La rébellion des coupeurs de canne : vies et voix de la Commune des « cinq forces »

Les communard(e)s de Cinco Fortalezas devant un champ de canne à sucre. (Voces Urgentes)

« Las Cinco Fortalezas de la Revolución Bolivariana » – « les cinq forces de la révolution bolivarienne« , tel est le nom complet d’une merveilleuse organisation communarde de l’est du Venezuela, dans le chef-lieu de Cumanacoa, où l’on cultive la canne à sucre. Dirigée principalement par des femmes, cette commune a connu une histoire de lutte intense. Elle s’est consolidée vers 2016, lorsqu’un groupe de travailleurs journaliers de la région a occupé les terres du propriétaire initial. Six ans plus tard, les communard(e)s se sont retrouvé(e)s pour une deuxième bataille, après qu’un homme d’affaires a escroqué les producteurs locaux en s’emparant de leurs récoltes sans paiement.

La récente escroquerie – ainsi que la crise et les sanctions occidentales – sont des obstacles importants sur la route, mais les communard(e)s de « Cinco Fortalezas » sont prêt(e)s à travailler dur et à se battre. Avec 57 hectares collectivisés consacrés à la culture de la canne à sucre et un engagement puissant en faveur de la communalisation de la vie, « Cinco Fortalezas » est appelé à devenir concrètement une sorte de vivier pour le socialisme. Dans la première partie de cet entretien, nous découvrons l’histoire récente de la commune et ses différentes entreprises de production communale. Dans la deuxième partie, les communards nous parleront de l’impact de la crise et du blocus sur leur vie, ainsi que des moyens créatifs qu’ils utilisent pour surmonter ces obstacles.

Yusmeli Domínguez est secrétaire du parlement communal et fait partie du conseil de planification du Bloc Productif la Esperanza. Oswaldo Noguera est porte-parole de la commune. Vanessa Pérez est parlementaire communale et fait partie de la direction nationale de l’Union Communarde. Wilfredo Enrique est membre du comité de planification de la commune de Cinco Fortalezas et dirige, avec sa compagne María Romero, le laboratoire Réseau Tilapia. José Luis Gamboa est un parlementaire communal. Carlos Andrade fait partie de la directive de l’association des producteurs de canne à sucre de la commune de Montes (Cumanacoa) et est porte-parole de la commune de Río San Juan. (Voces Urgentes)

Histoire récente

Cinco Fortalezas a beau être une commune relativement jeune, la rébellion des habitants de cette région s’ancre dans l’histoire longue. La commune se trouve dans une belle vallée longtemps habitée par les peuples Kari’ña et Chaima, qui ont farouchement résisté aux incursions espagnoles dans la zone depuis le début du XVIIe siècle. Des siècles plus tard, la zone constituera une importante base d’arrière-garde pour les guérilleros vénézuéliens inspirés par la révolution cubaine.

Vanessa Pérez : Nous avons fait les premiers pas dans la construction d’une commune il y a six ou sept ans. À cette époque, nous luttions également pour récupérer les terres de l’Hacienda Rosario, qui est finalement devenue l’épicentre de notre commune.

Oswaldo Noguera : La terre qui est maintenant le siège de la commune appartenait autrefois à Asunción Rodríguez. A l’époque, elle s’appelait l’Hacienda Rosario. Rodríguez contrôlait les bonnes terres, tandis que les campesinos ne pouvaient cultiver que sur les terres d’altitude, où ils n’avaient pas accès à l’eau et étaient éloignés des routes.

Yusmeli Domínguez : Je suis née ici. Quand j’étais enfant, mes parents n’avaient pas de terre et ils travaillaient pour le terrateniente [propriétaire terrien]. Nous le voyions devenir de plus en plus riche, alors que nous n’avions rien. Ils lui ont donné leur vie, et lui ne leur a rien donné en retour.

Quand la réforme agraire de Chávez a commencé, nous avons commencé à nous organiser pour que ceux qui travaillaient la terre ne restent pas sans terre. Vers 2007, l’INTI [l’institut National des Terres du Venezuela] a commencé à inspecter ces terres dans l’idée de les récupérer. À cette époque, la production avait chuté.

En 2011, un groupe de dix paysans s’est installé sur certaines des terres abandonnées. L' »entreprise » [une sucrerie industrielle appartenant à l’État] s’est opposée à eux et a détruit leurs cultures. Cela a suscité beaucoup d’indignation. Après tout, il s’agissait de pauvres gens qui n’avaient d’autre objectif que de produire.

Puis, en 2016, la sucrerie a tenté de s’approprier 80 hectares de terres pour y faire pousser de la canne à sucre, mais ils ont été bloqués par la résistance des paysans. Quelques mois plus tard, nous avons commencé à travailler sur la terre collectivement. À peu près au même moment, l’INTI est venu nous voir et nous a dit que les terres seraient réparties entre le chef-lieu, l’État et le peuple. C’était très injuste et nous l’avons fait savoir. Qu’en est-il des 500 familles qui ont travaillé et lutté pour ces terres pendant des décennies, voire des siècles ?

À peu près à la même époque, nous sommes allés parler au propriétaire foncier. Nous lui avons dit que nous nous organisions et que nous allions reprendre la terre… et c’est ce que nous avons fait.

L’INTI n’a pas immédiatement reconnu notre utilisation de la terre comme légitime. En fait, il y a eu beaucoup de frictions et de conflits. L’INTI a même essayé de mobiliser la population de Cumanacoa contre la commune.

Quoi qu’il en soit, nous avons continué à nous organiser et à travailler. Après tout, nous étions motivés par l’idée que la terre appartient à ceux qui la travaillent. Ce que nous faisions était un pas vers la justice historique et c’était inspiré par Chávez lui-même.

Enfin, en 2018, nous nous sommes rendus à Caracas et avons exigé que le titre d’occupation productive [carta agraria] soit accordé à la commune par l’Etat… Nous avons réussi !

Les communards de Cinco Fortalezas se tiennent devant le moulin à sucre communal, bientôt au travail. (Voces Urgentes)

Cinco Fortalezas a la chance de posséder des terres fertiles et une source naturelle qui irrigue les plus de 60 hectares communaux qu’elle cultive. Cependant, la commune manque de machines agricoles pour la récolte de la canne à sucre. La récolte se fait encore à l’aide de machettes et est ensuite portée sur les épaules des communards. C’est pourquoi la mécanisation est l’un des principaux objectifs de la commune.

Vanessa Pérez : Nous avons deux Entreprises de Propriété Sociale [EPS] enregistrées appartenant à la commune : le projet de canne à sucre et l’élevage de tilapia. Nous aurons bientôt une usine de transformation de la canne à sucre [une nouvelle EPS], et nous envisageons de former une autre EPS pour prendre en charge la commercialisation et la distribution.

Le projet de canne à sucre, qui s’appelle « Bloc Productif La Esperanza« , est chargé de l’ensemble du processus, de la plantation à la récolte. Le moulin à sucre de l’Entreprise de Propriété Sociale transformera la canne à sucre en plaques de sucre brun, en sucre cristallin et en jus de canne à sucre. Nous évoluons vers l’autonomie de notre production : nous voulons aller au-delà de la production de matières premières et passer à la maîtrise du cycle complet de production et de distribution.

La commune compte également deux Unités de Production Familiale, une UPF de tilapias et une UPF de fabrication de briques.

Oswaldo Noguera : En plus de la culture du sucre, nous cultivons également des cultures à cycle court comme le maïs, la citrouille, les haricots noirs, la yuca (manioc) et d’autres légumes sur nos terres communales. Nous avons six hectares consacrés à ces cultures à cycle court.

ENTREPRISE COMMUNALE DE CANNE À SUCRE ET LUTTE POUR LA JUSTICE

La Centrale Sucrière de Cumanacoa est une entreprise publique de raffinage de sucre. En 2020, un contrat a été signé avec un entrepreneur, Juan Ramírez, pour que ce soit TecnoAgro, l’entreprise privée de Ramírez, qui gère la sucrerie.

Vanessa Pérez : La principale entreprise de la commune est le Bloc Productif La Esperanza. Il s’agit d’une production collective de 1700 tonnes de canne à sucre par an sur 57 hectares.

La Esperanza, c’est un peu notre « Compagnie publique pétrolière ». Pourquoi ? Parce que l’excédent produit par la canne à sucre nous permet de réaliser des travaux sur tout le territoire, qu’il s’agisse de réparer l’école ou les routes, d’assurer l’éclairage public, d’obtenir des médicaments pour ceux qui en ont besoin, etc.

Mais cette dernière année, l’Entreprise de Propriété Sociale – et la commune dans son ensemble – a connu des difficultés à cause d’une escroquerie réalisée à la centrale sucrière [sucrerie industrielle].

Carlos Andrade : En 2021, Juan Ramírez a escroqué tous les producteurs de canne à sucre de la région : il a « acheté » nos récoltes mais ne les a jamais payées. La dette envers les producteurs est d’environ 300.000 dollars.

Yusmeli Domínguez : Le Sucre central appartient à CorpoSucre [entité gouvernementale régionale], mais il est maintenant entre les mains de TecnoAgro, l’entreprise de Juan Ramírez. En 2020, un accord a été conclu pour l’achat de la récolte de canne à sucre dans la zone. Nous avons fait notre part, en cédant la totalité de notre récolte en 2021. Sa dette impayée avec cette seule commune est de 14 000 dollars.

Cela a beaucoup nui à notre production et à nos vies, mais M. Ramírez a des dettes envers tout le monde, y compris les autres communes de la région et de nombreux producteurs familiaux. La situation a été dévastatrice pour de nombreuses personnes dans la région de Cumanacoa.

En outre, M. Ramírez ne paie pas les 80 travailleurs de l’usine : il n’a pas versé leurs salaires depuis cinq mois !

Bien sûr, nous ne sommes pas restés sans rien faire. Nous nous sommes rendus au siège du gouvernement de l’État de Sucre et à l’Assemblée nationale pour faire entendre notre voix. Nous avons également introduit une réclamation auprès du bureau du procureur général. Malheureusement, nous n’avons pas eu de nouvelles.

Plus récemment, nous avons eu une réunion avec Gilberto Pinto, le gouverneur de Sucre, ainsi qu’avec Juan Ramírez. La plupart des producteurs ont assisté à la réunion et nous avons conclu un nouvel accord. Cependant, nous attendons toujours que M. Ramírez remplisse les conditions.

Carlos Andrade : Les conséquences de l’escroquerie ont été dévastatrices et ont eu un effet d’entraînement. Certaines personnes sont mortes parce qu’elles n’ont pas pu obtenir leurs médicaments et d’autres sont parties. Entre-temps, deux mille tonnes de canne à sucre n’ont pas été récoltées cette année. Nous avions toujours vendu notre récolte à la centrale de Sucre, mais maintenant ce n’est plus possible. C’est pourquoi nous retardons la récolte.

Yusmeli Domínguez : M. Ramírez est un criminel… et pourtant, cette année, l’État a prolongé son contrat pour diriger la sucrerie ! Pourquoi ? Malheureusement, comme Chávez nous le rappellerait, l’État bourgeois bureaucratique n’est pas encore mort, et qu’il est encore du côté des intérêts privés plutôt que des intérêts collectifs.

Une de nos propositions est que la Centrale Sucrière soit transféré à la commune. Après tout, c’est nous qui produisons la canne à sucre, nous connaissons le processus, et certains d’entre nous ont travaillé à la centrale. Il y a ici des gens formés techniquement pour reprendre l’administration de l’usine.

Puisque le capital privé a prouvé son inefficacité et sa brutalité, il est temps d’ouvrir la porte au pouvoir populaire. Cela devient d’autant plus urgent maintenant, car ils adaptent l’usine pour pouvoir raffiner du sucre de base apporté d’Argentine ! Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’expliquer à quel point c’est absurde. Après tout, la centrale a été nationalisée en 2005 par l’État vénézuélien pour traiter la canne à sucre vénézuélienne dans un territoire producteur de canne à sucre !

L’ALTERNATIVE : UNE SUCRERIE COMMUNALE

Jose Luis Gamboa : Lorsque M. Ramírez nous a escroqués, il est devenu d’autant plus clair que nous devions travailler pour avoir le contrôle total du cycle de production du sucre. Nous avons donc décidé de réactiver un trapiche [un petit moulin à sucre artisanal] qui avait été abandonné. C’est un très vieux moulin, mais il peut traiter 30 tonnes de canne à sucre par jour.

Nous avons évalué l’état du « trapiche », et pour le remettre en marche, nous avons besoin d’un investissement de deux à trois mille dollars américains. Dès que M. Ramírez aura payé ce qu’il nous doit, nous mettrons le moulin en service. En attendant, nous recherchons également un soutien institutionnel. Nous sommes déterminés à activer le moulin d’une manière ou d’une autre.

Vanessa Pérez : Nous voulons pouvoir traiter la canne à sucre produite par la commune et par d’autres producteurs de Cumanacoa. Le nôtre ne serait pas la seule « trapiche » de la région, mais les autres moulins des environs sont nettement plus petits. De plus, nous avons l’avantage de notre situation géographique, puisque la commune se trouve dans les plaines et qu’il est facile de s’y rendre.

Nous prévoyons de travailler avec les producteurs locaux pour transformer leur canne à sucre en papelón [blocs de sucre brun], en sucre cristallin et en jus de canne à sucre. Nous ferons de même avec notre propre production, et nous espérons faire du troc avec d’autres communes. Le potentiel est énorme : il y a 13 communes dans le canton [neuf sont déjà légalement enregistrées], et elles produisent toutes de la canne à sucre.

La nôtre ne sera pas une entreprise capitaliste : le coût de la transformation de la canne à sucre sera inférieur à celui du marché et les revenus seront investis dans des initiatives sociales et productives.

Étang de pisciculture de la commune de Cinco Fortalezas. (Voces Urgentes)

LA PRODUCTION À PETITE ÉCHELLE

Vanessa Pérez : Il existe d’autres initiatives productives plus petites dans la commune. Il y a une petite usine de fabrication de briques, qui est active, et il y a une pisciculture qui se développe rapidement. Elle a été financée par SUFONAPP [institution associée au ministère des Communes]. Nous élevons des tilapias rouges, et nous apprenons beaucoup de l’expérience. Le principal goulot d’étranglement est la nourriture pour poissons, qui est très chère.

Wilfredo Enrique : L’initiative de pisciculture a commencé il y a environ trois ans avec un petit crédit pour acheter des vairons de tilapia. Nous avons ensuite mis en place le laboratoire de tilapia rouge, où nous prenons soin des vairons et des mères. Quand ils grandissent, nous les emmenons dans la lagune d’Amaguto, sur notre terrain communal.

Actuellement, entre le laboratoire et la lagune, nous avons quelque 30.000 tilapias. Nous considérons ce projet comme un vivier: nous espérons envoyer des vairons dans d’autres communes, tandis qu’une partie des tilapias récoltés sera destinée aux repas des écoles et à la cantine populaire [qui offre des repas gratuits aux personnes dans le besoin]. En d’autres termes, il ne s’agira pas d’une entreprise capitaliste. Nous la considérons comme une nouvelle initiative pour satisfaire les besoins de la commune.

Yusmeli Domínguez : Chávez a conçu un système communal holistique. Ici, au cœur de notre commune, nous avons le Bloc Productif La Esperanza, qui est en quelque sorte « notre compagnie publique pétrolière ». Mais une commune rassemble une pluralité d’initiatives. Une commune, c’est comme une courtepointe : elle nous rassemble tous.

Interview réalisée par Cira Pascual Marquina et Chris Gilbert pour Venezuelanalysis

Photos : Voces Urgentes

Source : https://venezuelanalysis.com/interviews/15518

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2022/05/01/la-rebellion-des-coupeurs-de-canne-vies-et-voix-de-la-commune-des-cinq-forces/

Au Venezuela, une journée parmi tant d’autres… loin des grands médias

Le 23 mars 2022 au Venezuela est une journée parmi tant d’autres, parmi des milliers de journées d’une révolution totalement occultée par les grands médias. Dans l’ouest populaire de Caracas des mouvements féministes et le conseil communal Manuela Saénz inaugurent « La Morada », un espace d’écoute, de soins et de prévention pour les femmes et les fillettes. Pendant ce temps, la Commune Altos de Lidice à laquelle nous avons consacré un documentaire, vient d’être déclarée officiellement « territoire libre de malnutrition » et un de ses organisateurs dialogue en direct avec le président. A la demande de ce dernier, le nouveau Ministre des Communes et des Mouvements Sociaux Jorge Arreaza se réunit avec le Ministre de la Construction pour analyser les avancées des projets de logement public pensés et réalisés par les organisations populaires… tandis que les femmes organisées d’Antimano construisent de leurs mains le dernier étage de leur futur immeuble.

A l’autre bout du pays, dans l’état de Tachira, l’Institut des Terres poursuit la réforme agraire en remettant 32 titres de propriété à des paysannes qui ont développé chacune leur parcelle productive. Là, le slogan est « plus de terres sans paysannes, ni de paysannes sans terre ! » Au même moment le président Maduro annonce : « Nous devons renforcer l’articulation avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil, répliquer au Venezuela leur production agroécologique ». Les formateurs des Sans Terre travaillent au Venezuela depuis la signature d’un accord avec le président Chávez.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2022/03/24/au-venezuela-une-journee-parmi-tant-dautres-loin-des-grands-medias/

Au Venezuela les communard(e)s d’El Maizal construisent un « nouveau modèle de pouvoir »

Depuis le début du mois d’octobre le réalisateur et formateur Victor Hugo Rivera de Terra TV et de l’école populaire et latino-américaine de cinéma (photos ci-dessus) travaille avec les communard(e)s de El Maizal pour renforcer leurs moyens de communication. Cette commune revêt une importance stratégique car elle couvre la plus grande extension de terres communardes du Venezuela et sert de tremplin d’autres expériences communardes dans tout le pays.

Dans cette école intégrale nourrie de plus de dix ans d’expérience, où se croisent des communard(e)s de tout le pays, notre école audio-visuelle va s’établir en 2022 pour former et produire de manière permanente. C’est dans la lutte de ce mouvement social communard que se trouvent les bases d’une « communication communarde » : fédération participative de voix, de regards, surgissant des multiples territoires de vie et de travail. Ce chantier formatif devient de plus en plus urgent vu le retard pris par une gauche qui a cru naïvement qu’il suffisait d’imiter les techniques du capitalisme pour affronter celui-ci.

Vous pouvez renforcer les activités de cette école permanente d’El Maizal et des autres ateliers ouverts dans des communes au Venezuela, en nous faisant un don :

Compte Crédit Mutuel 00020487902

Titulaire: LABORATOIRE INTERNATIONAL POUR L’HABITAT POPULAIRE DURABLE, 25 RUE JEAN JAURES, 93200 ST DENIS

Code IBAN: FR76 1027 8061 4100 0204 8790 256

Code BIC: CMCIFR2A

SVP ne mentionner que : « Soutien Terra TV »

D’avance nous vous en remercions.

Comprendre la commune d’El Maizal (par Michele de Mello)

« La commune ou rien ! » insistait Hugo Chávez pour qui la révolution bolivarienne passait par l’essor des organisations communardes. Depuis 12 ans, dans l’ouest du pays, entre les États de Lara et de Portuguesa, près de 4500 familles vivent et produisent des aliments sains de manière totalement collective. Cette commune rurale est le résultat d’une occupation des terres par les paysan(ne)s en 2009, qui a permis de les consacrer à la réforme agraire.

« Chávez a jeté les bases d’une nouvelle géométrie d’un pouvoir citoyen que les institutions empêchaient historiquement en le rejetant dans l’illégalité. Pour nous la parole de Chavez avait force de loi, c’est pourquoi ici nous avons mis en place ce modèle de commune. Notre communauté de travail, loin d’être séparée par des visions différentes, se rassemble autour d’un combat, d’un projet » explique le leader communard Angel Prado.

A raison de six heures de travail par jour, 180 communard(e)s sont responsables de l’entretien de 14 entreprises de production sociale. Outre le maïs, le café, les légumineuses et les légumes, les agriculteur(trice)s transforment également la farine de maïs et produisent du lait, du fromage et de la viande avec des bovins et des porcs. « Notre histoire est liée à l’agriculture. Nos premières graines nous ont été données par le président Chávez lors d’une visite. Nous avons planté 150 hectares de haricots, puis il est revenu ici pour voir comment se passait la production. De cette culture est née l’entreprise Ezequiel Zamora, qui vise la mécanisation agricole. C’est cette entreprise qui, depuis 2010, nous a donné le plus gros excédent et nous a permis de nous développer en interne, ainsi que de servir socialement les communautés qui se trouvent dans la commune » se souvient Jennifer Lamus, travailleuse communarde.

Cette année, la commune d’El Maizal a cultivé 300 hectares de maïs, mais dans tout le pays, on compte déjà environ 1100 hectares de maïs cultivé avec des semences autochtones produites par la commune avec le soutien des militant(e)s brésilien(ne)s de la Brigade internationaliste Apolônio de Carvalho du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST).

L’objectif principal est de devenir un territoire autosuffisant, tant sur le plan alimentaire qu’économique. La commune d’El Maizal a été le coup d’envoi de l’émergence de 11 autres communes dans la région centrale du Venezuela. La proposition de Chavez était que les domaines communaux unifient l’organisation à partir de la base pour construire une nouvelle « hégémonie territoriale ».

« Tout le travail que nous avons fait les premières années nous a renforcés. Lorsque l’économie a commencé à souffrir des assauts du blocus occidental, la commune d’El Maizal est restée solide. Nos ressources ont contribué à maintenir la volonté de nous battre et surtout à ce que personne ne soit démobilisé ou démoralisé », affirme Ángel Prado. « Ici dans les zones rurales il y a une autre réalité et ici nous savons que les choses ne vont pas bien, mais chaque jour les camarades font de leur mieux pour que la réalité de ceux et celles qui vivent dans la commune soit différente » précise Jennifer Lamus.

En raison de sa capacité de production, Maizal aide également les petits producteurs de la région en distribuant des crédits en échange d’une production alimentaire.  « Nous demandons un financement plus important et nous accordons ce crédit aux producteurs qui, par la voie normale de l’État, ne peuvent pas l’obtenir. Nous faisons également des échanges de produits. Souvent, les producteurs n’ont pas l’argent nécessaire pour acheter 1 kg de fromage. Ils peuvent donc nous apporter 1 kg de grains de café, en échange du fromage » explique Jennifer Lamus. 

Le travail volontaire dans les équipes d’entraide mutuelle est également une alternative pour les habitant(e), pas de manière « assistentialiste » mais comme une forme d’exemple ». « Il arrive qu’une unité de production soit en retard dans son travail, alors nous faisons appel à tout le monde pour mener cette tâche à bien et suivre le rythme des autres unités de production. Et cela ne vaut pas seulement pour la commune. S’il est nécessaire de nettoyer une école, une rue, de peindre un terrain ou d’effectuer toute autre activité dans la communauté, nous nous rendons sur place pour effectuer ce travail » raconte Jennifer.

Le territoire de la commune de El Maizal se soucie de l’aspect productif autant que de l’aspect social. Les communard(e)s ont fondé une école de formation idéologique et technique, où ils proposent des cours avec le soutien de militants d’autres mouvements populaires nationaux et internationaux. Ils ont également inauguré une école d’enseignement primaire pour les enfants des agriculteurs, en adoptant la méthode de Paulo Freire.

« La pratique et la théorie vont de pair. Sans éléments historiques de la lutte, sans théorie, les gens n’auraient pas de clarté sur les objectifs de l’horizon », dit le communard Wildenys Matos.

Comme elle produit environ 2 000 tonnes de maïs par an, la commune El Maizal cherche à établir une relation directe avec l’État pour fournir de la farine de maïs pour les paniers alimentaires distribués par les comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP). « Le travail de  la commune démontre qu’il existe une façon différente de faire les choses. D’abord que nous pouvons être autosuffisants en produisant. Nous pouvons substituer le modèle pétro-rentier par un modèle productif et durable, grâce à l’économie collective communale », affirme Matos.

Selon les données officielles, il y a 3567 communes enregistrées dans tout le pays. Les militant(e)s de El Maizal promeuvent l’Union Communarde comme mouvement national appuyant la construction d’un état communal au Venezuela. « Nous consacrons nos vies à ce projet. La commune est notre mode de vie. Comme la guerre d’indépendance, pour défendre notre Patrie », explique M. Prado.

Pour continuer à progresser dans le contrôle du territoire, les communard(e)s se sont présenté(e)s aux élections régionales du 21 novembre avec la candidature d’Angel Prado au poste de maire de la municipalité de Simón Planas. Il a été élu sous la bannière du chavisme avec d’autres membres de l’organisation, devenu(e)s conseiller(e)s municipales. « Nous, organisations populaires, nous devons nous approprier ces espaces non pas pour renforcer l’État, mais pour commencer à le démanteler de l’intérieur, afin que la commune avance sur le territoire. La commune ou rien. Pas une commune rhétorique mais une commune pour faire avancer les choses, pour que le pouvoir du peuple soit le pouvoir de décider, de planifier, de prendre des décisions et de continuer à lutter, à avancer » dit Wildenys Matos. L’une des propositions du nouveau maire Angel Prado est d’établir des contrats et des appels d’offres de la municipalité avec les communes de la région, ainsi que d’accroître le contrôle communautaire sur les services de base tels que la distribution de gaz et de carburant. « Notre horizon stratégique est le socialisme et nous voulons poursuivre le projet national Simón Bolívar. La commune comme modèle politique a montré qu’elle peut travailler, produire, influencer l’économie du pays, industrialiser son alimentation, peut se battre sur n’importe quel champ de bataille, gouverner et assumer des responsabilités politiques » conclut Ángel Prado.

Source : https://www.brasildefato.com.br/2021/11/10/na-comuna-el-maizal-4-5-mil-familias-constroem-projeto-socialista-para-venezuela

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/12/05/au-venezuela-les-communardes-del-maizal-construisent-un-nouveau-modele-de-pouvoir/

Six clefs du triomphe de la gauche au Pérou, par Daniela Ramos

Au-delà de Gabriel García Márquez, le réalisme magique écrit son épisode andin-amazonien dans le Pérou contemporain. Pedro Castillo devient président après une campagne pleine de symbolique et exposant sans complexe le monde de contradictions qui constitue ce pays. Sur la terre de tous les sangs, l’Amérique latine montre une fois de plus sa puissance créatrice.

Cet exploit, bien qu’inattendu, a ses raisons. Le hasard n’est pas assez généreux pour permettre à une proposition populaire et de gauche d’émerger au Pérou. Pour comprendre le scénario qui s’ouvre, il convient de comprendre certaines des clés qui expliquent la victoire de Pedro Castillo et de Perú Libre.

1. La crise politique aggravée par la pandémie

« A quel moment le Pérou est-il allé en enfer ? » s’interroge Mario Vargas Llosa au début de « Conversation dans la cathédrale« , écrit avant que l’auteur n’aille lui-même s’enfermer dans l’enfer néo-libéral. La crise politique et institutionnelle du pays n’est pas nouvelle. Elle a des racines profondes dans un territoire aussi vaste qu’inégalitaire. Le Pérou a également une blessure ouverte, à savoir la confrontation armée interne des années 80 et la décennie suivante du « fujimorat ».

Plus près dans le temps, à la fin de 2020, le pays a traversé un cycle court mais intense de mobilisations. Le lundi 9 novembre, le Congrès a destitué le président de l’époque, Martin Vizacarra, et nommé un certain Manuel Merino à sa place. L’aventure politique de Merino n’a duré que six jours. Le dimanche de la même semaine, il démissionnait, laisse derrière lui deux jeunes victimes de la répression : Inti Sotelo et Bryan Pintado. Vizcarra, quant à lui, a rejoint la liste des présidents qui n’ont pas terminé leur mandat.

La pandémie est devenue le coup de grâce d’un système manifestement défaillant. L’épidémie a montré que l’État ne répondait pas aux besoins de sa population, renforçant le sentiment de lassitude à l’égard de la classe politique. Aujourd’hui, le Pérou compte 10 % de pauvres de plus qu’en 2020 et le taux de mortalité par COVID le plus élevé au monde. Dans ce scénario et au milieu d’une grande fragmentation, les gens sont allés voter avec peu de tolérance pour les discours fantaisistes et prêts à emprunter des chemins inexplorés.

2. Le protagoniste, Pedro Castillo

Lorsque, au premier tour, Pedro Castillo a atteint 19% des voix, CNN a construit le tableau des résultats partiels avec une silhouette obscure à leur tête. Personne en dehors du pays ne savait qui il était et une bonne partie de ses compatriotes non plus. Mais ce candidat improbable s’est avéré être l’une des clés du triomphe de la gauche péruvienne.

« Il nous ressemble« , disent les femmes qui tiennent les soupes populaires dans les bidonvilles de Lima. Et le fait est que Castillo représente, par son image et dans sa trajectoire, des secteurs historiquement exclus. Professeur du Pérou profond, rondero, paysan ; le nouveau président andin synthétise de nombreux éléments identitaires des secteurs populaires et cela a été un fil conducteur de sa campagne. Le chapeau chotano avec lequel il fait ses apparitions publiques est déjà vendu à plus d’un coin de rue.

Si Castillo est considéré comme un outsider, il n’est pas étranger à la politique. En 2017, il a gagné en notoriété en menant une grève nationale des enseignants. Cette expérience syndicale l’a aidé à construire un dialogue fluide avec sa base sociale et, ces jours-ci, elle l’a également aidé à faire face aux multiples audiences des délégations nationales et internationales qui ont frappé à sa porte. Sans avoir l’éloquence d’un Alan Garcia, son discours est efficace car il reconnaît clairement le public qui l’écoute.

3. Le parti, Peru Libre

La candidature de M. Castillo a été rendue possible par son association avec un nouveau type de parti : le Pérou Libre. Cet espace récupère les bases d’une gauche traditionnelle, mais avec des éléments locaux et une perspective latino-américaniste. Né en 2008 comme mouvement régional à Junín – le département qu’il a gouverné entre 2011 et 2014 – il a réussi à devenir un parti d’envergure nationale. Le symbole du crayon, associé à la profession de Castillo, provient en fait du parti.

La principale figure de Peru Libre est Vladimir Cerrón, un candidat naturel à la présidence qui doit aujourd’hui faire face à une sorte de Lawfare à la éruvienne, une des raisons pour lesquelles l’investiture est allée à Castillo et non à lui. Pour une grande partie du Pérou, Cerrón est un démon sans visage présenté dans les médias comme le « propriétaire de Perú Libre ». Tout au long de la campagne, ses adversaires – qui s’étendront à l’administration – ont tenté d’éroder son partenariat avec M. Castillo, dont la base idéologique est plus ambiguë.

« La gauche divisée, pleine de sectarisme, n’arrivera à rien et sera une fois de plus vaincue« , a déclaré Perú Libre en 2019, dans le but de promouvoir un espace unitaire pour ces élections. Son expérience de gouvernement régional à Junín lui permet de former un groupe de cadres militants et techniques qui vont mettre leur énergie au service de la campagne présidentielle. Pérou Libre a un gouvernement à assumer, mais il ne perd pas de vue ses aspirations plus stratégiques, qui visent des changements profonds et un muscle social organisé. Il aura pour défi de contenir les nouvelles volontés qui se sont rapprochées de lui à la chaleur des élections.

4. Une base électorale mobilisée

L’aspiration de toute campagne électorale est de pénétrer sa base et d’atteindre de nouveaux électeurs. La candidature de Pedro Castillo avait, à sa manière, un point de départ privilégié, étant donné que deux de ses principaux soutiens sont des secteurs dynamiques au Pérou : les enseignants, d’une part, et les rondas paysannes, d’autre part.

Le cas des rondas paysannes est très particulier, s’agissant d’une organisation autonome et communautaire ayant plus de 40 ans d’histoire et une large présence territoriale, principalement dans le sud du pays. Ce ne sont pas les ronderos qui ont consacré Pedro Castillo comme leur candidat, mais ils lui ont apporté leur soutien, ce qui signifie un réseau social de pas moins de 2,5 millions de personnes.

Parallèlement, lors des événements organisés dans la périphérie de Lima et dans les provinces, on a pu constater une appropriation pratique de la campagne : du merchandising artisanal aux huaynos improvisés qui ont donné à l’ensemble du processus une mystique propre. Et il n’est pas vrai que la campagne a écarté les réseaux sociaux comme champ de bataille. Si Pedro Castillo disposait de plateformes peu développées à la fin du premier tour qui l’a porté en tête, la campagne a ensuite et aussi progressé de manière atomisée à travers les réseaux ayant la plus grande pénétration populaire : whatsapp et facebook.

5. Nous vivons une époque de polarisation

À ce stade de l’histoire, il est peut-être préférable de cesser d’anticiper les vagues et d’évaluer l’une des réalités que la droite a montré ne pas pouvoir comprendre : nous vivons une époque de polarisation. Keiko Fujimori et Pedro Castillo en sont une expression. Modèles opposés et qui font appel, chacun à partir de ses propres coordonnées, à un plus grand radicalisme politique.

Il semble que lors de ces élections, il n’y avait pas de place pour la modération, ce qui a facilité l’émergence d’une proposition de changement. Lorsque Veronika Mendoza s’est présentée au premier tour, elle l’a également fait avec un programme de transformation mais avec un discours plus modéré, ce qui, au lieu d’élargir sa base électorale, a fini par diluer sa candidature parmi les multiples options disponibles.

Keiko Fujimori, quant à elle, a soutenu cette dernière ligne droite de la campagne sur la peur et la postulation d’une menace terroriste du côté de Castillo. Il y a ceux qui prévoient que la dernière phase du Fujimorisme pourrait bien être le fascisme, de plus en plus présent dans leurs proclamations. Et le cas de López Aliaga, considéré comme le « Bolsonaro péruvien », ne devrait pas passer sous le radar, étant donné qu’il est déjà enraciné dans les secteurs populaires.

6. La sous-estimation de soi et des autres

Enfin, face au second tour des élections, rappelons que Pedro Castillo et Perú Libre ont été mille fois critiqués pour une campagne désorganisée. Non seulement à partir du discours médiatique, mais aussi à partir de la base, lors de rencontres avec des sympathisants et des alliés. Il est finalement apparu qu’il s’agissait d’un euphémisme : lorsque les gens parlaient de « désorganisation », ce qu’ils invoquaient – non sans un certain ressentiment – était un manque d’accès au cœur de la campagne. Il est toujours plus facile de signaler les erreurs que d’assumer le travail profond des autres.

Les leçons du premier tour d’avril n’ont pas été dûment comprises par les adversaires et les partenaires de Castillo, qui ont continué à sous-estimer, au second tour, sa figure et le soutien politique offert par Perú Libre. Alors que la presse l’a accusé d’improvisation, le candidat à la présidence faisait affluer des masses à ses meetings à Cusco, Puno et dans les faubourgs de la capitale. Alors que le militantisme à Lima suivait avec inquiétude le débat des équipes techniques, le parti a organisé des réunions en face à face et virtuelles pour former ses témoins de bureau électoraux.

Cette sous-estimation a joué en faveur de Pedro Castillo et lui a permis de construire un triomphe sous le regard impuissant de la classe politique péruvienne. La campagne avait une apparence chaotique ? Mais cet aspect « étrange » pour l’observateur externe a davantage à voir avec les préjugés racistes et classistes. Ce n’est pas seulement que la campagne a contredit les manuels de marketing politique mais qu’une stratégie a été conçue consciemment, ancrée dans les forces du candidat et de sa proposition, ignorant ceux qui prédisaient un chemin sûr vers la défaite. Si le visage du triomphe était différent, peut-être lui accorderaient-ils plus de crédit.

Tout ce qui a été dit jusqu’à présent n’ignore pas un point problématique : le nouveau gouvernement entrera en fonction après une élection serrée avec une forte opposition à Lima, la vitrine politique du pays, qui concentre également un tiers de la population totale. A cela s’ajoute la dispersion du Congrès, où le Pérou Libre et ses partenaires éventuels disposent d’un total de 45 congressistes sur 130, tandis que les forces de droite ont tout le reste. Mais ces catégories sont peut-être insuffisantes pour penser aux alliances qui se tisseront au Parlement.

Si Peru Libre et Pedro Castillo vont dans le sens proposé, l’expérience du Pérou pourrait renouveler l’imaginaire de la gauche latino-américaine. En partie, elle l’a déjà fait depuis sa campagne. Mais il est maintenant temps de se saisir du timon. L’Assemblée Constituante apparaît comme le principal pari pour construire un soutien large, mobilisé et plus que nécessaire pour soutenir le prochain gouvernement. Le peuple péruvien joue un nouvel espoir sur un chemin semé de trahisons. Et l’Amérique latine, une fois de plus, nous surprend.

Daniela Ramos (au Pérou)

Source : https://revistazoom.com.ar/seis-claves-del-triunfo-de-la-izquierda-en-peru/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/16/six-clefs-du-triomphe-de-la-gauche-au-perou-par-daniela-ramos/

« Et nous revînmes aux terres de Buria »

Ce reportage tourné en mars 2021 par l’équipe de Tatuy TV peut se voir comme une suite au documentaire de Terra TV « Marche » (2018) qui raconte comment une colonne paysanne exaspérée par les assassinats commis par les mafias agraires, monte vers Caracas pour dialoguer avec Nicolas Maduro. Le reportage actuel nous permet de retrouver quelques personnages de cette épopée comme Arbonio Ortega « El Diablo ». La marche paysanne qui – comme disait Arbonio en conclusion du film « Marche » – ne « devra jamais prendre fin », renaît ici sous les traits d’une action conjointe de l’Union Communarde et de la Commune El Maizal pour récupérer les terres de la Commune « Negro Miguel ». Le gouvernement bolivarien appuye cette initiative populaire, notamment à travers la présence du président de l’Institut National des Terres David Hernandez.

Le 27 mars 2021, les membres de la Commune Negro Miguel, avec le soutien et l’accompagnement de la Commune d’El Maizal et de l’Union Communale, ont organisé la réoccupation des terres Negro Miguel situées à Buria, municipalité de Simón Planas, État de Lara. Le président de l’INTI, David Hernandez, le maire de la municipalité, Gian Ortiz, ainsi qu’une délégation de parlementaires de l’Assemblée nationale ont assisté à cette activité. Avec plus d’une centaine de membres de la communauté, ils ont procédé à l’inspection des terres de la ferme, pour planifier la politique de soutien gouvernemental en vue de récupérer leur productivité.

Cette terre de 1200 hectares avait été occupée en 2015 par l’Axe Communal Negro Miguel, compte tenu de l’état d’abandon dans lequel l’avait laissée l’administration de la Corporation Alimentaire Vénézuélienne (CVA).Quelques membres de l’organisation communale elle-même qui occupait l’espace depuis 2015, ont fini par détourner l’identité sociale du projet, en démantelant la ferme et en la ramenant à une situation d’abandon. Face à l’inquiétude suscitée par l’état actuel de l’unité de production, par ailleurs menacée de privatisation, la réoccupation des terres a été décidée par les paysans et communard.e.s pour relancer les processus organisationnels, productifs et politiques de la commune, et travailler à la formation de la Cité communale.

« Et nous revînmes aux terres de Buria« , reportage de @TatuyTv, coproduit par la @ComunaElMaizal et la @UnionComunera (Venezuela, 2021). VO (ESP) sous-titrée en français par Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/22/et-nous-revinmes-aux-terres-de-buria/

La vision stratégique de la grande mission AgroVenezuela

Par Clara Sanchez

Des chercheurs, universitaires et familles andines travaillent sur des stratégies pour réorienter les choix alimentaires vers la production paysanne. Photo : Ministère du Pouvoir Populaire pour la Science et la Technologie 

“…Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution”  

Hugo Chavez, lors de la présentation du Rapport et Compte-Rendu à l’Assemblée Nationale 

La Grande Mission Agro Venezuela a vu le jour le 25 janvier 2011 à l’initiative du Président Hugo Chavez et a été lancée depuis l’Unité de Propriété Sociale Agricole “La Productora, dans la Municipalité d’OSPINO, Etat Portuguesa dans le but d’assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays. 

Une mission hautement mobilisatrice 

Depuis sa création, cette Grande Mission est devenue une organisation hautement mobilisatrice, prenant une “nouvelle impulsion, un nouvel élan, les 3 R de la Révolution Bolivarienne » (1) ; elle a commencé par “l’enregistrement de tous et toutes les Vénézuélien(ne)s ayant la possibilité de produire des aliments et affiche, entre autres, “347 points tricolores” sur tout le territoire national.  

A son premier anniversaire, la Mission comptait déjà avec 682.125 inscriptions (2) (586 789 agriculteurs vénézuéliens inscrits lors de la première phase –mai, juin, juillet, août 2011- et 95 336 lors de la deuxième phase –septembre, octobre, novembre et décembre 2011- dont 4028 sont devenus délégués et parmi ces derniers, 1 007 ont été élus dans 1 030 assemblées qui s’étaient déjà tenues quand le Président a annoncé le démarrage de la deuxième année de la Grande Mission Agro Venezuela au début de 2012 (3) ; il a déclaré :  “nous nous engageons à accroître la production agricole, l’élevage, la production agropastorale (…), piliers de notre nouveau modèle de développement, l’économie productive, l’économie sociale”, afin “ de faire un grand saut qualitatif et quantitatif dans la production agricole” (4) ; pour cela, il a créé l’Organe Supérieur qui devait permettre une meilleure coordination entre toutes les entités étatiques pour sa conceptualisation, ses objectifs et ses tâches. 

Des résultats modestes 

Auparavant, le 13 janvier 2012, dans son Rapport et Compte-Rendu présenté à l’Assemblée Nationale, le Président Hugo Chavez a déclaré : “Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution, (…) cet effort et ces modestes résultats, nous devons les utiliser comme base pour exiger un engagement national et pour cela, nous prenons plus d’initiatives chaque jour, nous travaillons plus efficacement pour continuer à augmenter a production nationale”. (5)

Au sujet des modestes résultats obtenus, il a annoncé que sur 47 produits agricoles, 39 avaient vu s’accroître leur superficie de culture et leur production par rapport à 2010 : la production de riz a augmenté de 6%, celle des haricots de 17%, celle du coton de 21,9%, celle du café de 2%, celle du cacao de 9%, celle du tournesol de 23%, celle du lait de 7%, celle du poulet de 8%, celle du porc de 26%, celle des œufs de 26% et celle de viande bovine de 6%, ces chiffres prouvant les progrès réalisés ;  dans la production de maïs, une diminution de 17% a été constatée bien que la superficie ensemencée ait augmenté de 397ù en raison de pluies abondantes qui ont gravement affecté les récoltes. 

Parmi d’autres résultats, on peut noter la création du programme d’agriculture urbaine, dont le nom initial, Agro Ciudad, a ensuite cédé la place à l’actuel “Pouvoir Populaire pour l’Agriculture Urbaine”. 

Une mission hautement stratégique 

Depuis notre espace, Nourriture et Pouvoir”nous avons donc mis l’accent sur le fait qu’au Venezuela le système agroalimentaire doit être considéré comme hautement stratégique et nous saluons la proposition de constitutionnalisation de la Grande Mission Agro Venezuela ; mais que signifie concrètement “hautement stratégique” ? 

En 2012, le Président Chavez a fait la lumière sur ce qu’il avait compris lui, en tant que chef d’état : “ c’est une secteur-clé pour la souveraineté alimentaire, pour l’Indépendance nationale”. (6)

La stratégie déployée consiste à garantir les besoins vitaux de la nation, ce qui, pour le Venezuela, signifie “atteindre la souveraineté alimentaire pour assurer le droit sacré du peuple à l’alimentation” (7) tel que décrit dans le Plan de la Patrie 2019-2025, dont le premier Grand Objectif Historique est l’Indépendance nationale.

En 2011, le Président Hugo Chavez lance la Grande Mission Agro Venezuela. Photo d’archive 

C’est donc pour sa propre sauvegarde que le pays s’engage dans ces actions, en essayant d’annuler ou de réduire les conséquences négatives découlant de desseins hostiles (la chute du prix du pétrole ou de sa production, mais surtout du blocus et des mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis et ses alliés), en prenant les initiatives nécessaires pour canaliser le développement et la construction du pouvoir national, qui pour la Révolution Bolivarienne doit être un modèle alternatif de développement socialiste garantissant le “bien vivre” à sa population. 

Ceci en tenant compte du fait qu’à partir de 2014, lorsque le conflit ouvert avec les Etats-Unis a été dévoilé, conflit qui augmente ou baisse d’intensité à différents niveaux depuis qu’il a été déclenché, il a fallu introduire des mesures énergiques et durables dans le système agroalimentaire national, c’est-à-dire exploiter tout son potentiel en temps de paix –en admettant que cette situation de siège, de guerre non conventionnelle puisse s’appeler paix-, afin de préciser une politique nationale permettant d’anticiper ou d’affronter les périodes de crise, voire de guerre, qui avant ce jour n’étaient pas considérée par la société comme quelque chose qui pouvait vraiment arriver au Venezuela. 

Je veux parler du blocus contre la nation et de la menace constante d’intervention militaire de la part de la première puissance mondiale, dans lequel la nourriture devient un enjeu national vital car la survie même de la nation dépend de sa garantie ; la population étant le facteur de puissance d’une nation le plus important à protéger. 

Par conséquent, le Plan de la Patrie fait partie d’une planification générale et la Grande Mission Agro Venezuela est l’instrument de mise en œuvre qui permettra d’atteindre l’objectif 1.4 de ce Plan. 

C’est en partant de là que toutes les forces doivent se coordonner pour une politique de défense permettant de résoudre un problème d’importance stratégique : la vulnérabilité de la Révolution Bolivarienne devant la nécessité de nourrir de manière autonome ou au moins en quantité suffisante la population ; bien que de gros efforts aient été faits dans ce sens de 2000 à 2014 et malgré le fait que certains secteurs nient que les meilleurs résultats de la hausse des indicateurs nutritionnels de la population et de de la production nationale à des niveaux historiques aient été obtenus au cours de cette période, la réalité concrète est que cette hausse s’est produite dans un contexte totalement différent de celui d’aujourd’hui, avec un effondrement évident au cours de l’année 2014 qui, je le répète, était dû à la chute brutale du prix du pétrole, fait don certains analystes ne tiennent pas compte. 

Objectif : protéger la population 

Au sujet de l’annonce faite par le Président Nicolas Maduro sur la relance de la Grande Mission Agro Venezuela (8) avec la mise en œuvre d’un processus contribuant à l’élaboration collective de son redémarrage, nous considérons, depuis notre espace, que la participation de l’ensemble du système agroalimentaire est indispensable. 

Pour le dire plus clairement, “tous les facteurs ou éléments tangibles et intangibles qui impliquent le peuple et le gouvernement, ainsi que le public et le privé” (9) ; ou, pour paraphraser Chavez, “le communal ou le direct, l’Etat ou l’indirect, ou le mixte Etat-Privé, mais aussi l’Etat-Pouvoir Communal doivent œuvrer en vue de la formation d’un pouvoir national dont le but ultime n’est pas juste de renforcer la production alimentaire nationale, mais de préserver le facteur population, en particulier celui qui est touché au quotidien par la pénurie alimentaire en plein milieu du blocus et de la pandémie COVID-19. 

Car le blocus et les mesures unilatérales ont non seulement rendu difficile l’obtention de la quantité d’engrais nécessaire pour les semailles, mais sont aussi utilisés comme instrument de spoliation des Monomères Colombo-Vénézuéliens ou de diminution de la production de Pequiven (10) , au grand préjudice de la population vénézuélienne que l’on veut faire mourir de faim, même si cela entraîne des souffrances plus grandes encore pendant des mois et des années, tous ces moyens étant utilisés par les Etats-Unis pour parvenir au changement de régime qu’ils veulent obtenir. 

A l’heure actuelle, l’insuffisance alimentaire atteint 31,4% de la population du Venezuela (11), son augmentation étant proportionnelle au nombre de mesures coercitives unilatérales ou des actions menées par les Etats-Unis et leurs alliés, dont le blocus imposé à la nation, contre ses actifs, ses biens, ses ressources, ses habitants, ce afin d’atteindre leur objectif, la nourriture leur servant d’arme de guerre. 

C’est pour cette raison que certains ont affirmé qu’il était inutile d’augmenter la production nationale dans une perspective purement économique si l’objectif transversal n’est pas de nourrir en priorité l’ensemble de la population vénézuélienne, ce qui équivaudrait à réduire sa vulnérabilité et à obtenir une plus grande liberté d’action en parallèle du développement des forces de production susceptibles de réduire les attaques constantes contre la nation depuis l’étranger. 

Le Président Nicolas Maduro a relancé la Grande Mission Agro Venezuela dans le contexte du blocus américain contre le Venezuela. Photo : archives 

D’une part, on veut “faire mourir la population de faim” ce qui déclencherait une flambée de violence contre le gouvernement national, d’autre part on accuse constamment la révolution bolivarienne au niveau international comme seule responsable de l’augmentation de la pénurie d’aliments tout en empêchant l’accès du pays au commerce mondial pour acquérir des denrées alimentaires, des intrants ou des matières premières au moyen du blocus et d’autres mesures. 

Prenons l’exemple de l’Argentine qui “produit de la nourriture pour 400 millions de personne” d’où son surnom de “grenier du monde” ou plus récemment de “supermarché du monde” alors que sa population souffre de restrictions à l‘accès à cette nourriture en raison du manque de ressources économiques qui a augmenté de manière exponentielle ces dernières années, touchant actuellement 35,8% de la population ou –ce qui revient au même- environ 15,8 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire modérée à sévère, 11 millions de personnes mangeant, en ces temps de pandémie, dans des cantines ou des soupes populaires ; 3,5 millions d’entre elles sont des enfants (12) ; pourtant ce pays ne connait ni sanctions, ni blocus, ni siège. Mais juste un système agroalimentaire principalement contrôlé par de grandes transnationales de l’alimentation et de l’agro-industrie pour lesquelles la nourriture n’est qu’une marchandise à laquelle seuls ceux qui peuvent la payer ont accès ; système qui ne peut ni ne doit tolérer la viabilité d’un nouveau modèle de production comme celui du Socialisme Bolivarien. 

Par conséquent, tous les acteurs et circuits du système agroalimentaire vénézuélien doivent être inclus dans la Grande Mission Agro Venezuela à tous les niveaux d’articulation, de contrôle et de responsabilité tout en donnant de l’importance aux comportements alimentaires comme moyen d’élargir ce système à un niveau supérieur, comme l’a fait la Grande Mission Venezuela à ses débuts en 2011. 

Dernières réflexions 

En résumé, étant donné que le système alimentaire est une composante du pouvoir national, que c’est par ce biais que l’autosuffisance agroalimentaire peut être atteinte, autosuffisance qui représente pour la Révolution Bolivarienne la souveraineté alimentaire, augmenter la production signifie en accroître la disponibilité, mais aussi l’engagement des politiques nécessaires pour assurer à la population un accès opportun et permanent aux aliments ; en particulier à celle qui dans l’immédiat est le plus affectée par la pénurie alimentaire et, pour cela, il faut prendre des mesures fermes avec la Grande Mission Agro Venezuela, susceptibles de briser le statu quo d’une configuration de relation de dépendance depuis une position périphérique de subordination du système agroalimentaire vénézuélien au restant du monde, aux transnationales et d’une condition fortement oligopolisée, tout en évitant de se laisser happer par un cycle de privatisation, de dénationalisation, d’oligopolisation et de transnationalisation dans lesquels peut tomber l’exploitation des terres cultivables elle-même. 

Par conséquent, l’utilisation rationnelle des ressources naturelles (terre, eau, pétrole, gaz et biodiversité) doit être prise en compte en toute connaissance de cause du scénario actuel et de la concurrence internationale pour accaparer ces ressources dont le Venezuela est un réservoir très attrayant pour les grandes multinationales. C’est une question primordiale, en lien avec d’autre facteurs déjà considérés comme la science et la technologie, avec tous les circuits et à tous les niveaux, pas seulement dans le domaine de la génétique, mais aussi dans le domaine de l’innovation, des usines et des pièces détachées, des machines et des instruments agricoles, des modèles alimentaires nationaux ou des engrais, grâce à l’expérience et aux connaissances ancestrales et au savoir-faire populaire ; sans oublier la géographie, les caractéristiques du territoire, l’armée et, facteur essentiel, la population qui a une importance stratégique dans la géopolitique. 

Car c’est elle qui en termes de quantité comme de qualité, en plus de son caractère et du niveau de son moral, a les capacités humaines nécessaires pour continuer à se battre, à vivre et à se reproduire pour le travail, le développement de son intelligence qui lui permettront de dépasser les niveaux élevés d’enseignements requis par la science et la technologie et qui mèneront à la réalisation des objectifs de la Révolution Bolivarienne, du Socialisme Bolivarien, de l’Indépendance Nationale, de la Souveraineté Agroalimentaire, dans la cadre d’un nouveau modèle de développement alternatif. 

Clara Sanchez est chercheuse, ingénieure agronome, Master en Stratégie et Politique. Elle publie des articles de recherche et d’anayse dans le domaine de l’alimentation et tout ce qui en dérive, sur son site ”Nourriture et Pouvoir”.  

Notes :

[1] (Instituto de Altos Estudios del Pensamiento del Comandante Supero Hugo Rafael Chávez Frías, 2011) Intervención del Comandante Presidente Hugo Chávez en Consejo de Ministros. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de http://www.todochavez.gob.ve/todochavez/277-intervencion-del-comandante-presidente-hugo-chavez-en-consejo-de-ministros

[2] 586.789 Agrovenezolanos registrados en la primera fase (mayo, junio, julio, agosto de 2011) y 95.336 en la segunda fase (septiembre, octubre, noviembre y diciembre de 2011).

[3] En febrero del año 2012. Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[4] (MinAgricultutaVe, 2012) Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[5] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[6] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[7] (Ministerio del Poder Popular para la planificaión, 2019) Plan de la Patria 2019 – 2025. El futuro es hoy. Recuperado el 10 de 08 de 2020, de http://www.mppp.gob.ve/wp-content/uploads/2019/04/Plan-Patria-2019-2025.pdf

[8] (Nicolás Maduro, 2020) Miércoles Productivo. Recuperado el 02 de 08 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=4u2ASVmBbVI

[9] (Sánchez, Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional, 2016) Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional. Buenos Aires, Argentina: Instituto de Enseñanza Superior del Ejército.

[10] (Gobierno Bolivariano de Venezuela, 2020) Gran Misión AgroVenezuela. Resumen ejecutivo. Caracas.

[11] (FAO, FIDA, UNICEF, PMA y OMS, 2020)The state food security and nutrition in the world. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de TRANSFORMING FOOD SYSTEMS FOR AFFORDABLE HEALTHY DIETS: http://www.fao.org/3/ca9692en/CA9692EN.pdf

[12] (El Economista, 2020) Arroyo aseguró que más de 11 millones de personas están recibiendo asistencia alimentaria. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de https://eleconomista.com.ar/2020-04-arroyo-aseguro-que-mas-de-11-millones-de-personas-estan-recibiendo-asistencia-alimentaria/

Source originale: https://alimentosypoder.com/2020/09/11/lo-estrategico-de-la-gran-mision-agrovenezuela/

Traduction : Frédérique Buhl pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/09/la-vision-strategique-de-la-grande-mission-agrovenezuela/

Classe III de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : sur le montage de documentaires paysans

Comment monter des documentaires sur les mouvements paysans sans utiliser les recettes technico-industrielles ? Dans cette troisième classe de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez », le Professeur Miguel Escalona, monteur de nombreux documentaires de la chaîne paysanne Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision (EPLACITE) propose quelques pistes de travail hors du champ comercial, à partir d’une méthodologie basée sur la compréhension du temps intrinsèque du matériel filmé et de la connaissance profonde du point de vue paysan.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous aussi pouvez l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/09/27/classe-iii-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-sur-le-montage-de-documentaires-paysans/

Alto Apure, victoire paysanne (Terra TV)

Le documentaire s’ouvre sur le « courtois » dialogue de sourds entre les « héritiers » des terres abandonnées et les paysans qui veulent les faire produire. Les premiers sont obligés de négocier avec les seconds qui ont commencé à délimiter leurs parcelles à force de marches épuisantes dans les marais. Reflet d’un rapport de force qui, ici, dans l’Alto Apure, a basculé en faveur des paysans grâce à la révolution bolivarienne… Dans l’ensemble la lutte initiée sous l’impulsion des mouvements paysans et du volontarisme agraire du président Chavez reste difficile. Le 8 août, le président Maduro a de nouveau exigé des Forces Armées qu’elles protègent les paysans et a exigé un rapport sur les 370 paysan(ne)s assassiné(e)s par les grands propriétaires en vingt ans de lutte pour la terre.

La genèse de ce film produit par une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne, Miguel Escalona) pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias », et coproduit par la Coordination paysanne CRBZ (Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora), est narrée ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/10/22/vivre-le-venezuela-3-au-pays-du-bucheron-perdu/

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5ze

« Commune Las Lomas. Les raisons d’un peuple » (Terra TV)

Terra TV transmet depuis Villa Nueva dans l’état de Lara, Venezuela. Dans ce deuxième épisode de la chronique communale de Betzany Guedez, le collectif révolutionnaire Argelia Lara raconte comment il s’est organisé pour mener à bien le sauvetage des terres abandonnées par des entreprises publiques ou des propriétaires privés. Il appelle à mettre fin aux intimidations de pouvoirs régionaux afin de pouvoir travailler pleinement en vertu de la Loi des Terres et pour la souveraineté alimentaire du Venezuela.

Montage : Miguel Escalona. Durée: 17 minutes. Production: Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela, novembre 2019.

Le champ médiatique qui surplombe aujourd’hui les champs universitaire et journalistique, fixe les obligations de recherche ou de réponse. Le temps médiatique a peu à peu remplacé le temps politique, menant la majorité des occidentaux a une inintelligence du monde. Nous sommes responsables de n’avoir jamais voulu démocratiser la propriété des médias, ni défendre et multiplier un authentique service public, ni protéger un enseignement journalistique des forces du marché, ni repenser une autre forme de “réseaux sociaux”. Le temps de l’Histoire, celui des peuples, continue.

Répondre sans cesse aux mensonges chaque jour plus grotesques du champ médiatique durera des siècles si nous ne construisons une hégémonie de médias au service des citoyens face à celle, actuelle, de grands groupes privés et de leurs actionnaires, bref : si nous ne sommes pas capables de développer notre propre agenda. La tactique doit céder le pas à la stratégie. Le journaliste ou le militant ne peut que rester en surface s’il ne s’immerge pas dans la pensée populaire. C’est-à-dire s’il ne récupère pas le temps perdu qui seul permet de cultiver la relation morale avec l’Autre social comme base de l’information. Être sur un pied d’égalité avec l’Autre, loin du marché thématique qui pousse subtilement à gommer l’Histoire pour individualiser des « objets humains ».

Prendre ce temps, c’est ce que fait Betzany Guedez , réalisatrice et formatrice de Terra TV, dans cette commune vénézuélienne née sur les hautes collines d’une ancienne “corporation publique du café” si mal gérée que les paysan(ne)s ont décidé de se l’approprier, en vertu de la Loi des Terres. Les médias privés les traitent d’envahisseurs pendant que les mafias agraires utilisent des corps régionaux de sécurité pour les intimider et les chasser de leurs terres. Les mots d’un paysan donnent une belle définition de ce que serait un média au service du peuple : “notre but est de produire des aliments pour satisfaire les besoins de la population la plus proche”.

Photos ci-dessous : pendant ce temps, à un autre bout du pays, dans l’état de Barinas, Betzany Guedez et Jorge Henriquez de TERRA TV donnent un atelier de réalisation aux étudiant(e)s autogestionnaires de l’Institut Agroécologique Latino-américain “Paulo Freire” (IALA). Ce futur noyau de production audiovisuelle est une réponse à leur demande de visibiliser toutes leurs activités et tous leurs efforts pour maintenir l’école en vie.

T.D. Caracas 13 novembre 2019

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-52e

Vivre le Venezuela (3) : au pays du bûcheron perdu

par Thierry Deronne, Alto Apure, Venezuela, octobre 2019

« Nous n’avions pas de terres mais ici nous pouvons offrir un futur à nos enfants. C’est ce qui nous a motivées à participer en tant que mères. Ils ne tomberont pas malades comme dans les villes. Ici, ils apprendront à partager, à être humbles et respectueux » raconte Maria. « Ouiiii ! Ouiiii !» font les machettes qu’on affûte sur la pierre plantée entre deux churuatas, cabanes en forme d’étuves, faites de palmes, planches, zinc et bambou. L’une sert aux paysan(ne)s de salle de réunion et de dortoir, l’autre de cuisine. « C’est dans cette casserole qu’on a cuit le poisson ? » « Oui, ne jette pas l’eau ! » Hommes et femmes de garde travaillent sans relâche à nourrir le collectif. A cheval ou à pied, paysan(ne)s et fonctionnaires de l’Institut National des Terres – qui sont ici des alliés – vont et viennent du camp de base à la terre en friche pour démarquer les lots assignés aux 107 familles. Après quinze ans d’attente, chaque agriculteur aura droit à neuf des 1200 hectares abandonnés. « 10% au moins de la zone restera vierge pour préserver la biodiversité » précise un des ingénieurs de l’Institut des Terres. Erigé il y a dix mois au cœur de l’Alto Apure, le campement « Hugo Rafael Chavez Frias », témoigne d’une grande force d’organisation et d’une grande patience…

« Au début nous avons marché, marché beaucoup, partout, pour retrouver les chemins. Tout était recouvert par l’herbe et la forêt. La lutte a été longue. En 2000 quand Chavez a encouragé les paysans nous avons pris la terre mais on nous a demandé de suivre la voie légale. En 2006, en 2014, à chaque occupation, nous sommes restés sans réponse de l’Institut des Terres. Et puis nous nous sommes regroupés ici, en 2019. Il y a eu des nuits où nous devions dormir debout car la pluie avait inondé le campement. Qu’est-ce qu’on a ri, la nuit où le toit de plastique s’est troué, et a douché José de la tête aux pieds ! Quand une compagne a senti un serpent dans son sac de couchage, elle a failli déchirer le hamac ! Il y a des jours où on ne peut pas même boire un café, il n’y a que du pain et de l’eau. De six à neuf heures du soir, nous sommes mangés par les moustiques. A l’aube ils reviennent, ils te rendent fou ! Celui qui n’a pas l’habitude part en courant. Mais nous sommes des paysans. Nous aimons travailler la terre. Nous aimons travailler ensemble ! Avoir sa parcelle, c’est le rêve ! Pouvoir cultiver ses bananes, ses haricots, connaître de nouveaux amis ! Heureusement sous le gouvernement révolutionnaire, cela nous est permis, et grâce à Dieu aussi, car pour nous ce serait impossible d’acheter un lopin. Nous avons formé des groupes armés, pour nous défendre, des équipes pour la cuisine, le bois, l’eau. Et maintenant le toit ne laisse plus passer la pluie. »

« Qui vient avec nous ? » « On se rejoint au fleuve ? ». La vase des étangs, les sentiers oubliés, les friches d’herbe se réveillent à l’aube sous les bottes pressées. Les lames se fraient pendant des heures un chemin dans la forêt de ronces et de roches. Parfois un écho poursuit les pionniers : le bûcheron perdu, un fantôme qui coupe des arbres et qu’on ne voit jamais. Mais rien, ni les trombes de pluie ni les sangsues, n’arrête les trois arpenteurs de l’Institut National des Terres qui s’enfoncent dans les rivières en crue, GPS au-dessus de la tête, et qui se sont engagés à rester sur place tant que la dernière parcelle ne serait pas démarquée. L’après-midi, un groupe électrogène leur permet de transcrire les relevés. Un Etat au service des paysans, des fonctionnaires travaillant et dormant sous le même toit : une fraternisation dont Chavez avait rêvé.

La pointe des machettes tatoue sur la boue séchée les futures parcelles de cacao, maïs, banane plantain, haricots, ail, potiron, tomate, tubercules – ocumo, manioc –, citron, avocat, abricot, noix de coco, goyave et pourquoi pas, ici ou là, dans les marécages, un élevage de buffles, pour la viande et le fromage. Les très poissonneux étangs et le fleuve Uribante sont proches. « Ce que nous voulons, c’est produire. Pas seulement pour nous, mais pour vendre au prix juste à la population voisine, dans les grandes villes, dans les marchés populaires, et pourquoi pas pour exporter. » Juchés sur une estrade de terre, sous les branches d’un guarataro del llano, malgré la fatigue et entre deux averses, les dirigeants locaux et ceux de la Corriente Revolucionaria Bolívar et Zamora ont réuni l’assemblée. La Corriente est forte d’une expérience avancée de pouvoir populaire : elle a organisé près d’ici une vaste cité communale (1). Elle peut donc conseiller les défricheurs: « Sur d’autres terres récupérées nous nous sommes entraidés en offrant trois jours de travail les uns aux autres. Il y en a qui sont venus en rêvant de négoces, mais sont vite partis quand on leur a parlé de socialisme et de révolution. Chaque parcelle est le fruit de la lutte, pas question que certains revendent la leur. Nous voulons travailler pour nourrir le peuple. Pas comme ceux qui émigrent vers des pays voisins parce que la télévision leur dit qu’on y gagne plus d’argent, et qui s’y font exploiter à mort » explique Ovidio.

L’auteur avec Betzany Guedez formatrice et réalisatrice de Terra TV et sa fille. Campement « Hugo Rafael Chavez Frias », Alto Apure, Venezuela, octobre 2019.

Un homme et une femme bien habillés débarquent en 4X4. Ils assistent à l’assemblée, en retrait, visage tendu, lèvres serrées pendant l’hymne national. « Nous sommes les héritiers de ces terres, nous avons les preuves, on ne nous a pas informés de ce qui se passe ici ». « Mais où est votre titre de propriété ? » interrogent les paysans. « Nous n’avons pas eu le temps de le photocopier ». Quand on leur rappelle poliment que l’Institut des Terres a tranché en faveur de ceux qui veulent semer (2), les « héritiers » menacent : « Nous avons de la famille dans le gouvernement.» Après leur départ, un paysan analyse : « Ils parlent d’héritage mais que signifie ce mot puisqu’ils ont abandonné ces terres ? Pour en hériter, il faudrait les mériter comme nous qui les avons assez aimées pour les travailler ». Faut-il prendre au sérieux ces personnages de telenovela ? Peut-être ne sont-ils venus que pour quémander une parcelle, dans leur défaite ? Mais ailleurs les terratenientes continuent à régner à coups d’assassinats. Les médias privés – majoritaires au Venezuela – traitent les paysans d’« envahisseurs », justifiant la violence. Cinq compagnons et une compagne sont encore tombés, le 27 juillet, sur la route de Ticoporo, d’une balle paramilitaire dans la nuque. (3)

Ici, aux croisements des états du Tachira, d’Apure et de Barinas, tout le long de la frontière avec la Colombie, la souveraineté du Venezuela vacille : le peso colombien a remplacé le bolivar. Le satellite diffuse les télés colombiennes. Aux trafics en tout genre – billets de banque, drogue, essence -, s’ajoutent les effets du blocus impérial: centres de santé sans médicaments, réseaux sans électricité, machines agricoles sans pièces de rechange. Les paysans s’organisent pour résister à la guerre économique, aux menaces des mafias agraires, et, parfois, aux maires, gouverneurs, fonctionnaires « chavistes » qui renouent avec les pratiques politiques dénoncées par Chavez. « Nous soutenons à fond le camarade Nicolas Maduro. Un autre gouvernement nous aurait déjà tous massacrés. Mais s’il ne secoue pas l’Etat…  s’il continue à négocier… »

A chaque pas, la lutte révolutionnaire affronte de nouvelles contradictions. Au Venezuela le modèle urbain, celui du grand exode post-boom pétrolier, a généré de curieux hybrides. Comme nous ne sommes ni à la campagne ni dans de vraies villes, la délinquance tend à remplir le vide d’identité sociale. Alors, quand naîtra cette commune paysanne ? Quel sera son visage ? On n’y a pas encore vraiment réfléchi. On attend que l’Etat remplisse sa fonction : électricité, internet, la route surtout… « Sur les terres nous avons réservé une aire pour un terrain sportif, une école, un centre de santé, une église car ici nous respectons le credo de chacun, et puis, nous aimerions bénéficier d’une Mission du Logement paysan ».

Pour les vétérans de la Corriente, le point crucial est d’organiser au plus vite la production, en évitant les dérives commerciales, et la formation. « Pour éviter de vendre tous nos légumes en Colombie, nous devons créer un espace commun de travail. Il faut développer la vie collective du projet, et démontrer au gouvernement que c’est la meilleure alternative. Penser « commune » avant lopin. Dans une commune, un secteur peut produire de l’engrais pour tous les autres, par exemple. Vous vous souvenez de la Commune « Brisas de Caño Amarillo », quand on leur a dit que c’était impossible de cultiver 30 hectares sans machines ? Ils ont récolté à la main et tout transporté jusqu’à la mairie ! C’est ce genre d’expériences que nous devons transmettre. Et que nos futures assemblées soient comme les premières, comme des retrouvailles… et plutôt que de répéter mille fois « commune, conseils communaux… », regardons comment a fonctionné réellement l’auto-gouvernement en pleine crise économique. Pour ne pas décevoir ceux qui viendront à l’assemblée, il faut leur dire ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. »

Sous les discussions et les rires percent les motos, le ruminement intime des chevaux, le bras de fer asthmatique de la pompe à eau, les infatigables oiseaux, singes araguatos, grenouilles, d’une infinité à l’autre de ces terres où chaque famille rêve de construire son rancho. Bientôt viendra l’heure de semer, d’attendre la pluie. « Et qu’elle ne soit pas trop forte

T.D.

Ci-dessous: octobre 2019, une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne) réalise un documentaire pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias ». Surmontant une mauvaise fièvre, l’amie Danilsa, une « commandante » de la « ciudad comunal », est venue de Chorrosquero, avec dans son sac, le livre que j’avais publié en 2009 chez l’éditeur bolivarien Manuel Vadell, à Caracas : « Dix propositions pour créer une télévision socialiste ». Il y a douze ans, avec une équipe de la télévision publique Vive TV, nous étions déjà venus ici pour former au langage de la caméra des militant(e)s de la Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora. La ville communale a bien grandi, et ses défis aussi.

Lire les récits précédents : « Vivre le Venezuela » (1) https://wp.me/p2ahp2-4rZ et “Vivre le Venezuela” (2) https://wp.me/p2ahp2-4su

Notes :

  1. Site de ce mouvement social :http://www.crbz.org/

  2. Lorsque des paysans réclament le droit de semer des terres abandonnées, l’Institut National des Terres (https://twitter.com/INTi_Venezuela ) inspecte le domaine et le cas échéant, publie un avis d’abandon pour que l’éventuel propriétaire puisse faire valoir ses droits à la défense. S’il ne se manifeste pas, la loi dit que la terre doit être remise aux paysans en vertu du droit de la population à la souveraineté alimentaire.

  3. Voir http://www.crbz.org/masacre-en-barinas-contra-militantes-revolucionarios-comunicado-de-la-corriente/ et http://www.crbz.org/intervenciones-en-los-actos-homenajes-a-ls-martires-de-ticoporo/

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