Réflexions sur le féminisme au Venezuela, par Marielis Fuentes

L’auteure: Marielis Fuentes (à droite), Licenciée en Langue et Littérature, rédactrice et productrice de télévision, enseignante communautaire,  militante des droits humains, du mouvement féministe et pour les droits de la diversité sexuelle au Venezuela.

Il y a quelque temps, une amie chilienne venue au Venezuela pour réaliser un documentaire sur la milice bolivarienne, me posa une question qui m’a fait réfléchir un bon moment avant que je n’y réponde.

Souhaitant en savoir davantage sur nos processus de lutte, elle me demanda “Qu’en est-il du féminisme au Venezuela ? Où sont les féministes ?”. Je me rappelle qu’avoir avoir avalé ma gorgée de cocuy (1) et ruminé une ou deux réflexions initiales, je tentai de lui exposer, au prix d’un certain effort, les multiples et diverses actions que nous déployons, nous les femmes, pour en finir avec les oppressions dans notre pays.

Quelques mois plus tard, la même question me fut posée par une compagne colombienne qui m’invita à rédiger un article pour brosser aux camarades du monde entier le tableau de nos féminismes vénézuéliens. Une telle coïncidence n’est pas due au hasard, mais relève de causes bien précises. J’ai relevé le défi et je me suis préparée à dépeindre à grands traits ce qui pourrait constituer le visage féministe de mon pays.

Il est évident que ce besoin de savoir comment se vivent les luttes féministes au Venezuela provient de l’ample désinformation entretenue par les grands médias privés à l’étranger. La plus grande partie si ce n’est la totalité de ce qui est diffusé, ne saurait être plus éloigné de la réalité de mon pays, qui par ailleurs traverse de grandes difficultés et est en butte à des menaces d’intervention étrangère; son peuple, les femmes en tête, mène une lutte inlassable pour gagner cette guerre et conquérir la paix. Cela implique évidemment une bataille culturelle interne pour éradiquer les violences liées au genre et au sexe.

Je pense que pour faire ce portrait des luttes émancipatrices des femmes vénézuéliennes, je dois commencer par souligner que nos processus de résistance féminine ont commencé bien avant que n’apparaisse le terme “féminisme” dans le monde, et cette caractéristique est partagée par les autres luttes de notre Amérique Latine et des Caraïbes.

La femme vénézuélienne d’aujourd’hui est le produit de la lutte et des résistances anti-impérialistes inscrites dans son corps depuis plus de 500 ans. Avec, comme fer de lance, l’héroïque Apacuana, Juana Ramirez poussant son canon tout au long de sa marche, Luisa Caceres de Arismendi. Toutes ces femmes et des millions d’autres, anonymes, forment à bien des égards le capital génétique des femmes que nous sommes maintenant.

Même si après l’indépendance, ces combattantes, ces chamanes et nos aïeules qui s’étaient battues côte à côte avec les hommes pour arracher l’indépendance à l’empire espagnol ont été reléguées, une fois la République mise en place, au simple rôle de femmes au foyer pourvoyant aux besoins de leurs familles et à l’éducation des enfants, elles commencèrent à former les premières associations de femmes, indignées par cette non-reconnaissance de la part d’hommes devenus propriétaires et “seigneurs” de la nouvelle patrie. Elles le firent essentiellement dans les colonnes de certains journaux ou en écrivant des pamphlets dans lesquels la question du genre occupait une place importante.

Un siècle de victoires et déceptions successives s’est écoulé par la suite, avec pour résultat certaines conquêtes, comme le droit à l’éducation ou le droit de vote reconnu en 1945, ainsi que diverses politiques de santé ou des droits sociaux obtenus grâce au travail de camarades marronnes comme Angela Laya et notre bien-aimée commandante Jacinta dont le combat s’est révélé des plus rudes dans un pays miné par le bipartisme d’extrême-droite au milieu du XXème siècle.

Mais l’évènement qui sans aucun doute a changé pour toujours le cours de la lutte féministe dans notre pays a été l’avènement du processus révolutionnaire initié et conduit par Hugo Chavez. Citer Hugo Chavez pour expliquer les luttes féministes du pays peut paraître une concession absurde aux yeux de compagnes ou compagnons vivant hors du Venezuela ; seul celui ou celle qui aura étudié non pas l’homme mais le phénomène culturel et politique qu’il représente, pourra le comprendre.

Depuis l’avènement de la Révolution, la participation politique des femmes a changé du tout au tout. Les femmes vénézuéliennes ont répondu à l’appel de ce grand président qu’a été Chavez, et celui-ci, à son tour, a rapidement compris l’importance cruciale qu’aurait le fait d’accorder une place de premier ordre aux revendications des femmes dans la politique et dans l’agenda révolutionnaires. Il a aussi compris qu’à défaut d’éradiquer la situation d’inégalité qui existe entre les genres, il n’y aurait pas de véritable processus de changement et encore moins d’émancipation populaire.

En 1999, le taux d’analphabétisme féminin était proportionnellement plus élevé que celui des hommes. La participation politique au niveau décisionnel était quasiment nulle, les rares postes à responsabilité étaient occupés par des femmes qui étaient en mesure de faire valoir leur provenance d’une classe sociale privilégiée. L’employée de maison ne bénéficiait d’aucune sorte de protection sociale ou de droit salarial. Pour résumer, la pauvreté affichait avant tout un visage de femme, comme dans le reste du monde.

Dans un pays où la famille est matricentrée, où il incombe à la femme de porter l’entière responsabilité de la préservation de la vie avec tout ce que cela inclut, il était nécessaire, pour parvenir au “Bien Vivre”, de transversaliser la problématique hommes-femmes dans le cadre de la nouvelle politique émergente, ce qui impliquait d’utiliser tous les moyens disponibles pour obtenir l’émancipation de la femme.

La réforme de la Constitution en 1999 a été le premier pas effectué, son langage inclusif permettant de donner aux femmes une visibilité en tant que citoyenne ayant des droits et des devoirs. Cette réforme reconnaît pour la première fois le travail domestique non rémunéré en tant que travail à part entière, et devant bénéficier à ce titre de garanties sociales comme tout autre travail. C’est à partir de là qu’ont été franchis de nouveaux pas vers une histoire inédite de la lutte organique des femmes dans le cadre du Venezuela Bolivarien.

Des missions telles que “Mères du Quartier” ont été créées, qui non seulement ont imposé la reconnaissance du temps dédié aux activités domestiques et à la prise en charge de la famille par le versement d’une rémunération mensuelle, mais ont aussi promu l’alphabétisation, la formation et l’organisation politique des femmes de la base. C’est ainsi que des compagnes qui n’avaient jamais eu l’occasion de sortir de leur cuisine, ont non seulement quitté l’espace domestique pour conquérir l’espace public, mais un grand nombre d’entre elles sont aussi devenues les protagonistes du processus de changement naissant.

Il faut souligner que lorsque cette Mission a été créée, la droite vénézuélienne a poussé des cris d’orfraie en montrant du doigt cette nouvelle insanité du « dictateur » encourageant la fainéantise de femmes sans aucun mérite.

Cette attitude a toujours été celle de ce secteur social lorsqu’il s’agissait d’offrir aux femmes des classes populaires les moyens de s’émanciper.

Bien que le gouvernement a fait des efforts pour intégrer divers thèmes liés à l’égalité des genres dans son agenda politique, le préjugé patriarcal influence toujours les décisions et les prises de position politiques adoptées. L’année dernière par exemple, il y eut le cas d’un féminicide commis par l’ex-compagnon de la la compagne Mayell Consuelo Hernández Naranjo, étudiante à Unearte. Bien qu’elle eût signalé à plusieurs reprises les violences de son agresseur, les services concernés ont ignoré ses signalements, ce qui a facilité son assassinat.

Le meurtrier a été arrêté, mais sa détention n’a duré que 24 heures, ce qui a provoqué l’indignation et la mobilisation du mouvement féministe, étudiant, de mouvements politiques et régionaux ainsi que d’autres secteurs qui ont dénoncé l’absence de justice avec laquelle ce cas avait été traité. La pression exercée par cette partie importante et diversifiée de la société vénézuélienne eut pour résultat qu’en moins de 72 heures, la justice vénézuélienne dicta une sentence de 30 ans de prison pour le meurtrier de Mayell.

L’agenda de la lutte féministe a beaucoup avancé au Venezuela ; cependant, trois questions restent non résolues: elles sont à mon avis, fondamentales pour progresser dans la garantie des droits des Vénézuéliennes.

La première est celle de la dépénalisation de l’avortement, thème sensible sur lequel les idées religieuses et morales ont encore une influence prépondérante. En février et mars 2018, le mouvement féministe, dont le réseau d’organisations de l’Arana Feminista, fit de l’agit-prop devant l’Assemblée Nationale Constituante pour exiger la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Un droit de parole au sein de l’Assemblée donna aux compagnes l’opportunité d’exposer les raisons pour lesquelles il importe de dépénaliser l’avortement au Venezuela. Malgré ce droit de parole, le débat n’a pas abouti à grand-chose, étant donné que les restrictions à l’accès aux contraceptifs existent toujours, de même que les gros risques que continuent à encourir les femmes sans ressources qui pratiquent un avortement, ou encore la grande vulnérabilité sociale de celles qui doivent assumer une maternité non souhaitée et forcée.

erika y marielis

Rencontre avec Erika Farias (à gauche, en vert), maire chaviste de Caracas

La deuxième question sur laquelle il est important de travailler au sein de la société vénézuélienne et de l’Etat est celle de la diversité sexuelle. Il existe actuellement un département de la diversité sexuelle à la Mairie de Caracas, à partir duquel se sont développés des plans et des politiques de soutien à la population des femmes ayant une sexualité différente. Même si cet engagement institutionnel fait la démonstration d’une volonté politique, il est essentiel d’approfondir ce sujet non seulement dans la capitale, mais aussi dans d’autres villes et régions du pays et de travailler son aspect culturel afin d’éradiquer les pratiques de discrimination et l’absence de débouchés pour les personnes vivant une sexualité différente.

La troisième question est celle du manque de chiffres officiels sur la situation des femmes vénézuéliennes. Même si la guerre économique, le blocage et le sabotage ont généré des difficultés pour collecter les données de base, il est de première importance pour le mouvement des femmes et pour les institutions de connaître, par exemple, les chiffres des violences faites aux femmes, de la mortalité maternelle, du taux de maternité des adolescentes, entre autres indicateurs.

Malheureusement, au niveau de l’Etat les moyens destinés à dresser un tel registre n’ont pas été mis en place et les chiffres disponibles ne proviennent pas de sources officielles, nombre d’entre eux étant gonflés ou modifiés et ne s’accordant pas avec la réalité, car ils sont manipulés par des ONGs poursuivant des fins politiques adverses à la Révolution. Disposer de données fiables, pertinentes et solides est essentiel, car cela permettrait d’identifier les problématiques les plus urgentes pour les femmes et d’élaborer des politiques publiques destinées à résoudre leurs besoins prioritaires en fonction des ressources limitées dont dispose l’Etat.

Comme nous l’avons déjà dit, bon nombre des nécessités des femmes vénézuéliennes n’ont pas trouvé de réponse, ou leur traitement a été lent en raison de la vision patriarcale qui persiste au sein de nos institutions, et ce alors que nous disposions d’un échafaudage juridique et législative solide à ce sujet. L’attitude machiste et sexiste de certains fonctionnaires freine aussi les processus de mise en œuvre des conquêtes obtenues et retarde leur concrétisation.

Un autre facteur qui nous a empêché de progresser est la guerre économique, le sabotage et le blocus états-uniens, puisqu’en premier ressort ils ont pour résultat d’abaisser les ressources économiques et de réduire l’accès aux services de base des familles vénézuéliennes, celles-ci étant dirigées par des femmes qui portent sur leurs épaules tout le poids de la subsistance. Ensuite, les politiques d’ingérence extérieure et de sabotage font que l’Etat se concentre essentiellement sur la sécurité nationale, l’approvisionnement et la préservation de la souveraineté du pays, les autres nécessités et demandes du peuple ne venant qu’en second lieu.

Le dernier point non moins important sur lequel j’aimerais attirer l’attention, est la difficulté qu’a rencontrée le mouvement féministe de placer les débats au niveau de la base populaire des femmes vénézuéliennes. Des questions comme la violence sexiste et l’avortement ont malheureusement été traitées par des féministes blanches, universitaires, issues de la classe moyenne qui ont ignoré les voix des femmes noires et indigènes de la base populaire qui auraient pourtant pu enrichir le débat, le socialiser au sein des organisations et se joindre aux mobilisations nationales.

Le mouvement féministe doit améliorer sa relation et son dialogue avec les femmes de la base, car c’est cette déconnexion qui à mon avis a rendu plus difficile l’inclusion de thèmes telles que la légalisation de l’avortement dans l’agenda public et politique. Malgré ces difficultés et la culture machiste qui persiste, les femmes continuent à faire partie de l’avant-garde la plus fidèle et la plus consciente de l’ouragan révolutionnaire.

Les organisations de femmes se sont multipliées partout et se sont chargées d’elles-mêmes des missions et des espaces d’organisation territoriale dans tout le pays, et c’est toujours le cas aujourd’hui: la femme vénézuélienne est majoritaire dans tous les espaces d’organisation de base des communautés, dans le secteur de la défense comme celui de l’éducation paysanne ou indigène.

Dans cette marée composée de femmes, nous rencontrons une fourchette qui va de celles qui se consacrent à des études universitaires, à des travaux de recherche et à la production de contenus jusqu’à celles qui, sans même savoir qu’elles sont féministes, pratiquent instinctivement la lutte pour l’éradication du patriarcat. Beaucoup de féministes du Venezuela présentent le visage d’une femme qui, sans connaître la théorie et sans avoir en mémoire chacun des courants du féminisme eurocentriste, comprend et reconnaît de loin l’oppression patriarcale, la prévient et la combat.

Ce sont ces femmes qui, dans les réunions communales accueillent leurs sœurs, exigent que leur droit de parole soit respecté, s’associent aux politiques de genre en faveur de l’égalité des sexes menées par l’Etat et remettent en cause les modèles imposés par le modèle patriarcal. Ouvrières de chantiers, paysannes, membres des communes et des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, chauffeures, mécaniciennes, ministres, miliciennes, toutes ces compagnes forgent notre résistance féministe.

Et, à leurs côtés se tiennent les organisations féministes proprement dites, celles qui animent les ateliers de formation, dirigent les agitations de rue, les débats, ont recours à tous les moyens d’interpellation et de dialogue. Féminisme instinctif, féminisme universitaire ou féminisme de rue, mots d’ordres et graffitis, tout cela réuni dans un engrenage solide qui fissure le ciment du pouvoir patriarcal. Un mouvement de femmes multiforme, latent ou manifeste, faisant face à de grands défis en pleine création d’un socialisme bolivarien, chaviste, et qui se doit d’être profondément un féminisme populaire.

Le 8 mars dernier, tandis que dans le monde entier affluaient des millions de femmes pour exiger l’abolition du système patriarcal ou bien participaient à notre grève féministe, nous, les Vénézuéliennes, devions affronter l’obscurité, une attaque cybernétique destinée à nous démobiliser, ce qui n’était pas un fait fortuite car la grande majorité des actes d’agression économique de ces dernières années touche les femmes. Raréfier la nourriture, retenir, confisquer le papier toilette ou les couches ont été les premières actions menées contre nous. Mais ils se sont encore trompés, car ce 8 mars, en pleins désarroi, agitation et angoisse, alors que nous ne savions pas très bien ce qu’il s’était passé la nuit précédente quand tout à coup la lumière s’est éteinte dans tout le pays, ce furent des centaines de femmes qui, à pied, par files entières, se dirigèrent vers la Place Bolivar à Caracas. Et notre commémoration du jour international de la femme s’est convertie en tribune anti-impérialiste.

Nous avons grandi au milieu des difficultés: tel est sans doute le trait distinctif du féminisme vénézuélien.

Marielis Fuentes

  1. Le cocuy est une liqueur artisanale du Venezuela, d’origine indigène, longtemps restée illégale; en 2005, l’Assemblée Nationale l’a déclaré patrimoine naturel, ancestral et culturel de la Nation.

Source: https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/

Traduction: Frédérique Buhl

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A Caracas, un logement populaire au cœur des quartiers chics…

Araure, dans l’état de Portuguesa, 11 septembre 2019. Nous voici aux 2.800.000 logements. Impressionnant! Continuons vers les 3 millions, puis vers les 5 millions de logements pour le peuple” déclare Nicolas Maduro en inaugurant un nouveau lotissement de la Grande Mission Logement, créée en 2011 par Hugo Chávez. « Cette mission sociale vise à faire de ces espaces une vraie communauté humaine, pour que les enfants disposent d’espaces sportifs, des espaces productifs aussi” rappelle le chef d’Etat. 

Face à la chute des prix du pétrole, à la guerre économique et aux sanctions états-uniennes qui s’alourdissent, d’autres gouvernements auraient sans doute “austérisé”, voire supprimé un tel programme social. L’opposition projette d’ailleurs de privatiser ces logements publics si elle revenait aux affaires. Mais le gouvernement bolivarien de Nicolas  Maduro continue à investir l’argent public dans la démocratisation du droit au logement des secteurs populaires. Il n’y a pas que la quantité qui impressionne: la participation des organisations citoyennes dans ces chantiers aide à mieux contrôler les ressources de l’Etat. 37 % ont été construits par le pouvoir populaire. Marco Teruggi a visité une construction de logements autogérés sur un terrain récupéré au cœur des quartiers de la haute bourgeoisie de Caracas…

Venezuelainfos

« Je suis fière d’être ici, je n’aurais jamais eu une maison toute seule, je suis restée parce que ça en valait la peine, je suis une guerrière », dit Leonor Sanchez, avec 59 ans de vie marqué par la pauvreté, sans jamais baisser les bras. Léonor nous offre du café dans son appartement qui n’est pas encore achevé : il manque les finitions, les carrelages de la salle de bain… « C’est pour ceux d’entre nous qui n’avaient rien », poursuit-elle. Elle est couturière, pâtissière, a eu des enfants, a un partenaire, et un projet collectif : finir les maisons sur le terrain qu’ils occupaient depuis 14 ans, depuis 2005. Elle sourit quand elle parle. « vous reprenez du café ? », demande-t-elle.

A gauche, Leonor Sánchez avec son amie

La parcelle de trois hectares est située à Baruta, à l’est de Caracas, où vivent des gens riches, l’air y est frais, il y a des collines, des urbanisations, et une majorité est contre le chavisme.

« Nous nous sommes battus par les voies légales, nous avons découvert la chaîne des titres de propriété de la terre, et la famille qui pensait être le propriétaire a découvert que le bureau du maire avait enlevé les papiers pour les donner à une société immobilière, » explique Richard Hereida, qui appartient au Mouvement des pobladores.

L’affaire ne s’arrête pas là : le maire était l’opposant Capriles Radonski et ce terrain était destiné à une de ses entreprises pour construire un centre commercial.

Le quartier où vit Richard Hereida, en face de la Nouvelle Communauté Socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Quand ils ont pénétrés sur les lieux, ce n’était qu’une colline avec des sapins. Hereida était là depuis le début, lui et sa famille sont du quartier en face. « Nous vivions sur des collines, des ravins, des collines non planifiées « , dit-il en montrant son quartier. Quand il parle, il est fier de ce qu’ils ont fait : les 60.000 mètres cubes de terre qu’ils ont déplacés, la rue asphaltée, les sept immeubles où 156 familles vivront dans des appartements de 80 mètres carrés, avec trois chambres, salon, cuisine et deux salles de bains. « Rien n’a été donné », dit-il.

Une histoire à deux temps

La récupération de la terre à Baruta c’était au début de la révolution bolivarienne. En 2004, le Ministère du logement et de l’habitat a été créé et le débat sur les terrains urbains n’avait pas encore été organisé. L’une des premières actions de récupération de terrains a été organisée par le Camp des pionniers, faisant partie du mouvement des Pobladores, dans la région de Macaracuay, zone aisée.

« Cette prise de pouvoir nous a fait trembler parce que, bien que nous ayons entendu des rumeurs, il n’y avait personne à Caracas pour contester les terres des riches, pour leur dire que nous allions vivre à côté d’eux parce que nous avions le même droit, il n’y avait pas de discussion, explique Iraida Morocoima, porte-parole du mouvement.

Cette fois-là, ils ne sont pas entrés sur le terrain, l’action s’est déroulée sur le trottoir. La réponse a été violente : « Nous avons commencé à voir ce qu’était la lutte de classes, les gens qui nous insultaient, ils sont sortis avec des annonces à la une des journaux disant « notre maison va perdre de la valeur »‘, ils nous ont craché dessus, nous étions rien, des racistes et des classistes, » dit-elle.

A l’époque, ils faisaient des recherches sur les terrains urbains : « nous avons vu qu’il y avait beaucoup de terrains dans la ville qui pouvaient être récupérés pour les transformer en logements populaires », se souvient Juan Carlos Rodriguez. Il n’y avait pas de politique d’Etat pour ce problème, et ce qui existait, c’était la logique appliquée dans tout le continent : « tout au plus offrait-on des terres en périphérie, les terres pour le logement populaire étaient rejetées en dehors de la ville ».

Bâtiments en construction de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Le mouvement s’est mis à disputer le centre de la ville, à questionner les latifundia urbains, les maisons vides, les terrains non utilisés, l’ordre hiérarchique de la terre et de ses propriétaires.

Le tournant s’est produit en 2011 : le mouvement a rencontré Hugo Chávez, et ce qui était une lutte entre les habitants est devenu une politique d’État, la Grande Mission Logement Venezuela est née et la récupération massive des terres à l’intérieur des villes a commencé.

« Chávez a réussi à regarder dans les yeux d’un peuple qui se battait et qui s’est joint à lui », dit Iraida. C’est en 2011 que l’État a exproprié les terres de Baruta et accordé un premier financement. Maintenant, il s’appelle Nueva Comunidad Socialista Monterrey.

L’autogestion

Occuper, résister, construire, c’est l’un des slogans du mouvement. Dès le début, ils ont proposé le processus d’une manière collective et organisée, tant la pénétration d’une terre que la permanence et la construction. « Les règles sont claires quand nous pénétrons ici, presque tout le monde participe de la lutte depuis le début, nous construisons ces règles nous-mêmes, » explique Hereida.

Espace collectif de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Les normes couvrent plusieurs dimensions dans la construction. L’une d’entre elles est, dans la nouvelle communauté socialiste de Monterrey, que chaque personne doit contribuer 16 heures de travail collectif par semaine pour les espaces communs. Les autres sont pour l’intérieur de votre maison. Les samedis sont les cayapas (travail collectif et non rétribué), quand toutes les familles vont au travail en commun.

« L’autogestion est un pari politique de construction du pouvoir communal et populaire, elle implique le conflit des moyens de production, de la terre, des ressources, des matériaux, des machines, tout cela est un conflit pour que ces moyens soient gérés collectivement », explique Juan Carlos Rodríguez. Le pari, souligne-t-il, est sur le processus, et pas seulement sur le numérique, comme dans la logique constructiviste.

Le processus de construction de logements dépend du niveau d’organisation et de la constance avec laquelle l’État fournit les ressources matérielles. Le résultat est plus qu’un bâtiment : c’est une communauté.

Plan d’urbanisation Nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

« Si les hommes d’affaires construisent et que ce n’est pas rentable, ils le laissent à mi-chemin, mais pas les gens, parce que c’est leur maison, leur lutte, leur rêve, ils ne les abandonnent pas, ils les finissent avec dignité « , explique Iraida. Il fait remarquer à un homme qui se trouve dans les cayapas (travail collectif) : « Je parie que chez lui, les aliments viennent à manquer, parce que malgré tout ce que le président a tenté de faire, ce travail reste difficile, nous n’avons pas d’outils, tu sais combien coûte une paire de chaussures ? »

« Le blocus tue des gens, ce n’est pas que la guerre arrive, c’est qu’il y a la guerre, chaque processus électoral est une bataille de plus, mais qui en paie les conséquences, jusqu’à quand allons-nous mettre les morts. Iraida insiste sur la nécessité de trouver des réponses, et l’autogestion en est une : elle réduit les coûts de construction, crée l’organisation, le tissu social, la solidarité, l’horizon du socialisme communal.

L’une des luttes du Mouvement des Pobladores est pour que l’autogestion soit acceptée comme l’une des modalités de la Grande Mission Logement Venezuela. « Nous devons dépasser la vision selon laquelle l’État doit fournir toutes les ressources et les donner ensuite aux personnes qui en ont besoin », explique Rodríguez. Jusqu’à présent, la Grande Mission a achevé près de 2 millions 800 mille maisons, dont 37% ont été construites par le pouvoir populaire.

A qui appartiennent les maisons ?

L’une des premières lois que la droite a voulu mettre en œuvre lorsqu’elle a remporté l’Assemblée nationale en 2015 a été de modifier les bases du terrain et du logement de la Grande Mission. La loi envisageait de reconnaître la valeur spéculative des terres touchées, c’est-à-dire de les taxer à un prix plus élevé afin que l’État paie une indemnité plus élevée. Deuxièmement, elle proposait que les maisons puissent être vendues librement sur le marché immobilier, afin de les intégrer dans des circuits de spéculation.

Plans des maisons de la nouvelle communauté socialiste Monterrey, Caracas, Venezuela

Le mouvement des pobladores a mené plusieurs mobilisations pour s’y opposer, et le projet de loi a été classé. Cependant, l’une des mesures qu’ils prendraient s’ils étaient en mesure de le faire est devenue évidente.

« La haine de l’opposition à l’égard de Chávez est principalement due à l’expropriation des terres inutilisées ; ils ne nous pardonneront jamais d’avoir osé construire cela », dit Iraida Morocoima.

Le pari des Pobladores porte sur la propriété collective de la terre et du logement : « Nous ne voulons pas qu’elle passe par un processus d’individualisation de la propriété qui fragmente ce que nous avons construit collectivement au fil des ans », explique Juan Carlos. Ce cadre juridique n’existe pas encore et une partie de leur combat consiste à y parvenir.

Hereida explique qu’une fois les maisons terminées, elles continueront le processus de travail collectif et d’assemblées, comme cela se passe dans les espaces déjà terminés. La nouvelle communauté socialiste de Monterrey disposera de logements, d’une zone de loisirs et d’une autre zone de production, avec une construction de trois étages, où il y aura des locaux pour, par exemple, une boulangerie, une pharmacie, et des locaux pour des ateliers de couture.

« Des combats forts et difficiles arrivent », dit Iraida. « Nous disons que nous sommes loyaux envers les loyaux, pas envers le vol, pas envers la corruption, fidèles à ce qui doit être fait ». Et ce qu’il faut faire, disent-ils, c’est approfondir la politique de récupération des sols oisifs, contester les centres urbains, miser sur l’autogestion, créer des communautés dans les quartiers et au sein des zones exclusives de la bourgeoisie.

Marco Teruggi

Sputnik / traduit par Venesol

« Las Mercedes, la forge d’un héritage », le documentaire de Terra TV qui marche au pas paysan (sous-titres français)

Il y a quelques mois les militant(e)s sociaux de la CRBZ ont parlé à l’équipe de Terra TV de la lutte tenace de nombreuses familles qui cultivent quelques parcelles de l’immense terre improductive del “Hato Las Mercedes”, dans l’état de Barinas. Malgré la Loi des Terres et les instructions du président Maduro de faire cesser toute expulsion de paysans, des mafias locales (grands propriétaires, hommes de main, paramilitaires colombiens, fonctionnaires soudoyés de l’Institut des Terres) tentent de reprendre à ceux et celles qui les travaillent les terres remises par Hugo Chavez. Les cinéastes-formateurs(trices) de Terra TV Jorge Henriquez, Victor Daniel Rivera et Betzany Guedez sont allés visibiliser cette bataille. Cet extraordinaire documentaire est aussi leur premier moyen-métrage.

La situation de la lutte pour la terre reste complexe au Venezuela mais grâce aux luttes des paysan(ne)s et aux campagnes des médias alternatifs, le gouvernement bolivarien a renoué avec la remise des titres de propriété, comme en témoignent les cas récents des terres du “Trebol” et de “Santa Maria”, dans l’état du Zulia.

Las Mercedes – La Forge d’un Héritage”, fruit d’une école de cinéma documentaire

Terra TV est un des résultats d’un effort de formation qui dure depuis vingt ans : l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE). Cette première oeuvre part de quelques uns des principes décolonisateurs de cette école itinérante.

Véhicule direct de la parole paysanne, le film libère l’information du champ externe du journalisme des “questions/ réponses”. La voix du paysan n’est ni trahie, ni rabotée. Jusque dans le volume: la voix que les curseurs de la télé font toujours monter “au-dessus du réel” se mêle ici à l’univers du travail qui transforme l’être humain autant que lui le transforme. Cohérence technique du son avec le concept de l’harmonie recherchée entre paysan(ne)s, animaux, terre et semis. Il y a dans les regards sur les objets une tendresse qui s’oppose à la relation que le capitalisme a créée avec les « choses ».

La haute qualité photographique de ce premier film est aussi liée à la relation de respect, d’amour et aux orientations données par les paysan(ne)s à la jeune équipe de Terra TV. Comme dit Jorge Henriquez : “On nous a aimés”.

Dans le voyage vers la parcelle, il y a un autre effet particulier du montage. Un documentaire classique résumerait sans doute la traversée de la rivière et la longue marche à pied sous le soleil en quelques plans: « c’est ainsi que les paysans arrivent sur la terre à cultiver”. Ici les réalisateurs ont structuré la marche en fragments successifs, renforcés par le son lancinants des pas. Nous marchons avec les paysan(ne)s. Surgissent les personnalités des marcheurs(se)s, mères, enfants, hommes à pied ou en moto. La distance à franchir elle-même évoque mieux que tout discours l’immensité des terres en friche aux mains d’un seul homme, l’immense injustice accentuée par le refus de vendre de l’essence au bac qui passe les paysans d’une rive à l’autre. Les témoignages disent l’espoir des paysans qu’un jour les choses s’amélioreront, une patience populaire qui vient de loin, d’une histoire collective vécue bien avant que les « intellectuels » expliquent comment faire la révolution. Cette longue marche est en quelque sorte l’image du temps de la révolution bolivarienne, foi populaire contre obstacles renouvelés.

Thierry Deronne, Caracas, 4 septembre 2019

Jorge Henriquez « bachaco » et Victor Daniel Rivera (réalisateurs) avec ci-dessous Betzany Guedez (assistante de production et preneuse de son) de Terra TV, le 26 août lors du lancement du documentaire à Caracas, avant les projections dans les campagnes du Venezuela. Photos: Yrleana Gómez Oropeza

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Le Venezuela au fond des yeux (2): Carolina Cruz

La photographe Carolina Cruz (à gauche)

Thierry Deronne – Comment vois-tu le visage d’une photographie révolutionnaire dans un pays soumis depuis si longtemps et, aujourd’hui encore, à la culture publicitaire et au marketing politique ?

Carolina Cruz – Il est très complexe de parler de la culture publicitaire. Une des grandes victoires du capitalisme est son hégémonie culturelle, symbolique. Depuis toujours, nous sommes bombardés, ceux d’entre nous qui avons grandi dans les espaces urbains du moins, par le culte publicitaire du « beau », du parfait et du standardisé, on trouve à peine dans la publicité des gens qui ne répondent pas aux paramètres occidentaux de la beauté. Les quelques campagnes publicitaires qui en sortent, comme Femmes réelles de Dove ou United Colors Of Benetton, ne sont en définitive que des variations du modèle sur un mode « détonant » .

Bien entendu, le Venezuela n’a pas échappé à cette globalisation. Cependant, il y a un avant et un après dans la visibilisation du peuple : nous devons cette rupture à la Révolution bolivarienne. Cette image nouvelle ne découle pas bien sûr de la publicité commerciale mais d’une volonté politique de donner un visage à ce peuple qui, pour la droite propriétaire de la majorité des médias de ce pays, n’était qu’une masse amorphe.

Rendre visibles les éternels invisibilisés, objectif déjà difficile dans n’importe quel contexte, se révèle d’autant plus ardu dans un pays comme le Venezuela qui mène depuis 20 ans la bataille de la multipolarité face à un monde hégémonique, unipolaire. Tous les outils de communication dont dispose le capitalisme (les outils traditionnels et ceux qui sont en cours de développement et d’essai) sont activés pour mentir, invisibiliser et manipuler, ordonner les succès et les erreurs de la Révolution bolivarienne dans le storytelling de la « dictature », du « gouvernement failli », de la « banqueroute du socialisme ». Un exemple de ce sens commun indépassable est le rapport de la Haute-Commissaire des Nations Unies, Michelle Bachelet, qui fait disparaître la majorité des victimes – celles de la déstabilisation violente de l’extrême droite urbaine et celles des tueurs à gages des grands propriétaires terriens -, « éliminant » non seulement les faits mais l’existence même d’un groupe de population dont le défaut est d’appartenir à l’être chaviste.

Cette contextualisation est fondamentale pour répondre à ta question sur ce que serait une photographie révolutionnaire. Elle ne peut naître, comme tout fait révolutionnaire, que d’un besoin. Je vois avec beaucoup d’espoir la tendance parmi nous, les photographes né(e)s à la chaleur d’un processus révolutionnaire, de vouloir concrétiser la possibilité d’une société égalitaire, de considérer que la politique n’est plus le domaine réservé de fonctionnaires publics. De comprendre sur la base de cette prémisse, que les femmes et les hommes pauvres nous sommes des sujets politiques qui avons la pleine capacité de planifier/exécuter les politiques, d’en organiser le contrôle social de notre espace territorial local, et que nous sommes des sujets actifs dans la politique nationale; je note la volonté de visibiliser ce qui se passe au cœur du quartier, au sommet des escaliers de nos collines, dans les profondeurs rurales, dans les prises de terres, dans toutes ces réalités que les médias hégémoniques de la droite n’ont jamais montrées et que les médias gouvernementaux ont cessé de montrer. J’évoque ces derniers parce que je crois qu’en tant que gouvernement nous avons perdu beaucoup de potentiel en limitant ce qui est montré des processus de construction et des luttes populaires. Les médias d’Etat, dans une révolution, devraient refléter l’intégralité du processus révolutionnaire, avec ses réussites et ses contradictions, mais souvent cela en reste aux effets de propagande, aux actions répétitives dans lesquelles beaucoup ne se sentent pas reflétés. C’est là, dans ce manque d’espaces, que s’approfondit ce besoin d’expression qui est collectif, de raconter, de nous raconter et de nous représenter.

La droite a une immense expérience dans l’usage de la photographie comme outil de marketing, tant commercial que politique. Prenons l’exemple des centaines de photos d’une excellente qualité technique qui ont transformé les combattants d’extrême droite et la violence fasciste des rues de Caracas en lutte libertaire; la photographie a ce pouvoir. Je reprends ce point parce qu’il nous mène à la question: à quoi sert la photographie ? Une photographie révolutionnaire doit servir à déconstruire les faux récits que fabrique la droite mais aussi à construire notre discours, à établir notre sens commun, nous devons comprendre clairement, au-delà de notre besoin de nous exprimer individuellement, à quoi servent nos images.

Personnellement je suis militante d’un mouvement social et politique, membre de son équipe de communication, et une grande partie des photos que je réalise servent à construire des messages en phase avec une ligne politique qui vient soit de la conjoncture, soit du projet stratégique; quand nous luttons contre un ennemi aussi puissant que le capitalisme nous devons savoir pourquoi nous faisons les choses, quelle est la stratégie à suivre. Je crois que la photographie doit faire partie d’un “marketing politique” au service des masses, au service des luttes populaires. Pour que cela soit efficace, et serve concrètement les luttes pour une société vraiment juste, nous devons nous former, dépasser notre adversaire en qualité (ce que la capitalisme appelle « être compétitifs »), innover constamment, nous former techniquement dans l’objectif de disputer concrètement et systématiquement le champ auquel nous a amené(e)s l’hégémonie du capital.

Donc, le visage de la photographie révolutionnaire serait celui d’un outil au service des communs, un outil prodigieux pour disputer un projet dans l’imaginaire collectif, je crois que pour que la photographie soit un fait révolutionnaire elle doit dépasser cette conception bourgeoise de l’art comme processus individuel et embrasser le processus collectif; elle doit se sentir et se comprendre comme un processus collectif. La révolution bolivarienne a besoin de toutes et de tous selon leurs potentiels et leurs talents, et nous qui d’une certaine façon manions les outils communicationnels devons les mettre au service des luttes populaires.

Si la photographie est une relation avec l’autre, qu’as-tu appris des paysan(ne)s, ont-elles, ont-ils modifié ta façon de travailler, de penser tes images ?

C’est une question très intéressante, il y a différentes situations dans lesquelles nous prenons des photos sans connaître les gens que nous représentons, alors que dans d’autres cas je photographie des compagnes(on)s militant(e)s, que je connais pour certain(e)s et que je découvre pour d’autres, mais en général j’ai déjà une idée ou la possibilité de savoir quelles sont leurs histoires. Dans quelques cas j’ai pu partager quelques jours avec eux dans leurs vies quotidiennes et cette coexistence nous fait toujours voir des gens depuis un autre lieu. La règle veut que ce « lieu » finisse par être celui de l’affection et de l’admiration.

Je pourrais mentionner beaucoup de choses concrètes que j’ai apprises sur l’art de semer, sur les soins de la terre et des animaux, mais je pense que la chose la plus enrichissante a été de voir comment la persévérance, le dévouement et la volonté des gens se matérialisent dans une lutte. L’histoire de la lutte pour la terre est jalonnée de grandes douleurs, de carences, de beaucoup d’impuissance et de mépris, mais tout cela finit par trouver une issue transformatrice dans l’énorme dignité non quantifiable qui s’incarne dans nos paysannes et nos paysans. Cette dignité et cette ténacité me mènent parfois à un dilemme essentiellement esthétique. Parfois les situations, la nécessité politique nous poussent à cadrer dans le viseur les carences et la douleur, cependant les paysan(ne)s se perçoivent rarement eux-mêmes ou elles-mêmes comme des victimes, comme des sujets gris, à fortiori au Venezuela où le sens de l’humour reste de mise même dans les situations les plus tendues. Ainsi, cette image de dignité (j’utilise beaucoup le mot dignité parce que c’est le mot que j’associe immédiatement aux femmes et aux hommes qui luttent pour la terre) me donne envie de les représenter comme je les vois et comme je les perçois: comme un groupe plein d’énergie et de joie.

Il y a des situations dans lesquelles prévalent la tristesse et la frustration, j’ai dû accompagner des entrevues à des personnes dont les familles, des amis ou des compagnons avaient été assassinés par des tueurs à gage des mafias agraires et parfois il est difficile de ne pas sentir comme envahisseur d’un moment qui devrait rester intime; ce respect de l’humanité des compagnes et compagnons dont je tire le portrait reste présent dans la façon dont je travaille, dont je compose. Par conséquent, je dois dire que ma relation avec les compagnes et compagnons n’a pas modifié ma manière de travailler, elle l’a déterminée. J’ai le privilège de me former comme photographe (et je sens que c’est un processus constant dans lequel je débute à peine) en accompagnant ces luttes et c’est cela qui a déterminé ma formation éthique et les décisions esthétiques.

Quels sont tes projets ou tes rêves en tant que photographe, que femme, que citoyenne ?

Je crois nécessaire d’ajouter un aspect qui unifie la photographe, la femme et la citoyenne : la militante. Croître avec Chávez (quand il a été élu, j’avais cinq ans), appartenir à la vaste génération née de la révolution bolivarienne, être aujourd’hui membre d’une organisation concrète dotée d’un horizon politique, fait que chaque aspect de ma vie, présente et future, se lit à travers le prisme de la militance pour un monde plus juste et humain. Comme photographe, femme et militante, j’aspire à accompagner par mon travail autant de luttes, de personnes et d’espaces invisibilisés que possible et de contribuer à la construction d’une nouvelle géométrie du pouvoir pour continuer à approfondir une Amérique Latine humaine, souveraine, égalitaire, unie et en paix.

Photos: Carolina Cruz

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Traduction: Thierry Deronne

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Mafias agraires contre peuple paysan: qui gagnera ?

Je crois dans les mots d’une paysanne et non dans ceux d’un bureaucrate”. C’est en ces termes qu’en avril 2018 le président Maduro s’était prononcé en faveur de la lutte paysanne, dénonçant les expulsions et les arrestations d’agriculteurs qui tentaient de récupérer les terres de La Magdalena, dans l’état de Mérida.

Près d’un an plus tard, le Département de presse du mouvement social paysan Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora (CRBZ) s’est entretenu avec Heber Montilla, dirigeant paysan et coordinateur de ce mouvement dans la région du Sud du Lac de Maracaibo.

En quoi a changé la situation de la lutte pour la terre dans le Sud du Lac à partir de ce discours du président ?

Heber Montilla – La situation a beaucoup changé. Il y avait une grande attente, depuis l’arrivée de Maduro au gouvernement, de ce qu’il se prononce en faveur de la lutte paysanne comme le faisait le président Chávez, à travers les “Aló presidente”, quand il soutenait la lutte contre le “latifundio”. Avant que Maduro se prononce en faveur des paysans, il y avait des secteurs de la Garde Nationale Bolivarienne, du SEBIN, du CICPC, certains secteurs des forces publiques de l’Etat qui participaient dans des opérations de répression contre les paysans. Avec Maduro se prononcèrent aussi le Procureur Général de la République, le Tribunal Suprême de Justice, le Ministre de la Défense. Depuis, les forces de sécurité de l’Etat ne se sont plus jointes à ces situations d’agression mais les grands propriétaires, les latifundistes, ne pouvant plus compter sur ce soutien des forces publiques, ont commencé à contracter des groupes armés, des tueurs à gage. Ont continué les menaces et la violence contre les familles paysannes.

Cette action combinée de violence et de fonctionnaires corrompus sont le modus operandi des mafias agraires. Qui compose ces mafias ?

Nous n’avons pas affaire à un éleveur isolé qui engage une personne. C’est un réseau qui opère sur les différentes terres en cours de récupération. Le composent les tribunaux, juges, policiers, certains fonctionnaires de l’Institut National des Terres (INTI) national et régional. Les éleveurs sont ceux qui contractent, payent et organise ces mafias. Ils paient en dollars. D’ailleurs ces mafias ont tenté d’acheter des dirigeants paysans. Ils offraient jusqu’à 10 mille dollars, des fourgonnettes, des voitures, des plantations, pour que ces dirigeants abandonnent la lutte ou la freinent. Il y a certains secteurs paysans qui se sont soumis à ces mafias. Quand de supposés dirigeants paysans se prononcent en faveur des soi-disants propriétaires, dans les médias, dans les réseaux sociaux, il agissent pour ces mafias. Dans la guerre contre le “latifundio” il y a deux acteurs. Le(a) paysan et la paysan(ne), d’une part, et les grands propriétaires d’autre part.

Ceux-ci sont organisés, s’articulent, font des plans. Ils utilisent les mêmes méthodes dans les différentes propriétés. Par exemplo, la juge Carmen Rosales n’agit pas pour un seul terrain mais agit sur plusieurs cas où les paysans récupèrent des terres. Ses sentences tombent toujours en faveur des soi-disant propriétaires. Elle est une des pièces de ces mafias. Quand commencent les récupérations de terres de la part de l’Institut National des Terres, elle intervient en prenant des mesures de protection de la production (alors qu’elle est inexistante) des grands “propriétaires”, sans même se rendre sur place pour inspecter les terres. Simplement, au greffe des tribunaux, elle signe les mesures de protection du bétail du grand propriétaire. Mais quand les paysans vont demander la protection de leurs semailles, se basant sur la symétrie des droits, alors, là, elle refuse, ça n’existe pas. Son argument est qu’il n’existe pas de documentation sur ces terres. Mais la Loi des Terres dit que ce qui est déterminant, c’est la production, parce que la propriété des terres n’est pas celle des soi-disants propriétaires, mais celle de l’Etat.

Dans le cas de Montecarlo, ces mafias ont remis à la soi-disant propriétaire une lettre attestant de l’activité productive dans la plantation, à travers l’INTI et à travers le tribunal agraire. Ignorant la situation des 84 familles qui vivent et sèment ces terres. Cette soi-disant propriétaire bénéficie de ces deux protections institutionnelles, alors que sa “plantation” est totalement improductive. Ce qui est en production, ce sont les terres que cultivent les paysans, soit 75% de la surface. Cette soi-disant propriétaire a tenté d’acheter les dirigeants paysans mais elle n’a pas réussi, par contre elle a pu le faire pour le tribunal agraire et l’INTI. Il n’y a aucune base légale pour lui remettre un certificat de productivité.

Voilà la contradiction. Les mafias agraires utilisent une partie des institutions de l’Etat pour agir contre les paysans et éviter qu’ils accèdent à la terre.

Dans le cas des terres de Montecarlo on affirme que la communauté paysanne est entrée de fait et non de droit sur les terrains. Comment s’est produite cette situation ?

Parce que précisément dans cette lutte on retrouve la même situation. Quand la communauté paysanne voit un terrain improductif, elle le réclame à l’INTI et attend le délai pour que l’inspection soit menée en vertu de la loi. Mais, qu’est-ce qui se passe ? Ces mêmes mafias agraires, dès les réclamations, appellent les grands propriétaires pour les avertir de l’imminence d’une inspection. Et on donne 6 mois, un an, deux ans, au soi-disant propriétaire pour changer virtuellement la situation d’improductivité. A Montecarlo on a amené des machines après que l’INTI a passé l’information. Et on a mobilisé du bétail d’autres terres, pour pouvoir faire écran lors de l’inspection, mais pas pour mettre ces terres en production. Le bétail qu’on a amené avait des marques au fer différentes. Les fers de marquage sont enregistrés légalement pour identifier chaque élevage et chaque propriétaire. Si les inspecteurs examinaient ces marques il serait démontré qu’il s’agit du bétail d’une autre plantation mais cela n’est pas fait, c’est une partie du jeu de ces mafias.

La communauté paysanne dénonçait d’ailleurs que les machines travaillaient la nuit et l’empêchaient de dormir. Ils n’avaient que 37 têtes de bétail au moment de la réclamation. Après cela ils ont installé du bétail sans capacité d’alimentation, les prés n’étaient pas préparés, ils ont même coupé l’herbe pour qu’il ne puisse pas manger. Le bétail meurt et on rejette la faute sur les paysans. La soi-disant propriétaire, Vega Vega, porte plainte devant le tribunal agraire et la juge monte les dossiers contre le paysannat.

Face à cette situation les familles paysannes ont pris la décision d’occuper les terres et de les mettre en culture. Parce que si ces terres étaient productives, où est la production ?

Ces mafias parie sur l’échec de la révolution, elles ne produisent pas et après, elles disent que le gouvernement ne peut garantir la production agro-alimentaire dans le pays. Sur le plan national 25% des terres cultivables appartiennent aux paysans et les 75% restants sont aux mains des grands propriétaires. S’ils ont la grande majorité des terres, où est la production ? Celle qui arrive aux marchés de Caracas par exemple est une production paysanne. Ce sont nous, paysans et paysannes, qui avons maintenu contre vents et marées la production. Les grands propriétaires parient sur l’échec du gouvernement. La plupart du temps ils ne vivent même pas sur ces terres, mais dans les grandes villes ou hors du pays. C’est le paysan et la paysanne qui travaillent les terres.

Cette semaine est venue à Caracas une commission de paysan(ne)s de la CRBZ et du Front Paysan des Tupamaros, en provenance de la région du sud du lac de Maracaibo. Avec qui vous êtes vous réunis à Caracas et qu’est-ce qui a été abordé dans ces réunions ?

Nous nous sommes réunis avec l’INTI, avec le Défenseur du Peuple, et avec la viceprésidence. Parce que dans le sud du lac, il y a de mauvaises informations, ces mafias génèrent de fausses informations, à travers des fonctionnaires locaux, pour menacer d’expulsions les paysans. Au vu de cette situation nous sommes venus à Caracas pour parler aux autorités nationales.

A l’INTI nous nous sommes d’abord réunis avec Alexis Fernández, gérant du secrétariat du bureau de la présidence. Nous lui avons parlé de la situation des certificats agraires des terres qui manquent encore, dans certains cas on a même organisé des remises de ces certificats aux paysans (comme il y a trois mois) mais ce fut plus pour la photo qu’autre chose. La Magdalena, El trébol, Vista Hermosa, El Carmen, Gavilanes, Montecarlo, el Zapotal. Seul El Carmen a reçu le titre de propriété, à El Trébol vient d’arriver la nouvelle du début de la récupération des terres. A la Magdalena, qui fut la terre où eurent lieu les arrestations critiquées par Maduro, on n’a pas encore remis l’adjudication. A Gavilanes on a déjà organisé deux activités politiques de remises des titres mais le document n’est pas encore arrivé.

Dans chacun de ces terrains se trouvent les Conseils Paysans qui travaillent et produisent. Nous sommes venus parler de ce thème parce que même quand l’Etat décide de remettre les terres aux paysans, ces mafias agraires ne permettent pas qu’elles se réalisent effectivement sur place.

A la viceprésidence nous avons parlé avec Maité García sur le supposé ordre d’expulsion des terres de Montecarlo. La propriétaire en charge de ces terres, Marlin Sosa, nous a dit qu’elle a participé aux réunions techniques que dirige la viceprésidence et que là s’est décidé l’expulsion des paysans. La compagne Maite nous a assuré qu’à aucun moment l’expulsion à Montecarlo n’avait été évoquée. A partir des réunions techniques, on a décidé de mener une inspection de terrain, qui n’a jamais été faite, car les inspecteurs n’ont été visiter que le terrain de la soi-disant propriétaire mais pas les terres semées par la communauté paysanne. L’inspection qu’avait décidée la vice-présidence depuis Caracas envisageait même de compter combien de plants avaient semés les paysan(ne)s, chose qui ne s’est jamais faite.

Au Défenseur du Peuple nous avons expliqué la situation de harcèlement judiciaire contre les compagnes et compagnons. On fabrique des dossiers pour menacer d’emprisonnement les dirigeant(e)s. Le juge Jesús Ojeda et la juge Carmen Rosales sont les auteurs de ces manoeuvres d’intimidation.

Comment continue la lutte pour la terre dans les différents terrains ?

La situation est la même partout. Les mafias agraires opèrent de la même manière sur les différents terrains. Ils menacent, montent des dossiers, nous empêchent de semer, il y a des silences de l’administration, les dossiers de récupération des terres sont retardés. L’objectif est que le paysan se lasse et abandonne la lutte.

Pour notre part l’idée est de continuer à produire. C’est une nécessité. Produire est une nécessité pour survivre. Le paysan sème et produit, sinon sa famille n’a pas de quoi manger. Nous ne pouvons pas attendre un ou deux ans pour obtenir une réponse sur les récupérations des terres. Avec tous ces risques et toutes ces menaces qui pèsent sur nous, nous continuerons à produire, malgré tout. Eux font partie de ceux qui mènent la guerre économique contre le pays. Nous n’allons pas laisser détruire cette révolution. Nous allons chercher les alternatives. Et l’alternative est de chercher les terres pour produire et maintenir nos familles. C’est ce que doivent comprendre les différents fonctionnaires. Le paysan n’a pas le choix: ou il produit ou il meurt de faim. Ou il produit ou il rejoint les rangs de la droite. L’Etat, comme gouvernement révolutionnaire, devrait appuyer les paysans dans cette bataille.

Source: http://www.crbz.org/mafias-agrarias-contra-el-pueblo-campesino-quien-ganara/

Photos: Carolina Cruz / Presse CRBZ

Traduction: Thierry Deronne

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“Patience dans les collines”, le nouveau documentaire de TERRA TV (Venezuela, juillet 2019)

Synopsis: Patience dans les collines” raconte comment les communard(e)s de Villa Nueva, dans l’état de Lara au Vénézuéla, décidèrent d’occuper et de cultiver les 186 hectares d’une plantation de café. En à peine 5 mois celles et ceux que méprisaient les grands propriétaires et certains fonctionnaires publics ont donné à ces terres un visage nouveau. Une lutte en forme d’école populaire dans un Vénézuela inconnu du monde. 

Espagnol sous-titres français. Durée: 18 minutes. Enquête et réalisation: Betzany Guédez. Assistant du son: Yoneider Garcias. Production et montage: Terra TV, juillet 2019.

Betzany Guedez, réalisatrice et formatrice de Terra TV, en plein tournage de « Patience dans les collines »

Patience dans les collines” est la 55ème production de Terra TV. Pour celles et ceux qui découvrent ce projet en cours de route et nous demandent comment y participer, voici deux moyens de le faire :

  • Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail: contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).
  • Vous pouvez aussi donner du petit matériel audiovisuel ou informatique :

– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme au Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

D’avance, merci pour votre aide !

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Nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne: « Semences, rêves et contradictions » (Terra TV)

 

Il y a 13 ans un accord entre le Gouvernement de Hugo Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a permis la présence permanente au Venezuela de formatrices et formateurs brésiliens. Au service de la souveraineté alimentaire mais aussi comme porteurs d’une expérience latino-américaine des plus importantes en matière de formation intégrale pour les mouvements sociaux. Ce travail ne s’est jamais arrêté malgré de nombreux obstacles bureaucratiques.

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Yirley Rodriguez lance le cours

La compagne Yirley Rodriguez (photo), formatrice et militante féministe explique: “L’école de formation internationaliste “A Namuna signifie “la semaille”. C’est le mot Warao pour dire “semaille”. Nous avons choisi un nom indigène en tant qu’école décoloniale. L’école est le produit d’expériences de formation que nos mouvements sociaux mènent depuis de nombreuses années, appuyés par le Mouvement des Sans Terre du Brésil et sa Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho qui s’est établie au Venezuela il y a 13 ans, ainsi des organisations comme “Femmes pour la vie”, “Front Culturel de Gauche”, Editions “La tranchée”, etc…

Plusieurs organisations ont envoyé des compagnes et compagnons étudier dans l’école “Florestan Fernandes” au Brésil, l’école des Sans Terre, et y ont appris une méthode de formation intégrale, basée sur l’éducation populaire. Nos cours couvrent des aspects tels que l’organisation révolutionnaire, le féminisme populaire, la formation de formateurs(trices). L’école “A Namuna” part du contexte populaire, pour ne pas séparer l’étudiant de la réalité populaire dans laquelle il ou elle est immergé(e), pour qu’il ou elle la vive, collectivement, pour mettre à jour les contradictions, les problématiser et pour que les étudiant(e)s cherchent à les dépasser à travers l’organisation sociale. Notamment en construisant des relations de production socialistes et féministes. C’est pourquoi nous avons organisé cet atelier dans le cadre d’une prise de terres de commune El Maizal.”

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Une des méthodes apportées par le Mouvement des Sans Terre est la « Ciranda ». Une équipe formée par les étudiant(e)s s’occupe des enfants pour que les femmes qui sont mères puissent participer pleinement au cours. A ce moment prendre soin des enfants des travailleuses devient les enfants devient une responsabilité de tout le collectif du cours.

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C’est sur l’espace d’une prise de terre par la Commune El Maizal que le cours est organisé, pour mieux marier étude théorique et apprentissage pratique, pour maintenir le concept d’une pédagogie liant l’étude à l’immersion dans la réalité populaire. Chaque sous-groupe étudiant apprend avec les habitants un aspect différent du travail, traire les vaches, réparer des outils, cuisiner, cultiver les parcelles… C’est une autre caractéristique de la pédagogie politique des Sans Terre.

Réalisation: Yarumi Gonzalez.

Montage: Miguel Escalona.

Production: Terra TV.

République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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« Marche », luttes paysannes au Venezuela: le documentaire complet en ligne (sous-titres français)

Synopsis : Venezuela, 2018. Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats. 46 min. Video HD

Le documentaire « Marche », produit par Terra TV, a été réalisé avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent la ville de Guanare de la capitale.

Pourquoi soutenir Terra TV ?

En juillet 2018, les militant(e)s de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma et de Télévision ont relevé le défi de créer la télévision paysanne Terra TV. Dès le départ cette télévision a été voulue et pensée par les paysan(ne)s eux-mêmes. Ils et elles veulent aujourd’hui multiplier la production et la diffusion de leurs images pour renforcer leur pouvoir de négocier avec le gouvernement, accélérer la remise de titres de propriété, et s’organiser territorialement. Ils nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle. Pour disposer des moyens de formation et de production audiovisuelles, nous avons donc lancé une campagne de financement participatif. Nous voici très proches de l’objectif, avec 95% du total apporté par 140 donateurs (trices). Vous pouvez nous aider à gagner cette bataille en exprimant votre solidarité ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

L’heure est venue de sortir de la « critique des médias » pour initier concrètement la réappropriation populaire de l’information. La télévision, enlisée dans le degré zéro de son potentiel social et de son écriture audiovisuelle, redeviendra un formidable outil de formation et d’information en s’enracinant dans chaque territoire et en se faisant cohérente avec la démocratie participative. C’est-à-dire en changeant son mode de production. A Terra TV, chaque point du territoire, chaque voix ont la même valeur. Pas de studio, pas de journalistes, pas de politologues, pas de maquillage, pas de formatage, ni de « sujet » ou de « temps de parole » préétablis. Ici on ne coupe pas la parole. Le temps nécessaire à produire une information ressemble au temps de la production paysanne. Terra TV est une école permanente qui forme les paysan(ne)s à transmettre leur regard.  Terra TV sera en priorité le canal des voix féminines et sera aussi le relais de luttes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure où la concentration des médias privés criminalise les mouvements sociaux. Nous voulons libérer la télévision de cette globalisation qui oblige à passer par de grands groupes médiatiques. Vive le dialogue direct entre les peuples !

D’avance, merci pour votre soutien !

L’équipe de Terra TV

Le visage de la télévision paysanne émerge dans les reportages réalisés depuis juillet 2018:

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Projection de « Marche » lors d’une assemblée paysanne, état de Falcon, Venezuela

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Ateliers de formation de Terra TV

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Les vénézuéliennes, “fer de lance” de la bataille politique (Brasil de Fato)

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L’auteure: la journaliste Fania Rodrigues, envoyée spéciale de Brasil de Fato

Venezuela est un nom féminin : les femmes y sont à la base de l’organisation sociale. On les retrouve dans les communes, dans les mouvements sociaux et dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs), structures d’organisation des secteurs populaires, formées dans le cadre de la révolution bolivarienne, pour gérer des politiques publiques destinées au “pouvoir populaire”, un des piliers de l’Etat. En ce mois des femmes, la journaliste de Brasil de Fato Fania Rodrigues (photo) a conversé avec des vénézuéliennes qui participent à diverses initiatives organisées dans le pays, pour mieux connaître le travail de base et les luttes qu’elles mènent.

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Dans le quartier populaire d’Antímano, à Caracas, des femmes construisent un immeuble de leurs propres mains – Photo: Fania Rodrigues

Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production

Les CLAPs sont organisés quartier par quartier par la communauté elle-même, et leurs dirigeant(e)s sont élu(e)s par la population. Ces comités distribuent des aliments subventionnés par le gouvernement pour 6 millions de familles, ce qui équivaut à peu près à 20 millions de personnes, les deux tiers de la population, selon les chiffres officiels. Les CLAPs sont importants parce qu’aujourd’hui, les produits que les comités distribuent à bas prix sont la base de l’alimentation de la majorité des classes populaires.

Les femmes constituent la majorité de toutes ces structures, avec plus de 60% de participation, selon les données officielles du Ministère des Communes. Dans certains endroits, ce chiffre est encore plus élevé. C’est le cas du quartier populaire de Manicomio, dans le secteur de La Pastora, à l’ouest de Caracas, où Angélica Calzadilla, de 33 ans, s’active comme une des dirigeantes de la communauté. “Nous nous sommes organisés à travers deux conseils communaux: Ali Primera avec ses 340 familles, et Canaima avec 710 familles. Dans les deux cas, la participation féminine atteint les 80% de participant(e)s” explique-t-elle.

Blocus économique

Les femmes représentent une des bases de soutien à la révolution bolivarienne et ont subi de plein fouet l’impact de la guerre économique contre le Venezuela et du blocus international imposé par les Etats-Unis. Elles sont les victimes directes de la pénurie de produits.

L’agricultrice urbaine et dirigeante de mouvement social Orailene Maccarri, 45 ans, explique que les vénézuéliennes ont été privées de l’accès aux produits qui ont le plus d’impact sur les femmes. “Dans cette guerre économique, le gouvernement des Etats-Unis sait que nous sommes le fer de lance de la révolution, c’est pourquoi nous sommes les plus attaquées et les plus affectées. Aujourd’hui encore nous manquent les pilules contraceptives, les tampons, les serviettes, les produits d’hygiène et de beauté, parce qu’on ne les produisait pas dans le pays” dénonce-t-elle.

Orailene est consciente des défis qu’affronte son pays. Pour elle, les femmes sont à la hauteur de la responsabilité historique qui se joue actuellement, et de la lutte pour la construction d’un autre modèle politique dans lequel elle croit et qu’elle se dit prête à défendre.

Les gestes d’une mère préoccupée, amoureuse, contrastent avec les mains calleuses, la force physique acquse dans le travail de la terre et la conviction de celle qui se dit prêt à porter un fusil pour défendre le projet de pays auquel elle croit. “Si on nous attaquent militairement, nous préférons le dire clairement : nous n’allons pas allumer d’encens ni prier les dieux, nous ne resterons pas à l’arrière-garde. Nous, les femmes vénézuéliennes, nous serons au front, avec des fusils et des munitions prêtes. S’il y a un problème, soyez sûrs que nous serons à notre place, aux côtés de nos hommes” souligne l’agricultrice urbaine.

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La dirigeante sociale Orailene Macarri parle du rôle de la femme dans la révolution bolivarienne | Photo: Fania Rodrigues

Orailene est aussi avocate. “J’ai étudié le Droit pour survivre, parce que nous étions attaqué(e)s par les grands propriétaires terriens et nous devions nous défendre.” Elle se définit comme avocate des pauvres, mais avec pour activité principale le travail de la terre. Elle et d’autres compagnes font partie d’un collectif de femmes qui produisent des aliments sur 4 mille mètres carrés, en pleine zone urbaine de Caracas. Le terrain se trouve dans le quartier d’Antímano, dans la zone ouest, une région populaire où l’organisation collective des femmes est devenue un exemple.

Actuellement le groupe cultive 15 types de légumes, de grains et de tubercules, ainsi que sept types de fruits, en plus de plantes médicinales et ornementales. Ensemble, elles produisent une tonne de poisson par an, sans oublier l’élevage de 22 lapins et d’un porc qui leur sert de “recycleur organique” car beaucoup de restes alimentaires sont consommés par l’animal et ses excréments se transforment en engrais avec d’autres matières dégradables.

L’activité économique d’Orailene ne se sépare pas de son activité politique. Elle est une des porte-paroles élue par les membres des organisations paysannes pour les représenter au sein du Conseil Présidentiel Paysan, qui réunit 582 organisations de base et 18 nationales. “Dans ce mouvement nous semons, nous planifions, nous construisons. Nous, les femmes de ce pays, nous éduquons, nous transmettons la culture à nos enfants, mais nous protégeons aussi la dignité de notre peuple” rappelle la paysanne.

Nouvelle génération

Gabriela Maccarri, 15 ans, la plus jeune fille d’Orailene, suit les pas de sa mère et participe elle aussi aux luttes sociales qui se nouent dans la capitale vénézuélienne. Elle s’est réunie avec des jeunes du quartier pour recueillir des signatures pour une pétition en défense de la paix au Venezuela, exigeant que “cessent les tambours de la guerre”, comme élément d’une campagne nationale promue par les organisations politiques chavistes.

Après cette initiative, elle est devenue membre du Conseil de Jeunesse des Législateurs. “Nous recueillons une série de propositions et de revendications dans les quartiers populaires éloignés pour les soumettre aux législateurs municipaux” explique cette étudiante du secondaire.

Avec des amis elle a conversé avec des jeunes qui avaient pris part aux manifestations violentes de l’extrême droite (appelées “guarimbas”) de 2016 et 2017. “Beaucoup d’entre eux ont eu une attitude violente, comme un de mes amis qui a attaqué la Garde Nationale avec un cocktail Molotov, bien sûr que la Garde a réagi en état de légitime défense. Il s’est fait frapper et s’est mis encore plus en colère. Le garde n’aurait pas dû faire cela parce que c’est un gosse, mais c’est aussi compréhensible humainement. Nous essayons donc de parler avec un jeune puis avec l’autre, parce que beaucoup de familles ne savent pas non plus quoi faire.” dit Gabriela.

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L’étudiante Gabriela Maccarri raconte comment elle et ses amis aident à mobiliser le quartier populaire | Photo: Fania Rodrigues

Gabriela affirme que les adolescents du quartier populaire où elle vit et qui ont pris part aux “guarimbas” n’avaient pas plus de 17 ans. “C’étaient tous des gosses, entre 12 et 15 ans” raconte-t-elle. « L’idée est de réintégrer ces jeunes, ne pas les laisser se perdre dans la violence« .

Femmes constructrices

Dans le même quartier d’Antímano, à quelques mètres de la plantation urbaine du collectif dont fait partie Orailene, 90 autres femmes construisent un immeuble où elles vont vivre avec leurs familles. Le mouvement “Infanterie Révolutionnaire pour le Logement” a reçu des ressources à travers le programme social d’Etat “Mission Logement Venezuela” qui a construit plus de 2 millions de maisons populaires dans les dernières vingt années. L’argent est autogéré par les futures propriétaires et elles-mêmes apportent la main d’oeuvre. Pour cela, elles se relaient de manière hebdomadaire et maintiennent 16 personnes en travail constant sur le chantier tous les jours.

Nous construirons au total 95 appartements, mais initialement nous allons en faire 45. Près de 85% des personnes qui travaillent ici sont des femmes. Ici nous sommes multi-fonctionnelles : nous sommes électriciennes, nous posons des briques, il y a celles qui assurent la logistique pour les ouvriers de la construction. C’est un travail de guerrières » pour la porte-parole du mouvement Ayary Rojas, 48 ans, femme au foyer.

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La porte-parole Ayary Rojas explique que les femmes représentent 85% des personnes qui participent à l’effort conjoint de construire des logements abordables pour les secteurs populaires | Photo : Fania Rodrigues

Parmi les femmes bâtisseuses on rencontre également Yrcedia Boada, 44 ans, qui élève et éduque seule ses deux enfants (l’un âgé de 10 ans et l’autre de 19 ans). Pour cette mère, la construction de sa propre maison a changé la relation entre les membres de la famille. « Mon fils adolescent rendait la vie difficile à la maison, il vivait une phase très rebelle, révoltée. Au début, il m’a accompagnée pour m’aider dans le travail. Après quelques mois, il a changé d’attitude. Maintenant qu’il est entré à l’armée, il passe ses jours de congé à m’aider ici. Savoir que c’est notre maison, celle de la famille, lui apporte ce sentiment d’appartenir à un lieu et à une vie en commun avec les voisins » raconte-t-elle avec fierté.

Comme Yrcedia, 40% des vénézuéliennes sont “chefs de famille”. Elles éduquent leurs enfants, travaillent pour faire vivre la famille et dans le cas de ce travail collectif de logements populaires, construisent leur propre maison : “Pas seulement des maisons, mais aussi un mode de vie collectif, en communauté. Une communauté socialiste” précise la femme au foyer.

Fania Rodrigues, Caracas, 25 mars 2019.

Source : Brasil de Fato, https://www.brasildefato.com.br/2019/03/25/marco-das-mulheres-or-venezuelanas-sao-ponta-de-lanca-na-batalha-politica-no-pais/

Traduction : Thierry Deronne

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Terra TV présente : « El Maizal, la bataille pour produire » (en ligne, sous-titres français)

maizalaf.png« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Au boulot, j’avais bien entendu quelqu’un mentionner ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs compétents en matière de réparation et d’entretien pour améliorer la production communale, mais je n’avais pas approfondi. C’est du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, que j’ai compris ce que sont ces équipes, et leur idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.» C’est ainsi que Silvana Solano, qui accompagnait notre équipe de tournage, résume le nouveau film de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire », visible ici :

Cette treizième « bataille productive » a permis de récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif et notamment, l’élevage et la mise en culture. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal, dans l’ouest agricole du Venezuela, où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante.

Pour le sociologue vénézuélien Reinaldo Iturriza, « ce qui induit à la superficialité ou à l’erreur un nombre considérable d’analyses de la situation vénézuélienne est l’invisibilisation du sujet politique, du tissu populaire, de ces bases chavistes capables de considérer que leur gouvernement fait mal quelque chose, ou que ses efforts sont insuffisants, tout en comprenant qu’il n’en demeure pas moins le gouvernement du peuple ». 

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

136 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 92% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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