Le Venezuela organise le 26ème scrutin en 20 ans de révolution. Et Guaido ?

Le gouvernement vénézuélien progresse dans la conclusion d’accords avec les secteurs de l’opposition. Le dialogue a notamment conduit à la formation d’un nouveau Conseil national électoral, composé de représentants du chavisme et de l’opposition. Le 21 novembre 2021, le Venezuela organisera son 26ème scrutin en 20 ans pour élire gouverneurs, maires et conseillers municipaux, parmi un éventail de partis de droite à gauche. Un record mondial. Lula parle « d’excès de démocratie ». Exemple de l’abîme ahurissant entre réel et virtuel médiatique.

Pendant ce temps, l’extrême droitier Guaido souffre de déréliction: l’Union Européenne ne le reconnaît plus comme « président » et si les USA le font encore, c’est du bout des lèvres. Dénoncé par des médias de Colombie, Panama, USA pour la mégacorruption de ses vols d’actifs du Venezuela ou pour ses liens avec le paramilitarisme colombien, lâché ses « amis » et sa propre « base » (même celle payée pour faire foule devant les caméras de CNN), le putschiste Guaido offre au Président Maduro de « négocier ». Ce dernier lui a répondu : « Pourquoi pas? La voie n’est pas un coup d’État, tu peux participer aux élections » en lui proposant comme bases de négociation : « renoncer aux coups d’État, aux invasions armées et aux déstabilisations violentes, reconnaître la Constitution et les autorités élues par la population, rendre les comptes de l’argent fourni par les USA pour la conspiration et restituer toutes les ressources volées à l’État vénézuélien. »

T.D., Caracas, 15 mai 2021

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Pour comprendre cette nouvelle donne, la journaliste Karen Mendez a interrogé le politologue vénézuélien William Serafino.

Karen Mendez – Beaucoup se demandent pourquoi Guaidó est passé de l’appel à renverser le président Maduro au dialogue avec lui.

William Serafino – Ce que l’on peut voir dans le scénario, objectivement parlant, c’est qu’après les accords qui ont donné lieu à l’élection d’un nouveau Conseil national électoral, Guaidó se retrouve dans une position d’inutilité et d’isolement de l’arène politique. Il est évident qu’il se trouve dans une position totalement défensive, dans une situation où il ne sait pas bien où il en est, laissé pour compte dans cet ensemble d’accords que le gouvernement vénézuélien a conclus avec un secteur de l’opposition qui est représenté au Parlement national.

Face à cela, il a dû opérer un virage à 180 degrés, en réduisant au minimum les principales demandes de « regime change » à partir de 2019. Il est forcé de le faire pour essayer de ne pas perdre le peu de capital politique qui lui reste à l’échelle nationale et essayer de ne pas perdre les possibles liens d’influence et de crédibilité face à ce qu’ils considèrent comme ses alliés internationaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne. Ceux-ci ayant marqué une ligne d’ouverture, de flexibilité par rapport au dialogue au Venezuela, ce qui le laisse précisément dans une situation défensive et avec un risque de tomber dans l’insignifiance absolue.

Karen Mendez – Guaidó a proposé d’offrir des « incitations » au gouvernement, telles que la levée des sanctions. Comment évaluez-vous cette offre ?

William Serafino – Elle marque une continuité car la nature des sanctions contre le Venezuela a toujours été de constituer un outil de chantage ou d’extorsion pour tenter d’obtenir des avantages politiques concrets. On peut avoir différentes lectures suite à cette nouvelle prise de position de l’ex-député Juan Guaidó, mais je pense que la plus cohérente a été de comprendre l’utilisation des sanctions comme une arme, une manœuvre de chantage, d’extorsion pour obtenir certains avantages politiques contre une levée des sanctions. Sauf que cela repose sur une fausse prémisse : Guaidó n’a pas la possibilité d’autoriser la levée des sanctions, même s’il est vrai qu’après sa déclaration, certains porte-parole du département d’État ont soutenu sa « proposition ». Cela signifie en fait que la Maison Blanche est en train de repenser et de calculer la question des sanctions et qu’en tout cas pour l’heure il est indéniable que le  gouvernement de Nicolas Maduro a réussi à imposer son cadre d’interprétation et son récit, fragilisant les piliers de la campagne de pression maximale.

Karen Mendez – Guaidó insiste sur le fait que les puissances étrangères, qu’il qualifie d’alliées, doivent avoir une présence importante dans ce dialogue. L’Union Européenne a déjà déclaré qu’elle soutiendrait cet éventuel dialogue qui devrait déboucher sur des élections présidentielles et parlementaires. Que faut-il attendre de ce nouveau chapitre qui s’ouvre et de la participation éventuelle de ces pays qui avaient reconnu Guaidó comme « président par intérim » ?

William Serafino – Il y a un changement dans la façon d’aborder la question vénézuélienne, en particulier dans le cas de l’Union européenne qui, dès janvier de cette année, a rétrogradé Guaidó à simple interlocuteur de l’opposition vénézuélienne, et bien que les États-Unis maintiennent du bout des lèvres la reconnaissance de cette figure un peu folle de « gouvernement intérimaire », ils n’ont pas attaqué fortement l’élection du nouveau Conseil national électoral et, ce qui est le plus important, ils n’ont pas intensifié leur habituel récit contre la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale élue en décembre dernier. Il est clair que les USA ne peuvent pas la reconnaître car cela reviendrait à ôter tout soutien à Guaidó, mais ils n’ont pas non plus pris la décision de l’attaquer de front lorsqu’elle a élu ce nouveau Conseil National Électoral.

Il est clair qu’il existe une voie électorale qui s’est imposée concrètement dans le pays, qui a le soutien de toutes les institutions vénézuéliennes et qui est reconnue à l’extérieur comme un premier pas vers la réinstitutionnalisation du pays.

Les élections régionales et municipales auront lieu en novembre 2021, et là, évidemment, le terrain et la marge de manœuvre sont très étroits pour le secteur de l’extrême droite putschiste représenté par Juan Guaidó, car soit il participe à ces élections mais changer sa position à ce stade aurait un coût politique et électoral énorme, soit il continue à se lancer dans des manœuvres de force, des menaces pour imposer des élections présidentielles et législatives alors qu’elles ont déjà eu lieu. Il semble très peu plausible qu’elles soient imposées par la force.

Il y a des secteurs de l’opposition qui ont acquis un plus grand prestige, une plus grande reconnaissance non seulement au niveau national mais aussi international et, évidemment, pour ces secteurs le plan a changé d’où un certain empressement de remettre sur la table d’autres élections qui ne sont pas en discussion et qui n’ont pas autant de soutien international que la voie électorale qui a été tracée depuis l’appel du CNE pour le 21 novembre.

Karen Mendez – Mais, si ces élections présidentielles et parlementaires ne sont pas en discussion, peut-on avoir de l’espoir pour cet éventuel dialogue ou son avenir est-il déjà compromis ?

William Serafino – Je crois son avenir est assez compromis parce que de nombreux secteurs de ce que l’on appelle le G4, c’est-à-dire ce secteur de l’opposition « dirigé » par Juan Guaidó, ont en fait déjà décidé de participer à ces élections de gouverneurs et de maires. D’abord, parce qu’elles offrent une opportunité d’accumuler du pouvoir, à la fois territorial et institutionnel, pour reconstruire leur infrastructure en tant que partis politiques : après tant d’années passées à parier sur un « changement de régime » par la force, ils ont négligé leur machinerie, leur formation interne, leur sélection de cadres. Donc je pense que beaucoup de partis, voyant qu’il y aura des élections présidentielles en 2024, y voient une opportunité de se remettre dans le jeu, de s’échauffer, de se replonger dans le contentieux électoral et de chercher à reconstruire le tissu des partis en vue des prochaines élections présidentielles.

Il y a beaucoup de secteurs qui voient comme peu probable que ces demandes de Guaidó, avec pour arrière-fond le chantage de la levée des sanctions, soient réalisées, que ces points entrent réellement en discussion. Par contre ces élections du 21 novembre leur semblent une opportunité plus sérieuse de se réinsérer dans le jeu politique, de gagner des espaces territoriaux de pouvoir et, à partir de là, d’édifier de meilleures bases pour les élections suivantes. Les demandes de Guaidó, au-delà de la levée des sanctions elles-mêmes, n’attirent guère un secteur de l’opposition qui même s’il a longtemps parié sur le coup d’État, et pensait qu’il allait être une réalité automatique, savent que ces élections viennent modifier la donne.

Karen Mendez – En février, le président du Parlement vénézuélien a dénoncé le fait que Leopoldo López et d’autres acteurs de l’opposition ont rencontré des représentants du gouvernement états-unien en Colombie. D’après les documents qu’il a présentés, une feuille de route a été élaborée lors de cette réunion, qui expose la tactique de la « carotte et du bâton » pour écarter Maduro de la présidence. Ils ont parlé du rôle que les États-Unis et l’Union européenne devraient jouer, de l’offre d’incitations à Maduro et du message à envoyer aux Vénézuéliens. Beaucoup de ces points se retrouvent dans la récente proposition de Guaidó. Est-ce une coïncidence ou y a-t-il un lien ?

William Serafino – Il me semble qu’il y a une relation. Évidemment, dans cette nouvelle étape qui s’ouvre, nous devons être très prudents car nous savons qu’il a déjà été prouvé que lorsqu’il y a des moments d’apparente flexibilité, lorsqu’il semble y avoir une trêve, ce qui se passe réellement, c’est que les acteurs du conflit se réarment pour une nouvelle opération de changement de régime. C’est peut-être le cas et cela peut être présent dans cette nouvelle offre, entre guillemets, faite par l’ex-député Juan Guaidó.

Je pense également que c’est un symptôme intéressant de la façon dont le contexte international évolue autour de la situation vénézuélienne : premièrement, la campagne de pression maximale qui combinait des menaces de force militaire avec une composante très élevée de sanctions destructives a échoué et qu’une nouvelle approche et une nouvelle perspective doivent être recherchées.

Deuxièmement, ces sanctions elles-mêmes génèrent des niveaux de responsabilité très élevés parmi les acteurs qui les appliquent. En d’autres termes, nous ne parlons plus du scénario de 2016 ou 2017 où les sanctions bénéficiaient d’un certain soutien international ou étaient investies d’un récit bienveillant dans lequel elles étaient censées contribuer à restaurer la démocratie. Déjà, par exemple, les rapports de l’ONU sont de plus en plus percutants en détaillant les souffrances subies par la population.

D’autres voix internationales qui pourraient se trouver dans la sphère d’influence des États-Unis commencent à émettre des critiques et des questions de plus en plus sévères sur ces sanctions, et les États-Unis perdent l’offensive symbolique et narrative en ce qui concerne ces sanctions. Ils essaient de brouiller la question des mesures coercitives unilatérales derrière une prétendue « offre de dialogue » alors qu’en réalité, ils sont obligés d’envisager d’assouplir certaines de ces sanctions. En effet, selon la lecture que font certains à Washington, elles ont fortifié le chavisme, ont rendu crédibles ses dénonciations du fait que la crise économique a une puissante causalité externe. Et bien sûr cela a affaibli de nombreux porte-parole de la droite et de nombreux acteurs qui ont bâti leur capital politique et leur stratégie sur la base du mécontentement et de la détérioration des conditions de vie.

Source : interview réalisée par Karen Mendez Loffredo, le 14 mai 2021 https://mundo.sputniknews.com/20210514/que-ofrece-juan-guaido-a-nicolas-maduro-tregua-o-una-nueva-operacion-de-cambio-de-regimen-1112187564.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/16/le-venezuela-organise-le-26eme-scrutin-en-20-ans-de-revolution-et-guaido/

Comment relever le salaire des travailleurs, un débat en cours au sein du chavisme

Le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela, principal parti de la majorité gouvernementale) publie une importante contribution de l’économiste Pasqualina Curcio sur la nécessité de relever le salaire des travailleurs (voir ci-dessous). Au Venezuela les services sont pratiquement gratuits (eau, gaz, électricité, essence, etc..) par rapport aux régimes néo-libéraux, et face à la pandémie le gouvernement bolivarien a pris des mesures de protection supplémentaires pour le monde du travail (interdiction de licenciement, ou d’expulsion pour loyer impayé par exemple). Reste que le salaire direct des travailleur(se)s s’est effondré lorsque la guerre économique décrétée par l’Occident, avec sanctions et blocus des exportations pétrolières, ont privé l’État de 99% de ses ressources et ont généré une forte inflation induite.

Tout en poussant à développer les communes et les conseils de travailleurs pour qu’ils dirigent les entreprises publiques, le président Maduro a nommé une commission chargée de trouver la réponse à ce problème que les allocations sociales (Carnet de la Patria, CLAP…) ne suffisent pas à résoudre. Dans ce cadre la chaîne gouvernementale VTV a donné la parole à l’économiste Tony Boza qui propose pour sa part d’indexer le salaire sur le Petro (monnaie virtuelle liée au baril de pétrole, créée par la révolution pour s’affranchir du dollar).

Thierry Deronne, Caracas, 13 mai 2021

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L’importance du salaire pour des millions de travailleur(se)s, par Pasqualina Curcio

Il y a ceux qui, au Venezuela, écartent la question des salaires comme si elle n’était pas pertinente, comme si elle n’était qu’un aspect de plus parmi de nombreux autres problèmes. Ils transmettent avec légèreté le message que tant que nous continuons à être assiégés par les États-Unis, il n’y a pas grand-chose à faire pour les ajuster à des niveaux décents. Ils ne proposent pas de solutions et face aux demandes d’augmentations salariale, la réponse est : « on ne peut pas distribuer ce qui n’existe pas, il faut produire et pour cela il faut travailler » comme si nous ne le faisions pas tous les jours.

Il y a près de 14 millions de travailleurs actifs au Venezuela qui vivent, je répète, vivent, avec le salaire de quinze jours. 92% de la population active de ce pays, selon les dernières données de l’INE, appartiennent à la classe salariée, dont 3,3 millions travaillent dans l’administration publique. Cinq millions de retraités vivent également avec le salaire minimum légal. Ceci représente 19 millions de personnes, quelque chose comme 63% de la population. Les autres 37% de la population comprennent les enfants de moins de 15 ans, c’est-à-dire notre progéniture, plus environ un million de chômeurs, et quelque 347 170 personnes qui, selon les chiffres de l’INE, sont des employeurs, c’est-à-dire qu’elles appartiennent à l’autre classe : la bourgeoisie.

Le salaire est important non seulement parce que la vie et la qualité de vie d’une multitude de personnes ici au Venezuela et dans le monde entier en dépendent, mais aussi parce que, étant donné une accumulation primitive du capital, et dans le cadre du processus social du travail, il détermine les grandes inégalités qui se traduisent par la pauvreté, l’injustice, la faim et la misère. Pour comprendre pourquoi 1% de la population mondiale s’approprie 82% de ce qui est produit, qui, soit dit en passant, est produit par le travailleur, il est nécessaire d’analyser comment la richesse est distribuée dans le processus social du travail lui-même et donc comment ce produit est réparti entre le salaire, je répète, le salaire, et le profit. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers postulats du néolibéralisme a été le gel des salaires et la libération des prix, ce qui n’a d’autre but que d’augmenter le profit, celui-ci étant la différence entre le prix et le salaire.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif.

La question des salaires n’est pas n’importe quelle question, elle est centrale. L’expédier en répétant les dogmes monétaristes et en affirmant qu’il n’y a pas d’argent pour les ajuster alors qu’au Venezuela le degré d’exploitation/profit a augmenté de 270% en moins de 4 ans, tandis que le salaire minimum légal ne couvre même pas 0,65% des besoins matériels minimum de la classe ouvrière, ce n’est pas seulement paradoxal dans un discours qui se réfère constamment au « socialisme », mais cela reflète aussi une méconnaissance inquiétante de l’inégalité croissante entre les salaires et les profits dans notre pays, ainsi qu’un manque de respect envers le haut niveau de conscience de la classe ouvrière vénézuélienne, à l’avant-garde des luttes anti-néolibérales depuis 1989

À l’époque néolibérale, pendant la IVe République, plus précisément entre 1978 et 1998, le salaire réel ou le pouvoir d’achat des travailleurs vénézuéliens a chuté de 65%, alors que la production nationale a augmenté de 30% au cours de la même période. En même temps, pendant ces 20 ans, moments sombres de notre histoire économique, le degré d’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie a augmenté de 205% (données de la BCV).

Depuis 1999, avec l’arrivée du Comandante Chávez et de la Révolution Bolivarienne, ces tendances se sont inversées : entre 1999, et plus précisément 2003 et 2013, le salaire réel ou pouvoir d’achat a augmenté de 77% et le degré d’exploitation a diminué de 38%, pendant cette période l’économie a connu une croissance de 68% (données de la BCV). Dans la transition vers le socialisme, Chávez a frappé au cœur du mode de production capitaliste : répartir moins inégalement, entre le travailleur et le bourgeois, la valeur ajoutée dans le processus de production. L’objectif était de réduire l’écart entre les salaires et les bénéfices et donc la répartition inégale de ce qui était produit, ce qui s’est traduit par une baisse de 57% de la pauvreté dans notre pays. Cela a été réalisé, tout d’abord, en amenant le salaire minimum légal aux niveaux du panier alimentaire. Ensuite, en contrôlant les prix des biens essentiels (nourriture, médicaments) dont la production était aux mains de grands monopoles privés. Troisièmement, et c’est très important, surtout dans les économies inflationnistes comme la nôtre, en adaptant le salaire minimum légal chaque fois que variaient les prix.

En 2013, l’impérialisme a intensifié la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Parmi les armes qu’elle a employées figure l’attaque du bolivar par la manipulation politique du taux de change, qui a entraîné une dépréciation induite du bolivar de l’ordre de 3,1 trillions de pour cent de 2013 à ce jour et une augmentation des prix, également induite, de 63 milliards de pour cent au cours de la même période. Le fait est que, dans ce scénario, l’augmentation des salaires nominaux est restée en deçà de celle des prix – ils n’ont augmenté que de 5 milliards de pour cent – ce qui a entraîné une baisse de 99% du pouvoir d’achat de la classe ouvrière, contre une augmentation du degré d’exploitation/profit de plus de 270% en moins de 4 ans (entre 2014 et 2017, sûrement plus jusqu’en 2021).

En 2014, sur tout ce qui a été produit au Venezuela, 36% sont allés aux 13 millions de salariés, tandis que 31% sont allés aux 400 mille employeurs. En 2017 (dernier chiffre publié par la BCV), seuls 18% ont été distribués aux 13 millions de travailleurs tandis que les 400 mille bourgeois s’appropriaient non plus 31% de la production mais 50%, soit la moitié.

Non seulement on produit 64% de moins par rapport à 2014, principalement en raison des agressions impérialistes, mais le peu qui est produit est réparti plus inégalement entre les salaires et les profits, ce qui se traduit par une détérioration de la qualité de vie des travailleurs au prix d’une plus grande exploitation, conséquence du retard des salaires nominaux face aux augmentations plus que proportionnelles des prix. C’est cette inégalité dans la répartition de la production nationale que ceux qui rejettent à la légère la question des salaires semblent ignorer ou ne pas comprendre. Il s’agit de la manière dont la production est répartie, même si elle est moindre. Sans compter qu’avec un pouvoir d’achat qui tend vers zéro, il sera compliqué, voire impossible, d’augmenter la production.

Nous, travailleurs vénézuéliens, méritons, en raison de notre conscience de classe élevée et plus que prouvée, un débat de haut niveau sur cette question. Nous ne nous satisfaisons pas des répétitions de dogmes, sur un mode monétariste, qui cherchent à justifier la non-augmentation des salaires sans apporter de solution. Comme il serait bon que, dans l’agenda parlementaire, avec une majorité révolutionnaire, la priorité et l’importance soient données à la question des salaires qui affecte 99% de la population (27 millions de Vénézuéliens y compris nos enfants) au-dessus du débat sur les meilleures concessions que nous pourrions offrir à un groupe microscopique de capitalistes privés étrangers pour qu’ils viennent « investir » dans des zones pleines de richesses naturelles aménagées spécialement pour eux.

Pasqualina Curcio

Source : PSUV

Traduction : Venesol

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Sous la peau de la commune populaire au Venezuela : ce que disent ceux qui agissent

La première fois que j’ai entendu parler de la proposition ou du concept de ville communale, c’était en mars 2020, à Barcelone, dans l’État d’Anzoátegui, au Venezuela. Je l’ai entendu de la bouche de certain.e.s communard.e.s, et aussi dans la voix du maire Luis José Marcano, qui avait décidé de se laisser emporter par l’ouragan communard lorsqu’un supplément de vent favorable souffla sur la folle machine.

C’était lors d’une réunion d’un organisation baptisée Propulseurs de la Commune, où on me fit l’extrême honneur d’écouter et de répondre à mes provocations et réflexions génératrices. Parmi celles que j’ai lancées en guise d’introduction, il y en a une que je voulais transformer en pierre d’achoppement de cette guerre philosophique ou de l’écueil culturel auquel nous sommes confrontés : notre tradition vieille de cinq siècles de diviser les municipalités en « parroquias » ; nous sommes encore structurellement et juridiquement habitants de « parroquias« ). Et comme la division politico-territoriale actuelle nous condamne à appeler « parroquia » l’unité minimale d’organisation sous de la municipalité, il faudra bien plus qu’un effort rhétorique pour que cette unité de résidents se mue en commune, et ses habitant.e.s en communard.e.s.

Dans le débat qui a suivi a émergé l’idée qu’en réalité, seul le nom légal de la « parroquia » est demeuré. Dans de nombreux endroits au Venezuela, les gens préfèrent appeler le lieu où ils vivent un barrio, un « caserío » (hameau), un secteur ou une communauté. J’ai entendu un communard expliquer que les notions chavistes de commune, de cité communale et de fédération de communes ne sont pas de simples références territoriales, car ce qui les définit et leur donne sens réside dans leur caractère productif.

J’ai entendu parler ou j’ai visité des communes officiellement baptisées, par exemple, « Commune socio-productive Simon Bolivar« . Dans le noyau fort de cette commune, le secteur de Las Casitas, les dirigeant.e.s et militant.e.s (presque tous des femmes) sont conscient.e.s que cette dénomination représente tout un défi. Cette commune, avec le soutien et l’orientation de la direction municipale, est en train de jeter les bases d’une activité économique qui lui permettra de s’appeler « socio-productive » dit la professeure Luisa Ramirez. L’appellation est là pour rappeler au peuple sa mission et son objectif.

À propos, en raffinant l’analyse politique, la communarde Arlene Portuguez fait observer que dans les descriptions officielles de cette commune, il est dit que la pêche est un de ses atouts : « En réalité, ce que nous avons, ce sont des côtes avec un potentiel pour la pêche, le tourisme, la pisciculture, et les conditions pour installer un dépôt de gaz. Le combat actuel consiste à développer des projets dans ces domaines« .

Las Casitas, une communauté plutôt déprimée appelée La HuCha (d’après Hugo Chávez), est un conglomérat de logements de la Gran Mission Logement Venezuela. Dans un peu plus de 80 maisons vivent 120 familles ; le soupçon ou la déduction des problèmes de surpopulation suscités par ces simples chiffres augmente lorsqu’on se promène dans les rues : les maisons sont très petites, certaines de 6 x 6 mètres avec des toits d’une précarité évidente (certains sont en amiante, pour l’élimination desquels une stratégie sanitaire de bouclage devra être réalisée un jour), des rues en terre, un système d’éclairage artisanal construit par la communauté elle-même.

La description physique de ce secteur vise à dépeindre le contexte dans lequel se produit le phénomène suivant : sur les quelque 500 adultes qui y vivent, pas plus de 10 sont anti-chavistes. « Beaucoup d’entre nous sommes des chavistes mécontents de la situation d’abandon« , explique José Barreto. Mais le chavisme n’a perdu aucune des élections municipales, régionales ou nationales qui ont eu lieu.

Les petites maisons remises il y a sept ans sans avoir été achevées, ont de grands patios qui, dans certains cas, peuvent faire quatre ou cinq fois la taille de la maison. Dans ces cours, disent plusieurs voisins, l’agriculture urbaine peut être développée. Mais Carmen Sánchez remet aussitôt les pendules à l’heure : « Ce que nous avons ici, c’est le désir de planter. Il n’y a pas d’agriculteurs, bien que nous ayons reçu une formation dans ce domaine. Nous avons fait le nettoyage et le travail de rue à la seule force de nos poignets. Nous avons le sentiment que ces derniers temps, le soutien qui nous était apporté s’est refroidi ; le colis du Comité local d’approvisionnement et de production (CLAP) n’est pas arrivé depuis longtemps, aucun crédit n’est accordé dans le domaine socio-productif. Ceux d’entre nous qui faisons du travail politique nous ne sommes pas payés pour cela, tout dépend du temps et les efforts que nous prodiguons« .

Arlene, qui est porte-parole du service d’urbanisme de la commune, achève sur une conclusion optimiste et édifiante : « L’une de nos tâches consiste à créer un sentiment d’appartenance pour ceux qui vivent ici. Nous avons une force qui est le talent humain. Malgré toutes les critiques à faire, nous continuons à mener la bataille« .

A Las Casitas, la possibilité de donner forme au projet communal est très visible, car il est possible de la fonder depuis son origine elle-même. Les possibilités de construire quelque chose de nouveau sont plus grandes dans la mesure où l’on part de zéro ; il peut sembler exagéré d’attribuer aux pénuries et aux carences matérielles la vertu de stimuler la volonté, mais c’est pourtant ainsi qu’on comprend le soutien quasi unanime de cette communauté et d’autres semblables à celle-ci, à un projet de refonder la société vers d’autres horizons. À Las Casitas, il existe une organisation et une volonté dont la puissance ne peut être comprise que parce que la fondation de la communauté est née d’une nécessité absolue, et a été consolidée à partir de la confiance dans un projet municipal qui évolue maintenant comme un signe de transformation du pays.

Une philosophie depuis (et basée) sur le territoire

En général, et comme partout, la réflexion et l’action communautaire à Las Casitas sont médiées par les conditions matérielles.

« Au cours de ces années, nous avons progressé dans les niveaux d’organisation du peuple. Il y a un manque de motivation, mais nous avons aussi les bonnes personnes pour assumer les tâches de formation. Bien que nous ayons des lois qui nous permettent de faire des choses grâce à la participation directe des citoyen.ne.s, il existe encore une culture de dépendance vis-à-vis des institutions. Nous avons pour mission de transformer la pratique de la consommation en production, et nous y parviendrons en renforçant la formation, la sensibilisation et le sentiment d’appartenance » dit Nelson Mejía.

Francys Olivares ajoute : « Tous les enfants ici savent déjà l’importance du recyclage, et les adultes aussi. Pour chaque tonne de plastique, Recibar (l’entreprise de récupération du plastique) nous verse 60 dollars. Ainsi, avec ce que nous avons collecté dans nos foyers, plus ce que nous collecterons lors des prochaines journées de collecte, nous pourrons soutenir le centre d’oncologie infantile, les Inass (foyers d’accueil pour les personnes âgées) et l’éclairage du secteur« .

« L’idée de la Banque communale, puisqu’elle est tellement capitaliste, pourrait être changée et nous pourrions parler d’un système économique financier, discuter des monnaies communales… « , ajoute Luisa Ramírez.

« Nous sommes dans un processus de transition et nous devons reconnaître que nous avons fait de grandes avancées. Nous savons que nous devons construire le nouveau, mais le nouveau sera-t-il une mairie en format réduit  ? Quelle que soit cette structure, nous devons la faire fonctionner sur le territoire. Nous ne sommes pas des défenseurs du système capitaliste, mais nous devons partir de quelque chose, par exemple en attirant des professionnels pour travailler dans ces domaines. Sur la côte, nous pouvons développer une station-service, le tourisme, la pisciculture ; ce sont des propositions, mais la pensée des gens n’est pas comme ça, nous ne prenons pas le temps d’élaborer des projets. J’ai le sentiment que beaucoup de nos faiblesses sont dues à l’existence de courants internes au sein du chavisme« , déclare Mireya Martínez.

« Il y a un haut niveau de vulnérabilité sociale ici ; les maisons et l’éclairage ont été développés par les résidents eux-mêmes. Nous avons de bons cadres qui font le travail politique, mais les racines doivent être fortifiées. Parmi nos points forts, il y a le travail avec les semis et les viviers de La HuCha, le travail avec les enfants pour les former et les encourager à recycler« , explique Carmen Sanchez.

« En tant que responsable de planification, j’ai appris et mis en pratique le principe selon lequel on ne planifie pas depuis un bureau mais sur le territoire. Nous devons apprendre à être autosuffisants. Mais ce qui manque le moins, c’est le talent humain » ajoute Arlene Portuguez.

Et de conclure sur une réflexion : « Au début de l’administration du maire Luis José Marcano, il y a eu des ateliers de formation, mais comme chacun n’en faisait qu’à sa tête, il nous a semblé que ce n’était pas le moment pour cela, que ces ateliers n’avaient pas de sens. Mais avec le temps nous comprenons leur valeur : maintenant nous avons besoin d’ateliers pour qu’ensemble nous puissions clarifier ce que nous devons attendre des Cités Communales et ce que nous devons leur apporter. Nous devrons discuter de ce grand territoire que nous avons au nord : cette côte qui va de Guanta à Boca de Uchire. Il y a un projet de zone économique ; cela semble être le bon moment pour reprendre cette discussion« .

José Roberto Duque 

Photos : Jesús Arteaga

Source : https://correodelalba.org/2021/05/06/reportaje-%e2%94%82-desde-la-piel-de-la-comuna-venezolana-lo-que-dicen-los-que-hacen/

Traduction : Thierry Deronne

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Pour vivre la chronique d’une commune populaire comme si vous étiez au Venezuela, suivez la chaîne Youtube de TERRA TV :

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Deux ou trois points sur les « i » de révolution bolivarienne

Il est de moins en moins probable que la gauche occidentale fasse ce qu’elle aurait dû faire il y a quarante ans : démocratiser la propriété des médias, libérer les « écoles » de journalisme du formatage par le marché pour les mettre au service des citoyens, soutenir concrètement le pluralisme des voix médiatiques et en particulier celles des médias associatifs, rétablir le service public dans ses fonctions originales d’éducation populaire, ou encore (last but not least) penser les réseaux sociaux – et le numérique en général – aux antipodes du modèle dominant créé par les géants privés de la Silicon Valley. Elle fait des plans « com », pleure la censure de Twitter ou la croissance de l’extrême droite, voit en Biden une référence de gauche et n’ose plus parler du Venezuela que les médias ont naturalisé en repoussoir « dictatorial ». Mais elle ne voit pas le lien entre tous ces points et ne comprend pas qu’en se coupant du monde c’est sa propre existence qu’elle a mise en péril.

Au Venezuela, l’extrême droite qui a tenté plusieurs coups d’État et organisé des déstabilisations violentes (appuyées par les médias qui les ont relookées en « révoltes-démocratiques-écrasées-par-Maduro ») est depuis toujours soutenue, armée et financée par le narco-paramilitarisme d’Alvaro Uribe qui massacre le peuple colombien. Et tout ce que fait cette extrême droite au pouvoir en Colombie est un triste rappel de ce qu’auraient fait ses protégés de l’extrême droite vénézuélienne s’ils avaient pris le pouvoir à Caracas.

L’affaiblissement de la base sociale de cette droite a fait que l’Occident a dû la substituer par le pouvoir médiatique et jouer à fond la carte « chilienne » du blocus, des sanctions et de la guerre économique, faisant fuir des milliers de vénézuélien(ne)s, pour provoquer le mécontentement social nécessaire au renversement du gouvernement élu. Rafael Correa défendant le candidat Andres Arauz face au déchaînement des médias, expliquait : «Ne vous laissez pas enfumer. Ils vous disent qu’il va faire de l’Équateur un deuxième Venezuela. Le Venezuela subit un blocus des USA et une économie de guerre. Si l’Équateur ne pouvait plus vendre son pétrole ou le Chili son cuivre, ils subiraient la même émigration». « La désinformation sur le Venezuela est impressionnante. On veut nous faire croire qu’il y a une dictature. Et que le modèle économique a échoué alors qu’il est soumis à un blocus ! »

Mais surtout : comment celui qui suit le Venezuela à travers les médias actuels pourrait-il comprendre (par exemple) que les député.e.s de la droite non-putchiste et chavistes ont depuis longtemps tourné la page du fake-président (fabriqué par les médias) Juan Guaido, et viennent d’élire le nouveau Conseil National Électoral pour organiser les prochains scrutins (municipales et régionales de 2021, possible référendum révocatoire, présidentielles, etc…) ?

Comment pourrait-il comprendre, autre exemple, ce dialogue noué le vendredi 7 mai 2021, en direct, sur une chaîne publique de télévision, entre le président Maduro et des travailleur(se)s de tout le pays ?

 » Dans certaines entreprises publiques, la classe ouvrière n’est pas écoutée par les patrons » a dénoncé Nerenys del Carmen Rodríguez, porte-parole du Conseil productif des travailleurs de Lácteos Los Andes : « Nous ne sommes pas écoutés alors que ce sont les travailleurs qui ont la connaissance de la production et que nous avons les liens avec les producteurs et les communes« . Nerenys a souligné que les conseils productifs des travailleurs de Lácteos Los Andes n’ont pas pu « obtenir quoi que ce soit parce qu’on ne nous écoute pas« . « Nous avons de nombreux projets pour lancer des sociétés de production à Lara et dans différents États du pays« .

« Qu’est-ce qui se passe à Lácteos Los Andes ? Pourquoi la classe ouvrière n’est-elle pas entendue ? » a répondu le chef de l’État, Nicolás Maduro, qui a ordonné une enquête dans les 48 heures sur ces irrégularités, ordonnant à son directeur de cabinet Jorge Márquez, de communiquer avec les travailleurs de Lácteos Los Andes pour qu’ils puissent lui envoyer toutes leurs plaintes, critiques et recommandations.

Le président vénézuélien a également ordonné de manière très claire qu’aucune représaille ne soit exercée contre Nerenys : « protégez-la, protégez-la bien. Il se trouve que dans notre entreprise publique, comme elle le dit, ils n’écoutent pas la classe ouvrière. Hé bien la classe ouvrière doit faire partie du conseil d’administration ». Il a rappelé la feuille de route du nouveau modèle de gestion à mettre en place pour que « dans toutes les entreprises soit nommés des conseils d’administration des travailleurs. Nous n’avons pas besoin d’en discuter beaucoup, ce que nous devons faire, c’est bien planifier et exécuter. C’est la ligne de travail donnée par Hugo Chávez, il y a 15 ans. Qui sont ces camarades qui arrivent à la tête de la présidence des entreprises et ignorent tout bonnement notre ligne politique, ouvrière, socialiste, pour assumer le pouvoir comme s’ils étaient capitalistes, ou pire que capitalistes, allons-nous accepter cela ? Pourquoi sommes-nous au pouvoir alors ? Pourquoi la révolution bolivarienne a-t-elle obtenu le pouvoir politique et a réussi à défendre la patrie face à l’impérialisme et à ses conspirations ? Il faut que les travailleurs du Conseil présidentiel soient intégrés dans les directions, qu’ils aient une voix et un vote, une majorité de participants dans les politiques productives de l’entreprise« .

Avant de conclure : « Personne ne peut dissimuler quoi que ce soit ». Nous avons besoin de la critique directe, claire, celle qui découvre tout ce qui ne va pas« .

Thierry Deronne, Caracas, le 8 mai 2021

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Luis José Marcano : « nous devons faire plus pour montrer l’efficacité des communes populaires »

En 2017 le journaliste Luis José Marcano (photo) fit le meilleur score électoral parmi les candidat(e)s chavistes aux municipales. Il consacra son mandat à faire de la ville de Barcelona (dans la région orientale du Venezuela) une avant-garde de l’État communal, avec pour moteur central le pouvoir citoyen. Il s’est entouré pour cette tâche d’une équipe à majorité féminine, afin que la commune populaire soit aussi un outil de la lutte contre le patriarcat. Élu député en décembre 2020, Marcano a été nommé Protecteur de l’état oriental d’Anzoategui, et Président de la Commission Permanente pour le Développement des Communes au sein de l’Assemblée Nationale. Notre équipe de journalistes (Mercedes Chacín, Gustavo Mérida, Nailet Rojas, Jesús Arteaga, Luis Zárraga, José Roberto Duque, Matías Aberg Cobo) l’a interviewé au moment où la Loi Organique des Cités Communales est soumise à la consultation publique : un débat qui ne se confine pas à l’enceinte de l’Assemblée Nationale mais s’étend aux quartiers urbains, villages, organisations sociales, culturelles et politiques de tout le Venezuela.

Ciudad Caracas – Trop souvent les fonctionnaires qui se font élire, au lieu de transférer le pouvoir au peuple organisé, s’entichent et s’accrochent à leur pouvoir personnel et freinent l’élan d’organisation du peuple. Comment combattre cet obstacle ?

Luis José Marcano – Cela se produit lorsqu’il n’y a pas assez de force idéologique pour comprendre que l’objectif de la révolution bolivarienne est de transformer cette structure, de la dépasser et d’en construire une nouvelle. Dans ce cas, la tendance naturelle est de se replier sur soi, de se désengager. Je pense que cette vulnérabilité nous a empêchés de faire davantage de progrès. Chávez se définissait comme subversif. Il était le chef de l’État mais il se considérait comme le premier subversif, celui qui était appelé à renverser l’ordre établi pour construire le nouveau. Dans des cas comme ceux que vous mentionnez, il y a un manque de formation ou d’engagement envers l’objectif stratégique de surmonter certaines instances, de les démolir pour en établir de nouvelles. Comment surmonter et corriger cette faiblesse ? En principe, en approfondissant la formation des cadres afin qu’ils arrivent dans ces instances avec les qualités nécessaires pour remplir les objectifs stratégiques. Même si l’on considère la question d’un point de vue pragmatique, il est évident que si vous êtes maire ou gouverneur, et que vous avez autour de vous une organisation populaire qui a pour valeur centrale la volonté de faire des choses importantes pour l’intérêt collectif, cela va vous aider à travailler en tant que maire ou gouverneur.

– Pouvez-vous nous parler d’un cas concret où une communauté de la ville de Barcelona a compris et assumé cette tâche, en administrant les pouvoirs qui lui ont été transférés par la mairie ?

– Il y a un secteur, une zone populaire, celle des Tronconales (Tronconal, divisé en secteurs 1, 2, 3, 4, 5 et 6). Ce sont des secteurs populaires, disons comme le vaste quartier populaire du « 23 de Enero » à Caracas. Dans ces secteurs, la collecte des déchets a toujours été un problème crucial. Dans Tronconal 1 et 2, il existe une commune appelée « Luisa Cáceres de Arismendi ». Elle fait partie des neuf communes populaires, participatives, qui ont pris en charge la collecte des déchets, une responsabilité qui incombait auparavant à la mairie. Quand vous entrez dans Los Tronconales, même si vous ne connaissez pas cette communauté, vous vous rendez compte quand vous êtes dans le secteur 2 et que vous passez au secteur 3 : la commune a transformé le territoire en prenant en charge la collecte des déchets, et vous pouvez le voir, c’est très visible. En outre, nous parlons d’une commune dont la population est d’environ 40 000 habitants. Une population plus importante que celle de nombreuses municipalités du pays. C’est un exemple clair de volonté, d’engagement, d’efficacité.

-Et concrètement, en dehors du pouvoir et de l’autorité, quels éléments matériels la mairie a-t-elle transférés à la commune dans ce cas et dans d’autres ?

-Le processus s’est déroulé comme suit. Par mandat constitutionnel, la collecte des déchets correspond au bureau du maire. En 2019, nous avons organisé un référendum (le 28 juillet, jour de l’anniversaire de Chávez, soit dit en passant), afin que la communauté puisse dire si elle approuvait le transfert de ce pouvoir de la mairie à la commune. Il s’agissait d’un processus organisé par l’organisation populaire, les commissions électorales des conseils communaux, accompagnées par les techniciens du Conseil National Électoral (CNE), et le « Oui » l’a emporté. Ensuite, il y a eu le processus juridique du transfert lui-même, et en même temps l’octroi des conditions matérielles, fondamentalement la livraison d’un camion compacteur de déchets. A partir de ce moment-là, la responsabilité de la collecte, de la perception du service, correspond déjà à la commune.

-Nous savons qu’il existe des collectivités qui paient les services publics avec des déchets. En quoi consiste ce mécanisme ?

-Il existe une société appelée Recibar, qui achète du plastique, des déchets plastiques, aux organisations citoyennes, et grâce à ces ressources, plusieurs communautés ont reçu et continuent de recevoir des avantages. Dans cette phase de transition, ces accords sont nécessaires, et ils fonctionnent. Le bureau du maire, par exemple, a réaménagé et meublé plusieurs arrêts de transport public avec un matériau fabriqué à partir de plastique recyclé. « Bois plastique », comme on l’appelle. Cela a rendu la question du recyclage visible. Aujourd’hui, de nombreuses personnes peuvent voir et toucher des objets utiles fabriqués à partir de ce qu’elles appellent des « déchets ».

Comment l’entretien de ces camions et compacteurs est-il résolu ? Combien de communes ont atteint l’autogestion ?

-L’initiative que j’ai mentionnée est l’une des nombreuses. La mission est la communautarisation des politiques publiques, la collecte en fait partie.

Pour nous, ce sont aussi des écoles qui stimulent l’organisation et la participation des gens. Derrière les personnes qui s’organisent pour gérer un camion, recevoir des quantités de plastique et tout cela, il y a l’exercice de la volonté et la capacité d’action de ces personnes, c’est sur cela que nous parions. Dans le simple fait de déplacer des déchets plastiques d’un endroit à un autre, les gens voient la possibilité de réaliser d’autres choses. Je vois donc cela comme un exercice visant à stimuler l’organisation populaire. Cela dit je vais commenter l’aspect concret : le coût opérationnel de tout cela est élevé. Un de ces appareils peut user quatre à cinq pneus par semaine, et lorsque le caoutchouc ne peut plus supporter de réparations, il peut coûter entre 150 et 200 dollars. Ajoutons le pétrole, le paiement des personnes qui travaillent. Notre pari fondamental est que le paiement du service financer tout. Ainsi, en cette période de transition vers une indépendance totale des municipalités, il est important que ces liens avec des entités comme Recibar existent. C’est une entité de soutien, qui est en mesure de soutenir parce qu’elle a des ateliers, elle a des pièces mécaniques qui servent les compacteurs, qui sont déjà la propriété des municipalités et aussi de la municipalité.

– Nous pouvons penser à un parallèle entre le processus communal et ce qui s’est passé avec d’autres expériences de la Révolution, comme l’expropriation des usines, des terres improductives, etc. Bien entendu, le développement ou le succès ne peut être le même partout et dans tous les cas. Mais la propagande ou le manque d’efficacité de la communication donne l’impression prédominante d’un échec. Il n’est pas vrai que toutes les expériences ont échoué, mais comme on ne nous a jamais montré d’expériences réussies, le commentaire le plus répandu est que toute cette politique était une erreur. En ce qui concerne le pari communard, comment communiquer, comment convaincre ou sensibiliser les gens que c’est la voie à suivre ?

– Je partage cette préoccupation, entre autres parce que je suis aussi un communicateur. Et j’ai également pensé que j’aurais pu faire davantage pour communiquer ces choses de manière efficace. Nous avons réfléchi, maintenant que nous commémorons le bicentenaire de la bataille de Carabobo (qui scella l’indépendance du Venezuela face à l’empire espagnol, NdT), et en profitant du scénario actuel de consultation publique de la loi sur les villes communales, à la manière de relier les deux questions, l’actuelle et l’historique : comment relier l’attitude de notre peuple à la lutte de Carabobo. C’est un lien nécessaire qui doit être montré, la volonté et l’attitude militante que l’on remarque chez tant de personnes aujourd’hui, sans intérêts personnels mais avec le pur désir de construire quelque chose pour que nous puissions tous vivre mieux, et leur relation avec les personnes qui ont participé à ces processus d’émancipation d’il y a 200 ans.

Ma pratique politique a consisté à dire aux gens, surtout aux personnes passives ou défavorables, qu’ils doivent aussi s’organiser. Un jour, dans une communauté dont la majorité est défavorable au chavisme, un homme s’est approché de moi pour me dresser un tableau dramatique de la façon dont nous allons mal, que la commune est inutile, que la commune est inutile, ce genre de choses. Je lui ai répondu : « mais comment pouvez-vous dire que la commune ne sert à rien, si c’est la commune qui s’occupe du ramassage des ordures et qui le fait bien, c’est plus propre qu’avant « . Et l’homme m’a répondu : « la commune ? Ah, eh bien, je ne savais pas que la commune faisait ça« . Cette déficience communicationnelle existe, autour de la commune.

Le président a fait quelques réflexions. Lors d’une activité du Congrès du Bicentenaire, il a répondu à une accusation selon laquelle le gouvernement veut maintenant éliminer les postes de gouverneurs et de maires. « C’est absurde, au contraire nous sommes en train d’appeler à des élections« , tout en précisant : « Ce qui est certain, c’est que les bureaux des maires et des gouverneurs doivent être transformés. Ou ils se dépêchent à le faire ou ils resteront au bord du chemin« . Là, Maduro a clairement indiqué la voie à suivre : la volonté politique de transférer le pouvoir au peuple est cruciale, car c’est la possibilité que l’avancée vers la commune se concrétise. J’apprécie beaucoup que le président Maduro ait lancé cette initiative maintenant, dans ce moment difficile, alors qu’il est logique qu’elle soit attaquée. On attaque la commune précisément parce que c’est l’essence même de notre projet. Je crois que cette décennie est celle de la question communale. Au cours de ces années, son succès sera défini ou sera rejeté. Lors d’une réunion avec la Jeunesse du PSUV (Parti socialiste Unifié du Venezuela, principale formation du chavisme, NdT), je leur ai récemment dit : si la jeunesse ne s’engage pas dans la construction des communes, qui parlera de cette question dans 20 ans ? L’âge moyen du militantisme dans les parlements communaux est élevé.

Le combat de Marcia

Marcia Moreno (photo) est bien plus que « l’épouse de Luis José Marcano« . Engagée dans l’exercice des politiques publiques et dans la promotion et la diffusion des questions de genre et des droits des femmes, à Barcelona et dans ses environs, où des centres communautaires de femmes ont été fondés et continuent de l’être (il y en a déjà plus de dix). Et ce modèle se propage : il y a quelques jours, une autre de ces maisons a été fondée dans l’État de Carabobo. En sa qualité de directrice régionale du ministère de la Femme et de l’Égalité des sexes, elle a encouragé la création de ces centres, qui visent « la formation, la croissance et la protection pour une vie sans violence à l’égard des femmes« , une politique qui comprend un soutien juridique et d’autres aspects pratiques, et pas seulement théoriques ou philosophiques.

Il se trouve que la présence des femmes dans toutes les sphères de l’organisation révolutionnaire du peuple de Barcelona et de toute la municipalité est écrasante ; nous avons assisté à des réunions d’organes communaux avec la présence de douze femmes et d’un seul homme. Dans une interview de l’année dernière, nous avons demandé à Marcia Moreno de commenter quelque chose qui nous a étonnés : la commune doit être anti-patriarcale ou elle ne sera pas dans une région où, traditionnellement, la logique du mâle s’est imposée dans tous les aspects de la vie quotidienne, de la politique, etc.

« La région orientale a la réputation d’être une région machiste« , lui avons-nous dit.

Marcia s’est tue quelques secondes, avec un sourire presque invisible et cette sorte de regard oblique par-dessus ses lunettes, en inclinant lentement la tête sur le côté.

Le regard a dit : « C’est précisément pour cela que nous travaillons, idiot« .

Source : http://ciudadccs.info/2021/04/22/entrevista-luis-jose-marcano-atacan-la-ciudad-comunal-porque-es-la-esencia-de-nuestro-proyecto/

Traduction : Thierry Deronne


URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/07/luis-jose-marcano-nous-devons-faire-plus-pour-montrer-lefficacite-des-communes-populaires/

Peut-il exister un réseau social latino-américain ?, par Anne-Dominique Correa

L’autrice: Anne-Dominique Correa est journaliste indépendante. Elle a étudié Science-Po à Paris.

Lors de sa conférence de presse matinale du 20 janvier, le Président Andres Lopez Obrador mettait en garde les Mexicains contre les liens de Twitter avec l’aile droite du pays. « Le directeur de Twitter au Mexique était un militant ou un sympathisant très proche du PAN – Partido Accion Nacional (…) c’est important parce qu’au-delà des institutions ou des organisations, ou disons Twitter ou Facebook, il faut voir qui gère ces institutions, qui ils sont, parce que vous qui êtes journalistes savez qu’il est très, très difficile qu’il y ait une neutralité » déclarait-il.

Peu après la déclaration d’Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), le « King Twitero« , un compte appuyant le gouvernement, dénonça le fait que lorsqu’un nouveau compte Twitter est ouvert, la plateforme propose de suivre des politiciens du PAN.

Les représailles ne se firent pas attendre. Dans les jours qui suivirent, Twitter a non seulement suspendu le compte du « King twitero » mais aussi ceux de deux autres partisans du gouvernement suivis par des dizaines de milliers de followers, prétendument pour « violation des règles de la plateforme en matière de spam et de manipulation« . Ces fermetures ont suscité l’indignation des usagers pro-AMLO, devenue virale avec les hashtags #TwitterEsPanista et #Twitter Censura.

Les réseaux sociaux ne semblent plus être aussi « bénis » comme les qualifiait AMLO lorsqu’il a fêté son triomphe à l’élection présidentielle dans la nuit du 1er juillet 2018. À l’époque, Andres Manuel Lopez Obrador avait remercié les réseaux de lui avoir permis de contourner la censure des consortiums médiatiques pour s’adresser directement à son électorat pendant sa campagne. Trois ans plus tard, la romance a pris fin. Dans l’une de ses conférences de presse, AMLO a accusé les réseaux d’être devenus « la Sainte Inquisition de notre époque« .

Ce n’est pas la première fois que les réseaux sociaux font taire les voix progressistes dans la région. Le 12 avril 2019, la plateforme a fermé définitivement la page de l’ancien président équatorien Rafael Correa (1,5 million de followers). En septembre de la même année, Twitter a bloqué plusieurs journalistes et médias à Cuba sans justification. Un an plus tôt, le réseau avait également suspendu momentanément le compte de l’ancien candidat de gauche à la présidence colombienne, Gustavo Petro (1,4 million d’abonnés), et ce ne sont là que quelques exemples.

Le progressisme divisé sur l’idée de régulation

La censure des comptes pro-AMLO a finalement réveillé le progressisme face au pouvoir croissant des réseaux. Sans accord, cependant, sur la stratégie à adopter pour l’enrayer.

Le 1er février, Ricardo Monreal, leader de MORENA (le parti du président mexicain), a proposé un projet de loi visant à réglementer les réseaux qui comptent plus d’un million d’utilisateurs au Mexique (Twitter, Facebook, Instagram, YouTube et TikTok). « La seule façon correcte de protéger le droit humain de la liberté d’expression dans le cyberespace est de légiférer » a-t-il déclaré.

L’initiative prévoit que toute personne dont le compte est bloqué peut s’opposer à la décision et exiger une réponse du réseau dans les 24 heures. Si les utilisateurs ne reçoivent pas de réponse positive dans leur cas, ils peuvent faire appel à l’Institut fédéral des télécommunications (IFT), puis aux tribunaux mexicains. Si la suspension est jugée arbitraire, le réseau pourrait payer une amende allant jusqu’à 4,4 millions de dollars.

Le président Lopez Obrador, cependant, n’a pas été convaincu par cette proposition. « Ces questions [la réglementation] sont controversées » a-t-il expliqué.

Faisait-il référence à l’expérience des gouvernements de Cristina Kirchner en Argentine et de Rafael Correa en Équateur en matière de régulation des médias ? Les deux gouvernements ont créé des lois (la loi sur les médias en Argentine et la loi sur la communication en Équateur) pour briser le monopole des médias par le secteur privé. Dans les deux cas, on a qualifiés ces lois de « bâillons » et leurs gouvernements d' »ennemis de la liberté d’expression« , même si les lois n’ont jamais été pleinement appliquées.

En tout état de cause, les nouveaux gouvernements progressistes excluent fermement l’option réglementaire. « Je suis en faveur de ne pas réglementer ce qui a trait aux médias (…) qu’il n’y ait pas de mécanisme de régulation, pas de censure » a déclaré Lopez Obrador pour justifier son opposition à la proposition de Monreal. « Il est interdit d’interdire« , a-t-il ajouté.

De même, le président argentin Alberto Fernandez a estimé que la loi sur les médias « n’était pas le moyen » de promouvoir une plus grande pluralité dans les médias. Selon le président, « pour multiplier [les voix], il y a beaucoup de recours et ils n’ont pas besoin d’une loi sur les médias : il y a la défense de la concurrence, la protection des consommateurs, ce sont des mécanismes qui permettent de multiplier les voix« . Cette rhétorique mercantile marque une rupture avec la vision de sa prédécesseuse Cristina Kirchner, qui définissait l’information comme une activité « d’intérêt public » et ne saurait donc être confiée aux seules entreprises privées.

Vers un réseau social régional ?

L’opposition d’AMLO à la loi de Monreal ne signifie pas que le président ait l’intention de rester les bras croisés face au pouvoir croissant des réseaux. Comme alternative à la réglementation, le président a proposé une autre initiative qui pourrait réconcilier les deux côtés du progressisme dans la région : la création d’un réseau social public.

La conception de la nouvelle application a été confiée fin janvier au Conseil national de la science et de la technologie (Conacyt), ainsi qu’aux ministères de l’intérieur et des affaires étrangères. Le gouvernement n’a pas précisé à quelle date le réseau est prévu, ni donné de détails supplémentaires sur la forme qu’il prendrait.

Une idée naïve ? Les réseaux sociaux sont des entreprises monopolistiques par essence. Pour qu’un réseau social puisse concurrencer Facebook, il doit atteindre une masse critique d’utilisateurs qui abandonnent ensuite la plateforme de Zuckerberg. Toutefois, le succès du réseau social public russe VK créé en 2007, surnommé « le Facebook russe« , prouve que ce n’est pas impossible. En 2020, VK est devenu le réseau social le plus populaire du pays en termes de messages échangés.

Cependant, pour augmenter le nombre potentiel d’utilisateurs du réseau proposé par AMLO, « il serait préférable que l’initiative soit régionale » estime Luis Angel Hurtado, expert en réseaux sociaux à l’UNAM.

Selon le chercheur, lors d’une réunion avec d’autres dirigeants de la région, l’ancienne présidente brésilienne Dilma Rousseff avait appelé à la création d’un réseau social pour le Cône Sud peu avant d’être destituée. Mais la proposition ne s’est jamais concrétisée, car « (…) elle a perdu de son intérêt en raison du processus de destitution de Dilma Rousseff et du changement de gouvernement au Brésil » a déploré M. Hurtado.

La proposition de Lopez Obrador pourrait être l’occasion de reprendre cette initiative. De cette manière, le progressisme pourrait garantir un espace de discussion libre, ce que le premier « virage à gauche » n’avait pas permis de réaliser.

En effet, les lois sur la communication de Kirchner et de Correa n’ont pas survécu au tournant conservateur. Quelques semaines après leur arrivée au pouvoir, les gouvernements néolibéraux de Lenín Moreno et Mauricio Macri ont abrogé leurs articles les plus importants. Les deux dirigeants ont démantelé les médias publics créés par leurs prédécesseurs. Ces violations de la liberté d’expression n’ont pas fait grand bruit, car ces plateformes n’ont pas réussi à obtenir des taux d’audience élevés et avaient la réputation d’être des « porte-parole du gouvernement« .

La création d’un réseau social public régional pourrait empêcher que l’Histoire se répète. Atteindre une masse critique d’utilisateurs sur un réseau social est un véritable défi, mais s’il est relevé, il assurera également sa longévité. En d’autres termes, il serait plus difficile pour les gouvernements au pouvoir de s’en débarrasser. Qui peut imaginer une vie sans Facebook ou Twitter ? La force des réseaux réside dans le fait que, même si nous ne les aimons pas, nous continuons à les utiliser parce que nous en dépendons.

Anne-Dominique Correa

Source : https://jacobinlat.com/2021/05/02/puede-existir-una-red-social-latinoamericana/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/04/peut-il-exister-un-reseau-social-latino-americain-par-anne-dominique-correa/

« Et nous revînmes aux terres de Buria »

Ce reportage tourné en mars 2021 par l’équipe de Tatuy TV peut se voir comme une suite au documentaire de Terra TV « Marche » (2018) qui raconte comment une colonne paysanne exaspérée par les assassinats commis par les mafias agraires, monte vers Caracas pour dialoguer avec Nicolas Maduro. Le reportage actuel nous permet de retrouver quelques personnages de cette épopée comme Arbonio Ortega « El Diablo ». La marche paysanne qui – comme disait Arbonio en conclusion du film « Marche » – ne « devra jamais prendre fin », renaît ici sous les traits d’une action conjointe de l’Union Communarde et de la Commune El Maizal pour récupérer les terres de la Commune « Negro Miguel ». Le gouvernement bolivarien appuye cette initiative populaire, notamment à travers la présence du président de l’Institut National des Terres David Hernandez.

Le 27 mars 2021, les membres de la Commune Negro Miguel, avec le soutien et l’accompagnement de la Commune d’El Maizal et de l’Union Communale, ont organisé la réoccupation des terres Negro Miguel situées à Buria, municipalité de Simón Planas, État de Lara. Le président de l’INTI, David Hernandez, le maire de la municipalité, Gian Ortiz, ainsi qu’une délégation de parlementaires de l’Assemblée nationale ont assisté à cette activité. Avec plus d’une centaine de membres de la communauté, ils ont procédé à l’inspection des terres de la ferme, pour planifier la politique de soutien gouvernemental en vue de récupérer leur productivité.

Cette terre de 1200 hectares avait été occupée en 2015 par l’Axe Communal Negro Miguel, compte tenu de l’état d’abandon dans lequel l’avait laissée l’administration de la Corporation Alimentaire Vénézuélienne (CVA).Quelques membres de l’organisation communale elle-même qui occupait l’espace depuis 2015, ont fini par détourner l’identité sociale du projet, en démantelant la ferme et en la ramenant à une situation d’abandon. Face à l’inquiétude suscitée par l’état actuel de l’unité de production, par ailleurs menacée de privatisation, la réoccupation des terres a été décidée par les paysans et communard.e.s pour relancer les processus organisationnels, productifs et politiques de la commune, et travailler à la formation de la Cité communale.

« Et nous revînmes aux terres de Buria« , reportage de @TatuyTv, coproduit par la @ComunaElMaizal et la @UnionComunera (Venezuela, 2021). VO (ESP) sous-titrée en français par Terra TV

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Du Synco de Salvador Allende au Sinco d’Hugo Chavez: l’internet au service de la démocratie participative

Le système d’intégration communale, SINCO, est une plateforme électronique développée pour la communication directe du gouvernement avec les organisations populaires au Venezuela. Elle s’inspire de la création du Cybersyn au Chili, en 1972, lorsque la révolution socialiste de Salvador Allende définissait un nouveau type d’État et un nouveau type de gouvernement. Le projet Cybersyn fut reconnu comme un ancêtre de l’Internet actuel, et son concepteur, Stafford Beer (photo), un expert britannique en gestion connu comme le père de la cybernétique, apporta au projet d’Allende une vision nouvelle de la gestion de l’information à des fins publiques et du libre accès pour les acteurs sociaux.

Les créateurs vénézuéliens du Sistema de Integración Comunal (SINCO) Guy Vernáez, Luisana Velásquez et César Carrero, évoquent l’inspiration fournie par l’expérience chilienne: « Cybersyn a abordé pour la première fois dans l’histoire le problème de la gestion de l’information au profit de l’État, en comprenant la nécessité de créer une société dans laquelle la cohésion sociale était obtenue par la transparence et la libre distribution de l’information et des connaissances ». C’est en 2015, sur base de cette prémisse qu’ils ont conçu un système qui interconnecterait les organisations de base du pouvoir populaire pour enregistrer les projets élaborés au sein des conseils communaux et des communes, les demandes de financements publics correspondants, pour qu’elles puissent rendre compte des avancées et évaluer les résultats des projets.

SINCO compte actuellement près de 30.000 organisations populaires, principalement des conseils communaux et communes, enregistrées dans l’état de Mérida, à l’ouest du Venezuela, et dans l’état de Guárico, au centre du pays. Ces régions servent de pilotes pour étendre la mise en œuvre dans tout le pays.

Dans sa deuxième étape, SINCO a incorporé un module de communication directe entre les organisations de base du pouvoir populaire, le Conseil fédéral du Gouvernement et le gouverneur de l’état. Désormais, en plus d’être un moyen de communication efficace entre les organisations de base et les institutions régionales, à tout moment et en tout lieu, et d’offrir la possibilité d’exprimer des exigences spécifiques, il permet aux communautés organisées de participer à la planification et à l’exécution elles-mêmes de leurs projets.

Communication sans « intermédiaires »

Luisana Velásquez, membre du Secrétariat national du Conseil fédéral du gouvernement et de l’équipe qui a créé cette plateforme numérique, explique l’innovation de SINCO: « une proposition disruptive aux schémas médiatiques conventionnels qui restent concentrés principalement sur les activités individuelles et unidirectionnelles des acteurs. Ici on cherche à favoriser de nouvelles relations entre les institutions, les Conseils communaux et les Communes du Venezuela, pour donner des réponses directes et sans intermédiaires au besoins sociaux et communs de la population. ».

Velásquez précise que SINCO a été initié pour le téléchargement des projets communaux élaborés par la population et les demandes de financements publics correspondants; cependant, en 2017, de nouvelles fonctions ont été incorporées pour améliorer la communication entre l’institution et les organisations, fonctions qui ont continué à évoluer et à se développer jusqu’à la consolidation de la version SINCO 2.0. « En 2018 l’outil a évolué. De plate-forme uniquement destinée à télécharger des projets, il est passé à un système de communication régionale directe afin de rapprocher le dirigeant de l’État de Guárico de l’ensemble des organisations sociales de son territoire et, en même temps, pour fournir des réponses aux besoins locaux dans le cadre de la coresponsabilité peuple/gouvernement ».

La chercheuse attire l’attention sur les changements que le lien nouveau ainsi créé avec les communautés de Mérida et Guárico a impliqué pour le Conseil fédéral du gouvernement.

« Il a permis de transformer les formes traditionnelles de communication et d’attention aux personnes, en surmontant la bureaucratie et l’intermédiation des processus d’organisation communautaire, ce qui a contribué à optimiser la capacité de réponse aux demandes sociales collectives. Il a rendu possible la construction des indicateurs de gestion nationale comme base de prise de décision, depuis les plans de développement intégral des Conseils communaux et des Communes jusqu’au Plan de développement intégral de la Nation ».

Démocratie participative et citoyenne

César Carrero, député à l’Assemblée nationale pour l’état de Mérida, a également participé à la création du système d’intégration communale. « Pour nous, le système d’intégration communale, plus qu’un système, est un projet politique, la possibilité d’avoir un outil qui vise à renforcer la démocratie participative et citoyenne, axe central de la révolution bolivarienne. SINCO permet à l’État de prendre des décisions directement avec le pouvoir citoyen, en utilisant les informations des organisations populaires pour générer la planification. Par exemple, au moment de l’approbation d’un projet, la manière efficace dont les déboursements respectifs seront effectués, ou comment se fera la remise des comptes, comment on peut effectuer les démarches à partir des régions elles-mêmes, sans besoin de voyager vers d’autres villes, en réduisant l’utilisation de papier, en réduisant la bureaucratie, en évitant l’interférence de « gestionnaires ».

Pour Carrero, le plus difficile a été de briser les paradigmes dominants au sein de l’État vénézuélien sur la gestion de l’information, même si le Venezuela dispose d’un éventail législatif visant à simplifier l’action publique. Le député de l’État de Mérida rappelle qu’il y a actuellement plus de 49.000 projets en cours d’exécution par près de 30.000 organisations.

« D’autres pays qui parlent tant de démocratie et où l’on nous accuse de dictature, se limitent dans leur grande majorité à convoquer le peuple tous les cinq ans à un processus électoral pour élire un président. Ici, au Venezuela, le pouvoir du peuple part d’une constante élection, d’une constante participation, non seulement pour élire un président, un gouverneur ou un maire, mais aussi pour élire les conseils communaux, parlements communaux où on décide des priorités sur lesquelles travailler dans le territoire. Le SINCO est un des outils qui contribuent à construire cet objectif politique de la démocratie participative et citoyenne ».

Source : https://mundo.sputniknews.com/20210415/sinco-el-proyecto-digital-que-interconecta-al-poder-popular-en-venezuela-1111206467.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/16/du-synco-de-salvador-allende-au-sinco-dhugo-chavez-linternet-au-service-de-la-democratie-participative/

Loi des Cités communales: « révolution dans la révolution » au Venezuela

Au Venezuela une « Loi Organique des Cités Communales »  est en cours de discussion publique. Elle vise à ce que «le peuple organisé amplifie sa capacité de décider des politiques publiques depuis ses territoires ». Journaux, radios, télévisions, sites d’«actu» ne vous en parleront pas : plus le Venezuela approfondit sa démocratie, plus il faut le totalitariser dans les médias.

D’où vient cette loi ? De vingt ans de travail. Et d’abord de l’entêtement d’Hugo Chávez pour qui un processus révolutionnaire ne pouvait se résumer aux élections, et ne saurait durer sans construire une démocratie participative puissante et permanente : « Nous ne sommes pas une révolution démocratique, nous sommes une démocratie révolutionnaire » expliquait-il, comptant sur la rébellion populaire contre le colonialisme et l’exclusion comme moteur de la transformation de l’État.

Peu à peu, l’Assemblée Nationale a donné corps à cette transformation « du bas vers le haut ». En 2006, avec la Loi des Conseil Communaux –  ces comités de délégué.e.s élu.e.s par les habitant.e.s pour réaliser des projets (infrastructure, logement, etc..) en réponse aux besoins du quartier et recevant pour cela les ressources de l’État. En 2010, tout un arsenal législatif a renforcé le pouvoir populaire, dont la Loi Organique des Communes, fédérations de conseils communaux dotés d’un parlement pour mener à bien des projets sur un plus vaste territoire défini par les activités et les besoins de la population et articuler les nombreux programmes sociaux du gouvernement bolivarien. Ce tissu d’organisations joue aujourd’hui un rôle non négligeable dans la résistance à la guerre économique (comités d’approvisionnement) ou à la pandémie (comités de santé notamment). Le 13 avril 2021, l’Assemblée Nationale a approuvé l’avant-projet de Loi du Parlement Communal. Ce projet est lui aussi soumis au débat public comme la Loi Organique des Cités Communales, qu’on peut lire ici en espagnol et en anglais, et qui vise à créer 200 villes communales sur le territoire national. Il s’agit d’intégrer les communes en construction pour que leurs habitant.e.s passent à une nouvelle forme politico-administrative basée sur l’autonomie, pour la gestion des politiques publiques, les services publics et le renforcement de nouvelles relations économiques basées sur la solidarité dans la production, la distribution et la consommation de biens et de services. Les communes recevront des subventions en Petro, la cryptomonnaie mise en place par l’État vénézuélien comme mécanisme anti-dévaluation, pour financer les activités liées à une économie réelle et alternative.

Le canal Terra TV continue à écrire la chronique de cette construction d’une démocratie participative. Son nouveau reportage nous met au cœur de la vie quotidienne d’un parlement communal parmi tant d’autres écoles de pouvoir citoyen au Venezuela (VO sous-titrée en français) :

Pour Nicolas Maduro, à qui Hugo Chávez avait demandé de poursuivre cette construction de l’État communal, la nouvelle loi marquera un tournant radical dans la révolution bolivarienne : « L’avenir de la Révolution et du Venezuela est lié à la construction des nouveaux organes du pouvoir populaire, à la démocratie directe du Pouvoir Communal, comme les Cités Communales contenues dans la Loi que l’Assemblée Nationale est en train de discuter avec le peuple. Créer, créer le pouvoir populaire ! Je crois que les Cités Communales seront une révolution dans la révolution ; cette Loi, Organique, nous permettra de construire directement l’autogouvernement. Le Venezuela entrera dans une nouvelle ère politique, avec la construction d’une démocratie inclusive, participative, dont le citoyen sera l’acteur direct, où l’Exécutif National, les Pouvoirs Publics régionaux et municipaux devront articuler un véritable Gouvernement, celui des majorités, ce Gouvernement que j’ai baptisé « de solutions ».

« Car la loi donne le pouvoir au peuple, à la communauté, aux voisins, pour gérer leurs budgets et leurs ressources, assumer la solution directe des problèmes, exigeant des mandataires locaux et régionaux qu’ils sortent de leurs bureaux et du confort de la climatisation pour effectuer un véritable gouvernement de travail commun avec les Conseils communaux, avec les Communes, avec la base populaire. Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple. Il faut créer le monde nouveau à partir du pouvoir populaire, depuis l’État communard, nous devons tout transformer, tel est notre engagement. Je le dis avec mes sept ans d’expérience comme député, mes sept ans comme ministre des affaires étrangères aux côtés du président Chávez, et huit ans comme président venu du monde du travail« .

« Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple » (Nicolas Maduro)

Le débat sur l’avant-projet de loi est lancé. Voici la contribution de Jose Roberto Duque, écrivain et chroniqueur passionné de culture populaire vénézuélienne. Il rappelle à sa manière la nécessité de séparer le processus communal de la bureaucratie étatique et de ses « planifications d’objectifs » qui poussent parfois à fabriquer des « communes » de papier, sans base réelle.

« Si la cité communale que nous, révolutionnaires, voulons et/ou proposons se veut vraiment une construction anticapitaliste :

– Elle doit se débarrasser, progressivement ou rapidement, du modèle de logement et de communauté qui a servi au capitalisme, et qui a même semblé un jour pouvoir fonctionner ;

– Elle doit tourner, graviter et fonctionner autour d’une ou plusieurs activités productives qui rendent possible son autonomie ;

– Elle doit être habitée et animée par des communards (communard : sujet qui donne à la Commune la majeure partie de son temps, de son énergie, de son amour et de sa créativité) ;

– Elle doit être conçue collectivement en fonction de la réalité géographique, du climat, de l’histoire, de ses caractéristiques sociales, des besoins actuels et des projets futurs de chaque commune ou communauté ;

– Elle doit commencer avec une conscience révolutionnaire le travail de démolition des pratiques et des concepts qui soutiennent la ville actuelle (propriété privée, substrat religieux et médiéval contenu dans les notions de « paroisse », de mairie, etc ;)

– Elle doit tenir compte du fait que la coexistence de la nouvelle forme d’exercice de la citoyenneté avec la forme actuelle est transitoire. Qu’il est nécessaire d’abandonner les pratiques qui soutiennent le capitalisme pendant que nous concevons et exécutons les prochaines ;

– Elle doit concevoir l’avenir sans rejeter ni oublier les modèles, les dispositifs, les technologies et les pratiques culturelles de la ville précapitaliste : ce qui fonctionnait avant l’irruption du modèle nord-américain (capitalisme industriel, extractivisme et mercantilisme) et pourrait fonctionner à nouveau.

Presque tout ce qui précède est formulé ou proposé dans le projet de loi soumis à la discussion de l’Assemblée nationale. Disons que l’essentiel, qui est le processus de démantèlement d’un modèle et de construction d’un autre, avec les critères d’audace de Simon Rodriguez, s’y incarne.

Comme il arrive souvent, parce que nous sommes le produit d’une société qui palpite encore et que nous avons été modelés par elle, une certaine langue s’est  « invitée » dans certaines parties du projet. Par exemple, à propos des banques communales, des expressions comme celle-ci : « Renforcer le système de microfinance communal par l’application de politiques publiques démocratiques et participatives dans la gestion financière ». Autant le mot « communal » s’y présente comme signe de la nouvelle époque, autant son pendant est trop puissant pour ne pas voir qu’il est en train de gagner le combat : le duo « banque » et « financier ». Nous voulons construire des communes, mais nous continuons à invoquer le concept des banques ; ni plus, ni moins, dans les éléments qui ont permis au capitalisme financier d’exploser et de se répandre dans le monde entier depuis les 14ème et 15ème siècles.

L’heure étant à la discussion et à la construction collective, il ne convient pas de se laisser emporter par le pessimisme naturel des puristes et perfectionnistes. Mais il faut être prudent et vigilant, et surtout faire chauffer les moteurs vers la nouvelle réalité : pour avancer vers la construction physique de la société à venir. Le monde post-pandémique n’est pas un discours mais une nécessité. Et, dans le cas du Venezuela, un projet de pays. »

Thierry Deronne, Caracas, le 13 avril 2021

Vidéo : Jesus Reyes, Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/14/loi-des-cites-communales-revolution-dans-la-revolution-au-venezuela/

Vivre le Venezuela (IV) : le parlement communal met les gaz.

En janvier 2019, j’assistai à quelques réunions dans la nuit de Caracas. Les communard(e)s d’Altos de Lidice retournaient sous toutes les coutures la « problematica » du gaz. Comment s’organiser pour qu’à chaque famille parviennent les bonbonnes vitales, à temps ? J’ai rendu compte de ces premiers pas ici.

Signe des temps, deux ans plus tard, c’est un parlement communal qui a résolu l’affaire. Un saut dans l’organisation populaire, qui témoigne d’une vitalité de la démocratie participative après vingt et un ans de révolution bolivarienne.

Wilmer Villaroel « Raideth » (à droite), responsable du comité de gaz

Le responsable du comité du gaz, Wilmer Villaroel, surnommé »Raideth », me raconte: « Cette lutte m’a permis d’acquérir une connaissance approfondie du quotidien des habitants de la commune, car dans le comité du gaz, ou le comité de l’eau, etc… au final nous sommes les garants de la satisfaction des besoins de chaque famille. Nous sommes ce lien au sein de la commune et nous formons un parlement communal qui est le parlement exécutif des conseils communaux.

« Nous avons cherché le lien avec chaque institution, entre autres avec le directeur du dépôt de PDVSA (NdT: compagnie publique du pétrole), Mr. Lisandro, et en tant que circuit communal de gaz, nous sommes devenus indépendants entre janvier et février 2021. Qu’avons-nous obtenu avec cela ? Une distribution à 90% à ceux qui ont besoin de gaz. Avant, institutionnellement c’était lourd car la livraison des bonbonnes se faisait tous les 90 jours, il n’y avait pas de moment précis. Nous sommes maintenant clairs sur la structure des coûts ainsi que sur la quantité due à chaque conseil communal, c’est-à-dire sur les besoins de chaque famille.

« Le conseil que je donne aux autres organisations est de centrer les efforts sur la planification. Que dans chaque commune l’équipe en charge du service parvienne à analyser les besoins en gaz de la communauté. L’objectif est d’améliorer l’organisation au sein de la communauté.« 

La caméra de notre télévision/école Terra TV a suivi le processus de discussion et de décision au sein du parlement communal, jusqu’à la solution :

Pendant ce temps Luis Ibarra, menuisier, après une formation payée par la même commune, a créé sa propre machine de sérigraphie sur tissu. Sa première création : les vêtements de sport pour les jeunes de l’école de basket de la Commune Socialiste de Altos de Lidice. Reportage de Terra TV :

Au-delà de la politique classique (personnalités, partis…), peu de médias parlent de ce qui fait depuis 20 ans l’or du chavisme: l’organisation communale, le pouvoir de décider collectivement, le vaste tissu féminin et populaire qui soutient la révolution. Sans doute est-ce pour empêcher les citoyens du monde entier de s’identifier avec celles et ceux du Venezuela qu’on cache la plus grande démocratie participative du monde. Les équipes de TERRA TV vivent sur place et vous la montrent.

En Occident, plus que jamais, l’opinion est façonnée par de grands groupes privés de communication, plus puissants aujourd’hui qu’il y a dix ans. Les logiques de ces «médias» interdisent leur transformation de l’intérieur. Le service public de radio/télévision ou les télévisions associatives sont colonisés par une forme désormais homogénéisée, superficielle, émotionnelle, fragmentaire, éphémère.

Terra TV est une chaîne/école différente, produite par les mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine. Elle travaille aujourd’hui à préparer le jour où l’Humanité aura la force de démocratiser la propriété des médias et de générer enfin une information socialement utile, produite directement par les citoyen.ne.s.

Thierry Deronne, Caracas, le 9 avril 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/09/vivre-le-venezuela-iii-le-parlement-communal-met-les-gaz/