Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

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Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

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Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

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Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

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L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
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Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

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Droits culturels: une opportunité pour l’Assemblée Constituante

Note de VenezuelaInfos : le 30 juillet les vénézuéliens éliront une Assemblée Constituante. Un vaste débat citoyen en cours, occulté par les grands médias, suscite de nombreuses propositions comme celles de Giordana Garcia Sojo.

 

Nous devons combattre la culture de l’aliénation par la culture de la libération, le culte de la mort par celui de la joie, celui de la violence par celui de la fraternité et celui de la frivolité par celui de la responsabilité. Substituer à l’école de l’égoïsme l’école de la solidarité, c’est à dire, à celle du monde sénile celle du monde naissant.

Gustavo Pereira, poète vénézuélien

S’il est une lutte qui a marqué significativement le XXI° siècle, surtout en Amérique Latine, c’est la lutte pour les « droits ». Le concept de « droits » occupe une place centrale dans l’arène politique de la région, semblable à celle qu’avait le concept de « liberté » dans les processus de transition vers la démocratie après les dictatures militaires de pays comme l’Argentine, l’Uruguay, le Chili et le Brésil des années 60 et 70. Il y a une proximité avec l’usage du concept de « liberté » par la pensée néolibérale, dont le précepte central défend la « liberté » absolue du marché, souvent caché derrière la notion d' »individu », mais qui signifie en réalité le rétrécissement de certaines compétences de l’État pour aller vers la dérégulation absolue du marché au détriment des droits et du bien-être des personnes.

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L’auteure : Giordana Garcia Sojo, Présidente de la maison d’éditions El Perro y la Rana http://www.elperroylarana.gob.ve/

L’utilisation du langage en politique n’est jamais naïf ni unidimensionnel. Les cas des notions de « liberté » et « droits » sont parmi les plus symptomatiques à ce sujet. Cela est encore plus évident si nous nous ramenons à un concept si on veut fondateur de la civilisation occidentale comme les Droits de l’Homme. Les Droits de l’Homme sont sans soute une réussite de l’humanité pour se reconnaître comme un corps social d’égaux. Cependant, au-delà du nom, dans les faits, les Droits de l’Homme sont la bannière actuelle de beaucoup de pays qui les violent. De même, les Droits de l’Homme font office de principe directeur des ONG et organismes multilatéraux qui peuvent bien veiller ( et encaisser) sur les Droits de l’Homme au Venezuela mais ferment les yeux sur les violations permanentes de ceux-ci au Mexique ou en Colombie, pour ne citer que deux exemples de la région. D’un autre côté, actuellement la conception des droits a élargi la portée de l' »humain » pour protéger la terre, les animaux et l’environnement en général, comme l’expriment certaines constitutions qui sont assez en avance sur le sujet comme celle de Bolivie.

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Bref, les « droits » sont un champ de dispute. Tant dans leur acception plus générale que dans ce qui concerne des luttes particulières (mariage homosexuel, avortement, euthanasie, par exemple) les droits sont devenus le point nodal de la « chose publique » étant donné qu’ils représentent des ancrages identitaires importants de divers sujets que nous pouvons englober dans la notion de « peuple » et de plus qui doivent être protégés et garantis par l’État.

La relation du peuple avec l’État est traversée par la conception, juridiction, lutte et réalisation des droits. Sur le plan juridique, de nombreux droits se trouvent énoncés de façon nominale mais ne sont pas réalisés de fait, de même qu’il y a des droits qui ne sont signalés dans aucun dispositif légal. Par conséquent, la participation permanente du peuple à la construction de dynamiques qui énoncent et disputent des droits est la clé de renforcement de la démocratie. Dans ce sens, il est crucial de penser les droits comme des processus en permanente construction sociale et non comme une chasse gardée qui les transforment en lettre morte.

Droits culturels

La notion gramscienne de culture comme espace de dispute pour les sens nous aide à comprendre l’importance de concevoir la culture comme un champ de bataille fondamental, d’où s’érigent les notions qui légitiment tous les autres champs de la vie. C’est cela l’hégémonie, la conception majoritaire de certains sens qui légitiment un système de façons d’agir sociales, politiques et économiques.

Pour réussir à transcender le sens unique, mal nommé « sens commun », que l’appareil culturel du capitalisme a déployé et affiné à travers les siècles, il faut huiler tous les mécanismes de disruption identitaire que la diversité et la créativité populaire impliquent. Le « bon sens » gramscien, qui surpasse le sens commun imposé, ne s’obtient que si la diversité des êtres et des faires qui nous constitue comme société se manifeste dans un projet commun. C’est cela qu’a proposé et travaille le chavisme : une contre-hégémonie active, qui reste aujourd’hui une bataille difficile.

La lutte pour les droits des majorités, surtout les droits sociaux, a été la base du projet chaviste, sa force principale. La preuve en est que malgré la retentissante chute du prix du baril de pétrole, le siège financier international et le sabotage permanent du patronat national, le gouvernement bolivarien n’a pas cessé de concrétiser des politiques sociales qui permettent un accès à des droits sociaux fondamentaux comme le logement, le travail, les pensions dignes, le droit maternel, parmi beaucoup d’autres.

Le chavisme a réussi à intégrer pour la première fois de son histoire la notion de culture et de droits culturels dans une constitution. Tant dans le préambule, que dans les articles 98, 99, 100 et 101 de la Constitution Bolivarienne, il est stipulé que « la culture est un droit fondamental que l’État développera et garantira (…) ». De plus, dans le préambule de même que dans les articles du Chapitre VI, l’accent est mis sur la pluri-culturalité du peuple vénézuélien, reconnaissant la richesse de la diversité des être et faire qui nous fondent comme nation. Même si on part de l’idée que les droits doivent être garantis de fait au-delà du nominal, le fait qu’ils soient inscrits dans le texte constitutionnel est une réussite inédite et mérite d’être souligné.

La convocation d’une nouvelle Constituante populaire est une opportunité pour repenser ce qui a été constitué dans un processus de reformulation et d’invention de droits. Les droits culturels étant la base de la construction d’une contre-hégémonie, il convient de dépasser la myopie qui les relègue au cadre d’un ministère et d’assumer leur force génératrice d’horizons. Bien que le chavisme ait réussi à intégrer à l’agenda de lutte l’accès aux biens culturels et la protection sociale des travailleurs de la culture, dont deux lois se sont détachées: la Loi organique de la Culture et la Loi de Protection Sociale du Travailleur et de la Travailleuse Culturelle, il reste encore beaucoup à développer en la matière.

Quelques apports à une longue discussion

En ce qui concerne les politiques publiques et le rôle de l’État, il faut concrétiser la transversalité du fait culturel et assumer la nécessaire alliance institutionnelle qui permette de concevoir, d’exécuter et de réviser de façon permanente des politiques qui constituent un élan des valeurs qu’une contre-hégémonie a besoin de renforcer. Il faut développer l’articulation correspondant aux droits culturels dans ce sens et / ou inclure l’importance stratégique de favoriser le culturel depuis d’autres cadres sociaux.

– En plus des artistes et travailleurs culturels, il est nécessaire de donner un rôle aux communautés et collectivités culturelles, qu’elles soient territoriales ou qu’elles utilisent le milieu des médias et le 2.0 pour leurs actions. A ce sujet, la Loi Culture vivante au Brésil est un exemple pour la région en déployant une série de stratégies de reconnaissance, enregistrement, formation et renforcement des diverses pratiques culturelles du pays avec l’intention de les appuyer et de créer des réseaux de travail collaboratif entre elles, avec un clair composant d’autonomie et d’autogestion qui simplifie et débureaucratise la relation entre l’État et la population (2).

– L’économie culturelle ou créative se trouve absente de l’actuelle constitution. Le débat sur le rôle de la culture dans l’économie nationale a beaucoup à apporter à l’horizon de dépassement d’une économie basée sur le rentisme pétrolier. Cuba, l’Argentine, la Colombie ont fait des pas importants dans cette voie; nous pouvons générer une proposition cohérente qui appuie et promeut la productivité économique du champ culturel sans porter atteinte à la démocratisation de l’accès aux biens culturels.

– L’actuel article 98 place comme objet de protection et d’abri la propriété intellectuelle. L’initiative constituante pour ouvrir le débat sur les droits d’auteur, la connaissance libre et la propriété intellectuelle est appropriée. La création d’une œuvre et/ou son interprétation doivent être protégées et mises à l’abri car elles constituent un bien stratégique, en plus d’être réalisées grâce à un travail qui comme tel doit être reconnu et protégé; mais si nous les concevons comme « propriété intellectuelle » nous les confinons dans le cadre du privatif, réduisant le droit à l’accès ouvert et la diffusion libre de la connaissance. A ce sujet il existe un Projet de Loi d’Accès Ouvert et Diffusion Libre de la Connaissance pionner dans la région qui est malheureusement resté en attente de discussion à l’Assemblée. (3)

Les droits culturels sont une garantie que la force identitaire qui nous rattache à un espace peut transcender l’immédiateté temporelle, en faisant remonter le passé historique comme exemple et leçon, et en se projetant vers le futur en tant qu’héritage et patrimoine immatériel pour l’avenir. Ainsi, l’importance des droits culturels réside dans leur puissance historique, en tant qu’elle comprend les êtres humains qui ont été mais qui ne sont plus là et ceux qui ne sont pas encore mais seront.18767174_10154465728707793_1559937006_o-e1495984317110-1132x509

Lutter pour les sens de ce que nous sommes et faisons, comme de ce que nous avons été et serons, est l’arme la plus puissante contre la vacuité hégémonique qui nous dépouille de l’action transformatrice et nous réduit à des récepteurs passifs d’un unique discours.

La participation du peuple à la forge des mécanismes de garantie des droits est un symptôme clair de la démocratie réelle, celle qui réussit à dépasser la vitrine simplement électorale qu’offre la « démocratie » libérale pour ouvrir la voie aux espaces de participation active dans la conception, l’énonciation et la garantie des droits du peuple. L’appel à la Constituante signifie une opportunité de mobilisation populaire autour des droits dans leur diversité. Ne la laissons pas passer.

Giordana García Sojo / @giordanags

Notes :

1: Dans les moments de crise le système néolibéral recourt à l’État pour venir à bout de ses failles, comme c’est arrivé avec la rupture de la bulle immobilière qui a provoqué la faillite des principaux groupes bancaires des États-Unis en 2008; faillite qui a été acquittée par l’État avec l’argent des citoyens.

2: Pour en savoir plus sur la Politique Culture Vivante au Brésil voir: http://ibercultraviva.org/lei-cultura-viva-de-programa-de-governo-a-politica-de-estado/?lang=es

3: Voir sur: https://comunalizarconocimiento.wordpress.com/conocimiento-con-acceso-abierto/propuesta-de-laadlc/

Source : http://laculturanuestra.com/derechos-culturales-una-oportunidad-en-la-constituyente/

Traduction : Cathie Duval

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Les processus progressistes qui n’affrontent pas directement le pouvoir médiatique et l’hégémonie culturelle sont-ils viables ?

L’auteur : Andrés Mora Ramírez est chercheur à l’Institut des Études Latino-américaines (IDELA) et au Centre de Recherches en Enseignement et Éducation (CIDE), Costa Rica. Master en Études Latino-américaines, spécialisation en Culture et Développement; Master en Éducation, spécialisation en Enseignement universitaire de l’Université Nationale du Costa Rica; Licencié en Communication Sociale de l’Université Fédérale du Costa Rica. Co-auteur de « Vendre les bijoux de la grand-mère : identité nationale et politiques culturelles au Costa Rica (1990-2010) ».

« Quelle misère que ces pays, quelle farce, la démocratie, quel système honteux, que celui de l’Amérique Latine ! » C’est par ces mots que l’ex-président du Honduras Manuel Zelaya a rappelé les événements qui ont entouré le coup d’État dont il a été victime en 2009 et qui, d’après lui, a marqué le début de la restauration conservatrice dans notre région.

Dans une interview publiée par le journal Página/12, Zelaya déclare : « Ce retour des droites agressives et réactionnaires de l’Amérique Latine n’est pas conjoncturel. C’est une réponse planifiée depuis Washington par des forces qui ont senti qu’elles perdaient du terrain. »

En plus du Honduras, cette restauration a été mis en œuvre au Paraguay contre Fernando Lugo et au Brésil contre Dilma Rousseff avec des variantes et des prévisions dans d’autres scénarios et d’autres processus politiques.

« La restauration conservatrice amène la conspiration. Elle combine attaques des médias, gros mensonges publicitaires et fraudes électorales. La restauration est violente, elle n’est ni pacifique ni démocratique » explique le président renversé qui dirige actuellement le Parti Liberté et Refondation (LIBRE).

Les événements de ces dernières années en Amérique Centrale et en Amérique du Sud – et en particulier au Brésil, avec un développement accéléré ces dernières semaines – donnent de nouvelles clefs pour interpréter le nouveau moment historique que nous vivons après 15 ans d’avancées du camp du peuple et des forces politiques et des gouvernements qui ont adhéré (plus ou moins) à une idéologie dans laquelle se détachaient, entre autres drapeaux, ceux de l’anti-impérialisme et de l’intégration régionale, de la souveraineté et de l’autodétermination, de l’indépendance et de la recherche d’alternatives pour surmonter le néolibéralisme.

Les coups d’État de nouveau modèle ou coups d’État « soft » perpétrés grâce aux parlements et revêtus de pseudo-légitimité par les instances judiciaires soumises aux pouvoirs factuels et aux intérêts étrangers ainsi que la recrudescence des manœuvres de désinformation et des stratégies de manipulation de l’opinion publique qui grossissent le répertoire de la guerre médiatique dans notre région sont les principales armes de la restauration néolibérale.

Sans chercher plus loin des exemples, le Réseau O’Globo, la chaîne de médias du Brésil la plus influente et la plus puissante augmentée et renforcée sous la protection de la dictature a récemment admis qu’il a utilisé des informations « imprécises » pour couvrir la soi-disant existence de comptes off shore au nom de Lula da Silva et de Dilma Rousseff pour recevoir l’argent de pots-de-vin.

Ni O’Globo ni les procureurs qui ont mené l’enquête n’ont présenté une seule preuve pour soutenir les accusations contre les deux ex-présidents : un mensonge dans toute sa splendeur utilisé comme arme politique reproduit jusqu’à plus soif et dans une mauvaise intention par les médias hégémoniques à l’intérieur et hors du Brésil qui a donné des prétentions et des « arguments » au honteux procès de destitution contre Rousseff. Tel est le modus operandi de l’offensive de restauration.

La coordination mafieuse entre les groupes de médias – ou organisés en cartels – et ce qu’on appelle le parti judiciaire qui n’est rien d’autre que la récupération par la droite de l’un des pouvoirs clefs de la structure républicaine appelé à être le garant du respect des conditions minimales qui rendent viable la coexistence en société se révèle être l’un des principaux dangers pour la construction de démocraties réelles, profondes et pleines et non des artifices fonctionnels des élites et de leurs alliés comme cela a été la triste tradition dans une grande majorité de nos pays. Les risques que nous affrontons ne sont pas rien.

Comme l’explique bien le journaliste Martín Granovsky, « l’itinéraire de la justice et la dénonciation journalistique en tant que pouvoir moral supérieur » font partie du bélier utilisé pour « produire le pire de la démocratie qui est de la laisser à la charge des chefs d’entreprises déguisés en bienfaiteurs publics. »

Comment les gauches affrontent-elles cette alliance ? Quelle sorte de démocraties peut-elle se construire sous la tutelle des partis médiatiques et judiciaires ? Les processus de changement qui ne se proposent pas de disputer l’hégémonie culturelle et d’affronter directement les pouvoirs factuels sont-ils viables ? Un projet émancipateur peut-il coexister avec la présence d’acteurs de ces pouvoirs factuels intégrés au sein des institutions de l’État ?

C’est un débat que nous ne pouvons plus remettre si nous voulons laisser définitivement derrière nous la farce des démocraties contrôlées dans l’ombre : en particulier aujourd’hui, quand augmentent les engrenages d’une offensive de restauration dont la continuité politique s’accompagne de points d’interrogation et qui – comme plusieurs intellectuels l’ont dit – dans le cas du Brésil, pourrait ouvrir des fissures dangereuses pour une nouvelle irruption de l’armée comme élément agissant de la vie politique dans notre Amérique.

(Avec des informations de Prensa Latina)

Traduction : Françoise Lopez pour Bolivar Infos
http://bolivarinfos.over-blog.com/2017/06/amerique-latine-les-armes-de-la-restauration-neoliberale.html

Source en espagnol : http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/06/10/las-armas-de-la-restauracion-neoliberal/#.WTz5yjPpMRE

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Portraits d’un peuple

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Photo : Orlando Monteleone

Yeux embués, regards qui défient, commissures tombantes et d’autres qui sourient, lèvres fines ou grosses, moustaches, barbes, traits afros ou indigènes, ongles vernis ou mains endurcies, rides ou cicatrices qui rappellent un acné ancien, enfants, jeunes, adultes. Tous ces visages, toutes ces expressions, toutes ces vies sont dans les portraits d’Orlando Monteleone. Dans ces photographies, il y a un peuple qui a mal, un peuple conscient, un peuple aguerri, un peuple présent.

Lui se définit comme “caraquègne né à Valera” et “italien de nom mais fils d’un chauffeur de taxi et de madame Rosa”; autrement dit, fils d’immigrant et de paysanne. Orlando Monteleone trouve les pourquoi de sa photographie dans l’enfance qui fut la siennee, dans les quatre cent coups commis dans les rues Coromoto et Santa Bárbara, du quartier populaire La Pastora.

Un enfant qui traverse les années 60 avec assez de malice pour se transformer du jour au lendemain en choriste des Tucusitos, à peine sorti de l’École Nationale Crucita Delgado, où il était un “très mauvais étudiant”, se souvient-il. Ainsi s’est-il formé, avec une “bande des douze” gamins, dans ce quartier dont il tire le portrait chaque fois qu’il peut. “La photographie fait partie de l’amour, c’est comme jouer à la toupie, comme si je jouais encore à la balle-pelote, au base-ball de capsules de bouteilles; la rue est restée en moi” explique Monteleone.

L’enfance lui a aussi servi à monter dans la tête ce qu’il désirait. Avec sa bande de voyous il allait au ravin “d’eaux sales, dépotoir des immondices populaires” pour voir ce qu’il y trouvait. “Dans le besoin qui nous obligeait, ou peut-être était-ce les rêves d’enfants, nous imaginions comment nous allions trouver cette bicyclette, comme serait son cadre, si la route de devant allait être plus grande ou plus petite; c’est cela qui est resté, ce doux poison de devoir inventer les choses, les penser, les développer à l’intérieur pour ensuite les situer” raconte l’artiste.

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Orlando Monteleone. Photo : Milángela Galea

Cette créativité l’a aidé à formuler ses projets ultérieurs, un savoir enrichi par une formation académique inachevée: études à l’École Technique des Arts Visuels Cristóbal Rojas, ensuite à l’Institut du Design (IDD) et au Centre d’Enseignement des Arts Graphiques (CEGRA). Il a travaillé au Musée d’Art Contemporain (MAC) et à la Galerie d’Art National (GAN). “J’ai pensé : ici je vais me faire vampire, sucer le sang pour me cultiver” reconnaît Monteleone en évoquant la GAN de cette époque.

Il reste habité par ce ressentiment face à ces gérants qui investissaient beaucoup d’argent dans des artistes internationaux pendant que la population subissait les conséquences du néo-libéralisme. Malgré cela, le photographe reconnaît que ces acquisitions forment une collection importante, “qu’elle existe et qu’il faut la protéger”.

C’est dans ce contexte qu’il a commencé à travailler pour l’entreprise de publicité transnationale  Young & Rubican. “A force de manœuvres je réussis à être envoyé à New York, et c’est là que je me suis réellement spécialisé en portraits photographiques” indique-t-il. Après un an et demi, il rentre au Venezuela où il découvre un nouveau paysage.

Le XXIème venait de commencer. “A mon retour à l’agence de pub, on m’a jeté à coups de pied dès que j’ai commencé à montrer et à rappeler que je venais de lieux très semblables à ceux d’où venait Chávez”.

Ce rejet le poussa à faire son propre chemin, à puiser des forces dans l’acte de créer, dans la malice, dans la nécessité d’inventer, pour créer ses projets, avec de nouveau un renvoi à la rue. Il se rendit compte que la pub n’était pas sa voie. “J’avais une dette avec les miens, avec le temps et avec les espaces où j’ai grandi”.

A travers les images capturées par sa caméra, il retourne au quartier et à ses personnagesss pour retrouver ce que cherche à occulter la vague “Wall Street y Rockefeller”. “La photographie que je tente de faire, je veux qu’elle entretienne cette rébellion […]. C’est une manière de continuer à dire “c’est là”; nous devons rester rebelles, comme aujourd’hui face au décret de ce président des États-Unis qui veut nous spolier de nos ressources” explique Monteleone.

 

Ces jours-ci dans les rues du centre de Caracas de grands panneaux expriment ce qu’a ressenti une grande partie du peuple vénézuélien : un poing levé, des yeux larmoyant, un brassard tricolore au bras, un tee-shirt à l’effigie de Bolívar, quelqu’un qui montre un portrait de Chavez; les personnages varient, le sentiment les réunit.

L’idée naquit dans cette file interminable qui venait rendre un dernier hommage à Hugo Chávez au Paseo Los Ilustres, en mars 2013. (Pendant ce temps à Paris, interrogé dans les studios de BFM TV par un présentateur qu’étonnaient ces files pouvant atteindre trois kilomètres et durant de longues heures, pour un caudillo attaqué sans répit par tous les médias, le journaliste « spécialiste du Venezuela » François-Xavier Freland fit une réponse qui restera dans les annales : « Oh, vous savez, dans cette foule, il y a beaucoup de curieux… »). Installé sur le boulevard des Símbolos, Orlando Monteleone prépara son appareil photographique, ses lumières, son backing, et commença à tirer des portraits. Quelques minutes plus tard, une file de 150 personnes attendaient d’être photographiées.

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Son idée n’était pas de capter la grande masse mais d’entrer dans l’âme des gens, dans les sentiments profonds de chaque être humain. “En outre, je voulais démonter l’idée que les chavistes sont laids. Comme le dit le sociologue et ministre Iturriza: “Le chavisme a été diabolisé”.

Une beauté libérée du joug des défilés de miss, sans figures imposées, beauté haute ou petite, grosse ou maigre; avec ses boucles d’oreille, ses tatouages, ses cheveux bouclés en désordre; mais authentique – dans les yeux brillants, dans un amour maternel, dans une espièglerie d’enfant, dans la fierté de quelqu’un qui participe à une construction collective.

« Au début quand je les ai photographiées, je sentais que les personnes étaient très blessées puis les jours ont passé et tout a cédé la place à un amour collectif : “j’aime Chávez comme un défi, par engagement pour mon fils”, entendait-on, chacun offrait son amour” se souvient l’artiste.

Après avoir travaillé et monté ces images, Monteleone les a fait circuler sur la toile et par les réseaux sociaux, jusqu’à ce qu’elles soient vues et reconnues par le Ministère de la Culture dont les autorités ont décidé de les exposer sur la voie publique pour que les habitants de Caracas puissent les découvrir.

L’exposition qui compte une centaine de photographies, emprunte son titre aux propos d’un d’une des participantes aux longues files d’adieu : “Venez, allons nous faire prendre en photo, nous, les amours de Chávez”. Tout en ajoutant : “Ici personne ne se rend”, “Chávez n’est pas mort, il s’est multiplié”, “Genou à terre” parmi d’autres thèmes populaires entendus.

Je sens que ce sont les pages d’un livre qui s’ouvre. A mesure que nous marchons et regardons, chaque page raconte une histoire. Dans chaque chapitre, nous voyons des personnages différents qui se dénudent pratiquement face au genre d’amour qu’ils voulaient offrir”. 

Une anecdote : un des photographiés — qui dans la photo originale apparaît avec un livre de Lénine — “fut tellement ému de découvrir son portrait dans la rue qu’il s’est fait rephotographier dans la rue, sous le cliché”. Un autre est un historien qui passe son temps au Café Venezuela et “qui bavarde beaucoup de communisme”.

Monteleone dit son bonheur de se voir affiché sur des immeubles, parmi les passants, les voitures et les motos, plutôt que dans un musée. “Maintenant ils sont dans la rue, on a rempli les rues des “amours de Chavez”, on a rempli les rues de peuple”.

Nous montrer

Cette idée de refléter le beau qui n‘est dans aucun concours de Miss mais dans le quotidien est visible dans un autre des projets d’Orlando Monteleone: “Photogéniques”. “Le concept est de décoloniser le portrait, montrer une beauté totalement différente à celle qu’on a voulu nous vendre”.

Ces personnages forment le paysage urbain habituel que Monteleone, en bon “piéton heureux”, a l’habitude de rencontrer tous les jours. Il interagit avec eux, invente des histoires pour pouvoir converser, tout en réfléchissant — comme s’il s’agissait de la bicyclette d’enfance —, plaçant les pièces du puzzle qui s’achèvera dans son studio.

“Si je vais boire un café je finis par parler un bon moment avec le monsieur qui le prépare” résume-t-il pour annoncer d’autres protagonistes : un alcoolique anonyme qui a décidé de ne pas être si anonyme, le vendeur d’oranges du métro Bellas Artes, les personnages du marché de Guaicaipuro, un cireur de chaussures ou un universitaire. Tous se montrent tels qu’ils sont, avec leurs rides, leurs dents de travers, leurs imperfections.

Photo: Orlando Monteleone

Photo: Orlando Monteleone

Autre expérience à laquelle il a participé : la campagne “Nous sommes un peuple digne”, qui visibilise différentes expressions artistiques exprimant les valeurs vivantes au sein du peuple vénézuélien : la lutte pour ce qui est juste, la foi, l’espérance, la solidarité, l’amour, la culture caraïbe, la défense de la patrie, la force collective.

Par exemple, quand des jeunes apprennent à boxer dans le plus haut des quartiers populaires de José Félix Ribas, grâce à l’entraîneur qui a construit un ring au-dessus de sa maison. La majorité de ces jeunes n’étudient pas, malgré les efforts de la révolution bolivarienne pour démocratiser l’enseignement.

“L’entraîneur m’a raconté qu’il a eu un groupe de ce genre il y a deux ans et aujourd’hui plus un seul n’est en vie à cause des affrontements de bandes” explique-t-il. “Après avoir pris ces jeunes en photo, je me suis demandé comment les restituer et j’ai voulu les montrer avec l’expression du défi, il n’y a pas d’autre manière. Ils cherchent comment se frayer un chemin dans la vie”.

Le bonheur est présent parmi les pêcheurs de Naiguatá, qui montrent avec satisfaction leurs réussites collectives : ils ont obtenu un financement pour les moteurs de leurs barques, outils indispensables.

Il y a aussi l’épouse de Jacinto Peña, l’habitant de Maracay à qui, lors du lock-out pétrolier de la droite en 2002, on brûla l’autobus dans lequel il transportait des passagers. Cette femme, “à cause de tout ce que son mari avait subi, angoissée, tomba dans un coma diabétique et perdit les jambes. Le mari est mort il y a peu. Mais elle, avec beaucoup de fierté et d’honnêteté, a voulu se faire tirer le portrait auprès de son autel personnel, près de la photo de son époux”.

Regards de défi, de fierté, de tendresse, d’engagement, de joie, de complicité. Monteleone improvise une analyse sur la prédisposition du vénézuélien à être photogénique: “Le vénézuélien, ce qu’il ne sait pas, il l’invente; et ce qu’il ne peut inventer, il tente de le copier. Il n’a pas de problèmes pour dire qu’il est du peuple, qu’il est pauvre. Peut-être que cela a partie liée avec le pétrole, avec cet excès de confiance intérieure de savoir qu’il y a quelque chose là, sous la terre”.

Démocratiser la photographie

L’ère du visuel — depuis qu’existe l’imprimerie, le téléviseur, et la photographie — a envahi les relations sociales, la manière d’être et de vivre des êtres humains, et le raz-de-marée de la photographie numérique qui s’en est suivi. “On nous drogués de photographie” synthétise le créateur. “De même que le format s’est démocratisé, cette addiction peut nous perturber mais malgré les risques que nous pouvons prendre, je crois qu’elle nous aide”.

Photo: Milángela Galea

Photo: Milángela Galea

Quand la caméra analogique exigeait un laboratoire pour traiter le matériel et que le professionnel devait passer par l’avis d’un expert qui décidait si l’œuvre avait assez de valeur pour “finir sur le mur froid d’un musée”, la photo était pensée selon des normes externes et avec des objectifs commerciaux.

Quand je travaillais au Musée d’Art Contemporain, je gagnais quatre sous et le budget perçu par cette institution était distribué entre photographes et artistes utilisés comme ressources capitalistes pour galeries privées, leurs produits se transformaient en biens de consommation”. 

Lorsque le numérique surgit, la photographie se démocratise : les appareils sont plus accessibles, les portables permettent de prendre des photos et de plus en plus de personnes peuvent prendre en photo ce qu’ils veulent. Ainsi ce qui était un art pour peu s’est converti en amusement pour beaucoup. Surtout au Venezuela où il y a tant de jeunes racontant leur propre histoire.

Comme ceux qui vivaient à la faveur de l’exclusion “n’ont pas compris ce qui se passe, ils se sont retranchés en cénacles dans des librairies de l’Est cossu de Caracas. Cette marée de jeunes qui travaillent dur, qui grandissent avec le processus, ont compris qu’il faut s’emparer de cette technique”, pour rompre avec une photographie que Monteleone considère comme “trompeuse”.

Cette myopie explique pourquoi certains “intellectuels de l’art” continuent à nier, à disqualifier, à refuser ce qui naît du peuple, pour le seul fait d’exister. “Mon travail, les compagnons cultivés n’en veulent pas pour les musées, ils ne l’aiment pas à cause de l’engagement qui l’imprègne” assure-t-il.

Ce risque qu’a assumé la photographie en démocratisant la technique peut conduire à un projet original et intéressant, ou superficiel et inexpressif. Le problème n’est pas l’outil ou la technique — dont il y a beaucoup à apprendre, beaucoup —, mais le fond, le contenu, le pourquoi et le pour qui on photographie.

D’où l’invitation aux jeunes : “Montrons le quartier populaire, montrons nos textures, montrons nos rébellions, montrons que nous existons. Cet élément – il montre l’appareil numérique – a changé la vie de beaucoup de gens. Ce fut un des aspects. Chavez a fait voir à tous qu’ils existent. Cet appareil photographique est le bras armé des quartiers populaires, des communautés. Nous allons montrer l’anniversaire de la cousine, nous allons montrer comment se fait le bouillon collectif, nous allons montrer nos chaussures trouées, nous allons nous montrer. C’est de cela qu’ils ont peur, c’est ce que vomit l’oligarchie. Ce sont des balles visuelles”. Pour remplir de peuple les rues du Venezuela, conclut  Monteleone.

Texte : Laura Farina

Source : http://laculturanuestra.com/?p=560

Traduction : Thierry Deronne

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Loin des médias, Caracas est si proche

baptême du livreUn livre baptisé avec des semences de pois « quinchoncho » et de «mañoco » plutôt qu’avec des pétales de fleurs, présenté par trois femmes et un homme. Terre, Femmes et Hommes Libres, paru à la maison d’édition La Estrella Roja, traite des relations de genre à l’intérieur d’un mouvement social, le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ).

Au fil des pages, Liz Guaramato raconte la lutte contre un système qui les opprime doublement : comme paysannes et comme femmes. Orión Hernández, éditeur du livre, souligne que cette publication inaugure la série « Sororités » de la collection Construire les Communes, dont l’objectif est de rendre visible l’organisation des femmes dans la lutte contre le capitalisme et le patriarcat. « Ils nous voulaient à la maison, en train de repriser, obéissante, accouchant dans la douleur/ Attendant la dernière heure, et disant : oui, père ; oui, mari ; oui, Dieu » énonce une partie du poème  qu’Aura Bastidas a récité samedi à la Librairie du Sud, dans le cadre de la Foire Internationale du Livre du Venezuela 2015. publicUn accouchement. Ainsi l’a défini une des protagonistes de cette histoire lors de la présentation du livre à une assemblée attentive. Un livre qui parle des inégalités de genre à l’intérieur d’un collectif en lutte, où le machisme reste une pratique commune aux hommes et aux femmes. Ainsi parle Aura Bastidas, paysanne et militante du FNCEZ : « ce livre est un accouchement tout droit sorti de nos entrailles à nous, les femmes qui militons dans la lutte paysanne. Les femmes paysanne vivent enfermées par ce système, sans possibilité et avec peu de portes ouvertes pour dire ce qu’elles vivent, comme femmes, comme militantes et comme communardes ».

A partir d’une épistémologie féministe latino-américaine, et de l’ethnographie comme méthode de travail, Liz Guaramato a décidé de se centrer sur le travail quotidien des femmes qui donnent vie à la Commission Nationale de Genre du FNCEZ. « C’est un débat urgent, et pas seulement des grandes organisations, comme le Front Paysan, mais aussi à l’intérieur des communes que nous sommes en train de construire et pour ceux et celles qui croient au projet de ce pays, un projet libérateur impulsé par le premier président qui s’est déclaré féministe, comme le fut Chavez et l’est aujourd’hui Maduro » conclut l’auteure.

« Il n’existe pas d’autre livre, pas d’autre écrit qui transmette ce qu’est la réalité des femmes qui militent à l’intérieur d’un mouvement mixte et qui prétend lutter pour la construction de ce féminisme populaire socialiste. C’est le seul » déclare Bastidas applaudie par les participants . « Nous voici, les ovaires pleins comme des grenades/ comme des banderoles et des munitions à la place de scapulaires et chapelets/ Ou avec tout à la fois, mais dignes, et déjà nous ne sommes plus muettes, nous marchons », poursuit le poème écouté attentivement à la Librairie du Sud.public 2 Le livre me reflète pas ce que disent les intellectuels, – « je m’excuse auprès des intellectuels, si j’en offense certains » déclare la paysanne-, mais ce que les femmes vivent, construisent, font. Des expériences qui se compliquent pour celles qui vivent à la campagne et affrontent le « machisme face à face », ajoute-t-elle. «Nous avons relaté les conflits internes qui ont généré la pratique libératrice de la Commission Nationale de Genre du mouvement social paysan. La lutte n’a pas pour seul objectif de parvenir à la libération des femmes mais de parvenir également à la libération des hommes  parce que «  ce système utilise les hommes que nous aimons pour nous opprimer » assume Bastidas.

« Ils nous voulaient muettes, et à présent nous chantons/ Ils nous voulaient sillonnées de larmes et à présent nous sommes des rivières/ Ils nous voulaient soumises et à présent nous résistons, nous avançons et nous menons le combat » poursuit le poème.

Autre voix présente dans le livre, celle de Yolanda Saldarriaga qui explique – émue – que l’œuvre est le produit d’une longue lutte mais qu’il est aussi aussi une production inachevée, juste une étape. « Nous devons utiliser ce livre comme outil pour la critique, pour la compréhension d’autres réalités, pour l’autocritique de ceux qui militent dans des organisations mixtes. Comment les hommes et les femmes nous reproduisons le patriarcat et le machisme » explique-t-elle. Elle fait un appel à l’unité de tous et toutes : « Le chavisme est un chavisme indigène, un chavisme féministe, un chavisime afro-descendant, un chavisme ouvrier, tout cela est le chavisme, et nous sommes frères et sœurs de lutte ». C’est à dire, ce livre a pour objectif de renforcer le collectif, pas de dénigrer quelque compagnon que ce soit. «  Si nous réunissions les gouttes nous serons capables de donner l’averse dont nous avons besoin », dit – avec la voix entrecoupée de brefs silences Saldarriaga. Derniers vers de ce poème récité en 2009 et repris aujourd’hui pour la Foire Internationale du Livre : «  Ils nous voulaient comme une brise silencieuse, à présent nous sommes le vent » (1) compagnes présentant le livre

Vivre pour écrire et lire. Le Venezuela, avec la moitié de la population aux études, est devenu le troisième pays d’Amérique Latine en nombre de lecteurs de livres. Le réseau public des Librairies du Sud met la littérature à portée de tous pour un prix modique – une politique menée par le gouvernement Allende au Chili et par le sandiniste au Nicaragua. Chaque Foire Internationale du Livre est une école populaire où des intellectuels, des créateurs, des mouvements sociaux organisent des débats, des ateliers, des concerts… img_24511426553206-632x421CAWfD4GW8AAcBslIci, sous la pluie de semences d’un arbre très vieux, un petit amphithéâtre de ciment accueille une réunion d’information et de mobilisation autour des 43 étudiants disparus du village mexicain d’Ayotzinapa. Le comité vénézuélien qui vient de naître a réuni un public encore peu nombreux mais assez passionné pour entendre et transmettre la voix des absents. CAZPz7sU0AErMYi

A gauche, T.D., auteur de ce Blog avec Juan Plaza, un vieil ami du Mouvement Bolivarien rencontré en 1995.

A gauche, T.D., auteur de ce Blog, avec Juan Plaza, un vieil ami du Mouvement Bolivarien MBR 200 rencontré en 1995.

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Le président Lázaro Cárdenas

Au début de la réunion, une compañera mexicaine donne la clef essentielle omise par les médias : l’école normale rurale où étudiaient les disparus est une création historique de la révolution mexicaine. Le général et président Lázaro Cárdenas, qui nationalisa le pétrole dans les années trente et défendit son pays face aux menaces des États-Unis, y vit la clef de l’irréversibilité de la révolution. Une formation intégrale basée sur cinq axes – politique, académique, culturel, productif et sportif – vise à former des enseignants critiques, analytiques, réflexifs, informés de ce qui se passe dans leur pays et dans leur communauté rurale, capables de développer les capacités de dialogue et d’organisation de leurs élèves.

Dès les années 30, des réseaux paramilitaires attaquèrent ces écoles et firent disparaitre plusieurs des pédagogues “socialistes”. Peu à peu, le modèle fut abandonné par l’État. Dans le Mexique de Peña-Nieto, très généreusement fourni en armes par les États-Unis et qui vient de reprivatiser l’exploitation des hydrocarbures, il reste 16 Écoles Normales Rurales qui résistent en s’auto-finançant et sont les cibles de la destruction programmée du mouvement social. Les derniers contacts avec les 43 disparus d’Ayotzinapa indiquent qu’ils étaient retenus par l’armée. Les familles ont contesté les aveux forcés de quelques narcotrafiquants, destinés à occulter la responsabilité directe de l’État mexicain.

43 : c’est – triste coïncidence – le même nombre de victimes qu’ont laissées l’an dernier au Venezuela les « guarimbas », ces violences de l’extrême droite aidée par les paramilitaires colombiens. La majorité de ces victimes appartient au camp bolivarien, une porte-parole du comité des victimes est venue pour témoigner (2). Notons que les quelques policiers et gardes nationaux qui ont fait fi des instructions et ont utilisé leurs armes durant ces affrontements, faisant plusieurs victimes, sont aujourd’hui en prison.

Brésil, mars 2015. "Dilma dehors !", "Assez de corruption !", "Nous réclamons une intervention militaire d'urgence face aux trois pouvoirs pourris !". "Assez d'endoctrinement marxiste", "Assez de Paulo Freire" (créateur de la célèbre "Pédagogie de l'opprimé", NdT), "US Navy et Air Force, sauvez-nous á nouveau!", des effigies de Lula et Dilma pendues á un pont : comme au Mexique ou au Venezuela, des élites et des classes moyennes, soutenues par l'hégémonie des médias privés, retrouvent les accents des Pinochet contre la possibilité d'une éducation populaire critique... et ne seraient pas fâchés de  remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les "toxines marxistes"

Brésil, mars 2015. « Dilma dehors ! », « Assez de corruption ! », « Nous réclamons une intervention militaire d’urgence face aux trois pouvoirs pourris ! ». « Assez d’endoctrinement marxiste », « Assez de Paulo Freire » (créateur de la célèbre « Pédagogie de l’opprimé », NdT), « US Navy et Air Force, sauvez-nous á nouveau du communisme ! », sans oublier des effigies de Lula et Dilma pendues á un pont : comme au Mexique ou au Venezuela, des élites et des classes moyennes, soutenues par l’hégémonie des médias privés, retrouvent les accents des Pinochet contre la possibilité d’une éducation populaire critique… et ne seraient pas fâchés de remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les « toxines marxistes ».

Des médias occidentaux comme « Le Monde” avaient déguisé ces violences en “révolte populaire”. Tout comme ils parlent aujourd’hui du “raz-de-marée brésilien” sans dire que le million et demi de personnes qui a défilé au Brésil pour exiger le départ d’une présidente élue, représente 1 % de la population et que ce 1 %, gonflé par les médias, n’hésite pas à demander le retour de la dictature militaire. L’ex-président Lula ou le théologien Leonardo Boff ont responsabilisé le monopole privé des médias brésiliens de cette stratégie du chaos : le journal O Globo, la Télévision Globo, le journal Folha de Sao Paulo, l’État de Sao Paulo et la revue Veja. Des médias capables de prendre en otages les partis et les institutions républicaines et dont selon Lula, il est temps de démocratiser la propriété.

Au terme de la réunion  j’ai interviewé l’organisatrice du comité, Mariana Yépez, l’étudiante en cinéma de 21 ans qui a collé au mur les visages des frères mexicains.

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Mariana Yépez

T. Deronne – Mariana, en quoi consiste le travail du collectif  “Nous sommes tous Ayotzinapa, chapitre Venezuela” ?

Mariana Yépez – Le collectif est jeune, il est né en janvier 2015, à partir d’une concentration face à l’ambassade du Mexique. Les 43 étudiants sont notre référence mais nous voulons travailler pour toutes les victimes des peuples latino-américains. Nous voulons élever la voix : de même que le peuple vénézuélien a construit une solidarité avec le peuple palestinien, je crois qu’il est temps que nous organisions la solidarité avec le peuple mexicain. Un peuple qui est en train de vivre ce que notre peuple a dû vivre sous les régimes d’avant 1998, d’avant la révolution. Au Venezuela, aujourd’hui encore, on ignore où se trouvent les restes d’un grand nombre de ces disparus des années 60 à 90, paysans pour la plupart. Dans le Mexique du narco-État présidé par Peña Nieto, le massacre est quotidien. Quand on pense que le seul fait de rechercher les 43 disparus a fait apparaître les restes d’autres victimes anonymes, on imagine ce qu’est la réalité.

T. D. – Une des invitées rappelait que la majorité des mexicains ne sait rien de ce qui se passe dans le reste de l’Amérique Latine, ne savent pas qu’il existe des mouvements de solidarité. Pour toi qui étudies le cinéma, que peut-on faire face à cette dictature des médias privés qu’on voit agir aujourd’hui non seulement au Mexique mais en Équateur, en Argentine, au Brésil, ou chez nous au Venezuela ?

M.Y. – Je crois qu’il est urgent d’élever le niveau d’action des télévisions communautaires et que la population y ait une participation réelle. Ici, après 15 ans de révolution nous ne pouvons continuer à voir VTV (la chaîne gouvernementale, NdT) comme notre seule référence dans ce jeu de ping-pong avec les médias privés de la droite comme Globovision. Il y a suffisamment de propositions, même si beaucoup restent dans les tiroirs, de créer des télévisions communautaires. C’est le peuple qui doit participer, qui doit critiquer, dire ce qui se passe réellement dans tous les coins du pays, rompre avec cet élitisme audiovisuel du reporter et ses interviewés, le peuple doit être l’acteur du média, ici et en Amérique Latine, et partout ailleurs.

T.D. – Tu es née en 94, on pourrait dire avec la révolution. Un des problèmes de toute révolution est la transmission de l’Histoire à la nouvelle génération qui jouit des droits nouveaux sans avoir lutté directement pour eux. Qu’en penses-tu ?

M.Y. – C’est une de nos faiblesses, de nos manques dans la jeunesse, cette connexion avec nos lutteurs du passé. Notre jeune député Robert Serra, assassiné par les paramilitaires, avait cette obsession de nous rappeler qui nous sommes, d’où nous venons (3). L’autre travail est de nous unifier comme jeunesse. Malheureusement nous vivons souvent, en tant que jeunes, de manière individualiste, chacun pour soi. La lutte collective peut commencer par retrouver des racines. Que chacun assume sa tâche mais en s’articulant autour d’un centre, d’un corps de propositions pour les universités, pour les ministères. La droite en majorité recrute parmi les jeunes des classes supérieures, des universités privées, et même si leur vision est proche de celle de l’Empire, il faut reconnaître qu’ils savent s’unifier autour d’elle.

T.D. – La presse occidentale présente le Venezuela comme un pays dictatorial. Quelle image voudrais-tu transmettre par-delà cette muraille ?

M.Y. – (Rires) Je suis de Caracas et comme dit la chanson Caracas est folle. Que tu regardes d’un côté ou de l’autre, il y a toujours quelque chose à faire, quelque chose à dire.. Comme image je prendrais le centre de la ville, c’est un espace qui a été sauvé, je parle de toutes les activités culturelles qui s’y déroulent, la place Bolivar, la place Diego Ibarra et ses concerts permanents, les quinze théâtres reconstruits, cet espace de transformation, public, gratuit, voilà ce que fait notre “dictateur”, notre “régime castro-communiste”, ici on ne ferme la porte à personne, alors que dans l’Est de Caracas, dans les quartiers riches on ne trouve pas toute cette respiration, cette ouverture, il y reste beaucoup de la mentalité coloniale d’il y a cinq siècles.mariana yepez 2CAZPzsQUkAA4D_l Notes :

(1) Source : http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/en-fotos-bautizaron-libro-tierra-hombres-y-mujeres-libres-de-editorial-la-estrella-roja/ Texte : Laura Farina. Photos : Milángela Galea.  Article traduit par Julie Jarozsewski.

(2) Lire le compte-rendu de la rencontre à Genève avec le comité des victimes des « guarimbas », le 13 mars 2015 :  http://a.louest-le.soleil.seleve.over-blog.org/2015/03/geneve-rencontre-solidaire-avec-les-familles-des-victimes-de-l-opposition-putschiste-au-venezuela.html

(3) Lire « Les clefs de la mort d’un jeune député bolivarien et de sa compagne »,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/10/03/les-clefs-de-la-mort-dun-jeune-depute-bolivarien-et-de-sa-compagne/

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(Photos) Naha mopue : nous sommes mapoyos

Le professeur Benito Irady, président du Centre Vénézuélien pour la Diversité Culturelle, avec le Cacique Simon Bastidas et Carolina Bastidas, représentants du Peuple Mapoyo, à l’UNESCO.

Le 25 novembre la UNESCO a entériné la proposition du Venezuela de déclarer Patrimoine immatériel de l’Humanité la langue (menacée) du peuple indigène Mapoyo. gls-1-de-34Au début, il y avait Maiguata et Cabeza de Morocho. Le premier était Dieu, le second un sorcier : le bien et le mal, qui vivaient dans les cieux. Sur terre, dans la vallée Guanay, Maiguata était en train de donner la vie : il avait créé là trois lagunes pour les poissons. Et cette vie, ces poissons, Cabeza de Morocho, les lui dérobait, car chaque nuit il descendait avec ses deux filles et des paniers.
Alors, Maiguata envoya le singe, son neveu, pour tirer les choses au clair. Puis, le grillon, le héron, le perroquet, le tigre, le cerf et la mouche : ils s’endormaient tous avant minuit, ils étaient tous des gens, alors – chacun, après cette nuit-là, reçut sa façon de chanter. Jusqu’à ce que l’oiseau chenchena découvre ce qu’il se passait, il les vit descendre du ciel et ne laisser que quelques écailles, après leur larcin.

C’est ainsi que commença la création du monde telle que Maritza Reyes la raconte à sa petite-fille assise sur ses genoux, tandis qu’elle raccommode une chemise sur une vieille machine à coudre. Il est midi dans la communauté El Palomo qui s’appelle Mucuruni en langue mapoyo.
A cette heure-là, la classe du matin est finie, la construction de la hutte de trente mètres où fonctionnera un marché-école est arrêtée et dans les maisons, on sent une odeur de poisson de rivière en train de cuire. Au fond, on voit le Cerro Caripito, un immense rocher sombre aux reflets brillants de l’eau qui tombe, avec une forêt tout en haut. A ses pieds, on trouve plusieurs petites exploitations avec des plants de bananiers divers ; il n’y a pas de clôture pour les séparer, comme sur presque tout le territoire ancestral de 230 000 ha qui s’étend du fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza.

Witi turu mopue wuaimuru : je parle la langue mapoyo.

A 7H30 du matin, les 120 enfants, depuis la maternelle jusqu’au cours moyen deuxième année, chantent l’hymne en mapoyo à l’entrée de l’école. Lorsqu’ils ont fini, ils rentrent en classe en saluant dans leur langue, tandis que l’institutrice fait de même tout en leur faisant signe de s’asseoir. Puis, elle commence à parler espagnol pour présenter les sujets du jour, et le matin passe ainsi, partagé entre les deux langues.
Cette scène qui se répète tous les jours du lundi au vendredi, n’existait pas il y a dix ans : à cette époque-là, les enfants n’apprenaient pas le mapoyo et les plus âgés ne l’enseignaient pas, ni à l’école ni à la maison. La langue se perdait peu à peu et, avec elle, une part essentielle de l’identité du peuple indigène le plus petit du Venezuela – presque 400 personnes à Murucuni et une quantité équivalente sur le territoire national.
Ce sont les nouvelles générations qui commencèrent à impulser ce processus de récupération, à vouloir comprendre et savoir ce qu’elles entendaient de la bouche des anciens et de leurs parents. « la langue et la culture étaient endormis mais la connaissance est là : nous devons la réveiller », affirme Carolina, qui a trente ans, et qui fut l’une de celles qui tendirent ce pont nécessaire entre les générations.

L’organisation les conduisit à faire des recherches non seulement sur la langue mais sur l’intégralité de leur culture. Alors, avec l’appui de l’Ecole Nationale des Cultures Populaires, elles créèrent la figure des « maîtres des savoirs ancestraux » : un(e) pour chaque sujet : la langue, l’histoire, les tissus et les jeux, l’élaboration de la pirogue et des pagaies, l’architecture- la construction de la hutte pour le marché et une partie de cet enseignement-, la médecine, le travail de poterie domestique, l’agriculture et l’élaboration du « casabe » et de la farine de maïs.
Ils commencèrent ainsi à se rencontrer : les uns, avec le désir d’apprendre et les autres, disposés à enseigner. Les enfants commencèrent à dire des mots dans leur langue –« C’est encore difficile de dire de longues prières », précise Carolina-, alors cela engendra une forme de stimulation chez leurs parents qui décidèrent de s’impliquer dans l’apprentissage du mapoyo. Aujourd’hui, tous les vendredis, il y a des cours de langue pour adultes.
Carolina est la fille de Simon Bastidas, le chef. Son frère, Argenio est capitaine, ce qui signifie que plus tard, il sera à son tour chef de la communauté. Telle est l’organisation traditionnelle du peuple mapoyo et des autres communautés indigènes, même si, dans ce cas, c’est le chef qui choisit le capitaine, et cela ne se fait pas au moyen d’un vote-« chaque peuple indigène a sa culture », souligne Simon.
Ceci fait partie de leur identité, de l’ordre interne de Murucuni. Mais cela fait l’objet d’un dialogue avec d’autres formes d’organisation : le conseil communal sur lequel ils se sont mis d’accord, et la Commune, qu’ils sont en train de mettre en place, avec les sept autres peuples qui habitent ce territoire. « Le conseil communal doit bien se mettre d’accord avec les autorités légitimes de la communauté, travailler main dans la main avec le chef et le capitaine » raconte Argenio, et il signale que dans d’autres communautés il est arrivé que le conseil communal veuille mettre de côté l’autorité historique.
Ce n’est pas le cas de Palomo, où c’est précisément Simon qui a impulsé la création du conseil communal ; et Carolina, par exemple, est porte-parole en ce qui concerne la culture. Ils ont obtenu ainsi plusieurs avancées : l’alimentation électrique, la construction d’une cantine scolaire, un dispensaire qui est en travaux, un camion, trois embarcations, des réservoirs d’eau pour les logements. Il s’agit d’avancées matérielles liées au processus d’organisation que connaît la communauté et qui réunit la récupération de ce qui est ancestral et la tentative de nouveauté.

Mapoyo : liberté et résistance.

Au terme de la bataille, Simon Bolivar fit appeler Paulino Sandoval, cacique suprême. Les mapoyos avaient combattu sous le commandement du capitaine Alejo, et grâce à son aide ils purent vaincre les espagnols. Lorsque le chef arriva, le Libertador lui demanda ce qu’il désirait pour son peuple : des terres pour vivre, telle fut la réponse. Alors, il lui donna un papier avec la mention : depuis le fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza, comme on lui avait demandé. Ainsi que son épée, avec la lance de José Antonio Paez.

Ce titre fut égaré lors d’un incendie, et Simon Bastidas – qui est en possession de l’épée et de la lance- consacra une grande partie de ses efforts à le retrouver. Il y parvint en mars 2013 : l’Etat reconnut leur territoire, de fleuve à fleuve ; « Ici, nous sommes libres », affirme le petit Simon, l’un de ses enfants, en signalant l’absence de clôture, l’une des règles de cohabitation- qui représente le fondement de la future Commune- en accord avec les sept peuples indigènes.

Mais cette liberté vit aux côtés d’une autre réalité, celle d’une transformation que s’est produite très rapidement sur son propre territoire depuis 1960, lorsqu’on découvrit que dans ces collines il y avait de la bauxite et que la quantité présente permettrait de l’exploiter durant quatre cents années.

Alors, en 1985 son extraction commença aux mains de l’entreprise Bauxiven-aujourd’hui Bauxilum-, et à côté on fonda un village, Morichalito, puis on construisit la route qui passe en face de la communauté mapoyo. Jusque là, ils n’avaient de contact qu’avec des « piaroas » qui s’approchaient par le fleuve pour faire du troc, ainsi qu’avec les familles venues de Coro, installées à Pijiguao, juste en limite de l’endroit où l’on installa ensuite l’entreprise.

Les impacts, trente années plus tard, sont visibles : des fleuves pollués et une décharge à ciel ouvert. « Ils profanent les sites sacrés que nous avons », explique Simon. On trouve des ordures au pied du Cerro de las Piñas, l’un des trois lieux où le peuple mapoyo enterre ses morts ; quant à la capitainerie générale où se trouvait Paulino, c’est aujourd’hui un lieu de stockage de la bauxite, inaccessible et pollué.

Face à cette situation, la communauté a pensé et proposé plusieurs solutions à l’entreprise – jusqu’à présent restées lettre morte : réaliser les travaux nécessaires pour éviter le débordement vers les fleuves, reboiser là où ils ont extrait le minerai, et créer une coopérative de recyclage des ordures. Prendre soin. Quant à recevoir, jusqu’à présent peu ou rien. Récemment, depuis 2002 les indigènes ont pu commencer à travailler dans l’entreprise, et sur les 1800 employés, cinq sont mapoyos.

Le Cerro de las Piñas se trouve près de Morichalito. C’est un roc très étroit et plus haut que le cerro Caripita : il est noir et semble avoir été découpé au fil du temps. Un épisode important de l’histoire des mapoyos s’y déroula : le suicide collectif de l’une des capitaineries.

L’événement eut lieu du fait d’une erreur de la communauté envers ceux qui, une nuit, étaient descendus pour les rencontrer. Devant ce qui était arrivé la solution fut de se lancer depuis le cerro, comme cela leur avait été demandé. En le faisant, ils ne se dirigeaient pas vers la mort mais ils allaient à la rencontre de « ceux d’en haut ». C’est pourquoi, ils chantaient en montant.

Dans le centre de Palomo, il y a une réplique en bois du cerro de las Piñas : là, les enfants du collège firent une représentation théatrale de ce qui s’était passé, de l’histoire de leur peuple. Maintenant, l’après-midi, ils grimpent sur la structure de bois, ils restent en haut pour bavarder et puis ils descendent comme sur un tobogan alors que, tout près, sur le terrain les adolescents jouent au football.

Patrimoine immatériel de l’humanité, histoire vivante du Venezuela

Le 26 novembre prochain, Simon et Carolina se sont présentés  devant l’Unesco pour que leur communauté puisse être reconnue comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité et être déclarée comme culture à préserver de manière urgente.

Le petit Simon explique pourquoi ils décidèrent de franchir ce pas : « l’Unesco est un instrument de plus pour nous renforcer dans l’optique de continuer à promouvoir notre langue, et c’est nous, la nouvelle génération, qui, aux côtés de nos anciens qui possèdent la connaissance, allons inculquer aux enfants toutes ces connaissances qui sont restées peu à peu derrière nous ».

Le peuple mapoyo, comme tous les indigènes d’Amérique, est un peuple de survivants ; de l’esclavage, de la guerre, des grands propriétaires, du mépris, de la contamination, et même de l’affirmation qu’ils avaient disparu et qu’il n’en restait pas un seul. Aujourd’hui, ils sont en train de donner un souffle nouveau à leur identité, en retrouvant un orgueil que voulut anéantir une culture qui prétendit qu’ils étaient des sauvages et leur nia le don de raison- c’est pour cela qu’ils ont appelé historiquement les non-indigènes « les rationnels ».

C’est pour cela que Maiguata est toujours là, celui qui a fait le bien, qui a créé l’Orénoque large et profond pour que son fils Manati puisse y vivre un jour. Mais également, Cabeza de Morocho, le mal, qui voulut tuer Maiguata et créa les moustiques, grands et petits, ainsi que la gale. Parce que le souvenir ne s’est jamais perdu et qu’il se trouvait endormi, à présent, il se réveille pour se dévoiler et montrer qu’ils ont toujours été là, qu’ils sont une partie centrale de l’histoire et du pays qu’il faut redécouvrir.

Texte : Marco Teruggi
Photos : Gustavo Lagarde
Source : https://comoelvientoenlanoche.wordpress.com/2014/11/25/naha-mopue-somos-mapoyos/
Traduction : Sylvie Carrasco

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Vers les rives de l’Arauca

Un jour au hasard du temps invisible dans les médias. La pluie tambourine sur l’arsenal remis aux autorités par 97 groupes du quartier populaire 23 de enero. On broie les armes et le délégué communal explique : « elles nous ont servi autrefois à nous défendre des gouvernements sociaux-démocrates, elles sont vaines aujourd’hui » avant de lire un par un l’intitulé et les responsables d’une trentaine de projets productifs, socio-culturels. Le président Maduro exige des ministres présents qu’ils prennent rendez-vous avec chacune des organisations pour leur transférer des ressources «qui n’appartiennent pas au gouvernement mais au peuple». Les armes seront fondues et transformées en poutrelles pour les milliers de chantiers de la Grande Mission Logement.avn

On pariait peu, il y a quelques mois encore, sur l’appel à désarmer lancé par Maduro. Les médias privés nationaux ou internationaux avaient reconduit le cliché de Caracas-sanglante-capitale-du-crime. Mais la république bolivarienne n’est plus une photo du scénario occidental. Alors que depuis 2006, dans un Mexique sur orbite états-unienne, 116.000 citoyens ont été assassinés par les cartels de la drogue et les forces de sécurité, le Venezuela forme sa police nationale bolivarienne aux droits humains et a réduit de 30 à 50 % les homicides en quelques semaines. La récupération des espaces publics, la réforme de la justice et du système pénitentiaire, l’appui aux mouvements urbains de jeunesse visent le même objectif. En septembre 2013 la rentrée des classes, avec distribution de 35 millions de livres et d’ordinateurs gratuits, permet aux écoliers, comme l’explique Nicolas Maduro, «d’apprendre non plus à manier une arme mais à construire et à interpréter des personnages, à pratiquer des sports, à s’initier à l’art de jouer du violon. Chaque commune pourra disposer de son propre réseau de théâtre ».

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Groupe de jeunes musiciens vénézuéliens avec Nicolas Maduro à la batterie (septembre 2013)

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Le Mouvement Théâtral César Regifo va se développer progresssivement dans toutes les écoles à partir de la rentrée 2013 (ici à l’Escuela Nacional Básica San José, sept. 2013)

Ce même jour, pendant qu’on broie des armes, une équipe de l’entreprise nationalisée PDVSA inaugure au large des Caraïbes le plus grand gisement de gaz ; Maduro tient une autre réunion avec les militants de tout le pays pour réviser le financement et relancer toutes les missions sociales pour des millions de vénézuéliens ;  de nouvelles communes s’auto-organisent dans l’État de Lara; à la frontière colombo-vénézuélienne les chanceliers inaugurent une douane dans une zone contrôlée par les mafias du carburant et des aliments. La stratégie de Chavez – la paix avec les colombiens – a contribué à faire reculer le paramilitarisme de Uribe. Pour la première fois des mouvements sociaux imposent leur dynamique au gouvernement Santos, connectent un nouveau champ politique au reste du continent. Dans la quête de sa seconde indépendance, l’Amérique Latine voit son horizon intérieur s’élargir.

Obstacles externes et internes

Comme chaque jour depuis quatorze ans, ce jour-ci fut invisibilisé par la plupart des médias. Au Venezuela les chaînes privées de radio et télévision (satellitaires, nationales, régionales et locales) font 80 % d’audience (1). Beaucoup de citoyens vivent ainsi dans une zone grise, opaque à tout ce qui concerne la révolution bolivarienne, et restent connectés à la telenovela du narcotrafiquant sympathique, prisonniers de la grande ville où vivre se résume à consommer individuellement. Le Venezuela n’a pas encore démocratisé la propriété des médias comme l’ont fait l’Argentine puis l’Équateur. Quant au cinéma national, la réalisatrice vénézuélienne Liliane Blaser observe que «presque toute notre fiction exclut le processus politique actuel, et se déroule dans un pays où rien de tout cela n’a lieu. Nous voyons certains films policiers qui pourraient se dérouler à n’importe quelle époque ou dans la nôtre mais qui sont expurgés de tout ce qui touche à la politique, à la société, à la culture. Or nous vivons un phénomène intégral qui devrait être visibilisé et décrit”.

La droite fonctionne à partir de cette domination culturelle. Avec ses alliés états-uniens et sa patiente infiltration de centaines de paramilitaires « dormants » entre deux assassinats sélectifs, elle recycle une synthèse des scénarios « chilien » et « nicaraguayen ». Éroder la patience populaire en sabotant l’alimentation, en coupant le courant ici et là, en paralysant une raffinerie pétrolière, en injectant du dollar parallèle pour gonfler l’inflation, en achetant des agents dans l’administration… Il s’agit de générer du mécontentement en vue des municipales de décembre 2013 et de maintenir les conditions d’une opération militaire directe pour reprendre le pouvoir et reprivatiser le pays en profondeur. Il y a peu le gouvernement colombien a aidé les autorités vénézuéliennes à arrêter des paramilitaires en pleins préparatifs d’un attentat contre Nicolas Maduro (2), confirmant les dénonciations du gouvernement bolivarien.

La droite et le patronat vénézuéliens peuvent compter sur les médias internationaux pour traduire leurs sabotages ou leurs accaparements en «faillites du régime», les condamnés pour corruption en « prisonniers politiques » ou la violence en « guerre civile ». Combien de journalistes occidentaux qui prêtent leur concours si docile à cette guerre contre une démocratie de gauche savent-ils qu’ils recyclent la campagne de la SIP préparant le coup d’État contre Salvador Allende en 1973 ( « menaces sur la liberté d’expression au Chili », « liens avec le totalitarisme soviétique »…) et que leurs épithètes sont vieux de deux cents ans, lorsque les premiers émissaires des États-Unis menaient campagne contre un certain Simon Bolivar, «  César assoiffé de pouvoir absolu » ?

Le président Maduro lors de la marche de commémoration de l'Unité Populaire de Salvador Allende (Caracas, 11 septembre 2013)

Le président Maduro lors de la marche de commémoration de l’Unité Populaire de Salvador Allende (Caracas, 11 septembre 2013)

«Nous allons défendre le peuple » répond Maduro qui prend des mesures économiques concertées avec les mouvements sociaux, investit 600 millions de dollars pour importer 3,5 millions de tonnes d’aliments de Colombie et garantir l’approvisionnement de la population, promet d’exproprier les entreprises qui accaparent les produits de première nécessité. Avec son homologue Xi Jinping, il vient de signer à Pékin ce 22 septembre un accord avec la Banque de Crédit chinoise : 5 milliards de dollars seront injectés pour accélérer le développement de l’agriculture, de la santé publique, de l’industrie et de la recherche scientifique, de la construction, du système électrique vénézuéliens.

De cette manière, Maduro poursuit la mise en œuvre du programme proposé par son prédécesseur, et approuvé par les électeurs d’octobre 2012 et d’avril 2013. Il parie sur le réveil des forces populaires, passé le choc lié au probable assassinat de Hugo Chavez, pour reprendre «la transformation active, révolutionnaire » d’un État resté, malgré quatorze ans de révolution, le fief d’une classe moyenne « professionnalisée » avant la révolution, et minoritairement révolutionnaire. Le problème (qui est en général celui de toute révolution) est celui du « levier ». Où trouver les formateurs du type nouveau si la majorité des enseignants disponibles sont ceux qu’ont légués le libre marché et un État antipopulaire et non-participatif ?

Quand on dialogue avec les vénézuéliens, on entend parfois la crainte que les nombreuses mesures prises par le président Maduro (par exemple dans sa lutte contre la corruption au sein de l’État ou l’insécurité, approuvées par une large majorité selon des firmes privées de sondage) soient un « modismo » – qu’elles ne durent qu’un temps ou que se « tuerzan en el camino » – qu’elles se perdent en chemin.

Il est vrai que malgré l’appel insistant de Nicolas Maduro aux ministres, gouverneurs, maires et candidats-maires pour qu’ils “résolvent en profondeur les problèmes du peuple car c’est lui qui possède les solutions et c’est á nous d’apprendre à l’écouter”, la vision bolivarienne s’enlise encore souvent dans les pratiques coloniales de fonctionaires dont le seul souci est d’arriver au pouvoir pour y rester. En imposant plusieurs candidats à sa base, le PSUV (parti de la révolution) s’expose à perdre plusieurs mairies lors des municipales en décembre prochain. En dehors de la forme « Etat » ou  « parti », combien des 1.150 communes et des 31.670 conseils communaux, combien des centaines de médias communautaires sont-ils de véritables instances de pouvoir collectif ? Et pourquoi la démocratie participative avance-t-elle lentement ?

Parce qu’il faut encore beaucoup de temps pour surmonter la tradition politique de domination coloniale externe et interne, d’imposition et de castration.

Mais Chavez a réveillé un peuple et Maduro reprend le travail sur un socle qui, comme le rappelle Jesse Chacón, ne pourra être détruit même si la droite remportait les élections : celui de la montée en puissance de ceux d’en bas, de la récupération de la souveraineté et du rôle défensif, citoyen, des forces armées, la redistribution de la richesse nationale et l’égalité sociale comme composantes essentielles de la démocratie. Des experts des Nations Unies, dans leur récent rapport World Happiness Report for 2013 ont conclu que le Vénézuéla est le pays le plus heureux d’Amérique du Sud, confirmant les conclusions d’autres organismes internationaux (3). Mutation aussi sûre que celle du roseau face au chêne. La « guerre des temps » oppose à présent le court terme du « consomme et tais-toi, l’État est un obstacle à ton plaisir.. » à la conscience de l’Histoire longue comme capital du peuple. L’enjeu est la construction d’un imaginaire qui libère le citoyen du narcissisme de la réussite individuelle et le pousse à s’engager davantage au service de la collectivité.

La ferveur des habitants de Caracas saluant le retour de leur fils Simon Bolivar peut sembler une parenthèse folklorique aux touristes ou aux experts occidentaux impatients de voir le Venezuela revenir à la “normale” du libre marché et des gros contrats industriels. Mais lorsque Nicolas Maduro montre au peuple l’épée qui va rejoindre le corps du Libertador dans son Panthéon, chacun comprend qu’il s’agit d’une idée proclamée il y a deux siècles lorsque Caracas poussa le « cri de l’Égalité » et se mua en « berceau de l’indépendance américaine ».

Entrée triomphale de Simón Bolívar (Caracas 6 août 2013)

Entrée triomphale de Simón Bolívar (Caracas 6 août 2013)

Comme l’écrit Gonzalo Ramírez Quintero, l’oligarchie vénézuélienne, celle qui faisait main basse sur les finances de l’État pour s’installer à Paris ou à Miami, « voudrait que Bolivar redevienne une statue pour fêtes patriotiques, un motif rhétorique. Le Bolívar vivant la perturbe : il lui rappelle en permanence sa misère et son inauthenticité. La haine de ses médias, leur rejet moqueur du dialogue entre le peuple et la pensée bolivarienne n’est que la continuité de sa haine coloniale. Il s’agit aussi d’occulter le fort impact qu’a eu l’expérience de la révolution haïtienne dans la redéfinition sociale de la guerre émancipatrice par Simon Bolivar. »

Toute analyse qui se bornerait à analyser le présent pècherait par naïveté. Au Venezuela ce n’est pas seulement avec des archives que l’on commémore l’Unité Populaire chilienne de 1971-73 mais en initiant la discussion parlementaire de « la loi des conseils de travailleurs” qui donnera à ceux-ci le pouvoir non plus seulement de revendiquer syndicalement mais de participer politiquement aux décisions sur la production – dans la foulée des fameux cordons industriels, embryons du pouvoir populaire anéanti par le général Pinochet et l’administration Nixon. Ce nouveau texte complètera la loi du travail anti-néo-libérale mise en vigueur par Hugo Chavez (4). Il faudra encore que les travailleurs assument ce nouveau pouvoir.

Avec l'écrivain Eduardo Galeano, lors de la marche en mémoire d'Allende, Caracas, 11 septembre 2013.

L’écrivain Eduardo Galeano et le président, lors de la marche en mémoire d’Allende, Caracas, 11 septembre 2013.

« Certains m’on dit que Chavez est mort mais je n’en crois rien » dit l’uruguayen Eduardo Galeano, venu à Caracas en septembre 2013 présenter son livre récent « Los hijos de los días ». L’écrivain a rappelé l’empreinte qu’a laissée dans la pensée et dans la personnalité de Bolivar, le philosophe Simón Rodríguez. Un des concepts-clefs de la pensée de Rodriguez, de sa république américaine qui refusait de copier l’européenne, est la toparquia, « l’auto-gouvernement local ». C’est ce concept que Chavez et Maduro ont interprété pour transformer les actuelles relations de production capitalistes à travers une forme sociale et économique nouvelle : « la Commune ». C’est ici où le concept du temps historique rejoint celui d’espace comme fondement de la politique.

Présentation du livre d'Eduardo Galeano "Los hijos de los días" par le président Maduro, Caracas, le 10 septembre 2013.

Présentation du livre d’Eduardo Galeano « Los hijos de los días » par le président Maduro, Caracas, le 10 septembre 2013.

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Eduardo Galeano visite la « Casa de las Primeras Letras« , récemment sauvée de la destruction par le gouvernement bolivarien. Un espace interactif doté d’hologrammes permet au public de découvrir l’itinéraire intellectuel du philosophe Simón Rodríguez qui forma dans ce même lieu il y a deux siècles le jeune Simón Bolívar. José Martí, l’apôtre de l’indépendance cubaine y enseigna à son tour en 1881.

Qu’est-ce que cette « commune » dont Maduro a fait une priorité, après les critiques de Chavez sur le retard pris par le gouvernement dans sa mise en place ? (5)

Laissons la parole à José Roberto Duque (6) :

« A Caracas – et dans tout le Vénézuéla – il y a des centaines de communes en construction, mais le type de relations des grandes villes actuelles  rendent inviable une commune. Caracas est une ville capitaliste, dont la structure et le concept ont été moulés sur le mode de production de l’esclavage puis du capitalisme industriel. Avec de tels antécédents, difficile d’imaginer qu’elle serve de base au socialisme ou à la société de type nouveau que nous voulons. Difficile, oui : mais ceux qui vivent à Caracas ont la mission d’essayer. Caracas a aussi produit une étonnante culture de résistance, une citoyenneté qui sait que quelque chose doit être détruit.

« Un communard c’est quelqu’un qui se lève le matin, pour s’intégrer à une activité productive qui offre une vie et une indépendance à sa  communauté ou à sa commune. Aujourd’hui, les grandes villes n’ont pas de vocation productive (c’est ainsi que le capitalisme les a dessinées : des lieux où se concentrent les consommateurs et les esclaves des tâches inorganiques) de sorte que les citoyens doivent importer du dehors ce qu’ils consomment. Dans les villages agricoles la construction de communes est plus viable : semer pour consommer et pour vendre est un bon levier pour développer une communauté auto-soutenable.

« L’habitant des zones populaires de Caracas se lève le matin pour se rendre à un travail qui, en général, se trouve loin (et parfois très loin) de la communauté dans laquelle il vit ou, simplement, dort. Tout ce temps et cette énergie mentale et physique seraient mieux investis dans une commune. La construction des communes de Caracas doit commencer avec la destruction de cette manière de fonctionner, de cette imposition de la ville capitaliste.

« Les retrouvailles des jeunes avec leurs communautés iraient dans ce sens : l’affection pour le lieu de vie est la matière première pour créer et inventer un futur.

Un projet conçu et mis en oeuvre par un collectif autonome de femmes : la construction d'un immeuble au coeur de Caracas. Septembre 2013.

Un projet conçu et mis en oeuvre par un collectif autonome de femmes : la construction d’un immeuble au coeur de Caracas. Septembre 2013.

« Nous ne connaîtrons pas la société socialiste que nous sommes en train de construire. »

« Il y a cinq ans, ou moins, je l’avoue, je me sentais assez désespéré par certaines choses que je percevais dans le processus bolivarien, dans notre affrontement avec le capitalisme. Je disais que nous étions en train de perdre cette bataille. Cela m’enchantait de me remplir la bouche de critiques faciles parce que leur objet était visible : je disais que Caracas n’était pas une ville socialiste et que celui qui en doutait n‘avait qu’à parcourir les rues et compter chaque McDonald, chaque centre commercial, chaque contradiction de classe, chaque magasin ou bureau ou enseigne lumineuse des principales compagnies transnationales du monde capitaliste. Cela me semblait terrible et contradictoire avec notre déclaration de rébellion et notre proclamation d’une patrie marchant vers le socialisme.

« Difficulté de comprendre le temps de la révolution. Cette difficulté est liée presque exclusivement au fait que dans notre courte vie nous voulons que se produisent tous les changements sociaux dont nous rêvons. Nous passons rapidement de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte. Comme nous fonctionnons de manière individuelle, nous voudrions que le pays change très vite. Nous avons entendu de nombreux compagnons dire : “Après 14 ans nous continuons à négocier avec la bourgeoisie. Après 14 ans il y a encore de l’exploitation capitaliste. Après 14 ans il y a encore des baraques. Après 14 ans il y a encore des jeunes qui préfèrent le regguaetón á Silvio Rodríguez (vous avez déjà tenté de danser « mi unicornio azul ») ?

« Mais nous avons fini par comprendre. Nous, les vénézuéliens d’aujourd’hui, ne connaîtrons pas la société socialiste que nous voulons construire, et que nous sommes en train de construire. Nous ne verrons pas se dresser cet édifice dont nous posons aujourd’hui les premières pierres. Cette affirmation peut paraître très triste, elle mène en réalité à une belle conclusion. Tout ce que nous avons fait de 1998 jusqu’à aujourd’hui (et, depuis plus longtemps, contre les lois et parfois dans la clandestinité) sera bénéfice, jouissance et dignité pour les vénézuéliens qui ne sont pas encore nés. C’est ce qu’on appelle “construire le futur”. Certains d’entre nous sont trop aveugles pour accepter cette idée dure mais réaliste : nous mourrons individuellement sans avoir connu autre chose que ce vicieux capitalisme. »

Changer la vie passe in fine par la création d’un État communal. Ce jour-là Chavez pourra enfin réaliser son vieux rêve, accrocher son hamac sur les rives de l’Arauca.

Thierry Deronne, Caracas, septembre 2013.

Sommet de Petrocaribe à Cienfuegos, Cuba, 2007.

Sommet de Petrocaribe à Cienfuegos, Cuba, 2007.

Photos: AVN, Ciudad Caracas, Correo del Orinoco.
Notes:
  1. Voir http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela
  2. Lire http://www.telesurtv.net/articulos/2013/06/10/detienen-grupos-paramilitares-en-venezuela-que-iban-a-atentar-contra-presidente-maduro-3346.html
  3. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/06/02/le-venezuela-hors-de-la-caverne-de-platon-2eme-pays-le-plus-heureux-damerique-latine-selon-luniversite-de-columbia-et-5eme-pays-le-plus-heureux-du-monde-selon-gallup/
  4. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
  5. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  6. Lire l’article complet : « La lenta construcción del futuro », http://www.ciudadccs.info/?p=453632

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/09/22/vers-les-rives-de-larauca/

Deux tours du monde en 100 jours : révolution dans la révolution bolivarienne.

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Assemblée du gouvernement de rue, État de Lara, 14 juin 2013.

Assemblée du gouvernement de rue, État de Lara, 14 juin 2013.

79.120 kilomètres parcourus en treize semaines par les ministres à la rencontre des citoyen(ne)s; 3.324 activités dont 2.000 assemblées populaires. Contact direct avec 3.483.000 habitant(e)s; 2.450 projets approuvés par l’exécutif sur proposition des organisations populaires dans les 24 états du pays – écoles, centres de diagnostic intégral, autoroutes, métro, autobus, système alimentaire, etc.. pour un investissement total de 16,5 milliards de dollars. Qui veut savoir ce que sera la révolution bolivarienne dans les années à venir, peut s’en faire une bonne idée à partir du bilan d’étape des trois mois du “gouvernement de rue” lancé dès l’élection de Nicolas Maduro, le 14 avril 2013.

Lors d’une assemblée organisée le 28 juillet dans le quartier populaire “23 de Enero” (Caracas) à la mémoire du président Chavez (qui aurait eu 59 ans ce dimanche), le président Maduro a fait rire en citant les “agences spatiales d’information” AFP, AP ou Reuters dont la ligne épouse celle de la droite locale: invisibiliser le gouvernement de rue et tout en concédant que “Nicolas Maduro a stabilisé son pouvoir”, prédire une “catastrophe économique”.

Il a évoqué la récente réunion à Santiago du leader de la droite, Henrique Capriles Radonski (impliqué dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 (1) et dans le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002) avec Jovino Novoa, sous-secrétaire de la présidence de Pinochet : « il n’y a vraiment que la droite vénézuélienne pour aller conspirer avec ce genre de personnages monstrueux qui supervisaient les disparitions et les tortures« .

Pour la deuxième étape du gouvernement de rue qui démarre ce lundi 29 juillet 2013 à Sabaneta (État rural de Barinas), Maduro a fixé 12 lignes prioritaires (en plus des cinq objectifs généraux du Plan Patria) (2)  :

  • Réaliser de manière immédiate chacun des projets et des travaux publics approuvés au cours de la première étape du gouvernement de rue (avril-juillet).
  • Établir et approfondir le gouvernement de rue comme système intégral et permanent sur tout le territoire, pour mettre en oeuvre les projets à venir.
  • Intensifier et perfectionner le Mouvement pour la Paix et la Vie, avec la participation de tous les jeunes qui veulent sortir du culte des armes, de la drogue, pour qu’ils puissent s’inscrire dans des missions formatives et socio-productives.
  • Accélérer la récupération économique nationale (relancer la production nationale pour sortir de l’effet de la spéculation sur le dollar dans les importations).
  • Faire monter en puissance toutes les missions sociales, éducatives, culturelles qui vont de “En amor mayor” (dotation de pensions aux personnes âgées qu’elles aient cotisé ou non) à “Hijos e hijas de Venezuela” (appui économique direct aux mères en situation de pauvreté extrême), à la mission Logement, etc… Maduro a exigé que soient mises en place les coordinations ministérielles dans les régions : « dans certains états les délégués des différents ministères ne se connaissent même pas entre eux ! Cela doit finir, nous sommes un seul État !« 
  • Fortifier la Mission “Efficacité ou rien” et poursuivre la lutte à fond contre la corruption au sein de l’État, du gouvernement comme du secteur privé. Une lutte “qui va apporter de nouvelles surprises dans les jours prochains”, pour laquelle Maduro a créé une équipe secrète et compte sur l’appui des organisations populaires.
  • Dès le mois d’août, passer à la vitesse supérieure dans la construction de la Commune, stratégie à laquelle Hugo Chavez donnait la plus haute priorité pour dépasser la structure de l’État bourgeois.
  • Accélérer le redressement du système électrique national qui a déjà permis de réduire de moitié les coupures de courant (en 100 jours 70 mégawatts ont été produits et 400 ont été économisés).
  • Approfondir le “gouvernement de rue” dans les forces armées en multipliant les visites sur le terrain.
  • Impulser une révolution dans la communication et dans la culture, notamment en créant un mouvement national de théâtre pour et par les jeunes et par la mise en valeur du répertoire national et latino-américain.
  • Maintenir le cap de la politique internationale d’intégration, en consolidant l’ALBA, Petrocaribe, l’UNASUR et la CELAC.
  • Constituer un front politique élargi entre le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), les mouvements sociaux et les autres partis progressistes, en vue des élections municipales du 8 décembre 2013.

Sur ce point le président Maduro a critiqué la volonté anachronique de certains candidats “révolutionnaires” de vouloir se faire élire à une mairie par pur égocentrisme. Les critères pour approuver une candidature ne sauraient être autres que l’humilité, la capacité de servir la population et les qualités du travail réellement accompli.

Le matin à Barinas (village natal de Chavez) Maduro avait déclaré : “Je connais des gouverneurs « chavistes », nous les connaissons tous, qui reçoivent de l’argent des grands propriétaires pour freiner la révolution. Nous devons nous critiquer nous-mêmes, pour avoir commis une erreur – celle de laisser à Chavez tout le poids de la révolution, sans assumer assez notre responsabilité qui, aujourd’hui plus que jamais, est de construire le pouvoir populaire. Fidel Castro l’avait dit de manière prémonitoire il y a treize ans, en visitant ce même lieu : “Chavez ne peut être le maire de tout le Venezuela, personne ne peut en supporter autant” en voyant les milliers de papiers, de lettres qu’à chaque déplacement les gens lui glissaient dans les mains, désespérés par les carences et le silence des maires, gouverneurs, ou ministres. »

« Aujourd’hui nous allons construire la commune mais dire commune ne signifie pas direvoilà, il y a une organisation qui s’appelle commune et j’en suis membre”, Beaucoup d’entre nous disonsje fais partie d’une commune. Mais combien peuvent dire réellement qu’ils font partie d’une commune ? Serait-ce qu’elles sont déjà construites ? La commune, c’est un espace militant, de travail, de solidarité, de nouvelles relations de production, pour nous former, pour y former nos enfants… Que chaque dirigeant, que chaque gouverneur se pose la question : “combien de communes ai-je aidé à construire ? combien de gens ai-je formés pour qu’ils puissent organiser le pouvoir populaire ?

Thierry Deronne, Caracas, 29 juillet 2013.

Notes :

  1. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/17/defaite-de-la-tentative-de-coup-detat-lex-president-lula-critique-lingerence-des-etats-unis-dans-les-elections-venezueliennes/
  2. Lire “Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  3. Photos ci-dessous : célébration populaire à titre posthume des 59 ans de Hugo Chavez. Crédits : Venezuelanalysis.com / AVN.

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Des habitantes de Caracas ont préparé le gâteau d’anniversaire pour Hugo Chavez.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/29/deux-tours-du-monde-en-100-jours-revolution-dans-la-revolution-bolivarienne/

Daniel Viglietti: “Les processus révolutionnaires comme celui du Venezuela jettent une lumière sur l’invisible”

Auteur de classiques latino-américains comme « A desalambrar » (chantée par Victor Jara, Mercedes Sosa ou Joan Manuel Serrat), « Canción para mi América » ou « El Chueco Maciel », ami et complice de scène du poète Mario Benedetti, le célèbre chanteur-compositeur uruguayen Daniel Viglietti est à Caracas pour appuyer la campagne bolivarienne et la poursuite de l’intégration latino-américaine.

Vidéo : Viglietti chante « A desalambrar »  à Managua en 1983, en pleine révolution sandiniste, lors du légendaire « Concert pour la paix”.

Les propos qui suivent ont été recueillis à Caracas le 11 avril 2013 par les journalistes brésiliens Leonardo Wexell Severo et Vanessa Silva, de ComunicaSul, Blog de journalisme coopératif.

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Daniel Viglietti : «J’ai toujours senti que j’avais deux patries. La première, de naissance, est l’Uruguay. L’autre, c’est la patrie latino-américaine que j’aime appeler «notre-américaine». J’ai inventé ce mot à partir de l’expression de José Martí (qui opposait notre Amérique, à l’autre, celle de l’empire du nord). J’ai remarqué que nos frontières sont artificielles au-delà de la langue et de la culture qui ont leur poids dans les différentes régions mais ces frontières, ces douanes, ces bureaux d’immigration sont des inventions faites pour nous diviser. Quand j’entre au Brésil, au Venezuela, à Cuba ou dans de tant de pays progressistes, je sens qu’il est irréel d’user d’un passeport. La chanson n’a pas besoin de demander un visa pour aller où elle veut. La musique entre naturellement et, quand c’est nécessaire, on la traduit, comme je l’ai fait pour quelques chansons de mon ami Chico Buarque. Le mouvement de la musique, de la culture, est totalement libre. Je me sens de plus en plus « notre-américain » même si ma naissance, ma nationalité me font « uruguayen ».

« Il y a un processus de transformation, avec une tendance révolutionnaire au Venezuela, dont la lumière éclaire l’invisible sous de nombreux aspects. Celui des peuples indigènes, de la classe ouvrière, du peuple qu’on appelait «marginal» alors que cette soi-disant « marge » n’était que la conséquence du système. La culture invisible est l’une des lumières que ce processus est en train d’identifier, avec l’expression de chanteurs, de groupes, de collectifs … Le Venezuela nous a donné la génération d’Ali Primera, de Cecilia Todd, de Lilia Vera, et les jeunes surgissent pour assurer la continuité. Cela montre comment la culture peut se renouveler et combien il est bon que la culture – pas nécessairement « pamphlétaire » ni supra-gouvernementale mais créatrice, à la recherche de langages – soit mise en lumière par ces processus. Elle offre un contrepoint à la conception réactionnaire fondée sur des valeurs qui sèment l’obscurité.

« TeleSUR, qui est un canal « notre-américain », grâce auquel les gens peuvent s’informer sur ce qui se passe dans le continent, devrait être vu librement dans nos pays. Dans le cas de Montevideo, capitale de l’Uruguay, on ne peut voir TeleSUR qu’en louant un câble argentin. Il y a des mesures à prendre. Ceci est un exemple clair de ce qu’il est possible de faire en termes de communication.

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Daniel Viglietti chante « La terre pour qui la travaille » pour les travailleurs de la canne à sucre de Bella Unión, Uruguay 2006.

« Je suis heureux de travailler avec la Radio Nationale du Venezuela dans le cadre du programme « Tympan » qui est produit aussi en Uruguay, en Argentine, Peut-être même un jour nous au Brésil ! (rires). Je suis heureux d’être ici avec le Mouvement des Paysans sans Terre, parce que je sais ce que leur lutte signifie dans un pays-continent comme le Brésil, la lutte pour plus de justice, pour la répartition des terres. Je suis content de vivre ces retrouvailles.

« Je viens de l’Uruguay où nous avons rendu hommage à Chavez dans une petite ville appelée Bolivar. Notre président « Pepe » Mujica était présent. J’ai écrit la chanson intitulée « bolivarienne ». Je l’ai chantée hier sur TeleSUR et je la chanterai pour l’acte de clôture de la campagne de Nicolas Maduro. Je pense que ce sera le plus grand acte auquel j’ai participé dans ma vie et je dois la chanter avec un « cuatro » (guitare à quatre cordes, traditionnelle du Venezuela). C’est un instrument d’une grande richesse, que j’utilise avec modestie mais qui donne une couleur différente à la chanson. C’est un honneur d’être ici avec tous ceux qui appuient cette élection, si limpide qu’elle a été saluée par l’ancien président américain Jimmy Carter. Face au cynisme, face aux offenses, face à la haine de ceux qui sont capables de choses terribles – et nous devons en être conscients – nous devons rester unis. Ensuite nous allons nous retrouver au milieu de la joie collective. »

L’argentin Diego Maradonna a lui aussi fait le voyage de Caracas, pour accompagner la bataille électorale des bolivariens autour de Nicolás Maduro, et pour rendre hommage à Hugo Chavez, n’ayant pu assister à ses obsèques. Une longue amitié qui lui a valu les moqueries et les attaques des médias privés argentins.

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« Hugo Chávez a changé la manière de penser des latino-américains. Nous étions soumis aux États-Unis depuis toujours, et il nous a mis dans la tête que nous pouvions marcher nous-mêmes. C’est pour cela qu’il est tellement aimé et respecté par tous ceux qui le connaissions et qui l’aimions. Nous continuons la lutte. Il n’est plus là physiquement mais avec Nicolás Maduro nous allons continuer sur la même ligne, plus personne ne nous humiliera.

« Hugo pour moi fut un ami, nous parlions de toutes sortes de thèmes. Lui, le joueur de base-ball et moi de football, mais ce qui restera pour moi c’est une grande amitié et une sagesse politique incroyable. Quand l’Amérique latine repoussa le modèle des accords de libre commerce (ALCA) que voulaient imposer les États-Unis, nous nous sommes rassemblés en 2005 à Mar del Plata (Argentine) pour dire non à l’ALCA et lancer l’ALBA (Alliance Bolivarienne des Peuples de l’Amérique), Hugo a pris la parole dans le stade et il a commencé à pleuvoir, il nous a demandé de répéter trois fois un mot pour faire cesser la pluie. Nous l’avons fait. Dix minutes plus tard, le soleil est apparu.»

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Diego Maradonna salue les supporters de Nicolas Maduro, Caracas, 11 avril 2013.

Dans un récent entretien à la revue « The Clinic », l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet (centriste), probable candidate à sa réélection, revient elle aussi sur le président bolivarien.

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“Hugo avait un profond engagement envers l’Amérique Latine et un profond engagement envers les plus pauvres. Beaucoup des politiques qu’il a mises en oeuvre en sont la claire expression, ce qui explique le grand appui dont il jouissait.

« Il fut un leader de référence pour la région. Il fut toujours un excellent compagnon et collègue. En tant que président on pouvait être d’accord ou non avec lui mais quand on avait besoin de lui pour des affaires fondamentales, dans des situations complexes, il jouait un rôle important, il a eu une participation très active dans la création de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur) et de la Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes (Celac).

« Une Amérique Latine unie permet de mieux affronter une toute une série de défis, aujourd’hui il est complètement irréel de penser que chacun va résoudre tous ses problèmes isolément, qu’il s’agisse d’infrastructures, de technologies, etc.. L’Amérique latine a montré son sérieux, sa responsabilité, et a fait des propositions innovatrices très intéressantes. Dans les dialogues internationaux on entend dire aujourd’hui : « nous devrions apprendre de l’Amérique Latine ».

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/daniel-viglietti-les-processus-revolutionnaires-comme-celui-du-venezuela-jettent-une-lumiere-sur-linvisible/

Andrea Rios : « Changer la manière dont on joue dans le cinéma vénézuélien ».

Thierry Deronne – Sans doute le plus beau prix pour une cinéaste est-il d’apprendre que dans les rues de son pays on revend des copies pirates de son film. Selon toi quel est le secret du succès populaire d’”un regard sur la mer” ?

La directora

La réalisatrice

Andrea Rios – Je crois d’abord que le fait que la protagoniste soit une fillette donne au film une touche particulière. L’histoire tourne autour d’un enfant plein d’humour, d’espièglerie et d’audace, c’est quelque chose de nouveau. Cela a permis la rencontre du film avec un public d’enfants et d’adolescents, et que le film puisse être reçu en famille. Il y a le fait d’aborder des thèmes intimes, la participation de nouveaux acteurs et le portrait de paysages de la côte vénézuélienne. Et le fait de narrer une histoire loin des films traditionnels vénézuéliens qui en général dénoncent de graves problèmes dans la société. “Un regard sur la mer” problématise la réalité conflictuelle d’une fillette qui a perdu ses parents face à un adulte âgé, récemment devenu veuf, et c’est cette dimension particulière qui a valu un tel accueil au film.

T. D. – Qu’as-tu appris en réalisant ce film, comme réalisatrice et sur un plan personnel ?

A. R. – Pour moi cela a toujours été un défi de filmer les enfants de la manière la plus naturelle possible. J’y ai beaucoup réfléchi pour conclure que le secret est dans la manière dont les enfants vivent l’expérience cinématographique.

Je voulais que les enfants de jouent pas en tant qu’ « acteurs » mais qu’ils vivent les scènes, qu’il les remettent en question, qu’ils les pensent et abordent le jeu comme un processus plus que comme une finalité…

Yucemar y Andrea Rios

avec Yucemar

Ça m’a captivé, de voir ces enfants croître dans la mise en scène et comment a été atteint l’objectif que nous recherchions. Ils n’ont jamais lu le scénario, ils avaient une idée du thème mais jamais nous ne leur avons demandé d’apprendre par coeur telle ou telle scène… On leur a demandé d’oublier les paramètres de la télévision et de relier le tournage avec le ludique …

Une autre affaire est d’obtenir la même chose des acteurs adultes… c’est plus difficile car certains oublient de jouer, d’imaginer et se contentent de répéter le texte du scénario… nous devons revoir sérieusement la manière dont on joue dans le cinéma vénézuélien… Comme réalisatrice et comme personne, je fus frappée de voir comment le cinéma comme système te mène à des lieux communs, à des clichés. Toute la complexité est : comment en extraire quelque chose ? Je crois que notre imaginaire collectif tient pour vérité établie qu’une scène « Y » doit être jouée et filmée de la manière « Y » … C’est pourquoi si peu d’interprétations nous surprennent…

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avec les acteurs adultes

T.D. –  Qu’a appris la jeune héroïne, en tant que personnage et en tant que personne ?

A.R. – Ana E a toujours été, dès l’écriture du scénario, un personnage fort. L’actrice avait déjà une expérience théâtrale et dans ce cas elle a dû opérer le passage au format du cinéma, de nature fragmentaire. Constamment nous réfléchissions sur la scène que nous allions filmer et elle donnait son opinion personnelle sur telle chose, marquant son accord ou son désaccord. Elle a toujours été une fillette expressive mais à mesure qu’elle acquérait de l’expérience, sa capacité de tisser un discours verbal et corporel a énormément grandi tant vis-à-vis de la caméra que vis-à-vis du public. Elle remettait toujours en question le personnage dans le bon sens de l’expression, et faisait des réflexions sur ce qu’elle pensait personnellement et ce que son personnage Ana E devrait faire. Je suppose qu’elle a emporté cette expérience avec elle…

T.D. – La mer, quel est son rôle dans ta dramaturgie ?

A.R. – La mer dans ce film exprime le besoin de vivre d’un personnage qu vient de perdre son épouse. Rufino décide de reprendre les choses au début et ce début est la mer, c’est le lieu où elle l’a connue et c’est aussi le lieu où il rencontre la fillette. Par ailleurs je sens que l’écrivaine voulait brosser une narration hors de la ville, peindre nos paysages pour les relier au monde intérieur de nos personnages. J’ai tenté autant que possible de créer la métaphore de la solitude des deux personnages principaux face à une mer : énorme, belle et furieuse à la fois. Pour moi le paysage naturel possède un pouvoir mystérieux et c’est une source merveilleuse pour l’être humain qui se sent petit face à lui.

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Photo de tournage

Photo de tournage

Fiche technique et artistique de « Un regard sur la mer » (Una mirada al mar »).

Assistante des acteurs enfants : Rossana Fernández. Son direct : Frank González, Post-production sonore : Gregorio Gómez. Direction artistique : Antonio Alfonzo. Musique originale : Ignacio Barreto. Montage : Armando Silva, Carlos Mendoza, Andrea Ríos et Liana Domínguez. Direction de photographie : Vitelbo Vásquez. Caméra : Luis Martínez. Production générale : Victor Fernández.

Interprètes : Fernando Flores, Asdrúbal Meléndez, Yucemar Morales, Zoe Bolívar, Loly Sánchez, Juliana Cuervos, Bebsabe Duque, Leonardo Pinto, Amilcar Marcano, Mariangela Fernández, Crismariangel Pimentel, Jonathan Carrizalez, Jaiberlyn Sánchez, Anastasia Stoliarov, Eduardo Núñez, Valery Cáceres, Sasha Sojo, Sheiner García.

Production exécutive : La Villa del Cine.

Idée et scénario originaux : feu María Nela Alas.

Réalisation : Andrea Ríos, République Bolivarienne du Venezuela juillet 2011.

URL de cet article (FR) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/01/andrea-rios-changer-la-maniere-dont-on-joue-dans-le-cinema-venezuelien/

Version espagnole : http://escuelapopularcineytv.wordpress.com/2013/01/02/andrea-rios-tenemos-que-hacer-una-revision-sobre-como-actuamos-en-el-cine-venezolano/