Pourquoi faut-il renverser le gouvernement du Venezuela ?

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par Bruno Sgarzini, Caracas 

Alors que l’ONU vient de condamner les attaques aériennes perpétrées par un commando d’extrême droite contre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère de l’Intérieur du Venezuela – attentats terroristes occultés par les médias français – (1), l’ambassadrice états-unienne auprès des Nations Unies Nikky Haley s’est refusée à le faire : « Nous devons maintenir la pression sur Maduro, il y a des signes qui indiquent que maintenant, il va commencer à utiliser son pouvoir militaire et des armes et ce que nous voyons à la télévision (sic) est en réalité bien pire. C’est une situation terrible, c’est pourquoi nous devons exercer sur Maduro autant de pression que nous pourrons ». (2)

Le 15 juin 2017, lors d’une conférence sur « Prospérité et Sécurité en Amérique Centrale » organisée conjointement par le Département d’État (US), le Département de la Sécurité intérieure (US) et le Mexique, le Vice-président américain Mike Pence s’adressait à un parterre de dirigeants d’Amérique Centrale : « Il suffit de regarder le Venezuela pour voir ce qui se produit lorsque la démocratie est compromise. Cette nation, autrefois riche, s’effondre dans l’autoritarisme qui a causé des souffrance incalculables au peuple vénézuélien, et son basculement dans la pauvreté. Nous devons tous élever notre voix pour condamner les abus de pouvoir et les pratiques du gouvernement envers son propre peuple, et nous devons le faire maintenant. » (3)

Pour comprendre en profondeur ce qui sous-tend la guerre économique, les manoeuvres militaires régionales (Brésil, Colombie) ainsi que les intenses pressions médiatiques et diplomatiques des États-Unis pour neutraliser l’opinion internationale autour du théâtre d’opérations vénézuélien, il faut d’abord rappeler que l’Administration Trump, loin d’avoir engagé une nouvelle politique extérieure, a maintenu les grandes lignes de la stratégie conçue par l’idéologie néoconservatrice qui contrôle aujourd’hui la plupart des décisions prises par son gouvernement ainsi que les actions soutenues par le Congrès des États-Unis. L’urgence de faire tomber le chavisme est difficilement compréhensible si l’on ne prend pas en considération les idées avancées par les principaux think tank, tant au niveau international que régional.

Comment s’inscrit la stigmatisation du Venezuela dans la feuille de route globale ?

A la mi-2016, Le Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine (CNAS) présenta un document intitulé « L’expansion du pouvoir américain » contenant une série de recommandations destinées à générer un consensus dans la classe politique états-unienne visant à « garantir la survie du système international favorable aux USA ». Pour ce faire, le think tank bipartite préconise des réformes économiques sur le plan intérieur, comme, par exemple, une restructuration de la dette et une réforme fiscale destinée à renforcer les bases du système états-unien dans l’objectif d’augmenter les dépenses militaires, économiques et diplomatiques qui lui permettront de s’étendre en Asie, en Europe et au Moyen Orient, trois régions-clefs pour une mondialisation durable.

C’est ainsi que les USA « pourraient dissuader par la voie diplomatique et militaire des puissances telles que la Chine et la Russie de remettre en question l’ordre international libéral actuel afin d’éviter un conflit militaire à l’échelle mondiale (sic) ». C’est également sur la base de telles propositions que ce think tank projette de militariser les Mers du Sud de la Chine et propose une réforme de l’OTAN pour renforcer son déploiement le long des frontières de l’Europe avec la Russie. Propositions qui ont toutes été appliquées par l’Administration Trump en continuation de la politique d’Obama, accompagnées d’autres mesures plus spécifiques concernant directement la Russie, comme la création d’une zone de sécurité dans le nord de la Syrie afin d’y installer des réfugiés et des forces alliées des USA, dans l’objectif de favoriser la partition du pays et de mettre un frein à Moscou suite à son engagement dans cette guerre.

Les récentes rencontres entre Trump et le président chinois Xi Jinping relèvent elles aussi du plan visant à faire adhérer la puissance asiatique à l’ordre international favorable aux multinationales états-uniennes d’une manière pacifique. D’où l’importance à accorder à cette feuille de route globale qui fait partie d’un consensus général des think tank en relation avec les figures de l’administration Trump, comme le secrétaire de la défense James Mattis et le conseiller pour la sécurité nationale H.R. Master.

En quoi cela concerne-t-il le Venezuela ?

L’objectif poursuivi est de déplacer le conflit en cours au Venezuela sur un terrain « à somme nulle ». Tout le monde sait que le Venezuela constitue la principale source de ressources pétrolifères dans le monde et possède un large éventail de réserves aquifères, de gaz et de minéraux stratégiques au profit de l’industrie technologique, spatiale et militaire d’un système qui prétend imposer sa domination sur d’autres parties de la planète. C’est pourquoi sécuriser ce territoire, source d’approvisionnement peu coûteuse, est certainement une stratégie payante pour un plan d’expansion hégémonique que l’on cherche à imposer au monde.

Un extrait du rapport du Centre pour une nouvelle sécurité américaine dit très clairement qu’il est de première importance pour les USA d’obtenir certains avantages sur les marchés énergétiques qui contribueront à étendre leur pouvoir à un niveau mondial. Ce qui équivaut pour le Venezuela à régresser à son statut antérieur qui permettait aux descendantes de la Standard Oil (Exxon, Chevron, Conoco Phillips…) de contrôler directement et indirectement l’industrie pétrolière du Venezuela en leur fournissant justement ces mêmes avantages stratégiques. Il est amplement reconnu aujourd’hui qu’au moins 24 transnationales pétrolières ayant passé des accords avec PDVSA et l’État vénézuélien et fonctionnant selon un régime d’exploitation mixte existent aujourd’hui dans ce pays.

Cela permet de comprendre que des multinationales comme Exxon, Mobil et Chevron financent les sanctions contre le Venezuela, allant même jusqu’à contrôler le Département d’État US, et qu’elles entretiennent des relations très particulières avec l’argent des think tank qui fomentent des actions contre le pays.

Citons parmi de nombreux exemples la récente proposition du Conseil des Relations Extérieures soumise au Congrès US visant à renforcer le blocus étranger par l’intermédiaire de l’OEA, et la visite de Luis Almagro à l’Institut Américain des Entreprises quelques jours avant la présentation de sa demande d’application de la charte démocratique contre le Venezuela. Toutes ces initiatives ont le même but et comptent sur l’appui explicite d’autres think tank comme le Conseil des Amériques et celui de l’Atlantique, tous deux constitués de compagnies particulièrement intéressées par les ressources naturelles du pays qu’elles veulent exploiter en dehors de toute médiation de l’État vénézuélien.

Qu’en est-il de l’équation régionale ?

Le Venezuela est considéré comme le pays-clef garantissant que l’Amérique Latine continuera à être une source d’approvisionnement en ressources naturelles et en main d’œuvre à bas prix, toujours selon l’optique de la stratégie globale mentionnée plus haut, après les changements de gouvernements favorables à cette politique en Argentine et au Brésil.

C’est à cette fin que le Conseil de l’Atlantique a présenté une projet proposant que le Mercosur et l’Alliance du Pacifique s’unissent dans une zone de libre échange commercial qui permettra à la région d’intégrer une méga plate-forme commerciale avec les USA et l’Europe afin de pénétrer avec plus de force le marché asiatique. Cette initiative est en plein processus de mise en œuvre après les discussions entre les deux organismes régionaux antérieures à la suspension du Venezuela du Mercosur, qui constitue une violation flagrante de la législation internationale de cette ligue commerciale. Il est certain qu’en se débarrassant du Venezuela, le principal obstacle pour réaliser ce plan régional serait levé conformément à la stratégie globale promue par ces think tank.

D’où le niveau d’intensité de la pression exercée sur le Venezuela afin d’en finir avec sa « mauvaise influence » sur la région (par exemple en luttant contre l’existence du programme PetroCaribe par lequel le Venezuela fournit du pétrole bon marché aux pays des Caraïbes) et en cherchant à déplacer le conflit politique actuel sur un terrain « à somme nulle » sur lequel toute tentative d’arriver à un consensus politique national qui ne serait pas sous tutelle étrangère et laisserait les Vénézuéliens résoudre la crise, sera sabotée depuis l’extérieur. Ceci en application des mesures dont discutaient déjà les ambassades US en Amérique latine vers 2007 pour en finir avec l’héritage négatif de Hugo Chavez.

Notes

(1) Comme l’explique le syndicaliste français Gilles Maréchal (CGT), « les médias dominants sont dans une phase où le Venezuela ne les sert plus, depuis qu’ont été écartés les risques de l’élection à la Présidence de Jean-Luc Mélenchon et de l’arrivée à l’Assemblée Nationale d’une vague de députés de France Insoumise et du PCF ». Phénomène déjà observé lors de récentes campagnes électorales en Espagne ou en Grèce. Les titres des médias français ne sont pas le fruit d’enquêtes ou d’informations directes du terrain mais la reprise de ce que disent les médias d’opposition (majoritaires en radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux au Venezuela) ou états-uniens.

(2) Voir http://www.telesurtv.net/news/Embajadora-de-EE.UU.-llama-a-mantener-la-presion-sobre-Maduro-20170628-0073.html

(3) Lire, de Philippe Huysmans : « Quand Mike Pence dénonce le « totalitarisme » au Venezuela », http://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/quand-mike-pence-denonce-totalitarisme-venezuela_1872385488

Source : http://misionverdad.com/columnistas/por-que-es-necesario-derribar-a-venezuela

Traduction : Frédérique Buhl

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« Les 10 victoires du Président Nicolás Maduro en 2016 », par Ignacio Ramonet

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Début 2016, tout semblait bien complexe pour les autorités de Caracas.  Et cela principalement pour trois raisons : 1) L’opposition néolibérale avait remporté les élections législatives de décembre 2015 et contrôlait désormais l’Assemblée Nationale ; 2) La chute des prix du pétrole, la principale ressource du Venezuela,  avait atteint son plus bas niveau dans les dernières décennies ; 3) Le président des Etat Unis, Barack Obama, avait signé un Ordre exécutif déclarant le Venezuela une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et pour la politique extérieure des Etats-Unis »
C’est-à-dire, dans trois domaines décisifs  – politique, économique et géopolitique – la Révolution bolivarienne semblait à la défensive. Tandis que la contrerévolution, autant intérieure qu’extérieure, pensait avoir enfin le pouvoir à portée de la main.

Le tout dans un contexte de guerre médiatique de longue durée contre Caracas,  commencée avec l’arrivée à la Présidence d’Hugo Chávez en 1999, qui s’est intensifiée en avril 2013 et a atteint des niveaux inouïs de violence depuis l’élection du Président Nicolás Maduro.

Ce climat d’harcèlement médiatique agressif et permanent a produit une désinformation insidieuse sur le Venezuela, semant la confusion même chez de nombreux amis de la Révolution  bolivarienne. En particulier car dans cette ère de la « post-vérité », la pratique du mensonge, de la fraude intellectuelle et de la tromperie manifeste n’est  sanctionnée par aucune conséquence négative, ni sur la crédibilité, ni sur l’image.

Tout vaut, tout sert dans cette « ère du relativisme post-factuel », et même les faits ou les données les plus objectifs ne sont pas pris en considération. Même l’argument – si évident pour le Venezuela – du complot, de la conjuration, de la conspiration, n’est pas accepté.  Le nouveau discours médiatique dominant dénonce et ridiculise d’avance « le prétendu complotisme » comme un argument inacceptable de « récits à l’ancienne »,  non recevable…

Tout, donc, au début de l’année 2016, semblait difficile pour le Président vénézuélien.  A un point tel que le bancal opposant néolibéral  Henry Ramos Allup, enivré pas sa majorité parlementaire, a osé assurer en janvier 2016, dans son premier discours comme Président de l’Assemblée Nationale, que « dans un délai de mois de six mois » il chasserait Nicolás Maduro du pouvoir. En s’inspirant sans doute du coup d’Etat institutionnel contre la Présidente Dilma Rousef, au Brésil, et misant sur la victoire dans un éventuel référendum révocatoire.

Ainsi allaient les choses quand le Président Maduro, dans une séquence magistrale que personne n’a vu venir dans le jeu d’échecs qui se déroulait – et conformément à la Constitution – a surpris tout le monde.  Il a renouvelé, comme il en avait le droit, les membres du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), instance supérieure du pouvoir judiciaire, dont la Salle Constitutionnelle a le dernier mot en matière d’interprétation de la Constitution.

L’opposition, imbue de sa superbe, a commis alors deux erreurs majeures :

  1. Elle a décidé d’ignorer les avertissements du TSJ et a admis en séance trois députés de l’état d’Amazonas dont l’élection en décembre 2015 était l’objet de suspension pour irrégularités.  Devant cet affront, le TSJ a évidemment proclamé la non validité des décisions de l’Assemblée Nationale en raison de la présence en séance de trois députés « non élus régulièrement » .  En fait, le TSJ a déclaré l’Assemblée en désobéissance (desacato) et en conséquence, a décidé  que  « toutes ses décisions seraient considérées nulles».  Ainsi, par ses propres erreurs, l’Assemblée non seulement n’a pas réussi à légiférer ni à contrôler le Gouvernement, mais bien au contraire, comme l’ont reconnu des spécialistes renommés en droit constitutionnel, elle s’est annulée elle-même, a dilapidé son pouvoir est s’est auto-dissoute. Cela a été la première grande victoire de Nicolás Maduro en 2016.
  1. Dans son obsession de renverser le Président, l’opposition anti-chaviste a également décidé d’ignorer ce que stipule la loi (article 72 de la Constitution)  sur les étapes indispensables et les exigences juridiques pour la tenue d’un référendum révocatoire en 2016.  L’opposition a également connu un important échec sur ce point.  Et ce fut une autre grande victoire de Nicolás Maduro.

Malgré cela, vers mars-avril 2016, tout est devenu de plus en plus complexe. Car aux offensives habituelles des forces hostiles à la révolution bolivarienne est  venue s’ajouter une sécheresse impressionnante, la deuxième en importance depuis 1950, et une canicule, résultat du  phénomène El Niño. Or au Venezuela 70% de l’énergie provient des centrales hydroélectriques, dont la principale dépend du barrage El Guri.  Et avec l’absence de pluies, les niveaux de ce barrage ont diminué jusqu’à atteindre presque le niveau minimum.

La contre-révolution a tenté de profiter de ces circonstances pour multiplier les sabotages électriques, cherchant à créer un chaos énergétique, la colère sociale et des manifestations.  Le danger a été grand, car au problème électrique s’ajoutait le manque d’eau potable, conséquence de la sécheresse persistante, ….

Mais une fois de plus le Président Maduro a réagi rapidement en prenant des mesures radicales : il a décidé le remplacement de millions d’ampoules à incandescence par des ampoules à faible consommation d’énergie ; il a ordonné le remplacement des vieux climatiseurs par d’autres moins gourmands en énergie ;  il a décrété la demi journée de travail dans l’administration publique et mis en œuvre un plan national spécial de consommation d’électricité et d’eau.

Grâce à ces mesures audacieuses, le Président a réussi à éviter l’effondrement énergétique.  Et obtenu une de ses victoires les plus populaires de l’année 2016.
Un autre des problèmes importants que le Gouvernement a du affronter (peut-être le plus grave) – conséquence en partie de la guerre économique contre la révolution bolivarienne – est l’approvisionnement alimentaire. Il faut rappeler qu’avant 1999, 65% des vénézuéliens vivaient en situation de pauvreté et seulement 35% pouvaient bénéficier d’une bonne qualité de vie. C’est-à-dire, sur 10 vénézuéliens, seulement 3 mangeaient régulièrement de la viande, du poulet, du café, du maïs, du lait, du sucre… Tandis que pendant les 17 dernières années la consommation alimentaire (grâce à l’investissement social massif de la Révolution) a augmenté de 80%.

Ce changement structurel explique par lui-même pourquoi subitement la production nationale d’aliments, bien plus importante qu’on ne le croit, est devenue insuffisante.

Avec l’augmentation massive de la demande, la spéculation a explosé.  Devant une offre structurellement limitée, les prix se sont envolés vertigineusement.  Et le phénomène du marché noir ou « bachaqueo » s’est propagé : acheter les produits subventionnés par le Gouvernement à des prix inférieurs à ceux du marché pour les revendre à des prix supérieurs à ceux du marché. Ou les « exporter » massivement aux pays voisins (Colombie, Brésil) pour les revendre au double ou au triple du prix subventionné.  Ainsi le Venezuela se « vidait » de ses dollars – de moins en moins nombreux en raison de l’effondrement des prix du pétrole – pour nourrir les « vampires » qui dépouillent les plus humbles des produits de base pour s’enrichir de façon spectaculaire.

Une telle immoralité ne pouvait continuer. Une fois de plus, le Président Maduro agit avec fermeté.  D’abord – très important – il a changé la philosophie de l’aide sociale. Et il a rectifié une erreur majeure commise par le Venezuela depuis des décennies.  Il a décidé que l’Etat, au lieu de subventionner les produits, devait subventionner les personnes. Pour que seulement les pauvres, ceux qui en ont réellement besoin, puissent avoir accès aux produits subventionnés par le Gouvernement. Pour tous les autres, les prix des produits sont les prix justes fixés par le marché.  Ce qui évite la spéculation et le bachaqueo.

Et la deuxième mesure décisive: le Président a annoncé que désormais le Gouvernement orienterait  tous ses efforts vers le changement du modèle économique du pays, passant d’un « modèle rentier » à un « modèle productif ».  Et le Président a défini ce qu’il appela les « quinze moteurs » pour dynamiser l’activité économique tant du secteur privé que du secteur publique et de l’économie communale.

Ces deux décisions essentielles ont convergé dans une création originale, imaginée par le Président Maduro: les CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) qui constituent une nouvelle forme d’organisation populaire.  Foyer après foyer, les représentants des communautés organisées remettent des sacs pleins d’aliments à un prix régulé.  Beaucoup de ces aliments viennent d’ailleurs de la nouvelle production nationale.  Les CLAP devraient approvisionner pendant les prochains mois de 2017 environ quatre millions de familles à revenus modestes.  Garantissant ainsi l’alimentation du peuple. Et signant donc une nouvelle grande victoire du Président Maduro.

Une autre victoire non moins importante en cette difficile année 2016 est le taux record des investissements sociaux, qui représentent 71,4% du budget national.  C’est un record mondial.  Aucun autre Etat au monde ne consacre presque les trois quarts de son budget à l’investissement social.

En matière de santé, par exemple, le nombre d’hôpitaux a été multiplié par 3,5 depuis 1999.  Et le montant des investissements dans un nouveau modèle humain de santé publique a été multiplié par dix.

Dans le cadre de la Misión Barrio Adentro, dont l’objectif est l’accès aux soins des malades des zones urbaines les plus modestes du pays, ont eu lieu presque 800 millions de consultations et on a sauvé la vie de presque 1.400.000 personnes.  Les facultés de médecine ont formé 27.000 médecins et 30.000 autres doivent obtenir leur diplôme en 2017.  Huit états du Venezuela sont couverts à 100% par la Mission Barrio Adentro, alors que l’objectif fixé était de six états.

Une autre victoire sociale fondamentale, non mentionnée par les grands média dominants, concerne les retraites.  Avant la révolution, seulement 19% des personnes en âge d’être retraitées recevaient une pension, le reste subsistait souvent dans la misère ou à la charge de leur famille.  En 2016, 90% des personnes en âge d’être retraités reçoivent une pension, et cela même s’ils n’ont pas pu cotiser à la Sécurité Sociale pendant leur vie active.  Un record en Amérique du Sud.

Une autre victoire spectaculaire –   une fois de plus non mentionnée par les média dominants-  est celle de la  Misión Vivienda,  dont le but est de construire des logements sociaux à prix régulé pour les familles les plus modestes.

En 2016, cette Mission a remis 359.000 logements (à titre de comparaison, un pays développé comme la France a construit à peine 109.000 logements sociaux en 2015).  Il faut y ajouter les 335.000 logements rénovés dans le cadre de la belle Misión Barrio Nuevo, Barrio Tricolor.  Mission qui a reçu les éloges du génie de l’architecture Frank Gehry, créateur du  Musée Guggenheim de Bilbao et du Musée Louis Vuitton à Paris, qui a affirmé vouloir y participer.  Nous parlons donc de presque 700.000 logements sociaux en 2016.  Un chiffre sans équivalent dans le monde.

Depuis le début de son mandat, en 2013, le Président Maduro a déjà remis à des familles modestes presque un million et demi de logements.  Un record mondial passé sous silence par des média hostiles à la Révolution bolivarienne.  Et que même ses amis négligent parfois de mentionner.
Pour finir, rappelons quelques unes des victoires éclatantes obtenues dans le domaine géopolitique.  Par exemple, avoir empêché l’Organisation des Etats Américains (OEA), contrôlée par Washington, de condamner le Venezuela, comme le voulait le Secrétaire général de l’Organisation, Luis Almagro, en invoquant la Charte Démocratique contre le Venezuela.

Ou le succès du 27ème Sommet du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qui s’est tenu en septembre 2016 au Centre de Conventiond Hugo Chávez, dans l’île de Margarita, en présence de nombreux Chefs d’Etat et de Gouvernement et de représentants de cent vingt pays qui ont manifesté leur solidarité avec le Venezuela.

Mais la principale victoire du Président Maduro en ce domaine a été la réussite inouïe de l’accord entre les Pays OPEP et NON OPEP pour une réduction concertée des exportations de pétrole, fruits de nombreux voyages du Président en quête de cet objectif.
Cet accord historique, signé en novembre 2016, a immédiatement freiné la chute du prix des hydrocarbures, qui s’effondrait depuis le milieu de l’année 2014, quand le prix dépassait 100 dollars le baril.
Grâce à cette victoire capitale, le prix du pétrole, qui était de 24 dollars en janvier, dépassait  45 dollars fin décembre 2016.

Ainsi, pendant l’année la plus dure et la plus longue, pendant laquelle nombreux ont été ceux qui ont misé sur son échec, le Président Nicolás Maduro, déjouant tous les pièges et toutes les difficultés, a montré sa taille exceptionnelle d’homme d’Etat.  Et de leader indestructible de la Révolution bolivarienne

Ignacio Ramonet

Source: Telesur http://www.telesurtv.net/opinion/Las-10-victorias-del-presidente-Maduro-en-2016-20161231-0028.html

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L’unité latinoaméricaine comme projet historique

Monica Bruckmann

Monica Bruckmann

La plupart des journalistes occidentaux ignorant le mouvement historique incarné récemment par l’inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur, puis par le sommet de la CELAC (Communauté des États Latinoaméricains et des Caraïbes) avec la Chine et son plan d’investissements massifs pour 2015-2019, nous livrons l’éclairage de Monica Bruckmann, Docteur en science politique, professeure du Département de Science Politique de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et Directrice de Recherche de la chaire UNESCO sur l’Économie globale et le Développement Durable.

Siége de l?UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Siége de l’UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014) en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

Inauguration du siège de l’UNASUR en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

La conjoncture latinoaméricaine contemporaine est marquée par de grandes avancées dans les projets et processus d’intégration régionale (1). C’est la première fois dans l’histoire que la région a une densité diplomatique aussi dynamique, un ensemble si vaste et divers de mécanismes d’échange et d’action politique conjointe. À la dynamique complexe d’intégration des nations, se joint également l’intégration des peuples et des mouvements populaires, avec un pouvoir croissant de pression sociale et de participation à l’élaboration des politiques publiques qui reflète l’affirmation du mouvement démocratique. Dans ce contexte, il est un principe qui demande toujours plus de centralité, c’est celui de la souveraineté, comme la capacité d’autodétermination des États, des nations, des peuples et des communautés.
Le débat actuel autour de l’intégration régionale et de ses perspectives possède de forts antécédents qui montrent la profondeur de l’unité latino-américaine comme projet historique. Sans nous attarder plus longuement sur le développement de ces antécédents, nous cherchons à présenter quelques exemples de ce qui constitue les bases doctrinaires de l’actuel processus d’intégration régionale. Cette approche montre surtout, les limites d’une tentative de conversion de ce processus d’intégration en un simple échange commercial.

Intégration régionale et projet stratégique

La géopolitique de l’intégration régionale latino-américaine est profondément affectée par une dispute des intérêts entre le projet hégémonique des États-Unis, exprimé dans une stratégie complexe de domination et d’appropriation des ressources naturelles considérées ’« vitales », ce qui convertit l’accès à ces ressources, qui se trouvent essentiellement hors du territoire continental et d’outre-mer des États-Unis, en un sujet de « sécurité nationale » pour ce pays. D’autre part, des processus d’intégration régionale se développent hérités des luttes continentales pour l’indépendance pendant le 19ème siècle, qui rencontrent dans la rénovation du bolivarianisme un projet d’affirmation souveraine qui a avancé et s’est approfondi au cours des dernières années.
Cependant, le renforcement de l’intégration régionale exige une nouvelle vision stratégique élaborée à partir d’une vaste discussion sur la dynamique et les tendances du système mondial, l’émergence des nouvelles puissances à l’échelle globale, et le développement d’une vision géopolitique qui articule les intérêts en jeu et la conformation de nouvelles territorialités à partir d’un grand mouvement social du ’« bas vers le haut ». Ce moment d’élaboration de la pensée régionale a pour défi la construction d’une stratégie de réappropriation sociale des ressources naturelles et de leur gestion économique et scientifique, ce qui exige une rediscussion approfondie de la notion-même de développement, du concept-même de souveraineté et de la position de l’Amérique Latine dans la géopolitique mondiale.
L’analyse des diverses dimensions qu’implique la dispute globale pour les ressources naturelles considérées stratégiques, requiert un bilan de l’histoire mondiale récente qui a pour aspect fondamental, l’émergence de la Chine. La nouvelle centralité de la Chine dans l’économie et la politique mondiale nous conduit à souligner l’importance de l’approche de longue durée (du point de vue Braudélien) et des processus de civilisation dans la construction des instruments théorico-méthodologiques pour l’analyse de la conjoncture. Dans ce contexte, et avec une approche qui s’efforce de capturer la complexité du monde contemporain, la question stratégique transcende largement le cadre de la politique de sécurité et de la défense nationale, pour s’insérer dans l’analyse des processus historiques de longues durées et de la dimension civilisatrice des visions stratégiques.
L’Amérique Latine a, en relation avec la Chine, une opportunité historique de développer une coopération stratégique à long terme, visant à rompre la relation de dépendance qui marqua son insertion dans le système mondial. Il convient à la région de profiter de cette opportunité ou de reproduire la logique de la dépendance et la dynamique d’exportation des matières premières à faible valeur ajoutée, qui a pour base la logique de ce qu’on appelle l’extractivisme, qui étranger à tout projet national, restreint notre horizon économique aux intérêts des économies centrales et des entreprises transnationales qui deviennent les agents économiques de ces intérêts.
Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

De l’hégémonie unipolaire à l’hégémonie partagée

Pendant la dernière décennie, le débat théorique et politique a été profondément marqué par la crise de l’hégémonie unipolaire et par la configuration d’un espace global avec hégémonie partagée, ou multipolaire. L’importance économique et politique croissante des puissances émergentes, ceux que l’on nomme « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et, récemment, Afrique du Sud), posent des éléments nouveaux afin de repenser la dynamique économique et politique d’un monde multipolaire, où les processus et projets d’intégration régionale se convertissent en mécanismes nécessaires pour la compartimentation du pouvoir mondial et régional et pour le renforcement des projets de développement par et pour le Sud.

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Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela) et Rafael Correa (Équateur) en Chine les 5 et 6 janvier 2015

La collaboration sud-sud puise son inspiration plus profonde dans l’affirmation de la lutte anti-coloniale du tiers monde et dans l’apparition des pays non-alignés. La Conférence de Bandung, qui s’est tenue en avril 1955, représenta un des moments les plus importants de ce processus. Ce rassemblement, auquel participèrent 23 pays asiatiques et 5 africains, se nourrit des principes de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, élaborant un vaste appel d’autodétermination et de développement des peuples basé sur la solidarité et la coopération économique et culturelle et cherchant à créer un espace politique indépendant quant aux blocs militaires et la confrontation entre États-Unis et l’Union Soviétique durant la période de la Guerre Froide. Le thème principal était porté sur les luttes nationales pour l’indépendance, l’éradication de la pauvreté et le développement économique, au travers des organisations régionales et des politiques économiques de coopération entre les pays du tiers monde.
Sommet de Bandung (1955)

Sommet de Bandung (1955)

L’esprit de Bandung a permit de créer un vaste consensus entre les principaux leaders et les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine par rapport à l’affirmation de la paix et les principes de coexistence pacifique, à un moment où le monde vivait une situation d’extrême tension et de menace de guerre : l’invasion du Guatemala organisée par les États-Unis pour renverser le président Jacobo Árbenz, le déplacement de la Septième Flotte des États-Unis vers la mer de Chine, la substitution des troupes françaises par les troupes états-uniennes dans la région sud du Vietnam, après la défaite française à Dien Bien Phu en 1954 et la guerre de Corée (1950-1953).
Les cinq principes de coexistence pacifique, proposés par le premier ministre chinois Chou En-lai et ratifiés par le premier ministre hindou Jawaharlal Neru en 1954 : pas d’agression, pas d’intervention dans les affaires internes d’autres États, égalité et avantages mutuels et coexistence pacifique, ont été repris par la Conférence de Bandung comme partie des dix principes généraux, qui incluaient :
  • le respect des droits fondamentaux en accord avec la Charte de l’ONU de 1948
  • respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations
  • reconnaissance de l’égalité de toutes les races et nations, indépendamment de leur taille
  • pas d’intervention et ni d’ingérence dans les affaires internes d’autres pays
  • respect des droits de chaque nation à se défendre, individuellement ou collectivement en accord avec la Charte de l’ONU
  • refus de participer aux préparatifs de défense destinés à servir les intérêts particuliers des superpuissances
  • abstention de tout acte ou menace d’agression ou emploi de force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’autres pays
  • solution pacifique des conflits internationaux, en accord avec la Charte de l’ONU
  • encouragement des intérêts communs de coopération
  • respect de la justice et des obligations internationales
Le Mouvement des non-alignés a donné du contenu diplomatique, aux Nations Unies, à ses lignes d’action. Sous influence latino-américaine se créé la United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD). Émergent également des expressions radicales de la lutte politique révolutionnaire, comme l’organisation Trilatérale, qui se crée à La Havane, en 1973. L’émergence de gouvernements comme celui de Velasco Alvarado au Pérou, de Juan José Torres en Bolivie, de Omar Torrijos au Panamá, de Salvador Allende au Chili, et le retour d’Eva Peron en Argentine, conduisent à des initiatives de l’État qui s’expriment dans la transformation de la ALALC en ALADI (Association Latino-américaine d’Intégration). Le Système Économique Latino-américain et de la Caraïbe (SELA) est également créé en 1975, destiné à l’étude de l’intégration régionale et à la formulation de ses politiques. Cependant, l’organisation interétatique la plus forte se créé en 1960 avec l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Dans le même temps, le vote de la « Charte des Droits et Devoirs Économiques des États », en 1972, promue par le président mexicain Luis Echeverría, consacre les principes du non-alignement aux Nations Unies.
Les initiatives internationales qui forment partie de cette offensive du tiers monde sont diverses, qui voit dans la victoire de la révolution vietnamienne et la libération du Laos et du Cambodge une épopée de la lutte anti-impérialiste mondiale. La réponse du centre impérial à cette offense commence à s’articuler autour de la formation de la Commission Trilatérale (Trilateral Commission) en 1973, qui réunit les États-Unis, l’Europe et le Japon avec pour stratégie la récupération du pouvoir mondial. Cette stratégie atteindra ses résultats dans la décennie de 1980, pendant les gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et s’exprime dans l’établissement de l’hégémonie de la pensée unique qui réussit, à transformer le Glanost et la Perestroika, commencées par les soviétiques, grâce à dissolution de l’Union Soviétique.
Pendant la décennie de 1990 débutent de forts mouvements de restructuration de l’offensive des gouvernements et des mouvements du tiers monde, qui voit dans la réussite économique de la Chine et de l’Inde et, en partie, du Brésil au début du 21ème siècle, une recherche de formes institutionnelles qui expriment cette nouvelle situation.
Si dans la décennie de 1970 se créa le Groupe des 7 principaux pays développés (G7), dans les années 2000, en plus de l’incorporation de la Russie, sont inclus également plusieurs pays émergents composant le groupe des 20 (G20). Le principe de l’hégémonie partagée est ainsi consacré comme successeur des désastres causés par la politique de l’unilatéralisme qui a été imposée avec le gouvernement de Bush fils.
L’héritage historique des luttes du tiers monde se révèle de grande utilité pour une stratégie d’affirmation d’un système multipolaire et pour orienter, d’un point de vue stratégique, le processus d’intégration latino-américaine et son impact sur la géopolitique mondiale contemporaine.
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Sommet de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014)

L’Amérique Latine et la construction de l’unité continentale

Dans le même temps, l’Amérique Latine vit un processus à travers duquel la diplomatie régionale acquiert une densité inconnue jusqu’alors. Un ensemble de nouvelles articulations se traduisent en institutions sous-régionales, régionales et continentales, qui transforment le processus d’intégration en une réalité complexe qui implique des chefs d’État, ministères des relations étrangères et diverses autres agences nationales, qui en même temps, est accompagné d’un processus d’intégration des peuples et des mouvements sociaux, incluant les syndicats et les mouvements des agriculteurs et des étudiants qui avaient déjà une certaine tradition de l’intégration régionale.
Quant aux sciences sociales, un processus croissant d’intégration régionale s’est développé avec de nouvelles institutions d’étude, des universités et des réseaux académiques qui permettent d’avancer vers l’étude de la problématique régionale, en renforçant une vision d’ensemble. Peut-être que certains des exemples les plus remarquables de ce processus sont le Conseil Latinoaméricain de Sciences Sociales (CLACSO), dont la première session s’est organisée à Lima, en 1968 ; ou la Faculté Latinoaméricaine de Sciences Sociales (FLACSO), qui se créé en 1954, au Chili, et ensuite, s’étend à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à l’Équateur et à l’Amérique Centrale.
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Dans le domaine de la recherche se sont créés, après la Commission économique pour l’Amérique Latine (CEPAL), le Centre Latinoaméricain et Caribéen de Démographie (CELADE), au Chili (1957) ; la Escolatina (master à l’université du Chili), dans le secteur de l’économie (Chili) ;l’Institut Latinoaméricain de Planification Économique et Sociale (ILPES) ; la Maîtrise Latinoaméricaine de l’Administration Publique de la Fondation Getulio Vargas, au Brésil ; le Conseil Supérieur Universitaire Centre-Américain (CSUCA), qui coordonne les universités de cette sous-région ; la Coordination des Universités du Cône Sud et, plus récemment, le Forum Universitaire du Mercosur (FOMERCO) et l’Université d’Intégration Latinoaméricaine (UNILA), qui a son siège dans la ville aux trois frontières, Foz de Iguaçu (Brésil). Parmi les diverses associations professionnelles qui se sont constituées au fil des dernières décennies se distinguent l’Association d’Économistes d’Amérique Latine et de la Caraïbe (AEALC) et l’Association Latinoaméricaine de Sociologie (ALAS). Cela montre que sont en train de se créer des conditions pour une intégration à long terme par l’intermédiaire d’un réseau d’institutions qui permettent la coopération et l’échange sur divers domaines de la connaissance.
Un bilan historique un minimum informé montre la densité croissante de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus.
Les parlements latinoaméricains du Mercosur, de la Communauté Andine, du Traité de Coopération Amazonienne, sont également des mécanismes de développement du processus d’intégration. Ce cadre institutionnel croissant ouvre le chemin pour le débat sur une stratégie commune sudaméricaine et latinoaméricaine, avec des possibilités de se convertir en des politiques concrètes. Le renforcement du Mercosur et la création postérieure de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ; l’impact croissant sous-régional de la Communauté et Marché Commun de la Caraïbe, qui actuellement porte le nom de Communauté Caribéenne (Caricom) et plus récemment, la création de l’Union des Nations Suraméricaines (UNASUR) et celle de la Communauté d’États latinoaméricains et caraïbes (CELAC), sont l’expression de la densité croissante et du dynamisme de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus et qui persistent dans leurs tentatives visant à déstabiliser et affaiblir un projet historique d’unité des peuples de la région qui se révèle, en dernier ressort, comme un projet historique de longue durée.
Monica Bruckmann
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement, Nº500 de décembre 2014 qui traite du thème « América Latina : Cuestiones de fondo »
Note :

Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges, par Seumas Milne (The Guardian)

Note : C’est pour ses révélations sur le système mondial de la NSA que le Pulitzer a été décerné au journal The Guardian (Londres) parce qu’¨exemple distingué de service public en tant que quotidien d’information¨. The Guardian vient aussi de sauver l’honneur du journalisme occidental au sujet du Venezuela. Alors que ses confrères sont restés enchaînés au fond de la Caverne de Platon, il a dépêché un envoyé spécial sur place, rappelant l’époque glorieuse où informer était synonyme d’enquêter. Journaliste à The Economist avant de devenir chroniqueur et rédacteur associé au Guardian, Seumas Milne a effectué des reportages au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Russie, en Europe de l’Est et en Amérique Latine. Il est l’auteur d’un livre à succès sur la grêve des mineurs anglais de 1984–5 British intitulé L’ennemi intérieur : la guerre secrète contre les mineurs, fruit d’une enquête sur les agissements du MI5 et de la Special Branch dans ce conflit.

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Par Seumas Milne
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Si on l’ignorait avant, la recrudescence de protestations globales au cours des deux dernières années nous offre une leçon que des manifestations de masse peuvent avoir des sens sociaux et politiques totalement différents. Porter des foulards et construire des barricades – ou même porter des revendications authentiques – ne veut pas dire automatiquement que ceux qui protestent se battent pour la démocratie ou la justice sociale.

De l’Ukraine à la Thaïlande et de l’Egypte au Venezuela, des protestations à grande échelle visaient – et dans certains cas ont réussi – à renverser des gouvernements. Dans certains pays les protestations de masse étaient conduites par des organisations de travailleurs contestant l’austérité et le pouvoir des entreprises privées. Dans d’autres cas des troubles où prédominent la classe moyenne ont servi de levier pour restaurer des élites évincées.

Parfois, en l’absence d’organisation politique, les deux peuvent se chevaucher. Mais quel que soit le secteur qu’elles représentent, elles se ressemblent toutes… à la télévision. Et les manifestations de rue ont été tellement efficaces pour faire tomber des gouvernements ces 25 dernières années que les pouvoirs globaux se sont ruées en force sur le marché de la protestation.

Depuis le renversement du gouvernement élu Mossadegh en Iran dans les années 1950, pour lequel la CIA et le MI6 ont payé des manifestants anti-gouvernementaux, les États-Unis et leurs alliés ont dominé le champ : en finançant des « révolutions de couleur », en fondant des ONGs affiliées, en formant des activistes étudiants, en alimentant les réseaux sociaux de la protestation pour dénoncer – ou ignorer – les répressions policières selon leur convenance.

Après une période où ils se vantaient de promouvoir la démocratie, voici qu’ils reviennent à leur méthodes anti-démocratiques. Prenez le Venezuela qui, ces deux derniers mois a été en proie à des manifestations anti-gouvernementales visant à renverser le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro, élu l’année dernière pour succéder à Hugo Chávez .

L’opposition de droite vénézuélienne a depuis longtemps un problème avec le système démocratique. Après avoir perdu 18 des 19 élections ou référendums depuis que Chávez a été élu la première fois en 1998 – dans un processus électoral décrit par l’ancien président américain Jimmy Carter comme « le meilleur du monde » – ses espoirs s’étaient ravivés en avril 2013 à la suite de la mort de Chavez, lorsque le candidat de l’opposition de droite n’avait perdu que de 1,5 % face à Maduro. Mais en décembre 2013, les élections municipales dans tout le pays rendirent à la coalition chaviste une avance de 10 points.

Le mois suivant, des dirigeants d’opposition liés aux États-Unis– parmi lesquels certains sont impliqués dans le coup d’État contre Chávez en 2002 – ont relancé une campagne pour chasser Maduro, appelant leurs militants à “allumer les rues au feu du combat« . Avec le haut niveau de l’inflation, la criminalité violente et les pénuries de certains produits de base, il y en avait plus qu’assez pour alimenter la campagne – et les manifestants ont répondu à l’appel, de manière littérale.

Pendant huit semaines, ils ont incendié des universités, des édifices publics, des arrêts de bus, et prés de 39 personnes ont été tuées. Malgré les déclarations du secrétaire d’État John Kerry pour qui le gouvernement vénézuélien mène une « campagne de terreur » contre ses citoyens, les preuves indiquent que la majorité a été assassinée par des militants de l’opposition, et parmi ces victimes on compte huit membres des forces de sécurité et trois motards égorgés par des filins d’acier tendus aux barrages de rue. Quatre militants d’opposition ont été tués par la police, faits qui ont entraîné l’arrestation de plusieurs membres des forces de l’ordre (1).


Ce qu’on dépeint comme ¨protestations pacifiques¨ a toutes les marques d’une rébellion anti-démocratique, ancrée dans des privilèges de classe et dans le racisme. Confinée à l’extrême aux zones riches et blanches de classe moyenne, ces manifestations ont rapidement tourné aux incendies et aux combats rituels avec la police, tandis que d’autres secteurs de l’opposition ont accepté de participer aux dialogues de paix.

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Des militants de droite installent une “guillotine” dans un quartier riche, à Caracas. La présence de certains civils armés dans des manifestations de l’opposition a déclenché une diabolisation de tout motard de secteur populaire ou de collectif sympathisant du chavisme. C’est sur cette base qu’ont été justifiés des dispositifs comme des câbles d’acier tendus en travers d’avenues ou de rues à une hauteur de 1,20m environ, et qui ont coûté la vie à deux personnes. Cette guillotine recommandée aux opposants par Angel Vivas, général d’extrême-droite à la retraite, est un instrument socialement sélectif, les motos étant un moyen de transport généralement utilisé par les travailleurs de milieu populaire.

Le soutien au gouvernement, pendant ce temps, reste solide dans le monde du travail. Anacauna Marin, une activiste locale du quartier populaire 23 de Enero à Caracas, explique : « Historiquement les manifestations étaient un moyen que les pauvres utilisaient pour exiger une amélioration de leurs conditions. Mais ici ce sont les riches qui protestent et les pauvres qui travaillent« .

Dans ces circonstances il ne faut pas être surpris si Maduro analyse les événements comme une déstabilisation soutenue par les USA dans le style ¨ukrainien¨, ainsi qu’il me l’a dit. La réponse des États-Unis qui rejettent comme ¨infondée¨ cette analyse, est absurde. Les preuves de la subversion états-unienne au Venezuela – depuis le coup d’État de 2002 jusqu’aux câbles de WikiLeaks éclairant les plans états-uniens pour ¨pénétrer¨, ¨isoler¨ et ¨diviser¨ le gouvernement bolivarien, sans oublier le financement à grande échelle de groupes d’ opposition, sont volumineuses.

Ce n’est pas seulement parce que le Venezuela est assis sur les plus grandes réserves pétrolières du monde (2) mais aussi mais parce qu’il a dirigé la marée progressiste qui a déferlé sur l’Amérique latine au cours de la dernière décennie : contestant la domination des États-Unis , reprenant le contrôle de ressources aux mains des entreprises privées pour redistribuer les richesses et le pouvoir. En dépit de ses problèmes économiques actuels, les réalisations du Venezuela révolutionnaire sont incontestables.

Depuis qu’il a renationalisé le secteur pétrolier, le Venezuela l’a utilisé pour réduire de moitié la pauvreté, et l’extrême pauvreté de 70%, massifier la santé publique, le logement, l’éducation et les droits des femmes, augmenter les pensions et le salaire minimum, établir des dizaines de milliers de coopératives et d’entreprises publiques, transférer des ressources aux organisations de base de la démocratie participative, et financer des programmes de santé et de développement à travers l’Amérique latine et les Caraïbes.

Rien de surprenant donc si les chavistes pro-Maduro gardent le soutien de la majorité.

Pour le maintenir, le gouvernement devra réduire les pénuries et l’inflation – et il a les moyens de le faire. L’envolée des prix s’est produite après l’interruption de l’approvisionnement en dollars du secteur privé qui domine les importations et l’offre de produits alimentaires, et une grande proportion des marchandises soumise au contrôle des prix sort en contrebande du pays pour être revendues en Colombie à des prix beaucoup plus élevés.

De nouvelles mesures de contrôle des changes ont déjà produit leurs effets. Malgré tous ses problèmes, l’économie vénézuélienne a continué à croître et le chômage et la pauvreté à baisser (3). Le Venezuela est très éloigné d’être le cas désespéré dont rêvent ses ennemis. Mais le risque existe que, les manifestations s’essoufflant, des secteurs de l’opposition augmentent le niveau des violences pour compenser leurs défaites électorales.

Le Venezuela et ses alliés progressistes en Amérique Latine son importants pour le reste du monde – non parce qu’ils offrent un modèle politique et social ¨à imiter¨ mais parce qu’ils ont démontré qu’il y a de multiples alternatives économiques et sociales à la faillite néo-libérale dans laquelle sont plongés l’Occident et ses alliés.

Leurs opposants espéraient qu’avec la mort de Chavez se tarirait l’impulsion du changement régional. La récente élection de Michele Bachelet (centre-gauche) au Chili et de l’ex-dirigeant de la guérilla de gauche Sánchez Cerén au Salvador indique que le courant continue. Mais de puissants intérêts sur place et à l’extérieur sont determinés à le faire échouer – ce qui signifie qu’on verra surgir d’ autres manifestations ¨dans le style du Venezuela.¨

Twitter: @SeumasMilne

Notes :

(1)  parmi lesquels il faut compter également des effectifs policiers obéissant à des maires de droite comme ceux de Polichacao (maire : Ramon Muchacho) (NdT).

(2)  La compagnie pétrolière PDVSA vient de découvrir dans l’axe Zulia-Falcón un nouveau gisement de l’ordre de 185 millones de barils de pétrole et de 1,1 milliards de pieds cube de gaz (1,1 TCF) (NdT).

(3)  Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/ (NdT)

Original de cet article : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/09/venezuela-protest-defence-privilege-maduro-elites

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de la version française : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/ 

50 vérités sur Hugo Chávez et la Révolution bolivarienne, par Salim Lamrani

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Une caractéristique du président vénézuélien était de rompre le protocole ampoulé des actes officiels pour converser directement avec les citoyen(ne)s, ici avec un jeune homme de Caracas sans domicile fixe et affrontant des problèmes de drogue.

1. Jamais dans l’histoire de l’Amérique latine, un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, seize élections ont eu lieu au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière en date, le 7 octobre 2012. Il a toujours battu ses opposants avec un écart allant de dix à vingt points.

2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins.

3. James Carter, ancien président des Etats-Unis, a déclaré en 2012 que le système électoral vénézuélien était le « meilleur au monde ».

4. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.

5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela.

6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%.

7. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011.

8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens.Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela.

10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400%.

11. La Mission Barrio Adentro Ia permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011.

12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%.

13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011.

14. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.

15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé.

17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011.

18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999.

20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.

21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.

22. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier.

23. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela.

24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.

25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.

26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.

27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

28. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999.

29. Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012.

30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA en 2003 a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.

32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.

33. Depuis 1999, plus de 50 000 coopératives ont été créées dans tous les secteurs de l’économie.

34. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.

36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.

37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.

38. Les femmes seules et les personnes handicapéesreçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.

39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires sans diminution de salaire.

40. La dette publique est passée de 45% du PIB en 1998 à 20% en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale en remboursant par anticipation toutes ses dettes.

41. En 2012, le taux de croissance au Venezuela a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.

42. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

43. Selon le rapport annuel World Happinessde 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush.

45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est désormais souverain dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles sur tout le territoire.

46. La création de Pétrocaribe en 2005 permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.

47. Le Venezuela apporte également son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis en lui fournissant de l’essence à des tarifs subventionnés.

48. La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004 entre Cuba et le Venezuela a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

49. Hugo Chávez est à l’origine de la création en 2011 de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) qui regroupe pour la première fois les 33 nations de la région, qui s’émancipent ainsi de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.

50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Colombie. Selon le président Juan Manuel Santos, « si nous avançons dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints auparavant avec les FARC, c’est également grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela ».

Salim Lamrani

Opera Mundi http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27642/50+verda…

Pauvreté et progrès aux États-Unis et au Venezuela, par Eric Draitser

The program was launched at the Night of Peace Family Shelter in Baltimore (CITGO)Le programme vénézuélien d’aide aux pauvres états-uniens arrive à sa huitième année d’existence. La fourniture par « CITGO-Venezuela » de gazoile de chauffage, qui a commencé en 2005 comme une simple donation humanitaire à la suite du désastre humain causé par les ouragans Katrina et Rita, a permis ces dernières années d’assurer le chauffage à plus de 1,7 millions de personnes pendant les mois les plus durs de l’hiver. L’apport en gazoile est évalué à 400 millions de dollars. En 2013, plus de 100.000 familles des 25 états plus le District de Columbia, dont plusieurs communautés des nations indigènes et plus de 200 refuges pour personnes privées de domiciles fixe, en ont bénéficié. Pour plus de détails sur ce programme : http://www.citgo.com/Home.jsp

C’est sur ce thème de la pauvreté aux États-Unis et au Venezuela, que nous publions une étude d’Eric Draitser (Counterpunch). 

Pauvreté et progrès. Comparaison entre les Etats-Unis et le Venezuela.

Eric DRAITSER

Qu’appelle-t-on « tiers monde » en 2013 ? Si nous prenons la définition classique du terme, alors le « tiers monde » comprend les pays (non blancs) qui luttent pour atteindre de hauts niveaux de développement économique et qui, généralement, restent à la périphérie de l’économie mondiale. Cependant, depuis la crise qui a commencé en 2007-2008, de nombreux problèmes de ces pays traditionnellement pauvres ont fait leur apparition parfois de manière plus flagrante encore dans les pays soi-disant développés. Les maux socio-économiques tels que la misère, la faim et le chômage se sont terriblement aggravés dans des pays capitalistes développés comme les Etats-Unis pendant que les politiciens et les médias continuent à faire miroiter le mirage d’un redressement économique. Il faut bien sûr se demander qui bénéficie de ce rétablissement économique… les pauvres ou Wall Street ? Par ailleurs, cela a forcé le monde à se pencher sur la nature du progrès. C’est intéressant par exemple de comparer les statistiques étasuniennes à celles du Venezuela. Quand on le fait, on commence à avoir un tableau plus clair, débarrassé des distorsions médiatiques et politiciennes, des progrès réalisés par la Révolution Bolivarienne pendant que la situation des pauvres et des travailleurs étasuniens continue de se détériorer.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Avant de pouvoir définir la pauvreté aux Etats-Unis et au Venezuela, il faut d’abord analyser les différences entre les deux pays dans la manière de mesurer la pauvreté. Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée seulement par le revenu du foyer, à l’aide d’un certain seuil appelé « seuil de pauvreté » déterminé par le Bureau du Recensement. Cette mesure, basée sur une limite absolument arbitraire entre la pauvreté et las « non pauvreté » est celle qui préside à la plupart des analyses et décisions concernant les pauvres étasuniens. Comme cela devrait sauter aux yeux, ce système ignore le simple fait que les personnes qui sont juste au dessus du seuil de pauvreté n’on pas la vie beaucoup plus facile que celles qui sont juste en dessous. Dans les deux cas, la privation est la norme. Qui plus est, l’inflation croissante, la baisse des salaires et d’autres facteurs continuent à affecter le pouvoir d’achat et la vie des pauvres, ce qui rend le seuil de pauvreté de plus en plus problématique.

Le Venezuela, quant à lui, utilise une série de mesures tout à fait différentes pour déterminer la vraie pauvreté comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, au logement etc. Par conséquent la pauvreté au Venezuela n’est pas une question de revenus mais de qualité de vie. En mesurant la pauvreté de cette manière, le gouvernement vénézuelien offre un tableau beaucoup plus complet de la situation socio-économique du pays. Il faut noter que, à la différence des Etats-Unis, les statistiques sur la pauvreté font partie des principales données sur lesquelles le gouvernement du Venezuela s’appuie pour prendre ses décisions. Tandis qu’aux Etats-Unis la pauvreté est devenue un gros mot (comme le montre son absence totale des débats de la présidentielle, l’année dernière), Chavez et la Révolution Bolivarienne en ont fait la pièce centrale des politiques publiques dans tous les domaines.

Que disent les chiffres ?

Quand on examine les données réunies par le Bureau du Recensement des Etats-Unis, on constate de nombreux faits troublants. D’abord il faut absolument noter qu’en 2012, le seuil de pauvreté pour une famille typique de quatre personnes était un total de 23 050 dollars bruts annuels (17 000 euros). Notez que du fait que cette somme est brute et non nette d’impôts, elle ne reflète même pas la gravité réelle de la situation endurée par ces familles. Tous ceux qui ont la moindre notion du coût de la vie aux Etats-Unis se rendent tout de suite compte que le « seuil de pauvreté » est une farce cruelle. Ce niveau de revenu signifie une pauvreté abjecte, elle signifie le manque de ce qui est nécessaire à la vie humaine. De sorte que, en réalité, nous ne parlons pas ici des « pauvres » mais de ceux qui sont en danger de mort à cause de la malnutrition, des maladies graves qui pourraient être guéries et d’innombrables autres problèmes. De plus, il faut noter que le revenu moyen d’une famille (toutes les familles, pas seulement les pauvres) continue à baisser dramatiquement : il a baissé de 8.1% depuis 2007. Par conséquent il est évident que la pauvreté est non seulement importante mais qu’en plus elle augmente.

La Californie, qui a longtemps été le fleuron de l’économie étasunienne, possède maintenant, en plus de la Silicon Valley et de ses côtes magnifiques, le taux de pauvreté le plus haut des Etats-Unis. Selon La Mesure Supplémentaire du Bureau du Recensement des Etats-Unis, la Californie peut se vanter d’avoir un taux de pauvreté de 23,5%, et si on y ajoute les personnes qui ne répondent pas techniquement aux conditions pour être repris dans ce chiffre mais qui vivent en marge de l’économie, on peut dire que la pauvreté se répand comme une épidémie en Californie. Comme Timothy Smeeding, économiste à l’université de Wisconsin Madison l’a expliqué : « D’une manière générale, le filet de sécurité permet à beaucoup de gens de se maintenir à flot mais en Californie c’est relativement plus difficile d’obtenir des bons de nourriture et autres aides. » Nous voyons donc que dans l’état le plus peuplé de la nation, et soi-disant le premier sur le plan économique, la situation des pauvres est catastrophique et de plus en plus de gens ne survivent que grâce à l’aide de l’état. Tout cela bien sûr avec en toile de fond l’austérité, sous la forme de la « entitlement reform » (réforme de l’admissibilité aux prestations, ndt) que veulent imposer les Démocrates comme les Républicains et qui aura pour effet de couper ces programmes d’aide qui sont absolument indispensables à la survie de millions d’étasuniens.

Le revenu ne peut pas et ne devrait pas être le seul indicateur de la pauvreté et de la situation économique. En réalité, il y a beaucoup d’autres facteurs importants comme l’accès à une nourriture correcte, chose cruciale pour les enfants dont les parents sont pauvres. En fait, les données les plus récentes de USDA montrent que, déjà en 2011, au moins 18 millions de familles étasuniennes étaient en situation de « précarité alimentaire ». Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg si on pense aux millions de foyers qui n’ont pas été repris dans cette statistique mais qui pour autant n’ont pas les moyens de s’offrir une nourriture de qualité, et aux familles encore plus nombreuses qui échappent à la précarité alimentaire uniquement grâce aux programmes d’aide du gouvernement comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) connu sous le nom de tickets de nourriture. Le manque d’accès à la nourriture de bonne qualité est l’apanage des quartiers pauvres des villes où les noirs surtout ont du mal à offrir à leurs enfants autre chose que les plats préparés et les produits bas de gamme du magasin du coin.

Ce que nous constatons en examinant ces informations, c’est que la précarité alimentaire et la pauvreté ne sont pas seulement des indicateurs de difficultés économiques, elles délimitent des classes sociales. Les Etats-Unis abritent une sous-classe sociale de plus en plus large, qui regroupe de plus en plus d’anciens ouvriers et de blancs, mais qui touche encore plus les communautés de gens de couleur. Dans toutes les grandes villes et de plus en plus dans des quartiers blancs autrefois prospères, la pauvreté est devenue une réalité quotidienne, mais une réalité cachée par l’illusion collective du « rétablissement économique ».

Le modèle vénézuélien

A la différence des Etats-Unis, le Venezuela progresse rapidement dans l’éradication de la pauvreté dans un pays qui, pendant des décennies, a été un des plus pauvres et des plus exploités du continent américain. En dépit de sa richesse pétrolière et de ses vastes ressources, la misère régnait au Venezuela, spécialement chez les indigènes et les paysans. C’était la conséquence du système colonial et post-colonial qui permettait à une petite élite à la peau claire de dominer le pays et de maintenir le reste de la population dans une misère abjecte. La situation a commencé à changer avec Hugo Chavez et la Révolution Bolivarienne. Chavez, qui était déjà un héro aux yeux des pauvres Vénézuéliens, s’est mis tout de suite au travail pour réaliser son modèle socialiste avec la lutte contre la pauvreté au coeur de son projet politique. Et il poursuit le même projet depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans.

Comme je l’ai déjà dit, le Venezuela utilise plusieurs critères pour évaluer la pauvreté : l’accès à l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’accès à un logement correct, les familles de plus de 3 personnes qui vivent dans une seule pièce, et les familles dont le chef de famille a fait moins de 3 ans d’école. Ces statistiques, connues sous le nom de système de calcul des Besoins Elémentaires non Satisfaits, donnent des résultats surprenants. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Vénézuéliens vivant dans la misère (ceux qui souffraient d’au moins deux de ces signes de pauvreté) a diminué de 11.36% à 6.97%, une réduction de presque la moitié. En même temps, l’espérance de vie et la population totale ont augmenté de manière significative, ce qui montre l’amélioration des services de santé. Un chiffre intéressant concerne la population indienne autochtone, le groupe le plus marginalisé historiquement. Au cours des 10 dernières années, leur nombre a fortement augmenté et ils forment maintenant 3% de la population. Cela montre que non seulement les services de santé sont de meilleure qualité mais qu’ils sont devenus accessibles aux segments les plus démunis de la population.

Il faut noter que l’une des pièces maîtresses des programmes anti-pauvreté du gouvernement bolivarien de Chavez a été l’augmentation exponentielle de construction de logements publics et d’appartements bons marché. Le président Chavez a annoncé la Grande Mission Logement en 2011 pour combattre la misère à laquelle était confrontée tant de famille vénézuéliennes qui vivaient dans des logements insalubres et dangereux. En septembre 2012, plus de 250 000 logements avaient été construits et confiés à de pauvres familles vénézuéliennes. Ce chiffre doit encore augmenter dans les années à venir car les constructions continuent et il y a de plus en plus de logements abordables.

Malgré la crise économique mondiale, le gouvernement Chavez continue à développer ses programmes anti-pauvreté comme le logement et la santé, tandis que la plus grande partie du monde soi-disant développé se laisse gagner par l’hystérie générale de l’austérité. La Révolution Bolivarienne s’est donnée pour tâche de réduire et finalement d’éradiquer la pauvreté dans un pays où la pauvreté était une tradition historique et une réalité supposément incontournable. Pendant l’ère post-coloniale le Venezuela a connu la domination et l’oppression des Etats-Unis et le règne des multinationales pendant que les pauvres et les classes laborieuses vivaient dans la misère. Ce sont les efforts de Chavez pour corriger l’histoire qui l’ont rendu, plus que toute autre chose, si cher au coeur des Vénézuéliens.

Les économies capitalistes développées d’Amérique du nord et d’Europe essaient désespérément de maintenir leur hégémonie et leur survie économique grâce à des programmes d’austérité qui ont pour but de transférer le poids de la dépression des épaules des riches financiers et spéculateurs qui l’ont provoquée, à celles des pauvres et des classes laborieuses qui doivent la payer. Les coupes draconiennes dans les services sociaux dont dépendent des millions d’Etasuniens pour leur survie sont la preuve de ce processus. A la différence du Venezuela, les puissances impérialistes occidentales veulent détruire le filet de sécurité sociale et accroître la misère et le désespoir de leur population.

Il s’agit en fait de la crise du capitalisme post-industriel avancé —un système économique qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres, crée des fortunes insensées et une misère extrême et se maintient en réduisant à la misère et à la pauvreté les classes inférieures. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates, le président Obama et Boehner, le président de l’Assemblée, sont tous au même titre responsables des souffrances et du désespoir des étasuniens pauvres qui peuvent encore se tourner vers le Venezuela et la Révolution Bolivarienne pour trouver le modèle d’une vision réellement progressiste de l’avenir.

Eric Draitser (analyste géopolitique indépendant, New York City).

Pour consulter l’original (anglais) avec les liens internes et l’ensemble des notes : http://venezuelanalysis.com/analysis/7671

Traduction : Dominique Muselet

“La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?” : le rapport du CEPR (Washington).

Le Centre de Recherches Économiques et Politiques (CEPR), basé à Washington, vient de publier ce 26 septembre 2012 son dernier rapport  intitulé La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?”.

Mark Weisbrot

Mark Weisbrot, directeur du CEPR, rappelle que durant les treize années de gouvernement Chávez, la majorité des experts ont annoncé un effondrement économique imminent mais que « ces prévisions étaient basées sur des désirs, non sur des données concrètes”.

Le CEPR indique que la modification apportée par le président vénézuélien à la politique pétrolière a permis de créer “des fonds pour l’investissement dans le secteur social” et que « le Venezuela a construit 2,5 fois plus de logements que les États-Unis en 2011 : chiffres importants si on les compare à la population vénézuélienne« . La construction d’oeuvres civiles a augmenté de 22% en 2011, impulsée par la Grande Mission Logement (Gran Misión Vivienda), qui a construit 147 mille logements jusqu’à l’an dernier et planifie d’en construire 200 mille de plus jusqu’à la fin de 2012.

L’étude mentionne les fonds de développement sino-vénézuéliens, le contrôle des changes, le contrôle des finances publiques et les grands investissements comme facteurs-clefs pour asseoir la stabilité économique du pays. La disponibilité à présent vérifiée de la majeure réserve de pétrole du monde, « près de 500 milliards de barils” et la stabilité politique depuis le retour de l’économie pétrolière sous contrôle de l’État, confèrent au Venezuela “la capacité de maintenir des taux solides de croissance économique.

Le rapport analyse en détail la réaction de l’actuelle équipe gouvernementale face aux deux récessions économiques, en 2003 et en 2009.

La première récession fut la conséquence du coup d’État contre le président Chavez en 2002 et du lock-out des gérants pétroliers en 2002-3. Ce sabotage de la part des cadres supérieurs de Pdvsa (Petróleos de Venezuela) fit chuter la production pétrolière au niveau quasi zéro avec de graves dommages pour le pays. La seconde récession eut lieu à la suite de la chute des prix du pétrole (2008) et de la crise économique mondiale (2009).

Durant la période de récupération économique à la suite du lock-out pétrolier, le Fonds Monétaire International (FMI) avait sous-estimé la reprise de l’économie vénézuélienne, avec des marges de 10,6%, 6,8% et 5,8% pour les années 2004 et 2006. En réalité, l’économie du Venezuela a connu une croissance, respectivement, de 16,8%, 9,3% et 10,3%. »

La seconde récession en 2009 avait assombri les perspectives de croissance. « Or, l’économie vénézuélienne a de nouveau défié la majorité des prévisions par une croissance de 4,2% en 2011 et de 5,6% au premier semestre de 2012”. La CEPAL, organisme des Nations Unies chargé de mesurer le développement économique et social de l’Amérique Latine, table dans son rapport de septembre 2012 sur une croissance de 5 % pour la fin de 2012.

Le rapport de CEPR mentionne le superavit en comptes courants de 24,6 milliards de réserves en US$ (6,6% du PIB dans les 12 derniers mois). « Avec les prévisions de stabilité et l’augmentation des prix du baril de pétrole, un problème dans les paiements internationaux du Venezuela est hautement improbable« .

Sur l’inflation les analystes du CEPR sont optimistes au vu sa baisse continue dans les huit derniers mois (de 27,6% à 19,4%). Sur l’investissement dans les bons du trésor, Weisbrot a signalé qu’il s’agit d’une bonne affaire. “Sur la base de la capacité de paiement de la dette publique et si on se tourne vers le futur, le prix des titres du trésor vénézuélien est certainement sous-évalué« .

Gran Misión Vivienda Venezuela

Gran Misión Vivienda

Les économistes Mark Weisbrot et Jake Johnston concluent que « la récupération de l’économie vénézuélienne, ainsi que l’augmentation de la qualité de vie, la réduction de la pauvreté, l’accès majeur à l’éducation et à la santé, depuis que le gouvernement bolivarien a repris le contrôle de l’industrie pétrolière il y a dix ans, rendent très probable une réélection du président Hugo Chávez le 7 octobre”.

Rapport original intégral (en anglais) : http://www.cepr.net/documents/publications/venezuela-2012-09.pdf

Graphiques du rapport. (Cliquer pour agrandir.)

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Note : nous publions par ailleurs ci-dessous un tableau reprenant les derniers sondages réalisés par les instituts les plus expérimentés (privés ou publics) pour la prochaine élection présidentielle du 7 octobre. En effet, face à une défaite annoncée, il est possible que l’opposition de droite s’appuie de nouveau sur les grands médias pour refuser le verdict des urnes et ignorer les avis positifs exprimés par les observateurs étrangers sur le mode de scrutin. Dans ce cas le plan consisterait à dénoncer la « fraude de Chavez », et à préparer des actes de violence destinés aux agences internationales, etc…

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/28/la-recuperation-economique-du-venezuela-est-elle-durable-le-rapport-du-cepr-washington/

Samuel Pinheiro Guimarães* : États-Unis, Venezuela, Paraguay et médias mondiaux : 26 notes pour comprendre la bataille actuelle.

Samuel Guimaraes

*Samuel Pinheiro Guimarães est diplomate brésilien et professeur à l’Institut Rio Branco. Ex- coordinateur du Mercosur. Master en Économie de la Boston University, Secrétaire Général des Relations Extérieures du Brésil (2003-2009). Auteur de nombreux ouvrages tels que “Stratégies: l’Inde et le Brésil »  (org.), Brasilia, IPRI (Institut de Recherches sur les Relations extérieures),1998, ou “Regards brésiliens sur la politique extérieure de l’Afrique du Sud », Brasilia, (IPRI),2000.

1. On ne peut comprendre les péripéties de la politique sud-américaine sans prendre en compte la politique des États-Unis envers l’Amérique du Sud. Les États-Unis restent l’acteur politique principal en Amérique du Sud et nous devons commencer par la description de ses objectifs.

2. En Amérique du Sud, l’objectif stratégique central des États-Unis – qui malgré leur affaiblissement restent la plus grande puissance politique, militaire, économique et culturelle du monde – est d’incorporer tous les pays de la région à son économie. Cette incorporation économique mène nécessairement à un alignement politique des pays les plus pauvres sur les États-Unis dans les négociations et dans les crises internationales.

3. L’instrument tactique nord-américain pour atteindre cet objectif consiste à promouvoir l’adoption légale, par les pays d’Amérique du Sud, de normes de libéralisation la plus large possible du commerce, des finances et des investissements, des services et de “protection” de la propriété intellectuelle à travers la négociation d’accords sur les plans régional et bilatéral.

4. Il s’agit d’un objectif stratégique historique et permanent. Une de ses premières manifestations a eu lieu en 1889 lors de la 1ère Conférence  Internationale Américaine organisée à Washington, lorsque les États-Unis, qui étaient la première puissance industrielle du monde, proposèrent la négociation d’un accord de libre commerce pour les Amériques et l’adoption, par tous les pays de la région, d’une seule et même monnaie : le dolllar.

5. D’autres moments-clefs de cette stratégie furent l’accord de libre commerce entre États-Unis et Canada; le NAFTA (Zone de Libre Commerce de l’Amérique du Nord, incluant en plus du Canada, le Mexique); la proposition de création d’une Zone de Libre Commerce des Amériques –l’ALCA;  et finalement les accords bilatéraux avec le Chili, le Pérou, la Colombie et les pays d’Amérique Centrale.

6. Dans ce contexte hémisphérique, le principal objectif nord-américain est d’incorporer le Brésil et l’Argentine, qui sont les deux principales économies industrielles de l’Amérique du Sud, à ce grand “ensemble” de zones de libre commerce bilatérales, où les règles relatives au mouvement de capitaux, aux investissements étrangers, à la défense commerciale, aux relations entre investisseurs étrangers et États seraient non seulement identiques mais autoriseraient la pleine liberté d’action pour les méga-entreprises multinationales, réduisant au minimum la capacité des états nationaux à promouvoir le développement, même capitaliste, de leurs sociétés et de protéger et de développer leurs entreprises (et leurs capitaux nationaux) et leur force de travail.

7. L’existence du Mercosur, dont la prémisse consiste à donner la préférence au sein de son marché aux entreprises (nationales ou étrangères) installées dans les territoires de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay par rapport aux entreprises situées hors de ce territoire, et qui veut s’étendre dans le but de construire une zone économique commune, est incompatible avec l’objectif nord-américain de libéralisation générale du commerce des biens, des services, des capitaux, etc., qui bénéficie à ses méga-entreprises, naturellement beaucoup plus puissantes que les entreprises sud-américaines.

8. D’autre part, un objectif (politique et économique) vital pour les États-Unis est d’assurer l’approvisionnement énergétique de son économie, qui importe 11 millions de barils de pétrole par jour dont 20% en provenance du Golfe Persique – zone d’instabilité extraordinaire, de turbulences et de conflit.

9. Les entreprises nord-américaines ont été responsables du développement du secteur pétrolifère au Venezuela à partir de la décennie de 1920. D’un côté le Venezuela approvisionnait traditionnellement les États-Unis en pétrole, de l’autre il importait les équipements pour l’industrie pétrolière et les biens de consommation pour sa population, aliments y compris.

10. L’élection de Hugo Chávez en 1998 et ses décisions de réorienter la politique extérieure (économique et politique) du Venezuela en direction de l’Amérique du Sud (principalement mais non exclusivement en direction du Brésil) ainsi que de construire l’infrastructure et de diversifier l’économie agricole industrielle du pays ont brisé la profonde dépendance du Venezuela vis-à-vis des États-Unis.

11. Cette décision vénézuélienne, qui affecte frontalement l’objectif stratégique de la politique extérieure nord-américaine de garantir l’accès aux sources d’énergie proches et sûres, est devenue encore plus importante à partir du moment où le Venezuela est devenu le pays doté des plus importantes réserves de pétrole et au moment où la situation au Proche-Orient est devenue de plus en plus volatile.

12. Dès lors s’est déclenchée une campagne mondiale et régionale des médias contre le président Chávez et le Venezuela, cherchant à le sataniser et à le caractériser comme dictateur, autoritaire, ennemi de la liberté de la presse, populiste, démagogue, etc… Le Venezuela, selon les médias, ne serait pas une démocratie. Les médias ont créé une “théorie” selon laquelle bien qu’un président soit élu démocratiquement, le fait qu’il ne  “gouverne pas démocratiquement” en ferait un dictateur et que par conséquent on peut le renverser. De fait il y a déjà eu un coup d’État au Venezuela en 2002 et les premiers dirigeants à reconnaître le “gouvernement” surgi de ce coup d’État furent George Walker Bush et José María Aznar.

13. À mesure que le Président Chávez a commencé à diversifier ses exportations de pétrole, notamment vers la Chine, a substitué la Russie dans l’approvisionnement énergétique de Cuba et a commencé à appuyer les gouvernements progressistes élus démocratiquement tels que ceux de la Bolivie et de l’Équateur, décidés à affronter les oligarchies de la richesse et du pouvoir, les attaques ont redoublé, orchestrées par les médias de la région (et du monde entier).

14. Cela a eu lieu malgré le fait qu’il n’y avait aucun doute sur la légitimité démocratique du Président Chávez, qui à partir de 1998 s’est soumis à douze élections, toutes libres et légitimées par les observateurs internationaux, parmi lesquels le Centre Carter, l’ONU et l’OEA.

15. En 2001, le Venezuela a présenté pour la première fois sa candidature au Mercosur. En 2006, au terme des négociations techniques, le protocole d’adhésion du Venezuela fut signé par les Président Chávez, Lula, Kirchner, Tabaré et Nicanor Duarte du Paraguay – membre du Parti Colorado. Débuta alors le processus d’approbation de l’entrée du Venezuela par les congrès des quatre pays, sous le feu nourri de la presse conservatrice, préoccupée par le “futur” du Mercosur qui, sous l’influence de Chávez, pourrait, selon elle, “nuire” aux négociations internationales du bloc, etc. Cette même presse qui habituellement critiquait  le Mercosur et qui défendait la signature d’accords de libre commerce avec les États-Unis, avec l’Union Européenne, etc… si possible de manière bilatérale et qui considérait l’existence du Mercosur comme un obstacle à la pleine insertion des pays du bloc dans l’économie mondiale, commença à se préoccuper pour la “survie” du bloc.

16. Approuvée par les Congrès de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay, l’entrée du Venezuela commença à dépendre du Sénat paraguayen dominé par les partis conservateurs représentants des oligarchies rurales et du “commerce informel”, qui commença à exercer un pouvoir de veto, influencé en partie par son opposition permanente au Président Fernando Lugo, contre lequel ces partis ont lancé 23 procédures d’ « impeachment » à partir de sa prise de fonctions en 2008.

17. L’entrée du Venezuela dans le Mercosur avait quatre conséquences :

– rendre difficile l’“éjection” du Président Chavez à travers un coup d’État;

– empêcher l’éventuelle réincorporation du Venezuela et de son énorme potentiel économique et énergétique à l’économie nord-américaine;

– fortifier le Mercosur et le rendre encore plus attractif pour d’autres candidats à l’adhésion parmi les pays de l’Amérique du Sud;

– rendre plus difficile le projet permanent des États-Unis de créer une zone de libre commerce en Amérique Latine, qu’ils mettent actuellement en oeuvre à travers la possible “fusion” d’accords bilatéraux de commerce, dont l’accord de « l’Alliance du Pacifique » est un exemple.

18. Dès lors, le refus du Sénat paraguayen et l’approbation de l’entrée du Venezuela au Mercosur devenaient une question stratégique fondamentale pour la politique nord-américaine en Amérique du Sud.

19. Les dirigeants du Parti Colorado, au pouvoir au Paraguay depuis soixante ans et jusqu’à l’élection de Lugo, et ceux du Parti Libéral qui participait au gouvernement de Lugo, avaient sans doute imaginé que les sanctions contre le Paraguay à la suite de l’“impeachment” de Lugo seraient principalement politiques et non économiques, se limitant à suspendre la participation du Paraguay aux réunions des présidents et des ministres du bloc régional.

Sur la base de cette évaluation, ils ont mené le coup d’État. D’abord le Parti Libéral a quitté le gouvernement et s’est rallié au Parti Colorado et à l’Union Nationale des Citoyens Éthiques – UNACE.  Fut ensuite approuvée, lors d’une session parlementaire, une résolution consacrant un rite super-sommaire d’“impeachment”.

De cette manière, ils ont passé outre à l’article 17 de la Constitution paraguayenne qui détermine que “dans le processus pénal ou dans tout autre pouvant entraîner une peine ou une sanction, toute personne a le droit de disposer des copies, des moyens et des délais indispensables à la présentation de sa défense, et de pouvoir offrir, pratiquer, contrôler et contester des preuves”, ainsi qu’à l’article 16 qui affirme que le droit des personnes à la défense est inviolable.

20. En 2003, le processus d’“impeachment” contre le Président  Macchi, qui ne fut pas approuvé, dura près de 3 mois. Le processus contre Fernando Lugo fut entamé et conclu en près de 36 heures. Le recours constitutionnel présenté par le Présidente Lugo devant la Cour Suprême de Justice du Paraguay ne fut même pas examiné et fut rejeté in limine.

21. Le processus d’“impeachment” du Président Fernando Lugo fut considéré comme un coup d’État par tous les États d’Amérique du Sud et, en accord avec la Charte Démocratique du Mercosur, le Paraguay fut suspendu de l’UNASUR et du Mercosur, sans que les néo-golpistes ne manifestent la moindre considération pour les démarches des chanceliers de l’UNASUR, qu’ils ont même reçus avec arrogance.

22. Comme conséquence de la suspension paraguayenne, il fut posible légalement pour les gouvernements de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay, d’approuver l’adhésion du Venezuela au Mercosur, qui sera effective au 31 juillet 2012. Événement que ni les néo-putschistes, ni leurs admirateurs les plus fervents – les États-Unis, l’Espagne, le Vatican, l’Allemagne, premiers à reconnaître le gouvernement illégal du paraguayen Franco – ne semblaient avoir prévu.

23. Face à cette évolution inattendue, toute la presse conservatrice des trois pays et celle du Paraguay, et les dirigeants et partis conservateurs de la région, ont volé au secours des néo-putschistes avec toute sortes d’arguments, proclamant l’illégalité de la suspension du Paraguay (et par conséquent, affirmant la légalité du coup d’État) et de l’inclusion du Venezuela, puisque la suspension du Paraguay aurait été illégale.

24. A présent le Paraguay veut obtenir une décision du Tribunal Permanent de Révision du Mercosur sur la légalité de sa suspension du Mercosur, tandis qu’au Brésil, le dirigeant du PSDB annonce qu’il saisira la justice brésilienne au sujet de la légalité de la suspension du Paraguay et de l’entrée du Venezuela.

25. La politique extérieure nord-américaine en Amérique du Sud a subi les conséquences totalement inattendues de l’empressement des néo-putschistes paraguayens à prendre le pouvoir, avec un appétit si violent qu’ils n’ont pu attendre les élections qui seront organisées en avril 2013. Les États-Unis articulent à présent tous leurs alliés pour renverser la décision de l’adhésion du Venezuela.

26. En réalité la question du Paraguay est la question du Venezuela : celle de la bataille pour l’influence économique et politique en Amérique du Sud et de son avenir comme région souveraine et développée.

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/17/samuel-pinheiro-guimaraes-etats-unis-venezuela-paraguay-et-medias-mondiaux-26-notes-pour-comprendre-la-bataille-actuelle/

« Diversifier la production dans le nouveau Plan de la Nation », par Jesse Chacón

JESSE CHACON, GISXXI

dimanche 26 février 2012

Relation entre P.I.B et cours du pétrole au Venezuela.

Si nous regardons de près les conclusions du rapport du Service Géologique des États-Unis sur les réserves pétrolières vénézuéliennes nous lisons avec étonnement cette conclusion : « Le Service Géologique des États-Unis estime à un volume de 513 milliards de barils de pétrole lourd techniquement récupérable dans l´Unité d´Évaluation Pétrolifère de la Frange de l´Orénoque, dans l´est du Venezuela, Province de la Cuenca : le rang est de 380 à 652 millions de barils. La Ceinture Pétrolière de l´Orénoque contient un des plus grands gisements de pétrole récupérable du monde. »

Ce qui, ajouté aux 77.000 millions de barils qui forment nos réserves semblerait condamner le Venezuela à la voie de l´extractivisme, de l´activité minière et à la condition première d´exportateur, c´est-à-dire à une économie primitive sujette aux va-et-vients qui caractérisent l´économie pétrolière.

En lien avec ce jeu cyclique de l´économie mondiale du pétrole et son impact sur l´économie vénézuélienne, nous voyons comment les données sur la croissance de notre économie redeviennent positives après la chute dramatique des prix du pétrole entre 2008 et 2009. En 2011 l´économie a cru de 4,2 %. De même, les prix du pétrole OPEP et vénézuélien continuent à la hausse, pour se situer en février 2012 à 117,26 dollars pour le baril OPEP et 110.82 dollars pour le baril vénezuélien.

Les vents de guerre au Moyen Orient feront sans doute monter davantage ces prix mais face à l´état fragile de l´économie mondiale, cette courbe ascendante d´une matière première aussi vitale accélèrera la chute de l´ensemble de l´échafaudage économique mondial avec pour conséquence probable de provoquer une des pires crises qu´aconnnues le Venezuela dans les dernières décennies.

Si nous voulons laisser là les présages dramatiques et semer dans la terre ferme d´une économie nationale et latino-américaine soutenable, il nous faut revenir au nouveau Plan Général de la Nation aujourd´hui en pleine élaboration, à propos de la formule si souvent énoncée de la diversification industrielle et de la substitution des importations. Cette stratégie a été assumée à d´autres périodes avec une forte dose de rhétorique, mais la crise mondiale replace cette politique comme centre obligé de la prochaine feuille de route stratégique.

L´heure est venue de penser et de réaliser un modèle industriel systématique, planifié, cohérent et viable selon les potentialités et les limites de notre réalité productive, de notre développement tecnologique et de la formation de notre force de travail.

Sur le plan du modèle de l´industrialisation à réaliser, il est nécessaire de réfléchir à l´orientation de la construction de nos chaînes et de nos réseaux socio-productifs en priorisant nos potentialités. Tous les secteurs n´ont pas la même force d´entraînement et il serait illusoire, vu l´actuelle offre de prix des entreprises chinoises, de vouloir tisser des chaînes dans tous les secteurs. De même la position dominante du Brésil dans la région et son développement industriel nous imposent une rationnalité liée à la viabilité de nos efforts.

Il est indéniable qu´un secteur comme la pétro-chimie a de grandes possibilités d´entraînement et d´activation productive en amont comme en aval. Il possède des potentialités pour stimuler et activer des réseaux productifs locaux tout en progressant dans son impact sur les marchés régionaux et mondiaux.

De même les télécommunications et l´électronique sont un secteur dans lequel nous avons pris une forte avance d´expérimentation et qui pourraient être conçus comme une chaîne de fabrication de biens tout en occupant une part active dans les cadres nationaux et régionaux à travers les plate-formes de services.

Le modèle industriel signifie nécessairement la diversification productive et le dépassement de la dépendance de la rente pétrolière. Il signifie la substitution des importations. Il est d´usage que cette politique soit rejetée par les politiques et les universitaires néo-libéraux sans autre argument que « cette politique a déjà été tentée et a échoué en Amérique Latine ».

Il est vrai que le modèle de substitution des importations a déjà été tenté par diverses économies latino-américaines depuis les années 50 mais les néo-libéraux ne disent pas que l´échec de cette tentative fut le résultat du blocage intentionné que les capital financier et transnational ont généré contre les matrices nationales d´industrialisation, en réussissant à reproduire les logiques de dépendance dans la majorité des expériences productives. Ils ne disent pas que la substitution des importations n´est possible que dans un contexte de révolution nationale capable de défier la domination du capital financier.

Dans une étude détaillée, Urs Heierli analyse les facteurs qui ont mené l´Amérique Latine à la crise de la stratégie de substitution en Amérique Latine.

1 – En premier lieu l´échec du modèle de substitution a résulté d´une absence de conscience sur les forces et les valeurs propres aux sociétés respectives. S´est maintenue la dominnation des modèles culturels et de consommation impériaux tout en méprisant les capacités nationales propres.

2 – Cette stratégie fut mise en place sans prendre en compte la disponibilité des ressources et des faceturs productifs nationaux, en se limitant à produire en interne les produits que demandaient les strates sociales élevées et semi-élevées dotées d´un haut pouvoir d´achat et qui privilégient l´importation de devises et de produits importés.

3 – Les tissus industriels de développement ont fini par concentrer l´utilisation des maigres ressources financières dans des branches industrielles possédant de hautes capacités de production et de ralentissement, qui n´absorbaient qu´á la marge la force de travail.

4 – Les tissus industriels étant concentrés dans les villes et alignés sur l´extérieur pour s´approvisionner en matériaux et en devises, et en l´absence d´effort nationaux de construction de réseaux socio-productifs complémentaires, ont fini par étouffer les petites entreprises.

5 – Le modèle substitutif a fini par encourager la concentration de capitaux et la détérioration de la redistribution du revenu national.

Il faut souligner l´abandon de la part des bourgeoisies « productives » de leur volonté d´industrialisation face au positionnement hégémonique du capital financier. Lié aux intérêts transnationaux globaux, celui-ci a fini par imposer un nouveau mode d´accumulation ou de modèle de développement visant à capturer tous les secteurs de la vie économique nationale par le capital financier transnational. Nous parlons fondamentalement des services publics et de la pénétration de l´agro-business. Les ex-bourgeoisies industrielles ont migré vers d´autres secteurs à la recherche des miettes.

Enfin il faut souligner l´importance que dans la réalisation de notre modèle industriel vénézuélien revêtent l´environnement international et notre politique d´intégration régionale depuis l´ALBA, le MERCOSUR et l´UNASUR.

Nous devons garder à l´esprit que les chaînes productives dépassent nos frontières et qu´élever les niveaux de productivité exige de se nourrir d´expériences, de technologies et d´opportunités au-delà des frontières du Venezuela.

Les politiques et les stratégies que nous adoptons doivent entrer dans le cadre des politiques de complémentarité productive et d´intégration des chaînes productives régionales, sans remettre en cause notre souveraienté et notre modèle politique.

Le nouveau scénario récemment présenté par le président Chavez en lien avec le Plan Général de la Nation, sera un cadre fondamental pour approfondir cette réflexion obligée.

Les avancées majeures à mener sur les terrains politique et social, requièrent pour ce nouveau sextennat un gros effort dans la construction de notre modèle économico-productif.

Jesse Chacon

Directeur

GISXXI

www.gisxxi.org

Source : http://www.gisxxi.org/articulos/la-…

Traduction : Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com

 

Et de trois : après la Bolivie et l’Équateur, le Venezuela quitte le CIRDI ! Vers un « CIRDI du Sud » ?

24 février par Cécile Lamarque

Le Venezuela a annoncé qu’il se retirait du CIRDI, le Centre international de règlement des différends liés à l’investissement. Cette décision de se retirer du CIRDI, prise également par la Bolivie et l’Équateur en 2007 et 2009 |1|, a été officialisée le 24 janvier 2012 dans une lettre envoyée par le gouvernement vénézuélien à la Banque mondiale.

Le CIRDI est un organe d’arbitrage créé en 1966 pour trancher les litiges entre les transnationales et les États. Aujourd’hui, 147 États reconnaissent sa compétence en cas de litige avec des transnationales. Le Venezuela a adhéré au CIRDI en 1993. Ce tribunal, qui est une composante du groupe Banque mondiale, est majoritairement saisi par les multinationales pour réclamer des indemnisations et compensations lorsque l’État prend des mesures qui « privent l’investisseur des bénéfices qu’il pourrait raisonnablement espérer » ou qui pourraient s’apparenter à une « expropriation indirecte ». Il suffit qu’un parlement adopte une mesure (comme une loi environnementale ou une loi augmentant les impôts sur les sociétés) qui va à l’encontre des intérêts des transnationales pour que l’État soit sanctionné par ces arbitres internationaux. Par exemple, en 1996 l’entreprise étasunienne Metalclad a poursuivi le gouvernement mexicain pour violation du chapitre 11 de l’ALENA quand le gouvernement de San Luis Potosi a interdit à ladite entreprise d’ouvrir un dépôt de produits toxiques. Le non-octroi du permis d’ouvrir une décharge fut considéré comme un acte d’« expropriation » et le gouvernement mexicain a dû payer à Metalclad une indemnisation de 16,7 millions de dollars |2|. Plus récemment, en 2007, le gouvernement équatorien a annoncé que les entreprises pétrolières qui opèrent dans le pays devaient verser une plus grande partie de leurs revenus à l’Etat |3|. Les entreprises Murphy Oil (USA), Perenco (France) et Conoco-Philips (USA) ont alors porté plainte devant le CIRDI pour expropriation. Ces deux affaires sont loin d’être des cas isolés. Le problème fondamental est que le CIRDI offre l’impunité pour les transnationales et mine la souveraineté des Etats. Il était donc logique que le Venezuela réagisse en se retirant enfin du CIRDI.

Suite aux nationalisations dans plusieurs secteurs stratégiques (hydrocarbures, industrie alimentaire, électricité, finances, télécommunications, etc.), le gouvernement vénézuélien affronte, principalement devant le CIRDI, une vingtaine de plaintes de multinationales qui exigent des indemnisations colossales. Après plusieurs annonces sans suite, c’est le litige avec la pétrolière étasunienne Exxon qui a décidé le Venezuela à quitter le CIRDI |4|. Dès lors, la décision du Venezuela de sortir du CIRDI marque un pas plus affirmé vers une reconquête de sa souveraineté.

L’Amérique latine en première ligne devant le CIRDI

Au cours des dernières décennies, la politique entreguista et vendepatrias |5| de gouvernements latino-américains successifs a permis de nombreux investissements étrangers dans l’agriculture, l’industrie minière, pétrolière, etc., protégés par des traités de libre-échange et de protection des investissements qui prévoient le recours à des tribunaux d’arbitrage supranationaux en cas de différends, principalement le CIRDI |6|. Depuis le début des années 2000, grâce aux mobilisations citoyennes, plusieurs gouvernements latino-américains essaient de récupérer le contrôle sur leurs ressources stratégiques, ou tout au moins de tendre vers des conditions qui leur sont plus favorables. Dès lors, les pays d’Amérique latine, qui représentent 10% des 147 membres du CIRDI, sont à l’heure actuelle parmi les plus affectés par les recours intentés par des multinationales : ils sont la cible de 69% des 135 litiges en cours devant le CIRDI, et de 26% des 45 litiges liés aux secteurs de l’industrie pétrolière, minière et du gaz (contre 3 cas pour ces secteurs il y a 10 ans) |7|.

Le bradage du patrimoine national, les traités de libre-échange et de protection des investissements (totalement contraires à la souveraineté nationale) et la soumission permanente à la compétence du CIRDI (ou à tout autre organe d’arbitrage comme la Cour d’Arbitrage de la Chambre de Commerce International – CCI – et la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international – CNUDCI) constituent un cocktail explosif. La sortie du CIRDI doit s’accompagner d’une dénonciation par les États de ces traités, ou, au minimum, d’une révision des clauses qui permettent aux multinationales de saisir directement les tribunaux supranationaux en faisant l’impasse sur les recours juridiques nationaux. L’Equateur et la Bolivie l’ont bien compris : parallèlement à leur sortie du CIRDI, ces deux pays ont renégocié ou mis un terme à plusieurs de ces accords. Le Venezuela devrait à présent leur emboîter le pas.

Quitter le CIRDI pour recouvrer sa souveraineté

Dans son communiqué faisant suite au retrait du CIRDI |8|, le Venezuela rappelle que le recours au CIRDI contrevient à l’article 151 de la Constitution vénézuélienne qui prévoit le recours aux tribunaux nationaux en cas de litiges concernant des contrats d’intérêt public |9| (l’évaluation de l’intérêt public relève de la compétence des pouvoirs publics). Par exemple, la nationalisation par le Venezuela de secteurs considérés comme stratégiques (pétrole, industrie alimentaire, électricité, etc.) est soutenue au nom de l’intérêt public afin de s’assurer du maintien ou du développement du secteur au bénéfice de la population et/ou d’éviter que les bénéfices d’un secteur ne profitent démesurément à des entreprises privées, aux dépens de la population. Ces nationalisations sont tout à fait fondées en droit. En effet, au delà des dispositions prévues par la Constitution et les lois nationales, de nombreux textes juridiques internationaux |10| affirment la primauté de l’intérêt du développement national, des mesures visant à assurer le bien-être de la population, sur les intérêts privés (nationaux et internationaux), et le droit inaliénable des États à la souveraineté et à l’autodétermination.

Il faut, par ailleurs, souligner que la ratification par un État de la Convention CIRDI n’oblige pas les États parties à se soumettre systématiquement aux tribunaux d’arbitrage internationaux en cas de litiges avec des investisseurs étrangers. Le consentement des États doit avoir été donné avant que le CIRDI ne soit saisi |11| et un État contractant peut exiger que les recours internes soient épuisés (article 26 de la Convention). L’article 25 alinéa 4 de la Convention CIRDI |12| autorise également les États contractants à indiquer au CIRDI les catégories de différends qu’ils souhaitent soustraire du champ de compétence du CIRDI ou que leur loi nationale leur interdirait de soumettre au CIRDI (c’est le cas de l’Équateur qui a notifié en décembre 2007 qu’il excluait du CIRDI tous les différents concernant les ressources naturelles, avant de se retirer totalement du CIRDI en 2009). En revanche, des clauses de renonciation à la juridiction nationale et de soumission directe à des tribunaux d’arbitrage supranationaux font partie des obligations stipulées dans nombre d’accords de protection et de promotion des investissements étrangers (TPPI), de libre-échange et autres accords similaires. D’où la double nécessité de remettre en cause ces accords et de sortir du CIRDI, où sont piétinées les lois et Constitutions nationales ainsi que les normes fondamentales du droit international en matière de droits humains.

Les États et les tribunaux nationaux peuvent déterminer si ces traités sont conformes au droit interne et aux grands principes de droit international tels que ceux figurant dans la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les deux pactes sur les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels de 1966, ainsi que les normes impératives de droit international (jus cogens), incluant le droit à l’autodétermination. En effet, le respect et l’application des droits humains, tels qu’ils sont reconnus universellement par les différentes conventions internationales, priment sur les autres engagements pris par les États, parmi lesquels l’application des traités de libre-échange, de protection des investissements et autres accords similaires. L’article 103 de la Charte de l’ONU, à laquelle les États membres des Nations unies doivent impérativement adhérer, est sans ambiguïté : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront ». L’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités dispose également que : « Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une norme impérative du droit international général ».

L’existence de vices de procédure et de fond lors de la ratification d’un traité peut également entraîner sa nullité, conformément aux dispositions de la Convention de Vienne sur le droit des traités (articles 46 à 53). Par exemple, un État peut invoquer la violation manifeste d’une norme d’importance fondamentale du droit interne de l’une des parties à ce traité, le dol, la corruption des représentants de l’État, la violation des Principes généraux du droit (tels que la lésion, l’abus de droit, la bonne foi, l’autodétermination des peuples, l’équilibre contractuel, entre autre) |13|.

Un gouvernement qui en a la volonté politique peut donc légalement refuser l’application des accords bilatéraux de libre-échange et de promotion des investissements qui portent atteinte aux droits économiques, sociaux et culturels de sa population et hypothèquent sa souveraineté. Il peut dénoncer les actions en justice lancées par les transnationales devant le CIRDI en invoquant la prééminence d’une hiérarchie des normes internationales.

En outre, les États doivent quitter le CIRDI et rétablir leur compétence souveraine de régler les litiges survenus sur leur territoire devant leurs tribunaux nationaux, conformément à la doctrine Calvo |14|. En vertu de cette doctrine, en cas de plaintes ou de réclamations, les multinationales ont l’obligation d’épuiser tous les recours légaux en vigueur dans la législation nationale de l’État qu’ils prétendent poursuivre.

Vers un « CIRDI du Sud » ?

On l’a vu : de nombreux litiges ont surgi ces dernières années entre les Etats latino-américains et les multinationales. Ces États ont donc intérêt à s’allier pour dénoncer les traités bilatéraux d’investissement, pour qu’ils se retirent du CIRDI et appliquent la doctrine Calvo. L’intégration latino-américaine implique de se doter d’une architecture financière, juridique et politique commune. En matière juridique, les pays de la région devraient avancer vers la création d’un organe régional de règlement des litiges en matière d’investissement auquel les différentes parties recourent librement, après l’épuisement des voies de recours devant les juridictions nationales du pays hôte des investissements. En d’autres termes, il faut créer un « CIRDI du Sud », alternatif au CIRDI de la Banque mondiale qui sert les intérêts des grandes transnationales privées. Plus largement les États, qui mènent des politiques progressistes heurtant directement les intérêts des transnationales, ont tous intérêt à se retirer du CIRDI et à réaffirmer la compétence des tribunaux nationaux devant faire respecter la supériorité des droits humains sur les droits des investisseurs.

Notes

|1| Mentionnons que dans la région latino-américaine et caribéenne, le Brésil, Cuba et le Mexique n’ont pas signé la Convention CIRDI et que la République dominicaine ne l’a pas ratifié jusqu’à aujourd’hui. Dans d’autres régions, l’Inde par exemple n’est pas partie au CIRDI.

|2| On peut consulter la sentence arbitrale du cas « Metalclad Corporation contre les Etats-Unis du Mexique » (cas No ARB(AF) 97/1) sur www.worldbank.org/icsid/case….

|3| Jusque 2007, les sociétés pétrolières devaient verser à l’Etat 50 % des bénéfices résultant d’un dépassement sur les marchés internationaux du prix fixé dans le contrat. En octobre 2007, après sa victoire électorale, Rafael Correa a signé un décret obligeant les sociétés pétrolières à verser 99% des bénéfices résultant du dépassement du prix plancher. Cela a fait rentrer 3,2 milliards de dollars supplémentaires dans les caisses de l’Etat en 2008. Voir Mark Weisbrot et Luis Sandoval « La economia ecuatoriana en anos recientes », juillet 2009, CEPR, Washington www.cepr.net

|4| Le gouvernement vénézuelien a décidé en 2007 de récupérer la souveraineté sur ses ressources pétrolières par le biais de la création d’entreprises mixtes au sein desquelles l’entreprise publique PDVSA détient au moins 60% des actions. Entre autres multinationales, Exxon, qui voit ses investissements affectés par cette décision, porte plainte contre l’Etat vénézuelien devant le CIRDI, et parallèlement contre PDVSA devant la Cour d’Arbitrage de la Chambre de Commerce International (CCI). La CCI a rendu sa décision début janvier et statué que PDVSA devait indemniser Exxon à hauteur de 908 millions de dollars (revoyant cependant à la baisse les aspirations exagérées de la transnationale). Le CIRDI devrait quant à lui rendre sa décision au plus tôt fin 2012.

|5| Ces termes font partie de la culture politique de plusieurs pays d’Amérique latine. Ils renvoient à des représentations collectives fortement ancrées dans l’histoire de pays progressivement spoliés de leurs ressources par des puissances étrangères ou des multinationales qui s’appuient sur des élites économiques et politiques entreguista– qui « offrent » les biens du pays – et qui sont dénoncées comme « vendeurs de la patrie », « valets de l’impérialisme », et dont l’action est perçue comme une trahison de l’intérêt public.

|6| Au côté du CIRDI, les principaux tribunaux d’arbitrage supranationaux sont la Cour d’Arbitrage de la Chambre de Commerce International (CCI) et la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI).

|7| Entretien avec Miguel Perez Rocha, RFI, http://www.espanol.rfi.fr/americas/…

|8http://www.cadtm.org/Gobierno-Bolivariano-denuncia

|9Article 151. Dans les contrats d’intérêt public, dont la nature n’a pas été prise en compte, il sera considéré comme incorporé, même s’il n’est pas explicite, une clause selon laquelle les doutes et les controverses qui peuvent surgir sur lesdits contrats et qui ne peuvent être résolus à l’amiable d’un commun accord par les parties contractantes, ils seront réglés par les tribunaux compétents de la République, en conformité avec ses lois, sans qu’aucun motif, ni cause puissent être à l’origine de réclamations étrangères.

|10| La Charte de l’ONU de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les deux Pactes de 1966 sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et sur les droits civils et politiques (PIDCP), la résolution 1803 des Nations unies du 14 décembre 1962 relative à la souveraineté permanente des Etats sur les ressources naturelles, la Convention de Vienne sur le droit des traités 1969 ou encore la Déclaration sur le droit au développement 1986, etc.

|11| Le dernier paragraphe du Préambule de la Convention dit que : «  Déclarant qu’aucun Etat contractant, par le seul fait de sa ratification, de son acceptation ou de son approbation de la présente Convention, ne sera réputé avoir assumé aucune obligation de recourir à la conciliation ou à l’arbitrage, dans des cas particuliers, sans son consentement ».

|12| Article 25 alinéa 4 : « Tout Etat contractant peut, lors de sa ratification, de son acceptation ou de son approbation de la Convention ou à toute date ultérieure, faire connaître au Centre la ou les catégories de différends qu’il considérerait comme pouvant être soumis ou non à la compétence du Centre .Le Secrétaire général transmet immédiatement la notification à tous les Etats contractants. Ladite notification ne constitue pas le consentement requis aux termes de l’alinéa (1) ».

|13| On peut également mentionner la Loi type de la CNUDCI sur l’arbitrage commercial international qui dispose dans son article 34 qu’une sentence arbitrale peut être annulée si « le tribunal constate : i) que l’objet du différend n’est pas susceptible d’être réglé par arbitrage conformément à la loi du présent État ; ou ii) que la sentence est contraire à l’ordre public du présent Etat  ».

|14| Cette doctrine de droit international, établie en 1863 par le juriste et diplomate argentin Carlos Calvo, prévoit que les personnes physiques ou morales étrangères doivent se soumettre à la juridiction des tribunaux locaux pour les empêcher d’avoir recours aux pressions diplomatiques de leur Etat ou gouvernement. Selon cette doctrine, tous les biens, corporels, incorporels, matériels et immatériels, sont soumis à la loi de l’Etat souverain et en cas de différends, ce sont les tribunaux nationaux qui sont compétents. La doctrine Calvo est incorporée dans la Charte de l’Organisation des Etats Américains (article 15), le Pacte de Bogota (article 7), la résolution 3171 du 17 décembre de 1973 de l’Assemblée générale des Nations Unies (Souveraineté permanente sur les ressources naturelles), paragraphe 3, et dans plusieurs constitutions nationales : la constitution de l’Argentine (article 116), de la Bolivie (article 24), du Guatemala (article 29), du Salvador (articles 98 et 99), de l’Equateur (article 14), du Pérou (article 63.2), du Venezuela (article 151), etc.

Cécile Lamarque est membre du groupe droit du CADTM Belgique

Source : http://www.cadtm.org/Et-de-trois-apres-la-Bolivie-et-l