« Venezuela, le coup d’Etat manqué »: le documentaire d’Ahmed Kaballo (2019) sous-titré en français

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Le journaliste Ahmed Kaballo (Press TV, London)

« Venezuela, le coup d’Etat manqué », le nouveau documentaire du journaliste britannique Ahmed Kaballo est un antidote documenté, très précieux pour se libérer de ce que martèlent 99 % des médias depuis si longtemps.

Six semaines passées sur place en 2019 à la rencontre des diverses sensibilités politiques font pivoter le regard des effets vers les causes et permettent de découvrir les invisibles du champ médiatique. Kaballo démonte les catégories du storytelling (« Etat répressif », « crise humanitaire ») et les stratagèmes états-uniens. Il décrit la violence exercée par les insurrections de l’extrême droite contre les personnes identifiées au chavisme.

Le réalisateur révèle également les grandes occultations journalistiques, comme les ressorts de classe et de race qui propulsent un processus de changement que nombre de vénézuélien(ne)s continuent d’appuyer. « Pendant mon séjour, j’ai rencontré beaucoup de gens qui luttent contre de sévères sanctions économiques, formellement condamnées par les Nations Unies (…) J’ai rencontré beaucoup de gens critiques envers le gouvernement et beaucoup de gens qui le soutiennent, mais, surtout, des gens vivant une vie normale avec un sens profond de la communauté. Un contraste total avec ce que montrent les médias occidentaux« .

Une réalisation d’Ahmed Kaballo pour Press TV et APARAT MEDIA Productions (Londres, UK 2019). Durée : 26 min. 40 sec.

Traduction de l’anglais et sous-titrage en français: Thierry Deronne

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Mafias agraires contre peuple paysan: qui gagnera ?

Je crois dans les mots d’une paysanne et non dans ceux d’un bureaucrate”. C’est en ces termes qu’en avril 2018 le président Maduro s’était prononcé en faveur de la lutte paysanne, dénonçant les expulsions et les arrestations d’agriculteurs qui tentaient de récupérer les terres de La Magdalena, dans l’état de Mérida.

Près d’un an plus tard, le Département de presse du mouvement social paysan Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora (CRBZ) s’est entretenu avec Heber Montilla, dirigeant paysan et coordinateur de ce mouvement dans la région du Sud du Lac de Maracaibo.

En quoi a changé la situation de la lutte pour la terre dans le Sud du Lac à partir de ce discours du président ?

Heber Montilla – La situation a beaucoup changé. Il y avait une grande attente, depuis l’arrivée de Maduro au gouvernement, de ce qu’il se prononce en faveur de la lutte paysanne comme le faisait le président Chávez, à travers les “Aló presidente”, quand il soutenait la lutte contre le “latifundio”. Avant que Maduro se prononce en faveur des paysans, il y avait des secteurs de la Garde Nationale Bolivarienne, du SEBIN, du CICPC, certains secteurs des forces publiques de l’Etat qui participaient dans des opérations de répression contre les paysans. Avec Maduro se prononcèrent aussi le Procureur Général de la République, le Tribunal Suprême de Justice, le Ministre de la Défense. Depuis, les forces de sécurité de l’Etat ne se sont plus jointes à ces situations d’agression mais les grands propriétaires, les latifundistes, ne pouvant plus compter sur ce soutien des forces publiques, ont commencé à contracter des groupes armés, des tueurs à gage. Ont continué les menaces et la violence contre les familles paysannes.

Cette action combinée de violence et de fonctionnaires corrompus sont le modus operandi des mafias agraires. Qui compose ces mafias ?

Nous n’avons pas affaire à un éleveur isolé qui engage une personne. C’est un réseau qui opère sur les différentes terres en cours de récupération. Le composent les tribunaux, juges, policiers, certains fonctionnaires de l’Institut National des Terres (INTI) national et régional. Les éleveurs sont ceux qui contractent, payent et organise ces mafias. Ils paient en dollars. D’ailleurs ces mafias ont tenté d’acheter des dirigeants paysans. Ils offraient jusqu’à 10 mille dollars, des fourgonnettes, des voitures, des plantations, pour que ces dirigeants abandonnent la lutte ou la freinent. Il y a certains secteurs paysans qui se sont soumis à ces mafias. Quand de supposés dirigeants paysans se prononcent en faveur des soi-disants propriétaires, dans les médias, dans les réseaux sociaux, il agissent pour ces mafias. Dans la guerre contre le “latifundio” il y a deux acteurs. Le(a) paysan et la paysan(ne), d’une part, et les grands propriétaires d’autre part.

Ceux-ci sont organisés, s’articulent, font des plans. Ils utilisent les mêmes méthodes dans les différentes propriétés. Par exemplo, la juge Carmen Rosales n’agit pas pour un seul terrain mais agit sur plusieurs cas où les paysans récupèrent des terres. Ses sentences tombent toujours en faveur des soi-disant propriétaires. Elle est une des pièces de ces mafias. Quand commencent les récupérations de terres de la part de l’Institut National des Terres, elle intervient en prenant des mesures de protection de la production (alors qu’elle est inexistante) des grands “propriétaires”, sans même se rendre sur place pour inspecter les terres. Simplement, au greffe des tribunaux, elle signe les mesures de protection du bétail du grand propriétaire. Mais quand les paysans vont demander la protection de leurs semailles, se basant sur la symétrie des droits, alors, là, elle refuse, ça n’existe pas. Son argument est qu’il n’existe pas de documentation sur ces terres. Mais la Loi des Terres dit que ce qui est déterminant, c’est la production, parce que la propriété des terres n’est pas celle des soi-disants propriétaires, mais celle de l’Etat.

Dans le cas de Montecarlo, ces mafias ont remis à la soi-disant propriétaire une lettre attestant de l’activité productive dans la plantation, à travers l’INTI et à travers le tribunal agraire. Ignorant la situation des 84 familles qui vivent et sèment ces terres. Cette soi-disant propriétaire bénéficie de ces deux protections institutionnelles, alors que sa “plantation” est totalement improductive. Ce qui est en production, ce sont les terres que cultivent les paysans, soit 75% de la surface. Cette soi-disant propriétaire a tenté d’acheter les dirigeants paysans mais elle n’a pas réussi, par contre elle a pu le faire pour le tribunal agraire et l’INTI. Il n’y a aucune base légale pour lui remettre un certificat de productivité.

Voilà la contradiction. Les mafias agraires utilisent une partie des institutions de l’Etat pour agir contre les paysans et éviter qu’ils accèdent à la terre.

Dans le cas des terres de Montecarlo on affirme que la communauté paysanne est entrée de fait et non de droit sur les terrains. Comment s’est produite cette situation ?

Parce que précisément dans cette lutte on retrouve la même situation. Quand la communauté paysanne voit un terrain improductif, elle le réclame à l’INTI et attend le délai pour que l’inspection soit menée en vertu de la loi. Mais, qu’est-ce qui se passe ? Ces mêmes mafias agraires, dès les réclamations, appellent les grands propriétaires pour les avertir de l’imminence d’une inspection. Et on donne 6 mois, un an, deux ans, au soi-disant propriétaire pour changer virtuellement la situation d’improductivité. A Montecarlo on a amené des machines après que l’INTI a passé l’information. Et on a mobilisé du bétail d’autres terres, pour pouvoir faire écran lors de l’inspection, mais pas pour mettre ces terres en production. Le bétail qu’on a amené avait des marques au fer différentes. Les fers de marquage sont enregistrés légalement pour identifier chaque élevage et chaque propriétaire. Si les inspecteurs examinaient ces marques il serait démontré qu’il s’agit du bétail d’une autre plantation mais cela n’est pas fait, c’est une partie du jeu de ces mafias.

La communauté paysanne dénonçait d’ailleurs que les machines travaillaient la nuit et l’empêchaient de dormir. Ils n’avaient que 37 têtes de bétail au moment de la réclamation. Après cela ils ont installé du bétail sans capacité d’alimentation, les prés n’étaient pas préparés, ils ont même coupé l’herbe pour qu’il ne puisse pas manger. Le bétail meurt et on rejette la faute sur les paysans. La soi-disant propriétaire, Vega Vega, porte plainte devant le tribunal agraire et la juge monte les dossiers contre le paysannat.

Face à cette situation les familles paysannes ont pris la décision d’occuper les terres et de les mettre en culture. Parce que si ces terres étaient productives, où est la production ?

Ces mafias parie sur l’échec de la révolution, elles ne produisent pas et après, elles disent que le gouvernement ne peut garantir la production agro-alimentaire dans le pays. Sur le plan national 25% des terres cultivables appartiennent aux paysans et les 75% restants sont aux mains des grands propriétaires. S’ils ont la grande majorité des terres, où est la production ? Celle qui arrive aux marchés de Caracas par exemple est une production paysanne. Ce sont nous, paysans et paysannes, qui avons maintenu contre vents et marées la production. Les grands propriétaires parient sur l’échec du gouvernement. La plupart du temps ils ne vivent même pas sur ces terres, mais dans les grandes villes ou hors du pays. C’est le paysan et la paysanne qui travaillent les terres.

Cette semaine est venue à Caracas une commission de paysan(ne)s de la CRBZ et du Front Paysan des Tupamaros, en provenance de la région du sud du lac de Maracaibo. Avec qui vous êtes vous réunis à Caracas et qu’est-ce qui a été abordé dans ces réunions ?

Nous nous sommes réunis avec l’INTI, avec le Défenseur du Peuple, et avec la viceprésidence. Parce que dans le sud du lac, il y a de mauvaises informations, ces mafias génèrent de fausses informations, à travers des fonctionnaires locaux, pour menacer d’expulsions les paysans. Au vu de cette situation nous sommes venus à Caracas pour parler aux autorités nationales.

A l’INTI nous nous sommes d’abord réunis avec Alexis Fernández, gérant du secrétariat du bureau de la présidence. Nous lui avons parlé de la situation des certificats agraires des terres qui manquent encore, dans certains cas on a même organisé des remises de ces certificats aux paysans (comme il y a trois mois) mais ce fut plus pour la photo qu’autre chose. La Magdalena, El trébol, Vista Hermosa, El Carmen, Gavilanes, Montecarlo, el Zapotal. Seul El Carmen a reçu le titre de propriété, à El Trébol vient d’arriver la nouvelle du début de la récupération des terres. A la Magdalena, qui fut la terre où eurent lieu les arrestations critiquées par Maduro, on n’a pas encore remis l’adjudication. A Gavilanes on a déjà organisé deux activités politiques de remises des titres mais le document n’est pas encore arrivé.

Dans chacun de ces terrains se trouvent les Conseils Paysans qui travaillent et produisent. Nous sommes venus parler de ce thème parce que même quand l’Etat décide de remettre les terres aux paysans, ces mafias agraires ne permettent pas qu’elles se réalisent effectivement sur place.

A la viceprésidence nous avons parlé avec Maité García sur le supposé ordre d’expulsion des terres de Montecarlo. La propriétaire en charge de ces terres, Marlin Sosa, nous a dit qu’elle a participé aux réunions techniques que dirige la viceprésidence et que là s’est décidé l’expulsion des paysans. La compagne Maite nous a assuré qu’à aucun moment l’expulsion à Montecarlo n’avait été évoquée. A partir des réunions techniques, on a décidé de mener une inspection de terrain, qui n’a jamais été faite, car les inspecteurs n’ont été visiter que le terrain de la soi-disant propriétaire mais pas les terres semées par la communauté paysanne. L’inspection qu’avait décidée la vice-présidence depuis Caracas envisageait même de compter combien de plants avaient semés les paysan(ne)s, chose qui ne s’est jamais faite.

Au Défenseur du Peuple nous avons expliqué la situation de harcèlement judiciaire contre les compagnes et compagnons. On fabrique des dossiers pour menacer d’emprisonnement les dirigeant(e)s. Le juge Jesús Ojeda et la juge Carmen Rosales sont les auteurs de ces manoeuvres d’intimidation.

Comment continue la lutte pour la terre dans les différents terrains ?

La situation est la même partout. Les mafias agraires opèrent de la même manière sur les différents terrains. Ils menacent, montent des dossiers, nous empêchent de semer, il y a des silences de l’administration, les dossiers de récupération des terres sont retardés. L’objectif est que le paysan se lasse et abandonne la lutte.

Pour notre part l’idée est de continuer à produire. C’est une nécessité. Produire est une nécessité pour survivre. Le paysan sème et produit, sinon sa famille n’a pas de quoi manger. Nous ne pouvons pas attendre un ou deux ans pour obtenir une réponse sur les récupérations des terres. Avec tous ces risques et toutes ces menaces qui pèsent sur nous, nous continuerons à produire, malgré tout. Eux font partie de ceux qui mènent la guerre économique contre le pays. Nous n’allons pas laisser détruire cette révolution. Nous allons chercher les alternatives. Et l’alternative est de chercher les terres pour produire et maintenir nos familles. C’est ce que doivent comprendre les différents fonctionnaires. Le paysan n’a pas le choix: ou il produit ou il meurt de faim. Ou il produit ou il rejoint les rangs de la droite. L’Etat, comme gouvernement révolutionnaire, devrait appuyer les paysans dans cette bataille.

Source: http://www.crbz.org/mafias-agrarias-contra-el-pueblo-campesino-quien-ganara/

Photos: Carolina Cruz / Presse CRBZ

Traduction: Thierry Deronne

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Le rusé rapport Bachelet

Par Manuel Cabieses Donoso (1)

Plus martelé qu’une télésérie turque, le Rapport Bachelet sur le Venezuela reprend de A à Z les affirmations du gouvernement étatsunien : les malheurs du peuple vénézuélien sont dus à un gouvernement qui viole les droits humains, le prive d’alimentation et de santé et le pousse à l’exil.

Venant d’une Haute Commissaire des Nations Unies, ex-présidente de la République du Chili, militante du Parti socialiste, ex-détenue politique et fille d’un général constitutionnaliste mort sous la torture, le Rapport Bachelet manque de contexte historique, utilise des informations biaisées fournies par les ONGS d’opposition, et sert une politique qui cherche à étrangler le processus de changement social au Venezuela.

Ce n’est pas que dans ce pays, les droits humains ne sont pas violés. Les protagonistes de son histoire contemporaine se trouvent à la limite de leurs capacités de contrôler le tourbillon que vit le pays. Seul le dialogue -auquel le gouvernement appelle sans relâche- peut sauver le pays d’une guerre civile attisée par l’empire ou d’une agression de la Colombie où neuf bases militaires US sont prêtes à soutenir le fratricide. Le Rapport Bachelet fait omission flagrante des causes de la crise vénézuélienne. Il devient ainsi un outil de plus dans la campagne internationale destinée à faire tomber le gouvernement légitime du Venezuela. Une campagne de plusieurs années qui n’a pas atteint son objectif.

L’histoire ne connaît pas de « dictature » aussi particulière que celle du Venezuela. L’opposition compte plus d’une dizaine de partis légaux, possède de nombreux moyens de communication écrits et audiovisuels, contrôle l’Assemblée nationale, convoque des manifestations publiques quand elle en a envie, reçoit de nombreux financements étrangers et jouit du droit constitutionnel -qu’elle refuse d’exercer- de révoquer le mandat présidentiel au moyen d’un plébiscite. Les dirigeants les plus radicaux de l’opposition proclament par l’intermédiaire de la chaîne CNN et d’autres médias internationaux, la nécessité de faire tomber la « dictature » par n’importe quel moyen, y compris par une invasion des Marines US. De plus, l’opposition possède, depuis six mois, un président-fantoche reconnu par une cinquantaine de gouvernements bien qu’il ne commande même pas dans la rue où il habite.

Le gouvernement du président Maduro ne peut être accusé de rester impassible devant les atteintes aux droits humains que commettent les organes policiers. Près de 400 fonctionnaires des Forces d’Actions Spéciales (FAES) sont actuellement jugés pour ces délits. De même, le gouvernement a été le premier à réagir lors de la mort de l’ex-capitaine de corvette Rafael Acosta, le cas de torture le plus exploité ces derniers jours. Les auteurs de cet homicide ont été arrêtés : il s’agit d’un lieutenant et d’un sergent de la Garde nationale bolivarienne. Il n’y a pas de crime plus détestable que les sévices commis par des agents de l’État sur des hommes et des femmes sans défense. Nous les Chiliens le savons bien pour avoir souffert d’horribles tortures pendant la dictature. Aujourd’hui encore, des compatriotes sont victimes d’excès policiers rarement punis.

J’ai confiance dans le fait que le gouvernement bolivarien persistera dans ses efforts de contention des débordements répressifs des corps policiers. Le Rapport Bachelet est une manière trompeuse d’esquiver la responsabilité des Nations unies dans le drame que les États-Unis ont créé au Venezuela. Peu ou rien n’a fait l’Organisation mondiale pour empêcher l’objectif étatsunien de s’approprier à tout prix le pétrole et d’autres richesses du Venezuela. Face à sa décadence, l’empire donne des coups mortels pour assurer son accès à des sources d’énergie. L’Irak, la Syrie, la Libye, l’Afghanistan -et maintenant le blocus et les menaces de bombardement de l’Iran- constituent le moule de ce qui attend le Venezuela si son peuple et ses forces armées vacillent dans la défense de la patrie.

Le Rapport Bachelet fait table rase du dépouillement de milliards de dollars dont souffre le Venezuela à cause du blocus financier qui l’empêche d’acheter les aliments et les médicaments dont le peuple a besoin. Des millions de Vénézuéliens émigrent à la recherche de meilleures conditions de vie. Ils appartiennent à la vague migratoire qui secoue le monde suite aux attaques de l’empire envers la souveraineté des nations. En Amérique centrale, les migrants frappent aux portes hermétiques des États-Unis et poussent le gouvernement démocratique du Mexique à réprimer les paysans migrants du Honduras, du Nicaragua, du Salvador et du Guatemala. En Méditerranée, les tentatives désespérées des migrants africains pour traverser la mer vers l’Europe provoquent des milliers de morts parmi lesquels plus de 3 000 enfants.

Le Rapport Bachelet contribue au dessein impérial de faire se rendre par la faim une nation qui a choisi l’indépendance, comme l’avait tenté le président Salvador Allende au Chili. Ce n’est pas la première fois que Bachelet est impliquée dans des manœuvres troubles. Son second gouvernement avait promu en 2017 la création du Groupe de Lima pour seconder l’agression US contre le Venezuela. La même année, elle avait accepté l’Opération Ouragan, un montage des services de renseignement policiers pour accuser des responsables du peuple mapuche de « terroristes » et défendre ainsi les intérêts des entreprises forestières et électriques qui sont harcelées par l’indomptable résistance du peuple indigène.

Aujourd’hui, son pari est plus ambitieux. Mais, comme les antérieurs, ce mauvais coup se terminera par un échec.

Juin 2019

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(1) L’auteur: le journaliste chilien Manuel Cabieses Donoso a été longtemps le directeur de la prestigieuse revue Punto Final dont il raconte l’histoire dans son livre “Punto Final. Autobiographie d’un rebelle”. Détenu par la dictature de Pinochet durant deux ans, exilé à Cuba, il rentre dans son pays en 1979 où il vivra clandestinement jusqu’en 1989. Ex-secrétaire général du Collège Chilien des Journalistes, ex-dirigeant de la Fédération Latino-américaine des Journalistes (FELAP), Cabieses a reçu de nombreux prix internationaux et au Chili, en 2019, le Prix National du Journalisme.

Source : https://www.puntofinalblog.cl/blog/el-ma%C3%B1oso-informe-bachelet

Traduit par Jac Forton

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La commune « Che Guevara », une expérience d’auto-gouvernement au Venezuela

S’il n’y a pas de café pour tous, il n’y aura de café pour personne”. La phrase est attribuée à Ernesto “Che” Guevara, dans les premières années de la révolution cubaine, quand on lui tendit une tasse au cours d’une réunion. Refus des privilèges jusque dans ses moindres détails. La conscience du collectif. Tou(te)s ou personne. Sur les collines touffues des hauteurs de Tucaní, chef-lieu du municipe Caracciolo Parra Olmedo, Mérida, cette phrase du Che résonne pratiquement. Non seulement parce qu’il y a du café pour toute la commune, au point d’en user comme monnaie d’échange, mais surtout parce que les prémisses des communard(e)s se basent sur la même aspiration à vivre mieux, dans un projet collectif qu’ils construisent depuis quelques années et continuent à défendre au milieu des difficultés auxquelles est soumis le pays.

Dans la Commune Che Guevara vivent 1600 familles, quelques 6000 personnes, organisées en 12 conseils communaux. La population élit deux représentants par conseil communal pour le parlement communal. Même si la légalisation s’est formalisée en 2013, cette organisation se construit depuis les 2008 et 2009 quand, avec le mouvement social et politique Corriente Révolutionnaire Bolivar et Zamora, les habitant(e)s ont établi la planification territoriale des communes, un plan toujours actuel et qui vise la construction d’une cité communale.

Le gouvernement des Etats-Unis nous assiège, désinforme sur notre processus révolutionnaire. Pas seulement sur ce que fait notre gouvernement mais aussi sur le travail que nous menons dans les communes, dans les conseils paysans, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs)explique Cati Lobo, communarde et militante de la “Corriente”.

Ecoles, lycées, dispensaires et, principalement, production. Une des forces majeures tient dans la capacité productive de la commune. Dans les zones de moindre altitude, on observe des plantations de banane à cuire, de potiron, de yucca (manioc). A mesure qu’on gravit les collines, apparaissent en quantité des hectares d’ananas, d’orange et de citron. 15 camions d’ananas, quelques 450 tonnes sont produites chaque semaine aux moments de plus forte production. Et chaque semaine un camion de citron et d’oranges, parmi d’autres exemples.

La commune compte plusieurs entreprises familiales mais le bastion productif est le café et le cacao. La fierté de la commune, ce sont l’entreprise “Che Guevara 2021” qui produit, traite et distribue le cacao et dans une moindre mesure le café, ainsi que la Coopérative Colinas del Mirador (COLIMIR), productrice et distributrice de café.

La commune impulse l’échange de production en interne, avec d’autres communes, des privés, et l’Etat. Dans ce circuit intérieur on utilise le café comme moyen de paiement. Les prix de plusieurs produits se mesurent en kilos. Dans cette municipalité relativement proche d’une vaste zone frontalière qui s’étend économiquement de jour en jour (où domine le peso colombien), en pleine guerre économique que subit le pays et qui affecte entre autres la monnaie nationale, l’équivalence du café est une alternative inventée par les habitants.

Les entreprises de propriété sociale ne se concurrencent pas, elles pratiquent des prix unifiés. Avec d’autres communes on échange différents types d’aliments (viande, pâtes, riz) contre du café et du cacao. Même les uniformes scolaires s’échangent lors de journées organisées par les différents conseils communaux. Cette pratique est si courante que COLIMIR utilise une monnaie propre pour ses échanges avec des producteurs associés: le “Cafeto”, équivalent d’un kilogramme étalonné physiquement en sacs de café que la coopérative garde dans ses dépôts.

Pratiques et créations du peuple dans ses batailles quotidiennes pour affronter la guerre économique déployée par les Etats-Unis et ses alliés locaux. Ces derniers ont organisé des violences à Tucaní à la fin de février 2019: les “guarimbas” (violences d’extrême droite) ont obligé les conseils communaux à renforcer les conditions de sécurité pour empêcher le retour de telles actions. La défense territoriale de la commune est assurée par des brigades de défense populaire. “Les organisateurs de guarimbas ne peuvent être nos porte-paroles” affirme un boulanger qui possède un commerce face à la Place Bolívar, place nettoyée et reconstruite lors des journées de travail volontaire réalisées les samedis.

Les communes sont un des héritages les plus importants en termes d’organisation construits par la révolution bolivarienne. Organisation des gens visant à résoudre les problèmes quotidiens et à construire un pouvoir ascendant pour construire la nouvelle société. Comme l’explique Cati Lobo: “C’est le peuple qui impulse les communes. C’est le peuple, les bases citoyennes, qui s’approprient le projet communal et travaillent le plus dans ce sens. Ces efforts et ces initiatives ont permis d’arriver à ce que nous voyons aujourd’hui. Nous voulons détruire l’Etat ancien. Si nous ne croyons pas en notre propre pouvoir, si nous n’en faisons pas un précédent, on ne nous reconnaîtra pas. Nous sommes appelé(e)s à chercher les formes et les alternatives. Avancer vers l’auto-gouvernement, c’est un défi qui n’a rien de facile. Pour le relever, nous avons besoin de force et de conscience.

Source : Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Traduction: Thierry Deronne

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Il y a beaucoup plus de diversité dans les médias « bâillonnés » du Venezuela que dans les médias “libres” des États-Unis (FAIR)

20 mai 2019. Par LUCAS KOERNER et RICARDO VAZ

Juan Guaidó parlant à la presse. (photo : Luis Robayo, pour TIME).

Caracas 2019: Juan Guaidó parlant à la presse. (photo : Luis Robayo, pour TIME).

Les grands médias internationaux déploient depuis longtemps une prodigieuse créativité dans leurs reportages sur le Venezuela, au point que la couverture de cette “crise” est devenue le genre fictionnel le plus lucratif du monde. Le récent article de Ciara Nugent pour Time (4/16/19) : “Les Vénézuéliens affamés d’information: la bataille pour obtenir des infos dans un pays en proie au chaos » a valeur de chef-d’œuvre de cette mode littéraire (en plus audacieux que la copie de Thomas Cluzel sur France Culture, NdT).

Time (4/16/19) s’est joint à l’engouement littéraire des grands médias pour les récits fictifs sur la « crise » vénézuélienne.

Sans surprise, Nugent partage l’appui enthousiaste (2/1/19) de Time à la tentative de coup d’Etat de l’auto-proclamé “président intérimaire” Juan Guaidó. Time reprend la vulgate journalistique en vigueur depuis plus de dix ans (Extra!11–12/06), à savoir que le gouvernement élu (chaviste) est un “régime autoritaire” qui réprime la liberté d’expression. Les grands médias parlent souvent de la « répression de Chávez contre la liberté de la presse » (New York Times4/30/19), d’un “pays où les journaux et les radios et télévisions ont été muselés”, où “la majeure partie de la presse indépendante a disparu” (NBC2/3/195/16/19), où le “régime” de Maduro contrôle “presque toutes les stations de radio et de télévision” (Bloomberg1/29/19).

Cependant, le récit cauchemardesque de la journaliste de Time sur la censure d’un État orwellien piétine les données empiriques les plus faciles à recouper pour quiconque passe un peu de temps au Venezuela. Alors que Nugent affirme que pour les Vénézuéliens, « découvrir ce qui se passe autour d’eux est devenu une lutte« , il est assez courant d’assister à des débats politiques éclairés dans les bars, les magasins et les places publiques. L’idée que Nugent essaie de nous vendre en publiant l’image photogénique de quelqu’un montant dans un bus pour s’adresser aux voyageurs avec une « télévision » en carton, est ridicule.

Télévision

« La plupart des chaînes de télévision sont gérées par l’État et les autorités interdisent aux quelques chaînes de télévision et stations de radio indépendantes de couvrir la crise vénézuélienne au fur et à mesure qu’elle se déroule » assure Nugent. On ignore si elle a déjà regardé la télévision au Venezuela mais on trouvera difficilement une affirmation plus éloignée de la vérité. Le paysage audiovisuel du Venezuela est dominé par trois grandes chaînes privées de télévision: VenevisionTeleven et Globovisión, chacune d’elles regardée par plusieurs millions de téléspectateurs.

Une étude d’AGB Nielsen montre que la chaîne privée Venevision domine le marché de l’information télévisée au Venezuela.

En 2013, lorsque la dernière étude d’audience fut menée par AGB Nielsen, Venevision, propriété du milliardaire possesseur de médias Gustavo Cisneros dominait déjà le marché national de l’info, étant regardée par 36 % des spectateurs vénézuéliens. Venevision était suivie par la chaîne d’Etat VTV, avec 25 %, puis par Televen et Globovision en troisième et quatrième places avec 22% et 15% respectivement. La domination des médias privés, loin de s’affaiblir, a augmenté ces six dernières années. Tout en arrivant loin derrière Venevision et Televen en termes d’audience globale, la chaîne publique VTV a indubitablement bénéficié pendant des années de la présence charismatique de feu le président Hugo Chávez, qui y diffusait son propre talk-show hebdomadaire très populaire, Aló Presidente. Ses cotes d’écoute ont chuté de manière significative au cours des six années qui ont suivi la mort de Chávez, avec l’approfondissement d’une guerre économique et politique qui a sapé les ressources vitales et le moral politique de la chaîne publique.

Une étude menée en 2015 par le Ministère de la Culture et par des sociétés privées de mesures de rating comme Mediax montre que les médias privés, d’opposition, – en particulier Venevision, Televen et les chaînes du câble – totalisent 85 % d’audience, les chaînes publiques et communautaires (strictement locales) se partageant les 15% restants. En 1998 on comptait 36 télévisions privées émettant en clair, en 2017 leur nombre s’élève à 63. Selon les chiffres de la Commission, pour eles premiers mois de 2019, des concessions légales ont été octroyées à 11 médias privés et une à un média communautaire. Bref, non seulement le gouvernement bolivarien n’a jamais « fermé des médias » mais il a augmenté leur nombre. Par ailleurs, les données de CONATEL (Commission Nationale des Télécommunications) montrent une augmentation constante du nombre d’abonnés à la télévision privée, passé de 17 % en 2000 à un sommet de 68 % en 2015. L’an dernier, plus de 60 % des ménages vénézuéliens ont payé un abonnement privé au câble ou au satellite.

Répartition actuelle des audiences télévisées au Venezuela

Ces abonnements sont très abordables: le meilleur fournisseur de télévision par satellite, Direct TV, offre des forfaits à partir de seulement 70 cents par mois sur le prix du marché parallèle, soit environ le prix d’une bière glacée. Dans le cas de Direct TV, qui contrôle 44 pour cent du marché des abonnements payants, les bouquets offrent une multitude de chaînes d’information internationales, dont Fox News, CNN, BBC et Univisión – et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’agit pas de médias pro-chavistes. Alors que l’article de Nugent parle d’un monopole médiatique de l’Etat, les données indiquent que sous le chavisme, les vénézuéliens ont progressivement élargi leur accès aux chaînes d’information internationales privées, dont la plupart ont une couverture résolument de droite et anti-bolivarienne.

Même en dehors de télévisions états-uniennes telles que Fox et CNN, le champ de l’information audiovisuelle au Venezuela est dominé par l’opposition de droite (Venevision, Televen, télévisions locales, régionales). La seule exception est Globovisión qui, selon une étude de l’American University de 2015, n’a « aucun parti pris significatif en faveur du gouvernement ou de l’opposition« , et ce contrairement aux affirmations du New York Times (21/02/19) selon lesquelles cette chaîne privée a « changé sa ligne éditoriale pour soutenir M. Maduro » après son changement de propriétaire. Le 25 mai 2019, pour ne citer qu’un exemple, Globovision a interviewé un un « expert électoral » de l’opposition qui dénonce une fraude lors des élections présidentielles qui ont donné la victoire à Nicolas Maduro.

Malgré les allégations de l’opposition selon lesquelles Venevision est devenu un média « pro-régime », la chaîne interviewe fréquemment les dirigeants des partis de droite; par exemple, elle a récemment mené une interview sympathique de 12 minutes (5/2/19) avec Sergio Vergara G., leader à l’Assemblée nationale du parti d’extrême droite de Juan Guaidó, Voluntad Popular. Inutile de dire que le fait de diffuser le point de vue d’un parti qui tente activement de renverser le gouvernement n’est pas caractéristique d’une “télévision d’État ».

L’affirmation de Nugent est également fausse en ce qui concerne le champ radiophonique. De nombreuses stations alignées sur l’opposition de droite remplissent les ondes, notamment Radio Caracas Radio, tandis qu’Union Radio est populaire dans tout le pays pour sa couverture plus indépendante et moins partiale. En 1998 on comptait 304 radios privées FM. En 2017, ce chiffre est monté à 481.

Presse écrite

Ciara Nugent parle purement et simplement de journaux et de magazines qui ont « pratiquement disparu« , comme si, au milieu d’une grave récession économique, on s’attendait à ce que le Venezuela aille à contre-courant de la tendance mondiale de déclin des médias imprimés.

Néanmoins, le Venezuela dispose encore d’un bon nombre de journaux nationaux, ce que Nugent pourrait vérifier en observant n’importe quel kiosque à journaux vénézuélien. De plus, comme dans d’autres pays, les journaux qui ne circulent plus sous leur forme “papier” poursuivent leurs activités sur les plateformes numériques et les médias sociaux, comme le journal d’opposition Tal Cual.

Aujourd’hui, le Venezuela a cinq journaux de circulation nationale, la plupart d’entre eux anti-gouvernementaux. Alors que Últimas Noticias a une ligne centriste, et que le journal financé par l’Etat Correo del Orinoco est pro-gouvernement, un simple coup d’oeil à El UniversalDiario 2001 et La Voz permet de noter leur caractère farouchement antichaviste.

El Universal (2/17/19) a publié un éditorial intitulé « Scénarios vénézuéliens », qui envisage positivement les résultats d’une invasion états-unienne au Venezuela.

El Universal tire quotidiennement à environ 35.000 exemplaires, ce qui, proportionnellement à la population, est comparable au Washington Post. Considéré comme l’organe de la soi-disant opposition “modérée”, la ligne de ce journal a été complètement déformée, notamment par Nick Casey (1/16/16) du New York Times qui lui attribue « une ligne largement pro-gouvernementale« .

Le 17 février, El Universal a publié un article d’opinion d’un de ses collaborateurs habituels, le sondeur de la firme privée Datanalisis Luis Vicente León, qui soupèse nonchalamment le pour et le contre d’un coup d’État militaire, d’une transition négociée « sous pression » des sanctions états-uniennes criminelles et des menaces militaires, ou d’une invasion pure et simple. León penche pour le dernier scénario à condition qu’il prenne la forme d’une “intervention dans le style du Panama” pour renverser Maduro “sans conséquences majeures” (traduire: avec des dommages collatéraux limités aux gens pauvres et de couleur, comme dans le quartier populaire panaméen El Chorrillo).

Plus récemment, dans le même journal, le chroniqueur Pedro Piñate (4/4/19) affirme que le Venezuela doit se débarrasser des idées « castro-communistes« , Francisco Olivares (4/27/19) affirme que le départ de Maduro est « vital pour le monde démocratique occidental » tandis qu’Antonio Herrera (4/25/19) s’inquiète de la présence de « Cubains, Russes, Iraniens, de terroristes du Moyen Orient et de guérilleros de Colombie« .

Non seulement les journaux anti-gouvernementaux vénézuéliens exercent une liberté illimitée de publication, visible dans des articles d’opinion appelant explicitement à des coups d’État militaires, mais ils ont aussi une longue histoire de publication de caricatures explicitement racistes de Chavez et d’autres dirigeants bolivariens qui scandaliserait les esprits libéraux dans n’importe quel pays occidental.

Dessin de Weil publié par le journal Tal Cual et se moquant des chavistes : « Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons de l’eau afrodescendante »

Réseaux sociaux

Nugent affirme qu’il existe une censure draconienne gouvernementale contre les médias sociaux:

La liberté de l’Internet au Venezuela s’affaiblit depuis plusieurs années, le pays passant finalement de « partiellement libre » à « non libre » dans les rapports annuels de Freedom House in 2017, l’observatoire mondial de la démocratie.

Freedom House, un think tank financé par le gouvernement américain, a qualifié le Venezuela de  » non libre  » dans son rapport annuel 2017 sur la liberté dans le monde.

La reporter du Time omet de divulguer que Freedom House, “observateur mondial de la démocratie”, est presque entièrement financé par le gouvernement des Etats-Unis, qui dirige actuellement un coup d’État au Venezuela. Mais ce détail mineur mis à part, on peut se demander : l’internet est-il vraiment moins libre au Venezuela que dans les pays du Nord ?

S’il est vrai que le fournisseur d’État de téléphonie et internet, CANTV, bloque certains des nouveaux sites anti-gouvernementaux comme El NacionalLa Patilla et El Universal, ceux-ci sont accessibles via les fournisseurs privés tels que VPN, la télévision par câble ou les téléphones portables.

Bien qu’une telle politique soit indéfendable et peut-être autodestructrice, elle doit être replacée dans son contexte. Est-ce qu’un gouvernement occidental tolérerait que de nouveaux organes d’information servent ouvertement de porte-paroles à une opposition violente, soutenue par une puissance étrangère, qui mène actuellement sa sixième tentative de coup d’État (après les échecs du coup d’état d’avril 2002 contre Chavez, le lockout pétrolier de 2002-2003, la violence de l’opposition post-électorale en 2013, les “guarimbas” d’extrême droite dans la rue en 2014 et en 2017) ?

Vu les efforts que les États-Unis et le Royaume-Uni déploient pour poursuivre Chelsea Manning et WikiLeaks, sans qu’aucun d’eux ne constitue une menace réelle pour la sécurité nationale, la réponse courte est « non ».

L’enquête d’Erin Gallagher (Medium, 1/30/19) a révélé une campagne dans les médias sociaux pour positionner les hashtags pro-opposition sur Twitter, générant des milliards d’impressions quotidiennes.

Bien que le Venezuela ne soit pas à l’abri de la censure de l’État, c’est une grossière distorsion que de prétendre que le pays soit « aujourd’hui soumis à de fréquentes restrictions de l’information« . Non seulement la droite vénézuélienne a une présence décisive, sinon dominante, à la télévision, à la radio et dans la presse écrite, mais elle exerce aussi une influence considérable dans les réseaux sociaux, ce qui lui permet de diffuser de fausses nouvelles parmi le public. Alors que Nugent écrit sournoisement qu’il « est difficile de savoir qui est derrière les fake news« , on devine facilement qui a le plus à gagner de rumeurs non fondées telles que  » les mineurs sont recrutés par l’armée  » ou  » les troupes russes arrivent au Venezuela « .

En 2012 déjà une enquête de OpenNet – initiative de la Faculté de Droit de Harvard et du Citizen Lab de l’Université de Toronto- révélait une carte des pays qui censuraient Internet, quels contenus ils filtrent et comment ils le font, et notait que le Venezuela n’exerçait aucune censure. Aujourd’hui, une vaste investigation indépendante a révélé l’utilisation effrénée de « l’automatisation, de faux profils ou comportements non authentiques coordonnés et de robots » pour positionner les hashtags anti-gouvernement sur Twitter, certains comptes tweetant des centaines de milliers de fois par jour et produisant des milliards d’impressions quotidiennes. Le tableau réalisé par Alexa.com montre que les deux sites les plus visités sont des sites de médias d’opposition (La Patilla et El Nacional) et que sur la liste totale, 90 % des sites visités sont également d’opposition. L’opposition vénézuélienne s’est toujours efforcée d’activer les médias et réseaux sociaux avant les pics de violence. De nombreux militants de droite appellent à tuer des militants chavistes tous les jours sur Twitter (voir ci-dessous). Par contraste, les comptes officiels ou pro-gouvernementaux ont été régulièrement fermés par les géants des médias sociaux occidentaux, comme des centaines de comptes personnels chavistes ou sept comptes gouvernementaux vénézuéliens suspendus par Twitter récemment.

« Tant de terroristes de par le monde, et aucun pour tuer Maduro ? merde, tuez Maduro, c’est lui qui mérite toute cette merde. (..) Les terroristes sont des idiots, ils tuent des gens alors qu’ils pourraient tuer Maduro.

Tu imagines quand nous nous unirons tous pour tuer Maduro, quelle énergie incroyable ce sera !

J’ai une envie de tuer des chavistes que même Dieu ne pourrait m’ôter

Ce sera très joli quand les marines viendront tuer des chavistes, gardes nationaux, policiers et tout ce qui appuie ce gouvernement

Ce chaos prendra fin quand les gens prendront une arme avec ou sans peur et commenceront à tuer des chavistes. Je le dis très sérieusement.

Un exemple récent de la capacité de Washington et de ses clients de l’opposition de façonner le récit médiatique par le biais des réseaux sociaux est la « confrontation de l’aide humanitaire » du 23 février 2019 à la frontière vénézuélienne/colombienne (FAIR.org2/9/19). A la suite d’ un incident controversé impliquant un camion de l’USAID (ONG “humanitaire” du département d’Etat, NdT) qui a pris feu, de hauts responsables américains et des leaders de l’opposition se sont immédiatement tournés vers Twitter pour en accuser le gouvernement Maduro. Cette affirmation a été reprise en boucle par les médias privés, malgré l’absence d’accès direct à des preuves. Deux semaines plus tard le New York Times  a rectifié l’information et démontré, vidéo à l’appui, qu’un cocktail molotov manié par un militant de de droite avait bouté le feu au camion. Le fait que cette rétractation du New York Times le 23 février soit restée largement ignorée est un cas flagrant de domination des médias sociaux par les États-Unis et l’opposition, qui ont mis en place un faux récit repris comme vrai partout et pour toujours.

La liberté de presse via un coup d’État?

Le récit médiatique d’un gouvernement vénézuélien réprimant la liberté de la presse n’est pas une invention récente. Qu’on se rappelle la décision prise en 2007 par le gouvernement Chavez de ne pas renouveler la concession hertzienne de RCTV (Radio Caracas Televisión). RCTV avait joué un rôle crucial dans le coup d’État d’avril 2002. La droite avait chassé pendant 47 heures du pouvoir le président élu, et déclenché une vague de terreur avant de poursuivre son offensive à travers un lock-out pétrolier (2002-2003). RCTV fut retirée du spectre public mais continua à transmettre par le cable, par le satellite et par internet. (NdT: en France ACRIMED démonta le concert de désinformation qui vit les médias français, soutenus par les maîtres-penseurs du microcosme médiatique et par RSF, reprendre en choeur le même refrain, résumé à merveille par l’éditorial du Monde : « Censure à la Chávez » (28 mai 2007).

The Nation (2/8/19) a rapporté le rôle joué par le gouvernement états-unien dans la construction du plus récent mouvement d’opposition de droite au Venezuela.

La fin de concession de RCTV servit de prétexte à une nouvelle vague de protestations anti-gouvernementales, menée par une nouvelle génération de leaders étudiants de la classe moyenne de droite, financée et formée par Washington. Parmi cette nouvelle cohorte se trouvait Juan Guaidó, diplômé de l’Université George Washington, vétéran des violentes manifestations de rue de l’opposition en 2014, connues sous le nom de « La Sortie  » (de Maduro, NdT), qui fit 43 morts, la majorité étant des passants, des chavistes et des membres des forces de l’ordre.

La correspondante du Time Nugent écrit aussi: « Les autorités vénézuéliennes arrêtent régulièrement des journalistes, affirmant qu’ils sont entrés illégalement dans le pays ou qu’ils ont violé des « zones de sécurité« . Il y a actuellement plus de 50 agences de presse étrangères avec des correspondants sur le terrain au Venezuela, qui savent qu’ici comme ailleurs il faut un visa de journaliste pour effectuer leur travail. Comme aux États-Unis ou ailleurs, on ne peut se faufiler au milieu de la nuit dans les zones de sécurité restreintes proches d’un palais présidentiel sans être dûment identifié et accrédité. L’indignation suscitée par les efforts du gouvernement vénézuélien pour réglementer les médias dans le cadre d’un coup d’État soutenu par l’étranger est tout à fait hypocrite, étant donné que les journalistes occidentaux n’ont pas pris la parole contre la censure de leurs propres gouvernements à l’encontre des lanceurs d’alerte.

Dans une analyse précédente, FAIR (4/30/19) a montré que zéro % des journaux d’élite états-uniens et des experts de talk-shows américains ont critiqué l’idée d’un changement de régime au Venezuela. Plus qu’une vision réfléchie ou simplement lucide du paysage médiatique vénézuélien, les contes de fées comme celui de Nugent sur la censure totalitaire de l’Etat au Venezuela reflètent l’autocensure du régime médiatique états-unien, beaucoup plus efficace qu’un dirigeant dit « autoritaire » ne pourrait le croire. Après tout, sans cette limitation délibérée du spectre des « opinions acceptables », l’administration Trump n’aurait jamais pu mener illégalement un coup d’État ni poursuivre en toute impunité un blocus économique qui a déjà tué 40.000 Vénézuéliens au cours des deux dernières années.

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Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne : la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « baillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela et que plutôt que d’attendre des élections, il faut relancer les confrontations « non-dialogantes » (sic) pour forcer le président élu à partir.

Scènes de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne. Photo du haut: Lilian Tintori, épouse du dirigeant d’extrême droite Leopoldo Lopez, dénonce la « répression de la liberté de la presse » et en dessous, la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado, impliquée comme Lopez dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela et que plutôt que d’attendre des élections, il faut relancer les confrontations « non-dialogantes » (sic) pour forcer le président élu à partir.

Source: https://fair.org/home/theres-far-more-diversity-in-venezuelas-muzzled-media-than-in-us-corporate-press/

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

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« Ils ont brûlé vif mon fils parce qu’il était noir et chaviste »

L’alliance du suprémacisme Brasilia-Washington et de la globalisation médiatique a produit un genre nouveau de déstabilisation. Des “blitzkrieg” dont les acteurs jouent sur des espaces réduits et dans des temps limités, des « stories » destinées essentiellement à l’exportation. Le modus operandi est le suivant : des commandos de droite cherchent l’affrontement avec les forces de l’ordre… dont la réaction est guettée par les caméras du monde entier, arrivées sur place à l’avance. A New York ou à Berlin, les monteurs inverseront la chronologie de la scène: le “régime” réprime le “peuple”. Aucun journaliste n’analysera pourquoi les victimes sont plus nombreuses chez les militants de gauche, les passants et les forces de l’ordre. Encore moins pourquoi dans ces manifestants “pacifiques”, il y plus du planteur de Haïti qui jetait au four les mauvaises cuisinières noires, ou du porteur de torche du Ku Klux Klan, ou du terroriste de l’Etat Islamique, que du “combattant pour la liberté”.

Thierry Deronne, Caracas, 19 mai 2019

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Inés Esparragoza, mère d’Orlando Figuera, le jeune homme poignardé et brûlé vif à Caracas par les manifestants de droite en 2017. JAIRO VARGAS

par Jairo Vargas – 16/05/2019, pour Público (Espagne)

Le jeune Orlando Figuera est mort en 2017 après avoir été poignardé et brûlé par des manifestants de l’opposition lors de manifestations anti-gouvernementales au Venezuela. Deux ans après le crime, sa mère se souvient de l’affaire et appelle à la justice et à la paix dans son pays, où plusieurs affaires similaires ont conduit le gouvernement à légiférer contre les crimes de haine.

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Le jeune Orlando aspergé d’essence et brûlé vif dans le quartier chic d’Altamira.

Inés Esparragoza a du mal à fermer les yeux. « Ce n’est pas facile parce que la première chose que je vois quand je les ferme, c’est mon fils, comme ça », dit-elle. Elle aimerait se souvenir de lui d’une manière différente, et elle le fait presque toujours, mais il y a deux scènes qui se collent fermement à sa rétine. La première est celle de son fils aux soins intensifs de l’hôpital. « Quand j’ai ouvert la porte… je me suis dit : terre, avale-moi. Il était là, nu. Il a dit : Bénis-moi, maman. Il a mis sa bouche pour l’embrasser, mais je ne l’ai pas trouvée. Il était tout meurtri, avec un œil au beurre noir, un visage enflé et un corps plein de brûlures », décrit la femme parmi de longs silences pendant lesquels elle retient les pleurs mais pas les larmes. La deuxième image qui lui mord les yeux, elle l’a vue à la télévision, juste après les funérailles, après « ces 15 jours de pure agonie », le pire de ce qu’elle a pu subir en 44 ans de sa vie. « Orlando Figuera est mort », passaient en boucle les actualités du 4 juin 2017, alors qu’il montrait un corps en flammes courant sans but et sans espoir, cherchant de l’aide parmi la foule qui lui avait mis le feu. « C’est la seule fois que j’ai vu ces images. Ma petite-fille m’a dit : Oncle Orlando est à la télé ». Encore du silence et des larmes.

Le nom Orlando Figuera ne signifie sûrement rien en dehors du Venezuela. Même chose avec Victor Salazar. Cependant, l’image de ce dernier, également couvert de flammes lors d’une manifestation anti-Chaviste, a fait la première page des médias internationaux qui ont serré les rangs pour condamner la répression du gouvernement de Nicolás Maduro contre la mobilisation de l’opposition en 2017. La photographie de Salazar, prise par le photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt, qui vit au Mexique, a été distribuée dans le monde entier par l’AFP. Il lui a valu le prestigieux World Press Photo Award en 2018 et a été un symbole puissant de l’instabilité politique et sociale que traverse le pays. Le plus sordide, et que les médias n’ont pas dit, c’est que l’étudiant Salazar n’a pas été victime de la violence gouvernementale. Il s’est brûlé sur 70% de son corps en incendiant une moto de la garde nationale vénézuélienne, que les manifestants avaient volé et promené – Salazar inclus – comme un trophée.

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L’image gagnante de la World Press Photo 2017, par le Vénézuélien Ronaldo Schemidt. AFP

L’afro-descendant Orlando Figuera, par contre, n’est connu qu’au Venezuela. Son histoire atroce n’a guère traversé l’Atlantique. Il avait 22 ans quand il est mort à l’hôpital Domingo Luciani à El Llanito, Caracas. Dans le même hôpital où, quelques semaines plus tard, Salazar devait passer avant d’être transféré dans la clinique privée qui lui a sauvé la vie. Figuera n’a pas pu sortir de là, « nous ne sommes pas pauvres, mais nous sommes des gens à faible revenu », déplore sa mère à la porte de sa maison, au pied des immeubles au milieu de nulle part, près de la ville de Cúa, dans Los Valles del Tuy, État de Miranda. Esparragoza ne comprend pas pourquoi l’épreuve de son fils n’a pas fait le tour du monde alors que le Venezuela était au centre de l’attention des médias. C’est peut-être parce que Figuera a été tué par la même opposition qui traite Maduro d’assassin.

 

2017: pic de violences contre le chavisme

Tout s’est passé le 20 mai 2017 sur la Plaza de Altamira – dans un quartier chic de la municipalité de Chacao, à l’est de Caracas – l’épicentre des plus violentes manifestations de droite de mémoire d’homme. Plus de 130 jours de “guarimbas” (barrages violents), des jeunes cagoulés, des barricades de rue et des cocktails Molotov… d’avril à début août. Une authentique guérilla urbaine qui s’organisa contre une crise économique qui a ruiné une bonne partie de la protection sociale. C’est aussi le moment où le chavisme a perdu sa majorité au Parlement, où il en a constitué un nouveau en convoquant une élection constituante controversée à laquelle l’opposition ne voulait même pas se présenter. L’hégémonie bolivarienne était plus que jamais remise en cause et les secteurs les plus radicaux de l’opposition ont décidé de tendre dans les rues plutôt que dans les urnes une corde qui, encore aujourd’hui – plus de deux ans et plus de cent morts plus tard – n’a pu être rompue. La répression a été brutale. Il semblait que les Vénézuéliens sortaient la pire version d’eux-mêmes alors que la polarisation sociale, alimentée d’un côté et de l’autre, atteignait un point de non-retour.

Ce jour-là, comme tout le monde, Figuera avait quitté sa maison aux petites heures du matin pour gagner sa vie en aidant à trouver des places de parking et en chargeant des sacs de courses pour les clients dans un marché à Las Mercedes, Caracas. Il était en retard et a dit à sa mère qu’il ne rentrerait pas à la maison. Il lui fallait deux heures de train depuis la capitale et il préférait passer la nuit chez son oncle dans le quartier de Petare. Mais il n’est jamais rentré. Sa mère dit qu’il est tombé sur la haine anti-chaviste. Le jeune homme portait un t-shirt couleur bordeaux et un sac à dos, se souvient-elle. A hauteur d’Altamira, Figuera a rencontré la foule violente.

« Ils l’ont poignardé, lynché, aspergé d’essence et lui ont allumé le feu. Ils l’ont brûlé vif parce qu’il était noir et parce qu’il était chaviste » raconte Esparragoza. C’est ainsi que son fils lui expliqua de sa voix quand il se trouvait à l’hôpital, au lendemain du jour où la foule d’hommes cagoulés exigeant la démocratie au Venezuela, l’interpella : « Es-tu chaviste, oui ou non ? » « Maman, quelle que soit ma réponse, ils allaient me tuer. J’ai dit oui. Je suis un chaviste, et alors. » dit le fils par la bouche de sa mère. Avant cela, le jeune homme avait déjà reçu plusieurs coups de couteau dans l’abdomen et les jambes. « D’abord quelqu’un l’a accusé d’être un voleur et plusieurs ont commencé à le frapper. Il a couru quand il a senti le premier coup de couteau dans la fesse. Puis ils l’ont poussé dans la foule et l’une des personnes présentes lui a demandé si c’était un chaviste. Ils l’ont brûlé et il a couru demander de l’aide, mais il a dit qu’il ne recevait que des insultes en retour, qu’il avait été battu avec les boucliers qu’ils portaient et se moquaient de lui. Ils lui ont dit que c’était un maudit nègre », se souvient Esparragoza.

Le jeune Orlando Figuera n’avait jamais été membre d’un parti politique. « C’était un garçon qui travaillait aussi dur qu’il le pouvait, comme j’ai fait toute ma vie pour aller de l’avant », dit clairement sa mère. « Nous sommes reconnaissants envers le chavisme. Ils ont fait beaucoup pour les gens qui en avait le moins. J’ai, par exemple, pu obtenir mon diplôme grâce à la mission d’éducation des adultes et grâce à cela, j’ai pu trouver du travail en aidant des personnes à faible revenu comme moi à faire leurs demandes de logement et autres formalités, » explique la mère d’Orlando.

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« Je demande à Dieu qu’il arrache la rage et la haine de l’âme des opposants » a déclaré la mère d’Orlando à un journal vénézuélien.

Autres crimes de haine présumés

Figuera a été le cas le plus connu au Venezuela, mais pas le seul où la haine endémique de l’extrême droite anti-chaviste a lynché des personnes passant au mauvais endroit dans le pire climat de confrontation politique et sociale de l’histoire récente de ce pays. Le Bureau du Procureur général et le Gouvernement rappellent l’existence de jusqu’à cinq meurtres semblables documentés, en plus des 23 agressions commises par des groupes d’opposition au cours desquelles les victimes ont été blessées, certaines ont également été brûlées car accusés de chavistes. L’exécutif a toujours accusé les chefs de l’opposition d’instiguer la violence et a spécifiquement légiféré contre les crimes haineux après ces épisodes, mais le cas d’Orlando n’a pas encore été résolu complètement par la Justice et sa mère n’a guère espoir que ce soit un jour le cas.

« Il y a eu des enquêtes, mais je ne pense pas qu’elles aient été suffisantes. Personne n’a été condamné pour ce qu’ils ont fait à mon fils, se lamente-t-elle. Selon le ministère public, l’affaire fait toujours l’objet d’une enquête. « Il a été possible d’identifier l’un des agresseurs, qui a fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour les crimes d’instigation publique, d’homicide volontaire aggravé et de terrorisme, mais il est en cavale en Colombie », confirme le bureau du Procureur général à Público.

Cependant, Esparragoza vise plus haut. « Dans la guarimba qui a attaqué mon fils, il y avait plusieurs leaders de l’opposition, je crois sincèrement qu’ils sont politiquement responsables de morts comme celle d’Orlando, c’est pourquoi je n’ai pas voulu y aller quand j’ai été invité récemment à un acte d’hommage aux morts des manifestations, » affirme-t-elle en levant un doigt pour chaque nom des politiques de l’opposition qui sont passés par Altamira, le 20 mai : María Corina Machado, Julio Borges, Lilian Tintori, Miguel Pizarro.

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Depuis, Inès Esparragoza est sous traitement psychiatrique, son état dépressif l’a éloignée de l’homme avec lequel elle avait partagé 15 ans et a tenté de mettre fin à sa vie à plusieurs reprises, avoue-t-elle. Trop de lignes rouges ont déjà été franchies par tous les acteurs et elle appelle au dialogue entre le chavisme et l’opposition car, malgré tout, elle veut la paix. « Je pense que le pays a appris sa leçon après tant de morts. Je pense qu’il peut y avoir une réconciliation entre les deux Venezuela, dit-elle. Il est encore trop tôt pour savoir si ses paroles se concrétiseront, c’est pourquoi elle ne passera plus par ce beau quartier d’Altamira. « J’ai beaucoup de colère en moi et parfois de mauvaises idées me viennent à l’esprit et j’ai envie de prendre la justice en main », prévient-elle. Elle préfère rester dans son appartement, celui que le gouvernement lui a donné après avoir enterré son fils. « Orlando disait toujours qu’il allait me sortir du taudis où nous vivions, parce qu’il n’y avait pas d’eau courante et que le sol était de la terre pure », se rappelle Inès. Il ne pensait pas qu’il devait donner sa vie pour tenir sa promesse, se lamente-t-elle.

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La cité de logements sociaux dans laquelle le gouvernement du Venezuela a logé la famille d’Orlando Figuera après l’assassinat de celui-ci – JAIRO VARGAS

Jairo Vargas – 16/05/2019, pour Público (Espagne)

Source: https://www.publico.es/internacional/venezuela-mi-hijo-quemaron-vivo-chavista.html

Traduction : Venesol.org

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Distorsion de la « démocratie » dans la couverture médiatique du Venezuela, par Greg Shupak (FAIR)

Venezuela Political Crisis

L’image de Juan Guaidó projetée par The Atlantic (5/1/19). (Photo: Fernando Llano/AP)

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L’auteur: Docteur en Études Littéraires, Gregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur, 2018.

A propos du coup d’Etat soutenu par les Etats-Unis et qui a échoué au Venezuela le 30 avril, Uri Friedman de The Atlantic (5/1/19) se réfère à la branche vénézuélienne du putsch comme le “mouvement pro-démocratie de (Juan) Guaidó.” La contradiction logique ne peut surgir plus clairement: Friedman transforme d’un coup de baguette magique une force politique qui veut renverser militairement le gouvernement élu du Venezuela, en un “mouvement pro-démocratie.”

Le mandat de l’actuel gouvernement du Venezuela a commencé avec la victoire électorale de Nicolas Maduro le 20 mai 2018, lors d’un scrutin observé par plus de 150 membres de la Mission Internationale d’Observateurs Électoraux. Dans leur rapport commun, les observateurs ont déclaré à propos de l’agence chargée d’organiser le processus électoral du pays que “la fiabilité et l’indépendance technique et professionnelle du Conseil National Électoral (CNE) du Venezuela sont incontestables.” Le Conseil des Experts Électoraux d’Amérique Latine (CEELA), un des organismes qui participait à cette mission d’observation, a aussi rendu son rapport : “les résultats communiqués par le Conseil National Électoral reflètent la volonté des électeurs qui ont décidé de participer au processus électoral.

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Un sous-titre du Wall Street Journal (5/1/19) se réfère aux acolytes du président autoproclamé Juan Guaidó commec“forces démocratiques.”

Le Wall Street Journal (5/1/19) a usé du même subterfuge, en écrivant que “les leaders démocratiques du Venezuela ont lancé une révolte contre le dictateur soutenu par Cuba Nicolas Maduro.” Dans l’univers du Wall Street Journal, Maduro est un “dictateur” alors qu’il gouverne un pays où un corps législatif est contrôlé par l’opposition, où en octobre 2017 l’opposition a remporté cinq postes de gouverneurs, ou a été jusqu’ici laissé en liberté un politicien faisant de l’agitation en faveur d’un putsch militaire en collaboration ouverte avec des pouvoirs étrangères hostiles, revendiquant ouvertement la possibilité de soutenir une intervention états-unienne, organisant une réunion avec le Commandement Sud du Pentagone dans ce but, et appuyant les sanctions qui détruisent l’économie du pays et ont fait 40 mille victimes.

Imaginons ce que feraient les Etats-Unis si, par exemple, quelqu’un agissant de concert avec l’Iran ou la Chine déployait la même énergie pour renverser le gouvernement états-unien. L’analogie n’est pas exacte au sens où l’Iran et la Chine n’ont pas la même histoire de domination cruelle de la région où se situent les Etats-Unis, mais ce point mérite d’être soulevé.

Pour le Wall Street Journal, “les leaders démocratiques du Venezuela” sont ceux qui ont boycotté les élections au Venezuela, affirmant qu’elles n’étaient pas légitimes et ont ensuite renoncé à interjeter appel auprès du Conseil National Électoral (CNE). Sans doute pour ce média est-il difficile d’imaginer une pratique plus démocratique que celle d’un Guaidó qui, au lieu de participer à l’élection présidentielle, préfère s’autoproclamer président, alors même que 80 % des vénézuéliens n’avaient jamais entendu parler de lui. Selon l’historien Tony Wood (London Review of Books2/21/19):

Maduro a remporté l’élection avec 68 % des suffrages, et avec une participation de 46 % de l’électorat – un chiffre plus ou moins semblable au niveau démocratique des Etats-Unis mais bas pour les standards vénézuéliens. 

Le discours de Guaidó sur le pouvoir consiste à dire que “ce vote n’était pas valide”, et que non seulement Maduro n’est pas le président légitime mais que selon la Loi de Transition promulguée par l’opposition, il n’y a pas de président au Venezuela. L’article 233 de la Constitution vénézuélienne de 1999 clarifie pourtant les circonstances dans lesquelles un président peut être remplacé: décès, démission, destitution par la Cour Suprême, incapacité physique ou mentale, ou abandon de poste. L’Assemblée Nationale a un rôle de supervision dans chacune de ces situations mais nulle part la Constitution ne dit que la législature peut réclamer le pouvoir exécutif pour elle-même. C’est pourquoi l’opposition recourt à l’article 333, une disposition qui exhorte les citoyens à aider à rétablir l’ordre constitutionnel au cas où il était dérogé par un coup de force. En d’autres termes l’opposition affirme que la constitution n’est plus d’application sauf en vertu de l’”état d’exception” qui résulterait d’une situation violente. Et ce serait l’Assemblée Nationale qui la remettrait en pratique dès que Maduro — baptisé ici “usurpateur” — aurait été chassé du pouvoir. Autre détail significatif: l’article 233 exige de tenir de nouvelles élections dans les 30 jours, alors que la “Loi de transition” promulguée par l’opposition ne prévoit pas un tel engagement.

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Dans son blog DemocracyPost blog, le Washington Post(2/26/19) a publié un article qui se réfère à l’autoproclamé président comme faisant partie d’un “mouvement pro-démocratique.”

Difficile de concevoir de telles actions comme “démocratiques” vu la trajectoire de ceux que le Wall Street Journal baptise “leaders démocratiques du Venezuela.”

En février, le Washington Post (2/26/19) a publié un article sous-titré “Comment le mouvement pro-démocratique du Venezuela a tiré les enseignements de ses erreurs passées.” Il écrit:

depuis le 5 janvier, lorsque Juan Guaidó a assumé la présidence de l’Assemblée Nationale, lui et ses membres ont utilisé le “Cabildo Abierto” (assemblées ouvertes urbaines) pour motiver les communautés, leur communiquer un message d’inclusion pour cette nouvelle étape du mouvement pro-démocratique…. De nombreuses personnes du mouvement pro-démocratique expliquent que la discipline de la non-violence est la clé du succès. Guaidó, ainsi que d’autres leaders politiques et organisations de la société civile, a constamment rappelé que le combat doit convaincre pacifiquement.

Ce média caractérise lui aussi Guaidó comme membre d’un “mouvement pro-démocratie.” Une définition pour le moins téméraire quand on se rappelle que le mouvement de Guaido a rejeté les offres de médiation du Mexique et du Vatican, a préféré planifier l’intervention extérieure avec les Etats-Unis, qui a généré la violence et la pauvreté à grande échelle dans la région et qui, selon l’étude menée par deux économistes états-uniens, a tué un nombre estimé à plus de 40.000 vénézuéliens entre 2017 et 2018, dans son objectif d’empêcher la récupération économique du Venezuela.

Il y a plus absurde encore: les attaques contre le Venezuela sont présentées par certains médias comme des élans de démocratie. Nicholas Kristof du New York Times (2/6/19) a décrit un des pays impliqués dans cette agression, le Canada, comme un “leader moral” de quelque chose appelé “le monde libre.” Visiblement Kristof ne considère pas comme suffisant d’avoir écrit le même article deux années auparavant, presque jour pour jour (2/4/17), sous le titre “Canada, leader du monde libre.” Dans la version plus récente, l’argument de Kristof ne s’appuie pas seulement sur des questions d’une grande importance historique telles que les “loi de sécurité du trafic”, mais aussi sur le Venezuela:

Trump fait les manchettes avec ses menaces périodiques d’envahir le Venezuela pour renverser le président Nicolás Maduro, mais le Canada travaille discrètement depuis 2017 à organiser le “Groupe de Lima” dont les 14 pays réclament la démocratie au Venezuela. Lorsque le Canada a reconnu le chef de l’opposition Juan Guaidó comme président intérimaire, il a gagné en crédibilité parce que personne ne voit Ottawa comme un conspirateur impérialiste.

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NACLA (3/7/19) a souligné que la Colombie, un membre du Groupe de Lima, est numéro un dans le monde en ce qui concerne les assassinats de défenseurs des droits humains.

Kristof a perdu de vue le fait que le « leadership moral » du Canada et son statut de membre du  » monde libre « , quel qu’il soit, se sont révélés illusoires à peine un mois plus tôt, lorsque des policiers canadiens bardés d’équipements militaires d’assaut ont envahi Unist’ot’en, un territoire autochtone dont les habitants n’ont jamais cédé le contrôle des terres au Canada dans aucun traité, et ont arrêté 14 personnes ayant établi un barrage pour protéger leur territoire de la construction d’un pipeline de gaz naturel. Loin de son “personne ne voit Ottawa comme un conspirateur impérialiste de nombreux chercheurs ont démontré que le Canada est une puissance impérialiste à part entière, notamment en tant que force d’oppression et d’exploitation dans des pays de la même région que le Venezuela, tels que le Honduras et Haïti.

Kristof, pourtant, tient pour acquis que le “Groupe de Lima” soutient la démocratie au Venezuela, alors que ses membres ont subverti la démocratie dans d’autres régions d’Amérique Latine et des Caraïbes. On trouve dans ce groupe un pays comme la Colombie, qui selon NACLA (3/7/19),

possède le nombre le plus élevé d’assassinats de défenseurs des droits humains au monde. Rien que dans les 15 premiers jours de janvier 2019, neuf leaders de mouvements sociaux ont été tués.

Le Honduras est lui aussi membre du “Groupe de Lima”. Après son simulacre électoral en novembre 2017, son gouvernement “a usé de force excessive pour éliminer la vague de manifestations qui a suivi” (Amnesty International, 6/13/18), arrêtant des centaines de personnes et leur refusant le droit à un procès juste dans de nombreux cas. Les pays du “Groupe de Lima” violent les principes démocratiques chez eux, mais Kristof nous assure qu’ils “défendent la démocratie au Venezuela.”

Plus précisément, la dissonance cognitive réside dans le fait de décrire un groupe de puissances extérieures comme le “Groupe de Lima”, qui n’a été élu par personne et qui n’est pas responsable devant les vénézuéliens, comme « promoteur de la démocratie au Venezuela« . Dans le monde selon Kristof, le fait qu’un organisme non démocratique puisse chasser le gouvernement élu du Venezuela en violation du droit international, impliquerait magiquement le succès de la démocratie.

Mais l’article sans doute le plus ridicule sur ce thème est venu de la rédactrice de TownHall.com Katie Pavlich, qui écrit dans The Hill (4/30/19) pour nous assurer que Maduro:

a été en mesure de se maintenir au pouvoir tout au long de ces années d' »élections » frauduleuses dans le pays, parce qu’il est soutenu par la Russie, la Chine, l’Iran et personnellement protégé par les gangs cubains. Guaidó est soutenu par ses alliés américains, le Brésil, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Espagne, Israël, le Canada et d’autres. Pour le seul bien de la démocratie, le choix est évident.

L’autrice poursuit:

Les États-Unis et une grande partie de la communauté mondiale pro-démocratie ont soutenu Guaidó, mais les graves ennemis qui cherchent à prendre pied dans l’hémisphère ne renoncent pas à soutenir Maduro. Ce qui se passe maintenant est décisif pour déterminer un avenir libre ou tyrannique pour le pays.

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Le président fasciste Jair Bolsonaro du Brésil, un autre membre de « la communauté mondiale pro-démocratie ». (cc photo : Marcelo Camargo/Agência Brasil)

Sans doute faut-il comprendre que les pays qui résistent aux inexistants “gangs cubains” et qui soutiennent Guaidó, énumérés au premier paragraphe de cet essai d’école secondaire, sont ceux que Pavlich considère comme la “communauté globale pro-démocratique” – une liste qui inclut le Brésil, autre combattant de la liberté de ce “Groupe de Lima”, gouverné par un fasciste qui ne doit son élection qu’au fait que le leader le plus populaire avait été fait prisonnier politique, Israël, qui gouverne près de 5 millions de palestiniens privés du droit de voter sur qui ou sur comment on les dirige; l’état colonial canadien qui opprime les peuples indigènes comme les États-Unis le font avec les afro-américains; et les États-unis eux-mêmes qui emprisonnent les gens en nombres plus élevés que dans n’importe quel autre pays, et constituent moins une démocratie qu’une oligarchie.

A chaque fois, Guaidó et ses partisans ont pris des mesures qui n’ont rien à voir avec la démocratie mais tout à voir avec ce qu’Oscar Guardiola-Rivera (Independent5/1/19), qui enseigne les droits humains et la philosophie à l’Université de Londres, a justement appelé « une intervention étrangère suprémaciste blanche« . Le fait que les grands médias tentent de les dépeindre comme un « mouvement pro-démocratie » est à la fois une tragédie et une farce.

GREGORY SHUPAK

Source : https://fair.org/home/distorting-democracy-in-venezuela-coverage/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

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Venezuela : Ce n’est un coup d’Etat que si le gouvernement états-unien le dit, par Alan MacLeod (FAIR)

La rage médiatique qui a légitimé la répression contre les Gilets jaunes en France aide, par analogie, à mesurer l’étendue du mensonge sur le Venezuela. L’occultation de la base populaire du chavisme et la transformation en “société civile luttant pour la démocratie” d’une minorité nostalgique de l’apartheid, victorieuse à Brasilia et impatiente à Caracas, ont déjà fait l’objet de quelques centaines d’analyses sur ce blog (voir “médiamensonges/propagande/désinformation”). Les médias français étant, avec un retard de quelques heures ou minutes, l’ombre portée des médias privés du Venezuela et des Etats-Unis, on gagne du temps à étudier l’original.

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Les médias se rangent du côté de Trump plutôt que du bon sens en qualifiant le coup d’État de  » protestation « . Par Alan Mc Leod, de FAIR

Un militant de l’extrême droite putschiste (photo: Fernando Llano, AP).

CNN (4/30/19) a dit aux Etats-Unis qu’il faut “soutenir le peuple” du Venezuela, avant de déclarer explicitement : “soutenir le peuple vénézuélien signifie espérer que Maduro va partir”

L’Histoire semble se répéter au Venezuela, où l’opposition locale de droite a lancé une nouvelle tentative de chasser le Président Nicolas Maduro du pouvoir. Entouré d’une poignée de partisans inconditionnels, Juan Guaidó, président “autoproclamé”… par Washington, a appelé les militaires à se soulever pour renverser le président démocratiquement élu Nicolas Maduro, ce 30 avril 2019. Guaidó, un homme qui ne s’est jamais présenté aux élections présidentielles, avait tenté la même chose en janvier. La droite vénézuélienne a déjà tenté de renverser Maduro et son prédecesseur Hugo Chávez en de nombreuses occasions, notamment en 2017, 2014, 2013, 2002 et 2001.

Bien qu’elle porte les marques évidentes d’un coup d’État – défini comme « le renversement violent ou la modification d’un gouvernement existant par un petit groupe » – les médias états-uniens ont massivement soutenu cette tentative, comme ils l’ont fait dans le passé – (FAIR.org1/25/195/16/184/18/02). CNN (4/30/19) a dit aux Etats-Unis qu’il faut “soutenir le peuple” du Venezuela, avant de déclarer explicitement : “soutenir le peuple vénézuélien signifie espérer que Maduro va partir” – répétant ce phénomène étudié par FAIR (1/31/19) qui veut que pour les médias privés, “le peuple du Venezuela” est la minorité (raciste, blanche) qui est d’accord avec le gouvernement états-unien. CNN (4/30/19) a également utilisé les images des paramilitaires de Guaidó (identifiables par leurs brassards bleus) pour illustrer un rapport expliquant que les forces du “dictateur socialiste” Maduro “fauchaient des citoyens dans les rues.”

Pas un Coup d’Etat mais un…

Traduction: « En photos : Un défi de l’opposition soutenu par l’armée est en cours au Venezuela »… Le prix de l’euphémisme le plus lourd revient au …the Washington Post (4/30/19)!

Le cadre perceptif est un puissant outil de propagande. Ne dites pas “bombardement massif” mais “attaque chirurgicale”. Ne dites pas “tortures” mais “techniques avancées d’interrogatoire”. Ne dites pas “droite putschiste” mais “opposition”, ou “société civile”. Dans leurs efforts pour éviter l’usage du terme négatif, bien qu’approprié, de “coup d’Etat” pour décrire les événements qu’ils soutiennent, les médias doivent parfois emprunter des détours bizarres et des voies tordues. Le Washington Post (4/30/19) a employé l’expression confuse de “défi mené par l’opposition et soutenu par les militaires”.  Le Post (4/30/19) a aussi publié un article en appui à Guaidó sous le titre “Une tentative de coup d’Etat est-elle en cours au Venezuela ?” Commençons par définir “coup d’Etat” pour voir s’il en existe de “nobles” et “démocratiques”…

D’autres médias ont également refusé d’utiliser le mot le plus logique pour décrire les événements. CBS (4/30/19), Reuters (5/1/19) et CNN (5/1/19) ont choisi le mot “soulèvement” NPR (4/30/19), le New York Times (4/30/19) “protestation”. Yahoo! News a préféré “pari à haut risque” (5/1/19). De son côté le Miami Herald (4/30/19) a insisté sur le fait que la “rébellion militaire” au Venezuela “peut être appelée de multiples manières. Mais ne l’appelez pas une tentative de coup d’Etat.

Même des médias internationaux comme la BBC (5/1/19), le Guardian (5/1/19) ou Al-Jazeera (5/1/19) n’ont utilisé le terme “coup d’Etat” qu’entre guillemets, en le définissant comme une accusation provenant des autorités gouvernementales que ces médias ont satanisées depuis des années (Extra!11–12/05FAIR.org5/28/184/11/19). Et ceci en dépit du fait qu’Al-Jazeera (4/30/19) a rapporté, le jour même du coup d’Etat, qu’Erik Prince, Le PDG de l’entreprise militaire privée Blackwater, a tenté de convaincre Donald Trump de le laisser envoyer 5000 mercenaires au Venezuela pour “chasser” Maduro.

Sténographes du pouvoir

Les raisons de la résistance des médias à user du terme “coup d’Etat” sont à rechercher dans les annonces officielles du gouvernement. Avec autant de crédibilité qu’un homme armé et masqué criant à plusieurs reprises “ceci n’est techniquement pas un hold-up”, le conseiller national à la sécurité John Bolton a déclaré aux journalistes le 30 avril : “clairement il ne s’agit pas d’un coup d’Etat” mais d’un effort du ”peuple vénézuélien” pour récupérer “sa liberté”, que les Etats-Unis “soutiennent pleinement.” De la même manière, le Secrétaire d’Etat et ex-directeur de la CIA Mike Pompeo a annoncé que ce que nous voyons au Venezuela “est la volonté du peuple de changer pacifiquement le destin de leur pays et de passer du désespoir à la liberté et à la démocratie.”

Peu après les commentaires de Bolton, Bloomberg a publié une série d’articles (4/30/19; 4/30/19; 4/30/19), tous d’auteurs différents, pour nous expliquer pourquoi ces événements ne constituaient pas une tentative de coup d’Etat. Et ceci malgré le fait que le reporter de Bloomberg Andrew Rosati a révélé que le leader du coup d’Etat Leopoldo Lopez lui a dit ainsi qu’aux autres médias internationaux, qu’il voulait que les Etats-Unis gouvernent officiellement le Venezuela lorsque Maduro tomberait.

“Nous avons menti, nous avons volé” a declaré Pompeo mais croyez-le : si Maduro est resté au pouvoir c’est parce que Poutine le lui a ordonné (CNN, 5/1/19)!

Pompeo a fait des vagues en avril après avoir admis publiquement lors d’un événement à l’université de Texas A&M University qu’il était un menteur en série, un tricheur et un voleur. En tant que directeur de la CIA, a-t-il déclaré, “Nous avons menti, nous avons triché, nous avons volé. Nous avions des cours complets pour ça !” Cela n’a pas empêché les médias de crédibiliser ses déclarations étonnantes faites lors d’une interview par Wolf Blitzer de CNN (5/1/19) selon lesquelles Maduro, qui a survécu à plusieurs tentatives de coups d’Etat et d’assassinats, se trouvait sur le tarmac de l’aéroport pour s’envoler vers Cuba, “prêt à quitter le Venezuela pour de bon”, et n’était resté sur place que sur injonction de la Russie.

Cette affirmation douteuse, non vérifiée et contestée officiellement a fait les titres du monde entier (Daily Beast4/30/19Newsweek4/30/19Times of London, 5/1/19Deutsche Welle4/30/19), sans que sa crédibilité soit vraiment remise en cause.

Ce n’est pas la première fois que les médias suivent la ligne gouvernementale sur un coup d’Etat au Venezuela. Comme je l’ai expliqué en détail dans mon livreMauvaises nouvelles du Venezuela : vingt ans de mensonges et de désinformation, les médias états-uniens ont appuyé le coup d’Etat d’avril 2002 contre le président Chavez, utilisant des euphémismes tels que “soulèvement populaire” (Miami Herald, 4/18/02), “troubles” (New York Times5/23/02) ou “chute temporaire de Chavez” (New York Times4/29/02) pour traiter plus positivement des événements. Ce n’est qu’après qu’un porte-parole de la Maison Blanche usa du terme “coup d’Etat” le 15 avril 2002 que le mot fut fréquemment utilisé dans les médias, ce qui suggère une synergie étroite entre les fonctionnaires gouvernementaux et ceux dont le travail supposé est de leur demander des explications.

Après 12 heures à peine, la plus récente tentative de coup d’Etat semble avoir échoué sous le poids de sa propre impopularité. Selon le New York Times (4/30/19), Guaidó a échoué à réunir un appui suffisant des militaires, son co-mentor Leopoldo Lopez a cherché refuge dans l’ambassade du Chili puis d’Espagne et 25 de ses paramilitaires ont fait de même dans celle du Brésil. Guaidó n’a pas gagné l’appui de la majorité des vénézuéliens qui ont auparavant chassé son cortège de voitures du quartier populaire où il avait essayé d’entrer. Les vénézuéliens ordinaires ont continué à vaquer à leurs occupations ou se sont mobilisés en défense du gouvernement. Comme USA Today (5/1/19) l’a résumé:

Guaidó a appelé en ce moment les vénézuéliens de réclamer leur démocratie une fois pour toutes. Mais à mesure que les heures se sont écoulées, il est resté seul sur un tronçon d’autoroute avec le même petit groupe de soldats avec lequel il avait lancé l’effort téméraire d’allumer une révolte militaire.

Il semble en réalité que l’appui principal du coup d’État furent le gouvernement américain … et les médias. L’extraordinaire complicité de la presse, qui préfère s’aligner sur la version du département d’État plutôt que d’examiner les preuves empiriques, met en évidence le fait qu’en matière de politique étrangère, il n’y a souvent plus de différence entre l’État profond et le “quatrième pouvoir”.

Alan-MacLeodL’auteur: @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/venezuela-its-only-a-coup-if-the-us-government-says-so/

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

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Une victoire

D5a2pDpWwAEQADD30 avril 2019, Caracas. Le peuple appuie massivement le Président Nicolás Maduro face à la tentative de coup d’état dirigé par les Etats-Unis et appuyé par les médias privés du Venezuela et internationaux. L’extrême droite du milliardaire Leopoldo Lopez, un temps relookée en « Obama » (Guaido), n’a pas réussi à briser l’union civico-militaire construite par Hugo Chavez.

L’image mise aussitôt en boucle planétaire d’un « blindé de l’armée vénézuélienne fonçant sur la foule », alors qu’il s’agit de véhicules utilisés par des putschistes, montre que lorsqu’un « sens commun » est sédimenté par une hégémonie médiatique, chaque « journaliste » peut grimper sur une branche de plus en plus haute de la désinformation. Cette existence d’un « Venezuela » virtuel créé par les plans serrés des caméras depuis vingt ans est une leçon pour la gauche du monde entier : comprendre que les médias actuels ne peuvent que désinformer sur ce pays comme sur les Gilets Jaunes, comme sur toute bataille de l’émancipation humaine, et légitimer les coups d’Etat ou la répression d’un mouvement social.

D’où l’urgence de passer du marketing électoraliste à des programmes politiques centrés sur la démocratisation de la propriété des médias, la fondation de nouvelles écoles de journalisme, la création d’un puissant réseau de médias associatifs et de nouvelles technologies numériques plus organisatrices que les réseaux inventés par les Etats-Unis.

T.D., Caracas, 30 avril 2019

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Le « gariteo », organisation populaire et identité de classe. Interview de Gustavo Borges par Franco Vielma

12661892_1026088580784558_3789757812232673666_nNous nous sommes entretenus avec Gustavo Borges (photo), un militant de la communication révolutionnaire du quartier populaire de Catia, à Caracas. Il nous a reçus avec son habituel « sérieux » qui ne s’oppose pas à son acide sens de l’humour… Sans manières, il nous invite à passer du salon à la table de la salle à manger. Il voulait que nous l’accompagnions pour laver la vaisselle dans la cuisine. Ces dernières années, Gustavo a démarré, depuis son compte Facebook, une activité d’information en temps réel alimentée par les usagers de ce réseau. Cette activité, il l’a appelée « Gariteo » et lui-même est connu comme « l’influenceur chaviste » ou le grand Garitero.

Franco Vielma – Explique-nous un peu, Gustavo, ce qu’est ce « gariteo ».

Gustavo Borges – Si ta question vise le sens du mot, le définir en tant que tel, je pourrais te dire que c’est un mot, un terme populaire du quartier qui signifie : être vigilant. Donner l’alarme face à un événement hors du commun qui surviendrait sur le territoire de la communauté afin d’y faire face. Je me souviens, qu’en d’autres temps, nous disions « avertir le quartier ». Cela nous protégeait des incursions des forces de répression de l’état à l’intérieur du quartier. Je me souviens qu’une garita, c’est un lieu, de préférence en hauteur, d’où l’on surveille pour donner l’alerte.

La modalité semble très simple. Gustavo, grâce à ses réseaux, demande aux usagers comment ça va dans leur quartier, quels événements ont lieu, s’il y a un problème de sécurité, d’ordre public ou un quelconque mouvement bizarre de la part d’éléments fascistes qui, ces derniers temps, ont accumulé les actions violentes contre la population et contre les militants du chavisme.

FV. – Le « gariteo », c’est un réseau d’intelligence sociale ? Quel objectif pratique poursuit-il ?

GB. – Cette expression de « réseau d’intelligence sociale » ferait penser à quelque chose de très élaboré, tu vois, quelque chose de militaire ou policier, ah, ah, ah !… Mais non, en fait, le « gariteo » est quelque chose de plus simple, de spontané, de plus populaire. Un genre de contrôle social par le biais de la communication à chaud que nous permettent les réseaux sociaux d’aujourd’hui. Le « gariteo » est né au beau milieu des « guarimbas » violentes, terroristes de l’année 2017. Né du be besoin immédiat de faire savoir ce qu’il se passait dans la zone où nous vivions face aux agressions violentes de l’opposition dans la rue. Cela a été spontané. Je me souviens qu’une nuit de 2014 quelqu’un m’a écrit sur Facebook, il était à peu près minuit. :« Chamo (mon gars), ils sont en train de faire un coup d’état ». J’ai eu l’idée de le mettre sur ma page : « Attention, nous avons besoin d’information : que se passe-t-il dans ton quartier ? Soyons actifs, donnons l’alerte, nous allons « garitear » au sujet de ce qui se passe dans le quartier ou de n’importe quel endroit où tu te trouves » et la réponse a été impressionnante. Le « gariteo » venait de naître.

Ce qui nous a poussé, c’est la nécessité de protéger nos territoires populaires, mais plus encore, je me souviens qu’une des stratégies de communication de notre ennemi, à ce moment-là, consistait à essayer de faire voir que le Venezuela tout entier était à feu et à sang. En guerre civile, donc.

Nous, hommes et femmes, avec notre « gariteo » permanent qui rapportait tout ce qui se passait dans nos quartiers, nos communautés et zones urbaines, nous sommes parvenus à montrer au niveau national et international que les actions violentes de l’opposition avaient lieu à des endroits ciblés et bien précis, généralement dans les zones dominées par l’opposition.

Les acteurs et actrices du « gariteo » sont des petites gens, des gens ordinaires, le commun des mortels : des maîtresses de maison, des personnes âgées, des étudiants, des ouvriers, des professionnels qui ont accès à internet et qui, étant attentifs aux événements qui pourraient advenir dans leur secteur, au beau milieu de cette guerre, transmettent les nouvelles dans leur « gariteo » actif. Dans mon pays, les femmes constituent le premier front de résistance, d’offensive et d’organisation dans tous les secteurs.

Nous connaissons bien notre adversaire, il est prévisible et facile à évaluer pour le chavisme. Son style, du genre scénario, se présente comme un livre ouvert pour nous tous et toutes. C’est pour ça qu’il ne cesse d’étudier nos caractéristiques caribéennes. La plus constante, persistante c’est d’essayer de démonter notre conscience, mais là, ils sont déjà pris au piège.

FV.- Dans quelle proportion ce réseau de « gariteo s’est-il développé dans les réseaux sociaux ?

GB.- Beaucoup ; les gens rejoignent spontanément ceux qui rapportent les événements et de fait, sur d’autres pages ou profils, au-delà de Facebook, des groupes de « gariteo » se sont formés pour faire face au besoin de communiquer à chaud, immédiatement sur le lieu même des événements. Nous nous trouvons dans un processus d’organisation moins dépendant des réseaux. Il existe déjà des pourparlers pour le faire sur les radios de quartier, pour nous réunir et discuter par territoires.

FV.- « Le gariteo » a également fonctionné en terme de solidarité. C’est-à-dire, est-ce que vous avez créé un réseau de collaboration en ce qui concerne les médicaments ?

GB.- « Le gariteo » en tant que collectif de personnes en situation de communication qui mobilise, embrasse de nombreux sujets sensibles. Notre vie sociale est mise à mal de façon permanente du fait de cette guerre à notre encontre. Le blocus et l’état de siège nous ont fait beaucoup de mal dans la vie au quotidien des vénézuéliens, l’alimentation, le transport, la santé, les loisirs, l’accès aux services les plus élémentaires. Mais, nous avons toujours trouvé des façons d’y faire face. Notre quotidien est « bombardé » en permanence, sans répit.

Tu parles des médicaments. Oui, ça a donné des résultats, par exemple, dans le cas où quelqu’un a besoin d’un médicament difficile à trouver sur le marché du fait du blocus économique et de cet état de siège. Or, nous partons du principe que quelqu’un a ce médicament en sa possession et qu’il ne l’utilise pas ou bien qu’un « garitero » peut nous indiquer le commerce où il l’a vu la dernière fois ; c’est comme ça que nous parvenons à trouver une solution au problème ponctuel auquel fait face celui ou celle qui en a besoin. Mais cela va plus loin. En seulement une journée, nous pouvons savoir où en est la distribution du CLAP (Comité Local d’Approvisionnement) dans un secteur, approvisionnement en gaz, en eau, en électricité, ou encore, si les retraités ont pu toucher leur pension, si l’on s’occupe bien d’eux ou s’ils sont maltraités.

Je crois que cet espace d’action auquel nous pouvons accéder par ce réseau social du « gariteo » est infini. En ces temps de migration, nombre de ceux d’entre nous qui se trouvent hors du pays sont au courant, grâce à nos informations, de comment vont les habitants de leur quartier, de la véritable situation du pays, ou d’un secteur. Ils nous écrivent depuis de nombreux pays pour des choses très simples mais à la fois importantes telles que celles-ci.

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Mirada-foto-Kaloian5-580x376Le cœur du chavisme

Au Venezuela, c’est une révolution qui s’est forgée bien au-delà du chavisme au gouvernement. Le chavisme, en tant qu’identité politique et sociale, a développé un tissu organisationnel et a compris qu’une vraie révolution politique et une véritable résistance, cela est impossible en ne comptant que sur les réseaux sociaux. Il est indispensable de s’organiser à la base.

L’affirmation de Gustavo qui consiste à donner une dimension officielle et organique au « gariteo », vient des insuffisances des technologies 2.0 face aux événements. Le Venezuela a connu, il y a peu, une attaque massive de son système électrique ce qui a provoqué une chute dramatique des télécommunications et ce fut toute une leçon pour le chavisme qui a donné un caractère « officiel » et organique au « gariteo » à travers les modalités d’organisation populaire qui existent déjà.

Ayant presque fini de laver la vaisselle qui restait, Gustavo met de l’eau à chauffer. Landro, un des chats de la maison, déboule dans la cuisine et Gustavo le gronde pour avoir disparu pendant des heures. En toute simplicité et sans vraiment prendre ne compte le fait qu’il répond aux questions d’un entretien que liront principalement des sujets espagnols, Gustavo tente d’être didactique. Nous l’interrogeons sur « le chavisme pour Dummies », il a, alors, un geste qui exprime une certaine indignation. « Merde alors ! Vingt ans dans ce processus et ils ne nous connaissent pas encore » répondit-il en fronçant le sourcil.

FV.- Y a-t-il un sens identitaire à l’organisation populaire au Venezuela ? Qui est l’adversaire ?

GB.- Un sens identitaire ? Oui, très profond, cela s’appelle le chavisme. La façon qu’a le pauvre de faire de la politique, si tu veux. L’adversaire le plus proche, c’est l’empire, dans ce cas, les Etats-Unis. Cela ne fait aucun doute. Leurs prétentions impérialistes, et guerrières, leurs menaces, leur siège et le blocus économique constituent une déclaration de guerre ouverte contre le peuple vénézuélien et en fait notre ennemi. Ils ont deux options, comme l’a exprimé un dirigeant chaviste aux frontières : ou bien ils renoncent, ou bien nous les faisons échouer.

Mais il y a d’autres types d’ennemis que nous devons combattre avec fermeté et faire échouer : la culture consumériste, le capitalisme, la dispersion de la lutte, la corruption, et le bureaucratisme. Et, perdre de vue notre principal objectif : avancer vers la Commune comme forme d’organisation suprême.

Ces éléments sont même plus dangereux que l’envahisseur. Le chavisme se renforce face aux agressions et aux menaces de la contrerévolution mais ces vices internes, si nous les autorisons, si nous les laissons s’installer dans le périmètre de nos luttes, saperont peu à peu quelque chose de très important qui s’appelle la foi, la confiance, la justice, le leadership. Même de cette façon, ils ne nous vaincront pas, nous sommes à fond dans notre plan.

FV.- Pourquoi le chavisme s’est-il organisé en collectifs sociaux et a-t-il dû créer des mécanismes de communication en dehors du gouvernement ?

GB.- Le chavisme a toujours été un collectif social mais avec une caractéristique très importante : son identité. Une identité bien définie et qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle émane de siècles de résistance face à l’envahisseur, aux classes dominantes et à une puissante oligarchie patronale. Cette identité s’est alimentée et renforcée avec Chavez. « J’ai confiance dans le chavisme » m’a dit un jour une « garitera » face à une situation nationale à laquelle je ne voyais pas d’issue. Et la « garitera » ne s’est pas trompé.

Le peuple vénézuélien a toujours été communicatif. C’est quelque chose de génétique, qui nous est propre. Nous ne pouvons pas rester silencieux, sans nous mettre à bavarder, raconter quelque chose, un commérage ou une plaisanterie. Ici, au Venezuela, tu montes dans le métro ou dans le bus et les gens parlent, racontent des choses, analysent la situation du pays à voix haute. Nous avons réponse à tout, des réponses que nous ne gardons pas pour nous mais que nous exprimons sur le champ. Et on aime bien écouter aussi. Nous ne nous taisons jamais. Nos mécanismes de communication en dehors du gouvernement, comme tu le dis toi, ont toujours eu cours. C’est le côté populaire, avec ses codes. Je pense que le succès du « gariteo » est, en partie, dû à cela, en tant que façon de passer l’information de bouche à oreille.

Gustavo Borges est un habitant de Caracas comme tout autre. Il n’a pas fait d’études universitaires et de fait il a travaillé durant des décennies comme docker ou bien cariste pour le transport de marchandises, et grâce à cela il voyagé partout dans le pays, en contact avec ses semblables, avec les ouvriers, les femmes du quartier et des personnes âgées, avec les gens du « pays profond », comme il dit.

Comme lui, de nombreux vénézuéliens ont développé un sens d’identité politique qui a atteint son maximum avec le chavisme en donnant un cap à la politique vénézuélienne. Mais nous savons, qu’en politique, bien que cela représente beaucoup, ça ne suffit pas, encore moins lorsqu’il s’agit d’affronter les réactions les plus détestables du capitalisme au niveau local et international. Malgré tout, la base sociale du chavisme est toujours saine et maintient sa cohésion.

Le chavisme, si indéchiffrable et tellement sous-estimé par ses adversaires locaux et étrangers, même s’il est également discuté et mésestimé par des forces de gauche d’autres pays, a été l’une des questions à laquelle il est difficile de répondre.

FV.- Sur quoi repose le pouvoir social du chavisme ?

GB.- Le pouvoir social du chavisme repose sur sa constante mobilisation, son action permanente au sein des communautés, des quartiers populaires et zones urbanisées. Nous sommes le pouvoir populaire et, en tant que tel, il faut agir. Il y a un lien de reconnaissance mutuelle qui se maintient et s’alimente lors de nos rencontres, lors des rassemblements et manifestations. Et surtout, dans son identité, identité de classe. Notre processus est inédit, non seulement, dans le présent avec Chavez, mais aussi depuis le début de notre histoire. La résistance, le caractère rebelle, cette énergie caribéenne pour trouver immédiatement une solution, c’est une grande force. Notre solidarité locale, par exemple, qui se manifeste dans les situations difficiles ne peut pas être copiée, c’est quelque chose que nous avons en nous.

Gustavo propose un café sucré avec du sucre brun. La fin de l’après-midi approche et dans quelques minutes se tiendra une réunion du Conseil communal pour étudier plusieurs points. Il nous dit qu’il s’installera tard dans la soirée à l’ordinateur pour voir ce qu’il y a sur les réseaux.

Telle est l’énorme particularité des vénézuéliens. Les vénézuéliens, les chavistes ne font pas de politique. Ils sont la politique. Elle transpire en eux, ils la vivent tous les jours à toute heure. Peut-être, comme le dit Gustavo, qu’il s’agit de « quelque chose qu’ils ont en eux ».

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Entretien réalisé par le compagnon Franco Vielma.

Photos des visages : Kaloian Santos Cabrera

Petit glossaire de « vénézolanismes »

Commune : Forme d’organisation territoriale citoyenne et de la démocratie participative « protagonique » comme on dit au Venezuela.

Caraïbe : référence à la région des Caraïbes qui comprend l’attitude irrévérencieuse, rusée et fougueuse des vénézuéliens, héritée de l’ethnie Caraïbe, peuple originaire de la Côte Nord du Venezuela.

« Guarimbas » : violences de l’extrême-droite pour provoquer les forces de l’ordre dans la rue et obtenir les images de la « répression-au-Venezuela » (2013, 2014, 2017..).

Source : http://www.revistalacomuna.com/internacional/entrevista-a-gustavo-borges-venezuela-es-gariteo-organizacion-popular-e-identidad-de-clase/

Traduction : Sylvie Carrasco

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