuis cette fin de XXe siècle, une série de coups d’Etat et de tentatives de déstabilisation ont secoué la région. Ce constat est à l’origine du projet : expliquer dans quelles conditions on renverse, aujourd’hui, un Président démocratiquement élu.

Mais très vite, un impératif a surgi : pour expliquer ce qu’est un « coup d’Etat moderne », encore faut-il en comparer les modalités à celles du passé. Double objectif : rappeler à tout le monde (et en particulier aux jeunes générations, pour qui tout cela est bien lointain) que la notion de coup d’Etat ne se résume pas à un nom : Pinochet. Mettre en évidence les différences entre passé et présent, mais aussi les points communs (beaucoup plus nombreux qu’on imagine). D’où le résultat inattendu (y compris pour l’auteur !) : d’un projet modeste – les « golpes light » d’aujourd’hui – on a débouché sur une histoire plus ambitieuse de l’Amérique latine à travers les coups d’Etat – depuis le début de la Guerre froide, car le XIXe siècle mériterait 700 pages à lui tout seul (mais l’éditrice aurait craqué !).

Photo prise par Juan Pérez Terrero lors de l’invasion de la République Dominicaine par 42.000 marines en 1965. L'étudiant Jacobo Ricón résiste au soldat états-unien qui lui ordonne de ramasser des ordures.

Photo prise par Juan Pérez Terrero lors de l’invasion de la République Dominicaine par 42.000 marines en 1965. L’étudiant Jacobo Ricón résiste au soldat états-unien qui lui ordonne de ramasser des ordures.

T.D. – Si l’Amérique Latine d’aujourd’hui reste menacée par les “enfants de Pinochet”, son unité et ses relations multipolaires ne l’éloignent-elles pas de ce passé ?

M.L. – Quand, le 9 mars 2015, Barack Obama signe un « Executive Order » décrétant une « urgence nationale » en réponse à « la menace inhabituelle et extraordinaire » que représente le Venezuela  « pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis » (!!!) et que, dès le 14 mars, les Etats membres de l’Unasur manifestent leur rejet unanime de ce décret et réclament son abrogation, on peut effectivement être amené à considérer que la nouvelle configuration de l’intégration latino-américaine (Alba, Unasur, Celac), en modifiant profondément les rapports de force et de sujétion, rend improbable l’imposition de sa politique au sous-continent par Washington.

Mais force est de constater que, malgré cette situation nouvelle, sur les cinq pays ciblés depuis 2002 (Venezuela, Haïti, Bolivie, Equateur, Paraguay), deux ont vu un coup d’Etat réussir : le Honduras et le Paraguay. Que l’offensive se poursuit, contre le Venezuela et, à un degré moindre, contre l’Argentine. Et que le travail de sape effectué dans la durée par Washington et les oppositions internes, via les médias, a globalement réussi à neutraliser une analyse rationnelle et une potentielle réaction de l’« opinion internationale » en cas de coup de force, violent ou insidieux, dans ces pays.

T.D. – La droite latino-américaine, minoritaire dans les urnes, est majoritaire médiatiquement. En déguisant ses campagnes contre le choix des électeurs en «révoltes populaires» contre Maduro, Fernandez, Roussef ou Correa, n’est-ce pas d’abord contre les citoyens européens que sévissent les Paulo Paranagua (« Le Monde ») ? La coupure des occidentaux avec le monde ne risque-t-elle pas de se retourner contre eux ?

M.L. – Réponse dans ce titre (parmi la pléthore relevée quotidiennement) du quotidien Le Monde du 19 mars 2015 : « Alexis Tsipras fait l’unanimité contre lui à Bruxelles » (sous-entendu : et chez les citoyens civilisés). La guerre de propagande déclenchée contre les gouvernements progressistes d’Amérique latine par l’infernal trio « économico-politico-médiatique » a pour objet, implicite et explicite, la disqualification de quiconque remet en cause le dogme des dirigeants euro-états-uniens : « TINA » (« There is no alternative »). Il faut à tout prix qu’échouent les expériences diverses menées outre-Atlantique pour que la contagion ne s’étende pas. Et si, du fait de peuples « irresponsables », ces expériences, vote après vote, se voient confirmées au pouvoir, il convient de les affaiblir, à travers un tissu d’omissions, de distorsions et de contre-vérités. Avant, si possible, de les éliminer.

Comment procéder (et on entre là dans le phénomène de la « déstabilisation moderne ») ? A la manière dont, dans l’arène, le picador (journaliste ou assimilé), monté sur un cheval protégé par un caparaçon (la « liberté d’expression »), enfonce la pique pour couper les muscles du cou du taureau, avant que ce dernier, déjà très diminué, ne soit lacéré par les banderilles des peones (éditorialistes), qui le rendent « toréable », et qu’enfin le matador (le tueur), dans son habit de lumière (le néolibéralisme), ne le mette à mort, se faisant passer sans trop de risques pour un héros (de la démocratie). Bien entendu, on a vu parfois certains matadores se faire encorner – tels les célèbres vénézuéliens Pedro Carmona, Carlos Ortega, Leopoldo López ou Antonio Ledezma, pour ne citer qu’eux – , mais cette issue contre-nature provoque et la vertueuse indignation des organisateurs et bénéficiaires financiers de la corrida, et les éditoriaux vengeurs de leurs soutiens médiatiques (alors que, faut-il le rappeler, le taureau, ce superbe animal présenté comme dangereux, est un herbivore et non un carnassier).

Pour revenir aux fondamentaux, on n’inventera rien ici en rappelant la célèbre affirmation de Noam Chomsky : « Les medias sont à la démocratie ce que la propagande est à la dictature. »

T.D.On cherchera en vain un parti progressiste occidental proposant de démocratiser la propriété des médias, de sevrer le service public de l’imitation suicidaire du privé, de libérer la formation journalistique de l’ « actu », bref de retrouver ce “peuple qui discute avec le peuple” selon Sartre cité dans ton livre…

couv-lemoine_2M.L. – Le malaise est profond, tant chez nombre de citoyens, de moins en moins dupes de la mainmise des groupes de pouvoir financiers sur la nature de l’information (voir le discrédit de plus en plus grand des médias), qu’au sein de la profession – où, pour les journalistes consciencieux (et il n’en manque pas), la survie passe par la soumission au « ce qu’il faut dire » et au renoncement à l’originalité.

En ce sens, en Europe, et en particulier en France, tout reste à faire. Même les plus ardents défenseurs du service public s’arrachent les cheveux : concernant l’Amérique latine (mais aussi la gauche dite « de gauche » autochtone, mise sur le même plan que le Front national pour la discréditer), et en matière de « désinformation », ses « commissaires politiques » à micros et caméras incorporés réussissent la performance de faire aussi « bien » (comprendre aussi mal) que ceux du privé. Pour tous, les lieux communs hostiles valent toujours mieux qu’une enquête en bonne et due forme. Quant aux partis progressistes (nous ne parlons pas là de l’actuelle gauche de gouvernement), ils n’ont jamais réellement mis la « dictature médiatique » en débat – soumis au chantage permanent de la « liberté d’expression ». Confondue avec « la pensée dominante », laquelle refuse au citoyen le droit d’être informé.

Veuve et orphelins d'un des paysans en lutte pour la terre et victime du "massacre de Curugaty" (Paraguay, 2012) , photo de Maurice Lemoine http://bit.ly/1DnvQgL

Veuve et orphelins d’un des paysans en lutte pour la terre et victime du « massacre de Curugaty » au Paraguay, en juin 2012. Photo : Maurice Lemoine. Lire http://bit.ly/1DnvQgL

T.D. – Tu cites le cycle décrit par Josué de Castro dans Géographie de la faim : “Des crabes naissent dans ces bourbiers. L’homme les pêche et les mange. Puis ses propres déchets alimentent les crabes. Et le cycle recommence jusqu’à la fin des temps” pour, face à cette absence d’État, faire revivre un Francisco Caamaño “calme, déterminé, en uniforme kaki, la mitraillette au poing (..) Ce que d’aucuns appelleraient avec ironie le côté volontiers romantique des latinos. Ce que d’autres qualifieraient de dignité d’hommes libres défendant leur patrie” Ou ce “grand gaillard barbu” de Maurice Bishop, le “jacobin noir” assassiné juste avant l’invasion de sa Grenade par les États-Unis et qui préfigure la Lettre à l’Afrique de Hugo Chávez. Il y a aussi Arosemena l’équatorien, Jesús Martinez, alias « Chuchu » le panaméen… En ces plus de quarante ans de vécu d’un continent, quelle rencontre t’a-t-elle le plus marqué, ou changé ta vie ? Sucre Amer de Maurice Lemoine

M.L. – La première, en 1973, de ces gamines que, du Honduras britannique (aujourd’hui le Belize) jusqu’au Venezuela et à la Colombie, j’ai vu vendre n’importe quelle camelote dans les rues. Puis, en France, celle des exilés politiques chiliens. Puis les Veines ouvertes d’Eduardo Galeano et les Roulements de tambour pour Rancas de l’écrivain péruvien Manuel Scorza.  Puis les « esclaves modernes » haïtiens, dans l’enfer de la canne à sucre, en République dominicaine, en 1980. Puis Lucía, jeune étudiante salvadorienne passée à la guérilla en pensant que la victoire « surviendrait en trois semaines » (alors que la guerre et ses souffrances durerait des années), qui m’a accompagné pendant vingt jours sur les fronts du FMLN, dans les montagnes du Chalatenango. ACH001250332.1389946672.580x580Puis les « cachorros » paysans du Nicaragua, en lutte contre la contra. Puis les Indiens des Communautés de population en résistance, en 1996, au Guatemala. Puis le carnaval de Río, la cachaça, la musique, la joie de vivre, la vitalité des Brésiliens ! Et, en même temps, tous ces compañeros, travailleurs, paysans, déshérités, syndicalistes, lutteurs, mères, femmes , épouses, curés de gauche, journalistes honnêtes et souvent menacés, militants, militantes anonymes du quotidien, qui n’ont jamais baissé les bras pendant la longue nuit dictatoriale, puis néolibérale.51VB5MZXR0L Enfin, un certain Hugo Rafael Chávez Frías qui, à lui seul, avec ses qualités et ses défauts, sa gouaille, son rire, la force de ses convictions, sa capacité d’entraînement, les symbolise tous, et a contribué à refaire de l’Amérique latine une région libre, fière et indépendante.

T.D. – Si les Lumières ont inspiré Simon Bolivar, ton livre raconte comment ce rêve s’est dissipé : de la formation de tortionnaires argentins par des militaires français rodés en Indochine et en Algérie, à un Hollande qui interdit sur injonction de la CIA au président Evo Morales de survoler l’Hexagone. Sans oublier le rôle, dans un tout autre registre, de quelqu’un qui aime parler de souveraineté – Régis Debray – s’envolant pour Haïti en plein rapprochement de Paris avec Washington pour « conseiller fortement » au président Jean-Bertrand Aristide d’abandonner son mandat en toutes illégalité et inconstitutionnalité. Malgré la lueur de la reconnaissance franco-mexicaine de la guérilla salvadorienne en 1981, tu rappelles ce que disait en 1989 François Mitterrand à son homologue vénézuélien Carlos Andrés Perez qui avait ordonné quelques mois auparavant le massacre de 3000 révoltés contre la faim : « Se retrouver dans ce pays, c’est une façon de célébrer la démocratie en Amérique latine car le Venezuela a su maintenir une tradition et des institutions qui ont su traverser les crises et échapper aux contagions ». Tu pointes enfin l’insignifiance de la présence  française aux récentes prises de fonction des présidents latino-américains… Pourquoi Paris a-t-il dérivé si loin de ce qui aurait pu être un allié stratégique ?

M.L. – La question est très vaste, et impossible à traiter (à moins de repartir pour 700 pages !) : elle a a trait à l’évolution des gauches française, européennes et même latino-américaines – certaines des unes et des autres étant d’ailleurs étroitement liées dans un fourbi (déclinant) appelé Internationale Socialiste, certaines des autres ayant sombré avec l’explosion en vol du socialisme dit  « réel ». L’échec des deux ayant ouvert un formidable espace aux secteurs conservateurs, qui n’attendaient que cela.

Puisque je viens d’utiliser la métaphore « explosion en vol », rien ne permet mieux de comprendre l’actuelle distance entre Paris et Caracas, La Paz ou Quito (pour ne citer que ces capitales) que la tragédie à laquelle nous venons d’assister. Je rappelle : dans un appareil d’une compagnie low-cost, PS Airlines, le co-pilote, un certain Manuel Valls, s’enferme dans la cabine. Tandis que le pilote, Lagauche, tambourine sur la porte blindée en hurlant désespérément, avec les passagers, « ouvre cette putain de porte ! », Valls entraîne l’appareil, Lagauche et passagers dans son suicide. On découvrira lors de l’enquête que Valls avait été jugé impropre à piloter lors de l’examen psychologique des primaires du PS où il était arrivé bon dernier avec 6 % des voix des spécialistes l’ayant examiné. Désespérant ? A la fin des années 1990, l’Amérique latine en était là. Mais, surgie des catacombes, une autre gauche est née !  Depuis son arrivée au pouvoir, cinquante-six millions de latinos sont sortis de la pauvreté. De quoi reprendre espoir, non ?


arton28186-6a5c2-ace14Les enfants cachés du Général Pinochet
de Maurice  Lemoine, Éditions Don Quichotte, 716 pages, prix : 25 euros. En librairie le 2 avril 2015. http://www.donquichotte-editions.com/donquichotte-editions/Argu.php?ID=98

Maurice Lemoine sur Radio Aligre: http://bit.ly/1BWWO7M

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interventions états-uniennes en Amérique LatineUnité de l'Amérique Latine en 2015 Source des infographies : http://www.ciudadccs.info/

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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