La perspective manquante dans les médias : les liens entre l’Iran et le Venezuela ne concernent pas les États-Unis, par Gregory Shupak (Fair.org)

L’État états-unien n’étouffe pas seulement des vies en pressant des genoux sur des cous à l’intérieur de son territoire. Il cherche également à asphyxier des pays entiers comme l’Iran et le Venezuela. Lorsque les ennemis de l’empire états-unien défient les injonctions de Washington, les médias privés participent volontiers à l’émergence d’une crise, même lorsque l’enjeu est quelque chose d’apparemment aussi banal qu’un échange de biens. Cela est évident dans la couverture médiatique des livraisons de pétrole iranien au Venezuela, qui a présenté ces livraisons comme un problème à résoudre, plutôt que comme une transaction commerciale qui ne concerne en rien une tierce partie.

Alors que les pétroliers iraniens étaient encore en route, un article du Washington Post (5/23/20) affirmait:

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela "offre à Téhéran la perspective d'un nouveau centre d'influence juste de l'autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride". (Par "juste de l'autre côté", le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela « offre à Téhéran la perspective d’un nouveau centre d’influence juste de l’autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride ». (Par « juste de l’autre côté », le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

L’opposition soutenue par les États-Unis au Venezuela fournit des munitions potentielles en dénonçant le fait que les Iraniens pourraient transporter plus que de la simple essence.

Les dirigeants de l’opposition ont averti que Téhéran pourrait fournir du matériel pour ce qu’ils décrivent comme une opération secrète visant à aider l’appareil de renseignement de Maduro à construire un poste d’écoute dans le nord du Venezuela pour intercepter les communications aériennes et maritimes.

« Pour l’Iran qui est un ennemi des Etats-Unis, cela signifie qu’ils marchent presque sur la queue de l’Amérique », a déclaré Iván Simonovis, commissaire à la sécurité de Juan Guaidó, le leader de l’opposition vénézuélienne reconnu par les Etats-Unis comme le leader légitime de la nation.

Le ministre des communications de Maduro a rejeté ces affirmations comme étant « absurdes ».

L’article présente la question de savoir si l’Iran envoie secrètement au Venezuela une technologie d’espionnage comme un « tel a dit ceci, l’autre a dit cela« , comme si les deux affirmations étaient également susceptibles d’être vraies. Pourtant, il n’y a pas la moindre preuve que l’envoi de l’Iran était destiné à « aider l’appareil de renseignement de Maduro« , mais le Post choisit de ne pas partager cette information avec ses lecteurs.

Le fait d’évoquer le danger que l’Iran et le Venezuela pourraient préparer quelque chose de malfaisant, contribue cependant à légitimer la possibilité que les Etats-Unis mènent une attaque militaire pour stopper la livraison. Le Post poursuit :

Les responsables états-uniens ont minimisé la suggestion de l’Iran selon laquelle ces forces affronteront le convoi. Le porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, a déclaré jeudi aux journalistes qu’il n’était pas au courant des plans de lancement d’une opération militaire contre les pétroliers iraniens.

Mais un haut responsable de l’administration Trump, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour décrire les discussions internes, a déclaré que l’administration « ne tolèrerait pas » le soutien de l’Iran à Maduro.

« Le président a clairement indiqué que les Etats-Unis ne tolèreront pas l’ingérence répétée de la part de partisans d’un régime illégitime », a déclaré le fonctionnaire.

A aucun moment l’article ne remet en cause l’idée qu’un pays qui envoie des ressources à un autre puisse justifier le lancement d’un acte de guerre. Il n’y a pas non plus de contrepoint à l’idée que l’Iran « se mêle » des affaires du Venezuela en lui vendant du pétrole, comme si les États-Unis « se mêlaient » des affaires du Venezuela en essayant à plusieurs reprises de renverser son gouvernement (Grayzone, 1/23/20) et d’écraser son économie (FAIR.org, 2/6/19).

Dans un tel contexte idéologique, il devient possible aux grands médias de présenter l’ajout de sanctions supplémentaires, du type de celles qui ont ravagé les systèmes de santé en Iran et au Venezuela (FAIR.org, 3/25/20), comme une réaction raisonnable aux relations entre les deux pays : « Les analystes disent que l’administration [Trump] est plus susceptible d’utiliser des sanctions économiques supplémentaires que la force pour dissuader le commerce iranien/vénézuélien« . Cette formulation masque la façon dont les sanctions sont une mesure de « force« , qui est pourtant le terme exact pour désigner les sanctions qui ont causé des pénuries alimentaires en Iran, et qui auraient tué plus de 40 000 Vénézuéliens de 2017 à 2018 (CEPR, 4/25/19).

Photo NYT : Le Venezuela en manque d'essence célèbre l'arrivée de pétroliers en provenance d'Iran Le New York Times (5/25/20) décrit l'Iran et le Venezuela comme "deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires".

Titre du New York Times : « Le Venezuela en manque d’essence célèbre l’arrivée de pétroliers en provenance d’Iran »
Le New York Times (5/25/20) décrit l’Iran et le Venezuela comme « deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires« .

Un article du New York Times (5/25/20) a clairement indiqué dès le départ que son public devait s’inquiéter du commerce iranien/vénézuélien, le décrivant dans la deuxième phrase comme « un approfondissement des relations économiques entre le Venezuela et l’Iran, deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires ». En d’autres termes, les méchants unissent leurs forces ; soyez alarmés.

Le Times cite « un analyste du Venezuela au sein du groupe Eurasie » qui a déclaré que « la livraison de pétrole a mis en évidence les objectifs économiques et politiques de plus en plus parallèles de l’Iran et du Venezuela, ainsi que les options de plus en plus limitées du gouvernement états-unien pour faire obstacle à leurs relations« , mais n’offre aucune raison de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les États-Unis devraient essayer de « faire obstacle à leurs relations« .

L’article indique que « le gouvernement états-unien, distrait par la pandémie de coronavirus et ayant déjà pris des sanctions sévères, n’a que peu d’options de représailles en dehors d’une intervention militaire« . « Les représailles » impliquent que le fait que la collaboration économique Iran/Venezuela constitue un acte d’agression contre les États-Unis. Une proposition ridicule, surtout quand on sait que le gouvernement états-unien mène depuis longtemps une série d’attaques contre les deux nations. Mais ce genre de poudre aux yeux est nécessaire pour faire passer une « action militaire » pour une option valable. Que les États-Unis puissent réagir à la vente de pétrole par l’Iran au Venezuela en ne faisant rien n’est même pas pris en considération.

Dans la même veine, le Wall Street Journal (5/20/20) donne du crédit à l’idée selon laquelle d’autres sanctions s’imposent, en particulier contre l’Iran, sans pour autant affirmer qu’il serait indésirable de condamner l’Iran à une mort encore plus massive par coronavirus (FAIR.org, 4/8/20) afin de le punir pour ses relations avec le Venezuela. L’article dit :

Le soutien de l’Iran au Venezuela souligne les limites des sanctions en tant qu’instrument de politique étrangère. Après des décennies de sanctions, l’Iran a développé une vaste industrie de raffinage qui fabrique ses propres équipements et produit le carburant dont sa population a besoin. La plupart de son pétrole étant invendu en raison des sanctions et de l’effondrement de la demande mondiale, l’Iran trouve maintenant de nouveaux débouchés pour son brut auprès d’ennemis des Etats-Unis.« 

Ce qui mérite réflexion, évidemment, c’est l’efficacité des sanctions, et non pas la question de savoir si elles doivent être imposées.

Wall Street Journal : Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l'Iran au Venezuela Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l'Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme "un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s'oppose à... l'ingérence internationale dans l'hémisphère occidental" (sic) - comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d'autres pays d'Amérique latine ne constituaient pas une "ingérence internationale"

Wall Street Journal : « Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l’Iran au Venezuela« 
Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l’Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme « un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à… l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental » (sic) – comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d’autres pays d’Amérique latine ne constituaient pas une « ingérence internationale »

L’article ne s’intéresse pas non plus au mal que les sanctions ont fait au Venezuela et à l’Iran. Il décrit les sanctions contre l’Iran comme « faisant partie d’une stratégie plus large visant à accroître la pression sur le régime », comme si ces mesures n’affectaient pas la population iranienne – par exemple elles provoquent le décès de cancéreux (Foreign Policy, 8/14/19).

L’article tentait d’absoudre les sanctions états-uniennes contre le Venezuela pour leur dégradation de l’industrie pétrolière du pays, en alléguant que:

Les raffineries du pays sud-américain, qui possède les plus grandes réserves de pétrole brut du monde, sont à l’abandon après des années de corruption et de mauvaise gestion qui ont précédé l’imposition de sanctions strictes sur ses ventes de pétrole l’année dernière.

Cette affirmation est trompeuse : les sanctions états-uniennes d’avant 2019 avaient gravement porté atteinte au secteur pétrolier du Venezuela. Comme le souligne l’économiste vénézuélien Francisco Rodríguez, un critique virulent du président Nicolás Maduro (WOLA, 20/9/2018), le décret de Trump de septembre 2017 a recommandé que les institutions financières signalent plusieurs transactions en provenance du Venezuela comme potentiellement criminelles :

« De nombreuses institutions financières ont procédé à la fermeture de comptes vénézuéliens, estimant que participer par inadvertance au blanchiment d’argent était un risque inutile. Les paiements vénézuéliens aux créanciers se sont retrouvés bloqués dans la chaîne de paiement, les institutions financières refusant de traiter les virements provenant d’institutions du secteur public vénézuélien. Même Citgo, une entreprise vénézuélienne constituée dans le Delaware, a eu du mal à obtenir des banques qu’elles lui délivrent des lettres de crédit.

Ces restrictions ont eu plusieurs conséquences sur l’industrie pétrolière vénézuélienne. Tout d’abord, et c’est le plus évident, la perte de l’accès au crédit vous empêche d’obtenir des ressources financières qui auraient pu être consacrées à l’investissement ou à l’entretien…

Il existe également des liens plus directs entre la finance et l’activité réelle qui peuvent conduire une entreprise à laquelle on ferme le réseau financier, à connaître une baisse de sa capacité de production. Par exemple, l’un des mécanismes les plus efficaces que PDVSA [la compagnie pétrolière publique du Venezuela] a trouvé pour augmenter la production ces dernières années a été la signature d’accords de financement dans lesquels des partenaires étrangers prêteraient pour financer l’investissement dans un accord de coentreprise (Joint Venture) tant qu’ils pourraient payer le prêt. Or le décret de Trump a effectivement mis un terme à ces prêts.

De même, avant l’imposition des sanctions, PDVSA avait commencé à refinancer une partie importante de ses arriérés envers les prestataires de services par l’émission de billets à ordre de droit new-yorkais. Le décret a également mis fin à ces arrangements. Ce qui était inhabituel pour PDVSA en 2017, ce n’était pas d’avoir un niveau d’arriérés important – de nombreux producteurs de pétrole avaient accumulé des arriérés après la chute des prix. Ce qui était inhabituel, c’est qu’il n’était pas en mesure de les refinancer. »

Ainsi, les sanctions états-uniens ont entravé le secteur pétrolier du Venezuela pendant au moins deux ans de plus que ce que le Wall Street Journal affirme.

Le journal cite l’amiral Craig Faller, qui dirige le Commandement Sud des États-Unis dans les Caraïbes : « l’ouverture de l’Iran au Venezuela est destinée à l’aider à « acquérir un avantage de position dans « notre » voisinage comme moyen de contrer les intérêts américains« . Ce qui manque dans cette pièce, c’est une réflexion sur la possibilité que le Venezuela soit le « voisinage » du Venezuela, et que ce qui se passe au Venezuela ne soit pas une question d' »intérêts états-uniens » mais d’intérêts vénézuéliens.

Selon l’article, « les efforts croissants de l’Iran pour construire un avant-poste commercial et politique en Amérique latine constituent un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental« . Le fait que l’Iran fournisse du pétrole au Venezuela est une « ingérence internationale« , mais le fait que les États-Unis tentent d’être l’arbitre de l’activité économique vénézuélienne n’est pas une « ingérence internationale« , bien qu’il semble y avoir des preuves que les États-Unis et le Venezuela ne sont pas, en fait, le même pays.

Le Journal exclut de son compte-rendu le point de vue selon lequel les pays de l’hémisphère ont le droit d’acheter et de vendre des ressources de et vers n’importe quel pays, indépendamment des souhaits des États-Unis. Au contraire il partage l’avis des responsables états-uniens selon lequel:

« les États-Unis pourraient également essayer de confisquer les navires, par le biais d’une procédure judiciaire états-unienne appelée « action de confiscation » pour violation de la loi états-unienne…. Mais comme il est peu probable que le Venezuela coopère à un tel ordre, l’outil juridique devrait être utilisé lorsque les navires s’arrêtent pour se ravitailler dans les ports en route vers l’Iran, ont déclaré les responsables.« 

Le Wall Street Journal a par ailleurs refusé de donner la parole à ceux qui s’opposent à la perspective de piraterie états-unienne.

Il ne manque pourtant pas de personnes originaires d’Iran ou du Venezuela, ni d’écrivains ou de militants pacifistes états-uniens, vers lesquels ces journaux auraient pu se tourner pour apporter les points de vue qu’ils ont laissés de côté. Au contraire, de nombreux points de vue douteux sur les relations irano-vénézuéliennes sont présentés comme s’ils constituaient la gamme complète des points de vue sur la question.

L’auteur: Docteur en Études Littéraires, Gregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur, 2018.

L’auteur: Docteur en Études LittérairesGregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur2018.

Le public des médias n’est pas exclusivement composé de crétins qui croient tout ce qu’ils lisent. Evidemment si les médias martèlent encore et toujours, que les États-Unis ont le droit d’intervenir où ils veulent et qu’il faut combattre ce qu’ils perçoivent comme des méchants, sans donner d’éléments pour remettre en cause cette perspective, beaucoup de gens dans ce public vont finir par croire que c’est vrai.

Source : https://fair.org/home/missing-perspective-in-media-iran-venezuela-ties-are-none-of-uss-business/ 

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

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Comprendre la guerre de l’essence au Venezuela sans attendre d’être « informé » par les grands médias

25 mai 2020. Menacés par les Etats-Unis, cinq tankers iraniens entrent dans les eaux vénézuéliennes sous la protection des Forces Armées Bolivariennes.

Peu à peu la coopération des « deux tiers du monde » rêvée par Simon Bolivar s’incarne. Le blocage états-unien de ses raffineries extérieures et de l’importations d’additifs pour la produire sur place avait privé le Venezuela d’essence. Cinq tankers envoyés par l’Iran viennent de briser le blocus états-unien/européen. Menacés par l’administration Trump, escortés par l’armée bolivarienne dès leur arrivée dans les eaux vénézuéliennes, ces navires apportent de l’essence pour deux semaines et des additifs pour poursuivre sur place la production. Cette victoire face à la longue guerre économique – lancée en 2013 et renforcée pendant la pandémie – est un espoir pour tant de nations subissant les « sanctions » – mesures coercitives unilatérales – de l’Occident.

Le plan du gouvernement vénézuélien est de réactiver les raffineries pour répondre à la demande intérieure. Le pari des États-Unis est que non seulement cela n’arrivera pas mais qu’il faut continuer à travailler pour que toute l’économie s’effondre, et qu’une rupture sociale permette enfin le “changement de régime”, soit à travers un coup d’Etat soit à travers une invasion militaire. Le 28 mai, Gustavo Petro, sénateur, ex-candidat aux présidentielles en Colombie, tweete à propos du débarquement d’un nouveau contingent de soldats états-uniens dans son pays: « On ne peut plus cacher l’évidence : on prépare une invasion du Venezuela, avec le pire : l’aide du narcotrafic ». (1)

Quelles sont les clefs de cette guerre ? Sous la pression d’un champ médiatique devenu homogène, la plupart des journalistes ou politologues occidentaux remplacent les causes par les effets, rendent responsable le Président Maduro d’une “crise” ou établissent un « fifty-fifty » plus idéologique qu’empirique entre la guerre économique et les problèmes internes de mauvaise gestion ou de manque d’investissements du gouvernement bolivarien.

Facts first”. Comme l’explique la journaliste Erika Ortega Sanoja, le Venezuela importe de l’essence de l’Iran pour diverses raisons :

– Sabotages et attentats continuels comme l’incendie de la raffinerie d’Amuay (Paraguaná) qui fit 55 morts en août 2012.

– Affaiblissement chronique de la compagnie publique Petroleos De Venezuela (PDVSA) après la chute brutale et soutenue des prix du pétrole entre 2014 et 2016, et la constitution d’un réseau de corruption des hauts cadres pétroliers.

– La fuite des cerveaux, sous la pression de la guerre économique, de son personnel le plus important : les travailleurs qui avaient réussi, avec Chavez, à récupérer l’industrie en 2002, après le sabotage pétrolier de l’opposition organisé depuis les USA.

– L’infiltration de l’opposition dans l’entreprise, démontrée avec le cas de CITGO (Etats-Unis).

– L’impossibilité de remplacer les pièces et d’acheter des additifs face au blocus imposé par l’administration de Donald Trump et resserré depuis 2017.

– Les menaces constantes et croissantes des États-Unis sur les investisseurs potentiels.

– Le paiement de plus de 70 milliards de dollars de dettes de la République qui n’ont pas pu être refinancées.

– La dépossession des ressources de la République bolivarienne qui se trouvaient dans les banques en Europe et aux USA.

– Le blocage des raffineries extérieures à Curaçao, et aux États-Unis via le transfert illégal des actifs de la société pétrolière d’État vénézuélienne CITGO, basée aux USA, à Juan Guaido au motif de son auto-proclamation comme “président” en 2019, aujourd’hui mise en vente, autre manoeuvre illégale dénoncée par le gouvernement bolivarien. Autre entreprise frauduleusement acquise par les amis du fake-président: Monómeros Colombo Venezolanos, une entreprise pétrochimique de l’Etat dont le siège se trouve en Colombie.

Citgo possède trois raffineries et un réseau de pipelines qui traversent 23 États des États-Unis.

Le journaliste et sociologue Marco Teruggi vit au Venezuela. Nous traduisons son analyse qui éclaire ces faits dans le contexte de la révolution bolivarienne:

« La station d’essence devant chez moi s’est vidée quelques jours après le début du confinement généralisé. Les responsables sont partis, après avoir tendu une corde pour barrer l’accès : « fermé ». Les gens ont commencé à parler de l’endroit où on pourrait trouver de l’essence et à dresser une carte des stations en activité, dans une situation qu’on croyait momentanée.

Puis, comme face à toute pénurie, la revente a commencé. Les prix ont augmenté à mesure que la situation se faisait plus critique : 1… 1,5… 2… jusqu’à 3 dollars par litre, dans un pays où le remplissage d’un réservoir est pratiquement gratuit pour les consommateurs depuis toujours. Les files d’attente se sont allongées, durant parfois plus d’un jour, parfois deux, et le manque d’essence s’est “normalisé”.

Ce qui était un fait nouveau pour Caracas – bien qu’on l’avait déjà vécu lors du lock-out pétrolier organisé par les hauts cadres de PDVSA pour renverser Hugo Chávez entre 2002 et 2003 – ne l’a cependant pas été pour de nombreux états intérieurs du pays, notamment ceux qui ont une frontière avec la Colombie. Là-bas, comme dans les Etats d’Apure, du Táchira, de Mérida ou du Zulia, les files pour faire le plein d’essence sont apparues depuis déjà près de trois ans, conséquence de la contrebande massive vers la Colombie où elle est revendue au prix du marché. En 2006 par exemple, le président Alvaro Uribe légalisa la contrebande d’essence vénézuélienne : la seule « Cooperativa Multiactiva del Norte », autorisée par lui, peut stocker jusqu’à près de 3 millions de litres.

Ces derniers mois, le manque d’essence s’était étendu aux villes proches de Caracas. Dès le mois de mars, alors qu’il y avait une pénurie dans la capitale, on a commencé à parler de la crise de l’essence. Au Venezuela, comme dans de nombreux pays d’Amérique latine, la capitale joue un rôle surdimensionné dans la dynamique politique. Ce qui se passe à Caracas revêt dès lors un « caractère national », ce qui peut affecter le pouvoir politique central.

Pour mieux comprendre les causes de cette situation, on peut tracer une ligne de temps des différents acteurs impliqués, dans un contexte politique de sièges, de tranchées, de négations, dans un des moments les plus complexes de ces dernières années.

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Le blocus

En août 2017, la Maison Blanche a émis la première d’une longue liste de sanctions contre l’industrie pétrolière vénézuélienne, PDVSA, par le biais du décret 13808. Ce mois-là a coïncidé avec une défaite électorale de la droite, matérialisée par l’élection de l’Assemblée nationale constituante qui a signifié une victoire pour le chavisme.

Le premier décret a commencé à façonner un blocus technique de PDVSA avec un objectif central : frapper la principale colonne vertébrale de l’économie vénézuélienne. Cette mesure visait à fermer les sources de capitaux étrangers, nécessaires au fonctionnement de l’industrie pétrolière. En 2018, trois autres décrets ont été pris à l’encontre du Venezuela, touchant différents secteurs de l’économie. Le 28 janvier 2019, cinq jours après l’autoproclamation de Juan Guaidó et sa reconnaissance immédiate par Donald Trump, la Maison Blanche a publié le décret 13850 centré sur PDVSA et la Banque centrale du Venezuela : « À la suite de l’action d’aujourd’hui, tous les biens et intérêts détenus par le PDVSA qui relèvent de la juridiction américaine sont bloqués et il est interdit aux personnes américaines de faire des transactions avec eux« , a déclaré le département du Trésor.

Cette mesure comprenait le blocage de 7 milliards de dollars d’actifs de PDVSA aux États-Unis, l’appropriation par le “clan états-unien de Guaido” de CITGO, une raffinerie affiliée de la compagnie pétrolière sur le territoire américain, dont un juge vient d’annoncer la vente, dénoncée comme illégale par le gouvernement vénézuélien. En outre, PDVSA a été bloqué sur le marché américain de l’énergie, ce qui a eu un impact sur les acheteurs internationaux.

Les sanctions ont continué à se multiplier : plus de 30 navires et pétroliers du PDVSA ont été inscrits sur la liste noire du département du Trésor, et le 5 août 2019, la Maison Blanche a publié le décret 13884 qui a saisi tous les actifs vénézuéliens aux États-Unis, y compris CITGO. L’arsenal de mesures visant à détruire le champ économique de PDVSA s’est ensuite abattu sur des compagnies pétrolières étrangères, en particulier, début 2020, les compagnies russes Rosneft Trading et TNK Trading International. Les médias occidentaux jubilaient déjà à l’idée que la Russie abandonne le Venezuela pour sauver Rosneft, quand Moscou freina les plans de Trump en décidant de faire passer sous contrôle direct du Kremlin les activités de cette entreprise.

L’asphyxie états-unienne a donc fonctionné des deux côtés. D’une part le blocage des activités de la compagnie pétrolière publique PDVSA en tant que principale source de revenus pour l’État, et d’autre part l’économie dans son ensemble avec une paralysie générale liée à l’impossibilité de s’approvisionner en essence. L’agence Reuters avait rapporté: « La pénurie d’essence au Venezuela s’aggrave après que des fonctionnaires américains ont fait pression sur les compagnies étrangères pour qu’elles s’abstiennent de fournir du carburant« . La mesure a débuté fin 2019 et a été ratifiée en 2020.

Les dernières mesures ont été annoncées lundi par Mauricio Claver-Carone, responsable de la sécurité nationale de la Maison Blanche pour l’Amérique Latine, qui a menacé les entreprises étrangères présentes au Venezuela : « Il n’y a pas d’exception pour la production de Chevron, il n’y a d’exception pour aucune entreprise dans le monde, nous avons parlé avec Repsol, Reliance, Eni, et nous leur avons montré ce qui s’est passé avec Rosneft Trading (…) nous leur avons dit que s’ils continuaient dans ces activités, ils le feraient sous le risque de sanctions qui pourraient être dévastatrices pour eux« .

Refinería-EC2017, l’année du premier décret contre PDVSA, coïncide avec la décision importante, qui a constitué un séisme politique, du président Maduro d’assainir l’ensemble de l’industrie pétrolière tombé en décadence sous la gestion de Rafael Ramirez nommé par Hugo Chavez. Les deux derniers présidents de l’industrie pétrolière et ministres du pétrole, Eulogio Del Pino et Nelson Martinez, qui étaient impliqués dans un plan de corruption à l’intérieur de CITGO et qui avaient été en charge de 2014 à 2017, ont été arrêtés. À la fin de 2017, le ministère public a également accusé Rafael Ramírez, ancien président de PDVSA et ministre du pétrole, d’être responsable de détournements de fonds et de faits tels que le maquillage comptable, le sabotage et la surfacturation des contrats. Les événements dont Ramírez est accusé ont commencé en 2009 et se sont poursuivis jusqu’en 2014, date à laquelle il a été remplacé par Del Pino. Ramirez a fui la justice de son pays et négocie son absolution avec la justice états-unienne pour d’autres faits de corruption.

L’enquête menée par le ministère public depuis la nomination de son nouveau Procureur Général en 2017 dévoile un système de corruption à la présidence du PDVSA, impliquant des dizaines de gestionnaires et le ministère du pétrole entre 2009 et 2017. Un système bien huilé garantissant l’impunité en échange de commissions payées à la procureure générale Luisa Ortega Diaz, qui a depuis fui la justice vénézuélienne et qui est elle aussi impliquée dans des faits de corruption aux Etats-Unis. Dans quelle mesure cette longue histoire de corruption a-t-elle eu un impact sur la gestion des investissements dans les puits, les raffineries, la production, les décisions adéquates sur une entreprise complexe comme PDVSA ?

2017 est donc une année cruciale: c’est à la fois le début du blocus direct de la part des États-Unis sur l’industrie pétrolière, mais aussi le changement de sa présidence après huit années de dirigeants impliqués dans la trame de corruption. Il s’agit donc à la fois d’un travail de révision interne, et de refonder une architecture pour surmonter la pluie de sanctions qui affectent de plus en plus de secteurs et d’itinéraires. Exemple : le blocus a affecté l’importation d’additifs et de produits chimiques pour le raffinage de l’essence, et le vol de CITGO a entraîné la coupure d’une voie centrale d’approvisionnement en essence, en pièces détachées et en intrants pour le raffinage.

Près de trois ans après l’arrestation de Del Pino et Martinez, la production de pétrole et le raffinage de l’essence ont continué à diminuer. Manuel Quevedo, mis en place pour restructurer PDVSA a été remplacé en avril 2020 par l’ingénieur chimiste Asdrubal Chavez, respecté pour sa longue expérience en matière de politique pétrolière et de relations avec l’OPEP.

La compagnie PDVSA a une particularité : elle a été structurée à partir du milieu des années 1970 en fonction des besoins des transnationales d’extraction états-uniennes, avec leurs machines, leurs intrants, leurs technologies et leur gestion. Tant que ce schéma de haute dépendance restait intact, PDVSA était un objectif sur lequel les États-Unis avaient un haut niveau de connaissances et de puissants moyens de réduire les fournitures d’intrants et de machines-clés. C’est pourquoi une partie des accords actuels du PDVSA avec les alliés internationaux consiste, outre l’exportation de brut et l’importation d’essence, à acheter des pièces pouvant remplacer celles des États-Unis pour remettre les raffineries en service comme celle d’El Palito qui recevra une partie des cargaisons envoyées par l’Iran.

L’arrivée au Venezuela de ces cinq pétroliers iraniens (Carnation, Fortune, Forest, Petunia et Faxon) avec une capacité de 1.487.500 barils de pétrole, avait suscité des menaces de l’administration Trump qui avait rendu public l’envoi de quatre navires de guerre dans les Caraïbes pour une “opération antidrogue” menée par le Southern Command et annoncée en mars dernier. Mais le gouvernement iranien a rappelé qu’il s’agit d’un accord entre deux Etats souverains : “Les Etats-Unis et les autres pays savent que nous sommes déterminés. Si les obstacles continuaient ou augmentaient, la réponse de l’Iran serait énergique« .

Photos: la raffinerie d’El Palito, destination d’une partie des cargaisons envoyées par l’Iran.

Note: (1) https://twitter.com/petrogustavo/status/1266200208809099270

Sources : Compte twitter de la journaliste Erika Ortega Sanoja https://twitter.com/ErikaOSanoja, et article de Marco Teruggi dans Sputnik News, https://mundo.sputniknews.com/america-latina/202005211091498584-iran-y-desabastecimiento-radiografia-de-la-crisis-de-la-gasolina-en-venezuela/ 

Traduction et adaptation : Thierry Deronne

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La Grande Interview : Rafael Correa converse avec Nicolás Maduro (RT France)

Pour cette édition exceptionnelle de « Conversation avec Correa« , l’ex-président équatorien voyage à Caracas afin d’évoquer avec le président Nicolás Maduro les mythes et les réalités du Venezuela actuel. Les deux chefs d’Etat abordent la question de l’intensification de la manipulation des médias qui va de pair avec l’accroissement des sanctions états-uniennes, la place de l’individu dans l’Histoire ainsi que les récents développements politiques de la révolution bolivarienne.

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Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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« Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »

Jorge Rodriguez

Dans un entretien réalisé pour l’Humanité par Cathy dos Santos, Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication et chef de campagne du président Nicolas Maduro, candidat à sa réélection, revient sur les raisons de l’échec des pourparlers avec l’opposition, dont une partie concourra au scrutin présidentiel.

L’élection présidentielle aura lieu le 20 mai prochain dans un contexte économique très tendu. Une partie de l’opposition a annoncé qu’elle ne participera pas à ce scrutin. Pourquoi selon vous ?

Jorge Rodriguez Voilà deux ans que le président Nicolas Maduro appelle l’opposition à un processus de dialogue. Un processus durable pour jeter les bases d’une cohabitation pacifique et ce, malgré le fait que nous ayons une vision du pays différente. Nous prônons des modèles sociaux, politiques, économiques complètement antagoniques. Mais, pour le gouvernement, il s’agissait d’éviter toute action extraconstitutionnelle : coup d’État, violences dans les rues… Cette proposition de dialogue s’est concrétisée par plus de cent cinquante réunions secrètes et officielles avec l’opposition. Après l’élection de l’Assemblée nationale constituante en août 2017, l’idée de renouer le dialogue en République dominicaine a été avancée. Le président dominicain, Danilo Medina, a offert ses bons offices. Le dialogue a abouti en décembre à un préaccord qui contenait toutes les garanties électorales, à savoir le registre électoral, la présence d’une observation internationale, la composition du Conseil national électoral. Il abordait également le renforcement institutionnel, la reconnaissance de l’Assemblée nationale constituante de la part de l’opposition…

En tant que chef de la commission de dialogue du gouvernement bolivarien, vous étiez aux premières loges de ces pourparlers en République dominicaine. En février encore, l’accord était présenté comme imminent…

Jorge Rodriguez Durant l’année 2016, les dirigeants de l’opposition vénézuélienne et les mentors internationaux tels que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos, et même le président américain, Donald Trump, disaient que la solution à la crise politique passait par une présidentielle. En décembre donc, nous nous sommes fixé comme objectif un nouveau round de discussion exclusivement autour de la question de l’agenda électoral. L’opposition voulait que la présidentielle se tienne le 9 juin et nous, le 18 mars. L’ancien président du gouvernement espagnol, et médiateur, José Luis Rodriguez Zapatero, entreprend un voyage à Caracas et se réunit avec l’opposition. Celle-ci avance alors la date du 22 avril, et le président Nicolas Maduro donne son accord. J’ai moi-même appelé les responsables de la Mesa de Unidad Democratica (MUD – coalition de l’opposition), en leur confirmant que nous allions donc signer l’accord. Tout était prêt en République dominicaine jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie.

Qui était au bout du fil ?

Jorge Rodriguez Coïncidence, le secrétaire d’État américain (qui a depuis été limogé), Rex Tillerson, entreprenait une tournée en Amérique latine. Ce jour-là, il se réunissait avec le président colombien, Juan Manuel Santos. L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.

Peut-on affirmer que les États-Unis ont directement influencé la décision de la coalition de droite de ne pas signer l’accord politique et électoral ?

Jorge Rodriguez Il n’y a aucun doute à avoir en la matière. Tout comme il est vrai également que le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Caracas, Todd Robinson, a demandé à Henry Ramos Allup, qui s’était porté pré-candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, de ne pas se présenter.

Lors de sa tournée en Amérique latine, l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson a plaidé pour la constitution d’une sorte de front anti-Venezuela. Cet appel augure-t-il d’un interventionnisme plus direct de Washington ?

Jorge Rodriguez Le président Donald Trump a intronisé une période des plus agressives à l’encontre du Venezuela. Il s’agit d’un suprémacisme grossier, virulent. L’intention est claire : empêcher le Venezuela de poursuivre ses transformations par la voie démocratique des urnes.

En dépit de la posture de certains dirigeants de l’opposition, Henri Falcon s’est porté candidat à la présidentielle. Comment interprétez-vous son choix ?

Jorge Rodriguez La MUD est composée de plusieurs partis. Quatre d’entre eux dénient aux autres le droit de participer à une élection ou d’intervenir dans les prises de position de cette coalition. Mais, au vu de l’accord qui avait été élaboré en République dominicaine, Henri Falcon a décidé de participer à la présidentielle. Parce qu’il a fait ce choix, on le présente aujourd’hui comme un chaviste, comme un faux opposant. Pour rappel : il a été deux fois gouverneur de l’État de Lara pour l’opposition et il a occupé le poste de chef de campagne du candidat de la MUD, Henrique Capriles, à la présidentielle de 2013.

L’Union européenne pourrait-elle emboîter le pas à Washington et ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle du 20 mai ?

Jorge Rodriguez Il est triste que des pays européens endossent les mêmes habits que les États-Unis et mènent de ce fait une politique agressive envers le Venezuela. Ne trouvez-vous pas étrange que notre pays subisse des sanctions parce qu’il organise des élections ? Nous parlons d’élections libres, transparentes et secrètes. En Colombie, les électeurs photocopient leurs bulletins de vote. Au Honduras, 65 % des bulletins de vote disparaissent. C’est tellement incroyable que même Luis Almagro, le président de l’Organisation des États américains, n’a pas certifié la validité des élections honduriennes. Au Brésil, comment Michel Temer (président autoproclamé suite au coup d’État contre la cheffe de l’État de gauche, Dilma Rousseff – NDLR) a-t-il été élu ? Que s’est-il passé au Paraguay après le coup d’État ? L’ancien président Jimmy Carter a dit de notre système électoral qu’il était l’un des plus fiables au monde. C’est le même qui a permis à l’opposition de remporter les législatives en 2015. Il s’agit de nos vingt-cinquièmes élections en dix-huit ans. On nous menace de sanctions parce que nous faisons ce que l’opposition nous demandait de faire en décembre dernier, c’est-à-dire d’avancer la présidentielle ! Les garanties électorales existent et ceux qui souhaitent envoyer une mission d’observation peuvent le faire.

Vous évoquez le climat régional. L’avènement de plusieurs gouvernements de droite ne participe-t-il pas également à une forme d’isolement de Caracas ?

Jorge Rodriguez Avec les virages droitiers pris dans certains pays, nous pourrions dire que nous assistons à une « restauration », au retour du modèle néolibéral, qui a pourtant généré tant de pauvreté sur notre continent. Les structures que nous avons promues telles que l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, la Communauté des États latino-américains et caribéens ou encore l’Union des nations sud-américaines sont fragilisées. Pourtant, lorsque les présidents de gauche les ont impulsées, personne n’est allé demander au président mexicain ou au président colombien quelles étaient leurs idéologies pour pouvoir les intégrer. Nous avons toujours promu l’unité. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski voulait interdire au président Maduro de participer au sommet des Amériques de Lima (les 13 et 14 avril) mais c’est lui qui n’y assistera pas puisqu’il a été démis de ses fonctions pour son implication dans la grande affaire de corruption Odebrecht. Néanmoins, je crois que nous assisterons à une récupération des forces progressistes en Amérique latine avec l’élection au Venezuela mais également en Colombie, ou encore au Brésil si Lula ne se voit pas interdit d’élection. Il a d’ailleurs eu cette phrase terrible : « S’ils me tuent, je deviens un martyr. S’ils me mettent en prison, ils font de moi un héros et si je suis libre, je serai président. »

Pour revenir à la situation économique vénézuélienne, les nouvelles sanctions contre la cryptomonnaie, le petro, auront-elles un impact sur le scrutin ?

Jorge Rodriguez Le Venezuela est soumis à des sanctions unilatérales. Il s’agit d’un véritable blocus économique et financier. On parle beaucoup de la crise humanitaire que connaît le pays mais nous avions 1 500 millions de dollars que la République bolivarienne destinait à acheter des médicaments et des aliments, ici, en Europe. Ils ont été bloqués ! Face à cette situation, le président Nicolas Maduro a avancé une série de plans pour protéger le peuple vénézuélien. Il s’agit d’une protection directe de 6 millions de familles qui concerne 20 millions de Vénézuéliens sur une population totale de plus de 31 millions d’habitants. Chaque mois, ils reçoivent 18 produits du panier de base. Le carnet de la patrie permet à 16 millions de personnes de bénéficier d’une protection sociale accrue pour préserver les droits fondamentaux du peuple. En dépit de la crise économique et financière, le caractère social du modèle vénézuélien n’a pas été touché puisque 74 % du budget sont destinés aux dépenses sociales. Aucun des 34 000 centres de santé n’a été fermé même si nous avons des difficultés d’approvisionnement de médicaments. Dans le cadre de la grande mission logement, nous venons de franchir les 2 millions d’appartements livrés en sept ans. Hier encore, à chaque crise pétrolière, les gouvernements abandonnaient aussitôt les politiques sociales pour maintenir les bénéfices d’une minorité de la population. La révolution chaviste fait exactement le contraire.

L’inflation atteint des records hallucinants. Ses conséquences ne peuvent être endiguées par les seules politiques sociales. Quelles mesures adoptez-vous pour y faire face ?

Jorge Rodriguez Il faut des réponses plus macroéconomiques. Le président a annoncé des mesures de compensation monétaire avec la suppression de trois zéros du bolivar. La prévente du petro, la cryptomonnaie, a été de 5 milliards de dollars. Cela va permettre de nous désengorger du blocus financier. Le président Donald Trump ne peut endiguer le petro, sauf à éteindre Internet sur l’ensemble de la planète. Les réserves de la cryptomonnaie s’élèvent à 5 342 millions de barils de pétrole à Ayacucho. Elles s’appuient aussi sur d’autres ressources : nous venons de découvrir la quatrième mine d’or la plus grande au monde. Sans parler du cuivre, des diamants. Le petro doit nous aider à détruire la dictature du dollar au Venezuela.

La crise économique que connaît votre pays ne révèle-t-elle pas les limites d’un modèle économique hyperdépendant de sa rente pétrolière et donc celles de son manque de diversité économique ?

Jorge Rodriguez Oui, bien sûr. Mais la chute drastique du cours du pétrole est partie intégrante de la guerre économique de l’administration contre le Venezuela mais également contre la Russie et l’Iran avec qui nous avions scellé des accords au sein de l’Opep pour stabiliser le prix du pétrole. Cela fait cent vingt ans que le Venezuela a un problème de dépendance au pétrole. Il faut substituer le modèle de la rente mais sans toucher au modèle de protection sociale. Le président Nicolas Maduro en a fait sa principale proposition de campagne présidentielle. Il nous faut diversifier notre économie pour garantir, par exemple, notre suffisance alimentaire. Le petro a permis au Venezuela d’accéder à des ressources financières renouvelées. Car l’idée est que le pétrole ne soit plus la première source de financement. Deuxièmement, nous devons substituer le cours monétaire avec le petro. 2018 doit être l’année de la mise en échec de l’inflation. L’élection, avec ces cinq candidats, constitue une étape importante pour générer un climat plus propice à la paix sociale mais également économique.

Jorge Rodriguez
Ministre de la Communication du Venezuela

entretien réalisé par Cathy Dos Santos.

Source : https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

Les douze victoires du président Maduro en 2017, par Ignacio Ramonet

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Rappelons, pour commencer, que Nicolas Maduro est le président le plus injustement harcelé, calomnié et vilipendé de l’histoire du Venezuela. Bien plus encore que le commandant Hugo Chavez, fondateur de la Révolution bolivarienne. Chasser à n’importe quel prix Nicolas Maduro du palais de Miraflores a été et demeure l’objectif obsessionnel de l’opposition réactionnaire interne et de ses puissants alliés internationaux, dont le gouvernement des États-Unis.

A peine l’année 2017 était-elle entamée, que les attaques contre le président se succédaient sans répit. Le premier coup est venu de l’Assemblée nationale, contrôlée par la contre-révolution qui décida, dès le 9 janvier, de « ne pas reconnaître  » le président. Et accusa Nicolas Maduro d’avoir « abandonné son poste ». Faux et absurde.

Devant une telle intention de putsch constitutionnel – inspiré du modèle de coup d’État parlementaire qui destitua Dilma Rousseff au Brésil en 2016 –, le Tribunal suprême de justice (TSJ) rappela alors que, selon la Constitution, l’Assemblée nationale ne peut révoquer le chef de l’Etat, élu directement par le peuple au suffrage universel.

Pour sa part, le président répondit à cette tentative de coup d’État en organisant, le 14 janvier, de grandes manœuvres civiques et militaires, l’« Exercice d’action intégrale anti-impérialiste Zamora 200 ». Quelque 600 000 militaires, miliciens et militants de mouvements sociaux furent mobilisés. Nicolas Maduro put ainsi offrir à ses adversaires une impressionnante démonstration de l’unité des forces armées, du gouvernement, du Parti socialiste uni du Venezuela (Psuv) et des masses populaires. Ce fut la première victoire de 2017.

Enhardie par l’élection, aux Etats-Unis, de Donald Trump – candidat de la droite « suprématiste » qui prit ses fonctions le 20 janvier à Washington –, l’opposition vénézuélienne tenta, quelques jours plus tard, d’intimider le gouvernement maduriste en organisant une grande marche de ses partisans à Caracas le 23 janvier, date de la chute du dictateur Marcos Pérez Jiménez en 1958. Mais là aussi, elle échoua pitoyablement. En particulier parce que le président Maduro répondit en décidant d’organiser, le même jour, le transfert public des restes de Fabricio Ojeda, chef révolutionnaire du mouvement qui renversa Pérez Jiménez, au Panthéon national. Des centaines de milliers de personnes accoururent à l’appel du président, remplissant les avenues de la capitale. On put ainsi constater clairement comment le chavisme populaire dominait la rue, tandis que l’opposition exhibait ses divisions et sa faiblesse. Ce fut la deuxième victoire du président Maduro.

Peu de temps après, le TSJ souligna que l’Assemblée nationale était en situation de « désobéissance à la loi » depuis 2016. En effet, lors des élections législatives du 6 décembre 2015, des fraudes avaient été dénoncées dans l’État d’Amazonas. Fraudes attestées par des enregistrements montrant comment la secrétaire du gouverneur offrait de l’argent à des groupes d’électeurs pour qu’ils votent en faveur de candidats de l’opposition. Par conséquent, le TSJ suspendit ces députés en attente de procès. Mais l’Assemblée nationale persista à leur faire prêter serment. Parce que l’intégration de ces trois membres supplémentaires aurait permis à l’opposition de disposer d’une majorité qualifiée (deux tiers des députés) et le pouvoir donc d’abroger les lois organiques et, surtout, de limiter l’action du président lui-même.

Dans toutes les grandes démocraties, les désaccords entre un Parlement et une Cour suprême sont relativement fréquents. En Europe, par exemple, lorsqu’ un conflit constitutionnel surgit entre les pouvoirs, il est courant que le Tribunal suprême assume momentanément certains pouvoirs du Parlement. Et aux États-Unis, même un président aussi ésotérique que Donald Trump a dû se conformer récemment aux décisions de la Cour suprême.

Mais à Caracas, la contre-révolution a utilisé ce débat pour lancer une campagne internationale sur la prétendue « absence de démocratie au Venezuela ». Avec la complicité de la nouvelle administration américaine, elle n’a pas hésité à monter une colossale opération mondiale de lynchage médiatique contre Nicolas Maduro, mobilisant les principaux médias dominants : de CNN à Fox News et la BBC de Londres, en passant par les grands médias d’Amérique latine et des Caraïbes, les journaux mondiaux les plus influents, ainsi que les réseaux sociaux.

En même temps, la droite vénézuélienne a tenté d’internationaliser le conflit interne en le transférant au sein de l’Organisation des États américains (OEA), « ministère des colonies américaines » selon le Che Guevara, dont le siège est à Washington.

Obéissant aux consignes de la nouvelle administration de Donald Trump et avec l’appui de régimes conservateurs d’Amérique latine, Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, a alors assumé le misérable rôle de direction de cette manœuvre en exigeant l’application de la Charte démocratique contre le Venezuela.

Mais Caracas contre-attaqua aussitôt et obtint la solidarité diplomatique de la plupart des États d’Amérique latine et des Caraïbes. Malgré les stratagèmes malhonnêtes du secrétaire général de l’OEA, le Venezuela n’a jamais pu être mis en minorité. Caracas l’a nettement emporté. Et les ennemis de la Révolution bolivarienne, y compris Washington, se sont cassés les dents contre la stratégie imaginée par le président Maduro, basée sur la réalité des faits, l’honnêteté politique et l’éthique. Plus tard, en avril, Caracas décida de se retirer de l’OEA, accusant cette organisation d’ « actions intrusives contre la souveraineté du Venezuela ». Ainsi donc, avec audace et imagination, dans ce théâtre international complexe, Nicolas Maduro a remporté sa troisième victoire en 2017.

Entre temps, les tensions s’exacerbaient à Caracas lorsque, le 29 mars, la chambre constitutionnelle du TSJ déclarait : « Tant que persistera la situation de désobéissance à la loi et d’invalidité des décisions de l’Assemblée nationale, la chambre constitutionnelle garantira que les compétences parlementaires soient exercées directement par cette chambre ou par l’organe qu’elle désignera, afin de veiller à l’État de droit. » Auparavant, le TSJ avait souligné que l’immunité parlementaire des députés n’était « valable que dans l’exercice de leurs fonctions », ce qui n’était pas le cas puisque l’Assemblée nationale se trouvait en situation de « désobéissance à la loi ».

L’opposition anti-chaviste poussa le cri au ciel. Et avec l’aide, une fois encore, des forces conservatrices internationales, mit sur pied un plan contre-révolutionnaire séditieux. C’est alors qu’a démarré la longue et tragique « crise des « guarimbas » ». Pendant quatre interminables mois – d’avril à juillet – la contre-révolution est passée à l’offensive armée la plus désespérée et la plus brutale contre le gouvernement bolivarien. Financées par la droite internationale, les forces antichavistes – conduites par Primero Justicia(Justice d’abord) et Voluntad Popular(Volonté populaire), deuxorganisations d’extrême droiten’hésitèrent pas à avoir recours à des paramilitaires, des terroristes et des mercenaires du crime organisé pour appliquer des tactiques irrégulières meurtrières. Elles recrutèrent également une série d’experts en guerre psychologique et en propagande « démocratique ». Tout cela pour satisfaire leur obsession pathologique : renverser Nicolas Maduro.

Ivres de violence, les hordes de « guarimberos » se précipitèrent alors à l’assaut de la démocratie vénézuélienne. Elles attaquèrent, détruisirent et incendièrent hôpitaux, centres de santé, crèches, écoles, lycées, maternités, entrepôts de nourriture et de médicaments, bâtiments publics, des centaines d’entreprises privées, des stations de métro, des bus… Tout en multipliant les barricades de flammes dans les secteurs bourgeois sous leur contrôle.

Les plus violents se sont particulièrement acharnés contre les forces de l’ordre, contre lesquelles ils ont lancé des dizaines de cocktails Molotov. Cinq membres des forces de sécurité furent tués par balles. Par ailleurs, d’autres « guarimberos » ont fait preuve de véritable sauvagerie en tendant de minces fils d’acier sur les routes pour décapiter les motards… Ou quand, débordant de haine et de racisme, ils ont brûlé vifs de jeunes chavistes, 29 en tout, dont neuf décédèrent [1]. Résultat : plus de 120 personnes tuées, des milliers de blessés et des pertes estimées à des millions de dollars.

Au cours de ces cent-vingt jours d’embrasement contre-révolutionnaire, l’opposition a également appelé à attaquer les bases militaires, et a tenté de pousser les forces armées à marcher contre le gouvernement légitime et à prendre d’assaut le palais présidentiel. L’extrême droite putschiste a tout tenté pour provoquer une guerre civile, briser l’union civilo-militaire et détruire la démocratie vénézuélienne.

Simultanément, à l’échelle internationale, une frénétique campagne médiatique se poursuivait qui présentait les terroristes ayant incendié des hôpitaux, assassiné des innocents, détruit des écoles et brûlé vifs des personnes, comme des « héros de la liberté »… C’était le monde à l’envers, celui de la « post-vérité » et des « faits alternatifs ».

Ce ne fut pas facile de résister à une telle offensive de terreur, à une telle agression, de faire preuve de patience et de maintenir l’ordre public sur la base d’une vision de l’autorité démocratique fondée sur un usage proportionnel de la force et le respect des droits humains. Le président Nicolas Maduro, constitutionnel et légitime, y réussit. Et il parvint même à trouver ce qui semblait impossible : sortir du labyrinthe de la violence. Avec une idée géniale, à laquelle nul ne s’attendait. Qui a désarçonné l’opposition : revenir au pouvoir constituant originel.

Le prétexte du terrorisme « guarimbero » résidait, en fait, dans le désaccord entre deux légitimités : celle du Tribunal suprême de justice et celle de l’Assemblée nationale. Aucune des deux institutions ne voulait céder. Comment alors sortir de l’impasse ? En se basant sur les articles 347, 348 et 349 de la Constitution chaviste de 1999, et en faisant appel à son statut de chef d’État et d’arbitre suprême, le président Maduro a donc décidé de réactiver un processus populaire constituant.

C’était le seul moyen de trouver un accord avec l’opposition via le dialogue politique et la concertation. D’exclure la violence. Et de régler un conflit historique, pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Le président réfléchit et attendit le bon moment. Jusqu’à ce que, le 1er mai, toutes les conditions soient enfin réunies. Ce jour-là, le président annonça que l’élection des délégués à l’Assemblée nationale constituante se tiendrait le 30 juillet. C’était la seule option en faveur de la paix.

Mais, une fois de plus, confirmant son affligeante myopie politique, l’opposition rejeta la main tendue. Sous les vivats de la presse mondiale, dans le cadre de la campagne brutale contre la révolution bolivarienne, les partis d’opposition décidèrent de ne pas y participer. Au contraire, ils se consacrèrent à saboter ces élections, y compris par la violence, empêchant l’accès au suffrage, montant des barricades, incendiant les bureaux de vote et menaçant ceux qui souhaitaient exercer leur droit de choisir.

Ils échouèrent. Ils furent incapables, le 30 juillet, d’empêcher la population de miser massivement sur la démocratie contre la violence et la terreur. Plus de huit millions et demi de citoyens se rendirent aux urnes, surmontant toutes sortes d’obstacles, affrontant les paramilitaires et les « guarimberos », traversant des rues bloquées, franchissant des torrents et des rivières, faisant l’impossible pour remplir leur devoir civique, politique, éthique et moral, surmontant les menaces intérieures et extérieures.

Peu de gens s’attendaient à une mobilisation populaire aussi forte, à un afflux d’électeurs aussi important et à un succès électoral aussi retentissant. Le lendemain, comme le président l’avait prédit, les « guarimbas » se démobilisaient. La violence se dissipait. La paix régnait à nouveau. Avec patience, courage, détermination et intelligence stratégique, le président Maduro réussit de la sorte à vaincre les « guarimbas » et à faire avorter la tentative de coup d’État. Il sut se montrer ferme face aux menaces, et ce sans modifier la substance de sa politique. Ce fut sa victoire la plus spectaculaire de 2017.

« La mise en place de l’Assemblée constituante, déclara Nicolas Maduro, a sans aucun doute facilité l’arrivée d’un climat de paix qui a permis de lancer l’offensive politique de la Révolution bolivarienne ». Et cette offensive a favorisé ce que beaucoup estimaient impossible : deux autres victoires électorales retentissantes.
Celle des gouverneurs des Etats, le 15 octobre, avec la conquête de 19 Etats sur 23, dont ceux de Miranda et Lara, deux États dont les politiques sociales étaient presque annihilées entre les mains de l’opposition. Et un peu plus tard, le triomphe dans le Zulia, un Etat stratégique de grand poids démographique et avec d’importants gisements de pétrole et de gaz.

La Révolution bolivarienne a ensuite également remporté les élections municipales du 10 décembre, avec 308 communes sur 335, soit 93% des mairies. Le chavisme l’a emporté dans 22 (sur 24) capitales régionales ainsi qu’à Caracas, tandis que la contre-révolution a confirmé son impopularité par la chute vertigineuse de ses électeurs. Elle a perdu plus de 2,1 millions de voix.

Montrant à tous ses détracteurs la vigueur de son système démocratique, le Venezuela est le seul pays à avoir organisé, en 2017, trois grandes élections nationales. Toutes trois remportées par le chavisme. Alors que la droite, démoralisée par tant de désastres successifs, se retrouvait atomisée, désunie, groggy… Ses dirigeants, divisés. Ses partisans, sonnés. Même si elle sut cependant conserver le soutien de ses protecteurs internationaux, en particulier le plus agressif d’entre eux : le nouveau président américain Donald Trump.

Tout au long de l’année 2017 – dans le prolongement du décret présidentiel du 8 mars 2015 signé par Barack Obama déclarant le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis » (!) – Donald Trump a publié une liste de sanctions contre la Révolution bolivarienne.

En particulier, le 11 août, il l’a menacé d’une « action militaire ». S’adressant à des journalistes sur son terrain de golf du New Jersey, Trump a déclaré : « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une option militaire possible, si nécessaire ». Puis, le 25 août, dans le cadre du blocus financier contre Caracas, Trump a interdit à « toute personne, entité, société ou association, légalement établie ou exerçant des activités aux Etats-Unis, de faire des affaires avec de nouvelles obligations de dette émises par des instances du gouvernement vénézuélien, à savoir les obligations de la République émises par la Banque centrale du Venezuela ou la société d’État Pdvsa ».

Ces sanctions cherchent à précipiter le Venezuela dans un « défault » (non-paiement de sa dette extérieure) en fermant à l’Etat et Pdvsa l’accès aux marchés financiers américains. En l’empêchant d’y offrir des titres et de pouvoir y obtenir des devises.

Déjà Lawrence Eagleburger, ancien secrétaire d’État du président George W. Bush, avait ouvertement reconnu dans une interview accordée à Fox News que la guerre économique contre le Venezuela avait été effectivement conçue à Washington : « Nous devons utiliser des outils économiques , avait-il déclaré, pour détériorer l’économie vénézuélienne, de sorte que l’influence du chavisme dans le pays et la région s’effondre (…) Tout ce que nous pourrons faire pour que l’économie vénézuélienne sombre dans une situation chaotique il faut le faire. » L’actuel secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a officiellement confirmé que les nouvelles sanctions économiques visent à « étrangler le Venezuela ».

Face à de telles agressions, Nicolas Maduro a déclaré que le « défault » « n’arrivera jamais ». D’abord, parce que le Venezuela est le pays d’Amérique du Sud qui a toujours payé sa dette. Au cours des quatre dernières années, par exemple, Caracas a payé près de 74 milliards de dollars… Et parce que le gouvernement bolivarien « aura toujours une stratégie claire » visant à renégocier et restructurer la dette extérieure. Le président a dénoncé que ce que les ennemis du chavisme recherchent c’est l’isolement financier de la Révolution bolivarienne. Pour qu’elle n’ait plus aucune possibilité de crédit, et pour l’asphyxier progressivement. Ses adversaires veulent susciter la peur chez les investisseurs privés, pour qu’ils n’achètent plus d’obligations, ne participent pas à la renégociation de la dette et que cessent les investissements. Nicolas Maduro a expliqué qu’au-delà du blocus, le Venezuela fait face à une véritable « persécution » à laquelle participent également des pays comme le Canada et ceux de l’Union européenne. Une persécution active du commerce, des comptes bancaires et des mouvements financiers.

Mais le président a su éviter certaines attaques. Il a particulièrement surpris ses adversaires lorsqu’il a annoncé, le 3 novembre, la création d’une Commission pour le refinancement et la restructuration de la dette extérieure, afin de surmonter les agressions financières. « Nous allons effectuer un reformatage complet des paiements externes pour atteindre l’équilibre », a-t-il affirmé. « Nous allons rompre les schémas internationaux ». Et ce fut le cas. Quelques jours plus tard, défiant le blocus financier, et comme première étape d’un rapprochement pour la renégociation et la restructuration envisagée par le président, un groupe de détenteurs de la dette vénézuélienne originaires des Etats-Unis, du Panama, du Royaume-Uni, du Portugal, de la Colombie, du Chili, de l’Argentine, du Japon et de l’Allemagne arrivait à Caracas pour rencontrer le gouvernement bolivarien. Ce qui a constitué une incontestable victoire pour le président Maduro.

Il convient de noter ici que le conflit de quatrième génération contre la Révolution bolivarienne possède plusieurs fronts. Ce sont notamment quatre guerres qui se livrent simultanément :

  1. Une guerre insurrectionnelle conçue par des experts en subversion, sabotage et psychologie de masse, avec emploi de mercenaires, explosion cyclique de « guarimbas » criminelles et attaques terroristes contre des casernes, des cibles militaires et des infrastructures globales (réseau électrique, raffineries, distribution d’eau, etc.).
  2. Une guerre médiatique, avec la presse, la radio, la télévision et les réseaux sociaux transformés en de nouvelles armées de conquête grâce à l’utilisation planifiée de la propagande visant à gagner les cœurs et les esprits.
  3. Une guerre diplomatique avec le harcèlement dans certaines instances internationales, notamment à l’OEA, le Mercosur, et les attaques des pays dits du « Groupe de Lima », régulièrement rejoints par les Etats-Unis, le Canada et l’Union européenne.
  4. Une guerre économique et financière avec accaparement et création de pénuries alimentaires et de médicaments, manipulation du type de change de la monnaie par des bureaux illégaux, inflation induite, blocus bancaire et distorsion du risque pays.

En ce qui concerne le risque pays, il ne faut pas oublier qu’au cours des quatre dernières années, comme déjà mentionné, Caracas a honoré l’ensemble de ses engagements de remboursement de la dette, sans exception, pour plus de 74 milliards de dollars, ce qui aurait dû réduire considérablement le risque du pays, puisque le Venezuela règle religieusement toutes ses dettes. Mais au contraire, le risque pays a continué d’augmenter. Actuellement, selon la banque JP Morgan, il atteint les 4 820 points, soit 38 fois plus élevé que celui du Chili, qui possède pourtant le même ratio dette/PIB que le Venezuela… On fait donc payer très cher à Caracas son choix démocratique d’un système socialiste.

Quant au blocus bancaire, tout au long de l’année 2017, et notamment après les sanctions de Donald Trump, les ruptures unilatérales de contrats au détriment du Venezuela se sont multipliées. En juillet, par exemple, l’agent de paiement Delaware a signalé que sa banque correspondante, la NCP Bank américaine, avait refusé de recevoir des fonds de PDVSA. En août, Novo Banco de Portugal a notifié à Caracas l’impossibilité d’effectuer des transactions en dollars en raison du blocage des banques intermédiaires américaines. Plus tard, la Bank of China-Frankfurt, un allié de Caracas, n’a pas non plus été en mesure de payer 15 millions de dollars dus par le Venezuela à la compagnie minière canadienne Gold Reserve. En novembre, plus de 39 millions de dollars – destinés à 23 opérations d’achats alimentaires pour les fêtes de fin d’année – ont été renvoyés à Caracas parce que les banques intermédiaires des fournisseurs n’ont pas accepté l’argent du Venezuela.

De surcroît, au début du mois de septembre, on a appris que la société financière Euroclear, une filiale de la banque américaine JP Morgan, avait bloqué un paiement de 1,2 milliard de dollars effectué par le gouvernement bolivarien pour acheter des médicaments et de la nourriture. Cela a empêché, en particulier, l’acquisition de 300 000 doses d’insuline. Dans le même temps, un laboratoire colombien appartenant au groupe suédois BSN Medical refusait d’accepter le paiement par le Venezuela d’une cargaison de primaquine, un médicament destiné au traitement du paludisme et de la malaria.

L’objectif de tous ces blocus est évidemment d’empêcher le gouvernement bolivarien d’utiliser ses ressources pour acheter la nourriture et les médicaments dont la population a besoin. Tout cela dans le but de pousser les gens à protester et de créer le chaos dans le système de santé, en mettant en danger la vie de milliers de malades.

Ici encore, grâce à ses relations internationales, le président a réussi, en novembre, à garantir l’arrivée urgente au Venezuela d’importantes cargaisons d’insuline en provenance de l’Inde. Des centaines de patients en danger de mort ont pu sauver leur vie. Ce fut sans doute une nouvelle victoire de Nicolas Maduro.

Pour briser le blocus financier, le président a annoncé en novembre une autre initiative : la création d’une monnaie numérique, le Petro.

Cette annonce a suscité un vif enthousiasme dans la communauté des investisseurs en cryptomonnaie, plaçant le Venezuela à l’avant-garde de la technologie et des finances mondiales. D’autant plus que le prix du Petro ne sera pas lié aux caprices et à la spéculation sur les marchés, mais sera associé à la valeur internationale des actifs réels tels que l’or, le gaz, les diamants et le pétrole. Le Venezuela a ainsi franchi un pas considérable pour disposer d’un mécanisme révolutionnaire de financement auquel aucune puissance étrangère ne pourra imposer de sanctions, ni boycotter l’arrivée de capitaux. En ce sens, le Petro constitue une autre victoire pour le président Maduro.maduro0509-OR630Il convient d’ajouter qu’au milieu de toutes ces batailles, et malgré l’effondrement du modèle de dépendance pétrolière, le président s’est soucié tout particulièrement de maintenir la continuité du socialisme bolivarien et de ce que les plus pauvres ne soient pas dépourvus d’école, de travail, d’un toit, de soins médicaux, de revenus, d’aliments…

Le gouvernement révolutionnaire n’a pas cessé de financer des travaux publics fondamentaux ou de bâtir des logements : en 2017, plus de 570 000 logements sociaux ont été construits. La Mission Barrio Adentro et toutes les missions sociales ont été maintenues. Le plan Siembra (semences) a été consolidé dans l’agriculture. La mission d’approvisionnement souverain a été prolongée. Les foires de productions rurales souveraines se sont multipliées. Au milieu de tant de tourments et d’attaques, le président Maduro a accompli un miracle social. La contre-révolution n’a pas pu arrêter l’avancée du socialisme.

Dans cette perspective, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP), un modèle centralisé de distribution directe de produits alimentaires, ont continué à se développer dans tout le pays et profitent aujourd’hui à quatre millions de Vénézuéliens pauvres qu’ils protègent contre les pénuries causées par la guerre économique.

En outre, le président Maduro a lancé de nouvelles initiatives sociales tout au long de l’année 2017. Le plus spectaculaire fut le Carnet de la Patrie, un nouveau document d’identité qui permet de connaître le statut socio-économique des citoyens à travers un système de codes QR, et qui favorise ainsi l’accès des familles nécessiteuses à l’aide sociale des missions socialistes. Fin décembre 2017, un total de 16,5 millions de citoyens avaient un Carnet de la Patrie.

Le président a également encouragé la création du mouvement « Somos Venezuela » (Nous sommes le Venezuela) afin d’accélérer le processus d’octroi des aides sociales. Les 200 000 brigadistes de « Somos Venezuela » ont pour tâche d’identifier, foyer par foyer, les besoins des familles modestes. Ils attribuent ensuite les allocations aux familles en fonction de leurs besoins réels. Un autre objectif important du mouvement « Somos Venezuela » est de garantir que 100 % des personnes de plus de 60 ans touchent une retraite, comme l’a promis Nicolas Maduro.

Le président a également proposé le plan « Chamba Juvenil » (Un chance pour les jeunes), qui s’adresse aux personnes âgées de 15 à 35 ans, dans le but de leur donner une formation pour leur permettre de trouver un emploi. Ce plan s’adresse en particulier aux étudiants universitaires sans emploi, aux jeunes non scolarisés, aux mères célibataires pauvres et aux enfants des rues. On estime que ce nouveau plan permettra l’accès de ces jeunes à environ 800 000 emplois.

Toutes ces avancées sociales ont sans aucun doute constitué les victoires les plus précieuses du président Maduro en 2017.

Nous pourrions également citer les succès obtenus dans le domaine de la politique étrangère, en particulier l’importante tournée internationale du président en Biélorussie, Algérie, Russie et Turquie en octobre, qui a débouché sur d’importants accords bilatéraux visant à gagner la guerre économique et sociale. Ou les négociations incessantes du président avec les Etats producteurs de pétrole (Opep et non-Opep) qui ont permis, en 2017, une hausse spectaculaire des prix du baril de plus de 23 %.

Citons également la grande offensive anticorruption lancée enfin, en novembre, avec l’annonce de plusieurs dizaines d’arrestations spectaculaires parmi la haute direction et les directeurs de Pdvsa et Citgo, y compris des dirigeants de premier rang. Rien de semblable ne s’était produit depuis cent ans dans l’industrie pétrolière vénézuélienne. Ce fut sans doute la victoire la plus commentée du président Maduro à la fin de 2017.

Pour finir, il faut rappeler que la destruction de l’image de Nicolas Maduro est le but principal des campagnes mondiales de propagande. Sans oublier la guerre numérique permanente dans la sphère d’Internet notamment sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, WhatsApp, Youtube, Instagram, etc. Toutes ces armes de manipulation de masse tentent de dégrader la figure du président et de manipuler la réalité vénézuélienne. Elles rendent invisible le niveau de soutien réel de larges pans de la population au président et cachent la violence de l’opposition. L’objectif est politique : soumettre le Venezuela bolivarien, acteur clé du système mondial, non seulement en raison de ses richesses considérables mais surtout à cause de son modèle révolutionnaire et social. Et évidemment de son importance géopolitique en tant que puissance anti-impérialiste d’influence régionale.

Jusqu’à présent, tous ces plans pour renverser Nicolas Maduro ont échoué. Comme il l’a dit lui-même : « L’impérialisme n’a pu nous asphyxier, et ne pourra rien contre la Révolution bolivarienne, sur quelque terrain qu’il nous cherche ». Au contraire, le président sort renforcé en 2017.

Cela lui a permis de reprendre l’initiative stratégique pour la pacification du pays. Préoccupé par la défense des grands intérêts nationaux et fidèle aux principes d’honnêteté et d’humilité maximale, Nicolas Maduro a proposé à l’opposition de s’asseoir à la table de négociations et de reprendre le dialogue. Cette fois-ci, dans le cadre neutre de Saint-Domingue (République dominicaine). Sur la base de la reconnaissance et du respect mutuels. Avec l’idée de rétablir une négociation nationale permanente comme méthode démocratique pour défendre l’intérêt supérieur de la nation et pour réguler le conflit qui surgit naturellement des divergences politiques au cours d’une révolution. Une telle avancée vers la paix a peut-être été la victoire la plus appréciée du président.

En cette année héroïque d’attaques brutales et d’agressions infinies, le chavisme a démontré sa force et sa capacité de dépassement, et a réussi à élargir sa base de soutien, augmentant les forces politiques et sociales qui soutiennent la révolution. Le chavisme apparait plus fort que jamais. C’est un soulagement et une espérance pour toute l’Amérique latine. N’en déplaise à ses ennemis, le président Nicolas Maduro a confirmé – avec ses douze brillantes victoires de 2017 – qu’il demeure, comme disent ses admirateurs, « in-des-truc-ti-ble ».

IGNACIO RAMONET

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

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Comment le nouveau Procureur Général Tarek William Saab a repris et accéléré la lutte contre la corruption au Venezuela

Tarek William Saab, nouveau Procureur Général du Venezuela

Le 15 octobre 2017, une opération conjointe de la police anti-corruption, de la sûreté de l’État et d’un groupe de juges a permis l’arrestation de 11 personnes liées à un des plus gros dossiers de corruption des dernières années au Venezuela : l’octroi de dollars préférentiels par l’Etat à des entreprises privées en vue d’importer des biens de première nécessité. Parmi les patrons appréhendés, Esbeir Ghali Doumat – de Biodanica S.A – a effectué des surfacturations pour plus de… 19000 % ! de 2011 à 2013 après avoir reçu 11,2 millions de dollars pour importer du dioxyde de titanium. Luz María García, José Luis Figuera, Leonardo Solorzano et Luis Alberto Romero, actionnaires privés de l’entreprise Aguas del Orinoco ont surfacturé de 16000 % l’importation d’acide phosphorique après avoir reçu de l’État 15 millions de dollars de 2004 à 2011. Etc… Avec ces arrestations le nombre de personnes inculpées atteint déjà 21 personnes, et autant de mandats d’arrêt ont été lancés contre d’autres entrepreneurs accusés de fraude à l’importation.

Ce dossier avait été mis sous le boisseau par la procureure générale Luisa Ortega Diaz : on avait même fini par croire que ce « cangrejo » comme disent les vénézuéliens à propos d’affaires inextricables, resterait à jamais impuni. Cette volonté de rattraper le temps perdu, on la doit au nouveau Procureur Général de la République : l’ex-Défenseur des Droits du Citoyen Tarek William Saab nommé à la tête du Ministère Public (MP) au milieu de troubles inédits au sein de cette institution et dans un contexte politique national extrêmement tendu. Cet ensemble de circonstances exceptionnelles explique la difficulté d’une tâche qui concerne, au-delà de Saab, tous les membres du gouvernement : le bras de fer pour redresser l’Etat depuis l’intérieur. Saab vient de recevoir publiquement l’appui le plus total de Nicolas Maduro, qui l’a pressé « d’accélérer les enquêtes, quelles qu’en soient les conséquences ».

 

Conférence de presse intégrale du Procureur Général de la République, le 18 octobre 2017.

 Après que l’opposition vénézuélienne a conquis électoralement l’Assemblée Nationale (AN) en décembre 2015, la gestion de la Procureure Générale Luisa Ortega Diaz (1) à la tête du Ministère Public, a contribué à démembrer l’Etat depuis l’intérieur, créant un terrain favorable à l’impunité des affaires les plus importantes en matière de financement du secteur privé ou de fraudes internes dans plusieurs macro-entreprises publiques. « En outre, le Ministère Public a favorisé l’impunité de ceux qui avaient planifié une confrontation violente avec appui paramilitaire pour plonger la société et l’Etat dans une situation de guerre » précise Saab. Une situation délétère qui a pris fin le 30 juillet 2017 grâce à la mobilisation citoyenne pour élire une Assemblée Constituante.

Le 5 août 2017, l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) lors de son premier jour de travail (à l’unanimité de ses membres et sur proposition de Diosdado Cabello), a approuvé la destitution de la procureure générale par le Tribunal Suprême de Justice. Ortega Diaz, soutenue par la majorité de droite de l’Assemblée Nationale et des membres de la Table de l’Unité Démocratique (MUD, coordination de l’opposition) s’est opposée à cette décision, avant de prendre la fuite vers la Colombie.

C’est dans ce contexte que Tarek William Saab a été désigné par la Constituante pour prendre la tête du Ministère Public (MP), avec un lourd handicap : Ortega Diaz laissait derrière elle un réseau de corruption particulièrement complexe d’extorsions, de passivité délibérée, d’impunité organisée.

Les cas étudiés par l’actuel cabinet du Procureur Général de la République (FGR) sont variés et ont des ramifications diverses; mais, mise à part la permissivité déjà mentionnée vis-à-vis des violences de l’extrême droite, tous les cas ont un dénominateur commun: les détournements de fonds.

Au cours du bilan de son premier mois de gestion devant la Constituante au siège du Palais Fédéral Législatif, Tarek William Saab a évoqué le cas de Cadivi-Cencoex (organismes publics chargés de l’octroi des dollars préférentiels) en faisant remarquer que 80% des entreprises jugées pour irrégularités dans l’utilisation des devises ont bénéficié d’un non-lieu et seulement 20% ont été sanctionnées.

Saab a expliqué qu’ une de ces compagnies, principalement dans le secteur de l’alimentation, spéculaient à 82.000% sur les importations de Cencoex : « D’après moi une partie de l’origine du drame que traverse notre pays se trouve dans l’affaire Cadivi-Cencoex ». Il a insisté sur le fait qu’il faut geler des comptes, rapatrier l’argent et arrêter toutes les personnes impliquées dans cette affaire. « L’ex-procureure générale de la République avait tout caché et archivé, c’est elle la principale responsable ».

L’ex-Procureure Générale Luisa Ortega Diaz

Mercredi 27 septembre, au cours d’une conférence de presse, le Procureur Saab a également annoncé que 900 entreprises ont fait des bénéfices en surévaluant des produits chimiques obtenus grâce à l’attribution de devises par Cadivi-Cencoex ; 19 d’entre elles sont mises en examen par le MP.

Il a donné des détails sur 3 d’entre elles. « Nous avons perquisitionné à quatre reprises la Corporation Bates Hill CA, chargé des services funéraires. Elle a enregistré une filiale au Panama qui lui permettait de détourner les devises. A partir de cette entreprise 25 autres entreprises ont été créées qui ont dévié 17,2 millions de dollars » a déclaré Saab. Les frères Juan Miguel et Andrés Lozano Espinoza ont été arrêtés « en raison de leur implication dans les délits d’obtention illicite de devises, de blanchiment de capitaux et d’association de malfaiteurs ».

Tarek William Saab a précisé qu’ils ont reçu plus de 15 millions de dollars puisqu’« ils ont tiré profit de la simplification des démarches. Je pense que tout cela n’a pas pu se faire sans complicité ». On calcule que les surcoûts ont atteint 130.000%. Magma Mineral Glob, dont le propriétaire est Walter Jaramillo a reçu presque 9 millions de dollars. Jaramillo a pris la fuite et est actuellement recherché par Interpol. Sans adresse fiscale, la Coopérative Fortezza Da Brazzo RL, a reçu 28 millions de dollars entre 2005  et 2013. Ses actionnaires, Elisaúl Tejada, Isaberio Porta, José Rosario et Laura Muñoz sont également recherchés par Interpol.

La finalité de l’enquête selon Saab : rapatrier les capitaux cédés à des entreprises privées par l’Etat.

C’est ainsi que tout un réseau de corruption a été révélé ; il implique depuis des fonctionnaires publics jusqu’à des entreprises, qui, tous, ont été mis en examen. Le sujet est si sensible qu’il a fallu que l’organisme de Défense des Droits du Citoyen intervienne dans ces processus d’enquêtes qui avaient été relégués au fond des tiroirs par l’ancienne gestion du MP.

La réouverture des dossiers est un sujet qui, même s’il semble administratif et associé à l’économie, est un point d’honneur politique. C’est dans le détournement de devises que réside la plus haute, pernicieuse et traditionnelle corruption dans l’économie pétro-rentière vénézuélienne. On perçoit enfin une volonté politique de rechercher les responsables des désastres de la guerre économique au plus haut niveau.

Saab a été formel en ce qui concerne le but des enquêtes sur ces dossiers : rapatrier les capitaux accordés à des organismes privés par le réseau d’extorsion et le « cabinet privé » de Luisa Ortega, où des procureurs demandaient de l’argent pour ne pas formuler d’accusation contre les personnes concernées par les enquêtes ouvertes par le ministère public.

Cette affaire a conduit à l’imputation de German Ferrer, l’époux de l’ex-procureure et à la perquisition de leur domicile, en raison de la découverte de plus de 6 millions de dollars sur des comptes ouverts dans des paradis fiscaux par un groupe de procureurs du Ministère Public, désignés par Ferrer lui-même et Gioconda Gonzalez, adjointe de l’ex-procureure Luisa Ortega et directrice du bureau de cette institution pendant de nombreuses années.

L’enquête contre ce réseau d’extorsion organisé au plus haut niveau a visé l’avocat José Rafael Parra Saluzzo (2), propriétaire du cabinet Parra Saluzzo, qui a été arrêté à la mi-septembre,  accusé d’’extorsion, d’association de malfaiteurs et de trafic d’influences.

D’après Saab, l’organisation destinée à l’extorsion « a commencé comme un cartel, une mafia du plus haut calibre », depuis des petits fonctionnaires jusqu’à des personnes faisant partie de la plus haute hiérarchie ». Parmi les délits « les plus visibles » on trouve « le trafic d’influences, la perception de commissions » a-t-il affirmé. « Pour tout cela (l’ex-procureure Luisa Ortega) disposait d’un cabinet à son service, et nous avons des preuves… Un citoyen nommé Parra Saluzzo… C’est ce même cabinet qui a été engagé pour les affaires les plus scandaleuses de ces derniers temps » a précisé Saab.

L’ex-député chaviste Germán Ferrer, époux de Luisa Ortega Díaz.

L’ouverture de cette enquête et les révélations exposées sur la place publique ont provoqué la fuite de Luisa Ortega et de son époux German Ferrer qui ont précipitamment quitté le pays. Ortega a depuis multiplié les effets d’annonce sur les preuves qu’elle détiendrait à propos de la corruption du président Maduro.

Par ailleurs Tarek William Saab a contribué à « faire sauter le bouchon » de la plus grande affaire de  corruption au sein de l’industrie du pétrole du Venezuela de l’histoire récente. Il s’agit d’un détournement lié au projet phare de l’Etat, la Bande Pétrolifère de l’Orénoque (Faja Petrolifera del Orinoco – FPO). Ici Luisa Ortega Diaz semble mêlée de près au détournement estimé à au moins 200 millions de dollars au détriment de la nation, lors de négociations de l’entreprise nationale de pétrole Pdvsa « réalisées par la direction de la Bande Pétrolifère de l’Orénoque ( Faja Petrolifera del Orinoco) ».

« Je tiens pour responsable et j’accuse directement l’ex-titulaire du Ministère Public de cette permissivité, et je le dis sans détour, dans le détournement d’argent via des contrats de Pdvsa au détriment de la nation signés par la direction de la Bande Pétrolifère de l’Orénoque dans la période comprise entre 2010 et 2016 »

L’enquête de Saab a freiné le « coup d’État pétrolier ».

Le nouveau Procureur Général Saab a indiqué que Pdvsa (entreprise publique du pétrole) a collaboré dans l’enquête et que  « des contrats de services et d’approvisionnements avec d’importantes surtaxes ont été découverts » ce qui a conduit à une « investigation partielle ».  « Nous avons retenu un échantillon de 12 contrats avec 10 entreprises » parmi lesquelles se trouvent  Cuferca, Cooperativa Servicio de Oriente, Servicios Construcciones Romara y Metroemergencias. Le surcoût des contrats est estimé à 230%.

Il a également signalé qu’il a demandé à la Cour des Comptes et à Pdvsa de désigner des inspecteurs pour évaluer les modalités des contrats, et a indiqué que les propriétaires des entreprises seraient cités à comparaître pour expliquer les chiffres. Les délits qui pourraient leur être imputés dans ce cas sont ceux d’occultation de malversations concernant des licitations, détournement de fonds publics, association de malfaiteurs.

Cette affaire a fini par révéler un réseau très solide de détournement d’actifs nationaux, et a permis la désactivation de fait d’un « complot pétrolier » contre les finances du pays et contre les associations internationales de Pdvsa  qui s’opèrent avec des entreprises alliées et amies grâce à des entreprises mixtes. Le président Maduro a exigé de « nettoyer en profondeur » l’entreprise pétrolière.

La Frange Pétrolière de l’Orénoque et les entreprises associées.

Un mandat d’arrêt a été lancé contre Carlos Esteban Urbano Fermin, membre du groupe Cufeca, propriétaire de l’entreprise Constructora Cuferca, l’illustre. Comme l’a signalé le site internet d’investigations « La Tabla », la compagnie Cuferca est propriétaire d’un groupe dirigé par le chef d’entreprise  Carlos Urbano Fermin. Il s’agit d’un regroupement constitué à l’origine par une société de construction, une compagnie de transport et une manufacture de bois. A l’extérieur Urbano Fermin apparaît comme le directeur de trois compagnies déclarées à Miami en 2012, dans lesquelles se trouvent une entreprise de construction et la firme Grand Coke, qui le relie aux affaires en lien avec ce sous-produit du pétrole brut. Il fait également partie de six entreprises créées au Panama en 2014, et d’une autre en République Dominicaine en 2016. Le groupe Cuferca est partenaire de l’entreprise mixte Servicios Logisticos Petroleros Orinoco (constituée en octobre 2014)  avec Pdvsa comme associé principal. Cuferca a été mise en examen pour irrégularités lors de l’achat de FPU (Unités flottantes de production)  – qui n’ont jamais été mises en place – pour l’industrie du pétrole, où des contrats signés avec les entreprises publiques Petropiar, Petrocedeño et Petromonagas, entreprises mixtes de la FPO ont été trouvés.

L’avocat José Rafael Parra Saluzzo a été engagé par Cuferca pour conseiller l’entreprise en matière de défense pénale dans le procès ouvert suite à l’enquête sur les FPU. La Sudeban a découvert des transactions considérées comme irrégulières entre Cuferca et Parra Saluzzo, ce qui a donné lieu à un rapport d’activité suspecte en juillet dernier et la mobilisation des autorités de police qui ont agi contre cet avocat.

Saab a indiqué que le cabinet de Parra Saluzzo représentait également la macro-entreprise brésilienne Odebrecht au Venezuela, face aux accusations de corruption portées par différents parquets de la région. En ce qui concerne l’affaire qui implique l’entreprise de construction brésilienne, Saab a déclaré qu’Odebrecht livrerait des témoignages de personnes impliquées dans la machination frauduleuse, tout cela dans le cadre de réunions de travail entre la nouvelle institution pénale publique, et la compagnie brésilienne au Venezuela. Il faut rappeler que Parra Saluzzo est le même opérateur privé dans le réseau d’extorsion découverte au sein du Ministère Public, et maintenait des relations étroites et fréquentes avec des fonctionnaires de confiance du bureau du Procureur Général de l’ex-procureur Luisa Ortega Diaz. De plus il a représenté à plusieurs reprises juridiquement le leader de l’aile la plus violente de l’extrême droite, Leopoldo Lopez.

Une première conclusion sur le nouveau rôle du Ministère Public

Tarek William Saab fait contre la corruption ce que de nombreuses personnes ont réclamé depuis longtemps dans la rue : accélérer les enquêtes appropriées et agir de façon concrète.

Le développement d’un réseau de corruption avec des ramifications essentielles comme l’industrie du pétrole et l’importation de biens grâce aux devises donnés par l’Etat menaient à une fracture du gouvernement depuis l’intérieur. Faut-il rappeler que 96% des devises du Venezuela proviennent de Pdvsa ? Le fait que des délits graves aient été commis dans les grands projets pétroliers locaux, comme dans le cas de l’entreprise mixte Petro Zamora est un exemple de sabotage qui confine à un acte de guerre en raison des conséquences qu’il entraîne. Pdvsa est une des entreprises les plus importantes du monde, la première dans la région et la cinquième au niveau mondial, qui gère pour l’Etat et la population du Venezuela les  réserves pétrolières souterraines les plus importantes. Ce problème a des répercussions géopolitiques puisque plusieurs entreprises de différents pays liées au développement de l’industrie énergétique locale travaillent dans la Frange Pétrolière de l’Orénoque.

A une époque où le pétrole vénézuélien est évalué en yuans comme alternative au joug du dollar nord-américain, on comprend l’importance de mettre de l’ordre dans les ressources dont dispose le Venezuela, ainsi que dans celles qui vont se développer grâce à des accords avec des partenaires de poids sur l’échiquier géopolitique comme la Chine, la Russie ou l’Iran.

Quant au réseau de  corruption observé depuis longtemps autour de Cadivi-Cencoex, il est peu à peu dévoilé avec des noms et des prénoms, des mises en examen et des enquêtes en cours dans le but de rapatrier les capitaux qui ont été attribués aussi bien à des sociétés d’importation d’aliments, de médicaments et d’autres qui travaillent depuis longtemps avec l’Etat qu’à des entreprises « fantômes », appelées aussi « entreprises-valises » dont les fonds se trouvent à l’étranger (dans des paradis fiscaux) comme l’a décrit Saab lui-même.

L’affaire du géant brésilien Odebrecht, d’un autre côté, a constitué un thème clef dans la mesure où il s’agit d’une initiative venant du Département de justice nord-américain, avec une juridiction aux Etats-Unis à laquelle s’est plié le reste des pays alignés à la politique extérieure des Etats unis dans la région latino-caribéenne; son but est de destituer et de judiciariser la classe politique au détriment d’une politique judiciaire qui respecte les projets nationaux des pays impliqués dans ce réseau. L’initiative de lutte contre la corruption de la part du nouveau MP, avec Tarek William à sa tête, a un mobile différent de celui du juge  brésilien Sergio Moro : protéger le pays de l’internationalisation de la justice dans un but de déstabilisation de l’État. Les actions du nouveau Procureur laissent entendre à la société vénézuélienne tout entière, que  non seulement toutes les affaires qui mettent en cause la sécurité nationale du Venezuela seront résolues quelles qu’en soient les conséquences, mais aussi que sera rétabli l’ordre juridique à l’intérieur de l’Etat-nation vénézuélien. Etat dont la destruction est l’objectif prioritaire de la part du Pentagone et de l’élite néolibérale qui gouverne les Etats-Unis.

Notes :

(1) Lire Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie II) : le digne chavisme de Mr. Bourdin

(2) Ibid.

Source : http://misionverdad.com/gobierno-bolivariano/las-cruzadas-del-ministerio-publico-trabajo-especial

Traduction : Pascale Mantel

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Contre qui se bat la révolution?

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La révolution a devant elle un adversaire politique national en faillite : pas de leadership populaire, des élections primaires tristes, solitaires et ultimes, des partis à couteaux tirés, une absence de discours national, des dirigeants dont les incohérences sont condamnées par leur base sociale, des scènes qui frisent le ridicule. Une droite tragi-comique qui ne prête pas à rire avec son solde de morts. La seule tentative d’insurrection d’avril à juillet a fait 159 victimes, sans parler de toutes les formes de violence, avec une prédilection pour brûler vifs les chavistes ou les pauvres.

Un tel tableau est une évidence pour tous, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. En premier lieu  pour la droite elle-même qui a concentré son initiative à parcourir l’Europe et les Etats-Unis pour obtenir- mendier est le mot qui apparaît parfois- des appuis diplomatiques et de plus fortes sanctions économiques. Les résultats sont visibles sur les photos avec Angela Merkel, Emmanuel Macron, Mariano Rajoy, dans les déclarations de Benjamin Netanyahu et, surtout, dans toute l’offensive publique étasunienne, qu’il s’agisse de la tournée latino-américaine du vice-président ou des déclarations de Donald Trump.

Le dernier évènement a été le discours de Trump devant l’Organisation des Nations Unies (ONU) où il qualifia le Venezuela de « dictature socialiste » à classer parmi les « régimes qui sont les fléaux de la planète »  – brandissant la menace de « nouvelles mesures » et en appelant à l’action internationale. De nouvelles mesures, c’est-à-dire, de nouvelles attaques,  ce qui signifie  approfondir celles qui ont déjà été prises dans le domaine économique, qui ont pour objectif  d’encercler l’économie vénézuélienne, de la bloquer, et de la pousser à la cessation de paiement.

Des sanctions, ce qui signifie aussi l’utilisation  de la force. Les déclarations de Trump à propos de la possibilité  d’intervenir  militairement  contre le Venezuela datent de quelques semaines seulement. Il a été dit que ce ne serait pas comme un épisode du Vengeur Captain America  ni comme le débarquement en Irak – du moins est-ce l’hypothèse la plus improbable-  mais il y a des signes qui indiquent que la variable armée est en marche.

En premier lieu,  la nouvelle configuration interne avec l’extension des paramilitaires, des actions comme les assauts lancés contre des casernes, des commandos de jeunes entraînés aux affrontements de rue et au maniement d’armes de fabrication artisanale et d’armes de guerre. A combien évaluer ces forces  et leurs possibilités d’action sur le terrain ? Cela reste à voir au cas où cette option serait activée.

En second lieu, des mouvements comme l’exercice militaire « L’Amérique Unie » sous la direction des Etats-Unis, qui doit avoir lieu à la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Pérou. Une attaque contre le Venezuela pourrait provenir de la frontière amazonienne du sud, de la frontière andine- base arrière et tête de pont paramilitaire- avec la Colombie, de la zone maritime du Nord. L’évolution de ces possibilités, lointaines mais de plus en plus proches, est en lien avec les négociations et les pressions exercées sur les gouvernements subordonnés du continent. Avant les déclarations à l’ONU, Trump avait rencontré les présidents de la Colombie, du Brésil et du Panama. La conspiration est au grand jour.

Les Etats-Unis ont toutes les variables en main. Elles peuvent être activées selon le cours des évènements,  la nécessité d’influer sur leur développement –l’accélérer, par exemple-  les conditions et les divergences à l’intérieur des facteurs  de pouvoir de l’empire lui-même, ainsi que les alliances économiques, politiques et militaires que Nicolas Maduro pourrait déployer, en particulier avec la Russie et la Chine. Une chose est claire : la révolution se bat contre les Etats- Unis  et les grandes entreprises pétrolières qui opèrent dans l’ombre. La bataille du Venezuela est une partie du conflit géopolitique mondial.

***

Si vous me demandez qui est l’ennemi de la paix et de la souveraineté du Venezuela, je vous réponds Mister Trump, mais si vous me demandez quel est le pire ennemi et le plus dangereux pour l’avenir du Venezuela, je vous réponds, moi, la bureaucratie, la corruption, l’indolence, les malfaiteurs et les malfaitrices qui sont à la tête de charges publiques et ne respectent pas le public (…) ceux qui ont des charges publiques et se consacrent à voler le peuple, c’est contre eux que nous devons mener une bataille sans merci. »

Telles furent les paroles de Maduro le jour même des déclarations de Trump à l’ONU. Il les prononça à la fin de la mobilisation anti-impérialiste qui se tint à Caracas dans le cadre du sommet de la solidarité internationale. Ce furent les plus applaudies de son discours, signe évident –un de plus-  que la corruption est l’un des débats les plus urgents à l’intérieur de la révolution. Ce n’est pas la première fois que le président l’aborde, elle avait aussi figuré dans son discours devant l’Assemblée Constituante de la Nation (ANC) ces jours derniers.

Il s’agit d’un sujet qui commence à prendre de la place dans la parole publique. Cela est dû à la gravité du problème, à l’urgence des temps, à leur complicité avec la situation de guerre/crise économique, aux épisodes politiques récents,  en particulier le cas du Procureur Général. Il ne semble pas possible de trouver une solution à l’actuelle situation économique et politique  sans s’attaquer à la corruption qui semble avoir gagné du terrain  de façon transversale. Elle est présente, par exemple, dans le pouvoir judiciaire, dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque, dans l’assignation de devises pour les importations.

Pareils cas ont émergé des enquêtes lancées depuis le Bureau du nouveau Procureur Tarek William Saab. Le bilan de la situation de ce pouvoir public révèle que, pendant dix années, une mafia s’est constituée en son sein. C’est-à-dire, depuis 2007, alors que Hugo Chávez était président et que les principales variables de la révolution étaient en plein développement. Les racines de la corruption sont profondes, elles expliquent en partie pourquoi, par exemple, la production nationale n’atteint pas son développement, ou pourquoi  il n’y a pas eu de prisonniers au cours des trois mois d’insurrection et qu’il a fallu recourir à des jugements militaires.

Plus encore : c’est l’un des points de connexion entre l’ennemi extérieur et l’ennemi intérieur. La stratégie d’attaque économique œuvre pour créer et étendre des foyers de corruption à des secteurs et des territoires centraux de l’économie afin de saboter, freiner et casser. C’est le cas du pétrole, où l’objectif -dans un scénario de bas prix qui se maintient depuis 2014- est l’effondrement de l’industrie à travers la réduction de la production. Dans le cas du Venezuela où le pétrole assure environ 95% du revenu du pays, cela reviendrait à asphyxier encore plus les possibilités économiques pour importer et produire.

C’est là aujourd’hui, l’un des principaux fronts de la révolution.  C’est un combat complexe, en raison des ramifications qui existent à l’intérieur de l’Etat, des espaces de direction, car s’attaquer à la corruption signifie déclencher des mouvements à l’intérieur du processus qui, c’est bien connu, sont ensuite utilisés par les Etats-Unis qui dispensent bénédiction et protection aux traitres et aux corrompus.

La conclusion est la simultanéité de la lutte : on ne peut combattre sur le front extérieur et geler la lutte interne, laquelle à son tour est liée à la lutte externe. La révolution doit affronter l’empire, la trahison et l’histoire. Chávez l’avait bien dit : ce n’est pas un chemin de roses qui s’ouvre à nous.

Marco Teruggi /  Photo: Iwan Baan

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/21/contra-quien-pelea-la-revolucion/

Traduction : Michèle ELICHIRIGOITY

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Le Venezuela se rebelle contre le pétrodollar (Il Manifesto)

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par Manlio DINUCCI

“A partir de cette semaine le prix moyen du pétrole est indiqué en yuan chinois”, a annoncé le 15 septembre le Ministre vénézuélien du pétrole. Pour la première fois le prix de vente du pétrole vénézuélien n’est plus indiqué en dollars.

C’est la réponse de Caracas aux sanctions lancées par l’administration Trump le 25 août, plus dures que celles de l’administration Obama en 2014 : elles empêchent le Venezuela d’encaisser les dollars venant de la vente du pétrole aux Etats-Unis, plus d’un million de barils par jour, dollars jusqu’ici utilisés pour importer des biens de consommation comme les produits alimentaires et les médicaments. Les sanctions empêchent aussi le commerce de titres émis par la Pdvsa, la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélienne.

Washington vise un double objectif : augmenter au Venezuela la pénurie des biens de première nécessité et donc le mécontentement populaire, sur quoi s’appuie l’opposition interne (subventionnée et soutenue par les USA) pour abattre le gouvernement Maduro ; mettre l’Etat vénézuélien en default, c’est-à-dire en faillite, en l’empêchant de payer les échéances de la dette extérieure : c’est-à-dire mettre en faillite l’Etat qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde, presque dix fois celles des Etats-Unis.

Caracas essaie de se soustraire à l’étreinte étouffante des sanctions, en cotant le prix de vente du pétrole non plus en dollars USA mais en yuan chinois. Le yuan est entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats futures (contrats à terme) d’achat-vente du pétrole en yuan, convertibles en or. “Si le futur prenait consistance, en érodant ne serait-ce qu’une partie de l’écrasant pouvoir des pétrodollars, ce serait un coup retentissant pour l’économie américaine”, commente Ie quotidien Il Sole 24 ore.

Ce qui est mis en question par la Russie, la Chine et d’autres pays n’est pas seulement l’énorme pouvoir du pétrodollar (monnaie de réserve tirée de la vente du pétrole), mais l’hégémonie même du dollar. Sa valeur est déterminée non pas par la réelle capacité économique étatsunienne, mais par le fait qu’il constitue quasiment les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie avec laquelle on établit le prix du pétrole, de l’or et des marchandises en général. Ceci permet à la Federal Reserve, la Banque centrale (qui est une banque privée), d’imprimer des milliers de milliards de dollars avec lesquels est financée la colossale dette publique étasunienne -environ 23 mille milliards de dollars- à travers l’achat d’obligations et autres titres émis par le Trésor.

Dans ce contexte, la décision vénézuélienne de détacher du dollar le prix du pétrole provoque une secousse sismique qui, depuis l’épicentre sud-américain, fait trembler tout l’édifice impérial fondé sur le dollar. Si l’exemple du Venezuela se répandait, si le dollar cessait d’être la principale monnaie du commerce et des réserves monétaires internationales, une immense quantité de dollars se trouverait mise en circulation sur le marché faisant s’écrouler la valeur de la monnaie étasunienne.

Voilà le réel motif pour lequel, dans l’Ordre exécutif du 9 mars 2015, le président Obama proclamait “l’urgence nationale face à l’inhabituelle et extraordinaire menace posée à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis par la situation au Venezuela”. Ce même motif pour lequel le président Trump annonce une possible “option militaire” contre le Venezuela. Elle est en préparation au U.S. Southern Command, dont l’emblème est l’Aigle impérial qui domine Centre et Sud Amérique, prêt à plonger avec ses serres sur celui qui se rebelle contre l’empire du dollar.

Note de Venezuelainfos : un brin de mémoire historique ne nuisant pas à la compréhension du présent, citons Morgan Sportès dans « Le mai 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler » : 

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« La seule chose que les Américains n’ont jamais pardonné à De Gaulle, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN, ni son fameux discours de Phnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, mais c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar ». (..) De Gaulle, Che Guevara de la finance (et autrement dangereux qu’un Che Guevara puisqu’il dirigeait une nation puissante munie de l’arme atomique) avait envoyé la marine nationale aux États-Unis, acte hautement symbolique, pour remporter « son or » en échange de billets verts, monnaie de singe dont il ne voulait plus. (..)

Là, il visait juste, il visait où ça fait mal. Et il a essayé d’entrainer avec lui, dans cette aventure (se débarrasser des dollars-papier), l’Afrique du sud, les pays arabes, la Russie, la Chine… Les stocks d’or US fondaient. (..)

Dans le même esprit il avait élaboré une défense « tous azimuts », ses missiles nucléaires devant être tournés vers l’est mais aussi vers l’ouest (le général Ailleret, metteur en œuvre de cette politique, mourrait opportunément dans un accident d’avion en mars 68, à la veille du fameux mois de mai). Qui sait, disait de Gaulle pour justifier cette politique, qui gouvernera les États-Unis et la Russie dans quelques décennies. (..)

Tandis que les pavés volaient, les stocks d’or français s’envolaient. La guerre contre le dollar, ourdie par de Gaulle se retournait en offensive spéculative contre le franc… Le paradoxe du gauchisme, – et sa vérité farcesque – c’est que prétendant abattre la société bourgeoise, il avait derrière lui tous les notables, tous les nantis qui rêvaient d’abattre la statue du Commandeur gaullienne (car la France est le seul pays où le mouvement mondial de mai a pris un tour directement politique : renverser un gouvernement).

Aux USA une campagne de presse antigaulliste d’une violence et d’une bêtise inouïes battait son plein… Les sentiments de la CIA à l’égard de de Gaulle, nous les connaissons grâce à un rapport de Richard Helms au président Johnson du 30 mai 1968 dénonçant dans le général un dictateur qui ne pourra se maintenir au pouvoir qu’en versant des fleuves de sang.»

Source:  Edition de mardi 19 septembre 2017 de Il Manifesto :  https://ilmanifesto.it/il-venezuela-si-ribella-al-petrodollaro/,

Traduit par Le Grand Soir : https://www.legrandsoir.info/le-venezuela-se-rebelle-contre-le-petrodollar-il-manifesto.html

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Contrôle des prix des aliments, hausse du salaire, impôt sur les grandes fortunes et affranchissement du dollar : Maduro poursuit l’offensive contre la guerre économique

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Mesures annoncées par le Président de la République, Nicolás Maduro, dans son discours à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) ce 7 septembre

La Loi de sécurité d’approvisionnement et de prix fixes : « Loi du Plan 50. » La discussion débutera vendredi avec celle-ci, à partir de la Grande Mission de l’Approvisionnement Souverain et les secteurs de la production, de la distribution, les consommateurs et le pouvoir populaire pour créer un nouveau système de fixation des prix de vente maximum pour le public de 50 produits et services essentiels. L’Etat jouera un rôle fondamental avec un procureur et un contrôleur de ces prix. Parmi les produits concernés : le lait pasteurisé, le lait en poudre, la mayonnaise, la margarine, la mortadelle, la farine de blé pour la boulangerie, les pâtes alimentaires, le poulet, la turbina, le cococoro2, le thon, la sardine, le beurre, le fromage blanc dur, le jambon de porc, le savon en pain, le savon de bain, d’huile, entre autres.

Pour Maduro, la solution ne peut être un gel des prix « déphasé et irréaliste, » c’est pourquoi on cherche des consensus « pour les bonnes solutions » par le dialogue mais on a besoin du peuple mobilisé dans la rue et de la justice agissant à temps. On ne peut pas non plus envisager comme solution la libération des prix. J’ai affirmé que le Gouvernement ne laissera pas le peuple seul.

La seconde loi vise à créer un réseau d’inspecteurs citoyens dans les Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) et dans les Conseils Communaux. Maduro a indiqué qu’ils « doivent être les yeux, les oreilles et les mains des quartiers, des communautés, des rues et des villes du Venezuela » pour surveiller les prix en leur donnant une présence juridique et un pouvoir d’action. Ces procureurs du peuple doivent être accompagnés par un procureur d’office et par un défenseur du peuple qui puissent arrêter ceux qui violent la loi pour qu’ils soient jugés par es tribunaux.

La troisième loi autorise le fonctionnement de bureaux de change dans tout le pays (et pas seulement dans les zones frontalières) pour vaincre les mécanismes de fixation des prix du dollar depuis Miami (à travers le site Web d’opposition “DolarToday”). Ils seront dirigés par la Banque Centrale du Venezuela et la Commission de l’Economie Nationale.

La quatrième Loi touche la Promotion et la Protection de l’Investissement Etranger au Venezuela qui permettra d’améliorer les conditions d’investissement des entreprises étrangères.

La cinquième loi établit un nouveau régime pour les investisseurs et un nouveau régime fiscal pour le développement souverain de l’Arc Minier de l’Orénoque. Il a souligné que le mois dernier,  unnouveau lot de 540 kg d’or produit de l’exploitation minière sont entrés dans les réserves internationale. On voudrait qu’un tiers des devises qui entraient par la rente du pétrole soit couvert par le développement minier.

La sixième loi cherche à payer l’impôt de façon juste et à créer des impôts pour ceux qui se sont enrichis pendant la guerre économique. « Que les plus riches paient le développement économique du pays. » Il a demandé une enquête spéciale dans les 30 jours pour déterminer qui sont les bénéficiaires des grandes fortunes surgies de la guerre économique. Il a demandé à l’ANC de déterminer l’origine et la localisation de ces grandes fortunes grâce à sa commission de contrôle.

La septième loi crée l’Unité Fiscale Punitive « pour que tous les délits commis dans le domaine économique contre le peuple soient poursuivis, des plus petits aux plus grands et qu’ils soient rapportés jusqu’à al façon de marcher. » On appliquera la loi à toute personne qui spécule ou fait de la contrebande d’aliments. Il a souligné que les lois actuelles appliquent des amendes dérisoires à ceux qui commettent ces infractions. Maduro a indiqué que le système de facturation électronique pour les 5 000 grands contribuables du pays devrait être installé dans les 30 jours pour qu’ils « paient au pays, respectent l’économie et qu’ils prennent le minimum. » Le ministre des Finances et vice-président Ramón Lobo reste en place.

La huitième loi crée AgroSur: un grand consortium ou une grande corporation agro-alimentaire qui coordonne tous les efforts du pays pour la production des 20 secteurs principaux, s’occupe des matières premières, du conseil, de la machinerie et de tout le processus de production au Venezuela. La semaine prochaine, il y aura un acte de stimulation de l’économie de production locale et socialiste avec une série de recommandations pour les crédits et les matières premières.

12 millions de CLAP

Le Président Maduro a annoncé qu’une effort sera fait pour produire et remettre 12 millions de CLAP par mois à 6 millions de foyers à raison de 2 CLAP par mois pour chacun. On encouragera la production locale des produits de la caisse.

Baisse de l’IVA pour ceux qui paient avec des cartes de crédit

D’autre part, le Président a annoncé la mise en place de mesures pour stimuler la paiement électronique grâce à des cartes de crédit ou à des virements. Il a indiqué que, à partir de lundi, les transactions payés électroniquement auront un taux d’IVA réduit de 5 points. Il sera également obligatoire de recevoir les paiements de tous les services publics du pays par la voie électronique et il y aura une réduction des Impôts sur le Revenus pour toutes les transactions et les paiements électroniques en 2018.

Il a dénoncé que « les banques ont permis la détérioration des points de retrait automatiques, des points de vente et du système de paiement électronique, » ce qu’il considère comme un sabotage ; « C’est une guarimba bancaire ! Resterons-nous les bras croisés ? Ils doivent rétablir tous les mécanismes de paiement et ils doivent fonctionner à 100%, sans retards, sans sabotages et sans guarimbas ! »

Maduro a dit que les ministères et les institutions publiques doivent se transformer car ils se comportent plus comme des membres de l’Etat bourgeois que du peuple et de l’Etat révolutionnaire. « Il faut aller voir dans les rues, inspecter, voir qui profite et amasse de grandes richesses en volant le peuple. »

Maduro a signalé la nécessité de reprendre le chemin du socialisme du XXI° siècle pour vaincre la guerre économique. « Le Commandant Chávez en a jeté les bases mais nous avons abandonné beaucoup d’entre elles ! » a-t-il reconnu et il a appelé instamment à reprendre le chemin du socialisme en s’éloignant des formules trop étatiques. 

Le Venezuela mettra en place un nouveau système de paiements basé sur des monnaies différentes du dollar

A propos des sanctions envers le Venezuela, Maduro a déclaré que le pays mettra en place un nouveau système de paiement international et un panier de monnaies (comme l’euro, le yuan chinois, le rouble russe) pour offrir, payer et être payé « et nous libérer du dollar. » Maduro a indiqué que « c’est immédiat, c’est un ordre qui commence déjà à être mis en place à tous les niveaux. » On espère qu’avec le Venezuela à l’avant-garde, cela ouvre la porte à un nouveau système international qui se libère des conditions que les Etats-Unis fixent avec le dollar.

Il a indiqué que le DICOM (système de change public vénézuélien) commencera à fonctionner en yuans la semaine prochaine. Il a aussi dit que si l’Union européenne fait ces des demandes de Julio Borges et applique des sanctions au Venezuela, l’euro sera sorti de ce panier de paiements.

Conversations avec des détenteurs de bons de la dette publique

Il y aura aussi des conversations avec des détenteurs de bons de la dette publique vénézuélienne qui sont principalement des investisseurs états-uniens et canadiens. Il y aura des rondes de négociations et après celles-ci, le Venezuela prendra une position pour défendre la sécurité juridique de la République, a indiqué le Chef de l’Etat.

Les exportateurs n’ont pas payé le Gouvernement

Le Président Maduro a aussi dénoncé le fait qu’une série d’entreprises a qui on a procuré des devises pour les aider à exporter dans le cadre du Plan Economique Bolivarien ne les ont pas payés et n’a pas rendu l’argent, une somme de quelques 1 000 millions de dollars.

Il a indiqué qu’on a remis plus de 250 millions de dollars à un groupe d’entreprises pour l’exportation mais qu’elles n’ont rendu que 40 millions à l’Etat. Les organismes qui devaient toucher l’argent ne l’ont pas fait et il a exhorté l’Assemblée Nationale Constituante et les organes compétents à enquêter sur ce qui s’est passé.

Conséquences des sanctions

Le Président a signalé plusieurs choses graves produites par les sanctions imposées au Venezuela par les Etats-Unis, sanctions dont il a rendu responsable Donald Trump et le dirigeant de l’opposition Julio Borges. Une banque internationale a déclaré ne pouvoir recevoir des ressources d’une autre entité de l’ordre de 1,5 million de dollars « que si nous les avons, » à cause des sanctions. Ces ressources étaient destinées au déplacement de délégations sportives qui devaient participer à des compétitions dans différents pays. « J’ai ordonné qu’ils mettent les avions présidentiels à la disposition des délégations sportives pour qu’elles se rendent aux rencontres internationales, » a signalé Maduro.

Il a aussi dénoncé le fait que Citibank a refusé de recevoir de l’argent du Venezuela pour acheter 300 000 doses d’insuline à cause des sanctions. C’est pourquoi son Gouvernement a décidé de faire cette acquisition dans un pays tiers qu’il ne mentionnera pas pour ne pas lui attirer d’ennuis. Les doses sont en route.

Il a indiqué qu’il y a 9 millions de caisses CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement en Aliments et de Production, des caisses d’aliments pour les familles vénézuéliennes dans le cadre de al crise économique) bloquées dans un port étranger parce qu’une banque états-unienne a gelé leur paiement, suite aux sanctions imposées par ce pays.

Eléments structurels de l’attaque contre le pays

Le Chef de l’Etat a signalé que le pays affronte des problèmes structurels :

La guerre économique implique de rompre des cycles de production et de créer le chaos dans les mécanismes de fixation des prix de tous les biens de l’économie. Il a dénoncé le fait qu’au Venezuela, il y a « la libéralisation des prix grâce la spéculation. Ils nous ont imposé le capitalisme sous notre propre nez. Le « sauve qui peut » : celui qui peut acheter, qu’il achète. Celui qui ne peut pas, qu’il « aille se faire voir » ». Il a appelé instamment à démanteler toutes les formes de guerre économique dans les systèmes de production et de distribution du pays. Pour cela, il a demandé au vice-président Tareck El Aissami, au ministre des Finances Ramón Lobo, aux présidents de la banque publique, au président de PDVSA et aux présidents des entreprises publiques d’Etat de travailler à l’adoption d’un nouveau modèle économique. « Le nouveau n’a pas fini de naitre et souvent, il meurt à cause de la bureaucratie et de la corruption. Et le vieux n’en finit pas de mourir et souvent vient avec un poignard tuer le nouveau, » a-t-il signalé.

La rupture avec le modèle de la rente pétrolière

Il a été clair sur le fait que les prix du pétrole ne reviendront pas aux niveaux du passé et que c’est la fin du modèle de la rente et de la dépendance envers le pétrole. C’est pourquoi la construction d’un nouveau modèle économique est indispensable. Il a dénoncé le fait que le fracking continue à être utilisé par les Etats-Unis pour augmenter leur production et même devenir un exportateur de pétrole. Le Président a signalé que prochainement, il se rendra à un sommet au Kazakstan avec des pays membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et des producteurs de pétrole qui n’appartiennent pas à l’OPEP pour proposer une formule pour stabiliser et faire augmenter les prix du brut.

La persécution économique et financière contre le pays qu’il appelle aussi « le plan Trump-Borges » et comprend des actions de blocage de comptes du Venezuela et le refus de l’accès aux sources de financement. « Ils nous ont persécutés en nous empêchant de refinancer notre dette comme peut le faire n’importe quel pays du monde qui n’est pas persécuté par l’impérialisme et la droite. » Il a signalé que depuis 3 ans, « ils nous persécutent pour chaque bon, chaque dette, chaque opération de refinancement. Quand elles sont prêtes arrive la main de l’Emmpire et elle est annulée »

L’emploi

Maduro a aussi annoncé une augmentation de 40% du salaire dans le cadre de ses mesures pour protéger l’emploi et les revenus des familles.  « Ce 8 septembre, elle sera donnée à tous les travailleurs publics du pays et au plus tard lundi prochain, ils devront la donner à tous les travailleurs, » a-t-il indiqué. Le ticket d’alimentation augmentera de 4 unités pour arriver à 21.

Au total, le salaire minimum est à 136 544,18 bolivars et le ticket d’alimentation augmente à 189 000 bolivars pour un revenu mensuel total de 325 544 bolivars. L’augmentation comprend en plus toutes les tables de salaires des employés publics y compris la Police Nationale, les Forces Armées, les médecins, les pompiers, les retraites et les pensions du pays.

Le revenu mensuel des retraités est de 177 507 bolivars en ajoutant la pension de 136 544 bolivars plus le bon de guerre de 40 964 bolivars.

Le montant mensuel des cartes Foyers de la Patrie augmentera aussi de 100 000 à 140 000 bolivars.

Il a également annoncé que 3 millions de foyers recevront un bon spécial de 250 000 bolivars pour la rentrée des classes, un bon nécessaire pour acheter les fournitures et le matériel pour l’année scolaire.

D’autre part, Maduro a signalé que 594 000 jeunes ont été incorporés au Plan Travail Jeune pour blinder l’instruction et l’emploi. En 60 jours de fonctionnement, 180 000 jeunes sont déjà passés par l’étape de la sensibilisation « et ils travaillent déjà et sont payés. » 69 460 jeunes de plus se sont incorporés la semaine dernière à ce travail et 50 000 commenceront l’étape de sensibilisation. On espère que 750 000 jeunes intègrent cette structure d’ici la fin de l’année.

Merci à Françoise Lopez de Bolivar infos

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