« Marche », luttes paysannes au Venezuela: le documentaire complet en ligne (sous-titres français)

Synopsis : Venezuela, 2018. Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats. 46 min. Video HD

Le documentaire « Marche », produit par Terra TV, a été réalisé avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent la ville de Guanare de la capitale.

Pourquoi soutenir Terra TV ?

En juillet 2018, les militant(e)s de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma et de Télévision ont relevé le défi de créer la télévision paysanne Terra TV. Dès le départ cette télévision a été voulue et pensée par les paysan(ne)s eux-mêmes. Ils et elles veulent aujourd’hui multiplier la production et la diffusion de leurs images pour renforcer leur pouvoir de négocier avec le gouvernement, accélérer la remise de titres de propriété, et s’organiser territorialement. Ils nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle. Pour disposer des moyens de formation et de production audiovisuelles, nous avons donc lancé une campagne de financement participatif. Nous voici très proches de l’objectif, avec 95% du total apporté par 140 donateurs (trices). Vous pouvez nous aider à gagner cette bataille en exprimant votre solidarité ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

L’heure est venue de sortir de la « critique des médias » pour initier concrètement la réappropriation populaire de l’information. La télévision, enlisée dans le degré zéro de son potentiel social et de son écriture audiovisuelle, redeviendra un formidable outil de formation et d’information en s’enracinant dans chaque territoire et en se faisant cohérente avec la démocratie participative. C’est-à-dire en changeant son mode de production. A Terra TV, chaque point du territoire, chaque voix ont la même valeur. Pas de studio, pas de journalistes, pas de politologues, pas de maquillage, pas de formatage, ni de « sujet » ou de « temps de parole » préétablis. Ici on ne coupe pas la parole. Le temps nécessaire à produire une information ressemble au temps de la production paysanne. Terra TV est une école permanente qui forme les paysan(ne)s à transmettre leur regard.  Terra TV sera en priorité le canal des voix féminines et sera aussi le relais de luttes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure où la concentration des médias privés criminalise les mouvements sociaux. Nous voulons libérer la télévision de cette globalisation qui oblige à passer par de grands groupes médiatiques. Vive le dialogue direct entre les peuples !

D’avance, merci pour votre soutien !

L’équipe de Terra TV

Le visage de la télévision paysanne émerge dans les reportages réalisés depuis juillet 2018:

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Projection de « Marche » lors d’une assemblée paysanne, état de Falcon, Venezuela

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Ateliers de formation de Terra TV

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Terra TV présente : « El Maizal, la bataille pour produire » (en ligne, sous-titres français)

maizalaf.png« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Au boulot, j’avais bien entendu quelqu’un mentionner ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs compétents en matière de réparation et d’entretien pour améliorer la production communale, mais je n’avais pas approfondi. C’est du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, que j’ai compris ce que sont ces équipes, et leur idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.» C’est ainsi que Silvana Solano, qui accompagnait notre équipe de tournage, résume le nouveau film de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire », visible ici :

Cette treizième « bataille productive » a permis de récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif et notamment, l’élevage et la mise en culture. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal, dans l’ouest agricole du Venezuela, où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante.

Pour le sociologue vénézuélien Reinaldo Iturriza, « ce qui induit à la superficialité ou à l’erreur un nombre considérable d’analyses de la situation vénézuélienne est l’invisibilisation du sujet politique, du tissu populaire, de ces bases chavistes capables de considérer que leur gouvernement fait mal quelque chose, ou que ses efforts sont insuffisants, tout en comprenant qu’il n’en demeure pas moins le gouvernement du peuple ». 

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

136 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 92% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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Histoire du travail effectué par un village de communard(e)s pour faire avancer la Révolution Bolivarienne

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Notre Commune El Maizal est constituée de 22 Conseils Communaux dont 12 font partie de la Municipalité Simon Planas de l’Etat de Lara et 10 de celle d’Araure, dans l’état de Portuguesa. Nous sommes une des premières communes à avoir regroupé des terres de différents états. Depuis notre création nous gérons une exploitation de 2200 hectares dont environ 1800 sont essentiellement destinés à la culture du maïs. C’est Chavez en personne qui nous a remis ces terres le 5 mars 2009. Il nous a visités deux fois – le 29 novembre de la même année, c’est depuis El Maizal qu’il a transmis le n°344 d’Alo Presidente”.

Cette année-là, nous avions réalisé notre première plantation communale d’environ 150 hectares de haricots à l’aide d’un crédit géré par la Banque Mutuelle Gustavo Vegas Léon. En 2010, nous sommes passés au maïs avec un financement géré par le Conseil Communal El Esfuerzo de la communauté d’El Cerrito, car à cette époque-là nous n’étions pas encore officiellement enregistrés. Ce n’est que récemment, en octobre 2012, que le Ministère des Communes a procédé aux premiers registres légaux, celui de la Commune El Maizal a été signé le 25 mars 2013.

En 2011 et 2012, nous avons semé 250 hectares de maïs et en 2013 nous en avons planté 600, cette année-là ayant été une année cruciale pour la Commune qui, après de multiples conflits avec la Corporation Venezuela de Alimentacion, entreprise d’Etat avec laquelle nous partagions l’utilisation des sols, décida de s’en retirer lors d’une Assemblée. Cette superficie cultivée est restée constante jusqu’en 2015.

En 2016 et 2017, 1100 hectares de maïs ont été cultivés avec la participation de 68 petits producteurs; le financement attribué par le gouvernement révolutionnaire ne correspond qu’à une superficie de 600 hectares mais le reste a pu être cultivé grâce aux excédents provenant de la Commune. C’est ainsi que s’est constitué le Réseau de Producteurs qui s’étend et se renforce actuellement avec l’ajout d’autres cultures.

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.. mais la Commune El Maizal, ce n’est pas que du maïs !

En travaillant incessamment, nous avons pu mettre en place diverses expériences de production parallèlement avec notre développement organisationnel, grâce à notre détermination à aller de l’avant et au soutien du gouvernement révolutionnaire.

Cela nous a permis de contribuer de manière significative au bien-être de notre population, d’abord dans le cadre de la Commune El Maizal et maintenant au-delà, ce qui a amené la Municipalité Simon Planas à créer sa cité communale et son district de développement agro-industriel. Pas à pas, nous avons monté d’autres entreprises de propriété sociale directe et des unités de production qui forment aujourd’hui notre système d’économie communale. En 2011, nous avons lancé un projet d’élevage en achetant 48 taureaux destinés à l’engraissement grâce à un crédit du FONDEMI. Lors de l’Assemblée de juillet 2011, qui s’est tenue sur le terrain de foot de Sabana Alta, nous avons choisi le statut de l’entreprise, première étape dans ce nouveau défi. Puis nous avons agrandi le troupeau en y ajoutant quelques vaches, ce qui nous a permis de fabriquer nos premiers fromages. Cette nouvelle expérience nous a encouragé à demander un autre crédit auprès de FONDAS pour l’acquisition de bétail laitier en 2013, commençant par 60 vaches et 3 taureaux. L’année suivante, nous avons rajouté 50 vaches et 2 taureaux à ce troupeau. Dès 2012, nous nous sommes lancés dans la vente de viande et en 2013, dans celle de fromage aux Conseils Communaux de notre secteur. Fin 2017, nous disposions d’un cheptel de 1150 têtes. Nous avons amélioré chaque jour notre travail de sorte que nous avons pu maintenir puis augmenter la production de fromage, de beurre et de viande qui, ajoutée à celle du maïs, nous a permis d’organiser des journées de vente en plein air avec les conseils communaux.

Le Centre de stockage et de distribution de la Commune El Maizal

Dès 2013, quand la commune d’El Maizal a commencé son activité de vente aux conseils communaux, deux nouveaux défis se sont posés à nous : créer les conditions nécessaires au stockage de notre production et de celle des petits producteurs de la région (contribuant ainsi à lutter contre les intermédiaires et la spéculation), et élargir peu à peu le circuit des communautés desservies au-delà de notre territoire.

C’est ainsi qu’en 2014, la vente extérieure à notre secteur s’est étendue aux 86 Conseils Communaux de Sarare et La Miel. En 2016 s’acheva la construction de notre Centre de stockage et de distribution, répondant ainsi au besoin de disposer d’un espace où stocker la totalité de nos produits, dont le fromage, la viande, les haricots, le maïs, le beurre, les légumes, entre autres. Rien qu’en décembre 2017, près de 8 000 kilos de viande ont été écoulés, approvisionnant tout le secteur de la Commune El Maizal ainsi que les deux paroisses de la Municipalité, Sarare et La Miel. A la même époque, nous avons écoulé 1 500 kg de fromage, 800 kg de beurre, près de 4 tonnes de légumes dont des poivrons, de la coriandre, des oignons, sans compter la vente de près de 2 500 kg de café moulu.

Nous avons participé à bon nombre d’autres actions de vente en dehors de la Municipalité, couvrant des communes ou des organisations sociales, institutions et associations diverses ; nous étions par exemple présents pendant trois années consécutives sur les Marchés Communaux organisés par le Ministère des Commune à Caracas.

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La transformation du maïs : meule et minoterie

En 2017, nous avons tenté de réaliser un vieux rêve : transformer nous-mêmes le maïs que nous produisons, alors qu’il finit habituellement entre les mains de l’industrie agro-alimentaire, remis par ce même gouvernement auquel nous fournissons toute notre production subventionnée. Un système fermé qui renforçait notre dépendance et détournait une part importante du produit de notre travail de notre zone d’activité et de notre Municipalité. Après diverses tentatives et projets, nous avons fini par intégrer le Programme de Minoteries lancé par le Ministère des Communes et nous disposons déjà des infrastructures nécessaires pour en accueillir une qui devrait être opérationnelle sous peu et sera alimentée par la production de notre Plan de Semis. En parallèle, nous avons récemment installé un moulin, en sorte de disposer des deux options pour répondre aux besoins de la population ; elle aura une capacité de production journalière d’environ 2 000 kg de maïs.

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe et Communale (EPSDC) de Briques Simon Bolivar

La EPSDC de briques Simon Bolivar, créée en 2010, a été cruciale pour la réalisation de nombreux projets par la Commune El Maizal, en termes de construction d’infrastructures sociales et productives. C’est de là que proviennent les briques utilisées dans la construction des maisons de la Grande Mission Logements Venezuela, des lycées et des écoles que nous avons bâties, des maisons communales et des entrepôts, y compris les intrants permettant d’améliorer le rendement des récoltes. Une bonne partie de l’amélioration de notre habitat est due au travail de ses ouvriers. Cette même usine a pu maintenir une production de 400 000 briques par an jusqu’à ce que survienne la crise du ciment en 2016. Actuellement, elle est à l’arrêt à cause du coût élevé des matériaux et de son emplacement difficile d’accès.

L’Entreprise de Propriété Collective Directe Communale de Distribution de Gaz Camilo Cienfuegos

L’entreprise de distribution de gaz Camilo Cienfuego a été inaugurée en 2012 après la présentation de son projet à PDVSA Gaz et un conflit avec la Mairie de Simon Planas au sujet de son contrôle (qui perdure dans une certaine mesure). L’usine alimente 190 Conseils Communaux, et près de 16 000 familles avec la vente de 25 000 bonbonnes par mois. Elle est dirigée par une équipe de producteurs qui vivent dans les différentes communautés du territoire de la Commune. Elle est toujours en fonctionnement à ce jour malgré un contexte de crise, avec des baisses ponctuelles dans les cas où une expédition au secteur approvisionné est nécessaire et où des difficultés surviennent lors de l’entretien des camions. Elle est actuellement en pourparlers avec les conseils comunaux pour chiffrer de manière transparente ses coûts de production et rechercher des solutions qui ne représentent pas une charge supplémentaire pour les communautés.

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L’Unité de production communale de cultures

A Sabana Alta, qui fait partie du secteur de la Commune El Maizal, fonctionne une UPC de cultures protégées, un complexe agricole de 6,6 hectares constitué de 12 unités destinées à l’ensemencement d’une surface de 540 m2 chacune, un réservoir australien de 300 000 litres, des systèmes d’irrigation, un bureau, des appartements, des salles de bain, une serre pour la germination et pour les jeunes plants, une salle de fertilisation et un local pour les pompes, le tout recouvrant une superficie de plus de 160 m2. Elle a été construite par la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture et administrée par FONDAS pendant 8 ans, celle-ci l’ayant laissée complètement à l’abandon suite à une mauvaise gestion. Puis elle a été dévalisée jusqu’à sa récupération par la Commune.

En 2014, la Commune El Maizal l’a reprise en main et depuis lors nous la restaurons petit à petit à nos propres frais, après avoir relancé sa production dès le début, avec diverses cultures comme les poivrons, les tomates, les oignons, les concombres, la coriandre, le pois quinconcho, le manioc (yuca)…

Lors de la session du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire des Communes du 15 août 2015, le Président Maduro a signé son transfert à la Commune El Maizal, scellant ainsi notre victoire dans ce combat. A ce jour, six unités récoltent les poivrons tandis que les six autres sont en pleine reprise et viendront s’ajouter à sa capacité de production. Jusqu’en avril 2018, nous avons obtenu une récolte d’environ 3000 kg alors que cette plantation n’en est encore qu’à 50% de son exploitation. L’objectif de production annuel est d’environ 30 tonnes de légumes.

La plantation de semences de maïs et de riz sera aussi développée dans le cadre des projets-clés visant à renforcer l’autonomie dont a besoin notre production agricole. Parmi les réparations effectuées, la pose de la toiture de six pépinières et la remise en état d’un système d’irrigation qui avait été détérioré autant par l’usure que pendant le cambriolage, surtout au niveau de ses tuyaux, tubes et valves, ont exigé un gros investissement.

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L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon (anciennement Porcinos de Alba)

L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon, anciennement nommée Porcinos del Alba et aux mains de la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture, a été récupérée par ses travailleurs et les habitant(e)s de la Commune El Maizal le 28 juin 2017. Elle a été occupée parce que ladite entreprise n’assumait pas comme il le fallait l’entretien de l’unité de production, provoquant la perte de bétail et portant préjudice aux travailleurs, probablement pour la céder ensuite au secteur privé. Alors qu’elle dispose d’une capacité d’accueil de 6000 têtes de bétail, elle a été récupérée avec 350 animaux faméliques, des reproductrices pour la plupart. Les travailleurs, préoccupés par leur état, leur avait donné des mangues jusqu’à ce qu’au bout de 28 jours de privation de nourriture, ils aient fini par l’occuper avec l’aide de la Commune El Maizal.

En décembre 2017, après cinq mois de travail sous le contrôle de la commune et des travailleur(se)s, le troupeau avait déjà regagné 2 150 bêtes, dont 900 en croissance et 665 pour l’engraissement, sans compter les reproductrices et les veaux à la mamelle. La plus grosse difficulté que cette unité productrice de base a rencontrée a été d’obtenir de l’alimentation pour bétail à un prix juste qui dans les dispositifs actuels, dépend d’un quota chez des distributeurs d’aliments contrôlés par l’Etat. Curieusement, elle n’a pas pu y accéder jusqu’à présent, ce qui l’a obligée à recourir à l’achat par intermédiaires à des prix spéculatifs au cours des premiers mois.

La mortalité du bétail a chuté de 98%, les animaux sont suivis par des vétérinaires et un accord a été conclu avec Porcinos de Alba pour régulariser la fourniture d’aliments en échange de l’achat assuré par l’Etat de la majorité de la production. Mettre en route sa propre usine de production d’aliments équilibrés dans l’U.P.C. constitue une priorité pour la Commune El Maizal. C’est ce qui lui permettra d’améliorer les conditions de sa production et, par ailleurs, de récupérer la flotte de véhicules adaptés aux exigences du transport des porcins, actuellement à l’abandon.

S’y ajoutent : la remise en état des silos de chaque aire de travail (10 d’une capacité de 14 000 kg, dont 8 nécessitent une maintenance et 2 des réparations importantes, y compris un petit silo de 2 000 kg), l’installation d’une unité de production d’électricité assurant l’autonomie de l’U.P.C., et pour finir l’installation d’un système d’éclairage pour garantir sa sécurité en améliorant sa surveillance.

L’Unité de Production Communale Simon Bolivar (anciennement UCLA)

Le 17 octobre 2017, nous nous sommes engagés dans une nouvelle bataille. En effet, les installations de la station expérimentale de l’Université du Centre-Ouest Lisandro Alvarado, dans le secteur El Torrellero, étaient à l’abandon bien qu’ayant bénéficié d’un financement de l’Etat ; elle avait une longue expérience de la pisciculture derrière elle, grâce aux infrastructures qui s’y trouvaient et dont elle avait besoin pour son activité.

Nous avons été convoqués par le Conseil Communal de la Collectivité de Torrellero qui nous a proposé de nous charger de sa relance et d’assurer sa gestion avec celle-ci. Cette position avait été prise en Assemblée suite à l’indignation soulevée par les vols permanents et les dégâts importants causés à cette infrastructure destinée à la production et à la formation, et qu’il fallait maintenant remettre en état pour qu’elle retrouve son emploi. Ceci en hommage à la méthodologie du “point et du cercle” dont parlait Chavez.

L’UCLA réagit à cette récupération en mentant à l’opinion publique, affirmant que l’unité était pleinement opérationnelle et que ses installations étaient menacées. Elle porta plainte en Justice bien que l’évidence même prouvait tout le contraire. Nous sommes donc engagés dans un procès judiciaire dont nous sortirons certainement gagnants. Nous y avons trouvé du bétail de race Caroro dans de très mauvaises conditions, une maison considérée comme patrimoine régional tombait en ruines, les médicaments vétérinaires étaient périmés, les machines pillées et les étables s’écroulaient à cause des infiltrations d’eau, les caves et les pièces d’habitation étaient en mauvais état ou totalement endommagées. Bref, nous étions face au résultat de nombreuses années d’abandon.

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En mars 2018, la Commune El Maizal, avec l’accord de la communauté, décida d’installer là son troupeau laitier, car l’espace et les conditions qui s’y présentaient après l’aménagement des lieux permettait de mieux s’en occuper. Cette décision a été prise suite à l’incendie criminel de plus de 200 hectares de pâturages situés sur les terres de El Maizal, qui a mis notre cheptel en danger.

En avril 2018, nous avons obtenu une production journalière de 180 litres de lait et de 15 à 18 kg de fromage. Notre cheptel, qui se trouvait alors à l’UPC Simon Bolivar, comptait 46 vaches Girolando et 36 Carora, 25 veaux Girolando et 14 Carora répartis dans 14 parcs installés sur les 90 hectares dont les pâturages et les clôtures ont été récupérés. En ce qui concerne les infrastructures destinées à l’élevage, nous disposons de 4 corrals, une salle de traite mécanisée avec 4 stations dont 2 sont en activité et le reste en cours de restauration. Il y a également 8 chambres froides dont 2 fonctionnent, 3 entrepôts utilisables et un logement actuellement occupé par les producteurs qui vivent sur place.

Nous essayons de relancer le projet de pisciculture, vu qu’il existe six étangs sur le site (le premier en voie de réfection pour l’élevage de tilapias); la remise en état d’une salle d’alevinage, base de l’autonomie que requiert le bon déroulement de cette expérimentation, est également envisagée. Dans le cadre du démarrage du Plan de Semis 2018, nous avons déjà préparé 3 hectares pour la plantation de maïs, 4 pour le Verger Communal en collaboration avec la communauté, et ½ hectare pour les producteurs qui vivent à l’UPC.

Le Verger Communal est une nouvelle ligne de travail du Plan de Semis 2018, qui consiste à former des Brigades de plantation, que ce soit avec des équipes de producteurs provenant des différentes UPC et/ou des comuneras et comuneros qui développent le processus organisationnel du Mouvement Communal Simon Planas. La Commune El Maizal y conserve les intrants de base pour la culture de de produits essentiels comme le maïs, le quinconcho, les haricots et la yuca, entre autres. La majorité de la production est destinée à la consommation familiale des brigadistes, et le restant à l’approvisionnement à des prix équitables des secteurs où ceux-ci mènent leur travail politique et social. Ces ressources permettant de reconstituer le stock d’intrants et de créer un fonds pour la plantation suivante.

L’UPC Simon Bolivar a aussi un fort potentiel de développement du tourisme communal, car sa région est constituée de formations rocheuses offrant aux visiteurs nationaux comme étrangers l’occasion de pratiquer des sports extrêmes et d’effectuer des randonnées dans un milieu naturel riche en cascades, en faune et en flore. Cette unité est cruciale pour l’effet de levier qu’elle exerce sur les processus fondamentaux assurant la viabilité de la Commune et du Mouvement Communal Simon Planas, du fait qu’elle réunit toutes les conditions pour l’installation de plusieurs unités de conditionnement ; à part celle du fromage et du beurre qui fonctionne déjà, il pourrait s’en ajouter une produisant de la charcuterie et de la viande sous diverses présentations et découpes, ainsi qu’ un abattoir pour les bovins et les porcins, par exemple. Pour cela, il nous faut remettre en état les chambres froides et évaluer l’état des infrastructures physiques afin d’établir un plan de restauration ou de remplacement, tant de la maison que des entrepôts, y compris l’achèvement de l’aménagement des parcs et la réfection des clôtures extérieures, travail qui a déjà été commencé.

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Un travail de gestion et de production communales réinvesti dans le social

Notre Commune El Maizal a subvenu aux besoins sociaux des communautés grâce aux revenus de projets financés par l’Etat et aux excédents générés par nos entreprises et unités de production. Ceux-ci ont été nombreux au cours des dernières années, ce qui constitue une nouvelle preuve de l’importance du partage des responsabilités tel qu’il figure dans la Constitution Bolivarienne et dans les programmes de nos conseils communaux ; ce sont les deux axes majeurs de notre Révolution.

Nous pouvons affirmer avec fierté que c’est grâce à la mobilisation de la population et à sa gestion directe qu’ont pu être réalisés l’asphaltage des routes, effectué par les communes de Paujisal, Palmarito, El Flaco, Caballito et Palma Redonda, l’électrification de commune comme Paujisal, Palma Redonda, El Playon, La Calanchera, Brisas Del Cerrito, Palma Sola, Palmarto. Sans oublier la construction de l’aqueduc de El Calvario.

Nous avons aussi construit deux dispensaires, l’un à Caballito qui est sur le point de fonctionner, l’autre à Palmarito, que nous avons aussi équipé et qui est déjà en activité. S’y ajoutent plus de 1200 mesures d’aides en matière de santé, que ce soit pour des opérations, l’achat de médicament ou d’équipements médicaux. Sans compter divers dons apportés à des écoles, des lycées et à diverses activités sociales et culturelle, de même qu’à des églises catholiques et évangéliques, fournissant par exemple des kits sportifs à des disciplines comme le base-ball, le football, le volley ball et des uniformes pour les équipes, et enfin la construction du stade de El Cerrito.

Nous avons remis en état cinq écoles rurales et construits avec nos excédents trois lycées pour 450 élèves environ à El Cerrito, Caballito et Sabana Alta où a également été édifiée par nos soins la Maison Communale. Notre travail a aussi permis la construction de 284 logements distribués sur tout le territoire de la Commune, dans le cadre de la Grande Mission Logement. Nous projetons d’édifier une infrastructure qui servira de siège au groupe universitaire de L’Université Polytechnique Territoriale J.J. Montilla de l’Etat de Portuguesa, avec laquelle nous avons passé un accord en vue de construire des annexes qui accueilleront au minimum 300 de nos jeunes dans le cadre de trois Programmes Nationaux de Formation (P.N.F.) dans les spécialités de soins vétérinaires, agro-alimentation et conditionnement-distribution d’aliments.

Nous oeuvrons à un regroupement politique autour d’un projet de Cité Communale

Tout comme nous avons développé la Commune El Maizal, nous avons mis en route le Mouvement Communal Simon Planas, avec la collaboration des différentes communes de la Municipalité, relevant le défi d’aller encore plus loin dans l’édification de l’Etat Communal, projet stratégique de notre Commandant Chavez qui a devant lui une route toute tracée dans les Lois du Pouvoir Populaire; pour nous, il s’agit de la seule stratégie qui nous permette d’affronter la phase actuelle d’escalade de l’agression impériale en sortant des limites de l’Etat bourgeois et de ses méthodes de gestion politiques comme la corruption, la bureaucratie et le clientélisme ; méthodes qui ont depuis toujours favorisé la dépendance et le colonialisme du capitalisme rentier vénézuélien.

C’est pour cette raison que nous avons créé nos Conseils Communaux constitués de Communes, dont celle de El Maizal est la pionnière. Et nous continuons à nous regrouper politiquement pour consolider notre autogouvernement. Nous avancerons dans cette voie avec un nouveau pas en avant consistant à organiser nos Villes Communales pour ensuite développer la Fédération Communale avec son District Moteur de Développement Agroindustriel, pièce maîtresse de notre stratégie visant à devenir un modèle de construction du socialisme.

L’évaluation de notre territoire et des communes créées nous mène à la conclusion qu’il nous faut créer deux Cités Communales, bases de notre future Fédération Communale, ce qui veut dire que les communes faisant actuellement partie des paroisses Sarare et Gustavo Vegas Léon de Simon Planas constitueront une Cité Communale, parmi elles : El Maizal (sachant qu’elle est aussi composée de conseils communaux de l’Etat de Portuguesa), Lanceros de Atures, Sarare (où nous avons relevé le défi de développer une véritable dynamique communale et de faire en sorte qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être), Armando Bonilla (projet de cette commune suite à l’élargissement du territoire de la Commune de Sarare) et Ezequiel Zamora.

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La deuxième Cité Communale sera constituée des Communes de la Paroisse Buria (certaines comprenant des Conseils Communaux de l’Etat de Yaracuy), terre de Negro Miguel et de son épopée libertaire, dont Negro Miguel, Minas de Buria, Revolucionarios de Buria Con el Cuartel de la Montana, et Rio Turbio de Buria Patria Querida. Ce sont donc 9 Communes qui feront partie des deux Cités Communales devant former la Fédération Communale, en hommage à notre Commandant Chavez et à notre Général d’hommes et de femmes libres, Ezequiel Zamora : nous consoliderons ainsi notre Système de Gouvernement Populaire.

Ce processus met l’accent sur le rôle des femmes, des jeunes et de la production. Voilà pourquoi s’est développé le Mouvement des Femmes Communardes, créant ses propres méthodes et objectifs à partir de son programme, car la grande majorité de nos membres sont des femmes, ce qui fait notre force et caractérise nos actions tout en garantissant la qualité de sa ce que nous entreprenons ainsi que nos victoires. Il nous faut aussi renforcer le Mouvement des Jeunes Communeros, qui représente un autre succès important de notre lutte, à savoir le ralliement d’une importante partie de la jeunesse qui assume les tâches les plus variées et s’exprime par sa propre voix dans toutes nos actions.

Nous nous engageons aussi à développer intégralement la production communale avec son réseau de producteurs, dans la perspective d’améliorer notre Programme de plantations comunal qui vise à rendre plus efficace encore le travail effectué sur nos terres. La distribution et le conditionnement de notre production doivent être effectués de nos propres mains. Associer nos femmes et nos jeunes à la capacité organisatrice de nos Conseils Communaux et de nos Communes et à notre production, voilà la formule organisationnelle proposée durant toutes ces années et qui doit s’imposer plus que jamais en cette période extrêmement difficile que connait la révolution bolivarienne.

Source : http://www.albatv.org/Comuna-El-Maizal-en-el-camino-de.html

Traduction : Frédérique Buhl

Photos: Juan José Moreno pour Terra TV et Alba Ciudad

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« Il vente » et « La bataille d’El Maizal » : Terra TV prépare deux nouveaux documentaires sur le Venezuela invisible

Réinformer sans cesse l’honnête citoyen(ne) face à des journalistes qui s’estiment dispensés du devoir d’enquêter et de rectifier leur « actu » copiée/collée, nous enlève un temps précieux qui peut servir à visibiliser le Venezuela populaire. L’élimination de cet acteur est précisément un des objectifs des médias. Il faut empêcher l’identification avec ces « autres » qui sont un « nous ailleurs », occulter ce peuple vénézuélien, son travail, son Histoire, ses rêves, ses mille expériences à raconter. On dit souvent « on veut envahir le Venezuela à cause son pétrole » et ce n’est vrai qu’en partie. Sa matière première principale c’est ce peuple qui reste debout. Son effacement dans les médias est au fond un préalable dans la stratégie d’élimination tout court.

Il faut sortir de la simple « critique des médias », initier ensemble la démocratisation et la réappropriation radicales de l’information, créer de nouvelles manière de faire. Avec la télévision paysanne Terra TV, nous voulons humblement contribuer à réinventer notre souveraineté audio-visuelle, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui nous oblige encore à passer par de grands groupes privés de communication. On peut voir ici tous les reportages produits en quelques mois par notre équipe: https://www.facebook.com/terratv2018/ Nous sommes maintenant très proches de l’objectif (89% de la somme recueillie) pour créer Terra TV grâce à 132 donateurs (trices). Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

1. « Il vente » de Victor Hugo Rivera : « La caméra était une compagne qui marchait avec nous » (25 min, ST FR, sortie: avril 2019)

« Victor Hugo Rivera, réalisateur et formateur intégral de Terra TV (photo) raconte : « Il vente » a surgi d’un reportage sur une marche paysanne dans l’Etat de Falcon. J’ai vu beaucoup d’espace et entendu de plus en plus de choses, je me souviens que le premier jour je voyais beaucoup de ciel et les montagnes et les étoiles rendaient l’endroit magique. Avant de filmer j’ai parlé beaucoup avec les gens jusqu’à devenir… inaperçu, pouvoir être invisible… J’écoutais beaucoup les gens… je me souviens de ce monsieur de 82 ans qui parlait peu, j’ai filmé un peu de son travail chaque matin, le dernier jour il m’a rattrapé avec une tasse de café et une arepa avec du fromage de chèvre.

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« Chaque fragment que j’enregistrais, devenait comme… un symptôme… comme un miroir peut-être… le visage des choses, des espaces que l’on traversait, au-delà de l’esthétique propre au lieu, transmettait beaucoup de vie, la présence constante du vent, souvent je n’ai pas filmé la « belle image » par respect, par besoin d’écouter. C’étaient des moments éphémères que l’on passait avec les gens et l’on percevait l’énergie de ceux qui transforment le monde en toute simplicité.
Toutes ces choses ont précédé l’objectif central, qui était filmer la deuxième Marche Paysanne dans l’état de Falcon. C’était un défi titanesque d’emmener tout le monde à Coro, mais avec tout le reste cette image a gagné en force au moment de visualiser le matériel durant environ un mois et cinq jours, pour la relier à tant d’expériences vécues avec les habitants.

« A aucun moment je n’ai imposé le geste formel du tournage, la caméra était une compagne qui marchait avec nous, il n’y avait pas l’attitude égocentrique de l’artiste qui vient faire les plans, non, on part avec toute la simplicité pour faire son travail et toute cette énergie est transmise dans la réalisation. Dans la magie du montage, il y a une intensité de chaque espace, il semble qu’il devient encore plus dense, on a l’impression que dans chaque plan il y a des idées, des moments fugaces qui cherchent à parler directement au spectateur. »

« La bataille d’El Maizal » de Juan Jose Moreno et Miguel Escalona. :« Ces visages où on reconnaît le mieux Chavez » (25 min., ST FR, sortie avril 2019)

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Silvana Solano accompagnait le réalisateur de Terra TV Juan José Moreno « Jota » lors du tournage. Elle raconte :

« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Je me souviens que quelqu’un sur mon lieu de travail avait mentionné ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs des entreprises d’État, qui possèdent de grandes connaissances en réparation et en entretien, et qu’elles pouvaient être organisées pour améliorer les conditions de production mais cela n’avait pas été approfondi davantage. Du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, j’ai mieux compris ce que sont les Equipes de Production Ouvrières, leurs objectifs, et les avantages sociaux qu’elles cherchent à générer. J’ai pu palper concrètement l’idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.

La commune d’El Maizal, dans l’État de Lara, a subi de plein fouet cette guerre non-conventionnelle. Elle lutte pour récupérer un immense espace de production, capable de produire bien plus. Faute de soutien gouvernemental, en pleine guerre économique, la route a été longue pour jeter les bases productives. Toute production d’envergure exige des machines spécialisées, des conditions optimales et des espaces disponibles qui permettent au cycle de se matérialiser. La guerre économique met des machines hors d’usage, paralyse des technologies et entrave de beaucoup de manières ce processus de production alimentaire.

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C’est ici qu’entre en scène cette Equipe de Production Ouvrière formée d’hommes et de femmes venu(e)s de tout le Venezuela avec des connaissances dans divers domaines, acquises par l’expérience, pour produire, réparer, faire de la politique depuis cette expérience, et améliorer les conditions matérielles de production d’un espace aussi précieux qu’El Maizal. Pour le compagnon Sergio Requena : « l’équipe ouvrière productive est le fruit de l’enrichissement d’un processus qui commencé au moment de la rencontre avec les travailleurs qui ont récupéré l’usine de sardines « La Gaviota » dans l’état de Sucre. Maintenant notre équipe couvre deux aspects, les usines et la production paysanne, nous avons augmenté le nombre de personnes qui peuvent participer à cette équipe comme outil du pouvoir populaire.”

Cette treizième bataille productive a permis de franchir de grands pas : récupérer les machines qui tombaient en désuétude faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre métallurgistes et travailleurs ruraux, afin que les personnes occupant l’espace sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante. La prochaine étape de cette équipe de production ouvrière n’est pas encore fixée, mais il est certain que d’autres espaces en ont besoin. Convaincre d’autres secteurs de la révolution, y compris les institutions d’Etat, est un combat permanent.

Sergio Requena appelle les travailleurs urbains et ruraux à « rejoindre ce mouvement qui cherche à essayer de résoudre depuis la base les problèmes économiques existants par la réactivation des unités de production du pays. En sachant comment résoudre nos besoins, nous serons à même de renforcer la Révolution Bolivarienne. L’attaque que nous avons subie est une attaque non-conventionnelle qui s’est manifestée, entre autres, comme une attaque contre la sécurité alimentaire et, bien sûr, une attaque contre l’intégration des unités de production, c’est pourquoi notre équipe veut réparer ce tissu productif que le président Chávez nous a appelé à créer, et y intégrer les unités territoriales des communes. » Il n’existe pas de manuel pour construire le pouvoir populaire mais c’est dans ce type d’initiatives, parmi tous ces hommes et ces femmes de l’Equipe de Production Ouvrière bataillant pour appuyer concrètement la commune d’El Maizal, qu’on sent vivre les idées d’Hugo Chavez : « la Commune ou rien ».

Photos : Betzany Guedez et Juan José Moreno / Terra TV

Traduction : Julie Jaroszewski

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A propos de la guerre contre le Venezuela, par John Pilger

AP_19043744893875_editedEn voyageant avec Hugo Chavez, j’ai vite compris la menace du Venezuela. Dans une coopérative agricole de l’état de Lara, les gens attendaient patiemment et avec bonne humeur dans la chaleur. Des cruches d’eau et de jus de melon étaient distribuées. On jouait de la guitare ; une femme, Katarina, se tenait debout et chantait avec une voix de contralto.

« Qu’est-ce qu’elle dit ? » ai-je demandé.
« Que nous sommes fiers », m’a-t-on répondu.

Les applaudissements qui lui étaient adressés se sont fusionnés avec l’arrivée de Chavez. Sous un bras, il portait une sacoche remplie de livres. Il portait sa grande chemise rouge et saluait les gens par leur nom, s’arrêtant pour écouter. Ce qui m’a frappé, c’est sa capacité d’écoute.

Mais maintenant, il lisait. Pendant près de deux heures, il a lu au microphone des extraits de la pile de livres à côté de lui : Orwell, Dickens, Tolstoï, Zola, Hemingway, Chomsky, Neruda : une page par ci, une ligne ou deux par là. Les gens applaudissaient et sifflaient lorsqu’il passait d’un auteur à l’autre.

Puis les paysans ont pris le micro et lui ont dit ce qu’ils savaient et ce dont ils avaient besoin ; un visage d’ancien, comme taillé dans le bois d’un banyan voisin, a fait un long discours critique au sujet de l’irrigation ; Chavez a pris des notes.

C’est ici que l’on cultive le vin, un cépage de type Syrah foncé. « John, John, viens là, » dit El Presidente, après m’avoir vu m’endormir dans la chaleur et les profondeurs d’Oliver Twist.

« Il aime le vin rouge », a dit Chavez au public qui sifflait et applaudissait, et il m’a offert une bouteille de ’vino de la gente’ [vin du peuple – NdT]. Mes quelques mots en mauvais espagnol ont provoqué des rires et des sifflements.

En observant Chavez avec la gente, on comprenait la nature de cet homme qui avait promis, à son arrivée au pouvoir, que chacun de ses mouvements serait soumis à la volonté du peuple. En huit ans, Chavez a remporté huit élections et référendums : un record mondial. Il était électoralement le chef d’État le plus populaire du continent, probablement au monde.

Toutes les grandes réformes de Chavista ont été votées, notamment une nouvelle constitution dont 71 % du peuple a approuvé chacun des 396 articles qui accordent des libertés inouïes, comme l’article 123, qui reconnaît pour la première fois les droits fondamentaux des métis et des Noirs, dont Chavez faisait partie.

Lors d’un de ses tutoriels sur les routes, il a cité un écrivain féministe : ’L’amour et la solidarité, c’est la même chose.’ Ses auditeurs l’ont bien compris et se s’exprimaient avec dignité, rarement avec déférence. Les gens ordinaires considéraient Chavez et son gouvernement comme leurs champions : comme les leurs.

C’était particulièrement vrai pour les indigènes, métis et afro-vénézuéliens, qui avaient été méprisés historiquement par les prédécesseurs immédiats de Chavez et par ceux qui vivent aujourd’hui loin des barrios, dans les demeures et penthouses de Caracas Est, qui se rendent à Miami où se trouvent leurs banques et qui se considèrent comme ’blancs’. Ils sont le noyau dur de ce que les médias appellent ’l’opposition’.

Quand j’ai rencontré cette classe, dans les banlieues appelées Country Club, dans des maisons dotées de lustres accrochés au plafond et de mauvais portraits accrochés aux murs, je les ai reconnus. Il auraient pu être des Sud-Africains blancs, de la petite bourgeoisie de Constantia et de Sandton, piliers des cruautés de l’apartheid.

Les caricaturistes de la presse vénézuélienne, dont la plupart appartiennent à une oligarchie et s’opposent au gouvernement, présentaient Chavez comme un singe. Un animateur de radio l’a qualifié de ’singe’. Dans les universités privées, la monnaie d’échange verbale des enfants des riches est souvent l’insulte raciste envers ceux dont les cabanes sont à peine visibles à travers la pollution.

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Caracas, 7 février, 2009. Howard Yanes | AP

Bien que la politique identitaire fasse fureur dans les journaux libéraux occidentaux, « Race » et « Classe » sont deux mots presque jamais prononcés dans leur ’couverture’ mensongère de cette dernière tentative ouverte de Washington de s’emparer de la plus grande source de pétrole du monde et de récupérer son ’arrière-cour’.

Malgré tous les défauts des Chavistas – comme le fait d’avoir laissé l’économie vénézuélienne devenir l’otage des fortunes pétrolières et de n’avoir jamais sérieusement contesté le grand capital et la corruption – ils ont apporté la justice sociale et la fierté à des millions de personnes et ils l’ont fait avec une démocratie sans précédent.

Des 92 élections que nous avons surveillées’, a déclaré l’ancien président Jimmy Carter, dont le Carter Centre est un observateur respecté des élections dans le monde, ’je dirais que le processus électoral au Venezuela est le meilleur au monde’. En revanche, le système électoral américain, qui met l’accent sur l’argent de la campagne électorale, ’est l’un des pires’, a déclaré M. Carter.

En étendant le droit de vote à un État populaire parallèle d’autorité communale, basé dans les barrios les plus pauvres, Chavez a décrit la démocratie vénézuélienne comme ’notre version de l’idée de Rousseau de la souveraineté populaire’.

Au Barrio La Linea, dans sa petite cuisine, Béatrice Balazo m’a dit que ses enfants étaient la première génération de pauvres à fréquenter l’école toute la journée et à recevoir un repas chaud et à apprendre la musique, l’art et la danse. « J’ai vu leur confiance s’épanouir comme des fleurs, » dit-elle.

Dans le Barrio La Vega, j’ai écouté une infirmière, Mariella Machado, une femme noire de 45 ans avec un rire impressionnant, s’adresser à un conseil foncier urbain sur des sujets allant des sans-abri à la guerre illégale. Ce jour-là, ils lançaient Mision Madres de Barrio, un programme visant à lutter contre la pauvreté chez les mères célibataires. En vertu de la Constitution, les femmes ont le droit d’être rémunérées en tant que soignantes et peuvent emprunter auprès d’une banque spéciale pour les femmes. Aujourd’hui, les femmes au foyer les plus pauvres reçoivent l’équivalent de 200 $ par mois.

Dans une pièce éclairée par un seul tube fluorescent, j’ai rencontré Ana Lucia Ferandez, 86 ans, et Mavis Mendez, 95 ans. Sonia Alvarez, 33 ans à peine, était venue avec ses deux enfants. Autrefois, aucune d’entre elles ne savait lire et écrire ; aujourd’hui elles étudiaient les mathématiques. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela compte près de 100 % d’alphabétisés.

C’est le résultat de Mision Robinson, un plan conçu pour les adultes et les adolescents auparavant privés d’éducation à cause de la pauvreté. Mision Ribas offre à tous la possibilité de suivre un enseignement secondaire, appelé bachillerato (les noms de Robinson et Ribas font référence aux dirigeants indépendantistes vénézuéliens du XIXe siècle).

En 95 ans, Mavis Mendez en a vu défiler des gouvernements, pour la plupart des vassaux de Washington, présider au vol de milliards de dollars de butin de pétrole, dont une grande partie a été envoyée à Miami. ’Nous n’avions pas d’importance sur le plan humain’, m’a-t-elle dit. ’Nous vivions et mourions sans véritable éducation, sans eau courante et sans nourriture que nous ne pouvions acheter. Quand nous tombions malades, les plus faibles mourraient. Maintenant, je peux lire et écrire mon nom et bien plus encore ; et quoi que disent les riches et les médias, nous avons semé les graines d’une véritable démocratie et j’ai la joie de la voir se réaliser.

En 2002, lors d’un coup d’État soutenu par Washington, les fils et filles, petits-enfants et arrière-petits-enfants de Mavis se sont joints à des centaines de milliers d’autres qui sont descendus des barrios sur les collines et ont exigé que l’armée reste loyale envers Chavez.

Le peuple m’a sauvé’, m’a dit Chavez. ’Ils l’ont fait avec les médias contre moi, des médias qui refusaient d’informer même sur les faits les plus élémentaires de ce qui était en train de se passer. Pour trouver une démocratie populaire, en action héroïque, il est inutile de chercher ailleurs.’

Depuis la mort de Chavez en 2013, son successeur Nicolas Maduro, alors ministre des Affaires étrangères et vice-président, a cédé son étiquette dérisoire d’’ancien conducteur de bus’ pour devenir dans la presse occidentale la réincarnation de Saddam Hussein. Il n’est certainement pas Chavez ; la chute du prix du pétrole dans une société qui importe presque toute sa nourriture a souvent été confrontée à une incompétence officielle qui a allongé les files d’attente dans les supermarchés et provoqué l’agacement chez trop de Chavistas.

Néanmoins, Maduro a remporté la présidence en 2018 lors d’une élection que les principaux membres de l’opposition avaient exigée, puis boycottée, une tactique qu’ils avaient déjà tentée contre Chavez.

Le boycott a échoué : 9 389 056 personnes ont voté ; seize partis y ont participé et six candidats se sont présentés à la présidence. Maduro a obtenu 6 248 864 voix, soit 67,84 %.

Le jour du scrutin, j’ai parlé à l’un des 150 observateurs électoraux étrangers. ’C’était tout à fait régulier’, a-t-il dit. ’Il n’y a pas eu de fraude, aucune des terribles affirmations des médias ne tient la route. Zéro. Incroyable, vraiment.’

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Participation à une répétition générale de l’élection présidentielle du 7 Octobre, effectuée le 5 Août 2012 – Fernando Llano | AP

Comme tirée de la scène d’un thé chez les fous dans Alice au Pays des Merveilles, l’administration Trump a présenté Juan Guaido, une création en carton pâte du National Endowment for Democracy de la CIA, comme le « Président légitime du Venezuela ». Selon El Nacional, 81 pour cent du peuple vénézuélien n’avait jamais entendu parler du Guaido, qui n’a été élu par personne.

Maduro est « illégitime », dit Trump (qui a gagné la présidence US avec trois millions de voix de moins que son adversaire), un « dictateur », dit Mike Pence, vice-président dont on peut démontrer qu’il n’a pas de scrupules, et John Bolton, conseiller à la « sécurité nationale » (qui m’a demandé lors d’une interview en 2003 : « Dites, vous êtes communiste, peut-être même travailliste ? »).

En tant qu’’envoyé spécial au Venezuela » (en clair, préposé aux coups d’état), Trump a nommé un criminel condamné, Elliot Abrams, dont les intrigues au service des présidents Reagan et George W. Bush ont produit le scandale Iran-Contra dans les années 1980 et plongé l’Amérique centrale dans des années de misère meurtrière. Si l’on met Lewis Carroll de côté, on peut dire que ces trois chapeliers fous menaient la parade dans les années 80. Le contexte historique de Trump n’est pas connu.

Pourtant, leurs mensonges sur le Venezuela ont été repris par ceux qui les ont payés pour garder les pendules à l’heure, notamment ceux de réputation libérale.

Sur Channel 4 News, Jon Snow a beuglé devant le député travailliste Chris Williamson, ’Ecoutez, vous et M. Corbyn êtes dans un sale pétrin [au Venezuela]’ ! Quand Williamson a essayé d’expliquer pourquoi menacer un pays souverain était une erreur, Snow l’a interrompu. ’Vous avez eu votre chance !

En 2006, Channel 4 News a effectivement accusé Chavez de comploter pour fabriquer des armes nucléaires avec l’Iran : un fantasme. Le correspondant de Washington de l’époque, Jonathan Rugman, a permis à un criminel de guerre, Donald Rumsfeld, de comparer Chavez à Hitler, sans être contesté.

Des chercheurs de University of the West of England ont étudié les reportages de la BBC sur le Venezuela sur une période de dix ans. Ils ont examiné 304 articles et ont constaté que seulement trois d’entre eux faisaient référence à l’une ou l’autre des politiques positives du gouvernement. Pour la BBC, le bilan démocratique du Venezuela, la législation sur les droits de l’homme, les programmes alimentaires, les initiatives en matière de santé et la réduction de la pauvreté n’ont pas eu lieu. Le plus grand programme d’alphabétisation de l’histoire de l’humanité n’a pas eu lieu, tout comme les millions de personnes qui défilent en faveur de Maduro et à la mémoire de Chavez n’existent pas.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’avait filmé qu’une marche de l’opposition, la journaliste de la BBC Orla Guerin a répondu qu’il était ’trop difficile’ de participer à deux marches dans le même journée.

Une guerre a été déclarée au Venezuela, et la vérité est ’trop difficile’ à raconter.

Il est trop difficile de raconter l’effondrement des prix du pétrole depuis 2014 comme étant en grande partie le résultat des machinations criminelles de Wall Street. Il est trop difficile de qualifier de sabotage le blocage de l’accès du Venezuela au système financier international dominé par les États-Unis. Il est trop difficile de qualifier comme illégales les ’sanctions’ de Washington contre le Venezuela, qui ont causé la perte d’au moins 6 milliards de dollars de revenus au Venezuela depuis 2017, dont 2 milliards de dollars de médicaments importés, ou de qualifier comme acte de piratage le refus de la Banque d’Angleterre de rendre les réserves d’or du Venezuela.

L’ancien rapporteur des Nations Unies, Alfred de Zayas, l’a assimilé à un ’siège médiéval’ destiné à ’mettre le pays à genoux’. C’est une agression criminelle, dit-il. Elle est semblable à celle à laquelle Salvador Allende fut confronté en 1970 lorsque le président Richard Nixon et son équivalent de John Bolton, Henry Kissinger, entreprirent de ’faire hurler l’économie [du Chili]’. La longue nuit noire de Pinochet allait suivre.

Le correspondant du Guardian, Tom Phillips, a tweeté une photo de lui avec une casquette sur laquelle figuraient des mots en espagnol qui signifiaient en argot local : ’Rendez le putain de Venezuela cool à nouveau.’ Un journaliste habillé en clown est peut-être l’étape finale de la dégénérescence du journalisme.

Si le larbin de la CIA, Guaido et ses suprémacistes blancs s’emparent du pouvoir, ce sera le 68e renversement d’un gouvernement souverain par les États-Unis, dont la plupart des démocraties. Une vente au rabais des services publics et des richesses minières du Venezuela suivra certainement, de même que le vol du pétrole du pays, comme l’a souligné John Bolton.

Sous le dernier gouvernement contrôlé par Washington à Caracas, la pauvreté avait atteint des proportions historiques. Il n’y avait pas de soins de santé pour ceux qui ne pouvaient pas payer. Il n’y avait pas d’éducation universelle ; Mavis Mendez, et des millions d’autres comme elle, ne savaient ni lire ni écrire. C’est pas cool, ça, Tom ?

John Pilger

John Pilger est un journaliste primé. Ses articles paraissent dans le monde entier dans des journaux tels que le Guardian, l’Independent, le New York Times, le Los Angeles Times, le Mail & Guardian (Afrique du Sud), Aftonbladet (Suède), Il Manifesto (Italie). Son site Web personnel est www.johnpilger.com.

Source : https://www.mintpressnews.com/john-pilger-war-venezuela-built-lies/255422/

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https://www.legrandsoir.info/la-guerre-contre-le-venezuela-est-construite-sur-le-mensonge-mintpressnews.html

TERRA TV, une télévision pour construire la souveraineté populaire dans l’information

Betzany Guedez qui est entrée récemment dans l’équipe de la télévision paysanne Terra TV comme réalisatrice et formatrice, raconte son voyage dans le Vénézuéla profond et revient sur ses premiers pas au sein de ce nouveau média (VO ST FR):

La tactique fondamentale des médias, sur le Venezuela aujourd’hui comme en Irak ou ailleurs, est d’abord de faire disparaître tout un peuple, pas seulement le peuple quotidien qui travaille et fait la vie d’un pays, mais aussi le peuple citoyen comme sujet historique, avec ses rêves, ses échecs et ses expériences sans cesse reprises. Il faut empêcher à tout prix l’identification des peuples entre eux, qui serait dangereuse pour l’élite mondialisée et pourrait freiner les guerres qu’elle doit constamment mener.

Prenons un exemple. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et si ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les caméras du monde entier seront déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précèdera alors les violences des paramilitaires et deviendra grâce à cette inversion chronologique… la répression à priori d’un Etat contre son « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire deviendront, une fois de plus, des « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste à jamais invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation.

Dans les années 70-80 déjà avec Mc Luhan, Bourdieu, Mattelard, Godard, Debord, Chomsky, Ramonet, Freire, Pasolini, Marcuse, Habermas ou Enzensberger, etc.. tout avait été déchiffré sur le rôle des médias et sur la nécessité d’en créer d’une autre type. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » écrivait Louis Althusser. Mais curieusement la gauche n’a jamais voulu aborder ce champ stratégique qui conditionne tous les autres. Il y eut une timide proposition de fonds de soutien aux TVs associatives dans les années 80 en France, mais aujourd’hui ni dans les programmes des partis, ni sur le terrain, ni dans les activités du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, on n’observe de proposition radicale de refonte en profondeur de l’enseignement du journalisme, de démocratisation de la propriété des médias, de création d’un réseau serré des médias citoyens. La Télévision Numérique Terrestre offrait en principe plus d’espaces d’expression mais le champ local a finalement été investi par de grands groupes privés…. Pas non plus de proposition de créer des technologies numériques en propre qui ne soient pas celles des Etats-Unis (Facebook, Twitter etc..). Au-delà de l’aspect industriel nous parlons d’inventer des technologies numériques plus proches de l’organisation et de la formation que de la fragmentation individuelle, voire narcissique, reflet du type de société qui les a produites jusqu’ici. Bref, si nous ne pensons pas et ne révolutionnons pas ce champ médiatique qui nous enveloppe, nous surplombe, modèle nos vies et jusqu’à nos corps, « pense » l’université, les politiques et la société en général, il ne nous restera qu’à pester, impuissants, pendant des siècles “devant la télé”…

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Voici un autre reportage récent (VO) réalisé par Betzany à Chirrical, près de Guanare, dans l’état de Portuguesa, où vivent des familles de lutteur(se)s pour la terre qui pourraient bien t’expliquer ce qu’est la liberté, ou la révolution, non comme une énigme à déchiffrer entre intellectuels, mais comme l’argile qui reste à modeler. Si on leur pose la question, bien sûr ! Car ce ne sont là que quelques un(e)s des 90% des vénézuélien(ne)s invisibilisé(e)s par les grands médias depuis vingt ans…

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

132 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 89% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Thierry Deronne

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4up

Yelitza et Mireya, femmes, paysannes du Venezuela, vies et voix de Terra TV

Ce mercredi 12 décembre sera projeté à Bruxelles le documentaire « Marche » produit par Terra TV. L’occasion de se solidariser avec cette télévision paysanne en train de naitre en Amérique Latine, et qui n’est pas un média de plus mais un nouveau type de média. Si on comprend que« la forme, c’est le fond qui monte à la surface » (Victor Hugo) on comprend pourquoi Terra TV est née d’une assemblée paysanne, pourquoi chaque point du territoire, chaque voix y ont valeur égale. Pas de studio, pas de journalistes, pas de politologues, pas de maquillage : Terra TV est une école permanente qui forme les paysan(ne)s à transmettre leur regard.  Celui des femmes, comme dans toute la révolution bolivarienne, y est particulièrement important.

La construction d’une fiction féminine

Betzany Guedez (au centre) lors d’un exercice d’atelier dans la communauté paysanne d’El Esfuerzo, juin 2018

Récemment, la compagne Betzany Guedez (photo), formatrice et productrice de l’équipe de Terra TV s’est rendue à la communauté paysanne d’el Esfuerzo, de l’État de Portuguesa pour y mener une recherche participative et collective. Celle-ci servira de base à la création d’un scénario de fiction paysanne et populaire. Betzany raconte : « au milieu des travaux quotidiens des femmes de El Esfuerzo, de façon très respectueuse, ont été réalisés des enregistrements audio et photographiques avec quelques témoignages des histoires personnelles des paysan(ne)s qui décidèrent d’occuper les terres qui enrichissaient et donnaient du pouvoir à quelques-uns.

Pour Betzany, « C’est une incroyable expérience pour nous en tant que communicateurs populaires de pouvoir partager et connaître la réalité qui a conduit ce groupe de personnes à prendre la décision d’occuper les terres. De la même manière, il est très intéressant de voir comment, aujourd’hui, des hommes, des femmes et des enfants sont réunis pour former une communauté productive avec de nouvelles valeurs. Quelque chose dans leur histoire a suscité en moi un grand intérêt : la façon dont ils utilisent le troc en guise d’échange ; c’est une des formes de la vie en commun qui caractérise la communauté de el Esfuerzo ; ils échangent les objets, ils se prêtent les animaux pour leur reproduction, les semences et même les œufs pour élever des poules ; ces camarades, à travers leurs actions, donnent un exemple de solidarité et d’indépendance.

Telle l’histoire de Yelitza, une femme de 24 ans qui décida avec son conjoint de se libérer du système opresseur des grands propriétaires qui veulent maintenir tels des esclaves les humbles familles de paysans pour qu’ils s’occupent de leurs terres sans avoir aucun droit sur elles. Yelitza est une femme combative, engagée dans le travail collectif ; elle est très organisée et elle aime que les choses soient bien faites, et surtout qu’elles soient faite avec amour ; elle est humble, gaie, affectueuse ; elle a de beaux enfants et un mari qui l’aime, et qui la valorise. Elle vit avec eux, s’occupe des animaux et travaille la terre pour nourrir sa famille et les voisins proches.

C’est elle qui a écrit l’histoire et accepté que je l’enregistre. En voici quelques extraits:

Comment je suis arrivée à el Esfuerzo, par Yelitza

Il y a dix ans, je travaillais dans des parcelles privées en tant que responsable ; à cette époque-là, ces terres ont été libérées et nous sommes parvenus à faire en sorte qu’une parcelle nous soit attribuée parce que nous étions las, mon mari et moi, de travailler pour un autre ; c’est là qu’a commencé notre histoire en tant que combattants paysans ; nous avons commencé à nous organiser, à nous battre et à organiser des réunions dans notre modeste école aux gros poteaux, au toit de palmes et au sol de terre battue; de cet endroit, nous avons tout bâti ; au bout d’un moment, les cours ont commencé, mon fils Yeiker a été l’un des premiers élèves ; beaucoup de gens me disaient : sors ton fils de là car il est en train de perdre son temps, il va arriver en sixième et il n’aura pas son diplôme ; je leur répondais, un jour tout sera bien en place, quelqu’un doit nous aider pour apporter des solutions ici, sur ces terres. Et, le temps passa, mon fils est resté dans son école et nous n’avons pas cessé d’agir.

Un dimanche, nous nous trouvions à Guanare dans une réunion car, ces jours-là, nous avions reçu des menaces comme quoi nous allions être délogés et lorsque nous étions de retour chez nous, une camarade est sortie, démontée et désespérée ; elle nous a dit de nous dépêcher et d’aller rapidement à l’école parce qu’elle avait été incendiée. C’est à ce moment-là qu’a commencé ma grande tristesse ; je me demandais, mon dieu, comment est-il possible que notre école ait été incendiée : le lundi, nous étions à l’école, déchirés de voir la tristesse sur le visage des enfants qui ne savaient plus où ils allaient recevoir leurs cours ; alors, nous avons décidé de faire une vidéo avec Juan Moreno (Jota) de Terra TV, l’information a « explosé », telle une bombe, est parvenue à la Présidence de la République et au Ministre de l’Éducation, à ce moment-là, Elias Jauas.

Avant l’arrivée d’Elias, le 14 décembre, deux camions sont arrivés, remplis de policiers et deux soi-disant généraux ; nous n’avons reçu de leur part que des menaces ; ils nous disaient de partir car ces terres étaient privées. Pour nous, ce furent de très mauvais jours, nous ne pouvions pas laisser nos petites maisons abandonnées, il nous fallait forcément laisser quelqu’un pour surveiller nos biens et nos cultures ; arriva le jour tant espéré par tout le monde de la visite du Ministre de l’Éducation et il approuva l’établissement d’une école rurale; ce fut le plus beau jour du monde pour moi, même si, quand on commença à construire l’école, des juges vinrent nous « inspecter » mais, nous, droits dans nos bottes, comme les paysans, avec le respect et l’humilité avec lesquels nous défendons tout ce qui est nôtre ; ce qui me dérangea le plus lors de l’une de ces inspections, ce fut le commentaire d’un général qui, assis sur un des gros poteaux de bois et le bureau de l’institutrice dit : il faut voir comment ils gaspillent le bois dans cette porcherie. Je lui répondis : « c’est peut-être une porcherie, mais on y transmet l’éducation ! Il me fusilla du regard puis regarda ailleurs.

Eh bien, c’est cela mon histoire. »

Yelitza

Plus tard, l’équipe de Terra Tv a eu l’occasion d’organiser différents espaces formatifs et des échanges collectifs avec la communauté el Esfuerzo. Lors de certaines conversations et du recueil de témoignages auprès des habitant(e)s du secteur, une question surgissait toujours : Comment s’était constituée la communauté ? Quels avaient été ses premiers habitants ? Tous étaient d’accord pour affirmer qu’une autre paysanne, Mireya avait été la première personne à prendre la décision de pénétrer sur les terres. A plusieurs reprises, nous avons voulu échanger et nous approcher d’elle pour qu’elle nous parle un peu de cette expérience, mais au départ elle nous évitait. Sans y avoir pensé, après plusieurs moments que nous avions partagés avec Mireya, un jour, de manière très spontanée, elle décida de nous raconter son histoire.

Nous avons partagé presque quatre jours avec elle. Au-delà d’avoir l’occasion de savoir comment elle était arrivée sur les terres de el Esfuerzo, de façon très humble et amicale, nous avons pu partager avec elle un peu de sa vie personnelle, sous son toit . Ce fut la première maison qui fut construite dans le secteur ; nous passions un moment à prendre le café, à faire notre récit, à parler des peurs ; nous avons fait la lessive à la rivière, nous nous sommes occupés des animaux et nous avons même contemplé la nuit en regardant les étoiles avant d’aller dormir.

Comment je fus la première habitante d’El Esfuerzo, par Mireya

Un jour, de très bonne heure, Mireya prit les vêtements de ses trois plus jeunes enfants, les mit dans un sac et qu’elle partit vivre au beau milieu de la forêt de teck, du fait d’une absolue nécessité par rapport à un problème qui lui était arrivé à ce moment-là ; lorsqu’elle arrive à l’endroit où elle avait décidé de s’établir, elle prit sa machette et commença à construire sa maison de bois.

Lors de cette première nuit, elle nous raconte que ses enfants avait très peur à cause du bruit des animaux et de la solitude qu’ils ressentaient au milieu de plus de 600 hectares où il n’y avait que des arbres et des animaux ; les voisins les plus proches d’elle dans la communauté où elle vivait, savaient qu’elle était partie vivre au milieu de la forêt de teck et au bord d’une clôture, ils lui apportaient leur aide en lui donnant à manger et quelques autres choses personnelles pour elle et ses enfants.

C’est ainsi que commença sa vie dans cet endroit, les jours passèrent et elle continue de construire et d’organiser sa petite maison ; bien que ses enfants aient un peu peur la nuit et qu’ils aient des manques ; elle nous dit que sa tranquillité était plus importante que toute autre chose.

Á cette époque-là, les terres d’ « El Esfuerzo » étaient sous le contrôle de quelques personnes qui, un jour, sans que ne leur importe le mal qu’ils allaient faire à la nature, détruisirent les arbres autochtones pour planter des tecks et les vendre à une scierie que l’on avait construit tout près, dans le secteur. Lorsque ces personnages apprirent que Mireya vivait au milieu du bois, ils commencèrent à l’importuner ; elle nous raconte que, surtout la nuit, ils venaient la menacer jusqu’au jour où ils voulurent détruire sa petite maison avec un tracteur. Mireya résista ainsi durant six mois lorsqu’un jour de la période de Pâques sa famille lui fait une bien joyeuse surprise, en apportant pour ses enfants, à manger, des vêtements ; ils étaient venus passer un moment avec elle ; mais, ce partage fut si agréable qu’ils décidèrent de rester, eux-aussi, dans la forêt de tecks pour commencer par la voie légale leur lutte pour la terre.

Mireya

Traduction : Sylvie Carrasco

Pour soutenir Terra TV, la télévision paysanne : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv 

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Terra TV, révolution dans la télévision (II)

Les délégués de la Marche Paysanne Admirable arrivent dans l’état de Falcón, le 11 novembre 2018. Au centre, Arbonio Ortega (poing levé, lunettes et chemise blanche). Le portrait rappelle la lutte du ¨général des hommes et des terres libres », Ezequiel Zamora (1817-1860). A gauche, en chemise bleue et chapeau, le dessinateur paysan Bracamontes qui croque au jour le jour les épisodes de la marche… (voir première photo).

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Au pied de la statue de José Leonardo Chirino le chef de la rébellion des esclaves enthousiasmés par l’exemple des jacobins noirs de Haïti, précurseurs de la geste indépendantiste de Simon Bolivar.

Sourire sage et espiègle d’Arbonio Ortega. ¨Terra Tv est notre moyen de communication¨ nous dit, dans sa barbe et sa voix rauque, ce pédagogue et organisateur têtu des luttes paysannes. Il l’avait promis : « La marche doit continuer. Quelque chose s’est produit qui va au-delà du terrain de chacun, de la lutte de chacun, quelque chose que nous ne pouvions imaginer quand nous avons commencé à marcher« . L’appui logistique promis par le gouverneur local tarde ? Qu’importe ! L’infatigable marche paysanne décide de parcourir ¨a pata¨ l’état de Falcón, selon l’expression devenue son credo politique, ¨à patte¨, “à pied¨. Elle passera par ces montagnes où les paysans se souviennent des guérillas des années soixante puis vous mènent au lieu précis où les espagnols coupèrent les mains du leader afrodescendant José Leonardo Chirino, coupable d’écrire la première page de l’indépendance, en ralliant à lui les jacobins noirs vénézuéliens enthousiasmé par la révolution haïtienne. Falcón aux roches arides, aux troupeaux de chèvres battus par tous les vents des Caraïbes, terre de corps sans sépultures qui voit revenir aujourd’hui ces paysans aux pieds nus, ces ¨pardos¨, qui sauvèrent un jour de la déroute la république de l’aristocrate Bolivar et passèrent avec lui les Andes pour libérer d’autres ¨égaux¨. À chaque halte la marche paysanne d’aujourd’hui se ressource à ces forces séculaires.

Le plan est de faire halte dans dix-sept villages successifs jusqu’à Coro, capitale de l’État. Se réunir dix-sept fois avec les travailleurs de la terre et de la mer – écouter, recueillir les dénonciations, élaborer ensemble le plan qui sera soumis au gouvernement bolivarien. Ces cahiers de doléances serviront à la grande assemblée finale à Coro, le 23 octobre. Sur la côte, Betzany Guedez, formatrice de Terra TV, se met au travail avec les pêcheurs exploités par les entreprises de crevettes. Un autre formateur, Victor Hugo Rivera, court avec la seconde caméra à une réunion de paysans.

Betzany Guedez (bord gauche) au travail

Projection du documentaire « Marche » dans les villages de Falcón

Chaque soir Arbonio, Yudy, Neyda et Gerardo montrent ¨Marche¨, aux assemblées de village pour transmettre l’expérience et rallumer de nouvelles volontés. Malgré la lenteur des fonctionnaires de l’Etat dans l’application des instructions de Nicolas Maduro en faveur des paysans, ce documentaire produit par Terra TV a contribué à renouer des liens entre gouvernement et travailleurs ruraux. À l’autre bout du pays, dans l’État de Portuguesa, les rebelles d’¨El Guayabo¨ ont reçu le 15 novembre, de l’Institut National des Terres, le titre de propriété de cent hectares restés longtemps improductifs aux mains de l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ici aussi les paysannes et les paysans fraternisent avec le formateur de Terra TV Juan José Moreno qui filme avec eux la remise des terres : “Nous vous devons cette victoire parce que vous êtes les seuls à rendre visible notre lutte.¨

La remise des terres du  » Predio El Guayabo »

Pas de studio, ni de politologue, ni de journaliste, ni de maquillage. Pourquoi faudrait-il recycler le formatage universitaire ou commercial des ¨communicants¨? Ici nul ne doit demander la parole, ni attendre qu’on la lui donne et encore moins dire merci. On ne demande pas l’autorisation de faire la révolution. Terra TV est une télévision hors de la télévision, hors de Caracas, où chaque territoire a voix égale. C’est une école permanente qui transmet par la base l’expérience populaire et forme techniquement de nouveaux regards paysans. ¨Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie¨ (Louis Althusser). Cent ans d’expérience et de philosophie révolutionnaires de la communication ne sont pas restés tout à fait vains.

Thierry Deronne, Caracas, 18 novembre 2018

Pour participer à la création de Terra TV, il reste un mois ! C’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros comptent ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible. Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

Premières européennes de ¨Marche¨ à Liège le 6 décembre et à Bruxelles le 12 décembre 2018.

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Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

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Terra TV, un média pour faire la révolution

L’équipe de Terra TV (Caracas, octobre 2018)

Depuis quatre mois, avec peu de moyens, les militant(e)s de Terra TV ont relevé le défi de créer une télévision paysanne, et n’ont pas ménagé leurs efforts. Des collectifs de paysan(ne)s en lutte comme ceux de Guayabo Payara (état de Portuguesa), ou les dirigeants de la Plate-Forme paysanne nationale, confirment que la production et la diffusion de 16 reportages ont permis de renforcer le pouvoir de négocier avec le gouvernement, et dans certains cas d’accélérer la remise de titres de propriété. Les paysan(ne)s considèrent déjà Terra Tv comme leur média, organisent des assemblées sur le terrain pour visionner ces vidéos et mobiliser la base, et nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle.

115 d’entre vous ont déjà répondu à l’appel à la solidarité pour créer Terra TV, ce qui a permis de réunir les 3/4 de la somme nécessaire. Il reste un mois pour atteindre cet objectif. Pour participer, c’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros ça compte ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible.

Appuyer la création de Terra TV, c’est apporter une pierre de plus à la révolution au moment où les mafias agraires veulent reprendre les terres distribuées par Hugo Chavez aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. C’est aussi appuyer un nouveau paradigme de télévision, fruit de vingt ans d’expérience, avec la création d’un feuilleton pensé et réalisé par les paysan(ne)s, ou des programmes de formation à distance (organisation, agroécologie, réalisation audiovisuelle…). Terra TV servira aussi de relais aux luttes paysannes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure ou la concentration des médias privés se traduit par une criminalisation croissante des mouvements sociaux.

Ci-dessus, une vidéo récente de Terra TV : les femmes de Caño Seco et de Los Colorados montent en première ligne de la lutte pour cultiver les terres abandonnées par l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ci-dessous, un aperçu du travail réalisé en quatre mois : ateliers de formation audiovisuelle pour les paysan(ne)s, tournages et diffusion des productions en assemblées paysannes dans tout le pays.

Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

D’avance, au nom du mouvement paysan, merci!

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

“Marche” n’est pas un film-vitrine. Nous refusons de tomber dans le piège ou nous mène l’uniformisation des médias internationaux : passer notre vie à répondre aux mensonges quotidiens sans jamais pouvoir parler de ce qui se passe ici, profondément, en dehors du champ médiatique. Nous voulons dépasser ce niveau, en expliquant aux militants du monde entier comment marche la révolution au Venezuela. Toute révolution se meut sur la base de contradictions. En vingt ans de processus bolivarien, on a souvent observé l’alliance entre une base chaviste qui se mobilise et une présidence qui en a besoin pour que ses décisions ne s’enlisent pas dans les méandres d’un Etat encore ancien. Cette mobilisation paysanne en est une démonstration de plus. La contradiction actuelle entre mafias agraires – grands propriétaires, juges corrompus, paramilitaires et parfois fonctionnaires publics -, et les paysan(ne)s à qui on refuse le droit de cultiver ou qu’on expulse de leurs terres, réveille une lutte de classes, en pleine guerre économique où la production d’aliments pour la population est un enjeu stratégique. Les paysans comptent sur le Président Maduro, qui a donné des instructions claires pour les appuyer, mais savent qu’il a besoin de leur mobilisation pour concrétiser ses décisions.

Durée : 46 minutes. Vidéo HD. Production : Terra TV et Plate-forme Paysanne, avec l’appui de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision, Venezuela, octobre 2018.

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