« S’éloigner de l’Occident, se concentrer sur l’Asie » : l’Amérique Latine et la nouvelle économie mondiale.

Interview par Kawsachun News de l’économiste équatorien Juan Fernando Terán* à propos des sanctions occidentales et de la manière dont l’Amérique latine peut protéger son économie.

Kawsachun News L’industrie bananière équatorienne s’est effondrée quand lui a été fermé le marché russe. Qui paie le prix des sanctions occidentales contre la Russie ?

Juan F. Terán : Les pays qui exportent des denrées alimentaires et des produits agricoles sont aujourd’hui dans une position très difficile. L’Équateur, la Colombie, le Brésil et l’Argentine sont parmi les plus touchés. Ces pays importent presque toutes les fournitures dont ils ont besoin pour la production agricole : engrais, produits agrochimiques et même semences dans certains cas. Les sanctions ont interrompu ces approvisionnements. Nous aurions pu éviter cette situation.

L’Amérique Latine a connu un âge d’or de développement et d’intégration à l’époque de dirigeants tels que Hugo Chavez, Rafael Correa, Evo Morales, Ignacio Lula da Silva et d’autres. Au cours de ces années, de nombreux travaux ont été consacrés à la question de savoir comment la région pouvait commencer à produire ses propres approvisionnements agricoles. Il s’agissait même d’un projet phare de l’UNASUR. L’objectif était de garantir la sécurité alimentaire face aux fluctuations des marchés internationaux. Il y avait également la proposition d’une banque à l’échelle de l’Amérique latine et d’une monnaie commune. Cela aurait pu aider l’économie de la région à survivre à la crise monétaire actuelle.

Or que se passe-t-il aujourd’hui ? Prenons le cas de l’Équateur : nous avons deux sources principales de revenus dans les exportations. La première est le pétrole, et logiquement, les conséquences de la guerre en Ukraine auraient dû être, à travers l’augmentation de son prix, une croissance des revenus pour l’Équateur. Cependant, le président conservateur Guillermo Lasso a promis au FMI de le payer au moyen des futures ventes de pétrole. Donc même si le prix du pétrole passe à 300 dollars, cela ne profitera aux citoyens ordinaires.

Et qu’en est-il de l’agriculture ?

Le pays gagne aussi beaucoup en exportant des produits comme les bananes, le café, les crevettes et les fleurs. Le principal marché pour la production de fleurs équatoriennes est la Russie. Aujourd’hui, ces producteurs sont confrontés à une crise dramatique car les sanctions les ont coupés de leurs clients. C’est une industrie énorme pour l’Équateur, dans les provinces de Pichincha et Cotopaxi, il y a des régions entières consacrées presque entièrement à la production de fleurs. Ils ont même des aéroports là-bas car ces fleurs sont exportées dans le monde entier par avion. Une petite partie de leur production va aux États-Unis et en Europe, mais la grande majorité va en Russie. La Russie est l’un des rares pays où les gens achètent des fleurs toute l’année et pas seulement pour certaines dates comme la Saint-Valentin. Hé bien, qu’en est-il de nos exportations de crevettes, de café ou de cacao ? Elles nécessitent des engrais et d’autres fournitures agricoles importés. Il y a maintenant une pénurie mondiale, la Russie était le premier producteur mondial et la voilà sanctionnée.

Quelle a été la réponse du gouvernement ?

Les pays peuvent survivre à cette tempête s’ils ont un parapluie d’État, mais l’Équateur est soumis à un gouvernement néolibéral. Notre économie n’a plus de parapluie maintenant. Quelle a été la réponse néolibérale à cette crise actuelle ? Les producteurs de fleurs ont été les premiers à demander de l’aide. Ils ont demandé des prêts afin de pouvoir subvenir temporairement à leurs besoins. Le président Lasso a répondu en disant que prendre ce genre de mesures suppose d’assumer un risque et que l’État n’a aucune obligation de renflouer qui que ce soit. Cette idée de ne renflouer personne est une excellente idée…. si elle est appliquée uniformément. Nous ne devrions pas avoir à renflouer les banquiers quand ils ont une « crise », mais bien sûr, le banquier Guillermo Lasso n’abandonnera jamais « son » peuple… Il abandonne seulement les petits agriculteurs. L’élection de gouvernements progressistes en Amérique latine n’est pas seulement une question d’idéologie ; il s’agit aussi pour les citoyens de défendre leur économie et leur niveau de vie. Si un banquier gagne une élection, ne soyons pas surpris du résultat.

De nombreux pays considèrent désormais Washington comme un allié peu fiable et cherchent à commercer dans d’autres monnaies. Pensez-vous que le dollar états-unien va perdre son hégémonie internationale ? Et qu’est-ce que cela signifierait pour l’Amérique latine ?

Lorsque les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) commenceront à commercer entièrement en Yuan, ou dans toute autre monnaie autre que le dollar, le monde changera vraiment. Je pense que nous pouvons nous attendre à voir cette transformation dans les cinq prochaines années. Cela représentera la défaite définitive de l’empire états-unien. L’histoire nous montre que la puissance militaire d’un pays est liée à la puissance de sa monnaie.

Lorsque la Grande-Bretagne régnait sur le monde, la livre sterling dominait le commerce international. Même la dette extérieure de l’Équateur était calculée en livres sterling. Les réserves de notre banque centrale s’exprimaient en livres sterling. Cette situation a changé après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, car les États-Unis sont devenus la nouvelle puissance dominante et ont créé les institutions financières et monétaires du monde à leurs propres fins, puis ont supprimé l’étalon-or du dollar. La guerre actuelle en Ukraine est également une question de monnaie. Les États-Unis participent à ce conflit contre la Russie parce qu’ils ont besoin de défendre à tout prix la puissance du dollar-papier alors que la Russie ou l’Inde amarrent leurs monnaies à la valeur de matières premières.

Que peut faire la région ?

L’Amérique latine doit lentement se désolidariser du dollar états-unien. Nous devons diversifier nos réserves monétaires internationales. Rafael Correa avait commencé à le faire en Équateur en investissant dans des réserves d’or, ce qui avait été critiqué par la droite. Cependant, cette diversification ne peut se faire que si nous apportons les changements nécessaires à nos relations commerciales. Si nous devons commencer à constituer des réserves en yuan chinois, nous devons approfondir nos relations commerciales avec la Chine pour y parvenir.

Carte 1 : bien qu’ils totalisent 14% de la population mondiale, les pays qui sanctionnent la Russie incarnent encore la « communauté internationale » pour la plupart des journalistes occidentaux.
Carte 2 : la vraie taille de l’Amérique Latine. Merci à Ollie Vargas.

Je pense que nous devrions revenir à la proposition de l’UNASUR de créer une monnaie commune latino-américaine avec sa propre banque centrale. Nous avons également besoin d’un système de paiement latino-américain. Regardez comment les États-Unis utilisent SWIFT pour exclure de l’économie mondiale tout pays qui ne leur plaît pas. La Russie et la Chine créent leurs propres systèmes de paiement. Il y a des années que le Venezuela est sorti du SWIFT. Nous devrions également avoir notre propre système.

Il ne sert à rien de se plaindre de l’agression états-unienne. C’est dans leur nature d’envahir et d’attaquer des pays dans le monde entier. Le vrai problème est que l’Amérique latine est exposée et incapable de faire face à ce type de guerre économique. En réponse, nous devons nous tourner vers l’Asie de manière sérieuse. Pourquoi le gouvernement équatorien n’assure-t-il pas de nouveaux marchés, par exemple pour nos crevettes et nos bananes, en Chine ? Il y a une énorme demande là-bas. La Bolivie et l’Équateur possèdent tous deux de vastes richesses minérales. Nous devons contourner l’Occident et nous concentrer sur l’Asie en matière de commerce et d’investissement dans les produits de base.

Les médias états-uniens ont attaqué des pays comme le Mexique, le Brésil ou l’Argentine pour ne pas avoir imposé de sanctions économiques à la Russie. Pensez-vous que cette demande des États-Unis va, à terme, briser leur sphère d’influence ici et dans le monde non-occidental ?

Ces sanctions provoquent une crise d’inflation pour les gens partout dans le monde. Les Européens paient déjà 8-9 euros pour un gallon d’essence. Aux États-Unis, il est à 4,75 dollars, voire 6 dollars dans des endroits comme la Californie et Miami. C’est choquant. Les sanctions ont un effet boomerang sur les États-Unis et leurs citoyens. Bien que tout le monde ne souffre pas : les fabricants d’armes ne souffrent pas. Des gens comme le fils de Biden, qui a des relations douteuses dans le secteur du gaz, ne vont pas souffrir. Des rapports d’analyse financière ont été publiés cette semaine, indiquant que si le prix de l’essence reste à 4,75 dollars en moyenne nationale aux États-Unis, l’économie entrera en récession à la fin de l’année. Rien de ce qu’ils font n’est lié aux intérêts des citoyens ordinaires.

  • * Économiste, coordinateur de recherches à l’Instituto de la Ciudad del Distrito de Quito (Équateur), Juan Fernando Terán enseigne actuellement les « Politiques économiques appliquées en Amérique latine » et les « Économie et politique des ressources naturelles et de l’énergie » à l’Université Andine Simón Bolívar. Parmi ses publications : « Las quimeras y sus caminos : la gobernanza del agua y sus dispositivos para la producción de pobreza rural en los Andes Ecuatorianos » (Buenos Aires : CLACSO), « La sequedad del ajuste : implicaciones de la gobernanza global del agua para la seguridad humana en Ecuador » (Quito : CEN) et « La ecología del agua : una introducción a sus temas y problemas en Ecuador » (Quito : Camaren).

Source : https://kawsachunnews.com/interview-latin-america-in-the-new-global-economy

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2022/04/04/seloigner-de-loccident-se-concentrer-sur-lasie-lamerique-latine-et-la-nouvelle-economie-mondiale/

Le Venezuela multipolaire renoue avec la croissance

Photo : le président Maduro est accueilli par le Ministre des Affaires Étrangères du Mexique Marcelo Ebrard lors du Sommet de la CELAC (Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes), en septembre 2021.

Fidèle à la stratégie multipolaire du Sommet de Bandoeng souvent évoquée par Hugo Chávez et à l’« équilibre du monde » rêvé par Simon Bolivar, le Venezuela a renforcé ses alliances avec la zone asiatique, la Russie, la Chine, l’Iran, la Guinée Équatoriale, ce qui lui a permis d’augmenter sa production et son exportation de pétrole en 2021. Le gouvernement Maduro commence à surmonter le blocus inhumain organisé par l’Europe et les États-Unis et a décidé de consacrer 77% du budget 2022 aux investissements sociaux : éducation, santé, construction de logements, production nationale, alimentation, allocations, etc… (on trouvera plus de détails  à ce sujet dans http://observatorio.gob.ve). C’est aussi une bonne nouvelle pour les pays des Caraïbes bénéficiaires des programmes de coopération mis en place par le Venezuela, notamment via l’ALBA et PetroCaribe.

Selon le dernier rapport de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), la nation des Caraïbes a pompé 625.000 Barils par jour (BPJ) en novembre, soit 15.000 de plus qu’en octobre. La compagnie pétrolière publique PDVSA, dont le président Chávez avait repris le contrôle pour financer les programmes sociaux de la révolution, a enregistré un chiffre beaucoup plus élevé de 824.000 BPJ, soit une augmentation de 68.000 par rapport au mois précédent.

La production n’avait pas atteint cette barre des 600.000 Barils par Jour depuis le début de 2020, Washington et l’UE ayant renforcé les sanctions visant à fermer les marchés internationaux à l’industrie pétrolière vénézuélienne. À partir de 2017, l’ancienne administration Trump a intensifié les efforts de changement de régime en imposant des sanctions financières, un véritable embargo pétrolier et une foule d’autres mesures coercitives illégales. Les revenus extérieurs de l’État se sont réduits de 99%, provoquant une forte détérioration de l’économie et des services publics, d’où de grandes souffrances sociales et un exode de population dénoncés par les rapporteurs spéciaux de l’ONU tels qu’Alfred de Zayas et Alena Douhan (1).

L’actuel gouvernement de Joe Biden n’a rien fait pour alléger ou lever les sanctions contre la principale industrie publique du Venezuela, malgré les appels de plus en plus nombreux de l’ONU, de ces experts indépendants en matière de droits humains et même de membres du Congrès états-unien, en faveur de la levée de ces mesures.

L’administration du président Nicolas Maduro a cherché à relancer la production de brut en trouvant d’autres sources de capitaux, de marchés et de matériaux indispensables, notamment la Russie, la Chine et l’Iran.

Un approvisionnement régulier en condensat iranien a été la clé de la récente augmentation de la production de pétrole. Selon Bloomberg, l’Iran a envoyé au moins trois cargaisons contenant 4,6 millions de barils de ce produit de mélange depuis juillet. Le condensat est mélangé au brut extra-lourd produit dans la ceinture pétrolière de l’Orénoque pour être transporté, traité et exporté. Une quatrième cargaison aurait été déchargée au Venezuela cette semaine.

L’aide iranienne s’inscrit dans le cadre de la coopération entre les deux pays pour contourner les sanctions états-uniennes, un accord d’échange de condensat contre du brut ayant été conclu en septembre. En outre, le 6 décembre, le président Maduro a eu un entretien téléphonique avec son homologue iranien Ebrahim Raisi afin de renforcer les liens pour l’année prochaine. Au cours de la conversation, M. Raisi a réaffirmé son engagement à élargir l’alliance Iran-Venezuela, appelant à des « mesures plus importantes » pour accélérer les projets énergétiques.

« La coopération pétrolière entre les deux pays doit prendre une nouvelle forme, et dans le domaine du raffinage et des ressources pétrochimiques, nous devons prendre des mesures plus importantes », a déclaré le président iranien. Raisi a de même condamné le régime de sanctions imposé par le « système arrogant des États-Unis au peuple et au gouvernement vénézuéliens. » Téhéran fait face aux mesures coercitives unilatérales de Washington depuis 1979.

Les exportations du Venezuela ont également augmenté au cours des derniers mois. La moyenne des exportations de PDVSA a atteint 500.000 Barils par Jour sur l’année, la Chine étant le principal facilitateur et la destination finale du commerce du brut vénézuélien. Selon des documents consultés par Reuters, les revenus pétroliers croissants financeront 61 % du budget du pays pour 2022.

Le 14 décembre, l’Assemblée Nationale du Venezuela, à majorité chaviste, a approuvé le budget 2022 pour un montant total de 62 milliards de bolívars (environ 13 milliards de dollars américains), soit quelque 60 % de plus que l’équivalent de 2021. Lors de la présentation du plan annuel, la vice-présidente Delcy Rodríguez a expliqué que 77 % des ressources seront allouées aux programmes sociaux.

La vice-présidente a par ailleurs présenté un projet de loi visant à réformer partiellement les taxes sur les grandes transactions afin de privilégier l’utilisation de la monnaie locale et de continuer à stimuler la production nationale. La législation doit encore être discutée et approuvée par le parlement. « Le budget 2022 est encadré par des politiques qui nous ont permis de défendre notre monnaie et d’avancer dans la lutte contre l’hyperinflation », a déclaré Rodríguez.

Photo: Signature de l’accord de confidentialité entre le ministère des Mines et des Hydrocarbures de la République de Guinée équatoriale et le ministère du Pétrole de la République bolivarienne du Venezuela, le 22 décembre 2021.

La stratégie du gouvernement pour le rebond économique de l’année prochaine s’appuie sur les efforts en cours pour ralentir la spirale inflationniste, en stabilisant le taux de change entre le bolívar numérique et le dollar américain. Ces mesures ont vu le pays connaître trois mois consécutifs d’inflation à un chiffre pour la première fois depuis 2016.

La Banque centrale du Venezuela (BCV) a fait état d’une inflation de 8,4 % en novembre, après les 6,8 et 7,1 % enregistrés en octobre et septembre, respectivement. La décélération de l’inflation n’est pas le seul signe de stabilité économique. L’Association vénézuélienne des exportateurs (AVEX) a enregistré une augmentation de 30 % des ventes à l’étranger cette année par rapport à 2020. La majorité des exportations correspond aux produits de la mer, au cacao, au chocolat, au bois, aux fruits tropicaux et au secteur automobile.

De même, les agences internationales ont pris connaissance de la reprise économique du Venezuela après une récession de sept ans. En octobre, le Crédit Suisse a prévu que le produit intérieur brut (PIB) de la nation sud-américaine augmenterait de 5,5 % en 2021, des prévisions confirmées par l’agence EMFI (Londres). Bien que ces prévisions constituent un changement de tendance important par rapport à ces dernières années, il faut garder en tête que les sanctions financières et pétrolières états-unienne et européenne pèsent toujours sur le pays. Mais le président Maduro considère que la relative stabilisation économique et politique de 2021 ouvrira la voie à des perspectives favorables l’année prochaine. « Aucune de toutes ces agressions ne pourra empêcher le peuple vénézuélien d’atteindre son objectif de bien-être social », a-t-il tweeté vendredi dernier.

Signe des temps : chaque mois des centaines de vénézuélien(ne)s rentrent au pays, fuyant l’exploitation et la xénophobie dans des pays que les médias privés leur avait présentés comme « prospères et accueillants » (Colombie, Equateur, Pérou, Chili, etc..). Le gouvernement bolivarien met à leur disposition des vols gratuits de la compagnie publique CONVIASA.

Texte : Andreína Chávez Alava / édité par Ricardo Vaz depuis Caracas.

Source : https://venezuelanalysis.com/news/15414

Note (1): Deux importants experts du Droit international dénoncent les vraies causes des migrations et des morts au Venezuela : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/02/27/deux-importants-experts-du-droit-international-denoncent-les-vraies-causes-des-migrations-et-des-morts-au-venezuela/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/12/21/le-venezuela-multipolaire-renoue-avec-la-croissance/

Le Venezuela n’est pas en faillite, par Luis Britto García

Après avoir racheté les parts de Total et Equinor, le gouvernement bolivarien du Venezuela place l’entreprise Petrocedeno à 100% sous contrôle public et renforce sa politique de nationalisation pétrolière au service du développement social et économique. Les exportations pétrolières remontent lentement, notamment en direction de la zone asiatique.

« Blinken, puis Harris, maintenant Sullivan… les premiers voyages états-uniens de haut niveau en 2021 ont eu lieu en Amérique latine. L’empire se concentre sur le continent, devenu front de bataille existentiel entre son « America is Back » et le « One Belt, One Road » de la Chine » explique William Serafino, historien et politologue vénézuélien qui ajoute : « Après la Guerre d’Indépendance et la construction d’une République souveraine au XIXe siècle, la résistance socialement organisée contre le blocus et l’agression des USA de ces dernières années est l’œuvre collective et historique la plus importante du peuple vénézuélien. »

Occasion d’écouter aussi l’écrivain et historien vénézuélien Britto Garcia.

En 1919, le jeune José Rafael Pocaterra, emprisonné dans un cachot de la Rotonde pour s’être opposé à la dictature de Juan Vicente Gómez, écrivit deux ouvrages, avec des moignons de crayon, qui sont fondamentaux pour comprendre le Venezuela : Mémoires d’un Vénézuélien en décadence, et le roman prémonitoire La maison de la famille Abila. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille possédant de vastes domaines. Les héritiers sont des ahuris, des dépensiers ou des fous, qui laissent la gestion du domaine à un gendre, qui le charge de dettes fictives et d’importations fantômes. Un incendie se déclare dans une hacienda, et le gendre convoque un conseil de famille : « Nous sommes ruinés ! Nous devons tout liquider ! Nous devons nous rendre sans condition aux créanciers ! En secret ! Et sans y penser ! Bien sûr, nous ferons un grand spectacle pour le dissimuler« . Seul le plus jeune frère, Juan de Abila, a pu penser à objecter que l’incendie de quelques palissades de canne ne pouvait pas anéantir une fortune comme celle de la famille. Les proches l’insultent ; le gendre profiteur, l’administrateur, transfère tous les biens à sa succession individuelle pour une bouchée de pain, et c’est à Juancito de lutter contre la ruine dans un lointain troupeau ravagé par la peste équine, dans les marécages duquel jaillit… une mare d’huile noire.

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87% de la consommation énergétique mondiale est couverte par les hydrocarbures. Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole, avec 302,81 milliards de barils, soit 25% du total. Il est suivi en ordre décroissant par l’Arabie saoudite, le Canada, l’Iran, l’Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Russie, la Libye, le Nigeria, le Kazakhstan, et les États-Unis à une mélancolique 12e place, avec 36,52 milliards de barils, soit un peu plus d’un dixième des réserves du Venezuela, ce qui est insuffisant pour le plus grand consommateur d’énergie fossile au monde. L’OPEP estimait qu’en 2014, il y aurait 1,65 trillion de barils de pétrole sur la planète : si la production de 83 millions de barils par jour était maintenue, il resterait à peine assez de pétrole pour 54 ans. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_proven_oil_reserves). Les hydrocarbures états-uniens seront épuisés dans une ou deux décennies ; déjà, les coûts de production de la fracturation atteignent plus de quatre-vingts dollars par baril ; pour rester une puissance industrielle, les USA dépendent de notre sous-sol. Celui qui contrôle nos réserves dominera le monde. C’est à nous de décider si ce sera le Venezuela ou le capital transnational auquel nous les cédons.

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Jusqu’à présent, les États-Unis ont obtenu les hydrocarbures vitaux en forçant les producteurs à les vendre en échange d’un papier vert sans support : le fameux pétrodollar. La Chine, première puissance mondiale, se prépare à le remplacer par une monnaie adossée à l’or. À cet égard, nous citons à nouveau Víctor Cano, ministre du Développement minier écologique en 2018, qui a déclaré :  » Dans la seule zone 4 de l’Arc minier de l’Orénoque, nous estimons qu’il y a 8 000 tonnes d’or présumé. Nous avons certifié 2 300 tonnes sur ces 8 000 tonnes. Cela ferait de nous la deuxième plus grande réserve d’or au monde, mais nous pourrions être les premiers ». (https://www.conelmazodando.com.ve/venezuela-podria-tener-la-reserva-de-oro-mas-grande-del-planeta)
C’est à nous de décider si la future monnaie mondiale dépend de notre or, ou si nous le cédons en échange de l’espoir de recevoir un quelconque papier vert sans garantie.

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Abrégeons le catalogue de nos ressources, en commençant par l’énergie hydroélectrique en Guyane, puis l’eau douce, le fer, l’aluminium, le coltan, le cuivre, le thorium, la biodiversité et la faune marine. Passons au plus grand de tous, la splendide main-d’œuvre de 14.167.281 personnes, soit presque la moitié de la population, dont 6.274.817 sont des travailleurs intellectuels et 2.267.003, soit presque un cinquième, se qualifient comme professionnels, techniciens et travailleurs assimilés. Ils sont la source du travail, la source de toute valeur et richesse. C’est à nous d’utiliser leurs pouvoirs créateurs pour développer le pays, ou de les enterrer dans des zones spéciales où ne s’appliqueront ni les lois ni les tribunaux vénézuéliens, ni les droits du travail ni les droits syndicaux, exploités par des transnationales qui s’empareront de nos ressources sans payer d’impôts.

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Le Venezuela n’est pas en faillite : ce sont les puissances qui sont en faillite, elles qui ne peuvent pas survivre sans nos ressources, ni nous les enlever par la force brute, car cela déclencherait un conflit mondial aux conséquences incalculables. Si les bombes ne pleuvent pas sur notre pays, c’est en raison d’un équilibre tendu des menaces entre blocs géopolitiques où se joue l’hégémonie mondiale. Avec une maladresse brutale, le bloc dirigé par les États-Unis, au lieu de parvenir à un accord raisonnable, judicieux et équitable avec le Venezuela, a choisi une politique de confrontation qui ne peut que creuser les distances et les conflits sans solution possible par la force directe, obligeant notre pays à renforcer ses liens avec des blocs concurrents.

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Ainsi, les États-Unis ont fait bouger leurs alliances internationales en vain, n’obtenant ni l’isolement diplomatique du Venezuela, ni son expulsion des Nations unies, ni une action décisive ou une condamnation de la communauté internationale à son encontre. Ils ont parrainé un gouvernement fantoche, sans autre résultat qu’une succession de larcins et de détournements de fonds qui ont discrédité à la fois les commanditaires et les parrainés. Ils ont poussé leurs alliés militaires à soutenir des attaques ratées, des infiltrations désordonnées, des violences, des invasions farfelues – des politiques qui n’ont pas réussi, et qui ne semblent pas devoir s’intensifier, étant donné la situation interne délicate de la Colombie, dont le gouvernement lutte pour sa propre survie.

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Le blocus et les embargos sur les avoirs vénézuéliens à l’étranger ne sont rien d’autre qu’un aveu flagrant de l’échec de toutes les politiques d’agression directe et, comme elles, obligent le Venezuela à se rapprocher toujours plus du groupe dirigé par la Chine, à accroître ses relations commerciales et sa dette publique avec elle. La richesse du Venezuela est suffisante et excédentaire pour plus que rembourser toute dette sans nous livrer à qui que ce soit. La seule certitude est que plus les mesures coercitives du pouvoir du Nord dureront, plus nous nous en éloignerons. Dans cette confrontation, il nous appartient d’être fidèles à un équilibre que nous avons tous le pouvoir de faire pencher en notre faveur.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/venezuela-no-esta-en-quiebra-luis-britto-garcia/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/09/le-venezuela-nest-pas-en-faillite-par-luis-britto-garcia/

Organisations communales et gouvernement bolivarien, front commun contre l’épidémie

Dans la Commune Altos de Lidice des femmes et hommes médecins visitent les habitant(e)s pour leur expliquer comment éviter la contagion. Moments d’unité, de solidarité, et de grande responsabilité. Le Venezuela vient de déposer auprès de la Cour Pénale Internationale une plainte pour Crimes contre l’Humanité contre les Etats-Unis dont les sanctions n’ont cessé de se multiplier depuis des années, empêchant notamment le pays d’acheter des médicaments, avec pour conséquence la mort de milliers de patient(e)s. Pour enrayer la propagation du Coronavirus, Cuba et la Chine pallient le blocus en envoyant médicaments et matériel. Dix mille traitements d’interféron,  ce médicament cubain industrialisé par Pékin et qui a sauvé de nombreux patients chinois en renforçant leurs défenses (1) sont déjà sur place.

Au 15 mars, sur l’ensemble du territoire, quatorze cas d’infection ont été détectés, venus notamment d’Europe, des Etats-Unis et de Colombie, d’où la suspension des vols en provenance de ces pays. Les ministres et les militaires ont été mis sous pression par le président Maduro: « pas question de dormir plus de trois ou quatre heures par jour pendant les semaines à venir« . Le chef de l’État a pris la tête des opérations, signant le décret d’alerte nationale, organisant les arrêts de travail et les mises en quarantaine région par région. Les établissements scolaires ont été fermés. 4.800 lits ont été disposés dans 572 CDI (Centres de Diagnostic Intégral du réseau de santé publique) pour renforcer leurs capacités d’accueil. Les travailleuses de 172 entreprises communales, gérées avec l’appui de l’Etat par une organisation populaire essentiellement féminine, se sont mises à fabriquer des masques protecteurs pour distribution gratuite alors que les cliniques et chaînes privées de pharmacie ont immédiatement augmenté leurs prix.

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Jesus Garcia un jeune porte-parole de la Commune socialiste Altos de Lidice raconte: « nous avons visité plus de 230 MAISONS, fait le test pour plus de 450 PERSONNES. Ruelles, courées, immeubles, pas de lieu que nous n’ayons visité. Nous avons instruit, informé, vérifié, ri, pris des notes, marché, et marché encore. Toute une journée de lutte. Une journée entière de volonté commune pour prendre soin de nos concitoyens. Et transmettre le calme, la patience et la conscience.« 

T.D., Caracas, 15 mars 2020

(1): Cette molécule développée par la biotechnologie cubaine est utilisée dans le cas d’infections virales provoquées notamment par le VIH, le papillomavirus ou encore dans certains cas de cancers et d’hépatites.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-5aq

La Russie et la Chine mettent un frein à l’option militaire de Trump au Venezuela

Face à l’intention des Etats-Unis d’intervenir au Venezuela et de contrôler le pays, se place le facteur des alliances avec la Chine et la Russie, puissances qui remettent en cause l’hégémonie étasunienne au niveau mondial.

Une investigation de Mision Verdad,  23 Octobre  2017.

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La Chine: une ceinture, une route

La Chine s’est  proposé de réactiver la Route de la Soie, cette ancienne route commerciale  qui s’étendit autrefois de la Chine à l’Occident sous l’Empire romain et par laquelle la soie orientale arriva pour la première fois en Europe. C’est par ce double couloir de commerce et de distribution de ressources énergétiques et de matières premières,  que le président Xi Jinping cherche à rouvrir les canaux entre la Chine et l’Asie Centrale, le Moyen Orient et l’Europe.

L’Initiative «  la Ceinture et la Route » (ICR) a été lancée en 2013. Elle englobera des routes terrestres (la Ceinture) et des routes maritimes (la Route) afin que le pays devienne moins dépendant du marché étasunien pour ses exportations et améliore ses relations commerciales dans la région, principalement à travers des investissements en infrastructure qui visent à renforcer le leadership économique chinois. La Chine prêtera à hauteur de 8000 milliards de dollars pour de l’infrastructure dans 68 pays, pour une population totale de 4400 millions d’habitants (65% de la population mondiale  et un tiers du PIB mondial) et une part de 30% de l’économie mondiale. Cela représente 7 fois plus que le Plan Marshall des Etats-Unis pour reconstruire  l’Europe après la Deuxième Guerre Mondiale.

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La Ceinture couvre  six couloirs  économiques: le Nouveau Pont Continental Euro-asiatique, le couloir Chine-Mongolie-Russie, le couloir Chine-Asie Centrale-Asie Occidentale, le couloir Chine-Péninsule Indochinoise, le couloir Chine-Pakistan  et le couloir Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar. Elle s’étendra également vers l’Amérique Latine par voie maritime.

Au-delà d’évacuer le surplus de produits, avec l’ICR, le gouvernement chinois envisage de déplacer les excédents manufacturiers moyennant la délocalisation industrielle vers les pays périphériques, le long des divers couloirs de l’Initiative. Par la fabrication de produits industriels de haut de gamme il parviendrait à commercialiser des trains à grande vitesse, des générateurs d’énergie et des équipements de télécommunications.

La Russie en réajustement géostratégique

De son côté, la Russie maintient une politique extérieure qui a été considérée comme « intelligente » par différents  analystes  et lui a permis de contourner une crise provoquée par le ralentissement économique, les sanctions de l’Occident et la chute des prix du pétrole.  Sa stratégie  est dirigée par la création de l’Union Economique Euro-asiatique qui réunit le Belarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan  et l’Arménie, dans l’intention de constituer un marché commun unique avec la libre circulation des marchandises, des services, du capital et des personnes, et, en outre, un espace doté d’une politique migratoire, éducative,  englobant même l’information.

Après l’adhésion de la Crimée, la guerre à l’est de l’Ukraine et son engagement en Syrie,  le Kremlin poursuit de multiples objectifs de stabilité interne et de présence internationale qui sont passés par la stabilisation de sa relation avec la Turquie, ce qui lui a aussi permis de consolider son influence dans la victoire contre les groupes terroristes en Syrie.

La Russie a réorienté ses alliances géopolitiques après que les Etats-Unis ont conçu et soutenu le renversement du gouvernement ukrainien de Viktor Ianoukovitch et installé un régime d’extrême droite dans le but de resserrer l’encerclement.  Washington et ses agences ont pour cela dépensé 5 milliards de dollars dans le financement de « programmes de diffusion de valeurs et de formation politique » en Ukraine, ont fomenté une révolution orange avec la prise de la place de Maïdan et tout le processus de tensions bien connu qui déboucha sur les sanctions imposées à Moscou, aux côtés de l’Europe.

Un des objectifs de sa conception de la politique extérieure énoncée en Novembre  2016, est de renforcer la position de la Russie comme un pays prédominant dans le monde moderne et de retrouver son influence dans la stabilité et la sécurité du système démocratique mondial. Voici, parmi d’autres,  quelques directions spécifiques:

  • Lutter  contre la pression politique et économique des Etats-Unis et de leurs alliés, qui conduisent à la déstabilisation mondiale.
  • Poursuivre le travail conjoint avec l’Union Européenne (UE) qui reste pour la Russie un important partenaire politique et économique.
  • Maintenir l’objectif de stabilisation de la situation au Moyen  Orient et en Afrique du
  • Nord.
  • S’opposer aux tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures de la Russie afin d’obtenir des changements de pouvoir  non constitutionnels.
  • Utiliser les nouvelles technologies pour renforcer la position des moyens de communication de la Russie à l’extérieur et accroître la sécurité informatique du pays.
  • Considérer le projet de construction d’un système de défense antiaérien des Etats-Unis comme une menace pour la sécurité nationale, ce qui donne à la Russie le droit de prendre les mesures de réponse nécessaires.
  • Considérer comme intolérable toute tentative de pression des Etats-Unis et réagir avec force à toute action hostile.
  • Construire des relations mutuellement bénéfiques avec les Etats-Unis.
  • Renforcer les liens de la Russie avec l’Amérique Latine et la Caraïbe.

A cause des sanctions occidentales, qui ont réduit l’accès des compagnies russes à la technologie, aux investissements et au crédit de l’Occident, ainsi qu’en raison de  la chute du prix du pétrole, s’est  développé un processus d’intégration économique et d’alignement politique qui servirait de contrepoids à l’UE , avec un espace économique qui ira de Saint-Pétersbourg à Shanghai.

Le bloc Chine-Russie gagne des  espaces par une vision multipolaire

Les deux nations partagent de plus en plus les éléments d’une vision du monde pluri-polaire,  elles privilégient l’importance de maintenir des Etats-nations forts qui jouissent d’une pleine liberté d’action au niveau international.

Elles partagent des critiques envers les gouvernements occidentaux et dénoncent ce qu’elles considèrent comme une couverture médiatique occidentale biaisée. Elles dénoncent aussi le financement étranger d’organisations non gouvernementales (ONG) et l’utilisation de techniques de mobilisation sur les réseaux sociaux pour fomenter l’instabilité. En 2011-2012, Poutine a rejeté sur les ONG parrainées par les Etats-Unis la responsabilité des manifestations de rue tenues à Moscou ; en 2014 Pékin a vu une main étrangère derrière le mouvement de protestation à Hong Kong.

Récemment le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a menacé la Chine de l’exclure du système international du dollar américain si elle n’appuie pas les nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, ce qui a suscité chez l’analyste Paul Craig Roberts la réflexion suivante : « le Gouvernement des Etats-Unis, Etat en faillite, dont la dette dépasse les 20000 milliards  de dollars, qui se voit obligé de créer de la monnaie pour acheter ses propres titres de créance, menace la deuxième plus forte économie mondiale, dont le pouvoir d’achat est supérieur à celui de l’économie des Etats-Unis « , et cela à partir du scénario prévu selon lequel une énorme quantité de transactions économiques sortiraient du système du dollar provoquant la réduction de son volume et de son importance.

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La Russie et la Chine achètent de plus en plus d’or pour soutenir leurs économies et faire face à la valeur artificielle du dollar pendant que les pays de l’axe asiatique commencent à réaliser des échanges commerciaux dans leurs propres monnaies, y compris pour le pétrole, coup sévère porté au pétrodollar.

L’Amérique latine à l’horizon

Des analystes affirment que l’existence même du groupement des Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud) favorise l’autonomie des Etats latino-américains au niveau international et élargit leur marge de manœuvre en politique extérieure. Il s’agit d’un groupe qui occupe 29% de la terre ferme de la planète (sans compter l’Antarctique), concentre 43% de la population mondiale et près de 27% du PIB mondial en termes de parité du pouvoir d’achat.

Au cours du sommet qui s’est tenu en septembre dernier, le bloc est convenu de créer la Nouvelle  Banque de Développement, qui prévoit d’accorder des prêts à hauteur de 4 000 millions de dollars en 2018 tout en finançant des projets à moyen terme du secteur privé. Il a aussi été convenu de créer un fond d’obligations en devises nationales  pour « contribuer à assurer la stabilité des investissements dans les pays du Brics, stimuler le développement de marchés obligataires nationaux et régionaux des pays du Brics,  y compris l’augmentation de la participation du capital privé étranger et l’amélioration de la stabilité financière des pays du Brics « .

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De nombreux analystes affirment que si la Chine parvient à redessiner la carte du commerce mondial, elle créera des opportunités pour que les exportations latino-américaines trouvent de nouveaux débouchés en Asie. On parle également d’un câble de fibre optique Trans-Pacifique pour unir les deux régions, tandis que la Chine s’intéresse au financement de tunnels, routes et chemins de fer qui aideront à acheminer les produits des pays de la côte atlantique de l’Amérique Latine vers la Chine et vice-versa.

Le commerce et les investissements de la Chine en Amérique latine ont connu une croissance exponentielle depuis l’an 2000, les exportations de l’Amérique latine vers la Chine, après l’escalade des sanctions de 2014, ont augmenté de 5000 millions de dollars en 2000 à 120000 millions de dollars en 2012, de même qu’ont augmenté les importations depuis la Chine, générant une balance commerciale totale d’environ 230 000 millions de dollars par an. Pour plusieurs des principales économies de l’Amérique latine, comme le Brésil, l’Argentine, le Chili et le Pérou, la Chine a remplacé les Etats-Unis en tant que principal partenaire économique, mais non en tant qu’investisseur. Voilà un défi crucial pour l’hégémonie économique dont ont joui les Etats-Unis dans la région,  depuis le déclin de l’empire britannique, fruit de la Seconde Guerre Mondiale.

La collaboration stratégique de la Russie avec le Brésil, en particulier dans le cadre des Brics, ainsi que la coopération avec l’Argentine, le Venezuela, Cuba, le Nicaragua et d’autres Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe, recherche des réponses aux nouveaux défis et menaces. L’incorporation d’entreprises russes dans les secteurs dynamiques de l’industrie, l’énergie, les communications et le transport dans les pays de la zone s’est vue accompagnée de la consolidation des liens à travers la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (Celac).

La relation de la Russie avec  les partenaires latino-américains (en particulier l’Argentine, le Brésil, le Chili, l’Uruguay et l’Equateur)  a franchi un nouveau pas après l’escalade des sanctions de 2014, qui limitaient l’importation de produits alimentaires en provenance de l’UE, des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Norvège. La Russie les a remplacés par des livraisons venues de l’Amérique latine  et a mis en route  la mission de rendre leur économie plus compétitive et plus diversifiée en accordant un plus fort appui  au développement de leur  économie agricole.

Le commerce estimé de la Russie avec l’Amérique latine et la Caraïbe s’est élevé à 24000 millions de dollars en 2013  tandis que la Chine continue à détrôner d’autres concurrents étrangers,  par le biais de fusions et rachats qui ont atteint 102200 millions de dollars investis par la Banque de développement de Chine  (CDB) et la Banque Chinoise d’import-export (Chexim) entre 2005 et 2013.

Il faut souligner qu’aucun des pays de la dite Alliance du Pacifique, bloc commercial latino-américain qui inclut actuellement le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou, n’a pris la décision, en son temps, de rompre les relations avec la Chine, alors même que ce bloc apparaissait comme un partenaire proche des Etats-Unis et du Canada. Ses membres (moins la Colombie) figuraient parmi les pays désireux d’établir le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) annulé par Trump en janvier dernier.

Comme elle compte peu de positions dans le Pacifique en raison de la barrière de contention géographique que représentent le Japon, Taiwan, l’Indonésie et d’autres lieux contrôlés par les USA, la logique d’expansion chinoise est orientée vers le Pacifique sud.

La dissuasion au Venezuela

Le Venezuela est la première destination latino-américaine des investissements chinois. Depuis 2001, se sont développés quelques 800 projets de coopération qui ont permis le développement de secteurs aussi stratégiques que l’énergie, le pétrole, l’éducation, la santé, la technologie, le commerce, l’agro-industrie, l’agriculture, l’infrastructure, l’industrie, la culture et le sport. En 2013, le commerce bilatéral avait été multiplié  par 13714, passant de 1,4 million de dollars en 1974 à 19 200 millions de dollars.

La Russie dispose d’importants investissements dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque au travers de l’entreprise Rosneft qui ont été consolidés et seront augmentés après la rencontre à Moscou des présidents Poutine et Maduro début octobre.  La coopération agricole également devrait augmenter, au moyen de la mise en route d’usines de transformation de denrées alimentaires de haute technologie.

La coopération militaire engage plus de 11000 millions de dollars dans divers systèmes de missiles, de défense, sol-sol, sol-air, des systèmes d’artillerie,  défense antiaérienne,  fusils, hélicoptères, avions de combat et équipement logistique. L’échange commercial entre les deux pays a connu son apogée en 2013, lorsqu’il atteignit 2 450 millions de dollars.

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En mai 2013 un accord de confidentialité  permit à Rosneft d’obtenir des données géologiques sur les blocs pétrolifères en mer du Venezuela pour leur possible future exploitation, dans la claire intention de protéger les intérêts commerciaux chinois et d’assurer l’accès russe aux futurs gisements de pétrole et de gaz au Venezuela.

La Chine et la Russie déjouent l’intérêt qu’ont les Etats-Unis à intervenir d’une manière plus décisive dans la politique vénézuélienne car les alliances passées par le pays caribéen sont vitales pour leurs objectifs géostratégiques. Les déclarations depuis Moscou et Pékin à chaque agression réalisée par les Etats-Unis ces dernières années, ont été claires. Les deux gouvernements ont appelé à la résolution souveraine des conflits et à la non-ingérence, car les sanctions imposées par l’Administration Trump représentent une attaque directe aux alliances passées avec le pays sud-américain. D’où précisément leur appui à une résolution des conflits au Venezuela par la voie des élections, sous l’autorité de l’Etat vénézuélien et de son institution électorale, objet des attaques, le CNE.

Une partie du conflit global se déroule sur un territoire local, ce qui permet au Venezuela, dans les reconfigurations des dynamiques géopolitiques, de jouer un rôle décisif en faveur du multipolaire comme recherche d’un équilibre politique global qui lui permette d’exercer son droit à exister de manière souveraine.

Source : http://misionverdad.com/trama-global/china-y-rusia-apoyan-a-venezuela-contra-la-intervencion

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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