Loin des médias, Caracas est si proche

baptême du livreUn livre baptisé avec des semences de pois « quinchoncho » et de «mañoco » plutôt qu’avec des pétales de fleurs, présenté par trois femmes et un homme. Terre, Femmes et Hommes Libres, paru à la maison d’édition La Estrella Roja, traite des relations de genre à l’intérieur d’un mouvement social, le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ).

Au fil des pages, Liz Guaramato raconte la lutte contre un système qui les opprime doublement : comme paysannes et comme femmes. Orión Hernández, éditeur du livre, souligne que cette publication inaugure la série « Sororités » de la collection Construire les Communes, dont l’objectif est de rendre visible l’organisation des femmes dans la lutte contre le capitalisme et le patriarcat. « Ils nous voulaient à la maison, en train de repriser, obéissante, accouchant dans la douleur/ Attendant la dernière heure, et disant : oui, père ; oui, mari ; oui, Dieu » énonce une partie du poème  qu’Aura Bastidas a récité samedi à la Librairie du Sud, dans le cadre de la Foire Internationale du Livre du Venezuela 2015. publicUn accouchement. Ainsi l’a défini une des protagonistes de cette histoire lors de la présentation du livre à une assemblée attentive. Un livre qui parle des inégalités de genre à l’intérieur d’un collectif en lutte, où le machisme reste une pratique commune aux hommes et aux femmes. Ainsi parle Aura Bastidas, paysanne et militante du FNCEZ : « ce livre est un accouchement tout droit sorti de nos entrailles à nous, les femmes qui militons dans la lutte paysanne. Les femmes paysanne vivent enfermées par ce système, sans possibilité et avec peu de portes ouvertes pour dire ce qu’elles vivent, comme femmes, comme militantes et comme communardes ».

A partir d’une épistémologie féministe latino-américaine, et de l’ethnographie comme méthode de travail, Liz Guaramato a décidé de se centrer sur le travail quotidien des femmes qui donnent vie à la Commission Nationale de Genre du FNCEZ. « C’est un débat urgent, et pas seulement des grandes organisations, comme le Front Paysan, mais aussi à l’intérieur des communes que nous sommes en train de construire et pour ceux et celles qui croient au projet de ce pays, un projet libérateur impulsé par le premier président qui s’est déclaré féministe, comme le fut Chavez et l’est aujourd’hui Maduro » conclut l’auteure.

« Il n’existe pas d’autre livre, pas d’autre écrit qui transmette ce qu’est la réalité des femmes qui militent à l’intérieur d’un mouvement mixte et qui prétend lutter pour la construction de ce féminisme populaire socialiste. C’est le seul » déclare Bastidas applaudie par les participants . « Nous voici, les ovaires pleins comme des grenades/ comme des banderoles et des munitions à la place de scapulaires et chapelets/ Ou avec tout à la fois, mais dignes, et déjà nous ne sommes plus muettes, nous marchons », poursuit le poème écouté attentivement à la Librairie du Sud.public 2 Le livre me reflète pas ce que disent les intellectuels, – « je m’excuse auprès des intellectuels, si j’en offense certains » déclare la paysanne-, mais ce que les femmes vivent, construisent, font. Des expériences qui se compliquent pour celles qui vivent à la campagne et affrontent le « machisme face à face », ajoute-t-elle. «Nous avons relaté les conflits internes qui ont généré la pratique libératrice de la Commission Nationale de Genre du mouvement social paysan. La lutte n’a pas pour seul objectif de parvenir à la libération des femmes mais de parvenir également à la libération des hommes  parce que «  ce système utilise les hommes que nous aimons pour nous opprimer » assume Bastidas.

« Ils nous voulaient muettes, et à présent nous chantons/ Ils nous voulaient sillonnées de larmes et à présent nous sommes des rivières/ Ils nous voulaient soumises et à présent nous résistons, nous avançons et nous menons le combat » poursuit le poème.

Autre voix présente dans le livre, celle de Yolanda Saldarriaga qui explique – émue – que l’œuvre est le produit d’une longue lutte mais qu’il est aussi aussi une production inachevée, juste une étape. « Nous devons utiliser ce livre comme outil pour la critique, pour la compréhension d’autres réalités, pour l’autocritique de ceux qui militent dans des organisations mixtes. Comment les hommes et les femmes nous reproduisons le patriarcat et le machisme » explique-t-elle. Elle fait un appel à l’unité de tous et toutes : « Le chavisme est un chavisme indigène, un chavisme féministe, un chavisime afro-descendant, un chavisme ouvrier, tout cela est le chavisme, et nous sommes frères et sœurs de lutte ». C’est à dire, ce livre a pour objectif de renforcer le collectif, pas de dénigrer quelque compagnon que ce soit. «  Si nous réunissions les gouttes nous serons capables de donner l’averse dont nous avons besoin », dit – avec la voix entrecoupée de brefs silences Saldarriaga. Derniers vers de ce poème récité en 2009 et repris aujourd’hui pour la Foire Internationale du Livre : «  Ils nous voulaient comme une brise silencieuse, à présent nous sommes le vent » (1) compagnes présentant le livre

Vivre pour écrire et lire. Le Venezuela, avec la moitié de la population aux études, est devenu le troisième pays d’Amérique Latine en nombre de lecteurs de livres. Le réseau public des Librairies du Sud met la littérature à portée de tous pour un prix modique – une politique menée par le gouvernement Allende au Chili et par le sandiniste au Nicaragua. Chaque Foire Internationale du Livre est une école populaire où des intellectuels, des créateurs, des mouvements sociaux organisent des débats, des ateliers, des concerts… img_24511426553206-632x421CAWfD4GW8AAcBslIci, sous la pluie de semences d’un arbre très vieux, un petit amphithéâtre de ciment accueille une réunion d’information et de mobilisation autour des 43 étudiants disparus du village mexicain d’Ayotzinapa. Le comité vénézuélien qui vient de naître a réuni un public encore peu nombreux mais assez passionné pour entendre et transmettre la voix des absents. CAZPz7sU0AErMYi

A gauche, T.D., auteur de ce Blog avec Juan Plaza, un vieil ami du Mouvement Bolivarien rencontré en 1995.

A gauche, T.D., auteur de ce Blog, avec Juan Plaza, un vieil ami du Mouvement Bolivarien MBR 200 rencontré en 1995.

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Le président Lázaro Cárdenas

Au début de la réunion, une compañera mexicaine donne la clef essentielle omise par les médias : l’école normale rurale où étudiaient les disparus est une création historique de la révolution mexicaine. Le général et président Lázaro Cárdenas, qui nationalisa le pétrole dans les années trente et défendit son pays face aux menaces des États-Unis, y vit la clef de l’irréversibilité de la révolution. Une formation intégrale basée sur cinq axes – politique, académique, culturel, productif et sportif – vise à former des enseignants critiques, analytiques, réflexifs, informés de ce qui se passe dans leur pays et dans leur communauté rurale, capables de développer les capacités de dialogue et d’organisation de leurs élèves.

Dès les années 30, des réseaux paramilitaires attaquèrent ces écoles et firent disparaitre plusieurs des pédagogues “socialistes”. Peu à peu, le modèle fut abandonné par l’État. Dans le Mexique de Peña-Nieto, très généreusement fourni en armes par les États-Unis et qui vient de reprivatiser l’exploitation des hydrocarbures, il reste 16 Écoles Normales Rurales qui résistent en s’auto-finançant et sont les cibles de la destruction programmée du mouvement social. Les derniers contacts avec les 43 disparus d’Ayotzinapa indiquent qu’ils étaient retenus par l’armée. Les familles ont contesté les aveux forcés de quelques narcotrafiquants, destinés à occulter la responsabilité directe de l’État mexicain.

43 : c’est – triste coïncidence – le même nombre de victimes qu’ont laissées l’an dernier au Venezuela les « guarimbas », ces violences de l’extrême droite aidée par les paramilitaires colombiens. La majorité de ces victimes appartient au camp bolivarien, une porte-parole du comité des victimes est venue pour témoigner (2). Notons que les quelques policiers et gardes nationaux qui ont fait fi des instructions et ont utilisé leurs armes durant ces affrontements, faisant plusieurs victimes, sont aujourd’hui en prison.

Brésil, mars 2015. "Dilma dehors !", "Assez de corruption !", "Nous réclamons une intervention militaire d'urgence face aux trois pouvoirs pourris !". "Assez d'endoctrinement marxiste", "Assez de Paulo Freire" (créateur de la célèbre "Pédagogie de l'opprimé", NdT), "US Navy et Air Force, sauvez-nous á nouveau!", des effigies de Lula et Dilma pendues á un pont : comme au Mexique ou au Venezuela, des élites et des classes moyennes, soutenues par l'hégémonie des médias privés, retrouvent les accents des Pinochet contre la possibilité d'une éducation populaire critique... et ne seraient pas fâchés de  remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les "toxines marxistes"

Brésil, mars 2015. « Dilma dehors ! », « Assez de corruption ! », « Nous réclamons une intervention militaire d’urgence face aux trois pouvoirs pourris ! ». « Assez d’endoctrinement marxiste », « Assez de Paulo Freire » (créateur de la célèbre « Pédagogie de l’opprimé », NdT), « US Navy et Air Force, sauvez-nous á nouveau du communisme ! », sans oublier des effigies de Lula et Dilma pendues á un pont : comme au Mexique ou au Venezuela, des élites et des classes moyennes, soutenues par l’hégémonie des médias privés, retrouvent les accents des Pinochet contre la possibilité d’une éducation populaire critique… et ne seraient pas fâchés de remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les « toxines marxistes ».

Des médias occidentaux comme « Le Monde” avaient déguisé ces violences en “révolte populaire”. Tout comme ils parlent aujourd’hui du “raz-de-marée brésilien” sans dire que le million et demi de personnes qui a défilé au Brésil pour exiger le départ d’une présidente élue, représente 1 % de la population et que ce 1 %, gonflé par les médias, n’hésite pas à demander le retour de la dictature militaire. L’ex-président Lula ou le théologien Leonardo Boff ont responsabilisé le monopole privé des médias brésiliens de cette stratégie du chaos : le journal O Globo, la Télévision Globo, le journal Folha de Sao Paulo, l’État de Sao Paulo et la revue Veja. Des médias capables de prendre en otages les partis et les institutions républicaines et dont selon Lula, il est temps de démocratiser la propriété.

Au terme de la réunion  j’ai interviewé l’organisatrice du comité, Mariana Yépez, l’étudiante en cinéma de 21 ans qui a collé au mur les visages des frères mexicains.

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Mariana Yépez

T. Deronne – Mariana, en quoi consiste le travail du collectif  “Nous sommes tous Ayotzinapa, chapitre Venezuela” ?

Mariana Yépez – Le collectif est jeune, il est né en janvier 2015, à partir d’une concentration face à l’ambassade du Mexique. Les 43 étudiants sont notre référence mais nous voulons travailler pour toutes les victimes des peuples latino-américains. Nous voulons élever la voix : de même que le peuple vénézuélien a construit une solidarité avec le peuple palestinien, je crois qu’il est temps que nous organisions la solidarité avec le peuple mexicain. Un peuple qui est en train de vivre ce que notre peuple a dû vivre sous les régimes d’avant 1998, d’avant la révolution. Au Venezuela, aujourd’hui encore, on ignore où se trouvent les restes d’un grand nombre de ces disparus des années 60 à 90, paysans pour la plupart. Dans le Mexique du narco-État présidé par Peña Nieto, le massacre est quotidien. Quand on pense que le seul fait de rechercher les 43 disparus a fait apparaître les restes d’autres victimes anonymes, on imagine ce qu’est la réalité.

T. D. – Une des invitées rappelait que la majorité des mexicains ne sait rien de ce qui se passe dans le reste de l’Amérique Latine, ne savent pas qu’il existe des mouvements de solidarité. Pour toi qui étudies le cinéma, que peut-on faire face à cette dictature des médias privés qu’on voit agir aujourd’hui non seulement au Mexique mais en Équateur, en Argentine, au Brésil, ou chez nous au Venezuela ?

M.Y. – Je crois qu’il est urgent d’élever le niveau d’action des télévisions communautaires et que la population y ait une participation réelle. Ici, après 15 ans de révolution nous ne pouvons continuer à voir VTV (la chaîne gouvernementale, NdT) comme notre seule référence dans ce jeu de ping-pong avec les médias privés de la droite comme Globovision. Il y a suffisamment de propositions, même si beaucoup restent dans les tiroirs, de créer des télévisions communautaires. C’est le peuple qui doit participer, qui doit critiquer, dire ce qui se passe réellement dans tous les coins du pays, rompre avec cet élitisme audiovisuel du reporter et ses interviewés, le peuple doit être l’acteur du média, ici et en Amérique Latine, et partout ailleurs.

T.D. – Tu es née en 94, on pourrait dire avec la révolution. Un des problèmes de toute révolution est la transmission de l’Histoire à la nouvelle génération qui jouit des droits nouveaux sans avoir lutté directement pour eux. Qu’en penses-tu ?

M.Y. – C’est une de nos faiblesses, de nos manques dans la jeunesse, cette connexion avec nos lutteurs du passé. Notre jeune député Robert Serra, assassiné par les paramilitaires, avait cette obsession de nous rappeler qui nous sommes, d’où nous venons (3). L’autre travail est de nous unifier comme jeunesse. Malheureusement nous vivons souvent, en tant que jeunes, de manière individualiste, chacun pour soi. La lutte collective peut commencer par retrouver des racines. Que chacun assume sa tâche mais en s’articulant autour d’un centre, d’un corps de propositions pour les universités, pour les ministères. La droite en majorité recrute parmi les jeunes des classes supérieures, des universités privées, et même si leur vision est proche de celle de l’Empire, il faut reconnaître qu’ils savent s’unifier autour d’elle.

T.D. – La presse occidentale présente le Venezuela comme un pays dictatorial. Quelle image voudrais-tu transmettre par-delà cette muraille ?

M.Y. – (Rires) Je suis de Caracas et comme dit la chanson Caracas est folle. Que tu regardes d’un côté ou de l’autre, il y a toujours quelque chose à faire, quelque chose à dire.. Comme image je prendrais le centre de la ville, c’est un espace qui a été sauvé, je parle de toutes les activités culturelles qui s’y déroulent, la place Bolivar, la place Diego Ibarra et ses concerts permanents, les quinze théâtres reconstruits, cet espace de transformation, public, gratuit, voilà ce que fait notre “dictateur”, notre “régime castro-communiste”, ici on ne ferme la porte à personne, alors que dans l’Est de Caracas, dans les quartiers riches on ne trouve pas toute cette respiration, cette ouverture, il y reste beaucoup de la mentalité coloniale d’il y a cinq siècles.mariana yepez 2CAZPzsQUkAA4D_l Notes :

(1) Source : http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/en-fotos-bautizaron-libro-tierra-hombres-y-mujeres-libres-de-editorial-la-estrella-roja/ Texte : Laura Farina. Photos : Milángela Galea.  Article traduit par Julie Jarozsewski.

(2) Lire le compte-rendu de la rencontre à Genève avec le comité des victimes des « guarimbas », le 13 mars 2015 :  http://a.louest-le.soleil.seleve.over-blog.org/2015/03/geneve-rencontre-solidaire-avec-les-familles-des-victimes-de-l-opposition-putschiste-au-venezuela.html

(3) Lire « Les clefs de la mort d’un jeune député bolivarien et de sa compagne »,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/10/03/les-clefs-de-la-mort-dun-jeune-depute-bolivarien-et-de-sa-compagne/

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Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

unasur-oficx1x.jpg_1718483346 Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Vénézuéla le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.

Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “avec la pleine actualité du droit international, la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” et, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ont appelé tout gouvernement “à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international”. Les participants à la réunion de Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique “des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basée sur les príncipes de souveraineté des peuples« .

En outre, le porte-parole a rappelé que l’UNASUR poursuivra sa mission d’accompagnement du “plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit”. La semaine passée la délégation de l’UNASUR s’était rendue à Caracas pour enquêter sur la tentative de coup d’État du 12 février contre le gouvernement de Nicolas Maduro, avait invité les diverses forces politiques à un réunion et s’était entretenue avec les autorités du Centre National Électoral. Au terme de ces travaux, le président de l’UNASUR, l’ex–président colombien Ernesto Samper, avait rejeté l’ ingérence extérieure et recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Une position réaffirmée ce samedi par le chancelier uruguayen : “L’Unasur considère que la situation intérieure du Venezuela doit être résolue par les mécanismes prévus dans la Constitution vénézuélienne” et offre son plein appui dans le cadre de l’observation des prochaines élections législatives prévues cette année au Venezuela,  “convaincue de l’importance de maintenir l’ordre constitutionnel, la démocratie et la plus totale permanence des droits humains fondamentaux de l’Unasur”.

Pour rappel, le lundi 9 mars 2015, le gouvernement des États-Unis avait franchi un nouveau seuil dans les menaces vis-à-vis du Venezuela lorsque le président Barack Obama avait signé un ordre exécutif décrétant “l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure” (sic). Ce document avait, en peu de jours, suscité une solidarité active avec le Venezuela de la part des mouvements sociaux latino-américains et de collectifs du monde entier qui ont défilé à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à Managua, à La Havane, etc.. jusqu’à Madrid : collectifs citoyens, mouvements étudiants, syndicats de travailleurs, mouvements paysans comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil CAB6QwnWUAElRHT

Marche de soutien au Venezuela á Buenos Aires

Marche de soutien à Buenos Aires

Marche de soutien au Vénézuéla á Brasilia

Marche de soutien à Brasilia

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré : “Comment ne pas rejeter avec indignation cette barbarie ! A l’époque des dictatures des années 70, c’était quelque chose de commun mais aujourd’hui, en plein XXIème siècle ! Le droit international existe ! Que l’on soit ou non d’accord avec le gouvernement de Nicolas Maduro, la plus élémentaire des dignités nous oblige, en tant que latino-américains, à rejeter tant d’arrogance, tant d’unilatéralisme, tant d’impérialisme. Nous en avons assez ! Quelle honte !”. Pour l’ex-Président Mujica, dire que « le Venezuela est une menace est une folie, nous en avons assez de l’intromission permanemte des États-Unis ! » et  le président bolivien Evo Morales a exigé au président Obama de présenter ses excuses à l’Amérique Latine.

Des théologiens brésiliens de la Libération comme le père franciscain Leonardo Boff et l’évêque Pedro Casaldáliga, le Père nicaraguayen Miguel d’Escoto, ex-Président de l’Assemblée des Nations-Unies, ainsi que l’évêque Thomas Gumbleton et l’ex-Procureur Général des États-Unis Ramsey Clark, ont  écrit au président Obama pour lui demander de retirer son décret. “Nous qualifions d’honteux et de profondément hypocrite votre décret. Il constitue également une violation flagrante du droit international en tant que menace d’usage de la force contre le Venezuela et en tant qu’encouragement à vos agents vénézuéliens pour qu’ils continuent à déstabiliser le pays”. (1)

T.D., Caracas, 14 mars 2015.

Note: (1) Lire Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla, http://wp.me/p2ahp2-1NG

Message envoyé à la Maison Blanche par la population de l'État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

Message personnel envoyé à la Maison Blanche par la population de l’État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1N7

Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture

Tariq Ali, l'écrivain et historien pakistanais/britannique, coscénarsite du documetaire "South of the border", le réalisateur Oliver Stone et le président Hugo Chavez arrivant  au Festival de la Mostra de Venise, le 7 septembre 2009.

Tariq Ali, l’écrivain et historien pakistanais/britannique, co-scénariste du documentaire « South of the border« , le réalisateur Oliver Stone et le président Hugo Chavez arrivant au Festival de la Mostra de Venise, le 7 septembre 2009.

Septembre 2009. Le cinéaste Oliver Stone présente à la Mostra de Venise son documentaire South of the border (1). Les premières secondes offrent un bêtisier des JTs étasuniens sur le « dictateur Chavez » : Le réalisateur enchaîne en off : « Nuit et jour, sur toutes les chaînes, voici ce que voient les états-uniens. Le croient-ils ? J’espère que non. Mais même les plus sérieux des médias écrits aux Etats-Unis ou en Europe suivent la même ligne». Lors de sa conférence de presse, Stone précise : “Le manque de liberté d’expression que dénoncent les médias et l´opposition de droite vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses très dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi.”

Ces propos suscitent aussitôt une « réponse appropriée » de David Pujadas au 20 heures de France 2 (service public) : « Image de la Mostra de Venise, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un acteur ou une actrice qui tient la vedette de ce très célèbre festival mais le président vénézuélien Hugo Chavez. Le réalisateur américain Oliver Stone lui consacre en effet un documentaire admiratif et il a été ovationné par le public. Ironie du sort, il faut tout de même savoir qu’au même moment Hugo Chavez s’apprête à interdire dans son pays 29 radios suscitant de vives critiques de la part des défenseurs de la liberté de la presse

Sur quoi Pujadas se base-t-il pour affirmer que 29 radios vont être interdites au Venezuela ?

En 2000, la patiente lutte des collectifs de communication populaire vénézuéliens a débouché sur la légalisation des médias associatifs et l’octroi à ceux-ci de fréquences gratuites de radio ou télévision locales (2). Des stations commerciales ou évangélistes se sont alors déguisées en médias « associatifs » pour obtenir des fréquences légales à bon compte… D’où la mobilisation des collectifs citoyens qui ont demandé à la CONATEL (le CSA local) de récupérer ces fréquences pour les leur rendre. « L’interdiction de 29 radios » selon Pujadas était donc… la restitution de 29 fréquences détournées par des intêrêts commerciaux ou religieux, pour permettre la création de médias citoyens ! Selon la loi, c’est d’ailleurs le même travail que devrait effectuer le CSA en France (3).

Pas de rectificatif, ni de droit de suite de la part de D. Pujadas. Pourquoi se gêner ? Il y a longtemps déjà que les JTs des télévisions publiques mimétisent ceux des médias privés et recyclent les mêmes campagnes que les groupes comme Clarin ou Prisa ont lancées contre l’Argentine ou l’Equateur. Dès que des lois y ont démocratisé  la répartition des ondes monopolisées par les grands groupes privés, Cristina Fernandez ou Rafael Correa ont été traités d’“ennemis de la liberté d’expression”. L’idéologie qui sous-tend ces campagnes est que la liberté d’expression est, et doit rester, la liberté d’entreprise. L’État ne peut être qu’un obstacle à cette « liberté » puisqu’il fait obstacle à la globalisation marchande de l’information.

Le 3 février 2015, c’est au tour de Thomas Cluzel (Radio France-Culture) d’enfoncer un peu plus le service public dans Disneyworld et de nous convaincre, au cas où nous l’aurions oublié, qu’ “il est interdit d’informer au Venezuela(4). Pour sa revue de presse, Cluzel a usé de sources particulièrement pluralistes: SLATE (États-Unis), Miami Herald (États-Unis), THE WASHINGTON POST (États-Unis), THE NEW YORK TIMES (États-Unis), FOREIGN POLICY (États-Unis), BBC (Royaume-Uni), El Universal et Tal Cual (deux journaux de la droite vénézuélienne), Reporters sans Frontières (5) sans oublier Courrier International, le produit off-shore du groupe Le Monde qui puise ses articles dans l’apparente diversité qu’offrent les grands groupes privés internationaux (6). Thomas Cluzel n’a pas eu le temps de demander l’opinion de médias alternatifs, citoyens, publics et encore moins celle du gouvernement du Venezuela. Nous pourrions donc nous arrêter ici. Mais s’agissant du service public financé par les impôts des citoyens, le cas Cluzel a valeur d’exemple et mérite une attention toute particulière.

Pour la première moitié de son billet, Cluzel a choisi de recopier une anecdote amusée du Miami Herald (7). Ce journal, qui exprime bien la politique de Washington en Amérique Latine, y ridiculise la télévision latino-américaine de service public Telesur et les autorités du Venezuela à propos du contrôle d’identité d’un journaliste états-unien à la frontière avec la Colombie.

Tout en concédant que la story du Miami Herald pourrait n’être qu’anecdotique, Cluzel en tire que la liberté d’expression est menacée au Venezuela. Or il vient d’être l’idiot utile d’une préparation. La veine comique du Miami Herald tenait moins du hasard que de l’anticipation. Dix jours plus tard, le 12 février 2015, le siège de la télévision publique Telesur où travaillent 800 personnes devait être bombardé lors d’une tentative de coup d’État (8). En outre, le président Maduro a révélé: « nous avons détecté et capturé des étatsuniens engagés dans des activités secrètes, notamment d’espionnage, essayant de recruter des gens dans les villages frontaliers avec la Colombie et sous influence paramilitaire. Ainsi, dans l’État du Táchira nous avons capturé un pilote d’avion étasunien d’origine latino-américaine, avec toute sorte de documents. Il est en train de faire des révélations(9).

"Je suis Telesur". Parmi les révélations sur le coup d'Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder cette chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

« Je suis Telesur« . Parmi les révélations sur le coup d’Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder cette chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

Ignacio Ramonet: “Malgré toutes les preuves et tous les détails fournis par les plus hautes autorités de l’Etat vénézuélien, les médias internationaux (même en Amérique latine) ont accordé peu de crédibilité à cette tentative de coup d’Etat. Une telle « incrédulité » fait partie – depuis quinze ans – de la stratégie des grands médias dominants dans leur guerre contre la révolution bolivarienne, afin de discréditer les autorités bolivariennes(10).

Cluzel poursuit : “Le pays s’apprête d’ailleurs à vivre un ultime épisode, pour le moins emblématique, de la pression exercée quasi quotidiennement par le gouvernement vénézuélien sur la presse nationale cette fois-ci. Le journal indépendant TAL CUAL vient en effet d’annoncer qu’il cessera de paraître d’ici quelques jours, le 27 février prochain très exactement.”

C’est faux. A l’origine hebdomadaire, Tal Cual avait tenté le pari de devenir quotidien mais n’a pas rencontré le lectorat espéré, d’où sa décision de revenir à sa formule originale. Le journal sort donc en kiosque tous les week-ends et maintient sa version quotidienne en ligne : http://www.talcualdigital.com/

Loin d’être “le dernier journal social-démocrate qui disparaît au Venezuela” comme l’affirme aussitôt le très zélé Pablo Paranagua du Monde (11), Tal Cual est un journal économiquement libéral… et raciste. On comprend qu’une société métissée à 95 % et votant plutôt à gauche depuis seize ans, n’achète pas massivement un journal qui lui ressemble si peu. Le Venezuela a bien changé depuis que le directeur de Tal Cual, Teodoro Petkoff, ministre du président démocrate-chrétien Rafael Caldera (1996-1999), intervenait dans des clips télévisés pour convaincre la population pauvre à 80 %, refoulée dans les cerros de Caracas, des bienfaits des privatisations sous contrôle du FMI.

Dire que Tal Cual « ferme » sous la pression du gouvernement vénézuélien est donc aussi sérieux que d’attribuer le fait que “Les ventes de tous les journaux quotidiens nationaux français ont reculé en 2014”à des pressions du gouvernement français (12). Les arguments du “manque de papier” ou du “manque de publicité” par lesquels Petkoff tente de camoufler son échec commercial ne tiennent pas quand on sait que l’économie vénézuélienne est à 80 % aux mains du secteur privé (c’est ce secteur qui importe le papier journal qui n‘est pas produit sur place) et que les kiosques débordent de journaux critiques à tous les coins de rue. Un secteur privé florissant, qui a appris à spéculer grâce aux dollars préférentiels que lui accorde l’État pour ses importations et a largement profité des investissements en infrastructure du gouvernement bolivarien. Au dernier semestre de 2014, les télécoms ont connu un boom en engrangeant des bénéfices qui frôlent les 100 milliards de bolivars. On retrouve pas mal de ces entrepreneurs sur la liste “Venezuela” de Falciani/HSBC. En mars 2015 le magazine Forbes rappelle que le vénézuélien le plus riche, Gustavo Cisneros, propriétaire du groupe médias du même nom et ami de George Bush, a vu sa fortune grimper à 3,6 milliards de dollars.

L’argument des “tracasseries judiciaires” ne tient pas davantage : les victimes de diffamation ont le droit d’agir en justice comme elles le font dans n’importe quel État de droit. Sauf que Tal Cual ne se contente pas de photos volées comme Closer ou Paris-Match mais traite fréquemment, sans avancer de preuves, des fonctionnaires ou politiques bolivariens d’assassins, de corrompus ou de narcotrafiquants. Sans oublier le racisme contre les mouvements sociaux. Le 16 mars 2012 Tal Cual publiait une caricature accusant le gouvernement bolivarien de distribuer de l’eau sale aux usagers.

Dessin de Weil publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Dessin de Weil publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Le dessin montre un homme coiffé d’un béret comme Hugo Chavez accompagné d’enfants et regardant l’eau jaillir d’un robinet sur lequel s’est posée une mouche. L’homme dit: “Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons des eaux afrodescendantes”. On peut voir les autres caricatures que publie Weil dans Tal Cual sur son site :   http://www.weil.com.ve/(13)

En montant le show de sa “fermeture”, le directeur de Tal Cual jouait gagnant d’avance. Depuis seize ans les médias internationaux ont positionné l’idée selon laquelle “le gouvernement bolivarien exerce une pression quasi quotidienne sur la presse”. Reproduit à l’infini par les grands groupes privés de médias, le mensonge est devenu vérité, selon l’adage goebbelsien.

En mai 2007, lorsque la concession hertzienne de la chaîne privée RCTV ne fut pas renouvelée pour être octroyée à une nouvelle chaîne de service public, une campagne mondiale affirma aussitôt qu’il s’agissait d’une “fermeture”. Le site ACRIMED démonta dans le détail ce concert de désinformation qui vit les médias français, soutenus par les maîtres-penseurs du microcosme médiatique et par RSF, reprendre en choeur le même refrain, résumé à merveille par le titre de l’éditorial du Monde : « Censure à la Chávez » (28 mai 2007) (14)

Répondant aux critiques d’un lecteur en mai 2009, Jean-Pierre Langellier du Monde, disait sa crainte de voir Chavez fermer la chaîne privée Globovision… qui n’a jamais été fermée. Ce désir de “fermer” à tout prix des médias au Venezuela est d’autant plus intéressant que les deux seuls médias réellement fermés l’ont été… par l’opposition. VTV, la chaîne publique, considérée comme “une ordure” par le gouverneur pustchiste Enrique Mendoza fut fermée lors du coup d’État manqué d’avril 2002 contre Hugo Chavez (15). En 2003 la télévision communautaire Catia Tve fut fermée par le maire de droite de Caracas Alfredo Peña (16).

Le procédé de Thomas Cluzel à propos de Tal Cual nous ramène aux campagnes contre Salvador Allende. RSF n’existait pas encore quand Armand Mattelard, analysant l’alliance des grands médias et de la SIP (groupe de propriétaires de médias) dans les préparatifs du coup d’État au Chili, expliquait : « L’enquête judiciaire sur l’administration du journal El Mercurio, accusé d’irrégularités fiscales, a servi de prétexte pour dénoncer de soi-disant mesures coercitives contre la « presse libre ». (…) Le message émis par la presse de la bourgeoisie chilienne revient à sa source, renforcé par l’autorité que lui confère le fait d’avoir été reproduit à l’étranger. (…) Nous sommes en présence d’une SIP tautologique. Sa campagne n’est qu’un immense serpent qui se mord la queue. »

Thomas Cluzel sort l’artillerie lourde : “Dans un tel contexte, les propriétaires d’El Universal, le plus vieux quotidien du pays sont, eux, soulagés sans doute d’avoir été rachetés l’an dernier par un groupe espagnol. A cette nuance près, toutefois, que le dit groupe était de mèche en réalité avec le gouvernement. En clair, le quotidien a certes été sauvé de la ruine financière mais au prix de sa liberté d’expression. Le même modus operandi se répète d’ailleurs depuis plusieurs années déjà : l’étranglement financier des médias jusqu’à ce que les propriétaires soient contraints de vendre à un proche du pouvoir.

Un simple clic vers les principaux titres de la presse écrite vénézuélienne des 9 et 10 mars 2015 prouve qu’il s’agit d’un parfait mensonge. El Universal écrit que “La SIP déclare que le Venezuela est le pays qui restreint le plus la liberté de presse” avant d’expliquer dans la “route vers la victoire (de la droite)” que “Le gouvernement invente un coup d’État pour détourner l’attention de la crise économique”; El Nacional insiste : ”la SIP déclare que les gouvernements du Venezuela, de l’Équateur et de l’Argentine persécutent le journalisme, le harcèlent, le restreignent à travers la législation et établissent la censure ou obligent à l’autocensure parce qu’il n‘est plus posible de l’exercer » avant de faire la psychanalyse de Nicolas Maduro en tant que violateur des droits de l’homme, prolongeant l’éditorial du New York Times sur “Maduro et ses délires de conspiration” et de révéler que “Selon l’opposition, la vraie menace ce sont les politiques de Maduro”. Le Correo del Caroni rappelle que “La SIP dénonce la persécution de l’opposition”, que “Nicolas Maduro use du prétexte du décret Obama pour obtenir des pouvoirs spéciaux” et que “Les députés de l’opposition comptent sur l’église catholique comme médiatrice dans le cas des prisonniers politiques”; Tal Cual évoque les menaces états-uniennes : “C’est Obama qui offre les pouvoirs spéciaux à Maduro” et “selon l’opposition, le but de Maduro est de cacher la crise”; El Carabobeño titre “Reuters: les sanctions des États-Unis pourraient être la bénédiction que cherchait Maduro”. Ultimas Noticias (centre-droit) nous rassure : “selon la BBC c’est pour protéger le système financier états-unien qu’a été prise la décision d’Obama” Etc… (17)

Revenons un instant sur l’affirmation de Cluzel selon laquelle le rachat de El Universal par un groupe espagnol “qui était de mèche en réalité avec le gouvernement” s’est faite “au prix de sa liberté d’expression. Non seulement ce groupe n’est pas lié au gouvernement bolivarien (18) mais une étude réalisée du 2 au 8 août 2014 (19), après ce rachat, montre la proportion écrasante de termes négatifs (87 %) par rapport aux termes positifs (13%) dans le traitement des politiques du gouvernement Maduro :

El Universal, août 2014. Traitement des politiques gouvernementales : 87 % de termes négatifs, 17 % de termes positifs.

El Universal, août 2014. Traitement des politiques gouvernementales : 87 % de termes négatifs, 13 % de termes positifs.

Le journaliste et historien des médias Eleazar Díaz Rangel a dirigé la Faculté de communications sociales de l’Université Centrale du Venezuela de 1983 à 1986. Prix National de Journalisme, président de l’Association Vénézuélienne des Journalistes et chef de rédaction du journal de centre-droit Últimas Noticias depuis 2001, il n’a pas oublié la répression qu’exerçaient contre son métier les régimes d’avant Chavez : « les journaux actuels font leur travail sans la moindre pression alors que ces pressions étaient fréquentes par le passé. Je ne crois pas qu’il y ait de pressions sur tous ces médias privés qui ne publient que des informations contre le gouvernement et rien en sa faveur, comme beaucoup le font depuis des années sans changement. La majorité des journaux de l’intérieur du pays, entre 70 et 80 journaux, suivent la même ligne éditoriale » (entrevue de février 2015 (20).

Une étude réalisée en juin 2014 sur les messages des chaînes de télévision les plus regardées au Venezuela (Venevision, Televen et Globovision) montre une réalité semblable (21) :

Venevisión, Televen et Globovisión n’ont consacré que 33 minutes de couverture à Nicolás Maduro et ont employé 97% de termes négatifs contre lui.

Venevisión, Televen et Globovisión n’ont consacré que 33 minutes de couverture à Nicolás Maduro et ont employé 97% de termes négatifs contre lui.

Audience comparée des médias radio et TV au Venezuela (2014). Ce graphique ne rend pas compte des sites internet, médias internationaux (satellite) et presse écrite locale qui sont eux aussi en majorité opposés aux mesures  de la révolution bolivarienne.

Audience comparée des médias radio et TV au Venezuela (2014). Ce graphique ne rend pas compte des sites internet, médias internationaux (satellite) et presse écrite locale qui sont eux aussi en majorité opposés aux mesures de la révolution bolivarienne.

Une hégémonie attestée dans le temps par les études des parts de marché télévisuel (22).

Même paysage en ce qui concerne la radio, essentiellement aux mains de grands circuits privés comme Union Radio : “Les sanctions contre le gouvernement de Maduro ne visent qu’à changer sa conduite, explique l’administration Obama(23).

Si nous élargissons le cercle, rappelons qu’en avril 2014 trois grands groupes privés latino-américains se sont mis d’accord pour écrire une page quotidienne contre le Venezuela dans chacun de leurs 82 journaux affiliés. Il s’agit du GDA (Groupe Diarios de las Américas), de ANDIARIOS (Asociación de Editores de Diarios y Medios Informativos) et de PAL (Groupe Periódicos Asociados Latinoamericanos) (24).

A l’échelle mondiale, il suffit de taper les mots-clefs “Maduro” ou “Venezuela” sur Google pour voir déferler une avalanche de centaines de pages parlant de “répression”, “dictature”… avant de voir apparaître la moindre dissidence.

Il est donc vrai qu’il n’y a pas de liberté d’expression au Venezuela : l’hégémonie des grands groupes privés, agences (AFP, AP, Reuters) et médias privés nationaux, régionaux, locaux (radio, presse écrite, télévision, pages Web et réseaux sociaux) qui font quotidiennement campagne contre le socialisme bolivarien empêche tout équilibre démocratique par rapport à l’audience trop faible des médias publics et associatifs.

L’écrivain et universitaire Luis Britto Garcia s’interroge : “La censure existe-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Celle d’une grande partie des médias nationaux et internationaux qui occultent ce qui en réalité se passe dans le pays et font l’impasse absolue sur tout ce qui a trait aux avancée sociales, au développement de la démocratie participative ; privant ainsi de son droit à l’information l’immense majorité silencieuse dans le monde entier. Une dictature règne-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Une dictature médiatique qui prétend imposer des tyrans du style de Carmona Estanga (chef du patronat putschiste qui avec l’appui de militaires de droite déposa Chavez brièvement en 2002)” (25).

Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne : la dirigeante d'extrême droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d'État depuis 2002, explique aux médias "baillonnés" qu'il n'y a pas de liberté au Venezuela et que plutôt que d'attendre des élections, il faut relancer les confrontations "non-dialogantes" (sic) pour forcer le président élu à partir.

Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne : la dirigeante d’extrême droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « baillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela et que plutôt que d’attendre des élections, il faut relancer les confrontations « non-dialogantes » (sic) pour forcer le président Maduro à partir.

Il aura suffi, en janvier 2015, d’une rumeur propagée par les partis de droite via leurs médias et les réseaux sociaux (26) évoquant l’imminence d’une grève nationale – qui n’eut jamais lieu – pour que 18 millions de Vénézuéliens achètent fébrilement en quatre jours l’équivalent de ce qu’ils auraient consommé en un mois et demi. En cas de réussite du coup d’État du 12 février 2015, le communiqué des militaires putschistes allait être diffusé simultanément par CNN et par la télévision privée vénézuélienne Televen (27).

Thomas Cluzel arrive au bout de ses cinq minutes. Laissons-le conclure son billet : “Au total, depuis 2009, ce ne sont pas moins de 300 chaînes de radio qui ont également été fermées. “

C’est faux. Même si au Venezuela, en France (28) et partout ailleurs, les intérêts des groupes privés déterminent constamment l’ouverture et la fermeture d’entreprises de presse, le nombre de médias privés vénézuéliens a augmenté en seize ans de révolution. Luis Britto Garcia : « En 2014, pas moins de 2896 médias opèrent au Venezuela. 2332 d’entre eux sont des entreprises privées, soit 80%; 16,5 % dépendent du secteur communautaire mais restent confinés à une transmission locale; à peine 3,22% de l’ensemble ressortissent au service public. Dans le domaine de la radio-diffusion, 1598 émetteurs appartiennent au secteur privé, 654 dépendent du secteur communautaire et à peine 80 d’entre eux relèvent du service public. Quant aux chaînes de télévision, 55 appartiennent aux groupes privés, 25 au secteur communautaire (avec une diffusion locale seulement) et 8 d’entre elles seulement sont publiques… La quasi totalité des médias privés se situent dans l’opposition. Par conséquent, prétendre que l’Etat en serait à exercer son hégémonie dans le domaine de la communication, en s’appuyant sur les faibles moyens dont il dispose, est une affirmation infondée qui suffit à disqualifier celui qui la propage. » (29)

Guerre des grands médias contre la démocratie… et contre le service public.

Le 14 mai 2013 Noam Chomsky, Greg Grandin, Michael Moore, Oliver Stone et une douzaine d’experts états-uniens écrivaient à Margaret Sullivan, « Public Editor » au New York Times, pour lui demander pourquoi ce journal présentait Chavez comme un “dictateur” alors que le président du Honduras avait droit à un lexique neutre ou positif :  “Dans les seize dernières années le Venezuela a organisé 19 élections ou référendums qualifiés de libres et équitables par les principaux observateurs internationaux (UE, OEA, Centre Carter, etc..). Jimmy Carter a fait l’éloge des élections au Venezuela, parmi les 92 scrutins observés par le Carter Center, comme un “système de vote vraiment extraordinaire.” Il a conclu que “le processus électoral au Venezuela est le meilleur du monde.” (30)

Mais le trait principal de ce pays enfin sorti de l’apartheid social et racial est sa démocratie participative : communes, conseils communaux, mouvements sociaux écrivent chaque jour l’histoire invisibilisée par les médias d’une économie et d’une politique cogérées par les citoyen(ne)s.

Par le biais de la propagande quotidienne, les grands médias ont réussi ce tour de force inouï : transformer une démocratie en “dictature” ! Dans leur réalité virtuelle, ils ont plongé des millions de citoyen(ne)s du monde, privé(e)s de la possibilité d’aller sur place ou d’accéder à une information alternative.

Ces médias ignorent les décisions des électeurs vénézuéliens qui optent pour les politiques de transformation sociale. De ce fait, ils encouragent ceux qui refusent de se soumettre aux urnes. Si les émules vénézuéliens d’Aube Dorée organisent des violences avec l’aide matérielle des paramilitaires colombiens, laissent des dizaines de cadavres à chaque appel à “laisser sortir toute notre rage dans la rue”, si des leaders d’extrême droite sont arrêtés non pas pour leurs opinions mais parce qu’ils sont en train d’organiser un coup d’État, ils deviennent automatiquement des “prisonniers politiques”.

La récente mission à Caracas de l’UNASUR, organisme qui regroupe tous les gouvernements d’Amérique du Sud, a conclu ses travaux en rejetant l’ingérence extérieure. Elle a recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Chuo Torrealba, secrétaire général de la MUD

Chuo Torrealba, secrétaire général de la MUD

Chuo Torrealba, secrétaire général de la coalition des partis de droite “MUD” (photo) lui a répondu à travers les médias : Samper (ex-président colombien et président de l’UNASUR, NdT) est venu provoquer l’opposition, c’est un piège”. (31)

Qu’y puis-je ? répondent les Thomas Cluzel du monde entier, aller à contre-courant, faire preuve d’indépendance d’esprit ? Et pourquoi moi ? Bien au chaud sous le parapluie de la vulgate mondiale, il vaut mieux passer pour un “défenseur de la liberté d’expression au Venezuela”.

Il ne reste au président Obama qu’à habiller du vernis de “la répression des opposants et de la fermeture de médias au Venezuela” son décret présidentiel du 9 mars 2015 qui proclame “l’état d’urgence aux États-Unis face à la menace inhabituelle et extraordinaire pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure, qu’est le Venezuela” (sic). Les médias se chargeront du service après-vente en présentant Maduro comme le provocateur et Obama comme celui qui offre des cadeaux aux enfants à Noël avant de retourner bosser consciencieusement dans son bureau ovale.

Rafael Correa rappelait le 1er mars 2015 depuis Montevideo que cette ingérence « ne débouchera pas forcément sur ce qui est arrivé à Allende. Il n’en demeure pas moins que nous sommes confrontés chaque jour aux tentatives de déstabilisation de gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine, par la guerre économique, et à la manipulation mondiale en matière d’information ». (32)

Ce jeudi 12 mars, Radio-France (dont Thomas Cluzel est un des salariés) se met en grève pour vingt-quatre heures avec pour slogan “Défendons nos emplois”. Les syndicats CFDT, SNJ et UNSA s’inquiétent de « la menace d’une réduction drastique des effectifs » de l’entreprise publique, qui a annoncé en janvier un « plan de retour à l’équilibre ». Les syndicats disent « redouter des arbitrages dramatiques pour leurs missions et leurs conditions de travail » (33).

Comment ne pas voir que si la globalisation marchande signifie la mort du journaliste public comme historien du présent (Lacouture) avec son travail d’enquête, son temps passé sur le terrain, sa culture historique et sa mise en perspective de sources contradictoires, les gouvernements progressistes latino-américains représentent, au contraire de ce que martèle Thomas Cluzel, une alternative ? En diversifiant un champ médiatique asphyxié et discrédité par les logiques du monopole privé, en créant des universités publiques et gratuites pour redémocratiser l’enseignement des communications sociales, en créant ou en renforçant des services publics comme la chaîne latino-américaine Telesur ?

Renoncer à faire vivre l’identité du service public comme résistance à la doxa, n’est-ce pas contribuer à sa destruction ? Ne dit-on pas dans les écoles de commerce que “le client préfère toujours l’original à la copie” ?

Thierry Deronne, Caracas, le 12 mars 2015

Notes :

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L’Amérique Latine défend le Venezuela face au décret du président Obama. Rapprochement de Caracas avec Athènes.

EVO-Y-CORREA

Après la décision du président Barack Obama, le 9 mars 2015, de décréter « l’urgence nationale aux États-Unis » face à la « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et notre politique extérieure qu’est le Venezuela » (sic), le président de Bolivie Evo Morales a demandé une réunion d’urgence de l’UNASUR (organisme regroupant la totalité des nations sud-américaines) et de la CELAC (Communauté élargie des États Latino-américains et des Caraïbes) « pour nous déclarer en état d’urgence et défendre le Venezuela face à l’agression de Barack Obama. Nous allons défendre le Venezuela » Il a souligné l’importance de l’unité des peuples face à l’Empire qui tentent de « nous diviser, pour nous dominer politiquement et nous spolier sur le plan économique ».

Le président Correa, à travers son chancelier, a exprimé son « rejet le plus ferme de la décision illégale et extra-territoriale contre le Venezuela, qui représente une attaque inacceptable pour sa souveraineté ». Il a rappelé le signal négatif que constitue la signature de ce décret par Obama 48 heures après la visite de travail de l’UNASUR à Caracas. Cette délégation a enquêté sur la récente tentative de coup d’État contre le président Nicolas Maduro, élu en avril 2013, a rejeté l’ingérence extérieure, demandant aux secteurs violents de l’opposition de revenir à la voie électorale.

« Comment le Venezuela menace-t-il les Etats-Unis? A des milliers de kilomètres de distance, sans armes stratégiques et sans employer de ressources ni de fonctionnaires pour conspirer contre l’ordre constitutionnel étasunien ? Une telle déclaration faite dans une année d’élections législatives au Venezuela révèle la volonté d’ingérence de la politique extérieure étasunienne. » a déclaré pour sa part le gouvernement cubain.

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Les mouvements sociaux latino-américains se sont mobilisés en défense de la démocratie vénézuélienne. Pour Joao Pedro Stédile, de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « Au Brésil il y a un peuple qui est avec vous, nous serons toujours solidaires et nous ne laisserons pas l’Empire envahir le Venezuela pour récupérer ses gisements de pétrole ». Le mouvement social bolivien a également manifesté sa solidarité. Rodolfo Machaca, dirigeant de la Confédération syndicale des travailleurs agricoles, a condamné l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures vénézueliennes, et leur complicité avec les violences organisées par la droite. Selon Machaca : « La situation au Venezuela nous préoccupe, c’est pourquoi nous proclamons notre solidarité avec ce pays, mais aussi avec le président Maduro. Nous condamnons l’ingérence nord-américaine, et toutes les tentatives de coup d’État ou autres manœuvres visant à la déstabilisation du Venezuela. ».

Rafael Correa dénonce les manipulations médiatiques contre le Venezuela.

Le 1er mars, depuis Montevideo, où il assistait à l’investiture du président uruguayen Tabaré Vasquez, le président Correa a déclaré : «Le Venezuela est confronté à une guerre économique et médiatique, et se retrouve dans la situation d’autres gouvernements progressistes d’Amérique latine, avant lui. Cette situation, on l’a déjà vécu en Amérique latine. Souvenons-nous de ce qui est arrivé à (Salvador) Allende : la même guerre économique, le même type d’ingérence, les mêmes attaques médiatiques. De grâce, tirons les leçons de l’Histoire ». Selon Correa, cette ingérence « ne débouchera pas forcément sur ce qui est arrivé à Allende. Il n’en demeure pas moins que nous sommes confrontés chaque jour aux tentatives de déstabilisation de gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine, par la guerre économique, et à la manipulation mondiale en matière d’information ».

Au sujet de l’arrestation du maire d’opposition de Caracas, Antonio Ledezma, accusé d’implication dans un complot visant à déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro, le président Correa a déclaré qu’il était « réducteur de commenter cet événement sans connaître les détails de l’affaire, en outre la souveraineté et les institutions de chaque pays doivent être respectées ».

Le Venezuela et la Grèce renforcent leurs relations bilatérales.

En visite officielle en Grèce le 6 mars, la ministre des Affaires étrangère Delcy Rodriguez a félicité le nouveau gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras, au nom du Gouvernement Bolivarien et du peuple vénézuelien. Dès la victoire de Syriza, Maduro avait salué la décision des électeurs malgré « la campagne médiatique qui tentait de leur faire peur en présentant notamment Alexis Tsipras comme l’agent d’une dictature vénézuélienne »

La Chancelière vénézuélienne a été reçue par Alexis Tsipras qui a manifesté son intention d’accueillir prochainement en Grèce le président Nicolas Maduro, assurant de son soutien le Venezuela et son peuple et insistant sur l’affection qu’il lui porte.

Delcy-Rodríguez-junto-a-Nikos-Kotzias

Accompagnée de l’ambassadeur du Venezuela en Grèce – Farid Fernandez – Mme Rodriguez a eu aussi l’occasion de rencontrer son homologue grec Nikos Kotzias (photo). La réunion a porté sur la possibilité de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans le domaine économique et commercial. Nikos Kotzias a reçu des informations sur la situation actuelle au Venezuela et a souligné l’importance de nouer des relations solides dans les domaines de la technologie, de l’économie, du commerce et du tourisme.

Un désir commun s’est exprimé : qu’Athènes devienne l’un des principaux partenaires de Caracas.

Cette visite officielle en Grèce répond à la volonté de Caracas de renforcer l’émergence d’un monde multipolaire, au sein duquel prévaudront le respect mutuel, la compréhension, la coopération, mais aussi le droit pour les peuples à l’autodétermination, à la liberté et à la souveraineté.

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Le Venezuela signe avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil un important accord de coopération

Le vénézuélien Elías Jaua – ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – vient de signer avec les brésiliens Alexandre Conceiçao – membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre et Erivan Hilario dos Santos, Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes, un important accord, qui est l’aboutissement d’un double processus.

D’une part, au Venezuela, la montée en puissance du pouvoir citoyen comme base d’un futur État comunal – avec une demande croissante de formation de la part des nouveaux acteurs sociaux. D’autre part, au Brésil, le travail constant de l’université construite par les Sans Terre (photos) pour que les mouvements sociaux d’Amérique Latine disposent d’un espace permanent d’articulation, d’échange d’expériences et de formation permanente en philosophie, critique de l’économie politique, histoire, théorie de l’organisation politique, question agraire (réforme agraire, rôle de la paysannerie) et sociologie, sous la férule de professeurs volontaires venus du monde entier (1).enff3 ??????????????????????????????? enff2Présenté par Elías Jaua comme “un accord pour la formation des communards, et pour l’organisation et la conscientisation d’un peuple qui lutte pour construire une société socialiste”, le texte porte sur trois objectifs communs :

  • La mise en place de stratégies de coopération en matière d’économie solidaire et communale, de développement local et d’économie sociale;
  • La coordination de stratégies intégrales pour la formation d’entreprises socio-productives;
  • La conception et la réalisation de programmes de formation en matière d’économie solidaire et communale, l’organisation d’entreprises de propriété sociale directe et indirecte au Venezuela.

Des formateurs, techniciens et spécialistes mettront au point ces projets de complémentarité productive, et organiseront des séminaires, ateliers, rencontres et conférences destinés aux mouvements sociaux et aux collectifs communards.

enff7L’accord signé ce 28 octobre 2014 en présence des étudiants latino-américains de l’école basée au sud du Brésil (photo) couronne aussi un itinéraire commun. En janvier 2003, Hugo Chavez, le premier, avait rompu le protocole d’un de ses voyages au Brésil pour aller écouter les paysans d’un asentamiento (unité de production agricole) installés sur un “latifundio” (grande propriété sous-exploitée) ensemencé aux cris de “occuper, résister, produire !” (2). En mai 2013, peu après son élection à la présidence du Venezuela, Nicolas Maduro avait fait une halte à Brasilia pour dialoguer et prendre note des propositions des mouvements sociaux de tout le pays (3).

Thierry Deronne, Caracas, le 29 octobre 2014.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial - et  Erivan Hilario dos Santos (de face), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – et Erivan Hilario dos Santos (centre), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travaileurs ruraux Sans Terre.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre.

Notes

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Ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire

SONY DSCLes deux hectares de terre brûlée se trouvent au sommet de la colline.  Des petits foyers de fumée grise y persistent encore, des restes de ce qui brûlait à l’aube, à six heures du matin, lorsque la chaleur permet de se mouvoir plus légèrement. Ensuite, le soleil tape, crevasse, désespère. Avec ce feu on a soigné la terre, on l’a rendue plus sèche, plus dure, plus semblable à la couleur des vautours, préparée pour les semailles, pour l’époque des pluies.

A cet endroit, chaque trace a été laissée par un groupe de quatre hommes. Chaque bananier qui poussera aura été planté de leurs mains qui ressemblent à cette même terre qu’ils travaillent à la machette, à la binette et qui les forge eux-mêmes également à chaque coup.

Autour de ces hectares, tout est vert. La forêt se perd, en hauteur et dans le lointain ; sous les cimes, tel de l’or vert, se trouve le cacao. Sur la colline voisine on voit une parcelle de terre identique à celle-ci. D’autres paysans s’y trouvent, eux aussi ils voient naître le jour dans la nuit, ils chargent les plants de bananier, de maïs, de piment remontant depuis le fleuve et ils les gardent dans le même refuge, sous un plastique noir que supportent six piquets de bois.

Lorsque les quatre hommes reviennent à leur communauté à une heure, ils le font par un chemin étroit, sur des pierres qui sont des obstacles, des marches, encore des coups.

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Sur leur passage, par terre, ils voient des coquilles de cacao ouvertes en leur milieu – il y en a des jaunes, orange, vertes, rouge foncé, violette. Tous les quatre ils avancent dans l’ombre traversée par la lumière, sur les feuilles sèches tombées des cacaotiers et des arbres plus hauts qui les protègent- d’où pendent des racines, des orchidées et des nids.

En arrivant, ils traversent la rue principale, saluent les habitants qui, à cette heure-là, se trouvent chez eux- certains se penchent à la fenêtre- ils marchent entourés d’enfants jusqu’à arriver au fourneau où se tient le déjeuner qu’on leur a préparé. Alors, ils s’assoient sur des chaises, des grosses pierres, par terre et mangent le pot-au-feu commun. Des chiens, des chiots courent autour d’eux, des poules cherchent les restes et tout près, le fleuve,  ce fleuve qu’on ne voit pas d’en haut.

La base productive

Ces quatre hommes, qui chaque jour montent jusqu’au sommet brûlé, font partie du conseil communal Los Marines. Tout comme ces terres qu’ils travaillent. L’assemblée a approuvé le financement pour y commencer la production.

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Avec cet argent, ils ont acheté des semis, des outils et ils en ont destiné une partie pour une prime hebdomadaire-un peu moins qu’un salaire. L’accord collectif est le suivant : quand la récolte et la vente se termineront, ils commenceront à rembourser le prêt au conseil communal, et avec l’excédent ils se paieront pour vivre-tout en vivant- en même temps que 3% seront destinés à l’organisation communautaire.

Comme ces deux hectares, il en existe 98 de plus sur la Commune agricole Cajigal, située dans l’état de Sucre, de la municipalité qui lui donne son nom : Cajigal, paroisse Yaguaraparo. Sa surface est de 20 000 hectares, dont la moitié est impropre à la culture, 2300 ha de cacao, 3000 autres attendent d’être mis en production. Sur les hectares restants, on cultive d’autres produits : fruits, et toute sorte de légumes ; les habitants y ont leur logis.

L’agriculture communautaire est l’un des principaux axes économiques encouragés par la Commune. Dans une zone agraire- abandonnée par l’état durant des décennies, marquées par des migrations massives vers les villes et de faible productivité- et dans le contexte d’une guerre économique qui s’est accrue depuis plus d’un an, commencer à faire produire ces terres est une stratégie.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Rien de tout cela n’est nouveau pour les « communards » et les « communardes » : le premier conseil communal de la zone –La Horqueta de Mata de Chivo- a commencé à s’organiser en ce sens, et c’est dans cette direction qu’ils continuent de regarder, vers les 150 nouveaux hectares qu’ils projettent de mettre en production collectivement et dont le financement a été approuvé en partie par l’Etat. A présent, il n’y a plus un conseil communal mais 16, organisés sur la Commune fondée par un après-midi d’août 2013.

Augusto Espinoza, l’un des principaux  membres référents de la Horqueta, connaît cette réalité depuis ses débuts. Avec les autres « communards » il en est arrivé à cette certitude : « il ne peut y avoir de Commune qui ne soit pas productive. Nous travaillons pour qu’il y ait un équilibre entre les 16 conseils communaux, et qu’ils produisent tous ».

Dans son conseil communal, ils sont parvenus à mettre sur pied 5 hangars d’élevage de poulets où travaillent 29 personnes – pour un total de 18 000 unités tous les deux mois – et une fabrique de parpaings d’une capacité de production de 2500 parpaings par jour, où sont employés 20 « communards »  et « communardes » en deux équipes. Ils savent que de cette façon ils créent des emplois, des revenus pour l’organisation communale, un nouveau système économique qui cherche à être productif et un peu plus que cela : socialiste.

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Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Dans les rues, face aux portes, se trouve étalé dans des rectangles le cacao qui sèche au soleil – ceux-ci peuvent mesurer 8 mètres de long ou davantage, et approximativement un mètre et demi de large, pas plus ; ils doivent laisser l’espace nécessaire à la circulation des véhicules. L’air se caractérise par une odeur aigre, presque sucrée, pénétrante. C’est la période des quatre jours qui suivent la sélection des grains, la mise en sachet pour que commence le processus de fermentation. Une semaine au total. Jours durant lesquels les enfants ne vont pas à l’école, pour rester travailler aux côtés de leurs parents.
Dans le village, les maisons sont basses, avec des grilles ; elles sont colorées, très colorées. Des vertes, rose, violette, pourpre, bleu clair et jaunes ; les journées commencent tôt tout comme dans la zone haute. A sept heures c’est comme s’il était dix heures ; dix heures, c’est trop.

En parcourant le territoire communal, rien ne semble indiquer la présence de la Commune, ni les groupes d’hommes et de femmes qui construisent leur maison, ni les files de maisons déjà construites, ni l’institutrice qui va à l’école avec ses enfants, ni les personnes qui préparent les fondations de la nouvelle zone récréative et d’éducation. Pas plus que la pépinière qui se trouve au bord de la route, ou le camion qui vend du poisson sur la place centrale. Cependant, tout l’est. Une excessive évidence qui la rend invisible, la Commune, c’est la vie quotidienne.

Travailleuses de l'Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d'Approvisionnement.

Travailleuses de l’Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d’Approvisionnement.

L’un des rares espaces communaux qui se trouve signalé par un panneau est l’entreprise de Propriété Sociale Directe Commune Unité d’Approvisionnement La Horqueta Produciva, – «  directe car c’est la population qui l’organise directement », explique Elinor, membre de l’entreprise-, située au centre de Cajigal. Ses portes – qui présentent de chaque côté une peinture murale de Simon Bolivar, libérateur, à cheval et portant son épée – ouvrent à 8 heures du matin. Sur les étagères se trouve ce qui manque souvent ailleurs : de l’huile de tournesol et d’olive de l’entreprise Diana, du lait concentré et en poudre de l’entreprise Los Andes, de la farine de maïs, des haricots de la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAl), des fruits, des salades et des légumes produits sur les terres communales, et également par des producteurs individuels – familles – de la communauté.

De bonne heure accourent également vers cet endroit des habitants et habitantes. Ils viennent des rues principales, de la zone basse et empruntent le pont rouge en fer qui enjambe le fleuve, ce fleuve qui descend vers l’endroit où quatre hommes déjeunent de retour du haut qui paraît trop haut, des hommes qui d’ici quelques mois vendront leurs bananes.

La chaîne libératrice

« Nous sommes encore des novices qui posent les fondements ; même si nous avançons, nous produisons encore à très faible échelle, nous devons couvrir les besoins de l’axe communal », dit Eidis Brito tout en conduisant l’un des camions de la communauté. Avec celui-ci, ils montent jusqu’à la zone haute par la route empierrée, pleine de trous et pentue, ils descendent les récoltes jusqu’à l’Unité d’approvisionnement, et vont jusqu’à l’état de Carabobo acheter directement les produits des entreprises d’état.

Eidis sait qu’ils doivent augmenter la production, qu’ils ont besoin de 40 000 poulets et 400 hectares pour les semailles communales pour répondre au besoin de l’axe (où vivent 10 630 personnes) dans ces domaines. Ils doivent aussi avancer sur deux points : avoir le contrôle sur la totalité de la chaîne productive, et renforcer la chaîne. C’est-à-dire, le processus qui permet la mise en marche d’un nouveau projet à partir d’un projet déjà existant pour renforcer celui-ci à son tour.

Vivier communal agro-écologique

Vivier communal agro-écologique

Sur le premier point, ils ont pu avancer à certains niveaux. Le cas de la production agricole, par exemple, est le suivant : avec les pépinières communales agro écologiques (où  fonctionnera  en plus un banc de géo plasma, et dont l’objectif principal est de récupérer les variétés de cacao autochtone, comme le cacao perla), ils produisent une partie des semis pour les petites exploitations communautaires- les autres sont achetés aux entités d’état ou sur le marché privé.

Ce que l’on récolte là est transporté par la communauté vers l’Unité d’Approvisionnement, rompant ainsi partiellement avec le monopole des intermédiaires, qui achètent les produits aux agriculteurs à bas prix pour les revendre avec une augmentation qui à la fin peut aller jusqu’à 100%. La réponse communale est cependant insuffisante : ils doivent distribuer avec un camion –parfois ils en ont deux- 1 240 000 bananes, ceci correspond à la quantité que peuvent produire les 62 hectares communaux.

Finalement, les efforts des paysans sont rassemblés et le fruit de ces efforts est vendu de façon communautaire, à un prix inférieur à celui qu’impose le marché (« la maracuya » (fruit de la passion), par exemple, est vendue 40 bolivars le kilo, alors que dans les magasins privés elle se trouve à 60). De plus, depuis l’Unité d’Approvisionnement, on réalise des opérations de vente aux communautés les plus éloignées pour garantir un accès équilibré aux produits.

Ce parcours – qui n’est pas encore totalement entre les mains de la communauté, et qui fonctionne à une échelle réduite – représente l’exemple le plus avancé de ce que l’on fait dans la communauté de Cajigal. Néanmoins, ceci ne se produit pas dans d’autres circuits, comme celui des poulets. Là, il y a un problème à la base : l’aliment, les poussins (que l’on fait grossir) de même que les matériaux pour construire les hangars : tout est aux mains du secteur privé. La vente, elle, se fait directement à la communauté sans intermédiaires.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le problème des matériels de production auxquels doivent faire face les « communards» (dans un contexte de guerre économique qui provoque de soudaines hausses de prix) n’est pas réservé à ce cas. Face à cela, ils ont élaboré un projet, la chaîne productive. Pour continuer avec cet exemple : Eliel, Augusto et des centaines d’hommes et de femmes qui construisent jour après jour la communauté en sont arrivés à la conclusion qu’il leur fallait un local pour l’abattage des poulets. Pour pouvoir le mettre sur pied il leur faut produire une plus grande quantité, 70 000 unités environ.

Avec ce local en état de fonctionnement, ils pourraient commencer un processus de séchage des viscères, des plumes et des ongles des poulets, pour ensuite les traiter et les transformer en farine (avec un concentré de protéines) qui serait utilisé comme aliment pour des poulets, économisant ainsi une grande partie des aliments qu’aujourd’hui ils achètent au secteur privé et qui représente une grande partie des dépenses (450 000 bolivars pour 10 000 poulets, qui, au bout du compte, rapportent un bénéfice de 150 000 à 200 000 bolivars nets). A son tour, ce même aliment pourrait être utilisé pour le projet d’élevage de cachamas (poisson d’élevage), autre espace de production qu’ils cherchent à mettre sur pied.

Le local d’abattage permettrait de vendre des poulets déjà préparés pour être cuisinés, des poulets qui pourraient être stockés dans les cinq caves (d’une capacité de 10 000 kilos chacune) qui se trouvent à l’Unité d’Approvisionnement ; ils pourraient  être vendus à un prix, là encore, plus bas (actuellement ils les vendent à 40 bolivars alors que dans les magasins privés ils frisent les 60).

Le problème auquel ils sont confrontés pour mettre en marche ce processus représente un seul problème mais il est central : les ressources (ils expliquent qu’en plus du local d’abattage, ils pourraient mettre en fonctionnement une incubatrice ce qui réduirait le coût de l’achat des poussins). Sur ce point, la communauté a trouvé une solution, partielle, mais qui est parvenue à dynamiser le projet : le réinvestissement des excédents générés par les projets eux-mêmes de la communauté. Néanmoins, les temps que nous vivons durent et sont incertains (la construction d’un hangar coûte aujourd’hui 200 000 bolivars, mais dans le contexte inflationniste spéculatif son prix peut augmenter rapidement), et pour réaliser des projets « d’ampleur » ils ont besoin d’un financement d’État, assure Eilis.

Le socialisme, c’est plus que produire

La genèse est la suivante : d’abord, il y a eu 105 maisons attribuées par l’Etat (le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux). Avec la construction de ces logements on a généré un excédent économique- en économisant- qui leur a permis de construire les 5 hangars, et avec l’excédent né de l’élevage des poulets ils ont pu mettre sur pied la fabrique de parpaings, qui à son tour a généré une part d’économie dans la construction de nouvelles habitations (jusqu’à présent, ils en ont construit 487 sur la communauté). Les deux secteurs de production sont situés sur les 9 hectares communautaires également achetés avec les excédents.

Comment ? Grâce au travail volontaire. Celui-ci est le moteur qui a permis d’en arriver là aujourd’hui, construire l’esprit de la communauté, ses moyens. Car, non seulement ils ont économisé sur la main d’œuvre (les hangars ont été construits par des volontaires de la communauté, en plus de l’horaire normal de travail de chacun, seuls les soudeurs ont reçu une prime). Comme l’explique Eidis, « C’est ce mécanisme qui a réveillé la conscience sociale face à une culture capitaliste de 500 ans et a fait que l’on pense comme des sujets collectifs et non pas individuels ».

Ainsi, par exemple, avec les ressources pour construire 500 mètres de route, ils en ont construit un kilomètre. Ceci, en plus de générer une amélioration de la viabilité (dans un secteur, bien qu’à petit échelle, stratégique pour le transport des récoltes), a renforcé la communauté elle-même. Leyda Espinoza, porte-parole et membre référente de la communauté, explique ce que signifie pour eux cette pratique : « Le travail volontaire est le travail libérateur par excellence, car nous travaillons pour notre environnement, nous ne le faisons pas pour gagner quelque chose de personnel, nous nous renforçons nous-mêmes, nous renforçons le développement endogène, la communauté qui croît et s’alimente socialement, économiquement et culturellement ».

Centre communal de fabrication des parpaings

Centre communal de fabrication des parpaings

C’est pour cette raison que, grâce au travail volontaire, ils parviennent à générer des excédents dans chacune de leurs entreprises ; ceux-ci ont été réinvestis dans cette même entité qui les a générés (des machines pour de nouveaux espaces de production,  l’ouverture d’une période de nouvelles semailles, de l’aide pour les problèmes de santé, des œuvres sociales, des enterrements, etc…). Ainsi petit à petit,  s’est consolidé « cet être social » dans lequel croit Eilis  et qu’il a découvert aux côtés de ses « compagnons » et « compagnes » de la Commune.

Car, comme l’affirmait Ernesto Guevara lorsqu’il était ministre de l’industrie en 1965, lors de la révolution cubaine naissante, « le communisme est un phénomène de conscience et pas seulement un phénomène de production ; on ne peut pas parvenir au communisme par la simple accumulation de quantités de produits mis à la disposition du peuple ».

C’est pour cette raison que celui-ci insistait sur le besoin de « stimulant moral » comme étant le moteur central (en tension/confrontation avec le « stimulant matériel individuel »). Le travail volontaire était dans cette perspective l’une des principales formes de prise de conscience populaire pour impulser une production, un développement d’un autre type, non capitaliste, la même conclusion à laquelle sont arrivés les « communards » et « communrades » de Cajigal.  C’est pourquoi Augusto insiste et relie ce nouveau processus avec un nouveau travail : « N’importe quel compagnon peut être membre de la Commune. Il doit commencer par participer au travail volontaire, par être avec l’autre, alors un instituteur peut être membre de la Commune, n’importe qui peut l’être ».

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L’horizon prend fin quelques petits mètres plus loin, parfois moins. Les hommes se cherchent les uns les autres en criant. Dans la zone basse, il n’y a plus de montagnes et les plantes poussent grandes, grosses et serrées. Près de là, se trouvent les palétuviers, les canaux et le fleuve débouche dans le golfe de Paria, la mer s’ouvre. Là, les hérons rouges marchent sur le sable à marée basse, ils volent par dix, vingt, quarante et reviennent se poser, et chercher dans les flaques, les aliments, la vie que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

Un homme avance avec sa machette entre les plants de maïs, les cocotiers et les potirons. Il admire ce que lui donne la terre, l’effort. Celui-ci a prêté son terrain à la Commune et à présent une petite exploitation y fonctionne; six personnes y travaillent, toutes financées comme les quatre hommes de la colline brûlée, comme ceux qui voudront parier sur la production collective. « Le problème, ce n’est pas la terre- les pastèques  mesurent jusqu’à près d’un mètre- mais les outils et la distribution », explique Eidis.

Les « communards » et « communardes » de Cajigal savent que les terres représentent  tout comme l’organisation populaire, la conscience collective qui va croissant, le processus de  transformation. Ils ont également découvert qu’ils peuvent. Ils l’ont prouvé aux gens qui n’y croyaient pas, à l’État. Mais de cet État ils en ont encore plus besoin, pour renforcer le pouvoir communal- ce nouveau pouvoir qui libère-, l’autonomie. Car ils ont un financement propre, capable d’impulser des projets mais, comme disait Eidis, les limites sont celles de la dimension de cette impulsion.

C’est pour cela que, depuis leur réalité enracinée dans la terre, ils donnent l’exemple et réclament. Ils réclament, de même qu’Augusto demande, propose : « je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement conclut une fois de plus des accords avec le privé qu’ils acceptent jusqu’à ce qu’ils se disputent à nouveau. Pourquoi n’en finit-il pas avec cette toile d’araignée et ne met-il pas en place un plan de six mois avec le peuple et l’armée, nous vivrons ces six mois terribles mais nous monterons des fabriques d’aliments concentrés, de traitement du cacao, nous ferons des plans nationaux de semis de riz, de maïs et de haricots ». Il ne comprend pas non plus pourquoi le Ministère de l’Agriculture et de la Terre ne finance pas des conseils communaux mais seulement des producteurs individuels.

Plant de banane à cuire

Plant de banane à cuire

Toutefois, ce désaccord ne mène pas à l’échec mais à la nécessité de lutter davantage, de se retrouver avec d’autres Communes pour débattre de l’économie communale, d’une économie qui doit être inventée, avec un héritage comme celui de Guevara (qui a inventé, remis en question l’existant- même le socialisme qui était alors en vigueur-, qui a montré le chemin de la transition en Amérique latine : « un cri lancé depuis le sous-développement ») et surtout les héritages laissés par chaque expérience révolutionnaire vénézuélienne qui pousse le possible un peu plus loin.

Car, derrière les bananes, derrière la Commune se trouvent les hommes qui sortent à l’aube, refermant la porte de leur maison, qui allument des feux, brûlent la terre, au soleil et qui marchent sur des chemins violets et rouges de cacao- d’un cacao que d’autres sur d’autres continents ont pris durant des siècles-, et ils le font pour le repas, la vie et un projet nouveau dont ils savent qu’il leur est propre, qu’il appartient à un peuple qui en a ouvert les portes. C’est sur ces hommes que repose l’urgence de la possibilité de la Commune, de sa nécessité, comme celle du fleuve qui descend, des hérons rouges et de ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

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Texte: Marco Teruggi. Photos: Milangela Galea

Source: http://www.mpcomunas.gob.ve/lo-que-deja-el-agua-cuando-se-va/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Appel à soutenir le documentaire-fleuve sur la révolution bolivarienne “Nous vivrons”

Répondre à chaque mensonge martelé sur le Venezuela depuis 15 ans de révolution nous enfermerait dans l’agenda des grands médias. Or la désinformation fonctionne surtout par obscurantisme et par occultation. La démocratie participative, la critique populaire, la transformation de l’État, les avancées sociales ou l’être historique vénézuélien indiffèrent la plupart des journalistes occidentaux pour qui la politique se réduit à une guerre d’individus pour le pouvoir.

Nombreux sont celles et ceux qui cherchent à s’informer et nous demandent des références de films. C’est pour eux qu’après le Passage des Andes (2005) et Carlos l’aube n’est plus une tentation (2012) nous préparons le tournage de “Nous vivrons”, qui sortira en décembre 2015.

foto3Grâce au travail volontaire, nous avons pu réduire le budget indispensable à 6500 euros : transport, matériels de prise de vue et de prise de son, montage, mixage, copies. Vous pouvez nous aider à faire exister ce film en apportant une aide dans la mesure de vos moyens et en relayant notre appel via les réseaux sociaux. Chaque donateur ou donatrice figurera au générique (merci de nous dire si vous ne voulez pas voir apparaitre votre nom) et pour tout don à partir de 15 euros recevra une copie DVD du film sous-titré en francais en décembre 2015.

Il vous est possible de verser votre soutien par virement bancaire :

- Compte (IBAN) : BE 08 833538626213

T. Deronne, quai Notre-Dame 4, 7500 Tournai

- Code BIC/SWIFT : GKCCBEBB

- Communication : « “Nous vivrons” 2015 + prénom + nom + email + votre adresse postale » (pour vous envoyer le DVD).

Synopsis

foto2Quinze ans de révolution au Venezuela. Une nouvelle génération sort de l’université devenue accessible à tous. Le racisme des milieux aisés – que les grands médias transforment en “révolte populaire”- rappelle que ce processus renoue avec l’émancipation des esclaves interrompue à la mort de Bolivar. Cette jeunesse qui n’a pas connu la lutte des années 90 poursuivra-t-elle la révolution ? Transformera-t-elle l’État et l’économie pour écrire un nouveau chapitre du socialisme latino-américain ? Qui l’emportera ? Les pessimistes démobilisés par la mort de Chavez ? Les “ni-ni” qui évitent la politique sur fond de consumérisme dominant ? Les patients et enthousiastes qui voient Nicolas Maduro rompre avec l’économie d’importation et de corruption, refonder l’État en appuyant l’organisation de communes ? Comment sera ce nouveau mode de vie ? Dans quels espaces ? Dans quels temps ? Le dénouement se joue chaque jour, avec ceux qui ne sont pas encore partis, avec ceux qui ne sont pas encore arrivés, avec ceux qui vivront.

La réalisation

foto1Décembre 2014-février 2015 : Voyages et rencontres à travers tout le pays avec les “invisibles” des grands médias pour cerner l’accouchement d’un nouveau mode de vie et du territoire communal qui reliera les besoins et l’offre d’une société encore dominée par le grand estomac urbain. Comprendre, écouter avec respect les expériences, les critiques, les propositions, les luttes et les états de conscience antagoniques. Que chaque parole, chaque situation de travail, chaque bataille politique à petite ou à grande échelle, génère sa propre forme, son propre rythme. Mars-juillet 2015 : Tournage. Août-décembre 2015 : Montage et mixage. Sortie du DVD : décembre 2015.

2016-2025: la série.

Nous poursuivrons ce documentaire en tournant un nouvel épisode chaque année durant dix ans. Nous reprendrons la longue route pour retrouver les mêmes personnages, les mêmes expériences – certains disparaissant, d’autres surgissant -, pour que le montage continue à éclairer en profondeur le fil tendu entre passé et futur.

foto4Comme l’écrivait José Roberto Duque en avril 2013, « si l’état communal que nous sommes à peine en train de formuler, de discuter et de construire maladroitement à travers des processus et des expériences locales et pour l’heure isolées, se convertit en forme de vie et de participation citoyenne, là oui ce sera la révolution. Cela sera, oui, l’héritage de Chavez, ce sera aussi notre fierté. Nous, formés par les codes bourgeois, dans des écoles bourgeoises et dans une manière de nous relier absolument bourgeoises, nous aurons démontré que nous pouvons nous faire violence, faire échouer notre être égoïste, individualiste, consommateur et médiocre, et mériter l’épithète de génération révolutionnaire. La mauvaise nouvelle est que nous, les vénézuéliens vivants, ne saurons jamais si on se souviendra de nous de cette manière. Je le regrette. L’histoire est pleine de personnes qui n’ont pas mesuré la taille de leur contribution à l’humanité. »

Thierry Deronne, Caracas, septembre 2014.

thierryderonne6@gmail.com

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Nicolas Maduro refonde l’État « pour donner plus de pouvoir au peuple »

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* Journaliste argentin. Correspondant à Caracas de Notas – Periodismo Popular http://notas.org.ar/  @FVicentePrieto

Par Fernando Vicente Prieto *, Caracas.

Comme il l’a annoncé il y a quelques semaines (1) et pour approfondir le programme (2) soumis aux électeurs des présidentielles d’avril 2013, Nicolas Maduro lance une “nouvelle étape historique de la révolution”: “refonder l’État pour donner plus de pouvoir au peuple”.

Cette restructuration s’inscrit dans un double contexte: le besoin de faire face à une guerre économique qui génère inflation et pénuries, et la critique en profondeur de mouvements sociaux mais aussi d’amples secteurs du chavisme face à l’évidente bureaucratisation de l’État qui, pour reprendre les mots de Maduro lui-même, “conserve les restes de l’État bourgeois”, avec son cortège de surdité et de corruption.

Le mardi 2 septembre, le président s’est adressé au pays pour retracer l’histoire des luttes populaires et souligner la nécessité de construire des mécanismes de participation citoyenne plus profonds : “Nous, hommes et les femmes qui sommes à la tête des institutions, des forces politiques et sociales, nous nous devons au peuple. Nous ne devons rien à aucun groupe des oligarchies nationale et transnationale. Nous nous devons au peuple, à notre histoire et au rêve de la grande Patrie latino-américaine que nous a laissé, déjà bien engagé, le président Chávez, avec des orientations très précises”.

Combien de pouvoir détient le peuple ?

Chacun des compagnons, compagnes qui va exercer des responsabilités dans cette nouvelle étape de la révolution devra les assumer avec une totale énergie transformatrice, il devra tout refaire, tout changer pour servir le peuple. Un élément qui permet de mesurer si nous avançons vraiment dans la direction correcte est la quantité de pouvoir que possède le peuple, de pouvoir réel” a-t-il insisté en exigeant de dépasser le modèle de l’État colonial, “cet État conçu pour piller les ressources du monde du travail, pour exproprier la rente pétrolière à tout le peuple du Venezuela”. Il a rappelé la période ouverte par le “Caracazo” de 1989. Ces révoltes de la faim contre les “mesures d’ajustement” du social-démocrate Carlos Andrés Pérez sur injonction du FMI, furent réprimées par l’armée, avec un bilan de plusieurs milliers de morts et de disparus. Pour Maduro “ce fut l’heure du réveil de notre peuple, lorsque furent jetées les bases d’un processus populaire constituant, qui poursuit sa marche”.

Nicolas Maduro dans l'État de Carabobo, le 5 septembre 2014.

Nicolas Maduro dans l’État de Carabobo, le 5 septembre 2014.

“Cinq grandes révolutions dans la Révolution”

Après avoir fait le bilan des avancées sociales des quinze dernières années, Maduro a appelé à créer les conditions pour construire une société “qui ne régresse pas vers le capitalisme”. En premier lieu la révolution économique, qui devra développer une économie diversifiée, capable de satisfaire les besoins matériels du pays et qui soit à la fois moins dépendante des devises et mois vulnérable à l’action des grands groupes privés importateurs – forme qu’a prise la bourgeoisie au Venezuela il y a près d’un siècle à partir de la matrice monoproductrice de pétrole. “Seule une économie diversifiée peut assurer la stabilité du pays dans les années futures” a-t-il précisé.

Liée à l’antérieure, la deuxième révolution de l’État est celle de l’articulation entre savoir, culture, science et  technologie, pour générer une connaissance libératrice, à partir des besoins de toute la Nation, et non plus pour assurer la domination de petits groupes.

En troisième lieu l’approfondissement de la révolution des missions sociales, pour lesquelles, il y a plusieurs mois, Maduro a rassemblé toutes les initiatives en un Système National de Missions, avec pour objectif principal de garantir l’éducation, la santé, l’alimentation et le logement, gratuits ou subventionnés, à toute la population et en particulier de faire passer la pauvreté extrême de 6,5 a 0 %. Avant la fin de l’année, 3000 “bases de missions sociales” seront installées pour offrir ces services de manière directe aux habitants des derniers secteurs les plus pauvres, mais aussi à ceux des nouvelles cités de la Grande Mission Logement et de zones où réside la classe moyenne.

Le président a consacré la majeure partie de son exposé à la quatrième révolution, politique, celle de l’État. “L’objectif est de transformer toutes les structures et les restes de l’État bourgeois en un État démocratique, un État aux mains du peuple”. Un processus, a-t-il expliqué, qui s’appuie sur “la volonté et la vocation de pouvoir politique du peuple, du citoyen et de la citoyenne ordinaires”. Il est fondamental de garantir des changements en profondeur “parce que le peuple peut s’endormir et laisser peu à peu les bureaucrates prendre le pouvoir. Après quoi ces bureaucrates tombent sous l’emprise de groupes économiques et quand nous nous y attendons le moins, resurgissent les vieilles formes de gouverner, de dominer et de piller la patrie. C’est là où est la vraie contre-révolution, celle qui opère en silence, par le bas, gagnant des espaces, corrompant des fonctionnaires”.

Pour cela seront impulsées des instances spécifiques de participation populaire, ainsi qu’un système de simplification de l’administration, désormais réalisable via internet et sans besoin de courir d’un ministère à l’autre pour effectuer une démarche, chacun d’eux étant connecté à la même base centrale de données. “Pour changer leur enfant d’un lycée à un autre on demande aux parents 28 pièces administratives !, a critiqué Maduro, cet excès de paperassie fait resurgir les “intermédiaires” qui en échange d’argent produisent des pièces en un temps record, ou revendent des droits, comme nous l’avons découvert dans le cas de la mission sociale “en amor mayor” où des mafieux extorquaient de l’argent aux bénéficiaires légaux.pour leur attribuer les allocations de retraite ! Nous les avons arrêtés, mais combien d’autres nous ont filé entre les doigts ? Ce contrôle serré va s’exercer partout”.

Le point le plus important est la création des conseils présidentiels populaires, instances d’articulation pour que les mouvements sociaux puissent communiquer directement à la présidence leurs critiques et propositions. Le 23 septembre sera inauguré le Conseil des mouvements de femmes, le 30 septembre celui des mouvements de jeunesse, le 7 octobre celui des organisations de travailleurs, le 12 octobre celui des peuples indigènes, le 14 octobre celui des coordinations de paysans et de pêcheurs et le 21 octobre celui des travailleurs de la culture. Il faut y ajouter le conseil présidence/commune (3), déjà créé en juillet, après avoir été annoncé lors d’une assemblée populaire à Caracas le 17 mai 2014.

Enfin, la cinquième transformation lancée par le président est la révolution du socialisme territorial, qui partira des nouveaux espaces de vie “pour consolider le modèle communal et pour que nous assumions tous le modèle éco-socialiste”. Pour mener cette tâche à bien, Maduro a nommé un poids lourd de la direction politique de la révolution : Elías Jaua, qui laisse la chancellerie aux mains de Rafael Ramírez, jusqu’ici vice-président économique, ministre du pétrole et président de la compagnie PDVSA. Jaua devient donc vice-président du développement territorial et ministre des communes et des mouvements sociaux, en remplacement de Reinaldo Iturizza, nommé ministre de la culture.

Autres changements dans les vice-présidences et ministères

Parmi les changements les plus importants notons encore la création de la vice-présidence de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, dont sera chargé le jeune Iván Gil, jusqu’ici ministre de l’agriculture.

La vice-présidence économique est attribuée à Rodolfo Marco Torres. Dans ce secteur prévaut la continuité avec José David Cabello comme ministre de l’Industrie, Andrés Izarra au Tourisme et deux visages nouveaux mais proches de Ramírez : Asdrúbal Chávez pour le pétrole et Eulogio Del Pino pour PDVSA.

On attend à présent le train de mesures concrètes qui vont accompagner cette refondation. Alors que certains secteurs critiques du chavisme craignent une conciliation avec la bourgeoisie, d’autres soulignent le renforcement de la commune et la volonté appuyée de surmonter la bureaucratie et la corruption, les deux ennemis principaux auxquels doit faire face, au stade actuel, la révolution bolivarienne.

Fernando Vicente Prieto, Caracas.

Source : http://notas.org.ar/2014/09/04/nicolas-maduro-refundar-estado-ministerios-comunas-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1)       Lire “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/

(2)       Lire “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(3)        Ibidem.

imagesPhotos : C’est au coeur des quartiers populaires que Nicolas Maduro a décidé d’inaugurer les nouvelles vice-présidences et de nommer les nouveaux ministres. Le jeudi 4 septembre il a commencé par la Vice-présidence du Développement Social et des Missions – dirigée par Hector Rodriguez – à l’occasion de la construction d’une des 3000 “bases de missions sociales” dans le secteur pauvre de Güerito, municipalité Mariño, État d’Aragua. Pour Maduro, « les bases de missions doivent être l’épicentre des cinq révolutions. La conscience et l’organisation du peuple permettront d’éliminer ce qui reste de pauvreté extrême« .

maduro0509-OR630Le lendemain, vendredi 5 septembre, c’est dans le secteur d’El Valle (Caracas) que le président a lancé la Viceprésidence de Développement du Socialisme Territorial – qui vise à construire l’État communal –  à l’occasion de la remise aux habitants des 760 premiers appartements du nouveau complexe de Ciudad Tiuna, construit par la Grande Mission Logement à travers un accord signé avec la Chine. “De nouveaux logements mais surtout un nouveau mode de vie” a insisté Maduro. Pour le nouveau vice-président Elias Jaua, “ce socialisme ne part pas d’un individu abstrait mais du fait qu’il habite un territoire, un espace de vie où le socialisme va se construire pas à pas. La construction des communes ne peut être décrétée ou imposée, elle doit être une création au sein de la société”. Trait particulier de ce nouveau secteur de l’État : la fusion en un même ministère des mandats de la la construction massive de logements publics avec celui de l’éco-socialisme, sous la houlette du ministre Ricardo Molina.

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Le fil qui ne se coupe pas

YaracuyLa lutte de Los Cañizos Palo Quemado a commencé il y a 28 ans. Nous sommes arrivés ici et tout ceci n‘était que champs de canne des grands propriétaires. Nous les avons occupés et nous les avons partagés en lopins pour chaque famille. Beaucoup d’entre nous furent faits prisonniers. Mon époux fut jeté en prison. Le gouvernement de Carlos Andrés Pérez nous réprimait fortement. Et ici il n’y avait que des pauvres. Cette lutte nous a enseigné à nous défendre,nous avons dû apprendre, parce que la Garde Nationale nous pourchassait, les enfants ont grandi avec ça dans la tête” raconte Olga sous les dernières branches d’un grand arbre. Nous sommes le vendredi 15 août 2014.

Sa voix est entrecoupée par les essais d’un micro. Un peu plus loin un match de foot reprend sur un terrain qui, après l’averse drue comme l’air, est plus boue que poussière. Des enfants  de tous côtés. Peu à peu ils s’asseoient sous les tentes blanches qui ont résisté à la pluie, et avec eux, les familles.

L’oratrice prend le micro et s’adresse aux enfants : “A l’école on vous dit toujours que cette communauté fut fondée par vos oncles, vos pères, vos mères, vos grand-pères. Beaucoup d’entre eux se trouvent au cimetière  – elle montre du doigt l’entrée à quelques centaines de mètres, derrière le terrain de sport -, je vais vous les nommer et nous les applaudirons un par un”.

C’est un jour de fête à Los Cañizos Palo Quemado. De cette joie qui naît du sentiment d’avoir raison, d’avoir réussi quelque chose qui était difficile et juste. On a organisé un bouillon collectif et rassemblé des jouets pour les enfants qui défilent pour les recevoir à l’appel de leur nom. Autres applaudissements. 28 ans d’histoire de lutte pour la terre et pour fonder un village.cac3b1izos

Dans l’État de Yaracuy le ministre des Communes et des Mouvements Sociaux, Reinaldo Iturriza, parcourt plusieurs espaces communaux. Il visite l’unité de production “Prudencio Vázquez” où les paysans expliquent comment piler le maïs – 2 millions 500 mille kilos de maïs par an – pour produire de la farine bien plus saine plus celle du quasi monopole privé de la “Polar”. Ils lui présentent un projet à financer. Ils soulignent la nécessité du système productif comunal à la base.

Iturriza est accompagné de Braulio Álvarez, dirigeant paysan et député à l’Assemblée Nationale. Ensemble ils arrivent à Los Cañizos où la communauté les attend. Ils s’asseyent sous les tentes blanches. Derrière eux, une bannière : “Commune Socialiste Los Cañizos Palo Quemado, pour l’histoire, pour la terre et pour la vie”. A cette heure l’après-midi a fui le ciel.

L’oratrice explique le déroulement du dialogue : dix porte-paroles, hommes ou femmes, prendront la parole pour expliquer au ministre quels sont les principaux objectifs que la commune s’est fixé. Ils ont invité d’autres communes de la zone à la réunion, parmi elles la “Commune Socialiste Ezequiel Zamora”.

Avant que ne commencent les interventions, Braulio Álvarez se lève, salue. Il est de ceux qui ont initié ce chemin il y a 28 ans, à l’époque où comme il l’explique, on les recherchait morts ou vifs : “Nous avons asséné un grand coup à l’oligarchie, à ceux-là même qui conspirent aujourd’hui”. Il a apporté quelques photographies pour se souvenir. Dont celles des occupations des ambassades d’Espagne et du Mexique pour visibiliser leur lutte et faire pression sur ceux qui ne voulaient pas céder.

Ensuite les porte-paroles se succèdent au micro. Hommes et femmes de la communauté, paysan(ne)s, communard(e)s avec parmi eux, des lutteurs de la première heure, de ces années où on ne se rendait pas, quand il y avait “des terres dans peu de mains et beaucoup de mains vides” comme dit une communarde. Ils racontent leur histoire, celle qui les a fait arriver jusqu’à aujourd’hui, à cette après-midi où ils veulent aller plus loin.

Plusieurs projets sont soumis au ministre : un système d’irrigation intégrale, une entreprise de propriété sociale pour fabriquer des portes, un terrain d’usage multiple, une serre, une unité de traitement de bananes à cuire, un fabrique de parpaings –qui portera le nom de Olga Parra-, deux unités de transport communal, une unité d’emballage de sucre. Et un lycée technique agricole.

Ils expliquent chacun des points. Leurs raisons. Leur besoin d’avancer vers une production plus forte  – “Nous avons conquis cette terre pour en faire une aire de production” explique Chavela au micro -, et de créer des espaces pour la jeunesse. Sur d’autres besoins ils avancent déjà, comme le système des égoûts par exemple. Les communards et communardes de  “Cañizos Palo Quemado” veulet refonder la communauté.

Yaracuy2Le gouvernemet de rue est une méthode de travail, ce que nous faisons ici nous le pratiquons de manière permanente partout, c’est une méthode qui doit nous mener à réfléchir sur des formes plus efficaces d’exercer le gouvernement” explique Iturizza. Il y a un murmure permanent d’enfants, de pleurs, de beaucoup d’attention, comme depuis le début de l’assemblée populaire.

Il assume un engagement général : dans une semaine les projets présentés recevront une réponse en fonction de leur viabilité. “L’institutionalité doit marcher de manière accélérée au même rythme que le peuple, être de plus en plus au rythme du peuple organisé” reconnaît-il, expliquant les limitations actuelles et affirme : “Tout ce que finance le Ministère des Communes doit être exécuté par la communauté, par le peuple organisé”.

Il pointe aussi une des tâches les plus importantes que doivent réaliser les communes : “Utiliser un outil puissant de travail et de lutte, qui doit déterminer le rythme de l’institution, qui l’oblige à répondre même si elle est bureaucratique. Quel est cet outil ? Le plan de développement communal. C’est là où vous dites :voici ce qu’a décidé le peuple organisé à son échelle territoriale, pour nous les priorités sont telles et telles, nous avons ces ressources, autant de force disponible pour résoudre ces problèmes, nous avons besoin de l’appui de l’État vénézuélien et de l’institutionnalité révolutionnaire pour résoudre tel ou tel problème”.

Le dialogue s’achève sur ces mots, les dossiers sont rangés, le gâteau partagé, plusieurs personnes s’approchent du ministre, conversent avec lui, il est 8 heures 30.

Quand les voix se dispersent, les réunions en petits groupes se poursuivent hors des tentes, sur les terrains de sport, sous les arbres. Braulio Alvarez sourit dans sa barbe blanche.yaracuy-3

Ici a existé une avant-garde d’hommes et de femmes à la fin des années 60, paysans et paysannes comme Víctor Torrella, Aguilar, El Camarita, femmes de la taille d’Isabel, Chavela, María, nous avons été poursuivis mais nous avons atteint notre objectif sous un gouvernement très dur comme le fut celui de la IVème République, avec nos dossiers policiers, 300 d’entre nous sommes passés par la prison, certains y ont passé un an et demi pour avoir lutté contre les grands propriétaires, pour un droit aussi humain que celui de travailler et de produire des aliments, c’est un honneur et ce le fut aussi pour le président Chávez de connaître toute notre expérience, les prisons, les blessés, la prise des ambassades durant huit jours en 1991, puis notre appui à l’insurrection civico-militaire avec notre groupe-frère de la région occidentale, avec Dilma Pepí et les autres, cette lutte aboutit aujourdhui à une conscience et à une grande capacité de réponse qui a permis la construction de petits silos, de pilons semi-industriels pour la production du maïs et de ses dérivés  pour les animaux et d’autres produits que nous élaborons”. Il ajoute : “C’est vrai qu’il y a encore beaucoup de besoins dans la communauté, mais aujourd’hui nous avons des maisons, nous avons la route, l’autoroute, nous voulons un plan d’irrigation pour travailler tous les jours de l’année, nous avons besoin d’un terrain de sport pour que nos jeunes puissent s’entraîner et se développer physiquement, la possibilité d’une école technique agricole et tout cela démontre que Los Cañizos Palo Quemado a joué son rôle dans l’Histoire”.

Il nomme le nègre Miguel, le nègre Andresote, Ezequiel Zamora, et la région centre-occidentale et les montagnes qu’il a parcourues avec le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire des années 60 et la nuit où Hugo Chávez “a chanté, dansé, mangé et bu, à ces heures, avec nous”, tout ce fil rouge des mémoires populaires qui ne s’est pas coupé, celui des générations qui se succèdent obstinément, qui même si elles ne gagnent pas toujours, ne renoncent jamais.

Texte :  Marco Teruggi. Photos : Yacmaily Perdono

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/comuna-los-canizos-palo-quemado-un-hilo-rojo-que-no-se-corta/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/04/le-fil-qui-ne-se-coupe-pas/

Au Venezuela et en Amérique Latine “nous sommes tous la Palestine”.

Venezuela, 12 août 2014. Le Ministre des Relations Extérieures de Palestine Riad Malki, accompagné de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí et du Chancelier vénézuélien Elías Jaua assistent au départ de l'avion aux couleurs de l'ALBA emportant 12 premières tonnes d'aide humanitaire à destination de la Palestine.

Venezuela, 12 août 2014. Le Ministre des Relations Extérieures Elías Jaua, son homologue palestinien Riad Malki, accompagnés de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí, assistent au départ de l’avion aux couleurs de l’ALBA emportant 12 premières tonnes d’aide humanitaire à destination de la Palestine.

AVIONVous avez dépassé tout ce que nous attendions d’un peuple aussi éloigné de la Palestine mais si proche de sa lutte. Nous sommes témoins de votre appui, de la solidarité, de la mobilisation qui émanent des principes de la Révolution Bolivarienne impulsée le président Chavez”. C’est par ces mots que le Ministre des Relations Extérieures de Palestine Riad Malki, accompagné de l’Ambassadrice de Palestine au Venezuela Linda Sobeh Alí, a salué l’envol depuis l’Aéroport International Simón Bolívar de 12 premières tonnes d’aide humanitaire à destination de sa patrie.

Comme ailleurs sur le continent, en Équateur notamment, cette aide a été rassemblée en huit jours de collectes citoyennes – syndicats, mouvement sociaux, personnes ont apporté leurs dons dans des centres ouverts dans tout le pays : aliments non périssables, médicaments, vêtements, matériels de campement, eau potable, destinés aux deux millions de personnes déplacées dans la Frange de Gaza.foto-2

Le chancelier Riad Malki a rappelé que l’offensive militaire israëlienne laisse à ce jour près de 2000 morts avec 80 pour cent de victimes civiles dont 437 enfants et 243 femmes, 10 mille blessés, 17 hôpitaux totalement détruits, 141 écoles endommagées, 11 mille maisons détruites totalement et 32 mille détruites partiellement. La seule centrale électrique, les réseaux d’électricité et d’eau potable ont été détruits également.

Nous ne faisons que notre devoir, a répondu le chancelier Elias Jaua, l’article 152 de la Constitution Bolivarienne déclare que notre politique extérieure est basée sur le principe de la solidarité internationale et l’appui aux peuples qui luttent pour leur émancipation”. Jaua a précisé qu’un autre avion décollera jeudi avec plus de quinze tonnes de matériel chirurgical et que des équipes médicales vénézuéliennes se préparent à rejoindre la Palestine. Le président Maduro a par ailleurs annoncé son intention de proposer à la communauté des pays arabes un effort commun pour reconstruire Gaza.

Autre point des réunions de travail avec le chancelier Malki : l’accueil dans les jours prochains au Venezuela d’orphelins palestiniens. Le 5 août dernier, à la demande du président Nicolas Maduro, le chancelier Elías Jaua avait rencontré à l’hôpital Nasser, en Égypte, des rescapés des massacres perpétrés par l’armée israëlienne. En accord avec les autorités égyptiennes, le Croissant Rouge local et avec l’appui de l’ACNUR (ONU) et de l’UNICEF, le Venezuela s’apprête à accueillir ces enfants qui ont perdu leur famille – “Le centre d’accueil est prêt, pour qu’ils puissent recevoir tout l’amour et les soins médicaux nécessaires, et vivre chez nous le temps qu’il faudra jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer dans leur Patrie. Les enfants compteront sur l’appui d’un personnel volontaire, de médecins et de femmes de la communauté arabe et palestinienne au Venezuela” a expliqué Elías Jaua. La population vénézuélienne se mobilise pour préparer leur arrivée : des dizaines d’artisans de tout le pays ont fabriqué des jouets à leur intention.

Artisans vénézuéliens fabriquant des jouets pour les orphelins palestiniens bientôt accueillis au Venezuela.

Artisans vénézuéliens fabriquant des jouets pour les orphelins palestiniens bientôt accueillis au Venezuela.

Le chancelier Malki se trouve depuis lundi au Venezuela pour le suivi des accords de coopération signés en mai 2014 entre les présidents Mahmoud Abbas et Nicolas Maduro, et qui prévoient notamment notamment la fourniture de pétrole à la Palestine (1). Le gouvernement bolivarien vient par ailleurs de décider d’accroître le nombre d’étudiants palestiniens au Venezuela en multipliant les bourses d’État : 200 jeunes pourront ainsi suivre des études de médecine dès 2015.

Après avoir insisté au sein du Conseil des Droits Humains à Genève sur l’urgence de dépêcher à Gaza une commission d’enquête de l’ONU (2), le Venezuela, comme pratiquement tous les gouvernements et les mouvements sociaux d’Amérique Latine, maintient la pression diplomatique pour mettre fin aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis contre le peuple Palestinien. Plusieurs pays de la région ont rappelé leurs ambassadeurs (3), ce qui a provoqué une réaction agressive du gouvernement israëlien traitant le Brésil de “nain diplomatique” et le président de l’Uruguay de “menteur”. La réunion de l’UNASUR, composée des douze États d’Amérique du Sud, prévue le 21 août à Montevideo, reviendra sur ce thème.  “Pour ce sommet nous travaillons avec plusieurs chanceliers en vue d’effectuer un nouvel appel de tous les pays d’Amérique Latine à l’arrêt des attaques militaires contre la population civile et au retour à un dialogue sans conditions, position déjà exprimée par le Mercosur. En tant que République Bolivarienne nous allons proposer une solution structurelle au conflit” a indiqué le Ministre des Relations Extérieures Elías Jaua.

Manifestation de solidarité avec la Palestine, Caracas, 2 août 2014

Manifestation de solidarité avec la Palestine, Caracas, 2 août 2014

Parallèlement, de Santiago à La Paz ou à Managua, les mouvements sociaux multiplient les manifestations de solidarité avec le peuple de Palestine et exigent que cesse l’impunité des criminels de guerre. Ce mercredi 13 août Caracas accueillera une nouvelle manifestation sur le thème “Nous sommes tous la Palestine” en présence des chanceliers palestinien et vénézuélien. Une initiative qui s’ajoute aux innombrables mobilisations organisées dans le monde entier et qui renforcent l’isolement d’Israël et de ses alliés états-unien et européens face à la communauté internationale.

Thierry Deronne, Caracas, le 13 août 2014.

Notes:

(1) Sur les récents accords de coopération entre Palestine et Vénézuéla, voir ¨Mahmoud Abbas : le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie¨, http://bit.ly/1jEeYSu

(2) Voir « Le Venezuela condamne les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité massifs commis par Israël contre le peuple palestinien« , http://wp.me/p2ahp2-1yg

(3) Le président Chávez avait déjà rompu les relations diplomatiques avec Israël en janvier 2009, à la suite d’une agression semblable contre la population de Gaza : 19 jours de bombardements continuels avaient fait un millier de victimes et détruit une grande partie de l’infrastructure.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Bd