Comment vit-on dans une commune du grand Caracas ? par Michele de Mello (Brasil de Fato)

Par la journaliste Michele de Mello, Brasil de Fato | São Paulo (SP), 5 juin 2019.

Applaudissements et rires à gorge déployée pour l’avant-première du film « Commune« . En seulement 18 minutes de projection, le public se multiplie par trois dans le secteur de la “redoma”, au centre du quartier populaire du Lídice, La Pastora, quartier historique de la zone centrale de la capitale où vivent 130 000 vénézuélien(ne)s et qui compte encore des maisons de style colonial dans sa partie basse.

Le mouvement des gens du quartier, traversé par les motos aux klaxons aigus, les enfants jouant au ballon et les chiens à la recherche de restes, s’interrompt pour la projection de la production de Terra TV qui raconte la vie quotidienne de la Commune socialiste de Altos de Lídice. Celle-ci célèbre ce 3 juin 2019 un an d’existence.

Les enfants regardent le documentaire sur la commune. (Photo : Carolina Cruz)

Cette soirée d’un lundi ordinaire sur une colline de Caracas, acquiert un charme supplémentaire lorsque des dizaines de personnes, les yeux rivés sur le mur de l’école maternelle du quartier, se voient, reconnaissent leurs voix et observent le résultat de leurs efforts.

La Commune Socialiste d’Altos de Lídice rassemble 350 familles à travers sept conseils communaux (Bosque, La Redoma, Poder y Union, el Rosario, Madre de Dios, Tres Uniones, Vista Bonita). C’est la première commune fondée dans le quartier populaire de La Pastora et la centième organisation communale du Grand Caracas.

Jésus Garcia, 26 ans, militant du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’un des fondateurs de la commune, se remémore une année de construction, les yeux mi-clos: « Je suis très fier, satisfait, je voudrais obtenir le double de tout ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Ce que nous avons fait est héroïque, toute cette construction a coûté beaucoup d’efforts, non pas parce que les gens ne veulent pas, mais à cause du moment que nous vivons. Sanctions, blocus, bureaucratie et réformisme. Il est très réconfortant qu’il y ait encore aujourd’hui des gens qui croient en Hugo Chávez, qui impulsent l’État communal« .

Le premier anniversaire de la commune d’Altos de Lídice. (Photo : Carolina Cruz)

Commune ou rien

Les communes sont des formes d’organisation populaire, territoriale et productive, dont le modèle économique se base le bien commun et la propriété commune. Cette forme a été promue par l’ancien président Hugo Chávez, en particulier au cours des dernières années de son mandat. Dans l’un des discours les plus connus de Chávez, intitulé « le coup de timon« , le chef d’État avait fait une série d’autocritiques sur le processus de la révolution bolivarienne, concluant sur un “commune ou rien!” comme méthode pour avancer dans le socialisme.

Et les vénézuéliens ont répondu à l’appel. Selon le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux, il y a aujourd’hui près de 48.000 conseils communaux et 3.115 communes créées au Venezuela. Rien qu’en mai de cette année, 20 autres ont été enregistrées légalement.

La multiplication est due, entre autres facteurs, au succès de l’expérience. « Beaucoup de gens ne s’étaient pas intégrés mais dernièrement, quelle que soit l’activité que nous faisons, nous voyons arriver davantage de participant(e)s et c’est gratifiant, cela montre que ce que nous faisons n’est pas vain« , dit Betty Valecillos, 26 ans, assistante administrative et membre de l’équipe de santé de la commune.

Betty Valecillos explique qu’elle s’est trouvé une famille dans la commune. (Photo: Michele de Mello)

Pour le bien commun

En 12 mois de construction communale à Altos de Lídice, il a été possible d’inaugurer une pharmacie communale, avec des médicaments donnés par des organisations de gauche de l’étranger. La pharmacie offre des médicaments – si difficiles à trouver en période de blocus – aux communard(e)s, la priorité étant donnée aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes.

Un autre domaine dans lequel de grandes nécessités ont été produites par les sanctions états-uniennes est celui de l’alimentation. En plus de garantir la distribution d’aliments à bas prix via les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les membres de la Commune Altos de Lídice prévoient également d’ouvrir un restaurant communal pour garantir les repas aux populations les plus vulnérables du secteur. Pour déterminer qui en bénéficiera, l’équipe de santé, en collaboration avec les médecins de la Mission sociale « Barrio Adentro », procédera à un recensement, une pesée et une consultation de chaque habitant(e) de la zone communale.

En plus d’améliorer le régime alimentaire, on stimule la coopération entre les communes afin d’assurer une alimentation moins chère. En un mois seulement, deux marchés communaux ont eu lieu, en mettant en vente notamment des produits des Communes El Maizal, dans l’état de Lara, San Martín dans le quartier San Juan, dans la zone ouest de Caracas, et El Panal 2021, dans le quartier 23 janvier, près du Palais présidentiel de Miraflores, dans le centre de la capitale. Café, pain, sardines, sardines, légumes, un peu de tout, produit par tous, pour tous.

On a également réussi à planter du maïs et des poivrons sur la partie la plus haute du “barrio”, là où ce quartier populaire touche les limites du Parc National Warairarepano, qui s’étend tout autour de Caracas.

En écoutant les témoignages, on peut voir qu’un autre aspect qui génère l’unité d’action des habitants autour de la commune est le besoin de services publics. Afin de garantir la propreté des rues et le bon fonctionnement de tout ce qui est d’utilité publique, la Commune a créé une Brigade d’Entretien qui répond aux besoins quotidiens en eau, mais coordonne également le système de collecte sélective et de recyclage des ordures, qui a déjà recueilli 200 kilos de matières recyclables pour générer des revenus aux habitants.

Le service d’eau n’est pas encore continu, mais aujourd’hui, la société publique Hidrocapital a distribué des dizaines de réservoirs d’eau dans toute la communauté et l’approvisionne régulièrement en camions-citernes.

Après avoir lu la liste des objectifs atteints et de quelques autres, Jésus ajoute: « Nous célébrons l’effort et la victoire. Elle est due à la patience, à l’effort et à la volonté de vivre mieux, de vivre dans un monde meilleur. Même si les oligarchies historiques nous ont envoyés vivre ici dans des baraquements, sur les hauteurs, cela ne veut pas dire que nous devons vivre mal« .

Reconnaissance internationale

Lors de la célébration de l’anniversaire, avec gâteau et chanson traditionnelle, les communard(e)s ont reçu des messages de soutien du Brésil, de la Colombie, de l’Argentine et des Etats-Unis.

Le travail ne s’arrête pas. Dimanche prochain, de nouveaux délégué(e)s des conseils communaux seront élus pour un mandat de deux ans. Ensuite, il s’agira de former le parlement communal, puis la banque communale, chargée de créer des liens communautaires et de gérer l’argent produit par la commune.

Le parlement communal serait la plus haute instance d’autonomie, composé de trois délégué(e)s des unités sociales productives créées au sein de la commune, un représentant de chaque conseil communal et un représentant de la banque commune.

Ces structures de base sont prévues par la Loi Organique des Communes, promulguée en 2010 pour donner un caractère constitutionnel à l’initiative. Avec la législation a été créé le Ministère des Communes, qui en plus de promouvoir la création de propriétés communales, conseille l’organisation et offre un soutien financier, politique et technique.

Obstacles à l’intérieur de l’État

Lorsqu’un collectif propose de créer un nouveau modèle socio-économique à l’intérieur des structures de l’ancien modèle de production, des contradictions apparaissent. Le délégué du comité des finances et l’un des fondateurs de la commune, Jizeeh Luy, un commerçant de 60 ans, ne s’en cache pas : « être membre d’une commune fait de vous une personne très critique vis-à-vis de l’Etat”.

« Nous nous engageons à former une commune dans la partie basse du quartier. Ce serait formidable, parce que nous aurions plus de force pour réclamer l’approvisionnement en eau » dit Jizeeh Luy. (Photo : Michele de Mello)

Le prochain grand défi est de résoudre le problème les transports publics à Altos de Lídice. En raison du blocus états-unien, les pièces de rechange sont difficiles à trouver, de sorte que les propriétaires d’autobus et de fourgonnettes privées ne veulent pas monter la colline pour éviter l’usure des véhicules. Et les unités de transport public sont également arrêtées par manque de pièces de rechange.

La proposition des communard(e)s est que la mairie ou le gouvernement du district de la capitale leur donne une partie des bus avariés, à l’arrêt depuis des mois, voire des années, dans des aires de stationnement des institutions publiques. Toutefois, puisqu’il s’agit de biens publics, ils ne peuvent pas être remis aux citoyen(ne)s.

« Mais si vous êtes en pleine guerre, et que vous n’avez pas la possibilité de résoudre le problème du transport et si une commune se montre capable de résoudre un véhicule et de résoudre ce problème, c’est quelque chose qui pour nous est illogique de la part de l’Etat et qui nous remplit d’impuissance, que nous ne puissions résoudre un problème de transport pour nous, simplement parce qu’un fonctionnaire nous dit que c’est très difficile de nous donner une concession. Ah, mais pour une entreprise privée, c’est possible, d’importer des bus de Chine ! » critique le fondateur de la commune.

Jésus Garcia dresse la liste des réalisations de la commune en un an. (Photo : Marco Teruggi)

Vers l’État communal

Malgré ces difficultés, ce qui peut apparaître dans les livres comme une utopie, comme quelque chose de lointain ou même d’inaccessible, est bien une réalité au Venezuela. L’article 10 de la Loi Organique des Communes le définit en ces termes: “La commune est une forme d’organisation politico-sociale de droit et de justice établie dans la Constitution, dans laquelle le pouvoir est exercé directement par le peuple, par autogestion, selon modèle économique de propriété sociale, de développement durable (..). La cellule fondamentale de conformation de l’état communal est la commune.

Bien sûr, un texte de loi ne suffit pas. Pour que le rêve écrit sur le papier puisse s’incarner, nous avons besoin de gens comme Jésus Garcia. Militant social 24 heures sur 24, il décrit l’avenir proche, le regard brillant: « Je me suis fixé un objectif : en 2017, structurer les conseils communaux. En 2018, construire une commune. En 2019, atteindre l’indépendance. En 2020, construire d’autres communes et, en 2021, avoir une ville commune. Ce rêve que j’ai partagé avec Chávez en visitant la Caserne de la Montagne [où reposent les restes de l’ancien président]. J’ai dit : « Compadre, je vais travailler dur et je vais l’obtenir”.

Michele de Mello

Edition: Pedro Ribeiro Nogueira

Source : https://www.brasildefato.com.br/2019/06/05/como-e-a-vida-em-uma-das-mais-de-tres-mil-comunas-venezuelanas/  

Traduction: Thierry Deronne

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La pharmacie communale. Comment les femmes d’un quartier populaire ont fait face au manque de médicaments

Par Nathali Gomez pour RT, 5 juin 2019

Pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas. Nathali Gómez / RT

C’est dans la maison de Manuela Gutiérrez, siège du “Conseil communal Coromoto de Dios” que démarre le plan-séquence de cette histoire, quelques heures avant l’inauguration de la pharmacie communale d’Altos de Lídice, un quartier populaire de l’ouest de Caracas.

Betsy Rebolledo découpe des ampoules de médicaments tout en s’assurant, encore et toujours, que tous les noms et toutes les quantités des médicaments soient bien inscrits sur la feuille de calcul. Pour arriver à cette scène, il a fallu des mois de visites communautaires, de réunions, de débats et de planification.

Dans la pharmacie  » Santé pour le quartier  » de la Commune d’Altos de Lidice / Nathali Gomez / RT

Cette femme de 26 ans, membre du “Conseil communal Pouvoir et Unité”, fait partie de l’Equipe de santé et de protection sociale » avec 19 autres femmes qui appartiennent à six autres conseils communaux qui forment à leur tour la « Commune Altos de Lídice« , située dans le secteur populaire de La Pastora à Caracas.

Au Venezuela, la commune est un outil important de la démocratie participative. Dans cette organisation politique, sociale et géographique promue par le Président Hugo Chávez, les citoyen(ne)s organisé(e)s construisent des services publics et développent des projets productifs.

D’où viennent les médicaments ?

Les mains de Betsy, responsable de la pharmacie, s’affairent à ranger des paquets de comprimés sur une étagère.

Le Dr Roberto Bermúdez, médecin chilien qui coordonne l' »Espace de santé communal intégral Carlos J. Bello« , dirigé par le Dr Dulfa Perozo, consulte un ordinateur portable et explique avoir reçu 311 lots de médicaments, fruit d’une collaboration internationale gérée par la commune.

Il évoque son récent voyage dans son pays, où il a « réuni beaucoup de bonnes volontés« , ce qui a “permis à des dons réguliers d’arriver il y a deux mois » fournis par un groupe de médecins chiliens qui ont étudié au Venezuela.

Les femmes peaufinent les détails avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Les médicaments et leurs compléments ont été envoyés à l’origine à la Fondation Dr. Allende, qui en a fait légalement le don à cette commune de Caracas, avec laquelle il travaille et qui est composée d’une population de 6.096 habitants.

La liste des médicaments est classée comme suit:

Neuro-psychiatriques.

Analgésiques et anti-inflammatoires.

Pour le cholestérol et le diabète.

Pour traiter les cardiopathies et les diurétiques.

Antibiotiques et antifongiques.

Anti-allergiques et anti-immunologiques.

Gastro-intestinaux et suppléments.

Gynécologiques.

Si vous imaginez qu’à la porte de la pharmacie « Santé pour le peuple« , il y a une file d’attente de patients avec une ordonnance en main, détrompez-vous.

Pour Marianne Blanco, médecin de la communauté intégrale, la réalité est bien éloignée de l’image qui s’est répandue en raison de la pénurie de certains médicaments dans le pays sud-américain.

Partie de l’inventaire de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique qu’une évaluation intégrale du patient est menée au préalable, un traitement est indiqué, qui n’est pas seulement pharmacologique, on vérifie sur base des mises à jour de l’inventaire de la pharmacie, et les ordonnances sont émises avec des caractéristiques particulières.

Dans la commune il y a trois centres de consultation où travaille le même nombre de médecins communautaires intégraux. La priorité d’accès aux médicaments est donnée aux patients alités et à ceux ou celles qui en ont besoin de manière indispensable. En cas d’absence du médicament, une « prescription ouverte » est établie et la personne est informée dans quel établissement elle peut la trouver.

La pharmacie en action

L’inauguration se fait sans coupure de ruban, ni flashes, ni applaudissements. Sans autre cérémonie, l’équipe féminine et le docteur Roberto disent quelques mots avant de poser pour la photo sur le seuil de Manuela.

Inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

L’inauguration se poursuit par la visite de trois patients alités. La médecin, qui fait partie du « Conseil Communal El Bosque de Lídice », escalade une fois de plus les escaliers de ce quartier, le plus haut de ce secteur, avec Barbara et Maritza.

Plus on grimpe, plus le chemin de marches se fait labyrinthe. En face, la montagne au nord de la capitale. La vue est traversée par d’humbles maisons en briques et toits en zinc. Tout le monde salue la médecin qui s’arrête, répond aux questions, avant de poursuivre l’ascension.

Les femmes de l’équipe de santé lors de leur visite sur les hauteurs de la Commune Altos de Lídice, à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle s’arrête dans la première maison de l’itinéraire, entre dans la chambre du patient, converse un moment et lui donne les médicaments. Elle continue une longue marche dans le quartier. Une deuxième maison. Les enfants et les chats sortent pour la recevoir. Une grand-mère assise sur un lit, tout émue de la voir, explique comment elle se sent, la médecin lui remet les comprimés. Finalement, avec les deux autres femmes, elle arrive au seuil du troisième “arrêt”: un grand-père, qui a obtenu son fauteuil roulant grâce à la Mission Sociale José Gregorio Hernández (qui s’occupe des personnes handicapées) reçoit une ampoule d’analgésiques. La pharmacie vient de faire ses premières livraisons.

Marianne Blanco, médecin intégrale communautaire remet des analgésiques à un patient de la commune. / Nathali Gómez / RT

« Aide humanitaire »

La médecin explique en riant que ces dons ne font pas partie de la pseudo “aide humanitaire” que le député d’extrême droite Juan Guaidó a tenté de faire entrer au Venezuela depuis la Colombie en février dernier, ni même – pour parler plus sérieusement – de l’aide technique humanitaire envoyée ces dernières semaines par la Chine, la Russie, Cuba et des organisations internationales comme les Nations Unies, dont l’OMS, et la Croix-Rouge.

Après l’aggravation des sanctions états-uniennes, après l’autoproclamation de Guaidó en tant que « président intérimaire », le gouvernement Maduro a reçu des tonnes de médicaments et de fournitures médicales de pays alliés pour le système de santé de l’Etat.

La commune ne les a pas encore demandées parce qu’elle veut démontrer par cette première expérience que le pouvoir populaire peut les administrer « scientifiquement, équitablement, sans clientélisme, sans copinage, sans corruption » précise-t-elle.

Trailer de « Commune » (sortie fin 2019). Une réunion de l’équipe de santé de la Commune Altos de Lidice. Image: Jesus Reyes. Son: Victor Hugo Rivera. Production: École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision / Terra TV

Élever le moral

Une pharmacie serait considérée comme le projet naturel d’une commune si elle n’avait pas pour toile de fond une situation plus urgente : les sanctions unilatérales de Washington ont empêché l’importation, par l’État, de médicaments pour les vénézuéliens, à hauteur d’environ 16 millions d’euros.

Face au manque de médicaments, nous avons décidé de nous organiser” explique Rosiris Zapateiro, éducatrice colombienne du Conseil communal “Coromoto de Dios”.

Comptage des médicaments avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique que son travail dans la commune est spontané et solidaire. “Nous n’avons pas de bénéfices, c’est un produit de la nécessité causée par le blocus” ajoute-t-elle. Elle insiste sur la force qui naît lorsqu’elle se joint à ses compagnes pour « élever le moral de la communauté » subissant les assauts de la guerre économique. “Nous luttons pour aller de l’avant”, dit-elle, tout en avouant que, bien qu’elles soient un groupe de femmes “guerrières”, lorsqu’elles se sentent faiblir, elles s’appuient sur les liens qu’elles ont noués en tant que famille.

Visites antérieures dans le quartier

Il y a un an, lors de la création de l’équipe de santé et de protection sociale de la commune, ses membres ont défini et réalisé une série d’objectifs pour aboutir à l’inauguration de la pharmacie “Santé pour le quartier”.

En quelques jours, ces femmes et les médecins ont fait le tour des zones couvertes par les sept conseils communaux. Ils ont visité les patients, consulté leurs rapports médicaux, établi des diagnostics et examiné quels médicaments leur avaient été prescrits. En trois mois ils ont systématisé les données.

Visite pour remettre les médicaments au patient de la “Commune Altos de Lídice”, à Caracas / Nathali Gómez / RT

« La pharmacie est née parce que nous avons vu que notre méthodologie était bonne, et nous l’avons vérifié avec les arepazos« , explique le médecin. Dans le cadre des “arepazos”, plus de 100 enfants des sept conseils communaux ont été pris en charge: des vaccins ont été administrés, des évaluations nutritionnelles et pathologiques ont été effectuées, et leur niveau de scolarité a été enregistré.

Alejandra Trespalacios, du conseil communal “Pouvoir et gloire” se souvient de son travail de collecte de données. « J’ai été surprise de voir ce que j’ai vu, de la façon dont certaines personnes vivent dans des conditions très vulnérables, je me suis rendue dans des endroits que je ne connaissais pas pour détecter les besoins que nous avions« .

Quand je l’interroge sur le pourquoi de l’écrasante majorité des femmes dans l’équipe de santé, elle répond qu’elles sont là parce qu’elles portent les connaissances de mères et de grands-mères. « Nous sommes toutes des femmes : on ne nous a pas encore vues en action !” lance-t-elle en riant.

Nathali Gómez

Source: https://actualidad.rt.com/actualidad/317066-farmacia-comunal-organizacion-popular-medicinas-venezuela

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (1) : Graciela Rojas

A partir de mai 2019, chaque semaine, Venezuelainfos va produire et diffuser un micro-portrait d’une femme parmi les millions qui font la révolution bolivarienne. Leur participation majoritaire explique en partie pourquoi après vingt ans ce processus garde autant de vie, de force transformatrice et de capacité critique.

Portrait 1 (ESP ST FR): Graciela Rojas, docteure intégrale communautaire, travaille à offrir des soins de santé intégrale aux “voisins(e)s” du quartier populaire de Pinto Salinas (Caracas). Pour elle, la santé n’est pas une marchandise mais l’amour pour la vie, c’est-à-dire une santé du peuple pour le peuple.

Production : Venezuelainfos

Réalisation / montage / photos : Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera.

République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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Photos: journée intégrale de santé à Curiepe

S’il est une particularité du gouvernement bolivarien, c’est de maintenir tant bien que mal, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique déclarée en 2013 par les Etats-Unis, les programmes sociaux. Ce n’est pas une tâche facile: départ de personnel parti à la recherche de meilleurs salaires, pénurie de médicaments… Euroclear a gelé plusieurs milliards d’euros avec lesquels le gouvernement vénézuélien veut acheter des vivres et des médicaments, ce qui place cette entreprise dans la figure de complicité de crime contre l’humanité. S’y ajoute le sabotage contre le réseau électrique, entraînant des coupures d’eau, qui se multiplie depuis la nomination par Donald Trump d’un « envoyé spécial sur le Venezuela » ‘Elliot Abrams, condamné pour ses crimes de guerre, concepteur des politiques de terreur contre-insurrectionnelles dans l’Amérique Centrale des années 80, lié à des invasions comme celles de l’Irak.

Mais le Venezuela n’est pas seul. La grande majorité de la communauté internationale reconnaît le président Maduro. Plus : des pays comme le Mexique, la Chine, l’Inde et la Russie ont passé récemment des accords avec Caracas pour livrer mensuellement les tonnes de vivres et de médicaments qui permettent de résister à ces sanctions états-uniennes multiformes.

Exemple de ces politiques sociales systématiquement occultées par les grands médias depuis vingt ans, la Fundación Misión Negra Hipólita organisait il y a quelques jours une journée intégrale de santé et de remise de matériel médical à la population de Curiepe, dans l’Etat de Miranda, avec l’aide de la mission médicale cubaine.

Photos de Jonas Boussifet

T. D.

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Liz Guaramato: doula, sociologue, féministe et marrone

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Doula Liz, depuis quand pratiques-tu ce métier ?

– Quand j’ai entendu parler de l’existence des doulas, j’ai ressenti l’appel profond d’accompagner et de soutenir la femme dans ce moment de son cycle de vie. En 2015, j’ai commencé ma formation et depuis lors, j’ai incorporé d’autres traditions de la médecine naturelle dans ce processus. Le service que j’offre a été l’une des façons de pratiquer le « bien vivre », un paradigme de santé différent et basé sur d’autres méthodes de guérison du corps, de l’esprit et de l’âme. La réalisation de ce processus de guérison, au-delà du modèle imposé par le mode de vie capitaliste et patriarcal, est essentielle, d’autant plus que le peuple vénézuélien a tant de besoins. Je suis convaincu qu’un peuple sain est un peuple indomptable.

– Peux-tu nous raconter l’histoire de la santé sexuelle et reproductive des femmes, Liz ?

– Actuellement, les femmes se heurtent à une série d’obstacles pour accéder aux services reproductifs les plus élémentaires. Cela s’ajoute à la réglementation de leurs capacités reproductives par des entités extérieures à elles. Cela a conduit à une méconnaissance du corps féminin dans un contexte où, par exemple, on ignore que la contraception et l’accouchement étaient des arts féminins et que les femmes vivaient la procréation ou l’avortement avec l’aide de guérisseuses, de sages-femmes ou de femmes dites « sages ». Avec l’avènement de la modernité, nous avons commencé à perdre notre autonomie et notre pouvoir de décision dans ces domaines. La révolution scientifique et médicale a impliqué l’exclusion des femmes du champ de la médecine, avec le soutien de l’Église qui, dans un décrets pontifical, affirma : « Si une femme ose guérir sans avoir étudié, c’est une sorcière et elle doit mourir. » Ainsi, les sages-femmes ont cessé d’apprendre et de prescrire. La chasse aux sorcières a été efficace et a réussi à briser une chaîne de connaissances qui s’étaient enrichies au cours d’un parcours millénaire.

– Comment le Venezuela a-t-il vécu ce processus de « modernisation » de la vie ?

– Il existe plusieurs documents décrivant le processus de modernisation qui a impliqué la médicalisation et l’institutionnalisation de l’accouchement, et avec lui la prohibition et la stigmatisation des sages-femmes à partir du milieu des années 1950. Leur condition de femmes pauvres a entraîné que les sages-femmes soient identifiées comme sales, ignorantes, avorteuses, dangereuses, etc… ce qui a permis à la corporation des obstétriciens de construire son pouvoir économique et symbolique sur nos corps et nos connaissances. Certaines voix se sont élevées pour remettant en cause ce paradigme. Mais c’est avec la Révolution bolivarienne que les sages-femmes ont été légitimées d’un point de vue décolonial, et ont cessé d’être criminalisées.

– Qu’est-ce qui est arrivé à tes cheveux, ils ont toujours été comme ça ?

– Pour moi le chavisme a été un séisme décolonial, qui a secoué mes idées mais aussi mon corps. Et ça s’exprime sous toute sorte d’aspects. Cela peut sembler frivole, mais celles d’entre nous qui ont les cheveux frisés savent qu’il ne s’agit pas seulement de cheveux, c’est un acte de résistance. Se réconcilier avec ce volume, avec nos racines noires, est une façon de guérir tant de pression et de violence exercée sur notre corps.

– Six ans ont passé depuis le départ de Chávez, qui est Liz Guaramato aujourd’hui ?

– Plus chaviste que jamais et plus engagée dans la vie. Centrée sur la micro-politique, construisant des espaces d’autonomie. Re-politisant le quotidien et révolutionnant des espaces politiques à partir de nos affects. En plus de l’organisation Mamiferas, où j’écris des articles avec des sages-femmes, des doulas, des « conuqueras » (cultivatrices de lopins de terre), des thérapeutes de différents types, unis autour du « bien vivre », j’habite aussi un espace collectif appelé Ateneo Popular, où le bien commun est au « coeur » de l’espace. C’est là que nous créons en permanence et collectivement notre modèle de gestion horizontale et de coexistence à partir d’accords construits lors de nos réunions hebdomadaires.

BIOGRAPHIE MINIMALE

Doula, sociologue, féministe et marrone, c’est ainsi que Liz se définit, à partir d’une individualité qui se construit à partir du tissu d’affects, de solidarité, d’expériences, de connaissances partagées et l’accompagnement d’autres femmes engagées dans l’autogestion des soins, de la santé, du bien-être et de la vie. Auteure du livre Mujeres y hombres libres : relaciones de género en el Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora (Femmes et hommes libres : relations de genre dans le Front national Paysan Ezequiel Zamora).

Interview réalisée par Ketsy Medina / CIUDAD CCS.

Photos: Javier Campos / Ciudad CCS et Milángela Galea / Alba Ciudad

Source : http://ciudadccs.info/liz-guaramato-doula-sociologa-feminista-cimarrona/

Traduction : Julie Jaroszewski

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La couverture du Venezuela nous ramène à l’âge d’or des mensonges sur l’Amérique Latine, par Mark Cook (FAIR)

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Mobilisation révolutionnaire à Caracas, le 2 février 2019.

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Pharmacie vénézuélienne au moment où Time (5/19/16) expliquait à ses lecteurs “On ne trouve nulle part des médicaments de base comme l’aspirine” au Venezuela.

J’étais assis dans mon appartement à Caracas, en train de lire l’édition en ligne de Time Magazine (5/19/16) qui rapportait que “même quelque chose d’aussi basique que l’aspirine reste introuvable au Venezuela”. Je me suis rendu à la pharmacie la plus proche, quatre pâtés plus loin, et j’y ai trouvé un tas d’aspirines, d’acetaminophène (générique Tylenol) et d’ibuprophène (générique Advil), parmi des rayons bien fournis, avec une équipe de professionnels experts à faire pâlir d’envie tout drugstore états-unien.

Quelques jours après l’article de Time, la chaîne CNBC (6/22/16) se fit l’écho d’une plainte selon laquelle on ne pouvait trouver d’acéminatophène nulle part : “Des produits de base comme le Tylenol ne sont même pas disponibles”. Ce qui doit avoir surpris la Pfizer Corporation puisque c’est sa filiale vénézuélienne, la Pfizer Venezuela SA, qui produit l’acéminatophène que j’ai acheté. (Ni l’auteur de l’article de Time Ian Bremer ni le commentateur de la CNBC Richard Washington ne se trouvaient au Venezuela, et il n’y a pas d’indices qu’ils y aient mis les pieds un jour, ni l’un ni l’autre.)

J’ai acheté les trois produits, plus un sirop pour la toux, et d’autres médicaments sans ordonnance, car je doutais que quiconque me croirait aux Etats-Unis si je ne pouvais montrer ces produits dans leur emballage d’origine.

Incessants tambours de mensonges

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Orchestre Juvénile du Venezuela à New York en 2016

De fait, j’aurais moi-même douté si quelqu’un m’avait dit cela sans m’en fournir la preuve concrète, vu l’intensité des tambours du mensonge. Quand l’Orchestre Juvénile du Venezuela donna un concert à New York au début de 2016, avant que je déménage à Caracas, je m’y rendis en pensant “Purée! J’espère que les membres de l’orchestre seront bien habillés et bien nourris”. Ils étaient bien habillés et bien nourris.

Quand j’ai mentionné tout ça dans un débat à l’Université du Vermont, un étudiant m’a confié qu’il avait eu la même sensation lorsqu’il assistait au championnat panaméricain de football. Ils se demandait si les joueurs vénézuéliens seraient capables de jouer vu qu’ils devraient être fort affaiblis par le manque de nourriture. En fait, a-t-il dit, l’équipe du Venezuela a joué superbement et s’est hissé à des rangs de compétition plus hauts que prévus surtout quand on sait que ce pays est traditionnellement un pays du base-ball, contrairement à ses voisins obsédés du foot que sont le Brésil et la Colombie.

Même si cela peut être dur à croire pour des usagers des médias états-uniens, le Venezuela est un pays où les gens pratiquent des sports, vont au travail, vont à l’école, vont à la plage, fréquentent les restaurants et assistent aux concerts. Ils publient et lisent des journaux de toutes les tendances poltiques (la majorité sont d’opposition, NdT), de droite centre-droit, centre, centre-gauche et gauche. Ils produisent et regardent des programes de télévision, sur des chaînes de télé elles aussi de toute couleur politique.

CNN s’est ridiculisé récemment (Redacted Tonight, 2/1/19) dans un programme sur le Venezuela dont la voix évoquait “l’utopie socialiste qui vide aujourd’hui virtuellement tous les estomacs” et fut suivie d’une image d’une manifestation de droite où chacun apparaissait bien nourri.

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Sympathisants du Président vénézuélien Nicolas Maduro (photo: TeleSur)

Certes le téléspectateur pourrait penser que cela est sûrement dû au fait que les opposants proviennent des classes moyennes supérieures. Les mobilisations de travailleurs pro-gouvernementales devraient être le fait de ventres creux… Or c’est loin d’être le cas des manifestations massives en faveur du gouvernement bolivarien du 2 février 2019: les gens ont l’air d’aller très bien (photos). Et ce malgré le fait que l’administration Trump a resserré à l’extrême l’étau économique sur le pays, une réminiscence de la stratégie du “faire crier l’économie” mise en place par l’administration Nixon et la CIA contre le gouvernement démocratique du Président Salvador Allende au Chili, et contre d’autres gouvernements démocratiquement élus.

Manifestations rivales

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Últimas Noticias sur Twitter (2/1/19): “Capriles: les partis n’appuyaient pas l’auto-proclamation de Guaidó”

Cette manifestation a révélé un appui considérable au gouvernement du Président Nicolás Maduro et un large rejet du choix du Président Donald Trump pour la présidence du Venezuela : Juan Guaidó. Guaidó, autoproclamé président du pays et reconnu quelques minutes plus tard par Trump, inconnu au bataillon pour 81 % des vénézuéliens comme l’a indiqué une enquête d’opinion menée par une firme privée, provient de la frange radicale de l’extrême droite vénézuélienne.

La manifestation pro-Maduro a suggéré sans surprise que Guaidó avait échoué dans la conquête d’un appui populaire au-delà des couches les plus riches de la société qui se réunissent dans les zones chics de l’Est de la capitale. Mais Guaidó n’a même pas réussi à gagner l’appui de nombreux riches. Le jour qui a précédé les manifestations rivales le 2 février, Henrique Capriles, le leader d’une faction d’extrême droite, a donné une interview à l’AFP parue dans le journal de centre-droit Últimas Noticias (2/1/19), le journal le plus lu au Venezuela. Capriles y déclare que la plus grande partie de l’opposition n’a pas appuyé l’autoproclamation de Guaidó comme président. Ce qui pourrait expliquer la surprenante faiblesse de la participation à la manifestation de Guaidó, organisée dans ces mêmes quartiers riches, éclipsée par la manifestation pro-gouvernementale sur l’avenue principale (avenue Bolivar) de la capitale.

Le New York Times n’a pas montré d’images de la manifestation pro-gouvernementale, se limitant aux déclarations d’ “experts” non nommés (2/2/19) pour qui la manifestation pro-gouvernementale était plus petite que celle des anti-gouvernement.

Les lecteurs peuvent observer les photos des manifestations rivales et juger par eux-mêmes. Les deux groupes ont fait de leur mieux pour mobiliser leurs fidèles, sachant que la capacité à montrer un appui populaire est un enjeu d’importance. Le strident journal de la droite vénézuélienne El Nacional (2/3/19) a publié une photo de l’opposition de droite:

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Première page de El Nacional

Si c’est la meilleure photo qu’il a pu trouver, elle est remarquablement peu expressive comparée aux photos des journaux de gauche comme Ciudad Caracas (2/2/19)….

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Article de Ciudad Caracas, Maduro s’adressant à une mobilisation révolutionnaire au coeur de Caracas (2 février 2019)

ou le Correo del Orinoco (2/3/19), qui étaient trop heureux de publier des images de l’événement pro-gouvernemental:

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Première page du Correo del Orinoco (3 février 2019)

L’improbable “aide humanitaire”

Une manifestation géante anti-gouvernementale était supposée rendre possible un coup d’état, une manoeuvre que la CIA a utilisée fréquemment – en Iran en 1953, au Guatemala en 1954, au Brésil en 1964 et dans bien d’autres cas, jusqu’au Honduras en 2009 et en Ukraine en 2015. Mais l’affluence à la “grande mobilisation” annoncée par l’administration Trump était décevante, et le coup d’état ne s’est pas produit. Le résultat est que Trump a soudain exprimé un vif intérêt pour remettre des médicaments et de la nourriture aux vénézuéliens (FAIR.org, 2/9/19).

Que Trump, qui a laissé mourir des milliers de citoyen(ne)s à Puerto Rico et fait mettre en cage de jeunes enfants à la frontière mexicaine, se transforme soudain en champion de l’aide humanitaire aux latino-américains, a quelque chose d’irréel. Pourtant les médias privés l’assument, sans rire.

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La télévision canadienne CBC (2/15/19) a au moins eu l’honnêteté de reconnaître que le pont dépeint comme “bloqué et fermé à l’aide humanitaire par Maduro” n’avait en fait jamais été ouvert au trafic depuis des années.

La plupart des médias privés ont occulté les informations provenant de la Croix Rouge et de l’ONU – qui apportent déjà une aide humanitaire au Venezuela avec l’accord de son gouvernement – refusant d’administrer une aide états-unienne jugée par eux trop proche d’un stratagème politique et militaire. Ils ont même continué à construire l’image d’un Trump-champion-de-l’aide-humanitaire après les révélations qu’un avion états-unien avait été surpris au Venezuela en rain de débarquer des armes, et même après la nomination par Trump comme “envoyé spécial et chargé des opérations au Venezuela” du criminel Elliot Abrams, imputé dans l’affaire de l’Iran/Contragate. Abrams se trouvait à la tête du Bureau des Droits de l’Homme du Département d’Etat dans les années 80, lorsque les escadrons de la mort sévissaient partout en Amérique Centrale, et quand les armes des terroristes appuyés par les Etats-Unis au Nicaragua furent convoyées comme aide “humanitaire”, dans des avions repeints aux sigles de la Croix Rouge.

La télévision canadienne CBC (2/15/19) a au moins eu l’honnêteté de reconnaître qu’elle avait repris comme vrai un mensonge du Secrétaire d’Etat Mike Pompeo selon lequel le gouvernement vénézuélien avait bloqué un pont entre la Colombie et le Venezuela pour empêcher le passage d’une aide humanitaire. Le pont construit il y a quelques années n’a en fait jamais été ouvert à la circulation, apparemment à cause des relations hostiles entre les deux pays. Cette non-ouverture date de bien avant le supposé convoi d’aliments et de médicaments du gouvernement états-unien.

L’absurdité d’une “aide” dont on dit qu’elle contient pour 20 millions de dollars de nourriture et de médicaments, pour un pays qui compte trente millions d’habitants, et alors que les Etats-Unis ont volé 30 milliards de dollars du Venezuela en revenus pétroliers et en dérobent 30 millions tous les jours, se passe de commentaires.

Etat failli”

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Financial Times du 4/4/2016: « le Venezuela risque de sombrer dans le chaos »

Le Financial Times (4/11/16) a rapporté en 2016 que le Venezuela était un “état failli”, un “pur chaos” avec “quelque chose de semblable à une guerre civile en cours”.

La campagne de désinformation intégrale à propos du Venezuela été lancée en 2016 par le Financial Times. Ironiquement, ce journal a choisi le 14ème anniversaire du coup d’Etat manqué de 2002 contre le Président Hugo Chávez – le 11 avril 2016 – pour affirmer que le Venezuela sombrait dans le “chaos” et dans la “guerre civile” et que le Venezuela était un “état failli”. Comme pour les rapports de Time et de CNBC, le reporter du Financial Times n’était pas au Venezuela, et rien n’indique dans l’article qu’il y soit jamais allé.

J’ai demandé à des amis de droite au Venezuela s’ils étaient d’accord avec les titres du Financial Times. “Non, bien sûr que non” m’a répondu l’un d’eux, soulignant l’évidence: “il n’y a pas de chaos ni de guerre civile. Mais le Venezuela est un état failli, car il n’a pas été capable de couvrir tous les besoins en médicaments de sa population”. Si on prend ce paramètre, tout pays latino-américain est un état failli, et, à l’évidence, les Etats-Unis aussi.

Le New York Times a produit des articles (5/15/16, 10/1/16) affirmant que les conditions dans les hôpitaux vénézuéliens étaient horribles. Ces articles ont mis en rage les colombiens de New York, qui ont fait remarqué qu’un patient peut mourir au seuil d’un hôpital public en Colombie s’il n’a pas d’assurance. Au Venezuela, par contraste, les patients sont traités gratuitement.

Un Colombien résident à New York a raconté que sa mère était retournée récemment à Bogota après plusieurs années aux Etats-Unis, et qu’elle n’avait pas eu le temps d’obtenir une assurance médicale. Elle est tombée malade et s’est rendue à un hôpital public. L’hôpital l’a laissée dans la salle d’attente pendant quatre heures puis l’a envoyée vers un deuxième hôpital. Le deuxième hôpital a fait la même chose, la laissant attendre quatre heures avant de l’envoyer à un troisième hôpital. Le troisième hôpital se préparait à la r’envoyer vers un quatrième lorsqu’elle protesta, expliquant qu’elle avait une hémorragie interne et qu’elle s’affaiblissait.

Je suis désolée, Señora, mais si vous n’avez pas d’assurance médicale, aucun hôpital public dans ce pays ne vous prendra en charge” a dit la préposée à la réception. “Votre seul espoir est de vous rendre à un hôpital privé, mais préparez-vous à devoir avancer une grosse somme d’argent”. Par chance elle avait un ami fortuné, qui l’emmena à l’hôpital privé où elle dut en effet avancer une grosse somme d’argent.

De telles conditions, en Colombie comme dans d’autres régimes néo-libéraux, ne sont pas mentionnées par les médias privés états-uniens, qui ont longtemps traité le gouvernement colombien, un régime de droite qui s’appuie depuis longtemps sur des escadrons de la mort, comme un allié des Etats-Unis (Extra!, 2/09).

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“L’Hôpital Infantile Latino-américain, Caracas: c’est la faute à Chávez !” (YouTube, 3/31/11)

Très bien, admettons, mais les rapports sur les conditions dans les hôpitaux vénézuéliens sont-ils vrais ou exagérés ? “Ils sont beaucoup mieux que ce qu’ils étaient il y a dix ans” me dit un ami qui travaille dans un hôpital de Caracas. En fait, explique-t-il, l’hôpital où il travaille a été ouvert il y a dix ans, et de nouveaux hôpitaux sont inaugurés actuellement. Pae exemple récemment à El Furrial, ou à El Vigia, comme en a fait état le journal de centre-droit Últimas Noticias (3/3/17, 4/27/18). Par ailleurs le gouvernement a ajouté, ou agrandi les infrastructures d’hôpitaux existants, comme celles d’un centre pour grands brûlés à Caracas ou trois nouvelles salles d’opération à l’hôpital de Villa de Cura.

Pendant ce temps, le gouvernement étrenne une nouvelle ligne ferroviaire à haute vitesse, Le Rêve d’Hugo Chávez, en mars (Correo del Orinoco, 2/6/19). Comme les médias états-uniens n’ont jamais laissé passer d’informations sur les réussites obtenues depuis la première élection d’Hugo Chávez en 1998, et n’ont publié que des informations sur de soi-disant dysfonctionnements, exagérés ou comme nous l’avons noté, inventés de toutes pièces, il ne reste aux lecteurs qu’à consulter une histoire alternative. En voici une, publiée par un vénézuélien sur YouTube (3/31/11): “Por Culpa de Chávez” (“C’est la faute à Chavez”). Dépeignant de nouveaux hôpitaux, lignes de transit, logements publics, usines, etc.. construits par le chavisme, il peut aider à comprendre pourquoi le gouvernement de Nicolas Maduro continue à jouir d’un soutien aussi fort de la part de nombreux(ses) citoyen(ne)s.

Guerre économique

Il ne s’agit pas de minimiser les problèmes du Venezuela. Le pays a été touché, comme d’autres nations productrices de pétrole, dans les années 80 et 90, par la chute des prix du pétrole. Mais comme cela n’a pas fait tomber le gouvernement bolivarien, l’administration Trump a créé une crise artificielle basée sur une guerre économique extrême pour priver le pays de devises étrangères nécessaires à l’importation de biens de première nécessité. Les mesures de Trump semblent conçues pour empêcher toute reprise économique.

Comme dans tout pays en guerre (et l’administration Trump a placé le Venezuela dans des conditions de guerre et sous la menace d’une invasion immédiate), il y a des pénuries, avec de nombreux produits qui se retrouvent sur le marché noir. Ceci ne devrait surprendre personne: pendant la deuxième guerre mondiale aux Etats-Unis, alors que la manne n’était pas gravement menacée d’une invasion, il y eut un strict rationnement de produits tels que le sucre, le café ou le caoutchouc.

Le gouvernement du Venezuela a mis la nourriture, la médecine et les produits pharmaceutiques à de très bas prix mais beaucoup de marchandises ont été déviées vers le marché noir, ou sont sorties par la frontière de la Colombie, du Brésil et des Caraïbes, privant les vénézuéliens de provisions et ruinant les producteurs colombiens. Le gouvernement a récemment renoncé à certaines des lourdes subventions des prix, ce qui a produit une hausse des prix dans un premier temps. Ces dernières semaines, les prix ont commencé à baisser, en particulier parce que le gouvernement a unifié les taux de change et exercé un contrôle plus serré sur la frontière colombienne pour prévenir la contrebande.

Il n’y a jamais eu de discussion sérieuse sur aucun de ces thèmes dans les médias privés états-uniens, et moins encore sur la campagne de mensonges ou sur la guerre économique menée par l’administration Trump. Il n’y a pas eu de comparaison avec les conditions de vie des années 80 et 90, lorsque le gouvernement néo-libéral imposa les recettes économiques du FMI, avec pour résultat une révolte populaire : le sanglant Caracazo de 1989. La répression gouvernementale coûta la vie de centaines (selon le gouvernement de l’époque) ou de milliers de personnes (selon les critiques de ce gouvernement), sans compter les nombreuses victimes de la loi martiale qui fut alors instaurée.

Les efforts menés par l’opposition de droite pour provoquer un soulèvement semblable du type “Caracazo” qui pourrait justifier une “intervention humanitaire” étrangère, ont échoué de manière répétée. Il ne reste donc à l’administration états-unienne et aux médias privés qu’à recourir aux plus extrêmes mensonges sur l’Amérique Latine qu’on a connus depuis les guerres de l’administration Reagan dans les années 80.

Mark Cook

Source : https://fair.org/home/venezuela-coverage-takes-us-back-to-golden-age-of-lying-about-latin-america/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4xa

« Il est aussi nécessaire de défendre la construction du modèle du peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique », entretien avec Alessandra Moonens, médecin et militante féministe

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En Belgique, le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) a rencontré Alessandra Moonens (photo), médecin de famille, membre de Venesol et du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne. Elle a vécu au Venezuela pendant 8 ans, de 2007 à 2015, participant en tant que militante à la construction politique de divers mouvements de femmes dont Plataforma para el Derecho al Aborto, Araña Feminista, Feministas en Acción Libre y Directa por la Autonomía Sexual y Reproductiva (Faldas-R), Escuela de Feminismo Popular.

Elle a également travaillé avec des mouvements de base tels que le Courant Révolutionnaire Bolivar y Zamora (CRBZ), le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ), le Mouvement des Habitants (mouvement anti-spéculation immobilière et pour le droit au logement) et l’Alianza Sexo-Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) – l’Alliance Révolutionnaire des Différences de Sexe et de Genre. En tant que professionnelle de la médecine, elle a travaillé dans plusieurs centres de santé ruraux et dans l’un des centres de soins intégraux pour femmes. Aujourd’hui, elle nous parle de son expérience au Venezuela et de la façon dont le processus bolivarien est perçu en Europe.

Par rapport à ton expérience de vie au Venezuela, avec les mouvements de base féministes, les mouvements paysans et en tant que médecin en milieu rural, que retiendrais-tu du processus bolivarien ?

Eh bien, soulignons d’abord qu’il s’agit d’un processus, c’est-à-dire d’un ensemble d’initiatives, de nouvelles structures, de façons d’organiser, d’expériences qui vont toutes de pair. Nous essayons de révolutionner tous les espaces et tous doivent avancer en même temps, car tous sont imbriqués, nous ne pouvons révolutionner la santé sans toucher à l’éducation, au transport, etc. Mais si je devais insister sur un de ces aspects… je pense que j’insisterais sur la territorialisation de l’éducation, c’est-à-dire sur l’arrivée de missions éducatives dans tous les coins du pays. C’est ce qui a permis au Venezuela d’être déclaré Territoire Libre d’Analphabétisme par l’Unesco en quelques années, et avec cela, des espaces de formation ont été développés au niveau universitaire dans des villes où la majorité des gens ne pouvaient même pas rêver d’aller à l’université, des carrières ont été ouvertes comme ingénieur agroalimentaire, médecine, droit, génie dans la construction civile, entre autres. Il convient de noter que le taux de scolarisation universitaire au Venezuela est le cinquième plus élevé au monde et le deuxième en Amérique latine.

Maintenant, en tant que médecin, je ne peux m’empêcher de citer les Missions de Santé telles que « Barrio Adentro », qui ont permis aux médecins, aux infirmières, aux dentistes et aux programmes de prévention d’atteindre directement le village, où qu’il soit, au lieu que les malades aient à se rendre en ville pour trouver des médecins – ce qui était une forme de mépris par ailleurs, comme une claire démonstration de différence de classe – qui les traitent directement dans leurs communautés ou quartiers. Néanmoins, je dois également dire que les femmes sont un peu oubliées dans ces Missions lorsqu’il s’agit de développer la planification familiale, la grossesse et l’accouchement car la pierre angulaire de l’émancipation des femmes est le droit de décider de leur corps et non de mourir dans tout ce qui a trait à la grossesse, l’accouchement ou l’avortement… et on ne s’en est pas préoccupé dans ces Missions.

C’est une dette historique que le processus révolutionnaire garde envers les femmes et que, de nos jours, le mouvement féministe au sein du processus bolivarien exige avec plus de force chaque jour. Mais nous, les femmes, nous ne nous attendons jamais à ce qu’on nous donne le droit de nous organiser et au Venezuela, les femmes ont commencé à s’organiser pour défendre leurs droits, avec une clarté politique révolutionnaire qui m’a fait comprendre que, même si je me sens féministe, je me sens avant tout appartenir à ce féminisme socialiste, révolutionnaire et Bolivarien. En d’autres termes, sortir du rôle que la société patriarcale leur impose pour révolutionner leur propre vie, tout en construisant la Révolution bolivarienne dont elles sont l’axe fondateur puisqu’elles représentent la majorité des bases de la force bolivarienne. Les femmes ont utilisé les politiques sociales pour transformer leur réalité et celle du processus sans que cela ait été pensé à cette fin. Il est indispensable de parler de l’espace le plus révolutionnaire qui s’est développé durant toutes ces années de processus : les communes et les villes communales, urbaines et rurales. Ce sont les laboratoires de la société du futur. Les expériences qui s’y construisent sont essentielles pour ceux d’entre nous qui cherchons à nous organiser dans une société post-capitaliste, juste, profondément et véritablement démocratique, participative, protagoniste et bien sûr, anti-patriarcale.

13508859_10154270692393615_569623303900787297_nÀ présent que tu es en Belgique, comment perçois-tu la réalité de ce qui se passe au Venezuela ?

Cela dépend évidemment des sources d’information. Ayant vécu au Venezuela pendant tant d’années, je continue d’entretenir des liens étroits avec mes camarades et je peux recevoir des informations directes de personnes de confiance, en plus des médias alternatifs que je lis. Maintenant, en écoutant dans les médias hégémoniques les nouvelles quotidiennes sur le Venezuela, je suis abasourdie et je me demande ce qui se passe vraiment dans le reste du monde où je n’ai pas d’amis qui me donnent des informations directes. La plupart du temps, les médias reprennent exactement ce qu’on peut lire au Venezuela dans les médias clairement identifiés comme étant de droite et profondément anti-chavistes. Ce sont des mensonges, déformations et exagérations, au lieu d’une analyse politique des causes de la situation actuelle. Les choses positives et constructives qui se sont également développées depuis plus de 20 ans dans le pays ne sont jamais mentionnées. Aussi, je me rends compte que, malheureusement, beaucoup de gens qui se disent de gauche et qui sur d’autres questions multiplient leurs sources et ont des positions que je partage, se laissent sans hésitation emporter par le discours dominant sur le Venezuela. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand un peuple passe de la résistance à la construction réelle du socialisme, ceux qui ne participent pas à cette expérience semblent frustrés et préfèrent critiquer depuis une perspective théorique, au lieu de soutenir un peuple qui met en jeu toute sa vie, sa force et son courage pour construire son avenir et le futur de la société que nous voulons.

Que penses-tu des sanctions de l’Union européenne ou, par exemple, du blocage de l’argent vénézuélien par l’un des systèmes de transactions financières mondiaux comme Euroclear, situé à Bruxelles, qui affecte le peuple vénézuélien ?

Venant des États-Unis et de l’Europe il n’y avait rien de mieux à attendre. Dans l’histoire du monde ceux qui ont le pouvoir ont toujours essayé d’annuler, d’annihiler et d’éradiquer les expériences de socialismes qui sont nées. En fait, ils l’ont toujours fait avec beaucoup plus de détermination qu’avec l’extrême-droite qu’ils préfèrent, bien qu’ils la « condamnent ». Pour le capitalisme, rien n’est plus dangereux qu’un peuple en révolution.

Il est terriblement cynique que les sanctions « assumées » ces dernières années et que les conséquences directes de ces sanctions soient utilisées pour accuser l’État vénézuélien. Il y a quelques années au Venezuela, quand les marchandises n’entraient plus comme elles l’auraient dû, cela n’était pas considéré comme une sanction.

Malgré le fait que ceux qui se plaignent de la situation économique actuelle sont les gens de la classe moyenne et supérieure de l’opposition, ceux qui souffrent, qui ont faim, qui meurent et qui perdent leurs filles et leurs fils par manque de médicaments… ce sont les pauvres, comme toujours. Ce sont les mêmes qui gardent la tête haute et traversent les rivières et les dangers pour voter en faveur de la Constituante, en faveur du processus parce qu’ils savent que c’est la voie à suivre. Une fois de plus, je déplore que les « gauches » ne dénoncent pas ce blocus avec plus d’unité et de force, qu’elles ne défendent pas les populations victimes de cette guerre non conventionnelle même s’il n’y a pas de consensus sur la politique intérieure du Venezuela. Sans oublier que, comme dans le monde entier, lorsqu’un peuple est attaqué, les premières victimes sont les femmes, elles sont la cible privilégiée de ces attaques. Au Venezuela, il n’y a plus d’accès aux contraceptifs depuis plus de 5 ans – bien avant la mise en place des sanctions illégales. Il est notoire que pour appauvrir un peuple, le moyen le plus efficace et le plus rapide est de mettre les femmes enceintes le plus tôt et le plus souvent possible.

Dans le cadre de VeneSol et du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, pourquoi soutenir la défense du processus bolivarien et comment pouvez-vous aider l’Europe ?

Je pense avoir développé dans les questions précédentes les raisons de défendre le processus bolivarien, mais en résumé, je pourrais dire qu’il est aussi nécessaire de défendre le modèle de société construit par le peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique. L’avenir de la planète et de l’humanité sont en jeu. Et je parle de toute l’humanité, non seulement de l’espèce humaine mais de tous les individus qui la composent et qui ont besoin de vivre en paix, dans le respect de nos diversités.
Pour aider, il est nécessaire de dénoncer le blocus, ce qui permettra de dégager un consensus dans la dénonciation, même s’il n’y a pas de consensus sur le projet d’une société qui défend le Venezuela ; de faire du lobbying politique dans le plus grand nombre d’espaces possibles, de briser le cercle des médias et l’isolement que le Venezuela a subi ces dernières années ; développer des projets de solidarité avec les populations, dans les domaines de l’agronomie, de la santé et de l’éducation, par exemple, mais en mettant l’accent sur l’autonomie et l’autodétermination des populations.

Mais, surtout, je crois que le plus important est de diffuser des informations alternatives et correctes sur ce qui se passe réellement au Venezuela, au lieu de répéter ce que disent les médias dominants. C’est pour cela que nous avons développé le site http://www.venesol.org, qui permet aux francophones de découvrir une autre façon de voir ce pays. Personne ne défend ce qu’il ne connaît pas, et pour défendre le peuple du Venezuela nous devons savoir pourquoi nous le faisons, nous devons savoir comment démonter les mensonges, mais aussi découvrir ce qui se construit et ce dont personne n’a jamais entendu parler, comme les communes, les expériences de solidarité entre les peuples, la destruction quotidienne du capitalisme, du colonialisme et du patriarcat pour construire un socialisme féministe et divers. Et peut-être… s’inspirer de ce qui s’y passe pour construire un monde meilleur, ici. Si nous voulons mettre fin au capitalisme, nous devons être convaincu.e.s qu’un autre monde est possible et que c’est la voie à suivre.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

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Traduction : VeneSol, http://venesol.org/2018/12/26/il-est-aussi-necessaire-de-defendre-la-construction-du-modele-du-peuple-venezuelien-que-de-lutter-contre-le-rechauffement-climatique/

L’interview. “Mon  projet de vie c’est l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants”

Jesus_Vargas-0262-1132x670Par choix personnel, Isabel Iturria n’a pas eu d’enfants. Pourtant, c’est grâce à son travail plein d’amour et de dévouement que plus de onze mille enfants, filles et garçons, lui doivent la vie.

Ce sont ces petits du Venezuela et d’autres pays qui sont nés une deuxième fois après avoir été opérés à l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, institution qu’Iturria a fondée et qu’elle dirige depuis 12 ans.

Native de Caracas, féministe, chaviste prompte à s’émouvoir, enseignante intraitable et lectrice vorace, Iturria accuse le commandant Chávez de l’avoir déviée du chemin de la pratique clinique en la choisissant pour tenir les rênes de ce projet qui demeure un modèle, non seulement pour la qualité de l’attention médicale qu’il offre mais encore parce qu’il est un espace où se vit concrètement l’intégration latino-américaine. Elle parle peu de sa vie personnelle mais nous avons pu obtenir qu’elle nous confie que la lecture la passionne, qu’elle a étudié simultanément la médecine et les lettres et qu’elle passait les week-ends de son enfance au milieu des vaches. Elle s’est présentée  à cette interview avec trois livres :  Humour et Amour de Aquiles Nazoa; un recueil complet du détective Sherlock Holmes de Arthur Conan Doyle (en anglais) et Naissance de la clinique, de Michel Foucault. Elle parla des trois ouvrages avec enthousiasme.

Elle fut une dirigeante parmi les étudiants et, en plus d’être une excellente universitaire, elle s’intéressa aussi au sport.

Elle a pratiqué le volley-ball pendant ses études à l’université et aujourd’hui, à un âge où bien des femmes prennent leur retraite, elle a osé  traverser à la nage le fleuve Orénoque (et par deux fois).

—Vous êtes de Caracas.  Parlez-nous de votre cartographie personnelle de la ville.

—De pure souche. Mon acte de naissance indique La Candelaria. J’ai toujours vécu à Caracas. J’apprécie terriblement toutes les particularités de la ville, par exemple, le dimanche, pouvoir marcher depuis la Promenade de Los Próceres jusqu’à la place Las Tres Gracias et être arrêtée par le tapage des aras en vol.

C’est une ville réellement belle, elle jouit du parc national El Ávila qui nous réconcilie avec l’espace public et même si elle a aussi des endroits hostiles elle a tellement de jolies choses ! Je suis heureuse d’être caraquénienne.

—Quand avez-vous su que votre voie était la médecine ?

—Je ne viens pas d’une famille de médecins et je ne suis pas née un stéthoscope dans la main. Au lycée, je pensais faire des études de mathématiques ; ensuite je voulais étudier l’agronomie car ma maman avait une propriété avec du bétail et nous y passions les fins de semaine, au milieu des vaches et des veaux, ce qui m’enchantait. J’ai entendu des chants à traire depuis ma petite enfance.

Ensuite j’ai voulu faire des études de journalisme et c’est presqu’au dernier moment que je me suis décidée pour la médecine et j’ai fait simultanément des études de lettres. Je plaisantais alors avec mes camarades, leur disant que cela impliquait que je devais subir les poèmes des étudiants en médecine et les maladies des étudiants en lettres. C’est ainsi que j’en suis arrivée là, il n’y avait pas de médecin dans ma famille, je n’étais pas née en pensant choisir cette branche mais après l’avoir choisie je me suis passionnée pour elle, j’en ai tiré un profond plaisir et je ne regrette pas une seconde d’avoir fait ce choix.

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-—Vous avez eu votre diplôme de Docteur en Médecine avec mention Très Honorable, étiez-vous un rat de bibliothèque?

—Oui, j’aime beaucoup les bibliothèques, j’aime étudier, j’aime lire. J’ai vécu pleinement ma période universitaire, bien sûr avec la vie personnelle, privée, de toute personne de 18 ou 20 ans. Ce fut aussi le début dans l’activité politique. Pendant toute la durée des études nous avions un groupe de travail près du Centre des Etudiants, qui, à l’époque, avait à sa tête Jorge Rodriguez.

Par ailleurs j’ai également toujours eu une activité sportive, en ce temps-là je faisais partie de l’équipe de basket de l’université et bon, c’était la vie étudiante, cette chose tellement délectable.

—Vous vous êtes ensuite passionnée pour la cardiologie

—J’ai d’abord fait Médecine Interne à la Maternité Concepción Palacios, puis j’ai fait la partie de Cathétérisme cardiaque, Hémodynamique, au Venezuela, ensuite j’ai fait un an de plus en Espagne, et d’un lieu à l’autre, nous voici en 2003 et arrive ce monsieur que vous voyez là (elle montre une photo d’elle aux côtés du Commandant Hugo Chávez) qui a changé la vie de beaucoup d’entre nous. La mienne, il l’a changée  radicalement. Moi, j’avais eu toute ma vie une activité fondamentalement consacrée à la prise en charge des patients et à partir de 2004, ce monsieur m’a fait laisser la cardiologie des adultes pour travailler dans la santé publique. J’ai occupé les postes de Directrice des Hôpitaux du Ministère de la Santé, Vice-Ministre, Ministre, j’ai étudié tout ce qui concerne la santé publique et par bonheur je me suis consacrée à ce rêve du Président Chávez, l’Hôpital Cardiologique des Enfants, qui est devenu mon projet de vie et dans lequel, heureusement aussi, plusieurs choses se conjuguent, car il y a là une activité de gestion de santé publique, une activité liée à la politique, mais aussi la prise en charge des patients et l’enseignement.

—Parlez-nous du Chávez que vous avez connu et qui vous a choisie pour une si grande responsabilité.

—Nous les vénézuéliennes et vénézuéliens qui étions la gauche dans les années 70 et 80, nous regardions la botte militaire comme notre pire ennemi. Et je crois que tous nous avons été  grandement surpris en entendant le président Chávez dire « pour le moment ». A cette époque j’avais mon diplôme depuis peu, je faisais mon temps de médecine rurale et je me souviens m’être demandée « qu’est-ce que c’est ? un coup d’état militaire ? » et ce « pour le moment » nous a montré que c’était autre chose. Cela a été déterminant pour nous tous. J’ai connu le président Chávez  lorsque je travaillais au ministère, avant l’Hôpital Cardiologique. Quelques interactions se sont produites, jamais directement, mais je me souviens clairement de la première fois où nous avons eu une longue réunion au cours de laquelle, je pense, le président Chávez m’a soumise à un examen décisif. Cela s’est passé le 10 Mars 2006. Ce jour-là le président organisa une évaluation finale pour voir à qui il allait confier la responsabilité de la mise en route de l’hôpital Cardiologique des Enfants. La réunion dura longtemps, il me questionna sur tout, depuis ma petite enfance, sur la politique, sur mon histoire personnelle, sur mon projet de vie, jusqu’à demander tous les détails du projet, comment nous pensions finir de construire l’hôpital et le mettre en marche, pour qu’il fonctionne. Il nous interrogea sur tout, à la fin il me demanda même le calibre de la suture avec laquelle nous cousons les patchs d’une communication inter auriculaire Et lui, comme toujours, ajustant le plus petit détail, connaissant les choses en profondeur, non à leur surface. Il aimait à dire que, lorsqu’il venait à l’hôpital, il se sentait dans le futur, qu’il s’approchait de comment devaient être les choses, que son cœur s’en réjouissait, qu’il renaissait après nous avoir rendu visite. J’ ai encore les yeux qui se remplissent de larmes lorsque je parle de lui.

—Le Cardiologique d’aujourd’hui ressemble-t-il au projet que vous avez présenté à Chávez en 2006 ?

—Cet hôpital a changé la vie d’un grand nombre. D’abord celle de plus de onze mille enfants, filles et garçons qui ont été opérés. Tu avances dans les couloirs et,  dans chaque service,  tu vas trouver beaucoup de ceux d’entre nous qui avons ouvert cet hôpital, qui vivons depuis le temps où il n’existait que sur des plans, puis il fut un chantier et enfin ce qui progressivement s’est construit au travers de ces onze mille enfants qui sont passés par ici et qui savent que Chávez aussi est passé par ici. Cela remplit notre âme et comble notre coeur. Il y a des choses que nous aurions pu mieux faire mais ces onze mille vies d’enfants sont une satisfaction suffisante pour nous réjouir d’avoir choisi cette voie et d’avoir amicalement côtoyé le président Chávez. Ces derniers mois où nous avons dû faire moins d’interventions que nous aurions voulu, nous avons avancé sur d’autres points. Nous avons fait davantage d’enseignement. Mais ces onze mille enfants sont  une mère de famille, un père, une maison, un pâté de maisons, des petits camarades de classe, répartis à travers tout le Venezuela. Tu vas quelque part et tu trouves un parent d’un patient, un petit ami, un petit neveu, qui ont été opérés au cardiologique. Tu demandes « de qui est cet enfant ?eh bien il est l’enfant de tous, et dès l’instant qu’il a besoin d’être opéré, il doit être le problème de tous, et après l’opération, il doit être une joie pour tous”.

—L’institutionnalisation médicale est toujours accusée de mercantilisme, de déshumanisation. Vous qui venez d’un milieu universitaire comment appréciez-vous ces mises en cause ?

—C’est là que nous évoquerons Gilberto Rodríguez Ochoa, le premier ministre de la Santé du président Chávez. « De l’exercice de la médecine privée ou de l’aliénation de l’acte médical » tel est le titre de l’un de ses livres. J’ai eu le privilège de le connaître en Amazonie, lorsque je faisais ma période de médecine rurale. L’exercice privé de la médecine  engendre un ensemble de perversions que nous, les médecins, refusons, mais il n’est pas vrai non plus que les médecins sont cette série de monstres que quelques-uns veulent nous faire croire.

Même au-delà des différences politiques. Cet hôpital compte en majorité des médecins hommes et femmes qui n’ont pas d’affinité politique avec le socialisme ni avec le président Chávez et qui se démènent pour faire leur travail, même en touchant des revenus ridiculement inférieurs à ceux que n’importe lequel d’entre eux pourrait toucher en consacrant ne serait-ce qu’une demi-heure à la médecine privée, mais ils préfèrent consacrer huit heures à cet hôpital et à ses enfants. Moi, vraiment, je ne crois pas que les médecins vénézuéliens soyons un ramassis de parasites. Oui il y en a, mais comme dans toute profession je crois, car il me semble que des journalistes vendus, il y en a beaucoup

—Le Cardiologique est aussi un exemple d’intégration latino-américaine, comment avez-vous travaillé avec les personnes d’autres pays qui viennent ici apprendre et se soigner ?

—Nous avons pris en charge des patients des pays de l’ALBA et d’Afrique mais ce qui a été plus décisif pour l’intégration ce sont les occasions de formation que nous avons données dans cet hôpital. Le Nicaragua, par exemple, a formé ici son équipe de santé cardiovasculaire pédiatrique, des étudiants d’autres endroits ont ainsi eu la possibilité de se former dans un pays qui leur a ouvert ses portes pour étudier gratuitement, afin de grandir avec nous. Chávez ne faisait pas de voyages dans le monde dans l’intention de dire aux autres pays comment attaquer un tiers, ni d’imposer des décisions politiques à personne et moins encore de voler ni des puits de pétrole ni des terres. Il se déplaçait pour offrir engagement et solidarité, comme Bolivar.

—Vous considérez-vous féministe ?

—Contre vents et marées. Dans cet hôpital Cardiologique des Enfants nous nous efforçons de maintenir la parité de genre. Nous sommes six femmes et deux hommes dans le Conseil de Direction. Le féminisme appartient à l’humanisme et fait partie du socialisme, et sur ce chapitre aussi le président Chávez avait l’avantage sur les autres et il nous a aidés à avancer dans cette direction, mais il reste encore beaucoup à faire. Souhaitons que la Constituante, dont la présidente est une femme, aide à avancer aussi dans ce sens. Ici nous sommes féministes, nous construisons les choses entre tous et entre tous, nous avançons. Dans la santé, en règle  générale, la proportion de femmes est bien supérieure à celle des hommes, dans le monde, justement en raison de cette conception des carrières de santé qui impliquent une très forte composante de soin de l’autre à laquelle il semble que nous, les femmes, sommes toujours plus disposées.

—Quel est votre secret pour être encore, au bout de douze ans, l’exemple de « efficacité ou rien » ?

—Plusieurs circonstances favorables se sont ici conjuguées, et beaucoup de gens ont poussé pour que les  choses réussissent. Depuis le démarrage, ici s’est constituée une équipe de personnes de grande expérience aux côtés d’autres, très jeunes, et désireuses d’apprendre. Nous avons pu commencer de zéro et cela facilite un peu les choses, avec aussi une conception un peu différente qui est celle d’un personnel à temps complet, et ce personnel a débuté avec une rémunération spéciale en lien avec cette idée, selon une autorisation exceptionnelle du président Chávez. Tout a été fait à la mesure de cet hôpital et nous continuons à maintenir cela.

WhatsApp-Image-2017-08-24-at-4-8Biographie Minime

Isabel Iturria est née à Caracas, elle a 51 ans. Elle est docteur en médecine diplômée de l’Université Centrale du Venezuela, mention Très Honorable, en 1991. Elle a obtenu le diplôme de spécialité de Médecine Interne en 1995 et de Cardiologie en 1998. Elle s’est formée en Cardiologie Interventionniste à Caracas et à Barcelone, en Espagne. Son parcours professionnel inclut la charge de directrice de la Gestion des Hôpitaux du Ministère de la Santé entre 2004 et 2006  et celle de la présidence de la Fondation Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr. Gilberto Rodríguez Ochoa depuis sa création en 2006 et jusqu’à ce jour. En 2013 elle fut Ministre du Pouvoir Populaire pour la Santé. Dotée d’une vaste expérience universitaire, elle se consacre aussi à l’enseignement.

Lieu de chavisme

Visiter l’hôpital Cardiologique des Enfants c’est voter à nouveau pour le chavisme le plus authentique. Dans une époque où nous sommes habitués aux hostilités quotidiennes, dans cet hôpital, les sourires apparaissent en premier,  avec les gardiens du parking, les réceptionnistes,  les  infirmières qui circulent dans les couloirs et le personnel administratif que l’on rencontre. Ce ne sont pas des sourires de guichet de banque ni de restaurant à service rapide. Ce sont des sourires de gens heureux de servir. L’hôpital, avec son éloquente simplicité, son austérité et son impeccable  propreté est un espace où l’on renoue avec les rêves que s’est tracés la Révolution Bolivarienne. Il n’y a  pas de file d’attente, pas de débordements. Il y a des familles avec des petits garçons et des petites filles en train de se photographier devant les fresques murales. « C’est merveilleux que quelque chose d’aussi complet, d’aussi coûteux et d’aussi difficile à mettre en route que la chirurgie cardio- pédiatrique puisse se réaliser avec succès, avec un niveau de qualité similaire à celui des centres les plus importants du monde et avec l’amour et la solidarité propres à l’engagement pris par le gouvernement bolivarien envers ces enfants, avec aussi le fait que ce soit absolument gratuit », explique Iturria.

Une femme de passions

La lecture et le sport sont deux des passions d’Isabel Iturria. De la première elle nous a parlé avec dévotion, et alla jusqu’à nous  lire  Fable avec perroquet , de Aquiles Nazoa,  « un des individus qui sut l’atteindre au point le plus douloureux, le plus dur, le  plus critique politiquement, à partir de l’humour, ce qui est extrêmement difficile ».  Elle nous raconta également qu’elle a fait sa thèse de doctorat à partir du français Michel Foucault, et elle avait son livre sous le bras, Naissance de la clinique, « de la philosophie pure et dure » comme elle-même le qualifie, « en lien avec le thème du pouvoir, de comment les relations de pouvoir apparaissent dans la naissance de la pratique clinique, dans la façon dont nous avons appris à prendre en charge les patients, nous qui sommes nés dans cette génération. » A propos de son  récent engouement pour la nage, elle évoqua son expérience de la traversée de l’Orénoque. «  Dans le lot des cinquantenaires j’arrive chaque fois avant le dixième. C’est une expérience extraordinaire, je la ressens comme quelque chose de mon pays, il ne s’agit pas seulement de l’exercice physique mais du défi. »

Interview: Rosa Raydán  / Photos:  Jesús Vargas

Source : http://ciudadccs.info/la-entrevista-proyecto-vida-hospital-cardiologico-infantil/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela: des médecins latino-américains pour la santé indigène dans l’état d’Amazonas.

1Le 23 janvier dernier  a été lancée la première mission  annuelle du Programme pour l’Elimination de l’Onchocercose dans l’état de l’Amazonas au Venezuela. Il s’agit d’un effort pour en finir avec le dernier foyer continental de cette maladie qui touche la population à la frontière entre le Venezuela et le Brésil.

L’onchocercose est une maladie qui provoque des lésions sévères sur la peau et les yeux, pouvant entraîner la cécité. Elle est transmise par des moustiques et affecte principalement la population des Yanomamis, peuple semi-nomade qui vit en petites communautés au coeur de la forêt entre les deux pays. Leur répartition géographique a toujours impliqué des efforts bilatéraux de la part des deux pays, efforts qui sont suspendus depuis l’accession au pouvoir de Temer.

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Carte de l’état d´Amazonas où vivent les communautés qui bénéficient du programme de santé.

Au cours des dix dernières années ce travail a été mené par le médecin uruguayen Carlos Botto, coordonateur du « Programme National pour l’Elimination de l’Onchocercose », programme qui est parvenu à supprimer la transmission chez plus de 70% de la population exposée aux piqûres du moustique.

Le travail invisible et la santé yanomami.

Plus de vingt ethnies autochtones vivent dans l’état d’Amazonas au Venezuela. En particulier le peuple yanomami, dispersé dans la Réserve de la Biosphère du Haut Orénoque Casiquiare, qui est une région protégée et d’accès très difficile. Les routes n’existent pas et la plupart des déplacements se font par voie fluviale.

Le Plan de Santé Yanomami est né à la demande de cette population  après le massacre de Hashimu, quand en 1993 des membres du « garimpo » (exploitation minière illégale) ont assassiné 16 membres de cette communauté. Ce motus operandi criminel, appelé « expropriation par expulsion »  est appliqué depuis longtemps dans plusieurs pays latino-américains, comme mode d’appropriation des territoires et des biens naturels de façon illégale, au détriment des populations autochtones.

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Carlos Botto en train de travailler avec Daniel Borges, yanomami qui participe au programme en tant que technicien.

L’exploitation minière illégale est également responsable de l’expansion de la malaria dans la région, dans la mesure où la déforestation favorise la prolifération du moustique Anophèle, vecteur de la maladie. Elle entraîne également une pollution au mercure des fleuves et des poissons, ce qui provoque des intoxications chez les populations. Aux affections endémiques – propres à la région – s’ajoutent les affections « importées ». Des études ont été faites sur l’introduction des maladies sexuellement transmissibles come le VIH  à partir du contact entre « garimpeiros » et les communautés yanomamis.

Médecins internationalistes au Venezuela : soigner l’Amazonas

La mise en place de ces actions pour la santé a commencé en 2006, quand le président Hugo Chavez a visité la région et ordonné la mise en marche du Centre de Diagnostique Intégral (CDI) à La Esmeralda, capitale du Haut Orénoque. Depuis 2008, le satellite Simon Bolivar, le premier du gouvernement vénézuélien – envoie des images qui permettent d’identifier les communautés, ce qui est fondamental pour guider les opérations.

Les résultats sont visibles : le nombre de communautés yanomami intégrées dans le  système de santé a augmenté de 153%, passant de 115 en 2006 à 291 communautés  en janvier 2017.

Les barrières géographiques que nous avons déjà mentionnées, un écosystème très délicat et la diversité culturelle rendent la démarche sanitaire très difficile. Elle implique la coordination entre le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Peuples Indigènes, la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) et des organismes autonomes comme le Centre Amazonien de Recherche et de Contrôle des Maladies Tropicales « Simon Bolivar ».

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Des équipes médicales et techniques sont transportées par des hélicoptères de la Force Armée Vénézuélienne.

Les équipes de santé sont composées par des médecins diplômés de différentes universités du pays, de l’Ecole Latino-américaine de Médecine (ELAM)  et également de médecins cubains de la mission internationaliste Barrio Adentro qui a fourni l’aide de plus de 20 000 professionnels au système de santé vénézuélien. Ces équipes sont réparties entre le CDI de la Esmeralda, de structure intermédiaire, et les Centres de Santé Populaire, qui assurent les premiers soins dans les communautés et auxquels participent des agents et des techniciens des différents peuples amazoniens   (Yanomami, Jivi, Yekuana, Baré, Curripaco). Brésil. Ces  régions ne sont accessibles que par hélicoptère.

L’opération Parima- Siapa, à laquelle a participé la docteure argentine Lucia Rabini a eu lieu en octobre 2016. Son but était de proposer une aide complète aux communautés yanomami les plus éloignées du Haut Orénoque et du Haut Siapa à la frontière avec le

« L’effort logistique, économique et humain pour ce genre d’action est très important : chaque heure de vol coûte  environ 1600 dollars » raconte Lucia.  Sur les 40 communautés identifiées, 39 ont bénéficié de cette opération qui a pu se réaliser grâce à l’aide des hélicoptères de la FANB, qui a en outre récupéré 6 pistes pour petits avions et plus d’une dizaine d’héliports proches de la frontière. Le personnel médical a pu rendre visite à 252 autres communautés grâce à des petites avions, des embarcations et au prix de trajets de jusqu’à 30 jours de marche.

Selon la docteure « cette population considère la médecine occidentale comme complémentaire de sa propre médecine chamanique. On peut voir comment différents univers culturels, différentes cosmogonies et systèmes thérapeutiques interagissent depuis un point de vue qui prétend, à la lumière des contradictions de tout processus, être d’une interculturalité critique et décolonialiste ».

« L’intervention de l’Etat vénézuélien est fondamentale face à la menace destructrice du capitalisme dans cette région » pense Lucia, qui ajoute : il s’agit de la survie du peuple yanomami et de ses savoirs, ainsi que de son territoire qui est le poumon de la Terre, indispensable à l’équilibre environnemental de la planète ».

Ces actions sont rendues possibles grâce à des héros et des héroïnes, anonymes pour la plupart, militaires et civils, volontaires de plusieurs pays et de différentes régions du Vénézuéla, explique de son côté Betto, dont la contribution a été essentielle pour mener à bien ces actions et constituer les équipes qui travaillent dans la région. C’est dans ce sens qu’il souligne : « beaucoup ont risqué leur intégrité physique et leur vie, quelques uns l’ont donné généreusement à la lumière et à l’obscurité de la forêt ».

Reportage : Carlos Botto et Lucía Rabini

Source : http://notas.org.ar/2017/02/07/venezuela-medicos-latinoamericanos-salud-indigena-amazonas/

Traduction : Pascale Mantel

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