« Quand les États-Unis s’arrogent le droit de décider quels pays peuvent manger » par Caitlin JOHNSTONE

Les agences de presse AP et AFP, démultiplicateurs de propagande à l’échelle mondiale, ont toutes deux informé leurs lecteurs qu’un « fugitif » a été extradé vers les États-Unis.

« Un homme d’affaires fugitif proche de Maduro, le président vénézuélien, est extradé vers les États-Unis », titre l’AFP.

« Alex Saab, un fugitif proche du gouvernement socialiste du Venezuela, a été mis dans un avion à destination des États-Unis pour faire face à des accusations de blanchiment d’argent », a annoncé AP sur Twitter.

On peut se demander ce qui fait de cet homme un « fugitif » et ce que ce statut a à voir avec son extradition vers un gouvernement étranger dont les lois ne devraient avoir aucune incidence sur sa vie. Il se trouve qu’Alex Saab, citoyen vénézuélien d’origine colombienne, est un « fugitif » de l’autorité autoproclamée du gouvernement américain, qui décide quelles populations de notre planète sont autorisées à avoir un accès facile à la nourriture. Son crime est de travailler à contourner les sanctions américaines écrasantes qui ont fait mourir les civils vénézuéliens par dizaines de milliers.

Saab est en cours d’extradition depuis la nation africaine de Cabo Verde où il était emprisonné depuis l’année dernière sous la pression du gouvernement américain. Dans un article publié en mai dernier et intitulé « Alex Saab v. The Empire : How the US Is Using Lawfare To Punish a Venezuelan Diplomat« , Roger D Harris explique comment les États-Unis utilisent leur domination du système financier international pour écraser les nations qui leur désobéissent et expose les véritables raisons de l’emprisonnement de Saab, qui inclut la torture et des conditions de vie draconiennes. Harris écrit :

Alex Saab, envoyé spécial et ambassadeur auprès de l’Union africaine pour le Venezuela, effectuait une mission humanitaire en volant de Caracas vers l’Iran afin de se procurer de la nourriture et de l’essence pour le programme vénézuélien d’aide alimentaire CLAP. Saab a été arrêté lors d’une escale de ravitaillement dans la nation africaine de Cap-Vert et est détenu depuis le 12 juin 2020.

Le « crime » de Saab – selon le gouvernement américain, qui a ordonné l’emprisonnement – était le blanchiment d’argent. En d’autres termes, Saab a mené un commerce international parfaitement légal. Pourtant, le fait qu’il ait contourné les sanctions américaines – qui visent à empêcher l’aide aux Vénézuéliens – est considéré par Washington comme du blanchiment d’argent.

Après une enquête de deux ans sur les transactions de Saab avec les banques suisses, le gouvernement suisse a conclu le 25 mars qu’il n’y avait pas de blanchiment d’argent. Saab est poursuivi en justice parce qu’il sert les intérêts de son pays plutôt que ceux des États-Unis.

Les agences de presse comme AP et AFP savent très bien que Saab est extradé non pas pour avoir enfreint une quelconque loi, mais pour avoir osé transgresser les sanctions unilatérales de Washington. Comme l’écrivait Joe Emersberger de FAIR en juillet dernier :

Reuters (15/3/21, 18/3/21) a rapporté avec désinvolture que Saab « risque d’être extradé vers les États-Unis, qui l’accusent de violer les sanctions américaines » et qu’il a été « désigné à plusieurs reprises par le Département d’État américain comme un opérateur qui aide Maduro à conclure des accords commerciaux que Washington cherche à bloquer par des sanctions ». Un article de Reuters (28/2/20) sur l’affaire Saab en 2020 mentionne au passage que « les États-Unis ont saisi ce mois-ci quatre cargaisons de carburant iranien à destination du Venezuela, où les pénuries de carburant s’aggravent à nouveau. »

Les critiques de l’empire américain ont eu des mots durs pour cette extradition.

« Biden, reprenant le bâton de Trump, a enlevé le diplomate vénézuélien Alex Saab pour le crime d’avoir essayé de nourrir les Vénézuéliens au mépris des sanctions américaines destinées à empêcher cela », a tweeté le journaliste Aaron Maté. « Les Vénézuéliens n’ont pas le droit de manger tant que la mafia de Washington a désigné leur gouvernement pour un changement de régime. »

Oui, en effet. Le gouvernement américain s’est attribué l’autorité de décider unilatéralement quelles populations du monde ont le droit de manger et lesquelles ne l’ont pas, et d’emprisonner toute personne qui tente de faciliter l’alimentation non autorisée dans une nation sanctionnée par les États-Unis.

« L’extradition du diplomate vénézuélien Alex Saab est un signal clair que l’administration Biden n’a pas rompu avec l’assaut total de Trump contre le droit international », a tweeté la journaliste Anya Parampil. « C’est aussi un signe inquiétant pour le cas de Julian Assange – un autre citoyen étranger que les États-Unis ont essentiellement kidnappé et retenu en otage. »

C’est vrai. Il semblerait que la principale différence entre le cas d’Assange et celui de Saab soit que l’empire américain s’efforce d’extrader Assange parce qu’il a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à l’information, alors que Saab a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à la nourriture.

« L’État voyou américain vient de bafouer toutes les lois internationales, après avoir emprisonné et maintenant extradé le DIPLOMAT vénézuélien Alex Saab. L’immunité diplomatique est morte ; l’empire américain l’a tuée. Désormais, tous les diplomates étrangers peuvent être kidnappés et emprisonnés, si Washington le souhaite », a tweeté le journaliste Ben Norton, ajoutant : « Les accusations américaines de ’blanchiment d’argent’ sont absurdes et politiquement motivées. Les États-Unis prétendent que toute personne qui viole leurs sanctions ILLÉGALES est un ’criminel’. »

En effet, le « blanchiment d’argent » est une accusation vague qui, en gros, signifie simplement essayer de dissimuler la source ou la destination de l’argent considéré comme ayant été obtenu illégalement, et puisque le gouvernement américain se considère comme l’arbitre des transactions financières légales dans les nations qu’il sanctionne, il peut appliquer cette affirmation à toute personne qui tente de contourner financièrement les sanctions américaines.

Le gouvernement américain ne nie pas que ses sanctions nuisent aux Vénézuéliens en s’attaquant à l’économie dont ils dépendent pour se nourrir, en fait il a ouvertement admis que « les sanctions, en particulier sur la compagnie pétrolière d’État en 2019, ont probablement contribué au déclin plus rapide de l’économie vénézuélienne. »

Le gouvernement américain ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à l’Iran visent sa population civile, le secrétaire d’État de l’époque, Mike Pompeo, ayant ouvertement admis en 2019 que la guerre économique menée par Washington contre cette nation visait à faire pression sur les civils iraniens pour qu’ils « changent de gouvernement », c’est-à-dire les rendre si misérables qu’ils mènent un soulèvement national pour renverser Téhéran. https://www.youtube.com/embed/Uiz934HVZjY

Le gouvernement américain ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à la Syrie sont conçues pour nuire à sa population civile, l’actuel secrétaire d’État Tony Blinken ayant réaffirmé mercredi dernier que la politique de l’administration Biden consiste à « s’opposer à la reconstruction de la Syrie » tant qu’Assad reste au pouvoir. En d’autres termes, les États-Unis n’accorderont pas à la Syrie les fonds nécessaires pour l’aider à se reconstruire après la guerre dévastatrice de changement de régime que les États-Unis et leurs alliés ont menée contre elle, alors même que les Nations unies signalent que 60 % de la population du pays est proche de la famine.

Et bien sûr, il y a l’horrible blocus du Yémen par l’alliance de puissance américaine, qui tue des centaines de milliers de personnes par la famine et la maladie, l’ONU signalant que 16 millions de personnes supplémentaires  » se dirigent vers la famine « .

La famine est le seul type de guerre où, en raison du recadrage continuel de la propagande des médias de masse, il est considéré comme parfaitement normal et acceptable de cibler délibérément une population civile avec une force létale.

L’empire américain est tout à fait ouvert sur le fait qu’il se considère comme le gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial. Si une population désobéit à l’empire, elle mourra de faim, et quiconque tentera de lui procurer de la nourriture sera arrêté par des mandataires américains et extradé vers une cellule de prison américaine.

C’est la vision qu’ont les impérialistes du paradis sur terre. Un monde où la mainmise de l’Amérique sur les systèmes financiers mondiaux lui permet d’étouffer des populations entières si leurs gouvernements désobéissent aux décrets impériaux, sans même tirer un coup de feu. Un monde où les cauchemars en matière de relations publiques de civils bombardés et de nations détruites font partie du passé, où les nations désobéissantes peuvent simplement être écrasées à mort par des tactiques modernes de guerre de siège tandis que les sociétés de propagande impériales comme AP et AFP rejettent la responsabilité de leur famine sur les dirigeants de leur nation.

C’est ça le pouvoir ultime. C’est le contrôle total. Faire en sorte que le monde se plie à la volonté du dollar tout-puissant et de la force militaire massive avec laquelle il est inextricablement lié, à tel point que la désobéissance devient impossible. C’est pour cela que l’on se bat dans la guerre au ralenti du tiers monde que l’empire mène contre des gouvernements non asservis comme le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie et la Chine. Et c’est pourquoi ces gouvernements non asservis sont en train de se détourner rapidement du dollar en réponse.

Il va sans dire qu’une structure de pouvoir qui affame ouvertement des civils pour assurer sa domination mondiale n’est pas le genre de structure de pouvoir que l’humanité devrait vouloir voir dominer le monde. La volonté de faire des choses aussi monstrueuses révèle une corruption et un manque de sagesse qui ne devraient pas être autorisés à déterminer l’avenir du monde.

Caitlin Johnstone

Traduction « l’antiaméricanisme n’est jamais primaire, il est réfléchi, raisonné et justifié » par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles »» https://caitlinjohnstone.substack.com/p/the-us-has-placed-itself-in-charge

Source pour la traduction française :
https://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-s-arrogent-le-droit-de-decider-quels-pays-peuvent-manger.html

« Alors que l’Occident sape la souveraineté d’Haïti, le Venezuela maintient sa solidarité », par Owen Schalk (Canadian Files)

Le 14 août, Haïti a été dévasté par un séisme de magnitude 7,2 provenant du sud de la péninsule de Tiburon, à 150 kilomètres de la capitale, Port-au-Prince. Les dirigeants mondiaux ont publié des déclarations de solidarité, les organisations caritatives internationales ont commencé à encourager les dons et les Nations Unies ont commencé à organiser des fonds d’aide d’urgence pour aider le pays. Les articles sur cette tragédie en cours mettent souvent l’accent sur deux catastrophes antérieures qui ont aggravé l’impact du séisme sur le peuple haïtien : la pandémie de COVID-19 et l’instabilité politique suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse. 

Dans de telles analyses, il va de soi que les pays du Nord global et les Nations Unies devraient consacrer la réponse internationale à la catastrophe.  Un article de Global News cite de nombreux responsables des Nations Unies et le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, en tant qu' »autorités » sur cette situation tandis qu’un article de la BBC cite à la fois l’UNICEF et l’USAID. Ce qui n’est jamais souligné, c’est le rôle néfaste que les groupes affiliés aux Nations Unies et aux États-Unis ont joué en Haïti dans le passé, et le rôle positif que d’autres pays du Sud, en particulier le Venezuela, ont eu dans le développement d’Haïti.

Le Venezuela apporte un soutien matériel à Haïti via Petrocaribe

Le 12 mars 2007, le président vénézuélien Hugo Chávez a visité la République d’Haïti. C’était la dernière étape de son voyage présidentiel dans cinq pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dont l’Argentine, la Bolivie, le Nicaragua et la Jamaïque. De manière typiquement audacieuse, Chávez suivait le voyage du président George W. Bush dans cinq pays pour rencontrer les dirigeants du Brésil, de l’Uruguay, de la Colombie, du Guatemala et du Mexique, dans l’espoir que son voyage diminuerait l’impact des visites de son rival idéologique. 

Le peuple haïtien a envahi les rues pour l’accueillir. La liesse publique à l’occasion de la visite de Chávez était différente de tout ce que Bush avait connu au cours de sa tournée en Amérique latine. Alors que son cortège présidentiel traversait les quartiers extrêmement pauvres de Bel Air et de Cité Soleil, une marée de supporters courait après lui et scandait « Vive Chavez, vive Aristide ! et « A bas Bush, à bas la MINUSTAH ! Chávez, au grand dam de son équipe de sécurité, a sauté de son véhicule et a couru dans les rues de Port-au-Prince, frappant des mains et des coups de poing avec le peuple haïtien – un peuple dont les conditions matérielles sombres sont si souvent évoquées par les dirigeants du Nord global, alors que ces mêmes dirigeants attaquent la capacité de leur gouvernement à soulager leurs souffrances. 

Chavez, contrairement à ces dirigeants, n’avait aucun intérêt à faire taire la voix du peuple haïtien. Il était là pour aider. Grâce à l’accord pétrolier Petrocaribe , le Venezuela a demandé au gouvernement haïtien de ne payer que 60 % de ses achats de pétrole au pays, tandis que la somme restante pouvait être remboursée sur une période de 25 ans à 1 % d’intérêt. Selon l’accord, le gouvernement haïtien (ainsi que les seize autres États membres) a été encouragé à investir ces économies dans le développement social national. Comme le note TeleSur , « Petrocaribe est devenu un phare pour les peuples des Caraïbes pour affirmer leur indépendance et leur autonomie économique, ainsi que pour développer une série de programmes sociaux » . 

Petrocaribe était immensément populaire parmi le peuple haïtien, qui – comme les Cubains qui avaient lutté pendant la période spéciale imposée par les États-Unis – était reconnaissant pour le généreux soutien infrastructurel du Venezuela. À la suite du tremblement de terre de 2010, Chavez a annulé toute la dette pétrolière d’Haïti, déclarant qu’ « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela, bien au contraire : le Venezuela a une dette historique envers cette nation », se référant au soutien d’Haïti au mouvement d’unité latino-américiane, à la révolution anti-coloniale menée par Simón Bolívar au début du XIXe siècle.  Kevin Edmonds, un expert en économie politique des Caraïbes à l’Université de Toronto, a résumé succinctement la relation : « Les Caraïbes, qui restent à la périphérie de l’économie mondiale – abandonnées par l’Europe et les États-Unis lorsque les préférences commerciales et les priorités de sécurité ont changé – ont trouvé un ami dans le Venezuela et Hugo Chavez. »  

Un autre leader mondial a effectué une visite en Haïti en 2007 : le Premier ministre canadien Stephen Harper. Il est arrivé à Port-au-Prince à la mi-juillet. Harper, comme Chavez, a visité Cité Soleil, mais le ton de leurs visites n’aurait pas pu être plus différent.  

Alors que Chávez a été accueilli avec une approbation enthousiaste, la visite de Harper était « virtuellement une opération militaire ». Avant son arrivée, des soldats de la MINUSTAH ont arrêté quarante Haïtiens qui organisaient une manifestation contre le rôle antidémocratique du Canada en Haïti. « Nos camarades sont descendus dans les rues avec des pancartes, des banderoles et des mégaphones », a déclaré Lovinsky Pierre-Antoine, un militant haïtien des droits humains engagé dans la manifestation. « À ce moment-là… les soldats de la MINUSTAH ont commencé à procéder à des arrestations sans raison. Beaucoup de nos amis ont été arrêtés ce matin-là. 

Lorsque Harper est arrivé, son cortège de voitures était précédé d’une jeep de l’armée contenant des troupes de la MINUSTAH lourdement armées, qui ont gardé leurs mitrailleuses braquées, aux mains d’observateurs méfiants à chque instant du parcours. Après être entré dans Cité Soleil comme un conquérant militaire, Harper a pris un moment pour se féliciter de sa propre magnanimité, affirmant que « les Canadiens devraient être très fiers d’offrir leur aide, que notre aide fait une différence en termes de sécurité. de la vie des gens, en leur donnant un peu d’espoir et des opportunités

Les puissances occidentales écrasent la démocratie haïtienne, le Venezuela défend la souveraineté haïtienne

Cité Soleil et des quartiers populaires qui ont la même histoire d’oppression ont constitué la base de soutien du mouvement Lavalas de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide. La philosophie politique d’Aristide était enracinée dans la théologie de la libération, ou la croyance que le capitalisme ne libérerait jamais les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes de l’exploitation néocoloniale. Il a été élu au début de 1991, mais un coup d’État militaire l’a contraint à fuir aux États-Unis, où il a commencé à cultiver le soutien pour son retour au pouvoir, en particulier parmi le Congressional Black Caucus et la communauté de la diaspora haïtienne. 

Le président Clinton a accepté de l’aider, mais à la seule condition qu’il permette aux politiques d’ajustement structurel du type FMI et Banque mondiale de néolibéraliser l’économie de son pays. Comme le note Daniel Troup , « les États-Unis ont facilité le retour d’Aristide en septembre 1994 à condition qu’il accepte l’amnistie pour les auteurs du coup d’État, le développement d’une force de police haïtienne formée aux États-Unis et la mise en place d’un programme d’ajustement structurel néolibéral ». Aristide, n’ayant d’autre alternative pour sortir Haïti de la dictature militaire, a acquiescé. Les troupes états-uniennes ( avec l’aide du Canada et de l’ONU ) le ramenèrent au pouvoir en 1994, ses tendances plus radicales étant tempérées par les conditions de la « restauration ». 

Le rôle impérialiste du Canada en Haïti n’atteindra sa phase vraiment cancérigène qu’en 2004, lorsqu’un autre coup d’État – celui-ci soutenu par les gouvernements des États-Unis et de la France– a obligé illégalement Aristide à abandonner son mandat. Jusque là, Lavalas restait le seul instrument politique en Haïti qui sert les intérêts des populations les plus pauvres du pays, et Aristide avait recommencé à intensifier sa rhétorique. Après son élection en 2000 (que les partis d’opposition ont qualifiée de frauduleuse), Aristide avait appelé la France à rendre à son pays 21 milliards de dollars afin de rectifier enfin une indemnité de 1825 donnée à la France par Haïti en tant que « remboursement » pour les propriétés perdues pendant la Révolution haïtienne – propriétés basées sur la mise en esclavage des Haïtiens. L’indemnité de 1825 est souvent citée par les universitaires comme un moment critique dans l’appauvrissement forcé d’Haïti post-révolutionnaire par les puissances impérialistes du monde. Comme l’ écrit Marlene Daut , « l’impôt sur sa liberté que la France a contraint Haïti à payer – appelé « indemnité » à l’époque – a gravement endommagé la capacité du pays nouvellement indépendant à prospérer ». 

La France a refusé de dédommager le peuple haïtien et a commencé à travailler avec les États-Unis et le Canada pour saper le mandat d’Aristide. Le 1er février 2003, le député canadien Denis Paradis a accueilli un certain nombre de responsables français et américains au lac Meech pour décider de l’avenir d’Haïti. L’événement était intitulé « l’Initiative d’Ottawa sur Haïti ». Aucun représentant haïtien n’a été invité. Des fuites publiées par le journaliste Michel Vastel affirment que les personnes présentes ont décidé qu’Aristide devait être démis de ses fonctions au 1er janvier 2004, avant les élections prévues en 2005. 

Alors que les paramilitaires anti-Aristide basés en République dominicaine – qui auraient reçu une formation des ÉtatsUnis – ont commencé à faire des ravages dans de nombreuses villes haïtiennes, le Canada et l’Europe ont accru la pression diplomatique sur le président. Début 2004, il a été kidnappé par l’armée et contraint de quitter ses fonctions. Un avion américain l’a fait sortir du pays et l’a déposé en République centrafricaine. Les troupes canadiennes avaient sécurisé l’aéroport pour son départ. 

À la suite du coup d’État contre Aristide, le Canada a joué un rôle important dans la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Ostensiblement une mission de maintien de la paix, la MINUSTAH a rapidement acquis une réputation de réponses musclées aux manifestations en faveur de la démocratie et aux raids ciblés contre les partisans d’Aristide. Au lendemain du coup d’État, certains Haïtiens ont affirmé que les troupes canadiennes venaient chez eux et menaçaient les membres de leur famille s’ils refusaient de révéler les noms des partisans locaux de Lavalas. En 2007, un projet de manuel rédigé par les Forces canadiennes a révélé que les troupes canadiennes menaient des opérations de contre-insurrection contre « l’insurrection criminelle [c’est-à-dire les communautés pro-Aristide] en Haïti depuis le début de 2004 ». 

Alors que le Canada aidait à soutenir le gouvernement post-coup d’État, Chávez a annoncé : « Nous ne reconnaissons pas le nouveau gouvernement d’Haïti. Le président d’Haïti s’appelle Jean-Bertrand Aristide. Son soutien vocal à la démocratie haïtienne – pratiquement seul parmi les nations puissantes de l’hémisphère – a contribué à la bonne volonté qu’il a reçue lors de son voyage à Port-au-Prince en 2007. »  

À la suite du tremblement de terre de 2010, les forces militarisées de l’ONU (dont un nombre important de Canadiens) ont resserré leur emprise sur Haïti. Chávez a publiquement critiqué la présence accrue de l’ONU : « J’ai lu que 3 000 soldats arrivent. Des marines armés comme s’ils allaient à la guerre. Les armes ne manquent pas là-bas, mon Dieu. Des médecins, des médicaments, du carburant, des hôpitaux de campagne, voilà ce que les États-Unis devraient envoyer… Il s’agit d’une occupation déguisée. »

Parmi les nombreuses violations des droits humains commises par la MINUSTAH contre le peuple haïtien, certaines des plus atroces incluent : un massacre de 25 civils à Cité Soleil en juillet 2005 ; abus sexuels généralisés sur les femmes haïtiennes, crimes pour lesquels les troupes de l’ONU sont presque toujours restées impunies ; une épidémie de choléra en déversant des eaux usées de la MINUSTAH dans les cours d’eau d’Haïti, tuant plus de 10 000 personnes et infectant environ 800 000 autres. Il n’est pas étonnant que pour de nombreux Haïtiens, la MINUSTAH ait représenté un chapitre de plus dans leur longue histoire post-révolutionnaire d’exploitation par des puissances étrangères. L’histoire atroce de la MINUSTAH est la raison pour laquelle l’affirmation de l’ONU selon laquelle elle jouera un rôle de premier plan dans l’atténuation des dommages causés par le tremblement de terre du 14 août est un sujet de grande préoccupation. 

Au lendemain du séisme d’août 2021, le Venezuela a immédiatement envoyé plus de 30 tonnes d’aide humanitaire à Haïti, et Cuba a envoyé une brigade médicale composée de 250 médecins, sans conditions. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, a tweeté que « le Canada est prêt à aider le peuple haïtien » et que de nombreux organismes de bienfaisance canadiens collectent des dons privés, mais un plan d’aide canadien précis n’a pas encore été annoncé. La fait que le Canada et l’ONU se préparent pour une autre période d’engagement post-crise en Haïti, valide une fois de plus l’affirmation de Chávez selon laquelle les projets d’aide menés par le Nord global sont souvent des façades pour un renforcement clandestin de la domination néocoloniale.

L’auteur : Owen Schalk ( https://owenschalk.com/, Twitter: @OwenSchalk) est un écrivain canadien basé à Winnipeg, Manitoba. Ses domaines d’intérêt incluent le post-colonialisme et les impacts sociaux du néolibéralisme globalisé. Ses analyses politiques ont été publiées dans Canadian Dimension, Dissident Voice et People’s Voice (@CDN_Dimension, @TheCanadaFiles, @PVNews1), et ses nouvelles ont été publiées par Fairlight Books, antilang., whimperbang, (@FairlightBooks, @SobotkaLitMag, @antilangmag), notamment. Son travail universitaire a été récompensé par un certain nombre de bourses et de prix au Manitoba.

Source : https://www.thecanadafiles.com/articles/while-western-powers-undermine-haitian-sovereignty-venezuela-continues-to-show-solidarity

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/31/alors-que-loccident-sape-la-souverainete-dhaiti-le-venezuela-maintient-sa-solidarite-par-owen-schalk-canadian-files/

Le Venezuela n’est pas en faillite, par Luis Britto García

Après avoir racheté les parts de Total et Equinor, le gouvernement bolivarien du Venezuela place l’entreprise Petrocedeno à 100% sous contrôle public et renforce sa politique de nationalisation pétrolière au service du développement social et économique. Les exportations pétrolières remontent lentement, notamment en direction de la zone asiatique.

« Blinken, puis Harris, maintenant Sullivan… les premiers voyages états-uniens de haut niveau en 2021 ont eu lieu en Amérique latine. L’empire se concentre sur le continent, devenu front de bataille existentiel entre son « America is Back » et le « One Belt, One Road » de la Chine » explique William Serafino, historien et politologue vénézuélien qui ajoute : « Après la Guerre d’Indépendance et la construction d’une République souveraine au XIXe siècle, la résistance socialement organisée contre le blocus et l’agression des USA de ces dernières années est l’œuvre collective et historique la plus importante du peuple vénézuélien. »

Occasion d’écouter aussi l’écrivain et historien vénézuélien Britto Garcia.

En 1919, le jeune José Rafael Pocaterra, emprisonné dans un cachot de la Rotonde pour s’être opposé à la dictature de Juan Vicente Gómez, écrivit deux ouvrages, avec des moignons de crayon, qui sont fondamentaux pour comprendre le Venezuela : Mémoires d’un Vénézuélien en décadence, et le roman prémonitoire La maison de la famille Abila. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille possédant de vastes domaines. Les héritiers sont des ahuris, des dépensiers ou des fous, qui laissent la gestion du domaine à un gendre, qui le charge de dettes fictives et d’importations fantômes. Un incendie se déclare dans une hacienda, et le gendre convoque un conseil de famille : « Nous sommes ruinés ! Nous devons tout liquider ! Nous devons nous rendre sans condition aux créanciers ! En secret ! Et sans y penser ! Bien sûr, nous ferons un grand spectacle pour le dissimuler« . Seul le plus jeune frère, Juan de Abila, a pu penser à objecter que l’incendie de quelques palissades de canne ne pouvait pas anéantir une fortune comme celle de la famille. Les proches l’insultent ; le gendre profiteur, l’administrateur, transfère tous les biens à sa succession individuelle pour une bouchée de pain, et c’est à Juancito de lutter contre la ruine dans un lointain troupeau ravagé par la peste équine, dans les marécages duquel jaillit… une mare d’huile noire.

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87% de la consommation énergétique mondiale est couverte par les hydrocarbures. Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole, avec 302,81 milliards de barils, soit 25% du total. Il est suivi en ordre décroissant par l’Arabie saoudite, le Canada, l’Iran, l’Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Russie, la Libye, le Nigeria, le Kazakhstan, et les États-Unis à une mélancolique 12e place, avec 36,52 milliards de barils, soit un peu plus d’un dixième des réserves du Venezuela, ce qui est insuffisant pour le plus grand consommateur d’énergie fossile au monde. L’OPEP estimait qu’en 2014, il y aurait 1,65 trillion de barils de pétrole sur la planète : si la production de 83 millions de barils par jour était maintenue, il resterait à peine assez de pétrole pour 54 ans. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_proven_oil_reserves). Les hydrocarbures états-uniens seront épuisés dans une ou deux décennies ; déjà, les coûts de production de la fracturation atteignent plus de quatre-vingts dollars par baril ; pour rester une puissance industrielle, les USA dépendent de notre sous-sol. Celui qui contrôle nos réserves dominera le monde. C’est à nous de décider si ce sera le Venezuela ou le capital transnational auquel nous les cédons.

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Jusqu’à présent, les États-Unis ont obtenu les hydrocarbures vitaux en forçant les producteurs à les vendre en échange d’un papier vert sans support : le fameux pétrodollar. La Chine, première puissance mondiale, se prépare à le remplacer par une monnaie adossée à l’or. À cet égard, nous citons à nouveau Víctor Cano, ministre du Développement minier écologique en 2018, qui a déclaré :  » Dans la seule zone 4 de l’Arc minier de l’Orénoque, nous estimons qu’il y a 8 000 tonnes d’or présumé. Nous avons certifié 2 300 tonnes sur ces 8 000 tonnes. Cela ferait de nous la deuxième plus grande réserve d’or au monde, mais nous pourrions être les premiers ». (https://www.conelmazodando.com.ve/venezuela-podria-tener-la-reserva-de-oro-mas-grande-del-planeta)
C’est à nous de décider si la future monnaie mondiale dépend de notre or, ou si nous le cédons en échange de l’espoir de recevoir un quelconque papier vert sans garantie.

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Abrégeons le catalogue de nos ressources, en commençant par l’énergie hydroélectrique en Guyane, puis l’eau douce, le fer, l’aluminium, le coltan, le cuivre, le thorium, la biodiversité et la faune marine. Passons au plus grand de tous, la splendide main-d’œuvre de 14.167.281 personnes, soit presque la moitié de la population, dont 6.274.817 sont des travailleurs intellectuels et 2.267.003, soit presque un cinquième, se qualifient comme professionnels, techniciens et travailleurs assimilés. Ils sont la source du travail, la source de toute valeur et richesse. C’est à nous d’utiliser leurs pouvoirs créateurs pour développer le pays, ou de les enterrer dans des zones spéciales où ne s’appliqueront ni les lois ni les tribunaux vénézuéliens, ni les droits du travail ni les droits syndicaux, exploités par des transnationales qui s’empareront de nos ressources sans payer d’impôts.

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Le Venezuela n’est pas en faillite : ce sont les puissances qui sont en faillite, elles qui ne peuvent pas survivre sans nos ressources, ni nous les enlever par la force brute, car cela déclencherait un conflit mondial aux conséquences incalculables. Si les bombes ne pleuvent pas sur notre pays, c’est en raison d’un équilibre tendu des menaces entre blocs géopolitiques où se joue l’hégémonie mondiale. Avec une maladresse brutale, le bloc dirigé par les États-Unis, au lieu de parvenir à un accord raisonnable, judicieux et équitable avec le Venezuela, a choisi une politique de confrontation qui ne peut que creuser les distances et les conflits sans solution possible par la force directe, obligeant notre pays à renforcer ses liens avec des blocs concurrents.

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Ainsi, les États-Unis ont fait bouger leurs alliances internationales en vain, n’obtenant ni l’isolement diplomatique du Venezuela, ni son expulsion des Nations unies, ni une action décisive ou une condamnation de la communauté internationale à son encontre. Ils ont parrainé un gouvernement fantoche, sans autre résultat qu’une succession de larcins et de détournements de fonds qui ont discrédité à la fois les commanditaires et les parrainés. Ils ont poussé leurs alliés militaires à soutenir des attaques ratées, des infiltrations désordonnées, des violences, des invasions farfelues – des politiques qui n’ont pas réussi, et qui ne semblent pas devoir s’intensifier, étant donné la situation interne délicate de la Colombie, dont le gouvernement lutte pour sa propre survie.

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Le blocus et les embargos sur les avoirs vénézuéliens à l’étranger ne sont rien d’autre qu’un aveu flagrant de l’échec de toutes les politiques d’agression directe et, comme elles, obligent le Venezuela à se rapprocher toujours plus du groupe dirigé par la Chine, à accroître ses relations commerciales et sa dette publique avec elle. La richesse du Venezuela est suffisante et excédentaire pour plus que rembourser toute dette sans nous livrer à qui que ce soit. La seule certitude est que plus les mesures coercitives du pouvoir du Nord dureront, plus nous nous en éloignerons. Dans cette confrontation, il nous appartient d’être fidèles à un équilibre que nous avons tous le pouvoir de faire pencher en notre faveur.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/venezuela-no-esta-en-quiebra-luis-britto-garcia/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/09/le-venezuela-nest-pas-en-faillite-par-luis-britto-garcia/

Les ONG et le nouveau plan Condor pour l’Amérique latine

Via le Département d’État et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le budget prévu par Washington en 2022 pour des « programmes de démocratie » destinés à Cuba atteindra 20 millions de dollars, soit le même niveau de financement qu’en 2021. A charge pour des organisations non gouvernementales (ONG) locales de relayer cette action « interventionniste » sur le terrain.
Censées représenter la « société civile », toutes les ONG ne sont pas à mettre dans le même sac ou sur le même plan. Il n’en demeure pas moins que, au cours des dernières années, nombre d’entre elles, ainsi que leurs financements, ont été mis en cause par les gouvernements d’Hugo Chávez et Nicolás Maduro (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Evo Morales (Bolivie), Andrés Manuel López Obrador (Mexique), pour ne citer qu’eux. Elles se trouvent actuellement au cœur de la violente polémique qui oppose les États-Unis, l’Union européenne et leur sphère médiatique au gouvernement nicaraguayen de Daniel Ortega [1].
Au nom de l’Internationale des peuples anti-impérialistes, l’ex-président hondurien de centre gauche Manuel Zelaya, renversé en 2009 par un coup d’Etat, s’est récemment exprimé sur la question.


L’auteur : José Manuel Zelaya. Élu président de la République du Honduras, il prend ses fonctions le 27 janvier 2006. Soucieux de sortir le Honduras de l’extrême pauvreté, il se rapproche de l’alliance régionale de coopération économique sociale, l' »ALBA ». Le 28 juin 2009 il est arrêté par les militaires putschistes sous influence de Washington et expulsé vers le Costa Rica, deux heures avant le début d’une consultation populaire. Le journal français « Libération » l’accuse alors d’avoir « joué avec le feu » (sic) en se rapprochant de l’ALBA.

À partir des années 1980, avec l’avènement du modèle d’exploitation néolibéral, sont apparues des organisations qui, en théorie, étaient censées combler le vide qui se créait naturellement entre la sphère publique et la sphère privée. Semblant au départ impartiales, ces organisations non gouvernementales (ONG) sont devenues par essence des agents politiques autoproclamés de la société civile qui légitiment l’essor impétueux de la mondialisation et du marché. En Amérique latine, avec l’arrivée de gouvernements progressistes via les élections, comme dans le cas du triomphe électoral de Daniel Ortega et de la révolution sandiniste avec plus de 70 % des voix [2], ces organisations ont orienté leur activité vers le contrôle stratégique et politique de la société, avec pour objectif ce que, aux Etats-Unis, elles appellent par euphémisme un « changement de régime ».

La structure fonctionnelle érigée au « sommet », que ce soit par les États-Unis ou l’Europe, utilise quelques fondations opulentes pour alimenter toute la machinerie des ONG. Les plus importantes de ces fondations fournissent environ 80 % de tous les fonds gérés dans le monde par ces organisations. Dans la plupart des cas, les fondations mères n’ont pas de relation directe avec les bénéficiaires, qui fonctionnent comme opérateurs locaux des fonds reçus. Un réseau constitué par des agences de coopération internationale telles que l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), l’Institut national démocrate (NDI), la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED), l’Institut républicain international (IRI) et d’autres agences gouvernementales occidentales financent des actions d’intervention visant principalement et prétendument à la « réduction de la pauvreté », au renforcement des « valeurs démocratiques », à la gouvernance, aux « droits de l’homme », à la transparence, la justice et la bonne gestion des finances publiques.

Du réseau susmentionné se déploient des centaines d’ONG qui saturent la vie politique de la société, créant une sorte d’Etat parallèle piloté par de grands médias et réseaux ; devenus artificiellement des protagonistes de la vie politique, ceux-ci tentent de saper l’action des gouvernements progressistes ou d’empêcher la montée au pouvoir de projets de gauche revendiquant la participation de la société et de l’Etat contre la tromperie du marché.

Cet immense réseau tentaculaire des pouvoirs factices se charge de promouvoir un agenda caché et spécifique défini par l’orientation qu’ils veulent voir adoptée par l’opinion publique. Au Nicaragua, ils promeuvent sans vergogne les politiques que l’Hégémon exige. Il n’est donc pas étrange qu’au Honduras, en 2009, ils aient activement soutenu le coup d’Etat, toujours sous couvert d’un discours anticommuniste de défense de la démocratie.

Dotées d’importantes ressources, ces organisations se consacrent à dire à l’Etat ce qu’il doit faire, jusqu’à devenir des agents de dé-légitimation de la politique ; pourtant, en se prononçant contre les mouvements de libération socialistes, elles adoptent de fait, au sens strict, une attitude de caractère politique.

De façon tout aussi perverse, elles se consacrent à la déstabilisation de tout gouvernement populaire qui, en Amérique latine, n’accepte pas de se soumettre aux diktats ou aux intérêts géostratégiques des faucons de Washington. Dans ce but, et en dépensant des ressources importantes, elles alimentent des réseaux de supposés mécontentements destinés à la construction d’images négatives des dirigeants.

Depuis la première décennie du XXIe siècle, ce système bien articulé de « smart power » s’est spécialisé dans la promotion et l’organisation de « révolutions de couleur ». Celles-ci ne sont rien d’autre que des « protestations populaires contrôlées » visant à un changement de régime et à l’imposition d’une administration docile, au service des intérêts des sociétés transnationales. Significatives sont les participations de la Fondation Ford et plus spécifiquement de George Soros, qui a accumulé de l’expérience dans les pays d’Europe de l’Est après la chute du bloc soviétique et a joué un rôle clé dans les fameux « printemps arabes », dont certains, dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ont fini par renforcer l’existence de groupes extrémistes tels que l’Etat islamique.

En Amérique latine, l’activité de ces organisations va du Mexique, où elles s’opposent au gouvernement de la Quatrième transformation, à l’Argentine, où elles participent au travail minutieux de discrédit de l’administration péroniste. Ces derniers temps, leur principale attaque a été dirigée contre les pays de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), essentiellement le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie et Cuba.

Dans ces pays, elles ont été jusqu’à organiser des soulèvements violents, qui ont coûté la vie à de nombreux innocents. Le cas de Cuba est particulier, car les conditions existantes du blocus ne permettent pas le flux de ressources qu’elles utilisent dans les autres pays mentionnés. En ce qui les concerne, et sur leurs territoires, le Venezuela et la Bolivie ont neutralisé [NDLR : partiellement] l’opération de ces ONG qui utilisent généralement une façade d’organisation humanitaire.

Actuellement attaqué, le Nicaragua vit une situation similaire à celle qui a précédé les violentes émeutes organisées en 2018 par une opposition politique dépourvue de capacité organique, mais qui a bénéficié d’importantes ressources externes pour créer le sentiment d’une chute imminente du gouvernement démocratique. Cette fois, le nouveau « Plan Condor électoral » américain a été anticipé [par les autorités sandinistes], notamment du fait de l’injection de ressources considérables destinées à provoquer un boycott du scrutin de novembre prochain. Ces efforts visent à rehausser le profil politique de l’opposition et à empêcher une nouvelle victoire populaire du sandinisme. A cette fin, ils utilisent l’agenda médiatique qui, par sa tendance à la génuflexion, leur permet de passer de grands défenseurs du processus électoral aujourd’hui à porte-drapeaux de la suspension de l’élection demain, si son résultat ne favorisait pas leurs intérêts.


Manuel Zelaya
Lois Perez Leira

Source : https://www.el19digital.com/articulos/ver/titulo:117944-las-ong-y-el-nuevo-plan-condor-para-america-latina

[1https://www.medelu.org/Vol-d-hypocrites-au-dessus-du-Nicaragua

[2] NDLR : Daniel Ortega a été élu le 5 novembre 2006 avec 37,99 % des suffrages ; le 6 novembre 2011 avec 62,5 % ; le 6 novembre 2016 avec 72 %.

URL de cet article https://www.medelu.org/Les-ONG-et-le-nouveau-plan-Condor-pour-l-Amerique-latine

Vol d’hypocrites au-dessus du Nicaragua, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Jeudi 1er juillet 2021   |   Maurice Lemoine

« Au Nicaragua, la spirale répressive “décapite” l’opposition », titre Le Monde (17 juin 2021) en évoquant l’arrestation de treize dirigeants « à quatre mois de la présidentielle ». Le nom du support est purement anecdotique : qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou même qu’ils professent le « tout en même temps », la quasi totalité des médias, à la manière d’un « parti unique », publient quasiment la même chose pour dénoncer la « criminelle dérive du régime de Daniel Ortega ». Une telle unanimité devrait mettre la puce à l’oreille. Soit le Nicaragua est effectivement devenu « le Goulag centraméricain » du quotidien espagnol El País (27 juin), soit ce surprenant consensus relève d’une abstraction perversement (ou paresseusement) plaquée sur la réalité.

Héritier de la lutte de libération contre la dictature d’Anastasio Somoza (1979) puis de la résistance à la guerre de basse intensité qui lui fut imposée par Ronald Reagan (1981-1989) et George H.W. Bush (1989-1993), le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) est revenu au pouvoir, par les urnes, depuis 2007, en la personne d’Ortega. Sans faire de miracles, et dans le cadre d’une politique pragmatique, avec ses bons et ses moins bons côtés, celui-ci a sorti les Nicaraguayens les plus modestes du long cauchemar dans lequel la droite néolibérale les avait plongés depuis l’arrivée à la présidence, en 1990, de la carte de Washington, Violeta Chamorro. Raison pour laquelle, à deux reprises, Ortega a été réélu avec, de plus, une majorité sandiniste confortable à l’Assemblée.

Même s’il ne l’a pas encore officiellement annoncé, tout un chacun présume qu’il se présentera en novembre prochain à sa propre succession (à l’image d’un Helmut Kohl ou d’une Angela Merkel demeurés durant seize années au pouvoir outre-Rhin). Toutefois, pour ne pas déroger à ce qui devient une sale manie au sein de la droite continentale, l’opposition « nica » dénonce par avance une « farce électorale ». Ce bien que tous les sondages donnent l’actuel chef de l’Etat vainqueur (quelle que soit l’orientation politique de l’institut, parmi lesquels CID Gallup, qui les a menés à bien). D’où la poursuite d’une obsession : comment, et par quels moyens, se débarrasser du sandinisme et d’Ortega ?

L’opposition a tenté de le faire en 2018 par la violence. Sans résultat concret, sauf un très lourd bilan : 220 morts, dont 22 policiers et 48 sandinistes, d’après la Commission de la vérité gouvernementale. Contrairement à ce que prétend le pouvoir sandiniste, il ne s’est pas agi d’une tentative de « coup d’Etat ». Pour qu’il y ait « golpe », il faut qu’une ou plusieurs institutions de l’Etat – Forces armées, Police, Justice, Parlement – participent au renversement du président – comme au Venezuela d’Hugo Chávez en 2002 (factions militaires), au Honduras de Manuel Zelaya en 2009 (Parlement, Cour suprême de justice, Armée), au Paraguay de Fernando Lugo en 2012 et au Brésil de Dilma Rousseff en 2016 (Parlements), dans la Bolivie d’Evo Morales en 2019 (Police, Armée) – avec une contribution plus ou moins discrète de l’USG (US Government)…

Pour en revenir à 2018, toutes les institutions sont demeurées loyales au pouvoir légitime, preuve, s’il en était besoin, de la solidité du système démocratique au Nicaragua. En revanche, il y a bien eu tentative de renversement extraconstitutionnelle du président élu. Ce que l’on a généralement dépeint sous le vocable de « manifestations pacifiques » avait toutes les caractéristiques d’une rébellion anti-démocratique menée par le biais d’une violence de caractère insurrectionnel. A laquelle se sont opposés, de façon tout aussi rugueuse, le pouvoir et sa base sociale sandiniste – mouvement de masse organisé, endurci par une longue habitude des agressions, et largement sous-estimé tant par l’opposition que par le cartel d’« observateurs » qui lui sont inféodés [1].

Depuis (et même auparavant), si elle peine à affronter « à la loyale » le couple Ortega-Murillo » (Daniel, président ; Rosario Murillo, son épouse et vice-présidente), la droite ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Nostalgique de l’époque au cours de laquelle les « gueux » ont été laminés par ses politiques, elle n’a pas cru devoir élaborer et proposer un quelconque programme ou projet de pays susceptible de faire oublier à ses compatriotes le désastre social qu’elle leur a imposé dans le passé. Rien – à part la haine d’Ortega ! Et les ambitions personnelles. Voire familiales, s’agissant du clan Chamorro – Cristiana, Carlos Fernando, Juan Sebastián, Pedro Joaquín –, lesquels, héritiers d’une dynastie de présidents conservateurs [2], se considèrent légitimes propriétaires du Nicaragua. De sorte que, au-delà des grands discours essentiellement destinés à l’étranger, la confrérie des personnalités censées combattre ensemble le sandinisme passe son temps à se déchirer.

De la crise de 2018, ont surgi et survécu deux courants. L’un, l’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD), a été créé de toutes pièces par les évêques conservateurs pour un supposé « dialogue national » tenu en mai et juin 2018. Dès l’origine, l’ACJD a pu compter sur une présence importante en son sein du secteur des affaires et du patronat. De son côté, l’Union nationale bleu et blanc (UNAB) [3] représente plus ou moins la « société civile », une nébuleuse d’ « autoconvoqués », d’organisations non gouvernementales (ONG) allant du « féminisme » à la supposée « défense des droits humains » en passant par une poignée de partis politiques non représentés au Parlement – dont le Mouvement de la rénovation sandiniste (MRS). Les « dissidents » du FSLN qui y cohabitent sont devenus les plus féroces ennemis de leur ancien « compañero » Ortega depuis qu’ils ont été mis en minorité, en 1994, lors d’un Congrès extraordinaire du parti.

Censé représenter l’opposition « de gauche », le MRS n’a pas hésité à appuyer la droite la plus droitière lors des scrutins tenus en 2008, 2011, 2012 et 2016. Mettant fin à une ambiguïté entretenue depuis 1995 autour de l’adjectif « sandiniste », le parti a finalement renié son origine en devenant l’Union démocratique rénovatrice (Unamos) en janvier 2021. Le 3 mars suivant, sa présidente Suyen Barahona ainsi que Tamara Dávila, membre de sa commission exécutive, mais aussi du Conseil politique de l’UNAB, confirmeront clairement la couleur en participant à une réunion virtuelle avec le président autoproclamé Juan Guaido pour évoquer « la lutte pour la démocratie » tant au Nicaragua qu’au Venezuela.

En octobre 2018, l’ACJD et l’UNAB ont annoncé en grandes pompes leur mariage. Sans être d’accord sur rien. L’UNAB souhaitait une paralysie générale du pays (« paro nacional ») [4] pour « faire tomber Daniel ». L’ACJD – directeur exécutif : Juan Sebastián Chamorro – n’y tenait pas, lui préférant une pression diplomatique internationale destinée, avec le moins de casse possible pour les secteurs économiques, à imposer des réformes au chef de l’Etat. Commence alors un interminable (et parfois ubuesque) feuilleton. C’est ainsi que, début janvier 2020, l’ACJD annonce qu’elle se sépare « amicalement » de l’UNAB pour former… « une grande coalition nationale ». D’après José Pallais, son directeur exécutif (ex-ministre des Affaires étrangères de Violeta Chamorro), l’ACJD « dépasse une étape d’unité » pour passer à « un stade supérieur d’intégration »  ! Pour sa part, Medardo Mairena, dirigeant d’une faction de paysans antisandinistes, revendique son autonomie. Devant tant de cohérence, même le très conservateur britannique The Economist pronostique que, compte tenu du retour au calme et de la récupération graduelle de l’économie, Ortega remportera le scrutin de 2021.

Le 25 février 2020, avec les mêmes et quelques autres, nait, sans vraiment naître, tout en naissant, une Coalition nationale. Ses statuts comportent un « article transitoire » qui établit que les « désaccords et les doutes en suspens » pourront être discutés ultérieurement et que les divergences fondamentales devront être résolues par consensus. Scission du vieux Parti libéral constitutionnaliste (PLC) des ex-présidents conservateurs Arnoldo Alemán (1997-2002) et Enrique Bolaños (2002-2007), Citoyens pour la liberté (CxL), peu ou prou sous la coupe du patronat, refuse d’intégrer le bloc et invite tous les opposants à se regrouper dans un… « mouvement unitaire » – qu’il dirigera ! La Coalition nationale n’en prend pas moins son envol définitif le 25 juin, forte de l’UNAB, de l’ACJD, du Mouvement paysan, d’une faction du Front démocratique nicaraguayen (FDN ; ex-« contras » [5])et de trois partis politiques, le PLC, Restauration démocratique (PRD ; évangélique) et Yátama (Indigènes de la côte atlantique). Le projet politique hautement démocratique de cet attelage saute immédiatement aux yeux : « La fin ultime de la Coalition, déclare la membre du conseil politique de l’UNAB Alexa Zamora, n’est pas les élections [de 2021], notre objectif est de sortir Ortega, notre ennemi commun. » Pour qui n’aurait pas tout à fait saisi, Medardo Mairena précise, au nom de son Mouvement paysan : « Ceci est une nouvelle étape pour nous unir et renverser ce régime dictatorial qui a provoqué tant de souffrance [6]. »

Parmi tout ce beau monde, on devine déjà une dizaine d’aspirants à la présidence pour l’« après Ortega ». Coups et crocs en jambe se multiplient. Le 26 octobre 2020, l’ACJD formalise sa sortie de la Coalition pour (comme il se doit) « promouvoir une plateforme politique et électorale unie et inclusive ». « Ce n’est pas une rupture, clarifie le plus sérieusement du monde Juan Sebastián Chamorro, nous voulons avoir une relation respectueuse avec tous les opposants, mais notre option est de revenir à la question de l’unité, et l’unité ce n’est pas seulement la Coalition nationale. » En désaccord avec cette conception assez particulière de l’unité, des dirigeants des villes de León, Estelí, Madriz, Chontales et autres abandonnent l’ACJD et demeurent au sein de la Coalition. Dont, en juillet, le dirigeant paysan Medardo Mairena avait fait sécession : lors d’une réunion virtuelle avec le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), expliquera-t-il, « ils [les dirigeants de la Coalition] se sont connectés sur Zoom avec Luis Almagro, mais ils n’ont même pas pris la peine de nous demander “si vous étiez en face d’Almagro, que lui diriez-vous ?” et encore moins de nous inviter à participer [7]. » Pour ne pas être en reste, la dite Coalition expulse le PLC le 30 novembre en l’accusant d’être « sous le contrôle et l’influence » de l’ « orteguisme »… Sachant qu’au sein de ce même PLC, un président de facto, Miguel Rosales, s’oppose à María Fernanda Flores de Alemán (épouse de l’ex-président), qui a aussi des ambitions.

Première étape de toute réflexion un tant soit peu raisonnable sur le Nicaragua : tous les stratèges le savent, il ne faut pas lutter en ordre dispersé. Face à un tel bazar, un bloc soudé, discipliné, porteur d’une forte identité et dirigé par un « leader » reconnu a toutes les chances de l’emporter. Pour sortir éventuellement vainqueurs d’élections démocratiques en novembre 2021, Ortega et le FSLN n’ont nullement besoin de « décapiter » l’opposition. Elle coupe parfaitement, et toute seule, ses propres têtes. A l’étranger (sauf peut-être aux Etats-Unis), on l’ignore. Au Nicaragua, même les dirigeants de la droite le savent parfaitement. En octobre 2020 encore, lorsque le Mouvement vers le socialisme (MAS) bolivien mit en échec le coup d’Etat et porta à la présidence Luis Arce, le dauphin d’Evo Morales [8], l’ex-député Eliseo Núñez Morales, membre de l’ACJD, s’alarma publiquement : « L’opposition nicaraguayenne doit en tirer une leçon, nous devons arrêter les guerres intestines, arrêter ces attaques permanentes qui existent entre tous les groupes d’opposition et générer une alternative à Ortega. »

En 2001 et 2006, pendant les campagnes électorales, Washington, à travers ses ambassadeurs, avait clairement averti les Nicaraguayens qu’il fallait à tout prix barrer la route à un retour des Sandinistes. Qu’une victoire d’Ortega entraînerait une suspension des aides et de la coopération. La menace fut d’autant plus entendue que, en 2001 par exemple, sur 6,5 millions de Nicaraguayens, 10 % vivaient aux Etats-Unis d’où ils envoyaient des dizaines de millions de dollars en « remesas » (transferts d’argent). Puis l’exaspération finit par faire son œuvre, le chantage n’opéra plus. En novembre 2006, en la personne de l’ancien banquier millionnaire Eduardo Montealegre, la droite est battue. Dès lors, Washington remet en ordre de marche sa « diplomatie parallèle » (et musclée).

L’univers médiatique français – Le Monde, Médiapart, Radio France, etc. – se gargarise à n’en plus finir de sa supposée pratique du « journalisme d’investigation ». S’agissant de la couverture de l’Amérique latine, ces supposées « Forces spéciales » de l’information se caractérisent surtout par un usage particulièrement paresseux du conformisme et du « copier-coller ». Sans se croire obligés de jouer les matamores de rédaction, ce sont un certain nombre de professionnels… américains – Max Blumenthal, Ben Norton, etc. –, dans des médias alternatifs – The GrayZone [9], Behind Back Doors [10], The Intercept –, qui sauvent l’honneur de la profession. En se livrant à un travail d’enquête rigoureux. Donc… ignoré de leurs chers confrères des médias dits « dominants ». A qui cela arracherait la plume, le clavier, le micro ou la caméra de relayer (ou simplement mentionner) l’information, quand bien même ils n’en seraient pas la source, sur les méthodes employées par Washington et son « soft power » pour déstabiliser le Nicaragua (comme bien d’autres pays de la région, à commencer par Cuba et le Venezuela).

Principaux acteurs de cette guerre non conventionnelle « made in USA »  : l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) ; la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED), créée en 1983 par Reagan pour se substituer à la CIA dans l’organisation des actions « non armées » [11] ; l’Institut national démocrate (NDI) et l’Institut républicain international (IRI), dépendants du Congrès américain ; Freedom House, l’Open Society de George Soros ; quelques comparses de moindre rang. Objectif recherché : infiltrer (si nécessaire), créer, financer, former, contrôler et instrumentaliser les institutions de la mythique « société civile » – syndicats, partis politiques, institutions académiques ou professionnelles et surtout presse et ONG.

Entre 2010 et 2020, l’USAID avait prévu de transférer à la droite nicaraguayenne la somme faramineuse de 68,4 millions de dollars pour l’aider à discréditer le gouvernement (en interne et à l’étranger) tout en formant de nouveaux « leaders » et en créant une masse critique d’opposants. Deux ans avant le soulèvement « spontané » de 2018, elle y rajouta 8 millions de dollars, portant le total de sa contribution à 76,4 millions.

Au cœur du dispositif, la Fondation Violeta Barrios de Chamorro pour la réconciliation et la démocratie (FVBCH ou, en abrégé, Fondation Chamorro) a servi de plaque tournante pour la redistribution d’une partie consistante du pactole (14,6 millions de dollars). Fille du très respectable Pedro Joaquín Chamorro, assassiné par la dictature de Somoza quelques mois avant le triomphe de la révolution sandiniste, et de son épouse Violeta, ultérieurement présidente (1990-1997), Cristiana Chamorro (67 ans) se trouve à la tête de la Fondation. Durant la présidence de sa mère, elle a dirigé la communication et les relations publiques de l’Exécutif, de même que le quotidien « de la famille » depuis 1926, La Prensa.

Du cœur de cette FVBCH « promouvant la liberté de la presse », des flux de dollars fournis par l’USAID, la NED et l’IRI ont d’abord été injectés, charité bien ordonnée commençant par soi-même, dans les comptes des membres de la famille : Carlos Fernando Chamorro, son frère, propriétaire de l’hebdomadaire Confidencial et du Centre de recherche et de communication (CINCO), proche de l’ex-MRS ; Jaime Chamorro Cardenal, son oncle, rédacteur en chef de La Prensa (dont Cristiana est la vice-présidente), à la ligne éditoriale clairement assumée : « Les grandes victoires de la Contra sur l’Armée populaire sandiniste », claironne ainsi le quotidien, le 16 décembre 2020, glorifiant les sombres heures de l’agression étatsunienne [12].

Parallèlement, la Fondation arrose les chaînes télévisées 10,11 et 12, Vos TV, Radio Corporación, Radio Show Café con Voz, ainsi que les plateformes digitales 100 % Noticias, Artículo 66, Nicaragua Investiga, Nicaragua Actual, BacanalNica y Despacho 505… On omettra de mentionner (sauf en note) [13], pour ne pas lasser le lecteur, la foultitude de journalistes « indépendants » royalement rétribués pour diffuser ouvertement ou de façon subliminale un message qui a le mérite de la simplicité : « Ortega doit tomber ! » Avec, en point d’orgue, la campagne portée à incandescence en 2018 pour exacerber les esprits en instrumentalisant (au nom de l’écologie) un grave incendie survenu dans la Réserve de biosphère Indio Maíz, puis (en défense de la justice sociale) une réforme de la Sécurité sociale (très rapidement retirée devant la contestation). Ce qui, dans un premier temps, fit descendre dans la rue des foules de jeunes, sincères, certains de combattre pour la liberté, sans savoir quels intérêts ils servaient en réalité. L’affrontement changea d’âme et de nature quand cette même « Camorra médiatique » encouragea, appuya et couvrit, sans distance aucune, les actions irresponsables de criminels hyper-violents et meurtriers.


USAID – Fondation Chamorro – 100 % Noticias

USAID – Fondation Chamorro – La Prensa
USAID – Fondation Chamorro – 100 % Noticias

Depuis 2009, l’USAID a spécifiquement destiné (de l’ordre de) 10 millions de dollars aux médias d’opposition – dont plus de 7 millions ont transité par la Fondation Chamorro de 2014 à 2021. Sachant que, par ailleurs, cette dernière a bénéficié d’un cadeau de 831 527 euros (plus d’un million de dollars) de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) [14]. Ce flot d’innocentes contributions étant sans doute par trop limité, un programme « Médias du Nicaragua » de Family Health International (FHI), une organisation basée en Caroline du Nord et partiellement financée par le gouvernement des Etats-Unis, a octroyé 45 subventions allant de 10 000 à 15 000 dollars à des organes de presse antisandinistes pour un total de 2,8 millions de dollars.

Pendant dix années, 100 % Noticias a ainsi reçu une subvention (se montant à 43 100 dollars en 2015) de l’USAID, par le biais de la Fondation Chamorro. En diffusant des « fake news », en incitant à la violence et en encourageant à prendre les armes contre les sandinistes, ce média a joué un rôle clé dans les événements de 2018. Son directeur, Miguel Mora, a appelé et appelle encore à une intervention militaire des Etats-Unis au Nicaragua, similaire à celle menée en 1989 au Panamá.

Miguel Mora : « Ce que je vois c’est que les Etats-Unis fassent une opération de type Noriega, au Panama (…) ils viennent, ils attrapent cette famille (Ortega-Murillo) et ils l’emmènent »

Le nombre et la diversité des connexions établies pour mener cette guerre non conventionnelle donnent le tournis. Outre les médias, celle-ci s’appuie sur l’armée des ONG de toutes sortes qui, depuis la fin des conflits armés des années 1980, se sont abattues sur l’Amérique centrale.
Une véritable toile d’araignée – attention, accrochez-vous !

Présidente de la Fondation qui porte le nom de sa mère, Cristiana Chamorro est également vice-présidente de Voces Vitales Nicaragua (Voix vitales Nicaragua), à qui son organisme fournit des fonds de l’USAID. Directrice de Voces Vitales Nicaragua, Berta Valle est par ailleurs propriétaire de Voces en Libertad (Voix en liberté)que dirigeson époux Félix Maradiaga, lui-même partenaire de Javier Meléndez au sein de l’Institut d’études stratégiques et de politiques publiques (IEEPP, qu’a créé Maradiaga).

Le 25 juin 2020, interrogé en direct par CNN en espagnol sur la provenance de l’argent finançant sa revue « d’investigation » Expediente Público (Dossier public), Javier Meléndez, bafouilla plus qu’il ne répondit : « Eehhh. Je vous assure qu’il ne provient pas du Venezuela ou de trafiquants de drogue… ce que je vous assure, c’est que ce sont des sources… comme je l’explique… ce sont des sources qui répondent à une ligne de transparence absolue, mais à cause de la crise au Nicaragua, les coopérants nous ont demandé de ne pas nommer l’origine des fonds que nous recevons… » On peut comprendre sa réticence à révéler l’origine et la destination des sommes reçues. Sa femme, Deborah Ullmmer, occupe la fonction de directrice de programme pour l’Amérique latine et les Caraïbes du NDI (Congrès des Etats-Unis).

On rajoutera que de nombreux employés de Meléndez, qui travaille désormais depuis Washington, collaborent également avec CINCO, plateforme dirigée par Carlos Fernando Chamorro (par ailleurs propriétaire de l’hebdomadaire Confidencial) ; et que Voces vitales Nicaragua siège à la même adresse que la Fondation Chamorro – Km 8, Carretera Sur, Plaza San José. Tant de proximités allant de pair avec autant d’opacité amène certains mauvais esprits à se poser des questions. Par exemple : une telle opacité ne permettrait-elle pas le détournement de centaines de milliers de dollars au profit d’individus ? Ou encore : pourquoi au lieu de subventionner directement Voces vitales Nicaragua (et une multitude d’autres ONG), l’USAID et la NDI le font-ils à travers la Fondation [15] ?

USAID : 80 000 $ pour le Centre d’investigations de la communication (CINCO)

On mentionnera ici une poignée d’exemples glanés, sauf quelques exceptions, pendant les années cruciales 2017-2018 (et dans les documents officiels non encore expurgés – tant l’USAID que la NED évitant désormais de mentionner nommément certains des destinataires de leurs dons) [16]…
USAID : 4 740 000 dollars le 23 février 2017 au projet Voces para Todos ; 2 071 639 dollars le 2 mai 2017 à Voces Vitales Nicaragua ; 1 750 000 dollars le 17 juillet 2017 à Mujer, Voz Vital para el País (Femmes, voix vitales pour le pays) ; 100 000 dollars, le 4 mai 2018 au Movimiento Puente (Mouvement Pont) ; 643 214 dollars le 23 mai 2018 pour un projet Création de plateformes ; etc. Mis en œuvre de 2010 à 2020, destiné à favoriser la contestation des projets d’infrastructure du gouvernement, le Programme de gouvernance municipale a lui reçu la coquette somme de 29,99 millions d’euros.

NED : 525 000 dollars à Hagamos Democracia (Faisons démocratie) depuis 2014. En 2017, 111 000 dollars à la Commission permanente des droits humains du Nicaragua (CPDH) ; 79 000 dollars à la Fondation ibéro-américaine de cultures (FIBRAS) ; 40 000 dollars à la Fondation pour le développement économique et social (FUNIDES), lié au Conseil supérieur de l’entreprise privée (COSEP) ; 260 000 dollars à l’IEEPP) dirigé en 2018 par Madariaga, l’un des pousse-au-crime (au sens propre du terme) les plus affirmés de l’opposition ; 564 134 dollars à la Fondation Chamorro ; somme indéterminée à Popol Nah, ONG dirigée par Mónica Baltodano, députée MRS de 2007 à 2011 ; 305 000 dollars à un groupe non détaillé d’organisations ; etc…
Fondation George Soros : 6 148 325 dollars à la Fondation Chamorro, le 9 mars 2018 ; 574 000 dollars de l’Open Society, du même Soros, à la même Fondation Chamorro.

Financements USAID

S’agissant des récepteurs, les termes ONG ou fondations prêtent à confusion. Il faudrait parler d’organisations paragouvernementales (OPG), avec en référence Washington et son Département d’Etat. Toutes ont participé activement, à divers degrés, à la préparation et à la planification du soulèvement de 2018, aux campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Des circuits dérivés, occultes, ont directement financé la logistique des manifestants connectés en réseau et coordonnés par des dirigeants d’opposition tels que Medardo Mairena, Pedro Joaquín Mena ou Francisca Ramírez,ainsi que les violences, parfois barbares, des « tranqueros  » [17]. D’autres ont eu pour objet (et ont toujours) l’enfumage de ce qu’on appelle souvent à tort la « communauté internationale ».

L’exemple le plus emblématique s’appelle Association nationale pro-droits de l’Homme (ANPDH). Financée par la NED, le NDI et l’Open Society du banquier Soros, elle a annoncé des chiffres extravagants de morts (560 en fin de conflit), d’« enlevés » et « disparus » (1 300). Au-delà des frontières du Nicaragua, ses estimations ont été reprises par des titres aussi divers que Le Point (29 juillet et 9 août 2018), La Croix (11 septembre), CNN en espagnol, le Diario Las Américas (Miami), El País (Madrid). On a même vu circuler sur Médiapart une pétition dans laquelle des universitaires et intellectuels dits « de gauche », dont une poignée de Français passés des Brigades internationales à la Doctrine de Monroe, dénonçaient les « méthodes dictatoriales du gouvernement Ortega-Murillo » et réclamaient « la constitution d’un gouvernement de transition » en prenant comme référence les chiffres « effrayants », mais surtout complètement « bidons », de l’ANPDH [18].

Le 23 juillet 2019, à Managua, en conférence de presse, trois cadres de cette ANPDH – Gustavo Bermúdez, Francisco Lanzas et German Herrera – ont dénoncé leur directeur Álvaro Leiva en l’accusant d’avoir « embarqué » au Costa Rica, où il s’est exilé, 500 000 dollars, dont plus de 100 000 dollars alloués par la NED en 2017 et 2018. Ils ont y compris révélé qu’en 2018, l’ANPDH a artificiellement gonflé le chiffre des morts et des blessés pour recevoir davantage de subventions des Etats-Unis.

Dans le même ordre d’idée, certains masques sont tombés. Entre autres celui de l’Immaculée Sainte Amaya Coppens du Cetri (Centre Tricontinental, basé à Louvain-la-Neuve, en Belgique, devenu porte-parole quasi officiel de l’opposition antisandiniste dans le monde francophone). Bénéficiant d’une double nationalité nicaraguayenne et belge (ce qui aide beaucoup pour sensibiliser les « bobos » européens, beaucoup moins passionnés par les déclarations des syndicats ouvriers et paysans « nicas »), figure de proue du Mouvement universitaire du 19 avril (fondé lors de l’insurrection), arrêtée à deux reprises, Coppens a été présentée en Europe, où elle a mené campagne après ses libérations, comme appartenant à la gauche nicaraguayenne. Ce qui a contribué à isoler davantage encore Managua.

Toute peine mérite récompense. Le 3 mars 2020, Coppens a fait le déplacement à Washington pour y recevoir le prix « Women of Courage »,décerné chaque année par le Département d’Etat américain à douze femmes ayant démontré « un courage et un leadership extraordinaires ». Quelque peu ennuyés sans doute, ses amis progressistes européens ont soigneusement évité de diffuser les photos où on la voit, souriante, épanouie, recevoir cette haute distinction des mains de Melania Trump et du très humaniste secrétaire d’Etat Mike Pompeo. Peut-être pensent-ils comme nous que la conscience politique n’est plus vraiment ce qu’elle était… Il semblerait hélas que, en ce qui les concerne, la réflexion n’a pas été poussée plus loin.

Melania Trump, Amaya Coppens, Mike Pompeo

Tous ces faits sont largement connus et documentés, depuis longtemps, au Nicaragua. Ils ont eu un rôle capital dans la déstabilisation interne, la tentative de « révolution de couleur » et la mise au ban du gouvernement sandiniste par les puissances impérialiste (Etats-Unis) et sous-impérialiste (Union européenne). Ils permettent de justifier les menaces et sanctions coercitives de Washington.

En 2019, tandis que se déroulait un dialogue heurté entre le pouvoir et l’ACJD, des groupes successifs de détenus arrêtés pendant les événements de l’année précédente sont sortis de prison, sous le régime d’assignation à résidence. Le 8 juin, une loi d’amnistie (# 996) en faveur « de toutes les personnes qui ont participé aux événements intervenus à partir du 18 avril 2018 » fut approuvée par le Parlement. Amnistiant autant les délits instruits et jugés que les délits n’ayant pas encore fait l’objet d’enquête – c’est-à-dire concernant la direction du MRS (aujourd’hui UNAMOS), Félix Maradiaga, Cristiana et Juan Sebastián Chamorro, Violeta Granera –, elle fut contestée par l’opposition car amnistiant également les forces de police et les sandinistes ayant commis des exactions. Elle n’en permit pas moins l’élargissement total de la majorité des prisonniers « politiques », dont certains leaders de la subversion – Miguel Mora, Medardo Mairena, etc.

On peut dès lors et à juste titre, trouver curieuses les poursuites lancées par la justice nicaraguayenne depuis le 2 juin dernier contre un certain nombre d’opposants, dont des dirigeants amnistiés en 2019. Sauf si l’on rappelle un détail : l’article 3 de la loi 996 établit que les personnes en bénéficiant « doivent s’abstenir de commettre de nouveaux actes qui entraînent des conduites générant les crimes envisagés ici. Le non-respect du principe de non-répétition entraînera la révocation de l’avantage établi par la présente loi. » Ce qui n’interdit en rien de s’opposer légalement et démocratiquement au pouvoir. Mais censure la possibilité de chercher à le déstabiliser en utilisant les mêmes méthodes que précédemment.

On l’a vu, de nombreux augures prédisent une victoire du Front sandiniste aux élections générales du 7 novembre prochain. Devant cet échec probable et surtout cuisant de leur politique, les Etats-Unis ont pris leurs dispositions. On peut d’ores et déjà prévoir que Washington ne reconnaîtra pas le résultat électoral – comme au Venezuela (2018 et 2020) et en Bolivie (2019), respectivement dotés d’un président fantoche, Juan Guaido, et du gouvernement de « facto » de Janine Añez. La nouvelle mouture de la déstabilisation à venir, avant, pendant ou après le scrutin, s’intitule « Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN). Ce programme prévoit, du 11 août 2020 au 10 février 2022, l’assignation de 2 millions de dollars pour réaliser « une transition ordonnée » du gouvernement d’Ortega vers « un gouvernement qui s’engage à respecter l’Etat de droit, les libertés civiles et une société civile libre ». Sans même chercher à dissimuler sa stratégie, le document utilise cent deux fois l’expression « régime de transition » et prévoit par avance une purge au sein de l’armée et de la police sandinistes. Dans le cadre du programme annuel YouthPower pour l’année fiscale 2020, l’USAID comptait également allouer 17 millions de dollars au programme Youth and Communities of Safe, Empowered and Resilient Nicaragua (NYCSER), pour financer des groupes « de jeunes et de féministes » [19]. Les mêmes que ceux qui, en 2018, concernant les jeunes, sont descendus dans la rue ?

« Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN)
« Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN)

Daniel Ortega n’a rien d’un agneau disposé à tendre son cou au couteau du boucher. Pour tout sandiniste digne de ce nom, la souveraineté du Nicaragua ne se discute pas, elle se défend. Le 15 octobre 2020, le Parlement a approuvé la Loi 1040 dite « Loi de régulation des agents étrangers ». S’il ne les interdit pas, ce texte exige des ONG qu’elles rendent compte de tout financement étranger, en précisant l’identité de leurs donateurs, le montant des fonds reçus, l’objet des dons et une description de la manière dont l’argent a été dépensé – informations qui doivent correspondre à leurs états comptables et financiers.

Le 30 octobre, apparaît la loi (# 1042) sur les Cyber-délits. Celle-ci permet de poursuivre et de sanctionner la diffamation, les menaces, les atteintes à l’intégrité physique des enfants ou des femmes, le vol d’identité, le piratage ou l’espionnage informatique, et aussi ceux qui diffusent de « fausses informations ».

Enfin, le 21 décembre, le Parlement approuve (70 voix pour, 15 contre, 4 abstentions) la loi 1055 « Défense des droits du peuple à l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination pour la paix ». Celle-ci établit que « toute personne qui demande, soutient et salue l’imposition de sanctions à l’Etat du Nicaragua » ne pourra pas se présenter aux élections générales. Est également exclue toute personne qui fomente ou finance un coup d’Etat, porte atteinte à l’ordre constitutionnel, incite à l’ingérence étrangère ou participe, avec des financements extérieurs, à des actes de terrorisme et de déstabilisation. L’opposition hurle au scandale contre cette « loi guillotine ». Elle ne se rend même pas compte que celle-ci s’inspire d’une loi (# 192) du 1er février 1995, signée par son icone Violeta Chamorro : « Ne peuvent être candidats à la présidence ou à la vice-présidence de la République ceux qui dirigent ou financent un coup d’Etat, ceux qui altèrent l’ordre constitutionnel et qui, à la suite de ces actes, assument la fonction de chef du gouvernement et des ministères ou vice-ministères ou des fonctions de juge dans d’autres branches du gouvernement ».

« On m’a demandé si je vais lancer ma candidature à la présidence de la République, communique par écrit, le 12 janvier 2021, Cristiana Chamorro. Ma réponse est que je ne crois pas que ce soit le moment, je pense que la première chose que nous devons faire est de parvenir à une grande unité autour d’une vision consensuelle du pays (…)  » Comme d’habitude, la guerre fait alors rage entre la Coalition nationale, l’UNAB et le Parti Citoyens pour la liberté (CxL) dont la présidente Kitty Monterrey vient de déclarer que les deux organisations précitées « n’existent pas ».

Une semaine auparavant, en application de la loi 1040, le ministère de l’Intérieur avait annoncé que les personnes et organisations concernées devraient s’enregistrer comme « agents étrangers » avant le 5 février, sous peine d’être sanctionnées par la perte de leur personnalité juridique. Le 6 février, pour échapper à l’application de cette loi et à la nécessité de rendre des comptes, Cristiana Chamorro annonce la fermeture « volontaire » et la suspension des opérations de sa Fondation.

Au-delà des grandes déclarations de principe, apparaître pour ce qu’elle est, c’est-à-dire admettre publiquement qu’elle est financée par Washington, lui ôterait toute crédibilité face à ses compatriotes. Toutefois, l’ombre de la législation planant chaque jour un peu plus au-dessus de sa tête, Chamorro commence à évoquer plus fréquemment sa probable candidature à la magistrature suprême. Autour d’elle, et en partie pour les mêmes raisons, émanant de l’UNAB, de l’ACJD et de CxL, les prétendants à une ou des possibles primaires poussent comme des champignons : Félix Maradiaga, Medardo Mairena, Miguel Mora, Juan Sebastián Chamorro, Arturo Cruz…

Le Justice suit son cours. L’analyse des états financiers de la Fondation pour la période 2015-2019, estime le Ministère public, laisse percevoir de clairs indices de « blanchiment d’argent ». Entre autres incongruités : alors que 7 millions de dollars figuraient au solde créditeur de la Fondation lorsqu’elle a été fermée, cette somme est apparue peu après sur trois des comptes bancaires personnels de Cristiana Chamorro. Convoquée le 27 mai, celle-ci refuse de répondre aux questions des enquêteurs sur l’usage des fonds reçus d’une puissance étrangère et les mouvements financiers suspects. Elle se contente de proclamer : « Le Département d’Etat américain a rejeté les prétendues accusations de blanchiment d’argent contre la Fondation Violeta Barrios de Chamorro en se basant sur les audits qu’ils ont effectués sans trouver aucune preuve de blanchiment ou de détournement de fonds [20].  » On ne saurait être plus clair : pour elle, les juridictions étatsuniennes seraient les seules en vigueur dans un Nicaragua réduit au rang de colonie !

Quand on sait qu’on a le dos au mur, on choisit la meilleure option : quatre jours plus tard, le 1er juin, Cristiana Chamorro annonce son intention de participer via CxL aux primaires de la droite organisées par l’ACJD, pour aspirer à la présidence de la République. Quand, le 3, elle est détenue et assignée à résidence, elle devient « l’étoile montante de l’opposition [21 », « la plus sérieuse concurrente du chef de l’Etat Daniel Ortega [22] » et une martyre de la démocratie.

Une vingtaine d’arrestations ont eu lieu depuis, d’activistes connus assignés à résidence ou placés en détention préventive pour trois mois : Arturo Cruz, le 5 juin, à l’aéroport de Managua, de retour des Etats-Unis, en possession d’une grosse somme en devises non déclarée ; Maradiaga ; Juan Sebastián Chamorro ;Miguel Mora ; les dirigeants d’UNAMOS (ex-sandinistes, dont certains au passé glorieux) Dora María Téllez, Víctor Hugo Tinoco, Hugo Torres Jiménez, Ana Margarita Vigil, Suyen Barahona, Tamara Dávila…

Sont recherchés Antonio Belli et Gerardo Baltodano, pour s’être soustraits à une convocation de la Justice enquêtant sur FUNIDES. Directeur, entre autres, de Confidencial, Carlos Fernando Chamorro a quitté le pays avec sa femme après une descente de police à son domicile le 21 juin.

Tous ne sont pas candidats à la Présidence de la République ! Mais certains le sont devenue précipitamment, tel Pedro Joaquín Chamorro, arrêté le 25 juin. Interrogé la veille par CNN et Univisión sur sa possible aspiration à la fonction, celui-ci, se sachant dans l’œil du collimateur, a immédiatement enfilé le gilet de sauvetage lui accordant le statut de « persécuté » en répondant affirmativement.

Terreur sur le Nicaragua ! La grande Internationale de l’Ordre global se déchaîne – Etats-Unis, Organisation des Etats américains (OEA), Union européenne (UE), médias et leurs « justes causes », belles âmes de la « gauche » européenne, bureaucraties de la défense des droits humains (de la bourgeoisie)… Il n’y a pas lieu de s’en étonner. Le même tintamarre s’est abattu sur le gouvernement bolivien de Luis Arce quand, fin mars 2021, ont été arrêtés ou inculpés l’ex-présidente de facto Janine Añez, plusieurs de ses ministres et anciens membres de haut rang de la police et des Forces armées impliqués dans le coup d’Etat de 2019. « Les Etats-Unis sont profondément préoccupés par les signes croissants de comportement antidémocratique et de politisation du système juridique en Bolivie, à la lumière de la récente arrestation et de l’emprisonnement préventif d’anciens responsables du gouvernement intérimaire », a osé communiquer l’administration de Joe Biden, suivie par ses « toutous » de l’UE, la Conférence des évêques catholiques et les groupes d’extrême droite boliviens, les organisations locales dites de défense des droits de l’Homme et les inévitables Tartufes Amnesty International et Human Right Watch (HRW)…

L’une des porte-paroles de cette dernière organisation, Tamara Taraciuk, demande désormais que la situation du Nicaragua soit portée devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

« Ces personnes [inculpées par la justice nicaraguayenne] font l’objet d’une enquête parce qu’elles ont appelé publiquement à des mesures coercitives contre l’économie du Nicaragua, qu’elles ont conspiré pour commettre des actes terroristes et qu’elles ont créé une structure frauduleuse d’ONG à but non lucratif pour le blanchiment de fonds de plusieurs millions de dollars provenant de l’étranger, ce qui constitue une intervention politique dans le pays pour y provoquer une déstabilisation catastrophique », résument les journalistes Jorge Capelán et Stephen Sefton [23]. Intervenant depuis Managua dans le cadre du Sommet de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), qui le soutient, comme le fait globalement la gauche latina, du Groupe de Puebla au Forum de São Paulo [24], Daniel Ortega a ironisé : « Les Etats-Unis font pression sur nous, pour ces vingt personnes, alors je leur dis : « libérez immédiatement les quatre cents personnes que vous avez arrêtées et maintenez en prison pour avoir pris d’assaut le Capitole [25] ! »

L’Amérique latine ne s’y trompe pas, qui dénonce régulièrement – Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur (sous Rafael Correa) – les outils de déstabilisation mis en place par les Etats-Unis contre les gouvernements progressistes. Bien avant l’agression totale déclenchée contre Caracas après la mort de Chávez, l’USAID, entre 2004 et 2006, avait déjà transféré quelque 15 millions de dollars à plus de 300 ONG présentes au Venezuela, leur offrant un « soutien technique et de formation » par le biais de son Bureau des initiatives de transition (OTI) [26].

Plus récemment, et dans un pays a priori moins « sulfureux », Jesús Ramírez, porte-parole de la présidence du Mexique, a révélé que l’agence de presse Artículo 19, opposée au gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador (AMLO), est financée par Washington (et par les Fondations Ford et Heinrich Böll, Google, l’UE ansi que les ambassades du Royaume uni, des Pays-Bas, d’Allemagne et d’Irlande).

Jeu de piste : à la tête d’Artículo 19 pendant dix années, Dario Ramírez est devenu le directeur de la communication de l’ONG Mexicains contre la corruption (MCCI). Parmi les bienfaiteurs de MCCI figurent l’USAID (2,3 millions de dollars sur trois ans, octroyés en 2018) la NED et le Conseil mexicain des affaires (CMN en espagnol), où nichent les patrons les plus riches et les plus puissants du pays. En vue du méga-scrutin législatif, régional et municipal du 6 juin 2021, trois partis notoirement corrompus mais fermement opposés au projet réformateur d’AMLO – Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Parti d’action nationale (PAN) et Parti de la révolution démocratique (PRD) – se sont coalisés dans le cadre du projet « Oui pour le Mexique » dirigé par l’homme d’affaires Claudio González Guajardo, président de MCCI de 2016 à juillet 2020 [27]. Ce dernier a depuis été remplacé à la tête de l’ONG par María Amparo Casar Pérez, coordinatrice des conseillers du ministère de l’Intérieur du gouvernement du néolibéral Vicente Fox (2000-2006) [28].

Les accusations de longue date d’AMLO selon lesquelles diverses agences étrangères tentent de saper son gouvernement ont abouti à une note diplomatique envoyée en mai à l’ambassade des Etats-Unis au Mexique. S’exprimant lors d’une conférence de presse, López Obrador a accusé le gouvernement américain d’ « un acte d’interventionnisme qui viole notre souveraineté ».

Ainsi donc, le Nicaragua serait une dictature, si l’on en croit l’appareil de propagande « yankee ». Pourtant, à y bien regarder, Ortega n’a pas tort lorsqu’il interpelle Washington et la légion des hypocrites qui s’acharnent sur son pays.

Répression illégitime en 2018 ? « Le FBI a une très bonne mémoire et le bras long », assénait le 13 janvier 2021 le porte-parole du Bureau fédéral d’Investigation, Steven D’Antuono, lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec le procureur de Washington. Le message s’adressait aux participants pro-Trump de l’invasion du Capitole, que les autorités commençaient à identifier un par un grâce aux photos et aux vidéos. Quelque 465 personnes seront inculpées ultérieurement par le Tribunal fédéral de district de Washington ; plus de 200 l’ont été pour infractions mineures (« trouble à l’ordre public », « soutien passif ») et ont été pour l’heure libérées sous caution ; plus de 130 autres, sous le coup de chefs d’accusation plus graves – « agression », « extrême violence », « possession illégale d’arme à feu » – sont passibles de 20 ans de prison. La quarantaine de manifestants entrés au Capitole en portant une arme mortelle ou dangereuse encourent, selon le ministère de la Justice, jusqu’à 10 ans d’incarcération [29].

D’ailleurs… La doctrine méritant de s’appliquer outre-frontières, le porte-parole adjoint du Département d’Etat a très récemment publié un communiqué explicite sur le sujet : « La violence et le vandalisme sont un abus [du] droit de manifester pacifiquement. » Il est vrai qu’il évoquait la Colombie et son mouvement social violemment réprimé (plus de 70 morts) par l’ « ami » de droite radicale Iván Duque.

Dès le vote de la Loi 1040 dite « Loi de régulation des agents étrangers » au Nicaragua, le Département d’Etat américain a émis un communiqué assurant que cette « loi autoritaire » menaçait la démocratie. Curieux… Les Etats-Unis abritent certes de nombreuses ONG nationales et étrangères, parfois financées sans limite ni restriction par des gouvernements ou partis politiques étrangers, mais à une condition : qu’elles s’enregistrent en tant… qu’ « agent étranger » auprès du ministère de la Justice, remplissent des déclarations fiscales et se conforment à la législation prévue par le Foreign Agents Registration Act (FARA). Celui-ci exige que les personnes agissant en tant qu’agents de mandants étrangers « divulguent périodiquement au public leur relation avec le mandant étranger, ainsi que les activités, les recettes et les déboursements à l’appui de ces activités. » L’objectif principal de la loi est de promouvoir « la transparence en ce qui concerne l’influence étrangère aux Etats-Unis » et de permettre « que le public américain et ses législateurs connaissent la source de certaines informations destinées à influencer l’opinion publique, la politique et les lois des Etats-Unis, facilitant ainsi une évaluation éclairée de ces informations par le gouvernement et le peuple américain [30] ». Bien entendu, rajoute le texte officiel, « les lois qui sont généralement applicables à tous les Américains peuvent s’appliquer aux ONG, telles que les restrictions sur la réception de contributions d’une organisation terroriste. Il existe également des restrictions sur le soutien financier direct des candidats politiques par des personnes étrangères. »
Somme toute, la seule différence entre le Nicaragua et les Etats-Unis, est qu’ici on évoque la « Loi 1040 » et là le « FARA »…

Au sein de la Division de la Sécurité nationale du Département de la Justice, une Unité FARA est responsable de l’administration et de l’application de la législation. Pour ce faire, elle identifie les violations, examine les dossiers pour détecter les lacunes et inspecte les livres et registres des déclarants. Un non respect délibéré du FARA entraîne une peine de prison pouvant atteindre cinq ans, une amende pouvant allant jusqu’à 250 000 dollars, ou les deux [31].

Treize pays de l’Union européenne disposent de lois concernant le financement politique étranger. En Suède, recevoir de l’argent d’une puissance extérieure ou d’une personne agissant en son nom est une infraction pénale si l’objectif est d’influencer l’opinion publique sur des questions relatives au gouvernement du pays ou à la sécurité nationale [32]. En Italie, le fait de recevoir de tels fonds pour mener des activités politiques nationales est passible de sanctions ne pouvant être inférieures à 10 ans d’emprisonnement (articles 243 et 246 du code pénal).

Juste pour rire : un citoyen américain pourrait-il, comme au Nicaragua (et au Venezuela), sans désagrément aucun, demander à une puissance étrangère d’imposer des sanctions à son pays, ou même réclamer et militer activement pour une invasion militaire ? Les articles 2381 à 2390 de l’United States Federal Sentencing Guidelines (USGG ; directives de condamnation des Etats-Unis), contiennent les définitions et les sanctions relatives aux crimes de trahison, d’incitation à la trahison, de rébellion ou d’insurrection, de conspiration séditieuse, d’incitation au renversement du gouvernement, d’enregistrement d’organisations étrangères, etc. Tous ces crimes font l’objet de poursuites au niveau fédéral et, en fonction de leur gravité, peuvent entraîner des peines d’amendes, d’interdiction de se présenter à des élections, d’emprisonnement ou de mort. Qu’on se rassure… On ne réclame ici la chambre à gaz pour personne ! A Managua non plus. La Constitution de la République entrée en vigueur le 9 janvier1987, sous le gouvernement sandiniste de Daniel Ortega, précise dans son article 23 : « La peine de mort n’existe pas au Nicaragua. » Les barbares ne sont pas ceux qu’on croit.

Coopération espagnole

Après avoir reçu les directeurs du Centre nicaraguayen des droits de l’Homme (Cenidh) et de l’IEEPP, qui venaient de se voir ôter leur personnalité juridique, le Quai d’Orsay, le 13 décembre 2018, réitérait sa « vive préoccupation face à la dégradation de la situation des droits de l’Homme au Nicaragua ». Le 16 juillet précédent, il avait appelé les autorités de Managua à « cesser leur répression ». Le gouvernement français aime bien donner des leçons. Quitte à perdre la mémoire. Si prompt à condamner le gouvernement sandiniste, il semblait avoir oublié l’épisode des Gilets jaunes : 12 107 interpellations, 10 718 gardes à vue, 3 100 condamnations dont 400 peines de quelques mois à trois ans de prison, avec mandat de dépôt (incarcération immédiate) [33].

En demandant « la libération immédiate de Mme Cristiana Chamorro  », en mêlant sa voix à celle de l’Espagne en particulier et de l’UE en général pour condamner, entre autres, les lois « liberticides » sur la cyber-sécurité – « Loi Poutine », d’après le Financial Time – et sur « les agents étrangers », Paris persiste et signe. Amusant ! Dans une « Tribune pour l’Europe » publiée le 5 mars 2019 dans plusieurs quotidiens européens, le président Emmanuel Macron proposait « que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyber-attaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères ».

Dans le même esprit, à la tête du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Stéphane Bouillon a annoncé, le 2 juin 2021, qu’il a l’intention de mettre sur pied, dès la rentrée de septembre, un service à compétence nationale chargé de traquer les ingérences étrangères dans le domaine de l’information. « Il ne s’agit pas de faire du renseignement, a-t-il précisé, mais d’identifier ce qui est en train de devenir pandémique sur le plan informationnel et si cela émane d’un pays étranger ou d’une organisation étrangère, qui visent à déstabiliser l’Etat sur le plan politique [34] ».

Quelques temps auparavant (septembre 2020), Raphaël Glucksmann, l’homme qui, modestement, à la tête de son groupuscule Place publique (proche du Parti socialiste), veut « refonder la gauche » française sur une base « européiste » et « otanesque », a pris la tête d’une Commission spéciale de l’Euro-parlement sur « l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation ». Avec pour objectif d’« évaluer le niveau des menaces, qu’il s’agisse des campagnes de désinformation, du financement des partis ou campagnes politiques, ou des attaques hybrides », celle-ci devra « examiner la transparence du financement des partis et des campagnes, vérifier les actions et les règles nationales ainsi que les influences extérieures à travers des entreprises, des ONG ou des technologies ». Commentant sa désignation, Glucksmann a souligné  : « L’ère de la naïveté européenne est terminée. »

Qu’on ne s’en étonne pas : celle du Nicaragua aussi.


[1https://www.medelu.org/Nicaragua-une-contre-enquete

[2] Fruto Chamorro Pérez (1854-1855), Pedro Joaquín Chamorro Alfaro (1875-1879), Emiliano Chamorro Vargas (1917-1921), Diego Manuel Chamorro Bolaños (1921-1923) et enfin Violeta Barrios de Chamorro (1990-1996).

[3] Bleu et blanc : couleurs du drapeau nicaraguayen.

[4] En espagnol, « paro » signifie « grève ». Mais, comme en Colombie ces dernières semaines, le concept dépasse très largement une interruption de l’activité salariale (d’autant que le secteur informel regroupe la majorité des travailleurs). Il s’agit d’une paralysie du pays par les secteurs contestataires les plus divers de la société.

[5] Contre-révolutionnaires qui, entraînés, équipés et financés par Washington ont affronté militairement la révolution sandiniste pendant toutes les années 1980.

[6https://www.diariolibre.com/actualidad/internacional/nicaragua-oposicion-forma-coalicion-nacional-contra-ortega-CN19726631

[7https://100noticias.com.ni/politica/101623-lider-campesino-motivos-retirarse-alianza/

[8https://www.medelu.org/Avec-Evo-ou-sans-Evo

[9https://thegrayzone.com/category/nicaragua/

[10https://bbackdoors.wordpress.com/2018/11/06/how-the-usaid-prepared-the-conditions-for-a-non-violent-coup-detat-against-the-nicaraguan-government-part-i/

[11] Dans le New York Times du 1er juin 1986, le premier président de la NED, Carl Gershman, a expliqué sans détour : « Il serait terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d’être vus comme subventionnés par la CIA. C’est parce que nous n’avons pas pu continuer à le faire que la Fondation a été créée. »

[12https://www.laprensa.com.ni/magazine/reportaje/las-grandes-victorias-de-la-contra-sobre-el-ejercito-popular-sandinista/

[13] Luis Galeano, María Lily Delgado, Miguel Mora Barberena, Dino Andino, Gerald Chávez, Roberto Mora, Lucía Pineda y Wendy Quintero, Jenifer Ortiz, Héctor Rosales, Álvaro Navarro, Uriel Hernández, Uriel Pineda, Carlos Salinas, Jackson Orozco, Leticia Gaitán, Fidelina Suárez, Patricia Orozco, Anibal Toruño.

[14https://thegrayzone.com/2021/06/01/cia-usaid-nicaragua-right-wing-media/

[15https://trincheradelanoticia.com/2021/06/29/la-dualidad-de-la-integridad/

[16https://www.usaid.gov/stabilization-and-transitions/closed-programs/nicaragua

[17] Manifestants opérant sur et depuis les barricades (« tranques »).

[18https://blogs.mediapart.fr/patricio-paris/blog/290718/nicaragua-pour-la-levee-par-ortega-du-mandat-darret-de-rene-oscar-vargas

[19https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/09/23/nicaragua-se-acabo-el-millonario-negocio-de-las-oeneges-golpistas/

[20https://www.canal4.com.ni/avances-investigacion-en-contra-fundacion-violeta-chamorro-lavado-dinero/

[21La Presse, Montréal, 4 juin 2021.

[22Le Monde, Paris, 3 juin 2021.

[23Resumen Latinoamericano, Buenos Aires, 27 juin 2021

[24https://diariodecuba.com/internacional/1623950766_31993.htmlhttps://www.grupodepuebla.org/manifiestoprogresista/

[25https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/26/du-sommet-de-lalba-au-groupe-de-puebla-la-gauche-en-mouvement/

[26https://wikileaks.org/plusd/cables/06CARACAS3356_a.html

[27] Malgré cette alliance, AMLO a conservé une majorité à la Chambre des députés.

[28https://www.elimparcial.com/mexico/No-vamos-a-decir-quien-nos-financia-Mexicanos-Contra-la-Corrupcion-y-la-Impunidad-20201109-0092.html

[29] Les accusés qui coopèrent et plaident coupables de certains des crimes les plus graves peuvent voir leur peine ramenée à trois ou quatre ans derrière les barreaux 

[30https://www.state.gov/non-governmental-organizations-ngos-in-the-united-states/

[31https://www.justice.gov/nsd-fara/frequently-asked-questions#1

[32[13] http://www.aalep.eu/ban-donations-foreign-interests-political-parties-th-eu

[33https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/08/gilets-jaunes-plus-de-3-000-condamnations-par-la-justice-entre-novembre-2018-et-juin-2019_6018431_3224.html

[34Le Monde, 6-7 juin 2021.

Maurice Lemoine

Source de cet article : https://www.medelu.org/Vol-d-hypocrites-au-dessus-du-Nicaragua

Derrière Guaido, le plan Condor 2.0 des extrêmes droites espagnole, états-unienne et latino-américaine

« Le Venezuela est un bon exemple de comment l’ultra-droite a tout investi dans les médias et le numérique, comment elle a été visionnaire, pendant que la gauche vit dans la contemplation, sans en faire une priorité » explique Julian Macias Tovar, expert des réseaux sociaux qui a étudié de très près, statistiques à l’appui, la guerre contre Podemos en Espagne ou contre des processus progressistes en Amérique Latine. Il est interrogé ici par la journaliste Karen Mendez.

Peut-être qu’une des réussites majeures de la propagande de masse a été de faire passer les déstabilisations violentes de l’extrême droite au Venezuela pour des « révoltes démocratiques », la réponse de l’État pour une « répression », et (objectif principal) un président élu pour un « dictateur ». Sur ce thème comme sur beaucoup d’autres, la gauche européenne est tombée dans le panneau. Elle croit naïvement qu’il faut suivre les règles des médias dominants et disparaît, absorbée par une technique qu’elle n’a pas inventée. Un exemple : depuis bien longtemps, les médias espagnols font des violences des riches de l’extrême droite raciste du Venezuela une « révolte populaire » et de l’action de l’État une « répression de Maduro ». Ce blanchiment n’est pas étranger à la banalisation et à la progression du parti d’extrême droite VOX et à la perte d’importance de la gauche dans la péninsule.

Julian Macias Tovar

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L‘ancien président José María Aznar a remis à l’ex-député vénézuélien Juan Guaidó le 10ème prix de la « liberté » de la FAES. La présidente d’ultra-droite, récemment élue, de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, le maire José Luis Martínez Almeida et le leader du Partido Popular, Pablo Casado, ont également assisté à l’événement. Selon un communiqué de la Fondation pour l’analyse et les études sociales (FAES), présidée par José María Aznar, le prix a été attribué à l’unanimité à Guaidó, « pour avoir donné du prestige à la cause démocratique du Venezuela et suscité la solidarité internationale à son égard« .

Le prix que Guaidó a été attribué en d’autres occasions à des personnalités telles que Margaret Thatcher, Shimon Peres, Mario Vargas Llosa, Enrique Krauze, Luis Almagro, ainsi qu’à l’OTAN et aux groupes de réflexion International Republican Institute (IRI) et National Democratic Institute (NDI).

Mais quel est le rapport entre ce prix, la récente réunion des dirigeants de la droite latino-américaine en Équateur lors de l’entrée en fonction du banquier Lasso, et l’organisation Atlas Network, ce qui est recherché, et qui est derrière ? La journaliste Karen Mendez a interrogé Julián Macías Tovar, chercheur et responsable du blog Pandemia Digital.

En mai 2021 l’ultra-droite espagnole regroupée autour d’Aznar et Ayuso a remis le prix FAES à Juan Guaido

Karen Mendez – Pourquoi pensez-vous que la FAES attribue ce prix à Juan Guaidó ?

Luis Almagro, actuel secrétaire de l’OEA, coiffant une casquette vénézuélienne, en compagnie de J.J. Rendon, spécialiste en guerre psychologique et conseiller en communication de l’ex-président colombien Alvaro Uribe, lors d’un séminaire sur « marketing et gouvernance politiques en Amérique Latine » à Miami. Almagro a pris une part très active dans le coup d’Etat contre Evo Morales. L’ex-président uruguayen José Mujica a dénoncé celui qui fut son chancelier: « ce qu’il fait est dangereux non seulement pour le Venezuela mais pour tout le continent ».

Julian Macias Tovar – Eh bien, d’abord cela suit la ligne des prix de cette organisation. Auparavant, par exemple, Margaret Thatcher était l’un des lauréats ou Luis Almagro (photo), secrétaire général de l’OEA. C’est-à-dire qu’ils récompensent leurs espaces géopolitiques internationaux. Nous ne devons pas oublier que FAES est une organisation du Réseau Atlas, qui est un recueil de fondations qui ont un rôle très clair à l’échelle géopolitique et qui, clairement, soutiennent Guaidó.

On peut faire une deuxième lecture. Je pense que non seulement au sein de l’opposition vénézuélienne, mais d’autres personnes, entités et institutions, pays ont commencé à générer certaines critiques internes sur Guaidó, alors c’est comme un prix de départ pour chercher un autre personnage pour diriger l’opposition et accomplir leur plan, avec l’utilisation de mensonges et de violence.

Karen Mendez – Ou pourrait-il s’agir aussi de le renflouer en raison du peu de soutien interne dont il dispose au Venezuela ?

Julian Macias Tovar – La dernière chose que j’ai vue, c’est qu’après tous ses mouvements, les résultats qu’ils attendaient de lui sont bien en deçà de ce qui était prévu et il a essuyé de nombreuses critiques. Le joker du Venezuela est toujours très présent et ils ont besoin d’exécuter leur plan avec une personne de l’opposition qui continue à parler du manque de démocratie. Mais il se pourrait que, s’ils ne trouvent pas une meilleure option pour continuer, non seulement à attaquer le gouvernement vénézuélien, mais aussi à maintenir l’axe discursif de la confrontation avec d’autres gouvernements d’Amérique latine ou d’autres pays du monde, alors je pense que cela pourrait être n’importe laquelle des options. Ce qui est vrai, c’est que cela ne me surprend pas du tout qu’une personnalité comme Guaidó soit récompensée.

Karen Mendez – Récemment, nous avons vu que la candidate d’extrême droite au Pérou Keiko Fujimori , le leader d’extrême droite du Venezuela Leopoldo López, le président colombien Iván Duque, le leader du PP Pablo Casado et Isabel Díaz Ayuso qui a participé par le biais d’une vidéo, se sont rencontrés lors d’un forum en Équateur. Qu’y a-t-il derrière cette réunion ?

Julian Macias Tovar – Vous avez oublié de dire que José María Aznar, qui est le président de la FAES, était également présent. Voyons : le nouveau président équatorien Guillermo Lasso n’appartient pas seulement à l’Opus Dei, qui est un espace ultra-catholique, une minorité au sein de l’Église qui a été étroitement associée à l’ultra-droite, aux coups d’État, mais, point plus important encore, il est le président de la fondation Ecuador Libre, qui est une fondation du Réseau Atlas, dans lequel l’ultra-droite investit beaucoup d’argent pour essayer de coordonner les efforts contre la gauche.

En Espagne, plus que le Parti Populaire dans son ensemble, il existe un espace beaucoup plus solide que celui des partis politiques, qui est précisément cette articulation liée aux fondations, aux médias, qui n’est pas le Parti Populaire lui-même. Rappelons que tant Esperanza Aguirre que José María Aznar représentent cette aile droite au sein du Parti Populaire, qu’ils appellent libérale conservatrice, mais qui est un espace néolibéral et ultra-catholique qui dispose de tout un réseau d’espaces de pouvoir tissés et qui tente d’influencer non seulement les gouvernements, mais aussi les partis politiques internes. Par exemple, au sein du Parti Populaire, le politicien qui a obtenu les meilleurs résultats est Feijóo, qui a la majorité absolue en Galice, mais il n’appartient pas du tout à cet espace, en revanche, Ayuso ainsi que Cayetana Álvarez de Toledo, qui était également membre de la FAES, le bras droit d’Aznar, représentent cet espace comme personne.

La victoire d’Ayuso à Madrid nous a donc rappelé cette stratégie simple consistant à ne pas parler de mesures ou de programmes politiques ou électoraux, mais de slogans tels que le communisme ou la liberté. Le mot liberté est l’un des éléments discursifs qui apparaît toujours, mais si nous nous rappelons qui sont derrière, les idéologues, les gourous de tout cela, nous trouvons des gens comme Milton Friedman, qui était l’idéologue de l’opération Condor, qui a réalisé des coups d’État en Amérique latine.

Karen Mendez – Vous mentionnez souvent le Réseau Atlas. Parlez-nous de lui, qu’est-ce qu’il est, qui sont ses membres, quels sont ses objectifs, comment fonctionne-t-il ?

Julian Macias Tovar – Un peu après la guerre froide et l’opération Condor, qui était explicitement soutenue par la CIA, par les États-Unis, plusieurs espaces ont été créés qui n’étaient pas directement liés aux institutions américaines.

À l’époque de Ronald Reagan, une fondation appelée Heritage Foundation a été créée, qui est ce que la FAES est pour le Parti populaire, qui représente un peu ce qu’est le Tea Party aux États-Unis, qui défend les valeurs les plus conservatrices liées à l’ultra-catholicisme et les espaces les plus néolibéraux qui parlent de la dissolution de l’État et qu’il ne reste qu’un marché libre, qui privilégie les entreprises privées, qu’il n’y a plus de services publics et que les grandes fortunes ne paient pas d’impôts, entre autres choses.

Donc, à ce moment-là, cette fondation a été créée et petit à petit, elle s’est articulée avec d’autres. La FAES était une autre fondation très importante, surtout pour l’Amérique latine, qui a été créée pour développer la recherche d’entreprises et de familles qui financeraient des groupes de réflexion pour mener la bataille culturelle de la droite ou pour soutenir des politiciens, des gouvernements et des politiques qui serviraient ces intérêts.

À l’heure actuelle, les principales personnes ou entreprises qui sont derrière sont, par exemple, la famille Koch, qui finance non seulement la Heritage Foundation, mais aussi l’Atlas Network. Ensuite, nous avons de grandes entreprises comme la compagnie pétrolière Exxon ou la compagnie de tabac Philip Morris, et d’autres, qui, selon ces intérêts, font bouger tous ces groupes de réflexion et leurs relations avec les politiciens et les médias en leur faveur.

Le réseau ATLAS possède plus de 80 affiliés, médias, journalistes et think tanks dans toute l’Amérique Latine

Karen Mendez – Et que font-ils maintenant ?

Julian Macias Tovar – Dans chacune des élections, ils sont clairement représentés. Le dernier cas est celui de l’Équateur, où l’actuel président, Guillermo Lasso, a été « tutoré » pendant de nombreuses années par José María Aznar.

Rappelons que Guillermo Lasso était ministre de l’économie au moment de la grande crise financière en Équateur à la fin des années 90, et des chercheurs dénoncent qu’il a transféré de l’argent vers des paradis fiscaux comme les îles Caïmans ou le Panama, et il est allégué que José María Aznar soutenait la banque de Lasso au Panama. Ils ont été nommés docteurs honoris causa ensemble dans une université privée d’Équateur, et c’est lui qui l’a encouragé à créer la fondation Ecuador Libre, sous laquelle il y a au moins vingt journalistes, directeurs de médias et influenceurs qui l’ont soutenu dans cette sale campagne contre le corréisme, et qui a diffusé de fausses nouvelles avec le soutien de ces médias et de faux comptes sur les réseaux sociaux.

Par exemple cette récente réunion de la droite en Équateur a exprimé un soutien explicite pour Keiko Fujimori, de fait elle était l’un des orateurs, et malgré tout le soulèvement populaire en Colombie, a exprimé aussi un soutien explicite pour Iván Duque. En fin de compte, ils essaient d’articuler un espace politique réactionnaire mû par l’absence de scrupules, les violations des droits humains ou les crimes contre l’humanité, avec des campagnes de guerre sale, de désinformation et de haine.

Un point intéressant est la récente arrestation aux États-Unis d’Arturo Murillo, le numéro deux de Jeanine Añez dans le coup d’État en Bolivie et qui était la personne qui a signé le contrat avec CLS Strategies, la société américaine que Facebook a accusé comme l’un de ceux qui ont généré de faux comptes pour attaquer de nombreux gouvernements, mais spécifiquement détecté de fausses pages et des millions de dollars dépensés en publicité et désinformation et des campagnes de haine contre les gouvernements du Venezuela, le Mexique et la Bolivie. Et l’un des fondateurs de la société CLS Strategies est Peter Schechter, qui était président de la Fondation du Conseil Atlantique pour l’Amérique latine, et précisément, le directeur du Conseil Atlantique pour l’Amérique latine et l’Europe est José María Aznar…

En fin de compte, il existe tout un réseau d’entreprises, d’organisations telles que l’OEA ou le Conseil atlantique lui-même qui servent de lobby géopolitique pour attaquer les gouvernements de gauche. Ils agissent même avec des fonds américains, à travers l’USAID, qui donne des fonds et intervient localement dans différents pays, à travers le NED (National Endowment of Democracy), l’IRI, le NDI et tout un tas d’autres espaces qui interviennent également et qui, d’une certaine manière, articulent les organisations, les fondations et les médias dans les différents pays. Il existe une synergie entre tous ces espaces pour déséquilibrer les gouvernements ou pour influencer les élections, principalement en Amérique latine.

Alejandro Chafuen de la Fondation Atlas pour la Recherche économique, au fond à droite, serre la main de Rafael Alonzo, du CEDICE, à gauche, tandis que l’écrivain espagnol/péruvien Mario Vargas Llosa applaudit lors de l’ouverture du forum international « Liberté et Démocratie » à Caracas, le 28 mai 2009. Vargas Llosa, soutien de Thatcher, d’Aznar, de Berlusconi, de l’invasion d’Irak et du coup d’État ourdi en 2019 par les USA contre le président élu du Honduras Mel Zelaya, n’écarte pas aujourd’hui un coup d’État militaire si gagne le candidat de gauche anti-impérialiste Pedro Castillo, « pour que le Pérou ne devienne pas un autre Cuba ou Venezuela ».

Karen Mendez – Leur pouvoir d’influence atteint-il les médias ?

Julian Macias Tovar – Oui, oui, oui, bien sûr, bien sûr. Il ne faut pas oublier, en parlant de José María Aznar, qu’il est l’un des conseillers de News Corp, qui est le plus grand conglomérat médiatique du monde, qui possède Fox News et de nombreuses chaînes dans le monde.

Ensuite, les personnes du réseau Atlas ont généralement leurs propres médias et agissent également en coordination avec d’autres, comme nous l’avons dit. Par exemple, la NED (façade de la CIA) a financé l’agence de communication Fides, qui fournit des informations à plus d’une centaine de médias en Bolivie et qui a clairement soutenu le coup d’État contre Evo Morales.

Mais si nous allons en Équateur, au-delà de toutes ces personnes qui travaillent dans la Fondation Ecuador Libre, il y en a d’autres qui sont directeurs de médias ou écrivains dans différents médias qui fonctionnent de la même manière. Par exemple, Fernando Villavicencio, qui a été nommé député et qui a lancé l’affaire contre Rafael Correa, possède un média financé par la Fondation Mil Hojas, qui est également financée par la NED, et grâce à ce financement, non seulement il lance ces accusations, mais il publie également ce type d’informations contre Correa.

Dans le cas du Venezuela, puisque nous parlons de Juan Guaidó, j’ai enquêté sur tous les comptes, toutes les pages Facebook des médias qui ont soutenu Guaidó ou des opposants les plus connus, et 100% sont administrés depuis les États-Unis, et je parle de plus de 20 médias. Il existe un lien évident non seulement entre le financement, mais aussi entre l’articulation et la coordination des attaques de désinformation, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias.

Karen Mendez – C’est ainsi que la droite est organisée, et la gauche ?

Julian Macias Tovar – Je pense que tout le monde fait le même diagnostic : il y a eu une progression des messages de haine, le Venezuela a sûrement été l’un des premiers endroits où de telles stratégies ont été utilisées, mais globalement, l’extrême droite gagne du terrain précisément parce que ces stratégies sont non seulement exécutées, mais qu’elles bénéficient d’une impunité totale.

Selon moi, depuis quelque temps, l’ultra-droite a tout investi dans la technologie. Nous parlons de nos jours, ils envoient des satellites pour la reconnaissance faciale pour la comparer, la croiser avec leurs bases de données de leurs propres plateformes de médias sociaux, et à gauche, vous n’avez pas de frondes, vous n’avez pas de préoccupation, ou peut-être que si. Mais le monde évolue vers la numérisation, tant pour la consommation d’informations que pour les contenus de divertissement.

Il est clair que la droite, ou l’ultra-droite, a été visionnaire ou a tout misé sur cette question, tandis que la gauche vit dans une contemplation complaisante, sans en faire une priorité.

Ce genre de stratégies, qui non seulement franchissent de nombreuses lignes éthiques, morales ou démocratiques afin de faire gouverner un parti politique ou un autre, est également en train de transformer cette société en une société pire, avec plus de haine, plus polarisée, plus d’inimitié, avec des haines artificielles, créées.

Où tout cela nous mène-t-il ? Elle est clairement orientée vers les catastrophes et les conflits, même les conflits armés, vers les coups d’État, parce qu’ils fomentent beaucoup de choses négatives contre lesquelles nous pensions être déjà vaccinés et qu’elles ne se répéteraient pas, mais nous avons vu, par exemple, que des cas comme celui de la Bolivie se sont produits, ou nous voyons que Mario Vargas Llosa, qui est le président d’une des fondations du Réseau Atlas, a récemment déclaré qu’un coup d’État militaire était possible au Pérou si Pedro Castillo gagnait.

C’est pourquoi j’appelle cela l’opération Condor 2.0 parce qu’ils utilisent les mêmes méthodes, les mêmes stratégies et le même manque de scrupules, et il ne faut pas que ce soit seulement la gauche qui fasse un diagnostic, mais la société en général doit faire un diagnostic et une réflexion pour prendre des mesures pour arrêter cette vague qui est assez dangereuse pour les peuples et pour toute l’humanité.

Source : https://mundo.sputniknews.com/20210528/operacion-condor-20-que-hay-detras-del-premio-que-aznar-entrego-a-guaido-y-de-atlas-network-1112645130.html 

Traduction : Thierry Deronne

Note : A propos du réseaux ATLAS on peut lire aussi sur Venezuelainfos: « comment les libertariens US refont la politique latino-américaine » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/comment-les-libertariens-us-refont-la-politique-latino-americaine-par-lee-fang/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/28/derriere-guaido-le-plan-condor-2-0-des-extremes-droite-espagnole-etats-unienne-et-latino-americaine/

Maurice Lemoine : « Joe Biden face au Venezuela, il fait la même chose que Trump en plus faux-cul »

Par Jean-Baptiste Mendes

Joe Biden a prolongé le décret Obama classant la situation au Venezuela comme une menace pour la sécurité nationale, reconduisant de fait l’arsenal de sanctions américaines à l’encontre de Caracas depuis 2015. Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, dénonce pour Sputnik une attitude hypocrite qui asphyxie le pays.

«Le Venezuela, qui n’a jamais attaqué personne, n’est en rien une menace pour les États-Unis.»

Maurice Lemoine ne mâche pas ses mots face à la prolongation des sanctions contre Caracas par Joe Biden au-delà du 8 mars. Selon la Maison-Blanche, la situation au Venezuela représenterait une «menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis».

Lignes rouges –Jean-Baptiste Mendes reçoit le journaliste Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, spécialiste de l’Amérique latine et auteur de «Venezuela, chronique d’une déstabilisation» (Éd. Le Temps des Cerises).

«450 mesures coercitives unilatérales» contre le Venezuela

En 2015, Barack Obama signait un premier décret afin de sanctionner sept responsables accusés de violations des droits de l’Homme au Venezuela. Depuis, plus de «450 mesures coercitives unilatérales» ont été mises en place contre Caracas par la Maison-Blanche, suivie par l’Union européenne. Sont désormais ciblés indistinctement hauts fonctionnaires et politiques. L’embargo contre la compagnie pétrolière nationale PDVSA, imposé par Donald Trump en avril 2019, a achevé d’asphyxier économiquement cet État, déjà étouffé par la chute des prix du brut. Avec l’émigration de plus de 5 millions de ses citoyens, une inflation de 3.000% en 2020 et de régulières pénuries, le pays a dépassé depuis longtemps le seuil d’alerte. Après deux semaines passées au Venezuela, le rapporteur spécial des Nations unies Alena Douhan a affirmé le 12 février que ces sanctions avaient «un effet dévastateur», affectant «considérablement les droits du peuple vénézuélien et doivent être levées».

Pour Maurice Lemoine, la situation à Caracas est aggravée par le contexte de pandémie mondiale:

«Le Venezuela ne peut plus acheter d’aliments, ne peut plus acheter de médicaments, ne peut pas acheter de vaccins. Fort heureusement, un certain nombre de pays viennent à son aide, en particulier la Russie et la Chine, et demain Cuba –lorsque son vaccin sera au point. Mais en période de pandémie, certains jugent que ces sanctions sont un crime contre l’humanité.»

Joe Biden dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche

Dénonçant la «dictature de Nicolas Maduro», Washington et une cinquantaine d’autres États reconnaissaient en janvier 2019 Juan Guaido, le président de l’Assemblée nationale, comme Président par intérim. Une confirmation explicite de la volonté américaine de voir un changement de régime s’opérer à Caracas. Sauf que ce scénario n’a pas été suivi de faits, constate Maurice Lemoine.

«Guaido a échoué dans tous les sens du terme […]. Il était censé faire en sorte que l’armée vénézuélienne renverse Maduro, ça a échoué. Il a essayé une tentative d’invasion de l’extérieur, ça a échoué. Il a même échoué à se faire arrêter, ce qui aurait fait de lui un martyr.»

Celui qui n’est désormais plus député, sa mandature ayant pris fin le 5 janvier dernier, a été reconnu par la nouvelle administration démocrate. Le nouveau secrétaire d’État américain Anthony Blinken s’est ainsi entretenu le 2 mars avec lui, le qualifiant toujours de Président par intérim –alors même que l’Union européenne ne le reconnaît plus. Car, après tout, il reste «compliqué pour Washington de laisser tomber celui qui a été son pion quand il n’y a pas encore de stratégie de rechange», souligne l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique.

L’Amérique latine, chasse gardée de Washington

Rien de nouveau du côté américain donc, malgré le changement d’administration. «En réalité, c’est la même chose en plus hypocrite, en plus faux-cul», dénonce Maurice Lemoine. John Bolton, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale, n’avait pas hésité à citer la doctrine Monroe, symbole ultime de l’impérialisme américain.

«Dans cette administration, nous n’avons pas peur d’utiliser [l’expression] “doctrine Monroe”», avait-il déclaré en mars 2019.

Si Joe Biden ne le dirait «pas comme ça», n’étant pas Républicain, ironise Lemoine, il n’en penserait pas moins. «L’Amérique aux Américains», disait-on en 1823 à Washington pour souligner que le continent américain entier devait être la chasse gardée des États-Unis. Utilisée au XIXe siècle contre les puissances coloniales européennes, l’expression pourrait être aujourd’hui employée face à la Chine et la Russie.

Mais les raisons de l’ingérence de Washington sont aussi très prosaïques. Le Venezuela détient les «premières réserves de pétrole au monde, des réserves d’or très importantes, des mines de coltan et d’un certain nombre d’autres produits miniers». L’essor de l’influence chinoise en Amérique latine –Pékin étant notamment le premier partenaire commercial du Brésil– inquiète les Américains. Celle de Moscou aussi, alors que le vaccin russe Spoutnik V a été massivement commandé en Amérique du Sud. En janvier, le Président argentin Alberto Fernandez en recevait une injection et Nicolas Maduro lui a emboîté le pas le 6 mars.

Une manière de signifier à Washington qu’ils ne sont ni isolés ni dépourvus d’alliés, explique Maurice Lemoine. Et un signal qui se vérifie également dans le domaine militaire: «L’armée vénézuélienne est devenue une armée puissante grâce en particulier à l’achat d’armes et de systèmes d’armement à la Russie.» Ce qui a évidemment valu à Maduro des accusations.

«Ce que l’on oublie régulièrement, rappelle Maurice Lemoine, c’est que lorsque Chavez est arrivé au pouvoir en 1998, l’armée de l’air vénézuélienne avait deux types de chasseurs: des Mirages français et des F-16 américains. En cessant de lui livrer des pièces de rechange, Washington a poussé Chavez à acheter des Sukhoi russes.»

Source : Joe Biden face au Venezuela: «Il fait la même chose que Trump, en plus faux-cul»

Emmanuel Macron et l’Amérique Latine : le grand gâchis, par Pierre Lebret

Pierre Lebret est responsable du pôle « recherche » de l’association Futur au présent International en France.  Titulaire d’un master en relations internationales et coopération de l’IHEAL (Paris III), latinoaméricaniste, ancien consultant pour la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes des Nations unies, il fut également conseiller stratégique pour le gouvernement chilien en matière de coopération internationale pour le développement (2014-2018).

À quatorze mois de l’élection présidentielle, la Covid-19 ne pourra pas toujours être le prétexte du gouvernement pour se défendre des multiples échecs et des décisions prises, cela valant aussi pour le champ diplomatique. Notre pays dispose pourtant d’hommes et de femmes diplomates mondialement reconnus pour leurs capacités d’analyse, d’anticipation, de résolution de crise, mais aussi pour leur humanisme.

Cependant, par méconnaissance ou désintérêt élyséen, la voix de la France en Amérique latine et aux Caraïbes n’aura pas été à la hauteur des enjeux et des dangers. Elle n’aura pas été non plus source d’espoir pour des milliers de femmes et d’hommes qui souffrent depuis plusieurs années du poids des politiques néolibérales et de la violence exercée par les gouvernements néoconservateurs. Il y a quarante ans, quand les dictateurs avaient les mains tachées de sang, les peuples latino-américains pouvaient compter sur une France solidaire, humaniste et consciente. C’était la France « mitterrandienne ». 

Aujourd’hui, la stratégie d’Emmanuel Macron vis-à-vis de l’Amérique latine est inexistante, ce qui représente un véritable recul par rapport au bilan diplomatique de son prédécesseur. En effet, avec près de dix voyages présidentiels en Amérique latine, François Hollande aura inscrit cette région du monde au cœur de son action de politique étrangère – l’un des points majeurs de sa mandature étant d’ailleurs la visite officielle à La Havane en tant que premier chef d’État européen à se rendre sur l’Île depuis l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro. La France était audible, volontariste, présente.

Depuis plusieurs années, la situation en Amérique latine s’est profondément dégradée. L’arrivée au pouvoir de gouvernements néoconservateurs aura signifié, et signifie toujours dans certains cas, un retour à la case départ après plusieurs années de progrès social. Des gouvernements, comme ceux de Jair Bolsonaro (Brésil), Ivan Duque (Colombie), Sebastián Piñera (Chili) ou Lenin Moreno (Équateur), imposent un libéralisme économique outrancier et prônent l’atomisation de l’État au détriment des plus vulnérables dans une région qui reste une des plus inégales au monde – même si fort heureusement, la situation politique change dans certains pays, notamment en Argentine et récemment en Bolivie avec, respectivement, les victoires d’Alberto Fernandez et de Luis Arce.

Mais où était la France quand la crise sociale a éclaté au Chili en octobre 2019, faisant une trentaine de morts, plus de 3500 blessé·e·s, sans oublier cette descente des chars militaires dans les rues de Santiago, rappelant les heures sombres de 1973 ? Le pays compte à ce jour encore plusieurs dizaines de prisonniers politiques. Où était la France lors du coup d’État contre Evo Morales en Bolivie, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés ? Où est la France pour condamner les massacres à répétition contre des hommes et des femmes leaders paysans et/ou écologistes en Colombie, au Brésil et en Amérique centrale ? Où est la France pour exiger le respect de l’accord de paix de La Havane entre l’État colombien et l’ancienne guérilla des FARC ? 

Il en est assez des responsables politiques qui préfèrent fermer les yeux au nom des intérêts économiques et financiers qui finissent toujours par profiter aux élites. La politique étrangère de la France mérite mieux qu’une balance commerciale.

Dans la langue de Gabriel Garcia Marquez et de Violeta Parra, il y existe un refrain populaire : « el que calla, otorga ! » – le silence vaut consentement ! Il est vrai que condamner le gouvernement chilien de Sebastian Piñera pour violations des droits humains, sachant que la France est elle-même condamnée pour violences policières par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, tout cela n’aurait bien évidemment pas de sens. Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui, nous ne pouvons plus pratiquer une diplomatie humaniste et cohérente avec les droits humains, car nous n’en avons pas la légitimité. 

Il y a aussi la question vénézuélienne. Les choses doivent être claires, une solution diplomatique, seul recours possible, ne passe pas par la reconnaissance d’un président par intérim afin de pousser vers la sortie Nicolas Maduro. Quand la France a choisi de s’aligner avec les États-Unis de Donald Trump sur une question aussi délicate, elle méconnaît l’histoire du pays de Bolivar, elle ne mesure pas les risques, et elle ne veut pas voir les conséquences d’une telle aventure. Cette arrogance occidentale vis-à-vis du Sud de notre monde, bafouant les principes régissant la communauté internationale, n’aura été qu’une perte de temps impardonnable sur le dossier vénézuélien.  

Dans une période comme celle vécue par plusieurs peuples latino-américains, ce que l’on devrait attendre, c’est un soutien aux populations touchées, ce sont des condamnations diplomatiques fortes, la mise en place de mécanismes et d’alliances afin de trouver des sorties de crise crédibles. Beaucoup seront ceux qui, en Amérique latine, n’oublieront pas les silences à convenance. La non-condamnation des violations des droits humains dans certains pays latino-américains pendant le mandat de l’actuel président français restera un lourd et regrettable précédent pour la diplomatie française.

Autour d’Emmanuel Macron, reçus à l’Élysée le 4 septembre 2017, les leaders de l’extrême droite vénézuélienne Julio Borges (gauche) et Freddy Guevara (droite), impliqués dans plusieurs tentatives de putsch contre les présidents Hugo Chavez et Nicolas Maduro.

URL de cet article : Emmanuel Macron et l’Amérique Latine : le grand gâchis | Fondation Jean-Jaurès (jean-jaures.org)

« Biden doit mettre fin aux sanctions illégales contre le Venezuela » par Ken Livingstone

Photo : les nouveaux députés chavistes, redevenus majoritaires après les législatives du 6 décembre 2020, prennent possession de leurs sièges à l’Assemblée Nationale le 5 janvier 2021, et ramènent les portraits d’Hugo Chavez et de Simon Bolivar, héros de l’indépendance, que la majorité de droite et d’extrême droite avait interdits dans les espaces du Congrès.

Malgré les coûts énormes pour son économie et son peuple imposés par les sanctions états-uniennes illégales, le Venezuela a survécu au mandat du président Donald Trump et à son objectif déclaré de renverser le gouvernement élu de Nicolas Maduro.

Dès le début de son mandat, Trump a considérablement renforcé les sanctions imposées au Venezuela par l’administration Obama, ce qui signifie de plus en plus que le pays est soumis à un blocus états-unien du type de celui imposé à Cuba.

Ces sanctions ont été accompagnées de menaces constantes d’action militaire et d’une campagne de désinformation persistante destinée à retourner les pays et l’opinion internationale (non sans succès) contre le Venezuela pour soutenir l’objectif de « changement de régime » de Trump.

Le but était de reprendre le contrôle des grands gisements de pétrole du monde.

La stratégie états-unienne a donc été de ruiner l’économie vénézuélienne, visant à pousser la population vers une migration de masse ou un conflit civil interne et de créer ainsi les conditions d’une soi-disant « intervention humanitaire ».

Les effets ont été considérables, en particulier pour un pays qui dépend fortement des exportations pétrolières pour financer ses politiques publiques.

Les sanctions interfèrent avec la possibilité de commercer internationalement du Venezuela, limitant sévèrement l’accès aux médicaments mais aussi à la nourriture et aux autres biens essentiels.

Elles bloquent les transactions financières, tant les paiements que les envois de fonds, gèlent les actifs financiers du Venezuela détenus à l’extérieur et retardent les opérations d’achat et de vente, non seulement du gouvernement et des entreprises vénézuéliennes, mais aussi des partenaires commerciaux étrangers.

On sait depuis toujours que les sanctions ont des répercussions négatives sur les citoyens les plus pauvres et les plus vulnérables du Venezuela. Un rapport de 2019 du Centre for Economic and Policy Research, basé à Washington, a estimé que les sanctions avaient causé plus de 40 000 décès entre 2017 et 2018.

Au total, ces sanctions décrétées par les Etats-Unis ont coûté à l’économie vénézuélienne plus de 116 milliards de dollars (84,8 milliards de livres sterling).

Alors que la crise Covid-19 s’est étendue jusqu’en 2020 et 2021, les mesures coercitives unilatérales de Trump contre le Venezuela sont non seulement plus dommageables pour le peuple vénézuélien, mais aussi encore plus difficiles à justifier.

L’opposition à ces mesures est venue de diverses voix, comme l’appel du Pape à la fin des sanctions empêchant les pays de « fournir un soutien adéquat à leurs citoyens ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a également appelé à la levée des sanctions : « C’est le moment de la solidarité, pas de l’exclusion ».

Mais malgré ces appels de haut niveau, les États-Unis ont refusé de lever les sanctions pour permettre au Venezuela (et à d’autres pays sanctionnés de la même manière comme Cuba et le Nicaragua) de faire face à la pandémie plus efficacement.

Au lieu de cela, tout au long de l’année 2020, les États-Unis ont agi encore plus vigoureusement pour renforcer le blocus.

Depuis mai 2020, ils ont ciblé quatre compagnies maritimes pour les sanctions et ont envisagé des sanctions contre des dizaines de navires dans le but de mettre le Venezuela « hors limites ».

Comme s’en vantait Brian Hook, conseiller politique du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, lors d’une interview à la mi-juillet : « Je pense que la communauté maritime sait que si vous recevez un appel téléphonique pour transporter du carburant au Venezuela, c’est une offre que vous ne devriez pas accepter. Les cinq pétroliers qui ont fait route vers le Venezuela, tous leurs capitaines ont été sanctionnés et ils vont devoir faire face à un avenir très difficile économiquement parce qu’ils ont dit oui à cette offre de transport de carburant. Nous allons donc continuer à sanctionner toute activité sanctionnable ».

Un mois plus tard, les États-Unis ont saisi plus d’un million de barils d’essence expédiés au Venezuela par quatre pétroliers en provenance d’Iran, aggravant la pénurie de carburant domestique causée par le blocage des diluants et des pièces de rechange pour les raffineries de pétrole brut du pays.

Et en novembre, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams, a annoncé un durcissement des accords d’échange de pétrole contre du diesel, intensifiant le blocus contre le pays malgré l’avis d’un groupe d’ONGs avertissant dans une lettre à l’administration Trump que « cette décision aurait des conséquences dévastatrices pour la population ».

Le Venezuela, cependant, survit grâce au soutien et à la solidarité de pays amis.

Depuis mars 2020, la Chine a acheminé par voie aérienne plus de 250 tonnes de fournitures, de médicaments et de matériel sanitaire pour lutter contre la pandémie.

Cuba a envoyé 50 professionnels de la santé hautement qualifiés de la brigade Henry Reeve pour aider les médecins vénézuéliens à contenir l’urgence du Covid-19.

Sur le plan politique, le Venezuela est entré dans une phase nouvelle avec l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale.

N’étant plus membre de l’assemblée, s’auto-proclamant « président intérimaire » – en réalité un putschiste – Juan Guaido est désormais totalement dépourvu de toute légitimité juridique ou constitutionnelle.

Cela n’a pas empêché Trump de continuer à reconnaître Guaido, même si, à la différence politique états-unienne, l’Union européenne ne le désigne plus comme « président par intérim ».

M. Trump a tout récemment imposé de nouvelles sanctions au Venezuela alors qu’il est sur le point de quitter la Maison Blanche (la veille de son départ, il a étranglé un peu plus l’économie vénézuélienne en décrétant de nouvelles sanctions contre des hommes d’affaire, navires et compagnies maritimes « soupçonnées d’aider le Venezuela à vendre du pétrole », NdT) et son envoyé spécial pour le Venezuela, Elliott Abrams, a exhorté le nouveau président Joe Biden à maintenir la politique de sanctions et son objectif de « changement de régime ».

Le président Maduro a déclaré qu’il était prêt à participer à un « dialogue décent » basé sur « le respect et la coopération » et à conclure des « accords » avec la nouvelle administration états-unienne.

Mais compte tenu des antécédents et de la position de M. Biden à ce jour, un tel dialogue n’est pas sûr.

Aujourd’hui plus que jamais, il est vital d’intensifier nos expressions de solidarité internationale avec le Venezuela pour défendre sa souveraineté nationale et de faire comprendre que les sanctions sont non seulement illégales, mais aussi inacceptables et injustifiables.

Signez la pétition de la campagne de solidarité avec le Venezuela contre les sanctions illégales des États-Unis contre le Venezuela à bit.ly/stopvenezuelasanctions

Source : Biden must end the US’s illegal sanctions on Venezuela | Morning Star (morningstaronline.co.uk)

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

L’auteur : Ken Livingstone, ex-député du Parti Travailliste, ex-Maire de Londres (2000-2008). Du même auteur, on peut lire : Bellicisme tous azimuts : Trump veut reprendre le contrôle de l’Amérique Latine, par Ken Livingstone (RT) | Venezuela Infos (wordpress.com). On peut suivre Ken Livingstone sur www.twitter.com/Ken4London et www.facebook.com/KenLivingstoneOfficial

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/01/19/biden-doit-mettre-fin-aux-sanctions-illegales-contre-le-venezuela-par-ken-livingstone/

L’invasion du Capitole, boomerang de la politique étrangère états-unienne, par Margaret Kimberley (Black Agenda Report)

par Margaret Kimberley, BAR senior columnist 13 Janvier 2021

L’attaque du Capitole des États-Unis ne fait que s’ajouter aux nombreux traumatismes créés par l’élection de Donald Trump. L’image de ses partisans défonçant littéralement les portes et provoquant la fuite ou la mise à l’abri des parlementaires n’est pas celle que les états-uniens souhaitent voir de leur pays. De toutes les réactions créées par l’émeute, la défense de l’exception américaine est la plus dominante mais aussi la plus cruelle : parmi ces personnes et institutions qui déplorent aujourd’hui l’état de la république, nombreuses sont celles qui ont donné à Trump et à ses prédécesseurs le feu vert pour subvertir la démocratie dans le monde entier. Le péché impardonnable de Donald Trump est de tendre enfin le miroir qui rend moins fier de ce que sont les Etats-Unis.

D’habitude, l’image de « foules en colère » qui prennent d’assaut les sièges du pouvoir est réservée à ce qu’il a appelé des « pays de merde » et aux « républiques bananières ». Les États-Unis ont défait la volonté populaire dans des pays comme le Guatemala parce que la United Fruit Company ne voulait pas d’un gouvernement qui travaillerait au nom du peuple et non de ses intérêts, et depuis, l’expression « république bananière » a naturalisé le récit impérialiste.

Rappelons que Donald Trump a fait la guerre non seulement en soutenant des coups d’Etat mais aussi et surtout en imposant des sanctions économiques unilatérales contre le Venezuela, la Syrie, Cuba, l’Iran, le Nicaragua et bien d’autres pays. Leurs citoyens souffrent du manque de nourriture et de médicaments à la suite de cette agression. Les infrastructures physiques et économiques de ces nations sont gravement touchées. Après tout, le but recherché est la destruction.

Pourtant, des millions de personnes sont horrifiées à l’idée que ce qui se passe dans d’autres pays puisse maintenant leur arriver, chez eux. Revenons sur la conversation téléphonique, quelques jours avant l’émeute du Capitole, entre M. Trump et le secrétaire d’État géorgien, révélée par les médias. Trump exigeait que 11.780 voix supplémentaires soient ajoutées sur son nom afin de remporter cet État. Cet acte insolite n’avait rien d’une tactique nouvelle pour M. Trump. Il l’a testée au Venezuela. Un jour, son administration a proclamé Juan Guaido président de ce pays et s’est entendue avec 50 pays alliés pour faire reconnaître l’usurpateur non élu.

Non seulement les présidents états-uniens détruisent la démocratie dans le monde entier, mais ils sont soutenus dans ces efforts par les médias de masse et le duopole politique. Lorsque des manifestants violents, à l’instigation des États-Unis et sous la surveillance de l’État, comme le National Endowment for Democracy, ont saccagé le Conseil législatif de Hong Kong, ils ont reçu des mots d’éloge de ces mêmes membres du Congrès qui ont fui la rage des trumpistes qui ont envahi le Capitole. Même les membres du Congrès soi-disant progressistes ne sortent pas du rang lorsque les États-Unis décident qui doit gouverner des endroits éloignés. Lorsqu’on lui a demandé quelle était sa position sur la tentative de coup d’État contre le Venezuela, Alexandria Ocasio-Cortez a déclaré : « Je m’en remets à la direction du caucus pour savoir comment nous allons gérer cela. »

Une combinaison de racisme réactionnaire de droite et de cynisme politique a conduit à l’invasion armée du Capitole. L’indignation est justifiée, de même que toute punition qui peut être infligée à Trump avant qu’il ne quitte ses fonctions le 20 janvier 2021. Mais il convient de se livrer à un examen de conscience et dire la vérité sur les invasions, les interventions, les coups d’État et les sanctions qui sont bien plus destructrices que ce que les adeptes de Trump pourraient jamais être.

En mai 2017 lors d’une de ses insurrections relookée par les grands médias occidentaux en « révoltes populaires contre le dictateur Maduro », l’extrême droite vénézuélienne a brûlé vifs plusieurs citoyens afrodescendants (dans ce cas le jeune Orlando Figuera), soupçonnés d’être chavistes à cause de leur couleur de peau. (Note de Venezuelainfos)

Tous les anciens présidents encore en vie ont fait des déclarations condamnant Trump et ses hordes d’extrême droite, mais aucun d’entre eux ne saurait échapper au devoir d’inventaire.  George W. Bush ne devrait pas être autorisé à se prononcer sur le vandalisme des marcheurs du « Make America Great Again » sans être interrogé sur ses mensonges qui ont conduit à l’invasion de l’Irak et à la mort d’un million de personnes ou à l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide. Barack Obama a détruit la Libye et a tenté de détruire la Syrie, créant ainsi une crise humanitaire permanente. Bill Clinton a soutenu l’attaque de Boris Eltsine contre le parlement russe en 1993, qui a entraîné la mort de plus de 100 personnes. Il est intervenu lors des élections russes de 1996 pour maintenir Eltsine au pouvoir.

Les dirigeants étrangers qui agissent comme des marionnettes des États-Unis sont tout aussi mal placés pour jouer les gardiens de la morale démocratique. L’OTAN est un membre zélé du syndicat du crime américain et les Justin Trudeau, Boris Johnson ou Emmanuel Macron prêtent volontiers leur concours aux États-Unis pour déstabiliser d’autres nations. Petits rouages des entreprises criminelles que Washington met en place, pourquoi viendraient-ils pleurer les malheurs de la « démocratie » ?

Les États-Unis ne sont ni un « phare de la démocratie » ni le « nombril du monde ». Les euphémismes qui occultent les crimes doivent être écartés au profit de la vérité. L’examen de conscience doit commencer chez nous et l’acceptation des interventions états-uniennes dans le reste du monde, prendre fin.

Source: Freedom Rider: Capitol Riot Brings U.S. Foreign Policy Home | Black Agenda Report

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

L’auteure : Margaret Kimberley est une écrivaine basée à New York. Le Dr Cornel West l’a qualifiée de « l’une des rares grandes diseuses de vérité qui, avec Glen Ford, Adolph Reed, Jr. et Bruce Dixon, a préservé son intégrité pendant les années Obama ». Elle est rédactrice et chroniqueuse principale pour le Black Agenda Report depuis sa création en 2006. Son travail a été publié dans le Dallas Morning News, Consortium News, American Herald Tribune et CounterPunch. Elle a contribué à l’anthologie « In Defense of Julian Assange ». Elle est diplômée du Williams College. Son œuvre majeure, PREJUDENTIAL est une exploration concise et autorisée de la relation de l’Amérique avec la race et les noirs américains à travers la lentille des présidents qui ont été élus pour représenter l’ensemble de son peuple. Tout au long de l’histoire des États-Unis, de nombreux présidents ont laissé en héritage leur rôle de négriers, de fanatiques et d’incitateurs à la violence raciale, mais ceux qui étaient généralement considérés comme plus sensibles à la situation et aux intérêts des Noirs américains – comme Lincoln, FDR et Clinton – étaient-ils vraiment meilleurs ? Au cours de 45 chapitres – un pour chaque président – Margaret Kimberley éclaire et informe les lecteurs sur les attitudes et les actions du plus haut représentant élu du pays. Pour Counterpunch, PREJUDENTIAL « trouve sa place à côté des œuvres de Howard Zinn et de Roxanne Dunbar-Ortiz. Il devrait être obligatoire de le lire dans chaque école ».

La rubrique Freedom Rider de Margaret Kimberley paraît chaque semaine dans le Black Agenda Report, et est largement reprise ailleurs. Elle tient également un blog fréquemment mis à jour sur patreon.com/margaretkimberley et elle publie régulièrement sur Twitter @freedomrideblog. Mme Kimberley peut être jointe par courrier électronique à l’adresse Margaret.Kimberley(at)BlackAgendaReport.com.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/01/15/linvasion-du-capitole-boomerang-de-la-politique-etrangere-etats-unienne-par-margaret-kimberley-black-agenda-report/