« Commune Las Lomas. Les raisons d’un peuple » (Terra TV)

Terra TV transmet depuis Villa Nueva dans l’état de Lara, Venezuela. Dans ce deuxième épisode de la chronique communale de Betzany Guedez, le collectif révolutionnaire Argelia Lara raconte comment il s’est organisé pour mener à bien le sauvetage des terres abandonnées par des entreprises publiques ou des propriétaires privés. Il appelle à mettre fin aux intimidations de pouvoirs régionaux afin de pouvoir travailler pleinement en vertu de la Loi des Terres et pour la souveraineté alimentaire du Venezuela.

Montage : Miguel Escalona. Durée: 17 minutes. Production: Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela, novembre 2019.

Le champ médiatique qui surplombe aujourd’hui les champs universitaire et journalistique, fixe les obligations de recherche ou de réponse. Le temps médiatique a peu à peu remplacé le temps politique, menant la majorité des occidentaux a une inintelligence du monde. Nous sommes responsables de n’avoir jamais voulu démocratiser la propriété des médias, ni défendre et multiplier un authentique service public, ni protéger un enseignement journalistique des forces du marché, ni repenser une autre forme de “réseaux sociaux”. Le temps de l’Histoire, celui des peuples, continue.

Répondre sans cesse aux mensonges chaque jour plus grotesques du champ médiatique durera des siècles si nous ne construisons une hégémonie de médias au service des citoyens face à celle, actuelle, de grands groupes privés et de leurs actionnaires, bref : si nous ne sommes pas capables de développer notre propre agenda. La tactique doit céder le pas à la stratégie. Le journaliste ou le militant ne peut que rester en surface s’il ne s’immerge pas dans la pensée populaire. C’est-à-dire s’il ne récupère pas le temps perdu qui seul permet de cultiver la relation morale avec l’Autre social comme base de l’information. Être sur un pied d’égalité avec l’Autre, loin du marché thématique qui pousse subtilement à gommer l’Histoire pour individualiser des « objets humains ».

Prendre ce temps, c’est ce que fait Betzany Guedez , réalisatrice et formatrice de Terra TV, dans cette commune vénézuélienne née sur les hautes collines d’une ancienne “corporation publique du café” si mal gérée que les paysan(ne)s ont décidé de se l’approprier, en vertu de la Loi des Terres. Les médias privés les traitent d’envahisseurs pendant que les mafias agraires utilisent des corps régionaux de sécurité pour les intimider et les chasser de leurs terres. Les mots d’un paysan donnent une belle définition de ce que serait un média au service du peuple : “notre but est de produire des aliments pour satisfaire les besoins de la population la plus proche”.

Photos ci-dessous : pendant ce temps, à un autre bout du pays, dans l’état de Barinas, Betzany Guedez et Jorge Henriquez de TERRA TV donnent un atelier de réalisation aux étudiant(e)s autogestionnaires de l’Institut Agroécologique Latino-américain “Paulo Freire” (IALA). Ce futur noyau de production audiovisuelle est une réponse à leur demande de visibiliser toutes leurs activités et tous leurs efforts pour maintenir l’école en vie.

T.D. Caracas 13 novembre 2019

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Les frères Rodriguez, cinéastes vénézuéliens, en Tunisie: “faire des films reste un acte de résistance à l’Empire, il faut travailler de sud à sud”

TUNIS, 8 nov. 2019 (Agence TAP Tunisie Afrique Presse) –

(Note de Venezuelainfos: ) Dans notre École Populaire et Latino-américaine créée au Venezuela il y a 25 ans, nous avons toujours pu compter sur la participation des jumeaux Rodriguez, cinéastes et formateurs de grand talent. En témoigne ce court-métrage remarqué par le magazine français Reporterre

Durant leur séjour récent en Tunisie, Andrés et Luis Rodriguez ont exploré cette lumière fascinante de la pointe Nord du continent africain. Après un ancien séjour dans le Sahara algérien, ils sont de retour vers ce monde lointain de leur terre natale, le Venezuela, royaume des Andes et des populations autochtones d’Amérique Latine.

Entretien à la Cinémathèque Tunisienne avec les frères jumeaux à la sensibilité profonde et découverte du monde d’un duo de cinéastes complices; Luis plutôt calme et bon orateur, et Andrés aux allures d’un séduisant rebelle derrière la caméra.

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La lumière de Tunisie… rappelle celle des Andes

« Sur le chemin de retour de Kélibia vers Tunis, j’étais fasciné par le coucher du soleil et cette lumière unique qui couvre l’horizon ». Andrés regrette de n’avoir pas eu sa caméra sur lui pour immortaliser cette lumière impressionnante qu’il venait de découvrir avec son frère.

Ils étaient à la découverte de nouvelles opportunités dans la ville du plus ancien festival du cinéma en Tunisie, le Fifak. Les frères jumeaux se disent fascinés par cette lumière tunisienne « pareille à celle qu’on a sur la vaste étendue des hauteurs des Andes ».

Ils seraient sur les pas de Paul Klee, un siècle auparavant ébloui par cette lumière Tunisienne. Ils assimilent l’effet d’une lumière qui leur fait rappeler les descriptions et le monde pictural de Klee, lors de son voyage en Tunisie en 1914.

Ils captent une « lumière limpide, très différente de celle à Caracas, assez intense ». Andrés est sous le charme d’une « lumière qui est ici plus soft. Elle est dramatique comme une peinture ». Le duo croit en ce pouvoir métaphorique de l’image.

Quand on est cinéaste et photographe, la luminosité demeure cette magie qui opère pour réunir le triangle inséparable de la technique, la créativité et la lumière. Leur voyage à Tunis semble bouleverser leur conception de l’image qui serait probablement plus lumineuse.

Les frères cinéastes sur les plateaux de tournage

Sur le tournage, le tour de manivelle s’opère entre ces jumeaux natifs de 1974 derrière la caméra depuis plus de vingt ans et dont les propos laissent présager deux personnages au tempérament quelques parts opposés.

Entre les Rodriguez, le partage des tâches sur le plateau de tournage se fait d’une manière assez spontanée. Selon Luis, l’un à la direction d’acteurs, l’autre derrière la caméra. Parfois on fait usage d’une seule caméra et une fois fatigués, chacun prend sa propre boite magique… »

Être à la fois réalisateurs, scénaristes, photographes, et cameramen, a aidé encore plus leur travail en duo. Un atout qui s’avère parfois compliqué à gérer. Quand on est frères et jumeaux, il arrive de se bagarrer, un fait assez courant qu’ils gèrent avec beaucoup d’amour.

Travailler en duo, permet, selon Luis, « d’avoir le contrôle sur les outils techniques et tout le processus cinématographique ». Toutefois, les visions « sont parfois assez différentes ».

Luis, admet cette intersection entre le cinéma de fiction et le cinéma atmosphérique plutôt basé sur le sensoriel, les sentiments et l’image. Car au final, les deux genres transmettent une histoire à travers l’image.

Andrés est quant à lui un rebelle derrière la caméra qui privilégie une certaine méthodologie de narration. « Je ne me limite pas au scénario et parfois je me trouve orienté vers des choix plus sensoriels ».

Les films que le duo aime faire sont parfois très intimistes qui cherchent dans la psychologie intérieure des caractères. Même si le documentaire est un genre de prédilection pour les Rodriguez, le duo demeure convaincu que la fiction est aussi importante puisque les deux genres reposent sur le même fondement qu’est l’image et la poésie de l’image qui est universelle.

Le duo se dit porté par « la réalisation de fictions avec la méthode du documentaire, une façon à nous d’approcher un peu plus la réalité, le caractère réel, et de raconter une histoire». Il s’agit là d’une approche qu’ils essayent de développer et de ne pas se limiter au scénario qui demeure une partie du processus.

Le cinéma au pays de Chavez

Les sanctions économiques internationales sur le Venezuela ont considérablement affecté le pays et la vie de tous les jours et de chaque citoyen. Le cinéma en fait partie et subit les conséquences d’un tel embargo. « C’est un secteur endommagé par la situation », regrette Luis.

Les Rodriguez mentionnent le soutien de l’Etat Vénézuélien tout au long des 15 dernières années à travers des institutions qui oeuvrent au développement de l’industrie du film. « Brecha En El Silencio » (Brecha en el silencio), une fiction de 2012, présentée à Tunis, a été réalisée en partenariat avec une société de production publique qui oeuvre en dehors du circuit commercial.

Les cinéastes au Venezuela font également des coproductions avec des pays de l’Amérique du Sud et d’Europe. Sauf que même avec l’encouragement de l’Etat, « réaliser le sursaut espéré dans le cinéma vénézuélien n’est pas si évident ».

Au pays d’Hugo Chavez, le célèbre Commandant disparu, les cinéastes sont obligés de recourir à différentes approches et méthodes de travail. Ils sont contraints à faire des films à petit budget comme, c’est le cas pour les frères Rodriguez, selon lesquels il serait vital de trouver d’autres approches exigées par le contexte actuel..

Actuellement, faire des films est devenu un acte de résistance », affirme André. Les cinéastes sont obligés de lutter contre ce qu’ils qualifient d' »ennemi culturel. » Ils sont ouverts à tous les cinémas du monde, mais estiment qu’il n’est pas évident de construire un film face au monopole des grandes industries.

Les réalisateurs vénézuéliens se trouvent dans une situation de lutte contre une certaine invasion culturelle de l’industrie cinématographique du nord. Une situation qui demeure assez similaire à d’autres cinématographies des pays du Sud.

Besoin de Coproduire avec des Tunisiens

Le voyage des Rodriguez en Afrique du Nord n’est pas le premier. Ils avaient dans le passé séjourné plus qu’un mois et demi sur le camp Sahraoui en Algérie, dans le cadre un atelier de cinéma proposé par le ministère de la culture vénézuélien.

De leur intérêt pour la culture de ces peuples et des thèmes sur les drames humains était né leur film “En attendant le Vol”, un doc-fiction de 2013. Ils évoquent une découverte et un contact quotidien avec les réfugiés qui était derrière l’idée d’un documentaire portant « un regard sans préjugé aucun autre que le visuel et la découverte des peuples du Sahara. »

Leur visite en Tunisie a créé une grande envie d’entamer des coproductions avec des cinéastes tunisiens. La projection de leurs films dans le cadre du Focus sur le cinéma en Amérique du Sud des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) 2019 et à la Cinémathèque constitue aussi une façon de dénicher de nouveaux partenariats.

Dans une période où leur pays vit dans un moment assez difficile, les Rodriguez ne veulent pas limiter leurs partenariats aux seuls pays de l’Amérique latine et du Nord et l’Europe. Ils croient vital d’opter pour les coproductions avec pour objectif de s’ouvrir sur le Continent africain et le Monde arabe.

Les Rodriguez adoptent une vision commune autour de cette sensibilité qui est commune aux peuple de l’Afrique, du Monde arabe et d’Amérique latine ». Ils comptent sur «notre ressemblance et cette haute sensibilité qui « sera notre arme contre le diktat des grosses productions internationales.

Faty-sara

Source : https://www.tap.info.tn/fr/Portail-%C3%A0-la-Une-FR-top/12010851-des-andes-les

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Vivre le Venezuela (3) : au pays du bûcheron perdu

par Thierry Deronne, Alto Apure, Venezuela, octobre 2019

« Nous n’avions pas de terres mais ici nous pouvons offrir un futur à nos enfants. C’est ce qui nous a motivées à participer en tant que mères. Ils ne tomberont pas malades comme dans les villes. Ici, ils apprendront à partager, à être humbles et respectueux » raconte Maria. « Ouiiii ! Ouiiii !» font les machettes qu’on affûte sur la pierre plantée entre deux churuatas, cabanes en forme d’étuves, faites de palmes, planches, zinc et bambou. L’une sert aux paysan(ne)s de salle de réunion et de dortoir, l’autre de cuisine. « C’est dans cette casserole qu’on a cuit le poisson ? » « Oui, ne jette pas l’eau ! » Hommes et femmes de garde travaillent sans relâche à nourrir le collectif. A cheval ou à pied, paysan(ne)s et fonctionnaires de l’Institut National des Terres – qui sont ici des alliés – vont et viennent du camp de base à la terre en friche pour démarquer les lots assignés aux 107 familles. Après quinze ans d’attente, chaque agriculteur aura droit à neuf des 1200 hectares abandonnés. « 10% au moins de la zone restera vierge pour préserver la biodiversité » précise un des ingénieurs de l’Institut des Terres. Erigé il y a dix mois au cœur de l’Alto Apure, le campement « Hugo Rafael Chavez Frias », témoigne d’une grande force d’organisation et d’une grande patience…

« Au début nous avons marché, marché beaucoup, partout, pour retrouver les chemins. Tout était recouvert par l’herbe et la forêt. La lutte a été longue. En 2000 quand Chavez a encouragé les paysans nous avons pris la terre mais on nous a demandé de suivre la voie légale. En 2006, en 2014, à chaque occupation, nous sommes restés sans réponse de l’Institut des Terres. Et puis nous nous sommes regroupés ici, en 2019. Il y a eu des nuits où nous devions dormir debout car la pluie avait inondé le campement. Qu’est-ce qu’on a ri, la nuit où le toit de plastique s’est troué, et a douché José de la tête aux pieds ! Quand une compagne a senti un serpent dans son sac de couchage, elle a failli déchirer le hamac ! Il y a des jours où on ne peut pas même boire un café, il n’y a que du pain et de l’eau. De six à neuf heures du soir, nous sommes mangés par les moustiques. A l’aube ils reviennent, ils te rendent fou ! Celui qui n’a pas l’habitude part en courant. Mais nous sommes des paysans. Nous aimons travailler la terre. Nous aimons travailler ensemble ! Avoir sa parcelle, c’est le rêve ! Pouvoir cultiver ses bananes, ses haricots, connaître de nouveaux amis ! Heureusement sous le gouvernement révolutionnaire, cela nous est permis, et grâce à Dieu aussi, car pour nous ce serait impossible d’acheter un lopin. Nous avons formé des groupes armés, pour nous défendre, des équipes pour la cuisine, le bois, l’eau. Et maintenant le toit ne laisse plus passer la pluie. »

« Qui vient avec nous ? » « On se rejoint au fleuve ? ». La vase des étangs, les sentiers oubliés, les friches d’herbe se réveillent à l’aube sous les bottes pressées. Les lames se fraient pendant des heures un chemin dans la forêt de ronces et de roches. Parfois un écho poursuit les pionniers : le bûcheron perdu, un fantôme qui coupe des arbres et qu’on ne voit jamais. Mais rien, ni les trombes de pluie ni les sangsues, n’arrête les trois arpenteurs de l’Institut National des Terres qui s’enfoncent dans les rivières en crue, GPS au-dessus de la tête, et qui se sont engagés à rester sur place tant que la dernière parcelle ne serait pas démarquée. L’après-midi, un groupe électrogène leur permet de transcrire les relevés. Un Etat au service des paysans, des fonctionnaires travaillant et dormant sous le même toit : une fraternisation dont Chavez avait rêvé.

La pointe des machettes tatoue sur la boue séchée les futures parcelles de cacao, maïs, banane plantain, haricots, ail, potiron, tomate, tubercules – ocumo, manioc –, citron, avocat, abricot, noix de coco, goyave et pourquoi pas, ici ou là, dans les marécages, un élevage de buffles, pour la viande et le fromage. Les très poissonneux étangs et le fleuve Uribante sont proches. « Ce que nous voulons, c’est produire. Pas seulement pour nous, mais pour vendre au prix juste à la population voisine, dans les grandes villes, dans les marchés populaires, et pourquoi pas pour exporter. » Juchés sur une estrade de terre, sous les branches d’un guarataro del llano, malgré la fatigue et entre deux averses, les dirigeants locaux et ceux de la Corriente Revolucionaria Bolívar et Zamora ont réuni l’assemblée. La Corriente est forte d’une expérience avancée de pouvoir populaire : elle a organisé près d’ici une vaste cité communale (1). Elle peut donc conseiller les défricheurs: « Sur d’autres terres récupérées nous nous sommes entraidés en offrant trois jours de travail les uns aux autres. Il y en a qui sont venus en rêvant de négoces, mais sont vite partis quand on leur a parlé de socialisme et de révolution. Chaque parcelle est le fruit de la lutte, pas question que certains revendent la leur. Nous voulons travailler pour nourrir le peuple. Pas comme ceux qui émigrent vers des pays voisins parce que la télévision leur dit qu’on y gagne plus d’argent, et qui s’y font exploiter à mort » explique Ovidio.

L’auteur avec Betzany Guedez formatrice et réalisatrice de Terra TV et sa fille. Campement « Hugo Rafael Chavez Frias », Alto Apure, Venezuela, octobre 2019.

Un homme et une femme bien habillés débarquent en 4X4. Ils assistent à l’assemblée, en retrait, visage tendu, lèvres serrées pendant l’hymne national. « Nous sommes les héritiers de ces terres, nous avons les preuves, on ne nous a pas informés de ce qui se passe ici ». « Mais où est votre titre de propriété ? » interrogent les paysans. « Nous n’avons pas eu le temps de le photocopier ». Quand on leur rappelle poliment que l’Institut des Terres a tranché en faveur de ceux qui veulent semer (2), les « héritiers » menacent : « Nous avons de la famille dans le gouvernement.» Après leur départ, un paysan analyse : « Ils parlent d’héritage mais que signifie ce mot puisqu’ils ont abandonné ces terres ? Pour en hériter, il faudrait les mériter comme nous qui les avons assez aimées pour les travailler ». Faut-il prendre au sérieux ces personnages de telenovela ? Peut-être ne sont-ils venus que pour quémander une parcelle, dans leur défaite ? Mais ailleurs les terratenientes continuent à régner à coups d’assassinats. Les médias privés – majoritaires au Venezuela – traitent les paysans d’« envahisseurs », justifiant la violence. Cinq compagnons et une compagne sont encore tombés, le 27 juillet, sur la route de Ticoporo, d’une balle paramilitaire dans la nuque. (3)

Ici, aux croisements des états du Tachira, d’Apure et de Barinas, tout le long de la frontière avec la Colombie, la souveraineté du Venezuela vacille : le peso colombien a remplacé le bolivar. Le satellite diffuse les télés colombiennes. Aux trafics en tout genre – billets de banque, drogue, essence -, s’ajoutent les effets du blocus impérial: centres de santé sans médicaments, réseaux sans électricité, machines agricoles sans pièces de rechange. Les paysans s’organisent pour résister à la guerre économique, aux menaces des mafias agraires, et, parfois, aux maires, gouverneurs, fonctionnaires « chavistes » qui renouent avec les pratiques politiques dénoncées par Chavez. « Nous soutenons à fond le camarade Nicolas Maduro. Un autre gouvernement nous aurait déjà tous massacrés. Mais s’il ne secoue pas l’Etat…  s’il continue à négocier… »

A chaque pas, la lutte révolutionnaire affronte de nouvelles contradictions. Au Venezuela le modèle urbain, celui du grand exode post-boom pétrolier, a généré de curieux hybrides. Comme nous ne sommes ni à la campagne ni dans de vraies villes, la délinquance tend à remplir le vide d’identité sociale. Alors, quand naîtra cette commune paysanne ? Quel sera son visage ? On n’y a pas encore vraiment réfléchi. On attend que l’Etat remplisse sa fonction : électricité, internet, la route surtout… « Sur les terres nous avons réservé une aire pour un terrain sportif, une école, un centre de santé, une église car ici nous respectons le credo de chacun, et puis, nous aimerions bénéficier d’une Mission du Logement paysan ».

Pour les vétérans de la Corriente, le point crucial est d’organiser au plus vite la production, en évitant les dérives commerciales, et la formation. « Pour éviter de vendre tous nos légumes en Colombie, nous devons créer un espace commun de travail. Il faut développer la vie collective du projet, et démontrer au gouvernement que c’est la meilleure alternative. Penser « commune » avant lopin. Dans une commune, un secteur peut produire de l’engrais pour tous les autres, par exemple. Vous vous souvenez de la Commune « Brisas de Caño Amarillo », quand on leur a dit que c’était impossible de cultiver 30 hectares sans machines ? Ils ont récolté à la main et tout transporté jusqu’à la mairie ! C’est ce genre d’expériences que nous devons transmettre. Et que nos futures assemblées soient comme les premières, comme des retrouvailles… et plutôt que de répéter mille fois « commune, conseils communaux… », regardons comment a fonctionné réellement l’auto-gouvernement en pleine crise économique. Pour ne pas décevoir ceux qui viendront à l’assemblée, il faut leur dire ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. »

Sous les discussions et les rires percent les motos, le ruminement intime des chevaux, le bras de fer asthmatique de la pompe à eau, les infatigables oiseaux, singes araguatos, grenouilles, d’une infinité à l’autre de ces terres où chaque famille rêve de construire son rancho. Bientôt viendra l’heure de semer, d’attendre la pluie. « Et qu’elle ne soit pas trop forte

T.D.

Ci-dessous: octobre 2019, une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne) réalise un documentaire pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias ». Surmontant une mauvaise fièvre, l’amie Danilsa, une « commandante » de la « ciudad comunal », est venue de Chorrosquero, avec dans son sac, le livre que j’avais publié en 2009 chez l’éditeur bolivarien Manuel Vadell, à Caracas : « Dix propositions pour créer une télévision socialiste ». Il y a douze ans, avec une équipe de la télévision publique Vive TV, nous étions déjà venus ici pour former au langage de la caméra des militant(e)s de la Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora. La ville communale a bien grandi, et ses défis aussi.

Lire les récits précédents : « Vivre le Venezuela » (1) https://wp.me/p2ahp2-4rZ et “Vivre le Venezuela” (2) https://wp.me/p2ahp2-4su

Notes :

  1. Site de ce mouvement social :http://www.crbz.org/

  2. Lorsque des paysans réclament le droit de semer des terres abandonnées, l’Institut National des Terres (https://twitter.com/INTi_Venezuela ) inspecte le domaine et le cas échéant, publie un avis d’abandon pour que l’éventuel propriétaire puisse faire valoir ses droits à la défense. S’il ne se manifeste pas, la loi dit que la terre doit être remise aux paysans en vertu du droit de la population à la souveraineté alimentaire.

  3. Voir http://www.crbz.org/masacre-en-barinas-contra-militantes-revolucionarios-comunicado-de-la-corriente/ et http://www.crbz.org/intervenciones-en-los-actos-homenajes-a-ls-martires-de-ticoporo/

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Le féminisme socialiste et l’Etat communal au Venezuela

Du 18 au 20 octobre 2019 se déroule au Venezuela, en présence d’invités internationaux,  le premier Congrès des Communes, Mouvements Sociaux et du Pouvoir Populaire (photo). L’occasion de revenir avec Blanca Eekhout sur une des caractéristiques sui generis du processus bolivarien: le rôle constant, majoritaire, des femmes dans la construction de la démocratie participative.

Actuellement, Blanca est la ministre du Pouvoir populaire pour les Communes et des mouvements sociaux du Venezuela. Elle s’est lancée dans le militantisme révolutionnaire bien avant l’élection du président Hugo Chávez en 1998. Initiatrice de plusieurs médias participatifs (Catia Tve, Vive TV), plusieurs fois ministre, élue députée, membre de la direction du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), elle a également occupé le poste de ministre du Pouvoir populaire pour les femmes et l’égalité des genres, ce qui fait d’elle une interlocutrice privilégiée pour nous expliquer le rôle des femmes dans les construction des communes (au Venezuela, organisations populaires visant l’autogestion) et, au-delà, comment le projet de l’État communal est lié au socialisme féministe.

Blanca Eekhout, Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux du Venezuela

María Fernanda Barreto – La première chose que je voudrais vous demander est si l’État communal proposé par le commandant Chávez est toujours valable dans les plans et dans la volonté politique du gouvernement?

Blanca Eekhout – Non seulement il reste en vigueur, mais il est essentiel pour construire une patrie aujourd’hui, pour construire un nouvel État. Ce nouvel État, tel qu’il est énoncé dans notre Constitution, doit être l’État communal. Sans lui il n’est pas possible de garantir l’égalité, des droits sociaux effectifs qui ne soient pas le privilège d’une minorité mais ceux de tous. La justice et la protection sociale pour notre peuple, passent aussi par la Commune.

Le président Nicolás Maduro l’a rappelé il y a quelques jours, lors d’une réunion que nous avons eue avec lui. Il nous a dit qu’il est conscient de porter une responsabilité historique envers le commandant Chávez, qui lui a dit lors du dernier conseil des ministres qu’il a dirigé, après la victoire du 7 octobre 2012: « Nicolás, je te confie les Communes comme si je te confiais ma propre vie. » Chávez est vivant dans la construction des Communes.

Cette autre façon de construire l’État se heurte-t-elle à la bureaucratie ?

C’est une autre vision que le commandant Chavez a réitérée et qui rappelle la réflexion de Gramsci : la contradiction entre « ce qui ne finit pas de mourir et ce qui ne finit pas de naître ». Cet ancien État qui vient de l’époque coloniale et de ses provinces, et qui est encore et toujours le lieu de la bataille. Ce vieux modèle est toujours là et dans les scénarios de guerre profite de toute lumière noire pour s’imposer.

Cela signifie-t-il que ce vieil État subsiste ?

C’est pourquoi nous luttons.

Au milieu de ces contradictions et de la lutte historique pour la construction du nouvel État, vous avez dû assumer plusieurs responsabilités au sein du gouvernement, dont celle de ministre du Pouvoir populaire pour les femmes et l’égalité entre les sexes, vous prétendez être féministe ?

Oui, je crois que le féminisme au Venezuela est socialiste et a beaucoup à voir avec la construction de l’État communal.

Quel a été le rôle des femmes dans la construction de l’Etat Communal, quel est son rôle de leader ?

Le féminin est un facteur déterminant dans l’État Communal. Mais les femmes, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, sont également décisives. En montant dans les espaces de pouvoir, plus de camarades commencent à apparaître, mais dans la base territoriale ce sont toujours les femmes qui sont à la tête et dirigent, celles qui maintiennent l’organisation, celles qui militent avec plus de force.

Il y a quelques années, j’ai fait des recherches sur la participation des femmes dans les domaines thématiques de discussion dans les Communes et j’ai pu constater qu’elles étaient majoritaires dans tous les domaines, sauf l’Économie et la Défense. Cela a-t-il changé ou l’Economie et la Défense Communale sont-elles encore majoritairement assumées par les hommes ?

Je pense que cela a changé. Dans le cas de la sécurité, la composante féminine que la milice a réalisée est très importante. La vérité est que nous avons encore la tâche de voir la question du genre dans tout le cadre organisationnel populaire, mais je crois que cela a changé, parce que les femmes sont de plus en plus impliquées dans la milice bolivarienne depuis leur territoire.

Sur le plan économique, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) – qui n’ont pas encore suffisamment progressé en termes de production – les femmes occupent 90% de la direction. Et il s’avère que les CLAPs sont maintenant l’un des moteurs fondamentaux de notre économie, de sorte que la question économique a cessé d’être éminemment masculine. La guerre économique, le fouet de la contre-révolution, a contraint les femmes à prendre en charge la garantie de la distribution alimentaire, la planification. Par exemple, les maisons d’alimentation ont maintenant des espaces productifs, où la majorité sont des femmes qui procèdent au recensement, coordonnent avec les responsables de rue et évaluent les résultats.

Nous cherchons actuellement à élaborer un système de recensement des besoins sociaux et des organisations populaires par le biais du « Carnet de la Patrie » et d’une application pour effectuer un recensement de la population de son conseil communal, ce qui nous permettra de recueillir des informations plus précises sur le genre et les questions communales.

Le 25 octobre a été proclamé Journée du socialisme féministe, pour célébrer le jour où Chavez a déclaré que les socialistes devraient être féministes et a appelé les femmes en lutte à adopter le féminisme comme stratégie. Selon lui, le socialisme féministe et l’État communal seraient imbriqués dans la réalité, est-ce bien cela ou est-ce que cette relation est encore en construction ?

Au Venezuela, il ne peut y avoir de véritable socialisme sans la construction de l’État communal, qui est la véritable construction du pouvoir populaire de commander en obéissant au peuple ; et pour nous, le communal a certainement à voir avec la construction du socialisme féministe.

Les femmes ont été les premières à adopter radicalement les propositions d’Hugo Chávez pour le Venezuela. Dans ce cas, ce que je vous ai dit au début, je ne parle pas seulement des femmes, mais en général du « féminin », à cause des caractéristiques de notre Révolution. Face au coup d’État du 11 avril 2002, par exemple, les gens se sont mobilisés d’abord par amour, et je ne dis pas qu’il n’y avait pas une grande conscience politique, mais le motif fondamental du sursaut était l’amour, associé au pôle féminin, qui est présent tant chez les hommes que les femmes. N’oublions pas que dans notre processus d’indépendance, les femmes ont joué un rôle déterminant et Bolívar en était clairement conscient. Le rôle des femmes dans l’ensemble du processus de résistance indigène, dans la formation de la société caribéenne et la contribution des femmes marrones dans les cumbes (communautés d’esclaves libres) a été tout aussi important.

Mais si à cette époque, l’historiographie a rendu invisible le rôle de la femme, son protagonisme est-il visible dans ce nouveau processus historique ?

Regardez, les corps des femmes patriotes sont entrés au Panthéon national pour la première fois avec Hugo Chávez, et ce n’étaient pas seulement des femmes, mais aussi des femmes indigènes, des femmes noires. C’est-à-dire, une revendication de la mémoire des femmes dans l’histoire a commencé. Les femmes ont commencé à jouer un rôle important dans la Force armée nationale bolivarienne (FANB) avec Hugo Chávez, ainsi que dans le pouvoir populaire, non pas parce qu’elles ne l’ont jamais été auparavant, mais parce qu’elles sont maintenant réellement reconnues comme des pionnières.

Et cette participation est-elle féministe ou se limite-t-elle au rôle d’aidant naturel que nous impose le patriarcat ?

La Révolution part du principe que les soins sont une affaire d’État. Cette protection sociale, et tout ce rôle que nous, les femmes, avons assumé pendant des siècles, est vraiment la tâche fondamentale de l’État. Ce qui fut longtemps une sorte de condamnation des femmes, a maintenu le tissu social en vie malgré le capitalisme. Le fait que l’État assume aujourd’hui ce rôle de la protection et partage le soin qui, jusqu’alors, était un rôle solitaire des femmes, est une des caractéristiques de notre socialisme féministe.

María Fernanda Barreto

Source : Correo del Alba / traduit par venesol

« Droits-de-l’homme-au-Venezuela » : aux « sources » de la désinformation, par Maurice Lemoine

Maurice Lemoine Paraguay

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains á Miami”,  “Les enfants cachés du général Pinochet” et « Venezuela, chronique d’une déstabilisation« 

Copie à (entre autres) :

médiateur du Monde

mediateur@lemonde.fr

médiatrice de Radio France

http://mediateur.radiofrance.fr/mediateur/

Quelle discrétion d’un seul coup… A croire que le Venezuela avait disparu ! Depuis le 23 janvier, un babil incessant et plutôt enthousiaste accompagnait « les aventures de Juan Guaido », le « président » élu par Donald Trump et censé renverser Nicolás Maduro en (au grand maximum) deux temps, trois mouvements. « Juan Guaido et l’aide humanitaire « Juan Guaido et ses copains (de l’Organisation des Etats américains) », « Juan Guaido et ses super-amis du Groupe de Lima », « Juan Guaido et son gouvernement de transition », « Juan Guaido et l’appui de la communauté internationale » (une imposante cinquantaine de membres sur les malheureux 193 pays présents à l’ONU) …

On n’oubliera pas, bien sûr, « l’obstination de Maduro », « la dérive autoritaire de Maduro », « les sanctions de l’Union européenne contre Maduro », « Maduro isolé », « Maduro acculé », « la chute prochaine de Maduro »…

Et puis soudain, silence complet. Incompréhensible ? Pas vraiment, si l’on y regarde de plus près.

Car il s’est passé deux ou trois événements pas tout à fait mineurs pendant cette pause médiatique incongrue. Par exemple : la découverte des dessous du show qui, les 22 et 23 février, après un grand concert  « Venezuela Aid Live » organisé par le multimillionnaire Richard Branson, devait permettre l’entrée en grandes pompes dans la République bolivarienne d’une aide dite « humanitaire » depuis la ville frontalière de Cúcuta, en Colombie.

On s’en souvient, sous le coup d’une mesure judiciaire, Guaido n’avait pas le droit de sortir du Venezuela. C’est pourtant bien en Colombie qu’on l’a retrouvé le jour dit, heureux, hilare, triomphant. Pour ce faire, Guaido est sorti de son pays clandestinement, « au risque de sa vie », le 22 février. Comme dans toute opération de ce genre, c’est-à-dire clandestine, il a dû être aidé. Non par des militaires vénézuéliens, comme il l’a prétendu. Photos irréfutables à l’appui, prises par les principaux intéressés, on sait désormais que, pour passer d’un territoire à l’autre, à travers les « trochas » (sentiers) d’une zone hautement sensible et particulièrement agitée, il a pu compter sur l’escorte d’une bande de narco-paramilitaires colombiens, Los Rastrojos. Outre le trafic de stupéfiants sur la côte pacifique et la frontière vénézuélienne, ces criminels ont comme activité la contrebande d’essence le long de cette même frontière, afin de la revendre ou de l’utiliser comme précurseur dans la production de cocaïne, l’extorsion, la violence sexuelle, l’intimidation, les assassinats sélectifs et les déplacements forcés. Pas de quoi fouetter un chat. Encore moins un ardent démocrate, comme Guaido.

Parmi les alliés de Juan Guaido, Les "Rastrojos", organisation paramilitaire colombienne consacrée au trafic de drogue et responsable de plusieurs massacres

Parmi les alliés de Juan Guaido, Les « Rastrojos », organisation paramilitaire colombienne consacrée au trafic de drogue et responsable de nombreux massacres (note de Venezuelainfos)

De sorte que, au sortir du passage boisé et bourbeux ayant permis au « sauveur du Venezuela » d’arriver côté colombien de la ligne de démarcation, c’est Jonathan Zambrano García, alias « Patrón Pobre » (responsable des kidnappings et de la contrebande d’essence) qui lui a servi de chauffeur et l’a mené au pont Aguaclara, à 7 kilomètres de là. Accueilli par un édile de la ville de Cúcuta, Guaido put ensuite rejoindre le lieu du concert grâce à un hélicoptère envoyé à son intention par le président colombien Iván Duque.

On passera rapidement sur les absurdes allégations d’un Guaido prétendant avoir ignoré l’identité de ses passeurs et s’être contenté de faire des « selfies » avec eux (« Je me fais prendre en photo avec beaucoup de gens ! »). De Colombie même, sont arrivés des compléments d’information expliquant comment, pendant vingt-quatre heures, Los Rastrojos avaient imposé un état de siège à la population, dans la zone par laquelle devait transiter l’important personnage, afin de lui assurer discrétion et sécurité.

Délicate situation pour les médias. Il flotte dans le sillage de leur « gendre idéal » une odeur tout à fait nauséabonde. Apparaissent au grand jour les accointances de la droite vénézuélienne avec ce qui se fait de pire en matière de criminalité. Quand au gouvernement colombien, le voilà pris la main dans le sac, utilisant ces groupes, qu’il est censé combattre, pour déstabiliser le Venezuela.

En Colombie même, El Espectador, Semana, El Tiempo, Caracol, RCN, etc., se taisent jusqu’à ce que, les fameuses photos circulant en boucle sur les réseaux sociaux et le sénateur d’opposition Gustavo Petro dénonçant les « liaisons dangereuses » entre le pouvoir colombien et les « narcos », il devienne impossible de continuer à faire silence. L’expression « photos polémiques » revient dès lors en leitmotiv, vision quelque peu réductrice qui permet de « noyer le poisson ». A l’étranger, s’allument les contre-feux. L’espagnol El Mundo titre (13 septembre) : « Le chavisme tente de salir l’image de Juan Guaido en le liant aux paramilitairesi ». Devant tenir compte des divisions de plus en plus profondes au sein de la droite vénézuélienne, où la stratégie suicidaire et dangereuse de Guaido se voit chaque jour un peu plus contestée, le pourtant férocement « anti-Maduro » El País, consacre à l’affaire un article mi-chèvre mi-chou (13 septembre). La presse anglo-saxonne n’en fait pas des kilos (ni même des décigrammes). D’une façon générale, on ne voit guère dans les faits que de la confusion, une foule de petits événements sans liaison et sans suite.

En France, la noble corporation des journaleux semble se rallier à la formule « nous sommes submergés d’informations, on les oublie aussi vite qu’on les lit et les entend, inutile de charger la barque avec des péripéties sans intérêt ». Seuls, et en mode très mineur, Radio France International (RFI), sur son site Internet, France 24 (mais dans sa version espagnole uniquement)ii, Le Figaro et L’Express, à travers les dépêches d’agences de presse (ce qui est toujours mieux que rien), Le Parisien et enfin Le Monde (13 septembre, exclusivement sur le Web) mentionnent l’épisode. Après un titre évoquant les liens « supposés » de Guaido avec les narcotrafiquants, le quotidien du soir précise toutefois à l’intention de quiconque aurait des doutes sur le « méchant » de l’histoire : « Juan Guaido fait déjà l’objet de plusieurs enquêtes lancées par le pouvoir chaviste qui tente de l’évincer ». Les radios et télévisions de « service public » ? Aucune réaction. Les éditorialistes, intellectuels et consultants ? Aux abonnés absents. Patrick Cohen, Nicolas Demorand, Léa Salamé, Guillaume Erner, David Pujadas, Eric Brunet, Nathalie Saint Cricq, Jean-Michel Aphatie, Yves Calvi, Elisabeth Quin, Laurent Joffrin ? Allons, allons, pas de parano. Ils ne censurent pas, ils sélectionnent… La stratégie de la prudence consiste à réciter ce qu’on attend de vous. Dans le temps, il ne fallait pas désespérer Billancourt. Aujourd’hui, il convient de ne pas chagriner le président Emmanuel Macron et l’Europe bruxelloïde qui sanctionnent Caracas et ont reconnu Guaido. Le Venezuela n’intéresse plus personne, subitement.

Même omerta à l’occasion d’un fait hautement significatif survenu à New York, à l‘occasion du débat général de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le 26 septembre, le chef de l’Etat colombien Iván Duque doit s’y exprimer. Il arrive d’un pays en plein marasme. Fin mars, le très officiel Défenseur du peuple, Carlos Negret, a révélé que 462 dirigeants sociaux, communautaires, défenseurs des droit humains ou de l’environnement y ont été assassinés depuis 2016. Signés cette même année 2016 par le gouvernement de Juan Manuel Santos et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), les accords de paix battent de l’aile. L’Etat n’a pratiquement rien respecté des engagements qu’il a contractés. Cent quarante ex-guérilleros des FARC, qui avaient déposé les armes, ont été exécutés. Estimant ne plus bénéficier d’aucune sécurité, ni juridique ni physique, d’anciens « comandantes » très respectés, tels Jesús Santrich, Iván Marquez et El Paísa, ont repris le maquis iii. Une clandestinité dans laquelle ils vont rejoindre l’Armée de libération nationale (ELN), mouvement d’opposition armée toujours en activité et avec lequel Duque a rompu les négociations. Figure de proue, avec le président d’extrême droite brésilien Jair Bolsonaro, du Groupe de Lima, coalition informelle de onze pays engagés, sous la houlette de Washington, dans la déstabilisation du Venezuela, Duque accuse Caracas, sur tous les tons, de protéger ces « groupes terroristes » et de les héberger sur son territoire.

Parmi les alliés de Juan Guaido, Les « Rastrojos », organisation paramilitaire colombienne consacrée au trafic de drogue et responsable de plusieurs massacres (note de Venezuelainfos)

Telle est l’essence du discours qu’il vient prononcer devant l’Assemblée générale de l’ONU – ses problèmes internes n’étant pas censés les intéresser. Au secrétaire général António Guterres, il remet un dossier de 128 pages, accompagné de photos qu’il a brandi lors de son allocution, « prouvant la présence au Venezuela de groupes terroristes et narco-criminels opérant contre la Colombie ». Vingt-quatre heures plus tard, arrive un cinglant démenti. Et non de Caracas, mais de son propre pays. Censé représenter des guérilleros de l’ELN qui endoctrinent des enfants, en 2018 dans l’Etat vénézuélien du Táchira, l’un des clichés a en réalité été pris en 2013 dans le département colombien du Cauca. A l’origine de cette révélation, le quotidien de droite El Colombiano, précise que cette photo lui a été communiquée en 2015, pour illustrer un reportage, par le Renseignement militaire colombien. On apprendra ultérieurement que le dit Renseignement militaire l’a lui-même reçu de Fundaredes, l’une de ces multiples ONGs vénézuéliennes « bidon » qui instrumentalisent la « défense des droits de l’Homme » dans le but de formater l’opinion.

Les démentis volant en escadrille, selon la formule consacrée, c’est bientôt l’Agence France Presse (AFP) qui proteste : trois autres clichés remis à l’ONU par Duque lui appartiennent et ont été également pris en Colombie.

Fin (relative) d’une manipulation qui n’a rien d’anodine. Dans le cadre de l’Organisation des Etats américains (OEA), Washington et ses supplétifs du Groupe de Lima viennent de réactiver, les yeux fixés sur Caracas, le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR). Celui-ci permet une intervention militaire commune pour défendre un Etat membre victime d’une agression. La menace que font peser sur la Colombie des « groupes terroristes » basés au Venezuela et assistés par lui ne constitue-t-elle pas un cas de figure parfait pour déclencher une intervention ? Il ne suffirait pour ce faire que d’une bonne provocation…

Qui a oublié le 5 février 2003 ? Dans un discours demeuré célèbre et en brandissant une fiole de « poudre de perlimpinpin », le secrétaire d’Etat étasunien Colin Powell, lança ce jour-là au monde : « Il ne peut faire aucun doute que Saddam Hussein a des armes biologiques » et « qu’il a la capacité d’en produire rapidement d’autres » en nombre suffisant pour « tuer des centaines de milliers de personnes. »

Destinée à tromper l’ensemble des chefs d’Etat, la prestation de Duque s’inscrit dans la même logique. A ce titre, elle constitue un scandale de tout premier ordre, méritant une bruyante dénonciation. Seulement, s’agissant d’une manœuvre également destinée à mettre le Venezuela en difficulté, c’est une chose qu’on hésite à livrer aux lecteurs, aux auditeurs ou aux téléspectateurs. Dans le cadre de sa lapidation médiatique, le troupeau mercenaire de la presse internationale se tait.

Dans un article « Au Venezuela, Juan Guaido peine à maintenir l’unité de l’opposition », la journaliste Marie Delcas se voit obligée pour la première fois, dans l’édition « papier » du Monde datée « 1er octobre », de mentionner enfin en quelques lignes l’affaire des photos de Guaido et des Rastrojos. Difficile de faire autrement. Et mieux vaut tard que jamais. Il s’agit toutefois d’un programme minimum : « Guaido dit être victime d’une campagne de la part du pouvoir pour le discréditer. Celle-ci est réelle – comme les photos. »

Autant ne pas laisser le doute s’installer trop longtemps. Delcas revient en page 2 le samedi 5 octobre. Et là, c’est du lourd, comme on dit. « “Massacre au goutte à goutte” au Venezuela ». Le sous-titre fait froid dans le dos : « La force publique a tué environ 18 000 personnes depuis 2016, des exécutions extrajudiciaires pour la plupart. » Curieusement, sur le site Internet du quotidien « de référence », ce sous-titre devient : « Près de 18 000 personnes ont ainsi été tuées depuis 2016 selon l’ONU, qui parle d’un modèle de conduite systématique» [dans cette phrase et les passages suivants, le gras est rajouté par nous]. C’est cette version que reprennent, sans détail superflu, le journal de 13 heures de France Inter (4 octobre) et « la matinale » de France Culture (5 octobre), dans le cadre de leur politique « copier-coller-et-baver-dans-le-micro ». La machine s’emballe à la vitesse d’une fusée. Grâce à L’Opinion, L’Express, Ouest France et autres machines à décerveler, la France entière entend parler du chiffre apocalyptique des « exécutions sommaires » dénoncées « par l’ONU » au Venezuela.

Il arrive qu’on lise un article, et pas uniquement son titre (qu’on nous pardonne cette incongruité). A aucun moment dans celui du Monde il n’est fait mention d’un document ou d’une déclaration sourcée émanant de l’ONU. Il s’agirait de statistiques « tirées des registres officiels », concernant les victimes de la force publique apparaissant sous la rubrique « résistance à l’autorité ». Le tour de passe-passe à lieu dans cette phrase : « Les organisations des droits de l’Homme, ONU comprise, ont pu établir qu’il s’agit dans l’immense majorité des cas d’exécutions extrajudiciaires. » On découvre un peu plus loin que « mis en place par l’association Mi convive (« mon pote ») et le média numérique Runrun.es, le « Monitor de victimas » fait le décompte des assassinats à Caracas ». Nulle mention ne précise qu’il s’agit de deux organisations d’opposition et que le directeur de Runrun.es (littéralement « Rumeurs »), le journaliste Nelson Bocaranda, un anti-chaviste historique, a un passé qui mériterait d’être évoqué, ne serait-ce que succinctement. Après avoir collaboré avec l’ambassade britannique à Caracas, pour inciter l’opinion publique à prendre parti pour Londres plutôt que Buenos Aires, pendant la guerre des Malouines, au début des années 1980, il a surtout, et d’après Wikileaks, fourni des informations vitales, concernant la sécurité nationale de la République bolivarienne, à l’ambassade des Etats-Unis en 2009 i. Mais, passons…

Si l’on en croit les déclarations de Mi convive et de Runrun.es rapportées par Delcas dans Le Monde, « 278 personnes ont été “assassinées » à Caracas durant les 8 premiers mois de cette année par la Force publique (dont 202 exécutions extrajudiciaires) ». Si l’on prend ces chiffres sans les contester, et en tenant compte du fait qu’ils ne concernent que la capitale, cela fait environ 900 « exécutions » par an et donc, depuis 2016, de l’ordre de 2 700 homicides meurtriers. Quelque peu avare de détails, Delcas ne donne aucune précision sur les… 15 000 autres.

Dans un rapport du 29 mai 2019 « que nous nous sommes procurés » (formule prétentieuse régulièrement utilisée par Le Monde pour se la jouer « journalisme d’investigation »), les mêmes – Monitor de victimas et Runrun.es – annonçaient pour 2018 la mort de 256 personnes, à Caracas, du fait de l’action des Forces d’action spéciale (FAES) et de la Police nationale bolivarienne (PNB) et 601 dans tout le pays (dont 373 « assassinats »)ii. Pour la période 2015-mi 2017, Runrun.es dénonçait 560 victimesiii. Une fois encore, et sans cynisme aucun, pour arriver à 18 000 en trois ans, le compte n’y est vraiment pas.

Mais que dit l’ONU, puisqu’elle se trouve au cœur de la dénonciation ? Même sans l’aide de la « cellule d’investigation » de Radio France, examiner ses rapports est un modeste effort qui (théoriquement), pour un professionnel de l’information, ne coûte rien.

Depuis son arrivée à la tête de la Commission des Nations unies pour les droits de l’homme (CoDH), l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, soumise à une forte pression des Etats-Unis, de l’Union européenne et des pays latino-américains du Groupe de Lima, a les yeux rivés sur le Venezuela. Et pas pour lui faire des sourires. C’est ainsi que, le 20 mars 2019, lors de la 40e période de sessions du CoDH, elle a présenté en personne un pré-rapport et dénoncé la mort « d’au moins 205 personnes » attribuables aux FAES en 2018 (et 37 en janvier 2019)iv. Après une visite de Bachelet au Venezuela, du 19 au 21 juin, le rapport final arrive le 5 juillet, particulièrement inquiétant : 5 287 morts imputables aux Forces de sécurité en 2018, supposément pour « résistance à l’autorité » (5 000 de plus que trois mois auparavant !). Il n’en demeure pas moins que la lecture du rapport laisse songeur : « L’information analysée par le CDH indique que beaucoup de ces morts violentes pourraient constituer des exécutions extrajudiciairesv. » Beaucoup, mais combien ? Pourraient ou sont avec certitude ? Ce qui frappe, en l’occurrence, est bien moins le nec plus ultra de la rigueur que le flou des estimations.

Caracas a vigoureusement dénoncé ce rapport et a présenté à la CoDH « soixante-dix objections ». Sans prétendre pour autant que tout va pour le mieux dans le meilleur des Venezuelas. Selon le gouvernement, le parquet général suit « 292 affaires survenues entre 2017 et 2019, dans lesquels 388 agents de FAES ont été impliqués pour homicide, traitement cruel et violation de domicile ».

On ne peut ignorer deux aspects du contexte vénézuélien, généralement occultés. Une insécurité hors norme, et qui n’a rien de nouvelle, aggravée par l’implantation de groupes criminels et/ou paramilitaires, parfois à connotation politico-mafieuse, très déterminés et lourdement armés vi. Sans nullement nier les bavures, qui existent, il convient de noter que, dans un tel registre, les affrontements ont la caractéristique d’une guerre.

A ce facteur s’ajoute le rôle de nombre d’ONG dites « des droits de l’homme » – Provea, Foro Penal, Observatoire vénézuélien de la violence (OVV) – financées de l’extérieur, par des acteurs intéressés et cul et chemise avec l’opposition. Récemment encore, le directeur général du Service national pour le désarmement, Pablo Fernández, critiquait vertement l’OVV : « Ces messieurs créent un show médiatique, préparent des articles (…) et les envoient dans le monde, comme tous les ans, présentant un scénario apocalyptique du Venezuela ; s’y ajoute qu’ils ont été d’actifs collaborateurs de l’opposition durant toutes ces années, conseillant ses ex-candidats de la MUD [Table d’unité démocratique]. Ils ont un positionnement politique clair. Ce n’est pas par ingénuité si la méthodologie qu’ils appliquent disqualifie les données officielles vii»

Arrivés à ce stade, et puisque l’ONU n’y est pour rien, le lecteur se demande sans doute quel est finalement l’auteur intellectuel des fameuses « 18 000 exécutions extrajudiciaires » imputables depuis 2016 aux forces de sécurité, que rien, au bout du compte, ne vient étayer. La réponse est donnée, sans réellement l’être, dans Le Monde, par Marie Delcas. « Selon Tamara Taraciuk, de l’ONG Human Rights Watch (HRW), auteure d’un récent rapport sur le sujet : “Il y a un modèle de conduite systématique de la force publique”. » Un récent rapport…

Multinationale des droits humains, HRW, depuis de longues années, fait partie du dispositif qui tend à faire du Venezuela un « État paria ». On y rêve, comme à Amnesty international, d’expédier Maduro devant la Cour pénale internationale (CPI). Côté financement, on a les moyens. HRW a bénéficié d’un don de 100 millions de dollars sur dix ans offert par le banquier spéculateur George Soros et son Open Society Foundations. Une organisation dont le mécénat, partout dans le monde, arrose une nébuleuse d’ONGs fonctionnelles à la vision et à la politique des Etats-Unis.

C’est effectivement dans ce rapport de HRW – « Venezuela : Exécutions extrajudiciaires dans des quartiers démunis » (18 septembre 2019) – qu’apparaît, simplement extrapolée à partir de données officielles, la fameuse accusation : « Depuis 2016, la police et les forces de sécurité ont tué près de 18 000 personnes au Venezuela dans des cas qualifiés par les autorités de supposéerésistance à l’autorité” ». Comment arriver à un chiffre aussi monstrueux ? « En juin et juillet 2019, Human Rights Watch a interrogé des membres des familles de neuf victimes [n’est-ce pas un peu trop ?] de violations commises par la FAES à Caracas et dans un État vénézuélien, ainsi que des témoins, des avocats, des activistes et des journalistes couvrant les meurtres présumés perpétrés par l’unité. »

Détail qui tue, puisque malheureusement le sujet s’y prête : « Personne n’a encore compilé des informations détaillées permettant de savoir si ces éliminations commises par les forces de sécurité ont été des exécutions extrajudiciaires, mais le CoDH a conclu que « les informations analysées par le CoDH suggèrent qu’un grand nombre de ces homicides peuvent constituer des exécutions extrajudiciaires »viii ».

En résumé : la Commission des droits de l’homme de l’ONU (et la Commission interaméricaine des droits de l’homme) s’appuient sur les rapports des ONGs, lesquelles, ensuite, prennent comme référence la CoDH (ou la CIDH), les unes et les autres étant par ailleurs abonnées au conditionnel, même lorsque, avec beaucoup d’aplomb, elles prononcent de très graves accusations.

Entre parenthèses, les « 18 000 exécutions extrajudiciaires » de HRW ridiculisent la malheureuse Amnesty International, renvoyée en deuxième division des redresseurs de torts planétaires. Dans son dernier rapport (14 mai 2019) – « Faim de justice. Crimes contre l’humanité au Venezuela » –, la vénérable « vieille dame », jouant « petit bras », ne comptabilisait que » 8 000 exécutions extrajudiciaires » entre 2015 et 2017 – en gros, et après péréquation, 6 000 de moins que sa rivale et amie HRW ! Une différence due sans doute au fait que, d’après Amnesty, seulement huit des cas évoqués ont fait l’objet d’un examen approfondi de sa part quand, on l’a vu, HRW a interrogé les proches de neuf victimes – une enquête beaucoup plus exhaustive, incontestablement. Il faudra toutefois, et un jour, éclaircir ce mystère. Le nombre des victimes serait-il estimé « à la louche » au risque de raconter n’importe quoi ?

Au sujet de Michelle Bachelet, force est de constater que le niveau baisse également. Le 9 septembre dernier, lors d’un discours tenu devant la 42e session du CoDH de l’ONU, à Genève, elle a relevé : « Mon bureau a continué à documenter les cas de possibles exécutions extrajudiciaires commises par des membres des FAES. Pour le seul mois de juillet, l’organisation non gouvernementale Monitor de Victimas a identifié 57 nouveaux cas de présumées exécutions commises par des membres des FAES à Caracas. » Spectaculairement moins que les 5 287 en un an dénoncés le 5 juillet – soit 440 par mois (même si c’est pour tout le pays). A moins, bien sûr, que Caracas n’ait fait de gros progrès…

Avec de telles variantes, les chiffres et ceux qui les manipulent, ont-ils encore un quelconque semblant de crédibilité ?

Chaque jour un peu plus, le Venezuela, agressé, asphyxié, se retrouve au banc des accusés. Cette dernière campagne et la mise en avant totalement inappropriée de l’ONU ont fait mouche. Dix-huit mille exécutions extrajudiciaires en trois ans frappent l’opinion. Mais on nous permettra de considérer qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des médias. Plutôt que de prétentieuses « cellules d’investigation » – comme celle dont s’enorgueillit Radio France –, que ne mettent-ils en place des « cellules de journalistes de base », chargés tout simplement de vérifier les informations. Quant aux chasseurs de « Fake News », Décodex et autres niaiseries, qu’ils commencent par chercher les poutres dans leur rédaction plutôt que de s’intéresser aux pailles des journalistes indépendants, sur les médias alternatifs ou les réseaux sociaux.

ML

Notes :

1 https://www.elmundo.es/internacional/2019/09/13/5d7bd02efc6c83ea208b4625.html

2 https://www.france24.com/es/20190914-venezuela-guaido-fotos-paramilitares-maduro

3 http://www.medelu.org/La-Colombie-sous-la-coupe-des-criminels-de-paix

4 https://wikileaks.org/plusd/cables/09CARACAS1485_a.htm

5 https://runrun.es/rr-es-plus/380996/informe-monitor-de-victimas-2018-256-personas-murieron-en-manos-de-las-faes-el-ano-pasado-en-caracas/

6 https://www.connectas.org/especiales/olp/en/venezuela-crime-without-borders/

7 https://www.ohchr.org/SP/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24374&LangID=S

8 https://www.ohchr.org/sp/newsevents/pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24788&LangID=S

9 Voir Romain Migus,  « Droits de l’Homme, police et insécurité au Venezuela » – https://www.romainmigus.info/2019/09/insecurite-polices-et-droits-de-lhomme.html

10 http://www.correodelorinoco.gob.ve/fernandez-ovv-manipula-sin-probidad-cifras-sobre-violencia-en-venezuela-para-desestabilizar/

11 https://www.hrw.org/news/2019/09/18/venezuela-extrajudicial-killings-poor-areas

20 Voir Romain Migus,  « Droits de l’Homme, police et insécurité au Venezuela » – https://www.romainmigus.info/2019/09/insecurite-polices-et-droits-de-lhomme.html

La Grande Interview : Rafael Correa converse avec Nicolás Maduro (RT France)

Pour cette édition exceptionnelle de « Conversation avec Correa« , l’ex-président équatorien voyage à Caracas afin d’évoquer avec le président Nicolás Maduro les mythes et les réalités du Venezuela actuel. Les deux chefs d’Etat abordent la question de l’intensification de la manipulation des médias qui va de pair avec l’accroissement des sanctions états-uniennes, la place de l’individu dans l’Histoire ainsi que les récents développements politiques de la révolution bolivarienne.

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Le sucre vénézuélien et une politique stratégique à la frontière avec la Colombie

Une sucrerie emblématique du Venezuela a rouvert ses portes dans l’un des points les plus critiques de la frontière colombienne. À l’intérieur, 300 employés travaillent, dont un tiers sont des prisonniers. Spoutnik était présent lors de l’inauguration et raconte l’histoire d’un territoire marqué par la contrebande et le paramilitarisme. 

« Ce sont les actions qui constituent la patrie« , a déclaré Iris Varela, ministre du Pouvoir populaire du Service pénitentiaire. On entend le sifflet – qui ressemble à celui d’un bateau qui est prêt à naviguer – qui indique que la sucrerie a rouvert ses portes après deux ans d’arrêt. On voit les casques des travailleurs, les bleus de travail, des personnes privées de liberté – en jaune de bas en haut -, l’enthousiasme et les drapeaux tricolores du Venezuela.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Centrale sucrière à Azureña, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Il s’agit désormais de l’Azureña, le sucre raffiné produit à Ureña, dans l’État de Táchira, à moins de 500 mètres de la Colombie et de la ville de Cúcuta. Un site qui, il y a quelques mois, était l’épicentre de l’actualité internationale : c’est un pont par lequel, le 23 février, une entrée en force a été tentée sur le territoire vénézuélien  . Ce jour-là aurait dû être celui qui ouvrirait la voie à l’éviction du président vénézuélien Nicolás Maduro.

La décision de remettre en marche la centrale sucrière a été prise l’an dernier. C’est un site emblématique pour le peuple : ouverte en 1954, l’usine est passée des mains de l’Etat à celles du privé, puis de nouveau à celles de l’Etat, jusqu’à ce qu’elle commence à péricliter pour finalement fermer ses portes.

« L’État s’est dégagé en la confiant au secteur privé, ce qui a entraîné une baisse de la production. Il a ensuite voulu la rescaper, mais elle avait subi des dommages importants sans qu’il y ait eu suffisamment d’investissements », explique Varela. La ministre est originare de la région. Elle a fait partie du noyau fondateur du mouvement politique qui a conduit à la victoire de Hugo Chavez à la présidence du pays, en 1998.

La reprise de l’usine avait plusieurs objectifs : augmenter la production nationale, encourager la croissance des champs de canne à sucre, créer des emplois et remporter une victoire dans la zone frontalière.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. La ministre du Service pénitentiaire, Iris Varela, à l’intérieur de la centrale sucrière, en conservation avec le travailleur Virginio Prada, à Ureña, dans l’État de Táchira, au Venezuela

Faire cela à Ureña est particulièrement difficile, cette frontière étant un centre nerveux du siège économique international subi par le Venezuela. La guerre est ici vécue quotidiennement, entretenue par les actions des contrebandiers et des paramilitaires.

Prisonniers et capitalistes

La ministre insiste sur le fait que la « volonté politique » est un facteur déterminant, par opposition à l’idée répandue selon laquelle tout se résout « en piochant dans la bourse », c’est-à-dire avec de l’argent. C’est cette volonté qui est à l’origine du projet de réactivation de l’usine, à quoi s’ajoute celle de recourir à ce que la ministre appelle « un trésor », à savoir la main-d’œuvre pénitentiaire.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Cérémonie d’ouverture de l’usine en présence de la ministre Iris Varela et du représentant de l’État, Táchira Freddy Bernal, Ureña, État de Táchira (Venezuela)

Selon elle, « il y a, au sein de cette population, des personnes qualifiées, des ingénieurs, des architectes, des médecins, des avocats ainsi que des personnes qui n’ont aucune qualification. Si on met en place les conditions matérielles pour les former, on peut tirer parti de leur potentiel, encore largement inexploré ».

C’est dans cet esprit qu’elle a visité l’usine avec Ricardo Gallo, un ingénieur en mécanique faisant partie des détenus. La ministre lui a « tendu la perche », en lui demandant de mettre la main à la pâte en remettant en marche les machines et de faire fonctionner ce qui est l’emblème central d’Ureña et de la région.

« Nous sommes entrés dans la centrale, nous avons évalué la situation : la centrale était en piêtre état. Après trois ans d’interruption de l’activité, elle n’était plus opérationnelle. Il fallait remettre en marche des équipements longtemps arrêtés, ayant subi l’usure du temps depuis la date de leur mise en place, en 1954″, explique Gallo, habillé à présent d’un blue jeans et d’une chemise d’une couleur autre que le jaune, qui sert à désigner les détenus.

Tout y était : la volonté politique de la ministre, le travail fourni par des personnes qualifiées détenues, par d’autres en apprentissage, par d’anciens ouvriers de la centrale, qui y sont revenus. Tout, sauf le capital.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Bureau administratif de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Iris Varela a alors établi une alliance avec un entrepreneur privé qui a fourni l’investissement nécessaire. Ce n’est pas la première fois qu’elle le faisait : le ministère des Services pénitentiaires a lancé d’autres expériences fructueuses de ce genre.

Sucre destiné à être raffiné, Ureña, État de Táchira, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

« Personne ne va investir sans s’attendre à récupérer sa mise et sans croire qu’elle est en de bonnes mains. Aucun entrepreneur du monde ne le fait. Ceux qui ont investi, ont vu leurs ressources croître », a-t-elle déclaré. La ministre met sur la table le débat sur les relations entre le chavisme et les hommes d’affaires :

« Il n’est pas vrai que nous persécutons les entreprises privées. Nous ne persécutons que les mafias politiques créées avec les ressources de l’Etat, qui veulent constituer des cartels, générer des monopoles », ajoute-t-elle. 

À son avis, si la volonté d’investir et de respecter les lois en vigueur existe, il y a un espace pour une collaboration commune, et nécessaire. Maduro a d’ailleurs insisté sur ce point ces dernières années.

Travail et contrebande

Virginio Prada a 61 ans. Il a commencé à travailler à la centrale sucrière en 1984. Il y a occupé plusieurs postes, il connaît les machines et les diverses facettes du processus de raffinage. La centrale fait partie de sa vie, une vie qu’il a dû réorganiser lorsque l’ activité y a cessé. Il est alors retourné chez lui au sein, dit-il, d’un groupe familial uni, où prévaut l’entraide.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Intérieur de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Gallo a recommandé Prada, qui a rejoint d’autres anciens travailleurs de la centrale, décidés à affronter des tâches apparemment trop complexes pour eux. En plus des machines, ils devaient résoudre des problèmes critiques – par exemple, la production suffisante d’énergie électrique. Ils ont néanmoins réussi à installer une centrale électrique puis un turbogénérateur capable d’éclairer l’ensemble de Ureña, lui permettant de parvenir à l’autonomie électrique.

La centrale a cessé d’être une sorte de souvenir de temps meilleurs, pour devenir une réalité. Du moins en partie : le raffinage du sucre brut en sucre blanc, d’une capacité de 200 tonnes par jour, et l’emploi de 300 travailleurs, dont un tiers de détenus. Reste l’autre partie, le broyage de la canne à sucre, dont la mise en oeuvre sera la deuxième grande étape, décisive, pour la réactivation des producteurs de canne à sucre de la région.

L’un des plus grands défis à la frontière, un territoire où les principales difficultés vécues dans d’autres régions du pays se retrouvent de façon condensée, consiste à offrir des sources de travail formel avec un revenu qui permette de vivre. Car, pour le moment, l’économie informelle y prédomine, avec la contrebande qui s’articule autour du paramilitarisme : des produits tels que l’essence, la viande, le fromage sont vendus à la Colombie alors que d’autres, qui y sont moins chers, sont importés.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Intérieur de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Les sommes en jeu sont élevées, en comparaison avec les salaires : la revente d’essence au détail, c’est-à-dire avec un seul véhicule, deux fois par semaine, peut générer un revenu de 200 dollars par mois. Pour cela, il suffit de remplir de carburant son réservoir puis de vendre son contenu de l’autre côté de la frontière. La contrebande d’essence est légale en Colombie, selon le gouvernement de l’ancien président colombien Álvaro Uribe. Cela fait partie de l’architecture du siège économique qui sape le Venezuela.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Zone de café pour les travailleurs de la sucrerie, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Prada explique : « Ici, le jeune ne veut pas trop aller à l’université. À 17 ans, il se lance dans cette activité illégale et il la saisit comme la seule opportunité qu’il entrevoit : ‘je gagne vite fait mon argent’, pense-t-il, ». L’argent vient vite, les risques aussi : l’économie informelle n’offre aucune garantie. Prada a les codes de l’ouvrier formel, celui qui a grandi avec la sécurité médicale, un crédit pour sa maison, la retraite assurée. Tel est le désir, le rêve, que la centrale incarne.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Vue à partir de la centrale sucrière, Ureña, état de Táchira, Venezuela

La centrale électrique doit alors faire face à un ensemble de facteurs locaux, nationaux et internationaux dus au siège économique subi depuis plusieurs années et qui ont causé, ou ont exacerbé, des distorsions dans l’économie, avec la présence d’acteurs tels que les paramilitaires, avec lesquels le président autoproclamé Juan Guaidó et une partie de la droite vénézuélienne ont formé une alliance.

Un modèle

Gallo est ému aux larmes lorsqu’il bénéficie, avant la réouverture de l’usine, d’une mesure de confiance, qui consiste à mettre fin à son statut de détenu. Prada, de son côté, parcourt l’usine comme s’il était chez lui. Il connaît le bruit, les températures, tous les circuits ; il explique que la canne est un être vivant, « nous ne fabriquons pas du sucre, c’est la canne qui le fait, l’usine doit se spécialiser pour extraire tout le sucre que la canne a fabriqué et être efficace pour parvenir à la rentabilité « .

Varela se félicite d’avoir renforcé ainsi le front économique, politique et idéologique dans un endroit crucial du pays. La nuit de l’inauguration, un feu d’artifice a eu lieu, dont a profité la population de Ureña mais aussi celle de Cúcuta.

« Aucune ville ici ne sera autorisée à s’agenouiller », a déclaré la ministre. Elle a insisté sur les résultats qui peuvent être générés par l’alliance de la volonté politique de l’État, de ceux qui sont détenus, des travailleurs du secteur formel et du capital privé.  L’économie, le gouvernement et le chavisme ont besoin de résultats concrets, en association avec des victoires politiques, comme celle du 23 février à Ureña.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/sociedad/201909301088837935-el-azucar-venezolano-y-una-politica-estrategica-en-la-frontera-con-colombia/

Traduction: Bernard Guerrien

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“A la main ». Permaculture créatrice dans les Andes vénézuéliennes (Terra TV)

Venezuela, août 2019. Loin des médias, une équipe solidaire réunie par France-Amérique Latine Bordeaux Gironde, et une Brigade internationaliste du Mouvement des Sans Terre du Brésil, organisent un atelier de permaculture. Une formation impulsée par Gloria Verges et Franck David pour appuyer la création de “Tierra Libre”, le siège du réseau de producteurs de semences autochtones établi par les Sans Terre dans le village andin de La Azulita. Deux formateurs de TERRA TV se sont mêlés aux participant(e)s pour filmer les deux derniers jours de cette expérience. Au-delà de la transmission de connaissances, c’est une rencontre humaine toute particulière que révèle et raconte leur documentaire.

Image: Víctor Hugo Rivera

Son direct: Thierry Deronne

Montage: Miguel Escalona

Production: Terra TV, Venezuela, 2019

Durée: 53 minutes. Sous-titres français

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Réflexions sur le féminisme au Venezuela, par Marielis Fuentes

L’auteure: Marielis Fuentes (à droite), Licenciée en Langue et Littérature, rédactrice et productrice de télévision, enseignante communautaire,  militante des droits humains, du mouvement féministe et pour les droits de la diversité sexuelle au Venezuela.

Il y a quelque temps, une amie chilienne venue au Venezuela pour réaliser un documentaire sur la milice bolivarienne, me posa une question qui m’a fait réfléchir un bon moment avant que je n’y réponde.

Souhaitant en savoir davantage sur nos processus de lutte, elle me demanda “Qu’en est-il du féminisme au Venezuela ? Où sont les féministes ?”. Je me rappelle qu’avoir avoir avalé ma gorgée de cocuy (1) et ruminé une ou deux réflexions initiales, je tentai de lui exposer, au prix d’un certain effort, les multiples et diverses actions que nous déployons, nous les femmes, pour en finir avec les oppressions dans notre pays.

Quelques mois plus tard, la même question me fut posée par une compagne colombienne qui m’invita à rédiger un article pour brosser aux camarades du monde entier le tableau de nos féminismes vénézuéliens. Une telle coïncidence n’est pas due au hasard, mais relève de causes bien précises. J’ai relevé le défi et je me suis préparée à dépeindre à grands traits ce qui pourrait constituer le visage féministe de mon pays.

Il est évident que ce besoin de savoir comment se vivent les luttes féministes au Venezuela provient de l’ample désinformation entretenue par les grands médias privés à l’étranger. La plus grande partie si ce n’est la totalité de ce qui est diffusé, ne saurait être plus éloigné de la réalité de mon pays, qui par ailleurs traverse de grandes difficultés et est en butte à des menaces d’intervention étrangère; son peuple, les femmes en tête, mène une lutte inlassable pour gagner cette guerre et conquérir la paix. Cela implique évidemment une bataille culturelle interne pour éradiquer les violences liées au genre et au sexe.

Je pense que pour faire ce portrait des luttes émancipatrices des femmes vénézuéliennes, je dois commencer par souligner que nos processus de résistance féminine ont commencé bien avant que n’apparaisse le terme “féminisme” dans le monde, et cette caractéristique est partagée par les autres luttes de notre Amérique Latine et des Caraïbes.

La femme vénézuélienne d’aujourd’hui est le produit de la lutte et des résistances anti-impérialistes inscrites dans son corps depuis plus de 500 ans. Avec, comme fer de lance, l’héroïque Apacuana, Juana Ramirez poussant son canon tout au long de sa marche, Luisa Caceres de Arismendi. Toutes ces femmes et des millions d’autres, anonymes, forment à bien des égards le capital génétique des femmes que nous sommes maintenant.

Même si après l’indépendance, ces combattantes, ces chamanes et nos aïeules qui s’étaient battues côte à côte avec les hommes pour arracher l’indépendance à l’empire espagnol ont été reléguées, une fois la République mise en place, au simple rôle de femmes au foyer pourvoyant aux besoins de leurs familles et à l’éducation des enfants, elles commencèrent à former les premières associations de femmes, indignées par cette non-reconnaissance de la part d’hommes devenus propriétaires et “seigneurs” de la nouvelle patrie. Elles le firent essentiellement dans les colonnes de certains journaux ou en écrivant des pamphlets dans lesquels la question du genre occupait une place importante.

Un siècle de victoires et déceptions successives s’est écoulé par la suite, avec pour résultat certaines conquêtes, comme le droit à l’éducation ou le droit de vote reconnu en 1945, ainsi que diverses politiques de santé ou des droits sociaux obtenus grâce au travail de camarades marronnes comme Angela Laya et notre bien-aimée commandante Jacinta dont le combat s’est révélé des plus rudes dans un pays miné par le bipartisme d’extrême-droite au milieu du XXème siècle.

Mais l’évènement qui sans aucun doute a changé pour toujours le cours de la lutte féministe dans notre pays a été l’avènement du processus révolutionnaire initié et conduit par Hugo Chavez. Citer Hugo Chavez pour expliquer les luttes féministes du pays peut paraître une concession absurde aux yeux de compagnes ou compagnons vivant hors du Venezuela ; seul celui ou celle qui aura étudié non pas l’homme mais le phénomène culturel et politique qu’il représente, pourra le comprendre.

Depuis l’avènement de la Révolution, la participation politique des femmes a changé du tout au tout. Les femmes vénézuéliennes ont répondu à l’appel de ce grand président qu’a été Chavez, et celui-ci, à son tour, a rapidement compris l’importance cruciale qu’aurait le fait d’accorder une place de premier ordre aux revendications des femmes dans la politique et dans l’agenda révolutionnaires. Il a aussi compris qu’à défaut d’éradiquer la situation d’inégalité qui existe entre les genres, il n’y aurait pas de véritable processus de changement et encore moins d’émancipation populaire.

En 1999, le taux d’analphabétisme féminin était proportionnellement plus élevé que celui des hommes. La participation politique au niveau décisionnel était quasiment nulle, les rares postes à responsabilité étaient occupés par des femmes qui étaient en mesure de faire valoir leur provenance d’une classe sociale privilégiée. L’employée de maison ne bénéficiait d’aucune sorte de protection sociale ou de droit salarial. Pour résumer, la pauvreté affichait avant tout un visage de femme, comme dans le reste du monde.

Dans un pays où la famille est matricentrée, où il incombe à la femme de porter l’entière responsabilité de la préservation de la vie avec tout ce que cela inclut, il était nécessaire, pour parvenir au “Bien Vivre”, de transversaliser la problématique hommes-femmes dans le cadre de la nouvelle politique émergente, ce qui impliquait d’utiliser tous les moyens disponibles pour obtenir l’émancipation de la femme.

La réforme de la Constitution en 1999 a été le premier pas effectué, son langage inclusif permettant de donner aux femmes une visibilité en tant que citoyenne ayant des droits et des devoirs. Cette réforme reconnaît pour la première fois le travail domestique non rémunéré en tant que travail à part entière, et devant bénéficier à ce titre de garanties sociales comme tout autre travail. C’est à partir de là qu’ont été franchis de nouveaux pas vers une histoire inédite de la lutte organique des femmes dans le cadre du Venezuela Bolivarien.

Des missions telles que “Mères du Quartier” ont été créées, qui non seulement ont imposé la reconnaissance du temps dédié aux activités domestiques et à la prise en charge de la famille par le versement d’une rémunération mensuelle, mais ont aussi promu l’alphabétisation, la formation et l’organisation politique des femmes de la base. C’est ainsi que des compagnes qui n’avaient jamais eu l’occasion de sortir de leur cuisine, ont non seulement quitté l’espace domestique pour conquérir l’espace public, mais un grand nombre d’entre elles sont aussi devenues les protagonistes du processus de changement naissant.

Il faut souligner que lorsque cette Mission a été créée, la droite vénézuélienne a poussé des cris d’orfraie en montrant du doigt cette nouvelle insanité du « dictateur » encourageant la fainéantise de femmes sans aucun mérite.

Cette attitude a toujours été celle de ce secteur social lorsqu’il s’agissait d’offrir aux femmes des classes populaires les moyens de s’émanciper.

Bien que le gouvernement a fait des efforts pour intégrer divers thèmes liés à l’égalité des genres dans son agenda politique, le préjugé patriarcal influence toujours les décisions et les prises de position politiques adoptées. L’année dernière par exemple, il y eut le cas d’un féminicide commis par l’ex-compagnon de la la compagne Mayell Consuelo Hernández Naranjo, étudiante à Unearte. Bien qu’elle eût signalé à plusieurs reprises les violences de son agresseur, les services concernés ont ignoré ses signalements, ce qui a facilité son assassinat.

Le meurtrier a été arrêté, mais sa détention n’a duré que 24 heures, ce qui a provoqué l’indignation et la mobilisation du mouvement féministe, étudiant, de mouvements politiques et régionaux ainsi que d’autres secteurs qui ont dénoncé l’absence de justice avec laquelle ce cas avait été traité. La pression exercée par cette partie importante et diversifiée de la société vénézuélienne eut pour résultat qu’en moins de 72 heures, la justice vénézuélienne dicta une sentence de 30 ans de prison pour le meurtrier de Mayell.

L’agenda de la lutte féministe a beaucoup avancé au Venezuela ; cependant, trois questions restent non résolues: elles sont à mon avis, fondamentales pour progresser dans la garantie des droits des Vénézuéliennes.

La première est celle de la dépénalisation de l’avortement, thème sensible sur lequel les idées religieuses et morales ont encore une influence prépondérante. En février et mars 2018, le mouvement féministe, dont le réseau d’organisations de l’Arana Feminista, fit de l’agit-prop devant l’Assemblée Nationale Constituante pour exiger la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Un droit de parole au sein de l’Assemblée donna aux compagnes l’opportunité d’exposer les raisons pour lesquelles il importe de dépénaliser l’avortement au Venezuela. Malgré ce droit de parole, le débat n’a pas abouti à grand-chose, étant donné que les restrictions à l’accès aux contraceptifs existent toujours, de même que les gros risques que continuent à encourir les femmes sans ressources qui pratiquent un avortement, ou encore la grande vulnérabilité sociale de celles qui doivent assumer une maternité non souhaitée et forcée.

erika y marielis

Rencontre avec Erika Farias (à gauche, en vert), maire chaviste de Caracas

La deuxième question sur laquelle il est important de travailler au sein de la société vénézuélienne et de l’Etat est celle de la diversité sexuelle. Il existe actuellement un département de la diversité sexuelle à la Mairie de Caracas, à partir duquel se sont développés des plans et des politiques de soutien à la population des femmes ayant une sexualité différente. Même si cet engagement institutionnel fait la démonstration d’une volonté politique, il est essentiel d’approfondir ce sujet non seulement dans la capitale, mais aussi dans d’autres villes et régions du pays et de travailler son aspect culturel afin d’éradiquer les pratiques de discrimination et l’absence de débouchés pour les personnes vivant une sexualité différente.

La troisième question est celle du manque de chiffres officiels sur la situation des femmes vénézuéliennes. Même si la guerre économique, le blocage et le sabotage ont généré des difficultés pour collecter les données de base, il est de première importance pour le mouvement des femmes et pour les institutions de connaître, par exemple, les chiffres des violences faites aux femmes, de la mortalité maternelle, du taux de maternité des adolescentes, entre autres indicateurs.

Malheureusement, au niveau de l’Etat les moyens destinés à dresser un tel registre n’ont pas été mis en place et les chiffres disponibles ne proviennent pas de sources officielles, nombre d’entre eux étant gonflés ou modifiés et ne s’accordant pas avec la réalité, car ils sont manipulés par des ONGs poursuivant des fins politiques adverses à la Révolution. Disposer de données fiables, pertinentes et solides est essentiel, car cela permettrait d’identifier les problématiques les plus urgentes pour les femmes et d’élaborer des politiques publiques destinées à résoudre leurs besoins prioritaires en fonction des ressources limitées dont dispose l’Etat.

Comme nous l’avons déjà dit, bon nombre des nécessités des femmes vénézuéliennes n’ont pas trouvé de réponse, ou leur traitement a été lent en raison de la vision patriarcale qui persiste au sein de nos institutions, et ce alors que nous disposions d’un échafaudage juridique et législative solide à ce sujet. L’attitude machiste et sexiste de certains fonctionnaires freine aussi les processus de mise en œuvre des conquêtes obtenues et retarde leur concrétisation.

Un autre facteur qui nous a empêché de progresser est la guerre économique, le sabotage et le blocus états-uniens, puisqu’en premier ressort ils ont pour résultat d’abaisser les ressources économiques et de réduire l’accès aux services de base des familles vénézuéliennes, celles-ci étant dirigées par des femmes qui portent sur leurs épaules tout le poids de la subsistance. Ensuite, les politiques d’ingérence extérieure et de sabotage font que l’Etat se concentre essentiellement sur la sécurité nationale, l’approvisionnement et la préservation de la souveraineté du pays, les autres nécessités et demandes du peuple ne venant qu’en second lieu.

Le dernier point non moins important sur lequel j’aimerais attirer l’attention, est la difficulté qu’a rencontrée le mouvement féministe de placer les débats au niveau de la base populaire des femmes vénézuéliennes. Des questions comme la violence sexiste et l’avortement ont malheureusement été traitées par des féministes blanches, universitaires, issues de la classe moyenne qui ont ignoré les voix des femmes noires et indigènes de la base populaire qui auraient pourtant pu enrichir le débat, le socialiser au sein des organisations et se joindre aux mobilisations nationales.

Le mouvement féministe doit améliorer sa relation et son dialogue avec les femmes de la base, car c’est cette déconnexion qui à mon avis a rendu plus difficile l’inclusion de thèmes telles que la légalisation de l’avortement dans l’agenda public et politique. Malgré ces difficultés et la culture machiste qui persiste, les femmes continuent à faire partie de l’avant-garde la plus fidèle et la plus consciente de l’ouragan révolutionnaire.

Les organisations de femmes se sont multipliées partout et se sont chargées d’elles-mêmes des missions et des espaces d’organisation territoriale dans tout le pays, et c’est toujours le cas aujourd’hui: la femme vénézuélienne est majoritaire dans tous les espaces d’organisation de base des communautés, dans le secteur de la défense comme celui de l’éducation paysanne ou indigène.

Dans cette marée composée de femmes, nous rencontrons une fourchette qui va de celles qui se consacrent à des études universitaires, à des travaux de recherche et à la production de contenus jusqu’à celles qui, sans même savoir qu’elles sont féministes, pratiquent instinctivement la lutte pour l’éradication du patriarcat. Beaucoup de féministes du Venezuela présentent le visage d’une femme qui, sans connaître la théorie et sans avoir en mémoire chacun des courants du féminisme eurocentriste, comprend et reconnaît de loin l’oppression patriarcale, la prévient et la combat.

Ce sont ces femmes qui, dans les réunions communales accueillent leurs sœurs, exigent que leur droit de parole soit respecté, s’associent aux politiques de genre en faveur de l’égalité des sexes menées par l’Etat et remettent en cause les modèles imposés par le modèle patriarcal. Ouvrières de chantiers, paysannes, membres des communes et des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, chauffeures, mécaniciennes, ministres, miliciennes, toutes ces compagnes forgent notre résistance féministe.

Et, à leurs côtés se tiennent les organisations féministes proprement dites, celles qui animent les ateliers de formation, dirigent les agitations de rue, les débats, ont recours à tous les moyens d’interpellation et de dialogue. Féminisme instinctif, féminisme universitaire ou féminisme de rue, mots d’ordres et graffitis, tout cela réuni dans un engrenage solide qui fissure le ciment du pouvoir patriarcal. Un mouvement de femmes multiforme, latent ou manifeste, faisant face à de grands défis en pleine création d’un socialisme bolivarien, chaviste, et qui se doit d’être profondément un féminisme populaire.

Le 8 mars dernier, tandis que dans le monde entier affluaient des millions de femmes pour exiger l’abolition du système patriarcal ou bien participaient à notre grève féministe, nous, les Vénézuéliennes, devions affronter l’obscurité, une attaque cybernétique destinée à nous démobiliser, ce qui n’était pas un fait fortuite car la grande majorité des actes d’agression économique de ces dernières années touche les femmes. Raréfier la nourriture, retenir, confisquer le papier toilette ou les couches ont été les premières actions menées contre nous. Mais ils se sont encore trompés, car ce 8 mars, en pleins désarroi, agitation et angoisse, alors que nous ne savions pas très bien ce qu’il s’était passé la nuit précédente quand tout à coup la lumière s’est éteinte dans tout le pays, ce furent des centaines de femmes qui, à pied, par files entières, se dirigèrent vers la Place Bolivar à Caracas. Et notre commémoration du jour international de la femme s’est convertie en tribune anti-impérialiste.

Nous avons grandi au milieu des difficultés: tel est sans doute le trait distinctif du féminisme vénézuélien.

Marielis Fuentes

  1. Le cocuy est une liqueur artisanale du Venezuela, d’origine indigène, longtemps restée illégale; en 2005, l’Assemblée Nationale l’a déclaré patrimoine naturel, ancestral et culturel de la Nation.

Source: https://revistamarea.com/2019/05/23/reflexiones-sobre-el-feminismo-en-venezuela/

Traduction: Frédérique Buhl

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S’insurger en temps de guerre, par Pasqualina Curcio

L’économiste et universitaire vénézuélienne Pasqualina Curcio. Professeure titulaire (Université Simón Bolívar). Économiste (UCV). Master en Public Policies (IESA). Docteure en sciences politiques (USB).

Voyons en face la dimension de la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Cela fait 7 ans que les monopoles transnationaux et nationaux nous font faire des files d’attente et courir d’un lieu à l’autre pour obtenir des biens vitaux (nourriture, médicaments et produits d’hygiène). Notre monnaie, le Bolivar, a été attaquée à hauteur de… 29.862.393.456 % : en 2012 le taux de change était de 8,69 BsF/US$, aujourd’hui les sites comme DolarToday, sans base économique, pures créations politiques et guerrières, marquent 2.595.042.000 BsF/US$ et produisent la hausse incessante des prix depuis 2013.

Cette guerre, sans précédent historique en raison de ses dimensions, a débuté en 1999 et s’est intensifiée en 2013. Le peuple vénézuélien n’a pas seulement résisté, il a choisi de s’insurger héroïquement. Un phénomène inexplicable pour Donald Trump et ses conseillers, au point que John Bolton a perdu son emploi.

Nous, les Vénézuéliens, avons fait quelque chose que l’impérialisme américain ne peut déchiffrer.

Les leçons de la guerre. Ceci est une lutte de classes : ce qui paraissait autrefois une rhétorique se vit aujourd’hui au jour le jour. Il est clair qu’il y lutte de classe quand, dans le circuit des marchés privés, la relation entre le salaire, le prix et le profit (telle qu’élaborée par Marx) devient une caricature. L’augmentation accélérée et disproportionnée des prix, conséquence de l’attaque sur la monnaie et de la logique du marché capitaliste, fait chuter le salaire réel, au point que le travailleur ne parvient pas à couvrir ses besoins matériels. L’ouvrier qui fait du pain et reçoit un salaire de 40.000 BsS/mois, soit un peu plus de 1.000 BsS/jour, ne peut même pas acquérir l’un des dizaines de pains qu’il fait cuire chaque jour. Le prix de chaque pain est de 10 000 BsS. La différence se situe au niveau du bénéfice.

Le mythe de l’inefficacité de l’État. Imaginez qu’en ces temps de guerre, nous n’ayons pas un système national de santé publique qui desserve 85 % de la population (au-delà des carences qui le caractérisent). Imaginez qu’il n’y ait pas de plan d’immunisation qui garantisse, de la part du public, une couverture vaccinale supérieure à 90 %.

Imaginons que la seule option soit d’acheter des vaccins pour nos enfants en dollars, comme on nous le demande chez les médecins du privé. En ces temps de guerre, où est donc le fameux secteur privé « efficace » ? Combien de personnes se rendent dans les cliniques privées et à quel prix, et quel est le montant couvert par les assureurs ? D’où proviennent les réponses apportées aux populations, du circuit public ou du circuit privé ?

Imaginons qu’il n’y ait pas d’écoles publiques, de lycées ni d’universités qui accueillent 90% de nos enfants et de nos jeunes et que ce soient les écoles privées et les universités privées qui, en ces temps de guerre, garantissent l’accès à l’éducation ? Poursuivons l’exercice de l’imagination et supposons qu’en ces temps de guerre, le programme d’alimentation scolaire n’existe pas. Imaginons Caracas sans métro. Imaginez des familles sans Comités Locaux d’Approvisionnement et Production.

En termes d’activité industrielle et commerciale, 98,71% et 99,87% appartiennent respectivement au secteur privé. Le secteur public ne produit pas de farine de maïs précuite, de riz, de pâtes, d’huile, d’huile, de margarine, de papier hygiénique, de dentifrice ou de médicaments; le circuit privé le fait, surtout les multinationales qui, dans le cadre de cette guerre, se plaignent depuis sept ans et exigent de l’État des devises étrangères bon marché afin de remplir leur responsabilité d’approvisionnement du peuple vénézuélien.

Dans ce scénario, qui sont les plus efficaces, l’État qui génère 98% des devises étrangères du pays ou les entreprises privées qui n’exportent même pas 2% de leur produits ? Le gouvernement qui fournit des services de santé et d’éducation à plus de 85% de la population, ou les grandes entreprises privées qui n’attendent que des devises étrangères bon marché ?

L’occasion en or : Ce n’est qu’en renforçant le circuit public, collectif, étatique et communal que nous vaincrons la guerre économique. Il est temps d’avancer dans la construction du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Tomber dans le piège monétariste et décapitaliser l’administration publique au motif que l’argent ne peut être émis parce qu’il est la cause de l’inflation revient à épouser la stratégie de l’ennemi. En temps de guerre, lorsque les salaires se détériorent à la suite d’attaques contre la monnaie, il est essentiel de renforcer le circuit public et communal. C’est la seule garantie d’accès à des biens vitaux de la part de la population et, ce faisant, nous construisons le socialisme du XXIe siècle. En 2003, face au lock-out général du lobby pétrolier, la stratégie de Chávez fut de fortifier le secteur public.

Imaginons cette guerre sans les missions sociales. Et c’est que nous sommes organisés ! Malgré toutes les tentatives de déstabilisation, de démoralisation et de démobilisation menées par l’impérialisme, le peuple vénézuélien s’insurge dans cette guerre d’une manière consciente et organisée. Sur le territoire, dans la commune, nous nous formons, nous informons, nous communiquons, nous apprenons, nous inventons, nous résolvons et nous mobilisons. Nous sommes organisés dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, dans les unités de combat Bolívar Chávez, dans les milices, dans les conseils communaux, dans les conseils productifs ouvriers, dans les comités de santé, dans les missions, dans l’organisation nationale féminine UNaMujer, etc.

Les blessures de cette guerre sont profondes et aussi très douloureuses, mais le peuple vénézuélien a tout enduré et a résisté en s’insurgeant.

L’échec du modèle socialiste ? Les médias et les leaders d’opinion de droite disent que la cause de ce que nous, les Vénézuéliens, vivons aujourd’hui est l’échec du modèle socialiste. Échec pour qui ? Entre 1980 et 1998, dans le cadre du modèle capitaliste néolibéral, l’économie a progressé de 52% et l’extrême pauvreté de 132%. Entre 1999 et 2015, à partir de la révolution bolivarienne, l’économie a connu une croissance de 43% et la pauvreté a diminué de 56% malgré le siège, la guerre économique et le sabotage auxquels les Vénézuéliens sont confrontés depuis 1999. Le Venezuela reste le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine.

Pasqualina Curcio

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/economia/abre-brecha-insurgiendo-en-tiempos-de-guerra/

Traduction: Thierry Deronne

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