Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

DRCIuHyX0AAFi11Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

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Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source : http://www.mst.org.br/2017/12/14/mst-repudia-acao-de-despejo-no-acampamento-hugo-chavez-no-para.html

Traduction : T.D.

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Urgent : appel à la solidarité contre les expulsions forcées des campements des travailleurs sans terre au nord du Brésil

Chers compagnons,

Une attaque agressive est menée contre les paysans sans terre du MST dans l’Etat de Pará, au nord du Brésil.

Les grands propriétaires fonciers ainsi que les autorités judiciaires locales, les grands médias et la police militaire brésilienne ciblent les campements du MST dans tout le pays.

2.000 familles paysannes vivant dans 20 campements situés dans l’Etat du nord de Pará risquent d’être violemment expulsées d’ici à la fin de l’année

Lundi (11), un commando  armé a attaqué le campement Hugo Chavez. Sept hommes lourdement armés – une «sécurité privée» illégale engagée par les grands propriétaires, ont fait feu sur des paysans désarmés, y compris des femmes et des enfants.

L’ordonnance judiciaire d’expulsion des 300 familles vivant dans le campement Hugo Chavez a été confirmée pour demain par la police militaire (14). On s’attend à plus de violence, puisque les familles sont prêtes à résister.

L’escalade récente de la violence a lieu alors que le gouvernement brésilien continue de mettre en place et d’utiliser de lois régressives sur la propriété foncière, qui ont eu des conséquences dévastatrices sur les travailleurs agricoles sans terre et les déplacés.

Pendant l’administration du président non élu du Brésil, Michel Temer, le Mouvement des Sans Terre a été victime de niveaux accrus de violence étatique et de criminalisation contre nos membres

Face à l’escalade de la violence et de la répression, nous lançons un appel urgent à la solidarité internationale!

Envoyez une courte vidéo ou une déclaration de soutien et de solidarité aux familles MST du Pará à l’adresse e-mail suivante: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br!

PLUS IMPORTANT: ESSAYONS D’ARRÊTER L’EXPULSION DE DEMAIN ET CETTE MONTÉE DE LA VIOLENCE.

Ecrivez aux autorités officielles pour condamner les expulsions au Pará et demander la révision de l’ordre d’expulsion du Camp Hugo Chavez!

Envoyer un email aux adresses électroniques suivantes:

Président de la Cour de justice – Ricardo Ferreira Nunes: presidencia@tjpa.jus.br

Secrétaire d’État à la Sécurité publique – Jeannot Jansen da Silva Filho:segup.ascom@gmail.com

Secrétaire de l’État du Pará – Jose Megale Filho: casacivil@palacio.pa.gov.br

Bureau du médiateur agricole – Rosi Maria Gomes de Farias:ouvidoria.agraria@tjpa.jus.br

Juge agraire de Maraba – Amarildo Mazutti: Amarildo.mazutti@tjpa.jus.br

Ombudsman agraire national – Jorge Tadeu Jatoba: ouvidoria@incra.gov.br

Copie: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br

Avec votre solidarité et la pression internationale, les 2 000 familles campées de l’État de Pará espèrent passer Noël dans leurs maisons et sur leurs terres.

Conseil national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil www.mst.org.br – Collectif des Relations Internationales

Traduction : T.D.

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La ferme-centre de formation de Caquetíos : «la production agricole est la clé pour ne pas disparaître en tant que nation»

Avec une importante production d’oignons, entre autres, l’Unité de Production Sociale Agricole (UPSA) Caquetíos, souligne l’importance de la production pour la conquête de la souveraineté alimentaire du Venezuela. Tel est l’objectif exprimé par les travailleurs de cette ferme aux journalistes de Ciudad Barquisimeto, « il ne s’agit pas simplement de mettre le produit sur le marché, mais aussi de reproduire des semences pour les donner à d’autres producteurs ».

Leonardo Herrera, l’un des responsables de la production, explique que les oignons qu’ils sont en train de planter viennent du Brésil. « Les graines sont amenées là par les camarades brésiliens du Mouvement sans terre, l’idée étant de planter des oignons pas seulement pour obtenir un produit frais, mais pour produire des graines ; en ce moment nous sommes en plein processus de la germination des graines ».

Avec cette procédure, les producteurs de Caquetíos, assurent que les différences entre une économie capitaliste et une économie socialiste sont démontrées. Dans le premier cas, les entreprises sont isolées et cachent les graines pour maintenir un monopole sur un produit, en profitant de la concurrence ; dans le second, les entreprises sociales travaillent en étroite collaboration pour que le progrès de l’une serve d’exemple aux autres. Ils expliquent que de meilleurs produits atteignent la population et ainsi le bien-être des personnes est au-dessus des intérêts particuliers des producteurs.

SI NOUS NE PRODUISONS PAS, NOUS DISPARAITRONS EN TANT QUE NATION

Les producteurs disent que les techniques de production devraient être améliorées pour tirer le meilleur parti de la terre. Par exemple, Herrera explique que la population paysanne au Venezuela ne dépasse pas 13 pour cent et que seulement 7 pour cent produit. Avec un pourcentage si faible, il faut nourrir plus de 30 millions d’habitants, ce qui, selon lui, nécessite un meilleur travail de la terre et de meilleurs moyens agricoles de production.

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« Nous devons encourager les gens pour qu’ils se consacrent  à la production agricole, parce que si nous ne produisons pas, nous disparaîtrons en tant que nation », a-t-il dit, se référant aux allusions de nombreux analystes qui se plaignent de ce que la nourriture au Venezuela dépende de la stabilité ou de l’instabilité des autres pays exportateurs.

Bien qu’il y ait en ce moment une plantation d’oignons, les producteurs expliquent que leur travail ne se limite pas à la monoculture, mais à la diversité des cultures. La raison est double, fournir des produits variés aux consommateurs locaux et prendre également soin de la terre, car «en cas de monoculture, les épidémies créent une résistance, ce qui est très négatif. L’idée est d’avoir une production constante avec cultures différentes « .

Après l’oignon, UPSA entrera dans un nouveau cycle de production avec la coriandre et la ciboulette, entre autres.

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Le maïs autochtone d’origine indigène, sauvé et produit à Caquetíos

LES SOLS VENEZUELIENS

Dans de nombreuses parties du territoire national, la monoculture a été utilisée pendant de nombreuses années. Les raisons en étaient diverses, l’une d’entre elles étant que les sols vénézuéliens n’étaient pas de bonne qualité pour certains produits, de sorte qu’il fallait les importer. Contrairement à cette affirmation, Edson Bagnara, représentant du Mouvement sans terre (MST) a déclaré que les terres vénézuéliennes sont de haute qualité, déplorant que jusqu’à présent, elles aient été condamnés à la monoculture.

« Au Venezuela, il n’y a pas de problèmes de sols. Au Brésil, il y a des endroits où la terre est très bonne et où il n’y a pas besoin d’engrais, mais après des années d’utilisation, il faut utiliser les mêmes engrais utilisés dans le cas de mauvaises terres. Au Venezuela, c’est exactement pareil », explique le brésilien et ajoute que« le problème n’est pas la terre. Dans la nature, tout doit être organisé, la terre est amendée, il faut s’y consacrer de façon appropriée ».

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Edson Bagnara, coordinateur du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (www.mst.org.br) au Venezuela

Il a comparé la situation du Venezuela à celle du Cerrado Brésilen, où on disait qu’on ne pouvait rien y produire à cause de la qualité supposée médiocre du sol. Cependant, il explique que les meilleures cultures de soja ne sont pas dans les meilleures terres, mais dans le Cerrado où il ne pleut seulement quatre ou cinq fois par an. « On y sème du maïs en grande quantité pour exporter, c’est la preuve que le sol au Venezuela ne pose aucun problème », a-t-il réitéré.

IL FAUT PRÉSERVER LA MÉMOIRE AGRICOLE

Pour Bagnara, le vrai problème au Venezuela, c’est que la bourgeoisie a éliminé la culture agricole du peuple. « Il y a un énorme manque de motivation pour la production, parce qu’au Venezuela, intentionnellement, la bourgeoisie a effacé la mémoire agricole du peuple. La jeunesse ne ressent aucun sentiment pour la production héritée de génération en génération. Vous pouvez avoir les meilleurs sols, les meilleures semences et le meilleur système d’irrigation, mais s’il n’y a pas des personnes pour se charger de chaque processus, il n’y aura pas de production.»

Alexander Alayo, pour sa part, a rappelé que UPSA Caquetíos appartenait à la famille Sigala, mais plus tard, en 2008, elle a été récupéré grâce le commandant Chavez. Pour Alayo qui fait partie du groupe de soutien travaillant dans la UPSA, « le travail doit être fait avec soin, pour donner un traitement approprié au sol » et rappelle que le Venezuela souffre actuellement d’une attaque par ceux-là mêmes qui pendant de nombreuses années ont ruiné l’agriculture du pays.

Ils ont appelé d’autres producteurs à «croire dans le pays». Ils expliquent que les humains «peuvent vivre dans des grottes, sans églises, mais sans nourriture, ils ne peuvent pas vivre, la production est essentielle pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. L’appel est lancé aux producteurs et surtout aux jeunes pour sauver la culture du travail agricole ».

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Avec Carmen Meléndez, élue depuis gouverneure (chaviste) de l’ëtat de Lara

Alejandro Gil Rivero, pour CIUDAD BQTO, lundi 23 octobre 2017

Source : http://ciudadbqto.com/2017/10/22/upsa-caquetios-la-produccion-agricola-es-la-clave-para-no-sucumbir-como-nacion/

Traduction : FAL 33 (www.fal33.org)

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« Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela »

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Emma ORTEGA, agricultrice installée dans l’Etat d’Aragua, été élue le 30 juillet dernier comme députée pour le Secteur Paysans et Pêcheurs à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La télévision alternative Alba TV a eu l’occasion de discuter avec elle à propos l’importance de la Loi sur les Semences conquise par la Révolution, du quotidien des femmes paysannes au Venezuela et des difficultés que rencontre le gouvernement bolivarien dans la mise en place des conditions devant mener à la souveraineté alimentaire selon le modèle communal.

Les semences et les transnationales

Pour Emma Ortega, la Loi sur les Semences qui interdit les OGM et défend les semences autochtones « est non négociable », il faut profiter de l’Assemblée Constituante pour lui donner pleinement un rang constitutionnel « en raison de l’autonomie que représente pour le pays le fait de disposer de ses propres semences ». Selon elle, après l’engagement dans une politique orientée vers la préservation de nos semences avec la création d’instances comme l’Institut National de Recherche Agricole ou l’Institut National de Santé Agricole Intégrale (INSAI), le moment est venu de lever le rideau sur le fait que nous restons dépendants de sociétés productrices de semences capitalistes : « les transnationales sont présentes dans nos structures gouvernementales, ce qu’il faut dénoncer, car leur intérêt est de soutenir le modèle capitaliste et agro-industriel dans nos campagnes ».

Si notre politique agricole est basée sur l’agriculture verte, « il est indubitable que Monsanto reste dans les coulisses pour influencer nos décisions et c’est ce qu’il faut dénoncer, Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela. On nous dira probablement que nous ne disposons pas de substituts, mais nous les avons, ils sont là, connus de la population et des techniciens qui ne sont pas rivés à une politique agricole dans laquelle le paysan ne fait que fournir la matière première à ceux qui la transforment ».

La politique agricole appliquée jusqu’à présent est fragmentée, nous devons systématiser une agriculture qui n’aurait pas seulement à voir avec des kilos et des quintaux mais aurait un rapport directe avec les acteurs (trices) sociaux(ales), le processus de production et ses implications « .

C’est pourquoi il faut valoriser la vie des paysans et des habitants des campagnes, garantir leur entière sécurité -pas seulement physique mais aussi sociale – en leur offrant une infrastructure de soutien à la production agricole , »depuis des routes jusqu’à l’électricité, des centres de collecte, de transport, tout cela faisant partie des investissements devant être faits dans l’agriculture paysanne pour consolider les espaces qu’occupe la paysannerie ».

Malgré ces contradictions, Ortega fait remarquer que les étalages des rues des villes sont remplis d’auyamas (potirons), piments doux, de tubercules comme l’ocumo, la yucca, de poivrons et de tomates. « Une production existe dans le pays, la paysannerie est présente, ce sont les aliments liés à l’agro-industrie qui nous posent problème ».

Elle s’interroge sur le fait qu’au cours de visites dans des régions comme Calabozo dans l’Etat de Guárico, elle a observé qu’il s’y produit bien du riz, mais que celui qui est commercialisé est importé. « Se pourrait-il que notre riz soit mis en sacs importés et ainsi vendu plus cher? »

« Ils naissent à la campagne et meurent dans les villes »

Selon elle, les lacunes de notre politique agricole et le fait de ne pas offrir d’opportunités aux jeunes couples paysans favorise leur déplacement vers les villes où ils finissent attrapés dans les rets de la délinquance. Lorsqu’ils doivent s’éloigner à cause d’un conflit ou d’un délit qu’ils ont commis, ils se réfugient de nouveau à la campagne, dans des endroits dont ils connaissent la territorialité et comment s’y meut l’économie. Et ce sont eux qui pillent et violent, « ce sont des délinquants ruraux pour ainsi dire ».

« Je croyais que c’était nous, les femmes, qui étions les plus lésées, mais ce sont finalement les jeunes dont l’espérance de vie est de 24 ans à peine dans cette dynamique qui les fait naître à la campagne pour mourir dans la délinquance », dit Emma. Pour elle, la « Gran Mision Vivienda Venezuela » (Grande Mission Logement Venezuela) est admirable, bien que trop centrée sur les villes ; elle devrait aussi s’étendre dans aux campagnes à travers des programmes ruraux afin de remédier à l’exode des jeunes couples paysans.

« Quand les femmes vont de l’avant, aucun homme ne recule »

Ortega rappelle que la titularisation des terres est transversale à l’économie, le politique et le social, domaines dans lesquels les femmes sont théoriquement les premières concernées, mais la loi donne la priorité aux femmes chefs de famille, laissant en marge des milliers de femmes paysannes qui vivent en union libre; de fait ou consensuelle, car lors de l’enregistrement, c’est l’homme qui finit par devenir le seul titulaire des terres au vu de sa carte d’identité où il apparaît comme célibataire. Elle considère tout aussi nécessaire d’établir une titularisation commune entre l’homme, la femme qui travaille aux champs et leurs enfants.

Vidéo de l’entrevue intégrale :

Source : http://www.albatv.org/Monsanto-debe-empezar-a-hacer-sus.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Chronique de quelques semaines d’ateliers solidaires de permaculture au Venezuela

Depuis 2016, France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde (FAL 33) développe des projets de solidarité au Venezuela. Dans ce cadre, un groupe d’adhérents de l’association girondine et d’autres comités réalise un voyage solidaire du 4 au 22 août : ateliers de formation (réalisation audiovisuelle et permaculture) la première semaine et visite de projets la deuxième semaine.mapa-lara

Raiz Fuerte est un projet de ferme de production agricole qui fonctionne aussi comme une école en agro écologie et en organisation communautaire pour les paysans et petits producteurs des Etats de Lara, Falcon, Zulia, Vargas, Miranda, Yaracuy et du District Capitale. La ferme se situe dans la municipalité de Cabudare, à 15 minutes de Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela), il s’agit de l’UPSA (Unité de Production Sociale Agricole) Los Caquetios, du nom des populations indigènes qui habitaient la région. La ferme, qui compte 290 hectares, dispose de bâtiments pouvant accueillir une soixante de personnes en formation ; elle est administrée par  la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC) du Mouvement des Sans Terre du Brésil au Venezuela en coopération avec les travailleurs vénézuéliens. Le MST apporte son expertise en agro-écologie, en éducation populaire et organisation communautaire de paysans et producteurs.

Nous nous rendons directement depuis l’aéroport à la ferme Caquetios. Installation, repos, visite de Barquisimeto et une réunion avec l’équipe qui administre la ferme afin de voir les derniers détails de la semaine, occupent nos deux premiers jours. Vingt personnes travaillent aujourd’hui sur la ferme qui s’auto gère et s’auto finance (apport du MST et vente de la production). Dès le dimanche après-midi les participant(e)s commencent à arriver, de l’Etat de Lara mais aussi de Miranda, Trujillo, Barinas, Mérida, ou Falcon…

La ferme de Caquetios a lancé l’invitation aux organisations populaires avec qui elle est en relation dans le cadre de son action de formation. Cette année, le choix a été de travailler sur la problématique de l’eau et de mettre en place un espace dont le design a été réalisé en août 2016, lors d’un atelier similaire. Cet espace se trouve à l’entrée de la ferme, il s’agit d’une maison d’habitation (et de l’espace alentours, environ 200 m2) où vivent les personnes de la brigade du MST : Celia (en charge de la formation globale des projets au Venezuela) et Ricardo, technicien en agro écologie et responsable financier du projet ainsi que des vénézuéliens, Luisa –responsable du projet –et Lida sa petite fille de un an–  et Verana, responsable logistique et secrétariat. Nous retrouvons plusieurs personnes ayant déjà participé à l’atelier l’an dernier.

L’une d’elle est Goya, elle vient des montagnes de Sanare, à 45 km de Barquisimeto et appartient à la Fondation Argimiro Gabaldón, du nom d’un leader social défenseur des droits de l’homme des années 60’. La Fondation se consacre à l’éducation populaire, la culture, la production agricole bio et autre (production de tuile et de briques) ; elle a aussi un « Infocentre », dirigé par des paysans de la zone, qui se charge de la communication et de la formation technologique. Goya se charge de l’éducation populaire envers les enfants, et les adultes ; elle est accompagnée de Franklin, un jeune qui travaille à l’Infocentre.

Ils arrivent en retard car à quelques voitures devant le bus qui les amenaient, un bus a été attaqué par 4 jeunes hommes armés de pierre et de bouteilles qui ont obligé les gens à descendre pour ensuite mettre le feu au bus. Ils ont fait le bout de chemin qu’il manquait à pied. Goya est indignée, « ils détruisent des bus, un dépôt entier de bus a été brûlé, de la nourriture, c’est criminel », elle commente qu’un homme du bus, excédé a invité les autres personnes à maîtriser les attaquants, « qui peut croire qu’il s’agit de gens du peuple, il n’y a que la presse pour raconter de tels mensonges ».  Ce sont les dernières manifestations de l’opposition très affaiblie depuis le vote de la Constituante. « Avec la Constituante, c’est le peuple et la paix qui ont gagné, les « guarimbas », c’est fini, ajoute Flor, leader sociale du Conseil Paysan El Tamarindo de la commune voisine de Palavecino. L’Etat de Lara a connu des épisodes très difficiles comme lorsque Danny José Subero, ex-lieutenant de la Garde Nationale Bolivarienne a été roué de coups jusqu’à la mort par un groupe de terroristes de l’opposition. Elle confie qu’à plusieurs reprises, elle a eu très peur et s’est enfermé chez elle, « ici tout le monde me connait, alors je n’allais pas prendre le risque d’être immolée comme d’autres l’ont été, tout le monde sait que je suis chaviste ».

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Des participants jeunes et déjà dans la production agricole

L’atelier permaculture est donné par deux membres de France Amérique Latine 33 formés et ayant une expérience en permaculture et compte plus de vingt participants.

L’atelier est conçu pour que les participants « apprennent en faisant » avec des allers-retours constants entre théorie et pratique. La première journée commence par une introduction théorique des grands principes de la permaculture avec des focus sur la gestion des eaux, les toilettes sèches, la phyto épuration et le design ; un temps est consacrée à la visite de l’espace concerné et des espaces alentours afin d’en faire une observation détaillée permettant de repérer les matériaux utilisables et d’organiser le travail à réaliser.

Un groupe se charge de la récupération et de la distribution des eaux de pluies pour l’arrosage, le second de la construction d’un philtre planté pour assainir les eaux vannes et les eaux grises des habitants de la maison et le troisième de la construction d’une toilette sèche et de son composteur.

Parmi les participants vénézuéliens, outre plusieurs travailleurs de la ferme et Simon, le responsable  de production, on compte de nombreux jeunes qui travaillent déjà dans la production agricole ou qui appartiennent à des collectifs ayant mis en place des jardins collectifs et/ou des groupements de vente directe du producteur au consommateur. Beaucoup sont des enfants ou petits enfants de paysans pratiquant une agriculture ancestrale appelée conuco. L’agriculture conuquera est très productive, elle consiste à cultiver trois légumes complémentaires –maïs, courge, haricot–, chacun ayant une action bénéfique sur les deux autres. Le haricot pousse sur le maïs et apporte l’azote nécessaire au sol ; la courge couvre le sol et aide à conserver l’humidité, deux éléments indispensable en zone tropicale. Ces trois plantes ont des développements différents et ne sont pas en concurrence quant aux nutriments qu’elles puisent dans le sol.

Douglas, Cesar, David, Patricia… : les eaux usées c’est un problème.

Ils sont jeunes, débordent d’énergie et s’inscrivent sur le chantier le plus « physique » : celui de l’assainissement des eaux grises et noires de la maison d’habitation.  Creuser des bassins, faire des coffrages et du béton, calculer le dimensionnement… rien ne les rebute. Un atelier où il faut faire preuve de toute la créativité et toute la débrouillardise propres à tout bon permacultrice/permaculteur. Pas de plan de l’évacuation des eaux, alors en tâtonnant on creuse et on tombe sur un tuyau de distribution d’eau : une vieille  chambre à air de tracteur viendra à bout de la fuite d’eau occasionnée. Pour l’étanchéité des bassins, le ciment manque cruellement et quand on en trouve, il est hors de prix. Verena et Rodrigo ont pu en trouver quelques sacs, à peine un quart de la quantité qu’on utiliserait en France pour faire du ciment. Qu’à cela ne tienne, une solution est trouvée en passant en revue les matériaux utilisés pour l’agriculture. Simon nous dégote de la chaux agricole qui fera l’affaire. On fait les essais et le tour est joué. Le gravier est « récolté » dans les alentours et les grosses pierres posées au fond du bassin à écoulement vertical qui feront le premier « nettoyage » des eaux par une fermentation anaérobique sont ramenée de la rivière proche.

   

Douglas est technicien en agriculture, il vient de Boconó, le « Jardin du Venezuela », ajoute-t-il avec fierté. C’est le  nom donné par le Libérateur Simon Bolivar à cette région des Andes vénézuéliennes de l’Etat de Trujillo. Il est vrai que cette zone entre 1200 et 1800 mètres avec un climat tempéré (17°) est propice à la production d’aliments divers et variés ainsi qu’à la culture du café. Le meilleur du Venezuela, parait-il.  Il avoue qu’il est venu piqué par la curiosité de la permaculture mais avec beaucoup de doutes. Il repartira convaincu et surtout il lui tarde de mettre en pratique, il en a les yeux qui brillent, « d’abord, je vais expérimenter sur mon espace » et après partager ce qu’il a appris avec les compañeros du Conseil Paysan de Producteurs et de Productrices Fabricio Ojeda. Ce conseil porte le nom du journaliste et président de la Junta Patriotica qui, cinq jours après sa mort, allait renverser la dictature de Marcos Pérez Jiménez.

La problématique de l’eau : les trois chantiers sont un tout.

La ferme est l’une des rares de la zone à disposer de puits permettant une alimentation régulière en eau et ainsi de cultiver toute l’année. Malgré cela la question de l’eau est cruciale, car une panne du système de pompage et une sècheresse prolongée de plus de trois mois sans une goutte de pluie a eu raison de plusieurs hectares de production. Il s’agit donc de mettre en place un cycle vertueux autour de l’eau : récupérer l’eau de pluie pour arroser des surfaces de productions de légumes près des bâtiments, réduire la consommation d’eau par les toilettes sèches et assainir les eaux souillées afin de les réutiliser pour l’arrosage.

Odilio, vient de la Comuna El Maizal, de l’Etat de Lara, pas loin de Caquetios. En 2009, 2200 hectares de terre non cultivées ont été données à 2000 familles pour les mettre en culture. Les 22 conseils communaux qui composent la Comuna assurent une organisation en autogestion de ce projet de production agricole qui produit et transforme les aliments pour ensuite les distribuer en vente directe à plus de 24 000 personnes. Produire, une façon de répondre à la guerre non conventionnelle que mène l’opposition contre le peuple. Alors l’eau, bien sûr, ça l’intéresse, pour produire. Tout comme Rossana, qui vient de la péninsule de Paraguaná, dans l’Etat de Falcón, une zone au climat aride où faire pousser une laitue est une gageure. Luis, fait partie du Front Francisco Miranda de Caracas et il se charge d’accompagner et de mettre en place des jardins urbains, alors récupérer de l’eau de pluie, c’est essentiel.

     

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Par chance, le troisième jour, il s’est mis à pleuvoir et car il a plus et en moins d’une heure, nous avons pu collecter plus de mille litres d’eau dans les récupérateurs installés. Le groupe de la phyto-épuration n’est pas du même avis, avec la pluie, impossible de couler le béton, il faudra attendre le lendemain.

Toilettes sèches, un atelier très « féminin ».

Flor, Goya, Méné, Darlys et Alexis –qui travaille à Caquetios– ont opté pour la construction d’une toilette sèche et de son composteur. Caquetios est une ferme de production d’aliments et de production de semences bio mais aussi un centre de formation en agro écologie où il n’est pas rare que soixante personnes y séjournent pendant une semaine : les volumes d’eau utilisés pour les toilettes sont importants. Aussi dans la gestion de l’eau, diminuer la consommation d’eau potable est fondamental ; rien de mieux que d’adopter des toilettes sèches. D’autant que le système actuel de fosses sceptiques a donné des signes de saturation. Celia nous explique que des problèmes de saturation sont apparus en avril lors de la formation Méthode d’organisation populaire pour la production bio agro alimentaire qui s’est déroulée à Caquetios du 24 au 30 avril, avec plus de soixante participants qui venaient de cinq Etat (Lara, Táchira, Mérida, Portuguesa, Trujillo) et appartiennent à une vingtaine de municipalités différentes.

Darlys travaille à la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (FUNDAPROAL), un organisme qui accompagne les populations les plus fragiles dans l’accès à l’alimentation et dans la mise en place de projets socio-productifs, auprès des mères de familles pour l’élaboration de produits alimentaires par exemple, en collaboration avec l’Institut National de Nutrition (INN). Pour elle les toilettes sèches peuvent être une réponse au problème de l’eau et de la pollution des eaux dans des petites structures collectives, mais encore faut-il changer le regard des personnes.

Après discussion du groupe sur le « où » placer cette toilette sèche et une mini enquête menée auprès des utilisateurs habituels potentiels, il est décidé de ne pas les installer dans la maison d’habitation –ce qui demanderait un travail de maçonnerie plus important– mais plutôt dans un espace commun (une sorte de paillote en dur qui sert d’espace de réunions et aussi d’espaces pour soirées culturelles et festives) , ce qui permettra en outre, une collecte plus importante. Six mois seulement suffiront –en climat tropical– pour transformer ces matières collectées en excellent engrais qui aidera à la récupération des sols de la ferme longtemps appauvris par les intrants chimiques, les labours et le passage de gros engins, à tel point que certaines parcelles sont à ce jour improductives. Une fois les toilettes et le composteur terminés, un panneau pédagogique est confectionné pour en expliquer le fonctionnement.

 

Les toilettes ont été rapidement terminées –récupération de planches ayant servies au coffrage et pour la matière sèche, le foin produit par la ferme fera parfaitement l’affaire. Chacune et chacun a tenu à les inaugurer si bien que dès la fin de la semaine, le composteur est entré en service. Une belle réussite!

 Un compost planté pour aller au bout du cycle de l’eau

Le dernier jour, tout le groupe entier participe à la réalisation de plates bandes en lasagne dans lesquelles nous avons directement planté et semé des légumes qui pourront être arrosés grâce à l’eau collectée à proximité.

Cette technique de culture est particulièrement intéressante car elle permet de planter et semer tout de suite sur des sols difficiles (ou pas de sol du tout d’ailleurs), elle est ludique à réaliser, elle utilise tous les déchets (verts et marrons) du jardin et des alentours et elle permet d’avoir un sol très riche. Le premier travail consiste à collecter les matières vertes et les matières carbonées qui vont servir à faire les couches, ce qui ne manque pas dans les alentours. Les matières carbonées -feuilles mortes, papiers, cartons, brindilles, paille- seront humidifiées ; les couches seront d’égale épaisseur jusqu’à monter à 30 centimètres. Enfin pour semer ou planter on placera la plante ou la graine dans une motte de terreau. Et le tour est joué.

Autour de la maison d’habitation, il est intéressant de planter des plantes aromatiques, des condiments, des haricots, des courges, des tomates… Chacun(e) a choisi ce qu’il allait planter ou semer, puis placé un bâtonnet avec une étiquette destinée à celles et ceux qui prendront soin de ce potager improvisé !

Un potager qui viendra compléter les productions de la fermes.

           

Caquetios aujourd’hui…

La ferme, en auto gestion et auto financement, donne du travail à vingt personnes (agriculture, formations, administrations, logistique). Elle diversifie ses productions entre production d’intrants pour l’agriculture (bio fertilisants à partir de lombriculture, six cent litres d’insecticides pour le maïs et le manioc, une tonne d’engrais par mois à base de bouse, de bagasse et de sciure) et production agricole (maïs guanape autochtone, courges -840 kg lors de la dernière récolte-, poivrons, fruitiers…, du foin) et quelques hectares de production de semences bio pour la reproduction. Le foin est vendu aux petits producteurs des alentours et les légumes font l’objet d’une vente directe « communautaire » à travers la Commune Socialiste Ataroa, située au sud de Barquisimeto, commune qui compte plus de soixante mille personnes et est organisée autour de 36 conseils communaux et 18 organisations sociaux-productives.

Epilogue …

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Sieste franco-vénézuélienne, les français n’ont pas l’air préoccupés par l’état de guerre annoncée par les grands médias…

Gloria Verges, FAL33

Dimanche 13 août : Après une semaine à Caquetios, la ferme école du  Mouvement Sans Terre (brésilien), nous voilà pour un après midi dans une coopérative, près de Tucani, sur les terres basses et chaudes, au sud du lac de Maracaibo.

Ce sont 35 familles, essentiellement des afro-descendants, travailleurs de la terre qui se sont installés ici en 2001 et ont créé la coopérative Bervéré Fundo Zamorano Andrés Bello sur des terres récupérées par l’état, dès que la loi le leur a permis. Ils ont construit un village avec des petites maisons toutes pareilles et ils sont fiers de la diversification de l’agriculture qu’ils ont mise en place : 18 cultures différentes, des légumes, des céréales et plein d’arbres fruitiers ; et aussi de l’élevage ; et de la reforestation sur un demi km, le long de la rivière.

 

« Ici, on a été le premier lieu de formation du Mouvement Sans Terre, m’explique une vieille dame en épluchant des pamplemousses. Il y a eu jusqu’à 150 personnes qui dormaient là, sous des tentes. Ils venaient de tous les pays, d’Europe, du Japon ; on se rencontrait tous : C’était beau !… »

Nous, on n’est que 8, et au bout d’une heure, on se sent dans une grande famille ; autour de la table, il y a du monde : des vieux, des jeunes et plein d’enfants qui viennent nous voir et écouter les échanges, mais sans intervenir. La coordinatrice (élue pour 3 ans) est une belle dame d’une cinquantaine d’années, sans doute ; en 2005, elle était analphabète, aujourd’hui, elle a le Bac. Elle nous explique le fonctionnement : toutes les décisions se prennent au consensus, en Assemblée Générale tous les 2 mois et dans les différentes commissions   toutes les semaines. Parmi ces décisions, il y a bien sûr, l’utilisation des bénéfices et les critères de répartition entre tous.

Les difficultés sont abordées : « Maintenant, il y a moins de coopératives. Certaines ont périclité. Pourquoi ? C’est dur ! Il ne faut pas se décourager. Il peut y avoir des dissensions. Savoir discuter, écouter, respecter, prendre des décisions pour la communauté, ce n’est pas évident, ça s’apprend. Et il faut vraiment avoir conscience que c’est nécessaire. Nous, ça va bien. Il faut dire qu’on avait déjà mené des luttes ensemble avant de pouvoir fonder une coopérative.

Inutile de préciser qu’on a bien du mal à s’arracher à ces discussions et à remonter dans notre bus, surtout que les enfants veulent absolument nous amener à la rivière avec eux.

 

 

URL de cet article : http://www.fal33.org/caquetios-chronique-dune-semaine-datelier-solidaire-permaculture/

Caquetios, une école en construction

Grâce aux accords de coopération signés entre le président Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre, une équipe du Brésil participe depuis 11 ans aux efforts de production et de formation agricoles de la révolution bolivarienne. L’école de Caquetios, dans l’état de Lara (ouest du pays), en est un exemple. Ces anciens haras entourés de champs de canne à sucre, expropriés à la bourgeoisie locale par Hugo Chavez, sont aujourd’hui un espace consacré à la formation intégrale des mouvements sociaux, notamment en agroécologie, et à la production et distribution de semences autochtones.

Ce court-métrage est le fruit de cinq jours d’atelier de réalisation documentaire donné par l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) à une vingtaine de membres de collectifs sociaux, à Caquetios, du 6 au 11 août 2017, avec l’appui du Mouvement des Sans Terre (MST) et de France-Amérique Latine Bordeaux-Gironde (FAL 33).

 

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3gh

Venezuela : la « guerre économique » pour les Nuls (et les journalistes) – Partie 2

photo : Maurice Lemoine

Contrairement à une idée largement répandue, le secteur agricole a connu une profonde transformation. « Ceux qui l’ont connu avant la loi des terres de 2001, confie l’ex-ministre de l’Agriculture Iván Gil, savent qu’il s’agissait d’un secteur constitué d’ouvriers agricoles travaillant pour de grandes compagnies. Depuis, l’ascension sociale des paysans a été spectaculaire. » A partir de 2001, plus de 7 millions d’hectares ont été régularisés – les paysans ayant obtenu des titres de propriété – et 3,5 millions d’hectares repris au « latifundio ». Un million d’hectares nouveaux ont été mis en production [1]. Ce qui, bien entendu, ne résout pas tous les problèmes. « Après une progression soutenue jusqu’à 2008, le pays a souffert d’une sécheresse désastreuse de 2008 à 2010, a connu un début de récupération à partir de 2011, une production importante en 2013 et 2014, puis des difficultés en 2015 et 2016 car l’agriculture est un secteur très sensible aux variations économiques nationales. Ceux qui dépendent des engrais et intrants importés sont ceux qui souffrent le plus. » Les grands propriétaires traditionnels, qui se plaignent et que l’on entend.

Néanmoins, grâce aux investissements qu’a lancé Chávez, le monde agricole est celui qui supporte le mieux la guerre économique. Et de fait, ce sont les petits producteurs nationaux qui fournissent le pays en produits vivriers.

Si, parmi les vivres qui disparaissent, se trouvent les vingt aliments les plus consommés par les Vénézuéliens, ce sont ceux que produit le secteur agro-industriel. Là où le capital contrôle la technologie et la transformation des matières premières en denrées élaborées . « Outre qu’ils sont très consommés, note Curcio, leur production et leur distribution sont concentrées entre peu de mains : celles des monopoles et des oligopoles nationaux et internationaux. » C’est-à-dire seulement 10 % des entreprises privées. Sachant que le pouvoir de ces dernières est encore plus grand quand il s’agit de produits très difficiles à remplacer, comme les aliments et les médicaments. Ou, dans un autre domaine, les pièces de rechange pour les véhicules, les machines et les équipements.

Les études chiffrées le constatent : tant la production que la consommation des produits absents sur le marché s’est maintenue relativement constante depuis 2012. D’ailleurs, les importations totales, en 2014, en pleine crise des « guarimbas », ont été en moyenne de 91 % supérieures à celles de 2004. Comme dirait l’autre, « il y a un truc ! » – qu’on nous pardonne la familiarité.

Dans ce Venezuela désormais dépourvu de tout, des tonnes d’aliments et d’autres produits dorment dans des hangars, d’où ils sont dirigés vers des filières illégales. On se contentera ici d’une poignée d’exemples glanés quotidiennement dans la presse vénézuélienne – y compris d’opposition. Le 18 octobre 2013 (quelques semaines avant les élections municipales du 8 décembre), à Maracaibo, la police bolivarienne saisit 10 tonnes de sucre, 3,5 tonnes de riz, 1,5 tonnes de farine de blé, 4500 litres d’huile, etc., dissimulés dans un dépôt de la grande surface Súper tienda Caribe. Le 5 février 2014, dans le Táchira, une opération des services de renseignement permet de récupérer dans plusieurs hangars… 939,2 tonnes (!) d’aliments de première nécessité subventionnés par l’Etat qui se trouvaient soustraits au marché (648 tonnes de riz, 246 de sucre, 37 de grains, 2 de beurre, 54 000 litres d’huile, 300 kilos de café, etc.).

D’autres arrivées de marchandises sont proprement sabotées. Le 14 juillet 2016, dans le port de La Guaira, grâce au déploiement de la « Grande mission approvisionnement sûr », une inspection permet de découvrir quatre-vingt-un conteneurs abandonnés. Destinés tant à des entreprises privées qu’à l’administration publique, ils regorgeaient de produits d’hygiène personnelle, d’ordinateurs, d’imprimantes, d’engrais pour l’agriculture et de produits chimiques nécessaires à la fabrication de médicaments.

Le 31 août 2016, 57 tonnes de viande, de poulet et de poisson en décomposition sont découverts dans les installations de Biangi Mar et d’Avicomar C.A, situés à Los Teques (Etat de Miranda). Même phénomène au mois de juin, quand Distribuidora y Procesadora de Huevos Ovomar C.A. abandonne sur une décharge de Santa Cruz (Etat d’Aragua) trois millions d’œufs stockés depuis le mois d’octobre précédent.

Cas extrêmes que les trois derniers. Car la sphère patronale a tiré les leçons de la « grève générale » de décembre 2002-janvier 2003. A cette occasion, alors que l’on enregistrait les niveaux de production historiquement les plus bas depuis 1999, le secteur public a vu ses revenus diminuer de 12 % et le secteur privé de… 15 %. C’est lui qui, à l’époque, a le plus souffert de son brillant sabotage de l’économie !

Pas question de répéter la même erreur. Les biens sortis du marché pour lui rendre la vie impossible doivent néanmoins parvenir à la population. Mais après mille détours, mille tourments et à un prix hallucinant.

Un retour à la loi de la jungle. Soustraits à grande échelle au marché formel, les produits au prix régulé finissent entre les mains de ceux qu’on appelle les « bachaqueros »  : des revendeurs informels qui, dans les rues, sur les marchés municipaux, dans les lieux les plus improbables, vendent les marchandises en gonflant les prix – ce qui, effet co-latéral, alimente l’inflation. Les grands entrepreneurs ayant donné l’exemple, les sous-fifres suivent le mouvement. Autant par esprit de lucre que pour des raisons purement politiques, des commerces de moindre importance, pharmacies, petits supermarchés, se jettent dans le trafic. Pour augmenter leurs bénéfices, ils détournent leurs marchandises vers le « bachaqueo », puis lèvent les bras au ciel face aux consommateurs en invoquant des retards de livraisons ou les pénuries dues au gouvernement.

Par définition, sur un désordre de ce type se greffent et prolifèrent les mafias. Alors que des files d’attente impossibles serpentent depuis l’aube devant les rideaux de fer des magasins, des groupes de nervis organisés apparaissent à l’heure de l’ouverture et occupent de force les premières positions ou font passer en priorité leurs « protégés ». Qui se livreront un peu plus tard eux-mêmes au « bachaqueo ». Le tout sous l’œil parfois impassible des forces de l’ordre – police municipale, nationale ou gardes nationaux.

Qu’une partie de la population pauvre se dédie à acheter massivement les produits de première nécessité pour les revendre à d’aussi pauvres qu’eux en multipliant le prix par cent a de quoi laisser pantois. Les quinze années de pédagogie révolutionnaire de feu Chávez n’auraient-elles porté aucun fruit ? « Ça nous a surpris aussi, nous confie l’un de nos interlocuteurs. Il faudrait une étude sociologique afin de comprendre pourquoi cette lèpre s’est autant développée alors qu’ont été résolus un certain nombre de besoins objectifs de la population. Ce phénomène, qui a commencé de façon localisée, aurait dû être traité immédiatement comme un problème d’ordre public. On l’a sous-estimé, on l’a laissé croître et, à mesure que la crise économique s’est aggravée, il a fait de plus en plus d’adeptes, les gens voyant dans cette activité un moyen d’augmenter leurs revenus. Mais, à l’origine, il n’a aucunement été spontané. Il y a eu intention délibérée de saboter les réseaux de distribution. »

Et seulement eux. « Les chiffres communiqués par les entreprises privées elles-mêmes permettent de constater que la production d’aliments n’a pas diminué », remarque Curcio. Ainsi de la farine de maïs précuit, la denrée la plus consommée quotidiennement par les Vénézuéliens. Depuis 2013, ceux-ci affrontent les plus extrêmes difficultés pour s’en procurer. Pourtant, statistiquement, sa consommation se maintient aux niveaux habituels. Et tant Alimentos Polar – premier fabricant de produits alimentaires du pays, mais qui ne produit pas un hectare de la céréale en question – que les entreprises qui se partagent les 50 % restants du marché ont maintenu leurs niveaux d’importation/production. Comportement qui se répète pour tous les aliments désormais hors de portée du fait du désapprovisionnement.

C’est ainsi que, le 8 janvier 2017, la police a pu saisir 3 tonnes de farine de maïs précuit dans une résidence de Barcelona (capitale de l’Etat d’Anzoátegui) ; dénoncés par des voisins excédés, les deux spéculateurs arrêtés, récidivistes, revendaient cette denrée devenue introuvable à dix fois sa valeur au prix régulé.

Le 17 mars 2017, sur l’avenue Baralt, dans le centre de Caracas, la boulangerie Maison Bakery est occupée par un groupe d’habitants du quartier, puis saisie par l’Etat. Depuis un certain temps, les clients réclamaient avec véhémence que soient respectés les prix régulés. L’établissement recevait de la farine subventionnée, mais n’offrait aux consommateurs – quand elle les leur offrait – que des pains chaque jour plus petits, passés de 180 grammes à 140 grammes pour le même prix.

Avec les Etats-Unis, le Canada et l’Argentine, le Venezuela est le pays du continent qui consomme le plus de pain et donc de blé. Une céréale que, du fait de son climat et de son histoire, il ne produit pratiquement pas. Qui importe ce blé acheté sur les marchés internationaux ? L’Etat vénézuélien. Une fois arrivé au port, et à travers Casa, une entreprise publique, le grain est fourni à douze minoteries privées – dont les quatre plus importantes contrôlent 78 % du marché : la multinationale Cargill (27 %), la mexicaine Monaca (26 %), Mocasa (15 %) et Molvenca (10 %).

Président de Cargill Venezuela, Jon Ander Badiola préside également la Chambre vénézolano-américaine de commerce et d’industrie (Venamcham), qui, comme son nom l’indique, représente les intérêts des firmes états-uniennes dans le pays ; s’agissant de Monaca, on se souviendra que le syndicat de ses employés a porté plainte en avril 2016 et réclamé qu’une enquête soit ouverte sur le sort de 550 tonnes de blé mentionnées dans les inventaires de l’entreprise mais introuvables dans les entrepôts ; président de Mocasa, Giovanni Basile Passalacqua a lui le douteux privilège d’apparaître dans les « Panama Papers » pour deux de ses affaires, Gold Lake LLC et Diamond Lake LLC , enregistrées dans le paradis fiscal du Nevada (Etats-Unis) ; Molvenca appartient au multimillionnaire italien Giussepe Sindoni [2]. Tous d’ardents « défenseurs du peuple », on l’aura compris.

« La vérité, c’est que nous manquons de matière première, clame en mars dernier, comme il le fait régulièrement, José Sanchez, porte-parole de la Fevipan, la fédération du secteur. Le Venezuela a besoin de 120 000 tonnes de farine par mois. Or le gouvernement ne nous en fournit que 30 000 tonnes. » Puis suit le refrain désormais universellement connu : « Malheureusement, il n’a pas les devises nécessaires pour acheter la farine dont le pays a besoin. »

Il y a bien sûr vérité et vérité. Il arrive, à certains moments, et ponctuellement, que le Venezuela manque de cette matière première, c’est un fait. « Le gouvernement a annoncé hier qu’il allait acheter du blé à la Russie, nous confie-t-on ainsi, le 19 mai dernier. C’est intéressant. Toutefois, le problème n’est pas la quantité importée, mais comment est distribuée la farine après transformation. » En effet, c’est lors de ce transport que s’organise la pénurie. Brouillant les pistes et gardant en apparence les mains blanches, les minoteries précédemment citées ainsi que quelques autres délèguent la distribution de la marchandise à des sous-traitants. Une majorité des dix mille boulangeries du pays ne sont pas livrées régulièrement. D’autres, au fort pouvoir économique, liés à certaines mafias, reçoivent plus de marchandise que nécessaire. Elles revendent au prix fort, mais dans des délais aléatoires, une partie de leur superflu à celles qui sont dépourvues. Dans un autre registre, on peut voir – comme nous l’avons vu – sur la devanture de nombre d’établissements une affichette « Il n’y a pas de pain ». Curieusement, leurs étals regorgent de gâteaux, brioches, « cachitos » (pain fourré au jambon et au fromage), sandwiches et pizzas. Vendue plus chère, cette production secondaire compense les pertes dues à la non fabrication du pain tant attendu par la population. Laquelle voit sa vie se transformer en calvaire, se privant ou passant son temps à faire la queue.

D’où l’annonce par le président Maduro, en mars dernier, de l’ouverture d’une centaine de boulangeries populaires, sous la responsabilité des Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP).

URL de cet article : http://www.medelu.org/La-guerre-economique-pour-les-Nuls,2641

Du Brésil au Venezuela, les mouvements paysans disent « basta ! » à la droite putschiste

DFn2bihXYAAMvu6DFobJolWAAAQ3nIC’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres !» que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer. A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes). Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux. Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires  et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir. Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

DDM_wq-XcAEa5xKDFlgrD6XgAAJp7fLa grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété. Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste. Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

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Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

  1. Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5-mil-hectareas-de-un-terrateniente-financista-de-la-violencia

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2WV

Des paysans de Mérida récupèrent des terres d’un grand propriétaire qui finance la violence

DDM_wq-XcAEa5xKPar Marco Teruggi, 25 juin 2017

150 familles paysannes de la municipalité d’Obispo Ramos de Lora, dans l’état de Mérida, ont récupéré 560 hectares de terres du grand propriétaire Ivan Guillermo Rondon Ruiz. Leur action est doublement motivée : d’une part, l’improductivité de deux de ses propriétés, le Trebol et le Cristo, déjà signalées, il y a deux ans, à l’Institut National des Terres (Inti) ; et, d’autre part, le financement par Rondon des violences de la droite commises sur la municipalité en mai dernier.

Cette mesure est aussi une réponse à l’attaque des grands propriétaires contre les paysans, et à leur tentative de revanche économique et politique coordonnée dans le cadre de la tentative en cours de Coup d’État. Rondon, avec d’autres grands propriétaires, a financé et fourni en aliments et armes ceux qui, le 16 mai, ont attaqué la Mairie et une cantine populaire ainsi que ceux qui ont barré la route durant plusieurs jours.

« Nous allons reprendre les terres que Chavez leur a données », « lorsque le gouvernement Maduro tombera nous allons leur ôter ces terres »  affirment publiquement les grands propriétaires.

L’appui de ces derniers a été constant dans les actions violentes qui ont commencé depuis le début avril. Le même schéma a été appliqué dans l’État de Táchira et de Barinas – à Socopo, ils ont même livré des génisses pour alimenter les troupes de choc et les monteurs de barrages – mettant ainsi en évidence la trame politique et économique de ceux qui veulent reprendre le pouvoir au Venezuela. Leur composition est une radiographie de classe : grands propriétaires, chefs d’entreprise puissants, partis déplacés du pouvoir; un bloc qui se  trouve, à son tour, lié et subordonné au réseau international qui finance, met au point et opère depuis les États-Unis. C’est dans le financement de la violence que l’on voit les intérêts réels qui sont en jeu dans le conflit.

***

Ce n’est pas la première action menée contre un grand propriétaire impliqué dans l’appui aux destructions, les blocages de route et les attaques d’institutions ou des forces de sécurité de l’État. Il y a peu, des terres ont été récupérées sur la municipalité de Pedraza, Barinas, terres d’un grand propriétaire qui avait mis à disposition une excavatrice utilisée lors des journées de terreur à Socopo, http://www.latabla.com/terrateniente-de-barinas-presto-retroexcavador-para-saqueos-y-demoliciones-en-socopo/

Dans les deux cas, il s’agit d’actions impulsées par des conseils paysans, et, dans le cas de Mérida, ceux-ci ont été appuyés par le Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora. Il s’agit d’une réponse face à l’avancée qui se déploie sur les territoires où, depuis le début de ce cycle de violence ouverte, la droite a réalisé, grâce à ses groupes de choc et à ses forces paramilitaires, des actions telles que des sièges, des blocages de route, des persécutions, des dégâts sur des institutions, domiciles de dirigeants- comme celui du maire de la municipalité d’Obispo Ramos de Loba- des institutions militaires et policières.

C’est également une réponse au scénario de stagnation de la réforme agraire avec des signes de régression en zone rurale. La récupération et la régularisation de terres s’est vu freinée au point de s’immobiliser : dans certains états, comme à Barinas, on a même vu des cas de paysans re-dépossédés de leurs terres, au début de cette année.

C’est dans ce tableau complexe que se déroule l’action de Mérida ; il est urgent que l’Institut National des Terres (INTI) accompagne les paysans. Pour le moment, la délégation régionale de cette institution a fait le contraire de ce qu’on attendait : elle s’est présentée sur les terres récupérées aux côtés d’un grand propriétaire, en lui montrant son appui. Une situation semblable a été vécue à Barinas, où cette entité régionale a été dénoncée comme partie prenante dans les expulsions.

Ces actions paysannes ne pas doivent pas être ignorées pas plus que l’on doit leur attribuer une dimension plus importante que celle qui est la leur. Il s’agit là d’une tentative de retrouver les niveaux d’initiative populaire d’avant l’offensive d’une droite qui cherche à renverser le gouvernement et à donner libre cours à un revanchisme social dont on voit les premiers échantillons. Il est fondamental que les institutions se placent du côté des paysans pour leur permettre de ne pas faire marche arrière et, en même temps, ôter du pouvoir à ceux qui financent la violence.

Dans ces mesures, il y a un acte de résistance, une avancée, et une justice : 5000 plants de bananes ont déjà été semés. Les terres à ceux qui les travaillent.

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Source : hastaelnocau.wordpress.com/2017/06/27/campesinos-de-merida-rescatan-tierras-de-un-terrateniente-financista-de-la-violencia

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Ke

L’État communal, une utopie en construction, par Angèle Savino

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Source : L’Humanité Dimanche, édition du 29 juin au 5 juillet 2017

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Jh

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