“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

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Source : www.terratve.com

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« Communardes, architectes du Droit à la Santé », le nouveau documentaire sur les autogouvernements populaires du Venezuela

Pour sortir du champ médiatique, abonnez-vous à la chaîne Youtube de Terra TV ! La télévision des mouvements sociaux transmet, depuis le Venezuela, des reportages sur les éternels invisibles des médias depuis 21 ans de révolution bolivarienne, tou(te)s ces citoyen(ne)s qui construisent une démocratie participative aux mille visages. Cette semaine : l’épopée des « Communardes, architectes du Droit à la Santé« . Quand on considère les trois ans d’autogouvernement populaire mis en place par la Commune Socialiste d’Altos de Lidice, organisée dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, on voit combien est crucial le rôle des femmes des équipes de santé. En plein blocus états-unien et ses conséquences terribles sur l’accès aux médicaments et aux matériels sanitaires, elles sont devenues ces « architectes » :

Ce sont aussi des femmes, responsables du Conseil Communal « Coromoto de Dios » qui ont réussi à peindre l’entrée principale de la Commune socialiste « Altos de Lidice » (Caracas) avec l’aide de la brigade de nettoyage « Che Guevara » :

Grâce au salaire collecté de porte à porte, et aujourd’hui aux cotisations des habitant.e.s à la banque communale, cette brigade d’entretien « Ernesto Che Guevara » composée de de sept habitant.e.s, autogérée et dirigée par deux femmes, entretient les rues des conseils communaux et prépare un projet de recyclage intégral.

Réalisation des reportages et photographies : Jesus Reyes. Production: TERRA TV. VO ESP Sous-titres français. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

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Au Venezuela, symphonies agroécologiques paysannes

« On sent dans les yeux
et dans les doigts
la pression, la patience,
le travail
de germes et de bouches,
de lèvres et de matrices.
Le vent transporte des ovaires.
La terre enterre les roses.
L’eau jaillit et cherche.
Le feu bout et chante.
Tout
naît
« .
Pablo Neruda, Ode à la fertilité de la terre

Dans les montagnes, à une heure de Barquisimeto, il y a trois villages productifs de paysans où tout aujourd’hui est un bien commun. Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde résonnent comme un « orchestre agroécologique » au cœur de la municipalité d’Andrés Eloy Blanco, dans l’état de Lara.

Depuis les années 1970, plus de 120 familles et leurs nouvelles générations ont cultivé avec beaucoup de sens mystique l’organisation et le travail comme une sorte de symphonie. Ces familles rurales font bouger leurs bras, leurs esprits, leurs jambes, leurs regards, avec une telle synchronicité qu’il semble qu’elles dansent sur le même air : elles partagent des sentiments, des idées, des récits, des expériences, des territoires, de la nourriture. Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde ont trouvé leur voie dans l’organisation communautaire autour de pratiques et de connaissances agricoles ancestrales, profondément humaines et en harmonie avec la nature. Ces villages sont le berceau de l’agroécologie au Venezuela.

Olga Domené

Cette organisation paysanne, connue sous le nom de La Alianza, a été étudiée par la scientifique vénézuélienne Olga Domené (photo) pendant quatre ans. Docteure vétérinaire, elle a obtenu un master en agroécologie à l’université de Pinar del Río, à Cuba, et vient de terminer un doctorat en écologie au Colegio de la Frontera Sur, au Mexique. Elle est la fondatrice du programme de formation en agroécologie de l’Université bolivarienne du Venezuela.

Les recherches de cette native de la ville de Maracay ont pris fin en 2020, en pleine pandémie de covid-19. Olga a constaté que, dans ces hameaux paysans, le traditionnel « conuco » (parcelle productive) est un espace d’apprentissage, de coexistence et de subsistance, généralement géré par les femmes et les enfants. Le conuco est une unité de production essentiellement familiale, ancrée dans l’histoire du Venezuela, qui prend vie dans les cours des maisons. Y sont cultivées des espèces locales, allant des végétaux alimentaires aux plantes médicinales, en passant par les plantes qui purifient l’âme, car les maladies ne sont pas seulement physiques. L’espace-temps est fondamental dans cette stratégie : les familles ont une connaissance approfondie du territoire pour savoir où, quand et à quelle heure elles vont semer et récolter. Il existe des associations et une diversification des espèces. La famille s’alimente grâce au conuco, tous les jours. On y trouve des bananes à cuire, du manioc, du maïs, des haricots, certaines racines cultivées dans la région, des plantes médicinales, des poulets, des chèvres et des vaches.

Gaudy Garcia, directrice de l’école de Monte Carmelo.

Un autre résultat intéressant de l’étude est de percevoir ces symphonies agroécologiques dont le rythme favorise l’émergence et la permanence de l’organisation communautaire, à partir de la conformation d’un tissu social, avec des intersubjectivités qui ne voient pas seulement le territoire comme un espace biophysique, mais comme des lieux symboliques avec une histoire, où s’entrecroisent des connaissances, des faits, des saveurs, des pensées, des sentiments. C’est un travail qui évoque la magie de « faire de la musique ensemble » : à travers des synchronicités symboliques dans un temps partagé et vécu simultanément. Une agroécologie construite à partir des bases, des pratiques de relations sociales qui ont transformé la réalité de la municipalité Andrés Eloy Blanco, collectivement : les paysans sans terre ont entrelacé un réseau d’organisations dotées de pouvoir. Dans cette vision, le social est dans la relation elle-même.

La recherche d’Olga sur les processus de territorialisation de l’agroécologie dans les environs de Sanare part d’une perspective socio-historique critique, qui laisse de côté les théories et les catégories d’analyse imposées par les sciences conventionnelles. Il s’agit d’une étude réalisée à partir du tissu communautaire, de la systématisation des expériences et des histoires. Cette méthode nous a permis de retisser un événement historique qui rend visibles les facteurs et les dispositifs sociaux qui ont permis l’avancée de l’agroécologie dans l’état de Lara.

Parmi les résultats, certains facteurs de transformation surgissent : 1) l’organisation horizontale comme base de la participation communautaire, qui favorise la consolidation de diverses coopératives et associations. 2) L’importance de la mobilisation des processus éducatifs comme stratégies clés pour la territorialisation de l’agroécologie. Un exercice qui rend visible un sujet pensant atypique : le maître-peuple (maestro pueblo), dont la pédagogie émerge dans l’oralité, qui lit le temps et ne réifie pas la vie, mais au contraire s’immisce dans celle-ci. Un(e) enseignant(e) qui insère un cursus différent et favorise des structures telles que l’école paysanne. 3) Le sauvetage des cultures et des savoirs ancestraux, méprisés par la modernité eurocentrique, qui protègent la vie. 4) Le sauvetage et la multiplication des semences locales, des semences autochtones, ainsi que la construction de laboratoires communautaires d’intrants biologiques.

Dans ces processus, la contribution des femmes a été essentielle pour maintenir la vie. Les femmes ont conquis des espaces, des garanties et des rôles, une lutte très difficile dans le monde rural. Elles sont des dirigeantes communautaires, avec un pouvoir considérable sur leur lieu de travail et d’étude ; beaucoup sont des enseignantes. Elles vivent à la recherche de nouveaux lieux pour recréer des horizons différents.

Les expressions de solidarité, de travail collaboratif et de complémentarité, nécessaires pour créer et maintenir la résistance dans les territoires paysans, se manifestent dans tous les espaces vitaux de Monte Carmelo, Bojó et Palo Verde. Dans les travaux collectifs, les familles aident à construire les maisons d’autres compagnes et compagnons dans les communautés, à nettoyer les routes, à organiser des foires alimentaires.

L’étude montre que le son des symphonies change également avec le temps. La question intergénérationnelle est très importante. Il y a de nouveaux défis, de nouvelles menaces, de nouvelles opportunités.

Les fondateurs de cette organisation paysanne se souviennent que le premier accord dans les montagnes de Sanare a été une campagne d’alphabétisation paysanne influencée par trois courants de pensée : la théologie de la libération, des pères jésuites qui sont arrivés et se sont installés sur le territoire ; la présence du mouvement de guérilla d’Argimiro Gabaldón, avec son idéologie de construction du bien-être collectif ; le mouvement coopératif des années 1980, dont les principes d’entraide, d’union et de responsabilité partagée prévalent encore. Dans cette ligue de coopératives appelée La Alianza, Las Lajitas, Moncar, 8 de Marzo, l’Association Monte Carmelo, Palo Verde, toutes contribuent à la Central de Cooperativas del estado Lara (Cecosesola).

Aujourd’hui, la puissante organisation des mouvements paysans est présente dans toute l’entité. Les foires de consommation familiale qui font partie de la coopérative Cecosesola sont une idée qui a vu le jour dans les années 80, dans les villages de Sanare, lorsqu’ils étaient sous la coupe du libre marché et que, bien souvent, toute la production était emportée par les intermédiaires. C’est alors qu’ils ont commencé leur première expérience de vente directe d’aliments, et ce fut une bénédiction pour les habitant.e.s de Barquisimeto. A partir de là, les autres foires sont nées. Il existe désormais trois grands marchés alimentaires, qui constituent une oasis pour des milliers de familles de l’état de Lara. Ces dernières années, à Palo Verde, les femmes ont pris l’initiative de créer des épiceries communautaires où sont distribués des aliments sains, savoureux et souverains à des prix solidaires.

Cette enquête locale sur la communalité et l’agroécologie cultivées dans les territoires du Venezuela nous éclairent sur d’autres activités organisationnelles, formatives et productives, afin de prendre de grandes décisions.

Nerliny Carucí (journaliste scientifique, et professeure universitaire) et Guillermo Barreto (biologue, zoologue, journaliste scientifique et ex-ministre de écosocialisme du gouvernement bolivarien)

Source : http://ciudadccs.info/2021/05/14/date-con-la-ciencia-sinfonias-agroecologicas-campesinas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/19/au-venezuela-symphonies-agroecologiques-paysannes/

Sous la peau de la commune populaire au Venezuela : ce que disent ceux qui agissent

La première fois que j’ai entendu parler de la proposition ou du concept de ville communale, c’était en mars 2020, à Barcelone, dans l’État d’Anzoátegui, au Venezuela. Je l’ai entendu de la bouche de certain.e.s communard.e.s, et aussi dans la voix du maire Luis José Marcano, qui avait décidé de se laisser emporter par l’ouragan communard lorsqu’un supplément de vent favorable souffla sur la folle machine.

C’était lors d’une réunion d’un organisation baptisée Propulseurs de la Commune, où on me fit l’extrême honneur d’écouter et de répondre à mes provocations et réflexions génératrices. Parmi celles que j’ai lancées en guise d’introduction, il y en a une que je voulais transformer en pierre d’achoppement de cette guerre philosophique ou de l’écueil culturel auquel nous sommes confrontés : notre tradition vieille de cinq siècles de diviser les municipalités en « parroquias » ; nous sommes encore structurellement et juridiquement habitants de « parroquias« ). Et comme la division politico-territoriale actuelle nous condamne à appeler « parroquia » l’unité minimale d’organisation sous de la municipalité, il faudra bien plus qu’un effort rhétorique pour que cette unité de résidents se mue en commune, et ses habitant.e.s en communard.e.s.

Dans le débat qui a suivi a émergé l’idée qu’en réalité, seul le nom légal de la « parroquia » est demeuré. Dans de nombreux endroits au Venezuela, les gens préfèrent appeler le lieu où ils vivent un barrio, un « caserío » (hameau), un secteur ou une communauté. J’ai entendu un communard expliquer que les notions chavistes de commune, de cité communale et de fédération de communes ne sont pas de simples références territoriales, car ce qui les définit et leur donne sens réside dans leur caractère productif.

J’ai entendu parler ou j’ai visité des communes officiellement baptisées, par exemple, « Commune socio-productive Simon Bolivar« . Dans le noyau fort de cette commune, le secteur de Las Casitas, les dirigeant.e.s et militant.e.s (presque tous des femmes) sont conscient.e.s que cette dénomination représente tout un défi. Cette commune, avec le soutien et l’orientation de la direction municipale, est en train de jeter les bases d’une activité économique qui lui permettra de s’appeler « socio-productive » dit la professeure Luisa Ramirez. L’appellation est là pour rappeler au peuple sa mission et son objectif.

À propos, en raffinant l’analyse politique, la communarde Arlene Portuguez fait observer que dans les descriptions officielles de cette commune, il est dit que la pêche est un de ses atouts : « En réalité, ce que nous avons, ce sont des côtes avec un potentiel pour la pêche, le tourisme, la pisciculture, et les conditions pour installer un dépôt de gaz. Le combat actuel consiste à développer des projets dans ces domaines« .

Las Casitas, une communauté plutôt déprimée appelée La HuCha (d’après Hugo Chávez), est un conglomérat de logements de la Gran Mission Logement Venezuela. Dans un peu plus de 80 maisons vivent 120 familles ; le soupçon ou la déduction des problèmes de surpopulation suscités par ces simples chiffres augmente lorsqu’on se promène dans les rues : les maisons sont très petites, certaines de 6 x 6 mètres avec des toits d’une précarité évidente (certains sont en amiante, pour l’élimination desquels une stratégie sanitaire de bouclage devra être réalisée un jour), des rues en terre, un système d’éclairage artisanal construit par la communauté elle-même.

La description physique de ce secteur vise à dépeindre le contexte dans lequel se produit le phénomène suivant : sur les quelque 500 adultes qui y vivent, pas plus de 10 sont anti-chavistes. « Beaucoup d’entre nous sommes des chavistes mécontents de la situation d’abandon« , explique José Barreto. Mais le chavisme n’a perdu aucune des élections municipales, régionales ou nationales qui ont eu lieu.

Les petites maisons remises il y a sept ans sans avoir été achevées, ont de grands patios qui, dans certains cas, peuvent faire quatre ou cinq fois la taille de la maison. Dans ces cours, disent plusieurs voisins, l’agriculture urbaine peut être développée. Mais Carmen Sánchez remet aussitôt les pendules à l’heure : « Ce que nous avons ici, c’est le désir de planter. Il n’y a pas d’agriculteurs, bien que nous ayons reçu une formation dans ce domaine. Nous avons fait le nettoyage et le travail de rue à la seule force de nos poignets. Nous avons le sentiment que ces derniers temps, le soutien qui nous était apporté s’est refroidi ; le colis du Comité local d’approvisionnement et de production (CLAP) n’est pas arrivé depuis longtemps, aucun crédit n’est accordé dans le domaine socio-productif. Ceux d’entre nous qui faisons du travail politique nous ne sommes pas payés pour cela, tout dépend du temps et les efforts que nous prodiguons« .

Arlene, qui est porte-parole du service d’urbanisme de la commune, achève sur une conclusion optimiste et édifiante : « L’une de nos tâches consiste à créer un sentiment d’appartenance pour ceux qui vivent ici. Nous avons une force qui est le talent humain. Malgré toutes les critiques à faire, nous continuons à mener la bataille« .

A Las Casitas, la possibilité de donner forme au projet communal est très visible, car il est possible de la fonder depuis son origine elle-même. Les possibilités de construire quelque chose de nouveau sont plus grandes dans la mesure où l’on part de zéro ; il peut sembler exagéré d’attribuer aux pénuries et aux carences matérielles la vertu de stimuler la volonté, mais c’est pourtant ainsi qu’on comprend le soutien quasi unanime de cette communauté et d’autres semblables à celle-ci, à un projet de refonder la société vers d’autres horizons. À Las Casitas, il existe une organisation et une volonté dont la puissance ne peut être comprise que parce que la fondation de la communauté est née d’une nécessité absolue, et a été consolidée à partir de la confiance dans un projet municipal qui évolue maintenant comme un signe de transformation du pays.

Une philosophie depuis (et basée) sur le territoire

En général, et comme partout, la réflexion et l’action communautaire à Las Casitas sont médiées par les conditions matérielles.

« Au cours de ces années, nous avons progressé dans les niveaux d’organisation du peuple. Il y a un manque de motivation, mais nous avons aussi les bonnes personnes pour assumer les tâches de formation. Bien que nous ayons des lois qui nous permettent de faire des choses grâce à la participation directe des citoyen.ne.s, il existe encore une culture de dépendance vis-à-vis des institutions. Nous avons pour mission de transformer la pratique de la consommation en production, et nous y parviendrons en renforçant la formation, la sensibilisation et le sentiment d’appartenance » dit Nelson Mejía.

Francys Olivares ajoute : « Tous les enfants ici savent déjà l’importance du recyclage, et les adultes aussi. Pour chaque tonne de plastique, Recibar (l’entreprise de récupération du plastique) nous verse 60 dollars. Ainsi, avec ce que nous avons collecté dans nos foyers, plus ce que nous collecterons lors des prochaines journées de collecte, nous pourrons soutenir le centre d’oncologie infantile, les Inass (foyers d’accueil pour les personnes âgées) et l’éclairage du secteur« .

« L’idée de la Banque communale, puisqu’elle est tellement capitaliste, pourrait être changée et nous pourrions parler d’un système économique financier, discuter des monnaies communales… « , ajoute Luisa Ramírez.

« Nous sommes dans un processus de transition et nous devons reconnaître que nous avons fait de grandes avancées. Nous savons que nous devons construire le nouveau, mais le nouveau sera-t-il une mairie en format réduit  ? Quelle que soit cette structure, nous devons la faire fonctionner sur le territoire. Nous ne sommes pas des défenseurs du système capitaliste, mais nous devons partir de quelque chose, par exemple en attirant des professionnels pour travailler dans ces domaines. Sur la côte, nous pouvons développer une station-service, le tourisme, la pisciculture ; ce sont des propositions, mais la pensée des gens n’est pas comme ça, nous ne prenons pas le temps d’élaborer des projets. J’ai le sentiment que beaucoup de nos faiblesses sont dues à l’existence de courants internes au sein du chavisme« , déclare Mireya Martínez.

« Il y a un haut niveau de vulnérabilité sociale ici ; les maisons et l’éclairage ont été développés par les résidents eux-mêmes. Nous avons de bons cadres qui font le travail politique, mais les racines doivent être fortifiées. Parmi nos points forts, il y a le travail avec les semis et les viviers de La HuCha, le travail avec les enfants pour les former et les encourager à recycler« , explique Carmen Sanchez.

« En tant que responsable de planification, j’ai appris et mis en pratique le principe selon lequel on ne planifie pas depuis un bureau mais sur le territoire. Nous devons apprendre à être autosuffisants. Mais ce qui manque le moins, c’est le talent humain » ajoute Arlene Portuguez.

Et de conclure sur une réflexion : « Au début de l’administration du maire Luis José Marcano, il y a eu des ateliers de formation, mais comme chacun n’en faisait qu’à sa tête, il nous a semblé que ce n’était pas le moment pour cela, que ces ateliers n’avaient pas de sens. Mais avec le temps nous comprenons leur valeur : maintenant nous avons besoin d’ateliers pour qu’ensemble nous puissions clarifier ce que nous devons attendre des Cités Communales et ce que nous devons leur apporter. Nous devrons discuter de ce grand territoire que nous avons au nord : cette côte qui va de Guanta à Boca de Uchire. Il y a un projet de zone économique ; cela semble être le bon moment pour reprendre cette discussion« .

José Roberto Duque 

Photos : Jesús Arteaga

Source : https://correodelalba.org/2021/05/06/reportaje-%e2%94%82-desde-la-piel-de-la-comuna-venezolana-lo-que-dicen-los-que-hacen/

Traduction : Thierry Deronne

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Luis José Marcano : « nous devons faire plus pour montrer l’efficacité des communes populaires »

En 2017 le journaliste Luis José Marcano (photo) fit le meilleur score électoral parmi les candidat(e)s chavistes aux municipales. Il consacra son mandat à faire de la ville de Barcelona (dans la région orientale du Venezuela) une avant-garde de l’État communal, avec pour moteur central le pouvoir citoyen. Il s’est entouré pour cette tâche d’une équipe à majorité féminine, afin que la commune populaire soit aussi un outil de la lutte contre le patriarcat. Élu député en décembre 2020, Marcano a été nommé Protecteur de l’état oriental d’Anzoategui, et Président de la Commission Permanente pour le Développement des Communes au sein de l’Assemblée Nationale. Notre équipe de journalistes (Mercedes Chacín, Gustavo Mérida, Nailet Rojas, Jesús Arteaga, Luis Zárraga, José Roberto Duque, Matías Aberg Cobo) l’a interviewé au moment où la Loi Organique des Cités Communales est soumise à la consultation publique : un débat qui ne se confine pas à l’enceinte de l’Assemblée Nationale mais s’étend aux quartiers urbains, villages, organisations sociales, culturelles et politiques de tout le Venezuela.

Ciudad Caracas – Trop souvent les fonctionnaires qui se font élire, au lieu de transférer le pouvoir au peuple organisé, s’entichent et s’accrochent à leur pouvoir personnel et freinent l’élan d’organisation du peuple. Comment combattre cet obstacle ?

Luis José Marcano – Cela se produit lorsqu’il n’y a pas assez de force idéologique pour comprendre que l’objectif de la révolution bolivarienne est de transformer cette structure, de la dépasser et d’en construire une nouvelle. Dans ce cas, la tendance naturelle est de se replier sur soi, de se désengager. Je pense que cette vulnérabilité nous a empêchés de faire davantage de progrès. Chávez se définissait comme subversif. Il était le chef de l’État mais il se considérait comme le premier subversif, celui qui était appelé à renverser l’ordre établi pour construire le nouveau. Dans des cas comme ceux que vous mentionnez, il y a un manque de formation ou d’engagement envers l’objectif stratégique de surmonter certaines instances, de les démolir pour en établir de nouvelles. Comment surmonter et corriger cette faiblesse ? En principe, en approfondissant la formation des cadres afin qu’ils arrivent dans ces instances avec les qualités nécessaires pour remplir les objectifs stratégiques. Même si l’on considère la question d’un point de vue pragmatique, il est évident que si vous êtes maire ou gouverneur, et que vous avez autour de vous une organisation populaire qui a pour valeur centrale la volonté de faire des choses importantes pour l’intérêt collectif, cela va vous aider à travailler en tant que maire ou gouverneur.

– Pouvez-vous nous parler d’un cas concret où une communauté de la ville de Barcelona a compris et assumé cette tâche, en administrant les pouvoirs qui lui ont été transférés par la mairie ?

– Il y a un secteur, une zone populaire, celle des Tronconales (Tronconal, divisé en secteurs 1, 2, 3, 4, 5 et 6). Ce sont des secteurs populaires, disons comme le vaste quartier populaire du « 23 de Enero » à Caracas. Dans ces secteurs, la collecte des déchets a toujours été un problème crucial. Dans Tronconal 1 et 2, il existe une commune appelée « Luisa Cáceres de Arismendi ». Elle fait partie des neuf communes populaires, participatives, qui ont pris en charge la collecte des déchets, une responsabilité qui incombait auparavant à la mairie. Quand vous entrez dans Los Tronconales, même si vous ne connaissez pas cette communauté, vous vous rendez compte quand vous êtes dans le secteur 2 et que vous passez au secteur 3 : la commune a transformé le territoire en prenant en charge la collecte des déchets, et vous pouvez le voir, c’est très visible. En outre, nous parlons d’une commune dont la population est d’environ 40 000 habitants. Une population plus importante que celle de nombreuses municipalités du pays. C’est un exemple clair de volonté, d’engagement, d’efficacité.

-Et concrètement, en dehors du pouvoir et de l’autorité, quels éléments matériels la mairie a-t-elle transférés à la commune dans ce cas et dans d’autres ?

-Le processus s’est déroulé comme suit. Par mandat constitutionnel, la collecte des déchets correspond au bureau du maire. En 2019, nous avons organisé un référendum (le 28 juillet, jour de l’anniversaire de Chávez, soit dit en passant), afin que la communauté puisse dire si elle approuvait le transfert de ce pouvoir de la mairie à la commune. Il s’agissait d’un processus organisé par l’organisation populaire, les commissions électorales des conseils communaux, accompagnées par les techniciens du Conseil National Électoral (CNE), et le « Oui » l’a emporté. Ensuite, il y a eu le processus juridique du transfert lui-même, et en même temps l’octroi des conditions matérielles, fondamentalement la livraison d’un camion compacteur de déchets. A partir de ce moment-là, la responsabilité de la collecte, de la perception du service, correspond déjà à la commune.

-Nous savons qu’il existe des collectivités qui paient les services publics avec des déchets. En quoi consiste ce mécanisme ?

-Il existe une société appelée Recibar, qui achète du plastique, des déchets plastiques, aux organisations citoyennes, et grâce à ces ressources, plusieurs communautés ont reçu et continuent de recevoir des avantages. Dans cette phase de transition, ces accords sont nécessaires, et ils fonctionnent. Le bureau du maire, par exemple, a réaménagé et meublé plusieurs arrêts de transport public avec un matériau fabriqué à partir de plastique recyclé. « Bois plastique », comme on l’appelle. Cela a rendu la question du recyclage visible. Aujourd’hui, de nombreuses personnes peuvent voir et toucher des objets utiles fabriqués à partir de ce qu’elles appellent des « déchets ».

Comment l’entretien de ces camions et compacteurs est-il résolu ? Combien de communes ont atteint l’autogestion ?

-L’initiative que j’ai mentionnée est l’une des nombreuses. La mission est la communautarisation des politiques publiques, la collecte en fait partie.

Pour nous, ce sont aussi des écoles qui stimulent l’organisation et la participation des gens. Derrière les personnes qui s’organisent pour gérer un camion, recevoir des quantités de plastique et tout cela, il y a l’exercice de la volonté et la capacité d’action de ces personnes, c’est sur cela que nous parions. Dans le simple fait de déplacer des déchets plastiques d’un endroit à un autre, les gens voient la possibilité de réaliser d’autres choses. Je vois donc cela comme un exercice visant à stimuler l’organisation populaire. Cela dit je vais commenter l’aspect concret : le coût opérationnel de tout cela est élevé. Un de ces appareils peut user quatre à cinq pneus par semaine, et lorsque le caoutchouc ne peut plus supporter de réparations, il peut coûter entre 150 et 200 dollars. Ajoutons le pétrole, le paiement des personnes qui travaillent. Notre pari fondamental est que le paiement du service financer tout. Ainsi, en cette période de transition vers une indépendance totale des municipalités, il est important que ces liens avec des entités comme Recibar existent. C’est une entité de soutien, qui est en mesure de soutenir parce qu’elle a des ateliers, elle a des pièces mécaniques qui servent les compacteurs, qui sont déjà la propriété des municipalités et aussi de la municipalité.

– Nous pouvons penser à un parallèle entre le processus communal et ce qui s’est passé avec d’autres expériences de la Révolution, comme l’expropriation des usines, des terres improductives, etc. Bien entendu, le développement ou le succès ne peut être le même partout et dans tous les cas. Mais la propagande ou le manque d’efficacité de la communication donne l’impression prédominante d’un échec. Il n’est pas vrai que toutes les expériences ont échoué, mais comme on ne nous a jamais montré d’expériences réussies, le commentaire le plus répandu est que toute cette politique était une erreur. En ce qui concerne le pari communard, comment communiquer, comment convaincre ou sensibiliser les gens que c’est la voie à suivre ?

– Je partage cette préoccupation, entre autres parce que je suis aussi un communicateur. Et j’ai également pensé que j’aurais pu faire davantage pour communiquer ces choses de manière efficace. Nous avons réfléchi, maintenant que nous commémorons le bicentenaire de la bataille de Carabobo (qui scella l’indépendance du Venezuela face à l’empire espagnol, NdT), et en profitant du scénario actuel de consultation publique de la loi sur les villes communales, à la manière de relier les deux questions, l’actuelle et l’historique : comment relier l’attitude de notre peuple à la lutte de Carabobo. C’est un lien nécessaire qui doit être montré, la volonté et l’attitude militante que l’on remarque chez tant de personnes aujourd’hui, sans intérêts personnels mais avec le pur désir de construire quelque chose pour que nous puissions tous vivre mieux, et leur relation avec les personnes qui ont participé à ces processus d’émancipation d’il y a 200 ans.

Ma pratique politique a consisté à dire aux gens, surtout aux personnes passives ou défavorables, qu’ils doivent aussi s’organiser. Un jour, dans une communauté dont la majorité est défavorable au chavisme, un homme s’est approché de moi pour me dresser un tableau dramatique de la façon dont nous allons mal, que la commune est inutile, que la commune est inutile, ce genre de choses. Je lui ai répondu : « mais comment pouvez-vous dire que la commune ne sert à rien, si c’est la commune qui s’occupe du ramassage des ordures et qui le fait bien, c’est plus propre qu’avant « . Et l’homme m’a répondu : « la commune ? Ah, eh bien, je ne savais pas que la commune faisait ça« . Cette déficience communicationnelle existe, autour de la commune.

Le président a fait quelques réflexions. Lors d’une activité du Congrès du Bicentenaire, il a répondu à une accusation selon laquelle le gouvernement veut maintenant éliminer les postes de gouverneurs et de maires. « C’est absurde, au contraire nous sommes en train d’appeler à des élections« , tout en précisant : « Ce qui est certain, c’est que les bureaux des maires et des gouverneurs doivent être transformés. Ou ils se dépêchent à le faire ou ils resteront au bord du chemin« . Là, Maduro a clairement indiqué la voie à suivre : la volonté politique de transférer le pouvoir au peuple est cruciale, car c’est la possibilité que l’avancée vers la commune se concrétise. J’apprécie beaucoup que le président Maduro ait lancé cette initiative maintenant, dans ce moment difficile, alors qu’il est logique qu’elle soit attaquée. On attaque la commune précisément parce que c’est l’essence même de notre projet. Je crois que cette décennie est celle de la question communale. Au cours de ces années, son succès sera défini ou sera rejeté. Lors d’une réunion avec la Jeunesse du PSUV (Parti socialiste Unifié du Venezuela, principale formation du chavisme, NdT), je leur ai récemment dit : si la jeunesse ne s’engage pas dans la construction des communes, qui parlera de cette question dans 20 ans ? L’âge moyen du militantisme dans les parlements communaux est élevé.

Le combat de Marcia

Marcia Moreno (photo) est bien plus que « l’épouse de Luis José Marcano« . Engagée dans l’exercice des politiques publiques et dans la promotion et la diffusion des questions de genre et des droits des femmes, à Barcelona et dans ses environs, où des centres communautaires de femmes ont été fondés et continuent de l’être (il y en a déjà plus de dix). Et ce modèle se propage : il y a quelques jours, une autre de ces maisons a été fondée dans l’État de Carabobo. En sa qualité de directrice régionale du ministère de la Femme et de l’Égalité des sexes, elle a encouragé la création de ces centres, qui visent « la formation, la croissance et la protection pour une vie sans violence à l’égard des femmes« , une politique qui comprend un soutien juridique et d’autres aspects pratiques, et pas seulement théoriques ou philosophiques.

Il se trouve que la présence des femmes dans toutes les sphères de l’organisation révolutionnaire du peuple de Barcelona et de toute la municipalité est écrasante ; nous avons assisté à des réunions d’organes communaux avec la présence de douze femmes et d’un seul homme. Dans une interview de l’année dernière, nous avons demandé à Marcia Moreno de commenter quelque chose qui nous a étonnés : la commune doit être anti-patriarcale ou elle ne sera pas dans une région où, traditionnellement, la logique du mâle s’est imposée dans tous les aspects de la vie quotidienne, de la politique, etc.

« La région orientale a la réputation d’être une région machiste« , lui avons-nous dit.

Marcia s’est tue quelques secondes, avec un sourire presque invisible et cette sorte de regard oblique par-dessus ses lunettes, en inclinant lentement la tête sur le côté.

Le regard a dit : « C’est précisément pour cela que nous travaillons, idiot« .

Source : http://ciudadccs.info/2021/04/22/entrevista-luis-jose-marcano-atacan-la-ciudad-comunal-porque-es-la-esencia-de-nuestro-proyecto/

Traduction : Thierry Deronne


URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/07/luis-jose-marcano-nous-devons-faire-plus-pour-montrer-lefficacite-des-communes-populaires/

Vivre le Venezuela (IV) : le parlement communal met les gaz.

En janvier 2019, j’assistai à quelques réunions dans la nuit de Caracas. Les communard(e)s d’Altos de Lidice retournaient sous toutes les coutures la « problematica » du gaz. Comment s’organiser pour qu’à chaque famille parviennent les bonbonnes vitales, à temps ? J’ai rendu compte de ces premiers pas ici.

Signe des temps, deux ans plus tard, c’est un parlement communal qui a résolu l’affaire. Un saut dans l’organisation populaire, qui témoigne d’une vitalité de la démocratie participative après vingt et un ans de révolution bolivarienne.

Wilmer Villaroel « Raideth » (à droite), responsable du comité de gaz

Le responsable du comité du gaz, Wilmer Villaroel, surnommé »Raideth », me raconte: « Cette lutte m’a permis d’acquérir une connaissance approfondie du quotidien des habitants de la commune, car dans le comité du gaz, ou le comité de l’eau, etc… au final nous sommes les garants de la satisfaction des besoins de chaque famille. Nous sommes ce lien au sein de la commune et nous formons un parlement communal qui est le parlement exécutif des conseils communaux.

« Nous avons cherché le lien avec chaque institution, entre autres avec le directeur du dépôt de PDVSA (NdT: compagnie publique du pétrole), Mr. Lisandro, et en tant que circuit communal de gaz, nous sommes devenus indépendants entre janvier et février 2021. Qu’avons-nous obtenu avec cela ? Une distribution à 90% à ceux qui ont besoin de gaz. Avant, institutionnellement c’était lourd car la livraison des bonbonnes se faisait tous les 90 jours, il n’y avait pas de moment précis. Nous sommes maintenant clairs sur la structure des coûts ainsi que sur la quantité due à chaque conseil communal, c’est-à-dire sur les besoins de chaque famille.

« Le conseil que je donne aux autres organisations est de centrer les efforts sur la planification. Que dans chaque commune l’équipe en charge du service parvienne à analyser les besoins en gaz de la communauté. L’objectif est d’améliorer l’organisation au sein de la communauté.« 

La caméra de notre télévision/école Terra TV a suivi le processus de discussion et de décision au sein du parlement communal, jusqu’à la solution :

Pendant ce temps Luis Ibarra, menuisier, après une formation payée par la même commune, a créé sa propre machine de sérigraphie sur tissu. Sa première création : les vêtements de sport pour les jeunes de l’école de basket de la Commune Socialiste de Altos de Lidice. Reportage de Terra TV :

Au-delà de la politique classique (personnalités, partis…), peu de médias parlent de ce qui fait depuis 20 ans l’or du chavisme: l’organisation communale, le pouvoir de décider collectivement, le vaste tissu féminin et populaire qui soutient la révolution. Sans doute est-ce pour empêcher les citoyens du monde entier de s’identifier avec celles et ceux du Venezuela qu’on cache la plus grande démocratie participative du monde. Les équipes de TERRA TV vivent sur place et vous la montrent.

En Occident, plus que jamais, l’opinion est façonnée par de grands groupes privés de communication, plus puissants aujourd’hui qu’il y a dix ans. Les logiques de ces «médias» interdisent leur transformation de l’intérieur. Le service public de radio/télévision ou les télévisions associatives sont colonisés par une forme désormais homogénéisée, superficielle, émotionnelle, fragmentaire, éphémère.

Terra TV est une chaîne/école différente, produite par les mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine. Elle travaille aujourd’hui à préparer le jour où l’Humanité aura la force de démocratiser la propriété des médias et de générer enfin une information socialement utile, produite directement par les citoyen.ne.s.

Thierry Deronne, Caracas, le 9 avril 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/09/vivre-le-venezuela-iii-le-parlement-communal-met-les-gaz/

El Maizal, comme une école

Située dans l’Ouest du Venezuela la Commune socialiste « El Maizal » est née de l’expropriation en 2009 du grand domaine du même nom. Fidèle à la vision communale du chavisme, elle renforce chaque jour ses potentiels de production et de formation. Sous les palmes de la future école primaire destinée aux filles et fils des communard.e.s, Lana, membre du comité de formation et Celia, membre de la Brigade des Sans terre du Brésil, nous expliquent le nouveau projet éducatif. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/24/el-maizal-comme-une-ecole/

« Etre un jeune leader dans une révolution » : la réflexion de Jesus Garcia

Photo : Jesus Garcia, leader et formateur communal. La Commune socialiste Altos de Lidice regroupe des conseils communaux des quartiers populaires de l’Ouest où vivent 80% de la population de Caracas.

« Leadership, ô leadership ! Cette chose que beaucoup de gens veulent pratiquer à leur façon et parfois sont capables de tout pour y parvenir, et quand ils y parviennent, deviennent un « désastre ».

Ce n’est pas facile (si on veut bien faire les choses), il y a beaucoup de regards sur toi tout le temps, tu es censé être l’exemple de la façon de faire les choses, donc tout le monde ne te regarde pas de la même façon, il y a ceux qui veulent qu’on pousse les choses dans une direction, à leur façon, et d’autres qui défendent une autre voie… et il faut trouver le chemin qui marche à partir de toutes les visions. On ne fait presque jamais plaisir à tout le monde, mais quand la majorité est d’accord, c’est une victoire particulièrement tranquillisante.

Assumer le leadership dans un processus comme le nôtre est encore plus difficile, parce que parfois nous sommes perçus à l’extérieur du pays comme un processus parfait, mais ici à l’intérieur du pays nous sommes sous le feu de 20.000 points de vue différents, dans le quartier il y a partout et en permanence un œil aigu qui t’observe, au quotidien, c’est une pression très forte, il n’est pas très conseillé de se planter tout le temps parce que les conséquences sont graves, ici les gens oublient très vite les bonnes choses que vous arrivez à faire, alors que les mauvaises choses brillent plus que les vêtements de Lady Gaga.

Et la famille ? Assumer un leadership dans le quartier à ce moment-là a un impact BRUTAL sur la famille, tous les problèmes que la lutte apporte finissent tôt ou tard, même si on tente de l’empêcher, par affecter ton foyer. C’est un combat quotidien pour la paix, là on se bat pour préserver la joie, sans blague, compris ? On pourrait séparer les heures de travail dans le quartier et celles de la vie de famille, mais c’est très dur de faire coexister un leadership politique de base avec « une vie normale » qui n’existe malheureusement pas pour ceux d’entre nous qui ont choisi cette voie.

Surtout : je n’idéalise pas la chose, j’assume que je peux me tromper et pas un peu, j’offre mes excuses quand elles sont dues, je ne me considère pas comme parfait, j’essaie d’être le plus cohérent possible avec mes propres paramètres, aucun hippie idéaliste ne va venir me dire comment m’habiller ou quelle musique écouter. Perfectionnisme ? Non. Rappelle-toi, Chavez lui-même a été critiqué par les super-cerveaux de la gauche vénézuélienne.

Mes respects à mes compagnons communard(e)s d’Altos de Lídice et à tou(te)s les dirigeant(e)s qui luttent au milieu de cette guerre.

VOUS ÊTES TOUS IRREMPLAÇABLES !

La lutte continue… »

Ci-dessous, reportage de Terra Tv sur un atelier donné il y a quelques jours par Jesus Garcia.

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/23/etre-un-jeune-leader-dans-une-revolution-la-reflexion-de-jesus-garcia/

Pouvoir citoyen et cités communales au Venezuela

« En tant que membres d’une communauté, nous avons la pratique sur notre territoire de semer et produire des connaissances et de construire un auto-gouvernement émancipateur » : l’étudiante en master, María Angélica Corredor résume l’esprit de la transformation en cours au Venezuela. Sur la base des débats et des propositions qui ont émergé lors du Congrès national des Communes, le président Nicolás Maduro a remis au Parlement en février 2021 deux projets de loi qui répondent à une vieille revendication communard(e), la Loi des cités communales et la Loi du parlement communal : « je demande le soutien de l’Assemblée nationale pour transférer le pouvoir économique et le pouvoir des services publics concrets au peuple communard et aux Conseils communaux. J’ai approuvé l’octroi de 26.283 Petros pour 1000 banques communales et 29.663 Petros pour des projets de filière textile des communes. L’objectif est d’impulser la nouvelle architecture financière du pouvoir citoyen. La commune est le nouvel État » a-t-il précisé.

Pour mieux comprendre cette étape de la révolution bolivarienne, nous publions le point de vue du politologue vénézuélien Franco Vielma (« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme ») et celui du mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora » ensuite (« Le pouvoir populaire, les cités communales et la dynamisation du PSUV, tâches stratégiques centrales »).

« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme »

Loi du parlement communal, loi des cités communales, ces promesses du chavisme faites au cours de la campagne des élections législatives de décembre 2020 ont été suivies de l’élaboration de ces projets par les équipes communales qui ont participé au Congrès national des Communes et ont produit 698 propositions. De ce total, 406 ont été déposées par les délégué.e.s des communes et des conseils communaux, tandis que 292 provenaient des délégué.e.s des mouvements sociaux. Ce congrès a compté avec la participation de 9.680 communes et conseils communaux, et plus de 70 mouvements sociaux.

Le chavisme et l’apparente incongruité du dollar et des communes

Dans le cadre des réponses urgentes à la guerre économique, le gouvernement bolivarien a assoupli les mécanismes bancaires pour permettre des opérations en dollars pendant que le chavisme de la base faisait un saut dans la construction des Communes : ensemble les deux mouvements paraissent se contredire. Mais sortons d’une narration manichéenne et analysons la réalité nationale.

Fondamentalement, le blocus économique contre le pays a considérablement dégradé la capacité de l’État à arbitrer les facteurs économiques internes et à soutenir l’ensemble du système comme cela avait été la tradition pendant cent ans de rentisme pétrolier. Aujourd’hui, ce modèle « pétro-rentier » de soutien de l’économie est démantelé sous les coups de bélier du blocus des USA et de l’UE. Cette singularité de la situation politique et économique vénézuélienne a fait que la gestion de l’État est aujourd’hui marquée par le pragmatisme, notamment dans le domaine économique, comme jamais en vingt ans de chavisme au pouvoir.

Le chavisme a dû mettre en œuvre et tolérer une série de changements de règles, fondés sur des facteurs et des forces qu’il ne peut contrôler, précisément parce que les capacités économiques de l’État ont été très réduites. Sur ce point, il convient de souligner non seulement le blocus extérieur, mais aussi l’avancée dans l’économie internes de phénomènes tels que la dollarisation partielle des activités commerciales (le secteur privé est majoritaire au Venezuela), ainsi que les flexibilités de la politique économique et les mécanismes de revitalisation de l’appareil interne, au-delà de la gestion de l’État, acceptés par le gouvernement lui-même. Ce que certains considèrent comme des actes de « régression »  sont des actions pragmatiques comme produit des conditions imposées. Pour le chavisme, ces conditions imposent un choix entre s’adapter ou se faire emporter par une hémiplégie économique totale imposée par le blocus occidental.

C’est ici que se situe le lancement de deux projets de loi communale réclamés depuis des années par les mouvements qui ont lutté pour la construction des Communes au Venezuela. Le président Maduro a proclamé que les Communes sont des caractéristiques du « nouvel État » qui doit germer en ancrant le champ politique national dans ce contexte de résistance : « Nous devons nous atteler à la construction des forces de l’avenir, la force morale et nouvelle de la patrie. Les forces communales, les forces populaires, les forces de la classe ouvrière. Rectifiez partout où des erreurs ont été commises« .

Nicolas Maduro a prévu que d’en 2021, l’objectif de construire au moins 200 villes communales – conformément aux principes de la loi proposée soit réalisé. Il a parlé des pôles de développement des villes communales tels que l’élaboration de lois simples de service au peuple ; celui des services publics de proximité, contrôlés par le pouvoir populaire, et le rôle des Communes dans l’activité productive.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographies : Verónica Canino

Le Loi sur le parlement communal consiste en une autonomisation politique indispensable au développement de la vie locale, et la revitalisation de la participation des acteurs sociaux comme marque incontestable du chavisme. Quant à la Loi sur les cités communales, elle établira des mécanismes de gestion depuis et pour les communes et créera un habitat pour la gestion des services publics, la production sociale et la circulation des biens et des services.

Dans cette optique, Maduro a fait le pari de payer en Petros les ressources allouées aux communes. Autre particularité énorme : le chavisme aspire à construire des espaces d’autonomie locale, en finançant cette grande aspiration par l’utilisation d’une crypto-monnaie souveraine. Du bitcoin et de son prix spéculatif, nous savons qu’au Danemark il sert à acheter des pizzas ou qu’il permettra bientôt d’acquérir un véhicule Tesla. Le bitcoin est parfois considéré comme un « instrument contre-hégémonique » défavorable à la finance mondiale. Mais sa contribution sera énorme pour le capitalisme.

Que dire alors du « Petro » et de la capacité qu’il pourrait avoir de financer et de favoriser la construction du socialisme sur le territoire, l’autogestion et la démocratie profonde du Venezuela, un pays qui, dans tout l’hémisphère occidental, subit le plus haut niveau de pressions impériales de notre époque ? Le pari est qu’à moyen terme, les communes et les cités communales puissent constituer un habitat pour la gestion politique locale, de manière alternative aux modèles d’organisation politique dominante. En outre, grâce à l’utilisation du Petro et à son intégration dans les opérations quotidiennes, la canalisation des échanges de biens et de services permettrait de revitaliser l’espace économique local.

Avec sa phrase « La commune ou rien ! », le président Chávez avait proposé un modèle d’organisation pour la révolution bolivarienne (photo : Terra TV)

Déjà, au cours des dernières années, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les équipes politiques des UBCH, les Conseils Communaux et le tissu politique féminin d’avant-garde dans les communautés ont été essentiels pour faire face aux difficultés et aux besoins de la population. Bien que cette année 2021 va se recentrer sur les élections régionales (gouverneurs, maires) – ce qui pourrait mettre au second plan la construction de forces de gestion alternative, Maduro conçoit celle-ci comme un autre front stratégique à consolider.

Dans ce conflit entre l’ancien État et l’État communal naissant il y aura des trébuchements, des obstacles, à n’en pas douter. Le mouvement dépend plus que jamais de l’expérience accumulée et de l’expérience que le chavisme a développée dans l’organisation depuis le plus profond du pays.

2. Le pouvoir citoyen, les cités communales et la dynamisation du Psuv, tâches stratégiques centrales pour le mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora »

Nous accompagnons et soutenons l’ensemble des initiatives politiques du président Nicolás Maduro dans la mesure où elles comportent des aspects essentiels pour la relance et l’approfondissement de la révolution bolivarienne. La lutte contre la corruption, l’approfondissement de la démocratie révolutionnaire avec la promotion des cités communales et la recherche de « nouvelles méthodes pour que le parti assume un rôle plus critique, dynamique et actif« , constituent trois axes-clés pour avancer dans une ligne stratégique revitalisante et dynamisante de la révolution politique. Examinons-les un par un.

Les cités communales sont une étape importante pour avancer dans l’objectif historique de construction d’une société démocratique et dans la transformation de l’État oligarchique en un État fondé sur le pouvoir populaire, avec des formes multiples et diverses de participation et d’exercice direct du pouvoir. Cependant, nous pensons que la construction de ces cités communales doit partir de certaines bases, de réalités concrètes, pas seulement de rapports ou de statistiques qui souvent ne correspondent pas à la réalité.

Les cités communales ne doivent pas être décrétées, ni imposées par des instances bureaucratiques, ce qui ne signifie pas que l’État et le gouvernement ne doivent pas jouer un rôle central dans leur conformation. Ce que nous voulons dire, c’est qu’il est nécessaire de passer par un processus préalable de promotion et de renforcement des conseils communaux et des communes, piliers sur lesquels reposeront les cités communales. Ceux d’entre nous qui sont impliqués dans le travail de terrain savent qu’à l’exception de certaines expériences référentielles, leurs niveaux d’organisation, de participation et d’autonomisation ne sont pas suffisants pour proposer soudainement des niveaux d’agrégation plus élevés. Il ne suffit pas d’atteindre ces niveaux optimaux pour les adapter et réélire les porte-parole, ce qui est une réponse administrative. Il s’agit de construire et d’exécuter un plan de relance intégrale qui solidifie ces deux premiers niveaux d’organisation pour passer à des niveaux plus complexes d’agrégation du pouvoir communal. Sinon, nous risquons de nous retrouver avec 200 villes communales comme le propose l’objectif, mais sur le papier, appropriées par des cénacles de « porte-parole » imposés dans de nombreux cas dans le seul but de contrôler les ressources à allouer à ces cités communales.

Les cités communales doivent partir d’un diagnostic territorial pour évaluer leur viabilité politique, organisationnelle et géographique. Lorsqu’il y a des conditions pour avancer, il faut le faire, mais dans les territoires où il n’y en a pas, il est nécessaire de proposer des plans visant à créer ces conditions. Il vaut mieux construire des expériences modèles ou référentielles qui peuvent montrer la viabilité de cette forme de montée en puissance citoyenne dans une première phase, plutôt que de les décréter de manière plate et automatique.

Aller vers un Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) plus critique, dynamique et actif, comme le propose le président, est non seulement juste mais une tâche stratégique afin de mener le processus révolutionnaire vers la mise à jour et la revitalisation nécessaires pour construire la société démocratique, éthique et humaniste fixée comme objectif historique par la révolution bolivarienne, c’est-à-dire une société inclusive de bien-être collectif et égalitaire. Il s’agit d’avancer vers le parti de Chávez, un parti comme instrument de transformations, qui comprend le caractère actuel du conflit, non seulement contre l’impérialisme mais aussi le conflit des sens, des émotions, la bataille éthique, la bataille hégémonique.

Il est urgent de dépasser la logique du parti-courroie de transmission, du clientélisme, de l’assistentialisme, afin que la dualité parti/gouvernement devienne une synergie transformatrice, en instruments puissants pour surmonter la crise que nous subissons. Cela ne se produira que s’il y a un processus profond de renouvellement, de formation de leaderships éthiques et démocratiques, et de création et d’application de mécanismes internes à cet effet.

Si nous progressons dans l’approfondissement du pouvoir populaire, dans le rôle actif du peuple dans notre démocratie, si nous renouvelons le parti pour le rendre plus critique, plus actif dans les tâches véritablement transformatrices (sans cesser d’être un instrument électoral efficace, évidemment), pour le transformer en un parti plus dynamique comme proposé, nous pourrons alors être dans de meilleures conditions pour lutter contre la corruption, contre les déviations éthiques qui font tant de mal au pays et, surtout, pour parvenir à la reprise économique, même si nous pouvons convenir que la cause principale est le blocus commercial et financier, criminel et illégal.

Avec le pouvoir populaire, avec un parti éthique et démocratique, nous aurions deux forces puissantes pour vaincre la corruption, l’agression étrangère et pour revitaliser radicalement la révolution bolivarienne dans le cadre des perspectives de Chávez.

Pour ces raisons, nous pensons, à la CRBZ, que ces initiatives proposées par le président Maduro doivent être appuyées avec enthousiasme et détermination par toutes les forces du chavisme. Nous répondons présent et dirigerons tous nos efforts, notre volonté, le temps et l’énergie de notre militance vers la réalisation de ces tâches stratégiques.

Coordination nationale du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Sources :

1. https://www.misionverdad.com/venezuela/analisis-profundo-de-la-apuesta-comunera-del-chavismo

2. http://www.crbz.org/el-poder-de-la-gente-las-ciudades-comunales-y-la-dinamizacion-del-psuv-tareas-estrategicas-centrales-analisis-de-la-corriente/

Traduction : Julie Jaroszewski / Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/20/pouvoir-citoyen-et-cites-communales-au-venezuela/

Le Venezuela que les médias ne vous montrent pas

Au-delà des formes politiques classiques (personnalités, partis..) peu de médias parlent de ce qui fait depuis 20 ans la singularité, l’or du chavisme : l’organisation communale, le pouvoir de décider collectivement, le vaste tissu féminin qui soutient la révolution. C’est pour empêcher les citoyens du monde entier de s’identifier avec ceux du Venezuela qu’on occulte la plus grande démocratie participative du monde. Les équipes de TERRA TV vivent sur place et vont vous la montrer.

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/14/le-venezuela-que-les-medias-ne-vous-montrent-pas/