Renforcement du pouvoir citoyen et des droits sociaux, sanctions envers les États-Unis : le Venezuela répond à la tentative de coup d’État

Alors qu’en 1973 il restait des médias occidentaux pour s’émouvoir du coup d’État perpétré au Chili, ceux d’aujourd’hui scandent à l’unisson : “Président du Venezuela, laisse-toi te renverser ! C’est pour ton bien ! Renonce à défendre le choix des électeurs ! Renonce à la loi, à la Constitution. Si tu arrêtes un putschiste, nous dénoncerons la répression au Venezuela !”. Le bulldozer des news, déjà bien rodé pour créer le personnage Chavez, a été réactivé pour fabriquer le tyran Maduro qui agite au loin un poing brutal pour mieux écraser des foules fanatisées alors que la voix feutrée de l’opposition de droite ou du porte-parole de la Maison Blanche, de face, en plan proche, s’étonne de tant de violence.

Même lors du coup d’État manqué contre Chavez en 2002, jamais on n’avait observé une telle intensité dans le bombardement médiatique pour nous faire accepter la nécessité d’une intervention extérieure, ou d’un coup d’État, sans attendre les élections.

C’est sans doute l’erreur historique, et suicidaire, de la gauche européenne : ne pas avoir démocratisé la propriété des médias, avoir laissé le service public mimétiser “l’information” des grands groupes privés (1). Qu’arriverait-il au journaliste d’un grand média qui parlerait des 40.000 conseils communaux et de conseils du pouvoir citoyen qui apportent la matière grise de nombre de décisions gouvernementales au Venezuela ?

Et le Maduro réel ? Celui que n’isolent pas les téléobjectifs de l’AFP et de Reuters ?

Le jeudi 26 février, lors de la création du nouveau Conseil des personnes handicapées et des personnes âgées (2), il a approuvé les crédits pour octroyer 300 mille pensions de plus, ce qui élève les bénéficiaires de ce droit à trois millions de citoyen(ne)s. Il a confirmé l’octroi de 10.000 allocations de santé pour mieux protéger les personnes âgées. Il a félicité les employés de la nouvelle mission sociale “Foyers de la patrie” qui a visité en une fin de semaine 200 communautés populaires, soit 25 mille familles : “Cette méthodologie nous permet d’arriver directement jusqu’aux familles en évitant les mafias des intermédiaires”.consejo-presidencial-para-personas-con-discapacidad

Avant d’entamer à travers le territoire un nouveau cycle de “gouvernement de rue” (3) Maduro a rappelé l’idée centrale de sa politique : malgré la guerre économique (4) et la chute des prix du pétrole, pas d’austérité mais l’approfondissement d’un État social et participatif. “Comme le dit le maire Rodriguez, on nous agresse parce que nous sommes un gouvernement des pauvres. Il n’y a que dans le socialisme que les ressources sont administrées en fonction de celui ou celle qui en a besoin”. Pendant cette assemblée un gros dossier arrive aux mains de Maduro. Anibal, affecté d’une incapacité de l’ouïe, un des porte-paroles du nouveau conseil national, prend la parole en langage de signes : “Nous sommes 120 porte-paroles venus des 24 états du pays, nous avons travaillé ensemble sur ces propositions”. “C’est pour cela que j’ai créé les conseils de gouvernement populaire, pour que le peuple prenne le pouvoir, pour qu’il assume le pouvoir politique, pour qu’il se convertisse en peuple président” lui répond Maduro. (5)

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Le samedi 28 février lors d’une mobilisation populaire contre l’ingérence des États-Unis (photo), le président a poursuivi : “The Wall Street Journal a écrit récemment que l’heure est venue de m’appeler tyran, je réponds : je serais un tyran parce que je ne me laisse pas renverser ? Et si je me laisse renverser, je serais un démocrate ? Le peuple devrait permettre que s’installe un «gouvernement de transition», éliminant la Constitution ? Je ne le permettrai pas et s’il le fallait je me battrai dans la rue avec le peuple et nos forces armées. Nous voulons construire la paix, la stabilité la coexistence, la vie en commun. Que ferait le président Obama si un coup d’État était organisé contre son gouvernement ? Celui qui persiste dans ses activités terroristes, putschistes, celui qui agit hors de la Constitution, sera arrêté pour être jugé même si The Wall Street Journal ou le New York Times m’appellent le tyran, ce n‘est pas la tyrannie, non, c’est tout simplement la loi.

Durant cette marche qui a parcouru les rues de Caracas, Maduro a signé un décret indemnisant 74 familles de victimes du “Caracazo” (6) : en 1989, après deux jours d’émeutes populaires qui suivirent l’application des mesures néo-libérales exigées par le FMI, le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez avait suspendu les garanties constitutionnelles et avait envoyé l’armée “rétablir l’ordre”. En 72 heures, 2000 à 3000 personnes furent assassinées. Maduro a rappelé que cette même austérité de choc fait partie du programme que la droite vénézuélienne avait prévu d’appliquer en cas de succès du coup d’État le 12 février 2015 (7). Jusqu’à l’élection de Hugo Chavez, aucun gouvernement n’avait accepté de reconnaître les fosses communes, les disparitions, et les tortures. Les 74 indemnisations décrétées par Maduro s’ajoutent aux 596 accordées à d’autres familles par le gouvernement bolivarien.

Par ailleurs, le président a annoncé quatre mesures en réponse  aux sanctions imposées par les États-Unis en violation du Droit international et dénoncées par l’ensemble des pays latino-américains (8), ainsi qu’aux 168 déclarations officielles émises par l’administration Obama contre le gouvernement bolivarien de 2014 à 2015 :

–          L’entrée du territoire vénézuélien est interdite aux fonctionnaires étasuniens complices d’actes terroristes, de violations de droits de l’homme, de crimes de guerre. Parmi ceux-ci l’ex-président George W. Bush, l’ex-vice-président Dick Cheney; l’ex-directeur de la CIA George Tenet, notamment liés au massacre de centaines de milliers d’irakiens sur la base du mensonge des “armes de destruction massive” et à la création de centres de torture – prisons secrètes en Europe, Abu Ghraib, Guantanamo, etc… «Interdit aussi d’accorder des visas aux citoyens américains qui ont violé les droits humains et ont bombardé des populations civiles « . La décision concerne aussi les congressistes d’extrême droite Bob Menendez, Marco Rubio, Ileana Ross-Lehtinen et Mario Diaz-Balart, proches du réseau terroriste du cubain Posada Carriles qui vit actuellement aux USA sous la protection des autorités.

–          Adéquation du nombre de fonctionnaires de l’Ambassade des États-Unis à Caracas. Le gouvernement étasunien y maintient plus de 100 employés alors que seulement 17 fonctionnaires vénézuéliens sont autorisés à travailler à l’ambassade vénézuélienne à Washington. La chancelière Delcy Rodriguez a rappelé que cette faculté de demander l’équilibre du nombre échoit à tout gouvernement en vertu de la Convention de Vienne.

–          Réciprocité en matière de visas : “Les citoyens vénézuéliens qui voyagent aux États-Unis doivent payer pour obtenir un visa. A présent, pour rétablir l’égalité de traitement, les étasuniens qui nous visitent, devront obtenir un visa et payer ce que paye un Vénézuélien qui voyage aux États-Unis”.

–          “Finies, les réunions des fonctionnaires étasuniens pour conspirer sur notre territoire”: Les responsables de l’ambassade étasunienne à Caracas ont été informés que dorénavant «toute réunion réalisée par eux au Venezuela devra être notifiée et approuvée par le gouvernement du Venezuela« , conformément aux articles 41 et 41.2 de la Convention de Vienne. Maduro a révélé : « nous avons détecté et capturé certains étasuniens engagés dans des activités secrètes, notamment d’espionnage, essayant de recruter des gens dans les villages frontaliers avec la Colombie et sous influence paramilitaire. Dans l’État du Táchira nous avons capturé un pilote d’avion étasunien d’origine latino-américaine, avec toute sorte de documents. Il est en train de faire des révélations”.

En conclusion de son discours, Maduro a réaffirmé son respect pour le peuple étasunien ainsi que pour la communauté afro-américaine, hispanique et caraïbe souvent victimes des violations de droits de l’homme de la part de leur propre gouvernement, rappelant que ces mesures ne sont pas prises contre eux, mais contre l’élite qui persiste à s’ériger en policier mondial et à refuser de respecter le principe de souveraineté.

T.D., Caracas, 1er mars 2015

Notes :

(1) Cas récent d’une émission d’ARTE : http://vivavenezuela.over-blog.com/2015/02/le-venezuela-cartes-sur-table-l-humanite.html. En Europe le gouvernement Tsipras montre la voie en rouvrant la télévision publique fermée sur injonction de Bruxelles et en réembauchant tous ses salariés pour que la population jouisse d’un “service public démocratique et pluriel”. Toute révolution citoyenne devrait s’accompagner de la création d’un vaste réseau de médias populaires pour que les citoyens disposent réellement d’informations alternatives.

(2) Sur la nature de ces nouvelles instances de pouvoir citoyen, lire « Démocratisation de l’État, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/12/31/democratisation-de-letat-hausse-des-budgets-sociaux-nicolas-maduro-met-les-bouchees-doubles/

(3) Sur le gouvernement de rue, lire « Nous t’écoutons Claudia« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

(4) « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/07/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-files-dattente-au-venezuela-sans-jamais-oser-le-demander/

(5) Voir le point (2) sur la démocratisation de l’État.

(6) « Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine/

(7) Lire « L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/22/laccord-de-transition-machado-ledezma-lopez-ce-que-revele-et-ce-quocculte-le-programme-de-la-droite-venezuelienne-en-cas-de-succes-dun-coup-detat/

(8) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC)« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/05/lamerique-latine-serre-les-rangs-autour-du-venezuela-les-etats-unis-isoles-avec-declaration-integrale-du-sommet-de-la-celac/

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Critique à la critique de l’économie du Venezuela par la CEPAL

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canadá). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

L’auteur : né en Andalousie (et de plus en plus latino-américain), Alfredo Serrano Mancilla est Docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone et titulaire d’un post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canada). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/, il est également Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), de l’Universidad Andina et de l’UMSA (Bolivie), l’Universidad Hermosillo et l’UNAM (Mexique), l’Universidad Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), et de l’Université Santa Marta (Colombie).

Le dernier rapport économique de la CEPAL concernant la Venezuela (dans le cadre d’une Etude Economique de l’Amérique latine et des Caraïbes 2014) présente le panorama extrêmement citrique d’un pays au bord de l’abîme, suivant ainsi la musique du concert que reproduisent de nombreux médias internationaux. Son diagnostic se fonde sur des objectifs et des recettes propres à un paradigme qui ne correspond pas au modèle socio-économique que la majorité sociale y réclame dans les urnes, élection après élection, chaque fois qu’elle se rend à un rendez-vous électoral. La CEPAL fait le choix d’ignorer ce que le peuple désire chaque fois qu’elle met la main à la pâte au moment d’élaborer une publication économique; elle préfère suivre sa ligne, usant et abusant des critères hégémoniques sans prendre en compte ni respecter ce que chaque société choisit en tant que façon de coexister économiquement.

Peu importe que la Colombie ou le Mexique aient décidé de parier sur une économie de type néolibéral à la différence du Venezuela et de la Bolivie : le jugement est toujours formulé selon la même perspective. Il s’agit d’imposer une homogénéité forcée dominante qui n’envisage pas l’hétérogénéité de différents processus. Dans cette optique, de tentative de domination/colonisation épistémologique, la CEPAL examine l’économie vénézuélienne avec un abus de copier/coller pour finir par condamner ce qu’elle voulait sûrement condamner avant de procéder au moindre calcul : “les protestations du début se poursuivent et se sont étendues à d’autres secteurs de la population”.

L’effet perroquet, si l’on peut se permettre le terme, doit être apprécié comme critère sélectif afin d’être en partie en accord avec n’importe lequel des organismes internationaux hégémoniques qui se consacrent à l’analyse de la conjoncture économique de chaque pays. Cette manie qui consiste à répéter toujours la même chose indépendamment de ce que l’on traite, est une pratique courante dans les documents de ces centres de (non) pensée qui fixent l’agenda mondial. Cette sorte d’épistémicide consiste à en finir d’un trait de plume avec n’importe quel épistème local en le remplaçant par un autre, venu et imposé de l’extérieur. Il s’agit d’utiliser toujours la même grille d’analyse, avec un excès de déjà vu, le même dogme et avec les mêmes priorités et objectifs toujours déterminés de l’extérieur sans qu’importe ce que choisit la majorité sociale. C’est ainsi que se succèdent à l’infini les études économiques destinées à examiner de nombreux pays sous une loupe qu’ils n’ont pas choisie. Dans le cas du Venezuela, c’est ce qui se passe quotidiennement.

D’autre part, si ce rapport de la CEPAL avait été écrit par n’importe quel économiste n’appartenant pas à l’establishment on l’aurait accusé (d’emblée) de manque de rigueur en matière d’économie. Pourquoi? Parce qu’en plus de manquer d’identité épistémologique, le document présente de sérieuses erreurs dans l’analyse qu’il devrait avoir évitées. Voici ci-dessous quelques-uns des impairs (volontaires et/ou involontaires) dans la façon dont la CEPAL voit l’économie vénézuélienne.

1. Comme d’habitude: l’inflation est un sujet magique qui ne peut s’expliquer que par l’émission de monnaie. Rien n’a d’importance dans l’île Robinson Crusoé, où il n’y a personne, ni intérêts, ni pouvoir. Tout est dû à cette question de l’augmentation des agrégats monétaires (M1 et M2). Le manque de rigueur dans ce cas est double. D’une part, il n’envisage pas la possibilité que l’inflation soit le résultat d’une bataille autour de la distribution, d’une bataille qui dépend en grande partie du contrôle du pouvoir du marché; si c’est une seule entreprise qui a le monopole de l’importation d’un bien très demandé, et si cette population possède un haut pouvoir d’achat, alors, le prix tendra à être élevé à moins qu’il n’y ait une régulation effective soit sur les prix, soit sur la limite des bénéfices concernant celui qui finit par fixer le prix.

Ceci ne semble pas être digne d’intérêt pour la CEPAL. D’autre part, et le pire, c’est que la thèse cépalienne ne se réalise même pas selon son propre dogme: plus d’émission monétaire entraîne plus d’inflation. C’est ainsi qu’elle explique l’inflation des années 2013 et 2014 ; la CEPAL affirme qu’ “en 2013 la politique monétaire a été fortement expansive. Une augmentation moyenne interannuelle des agrégats monétaires M1 et M2 de 66% et 65% respectivement, très supérieure à l’inflation interannuelle moyenne qui a été de 40% (…) Durant les quatre premiers mois de 2014, la politique monétaire a clairement continué d’être expansive et les agrégats M1 et M2 ont présenté une augmentation interannuelle en moyenne de 76% et de 75% respectivement. L’inflation moyenne interannuelle durant cette même période a été de 59% ». A partir de cette relation, elle essaye de maintenir cette thèse infondée ; mais néanmoins, les auteurs du document n’ont  pas eu envie d’aller voir tout simplement ce qui passait quelques années auparavant : dans ce même Venezuela de l’année 2005, l’augmentation monétaire interannuelle avait été supérieure à 100% et l’inflation annuelle avait été de 14,4% (voir le travail de José Gregorio Piña Torres dans El mito de la maquinita, Centro de Estudios de Economía Política, Univ. Bolivarienne du Venezuela). Voilà, la maxime orthodoxe monétariste ne se vérifie pas dans ce même Venezuela, ne serait-ce que quelques années plus tôt.

On a un autre exemple dans le document La falsabilidad del monetarismo (d’Adrian Gonzalez, Centre de recherche et de gestion de l’Economie Solidaire). Dans celui-ci, citant Zaiat, on affirme qu’en Argentine “ dans la période 2007-2013, dans un moment d’expansion et de contraction monétaire, les indices de prix se sont maintenus à des niveaux élevés stables, que ce soit au niveau de l’indicateur officiel (10%) ou des indicateurs privés (20-25%). Par conséquent, les tensions inflationnistes ont été constantes indépendamment d’une plus grande ou moindre croissance de la création monétaire (émission d’argent). En outre, on ajoute que “l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis n’a pas dépassé 10,3% entre 2008 et 2012 alors que l’émission monétaire a été de presque 160% durant cette même période ; au Royaume-Uni il a été de 16,4% alors que son émission a été de presque 203% ; pour le Brésil, la variation des prix a été de 27,6% alors que son émission a augmenté de presque 123%. Quant à la Chine elle a connu une variation des prix de 16,6% pour une croissance de l’émission d’un peu plus de 100%, durant la même période de référence.” En définitive, dans chaque cas que propose la CEPAL pour démontrer la relation existante entre émission monétaire et inflation, nous pouvons trouver un autre contre-exemple qui prouve le contraire. Et pourquoi ça? Parce que l’inflation va beaucoup plus loin qu’une simple relation réductrice entre deux variables nominales du fait que l’économie réelle a beaucoup à dire dans ce débat.

2. La panacée de l’accumulation de réserves. C’est une histoire de caquetage économique dominant. Premièrement, la faille consiste à considérer que ce moyen discutable est une fin en soi. Et deuxièmement, à continuer de soutenir que les réserves sont une condition obligatoire pour assurer le rythme des importations. La vielle règle dit qu’il faut toujours disposer d’un minimum de réserves équivalant à trois mois d’importation. Mais, cette prémisse ne tient pas compte du fait que de nos jours, en pleine transition géoéconomique, avec de nouvelles alliances économiques indépendantes des pays capitalistes les plus en vue, il est possible de garantir les importations de multiples façons, lesquelles ont peu à voir avec le niveau de réserves dont on dispose. Si un pays a dans son sous-sol la réserve de pétrole la plus importante du monde, celle-ci représente la véritable garantie pour disposer de mécanismes d’importation à crédit, et par anticipation, sans qu’il ne soit besoin d’avoir à présenter un niveau élevé de réserves. Il y a de nouveaux moyens de paiement en ce moment de lente désaméricanisation de l’économie mondiale où de plus en plus de pays accumulent des réserves dans des monnaies différentes du dollar.

En outre, on réalise de plus en plus de transactions commerciales sans passer par le dollar en utilisant des monnaies propres ou d’autres types d’échange (sur la base de la livraison d’une certaine quantité de pétrole ou de matières premières). Continuer d’accumuler des réserves oisivement dans le seul but de satisfaire un présupposé économiquement erroné serait une grossière sottise dans ces moments où l’on exige de plus en plus un usage productif de la devise. La CEPAL présente pour le Venezuela une situation au bord de l’abîme parce qu’il n’a pas de réserves suffisantes ; elle ignore les nouvelles dispositions pour permettre un rythme élevé d’importations en même temps qu’elle méconnaît : a) l’actuelle alliance passée avec la Chine (dont on ne dit rien dans le rapport car sans doute la Chine n’existe-t-elle pas, pas plus que l’engagement chinois à investir 20 000 millions de dollars au Venezuela), et b) que les importations du Venezuela sont de plus en plus diversifiées ( les importations depuis les Etats-Unis en dollars ne représentent qu’un peu moins de 25% du total). On parvient à la rigueur par la rigueur; on aurait pu dire qu’il est bien vrai que les réserves ont diminué (non pas durant cette dernière année 2014, mais effectivement durant l’année 2013) et que cela peut être un motif de préoccupation, mais en précisant toujours les autres  aspects qui sont nécessaires pour avoir une vision plus globale de la question des importations et des réserves.

3. Le manque de devises et le marché illégal de dollars. Voilà comment la CEPAL justifie qu’il existe au Venezuela un taux de change illégal qui est exagérément supérieur à n’importe lequel des trois indicateurs officiels. Elle n’aborde même pas la question de la spéculation pas plus qu’elle ne condamne l’illégalité de ce taux de change, mais bien au contraire, elle argumente en faveur de l’existence de celui-ci et tente de donner de la rationalité économique à une question qui relève davantage de la rationalité politique. Ainsi trouve-t-on dans ledit rapport: “la quantité de devises remises aux entreprises privées ne suffit pas à couvrir les besoins d’importations. Preuve de cela, la brèche qui existe entre les taux de change officiels et le taux de change du marché parallèle.” Or, s’il en était ainsi, comment explique-t-on que le taux de change illégal ait augmenté à une vitesse qui ne correspondait pas à la supposée baisse de remise de devises? Selon les chiffres dont on dispose jusqu’à ce jour, il est plus que probable qu’il y ait eu moins de remise de devises dans l’année 2013 qu’en 2014, et néanmoins, le taux de change illégal durant l’année passée a été bien supérieur à celui de l’année précédente. Une autre thèse qui ne se vérifie pas : il n’y a pas de correspondance directe entre la baisse des devises remises et le taux de change illégal.

Il n’existe pas non plus de relation proportionnelle, c’est clair, le déficit de devises pour importer (si tant est qu’il existât comme l’affirment les chefs d’entreprise) n’a pas  monté autant que l’a fait le taux de change illégal. Quelle que soit la façon de voir les choses, la justification du taux de change illégal selon une simple règle basée sur l’offre et la demande de devises ne tient pas. Cette question dépasse de loin ce petit jeu. Oui, il est vrai qu’il peut y avoir un pourcentage qui s’explique de cette façon. Mais, les véritables causes résident dans le réel intérêt qu’ont à déstabiliser ceux qui affichent un véritable pouvoir de marché pour un taux de change illégal en capacité d’indexer les prix. Ceci permet, d’abord, de créer du mécontentement social ; deuxièmement et fondamentalement, on remplit ainsi le véritable objectif de cette opération spéculative et illicite: se réapproprier en grande partie la rente pétrolière qui retourne au pays.

Pour le capitalisme, le débat a cessé d’être la rente pétrolière à la source, car la bataille au sein de PDVSA est perdue; ces dernières années, le capitalisme s’arrange avec la nouvelle maison socialiste pour voir où elle peut capter le maximum de gain à partir du débat sur la destination de la rente pétrolière (aux mains du peuple vénézuélien, soit directement du fait d’un plus grand pouvoir d’achat ou indirectement via les Missions sociales). Comment faire? En plus d’utiliser la voie du « rentisme importateur du XXIème siècle »(1), improductif et oisif, j’achète à l’extérieur et je vends à l’intérieur sans désir de produire et en obtenant un gain facile et très élevé, accompagné d’une stratégie spéculative basée sur l’indexation des prix grâce précisément à ce marché illégal du dollar. Voilà la raison d’être de ce taux de change illégal : créer un malaise dans le peuple vénézuélien en même temps qu’on continue d’engraisser le taux de profit du capital en absorbant un fort pourcentage de la rente pétrolière à présent convertie e pouvoir d’achat pour la majorité du peuple vénézuélien.

4. L’emploi est une question dépourvue d’importance économique. Tel pourrait être le message subliminal si l’on lisait attentivement le rapport de la CEPAL. Seulement une phrase, et courte phrase, à la dernière page: “ En 2013, la moyenne du taux de chômage urbain est tombé de 0.3 point en pourcentage et a été de 7.8%. Le « taux de population active » a augmenté de 0.4 point, atteignant 64.3%. Ce petit détail pour dire que oui, c’est bien d’avoir un taux de chômage bas, mais ce n’est pas le moins du monde un sujet central en matière d’économie. Le fait d’avoir une bonne santé en matière d’emploi est sûrement un aspect insignifiant pour quelque étude économique que ce soit et qui prétendrait être rigoureuse face à l’establishment. Que l’emploi se voit affecté en période de contraction économique passe inaperçu ; tout comme passe inaperçu le fait que cette caractéristique soit une des forces du modèle économique au Venezuela. En 2014 le taux de chômage a fini par être de 5.5%, ceci étant l’un des taux le plus bas de la région. Si on le compare avec des pays qui ont des taux supérieurs à 20% (et où le chômage des jeunes est supérieur à 50%), il est très difficile d’affirmer que le Venezuela se trouve au bord du précipice. Jouir d’un modèle économique capable de garantir l’emploi est une condition qui ne doit pas être ignorée ou négligée car c’est la base sur laquelle il convient de continuer à avancer en matière de défis économiques structuraux. Le Venezuela démontre ainsi que la variable d’ajustement ne se fait pas sur le terrain de l’emploi, pas plus que sur le terrain social, comme nous le verrons dans le point suivant. L’actuelle contraction extérieure ne se traduit pas dans ce cas par une baisse interne de l’emploi ; actuellement, la détérioration de l’emploi n’est pas la solution choisie au Venezuela.

5. La pauvreté ne doit pas ignorer la dimension non monétaire. On ne peut pas toujours mesurer avec le même indicateur dans tous les cas de figures. Imaginez qu’il existe un endroit où la vie, les droits sociaux, les besoins de base ne sont pas tous commercialisés, dans ce cas, il serait incongru de continuer à mesurer la pauvreté ou non d’une personne à partir de critères relevant de la commercialisation. Ceci ne signifie pas qu’il ne soit pas important et nécessaire d’évaluer le niveau de pauvreté d’un être humain également par l’incapacité à disposer de ressources monétaires pour réaliser certains actes de consommation nécessaires. Mais, cette tâche ne doit ni réduire, ni exclure d’autres choix qui sont pertinents lorsque les modèles économiques ne commercialisent pas certains aspects qui sont indispensables lorsque l’on parle de pauvreté. En ce sens, la CEPAL, dans son Panorama Social de l’Amérique Latine affirme qu’au cours de l’année 2013, il y a eu une augmentation de la pauvreté au Venezuela, mais il s’agit d’une pauvreté mesurée exclusivement sur la base du revenu monétaire sans aucune prise en compte de toutes les prestations sociales que reçoit le peuple par le biais de « l’État intégral des Missions» et qui englobe un grand nombre de besoins de base.

En d’autres termes, il s’agit réellement d’une analyse très pauvre à l’heure d’aborder un sujet aussi sérieux et « intégral » tel que celui de la pauvreté. On laisse de côté tout besoin de base satisfait par une autre voie que monétaire ou commerciale. Par exemple, les bénéfices sociaux des missions éducatives, de santé et de logement ne sont pas pris en compte dans cette vision myope cépalienne de la pauvreté. Se targuer de rigueur aurait impliqué de continuer à évaluer la pauvreté comme la CEPAL le veut, mais au moins en précisant brièvement que son indicateur ne prend pas en compte ce qui, en revanche, l’est dans le NBI (Nécessité de Base Insatisfaite). Précisément, ce NBI continue de baisser au Venezuela même ces dernières années (l’extrême pauvreté selon NBI est passée de 9.9% en 1999 à 5.5% en 2013 ; la pauvreté selon NBI est passée de 29.3% en 1999 à 19.6% en 2013. Pourtant, la CEPAL ne dit rien de cette amélioration sociale.

En plus de cette discussion, il est un autre point qu’il convient d’éclairer : en observant le tableau de données présenté par la CEPAL, on peut facilement détecter un super-indice (sous la lettre (c) qui signale explicitement que les « chiffres de 2012 et 2013 ne sont pas strictement comparables avec ceux des années précédentes ». En définitive, c’est la CEPAL, elle-même, qui reconnaît que ces chiffres ne peuvent être comparés avec les années précédentes bien qu’elle fasse preuve de bien peu de transparence puisqu’elle n’indique pas le pourquoi de cette note en bas de page. Ce sujet a été totalement ignoré par les échos médiatiques portant sur cette analyse.

Ces cinq points ne dispensent en aucune façon les critiques bienvenues que l’on pourrait formuler à l’heure de réaliser une analyse rigoureuse de l’économie vénézuélienne. De nombreux aspects doivent être débattus comme les défis structuraux et les défis conjoncturels de l’économie du pays. En ce sens, le rapport évoque précisément du bout des lèvres, voire ne le fait même pas, des sujets qui eux sont vraiment cruciaux pour continuer à perfectionner de façon habile un modèle qui ne négocie pas les politiques sociales ni sa souveraineté,  pas plus qu’il ne souhaite revenir à l’époque néolibérale. Ce rapport critique aurait pu mettre l’accent sur d’autres aspects au lieu de faire preuve de tant de dogmatisme en ignorant les vrais objectifs fixés dans le dernier Plan Economique ratifié majoritairement dans les urnes par le peuple vénézuélien.

Il existe de nombreux autres points qui, eux, présentent un intérêt pour affronter les années à venir :

1) L’urgence de la révolution productive qui permettrait d’affronter l’ «économie pétro-rentière importatrice », mais en envisageant également l’insertion vertueuse dans les nouvelles chaînes de valeur régionales et globales,  et évidemment, en incorporant les nouveaux sujets économiques (communes, petites et moyennes entreprises) dans le but d’une démocratisation de l’appareil productif.

2) L’absolue nécessité d’éviter le rythme croissant des importations liées aux ressources du secteur pétrolier, rythme qui est très supérieur à celui des exportations dans le même secteur.

3) Continuer de chercher le chemin de la souveraineté fiscale basée sur la conception d’impôts plus progressifs et une capacité de recouvrement pour parvenir à se réapproprier la nouvelle rente pétrolière encore aux mains d’une minorité enrichie, ceci, dans le but de la reconditionner en la dirigeant vers la création de richesse productive interne.

4) Reformuler une politique réussie d’achats publics pour mettre ce potentiel au service d’un nouvel ordre économique qui réduise la dépendance de certains secteurs oligopolistiques.

5) Mener une politique financière qui évite un endettement privé excessif pour soutenir la consommation dans une période inflationniste en même temps qu’elle stimule l’épargne interne pour la diriger vers le secteur productif.

6) Accorder une importance primordiale à la politique de distribution et de commercialisation comme outil pour corriger les failles présentes dans les actuels mécanismes usuriers et inefficaces, mais aussi pour disposer de cette rente pétrolière qui revient au pays mais qui se perd e partie dans les différentes phases de la chaîne commerciale.

7) Mener une politique de développement des sciences et des technologies de façon à réduire la néo dépendance de la connaissance (valeur ajoutée importée) en se centrant sur ces axes stratégiques pour un nouveau développement productif au Venezuela .

8) Développer une politique effective de prix justes par le biais de l’utilisation de divers mécanismes qui puissent aller d’un programme de prix maitrisés (accords entre les parties qui fixent des prix à la baisse en contribuant à créer un nouvel imaginaire collectif populaire en la matière) jusqu’à la création d’agences publiques d’importation qui viennent modifier le pouvoir de marché importateur de certaines entreprises.

9) Revoir la politique de subventions sur les combustibles, selon des principes de justice sociale, au nom d’une réorientation productive de l’usage de chaque dollar entré.

10) Mener une nouvelle politique de (ré)investissements qui empêche « la saignée » que représentent les sorties d’argent liées aux bénéfices nets en essayant de rediriger ces fonds sur ces axes productifs stratégiques ( dans les secteurs spécifiques du développement).

Ce sont ces dix points et non les cinq précédents, qui doivent représenter une part essentielle de la nouvelle centralité pour discuter du nouvel ordre économique interne au Venezuela et pour rendre irréversible tout ce qui a été acquis durant la décennie passée en matière sociale.

Ce sont ces points et d’autres encore qui correspondent effectivement au défi de rendre réversible le métabolisme social du capital encore en vigueur dans l’organisation économique vénézuélienne. Ce fut le leitmotiv du dernier message d’Hugo Chavez dans le coup de barre et qui a trouvé continuité dans cette secousse annoncée par le président Nicolas Maduro à la recherche du nouvel ordre économique interne. Ce sont là les vrais défis et les nouvelles questions économiques que pointe la majorité sociale vénézuélienne qui ne veut pas d’autre modèle (du passé) que celui-ci même, mais toujours en constante amélioration, pour continuer à faire des bonds en avant. Cependant, la CEPAL se trompe de cible et continue à viser là où les vénézuéliens ne regardent même pas, pas plus qu’ils n’en attendent quoique ce soit.

Alfredo Serrano Mancilla

Source : http://www.celag.org/critica-a-la-critica-de-la-cepal-a-la-economia-de-venezuela-por-alfredo-serrano-mancilla/

Traduction : Sylvie Carrasco.

Collaboration : Marie-Louise Benoît

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L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat

 

La droite radicale vénézuélienne, d'inspiration néolibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici les multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, ams de l'ex-président Uribe, et soutenus par les Etats-Unis.

La droite radicale vénézuélienne, d’inspiration ultralibérale et raciste, continue à préférer la voie violente à la voie électorale. Ici, le triumvirat des multimillonaires Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma, proches de l’ex-président Uribe, soutenus par la droite internationale, la plupart des médias et les Etats-Unis.

Caracas, 21 février 2015. Après seize ans de révolution, l’extrême droite vénézuélienne rêve encore et toujours de répéter le coup d’Etat qui coûta la vie à Salvador Allende et à des milliers de chiliens. Le gouvernement bolivarien a déjoué le 12 février une nouvelle tentative au cours de laquelle des officiers de l’Armée de l’Air allaient bombarder (notamment) le siège de la télévision latino-américaine Telesur, l’Assemblée Nationale et le palais présidentiel. Ces militaires ont été arrêtés ainsi qu’un des organisateurs politiques – qui est aussi un des maires de Caracas : Antonio Ledezma, déjà connu pour ses répressions d’étudiants et de journalistes sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution mais aussi pour son soutien aux militaires d’extrême-droite auteurs du coup d’Etat manqué de 2002 contre Chavez (1). Depuis, Ledezma utilisait son poste de maire pour organiser des violences comme celles de 2014 qui ont causé la mort de 43 citoyens vénézuéliens (ce plan baptisé « La Sortie » visait à créer le chaos social pour renverser le président élu, Nicolas Maduro).

Le 12 février dernier, le coup d’état devait mener à la constitution d’un « gouvernement de transition ». Le document intitulé « Appel aux Vénézuéliens, pour un accord national de transition », devait être diffusé immédiatement par le quotidien El Nacional (propriétaire Miguel Henrique Otero), mais aussi les sites internet d’extrême-droite, Vente Venezuela (coalition d’opposition/MUD), Voluntad Popular (fondée par Leopoldo Lopez Mendoza), d’Antonio Ledezma (maire de Caracas/MUD), Congreso Ciudadano (dirigeante : Maria Corina Machado).

Maria Corina Machado, Antonio Ledezma et Leopoldo Lopez ont apposé leurs signatures au bas de ce manifeste de caractère néolibéral, qui devait servir de base à une supposée transition sans la moindre base constitutionnelle, exactement comme lors du coup d’Etat contre le président Chavez en avril 2002. Nous avons sélectionné les passages-clés de ce texte, afin d’en éclairer -et le cas échéant- en approfondir le sens.

1ère citation : « Préparer et organiser dans la transparence, des élections présidentielles libres ».

Commentaire : Pourquoi des élections présidentielles auraient-elles lieu, sachant que nous avons un président légitime en exercice, dont le mandat légal expire en 2019 ? Quel sera le sort réservé à Nicolas Maduro ? Sera-t-il arrêté, contraint à démissionner ? Sera-t-il dans l’obligation de prendre le chemin de l’exil, sera-t-il assassiné ?

2. « Rétablir dans leur autonomie, les divers organes de la puissance publique, en désigner leurs représentants par des moyens constitutionnels, restaurer le pluralisme politique et la souveraineté nationale de l’Etat vénézuélien ».

Commentaire : en usant de moyens identiques à ceux du 12 avril 2002, lorsque les députés de l’Assemblée Nationale, les juges de la Cour suprême de Justice, le procureur général de la République, le Médiateur (une des instances du Pouvoir Citoyen, en charge de la promotion et de la défense des Droits de l’homme) ont été arbitrairement destitués et remplacés au pied levé ?

3. « Mise en application d’un calendrier destiné à redonner confiance au pays sur le plan économique » ; « Réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux. Obtenir en retour, le soutien financier nécessaire, visant à surmonter les difficultés rencontrées à court terme ».

Commentaire : retour aux négociations avec le FMI (Fonds monétaire international), la Banque mondiale et d’autres instances internationales qui conditionnent l’obtention de prêts à l’application de politiques néolibérales. Avec leur cortège de privatisations, de licenciements massifs de fonctionnaires, de réduction, voire de suppression des programmes d’aides aux personnes (pensions, etc.). Ceci afin de « garantir » aux secteurs dont il est question, la bonne obtention des aides financières prévues.

4. « Désigner de nouvelles autorités à la tête des instances économiques de l’Etat, sur la base de normes et de critères de compétence et de mérite ».

Commentaire : cette démarche suppose que les contraintes d’ordre technique l’emportent sur la dimension sociale des politiques à mettre en œuvre. C’est le retour programmé de la technocratie.

5. « Parvenir à des accords d’indemnisation pour les dommages résultant des expropriations arbitraires ».

Commentaire : toutes les terres, entreprises et industries ayant fait l’objet d’une mesure d’expropriation, ou ayant été occupées légalement par le gouvernement bolivarien seront restituées à leurs anciens propriétaires. Cela implique la fin des sociétés d’économie mixte (production de biens socialement utiles?), des communes et entités assimilées.

6. « On procédera à un audit de toutes les entreprises (hors secteur pétrolier), dont l’Etat s’est indûment emparé, signe de la rapacité du régime. Décider des formes de propriété et de gestion qui devront leur être appliquées, pour assurer leur relance productive ».

Commentaire : privatisation des entreprises publiques. Licenciement des travailleurs. Baisse des salaires et élimination systématique des avantages sociaux, pour répondre aux critères d’« efficacité ».

7. « Se débarrasser de la chape de plomb des multiples contrôles, qui étouffe l’économie. Réinstauration des bases juridiques et économiques qui attireront les investissements productifs. Et qui assureront à l’avenir, une croissance stable ».

Commentaire : fin de la réglementation relative aux prix des produits de base ; aux transports publics ; aux cliniques et assimilées. Suppression des mécanismes de contrôle tels que la Loi sur les prix équitables ; du contrôle des changes permettant l’acquisition des produits alimentaires et des médicaments de base, pour être revendus à des prix abordables. La priorité est donnée aux investisseurs, au détriment des intérêts du peuple vénézuélien.

8. « Libération des prisonniers politiques. Le retour immédiat des exilés sera facilité. »

Commentaire : la libération (et leur pardon) accordée aux personnes coupables de graves délits – c’est le cas du banquier Eligio Cedeno, de Leopoldo Lopez, Manuel Rosales, et de nombreux autres – suppose que l’on s’ingère dans les affaires relevant strictement du pouvoir judiciaire. En effet ce n’est pas pour leurs opinions que ces personnes ont été arrêtées mais pour des faits relevant du code pénal : corruption, organisation de violences, par exemple.

7. « Solliciter des autorités judiciaires, l’ouverture de procès visant à réprimer les délits graves commis sous la responsabilité de l’ancien gouvernement. »

Commentaire : A l’heure actuelle, le système judiciaire en place est parfaitement rôdé. Le fait que les fonctionnaires accusés d’excès de pouvoir soient jugés et sanctionnés en administre la preuve. Ainsi lors des violences de 2014 l’usage excessif de la force dans certains cas a aussitôt entraîné l’arrestation des policiers ou gardes nationaux concernés. Ceux qui ont trempé dans les assassinats de Juan Montoya (« Juancho »), de Bassil Da Costa et de Geraldine Moreno, sont en passe d’être jugés. De plus, le gouvernement Bolivarien a récemment obtenu que les fonctionnaires de Pdvsa impliqués dans des affaires de corruption soient mis en détention. Enfin le document dont il est question ici, menace les personnels du gouvernement Bolivarien d’être persécutés, comme ils l’ont été en 2002. (Coup d’Etat contre Hugo Chavez, le président sortant).

8. « Combattre l’insécurité touchant la population, devient une priorité d’Etat. Démantèlement des réseaux criminels qui ont proliféré grâce à la complicité du régime actuel, qui leur a assuré l’impunité. Traiter globalement ces questions sous l’angle de la prévention, des actions policières à mener, des problèmes rencontrés au sein de l’administration judiciaire. L’objectif : mettre un terme à l’impunité, et renforcer l’efficacité du système pénitentiaire ».

Commentaire : suspension des garanties constitutionnelles, et violation des droits humains ? Ratissages des quartiers populaires suivis d’arrestations massives comme c’était le cas sous la IVème République ? Comme par sous les régimes d’avant la révolution, assassinats camouflés des dirigeants politiques sous prétexte de combattre la délinquance ?

9. « Rétablir la capacité opérationnelle du secteur pétrolier, et élévation significative de la production pétrolière »

Commentaire : Cela suppose le non respect des quotas établis par l’OPEP. Le Venezuela se verrait contraint de quitter cette instance. De rompre avec elle. Cela causerait immanquablement une baisse des prix du pétrole similaire à celle que l’on a connu sous l’ère pré-Chavez : 9 $ le baril. Réduction des recettes, ce qui obligera l’Etat à adopter des mesures néolibérales. (Un terme est mis aux investissements sociaux).

10. « Révision des cadres juridiques existants, et des accords en vigueur, qui lui sont néfastes ».

Commentaire : Il sera mis fin aux partenariats liant le pays et les nations qui lui sont associées. Seront notamment visés des organismes tels que : Petrocaribe, UNASUR et CELAC. Les chances de parvenir à l’intégration et à l’union de l’Amérique latine, en seront amenuisées. Les accords assurant la présence de médecins cubains au Venezuela ne seront pas reconduits. Fin également des accords passés avec des pays tels que la Chine et la Russie. Avec toutes les conséquences que cela entraînera sur le plan économique.

11. « Désigner à la tête de Pdvsa, un nouvel organe de direction, dont l’honnêteté et les capacités seront reconnues. Le bon fonctionnement de cette instance sera ainsi garanti, et mis au service du pays ».

Commentaire : retour des coteries du pétrole à la tête de Pdvsa. Avec en perspective, sa privatisation partielle, voire totale.

"Je suis Telesur". Parmi les révélations sur le coup d'Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder cette chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

« Nous sommes plus de 800″. Parmi les révélations sur le coup d’Etat déjoué le 12 février, on a appris que des militaires comptaient bombarder Telesur, chaîne de télévision publique et latino-américaine basée à Caracas. Journalistes et employés (photo) ont reçu des messages de solidarité des mouvements sociaux de tout le continent

12. « Recouvrer l’exercice effectif de la liberté d’expression. Retour pour le peuple, du droit à l’information sur la gestion de l’Etat ».

Commentaire : les medias d’Etat subordonneront leur nouvelle ligne éditoriale, aux directives imposées par la droite. Le peuple vénézuélien n’aura plus droit au chapitre. Les nouvelles, et la relation des activités liées aux organisations du Pouvoir populaire, aux conseils communaux, et d’une manière générale les opinions favorables au chavisme, sont appelées à disparaître des pages du Correo del Orinoco (Courrier de l’Orénoque), de Ciudad CCS, des radios d’Etat ou des télévisions publiques.

13. « S’assurer de la loyauté des Forces Armées Nationales, et de leur appui à la Constitution. Elles se débarrasseront de toutes formes d’ingérence venant de l’extérieur de leurs rangs, et se préserveront de toute activité politique partisane. »

Commentaire : Pourquoi se réfère-t-on ici, aux Forces Armées Nationales, et non pas aux Forces Armées Nationales bolivariennes ? Pourquoi en a-t-on délibérément soustrait le terme « bolivariennes » ? Qui va juger de la loyauté de la FANB envers la Constitution ? Puisqu’il est précisé que ces dernières devront s’abstenir de toute activité politique partisane, est-il envisagé de retirer le droit de vote aux militaires ?

14. « Amorcer un processus de dépolarisation politique, menant à la réconciliation nationale. »

Commentaire : Quel sens accorder à l’expression «dépolarisation politique » ? Interdira- t-on de se référer au chavisme et à la révolution, au motif que ce genre de discussion porte ombrage à la dépolarisation escomptée, et à la réconciliation nationale ? Imposera-t-on comme par le passé, la censure aux forces de gauche ?

15. « Restaurer à très court terme, un approvisionnement suffisant en matière d’alimentation, mais aussi en ce qui concerne les produits de consommation courante destinés aux foyers. Pallier le problème des pièces détachées, mais aussi des fournitures qui font défaut, et qui nuisent au bon fonctionnement des chaînes de distribution ».

Commentaire : A première vue, cela semble très simple : il suffira de demander aux entreprises concernées, d’abandonner leur pratique de rétention actuelle, et de cesser les actions qui consistent à faire partir frauduleusement vers la Colombie, les marchandises destinées au marché intérieur vénézuélien. Nous ne serions pas surpris si ce genre de rétablissement accompagnait des mesures telles que la libération des prix des principaux produits de consommation courante, et l’annulation de la Loi sur les Prix équitables. Ce qui n’apparaît pas dans le document.

16. Toute référence à Simon Bolivar est supprimée : on parle des « Forces armées Nationales » (en lieu et place de « Forces armées Nationales Bolivariennes ».) On recourt par ailleurs, à « Venezuela », au détriment de « République Bolivarienne du Venezuela ». Or, c’est exactement ce qui est arrivé le 12 avril 2002, lorsque sur les instances de l’éphémère dictateur Pedro Carmona, patron du « MEDEF » vénézuélien, on retira le portrait de Bolivar du Palais présidentiel de Miraflores.

17. Le document fait très peu état des investissements sociaux réalisés, prête bien peu d’attention aux pauvres et aux précaires, y compris les enfants, les adolescents. Pas plus qu’aux personnes âgées, aux handicapé(e)s, et à ceux dont l’état de santé, requiert un traitement particulier. A rebours, les priorités affichées sont clairement définies : « attirer les investissements productifs », « réinsertion du Venezuela au sein des circuits financiers internationaux ». « Redonner confiance au pays ».

Aucune mention n’est faite de l’enseignement public gratuit. Et ce, quels que soient les niveaux existants: primaire, secondaire, universitaire. Aucune garantie n’est donnée aux établissements universitaires publics, créés sous la révolution (Unefa, UBV, Unearte, unités sport-études) quant à leur avenir. Il en est de même en ce qui concerne les universités ayant bénéficié d’importants réaménagements (Simon Bolivar, Romulo Gallegos, etc.).

Pour les pensions versées aux retraités, aux personnes âgées, à celles qui sont atteintes d’un handicap, le flou subsiste. Les projets et Missions sociales tels que les « Madres del Barrio » (« Les Mères des quartiers »), ne sont pas mieux lotis : aucune précision quant au sort qui leur est réservé. Aucune mention relative à la défense du salaire minimum, et à son indexation sur le coût de la vie (inflation). Au Venezuela, à 28 reprises durant ces 15 dernières années, le salaire minimum a été revu à la hausse. Par ailleurs, on ignore ce qu’il adviendra des nombreux acquis obtenus par le monde du travail, notamment à travers la mise en application de la nouvelle Loi du Travail (2). La sécurité de l’emploi n’est pas garantie.

Par conséquent, il semble bien que la reconduction du décret sur la sécurité de l’emploi soit remise en cause. Renouvelé tous les ans par le président Chavez et son successeur Nicolas Maduro, ce décret protège tant les travailleurs des entreprises privées, que publiques. Les employés et les travailleurs du secteur public, voient également la stabilité de leur emploi remise en question.

Un flou artistique enveloppe aussi l’engagement de mener à son terme, la construction de 100 000 logements (Gran Mision Vivienda Venezuela). Ce projet ayant bénéficié d’un fort volontarisme d’Hugo Chavez et de son successeur, le président Nicolas Maduro.

18. A aucun moment dans ce document, il n’est fait mention du Pouvoir Populaire. Les diverses instances de cogestion en activité à ce jour (les Conseils communaux ; Communes, Comités techniques (de l’eau…) ; les Entreprises de Production sociale (EPS), etc.) sont logées à la même enseigne. De fait, toutes ces formes de propriété mixte instaurées par le gouvernement bolivarien sont sur la sellette. On ne sait pas si elles seront maintenues ou non. Le silence est également fait sur l’avenir que l’on réserve au projet Canaima Educativa (Canamaitas), dont la mise en œuvre a permis aux jeunes vénézuéliens, d’accéder à des millions de logiciels (et ordinateurs portables) mis gratuitement à leur disposition.

19. Dans le document en question, nulle part il n’est fait allusion à la défense et à la promotion des droits des femmes, à l’appui dont devraient continuer à bénéficier les mouvements sociaux, les collectifs de paysans, LGBT (mouvement lesbien, gay, bisexuel et transsexuel), les groupes écologistes, les défenseurs de la cause animale. Qu’en sera-t-il du maintien de la souveraineté acquise en matière de technologie, en ce qui concerne les logiciels libres ? Qu’en sera-t-il enfin, de ces innombrables mouvements qui auront fait l’objet d’un soutien de la part de la Révolution bolivarienne ?

20. Enfin, à lire ce document, personne ne sait ce qu’il adviendra des mandats de ceux/celles qui assument à ce jour une charge élective issues de scrutins populaires, qu’ils soient issus de la démocratie directe (assemblées) ou d’élections à bulletins secrets.

Luigino Bracci

Source : http://www.aporrea.org/actualidad/a202900.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir http://www.legrandsoir.info/venezuela-qui-est-antonio-ledezma-telesur.html
(2) Sur la Loi du Travail en vigueur au Venezuela, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/
(3) “C’est l’heure d’anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids” : les visages du coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/%C2%A8cest-lheure-daneantir-maduro-le-reste-tombera-de-son-propre-poids%C2%A8-les-visages-reveles-du-plan-de-coup-detat/

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« Courrier International », le produit offshore du « Monde »

Lorsque la Guerre Froide cèdera la place à l’équilibre multipolaire, les historiens souriront en étudiant la propagande médiatique déployée autour de la démocratie participative la plus avancée de l’Amérique Latine. D’un Paulo Paranagua (Le Monde) écrivant que Chavez avait nui à l’unité latino-américaine au moment précis où l’ensemble des gouvernements, organismes multilatéraux et mouvements sociaux du continent saluaient l’œuvre du principal artisan de l’unité (1), à un François-Xavier Freland expliquant pourquoi des millions de vénézuéliens saluaient la dépouille mortelle du « dictateur » Chavez : « oh vous savez il y a beaucoup de curieux » (2). Sans oublier ce Libération de 2006 où Jean-Hébert Armengaud, actuel rédacteur en chef de Courrier International, coupa et remonta un discours du président bolivarien pour prouver qu’il était antisémite (3).

Cette campagne lancée par le « Guysen Israël News » et relayée par la section argentine du Centre Wiesenthal, fut démontée le 11 janvier 2006 par le site ACRIMED qui révéla le trucage (4). Le président de la Confédération des Associations Juives du Venezuela Fred Pressner expliqua que Chavez n’avait rien d’antisémite, critiquant le Centre Wiesenthal pour sa précipitation et son refus de s’informer auprès de la communauté locale : “Vous avez interféré avec notre statut politique, notre sécurité et notre bien-être en tant que communauté. Vous avez agi unilatéralement, sans nous consulter, sur des thèmes que vous ne connaissez pas et ne comprenez pas” (5). Tant l’AJCommittee (Global Jewish Advocacy) que le Congrès Juif Américain appuyèrent le point de vue de la communauté juive du Venezuela pour qui les propos du président bolivarien avaient été totalement manipulés. 119-300x2251Ses autorités se réunirent ensuite avec Chavez pour souligner publiquement d’excellentes relations jamais démenties depuis, comme en témoigne la réunion du président Maduro avec les représentants du Congrès Juif Mondial en novembre 2014 (photo) à New York (6).

Jean-Hébert Armengaud a caché ces faits aux lecteurs et a refusé d’admettre sa faute professionnelle. Il est devenu en 2012 rédacteur en chef de Courrier International, un produit du groupe Le Monde qui recycle des articles puisés dans l’apparente diversité qu’assure l’hégémonie des grands groupes médiatiques internationaux…

couv891En 2007 cet hebdomadaire publie un article intitulé « Poutine et Chavez, de drôles de démocrates ». Quelques jours avant la tenue d’un référendum sur la constitution au Venezuela, Philippe Thureau-Dangin parle de « coups d’Etat en forme de plébiscites » et parie sur une victoire de Chavez pour l’analyser par avance : « on ne fait plus de coups d’Etat baïonnette au canon ; on se contente de les faire avaliser, tout à fait légalement, par des peuples subjugués ». Hélas pour Courrier International Chavez perd le référendum et félicite aussitôt l’opposition ! (7).

Le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (19 en 15 ans), reconnus comme légitimes et transparents par les observateurs de l’Union Européenne, de l’Organisation des Etats Américains ou de l’Association des Juristes Latino-américains. “Excès de démocratie” pour l’ex-président du Brésil Lula. Meilleur système électoral du monde selon Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde (8). En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA), qui prend régulièrement le pouls des systèmes politiques, place le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie et d’équité sociale (9). L’ONG chilienne LatinoBarometro (10) soutenue entre autres par le BID (Banque Inter-Américaine de Développement), le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), l’OEA (Organisation des États Américains), l’états-unien Office of Research et les agences de coopération des gouvernements suédois, norvégiens et canadiens, a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat tous les records de confiance citoyenne dans la démocratie pour toute l’Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Pour Latinobarometro, “le Venezuela est le pays où on observe la plus grande différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui circule dans la communauté internationale”.

Le 10 février 2015, dès qu’éclate le scandale de la fraude fiscale organisée par HSBC pour ses clients, Courrier International tire à nouveau plus vite que son ombre et affirme que « la révolution bolivarienne confiait son argent à HSBC » (11), laissant entendre qu’il y a eu fraude et que le gouvernement bolivarien refuse de s’expliquer. L’objectif de Sabine Grandadam est transparent : surfer sur le scandale HSBC pour créer l’image d’une révolution corrompue. De fait, grâce à la convergence croissante des médias commerciaux et des médias sociaux, le buzz s’opère :twitterOr, la seule référence à l’Etat sur la liste vénézuélienne de Falciani concerne la Banque du Trésor qui en 2005 avait ouvert trois comptes à HSBC et une quinzaine d’autres dans des banques étrangères. Il ne s’agit ni de comptes individuels, ni de comptes secrets ni d’une fraude avec comptes codés et société-écrans offshore. Les noms qui apparaissent sont ceux des fonctionnaires qui ont effectué les signatures administratives et l’information n’évoque pas d’irrégularités.

Ce ne fut pas la seule fois que l’Etat Vénézuélien déposa une partie de ses fonds dans des banques suisses pour défendre ses intérêts. En février 2008, en pleine bataille légale contre la plus grande compagnie pétrolière états-unienne, ce fut pour protéger une partie de ses revenus pétroliers d’un possible embargo de la part d’Exxon Mobil que le gouvernement bolivarien les transféra dans des banques suisses (en 2014 le tribunal trancha en faveur du Venezuela.) Trois ans plus tard, en 2011, le président Chavez annonça le rapatriement des réserves d’or du pays, qui se montaient à 11 milliards de dollars et se trouvaient dans des banques d’Angleterre, du Canada, de France et des Etats-Unis. Il décida aussi de transférer les fonds des réserves et du Trésor vénézuélien à des pays membres des BRICS comme la Chine, la Russie et le Brésil, face à de possibles « sanctions » de la part des Etats-Unis.

Ces faits ultérieurs éclairent la relation de l’Etat vénézuélien avec la banque privée internationale mais n’ont aucun intérêt pour Sabine Grandadam puisque son objectif est simplement d’associer « révolution bolivarienne » à « corruption ». C’est aussi pourquoi elle reste muette sur les 99% de la liste « Venezuela » de Falciani (12) : 178 noms et 115 adresses de clients vénézuéliens possédant des comptes individuels à HSBC. On n’y trouve pas de dirigeants politiques de la révolution, ni le président Maduro ou sa famille, mais pas mal de membres du secteur privé, notamment des médias ou de PDVSA (compagnie pétrolière) avant sa récupération par le gouvernement. C’est plutôt une surprise quand on sait que la vulgate médiatique au Venezuela comme sur le plan international est de dénoncer « la corruption des chavistes ».

Bien sûr, un journaliste doué d’un minimum de conformisme n’a qu’à se baisser pour traduire les titres dont les grands groupes médiatiques usent pour faire campagne contre le socialisme bolivarien. Chacun est libre d’ajouter sa pierre aux milliers d’attaques subies par le Venezuela depuis qu’une démocratie de gauche y restitue les droits sociaux et politiques a une majorité d’exclus, et consciemment ou non, de renforcer l’environnement médiatique nécessaire aux coups d’Etat comme celui que le Venezuela vient de déjouer. Il est libre d’occulter à ses lecteurs l’ingérence états-unienne dénoncée par l’ensemble des gouvernements latino-américains (13), et de se refuser à effectuer le moindre reportage sur seize ans d’avancées sociales. Bref, libre d’ignorer la Charte du « Monde » : « 1/ Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité ; (..) 9/ Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste (14). »

T.D., 2015-02-18

Notes :
(1) « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale » par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/
(2) Ibidem
(3) http://www.liberation.fr/monde/2006/01/09/le-credo-antisemite-de-hugo-chavez_25785
(4) http://www.acrimed.org/article2241.html
(5) « Venezuela’s Jews Defend Leftist President in Flap Over Remarks« , http://forward.com/articles/1874/venezuelaes-jews-defend-leftist-president-in-fla/
(6) http://www.rnv.gob.ve/index.php/president-maduro-met-with-world-jewish-congress
(7) Lire l’article de Maxime Vivas : http://www.legrandsoir.info/courrier-international-degaine-plus-vite-que-son-ombre-et-nous-donne-le-ton.html
(8) http://venezuelanalysis.com/print/7272
(9) http://democracychange.com/
(10) http://www.latinobarometro.org/lat.jsp
(11) http://www.courrierinternational.com/article/2015/02/10/swissleaks-la-revolution-bolivarienne-confiait-son-argent-a-hsbc
(12) Lisible ici : http://offshoreleaks.icij.org/
(13) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC) », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/05/lamerique-latine-serre-les-rangs-autour-du-venezuela-les-etats-unis-isoles-avec-declaration-integrale-du-sommet-de-la-celac/
(14) « Charte de déontologie des journalistes du Monde », http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/03/la-charte-d-ethique-et-de-deontologie-du-groupe-le-monde_1434737_3236.html#zWswVzEmDBPYubsI.99

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Alfredo Serrano : « au Venezuela on a dépassé le stade du néolibéralisme »

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canadá). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canada). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

Le 6 février s’est déroulé à l’Université Bolivarienne du Venezuela (Caracas) un débat qui a réuni étudiants, professeurs, mouvements sociaux autour du livre d’Alfredo Serrano Mancilla (CELAG): « La pensée économique d’Hugo Chavez ».

Interview : Ernesto Cazal
Traduction : Jean-Marc del Percio

Bien qu’il soit espagnol -son accent le trahit- Serrano n’hésite pas à dire qu’il s’exprime comme les Vénézuéliens, « avec tout le corps ». Nous avons fixé l’entretien pour le lendemain. C’est à la cafeteria de l’hôtel où il est descendu, qu’il s’est expliqué sur l’héritage économique légué par Chavez : « ce que Chavez a fait et que ne reconnaissent ni les économistes de renom, ni la doxa dominante de la science économique, c’est la réinvention de catégories, de concepts, de propositions; et la rediscussions sans tabou ni complexe, de tous les dogmes hégémoniques. »

Chavez a parlé de la nécessité d’atteindre un point de non retour. Non seulement sur le plan économique, mais aussi politique et social. A votre avis, à quel stade en  sommes-nous ? Avons-nous atteint ce point de non retour ?

D’un point de vue historique, je pense que oui, nous avons atteint à plusieurs niveaux un certain degré d’irréversibilité. Je crois que l’étape néolibérale a été dépassée. Ce qui n’est pas peu de choses. Le déroulement des élections d’octobre (2012) et avril (2013) en est l’illustration. En effet, l’opposition (de droite) s’est vue contrainte d’occuper un champ économique et politique autre. Il lui était très difficile de remettre en cause l’Etat social Bolivarien. Cela montre que nous avons atteint un certain point d’irréversibilité. Il peut être également question d’un point de non retour qui serait atteint sur le plan économique, social et politique, si l’on considère que la Révolution Bolivarienne a bâti – suivant en cela, la pensée de Gramsci – un nouveau sens commun économique.

Pourquoi est-il possible de parler d’un nouveau sens commun en matière d’économie ?

Il est très difficile aujourd’hui de discuter en usant de la terminologie de l’ancien modèle économique des années 1980 et 1990. A l’époque, la priorité revenait à l’investissement étranger direct, aux politiques d’ajustement ou d’austérité, à la libéralisation du commerce et du secteur financier – selon les préceptes de Washington. Il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Toutes ces orientations n’obtiendraient plus aucun soutien populaire. C’est pourquoi pour moi, il y a un nouveau sens commun, qui laisse loin derrière lui, les décennies néolibérales qui ont toutes été des échecs ; et qui est la clé du processus de transition en cours, vers le socialisme bolivarien du XXIème siècle.2

Vitesse et stratégie.

Il est midi à Caracas. Soleil timide. Serrano, un verre d’eau fraîche à la main, insiste sur le fait que repenser en permanence la politique est une tâche qui ne peut s’enliser.

Les processus de changement en cours, acquièrent une telle vitesse et il y a tellement de tensions créatives au niveau économique et social, que si l’on souhaite atteindre un degré d’irréversibilité définitive, on doit réactualiser le seuil d’irréversibilité en permanence. Non seulement on a réussi à enterrer définitivement le néolibéralisme et son sens commun. Mais on a réussi à construire autre chose. Il faut désormais atteindre de nouveaux points de non retour. La révolution de la productivité est l’un de ceux-ci. Certaines modifications de la structure économique sont nécessaires (1). Mais il faut garder à l’esprit qu’un changement structurel suppose que l’on module la rapidité des processus de transformation en fonction de la conjoncture. Quant à la rapide transition qui s’est faite en un temps record, elle doit être confirmée par des transformations stratégiques structurelles.

Cela concerne uniquement la question de la productivité ?

Je me réfère également aux sphères financière, fiscale; à l’intégration des activités commerciales; mais aussi à la place de l’organisation productive au sein du système-monde. Sans oublier la politique des marchés publics. Tous ces réaménagements, c’est ce que le président Maduro appelle le nouveau système économique interne. On devrait également améliorer le dialogue entre les différentes sphères institutionnelles relevant de l’économie : le Sicad (Sistema Complementario de administracion de divisas), le Seniat (Servicio Nacional integrado de administracion Aduanera y tributaria), les services des douanes. Il ne peut subsister ici de quelconque « triangle des Bermudes ». Ce sont des défis à relever. Il ne faut toutefois pas porter un regard trop inquiet sur cette question. Il s’agit plutôt d’un pari à gagner, qui concerne les changements vertigineux de la sphère productive.

Selon vous, dans un contexte de guerre et de sabotage permanent, quelle est la relation immédiate entre ce débat, et le peuple organisé tel qu’il s’exprime à travers les conseils communaux, les communes, les divers mouvements sociaux, les collectifs ?

Il est essentiel d’identifier les nouvelles questions que soulève la majorité sociale, pour y apporter les réponses adéquates. Prenons un exemple : à l’heure actuelle, elle aspire toujours à se nourrir correctement. Mais elle souhaite aussi accéder à une alimentation de meilleure qualité. C’est pourquoi il me semble intéressant de coller au plus près du comportement du sujet social majoritaire, afin d’en actualiser les contours en permanence. Il me semble également fondamental d’identifier les nouveaux défis à relever; mais aussi les nouveaux facteurs de motivation. Il y a une partie non négligeable de la population vénézuélienne qui n’a pas connu l’ère néolibérale, puisque de nombreux jeunes sont nés sous la révolution. Mais il ne s’agit pas uniquement de la jeunesse, il y a un tas de choses, de nombreux tournants positifs qui ont été pris dans le domaine social, politique, en matière de satisfaction des besoins de base. C’est pourquoi, il faut toujours être à l’écoute, parce que si l’on souhaite répondre aux aspirations du moment, il faut avoir à l’esprit qu’elles ne sont pas identiques à celles que la majorité sociale exprimait il y a 14 ans. Donc, oui, je considère qu’on doit revitaliser la sphère de l’économie, à partir de ce qui fait partie de l’actualité.

A quoi il faut ajouter le thème de la guerre…

C’est vrai. Il y a une guerre économique. Il y a du sabotage. Il y a également une tentative de
déstabilisation en cours, qui vient de l’étranger. Il est également vrai qu’il existe une bourgeoisie vénézuélienne parasitaire misant sur les importations improductives, sur la spéculation. Toutefois, comme le président Chavez l’a dit lui-même, malgré ces obstacles, il faut identifier les éléments qui permettent malgré tout d’accomplir ce bond en avant, afin que l’économie contribue à l’éclosion d’un climat de pacification générale. L’idée, ce n’est pas seulement résister à la guerre économique. Parce qu’il faut voir comment il est possible d’envisager la transition, afin que l’économie soit un outil de pacification de la période actuelle. Et c’est dans ce cadre, que pour moi, l’importance des communes, du peuple organisé apparaît.

Chavez pédagogue

« Il est essentiel de comprendre que les acquis, on ne les a pas obtenus gratuitement. Il faut donc faire appel au volet pédagogique, s’inspirer de l’esprit de Simon Rodriguez (1769-1854, philosophe et mentor de Simon Bolivar), sur lequel Chavez s’appuyait tant. C’est comme cela qu’il a été possible d’expliquer qu’en dépit d’un investissement social si élevé, la Mission Logement n’a pu être menée à bien, qu’en réunissant de très gros capitaux. C’était en 2011».

Alfredo croit en l’efficacité d’une formation économique qui s’acquiert au quotidien. Ce qui n’empêche pas de penser à la politique sur la longue durée : « l’élément-clé, c’est de penser le changement, tant sur le plan stratégique que tactique. Un changement qui concernerait la politique fiscale, afin de l’enchâsser dans le modèle socialiste bolivarien de ce siècle. Selon les besoins du pays, qui diffèrent de ceux qui étaient à l’ordre du jour il y a 15 ans. Un exemple : ce peuple qui était affamé, consomme de telle façon, que cela relève désormais, de l’agro-industrie. »

La droite affirme que nous souffrons de famine. Nous savons que cela ne tient pas debout. Est-ce que tu penses que cela est lié au fait que nous aurions atteint ce point de non retour ?

Tout ce qui a trait à l’Etat social -qu’il y ait un choc interne ou externe ; une mutation de l’économie mondiale ; une chute des prix du pétrole-  n’est plus négociable. Pourtant cet état de fait, ne peut pas être interprété sous l’angle du miracle advenu. Non. C’est ici, qu’intervient la nécessité d’être pédagogue. D’expliquer que ces acquis, ce caractère irréversible, cet accroissement de la souveraineté ; de l’indépendance économique dont le Plan de la Patrie (2) a jeté les bases, tout cela implique de devoir prendre certaines décisions sur le plan économique. Comme l’émission de monnaie souveraine incombant à l’Etat vénézuélien.

Dans ces conditions, que faire ?

Est-il possible de continuer à autoriser que les devises aillent sur les cartes de crédit, dans le cadre des actes de consommation quotidienne ? En la matière, les données de l’année et demie écoulée, sont éloquentes. Même questionnement au sujet du tourisme. Est-il envisageable de maintenir en l’état, le rythme de sortie des devises, dès lors qu’elles font défaut pour aiguiller le modèle sur le plan productif ? Idem en ce qui concerne l’essence. Est-il encore concevable de consacrer des devises pour subventionner l’essence en faveur de tous les secteurs, au moment où elles sont nécessaires à la réorganisation d’une économie productive ; à améliorer les chaînes d’approvisionnement ; la distribution, la productivité ? Cette nouvelle culture économique doit accompagner le changement de modèle en cours. Et c’est à ce travail que le peuple organisé, mais aussi l’Exécutif, doivent s’atteler.

Dans un article, vous déclarez qu’il y a trois secteurs économiques qui n’ont pas décliné, pour lesquels il y a des politiques très claires du gouvernement bolivarien. Il s’agit du social ; du travail et de la fiscalité. Quels sont les relations à établir avec la révolution productive en cours ? Comment s’articulent ces 3 niveaux, avec, disons, cette manière nouvelle de produire ?

Un des défis à relever, c’est celui qui consisterait à placer la politique économique sous le signe d’une intégration totale. La politique fiscale ne doit pas faire cavalier seul. Elle doit s’intégrer à l’ensemble des objectifs politiques et économiques qui ont été définis. Mais elle doit aussi être repensée afin de promouvoir un nouveau modèle de production. En la matière, il est d’autant plus important de percevoir les impôts et taxes pour asseoir sa souveraineté sur le plan fiscal et pour capter les grandes richesses engendrées, que nous vivons une période de contraction des prix du pétrole. C’est aussi un défi en soi, puisqu’il ne faut pas appréhender d’une manière réductionniste la politique fiscale de captation des revenus. Mais il faut faire en sorte que cette dernière puisse contribuer à l’émergence de revenus productifs dans la période immédiate. Pour cela, on doit étudier les cas où les incitations fiscales sont souhaitables et ceux pour lesquels elles ne le sont pas. Il est crucial de ne pas instaurer d’incitations fiscales au profit de secteurs improductifs relevant de la spéculation. Elles ne doivent en aucune manière concourir à oxygéner le métabolisme du capital.

Le Venezuela Bolivarien n’est pas une île.

Nous avons ensuite parlé du travail, pas de celui qui s’appuie sur les chaînes ou le fouet de l’horaire : « la politique menée dans le domaine social et du travail doit répondre à des critères évidents. Non seulement il est nécessaire de maintenir un faible taux de chômage, mais il faut faire en sorte que chaque nouvel emploi créé, consolide la productivité générale et engendre une plus forte valeur ajoutée. C’est pourquoi, il est utile d’insister sur la nécessité de conduire une bonne politique en matière scientifique et technologique. Pas besoin de se concentrer sur tous les domaines de la connaissance, mais sur les secteurs stratégiques à court terme, pouvant avoir un impact sur la réduction de la valeur ajoutée importée. Il faudrait même réfléchir à la manière dont les connaissances s’intègrent à la nouvelle matrice sectorielle ainsi créée» dit Serrano1

Hier, tu as parlé d’une nouvelle instance de production. Il ne s’agit pas uniquement de réorganiser les vieilles instances mais aussi d’en créer de nouvelles dans les domaines de la science, de l’alimentation, etc. Comment redimensionner cette nouvelle culture productive ? A partir de quel type de travail ? Quels seraient les critères à retenir ?

Je pense que d’ici peu, on se remerciera d’avoir été confrontés à ce moment critique, ce moment complexe comme le caractérise le président Maduro. On assiste à la renaissance d’un imaginaire économique fondé sur la nécessité de la production. A l’heure actuelle, c’est quelque chose que nous ne voyons pas, parce nous focalisons sur le court-terme et la conjoncture. Il est possible de tracer le parallèle avec ce qui s’est passé avec le putsch des cadres du pétrole. Cette année 2002 fut chaotique, compliquée. Après, la Révolution bolivarienne est sortie renforcée de l’épreuve. Sur le plan économique, ses positions se sont renforcées, car on a immédiatement instauré un contrôle de plus en plus efficace du secteur stratégique pétrolier. A partir de cela, la mise en œuvre des programmes des diverses Missions a été facilitée.

L’idée n’est pas seulement résister à la guerre économique. Il faut voir aussi comment envisager la transition, afin que l’économie soit un outil de pacification de la période actuelle. Dans ce cadre, pour moi, l’importance des communes, du peuple organisé apparaît.

« J’insiste une fois encore sur l’émergence de ce nouveau sens économique commun. Je constate que depuis 2 ou 3 ans, il a été beaucoup plus question de la productivité, que durant ces 14 dernières années. Jusqu’à maintenant, la mentalité liée à la rente pétrolière, était profondément ancrée dans le sujet social économique vénézuélien. Il s’agit moins de la critiquer que de la comprendre sur un plan historique. Toutefois, je crois qu’elle est en train de disparaître. L’analyse des documents officiels démontre que les questions relatives à la productivité, ont émergé majoritairement ces dernières années. Je ne dis pas que ce débat n’apparaissait pas avant. (On en parlé par exemple, en 2007). Mais désormais, ce thème s’impose d’une manière centrale. Il est temps d’accorder à ce thème une place moins importante. Notamment dans les secteurs où les débats sont vifs autour de lui. Il faut lui accorder moins d’importance, parce qu’il ne faudrait pas passer d’un extrême (une économie improductive) à l’autre (une économie la plus productive du monde). Vouloir tout produire en un temps record, ce serait une erreur monumentale. Ce serait insoutenable, parce que nous ne vivons pas en autarcie ».

Nous ne sommes pas isolés…

En fait, à aucun moment, le Gouvernement bolivarien n’a fait le choix de l’isolement. Nombreux sont ceux qui affirment le contraire. C’est le cas de Capriles (un leader de la droite vénézuélienne) et compagnie. Ils le disent au moment même où le Venezuela n’a jamais été aussi peu isolé qu’aujourd’hui. On ne peut tout bonnement pas envisager les choses en termes de modèle productif autarcique, alors que l’insertion de la révolution bolivarienne au système-monde s’est opérée sur la base de la vision et des alliances d’un monde multipolaire. Je pense que dans ce domaine, un grand travail est à réaliser. Démocratiser le système productif, veiller à son intégration vertueuse au sein du système-monde productif. Il faut également réfléchir à la nature des instances régionales et globales environnantes. Et ce, afin de choisir à bon escient les modes d’insertion éventuels, en fonction des capacités réelles du pays. Car vouloir produire absolument tout, n’aurait aucun sens. Si malgré tout, c’était le cas, les coûts seraient très élevés, puisque les capacités du pays ne seraient pas à la hauteur de l’échelle de production retenue.

Et la question des gens, du peuple qui font de la politique ?

Il est fondamental d’introduire de nouveaux modèles de production, et de rediscuter de la commune. On doit non pas uniquement se poser la question de qui produit, mais comment on produit. Sinon on pécherait par naïveté. Une commune ne peut s’inventer du jour au lendemain, ne peut pas être réellement productive du jour au lendemain. Il n’existe pas de logiciel capable de planifier minute par minute, les activités d’une communauté productive comme un modèle idyllique et définitif. C’est pourquoi il apparaît nécessaire de rediscuter le contenu de la Loi de la Commune, en sériant les volets productif, économique, mais aussi en y intégrant les missions actives dans le domaine du travail, et de la qualification. Il faut réunir les conditions de l’insertion de ce nouveau sujet productif.

A ce stade de la conversation, Serrano aborde un fait capital : le dernier rapport de la Cepal
(Commission économique pour l’Amérique Latine/ONU) signale que les importations dans le secteur pétrolier augmentent à une vitesse plus grande que les exportations. « Cela indique que l’industrie a de plus en plus besoin de science et de la technologie pour ne plus devoir importer de la valeur ajoutée à partir du secteur pétrolier. Bon, peut-être faut-il placer tous les efforts dans les sciences et la technologie. Mais il existe également d’autres domaines ». Ce qui oblige à reconsidérer le rôle des industries à ce stade du processus révolutionnaire ; selon leurs positions.

Et les entreprises mixtes ?

Les alliances entre entreprises supranationales existent. L’ALBA a été créée; le Mercosur aussi. Toutefois, il reste beaucoup de travail. L’industrie de fabrication de médicaments génériques est plus qu’importante, pour ce pays. Dans ce domaine, on peut envisager la mise en place d’alliances avec des entreprises régionales, publiques, nationales. Il faut également susciter des accords basés sur les transferts de technologie. Je crois que dans ce contexte, nous devons identifier clairement quels sont les domaines prioritaires. Parce que Chavez a toujours insisté sur l’ordre des priorités. Il faut donc poursuivre, en pensant programmation. Etablir des étapes.
Si l’on déclare que l’on va tout produire « vénézuélien », ce sont en définitive, les grandes entreprises transnationales qui vont se frotter les mains. Celles qui poursuivent les transferts de leur technologie, exportant ainsi de la valeur ajoutée. Dans ce cas de figure, apparaîtrait un modèle inédit de dépendance, en matière de valeur ajoutée et de connaissance.

Ce qui rendrait la guerre plus facile à mener.

C’est exact. Le président Maduro assume qu’il est nécessaire de rediscuter de tout cela.

Source: http://misionverdad.com/entrevistas/alfredo-serrano-en-venezuela-se-supero-el-estadio-neoliberal

Notes:

(1) Voir l’article en espagnol de Alfredo Serrano Mancilla : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7687-2014-05-25.html
(2) Voir « Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1JE

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander

unicasaLa file d’attente comme cliché médiatique du Venezuela voudrait nous convaincre, au cas où nous ne l’aurions pas compris, que le socialisme ne marche pas. Pourtant, comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe, cette image n’attend qu’à être “découverte” par qui voudrait faire le métier d’informer. Certes, face aux actionnaires qui préfèrent les reflets de la caverne de Platon aux Histoires extraordinaires, on imagine mal le journaliste occidental renonçant à la vulgate et retrouvant la passion de l’enquêteur Dupin.

En attendant ce jour…

Tout a commencé dans les années 50 : pétrole, explosion urbaine, Rockefeller et Cisneros inventent la culture de masse vénézuélienne, le “j’achète donc je suis” qui pendant des décennies fera de Miami la référence culturelle principale pour les 20 % de classe moyenne, « la bourgeoisie plus bête du monde », immortalisée par le documentaire Mayami Nuestro de Carlos Oteyza (1).

Un rêve pour les 80% de pauvres exclus du système, qui fit écrire à un cycliste du nom d’Ernesto Guevara, passant par-là dans les années 50, que de tous les pays visités, celui-ci était « le plus aliéné par l’American way of life ». Comme le dit aujourd’hui une compagne de lutte : le jour où le vénézuélien, en voyant les lettres C.C. ne pensera plus « Centre Commercial » mais « Conseil Communal », la révolution aura fait un pas de géant.

Pour beaucoup, le socialisme des quinze dernières années, avec ses hausses de salaire, ses subventions des aliments de base, son droit concret de manger trois fois par jour, sa gratuité de la santé et de l’université, est autant qu’une adhésion idéologique, la possibilité de se hisser au statut jusque-là réservé aux happy few. La guerre économique recycle et travaille cette fibre bien vivante. En 2015 l’hégémonie culturelle au Venezuela reste télévisuelle, celle de Venevision ou Televen, celle du plaisir individualiste de consommer, de l’ascension sociale, avec gymnases, aerobics, cheveux lissés, courbes de silicone, photos du diplômé en cape et toque, et antenne de Direct TV. Même les politiques de communication des médias bolivariens peinent à se libérer de cet imaginaire du produit et de la consommation opposé à l’imaginaire de la production, du travail, du monde social du travail. On a vu des files d’attente se former non pour du shampoing mais pour une marque de shampoing. Il aura suffi, au début de janvier 2015, d’une fausse rumeur propagée par la droite sur les réseaux sociaux évoquant l’imminence d’une grève nationale – qui n’eut jamais lieu – pour que 18 millions de vénézuéliens achètent fébrilement  en quatre jours l’équivalent de ce qu’ils auraient consommé en un mois et demi.

Retournons la carte postale de la file d’attente. Ce qui irrite le plus la population, c’est l’artificialité des files : dans de nombreux cas le stock disponible est plus que suffisant pour permettre une vente fluide. Pas de jour sans qu’on découvre des tonnes d’aliments, médicaments, matériel chirurgical, pneus, carburant cachés dans des entrepôts, des camions parfois munis de plaques colombiennes. Par ailleurs, la moitié au moins des personnes qui font la file ne sont pas des riverains mais des « bachaqueros » (fourmis porteuses). C’est le surnom populaire des milliers de revendeurs et contrebandiers organisés en réseaux et qui se déplacent de commerce en commerce, armés de leurs portables, pour suivre à la trace les produits subventionnés.

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Un des milliers de dépôts de carburant en attente d’être transférés en Colombie par les réseaux mafieux.

2.000 Km de frontière avec la Colombie, tout au long des États  Zulia, Táchira, Apure et Amazonas, servent de passoire depuis des années aux camions-citernes, voitures, avions, bateaux qui vident le Venezuela de 30 à 40 % de ces produits subventionnés. Au Venezuela on remplit un réservoir de 80 litres pour 7,76 Bolivars – c’est l’essence la moins chère du monde – contre 2.100 Bolivars en Colombie. Un kilo de lait en poudre vendu au Venezuela à 70 Bolivars bondit, de l’autre côté de la frontière, à 450 Bolivars. Ce pillage massif et quotidien est devenu un mode de (sur)vie pour la population de 40 municipalités de Colombie, ceux du nord du département de Santander, soit près de 1.320.000 personnes. Le néo-libéralisme colombien a fait du socialisme bolivarien une manne nationale.

Nicolas Maduro explique que les investissements publics de la révolution ont soutenu trois pays. Le premier, celui de la famille vénézuélienne, qui bénéficie aujourd’hui d’une baisse continue du chômage (5,5% en décembre 2014), du niveau de revenus le plus haut en cent ans, et de l’éradication de la faim saluée par la FAO (2). Le deuxième pays est celui de la mafia vénézuélienne qui dévie, stocke, cache et revend à prix d’or les produits subventionnés. Le troisième, c’est l’économie des mafias colombiennes, dont la contrebande d’extraction est freinée aujourd’hui par la surveillance des frontières menée par les forces armées vénézuéliennes.

Des contrôles d’identité menés ces dernières semaines dans les files d’attente ont permis de détecter la présence de centaines de colombiens en séjour illégal, liés aux réseaux paramilitaire implantés depuis dix ans au Venezuela. On les a renvoyés chez eux. Peu à peu le gouvernement accélère les inspections, arrête les propriétaires et gérants de chaînes commerciales vénézuéliennes coupables d’accaparer et de spéculer sur les prix, remet en circulation les marchandises dans les circuits publics (Mercal, Pdval, etc..) pour les vendre au prix juste, et commence ainsi à normaliser, avec l’aide des organisations communales, la distribution et la commercialisation. Cette mobilisation générale permet au président Maduro de rappeler la différence entre un capitalisme qui accapare pour mieux spéculer et le modèle socialiste de distribution pour tous.

Elle est aussi l’occasion de rafraîchir la mémoire historique, et de se souvenir de l’offensive de la bourgeoisie chilienne contre Salvador Allende, sur l’injonction de Nixon : “il faut faire pleurer l’économie chilienne”. Les vénézuéliens ne sont pas plus dupes aujourd’hui qu’en 2002 lorsqu’un lock-out pétrolier voulut les monter contre la révolution. L’Empire sous-estime ce peuple et son président en les soumettant depuis deux ans à une guerre économique comme phase préparatoire d’un coup d’État. Pas de violences, pas de pillage de magasins, pas de marches populaires comme en rêvait l’extrême droite. Malgré les rumeurs, et malgré les techniques du goutte à goutte qui consiste à ne faire passer qu’un petit groupe à la fois afin de faire grossir le nombre de personnes dans la rue.

Élargissons le cadre de l’image : l’économie vénézuélienne, le secteur de l’alimentation par exemple, reste à 70 %  aux mains d’un secteur privé… qui n’a jamais été un vrai secteur privé. Ses produits sont en grande partie importés grâce au dollar subventionné par l’État, ce qui lui permet de spéculer en revendant avec un bénéfice de 200 à 2000 %. Alors que le pouvoir d’achat populaire a fortement augmenté avec la révolution, l’appareil productif privé n’a pas augmenté ses investissements, bien au contraire. La file d’attente est donc l’image de de la faillite d’un capitalisme historiquement incapable d’assumer la production et la distribution nationales. En s’engouffrant dans cette faille, la guerre économique met le gouvernement bolivarien au pied du mur. Le défi est immense. Nicolas Maduro sait que le projet socialiste serait impossible à long terme sans une politique volontariste qui permette le saut structurel vers un puissant appareil productif national, et sans la transformation en profondeur d’un État encore affaibli par le rentisme pétrolier et sa contagion mafieuse.

L’économiste vénézuélien Luis Salas Rodríguez trace la perspective de cette transformation.

Thierry Deronne, Caracas le 7 février 2015

Dépasser un modèle failli, tâche historique du chavisme.

Par Luis Salas Rodriguez

Traduction : Jean-Marc del Percio

L'économiste Luis Salas Rodríguez

L’économiste Luis Salas Rodríguez

« Ils ont d’abord détruit le pays. Ce sont les mêmes qui prennent aujourd’hui la parole pour nous donner des conseils »

Hugo Chavez

Au Venezuela nous assistons incontestablement à l’échec d’un modèle. Tant sur le plan économique, que sociétal : celui d’un capitalisme dépendant ; du développement inégal, assorti d’un contraste marqué, entre une minorité extraordinairement opulente, une classe moyenne également minoritaire, mais toutefois intégrée, dans la mesure où elle s’avère utile à la première, et une majorité exclue quant à elle du rentisme, du consumérisme, de la démocratie au sens où l’entend celle-là, captant dans le meilleur des cas, les retombées de l’ensemble.

Fedecámaras (la fédération des chambres de commerce et de production du Venezuela) et le capital transnational des secteurs pétrolier et commercial en endossent la paternité. La date de naissance de ce modèle : le 18 octobre 1945. C’est-à-dire au moment où la fraction spéculative, usuraire et parasitaire de la bourgeoisie ( pour reprendre la caractérisation que l’on doit à Medina, Pietri, Egana et compagnie, héritiers idéologiques d’Alberto Adriani)  en collusion avec les secteurs les plus durs des forces armées firent capoter le seul projet à peu près sérieux d’industrialisation, qu’une aile ultra minoritaire de la bourgeoisie nationale, avait promu.

Le chavisme qui n’est ni un projet exclusivement économique ou social, mais un projet historique global, s’est affirmé en réaction à cet échec. Or, de tous les points de vue -mais surtout sur le plan économique- cette alternative a été couronnée de succès. Ce sont les effets secondaires inhérents à la réussite de ce projet auxquels nous sommes confrontés en ce moment. Ils résultent de la réaction propre à ce vieux modèle. Ceux qui en bénéficiaient, ceux qui en étaient les héritiers ne peuvent accepter leur éviction de la scène de l’histoire. En tant que membres d’un bloc historique hégémonique ayant fait son temps, ils sont prêts à tout sacrifier -exceptés leurs propres privilèges- pour l’éviter.

Dans sa tentative de sauver ce qui peut l’être, la réaction de « nos » privilégiés de la rente pétrolière rappelle l’attitude qui sera celle de la noblesse terrienne française durant la période pré-révolutionnaire, malgré les avertissements de ceux qui virent que ses privilèges obscènes, son égoïsme atavique, son sentiment de supériorité illégitime et son nombrilisme invétéré, la mèneraient à sa perte. Non seulement  cette noblesse n’a changé en rien son mode de vie, mais elle s’est entêté à le faire perdurer. Nous savons ce qu’il en advint. La révolution éclata, les masses populaires étant les victimes de la spéculation sur le pain et les céréales.

La faillite du modèle Fedecámaras et la longue grève des investissements du capitalisme vénézuélien.

Retracer  l’échec du modèle économique tel que Fedecámaras le concevait et la faillite du pays qui s’ensuivit, est d’autant plus intéressant, si l’on se réfère à ceux qui, tout en étant acteurs de ce système, ont été suffisamment raisonnables pour réaliser ce qu’il se passait.

Tel le banquier de vieille date Miguel Ignacio Purroy, qui a présidé jusqu’à l’an dernier, Bancaribe (la 7ème banque privée du Venezuela) et que nul ne pourra le soupçonner d’être un sympathisant du chavisme, ou d’être un gauchiste. En 1985, dans un entretien intitulé « Passé, présent et futur de la dette », partie intégrante d’une étude que l’on doit à la non moins archaïque ANCE, Purroy établissait son diagnostic  sur la crise vénézuélienne : « La crise est advenue, en raison de la grève des investissements du secteur privé depuis 1979. Espérant que cela se traduirait par la création de richesses lui permettant de récupérer les crédits alloués, et de contribuer à une amélioration de la situation de l’emploi, l’État a voulu rompre avec cet état de fait. Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Pour la simple raison que la plupart de ces prêts ont été transférés à l’étranger (…) (La Corporación venezolana de Fomento (Société de Développement du Venezuela) par exemple, a débloqué 15 mille millions de Bolivars et en a seulement récupéré 1500 ».

Le graphique suivant, rend clairement compte de la situation que Purroy dénonce : la longue grève des investissements que l’on doit aux capitalistes créoles, s’exprime par une forte baisse de l’investissement fixe.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d'investissements. En vert, les investissemets privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s'inverse au fil de la révolution bolivarienne.

En 1979 le secteur privé entame sa grève d’investissements. En vert, les investissements privés. En rouge, les investissements publics. Le rapport entre les deux s’inverse au fil de la révolution bolivarienne.

Les deux tableaux qui suivent mettent en évidence deux des effets les plus pervers que causera cette « grève » : une situation d’inflation et la chute vertigineuse des salaires réels de la population active. (On doit ces études à Asdrubal Baptista, que l’on ne peut soupçonner davantage de chavisme).

Tableau du haut : lourbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix. Tableau du bas : comparaison du taux d'inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Tableau du haut : courbe du salaire annuel réel au Venezuela. La grève des investissements privés à partir de 1979 généra une chute vertigineuse du salaire réel et une augmentation tout aussi vertigineuse des prix.
Tableau du bas : comparaison du taux d’inflation (flêche rouge) avec le volume des investissements privés en chute libre á partir de 1979.

Le mythe d’un Venezuela saoudien.

Le Venezuela saoudien  du « ‘tabarato, dame dos !» (« C’est pas cher, donne m’en deux ! »), des week-ends à Miami et de la consommation effrénée qui en découle, fut un mythe, quand on sait que seul le secteur privilégié de toujours et des nouveaux parvenus en bénéficia.

Sur les 15 millions de vénézuéliens d’alors, moins de 3 ont eu accès à ce mode de vie des riches et des célébrités. Cela semble élevé, et c’était en tout cas suffisant pour saturer l’aéroport de La Carlota (Caracas) tous les week-ends, les centres commerciaux de Miami et autres magasins de la 5ème Avenue. Mais cela représentait moins de 20% de la population dans son ensemble.

Que ce grand Venezuela saoudien relève désormais d’un mythe nostalgique  on le doit à l’hypocrisie et au cynisme de ses acteurs et bénéficiaires. La part de nostalgie s’explique d’elle-même. Toutefois l’hypocrisie et le cynisme qui contribuent à forger cette image, méritent que l’on s’y attarde : après la privatisation de l’usufruit de cette richesse produite par tous, désormais concentrée entre quelques mains, on a étendu le blâme à l’ensemble des vénézuéliens en affirmant qu’ils étaient tous des rentiers, des gaspilleurs et des corrompus. Dans ce contexte nul n’était censé être coupable, puisqu’à des degrés divers tout le monde en profitait. Il s’agissait du conditionnement psychologique préalable de la population pour la préparer au grand réajustement néo-libéral, qui a imposé à l’ensemble de la population de se serrer la ceinture. Et de payer les pots cassés par Fedecámaras et ses sbires.

Vu sous cet angle, le modèle du grand Venezuela saoudien est à prendre avec des pincettes. S’il a existé, ce fut à la manière de l’Arabie saoudite et de Dubaï à l’heure actuelle : un royaume de « princes » et de « princesses » accapareurs de richesses qu’ils ne produisent pas, dont les sujets -qu’ils considèrent comme leurs serviteurs- évoluent dans une grande pauvreté.

Les années 1980/90 qui ont vu la fin du Venezuela saoudien, relevaient de l’enfer social. Les exclus de toujours étaient de plus en plus exclus par le néo-libéralisme. Et nombre de ceux qui ne l’étaient pas, ont dégringolé de l’échelle sociale avant de plonger dans la pauvreté.  Ce sera le cas de la classe moyenne vénézuélienne qui subira un déclassement brutal et une précarisation à l’image de ses homologues européens contemporains ou des argentins des années 1990.

Par la force des choses, à la fin des années 1990, le Venezuela comptait parmi les pays les plus inégalitaires au monde (30% de la population monopolisaient 61% de la richesse nationale). Et la classe moyenne vénézuélienne qui représentait 50% de la population dans les années 1970, plafonnait à 20% une vingtaine d’années plus tard.

Entre autres conséquences, les universités publiques que les classes populaires fréquentaient majoritairement, perdirent leur caractère, et furent phagocytées par les représentants des classes moyennes qui n’avaient plus les moyens financiers d’accéder aux institutions universitaires privées.

Du Venezuela saoudien, au Venezuela de toutes et de tous.

Au cours de ces douloureuses années, la bureaucratie a popularisé une expression pour spécifier la situation de ces millions de jeunes à qui l’on refusait le droit à l’éducation. On les appelait « population flottante » parce que prise au piège des limbes institutionnels entre le secondaire et l’université.

D’une manière générale, cette expression (« population flottante ») caractérisait également la situation de 80% de ces vénézuéliennes et vénézuéliens qui « flottaient socialement », du fait que les droits auxquels ils pouvaient prétendre – à l’éducation, à la santé, à la sécurité, au travail, à une bonne alimentation, mais aussi aux loisirs et à la culture- leur étaient refusés.

C’est contre cette situation barbare, contre cette situation désespérée subie par la majorité sociale qu’il revint au chavisme de s’insurger. Ce fut « la première tâche », pour le dire avec ce grand ami et allié de Chavez que fut le président argentin Nestor Kirchner.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que le chavisme remporta des succès extraordinaires et que ce projet – sans être encore un modèle- atteignit son but. Avant d’influencer plusieurs pays de la région.

Tout cela s’est fait avec le pétrole et sa rente ? Oui. Tout cela se fit sans rompre structurellement avec le système capitaliste ? Oui. Mais cette politique n’en est pas moins héroïque et n’en est pas moins immensément révolutionnaire dans son contenu, même la droite le sait.

« Sans court terme, pas de long terme. Cette prémisse fut primordiale pour Hugo Chavez. La dette sociale vénézuélienne découlant des décennies néo-libérales, était si importante qu’elle a empêché tout déploiement de quelque transformation structurelle que ce soit. L’urgence fut de résorber l’extrême pauvreté. Selon les canons de l’économie dominante, et son cortège d’experts techniques, la pauvreté est tout simplement une donnée économique trouvant sa place dans toute équation mathématique. Par conséquent, elle ne prend ni en compte la corrélation de forces politiques qui  explique cet appauvrissement de la majorité de la population, ni la gravité de cette situation sur le plan social. Chavez prit le contre-pied des thèses économiques dominantes. Pour lui pas de futur envisageable sans résoudre d’abord le présent.

« Il fallait jeter immédiatement les bases d’une économie humaniste capable de répondre aux besoins vitaux du peuple vénézuélien. Ainsi, à contre-courant du tsunami néo-libéral, la politique économique de la Révolution Bolivarienne mit un point d’honneur à éradiquer la pauvreté (CEPAL/ Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, ONU); à ramener les chiffres du chômage à un niveau plancher sans précédent (5,5 % en décembre 2014);  à parvenir à l’équité en matière de revenus (PNUD/ Programme des Nations Unies pour le Développement) ; à augmenter le salaire minimum réel; à éradiquer la faim (FAO/Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). N’en déplaise à certains, tout cela est dû à l’efficacité de l’économie socialiste. Aboutir aussi rapidement à l’assainissement de la dette sociale est le signe d’une politique économique qui utilise efficacement  les recettes publiques : plus de 60% du PIB consacrés aux investissements sociaux. Il n’y a pas de magie ni de miracle : la construction de logements, la mise en place d’un service public gratuit dans le domaine de la santé et de l’éducation, cela coûte cher en bolivars et en dollars

« Tout cela a été réalisé grâce à la rente pétrolière ? Oui. Mais non pas parce que cette rente tomba du ciel, se transformant comme par enchantement en missions sociales, en logements, en écoles ou en hôpitaux, mais grâce à la récupération souveraine de ce secteur stratégique et ensuite par la priorité donnée à une politique sociale, contre toute option néo-libérale. La clef de cette réussite a résidé dans le fait que la rente pétrolière a été mise au service d’une économie humaniste. L’usage efficace des recettes publiques permit l’édification d’un État social en lieu et place d’un Etat-providence miniature ». (Alfredo Serrano Mancilla. Révolution productive (3).

Luis Salas Rodriguez

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/superar-el-modelo-fracasado-i

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) Voir le documentaire Mayami Nuestro: https://www.youtube.com/watch?v=1SCbDgB4Ifc

(2) « La Fao considère que le problème de la faim est pratiquement éliminé au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/la-fao-considere-que-le-probleme-de-la-faim-au-venezuela-est-pratiquement-elimine/

(3) « La revolución productiva », http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7687-2014-05-25.html

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1J7

L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC)

Prisonniers d’une image du monde de plus en plus étriquée, sous l’emprise de grands groupes privés, les médias occidentaux ne s’activent plus que pour relayer les annonces de “possible chute” de gouvernements progressistes (“la présidence de Kirchner minée en Argentine”, “La présidente Dilma Roussef fragilisée par un scandale de corruption”, etc..) (1). Mais depuis l’époque du coup d’État contre Salvador Allende et du Plan Condor, l’Amérique Latine a changé. Elle n’est pas disposée à revenir en arrière ni à tolérer les techniques post-modernes de “rollback”.

Réunion de Nicolas Maduro et Ernesto Samper (UNASUR), Caracas le 4 février 2015

Réunion de Nicolas Maduro et Ernesto Samper (UNASUR), Caracas le 4 février 2015

Les chanceliers de l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) – organisme qui rassemble les douze nations d’Amérique du Sud (2) – se réuniront à Quito la semaine prochaine pour répondre à la déstabilisation en cours contre le Venezuela. Le 4 février, l’ex-président colombien Ernesto Samper, actuel Secrétaire Général de l’UNASUR, s’est réuni à Caracas avec le président Maduro pour préparer une initiative diplomatique vis-á-vis de Washington. Au sujet de la persistante ingérence des États-Unis, Samper a déclaré : “Je veux réitérer publiquement la position de l’UNASUR  qui repose sur sa Charte Constitutive et sur sa Clause Démocratique (2), une position absolument claire et forte :  toute tentative de déstabilisation contre une démocratie et contre un gouvernement sera rejetée unanimement par les pays membres de l’UNASUR”. Lors de tentatives antérieures de déstabilisation au Venezuela, en Bolivie ou en Equateur, l’Unasur avait déjà montré sa capacité de réaction et de mobilisation (3).

En 2014 les violences organisées au Venezuela par des groupes d’extrême droite et des paramilitaires infiltrés depuis la Colombie furent présentées par les médias internationaux comme des “manifestations étudiantes réprimées par le gouvernement”. Elles firent 40 morts – la plupart dans le camp bolivarien et parmi les forces de l’ordre. La majorité de la population, y compris des classes aisées, ainsi que des étudiants (ceux-ci bénéficient aujourd’hui de la démocratisation et de la gratuité de l’enseignement supérieur) rejetèrent ces violences circonscrites aux quartiers chics de Caracas et à la frontière avec la Colombie (4). Convaincus que la mort de Chavez signifierait la fin du processus bolivarien, les États-Unis et leurs relais régionaux n’ont pas pour autant renoncé à mettre en oeuvre leur “plan chilien” – attentats, violences de rues, sabotage économique. Faute d’une vraie base sociale et électorale, la minorité politique planifie de nouvelles violences en 2015. “Nous prévoyons que les organisations étudiantes et l’opposition politique vont organiser des protestations dans les mois précédant les élections législatives” a déclaré le 3 février 2015, à la Commission des Affaires Militaires de la Chambre des réprésentants, le général Vincent Stewart, directeur de l’Agence d’Intelligence du Département de la Défense. Stewart a évoqué “le mécontentement de la population, la pénurie de produits, la criminalité effrénée et les tactiques autoritaires du gouvernement” – synthèse parfaite de l’agenda médiatique occidental.

Occulté par les grands médias, le sommet historique des 33 gouvernements latino-américains et caraïbes de la CELAC (Costa Rica, 28-29 janvier 2015) a lui aussi rejeté les tentatives de reprise de contrôle de la région par Washington (5). Cette réunion plénière a vu la transmission de la présidence pro tempore du Costa Rica à l’Équateur, le président Correa félicitant le Costa Rica pour le succès du rapprochement diplomatique et économique de la CELAC avec la Chine, concrétisé lors du sommet de janvier 2015 (6).

Sommet de la CELAC, Belen, Costa Rica (28-29 janvier 2015)

Sommet de la CELAC, Belen, Costa Rica (28-29 janvier 2015)

Au nom de la CELAC, le mandataire équatorien a exigé l’arrêt des guerres économiques de la droite au Venezuela – l’accaparement, la spéculation, la contrebande et la pénurie organisés pour créer le chaos dans la société et renverser des gouvernements légitimes. « Nous en avons assez des guerres économiques contre des pays comme le Venezuela » a déclaré le président équatorien, qui a ajouté que ces actions « nous rappellent assez la guerre économique de la bourgeoisie chilienne contre Salvador Allende, quand ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas vaincre dans les urnes, largement battus aux élections législatives de mars 1973« .

« Frère Maduro, toute notre solidarité. Nous comprenons qu’après avoir échoué dans leur agression politique, ils en sont venus á l’agression économique. Mais ils continueront à échouer parce que nos peuples sont unis » a déclaré pour sa part le président Evo Morales. « Quand les peuples connaissent leur destin, leur projet se nourrit des principes que nous ont laissés nos ancêtres. Quand on s’unit pour défendre la démocratie, la vie, la paix, il n’y a aucune force qui nous fait plier, ni empire qui puisse nous vaincre » a poursuivi le mandataire bolivien.

Rencontre des présidents du Venezuela et de Bolivie, sommet de la CELAC, 29-28 janvier 2015.

Rencontre des présidents du Venezuela et de Bolivie, sommet de la CELAC, 29-28 janvier 2015.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a déclaré: « Nous n’oublions pas les preuves de l’implication des États-Unis dans le coup d’Etat contre Chavez, contre ce processus de liberté, de souveraineté, de générosité, et ils continuent à conspirer. Nous voyons clairement comment ils essaient de répéter l’histoire du Chili avec le Venezuela. Ils appliquent le même schéma, ils veulent que cela finisse avec un coup d’Etat militaire, sanglant et brutal ».

Le président de Cuba Raúl Castro a exprimé “une condamnation énergique des sanctions unilatérales inacceptables et injustifiées imposées à la République Bolivarienne du Venezuela et de l’intervention extérieure permanente destinée à créer l’instabilité dans cette nation soeur”, ajoutant que Cuba “connaît bien toutes ces histoires profondément pour les avoir supportées pendant plus de 50 ans« .

Le chancelier argentin, Héctor Timerman, a manifesté lui aussi la solidarité de son pays face aux attaques des Etats-Unis et de ses sanctions contre le Venezuela, violatoires du droit international.

Souscrits par tous les pays, les 94 points du document final de 22 pages (7) mettent également l’accent sur la lutte commune contre la pauvreté avec des objectifs quantifiés à l’initiative du président Correa, insistent sur le renforcement de la coopération Sud-Sud et d’une politique multipolaire renforcée en particulier avec le BRICS, (Brésil, Russie, Chine, Afrique du Sud), l’Union Africaine et la Ligue Arabe. La CELAC se prononce aussi pour l’intégration de Puerto Rico – jusqu’ici protectorat des États-Unis – comme membre de plein droit de la CELAC, défend le droit des pays Caraïbes à bénéficier de réparations de la part des puissances esclavagistes, réaffirme sa solidarité avec l’Argentine face aux “fonds vautours”, exige la fin du blocus contre la République de Cuba, au-delà des mesures annoncées par Washington.

Dans la foulée du rapprochement CELAC-Chine, la présidente argetine Cristina Fernandez de Kirchner a déclaré le 4 février depuis Beijing : “le monde unipolaire a pris fin; nous entrons dans une ère nouvelle de multipolarité dans laquelle les nations émergentes jouent un rôle de plus en plus prépondérant dans les desseins de l’humanité et dans la construction d’un monde plus juste et plus équitatif”.

Dans la foulée du rapprochement CELAC-Chine, la présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner a déclaré le 4 février depuis Beijing : “le monde unipolaire a pris fin; nous entrons dans une ère nouvelle de multipolarité dans laquelle les nations émergentes jouent un rôle de plus en plus prépondérant dans les desseins de l’humanité et dans la construction d’un monde plus juste et plus équitatif”.

Notes :

(1) Voir “Alerte sur la campagne de ‘déstabilisation’ contre le gouvernement argentin”, http://www.elcorreo.eu.org/Alerte-sur-la-campagne-de-destabilisation-contre-le-gouvernement-argentin?lang=fr et “Dilma Rousseff, la présidente du Brésil, pays membre des BRICS, est la prochaine cible de Washington”,  http://www.elcorreo.eu.org/Dilma-Rousseff-la-presidente-du-Bresil-pays-membre-des-BRICS-est-la-prochaine-cible?lang=fr

(2) L’Unión de Naciones Suramericanas (Unasur) est une organisation internationale créee en 2008 pour impulser l’intégration régionale en matière d’énergie, d’éducation, de santé, d’environnement, d’infrastructure, de sécurité et de démocratie. Cette instance regroupe l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, le Chili, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela. Le Panama et le Mexique sont membres observateurs.

(3) Signée en 2010, cette « Cláusula democrática » est destinée à protéger les membres de l’Unasur contre les coups de force menés contre l’ordre constitutionnel. Voir “L’Union des Nations Sud-américaines (Unasur) demande à l’opposition vénézuélienne de reconnaître la décision des électeurs et va enquêter sur ses violences”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/19/lunion-des-nations-sud-americaines-unasur-demande-a-lopposition-venezuelienne-de-reconnaitre-la-decision-des-electeurs-et-va-enqueter-sur-ses-violences/

(4) La grande majorité des habitants du Venezuela, qui habitent les quartiers populaires, ont rejeté ces violences et ont continué à vaquer à leurs occupations. Sur ce thème voir (entre autres) « Les barrios ne descendent pas » par Eleazar Diaz Rangel http://wp.me/p2ahp2-1mf , « Le Venezuela montre que les révoltes peuvent aussi être une défense des privilèges » par Seumas Milne http://wp.me/p2ahp2-1mf, « La vérité sur le Venezuela : une révolte des classes aisées, pas une « campagne de terreur » (The Guardian, Mark Weisbrot) http://wp.me/p2ahp2-1lk , « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » par Roberto Lovato http://wp.me/p2ahp2-1js, « Coup d’éclairage sur les zones d’ombre médiatiques » par Romain Migus http://wp.me/p2ahp2-1ec, ou « Brévissime leçon de journalisme pour ceux qui croient encore á l’information » http://wp.me/p2ahp2-1fA . A noter que même dans les quartiers riches, foyers de ces troubles, la majorité des habitants s’opposa à la violence, aux destructions et aux incendies de transports et bâtiments publics , comme en témoigne par exemple le sondage d’Hinterlaces : http://www.hinterlaces.com/graficos/73-de-los-habitantes-en-chacao-rechazan-protestas-violentas. Ramon Muchacho, maire (de droite) d’un de ces quartiers – Chacao -,  s’insurgea publiquement contre le vandalisme. : http://www.noticiasdiarias.informe25.com/2014/05/alcalde-chacao-ramon-muchacho-las.html

(5) Sur l’essor et les précédents sommets de la CELAC, voir “Le BRICS, l’Unasur et la CELAC dessinent une nouvelle carte du monde multipolaire”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/26/le-brics-lunasur-et-la-celac-dessinent-une-nouvelle-carte-du-monde-multipolaire/ ; et “IIéme sommet de la CELAC à la Havane : retour en force de « l’équilibre du monde » de Bolívar et de Martí”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/iieme-sommet-de-la-celac-a-la-havane-retour-en-force-de-lequilibre-du-monde-de-bolivar-et-de-marti/

(6) Voir “L’unité latino-américaine comme projet historique”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/01/14/lunite-latinoamericaine-comme-projet-historique/

(7) Grâce à la traductrice Françoise Lopez , nous publions l’intégralité de ces accords :

III° Sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC), 28 et 29 janvier 2015, Belen, Costa Rica

Nous, les chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC), conscients de notre responsabilité dans le développement soutenable des peuples et des sociétés latino-américaines et caribéennes que nous représentons, ainsi que pour la communauté internationale à laquelle nous appartenons, nous reconnaissons la CELAC en tant que mécanisme de dialogue et de concertation politique compétent pour que nous, les 33 pays de la Communauté, renforcions l’unité dans la diversité, l’intégration, la coopération, la solidarité et le développement des capacités nationales et régionales, de telle façon que cela nous permette d’avancer vers une plus grande prospérité et un plus grand bien-être des peuples latino-américains et caribéens.

L’éradication de la pauvreté et le développement soutenable avec inclusion sociale, économique et financière sont des défis qui exigent des efforts globaux, régionaux et nationaux, locaux et des communautés. L’éradication irréversible de la pauvreté est à la fois une condition indispensable pour le développement des peuples et pour assurer l’égalité des possibilités de progrès dans les sociétés. On ne peut pas parler de développement soutenable sans l’inclusion des groupes en situation de vulnérabilité comme les peuples indigènes et d’autres peuples tribaux, les afro-descendants, les femmes, les adultes, les personnes handicapées, les migrants, les enfants et les adolescents. L’équité, l’inclusion sociale, économique et financière et l’accès à un crédit juste sont essentielles pour assurer à tous l’accès réel à la justice, à la participation citoyenne, au bien-être et à une vie digne. La promotion de la culture de la paix et de la non-violence sont aussi des éléments essentiels pour la réalisation du développement soutenable.

Dans ce contexte, réunis au Costa Rica, en ce troisième Sommet, les 28 et 29 janvier 2015, sous le thème « Construisons ensemble », nous réitérons notre engagement envers les principes du Droit International, de la paix, du développement soutenable, de la démocratie et du respect des droits de l’homme, l’éradication de la faim et de la pauvreté et la lutte contre les inégalités et contre toutes les formes de racisme en réaffirmant notre vision de l’Amérique Latine et des Caraïbes comme une région d’opportunités pour toutes et tous, où prévaut l’inclusion sociale, économique et financière, la tolérance et le respect. De même, nous réaffirmons notre engagement envers le multilatéralisme et la coopération internationale en tant qu’outils transversaux primordiaux pour avancer dans le développement soutenable.

Nous décidons pour cela:

  1. De réaffirmer notre ferme détermination à éradiquer la pauvreté, la faim et les inégalités dans la région comme condition indispensable pour atteindre le développement soutenable, à travers l’articulation des politiques économiques, sociales et environnementales avec la participation totale et équitable des citoyens.
  2. D’aborder la lutte contre la pauvreté de manière totale et dans toutes ses dimensions en affrontant ses causes au moyen, entre autres, de la conception de politiques nationales et régionales d’inclusion sociale et financière destinées, en particulier, vers les groupes en situation de vulnérabilité de façon à promouvoir la justice sociale, le cohésion sociale et le développement soutenable.
  3. De garantir le plein respect de la démocratie, de l’Etat de Droit ainsi que de tous les droits de l’homme, y compris le droit au développement et le droit à la paix, dans un modèle de développement soutenable qui place la personne humaine au centre de nos politiques. Pour cela, reconnaître l’importance de promouvoir la pleine participation citoyenne plurielle, large et diverse.
  4. De promouvoir l’égalité et l’égalité de genre en mettant en place des actions pour les incorporer dans les noyaux centraux et transversaux des politiques publiques et des actions des Etats, en particulier destinées à encourager l’autonomisation des femmes et l’égalité effective depuis la diversité en tenant compte des étapes du cours de la vie, en particulier, de l’accès à un travail décent, à une éducation de qualité, aux technologies de l’information et de la communication, à la santé, à vivre libres de tout type de discrimination et de violence, à participer de façon paritaire aux postes de prise de décision dans toutes les instances de l’Etat et ses différents niveaux, y compris les gouvernements régionaux et locaux, en tant que facteurs déterminants pour renforcer la démocratie et avancer vers un modèle de développement plus participatif, inclusif et respectueux des droits des femmes, ce qui précède, en prenant en considération le travail articulé avec la société civile, les organisations sociales et le secteur privé et son allocation budgétaire correspondante pour el développement et la mise en oeuvre des politiques publiques pour l’égalité.
  5. De promouvoir, pour éradiquer la faim, la pauvreté et les inégalités, l’élaboration et l’application effective de programmes régionaux et nationaux de développement avec une vision à moyen et long terme, des mécanismes de transparence et un rendu de comptes et de l’utilisation adéquate des ressources publiques disponibles au niveau national et international.
  6. De renforcer, de même, les mécanismes qui permettent de prévenir, de détecter , de sanctionner et de combattre la corruption, d’améliorer l’efficacité et la transparence de la gestion publique, d’encourager le rendu de comptes à tous les niveaux ainsi que la participation citoyenne au contrôle des sujets publics et de l’accès à l’information conforme aux législations nationales respectives et aux conventions internationales souscrites par les Etats.
  7. D’impulser la mise en place effective des instruments internationaux de prévention et de lutte contre la corruption dans nos pays, en particulier la Convention des Nations Unies Contre la Corruption et promouvoir la transparence des politiques publiques en renforçant l’accès à l’information, la participation citoyenne, le contrôle social et la gestion publique efficace.
  8. De favoriser la création d’opportunités d’emploi et de travail décent et productif dans le cadre d’une croissance avec inclusion sociale comme conditions nécessaires pour sortir de la pauvreté et diminuer les inégalités dans la région.
  9. De réaffirmer notre engagement dans le plein accomplissement du droit à l’éducation, de reconnaître les brèches de connaissance et de convenir de la nécessité de les réduire efficacement. A ce sujet, nous nous engageons à renforcer la coopération régionale pour atteindre l’accès universel à une éducation publique, gratuite et de qualité et, de cette façon, promouvoir le développement soutenable, l’éradication de la pauvreté, l’égalité entre les genres, l’autonomisation des femmes et le développement humain, pour garantir l’accès et la participation des femmes et des hommes, en particulier des jeunes, en assurant, de plus, l’égalité d’accès à l’éducation des personnes ayant des besoins éducatifs spécifiques (associés ou non à un handicap), des migrants, des peuples indigènes et afro-descendants, en y intégrant continuellement les progrès scientifiques et technologiques, en créant la mobilité sociale en améliorant les opportunités d’emploi tout au long de la vie, la productivité et les capacités pour promouvoir le développement et la compétitivité sur la base des connaissances et de la valeur ajoutée, entre autres.
  10. D’impulser activement des politiques en matière d’éducation supérieure universitaire dans toutes les modalités qui permettent l’accès égalitaire à une éducation supérieure de qualité. Pour cela, seront mises en place des stratégies de coopération et d’articulation des systèmes d’accréditation et des programmes des pays membres de la CELAC et des mécanismes régionaux existants ainsi que des politiques et des instruments nationaux et régionaux dirigés vers le renforcement du Talent Humain de la région dans le cadre de l’inter-culturalité et du pluri-linguisme. Ceci avec le soutien des technologies de l’information et de la communication, de l’échange de bonnes pratiques et des mécanismes de coopération.
  11. De souligner notre engagement envers une Amérique Latine et des Caraïbes libres d’analphabétisme ainsi qu’avec une éducation de qualité à tous les niveaux et de réaffirmer que l’éducation est un droit fondamental qui contribue aux processus de développement soutenable de la Communauté. Faire tous nos efforts pour la pleine mise en oeuvre du droit à l’éducation gratuite, universelle et de qualité et avancer ainsi vers la réduction des brèches de connaissance qui persistent dans la région.
  12. De réaffirmer notre engagement à construire des opportunités par le sport, pour promouvoir l’inclusion sociale, la lutte contre la pauvreté et les inégalités dans notre région en considérant que le sport est un pilier fondamental et un outil d’intégration sociale qui contribue à améliorer la qualité de la vie, à réduire la pauvreté et à prévenir la délinquance.
  13. De souligner l’importance des technologies de l’information et de la communication, y compris internet, ainsi que de l’innovation, en tant qu’outils pour créer la paix, promouvoir la bien-être, le développement humain, la connaissance, l’inclusion sociale et la croissance économique en soulignant sa contribution à l’amélioration de la couverture et de la qualité des services sociaux. Réaffirmer l’usage pacifique des technologies de l’information et de la communication de conformément à la Charte des Nations Unies et au Droit International et jamais dans le but de créer des troubles dans des sociétés ou de créer des situations pouvant générer des conflits entre Etats. Garantir la stabilité et la sécurité d’internet et veiller à la légitimité que requiert sa gouvernance, sur la base d’une pleine participation de toutes les parties intéressées, aussi bien des pays développés que des pays en développement, dans l’exercice de leurs rôles et de urs responsabilités respectifs.
  14. De promouvoir la croissance, le progrès, l’inclusion sociale, économique et financière et le développement soutenable de nos Etats par le développement de la production, du transfert de technologies, de toutes les modalités de coopération, y compris la coopération Sud-Sud et Intra-Régionale. Renforcer les engagements en matière de transfert de technologies, du financement, de l’accès à l’information et des droits de propriété intellectuelle. De même, créer des projets de coopération qui comprenant des échanges de scientifiques et de personnel qualifié de la région, ce qui favorisera le transfert de connaissances, la création scientifique et intellectuelle, l’innovation et le bien-être de nos pays.
  15. De renforcer, à travers des paramètres mesurables, les engagements dans les domaines convenus dans le Plan d’Application des Décisions de Johannesburg, en particulier son appel à promouvoir, encourager et financer, ainsi qu’il appartiendra, l’accès aux technologies écologiquement rationnelles et les connaissances spécialisées correspondantes, ainsi que leur développement, dans des conditions favorables, en particulier à travers l’échange de scientifiques entre Universités, Instituts d’Education Supérieure et Instituts de Développement Technologique de la Région, ce qui favorisera le transfert de connaissances, la création scientifique et l’innovation.
  16. De renforcer les travaux dirigés vers l’inclusion sociale, économique et financière et la coopération entre les pays de la CELAC, centrée sur le talent humain en prenant conscience de la nécessité de créer les politiques nationales de développement inclusives qui soutiennent ce but, y compris les PYMES, les entreprises, les entreprises de production sociale et les coopératives.
  17. De reconnaître la contribution directe de l’agriculture familiale à la sécurité alimentaire et au développement soutenable dans l’obtention d’une région libre de pauvreté et de la faim et accueillir la déclaration de la I° Réunion Ministérielle sur l’ Agriculture Familiale de la CELAC qui a eu lieu à Brasilia le 11 novembre 2014.

18 D’approuver le Plan de Sécurité Alimentaire et d’éradication de la Faim 2025 de la CELAC et de remercier l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et Agriculture (FAO), la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) et l’Association Latino-américaine d’Intégration (ALADI) pour leur soutien pour sa formulation.

  1. De prendre note de la décision du Groupe Latino-américain et Caribéen représenté à Rome de présenter la candidature du Docteur Jose Graziano Da Silva à sa réélection à la charge de Directeur Général de la FAO, à la Conférence de l’Organisation qui se déroulera en juin 2015.
  2. De reconnaître le rôle de la culture et le respect de la diversité des expressions culturelles comme un aspect important du développement soutenable, étant donné son impact sur la croissance économique inclusive, dans le développement social et dans la protection du milieu ambiant et en reconnaissant comme éléments importants du processus vers la réussite de sociétés plus équitables et mieux préparées à affronter les défis actuels.
  3. de soutenir les accords atteints à la II° Réunion des Ministres et Autorités de la Culture de la CELAC qui a eu lieu le 21 août 2014, à Caracas, en particulier la mise en place d’un Plan d’Action culturelle de la CELAC qui cherche à mener à bien des actions pour atteindre les objectifs sociaux, ainsi que trouver des voies de communication entre les pays membres pour renforcer l’unité latino-américaine et caribéenne et pour avancer sur le chemin de l’intégration culturelle de la région, préserver le patrimoine culturel, promouvoir la culture en faveur de la croissance économique productive, de l’éradication de la pauvreté et du développement soutenable.
  4. de reconnaître la nécessité de renforcer le lien entre migration internationale et développement, l’apport des migrants au développement des pays de destination, en plaçant au centre le thème de la personne migrante et de sa famille et non sa condition de migrant, en comprenant que c’est une obligation de tous les Etats – d’origine, de transit et de destination – de garantir le plein respect de tous les droits de l’homme des personnes migrantes indépendamment de leur statut migratoire, y compris la migration d’enfants, de filles et adolescents, accompagnés et non accompagnés et leur intérêt supérieur, en évitant l’exacerbation des vulnérabilités. Nous estimons nécessaire de considérer cette relation entre migration et développement en vue de l’adoption et de la mise en place de l’Agenda de Développement Post 2015.
  5. De reconnaître la nécessité de développer des actions orientés vers l’échange d’expériences sur les processus migratoires sûrs de nos congénères, aussi bien dans les pays vers lesquels ils se dirigent qu’en ce qui concerne leur retour dans leur pays d’origine dans notre région.
  6. D’accueillir avec bienveillance les engagements assumés par les pays membres de la CELAC contenus dans l’Acte de la III° Réunion sur les Migrations qui a eu lieu à Azogues – Equateur les 22 et 23 octobre 2014, et de ratifier la résolution A/RES/69/187 « Les enfants et adolescents migrants » de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
  7. De souligner l’importance du droit à l’accès à l’information et de la participation de la société dans la promotion du développement soutenable selon les possibilités, les réalités, les plans et les législations nationales, les conventions et les standards internationaux applicables. En ce sens, on souligne l’avancée du processus sur l’application du Principe 10 de la Déclaration de Rio 1992 qui doit être en accord avec les politiques nationales et le respect total de la souveraineté nationale. Ce processus doit se voir à l’intérieur d’un contexte équilibré et de l’évolution des autres principes de Rio 1992.
  8. De reconnaître les différentes visions, les différents points de vue, modèles et outils pour atteindre le Développement Soutenable, l’importance du développement en harmonie avec la nature, la pertinence de renforcer la coopération, la ré-articulation, l’harmonisation et la complémentarité des politiques publiques nationales en matière d’environnement et la nécessité de modifier les modèles insoutenables de consommation et de production qui prévalent.
  9. Nous reconnaissons la nécessité du changement de modèles de production et de consommation dans la région, en appelant instamment à créer des processus de production et de consommation soutenables, ce qui contribuera à l’éradication de la pauvreté, à la diminution des effets de la désertification et de la sécheresse, du changement climatique, et contribuera à la conservation de la biodiversité et à d’autres priorités régionales qui ont un impact global.
  10. De promouvoir et de participer à la gestion environnementale convenable des substances chimiques et des déchets dangereux et non dangereux, en assurant les synergies avec le processus et les initiatives existants dans les pays de la région.
  11. De célébrer la réalisation de la Première Réunion des Mécanismes Régionaux et Sous-Régionaux pour l’Eradication de la Faim et de la Pauvreté, coordonnée par l’ALBA-TCP et qui a eu lieu au siège du SELA, à Caracas, les 26 et 27 juin 2014, mettant ainsi en application le mandat établi dans le Plan d’Action de la CELAC de La Havane. Nous saluons, de même, la réunion technique réalisée à Caracas les 26 et 27 novembre 2014, réunion au cours de laquelle s’est discuté la mise en place du Plan d’Action des Politiques Publiques en matière sociale approuvé à Caracas le 23 de juillet 2013, pour la réalisation de la II° Réunion des Ministres et des Autorités de la CELAC pour le Développement Social et l’Eradication de la Faim et de la Pauvreté.
  12. Nous participons à la construction des priorités de l’agenda de développement global.

La CELAC se trouve et se développe dans une région hétérogène. Bien que la région ait réussi d’importantes avancées dans la réduction de la pauvreté, il reste des menaces et des défis. La tâche est encore plus importante en ce qui concerne les inégalités. Là, les avancées sont très lentes et les difficultés plus grandes. La définition des Objectifs de Développement Soutenable et l’Agenda de Développement Post 2015 nous inspirent dans la construction d’opportunités de progrès pour toutes et tous à travers des objectifs clairs et spécifiques respectant les différentes réalités nationales, les capacités et les niveaux de développement. En tant que région, il est essentiel que nous inluions sur le débat global en mettant en avant notre position régionale et en construisant des consensus entre les Gouvernements toujours attentifs aux contributions des autres acteurs des processus de développement, y compris du Système des Nations Unies, des organisations financières internationales, des organisations de la société civile, des institutions d’enseignement, des organismes internationaux, des entreprises publiques, mixtes, sociales, coopératives et du secteur patronal, entre autres.

Pour ces raisons, nous nous engageons à :

  1. Continuer à consolider les espaces de réflexion sur des thèmes prioritaires au niveau international, essentiels pour la construction de consensus et pour continuer à renforcer la CELAC et son influence sur l’agenda global, de telle façon qu’ils contribuent à la promotion des intérêts de la région latino-américaine et caribéenne.
  2. Dans ce contexte, travailler pour renforcer la consultation et la coordination entre les Etats Membres de la CELAC aux Nations Unies, aussi bien dans les sièges où cela se fait déjà régulièrement que dans d’autres sièges multilatéraux où il serait bon et possible de réaliser une concertation sur les positions. De même, souligner l’importance d’obtenir des consensus des pays membres de la CELAC, quand c’est possible, dans les différents processus multilatéraux importants pour le développement de nos pays. Pour approfondir cette coordination, nous initierons un processus de réflexion qui nouspermette de prendre des décisions plus tard.
  3. Réitérer les Déclarations Spéciales sur l’Agenda de Développement Post 2015 des II° et III° Sommets de la CELAC et ratifier l’engagement de ses membres à continuer à participer activement et de façon constructive aux phases suivantes du processus d’élaboration de l’Agenda. Veiller à ce que l’Agenda de Développement soit mené à bien dans le cadre d’un processus de négociation inter-gouvernemental universel, complet, ouvert, transparent et inclusif.
  4. Réunir nos efforts pour que lors de la Troisième Conférence Internationale sur le Financement du Développement, on établisse un plan d’action concret pour affronter les problèmes systémiques et structurels concernant la disponibilité des ressources pour financer le développement soutenable des pays en développement.
  5. Réaffirmer que pour aborder correctement les objectifs de l’éradication de la faim, de la pauvreté et des inégalités, on a besoin de la participation active et de la planification des Etats en garantissant, entre autres, que le système financier international et régional soit au service de l’être humain et permet de répondre de la meilleure façon aux objectifs de développement soutenable.
  6. Exprimer notre conviction sur l’importance des thèmes relatifs au renforcement de l’architecture financière régionale et nous appelons à continuer le travail de façon coordonnée dans les accords et les engagements pris en matière de coopération et d’intégration monétaire et financière. En ce sens, nous ratifions notre soutien à des thèmes abordés dans les Plans d’Action de Caracas et de La Havane, et aux résolutions adoptées dans la Déclaration de Quito de la II° Réunion des Ministres des Finances de la CELAC.
  7. Exhorter les institutions de développement nationaux et inviter les banques centrales d’Amérique Latine et des Caraïbes, à analyser l’option de mesures d’échange d’expériences et de coopération au niveau de la CELAC pour configurer un réseau régional de financement pour le développement qui permette de donner plus de pouvoir à l’activité de production et au commerce des pays membres.
  8. Réaffirmer notre solidarité et notre soutien à la République Argentine dans la recherche d’un accord concernant la restructuration de sa dette souveraine qui ne compromette pas ses politiques de développement et le bien-être de son peuple.
  9. Manifester notre volonté de construire des consensus dans tous ces mécanismes internationaux multilatéraux impliquant quand il y a lieu, toutes les institutions compétentes en matière de restructuration de la dette souveraine. En particulier, nous détachons, entre autres, le processus de négociations ouvert par la résolution 68/304 de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
  10. Obtenir le soutien nécessaire à la condition de pays en développement sans littoral, à la mise en oeuvre de mesures efficaces destinées à dépasser les vulnérabilités et les problèmes dérivés de cette situation en facilitant la liberté de transit à travers le territoire des états de transit pour tous les moyens de transport, conformément aux règles applicables du droit international, des conventions internationales et des accords bilatéraux en vigueur.
  11. Saluer la réalisation réussie de la Seconde Conférence des Nations Unies sur les Pays en Développement sans Littoral, menée à bein dans la ville de Vienne en novembre 2014. Réaffirmer l’engagement d’appliquer le Programme d’Action de Vienne en faveur des Pays en Développement sans Littoral pour la décennie 2014-2024 pour aborder de manière complète les besoins et les défis particuliers en matière de développement des pays en développement sans littoral consécutifs à l’absence de litoral, à l’éloignement et aux limitations géographiques.
  12. Réaffirmer la Déclaration et le Plan d’Action de Pékin et célébrer ses 20 ans (Pékin+20) en prenant conscience de l’importance de donner plus de pouvoir aux femmes dans toutes les étapes de leur cycle de vie, en particulier à celles qui vivent en situation de plus grande inégalité et dans des conditions de vulnérabilité et de marginalité, dans la formulation et la mise en place des politiques publiques et des actions de l’Etat; et l’importance des femmes et des filles dans la définition des Objectifs de Développement Soutenable (ODS) se détachent à travers l’incorporation d’un objectif particulier qui aborde l’obtention de l’égalité de genre et du fait de donner plus de pouvoir aux femmes et aux filles. De même, ils soulignent l’importance que le thème du genre a pour l’Agenda de Développement Post 2015 et soulignent l’Evénement de Haut Niveau « Les femmes dans le pouvoir et dans la prise de décisions: en construisant un monde différent » qui aura lieu à Santiago du Chili les 27 et 28 février 2015.
  13. Célébrer la proclamation par l’Assemblée Générale des Nations Unies, en décembre 2013, de la Décennie Internationale des Afro-descendants sous le thème « Afro-descendants: reconnaissance, justice et développement » et reconnaître le caractère multiethnique de nos sociétés à travers le développement d’un agenda régional qui promeuve des politiques d’inclusion sociale pour les populations afro-descendantes d’Amérique Latine et des Caraïbes.
  14. Reconnaître que l’esclavage et la traite des esclaves ont été des tragédies atroces dans l’histoire de l’humanité. Dans ce sens, on salue l’initiative du CARICOM de créer la Commission de Réparations de la Communauté des Caraïbes.
  15. Saluer la réalisation de la Conférence Mondiale sur les Peuples Indigènes les 22 et 23 septembre 2014, à New York, ainsi que l’adoption du Document final et de ses principes.
  16. Réaffirmer notre engagement dans les politiques consignées dans la Convention des Nations Unies sur les Droits des Personnes Handicapées, approuvée par l’Assemblée Générale en décembre 2006, ouverte à la signature le 30 mars 2007 dans le but de construire une société d’inclusion dans laquelle les personnes handicapées possèdent une possibilité juste de pleine participation. En plus de l’accomplissement des besoins sur l’accès physique dans l’environnement construit, nous sommes engagés dans le fait de donner les mêmes possibilités et le même accès à toutes les facilités, à tous les services et à toutes les institutions sociales de santé, d’éducation, économiques et culturelles. De cette façon, l’actualisation des politiques d’inclusion sociale n’est pas conçue comme une réclamation particulière des et pour les personnes handicapées mais fait partie du développement social et du ré-alignement du développement structurel au bénéfice de tous. Nos sociétés devront définir des politiques prenant en considération l’Article 2 (définitions), l’Art. 3 (principes généraux), l’Art. 8 (prise de conscience), l’Art. 9 (accessibilité), l’Art. 11 (situations de risque et urgences humanitaires) et l’Art.32 (coopération internationale) dans la recherche de solutions nationales et régionales d’inclusion sociale des personnes handicapées.
  17. Réitérer les efforts et les propositions pour coordonner et provoquer des synergies en matière de santé entre la CELAC et d’autres instances existant dans la région qui sont convoquées dans le cadre de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS), de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de la Conférence Ibéro-américaine, de la Conférence Internationale sur la Nutrition, ainsi que dans les groupes sub-régionaux tels que le Conseil des Ministres de la Santé de l’Amérique Centrale (COMISCA) et de la Réunion du Secteur Santé d’Amérique Centrale et de la République Dominicaine (RESSCAD), et de l’UNASUR, entre autres.
  18. Reconnaître l’importance de l’application par les Etats faisant Partie de la Convention Cadre pour le Contrôle du Tabac (CMCT) des mesures prises, ses Instructions, ses Protocoles et des Résolutions et Décisions pertinentes approuvées par l’Assemblée Générale de l’ONU et l’Assemblée Mondiale de la Santé concernant la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles et le renforcement des systèmes de santé comme présupposé essentiels de protection de la santé publique qui cherchent à garantir la pleine jouissance des droits de l’homme individuels et collectifs, en particulier des groupes en situation de vulnérabilité ainsi que le développement plein des Nations. Dans ce contexte, ils expriment leur solidarité avec la République Orientale d’Uruguay dans l’exercice de son droit souverain à la détermination de ses politiques de santé publique.
  19. Souligner l’importance des actions de prévention et d’affrontement éventuel de l’épidémie d’ébola qui ont été menées en Amérique Latine et dans les Caraïbes, en particulier la coordination réalisée entre la CELAC et les pays de l’ALBA-TCP à cette fin, et appeler instamment à ce que ces efforts conjoints continuent à se développer et puissent s’élargi à d’autres graves problèmes de santé qui affectent ou peuvent affecter les pays de la région.
  20. Nous affrontons le changement climatique et le réchauffement global.

Nos sociétés sont hautement vulnérables au changement climatique. Cela demande de réaffirmer nos engagements nationaux et internationaux concernant la protection et la conservation du milieu ambiant et de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement global.

Convaincus que le changement climatique est l’un des plus graves problèmes de notre temps et que son impact négatif croissant compromet les efforts pour l’éradication de la pauvreté et pour le développement soutenable de la région, nous reconnaissons la nécessité d’une coopération et d’une réponse internationales, efficaces et appropriées pour accélérer la réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, l’adoption d’autres mesures d’adaptation et de réduction et d’assurer les moyens de mise en oeuvre adéquats, prévisibles et soutenables pour les pays en développement, conformément aux principes et dispositions de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et les décisions adoptées dans les Conférences des Parties, dans le cadre des responsabilités communes mais différentes et des possibilités respectives.

Tenant compte des défis pour faire face aux désastres consécutifs aux diverses menaces naturelles, socio-naturelles et anthropiques présentes dans la région, il faut renforcer les mesures pour la gestion intégrale des risques de désastre, l’adaptation au changement climatique et à la variabilité climatique. Nous soulignons la nécessité d’une étroite coordination interne entre les pays voisins pour répondre aux conséquences humanitaires que des désastres tels que des inondations, des ouragans, des sécheresses, entre autres, provoquent sur les populations.

Face à ces défis, l’action conjointe de la CELAC rendra possible d’avancer dans des expériences réussies et d’atteindre des succès mesurables.

Pour cela, nous décidons:

  1. De réitérer l’engagement régional dans le développement soutenable dans son aspects économique, social et environnemental avec les accords atteints au Sommet de Développement Soutenable de Rio+20.
  2. De stimuler l’adoption de politiques publiques dans le cadre de l’Agenda 21 pour une pleine mise en oeuvre des résultats de la Conférence des Nations Unies sur le Développement Soutenable (Río+20) et d’autres instruments importants, en harmonie avec la nature, en soulignant la nécessité que ces politiques soient mises en oeuvre dans le contexte d’une vision de complémentarité intégrale et indépendante.
  3. Saluer les résultats de la 20° Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique qui a eu lieu à Lima, Pérou, en décembre 2014 et qui constitue un pas préparatoire essentiel au processus de développement d’un instrument juridiquement lié à la Convention qui sera adoptée en France en 2015, sur la base du principe des responsabilités communes mais différentes et des possibilités respectives et de l’engagement de fournir des moyens de mise en oeuvre des pays développés vers les pays en développement, en particulier en matière de financement et sous un système de médiation, de rapport et de vérification (MRV).
  4. Nous mettons en avant la Déclaration prononcée par la PPT de la CELAC dans le cadre du segment de haut niveau de la COP 20, comme un effort de la région pour avancer sur des thèmes de consensus en matière de changement climatique en réitérant notre volonté de continuer à travailler à l’approfondissement de ces consensus en vue de la conformation d’une possible position régionale en cette matière, en particulier face à la COP 21 de París.
  5. Réaffirmer notre engagement à promouvoir l’intégration énergétique régionale comme fondement du développement soutenable et de l’universalisation de l’accès aux services énergétiques qui améliorent la qualité de vie et apportent l’éradication de la pauvreté des peuples.
  6. Réaffirmer l’engagement des Etats membres de la CELAC dans le développement soutenable des Petits Etats Insulaires et des Etats à zones côtières basses, qui ne peut s’obtenir que par une confluence d’efforts qui implique des gouvernements, la société civile et le secteur privé en prenant en compte les situations uniques et particulières de vulnérabilité de ces Etats, qui ne peuvent être abordées que par la coopération internationale.
  7. Redoubler d’efforts pour la Gestion Intégrale des Risques et l’assistance humanitaire dans les situations de désastre en veillant sur les besoins et les intérêts particuliers de la région, une vision qui doit s’intégrer à la prochaine Conférence Mondiale sur la Réduction des Risques de Désastres qui aura lieu à Sendai, Japon, en mars 2015. Promouvoir el renforcement et la création, en cas de besoin, de mécanismes d’assistance et de coopération entre nos pays.
  8. Exprimer notre soutien à la réalisation du Sommet Humanitaire qui aura lieu en Turquie en 2016 et aux processus respectifs de consultation régionaux qui se développent globalement en vue de cette rencontre. Réitérer, de cette façon, l’engagement particulier de la région dans la consultation régionale latino-américaine et caribéenne qui se dé roulera au Guatemala en 2015 et encourager la participation des pays membres de la CELAC à cette rencontre.
  9. Réaffirmer l’importance des défis associés à la définition d’un nouvel agenda urbain pour la région, conscients du processus accéléré d’urbanisation en Amérique Latine et dans les Caraïbes et en vue de la prochaine Conférence des Nations Unies pour les Installations Humaines qui aura lieu à Quito, Equateur, en octobre 2016.
  10. Approfondir la mise en place de politiques de logement et de développement tenaces qui garantissent l’égalité territoriale, renversent la ségrégation urbaine, promeuvent la soutenabilité des territoires, incluent la gestion des risques, ménagent la relation entre petites villes, villes moyennes et métropoles et renforcent l’institutionnalité dans la région.

De même, nous réaffirmons la nécessité que ces processus soient participatifs et reconnaissent la diversité comme une opportunité de développement.

  1. Nous promouvons la paix pour atteindre le développement soutenable.

Nous reconnaissons que la paix est une valeur suprême de convivialité universelle. Par conséquent, nous réaffirmons la Proclamation de l’Amérique Latine et des Caraïbes comme Zone de Paix et notre engagement permanent dans le désarmement nucléaire et le proscription des armes de destruction massive au niveau mondial, la résolution pacifique des différends afin de bannir pour toujours l’usage et la menace de l’usage d ela force de notre région et de n’importe lequel de ses pays. Ensemble, nous obtiendrons que la zone latino-américaine et caribéenne soit non seulement une zone de paix mais une zone libre de violence.

Dans notre région, nous construisons ensemble l’infrastructure pour la paix qui promeuve le bien-être et le développement soutenable.

Pour cela, nous réaffirmons nos engagements dans la promotion du droit à la paix, à l’Etat de Droit, à la justice, à l’éducation et à la culture pour la paix ainsi que la promotion, le respect et l’observance de tous les droits de l’homme pour tous.

La région doit faire face à différentes formes er manifestations de la Délinquance Organisée Transnationale, au terrorisme, au Problème Mondial des Drogues, à la traite des personnes et au trafic illicite de migrants ainsi qu’au trafic illicite d’armes petites et légères, à toute forme de délinquance cybernétique et à toute tentative d’action criminelle contre certains de nos pays. Le crime organisé est aussi une menace importante pour nos démocraties et pour le développement, par conséquent, nous devons faire tous nos efforts pour contrôler et pour éradiquer ce fléau.

Nous soulignons la valeur et la contribution à la paix et à la sécurité internationales du Traité pour la Proscription des Armes Nucléaires en Amérique Latine et dans les Caraïbes (Traité de Tlatelolco), qui a établi la première zone avec une forte densité de population libre d’armes nucléaires sur la planète.

Pour cela, nous décidons:

  1. De réitérer l’engagement de la région dans le multilatéralisme, le dialogue entre les nations, la résolution pacifique des différends et le respect sans restrictions des propositions et des principes de la Charte des Nations Unies, du Droit International et du droit inaliénable de chacun de nos pays à choisir sa forme d’organisation politique et économique.
  2. De soutenir sans restrictions la promotion et le renforcement de la paix, la prohibition de l’usage et de la menace de l’usage de la force, le respect sans restrictions de l’indépendance, de l’autodétermination des peuples, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non ingérence dans es affaires intérieures de chaque pays en réaffirmant de cette façon la CELAC comme zone de paix et comme région libre d’armes nucléaires.
  3. De souligner notre plein soutien aux travaux de l’Organisme pour le Proscription des Armes Nucléaires en Amérique Latine et dans les Caraïbes (OPANAL).
  4. De réaffirmer que le désarmement nucléaire complet, transparent, irréversible et vérifiable est un objectif important de cette Communauté des Etats et que la seule garantie efficace contre l’emploi ou la menace de l’utilisation des armes nucléaires est leur totale élimination et interdiction. En ce sens, les Etats membres de la Communauté soutiennent la négociation d’un instrument universel juridiquement obligatoire qui interdise les armes nucléaires avec un avec un programme décidé multilatéralement.
  5. Renouveler, de même, notre condamnation catégorique de terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations qui constitue non seulement une menace pour la paix et la sécurité internationales mais porte atteinte à la dignité humaine, à la convivialité pacifique et civilisée et promouvoir la coopération internationale contre ce fléau.
  6. Réaffirmer notre condamnation des listes et certifications unilatérales de la part de pays développés qui affectent les pays d’ Amérique Latine et des Caraïbes, en particulier celles concernant le terrorisme, le trafic de drogues, la traite des personnes et d’autres semblables et nous ratifions le communiqué spécial approuvé par la CELAC le 7 mai 2014 qui condamne l’inclusion de Cuba dans la iste intitulée Liste des Etats qui promeuvent le terrorisme international, du Département d’Etat des Etats-Unis.
  7. Prendre note de l’entrée en vigueur du Traité sur le Commerce des Armes en tant que premier instrument juridiquement obligatoire pour réguler le commerce des armes conventionnelles et prendre note de l’intérêt de Trinité et Tobago pour être le siège du Secrétariat du Traité sur le Commerce des Armes.
  8. Souligner l’éducation et le promotion des valeurs de la culture de paix comme fondements pour créer une nouvelle culture de non violence, éduquer pour la soutenabilité des principes éthiques essentiels du bien-être et pour construire la défense, le respect et la promotion des droits de l’homme universels, ainsi que pour fomenter la coexistence avec la nature.
  9. Les Pays membres de la CELAC s’unissent à la joie du peuple et du Gouvernement panaméens à cause de la célébration du Centenaire du Canal de Panama, le 15 août 2014. Le Centenaire coïncide avec les travaux d’élargissement qui continueront à contribuer au développement économique et soutenable de l’hémisphère ainsi qu’au commerce er à la navigation mondiale.
  10. Réaffirmer le caractère latino-américain et caribéen de Porto Rico et prendre note des résolutions sur Porto Rico adoptées par le Comité Spécial de Décolonisation des Nations Unies. nous réaffirmons que c’est un sujet qui intéresse la CELAC.
  11. Nous, les pays membres de la CELAC, nous nous engageons à continuer à travailler dans le cadre du Droit International et, en particulier, de la Résolution 1514 (XV) de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 14 décembre 1960 pour obtenir que la région de l’ Amérique Latine et des Caraïbes soit un territoire libre de colonialisme et de colonies.
  12. Renouveler le plus ferme soutien de la région aux droits légitimes de la République Argentine dans le différend de souveraineté sur les Iles Malouines, Georgias du Sud et Sandwich du Sud et sur les espaces maritimes environnants ainsi que son intérêt permanent dans le fait que ce différend se résolve par la voie pacifique et de la négociation conformément aux dispositions de la Résolution 31/49 de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
  13. Accueillir avec satisfaction la décision historique des Présidents de Cuba et des Etats-Unis de rétablir les relations diplomatiques. Réitérer notre plus profonde condamnation de l’application de mesures coercitives unilatérales et réaffirmer notre appel au gouvernement des Etats-Unis à mettre fin au blocus économique, commercial et financier qu’il impose à cette nation soeur depuis plus de 5 décennies. Appeler instamment le Président des Etats-Unis à ce que, dans cette voie, il utilise toutes ses larges possibilités exécutives pour modifier substantiellement l’application du blocus.
  14. Nous renforçons les liens avec les associés extra-régionaux.

Les grands défis globaux et du développement soutenable demandent des solutions coordonnées de la communauté internationale. Les décisions que nous adoptons dans le présent réduiront d’éventuels conflits dans le futur. La région est en conditions pour travailler conjointement et coordonner quand c’est possible, avec ses associés extra-régionaux sur des sujets nombreux et divers et sur différents thèmes de l’agenda multilatéral dans le dépassement de ces défis.

En ce sens, nous agirons pour:

  1. Encourager le dialogue de la CELAC avec despays, des groupes de pays et des organisations d’autres régions du monde pour enrichir les actions et les discussions régionales sur des thèmes d’intérêt globaux et pour fomenter, autant que possible, des initiatives régionales de collaboration et de coopération, de commerce et d’investissement, complémentaires des efforts nationaux et sub-régionaux.
  2. Applaudir la célébration réussie de la I° Réunion des Ministres des Relations Extérieures du Forum CELAC–Chine, qui a eu lieu à Pékin les 8 et 9 janvier 2015 et réaffirmer notre volonté d’avancer dans la mise en oeuvre des accords de ce Forum immédiatement.
  3. Nous soulignons la décision de célébrer la II° Réunion des Ministres des Relations Extérieures du Forum CELAC–Chine à Santiago du Chili en janvier 2018.
  4. Accueillir les résultats des dialogues Ministériels du Quatuor de la CELAC avec l’Inde, l’ASEAN et la Russie, qui ont eu lieu le 25 septembre 2014 à New York. Continuer les dialogues Ministériels du Quatuor de la CELAC avec ces associés ainsi qu’avec la République de Corée, de Turquie et d’autres associés avec lesquels, précédemment, ont eu lieu des dialogues qui ont mis en évidence les potentialités de la région dans ses relations extra régionales. Travailler pour explorer, en 2015, l’opportunité et la viabilité pour créer d’autres forums, en particulier avec la Russie et l’Inde.
  5. Continuer à explorer les possibilités de soutenir des échanges avec l’Union Africaine, le Groupe des BRICS et la Ligue des Etats Arabes.
  6. Souligner les relations de la CELAC avec l’Union Européenne, institutionnalisées au Sommet de Rio en 1999 et réaffirmer l’engagement à continuer à les approfondir avec une nouvelle vision des relations bi-régionales pour réussir un II° sommet CELAC-UE à Bruxelles, les 10 et 11 juin 2015.
  7. Nous organisons la coopération et fomentons l’articulation de nos actions.

L’ Amérique Latine et les Caraïbes ont un patrimoine d’expériences assurées, palpables et réussies dans la coopération Sud-Sud et dans la coopération Triangulaire qui permet de compléter ensemble les actions nationales pour atteindre les objectifs de la CELAC, favoriser la connaissance mutuelle, fomenter l’unité et l’intégration, faciliter le transfert de connaissances et rendre visibles les résultats.

En ce sens, la coopération Sud-Sud constitue, pour notre Communauté, un instrument privilégié pour la complémentarité, l’union, l’intégration et l’échange horizontal de connaissances entre ses membres qui nous permettra d’affronter les énormes défis communs et d’aider les gouvernements de notre région à atteindre le développement soutenable et la croissance inclusive au bénéfice de nos peuples.

Pour cela, nous décidons:

  1. D e réaffirmer que la Déclaration sur la Coopération Internationale de la CELAC, adoptée le 29 janvier 2014 au II° Sommet, à La Havane, et le Cadre Conceptuel de la Coopération Internationale à la CELAC adopté pendant la II° Réunion du Groupe de Travail sur la Coopération Internationale (GTCI) qui s’est déroulé les 29 et 30 juillet à San José, Costa Rica, guideront la coopération dans le milieu communautaire.
  2. Reconnaître l’importance et les particularités de la coopération Sud-Sud et nous réaffirmons notre vision de la coopération Sud-Sud comme manifestation concrète de la solidarité entre les peuples et les pays du Sud qui contribue à leur bien-être national, à améliorer leur autosuffisance et à faciliter la réalisation des objectifs de développement fixés au niveau national et international. Elle permet aussi aux pays en voie de développement de jouer un rôle plus actif dans la politique internationale et dans la prise de décisions et de soutenir leurs efforts pour atteindre le développement soutenable.
  3. Réaffirmer l’importance d’articuler les actions de coopération du Groupe de Travail sur la Coopération Internationale (GTCI) avec celles des autres groupes de travail de la CELAC pour construire des ponts de coopération à l’intérieur et à l’extérieur de la région ainsi que pour renforcer les possibilités et les forces des Etats membres et de la région, en particulier dans les contextes où il existe des mandats et des priorités définies. Développer les mécanismes d’articulation entre les différentes instances de la CELAC avec les coordinations nationales et le GTCI.
  4. Souligner la nécessité de fomenter le dialogue inter-gouvernemental dans les différentes matières de l’agenda international avec les Organismes Internationaux et les Mécanismes Régionaux et Sub-régionaux d’Intégration pour éviter le doublement des actions, donner une cohérence aux processus de coopération régionale, garantir la complémentarité et obtenir une valeur ajoutée de la coopération régionale CELAC aux actions déjà existantes.
  5. Manifester notre bienveillance envers le rapport des actions développées dans la poursuite du mandat de coopération avec la République soeur de Haïti et réaffirmer notre volonté d’identifier de nouvelles formes de coopération dans l’attente de satisfaire les besoins manifestés par ce pays.
  6. Nous agissons dans l’immédiat:

Nous réaffirmons que la CELAC est le forum de dialogue et de concertation politique par excellence des 33 pays de la région dans lequel s’exprime notre unité dans la diversité, se prennent les positions communes et se fait l’échange d’expériences dans de multiples domaines, aussi bien régionaux que globaux.

Nous réaffirmons notre engagement de continuer à travailler sur la base du consensus, en soulignant le caractère multiethnique, pluriculturel, plurinational et divers de la Communauté dans ses travaux et à orienter notre travail régional vers la mise en oeuvre d’actions à vocation et impact régionaux qui nous permettent de trouver des solutions conjointes aux défis et aux problèmes communs.

Nous décidons donc:

  1. Manifester notre satisfaction en ce qui concerne les conclusions des réunions des axes sectoriels qui se sont déroulées lors de la réalisation du Plan d’Action de la CELAC de La Havane, qui apportent un suivi et une continuité aux mandats accordés et de remercier les pays qui ont accueilli les différentes réunions dont la liste suit: Réunion du Groupe de Travail de Développement Social et d’Eradication de la Faim et de la Pauvreté, les 25 et 26 novembre 2014, à Caracas, Venezuela; II° Reunion des Hauts Fonctionnaires sur l’Agriculture Familiale, du 10 au 13 novembre 2014, Brasilia, Brésil; Réunion des Ministres de la Culture, le 21 août 2014, Caracas, Venezuela; I° Reunion des Hauts Fonctionnaires en Sciences et Technologies de la CELAC, 01-02 avril 2014, San José, Costa Rica, II° Reunion des Hauts Fonctionnaires CELAC-UE 03-04 avril 2014, San José, Costa Rica, I° Réunion des Ministres de l’Industrie et du Commerce de la CELAC, 10 et 11 avril, 2014, San José Costa Rica, II°Réunion Ministérielle d’Infrastructure pour l’Intégration Physique du Transport, des Communications, 5 et 6 décembre 2014, Montevideo, Uruguay, Réunion Ministérielle sur l’Energie, 14 octobre 2014 en Lima, Pérou, III° Réunion sur les Migrations, 22 et 23 octobre 2014, à Azogues, Equateur, I° Réunion sur le Problème Mondial des Drogues Illicites,13 et 14 mai 2014, à Antigua, Guatemala, II°Réunion des Ministres et Hautes Autorités de Prévention et de Lutte contre la Corruption, 08 et 09 décembre 2014, Quito, Equateur, II°Réunion du Groupe de Travail sur la Coopération Internationale, 29 et 30 de juillet 2014, San José, Costa Rica, I° Réunion des Mécanismes et Organismes Régionaux et Sub-régionaux d’Intégration dans le milieu social, 18-20 de juin 2014, à Caracas, Venezuela, I° Réunion des Mécanismes et Organismes Régionaux et Sub-régionaux d’Intégration dans le domaine culturel, 17 juillet 2014, San José, Costa Rica, I° Réunion des Organismes et Mécanismes de la CELAC sur le tourisme, 10 novembre 2015, Puerto Es­paña, Trinité et Tobago, I°Réunion du Groupe de Travail sur la Promotion de l’Equité, de l’Egalité et du renforcement du pouvoir des Femmes, 21 et 22 août 2014, San Salvador, El Salvador, I°Réunion du Groupe de Travail sur le Combat contre le Trafic Illicite des Armes Petites et Légères, 11 et 12 septembre 2014, San Salvador, El Salva­dor, I°Réunion du Groupe de Travail sur les Afro-descendants, 4 et 5 décembre 2014, Brasilia, Brésil.
  2. Souligner le soutien apporté à la PPT du Costa Rica par les organismes et les mécanismes d’intégration régionale dans l’accomplissement des objectifs de la Communauté et soutenir la coordination des mécanismes régionaux et sub-régionaux d’intégration.
  3. Adopter le Plan d’Action CELAC 2015 en vue de renforcer des actions dans un effort pour atteindre le développement osutenable de la région et éradiquer la faim et la pauvreté.
  4. Cadrer les travaux dans les axes sectoriels définis tout au long des discussions de la CELAC en concentrant les actions de la Communauté dans ces domaines jusqu’à l’obtention du plein accomplissement des engagements pris dans chacun de ces axes.
  5. Promouvoir les réunions des axes sectoriels consignés dans le Plan d’Action CELAC 2015 qui donnent un suivi et une continuité aux principes fondamentaux qui inspirent l’action de la Communauté dans la recherche du développement humain soutenable.
  6. Remercier l’illustre Gouvernement de l’Equateur qui assume la Présidence Tournante de la CELAC en 2015 et organisera le IV° Sommet de la CELAC en 2016.
  7. Remercier la République Dominicaine qui prendra la Présidence Tournante de la CELAC en 2016 et organisera le V° Sommet.
  8. Prendre note de l’offre de l’Etat Plurinational de Bolivie de prendre la Présidence Tournante de la CELAC en 2017 et d’organiser le VI° Sommet.
  9. Remercier le Costa Rica pour le travail réalisé sous sa Présidence en 2014 et pour l’accomplissement des mandats décidés et pour l’avancement de l’agenda international de la CELAC ainsi que pour le courageux soutien apporté par le Quatuor et les pays membres de la Communauté qui ont étaient les h^tes d’une ou plusieurs réunions sectorielles de la CELAC.
  10. Souligner la valeur des discussions qui ont eu lieu lors de ce III° Sommet sur les défis de la CELAC dans la lutte contre la pauvreté, avec un point de vue de transparence, de rendu de comptes et de lutte contre la corruption; la définition de positions régionales dans le domaine multilatéral; les réflexions concernant l’ Agenda post 2015 et sur le Financement du développement ainsi que le rôle fondamental de la CELAC comme mécanisme de concertation et de dialogue politique dans le processus d’intégration et d’articulation des politiques et des actions communes de la région.
  11. Exprimer nos remerciements à l’illustre Gouvernement de la République Costa Rica pour la réussite du III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CELAC qui s’est tenu à Belén, Costa Rica, les 28 et 29 janvier 2015 et pour son leadership dans le renforcement de la CELAC dans le domaine international.

Belén, Costa Rica, 29 janvier 2015

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La Grèce, Lord Byron et le chapeau de Bolívar, par Richard Gott

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L’historien Richard Gott, ex-rédacteur en chef du Guardian, auteur entre autres de “In the Shadow of the Liberator: The Impact of Hugo Chávez on Venezuela and Latin America”, Verso, 2001; « Cuba: A New History”, Yale University Press, 2004.

Il y a quelques années, alors que je voyageais dans l’avion présidentiel de Hugo Chavez avec un ami français du Monde Diplomatique, on nous demanda notre avis sur la situation en Europe. Un mouvement vers la gauche était-il possible ? Nous répondîmes avec le ton déprimé et pessimiste qui caractérisait les premières années du 21ème siècle. Ni au Royaume-Uni ni en France, ni ailleurs dans l’eurozone, nous ne discernions la possibilité d’une percée politique.

« Dans ce cas, reprit Chávez avec un regard pétillant, nous pourrions peut-être vous venir en aide ». Il nous rappela l’époque de 1830 où les foules révolutionnaires arboraient dans les rues de Paris le chapeau de Simón Bolívar, le libérateur vénézuélien de l’Amérique du Sud qui allait mourir quelques mois plus tard. Le combat pour la liberté, dans le style de l’Amérique Latine, était vu comme le chemin à suivre pour l’Europe.

Juillet 1830, combats de la rue de Rohan

Juillet 1830, combats de la rue de Rohan

Sur le moment, je fus encouragé mais pas convaincu par l’optimisme de Chávez. Ce n’est qu’à présent que je pense qu’il avait raison; il était bon de nous rappeler qu’Alexis Tsipras, le leader du parti de la gauche radicale grecque Syriza, en visite à a Caracas en 2007, avait posé la question de la possibilité de recevoir à l’avenir du pétrole vénézuélien à bas prix, tout comme Cuba et d’autres pays des Caraïbes et d’Amérique Centrale. Il y eut ce bref moment où le maire Ken Livingstone et Chávez manigancèrent un accord pétrolier prometteur entre Londres et Caracas, rompu ensuite par Boris Johnson.

Lider-de-Syrisa-sujeta-camisa-con-el-rostro-de-Hugo-ChavezPlus important que la prospection de pétrole bon marché, il y a le pouvoir de l’exemple. Chávez s’est engagé au tournant du siècle, et même auparavant, dans un projet qui rejette les politiques néo-libérales affligeant l’Europe et une grande partie du monde occidental. Il s’est opposé aux recettes de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International et a bataillé avec force contre les politiques de privatisation qui ont abîmé le tissu social et économique de l’Amérique latine et avec lesquelles l’Union Européenne menace à présent de détruire l’économie de la Grèce. Chávez a renationalisé les nombreuses industries, dont celles du gaz et du pétrole, qui avaient été privatisées dans les années 90.

Les paroles et l’inspiration de Chávez avaient eu un effet au-delà du Venezuela. Elles ont encouragé l’Argentine à dénoncer sa dette; à réorganiser son économie par la suite et à renationaliser son industrie pétrolière. Chávez a aidé le bolivien Evo Morales à administrer ses industries du gaz et du pétrole en faveur de son pays plutôt que des actionnaires étrangers, et plus récemment à stopper le vol par l’Espagne des profits de sa compagnie de l’électricité. Par-dessus tout il a montré aux pays d’Amérique Latine qu’il existe une alternative au seul message néo-libéral transmis sans fin depuis des décennies par les gouvernements et les médias rivés à une idéologie dépassée.

C’est l’heure où ce message alternatif doit être entendu plus loin encore, doit être écouté par les électeurs d’Europe. En Amérique Latine, les gouvernements qui mettent en oeuvre une stratégie alternative ont été élus et réélus constamment, montrant son caractère efficace et populaire. En Europe, les gouvernements de quelque couleur que ce soit qui appliquent le modèle néo-libéral semblent chuter au premier obstacle, montrant que la volonté du peuple ne suit pas.

Si Chávez et ses coreligionnaires de la nouvelle “Révolution Bolivarienne” ont appelé à un socialisme du 21ème siècle , ce n’est ni pour revenir à une économie à la soviétique ni pour continuer l’insipide adaptation social-démocrate du capitalisme, mais comme l’a décrit le président de l’Équateur Rafael Correa, pour rétablir la planification nationale par l’État « en vue du développement de la majorité de la population « . La Grèce a une occasion merveilleuse de changer l’Histoire de l’Europe et de lancer en l’air ses chapeaux de Bolivar comme le firent les Carbonari italiens à Paris il y a tant d’années. Lord Byron, qui avait l’intention de s’établir dans le Venezuela de Bolivar avant de faire voile pour contribuer à libérer la Grèce, baptisa son bateau « Bolívar »; nul doute que les évènements contemporains lui auraient plu.

Londres, le 16 mai 2012.

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George Gordon Byron (1788-1824)

URL de l’original (anglais) : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/may/16/hugo-chavez-lessons-europe-greece

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

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Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Eléments de réflexion pour une bataille des idées

Le 22 janvier, le président Maduro a rendu publique une conversation téléphonique entre militaires d’extrême droite (voir ci-dessous). L’un d’eux, expert en guerre psychologique de la School of Americas, explique comment organiser des pillages “avec l’aide d’étudiants” grâce aux pénuries générées par le secteur privé – encore hégémonique au Venezuela (1). Des liens resurgissent avec le leader d’extrême droite Leopoldo López, actuellement jugé en tant qu’organisateur des violences qui ont fait des dizaines de morts en 2014 et que les médias internationaux présentent comme un “prisonnier politique”. Le président Rafael Correa a rappelé récemment que ce scénario copie le modus operandi employé par Washington pour renverser le président Salvador Allende (2).

Pour stopper ce coup d’État en marche, Nicolas Maduro a lancé un ultimatum au secteur privé tout en réorganisant la distribution des produits et aliments de base. La droite comptait sur la chute des prix du pétrole pour pousser le gouvernement à l’austérité. Peine perdue : le 22 janvier, le président bolivarien a annoncé l’augmentation du salaire minimum de 15 % pour le protéger de l’inflation, 300.000 pensions supplémentaires, 200.000 nouvelles bourses d’études pour les étudiants du secondaire, l’augmentation de 30 % des bourses universitaires, la construction de 400.000 logements et de nouvelles infrastructures routières, ainsi qu’une nouvelle mission de protection sociale pour 500.000 familles populaires (4). Le texte d’Elías Jaua éclaire la lutte entre ces deux modèles.

T.D., Caracas, 24 janvier 2015

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015 brandit la photo de Fabricio Ojeda, député et guérillero de gauche assassiné sous un régime antérieur à la révolution.

Nicolas Maduro lors de la manifestation populaire du 23 janvier 2015, brandissant la photo de Fabricio Ojeda, député, journaliste et guérillero de gauche assassiné en 1966.

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014. Cette enième tentative de déstabilisation contre le gouvernement bolivarien avait été présentée par les médias occidentaux comme... "une révolte populaire" !

23 janvier, Caracas. Familles des victimes des violences de la droite (notamment étudiante) et de ses alliés paramilitaires en 2014, mêlées aux familles des disparus sous les régimes « démocratiques » d’avant la révolution. La tentative meurtrière de déstabilisation en 2014 avait été présentée par les médias occidentaux comme « une révolte populaire réprimée par le gouvernement ».

 Pourquoi le socialisme au Venezuela ? Éléments de réflexion pour une bataille des idées.

par Elías Jaua

Traduction : Jean-Marc del Percio

« Ce système est totalitaire et centralisateur. Il établit le contrôle de l’État sur tous les aspects de la vie (…) Il conduit à l’oppression et à la ruine des pays où ce système a été appliqué ».

Conférence des Évêques du Venezuela, janvier 2015.

«Dans le même temps que les intérêts d’une minorité s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité s’effondrent. Ce déséquilibre résulte de la mise en application de critères idéologiques qui soutiennent l’autonomie absolue des marchés, mais aussi la spéculation financière. Et rejettent le droit de contrôle des États sur ces affaires. Lesquels sont en charge de la défense du bien public ».

Pape François. Exhortation apostolique, 12 juillet 2013.

 

Un État luttant pour la défense de l’intérêt général : ce principe est au cœur de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Celle-là même qui aura été approuvée il y a 15 ans, un mois et 3 jours, par le peuple vénézuélien. Un État social, démocratique ; un État de droit et de justice qui répond enfin au rêves de nombreuses générations. Un rêve transformé en réalité, du fait de la volonté affichée de millions de vénézueliens et vénézueliennes.

Notre constitution établit clairement le rôle de contrôle et de régulation dévolu à l’État, dans le domaine économique, et ce, dans le but de protéger les droits humains de notre peuple, face aux monopoles, face à la spéculation, l’usure et la fraude, inhérentes au capitalisme. Il s’agit également de promouvoir une répartition équitable de la richesse nationale, tout en favorisant une économie productive.

Sous l’impulsion initiale du président Chavez, la Révolution Bolivarienne aura sans aucun doute réussi le pari de démocratiser les fruits de la rente pétrolière, tout en soldant la dette sociale accumulée durant la période de la gabegie capitaliste. La remise en question du rentisme pétrolier en est le corrolaire.

A ce jour, la démocratisation des fruits de la rente pétrolière, aura débouché sur les avancées suivantes en matière de recherche du bien commun.

1. L’investissement social

Entre 1985 et 1998 (avant la révolution) : avec un revenu national s’élevant à 213 286 000 de dollars, les dépenses sociales ne représentaient 36,82% (79 540 millions de dollars).

Entre 1999 et 2012 (a partir de la révolution) : avec un revenu national atteignant 883 089 000 de dollars, les dépenses sociales ont grimpé à 62,46% (551 639 millions de dollars).

Ainsi, en universalisant la redistribution de la rente, la Révolution bolivarienne a réussi à inverser la courbe. (3)

2. La bataille contre la pauvreté.

En 1998, 21% des ménages vénézueliens vivaient en situation d’extrême pauvreté. En 2014, cet indice s’est rétracté à 5,5%. D’une manière générale, entre 1998 et 2013, la pauvreté a régressé de 49 à 19%.

Idice GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure le taux d'inégalité. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l'égalité sociale.

Coefficient GINI pour le Venezuela 1998-2014. Cette formule mesure l’inégalité dans la distribution des revenus par foyer. Plus le taux est proche de zéro, plus grande est l‘égalité sociale.

3. Le droit à la santé.

Si en 1998, le Venezuela comptait 5360 centres de santé sur son territoire, ce chiffre a progressé pour atteindre en 2011 le taux de 13731. Ce qui représente une croissance de 150%.

A cette même date, 182 hôpitaux ont été réhabilités, tandis que les centres de santé publique se voyaient pourvus de 27 620 lits.

Entre autres réalisations importantes, on peut citer la construction -suivie d’une mise en service- de l’Hôpital cardiologique pédiatrique latino-américain Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, doté d’un potentiel permettant de réaliser 4500 interventions chirurgicales annuelles, et 80 000 consultations en externe, pour les enfants souffrant du coeur.

En mars 2014, la Révolution a permis à 17 000 impétrants d’obtenir leurs doctorats en médecine. Et grâce à la Mission Barrio Adentro I, II et III, pas moins de 24 millions de Vénézueliens (82,4% de la population totale), ont bénéficié d’une aide médicale gratuite. Ces Missions successives, se sont appuyées sur un réseau de 7500 cliniques populaires ; 6000 centres de santé ; 3000 cabinets dentaires (odontologie) ; 400 cabinets d’optique/ophtalmologie ; mais aussi sur 559 centres de diagnostic intégral ; 130 blocs opératoires ; 570 salles de rééducation et 35 centres de haute technologie médicale.B7KPPsMIIAEfR7G-632x430

4. Le droit à l’éducation.

Grâce à la Révolution Bolivarienne, le taux des inscriptions a augmenté de 29%. Soit un total 7 778 538 élèves.

Le taux net de scolarisation dans le primaire a connu une croissance de 7 points, atteignant ainsi les 93%. Et si l’on prend pour repère les chiffres de l’année scolaire 1998-99, le nombre de diplômés a explosé (+ 160%. Année scolaire 2012-13).

De 19 682 groupes scolaires existants, l’on est passé à 24 516 (+ 25%). Quant au personnel enseignant, son nombre s’est accru de 188%.

Par ailleurs, les Missions Robinson I et II ont permis l’alphabétisation de 1 756 250 personnes. 789 436 d’entre elles ont terminé leurs cycles d’études primaires. De ce fait, en 2005, l’UNESCO a déclaré officiellement le Venezuela, « territoire libéré de l’analphabétisme ». 822 853 personnes bénéficiant des programmes de la Mission Ribas ont pu achever leurs études secondaires. Quant à la Mission Sucre, elle a assuré 565 201 vénézueliens/ennes d’une formation qui aura autorisé l’accès pour 212 532 d’entre eux, à des études supérieures. (Université).

5. Le droit à la culture.

La Révolution a jeté les bases d’un véritable réseau d’institutions ayant remarquablement contribué à l’épanouissement culturel de notre peuple. Parmi celles-ci, il est possible de citer le Centre pour la Diversité culturelle ; la Fondation « Librairies du Sud » qui s’appuient sur 61 établissements disséminés sur l’ensemble du territoire national ; la maison d’édition «El Perro y la Rana», pourvue de 24 antennes régionales ; l’Institut des Arts scéniques et musicaux (IAEM) ; la compagnie de distribution Amazonia Films ; la Maison du Cinéma, centre de production et formation ; le Centre National d’Histoire ; le Centre National du Disque (CENDIS) ; la Fondation des Musées Nationaux, etc.

Depuis 2012, la Mission Culture a permis la formation de 12 465 professionnels, ayant obtenu leurs diplômes en Éducation, mention « Développement culturel » ; sans oublier l’épanouissement, aujourd’hui célèbre dans le monde entier, des ensembles d’orchestres Simon Bolivar.

Le développement du secteur cinématographique est à souligner. Il résulte de l’effort conjoint de structures diverses telles que la Maison du Cinéma, du Programme National de formation cinématographique et du Centre Autonome cinématographique (CNAC).

Rien qu’en 2012, 12 films vénézueliens ont vu le jour, tandis que 27 projets cinématographiques ont reçu un soutien concret. 25 festivals et expositions ont été organisés au niveau des États. 78 films vénézueliens ont participé à 121 festivals internationaux. 36 prix et distinctions ont été ainsi obtenus. Et en novembre 2014, on a atteint une fréquentation record des salles obscures . Ce qui hisse le Venezuela à la première place des pays d’Amérique latine, quant à la découverte de longs métrages nationaux.

B7KS459IYAAEq98-632x4216. Le droit au sport.

A partir de 1999, le Gouvernement Bolivarien a instauré une politique visant à renforcer le développement des activités sportives. A cette fin, au cours des 12 dernières années, 6 830 614 741 Bolivars ont été investis. De ce fait, 2885 installations sportives ont été réhabilitées ou construites ; 3 stades de football ont vu le jour, et 6 autres ont été modernisés ; l’Université ibéro-américaine du Sport, 27 unités éducatives visant à la détection des talents, mais aussi 14 centres de science et médecine sportives ont été fondés. 6 479 713 personnes ont bénéficié de l’accent mis sur le sport de masse. Dont 165 000, par le biais du Pouvoir sportif Communal ; 3 960 266, via la Mission Barrio Adentro sportif ; 1 985 000, grâce au sport universitaire ; 31 803 par le Simoncito sportif, et 337 644 par le développement systématique des activités physiques, sportives , récréatives, aux fins d’améliorer la santé publique.

La Mission Barrio Adentro pour le Sport, qui couvre les 24 États du pays, est devenue la pierre angulaire de la politique révolutionnaire en matière sportive. D’ailleurs, depuis peu, les performances des athlètes vénézueliens se sont multipliées. Tant au niveau national, qu’international.

7. Le droit à la Communication et à l’accès aux technologies de l’information.

Les avancées de la Révolution en terme d’accès aux communications et à internet sont significatives. Prenons quelques exemples. Tandis qu’en 1998, le pays comptait à peine 342 stations de radio FM (dont 331 relevant du secteur privé, 11 du secteur public et aucune de type communautaire), en 2012, la situation se modifie singulièrement pour atteindre les chiffres de : 843 (503 privées, 86 publiques, 249 de type communautaire). C’est-à-dire + 146%.

Quant aux stations de télévision, en 1998, leur nombre s’élevait à 119 (en signal ouvert), dont 66 privées, 14 publiques et 39 de type communautaire. A ce tableau d’ensemble, il convient d’ajouter la création de Vive TV et Telesur. Sans oublier le lancement de la Radio del Sur (la Radio du Sud), et la fondation du Correo del Orinoco. (Le Courrier de l’Orénoque).

De plus, en 2013, grâce à l’installation de 11 321 km de fibre optique, 12,55 millions de vénézueliens (42% de la population) ont pu accéder à la Toile. Ces réalisations ont hissé le Venezuela au 7ème rang des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, en terme de pénétration des services afférents, et du nombre d’utilisateurs. Il faut également préciser que l’application du programme WIFI para Tod@s (la WIFI pour tous), a permis l’installation de 2903 points publics et gratuits de connexion sur l’ensemble du territoire national. Dont 259 en milieu universitaire, 1389 lycées et 681 villages.

8. Un droit sacré : s’alimenter.

Les 15 premières années de la Révolution bolivarienne ont permis au pays – dont 2,7 millions de citoyens souffraient de la faim (les années 1990)- de réduire ce fléau, pour le rendre exceptionnel. Ainsi, l’indice de malnutrition qui s’élevait initialement à 13,5%, est passé sous la barre des 5%. Quant à l’apport calorique, il est passé de 2127 Kilocalories par personne et par jour (Quatrième République) à 3182 Kilocalories par personne et par jour, en 2012. L’année suivante, la FAO rendra hommage au Gouvernement Vénézuelien, pour avoir par son action, réduit à leur plus simple expression la faim et la malnutrition.

Par ailleurs, 17 554 442 personnes ont bénéficié de la Mission Alimentation Mercal/Programme de distribution d’aliments subventionnés créé en 2003, PDVAL – Entreprise publique de Production et distribution d’aliments, et Abasto Bicentenario – grande chaîne de magasins publics permettant l’achat d’aliments et de produits de 1ère nécessité au « prix juste, qui leur a facilité l’accès à l’alimentation subventionnée par l’État. On estime à 8 059 414 tonnes, les aliments ayant été distribués par les 16 626 points de vente existants.B7KTFGPIgAEdw6j-632x434

9. Le droit au logement.

Si l’on prend l’année 2011, la Grande Mission Logement Venezuela aura permis à 600 000 logements dignes de ce nom de voir le jour. 400.000 seront costruits en 2015. Superficie moyenne : 70 m2, avec salle de bain, chambre à coucher, cuisine. Les services publics et les aménagements urbains sont à portée de main. Ce qui garantit le plein épanouissement (social et productif) des habitants. En outre, nombre de ces logements ont été livrés totalement équipés et meublés. Et les espaces consacrés à l’éducation, la santé, la culture ne manquent pas, tels que les Simoncitos (centres d’éducation initiale pour les enfants de 0 à 6 ans), les écoles, les CDI (Centre de Diagnostic intégral) et les terrains de sport.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d'une remise de logements aux secteurs populaires de l'État Anzoategui.

Elías Jaua, vice-président du socialisme territorial et auteur de cet article, le 22 janvier (au centre), lors d’une remise de logements aux secteurs populaires de l’État Anzoategui.

10. Le droit de vieillir dans la dignité

A ce jour, 2 521 750 pensionnés bénéficient des avantages liés à la mise en place de la Gran Mision en Amor Mayor. 300.000 de plus viennent d’être annoncées pour 2015 par le président Maduro. Il y a 16 ans, ce chiffre se ramenait à 300 000. Ces derniers recevant des subsides inférieurs au salaire minimum légal.

Tous ces résultats sont la conséquence d’une politique redistributive socialiste, qui concerne 60% du budget de l’État, et de l’universalisation des fruits de la rente pétrolière. En une décennie, cet effort a conduit le Venezuela à passer d’un Indice de Développement humain moyen à un IDH élevé. Selon un rapport de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine/ONU), notre pays s’avère être le moins inégalitaire de l’Amérique latine. Cela, nous n’avons pu l’obtenir que par l’instauration du socialisme.

Il est par ailleurs nécessaire de préciser qu’il est impossible de construire le socialisme sur la base du rentisme pétrolier. Consciemment ou inconsciemment, cette certitude est liée à la notion que le socialisme relève uniquement de la sphère de la distribution.

Hugo Chavez avait clairement établi que notre socialisme doit être intégral, muni de toutes ses facettes, et se doit de faire ressortir toutes les qualités inhérentes à son mode de production spécifique. Selon Chavez, il ne peut exister un socialisme rentier. Sans vaincre le rentisme, il est impossible de jeter les bases d’une économie productive socialiste.

Non seulement le rentisme implique une dépendance par rapport à la production pétrolière, mais aussi par rapport à la fluctuation des cours du pétrole sur les marchés internationaux. De plus, cette référence au rentisme, s’exprime à travers « la culture spéculative, qui s’est immiscée tel un venin à l’intérieur même du système capitaliste vénézuelien ».

C’est pourquoi, parallèlement à l’application d’une juste politique redistributive de la rente – autorisant l’obtention et la consolidation des droits sociaux- la Révolution Bolivarienne s’est attelée à la concrétisation d’une culture du travail qui permet l’émergence d’une économie productive socialiste.

Voyons ce qu’il en est :

  1. La diversification des relations économiques internationales, a permis un renforcement de notre indépendance et de notre souveraineté. Elle a également favorisé de salutaires transferts de technologie constituant le socle de l’industrialisation du pays. (6)
  1. Le processus des nationalisations a permis le retour dans le giron de la nation, de multiples entreprises d’importance stratégique. Nombre d’entre elles souffraient de graves retards sur le plan technologique, leur situation sur le plan fiscal était précaire. Il n’en demeure pas moins que ces nationalisations étaient nécessaires à l’impulsion de politiques ambitieuses telles que celles de la Grande Mission Logement Venezuela. (A ce jour, plus de 600 000 logements ont été construits et 400.000 supplémentaires le seront en 2015). Il en est de même, en ce qui concerne les secteurs industriels du ciment, de l’acier et de l’électricité. CANTV (compagnie de télécommunications) et Banco de Venezuela étaient viables. Toutefois leurs nationalisations ont été utiles, car elles auront favorisé la démocratisation de l’accès à leurs services respectifs ; mais aussi le bon emploi des bénéfices dégagés, au profit des enfants et des jeunes. De ce fait, un large accès aux technologies de l’information a été possible. (Programme Canaima : 5 millions d’ordinateurs mis gratuitement à la disposition des écoliers et des universitaires). Dans un autre registre, ces nationalisations ont bénéficié aux personnes du 3ème âge, qui peuvent désormais compter sur une pension digne de ce nom (Gran Mision Amor mayor).
  2. La surface agricole utile s’est considérablement étendue. Entre 1998 et 2010, la superficie des terres cultivées a augmenté de 49%. Entre ces deux dates, on est passé de 1 638 923 ha à 2 433 943 ha. Quant à la production agricole relative à l’élevage elle s’est accrue de 44% : 2 575 443 tonnes (1998) ; 4 669 120 tonnes (2010).
  3.  On a également beaucoup investi dans le domaine des infrastructures routières et des transports. Le réseau ferré n’a pas été oublié : on peut notamment citer la mise en service d’une ligne, desservant les Vallées du Tuy (Etat de Miranda); les lignes 3 et 4 du metro de Caracas. La ligne 5 étant en voie de réalisation ; les métros de Maracaibo, Valencia et Los Teques ; le CableTren Bolivariano /Métro de Caracas/Transports publics) ; le réseau reliant Caracas-Guarenas-Guatire (projet de Métro urbain) ; le Métro Câble Mariche et San Agustin (système de téléphériques intégrés) ;
  4. De grandes installations thermoélectriques ont été construites et ont vu leurs capacités de production étendues. Il en est ainsi de la centrale Général Rafael Urdaneta dans l’État du Zulia ; des stations Centre à Carabobo et Josefa Camejo à Falcon ; mais aussi des centrales hydro-électriques comme celle de Caruachi (Etat de Bolivar).
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Courbe du chômage

Le meilleur indicateur de ces efforts sans précédent visant à diversifier l’économie vénézuélienne, réside dans l’écart concernant les chiffres du chômage, si l’on compare la période antérieure durant laquelle le néo-libéralisme sévissait (15 points), à celle de ces dernières années, où ces chiffres ont été ramenés en-dessous de la barre des 6 points. La sécurité de l’emploi garantissant désormais un revenu régulier aux familles. Le taux de chômage est tombé à 5,5 % en décembre 2014.

Toutes ces conquêtes sociales, toutes ces avancées sur le plan économique, nos adversaires s’emploient à en minimiser l’ampleur, voire à les occulter. C’est le cas du médiocre gouverneur Capriles (ex-candidat présidentiel de la droite, NdlR) qui déclare que « le modèle actuel n’est qu’un rêve dont on doit se débarrasser ». Mais venant de sa part, cela sonne creux.

Cela se passe à un moment où l’on assiste à une aggravation progressive de la confrontation avec l’oligarchie locale et ses alliés. A l’instauration d’une situation d’ agression permanente, provenant de l’extérieur. Et nous avons également affaire à une véritable guerre économique, mais aussi politique, sociale et culturelle, à l’intérieur même de notre pays. Non seulement cet état de fait nuit à l’économie, mais il oblige aussi la Révolution à consacrer d’énormes efforts, et à gaspiller un temps précieux, à l’élaboration de contre-mesures.

Il est vrai que nous n’avons pas toujours été en mesure de trouver les arguments solides pour défendre les avancées réalisées. C’est pourquoi le peuple, le Parti Socialiste Unifié (PSUV), les mouvements sociaux et nos diverses institutions doivent jouer un rôle essentiel dans la défense des conquêtes de la révolution bolivarienne et socialiste. Il faut reconnaître que nous ne sommes pas satisfaits de tout ce qui a été accompli à ce jour ; de notre incapacité à surmonter de vieux problèmes dont nous avons hérité.

Il faut garder à l’esprit qu’au moment même où nous nous efforcions d’éliminer le système capitaliste rentier ; de nous acquitter de la dette sociale accumulée au fil des décennies, il était essentiel d’innover, d’emprunter des chemins non encore explorés, d’assumer le risque du tâtonnement et de l’erreur. Aucune Révolution n’a échappé à cela. C’est pourquoi, tout en prenant acte des nombreux succès obtenus, il est nécessaire de corriger le cap lorsque c’est nécessaire. Quand des erreurs ont été commises.

Sous l’égide du Président Nicolas Maduro, mais aussi à travers le passage parmi nous de notre leader historique, cette nouvelle étape de la Révolution nous impose de sérier avec précision et sans dogmatismes, les grandes lignes d’action, mais aussi les objectifs stratégiques à atteindre, pour une économie productive. De plus, pour nous débarrasser du rentisme, mais aussi résoudre les problèmes accumulés, et vaincre dans la guerre économique en cours, une restructuration financière et fiscale est inévitable.

La lutte sans relâche que nous devons livrer à l’inefficacité, la corruption, le bureaucratisme, les manquements et les absences de suivi des processus en cours, est d’autant plus impérative, que tous ces dévoiements sont associés à une forme de culture pétro-rentière. Ce faisant, nous devons rectifier ce qui doit l’être. Pas seulement le Gouvernement Bolivarien. Mais la société tout entière, pour ne pas retomber dans le cauchemar néo-libéral dont nous nous sommes extraits le 6 décembre 1998, en élisant pour la première fois à la Présidence, Hugo Chavez.

Ce qui importe, c’est de poursuivre la construction de notre société -ou pour le dire avec le Pape François- « une société dans laquelle l’humain et non pas l’argent soit le centre ».

Cela fait 16 ans, qu’au Venezuela nous construisons cette société que de profondes et amples libertés démocratiques irriguent. C’est la marque de notre projet socialiste Bolivarien. Notre Socialisme.

« Le socialisme c’est la démocratie et la démocratie c’est le socialisme dans tous les domaines : politique, social et économique ».

Hugo Chavez

Elias Jaua Milano

Nicolas Maduro le 22 janvier à  la cérémonie d'investiture d'Evo Morales, réélu à la présidence de Bolivie. Les deux pays ont convenu d'accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion : "celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela n'est autre que l'empire états-unien" (4)

Nicolas Maduro le 22 janvier à la cérémonie d’investiture d’Evo Morales, réélu à la Présidence de la Bolivie. Les deux pays ont convenu d’accélérer leur coopération bilatérale. Morales a déclaré à cette occasion que « celui qui attaque politiquement et économiquement le Venezuela, c’est l’empire états-unien » (5)

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/por-que-socialismo-en-venezuela-elementos-para-la-batalla-de-ideas/

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1HN

L’unité latinoaméricaine comme projet historique

Monica Bruckmann

Monica Bruckmann

La plupart des journalistes occidentaux ignorant le mouvement historique incarné récemment par l’inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur, puis par le sommet de la CELAC (Communauté des États Latinoaméricains et des Caraïbes) avec la Chine et son plan d’investissements massifs pour 2015-2019, nous livrons l’éclairage de Monica Bruckmann, Docteur en science politique, professeure du Département de Science Politique de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et Directrice de Recherche de la chaire UNESCO sur l’Économie globale et le Développement Durable.

Siége de l?UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Siége de l’UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014) en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

Inauguration du siège de l’UNASUR en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

La conjoncture latinoaméricaine contemporaine est marquée par de grandes avancées dans les projets et processus d’intégration régionale (1). C’est la première fois dans l’histoire que la région a une densité diplomatique aussi dynamique, un ensemble si vaste et divers de mécanismes d’échange et d’action politique conjointe. À la dynamique complexe d’intégration des nations, se joint également l’intégration des peuples et des mouvements populaires, avec un pouvoir croissant de pression sociale et de participation à l’élaboration des politiques publiques qui reflète l’affirmation du mouvement démocratique. Dans ce contexte, il est un principe qui demande toujours plus de centralité, c’est celui de la souveraineté, comme la capacité d’autodétermination des États, des nations, des peuples et des communautés.
Le débat actuel autour de l’intégration régionale et de ses perspectives possède de forts antécédents qui montrent la profondeur de l’unité latino-américaine comme projet historique. Sans nous attarder plus longuement sur le développement de ces antécédents, nous cherchons à présenter quelques exemples de ce qui constitue les bases doctrinaires de l’actuel processus d’intégration régionale. Cette approche montre surtout, les limites d’une tentative de conversion de ce processus d’intégration en un simple échange commercial.

Intégration régionale et projet stratégique

La géopolitique de l’intégration régionale latino-américaine est profondément affectée par une dispute des intérêts entre le projet hégémonique des États-Unis, exprimé dans une stratégie complexe de domination et d’appropriation des ressources naturelles considérées ’« vitales », ce qui convertit l’accès à ces ressources, qui se trouvent essentiellement hors du territoire continental et d’outre-mer des États-Unis, en un sujet de « sécurité nationale » pour ce pays. D’autre part, des processus d’intégration régionale se développent hérités des luttes continentales pour l’indépendance pendant le 19ème siècle, qui rencontrent dans la rénovation du bolivarianisme un projet d’affirmation souveraine qui a avancé et s’est approfondi au cours des dernières années.
Cependant, le renforcement de l’intégration régionale exige une nouvelle vision stratégique élaborée à partir d’une vaste discussion sur la dynamique et les tendances du système mondial, l’émergence des nouvelles puissances à l’échelle globale, et le développement d’une vision géopolitique qui articule les intérêts en jeu et la conformation de nouvelles territorialités à partir d’un grand mouvement social du ’« bas vers le haut ». Ce moment d’élaboration de la pensée régionale a pour défi la construction d’une stratégie de réappropriation sociale des ressources naturelles et de leur gestion économique et scientifique, ce qui exige une rediscussion approfondie de la notion-même de développement, du concept-même de souveraineté et de la position de l’Amérique Latine dans la géopolitique mondiale.
L’analyse des diverses dimensions qu’implique la dispute globale pour les ressources naturelles considérées stratégiques, requiert un bilan de l’histoire mondiale récente qui a pour aspect fondamental, l’émergence de la Chine. La nouvelle centralité de la Chine dans l’économie et la politique mondiale nous conduit à souligner l’importance de l’approche de longue durée (du point de vue Braudélien) et des processus de civilisation dans la construction des instruments théorico-méthodologiques pour l’analyse de la conjoncture. Dans ce contexte, et avec une approche qui s’efforce de capturer la complexité du monde contemporain, la question stratégique transcende largement le cadre de la politique de sécurité et de la défense nationale, pour s’insérer dans l’analyse des processus historiques de longues durées et de la dimension civilisatrice des visions stratégiques.
L’Amérique Latine a, en relation avec la Chine, une opportunité historique de développer une coopération stratégique à long terme, visant à rompre la relation de dépendance qui marqua son insertion dans le système mondial. Il convient à la région de profiter de cette opportunité ou de reproduire la logique de la dépendance et la dynamique d’exportation des matières premières à faible valeur ajoutée, qui a pour base la logique de ce qu’on appelle l’extractivisme, qui étranger à tout projet national, restreint notre horizon économique aux intérêts des économies centrales et des entreprises transnationales qui deviennent les agents économiques de ces intérêts.
Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

De l’hégémonie unipolaire à l’hégémonie partagée

Pendant la dernière décennie, le débat théorique et politique a été profondément marqué par la crise de l’hégémonie unipolaire et par la configuration d’un espace global avec hégémonie partagée, ou multipolaire. L’importance économique et politique croissante des puissances émergentes, ceux que l’on nomme « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et, récemment, Afrique du Sud), posent des éléments nouveaux afin de repenser la dynamique économique et politique d’un monde multipolaire, où les processus et projets d’intégration régionale se convertissent en mécanismes nécessaires pour la compartimentation du pouvoir mondial et régional et pour le renforcement des projets de développement par et pour le Sud.

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Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela) et Rafael Correa (Équateur) en Chine les 5 et 6 janvier 2015

La collaboration sud-sud puise son inspiration plus profonde dans l’affirmation de la lutte anti-coloniale du tiers monde et dans l’apparition des pays non-alignés. La Conférence de Bandung, qui s’est tenue en avril 1955, représenta un des moments les plus importants de ce processus. Ce rassemblement, auquel participèrent 23 pays asiatiques et 5 africains, se nourrit des principes de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, élaborant un vaste appel d’autodétermination et de développement des peuples basé sur la solidarité et la coopération économique et culturelle et cherchant à créer un espace politique indépendant quant aux blocs militaires et la confrontation entre États-Unis et l’Union Soviétique durant la période de la Guerre Froide. Le thème principal était porté sur les luttes nationales pour l’indépendance, l’éradication de la pauvreté et le développement économique, au travers des organisations régionales et des politiques économiques de coopération entre les pays du tiers monde.
Sommet de Bandung (1955)

Sommet de Bandung (1955)

L’esprit de Bandung a permit de créer un vaste consensus entre les principaux leaders et les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine par rapport à l’affirmation de la paix et les principes de coexistence pacifique, à un moment où le monde vivait une situation d’extrême tension et de menace de guerre : l’invasion du Guatemala organisée par les États-Unis pour renverser le président Jacobo Árbenz, le déplacement de la Septième Flotte des États-Unis vers la mer de Chine, la substitution des troupes françaises par les troupes états-uniennes dans la région sud du Vietnam, après la défaite française à Dien Bien Phu en 1954 et la guerre de Corée (1950-1953).
Les cinq principes de coexistence pacifique, proposés par le premier ministre chinois Chou En-lai et ratifiés par le premier ministre hindou Jawaharlal Neru en 1954 : pas d’agression, pas d’intervention dans les affaires internes d’autres États, égalité et avantages mutuels et coexistence pacifique, ont été repris par la Conférence de Bandung comme partie des dix principes généraux, qui incluaient :
  • le respect des droits fondamentaux en accord avec la Charte de l’ONU de 1948
  • respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations
  • reconnaissance de l’égalité de toutes les races et nations, indépendamment de leur taille
  • pas d’intervention et ni d’ingérence dans les affaires internes d’autres pays
  • respect des droits de chaque nation à se défendre, individuellement ou collectivement en accord avec la Charte de l’ONU
  • refus de participer aux préparatifs de défense destinés à servir les intérêts particuliers des superpuissances
  • abstention de tout acte ou menace d’agression ou emploi de force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’autres pays
  • solution pacifique des conflits internationaux, en accord avec la Charte de l’ONU
  • encouragement des intérêts communs de coopération
  • respect de la justice et des obligations internationales
Le Mouvement des non-alignés a donné du contenu diplomatique, aux Nations Unies, à ses lignes d’action. Sous influence latino-américaine se créé la United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD). Émergent également des expressions radicales de la lutte politique révolutionnaire, comme l’organisation Trilatérale, qui se crée à La Havane, en 1973. L’émergence de gouvernements comme celui de Velasco Alvarado au Pérou, de Juan José Torres en Bolivie, de Omar Torrijos au Panamá, de Salvador Allende au Chili, et le retour d’Eva Peron en Argentine, conduisent à des initiatives de l’État qui s’expriment dans la transformation de la ALALC en ALADI (Association Latino-américaine d’Intégration). Le Système Économique Latino-américain et de la Caraïbe (SELA) est également créé en 1975, destiné à l’étude de l’intégration régionale et à la formulation de ses politiques. Cependant, l’organisation interétatique la plus forte se créé en 1960 avec l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Dans le même temps, le vote de la « Charte des Droits et Devoirs Économiques des États », en 1972, promue par le président mexicain Luis Echeverría, consacre les principes du non-alignement aux Nations Unies.
Les initiatives internationales qui forment partie de cette offensive du tiers monde sont diverses, qui voit dans la victoire de la révolution vietnamienne et la libération du Laos et du Cambodge une épopée de la lutte anti-impérialiste mondiale. La réponse du centre impérial à cette offense commence à s’articuler autour de la formation de la Commission Trilatérale (Trilateral Commission) en 1973, qui réunit les États-Unis, l’Europe et le Japon avec pour stratégie la récupération du pouvoir mondial. Cette stratégie atteindra ses résultats dans la décennie de 1980, pendant les gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et s’exprime dans l’établissement de l’hégémonie de la pensée unique qui réussit, à transformer le Glanost et la Perestroika, commencées par les soviétiques, grâce à dissolution de l’Union Soviétique.
Pendant la décennie de 1990 débutent de forts mouvements de restructuration de l’offensive des gouvernements et des mouvements du tiers monde, qui voit dans la réussite économique de la Chine et de l’Inde et, en partie, du Brésil au début du 21ème siècle, une recherche de formes institutionnelles qui expriment cette nouvelle situation.
Si dans la décennie de 1970 se créa le Groupe des 7 principaux pays développés (G7), dans les années 2000, en plus de l’incorporation de la Russie, sont inclus également plusieurs pays émergents composant le groupe des 20 (G20). Le principe de l’hégémonie partagée est ainsi consacré comme successeur des désastres causés par la politique de l’unilatéralisme qui a été imposée avec le gouvernement de Bush fils.
L’héritage historique des luttes du tiers monde se révèle de grande utilité pour une stratégie d’affirmation d’un système multipolaire et pour orienter, d’un point de vue stratégique, le processus d’intégration latino-américaine et son impact sur la géopolitique mondiale contemporaine.
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Sommet de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014)

L’Amérique Latine et la construction de l’unité continentale

Dans le même temps, l’Amérique Latine vit un processus à travers duquel la diplomatie régionale acquiert une densité inconnue jusqu’alors. Un ensemble de nouvelles articulations se traduisent en institutions sous-régionales, régionales et continentales, qui transforment le processus d’intégration en une réalité complexe qui implique des chefs d’État, ministères des relations étrangères et diverses autres agences nationales, qui en même temps, est accompagné d’un processus d’intégration des peuples et des mouvements sociaux, incluant les syndicats et les mouvements des agriculteurs et des étudiants qui avaient déjà une certaine tradition de l’intégration régionale.
Quant aux sciences sociales, un processus croissant d’intégration régionale s’est développé avec de nouvelles institutions d’étude, des universités et des réseaux académiques qui permettent d’avancer vers l’étude de la problématique régionale, en renforçant une vision d’ensemble. Peut-être que certains des exemples les plus remarquables de ce processus sont le Conseil Latinoaméricain de Sciences Sociales (CLACSO), dont la première session s’est organisée à Lima, en 1968 ; ou la Faculté Latinoaméricaine de Sciences Sociales (FLACSO), qui se créé en 1954, au Chili, et ensuite, s’étend à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à l’Équateur et à l’Amérique Centrale.
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Dans le domaine de la recherche se sont créés, après la Commission économique pour l’Amérique Latine (CEPAL), le Centre Latinoaméricain et Caribéen de Démographie (CELADE), au Chili (1957) ; la Escolatina (master à l’université du Chili), dans le secteur de l’économie (Chili) ;l’Institut Latinoaméricain de Planification Économique et Sociale (ILPES) ; la Maîtrise Latinoaméricaine de l’Administration Publique de la Fondation Getulio Vargas, au Brésil ; le Conseil Supérieur Universitaire Centre-Américain (CSUCA), qui coordonne les universités de cette sous-région ; la Coordination des Universités du Cône Sud et, plus récemment, le Forum Universitaire du Mercosur (FOMERCO) et l’Université d’Intégration Latinoaméricaine (UNILA), qui a son siège dans la ville aux trois frontières, Foz de Iguaçu (Brésil). Parmi les diverses associations professionnelles qui se sont constituées au fil des dernières décennies se distinguent l’Association d’Économistes d’Amérique Latine et de la Caraïbe (AEALC) et l’Association Latinoaméricaine de Sociologie (ALAS). Cela montre que sont en train de se créer des conditions pour une intégration à long terme par l’intermédiaire d’un réseau d’institutions qui permettent la coopération et l’échange sur divers domaines de la connaissance.
Un bilan historique un minimum informé montre la densité croissante de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus.
Les parlements latinoaméricains du Mercosur, de la Communauté Andine, du Traité de Coopération Amazonienne, sont également des mécanismes de développement du processus d’intégration. Ce cadre institutionnel croissant ouvre le chemin pour le débat sur une stratégie commune sudaméricaine et latinoaméricaine, avec des possibilités de se convertir en des politiques concrètes. Le renforcement du Mercosur et la création postérieure de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ; l’impact croissant sous-régional de la Communauté et Marché Commun de la Caraïbe, qui actuellement porte le nom de Communauté Caribéenne (Caricom) et plus récemment, la création de l’Union des Nations Suraméricaines (UNASUR) et celle de la Communauté d’États latinoaméricains et caraïbes (CELAC), sont l’expression de la densité croissante et du dynamisme de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus et qui persistent dans leurs tentatives visant à déstabiliser et affaiblir un projet historique d’unité des peuples de la région qui se révèle, en dernier ressort, comme un projet historique de longue durée.
Monica Bruckmann
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement, Nº500 de décembre 2014 qui traite du thème « América Latina : Cuestiones de fondo »
Note :