Les « biens communs » coloniaux et la décolonisation de la gauche

Les chercheurs universitaires Daniel Montañez et Juan Vicente Iborra (UNAM, Mexique) dénudent les contradictions d’une certaine gauche « communaliste » occidentale. Tracer trop vite une « internationale des biens communs » dissout le rapport prépondérant du colonialisme. Le « ni-nisme » sur le Venezuela, si utile à l’Empire, n’en est qu’une des conséquences politiques.

Des vendeurs informels protestent sur la Plaça Catalunya de Barcelone contre la persécution raciste qu’ils affirment subir de la part des médias et des institutions. Photo : Sandro Gordo

Le paradigme du « commun » s’est installé dans la politique contemporaine à différentes échelles depuis des décennies. D’une assemblée de quartier à une ville collectivisée, en passant par les centres culturels, les musées et même les environnements institutionnels tels que les mairies, les municipalités et les partis politiques, cette idée rassemble diverses expériences d’organisation sociale qui renouvellent de manière créative divers horizons politiques. S’inscrivant dans le cadre universitaire, la proposition rassemblerait des intellectuels et des militants de toutes sortes, auparavant encadrés dans des traditions très diverses allant du marxisme et de la social-démocratie à l’anarchisme, l’autonomie, le municipalisme ou le mouvement des squatters. En bref, il semble s’agir d’une sorte de renouveau de la gauche qui est parfaitement exprimé par le jeu de mots proposé par la philosophe Marina Garcés dans le titre d’une de ses publications : « Commun (sans isme) ».

Mais qu’entend-on par « commun » ? Un nombre infini de livres ont été écrits sur le sujet au cours des dernières décennies, et une synthèse risque de caricaturer la proposition. Mais nous allons essayer. Au fond, ils semblent faire appel au fait que dans la civilisation capitaliste, le monde a été divisé de manière dichotomique entre les sphères publique et privée, faisant disparaître tout vestige de relation communautaire. L’individu apparaît ainsi comme un sujet éclaté qui affronte dans la solitude le monde des entreprises et de l’État, qui définissent le cadre de son existence. Il s’agit alors de retrouver les liens communautaires dans toutes les dimensions de la vie, des relations entre les voisins d’une ville ou d’un quartier à celles des ouvriers d’une usine ou de toute entreprise. Cela révolutionnerait la politique et le sens même de la vie en redonnant aux individus leur rôle actif dans le monde et leur essence d’êtres sociaux, récupérant ainsi les rênes de leur existence dans la collectivité.

Dans cette grande idée, il y a fondamentalement deux positions, l’une libérale et l’autre critique. La première proposerait que le commun puisse communaliser et humaniser le capitalisme, en proposant qu’à la propriété privée et publique s’ajoute la défense d’une propriété commune de ressources et de moyens de production. Le défenseur le plus connu de cette ligne était la politologue Elinor Ostrom, qui a étudié diverses expériences de gestion communale des ressources dans le monde entier et a montré qu’il s’agissait des moyens les plus efficaces et humains de produire des biens. D’autre part, la perspective critique de la proposition verrait l’expansion du commun comme un moyen d’affronter et de transformer le capitalisme en un nouveau système civilisateur, où la gestion collective des ressources et des moyens de production viserait non seulement à gérer collectivement la production de biens de manière efficace mais aussi à mettre fin au système d’exploitation au niveau mondial. Cette ligne a été développée par de nombreux intellectuels dans l’orbite du marxisme hétérodoxe, mettant en avant des auteurs comme Silvia Federici ou Raquel Gutiérrez et des auteurs comme David Harvey, Antonio Negri, Peter Linebaugh ou Raúl Zibechi.

Cette proposition étant née en Europe se base sur une généalogie historique centrée sur les luttes contre la dépossession des biens communs au Moyen Âge européen, surtout l’enclosure des terres. Cela n’a pas empêché la proposition d’être reçue et développée à sa manière dans d’autres contextes comme l’Amérique latine, où l’accent est mis sur le fait que les modes de vie communautaires des peuples indigènes et leurs luttes contre le colonialisme sont également une part importante de cet horizon global de lutte pour le commun. En fait, une tendance importante de la théorie des biens communs consiste à décentraliser les réflexions de l’expérience européenne, en essayant de montrer comment les biens communs des différents territoires et cultures se sont articulés contre le système mondial capitaliste. Des œuvres telles que « L’hydre de la révolution : marins, esclaves et paysans dans l’histoire cachée de l’Atlantique » de Peter Linebaugh et Marcus Rediker ou « Caliban et la sorcière » de Silvia Federici montrent une sorte d' »unité » dans les luttes des différents groupes à travers le monde contre le capitalisme au cours des siècles de son expansion mondiale et de la transition entre les modes de production féodaux et capitalistes. Les pirates, les esclavisé.e.s d’origine africaine, les peuples indigènes et les paysan.ne.s d’Europe organisés à partir de leurs propres formes et institutions, au-delà des sphères de l’État public et du commerce bourgeois, sont montrés dans ces œuvres comme une « première internationale communale » hétérogène contre le capitalisme.

Nous ne nions pas que ces liens et articulations soient intéressants et séduisants, mais c’est précisément à partir de ce type d’extrapolations qu’une série de contradictions ont commencé à apparaître, qui ont conduit certains intellectuels indigènes à proposer l’existence de « biens communs coloniaux« . Comme nous le savons, la gauche n’a pas été exempte de colonialisme dans son parcours historique, étant généralement fidèle à l’idéal occidental moderne qui postule un linéarisme téléologique historique où les peuples occidentaux sont présentés comme les plus « avancés » du monde. Le concept des « biens communs coloniaux » met en lumière que la nouvelle gauche communale porte encore en elle le vieux problème de l’ancienne gauche. Nous souhaitons montrer deux façons dont les biens communs reproduisent le colonialisme :

1. L’EUROCENTRISME ET LE COLONIALISME THÉORIQUE DES BIENS COMMUNS

Le débat sur l’eurocentrisme de l’approche commune a récemment eu lieu dans le contexte latino-américain. En 2015, Raquel Gutiérrez et son cercle de recherche sur les « réseaux communautaires » à l’Université de Puebla ont convoqué le « Congrès international de la communalité » au Mexique, en essayant de mettre en dialogue diverses traditions de pensée et d’activisme qui ont pour horizon le commun. Cependant, au moment du dialogue, il est devenu évident que le terme « communalité« , inventé par les intellectuels indigènes de Oaxaca pour penser aux « modes de vie des peuples indiens« , avait peu à voir avec les biens communs dont parlaient la plupart des invités à l’événement, et plus à voir avec la trajectoire critique des biens communs inventés en Europe, comme l’a particulièrement souligné l’intellectuel zapotèque Carlos Manzo. Des auteurs tels que Raquel Gutiérrez, Raúl Zibechi, Mina Navarro et Lucía Linsalata avaient réussi à « latino-américaniser » la tradition européenne des biens communs en intégrant des études de cas de la région et en l’articulant avec les travaux théoriques d’intellectuels tels que le critique marxiste équatorien Bolívar Echeverría, mais ils avaient encore un cadre épistémologique eurocentrique ancré dans l’expérience historique européenne de la dépossession des biens communs.

Travailler avec une idée eurocentrique des biens communs efface effectivement de profondes différences. Ce n’est pas la même chose d’être dépossédé en tant que paysan européen par un processus de transformation des relations sociales de production au sein de votre propre civilisation, que d’être dépossédé en tant que paysan indigène, africain ou tout autre paysan non occidental par une civilisation qui vous est étrangère. Dans ce dernier cas, la dépossession comprend la destruction non seulement du mode de production et du mode de vie, mais aussi de la culture elle-même, qui comporte des dimensions spirituelles, religieuses et existentielles de la plus haute importance en plus des dimensions sociales et économiques. L’indistinction de la signification même du communal dans chaque contexte montre à quel point cette approche peut être problématique. Rappelons qu’en Europe, au cours de ces siècles, la politique de clôture des biens communs et la chasse aux sorcières – comme l’a excellemment raconté Federici – avaient pour but de détruire les relations communales afin d’établir la solitude de l’individu contraint de vendre sa force de travail au capital. Dans le cas des Amériques, les communautés indigènes ont souvent été re-fonctionnalisées et encouragées de manière contrôlée afin qu’en plus de payer les taxes sur les épices qui en résultent à la Couronne, elles restent des usines de main-d’œuvre bon marché pour les mines et les armées de réserve dans les guerres d’invasion du continent contre les autres peuples indigènes.

D’autre part, et ce n’est pas moins important, cette approche occulte le colonialisme historique donné au sein des expériences de « commun » en Occident. La confirmation de ce phénomène a été soulignée avec insistance par des auteurs comme Allan Green, qui fait référence à l’existence de « biens communs coloniaux » historiques, en faisant allusion dans son cas aux traditions communales des colons d’Amérique du Nord, qui ont privé les indigènes de leurs terres pour les utiliser parmi eux en commun. L’auteur confronte ainsi les visions quelque peu idéalistes d’auteurs-rices tels que Kēhaulani Kauanui, qui soutiennent que la rébellion de Nathaniel Bacon en 1675 a présenté un scénario à partir duquel on peut imaginer des croisements et des intersections entre les classes ouvrières blanche, noire et indienne. Alors que l’alliance entre la classe ouvrière blanche et l’élite coloniale renforcerait la domination raciale avec la promulgation des codes noirs de Virginie, qui peuvent être interprétés comme une genèse du suprématisme blanc qui prévaut dans les sociétés modernes, qu’elles soient communautaires ou non.

Ce « racisme communautaire » peut être relié à d’autres expériences communautaires historiques revendiquées par les communautés contemporaines. Par exemple, les expériences communautaires de la péninsule ibérique n’étaient pas exemptes de racisme à l’égard des groupes gitans, juifs et musulmans. Le caractère anti-mauresque de la révolte des Germanías à Valence et à Majorque et leurs attaques continues contre les Morerías font partie de l’implantation coloniale hispanique dans le territoire, s’accordant sur la question coloniale avec l’autoritarisme impérial auquel ils ont eux-mêmes été confrontés. En bref, il s’agissait de racistes et d’exclusifs communs, une question qui n’est pas débattue dans d’importants ouvrages récents tels que « Las vecindades vitorianas : una experiencia histórica de comunidad popular embodied in the future » (Ayllu Egin, 2014) ou « El comú català : la història dels que no surten a la història » (David Segarra, 2015), qui sont venus présenter dans le contexte péninsulaire des expériences d’auto-organisation et de travail collectif à partir desquelles on peut imaginer les processus de reproduction communautaire de nos jours. Cependant, cet exercice reste incomplet s’il n’est pas accompagné d’une réflexion sur la manière dont les enclosures et les processus d’accumulation primitive délimitaient, à travers la division raciale du travail, les formes d’organisation actuelle du travail, les privilèges de la citoyenneté par les politiques migratoires et les noyaux de concentration et d’accumulation des richesses.

En bref, l’eurocentrisme de l’approche affecterait au moins deux questions dans la vision des biens communs : d’une part la notion même de ce qui est communal, où aucune différence n’est faite entre l’économie politique du communal au sein des sociétés du « centre » et de la « périphérie », et d’autre part l’occultation du racisme au sein des expériences historiques des biens communs occidentaux.

2. L’IMPÉRIALISME ET LE COLONIALISME POLITIQUE DES « BIENS COMMUNS »

Étant donné l’eurocentrisme et le colonialisme théoriques des biens communs, il est plus facile de comprendre les dérives politiques coloniales qu’ils prennent actuellement. Nous en avons identifié au moins trois :

Tout d’abord, le problème de la cooptation. Cette question a été soulignée par des intellectuels indigènes d’Amérique du Nord, qui ont mis en garde contre l’existence de « biens communs coloniaux » qui viennent essayer d’inclure leurs luttes dans un horizon qui leur est étranger. Des auteurs comme Glen Sean Coulthard (Déné Yellowknives) ou J. Kēhaulani Kauanui (Kanaka maoli ou Hawaïen natif) pointent dans ce sens vers une cooptation des mouvements indigènes du paradigme des biens communs. Cette question est historiquement liée à la longue tradition d’intégration coloniale des sociétés communales non occidentales au sein de l’impérialisme, bien que dans ce cas elle se réfère plus directement à l’expérience de l’intégration des luttes indigènes dans les horizons de la gauche occidentale. Pendant longtemps, les mouvements indigènes ont été contraints de s’inscrire dans des catégories de classe et des luttes politiques, et se sentent aujourd’hui dans une situation similaire face aux exigences du bien commun.

Deuxièmement, le problème de la répression. Ce débat a été intense en Europe en ce qui concerne les peuples racialisés et migrants qui s’y sont établis. Par exemple, le gouvernement des « communs » dirigé par Ada Colau à Barcelone a eu d’intenses conflits avec le syndicat des vendeurs de rue de la ville, une organisation de migrants racialisés qui les accuse de promouvoir des politiques racistes contre leurs formes sociales de survie. Ces actions sont historiquement liées au racisme des gens du commun donné dans le passé dans la péninsule ibérique. On assiste ainsi à l’exclusion des biens communs et à la répression des stratégies de survie vitales des groupes de migrants entraînés sur le territoire par l’impérialisme mondial, en accord avec la logique raciste du passé et en toute harmonie avec les logiques racistes du discours citoyen.

TROISIEMEMENT, L E PROBLEME DE L’ALLIANCE AVEC L’IMPERIALISME. Cette question est clairement d’actualité face à la situation politique au Venezuela. De nombreux intellectuels de gauche du monde entier ont promu un manifeste « de et pour le peuple vénézuélien pour arrêter la guerre et l’impérialisme« , parmi lesquels se trouvaient de grandes figures de la nouvelle gauche mondiale des biens communs, tant européen-ne-s que latino-américain-ne-s. Suivant la logique « communale », ils proposent de ne s’aligner ni sur l’impérialisme dirigé par les États-Unis ni sur le gouvernement autoritaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, mais sur le peuple lui-même, qui devrait décider de sa propre voie au-delà des logiques partisanes et impérialistes, qu’il soit de gauche ou de droite. Certains ont même rencontré le chef de l’opposition Juan Guaidó, récemment autoproclamé président du pays avec le soutien des États-Unis et des puissances occidentales. Bien que la proposition d’aller au-delà des parties et de résoudre le conflit à partir des pouvoirs communs du peuple lui-même puisse sembler intéressante, cette prétendue « voie médiane » dans la crise politique actuelle ne fait que soutenir le coup d’État de l’opposition au Venezuela et l’entrée de l’impérialisme et du néocolonialisme occidental dans le pays. Cet exemple montre malheureusement comment fonctionne cette logique du bien commun colonial, où le pari sur le bien commun continue de participer à la logique du colonialisme. Cet exemple est historiquement lié aux alliances établies entre les classes ouvrières blanches organisées en commun et les élites impériales, comme nous l’avons vu dans le cas de l’Amérique du Nord.

Il semblerait que la nouvelle gauche communale maintienne un vieux problème non résolu de l’ancienne gauche : le problème du colonialisme. Le paradigme du commun contient des contributions très intéressantes à la politique contemporaine et cette remarque doit être considérée comme une critique constructive. L’analyse de cette face obscure coloniale de la théorie, de la généalogie et de la pratique politique des biens communs pourrait contribuer à la tâche importante d’une véritable décolonisation de la gauche et à la construction d’un paradigme non colonial des biens communs des deux côtés de l’Atlantique, puisque, comme nous l’avons vu : le « communal » ne chasse pas forcément le « colonial ».

D.M.
J.V.I.

Les auteurs (photographiés avec la veuve de Haywood Harry, Gwendolyn Midlo Hall, qui a théorisé avec son mari la Nation Noire comme « colonie interne ») :

Daniel Montañez Pico a étudié l’anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Grenade et a obtenu une maîtrise et un doctorat en études latino-américaines à l’Université nationale autonome du Mexique. Il enseigne à l’Universidad Nacional Autónoma de México et écrit régulièrement pour le supplément Ojarasca sur les affaires indigènes de La Jornada et pour Gara. Auteur de Marxisme noir, pensée décolonisatrice dans les Caraibes anglophones.

Juan Vicente Iborra Mallent est diplômé en sciences politiques et en administration (Université de Valence), en histoire (Université de Valence), spécialiste des conflits (Université d’Utrecht) et titulaire d’un master en études latino-américaines (Université nationale autonome du Mexique). Il a récemment effectué un séjour de recherche à l’Université de New York (NYU) et un travail ethnographique de terrain au Honduras et à New York (USA). Il a également collaboré avec diverses revues scientifiques, éditeurs, médias numériques et avec des universités interculturelles telles que l’Universidad de los Pueblos del Sur (UNISUR). En outre, il a participé à diverses conférences et activités universitaires. Sa dernière publication est Black Lives Matter à travers la série télévisée américaine (2018, North America, Revista Académica del CISAN-UNAM).

Source : https://www.elsaltodiario.com/1492/los-comunes-coloniales-y-la-descolonizacion-de-la-izquierda

Traduction : Julie Jaroszewski pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/13/les-biens-communs-coloniaux-et-la-decolonisation-de-la-gauche/

Classe 4 de l’Ecole de communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : le son paysan

Comment écouter le paysan et transmettre sa pensée politique, sans que le discours sonore écrase l’image ? Comment laisser parler la nature elle-même, et entendre le travail ? Comment le vent de l’état de Falcon, au Venezuela, peut-il devenir un axe sonore pour écrire l’histoire collective ? Le professeur et réalisateur Victor Hugo Rivera donne une classe magistrale sur la construction de la bande sonore de son documentaire « Il vente », pour les étudiant(e)s de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez ». Vous pouvez lui poser vos questions à escuelaterratv@gmail.com

Le 3 octobre 2020, à la demande de la Coordination latino-américaine des organisations rurales – Vía Campesina, notre Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » a participé comme formatrice à la Vème Ecole de Communication de la CLOC-VC . Le cours avait pour thème la « langue et l’intégration du sujet populaire dans le cinéma latino-américain » et a été donné par le réalisateur et formateur Jesús Reyes. Coordination et photos: ALBA TV

Une des réalisations de notre école populaire de cinéma qui raconte un an de l’expérience de la Commune Socialiste « Altos de Lidice » (Caracas, Venezuela) continue à faire parler d’elle ! Les photos montrent la discussion sur le documentaire vénézuélien « Temps de Lutte » de Jesus Reyes Yisus Reyes et Victor Hugo Rivera Víctor H Rivera présenté au Festival international « Cinéma et droits des travailleurs » Séoul 2020, Corée du Sud

Vous pouvez vous joindre aux 125 ami(e)s solidaires qui aident à créer cette école, l’objectif est très proche : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/classe-4-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-le-son-paysan/

Création de l’Institut Simon Bolivar : une bouffée d’oxygène pour un monde en lutte

Par Arnold August, pour COHA, Montréal, Canada

La création de l’Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples, le 6 septembre 2020, marque un nouvelle étape du combat politique. Dans des circonstances extrêmement difficiles, face non seulement aux sanctions états-uniennes et canadiennes mais aussi à la pandémie, la Révolution bolivarienne redéploie son énergie au profit de toutes celles et ceux qui croient en ses idéaux de libération à travers la planète. L’objectif de l’Institut est de coordonner la solidarité mondiale avec la Révolution bolivarienne et le peuple vénézuélien, mais aussi la solidarité de la nation sud-américaine envers les luttes pour la justice sociale et économique des peuples du monde entier. Il développera également la recherche, la formation et promouvra la discussion critique.

L’Institut répond également à la crise actuelle et urgente à laquelle la planète est confrontée. Le premier paragraphe de la déclaration de l’Institut Simón Bolívar explique : 

« La pandémie COVID-19 a montré que le modèle de société capitaliste basé sur des valeurs individualistes, dont le seul but est d’accumuler des richesses, n’est pas capable de défendre l’humanité, de garantir ses droits fondamentaux ni de sauvegarder la vie sur la planète. Face à cet échec, le modèle utilise la violence pour maintenir son hégémonie, s’approprie les ressources naturelles des peuples, s’attaque à la classe ouvrière et à ceux qui cherchent à construire un modèle alternatif« .

Les téléspectatrices(eurs) du monde entier qui ont assisté en ligne à la cérémonie à Caracas ont pu constater qu’un autre monde est possible, avec plus de 100 invités spéciaux, parmi lesquels des leaders sociaux, d’anciens présidents et des militants de nombreux pays, dont le prestigieux musicien Roger Waters :

L’un des premiers à prendre la parole a été Fernando González Llort, président de l’Institut cubain de l’amitié des peuples (ICAP). Le peuple cubain a été victime ces dernières années d’une intensification de l’embargo criminel des Etats-Unis, et González Llort a expliqué que  l’accent sur la solidarité internationale entre les peuples  et non sur le système bipartisan états-unien comme source de salut.

Parmi les autres participant(e)s figuraient Evo Morales et Rafael Correa, qui avaient beaucoup de choses à expliquer sur le récent coup d’État en Bolivie et le Lawfare qui se déchaîne en Équateur. Les deux anciens présidents sont touchés par des décisions de justice à motivation politique qui les empêchent de participer aux élections. Beaucoup d’autres voix ont résonné comme celle de la militante colombienne Laura Capote (photo), représentant la Marcha Patriótica, depuis la Colombie où se multiplient les assassinats de leaders sociaux. Dans l’une des premières déclarations publiques de l’Institut Simón Bolívar pour la paix et la solidarité entre les peuples, l’organisation a condamné dix meurtres récemment perpétrés par la police colombienne. L’Institut a également dénoncé l’assassinat de plus de 600 dirigeants sociaux et indigènes au cours des deux dernières années et celui de deux cents anciens guérilleros démobilisés et pourtant protégés par les Accord de Paix signés en 2016 par le gouvernement et les insurgés.

Un discours rafraîchissant

Au fur et à mesure que les travaux avançaient et que je réfléchissais à toutes ces paroles, à cette bouffée d’oxygène face au paradigme étouffant de la politique états-unienne dominante, une des nombreux représentant(e)s des États-Unis a pris la parole : l’universitaire Adrienne Pine (photo). Elle a souligné l’importance et la nécessité de développer le mouvement révolutionnaire contre ce concept idéologique empoisonnée de réformer un système en déclin. J’ai immédiatement commenté sur Twitter ses paroles formidables et rafraîchissantes : « le problème du fascisme n’est pas de voter pour l’un ou l’autre parti, la solution est la révolution« .

Les animateurs ont parlé la même langue, ne voyant aucune brèche transformatrice, aucun espoir d’humanisation sous l’actuel duopole états-unien qui a appliqué des sanctions sévères et illégales qui font tant de mal au peuple vénézuélien.

Nous avons également eu le privilège d’être en contact virtuel avec le président Nicolás Maduro dont le message s’adressait à tou(te)s les représentant(e)s des peuples du monde, lorsqu’il a dit : « Je demande le plein appui des mouvements de solidarité pour diffuser la vérité sur le Venezuela et ainsi conquérir la paix, la souveraineté, l’indépendance et le respect de notre peuple« .

Le Ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères, Jorge Arreaza, a souligné que cette initiative a été créée pour coordonner la solidarité avec la révolution bolivarienne, mais aussi pour renforcer la solidarité du Venezuela et des Amériques avec toutes les révolutions et les causes justes du monde. Dans un récent article publié par le COHA, Arreaza a écarté toute illusion quant au scrutin de novembre 2020 alors qu’il est clair que les démocrates attaquaient Trump depuis la droite : « Trump ferait mieux de suivre son instinct initial de parler au président Maduro. Un dialogue respectueux avec le Venezuela va vraiment dans l’intérêt des États-Unis« .

Lors de son discours inaugural, le ministre Arreaza a également déclaré que « Cet Institut appartient aux peuples du monde et nous voulons que vous en tiriez profit, que vous l’utilisiez comme votre propre institut (…) Depuis le Venezuela, nous sommes solidaires de toutes ces luttes, de Julian Assange et de sa prison plus qu’injuste, du peuple palestinien, Saharahui, de tous ceux qui sont opprimés, soumis à des guerres injustes, et à l’impérialisme ».

Beaucoup d’entre nous, de l’Ouest capitaliste ou du Sud, se sentent chez eux au Venezuela. La solidarité n’est pas à sens unique. La solidarité est plutôt un soutien mutuel à la même cause d’opposition au capitalisme, à ses ramifications racistes, à l’hégémonie unipolaire de l’impérialisme et à ses guerres génocidaires. Nous sommes tous sur un pied d’égalité pour la même cause d’un monde multipolaire, de la souveraineté des peuples, de la paix et d’un nouveau système socio-économique.

Carlos Ron est le vice-ministre des Affaires Etrangères du Venezuela pour l’Amérique du Nord (au centre, avec Margaret Flowers et son compagnon Kevin Zeese, à Washington) et le nouveau président de l’Institut Simón Bolívar. Il nous l’a dit lors de la cérémonie de lancement : 

« Mes amis, soyez conscients que vous avez ici un peuple qui connaît vos luttes, qui les reconnaît et les partage« . De fait, au Canada, comme nos sœurs et frères aux États-Unis, nous avons fait l’expérience de la profonde sincérité des propos de Carlos Ron. Rien qu’en 2020, nous avons partagé deux événements. Tout d’abord, nous avons savouré la défaite de la candidature du gouvernement Trudeau à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies (et je suis convaincu que l’une des raisons de cette victoire sur la candidature de Trudeau était la politique du gouvernement canadien au Venezuela). Deuxièmement, l’Institut canadien de politique étrangère, avec la collaboration de nombreux autres, a organisé une conférence virtuelle Zoom avec Jorge Arreaza depuis le Canada, qui a été vue par plusieurs milliers de personnes. Arreaza a fait une critique diplomatique mais aussi politique cinglante de l’ingérence de Trudeau au Venezuela par le biais de sa direction du groupe de Lima.

Le lancement de l’Institut Simón Bolívar a coïncidé avec l’anniversaire de la Lettre de Bolívar écrite en Jamaïque le 6 septembre 1885, par laquelle il voulait approfondir les perspectives et les objectifs du mouvement d’indépendance de l’Espagne. Un paragraphe de cette lettre nous permet d’apprécier la pertinence de l’héritage de Bolívar, en remplaçant simplement l’Espagne par les États-Unis : « Actuellement, le poids de l’adversité subsiste : nous sommes menacés par la peur de la mort, du déshonneur et de tout mal ; il n’y a rien que nous n’ayons subi aux mains de cette belle-mère contre-nature qu’est l’Espagne. Le voile a été déchiré. Nous avons déjà vu la lumière, et nous ne voulons pas être repoussés dans les ténèbres. Les chaînes ont été brisées, nous avons été libérés, et maintenant nos ennemis cherchent à nous asservir à nouveau. C’est pourquoi l’Amérique [du Sud] se bat désespérément, et il est rare que le désespoir n’aboutisse pas à une victoire. »

L’Institut a repris cette épée de Bolivar pour se tailler immédiatement une place dans les cyber-communications. Son compte Twitter est passé de zéro à plus de 3700 abonnés le 18 septembre, et de nombreuses mises à jour quotidiennes sont publiées depuis la création de l’Institut. De même, ses deux nouvelles chaînes YouTube (en anglais avec plus de 300 abonnés et en espagnol avec plus de 800) sont en constante évolution, tout comme ses comptes et son site web Telegram et Instagram. La cérémonie de lancement peut être vue ici en espagnol, et ici en anglais.

Hommage à l’avocat et militant Kevin Zeese

L’événement était consacré à la mémoire et à l’héritage de Kevin Zeese, connu dans le monde entier comme membre du Collectif de protection des ambassades vénézuéliennes à Washington DC. Il est décédé subitement au petit matin du 6 septembre, le jour où l’événement s’est déroulé à Caracas. À seulement 64 ans, sa mort a été un choc pour nous tous. Carlos Ron a immédiatement transformé notre chagrin en une émotion collective. Il a dédié le lancement de l’Institut à Kevin. Il ne s’agissait pas d’une dédicace officielle. Au contraire, le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza et Carlos Ron ont tous deux intégré un hommage à Kevin dans le tissu même de la fondation de l’Institut.

Je n’ai jamais rencontré Kevin. Mais j’ai suivi de près sa défense héroïque de la souveraineté vénézuélienne dans le ventre de la bête impériale, alors que la police de Washington menaçait à chaque instant de le déloger, lui et les siens, de l’ambassade du Venezuela. Cependant, bien que j’aurais pris l’avion pour Washington pour lui offrir mon soutien et écrire des articles, je n’ai pas pu entrer aux États-Unis depuis mars 2019. À cette époque, il y a un an et demi, je me rendais à Washington DC avec un message de soutien des mouvements canadiens pour cette manifestation historique dans la capitale américaine en faveur du Venezuela.

Je dédie donc, moi aussi, cet article à Kevin Zeese, à sa compagne Margaret Flowers, à sa famille et à ses camarades.

Arnold August est un auteur, journaliste, conférencier et membre de l’Institut canadien de politique étrangère basé à Montréal. Il a écrit trois livres sur Cuba, l’Amérique latine et les États-Unis. Ses articles sont publiés en anglais, en espagnol et en français en Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe et Moyen Orient. Thèmes actuels : géopolitique des relations entre Etats-Unis, Venezuela, Cuba, Bolivie et le rôle du Canada.

[Credit of all photos: Foreign Relations Ministry of Venezuela]

Source : https://www.coha.org/new-simon-bolivar-institute-for-peace-and-solidarity-among-peoples-a-refreshing-contribution-from-venezuela-to-the-world/

Traduction : Thierry Deronne

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Classe II de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez ». Analyse de « Las Mercedes, la forge d’un héritage »

Humilité, patience, écoute, souplesse, dignité… Comment réaliser un documentaire au service d’un mouvement social sans répéter le schéma classique des interviews avec questions/réponses induites ? Ce deuxième cours de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » raconte une expérience menée avec le mouvement paysan vénézuélien (dont la genèse est lisible ici). Il a été réalisé par Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera, formateurs/réalisateurs intégraux de Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous pouvez vous joindre aux 124 premiers donateurs, et l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

A bientôt.
Fraternellement.

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L’IALA, une école d’agroécologie en résistance au Venezuela

La télévision paysanne Terra TV continue de former les étudiant(e)s de l’IALA, une école latino-américaine d’agroécologie qui comme beaucoup d’autres projets résiste aux épreuves que traverse le Venezuela aujourd’hui et en particulier au blocus très lourd de l’économie par les Etats-Unis. Voici un nouvel épisode de leur chronique audiovisuelle et un résumé des tâches récemment accomplies, rédigé par Leiber Montana :

✓ La brigade permanente de 15 membres formée par les étudiants nationaux et internationaux, et les professeurs accompagnateurs, bénéficie du soutien à mi-temps des familles paysannes vivant autour de l’école.

✓ Avancement du processus pédagogique-académique avec des études de la communauté familiale et des communautés d’origine de chaque étudiant. On a initié les processus de 18 recherches en agroécologie sur les mêmes territoires.

✓ Appui agroécologique aux projets sociaux et productifs intégrés pour l’élevage, l’ensemencement et la production de bio-intrants. Tous ces éléments sont renforcés par le potentiel des unités de production.

✓ Prise en charge et protection du territoire local. Avec la volonté de ne pas abandonner les espaces d’éducation et de production, mais plutôt de les renforcer de manière durable.

✓ La territorialité agroécologique travaille main dans la main avec les communautés du Pie de Monte Andino, pour générer des processus agroécologiques à partir de l’agriculture familiale et communautaire.

✓ Ouverture et renforcement des projets : semis communautaires, semences paysannes, élevage collectif de porcs.

Dans les moments actuels de crise structurelle, où le capitalisme intensifie son contrôle hégémonique de la biosphère planétaire dans l’extraction, la contamination et la marchandisation de la nature et continue à étendre son contrôle culturel de la population, à la fragmentation des relations humaines, de la société et de la nature, la formation de l’être humain est plus que jamais un axe transversal de toute transformation révolutionnaire.

Ces moments de difficulté doivent devenir des leviers de grandes transformations et nous avons réussi à réparer des machines endommagées, un camion, une pompe…En inventant des formes d’appui qui viennent des organisations populaires et du gouvernement bolivarien, nous devons continuer à rassembler nos forces, échanger, troquer pour donner une réponse à ces difficultés et ouvrir de nouveaux projets qui renforcent la souveraineté alimentaire et les processus d’éducation populaire.

Étude, lutte et organisation, avec l’agroécologie dans la révolution

Pour la Coordination Politico-Éducative de la Coordinadora Latinoamericana de las Organizaciones del Campo (CLOC-VIA CAMPESINA), CLOC-LVC.

Leiber Montana

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Alto Apure, victoire paysanne (Terra TV)

Le documentaire s’ouvre sur le « courtois » dialogue de sourds entre les « héritiers » des terres abandonnées et les paysans qui veulent les faire produire. Les premiers sont obligés de négocier avec les seconds qui ont commencé à délimiter leurs parcelles à force de marches épuisantes dans les marais. Reflet d’un rapport de force qui, ici, dans l’Alto Apure, a basculé en faveur des paysans grâce à la révolution bolivarienne… Dans l’ensemble la lutte initiée sous l’impulsion des mouvements paysans et du volontarisme agraire du président Chavez reste difficile. Le 8 août, le président Maduro a de nouveau exigé des Forces Armées qu’elles protègent les paysans et a exigé un rapport sur les 370 paysan(ne)s assassiné(e)s par les grands propriétaires en vingt ans de lutte pour la terre.

La genèse de ce film produit par une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne, Miguel Escalona) pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias », et coproduit par la Coordination paysanne CRBZ (Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora), est narrée ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/10/22/vivre-le-venezuela-3-au-pays-du-bucheron-perdu/

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Haïti, le Venezuela et PetroCaribe au cœur de la bataille géopolitique : chronique des opportunités ratées

Par Jean Jores Pierre*

images (4)Les accords d’intégration déterminent l’influence géopolitique d’un pays. La coopération internationale s’avère un élément indispensable au développement socioéconomique et au bien-être des populations.

Le 15 mai 2006, l’État haïtien a signé l’un des plus importants accords durant toute son histoire : l’Accord énergétique PetroCaribe. Actuellement, les conjonctures nationales et régionales ont sérieusement bouleversé cet accord. Haïti fait face à une sévère crise politique et économique structurelle. La République bolivarienne du Venezuela, pays pivot du programme PetroCaribe, traverse des turbulences politiques internes et subit des sanctions économiques et financières unilatérales des États-Unis d’Amérique.

L’Accord énergétique PetroCaribe est au cœur de cette bataille, livrée par l’administration politique à Washington contre celle établie à Caracas. Cette bataille est géopolitique, mais aussi économique. Car, l’Oncle Sam a perdu, il y a environ 20 ans, son contrôle absolu sur le pétrole et autres ressources naturelles du Venezuela.

Dans ce texte intitulé « PetroCaribe au cœur de la bataille géopolitique régionale : chronique des opportunités ratées par Haïti », je propose une autre lecture de l’Accord PetroCaribe. Cette présente réflexion est élaborée dans le but d’informer les potentielles lectrices et les potentiels lecteurs sur les non-dits de l’Accord de coopération solidaire PetroCaribe, et de stopper les stratagèmes manipulateurs de tout acabit, qui répondent aux stratégies de domination impérialiste.

Par ce texte, je compte apporter quelques éléments, qui ne sont pas nécessairement connus de toutes et de tous.

Depuis 1999, la société vénézuélienne a pris une autre direction. Des changements profonds ont été réalisés dans la vie politique, sociale, économique, culturelle du géant sud-américain. Ils ont les mêmes origines : la Révolution bolivarienne. L’Accord énergétique PetroCaribe entre dans cette même lignée de changements de direction de la société vénézuélienne, un phénomène sociopolitique ignoré délibérément, ou difficile à imaginer ou à cerner par de nombreux leaders d’opinion.

Le prestige du Venezuela manifesté dans l’accord énergétique PetroCaribe

PetroCaribe est un Accord énergétique, signé par 18 pays [1], dont Haïti.

PetroCaribe constitue un élément important de la politique étrangère de la République bolivarienne du Venezuela. Cet Accord est le symbole du déploiement géopolitique du Venezuela dans la région, ayant pour centre d’intérêt les retrouvailles avec une histoire et un destin commun, et l’essor social des peuples dans les Caraïbes. L’objectif principal de PetroCaribe est de contribuer à la Sécurité énergétique, au Développement socioéconomique et à l’Intégration des pays des Caraïbes, au moyen de l’utilisation souveraine des ressources énergétiques, en se basant sur les principes d’intégration de l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique » (Alba), à savoir l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité et l’intégration, avec une vision du Sud.

L’Alba s’inscrit dans une autre perspective d’intégration, visant la construction du socialisme et la résolution des problèmes sociaux, qui affectent les peuples, à la différence des accords d’intégration dirigée par les pays impérialistes, qui visent l’intégration des marchés au profit des transnationales et des grandes puissances. De ce fait, le Venezuela met ses ressources à disposition, au profit des pays de la région, et opte pour un processus de développement harmonieux avec les nations caribéennes, défiant ainsi les termes d’échanges inégaux et la logique compétitive, qui favorisent la domination, l’exploitation et le sous-développement des pays du Sud global.

PetroCaribe représente un tournant historique important dans l’histoire contemporaine de la coopération internationale.

Les pays « développés » ont l’habitude de créer des Organisations non gouvernementales (Ong) ou organismes de développement, pour gérer les fonds destinés aux pays « en voie de développement ». A titre d’exemple, les États-Unis d’Amérique ont créé l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), qui intervient en Haïti. Les dizaines d’années de l’Usaid en Haïti impliquent des milliards de dollars américains, dépensés et soldés sur des résultats négatifs, souvent avec l’aggravation des problèmes que l’on prétend résoudre. Il semblerait que la sous-traitance des interventions étasuniennes en Haïti, par les Ong, n’engage pas l’administration politique à Washington. Cependant, PetroCaribe qui contribue au renforcement de la capacité de l’État, est traqué tribord et bâbord. En bref, les mécanismes et modes de gestion de l’Usaid n’intéressent pas trop le gouvernement des États-Unis. Les échecs à répétition de l’Usaid en Haïti devraient attirer davantage l’attention des dirigeants étasuniens.

Un fait est certain, il faut abattre, par tous les moyens, l’insolence vénézuélienne du président Hugo Chavez, qui a créé l’Accord de coopération solidaire PetroCaribe. Cette insolence vénézuélienne, qui avait isolé, d’une certaine manière, les États-Unis d’Amérique sur la scène régionale.

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Pendant plus de 10 ans, l’Oncle Sam avait de sérieuses difficultés pour imposer ses ordres, même à l’Organisation des États américains (OEA), qui est un organisme régional réputé être le cheval de Troie de l’impérialisme étasunien dans le continent américain. Qui pis est, le président Chavez avait impulsé la création de plusieurs autres organismes régionaux, sans la participation des États-Unis, comme l’Union des nations sud-américaines (Unasur), la Communauté d’États latino-américains et des Caraïbes (Celac) et l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA).

Actuellement, le Venezuela est attaqué et traqué par de puissants groupes, qui projettent une image déformée de la réalité sociopolitique du pays. Cette bataille a un allié puissant : la Presse dominante. Durant la deuxième décennie du XXIe siècle, le président Nicolas Maduro est le personnage du continent américain le plus agressé. Des qualificatifs, tels que dictateur, autoritaire, etc., ont été collés, à tort, à son image.

Le modèle de démocratie participative ou démocratie directe du Venezuela n’est pas pris en compte par les détracteurs de la Révolution bolivarienne. L’esprit et la lettre de l’Accord PetroCaribe entrent dans la même lignée du modèle de démocratie de la Révolution bolivarienne : permettre aux peuples de décider de leur destin, sans imposition aucune. Donc, discréditer l’Accord PetroCaribe apporte un grand coup de pouce à cette bataille rangée contre le peuple vénézuélien, qui a choisi de se libérer de la domination de l’impérialisme étasunien et de ses ambassades promotrices de coups d’État.

Au niveau national, le gouvernement haïtien, présidé par Jovenel Moïse, a décidé de se rallier à la politique des États-Unis contre le Venezuela, dans la bataille contre l’esprit et la lettre du programme PetroCaribe. L’actuel régime politique livre cette bataille contre le Venezuela, en faisant fi des problèmes socioéconomiques du pays. La population haïtienne fait face : à la dépréciation record de la gourde face au dollar étasunien (Ndlr : US $ 1.00 = 117.00 gourdes ; 1 euro = 136.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.10 gourdes aujourd’hui), au refus des autorités haïtiennes d’ajuster (à la baisse) les prix des combustibles, au manque d’accès à l’eau portable, au manque d’investissements et à la mauvaise gestion de la branche de l’électricité, etc. L’Accord PetroCaribe et l’argent frais qui en découle ne sont plus disponibles pour contenir cette dégringolade de l’économie haïtienne. Tout porte à croire que l’impasse diplomatique, alimentée unilatéralement [2] par le gouvernement haïtien contre le gouvernement bolivarien, va perdurer jusqu’à la fin du mandat présidentiel de Jovenel Moïse.

Heureusement, le peuple haïtien n’est pas prêt à renoncer à ces belles pages d’histoire noble entre Haïti et Venezuela. Les récentes manifestations, pour exiger que lumière soit faite autour des fonds PetroCaribe, en dit long. Les millions de manifestantes et de manifestants, qui sont descendus dans les rues du pays, ont gardé leur lucidité. Ils ont accusé directement les fonctionnaires haïtiens, qui ont dilapidé les milliards de dollars américains du fonds PetroCaribe, qui auraient dû être investis dans des programmes socio-productifs, en vue d’améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.

Pour éviter tout amalgame inutile et manipulateur

L’Accord énergétique PetroCaribe est le résultat du génie de Fidel Castro et de Hugo Chavez, deux grands hommes d’État, qui ont marqué l’histoire de l’humanité par leurs contributions, en termes de nouvelle méthode et méthodologie de coopération internationale, entre autres. Cet Accord est né à partir de la mise en place de l’Alba, qui réunit 11 pays [3] et gouvernements au sein de l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique » –Traité commercial des peuples (Alba-Tcp), et aussi des centaines d’organisations sociales et mouvements sociaux qui forment Alba-Mouvements Sociaux (mouvements sociaux vers l’Alba). La solidarité prolétarienne, la complémentarité économique, l’intégration, la coopération et l’union des peuples contre la domination impérialiste font partie intégrante de l’accouchement de cet accord énergétique.

En ce qui concerne Haïti, ce sont des organisations du mouvement social haïtien, telles que la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), le Mouvement des paysans de Papaye (Mpp) et l’organisation Tèt kole ti peyizan ayisyen, qui ont mené les premières discussions autour de la nécessité d’inclure Haïti dans cet Accord énergétique. Le président Hugo Chavez n’avait pas voulu inclure Haïti, après le coup d’Etat des Etats-Unis et la complicité de la France pour chasser le président Jean-Bertrand Aristide, en février 2004, parallèlement à une insurrection armée. Cependant, cet accord fut signé entre Haïti et le Venezuela, en mai 2006, sous la présidence de René Garcia Préval. L’accord est entré en vigueur en 2009. Haïti a utilisé le fonds PetroCaribe pour financer différents projets de développement, entre 2009 et 2018.

L’Accord PetroCaribe ne représente pas un prétexte, pour l’administration politique à Caracas, de faire de l’ingérence dans la politique interne des pays. Les conditionnalités de cet accord énergétique sont liées aux politiques de bonne gouvernance, de transparence et de démocratie.

Haïti a justifié ces paramètres, en adoptant des documents de programmes, de plans d’action et de projets élaborés par son gouvernement ; en signant des décrets en conseils des ministres pour donner un caractère légal aux décaissements des fonds ; en réalisant des séances de Gouvènman lakay ou (en Français, le gouvernement est chez toi), pour justifier la participation des communautés dans les projets ; en publiant des rapports et des articles dans la presse, qui diffusaient les poses de premières pierres ayant coûté des millions de dollars américains au peuple haïtien. Ce qui, en réalité, n’était que de la poudre aux yeux.

Un fait est certain, le Venezuela n’a jamais dicté, ni imposé des projets et les mécanismes de gestion locale aux gouvernements successifs d’Haïti. Jusqu’à preuve du contraire, la dilapidation des fonds PetroCaribe est la seule et entière responsabilité des fonctionnaires d’Haïti.

D’autre part, il est indispensable de faire la différence entre l’Accord énergétique PetroCaribe et le Fonds PetroCaribe ou Fonds Alba-Caribe. Le Venezuela est directement lié à l’Accord PetroCaribe. C’est un élément important de sa politique de coopération internationale. Par contre, le Fonds PetroCaribe est un financement, dont a bénéficié Haïti dans le cadre de l’Accord PetroCaribe. C’est-à-dire, la création du Fonds Alba-Caraïbes (Alba-Caribe) est une clause de cet accord plus global, connu sous le nom de PetroCaribe. Selon le document fondateur de l’accord, le Fonds Alba-Caraïbes a été créé, afin de financer les projets sociaux et socio-productifs. Les Fonds PetroCaribe sont des prêts, concédés à des conditions totalement différentes et impossibles à trouver sur le marché classique international.

La gestion des fonds PetroCaribe est du domaine des institutions haïtiennes. Les gouvernements haïtiens ont eu l’autonomie totale de décisions sur l’utilisation du Fonds Alba-Caribes. Les fonctionnaires et autorités d’Haïti ont choisi de dilapider le Fonds PetroCaribe, au lieu de l’investir dans l’amélioration des conditions de vie de la population du pays. Mais, l’Accord énergétique PetroCaribe, signé par 18 pays, reste et demeure une expérience réussie. Par exemple, durant la crise financière 2007-2008, le marché financier a connu des perturbations, qui ont limité la possibilité de contracter des prêts. Les pays des Caraïbes font partie des régions, qui ont le mieux résisté à cette crise globale. Grâce au programme PetroCaribe, plusieurs pays de la région ont renforcé leur économie. La République Dominicaine est un exemple significatif. La corruption de quelques autorités et cadres haïtiens ne peut pas salir l’image de ce programme de coopération régionale historique, impulsé par le commandant Hugo Chavez.

Les opportunités ratées par Haïti

Les présidents et gouvernements, qui ont signé l’Accord en 2005, ont déclaré que le programme PetroCaribe devait contribuer à la transformation des sociétés latino-américaines et caribéennes afin d’être plus justes, cultivées, participatives et solidaires. Pour cela, le programme PetroCaribe a été conçu en tant que processus intégral, qui fait la promotion de l’élimination des inégalités sociales, améliore la qualité de vie et favorise la participation des peuples, afin de prendre en main leur propre destin.

Les pays membres de l’Accord se sont entendus pour concrétiser les objectifs spécifiques suivants : stimuler la production locale, par le biais de l’échange des biens et services contre des hydrocarbures ; réaliser des économies et se tourner vers les énergies renouvelables ; augmenter les capacités de production électrique, de raffinage, de pétrochimie, de stockage et de distribution des hydrocarbures ; renforcer la sécurité et la souveraineté des nations de la région et lancer de grands projets sociaux et productifs ; réaliser des échanges de savoirs, des transferts de technologies, en créant des entreprises mixtes binationales ou transnationales ; permettre l’approvisionnement énergétique, grâce à des accords financiers pour augmenter la disponibilité des ressources au profit du développement des pays membres. Les remboursements pouvaient se réaliser en nature, comme l’ont fait la Bolivie et le Nicaragua. Cette possibilité avait été offerte au gouvernement haïtien, qui n’en a pas profité pour dynamiser la production agricole nationale.

Le fonds PetroCaribe constituait une opportunité pour investir dans la production nationale et, par conséquent, renforcer la souveraineté monétaire d’Haïti. Plus de 60% des produits alimentaires, consommés par la population, sont importés de la République Dominicaine et des États-Unis d’Amérique. Cette situation creuse davantage le déficit de la balance commerciale d’Haïti et accélère la dépréciation de la gourde face au dollar américain. Les 76,8 millions de dollars américains de fonds PetroCaribe, alloués au secteur agricole, n’ont pas servi à améliorer les gains de productivité des paysannes et paysans haïtiens. Ces montants ont disparu comme un éclair, de la même manière que les autres fonds alloués à près de 300 projets financés par le fonds Alba-Caribe.

Les décideurs publics d’Haïti ont choisi de ne pas investir dans la production nationale, comme le souhaitait l’Accord PetroCaribe. Le pays a assisté à des épisodes de contrats de plusieurs millions de dollars américains, passés de gré à gré avec des entreprises dominicaines. Les entreprises haïtiennes n’étaient pas priorisées. Les infrastructures et autres projets financés par le fonds PetroCaribe sont, en grande majorité, inachevés, alors que les décaissements ont été versés intégralement …, alors que la majeure partie des fonds a été déjà déboursée par l’État haïtien.

La dette publique d’Haïti, en 2019, [4] s’élevait à 3,689 milliards de dollars américains, dont 2,147 milliards de dette extérieure. Les deux plus grands créanciers du pays sont le Venezuela et la Banque de la république d’Haïti (Brh), avec des dettes de l’ordre de 1,8 milliard et de 960 millions de dollars américains, respectivement. Les fonds PetroCaribe et le financement de la Brh n’ont pas entraîné une amélioration des conditions de vie de la population haïtienne.

Présentement, la population fait face à une dépréciation accélérée de la gourde. Avec environ 120.00 gourdes pour 1 dollar américain, la monnaie nationale subit les conséquences de l’inconséquence des dirigeants. La politique monétaire de la Banque centrale (Brh) consiste à injecter des millions de dollars américains dans l’économie, à partir du système financier, sans pour autant créer des mécanismes de financement direct de l’économie réelle. Ces fonds, injectés dans le système financier, sont broyés, en quelques semaines, par les banques privées et les détenteurs de capitaux du pays.

Entre 2008 et 2017, cet Accord a octroyé à l’État haïtien un financement annuel d’environ 300 millions de dollars américains. L’État haïtien n’avait jamais reçu autant de liquidités. Les montants ridicules de l’aide internationale classique du Fonds monétaire international (Fmi), de la Banque mondiale (Bm) et d’autres organismes internationaux sont insignifiants, par rapport au coussin de liquidités généré par le fonds PetroCaribe.

Durant ces 10 ans, le pays a bénéficié de plus de 4,2 milliards de dollars américains de produits énergétiques. Cela a permis à l’État haïtien de maintenir un prix relativement stable des combustibles sur le marché local.

Selon Michel Patrick Boisvert, le titulaire de facto du Ministère de l’économie et des finances (Mef), l’État n’a pas perçu de taxes pour un montant équivalent à 1,7 milliard de dollars durant cette période. Ces taxes non perçues, considérées comme subventions par les autorités haïtiennes, constitueraient une importante politique de redistribution en faveur des personnes les plus démunies, car le pétrole, en tant que produit stratégique, est transversal dans toutes les activités de l’économie du pays. Augmenter le prix du pétrole implique nécessairement une hausse des prix des produits de première nécessité. Ce qui, en retour, aggraverait la qualité et les conditions de vie déjà vulnérables de la population haïtienne.

Cependant, les autorités gouvernementales ont mal négocié les subventions. Le comble de tout ça, les grands commerçants du secteur privé exigent à l’État haïtien des déboursements colossaux, à côté des marges bénéficiaires faites sur la vente des produits pétroliers. Ce mariage entre l’État haïtien et le secteur privé des affaires ne date pas d’aujourd’hui. Le programme PetroCaribe favorise seulement la stabilisation des prix des combustibles. Ainsi, la population a-t-elle aussi bénéficié de petits soulagements, parce qu’elle allait payer davantage pour acquérir les produits pétroliers.

Dans ce même ordre d’idées, il faut souligner que la consommation quotidienne de produits pétroliers en Haïti est de moins de 20 mille barils, tandis que le Venezuela produisait 1,5 million de barils par jour en 2018. Haïti ne peut constituer, en aucun cas, un marché captif pour le Venezuela. En plus, le marché pétrolier mondial n’offre pas ces conditions avantageuses au pays. Pendant des mois, le gouvernement haïtien a décidé de ne pas transférer, à l’administration politique à Caracas, les fonds qui devraient être versés à chaque livraison de cargaison de combustibles.

L’Accord PetroCaribe priorise l’utilisation des énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne amplement disponibles dans le pays. L’Accord vise aussi à atteindre l’efficience énergétique. Ces lignes d’action stipulent que l’Accord doit octroyer des crédits pour investir dans des projets d’énergies renouvelables et de transferts de technologies, afin de diminuer la consommation du pétrole. Le fonds PetroCaribe a financé la construction de 3 centrales électriques utilisant le mazout, un produit pétrolier. Les autorités haïtiennes ont donc choisi de ne pas investir dans la production électrique à base d’énergie renouvelable. Ces centrales électriques sont installées dans les communes de Carrefour (municipalité au sud de la capitale, Port-au-Prince), Gonaïves (département de l’Artibonite) et Cap-Haïtien (Nord).

La construction de trois (3) centrales électriques a été réalisée par une firme tripartite : Venezuela, Haïti et Cuba. La capacité de production de ces centrales électriques est de 61.2 mégawatts [5] Mais, cette augmentation de la capacité de production énergétique est largement insuffisante par rapport aux besoins du pays. L’appel d’offres de la production et la maintenance furent gagnés par une entreprise sud-coréenne. La distribution de la production a été organisée par l’Électricité d’Haïti (Ed’H) et des entreprises privées haïtiennes, qui travaillent dans la branche de l’électricité.

Le mazout a été fourni par le Venezuela à des prix préférentiels. L’entreprise sud-coréenne a dû laisser le pays, parce que la partie haïtienne n’avait pas respecté les conditions du contrat. Actuellement, le gouvernement haïtien, présidé par Jovenel Moïse, a récupéré la majeure partie des installations électriques du pays. Par contre, le problème reste entier, malgré ses promesses d’électrification 24/24 en 24 mois (36 mois sont déjà passés). Les trois (3) centrales électriques, financées par le fonds Alba-Caribe, restent et demeurent le patrimoine des populations carrefouroises, gonaïviennes et capoises.

La signature de l’Accord PetroCaribe, entre Haïti et le Venezuela, ne visait pas seulement les opportunités de faire des affaires dans la branche pétrolière. Le président Hugo Chavez l’avait inscrit dans la perspective de remboursement de la dette historique, que l’humanité toute entière doit à Haïti, spécialement le Venezuela. D’où la logique, la vision et le leitmotiv, qui animaient le commandant Chavez dans le cadre de la signature de cet Accord.

Le président Jovenel Moïse, qui conduit la diplomatie haïtienne, n’a pas établi de relations diplomatiques cordiales avec la République bolivarienne du Venezuela. Depuis janvier 2019, le gouvernement haïtien se range ouvertement du côté des États-Unis et des pays satellites de l’impérialisme étasunien, qui fomentent un coup d’État contre le président vénézuélien Nicolas Maduro Moros.

Il est évident que Jovenel Moïse partage le dicton : les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Le choix de Jovenel Moïse ne correspond pas aux intérêts du pays, mais à la soumission totale aux diktats de l’impérialisme. La participation de Jovenel Moïse au mini-sommet à Mar-à-Lago, en Floride, au mois de mars 2019, n’a apporté aucun bénéfice au peuple haïtien. Le directeur exécutif de la Papda, Camille Chalmers, a résumé [6] la participation du gouvernement haïtien à ce mini-sommet, en tant qu’une diplomatie sans vision, qui satisfait la proximité idéologique d’extrême droite entre l’équipe du pouvoir en place et le président Donald Trump. Les promesses de coopération énergétique de Trump, lors de cette rencontre, ne sont pas tenues jusqu’à présent.

La sécurité énergétique du pays est au rouge. Jovenel Moïse s’est adressé à la nation, le lundi 22 juin 2020, afin d’expliquer la gravité du problème énergétique.

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Entre-temps, le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé la relance de l’Accord PetroCaribe, en incluant de nouvelles mesures, qui parlent d’elles-mêmes en tant que réponse désintéressée à des besoins sociaux accrus, en ce temps de pandémie du nouveau coronavirus : politiques de santé, banque d’aliments et création d’un Fonds humanitaire international [7].

Les dirigeants d’Haïti ne sont pas prêts à participer à une relance de l’Accord, pour deux (2) raisons principales : premièrement, la justice haïtienne ne s’est pas encore prononcée sur la dilapidation des fonds PetroCaribe et, deuxièmement, le gouvernement haïtien ne cultive pas de relations diplomatiques cordiales avec l’administration politique à Caracas. La corruption, la faiblesse de la justice et la diplomatie sans vision de ce régime engloutiront pas mal d’opportunités en faveur de la population haïtienne.

*Jean Jores PIERRE. Économiste. Master en Économie Sociale et Solidaire. Il collabore, depuis 2009, avec la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda). En collaboration avec la Papda, il participe dans le processus de formation de cadres des organisations du mouvement social haïtien, organisé par la plateforme paysanne 4G (Mouvman peyizan Papay / Mpp, Mouvman peyizan nasyonal kongrè Papay / Mpnkp, Tèt Kole ti peyizan ayisyen / Tk et Coordination régionale des organisations du Sud-Est / Crose).

Contact : pjores@gmail.com

 

[1Les pays membres du PetroCaribe sont : Antigua y Barbuda, Bahamas, Belize, Cuba, Dominique, El Salvador, Grenade, Guyane, Haïti, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, République Dominicaine, Saint Kits et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent et Les Grenadines, Surinam et Venezuela. http://mppre.gob.ve/2019/07/09/petrocaribe-14-anos-de-contribucion-al-desarrollo-de-los-pueblos/ consulté le 29 juin 2020.

[2Jusqu’à présent, le gouvernement bolivarien, présidé par Nicolas Maduro, n’a jamais réalisé des attaques directes contre le gouvernement haïtien.

[5https://www.edh.ht/centrales-thermiques.php consulté le 28 juin 2020.

Goliath n’est pas invincible, par Vijay Prashad (Institut Tricontinental de Recherche Sociale)

Mariela Machado. Photo : Vijay Prashad

Cher(e)s amis et amies,

Recevez notre salut depuis les bureaux de l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale.

L’an dernier je me promenai avec Mariela Machado à travers son complexe de logements baptisé Kaikachi, dans le quartier de La Vega (Caracas, Venezuela). Après la victoire d’Hugo Chavez aux présidentielles de 1999, un groupe de travailleur(se)s urbain(e)s vit un terrain vide et l’occupa. Mariela et d’autres se réunirent avec le gouvernement et lui dirent : “Nous construirons cette cité, nous pouvons construire nos propres maisons. Tout ce que nous voulons, ce sont les machines et le matériel”. Le gouvernement les appuya. Ce fut ainsi qu’ils construisirent ce complexe enchanteur de plusieurs étages habité quatre-vingt-douze familles.

De l’autre côté du chemin il y a des immeubles de classe moyenne. Parfois, me raconte Mariela, les gens de cet édifice lancent des ordures sur Kaikachi : “Ils veulent nous déloger”. Si le gouvernement bolivarien tombe, explique-t-elle, un gouvernement de l’oligarchie prendrait le parti de ces résidents, et expulserait nos familles – principalement afro-vénézuéliennes – qui ont édifié le projet de logements, pour le remettre à un loueur privé. Telle est la nature de la lutte, dit-elle, une lutte de classes pour défendre les précieuses conquêtes des pauvres contre l’oligarchie.

Photos: Marcelo Volpe

Où que l’on aille parmi la classe des travailleur(se)s et des pauvres des zones urbaines du Venezuela, on trouve une identité effusive : chaviste. Ce mot rassemble des femmes et des hommes loyaux à Chavez, en effet, mais aussi à la Révolution Bolivarienne qu’inaugura son élection. Les révolutions sont difficiles, elles doivent briser des centaines d’années d’inégalité, subvertir les autoroutes culturelles et construire les bases d’une société nouvelle. Lénine écrivit que les révolutions sont “une longue, difficile, têtue lutte de classes qui après le renversement de la domination capitaliste, après la destruction de l’état bourgeois … ne disparaît pas… Elle ne fait que changer dans ses formes et dans beaucoup d’aspects devient plus féroce”. Les dos courbés doivent se redresser pour atteindre des aspirations qui vont au-delà des nécessités de base. Tel était le programme que Chávez a mis sur la table. Au départ, les revenus du pétrole ont fourni les ressources d’un tel rêve – tant à l’intérieur du Venezuela que dans le Sud global-, mais par la suite les prix du pétrole se sont effondrés en 2015, ce qui a eu un impact sur la capacité de l’Etat vénézuélien à approfondir le changement révolutionnaire. Mais le processus bolivarien ne s’est pas affaibli.

Depuis 1999, les principales entreprises minières et pétrolières ont tenté de délégitimer à tout prix le processus révolutionnaire du Venezuela. Elles ne l’ont pas fait seulement pour s’emparer des ressources de ce territoire mais aussi pour s’assurer que l’exemple vénézuélien du socialisme des ressources n’inspire d’autre pays. En 2007, par exempleo, Peter Munk, le directeur de la compagnie canadienne Barrick Gold, écrivit une lettre au Financial Times intitulée : “Arrêtons la démagogie de Chávez avant qu’il ne soit trop tard”. Munk compara Chávez à Hitler et à Pol Pot, disant qu’on ne devrait pas permettre d’agir à ces “démagogues autocratiques”. Ce qui dérangeait Munk – et les hauts cadres d’entreprises minières comme la sienne – était que Chávez menait une “transformation du Venezuela pas à pas”. De quelle nature était cette transformation progressive ? Chávez et la Révolution Bolivarienne prenaient les ressources d’entreprises comme Barrick Gold et les redirigeaient au bénéfice non seulement du peuple vénézuélien mais aussi des peuples d’Amérique Latine et d’autres régions. Ce socialisme des ressources devait être détruit.

En 2002, les Etats-Unis – avec des fonds de la Fondation Nationale pour la Démocratie (NED) et de l’USAID – tentèrent de mener un coup d’Etat contre Chávez. Celui-ci échoua complètement mais les tentatives ne cessèrent pas. En 2004, l’ambassadeur états-unien, William Brownfield, conçut un plan en cinq points : “le centre de la stratégie est 1) fortifier les institutions démocratiques (c’est-à-dire de l’oligarchie; 2) pénétrer (c’est-à-dire désorienter et soudoyer) les bases politiques de Chávez; 3) diviser le chavisme; 4) protéger les intérêts états-uniens vitaux, et 5) isoler Chávez internationalement”.

Telles sont les composantes de la guerre hybride contre le Venezuela, une guerre dont les tactiques vont des “sanctions” à l’étranglement de l’économie, de la campagne de désinformation à l’isolement du processus révolutionnaire. Le gouvernement états-unien et ses alliés (dont le Canada et plusieurs gouvernements d’Amérique latine) ont fait tout leur possible pour renverser non seulement le président Chávez et le président Nicolás Maduro, mais aussi pour éliminer toute la révolution bolivarienne. Si les États-Unis et leurs alliés devaient gagner cette guerre, il ne fait aucun doute qu’ils élimineraient le complexe de logements de Kaikachi où Mariela Machado travaille en tant que dirigeante locale.

Lorsque j’ai rencontré Mariela en 2019, les États-Unis tentaient d’installer Juan Guaidó – un politicien jusqu’alors insignifiant dans la politique vénézuélienne – comme président. Ce sont des gens comme Mariela qui sont descendus dans la rue quotidiennement pour résister aux tentatives de coup d’Etat et à la guerre hybride conçue depuis Washington par les sociétés transnationales et l’ancienne oligarchie vénézuélienne. Les chavistes comme Mariela ont très bien compris les propos de Chávez en 2005 : « Goliath n’est pas invincible. Cela le rend plus dangereux, car lorsque l’impérialisme commence à sentir ses faiblesses, il commence à recourir à la force brutale. L’agression contre le Venezuela qui utilise la force brute est un signe de faiblesse, de faiblesse idéologique« . Ce que Chávez a dit à l’époque ressemble à ce que Frantz Fanon écrivait dans Un colonialisme mourant (1959) : « Ce dont nous sommes réellement témoins, c’est de la lente mais sûre agonie de la mentalité du colonisateur » et de la « mutation radicale » que le processus révolutionnaire produit dans la classe ouvrière. Le chavisme est le nom de l’énergie révolutionnaire, de la mutation radicale de la personnalité des vénézuélien(ne)s qui ne sont plus prêt(e)s à s’incliner devant l’oligarchie ou Washington, mais qui, tout en maintenant leur dignité dans la lutte, n’acceptent plus une vie de soumission.

Quartier de Petare (état de Miranda)

En pleine pandémie mondiale, un monde sensible se serait réuni pour condamner l’étranglement de nations comme le Venezuela et l’Iran, confrontées à une guerre hybride de Washington qui a restreint leur capacité à combattre le virus. Cependant, au lieu de mettre fin à sa guerre hybride ou même de la suspendre, le gouvernement états-unien – avec ses alliés du Canada, d’Europe et d’Amérique latine – a intensifié son attaque contre le Venezuela. Ces attaques vont de l’interdiction pour le Venezuela d’utiliser le fonds COVID-19 du Fonds monétaire international (FMI), à l’accusation portée contre les principaux dirigeants vénézuéliens de “trafic de drogue” – sans preuves – en vue d’envahir le pays.

L’Institut Tricontinental de Recherche Sociale a travaillé avec Ana Maldonado du Front Francisco de Miranda (Venezuela), Paola Estrada de l’Assemblée Populaire Internationale et Zoe PC de Peoples Dispatch, pour produire la deuxième étude sur le Coronashock : Coronashock and the hybrid war against Venezuela (juin 2020). Le texte traite de la guerre hybride contre le Venezuela en 2020 et montre comment – malgré les appels de l’ONU – les États-Unis ont persisté et même multiplié leurs “sanctions” – mesures coercitives unilatérales – et leurs attaques militaires. Nous vous invitons à lire cette étude, à en discuter avec vos amis et collègues et à la diffuser largement.

Des mots comme « démocratie » et « droits humains » ont été vidés de leur sens par la guerre hybride. Les États-Unis accusent le Venezuela de « violations des droits humains » tout en appliquant des politiques de “sanctions” qui équivalent à des crimes contre l’Humanité; les États-Unis sortent de nulle part un individu qu’ils nomment président du Venezuela au nom de la « démocratie », sans se soucier des processus démocratiques au sein du pays.

Quelques années avant que Chávez ne remporte les élections, la poètesse vénézuélienne Miyó Vestrini écrivit sur cette manipulation du langage :

Je me demande si les droits de l’homme

sont une idéologie.

Fernando, le seul barman alcoolique non retraité

parle en rimes :

la nuit est sombre

et je n’ai pas mon coeur.

A mon sens, il est l’un des derniers à penser

que les droits humains sont une morale.

Comando Creativo. L’Histoire nous regarde, Bellas Artes, Caracas, 2011.

Il est clair que Washington use des « droits humains » comme instrument de guerre.

Pendant ce temps, cinq pétroliers iraniens ont brisé le blocus états-unien du commerce vénézuélien pour faire entrer de l’essence dans le pays. Le premier navire, le Fortune, est entré le 24 mai et le cinquième, le Carnation, est arrivé à bon port le 1er juin. L’année dernière, un navire iranien, le Grace 1, avait été détourné à Gibraltar, mais cette fois les Etats-Unis n’ont pas pu provoquer d’incident. Le fait que la Chine et la Russie apportent eux aussi des ressources pour aider le Venezuela à faire face au COVID-19, et le fait que ces deux nations ont clairement indiqué qu’elles ne permettraient pas de “regime change” à Caracas, sont des éléments positifs. Cependant, cette protection n’est pas suffisante ; à notre époque, il semble que rien ne peut empêcher Washington de mener une guerre.

Les rues des États-Unis s’embrasent de nouveau à cause de l’assassinat de George Floyd, un Afro-Américain désarmé, par un policier blanc et ses complices à Minneapolis. Malcolm X a dit un jour : « Ce n’est pas moi qui ai de la rancune. C’est toi qui as ton pied sur mon cou. » Une semaine avant la mort de George Floyd, João Pedro Mattos Pinto, 14 ans, a été assassiné par la police à Rio de Janeiro, au Brésil, alors qu’il jouait dans son jardin. Quelques jours après son assassinat, les forces d’occupation israéliennes ont assassiné Iyad el-Hallak, 32 ans, qui travaillait et fréquentait une école pour enfants handicapés dans l’ancienne Jérusalem. Le pied sur la nuque de George Floyd, João Pedro Mattos Pinto et Iyad el-Hallak est le même pied qui veut étrangler le peuple vénézuélien.

Chaleureusement, Vijay

L’auteur : Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est rédacteur et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017). Il écrit régulièrement pour Frontline, the Hindu, Newsclick, AlterNet et BirGün.

Source : https://www.thetricontinental.org/es/newsletterissue/23-2020-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5uk

Les entretiens des Nouvelles Libres – L’école de communication internationale des mouvements sociaux à Caracas

Thierry Deronne, créateur du blog Venezuela infos, a accepté de nous parler du projet qui est en train de voir le jour à Caracas : celui d’une école de communication internationale des mouvements sociaux. Entretien.

  1. Bonjour Thierry. Vous habitez au Venezuela depuis 1994. Comment d’abord avez vous pris la décision d’aller vivre là-bas ?

 « Dans les années 80, parmi d’innombrables “internationalistes”, j’ai vécu deux ans au Nicaragua pour apporter mon modeste concours de vidéaste à l’immense effort de transformation mené par le gouvernement sandiniste (1). J’y ai rencontré Mariana Yonüsg Blanco, une militante vénézuélienne féministe dont l’appartement était devenu une sorte de “siège de l’ONU ». Jésuites madrilènes, théologienne de gauche allemande, infirmières basques, professeur de musique mexicain, médecins cubains, femmes bâtisseuses de Condega, nous débattions passionnément, de longues nuits durant, de comment nous allions construire la planète socialiste. Après la défaite électorale des sandinistes en 1990, nombre de ces “architectes” ont dû renoncer à leur « folie » et sont rentrés dans leur pays. Mariana est retournée au Venezuela avec ses enfants. Elle m’a invité à la rejoindre à Maracay pour poursuivre le travail d’éducation populaire. C’est elle qui m’a fait connaitre le MBR-200, le mouvement bolivarien – encore à demi clandestin – conçu par Hugo Chavez à sa sortie de prison. Après la victoire électorale du Comandante en 1998 s’est déployée au Venezuela la même énergie collective qu’au Nicaragua. Grâce à quoi j’ai pu fonder une école populaire et latino-américaine audiovisuelle et deux télévisions populaires. A partir de 2004 j’ai participé à la direction et à la formation du personnel de la télévision publique participative Vive TV créée à la demande du président Chavez par la militante de la communication populaire Blanca Eekhout. »

  1. Sur votre site vous présentez un aspect du Venezuela qu’en France et en Europe nous ne connaissons pas ou peu. Pourquoi ce choix ?

 « Les médias qui fabriquent le consentement mondial ont pour tactique de personnaliser les processus (Venezuela = Maduro, etc.). Invisibiliser le peuple, son rôle moteur dans la démocratie participative, vise à empêcher l’identification citoyenne pour mieux construire des opinions publiques favorables aux “frappes sélectives” contre un “dictateur solitaire”. Depuis vingt ans, les journalistes français, logés dans les secteurs chics de Caracas, ont occulté les 80 % de quartiers populaires où vit la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif l’extrême droite insurgée des Guaido et autres, et en « répression » les affrontements générés pour les médias internationaux. On pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américainsRodriguez ZapateroLula ou Rafael Correa, parmi tant d’observateurs internationaux, ont attesté la transparence, la légitimité, le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est l’inclusion des exclu(e)s et l’avènement d’une démocratie participative qui caractérisent le mieux le Venezuela bolivarien. Montrer ce que les gens font de leur destin, apprendre à comprendre, à respecter et à aimer ce sujet plein d’histoire, qui construit des communes et d’autres formes de pouvoir citoyen, et qui n’est pas seulement une “victime de l’impérialisme pétrolier”, est donc stratégique. C’est l’angle que je privilégie dans mon Blog Venezuela Infos. »

« Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? »

 

  1. Un projet, l’école de communication internationale des mouvements sociaux est en train de voir le jour. Pouvez-nous le présenter ?

 « Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Préparer le monde nouveau pourrait-il se faire sans créer de nouveaux médias qui permettent « au peuple de discuter avec le peuple » ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant d’abord et partout à une forme nouvelle, plus participative, moins narcissique, et moins éphémère, d’informer. Et comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« … »

  1. D’où est venue cette idée et par qui est-elle portée ?

 « Depuis vingt ans, avec Pablo Kunich d’Alba TV et tant d’autres, nous avons participé à des rencontres de mouvements sociaux latino-américains qui concluaient à ce besoin pressant d’un vaste système de communication populaire. C’est paradoxal : alors que nous assumons que tout travail politique, toute compréhension de l’Histoire suppose de mettre les cartes sur la table, d’ouvrir et de traiter les contradictions à partir du cerveau collectif, au moment de « communiquer » nous revenons à la forme pauvre – commerciale, lisse, verticale – de vendre un message à un consommateur individuel. On recycle les schèmes de la communication du libre marché, des techniques émanant d’un monde que nous rejetons. Or s’il est un acquis de la pensée révolutionnaire en matière de communication, c’est celui qu’Althusser résumait: “Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie”. Un média (ou une usine, un État, une université, une commune, etc.) n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est mais parce que son mode de production l’est (à savoir comment il émane de la population, comment il organise le travail, la formation interne, la programmation, etc.).

Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier. »

  1. Quel est le rôle des mouvements sociaux, et notamment du Mouvement des Sans Terre dans ce projet ?

 « Les Sans Terre du Brésil appuient depuis le début, puissamment, notre école, et de beaucoup de manières, ils font d’ailleurs partie de son équipe pédagogique à Caracas. En tant qu’enseignant(e)s nous avons été très influencé(e)s par l’extraordinaire Université populaire des Sans Terre construite par eux-mêmes, sur la base du volontariat, au sud de Sao Paulo pour les mouvements sociaux du monde entier.

L’école Florestan Fernandes est un projet intégral. Après les matins d’étude de la philosophie, de l’économie politique, de l’agroécologie ou de la théorie de l’organisation, les étudiant(e)s de tous les continents partagent la tâche de produire leur alimentation en cultivant sur le terrain de l’école, et ils s’organisent pour faire la cuisine, entretenir l’école et créer toutes sortes d’activités culturelles parallèles aux cours. Aucune activité n’y est étrangère à la vision transformatrice. Dans notre école de communication aussi, chaque mouvement social apportera sa propre expérience. »

  1. Quelles en seront les modalités ? Qui pourra s’inscrire ? Quels seront les cursus et les matières ?

 « L’école est destinée aux mouvements sociaux – qu’il s’agisse de travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, elle organisera chaque année 30 ateliers intégraux, quatre ateliers de formation de formateurs, quatre séminaires, quatre laboratoires de création et deux stages internationaux. Elle apportera des réponses concrètes aux besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’école sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. »

  1. Depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez au Venezuela, les attaques économiques, mais aussi médiatiques, contre le pays se multiplient. Plus généralement elles touchent tous les pays Latinos-américains dirigés par la gauche mais aussi tous les pays du monde qui refusent d’être les valets de l’impérialisme. Cette école est-elle un moyen de rétablir quelques vérités ?

 « Une des conséquences de la vitesse émotionnelle, de l’instantané satellitaire, de l’absence de contexte, etc. qui caractérisent le champ médiatique actuel, est « l’obligation de moyenne ». D’un côté mille médias martèlent la Weltanschauung états-unienne (Maduro-est-un-dictateur-qui-affame-son-peuple), de l’autre le terrain du Venezuela reste trop lointain, difficile d’accès. La plupart des citoyens, intellectuels ou militants sont donc réduits à « faire une moyenne » forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et le réel. Ce qui donne, dans le meilleur des cas : « Il y a des problèmes de droits de l’homme, de famine, de pauvreté, je condamne la violence d’où quelle vienne, etc. »

Comment, dès lors, nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, ou Via Campesina, ou le Forum de Sao Paulo qui regroupe 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux d’Amérique Latine, ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains décrivent la déstabilisation économique, les violences, mais aussi les réponses populaires et gouvernementales à cette guerre impériale, on dispose d’un large éventail alternatif de sources et d’expertises provenant d’organisations démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité que la « moyenne » d’un science-po occidental, obligé de préserver sa carrière médiatique et universitaire. Dans notre école, le temps d’enquête, l’acquisition d’une culture historique, la possibilité de travailler sur place avec un secteur aussi ancré dans le réel que les mouvements sociaux, vont permettre en effet de générer toute sortes de contenus, documentaires, reportages multimédias, au-delà de toute propagande. »

« L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. »

 

  1. A long terme l’école pourra-t-elle être reproduite dans d’autres pays afin d’aider à l’émergence de nouveaux médias ?

 « Telle est en effet notre stratégie : contribuer à mettre en place une politique de rupture médiatique partout dans le monde. Il est temps de sortir de l’éternelle “critique des médias” pour récupérer notre temps, notre agenda. Seule la souveraineté populaire, communicationnelle, la polyphonie des témoignages contradictoires, endogènes, permettent à une nation de croître mais aussi de dialoguer avec les autres. L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. C’est pour esquiver les menaces, survivre, croître et trouver des alliés qu’il a besoin d’une information plurielle et différenciée – alors que la commerciale est de plus en plus homogène, superficielle, socialement inutile. C’est pourquoi l’avenir du métier d’informer est dans la démocratie participative. Pour le dire avec Sartre “le rôle du journaliste est de permettre que le peuple discute avec le peuple”. Contrairement aux médias commerciaux, la communication populaire ne résout pas la réalité sur l’écran ou sur la scène mais reste une « oeuvre ouverte » pour que le peuple participe à la construction du sens et se mette en mouvement. C’est aussi pourquoi elle est toujours originale dans sa forme. Elle repart toujours de quelque chose de nouveau parce que la réalité bouge à chaque instant, génère une forme nouvelle, non-formatée, à tout moment. Elle fait aussi ce que ne font jamais les médias dominants : un suivi d’une information pour transmettre les leçons qui nourriront la construction d’autres organisations.

Comment ne pas voir que lorsque le mode de produire l’information sera totalement nié par le grand monopole privé, notre grande “cellule” – appelons-la république, nation ou peuple – aura toujours besoin de “s’alimenter” ? Dès lors qu’attendons-nous ? Pourquoi ne pas anticiper les événements ? Combien de coups d’Etat médiatiques de plus attendrons-nous pour rédiger une loi mondiale, de démocratisation de la propriété des médias, refonder un service public participatif qui ne soit pas la copie du privé, remettre le reste des ondes, concessions, fréquences et ressources aux organisations populaires, repenser un usage du numérique organisateur et non narcissique, tribal ou éphèmère, et mettre en activité les écoles de la nouvelle communication sociale ? L’école “Hugo Chavez” est une école parmi d’autres. Chaque peuple va construire la sienne pour générer des médias socialement utiles qui posent les questions utiles aux citoyen(ne)s. »

Pour aider cette école à naître, tout don, même petit, sera très utile : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

(1) : Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Créer l’école internationale des mouvements sociaux « Hugo Chavez » : pour rester maîtres de notre futur

Cher(e) Ami(e), l’école internationale de communication des mouvements sociaux « Hugo Chavez » est un projet merveilleux que nous demandent de réaliser depuis vingt ans de nombreux mouvements du monde entier qui n’acceptent plus l’écrasement des luttes sociales par le champ médiatique. Comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« .

C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien. Nous espérons aussi, avec votre aide, toucher un peu plus de gens tous les jours. Voici la présentation détaillée du projet ainsi que les modalités pour qui souhaiterait faire un don et faire de cette idée folle une réalité forte d’engagement et de solidarité: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

Un abrazo fraternel depuis Caracas!

 

L’école de communication continentale Hugo Chavez : rester maîtres de notre futur

[Versión en español al final – English version below]

 

Si les grands médias effacent l’Histoire des peuples et opposent les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant partout à une forme nouvelle, participative, d’informer. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier.

Pour former qui ?

Toutes celles et ceux qui cherchent des réponses concrètes à leurs besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia : travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, l’école organisera chaque année 30 ateliers intégraux, 4 Ateliers de formation de formateurs, 4 Séminaires, 4 Laboratoires de Création et 2 Stages Internationaux. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne à la disposition des mouvements sociaux, afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’École sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. L’objectif économique vise à financer tous ces ateliers : hébergement, nourriture, transport, équipe d’instructeurs(trices). Nous fournissons, en plus de notre expérience, le matériel d’études, l’équipement technique nécessaire aux ateliers, l’infrastructure où la formation aura lieu et nos équipes de formatrices et formateurs qui garantiront la réalisation des ateliers. C’est pourquoi nous vous invitons à participer à cet effort collectif.

Qui porte le projet ?

Quatre associations à but non-lucratif ont décidé d’unir leur expérience en formation intégrale pour créer cette école: l’ EPLACITEALBA TV , TERRA TV et la BALEINE NOIRE. Ses enseignant(e)s se sont formé(e)s depuis quinze ans aux côtés de professeurs chevronnés comme Augusto Boal (Théâtre de l’Opprimé, Brésil), Jorge Sanjines (Cinéaste, Bolivie), Thierry Odeyn (professeur de documentaire, INSAS, Bruxelles), Claude Bailblé (professeur de son, FEMIS, France) et toute sorte d’enseignant(e)s d’Histoire, de littérature, de formation sociopolitique comme celles et ceux de l’École des Sans Terre au Brésil.

L’EPLACITE

Depuis 1995 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision a formé des milliers de personnes comme le salvadorien Sergio Sibrián dont la première oeuvre Le Tigre et le Cerfa reçu le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen (Floride) et du Meilleur Documentaire Indigène au Festival Voces Urgentes (Mexique). « Mémoire des Luttes » raconte l’histoire de l’EPLACITE.

ALBA TV

Depuis 13 ans, la chaîne de télévision Alba TV travaille main dans la main avec des mouvements sociaux et avec d’autres télévisions communautaires ou médias alternatifs en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans le monde entier. C’est un média basé sur la participation directe des peuples, et ses lignes de travail sont la production, la formation et l’articulation d’un point de vue décolonial, anti-impérialiste et anti-patriarcal.

TERRA TV

Diffusé via le satellite et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des projections de terrain, Terra TV transmet les luttes et les propositions des paysan(ne)s. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV les accompagne dans la création de formes innovantes, non formatées. Des participants tels le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil ont réalisé « La terre est à tous » visible dans ce reportage de Reporterre.

LA BALEINE NOIRE

La BALEINE NOIRE a créé des documentaires comme Qui-es tu octobre ? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival International de documentaires de Buenos Aires, Visions du Réel, etc..) ou d’oeuvres théâtrales telles que le Choeur d’Ali Aarrass dont les 30 femmes racontent la lutte pour la libération du détenu belgo-marocain Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE place la rencontre au centre du processus créatif, et tend à effacer la frontière entre acteur et spectateur à travers l’émancipation d’un regard critique.
Pour savoir comment participer aux cours de l’école, proposer des thèmes ou des collaborations, écrivez-nous : escuelaenred.comunicacion@gmail.com
 
[Versión en español]

La Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez: para seguir siendo dueños de nuestro futuro

Si los grandes medios de comunicación borran la historia de los pueblos y dividen a lxs ciudadanxs para desmovilizar sus luchas, ¿bastará con democratizar su propiedad? La recuperación de todos estos espacios sólo tendrá sentido si nos formamos en todas partes en una nueva forma participativa de informar. Ubicada en Caracas, en la encrucijada de las Américas y el Caribe, la Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez es un viejo sueño de los movimientos sociales. Su fuerza radica en los 25 años de experiencia de sus fundadore(a)s y en su infraestructura concreta de capacitación, producción y transmisión televisiva. Será un paso importante en el retorno del campo mediático a manos de los ciudadanos y extenderá sus brazos a otros continentes, en particular a África.

¿Para formar a quién?

A todxs aquellxs que buscan respuestas concretas a sus necesidades de formarse en escritura audiovisual, fotográfica, teatral, radiofónica, televisiva (incluso en vivo) y multimedia: trabajadorxs y creadorxs de todo tipo, sindicatos, movimientos de mujeres y jóvenes, organizaciones campesinas, de maestrxs, estudiantiles, colectivos de medios alternativos o comunitarios, etc… A partir de 2020, la escuela organizará 30 talleres integrales, 4 talleres de formación de formadores, 4 diplomados, 4 seminarios, 4 laboratorios de creación y 2 prácticas internacionales cada año. Pondrá a disposición de los movimientos sociales sus módulos de formación y clases magistrales en linea, para facilitar el acceso de todos y todas. Los movimientos también podrán enviar sus guiones o producciones para que sean analizados por nuestros formadore(a)s. La escuela será un espacio de articulación de los movimientos sociales de todo el mundo y de encuentro con las organizaciones populares locales. El objetivo económico apunta a cubrir la realización de todos estos talleres: alojamiento, comida, transporte, equipo de instructores. Aportamos, además de nuestra experiencia, los materiales de estudio, los equipos técnicos necesarios para las prácticas, la infraestructura donde se realizarán la formación y nuestros colectivos de compañeras y compañeros que garantizarán la realización de los talleres. Por eso te invitamos a ser parte de este esfuerzo colectivo.

¿Quién lleva el proyecto?

Cuatro asociaciones sin ánimo de lucro han decidido unir sus experiencias en formación integral para crear esta escuela: la EPLACITEALBA TVTERRA TV y la BALLENA NEGRA. Sus educadore(a)s se formaron durante quince años junto a maestros experimentados como Augusto Boal (Teatro de los Oprimidos, Brasil), Jorge Sanjinés (Cineasta, Bolivia), Thierry Odeyn (Profesor de Documentales, INSAS, Bruselas), Claude Bailblé (Profesor de Sonido, FEMIS, Francia) y todo tipo de maestrxs de Historia, Literatura, formación sociopolítica como lxs de la Escuela de los Sin Tierra de Brasil.

La EPLACITE

Desde 1995 la Escuela Popular y Latinoamericana de Cine, Teatro y Televisión ha formado a miles de personas como el salvadoreño Sergio Sibrián, cuya primera obra El Tigre y el Venado recibió el Premio al Mejor Documental Latinoamericano en el Festival Sunscreen (Florida) y al Mejor Documental Indígena en el Festival Voces Urgentes (México). « Mémoire des Luttes » cuenta la historia de la EPLACITE.

ALBA TV

Durante los últimos 13 años, el canal de televisión ALBA TV ha trabajado de la mano de los movimientos sociales y otros medios de televisión comunitaria y alternativa en América Latina, el Caribe y en todo el mundo. Es un medio de comunicación basado en la participación directa de los pueblos, y sus líneas de trabajo son la producción, la formación y la articulación de un punto de vista descolonial, antiimperialista y antipatriarcal.

TERRA TV

Transmitido por satélite y por cable a través de ALBA TV, de las redes sociales o mediante proyecciones de campo, TERRA TV es un canal-escuela que transmite las luchas y propuestas del mundo campesino. Como escuela audiovisual, Terra TV acompaña a los campesinos en la creación de formas innovadoras y sin formato. Participantes como el Movimiento de los Trabajadores Rurales Sin Tierra del Brasil, han realizado el corto « La Tierra es para todos » visible en este informe de Reporterre.

LA BALLENA NEGRA

La Ballena Negra ha creado documentales como Quien eres octubre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival Internacional de Documentales de Buenos Aires, Visions du Réel, etc.) u obras teatrales como el Coro de Ali Aarrass cuyas 30 mujeres cuentan la historia de la lucha por la liberación del prisionero belga-marroquí Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE coloca el encuentro en el centro del proceso creativo, y tiende a borrar la frontera entre el actor y el espectador a través de la emancipación de una mirada crítica.

Para saber cómo participar a los cursos de la escuela, proponer temas o colaboraciones, escríbanos a: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

(English version)

The Hugo Chavez School of Continental Communication : Let us remain in control of our Future

If the mass media erase the History of the peoples and oppose the citizens to demobilize their struggles, will it be enough for us to democratize their ownership? Recovering all those spaces will only make sense if we are trained everywhere in a new participatory form of informing. Located in Caracas, at the crossroads of the Americas and the Caribbean, the Hugo Chavez School of Continental Communication is a long-standing dream of the social movements. Its strength lies in its founders’ 25 years of experience and in its ready-made infrastructure for television production and transmission. It will be an important step towards the return of the media landscape in the hands of citizens and will reach out to other continents, in particular Africa.

To train whom?

All those who are looking for concrete answers to their needs in audiovisual, photographic, theatrical, radio, television (including live transmission) and multimedia writing training : workers and creators of all kinds, trade unions, women’s and youth movements, environmentalists, farmers’ organizations, teachers, students, alternative media, etc. Starting in 2020, the school will organize every year 30 integral workshops, 4 Workshops for Trainers’ training, 4 Seminars, 4 Creation Laboratories and 2 International Internships. It will upload its training modules and master classes which will be available to social movements, in order to facilitate access to all. The movements will also be able to send their scripts or productions for analysis by our trainers. The School will be a space for the articulation of social movements from all over the world and a meeting space with local popular organizations. The economic intention is to finance all of these workshops: including accommodation, food, transport, and the teams of instructors. In addition to our experience, we provide the study material and the technical equipment necessary for the workshops, as well as the spaces where the training will take place, as well as the personnel (the trainers) who will ensure the implementation of the workshops. This is why we invite you to participate in this collective effort.

Who carries the project?

Four non-profit associations have decided to combine their experience in integral training to create this school: EPLACITEALBA TVTERRA TV and the BLACK WHALE. Its teachers have been trained for fifteen years along with experienced teachers such as Augusto Boal (Theatre of the Oppressed, Brazil), Jorge Sanjines (Filmmaker, Bolivia), Thierry Odeyn (Documentary Film Teacher, INSAS, Brussels), Claude Bailblé (Sound Teacher, FEMIS, France) and all kinds of teachers of History, Literature, socio-political training such as those of the School of the Landless in Brazil.

EPLACITE

Since 1995 the Popular and LatinAmerican School of Cinema, Theatre and Television has trained thousands of people, such as the Salvadorian Sergio Sibrián, whose first work The Tiger and the Deer received the Award for Best Latin American Documentary at the Sunscreen Festival (Florida) and Best Indigenous Documentary at the Voces Urgentes Festival (Mexico). « Mémoire des Luttes » tells the story of EPLACITE.

ALBA TV

For the past 13 years, Alba TV has been working hand in hand with social movements and other community televisions and alternative media in Latin America, the Caribbean and around the world. It is a medium based on the direct participation of the peoples, and its directions of work are production, training and the articulation of a decolonial, anti-imperialist and anti-patriarchal point of view.

TERRA TV

Broadcast via satellite and cable of Alba TV, via social networks or through field projections, Terra TV transmits the struggles and calls for help of the peasants. As an audio-visual school, Terra TV accompanies its participants in the creation of innovative, unformatted forms. Participants such as the Landless Rural Workers Movement of Brazil have made « Earth is for everyone » which is viewable in this Reporterre report.

THE BLACK WHALE

The Black Whale has created documentaries such as Who are you Octobre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Buenos Aires International Documentary Festival, Visions du Réel, etc.) or theatrical works such as the Choir of Ali Aarrass, whose 30 women tell the story of the struggle for the liberation of the Belgian-Moroccan prisoner Ali Aarrass. The Black Whale sees the encounter as a central part of the creative process and tends to blur the lines between actor and spectator through the emancipation of a critical gaze.

To find out how to participate in the school’s courses, propose topics or collaborations, write to us at: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

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