"Les collectifs sont synonymes d’organisation, non de violence", ou pourquoi les médias internationaux n’ont jamais parlé de la démocratie participative en construction depuis quinze ans. Entretien avec le sociologue Reinaldo Iturriza, ministre des Communes et des Mouvements Sociaux.

Une des traits de l’extrême-droite qui s’est récemment insurgée contre les résultats électoraux au Venezuela ou au Salvador est sa "culture paramilitaire". L’idée est de détruire tout ce qui bouge en matière de démocratie participative, assassiner sélectivement des dirigeants communaux, installer une culture de la peur. Les médias privés, hégémoniques dans ces deux pays, contribuent à cette campagne de  criminalisation des mouvements sociaux. C’est sur ce combat d’arrière-garde (mais aussi et surtout sur la construction de l’État communal, occultée depuis quinze ans par les médias internationaux) que le journaliste Clodovaldo Hernandez a interrogé le sociologue critique et enseignant universitaire Reinaldo Iturizza, nommé Ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux par Nicolas Maduro.

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Reinaldo Iturizza, ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux (café à la main) rencontre les organisateurs d’une des 560 communes vénézuéliennes.

Par Clodovaldo Hernandez/Spécial Ciudad CCS.

Clodovaldo Hernandez – Nous assistons depuis peu, à une entreprise de criminalisation des organisations populaires. A l’instar de ce qui s’est produit en 2002, avec le cas des Cercles Bolivariens, on prétend aujourd’hui attribuer la responsabilité du recours à la violence aux « collectifs » que l’on qualifie de groupes para-militaires armés. Selon vous, ce type de matrice risque-t-elle de s’imposer à l’opinion, à l’image de ce qui s’est déroulé en 2002 ?

Reinaldo Iturizza – C’est déjà fait. On le voit à travers les très délimitées mais néanmoins intenses démonstrations de haine qui se manifestent sur le territoire de certaines communes du pays. Elles sont parties prenantes de la culture politique propre à un secteur spécifique de l’opposition vénézuélienne. Je persiste à penser -je ne sais si cela dénote une certaine forme d’ingénuité- que tout cela relève d’une attitude minoritaire.Je connais de nombreuses personnes qui ne sont pas chavistes, mais qui ne pensent pas pour autant ainsi. Nous sommes toutefois en présence d’un noyau très dur de l’opposition qui s’avère être véritablement et ouvertement fasciste.

Q – Cette forme de contestation atteint-elle les rangs des partisans de la Révolution ?

R – En aucun cas la base sociale du chavisme n’a été sensible à ce type de discours. De fait, je suis convaincu que lors du coup d’État contre le président Chavez en avril 2002, les multiples démonstrations de force (les marches) de l’opposition, furent rendues possibles du fait que le registre de la « peur » avait été très habilement instrumentalisé par celle-ci.

Une forme de crainte essaima et s’empara de nombreuses personnes, se traduisant ainsi : le chavisme aurait été violent et criminel. Les retombées de ce travail psychologique ont perduré, et nous n’avons pas réussi à en effacer complètement les effets. Je crois que nous allons être confrontés à un type de scénario identique que nous avons le devoir de combattre et ce, jusqu’à ce que la volonté de paix émanant de la majorité du peuple, s’impose durablement.

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Q. – Cette campagne de diabolisation des collectifs retentit-elle sur eux, et contribue-t-elle à instaurer un climat d’usure au sein des diverses formes d’expression de pouvoir populaire tels que les conseils communaux et les communes qui l’incarnent ?

R – En aucune manière. Sur le plan interne, il se produit au sein des collectifs le même type de réaction que lorsque le fascisme s’en prend au chavisme d’une manière générale: les gens se regroupent et la cohésion de groupe en sort renforcée. Les actions récentes de l’antichavisme, dont la virulence est bien supérieure a ce qui s’est déroulé dans le passé, ont favorisé la montée en puissance d’un effort décisif, s’enracinant dans l’approfondissement du travail des collectifs à l’intérieur de leurs communautés respectives.

Dans certains quartiers, les collectifs exercent un rôle jamais égalé, qui consiste à s’occuper prioritairement de secteurs aussi importants que la formation politique et les diverses formes d’expression culturelles et sportives. Par ailleurs, de nombreuses facettes des politiques mises en chantier par le gouvernement bolivarien – par exemple les Missions sociales – trouvent une application concrète du fait de l’existence de ces collectifs.

Q – Quelle est la réalité de la relation qui unirait les collectifs et le recours aux armes ?

R – Il n’est pas possible d’établir un lien entre les collectifs et le recours aux armes. Je crois que sur ce plan, le président Chavez en premier lieu, et le président Maduro plus récemment se sont fixés une ligne de conduite, sans la moindre équivoque : quiconque prend les armes au motif qu’il serait nécessaire de défendre la Révolution Bolivarienne se place hors jeu et hors la loi. Parce que c’est l’Etat et personne d’autre qui possède le monopole de la force comme obligation démocratique. Nous avons par ailleurs à fournir un effort d’explication à ce sujet, afin d’écarter le risque qui consisterait à focaliser le débat sur les termes de cette alternative. Car pour nous, l’action des collectifs ne peut en aucune manière se dérouler sur le terrain de la violence ou des armes, mais sur celui de la participation, de l’organisation et de la mobilisation populaire, du travail en commun avec un gouvernement révolutionnaire, afin de résoudre les problèmes concrets qui se posent aux communautés.

Q – Etablir un lien entre les collectifs et la violence, correspond-elle à une ligne politique qu’adopterait la droite contre la capacité organisationnelle du peuple ?

R – Cette ligne est claire et s’inscrit indubitablement dans la durée. Dans ce domaine, l’action de l’antichavisme est parfaitement cohérente. Il sait qu’afin d’atteindre les objectifs politiques qu’il s’est assigné, il est nécessaire de criminaliser quelque forme que ce soit, d’organisation populaire. Parce que cette dernière est le principal obstacle à abattre sur la voie qui doit mener à la défaite de la Révolution. Les tenants de l’antichavisme savent pertinemment que plus le peuple affiche clairement sa volonté de s’organiser, plus les chances de mettre en déroute la Révolution s’amenuisent. Nombre d’entre eux manifestent la ferme intention de se lancer dans une entreprise de démoralisation des masses révolutionnaires.

Très habilement, en 2012, Capriles Radonski entouré de son équipe de campagne présidentielle se plaça dans cette perspective, lorsqu’il aborda le thème du pistonné ("enchufado"). A aucun moment, cette initiative ne déstabilisa les hauts dirigeants. Elle visait cependant à incriminer les Conseils communaux et ses porte-parole. Pour ce faire, il s’est appuyé sur l’existence en nombre minoritaire, de cas de pratiques douteuses et de corruption. Ils avaient d’ailleurs été signalés par les membres eux-mêmes des Conseils communaux. La campagne de Capriles Radonski a par conséquent consisté à démontrer que ces cas isolés relevaient de pratiques inhérentes à l’ensemble des Conseils communaux en tant que tels. La manœuvre, si elle avait atteint son but, aurait débouché sur la destruction de cette structure organisationnelle.

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La droite sait qu’au travers des Conseils communaux, c’est le peuple qui se manifeste par sa participation active. Le peuple a qui n’avait jamais été donné auparavant, la capacité d’occuper le champ de la politique active ; a qui n’avait jamais été donné auparavant la faculté d’administrer ses propres ressources. C’est pourquoi les Conseils communaux représentent autant d’espaces fondamentaux au sein desquels il est donné à la Révolution Bolivarienne, la possibilité de s’épanouir.

C’est également la raison pour laquelle il est nécessaire pour la droite de les soumettre au feu roulant de ses critiques. L’enjeu essentiel consiste à ce que le peuple ne croie plus en ses propres potentialités; qu’il considère ses porte-parole et ses organisations ad hoc, comme un problème et non plus telles qu’elles sont réellement, c’est-à-dire une partie constitutive de la solution.

Finalement, la droite et tout particulièrement son aile fascisante, sont guidées par une raison conjoncturelle qui les incitent à criminaliser les structures populaires de type collectif. Car il s’agit de rejeter sur elles, la responsabilité d’actions violentes dérivant de leurs propres rangs ; d’avoir à leur disposition un coupable désigné d’avance, qui leur laisse la latitude de prétendre que la violence viendrait d’ailleurs.

UN PROFOND BOULEVERSEMENT CULTUREL.

Q – Outre ce genre de campagnes, les organisations populaires affrontent d’autres difficultés. La prédominance au sein même des secteurs populaires, de valeurs inhérentes au capitalisme telles que l’individualisme et l’égoïsme, sont des exemples à citer. Comment appréhendez-vous ces questions, vous qui en avez été dans un premier temps le théoricien, et qui depuis quelque temps, les percevez à travers une expérience pratique directe ?

R – Je crois que la faculté de survie du processus politique en cours, tient dans sa capacité à réinventer d’une manière récurrente ses propres formes et espaces de participation et d’organisation. Le president Chavez s’appuya sur un principe : dépasser/amender la logique de la démocratie représentative, et les espaces traditionnels de participation. Il ne s’agit toutefois pas de faire abstraction des partis et des syndicats.

Nous nous efforçons néanmoins de réinventer d’une manière systématique l’exercice effectif de la politique. Je reconnais qu’à un certain moment, j’étais convaincu de la nécessité de réviser et réinventer le mode de fonctionnement des Conseils communaux. Cependant, lorsque j’ai commencé à vivre concrètement mon expérience de ministre -notamment lorsque nous avons jeté les bases du Gouvernement dans la rue- je me suis mis à comprendre nettement mieux, l’idée que le président Chavez se faisait des Conseils communaux, quand il en a conçu la nécessité. C’est à ce moment-là, je l’affirme avec humilité, que j’ai saisi l’importance de la place stratégique, que les Conseils communaux occupent au sein même de notre Révolution. Par voie de conséquence, j’ai estimé à sa juste mesure ce qui se fit au sein de ce Ministère, avant l’accession aux affaires de l’équipe qui m’accompagne.

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Il n’y a pas un seul lieu du pays qui soit dépourvu d’organisation populaire. Partout, il se trouve des gens qui savent où se situent les problèmes les plus importants… En vérité, aucun d’entre nous n’a manifesté la capacité suffisante à rapporter l’histoire de l’impressionnante et profonde transformation, qui s’est opérée en matière de culture politique. En règle générale, les gens qui assument la fonction de porte-parole au sein de ces organisations, prêteront une moindre attention à leurs problèmes individuels et familiaux. En revanche, ils s’intéresseront prioritairement aux questions à résoudre ayant trait aucollectif dans son ensemble.

Il est indéniable, qu’il subsiste ici et là des cas d’individualisme. Il est parfois possible de constater que la communauté ne s’implique pas autant qu’il le faudrait dans la recherche de solutions aux problèmes qui lui font face. Elle se décharge de toute responsabilité en se tournant vers ses porte-paroles, qui ne souhaitent pas endosser le rôle de représentants permanents… Cependant, ils finissent par endosser ce rôle du fait de l’absence de participation de la majorité des gens concernés.

Nous rencontrons par ailleurs des problèmes liés à une réactivité défaillante des structures institutionnelles et de l’Etat, lorsqu’ils doivent répondre aux sollicitations émanant des Collectivités. Or, si le temps de réaction est trop long, les porte-paroles qui assument la fonction d’intermédiaires entre ceux-là et celles-ci, se trouvent en porte-à-faux vis-à-vis de ceux qui lui confient cette tâche.

L’image de l’Etat en pâtit également. En tout état de cause, cette génération d’hommes et de femmes -surtout les femmes- qui ont assumé ces lourdes responsabilités, qui ont donné corps au protagonisme collectif, méritent qu’on leur rendent hommage, bien au-delà des formalités d’usage.

Tôt ou tard, c’est à nous qu’il incombera de mettre en valeur l’énorme travail qui a été réalisé au sein de ces nouveaux espaces de citoyenneté. Dans le même temps, il nous revient d’être très fermes, lorsque nous nous trouvons confrontés à des cas qui démontrent que les assemblées de citoyens et de citoyennes ont été abusées. Nous songeons à ceux qui usent de leur charge de porte-parole aux fins d’enrichissement personnel ou au profit d’individus ou de petites coteries. Tout cela doit être sanctionné. Ce sont des obstacles qui se dressent face au chemin que se tracera toute révolution. Ils peuvent être néanmoins vaincus, parce qu’ils ne représentent que des cas isolés.

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Q – Ce que l’on appelle la "contraria social", a-t-elle gagné du terrain parallèlement à ces changements qui remodèlent la culture politique vénézuelienne ?

R – Lorsqu’on aborde le thème de la conduite de ses propres affaires par le peuple, de nombreux préjugés surgissent. On dit que nous sommes en train de donner aux gens la capacité de prendre en mains leurs propres affaires, alors qu’ils ignorent tout des règles de l’administration générale. Il ne faut pas oublier que le chemin que nous empruntons vient tout juste d’être défriché. Nous parlons en outre d’un peuple à qui l’on n’a jamais suggéré de participer à la gestion de ses ressources. Il est évident que lorsque nous avons affaire à une première fois, les problèmes ne manquent pas de se manifester. Cela ne signifie en aucune manière que l’on doive adopter la posture complaisante du « laisser aller » et du « laisser faire ».

En revanche, il nous faut fournir des efforts afin de viabiliser les pratiques inhérentes à la contraria social. Il faut veiller à ce que le contrôle populaire en matière de gestion, soit amélioré. Cela implique par exemple, que l’Etat y mette du sien, en faisant en sorte que l’ensemble de ces processus se « débureaucratisent ». Il se doit également d’être encore plus efficace, dès lors qu’il s’agisse d’appuyer les communautés manifestant le souhait de soutenir leurs Conseils communaux respectifs.

LES MÉDIAS, LE TRAVAIL QUI RESTE À FAIRE

Q – Il est clair que les médias privés s’opposent aux diverses formes d’organisation populaire. Par contre, que se passe-t-il au sein du secteur public et des médias populaires, communautaires ou alternatifs ? Ont-ils progressé dans leur tâche visant à contrebalancer le poids de ces systèmes destructeurs ?

R – Je crois que nous avons avancé à pas très lents. Mais le président a beaucoup insisté pour metttre en oeuvre des projets comme la télévision de la commune, VTV Comunas, dont nous verrons bientôt les premières images. Sur ce thème nous avons réfléchi et je peux dire, de manière auto-critique, qu’il nous reste beaucoup, beaucoup à faire pour avancer dans la diffusion de tout ce que réalise le pouvoir populaire. Il s’agit de raconter beaucoup d’histoires qui se passent en ce moment précis simultanément, dans beaucoup d’endroits, au moment précis où nous nous exprimons. Ce sont des milliers et des milliers de personnes qui ont quelque chose à dire. Et que l’on doit entendre. Il nous reste beaucoup à faire.

Q – L’un des secteurs partie prenante de la Révolution, qui occupe une place importante au sein du débat idéologique, affirme que l’organisation du peuple sur la base des Conseils communaux et des communes, ne peut mener au socialisme, au motif que cette structure organisationnelle enfante une sorte d’individualisme incitant les milieux concernés à s’occuper de leurs intérêts spécifiques. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

R – Je ne suis absolument pas d’accord avec cette analyse. Je répète pour ma part, que le destin de la révolution est subordonné au fait qu’elle se donnera ou non, la capacité à inventer ou réinventer des formes de participation inédites. Le président Chavez s’est exprimé clairement à ce sujet, au moment où le processus révolutionnaire en était encore à ses premiers balbutiements. Il avait clairement conscience du fait qu’il serait nécessaire de susciter l’émergence de formes de participation pourvues d’une logique réticulaire.

En octobre 2012, il évoqua l’existence de cette immense réseau qui s’étend sur l’ensemble du territoire de la Patrie. Cette logique réticulaire se différencie des formes traditionnelles de participation. Je suis quant à moi, un ferme défenseur du parti parce qu’il est nécessaire à l’accomplissement de tâches/devoirs spécifiques. Cependant, toute révolution se doit d’explorer en permanence le champ des structures organisationnelles, et ne pas se cantonner uniquement à la forme d’un parti. Je n’affirmerai cependant pas que les Conseils communaux s’avèrent être la configuration ultime de la participation.

Il me semble toutefois qu’en ce moment historique précis, la continuité de la Révolution Bolivarienne repose sur eux. Si les Conseils municipaux n’existaient pas, la Révolution Bolivarienne ne serait pas soutenue telle qu’elle l’est. Si tout cela devait s’améliorer dans le futur, on ne pourrait que s’en féliciter. Cela reste à voir. En tout état de cause, la décision ne relèvera en aucune manière d’une personne quelconque qui formulerait une analyse politique. C’est au peuple vénézuelien, qui a élu les dirigeants politiques actuels, qu’échoit cette responsabilité. Je crois que les conditions sont réunies pour s’en remettre avec confiance au peuple et à la direction politique de la Révolution.

Depuis quelques mois, le président Maduro démontre qu’il est certes, le président légitime et constitutionnel, mais aussi un leader politique de la révolution, qui se révèle peu à peu. C’est parfois difficile de songer à un autre leader après une personnalité aussi marquante que celle de Chavez. Je crois cependant que Maduro réussit à atteindre des objectifs qui lui sont propres. C’est une réflexion à laquelle devrait s’adonner les bolivariens issus des rangs de la vieille gauche. S’ils manifestaient un tout petit peu plus de confiance envers les gens, peut-être réussiraient-ils ce que Chavez réalisa à partir de 1998.

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UNE DÉFINITION POURVUE D’UNE ÂME.. MAIS AUSSI DE CHAIR ET D’OS.

Qu’est-ce qu’une Commune ? C’est la question que se posa le sociologue Reinaldo Iturriza lorsqu’il accéda à la fonction de Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements sociaux. Inutile de recourir à une définition purement académique. « Cette définition doit découler d’une considération d’ensemble, pourvue d’une âme, mais aussi de chair et d’os. Dès le départ, nous avons eu cette conviction : cette explication, ce sont les femmes et les hommes, en tant que parties constitutives des Communes, qui doivent l’apporter. Sans cela, personne n’en comprendra le sens profond » dit-il.

Il s’est par ailleurs penché sur un autre type d’interrogation : Qu’est-ce qui fait, que les gens souhaitent se constituer en commune ? Les diverses conversations qu’il a entamé avec les acteurs sociaux concernés l’incite à être très optimiste. Bien évidemment, de très nombreuses personnes se sont mobilisées. Et ce, grâce à la capacité de réveiller, de stimuler politiquement que Chavez a manifestée. Il est cependant possible de discerner l’existence d’autres raisons à cette mobilisation, différant de celles qui relèvent du rôle décisif/stratégique qui incombe au leader. « Il existe nombre de raisons qui inspirent l’action des gens, et qui feront finalement la différence. Ce sont celles-ci que nous nous devons de diffuser » commente-t-il.

Intégré à un cabinet ministériel après avoir acquis une grande notoriété en tant qu’analyste politique très pointu, Iturriza a bénéficié d’une rare opportunité : parcourir le pays et par conséquent, approcher de près ce que l’on nomme le "pouvoir populaire". Alors que pour d’autres, tout cela relève de la pure abstraction. « Je crois qu’il est indispensable de fournir tous les efforts nécessaires, afin de créer les conditions d’une émergence : celle de l’auto-gouvernement populaire, pour que l’acteur réel de ce processus soit le peuple en tant que force organisée ».

THÉORIE ET PRAXIS

Son total engagement en faveur de la révolution allié à un constant  esprit critique, fut ce qui attira l’attention du président Chavez. L’un de ces articles publiés à l’issue des élections législatives de 2010 fut remarqué par le leader bolivarien, qui en fera l’éloge au cours de l’une de ses interventions publiques. Dès lors, comme tout ce qui sera touché par la "baguette magique" de Chavez, Iturriza ne pourra plus échapper à la notoriété, bien qu’il soit de ces hommes qui préfèrent la discrétion. Bien évidemment, cette recommandation expresse du président a fini par influencer sa nomination à la tête des Communes et des Mouvements sociaux.

Avec cette vision des choses tout à la fois engagée et critique, et doté d’une expérience pratique résultant d’un investissement quotidien, il s’immerge totalement dans les eaux du pouvoir populaire. De ce fait, il peut tracer l’ébauche d’une analyse relevant de la théorie et de la praxis : « Il est absolument courant qu’au sein même des révolutions, surgissent des forces qui misent sur la bureaucratisation des processus, et que d’autres se défient du peuple, même si tout cela semble contradictoire. Je crois que c’est la raison pour laquelle le Président Chavez s’engagea personnellement et avec force, afin que les ministères soient dotés de l’appellation « du Pouvoir Populaire ». Certaines personnes ne se satisfont pas de ce vocable pour des raisons très valables, mais ce sont les bureaucrates qui le détestent le plus."

Traduction de l’espagnol : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/19/les-collectifs-sont-synonymes-dorganisation-non-de-violence-entretien-avec-le-sociologue-reinaldo-iturriza-ministre-des-communes/

 

Semer l’homme qui écoute

Il y a un mystère que les politologues ne sont pas près de percer en ce qui concerne le président Chavez, mort le 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Malgré l’intense, incessant  travail des médias internationaux pour en faire un “dictateur”,  travail initié il y a deux siècles déjà par des consuls états-uniens qui diffusaient de Simón Bolívar l’image d’un “César assoiffé de pouvoir”, les peuples latino-américains n’ont jamais été dupes. D’où vient la connection souterraine ? D’où vient la communication secrète, anonyme, permanente ?

Hier, 3 mars 2014, une femme a tenu à se faire photographier avec ses enfants auprès du géant façonné par les artisans du carnaval populaire d’Olinda (État de Pernambuco, Brésil). Dans l’État de Santa Catalina, plus au sud, une paysanne et militante des Sans Terre, a réalisé un portrait dont chaque pièce est une semence.

Olinda, Brésil 4 mars 2014

Santa Catalina, Brésil, mars 2014

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Campement National "Hugo Chavez" organisé par les Sans terre à Brasilia, mars 2013.

Et l’an dernier lorsqu’il dénoncèrent l’abandon de la réforme agraire par le gouvernement de Dilma Roussef, c’est du nom du leader vénézuélien que les Sans Terre baptisèrent leur campement installé à deux pas du palais présidentiel, à Brasilia.

Les Sans Terre se souviennent d’un « leader d’origine pauvre qui n’a jamais trahi son peuple. Nous l’avons connu lors des premiers forums sociaux organisés pour débattre de la sortie du néo-libéralisme. Avec lui nous avons construit une proposition continentale d’agro-écologie qui serve de base pour une politique de production d’aliments sains pour toute la population, et un réseau continental d’écoles d’agro-écologie. Ensemble nous avons jeté les bases d’un projet d’intégration continentale, mais à partir des peuples, au-delà des articulations gouvernementales et commerciales. Beaucoup de présidents lorsqu’ils arrivent au pouvoir, se croient les maîtres du monde, ne conservent que la bouche et perdent les oreilles. Chavez, lui, en toute simplicité, t’écoutait, cherchait à converser avec toi pour apprendre,  écouter».chavez en OlindaCarnaval d'Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

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Carnaval d’Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

 

Bref, d’oú vient que le mort Chávez ne meurt jamais ? La réponse se trouve peut-être dans son dernier message, écrit quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

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Hugo Chavez visite un campement productif du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

T.D., Caracas, 4 mars 2014

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/04/semer-lhomme-qui-ecoute/

La lutte des grands médias contre la démocratie est vouée à l’échec

O tempora, o mores ! En 1973 même des jounaux conservateurs condamnaient le massacre de la démocratie au Chili. Quarante ans plus tard la Sainte Alliance des actionnaires de “l’actu” piétine la démocratie vénézuélienne, en légitimant les violences d’une droite qui refuse sa défaite lors de scrutins validés par les observateurs internationaux et veut s’emparer du pouvoir sans passer par les électeurs. Converties à la pensée unique (libre-échange + droit d’ingérence), les grises copies d’AFP et Reuters que sont devenus Le Monde, RTL, TF1, France 2, La Libre Belgique, El Pais, Libé ou le NY Times n’ont d’autre issue que de censurer la voix des présidents latino-américains s’ils défendent le droit des vénézuéliens à élire qui ils veulent, et d’invisibiliser les mobilisations de la majorité de la population contre une tentative de coup d’État.

-José mujica_0Le président Uruguayen José Mujica rappelle que “sortir du cadre de la Constitution est une forme de violence” et demande “que cesse l’intervention extérieure dans les affaires intérieures du Venezuela”. Source :  bit.ly/1j9pPGN

image_previewLe président bolivien Evo Morales explique que "Washington utilise des groupes de jeunes vénézuéliens pour déstabiliser" le Venezuela et “provoquer l’intervention extérieure. Demander la démission du président Maduro est une conspiration ouverte contre la démocratie. Quand ils ne peuvent plus dominer politiquement, non seulement en Amérique Latine mais dans d’autres pays du monde, les États-Unis financent la violence de groupes terroristes pour tenter de justifier une intervention des casques bleus ou de l’OTAN. Telle est la nouvelle stratégie. Ce qui s’est passé en Bolivie en 2008 est en train de se passer au Venezuela. Ici, des groupes violents ont pris d’assaut et brûlé des administrations, ont frappé des policiers et des militaires. Mais le peuple s’est soulevé et a fait échouer cette tentative de coup d’État. Aujourd’hui il est de notre devoir de défendre la démocratie vénézuélienne”. Source : http://www.telesurtv.net/articulos/2014/02/18/evo-morales-pide-a-latinoamerica-y-el-caribe-defender-la-democracia-9795.html

rafael_correa1324143682Le Président Correa évoque “la mise en route d’un coup d’État “mou”, processus concerté et hautement financé de déstabilisation de la démocratie au Venezuela, tel que l’Équateur en a déjà connu et peut encore en connaître”. Source : http://www.radiomundial.com.ve/article/correa-advirti%C3%B3-que-est%C3%A1-en-marcha-un-golpe-blando-en-venezuela

Bgy3IgoIcAAZVmSLe Chancelier équatorien Ricardo Patiño a déclaré : “nous ne tolèrerons pas que des groupes politiques cherchent à prendre le pouvoir au Venezuela par une voie non démocratique” et a rappelé que “l’UNASUR dispose déjà d’instruments qui découragent les tentatives de putsch et peut adopter des décisions sévères en cas de rupture de la démocratie”. Source : http://www.telesurtv.net/articulos/2014/02/18/canciller-de-ecuador-no-podemos-tolerar-acciones-antidemocraticas-en-venezuela-8714.html

BrasilLe chancelier brésilien Luiz Alberto Figueiredo soutient les prises de position énergiques et unanimes du MERCOSUR et de l’UNASUR contre les plans de déstabilisation du Venezuela, rejette ”la violence comme mécanisme au sein d’une démocratie” et demande “le respect des institutions”. Source : http://www.ciudadccs.info/?p=534827

A noter que l’UNASUR et le MERCOSUR expriment le point de vue de  l’ensemble des gouvernements d’Amérique du Sud et que même un président de droite comme Juan Manuel Santos (Colombie) a appellé à "renoncer aux violences lors des protestations" . Par contraste l’ex-président Alvaro Uribe Vélez, impliqué dans le paramilitarisme et ses crimes massifs contre l’humanité en Colombie, a annoncé qu’il allait "lever des fonds" pour appuyer la droite vénézuélienne.

BgxxHGuIcAAmMeY MADURO-4181marchaMardi 18 février à Caracas : mobilisation pacifique d´étudiants et de travailleurs pétroliers pour défendre le verdict des urnes et la poursuite du programme socialiste. A cette occasion, Nicolas Maduro (de dos) a signé le nouveau contrat collectif en faveur des travailleurs de ce secteur (dont les États-Unis cherchent précisément à reprendre le contrôle via la tentative de coup d’État).013__YM_1612_PLe 15 février, Maduro (lui-même ex-syndicaliste) a participé aux travaux du sommet du Mercosur ouvrier organisé à Caracas en présence de 31 dirigeants syndicaux latino-américains. Il a annoncé la mise á disposition par son gouvernement d‘un fonds spécial de 1000 millions de dollars (créé par Hugo Chavez) pour soutenir au sein du MERCOSUR la récupération d’entreprises, l’intégration d’un modèle productif qui dépasse le capitalisme ainsi que la création d’un centre de formation syndicale, dont le siège sera installé à Caracas.

T.D., Caracas, 19 février 2014

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1et

Un souffle repris…

Ministro-Reinaldo-Iturriza-MonagasNommé au Ministère de la Commune par Nicolas Maduro, le sociologue critique Reinaldo Iturizza (photo) a pour mission d’appuyer la construction de ce levier stratégique dans la transformation du vieil État. Il  a commencé par changer la méthode. Fi de toute imposition d’un “modèle”. Écouter, écouter les critiques et les propositions citoyennes. Des journalistes comme Aquarela Padilla ont commencé à écrire cette chronique communarde, non plus pour vendre – comme le font encore d’autres institutions de l’État – le socialisme comme un “produit” mais pour se faire l’écho des voix populaires. Son récent article a été publié (en espagnol) sur le site du Ministère de la Commune : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

T.D., Caracas, février 2014.

Un souffle repris…

Par Aquarela Padilla

Ici les distances se mesurent différemment, il faut s’habituer à ces ruses du temps; nous voulons atteindre du regard tout l’horizon, le secret de ce calme, mais tant de plaine et de pluie nous débordent les yeux, la poitrine. Nous avons avalé les heures et les kilomètres comme des quartiers de mandarine, jusqu’à la rencontre… Au milieu de la terre, un arbre Pomalaka aux fleurs fuschia remplit l’espace : c’est là que nous faisons la connaissance des membres de la Commune Luisa Cáceres de Arismendi qui fait partie de la Cité Communale Francisco de Miranda, dans l’État de Portuguesa.

Le café qu’on nous offre est le rite du commencement de la journée. C’est ainsi, tasse serrée entre les doigts, fumée dans les narines, que nous commençons à comprendre ce qui naît en ces lieux; chaque maison a son potager. A chaque coin un arbre plein d’ombre et à l’infini, les champs de riz.

Nei Sánchez

Ney Sánchez

Ney Sánchez est un homme qui se lève tôt : son accent le révèle. Quand il commence à nous raconter la commune, c’est de lui qu’il parle, et des autres, de sa famille, des enfants qu’il embrasse endormis à la tombée du jour. “Nous avons choisi le nom Luisa Cáceres, dit-il, parce que 80 % des membres de l’organisation sont des femmes et qu’elles ont voté en majorité pour ce nom” (1). Il est si sûr, Ney, de ce qu’il raconte, que les mains s’envolent à chaque point et reviennent en place après une pause. Chaque phrase est directe, porte : “auto-gouvernement”, “dépasser le pouvoir des mairies”, “la participation directe du peuple”, tout l’effort qu’a coûté la construction a valu la peine, malgré la négligence, la complicité et le sabotage de quelques fonctionnaires et de dirigeants choisis dans les urnes.

On sent chez ces communard(e)s la fermeté d’une position politique : tous argumentent et dénoncent avec la rage de qui sait qu’il possède la raison et la justice. L’héritage de Chavez est plus fort que tout opportunisme, et c’est pour cela qu’ils continuent de voter pour des candidats de papier quand il le faut, même s’ils savent que là n’est pas la voie mais dans la lutte collective, au coude à coude. S’ il est posible de dire quelque chose du “chavisme” c’est cette fidélité à l’idée, ce pari sur l’espoir, là où se noue l’affrontement direct entre celui qui a tout et celui qui vend sa récolte pour quelques sous afin de payer les chaussures du petit pour l’école; Et cela n’a pas cessé en pleine révolution, la Garde Nationale reste un instrument répressif contre le paysan, les crédits continuent à arriver au patron, certains dirigeants se lavent les mains, complices, avant de se faire prendre en photo pour la postérité; les gens continuent à croire en Chávez… il n’y a pas de peuple vaincu.Familia de la Comunidad de Puerto Las Animas de la comuna Luisa Cáseres de Arismendi

Le courant paysan Bolívar et Zamora a appuyé la naissance de cette organisation; mais c’est avant, en 2006, qu’ont commencé à se former les Conseils communaux. “Nous sommes nés sans formation, Chavez voulait que le peuple s’organise, nous avons démarré avec 30.000 Bolivars, ce fut une erreur; c’est avec cela que nous avons construit un couloir pour l’école et un toit avec sa plate-forme pour l’école maternelle; mais nous avons éprouvé le besoin de nous former, d’organiser le contrôle social. La faiblesse des conseils communaux, c’est que nous ne sommes pas tous convaincus de la nécessité de cette construction, les partis politiques nous divisent aussi”. Quand sont venus les militants du courant Bolivar et Zamora, avec leur expérience de l’État d’Apure, nous avons désigné en assemblée la commission de lancement de la commune. Parallèlement à ce processus d’auto-gouvernement, le gouvernement officiel créait les zones communales selon un découpage géographique différent de celui décidé par la population et sous une forme juridique qui empêchait l’usage direct des ressources par les Conseils communaux.Platanal-de-la-Comuna-Luisa-Caseres-de-Arismendi

Aujourd’hui Luisa Cáceres de Arismendi est une des communes agricoles les plus productives du pays; si la Patrie était un corps, San Genaro serait la bouche… Ocumo, papaye, banane à cuire,  manioc, oignon, riz, maïs et tomate font partie des 27 cultures mises en production sur les 8000 hectares que couvre la Commune. On estime la production quotidienne à 40 tonnes qui sont revendues dans les supermarchés à un prix trois fois plus élevé que celui payé au paysan. “Il faut en finir avec ce modèle qui règne depuis 50 ans, il faut installer des Entreprises de Production Sociale; échanger, envoyer ce manioc directement aux autres communes, casser les chaînes de l’intermédiaire privé et du capitaliste” poursuit Ney.

Une partie du problème à résoudre est que les unités de stockage et de distribution les plus proches se trouvent dans les chefs-lieux, à Acarigua ou à Guanare, ce qui rend le transport de la récolte si coûteux; d’un autre côté il y a les intrants qui doivent être garantis par Agropatria (entreprise publique, NdT) mais qui arrivent… après le cycle des semailles.

Un drapeau qui flotte peut signifier beaucoup de choses, surtout s’il est désigné par la main d’une survivante… Elle, elle est arrivée il y a vingt ans, fuyant la guerre en Colombie, elle a vu mourir ses frères, elle sent encore le feu dans ses mains et dans sa poitrine, raconte-t-elle, le bruit que laisse l’horreur, parce que ses frères sont tout un peuple, tout un peuple en flammes. Chaque fois qu’elle dit “Colombie”, ses yeux se mouillent, la mort ne fait pas de trêve à la mémoire. Elle est son histoire, le portrait vivant de son massacre, elle militait dans l’Union Patriotique, camarade de Gaitán et de Bolívar, camarade de Chávez avec qui elle s’est réunie dans la clandestinité, avant son “pour l’heure…”Je suis exilée, j’ai subi la guerre, j’ai 40 ans, je suis de gauche, et j’ai suivi ma route, persécutée par Uribe quand il était gouverneur, il fut le chef direct des paramilitaires – c’est là la racine principale des assassinats commis en Colombie; et Santos aussi, qui fut son ministre de la défense, ils ont assassiné la Colombie, ils ont assassiné les pauvres, le paysan, l’humble…Tous ces morts nous les devons à Uribe, ce fut pire que Pinochet, la bourgeoisie colombienne ce sont 300 familles très puissantes; les gens aussi sont très courageux, j’en ai connus qui ne se sont jamais rendus”.

Elle sait que toute naissance est difficile et que la Commune est une respiration, un souffle repris, en fin de compte c’est la même semence qu’elle a toujours défendue. “Ce ne sont que 14 ans, c’est comme lorsqu’un enfant naît et qu’on regarde comment il se met à marcher, tel est le Venezuela, là-bas en Colombie on a vécu 65 ans de lutte. Chavez, ce fut le meilleur de ce qui pouvait nous arriver 200 ans après Bolívar, il a touché tout le monde, les enfants, les vieux, il nous a rendu les clefs de l’Histoire, et nous a brisé le coeur quand il nous a laissés”.

Pour protéger sa vie, nous tairons son nom, c’est sa force morale qui importe, les femmes de la commune l’appellent “la grand-mère”. Ensemble elles nous montrent la plaie ouverte, elles disent encore qu’une révolution se gagne avec le ventre plein et que chaque fois qu’elles arrosent la terre et portent les petits-fils sur la hanche, elle se sentent “révolution”.

Comuneros y comuneras reunidosComuneros-y-comuneras-conversandoPhotos : Veronica Canino

Source : “La Comuna… un aire recuperado”, http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Note :

(1)   Luisa Caceres Arismendi (1799-1866),  héroïne républicaine de la lutte pour la libération et l’indépendance du Venezuela contre la monarchie espagnole. Ses restes reposent au Panthéon, à Caracas.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/un-souffle-repris/

Le Gros Edgar et le quartier La Vega : deux temps et toujours…

La Vega, août 1974

Le "Gros Edgar", militant du quartier populaire La Vega, Caracas,

Le "Gros Edgar", militant du quartier populaire La Vega, Caracas.

Le Gros Edgar cessa de manger. Des curés aussi; d’autres compagnons suivirent la ligne. Non, ce n’était pas le jeûne fixé par le calendrier catholique. Ils s’étaient lancés dans une grève de la faim parce qu’ils occupaient un terrain et revendiquaient le droit au logement pour les sinistrés du quartier La Vega.

Le problème était celui que les pauvres ont toujours subi : l’exclusion” dit le Gros Edgar sans sursaut dans sa voix lente et basse. La réponse aussi fut “celle de toujours” : les matraques de la police politique (Disip). Mais les coups reçus eurent une répercussion : des gens déboulèrent de l’autre bout du pays (de Barquisimeto, État de Lara); d’autres affluèrent de diverses zones de Caracas, les voisins de La Vega se rebellèrent. Le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez fut contraint de… promettre des maisons.

Le Gros Edgar se remit à manger. Les curés et les compagnons aussi. L’argent arriva, l’entreprise privée arriva, l’ingénieur arriva, l’architecte arriva. Les immeubles étaient là : une première tour… une deuxième tour… puis l’argent s’épuisa (?!) et la désillusion arriva : les appartements furent vendus et les sinistrés retournèrent à leur vie de zinc, de ravins, et de glissements de terrain. 

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La Vega, 11 février 2010 (douze ans après l’élection de Chavez)

Le jour tombe. Le Gros Edgar prend l’autobus avec Mariela Machado. Il l’a vue grandir; elle jouait de la guitare chez lui quand elle était petite; il est fier d’elle et… des autres, car ils ne sont pas seuls : 80 familles voyagent non pas dans un autobus mais dans quatre. Ils font irruption sur le terrain vague qui servait de stationnement-atelier-de-carrosserie-pompe privée de gasoil-bla-bla-bla… 

Les tours avaient déteint sous les innombrables pluies; comme deux blessures ouvertes dans la mémoire du Gros Edgar. Une fois de plus, le terrain, une fois de plus, les mêmes de toujours. 

Deux ans d’assemblées avaient servi de prélude à cette occupation. Mariela réussit à briser la peur de ses compagnons. Ils se renforcèrent en adhérant au Movimiento de Pobladores (mouvement d’habitants). A partir de l’occupation, ils ont mis un an pour convaincre de la justesse de leur lutte les chauffeurs qui y parquaient leurs véhicules. 

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Campement de pionniers Kaika Shi

Niveler le terrain à coups de pioches et de pelles, dresser les poutrelles, les plier, remuer le ciment frais, tamiser le sable, porter du ciment, les mains calleuses. Études de sol et traçage de plans. Six groupes de 14 à 15 familles. Gardes de 24 heures. Journées de travail de 16 heures 

Le financement est arrivé : 14 milliards de bolivars pour construire 80 maisons. Cette fois, l’argent ne s’est pas épuisé : 92 appartements, plus une petite structure de trois étages qui à court terme servira de centre de formation intégrale pour les habitants. 

Le petit-fils du Gros Edgar s’appelle Kaika Shi, ce qui veut dire “soleil et lune” dans une langue indigène dont il ne se souvient pas aujourd’hui. En hommage à la lutte pour les siens, l’urbanisme et le campement de pionniers portent ce nom.

12delavegaLa Vega, toujours…

Pour le Gros Edgar le plus difficile a été de comprendre que “les succès ne se recueillent pas tout de suite”.  En août 2014 on fêtera les 40 ans de cette histoire : “aujourd’hui, au bout de 39 années, nous voyons les fruits. Beaucoup des participants proviennent de la même école que moi : La Vega; ce fut mon école politique. Je ne suis pas sociologue, je ne suis pas économiste : je suis un citoyen qui lutte”.

Le vieux fait brièvement le tour de l’origine de ceux qui construisent aujourd’hui leurs logements de leurs propres mains. Ce sont ceux qui dans les années 90 militaient dans l’Assemblée des Quartiers de Caracas; ce sont les enfants de ceux qui se sont battu dans les années 70 pour installer le service de l’eau dans le secteur; les héritiers de ceux qui ont collecté petit à petit des fonds pour soutenir la guérilla José Leonardo Chirinos dans les années soixante.

20delavegaCe sont les invisibles qui n’ont un corps que lorsqu’ils sont assassinés et qui finissent dans les journaux à sensation. “La presse parle de La Vega tous les week-ends pour le bilan des morts; mais jamais de la violence structurelle du système capitaliste, encore moins des organisations populaires qui bataillent contre l’exclusion”. 

S’il a ressenti la peur dans une de ses actions comme la lointaine grève de la faim de sa jeunesse ou l’occupation du terrain en 2010 ? Peu importe. Edgar avait et garde une certitude : “Nous sommes innocents; nous avons une idéologie politique et nous croyons dans un projet historique : une société d’hommes et de femmes égaux”.

Aucune de ces occupations n’a été menée pour obtener un toit individuel. Pourquoi, dans ce cas, risquer sa peau ? “Il s’agit de lutte de classes” explique-t-il, brossant rapidement le sens de l’Histoire : "Bolívar mène une lutte d’indépendance contre sa classe d’origine. Il comprend la profondeur de la lutte et l’oligarchie elle-même le condamne. Bolívar meurt loin de sa terre, dans la pauvreté, et il meurt dans ces conditions parce que tous ceux qui se battent aux côtés du peuple, la classe dominante le leur fait payer”.

L’afro-descendante Mariela Machado complète la dissertation du gros : “la lutte est pour la vie, il n’y en a pas d’autre”. Elle remercie l’État pour le transfert des ressources mais ajoute aussitôt : “l’assistentialisme ne génère rien; pas même la conscience. Pour fortifier la lutte des classes le peuple doit être l’acteur central de la solution du problème”.  03delavega 04delavega 05delavega 06delavega 07delavega11delavega 09delavega 13delavega 14delavega 15delasvega 17delavega 18delavega 19delavega16delavega

Auteur : Neirlay Andrade

Photos : Sabrina Porras (Venezuela) / Prensa de Frente (Argentine)

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2013/12/la-vega-dos-tiempos-y-siempre.html

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/22/le-gros-edgar-et-le-quartier-la-vega-deux-temps-et-toujours/

Au Vénézuéla, le peuple légifère contre Monsanto

Le parlement vénézuélien, selon les médias internationaux, ne serait qu’un “parlement godillot” soumis à un président “qui renforce son pouvoir”. Nihil novi sub sole : les agents occidentaux traitaient déjà Bolivar, il y a deux siècles, de fou assoiffé de pouvoir, comme ils l’ont fait avec Chavez ou avec Maduro aujourd’hui. Pour les vénézuéliens, élire une majorité de députés de gauche offre pourtant certains avantages : telle la loi du travail anti-néo-libérale – fruit de 19.000 propositions citoyennes  (1), un programme écosocialiste et participatif pour 2013-2019, discuté et approuvé dans tout le pays (2), ou l’augmentation de 40 % du budget social 2014 (3). Mais la démocratie va plus loin : les colonnes néo-classiques et le dôme de pâtissier du vieux Congrès de la République tremblent depuis que le “peuple législateur” use de son droit à faire, défaire, refaire des lois. C’est le cas de la Loi des Semences.

T.D., Caracas, 20 décembre 2013.

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2_iala_debate-1L’histoire est bien connue : le capitalisme planétaire a décidé que chaque semence doit avoir un “propriétaire” et que les semences autochtones du petit paysan qui tente de refuser les pesticides et ces OGM dont il n’a nul besoin, deviendraient illégales dans le pays qui légifèrerait en faveur des grands groupe privés.

Exemples de cette tragédie : en Inde, Monsanto a poussé 284.000 paysans au suicide (4). Syngenta est l’entreprise qui possède le plus de brevets OGM, imposant aux paysans l’usage de semences qui produisent de la nourriture mais ne produisent plus de semences, pour obliger le producteur à en racheter.

Dès 2003, le président Chavez refusa l’introduction des OGM au Venezuela (5). Le 21 octobre 2013 de nombreux militants se sont concentrés face à l’Assemblée Nationale pour manifester leur opposition au projet de loi qui devait être discuté le lendemain. Dans son préambule, ce texte affirme son caractère anti-OGM et anti-brevet (6). On parle d’une réglementation des semences “dans une perspective agro-écologique”. Il s’agit de remplacer avec cette loi l’ancien texte en vigueur depuis octobre 2002, que le député bolivarien Ureña critique pour son “ambiguité” au sujet des brevets et des OGM. Pour le pouvoir populaire, tout va bien jusqu’ici. Enfin, apparemment..

L’article 7 dit en effet : “On accepte comme valeurs de la présente Loi (…) la reconnaissance de la création intellectuelle et le droit à la propriété intellectuelle en matière de développement de nouvelles variétés de semences et de cultures”. C’est là où le bât blesse pour le mouvement social. Le fameux “droit à la propriété intellectuelle” ressemble à un copyright discret, à la reconnaissance non-dite d’un brevet. Un individu pourrait demander un micro-crédit à l’État pour produire sa “création intellectuelle”, s’endetter, se voir condamné à la monoculture à moyenne et garde échelle. Besoin de vous faire un dessin ? Pour qui veut se rafraîchir la mémoire, le documentaire “Le monde selon Monsanto” est vivement conseillé (7).

D’où un débat entre les députés José Ureña, Víctor Bocaranda (militant du Mouvement Populaire Révolutionaire Argimiro Gabaldón) et Ana Felicién (du Mouvement Venezuela libre d’OGMs) le 23 octobre lors du programme matinal de la Radio du Sud à propos de  la pureté et la privatisation des semences paysannes, de leur légitimité aux yeux de la loi, des taxes à payer pour valider et certifier des semences, de la bureaucratisation qui affecte la circulation des semences parmi les paysans.

La demande principale fut d’activer la charte du “peuple législateurqui a déjà servi à élaborer la loi du travail, pour rediscuter la loi en profondeur et, le cas échéant, refondre tout le texte, préambule y compris. Le député Ureña a dû accepter le débat politique au plan national, dans la rue et dans les zones rurales, comme le garantit sa proposition de loi.

Le lendemain une réunion a eu lieu, à huis-clos, entre les porte-paroles du Mouvement Venezuela Libre d’OGMs, la seconde vice-présidente de l’Assemblée Nationale Blanca Eekhout et d’autres députés. Avec un résultat important : le député Ureña, principal rédacteur de la proposition de loi, a accepté de participer à la discussion et à la formulation d’une nouvelle loi avec les divers collectifs de lutte. Cette assemblée s’est tenue les lundi 28 et mardi 29 octobre à Monte Carmelo (Sanare, État de Lara) durant la IIème Rencontre Nationale des Gardiens de Semences.

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Affiche appelant les citoyen(ne)s au "Débat populaire constituant pour une nouvelle Loi des semences construite d’en-bas" (Venezuela, décembre 2013)

Un peu d’Histoire…

De 1940 à 1970 s’est produit au Venezuela un exode massif de paysans vers les villes. Conséquence de la mono-production pétrolière initiée par le dictateur Juan Vicente Gómez, instrument des grandes compagnies états-uniennes du début du vingtième siècle. Le paysan, privé d’assistance, affamé, trompé, opta pour s’exiler de sa terre. Ainsi sont nées les “barriadas”, les grandes ceintures de pauvreté urbaine. Les dictatures et les pactes “démocratiques” qui suivirent lancèrent la “modernisation” : un capitalisme pré-industriel et le terrible “latifundio” (grande propriété terrienne) avec ses travailleurs-esclaves.

C’est cette histoire qui a fait du Venezuela un importateur d’aliments du marché mundial, avec subventions de la consommation par les excédents du pétrole. A partir de 2000, avec l’élection de Hugo Chávez à la Présidence de la République, l’agriculture a été relancée sous tous ses versants (“conucos” – petites unités productives traditionnelles, potagers, cultures sous filets, sous serre, à grandes échelle, agriculture urbaine). Il fut alors prouvé que le “conuco”, dans ce siècle de tragédie, fut le seul mode de production capable de résister (dispersé, en coulisses), ce qui en fait la meilleure forme actuelle de produire des aliments. Vint ensuite l’appel à produire des aliments par et pour le peuple (avec des résultats indéniables – même si elle fut, pour beaucoup – mal mise en oeuvre ) de la Grande Mission AgroVenezuela pour conquérir enfin la souveraineté alimentaire. En avril 2003, pendant la IIème Rencontre de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, le président Chavez a interdit de semer des OGMs (un NON clair, qui ne se transforma pas en loi mais qui fut réitéré au moins trois fois en dix ans par le dirigeant) avant de demander plusieurs fois à ses ministres de mettre de l’ordre dans le dossier des brevets de l’agro-business.

"Vénézuéla libre d'OGMs". L'affiche rappelle que Hugo Chavez a interdit, dès 2003, l'introduction d'OGM au Venezuela.

"Vénézuéla libre d’OGMs". L’affiche rappelle que Hugo Chavez a interdit dès 2003 l’introduction d’OGM au Venezuela.

Le lundi 28 octobre, quand s’est ouverte l’assemblée pour débattre et alimenter (ou dévorer) la proposition de la nouvelle Loi des semences, le froid des montagnes de Sanare défiait la volonté des mouvements paysans et populaires actifs à Monte Carmelo. Le village s’était rempli de militants disposés à défendre leur idéal corps et âme. On a même entendu : “il faut marcher comme on parle”. Les députés Ureña et Acurero, ont écouté avec attention et ont débattu. On a décidé de former quatre tables de travail.

Avons-nous vraiment besoin d’une loi pour nos semences ? La loi, c’est nous !” dit un paysan de la vieille garde. “Il faut comprendre que nous vivons une guerre, et dans cette guerre nous devons nous battre sur tous les fronts : de ce que nous mangeons à ce que nous voulons vivre en tant que peuple” précise une militante de la vérité. “Au Venezuela on importe des OGM, il y a cette institution abominable appelée Agropatria, mais personne ne dit rien” lance une agro-écologiste. Dans la réunion du groupe 3, après plusieurs heures de débat, Polilla, un paysan de plus de cinquante ans, frappe sur la table et fait rire : “Si j’en juge par ce que j’ai lu récemment nous sommes au Venezuela un peu plus de 300.000 paysans pour alimenter 28 millions de gourmand(e)s. Nous sommes à bout de forces, compère !”.

La déclaration adoptée l’an dernier lors de la première rencontre des gardiens de semences (octobre 2012) sert de base lors de la plenière nocturne pour rédiger la nouvelle mouture de la loi (oui, on a décidé de tout reprendre à zéro). En voici la conclusion : “Toutes les mains pour semer, toutes les semailles pour l’école et pour les bouches, impulsons et défendons le droit de semer et de récolter une société nouvelle, où les semences les plus importantes sont nos enfants, véritable vivier de la patrie. Nous savons qu’avec la semence on déterre l’histoire d’Abya Yala (nom indigène de notre Amérique), territoire vivant qui nous réunit en une spirale sans frontières !”

Au détour de la nuit, Walterio Lanz, de sa voix éteinte mais ferme, appelle à la réflexion : “Ne commercialisons pas la semence”. Le 29 octobre 2013, jour national de la semence paysanne, à Monte Carmelo, c’est un modèle agraire qui est remis en cause, celui que les puissants de la planète veulent imposer. Et pas depuis un simple discours, depuis la démagogie ou une idéologie, mais depuis le corps de la graine. C’est ainsi que le “peuple législateur” assume son rôle, dans la révolution. Depuis les assemblées se poursuivent, organisées dans tout le pays pour discuter et faire des propositions en vue de rédiger la nouvelle loi (8).

À l’Université Simón Rodríguez (Noyau Simón de Mucuchíes) sur les hauteurs des Andes (état de Mérida) (9), à l’Institut Agro-écologique Latino-américain “Paulo Freire” né d’un accord entre Chavez et le Mouvement des paysans Sans Terre du Brésil (État de Barinas) (10),  à l’Université Bolivarienne (Siège de Caracas) (11) ou encore à l’École Agro-écologique Indio Rangel (État d’Aragua) où les 16 et 17 décembre 2013 se sont rassemblées plus de 200 personnes parmi lesquelles des fonctionnaires publics des organismes concernés, des organisations paysannes et des militants sociaux (12).

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Auteur : Ernesto Cazal, Ciudad Caracas

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Notes :

(1)  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
(2)  https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/07/le-venezuela-en-2014-cap-sur-la-democratie-participative-lecosocialisme-et-la-cooperation-sud-sud/
(3)  http://vivavenezuela.over-blog.com/2013/12/venezuela-le-budget-de-2014-r%C3%A9affirme-le-profil-social-du-gouvernement-socialiste.html
(4)  http://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/08/03/les-grands-medias-occultent-que-monsanto-a-pousse-284-000-paysans-indiens-au-suicide-explique-la-scientifique-vandana-shiva-a-botucatu-bresil/
(5)  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/le-venezuela-a-contre-courant-le-mais-pour-lalimentation-pas-comme-combustible/
(6)  http://venezuelalibredetransgenicos.blogspot.com/2013/05/propuesta-de-ley-de-semillas.html
(7)  http://www.youtube.com/watch?v=dfZXPHhYgTk
(8)  http://venezuelalibredetransgenicos.blogspot.com/2013/07/pueblo-legislador-por-el-resguardo-de.html
(9)  http://unesrmucuchies.blogspot.com/2013/11/aportes-del-debate-constituyente-en.html
(10)    http://www.aporrea.org/desalambrar/n240915.html
(11)    http://venezuelalibredetransgenicos.blogspot.com/2013/11/debate-popular-realiza-la-universidad.html
(12)    https://www.facebook.com/media/set/?set=a.614734711896460.1073741854.459001354136464&type=1

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/


Nouvelles chroniques communardes du Venezuela

Commune Agro-écologique  “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

Commune Agroécologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Azulita: les yeux ne suffisent pas à embrasser tout le paysage en fleur. Ici, quelque part entre le Catatumbo et le Páramo doit régner certaine magie, certain secret réservé à ses  millions d’oiseaux migrateurs. C’est l’heure de la flamme sous le café du matin, le début de cette histoire. Celle de ceux qui croient dans leurs mains.

Ainsi de Julio Mota, au verbe insurgé de toujours mais calme, de celui qui sait qu’il fait partie d’un mouvement vital, irréversible. Lui, sa compagne et leurs deux gosses, ont décidé de fuir la ville pour se submerger dans la montagne, à la lueur d’une bougie. Remplir ce vide que nous traînons depuis tant d’années,  nous les victimes de l’aliénation de Cosmopolitan, ”se retrouver de nouveau face au fait d’être homme et femme, je crois que tout commence par là, c’est un des grands apprentissages que nous a transmis ce retour à la terre. Nous avons dû tout reprendre à zéro, cela revient à renaître comme enfant car les gens d’ici possèdent des conditions physiques et spirituelles exceptionnelles, nous avons dû apprendre d’eux.”

A la différence d’autres villages ruraux, La Azulita présente une particularité : ex-refuge de hippies, libre-penseurs et bohèmes des années 70, elle accueille aujourd’hui la vague de ceux qui veulent échapper à la logique urbaine imposée par le modèle pétrolier. A force d´apprendre à réapprendre ils ont inventé une Commune : “El Tambor” …

ComunaElTambor_01Comment naît une politique “autre” ? En quoi se différencie la production agricole communale de celle implantée au Venezuela depuis le siècle passé ? Qu’est-ce qui nous rend différents ? Est-ce la seule propriété de la terre ou un changement de paradigme ? Le fameux “développement” est-il cohérent avec une autre proposition politique ? Ces questions surgissent dans la conversation entre les communard(e)s de “El Tambor” : les espaces de récupération de la culture du café et d’autres plantations ne parlent pas seulement d’une production pragmatique d’aliments mais d’une vision en profondeur de l’histoire nationale, de la critique de la culture de l’exploitation de la nature et de l’humain, destructrice et arrogante, propre du capitalisme, dilemme toujours brûlant dans ce pays en pleine transformation.

Ce furent toujours les mêmes paysans qui ont semé le café. Ils se sont faits vieux et les plants aussi… La terre est morte d’être exposée sans fin à la monoculture et aux agents toxiques inclus dans les semences industrielles et commerciales. Pour quatre sous et au prix d’un épuisement historique, en échange de l’exode et de l’honneur de leurs propres enfants, ils ont rempli les entrepôts des industries de traitement, héritages des fils de la bonne bourgeoisie “nationale”. Ensuite sont venus les éleveurs pour occuper les meilleures terres avec leur bétail, la où naissent les sources, aujourd’hui polluées par les bouses de vaches; les arbres exterminés, la vie exterminée pour garantir la présence de la viande dans les rayons de supermarchés. "Les lits des rivières sont totalement abîmés par l’élevage, toutes ces parties râpées que tu vois dans la montagne sont l’effet de l’élevage extensif; ils râclent la terre, la retournent et cela produit l’érosion. La totalité de la municipalité Andrés Bello est zone ABRAE, Aire sous Régime d’Administration Spéciale: tout ce qui n’entre pas dans le Parc National est zone ABRAE de type 2, c-á-d. soumise à de fortes restrictions, et l’une ou l’autre zone est ABRAE de type 3, qui permet l’impact de l’élevage mais de manière contrôlée. Mais cela n’est pas respecté." ComunaElTambor_04C’est à la Commune aujourd’hui de tout mettre sur la table. Ce débat est un exemple de sa position rebelle. Dépasser la vision du développement pur n’est pas simple au coeur d’un processus bolivarien où survivent de grandes contradictions entre la rentabilité et l’autonomie populaire. Du point de vue des communards, le thème n’est pas de produire de plus en plus de tonnes d’aliments mais de quelle manière on les produit, pourquoi et pour qui; nous semons pour nous alimenter ou pour accumuler du capital ? Ces compagnons proposent par exemple la culture du café sous ombre, et l’usage d’engrais produit par la communauté elle-même; bien sûr cette culture est plus lente mais elle ne tue ni le paysan ni sa terre parce qu’elle lui permet de semer tout autour, et en harmonie, des bananiers, des framboisiers, des plantes médicinales.

Nous proposons d’autres manières de cultiver les légumes, nous travaillons sur quatre unités productives comme celle-ci, la plus petite, avec la production de viviers multiples : forestier, frutiers, ornementaux, d’engrais organique, légumes cultivés sous protection. Le “convite", ou échange de travail contre travail, est la manière d’appliquer cette autre politique basée sur une vision agroécologique, “la symbiose être humain-nature, la nature vue non comme un simple objet de production mais comme un monde où la participation humaine ne signifie plus la destruction. Ces unités productives auront un impact tant visuel que quotidien: démontrer à d’autres petits producteurs qu’on peut récolter le café sans investir en main d’oeuvre extérieure – ce qui augmente les coûts de production – mais en nous unissant entre producteurs et en travaillant en commun..

Et comme l’activité économique du village paysan veut aller au-delà de la fourniture de matière première à l’industrie, les Conseils Communaux se sont proposé de construire un centre de stockage et de torréfaction en vue de commercialiser du café, ce qui garantit d’autres formes de travail et une participation de la communauté à l’autogestion. Dans cet espace fonctionne déjà la salle de bataille sociale et un centre de déshydratation et de conservation de fruits. Cette initiative vise à pratiquer le tourisme rural communautaire : un échange de savoirs, de travail et d’expériences entre organisations sociales comme le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Brésil) avec lequel ont été nouées des relations de solidarité et d’égalité. Ici les producteurs naissent sous un plant de café et meurent sous un plant de café. “Nous voulons offiir la possibilité de migrer vers les secteur secondaire et tertiaire de la commercialisation et de la distribution de sa propre matière première, ce qui va nous apporter une énorme valeur ajoutée économiquement parlant, mais aussi en termes d’organisation. Nous ne croyons pas qu’un pays puisse se développer sur la seule base de la production de matière première, il faut investir des ressources dans le traitement de ces matières premières. D’abord nous regrouper comme organisations et ensuite permettre aux producteurs de croître, de se transformer progressivement. Pour nous les espaces de travail sont les plus propices à la transformation.ComunaElTambor_09Marisol Fernández, Alberto Cruz et Mina la grand-mère nous expliquent, sourire aux lèvres, que l’expérience des viviers a changé leur vie, car c’est là que s’est concrétisée la possibilité de l’agriculture collective, des soins de la terre comme de la vie elle-même, de l’apprentissage permanent. Neuf femmes et leurs enfants mènent ce travail quotidien sur ces quelques mètres carrés ruraux réhabilités, et les voisins observent, pour voir si au bout de trois mois, sans rapporter de gain chez elles, sans pesticides, à force de volonté pure, elles réussiront à récolter la première production de légumes. “Le plus difficile, c’est le démarrage, mais ici nous disposons de compost, de lombriculture, de vivier de plants de café, de plantes d’ornement et cela a rapporté des ressources pour l’autogestion. Les premiers bénéficiaires de ces aliments sont les gens d’ici, nos enfants participent aux semailles, ils ont semé leurs propres plantes. Nous sommes ici pour tenter de vaincre l’idée reçue que rien ne peut se faire sans produits chimiques, il faut prêcher par l’exemple."

Plus haut, perdue dans la brume, il y a Ciudad Fresita. Là-haut, la commune construit un autre espace pour les semailles et pour le travail, dans ce cas pour l’artisanat. C’est ce que nous explique un homme aux allures de lutin, Mika, comme on le nomme ici. Il joue le rôle du professeur et construit avec ses apprentis cet espace de forme circulaire, fait de terre et de bois de la zone. Lui aussi est arrivé ici en quête de quelque chose.

Pendant ce temps à Petare… (État de Miranda)

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comuna 3Quel travail ! Toute la semaine de réunion en réunion pour nous mettre d’accord, toi tu fais ça, moi je m’occupe de ça… “ Le centre de vote vient d’ouvrir. Chacun des membres de ce bureau a reçu une formation du Conseil National Électoral. Une question : “la communauté viendra-t-elle, approuvera-t-elle le projet de créer une commune ?”

A 7h15 les premiers voisins sont apparus. Petit à petit. “Approuvez-vous la création de la charte fondatrice de la Commune ?” Deux cases seulement : “Oui”. “Non”.

Vu d’en haut les collines de Petare sont une immense marée de peuple. Vu d’en bas, ce sont des files, des urnes, de la musique, des auvents, des textes de loi sous le bras, des Plans de la Patrie 2013-2019  annotés. Ana est sortie quelques minutes du centre de vote pour chercher le soleil, “avant je ne savais pas ce qu’était un maire, un gouverneur, j’ai connu mes voisins à travers le conseil comunal, j’ai beaucoup travaillé avec eux”.

Au même moment les 22 conseils communaux qui ce soir formeront la Commune Alicia Benítez votent eux aussi. Ils ne savent pas encore qu’au même moment, 11 autres communes seront fondées à Petare et que dans l’ensemble du pays on compterait dès demain, lundi 2 décembre, 452 communes.Comuna II e

Comuna II dcomuna 1Le vote s’est déroulé comme prévu, avec les compagnons connus, ceux qui ont donné vie aux “11 modules de santé gratuite du programme “Barrio Adentro” (“au coeur du quartier”), un centre de diagnostic intégral, deux centres de connection Internet communautaires, les six bus du transport collectif communal, une Entreprise de Propriété Sociale de Gaz communal, et le centre de production de chocolat”.

Des jeunes aussi sont venus voter, comme Manuel et Astrid, 18 et 21 ans, membres des Comités de Culture et de Sécurité. Ou John Cisneros, 20 ans, qui enregistre des interviews pour la radio de quartier du Colectivo Radiofónico Petare.

Le soir, les tendances sont irréversibles. La Commune est approuvée. 97% de “oui”. 3459 des 3795 votes exprimés. La commune Alicia Benítez peut commencer à travailler. Un Parlement communal, une Banque Communale… petits pas vers un probable “auto-gouvernement”. Nouvelle réunion à la fabrique de chocolat pour voir si les votes donnent un sens aux années de lutte, si lourdes parfois…

Et vers la mer…. (État de Vargas)

Comuna III aLa commune n’existe pas, c’est une initiative !

Ils nous l’ont dit d’emblée, dès notre arrivée.

Ce n’est qu’hier que nous avons eu notre première session extraordinaire du parlement communal.

Dans la commune naissante “Cacique Guaicaipuro” on ne se raconte pas d’histoires. On sait que le travail difficile commence. “Oui, des temps difficiles” insiste Leandro Rojas. Il y aura le travail électoral à maintenir dans le secteur de Caraballeda, dans cette géographie qui couvre l’espace communard (avec l’activation de 30 conseils communaux) et tout le temps est englouti par les difficultés de créer une organisation et une production authentiques. Mais : “nous avons un esprit collectif suffisant pour monter la commune”.

Caraballeda. Soleil implacable sur des plages et des montagnes, sur des immeubles de classe moyenne qui se mêlent à présent aux logements publics de la Gran Misión Vivienda Venezuela. Les militants actifs de la commune, les pauvres du secteur, tentent de récupérer le territoire “accaparé par les bourgeois de Caracas qui viennent passer la saison dans leurs appartements”. Ils se réunissent tous les mardis à 16 heures : ils traitent les problèmes des différentes communautés qui jouent un rôle dans ce qu’on appele depuis peu les “gouvernements de rue”.

Maintenant ils peuvent se réunir dans leur salle de bataille “Luisa Cáceres de Arismendi”, un espace qui était aux mains du privé jusqu’au 20 août. L’occupation de ce lieu s’est faite avec l’appui des institutions. Mais ils sont rebelles à toute idée d’”assistentialisme, une culture politique qu’il faut briser” explique José Calero sans crainte; “ensemble on réussira”. L’espace fait face à la plage Alí Babá, quelle chance ! Il fait frais quand souffle au moins un peu de vent mais aujourd’hui le soleil ne pardonne pas.

comuna III bMaintenant ils ont ce lieu fixe de réunion, pour “conspirer” ensemble, avec une bonne expérience en ce domaine: “avant même la commune nous devions travailler ensemble”. Jacqueline Zúñiga est celle qui a la peau noire et le sourire éclatant: “Chávez nous a appelés à construire une autre forme de vie, et nous le lui devons, ne serait-ce que nous organiser. Tout le bien construit dans ces quatorze années m’a ouvert les yeux, parce que j’ai subi la grande tragédie des inondations de Vargas, maintenant mon fils a des possibilités dont je n’ai jamais bénéficié”. Il faut davantage de travail d’organisation mais “nous savons où nous allons”.

Antero Colón parle de la situation scolaire: “Si nous n‘y mettons pas de passion, dans l’idée de forger la commune, nous perdrons face à eux”. Ils sentent ce territoire comme le leur, et il y a une bonne raison à cela.

comuna III cC’est ici qu’en 1560, les indigènes de la vallée de Caracas combattirent l’envahisseur espagnol, hollandais, allemand… Guaicaipuro fut le dirigeant indigène qui réunifia les peuples autochtones face à l’empire espagnol. Les communards connaissent son histoire de martyr écartelé. “C’est dans ces montagnes qu’il campait lorsqu’il fuyait le feu ennemi” raconte Eduardo Álvarez. Ils croient pouvoir projeter son esprit rebelle dans l’action communale. “Le problème de la propriété n’existait pas avant la conquête des terres nôtre-américaines par les européens. Il sont apporté ce concept pervers et l’ont mis en pratique. Guaicaipuro et les siens l’ont refusé, et ont combattu. La mort du premier cacique et la trahison de  Francisco Fajardo ont abouti à la création de Caraballeda comme espace géographique sous l’influence de l’Église catholique et du pouvoir impérial. Nous, nous voulons retrouver les racines communales, démanteler ce vieil espace.

Ils ont plusieurs idées quant à la viabilité de leur Commune : “Comme nous n’avons pas beaucoup de terre à cultiver, même si nous n’écartons pas cette possibilité, nous pouvons développer le tourisme”. Leandro nomme les différentes Entreprises de Production Sociale (EPS) à l’ordre du jour : machinerie agricole lourde à Caruao; tourisme; stockage. Le plus intéressant du projet est qu’ils pensent non seulement impulser la production locale, mais qu’ils veulent mener un travail en commun avec d’autres communes de l’État de Vargas.

marina-de-caraballedaIls veulent même récupérer la zone portuaire de Caraballeda, qui fait partie du rayon de la commune et appartient à l’État, à Venetur. Le plus curieux de l’affaire est qu’elle est louée au secteur privé pour le seul confort des yachts des riches qui y stationnent. Sur place l’accès aux lieux nous a été interdit par le coordinateur de sécurité qui nous a délogés sans nous permettre de prendre une photo. Le tourisme n’est pas pour tous mais pour ceux qui peuvent payer.

―Mais vous pensez pouvoir concrétiser un modèle de tourisme qui ne devienne pas capitaliste ?

― Il y a une forte base écologique mais tout cela est encore en discussion, répond Eglia Lárez.

― Encore que le concept même de tourisme a été inventé par le capitalisme, parce qu’il s’agit de vendre des services, dit Miguelangel.

La discussion se poursuit, comme toujours dans une révolution.

Une des réussites de ceux et celles qui se sont organisé(e)s en commune à Caraballeda, c’est la communication par le journal, la radio et la télévision commuautaires. Héctor Liendo, l’autre afrodescendant du groupe, est le principal coordinateur de TV Caribe, canal 58 qui émet sur le littoral. “La télévision a été impulsée avec nos propres ressources, combien de sous n’avons-nous investis ces dernières années. Mais maintenant la télévision va adhérer à la commune !”. Il nomme tous les appareils que quiconque travaille dans l’audiovisuel lui envierait. “Et le projet est de produire un programme qui raconte le travail communal que nous réalisons ici”.

“Écrire et diffuser notre histoires est important, pour mener la bataille contre le pouvoir hégémonique de la communication et de la culture. Nous penser, nous les pauvres, comme classe sociale et non comme l’objet du regard de la BBC ou de ESPN. Pour l’heure nous ne pouvons faire beaucoup plus, tant que ne seront pas créées les Entreprises de Production Sociale nécessaires mais en attendant nous formulons les projets d’infrastructure pour obtenir les réponses des institutions” reconnaît Antero. “Comment nous organiser si nous restons rivés à nos individualités ?” rappelle Jacqueline.

comuna III dAuteurs : Aquarela Padilla, Ernesto Cazal et Marco Ferrugi.

Articles publiés sur http://comunaadentro.blogspot.com/

Photos : Verónica Canino

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/07/nouvelles-chroniques-communardes-du-venezuela/

“Maximo Vizcaya est vivant”. La lente construction de l’État communal au Venezuela

Hugo Chavez 20 octubre 2012Le 20 octobre 2012, deux semaines après sa victoire électorale, Hugo Chávez réalisait son premier et unique Conseil des Ministres de la nouvelle étape de gouvernement. Point principal : la construction de l’État communal, afin de rendre irréversible la révolution bolivarienne.

Un an après ce “coup de barre(1) et sept mois à peine après la mort de Chávez, la Révolution Bolivarienne affronte la déstabilisation économique impulsée par une droite renforcée des dernières élections et décidée à rejouer le coup d’État de 2002. Face à ce scénario (mélange des scénarios chilien et nicaraguayen) qu’il affronte depuis sa prise de fonctions le 19 avril 2013, le gouvernement de Nicolás Maduro a défini la lutte contre la corruption et contre l’accaparement comme axes d’action immédiats. La stratégie à plus long terme est double : renforcer la production nationale (Maduro a rappellé aux députés que 75 % du PIB restent aux mains du secteur privé) et mettre en oeuvre l’État Communal pour poursuivre le transfert du pouvoir aux citoyens. Maduro y ajoute une offensive culturelle (travail sur le terrain avec les mouvements de jeunes, formation théâtrale pour les enfants de l’école publique, etc..) pour freiner l’offensive des médias privés de masse, majoritaires (“El Capo”, la telenovela du narcotrafiquant sympa, a fait 80% d’audience) (2).nmdppdn2110-2

Le président Nicolas Maduro lance le Mouvement national de formation théâtrale César Rengifo, le 21 octobre 2013.

Le président Nicolas Maduro lance le Mouvement national de formation théâtrale César Rengifo, le 21 octobre 2013.

Lors du Conseil des Ministres d’octobre 2012, Chávez proposa donc “le nouveau cycle de transition” : la construction du pouvoir des citoyens à travers l’État communal. Il mit l’accent sur l’importance de la démocratie dans cette construction : “J’ai le livre du philosophe István Mészáros (3) – expliqua-t-il, chapitre XIX, intitulé “le système comunal et la loi de la valeur”. Il y a une phrase que j’ai soulignée, je vais vous la lire, messieurs les ministres, vice-président : “L’étalon de mesure des conquêtes socialistes est  : jusqu’à quel point les mesures et politiques adoptées contribuent-elles à la consolidation en profondeur et d’une manière substantiellement démocratique, de contrôle social et d’autogestion générale ?”. C’est le thème de la démocratie : le socialisme et son essence absolument démocratique, alors que le capitalisme est essentiellement anti-démocratique, exclusion, imposition du capital et de ses élites”.

Ensuite, geste inhabituel pour un président, alors que le suivaient des millions de familles vénézuéliennes à la radio et la télévision, Chavez s’était plaint avec une grande sévérité à ses ministres de leur incapacité à construire l’État Communal  : “Nous continuons à remettre des logements, mais où sont les communes ? On ne les voit nulle part, ni l’esprit de la commune qui est beaucoup plus important en ce moment que la commune elle-même : la culture communale. Je me fais comprendre ? Ou dois-je continuer à prêcher dans le désert à propos de ces choses ?”. Un peu plus tôt, se tournant vers Maduro récemment nommé vice-président, Chávez avait insisté : “Nicolás, je te charge de mettre en oeuvre ce dossier comme si je remettais ma vie entre tes mains : les communes, l’État social de Droit et de Justice”.

Le lancement de l’étape 2013-2019 de gouvernement (4) fut donc l’occasion de réaliser une “autocritique pour rectifier, non pas pour continuer à la faire dans le vide ou aux quatre vents, non : pour agir, agir maintenant, messieurs les ministres. Les communes, cherchez la loi des communes, lisez-la, étudiez-la”.

Un an plus tard, le gouvernement – avec à sa tête celui que Hugo Chávez avait proposé aux électeurs  bolivariens – commence enfin à relever le défi. Dès sa courte victoire aux présidentielles d’avril dernier, Maduro a nommé le sociologue critique Reinaldo Iturriza au Ministère des Communes. En six mois de gestion, celui-ci a intégré les mouvements sociaux au travail du ministère. Des référents communards ont été nommés à des postes de responsabilité importants, suivant les demandes de Chávez et de la population elle-même.

Le communicateur alternatif et directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

Militant de longue date de la communication alternative, aujourd’hui directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

C’est le cas de Gerardo Rojas, dans l’État de Lara, membre actif de la commune Ataroa, qui a pris la tête d’une équipe de travail régionale du ministère pour articuler les politiques qui engagent – de la conception à l’exécution –les mouvements sociaux et les communes en construction.

La Commune rurale Negro Primero, dans les montagnes de Carabobo, s’est elle aussi revitalisée ces derniers mois. Ses membres notent les changements opérés dans les politiques menées depuis la création du “gouvernement de rue” et la remise en marche du “coup de barre(5).

Commune Sabas Peralta

Commune Sabas Peralta

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Dans de nombreux ministères, restés aux mains de la classe moyenne, être révolutionaire ou chaviste est mal vu, et il faut apprendre à travailler “masqué” sous peine d’être écarté.

Ataroa et Negro Primero ne sont que deux exemples de communes dans lesquelles il y a un an encore s’exprimaient des critiques amères contre la bureaucratie installée au sein du chavisme. Au lieu de l’appui attendu de l’État, surgissaient des obstacles à la construction du pouvoir populaire. C’est cette critique que Chavez avait écoutée lors de sa campagne présidentielle pour l’exprimer ouvertement lors de ce Conseil des Ministres du 20 octobre 2012.

Aujourd’hui les communards continuent à batailler contre une série de procédures souvent très bureaucratiques et inefficaces mais en général ils sentent que leurs élaborations politiques ont gagné en réceptivité dans les institutions, et ils appuient la gestion de l’actuel ministère de la commune parce qu’il les reconnaît enfin comme sujets.

Le processus complexe de construction du tissu social pour approfondir la révolution n’est pas exempt de contradictions, de pressions et de faiblesses, non seulement à cause de l’offensive de la droite mais du personnel gouvernemental lui-même. Dans de nombreux ministères, restés aux mains de la classe moyenne, être révolutionaire ou chaviste est mal vu, et il faut apprendre à travailler “masqué” sous peine d’être écarté. Dans ce sens il y a encore beaucoup à construire et rien à fêter. Mais il est bon de rappeler que s’il y a un an on ne comptait qu’une commune légalisée, on vient d’enregistrer la deux-centième et 600 autres sont en cours de construction. Le recensement communal mené il y a un mois sur le territoire national apporte des résultats intéressants sur le niveau d’organisation populaire. Même si beaucoup d’organisations recensées n‘ont sûrement pas un niveau important d’activités, elles expriment une participation et un engagement populaires : 40.035 conseils communaux, 28.791 mouvements sociaux, avec une projection de 14 mille communes.

Derrière ces chiffres, il y a des milliers de citoyens totalement invisibilisés par les médias internationaux depuis quatorze ans. C’est le cas des membres de la Commune “Máximo Viscaya”.

“Cette commune a permis de ne plus se soumettre au patron. C’est cela, la vraie révolution”.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographies : Verónica Canino

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographies : Verónica Canino

Mercredi de soleil, assemblée. Dans le fond, la montagne de Sorte, un présage qui embrasse et rafraîchit. On se réunit dans une classe de l’Unité Éducative María Silvestre Espinoza, dans la communauté El Copey, une école construite par le pouvoir communal. On compte six conseils communaux au sein de la commune Máximo Vizcaya.

Premier point: la distribution et la vente du sucre et des haricots (qu’eux-mêmes cultivent) dans les communautés concernées. On débat des prix. On sort des calculs, des chiffres, des schémas. Deivis Suárez demande le droit de parole pour critiquer : “nous ne pouvons raisonner comme des commerçants, nous sommes le peuple ! Nous ne voulons pas nous enrichir, oui ou non ?” On tombe d’accord collectivement sur des prix qu’envierait la classe moyenne de Caracas.

Deuxième point : le recensement des usagers du gaz public. Il existe déjà une Entreprise de Propriété Sociale (EPS) de Gaz Communal, soutenue par un département de Pdvsa (Petróleos de Venezuela, compagnie nationale sauvée de la privatisation, NdT). Un petit nombre de communautés attendent encore l’installation de ce service. Nouvel accord.

IMG_6743Troisième point : les recettes et dépenses du plan de vacances qui fête ses trois ans d’existence; 200 enfants à peu près en bénéficient. On écoute le rapport sur les dépenses de la semaine dernière. Chaque assemblée alimentera une bourse commune pour offrir ces activités ludiques aux plus jeunes.

Quatrième et dernier point: la problématique de l’entreprise publique Pedro Camejo de mécanisation industrielle de l’agriculture. Ezequiel Castañeda dénonce les mauvais traitements de la direction envers les travailleurs et les paysans. On évoque la création d’un conseil des travailleurs. Ezequiel: “les petits chefs veulent écraser les travailleurs, le problème est grave”. Conclusion : “nous devons nous solidariser avec les travailleurs de cette entreprise qui se dit “socialiste”.

La lumière de l’assemblée troue la nuit de Bruzual. Dès six heures les insectes envahissent la salle et poussent la réunion des communards vers la rue. “La meilleure manière de dire est de faire” (José Martí). Et on fait.IMG_6966Amarelis Guzmán travaille à temps plein pour la commune. Elle est là où on a besoin d’elle. Elle fait de la politique : “Nous ne voulons pas que d’autres viennent la faire pour nous, nous voulons la faire nous-mêmes”. Elle ne croit pas aux impositions : “Nous ne voulons pas que papa-gouvernement vienne nous construire les maisons, nous pouvons les faire nous-mêmes”. Il y a un déficit de 200 logements. Solution : à El Copey on organise une jounée d’auto-construction avec des matériels reçus en donation, on travaille dur, sous la pluie, avec humour. Amarelis conclut: “Nous ne voulons pas du capitalisme et de ses quatre murs, nous voulons construire des logements décents pour “bien vivre”, comme Chavez nous l’a enseigné”.IMG_6973Les communards de Yaracuy impulsent ce qu’ils appellent “l’économie communale”, loi organique à l’appui. Depuis trois ans ils se sont organisés. La commune Máximo Vizcaya participe aussi au réseau national de troc, “axe María Lionza”. Ils savent qu’ils ne peuvent se constituer en force économique tant que le capitalisme conservera la force actuelle mais ils expérimentent le système de troc et d’autres manières d’exercer l’économie. La taille de la commune est de 5232,3 hectares. Séparés par des fossés et des rivières, près de 400 hectares sont cultivables et cultivés, On continuera, explique Amarelis, à y développer les semis de haricot sous toutes ses variétés.

- Pourquoi le haricot ?

-Pour son apport en protéines ! Nous avons enquêté pendant des années, les haricots sont hyper-vitaminés, excellents pour la croissance et l’oxygénation du cerveau.

- Sans agro-toxiques, hein?

- Qu’est-ce que tu crois ? C’est une plante sauvage, forte, qui résiste bien aux intempéries. Les parasites ne l’attaquent guère. Elle fournit de l’hydrogène aux sols. Et je vais te dire une chose : avec le CIEPE nous allons expérimenter la transformation du haricot en biscuit, en pain et en boisson.

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Ezequiel Castañeda est un autre de ces paysans à la peau brûlée par le soleil, avec un verbe qui démolit les arguments de celui qui ose critiquer sa classe. “Nous devons profiter de l’eau qui vient d’en-haut”. Et la qualité de la terre ? Il blague: “Si on sème des cailloux dans cette terre, ils germent”. En ce qui concerne l’agriculture soutenable, clef de la stratégie alimentaire, il défend l’échelle réduite, les lopins familiaux ou individuels. On le sent entier, avec ses mains brunes et paysannes.

Dans le “Fundo Zamorano”, aire de production agricole où il travaille, sur cette terre qui appartenait à sa famille, Ezequiel possède à présent un semis moyen de potirons et de maïs jaune. Avec pour paysage la montagne de Sorte, et un coucher de soleil inouï. Son terrain sert d’école pour les jeunes et pour tous ceux qui veulent apprendre à travailler la terre. Toute personne qui y travaille a droit à sa part de la récolte.

Les rivières, la pluie, le bois, sont vus ici comme source de souveraineté : tout ce qui peut servir d’appui aux  semailles et à la culture paysanne sert en fin de compte à construire la commune.

Dans la communauté de La Virgen, épicentre symbolique de la commune, vit Máximo Vizcaya, en chair et en os.

- Máximo est toujours en vie ?

- Oui ! Il a 90 ans. Nous avons baptisé la commune en son nom, en assemblée, parce qu’il est une légende vivante. Il a été guérillero et tout.

Enfant, Máximo Vizcaya militait dans les rangs du Parti Communiste du Venezuela (PCV). Il est né à Urachiche, aux frontières de la commune. Il a pour épouse Guillermina Carrizález, une charmante femme de 88 ans, accueillante et.. chaviste. Avec son chapeau et son bâton il égrène les histoires de la guérilla, sauf qu’aujourd’hui ils ne sont plus seuls mais entourés de leurs familles et de leurs lopins cultivés.IMG_6809

Je ne travaille plus parce que je suis très vieux, la terre appartient à présent aux communards”. Máximo consacrait presque tout son temps à la terre. Son lopin produit toujours grâce aux efforts de ses enfants et de ceux qui donnent un coup de main.

Il a travaillé dur pour construire les filières d’alimentation de la guérilla du Front José Leonardo Chirinos. Pas mal d’années “à tomber, se relever, courir”. Aujourd’hui encore il parle du parti de ses premières amours comme la raison d’être de son existence. Il explique que c’est grâce à lui qu’il a pu, un jour, échapper au massacre de Yumare.

Il ne porte plus de fusil en bandoulière mais les communards, qui le voient comme un bastion de la révolution vénézuélienne, ont décidé de lui rendre hommage de son vivant. La zone de la commune, surtout dans les collines, possède une tradition de guérilla, qu’on appelait à une époque la “gauche radicale”.

Amarelis vomit l’État bourgeois: “Cette commune a permis de ne plus se soumettre au patron. C’est cela, la vraie révolution”.

Un des enfants de Máximo, Sólido Vizcaya : “En zone rurale on peut faire une commune; dans une ville où on a l’habitude de consommer, c’est difficile. Comment semer dans le ciment ?”

La commune Máximo Vizcaya est la première et la seule légalisée dans l’État de Yaracuy. Sa vision agrariste de propriété et du travail organique en harmonie avec la nature, en fait une avant-garde du travail comunal dans tout le pays.

Il ne s’agit plus de charger et décharger des briques pour le compte d’un entrepreneur mais de travailler collectivement. Et ils le prouvent en pratique: “au-delà d’une charte de papier ce sont les faits qui nous font gouvernement” dit Ezequiel.IMG_6859IMG_7196 IMG_6986Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Sources : 

1. Fernando Vicente Prieto,  Un año del Golpe de Timón: ¿Hacia el Estado Comunal? , http://bit.ly/16sZoEc

2. Ernesto Cazal, La espalda de María Lionza,
http://www.mpcomunas.gob.ve/la-espalda-de-maria-lionza/

Notes :

(1) Lire “Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines », et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’État communal”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
(2) “Médias et Venezuela : qui étouffe qui ?”, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela
(3) István Mészáros (né en 1930) est un philosophe marxiste hongrois, membre de “l’école de Budapest” formée de disciples de Georg Lukács. Il abandonna son pays après l’invasion soviétique de 1956. Professeur des Universités de Sussex et de York. Prix “Libertador al Pensamiento Crítico 2008” décerné par le gouvernement bolivarien pour son oeuvre : “Le défi et le poids du temps historique : le Socialisme du XXIème siècle”.
(4) Lire “Ce que va faire la révolution bolivarienne  de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
(5)Nous t’écoutons, Claudia”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/ ; “Deux tours du monde en 100 jourshttps://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/29/deux-tours-du-monde-en-100-jours-revolution-dans-la-revolution-bolivarienne/ ; et  “Nicolas Maduro : “Le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/19/nicolas-maduro-le-pouvoir-du-peuple-quand-il-ne-sexerce-plus-finit-par-satrophier/

Lien URL de cet article : http://bit.ly/1avCksU

“Nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

Le Vème Congrès bolivarien “Jeune Indo-Amérique” s’est conclu le 26 juillet à Caracas. Il a réuni 260 délégués indigènes de 14 pays latino-américains et des Caraïbes autour du thème “fortifier la diplomatie entre les peuples du Sud”.

La déclaration finale lue par la déléguée équatorienne Diana Pijal (vidéo) rend hommage à Hugo Chavez en tant qu’initiateur de la politique de défense des droits des peuples originaires aujourd’hui poursuivie par le président Nicolas Maduro, et demande aux gouvernements du reste du continent d’oeuvrer à la reconnaissance totale des droits civils, politiques, économiques et de l’autodétermination des peuples indigènes.

Le congrès rappelle la nécessité de la démarcation de l’ensemble des territoires ancestraux et de la remise immédiate des titres de propriété aux communautés autochtones, de la lutte contre l’agro-business et contre la destruction de la terre-mère par les agro-toxiques, du développement de l’agro-écologie et de l’usage des semences autochtones pour lutter contre l’invasion des transnationales.

La déclaration propose également :

  1. L’intégration immédiate des organisations de la jeunesse indigène à la CELAC ainsi qu’au MERCOSUR à la faveur de la récente arrivée du Venezuela à la tête de cet organisme, afin de participer aux politiques de lutte contre le chômage, l’analphabétisme et la pauvreté en général.
  2. La création d’une école de formation socio-politique des dirigeants des mouvements de jeunesse indigène.
  3. L’intégration des peuples indigènes à la fonction diplomatique.
  4. La création de Conseils de gardiens écologiques.
  5. La création de l’agence d’information “Jeune Indo-Amérique”.
  6. La création d’une école pour l’étude et la transmission des savoirs de la médecine traditionnelle des peuples autochtones en complément de la médecine scientifique, hors de la logique commerciale.
  7. La création d’un fonds latino-américain pour financer les projets socio-productifs des peuples amérindiens et fortifier ainsi leur autonomie économique.
    La Ministre des Peuples indigènes Aloha Nuñez

    La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Acte conclusif du Congrès "IndoAmérica Joven", Caracas, 26 juillet 2013.

Comme l’ont fait la CELAC, l’ALBA, le MERCOSUR, l’UNASUR et l’OEA, le congrès indigène condamne la violation du droit international et le comportement discriminatoire, néo-colonialiste, de pays comme la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne qui ont fermé leur espace aérien au président bolivien Evo Morales sur injonction des États-Unis. La dirigeante Diana Pijal a conclu en rappelant la pensée d’une de ses compagnes de lutte en Équateur : “nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez (droite) lors d'une visite à une communauté autochtone, juillet 2013.

La Ministre Aloha Nuñez (à droite) visitant une communauté autochtone, juillet 2013.

La ministre vénézuélienne des peuples indigènes Aloha Nuñez, membre de la nation Wayuu (1), a pour sa part rappelé l’importance de ce dialogue entre pays-frères qui a permis à la déléguée mexicaine ou aux représentants péruviens venus à Caracas par voie terrestre, de juger sur pièce des conquêtes des peuples indigènes du Venezuela afin d’en informer leurs mouvements.

Aloha Nuñez a souligné que ce congrès est un des fruits de la révolution bolivarienne. Avant sa première élection en 1998 Hugo Chavez s’était engagé à régler en priorité la dette due depuis cinq cents ans aux peuples indigènes (bien qu’au Venezuela ceux-ci ne représentent environ que 3 % de la population). Une fois élu, le président a convoqué une assemblée pour rédiger la nouvelle Constitution Bolivarienne dont l’article 121 déclare : “Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle, leur cosmovision, leurs valeurs, leur spiritualité et leurs lieux sacrés et de culte. L’État appuiera la mise en valeur et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes qui ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif interculturel et bilingue qui respecte leurs particularités socio-culturelles, leurs valeurs et leurs traditions."

Cet article a ouvert la voie à une série d’instruments légaux qui ont permis de visibiliser les peuples indigènes et leur ont donné des moyens effectifs d’action comme en témoigne la création du ministère.

Construite sur les rives des fleuves Orénoque et Tauca, dans l’État de Bolívar, l’Université Indigène du Venezuela est un exemple de cette lutte pour défendre et transmettre les savoirs ancestraux de communautés victimes depuis longtemps de l’acculturation provoquée par l’invasion de sectes évangélistes, de la violence des grands propriétaires terriens ou de l’exploitation illégale des gisements de minéraux.

Cette initiative des peuples autochtones, unique en Amérique Latine, a obtenu la reconnaissance et l’appui du gouvernement bolivarien qui en a fait une université publique en juin 2010 et a créé un second siège dans l’état d’Amazonas.

Un des apports gouvernementaux consiste en l’octroi de bourses collectives gérées par les communautés Tegui, Cuibas, Puné o Yaruro, Baniva, Bare, Jivi, Kurnipako, Mako, Piapoka, Piaroa, Punave, Yavorana, Yekuana, Warao, Arawak, Macuchu, Pemón, Sanema, Umak o, Anitani, e’ñepá, ou Jodi.

Le reportaje photo ci-dessous montre la vie de ces étudiant(e)s – depuis leurs trajets vers l’université jusqu’à l’étude et au repos dans la résidence.

Thierry Deronne, Caracas, 27 juillet 2013.

Note :

(1) Lire "Aloha Nuñez : continuer la lutte des peuples indigènes du Venezuela" , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/14/aloha-nunez-continuer-la-lutte-des-peuples-indigenes-au-venezuela/

Photos : Jorge Silva / Caridad – HavanaTimes. Vidéo : TVEs, chaîne publique vénézuélienne.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/27/nous-sommes-comme-les-herbes-des-haut-plateaux-qui-repoussent-quand-on-les-arrache/

Nicolas Maduro : “le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier”

reunion_maduro_gobernadoresNous sommes à Caracas le 16 juillet 2013, à Miraflores (palais présidentiel). Nicolas Maduro s’adresse à vingt gouverneurs bolivariens : “Comment est-il possible qu’à une personne âgée, à une de ces personnes que nous rencontrons lorsque le gouvernement sillonne le pays, on fasse payer 20 millions pour pouvoir accéder à une mission sociale?  Certains, ils me l’ont dit, ont payé et ils ont été effectivement inclus ensuite dans la mission ! Qu’est-ce cela veut dire? Qu’au-dessus de ces extorqueurs il y a des hauts fonctionnaires qui couvrent ces agissements, comme ceux qu’on a arrêtés. Nous devons aller jusqu’au bout de chaque enquête et vous, les gouverneurs, qui avez mille témoins dans vos régions, faites le travail sur place, car nous avons détecté beaucoup de cas lors de nos déplacements”.

Quelque semaines ont suffi pour détecter des systèmes de corruption mis en place par des hauts fonctionnaires du service des douanes, de l’immigration, de l’inspection du commerce, de l’industrie sidérurgique, de la compagnie pétrolière publique, de la banque nationale du développement… Nicolas Maduro a promis de nouvelles surprises dans cette offensive-éclair contre la corruption “où qu’elle soit, et à tous les niveaux, coiffée d’un béret rouge chaviste ou dans les rangs de la droite, dans le secteur public comme dans le privé : il n’y aura plus d’intouchables. Personne ne me fera prendre des vessies pour des lanternes. Je ferai bientôt quelques inspections-surprises sur les chantiers publics”.

Dans le même temps, le plan “Patria Segura” a déployé sur tout le territoire une police mieux formée à la protection des citoyens. Un premier bilan parle d’une baisse de 200 % des enlèvements et de 38 % des homicides. Maduro veut aller plus loin. Il rappelle comment il a vu toute une jeunesse populaire – sa génération – décimée par la drogue, la violence à partir des années 80 et veut s’attaquer frontalement à l’imaginaire des médias privés resté très puissant malgré quatorze ans de révolution, en multipliant les missions culturelles, la récupération des espaces publics et la rénovation intégrale des quartiers populaires (plan"barrio tricolor"), le relancement de la musique populaire, l’appui aux artistes et aux mouvements de jeunes, le transfert de nouvelles technologies et la dotation de nouvelles chaînes de télévision aux secteurs jusqu’ici exclus.

Sans doute étaient-ce ces chantiers que le président Chavez voulait aborder en 2013 : quelques mois avant sa mort il appelait les jeunes du grand quartier populaire de Petare à renoncer à la drogue, à la violence pour mettre leur talent au service du pays.

La droite et les grands médias rêvaient d’enterrer la révolution bolivarienne avec son initiateur. Des politologues de gauche annonçaient la lutte fratricide des chavistes ou une “NEP” réformiste. 90 jours après la mort de Chavez, on découvre un homme d’Etat qui, s’appuyant sur une équipe élargie aux mouvements sociaux et aux partis progressistes, applique méthodiquement les cinq objectifs du “Plan Patria” légué par Chavez (1) et lance un “gouvernement de rue” (2).

BN-JYeYCUAADzyC.jpg largePresidente-Nicolás-Maduro-en-Sucre-4Né dans un quartier populaire de Caracas, militant syndical, bolivarien clandestin puis ministre de Chavez, Nicolas Maduro connaît bien les rouages de l’État et… du terrain. Avec une  moyenne de 102 projets pour chaque entité traversée – à savoir 23 états et le district de Caracas, le “gouvernement de rue” aligne déjà 2.037 projets financés par l’État. Un “banc d’essai” du pouvoir populaire que le président du Venezuela veut permanent et actif sur tout le territoire. Même la presse officielle et les partis de la gauche classique ont du mal à suivre ce dialogue direct de Maduro avec les problèmes du peuple.

"Combien de temps notre peuple s’est-il habitué à voir le pouvoir comme un concept lointain, étrange, comme le privilège d’une élite ? Et bien non: la révolution n’a d’autre sens, comme Chavez nous l’a rappelé sans cesse, que le transfert de la totalité du pouvoir aux mains d’un peuple qui doit se former sans cesse pour cela. Nous avons assez patienté, nous devons nous réveiller, redevenir des combattants de la rue, de tous les jours… Le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier. Comment faire une révolution avec un peuple passif ? Le pouvoir populaire sert à faire la révolution et pas n’importe laquelle : une révolution socialiste. Ou le peuple la fait, ou il n’y en aura pas. Le pouvoir populaire doit exister partout et tous les jours, dans les états, dans les rues, au palais présidentiel. Notre nouvel état sera l’État comunal, c’est un des axes principaux de notre programme, Chavez nous a exigé de lui donner la priorité (3). Nous allons redoubler d’efforts à partir du mois d’août pour construire partout la commune.”

"La commune ou rien"

venezuela_asambleacomunal7 venezuela_asambleacomunal2Deux jours plus tôt dans l’État de Lara, une assemblée d’organisations de base (photo) s’est réunie au nom des "trois R” – formule inventée par Chavez pour “revoir, rectifier, réimpulser” le gouvernement révolutionnaire. Ont fusé les critiques sur la gestion antérieure du ministère de la commune : mise sous tutelle du pouvoir populaire, arrogance de cadres auto-proclamés qui considèrent la masse populaire comme un simple champ de manoeuvres pour “ceux-qui-savent-comment-faire-la-révolution”, véritables boulets pour le travail populaire.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Itturizza (à droite), los d'une journée du "gouvernement de rue", mai 2013.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (à droite), lors d’une journée du "gouvernement de rue", mai 2013.

Une grande partie des demandes que nous avons recueillies tout au long des assemblées populaires concerne une meilleure présence de l’État aux côtés des processus d’organisation” explique Reinaldo Iturizza, un sociologue critique devenu le nouveau ministre de la Commune sur décision de Maduro et qui a dû s’arracher au monde des thèses sur papier. “Je suis en train de créer une équipe qui racontera les histoires de ces journées dans la rue, qui vont continuer. Ce que nous voyons doit être connu”. L’équipe d’Iturizza met au point une méthodologie nouvelle réunissant les conseils communaux et les autorités du Ministère pour résoudre des problèmes tels que l’auto-construction de logements. 60 mille foyers de la Grande Mission Logement ont pu être construits par les habitants eux-mêmes. On en prévoit 100 mille de plus en 2013.

Alors que les médias privés qui dominent la majorité des ondes au Venezuela occultent cette école de pouvoir citoyen et ciblent Maduro, le “gouvernement de rue” est devenu en soi un véritable média populaire qui attaque vraiment la forme dominante, commerciale et représentative, de la communication politique, qui cultive la participation critique et ose prendre des décisions jusqu’ici freinées par une classe moyenne d’État peu ouverte aux propositions populaires.

006_ma_4086_1373321519Le 8 juillet, c’est dans l’état d’Amazonas, au Centre de Formation et de Production Agroécologique Matuwiniyu Yekuana Rene, que Maduro et son équipe font halte. Un militant indigène leur montre la maquette d’une maison autochtone : “Je vous présente une maison fluviale indigène totalement écologique, avec sa barque, sa batterie d’élevage de poules, son vivier à poissons, chaque famille peut y vivre et produire sans devoir quitter le fleuve”. “Bravo, c’est un des projets que nous voulons approuver !” applaudit Maduro pour qui c’est là tout le sens de ce “gouvernement de rue” : réactiver les propositions, la créativité du peuple. A ses côtés la Ministre des Peuples Indigènes Aloha Nuñez, précise : “nous sommes ici en territoire Jivi, l’État d’Amazonas compte 19 peuples indigènes et nous, les ministres, ne sommes pas restés en ville, par exemple la ministre de la santé a passé la nuit dans une communauté indigène. Ces populations étaient infiltrées par les “nouvelles tribus” (une ONG états-unienne), nos compagnons commençaient à parler anglais, à présent le travail est d’assurer l’intégralité des droits à la santé, à l’éducation pour nos peuples indigènes”.

Maduro en profite pour rappeler l’insistance du président Chavez : “Pourquoi les ministres ne pourraient-ils pas vivre deux ou trois jours durant dans les communautés ? Nous, gouvernement bolivarien, sommes du peuple, nous ne venons d’aucune élite, d’aucun groupe économique et même si nous devons nous protéger face aux menaces de l’ennemi, nous ne devons pas perdre le sens de qui nous sommes : des gens humbles, qui nous devons au peuple”.

Misión-Arbol-250x187Et d’évoquer le cinquième objectif du programme légué par son prédécesseur : l’éco-socialisme, qui prévoit notamment le reboisement massif de tout le pays – la Misión Árbol sèmera quelques deux millions d’arbres dans les deux ans à venir. Une mission grâce à laquelle la surface boisée du pays atteint 47,6 millions d’hectares, réduisant de 47 pour cent le taux de déforestation.

La biodiversité, poursuit Maduro, doit être pensée dans sa dimension macro-écologique. Nous n’allons plus comme le faisaient les gouvernements antérieurs recevoir les représentants de lobbies qui veulent acheter un morceau d’Amazonie. Mais pour nous qui sommes un pays amazonien, le plus incroyable c’est que nous n’ayons pas encore créé d’institut pour étudier cet immense patrimoine de biodiversité en fonction par exemple de nos besoins en médicaments, avant que ne les brevettent des transnationales. Nous ne pouvons pas attendre 15 ans, c’est aujourd’hui que nous devons prendre la décision. Créer un institut pas seulement pour produire des thèses universitaires mais pour générer des connaissances transfomatrices, des connaissances scientifico-populaires : on a souvent considéré les peuples indigènes, et le peuple en général, comme ignorants alors qu’ils produisent des milliers de savoirs vitaux, mille choses. C’est d’ailleurs pour cela que les élites nous méprisent, parce qu’au fond, nous sommes des indigènes.

007_mg_2703_1372195635-632x421Tout en menant tambour battant ces assemblées avec la population, Maduro a bouclé en deux semaines un agenda diplomatique très dense au service de l’unité du Sud et de l’intégration des organismes existants. En visite officielle en Haïti le 25 juin pour renforcer la coopération (photo) puis le 30 juin à Managua au sommet de PetroCaribe avec de nouveaux accords sur l’éducation, sur la “misión milagro” (chirurgie et soins oculaires gratuits), les politiques alimentaires et la création d’une zone économique élargie vers le Sud ; en prenant part à Moscou le 1er juillet au sommet des 18 états producteurs de gaz – le Venezuela est la quatrième réserve mondiale – pour plaider en faveur de la création d’une “OPEP” du gaz ; à Cochabamba, le 4 juillet, au sommet d’urgence d’UNASUR, pour joindre sa voix à celle de ses homologues face à la violation du droit international par des pays d’Europe qui, sur ordre de Washington, ont fermé leur espace aérien au président de la Bolivie (4); en invité d’honneur d’un sommet des 15 pays membres du Caricom (marché commun des Caraïbes) à Trinidad et Tobago ; enfin, le 10 juillet, à Montevideo, pour assumer la présidence du Mercosur et engager le “tournant social” de ce marché commun devenu le quatrième bloc économique mondial et proposer l’association stratégique avec PetroCaribe, l’ALBA et les BRICS.

Les 22 et 23 juillet, Caracas accueillera la première réunion ministérielle de la Communauté des États Latino-américains et de la Caraïbe (CELAC) pour élaborer de nouveaux plans contre la faim et la pauvreté. Elle sera suivie du 12ème sommet des présidents de l’ALBA, le 30 juillet, à Guayaquil (Équateur), consacré lui aussi à renforcer les programme sociaux.

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Pas de socialisme sans féminisme !

La maxime de Hugo Chavez s’incarne dans les choix ministériels de Nicolas Maduro.

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Maryann Hanson

Maryann Hanson (Éducation)

Maria Cristina Iglesias

Maria Cristina Iglesias (Travail)

Iris Varela

La Ministre du Système Pénitentiaire Iris Varela

Aux côtés de Maryann Hanson (Ministre de l’Éducation), de María Cristina Iglesias (Ministre du Travail) et d’Iris Varela, la Ministre du système pénitentiaire qui s’efforce d’humaniser un système encore dominé par des mafias et de réduire les retards dans le procédures de jugement, de nouvelles responsabilités et de nouveaux visages marquent l’équipe gouvernementale nommée en avril 2013 :

La ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez - ici réunie avec des indigènes états-uniens dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La nouvelle ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez – ici réunie avec des autorités indigènes états-uniennes dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées, alors que le Venezuela, toujours menacé par les États-Unis, vient d’installer un nouveau système de défense anti-aérienne.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées. Face aux menaces impériales et pour garantir la souveraineté du Venezuela, Nicolas Maduro vient d’annoncer l’installation d’un nouveau système de défense anti-aérienne.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de genres. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de Genre. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 juillet 2013

Notes :

  1. Sur ces cinq objectifs : “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. "Nous t’écoutons, Claudia", https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/
  3. Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire "avec les travailleurs, depuis les usines" et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’État communal.”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  4.  “Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/ et la note de protestation du Venezuela : http://www.legrandsoir.info/note-de-protestation-aux-gouvernements-d-espagne-de-france-d-italie-et-du-portugal.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/19/nicolas-maduro-le-pouvoir-du-peuple-quand-il-ne-sexerce-plus-finit-par-satrophier/