Au Venezuela, on sème dans le ¨hors-champ¨ médiatique

Au Venezuela, les habitants des quartiers populaires répondent à la guerre économique en autogérant des écoles de semences et en nettoyant des parcelles de terre pour développer l’agriculture urbaine. Dans les années qui viennent Terra Tv ira à la rencontre de cette majorité sociale rejetée dans le ¨hors-champ » médiatique…

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Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Habitants populaires au Venezuela: des gens qui ne cherchent pas qu’un toit

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Par: Jessica Dos Santos

Cet après-midi du 27 février, il y a 29 ans, la ville brûlait sous les braises du Caracazo, mais aujourd’hui elle est recouverte d’un inhabituel froid intense, ce qui n’a pas empêché les gens de se mobiliser pour accompagner le Président lors du dépôt de sa candidature à la réélection.

C’est de là que revenait Iraida, portant une veste noire et des tennis marron qui semblaient bien fragiles pour une pareille marche. Elle prit une chaise en plastique et s’assit à mon côté : « Moi j’aime marcher » m’a-t-elle déclaré, tout en ôtant un peu ses chaussures.

Nous nous trouvions au Campement des Pionniers “Combattants de ma Patrie”, à l’intersection de Miguelacho et Tracabordo, à La Candelaria, où autrefois il y avait d’ordinaire un stationnement dont subsistent encore les postes de surveillance. Autour de nous, des jeunes s’affairent à réparer une moto sur le point de rendre l’âme.

Ici personne ne nous aimait, et on se faisait huer, mais aujourd’hui ils nous acceptent et nous, on aide les gens à faire leurs courses, on leur monte les bouteilles de gaz, nous organisons des ventes de poisson, nous essayons de leur faire voir que nous n’allons pas apporter d’insécurité,” me dit Iraida, tandis que deux gamins jouent au basket et que des jeunes-filles interrompent la confection d’une banderole, pour préparer du café.

Iraida fait partie du Movimiento Pobladores y Pobladoras de Venezuela (Le mouvement des occupants et occupantes du Venezuela), un regroupement né en 2002, qui rassemble les Comités des Terres Urbaines, les Travailleuses de l’Habitat (Residenciales), le  Movimiento de Inquilinos Mouvement des locataires, les Campements de Pionniers, parmi d’autres. Tous avec un même objectif : le droit à un logement (et un habitat) digne.

Un droit difficile à conquérir quand on se trouve dans le pays le plus urbanisé de l’hémisphère (le Venezuela) où près de 90% de la population vit dans des villes et 60% dans des quartiers auto-construits, sans sécurité juridique sur le terrain qu’ils occupent et, souvent, dans des conditions de grande vulnérabilité.

Ma situation en matière de logement, avant de me marier, était « normale » ; c’est-à-dire que je vivais chez mes parents, un espace très modeste, au Quartier 5 de Julio, à Petare ; je me suis mariée en 92 et nous avons alors loué une toute petite maison dans le secteur de La Capilla ; après quoi ça n’a été que des allées et venues, j’ai dû déménager tous les 2 ou 4 ans » se souvient-elle. Elle a aussi vécu dans l’Impasse Urdaneta, rue Guaicaipuro, etc…, toujours à l’intérieur du même quartier. De tous ces logements, elle a dû partir contrainte et forcée, tout comme elle apprit à ses dépens les différentes modalités d’expulsion qui peuvent coexister dans ce système.

Je faisais un travail social , mais, en plus, mon frère était entré dans les rangs du parti Bandera Roja, et moi je finis par être une sorte d’alliée, celle qui a des tâches spécifiques ; mais ils rasaient les maisons, quelques-unes des camarades finirent en prison, et cela en quelque sorte me barra dans le quartier, c’est-à-dire que les gens éprouvèrent une certaine peur à me fréquenter”, me raconte-t-elle.

Cependant Chavez devint président et des choses commencèrent à changer.

“Le décret 1666, sur les Comités de Terres Urbaines est promulgué.  Avant, tous les quartiers déshérités étaient considérés comme zones vertes, mais Chavez nous donna ce décret, cette reconnaissance, titres de propriété, travaux d’amélioration, à partir de cela je me suis totalement engagée dans les rangs chavistes”.

C’est alors que je me suis souvenue de la communication de l’une des dernières feuilles de route de Chavez que je devais couvrir : à côté de l’emblématique « mur » de Petare. Cependant c’est un autre jour que se remémora Iraida, lorsque le Commandant alla remettre des titres de propriété de terrains à La Vega et qu’elle entra dans une colère noire :

J’étais contrariée car ils ne prenaient en compte que ce secteur, alors nous avons bloqué une rue et nous avons protesté. Mais est arrivée María Cristina Iglesias et elle nous a envoyés au bureau technique national, j’y suis allée, j’ai réclamé et ils m’ont offert du travail. La femme m’a dit : si tu ne veux pas que cela continue, eh bien, viens et organise-toi ”.

Alors Iraida s’est intégrée. “Et puis après avoir remis de très nombreux titres de propriété, c’est moi qui ai été délogée. Et sais-tu pourquoi ? En tant que chaviste, cela s‘est passé pendant la tentative de coup d’Etat contre Chavez ”.

En effet, Iraida a déménagé, mais pour une autre maison du même quartier: “J’avais la facilité de tout connaître, d’être dans les comités, de les avoir recensés (…)mais, après les premières barricades de rue, quelque chose a changé, c’était un quartier uni, avec une forte opposition, certains très très proches de la droite, cependant il y avait du respect, jusqu’à ce que commencent à surgir des situations d’insécurité bien mystérieuses ”.

Le regard d’Iraida se perd dans le fond du campement où l’on aperçoit des tables organoponiques en construction. “L’angoisse est arrivée, la terreur, beaucoup croyaient qu’il s’agissait d’une lutte pour un secteur de drogue, mais non, ceux qui s’incorporent au travail, qui respectent les gamins, s’occupent des autres, commencèrent à être assassinés, ils nous enlevèrent notre protection et le niveau d’insécurité a augmenté (…) ils se mirent à tuer les gens qui vivaient autour de moi, ils mirent le feu au troisième étage de ma maison, jusqu’à ce que quelqu’un me dise ; tu ne crois pas que tu devrais partir ?”

Moi je ne comprenais pas encore ce que tout cela avait à voir avec le mouvement, avec le droit au logement, jusqu’à ce qu’elle décrète : “C’est le niveau d’expulsion le plus révoltant qui existe, parce que, s’ils essaient de te déloger par une augmentation de loyer, bon, tu te mets à te battre ou tu cherches une solution, mais si l’on t’expulse en te disant « tu t’en vas ou on te tue» , c’est différent, c’est comme si tous les matins quand tu te lèves on te braquait un pistolet contre la tempe. Ils voulaient que je m’en aille de chez moi et du quartier.

Iraida éclate en sanglots, je ne sais pas bien que faire, il y a quelques minutes à peine nous étions des inconnues l’une pour l’autre , mais, soudain, à travers son récit, nous devenions une même personne, je tendis ma main et ne parvins qu’à susurrer un timide: “allez, ça va aller”. Mais elle insista:

En plus c’est une forme d’expulsion que les gens ne voient pas, ne remarquent pas car personne ne porte plainte, contre qui vas-t-u porter plainte ? On te vole ta nuit (…) On a vécu une guerre et nous n’en avons pas eu conscience (…) Moi, parfois j’y retourne, quand le quartier est tranquille, je suis contente de les voir, ils sont contents de me voir, mais il y a des endroits où je n’ai pu retourner, trop de souvenirs, je te parle de plus de dix personnes tuées d’un coup ”.

C’est ainsi qu’Iraida finit par être délogée de Petare. Elle se trouve aujourd’hui dans une commune proche, mais dans une autre ambiance : “Je suis allée temporairement dans un campement, à Chacao, une belle communauté, avec des gens unis malgré les différences, cependant là aussi il y avait des embrouilles à tout instant, car les flics de Chacao intervenaient etc,,, mais moi je me sentais protégée parce que tout le monde défendait l’espace, ici nous savons que personne n’est seul ”.

Mais dans le quartier ils sont plus nombreux ”, insisté-je. “Oui, mais dans le quartier ils sèment la terreur et nous isolent, au point que parfois les gens ne sortent même pas voir ce qui est arrivé, lorsqu’ils ont tué mon ex beau-père à Petare, d’une balle dans la tête, j’ai demandé de l’aide aux gens et personne ne voulait aider, il n’a pas été facile de trouver une voiture pour l’emmener à l’hôpital”.

Iraida me dit qu’au “Campamento de Pioneros 22 de enero” elle a eu un hébergement de solidarité, cependant ce n’est pas là qu’elle fixera ses racines. “C’est transitoire, eux ne vivent pas encore par désir d’aboutir, mais ils font leurs gardes, c’est un espace dédié (…) j’ai compris là que le logement c’est un détail, le plus important est ce qui se cache derrière : les gens ne cherchent pas un toit, ils cherchent leur sécurité ”.

C’est alors que l’alarme d’une voiture voisine se déclencha et, tandis que des gens cherchaient à l’éteindre, j’en profitai pour boire la dernière gorgée de café, pour sourire devant la présence d’une poule dans une espèce de « cage » confectionnée avec des caisses du CLAP, et lâcher ma dernière pointe d’amertume : tu as bien conscience que cela ne suffit pas pour résoudre la question?

Ce n’est ni avec les deux millions de logements déjà livrés ni avec la Grande Mission, que l’on résoudra tout le problème, mais ici et là on obtient quelque chose, tu sais quoi ?L’espérance (…)Nous les pionniers nous nous battons pour vivre en commun et nous ne nous rendons pas

Tu es sûre? “Moi, avec les Comités des Terres, j’allais empêcher des expulsions, nous nous heurtions avec la police mais ils ne nous délogeaient pas, nous sommes une plateforme, nous nous appuyons, et nous recommençons comme au début parce qu’ici bien que l’expulsion par la force soit interdite, des gens continuent d’être délogés et le négoce immobilier s’est renforcé parallèlement à la crise”.

Au Venezuela, comme dans le reste du monde capitaliste, le logement et la ville sont un produit coûteux interdit à la grande majorité. Mais, le Mouvement des Occupants et des Occupantes croit en la possibilité d’inverser cette “logique”.

Source : http://desafioconstituyente.com.ve/pobladores-una-gente-no-busca-4-paredes/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Révolution Bolivarienne et lutte paysanne : les défis actuels

Le 9 avril dernier, le Président Nicolas Maduro a pris fermement position contre la criminalisation de la lutte paysanne et la vague d’expulsions dénoncées par les organisations de ce secteur. Il a ordonné de créer une commission spéciale au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, afin d’enquêter sur les faits les plus récents et d’identifier les responsables ainsi que leurs complices à l’intérieur des institutions. Dans son discours, le Président a affirmé avec force « Cette Révolution n’est pas complice des propriétaires terriens! C’est la Révolution des paysans et des paysannes, de la Justice ». Le 28 avril Maduro a renforcé les aides économiques au secteur paysan et communard.

Pour ceux qui sont directement concernés, la question est de savoir qui est derrière la recrudescence actuelle du harcèlement contre le secteur paysan. Quelles devraient être les actions à entreprendre suite à la récente déclaration de Nicolas Maduro? Comment le soutien apporté par la Révolution aux organisations paysannes pourrait-il se concrétiser ?

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Nicolas Maduro avec Angel Prado, un des leaders de la commune paysanne El Maizal, le 28 avril 2018.

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Les luttes paysannes, point cardinal de la Révolution

Depuis ses débuts, la Révolution Bolivarienne a fait sienne la lutte historique de la paysannerie pour la démocratisation des terres, des intrants et des ressources nécessaires à la production agricole. C’est écrit de façon explicite dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999, et  dans la Loi sur les Terres et le Développement Agricole, l’une des 49 lois approuvées par voie d’habilitation par le Président Hugo Chavez en 2001, afin d’inscrire les principes constitutionnels les plus urgents dans un cadre juridique et d’application concrète.

Selon un recensement réalisé en 1998, sur les presque 30 millions d’hectares de terres cultivables dénombrées, 24 millions environ (c’est-à-dire 60%) sont regroupées dans des latifundios dont les propriétaires ne représentent que 1% de la population. L’agriculture paysanne familiale et de petite et moyenne production constituent 75% des exploitations agricoles mais ne couvre qu’à peine 6% des terres cultivables.

La lutte contre le latifundium a immédiatement suscité de violentes réactions (1) de la part de l’oligarchie, selon laquelle elle serait « contraire à l’intérêt social ». Les puissants intérêts économiques de cette caste, liés à la concentration de la propriété des terres   -plutôt qu’à la production agricole vu son rendement limité- sont à l’origine de la violence et de la persécution envers les communautés paysannes protagonistes de la récupération des terres non cultivées au bénéfice de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du pays. Tout au long de ces années de Révolution, il y a eu environ 300 assassinats de paysans commis par des sicaires, dont la plupart au cours des premières années d’application de la loi. Aujourd’hui, plus de 16 ans après, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les paysans organisés. Menaces, expulsions violentes, judicialisation et criminalisation de la lutte paysanne se répètent et se poursuivent selon un même scénario dans différents Etats du pays. La gravité de la situation a requis l’intervention du Président Maduro.

Pour mettre en évidence les différents facteurs en jeu, nous avons recueilli depuis Albar TV, l’analyse et les apports de la Plateforme de la Lutte Paysanne, qui intègre différentes commissions et coopératives paysannes et des petits producteurs de divers Etats du pays (2).

1) Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.

A l’origine de la criminalisation de la lutte paysanne, il y a de puissants intérêts liés à la concentration de la propriété foncière. Pour s’imposer, ils agissent à différents niveaux et ils tirent actuellement profit d’une matrice d’opinion qui désigne le secteur paysan comme responsable des difficultés économiques que connait le pays. Cette matrice d’opinion prend pied jusque dans les institutions d’état.

Bien que dans la conjoncture économique actuelle, 70% des aliments consommés par les foyers vénézuéliens proviennent de l’agriculture paysanne familiale, on met la crise que nous traversons sur le dos des paysans et ce parti pris se renforce, parce qu’au sein même des différentes institutions on ne croit pas au modèle de production paysan. Ils se justifient en disant que l’Etat a donné des terres et accordé des crédits mais que le paysan « n’a jamais su produire », nous explique-t-on à la Plateforme.

« Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en réalité l’Etat n’a pas mené de politiques judicieuses qui auraient pu contribuer au développement agricole. Car c’est un mensonge que d’affirmer que la plupart des terres sont aux mains des paysans : la plus grande partie d’entre elles, de même que la majeure partie des équipements et du capital disponible pendant la Révolution ont été aux mains de l’Etat, d’entreprises d’Etat qui appartenaient auparavant à la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL) et qui se retrouvent aujourd’hui en partie dans la Corporation du Développement Agricole (DelAgro) et de l’entreprise agricole des Forces Armées Nationales Bolivariennes (AgroFANB) ».

Même si les grands projets de l’Etat issus de la Révolution ont eu des résultats remarquables dans le domaine de la production, la guerre économique de ces dernières années ont compromis ces efforts et montré leur fragilité, que ce soit par le fait d’être devenus l’objet de la contrebande et du détournement de denrées alimentaire, ou par les difficultés liées à l’entretien des machines et à la préservation technologique, ou encore par des erreurs de gestion, entre autres facteurs.

Le discours qui attribue la responsabilité de la crise à l’agriculture paysanne à des répercussions très graves : « car une telle logique amène à dire que les entrepreneurs, eux, savent produire, et par grandes quantités », et c’est pourquoi il faudrait établir des accords à cette fin. Mais il s’agit là d’une logique perverse, qui mène à la restauration du latifundium sous un discours prétendant que des entreprises privées pourraient s’allier à l’Etat pour « faire produire la campagne ». Ce qui signifierait déloger le petit producteur, le paysan,  comme on le constate avec les tentatives d’expulsion actuelles et serait une trahison au legs paysan laissé par Chavez, à tout ce qui a été réalisé et à tous les morts qui sont tombés au cours de ces années. Nous nous trouvons donc face à un grand danger, celui d’une politique restauratrice ».

Les pratiques de monoculture intensive propres aux grandes entreprises de l’agrobusiness sont illégales au Venezuela. C’est ce qu’établit la Loi Organique de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire (2008) qui, tout au contraire, reconnait l’importance qu’a pour le pays le développement d’une agriculture durable. Dont les bases sont : l’agricuture paysanne, familiale et des petits producteurs, comme l’a défini l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (sigle anglais FAO), qui met en évidence l’importance cruciale de la petite production du fait qu’elle répond au triple défi de produire plus d’aliments, de créer plus d’emplois et de conserver les ressources naturelles.

A l’inverse, la mal nommée « révolution verte » de l’agrobusiness n’a non seulement pas atteint son objectif affiché (réduire la faim dans le monde), mais a démontré qu’elle avait des impacts négatifs considérables en épuisant la terre, en instaurant une dépendance au monopole des grandes corporations mondiales sur les instrants et en provoquant le déplacement de la population paysanne et son appauvrissement culturel.

« La production paysanne et la production familiale fournit 80 à 90% des aliments des pays d’Amérique du Sud. Ce que produisent les grandes surfaces de l’agro-industrie aux mains du capital étranger ou national ne sont que des « commodities ». Nous avons là deux points de vue antagonistes » prévient la Plateforme.

Sandra del Toro, communarde

2) Garantir la sécurité juridique des récupérations.

Selon  des informations présentées par le Président Maduro, les terres reprises au latifundium ont atteint 6 millions d’hectares. Cependant, « il y a environ 6 000 cas de récupération pour lesquels la procédure juridique a commencé mais n’a jamais été achevée, « selon les indications de la Plateforme de la Lutte Paysanne.

Par exemple, dans le cas de la commune El Maïzal, dans l’Etat de Lara, « une récupération a eu lieu en 2008 (avec le Président Hugo Chavez en personne). Ce fut une opération spectaculaire, en présence même du propriétaire. Mais  cette récupération n’a jamais été finalisée par l’INTi devant les tribunaux. Le résultat a été qu’en 2013 le TSJ a ordonné de rendre ces terres à l’ancien propriétaire. Comme à ce moment-là avait lieu une rencontre extraordinaire des Communes, il y a eu toute une protestation au niveau national et le Président Nicolas Maduro a pris les devants et a annulé cette décision ».

Des milliers de cas de récupération ont été engagés sans jamais aboutir ou être clos  juridiquement, d’où leur précarité. N’étant pas fondés sur des actes juridiques définitifs, une décision du pouvoir judiciaire peut à tout moment les annuler. La responsabilité retombe, dans ces cas-là, sur l’INTi, qui effectue toutes les démarches légales concernant les récupérations. Nombre de récupérations font l’objet de plaintes de la part des prétendus propriétaires, mais l’INTi n’a jamais donné suite aux convocations des tribunaux. Il y a un risque de de perdre ainsi jusqu’à 90% des récupérations », affirment-ils.

Tout cela se traduit par une absence de sécurité juridique, y compris pour le secteur paysan  qui a reçu son outillage agricole. « Un processus de récupération dure au minimum de six mois à un an. Mais dans les faits, il peut prendre plus de cinq voire dix ans. Si cela est dû en bonne partie à l’inertie bureaucratique, il faut savoir aussi que des avocats de l’INTi perçoivent des pots de vin en contrepartie de leur inaction et que de cette façon, les délais légaux sont dépassés et on aboutit à une péremption administrative. Bien entendu, à l’expiration de la procédure, tout document fourni est invalidé, que ce soit une carte foncière ou une adjudication ».

En effet, au Sud du Lac nous avons un cas de 300 hectares récupérés dans lequel le tribunal des affaires agricoles a reçu une plainte lui demandant d’annuler la carte foncière qui avait été octroyée à la communauté paysanne l’année dernière. Si le tribunal invalide la carte foncière, les paysannes et les paysans seront mis dehors. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le scénario d’un changement de gouvernement, ils n’auraient même pas besoin de dire « nous allons annuler les récupérations », il suffira simplement d’activer  ces cas de péremption judiciaire, c’est-à-dire qui n’ont pas été menés à terme et les terres seront rendues aux latifundistes.

3) Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions.

Suite à l’appel du Président Maduro, le Vice-Ministre des Terres et président de l’INTi, Luis Soltedo, est intervenu ce mardi au siège régional de cette institution dans l’Etat de Mérida après l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, de l’expulsion de l’exploitation La Magdalena, dans la localité d’Obispo Ramos Lora. C’est là que le 16 mars dernier, 32 personnes de la communauté paysanne, accusées d’effraction bien qu’elles aient été en possession d’une autorisation de l’INTi pour récupérer ces terres non cultivées, ont été arrêtées.

Soltedo a destitué 17 fonctionnaires rattachés au Bureau Régional  des Terres de l’Etat de Mérida suspectés d’avoir commis des actes de corruption et a désigné un nouveau directeur. Mais nous ignorons toujours si outre le fait d’avoir été destitués, ils seront poursuivis en justice et si les destitutions sont en rapport avec les harcèlements  envers les organisations paysannes ou avec le sabotage des procédures administration des récupérations. Dans cette même localité, a été dénoncée la complicité des fonctionnaires de l’INTi avec les propriétaires terriens dans le but de faire obstacle à la procédure de récupération de 400 hectares de terres non cultivées du Fundo el Carmen engagée par deux conseils paysans.

Les enquêtes devront être complètes. « Sur le plan judiciaire, la Défenseure publique devra enquêter  sur des procureurs et des juges qui font preuve de partialité envers les propriétaires fonciers et qui prêtent main forte aux expulsions et à l’emprisonnement des paysannes et paysans », affirme-ton à la Plateforme en évoquant l’existence d’un réseau de corruption.

De son côté, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, qui livre une grande bataille contre la corruption depuis qu’il assume sa charge (août de l’année dernière), a déclaré que le Ministère Public affrontera les propriétaires terriens au moyen de la Loi et qu’il assurera la défense des droits humains des paysannes et des paysans victimes de ces tentatives de restauration du latifundium. Une enquête sur les autorités régionales et municipales est nécessaire « parce que leurs services de police ont été utilisés dans les expulsions ». C’est le cas, par exemple, pour Hato Las Mercedes de la municipalité de Pedraza (Etat de Barinas) où environ 450 familles, qui sont venues travailler ces terres dès 2011 avec l’autorisation de l’INTi, ont été victimes d’une expulsion brutale le 7 mars 2017. Dans un autre contexte, nous avons aussi le cas de la commune Minas de Buria, située dans le massif de Nirgua (Etat de Yaracuy) où 277 petits exploitants agricoles sont poursuivis en justice et se trouvent sous la menace d’une expulsion des terres sur lesquelles ils vivent depuis 50 ans, sous l’accusation d’occupation illégale bien qu’ils soient en possession d’une carte foncière de l’INTi. La commune a dénoncé à plusieurs reprises que derrière tout cela oeuvrent en réalité les intérêts de l’exploitation sablière et minière de la région.

« Il faut aussi enquêter à l’intérieur du secteur militaire, car les Forces Armées Bolivariennes ont également été utilisées pour prêter main-forte aux expulsions des communautés paysannes. » Comme exemple, on cite le cas de Hato Gavilan – La Chaqueta (Etat de Barinas) où depuis le 17 avril dernier ,les paysannes et les paysans  qui avaient été expulsés de force de leurs terres, ont pu revenir au bout de 80 jours environ. Au moment de l’expulsion, ils venaient de passer dix mois à  produire des aliments sur ce latifundio. « Ce Hato est protégé par la GNB. Que fait là la GNB ? Sans doute existe-t-il des intérêts pour l’appropriation politique ou militaire de ces terres.  On n’en parle pas, mais il faut enquêter, il ne peut y avoir d’impunité ».

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4) Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds.

« Dans beaucoup d’Etats, les propriétaires terriens ont de nouveau recours à des paramilitaires et à des sicaires pour harceler et menacer la communauté paysanne et lui faire quitter les terres qu’elle travaille », dénonce la Plateforme de la Lutte Paysanne. « C’est une méthode qui a été utilisée durant les cinq premières années de la mise en application de Loi sur les Terres ;   c’est pendant ces années qu’ont eu lieu la plupart des assassinats de paysans » qui, rappelons-le, ont dépassé les 300.

Quelques jours avant le discours du Président Maduro sur les expulsions, des bandes armées au service des propriétaires terriens venaient d’attaquer le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes, dans la communauté de Las Bateitas de la municipalité de Papelon, Etat de Portuguesa. « Au cours de cette attaque, ils ont incendié une maison, brûlé un tracteur, détruit les plantations des paysans qui avaient passé huit ans à occuper et cultiver ces terres ».

Le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes est présent sur un latifundio de 24 000 hectares, nommé Hato Garzon et signalé comme terres non cultivées à l’INTi. Depuis huit ans,  80 familles lui donnent vie en produisant du maïs, des fèves, des haricots, de la banane plantain et de la yuca, en plus de faire de l’élevage de bétail  à double fonction (viande et lait). Durant toute cette période, ils ont reçu des menaces de la part de groupes armés au service de Ali Torrealba, qui prétend être le propriétaire de ces terres non cultivées », nous dit-on.

Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds ainsi que les propriétaires terriens représente donc une tâche urgente pour l’Etat Vénézuélien. « Il doit y avoir une réaction de la part des forces de sécurité, mais aussi au niveau politique et juridique contre les propriétaires terriens qui  financent et  protègent les sicaires et les paramilitaires. Il faut rappeler aussi que beaucoup de propriétaires terriens sont impliqués dans les garimbas et restent impunis ».

Prenons pour exemple le cas de Julio « Cesar Ronco » Garcia à Socopo (Etat de Barinas) qui a mis à la disposition de groupes violents une tractopelle pour attaquer et démolir des édifices publics. Cet individu a, de plus, viré à coups de fusil des paysannes et des paysans de Hato El Diamante – Cajarito, terres appartenant à la Nation qu’ils se sont appropriés par favoritisme selon les dénonciations de fonctionnaires de l’INTi lui-même.

« L’impunité est un facteur qui contribue à la poursuite de pratiques paramilitaires de la part des latifundistes et de l’utilisation de sicaires pour harceler, menacer,  expulser et assassiner les paysans. L’Etat a une dette historique envers le mouvement paysan, et doit rendre justice aux centaines de paysans assassinés par les tueurs à gages. Une assistance a été apportée à 20 ou 30 familles, mais on ne leur a pas encore fait justice ».

5) Renforcer la production paysanne.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est la production paysanne qui nourrit pour l’essentiel les Vénézuéliennes et les Vénézuéliens actuellement. Cependant, « la plupart des politiques d’intrants sont destinées aux grands groupements de producteurs. A ce jour, il n’existe pas de politique appropriée concernant les financements et les intrants au bénéfice de la production des petits exploitants agricoles et des paysans pauvres.

Il faudrait avant tout contrôler les coûts des intrants agricoles et  garantir leur fourniture aux producteurs ». La question des intrants agricoles est centrale pour la production, et leur prix a flambé. L’urée par exemple, un intrant que l’on fabrique au Venezuela, est passé de 60 000 à 500 000 bolivars. C’est un coup dur porté au petit producteur et à la production nationale ».

« L’Institut National de la Santé Agricole Intégrale (INSAI) compte environ 12 laboratoires de production d’intrants au niveau national. Tous les laboratoires sont à l’arrêt, par conséquent celui qui veut produire de manière agro-écologique ne dispose pas d’intrants », nous dit-on.

« Nous sommes déjà mi-avril, le cycle des semailles va bientôt commencer et nous n’avons pas d’intrants. A moins que l’Etat ou des secteurs du Gouvernement ne veuille donner la priorité et ne préfèrent travailler avec les grands groupements de producteurs et non pas avec les petits, qui sont pourtant ceux qui produisent réellement. Que vont devenir les familles de ces derniers, et qu’adviendra-t-il de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du Venezuela? »

Dans le contexte actuel de la guerre économique, il est primordial de renforcer la production. « Et pour ce faire, on a besoin d’une sécurité juridique, d’un financement approprié et d’un accès aux intrants pour les petits producteurs. La priorité doit être donnée à l’accès aux équipements et à la viabilité agricole ».

Une autre question importante est celle de la sécurité de la production face aux vols de récoltes, de machines et d’intrants qui se généralisent. « Il semble qu’une part de la guerre menée contre la Révolution consiste à détruire la production limitée qui existe dans nos campagnes et qui a permis d’atténuer les conséquences de la guerre économique. Ce que nous mangeons, la yuca, la banane plantain, les fèves, les haricots, le maïs, la patate douce, le riz, ce sont les paysannes et les paysans qui le produisent. Mais si on te vole ta motopompe, tu ne peux plus arroser. Si on te vole un transformateur, un tracteur…cela met fin à la production et la guerre économique s’aggrave ».

Notes :

1) C’est ce qu’a rappelé le Commandant Chavez lui-même : »Savez-vous ce qu’ont fait les représentants de l’oligarchie terrienne quand la loi a été approuvée et est parue dans la Gazette Officielle? Ils ont organisé un évènement public et ont déchiré le texte de Loi lors d’une cérémonie, publiquement, devant le pays entier. Un journaliste vénézuélien a dit qu’un propriétaire terrien qui déchire la Loi sur les Terres peut être comparé à un narcotrafiquant qui déchire laLoi Antidrogue. (Discours fait au Forum Social Mondial de Porto Alegre, le 26 juin 2003).

2) La Plateforme de la Lutte Paysanne comprend plusieurs Conseils et Coopératives paysannes, ainsi que des petits producteurs et productrices des Etats de Aragua, Guarico, Cojedes, Barinas, Portuguesa, Mérida, Tachira, Trujillo, Lara, Yaracuy, Carabobo, Vargas et Zulia.

Source : Alba TV/2018 

Traduction : Frédérique Buhl

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Nicolas Maduro interdit toute expulsion de paysans et exige d’arrêter les responsables de ces exactions (photos et vidéo)

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

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Jhenzi Erazo González, membre de la Cooperative Caño Avispero, reçoit le titre de propriété des terres.

“Compagnon Castro Soteldo (Ministre d’Agriculture et des Terres), compagnon Aristóbulo (Ministre des Communes), enquêtez et allez-y à fond. Dites-moi ce qu’il y a à faire et à qui couper la tête !” a dénoncé le Président Maduro lors d’une transmission en direct par la télévision publique VTV. “Je ne veux pas de grands propriétaires, de corrompus ni de complices de grands propriétaires dans le gouvernement bolivarien ! Qu’on les chasse tous ! Que soient arrêtés tous ceux qui ont emprisonné cette petite fille ! En prison, ces voyous !”

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Angélica Palencia et sa fille Juana María. Photo: La Tabla

Maduro faisait allusion à Juana María, une fillette de 5 mois dont la mère, la paysanne Angélica Palencia, de 30 ans, fut une des personnes arrêtées le 16 mars dans la municipalité Obispo Ramos de Lora de l’État de Mérida. La fillette, pour pouvoir être allaitée, était amenée plusieurs fois par jour jusqu’au siège du Corps d’Investigations Scientifiques et Pénales et Criminelles (CICPC) de El Vigía, où ont été reclus les 32 paysans, dont la maman.

“Quel besoin y avait-il de faire entrer cette fillette dans une cellule froide du CICPC?” s’est exclamée durement Jhenzi Erazo González, membre de la Coopérative Caño Avispero, “une des victimes de El Vigía”, ainsi que l’a appelée le Président vénézuélien lui-même, qui a lui a remis en main propre les titres de propriété socialiste agraire et les documents d’enregistrement agraire en faveur de la coopérative mentionnée, l’autorisant à  cultiver 350 hectares de terre de qualité A-1, de niveau optimal pour l’agriculture. Comme l’a dénoncé Angelica González, ces terres ne sont pas mises en culture par les grands propriétaires, qui y parquent des bœufs.

González a expliqué que la terre de La Magdalena, où ils travaillent, sera rebaptisée “Juana María” en honneur à la fillette de 5 mois qui l’a accompagnée lors des jours de prison.

 

Comme l’a expliqué le site Web La Tabla, le 16 mars dernier environ trente paysans étaient en train de travailler la terre de La Magdalena avec l’autorisation de l’Institut National des Terres du 21 septembre 2017 dernier leur permettant de mettre en production 350 hectares qui n’étaient pas cultivés. Des commissions policières du CICPC et de la Garde Nationale se sont alors rendues sur place avec deux juges du Ministère Public. Trois leaders paysans furent abordés avec de supposés mandats d’arrêt.

Leurs compagnons s’opposèrent à l’arrestation et assurèrent aux policiers qu’en cas d’arrestation de leurs compagnons, “il faudrait tous les emmener”, comme l’explique aussi la journaliste Indira Carpio, de sorte que les 32 travailleurs furent arrêtés. Parmi eux se trouvaient onze femmes et six personnes âgées, dont une atteinte d’une affection cancéreuse.

La mesure de privation de liberté fut ordonnée par la Juge du Pôle 6 de contrôle de Mérida, Rosario Méndez. La terre en conflit a pour supposé propriétaire la famille Celis Aranguren, qui – selon le site La Tabla – possèdent huit autres grandes propriétés dans la région et qu’elle voue à l’élevage alors qu’il s’agit de terres de catégorie 1 et 2, dont l’usage doit être légalement réservé à l’agriculture.

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Photo: La Tabla

Finalement, le 25 mars, les paysans ont été libérés. Le jour suivant, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a annoncé que le Parquet a demandé à la Juge du pôle 6 de Mérida, de revoir sa mesure de privation de liberté contre les 32 paysans. Il a indiqué que ces paysans ont été arrêtés arbitrairement “en violation des Lois de la République, qui consacrent le droit à la terre comme Droit Humain” et a manifesté sa “ferme volonté d’affronter avec la loi les grands propriétaires”.

Il a également indiqué que le Ministère Public “assumera la défense des droits humains de nos paysannes et paysans quand ils sont victimes de puissants secteurs économiques qui veulent faire revenir le Venezuela à l’époque des grandes propriétés (latifundios) ”.

Nicolas Maduro: « J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites ! ». L’Assemblée Nationale Constituante ouvrira une enquête.

“J’ai demandé à l’Assemblée Nationale Constituante qu’on ouvre une enquête et que dans les 15 jours elle me remette un rapport sur les expulsions illégales, répressives, dont a été victime le mouvement paysan ces dernières semaines dans tout le pays” a insisté le Président Maduro lors de la transmission de VTV. “J’exige une enquête approfondie pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux grands propriétaires. J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites !” a exprimé le mandataire national.

“Celui dont je découvre qu’il a des liens avec les grands propriétaires et utilise la force publique pour poursuivre et expulser comme cela s’est produit à El Vigia, qu’il soit sûr que je vais le faire traduire en justice et qu’il sera expulsé des rangs de la révolution ! Je le chasserai du gouvernement ! Les expulsions sont interdites ! Assez de corruption et de complicité avec les grands propriétaires ! Ca suffit ! Nous ne sommes pas une révolution complice des grands propriétaires ! Nous sommes une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice !” a souligné le président vénézuélien.

Epurer les institutions

Après avoir reçu son titre agraire des mains du Président Maduro, Jhenzi Erazo González s’est exclamée : “Malgré tant d’intimidations de la part des différents corps de sécurité, nous sommes toujours en lutte ! Aujourd’hui notre président Nicolás Maduro Moros fait de notre rêve une réalité. Aujourd’hui, je parle au nom des 32 compagnons injustement détenus par le CIPC d’El Vigía à cause du caprice des grands propriétaires et latifundiaires et de la complicité de fonctionnaires qui sont toujours dans une institution créée en révolution telle que l’Institut National des Terres (INTI). Monsieur le Président, comment est-il possible que deux fonctionnaires aient apporté leur concours à ces actes de répression contre nous ?” s’est demandé González tout en dénonçant les fonctionnaires Yelibel Hernández et Ana Karina Pérez qui « ont participé pour que nous soyons humiliés de la manière la plus cruelle”.

La paysanne a également exigé que soit destituée la juge qui a pris la mesure d’arrestation, au mépris du titre remis par le président de l’Institut National des Terres à ce moment-là, mesure aujourd’hui ratifiée par le Président de la République.

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González a invité le président Maduro, au nom des 32 compagnons arrêtés et de la fillette de 5 mois a ce qu’il “parcoure avec nous tout l’axe Panaméricain et qu’il observe le travail que nous effectuons avec le Front Élargi Unifié de Résistance Paysanne, avec l’appui du Parti  Tupamaro et notre organisation, qui sont ceux qui nous appuient”.

Elle a aussi demandé au Président Maduro de mener les enquêtes pertinentes pour que “cette affaire n’en reste pas là”. Elle a indiqué que d’autres compagnons ont subi un déplacement forcé à la La Buena Esperanza, au cours duquel 11 compagnons furent arrêtés et qui sont encore “devant les tribunaux”, alors que l’Institut National des Terres se soit prononcé en leur faveur. “Ces compagnons ont été traités d’envahisseurs de terre et considérés comme des terroristes, et cela nous fait mal car nous sommes une seule et même famille à l’échelle de tout une nation, nous voulons produire et faire avancer ce pays”.

González a lancé un appel à l’Institut National des Terres pour qu’il “travaille la main dans la main avec nous. Sur l’axe Panaméricain nous travaillons avec trois fois rien, parce que nous n’avons pas de machines. AgroPatria (entreprise publique d’équipements agricoles) ne nous permet pas d’acheter parce que nous n’avions pas de titre agraire. Aujourd’hui nous l’avons, compagnons !”

Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. A présent, occupons les terres pour les faire produire !”

“Je ne crois pas dans les paroles des bureaucrates ! Je crois dans la parole de cette paysanne pauvre !” a répondu le président vénézuélien après avoir écouté González. Il a insisté sur le fait qu’il faut passer de la mentalité de résistance à la mentalité offensive et productive. “Le peuple doit posséder la conscience du pouvoir. Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. Je ne me serais pas laissé faire. En vous disant cela, tout est dit. Que celui qui a des oreilles entende bien. Ne vous laissez pas faire. Je ne me serais pas laissé faire ! (..) Et à présent il faut occuper les terres pour produire”, a insisté Maduro.

Le 18 avril le Venezuela atteindra les six millions d’hectares remis aux paysans.

Le président a annoncé que le 18 avril “nous allons atteindre un objectif auquel Hugo Chavez accordait beaucoup d’importance : la Révolution Bolivarienne aura octroyé six millions d’hectares aux paysans ”. Pour atteindre cet objectif, a expliqué Maduro, 44.000 hectares de plus ont été remis aux travailleurs ruraux, dont il a remis ce lundi une partie sous la forme de nouveaux titres de propriété aux paysans.

Le président a indiqué qu’il est nécessaire d’être autocritiques et d’augmenter la production agraire pour aider le pays à sortir de la problématique qu’il subit actuellement. Il a rappelé qu’en Colombie plus de 300 mille citoyens ont été assassinés en 70 ans à la suite, entre autres causes, de la lutte pour la terre. “Les terres en Colombie sont aux mains de 10 familles. Au Venezuela, la propriété des terres a commencé à se démocratiser avec l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, la Loi des Terres (approuvée en 2011 par le président Hugo Chavez), avec la Constitution Bolivarienne (de 1999)”. Nicolas Maduro a rappelé que la Constituante accélèrera ce processus de démocratisation « pour que les terres appartiennent à ceux qui la cultivent ».

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“Je demande plus d’efforts productifs. Nous ne produisons pas la quantité suffisante pour couvrir les besoins d’un pays qui veut le socialisme, qui veut l’égalité, le futur. Qui va produire pour nous ? Donald Trump ? Santos ? Nous devons produire nous-mêmes et je vais vous demander un plan productif” a dit le Chef de l’État en s’adressant aux leaders des mouvements paysans et aux ministres Castro Soteldo et Istúriz.

Maduro a également convoqué l’État Major Paysan pour que le prochain 25 avril se tienne une réunion de travail dans laquelle seront revus des plans réimpulsant le secteur agricole du pays. Il a appelé les travailleurs ruraux à revoir les plans de production sur les six millions d’hectares octroyés au secteur paysan, afin d’ « approuver les ressources en bolivars et en Petros, pour aller vers un grand plan productif de l’agriculture vénézuélienne ».

Source : http://albaciudad.org/2018/04/maduro-32-campesinos-detenidos-el-vigia-video/

Traduction : Thierry Deronne

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Andrés Antillano : « l’Arc Minier apporte de la cohérence à une activité minière qui devenait chaotique ».

Après plusieurs mois de recherche ethnographique dans l’Arc Minier, un scientifique vénézuélien renommé soutient que l’activité minière de l’Orénoque fait l’objet d’une stigmatisation intéressée, de la part du grand capital tout particulièrement. L’une de ses conclusions est qu’un « partenariat entre l’État et la petite exploitation minière est un moyen de conjurer la violence et de garantir un développement minier respectueux de l’environnement ».

par Nerliny Caruci. « Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise compréhension de l’activité minière, faite de répression et de non reconnaissance qui a mené à une situation favorable à l’émergence de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs ». C’est ainsi que le scientifique explique dans quel contexte est apparu le controversé Arc Minier de l’Orinoco et comment cette nouvelle politique rend sa dignité au monde des mineurs.

Andrés Antillano- en el río Cuyuni - Foto Emilio Guzmán

Andrés Antillano (à droite sur la photo) est psychosociologue et enseignant à l’Université Centrale du Venezuela (UCV), spécialiste en criminologie et militant des Droits de l’Homme. Ce scientifique a fait des recherches sur le terrain, à l’intérieur même des mines de l’Etat de Bolivar, afin de comprendre la vie du peuple des mineurs dans sa quotidienneté, et pour aller plus loin, la manière dont les pratiques sociales associées à l’activité minière s’organisent. « L’Arc Minier nous permet de garantir un développement responsable de l’activité minière reposant, avant tout, sur ce qui représente la force motrice de cette transformation minière : la classe laborieuse des mineurs », souligne l’expert en référence à l’impact environnemental et social qu’aura l’Arc de Guayana.

Selon l’opinion qu’il s’est forgée sur la base des dispositifs ethnographique de coproduction de l’information, le secteur minier exprime l’identité de la classe travailleuse vénézuélienne, malgré « la stigmatisation intéressée » que propagent à son sujet »le grand capital qui était à l’origine de l’activité minière ». La pression exercée contre l’Arc Minier augmente avec le temps. Il suffit de se rappeler comment il a été discrédité ces derniers jours dans l’opinion publique : « l’activité minière décrétée par Maduro cause des ravages », « l’Arc Minier dévore le Venezuela et personne ne dit rien » ou « L’Arc Minier ampute de 12% le territoire national », alors même que des scientifiques, le peuple des mineurs, des leaders indigènes et le gouvernement national ont démontré que l’Arc Minier de Guayana est une politique qui est venue mettre de l’ordre dans le chaos qui régnait dans une activité minière qui, selon les termes d’Antillano, « partait en vrille ».
Selon ce chercheur universitaire, il y a un peu de tout dans ces critiques : des critiques malveillantes, des critiques justes et des jugements à l’emporte-pièce dues à l’incompréhension. Artillano a défini le partenariat entre l’Etat et la petite exploitation minière dans l’Arc Minier de l’Orinoco comme la voie incontournable à suivre, pouvant être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions d’exploitation relevant quasiment de l’esclavage et qui subissent des spoliations et des pillages sans fin ».

Pourquoi mener une recherche scientifique sur le thème de l’activité minière?

L’intérêt de cette recherche est de dénoncer la stigmatisation qui pèse sur les petits exploitants miniers et qui répond à certains intérêts, selon moi. Cette stigmatisation fait partie d’une stratégie de négation de notre peuple, de négation des petites gens qui sont pourtant ceux qui produisent nos richesses et qui font le pays. Il s’agit d’une stigmatisation historique des petits exploitants miniers qui cherche à les faire apparaître comme des groupes criminels, des fainéants et des prédateurs de l’environnement, alors que ce sont justement ces petits mineurs qui, j’insiste là-dessus, produisent la richesse, tout comme les pauvres et les travailleurs de ce pays.

Donc, pour l’essentiel, cette recherche a tenté de connaître de près le monde de la mine. L’ethnographie consiste justement à faire partie intégrante de l’objet que l’on étudie : il ne s’agit pas de voir les choses de loin, mais de connaître de près la vie, les pratiques sociales, les formes d’organisation, les problèmes des mineurs, et bon, ç’était vraiment passionnant. Et je suis arrivé à la conclusion, Nerliny, Ministre, Maria, que si un secteur de la population est à même d’exprimer l’identité de la classe travailleuse de ce pays, c’est bien celui des mineurs. Dans notre imaginaire collectif, il y a un peu de cette représentation très coloniale d’El Dorado, l’idée que l’or se trouve facilement, qu’il est à portée de main.

Andrés Antillano- en El Callao - Foto Emilio Guzmán
Quelle idée!

Oui vraiment, quelle idée! Comme cette croyance aussi que lorsqu’il a plu à El Callao, apparaissent des « cochanitos » en or ; peut-être cela s’est-il passé un jour? Non, sérieusement, si l’or a une quelconque valeur, ce n’est pas le métal en lui-même qui la lui confère, mais le travail gigantesque fourni par le mineur.

Andrés, pourquoi le public a-t-il une mauvaise image du mineur? Pourquoi cette image négative du mineur est-elle autant relayée par les médias?

Parmi les mineurs, on trouve toutes sortes de personnes, mais les gens honnêtes et travailleurs prédominent, des gens qui s’efforcent de gagner leur vie par leur travail avec une détermination impressionnante. De plus, le mineur mène une vie très simple, très modeste ; il utilise l’or pour survivre, mais il ne s’agit pas du tout de fortunes colossales! Cette croyance est un autre grand mythe!

Il peut y avoir beaucoup de raisons à cette stigmatisation, mais je pense qu’elle est intéressée, tout particulièrement lorsqu’elle provient du grand capital qui était à l’origine de l’exploitation minière. On parle par exemple de déprédation de l’environnement ; je suis allé sur place et j’ai vu, en effet, des zones présentant beaucoup de dégâts, mais c’était le résultat de l’activité d’anciennes grandes entreprises minières qui ont été expulsées (par le gouvernement du Président Chavez). J’étais sur les lieux, on ne pourra pas me raconter d’histoires. En outre, le mineur éprouve un profond sentiment anti-impérialiste. C’est une des choses que j’ai pu constater, car leur lutte de classe a toujours été dirigée contre les grandes corporations qui exploitaient les mineurs ; et le mineur a toujours revendiqué la souveraineté nationale. Se rapprocher du monde des mineurs, c’est côtoyer un monde culturellement riche du fait qu’il est le creuset du peuple vénézuélien : on trouve dans les mines des gens de la partie orientale du pays, de la partie occidentale, des gens de l’Apure, des gens des Andes, des camarades venus d’autres pays, des frères colombiens. Bref, l’Arc est un véritable creuset des secteurs populaires et à ce titre possède une culture très riche. De plus, le mineur a le sens du bien commun -bien sûr j’insiste sur le fait qu’il y a un peu de tout parmi cette population et qu’il ne faut pas généraliser – mais il comprend que la nature ne peut pas être pillée éternellement, car il en vit et doit entretenir avec elle une relation fondée sur le respect. Ensuite, il y a un problème qui relève de la responsabilité de l’Etat ; j’entends par là que le Ministère du Développement Minier Ecologique se doit de régler la question de la situation irrégulière des petits exploitants miniers.

Arco Minero del Orinoco - Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán

Le secteur informel?

Exactement. Le travail informel fait du peuple des mineurs une proie facile des groupes criminels et des victimes d’extorsions. J’ai pu voir comment, sous prétexte de lutte contre le paludisme, des mercenaires de la santé détournent les médicaments pour les vendre à leur propre profit et à des prix exorbitants aux mineurs – des médicaments qui sont gratuits au Venezuela! -, vous vous rendez compte? Le travail informel est aussi lié à la situation juridique, légale du mineur ; à cet égard, une politique de régularisation, de légitimation, une présence de l’Etat et des partenariats entre l’Etat et les petites exploitations minières, non seulement amélioreraient la situation des mineurs, mais garantiraient également un développement respectueux de l’environnement tout en allant dans le sens d’une stratégie visant à remédier à la situation de guerre économique que vit le pays.

Ces jours-ci, on a pu lire dans quelques médias que les résultats d’une enquête que vous avez faite dans l’Arc Minier de l’Orinoco montrent qu’ « il y a une relation directe entre la flambée de la production d’or et la violence ». Peut-on considérer les choses ainsi? Cette affirmation rend-elle justice à la manière dont le phénomènes de la violence se forme dans l’Arc?

Je n’ai absolument pas dit cela, vraiment! D’abord, il y a la question de la rente. L’exploitation minière existe au nord de l’Etat de Bolivar depuis presque 200 ans – en 1824, la première exploitation s’est installée dans la région de Cuyuni – et pourtant la violence n’y régnait pas. Les groupes criminels ne proviennent pas du peuple des mineurs ; bien au contraire, ce sont les mafias qui abusent des mineurs. La violence présente dans l’Arc Minier est liée à plusieurs facteurs dont, je crois, la faible présence de l’Etat. C’est pourquoi il faut renforcer cette présence et réglementer l’activité minière. Par exemple, les mineurs envisagent, entre autres choses, la possibilité de vendre l’or directement à l’Etat et à cet égard, les premiers résultats positifs des bureaux de l’or laissent envisager une politique d’une haute importance, consistant à vendre l’or directement à la Banque Centrale et à Minerven ; et aussi d’entrer en relation étroite avec l’Etat, car les mineurs comprennent que l’Etat Vénézuélien n’est pas là pour les brimer, mais pour les protéger et leur rendre leur dignité. Puisque c’est justement la faible présence de l’Etat qui favorise la toute-puissance des organisations criminelles. La perspective de très gros revenus est également très attractive pour les bandes criminelles qui finissent par exploiter les mineurs. En fait, le problème central est le le prélèvement dérégulé de revenus en l’absence d’un partenariat actif entre l’Etat et les communautés.

La violence est liée à un contexte de lutte de classes ; c’est-à-dire qu’actuellement, ce n’est pas le grand capital des entreprises transnationales qui exploite le mineur, mais les groupes criminels eux-mêmes. Donc, la présence forte de l’Etat, la collaboration entre l’Etat et la petite exploitation minière est un bon moyen de conjurer la violence dans l’Arc Minier de l’Orinoco La violence et l’activité minière ne sont pas nécessairement liées! La violence relève de l’absence de politiques visant à intégrer les mineurs et à leur garantir des conditions de vie satisfaisantes – et je pense que l’Arc Minier de l’Orinoco représente un effort important dans ce sens-.

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Y a-t-il des personnes qui s’opposent à l’Arc Minier conçu par le Commandant Chavez et qui se concrétise aujourd’hui par le décret du Président Nicolas Maduro ? A votre avis, quel est l’impact social de l’Arc Minier de l’Orinoco?

Bien sûr! Parmi les critiques contre l’Arc Minier, on trouve de tout : de la critique malveillante, des critiques valables et justes que je pourrais même partager, et des critiques dues au manque d’information. C’est pourquoi je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour saluer le travail médiatique effectué par En la bulla, dont l’émission a été réalisée au Ministère du Développement Minier Ecologique avec la Radio Nationale du Venezuela. Mais je pense qu’avant tout l’Arc Minier cherche à donner une cohérence à une activité minière qui existe depuis très longtemps et qui partait en vrilles de toute façon.

Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise connaissance de l’activité minière, faite de répression et d’incompréhension ; créant ainsi un contexte qui, par exemple, a favorisé l’apparition de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs. Donc, je suis convaincu que l’Arc Minier contribue à régulariser la situation des petits exploitants miniers, à garantir leurs droits, à garantir une présence active de l’Etat et à démontrer que le développement d’une activité minière écologique n’est certainement pas une utopie. Des expériences intéressantes ont été menées dans des régions minières du Pérou où la communauté des mineurs établit elle-même des mécanismes de contrôle et de surveillance de l’environnement ; ce sont des initiatives susceptibles d’assurer un développement responsable de l’activité minière, surtout si elle repose sur ce que je pense être la force motrice de cette transformation de l’activité minière : les petits exploitants miniers la classe travailleuse des mineurs.

Tu disais il y a un instant que le peuple des mineurs est un peuple très modeste qui manie de grandes richesses. Est-ce que cette pauvreté découle de l’ignorance de la valeur de tant de richesse? Qu’en penses-tu ?

Eh bien figure-toi qu’une des choses qui, à mes yeux, est sans rapport avec ces mythes dont parlait Nerliny, est le fait que le petit exploitant minier ne produit vraiment pas beaucoup. Il ne garde qu’une très petite part de sa production pour lui, en réalité, et l’estimation de ses gains n’est qu’approximative.

Et ce qu’il gagne, il le perd à cause des rackets.

Oui, il finit par le donner aux racketteurs ou en achetant certains produits à des prix exorbitants ; par exemple, des médicaments contre le paludisme qui sont gratuits mais qu’on leur vend à des prix faramineux. Le mineur se retrouve donc avec juste 10 ou 15% de sa production. Il extrait de très petites quantités et ne conserve pour lui que 10% de ce qu’il a sorti. Le surplus reste là. Et qui se l’approprie? Les mafias, les opérateurs qui rackettent les mineurs. Dans un tel contexte, le développement des forces productives minières, l’assistance technique aux mineurs et le déblocage de fonds au profit des mines pouvant être réinvestis, jouent un rôle clé.

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Nous allons créer un Fond Social Minier.

Ce genre de choses va permettre d’éviter des dangers bien réels qui menacent la souveraineté nationale. Il y a des pays où des dynamiques de conflits armés sont largement financées par ces pratiques d’extorsion exercées sur les petits mineurs. Ce n’est pas le cas au Venezuela heureusement! Mais c’est un danger permanent. Donc, la possibilité pour la classe travailleuse des mineurs et l’Etat de se réapproprier cet excédent et d’alimenter les caisses de la Banque Centrale, selon des accords équitables entre les petits exploitants miniers et l’Etat, va non seulement écarter ce danger, mais favorisa aussi le développement de l’activité minière traditionnelle, qui représente une activité productive effectuée essentiellement à la main. Au cours de mon enquête, je suis descendu dans les « barrancos » (ravins) comme on appelle là-bas les galeries verticales, jusqu’à 50 mètres de profondeur pour voir comment on extrait l’or à coups de marteau. C’est un travail très artisanal, très rudimentaire et qui met souvent la vie du mineur en danger. Par conséquent, la mise au point et l’application de technologies plus performantes et respectueuses de l’environnement ainsi que la protection de la sécurité au travail et de la santé des mineurs vont se traduire non seulement par la dignification de la vie du mineur mais aussi par une activité beaucoup plus rentable et bien moins coûteuse ; tout cela a quelque chose à voir avec cette enquête, le savoir-faire et l’assistance technique que vous mentionnez. C’est une réelle opportunité de régler le problème de l’usage du mercure qui affecte autant les mineurs que l’environnement.

Toi qui as côtoyé le peuple des mineurs et qui a fait des enquêtes, peux-tu nous dire si les mineurs sont conscients de la nécessité de préserver l’environnement et les écosystèmes dans lesquels ils travaillent? Quelle est ton impression sur ce peuple?

Je dois d’abord souligner que le monde du petit exploitant minier est très hétérogène. Il y a le mineur traditionnel –comme c’est le cas de Maria – : un mineur qui exerce ce métier durant toute sa vie et a développé un savoir-faire dans la protection de l’environnement ; et puis il y a les nouveaux arrivants qui s’adonnent à des activités très nuisibles ; ils veulent se constituer un petit capital le plus vite possible, parfois même au détriment de leur propre vie. Mais en règle générale, l’impact destructeur de l’activité du mineur traditionnel sur l’environnement est plutôt faible. Bien sûr, comme les mineurs sont nombreux, les dégâts seront sans doute plus importants, mais c’est avant tout leur propre vie qui est menacée par la contamination au mercure et par le paludisme. Mais, je le répète, le mineur traditionnel sait intuitivement que la préservation de l’environnement est primordiale ; car, en fin de compte, le mineur vit en relation étroite avec son environnement ; le mineur traditionnel prend soin de son milieu naturel.

Le mineur générationnel a une forte culture propre au monde de la mine et qui se différencie nettement ne serait-ce que par le fait qu’il est moins sujette aux accidents que les autres. Il a une relation responsable avec son travail et avec l’environnement, puisqu’il est né et a vécu dans la mine, ou bien a toujours été en relation avec le monde de la mine. Cette relation est d’ailleurs très intéressante. A El Callao par exemple, de nombreuses familles ont une mine dans la cour de leur maison et n’exploitent que le strict nécessaire. Imaginez-vous, Ministre, Nerliny, la différence que cela représente avec le grand capital! C’est vraiment une grande différence en comparaison avec les grandes industries minières qui épuisent rapidement le gisement en extrayant les plus grandes quantités possibles de ce minerai ; parfois même elles n’extraient rien car ce qui les intéresse c’est le chiffre d’affaires boursier, c’est de figurer à la bourse de valeurs de Wall Street.

Le mineur traditionnel comprend que son mode de vie prioritaire doit être de se procurer uniquement la quantité d’or dont il a besoin pour vivre ; il n’entretient pas de relation déprédatrice avec la mine, ni avec son milieu environnemental. Néanmoins, d’autres formes de relations existent sur le territoire ; par exemple, l’usage de dragues et de bassins, qui constitue une sorte de moyenne exploitation minière, illégale, mobilisant d’importants capitaux et agissant en toute impunité, a un sérieux impact destructeur sur les lits des rivières. Il y aussi les familles de mineurs qui viennent des grandes villes et, pour une bonne part, de la campagne, fuyant la pauvreté que provoquent la guerre économique criminelle menée actuellement contre les secteurs populaires et les opérations de spéculation dirigées contre le peuple vénézuélien. Ces familles viennent le plus souvent pour chercher une bouffée d’oxygène, reprendre leur souffle dans l’activité minière, certaines d’entre elles croyant à la légende d’El Dorado et s’imaginant faire fortune rapidement ; cette légende est fausse, j’insiste là-dessus, car le petit exploitant travaille avec des méthodes très peu industrielles, voire artisanales, et ne réussit jamais à faire fortune, sauf dans quelques rares endroits – il se fait moins d’un gramme d’or – moins d’une « grama » comme ils disent dans les mines.

C’est ce que l’on constate dans les bureaux de l’or : le travail de 25 000 mineurs s’est traduit, lors de la 12ème livraison de 2017, par un peu plus de 700 kilos de métal aurifique.

Vous touchez là un point très important que je n’ai pas fini de développer : chaque mineur, chaque équipe et chaque compagnie travaillent essentiellement en coopération. L’exploitation minière produit relativement peu et les gains des mineurs ne sont pas très élevés ; mais les mineurs dans leur ensemble peuvent obtenir des gains importants. A ce point de vue, il existe un vide que les petits exploitants comblent avec le Conseil Populaire Minier.

Avec les brigades de mineurs.

…avec les brigades de mineurs. Qui n’ont rien à voir avec des unités isolées : elles constituent un véritable mouvement. Car leur capacité de production pourrait faire du mouvement de l’Arc Minier le mouvement populaire le plus important du pays : autant pour leur production que par le grand nombre de familles qui y sont impliquées. C’est-t-à-dire que les petits mineurs organisés de manière collective pourraient se réapproprier leurs propres excédents, avec l’aide de l’Etat, pour le transférer à ce dernier et à la Banque Centrale à un prix juste, ce qui rendrait possible une évolution sociale, technologique et éducative. Le gros problème est que la plupart du temps les mines se trouvent en-dehors des secteurs les mieux implantés, et les enfants n’y ont donc pas accès à l’enseignement scolaire. Avec le Conseil Populaire des Mines, nous avons réfléchi à des projets d’enseignement non officiel et de santé qui permettraient à ces enfants d’être pris en charge, et de quelle manière on pourrait intégrer ces projets dans une dynamique de développement local global.

Minas Ríos Cuyuní-Chicanán - Foto Emilio Guzmán

De tout l’Arc Minier de l’Orinoco ?

De tout l’Arc Minier, contrôlé par ceux qui produisent la richesse. Car, finalement, c’est cela le socialisme, que ceux qui produisent les richesses soient aussi ceux qui décident politiquement de leur usage. De ce point de vue, la possibilité d’un partenariat entre les petits exploitants miniers et l’Etat, dans l’Arc de l’Orinoco, est la seule voie à suivre et peut être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions de surexploitation voir de quasi esclavage, livrés à la spoliation et aux pillages permanents, que ce soit dans différents pays de notre Amérique que dans le reste du monde.
Une fois de plus, nous pouvons constater, Nerliny, que là encore nous avons besoin de l’Arc Minier de l’Orinoco pour aborder la question socio-environnementale qui, comme nous le disions dans notre titre, est de laisser « la plus petite trace possible dans le milieu naturel mais le plus grand impact possible sur le social » et de soutenir l’organisation des mineurs, hommes et femmes, qui mènent leur vie dans l’Arc.

Et de les reconnaître. Il est important que l’Etat reconnaissent les petits exploitants comme producteurs de la richesse minière du pays. Au titre de cette légitimité , la communauté locale doit participer aux processus de prise de décision, de contrôle et de gestion de la politique minière. Dans cette optique, le respect des droits des peuples indigènes sur leurs terres ancestrales, tels qu’ils sont consacrés par la Constitution, relève de la responsabilité de l’Etat.

Si nous reprenons les objectifs de l’Arc Minier, nous trouvons celui de prendre le contrôle souverain de la chaîne productive minière et d’y inclure celui des activités connexes de l’exploitation minière. Vous qui avez eu l’opportunité d’être sur place aux côtés des mineurs, hommes et femmes, de toute cette région du Nord de Bolivar, quelles sont les perspectives de développement de projets agroproductifs, compte-tenu du fait que mineurs paient très leurs aliments?

C’est vrai : le petit mineur est devenu la cible d’intermédiaires sans scrupules. Et ce qui est lamentable, c’est qu’il s’agit parfois de personnes appelées à protéger les petits exploitants, comme des membres des corps de sécurité -pas tous! Juste quelques uns d’entre eux qui exercent une répression disproportionnée- et d’autres acteurs civils qui sans vergogne se livrent au pillage et à la spoliation du petit mineur allant même jusqu’à l’extorsion, ou encore à des opérations spéculatives qui provoquent le coût élevé de la vie. Dans l’Arc Minier, les mineurs produisent des aliments. Dans la plupart des mines, j’ai vu des plantations et des élevages de bétail. C’est ce qu’il faut encourager en apportant aux mineurs une assistance technique et en établissant des partenariats avec eux. Un autre élément important est que les mineurs côtoient les peuples indigènes -beaucoup d’indigènes sont mineurs- et on trouve de nombreuses mines chez les indigènes. Ces peuples sont les seuls à être présents sur des territoires particulièrement vulnérables, à proximité de la frontière avec le Guyana, notre Guyana Esequibo, et de celle avec le Brésil.

Le peuple des mineurs est un facteur de souveraineté, qui permet d’exercer la souveraineté nationale sur des territoires que l’Etat vénézuélien a depuis toujours laissés à l’abandon, et dans lesquels ce sont, comme c’est toujours le cas, les pauvres et les travailleurs qui, par leur présence, renforcent cette souveraineté et y créent la patrie. Cet facteur de la souveraineté nationale doit aussi être pris en compte dans la politique minière et dans la politique d’organisation des petits exploitants miniers. J’ai rencontré l’Association des Gardiens de l’Esequibo près de Hoja de Lata. Les mineurs envisagent sérieusement un développement productif responsable près d’une frontière devenue particulièrement sensible en raison du pillage historique de notre Esequibo par l’empire britannique. La présence de l’Etat est très aléatoire, très faible dans ces régions. C’est un problème qui reste à résoudre. Il est par exemple lamentable de voir comment des semi-wagons remplis d’essence vénézuélienne, refusée aux mineurs, passent au Guyana pour y financer l’usurpation du territoire de l’Esequibo. C’est pourquoi, je le répète, ce sont les mineurs qui représentent une garantie de souveraineté pour la protection et la défense du territoire nationale.

Après avoir vécu cette expérience d’investigation dans les territoires de l’Orinoquia, que signifie l’Arc Minier de l’Orénoque aux yeux du scientifique que vous êtes, Andrés Antillano?

Je crois que l’Arc Minier repose sur la légitimation de la classe laborieuse des mineurs, l’intégration et la réhabilitation de cette classe composée de milliers, de centaines de milliers même de petits exploitants miniers qui, tous les jours, produisent non seulement de l’or et des diamants, mais font la patrie sur les territoires qu’ils occupent. L’Arc Minier doit concevoir un développement à orientation écologique basé sur les relations communautaires et renforcer une présence active de l’Etat, qui protège et potentialise les capacités créatrices de notre peuple.

Photos : Emilio Guzman

Traduction : Frédérique Buhl

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Le conseil paysan « El esfuerzo » obtient un certificat agraire mais continue d’être menacé.

Le samedi 14 février dernier a marqué un jour de victoire pour la communauté du Conseil Paysan « El esfuerzo ». Après un processus qui a duré dix années, des paysannes et paysans organisés ont enfin vu la concrétisation de leur droit sur les terres qu’ils avaient récupérées et sur lesquelles ils vivent et produisent, contribuant ainsi à la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays.

La conclusion tardive de cette procédure administrative arrive à un moment de très forte tension pour cette communauté située sur la commune de Guanare dans l’état de Portuguesa : durant les trois derniers mois, elle a dû tout à coup commencer à faire face à des tentatives d’expulsion, des menaces et des actes de violence tels que l’incendie volontaire d’habitations, du centre de stockage des récoltes et tout récemment de l’école communautaire « Fabricio Ojeda ».

L’entrepreneur Bernardo Medina Moser, organisateur du harcèlement contre la communauté paysanne et notamment de l’incendie de son école.

La communauté rend responsable de cette escalade d’intimidation et de violence l’entrepreneur Bernardo Medina Moser, fils de l’ancien propriétaire de ces terres, Antonio Medina Larrain. Celui-ci les avait laissées à l’abandon depuis 18 ans environ, après que les organismes de sécurité de l’État vénézuélien les aient saisies au motif de la présence de groupes impliqués dans des délits. Des années plus tard, en 2008, des paysannes et des paysans ont dénoncé l’abandon des terres sur lesquelles ils ont commencé à produire en 2011, une fois initiée la procédure légale pour leur récupération, tel que le stipule la loi de Terres et Développement Agraire.

Néanmoins, comme le souligne le portail La Tabla, à présent, les anciennes plantations de teck présentes sur ces terres et qui avaient été abandonnées, ont réactivé les appétits des grands propriétaires terriens « à cause des facilités qu’octroie pour les exportations non traditionnelles le gouvernement national avec l’appui du gouvernement régional depuis quelque temps. Les grands propriétaires sont revenus au teck […] il n’est plus question de capturer la rente pétrolière pour une partie de la bourgeoisie traditionnelle mais de profiter désormais des devises que génère la vente d’autres ressources naturelles ».

La plainte déposée contre l’incendie volontaire de l’école rurale « Fabricio Ojeda » qui a eu lieu le 18 février dernier, a soulevé l’indignation et se trouve à l’origine de l’intervention des institutions de l’État vénézuélien ; celles-ci sont venues se réunir avec la communauté. L’Institut National des Terres (INTI) s’est manifesté en mettant un terme au processus initié en 2011 et en délivrant à la communauté organisée le Titre d’Attribution Socialiste Agraire pour 515 hectares. Le Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Education est également intervenu pour défendre les droits des enfants de la communauté.

« Enfin, les habitants de L’Effort ont reçu des mains du vice-ministre [des terres] et président de l’INTI, Luis Soteldo, le titre d’attribution de la terre. Ils vont être également inclus dans les plans de semailles pour leur financement. [Soteldo] s’est également engagé à faire don du toit de l’école que les paysans eux-mêmes reconstruisent », raconte Arbonio Ortega, membre du Conseil Législatif de l’état de Portuguesa. Cette institution, ainsi que l’ensemble des organisations qui intègrent la Plateforme de Lutte Paysanne, ont joué un rôle important dans la lutte pour les droits de la communauté de « El esfuerzo ».

En plus de l’acte de délivrance du titre de propriété des terres, le directeur de la Zone Éducative de l’état de Portuguesa, Victor Ramirez, a augmenté l’effectif de l’école en reconstruction de 18 à 52 élèves. On a également donné à l’école un code national, ceci pour soutenir la communauté paysanne. De plus, on a augmenté le nombre d’enseignants : deux maîtres supplémentaires et un moniteur de sport qui font partie des familles aidées », raconte Ortega.

Mais le lendemain, les menaces visant les paysannes et les paysans de L’Effort ont repris : « une situation particulière s’est présentée : le survol d’un hélicoptère d’où a été lancé un paquet dans la propriété rurale, provoquant la panique des habitants » rapporte Arbonio Ortega. Les faits ont été immédiatement dénoncés ; les corps de sécurité de l’État sont intervenus pour protéger la communauté paysanne et pour enquêter sur ces faits d’intimidation. Le Conseil Paysan alerte également sur la présence de groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires terriens et sur les menaces de mort formulées à l’encontre de leurs dirigeants.

Les puissants intérêts économiques qui se trouvent derrière le harcèlement dont est victime le Conseil Paysan sont évidents ; en effet, le teck est considéré comme un bois de grande valeur sur le marché international. Ce qui est plus préoccupant, c’est le haut niveau d’appui politique dont bénéficie Medina ; d’après ce que l’on rapporte dans la communauté : même les médias publics ont souligné, il y a peu, le démarrage de leur affaire d’exportation de bois, malgré non seulement la persécution exercée sur la communauté paysanne mais aussi les effractions environnementales et la mauvaise utilisation des terres auxquels recourt cette entreprise agro-forestière. Les champs de teck sur les rives du fleuve mettent gravement en danger son bassin hydrographique.

Source : http://www.albatv.org/El-Consejo-Campesino-El-Esfuerzo.html

Traduction : Sylvie Carrasco

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Rencontre de solidarité des organisations populaires vénézuéliennes avec le mouvement communard de l’État de Lara

Ce dimanche 25 février 2018 s’est achevée la « Rencontre de Solidarité avec le Mouvement Communautaire Simon Planas », dans l’État de Lara, à laquelle ont participé environ 600 personnes appartenant à plus de 50 organisations provenant de différents coins du pays, et au cours de laquelle l’orientation stratégique du mouvement révolutionnaire chaviste a été confirmée, avec pour objectif la construction de l’Etat communal ; pour avancer dans cette voie, des tâches indispensables ont été déterminées, comme la conquête de la souveraineté alimentaire ou la création de villes communales socialistes afin de franchir le pas décisif vers la Confédération communale.

Durant la journée de samedi, des tables rondes ont permis d’analyser de manière collective les caractéristiques de la période que traverse actuellement la Révolution Bolivarienne et comment le mouvement communal peut, en articulation avec les autres formes d’organisation tant rurale qu’urbaine, réagir aux circonstances présentes. Parmi les premiers accords qui se sont dégagés de ces journées de travail, il y a la  résolution que ce sera dorénavant El Maizal qui ira constater le travail réalisé par les autres communes et organisations sur tout le territoire, renforçant ainsi un processus de coordination qui permettra de poursuivre le développement d’une économie communale en réaction aux dynamiques économiques actuelles encore largement dominées par des normes capitalistes.

Angel Prado, Constituant et principal porte-parole de la Commune El Maizal, souligne la nécessité de faire progresser l’industrialisation communale afin que ce soit le pouvoir populaire organisé qui non seulement assure la production, mais aussi la transformation et la distribution des denrées alimentaires, car actuellement la production doit être livrée à des intermédiaires publics ou privés qui, en dernière instance, ne donnent pas la garantie « que les habitants de Caracas ou Barquisimeto mangent du pain fait avec le maïs récolté à la Commune ».

La Commune José Antonio Anzoategui, située dans l’Orient du Pays, a indiqué que durant l’année 2016, quasi 500 tonnes de maïs ont été fournies aux silos d’Agropatria, ce qui représente 75% de sa production, « mais ensuite nous avons vu partir cette production de nuit, dans des camions aux destinations incertaines tandis que nos communautés devaient acheter la farine au tarif du bachaqueo », signale le porte-parole de la Commune. Il poursuit en ces termes : « nous avons confié non seulement notre production aux Institutions, mais aussi nos espoirs et nos rêves, mais des fonctionnaires sans scrupules ont fini par les trahir ». C’est à ce titre que la Commune exige le transfert des silos tout comme de  l’usine de transformation du maïs d’Agropatria.

Lors de l’échange de données d’expérience  ont été signalées des iniatives prises par différents réseaux solidaires de distribution, comme « Pueblo a pueblo », « Alpargata Solidaria » ou « SACO » (Système de Production et d’Approvisionnement Communal), réalisations visant à exclure les intermédiaires et les spéculateurs en apportant directement la production du champ aux consommateurs, qui à leur tour peuvent intégrer leurs propres biens et services dans cet échange.

La soirée du samedi s’est terminée par la présentation de diverses cultures populaires, dont Amaranta Pérez accompagnée d’une chorale de garçons et de filles qui ont participé à cette activité en montant la mise en scène en un temps record. Des groupes de danses locales se sont également produits, dont certains au son du Tamunangue et d’autres rythmes de tambour, racontant aux public le passé d’esclavage de l’homme et de la femme noirs et leur lutte pour s’en libérer. Le merengue paysan et le hip hop ont aussi résonné sur le podium, exprimant toute la diversité du mouvement populaire chaviste.

Soutien au Président Nicolas Maduro aux prochaines élections

La journée de dimanche a clôturé la Rencontre de Solidarité par une manifestation qui a parcouru le village de Sarare jusqu’à la place Bolivar où les portes-paroles des différentes organisations ont pris la parole pour présenter leurs bilans et prévisions, ainsi que leurs conceptions novatrices de l’avenir sur le plan organisationnel et celui des élections. Les différents portes-paroles ont réaffirmé leur soutien au Président Nicolas Maduro aux prochaines élections présidentielles du 22 avril, en soulignant que son leadership incarne l’unité du chavisme face à l’offensive nordaméricaine qui ne reconnait pas l’institutionnalité vénézuélienne et insiste sur sa théorie d’état en faillitte pour justifier une intervention politique, économique, diplomatique sans exclure une intervention militaire dans l’objectif de désarticuler et d’éliminer la Révolution Bolivarienne.

Les Partis « Patrie pour Tous » (PPT) et le Parti Communiste du Venezuela (PCV), dont les principaux représentants se sont récemment réunis avec le Président Maduro, ont également réaffirmé leur soutien à sa candidature non sans avoir auparavant demandé que soient résolus des cas comme ceux d’Angel Prado à Simon Planas (Etat de Lara) et Regulo Reina à Libertador (Etat de Monagas), qui ont été élus maires lors des dernières élections du 10 décembre dernier, alors que leConseil National Electoral (CNE) a proclamé maires d’autres candidats du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) dans ces localités.

Lors du meeting de clôture, Angel Prado a réaffirmé la nécessité d’instituer Simon Planas comme District Moteur du Développement Agroindustriel, proposition qui avait été faite par le Commandant Chavez lors d’une de ses visites à la Caruciena, et durant laquelle il avait demandé au peuple de s’organiser en Commune, le gouvernement lui garantissant les ressources nécessaire ; cette action aurait permis de proclamer la souveraine alimentaire de cette région du Lara pour au moins 15 produits alimentaires.

Lien : « Déclaration de la Rencontre de Solidarité avec le Mouvement Communal de Simon Planas« .

JC/Alba Tv/2018

Source : http://www.albatv.org/Encuentro-de-solidaridad-con-Simon.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Amérique Latine: on gagne plus qu’on ne perd

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Le 23 décembre 2017, dans un Brésil qui affronte la revanche néo-libérale effrénée du président de facto Michel Temer, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre a inauguré un terrain de football au cœur de son université populaire, l’École Nationale Florestan Fernandes. Parmi les joueurs, des amis tels que l’ex-président Lula, le chanteur-compositeur Chico Buarque, compagnons de la lutte contre la dictature militaire issue du coup d’état de 1964, et les chanteurs Lirinha, Mano Brown et Otto.

Par Alfredo Serrano Mancilla @alfreserramanci

Ne serions-nous pas en train de surestimer la capacité de victoire électorale des projets politiques conservateurs ? Ou ne sous-estimons nous pas tous les acquis obtenus pendant ce changement d’époque progressiste ? Il ne suffit certainement pas de choisir entre deux hypothèses aussi opposées. Tout n’est pas noir ou blanc lorsqu’il s’agit de politique, mais tout n’est que nuances et subtilités.

Au cours des deux ou trois dernières années, parler de « fin de cycle », de « restauration libérale » en Amérique Latine était à la mode. Et ce n’est pas sans fondement. Il est vrai qu’il y a eu certains changements d’ordre politique très importants dans la région. Le cas du Brésil est bien sûr le plus emblématique, tant pour sa dimension que pour son rôle géopolitique. Celui de l’Argentine, après la victoire de Macri en octobre 2015, est également une source d’inquiétude parce que son arrivée au pouvoir marque un changement rapide de restauration des l politiques néolibérales. Dans le reste de la région, dans le camp progressiste, des échecs significatifs ont également eu lieu : les élections parlementaires de décembre 2015 au Venezuela et le référendum de Bolivie de février 2016. Certains retiendront également la perte pour la Révolution Citoyenne des plus grandes villes de l’Equateur lors des dernières municipales de 2014.

Ce sont des faux pas qui nous obligent à réfléchir et à faire une analyse critique de tout ce qui n’a pas été fait correctement, menant à un tel résultat. Mais cette remise en question, si caractéristique des intellectuels progressistes, nous fait perdre de vue que, malgré ces obstacles, on gagne plus que l’on ne perd.

Dans ce bilan, il faudrait considérer qu’après dix ans de corréisme en Equateur, la droite a perdu en avril 2017 et ce, bien que tout le monde se soit uni contre la candidature de Lenin-Glas. Et la victoire n’a pas été gagnée sans Correa, bien au contraire. Elle l’a été avec Correa en première ligne, qui parcourait le pays et faisait campagne.

Au Venezuela, en 2017, la Révolution Bolivarienne a remporté trois victoires : lors des élections à la Constituante (30 juillet), aux régionales (15 octobre) et aux municipales (10 décembre). La victoire est à nouveau dans le camp des chavistes qui démontrent ainsi bénéficier d’un vote solide (40-45%) qui représente un socle solide et loyal malgré les obstacles.

Au Nicaragua, le sandinisme a remporté une victoire écrasante tant aux présidentielles qu’aux municipales, qui oblige le président Trump à ressusciter l’arsenal reaganien dont le « Nica Act » pour contrer le développement de la nation centre-américaine.

Reste à voir ce qui va se passer au Brésil. Dans ce pays, Temer n’est pas arrivé au pouvoir porté par une victoire électorale de la droite. La dernière gagnante aux urnes a été Dilma; et tout semble indiquer que Lula a toutes les chances de remporter le prochain combat. Le Paraguay aura bientôt lui aussi rendez-vous avec les urnes (avril 2018) ; il est probable que la nouvelle alliance Libérale-Frente-Guasu (avec d’autres partis de gauche) gagne et empêche le Parti Colorado d’avoir un président.  Il est inutile de rappeler que ce pays a lui aussi connu un coup d’état pour empêcher l’arrivée de Lugo au pouvoir.

Si on fait le total de toutes les élections présidentielles, dans le bloc progressiste formé depuis le XXI siècle (Venezuela, Argentine, Nicaragua, Uruguay, Bolivie et Equateur) il y a eu 24 victoires et deux défaites, celle de Macri face à Scioli et celle de Piñera face à Guillier. Si on faisait ce calcul en tenant compte de toutes les élections, le résultat serait encore plus flagrant.

Tout cela ne signifie pas que tout est parfait ni que le bloc progressiste vit ses meilleures heures. Loin de là. Mais il ne faut pas non plus gonfler les avancées électorales du camp conservateur quand il a dû jouer sur le terrain progressiste. Le cas argentin est probablement le plus énigmatique de tous car la première victoire du macrisme s’est vue confirmée et renforcée lors des élections législatives partielles suivantes (octobre 2017). Désormais les choix de Cristina dépendront de sa capacité à relever le plafond, parce que jusqu’à présent cela n’a pas suffi pour gagner seule face au macrisme. Les divisions à l’intérieur du péronisme facilitent la progression du néolibéralisme argentine du XXIème siècle.

Lors des dernières élections au Honduras,  tous les organismes internationaux ont constaté trop d’irrégularités pour confirmer la victoire de Juan Orlando Hernandez.  L’heure est à la répression sanglante, et à la reconnaissance du dictateur par les Etats-Unis, mais aussi d’une volonté forte de résistance populaire.

Des élections sont prévues au Mexique en juillet 2018 et López Obrador est le principal favori à ce jour. En Colombie, tout peut arriver car Santos et Uribe sont en perte de vitesse et les gens sont fatigués de la vieille politique. Des candidates comme Piedad Córdoba reçoivent un accueil favorable auprès de  la population, même si les enquêtes tentent de le dissimuler. Au Pérou, des élections municipales auront lieu l’an prochain et Kuczynski est au plus bas dans les sondages alors qu’il est au pouvoir depuis peu; en revanche Verónika Mendoza a de plus en plus de chances de gagner.

Le panorama est incertain. La Bolivie et le Venezuela auront des élections présidentielles en 2019 et 2018 respectivement. Beaucoup de ce qui se dit sur la « fin de cycle « dépendra de ce qui va se passer à ce moment-là. A priori, Evo Morales et Nicolas Maduro devraient renouveler leurs mandats. En Equateur il est certain que le revirement de Lenín a entraîné un contretemps imprévu. Mais le retour de Correa est un fait, ce qui pourrait déboucher sur un panorama politico-électoral extrêmement complexe et encore difficile à prévoir.

En définitive, chiffres et analyses à l’appui, la restauration conservatrice est  loin de remporter les élections dans des pays qui sont passés par un cycle progressiste, exceptions faites de l’Argentine et du Chili. Qui plus est, elle se trouve en difficultés dans les pays où elle est au gouvernement. Et sans aucun doute, le Brésil sera le facteur déterminant. Si Lula remporte à nouveau la victoire, ce goal devra compter double. Et si de son côté le Mexique choisit Lopez Obrador, alors la victoire sera la plus large.

Source : http://www.celag.org/se-gana-mas-se-pierde/  

Traduction : Pascale Mantel

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Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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