Deux campagnes chavistes « au cœur du peuple » : une mémoire photographique.

Ces dernières semaines notre équipe de formateurs de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et du canal alternatif Terra TV se sont retroussé les manches pour soutenir, à leur demande, deux communes populaires qui présentaient leurs candidat(e)s aux élections municipales du 21 novembre.

Nous avons donné des ateliers de formation en communication populaire, reportage et documentaire, réalisé des reportages photographiques et des vidéotracts pour la campagne, en veillant à ne jamais séparer les leaders du collectif social et politique qui les portent. Les campagnes actuelles personnalisent le(a) candidat(e) pour le vendre comme un produit individuel. Il s’agit d’une caractéristique ancienne mais anachronique de la publicité capitaliste. Les images réalisées par Victor Hugo Rivera et par Jesus Reyes rendent visibles les visages d’un gouvernement citoyen, occultés par les grands médias. Nous n’avons pas oublié le conseil du cinéaste Dziga Vertov : ne montrez pas le produit, décrivez un processus. Une maxime stratégique pour une démocratie participative où l’acteur principal – le peuple enfin constitué en sujet historique – cherche à créer un État communal, émancipateur, égalitaire.

Vous pouvez soutenir concrètement ce travail de formation et de production qui croît au fil du temps, via ce lien : https://terratve.com/ayudarnos-contactarnos/

Première série de photos, réalisées par Victor Hugo Rivera : le leader communard Angel Prado a été élu maire de Simón Planas avec une participation de 53% (10% de plus que la moyenne nationale). La Commune Socialiste El Maizal incarne bien la stratégie originale de Chavez : mettre en place un système d’organisations communales autogérées, destinées à exercer une démocratie directe et à créer les conditions de la souveraineté alimentaire. L’équipe de TERRA TV a participé à toute la campagne, formant un noyau de jeunes communicateur(trices) communaux.

Deuxième série de photos, réalisées par Jesus Reyes : le jeune Jesus Garcia, infatigable organisateur et formateur de la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas), a réussi son pari d’être élu conseiller municipal au bout d’une campagne intense d’écoute et d’engagements dans les quartiers populaires de la capitale. Il a prêté serment le 24 novembre 2021.

Des scènes de ces deux campagnes seront visibles dans notre nouveau documentaire « Nostalgiques du futur » (sortie: février 2022).

  1. Campagne d’Angel Prado / Mairie de Simon Planas / Commune El Maizal
  1. Campagne de Jesus Garcia / Conseiller Municipal de Caracas / Commune Altos de Lidice

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/25/deux-campagnes-chavistes-au-coeur-du-peuple-une-memoire-photographique/

Diplomatie des peuples : solidarité des deux principaux syndicats brésiliens avec le Venezuela

Des représentants des deux principales centrales syndicales du Brésil sont au Venezuela dans le cadre d’une campagne de solidarité visant à remercier le gouvernement du président Nicolás Maduro et les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s pour leur soutien lors de la crise sanitaire provoquée par la pandémie, exacerbée par la négligence du gouvernement de Jair Bolsonaro.

Sergio Nobre, président de la Central Unitaria de Trabajadores de Brasil (CUT) et Miguel Torres, président de Força Sindical, ont soutenu une réunion avec Carlos Ron, président de l’Institut Simon Bolivar pour la paix et la solidarité entre les peuples (ISB).

Cette visite a un caractère historique puisqu’il s’agit d’un échange direct de solidarité entre travailleurs, dans le contexte de la pandémie et du blocus illégal des États-Unis contre le Venezuela.

Le peuple vénézuélien a montré sa solidarité avec le peuple du Brésil en envoyant de l’oxygène à Manaus, et en réponse, les travailleurs brésiliens ont lancé une campagne pour envoyer au Venezuela des équipements nécessaires à la production d’oxygène ; cependant, cet envoi a été bloqué par les mesures coercitives unilatérales des États-Unis.

À cet égard, M. Nobre a expliqué combien il était précieux pour la population de Manaus, dans l’État d’Amazonas, de recevoir de l’oxygène pour traiter les patients gravement infectés par le virus. « Dans la région de Manaus, il y a eu un drame parce que, contrairement au gouvernement vénézuélien, le gouvernement brésilien (Bolsonaro) n’a pas reconnu la pandémie ; il n’a pas pris les mesures sanitaires dont le pays avait besoin (…) mettant la situation économique au-dessus de la vie », a déclaré Nobre.

Au Brésil, des milliers de personnes sont mortes à cause de la pandémie. « Nous vivons le pire moment de l’histoire de la classe ouvrière. Nous avons dépassé les 600.000 victimes et ce sont des travailleurs qui ne pouvaient pas rester à la maison en pleine pandémie », a rapporté le président de la CUT. Pour cette raison, l’envoi de milliers de litres d’oxygène au Brésil depuis le Venezuela, au milieu des difficultés qu’il traverse en raison des mesures coercitives criminelles des États-Unis, est « un geste humain très important », explique Nobre.

Les représentants syndicaux brésiliens ont annoncé que dans le cadre de cette visite, ils enverront prochainement une cargaison de fournitures et de pièces de rechange pour la maintenance de l’usine d’oxygène de Siderúrgica del Orinoco (Sidor), la plus importante du pays.

De son côté, Miguel Torres, a rappelé que seuls la Chine et le Venezuela étaient capables de comprendre les difficultés que traverse le peuple brésilien, face à un gouvernement qui sert les intérêts des États-Unis.

Torres a réaffirmé que « la solidarité syndicale est très importante en ce moment ; en temps de crise, la seule chose qui nous unit est la solidarité ».

Carlos Ron a profité de la présence des deux dirigeants syndicaux pour les remercier de la campagne de solidarité. « Pour nous, cette visite est très importante ; cette expression de solidarité parce que c’est une reconnaissance de la souffrance du peuple vénézuélien affecté par le blocus criminel et illégal des États-Unis. »

Ron juge fondamental que les travailleur(se)s du monde entier s’articulent pour faire face ensemble aux défis de ces temps.

Source : https://www.isb.ve/2021/11/04/movimientos-sindicales-brasil-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/06/diplomatie-des-peuples-solidarite-des-deux-principaux-syndicats-bresiliens-avec-le-venezuela/

Nos chantiers au Venezuela et comment nous aider

Beaucoup d’entre vous déplorent la désinformation « impressionnante » (Rafael Correa) sur le Venezuela, nous remercient pour nos 21 ans de travail et nous demandent comment nous aider. Pour accélérer nos formations des mouvements sociaux au langage audio-visuel et pour multiplier la production d’articles, de reportages, de documentaires qui montrent une révolution occultée par les grands médias, vous pouvez faire un don à ce compte :

Compte Crédit Mutuel 00020487902

Titulaire: LABORATOIRE INTERNATIONAL POUR L’HABITAT POPULAIRE DURABLE, 25 RUE JEAN JAURES, 93200 ST DENIS

Code IBAN: FR76 1027 8061 4100 0204 8790 256

Code BIC: CMCIFR2A

SVP ne mentionner que : « Soutien Terra TV »

Votre solidarité aidera à couvrir les frais de nos formations, productions et diffusions – nourriture, déplacements (vaste territoire que le Venezuela !), hébergements des équipes de formateurs(trices), matériels audiovisuels de prises de vues, de son, de montage et informatiques. Toute somme est la bienvenue pour continuer à réaliser ces trois objectifs et au nom de toute l’équipe de formation et de production des militant(e)s sociaux, nous vous en remercions d’avance.

  • 1. Formation des mouvements sociaux. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, notre école de communication offre des ateliers permanents aux citoyen(ne)s de tout le continent qui refusent de baisser les bras face à la concentration capitaliste et à la fonction destructrice des médias. Depuis la création de l’école en 1995 nous avons formé plusieurs milliers de communicatrices(eur)s populaires et de jeunes cinéastes pour préparer la création de nouveaux médias participatifs et contribuer à décoloniser l’imaginaire. En août 2021 nous avons formé 17 compagnes et compagnons de la République d’Haïti, arrivé(e)s au Venezuela pour étudier l’agroécologie et en avril, 12 jeunes membres de la Commune rurale El Maizal.

  • 2. Réalisation de reportages. Depuis 1999 nous visibilisons la participation populaire au sein de la révolution bolivarienne, avec toutes ses difficultés mais aussi sa force de résistance et de création. Chaque semaine nous alimentons notre chaîne YouTube Terra TV de reportages de terrain sous-titrés en français – vous pouvez vous y abonner. Ces reportages sont également relayés par le site Web de Terra TV (photo ci-dessous), nos réseaux sociaux et le Blog Venezuelainfos créé en 2012 et qui a publié à ce jour 1021 articles.
  • 3. Réalisation de documentaires. En août 2021 plusieurs chaînes de télévision vénézuéliennes ont invité nos formateurs/réalisateurs à exposer leur travail et la Cinémathèque Nationale du Venezuela nous a rendu hommage en projetant un cycle de nos documentaires récents. Parmi eux, le documentaire « Temps de Lutte », chronique d’une année de construction d’un autogouvernement citoyen et majoritairement féminin dans les quartiers populaires de Caracas, a fait le tour du monde (Sénégal, Corée du Sud, France, Brésil, Tunisie, Chili…).

Notre documentaire « Marcha » (2019), qui se faisait le porte-parole des revendications paysannes pour approfondir la réforme agraire, n’a pas été inutile puisque 95% des demandes de ce mouvement social ont aujourd’hui été résolues par le gouvernement bolivarien. A la fin de novembre 2021, notre nouveau documentaire de 70 minutes sur la révolution bolivarienne sera sous-titré en français, en anglais, et diffusé internationalement. Comment transformer l’espace/temps pour que la révolution soit durable ? La réponse appartient à celles et ceux que nous avons rencontré(e)s dans tout le Venezuela : communard(e)s, milicien(ne)s, architectes, conseils communaux, paysan(ne)s, artistes de cirque, fonctionnaires d’État… engagées dans la réforme agraire, dans la transformation de la culture et de l’éducation, dans l’organisation de la santé dans les quartiers populaires, dans la construction d’un nouvel espace de vie. L’objectif du film est de transmettre les expériences concrètes des organisations populaires, où participent majoritairement des femmes, ainsi que leurs idées, pour aller encore plus loin dans la révolution. Photos de tournage :

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/02/nos-chantiers-au-venezuela-et-comment-nous-aider/

Le très long voyage d’Argelia Laya

« Si tu veux marcher vite, marche tout seul; si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». S’il est un peuple à laquelle peut s’appliquer ce proverbe africain c’est bien celui du Venezuela. L’intensité de la guerre médiatique est évidemment liée à ce potentiel illimité d’expériences à partager avec le reste du monde et dont il faut à tout prix empêcher la transmission. Nous avons souvent expliqué, lorsque les médias transformèrent les violences de l’extrême droite au Venezuela en « révolte populaire » et la plus grande démocratie participative du monde en « dictature », que la gauche ne pouvait plus se passer de démocratiser le champ médiatique, si elle voulait rester connectée au monde. En attendant…

La révolution bolivarienne, féminine et populaire, a 22 ans et sa force créatrice ne s’étiole pas. Le 4 juin 2021, les communard(e)s de la Commune El Maizal et de l’Union Comunera débattent avec une commission de l’Assemblée Nationale du projet de Loi sur les Cités Communales :

La réforme agraire continue. Le gouvernement bolivarien (ici à travers le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre et l’Institut des National des Terres) remet des titres de propriété aux paysannes dans tout le pays :

A Caracas, la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas) fête trois ans d’existence. En juin 2021, l’auto-gouvernement, à majorité féminin, est plus vivant que jamais. Les assemblées, les décisions, l’apprentissage constant sont un pas énorme dans la construction de la démocratie participative. Un des leaders et formateurs de cette commune, Gsus Garcia explique : « Nous célébrons aujourd’hui 3 ans de construction collective d’un modèle d’organisation politique – territoriale, sociale et économique qui rassemble plus de deux mille familles.

Nous avons appris que tout ce qui sest passé jusqu’à présent fait partie d’un processus, rien n’est terminé. Rien n’est venu du jour au lendemain. Tout cela a été le fruit d’efforts et de luttes constants. Nous sommes une fenêtre ouverte sur l’avenir. Tout ce que nous générons vise à nous permettre de consolider le plus grand état de bien-être possible, pour le présent et pour nos descendants.

Nous ne sommes pas parfaits, et encore moins idéalistes. Ce dont nous sommes convaincus, c’est que nous n’en sommes qu’au début et que nous faisons modestement de notre mieux. Nous voyons l’horizon comme large et prometteur chaque fois que le soleil se lève, nous pouvons le voir de n’importe quelle fenêtre du quartier. De là, nous rêvons d’un monde meilleur, un monde qui, pour nous, commence à partir de n’importe quel foyer de notre commune.

Pour ce troisième anniversaire de la Commune nous avons décidé de faire publiquement le bilan de la gestion communale. Ce qui nous a donné quelques soucis (les mesures de protection sanitaire dues à la pandémie sont toujours en vigueur) mais c’est la meilleure voie : les assemblées de rue. Nous avons dû rencontrer les gens, écouter, expliquer, débattre. Dans chaque assemblée, nous avons exposé les victoires mais aussi les échecs, et tout ce qui nous manque.

Hier, par exemple, quelqu’un ne voulait pas écouter, comme cela s’est produit dans une autre assemblée, elle voulait seulement exposer ce sentiment de frustration et d’ignorance d’une gestion collective. Les deux compagnes se sont ouvertement opposées. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous aimons ces débats. Pouvoir exposer tout ce qui a été fait, avec la conscience tranquille, pour débattre de chaque point, mettre à nu devant tant de gens les vraies raisons de ces passions négatives avec de bons arguments, cela nous rend très heureux. Honnêtement, j’ai été surpris par l’attitude de la population en général dans les assemblées, les applaudissements, etc. Nous avons fait preuve d’humilité et, comme le dit le dicton, « on ne peut pas cacher le soleil avec un doigt« . Nous devons faire très attention à l’arrogance, au fait de croire que nous avons atteint notre limite, de ne pas comprendre que les applaudissements d’aujourd’hui peuvent être les huées de demain, c’est pourquoi nous devons continuer à travailler, à gagner les débats avec des éléments concrets, avec des exemples, avec des certitudes, avec une unité programmatique. » :

Pendant ce temps, à Caracas aussi et dans d’autres villes, pendant que le président Maduro relance les primaires ouvertes avec assemblées de base pour que les bases désignent leurs candidat(e)s aux élections de novembre 2021, relance la discussion publique de la loi des Cités Communales, les programmes du réseau de santé nationale Barrio Adentro et le programme urbain d’Agriculture Urbaine, ont lieu de nombreuses manifestations de solidarité avec l’État et le Peuple Palestinien (qui a son ambassade à Caracas) face aux violations massives et incessantes des Droits Humains et du Droit International de la part du gouvernement israélien.

Entre les mailles du blocus des USA, le Venezuela reçoit de la Russie un nouveau lot de 500.000 vaccins Spoutnik. Et grâce aux nouveaux apports de vaccins chinois, le président @NicolasMaduro ordonne de multiplier par 10 les centres de vaccination pour atteindre la protection de l’ensemble de la population à la fin de septembre.

Au Mexique une équipe de l’Institut vénézuélien de Solidarité Simon Bolivar Instituto Simón Bolívar voyage pour dialoguer avec les représentant(e)s du parti de la transformation Morena d’Andrés Manuel López Obrador et autres militant(e)s, activistes, intellectuel(le)s : à propos de solidarité féministe, de souveraineté, de démocratie participative et de futures formations. Lors de la rencontre « fortifier nos démocraties« , le Président de l’institut, Carlos Ron explique : « après la mort du Président Chávez, ils ont tout essayé pour nous détruire : invasions paramilitaires, accusations de narcotrafic… etc.. Mais n’oublions pas une chose : ce n’est pas seulement pour notre pétrole mais aussi parce que notre modèle politique, notre démocratie participative où le peuple est au centre, est un exemple trop enthousiasmant, trop dangereux pour les autres peuples« 

Retour à Caracas. Dans un espace récupéré par le gouvernement bolivarien, répétitions en cours pour réinterpréter la bataille de Carabobo (1821), qui scella son indépendance. Irrévérence caraïbe des corps de jeunes artistes engagé(e)s dans le théâtre, la musique symphonique, la danse et le cirque.

Et puis, dans tout le pays, une initiative extraordinaire, réalisée sans grands moyens mais à force de volonté, celles des fourmis qui travaillent en silence : la Brigade communarde Argelia Laya franchit d’immenses distances, pour que les communes se rejoignent, se connaissent, s’entraident matériellement et organisent des ateliers de formation :au cœur d’une force populaire et d’une vie qui ne renonceront jamais.

Thierry Deronne, Caracas le 5 juin 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/05/le-tres-long-voyage-dargelia-laya/

Au Venezuela, symphonies agroécologiques paysannes

« On sent dans les yeux
et dans les doigts
la pression, la patience,
le travail
de germes et de bouches,
de lèvres et de matrices.
Le vent transporte des ovaires.
La terre enterre les roses.
L’eau jaillit et cherche.
Le feu bout et chante.
Tout
naît
« .
Pablo Neruda, Ode à la fertilité de la terre

Dans les montagnes, à une heure de Barquisimeto, il y a trois villages productifs de paysans où tout aujourd’hui est un bien commun. Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde résonnent comme un « orchestre agroécologique » au cœur de la municipalité d’Andrés Eloy Blanco, dans l’état de Lara.

Depuis les années 1970, plus de 120 familles et leurs nouvelles générations ont cultivé avec beaucoup de sens mystique l’organisation et le travail comme une sorte de symphonie. Ces familles rurales font bouger leurs bras, leurs esprits, leurs jambes, leurs regards, avec une telle synchronicité qu’il semble qu’elles dansent sur le même air : elles partagent des sentiments, des idées, des récits, des expériences, des territoires, de la nourriture. Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde ont trouvé leur voie dans l’organisation communautaire autour de pratiques et de connaissances agricoles ancestrales, profondément humaines et en harmonie avec la nature. Ces villages sont le berceau de l’agroécologie au Venezuela.

Olga Domené

Cette organisation paysanne, connue sous le nom de La Alianza, a été étudiée par la scientifique vénézuélienne Olga Domené (photo) pendant quatre ans. Docteure vétérinaire, elle a obtenu un master en agroécologie à l’université de Pinar del Río, à Cuba, et vient de terminer un doctorat en écologie au Colegio de la Frontera Sur, au Mexique. Elle est la fondatrice du programme de formation en agroécologie de l’Université bolivarienne du Venezuela.

Les recherches de cette native de la ville de Maracay ont pris fin en 2020, en pleine pandémie de covid-19. Olga a constaté que, dans ces hameaux paysans, le traditionnel « conuco » (parcelle productive) est un espace d’apprentissage, de coexistence et de subsistance, généralement géré par les femmes et les enfants. Le conuco est une unité de production essentiellement familiale, ancrée dans l’histoire du Venezuela, qui prend vie dans les cours des maisons. Y sont cultivées des espèces locales, allant des végétaux alimentaires aux plantes médicinales, en passant par les plantes qui purifient l’âme, car les maladies ne sont pas seulement physiques. L’espace-temps est fondamental dans cette stratégie : les familles ont une connaissance approfondie du territoire pour savoir où, quand et à quelle heure elles vont semer et récolter. Il existe des associations et une diversification des espèces. La famille s’alimente grâce au conuco, tous les jours. On y trouve des bananes à cuire, du manioc, du maïs, des haricots, certaines racines cultivées dans la région, des plantes médicinales, des poulets, des chèvres et des vaches.

Gaudy Garcia, directrice de l’école de Monte Carmelo.

Un autre résultat intéressant de l’étude est de percevoir ces symphonies agroécologiques dont le rythme favorise l’émergence et la permanence de l’organisation communautaire, à partir de la conformation d’un tissu social, avec des intersubjectivités qui ne voient pas seulement le territoire comme un espace biophysique, mais comme des lieux symboliques avec une histoire, où s’entrecroisent des connaissances, des faits, des saveurs, des pensées, des sentiments. C’est un travail qui évoque la magie de « faire de la musique ensemble » : à travers des synchronicités symboliques dans un temps partagé et vécu simultanément. Une agroécologie construite à partir des bases, des pratiques de relations sociales qui ont transformé la réalité de la municipalité Andrés Eloy Blanco, collectivement : les paysans sans terre ont entrelacé un réseau d’organisations dotées de pouvoir. Dans cette vision, le social est dans la relation elle-même.

La recherche d’Olga sur les processus de territorialisation de l’agroécologie dans les environs de Sanare part d’une perspective socio-historique critique, qui laisse de côté les théories et les catégories d’analyse imposées par les sciences conventionnelles. Il s’agit d’une étude réalisée à partir du tissu communautaire, de la systématisation des expériences et des histoires. Cette méthode nous a permis de retisser un événement historique qui rend visibles les facteurs et les dispositifs sociaux qui ont permis l’avancée de l’agroécologie dans l’état de Lara.

Parmi les résultats, certains facteurs de transformation surgissent : 1) l’organisation horizontale comme base de la participation communautaire, qui favorise la consolidation de diverses coopératives et associations. 2) L’importance de la mobilisation des processus éducatifs comme stratégies clés pour la territorialisation de l’agroécologie. Un exercice qui rend visible un sujet pensant atypique : le maître-peuple (maestro pueblo), dont la pédagogie émerge dans l’oralité, qui lit le temps et ne réifie pas la vie, mais au contraire s’immisce dans celle-ci. Un(e) enseignant(e) qui insère un cursus différent et favorise des structures telles que l’école paysanne. 3) Le sauvetage des cultures et des savoirs ancestraux, méprisés par la modernité eurocentrique, qui protègent la vie. 4) Le sauvetage et la multiplication des semences locales, des semences autochtones, ainsi que la construction de laboratoires communautaires d’intrants biologiques.

Dans ces processus, la contribution des femmes a été essentielle pour maintenir la vie. Les femmes ont conquis des espaces, des garanties et des rôles, une lutte très difficile dans le monde rural. Elles sont des dirigeantes communautaires, avec un pouvoir considérable sur leur lieu de travail et d’étude ; beaucoup sont des enseignantes. Elles vivent à la recherche de nouveaux lieux pour recréer des horizons différents.

Les expressions de solidarité, de travail collaboratif et de complémentarité, nécessaires pour créer et maintenir la résistance dans les territoires paysans, se manifestent dans tous les espaces vitaux de Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde. Dans les travaux collectifs, les familles aident à construire les maisons d’autres compagnes et compagnons dans les communautés, à nettoyer les routes, à organiser des foires alimentaires.

L’étude montre que le son des symphonies change également avec le temps. La question intergénérationnelle est très importante. Il y a de nouveaux défis, de nouvelles menaces, de nouvelles opportunités.

Les fondateurs de cette organisation paysanne se souviennent que le premier accord dans les montagnes de Sanare a été une campagne d’alphabétisation paysanne influencée par trois courants de pensée : la théologie de la libération, des pères jésuites qui sont arrivés et se sont installés sur le territoire ; la présence du mouvement de guérilla d’Argimiro Gabaldón, avec son idéologie de construction du bien-être collectif ; le mouvement coopératif des années 1980, dont les principes d’entraide, d’union et de responsabilité partagée prévalent encore. Dans cette ligue de coopératives appelée La Alianza, Las Lajitas, Moncar, 8 de Marzo, l’Association Monte Carmelo, Palo Verde, toutes contribuent à la Central de Cooperativas del estado Lara (Cecosesola).

Aujourd’hui, la puissante organisation des mouvements paysans est présente dans toute l’entité. Les foires de consommation familiale qui font partie de la coopérative Cecosesola sont une idée qui a vu le jour dans les années 80, dans les villages de Sanare, lorsqu’ils étaient sous la coupe du libre marché et que, bien souvent, toute la production était emportée par les intermédiaires. C’est alors qu’ils ont commencé leur première expérience de vente directe d’aliments, et ce fut une bénédiction pour les habitant.e.s de Barquisimeto. A partir de là, les autres foires sont nées. Il existe désormais trois grands marchés alimentaires, qui constituent une oasis pour des milliers de familles de l’état de Lara. Ces dernières années, à Palo Verde, les femmes ont pris l’initiative de créer des épiceries communautaires où sont distribués des aliments sains, savoureux et souverains à des prix solidaires.

Cette enquête locale sur la communalité et l’agroécologie cultivées dans les territoires du Venezuela nous éclairent sur d’autres activités organisationnelles, formatives et productives, afin de prendre de grandes décisions.

Nerliny Carucí (journaliste scientifique, et professeure universitaire) et Guillermo Barreto (biologue, zoologue, journaliste scientifique et ex-ministre de écosocialisme du gouvernement bolivarien)

Source : http://ciudadccs.info/2021/05/14/date-con-la-ciencia-sinfonias-agroecologicas-campesinas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/19/au-venezuela-symphonies-agroecologiques-paysannes/

« Et nous revînmes aux terres de Buria »

Ce reportage tourné en mars 2021 par l’équipe de Tatuy TV peut se voir comme une suite au documentaire de Terra TV « Marche » (2018) qui raconte comment une colonne paysanne exaspérée par les assassinats commis par les mafias agraires, monte vers Caracas pour dialoguer avec Nicolas Maduro. Le reportage actuel nous permet de retrouver quelques personnages de cette épopée comme Arbonio Ortega « El Diablo ». La marche paysanne qui – comme disait Arbonio en conclusion du film « Marche » – ne « devra jamais prendre fin », renaît ici sous les traits d’une action conjointe de l’Union Communarde et de la Commune El Maizal pour récupérer les terres de la Commune « Negro Miguel ». Le gouvernement bolivarien appuye cette initiative populaire, notamment à travers la présence du président de l’Institut National des Terres David Hernandez.

Le 27 mars 2021, les membres de la Commune Negro Miguel, avec le soutien et l’accompagnement de la Commune d’El Maizal et de l’Union Communale, ont organisé la réoccupation des terres Negro Miguel situées à Buria, municipalité de Simón Planas, État de Lara. Le président de l’INTI, David Hernandez, le maire de la municipalité, Gian Ortiz, ainsi qu’une délégation de parlementaires de l’Assemblée nationale ont assisté à cette activité. Avec plus d’une centaine de membres de la communauté, ils ont procédé à l’inspection des terres de la ferme, pour planifier la politique de soutien gouvernemental en vue de récupérer leur productivité.

Cette terre de 1200 hectares avait été occupée en 2015 par l’Axe Communal Negro Miguel, compte tenu de l’état d’abandon dans lequel l’avait laissée l’administration de la Corporation Alimentaire Vénézuélienne (CVA).Quelques membres de l’organisation communale elle-même qui occupait l’espace depuis 2015, ont fini par détourner l’identité sociale du projet, en démantelant la ferme et en la ramenant à une situation d’abandon. Face à l’inquiétude suscitée par l’état actuel de l’unité de production, par ailleurs menacée de privatisation, la réoccupation des terres a été décidée par les paysans et communard.e.s pour relancer les processus organisationnels, productifs et politiques de la commune, et travailler à la formation de la Cité communale.

« Et nous revînmes aux terres de Buria« , reportage de @TatuyTv, coproduit par la @ComunaElMaizal et la @UnionComunera (Venezuela, 2021). VO (ESP) sous-titrée en français par Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/22/et-nous-revinmes-aux-terres-de-buria/

El Maizal, comme une école

Située dans l’Ouest du Venezuela la Commune socialiste « El Maizal » est née de l’expropriation en 2009 du grand domaine du même nom. Fidèle à la vision communale du chavisme, elle renforce chaque jour ses potentiels de production et de formation. Sous les palmes de la future école primaire destinée aux filles et fils des communard.e.s, Lana, membre du comité de formation et Celia, membre de la Brigade des Sans terre du Brésil, nous expliquent le nouveau projet éducatif. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/24/el-maizal-comme-une-ecole/

Classe 4 de l’Ecole de communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : le son paysan

Comment écouter le paysan et transmettre sa pensée politique, sans que le discours sonore écrase l’image ? Comment laisser parler la nature elle-même, et entendre le travail ? Comment le vent de l’état de Falcon, au Venezuela, peut-il devenir un axe sonore pour écrire l’histoire collective ? Le professeur et réalisateur Victor Hugo Rivera donne une classe magistrale sur la construction de la bande sonore de son documentaire « Il vente », pour les étudiant(e)s de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez ». Vous pouvez lui poser vos questions à escuelaterratv@gmail.com

Le 3 octobre 2020, à la demande de la Coordination latino-américaine des organisations rurales – Vía Campesina, notre Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » a participé comme formatrice à la Vème Ecole de Communication de la CLOC-VC . Le cours avait pour thème la « langue et l’intégration du sujet populaire dans le cinéma latino-américain » et a été donné par le réalisateur et formateur Jesús Reyes. Coordination et photos: ALBA TV

Une des réalisations de notre école populaire de cinéma qui raconte un an de l’expérience de la Commune Socialiste « Altos de Lidice » (Caracas, Venezuela) continue à faire parler d’elle ! Les photos montrent la discussion sur le documentaire vénézuélien « Temps de Lutte » de Jesus Reyes Yisus Reyes et Victor Hugo Rivera Víctor H Rivera présenté au Festival international « Cinéma et droits des travailleurs » Séoul 2020, Corée du Sud

Vous pouvez vous joindre aux 125 ami(e)s solidaires qui aident à créer cette école, l’objectif est très proche : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/classe-4-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-le-son-paysan/

La vision stratégique de la grande mission AgroVenezuela

Par Clara Sanchez

Des chercheurs, universitaires et familles andines travaillent sur des stratégies pour réorienter les choix alimentaires vers la production paysanne. Photo : Ministère du Pouvoir Populaire pour la Science et la Technologie 

“…Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution”  

Hugo Chavez, lors de la présentation du Rapport et Compte-Rendu à l’Assemblée Nationale 

La Grande Mission Agro Venezuela a vu le jour le 25 janvier 2011 à l’initiative du Président Hugo Chavez et a été lancée depuis l’Unité de Propriété Sociale Agricole “La Productora, dans la Municipalité d’OSPINO, Etat Portuguesa dans le but d’assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays. 

Une mission hautement mobilisatrice 

Depuis sa création, cette Grande Mission est devenue une organisation hautement mobilisatrice, prenant une “nouvelle impulsion, un nouvel élan, les 3 R de la Révolution Bolivarienne » (1) ; elle a commencé par “l’enregistrement de tous et toutes les Vénézuélien(ne)s ayant la possibilité de produire des aliments et affiche, entre autres, “347 points tricolores” sur tout le territoire national.  

A son premier anniversaire, la Mission comptait déjà avec 682.125 inscriptions (2) (586 789 agriculteurs vénézuéliens inscrits lors de la première phase –mai, juin, juillet, août 2011- et 95 336 lors de la deuxième phase –septembre, octobre, novembre et décembre 2011- dont 4028 sont devenus délégués et parmi ces derniers, 1 007 ont été élus dans 1 030 assemblées qui s’étaient déjà tenues quand le Président a annoncé le démarrage de la deuxième année de la Grande Mission Agro Venezuela au début de 2012 (3) ; il a déclaré :  “nous nous engageons à accroître la production agricole, l’élevage, la production agropastorale (…), piliers de notre nouveau modèle de développement, l’économie productive, l’économie sociale”, afin “ de faire un grand saut qualitatif et quantitatif dans la production agricole” (4) ; pour cela, il a créé l’Organe Supérieur qui devait permettre une meilleure coordination entre toutes les entités étatiques pour sa conceptualisation, ses objectifs et ses tâches. 

Des résultats modestes 

Auparavant, le 13 janvier 2012, dans son Rapport et Compte-Rendu présenté à l’Assemblée Nationale, le Président Hugo Chavez a déclaré : “Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution, (…) cet effort et ces modestes résultats, nous devons les utiliser comme base pour exiger un engagement national et pour cela, nous prenons plus d’initiatives chaque jour, nous travaillons plus efficacement pour continuer à augmenter a production nationale”. (5)

Au sujet des modestes résultats obtenus, il a annoncé que sur 47 produits agricoles, 39 avaient vu s’accroître leur superficie de culture et leur production par rapport à 2010 : la production de riz a augmenté de 6%, celle des haricots de 17%, celle du coton de 21,9%, celle du café de 2%, celle du cacao de 9%, celle du tournesol de 23%, celle du lait de 7%, celle du poulet de 8%, celle du porc de 26%, celle des œufs de 26% et celle de viande bovine de 6%, ces chiffres prouvant les progrès réalisés ;  dans la production de maïs, une diminution de 17% a été constatée bien que la superficie ensemencée ait augmenté de 397ù en raison de pluies abondantes qui ont gravement affecté les récoltes. 

Parmi d’autres résultats, on peut noter la création du programme d’agriculture urbaine, dont le nom initial, Agro Ciudad, a ensuite cédé la place à l’actuel “Pouvoir Populaire pour l’Agriculture Urbaine”. 

Une mission hautement stratégique 

Depuis notre espace, Nourriture et Pouvoir”nous avons donc mis l’accent sur le fait qu’au Venezuela le système agroalimentaire doit être considéré comme hautement stratégique et nous saluons la proposition de constitutionnalisation de la Grande Mission Agro Venezuela ; mais que signifie concrètement “hautement stratégique” ? 

En 2012, le Président Chavez a fait la lumière sur ce qu’il avait compris lui, en tant que chef d’état : “ c’est une secteur-clé pour la souveraineté alimentaire, pour l’Indépendance nationale”. (6)

La stratégie déployée consiste à garantir les besoins vitaux de la nation, ce qui, pour le Venezuela, signifie “atteindre la souveraineté alimentaire pour assurer le droit sacré du peuple à l’alimentation” (7) tel que décrit dans le Plan de la Patrie 2019-2025, dont le premier Grand Objectif Historique est l’Indépendance nationale.

En 2011, le Président Hugo Chavez lance la Grande Mission Agro Venezuela. Photo d’archive 

C’est donc pour sa propre sauvegarde que le pays s’engage dans ces actions, en essayant d’annuler ou de réduire les conséquences négatives découlant de desseins hostiles (la chute du prix du pétrole ou de sa production, mais surtout du blocus et des mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis et ses alliés), en prenant les initiatives nécessaires pour canaliser le développement et la construction du pouvoir national, qui pour la Révolution Bolivarienne doit être un modèle alternatif de développement socialiste garantissant le “bien vivre” à sa population. 

Ceci en tenant compte du fait qu’à partir de 2014, lorsque le conflit ouvert avec les Etats-Unis a été dévoilé, conflit qui augmente ou baisse d’intensité à différents niveaux depuis qu’il a été déclenché, il a fallu introduire des mesures énergiques et durables dans le système agroalimentaire national, c’est-à-dire exploiter tout son potentiel en temps de paix –en admettant que cette situation de siège, de guerre non conventionnelle puisse s’appeler paix-, afin de préciser une politique nationale permettant d’anticiper ou d’affronter les périodes de crise, voire de guerre, qui avant ce jour n’étaient pas considérée par la société comme quelque chose qui pouvait vraiment arriver au Venezuela. 

Je veux parler du blocus contre la nation et de la menace constante d’intervention militaire de la part de la première puissance mondiale, dans lequel la nourriture devient un enjeu national vital car la survie même de la nation dépend de sa garantie ; la population étant le facteur de puissance d’une nation le plus important à protéger. 

Par conséquent, le Plan de la Patrie fait partie d’une planification générale et la Grande Mission Agro Venezuela est l’instrument de mise en œuvre qui permettra d’atteindre l’objectif 1.4 de ce Plan. 

C’est en partant de là que toutes les forces doivent se coordonner pour une politique de défense permettant de résoudre un problème d’importance stratégique : la vulnérabilité de la Révolution Bolivarienne devant la nécessité de nourrir de manière autonome ou au moins en quantité suffisante la population ; bien que de gros efforts aient été faits dans ce sens de 2000 à 2014 et malgré le fait que certains secteurs nient que les meilleurs résultats de la hausse des indicateurs nutritionnels de la population et de de la production nationale à des niveaux historiques aient été obtenus au cours de cette période, la réalité concrète est que cette hausse s’est produite dans un contexte totalement différent de celui d’aujourd’hui, avec un effondrement évident au cours de l’année 2014 qui, je le répète, était dû à la chute brutale du prix du pétrole, fait don certains analystes ne tiennent pas compte. 

Objectif : protéger la population 

Au sujet de l’annonce faite par le Président Nicolas Maduro sur la relance de la Grande Mission Agro Venezuela (8) avec la mise en œuvre d’un processus contribuant à l’élaboration collective de son redémarrage, nous considérons, depuis notre espace, que la participation de l’ensemble du système agroalimentaire est indispensable. 

Pour le dire plus clairement, “tous les facteurs ou éléments tangibles et intangibles qui impliquent le peuple et le gouvernement, ainsi que le public et le privé” (9) ; ou, pour paraphraser Chavez, “le communal ou le direct, l’Etat ou l’indirect, ou le mixte Etat-Privé, mais aussi l’Etat-Pouvoir Communal doivent œuvrer en vue de la formation d’un pouvoir national dont le but ultime n’est pas juste de renforcer la production alimentaire nationale, mais de préserver le facteur population, en particulier celui qui est touché au quotidien par la pénurie alimentaire en plein milieu du blocus et de la pandémie COVID-19. 

Car le blocus et les mesures unilatérales ont non seulement rendu difficile l’obtention de la quantité d’engrais nécessaire pour les semailles, mais sont aussi utilisés comme instrument de spoliation des Monomères Colombo-Vénézuéliens ou de diminution de la production de Pequiven (10) , au grand préjudice de la population vénézuélienne que l’on veut faire mourir de faim, même si cela entraîne des souffrances plus grandes encore pendant des mois et des années, tous ces moyens étant utilisés par les Etats-Unis pour parvenir au changement de régime qu’ils veulent obtenir. 

A l’heure actuelle, l’insuffisance alimentaire atteint 31,4% de la population du Venezuela (11), son augmentation étant proportionnelle au nombre de mesures coercitives unilatérales ou des actions menées par les Etats-Unis et leurs alliés, dont le blocus imposé à la nation, contre ses actifs, ses biens, ses ressources, ses habitants, ce afin d’atteindre leur objectif, la nourriture leur servant d’arme de guerre. 

C’est pour cette raison que certains ont affirmé qu’il était inutile d’augmenter la production nationale dans une perspective purement économique si l’objectif transversal n’est pas de nourrir en priorité l’ensemble de la population vénézuélienne, ce qui équivaudrait à réduire sa vulnérabilité et à obtenir une plus grande liberté d’action en parallèle du développement des forces de production susceptibles de réduire les attaques constantes contre la nation depuis l’étranger. 

Le Président Nicolas Maduro a relancé la Grande Mission Agro Venezuela dans le contexte du blocus américain contre le Venezuela. Photo : archives 

D’une part, on veut “faire mourir la population de faim” ce qui déclencherait une flambée de violence contre le gouvernement national, d’autre part on accuse constamment la révolution bolivarienne au niveau international comme seule responsable de l’augmentation de la pénurie d’aliments tout en empêchant l’accès du pays au commerce mondial pour acquérir des denrées alimentaires, des intrants ou des matières premières au moyen du blocus et d’autres mesures. 

Prenons l’exemple de l’Argentine qui “produit de la nourriture pour 400 millions de personne” d’où son surnom de “grenier du monde” ou plus récemment de “supermarché du monde” alors que sa population souffre de restrictions à l‘accès à cette nourriture en raison du manque de ressources économiques qui a augmenté de manière exponentielle ces dernières années, touchant actuellement 35,8% de la population ou –ce qui revient au même- environ 15,8 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire modérée à sévère, 11 millions de personnes mangeant, en ces temps de pandémie, dans des cantines ou des soupes populaires ; 3,5 millions d’entre elles sont des enfants (12) ; pourtant ce pays ne connait ni sanctions, ni blocus, ni siège. Mais juste un système agroalimentaire principalement contrôlé par de grandes transnationales de l’alimentation et de l’agro-industrie pour lesquelles la nourriture n’est qu’une marchandise à laquelle seuls ceux qui peuvent la payer ont accès ; système qui ne peut ni ne doit tolérer la viabilité d’un nouveau modèle de production comme celui du Socialisme Bolivarien. 

Par conséquent, tous les acteurs et circuits du système agroalimentaire vénézuélien doivent être inclus dans la Grande Mission Agro Venezuela à tous les niveaux d’articulation, de contrôle et de responsabilité tout en donnant de l’importance aux comportements alimentaires comme moyen d’élargir ce système à un niveau supérieur, comme l’a fait la Grande Mission Venezuela à ses débuts en 2011. 

Dernières réflexions 

En résumé, étant donné que le système alimentaire est une composante du pouvoir national, que c’est par ce biais que l’autosuffisance agroalimentaire peut être atteinte, autosuffisance qui représente pour la Révolution Bolivarienne la souveraineté alimentaire, augmenter la production signifie en accroître la disponibilité, mais aussi l’engagement des politiques nécessaires pour assurer à la population un accès opportun et permanent aux aliments ; en particulier à celle qui dans l’immédiat est le plus affectée par la pénurie alimentaire et, pour cela, il faut prendre des mesures fermes avec la Grande Mission Agro Venezuela, susceptibles de briser le statu quo d’une configuration de relation de dépendance depuis une position périphérique de subordination du système agroalimentaire vénézuélien au restant du monde, aux transnationales et d’une condition fortement oligopolisée, tout en évitant de se laisser happer par un cycle de privatisation, de dénationalisation, d’oligopolisation et de transnationalisation dans lesquels peut tomber l’exploitation des terres cultivables elle-même. 

Par conséquent, l’utilisation rationnelle des ressources naturelles (terre, eau, pétrole, gaz et biodiversité) doit être prise en compte en toute connaissance de cause du scénario actuel et de la concurrence internationale pour accaparer ces ressources dont le Venezuela est un réservoir très attrayant pour les grandes multinationales. C’est une question primordiale, en lien avec d’autre facteurs déjà considérés comme la science et la technologie, avec tous les circuits et à tous les niveaux, pas seulement dans le domaine de la génétique, mais aussi dans le domaine de l’innovation, des usines et des pièces détachées, des machines et des instruments agricoles, des modèles alimentaires nationaux ou des engrais, grâce à l’expérience et aux connaissances ancestrales et au savoir-faire populaire ; sans oublier la géographie, les caractéristiques du territoire, l’armée et, facteur essentiel, la population qui a une importance stratégique dans la géopolitique. 

Car c’est elle qui en termes de quantité comme de qualité, en plus de son caractère et du niveau de son moral, a les capacités humaines nécessaires pour continuer à se battre, à vivre et à se reproduire pour le travail, le développement de son intelligence qui lui permettront de dépasser les niveaux élevés d’enseignements requis par la science et la technologie et qui mèneront à la réalisation des objectifs de la Révolution Bolivarienne, du Socialisme Bolivarien, de l’Indépendance Nationale, de la Souveraineté Agroalimentaire, dans la cadre d’un nouveau modèle de développement alternatif. 

Clara Sanchez est chercheuse, ingénieure agronome, Master en Stratégie et Politique. Elle publie des articles de recherche et d’anayse dans le domaine de l’alimentation et tout ce qui en dérive, sur son site ”Nourriture et Pouvoir”.  

Notes :

[1] (Instituto de Altos Estudios del Pensamiento del Comandante Supero Hugo Rafael Chávez Frías, 2011) Intervención del Comandante Presidente Hugo Chávez en Consejo de Ministros. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de http://www.todochavez.gob.ve/todochavez/277-intervencion-del-comandante-presidente-hugo-chavez-en-consejo-de-ministros

[2] 586.789 Agrovenezolanos registrados en la primera fase (mayo, junio, julio, agosto de 2011) y 95.336 en la segunda fase (septiembre, octubre, noviembre y diciembre de 2011).

[3] En febrero del año 2012. Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[4] (MinAgricultutaVe, 2012) Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[5] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[6] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[7] (Ministerio del Poder Popular para la planificaión, 2019) Plan de la Patria 2019 – 2025. El futuro es hoy. Recuperado el 10 de 08 de 2020, de http://www.mppp.gob.ve/wp-content/uploads/2019/04/Plan-Patria-2019-2025.pdf

[8] (Nicolás Maduro, 2020) Miércoles Productivo. Recuperado el 02 de 08 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=4u2ASVmBbVI

[9] (Sánchez, Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional, 2016) Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional. Buenos Aires, Argentina: Instituto de Enseñanza Superior del Ejército.

[10] (Gobierno Bolivariano de Venezuela, 2020) Gran Misión AgroVenezuela. Resumen ejecutivo. Caracas.

[11] (FAO, FIDA, UNICEF, PMA y OMS, 2020)The state food security and nutrition in the world. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de TRANSFORMING FOOD SYSTEMS FOR AFFORDABLE HEALTHY DIETS: http://www.fao.org/3/ca9692en/CA9692EN.pdf

[12] (El Economista, 2020) Arroyo aseguró que más de 11 millones de personas están recibiendo asistencia alimentaria. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de https://eleconomista.com.ar/2020-04-arroyo-aseguro-que-mas-de-11-millones-de-personas-estan-recibiendo-asistencia-alimentaria/

Source originale: https://alimentosypoder.com/2020/09/11/lo-estrategico-de-la-gran-mision-agrovenezuela/

Traduction : Frédérique Buhl pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/09/la-vision-strategique-de-la-grande-mission-agrovenezuela/

Classe III de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : sur le montage de documentaires paysans

Comment monter des documentaires sur les mouvements paysans sans utiliser les recettes technico-industrielles ? Dans cette troisième classe de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez », le Professeur Miguel Escalona, monteur de nombreux documentaires de la chaîne paysanne Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision (EPLACITE) propose quelques pistes de travail hors du champ comercial, à partir d’une méthodologie basée sur la compréhension du temps intrinsèque du matériel filmé et de la connaissance profonde du point de vue paysan.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous aussi pouvez l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/09/27/classe-iii-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-sur-le-montage-de-documentaires-paysans/