Le vaccin russe Spoutnik V au Venezuela

Le Venezuela accueillera la troisième série d’essais cliniques pour le vaccin russe Spoutnik V. L’annonce a été faite par la vice-présidente Delcy Rodriguez le 2 octobre, le jour même où l’avion de la Fédération de Russie transportant les composants du vaccin est arrivé dans le pays.

Entre autres détails, le gouvernement national a expliqué que 2000 Vénézuéliens se sont portés volontaires pour participer à la phase 3 de la recherche sur le vaccin, mais en outre, des travaux sont en cours pour fabriquer le médicament sur notre territoire. Une fois que le protocole d’évaluation aura été mené à bien, les institutions scientifiques nationales pourront distribuer gratuitement la vaccination à la population.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé que son fils, Nicolas Maduro Guerra, et sa sœur aînée, l’anesthésiste Maria Teresa Maduro, ont décidé de se porter volontaires pour l’essai du vaccin. Il a également déclaré que les premiers vaccins seront administrés au personnel médical, aux enseignants et aux personnes âgées.

Cette nouvelle est d’une grande importance géopolitique à l’heure actuelle. La coopération entre la Fédération de Russie et la République bolivarienne du Venezuela, qui s’est solidement maintenue malgré le scénario d’hostilités que l’Occident a construit autour d’elle pour l’éroder, a permis à notre pays d’être le premier en Amérique latine à recevoir ce lot de vaccins.

Jusqu’à présent, une vingtaine de pays de toutes les régions ont exprimé le désir d’acquérir le vaccin russe.

D’autre part, le Fonds russe d’investissement direct a indiqué que des accords ont été conclus avec des partenaires au Mexique pour la fourniture de 32 millions de doses, au Brésil, pour 50 millions de doses, en Inde, pour 100 millions de doses, en Ouzbékistan, pour 35 millions de doses et au Népal, pour 25 millions de doses.

SUR LES PROGRÈS DE SPOUTNIK V

Rappelons quelques données importantes sur le chemin parcouru par le Centre national de recherche en épidémiologie et en microbiologie Gamalei pour développer Spoutnik V.

Le 11 août, le président Vladimir Poutine a annoncé que le ministère russe de la santé avait délivré un certificat d’enregistrement du vaccin de l’Institut Gamalei, ce qui en fait le premier vaccin Covid-19 enregistré dans le monde.

Il a été expliqué que le vaccin avait positivement passé les deux premières phases des essais cliniques.

La rapidité et l’efficacité avec lesquelles Moscou a progressé sont principalement dues à la culture historique de la vaccination dans ce pays depuis le 18e siècle, lorsque l’impératrice Catherine II a été vaccinée contre la variole. Plus tard, avec l’émergence de l’Union soviétique, les politiques de santé publique ont été consolidées et ont permis la conception d’un programme de vaccinations massives et gratuites pour la population.

Avant que la maladie Covid-19 ne se propage dans le monde entier pour devenir une pandémie, les chercheurs russes travaillaient à la création d’un vaccin contre l’infection par le MERS-CoV, un autre virus de la famille des coronavirus, et avaient terminé les essais de phase 4 d’un vaccin Ebola sans résultat négatif.

Ces recherches antérieures ont servi de base aux études visant à développer le vaccin Spoutnik V, qui n’a jusqu’à présent rapporté aucun symptôme chez les patients qui empêcherait la poursuite de son développement.

COMMENT L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE PRIVÉE SE SITUE-T-ELLE DANS LA COURSE AU VACCIN ?

Alors que la Russie se positionne comme l’acteur géopolitique et la puissance d’Etat capable d’offrir une solution sérieuse à la pandémie, grâce à des accords équitables avec le reste des pays, les options offertes par les transnationales pharmaceutiques ancrées à l’Ouest semblent avoir péché par optimisme.

C’est le cas de la société pharmaceutique Astrazeneca et de l’université d’Oxford, qui ont annoncé début septembre la suspension des essais cliniques de leur vaccin contre les coronavirus en raison de l’apparition présumée d’effets indésirables chez un patient au Royaume-Uni.

La fuite d’un rapport de sécurité de l’entreprise britannique a révélé qu' »une femme de 37 ans, auparavant en bonne santé, a fait une « myélite transverse confirmée » après avoir reçu sa deuxième dose du vaccin et a été hospitalisée le 5 septembre.

La myélite transverse est un trouble neurologique affectant la moelle épinière. Elle est liée à des maladies virales et à d’autres maladies de la myéline.

Bien qu’Astrazeneca a suspendu les essais après cette affaire, certains membres de la communauté scientifique estiment que l’entreprise n’a pas fait preuve de transparence dans le traitement des informations sur les résultats négatifs enregistrés.

Le recul du vaccin d’Astrazeneca/Oxford pourrait être un coup dur pour l’Amérique latine, car les gouvernements d’Argentine et du Mexique, confiants dans les rapports de sécurité fournis par ces institutions, ont décidé en juillet de s’entendre sur la production et la distribution de ce vaccin dans la région.

Au Royaume-Uni, la Medicine Health Regulatory Authority (MHRA) a donné l’autorisation à Astrazeneca/Oxford pour reprendre les essais quelques jours après la diffusion de l’alerte.

Le Japon a également repris la fourniture du vaccin le 2 octobre, tandis que la Food and Drug Administration (FDA) n’a pas autorisé la poursuite des études aux États-Unis.

LE VENEZUELA PARIE SUR LA COOPÉRATION ET LE MULTILATÉRALISME

La participation du Venezuela aux essais de vaccins russes est un acte consécutif à l’intégration du Venezuela dans le monde multipolaire en plein développement, axé sur la Chine et la Russie.

Le président Nicolás Maduro a, dès le début, rendu public l’intérêt d’adopter les modèles scientifiques étatiques proposés par l’axe eurasiatique pour trouver une réponse efficace au Covid-19.

De nombreuses autres livraisons de médicaments, de fournitures et d’équipements médicaux reçues dans le cadre des relations de coopération avec d’autres pays, permettent d’atténuer les conséquences que les sanctions pénales du gouvernement des États-Unis ont produites sur la santé publique vénézuélienne et de pouvoir contenir l’avancée des cas de Covid-19 dans le pays, pendant qu’un vaccin est en cours de développement et peut être fourni à la population.

Un des points que le président vénézuélien a souligné dans son discours à la 75e Assemblée des Nations unies était son soutien à la proposition de Vladimir Poutine de tenir une conférence internationale en ligne de haut niveau, où le seul point à discuter était le développement d’un vaccin contre Covid-19.

La réunion devrait aboutir à l’établissement d’un programme commun permettant un accès équitable au vaccin pour toutes les nations. Cela peut sembler redondant dans la logique du multilatéralisme, mais il est bon de le rappeler dans le contexte de blocus, sanctions et harcèlement occidentaux contre les pays émergents.

Le Venezuela penche pour des options qui garantissent une réponse fiable à la pandémie et qui respectent sa souveraineté dans le processus. Le bilan des sociétés pharmaceutiques commerciales montre qu’il est très difficile de respecter ces garanties dans cette voie.

Source : https://www.misionverdad.com/la-vacuna-rusa-sputnik-v-en-venezuela

Traduction ; Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/07/le-vaccin-russe-spoutnik-v-au-venezuela/

Le Venezuela, seul en Amérique du Sud à créer un programme de rapatriement en pleine pandémie

Les vols humanitaires sont effectués par la compagnie vénézuélienne d’État Conviasa, qui a été sanctionnée par les États-Unis.

Malgré la proximité de la Colombie et du Brésil dont les régimes néo-libéraux abandonnent la population pauvre au Covid, le Venezuela, en ce début d’octobre, a pu guérir 68088 patients sur un total de 77646 cas depuis le début de la pandémie, soit un taux de 88%. On y compte 643 décès (un des taux de létalité les plus bas du monde) alors que la Colombie voisine en compte 26397 (chiffres de l’OMS). Cette politique de santé est d’autant plus remarquable que les voisins sud-américains ne subissent pas, eux, de blocus états-unien ni les sanctions financières occidentales qui limitent fortement l’accès du gouvernement bolivarien aux médicaments. Grâce à sa diplomatie multipolaire, le Venezuela est devenu le 2 octobre, le premier pays de l’hémisphère occidental à recevoir un premier chargement du vaccin russe Sputnik. « Cette aide médicale revêt une importance particulière face aux sanctions illégales, motivées politiquement, des USA, qui limitent l’accès du Venezuela aux médicaments » explique le Ministère Russe des Affaires Extérieures. Après sa troisième phase d’essai sur 2000 volontaires, ce bouclier sera ensuite produit sur place et distribué gratuitement à la population. Ce mois d’octobre arrivera également un chargement du vaccin chinois, qui suivra le même processus.

Ce n’est pas tout.

Plus de 92000 citoyens sont déjà rentrés dans le pays, à leur demande, par des vols affrétés par le gouvernement dans le cadre du programme «Vuelta a la Patria» (Retour à la Patrie) ou grâce aux couloirs humanitaires mis en place par le Ministère de la Santé. Créé en 2019, le programme « Vuelta a la Patria » garantit le transport des Vénézuéliens qui ont émigré et qui souhaitent rentrer au pays, mais qui n’en ont pas les moyens économiques.

En utilisant des avions, des bus et des couloirs humanitaires, 92.000 Vénézuéliens sont rentrés au pays pendant la pandémie depuis des pays comme la Colombie, le Brésil, le Pérou, le Chili. Sur ce total, 9 mille qui étaient infectés par le nouveau coronavirus et ont été traités par le système de santé publique du pays.

Jeudi dernier (1), 800 Vénézuéliens sont revenus d’Espagne et de République dominicaine. La semaine précédente, 600 autres étaient déjà revenus du Mexique, de l’Uruguay et du Panama.


L’État offre des transports gratuits, par voie terrestre et aérienne, ainsi que l’hébergement, la nourriture, les médicaments et les soins médicaux. En effet, selon les règles établies par le gouvernement bolivarien, toute personne qui entre dans le pays doit subir les tests de diagnostic du covid-19 et passer deux semaines en isolement social. Les vols de « Vuelta a la Patria » ont été réactivés en septembre, à la suite de nouveaux accords conclus par l’État vénézuélien avec d’autres nations.

200 Vénézuéliens sont revenus de la République dominicaine jeudi dernier (1) sur le troisième vol humanitaire « Vuelta a la Patria »

Ramses Fuenmayor Arocha, ingénieur système et professeur à l’Université centrale du Venezuela (UCV), s’était rendu au Mexique le 7 mars pour offrir un cours de 10 jours et n’a réussi à revenir que le 9 septembre, sur un vol qui est parti de la ville de Toluca. Les frontières vénézuéliennes étant fermées le 15 mars, son vol a été annulé. Arocha dit avoir envoyé plusieurs lettres à l’ambassade du Venezuela à Mexico jusqu’à ce qu’il soit inclus dans la liste des rapatriés.

«Je dois dire que le personnel de l’ambassade a été très gentil. Tout était très organisé. Le jour même de mon arrivée, ils avaient déjà préparé du matériel pour effectuer un test PCR, le résultat négatif est sorti en trois jours, à ma sortie de la quarantaine » explique ce professeur de l’UCV.

Une autre rapatriée, Ana Karine Rivas, une jeune vénézuélienne qui vivait à Lima, au Pérou depuis deux ans, avait été victime d’un accident en tentant de rentrer dans son pays. Au chômage en raison de la pandémie, Ana a été expulsée de la maison où elle vivait, et a décidé de retourner au Venezuela à pied, avec son compagnon et un autre groupe de 10 Vénézuéliens. La traversée a commencé le 30 avril, et à l’aube du lendemain, les Vénézuéliens ont été heurtés par un camion-citerne alors qu’ils dormaient sur les rives de l’Avenida Panamericana Norte, dans la province de Barranca, au nord de la capitale péruvienne. Dans l’accident, trois personnes sont mortes et neuf ont été blessées.

«Nous avons demandé de l’aide et personne ne voulait s’arrêter, jusqu’à que, quelques minutes plus tard, un homme nous aide en appelant la police. Après nous avoir emmenés à l’hôpital, l’ambassade nous a aidés avec tout, nourriture, soins, médicaments et quand nous nous portions mieux, ils nous ont fait embarquer sur un vol avec du personnel diplomatique pour rentrer dans notre pays » raconte Rivas.

« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à son retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza) 1 mai 2020

Ana Karina a subi trois chirurgies aux jambes et marche toujours à l’aide de béquilles. Elle a pris le vol de « Vuelta a la Patria » le 21 juillet à Lima et est rentrée chez elle le 13 août, après avoir accompli la période de quarantaine obligatoire.


« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à leur retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner
« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza), Ministre des Affaires Etrangères de la République Bolivarienne du Venezuela 1 mai 2020

Deux poids, deux mesures

Bien qu’il soit un pays économiquement soumis à un blocus impérial, le Venezuela recherche des ressources pour suivre les directives des organisations multilatérales.

En mai, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) avait lancé l’alerte sur la nécessité de créer des ponts pour garantir le retour des immigrés dans leurs foyers, soulignant que l’Amérique latine et l’Afrique de l’Est sont les régions avec la plus grande mobilité humaine au monde. Les derniers jours confirment ces prédictions. Jeudi dernier (1), environ 1000 Honduriens ont lancé une nouvelle caravane d’immigrants à destination des États-Unis.

Une caravane avec un millier de Honduriens est déjà arrivée au Guatemala, après avoir traversé la frontière à travers la ville de Corinthe / Gilda Silvestrucci / Telesur

Le gouvernement de Donald Trump refuse à nouveau d’accueillir cette population en situation de vulnérabilité sociale, conservant la même position qu’il exprimait en 2019, avec les autres caravanes qui ont quitté le Salvador, le Guatemala et le Honduras. En plus de maintenir les portes fermées à l’immigration, Trump a également procédé à quelque 10000 expulsions pendant la pandémie. Les gouvernements qui ont accueilli des citoyens expulsés des États-Unis ont dénoncé le fait que beaucoup sont revenus avec la maladie.
Depuis plus de six mois, les États-Unis sont restés le pays le plus touché par le virus, accumulant 7,3 millions de patients et 208 000 décédés, selon l’Université Johns Hopkins.
Le président Trump a également refusé d’autoriser un vol de la compagnie aérienne vénézuélienne Conviasa à atterrir sur le territoire américain pour rapatrier 524 citoyens qui avaient demandé de l’aide. La chancellerie vénézuélienne a reçu pour instruction que ces personnes se rendent au Mexique afin de pouvoir rentrer ensuite dans leur pays.

D’autre part, la Maison Blanche a annoncé une aide de 128 millions de dollars américains au député vénézuélien Juan Guaidó, officiellement pour aider à combattre la pandémie de covid-19 dans le pays et soutenir les migrants. Cependant, des députés et des personnalités politiques opposées au gouvernement Maduro dénoncent que cet argent n’a jamais été investi dans des actions concrètes. Ce 5 octobre, la Banque d’Angleterre a finalement annulé la remise de l’or vénézuélien à Guaido, dont les implications dans des cas de corruption sont notoires, aux USA notamment.

par Michèle de Mello
Brasil de Fato | Caracas (Venezuela)
03 octobre 2020

Édition: Lucas Weber

Source : https://www.brasildefato.com.br/2020/10/03/venezuela-e-o-unico-pais-do-continente-com-programa-de-repatriacao-durante-pandemia

Traduction : Monica Passos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/05/le-venezuela-seul-en-amerique-latine-a-creer-un-programme-de-rapatriement-en-pleine-pandemie/

La stratégie chaviste pour combattre un foyer de Covid à Caracas

Par

MT&Une partie du quartier populaire de La Vega à Caracas est en pleine bataille épidémiologique. C’est la région de la capitale qui présente la plus forte concentration de cas COVID-19. La réponse locale, qui implique les efforts communs de l’État, des partis politiques et des organisations populaires, donne une bonne idée de l’architecture mise en place par le chavisme pour combattre la pandémie. (Au 10 juillet 2020 et depuis le début de la pandémie, le nombre de décès a pu être limité à 80, chiffre confirmé par l’OMS.)

« Ceux qui vivent dans ces quartiers populaires doivent rester chez eux, en respectant les mesures préventives pour éviter la propagation du coronavirus » répètent les haut-parleurs juchés sur les camions qui sillonnent dans les rues. Le quartier est fermé à chacun de ses accès, et c’est le point de plus forte concentration de COVID-19 à Caracas avec un total de 78 personnes infectées, alors que le nombre de cas augmente à 8 010 dans tout le pays.

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En temps de pandémie, les femmes de la mission sociale « Foyers de la Patrie » sont un pilier de l’économie populaire au Venezuela. Membres d’une Entreprise de Production Sociale (EPS) du quartier Cotiza avec les différents modèles de masques fabriqués, © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI.

Le « barrio » de la Vega est divisé en cinq axes, le troisième étant le plus touché, avec en son sein, 10 des 32 communautés. La barrière épidémiologique a commencé le 2 juillet. Personne n’est autorisé à entrer ou à sortir sans autorisation, sauf s’il remplit l’une des trois fonctions exemptées : santé, alimentation ou transport.

En parvenant à l’un des points d’accès, une opération conjointe est menée par la police et les membres des organisations politiques et sociales du site. « Ils nous accompagnent aux entrées et sorties, ce sont eux qui connaissent les gens de leur territoire« , explique la commissaire de police de Caracas en charge de la paroisse, Belkys Rangel.

À l’intérieur de la zone démarquée, les magasins d’alimentation et les pharmacies ne peuvent être ouverts que jusqu’à midi. L’objectif est d’empêcher la mobilité non seulement à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du secteur. C’est un lieu complexe, densément peuplé, avec une vie de quartier intense.

« Nous procédons à des dépistages à domicile et à des tests rapides afin de couper la chaîne de contagion de ce dangereux virus« , répète le camion qui circule lentement dans les rues.

Délimiter, tester, contenir

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Un des points de contrôle pour entrer dans le quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Marquer une ceinture épidémiologique implique de marquer l’espace où la mobilité de la population doit être limitée, et de faire une enquête générale sur 100% des foyers« , explique Mary Carmen Moreno, membre de l’équipe d’organisation populaire du maire.

Ce dépistage massif, c’est-à-dire les tests de détection des cas de COVID-19, a commencé dès le début, tant dans les modules de santé spécialement préparés pour faire face à l’épidémie, que dans les visites de porte à porte. Il y a 12.000 familles sur le territoire délimité, et jusqu’à présent 5 000 ont été testées.

Lorsqu’une personne est testée positive, « elle est prise en charge pendant que le personnel arrive avec les normes de biosécurité, et cette personne est transférée dans un centre conçu pour la distanciation« , explique Mayarí Armas, responsable du regroupement et de la coordination des différentes organisations qui fonctionnent dans le quartier, consacrées à la lutte contre la pandémie.

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A droite, Mayarí Armas, responsable des organisations de quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque étape est gratuite : le test, le transfert au centre d’isolement, le séjour sur place, l’admission si nécessaire, les médicaments et l’alimentation.

L’objectif est que, pendant la durée de ce confinement, estimée à 14 jours, le secteur soit isolé, qu’une cartographie famille par famille soit réalisée, que les personnes porteuses du virus soient retirées du site, et que l’épidémie puisse ainsi être réduite jusqu’à sa disparition. Il s’agit d’une situation exceptionnelle dans le cadre de la stratégie de confinement qui est déjà en place depuis près de quatre mois.

« On ne peut pas dire aux gens de rester chez eux, faire une démarcation épidémiologique sans concevoir un plan, ce plan implique la partie alimentaire, les services« , explique Nancy Villegas, coordinatrice politique des quartiers de La Vega.

Le plan, outre l’aspect sanitaire, comprend avant tout l’alimentation. Les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui fournissent des denrées alimentaires subventionnées par l’Etat, ont raccourci le cycle d’approvisionnement pour avoir une plus grande régularité de livraison. Ils ajoutaient à la nourriture habituelle – principalement des hydrates de carbone – trois kilos de protéines par semaine.

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Le laissez-passer de mobilité utilisé pour entrer et sortir de la zone de la clôture épidémiologique et du journal municipal face à la pandémie © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

En collaboration avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), se poursuit le travail des Maisons d’alimentation, du Plan alimentaire scolaire, auquel s’ajoute un plan conçu dès le début du confinement et baptisé « Yo Compro en Casa » (J’achète à la maison) pour que les gens puissent s’approvisionner sans sortir de chez eux, et ainsi réduire la mobilité.

La fourniture comprend également un plan d’urgence pour deux des services qui connaissent des difficultés d’approvisionnement : le gaz et l’eau : « Nous avons une situation difficile en ce qui concerne l’eau dans la ville pour deux raisons, l’une étant la sécheresse qui a été très dure, à Caracas l’eau est pratiquement distribuée via le pompage, elle atteint 1.000 mètres dans l’ensemble de la ville et 1800 mètres dans certains quartiers, or à cause de la guerre économique qui bloque les pièces de rechange, nous avons des détériorations dans le service de pompage de l’eau, » explique Moreno.

Le nouveau cadre institutionnel

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Un autre des points d’entrée contrôlés. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Le déploiement pour soutenir la barrière épidémiologique dans chacun de ses aspects implique l’action de nombreux acteurs simultanés et coordonnés. Les institutions concernées sont le ministère de la santé, la police, la mairie de Caracas, l’organisation politique, principalement le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et les différentes organisations sociales du territoire.

« C’est une approche avec une perspective de sécurité de l’État, qui n’a pas seulement un avantage institutionnel, mais qui repose fondamentalement sur la principale force que nous avons, qui est le tissu populaire, un tissu social qui a une série de leaderships organisés dans des instances de travail« , explique Moreno.

Chaque acteur joue un rôle dans un plan commun : la distribution de nourriture, les entrées et sorties de la zone démarquée, la tournée de porte à porte pour effectuer les dépistages, ou la désinfection des zones communes effectuée, par exemple, par les brigades de travail et de production communales :

« Nous avons deux brigades déployées pour effectuer des aspersions à hypochlorite, nous désinfectons les zones communes telles que les rampes, les escaliers, le parc, les murs où les gens s’assoient, les entrepôts, les épiceries, pour tenir à distance le foyer d’infection que nous avons dans la zone », explique Renny Colmenares, qui porte un costume qui couvre tout son corps avec une phrase écrite en chinois – plusieurs charters ont apporté des tonnes d’aide de Beijing.

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Lieu d’entrée dans le centre de tests du COVID-19. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Une autre des actions menées par l’organisation populaire est la sensibilisation, c’est-à-dire l’explication quotidienne du danger du COVID-19, de l’importance des mesures de sécurité, de l’utilisation de masques, de ne pas faire la fête, de rester à la maison. Cette tâche est effectuée de manière centralisée par ceux qui font partie de la communauté :

« Qui mieux que nous, les leaders de nos territoires, pour connaître notre communauté, les familles qui font la vie du quartier, pour donner des informations, pour expliquer que le danger est réel, que nous avons des cas d’infection dans notre espace, même si nous ne les voyons pas, mais qu’ils existent et qu’il faut éviter qu’ils ne se multiplient » explique-t-on dans un exposé de formation pour ceux qui doivent ensuite sensibiliser leurs points respectifs.

« Sans organisation populaire ce déploiement populaire ne serait pas possible à imaginer« , déclare Moreno. « C’est un échafaudage qui forme un nouveau concept d’institutionnalité.« 

Menace et unité

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Atelier de sensibilisation à COVID-19 pour les leaders de quartiers. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Nous combattons un ennemi commun et invisible. Cette situation a renforcé l’unité au sein des territoires, et a démontré l’avantage de l’accumulation de l’expérience, des situations comme celles-ci montrent ce que nous avons et ce qui nous manque » poursuit M. Moreno.

« Cette force n’est pas née avec le COVID-19. Des 20 dernières années, les cinq dernières ont été marquées par des situations de dégradation des conditions matérielles, ce qui a permis en même temps de développer des instruments qui se retrouvent au cœur de la lutte contre la pandémie, comme le Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). »

D’où l’existence d’une pratique organisationnelle au sein des quartiers, une connaissance des réponses aux urgences, des exercices de cartographie des territoires, avec des axes, des communautés, des îlots, des familles, afin de donner des réponses générales et personnalisées.

C’est une situation qui unifie toutes les forces sur le territoire avec des objectifs communs. « C’est une menace pour la vie, pas pour un parti, et si le chavisme a appris quelque chose, c’est bien d’unir et de se mobiliser face aux menaces » selon Moreno.

Cette mobilisation et cette unité sont stratégiques non seulement pour faire face à ce moment d’urgence et à d’autres qui viendront sûrement, mais aussi pour le prochain rendez-vous électoral des législatives du 6 décembre, qui bénéficiera de la participation d’une centaine d’organisations politiques et sociales, de tout bord idéologique.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/202007091092030015-la-estrategia-chavista-para-combatir-un-foco-de-covid-19-en-caracas/

Traduction : Thierry Deronne

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Elections, déconfinement, “monde d’après” : les initiatives du président Maduro

Appuyé depuis plusieurs années par des médiateurs comme l’espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, le gouvernement bolivarien a instauré le dialogue avec une partie importante des leaders de l’opposition vénézuélienne. Il existe en effet au Venezuela une opposition démocratique (qu’occultent ou dénigrent les grands médias). Elle est de plus en plus nombreuse à rejeter le putschisme, la déstabilisation violente et la corruption de Juan Guaido, hologramme médiatique jamais élu président mais autoproclamé comme tel par les Etats-Unis. L’incapacité de ce dernier à faire autre chose que d’exiger “plus de sanctions pour chasser Maduro”, s’emparer d’actifs de l’Etat vénézuélien ou préparer en solitaire la privatisation générale du pays en faveur des amis de Donald Trump lui a fait perdre la majorité de ses alliés au sein de l’Assemblée Nationale, dont la majorité des députés appartient à l’opposition.

A cause du chantage de l’aile putschiste sur le reste de la droite et des sabotages incessants de l’administration Trump/UE, ce dialogue a nécessité… près de 600 appels publics du président Maduro aux partis d’opposition. Il a finalement fonctionné. “C’est la première fois qu’une négociation entre le gouvernement et l’opposition génère des résultats positifs, le Venezuela dispose d’un Conseil National Electoral rénové, nous continuons à travailler avec dans l’agenda des garanties électorales plus nombreuses et meilleures” déclare Francisco Matheus, secrétaire d’organisation de Cambiemos, un des partis d’opposition dont le député Timoteo Zambrano salue “un pas en avant vers une solution pacifique contre le radicalisme des violents”. Le leader du parti d’opposition Soluciones, Claudio Fermin, voit dans les prochaines élections parlementaires “le chemin pour sortir de la guérilla, de la déstabilisation et de l’abandon de nos intérêts en faveur de l’étranger”. Même le journaliste Jesus Chuo Torrealba, ex-Secrétaire général de la “Mesa de la Unidad Democratica” qui regroupa un temps l’ensemble de l’opposition au “régime dictatorial”, semble s’être converti : “la perspective de la « rupture » et l’illusion de « l’invasion » étant derrière nous, la recherche du changement politique au Venezuela passe par le sauvetage de la politique comme rationalité et exercice, y compris dans sa dimension électorale.” Deux directeurs principaux du Conseil National Electoral nommés le 12 juin et quatre suppléants sont incontestablement liés à d’autres partis d’opposition anti-chaviste, à savoir Accion Democratica, Copei (démocratie-chrétienne) et le MAS.

Photos : (gauche) le nouveau Conseil National Electoral prête serment le 12 juin 2020. (droite) Le médiateur Jose Luis Rodriguez Zapatero à Caracas lors d’un de ses nombreuses réunions avec les partis d’opposition.

Depuis longtemps les ex-présidents Lula, Dilma Roussef, Evo Morales ou Rafael Correa, ont rappelé que Nicolas Maduro est un leader démocratique, légitimement élu. Pour Lula, il y a longtemps que Guaidó devrait être en prison pour les violences meurtrières qu’il a co-organisées et ses tentatives de coup d’Etat. Le dialogue politique permet d’envisager la tenue des élections législatives, ainsi que celle des gouverneurs et maires, cette année et la suivante, selon la décision finale que prendra le Conseil National Electoral. Le 14 juin Nicolas Maduro s’est exprimé à ce sujet : « Je crois en la voie électorale et démocratique ! Nous sommes prêts et disposés à nous lancer dans un nouveau processus électoral populaire, lorsque le Conseil National Électoral en décidera ainsi. C’est la Voie ! Respect des institutions et coexistence entre tous les Vénézuéliens. Nous gagnerons pour la paix !« . Le Venezuela continue à battre les records d’élections sur un continent où les régimes de droite veulent empêcher la population d’accéder aux urnes, en retardant le calendrier ou en emprisonnant les leaders progressistes.

La Covid sous contrôle

Des mesures précoces prises par Maduro comme le contact permanent avec la population à travers un questionnaire en ligne sur l’apparition des symptômes et le dépistage massif et gratuit, à domicile, du Covid-19, appuyées par la mobilisation conjointe du gouvernement, des forces armées bolivariennes et de l’organisation populaire, ont limité le nombre total de décès à 25, chiffre confirmé par l’OMS et qui contraste avec les hécatombes subies par les populations des régimes néo-libéraux latino-américains. Le Venezuela représente 0,2% des contagions et 0,4% des décès en Amérique du Sud , et a organisé le rapatriement de dizaines de milliers de vénézuélien(ne)s fuyant l’abandon sanitaire, la xénophobie, la surexploitation en Colombie, au Brésil, au Chili, en Equateur ou au Pérou. 80% des cas de personnes infectées au Venezuela proviennent de ces pays. Elles sont accueillies dans des centres de soins installés aux frontières, appuyés par des médecins cubains, équipés avec l’appui de la Chine, de l’Iran et de la Russie, pour y être traités gratuitement et accompagnés chez eux après un confinement de 20 jours. Parallèlement le gouvernement organise le déconfinement progressif des activités sociales, culturelles, et de 24 secteurs économiques ce lundi 15 juin (magasins, entreprises de livraison, blanchisseries, cafétérias, gymnases, centres commerciaux…). 

Penser le monde d’après

Pour le gouvernement bolivarien cette prudente sortie de la pandémie est aussi l’occasion d’approfondir la réflexion sur le monde d’après. Le 13 juin Nicolas Maduro a participé à une vidéo-rencontre internationale de 37 mouvements afrodescendants, intitulée: « Afro-réponses au racisme en temps de COVID-19« . Il y a réaffirmé “notre solidarité avec le réveil du peuple états-unien qui se bat pour l’égalité, contre le racisme et la brutalité policière. Il fait revivre les idéaux de Martin Luther King et de Malcom X. Le poids historique de la lutte des peuples d’origine de la mère Afrique se fait sentir”. L’ex-sénatrice colombienne et militante des droits humains Piedad Córdoba a rappelé que le Venezuela a pris depuis plusieurs années des mesures importantes contre le racisme. L’ex-sénatrice brésilienne Dulce Maria Pereira a rappelé : « cette pandémie a dénudé, par exemple, le fait que 56 pour cent de la population noire du Brésil reste exclue du système éducatif ou qu’environ 22 millions de Brésiliens n’ont pas accès à une eau de qualité« .

Le 11 juin le président Maduro a également organisé une vidéo-discussion de haut niveau avec les Présidents comme Miguel Díaz Canel, Daniel Ortega, Evo Morales et les Premiers ministres de l’ALBA-TCP comme Roosevelt Skerrit, Ralph Gonsalves, Gaston Browen ou Peter David, pour étudier et préparer ensemble les mesures d’une économie post-pandémique, et le relancement de l’ALBA : notamment à travers une institution financière qui puisse résoudre la déstabilisation de la région à cause de la pandémie de COVID-19, la réactivation de la monnaie indépendante, le SUCRE – Système Unitaire de Compensation Régional et la possibilité d’utiliser le Petro, la monnaie virtuelle vénézuélienne, pour les échanges dans la région. Autres points à traiter : le vaccin contre le COVID-19, la fabrication de ce vaccin dans le cadre de l’ALBA, la relance de la Banque de l’ALBA, la relance de PETROCARIBE.

licia-Bárcena-CepalAlicia Bárcena (photo), secrétaire générale de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) qui participait aussi à ce dialogue préparatoire de futures décisions, a condamné les “sanctions” – mesures coercitives unilatérales – des Etats-Unis contre Cuba et contre le Venezuela. Elle a averti que la pandémie COVID-19 engendrera la pire récession de l’histoire de la région, avec une baisse du produit intérieur brut (PIB) estimée à -5,3 % en 2020, en particulier en Amérique du Sud, avec un impact moindre sur les nations des Caraïbes. Pour elle, les gouvernements devraient établir un revenu de base d’urgence pendant six mois pour toute population vivant dans la pauvreté, équivalent à ce dont les gens ont besoin pour couvrir leur subsistance. Autre recommandation, éviter la destruction des capacités productives en édifiant une politique de subventions, en particulier aux petites et moyennes entreprises, et à moyen terme, changer de modèle de développement, en promouvant une structure productive plus équitable et durable, ce qui implique l’universalité des services tels que la santé, l’éducation et la nutrition. « Nous proposons la construction d’un État-providence et d’un système de protection sociale qui permettrait d’éviter une autre décennie perdue, qui nous a ramenés près de 25 ans en arrière dans les années 80 et 90 en matière sociale, et maintenant, si nous ne faisons rien, nous pourrions remonter près de 13 ans en arrière« .

Ignacio Ramonet a insisté sur le fait que “les pays du sud doivent s’unir pour dire non aux sanctions occidentales”, exiger l’annulation de la dette extérieure, relancer le projet de souveraineté alimentaire et renforcer des alliances dans le domaine des services de santé.

L’historien Vijay Prashad, directeur de l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale a présenté à Nicolas Maduro (photo) et autres participant(e)s un programme en 10 points pour le monde d’après. 

Vijay Prashad (Institut Tricontinental de Recherche Sociale) lors du vidéo-débat avec Nicolas Maduro, entouré de quelques ministres, et les dirigeants de l’ALBA-TCP

1. S’attaquer à la pandémie mondiale : “Augmentation de la production du secteur public en faveur des masques, des équipements de protection, des respirateurs, des hôpitaux de campagne et des tests pour l’ensemble de la population doit être centrale – comme c’est déjà le cas au Vietnam et au Venezuela. Contrôle par les travailleurs des conditions de travail doit être établi afin que les travailleurs – qui sont les mieux placés pour prendre ces décisions – puissent assurer un environnement de travail hygiénique. En l’absence d’une action publique adéquate, les gouvernements doivent créer des plans de travail pour embaucher des personnes pour des projets qui briseront la chaîne de contagion et assureront que les gens soient nourris, habillés et maintenus en bonne santé ; de telles actions publiques pourraient s’inspirer de celles des coopératives du Kerala et des Comités pour la défense de la révolution à Cuba. La main-d’œuvre des secteurs fermés – comme le tourisme – devrait être immédiatement embauchée pour des emplois qui permettront de contrer la pandémie.”

2. La solidarité médicale : “Un front uni des pays en développement doit rejeter le FMI et les limites imposées par les créanciers sur les salaires de l’administration publique ; à cause de ces limites, les pays en développement ont perdu du personnel médical au profit des États de l’Atlantique Nord. Les États doivent utiliser leurs précieuses ressources pour développer l’enseignement médical public et former des travailleurs de la santé au sein des communautés pour fournir des services de santé publique. L’internationalisme médical de l’ALBA – avec les brigades cubaines au premier plan – doit devenir un modèle pour le monde à travers l’OMS ; l’internationalisme médical chinois jouerait un rôle clé à cet égard, alors que les États-Unis quittent l’OMS. L’ensemble du secteur de la santé publique devrait être nationalisé et des centres médicaux plus petits devraient être créés afin que la population puisse accéder facilement aux installations de santé publique. Les gouvernements devraient se retirer des régimes d’assurance publics pour les soins de santé privés ; en d’autres termes, ne plus subventionner les soins de santé privés. Le système de santé publique doit être renforcé, y compris la production d’équipements médicaux et de médicaments et la distribution de médicaments essentiels (dont les prix doivent être réglementés).”

3. Propriété intellectuelle: “Les pays en développement doivent faire pression pour un réexamen d’accord qui confèrent des droits de propriété illimités à des biens qui devraient faire partie du patrimoine mondial. Cela s’applique directement au vaccin COVID-19, qui devrait être proposé sans considération pour la production dans les différents pays, mais s’applique également à tout médicament, dont beaucoup sont produits avec des fonds publics, et devrait s’appliquer aux technologies énergétiques qui nous feraient rapidement passer des combustibles fossiles aux combustibles renouvelables, ainsi qu’aux technologies de communication (comme la 5G). À court terme, les pays en développement doivent développer les mécanismes de transfert de science et de technologie entre eux.

4. Annulation de la dette : “Selon des estimations raisonnables, les pays en développement ont une dette extérieure de 11 milliards de dollars, le service de la dette de cette année étant estimé à 3 900 milliards de dollars. Avec la récession liée au Covid-19, de tels paiements sont impensables. L’allégement de la dette doit aller au-delà des 47 pays les moins avancés et inclure tous les pays en développement ; cet allégement ne doit pas seulement être un report, mais doit être une annulation de la dette (de la part des créanciers publics et privés).”

5. Solidarité alimentaire: “La moitié de la population mondiale luute contre la faim. La souveraineté alimentaire et la solidarité alimentaire sont des antidotes essentiels, comme l’ont démontré des plateformes telles que la Via Campesina. Dans la mesure du possible, le contrôle des entreprises sur l’agriculture doit être remis en question et la production alimentaire doit devenir une priorité des droits humains. Les fonds doivent être consacrés à l’expansion de la production alimentaire ; ces fonds doivent être investis dans des infrastructures de production agricole (y compris des projets d’expansion tels qu’une banque de semences de l’ALBA). Les systèmes universels de distribution alimentaire doivent être renforcés afin d’assurer aux agriculteurs des revenus plus élevés et de garantir la distribution de denrées alimentaires à la population. À son tour, un espace rural renforcé décongestionnerait les villes et attirerait les gens à vivre une vie plus significative dans les zones rurales.

6. Élargir et renforcer les services public:s:“Le choc de la pandémie a montré que le secteur privé n’est tout simplement pas capable de répondre aux urgences, et encore moins aux besoins humains. Les pays en développement doivent montrer la voie en édifiant un secteur public solide, non seulement pour la production de biens et de services essentiels (médicaments et nourriture), mais aussi pour tout ce qui est essentiel à la vie moderne – davantage de logements sociaux, de transports publics, de WiFi public et d’éducation publique. Permettre au secteur du profit de transformer ces parties de la vie humaine en marchandises a érodé notre capacité à construire une société civilisée.”

7. Taxer les fortunes: “Actuellement, environ 32 milliards de dollars traînent dans les paradis fiscaux offshore et des sommes inconnues ne sont tout simplement pas comptabilisées lorsqu’il s’agit de collecter des impôts. Deux choses sont nécessaires : premièrement, récupérer les flux financiers illicites et, deuxièmement, que les impôts sur les fortunes soient correctement appliqués aux échelons supérieurs de la bourgeoisie et des riches propriétaires terriens, ainsi qu’aux financiers et aux personnes impliquées dans la spéculation financière. Ces fonds seraient suffisants pour réorienter les priorités vers l’élimination de la pauvreté, de la faim, de l’analphabétisme, de la misère et du manque de dignité.”

8. Contrôle des capitaux: “Sans contrôle des capitaux, un pays n’a pas de souveraineté économique effective. Les pays en développement doivent créer une plate-forme internationale qui engage tout le monde à imposer des contrôles sur les capitaux ; c’est une question politique qui ne peut être mise en œuvre par un seul pays. Le contrôle des capitaux est une mesure prise par un gouvernement pour réguler les flux financiers à l’entrée et à la sortie du pays. Ces contrôles comprennent des taxes sur les transactions, des exigences minimales de détention et des limites sur la quantité de devises pouvant être transférées à travers les frontières. Le contrôle des capitaux et le contrôle démocratique sur la Banque centrale empêcheraient la fuite des capitaux et devraient donner aux gouvernements la souveraineté sur leur monnaie et leur économie.”

9. Le commerce régional sans le dollar: “La dé-dollarisation est un élément essentiel d’un nouveau programme. 60% des réserves mondiales sont en dollars et le commerce mondial se fait principalement en dollars. Le complexe Dollar-Wall Street a presque étouffé la finance et le commerce internationaux ; il n’est pas surprenant que les sanctions unilatérales des États-Unis soient capables d’avoir un impact catastrophique sur les pays non pas parce qu’ils dépendent du dollar mais parce que leurs partenaires commerciaux y sont plongés. Le dollar est devenu une arme pour miner le développement. Les systèmes de paiement alternatifs tels que le Sucre doivent être dépoussiérés et de nouvelles institutions financières mondiales doivent être créées pour faciliter les transferts électroniques. À court terme, une facilité régionale pourrait être créée sans le dollar, bien qu’il soit nécessaire de créer des institutions mondiales qui mettraient de côté l’immense avantage que le dollar en tant que monnaie mondiale donne aux États-Unis. Dans le même ordre d’idées, il est nécessaire de renforcer les blocs commerciaux régionaux qui accepteraient le troc comme mécanisme de paiement.”

10. Planification centralisée, vie décentralisée : “La pandémie nous a montré le pouvoir de la planification centrale et l’importance d’une action publique décentralisée. Les économies qui ne sont pas autorisées à planifier l’utilisation de leurs ressources ont été ébranlées par le virus. Des mécanismes participatifs de planification centrale doivent être mis en place à une échelle de plus en plus grande pour réorienter la production mondiale vers le besoin plutôt que vers le profit ; ces plans doivent être issus d’un maximum de contributions démocratiques et doivent être transparents pour le public. La planification centrale permettrait de nationaliser des secteurs tels que l’exploitation minière (y compris la production d’énergie), la production de plantations, la transformation alimentaire et le tourisme ; ceux-ci seraient placés sous le contrôle des travailleurs par le biais de coopératives. Il s’agirait d’un instrument visant à réduire les gaspillages. L’augmentation de l’auto-gouvernement local et de la production coopérative, ainsi que des associations populaires et des syndicats, rendra la vie sociale de plus en plus démocratique.”

Sources: http://mppre.gob.ve/2020/06/11/10-puntos-post-covid-19-de-vijay-prashad/ et http://mppre.gob.ve/2020/06/10/cepal-reitera-rechazo-sanciones-economicas-durante-conferencia-alba-tcp/

Texte et traductions : Thierry Deronne, Caracas, 14 juin 2020

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Le Venezuela au fond des yeux (5) : le collectif Cacri brosse la vie populaire en temps de pandémie

Cacri est un collectif vénézuélien qui a décidé de mettre la photographie dans la rue. Le groupe des sept ami(e)s est resté actif pendant la période de confinement que traverse le pays et profitent des heures ouvrables (les magasins essentiels ouvrent jusqu’à 14 heures) non seulement pour effectuer leurs emplettes ou démarches, mais aussi pour peindre le moment particulier que vit la nation caraïbe. Le collectif est composé des photographes Maxwell Briceño, Cacica Honta, Carlos Foucault, Marcelo Volpe, Nica Guerrero, Dikó Betancourt et Giuliano Salvatore.

Avant de sortir l’appareil photo, ils prennent toutes les mesures nécessaires pour prendre soin d’eux-mêmes et de leur entourage. Même si la production photographique n’est pas comparable à celle qu’ils ou elles menaient avant la pandémie, ils ont réussi à réaliser un travail important sur le travail de désinfection dans les rues, les visites médicales et le dépistage massif à domicile, la vie chez soi pendant le confinement et l’organisation du pouvoir populaire pour faire face aux problèmes sociaux. (NdT : au 23 mai 2020, le Venezuela a réussi à maintenir le nombre de décès à 10, chiffres confirmés par l’OMS. 74% des 1010 cas sont venus des pays voisins. Le gouvernement bolivarien a mis en place une vaste opération de rapatriement gratuit par les avions de la compagnie publique Conviasa ou d’accueil aux frontières, avec assistance médicale et logistique gratuites également, pour les dizaines de milliers de vénézuélien(ne)s en détresse, fuyant les régimes néo-libéraux qui ont laissé exploser l’hécatombe : Chili, Brésil, Colombie, Equateur ou Pérou.)

Les photographes de Cacri ont été parmi les rares à saisir les images de l’arrivée des premiers compatriotes revenant de Colombie. Ce fut pour eux une expérience unique. Ils n’avaient pas prévu de couvrir ce moment mais lorsqu’ils ont reçu la nouvelle, ils n’ont pas hésité une seconde.

Les compagnons de Cacri ont également documenté la façon dont la vie quotidienne des vénézuélien(ne)s a été transformée, en capturant dans leurs images la transformation de l’économie populaire et les alternatives que les gens ont imaginées pour rendre la pandémie plus supportable. Ils ont profité de cette période pour publier des travaux inédits, grâce à leur compte dans le réseau social instagram @cacriphotos, et continuent à se former à la photographie documentaire et sociale pour dire la patience du peuple vénézuélien.

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/coronavirus/historias-de-cuarentena-los-cacri-registran-las-dinamicas-del-pueblo/

Traduction : Thierry Deronne

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Comment une plate-forme en ligne a-t-elle aidé à combattre le Covid-19 au Venezuela ? par Jessica Dos Santos (RT)

On ne déplore que 10 décès au Venezuela depuis le début de la pandémie (chiffres confirmés par l’OMS dont les experts travaillent sur place) : l’ONU a demandé l’autorisation au Venezuela d’étudier son modèle pour le répliquer dans d’autres nations. Bien que les médias internationaux persistent à occulter ce succès et  ses facteurs – confinement précoce, masques généralisés, centaines de milliers de tests, etc… il en est un particulièrement peu connu et pourtant décisif : le « Sistema Patria« . Si un(e) citoyen(ne) présente des symptômes de Covid-19, il peut accéder en ligne au « Sistema Patria« , plate-forme bien connue, pour le signaler grâce à une enquête de dépistage composée de huit questions qui aident à déterminer si la personne a une fièvre supérieure à 37,5 degrés, des difficultés à respirer, une toux sèche, une congestion nasale, un mal de gorge, entre autres.

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Jessica Dos Santos est enseignante universitaire, journaliste et écrivaine vénézuélienne. Son travail a été publié dans des revues comme Épale CCS, 15 y Último et Desafíos. Elle est l’auteur du livre « Caracas en sandales » (2018).

Cette enquête, à laquelle chacun(e) peut répondre en permanence, et modifier les réponses au besoin toutes les 24 heures, a été réalisée par les autorités sanitaires du Venezuela en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Elle est obligatoire lorsque vous entrez dans le système, c’est-à-dire que vous ne pouvez faire aucun autre mouvement sans y répondre au préalable.

Lorsqu’une personne signale des symptômes positifs, les médecins et spécialistes vénézuéliens et cubains, selon le protocole sanitaire standard, se rendent immédiatement à son domicile pour vérifier à l’aide de tests rapides ou de PCR, si la contagion existe ou non, ce qui permet d’éviter le transfert du patient vers un centre de santé et réduit fortement les risques de propagation du virus. Au 9 mai 2020 le Venezuela se porte à la tête des pays d’Amérique Latine avec 507.119 tests, soit  16.904 par million d’habitant(e)s.

Si un cas est confirmé, les autorités hospitalisent la personne concernée et établissent la chaîne de contacts correspondante pour poursuivre les enquêtes.

Avant et après le virus

Ce système créé par le président Nicolás Maduro en décembre 2016, avait et a toujours pour but premier de faire face aux effets de la guerre économique états-unienne et d’évaluer la situation socio-économique de la population pour lui octroyer des allocations d’État. Environ 20 millions de Vénézuéliens sont inscrits sur la plate-forme depuis plusieurs années.

« Il a été utilisé pour faire des études socio-économiques, c’est-à-dire pour vous demander dans quel état est votre logement, si on a accès aux services publics, le type d’emploi que vous avez, et le niveau de revenus, votre situation géographique. C’est un moyen d’unifier les données sociales de la population pour orienter les mesures gouvernementales de protection, en fonction des ressources économiques existantes » explique Luigino Bracci, professionnel de l’informatique.

La nouvelle enquête permet à l’État d’utiliser la plate-forme pour faire un suivi du virus. « Et aussi, d’avoir une carte qui indique la localisation géographique exacte des personnes interrogées et leurs symptômes« , explique Mr. Bracci, ajoutant que si la personne répond depuis son téléphone portable, l’application permet même d’activer le système de géolocalisation (GPS).

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Le médecin et chercheur Ricardo León, directeur de l’Observatoire de l’impact sanitaire et social du Venezuela

Selon les experts de la santé, ces visites à domicile ont joué un rôle décisif pour aplatir la courbe d’infection. « Le « Sistema Patria » a été un outil puissant pour planifier et collecter le volume de données structurées et semi-structurées dont toute nation aimerait disposer« , explique Ricardo León, spécialiste en médecine interne et directeur de l’Observatoire de l’impact sanitaire et social du Venezuela (photo).

Grâce à cet outil, qui possède un domaine public, le Venezuela a pu prendre des décisions en temps réel, et même à l’avance, en matière de contrôle épidémiologique

Cette technologie a également permis la participation directe de la population au contrôle de la pandémie. « Grâce au système Patria, nous sommes connectés jour après jour avec les gens sur leur territoire et nous obtenons un grand volume de participation citoyenne qui nous permet d’obtenir des informations, de les traiter, d’avoir des résultats et d’agir en temps réel. C’est un outil formidable, bien qu’il soit peu utilisé encore en épidémiologie aujourd’hui. Il nous place à l’avant-garde« , ajoute le Dr León.

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Un travailleur de la santé prend des notes pendant que les migrants vénézuéliens attendent d’être contrôlés. 13 avril 2020. Luis Robayo / AFP

Photos : fuyant la xénophobie et la pandémie en Equateur, au Chili, en Colombie, au Pérou ou au Brésil où ils avaient émigré à cause de la guerre économique des USA contre le Venezuela, des milliers de vénézuélien(ne)s rentrent chez eux à bord d’avions publics activés par le gouvernement de Nicolas Maduro

Le gouvernement vénézuélien a fait du système « Patria » l’un des quatre points principaux de sa stratégie.

« Le gouvernement est très fier de ce système car on ne parle généralement pas du Venezuela comme d’un pays à la pointe de la technologie. Et quand on cherche parmi les pays qui ont utilisé la technologie pour combattre le covid-19, on trouve des exemples comme la Corée du Sud, connue pour son très haut niveau technologique, ainsi que la Chine« , explique l’expert en informatique Bracci, qui considère que la plateforme locale « a été assez bien faite » car « les applications pour androïde et ordinateur sont solides« .

Actuellement, la plateforme est également utilisée pour mesurer le degré de conformité avec les mesures de confinement et de prévention – dépistage, port de masque et désinfection des espaces publics mis en place au niveau national.

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Enquête sur la quarantaine et l’analyse de la situation du Covid-19 disponible sur la Plataforma del Carnet de la Patria https://www.facebook.com/CarnetDLaPatria/posts/1604564769697481

Aucun sectarisme

L’initiative a été critiquée par certains secteurs de la droite vénézuélienne qui affirment que la plate-forme « est discriminatoire ». L’argument qu’ils avancent est que de nombreux opposants au gouvernement ne sont pas enregistrés.

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Luigino Bracci, spécialiste en informatique

Pour Bracci la chose est facile à réfuter: « le fait que les allocations sont octroyées à l’ensemble de la population à travers le « Sistema Patria », a depuis longtemps conduit de très nombreuses personnes, de toutes les positions politiques, à s’inscrire sur la plate-forme. La meilleure preuve en est que lors des élections, le gouvernement du président Nicolas Maduro a obtenu environ 7.000.000 de voix, alors qu’on compte plus de 19.000.000 de personnes inscrites dans le « sistema Patria », ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un système réservé aux « chavistes« .

L’expert considère que ce système a un énorme potentiel. « Il pourrait aider à mettre en place un contrôle social, par exemple, pour exprimer les problèmes que nous vivons tous et que souvent les dirigeants ou les fonctionnaires, en raison de leurs multiples occupations, ne voient pas. En d’autres termes, les défaillances peuvent être détectées et faire l’objet d’une réponse rapide.« 

Par ailleurs le président Nicolás Maduro a précisé que ces visites à domicile réalisées grâce à l’enquête « ont permis d’améliorer la santé de la population en général » : dans certains cas en effet, alors que les personnes interrogées ne présentaient pas d’infection au Covid-19, « elles ont présenté d’autres pathologies requérant des soins« .

Les autorités vénézuéliennes estiment que sans cette méthode et sans les mesures de confinement, le pays compterait à cette heure 200.360 cas positifs et le nombre de décès dépasserait les 7.000. En revanche, la nation latino-américaine n’a enregistré jusqu’à présent que 381 infections et dix décès, chiffres confirmés par l’OMS.

Jessica Dos Santos

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Photo: Commune Socialiste « Altos de Lidice »

Source : https://actualidad.rt.com/actualidad/351545-venezuela-pandemia-coronavirus-plataforma-patria

Traduction : Thierry Deronne

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Le Venezuela commence à assouplir un confinement national de 45 jours, par Fania Rodrigues

Fania Rodrigues pour Opera Mundi, 5/5/2020.

La chercheuse Lily Michel Angeli, a pu quitter sa maison après 45 jours de confinement. Pour cette dame âgée « pouvoir se promener sur un kilomètre à la ronde autorisé par le gouvernement est salutaire pour se vider la tête, pour activer le système circulatoire et nous remplir de vitamine D, grâce au bain de soleil« .

Cependant, pour ce premier déconfinement temporaire, la circulation des personnes est encore modérée, à la différence d’autres pays où ce type de relâchement a entraîné une agglomération, comme en Espagne la semaine dernière. Pour le comptable Humberto Viera, les Vénézuéliens eux-mêmes ont préféré le confinement. « Les gens s’auto-confinent parce que même s’ils peuvent sortir de chez eux, ils ont encore un peu peur« , a-t-il déclaré.

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Fania Rodrigues, journaliste indépendante brésilienne, vit à Caracas.

M. Vieira se dit d’accord avec l’ouverture progressive et souligne que « si le gouvernement rend les choses plus flexibles, c’est parce que la situation ne va pas si mal. Si les gens quittent la maison et prennent toutes les précautions de sécurité, comme le port de masques, je ne vois pas de problème. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est se promener comme si rien ne s’était passé« .

Le commerce en général est resté fermé depuis le 14 mars, date à laquelle le coronavirus a atterri sur le sol vénézuélien. le confinement national décidé très tôt par le gouvernement, ce qui a suscité l’inquiétude des commerçants car l’économie du Venezuela était déjà affaiblie par les sanctions successives imposées par les Etats-Unis au cours des cinq dernières années.

Selon Licet Bustamante, patronne du Café Hilda, dans la région de Sábana Grande du district de Caracas, « nous voulons tous ouvrir le plus tôt possible, car l’économie était déjà compliquée avant la pandémie. Aujourd’hui, nous ne produisons plus que 10 % de ce que nous produisions avant la quarantaine. Mais nous pensons que l’ouverture doit être contrôlée, afin que la même chose ne se produise pas comme dans d’autres pays où il y a eu une ouverture et une nouvelle vague de contagion. Nous ne voulons pas que cela se produise. Le café compte 25 employés, mais seuls cinq travaillent. Nous leur avons demandé de ne pas venir travailler, mais nous garantissons le salaire de chacun. Nous envoyons également des masques et du gel à l’alcool« , explique-t-elle.

Tout comme au Hilda, les cafés, restaurants, boulangeries, marchés et pharmacies peuvent fonctionner jusqu’à 14 heures. Les clients n’achètent que pour emporter, car le service de table a été interdit. La plupart des restaurants ont donc dû fermer leurs portes pendant les premières semaines de quarantaine, car au Venezuela, il n’y a pas de culture du « Delivery ».

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Photo: Fania Rodriguez

Au 5 mai 2020, l’OMS confirme que le Venezuela compte un total de 367 cas d’infection depuis le début de la pandémie, avec 164 cas de guérison (soit 44% du total) et 10 décès seulement (soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s). 116 cas sont asymptomatiques : en fait, c’est grâce aux centaines de milliers de tests mis en place très tôt par le gouvernement que la courbe de la contagion a pu être cassée.

La boulangerie/snack-bar Moka, par exemple, a dû changer sa façon de servir. « Nous avons dû acheter une moto pour faire des livraisons et pouvoir continuer à produire. Ici au Venezuela, nous n’avions pas l’habitude de commander de la nourriture à la maison, mais je pense qu’après la pandémie, c’est une habitude qui restera« , dit Rodolfo Gonçalves, un des propriétaires de Moka.

L’entrepreneur pense déjà s’adapter aux temps nouveaux, en prenant comme référence ce qu’il voit dans d’autres pays. « La façon dont nous travaillons dans le commerce va complètement changer, ici et partout dans le monde. Les caisses de paiement de la boulangerie devront être protégées par du verre et je cherche un moyen d’adapter le service au public en fonction des nouvelles conditions sanitaires. Les masques et les gants sont là pour rester et le service aux tables de la cafétéria ne reprendra pas avant le vaccin contre le covid-19« , explique Gonçalves.

Pandémie et manque d’essence

Le Venezuela est confronté à un problème de pénurie d’essence en pleine pandémie en raison du blocus économique imposé par les États-Unis. En effet, la plupart des raffineries de l’État vénézuélien se trouvent en dehors de son territoire : aux États-Unis, à Aruba, à Curaçao et dans une entreprise pétrochimique en Colombie. Toutes sont bloquées.

Cette question affecte également l’agenda des fournisseurs de denrées alimentaires, en raison des limites imposées au transport terrestre. C’est également une question qui préoccupe le propriétaire de Moka. Selon M. Gonçalves, « le retard de livraison de nos fournisseurs a été de deux ou trois jours, ce que nous pouvons gérer en planifiant mieux nos commandes« .

Pour pallier le problème, le gouvernement vénézuélien a réactivé le mois dernier la raffinerie d’El Palito, située dans l’État vénézuélien de Carabobo. El Palito avait été fermé parce que le gouvernement vénézuélien n’était pas en mesure d’acheter les pièces nécessaires à l’entretien, généralement importées des États-Unis ou de ses alliés, qui sont les pays qui possèdent la technologie pour ce type d’équipement. En outre, le gouvernement de Nicolas Maduro a conclu un accord d’approvisionnement en essence avec le Mexique et l’Iran pour l’achat d’additifs chimiques utilisés dans la production du carburant.

F.R.

Source: Opera Mundi, https://operamundi.uol.com.br/coronavirus/64513/apos-45-dias-de-isolamento-nacional-venezuela-comeca-a-flexibilizar-quarentena

Traduction: Thierry Deronne

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L’ONU demande au Venezuela l’autorisation d’étudier sa stratégie de suppression de la pandémie pour la reproduire dans d’autres pays

La coordination du Système des Nations Unies (ONU) présente au Venezuela a demandé au gouvernement de Nicolas Maduro l’autorisation d’étudier sa stratégie de suppression de la pandémie de Covid-19. descarga (4)« Les experts utilisent l’expression de stratégie de suppression, ainsi qu’on appelle épidémiologiquement, et demandent l’autorisation d’étudier ce modèle pour pouvoir le reproduire dans d’autres pays » a déclaré la vice-présidente de la République, Delcy Rodriguez, au terme d’une réunion du groupe de travail permanent avec les experts onusiens, au palais présidentiel (photo).

Delcy Rodriguez a précisé que les responsables de l’organisme international ont valorisé le modèle et le parcours épidémiologique qui a permis au pays d’enregistrer un aplatissement de la courbe de propagation, depuis les diverses mesures appliquées de manière précoce jusqu’à l’assouplissement adapté de la quarantaine.

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Delcy Rodríguez, Vice-présidente de la République.

La vice-présidente a expliqué que l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) a accès en permanence aux résultats des diagnostics, et qu’elle a informé l’ONU de la deuxième phase de dépistage massif que le Venezuela mettra en oeuvre dans les prochains jours. « La massification des tests moléculaires va s’amplifier : rappelons que la méthode de santé publique populaire mise en place avec l’aide de Cuba (« Barrio Adentro ») nous permet d’aller de maison en maison, pour détecter et freiner la propagation du virus à la racine« . (1)

Anecdote significative : certains médecins des quartier chics de Caracas (fiefs de l’opposition de droite) ont refusé d’effectuer les tests par crainte d’être infectés, demandant aux médecins cubains de le faire, c’est-à-dire aux médecins qu’ils stigmatisent depuis toujours comme une « concurrence déloyale » à leur médecine commerciale (2). Le président Maduro a pour sa part salué la capacité des quartiers populaires, où vit la majorité sociale, de faire preuve d’une discipline, d’une patience et d’une unité qui ont permis de renforcer le confinement généralisé et le dépistage de masse. « Nous avons fait de grands progrès, mais nous n’avons pas encore terminé la première phase de tests. Nous planifions la seconde en détail« .

Depuis le début de la pandémie jusqu’au 1er mai 2020, et malgré le redoublement des sanctions états-uniennes qui l’empêchent d’acheter l’ensemble du matériel médical nécessaire, le Venezuela a limité à 10 le nombre de décès (soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s), et à 335 le nombre de personnes infectées (avec un taux de guérison de 43% parmi ces patient(e)s qui sont aussitôt pris en charge gratuitement). Pour consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/ (3)

Nicolás Maduro a estimé que si les mesures de confinement collectif n’avaient pas été prises à temps, le nombre de cas d’infection s’élèverait aujourd’hui à plus de 213.000. Il a rappelé les trois scénarios possibles selon les experts:

– Maintien du confinement : un deuxième foyer pourrait se produire mais rester sous contrôle.
– Assouplissement trop rapide du confinement : une deuxième épidémie serait pire que la première.
– Levée totale du confinement : une deuxième épidémie serait pire que celle enregistrée jusqu’à présent en termes de nombre de cas et de décès et serait incontrôlable jusqu’à l’année prochaine.

Le président bolivarien a précisé que le pays compte plus de 27000 lits d’hospitalisation et 4500 lits dans les unités de soins intensifs, avec une capacité suffisante pour traiter les cas de Covid-19, une fois qu’ils sont détectés grâce au dépistage massif et personnalisé, par les équipes médicales, lors des visites à domicile (voir « Le modèle vénézuélien… occulté par les médias).

Photos: 29 avril 2020. Dans l’Ouest populaire de Caracas, le personnel de santé du Centre de Diagnostic Intégral de la Pastora poursuit les visites à domicile. @ Jesus Garcia.

Alors que le virus explose et que la famine menace dans de nombreux régimes néo-libéraux d’Amérique Latine, un autre rapport onusien intitulé « La sécurité alimentaire sous la pandémie de Covid-19« , préparé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) salue également la politique du gouvernement bolivarien. Au chapitre «Perturbations dans la distribution et la commercialisation des aliments», l’exemple du Venezuela est salué parce que : «la Surintendance de la gestion agroalimentaire y a conçu un plan d’urgence pour garantir le fonctionnement du système agroalimentaire complet pendant la période de confinement (..) une série d’actions ont été mises en œuvre pour maintenir les indices d’approvisionnement des 12 aliments prioritaires qui font partie du panier de base, garantissant l’existence de la chaîne de distribution et la commercialisation ». (4)

Enfin Juan Pablo Bohoslavsky, un expert indépendant des Nations Unies, a demandé la levée urgente de toutes les mesures coercitives unilatérales (prises par les Etats-Unis et l’Union Européenne, NdT) contre le Venezuela, rappelant que ces mesures peuvent être considérées comme violatoires des droits humains en plus d’attenter contre la nécessaire lutte d’ensemble, sur le plan mondial, contre le Covid-19. (5)

Thierry Deronne, Caracas, le 1er mai 2020

Sources:

(1) Radio YVKE http://www.radiomundial.com.ve/article/onu-pide-autorizaci%C3%B3n-para-replicar-modelo-venezolano-de-supresi%C3%B3n-del-covid-19,

(2)  Madelein Garcia (Telesur): https://twitter.com/i/status/1256355192355917824

(3) Radio Alba Ciudad: https://albaciudad.org/2020/05/venezuela-registra-dos-nuevos-casos-de-covid-19-y-la-cifra-de-contagios-se-ubica-en-335/

(4) MPPRE http://mppre.gob.ve/2020/04/28/fao-destaca-ejemplo-venezuela-distribucion-comercializacion-alimentos-bajo-pandemia/

(5) MPPRE http://mppre.gob.ve/2020/04/15/experto-onu-levantar-medidas-coercitivas-unilaterales-covid-19/

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5i9

« Face à l’inconnu… la Pandémie et le système-monde » (et Cuba, et le Venezuela..) par Ignacio Ramonet

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Ancien directeur du mensuel Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet  est actuellement directeur de l’édition espagnole du Monde diplomatique1 et président de l’Association Mémoire des luttes2. Il est également éditorialiste de politique internationale à l’agence Kyodo News (Tokyo), à l’agence Inter Press Service (IPS)3, à Radio Nederland (Amsterdam), au quotidienEleftherotypía (Athènes) et au journal d’information numérique Hintergrund en Allemagne.

Ignacio Ramonet vient de rédiger une dense étude de 26 pages sur la pandémie du Covid-19, où il démonte notamment l’idée qu’elle aurait pris l’humanité par surprise, et en particulier les grandes puissances. De nombreuses études et rapports de services de renseignement l’annonçaient : “La plus importante, peut-être, de ces analyses a été présentée en novembre 2008 par le National Intelligence Council (NIC), le bureau d’anticipation géopolitique de la CIA, qui a publié pour la Maison Blanche un rapport intitulé Global Trends 2025 : A Transformed World”, précise Ramonet. “Ce document confidentiel comprenait des recherches d’environ 2.500 experts indépendants d’universités de 35 pays d’Europe, de Chine, d’Inde, d’Afrique, d’Amérique Latine et du monde arabo-musulman.

Avec un sens inhabituel de l’anticipation, il annonçait avant 2025 l’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine, hautement transmissible et virulente pour laquelle il n’existe pas de contre-mesures adéquates, et qui pourrait devenir une pandémie globale » souligne-t-il. Ramonet explique qu’un rapport plus récent, réalisé par le Pentagone en 2017 (alors que Trump occupait déjà la Maison Blanche), a confirmé que l’alerte de ‘« la menace la plus probable et significative pour les citoyens étasuniens est une nouvelle maladie respiratoire”. Ramonet rappelle également des avertissements de l’Organisation Mondiale de la Santé et de plusieurs scientifiques.

L’étude fait un tour d’horizon de toutes les conséquences avérées ou possibles de la pandémie sur les plans social, technologique, économique et politique, tel l’avènement du capitalisme numérique : « La quarantaine mondiale menace, sur toute la planète, la survie économique d’innombrables entreprises de divertissement, de culture et de loisirs (théâtres, musées, librairies, cinémas, stades, salles de concert, etc.) D’autre part, les mastodontes numériques tels que Google, Amazon, Facebook ou Netflix, qui dominaient déjà le marché, connaissent un grand moment de triomphe commercial. L’injection massive d’argent et, surtout, de macro-données qu’ils reçoivent leur permettra de développer de manière exponentielle leur maîtrise de l’intelligence algorithmique. Pour dominer encore plus, à l’échelle mondiale, la sphère de la communication numérique. Ces gigantesques plates-formes technologiques sont les gagnants absolus, en termes économiques, de ce moment tragique de l’histoire. Cela confirme que, dans le capitalisme, après l’ère du charbon et de l’acier, l’ère des chemins de fer et de l’électricité, et l’ère du pétrole, le temps est venu pour les données, la nouvelle matière première dominante de l’ère post-pandémique.« 

Sur le plan médical, l’auteur souligne l’importance de la solidarité de Cuba avec d’autres pays dans la bataille contre le Covid-19, malgré les dommages causés par le blocus des États-Unis. “L’île a été la première à venir en aide à la Chine quand la pandémie a éclaté. Depuis lors, les autorités cubaines n’ont cessé d’envoyer des brigades de médecins et de personnel sanitaire pour combattre le Covid-19 dans une vingtaine de pays, répondant aux demandes angoissées de leurs gouvernements (..) Le monde est en train de découvrir ce que les principaux médias dominants internationaux ont essayé de cacher jusqu’à présent : Cuba est une superpuissance médicale.« 

Le journaliste et spécialiste de la communication évoque également l’importance du modèle vénézuélien : « De nombreux experts considèrent que l’Islande et la Nouvelle-Zélande, ainsi que la Corée du Sud, sont les nations qui ont le mieux fait face à la pandémie. Mais il faut ajouter le cas du Venezuela. Bien que les médias internationaux dominants refusent de l’admettre, le président Nicolas Maduro a été, en Amérique du Sud, le leader qui a le plus rapidement compris comment agir de manière drastique contre l’agent pathogène. Grâce à la batterie de mesures (confinement, fermeture des frontières, fouilles volontaires de maison en maison, hospitalisation de toutes les personnes positives) décidées par son gouvernement – et malgré le blocus économique, financier et commercial illégal imposé par les États-Unis, et les menaces militaires -, le Venezuela a pu éviter les erreurs commises en Italie, en Espagne ou aux États-Unis et sauver des centaines de vies. La « méthode du Venezuela » s’est avérée être l’une des plus efficaces au monde. L’OMS a reconnu que le nombre de personnes infectées au Venezuela est plus faible en Amérique latine qu’au Brésil, au Chili, en Équateur, au Pérou, au Mexique, au Panama, en République dominicaine, en Colombie, en Argentine, au Costa Rica, en Uruguay, au Honduras et en Bolivie.« 

Note de Venezuelainfos: depuis le début de la pandémie jusqu’au 29 avril 2020, le Venezuela a limité à 331 le nombre de personnes infectées. Sur ce total on ne compte que 10 décès, soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s. 142 patient(e)s sont guéri(e)s (soit un taux de guérison de 42,9 %). 89 continuent à recevoir des soins dans les hôpitaux, 66 dans les Centres de Diagnostic Intégral (CDI), et 24 dans les cliniques. Pour consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/

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Photo: Des milliers de vénézuélien(ne)s rentrent chez eux, fuyant le Covid-19 qui explose en Colombie, au Pérou, au Brésil et en Équateur. Malgré les attaques contre sa monnaie, la guerre des prix menée par le secteur privé, la chute des cours du pétrole et le blocus maritime des Etats-Unis, le gouvernement bolivarien s’efforce de maintenir une assistance sociale de base. Pour ces citoyen(ne)s arrivant à la frontière, le protocole de sécurité vénézuélien prévoit une assistance médicale totalement gratuite, des tests obligatoires et un confinement de 15 jours avant de se rendre dans leur État. Des refuges de confinement et des autobus publics ont été mis en place pour transporter ensuite, gratuitement, les personnes concernées chez elles. (Note de Venezuelainfos)

Sources: Prensa Latina et traduction FR de l’étude par Jean-Claude Romettino.

Lire aussi: Covid-19, le modèle vénézuélien… occulté par les médias

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Covid-19: le modèle vénézuélien… occulté par les médias

Au 5 mai 2020, l’OMS confirme que le Venezuela compte un total de 367 cas d’infection depuis le début de la pandémie, avec 164 cas de guérison (soit 44% du total) et 10 décès seulement (soit un taux de 0,3 par million d’habitant(e)s). 116 cas sont asymptomatiques : en fait, c’est grâce aux millions de tests mis en place très tôt par le gouvernement que la courbe de la contagion a pu être cassée (1). Face au blocus et aux sanctions renforcées par l’administration Trump, le pont aérien de la coopération chinoise et russe, mais aussi de l’OMS et de la Croix Rouge, se poursuit. Des centaines de tonnes de gants, masques, blouses, kits de dépistage débarquent depuis des semaines.

Conscience et discipline populaires, densité du réseau des centres de santé publique « Barrio Adentro », s’ajoutent aux confinement général, tests massifs et port de masques décidés avant toute infection par le Président Nicolas Maduro. « Les faits parlent d’eux-mêmes » explique l’ex-Président Rafael Correa pour qui le Venezuela freine de manière exemplaire le Covid-19 en Amérique Latine alors que par contraste les régimes néo-libéraux font passer l’économie avant la vie, provoquant la mort de milliers de femmes et d’hommes.

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Le Ministre des Affaires Étrangères Jorge Arreaza salue une équipe de l’ONU à Caracas.

Le succès du Venezuela s’explique aussi par la mise en ligne d’une enquête gouvernementale sur la plate-forme « Carnet de la Patria » créée à l’origine pour connaître les besoins des familles populaires face à la guerre économique états-unienne. Au 20 avril 18.637.699 citoyen(ne)s y ont répondu, et pour certain(e)s, déclaré des symptômes qui ont permis aux médecins de les visiter rapidement pour effectuer le test de dépistage. Sans oublier la mission sociale « Barrio Adentro« , système de santé créé avec l’aide de Cuba, qui aide à massifier les tests. Plus de 300.000 tests ont déjà été effectués.

Pourquoi les grands médias le cachent-ils ? Pourquoi cachent-ils les mesures de protection des travailleurs décrétées par le Président Maduro ? Pourquoi cachent-ils le retour de milliers de vénézuélien(ne)s fuyant le Covid-19 qui explose en Colombie, au Pérou et en Équateur – principales destinations d’une migration économique qui avait fui les effets du blocus états-uniens (et attribuée par les médias à la « faillite du socialisme ») ?

La réponse réside dans le fait que ces pays n’offrent pas de solution sociale pour prendre en charge ces personnes, dont la plupart sont des travailleur(se)s indépendant(e)s. Les routes de Colombie sont à nouveau pleines d’immigrant(e)s, mais cette fois dans l’autre sens. Malgré les attaques contre sa monnaie et le blocus maritime des Etats-Unis, le gouvernement bolivarien s’efforce de maintenir une assistance sociale de base. Et comme l’explique la journaliste brésilienne vivant au Venezuela, Fania Rodrigues, c’est ici, au Venezuela, que vivent leurs parents et que sont leurs racines. Pour elles et eux, à la frontière, le protocole de sécurité vénézuélien prévoit une assistance médicale totalement gratuite, des tests obligatoires et une quarantaine de 15 jours avant de se rendre dans leur État. Des refuges et des autobus de l’État ont été affectés à cette quarantaine, pour transporter ensuite les personnes concernées chez elles. C’est le cas des 910 vénézuélien(ne)s rentré(e)s la semaine dernière du Brésil. Logés, nourris, confinés quelques jours avant de rentrer chez eux avec l’appui logistique du gouvernement, ils ou elles ont aussitôt reçu des masques et passé le test de dépistage.

Thierry Deronne, Caracas, le 20 avril 2020.

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photo: Marco Teruggi – Sputnik New

Le porte-à-porte : comment le Venezuela, avec les médecins cubains, stoppe le coronavirus

Outre la quarantaine, les visites à domicile que les médecins effectuent pour détecter les cas de contagion et les traiter précocement sont une des stratégies de lutte contre le coronavirus. Beaucoup de ces médecins sont Cubains et se promènent tous les jours dans les quartiers avec leur blouse blanche et leur masque. Le journaliste Marco Teruggi qui réside au Venezuela suit cette bataille menée pied à pied dans les quartiers populaires.

Aller chercher les cas d’infection par le coronavirus même à l’intérieur des maisons. C’est ce que l’on appelle l’approche « porte-à-porte », une des méthodes les plus efficaces mise en œuvre au Venezuela, avec la quarantaine, pour faire face à la pandémie de COVID-19.

La scène se répète chaque jour depuis le début du déploiement de la stratégie contre le SRAS-CoV-2, peu après la confirmation des premiers cas dans le pays le vendredi 13 mars. Actuellement, dans le seul État de Miranda, dans le centre-nord du Venezuela, au moins 1.500 médecins cubains pourvus de masques parcourent les quartiers en blouse blanche, remplissant des formulaires avec les renseignements sur les personnes qu’ils visitent à domicile.

Il ne s’agit pas de visites aléatoires. Le déploiement se fait à partir d’une base de données recueillies par l’enquête menée par le gouvernement par le biais d’un système de stockage de données numériques — appelé Plataforma patria — permettant à ceux qui présentent des symptômes d’informer sur leur situation.

Ainsi, au lieu d’avoir un afflux dans les centres de santé, les médecins vont vers ceux qui peuvent être infectés par le COVID-19.

« Nous allons, médecins, infirmières, personnel de laboratoire, à la recherche des maisons où vivent des gens qui ont été en contacts avec des personnes de l’étranger et des gens qui ont des symptômes et qui l’ont signalé par l’intermédiaire de la Plataforma patria », explique Rafael Crespo Plasencia, un médecin récemment arrivé de Cuba pour se joindre à la lutte contre le coronavirus.

Le travail est également pédagogique : « Il y a encore des gens qui ne perçivent pas le risque, ils ne se sont pas très bien informés malgré tous les réseaux d’information, la radio, la télévision. Chez eux, on leur explique qu’ils doivent utiliser un masque et comment se laver les mains ».

Dans leur grande majorité, les gens respectent les règles, même si, lors d’une visite d’un quartier populaire de Petare dans la périphérie de Caracas, Plasencia fait remarquer que certaines personnes n’utilisent toujours pas de masque lorsqu’elles sont, par exemple, à la porte de leur maison. C’est le manque de perception du risque, insiste-t-il.

Comment fonctionne le système de santé vénézuélien ?

Le Centre de Diagnostic Intégral (CDI) de San Miguel Arcángel, ou Cimetière de Petare, comme on l’appelle dans le quartier, est situé sur une avenue principale. Derrière, un des nombreux quartiers de Petare s’élève sur une colline à travers des ruelles étroites, des passages, des escaliers, un labyrinthe pour qui ne connaît pas.

Spoutnik / Marco Teruggi
CDI à Petare : visite porte-à-porte des médecins cubains

Les CDI font partie du second niveau de la santé : au premier niveau se trouvent les cliniques Barrios Adentro, et au troisième les hôpitaux. Les CDI, ainsi que les salles de consultation, font partie de l’architecture sanitaire développée pendant la révolution bolivarienne en collaboration avec la mission médicale cubaine dans le pays.

L’une des clés de ce système se fonde sur deux éléments centraux: la prévention et la participation de la communauté, qui font partie des piliers actuels de la stratégie de lutte contre le coronavirus.

Spoutnik / Marco Teruggi
Le Dr. Rafael Crespo Plasencia s’entretient avec une femme
qui reçoit une visite à son domicile

Le personnel de santé qui sort chaque matin pour visiter le quartier à partir du CDI est accompagné d’une personne qui appartient à l’une des formes d’organisation populaire qui existent dans le quartier, comme les conseils communaux, les communes, les comités locaux d’approvisionnement et de production.

« Nous accompagnons les médecins dans les visites à domicile, nous sommes toujours là, parce que nous connaissons notre communauté, nous connaissons les cas, sinon ils sont un peu perdus lorsqu’ils arrivent », explique Norma Josefina Urbina, membre du conseil communautaire, qui accompagne Plasencia et le groupe de santé qui visite le quartier escarpé.

À côté de la base de données numérique, ils sont l’autre grande force pour les  personnes infectées par le coronavirus. Ils savent qui vit dans les maisons, les personnes les plus à risque, celles qui ont présenté des symptômes et ne les ont pas signalés. Ils guident les médecins cubains et vénézuéliens en connaissant la région.

L’objectif est « de détecter toute personne présentant des symptômes, notamment respiratoires, et de visiter pour vérifier l’état de santé des groupes les plus vulnérables, les personnes âgées, les femmes, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques », explique Carlos Luis Oliver Santana, un médecin cubain qui travaille dans le pays depuis un an.

Au total, 11 988 personnes ont déjà été visitées, sur les quelque 37 000 qui vivent dans le rayon d’action du CDI du Cimetière de Petare. Le travail est quotidien, constant.

Dans les maisons, ils parlent aux gens, posent des questions sur d’éventuels symptômes, entrent en contact avec des personnes qui sont revenues de l’étranger ou qui ont eu le virus et « si nous constatons des symptômes ou des preuves », la personne est alors transférée au CDI et « subit gratuitement le test rapide ».

Le Cimetière de Petare

Petare se situe dans l’État de Miranda, où vivent environ 3 millions de personnes. Il y a 60 DCI pour ce territoire, dont 38 sont des DCI sentinelles, qui assurent une surveillance 24 heures sur 24 pour faire face à la pandémie : « Ils s’occupent de toutes les pathologies, mais seules les affections respiratoires liées au coronavirus sont admises », explique Angel Sierra, le médecin-chef adjoint de l’État.

Spoutnik / Marco Teruggi
Admission au cimetière du CDI à Petare où un médecin reçoit
les personnes susceptibles d’être atteintes du coronavirus

Le CDI Cimetière de Petare est l’une de ces 38 sentinelles et a été équipé pour mener à bien cette mission. À l’entrée, un médecin protégé de la tête aux pieds par une combinaison complète, des gants, un masque et des lunettes de protection, reçoit les patients qui présentent des symptômes.

Les patients sont ensuite soumis à un test rapide pour savoir s’ils sont positifs au COVID-19. « Ils ne vont nulle part ailleurs, sauf s’ils sont testés positifs ou s’ils présentent des symptômes du virus sans être positifs, ou s’ils sont positifs sans symptômes », explique Santana.

Spoutnik / Marco Teruggi
Test de coronavirus sur une patiente au cimetière de Petare de l’ICD

S’ils se trouvent dans l’une de ces situations, ils sont admis à l’unité de soins intensifs où ils sont isolés, placés en observation pendant 14 jours — le temps d’incubation du virus ­— et reçoivent les différents médicaments, comme l’interféron, pour renforcer leur système immunitaire.

Une fois sortis de l’hôpital, « un médecin leur rendra visite à domicile pendant sept jours pour s’assurer qu’il n’y a pas de symptômes ».

Sierra explique qu’ils disposent « de toutes les ressources, fournitures, médicaments et équipements pour traiter le coronavirus dans tous les DCI ». À Miranda, sur 2.198 membres de l’équipe sanitaire cubaine, 1.600 en moyenne vont enquêter, tandis que le reste garantit les soins.

« Entre 49 000 et 52 000 patients sont vus chaque jour, et 500 sont détectés avec des symptômes respiratoires chaque jour ».

Coronavirus au Venezuela : un modèle de lutte

Le système du porte-à-porte a été couronné de succès au Venezuela. C’est une méthode qui s’appuie sur ce qui avait déjà été construit en termes de santé et d’organisation populaire, renforcée par l’arrivée d’apports médicaux de pays tels que la Chine, la Russie, Cuba, ainsi que d’agences internationales comme la Croix-Rouge et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le bras régional de l’OMS.

Sa mise en œuvre a permis de combattre le coronavirus, un dépistage dans chaque foyer pour le détecter précocement et éviter les complications chez les patients, couper les chaînes de transmission, empêcher son expansion — qui peut être très rapide, comme cela a été montré dans d’autres pays, l’Italie et l’Espagne par exemple.

C’est en partie pour cette raison que la courbe reste plate au Venezuela. Le rôle joué par l’aide cubaine est central, tout autant qu’il l’a été dans la construction d’une partie du système de santé dès le début de la révolution bolivarienne. Les médecins sont là, tous les jours, dans les collines, en blouse blanche, avec leurs masques, qui vont porte après porte, posent des questions, donnent des conseils, contribuant ainsi à la lutte contre la pandémie.

Marco Teruggi

Source : https://mundo.sputniknews.com/america-latina/202004171091154019-a-la-caza-casa-por-casa-asi-frena-venezuela-el-coronavirus-y-con-medicos-cubanos/

Traduction : Venesol

Note: (1) pour qu’on puisse consulter les chiffres du Covid-19 au Venezuela et dans le monde, l’OMS a mis en ligne une carte en temps réel: https://covid19.who.int/

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