Révolution Bolivarienne et lutte paysanne : les défis actuels

Le 9 avril dernier, le Président Nicolas Maduro a pris fermement position contre la criminalisation de la lutte paysanne et la vague d’expulsions dénoncées par les organisations de ce secteur. Il a ordonné de créer une commission spéciale au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, afin d’enquêter sur les faits les plus récents et d’identifier les responsables ainsi que leurs complices à l’intérieur des institutions. Dans son discours, le Président a affirmé avec force « Cette Révolution n’est pas complice des propriétaires terriens! C’est la Révolution des paysans et des paysannes, de la Justice ». Le 28 avril Maduro a renforcé les aides économiques au secteur paysan et communard.

Pour ceux qui sont directement concernés, la question est de savoir qui est derrière la recrudescence actuelle du harcèlement contre le secteur paysan. Quelles devraient être les actions à entreprendre suite à la récente déclaration de Nicolas Maduro? Comment le soutien apporté par la Révolution aux organisations paysannes pourrait-il se concrétiser ?

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Nicolas Maduro avec Angel Prado, un des leaders de la commune paysanne El Maizal, le 28 avril 2018.

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Les luttes paysannes, point cardinal de la Révolution

Depuis ses débuts, la Révolution Bolivarienne a fait sienne la lutte historique de la paysannerie pour la démocratisation des terres, des intrants et des ressources nécessaires à la production agricole. C’est écrit de façon explicite dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999, et  dans la Loi sur les Terres et le Développement Agricole, l’une des 49 lois approuvées par voie d’habilitation par le Président Hugo Chavez en 2001, afin d’inscrire les principes constitutionnels les plus urgents dans un cadre juridique et d’application concrète.

Selon un recensement réalisé en 1998, sur les presque 30 millions d’hectares de terres cultivables dénombrées, 24 millions environ (c’est-à-dire 60%) sont regroupées dans des latifundios dont les propriétaires ne représentent que 1% de la population. L’agriculture paysanne familiale et de petite et moyenne production constituent 75% des exploitations agricoles mais ne couvre qu’à peine 6% des terres cultivables.

La lutte contre le latifundium a immédiatement suscité de violentes réactions (1) de la part de l’oligarchie, selon laquelle elle serait « contraire à l’intérêt social ». Les puissants intérêts économiques de cette caste, liés à la concentration de la propriété des terres   -plutôt qu’à la production agricole vu son rendement limité- sont à l’origine de la violence et de la persécution envers les communautés paysannes protagonistes de la récupération des terres non cultivées au bénéfice de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du pays. Tout au long de ces années de Révolution, il y a eu environ 300 assassinats de paysans commis par des sicaires, dont la plupart au cours des premières années d’application de la loi. Aujourd’hui, plus de 16 ans après, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les paysans organisés. Menaces, expulsions violentes, judicialisation et criminalisation de la lutte paysanne se répètent et se poursuivent selon un même scénario dans différents Etats du pays. La gravité de la situation a requis l’intervention du Président Maduro.

Pour mettre en évidence les différents facteurs en jeu, nous avons recueilli depuis Albar TV, l’analyse et les apports de la Plateforme de la Lutte Paysanne, qui intègre différentes commissions et coopératives paysannes et des petits producteurs de divers Etats du pays (2).

1) Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.

A l’origine de la criminalisation de la lutte paysanne, il y a de puissants intérêts liés à la concentration de la propriété foncière. Pour s’imposer, ils agissent à différents niveaux et ils tirent actuellement profit d’une matrice d’opinion qui désigne le secteur paysan comme responsable des difficultés économiques que connait le pays. Cette matrice d’opinion prend pied jusque dans les institutions d’état.

Bien que dans la conjoncture économique actuelle, 70% des aliments consommés par les foyers vénézuéliens proviennent de l’agriculture paysanne familiale, on met la crise que nous traversons sur le dos des paysans et ce parti pris se renforce, parce qu’au sein même des différentes institutions on ne croit pas au modèle de production paysan. Ils se justifient en disant que l’Etat a donné des terres et accordé des crédits mais que le paysan « n’a jamais su produire », nous explique-t-on à la Plateforme.

« Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en réalité l’Etat n’a pas mené de politiques judicieuses qui auraient pu contribuer au développement agricole. Car c’est un mensonge que d’affirmer que la plupart des terres sont aux mains des paysans : la plus grande partie d’entre elles, de même que la majeure partie des équipements et du capital disponible pendant la Révolution ont été aux mains de l’Etat, d’entreprises d’Etat qui appartenaient auparavant à la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL) et qui se retrouvent aujourd’hui en partie dans la Corporation du Développement Agricole (DelAgro) et de l’entreprise agricole des Forces Armées Nationales Bolivariennes (AgroFANB) ».

Même si les grands projets de l’Etat issus de la Révolution ont eu des résultats remarquables dans le domaine de la production, la guerre économique de ces dernières années ont compromis ces efforts et montré leur fragilité, que ce soit par le fait d’être devenus l’objet de la contrebande et du détournement de denrées alimentaire, ou par les difficultés liées à l’entretien des machines et à la préservation technologique, ou encore par des erreurs de gestion, entre autres facteurs.

Le discours qui attribue la responsabilité de la crise à l’agriculture paysanne à des répercussions très graves : « car une telle logique amène à dire que les entrepreneurs, eux, savent produire, et par grandes quantités », et c’est pourquoi il faudrait établir des accords à cette fin. Mais il s’agit là d’une logique perverse, qui mène à la restauration du latifundium sous un discours prétendant que des entreprises privées pourraient s’allier à l’Etat pour « faire produire la campagne ». Ce qui signifierait déloger le petit producteur, le paysan,  comme on le constate avec les tentatives d’expulsion actuelles et serait une trahison au legs paysan laissé par Chavez, à tout ce qui a été réalisé et à tous les morts qui sont tombés au cours de ces années. Nous nous trouvons donc face à un grand danger, celui d’une politique restauratrice ».

Les pratiques de monoculture intensive propres aux grandes entreprises de l’agrobusiness sont illégales au Venezuela. C’est ce qu’établit la Loi Organique de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire (2008) qui, tout au contraire, reconnait l’importance qu’a pour le pays le développement d’une agriculture durable. Dont les bases sont : l’agricuture paysanne, familiale et des petits producteurs, comme l’a défini l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (sigle anglais FAO), qui met en évidence l’importance cruciale de la petite production du fait qu’elle répond au triple défi de produire plus d’aliments, de créer plus d’emplois et de conserver les ressources naturelles.

A l’inverse, la mal nommée « révolution verte » de l’agrobusiness n’a non seulement pas atteint son objectif affiché (réduire la faim dans le monde), mais a démontré qu’elle avait des impacts négatifs considérables en épuisant la terre, en instaurant une dépendance au monopole des grandes corporations mondiales sur les instrants et en provoquant le déplacement de la population paysanne et son appauvrissement culturel.

« La production paysanne et la production familiale fournit 80 à 90% des aliments des pays d’Amérique du Sud. Ce que produisent les grandes surfaces de l’agro-industrie aux mains du capital étranger ou national ne sont que des « commodities ». Nous avons là deux points de vue antagonistes » prévient la Plateforme.

Sandra del Toro, communarde

2) Garantir la sécurité juridique des récupérations.

Selon  des informations présentées par le Président Maduro, les terres reprises au latifundium ont atteint 6 millions d’hectares. Cependant, « il y a environ 6 000 cas de récupération pour lesquels la procédure juridique a commencé mais n’a jamais été achevée, « selon les indications de la Plateforme de la Lutte Paysanne.

Par exemple, dans le cas de la commune El Maïzal, dans l’Etat de Lara, « une récupération a eu lieu en 2008 (avec le Président Hugo Chavez en personne). Ce fut une opération spectaculaire, en présence même du propriétaire. Mais  cette récupération n’a jamais été finalisée par l’INTi devant les tribunaux. Le résultat a été qu’en 2013 le TSJ a ordonné de rendre ces terres à l’ancien propriétaire. Comme à ce moment-là avait lieu une rencontre extraordinaire des Communes, il y a eu toute une protestation au niveau national et le Président Nicolas Maduro a pris les devants et a annulé cette décision ».

Des milliers de cas de récupération ont été engagés sans jamais aboutir ou être clos  juridiquement, d’où leur précarité. N’étant pas fondés sur des actes juridiques définitifs, une décision du pouvoir judiciaire peut à tout moment les annuler. La responsabilité retombe, dans ces cas-là, sur l’INTi, qui effectue toutes les démarches légales concernant les récupérations. Nombre de récupérations font l’objet de plaintes de la part des prétendus propriétaires, mais l’INTi n’a jamais donné suite aux convocations des tribunaux. Il y a un risque de de perdre ainsi jusqu’à 90% des récupérations », affirment-ils.

Tout cela se traduit par une absence de sécurité juridique, y compris pour le secteur paysan  qui a reçu son outillage agricole. « Un processus de récupération dure au minimum de six mois à un an. Mais dans les faits, il peut prendre plus de cinq voire dix ans. Si cela est dû en bonne partie à l’inertie bureaucratique, il faut savoir aussi que des avocats de l’INTi perçoivent des pots de vin en contrepartie de leur inaction et que de cette façon, les délais légaux sont dépassés et on aboutit à une péremption administrative. Bien entendu, à l’expiration de la procédure, tout document fourni est invalidé, que ce soit une carte foncière ou une adjudication ».

En effet, au Sud du Lac nous avons un cas de 300 hectares récupérés dans lequel le tribunal des affaires agricoles a reçu une plainte lui demandant d’annuler la carte foncière qui avait été octroyée à la communauté paysanne l’année dernière. Si le tribunal invalide la carte foncière, les paysannes et les paysans seront mis dehors. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le scénario d’un changement de gouvernement, ils n’auraient même pas besoin de dire « nous allons annuler les récupérations », il suffira simplement d’activer  ces cas de péremption judiciaire, c’est-à-dire qui n’ont pas été menés à terme et les terres seront rendues aux latifundistes.

3) Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions.

Suite à l’appel du Président Maduro, le Vice-Ministre des Terres et président de l’INTi, Luis Soltedo, est intervenu ce mardi au siège régional de cette institution dans l’Etat de Mérida après l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, de l’expulsion de l’exploitation La Magdalena, dans la localité d’Obispo Ramos Lora. C’est là que le 16 mars dernier, 32 personnes de la communauté paysanne, accusées d’effraction bien qu’elles aient été en possession d’une autorisation de l’INTi pour récupérer ces terres non cultivées, ont été arrêtées.

Soltedo a destitué 17 fonctionnaires rattachés au Bureau Régional  des Terres de l’Etat de Mérida suspectés d’avoir commis des actes de corruption et a désigné un nouveau directeur. Mais nous ignorons toujours si outre le fait d’avoir été destitués, ils seront poursuivis en justice et si les destitutions sont en rapport avec les harcèlements  envers les organisations paysannes ou avec le sabotage des procédures administration des récupérations. Dans cette même localité, a été dénoncée la complicité des fonctionnaires de l’INTi avec les propriétaires terriens dans le but de faire obstacle à la procédure de récupération de 400 hectares de terres non cultivées du Fundo el Carmen engagée par deux conseils paysans.

Les enquêtes devront être complètes. « Sur le plan judiciaire, la Défenseure publique devra enquêter  sur des procureurs et des juges qui font preuve de partialité envers les propriétaires fonciers et qui prêtent main forte aux expulsions et à l’emprisonnement des paysannes et paysans », affirme-ton à la Plateforme en évoquant l’existence d’un réseau de corruption.

De son côté, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, qui livre une grande bataille contre la corruption depuis qu’il assume sa charge (août de l’année dernière), a déclaré que le Ministère Public affrontera les propriétaires terriens au moyen de la Loi et qu’il assurera la défense des droits humains des paysannes et des paysans victimes de ces tentatives de restauration du latifundium. Une enquête sur les autorités régionales et municipales est nécessaire « parce que leurs services de police ont été utilisés dans les expulsions ». C’est le cas, par exemple, pour Hato Las Mercedes de la municipalité de Pedraza (Etat de Barinas) où environ 450 familles, qui sont venues travailler ces terres dès 2011 avec l’autorisation de l’INTi, ont été victimes d’une expulsion brutale le 7 mars 2017. Dans un autre contexte, nous avons aussi le cas de la commune Minas de Buria, située dans le massif de Nirgua (Etat de Yaracuy) où 277 petits exploitants agricoles sont poursuivis en justice et se trouvent sous la menace d’une expulsion des terres sur lesquelles ils vivent depuis 50 ans, sous l’accusation d’occupation illégale bien qu’ils soient en possession d’une carte foncière de l’INTi. La commune a dénoncé à plusieurs reprises que derrière tout cela oeuvrent en réalité les intérêts de l’exploitation sablière et minière de la région.

« Il faut aussi enquêter à l’intérieur du secteur militaire, car les Forces Armées Bolivariennes ont également été utilisées pour prêter main-forte aux expulsions des communautés paysannes. » Comme exemple, on cite le cas de Hato Gavilan – La Chaqueta (Etat de Barinas) où depuis le 17 avril dernier ,les paysannes et les paysans  qui avaient été expulsés de force de leurs terres, ont pu revenir au bout de 80 jours environ. Au moment de l’expulsion, ils venaient de passer dix mois à  produire des aliments sur ce latifundio. « Ce Hato est protégé par la GNB. Que fait là la GNB ? Sans doute existe-t-il des intérêts pour l’appropriation politique ou militaire de ces terres.  On n’en parle pas, mais il faut enquêter, il ne peut y avoir d’impunité ».

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4) Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds.

« Dans beaucoup d’Etats, les propriétaires terriens ont de nouveau recours à des paramilitaires et à des sicaires pour harceler et menacer la communauté paysanne et lui faire quitter les terres qu’elle travaille », dénonce la Plateforme de la Lutte Paysanne. « C’est une méthode qui a été utilisée durant les cinq premières années de la mise en application de Loi sur les Terres ;   c’est pendant ces années qu’ont eu lieu la plupart des assassinats de paysans » qui, rappelons-le, ont dépassé les 300.

Quelques jours avant le discours du Président Maduro sur les expulsions, des bandes armées au service des propriétaires terriens venaient d’attaquer le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes, dans la communauté de Las Bateitas de la municipalité de Papelon, Etat de Portuguesa. « Au cours de cette attaque, ils ont incendié une maison, brûlé un tracteur, détruit les plantations des paysans qui avaient passé huit ans à occuper et cultiver ces terres ».

Le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes est présent sur un latifundio de 24 000 hectares, nommé Hato Garzon et signalé comme terres non cultivées à l’INTi. Depuis huit ans,  80 familles lui donnent vie en produisant du maïs, des fèves, des haricots, de la banane plantain et de la yuca, en plus de faire de l’élevage de bétail  à double fonction (viande et lait). Durant toute cette période, ils ont reçu des menaces de la part de groupes armés au service de Ali Torrealba, qui prétend être le propriétaire de ces terres non cultivées », nous dit-on.

Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds ainsi que les propriétaires terriens représente donc une tâche urgente pour l’Etat Vénézuélien. « Il doit y avoir une réaction de la part des forces de sécurité, mais aussi au niveau politique et juridique contre les propriétaires terriens qui  financent et  protègent les sicaires et les paramilitaires. Il faut rappeler aussi que beaucoup de propriétaires terriens sont impliqués dans les garimbas et restent impunis ».

Prenons pour exemple le cas de Julio « Cesar Ronco » Garcia à Socopo (Etat de Barinas) qui a mis à la disposition de groupes violents une tractopelle pour attaquer et démolir des édifices publics. Cet individu a, de plus, viré à coups de fusil des paysannes et des paysans de Hato El Diamante – Cajarito, terres appartenant à la Nation qu’ils se sont appropriés par favoritisme selon les dénonciations de fonctionnaires de l’INTi lui-même.

« L’impunité est un facteur qui contribue à la poursuite de pratiques paramilitaires de la part des latifundistes et de l’utilisation de sicaires pour harceler, menacer,  expulser et assassiner les paysans. L’Etat a une dette historique envers le mouvement paysan, et doit rendre justice aux centaines de paysans assassinés par les tueurs à gages. Une assistance a été apportée à 20 ou 30 familles, mais on ne leur a pas encore fait justice ».

5) Renforcer la production paysanne.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est la production paysanne qui nourrit pour l’essentiel les Vénézuéliennes et les Vénézuéliens actuellement. Cependant, « la plupart des politiques d’intrants sont destinées aux grands groupements de producteurs. A ce jour, il n’existe pas de politique appropriée concernant les financements et les intrants au bénéfice de la production des petits exploitants agricoles et des paysans pauvres.

Il faudrait avant tout contrôler les coûts des intrants agricoles et  garantir leur fourniture aux producteurs ». La question des intrants agricoles est centrale pour la production, et leur prix a flambé. L’urée par exemple, un intrant que l’on fabrique au Venezuela, est passé de 60 000 à 500 000 bolivars. C’est un coup dur porté au petit producteur et à la production nationale ».

« L’Institut National de la Santé Agricole Intégrale (INSAI) compte environ 12 laboratoires de production d’intrants au niveau national. Tous les laboratoires sont à l’arrêt, par conséquent celui qui veut produire de manière agro-écologique ne dispose pas d’intrants », nous dit-on.

« Nous sommes déjà mi-avril, le cycle des semailles va bientôt commencer et nous n’avons pas d’intrants. A moins que l’Etat ou des secteurs du Gouvernement ne veuille donner la priorité et ne préfèrent travailler avec les grands groupements de producteurs et non pas avec les petits, qui sont pourtant ceux qui produisent réellement. Que vont devenir les familles de ces derniers, et qu’adviendra-t-il de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du Venezuela? »

Dans le contexte actuel de la guerre économique, il est primordial de renforcer la production. « Et pour ce faire, on a besoin d’une sécurité juridique, d’un financement approprié et d’un accès aux intrants pour les petits producteurs. La priorité doit être donnée à l’accès aux équipements et à la viabilité agricole ».

Une autre question importante est celle de la sécurité de la production face aux vols de récoltes, de machines et d’intrants qui se généralisent. « Il semble qu’une part de la guerre menée contre la Révolution consiste à détruire la production limitée qui existe dans nos campagnes et qui a permis d’atténuer les conséquences de la guerre économique. Ce que nous mangeons, la yuca, la banane plantain, les fèves, les haricots, le maïs, la patate douce, le riz, ce sont les paysannes et les paysans qui le produisent. Mais si on te vole ta motopompe, tu ne peux plus arroser. Si on te vole un transformateur, un tracteur…cela met fin à la production et la guerre économique s’aggrave ».

Notes :

1) C’est ce qu’a rappelé le Commandant Chavez lui-même : »Savez-vous ce qu’ont fait les représentants de l’oligarchie terrienne quand la loi a été approuvée et est parue dans la Gazette Officielle? Ils ont organisé un évènement public et ont déchiré le texte de Loi lors d’une cérémonie, publiquement, devant le pays entier. Un journaliste vénézuélien a dit qu’un propriétaire terrien qui déchire la Loi sur les Terres peut être comparé à un narcotrafiquant qui déchire laLoi Antidrogue. (Discours fait au Forum Social Mondial de Porto Alegre, le 26 juin 2003).

2) La Plateforme de la Lutte Paysanne comprend plusieurs Conseils et Coopératives paysannes, ainsi que des petits producteurs et productrices des Etats de Aragua, Guarico, Cojedes, Barinas, Portuguesa, Mérida, Tachira, Trujillo, Lara, Yaracuy, Carabobo, Vargas et Zulia.

Source : Alba TV/2018 

Traduction : Frédérique Buhl

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Nicolas Maduro interdit toute expulsion de paysans et exige d’arrêter les responsables de ces exactions (photos et vidéo)

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

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Jhenzi Erazo González, membre de la Cooperative Caño Avispero, reçoit le titre de propriété des terres.

“Compagnon Castro Soteldo (Ministre d’Agriculture et des Terres), compagnon Aristóbulo (Ministre des Communes), enquêtez et allez-y à fond. Dites-moi ce qu’il y a à faire et à qui couper la tête !” a dénoncé le Président Maduro lors d’une transmission en direct par la télévision publique VTV. “Je ne veux pas de grands propriétaires, de corrompus ni de complices de grands propriétaires dans le gouvernement bolivarien ! Qu’on les chasse tous ! Que soient arrêtés tous ceux qui ont emprisonné cette petite fille ! En prison, ces voyous !”

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Angélica Palencia et sa fille Juana María. Photo: La Tabla

Maduro faisait allusion à Juana María, une fillette de 5 mois dont la mère, la paysanne Angélica Palencia, de 30 ans, fut une des personnes arrêtées le 16 mars dans la municipalité Obispo Ramos de Lora de l’État de Mérida. La fillette, pour pouvoir être allaitée, était amenée plusieurs fois par jour jusqu’au siège du Corps d’Investigations Scientifiques et Pénales et Criminelles (CICPC) de El Vigía, où ont été reclus les 32 paysans, dont la maman.

“Quel besoin y avait-il de faire entrer cette fillette dans une cellule froide du CICPC?” s’est exclamée durement Jhenzi Erazo González, membre de la Coopérative Caño Avispero, “une des victimes de El Vigía”, ainsi que l’a appelée le Président vénézuélien lui-même, qui a lui a remis en main propre les titres de propriété socialiste agraire et les documents d’enregistrement agraire en faveur de la coopérative mentionnée, l’autorisant à  cultiver 350 hectares de terre de qualité A-1, de niveau optimal pour l’agriculture. Comme l’a dénoncé Angelica González, ces terres ne sont pas mises en culture par les grands propriétaires, qui y parquent des bœufs.

González a expliqué que la terre de La Magdalena, où ils travaillent, sera rebaptisée “Juana María” en honneur à la fillette de 5 mois qui l’a accompagnée lors des jours de prison.

 

Comme l’a expliqué le site Web La Tabla, le 16 mars dernier environ trente paysans étaient en train de travailler la terre de La Magdalena avec l’autorisation de l’Institut National des Terres du 21 septembre 2017 dernier leur permettant de mettre en production 350 hectares qui n’étaient pas cultivés. Des commissions policières du CICPC et de la Garde Nationale se sont alors rendues sur place avec deux juges du Ministère Public. Trois leaders paysans furent abordés avec de supposés mandats d’arrêt.

Leurs compagnons s’opposèrent à l’arrestation et assurèrent aux policiers qu’en cas d’arrestation de leurs compagnons, “il faudrait tous les emmener”, comme l’explique aussi la journaliste Indira Carpio, de sorte que les 32 travailleurs furent arrêtés. Parmi eux se trouvaient onze femmes et six personnes âgées, dont une atteinte d’une affection cancéreuse.

La mesure de privation de liberté fut ordonnée par la Juge du Pôle 6 de contrôle de Mérida, Rosario Méndez. La terre en conflit a pour supposé propriétaire la famille Celis Aranguren, qui – selon le site La Tabla – possèdent huit autres grandes propriétés dans la région et qu’elle voue à l’élevage alors qu’il s’agit de terres de catégorie 1 et 2, dont l’usage doit être légalement réservé à l’agriculture.

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Photo: La Tabla

Finalement, le 25 mars, les paysans ont été libérés. Le jour suivant, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a annoncé que le Parquet a demandé à la Juge du pôle 6 de Mérida, de revoir sa mesure de privation de liberté contre les 32 paysans. Il a indiqué que ces paysans ont été arrêtés arbitrairement “en violation des Lois de la République, qui consacrent le droit à la terre comme Droit Humain” et a manifesté sa “ferme volonté d’affronter avec la loi les grands propriétaires”.

Il a également indiqué que le Ministère Public “assumera la défense des droits humains de nos paysannes et paysans quand ils sont victimes de puissants secteurs économiques qui veulent faire revenir le Venezuela à l’époque des grandes propriétés (latifundios) ”.

Nicolas Maduro: « J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites ! ». L’Assemblée Nationale Constituante ouvrira une enquête.

“J’ai demandé à l’Assemblée Nationale Constituante qu’on ouvre une enquête et que dans les 15 jours elle me remette un rapport sur les expulsions illégales, répressives, dont a été victime le mouvement paysan ces dernières semaines dans tout le pays” a insisté le Président Maduro lors de la transmission de VTV. “J’exige une enquête approfondie pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux grands propriétaires. J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites !” a exprimé le mandataire national.

“Celui dont je découvre qu’il a des liens avec les grands propriétaires et utilise la force publique pour poursuivre et expulser comme cela s’est produit à El Vigia, qu’il soit sûr que je vais le faire traduire en justice et qu’il sera expulsé des rangs de la révolution ! Je le chasserai du gouvernement ! Les expulsions sont interdites ! Assez de corruption et de complicité avec les grands propriétaires ! Ca suffit ! Nous ne sommes pas une révolution complice des grands propriétaires ! Nous sommes une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice !” a souligné le président vénézuélien.

Epurer les institutions

Après avoir reçu son titre agraire des mains du Président Maduro, Jhenzi Erazo González s’est exclamée : “Malgré tant d’intimidations de la part des différents corps de sécurité, nous sommes toujours en lutte ! Aujourd’hui notre président Nicolás Maduro Moros fait de notre rêve une réalité. Aujourd’hui, je parle au nom des 32 compagnons injustement détenus par le CIPC d’El Vigía à cause du caprice des grands propriétaires et latifundiaires et de la complicité de fonctionnaires qui sont toujours dans une institution créée en révolution telle que l’Institut National des Terres (INTI). Monsieur le Président, comment est-il possible que deux fonctionnaires aient apporté leur concours à ces actes de répression contre nous ?” s’est demandé González tout en dénonçant les fonctionnaires Yelibel Hernández et Ana Karina Pérez qui « ont participé pour que nous soyons humiliés de la manière la plus cruelle”.

La paysanne a également exigé que soit destituée la juge qui a pris la mesure d’arrestation, au mépris du titre remis par le président de l’Institut National des Terres à ce moment-là, mesure aujourd’hui ratifiée par le Président de la République.

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González a invité le président Maduro, au nom des 32 compagnons arrêtés et de la fillette de 5 mois a ce qu’il “parcoure avec nous tout l’axe Panaméricain et qu’il observe le travail que nous effectuons avec le Front Élargi Unifié de Résistance Paysanne, avec l’appui du Parti  Tupamaro et notre organisation, qui sont ceux qui nous appuient”.

Elle a aussi demandé au Président Maduro de mener les enquêtes pertinentes pour que “cette affaire n’en reste pas là”. Elle a indiqué que d’autres compagnons ont subi un déplacement forcé à la La Buena Esperanza, au cours duquel 11 compagnons furent arrêtés et qui sont encore “devant les tribunaux”, alors que l’Institut National des Terres se soit prononcé en leur faveur. “Ces compagnons ont été traités d’envahisseurs de terre et considérés comme des terroristes, et cela nous fait mal car nous sommes une seule et même famille à l’échelle de tout une nation, nous voulons produire et faire avancer ce pays”.

González a lancé un appel à l’Institut National des Terres pour qu’il “travaille la main dans la main avec nous. Sur l’axe Panaméricain nous travaillons avec trois fois rien, parce que nous n’avons pas de machines. AgroPatria (entreprise publique d’équipements agricoles) ne nous permet pas d’acheter parce que nous n’avions pas de titre agraire. Aujourd’hui nous l’avons, compagnons !”

Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. A présent, occupons les terres pour les faire produire !”

“Je ne crois pas dans les paroles des bureaucrates ! Je crois dans la parole de cette paysanne pauvre !” a répondu le président vénézuélien après avoir écouté González. Il a insisté sur le fait qu’il faut passer de la mentalité de résistance à la mentalité offensive et productive. “Le peuple doit posséder la conscience du pouvoir. Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. Je ne me serais pas laissé faire. En vous disant cela, tout est dit. Que celui qui a des oreilles entende bien. Ne vous laissez pas faire. Je ne me serais pas laissé faire ! (..) Et à présent il faut occuper les terres pour produire”, a insisté Maduro.

Le 18 avril le Venezuela atteindra les six millions d’hectares remis aux paysans.

Le président a annoncé que le 18 avril “nous allons atteindre un objectif auquel Hugo Chavez accordait beaucoup d’importance : la Révolution Bolivarienne aura octroyé six millions d’hectares aux paysans ”. Pour atteindre cet objectif, a expliqué Maduro, 44.000 hectares de plus ont été remis aux travailleurs ruraux, dont il a remis ce lundi une partie sous la forme de nouveaux titres de propriété aux paysans.

Le président a indiqué qu’il est nécessaire d’être autocritiques et d’augmenter la production agraire pour aider le pays à sortir de la problématique qu’il subit actuellement. Il a rappelé qu’en Colombie plus de 300 mille citoyens ont été assassinés en 70 ans à la suite, entre autres causes, de la lutte pour la terre. “Les terres en Colombie sont aux mains de 10 familles. Au Venezuela, la propriété des terres a commencé à se démocratiser avec l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, la Loi des Terres (approuvée en 2011 par le président Hugo Chavez), avec la Constitution Bolivarienne (de 1999)”. Nicolas Maduro a rappelé que la Constituante accélèrera ce processus de démocratisation « pour que les terres appartiennent à ceux qui la cultivent ».

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“Je demande plus d’efforts productifs. Nous ne produisons pas la quantité suffisante pour couvrir les besoins d’un pays qui veut le socialisme, qui veut l’égalité, le futur. Qui va produire pour nous ? Donald Trump ? Santos ? Nous devons produire nous-mêmes et je vais vous demander un plan productif” a dit le Chef de l’État en s’adressant aux leaders des mouvements paysans et aux ministres Castro Soteldo et Istúriz.

Maduro a également convoqué l’État Major Paysan pour que le prochain 25 avril se tienne une réunion de travail dans laquelle seront revus des plans réimpulsant le secteur agricole du pays. Il a appelé les travailleurs ruraux à revoir les plans de production sur les six millions d’hectares octroyés au secteur paysan, afin d’ « approuver les ressources en bolivars et en Petros, pour aller vers un grand plan productif de l’agriculture vénézuélienne ».

Source : http://albaciudad.org/2018/04/maduro-32-campesinos-detenidos-el-vigia-video/

Traduction : Thierry Deronne

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Andrés Antillano : « l’Arc Minier apporte de la cohérence à une activité minière qui devenait chaotique ».

Après plusieurs mois de recherche ethnographique dans l’Arc Minier, un scientifique vénézuélien renommé soutient que l’activité minière de l’Orénoque fait l’objet d’une stigmatisation intéressée, de la part du grand capital tout particulièrement. L’une de ses conclusions est qu’un « partenariat entre l’État et la petite exploitation minière est un moyen de conjurer la violence et de garantir un développement minier respectueux de l’environnement ».

par Nerliny Caruci. « Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise compréhension de l’activité minière, faite de répression et de non reconnaissance qui a mené à une situation favorable à l’émergence de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs ». C’est ainsi que le scientifique explique dans quel contexte est apparu le controversé Arc Minier de l’Orinoco et comment cette nouvelle politique rend sa dignité au monde des mineurs.

Andrés Antillano- en el río Cuyuni - Foto Emilio Guzmán

Andrés Antillano (à droite sur la photo) est psychosociologue et enseignant à l’Université Centrale du Venezuela (UCV), spécialiste en criminologie et militant des Droits de l’Homme. Ce scientifique a fait des recherches sur le terrain, à l’intérieur même des mines de l’Etat de Bolivar, afin de comprendre la vie du peuple des mineurs dans sa quotidienneté, et pour aller plus loin, la manière dont les pratiques sociales associées à l’activité minière s’organisent. « L’Arc Minier nous permet de garantir un développement responsable de l’activité minière reposant, avant tout, sur ce qui représente la force motrice de cette transformation minière : la classe laborieuse des mineurs », souligne l’expert en référence à l’impact environnemental et social qu’aura l’Arc de Guayana.

Selon l’opinion qu’il s’est forgée sur la base des dispositifs ethnographique de coproduction de l’information, le secteur minier exprime l’identité de la classe travailleuse vénézuélienne, malgré « la stigmatisation intéressée » que propagent à son sujet »le grand capital qui était à l’origine de l’activité minière ». La pression exercée contre l’Arc Minier augmente avec le temps. Il suffit de se rappeler comment il a été discrédité ces derniers jours dans l’opinion publique : « l’activité minière décrétée par Maduro cause des ravages », « l’Arc Minier dévore le Venezuela et personne ne dit rien » ou « L’Arc Minier ampute de 12% le territoire national », alors même que des scientifiques, le peuple des mineurs, des leaders indigènes et le gouvernement national ont démontré que l’Arc Minier de Guayana est une politique qui est venue mettre de l’ordre dans le chaos qui régnait dans une activité minière qui, selon les termes d’Antillano, « partait en vrille ».
Selon ce chercheur universitaire, il y a un peu de tout dans ces critiques : des critiques malveillantes, des critiques justes et des jugements à l’emporte-pièce dues à l’incompréhension. Artillano a défini le partenariat entre l’Etat et la petite exploitation minière dans l’Arc Minier de l’Orinoco comme la voie incontournable à suivre, pouvant être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions d’exploitation relevant quasiment de l’esclavage et qui subissent des spoliations et des pillages sans fin ».

Pourquoi mener une recherche scientifique sur le thème de l’activité minière?

L’intérêt de cette recherche est de dénoncer la stigmatisation qui pèse sur les petits exploitants miniers et qui répond à certains intérêts, selon moi. Cette stigmatisation fait partie d’une stratégie de négation de notre peuple, de négation des petites gens qui sont pourtant ceux qui produisent nos richesses et qui font le pays. Il s’agit d’une stigmatisation historique des petits exploitants miniers qui cherche à les faire apparaître comme des groupes criminels, des fainéants et des prédateurs de l’environnement, alors que ce sont justement ces petits mineurs qui, j’insiste là-dessus, produisent la richesse, tout comme les pauvres et les travailleurs de ce pays.

Donc, pour l’essentiel, cette recherche a tenté de connaître de près le monde de la mine. L’ethnographie consiste justement à faire partie intégrante de l’objet que l’on étudie : il ne s’agit pas de voir les choses de loin, mais de connaître de près la vie, les pratiques sociales, les formes d’organisation, les problèmes des mineurs, et bon, ç’était vraiment passionnant. Et je suis arrivé à la conclusion, Nerliny, Ministre, Maria, que si un secteur de la population est à même d’exprimer l’identité de la classe travailleuse de ce pays, c’est bien celui des mineurs. Dans notre imaginaire collectif, il y a un peu de cette représentation très coloniale d’El Dorado, l’idée que l’or se trouve facilement, qu’il est à portée de main.

Andrés Antillano- en El Callao - Foto Emilio Guzmán
Quelle idée!

Oui vraiment, quelle idée! Comme cette croyance aussi que lorsqu’il a plu à El Callao, apparaissent des « cochanitos » en or ; peut-être cela s’est-il passé un jour? Non, sérieusement, si l’or a une quelconque valeur, ce n’est pas le métal en lui-même qui la lui confère, mais le travail gigantesque fourni par le mineur.

Andrés, pourquoi le public a-t-il une mauvaise image du mineur? Pourquoi cette image négative du mineur est-elle autant relayée par les médias?

Parmi les mineurs, on trouve toutes sortes de personnes, mais les gens honnêtes et travailleurs prédominent, des gens qui s’efforcent de gagner leur vie par leur travail avec une détermination impressionnante. De plus, le mineur mène une vie très simple, très modeste ; il utilise l’or pour survivre, mais il ne s’agit pas du tout de fortunes colossales! Cette croyance est un autre grand mythe!

Il peut y avoir beaucoup de raisons à cette stigmatisation, mais je pense qu’elle est intéressée, tout particulièrement lorsqu’elle provient du grand capital qui était à l’origine de l’exploitation minière. On parle par exemple de déprédation de l’environnement ; je suis allé sur place et j’ai vu, en effet, des zones présentant beaucoup de dégâts, mais c’était le résultat de l’activité d’anciennes grandes entreprises minières qui ont été expulsées (par le gouvernement du Président Chavez). J’étais sur les lieux, on ne pourra pas me raconter d’histoires. En outre, le mineur éprouve un profond sentiment anti-impérialiste. C’est une des choses que j’ai pu constater, car leur lutte de classe a toujours été dirigée contre les grandes corporations qui exploitaient les mineurs ; et le mineur a toujours revendiqué la souveraineté nationale. Se rapprocher du monde des mineurs, c’est côtoyer un monde culturellement riche du fait qu’il est le creuset du peuple vénézuélien : on trouve dans les mines des gens de la partie orientale du pays, de la partie occidentale, des gens de l’Apure, des gens des Andes, des camarades venus d’autres pays, des frères colombiens. Bref, l’Arc est un véritable creuset des secteurs populaires et à ce titre possède une culture très riche. De plus, le mineur a le sens du bien commun -bien sûr j’insiste sur le fait qu’il y a un peu de tout parmi cette population et qu’il ne faut pas généraliser – mais il comprend que la nature ne peut pas être pillée éternellement, car il en vit et doit entretenir avec elle une relation fondée sur le respect. Ensuite, il y a un problème qui relève de la responsabilité de l’Etat ; j’entends par là que le Ministère du Développement Minier Ecologique se doit de régler la question de la situation irrégulière des petits exploitants miniers.

Arco Minero del Orinoco - Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán

Le secteur informel?

Exactement. Le travail informel fait du peuple des mineurs une proie facile des groupes criminels et des victimes d’extorsions. J’ai pu voir comment, sous prétexte de lutte contre le paludisme, des mercenaires de la santé détournent les médicaments pour les vendre à leur propre profit et à des prix exorbitants aux mineurs – des médicaments qui sont gratuits au Venezuela! -, vous vous rendez compte? Le travail informel est aussi lié à la situation juridique, légale du mineur ; à cet égard, une politique de régularisation, de légitimation, une présence de l’Etat et des partenariats entre l’Etat et les petites exploitations minières, non seulement amélioreraient la situation des mineurs, mais garantiraient également un développement respectueux de l’environnement tout en allant dans le sens d’une stratégie visant à remédier à la situation de guerre économique que vit le pays.

Ces jours-ci, on a pu lire dans quelques médias que les résultats d’une enquête que vous avez faite dans l’Arc Minier de l’Orinoco montrent qu’ « il y a une relation directe entre la flambée de la production d’or et la violence ». Peut-on considérer les choses ainsi? Cette affirmation rend-elle justice à la manière dont le phénomènes de la violence se forme dans l’Arc?

Je n’ai absolument pas dit cela, vraiment! D’abord, il y a la question de la rente. L’exploitation minière existe au nord de l’Etat de Bolivar depuis presque 200 ans – en 1824, la première exploitation s’est installée dans la région de Cuyuni – et pourtant la violence n’y régnait pas. Les groupes criminels ne proviennent pas du peuple des mineurs ; bien au contraire, ce sont les mafias qui abusent des mineurs. La violence présente dans l’Arc Minier est liée à plusieurs facteurs dont, je crois, la faible présence de l’Etat. C’est pourquoi il faut renforcer cette présence et réglementer l’activité minière. Par exemple, les mineurs envisagent, entre autres choses, la possibilité de vendre l’or directement à l’Etat et à cet égard, les premiers résultats positifs des bureaux de l’or laissent envisager une politique d’une haute importance, consistant à vendre l’or directement à la Banque Centrale et à Minerven ; et aussi d’entrer en relation étroite avec l’Etat, car les mineurs comprennent que l’Etat Vénézuélien n’est pas là pour les brimer, mais pour les protéger et leur rendre leur dignité. Puisque c’est justement la faible présence de l’Etat qui favorise la toute-puissance des organisations criminelles. La perspective de très gros revenus est également très attractive pour les bandes criminelles qui finissent par exploiter les mineurs. En fait, le problème central est le le prélèvement dérégulé de revenus en l’absence d’un partenariat actif entre l’Etat et les communautés.

La violence est liée à un contexte de lutte de classes ; c’est-à-dire qu’actuellement, ce n’est pas le grand capital des entreprises transnationales qui exploite le mineur, mais les groupes criminels eux-mêmes. Donc, la présence forte de l’Etat, la collaboration entre l’Etat et la petite exploitation minière est un bon moyen de conjurer la violence dans l’Arc Minier de l’Orinoco La violence et l’activité minière ne sont pas nécessairement liées! La violence relève de l’absence de politiques visant à intégrer les mineurs et à leur garantir des conditions de vie satisfaisantes – et je pense que l’Arc Minier de l’Orinoco représente un effort important dans ce sens-.

Arco Minero_Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán
Y a-t-il des personnes qui s’opposent à l’Arc Minier conçu par le Commandant Chavez et qui se concrétise aujourd’hui par le décret du Président Nicolas Maduro ? A votre avis, quel est l’impact social de l’Arc Minier de l’Orinoco?

Bien sûr! Parmi les critiques contre l’Arc Minier, on trouve de tout : de la critique malveillante, des critiques valables et justes que je pourrais même partager, et des critiques dues au manque d’information. C’est pourquoi je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour saluer le travail médiatique effectué par En la bulla, dont l’émission a été réalisée au Ministère du Développement Minier Ecologique avec la Radio Nationale du Venezuela. Mais je pense qu’avant tout l’Arc Minier cherche à donner une cohérence à une activité minière qui existe depuis très longtemps et qui partait en vrilles de toute façon.

Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise connaissance de l’activité minière, faite de répression et d’incompréhension ; créant ainsi un contexte qui, par exemple, a favorisé l’apparition de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs. Donc, je suis convaincu que l’Arc Minier contribue à régulariser la situation des petits exploitants miniers, à garantir leurs droits, à garantir une présence active de l’Etat et à démontrer que le développement d’une activité minière écologique n’est certainement pas une utopie. Des expériences intéressantes ont été menées dans des régions minières du Pérou où la communauté des mineurs établit elle-même des mécanismes de contrôle et de surveillance de l’environnement ; ce sont des initiatives susceptibles d’assurer un développement responsable de l’activité minière, surtout si elle repose sur ce que je pense être la force motrice de cette transformation de l’activité minière : les petits exploitants miniers la classe travailleuse des mineurs.

Tu disais il y a un instant que le peuple des mineurs est un peuple très modeste qui manie de grandes richesses. Est-ce que cette pauvreté découle de l’ignorance de la valeur de tant de richesse? Qu’en penses-tu ?

Eh bien figure-toi qu’une des choses qui, à mes yeux, est sans rapport avec ces mythes dont parlait Nerliny, est le fait que le petit exploitant minier ne produit vraiment pas beaucoup. Il ne garde qu’une très petite part de sa production pour lui, en réalité, et l’estimation de ses gains n’est qu’approximative.

Et ce qu’il gagne, il le perd à cause des rackets.

Oui, il finit par le donner aux racketteurs ou en achetant certains produits à des prix exorbitants ; par exemple, des médicaments contre le paludisme qui sont gratuits mais qu’on leur vend à des prix faramineux. Le mineur se retrouve donc avec juste 10 ou 15% de sa production. Il extrait de très petites quantités et ne conserve pour lui que 10% de ce qu’il a sorti. Le surplus reste là. Et qui se l’approprie? Les mafias, les opérateurs qui rackettent les mineurs. Dans un tel contexte, le développement des forces productives minières, l’assistance technique aux mineurs et le déblocage de fonds au profit des mines pouvant être réinvestis, jouent un rôle clé.

Minero_Hoja de Lata II - Foto Emilio Guzmán
Nous allons créer un Fond Social Minier.

Ce genre de choses va permettre d’éviter des dangers bien réels qui menacent la souveraineté nationale. Il y a des pays où des dynamiques de conflits armés sont largement financées par ces pratiques d’extorsion exercées sur les petits mineurs. Ce n’est pas le cas au Venezuela heureusement! Mais c’est un danger permanent. Donc, la possibilité pour la classe travailleuse des mineurs et l’Etat de se réapproprier cet excédent et d’alimenter les caisses de la Banque Centrale, selon des accords équitables entre les petits exploitants miniers et l’Etat, va non seulement écarter ce danger, mais favorisa aussi le développement de l’activité minière traditionnelle, qui représente une activité productive effectuée essentiellement à la main. Au cours de mon enquête, je suis descendu dans les « barrancos » (ravins) comme on appelle là-bas les galeries verticales, jusqu’à 50 mètres de profondeur pour voir comment on extrait l’or à coups de marteau. C’est un travail très artisanal, très rudimentaire et qui met souvent la vie du mineur en danger. Par conséquent, la mise au point et l’application de technologies plus performantes et respectueuses de l’environnement ainsi que la protection de la sécurité au travail et de la santé des mineurs vont se traduire non seulement par la dignification de la vie du mineur mais aussi par une activité beaucoup plus rentable et bien moins coûteuse ; tout cela a quelque chose à voir avec cette enquête, le savoir-faire et l’assistance technique que vous mentionnez. C’est une réelle opportunité de régler le problème de l’usage du mercure qui affecte autant les mineurs que l’environnement.

Toi qui as côtoyé le peuple des mineurs et qui a fait des enquêtes, peux-tu nous dire si les mineurs sont conscients de la nécessité de préserver l’environnement et les écosystèmes dans lesquels ils travaillent? Quelle est ton impression sur ce peuple?

Je dois d’abord souligner que le monde du petit exploitant minier est très hétérogène. Il y a le mineur traditionnel –comme c’est le cas de Maria – : un mineur qui exerce ce métier durant toute sa vie et a développé un savoir-faire dans la protection de l’environnement ; et puis il y a les nouveaux arrivants qui s’adonnent à des activités très nuisibles ; ils veulent se constituer un petit capital le plus vite possible, parfois même au détriment de leur propre vie. Mais en règle générale, l’impact destructeur de l’activité du mineur traditionnel sur l’environnement est plutôt faible. Bien sûr, comme les mineurs sont nombreux, les dégâts seront sans doute plus importants, mais c’est avant tout leur propre vie qui est menacée par la contamination au mercure et par le paludisme. Mais, je le répète, le mineur traditionnel sait intuitivement que la préservation de l’environnement est primordiale ; car, en fin de compte, le mineur vit en relation étroite avec son environnement ; le mineur traditionnel prend soin de son milieu naturel.

Le mineur générationnel a une forte culture propre au monde de la mine et qui se différencie nettement ne serait-ce que par le fait qu’il est moins sujette aux accidents que les autres. Il a une relation responsable avec son travail et avec l’environnement, puisqu’il est né et a vécu dans la mine, ou bien a toujours été en relation avec le monde de la mine. Cette relation est d’ailleurs très intéressante. A El Callao par exemple, de nombreuses familles ont une mine dans la cour de leur maison et n’exploitent que le strict nécessaire. Imaginez-vous, Ministre, Nerliny, la différence que cela représente avec le grand capital! C’est vraiment une grande différence en comparaison avec les grandes industries minières qui épuisent rapidement le gisement en extrayant les plus grandes quantités possibles de ce minerai ; parfois même elles n’extraient rien car ce qui les intéresse c’est le chiffre d’affaires boursier, c’est de figurer à la bourse de valeurs de Wall Street.

Le mineur traditionnel comprend que son mode de vie prioritaire doit être de se procurer uniquement la quantité d’or dont il a besoin pour vivre ; il n’entretient pas de relation déprédatrice avec la mine, ni avec son milieu environnemental. Néanmoins, d’autres formes de relations existent sur le territoire ; par exemple, l’usage de dragues et de bassins, qui constitue une sorte de moyenne exploitation minière, illégale, mobilisant d’importants capitaux et agissant en toute impunité, a un sérieux impact destructeur sur les lits des rivières. Il y aussi les familles de mineurs qui viennent des grandes villes et, pour une bonne part, de la campagne, fuyant la pauvreté que provoquent la guerre économique criminelle menée actuellement contre les secteurs populaires et les opérations de spéculation dirigées contre le peuple vénézuélien. Ces familles viennent le plus souvent pour chercher une bouffée d’oxygène, reprendre leur souffle dans l’activité minière, certaines d’entre elles croyant à la légende d’El Dorado et s’imaginant faire fortune rapidement ; cette légende est fausse, j’insiste là-dessus, car le petit exploitant travaille avec des méthodes très peu industrielles, voire artisanales, et ne réussit jamais à faire fortune, sauf dans quelques rares endroits – il se fait moins d’un gramme d’or – moins d’une « grama » comme ils disent dans les mines.

C’est ce que l’on constate dans les bureaux de l’or : le travail de 25 000 mineurs s’est traduit, lors de la 12ème livraison de 2017, par un peu plus de 700 kilos de métal aurifique.

Vous touchez là un point très important que je n’ai pas fini de développer : chaque mineur, chaque équipe et chaque compagnie travaillent essentiellement en coopération. L’exploitation minière produit relativement peu et les gains des mineurs ne sont pas très élevés ; mais les mineurs dans leur ensemble peuvent obtenir des gains importants. A ce point de vue, il existe un vide que les petits exploitants comblent avec le Conseil Populaire Minier.

Avec les brigades de mineurs.

…avec les brigades de mineurs. Qui n’ont rien à voir avec des unités isolées : elles constituent un véritable mouvement. Car leur capacité de production pourrait faire du mouvement de l’Arc Minier le mouvement populaire le plus important du pays : autant pour leur production que par le grand nombre de familles qui y sont impliquées. C’est-t-à-dire que les petits mineurs organisés de manière collective pourraient se réapproprier leurs propres excédents, avec l’aide de l’Etat, pour le transférer à ce dernier et à la Banque Centrale à un prix juste, ce qui rendrait possible une évolution sociale, technologique et éducative. Le gros problème est que la plupart du temps les mines se trouvent en-dehors des secteurs les mieux implantés, et les enfants n’y ont donc pas accès à l’enseignement scolaire. Avec le Conseil Populaire des Mines, nous avons réfléchi à des projets d’enseignement non officiel et de santé qui permettraient à ces enfants d’être pris en charge, et de quelle manière on pourrait intégrer ces projets dans une dynamique de développement local global.

Minas Ríos Cuyuní-Chicanán - Foto Emilio Guzmán

De tout l’Arc Minier de l’Orinoco ?

De tout l’Arc Minier, contrôlé par ceux qui produisent la richesse. Car, finalement, c’est cela le socialisme, que ceux qui produisent les richesses soient aussi ceux qui décident politiquement de leur usage. De ce point de vue, la possibilité d’un partenariat entre les petits exploitants miniers et l’Etat, dans l’Arc de l’Orinoco, est la seule voie à suivre et peut être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions de surexploitation voir de quasi esclavage, livrés à la spoliation et aux pillages permanents, que ce soit dans différents pays de notre Amérique que dans le reste du monde.
Une fois de plus, nous pouvons constater, Nerliny, que là encore nous avons besoin de l’Arc Minier de l’Orinoco pour aborder la question socio-environnementale qui, comme nous le disions dans notre titre, est de laisser « la plus petite trace possible dans le milieu naturel mais le plus grand impact possible sur le social » et de soutenir l’organisation des mineurs, hommes et femmes, qui mènent leur vie dans l’Arc.

Et de les reconnaître. Il est important que l’Etat reconnaissent les petits exploitants comme producteurs de la richesse minière du pays. Au titre de cette légitimité , la communauté locale doit participer aux processus de prise de décision, de contrôle et de gestion de la politique minière. Dans cette optique, le respect des droits des peuples indigènes sur leurs terres ancestrales, tels qu’ils sont consacrés par la Constitution, relève de la responsabilité de l’Etat.

Si nous reprenons les objectifs de l’Arc Minier, nous trouvons celui de prendre le contrôle souverain de la chaîne productive minière et d’y inclure celui des activités connexes de l’exploitation minière. Vous qui avez eu l’opportunité d’être sur place aux côtés des mineurs, hommes et femmes, de toute cette région du Nord de Bolivar, quelles sont les perspectives de développement de projets agroproductifs, compte-tenu du fait que mineurs paient très leurs aliments?

C’est vrai : le petit mineur est devenu la cible d’intermédiaires sans scrupules. Et ce qui est lamentable, c’est qu’il s’agit parfois de personnes appelées à protéger les petits exploitants, comme des membres des corps de sécurité -pas tous! Juste quelques uns d’entre eux qui exercent une répression disproportionnée- et d’autres acteurs civils qui sans vergogne se livrent au pillage et à la spoliation du petit mineur allant même jusqu’à l’extorsion, ou encore à des opérations spéculatives qui provoquent le coût élevé de la vie. Dans l’Arc Minier, les mineurs produisent des aliments. Dans la plupart des mines, j’ai vu des plantations et des élevages de bétail. C’est ce qu’il faut encourager en apportant aux mineurs une assistance technique et en établissant des partenariats avec eux. Un autre élément important est que les mineurs côtoient les peuples indigènes -beaucoup d’indigènes sont mineurs- et on trouve de nombreuses mines chez les indigènes. Ces peuples sont les seuls à être présents sur des territoires particulièrement vulnérables, à proximité de la frontière avec le Guyana, notre Guyana Esequibo, et de celle avec le Brésil.

Le peuple des mineurs est un facteur de souveraineté, qui permet d’exercer la souveraineté nationale sur des territoires que l’Etat vénézuélien a depuis toujours laissés à l’abandon, et dans lesquels ce sont, comme c’est toujours le cas, les pauvres et les travailleurs qui, par leur présence, renforcent cette souveraineté et y créent la patrie. Cet facteur de la souveraineté nationale doit aussi être pris en compte dans la politique minière et dans la politique d’organisation des petits exploitants miniers. J’ai rencontré l’Association des Gardiens de l’Esequibo près de Hoja de Lata. Les mineurs envisagent sérieusement un développement productif responsable près d’une frontière devenue particulièrement sensible en raison du pillage historique de notre Esequibo par l’empire britannique. La présence de l’Etat est très aléatoire, très faible dans ces régions. C’est un problème qui reste à résoudre. Il est par exemple lamentable de voir comment des semi-wagons remplis d’essence vénézuélienne, refusée aux mineurs, passent au Guyana pour y financer l’usurpation du territoire de l’Esequibo. C’est pourquoi, je le répète, ce sont les mineurs qui représentent une garantie de souveraineté pour la protection et la défense du territoire nationale.

Après avoir vécu cette expérience d’investigation dans les territoires de l’Orinoquia, que signifie l’Arc Minier de l’Orénoque aux yeux du scientifique que vous êtes, Andrés Antillano?

Je crois que l’Arc Minier repose sur la légitimation de la classe laborieuse des mineurs, l’intégration et la réhabilitation de cette classe composée de milliers, de centaines de milliers même de petits exploitants miniers qui, tous les jours, produisent non seulement de l’or et des diamants, mais font la patrie sur les territoires qu’ils occupent. L’Arc Minier doit concevoir un développement à orientation écologique basé sur les relations communautaires et renforcer une présence active de l’Etat, qui protège et potentialise les capacités créatrices de notre peuple.

Photos : Emilio Guzman

Traduction : Frédérique Buhl

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Le conseil paysan « El esfuerzo » obtient un certificat agraire mais continue d’être menacé.

Le samedi 14 février dernier a marqué un jour de victoire pour la communauté du Conseil Paysan « El esfuerzo ». Après un processus qui a duré dix années, des paysannes et paysans organisés ont enfin vu la concrétisation de leur droit sur les terres qu’ils avaient récupérées et sur lesquelles ils vivent et produisent, contribuant ainsi à la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays.

La conclusion tardive de cette procédure administrative arrive à un moment de très forte tension pour cette communauté située sur la commune de Guanare dans l’état de Portuguesa : durant les trois derniers mois, elle a dû tout à coup commencer à faire face à des tentatives d’expulsion, des menaces et des actes de violence tels que l’incendie volontaire d’habitations, du centre de stockage des récoltes et tout récemment de l’école communautaire « Fabricio Ojeda ».

L’entrepreneur Bernardo Medina Moser, organisateur du harcèlement contre la communauté paysanne et notamment de l’incendie de son école.

La communauté rend responsable de cette escalade d’intimidation et de violence l’entrepreneur Bernardo Medina Moser, fils de l’ancien propriétaire de ces terres, Antonio Medina Larrain. Celui-ci les avait laissées à l’abandon depuis 18 ans environ, après que les organismes de sécurité de l’État vénézuélien les aient saisies au motif de la présence de groupes impliqués dans des délits. Des années plus tard, en 2008, des paysannes et des paysans ont dénoncé l’abandon des terres sur lesquelles ils ont commencé à produire en 2011, une fois initiée la procédure légale pour leur récupération, tel que le stipule la loi de Terres et Développement Agraire.

Néanmoins, comme le souligne le portail La Tabla, à présent, les anciennes plantations de teck présentes sur ces terres et qui avaient été abandonnées, ont réactivé les appétits des grands propriétaires terriens « à cause des facilités qu’octroie pour les exportations non traditionnelles le gouvernement national avec l’appui du gouvernement régional depuis quelque temps. Les grands propriétaires sont revenus au teck […] il n’est plus question de capturer la rente pétrolière pour une partie de la bourgeoisie traditionnelle mais de profiter désormais des devises que génère la vente d’autres ressources naturelles ».

La plainte déposée contre l’incendie volontaire de l’école rurale « Fabricio Ojeda » qui a eu lieu le 18 février dernier, a soulevé l’indignation et se trouve à l’origine de l’intervention des institutions de l’État vénézuélien ; celles-ci sont venues se réunir avec la communauté. L’Institut National des Terres (INTI) s’est manifesté en mettant un terme au processus initié en 2011 et en délivrant à la communauté organisée le Titre d’Attribution Socialiste Agraire pour 515 hectares. Le Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Education est également intervenu pour défendre les droits des enfants de la communauté.

« Enfin, les habitants de L’Effort ont reçu des mains du vice-ministre [des terres] et président de l’INTI, Luis Soteldo, le titre d’attribution de la terre. Ils vont être également inclus dans les plans de semailles pour leur financement. [Soteldo] s’est également engagé à faire don du toit de l’école que les paysans eux-mêmes reconstruisent », raconte Arbonio Ortega, membre du Conseil Législatif de l’état de Portuguesa. Cette institution, ainsi que l’ensemble des organisations qui intègrent la Plateforme de Lutte Paysanne, ont joué un rôle important dans la lutte pour les droits de la communauté de « El esfuerzo ».

En plus de l’acte de délivrance du titre de propriété des terres, le directeur de la Zone Éducative de l’état de Portuguesa, Victor Ramirez, a augmenté l’effectif de l’école en reconstruction de 18 à 52 élèves. On a également donné à l’école un code national, ceci pour soutenir la communauté paysanne. De plus, on a augmenté le nombre d’enseignants : deux maîtres supplémentaires et un moniteur de sport qui font partie des familles aidées », raconte Ortega.

Mais le lendemain, les menaces visant les paysannes et les paysans de L’Effort ont repris : « une situation particulière s’est présentée : le survol d’un hélicoptère d’où a été lancé un paquet dans la propriété rurale, provoquant la panique des habitants » rapporte Arbonio Ortega. Les faits ont été immédiatement dénoncés ; les corps de sécurité de l’État sont intervenus pour protéger la communauté paysanne et pour enquêter sur ces faits d’intimidation. Le Conseil Paysan alerte également sur la présence de groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires terriens et sur les menaces de mort formulées à l’encontre de leurs dirigeants.

Les puissants intérêts économiques qui se trouvent derrière le harcèlement dont est victime le Conseil Paysan sont évidents ; en effet, le teck est considéré comme un bois de grande valeur sur le marché international. Ce qui est plus préoccupant, c’est le haut niveau d’appui politique dont bénéficie Medina ; d’après ce que l’on rapporte dans la communauté : même les médias publics ont souligné, il y a peu, le démarrage de leur affaire d’exportation de bois, malgré non seulement la persécution exercée sur la communauté paysanne mais aussi les effractions environnementales et la mauvaise utilisation des terres auxquels recourt cette entreprise agro-forestière. Les champs de teck sur les rives du fleuve mettent gravement en danger son bassin hydrographique.

Source : http://www.albatv.org/El-Consejo-Campesino-El-Esfuerzo.html

Traduction : Sylvie Carrasco

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Rencontre de solidarité des organisations populaires vénézuéliennes avec le mouvement communard de l’État de Lara

Ce dimanche 25 février 2018 s’est achevée la « Rencontre de Solidarité avec le Mouvement Communautaire Simon Planas », dans l’État de Lara, à laquelle ont participé environ 600 personnes appartenant à plus de 50 organisations provenant de différents coins du pays, et au cours de laquelle l’orientation stratégique du mouvement révolutionnaire chaviste a été confirmée, avec pour objectif la construction de l’Etat communal ; pour avancer dans cette voie, des tâches indispensables ont été déterminées, comme la conquête de la souveraineté alimentaire ou la création de villes communales socialistes afin de franchir le pas décisif vers la Confédération communale.

Durant la journée de samedi, des tables rondes ont permis d’analyser de manière collective les caractéristiques de la période que traverse actuellement la Révolution Bolivarienne et comment le mouvement communal peut, en articulation avec les autres formes d’organisation tant rurale qu’urbaine, réagir aux circonstances présentes. Parmi les premiers accords qui se sont dégagés de ces journées de travail, il y a la  résolution que ce sera dorénavant El Maizal qui ira constater le travail réalisé par les autres communes et organisations sur tout le territoire, renforçant ainsi un processus de coordination qui permettra de poursuivre le développement d’une économie communale en réaction aux dynamiques économiques actuelles encore largement dominées par des normes capitalistes.

Angel Prado, Constituant et principal porte-parole de la Commune El Maizal, souligne la nécessité de faire progresser l’industrialisation communale afin que ce soit le pouvoir populaire organisé qui non seulement assure la production, mais aussi la transformation et la distribution des denrées alimentaires, car actuellement la production doit être livrée à des intermédiaires publics ou privés qui, en dernière instance, ne donnent pas la garantie « que les habitants de Caracas ou Barquisimeto mangent du pain fait avec le maïs récolté à la Commune ».

La Commune José Antonio Anzoategui, située dans l’Orient du Pays, a indiqué que durant l’année 2016, quasi 500 tonnes de maïs ont été fournies aux silos d’Agropatria, ce qui représente 75% de sa production, « mais ensuite nous avons vu partir cette production de nuit, dans des camions aux destinations incertaines tandis que nos communautés devaient acheter la farine au tarif du bachaqueo », signale le porte-parole de la Commune. Il poursuit en ces termes : « nous avons confié non seulement notre production aux Institutions, mais aussi nos espoirs et nos rêves, mais des fonctionnaires sans scrupules ont fini par les trahir ». C’est à ce titre que la Commune exige le transfert des silos tout comme de  l’usine de transformation du maïs d’Agropatria.

Lors de l’échange de données d’expérience  ont été signalées des iniatives prises par différents réseaux solidaires de distribution, comme « Pueblo a pueblo », « Alpargata Solidaria » ou « SACO » (Système de Production et d’Approvisionnement Communal), réalisations visant à exclure les intermédiaires et les spéculateurs en apportant directement la production du champ aux consommateurs, qui à leur tour peuvent intégrer leurs propres biens et services dans cet échange.

La soirée du samedi s’est terminée par la présentation de diverses cultures populaires, dont Amaranta Pérez accompagnée d’une chorale de garçons et de filles qui ont participé à cette activité en montant la mise en scène en un temps record. Des groupes de danses locales se sont également produits, dont certains au son du Tamunangue et d’autres rythmes de tambour, racontant aux public le passé d’esclavage de l’homme et de la femme noirs et leur lutte pour s’en libérer. Le merengue paysan et le hip hop ont aussi résonné sur le podium, exprimant toute la diversité du mouvement populaire chaviste.

Soutien au Président Nicolas Maduro aux prochaines élections

La journée de dimanche a clôturé la Rencontre de Solidarité par une manifestation qui a parcouru le village de Sarare jusqu’à la place Bolivar où les portes-paroles des différentes organisations ont pris la parole pour présenter leurs bilans et prévisions, ainsi que leurs conceptions novatrices de l’avenir sur le plan organisationnel et celui des élections. Les différents portes-paroles ont réaffirmé leur soutien au Président Nicolas Maduro aux prochaines élections présidentielles du 22 avril, en soulignant que son leadership incarne l’unité du chavisme face à l’offensive nordaméricaine qui ne reconnait pas l’institutionnalité vénézuélienne et insiste sur sa théorie d’état en faillitte pour justifier une intervention politique, économique, diplomatique sans exclure une intervention militaire dans l’objectif de désarticuler et d’éliminer la Révolution Bolivarienne.

Les Partis « Patrie pour Tous » (PPT) et le Parti Communiste du Venezuela (PCV), dont les principaux représentants se sont récemment réunis avec le Président Maduro, ont également réaffirmé leur soutien à sa candidature non sans avoir auparavant demandé que soient résolus des cas comme ceux d’Angel Prado à Simon Planas (Etat de Lara) et Regulo Reina à Libertador (Etat de Monagas), qui ont été élus maires lors des dernières élections du 10 décembre dernier, alors que leConseil National Electoral (CNE) a proclamé maires d’autres candidats du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) dans ces localités.

Lors du meeting de clôture, Angel Prado a réaffirmé la nécessité d’instituer Simon Planas comme District Moteur du Développement Agroindustriel, proposition qui avait été faite par le Commandant Chavez lors d’une de ses visites à la Caruciena, et durant laquelle il avait demandé au peuple de s’organiser en Commune, le gouvernement lui garantissant les ressources nécessaire ; cette action aurait permis de proclamer la souveraine alimentaire de cette région du Lara pour au moins 15 produits alimentaires.

Lien : « Déclaration de la Rencontre de Solidarité avec le Mouvement Communal de Simon Planas« .

JC/Alba Tv/2018

Source : http://www.albatv.org/Encuentro-de-solidaridad-con-Simon.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Amérique Latine: on gagne plus qu’on ne perd

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Le 23 décembre 2017, dans un Brésil qui affronte la revanche néo-libérale effrénée du président de facto Michel Temer, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre a inauguré un terrain de football au cœur de son université populaire, l’École Nationale Florestan Fernandes. Parmi les joueurs, des amis tels que l’ex-président Lula, le chanteur-compositeur Chico Buarque, compagnons de la lutte contre la dictature militaire issue du coup d’état de 1964, et les chanteurs Lirinha, Mano Brown et Otto.

Par Alfredo Serrano Mancilla @alfreserramanci

Ne serions-nous pas en train de surestimer la capacité de victoire électorale des projets politiques conservateurs ? Ou ne sous-estimons nous pas tous les acquis obtenus pendant ce changement d’époque progressiste ? Il ne suffit certainement pas de choisir entre deux hypothèses aussi opposées. Tout n’est pas noir ou blanc lorsqu’il s’agit de politique, mais tout n’est que nuances et subtilités.

Au cours des deux ou trois dernières années, parler de « fin de cycle », de « restauration libérale » en Amérique Latine était à la mode. Et ce n’est pas sans fondement. Il est vrai qu’il y a eu certains changements d’ordre politique très importants dans la région. Le cas du Brésil est bien sûr le plus emblématique, tant pour sa dimension que pour son rôle géopolitique. Celui de l’Argentine, après la victoire de Macri en octobre 2015, est également une source d’inquiétude parce que son arrivée au pouvoir marque un changement rapide de restauration des l politiques néolibérales. Dans le reste de la région, dans le camp progressiste, des échecs significatifs ont également eu lieu : les élections parlementaires de décembre 2015 au Venezuela et le référendum de Bolivie de février 2016. Certains retiendront également la perte pour la Révolution Citoyenne des plus grandes villes de l’Equateur lors des dernières municipales de 2014.

Ce sont des faux pas qui nous obligent à réfléchir et à faire une analyse critique de tout ce qui n’a pas été fait correctement, menant à un tel résultat. Mais cette remise en question, si caractéristique des intellectuels progressistes, nous fait perdre de vue que, malgré ces obstacles, on gagne plus que l’on ne perd.

Dans ce bilan, il faudrait considérer qu’après dix ans de corréisme en Equateur, la droite a perdu en avril 2017 et ce, bien que tout le monde se soit uni contre la candidature de Lenin-Glas. Et la victoire n’a pas été gagnée sans Correa, bien au contraire. Elle l’a été avec Correa en première ligne, qui parcourait le pays et faisait campagne.

Au Venezuela, en 2017, la Révolution Bolivarienne a remporté trois victoires : lors des élections à la Constituante (30 juillet), aux régionales (15 octobre) et aux municipales (10 décembre). La victoire est à nouveau dans le camp des chavistes qui démontrent ainsi bénéficier d’un vote solide (40-45%) qui représente un socle solide et loyal malgré les obstacles.

Au Nicaragua, le sandinisme a remporté une victoire écrasante tant aux présidentielles qu’aux municipales, qui oblige le président Trump à ressusciter l’arsenal reaganien dont le « Nica Act » pour contrer le développement de la nation centre-américaine.

Reste à voir ce qui va se passer au Brésil. Dans ce pays, Temer n’est pas arrivé au pouvoir porté par une victoire électorale de la droite. La dernière gagnante aux urnes a été Dilma; et tout semble indiquer que Lula a toutes les chances de remporter le prochain combat. Le Paraguay aura bientôt lui aussi rendez-vous avec les urnes (avril 2018) ; il est probable que la nouvelle alliance Libérale-Frente-Guasu (avec d’autres partis de gauche) gagne et empêche le Parti Colorado d’avoir un président.  Il est inutile de rappeler que ce pays a lui aussi connu un coup d’état pour empêcher l’arrivée de Lugo au pouvoir.

Si on fait le total de toutes les élections présidentielles, dans le bloc progressiste formé depuis le XXI siècle (Venezuela, Argentine, Nicaragua, Uruguay, Bolivie et Equateur) il y a eu 24 victoires et deux défaites, celle de Macri face à Scioli et celle de Piñera face à Guillier. Si on faisait ce calcul en tenant compte de toutes les élections, le résultat serait encore plus flagrant.

Tout cela ne signifie pas que tout est parfait ni que le bloc progressiste vit ses meilleures heures. Loin de là. Mais il ne faut pas non plus gonfler les avancées électorales du camp conservateur quand il a dû jouer sur le terrain progressiste. Le cas argentin est probablement le plus énigmatique de tous car la première victoire du macrisme s’est vue confirmée et renforcée lors des élections législatives partielles suivantes (octobre 2017). Désormais les choix de Cristina dépendront de sa capacité à relever le plafond, parce que jusqu’à présent cela n’a pas suffi pour gagner seule face au macrisme. Les divisions à l’intérieur du péronisme facilitent la progression du néolibéralisme argentine du XXIème siècle.

Lors des dernières élections au Honduras,  tous les organismes internationaux ont constaté trop d’irrégularités pour confirmer la victoire de Juan Orlando Hernandez.  L’heure est à la répression sanglante, et à la reconnaissance du dictateur par les Etats-Unis, mais aussi d’une volonté forte de résistance populaire.

Des élections sont prévues au Mexique en juillet 2018 et López Obrador est le principal favori à ce jour. En Colombie, tout peut arriver car Santos et Uribe sont en perte de vitesse et les gens sont fatigués de la vieille politique. Des candidates comme Piedad Córdoba reçoivent un accueil favorable auprès de  la population, même si les enquêtes tentent de le dissimuler. Au Pérou, des élections municipales auront lieu l’an prochain et Kuczynski est au plus bas dans les sondages alors qu’il est au pouvoir depuis peu; en revanche Verónika Mendoza a de plus en plus de chances de gagner.

Le panorama est incertain. La Bolivie et le Venezuela auront des élections présidentielles en 2019 et 2018 respectivement. Beaucoup de ce qui se dit sur la « fin de cycle « dépendra de ce qui va se passer à ce moment-là. A priori, Evo Morales et Nicolas Maduro devraient renouveler leurs mandats. En Equateur il est certain que le revirement de Lenín a entraîné un contretemps imprévu. Mais le retour de Correa est un fait, ce qui pourrait déboucher sur un panorama politico-électoral extrêmement complexe et encore difficile à prévoir.

En définitive, chiffres et analyses à l’appui, la restauration conservatrice est  loin de remporter les élections dans des pays qui sont passés par un cycle progressiste, exceptions faites de l’Argentine et du Chili. Qui plus est, elle se trouve en difficultés dans les pays où elle est au gouvernement. Et sans aucun doute, le Brésil sera le facteur déterminant. Si Lula remporte à nouveau la victoire, ce goal devra compter double. Et si de son côté le Mexique choisit Lopez Obrador, alors la victoire sera la plus large.

Source : http://www.celag.org/se-gana-mas-se-pierde/  

Traduction : Pascale Mantel

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Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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Au Venezuela, la souveraineté commence par les semences

L’un des enjeux les plus importants de la Révolution Bolivarienne est la construction d’un modèle de production agricole qui garantisse la sécurité et la souveraineté alimentaires, aujourd’hui plus que jamais menacées, et qui offre une alternative au système capitaliste de l’agro-industrie, destructrice et prédatrice. Il s’agit d’un programme ambitieux, qui repose sur un grand nombre d’expériences déjà réalisées dans ce sens dans tout le pays. C’est maintenant au tour de l’Etat de jouer, en instaurant des politiques publiques qui permettront de multiplier ces expériences sur le long terme, de les renforcer et d’en étendre le champ d’application.

POUR UNE AGRICULTURE DIVERSIFIEE ET « ZÉRO DEVISES »

« La possibilité de construire un modèle alimentaire différent, diversifié et souverain fait partie d’une agriculture « zéro devises ». Le Venezuela reste fortement dépendant de l’importation de tous les éléments constituant la chaine de production de l’agro-industrie : depuis les semences jusqu’aux intrants et aux technologies. Il s’agit d’une chaine de production industrialisée des aliments autour de laquelle s’organise le « bachaqueo » : c’est le nom populaire donné au pillage des produits subventionnés au Venezuela pour les revendre à prix majoré (dans le pays lui-même mais aussi et surtout en Colombie ou dans d’autres pays voisins à économie strictement néo-libérale) et à la spéculation, alors même que ces systèmes de production agro-industriels ont depuis toujours bénéficié d’aides et de subventions de la part de l’Etat.

L’agrobusiness s’est développé au Venezuela grâce à  l’appropriation de la rente pétrolière et des biens publics par une poignée de familles ; si nous voulons construire un autre modèle, nous devons modifier tous les éléments de la chaine, des semences à la consommation », nous explique Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« .

Des efforts ont été faits dans le sens d’un tel changement tant par des institutions que par le peuple organisé. La Loi des Semences (2015), fruit de trois années de débats populaires constituants, en a été l’un des résultats les plus importants. Une vision agro-écologique s’en dégage, valorisant la semence indigène, afro-descendante, paysanne et locale. Anti-transgénique, anti-brevet et anti-privatisation, la Loi des Semences respecte la législature constitutionnelle selon laquelle le génome d’êtres vivants ne peut pas être privatisé et l’importation, la production et le semis de graines transgéniques dans le pays doit être interdite.

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Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« 

Actuellement, nous dit Ana Felicien, « de gros efforts sont faits par le peuple mobilisé pour produire et améliorer diverses variétés de semences autochtones, permettant de retrouver la diversité de notre patrimoine génétique et de diminuer notre dépendance aux importations. C’est déjà le cas pour les semences de maïs, de pommes de terre et de quelques autres variétés de légumes ».

AMELIORER NOS PROPRES SEMENCES POUR AMELIORER LA PRODUCTION

« Pour améliorer la production alimentaire, il faut commencer par les semences. Le soutien apporté par l’Etat dans cette optique existe mais doit être plus fort et plus efficace. La dépendance aux semences, outre le fait qu’elle limite la production, va à l’encontre de la politique voulue », affirme l’agriculteur Pablo Characo, producteur de maïs appartenant à la communauté de Guanape (Etat d’Anzoategui) et membre d’un réseau national de producteurs de semences. « Notre communauté travaille à la production et à l’amélioration des semences –en particulier celles de maïs- depuis dix ans et a obtenu de très bons résultats. Nous avons commencé à produire nos propres semences pour plusieurs raisons, mais avant tout par nécessité : les semences que nous nous procurions sur le marché n’étaient pas de bonne qualité et n’arrivaient que lorsque la saison des pluies était terminée. Nous étions aussi affectés d’un point de vue économique, car pour la majorité d’entre nous il est difficile d’acheter des semences importées en raison de leur coût élevé. Le simple fait qu’une semence vienne de l’extérieur peut lui faire perdre, à son arrivée dans le pays, toute garantie d’un bon rendement en raison du changement de climat et d’autres facteurs », nous explique Characo.

Le processus d’amélioration de la semence de maïs créole autochtone (comme l’ont nommée ses producteurs) a apporté de nombreux avantages à la communauté de Guanape. « Nous nous sommes rendus compte que la semence que nous produisions nous-mêmes était de meilleure qualité que celle vendue sur le marché. Tout d’abord parce que n’étant pas obligés de l’acheter, nous avons pu en baisser les coûts de production, ce qui nous a apporté des bénéfices et nous a permis d’améliorer nos conditions de vie ». Mais en dehors du point de vue économique, nous avons aussi pris en considération d’autres aspects pour améliorer nos semences : les conditions climatiques, sociales, politiques et culturelles. Par exemple, les pluies sont insuffisantes à Guanape, nous avons donc adapté nos semences à ce type de climat: elles n’ont pas besoin d’une trop grande quantité d’eau et résistent à la sécheresse. Par ailleurs, à part l’agriculture, nous faisons aussi de l’élevage (ovins, porcs, vaches, volailles) et nos semences, riches en protéines et à forte concentration d’amidon, servent d’aliment pour notre bétail. Nous avons pu vérifier que grâce à cette alimentation, les animaux prennent plus de poids et produisent plus de lait. Le maïs que produisent nos semences pèse plus lourd et est donc plus avantageux à vendre », selon lui.

« La semence que nous avons améliorée ne nécessite pas non plus un tas d’engrais chimiques pour produire, car nous avons adopté une approche agro-écologique : nous utilisons un humus de lombrics et de matière organique comme fertilisants, ainsi que des « contrôleurs biologiques » contre les maladies. Nous avons utilisé un seul produit agro-chimique à petite échelle pour les mauvaises herbes, mais nous cherchons à l’éviter afin de produire des aliments totalement naturels, de préserver la qualité de nos sols et le milieu ambiant. Car nous savons bien que les produits agro-chimiques utilisés en agriculture contaminent les cours d’eau et par conséquent affectent aussi notre qualité de vie », affirme Pablo Characo, qui rappelle que cette semaine, ils apporteront leur appui à d’autres communautés de Guasdualito (Etat d’Apure).

SAUVER LA DIVERSITE ET NOS SAVOIR-FAIRE 

A l’autre bout du pays, dans des communautés du plateau andin, on œuvre aussi à la sauvegarde de légumes autochtones, comme les pommes de terre natives, la cuiba, la ruba, entre autres. « Notre objectif est de sauver aussi bien la diversité des semences de légumes d’origine andine que les savoir-faire liés à leur emploi », explique Liccia Romero, professeure à l’Université des Andes (ULA)  et à l’Université Polytechnique Régionale « Kleiber Ramirez », et membre d’une petite équipe d’investigation qui depuis 18 ans travaille avec une communauté de l’État de Mérida, celle de Gavidia. « La production de pommes de terre de commerce est très dépendante de l’achat de semences qui doivent être renouvelées périodiquement pour échapper à la dégénérescence de la semence-tubercule. Cependant, les communautés paysannes utilisent une série de savoir-faire et un matériau qui rendent possible un refroidissement de longue durée de cette semence et ne connaissent donc par cette dépendance. Par conséquent, aussi bien le matériau -les semences dans toute leur diversité- que les compétences représentent des éléments-clés pour repenser un nouveau modèle productif ne dépendant pas du schéma commercial, de la certification des semences et de coûts de production élevés. Cette option doit être valorisée par nos politiques publiques, qui jusqu’à présent restent trop attachées à la certification.

« La semence paysanne doit être reconnue dans toute sa diversité et toute sa potentialité », soutient Liccia Romero, « la grande diversité de semences que possèdent ces communautés permettent d’obtenir de nombreux produits et  permet différents procédés de récolte, y compris leur conservation sur le long terme, (d’où l’appellation « pommes de terre annuelle »), fondamentale pour la souveraineté et la sécurité alimentaires. De plus, il s’agit de tubercules qui permettent d’adopter facilement un mode de production agroécologique et durable : ils ne nécessitent pas l’usage de produits agro-chimiques, que ce soit pour la conservation de la semence ou pour obtenir une bonne récolte. Ce sont des semences qui ont été sélectionnées pour leur capacité de résistance soit à des maladies dues aux nuisibles, soit à des conditions naturelles défavorables. Elles sont tout-à-fait adaptées au le contexte d’incertitude climatique que nous connaissons actuellement.

Pour l’instant, nous avons notre propre technique de semis à l’intérieur de l’espace communautaire de Gavidia. Au début nous étions 3 familles, maintenant nous sommes 25 à posséder et à reproduire nos propres semences. En-dehors de Gavidia, 17 autres agriculteurs en ont reçu et les multiplient. Mais cela représente un espace restreint, la plupart des familles continuant à dépendre des semences du commerce qui nécessitent beaucoup d’intrants chimiques, une fertilisation intense et de grandes quantités d’eau pour leur irrigation, donc d’une agriculture assez coûteuse », commente Romero.

« Pour que ces expériences puissent s’étendre, il leur faut l’appui d’une politique publique comprenant des programmes spécifiques allant dans ce sens ». L’Etat doit reconnaître la semence paysanne dans toute sa diversité et ses potentialités, en mettant en place des politiques d’incitation à cette forme d’agriculture. « Des organismes de financement comme FONDAS (1) par exemple pourraient lancer des programmes spécifiques pour répandre l’usage de cette catégorie de semences à l’aide de financements et de transferts de savoir-faire. Ce dont ces cultures ont un besoin essentiel, c’est d’une fertilisation organique, d’un sol bien aéré et d’un mode d’exploitation particulier, facilement transmissible. Notre équipe organise fréquemment des ateliers pour enseigner ces pratiques à de nouvelles familles d’agriculteurs qui les apprennent rapidement et les mettent en pratique. Mais notre champ rayon d’action est limité car nous sommes une petite équipe ».

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Une politique publique mise en place dans cette perspective devrait renforcer et accélérer les processus d’investigation, selon Liccia Romero : « L’une des difficultés que nous rencontrons, par exemple, est de trouver le procédé permettant de cultiver cette variété de pomme de terre à plus basse altitude, car jusqu’à présent elle n’a été produite qu’à Gavidia, qui est un plateau de haute altitude ».

Ces politiques publiques devaient aussi développer un marché plus étendu pour l’écoulement de variétés de pommes de terre native dont la culture ne satisfait pour le moment que l’autoconsommation locale : « elles ne sont pas produites en plus grandes quantités car leur commercialisation reste difficile, la plupart des gens ne les connaissant pas et étant habituée à consommer la pomme de terre de commerce. Cependant, les producteurs de cette sorte de pomme de terre préfèrent eux-mêmes acheter la pomme de terre native pour leur consommation personnelle : elle est plus goûteuse et plus naturelle. Ils ne consomment souvent pas les pommes de terre qu’ils cultivent, sachant très bien qu’ils utilisent de grosses quantités de produits agro-chimiques pour leur production », dit Liccia Romero. « Les autres tubercules d’origine andine, comme la cuiba et la ruba sont moins connues mais présentent un grand potentiel de culture agroécologique ainsi qu’une grande diversité de produits dérivés possibles. Ce sont nos propres produits qui contribuent à notre identité andine et vénézuélienne », conclut-elle.

Note

(1) Fond pour le Développement Agricole Socialiste : organisme public rattaché au Ministère du Pouvoir Populaire pour une Agriculture productive et des Terres. Lancé en 2009 par le biais d’une activité de production et d’octroi de crédits aux petites et moyennes unités de production afin d’améliorer la qualité de vie des communautés paysannes.

Source : http://www.albatv.org/La-soberania-comienza-por-las.html

Traduction : Frédérique Buhl

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« Il est urgent de renforcer la participation des petits paysans dans les prises de décision»

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La petite et moyenne production agricole et d’élevage fournit plus de 70% des denrées alimentaires produites sur tout le territoire vénézuélien, et joue un rôle économique fondamental dans l’acquisition de la souveraineté alimentaire. Son importance pour la Révolution Bolivarienne est également liée au renforcement du pouvoir communal et au développement d’une économie productive durable contribuant à la construction d’un modèle socialiste vénézuélien.

D’où le prix accordé à la production agricole et d’élevage à petite et moyenne échelle par le « Projet pour la Patrie », programme du Gouvernement Bolivarien pour la période 2013-2019, proposé par le Commandant Chavez et repris par Nicolas Maduro devenu Président. Mais ce programme est affaibli par une politique agricole peu judicieuse, peu cohérente et contre-productrice. A Alba TV, nous avons interviewé Gabriel Gil, petit éleveur de l’Etat de Lara, et Gerardo « Lalo » Rivas, membre de la Constituante représentant le secteur paysan, qui nous ont exposé les problèmes rencontrés et les solutions envisageables.

Un exemple concret : les œufs

« Nous sommes des « conuqueros » en lutte (petits producteurs propriétaires travaillant sur des parcelles intensives), nous continuons à soutenir le processus bolivarien et les actions du Président Nicolas Maduro. Dans un contexte de guerre économique, nous nous efforçons de produire avec un minimum de moyens. Mais depuis un certain temps, le Ministère de l’Agriculture Productive et des Terres (Mppapt) met manifeste malheureusement plus d’intérêt pour les grands producteurs, pour les grandes entreprises agricoles. Celles-ci constituent un secteur très spécifique, dans le sens où ces entreprises sont plutôt des « pseudo producteurs » dont l’activité réelle est l’importation de denrées alimentaires, d’intrants, de produits agrochimiques, de matières premières, de soja transgénique, entre autres joyaux, et non une production agricole efficace ».

Bien que l’on sache que ces groupes industriels sont des acteurs décisifs de la guerre économique menée contre le Pays, ils captent l’intérêt du Mppapt dans sa gestion actuelle, négligeant l’aspect social de la Révolution : les paysannes et les paysans ».

C’est le  témoignage de Gabriel Gil, qui a participé à la campagne pour un « Venezuela libre d’OGM » dont le résultat a été, en 2015, la conquête historique de la Loi des Semences (2).

« Après ce grand succès, nous avons décidé de nous consacrer à la production agricole et d’élevage à petite échelle et nous vendons des œufs et de la viande de poulet bien en-dessous  des prix spéculatifs. Nous vendons des œufs, du poulet et du fromage de chèvre bon marché à la « Foire des Petits Producteurs » à Caracas. Comme nous, près de 4000 petits producteurs élèvent chacun entre 400 à 600 poulets dans l’Etat de Lara. En nous unissant, nous pourrions produire plus de 1 million 600 000 œufs par jour » explique Gabriel Gil.

« Mais il y a trois mois l’entreprise « El Tunal » (3) nous a écrasé par sa tactique de dumping (4). Cette grande entreprise agricole a bénéficié de dollars à taux préférentiel de la part du Gouvernement pour importer des intrants destinés à la fabrication d’aliments équilibrés pour les poules pondeuses et autre bétail. Qu’ont-ils fait alors ? Ils ont baissé le prix des œufs pendant environ une semaine, puis augmenté le prix de l’aliment concentré. Ce qui va bien sûr provoquer la faillite des petits producteurs. Un peu plus tard, le prix du carton d’œufs a flambé : il est passé de 6000 dollars il y a 6 mois à 80 000 actuellement. Le dumping est une pratique illégale et les lois vénézuéliennes  -en particulier la Loi de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire – le sanctionne »,affirme-il.

« Face à cela, nous avons décidé de résister. Mais depuis quelques semaines, les entreprises de commercialisation et de production d’aliments destinés aux animaux d’élevage, dans notre cas des poules pondeuses et des poulets de chair, ont refusé d’en vendre aux petits producteurs » poursuit Gil en citant l’entreprise PROTINAL (qui appartient au groupe POLAR), CONCAVA, Aliments COLACA, LA PIEDRA et SUPERS.

« Nous élevons 570 poules. Nous essayons de nous convertir à l’agroécologie, mais pour le moment nous dépendons encore de ce type d’alimentation pour pouvoir assurer notre production. Malheureusement, nous en manquons depuis deux semaines déjà et celle que nous avons pu nous procurer est très chère et de mauvaise qualité ; de ce fait, la ponte de nos poules a beaucoup baissé et nous faisons tous faillite », assure Gil.

Selon lui, cette situation ne constitue pas une exception : »Nous sommes face à une pratique systématique et complexe pour casser le petit producteur au niveau national. Il se passe la même chose pour la production porcine à petite échelle ou pour les petites unités de production de café, du fait qu’elles n’ont pas accès aux intrants nécessaires pour leur fonctionnement ».

Le Mppapt n’a pris aucune mesure pour remédier à cette situation : « dans ce contexte de guerre économique, le Ministère est littéralement rayé de la carte. Ils ne viennent pas dans les communautés pour remettre aux producteurs (-trices)  les formulaires de permis de transport à ceux qui prennent le risque d’acheminer leur production à la ville ».  Ce qui les expose à l’extorsion et au racket de la part de militaires et policiers aux postes de contrôle, pratique qui s’est répandue avec les difficultés économiques du pays.  

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« Même si nous nous déplaçons dans un camion que nous a prêté l’Etat, ils te prennent de l’argent sous n’importe quel prétexte. Ils vérifient si tu as le permis de transport, si tu as l’extincteur, ils te menacent d’immobiliser et parquer ton véhicule et finalement tu es obligé de leur laisser une partie de tes produits ou une somme d’argent.

Selon le dernier recensement agricole, 82% des unités de production agricole sont de petite ou moyenne grandeur. Pour faire valoir leurs droits, il est indispensable qu’elles s’organisent. Actuellement, il n’y a plus d’organisation de petits producteurs(-trices) alors qu’entre 2005 et 2012, il en existait une très puissante. Sa désarticulation nous prive de tout moyen de pression sur le Ministère afin qu’il reprenne le chemin dont il ne devait pas s’écarter, celui indiqué par le président Chavez et dans lequel nous autres organisations populaires nous sommes engagées » remarque Gabriel Gil « mais nous recommençons à former un réseau de producteurs(-trices) libres et associés au niveau local ». Il propose par ailleurs de « lancer un appel au Président Nicolas Maduro et à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) pour qu’ils viennent sur le terrain affronter la guerre économique depuis les espaces de production« .

« Les crises sont faites pour trouver des solutions »

« Nous ne nous attendions pas à cela. En plus de subir cette guerre économique, le peu d’aide que nous recevons est attribuée aux grandes entreprises et les petits producteurs continuent de souffrir. N’étant pas organisés, on a du mal à se mobiliser » confirme Gerardo « Lalo » Rivas, député à la Constituante pour le secteur paysan et membre de l’Association de Producteurs Intégraux du Paramo méridional (PROINPA). « Il faut changer la politique économique et productive du Pays en faisant participer les paysans(annes) aux prises de décision sur les questions agricoles. Il y a sans cesse des réunions de parole où l’on discute mais sans jamais donner le pouvoir de décision au producteur ou au paysan. Alors on finit toujours par entrer en conflit », selon Gerardo Rivas.

Il donne l’exemple actuel de la fixation des prix : « Dans le cas du café, nous avons accordé un prix mais dans le « Journal Officiel » c’est un autre prix qui est publié. Cela ne devrait pas se produire. Si l’on parle d’une loi des prix convenus en premier lieu avec le producteur, il n’est pas normal que l’Etat en fixe d’autres ensuite ».

« Pour ce qui est du soja destiné à la consommation animale : qui nous le fournit ? L’Etat. Que le distribue ? L’Etat mais en passant par les grands producteurs comme PROTINAL –qui se débarrasse des poulets aux passage- au lieu de le donner directement au producteur qui élève 1500 à 2000 poules. La tendance est toujours de favoriser le grand producteur alors que de tous temps et dans le monde entier, ce sont les petits producteurs qui fournissent la plus grande partie de l’alimentation », soutient Gerardo Rivas.

« De plus, ce soja est transgénique. Or, au Venezuela, la Révolution Bolivarienne a dit NON aux OGM, mais nous devons malheureusement bien l’avouer : nous en consommons, car la viande que nous mangeons provient d’animaux nourris avec du soja transgénique » (7). Rivas assure qu’au Venezuela « nous avons nos propres semences de soja et sommes tout à fait en mesure de le produire »,nous libérant ainsi du soja transgénique et du coût de son importation. Mais l’obstacle à surmonter dans ce cas seraient les intérêts de ceux qui tirent profit des importations et des dollars préférentiels de la rente pétrolière. En ce qui concerne le projet actuel du Conglomérat AGROSUR, créé par décret présidentiel fin septembre pour renforcer le moteur agroalimentaire de la Nation, Gerardo Rivas soutient « que la participation des petits producteurs et des Communes à AGROSUR est indispensable, pour qu’elle ne devienne pas une corporation inutile de plus. L’Etat doit la gérer AVEC la participation et la supervision du Pouvoir Populaire, dont les membres, paysannes et paysans possédant un savoir-faire productif, doivent faire partie du Comité directeur ».

Mais cette participation doit être conquise, car la Loi émise récemment par l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le fonctionnement d’AGROSUR, même si elle donne met en avant la participation du Pouvoir Populaire pour ce qui concerne la production, ne lui accorde pas d’espace au niveau de sa plus haute autorité et organe décisionnel : le Comité de Direction, dont les membres sont désignés de manière verticale par le Président de la République et le (la) Ministre de l’Agriculture Productive et des Terres, qui choisit aussi les membres du Conglomérat (parmi les entreprises du secteur public, les organisations productives de base du Pouvoir Populaire et les entreprises privées).

« Tous ces problèmes sont traités par l’ANC », assure le Constituant :« J’ai intégré la commission Economie, j’y ai exposé ces idées, mais les procédures sont très lentes. La situation du Pays exige pourtant des réponses plus rapides. Nous sommes en état de guerre non conventionnelle, mais des solutions existent : parfois même les crises ont lieu pour que des solutions puissent émerger. L’une d’elles est de produire nous-mêmes ce que nous consommons. Il y a des gens qui y travaillent déjà, qui sont des pionniers mais qui ne sont pas pris en considération. Il faudrait multiplier les expériences. Nous réunissons toutes les conditions pour produire ce que nous consommons : de l’eau, des terres, des gens qui ont du savoir-faire, des techniciens(ciennes), des gens formés, des producteurs qui veulent sont prêts à travailler dur et même des gens qui ne font pas confiance au Gouvernement  mais doivent vivre de leur métier de producteur.

« PROINPA a justement été créé dans l’idée de changer le système. Cette organisation formée depuis quelques années cherche des solutions de manière collective. Nous avons bien avancé dans la production de semences de pommes de terre : depuis 2 ans déjà nous n’en importons plus. Nous nous occupons maintenant des semences de carottes, d’ail, de céleri, de stevia. Nous ne traînons pas, nous continuons à innover », conclut-il.

IA/ALBA TV/2017

Notes:

(1) Dans le Venezuela bolivarien, la production et le semis de graines transgéniques sont interdits, c’est le résultat de la campagne « le Venezuela libre d »OGM » qui, après trois années d’une grosse bataille juridique aboutit à l’élaboration collective de la Loi de Semences (2015) anti-OGM, anti-brevet et anti-privatisation respectant l’obligation constitutionnelle selon laquelle le génome d’aucun être vivant ne peut être privatisé au Venezuela. Il n’existe cependant pas de  contrôle similaire sur les importations de matières premières et de denrées alimentaires à l’état de produits finis.

(2) cf. Note ci-dessus

(3) L’entreprise « El Tunal » fait partie d’un puissant empire (trust?) économique de l’Ouest du Venezuela dont Alejo Hernandez (alias « El Tonillo ») est le propriétaire.

(4) Le dumping est défini comme une pratique de concurrence déloyale par laquelle une entreprise vend ses produits à un prix inférieur au coût de production pour éliminer la concurrence et établir un contrôle ou un monopole sur le marché.

(5) VIIème Recensement Agricole, réalisé en 2008 et 2009, publié en 2011 par le Ministère de l’Agriculture et des Terres (MAT)

(6) Voir la création de rareté par cette entrerise privée via l’enterrement d’animaux vivants:  https://ciudadvalencia.com.ve/pollitosenterradosvivos-protinal/ et http://vtv.gob.ve/guerra-economica-empresa-protinal-bota-miles-de-pollos-aptos-para-el-consumo-humano/

(7) voir note (1)

Source: http://www.albatv.org/Urge-la-participacion-campesina-en.html

Traduction: Frédérique Buhl

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Au Venezuela, apprendre à désapprendre

1er jour : « NOUS SOMMES DES MILITANTS DE LA VIE »

Luisa Araujo et sa fille Lydda

« Pourquoi nous chantons ? Nous chantons parce qu’il pleut sur les sillons, et nous sommes des militants de la vie, nous chantons parce que les champs sentent le printemps, parce que dans la tige de ce fruit, chaque question a sa réponse ». Luisa, directrice vénézuélienne de l’école de Caquetios créée par le Mouvement des Sans Terre (du Brésil) au Venezuela, lit un poème de Benedetti. Étudiants et professeurs forment un cercle autour du mot Révolution qu’ils ont écrit avec des pierres. Autour des pierres, le drapeau du Mouvement des Sans Terre (MST). Luisa Araujo a donné naissance à une petite fille, le 17 décembre 2016. Elle s’appelle Lydda, comme cette militante et poète Lydda Franco, féministe née dans les années 1960. La « mistica » comme disent les brésiliens termine avec l’hymne national vénézuélien.

Le premier jour, les militants du MST, nous expliquent l’histoire et le fonctionnement de l’école. Celia Rodrigues, chargée de la formation politique de l’école, revient du Brésil, où elle a suivi un cours de formation de formateurs. « Nous ne croyons pas au hasard mais à la causalité, explique-t-elle. La défense de la révolution bolivarienne, part d’un des principes du MST : la solidarité, ici nous sommes sur une terre libérée par la Révolution. Notre objectif, c’est d’être autonome pour la production de nourriture et la formation » Les terres de Caquetios appartenaient aux propriétaires terriens qui l’utilisaient pour faire des courses de chevaux. Aujourd’hui, ce sont des « unités de production sociale ». En 2010, l’espace a été récupéré par le gouvernement bolivarien, à travers la CVAL (Corporation Vénézuélienne d’Alimentation). En 2014, Nicolas Maduro signe un nouvel accord avec le Mouvement des Sans Terres, et légalise les titres de propriété des terres. « Caquetios n’est pas une île, les pompes à eaux ont crevé, nous avons beaucoup de problèmes pour la production, nous n’avons pas de quoi arroser. Nous avons du mal à récolter, car on nous vole notre production ». La plus grande avancée selon Celia, c’est l’incorporation de vénézuéliens à la brigade du Mouvement des Sans Terre.

Celia Rodrigues, brasileña del movimiento Sin Tierras

Celia Rodrigues, coordinatrice de formation du Mouvement des Sans Terre (Brésil) au Vénézuéla

Simon Uzcategui, responsable de la production, explique qu’aujourd’hui, les producteurs commencent à fabriquer des biofertilisants. « Nous développons le maïs autochtone qui allait disparaître : le maïs guanape, et la courge, et nous utilisons le champignon tricoderme pour tuer le parasite « cogollero », nous produisons 600 d’insecticides naturel ». Les paysans produisent aujourd’hui une tonne mensuelle de fertilisant organique, ils réparent les tracteurs argentins et biélorusses, et les paysans cultivent deux jardins pour leur propre consommation. Les organisations paysannes sont en train de s’articuler pour former un front de Conseils Paysans. Celia essaye d’organiser des rencontres avec les femmes pour parler de leurs droits sexuels et reproductifs. Le Mouvement des Sans Terres a aussi créé un réseau d’amis de l’école, pour réaliser des cours de production et récupération de semences autochtones.

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Cultures agro-écologiques sur les terres de Caquetios

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Début de l’atelier de cinéma

L’atelier de cinéma qui va durer 5 jours permettra aux étudiants d’apprendre les techniques du cinéma populaire d’EPLACITE, l’école populaire et latino-américaine de cinéma et théâtre fondée par Thierry Deronne dans les années 1990. Thierry est arrivé au Venezuela, après une rencontre avec des Vénézuéliens dans le Nicaragua sandiniste des années 80. L’histoire de l’école est liée au processus de transformation nationale de la Révolution bolivarienne avec la création de ViVE TV, mais c’est aussi l’école des mouvements sociaux, avec la participation du Mouvement des Sans Terre. « La production audiovisuelle c’est comme le travail du paysan, c’est exactement la même chose, dans les deux cas, il s’agit d’alimenter une population. Dans le premier cas c’est une alimentation physique et dans l’autre une alimentation intellectuelle, spirituelle, mais ces deux production passent par le temps. On ne fait pas un bon documentaire sans le temps de la participation, de l’enquête, de la réalisation, du montage, du retour vers la communauté avec ses images. Ce processus du temps est aussi au coeur du travail du paysan, il définit une vraie agriculture à l’écoute de la terre, au service d’un peuple, mais aussi d’une vraie information. »

L’atelier de cinéma commencera avec l’analyse de séquences de cinéma, et avec la critique de la monoforme télévisuelle où la figure sacro-sainte du journaliste fait de la radio déguisée en donnant la bonne parole au téléspectateur passif. Le « noticiero » de Santiago Alvarez propose une autre mode de produire l’information : une spirale croissante, participative qui part d’un problème vécu par la population pour remonter humblement vers les clefs et les possibles solutions. Une manière d’éveiller la conscience critique du téléspectateur-citoyen, responsable de la solution, lui aussi.

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Jesus Reyes (à gauche), enseignant de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma

Parallèlement, des militants-enseignants français du mouvement France Amérique Latine (FAL 33) de Bordeaux, enseignent la technique de la permaculture à des vénézuéliens venus jusqu’à Caquetios depuis les régions du Zulia, de Falcon, de Lara et de Caracas. Le premier jour, les participants reçoivent des cours théoriques, qu’ils mettront en pratique pendant la semaine. Il y aura trois ateliers : la construction de toilettes sèches, l’installation d’un réservoir d’eau pour filtrer les eaux usées, et un système de récupération des eaux de pluie.

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Le groupe franco-vénézuélien

Pendant ces cinq jours d’ateliers parallèles, nous formons différents groupes, chaque groupe porte un nom, et sera chargé des différentes tâches collectives dans l’école de Caquetios: solidarité, patrie, lutte, révolution, socialisme. Chaque matin, un groupe présente une poésie, un chant, une idée pendant 15 minutes : « C’est un moment de rencontre très important, de réaffirmation de pourquoi nous sommes là. Nous voulons voir le peuple, la lutte et ses espoirs, la joie et la célébration. L’exemple du partage, de la solidarité internationale, par exemple, c’est cette grande mare que vous avez traversé depuis la France pour venir ici travailler avec nous latino-américains », conclut Celia.

Le premier jour de l’atelier de permaculture, une étudiante de Rossana Melendez répond à la question du professeur de permaculture Franck David. Que signifie la permaculture ? La culture permanente, c’est apprendre à désapprendre. Réapprendre la culture ancestrale paysanne. « La révolution d’aujourd’hui, ce n’est pas la révolution verte, c’est la révolution de la résilience. La résilience c’est être en capacité de résister, ce que vous connaissez bien », répond Franck.

2ème jour : « J’ALLUME CETTE BOUGIE POUR RAVIVER LE FEU DU PATRIOTISME »

Ce matin, une jeune fille lit le poème, « une mer de petits feux », d’Eduardo  Galeano, tiré du « livre des étreintes », « Il y a des gens de grand feu, de petit feu, et des feux de toutes les couleurs. Il y a des feux de gens sereins, qui ne sentent pas le vent, des feux de gens fous, qui remplissent l’air d’étincelles ». Une bougie passe de main en main, et chacun dit une phrase que lui inspire la lumière. « J’allume cette bougie pour raviver le feu du patriotisme, dit une vénézuélienne. C’est mon tour. La première phrase qui me vient à l’esprit. « Que le sol « wicho » des yukpa, illumine le chemin des peuple en lutte ».

Sarah Gourdel participa en el taller de cine

Sarah Gourdel

Sarah Gourdel (photo) vit en France, elle arrive du Brésil pour assister à l’atelier de cinéma. Dans la région bordelaise, elle travaille dans un jardin pédagogique pour accompagner des collectifs d’habitants sur des résidences déjà construites, certaines en construction. L’organisme de formation met en place des pratiques agro-écologiques en jardinage naturel. Gloria Vergès, la présidente de FAL, est venue donner un cours de biofertilisants et lui a parlé de l’atelier de Caquetios au Venezuela. « J’ai décidé de prendre une semaine de vacances pour participer à cet atelier de cinéma, en même temps pour être en lien avec la communauté locale au Venezuela, faire de nouvelles rencontres, prendre ce temps pour moi, pour me former. » se souvient Sarah.

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Thierry Deronne, formateur de l’école populaire et latino-américaine de cinéma

L’atelier de cinéma documentaire se poursuit. Comment fabriquer un film à 10 personnes ? « On commence par l’enquête de terrain, sans caméra, on écoute avec patience, on se laisse surprendre par la réalité et on ne pas se laisse envahir par elle », explique Thierry à la pause-café. « Cet apprentissage devient un plan de bataille pour le documentaire à réaliser. Les trois groupes de 4 personnes vont être mélangé dans un montage parallèle final ».  Aujourd’hui, Sarah a appris la technique du montage parallèle : « deux situations se déroulent en même temps, et on va intercaler des plans, on fait des ellipses, on n’a pas toute la situation au même moment. » L’an dernier, les frères Rodriguez ont enseigné une autre méthodologie du documentaire. Ils ont demandé aux gens de se balader dans l’espace de Caquetios, et de ressentir cet espace directement, intuitivement, sans passer forcément par l’interview. A partir de là, les étudiants ont élaboré leur image personnelle, avec un montage final d’ordre poétique. « On sait qu’il y a différentes façons d’aborder le réel, que la poésie est aussi importante que la sociologie, l’histoire et la philosophie » précise Thierry.

28815317043_ff9c5c2429_bOdilio Mendez a 20 ans, il vient d’un Conseil Communal près de la Commune El Maizal dans l’Etat de Lara. Angel Prada, représentant de la Commune a été élu à l’Assemblée Constituante comme représentant territorial. « Nous sommes très fiers de son élection, cela fait 9 ans que nous luttons pour la consolidation de la Commune qui va être désormais inscrit dans la Constitution. Nous souhaitons arriver à l’autogouvernement. La commune a demandé une aide pour semer 800 hectares de maïs cette année. En 2016, 1100 hectares ont été semés, et 4 000 tonnes ont été récoltées. « Mais où se trouve la farine ? Le problème du manque de conscience du paysan est un grave problème. Il y a beaucoup de corruption entre nous. Sans faire cet examen, nous ne pouvons pas avancer. Nous devons mettre fin à la rivalité qui existe entre nous ». La Commune El Maizal dans l’Etat Portuguesa, est composée de 22 conseils communaux se trouve en face de la Commune El Piñal dans l’Etat de Lara, et ses 4 Conseils Paysans. « Les paysans refusent de s’entraider. Comment pouvons-nous dialoguer entre les Communes ? Notre commune est mieux consolidée, nous pourrions aider El Piñal avec le problème de l’électrification, de la consommation, de l’eau. »

Odilio Mendez de la Comuna el Maizal, Rosana Melendez y un militante del Frente Francisco de Miranda instalan un sistema para recolectar la lluvia

Odilio Mendez de la commune El Maizal (à droite)

Le problème de la production alimentaire est aussi liée au manque d’inspection, 4 millions d’hectares ont été remis à des producteurs qui ne produisent pas, mais n’ont qu’un objectif : soustraire des ressources à l’État. Le Fond de développement agricole (FONDAS) est tombé en ruine plusieurs fois, parce que beaucoup de crédits ont été déviés. L’État ne peut donc pas leur donner de nouveau crédit, ou financer d’autres producteurs. «Nous sommes habitués à cette culture capitaliste de recevoir des ordres, nous avons toujours besoin de la figure d’un chef », critique Douglas Quintero, du mouvement Fabricio Ojeda, qui appartient au Conseil Communal Indio Chejendé. « Il faut mettre la pression sur le paysan pour qu’il produise sans lui porter préjudice, car en fonction des saisons, la productivité n’est pas la même ». Changer le système bureaucratique inefficace est tout aussi essentiel. Auparavant, l’Institut National des Terres (INTI) mettait 5 ans à remettre le titre de propriété de la terre au paysan. Aujourd’hui, le système est automatisé, et ne dure que 15 jours. Douglas vient d’une famille pauvre, il se définit comme une « âme libre » qui n’aime pas recevoir des ordres. Il a travaillé dans plusieurs institutions agricoles et fondations privées, il est aujourd’hui technicien agricole à Boconó, dans l’État de Trujillo. « J’aime ce métier car j’ai le sentiment d’aider les gens. »

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Douglas Quintero dans l’atelier de phyto-épuration.

3ème jour: « COLIBRI, TU N’ES PAS FOU ? CE N’EST PAS AVEC CES GOUTTES D’EAU QUE TU VAS ÉTEINDRE LE FEU ! – « : JE LE SAIS, MAIS JE FAIS MA PART ».

Sur le sol, entre les pieds des participants, un chapeau Indien Yukpa. Deux compagnons lisent quelques lignes du livre « Notre Amérique, Passé Communautaire, vers un socialisme indigène ».  « Avec Guaicapuro, Paramaconi, les nus et héroïques indigènes Caracas, nous devons être, et non avec les flammes qui les ont brûlé, ni les cordes qui les ont attaché, ni les fers qui les ont décapité, ni les chiens qui les ont mordus ». Pendant la lecture, une des participantes distribue des fleurs et des plantes aux étudiants et professeurs. Je lis un passage du livre de Pierre Rahbi « Vers la sobriété heureuse », l’histoire du colibri, ce petit oiseau qui tente d’éteindre un immense incendie en recueillant des gouttes d’eau sur les fleurs, alors que les animaux fuient la forêt. Le tatou lui demande « Colibri, tu n’es pas fou, ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? « Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part. «  Ces fleurs qui ont été données, puis redéposées sur le sol pour la terre, des offrandes, des prières pour la terre, la terre est vraiment en souffrance et on a besoin de s’en occuper, c’est ce qui m’a le plus touché, c’est notre mère terre, la Pachamama, j’adore la nature, et le fait d’avoir aborder plein de lecture dont celle du colibri avec chacun fait sa part. comme ça vient plutôt d’Europe, c’est bien de faire cet échange »

Mistica del tercer dia con un sombrero yukpa en el centro, con flores y plantas recojidas en el jardin de Caquetios 2.jpgColibris, mouvement pour la terre et l’humanisme, lancé par Pierre Rabhi encourage l’émergence et l’incarnation de nouveau modèle de société fondée sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme. Son ambition est de participer à la construction d’une société fondée sur le bonheur d’être plutôt que la volonté d’avoir. En Europe, les mouvements écologistes parlent depuis une dizaine d’année de la « décroissance ». Une expression qui peut paraître aberrante pour les gens du Sud de notre terre. En Europe, on utilise de l’eau potable pour les toilettes, alors que dans l’État de Falcon, terre aride du nord-ouest du Venezuela où vit Rossana Melendez, l’eau potable n’arrive qu’une fois par semaine par camion-citerne. Le système de récupération des eaux de pluie est très utile. Même s’il ne pleut presque jamais dans cette région, lorsque la pluie tombe, cela peut durer plusieurs jours. Son rêve, créer une réserve naturelle pour la faune sylvestre. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a commencé à militer au sein d’un mouvement révolutionnaire, en désaccord avec sa famille de droite. Elle a aujourd’hui 26 ans, elle a fait des études de gestion environnementale à l’Université Bolivarienne. Le visage de Chavez tatouée sur sa cuisse n’est pas une veste qu’on retourne toujours du bon côté, comme dit Jacques Dutronc, dans sa chanson sur la critique de la mentalité capitaliste.

Rosaura Mendez es licenciada en gestion ambiental de la Universidad Bolivariana de Falcon 2

Rossana Menendez, licenciée en Gestion Environnementale de la (nouvelle) Université Bolivarienne, état de Falcon

 « Je crois que nous devrions avoir tous les même possibilités de nous développer. La croissance, c’est un appauvrissement moral. Nous devons nous diriger vers l’éco-socialisme. Je crois que le problème de l’arc minier nous montre qu’il faut un équilibre entre les différentes ressources du Venezuela. Mais nous ne devons pas commettre les mêmes erreurs qu’avec le pétrole, nous devons utiliser ces ressources comme l’agriculture ou le tourisme. Souvenons-nous des paysans qui ont quitté leurs terres pour travailler dans les villes au moment du boom pétrolier en 1973. Ils vont à nouveau partir pour travailler dans les mines en pensant à leur supposé « bien-être ». Mais peut-être que lorsqu’ils voudront revenir sur leurs terres, elles n’existeront plus. Pour le moment, nous avons ces ressources minières, mais elles ne sont pas infinies. »

Menehould, jeune française de 22 ans a décidé de participer à l’atelier des toilettes sèches qui permettent d’économiser 50 % de la quantité d’eau nécessaire pour l’être humain. En France, elle travaille dans l’aéronautique et vit dans un petit studio parisien. Elle rêve de construire une maison en bois écologique sur roulette, dans lequel elle installerait des toilettes sèche. Elle partage la vision de Rosaura sur le concept de décroissance. « C’est un terme péjoratif. Dans l’esprit de beaucoup de gens, la décroissance s’accompagne de l’idée de régression mais ce n’est pas du tout le cas. Dans les pays qui sont moins développés – si je puis dire-, c’est plutôt une opportunité de développer dans le bon sens. En Europe, on a un confort de vie bien trop futile, et c’est difficile de dire aux gens de faire autrement. Qu’est-ce que la croissance, elle n’est jouable que si on consomme toujours plus. On est arrivé aux limites de notre planète. Le 2 août, on a dépensé toutes les ressources naturelles existantes sur la planète qu’elle pouvait faire en un an. »

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Menehould (chemise blanche) entourée de Goya (gauche) et de Flor (droite)

Nous avons perdu 2 milliards d’hectares en 6000 ans, mais en 60 ans, nous en avons perdu un milliard. « L’homme peut dégrader le sol, l’eau et l’atmosphère, mais il ne peut pas supprimer le sol. Pour détruire l’eau il faudrait la faire bouillir à 100°, ce qui n’arrivera jamais heureusement, par contre le sol on le dégrade très facilement. La notion de sol est donc très importante en terme de permaculture », précise Franck David (photo), paysagiste de formation, depuis sa longue expérience au sein de la Scoop Saluterre.

Franck David

Le paysagiste et enseignant de permaculture Franck David

Les étudiants apprennent la technique de la phyto-épuration, des filtres naturels pour nettoyer cette eau.

Patricia Leal (photos ci-dessous) et David, le fils de Yanilys, du Réseau National des Communardes et Communards sont à l’œuvre, ils espèrent mettre en pratique cette méthode dans leur région semi-aride. Ils construisent avec leurs compagnons un premier filtre vertical. L’eau tombe dans ce filtre vertical, comme une piscine. Ils la remplissent de grosses pierres au fond. Un drain va permettre l’évacuation des gaz, car une grande activité bactériologique va se faire, sans oxygène. Le drain évite de tuer le système, qui attrape toute la pollution, la transforme en nitrate, azote, potassium. Les particules restent accrochées aux gros cailloux. Un autre tuyau transporte l’eau vers une autre piscine moins profonde, de seulement 30 centimètres, horizontale. Le passage de l’eau va se faire de manière horizontale. « Je vais mettre des graviers surtout, les particules vont rester dans les graviers, explique Gloria Verges, professeure de permaculture. Cette piscine est forcément recouverte d’eau, je vais installer des plantes, qui vont remuer les graviers, et vont permettre d’oxygéner cette eau, au bout, je mets encore un tuyau, et là l’eau va aller dans un petit étang avec des plantes à eaux qui terminent de nettoyer l’eau. Lorsque l’eau est là, elle est parfaite. »

Rossana souhaite organiser un voyage à Falcon avec l’équipe de FAL 33 pour étudier les possibilités de permaculture : « Je viens d’une zone très aride, où il y a très peu d’eau, quasiment nulle. Quelle serait la meilleure méthode pour utiliser ces eaux ? Il te faut regarder le sol, lui répond Franck. Il va falloir planter des arbres pour qu’il n’y ait pas de forte évaporation la journée avec des grosses chaleurs, car l’eau va très vite s’évaporer. Il faut planter des arbres parce que ce sont les racines des arbres qui vont permettre de faire percoler l’eau dans les nappes souterraines. Il faudrait se prosterner devant les arbres. C’est dans l’arbre qu’on devrait puiser notre énergie. L’arbre fabrique le sol, il va interférer sur les pollutions atmosphériques, il va filtrer en permanence l’eau. Il va épurer l’air, il va surtout être un réservoir de biodiversité extraordinaire. »

 4ème JOUR: L’ORÉNOQUE ET L’AMAZONE S’EMBRASSERONT.  

La poésie matinale, cette fois, ne se déroule pas dans la salle de classe, mais à l’air libre. Une carte du Venezuela est dessinée sur le sable. Nous sommes invités à en faire le tour, puis on prend un des objets posés au sol : graines, fleurs, fruits, instruments de musiques, caméra, outils de travail. Chacun se positionne sur un endroit de la carte du pays, dit une phrase. Je pose sur le sol un sac de graines : « Vive la loi des semences autochtones vénézuéliennes, interdiction de la directive 9.70 en Colombie ! » (La loi interdit aux paysans de garder leur graines qu’ils sont obligés de les acheter à la multinationale Monsanto).

Au Venezuela, l’utilisation des produits chimiques a dévoré les sols pendant des décennies, le développement de l’agro-écologie est comme la goutte d’eau du colibri, elle commence à éteindre le feu doucement. Mais d’abord, et encore, il faut lutter contre les mafias de la distribution. En 2015, dans la région de Trujillo, le fertilisant chimique était accaparé par les grandes boutiques d’agros. Le prix a tellement augmenté que l’idée de créer un conseil paysan est née. « Nous avons réussi à créer un lien direct avec l’institution Agropatría, et acheter directement les engrais à Pequiven, pour arriver à faire baisser les prix de manière conséquente, explique Douglas. Ces produits ne peuvent pas être gardés plus de 3 ou 4 mois, ils sont très corrosifs et se détériorent rapidement ». Douglas reconnaît que la lutte contre l’agriculture conventionnelle n’est pas facile, car elle est très rentable économiquement.

Face au capitalisme qui dévore notre mère terre, la permaculture nous offre la possibilité de prendre le temps d’observer la nature, échanger, mutualiser en permanence. Le temps n’est pas une ligne droite pour les peuples originaires, c’est une spirale, une forme très utilisée dans la nature : « Le vent est une spirale, le son est une spirale, la voix est une spirale, l’univers est une spirale, les escargots, les coroles, c’est une forme très belle la spirale, car on part de pas grand-chose, et on grandit, cela donne l’effet papillon, », raconte Franck.

Jeudi soir, on distribue des petits papiers. La lumière s’éteint, une voix parle de l’obscurité, de la tristesse, de la douleur, du deuil. Chacun brûle les papiers au centre du cercle, et la lumière s’allume. Les tambours sonnent au rythme de la batucada brésilienne. Sarah danse au centre, nous la rejoignons. La fête commence. Une chanson d’Ali Primera. « Viens, ami Colombien, nous allons chanter ensemble pour la deuxième Indépendance, nous allons lutter ensemble, l’Orénoque et le Magdalena s’embrasseront, entre les chansons de la jungle, tes enfants et les miens chanteront et souriront à la paix. »

Gloria Vergès ayuda los estudiantes a fabricar el la primera piscina de phyto-epuracion

Gloria Verges (à droite) avec les participants à l’atelier de construction du bassin de filtrage de phyto-épuration

Gloria Verges, présidente de FAL 33, a commencé à militer avec les exilés politiques latino-américains dans les années 1970. Au sein d’une association, La Peña, elle recevait les musiciens en exil, comme Inti Illimani et Quilapayun, Mercedes Sosa, Viglietti. Pour faire connaître les mouvements de libération d’Amérique latine, elle a participé à la création d’un comité France Amérique Latine en Gironde en 1981. Parallèlement, elle créé en 1983, un festival de ciné latino-américain. Elle part vivre 3 ans à Cuba, puis rentre en France en 1987. Elle milite avec les zapatistes à la fin des années 1980, développe un projet avec les mères célibataires boliviennes. La période spéciale commence à Cuba. Gloria continue de s’y rendre régulièrement, elle voyage aussi en Colombie pour travailler sur le problème des exactions des paramilitaires, des déplacés de guerre, des exécutions extrajudiciaires, et commence à s’intéresser à l’agriculture urbaine à Cuba. «J’ai rencontré la fondation Antonio Nuñez Jiménez (http://www.fanj.cult.cu), compagnon de lutte de Fidel Castro, un géographe cubain et spéléologue, qui a cartographié Cuba, et qui a découvert la moitié des grottes cubaines, qui a beaucoup travaillé au Venezuela sur l’Orénoque, et dans l’Amazonie, et qui a fondé une association pour la protection de l’environnement auprès des jeunes, la gestion des milieux humides et particulier à Cuba. »

La fondation commence à développer des formations à la permaculture, à partir de 1994, avec des australiens, qui étaient à Cuba au moment de la période spéciale, pour pouvoir faire en ville des jardins spontanés. « En pratiquant la permaculture, on ne va pas se mettre à vivre comme vivaient les hommes dans les cavernes, non. On sait que l’on peut vivre confortablement, en répondant à toutes les nécessités fondamentales de l’homme, c’est-à-dire bien se nourrir, s’alimenter pour être en bonne santé, avoir un toit, être en bonne relation avec les autres, avoir du temps pour soit, penser, ne rien faire, rêver, écrire de la poésie, chanter, regarder la lune, et non pas travailler 40 heures comme des abrutis, et rentrer chez soit complètement claqué, et se mettre devant la télé ou devant des écrans pour s’abrutir. La permaculture, c’est une façon de concevoir le monde, le rapport de l’homme à la planète, c’est une philosophie de vie sur la planète. »

Gloria découvre le Venezuela après avoir vu un film de Thierry Deronne, « le Passage des Andes » en 2005. Le réalisateur vient présenter son film à Bordeaux, invité par le festival « Rencontres » de FAL 33. Elle effectue un premier voyage au Venezuela en 2011, pour mettre en relation l’école populaire et latino-américaine de cinéma (EPLACITE) et le Festival de Cinéma de Bordeaux. « Cela nous permettait de faire se rejoindre nos deux secteurs principaux qui sont le cinéma et la solidarité. J’avais un projet d’agro-écologie, je savais que le Mouvement des Sans Terre était au Venezuela. On a monté à Camunare Rojo un projet avec des femmes paysannes dans l’Etat agricole de Yaracuy. L’an dernier, on a fait une formation permaculture et cinéma, et après on est venu ici, on a développé le projet de Camunare Rojo, celui de Caquetios, et on continue avec EPLACITE. »

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Le formateur Juan José Moreno (chemise rouge, à droite) pendant l’atelier de cinéma de l’EPLACITE

Juan José Moreno, Jota, a 25 ans, il a étudié à l’EPLACITE, où il est désormais professeur de ciné. Il accompagne les étudiants de Caquetios pour la réalisation de leur court-métrage. L’atelier réalisé l’an dernier à Camunare avec les femmes qui ont créé la télévision communautaire est une expérience inoubliable. Elles souhaitaient faire un film de fiction à partir d’une thèse réalisée par des étudiants de l’université centrale dans les années 1970. « Nous avons extrait de ce livre une lutte qui a beaucoup marqué l’histoire de ce village. Une femme violée, séparée de ses parents, mise en esclavage par le grand propriétaire, est témoin tardivement de la naissance de la révolution bolivarienne. Nous racontons dans le film l’assassinat de sa mère au moment de la naissance, puis son enlèvement par un péon du propriétaire terrien. Cette femme n’est plus en vie, mais celles qui ont travaillé le scénario l’ont connue. Dans ce court-métrage de 12 minutes, on voit un camarade qui lutte pour la titularisation des terres, plusieurs personnages se croisent. Le film ne termine pas avec l’étape de la révolution, mais avec un regard d’espoir. Pour nous, c’était très important de montrer que la révolution bolivarienne est un processus qui ne s’est jamais arrêté. L’histoire de Camunare Rojo, nous a ramené à l’histoire des racines des premières résistances indo-américaines sur ces terres, la lutte d’Ezéquiel Zamora, et de Chávez ».  

 5ÈME JOUR. VIE, TERRE

Nous sommes en cercle, dehors. Chacun écrit sur un petit papier les trois mots qui résume notre séjour à Caquetios, que l’on dépose au centre du cercle. « J’écris: sourire, vie, terre ». Ménéhould entonne “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?” 

Le dernier jour, nous rencontrons Ubiel Viñales, un agriculteur aveugle qui pratique l’agro-écologie. Ubiel a récupéré la terre de Yaracuy, avec son camarade député Braulio Alvarez. Il a dú se cacher pendant un an, il y a 20 ans, car les propriétaires terriens le cherchaient pour l’assassiner. Il s’est battu contre les policiers sicaires d’Eduardo Lapi, gouverneur de droite de l’état de Yaracuy, qui poursuivaient les paysans en lutte. « La centrale sucrière Matilde usurpait une terre de tradition indigène. Nous avons pu le démontrer avec la Gazette Officielle de 1904, lorsque Cipriano Castro a ordonné le droit de répartir ces terres. Si les droits indigènes sont intransmissibles, inaliénables, et inattaquables, comment est-ce possible que Jesus Asquetas, colonisateur cubain, arrive au Venezuela en 1946, pour acheter les réserves indiennes de Fermin Calderon, un homme riche qui battait sa propre monnaie ? Si tu étais propriétaire d’une réserve indigène, et que tu avais besoin d’argent, il te prêtait de l’argent, mais il mettait en garantie la terre. Comme au bout de deux ans, tu ne pouvais pas payer ta dette, il récupérait la terre. »

Ubiel a suivi un cours à l’Université Expérimentale de Portuguesa et des Llanos, l’UNELLEZ, puis s’est formé en agro-écologie, grâce à la mission sociale Savoir et Travail, qui devrait « éliminer la division de classe, sans patron ni ouvrier, si nous luttons pour une véritable indépendance. » Il a créé un engrais organique, le « curachire viñalero ». L’origine du nom est un oiseau d’Amazonie. Lorsque cet oiseau vole au-dessus des champs, c’est le signe que vient une grande production agricole. “Nos ancêtres n’utilisaient pas d’engrais chimiques, ils coupaient l’arbre “Rosa”, le brûlait, et utilisait la cendre des arbres comme engrais. Et comme cela, il pouvaient produire toute l’année. »

Marta Lopez, la femme d’Ubiel, est professeure des écoles, retraitée. Elle a mis en place dans son école des projets communautaire pour former les enfants au développement écologique. « C’est une graine qui est restée ici. J’avais 30 petits, il y avait beaucoup de producteurs autour qui utilisaient des produits chimiques. Un jour, je suis tombée malade, j’ai eu une forte bronchite, les enfants aussi. Nous avons commencé à organiser des débats avec les gardes forestiers. L’institutrice actuelle continue mon travail, c’est pour cela que l’éducation est tellement importante. Le monde est à l’envers, comme disait Galeano. Où se trouve l’eau ? Dans les pays du Sud » Et Ubiel, d’ajouter : « Le fleuve Tocuyo débouche sur la mer des Caraïbes dans l’Etat de Falcon. A travers l’érosion du fleuve, à chaque crue, il entraîne du sable. L’accumulation du sable dans le Yaracuy, dans les dunes de Coro se fait à travers la brise. Lorsque Colon, est arrivé et a trouvé au bord du fleuve les Indiens Caraïbes, eux connaissaient bien ce fleuve, parce qu’il était navigable.» Le couple se réjouit de la création de l’université de l’environnement à la Fleur du Venezuela à Barquisimeto, construit par l’architecte alternatif Fruto Vivas, pavillon du Venezuela à l’exposition mondiale de Hanovre en 2000. Le toit est composé de 16 pétales qui s’ouvrent et se ferment. Les vénézuéliens aiment y contempler le coucher de soleil. « Mais la pratique de l’agro-écologie doit se faire sur le terrain, non dans une salle de classe », souligne Ubiel.

L’éducation à l’environnement ouvre la voie patiente vers l’éco-socialisme. « Les jeunes sont comme des éponges, raconte Odilio. Nous devons retenir toutes ces informations, et les faires connaître dans nos communautés, et les mettre en pratique. Aujourd’hui, dans la Commune el Maizal, il n’y a que grands parents. Nous luttons pour la Commune, nous mourrons, et ensuite, que font les jeunes ? 70 % des votes pour l’Assemblée Constituante, ce sont des jeunes.  Nous devons luttons pour ne pas perdre les valeurs. Je suis jeune, rebelle, que vive la Commune ! ». David Torres, ne veut pas quitter la terre de ses ancêtres, comme dit son père Glaudy Alvarez, « s’il devait renaître, ce serait au même endroit, comme disait Chavez »

Dernier jour de formation. Luisa porte sa petite Lydda dans les bras. Sa voix résonne dans la salle de classe. Des bougies sont posées au sol. “Changez le superficiel, changez aussi ce qui est profond, changez la manière de penser, changez tout dans ce monde, changez le climat avec les années, comme le pasteur change avec son troupeau. Et comme tout change, les cheveux du vieil homme changent. Et comme tout change, que je change, ce n’est pas étrange.
Mais cela ne change pas mon amour aussi loin que je sois, ni la mémoire ni la douleur, de mon peuple. Ce qui a changé hier, vous devrez le changer demain. Tout comme je change, dans ce pays lointain. Que je change n’est pas étrange.

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Prévisionnage de leur image par les paysans qui travaillent la terre de Caquetíos

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Dernières heures de montage

L’atelier se termine sur la projection du court-métrage réalisé par la quinzaine de participants :

6ÈME JOUR : « JUSQU’À NOUS ENTERRER DANS LA MER »  

Retour vers la capitale. Avec Yannilys Torres, la mère de David, nous allons voir la projection du court-métrage « Mémoires du ciel » de Jésus Reyes, étudiant et aujoud’hui formateur de l’EPLACITE, réalisé dans le vaste quartier populaire de Catia, à l’Ouest de Caracas. Le son raconte l’histoire et la réalité du quartier. « J’aime beaucoup ce film, raconte une personne âgée. J’ai vu un quartier que je n’ai pas connu enfant. Thierry nous a aidés à construire un discours au-delà des mots. » 

Le film « jusqu’à nous enterrer dans la mer », qui sera présenté le 21 septembre au Festival du cinéma d’Attac en Belgique commence… « J’ai vécu un an dans un quartier populaire, me raconte Thierry Deronne, les 11 premiers mois, je n’ai fait qu’y vivre pour dialoguer avec les gens, partager des éléments d’organisation, y compris sur le plan de l’alimentation, sur la lutte contre cette guerre économique, et les pénuries qui en dérivent, puis j’ai senti le moment, le point de rencontre qui pouvait définir l’ensemble de cette réalité. Ce quartier populaire m’est apparu petit à petit comme un grand bateau avec beaucoup de passagers sur une mer violente, qui est la guerre économique, cet océan chaotique de la globalisation culturelle, de la déstructuration de la conscience, d’un jeune un peu perdu qui erre dans un no-man’s land culturel, cet mer violente qui explique en partie ce titre. »

La première image du film, un jardin en friche. « Si nous avions appris à semer, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». Ce n’est plus le temps lyrique de la révolution bolivarienne, où l’imaginaire se nourrissait de passions créatives, en vivant le temps présent. Aujourd’hui, c’est le temps de la résistance patiente du rêve. Une institutrice donne les cours à l’école, son bébé sous le bras. Il n’y a pas de médicament, mais une jeune femme asthmatique, est reçue gratuitement au dispensaire de Barrio Adentro installé au siège du conseil communal. « J’ai aussi voulu écrire cette chronique le plus fidèlement possible à ce que je vivais, par rapport à un cinéma militant qui projette parfois ses désirs sur la réalité, qui parfois se casse la figure, parce qu’il a confondu son rêve avec le réel, a projeté une iconographie du peuple en marche, de la combattante souriante avec un bébé dans les bras. Il ne s’agit pas d’un hymne lyrique à la révolution, mais de regarder la rose avec ses épines, pour mieux réfléchir collectivement et apporter à d’autres de nouvelles idées, mais aussi des leçons à tirer de l’expérience pour continuer à avancer, sans idéaliser la réalité. »

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Denir Sosa, membre de l’équipe du Mouvement brésilien des Sans Terre au Vénézuela

C’est la fin du film, les lumières s’allument. Denir Sosa, militant brésilien du Mouvement des Sans Terres prend la parole. « On nous montre qu’une autre communication est possible, celle des quartiers, invisibles dans les télévisions commerciales. Je dis cela, car les télénovelas brésiliennes sont supposément les meilleures, mais ce n’est pas vrai, si vous faites attention, vous verrez que les noirs sont toujours des employés, chauffeurs, mères au foyer, et lorsque la vie des quartiers apparaît, c’est manière caricaturale. »

Lorsque nous sortons du cinéma, nous discutons du film avec Ynnilys. Je lui demande ce qu’elle pense de la question de la colonialité : « Je vois dans la colonialité, le modernisme et le moi-je-isme. Nous devons arrêter d’être toujours dépendants d’une mode commerciale qui chasse l’autre, et nous identifier à nos racines. Chavez nous a dit qu’il fallait apprendre à produire. Nous devons enseigner aux jeunes à produire de manière écologique, comme par exemple la fabrication d’espadrilles artisanales. » Yanilys, paysanne de l’Etat semi-aride de Lara me parle de l’importance de l’agriculture urbaine. «Ce n’est pas parce que nous sommes en ville que nous ne pouvons pas semer de légumes sur notre balcon. Le film « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » conclut avec le mouvement culturel théâtral César Rengifo. C’est l’image finale qui m’a le plus marqué : la culture. Un des professeurs explique que dans ce programme d’enseignement populaire du théâtre, si on parle de l’Homme Nouveau, il faut bannir le mot de « compétition ». Nous devons partager ces savoirs, mais apprendre à travailler en collectivité. Et petit à petit, retrouver l’amour de semer. »

Texte et photos : Angèle Savino / Victor Rivera / Eplacite

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