La campagne pour élire les maires en décembre 2017 commence au Venezuela

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Dans sa conférence de presse du 31 octobre, la présidente du Conseil National Electoral (CNE), Tibisay Lucena (photo), a fait savoir ce soir que 4800 citoyens avaient déposé leurs demandes de candidatures pour les élections municipales, prévues pour décembre de cette année. Elle a indiqué que sur ce total 4016 sont des hommes et 784 des femmes. (Note : depuis lors ce chiffre a augmenté : ils étaient 7106 candidats le mercredi après-midi, le deadline pour inscrire les candidats étant fixé à ce jeudi 2 octobre à minuit, il y aura donc plus de partis et de candidats inscrits que ceux mentionnés dans cet article)

Mme Lucena a indiqué que la régularisation de la demande, qui doit se faire avec les pièces requises auprès des commissions électorales municipales, a déjà été réalisée par 18 porte-paroles, et a appelé le reste des partis politiques, groupes d’électeurs et citoyens à présenter sur initiative propre leurs postulations, dans le respect des étapes prévues dans le chronogramme et qui se termine ce 2 novembre.

Lucena a mentionné que pour ce nouvel évènement électoral, 82% des organisations politiques de dimension nationale qui existent dans le pays (elles sont 22 au total) ont déjà présenté leurs candidats et ont fait l’inscription de leurs candidats à travers le Système Automatisé de Demandes du CNE.

Pour ce qui est des 66 organisations politiques de dimension régionale, 84% ont fait la même démarche, et sont en train de présenter devant les conseils régionaux les éléments requis pour la régularisation de leurs candidatures.

Les partis politiques qui se sont inscrits sont: Comité de Organización Política Electoral Independiente (Copei), Movimiento al Socialismo (MAS), Movimiento Electoral del Pueblo (MEP), Partido Comunista de Venezuela (PCV), Movimiento Popular (MP), Movimiento Político Alianza para el Cambio (APC).

Se sont ajoutés aussi Patria Para Todos (PPT), Unidad Popular Venezolana (UPV), Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV), Por la Democracia Social (Podemos).

Avanzada Progresista (AP), Organización Renovadora Auténtica (ORA), Un Nuevo Tiempo (UNT), Tupamaro, Nueva Visión para mi País (Nuvipa), Nuevo Camino Revolucionario (NCR), Unión y Entendimiento (Puente) y Unidad Política Popular 89 (UPP 89) complètent la liste.

« Ce sont les organisations politiques qui ont inscrit sur internet leurs candidats et leurs candidates ou partiellement certains d’entre eux, et ont porté aux conseils municipaux leurs candidats et leurs candidates ».

Elle a rappelé que le Registre Electoral National qui sera utilisé pour ces élections est celui qui a été mis à jour du 15 juillet et qu’il a déjà été approuvé par l’ensemble des partis. Ce registre contient 19 millions 740 846 électeurs.

Inscriptions dans l’état du Zulia

Un ensemble de 15 citoyens se sont inscrits sur le Système Automatisé de Demandes pour la candidature au gouvernement de l’état de Zulia, pour les élections qui auront lieu en décembre de cette année, a également fait savoir Lucena ce 31 octobre.

Elle a détaillé que neuf de ces demandes ont été présentées par des vénézuéliens de leur propre initiative, alors que le reste l’a été par les partis politiques.

Dans l’état de Zulia un nouveau gouverneur sera élu, aussitôt que le Conseil Législatif de cette entité régionale a déclaré son absence absolue après le refus de Juan Pablo Guanipa de prêter serment devant l’Assemblée Nationale Constituante.

L’opposition avalise le processus

Face aux dénonciations de la part de dirigeants de partis d’opposition de « manque de garanties électorales » pour ces élections de maires qui auront lieu en décembre, Lucena a qualifié ces accusations d’imprécises. Elle a rappelé que toutes les organisations politiques ont avalisé publiquement la transparence et la fiabilité du système électoral vénézuélien en signant les audits réalisées à chaque processus.

« Disposer des conditions nécessaires pour la réalisation du processus électoral auxquelles toutes les organisations politiques ont participé a toujours fait partie des garanties de ce processus » a-t-elle souligné.

Elle a dit que les garanties sont données par le CNE « mais aussi construites par ces mêmes organisations politiques qui disent aujourd’hui qu’il n’y a pas de garanties alors qu’elles finissent toujours par participer aux scrutins, et avaliser les résultats comme ce fut, de nouveau, le cas des élections de gouverneurs : les partis d’opposition ou de la majorité ont signé l’audit post-électorale. »

Elle a ajouté que le processus électoral est normé et compte sur la présence d’inspecteurs électoraux; d’observateurs nationaux, d’un  accompagnement d’observateurs internationaux, de témoins de scrutin provenant des organisations présentes dans les registres électoraux subalternes; de conseils électoraux, de groupes de bureaux électoraux et de salles de totalisation des suffrages. Ainsi que de la transmission via internet des audits, d’une  commission technique électorale et de l’identification biométrique de l’électeur, avant qu’il se rende à l’isoloir.

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Signature de l’audit post-élection des gouverneurs par les différents partis politiques (14-16 octobre 2017)

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Postulats nationaux

Un total de 22 partis nationaux et 73 régionaux sont autorisés à présenter des candidats pour les élections municipales et pour le choix du gouverneur de l’état de Zulia, a fait savoir plus tôt dans la journée la rectrice du Conseil National Electoral (CNE), Tania D’Amelio, à travers son compte twitter @taniadamelio.

Elle a signalé que « les postulations pour les élections #Municipales2017 de gouverneur(e) de Zulia peut se faire soit via les représentants des partis politiques soit par initiative propre.

Par état

Pour l’heure, en attendant les dernières postulations, le CNE a déjà autorisé les partis régionaux suivants:

> Amazonas: Solución, La Plataforma, Puama, Merap, Tupaz, Geradivu, Orisur y Creea.
> Anzoátegui: US, Dale, PTA; URS; Tison y NP.
> Apure: Fuerza Ciudadana.
> Aragua: Puro Limón, Rena y AUP.
> Barinas: Frutos.
> Bolívar: M-100; EB y Pro Guayana.
> Carabobo: Proca, Usted, PMP, Camina, PMV, Conenzo, SCC, Seguimos, Progreso y Juega Limpio.
> Cojedes: Pasoco y TINA ES I.
> D. Amacuro: Meri, PIO, Yivi y Rios.
> Falcón: PLC; PQV y Goyova.
> Guárico: Proyecto Gente Nueva.
> Lara: Organización Fuerza en Movimiento.
> Mérida: Active, GI; Agen y PMI.
> Miranda: Por Amor a los Pueblos.
> Monagas: UPEM, DSM, PLRAS, MABS y MIPAM.
> Nueva Esparta: MRA, ARNE y NM.
> Portuguesa: Electores de Voluntad Independiente Venezolano.
> Sucre: Asis, Proalfa, Fichas, Mlsd, MPS, SR y TB.
> Táchira: Partido Orientación Revolucionaria Socialista.
> Vargas: Gentilicio de Vargas y Vargas Unida.
> Yaracuy: Convergencia, Yaracuy Unido, Nueges y MRS.
> Zulia: Partido Indep. del Zulia

Source: http://ciudadccs.info/4-800-ciudadanos-se-postulado-las-municipales/

Traduction: Cathie Duval

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Élections régionales au Venezuela : large victoire du chavisme et… nouvelle défaite de la droite et des médias

Ce dimanche 15 octobre, plus de 18 millions de vénézuéliens étaient invités à élire les 23 gouverneurs de 23 états parmi 226 candidats de droite ou bolivariens (= chavistes) – sauf à Caracas qui n’est pas un État. À cet effet le Centre National Électoral avait installé dans tout le pays 13.559 centres de vote et 30.274 tables électorales. Le taux de participation a été de 61,4 %, un taux très élevé pour un scrutin régional.

Les bolivariens remportent une large victoire avec 17 états contre 5 pour l’opposition. Celle-ci gagne notamment dans les états stratégiques de Mérida, Táchira, Zulia, proches de la Colombie, foyers de violence paramilitaire. Les bolivariens récupèrent trois états historiquement gouvernés par la droite : les états d’Amazonas, de Lara et – victoire hautement symbolique – celle du jeune candidat chaviste Hector Rodriguez dans l’État de Miranda, longtemps gouverné par le milliardaire et ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles Radonsky.

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Pour mieux comprendre le ressort vivant du chavisme, il suffit de comparer deux images. En haut : une droite machiste, blanche, liée à l’entreprise privée, adoubée par Donald Trump, l’Union Européenne, Emmanuel Macron, Mariano Rajoy, Angela Merkel et les grands médias internationaux, pour « rétablir la démocratie ». En bas, les secteurs populaires – une population métissée, majoritaire, mais invisibilisée par les médias – font la fête à Petare, un des plus grands « barrios » d’Amérique Latine, après la victoire du candidat bolivarien Hector Rodriguez. (1)

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Le candidat bolivarien Hector Rodriguez a gagné son pari de reprendre l’état de Miranda à la droite.

C’est le 22ème scrutin depuis que le chavisme est arrivé au gouvernement, et le deuxième de l’année (on peut y ajouter plusieurs consultations – organisées en interne et sans cadre légal – par les partis de droite en 2017). Cette élection des gouverneurs sera suivie par celle des maires puis, en 2018, par les élections présidentielles.

Ces résultats qui donnent au chavisme 54 % des votes nationaux contre 45 % à la droite sont d’autant plus intéressants que ces élections ont lieu dans un contexte difficile. Il y a deux mois et demi encore, une insurrection armée dirigée par l’extrême droite cherchait à renverser le gouvernement élu, avec un bilan de près de 200 morts (2). Cette déstabilisation prit fin le 30 juillet, lorsque la population jusque-là restée en marge de ces violences s’est mobilisée pour élire une Assemblée Constituante. Désavouée, la droite s’est alors déchirée entre un secteur radical maintenant l’objectif de revenir au pouvoir sans passer par les urnes et un secteur acceptant de revenir à la voie électorale. Pour tenter d’infléchir le scrutin en sa faveur, la droite, le secteur privé (80 % de l’économie) et les Etats-Unis ont remis toute la pression dans la guerre économique, avec l’envol astronomique des prix de certains de produits de base afin d’augmenter le mécontentement populaire. Comme d’habitude, soucieuse d’alimenter le storytelling international, la droite a contesté les résultats, évoquant une « fraude ». Le président Maduro a répondu en demandant un recomptage de 100 % des votes.

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Les experts du Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA)  ont suivi l’ensemble du processus électoral.

Parmi les observateurs internationaux dont 50 experts électoraux, le colombien Guillermo Reyes, porte-parole du respecté Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (formé d’ex-présidents de centres nationaux électoraux de nombreux pays) a rappelé que le système électronique du Venezuela est le plus moderne du continent et que plusieurs jours avant l’élection, l’ensemble des partis de droite et de gauche ont participé aux essais techniques du vote, signant le rapport concluant à sa fiabilité. En 2012 déjà, le système électoral automatisé du Venezuela a été qualifié par le Centre Carter de « meilleur du monde ». (3)

Avec 22 scrutins en 18 ans de processus bolivarien, le Venezuela continue donc à battre tous les records en nombre d’élections et même si les secteurs radicaux de la droite crient à la fraude quand les résultats ne les favorisent pas, celle-ci en a remporté plusieurs, comme les législatives de 2015.

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Scènes de la campagne et de l’élection régionale du 15 octobre 2017.

Contrairement à ce que les médias veulent faire croire au monde entier, la droite vénézuélienne dispose de tous les moyens pour s’exprimer. La majorité des médias, privés, et des réseaux sociaux (bots y compris…) lui est largement favorable sur les plans local, régional, national et international (4). On comprend le silence des médias internationaux sur ce scrutin qui contredit, une fois de plus, le plus grand fake news de l’histoire contemporaine : « la dictature au Venezuela ». Les urnes répondent aux « journalistes » qu’il ne faut jamais oublier l’existence d’un peuple, et encore moins sous-estimer sa conscience.

Thierry Deronne, Caracas, le 15 octobre 2017

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Pour Rafael Correa, « le Venezuela vient de vivre une fête démocratique (..) Avec ces résultats le peuple vénézuélien dénude la manipulation médiatique ». Evo Morales félicite le Venezuela parce que la démocratie a vaincu l’intervention et la conspiration. Le peuple défend sa souveraineté, sa dignité, ses ressources naturelles. La paix a triomphé face à la violence, le peuple face à l’Empire. Luis Almagro (secrétaire général de l’OEA, NdT) et son chef Trump ont perdu. »

Notes

  1. Lire « On n’a encore rien dit du Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/on-na-encore-rien-dit-du-venezuela-le-journal-de-linsoumission/
  2. Pour un graphique et un tableau précis et complet des victimes, des secteurs sociaux, des responsables et des personnes condamnées, voir https://venezuelanalysis.com/analysis/13081; Sur les assassinats racistes de la droite : Sous les Tropiques, les apprentis de l’Etat Islamique – 27 juillet 2017 ; Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out) – 24 juillet 2017
  3. « Former US President Carter: Venezuelan Electoral System “Best in the World” », https://venezuelanalysis.com/news/7272
  4. Au Venezuela la majorité des médias, comme l’économie en général, sont privés et s’opposent aux politiques sociales du gouvernement bolivarien. Voir Mensonges médiatiques contre France insoumise, partie I : « Maduro a fermé 49 médias ». – On peut lire aussi, sur ce thème : Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, http://wp.me/p2ahp2-1M7

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Les urgences du chavisme

par Marco Teruggi

24 août 2017

photos : la mobilisation citoyenne pour élire une assemblée constituante le 30 juillet a surpris jusqu’aux partis chavistes et a paralysé la stratégie violente et médiatique de la droite.

D’un jour à l’autre, les tranchées de l’Est riche de Caracas ont disparu. Comme un épais brouillard qui aurait tout enseveli puis se serait dissipé. Laissant apparaître un échec clair et net, aussi rapide que le repli commencé le 25 juillet et rendu décisif par la journée du 30 juillet, lorsque plus de huit millions de citoyen(ne)s des zones populaires ont défié les violences de la droite pour aller élire une Assemblée Constituante, surprenant même les partis chavistes.

Les scénarios de guerre des rues qui envahissaient photos, titres des journaux, discours et réseaux sociaux sont délaissés. Le passé récent semble lointain, les corps en flammes des afrodescendants brûlés vifs par ceux que les médias nous ont repeints durant trois mois en « combattants de la liberté », les attaques nocturnes près du palais de Miraflores, les nombreuses news montrant l’autoroute Francisco Fajardo envahie par les gaz, les boucliers et autres spectacles ne paraissent plus que des souvenirs à l’odeur de cendre.

Le passé est-il révolu? Un question se pose, appelant une réponse sérieuse : où sont passés les groupes de choc qui ont sévi pendant trois mois, les structures paramilitaires qui ont assiégé des villes des jours durant, les bandes qui agissaient comme des mercenaires? Difficile de croire qu’ils s’en sont retournés chez eux…

Retour à la normalité donc, à un ordre restauré à l’intérieur du désordre d’un moment historique caractérisé par l’emploi de coups à l’estomac pour couper le souffle et de coups de crosse pour mettre KO. Retour aussi à une capacité de réflexion moins confuse que celle imposée par un épisode insurrectionnel d’une droite latino-américaine. Une fois le brouillard dissipé, l’ennemi en pleine réorganisation, montrant des signes de crise et laissant entrevoir la main invisible de l’Amérique du Nord retourne son regard sur lui-même, c’est-à-dire sur nous-mêmes, la Révolution. Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit? D’un espace d’analyse approfondie destiné à la repenser, la théoriser, la réviser et dégager des questions comme :

En quoi consiste la stratégie chaviste? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller?

L’Assemblée Constituante nous a sorti de l’impasse. Le Président a visé juste et a bien piloté. La bataille politique, l’importance de la confrontation, ses résolutions possibles ont eu pour résultat l’épopée électorale, la réponse pacifique, du 30 juillet. Tous les autres problèmes étaient passés à l’arrière-plan devant l’éventualité de voir le pays s’engager dans une guerre civile et dans une logique de gouvernement parallèle, se trouvant dans l’incapacité de trouver une solution démocratique au conflit. C’était l’une des raisons de la participation massive au vote.

Maintenant l’Assemblée Constituante se réunit au quotidien, les élections des gouverneurs approchent –le temps reprend un rythme accéléré – l’épopée laisse place au quotidien, et deux dimensions se dégagent de ses débats et/ou de sa crise : la dimension politique et la dimension économique.

La dimension politique

Des contradictions se font jour, c’est inévitable. La question se pose : comment les traiter? L’une d’elle est que le processus révolutionnaire crée, à partir de ses centres de direction, des instances et des participants avec lesquels il a ensuite des difficultés à communiquer. Un exemple paradigmatique en est le mouvement des agriculteurs , une cible stratégique comme l’a souligné Hugo Chavez, avec lequel la direction et ses institutions ont maintenu et maintiennent toujours une relation reposant sur une connaissance insuffisante et/ou une volonté de contrôle.

La dynamique qui s’en dégage pourrait être synthétisée de la manière suivante : ceux qui ouvrent des portes doivent ensuite les refermer, et ceux qui ont été convoqués ont essayé de les ouvrir. C’est ce qui semble émerger de l’Assemblée Constituante avec les particularités de son espace et l’apparition toute récente de cette jeune instance. L’Assemblée Constituante a une richesse : sa représentativité de la société vénézuélienne et son caractère populaire. Elle représente des agriculteurs(ices), des paysans(nes), des ouvriers(ères), des étudiants, des indigènes, des personnes handicapées, des retraités(es), des entrepreneurs et des représentants des régions. Que signifient tous ces gens réunis là pour le pays? La politique enclenchée avec cette convocation non-partisane semble contenue dans le même langage, les mêmes personnes, les mêmes noms.

Tout le monde sait qu’un renouvellement interne du processus révolutionnaire est nécessaire – c’est aussi inévitable que l’existence de contradictions – l’Assemblée Constituante et la dynamique qui la parcourt consistant à se déplacer dans les régions, à aller à la rencontre des communes, à s’ouvrir à des critiques, des propositions nouvelles et à la mise en œuvre de solutions, peut être le lieu de cet éventuel renouveau. Ce qui permettrait d’éviter à l’Assemblée Constituante de se transformer en nouveau pouvoir public qui se réunit entre quatre murs. Car il s’agit avant tout de créer un mouvement historique de participation de tous les protagonistes, dans lequel le peuple prendra part aux débats, aux travaux constitutionnels, à la résolution des problèmes et aux formes de société qu’il souhaite. Il doit s’agir, comme prévu, d’un processus constituant, d’un pouvoir originaire.

Il existe toujours une marge entre les paroles et la réalité, mais aussi la possibilité de la réduire.

LA DIMENSION ECONOMIQUE

Le risque que présente une Assemblée Constituante qui ne parle pas le langage des citoyens ordinaires est aggravé par la situation économique.

Si nous avons repris l’initiative au niveau politique -le débat sur l’Assemblée Constituante est d’avant-garde dans l’exercice de la démocratie en Amérique Latine surtout et c’est à la dimension politique du conflit que le chavisme doit sa supériorité-  la situation reste caractérisée par la forte pression sur le plan économique. La fureur avec laquelle l’attaque contre la monnaie a été déclenchée après le 30 juillet, la manière dont la majorité de la population supportait et supporte encore la spéculation exercée en toute impunité, la flambée des prix, la perte du pouvoir d’achat et la détérioration des conditions de vie sont devenues évidentes. L’explication politique des causes de la situation économique permet de susciter un réflexe de résistance durable au sein de la population. Mais jusqu’à quand? Jusqu’à quand peut-on parler de guerre économique alors qu’elle ne va qu’en s’aggravant? Jusqu’à quel point la révolution pourra-t-elle continuer à ne pas capituler en gardant le silence face à une regression économique qui ne fait que s’accroître?

Il faut prendre des mesures. La population le demande clairement.

Dans l’immédiat, il faut freiner la hausse des prix de tous les produits et services –hormis ceux qui appartiennent à l’Etat, comme le métro par exemple- devenu pratiquement gratuit, la fuite des devises, remédier aux difficultés à se procurer des médicaments. Il faut faire preuve d’autorité pour remédier à cette situation, rétablir l’ordre devant ces faits, sévir contre la spéculation et la corruption surtout : la corruption privée et publique aggrave une situation déjà difficile en situant une part du problème au sein même des rangs chavistes. On l’a constaté avec la mafia de la Procureure générale Luisa Ortega, transformée en « chavisme critique » par un gauchisme occidental sous influence médiatique. Tout a donc commencé et se termine là?

Sur le plan économique aussi existe un niveau stratégique où se joue la part essentielle du modèle de société en construction. Il semble y avoir consensus autour de trois formes de propriété à mettre en œuvre : privée, publique et sociale/communale. Les signaux donnés actuellement par la direction indiquent une concentration d’efforts pour atteindre le premier objectif, qui est d’œuvrer à l’émergence d’un entreprenariat national -mais jusqu’à quel point une bourgeoisie nationale peut-elle se développer dans le cadre des économies latino-américaines actuelles?- et de maintenir des accords avec les grandes sociétés d’importation, pourtant désignées comme responsables du désapprovisionnement et de la hausse des prix.

Par contre, l’enjeu du développement de l’économie qui restera entre les mains de l’État n’apparaît pas clairement. Il faudrait définir quels seront les domaines concernés et faire le bilan des expérimentations réalisées ces dernières années, ainsi que celles faites au niveau communal. S’agit-il d’une décision prise sous la contrainte d’un contexte de crise, y aurait-il à la base une volonté communale, ou bien la stratégie adoptée reposerait- elle sur le secteur privé auquel seraient subordonnées les deux autres formes de propriété?

Ce tableau – incomplet- révèle une immersion dans des problèmes causés par les prix du pétrole et l’affrontement à une guerre économique dirigée par les États-Unis dont l’objectif est d’isoler le pays, de l’asphyxier, de le mettre sous blocus afin d’aggraver les difficultés économiques dans le but de lasser la population et de l’éloigner de son gouvernement.

C’est dans un tel contexte que les débats ont lieu, avec un pistolet sur la tempe.

Le brouillard dissipé, les débats peuvent commencer, les pratiques, les stratégies, les perspectives repensées. Jusqu’à quand cela durera-t-il? A quel moment la droite et les États-Unis reviendront-ils déclencher une nouvelle insurrection armée dans la rue que les médias opposeront à une « répression de Maduro » ? Mais cette question est peut-être mal posée : l’insurrection a lieu aujourd’hui-même, non pas dans la rue mais sur le plan économique. Selon toute logique, répondre à cette escalade au moyen des formules déjà utilisées ces dernières années devrait aboutir à des résultats similaires. Mais il devient urgent de changer les formules, à moins que les résultats ne soient bons ou pas trop mauvais au vu du scénario à affronter. Bons dans les chiffres macro ou dans la vie des citoyens ordinaires?

La population met tous ses espoirs dans l’Assemblée Constituante . Où les placer sinon là? C’est pour cela qu’elle est allée voter, pour obtenir des réponses concrètes, immédiates et stratégiques. La droite n’a rien proposé durant l’année et demi passée à la tête de l’Assemblée Nationale, elle a juste ciblé sa tactique sur l’aggravation de la confrontation politique par une escalade vers un coup d’état. Elle n’a pas su gérer sa victoire électorale et n’apparaît pas comme une alternative pour répondre aux attentes de la population. Cela fait partie de sa crise.

Comment le chavisme gère-t-il sa victoire du 30 juillet?  Jusqu’à présent, sa stratégie est orientée vers la justice pour les nombreuses victimes, le conflit politique et l’installation de la structure institutionnelle de l’Assemblée Constituante

Arrive maintenant l’heure de l’économie, du rétablissement des équilibres. C’est d’une décision toute politique qu’il s’agit là.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/08/26/las-oportunidades-urgentes-del-chavismo/

Traduction : Frédérique Buhl

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(Photos :) Médias du monde libre contre droit au suffrage des vénézuéliens

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30 juillet 2017. Journaux d’Amérique Latine, d’Europe et des Etats-Unis détournant la photo de l’explosion d’une bombe dans le centre de Caracas lors d’un énième attentat de la droite contre les forces de l’ordre pour illustrer… « la répression de Maduro pendant l’élection de la Constituante » !

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The « Economist », « La libre Belgique », « Libération », « The New York Times », « El Pais » portent la responsabilité d’avoir transformé en « combattants de la liberté » des terroristes d’extrême droite qui ont déjà lynché et brûlé vifs près de vingt personnes, incendié des écoles, des maternités, des médias communautaires, des centres de vote et qui sont responsables de la majorité des morts. Voir aussi https://venezuelanalysis.com/analysis/13081

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Mérida, 30 juillet, des heures de marche sous la pluie, par 6 degrés, pour arriver au bureau de vote.

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Une image qui a valeur de symbole. Elle parle de la dignité des invisibles, et de cet esprit rebelle, de cette passion démocratique qui a toujours marqué en profondeur le peuple du Venezuela. Elle résume ce que les médias nous ont caché : des citoyens courageux qui malgré la destruction par l’opposition de droite d’une centaine d’urnes, l’assassinat de deux candidats, la campagne médiatique, la guerre économique et les menaces diplomatiques, sans oublier les attentats à l’explosifs, et les barrages sur les routes, passent une rivière pour aller voter…

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30 juillet, à Cordero (État de Tachira)

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Le nombre de votants (plus de 8 millions sur 19 millions d’électeurs potentiels soit environ 42% du corps électoral) est un succès, pas seulement à cause du fait que près de 200 urnes avaient détruites par des commandos d’extrême droite, que plusieurs bureaux de vote avaient été fermés suite aux violences, menaces, attentats ou barrages routiers de l’opposition mais aussi parce que ce chiffre dépasse de 583 mille 982 votes le score de Maduro aux élections présidentielles de 2013. Il dépasse aussi le chiffre du précédent référendum constitutionnel, celui de 1998, qui avait attiré 37,5% d’électeurs dans un contexte totalement pacifique, sans opposition armée de la droite. Pour plus de détails on peut consulter la source officielle : le Centre National Électoral (CNE, http://www.cne.gob.ve )

 

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Le mardi 1 août, 1250 réunions communautaires auront lieu pour que les divers peuples indigènes du Venezuela puissent élire leurs député(e)s constituant(e)s. Dans quel autre pays cela a-t-il eu lieu ?

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Dix clefs pour comprendre et analyser la victoire du chavisme à la Constituante

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Électeurs du centre de vote Luis Alejandro Alvarado, Cagua, État d’Aragua (centre du pays)

par Victor Hugo Majano

Le processus électoral qu’a vécu dimanche le Venezuela et les résultats quantitatifs du vote pour la constituante (plus de huit millions de suffrages exprimés) montrent clairement un triomphe du chavisme, avec une corrélation très forte sur les plans politique et symbolique.

La « bataille finale » ne s’est pas jouée comme le disent les boucliers des extrémistes de droite « autour du palais présidentiel de Miraflores » : elle ne s’est pas faite avec des balles mais avec des votes et n’en a que plus de force. Le chavisme dispose à présent d’une grande légitimité et de la base légale pour aller de l’avant et sans hésitations vers une transformation profonde dans le cadre constitutionnel pour assurer la paix, renforcer les institutions et rétablir l’équilibre de l’économie.

Une analyse préliminaire permet d’identifier un ensemble de points-clés:

1) On voit que l’opposition associée à la MUD (coordination des partis de droite) n’est pas majoritaire.

2) Elle n’exprime pas plus les attentes et les besoins de la majorité ou des principaux secteurs du pays. Pas même des secteurs dominants.

3) Elle ne sert pas les intérêts nationaux, mais des facteurs externes bien identifiés, qui ne tentent même pas de nuancer leurs positions ou de les dissimuler.

4) La droite a démontré un caractère violent et son irresponsabilité dans l’usage de la violence. Les dirigeants actuels sont encore ceux du coup d’État contre Chavez ou des « guarimbas » des années antérieures. Ils n’ont jamais condamné mais au contraire encouragé les actions meurtrières de 2017, appelant même à plusieurs reprises à un nouveau coup d’État des forces armées, sans autre projet politique que celui de renverse Maduro, comme ils voulaient renverser Chavez.

5) Pendant ce temps, le chavisme a montré qu’il est le seul mouvement politique actuellement porteur d’une vision, d’un projet national d’inclusion, qui intègre les principaux facteurs sociaux, institutionnels, économiques et politiques du pays et parmi lesquels ne sont pas exclus organiquement les facteurs liés à l’opposition regroupée dans le MUD.

6) La droite, en réponse, passera à la postérité pour sa conduite erratique, qui s’est transformée en menace pour l’indépendance, la paix, la stabilité institutionnelle et l’équilibre économique du Venezuela. Le bloc d’opposition n’a pas su surmonter son obsession de reprendre le pouvoir « par tous les moyens ». Au lieu d’élaborer une proposition politique d’envergue, elle s’est engluée dans une dynamique absolument destructrice.

7) L’origine et le développement des conflits qui vont s’aiguisant depuis 2012 sont d’ordre économique, déterminés par l’accès et la redistribution des revenus pétroliers. Par conséquent, le Venezuela ne peut éluder plus longtemps le débat sur le dépassement du modèle rentisme pétrolier, ainsi que sur tous les éléments symboliques dérivés. Ce qui veut dire profiter de l’avantage de pouvoir prendre des décisions radicales à travers une Constituante pour démanteler les structures productives hautement dépendantes du secteur extérieur.

8) Les conditions imposées par la violence de la rue et les menaces de la droite contre le vote ont forcé le chavisme à faire preuve d’un plus grand engagement. Paradoxalement ces conditions peuvent avoir fonctionné comme encouragement à la participation. Cela s’est produit en 2002-2003 lors de la réaction populaire au coup d’État contre Chavez ou après le sabotage pétrolier en 2004, avant le référendum révocatoire, entre autres dates. Aujourd’hui, le chavisme mécontent et certains des ni-ni (si tant est qu’existe cette catégorie), qui s’étaient abstenus lors de la victoire de la droite aux législatives de décembre 2015, sont allés voter. Alors que ce que pouvait espérer de mieux la droite, était leur indifférence.

9) Le chavisme devient le principal articulateur et promoteur du dialogue politique, mais cela l’oblige à être plus inclusif (en parlant des militants) et plus large thématiquement, tout en s’impliquant davantage dans l’aspect concret de chaque facteur social .

10) Une grande partie des obligations du chavisme implique la construction d’une cosmogonie et d’une téléologie du peuple vénézuélien qui puissent incarner une alternative aux valeurs culturelles du capital. Ce qui inclut des aspects liés à la culture populaire (dont la religiosité).

Source : http://www.albatv.org/En-claves-Que-significa-la.html

Traduction : Thierry Deronne

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Venezuela – 28 organisations des droits humains demandent le respect du droit au suffrage pour l’Assemblée Constituante

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La présidente de la Fondation Latino-Américaine pour les Droits Humains et le Développement Social (Fundalatin), María Eugenia Russián, signataire de l’appel.

Caracas, le 28 Juillet – Vingt-huit organisations et mouvements de défense des droits humains au Venezuela ont exprimé ce mercredi, leur soutien au processus de vote de l’Assemblée nationale constituante (ANC) qui aura lieu le dimanche 30 Juillet 2017 : « Nous soutenons ce processus électoral constitutionnel convoqué par le Conseil national électoral (CNE), et nous avons l’intention de participer, conformément aux principes démocratiques énoncés à l’article 348 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela ». Pour ces organisations, qui vont de mouvements féministes de défense de la femme contre toute forme de violence aux associations qui mènent un travail de mémoire et de dédommagement avec les familles des disparus et des torturés vénézuéliens des années 60-90, l’Assemblée Nationale Constituante « crée une société démocratique, participative, et permettra d’aborder des questions d’intérêt national et de progrès dans la construction de la paix et de la justice. Elle est aussi l’occasion d’aller plus loin, de renforcer et d’élargir l’éventail des droits consacrés par la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela en 1999. Pour ces raisons, en tant qu’organisations des droits humains, nous avons décidé d’installer une équipe avec des délégués de toutes nos organisations, pour développer une proposition liée aux droits humains, aux garanties et aux devoirs, afin de la soumettre à la nouvelle assemblée. »

Les ONG appellent les pouvoirs publics, les organisations et les partis politiques et la société en général à respecter et à protéger le droit de vote: « Ce processus démocratique doit être effectué dans des conditions qui permettent à tous ceux qui le souhaitent de participer librement et de façon responsable au scrutin. En tant que mouvement national des droits humains, nous demandons instamment à tous de respecter la décision individuelle de ceux qui souhaitent élire et électeurs et condamnons toute criminalisation, les menaces, l’intimidation ou ingérence dans l’exercice de ce droit de l’homme, que ce soit par des actions prises par l’État, les partis politiques et leurs membres ou même par les organisations sociales » .

« Nous appelons toutes les parties à faire preuve de sagesse et demandons aux organisations ou aux personnes qui ont publiquement appelé à empêcher ou tenté de dissuader les électeurs de se rendre aux bureaux de vote, à revenir sur leur position, au nom du respect des droits humains de ceux qui veulent participer à ce processus démocratique ».

(NDLR:) Récemment l’ONG vénézuélienne PROVEA, source d’Amnesty International, a publié plusieurs communiqués visant à dissuader les fonctionnaires d’exercer leur droit au suffrage lors de l’élection de l’assemblée constituante, leur rappelant qu’ils pourraient être sanctionnés. Une position surprenante vu les objectifs d’impartialité et de défense des droits supposés de cette ONG. L’ensemble des partis de droite a annoncé publiquement son intention d’empêcher ce scrutin « par tous les moyens ». Le président Trump ainsi que l’Union Européenne ont exigé du Venezuela qu’il renonce à l’organisation de cette consultation démocratique, curieusement occultée par les médias internationaux. Depuis 48 heures, les commandos d’extrême droite ont attaqué des centres de vote, détruit du matériel électoral, incendié ou lancé des explosifs contre des médias communautaires comme Radio Crepuscular (état de Lara) ou Montana TV (état de Tachira), les 27 et 28 juillet. La Présidente du Centre National Électoral Tibisay Lucena, a annoncé que des mesures de protection seront prises pour protéger les électeurs et éviter qu’ils ne soient agressés au moment d’exercer leur droit au suffrage. Elle a expliqué que « l’opposition peut ne pas être d’accord avec l’élection du 30 juillet mais ce qu’elle ne peut faire, c’est l’empêcher, la saboter, ce qui serait antidémocratique. »

Signataires de la déclaration :

1. Fondation Latino-Américaine des Droits de l’Homme et de Développement Social (FUNDALATIN)

2. Comité des victimes de Guarimba

3. Association civile « Sures ». Études et défense et droits de l’homme

4. Institut du développement humain et de l’économie sociale (IDHES)

5. Fondation Ricardo Durán

6. Association des victimes du coup d’État 2002

7. Fondation des familles de militants du droit à la terre victimes d’assassinats au Venezuela.

8. Observatoire National des Prisons .

9. Les victimes du massacre du « Caracazo »

10. Centre Juvénile pour les Droits Humains

11. Front Alberto Lovera

12. Fondation Américo Silva

13. Mouvement Équateur Alfariste bolivarien.

14. Fondation Argimiro Gabaldon

15. Front des Familles IVème République / ASOFACY

16. Conseil pour la défense des droits (José Félix Ribas)

17. Famille et amis Torturés et persécutés politiques (1958-1999)

18. Fondation vénézuélienne du droit au logement (Fundavendervi)

19. Collectif d’Études féministes Aquelarre Caribeno

20. Association des défenseurs des droits humains

21. Association Genre et Classe

22. Association des psychologues pour le socialisme

23. Association « Cantaura est vivant »

24. Association des survivants, amis et familles des victimes du massacre de Yúmare

25. Réseau National des collectifs « Araignée Féministe »

26. Conseil National pour la Défense des Droits Humains à la Santé

27. Fondation capitaine de navire Manuel Ponte Rodriguez

28. Collectif pour l’éducation et la recherche pour le développement social (Ceides).

Traduction : Thierry Deronne

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Génération « chaviste rebelle » : les visages et les voix des candidat(e)s député(e)s à la Constituante, par Angele Savino (L’Huma)

« Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie » » 

 Oliver Rivas, militant du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA)
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Oliver Rivas, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas( Réseau de défense, sécurité et souveraineté alimentaire, et mouvement Avancée populaire). Derrière lui on peut voir Chavez et la phrase : « Seulement ensemble, nous sommes Chavez »

Oliver Rivas ne militait pas encore au sein d’un mouvement marxiste en 1998. « Ma mère est la première chaviste de la maison. J’ai été influencé par son engagement nationaliste, bolivarien et anti-impérialiste »
Au début de ses études, il participe à l’occupation de l’Université centrale en 2001, pour matérialiser les lois approuvées lors de l’Assemblée Constituante de 1999. Mais la transformation universitaire est rapidement devenu un domaine réservé aux universitaires. « Il faut construire un modèle d’éducation pour la transformation de la société. La pertinence sociale de l’Université est fondamentale. Il faut inclure dans la formation universitaire un projet productif communautaire »
En 2007, les étudiants provenant de classes aisées lance un mouvement contre Hugo Chavez, avec le soutien de la rectrice Cecilia Arocha. L’Université centrale, lieu historique des luttes révolutionnaires, devient un bastion de la droite. « La rectrice prétend être une figure d’autorité pour présider un conseil électoral parallèle, lors du plébiscite illégal organisé par l’opposition le 16 juillet. Le mandat de Cecilia Arocha est expiré depuis 4 ans. Elle est dans l’obligation d’effectuer des élections ! »
Oliver milite au sein du réseau de défense de la sécurité et la souveraineté alimentaire (REDSSA). L’abolition de la libre convertibilité bolivar-peso colombien est une urgence pour lutter contre la guerre économique. Une loi de l’État colombien favorise la contrebande d’aliments. « Les produits de base subventionnés partent en Colombie. Si je prends un kilo de lait en poudre au Venezuela, je le vends à Cucuta en pesos, et lorsque je change ces pesos en bolivars, je vais gagner jusqu’à 10 fois ce que j’ai dépensé en l’achetant au Venezuela. Ces maisons de change sont la base économique de nombreuses entreprises, liées au narcotrafic et au paramilitarisme ».
Les militants de la REDSSA proposent aussi d’installer des conseils socialistes de travailleurs au sein de toutes les entreprises : « Nous devons effectuer un contrôle depuis la base, pour participer aux commissions qui définissent les prix des produits ». Oliver est conscient que la perte du pouvoir politique est possible. « La révolution n’est pas un chemin de fleurs et de poèmes. Rosa Luxembourg parlait de « socialisme ou barbarie ». Nous disons aujourd’hui : « Constituante ou barbarie ». Nous ne voulons pas de pacte avec les élites, nous voulons « construire avec les mots des ponts indestructibles », comme disait Mario Benedetti ».

« La révolution, c’est transformer les consciences »

Tamayba Lara, étudiante

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Tamayba Lara, jeune candidate étudiante en psychologie (mouvement crea y combate), qui se présente sur la liste territoriale de Caracas. Derrière elle une peinture de Chavez dans un hamac. Photo : Angèle Savino

Tamayba a 26 ans, elle a grandi avec Chavez, est passée par une école bolivarienne, puis a bénéficié d’une bourse pour étudier à l’université. « Aujourd’hui, certains considèrent que c’est naturel d’avoir le droit à une éducation gratuite et de qualité. Ils oublient que des jeunes comme Livia Gouverneur et Belinda Alvarez sont morts pour obtenir ces droits ! »
En 1969, le gouvernement a forcé les portes de l’Université Centrale du Venezuela, qui est resté fermée pendant plus d’un an et a supprimé les résidences étudiantes : « Il pensait que c’était un foyer d’organisation pour les étudiants de gauche ». Hugo Chavez a permis aux jeunes bolivariens de reconstruire ces résidences universitaires. Au sein de ces espaces autogérés les étudiants s’organisent pour apporter leurs savoirs aux communautés voisines. Tamayba et ses camarades du collectif « crée et combats » ont monté une pièce de théâtre pour expliquer aux Vénézuéliens des quartiers populaires l’histoire de la dépendance au pétrole, en utilisant la satire politique. « On leur raconte l’histoire de la l’invasion des puissances européennes, mais aussi de la résistance des Indiens, puis du processus d’indépendance, de recolonisation par les « caudillos » qui ont trahi Bolivar et se sont repartis les terres du peuple. Puis on leur parle de notre subordination aux forces impériales, depuis le siècle dernier. On leur explique aussi que nous sommes responsables de cette réalité, nous ne pouvons pas toujours responsabiliser les autres de nos erreurs. La révolution, c’est transformer notre conscience ».
 Tamayba lutte aussi pour la reconnaissance de la parité politique. « Les femmes, nous sommes la base sociale de la révolution, nous sommes les plus actives dans les conseils communaux, mais nous ne sommes pas représentées au sein du pouvoir de l’État. Nous devons aussi nous battre pour la légalisation de l’avortement. Ce n’est pas possible que les femmes riches avortent dans des bonnes conditions dans des cliniques privées et les femmes pauvres meurent, en réalisant des avortements avec des méthodes où elles risquent leur vie. L’État doit ouvrir un débat public national ! »

« Nous devons décoloniser et démarchandiser l’éducation »

Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie

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Rummie Quintero, candidate transsexuelle, étudiante en psychologie, qui représente le secteur étudiant. (Mouvement Divas de Venezuela) Derrière elle, les yeux de Chavez et le symbole de la Grande Mission Logement. Photo : Angèle Savino

Rummie Quintero est fière de sa mère, une militante paysanne noire de la région côtière de Barlovento qui a quitté sa terre natale pour la ville. Son père vient de la région andine de Trujillo. « Ma mère est arrivée à Caracas, pour être traitée comme une esclave, cela m’a beaucoup marqué »
Rummie lutte pour les droits des femmes depuis l’âge de 9 ans. « Dans le quartier populaire du 23 de enero, les hommes machistes ne permettaient pas aux filles de pratiquer le sport. On me discriminait, on m’offensait, on me traitait de pédale. Je me disais qu’il fallait que quelqu’un nous défende. Ce que j’ignorais, c’est qu’un jour ce serait moi qui défendrait les transsexuelles ». Dès l’enfance, Rummie savait qu’elle était une femme, elle adorait catwoman, et puis il s’est identifié à wonderwomen. « Je la voyais comme une guerrière, je me disais celle-là, c’est moi ! C’est une diva qui sait se défendre, et si elle doit donner des coups aux hommes, elle le fait ! »
Rummie est devenue athlète, danseuse, et étudie aujourd’hui la psychologie à l’Université bolivarienne. En 2004, elle fonde « Divas de Venezuela », une association de défense de droits de l’Homme, qui « s’occupe de toute personne qui en a besoin sans prendre en compte son idéologie politique, même si Divas défend une vision humaniste de gauche ». Rummie a dû affronter le monde patriarcal, la transphobie dans le milieu homosexuel. Et certaines féministes ne comprennent pas son combat : « comme nous ne pouvons pas accoucher, pour elles nous ne sommes pas des femmes »
Au moment de l’approbation de la loi organique du travail en 2012, Rummie espérait que soit reconnue l’identité de genre, c’est finalement la non- discrimination pour l’orientation sexuelle qui apparaît dans la loi. Selon Rummie, l’assemblée constituante est une opportunité historique pour la représentation des transsexuelles. « Nous devons combattre les faux révolutionnaires. Un révolutionnaire doit d’abord se révolutionner lui-même. Je dois me déconstruire pour me reconstruire. Nous devons politiser l’université, la fille de Chavez, décoloniser et démarchandiser l’éducation »

« L’autogestion est importante pour continuer la lutte » 

Rigel Sergent, militant du mouvement des habitants contre la spéculation immobilière

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Rigel Sergent, candidat qui se présente sur la liste territoriale de Caracas (Mouvement des locataires à Caracas). Derrière lui : les yeux de Chavez  » Notre chemin est celui de la paix ». Photo : Angèle Savino

Rigel Sergent avait 18 ans au moment de l’arrivée de Chavez au pouvoir. Sa famille était menacée d’expulsion, car elle ne pouvait pas acheter l’appartement qu’elle louait. Rigel prend conscience de cette injustice, et commence à lutter. Il fait partie  du « mouvement des habitants », une plateforme qui rassemble divers mouvements : les comités de terres urbaines, les mouvements de travailleuses résidentielles dites « concierges », exploitées par les propriétaires d’immeubles, les campements des pionniers qui occupent des espaces privés et publics pour l’auto-construction de leur logement, les occupants d’immeubles vides, et le mouvement des locataires, au sein duquel Rigel milite.
«  Au moment du boom pétrolier de 73, les pauvres paysans ont quitté leur terres pour aller travailler en ville. Et c’est comme cela que nos quartiers populaires se sont construits, à la périphérie de la ville. La première lutte de Chavez, a été la titularisation des terres urbaines. Les habitants écrivent l’histoire de la construction du quartier, pour avoir une reconnaissance légale de la part de l’État. Aujourd’hui, nous luttons, nous seulement pour la reconnaissance du quartier, mais aussi pour sa transformation. Nous parlons du droit à vivre dans la ville. On s’organise par exemples avec les comités techniques d’eau pour avoir accès à l’eau potable ».
En décembre 2010, de nombreuses familles ont perdu leur logement à cause des pluies torrentielles. Les réfugiés sont accueillis en urgence dans des centres d’accueille et même au palais Miraflores. En 2011, Hugo Chavez lance la Grande Mission Logement, que le président Nicolas Maduro a développée. Près de 1,7 millions de logements ont été construits. « Le mouvements des habitants, doit être en lien permanent avec le gouvernement pour développer l’auto-construction »
Pourquoi l’autogestion est-elle si importante ? « Parce que s’il y avait une changement de gouvernement, nous serions capables de continuer la lutte. Comme la fédération des coopératives pour l’aide mutuelle en Uruguay, qui a construit 25 000 logement pendant la dictature des années 70 »

« La République est assiégée » 

Reinaldo Iturriza, ancien ministre des communes et de la culture

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Reinaldo Iturriza, sociologue, ancien ministre des Communes et de la Culture, candidat pour le secteur travailleur. Sur son t-shit on peut lire une phrase de Salvador Allende, en anglais : « l’Histoire nous appartient, c’est le Peuple qui la fait ». Derrière lui, les affiches de campagnes du « chavisme rebelle ». Photo : Angèle Savino

Dans les années 1990, Reinaldo Iturriza, étudiant en sociologie, militait au sein d’un mouvement révolutionnaire. Il avait vécu le Caracazo, lorsque des centaines de pauvres furent massacrés par le gouvnernement néoliberal de Carlos Andrés Perez. Il avait 20 ans au moment de la rébellion civile et militaire de Chavez en 1992, et fut témoin de sa campagne, à sa sortie de prison en 1994, lorsqu’il parti à la rencontre du peuple opprimé.  » Les années 1990 je la dénomme la  » décennie vertueuse, ce fut une décennie perdue sur le plan économique, mais c’est à cette époque que se forge l’identité chaviste « 
Pour Reinaldo, le chemin était tout tracé. Il avait le profil de l’étudiant de classe moyenne populaire qui s’exile pour construire une carrière universitaire. Mais l’arrivée de Chavez au pouvoir a tout changé. « Lors de l’assemblée constituante de 1999, c’était fascinant de participer à ce processus de création des nouvelles institutions. En paraphrasant Paolo Virno, je dirais que c’était l’époque  » de l’exubérance des possibilités  » « 18 ans plus tard, la réalité est différente  » En 1999, nous commencions à refonder la république.
Aujourd’hui, la république est assiégée. Nous vivons un Etat d’exception « . Reinaldo Iturriza, qui fut ministre des Communes et de la culture, considère que c’est le moment politique le plus difficile du Chavisme :  » Un gouvernement anti-chaviste, avec tout le soutien des pouvoirs factices internationaux aurait surement plus de facilité à gouverner les institutions, mais il n’arriverait surement pas à gouverner le peuple chaviste indomptable ! « 
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Texte et photos : Angele Savino
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Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

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Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

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Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

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Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

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L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
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Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

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Cachez cette Assemblée Constituante que je ne saurais voir : pourquoi les médias censurent une élection au Venezuela

Tout commence par ce qui pourrait être une blague pour étudiant en journalisme, parmi la longue cordillère de trucages, photos d’autres pays légendées « Venezuela », mensonges, citations tronquées qui font l’actu sur le pays qui a initié, il y a 18 ans, la révolution bolivarienne. Alimentés par l’agence EFE, des médias comme El Pais ont fait passer des sympathisants du chavisme affluant à l’essai du système destiné à élire l’Assemblée Constituante le 30 juillet… pour des participants au scrutin organisé par la droite contre le « dictateur Maduro ». Le plus hystérique des médias espagnols sur la « dictature bolivarienne » s’est ensuite fendu d’un minuscule rectificatif, invisible pour la plupart des lecteurs.

A gauche : El Pais présente des photos d' »électeurs chavistes participant au scrutin de la droite« . A droite le discret rectificatif reconnaissant l’erreur et la rejetant sur l’agence EFE.

Cette « erreur » n’a rien d’anecdotique. Malgré un intense bombardement publicitaire des médias privés, majoritaires au Venezuela, et d’importants moyens financiers, la droite a dû fermer ses bureaux de vote plus tôt que prévu, faute d’électeurs. Ironie du sort, c’est donc grâce aux images de la forte affluence de sympathisants de la révolution à l’autre scrutin, lié à l’Assemblée Constituante, que ces médias ont pu tromper leurs lecteurs.

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Incinération des traces du vote par les organisateurs

Revenons d’abord sur la consultation dite « populaire » que l’opposition a montée en moins de quinze jours. Le président Nicolas Maduro avait souhaité qu’elle se déroule pacifiquement. Les dirigeants de droite avaient demandé à leurs partisans de renoncer pour 24 heures aux violences et aux blocages de route. Non prévu par la Constitution, non contraignant, le scrutin a été organisé hors du contrôle du Centre National Électoral, dans des églises, au siège de partis politiques de droite, dans des centres commerciaux et autres endroits non habilités légalement, avec des listes différentes du Registre Électoral légal et… l’incinération des cahiers de vote immédiatement après comptage (même @bbcmundo a reconnu qu’il était impossible d’empêcher qu’une personne vote plusieurs fois). Les résultats annoncés sont donc invérifiables.

Le choix des personnalités officiellement invitées par la droite vénézuélienne comme observateurs internationaux en dit long sur les objectifs et la transparence du scrutin :

(De gauche à droite:) Jorge Quiroga (Bolivie). N’a jamais été élu président de Bolivie; vice-président, il n’a accédé brièvement à la fonction (du 7 août 2001 au 6 août 2002) que parce que le président Hugo Banzer, victime d’un cancer, a dû démissionner. Accusé en 2013 par la justice bolivienne de délits contre la Constitution et dommages économiques à la suite de la signature de contrats pétroliers illicites au bénéfice de transnationales européennes et états-uniennes. Laura Chinchilla (Costa Rica). Lorsqu’elle a quitté la présidence du Costa Rica, le 8 mai 2014, une grève générale des enseignants inondait les rues de manifestants dénonçant des retards de salaires. Il restera de son mandat le scandale qui a éclaté lorsque a été révélé que, en mars et mai 2013, à cause de l’incurie de son ministre de la Communication et du chef des services de renseignements (qui ont dû démissionner), elle a utilisé, pour un déplacement officiel, puis un voyage privé au Pérou, un jet mis à sa disposition par Gabriel Morales Fallon, un homme d’affaires colombien soupçonné dans son pays d’être lié à des trafiquants de drogue. Andrés Pastrana (Colombie). Président de 1998 à 2002, période au cours de laquelle la lutte antidrogue de son gouvernement a généré une augmentation de 47% de production de cocaïne. Selon des documents audio cités par le vice-président César Gaviria, une grande partie de la campagne présidentielle de Pastrana fut financée par le Cartel de Cali. D’après la Commission des droits de l’homme de l’ONU, la situation s’est considérablement aggravée sous Pastrana du fait de la montée en puissance des groupes paramilitaires, avec le déplacement forcé d’un million de colombiens. La signature avec Washington du « plan Colombie » (sans que le Congrès national n’ait été consulté) a eu pour principale conséquence de radicaliser le conflit armé. Miguel Ángel Rodríguez (Costa Rica). Premier président de son pays a être emprisonné pour corruption, notamment pour des pots-de-vins reçus de l’entreprise française Alcatel et du gouvernement de Taiwán, affaires qui l’obligèrent a démissionner de son poste de secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA) en 2004. Vicente Fox (Mexique). Le gérant de Coca-Cola devenu président a considérablement augmenté son capital durant son mandat, qui a vu le narcotrafic étendre son emprise sur tout le pays. Fox, ainsi que divers membres de sa famille, ont été mêlés à des affaires de corruption liées au groupe pétrolier Pemex. Dans son zèle néolibéral, il a multiplié les privatisations (eau, électricité, parcs naturels, etc.), dans le contexte des méga-projets continentaux prévus par le Plan Puebla – Panama (PPP), lui-même conçu en vue de la concrétisation de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), chère aux États-Unis. Ces projets se heurtant à une vive résistance, la répression s’est déchaînée à travers la militarisation et l’émergence de groupes paramilitaires, en particulier dans les États (Chiapas, Guerrero, Michoacán, Oaxaca) où survit 80% de la population indigène. (1)

En réalité, l’objectif de cette opération était essentiellement diplomatique et médiatique, et s’inscrit dans la logique d’un coup d’État et/ou d’une intervention extérieure : légitimer la création d’un gouvernement parallèle de la droite pour le faire reconnaître internationalement, et accentuer la pression internationale sur le gouvernement vénézuélien pour le forcer à renoncer à organiser l’élection d’une Assemblée Constituante. Comme l’a exigé dès le lendemain 17 juillet, l’Union Européenne, à qui l’Espagne de Rajoy a exigé des « sanctions sélectives » contre Caracas si ce scrutin était organisé (2).

Appendice d’une droite néolibérale qui prépare patiemment son retour au pouvoir « par tous les moyens », le quotidien français « Libération» semble avoir oublié pour un temps que le Venezuela est une « dictature ». Notons sur les tee-shirts, la présence de l’icône de Leopoldo Lopez, leader de l’extrême droite vénézuélienne, co-organisateur du coup d’État manqué contre le président Chavez en avril 2002, condamné pour l’organisation de violences meurtrières qui ont causé la mort de 43 personnes en 2014, transformé par les médias internationaux en « prisonnier politique ». Membre de l’oligarchie vénézuélienne, formé dans une institution étroitement liée à la CIA – la Kennedy School of Government de Harvard, il a pour mentor principal l’ex-président colombien Alvaro Uribe. A récemment bénéficié d’une mesure lui permettant de purger sa peine à domicile dans un quartier huppé de Caracas. Pour une galerie non-complaisante de photos de ce « combattant de la liberté » et de ses amis paramilitaires, voir « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », http://wp.me/p2ahp2-20J

DE-2im7XsAAxpRvVenons-en à présent à l’autre scrutin, organisé le même 16 juillet : il s’agissait de l’essai du système électoral qui permettra à la population de voter au suffrage universel et secret pour les députés de l’Assemblée Constituante, le 30 juillet prochain. Son occultation par les médias, en parallèle aux menaces de l’Union Européenne et de la Maison Blanche, est d’autant plus significative qu’il a, lui, connu une affluence record : le visibiliser contredirait leur storytelling sur la « dictature bolivarienne » et freinerait le scénario en marche de la destruction du gouvernement Maduro. C’est la première fois que les files de votants ont dépassé l’horaire prévu par le Centre National Électoral, dont les bureaux ont été débordés par une participation trois fois plus importante que celle des meilleurs essais électoraux. Une participation populaire qui a surpris jusqu’au chavisme lui-même, en ces temps de repli et de dépolitisation liés à la guerre économique et au mécontentement populaire.

Caracas, le 16 juillet 2017. Affluence populaire pour l’essai du système électoral qui permettra aux citoyens de choisir les députés de la future Assemblée Constituante, le 30 juillet.

Le black-out des médias occidentaux confirme l’option déjà observée dans le traitement des manifestations anti-Dilma Roussef : contribuer au renversement de démocraties de gauche en Amérique Latine. Dans le cas du Venezuela bolivarien, les journalistes ont déjà fait passer pour une révolte populaire une insurrection de droite à laquelle 90 % de la population ne participe pas, celle-ci rejetant très majoritairement ces violences (3). Cette fois, ils occultent l’existence d’un débat national, pluraliste, où des citoyen(ne)s  de tout bord élaborent les propositions à discuter au sein de la future Assemblée Constituante, telles la transformation du modèle économique, le renforcement de l’État, une défense accrue des droits culturels et des droits des minorités, le développement de la démocratie participative et du modèle communal, ou encore la défense de l’environnement et la construction de l’écosocialisme. (4)

Thierry Deronne, Venezuela, 17 juillet 2017.

Notes :

(1) Lire de Maurice Lemoine, « Quand le gang des « has been » d’Amérique latine et d’Espagne se mobilise contre le Venezuela », http://www.medelu.org/Quand-le-gang-des-has-been-d. Du même auteur, lire « Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’État modernes et autres tentatives de déstabilisation », Don Quichotte, Paris, 2015.

(2) https://www.rtbf.be/info/monde/detail_venezuela-l-ue-appelle-a-la-suspension-de-la-constituante?id=9662462

(3) https://fr.scribd.com/document/346935915/Monitor-Pais-al-17-Abril-2017-Protestas-Violentas#from_embed

(4) Pour un petit échantillon du débat en cours, Droits culturels: une opportunité pour l’Assemblée Constituante, 13 juillet 2017 ; Comment effacer l’ALCA de notre Constitution, 9 juillet 2017

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Comment effacer l’ALCA de notre Constitution

Par Luis Britto García

Note de VenezuelaInfos : le 30 juillet les vénézuéliens pourront élire leurs député(e)s – par territoire ou par mouvement social – à une Assemblée Constituante. La droite a promis d’empêcher ce scrutin par tous les moyens, réitérant le 5 juillet son appel au coup d’État militaire contre la « dictature de Maduro ». Aucun média international ne rend compte de ce débat citoyen qui suscite dans le pays de nombreuses réunions et propositions. Parmi celles qui surgissent au fil des jour, voici celle de l’historien et dramaturge Luis Britto Garcia.

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Cela fait dix-neuf ans aujourd’hui que le gouvernement bolivarien lutte contre l’imposition du libre-échange par un traité appelé ALCA (Zone de Libre-échange des Amériques, initiative des USA), dix-neuf ans lié par une norme qui fait entrer l’ALCA dans la Constitution. En effet, lisons l’articule 301 de la Charte Fondamentale : « L’État se réserve l’usage de la politique commerciale pour défendre les activités économiques des entreprises nationales publiques et privées. Personne, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’organismes étrangers ne pourra bénéficier de régimes plus favorables que ceux établis pour les nationaux. L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national ». Voilà l’ALCA résumée en treize mots. Si les conditions sont identiques pour l’investissement étranger et le national, l’État ne pourra pas protéger ce dernier. Si la production nationale n’est pas protégée, elle sera détruite par celle des grandes puissances étrangères, qui, elles, défendent leurs entreprises. Si on ne protège pas l’industrie nationale, il n’y aura pas non plus d’intégration.

Le Venezuela a quitté la Communauté Andine des Nations (CAN) parce que l’une d’elles a signé un Traité de Libre-échange avec les USA. La rédaction actuelle de l’article est encore plus préjudiciable pour le Venezuela qu’un Traité de Libre-échange. Il l’empêche de se défendre là où tous l’attaquent. Comment dans une Assemblée Nationale Constituante dominée par trois cent cinquante Bolivariens en 1999, une infime poignée de conservateurs, parmi lesquels Herman Escarrá, Jorge Olavarría et Allan Randolph Brewer Carías, a pu imposer cet article néolibéral ? Ne savaient-ils pas ce qu’est le néolibéralisme, n’ont-ils pas lu ce qu’ils ont voté ? Nous ne devrions pas réélire des gens aussi désinvoltes à l’Assemblée Constituante actuelle. Pour effacer l’ALCA de la Constitution, il faut barrer une fois pour toutes ces treize mots : « L’investissement étranger est assujetti aux mêmes conditions que l’investissement national».

Pour défendre les entreprises nationales il faut les conserver. L’article 303 de la Constitution stipule que “Pour des raisons de souveraineté économique, politique et de stratégie nationale, l’État conservera la totalité des actions de Pétroles de Venezuela, S.A., ou de l’entité créée pour la gestion de l’industrie pétrolière, exception faite des filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité déjà constituée ou qui sera constituée comme conséquence du développement de l’activité de Pétroles de Venezuela, S.A.” Cette exception tue la règle. Si on permet que les filiales, associations stratégiques, entreprises et toute autre entité créé par PDVSA ne soient pas assujetties au contrôle de l’actionnaire, il peut se produire une désintégration en de multiples filiales dominées par des intérêts distincts de ceux de la République. L’entreprise pourrait être privatisée par le biais de l’entrée de capitaux étrangers dans lesdites filiales et associations. Le sabotage informatique lors du lock-out patronal mené en décembre 2002 pour renverser le président Hugo Chavez a été administré par INTESA, firme dans laquelle PDVSA avait une participation minoritaire face à la firme US SAIC, liée au Département de Défense US. Une telle situation va à l’encontre ce qui est prévu dans les Idées fondamentales pour la Constitution Bolivarienne de la Vème République, exposées par le président Hugo Chávez Frías à l’Assemblée Nationale Constituante en septembre 1999. Pour éviter que PDVSA devienne une coquille vide, nous devons réformer l’article 303 de la façon suivante: “La Nation ou l’entité par laquelle s’exerce l’industrie des hydrocarbures conservera la totalité des actions de celle-ci, et la majorité d’action qui permette le contrôle et la direction dans les associations stratégiques, entreprises et toute autre entité personne juridique qui ait été constituée ou qui soit constituée pour réaliser ladite industrie”.

L’article 313 établit que “l’administration économique et financière de l’État sera régie par un budget voté annuellement par loi”. Pour empêcher que ledit budget ne soit un chèque en blanc, et réussir à ce qu’il serve d’instrument pour mener à bien les objectifs fixés dans la planification macro-économique, il faut ajouter que le budget “intègrera les programmes, buts et objectifs à réaliser par le biais de l’exécution des dépenses autorisées”. Afin d’arriver à accomplir les buts fixés et de permettre le contrôle, tant public que social, il est indispensable d’ajouter à la fin de l’article que “les fins spécifiées dans les programmes, les objectifs et les buts du budget doivent être obligatoirement accomplis, dans le cas contraire et sans justification, la responsabilité civile et administrative sera établie”.

On dit qu’au Venezuela personne ne paie d’impôts. C’est en partie vrai : en vertu des infâmes “Traités sur le Double Impôt”, les transnationales et les nationaux d’une quarantaine de pays ne paient pas les 17.500 millions de dollars sur les bénéfices qu’ils font annuellement en Venezuela. Avec cette somme, on pourrait résoudre la crise fiscale. L’article 316 de la Constitution en vigueur établit que “le système fiscal se chargera de la juste distribution des dépenses publiques selon la capacité économique du ou de la contributeur-trice, en tenant compte du principe de progressivité, ainsi que de la protection de l’économie nationale et la hausse du niveau de vie de la population ; pour cela un système efficace pour la collecte des impôts sera mis en place ».

En vertu du principe de progressivité, selon lequel ceux qui gagnent le plus doivent payer plus d’impôts, et selon le principe de protection de l’économie nationale et de la hausse du niveau de vie de la population, il est inhabituel, insensé et contradictoire que justement ce soient des transnationales étrangères et des citoyens étrangers qui ne paient pas d’impôts dans notre pays. Ainsi, parmi les principes du système fiscal, cet article 316 doit inclure celui de “territorialité du revenu, d’après lequel les impôts doivent être payés dans l’État dans lequel les bénéfices sont obtenus”. Sans quoi nous continuerons d’être enchaînés au “Consensus de Washington”, qui veut imposer à notre pays le principe qui veut que les entreprises étrangères paient leurs impôts dans leur pays d’origine, et non dans celui où elles font leurs bénéfices.

De plus, la territorialité est le régime adopté dans la Loi de l’Impôt sur le Revenu en vigueur, dont l’article 1 spécifie : “Sauf disposition contraire à la présente loi, toute personne physique ou juridique, résidente ou domiciliée au Venezuela, paiera l’impôt sur le revenu quelque soit l’origine, que la cause ou la source des ressources soit située dans ou hors du pays. Les personnes physiques ou juridiques non résidentes ou non domiciliées au Venezuela seront assujetties à l’impôt établi par cette loi si la source ou la cause de leurs enrichissements se réalise dans le pays, quand bien même elles n’auraient pas d’établissement ou de siège au Venezuela. Les personnes physiques ou juridiques domiciliées ou résidant à l’étranger qui possèdent un établissement ou un siège fixe dans le pays, paieront exclusivement pour les revenus de source nationale ou étrangère attribuables au dit établissement permanent ou siège fixe”.

Pour éviter que des traités qui violent nos lois n’exonèrent de payer des impôts les étrangers qui justement sont en mesure de le faire, ce principe doit être inscrit dans la Constitution. Les défenseurs des transnationales s’opposeront farouchement à cela. Il faut choisir entre la Patrie et les Empires. Quiconque défend ces derniers ne devrait ni être élu, ni être vénézuélien.

Source : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2017/07/como-borrar-el-alca-de-la-constitucion.html

Traduction : Gloria Verges

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