La manière d’être des vénézuélien(ne)s rend possible l’existence de cette révolution

Interview de Jesus García, porte-parole de la Commune Socialiste Altos de Lídice (Venezuela) par le blogueur argentin Federico Simonetti

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Federico Simonetti : Commençons par le commencement. L’expérience que vous avez développée s’appelle « Commune socialiste des Hauts de Lidice« . Pourquoi socialiste ? Qu’entendez-vous par socialisme ?

Jesus García : Une nouvelle façon de faire les choses. Une façon différente de celle dans laquelle nous avons été élevés. Une façon différente de l’habitude de faire les choses. D’un point de vue scientifique, nous avons peut-être encore un long chemin à parcourir pour faire avancer l’idée de notre socialisme. Chavez a donné beaucoup d’idées. Mais je crois que dans la commune, le meilleur exemple de construction du socialisme nous est donné par la pratique, par l’action, la marche. L’une des grandes erreurs de la révolution bolivarienne est peut-être de ne pas avoir une bonne systématisation de tous ces processus. Reinaldo[Iturriza] y a travaillé, il a beaucoup progressé dans ce domaine.

Lorsque nous travaillons à la collectivisation de l’action, à tous points de vue, dans le domaine de la santé, du social, de l’économique, du productif, c’est là que nous construisons le socialisme. Bien sûr, nous avons encore beaucoup de relations financières, beaucoup de relations purement capitalistes. Mais quand le profit généré par notre travail est redistribué en parts égales ou va directement à l’investissement social, quand nous ne pensons pas à tirer un profit maximal mais plutôt à résoudre les problèmes dans la commune, nous croyons que nous créons quelque chose de nouveau. Parce que ça ne s’est jamais produit avant.

Quand auparavant dans le quartier quelqu’un investissait dans une aide sociale ou célébrait la journée de l’enfant, on pensait : « Quelle bonne personne, quel gentil gars, qu’il est cool, sympa” Non ! Ici, cette histoire de “brave type” ne fonctionne plus, ça doit devenir un système de gouvernement. Et quand on en fait un système de gouvernement territorial, on construit le socialisme. Nous n’avons pas trouvé dans le cadre du capitalisme une figure de ce type. Nous croyons donc que c’est là, dans la Commune, dans le système du travail territorial, que nous donnons naissance au socialisme.Secuencia 11 Arepa.Imagen fija007

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Photos: Jesus Reyes

FS : Chávez expliquait qu’il était nécessaire d’aller vers le socialisme. Tout en reconnaissant comme tu le dis que les relations capitalistes continuent de prévaloir aujourd’hui. Quel est le rôle de la Commune dans cette transition du capitalisme au socialisme ?

JG : La commune est la cellule. C’est l’espace de l’accouchement, de l’expérimentation, l’espace idéal de création, il n’y en a pas d’autre. Il est sur le territoire ou il ne l’est pas. C’est dans la commune ou pas. La commune n’est rien d’autre que cette usine où nous sommes tous comme des ouvriers, serrant des boulons, maniant des clés, huilant la machine, le moteur. Comme l’a dit Chávez, la commune, c’est la cellule territoriale du socialisme. S’il y a des groupes de réflexion, des intellectuels et des gens qui aiment penser depuis l’extérieur du territoire, eh bien, c’est leur façon de voir les choses. Mais nous, nous pensons, nous corrigeons, nous pensons, nous corrigeons et voilà. Si on n’expérimente pas, comment créer le socialisme ? La commune, c’est cela, c’est l’espace d’expérimentation en soi du socialisme.

FS : L’autre jour, lors de la réunion avec l’équipe de santé du quartier, tu as dit quelque chose qui m’a marqué, quelque chose comme “il faut abolir l’Etat ancien”. Quelle est cet État ancien ? Quel type d’État existe aujourd’hui au Venezuela ?

JG: Un truc horrible, mon pote ! (rires) C’est une structure très bureaucratique, très lente. Qui ne s’adapte pas aux processus des communautés. À l’heure actuelle, nous avons des processus qui vont très vite, parce qu’ils doivent aller très vite, parce que les temps actuels l’exigent, nous sommes en pleine guerre, nous ne pouvons pas aller lentement. Quand on présente un projet à une institution, on dit : “Non ! cela doit d’abord passer par cette démarche, puis par ici, puis par ici, puis il faut cette signature, puis cette autre signature, et alors moi je signerai”. Une année s’écoule et le projet n’est pas encore approuvé.

L’État est comme une structure déjà grise. Quand Chavez a lancé les missions sociales, il l’a fait précisément pour créer un Etat parallèle, qui serait plus rapide, qui irait plus profond, qui n’aurait pas autant de bureaucratie. Chavez l’a dit en 2012 : nous vivons une phase de transition vers le socialisme, et nous devons le faire au niveau territorial, au niveau des communes, dans son fameux discours du “coup de timon”. Malheureusement, cela s’est étiolé avec le temps.

Cet État ancien est un obstacle contre lequel nous devons lutter. Et toujours chercher à ce que chaque Commune ait l’autonomie et l’organisation suffisantes pour dépendre le moins possible de cet Etat. Parce que la Commune qui dépend de l’Etat est comme un être humain en état végétatif, avec une pompe à oxygène, fonctionnant à l’électricité. Un humain qui, s’il n’a ni électricité ni centrale électrique, va mourir. La Commune ne peut pas mourir parce que l’Etat ne marche pas. La Commune doit être un Etat par elle-même, elle doit gouverner le territoire et ne peut dépendre d’un Etat bureaucratique, sinon elle meurt.

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Jesus Garcia dans sa commune d’El Lidice, Ouest de Caracas. Photo: Jesus Reyes

FS : Tout au long de l’Histoire, il y a eu de nombreuses expériences de pouvoir populaire dans le monde. Elles ont toujours été traversées par un débat crucial, celui de savoir si le pouvoir populaire devait se développer au sein de l’État ou parallèlement à l’État : comment voyez-vous cela, ici, au Venezuela ?

JG : Eh bien, il y a des visions contradictoires. Personnellement j’ai vécu les deux. Il y a la vision, dans laquelle je crois, qu’il faut parfois être dans l’État ancien pour le détruire de l’intérieur, comme l’a fait Chávez. Entrer dans l’État pour le démêler de l’intérieur, et en même temps construire ce qui est parallèle. Je pense qu’ils faut les deux. Par exemple, beaucoup de gens ont critiqué Ángel [Prado] de la Commune d’El Maizal, parce que la population l’a élu maire. « Si c’est un membre de la commune, pourquoi doit-il être maire ?” a-t-on entendu. Eh bien, précisément parce que nous avons besoin d’un infiltré qui transfèrera tout le pouvoir qu’il peut au peuple, et ce pouvoir du peuple construira le nouvel État parallèle. Quand l’autre maire reviendra dans quatre ans pour gouverner, il dira : « Et maintenant, qu’est-ce que je fais ici si ce gars a pratiquement tout transféré à la Commune ? » Eh bien, je n’en sais rien, je m’en fous ! Qu’il utilise sa mairie comme salle de ping-pong, je ne sais pas (rires).

Je pense que nous avons besoin des deux choses. Maintenant, toute femme ou homme communal(e), communard(e), révolutionnaire, qui entre dans l’Etat sans avoir une idée claire de ce qu’il ou elle va faire, mais simplement avec la simple supposition abstraite qu’il va construire le socialisme, il ou elle est mort(e), mort(e). Si je dois entrer, même si c’est dans le « Ministère des affaires sans importance », je dois savoir clairement que dans ce Ministère j’ai la fonction de transférer tout pouvoir au peuple. Sans clarté dans l’objectif, je me perds dans cette mer. Parce que cette mer a ses plaisirs, son luxe. Avec ces quatre murs qui vous entourent. Et tu crois que tu es en train de construire le socialisme. Mais en fait, on réalise la feuille de route d’un Etat bureaucratique, de l’Etat bourgeois. Donc, je crois qu’il faut être dans les deux espaces, pour détruire l’un et pour construire l’autre en parallèle.

FS : L’autre jour, j’ai lu une très bonne publication sur Facebook sur les difficultés dans votre “parroquia” (1). Tu y fais beaucoup de critiques sur le pouvoir public, l’État. Dans quelle mesure penses-tu qu’il y a de la naïveté (ou de manque de compréhension du rôle stratégique du pouvoir populaire) et de querelle d’intérêts (de luttes de classe), dans la non-priorisation du développement communal par les fonctionnaires de l’Etat ?

JG: Ça dépend. Dans le domaine économique, il y a une lutte d’intérêts parce qu’il y a de l’argent en jeu. Ceux qui sont ministres de l’Économie dans ce pays ne sont pas naïfs. Ils savent qu’il y a les communes, ils savent que Chávez a donné au peuple une grande quantité de terres pour les faire produire, qu’il les a données aux communes et aux conseils paysans, ils savent que tout cela existe. Lorsqu’ils décident de ne pas s’articuler avec la Commune et de donner la priorité aux grandes entreprises, ce n’est pas par naïveté.

Chez d’autres, oui, c’est dû à un manque de compréhension de l’importance stratégique des communes. Par exemple, lorsqu’une institution interrompt un transfert de compétences, que ce soit dans les transports, dans l’eau, dans n’importe quel service, parfois c’est parce qu’elle ne comprend pas qu’en rendant cela possible, elle ferait un pas très important dans le rôle historique qu’elle joue dans la révolution, que ce serait un saut qualitatif dans la construction du socialisme. Beaucoup de compagnons ne le savent pas. Le parti au pouvoir a fait des efforts, mais très minces, au sujet de la formation, du débat sur le socialisme, du débat fort, sincère et direct sur la construction du socialisme.

Un fonctionnaire qui occupe des postes de direction ne peut pas être nommé parce qu’il sait bien parler, ou parce qu’il est le copain de l’un ou de l’autre. Il doit l’être parce qu’il comprend le projet. Et beaucoup ne le comprennent pas. Non, frère ! Tu n’as pas un poste d’État pour gérer, tu as l’État pour faire la révolution ! Et pour faire la révolution, il faut donner du pouvoir au peuple. Et il y a de très nombreuses lois, toute une panoplie légale pensée et promulguée pour donner du pouvoir au peuple.

Sur le plan économique, c’est différent. Dans le domaine économique, il y a une lutte d’intérêts marquée, une lutte de classe, en ce moment, dans tout le dossier économique vénézuélien. Entre ce qu’on appelle la nouvelle bourgeoisie, qui pour moi est la même bourgeoisie qu’avant, qu’on appelle la bourgeoisie rouge, les “Bolibourgeois”, etc… il y a une lutte entre eux et la paysannerie, les communards, etc. Il y a une lutte de classe constante, évidente, dure. Mais dans d’autres domaines, c’est simplement parce qu’ils ne comprennent pas l’importance de donner une place centrale à la Commune. Voilà.

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Réunion de l’équipe de santé. Photos: Jesus Reyes

FS : La Commune a la tâche stratégique d’aider, à un moment donné, à démonter l’Etat bourgeois, mais aujourd’hui l’Etat est dirigé par le chavisme. Il y a donc une tension, parce que, d’un côté, nous devons nous battre avec cet État, mais de l’autre, nous devons le défendre, parce que si on perd ce leadership, quelque chose de bien pire arrivera. Comment vivez-vous cette tension ? Y a-t-il une place pour la défense du gouvernement dans la stratégie communale ?

JG : Un copain disait : « Cet État, quel qu’il soit, est un mur”. Un grand mur de contention qui nous permet de ce côté-ci du mur, du côté gauche du mur, de construire ce que nous construisons. Quand les briques commencent à tomber du mur parce qu’elles s’amollissent, il faut les boucher les trous avec du ciment. Combien de temps nous faudra-t-il porter les briques de cet État ? Eh bien, jusqu’à ce qu’il soit complètement ramolli. Quand ce mur ne servira plus à rien, quand on pourra pratiquement voir à travers. Mais tant qu’il est encore là, tant qu’on ne nous tue pas parce que nous sommes des membres de la commune, tant que la police ne nous passe pas à tabac parce que nous sommes des communard(e)s, tant que nous construisons, tant que nous sommes autonomes, nous devons défendre ce mur. Parce que nous savons que bon nombre des choses qui nous semblent aujourd’hui quotidiennes et normales, ne seraient plus quotidiennes ou normales sous un gouvernement de droite. On en a des exemples partout en Amérique latine à l’heure actuelle. Nous devons protéger ce mur aussi longtemps que possible. Quand l’ennemi stratégique et historique nous attaque de manière effrénée, comme le fait l’impérialisme américain en ce moment, ce n’est pas une coïncidence. Ils ont une bonne raison pour le faire. Bien sûr, nous savons qu’il y a des gens qui négocient, quelques briques qui tombent, dans ce cas on rebouche avec une nouvelle brique et voilà.

FS : Le projet de Chávez était que le pouvoir passe complètement à la Commune, même au niveau national. Le pouvoir a de nombreuses facettes, prenons trois des plus importantes : la souveraineté alimentaire, les FANB (Forces armées Nationales Bolivariennes) et les secteurs stratégiques de l’économie : comment la Commune s’articule-t-elle autour de ces trois axes ?

JG : 2019 est l’année où nous avons décidé de cesser d’être une Commune simplement urbaine en tant que bonne organisatrice des enjeux sociaux, de l’enjeu sanitaire, pour devenir une commune productive. Si nous voulons être indépendants, nous devons être une commune productive. Nous prévoyons de créer beaucoup de terres cultivées et, surtout, de créer une bonne banque de semences pour les années à venir. Pouvoir semer non seulement dans les territoires de la Commune, mais aussi dans les territoires voisins. Et que toute cette population puisse compter sur cet apport en nourriture. Une Commune est productive ou n’est pas.

En ce qui concerne l’aspect stratégique de l’économie, nous voulons également aborder la question des services publics. Nous voulons qu’au moins un service public soit placé sous le contrôle de la Commune. La collecte des déchets solides pour le recyclage, la question de l’eau, la question de l’électricité. Nous pensons avant tout au recyclage, nous pensons qu’il est possible d’en tirer une bonne quantité de ressources. Dans le contexte de la guerre économique et du blocus, apprendre à réutiliser bon nombre des choses que nous jetons est devient quelque chose de providentiel. La question du recyclage revêt une importance stratégique. Il ne s’agit pas seulement de recycler pour sauver le monde, ce qui est aussi un objectif du Plan de la Patrie (plan d’action du gouvernement bolivarien, NdT), mais aussi de recycler pour survivre. Sinon, nous devrons continuer à importer de plus en plus.

La question de la sécurité n’a pas encore été abordée en profondeur. Dans la Commune, il y a des miliciens civils (citoyens qui se forment volontairement aux tâches défensives, NdT), oui. Cependant, nous n’avons pas créé le « corps de combat de la Commune ». Ce processus doit être mené avec le plus grand soin, car nous ne voulons pas non plus faire fuir les gens. Mais c’est un processus nécessaire. Dans la commune, il n’y a eu qu’une seule vague de violences importante il y a environ trois ans, nous n’étions pas encore une commune en tant que telle. Après cela, nous avons dit : « Cela ne se reproduira plus ici, il n’y aura plus de guarimba » (violences d’extrême droite, NdT). En vérité, cela s’est produit un peu plus bas que le territoire de la Commune, à sa périphérie, mais nous nous sommes dit que cela ne pouvait pas se reproduire. Et avec la conformation de la Commune, nous avons commencé à nous préparer pour que cela n’arrive plus.

FS : Et les Forces Armées Bolivariennes, elles laissent la Commune se charger de créer ce groupe de défense ? Elle vous aide ? Comment ça se passe ?

JG : Oui, c’est ce que je te disais à propos du mur. Le mur nous permet de faire ces choses. Imagine, sous un gouvernement de droite, si nous formions un corps de combattants de la commune ! En quelques minutes les forces de sécurité nous tomberait dessus. Je ne veux même pas imaginer ce qui arriverait.

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Photos: Jesus Reyes

FS : L’article 3 de la loi organique du pouvoir populaire dit quelque chose de très intéressant. Il affirme que le développement du Pouvoir du Peuple est lié au niveau de conscience et d’organisation du peuple, comment s’opère la relation entre le développement de la conscience et l’exercice direct du pouvoir ?

JG : Je pense que cela part de l’individu. Dans la commune il y a des porte-parole très actifs, des compagnes et compagnons qui aiment aider les autres, qui consacrent leur vie à aider les autres. Certain(e)s (les moins nombreux) ne se revendiquent pas comme révolutionnaires. D’autres, la majorité, se disent révolutionnaires, chavistes, et le font parce qu’ils comprennent le processus. Je pense que dans les deux cas, il y a un processus de croissance de la conscience. Je crois qu’on devient conscient dans la mesure où on comprend que si on n’aide pas l’autre, ça ne sert à rien d’être au monde. Pour faire du mal ? Si tout ce que tu vas faire ne sert qu’à toi et ne tourne qu’autour de toi, de quelle conscience parle-t-on ?

C’est parce qu’il y a des gens comme ça dans la Commune, parce que c’est dans l’idiosyncrasie des vénézuélien(ne)s, qu’il est possible que cette révolution existe. Sans cette solidarité, cette camaraderie, sans ce voisinage, sans ce soutien qui court de l’un à l’autre, je pense qu’il serait difficile que se soit produite et survive une révolution comme celle que Chavez a proposée ici.

Il y a des gens dont l’idiosyncrasie est d’aider l’autre, et il y a des gens qui, au-delà de l’idiosyncrasie, ont la conviction que c’est la solution. Et lorsque ces deux volontés sont unifiées, les instances du Pouvoir populaire, les conseils communaux, les communes, les collectifs avancent. C’est toute une culture populaire, ici : donner un coup de main à autrui. Prenons l’exemple que nous vivons maintenant avec l’eau. Dans le quartier d’El Lídice, quand l’eau arrive à la partie basse de la commune, et que toutes les maisons sont remplies, tout le monde sort un tuyau pour que le voisin d’un peu plus haut qui n’a pas reçu l’eau, puisse remplir son réservoir. Jusqu’à minuit, on prépare le café, on te donne de l’eau, « tu es fatigué ? Il te manque un baril ? » Aider l’autre. Et cela est dû au fait que Chavez l’a proposé comme quelque chose de tous les jours, avant c’était exceptionnel, aujourd’hui c’est quelque chose de quotidien dans la révolution bolivarienne. Il s’agit d’un trait important de la conscience, et lorsqu’elle se traduit par la recherche du pouvoir communal, alors nous créons le socialisme. Parce que l’idiosyncrasie passe du statut de culture à celui de projet territorial. Nous donnons naissance à une autre réalité, à quelque chose de différent.

FS : Une puissante révolution féministe a lieu dans le monde. Le rôle historique dans lequel le machisme a voulu confiner les femmes est remis en cause. En visitant cette commune, nous avons vu que la majorité des porte-paroles sont des compagnes qui exercent toutes sortes de pouvoirs. Quel est le rôle des femmes dans la Commune ?

JG: Sans les femmes, il n’y a pas de commune. C’est aussi simple que ça. Ce n’est pas un slogan, c’est réel. Une bonne partie des communes du Venezuela, si ce n’est toutes, sont dirigées par des femmes, dans toutes leurs instances. Ce sont les femmes qui font avancer les processus politiques dans ce pays. Dans la commune, les femmes pratiquent un féminisme combatif et militant, mais peut-être n’en ont-elles pas conscience. Elles font leur travail, elles sont majoritaires dans toutes les assemblées, dans toutes les réunions, dans toutes les instances. Mais beaucoup d’entre elles ne sont peut-être pas conscientes de l’importance de leur rôle en tant que femmes dans la société et dans la Commune.

Je pense que c’est un travail qui doit être fait de manière adéquate. Parfois on a des courants féministes qui viennent de l’extérieur du territoire pour “organiser les femmes”. Non ! Venez, écoutez, comprenez le processus, travaillez avec eux, souffrez avec eux, créez avec elles. Et sur cette base, une fois que vous comprenez le processus qu’elles vivent, proposez quelque chose, construisez. Mais ne venez pas imposer vos idées ou celles de votre groupe parce que vous êtes allées en Argentine ou au Chili, et que vous avez vu les femmes y faire telle ou telle chose. Non, il faut observer comment ça se passe ici et à partir de là créer les conditions, les transformer, en produire la philosophie, etc… Je ne suis peut-être pas le meilleur exemple pour promouvoir les processus féministes. Mais je pense que parfois les femmes ne sont pas conscientes du pouvoir qu’elles ont. Nous devons trouver un moyen de leur faire comprendre que sans elles, il n’y a rien.

FS : Chávez disait que la Commune ne peut pas être une île socialiste dans une mer capitaliste, sinon la mer finira par l’avaler, comment cela se passe-t-il dans la cette commune ? Comment se passe l’articulation avec les autres communes ?

JG : Nous sommes en train de la créer. Je pense que nous avançons bien, surtout si on tient compte du fait que notre commune vient de naître. Nous avons à peine deux ans d’existence et nous faisons déjà beaucoup de choses. Aujourd’hui, nous cherchons avant tout à établir des relations économiques avec d’autres communes du pays sur le plan de l’alimentation. Nous essayons de stimuler l’organisation communale suivant le schéma du point et du cercle de la Commune. Nous tentons de faire en sorte que les lieux proches de notre commune soient impactés par sa politique. C’est comme lorqu’un Etat, un gouvernement, aide ses pays voisins, pour prendre un exemple géopolitique. Avec les tonnes de pommes de terre que nous avons rapportées il y a deux semaines, nous avons pu donner des pommes de terre à un prix économique aux conseils communaux voisins. Nous voulons faire la même chose avec d’autres aliments, et tout ce que nous pouvons partager avec d’autres conseils communaux, nous allons le partager. Nous voulons aussi aider à construire plus de communes dans notre parroquia (1), parce que la nôtre est la seule de toute La Pastora. Nous sommes seuls à ramer dans cette mer. Dans un contexte où le pouvoir communal a diminué, nous devons rassembler toutes celles et ceux qui croient en cette idée. Et nous mettre en mouvement.

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Photos: Jesus Reyes

FS : Chávez avait cette caractéristique d’avancer pas à pas, en gardant les pieds sur terre et les yeux sur l’horizon, le lointain. Comment sera-t-on dans dix ans, si tout va bien ?

JG : C’est ici que je dois pleurer ? (rires) Ecoute, d’abord, je ne voudrais pas pouvoir penser égoïstement : je voudrais qu’au moins chaque secteur de El Lidice organise sa commune, ce serait essentiel que la commune puisse en promouvoir d’autres. Deuxièmement, que toutes les instances d’autonomie gouvernementale fonctionnent et qu’elles fonctionnent bien, qu’elles ne soient pas une copie de l’État ancien, qu’elles soient le nouvel État. Troisièmement, que nous ayons l’indépendance, je pense que c’est la clé, l’indépendance de la commune. Chávez l’a dit. Il faut que chaque commune lutte pour l’indépendance sur le plan territorial . Comment administrer ses services, comment administrer son économie productive, comment gérer sa dynamique sociale, comment protéger chacun de ses habitants avec des politiques diverses, et que la participation à chacun des processus électoraux communaux atteigne plus de 60%. Nous devons faire participer les gens, pas seulement en votant. Nous avons besoin de nouveaux espaces de participation.

Je crois que pour que les communes soient le gouvernement de l’avenir, elles doivent se connecter avec l’avenir. Si nous nous pensons comme les Communes de l’Union Soviétique, nous sommes foutus, à l’heure des téléphones portables, quand presque tous les jeunes communiquent plus à travers ces appareils que face à face. C’est l’avenir, allons-y. Faut-il créer un réseau social ? Devons-nous créer de nouvelles formes d’interaction ? Nous devons les créer. Mais nous ne pouvons pas en rester au papier, au journal mural. La commune doit aborder l’avenir, elle doit être l’avenir, elle doit être le gouvernement de l’avenir. C’est comme ça que je vois les choses.

Il y a beaucoup de companeros qui ont peur de ça. Pour eux, créer un café pour les jeunes d’aujourd’hui et non comme un café d’antan, n’a pas d’intérêt. Mais quelle population la Commune aura-t-elle dans les dix prochaines années si on ne prend pas en compte cette tranche d’âge ?

Quand Maduro a lancé le “Carnet de la Patrie” pour faire arriver les aides sociales, ça m’a donné un peu de nostalgie. Par ce que pour moi, la Commune aurait dû s’approprier ces espaces de technologie et de participation d’une manière plus territorialisée. Bien sûr, Maduro l’a peut-être fait, lui aussi, à partir de la nécessité d’échapper à l’Etat bourgeois, et de chercher la technologique qui permette d’atteindre les gens d’une manière plus directe. La Commune doit se penser dans ce miroir.

Bref, pour l’avenir, je vois une commune indépendante, une commune qui ne peut être isolée, et qui pour être indépendante, doit être productive, et en même temps, doit tisser un lien quotidien plus fort avec chacun(e) de ses habitants. De nouveaux espaces de participation. C’est là que se situe l’horizon de l’avenir.IMGP5611

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Photos: Jesus Reyes

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14 avril 2019, le festival international de théâtre s’invite dans la commune Altos de Lidice.

FS : Tout ce que tu me dis me rappelle cette phrase d’un héros du Venezuela et de toute notre Amérique – Simón Rodríguez: « Inventons ou nous errerons », cette volonté de créer sans copier de vieilles formules. Y a-t-il quelque chose que je ne t’ai pas demandé et que tu aimerais dire ?

JG : La situation actuelle des communes est très complexe. Nous avons un triple espace de combat. Celle de la commune en tant que telle, ses vicissitudes, ses problèmes. Celle de la guerre à laquelle tous les Vénézuéliens sont confrontés. Et en outre, l’espace de lutte avec l’Etat bourgeois qui devient plus fort et plus difficile.

Qu’allons-nous faire pour ne pas disparaître ? Le mouvement communal doit se repenser, être un mouvement. En ce moment, nous ne sommes pas un mouvement, nous sommes isolés. Nous devons bouger pour que l’État sache que nous sommes là. Est-il possible de réaliser l’avenir que nous proposons, au-delà de la guerre, avec cet État ? Je ne parle pas de l’Etat bourgeois d’un point de vue philosophique, mais plus précisément de la manière dont les dirigeants du moment se comportent aujourd’hui. C’est toute la complexité du moment. Comment faire ?

Les rencontres qui ont eu lieu jusqu’à présent avec le président ont été des espaces qui suivent dans la même logique. Les communard(e)s se réunissent pendant deux ou trois jours, produisent un document d’environ 20 pages, le donnent au président, qui a déjà son ordre du jour, et à partir de cet ordre du jour, on approuve trois points du document, tou(te)s les communard(e)s applaudissent, repartent et attendent la prochaine réunion avec le président. Non, mon frère, ce n’est pas comme ça que ça doit marcher. Chavez proposait un débat. Quand Chavez a rencontré les communes, c’était un débat, n’importe qui pouvait se lever et dire quatre choses à Chavez, et soit il disait oui c’est ça, soit il disait non. Mais c’était un débat, pas une réunion protocolaire. Avec les communes, il ne s’agit pas de faire des rencontres institutionnalisées, non. Avec les communes, il faut discuter politique. Parce que c’est avec ces gens que vous allez construire le socialisme. Ce n’est pas avec d’autres gens. Avec quel sujet social allez-vous construire le socialisme ? Avec celle ou ceui qui habite le territoire. Qu’il soit jeune, femme, noir(e), blanc ou blanche, brun(e), athée, catholique, chrétien(ne), protestant(e), qui que ce soit. Tout est là.

Ce qui se passe, c’est que les choses deviennent de plus en plus floues et que l’on retombe dans l’État qui impulse beaucoup de politiques nationales, mais sans territoire. C’est une complexité qui, à mon avis, ne fait pas l’objet d’un débat. Nous le subissons tou(te)s, nous le critiquons tou(te)s, nous l’écrivons tou(te)s, mais il ne se passe rien au-delà. Nous devons nous rencontrer, créer un espace de débat et de concrétisation, avec des propositions sérieuses. Si ce n’est pas avec les mille communes dont on nous parle, alors que ce soit avec les trente qui le veulent. Nous oserons. Nous oserons proposer autre chose. Tel est notre défi.

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Photo: Jesus Reyes

Note : (1) La paroisse est l’instance juridictionnelle immédiatement inférieure à la municipalité.

Source: https://fedechimo.home.blog/2019/04/11/la-comuna-es-la-celula-territorial-del-socialismo/ 

Traduction : Thierry Deronne

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Terra TV présente : « El Maizal, la bataille pour produire » (en ligne, sous-titres français)

maizalaf.png« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Au boulot, j’avais bien entendu quelqu’un mentionner ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs compétents en matière de réparation et d’entretien pour améliorer la production communale, mais je n’avais pas approfondi. C’est du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, que j’ai compris ce que sont ces équipes, et leur idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.» C’est ainsi que Silvana Solano, qui accompagnait notre équipe de tournage, résume le nouveau film de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire », visible ici :

Cette treizième « bataille productive » a permis de récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif et notamment, l’élevage et la mise en culture. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal, dans l’ouest agricole du Venezuela, où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante.

Pour le sociologue vénézuélien Reinaldo Iturriza, « ce qui induit à la superficialité ou à l’erreur un nombre considérable d’analyses de la situation vénézuélienne est l’invisibilisation du sujet politique, du tissu populaire, de ces bases chavistes capables de considérer que leur gouvernement fait mal quelque chose, ou que ses efforts sont insuffisants, tout en comprenant qu’il n’en demeure pas moins le gouvernement du peuple ». 

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

136 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 92% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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« Jusqu’à nous enterrer dans la mer »: le film intégral en ligne (sous-titres FR)

affiche_danslamer_taille-moyenne_franc.jpgComment le petit peuple, les gens modestes, et les femmes en particulier des quartiers populaires vénézuéliens (que les grands médias s’évertuent à invisibiliser) vivent-ils la guerre économique décrétée par les Etats-Unis, organisent-ils la résistance et renforcent la démocratie à la base… ? De cela, l’information calibrée ne parle jamais. Ce film surgit d’un an de vie commune du réalisateur Thierry Deronne avec les habitants du barrio Bello Monte, dans l’état d’Aragua et fait le point sur la révolution bolivarienne en essayant de faire « politiquement du cinéma plutôt que du cinéma politique ». Pour le professeur de cinéma documentaire Thierry Odeyn (INSAS, Bruxelles) ce film nous apporte « une trace de la construction d’une démocratie au Venezuela » et pour l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et spécialiste de ce continent qu’est le journaliste français Maurice Lemoine, «c’est le film le plus juste que j’ai vu sur l’Amérique Latine».

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Histoire du travail effectué par un village de communard(e)s pour faire avancer la Révolution Bolivarienne

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Notre Commune El Maizal est constituée de 22 Conseils Communaux dont 12 font partie de la Municipalité Simon Planas de l’Etat de Lara et 10 de celle d’Araure, dans l’état de Portuguesa. Nous sommes une des premières communes à avoir regroupé des terres de différents états. Depuis notre création nous gérons une exploitation de 2200 hectares dont environ 1800 sont essentiellement destinés à la culture du maïs. C’est Chavez en personne qui nous a remis ces terres le 5 mars 2009. Il nous a visités deux fois – le 29 novembre de la même année, c’est depuis El Maizal qu’il a transmis le n°344 d’Alo Presidente”.

Cette année-là, nous avions réalisé notre première plantation communale d’environ 150 hectares de haricots à l’aide d’un crédit géré par la Banque Mutuelle Gustavo Vegas Léon. En 2010, nous sommes passés au maïs avec un financement géré par le Conseil Communal El Esfuerzo de la communauté d’El Cerrito, car à cette époque-là nous n’étions pas encore officiellement enregistrés. Ce n’est que récemment, en octobre 2012, que le Ministère des Communes a procédé aux premiers registres légaux, celui de la Commune El Maizal a été signé le 25 mars 2013.

En 2011 et 2012, nous avons semé 250 hectares de maïs et en 2013 nous en avons planté 600, cette année-là ayant été une année cruciale pour la Commune qui, après de multiples conflits avec la Corporation Venezuela de Alimentacion, entreprise d’Etat avec laquelle nous partagions l’utilisation des sols, décida de s’en retirer lors d’une Assemblée. Cette superficie cultivée est restée constante jusqu’en 2015.

En 2016 et 2017, 1100 hectares de maïs ont été cultivés avec la participation de 68 petits producteurs; le financement attribué par le gouvernement révolutionnaire ne correspond qu’à une superficie de 600 hectares mais le reste a pu être cultivé grâce aux excédents provenant de la Commune. C’est ainsi que s’est constitué le Réseau de Producteurs qui s’étend et se renforce actuellement avec l’ajout d’autres cultures.

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.. mais la Commune El Maizal, ce n’est pas que du maïs !

En travaillant incessamment, nous avons pu mettre en place diverses expériences de production parallèlement avec notre développement organisationnel, grâce à notre détermination à aller de l’avant et au soutien du gouvernement révolutionnaire.

Cela nous a permis de contribuer de manière significative au bien-être de notre population, d’abord dans le cadre de la Commune El Maizal et maintenant au-delà, ce qui a amené la Municipalité Simon Planas à créer sa cité communale et son district de développement agro-industriel. Pas à pas, nous avons monté d’autres entreprises de propriété sociale directe et des unités de production qui forment aujourd’hui notre système d’économie communale. En 2011, nous avons lancé un projet d’élevage en achetant 48 taureaux destinés à l’engraissement grâce à un crédit du FONDEMI. Lors de l’Assemblée de juillet 2011, qui s’est tenue sur le terrain de foot de Sabana Alta, nous avons choisi le statut de l’entreprise, première étape dans ce nouveau défi. Puis nous avons agrandi le troupeau en y ajoutant quelques vaches, ce qui nous a permis de fabriquer nos premiers fromages. Cette nouvelle expérience nous a encouragé à demander un autre crédit auprès de FONDAS pour l’acquisition de bétail laitier en 2013, commençant par 60 vaches et 3 taureaux. L’année suivante, nous avons rajouté 50 vaches et 2 taureaux à ce troupeau. Dès 2012, nous nous sommes lancés dans la vente de viande et en 2013, dans celle de fromage aux Conseils Communaux de notre secteur. Fin 2017, nous disposions d’un cheptel de 1150 têtes. Nous avons amélioré chaque jour notre travail de sorte que nous avons pu maintenir puis augmenter la production de fromage, de beurre et de viande qui, ajoutée à celle du maïs, nous a permis d’organiser des journées de vente en plein air avec les conseils communaux.

Le Centre de stockage et de distribution de la Commune El Maizal

Dès 2013, quand la commune d’El Maizal a commencé son activité de vente aux conseils communaux, deux nouveaux défis se sont posés à nous : créer les conditions nécessaires au stockage de notre production et de celle des petits producteurs de la région (contribuant ainsi à lutter contre les intermédiaires et la spéculation), et élargir peu à peu le circuit des communautés desservies au-delà de notre territoire.

C’est ainsi qu’en 2014, la vente extérieure à notre secteur s’est étendue aux 86 Conseils Communaux de Sarare et La Miel. En 2016 s’acheva la construction de notre Centre de stockage et de distribution, répondant ainsi au besoin de disposer d’un espace où stocker la totalité de nos produits, dont le fromage, la viande, les haricots, le maïs, le beurre, les légumes, entre autres. Rien qu’en décembre 2017, près de 8 000 kilos de viande ont été écoulés, approvisionnant tout le secteur de la Commune El Maizal ainsi que les deux paroisses de la Municipalité, Sarare et La Miel. A la même époque, nous avons écoulé 1 500 kg de fromage, 800 kg de beurre, près de 4 tonnes de légumes dont des poivrons, de la coriandre, des oignons, sans compter la vente de près de 2 500 kg de café moulu.

Nous avons participé à bon nombre d’autres actions de vente en dehors de la Municipalité, couvrant des communes ou des organisations sociales, institutions et associations diverses ; nous étions par exemple présents pendant trois années consécutives sur les Marchés Communaux organisés par le Ministère des Commune à Caracas.

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La transformation du maïs : meule et minoterie

En 2017, nous avons tenté de réaliser un vieux rêve : transformer nous-mêmes le maïs que nous produisons, alors qu’il finit habituellement entre les mains de l’industrie agro-alimentaire, remis par ce même gouvernement auquel nous fournissons toute notre production subventionnée. Un système fermé qui renforçait notre dépendance et détournait une part importante du produit de notre travail de notre zone d’activité et de notre Municipalité. Après diverses tentatives et projets, nous avons fini par intégrer le Programme de Minoteries lancé par le Ministère des Communes et nous disposons déjà des infrastructures nécessaires pour en accueillir une qui devrait être opérationnelle sous peu et sera alimentée par la production de notre Plan de Semis. En parallèle, nous avons récemment installé un moulin, en sorte de disposer des deux options pour répondre aux besoins de la population ; elle aura une capacité de production journalière d’environ 2 000 kg de maïs.

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe et Communale (EPSDC) de Briques Simon Bolivar

La EPSDC de briques Simon Bolivar, créée en 2010, a été cruciale pour la réalisation de nombreux projets par la Commune El Maizal, en termes de construction d’infrastructures sociales et productives. C’est de là que proviennent les briques utilisées dans la construction des maisons de la Grande Mission Logements Venezuela, des lycées et des écoles que nous avons bâties, des maisons communales et des entrepôts, y compris les intrants permettant d’améliorer le rendement des récoltes. Une bonne partie de l’amélioration de notre habitat est due au travail de ses ouvriers. Cette même usine a pu maintenir une production de 400 000 briques par an jusqu’à ce que survienne la crise du ciment en 2016. Actuellement, elle est à l’arrêt à cause du coût élevé des matériaux et de son emplacement difficile d’accès.

L’Entreprise de Propriété Collective Directe Communale de Distribution de Gaz Camilo Cienfuegos

L’entreprise de distribution de gaz Camilo Cienfuego a été inaugurée en 2012 après la présentation de son projet à PDVSA Gaz et un conflit avec la Mairie de Simon Planas au sujet de son contrôle (qui perdure dans une certaine mesure). L’usine alimente 190 Conseils Communaux, et près de 16 000 familles avec la vente de 25 000 bonbonnes par mois. Elle est dirigée par une équipe de producteurs qui vivent dans les différentes communautés du territoire de la Commune. Elle est toujours en fonctionnement à ce jour malgré un contexte de crise, avec des baisses ponctuelles dans les cas où une expédition au secteur approvisionné est nécessaire et où des difficultés surviennent lors de l’entretien des camions. Elle est actuellement en pourparlers avec les conseils comunaux pour chiffrer de manière transparente ses coûts de production et rechercher des solutions qui ne représentent pas une charge supplémentaire pour les communautés.

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L’Unité de production communale de cultures

A Sabana Alta, qui fait partie du secteur de la Commune El Maizal, fonctionne une UPC de cultures protégées, un complexe agricole de 6,6 hectares constitué de 12 unités destinées à l’ensemencement d’une surface de 540 m2 chacune, un réservoir australien de 300 000 litres, des systèmes d’irrigation, un bureau, des appartements, des salles de bain, une serre pour la germination et pour les jeunes plants, une salle de fertilisation et un local pour les pompes, le tout recouvrant une superficie de plus de 160 m2. Elle a été construite par la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture et administrée par FONDAS pendant 8 ans, celle-ci l’ayant laissée complètement à l’abandon suite à une mauvaise gestion. Puis elle a été dévalisée jusqu’à sa récupération par la Commune.

En 2014, la Commune El Maizal l’a reprise en main et depuis lors nous la restaurons petit à petit à nos propres frais, après avoir relancé sa production dès le début, avec diverses cultures comme les poivrons, les tomates, les oignons, les concombres, la coriandre, le pois quinconcho, le manioc (yuca)…

Lors de la session du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire des Communes du 15 août 2015, le Président Maduro a signé son transfert à la Commune El Maizal, scellant ainsi notre victoire dans ce combat. A ce jour, six unités récoltent les poivrons tandis que les six autres sont en pleine reprise et viendront s’ajouter à sa capacité de production. Jusqu’en avril 2018, nous avons obtenu une récolte d’environ 3000 kg alors que cette plantation n’en est encore qu’à 50% de son exploitation. L’objectif de production annuel est d’environ 30 tonnes de légumes.

La plantation de semences de maïs et de riz sera aussi développée dans le cadre des projets-clés visant à renforcer l’autonomie dont a besoin notre production agricole. Parmi les réparations effectuées, la pose de la toiture de six pépinières et la remise en état d’un système d’irrigation qui avait été détérioré autant par l’usure que pendant le cambriolage, surtout au niveau de ses tuyaux, tubes et valves, ont exigé un gros investissement.

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L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon (anciennement Porcinos de Alba)

L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon, anciennement nommée Porcinos del Alba et aux mains de la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture, a été récupérée par ses travailleurs et les habitant(e)s de la Commune El Maizal le 28 juin 2017. Elle a été occupée parce que ladite entreprise n’assumait pas comme il le fallait l’entretien de l’unité de production, provoquant la perte de bétail et portant préjudice aux travailleurs, probablement pour la céder ensuite au secteur privé. Alors qu’elle dispose d’une capacité d’accueil de 6000 têtes de bétail, elle a été récupérée avec 350 animaux faméliques, des reproductrices pour la plupart. Les travailleurs, préoccupés par leur état, leur avait donné des mangues jusqu’à ce qu’au bout de 28 jours de privation de nourriture, ils aient fini par l’occuper avec l’aide de la Commune El Maizal.

En décembre 2017, après cinq mois de travail sous le contrôle de la commune et des travailleur(se)s, le troupeau avait déjà regagné 2 150 bêtes, dont 900 en croissance et 665 pour l’engraissement, sans compter les reproductrices et les veaux à la mamelle. La plus grosse difficulté que cette unité productrice de base a rencontrée a été d’obtenir de l’alimentation pour bétail à un prix juste qui dans les dispositifs actuels, dépend d’un quota chez des distributeurs d’aliments contrôlés par l’Etat. Curieusement, elle n’a pas pu y accéder jusqu’à présent, ce qui l’a obligée à recourir à l’achat par intermédiaires à des prix spéculatifs au cours des premiers mois.

La mortalité du bétail a chuté de 98%, les animaux sont suivis par des vétérinaires et un accord a été conclu avec Porcinos de Alba pour régulariser la fourniture d’aliments en échange de l’achat assuré par l’Etat de la majorité de la production. Mettre en route sa propre usine de production d’aliments équilibrés dans l’U.P.C. constitue une priorité pour la Commune El Maizal. C’est ce qui lui permettra d’améliorer les conditions de sa production et, par ailleurs, de récupérer la flotte de véhicules adaptés aux exigences du transport des porcins, actuellement à l’abandon.

S’y ajoutent : la remise en état des silos de chaque aire de travail (10 d’une capacité de 14 000 kg, dont 8 nécessitent une maintenance et 2 des réparations importantes, y compris un petit silo de 2 000 kg), l’installation d’une unité de production d’électricité assurant l’autonomie de l’U.P.C., et pour finir l’installation d’un système d’éclairage pour garantir sa sécurité en améliorant sa surveillance.

L’Unité de Production Communale Simon Bolivar (anciennement UCLA)

Le 17 octobre 2017, nous nous sommes engagés dans une nouvelle bataille. En effet, les installations de la station expérimentale de l’Université du Centre-Ouest Lisandro Alvarado, dans le secteur El Torrellero, étaient à l’abandon bien qu’ayant bénéficié d’un financement de l’Etat ; elle avait une longue expérience de la pisciculture derrière elle, grâce aux infrastructures qui s’y trouvaient et dont elle avait besoin pour son activité.

Nous avons été convoqués par le Conseil Communal de la Collectivité de Torrellero qui nous a proposé de nous charger de sa relance et d’assurer sa gestion avec celle-ci. Cette position avait été prise en Assemblée suite à l’indignation soulevée par les vols permanents et les dégâts importants causés à cette infrastructure destinée à la production et à la formation, et qu’il fallait maintenant remettre en état pour qu’elle retrouve son emploi. Ceci en hommage à la méthodologie du “point et du cercle” dont parlait Chavez.

L’UCLA réagit à cette récupération en mentant à l’opinion publique, affirmant que l’unité était pleinement opérationnelle et que ses installations étaient menacées. Elle porta plainte en Justice bien que l’évidence même prouvait tout le contraire. Nous sommes donc engagés dans un procès judiciaire dont nous sortirons certainement gagnants. Nous y avons trouvé du bétail de race Caroro dans de très mauvaises conditions, une maison considérée comme patrimoine régional tombait en ruines, les médicaments vétérinaires étaient périmés, les machines pillées et les étables s’écroulaient à cause des infiltrations d’eau, les caves et les pièces d’habitation étaient en mauvais état ou totalement endommagées. Bref, nous étions face au résultat de nombreuses années d’abandon.

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En mars 2018, la Commune El Maizal, avec l’accord de la communauté, décida d’installer là son troupeau laitier, car l’espace et les conditions qui s’y présentaient après l’aménagement des lieux permettait de mieux s’en occuper. Cette décision a été prise suite à l’incendie criminel de plus de 200 hectares de pâturages situés sur les terres de El Maizal, qui a mis notre cheptel en danger.

En avril 2018, nous avons obtenu une production journalière de 180 litres de lait et de 15 à 18 kg de fromage. Notre cheptel, qui se trouvait alors à l’UPC Simon Bolivar, comptait 46 vaches Girolando et 36 Carora, 25 veaux Girolando et 14 Carora répartis dans 14 parcs installés sur les 90 hectares dont les pâturages et les clôtures ont été récupérés. En ce qui concerne les infrastructures destinées à l’élevage, nous disposons de 4 corrals, une salle de traite mécanisée avec 4 stations dont 2 sont en activité et le reste en cours de restauration. Il y a également 8 chambres froides dont 2 fonctionnent, 3 entrepôts utilisables et un logement actuellement occupé par les producteurs qui vivent sur place.

Nous essayons de relancer le projet de pisciculture, vu qu’il existe six étangs sur le site (le premier en voie de réfection pour l’élevage de tilapias); la remise en état d’une salle d’alevinage, base de l’autonomie que requiert le bon déroulement de cette expérimentation, est également envisagée. Dans le cadre du démarrage du Plan de Semis 2018, nous avons déjà préparé 3 hectares pour la plantation de maïs, 4 pour le Verger Communal en collaboration avec la communauté, et ½ hectare pour les producteurs qui vivent à l’UPC.

Le Verger Communal est une nouvelle ligne de travail du Plan de Semis 2018, qui consiste à former des Brigades de plantation, que ce soit avec des équipes de producteurs provenant des différentes UPC et/ou des comuneras et comuneros qui développent le processus organisationnel du Mouvement Communal Simon Planas. La Commune El Maizal y conserve les intrants de base pour la culture de de produits essentiels comme le maïs, le quinconcho, les haricots et la yuca, entre autres. La majorité de la production est destinée à la consommation familiale des brigadistes, et le restant à l’approvisionnement à des prix équitables des secteurs où ceux-ci mènent leur travail politique et social. Ces ressources permettant de reconstituer le stock d’intrants et de créer un fonds pour la plantation suivante.

L’UPC Simon Bolivar a aussi un fort potentiel de développement du tourisme communal, car sa région est constituée de formations rocheuses offrant aux visiteurs nationaux comme étrangers l’occasion de pratiquer des sports extrêmes et d’effectuer des randonnées dans un milieu naturel riche en cascades, en faune et en flore. Cette unité est cruciale pour l’effet de levier qu’elle exerce sur les processus fondamentaux assurant la viabilité de la Commune et du Mouvement Communal Simon Planas, du fait qu’elle réunit toutes les conditions pour l’installation de plusieurs unités de conditionnement ; à part celle du fromage et du beurre qui fonctionne déjà, il pourrait s’en ajouter une produisant de la charcuterie et de la viande sous diverses présentations et découpes, ainsi qu’ un abattoir pour les bovins et les porcins, par exemple. Pour cela, il nous faut remettre en état les chambres froides et évaluer l’état des infrastructures physiques afin d’établir un plan de restauration ou de remplacement, tant de la maison que des entrepôts, y compris l’achèvement de l’aménagement des parcs et la réfection des clôtures extérieures, travail qui a déjà été commencé.

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Un travail de gestion et de production communales réinvesti dans le social

Notre Commune El Maizal a subvenu aux besoins sociaux des communautés grâce aux revenus de projets financés par l’Etat et aux excédents générés par nos entreprises et unités de production. Ceux-ci ont été nombreux au cours des dernières années, ce qui constitue une nouvelle preuve de l’importance du partage des responsabilités tel qu’il figure dans la Constitution Bolivarienne et dans les programmes de nos conseils communaux ; ce sont les deux axes majeurs de notre Révolution.

Nous pouvons affirmer avec fierté que c’est grâce à la mobilisation de la population et à sa gestion directe qu’ont pu être réalisés l’asphaltage des routes, effectué par les communes de Paujisal, Palmarito, El Flaco, Caballito et Palma Redonda, l’électrification de commune comme Paujisal, Palma Redonda, El Playon, La Calanchera, Brisas Del Cerrito, Palma Sola, Palmarto. Sans oublier la construction de l’aqueduc de El Calvario.

Nous avons aussi construit deux dispensaires, l’un à Caballito qui est sur le point de fonctionner, l’autre à Palmarito, que nous avons aussi équipé et qui est déjà en activité. S’y ajoutent plus de 1200 mesures d’aides en matière de santé, que ce soit pour des opérations, l’achat de médicament ou d’équipements médicaux. Sans compter divers dons apportés à des écoles, des lycées et à diverses activités sociales et culturelle, de même qu’à des églises catholiques et évangéliques, fournissant par exemple des kits sportifs à des disciplines comme le base-ball, le football, le volley ball et des uniformes pour les équipes, et enfin la construction du stade de El Cerrito.

Nous avons remis en état cinq écoles rurales et construits avec nos excédents trois lycées pour 450 élèves environ à El Cerrito, Caballito et Sabana Alta où a également été édifiée par nos soins la Maison Communale. Notre travail a aussi permis la construction de 284 logements distribués sur tout le territoire de la Commune, dans le cadre de la Grande Mission Logement. Nous projetons d’édifier une infrastructure qui servira de siège au groupe universitaire de L’Université Polytechnique Territoriale J.J. Montilla de l’Etat de Portuguesa, avec laquelle nous avons passé un accord en vue de construire des annexes qui accueilleront au minimum 300 de nos jeunes dans le cadre de trois Programmes Nationaux de Formation (P.N.F.) dans les spécialités de soins vétérinaires, agro-alimentation et conditionnement-distribution d’aliments.

Nous oeuvrons à un regroupement politique autour d’un projet de Cité Communale

Tout comme nous avons développé la Commune El Maizal, nous avons mis en route le Mouvement Communal Simon Planas, avec la collaboration des différentes communes de la Municipalité, relevant le défi d’aller encore plus loin dans l’édification de l’Etat Communal, projet stratégique de notre Commandant Chavez qui a devant lui une route toute tracée dans les Lois du Pouvoir Populaire; pour nous, il s’agit de la seule stratégie qui nous permette d’affronter la phase actuelle d’escalade de l’agression impériale en sortant des limites de l’Etat bourgeois et de ses méthodes de gestion politiques comme la corruption, la bureaucratie et le clientélisme ; méthodes qui ont depuis toujours favorisé la dépendance et le colonialisme du capitalisme rentier vénézuélien.

C’est pour cette raison que nous avons créé nos Conseils Communaux constitués de Communes, dont celle de El Maizal est la pionnière. Et nous continuons à nous regrouper politiquement pour consolider notre autogouvernement. Nous avancerons dans cette voie avec un nouveau pas en avant consistant à organiser nos Villes Communales pour ensuite développer la Fédération Communale avec son District Moteur de Développement Agroindustriel, pièce maîtresse de notre stratégie visant à devenir un modèle de construction du socialisme.

L’évaluation de notre territoire et des communes créées nous mène à la conclusion qu’il nous faut créer deux Cités Communales, bases de notre future Fédération Communale, ce qui veut dire que les communes faisant actuellement partie des paroisses Sarare et Gustavo Vegas Léon de Simon Planas constitueront une Cité Communale, parmi elles : El Maizal (sachant qu’elle est aussi composée de conseils communaux de l’Etat de Portuguesa), Lanceros de Atures, Sarare (où nous avons relevé le défi de développer une véritable dynamique communale et de faire en sorte qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être), Armando Bonilla (projet de cette commune suite à l’élargissement du territoire de la Commune de Sarare) et Ezequiel Zamora.

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La deuxième Cité Communale sera constituée des Communes de la Paroisse Buria (certaines comprenant des Conseils Communaux de l’Etat de Yaracuy), terre de Negro Miguel et de son épopée libertaire, dont Negro Miguel, Minas de Buria, Revolucionarios de Buria Con el Cuartel de la Montana, et Rio Turbio de Buria Patria Querida. Ce sont donc 9 Communes qui feront partie des deux Cités Communales devant former la Fédération Communale, en hommage à notre Commandant Chavez et à notre Général d’hommes et de femmes libres, Ezequiel Zamora : nous consoliderons ainsi notre Système de Gouvernement Populaire.

Ce processus met l’accent sur le rôle des femmes, des jeunes et de la production. Voilà pourquoi s’est développé le Mouvement des Femmes Communardes, créant ses propres méthodes et objectifs à partir de son programme, car la grande majorité de nos membres sont des femmes, ce qui fait notre force et caractérise nos actions tout en garantissant la qualité de sa ce que nous entreprenons ainsi que nos victoires. Il nous faut aussi renforcer le Mouvement des Jeunes Communeros, qui représente un autre succès important de notre lutte, à savoir le ralliement d’une importante partie de la jeunesse qui assume les tâches les plus variées et s’exprime par sa propre voix dans toutes nos actions.

Nous nous engageons aussi à développer intégralement la production communale avec son réseau de producteurs, dans la perspective d’améliorer notre Programme de plantations comunal qui vise à rendre plus efficace encore le travail effectué sur nos terres. La distribution et le conditionnement de notre production doivent être effectués de nos propres mains. Associer nos femmes et nos jeunes à la capacité organisatrice de nos Conseils Communaux et de nos Communes et à notre production, voilà la formule organisationnelle proposée durant toutes ces années et qui doit s’imposer plus que jamais en cette période extrêmement difficile que connait la révolution bolivarienne.

Source : http://www.albatv.org/Comuna-El-Maizal-en-el-camino-de.html

Traduction : Frédérique Buhl

Photos: Juan José Moreno pour Terra TV et Alba Ciudad

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Dix mini-chroniques de la résistance populaire, par Gustavo Borges

IMGP3560.JPGA chaque menace de guerre, la peau du Venezuela se hérisse, se laisse toucher, sort ses griffes et sa mémoire de peuple mille fois recommencé, jamais tout à fait dans la révolution, jamais tout à fait en dehors d’elle, inapte aux violences calculées par les psychologues. A l’autre bout, dans les quartiers riches, le seixième siècle s’abîme dans Discovery Channel. La minorité coloniale qui sert de “peuple vénézuélien” aux médias occidentaux, se retrouve plus seule que jamais, hors-sol, rivée au WhatsApp qui promet la délivrance par les marines et le bombardement des quartiers populaires où grouillent les chavistes. Il est facile de comprendre d’où viennent les projets qui s’affrontent ici, et pas seulement depuis vingt ans. Le plus haut niveau de l’Histoire des vénézuéliens est un geste de libération : ce fut pour libérer d’autres peuples qu’en 1819, Bolivar et son armée populaire traversèrent les Andes.

Thierry Deronne, Caracas 14 mars 2019

1. « Nous nous sommes assis pour filer des mèches de lampe dans le salon. Moi je savais que l’affaire allait durer. Il était près de huit heures du soir. Mes deux garçons et ma fille observaient presque sans respirer pendant que la maman cherchait un tissu, du coton ou de la corde, dans l’obscurité. Quand tout fut prêt, tous regardaient fébrilement, les gamins complètement hypnotisés avec ce truc, c’était un vrai film, ce moment… une adrénaline familiale, tous me scrutaient au moment où j’allais allumer la mêche dans l’obscurité. Ce fut incroyable, je ne pourrais pas décrire l’euphorie de la famille. Les enfants et la fillette applaudirent en riant, je crois même avoir vu une larme sur la joue d’Aurora, la maman. Cette nuit j’ai compris qu’ils ne pourraient jamais nous vaincre« .

José Antonio Tovar. Habitante de Petare.

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2. « Nous avons dîné tous ces soirs sans électricité. Les gosses ont joué à se raconter des histoires pendant la coupure d’électricité, nous avons calmé la fièvre de la fillette en lui mouillant le front dans l’obscurité. Nous nous sommes douchés dans la nuit. Dans l’obscurité nous avons lavé le plus petit, qui s’est guidé par l’odeur du sein de sa maman, il n’a pas eu besoin de lumière. Sans courant nous sommes allés dormir, du sommeil de qui dort d’un oeil, qui garde ses bottes. Sans lumière s’est réveillé le corps de la petite, sans lumière nous lui avons remis les tissus humides au front, sans lumière la fièbre est tombée. Dans l’obscurité s’est raffermie notre résolution têtue, intransigeante, caraïbe, de résister »

Julia Méndez. Barrio Bolívar, La Pastora.

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3. « Dans mon quartier, à Charallave, nous avons fait une soupe avec tout ce qui pouvait s’abîmer par manque d’électricité. Nous avons fait une soupe de tête de poisson, de carcasses de poulet, trois morceaux de côtelettes de veau, un peu de légumes et pas mal d’amour. La nuit nous avons appris à faire des lampes à mèches. Nous avons écouté de la musique sur les téléphones des enfants et il y en a eu un parmi nous qui se décida à danser. Ce qui était hier un manière de résister à la guerre, s’est converti pour nous en célébration d’une petite victoire géante »

Oktyabrina Hernández. Charallave, état de Miranda.

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4. « Une famille de huit personnes, tou(te)s autour du feu allumé dans la cour. On se racontait des histoires, on parlait de la situation politique. Un petit transistor à piles nous tenait informés. Les gosses jouaient à lancer des branches aux flammes. Et nous on les surveillait qu’ils n’aillent pas jeter le chien ou le chat ou qu’ils aillent mettre le feu à la maison. On a même organisé une bataille de domino à quatre. La belle-mère qui commandait le groupe de cuisine au foyer, au fond de la cour, parlait avec une des femmes. Comment font les gens à Caracas, carajo, sans bois ni rien pour allumer un feu ? Nous avons un puits, mais sans courant le moteur ne sert à rien. Un des avantages de vivre à la campagne est que nous avons toujours plein d’eau dans les barils. J’étais heureux de ne pas me trouver à Caracas« .

Mauro Parra. État de Trujillo.

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5. « Je les ai vus et écouté depuis le balcon. Ils étaient sur la place d’en face. Je ne pouvais pas le croire. Et moi, merde, avec une angoisse et pire, tout seul dans l’appartement et ce groupe de personnes, après presque vingt heures sans électricité, jouant rageusement du tambour et dansant au milieu des rires et des cris. Ils avaient allumé la maxi-rumba. J’ai compris quelque chose, mon frère: à ces moments le vieux père caraïbe se réveille en nous et on ne peut pas rester seul, frère. Si je n’avais pas dû descendre ces sept étages dans le noir je m’y mettais aussi, moi, à la fête« .

Armando Belisario. Résidence à Chacao.

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6. « Le premier jour nous a pris par surprise et tout le monde restait enfermé dans les appartements, on ne savait pas ce qui se passait. Ce jour-là deux amies du quartier populaire de Petare sont restées à la maison parce qu’en arrivant au métro de Coche il était fermé. Et puis, voilà, dans l’appartement nous avons fait à dîner, nous avons fait du pop-corn, nous avons allumé la radio pour savoir ce qui se passait, nous nous sommes raconté nos affaires. Le deuxième jour, nous avons décidé de faire des lampes à mèche, les gens se sont bougés pour chercher et pour porter l’eau tôt le matin, les garçons jeunes et plus petits jouant dans le parc. Il y avait près de 100 gosses, garçons et filles, jouant au ballon, à la bicyclette, au football, ici il y a un parc de jeux d’enfants et un terrain d’exercices. Les gens badinant avec les voisins, toujours dans le calme. Bonheur de boire un café avec les copines les plus proches, de se réunir pour parler de la vie, enfin, en attendant que tout se résolve. Le troisième jour, tout le monde s’est activé pour chercher de l’eau, on a trouvé plusieurs robinets, le camion-citerne est apparu à l’aube pour aider les gens. Dans cette situation, ce qui est remonté à la surface ce fut la solidarité, l’union, l’appui entre voisins, pas les misères humaines« .

Belinda Aranguren. Logements sociaux de Ciudad Tiuna.

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7. « Il fallait cuisiner au bois ou au gaz vu la quantité de personnes. Nous avons pu nous unir à plusieurs familles et manger, ensemble, 11 adultes et 5 enfants. Nous nous sommes rendus compte que seuls nous ne pourrions pas résister et j’ai ouvert les portes de ma maison, ici, à Cabimas. Tous ensemble nous avons rassemblé de quoi faire à manger pour un tas de gens. Nous achetions l’eau tous ensemble, l’eau, les médicaments. Mais ce n’était pas facile non plus. Nous essayions de garder le calme face à un aïeul de 80 ans désespéré par la chaleur faute de ventilateur, face au nouveau-né qui pleurait; quelques opposants se sont joints à cette solidarité, d’autres ne faisaient que se moquer de nous. Ludo, dames, domino, cartes, conversations sur la situation politique ou blagues familiales. Tout dans les soirs, sous la lumière des lampes de kérozène, celles que nous avions fabriquées quand nous nous sommes rendus compte que cette nuit ne serait pas la seule. Je pense que ce fut un apprentissage pour nous préparer à toute éventualité, nous avons démontré qu’ils n’ont pas pu briser ce qu’il y a de plus important entre nous : la solidarité aux heures les plus dures« .

Rosanna. Quartier populaire de Cabimas, état du Zulia.

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8. « Deux jours de cauchemar et je n’ai vu personne de brisé dans les rues du centre de Caracas. La rapidité des faits, parfois, ne permet pas de nous rendre compte de comment nous résistons. Avec cette coupure de l’électricité on s’est rendu compte qu’on avait des livres autour de soi, des histoires à raconter, des voisins solidaires, des repas prêts comme par magie, et bien sûr la radio qu’on peut écouter sur un portable. Ne pas avoir d’électricité vous pousse à converser davantage, à ressentir la proximité de ceux qui partagent la même incertitude, à consacrer plus d’un regard au ciel. 24 heures sans nouvelles mais le monde, semble-t-il, continue« .

Nathali Gómez. La Candelaria, Caracas.

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9. « Tout l’immeuble, nous avons plus de vingt familles ici, s’est réuni pour faire des lampes à mèche, pour garantir la lumière pendant le black-out. Pour que personne n’en manque. Ici sur les vingt familles, 17 ont fabriqué leurs mèches. Les caisses du CLAP (Comité Local d’Approvisionnement et de Production) étaient arrivées la veille. A toutes les familles. Celui qui n’avait pas de gaz a cuisiné pour l’autre. Nous n’avons pas de gaz direct, seulement les bonbonnes. L’immeuble entier était comme vivant, comme s’il n’y avait pas d’obscurité. Une solidarité de guerre s’est activée, urgente car on savait que la coupure était nationale et provoquée par une attaque. Nous avons installé une radio. Les violences des opposants n’ont tenu qu’un moment parce que les gens ont allumé les amplis de leurs voitures et ont fait la fête à plein volume, avec de la musique et du guagancó, les violents n’avaient plus qu’à se retirer. Les plus jeunes ont occupé la rue pendant la journée, c’était leur terrain de jeux. La nuit, avec les voisins de l’immeuble, nous nous réunissions et en plus de faire des rondes de sécurité, nous partagions les jeux des plus jeunes, les jeux, les histoires. Ici, ou nous résistons tous, ou nous nous détruisons« .

Andy Franco. Caracas.

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10. « Une de mes filles a été surprise par la première attaque contre le système électrique quand elle sortait de l’Université Expérimentale des Arts (UNEARTE) et prenait la direction de Palo Verde. Elle a marché jusqu’à Palos Grandes où un couple de concierges très pauvres, solidaires, lui ont offert le gîte pour la nuit. Ceux qui ont le moins donnent le plus« .

Willians Moreno. Palo Verde, Caracas.

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Témoignages recueillis par Gustavo Borges. Photos: Jesus Reyes

Source: http://misionverdad.com/OPINI%C3%B3N/como-se-vivio-el-apagon-10-minicronicas-de-resistencia

Traduction : Thierry Deronne

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Liz Guaramato: doula, sociologue, féministe et marrone

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Doula Liz, depuis quand pratiques-tu ce métier ?

– Quand j’ai entendu parler de l’existence des doulas, j’ai ressenti l’appel profond d’accompagner et de soutenir la femme dans ce moment de son cycle de vie. En 2015, j’ai commencé ma formation et depuis lors, j’ai incorporé d’autres traditions de la médecine naturelle dans ce processus. Le service que j’offre a été l’une des façons de pratiquer le « bien vivre », un paradigme de santé différent et basé sur d’autres méthodes de guérison du corps, de l’esprit et de l’âme. La réalisation de ce processus de guérison, au-delà du modèle imposé par le mode de vie capitaliste et patriarcal, est essentielle, d’autant plus que le peuple vénézuélien a tant de besoins. Je suis convaincu qu’un peuple sain est un peuple indomptable.

– Peux-tu nous raconter l’histoire de la santé sexuelle et reproductive des femmes, Liz ?

– Actuellement, les femmes se heurtent à une série d’obstacles pour accéder aux services reproductifs les plus élémentaires. Cela s’ajoute à la réglementation de leurs capacités reproductives par des entités extérieures à elles. Cela a conduit à une méconnaissance du corps féminin dans un contexte où, par exemple, on ignore que la contraception et l’accouchement étaient des arts féminins et que les femmes vivaient la procréation ou l’avortement avec l’aide de guérisseuses, de sages-femmes ou de femmes dites « sages ». Avec l’avènement de la modernité, nous avons commencé à perdre notre autonomie et notre pouvoir de décision dans ces domaines. La révolution scientifique et médicale a impliqué l’exclusion des femmes du champ de la médecine, avec le soutien de l’Église qui, dans un décrets pontifical, affirma : « Si une femme ose guérir sans avoir étudié, c’est une sorcière et elle doit mourir. » Ainsi, les sages-femmes ont cessé d’apprendre et de prescrire. La chasse aux sorcières a été efficace et a réussi à briser une chaîne de connaissances qui s’étaient enrichies au cours d’un parcours millénaire.

– Comment le Venezuela a-t-il vécu ce processus de « modernisation » de la vie ?

– Il existe plusieurs documents décrivant le processus de modernisation qui a impliqué la médicalisation et l’institutionnalisation de l’accouchement, et avec lui la prohibition et la stigmatisation des sages-femmes à partir du milieu des années 1950. Leur condition de femmes pauvres a entraîné que les sages-femmes soient identifiées comme sales, ignorantes, avorteuses, dangereuses, etc… ce qui a permis à la corporation des obstétriciens de construire son pouvoir économique et symbolique sur nos corps et nos connaissances. Certaines voix se sont élevées pour remettant en cause ce paradigme. Mais c’est avec la Révolution bolivarienne que les sages-femmes ont été légitimées d’un point de vue décolonial, et ont cessé d’être criminalisées.

– Qu’est-ce qui est arrivé à tes cheveux, ils ont toujours été comme ça ?

– Pour moi le chavisme a été un séisme décolonial, qui a secoué mes idées mais aussi mon corps. Et ça s’exprime sous toute sorte d’aspects. Cela peut sembler frivole, mais celles d’entre nous qui ont les cheveux frisés savent qu’il ne s’agit pas seulement de cheveux, c’est un acte de résistance. Se réconcilier avec ce volume, avec nos racines noires, est une façon de guérir tant de pression et de violence exercée sur notre corps.

– Six ans ont passé depuis le départ de Chávez, qui est Liz Guaramato aujourd’hui ?

– Plus chaviste que jamais et plus engagée dans la vie. Centrée sur la micro-politique, construisant des espaces d’autonomie. Re-politisant le quotidien et révolutionnant des espaces politiques à partir de nos affects. En plus de l’organisation Mamiferas, où j’écris des articles avec des sages-femmes, des doulas, des « conuqueras » (cultivatrices de lopins de terre), des thérapeutes de différents types, unis autour du « bien vivre », j’habite aussi un espace collectif appelé Ateneo Popular, où le bien commun est au « coeur » de l’espace. C’est là que nous créons en permanence et collectivement notre modèle de gestion horizontale et de coexistence à partir d’accords construits lors de nos réunions hebdomadaires.

BIOGRAPHIE MINIMALE

Doula, sociologue, féministe et marrone, c’est ainsi que Liz se définit, à partir d’une individualité qui se construit à partir du tissu d’affects, de solidarité, d’expériences, de connaissances partagées et l’accompagnement d’autres femmes engagées dans l’autogestion des soins, de la santé, du bien-être et de la vie. Auteure du livre Mujeres y hombres libres : relaciones de género en el Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora (Femmes et hommes libres : relations de genre dans le Front national Paysan Ezequiel Zamora).

Interview réalisée par Ketsy Medina / CIUDAD CCS.

Photos: Javier Campos / Ciudad CCS et Milángela Galea / Alba Ciudad

Source : http://ciudadccs.info/liz-guaramato-doula-sociologa-feminista-cimarrona/

Traduction : Julie Jaroszewski

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TERRA TV, une télévision pour construire la souveraineté populaire dans l’information

Betzany Guedez qui est entrée récemment dans l’équipe de la télévision paysanne Terra TV comme réalisatrice et formatrice, raconte son voyage dans le Vénézuéla profond et revient sur ses premiers pas au sein de ce nouveau média (VO ST FR):

La tactique fondamentale des médias, sur le Venezuela aujourd’hui comme en Irak ou ailleurs, est d’abord de faire disparaître tout un peuple, pas seulement le peuple quotidien qui travaille et fait la vie d’un pays, mais aussi le peuple citoyen comme sujet historique, avec ses rêves, ses échecs et ses expériences sans cesse reprises. Il faut empêcher à tout prix l’identification des peuples entre eux, qui serait dangereuse pour l’élite mondialisée et pourrait freiner les guerres qu’elle doit constamment mener.

Prenons un exemple. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et si ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les caméras du monde entier seront déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précèdera alors les violences des paramilitaires et deviendra grâce à cette inversion chronologique… la répression à priori d’un Etat contre son « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire deviendront, une fois de plus, des « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste à jamais invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation.

Dans les années 70-80 déjà avec Mc Luhan, Bourdieu, Mattelard, Godard, Debord, Chomsky, Ramonet, Freire, Pasolini, Marcuse, Habermas ou Enzensberger, etc.. tout avait été déchiffré sur le rôle des médias et sur la nécessité d’en créer d’une autre type. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » écrivait Louis Althusser. Mais curieusement la gauche n’a jamais voulu aborder ce champ stratégique qui conditionne tous les autres. Il y eut une timide proposition de fonds de soutien aux TVs associatives dans les années 80 en France, mais aujourd’hui ni dans les programmes des partis, ni sur le terrain, ni dans les activités du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, on n’observe de proposition radicale de refonte en profondeur de l’enseignement du journalisme, de démocratisation de la propriété des médias, de création d’un réseau serré des médias citoyens. La Télévision Numérique Terrestre offrait en principe plus d’espaces d’expression mais le champ local a finalement été investi par de grands groupes privés…. Pas non plus de proposition de créer des technologies numériques en propre qui ne soient pas celles des Etats-Unis (Facebook, Twitter etc..). Au-delà de l’aspect industriel nous parlons d’inventer des technologies numériques plus proches de l’organisation et de la formation que de la fragmentation individuelle, voire narcissique, reflet du type de société qui les a produites jusqu’ici. Bref, si nous ne pensons pas et ne révolutionnons pas ce champ médiatique qui nous enveloppe, nous surplombe, modèle nos vies et jusqu’à nos corps, « pense » l’université, les politiques et la société en général, il ne nous restera qu’à pester, impuissants, pendant des siècles “devant la télé”…

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Voici un autre reportage récent (VO) réalisé par Betzany à Chirrical, près de Guanare, dans l’état de Portuguesa, où vivent des familles de lutteur(se)s pour la terre qui pourraient bien t’expliquer ce qu’est la liberté, ou la révolution, non comme une énigme à déchiffrer entre intellectuels, mais comme l’argile qui reste à modeler. Si on leur pose la question, bien sûr ! Car ce ne sont là que quelques un(e)s des 90% des vénézuélien(ne)s invisibilisé(e)s par les grands médias depuis vingt ans…

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

132 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 89% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Thierry Deronne

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Vivre le Vénézuéla

D’un coup de hache un géant a tranché ces collines de terre aujourd’hui semées de maisons. Des grands quartiers populaires de l’Ouest de Caracas roulent chaque matin les affluents humains qui rient, jurent, s’arrêtent, s’étirent et repartent, se pressent dans le métro: le monde du travail noue et dénoue le Venezuela. Là-haut un vieil ermite devenu fou avait bougé un caillou, puis deux puis trois, faisant jaillir la source. « Une eau pure » raconte un vieillard qui mime de ses bras la taille du ruisseau. « On pourrait creuser un puits d’eau profonde » répond aujourd’hui Jesus Garcia, le jeune coordinateur de la commune « Altos de Lidice ». La majorité des participants à la première réunion de l’année sont, comme toujours et partout, des femmes. Cette fois, les pieds de métal des pupitres de l’école primaire fraîchement repeinte ne font pas de bruit.

– Parfois on entend dire moi je n’aime pas la manière dont Maduro gouverne le pays, commence Garcia, hé bien voyons comment nous allons gouverner notre commune. Parce que c’est notre devoir de nous autogouverner. On va voir si nous en sommes capables, nous, et une commune, en principe, c’est plus facile à gouverner qu’un pays, non ? Maintenant, si nous disons aux gens que pour monter la banque communale nous devons faire deux élections, ils vont nous pendre. Ils en ont marre, ils ont déjà voté tant de fois, ils veulent des réponses concrètes. (Acquiescements). Autre chose : nous n’allons pas créer cette banque puis attendre le financement. Nous avons déjà l’argent. Alors cette banque créons-la sans délai. (Garcia dessine au tableau). Les trois projets sont, primo, semer des pommes de terre sur les terres récupérées la haut.

– A condition qu’on ne nous les vole pas ! lance Yudami.

– Exact. On a pris des mesures pour ça, là-haut. L’autre jour j’ai parlé avec la mairesse Erika. Il y a dans la cour de la Corporation Municipale de Services plusieurs camions abandonnés, jamais réparés depuis des lustres, certains n’ont plus les pneus du devant, à d’autres il manque une pièce, j’ai dit à Erika « pourquoi ne pas donner un de ces camions à la commune ? ». Ici avec nos mécaniciens, on s’arrange pour les réparer, on trouve les pièces manquantes. Avec un seul de ces camions que ne pourrions-nous faire ! Nous pourrions aller chercher les semences de la commune El Maizal, des semences de maïs, de haricots… Le deuxième projet c’est la boulangerie communale. Comme vous savez le boulanger à qui nous avions donné le crédit, les gens s’en sont plaints parce que son pain c’était de la farine et de l’eau, sans levure. Avec la levure, il vendait du pain ailleurs ! Il faut monter nous-mêmes notre boulangerie, nous devons acheter les fours, il y a beaucoup de gens qui savent faire du pain dans la commune. L’autre problème est qu’avec l’hyperinflation, le distributeur de farine de l’Etat ne fournit plus sans être payé d’abord et il faut trouver la levure autrement qu’aux prix du marché noir. Le troisième projet de la banque, c’est le recyclage. Nous parlons de salarier des équipes de jeunes qui vont trier les déchets. Au Venezuela nous sommes très en retard sur le recyclage et pourtant, avec tout l’argent gagné, on pourrait faire beaucoup.

– Je ne suis pas d’accord Jesus ! (c’est Rosiris qui parle), nous sommes tous égaux, nous sommes tous des êtres humains, il serait injuste que ces jeunes doivent trier des papiers hygiéniques souillés mélangés à du verre. C’est à chacun de trier.

– Moi je peux dire d’expérience, poursuit Luisa Elena, qu’il y a une grande réceptivité, j’ai travaillé avec les grand-mères, certaines sont ici à la réunion, et elles ont encouragé leurs petits-fils à trier eux-mêmes. Imaginez, quand on aura recensé tous les coins obscurs du quartier, tous ces lampadaires qu’on pourra avec l’argent gagné…

Un homme mince, lunettes à monture noire, se lève : un professeur d’économie de l’université bolivarienne, accompagné d’étudiant(e)s comme Mariana qui a dessiné un plan des fonctions de la banque. « Une banque comunale n’est pas comme une banque privée qui utilise notre argent pour faire des bénéfices sans que nous ne puissions rien contrôler. La banque communale génère des bénéfices pour la communauté. Chaque projet a ses caractéristiques et ses cycles. Semer des pommes de terre ou faire du pain, ce sont des frais différents et des délais de remboursement différents. Les étudiants peuvent vous aider, par exemple donner un cours de comptabilité… »

– Une question (Yarimir lève la main) : et si je propose à la banque un projet de gâteaux, qui serait bien sûr soumis à l’évaluation collective… ?

– … dans ce cas, reprend le professeur, je suppose que vous devrez vous mettre d’accord sur les critères de recevabilité des projets.

– Moi je sais que ce n’est pas un point à l’ordre du jour, intervient Yusleiny, mais je voudrais dire que c’est regrettable ce qui s’est passé l’autre soir quand est venu le camion du gaz communal, il n’y avait pas assez de bonbonnes. Quand j’ai vu les gens courir derrière le camion, je me suis sentie très triste.

– Oui nous devons tout réorganiser lors de la prochaine réunion sur le gaz, dit Jésus Garcia.

– Il y en a qui ont sorti leurs armes et ont tiré…

– Et l’eau ! (c’est Mara qui parle), écoutez-moi, là tout en haut, il y a des gens qui n’ont pas d’eau depuis un an et je peux vous certifier, j’ai un peu honte de le dire, que les camions-citernes sont pleins, que de l’eau il y en a mais les travailleurs de l’entreprise on ne leur a pas payé leurs allocations de décembre, et ils ont décidé de chômer, ils préfèrent ouvrir les robinets pour vider les camions…

– Moi ce que je veux dire ici puisque nous aurons bientôt la prochaine réunion sur le gaz, c’est que nous devons nous engager, mais vraiment nous engager. Parce que souvent à la première réunion nous y sommes tous, puis à la suivante, il y a la moitié qui vient, et à la suivante la moitié de la moitié. Cette banque nous devons la penser au-delà de tout intérêt individuel, c’est un bénéfice pour tous, s’exclame Rosiris.

Les longs cheveux des participantes sont comme les filets qu’on replie avec patience, dans une barque tendue entre passé et présent. Depuis vingt ans, le journaliste du vieux monde est resté sur le quai et leur a tourné le dos. Il ne peut pas considérer la patience de ces « pêcheuses » comme un bon « sujet ». Ainsi durant vingt ans fut cachée au reste du monde l’humble course des temps qui se surveillent du coin de l’oeil. Ne fuis pas, dit le passé au présent, oui, oui je sais, répond le présent. Les écrans ont caché le lointain, la quantité est devenue « vérité » et ceux qui avaient le plus intérêt à se connaître se sont éloignés. La droite rêvait de prendre racine ici, mais elle ne peut plus compter que sur les médias occidentaux. C’est pourquoi ceux qui débarquent à Caracas ne comprennent pas la sérénité, la nonchalance, le rire là où ils croyaient trouver violence, crise humanitaire, exode, famine. Notre révolution a vingt ans mais quel âge a-t-elle ?

Thierry Deronne, Caracas, 21 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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Terra TV, un média pour faire la révolution

L’équipe de Terra TV (Caracas, octobre 2018)

Depuis quatre mois, avec peu de moyens, les militant(e)s de Terra TV ont relevé le défi de créer une télévision paysanne, et n’ont pas ménagé leurs efforts. Des collectifs de paysan(ne)s en lutte comme ceux de Guayabo Payara (état de Portuguesa), ou les dirigeants de la Plate-Forme paysanne nationale, confirment que la production et la diffusion de 16 reportages ont permis de renforcer le pouvoir de négocier avec le gouvernement, et dans certains cas d’accélérer la remise de titres de propriété. Les paysan(ne)s considèrent déjà Terra Tv comme leur média, organisent des assemblées sur le terrain pour visionner ces vidéos et mobiliser la base, et nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle.

115 d’entre vous ont déjà répondu à l’appel à la solidarité pour créer Terra TV, ce qui a permis de réunir les 3/4 de la somme nécessaire. Il reste un mois pour atteindre cet objectif. Pour participer, c’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros ça compte ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible.

Appuyer la création de Terra TV, c’est apporter une pierre de plus à la révolution au moment où les mafias agraires veulent reprendre les terres distribuées par Hugo Chavez aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. C’est aussi appuyer un nouveau paradigme de télévision, fruit de vingt ans d’expérience, avec la création d’un feuilleton pensé et réalisé par les paysan(ne)s, ou des programmes de formation à distance (organisation, agroécologie, réalisation audiovisuelle…). Terra TV servira aussi de relais aux luttes paysannes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure ou la concentration des médias privés se traduit par une criminalisation croissante des mouvements sociaux.

Ci-dessus, une vidéo récente de Terra TV : les femmes de Caño Seco et de Los Colorados montent en première ligne de la lutte pour cultiver les terres abandonnées par l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ci-dessous, un aperçu du travail réalisé en quatre mois : ateliers de formation audiovisuelle pour les paysan(ne)s, tournages et diffusion des productions en assemblées paysannes dans tout le pays.

Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

D’avance, au nom du mouvement paysan, merci!

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

“Marche” n’est pas un film-vitrine. Nous refusons de tomber dans le piège ou nous mène l’uniformisation des médias internationaux : passer notre vie à répondre aux mensonges quotidiens sans jamais pouvoir parler de ce qui se passe ici, profondément, en dehors du champ médiatique. Nous voulons dépasser ce niveau, en expliquant aux militants du monde entier comment marche la révolution au Venezuela. Toute révolution se meut sur la base de contradictions. En vingt ans de processus bolivarien, on a souvent observé l’alliance entre une base chaviste qui se mobilise et une présidence qui en a besoin pour que ses décisions ne s’enlisent pas dans les méandres d’un Etat encore ancien. Cette mobilisation paysanne en est une démonstration de plus. La contradiction actuelle entre mafias agraires – grands propriétaires, juges corrompus, paramilitaires et parfois fonctionnaires publics -, et les paysan(ne)s à qui on refuse le droit de cultiver ou qu’on expulse de leurs terres, réveille une lutte de classes, en pleine guerre économique où la production d’aliments pour la population est un enjeu stratégique. Les paysans comptent sur le Président Maduro, qui a donné des instructions claires pour les appuyer, mais savent qu’il a besoin de leur mobilisation pour concrétiser ses décisions.

Durée : 46 minutes. Vidéo HD. Production : Terra TV et Plate-forme Paysanne, avec l’appui de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision, Venezuela, octobre 2018.

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Sur les hauts de Lidice, à Caracas, la commune ou rien…

12 juillet 2018

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.35.38 p.m.Au milieu d’une très dure conjoncture économique et des conséquences de la guerre menée depuis plusieurs années contre les classes populaires du Venezuela, l’organisation populaire se réveille. Une deuxième révolution s’amorce-t-elle ? Un signe d’espoir apparaît à Caracas, réputée plus difficile en termes d’organisation : les habitant(e)s décident d’élire une commune pour travailler de manière collective. « Seul le peuple peut sauver le peuple » ?

Par Malu RENGIFO @malurengifo/ photos: Enrique Hernandez.

Haut, très haut, sur les hauteurs de Lidice, un ensemble de communautés agissaient jusqu’ici séparément, chacune de leur côté et selon leurs moyens. Les habitants de La Orchida travaillaient à résoudre leurs propres problèmes, ceux de La Vaquera, les leurs et ceux de El Bosque également, etc. Ce fut un désastre, en fin de compte on n’aboutit pas à grand-chose. Sept conseils communaux se battaient chacun pour ses affaires : l’eau -mais rien n’a été fait à part le petit escalier bleu menant à la maison de Jacintica – ou la hausse des tarifs du transport alors que l’arrêt se trouve toujours à l’angle de l’épicerie – de là jusque sur les hauteurs, les autres s’en occuperont – , ou le nettoyage du ruisseau – mais chacun son territoire, et au bout du compte, ça ne sert à rien puisque le ruisseau commence tout là-haut et suit son cours jusqu’en-bas, et si quelques uns le nettoient à un endroit mais qu’il est mal entretenu à un autre, à qui servira-t-il ?

Au milieu d’une telle confusion, les communautés qui vivent sur les Hauts de Lidice se sont rappelé les élections de 2015, bâclées et mal gérées par les institutions -car il faut bien reconnaître que cela fut le cas- et elles se sont regardées les unes les autres en constatant le résultat : nous avons perdu l’Assemblée Nationale. « Que nous est-il arrivé? Ta faute ?, chaviste de merde, tu étais trop paresseux pour aller voter ? etc…

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.40 p.m.

Ces jours-ci un jeune homme nommé Jésus Garcia, avec un important groupe de compagnons, a consacré son temps à faire un travail d’organisation à El Polvorin, sa communauté d’origine, mais diverses circonstances l’ont rapproché des Hauts de Lidice. Une relation forte s’est nouée entre les activités menées là et celles de Jesus sur le plan de l’organisation populaire. Jésus est resté là et a commencé à se mobiliser aux côtés des habitants, à la recherche de l’idéal chaviste: la Commune.

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.53 p.m.

Photo : Le travail a également consisté à parcourir l’ensemble de la communauté pour relever les problèmes particuliers de chaque foyer.

 

Malu Rengifo – Je dois admettre que je m’attendais à trouver, en arrivant à cet endroit, un petit panneau indiquant « Vous arrivez à la Commune de …. », à voir définies les limites de la Commune, à voir des gens de la Commune en train de travailler, à voir où se terminait la Commune, à la rencontrer, à la soupeser, à l’évaluer et de venir leur raconter une histoire du genre « visite de parc thématique », mais ça n’a pas été le cas. Les choses se sont passées de la manière suivante.

Où est située la Commune ?

Jesus Garcia – Nous voici dans la Commune. Tout ce que nous voyons en fait partie, elle commence tout là-haut et s’étend jusqu’aux secteurs qui se trouvent là en bas, nous indique-t-on en désignant presque le ciel, puis le flanc de la montagne jusqu’à sa base quelques kilomètres plus bas au niveau de l’Avenue Sucre de Catia. Nous pouvons maintenant affirmer que nous sommes devenus la Commune Urbaine Socialiste Altos de Lidice. Nous sommes le produit de l’union de sept conseils communaux qui convergent ici, avec ses huit CLAP, son club du 3ème âge, un total de plus de 1 305 familles comptant 3 506 habitants environ, selon un recensement effectué il y a un peu plus d’un an.

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.36.58 p.m.

Photo : surmonter la situation est plus compliqué qu’il n’y paraît. La discussion constante des problèmes est essentielle.

Comment s’est déroulé le processus de sa mise en place ?

Ecoute, la décision de son organisation a surgi de la nécessité de résoudre les problèmes du quartier non de manière sectorisée ou temporaire, mais durablement et pour tous. C’est extrêmement difficile, comme ça l’a aussi été de nous organiser en tant que commune, mais rien ne pourra être résolu si nous restons chacun dans notre coin. Le processus a été très instructif, car le temps passait et aucune méthodologie d’organisation ne fonctionnait. Nous n’avons pas adopté la méthodologie du Ministère des Communes pour nous guider, nous avons commencé par nous organiser en conseils communaux et décidé de nous réunir pour réfléchir à des solutions, à penser la Commune.

Au début, personne ne comprenait de quoi nous parlions, de sorte que nous avons dû inventer nos propres méthodes ; nous avons commencé par discuter et il s’est trouvé que les gens ont été séduits, non pas par l’idée de Commune, mais par celle de compagnon, de voisin, de la manière dont celui d’à côté envisageait les problèmes, comment il en parlait et quelles solutions possibles il envisageait ; une sorte d’intérêt s’est progressivement porté sur de la question de l’organisation. A un moment donné, nous avons commencé à rédiger la charte fondatrice, à organiser des élections et une consultation afin de savoir si les membres, ou la majorité des membres des conseils communaux voulaient réaliser la Commune ; et bien qu’il y eut des réticences, bien que beaucoup de pessimistes pensaient que l’apathie ou le refus des gens nous feraient reculer devant ce projet, le résultat a été surprenant : plus de 90% de votes positifs. Il y a eu quelques chose comme 9 votes contre et 300 en faveur de la Commune.

La décision de nous organiser a été prise il y a environ six mois, et la Commune elle-même a été fondée légalement il y a un mois. C’est un processus qui avance très progressivement car il est très difficile de faire venir les institutions jusqu’ici pour régler un problème ou s’enquérir de nos besoins. C’est à nous de nous déplacer pour donner des informations sur une situation donnée, solliciter une aide, c’est pourquoi tout ce que nous avons réussi à faire l’a été par la seule volonté des habitants. Pour obtenir ces réussites, je peux t’affirmer que nous n’avons pas cessé de lutter. Nous avons d’abord identifier les problématiques : la pauvreté, la malnutrition, la situation difficile des petits exploitants, de graves problèmes d’eau et de transport ; et en fonction de ces données, nous avons réussi à faire venir la Directrice des Communes de Caracas, Mary Carmen Moreno, afin de l’informer de la situation, lui faire part des solutions que nous avions envisagées, les engagements que nous étions prêts à prendre afin d’être nous-mêmes partie prenante des solutions proposées et du soutien que nous demandions au ministère pour ce qui est des fonds et de tout ce qui serait nécessaire pour atteindre notre objectif.

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Que va-t-il résulter de cette expérience ?

Ce qui m’a surpris dans tout cela, vois-tu, c’est le fait que cette Commune soit apparue juste au moment où il était impensable que les gens veuillent s’organiser en commune. Malgré les difficultés environnantes, qui faisant sans doute penser aux gens « chacun pour soi », j’ai senti qu’ici les gens se disaient : « Comment « chacun pour soi », jeune homme? Ici, nous allons nous organiser car personne d’autre ne viendra régler nos problèmes ». Tu peux constater qu’ici les voisins s’organisent effectivement, et nous avons lancé des initiatives pour aller apporter nous-mêmes notre soutien à d’autres familles en difficulté, c’est comme ça. La chose remarquable dans cette Commune a été le fait que dans un moment difficile pour tout le monde, où il était dur de trouver de la nourriture pour les familles, des gens qui en disposaient en ont donné pour sauver les autres.

Quels problèmes ont été prioritaires ?

La santé et la pauvreté sont passées en premier. Maintenant, nous sommes en train de voir comment faire pour le transport et l’eau, mais je peux t’assurer que c’est grâce à aux habitants eux-mêmes, qui ont occupé les lieux et les ont entretenus, en les peignant et en les gardant en bon état, que nous avons pu obtenir qu’on nous dote de brancards, de matériel, etc. qui nous ont permis d’installer deux dispensaires médicaux dans la communauté. Nous avons aussi pris une initiative que nous avons appelée « sac magique » : il s’agit d’un sac de jouets et d’aliments que nous avons donné à des enfants qui se trouvaient dans les pires situations. Une fois, nous avons fait une rumba (fête) là-bas, et nous ne savions que demander pour l’entrée ; il nous est venu à l’idée que ce pourrait être un jouet, un vêtement ou quelque chose à manger ; nous pensions que personne n’allait venir. Nous nous sommes trompés : nous avons réussi à emplir deux grands sacs de jouets et d’autres choses pour les gosses de la communauté.

Quelle est l’activité économique de la Commune ?

Ici, tu trouves des cordonniers, des fabricants d’uniformes, de costumes de bain. Il y a quatre hectares de terrains exploités et les produits qui en sont tirés sont distribués par l’intermédiaire des CLAP de la Commune. Il y a des gens qui font de tout afin de satisfaire, en premier lieu, les besoins de la Commune. La création d’une boulangerie est en cours ! Voilà ce que nous sommes en train de faire.

Source : http://epaleccs.info/wp-content/uploads/2018/07/REVISTA-ÉPALE-CCS-N285.pdf

Traduction : Frédérique Buhl

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