Le Venezuela au fond des yeux (2): Carolina Cruz

La photographe Carolina Cruz (à gauche)

Thierry Deronne – Comment vois-tu le visage d’une photographie révolutionnaire dans un pays soumis depuis si longtemps et, aujourd’hui encore, à la culture publicitaire et au marketing politique ?

Carolina Cruz – Il est très complexe de parler de la culture publicitaire. Une des grandes victoires du capitalisme est son hégémonie culturelle, symbolique. Depuis toujours, nous sommes bombardés, ceux d’entre nous qui avons grandi dans les espaces urbains du moins, par le culte publicitaire du « beau », du parfait et du standardisé, on trouve à peine dans la publicité des gens qui ne répondent pas aux paramètres occidentaux de la beauté. Les quelques campagnes publicitaires qui en sortent, comme Femmes réelles de Dove ou United Colors Of Benetton, ne sont en définitive que des variations du modèle sur un mode « détonant » .

Bien entendu, le Venezuela n’a pas échappé à cette globalisation. Cependant, il y a un avant et un après dans la visibilisation du peuple : nous devons cette rupture à la Révolution bolivarienne. Cette image nouvelle ne découle pas bien sûr de la publicité commerciale mais d’une volonté politique de donner un visage à ce peuple qui, pour la droite propriétaire de la majorité des médias de ce pays, n’était qu’une masse amorphe.

Rendre visibles les éternels invisibilisés, objectif déjà difficile dans n’importe quel contexte, se révèle d’autant plus ardu dans un pays comme le Venezuela qui mène depuis 20 ans la bataille de la multipolarité face à un monde hégémonique, unipolaire. Tous les outils de communication dont dispose le capitalisme (les outils traditionnels et ceux qui sont en cours de développement et d’essai) sont activés pour mentir, invisibiliser et manipuler, ordonner les succès et les erreurs de la Révolution bolivarienne dans le storytelling de la « dictature », du « gouvernement failli », de la « banqueroute du socialisme ». Un exemple de ce sens commun indépassable est le rapport de la Haute-Commissaire des Nations Unies, Michelle Bachelet, qui fait disparaître la majorité des victimes – celles de la déstabilisation violente de l’extrême droite urbaine et celles des tueurs à gages des grands propriétaires terriens -, « éliminant » non seulement les faits mais l’existence même d’un groupe de population dont le défaut est d’appartenir à l’être chaviste.

Cette contextualisation est fondamentale pour répondre à ta question sur ce que serait une photographie révolutionnaire. Elle ne peut naître, comme tout fait révolutionnaire, que d’un besoin. Je vois avec beaucoup d’espoir la tendance parmi nous, les photographes né(e)s à la chaleur d’un processus révolutionnaire, de vouloir concrétiser la possibilité d’une société égalitaire, de considérer que la politique n’est plus le domaine réservé de fonctionnaires publics. De comprendre sur la base de cette prémisse, que les femmes et les hommes pauvres nous sommes des sujets politiques qui avons la pleine capacité de planifier/exécuter les politiques, d’en organiser le contrôle social de notre espace territorial local, et que nous sommes des sujets actifs dans la politique nationale; je note la volonté de visibiliser ce qui se passe au cœur du quartier, au sommet des escaliers de nos collines, dans les profondeurs rurales, dans les prises de terres, dans toutes ces réalités que les médias hégémoniques de la droite n’ont jamais montrées et que les médias gouvernementaux ont cessé de montrer. J’évoque ces derniers parce que je crois qu’en tant que gouvernement nous avons perdu beaucoup de potentiel en limitant ce qui est montré des processus de construction et des luttes populaires. Les médias d’Etat, dans une révolution, devraient refléter l’intégralité du processus révolutionnaire, avec ses réussites et ses contradictions, mais souvent cela en reste aux effets de propagande, aux actions répétitives dans lesquelles beaucoup ne se sentent pas reflétés. C’est là, dans ce manque d’espaces, que s’approfondit ce besoin d’expression qui est collectif, de raconter, de nous raconter et de nous représenter.

La droite a une immense expérience dans l’usage de la photographie comme outil de marketing, tant commercial que politique. Prenons l’exemple des centaines de photos d’une excellente qualité technique qui ont transformé les combattants d’extrême droite et la violence fasciste des rues de Caracas en lutte libertaire; la photographie a ce pouvoir. Je reprends ce point parce qu’il nous mène à la question: à quoi sert la photographie ? Une photographie révolutionnaire doit servir à déconstruire les faux récits que fabrique la droite mais aussi à construire notre discours, à établir notre sens commun, nous devons comprendre clairement, au-delà de notre besoin de nous exprimer individuellement, à quoi servent nos images.

Personnellement je suis militante d’un mouvement social et politique, membre de son équipe de communication, et une grande partie des photos que je réalise servent à construire des messages en phase avec une ligne politique qui vient soit de la conjoncture, soit du projet stratégique; quand nous luttons contre un ennemi aussi puissant que le capitalisme nous devons savoir pourquoi nous faisons les choses, quelle est la stratégie à suivre. Je crois que la photographie doit faire partie d’un “marketing politique” au service des masses, au service des luttes populaires. Pour que cela soit efficace, et serve concrètement les luttes pour une société vraiment juste, nous devons nous former, dépasser notre adversaire en qualité (ce que la capitalisme appelle « être compétitifs »), innover constamment, nous former techniquement dans l’objectif de disputer concrètement et systématiquement le champ auquel nous a amené(e)s l’hégémonie du capital.

Donc, le visage de la photographie révolutionnaire serait celui d’un outil au service des communs, un outil prodigieux pour disputer un projet dans l’imaginaire collectif, je crois que pour que la photographie soit un fait révolutionnaire elle doit dépasser cette conception bourgeoise de l’art comme processus individuel et embrasser le processus collectif; elle doit se sentir et se comprendre comme un processus collectif. La révolution bolivarienne a besoin de toutes et de tous selon leurs potentiels et leurs talents, et nous qui d’une certaine façon manions les outils communicationnels devons les mettre au service des luttes populaires.

Si la photographie est une relation avec l’autre, qu’as-tu appris des paysan(ne)s, ont-elles, ont-ils modifié ta façon de travailler, de penser tes images ?

C’est une question très intéressante, il y a différentes situations dans lesquelles nous prenons des photos sans connaître les gens que nous représentons, alors que dans d’autres cas je photographie des compagnes(on)s militant(e)s, que je connais pour certain(e)s et que je découvre pour d’autres, mais en général j’ai déjà une idée ou la possibilité de savoir quelles sont leurs histoires. Dans quelques cas j’ai pu partager quelques jours avec eux dans leurs vies quotidiennes et cette coexistence nous fait toujours voir des gens depuis un autre lieu. La règle veut que ce « lieu » finisse par être celui de l’affection et de l’admiration.

Je pourrais mentionner beaucoup de choses concrètes que j’ai apprises sur l’art de semer, sur les soins de la terre et des animaux, mais je pense que la chose la plus enrichissante a été de voir comment la persévérance, le dévouement et la volonté des gens se matérialisent dans une lutte. L’histoire de la lutte pour la terre est jalonnée de grandes douleurs, de carences, de beaucoup d’impuissance et de mépris, mais tout cela finit par trouver une issue transformatrice dans l’énorme dignité non quantifiable qui s’incarne dans nos paysannes et nos paysans. Cette dignité et cette ténacité me mènent parfois à un dilemme essentiellement esthétique. Parfois les situations, la nécessité politique nous poussent à cadrer dans le viseur les carences et la douleur, cependant les paysan(ne)s se perçoivent rarement eux-mêmes ou elles-mêmes comme des victimes, comme des sujets gris, à fortiori au Venezuela où le sens de l’humour reste de mise même dans les situations les plus tendues. Ainsi, cette image de dignité (j’utilise beaucoup le mot dignité parce que c’est le mot que j’associe immédiatement aux femmes et aux hommes qui luttent pour la terre) me donne envie de les représenter comme je les vois et comme je les perçois: comme un groupe plein d’énergie et de joie.

Il y a des situations dans lesquelles prévalent la tristesse et la frustration, j’ai dû accompagner des entrevues à des personnes dont les familles, des amis ou des compagnons avaient été assassinés par des tueurs à gage des mafias agraires et parfois il est difficile de ne pas sentir comme envahisseur d’un moment qui devrait rester intime; ce respect de l’humanité des compagnes et compagnons dont je tire le portrait reste présent dans la façon dont je travaille, dont je compose. Par conséquent, je dois dire que ma relation avec les compagnes et compagnons n’a pas modifié ma manière de travailler, elle l’a déterminée. J’ai le privilège de me former comme photographe (et je sens que c’est un processus constant dans lequel je débute à peine) en accompagnant ces luttes et c’est cela qui a déterminé ma formation éthique et les décisions esthétiques.

Quels sont tes projets ou tes rêves en tant que photographe, que femme, que citoyenne ?

Je crois nécessaire d’ajouter un aspect qui unifie la photographe, la femme et la citoyenne : la militante. Croître avec Chávez (quand il a été élu, j’avais cinq ans), appartenir à la vaste génération née de la révolution bolivarienne, être aujourd’hui membre d’une organisation concrète dotée d’un horizon politique, fait que chaque aspect de ma vie, présente et future, se lit à travers le prisme de la militance pour un monde plus juste et humain. Comme photographe, femme et militante, j’aspire à accompagner par mon travail autant de luttes, de personnes et d’espaces invisibilisés que possible et de contribuer à la construction d’une nouvelle géométrie du pouvoir pour continuer à approfondir une Amérique Latine humaine, souveraine, égalitaire, unie et en paix.

Photos: Carolina Cruz

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Traduction: Thierry Deronne

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Force féminine : comment les communardes vénézuéliennes affrontent le blocus

Par Marco Teruggi, pour Sputnik News

Les femmes qui habitent les quartiers populaires de Caracas ont un plan: mettre sur pied un système économique qui leur permette de garantir que les aliments leur parviennent directement des producteurs à leurs tables. La clef est l’organisation citoyenne, qu’on appelle ici le pouvoir populaire.

« On dirait une crèche quand la nuit tombe, si tu voyais quand s’allument toutes les ampoules » dit un communard depuis le toit d’une maison en construction du quartier La Libertad, au sud de Caracas. En cet endroit se trouvent les collines des pauvres avec les montagnes vertes, c’est la fin de la “ville”, la frontière. Comme d’habitude, la division géographique est une division de classes et politique : les hauteurs sont peuplées par les plus pauvres, en majorité chavistes, alors que les zones basses sont habitées par la minorité de classe moyenne, en général d’opposition.

Au seuil du quartier, tout en bas, se trouve l’épicentre commercial, le point névralgique: le rond-point de Ruiz Pineda. On y trouve tout ce qu’on veut. Le problème, comme dans le reste du pays, ce sont les prix. Il y a des épiceries, des supermarchés, des magasins et une petite galerie où il y a un mois, on a installé le siège du système d’Initiative Économique Socialiste Communale.

A l’intérieur du local sont empilés des sacs de farine de maïs, de café, de sucre, de sel, de savons bleus, les étagères sont remplies de beurre et de crème fraîche. Il en reste peu, presque tout a déjà été distribué, on attend la prochaine arrivée de produits. La précédente était de 14 tonnes, la prochaine sera plus fournie, avec deux produits de plus : savons de toilette et farine de blé.

« Un des objectifs est de démontrer que le peuple organisé, mobilisé, conscient, peut combattre la guerre, apporter son concours pour préserver la révolution, construire avec des actions concrètes » explique la communarde Yaritza Navarro, entourée d’autres femmes.

Le Système a commencé il y a trois mois. La nécessité l’avait précédé, dès qu’il est devenu évident qu’un des problèmes des prix résidait dans la dimension monopolistique de plusieurs produits, dans la chaîne d’intermédiaires et la spéculation de nombreux commerçants. La question a toujours été: comment transformer ce diagnostic en actes ?

Le point de départ fut la conviction du besoin d’avancer, l’organisation propre, et la certitude de le faire, avec ou sans appui de l’Etat. Mais comment commence-t-on si on ne possède pas de capital, dans un scénario comme celui de l’économie actuelle du Venezuela ?

Yaritza Navarro, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le diagnostic fut le suivant : il existe des communes rurales productrices d’aliments et des communes urbaines disposées à acheter cette production. Il est nécessaire de construire un système d’économie communale qui permette d’aller directement des premières aux secondes, celles-ci se chargeant aussi de la distribution finale. Bref, supprimer les intermédiaires et les commerçants.

Le début

Elles ont commencé avec une tonne de café à crédit. Le plus difficile fut de convaincre la commune, située dans l’état de Lara, vers l’ouest du pays, qu’elle envoie cette quantité sans paiement préalable et qu’elle en prenne en charge le transport. Pour cela furent déterminantes la confiance et la légitimité des communes réunies à Caracas: le Système qui faisait ses premiers pas, regroupe 13 communes de Caricuao, dont Ruiz Pineda est un des secteurs.

La deuxième étape fut de recevoir le café sans avoir encore de lieu pour le stockage, aujourd’hui installé dans la galerie. La distribution et la vente s’est faite dans chaque commune, elles ont réuni l’argent et ont pu payer la commune productrice de café. C’est ainsi qu’a commencé à se mettre en marche la machine qui leur a permis d’obtenir le premier capital et un excédent.

« Avec ce fonds nous nous sommes risqués à tisser plus de liens avec plus de producteurs pour obtenir plus de produits » explique Yaritza. Dans un cadre de dévaluation monétaire, elles ont choisi de réinvestir dans davantage de produits – mieux vaut avoir de la nourriture que des bolivars – et utiliser l’excédent pour l’outil indispensable : le camion communal, qui se trouvait hors de service faute d’argent pour l’arranger.

Le pouvoir populaire en action

Le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale a commencé à se mettre sur pied. Il a impliqué d’aborder trois éléments simultanément : l’économique à proprement parler, l’organisationnel et le politique. L’objectif n’a jamais été d’ouvrir une épicerie de produits de communes rurales mais de réussir à fortifier chaque instance d’organisation territoriale, ce qu’on appelle le pouvoir populaire, par des actions concrètes.

Luisa Gragirena, communarde, montre la Loi Organique de l’Économie Communale: ”C’est notre base, notre président Hugo Chávez nous a légué la plate-forme juridique pour que nous, en tant que pouvoir populaire, développions et brisions les schémas du système capitaliste. Evidemment ce n’est pas facile mais ce n’est pas impossible non plus.

Luisa Gragirena, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Luisa lit « La présente Loi a pour objectif de développer, et fortifier, le pouvoir populaire, en établissant les normes, principes et procédures pour la création, le fonctionnement et le développement du système économique communal (…) dans le but de satisfaire les nécessités collectives et de réinvestir socialement l’excédent, à travers une planification stratégique, démocratique et participative« .

Pas d’économie communale sans organisation populaire, sans construction d’instances démocratiques pour participer et décider. Dans le Système on a décidé que cette instance principale se réunirait chaque mercredi à 15 h. C’est là que se réunissent les délégué(e)s des communes pour évaluer, planifier et prendre les décisions.

Le mercredi 17 juillet par exemple, elles sont venues présenter les nouveaux produits qui entreront dans la prochaine opération. Il s’agit de ce que produit l’Unité de Production Familiale dont fait partie Rosa Meléndez, communarde de Caricuao: savons, shampoing et baume pour les cheveux. Pour le moment elles produisent 4.000 savons mensuels et atteindront les 20.000 à travers des portes de vente et de financement qu’ouvrira le système.

L’objectif est d’avancer vers des instances productives: « Nous allons financer les semences certifiées et selon la projection des terrains nous allons impulser des unités productives. En décembre nous pourrons manger notre ciboulette, nos poivrons et les épices typiques de fin d’année” explique Yaritza.

Savon de toilette offert dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communal de Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’avenir

Chaque pas a été franchi grâce à la force de l’organisation. On espère installer des centres d’approvisionnement dans chaque commune faisant partie du système, ajouter deux produits à chaque livraison, agréger plus de communes, réussir à monter un réseau communal soutenable dans le contexte de la guerre économique : pour garantir un revenu juste pour les producteurs et des excédents à réinvestir.

En trois mois ces femmes ont réussi quelque chose de stratégique: garantir l’approvisionnement en ingrédients du petit déjeuner consommé dans les quartiers populaires: café, arepa (galette de maïs), beurre, et la pointe de crème fraîche qui comme on me l’explique, avait disparu des tables. Il manque le fromage et les protéines animales – c’est un de leurs objectifs.

Elles projettent beaucoup de choses pour la suite. Il existe chez elles – la grande majorité sont des femmes – une volonté profonde de faire face collectivement aux difficultés qu’elles vivent. La dimension du chavisme prend ici tout son sens: dans la présence de chacune d’elles, dans les conseils communaux, les communes, le Système. Il y a des milliers de Yaritza et de Luisa dans tout le pays.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201907191088080809-fuerza-femenina-asi-enfrentan-el-bloqueo-las-comuneras-venezolanas/

Traduction: Thierry Deronne

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Mafias agraires contre peuple paysan: qui gagnera ?

Je crois dans les mots d’une paysanne et non dans ceux d’un bureaucrate”. C’est en ces termes qu’en avril 2018 le président Maduro s’était prononcé en faveur de la lutte paysanne, dénonçant les expulsions et les arrestations d’agriculteurs qui tentaient de récupérer les terres de La Magdalena, dans l’état de Mérida.

Près d’un an plus tard, le Département de presse du mouvement social paysan Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora (CRBZ) s’est entretenu avec Heber Montilla, dirigeant paysan et coordinateur de ce mouvement dans la région du Sud du Lac de Maracaibo.

En quoi a changé la situation de la lutte pour la terre dans le Sud du Lac à partir de ce discours du président ?

Heber Montilla – La situation a beaucoup changé. Il y avait une grande attente, depuis l’arrivée de Maduro au gouvernement, de ce qu’il se prononce en faveur de la lutte paysanne comme le faisait le président Chávez, à travers les “Aló presidente”, quand il soutenait la lutte contre le “latifundio”. Avant que Maduro se prononce en faveur des paysans, il y avait des secteurs de la Garde Nationale Bolivarienne, du SEBIN, du CICPC, certains secteurs des forces publiques de l’Etat qui participaient dans des opérations de répression contre les paysans. Avec Maduro se prononcèrent aussi le Procureur Général de la République, le Tribunal Suprême de Justice, le Ministre de la Défense. Depuis, les forces de sécurité de l’Etat ne se sont plus jointes à ces situations d’agression mais les grands propriétaires, les latifundistes, ne pouvant plus compter sur ce soutien des forces publiques, ont commencé à contracter des groupes armés, des tueurs à gage. Ont continué les menaces et la violence contre les familles paysannes.

Cette action combinée de violence et de fonctionnaires corrompus sont le modus operandi des mafias agraires. Qui compose ces mafias ?

Nous n’avons pas affaire à un éleveur isolé qui engage une personne. C’est un réseau qui opère sur les différentes terres en cours de récupération. Le composent les tribunaux, juges, policiers, certains fonctionnaires de l’Institut National des Terres (INTI) national et régional. Les éleveurs sont ceux qui contractent, payent et organise ces mafias. Ils paient en dollars. D’ailleurs ces mafias ont tenté d’acheter des dirigeants paysans. Ils offraient jusqu’à 10 mille dollars, des fourgonnettes, des voitures, des plantations, pour que ces dirigeants abandonnent la lutte ou la freinent. Il y a certains secteurs paysans qui se sont soumis à ces mafias. Quand de supposés dirigeants paysans se prononcent en faveur des soi-disants propriétaires, dans les médias, dans les réseaux sociaux, il agissent pour ces mafias. Dans la guerre contre le “latifundio” il y a deux acteurs. Le(a) paysan et la paysan(ne), d’une part, et les grands propriétaires d’autre part.

Ceux-ci sont organisés, s’articulent, font des plans. Ils utilisent les mêmes méthodes dans les différentes propriétés. Par exemplo, la juge Carmen Rosales n’agit pas pour un seul terrain mais agit sur plusieurs cas où les paysans récupèrent des terres. Ses sentences tombent toujours en faveur des soi-disant propriétaires. Elle est une des pièces de ces mafias. Quand commencent les récupérations de terres de la part de l’Institut National des Terres, elle intervient en prenant des mesures de protection de la production (alors qu’elle est inexistante) des grands “propriétaires”, sans même se rendre sur place pour inspecter les terres. Simplement, au greffe des tribunaux, elle signe les mesures de protection du bétail du grand propriétaire. Mais quand les paysans vont demander la protection de leurs semailles, se basant sur la symétrie des droits, alors, là, elle refuse, ça n’existe pas. Son argument est qu’il n’existe pas de documentation sur ces terres. Mais la Loi des Terres dit que ce qui est déterminant, c’est la production, parce que la propriété des terres n’est pas celle des soi-disants propriétaires, mais celle de l’Etat.

Dans le cas de Montecarlo, ces mafias ont remis à la soi-disant propriétaire une lettre attestant de l’activité productive dans la plantation, à travers l’INTI et à travers le tribunal agraire. Ignorant la situation des 84 familles qui vivent et sèment ces terres. Cette soi-disant propriétaire bénéficie de ces deux protections institutionnelles, alors que sa “plantation” est totalement improductive. Ce qui est en production, ce sont les terres que cultivent les paysans, soit 75% de la surface. Cette soi-disant propriétaire a tenté d’acheter les dirigeants paysans mais elle n’a pas réussi, par contre elle a pu le faire pour le tribunal agraire et l’INTI. Il n’y a aucune base légale pour lui remettre un certificat de productivité.

Voilà la contradiction. Les mafias agraires utilisent une partie des institutions de l’Etat pour agir contre les paysans et éviter qu’ils accèdent à la terre.

Dans le cas des terres de Montecarlo on affirme que la communauté paysanne est entrée de fait et non de droit sur les terrains. Comment s’est produite cette situation ?

Parce que précisément dans cette lutte on retrouve la même situation. Quand la communauté paysanne voit un terrain improductif, elle le réclame à l’INTI et attend le délai pour que l’inspection soit menée en vertu de la loi. Mais, qu’est-ce qui se passe ? Ces mêmes mafias agraires, dès les réclamations, appellent les grands propriétaires pour les avertir de l’imminence d’une inspection. Et on donne 6 mois, un an, deux ans, au soi-disant propriétaire pour changer virtuellement la situation d’improductivité. A Montecarlo on a amené des machines après que l’INTI a passé l’information. Et on a mobilisé du bétail d’autres terres, pour pouvoir faire écran lors de l’inspection, mais pas pour mettre ces terres en production. Le bétail qu’on a amené avait des marques au fer différentes. Les fers de marquage sont enregistrés légalement pour identifier chaque élevage et chaque propriétaire. Si les inspecteurs examinaient ces marques il serait démontré qu’il s’agit du bétail d’une autre plantation mais cela n’est pas fait, c’est une partie du jeu de ces mafias.

La communauté paysanne dénonçait d’ailleurs que les machines travaillaient la nuit et l’empêchaient de dormir. Ils n’avaient que 37 têtes de bétail au moment de la réclamation. Après cela ils ont installé du bétail sans capacité d’alimentation, les prés n’étaient pas préparés, ils ont même coupé l’herbe pour qu’il ne puisse pas manger. Le bétail meurt et on rejette la faute sur les paysans. La soi-disant propriétaire, Vega Vega, porte plainte devant le tribunal agraire et la juge monte les dossiers contre le paysannat.

Face à cette situation les familles paysannes ont pris la décision d’occuper les terres et de les mettre en culture. Parce que si ces terres étaient productives, où est la production ?

Ces mafias parie sur l’échec de la révolution, elles ne produisent pas et après, elles disent que le gouvernement ne peut garantir la production agro-alimentaire dans le pays. Sur le plan national 25% des terres cultivables appartiennent aux paysans et les 75% restants sont aux mains des grands propriétaires. S’ils ont la grande majorité des terres, où est la production ? Celle qui arrive aux marchés de Caracas par exemple est une production paysanne. Ce sont nous, paysans et paysannes, qui avons maintenu contre vents et marées la production. Les grands propriétaires parient sur l’échec du gouvernement. La plupart du temps ils ne vivent même pas sur ces terres, mais dans les grandes villes ou hors du pays. C’est le paysan et la paysanne qui travaillent les terres.

Cette semaine est venue à Caracas une commission de paysan(ne)s de la CRBZ et du Front Paysan des Tupamaros, en provenance de la région du sud du lac de Maracaibo. Avec qui vous êtes vous réunis à Caracas et qu’est-ce qui a été abordé dans ces réunions ?

Nous nous sommes réunis avec l’INTI, avec le Défenseur du Peuple, et avec la viceprésidence. Parce que dans le sud du lac, il y a de mauvaises informations, ces mafias génèrent de fausses informations, à travers des fonctionnaires locaux, pour menacer d’expulsions les paysans. Au vu de cette situation nous sommes venus à Caracas pour parler aux autorités nationales.

A l’INTI nous nous sommes d’abord réunis avec Alexis Fernández, gérant du secrétariat du bureau de la présidence. Nous lui avons parlé de la situation des certificats agraires des terres qui manquent encore, dans certains cas on a même organisé des remises de ces certificats aux paysans (comme il y a trois mois) mais ce fut plus pour la photo qu’autre chose. La Magdalena, El trébol, Vista Hermosa, El Carmen, Gavilanes, Montecarlo, el Zapotal. Seul El Carmen a reçu le titre de propriété, à El Trébol vient d’arriver la nouvelle du début de la récupération des terres. A la Magdalena, qui fut la terre où eurent lieu les arrestations critiquées par Maduro, on n’a pas encore remis l’adjudication. A Gavilanes on a déjà organisé deux activités politiques de remises des titres mais le document n’est pas encore arrivé.

Dans chacun de ces terrains se trouvent les Conseils Paysans qui travaillent et produisent. Nous sommes venus parler de ce thème parce que même quand l’Etat décide de remettre les terres aux paysans, ces mafias agraires ne permettent pas qu’elles se réalisent effectivement sur place.

A la viceprésidence nous avons parlé avec Maité García sur le supposé ordre d’expulsion des terres de Montecarlo. La propriétaire en charge de ces terres, Marlin Sosa, nous a dit qu’elle a participé aux réunions techniques que dirige la viceprésidence et que là s’est décidé l’expulsion des paysans. La compagne Maite nous a assuré qu’à aucun moment l’expulsion à Montecarlo n’avait été évoquée. A partir des réunions techniques, on a décidé de mener une inspection de terrain, qui n’a jamais été faite, car les inspecteurs n’ont été visiter que le terrain de la soi-disant propriétaire mais pas les terres semées par la communauté paysanne. L’inspection qu’avait décidée la vice-présidence depuis Caracas envisageait même de compter combien de plants avaient semés les paysan(ne)s, chose qui ne s’est jamais faite.

Au Défenseur du Peuple nous avons expliqué la situation de harcèlement judiciaire contre les compagnes et compagnons. On fabrique des dossiers pour menacer d’emprisonnement les dirigeant(e)s. Le juge Jesús Ojeda et la juge Carmen Rosales sont les auteurs de ces manoeuvres d’intimidation.

Comment continue la lutte pour la terre dans les différents terrains ?

La situation est la même partout. Les mafias agraires opèrent de la même manière sur les différents terrains. Ils menacent, montent des dossiers, nous empêchent de semer, il y a des silences de l’administration, les dossiers de récupération des terres sont retardés. L’objectif est que le paysan se lasse et abandonne la lutte.

Pour notre part l’idée est de continuer à produire. C’est une nécessité. Produire est une nécessité pour survivre. Le paysan sème et produit, sinon sa famille n’a pas de quoi manger. Nous ne pouvons pas attendre un ou deux ans pour obtenir une réponse sur les récupérations des terres. Avec tous ces risques et toutes ces menaces qui pèsent sur nous, nous continuerons à produire, malgré tout. Eux font partie de ceux qui mènent la guerre économique contre le pays. Nous n’allons pas laisser détruire cette révolution. Nous allons chercher les alternatives. Et l’alternative est de chercher les terres pour produire et maintenir nos familles. C’est ce que doivent comprendre les différents fonctionnaires. Le paysan n’a pas le choix: ou il produit ou il meurt de faim. Ou il produit ou il rejoint les rangs de la droite. L’Etat, comme gouvernement révolutionnaire, devrait appuyer les paysans dans cette bataille.

Source: http://www.crbz.org/mafias-agrarias-contra-el-pueblo-campesino-quien-ganara/

Photos: Carolina Cruz / Presse CRBZ

Traduction: Thierry Deronne

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Les Maisons d’Alimentation vénézuéliennes: la dernière tranchée contre le blocus économique

Par Marco Teruggi, pour SputnikNews

Les “Casas de Alimentación” (“Maisons d’Alimentation”) sont une des tranchées pour freiner les impacts de la situation économique au Venezuela. Dans le quartier de Caricuao, à Caracas, en fonctionne une, baptisée “Luchadoras de la Patria” (“Lutteuses de la Patrie”). Luisa et les cuisinières se lèvent tous les jours à l’aube pour garantir les repas des personnes qui en ont le plus besoin dans le quartier.

Luisa Del Valle Baiz se lève tous les jours à quatre heures du matin. Elle a 77 ans et la force caraïbe dans chaque mot. Elle est née à Güiria, dans l’état oriental de Sucre, une terre au parfum de mer, de plantations de cacao et de soleil. Depuis ses côtes on aperçoit l’île de Trinidad et Tobago, d’où sa famille est venue à la recherche d’un travail et d’une vie meilleure.

Luisa vit depuis 54 ans à Caracas, dans le quartier populaire de Caricuao. Lors de son arrivée, le paysage était autre: « tout était bananiers, manguiers, jardins potagers« . Il n’y avait pas encore d’autoroutes, ni de barres d’immeubles, ni ce dense réseau de maisons sur la colline où elle a construit son foyer et sa famille: quatre enfants, 21 petits-enfants, 12 arrières-petits-enfants, quatre arrière-arrière-petits-enfants. Sa mère a 101 ans.

Elle s’est toujours levée tôt pour travailler. Mais depuis dix mois ses journées s’organisent autour de la “Casa de Alimentación” qui a commencé à fonctionner sous son toit. Depuis lors, avec quatre femmes, elle prépare les repas du lundi au vendredi pour les 221 personnes qui ont été incluses grâce au diagnostic des besoins sociaux effectué dans le quartier.

« Leurs besoins étaient critiques mais maintenant regarde-les, cela fait plaisir de les voir ainsi » dit Luisa. Le lieu s’appelle “Lutteuses de la patrie ».

 

La proposition d’ouvrir la Maison d’alimentation est venue, comme dans la majorité des cas, de la population du quartier, et a trouvé sa réponse auprès de la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (Fundaproal), l’institution publique chargée de relancer ces Maisons d’Alimentation à partir de 2017. Celles-ci avaient été créées comme politique initiale de la révolution bolivarienne pour répondre à l’immense besoin social, mais avaient été progressivement fermées à la suite des réussites obtenues en matière d’alimentation.

De 2017 jusqu’à aujourd’hui ont été remises en fonctionnement 3.118 de ces cantines dans tout le pays. Chaque jour elles alimentent 605.628 personnes: personnes pauvres venues de ce pays profond où se trouve la genèse du chavisme.

« J’aime ce travail, il me naît de l’âme » dit Luisa, coiffée de son bonnet de cuisinière et d’un tablier qui porte en effigie la signature de Chávez et le nom du programme social. Ce n’est pas pour l’argent qu’elle se lève à l’aube et va et vient face aux fourneaux pour un travail qui n’a rien de simple. Ni pour elle ni pour ses compagnes: Lilibel López, Roxana Herrero et Rosa Vázquez, qui est venue de Guayaquil, Equateur, il y a 17 ans et qui s’est fixée dans ce quartier populaire du sud de la capitale vénézuélienne.

Elles veulent que les repas soient bons, très bons. « La population, on la gagne avec le goût » rient-elles. Aujourd’hui elles cuisinent du riz, du poulet, des lentilles, des galettes de maïs (les fameuses “arepas”), des sardines frites, et du lait. Une partie de ces repas est offerte à la population la plus vulnérable, celle qui est incluse à travers les Centres d’Education et de Récupération Nutritionnelle. « Je répartis les repas à toutes et tous de la même manière » explique Luisa.

Les objectifs de ces Maisons sont plusieurs. En premier lieu, garantir l’alimentation aux secteurs qui éprouvent les plus grands besoin, veiller à ne pas les abandonner. En second lieu, développer un plan pour que ces cantines qui dépendent totalement de l’Etat, puissent peu à peu se développer en espaces intégraux, avec une production alimentaire en propre, un contrôle citoyen, des activités culturelles, une formation sociopolitique.

« Un des objectifs est de transférer le pouvoir de décision à l’organisation populaire, le transférer en termes d’opérativité, pour qu’en sorte une méthode de travail socioproductive, culturelle, de santé alimentaire, pour qu’à un certain moment elle puissent se libérer de la dépendance d’institutions publiques fournisseuses d’aliments » explique Azurduy Tovar, gérant de Fundaproal.

Des pas ont déjà été franchis dans cette direction quant au transport, au traitement et à la remise de la nourriture. La méthode est simple: la responsable de la Maison doit chercher la quantité d’aliments au centre de stockage, à bord d’un camion géré par le quartier, recevoir la nourriture, revenir avec l’appui d’un membre de la milice bolivarienne (corps de réserve civil, effectuant des tâches d’appui à la défense du territoire et aux programme sociaux, NdT), vérifier que tout soit arrivé à bon port pour être ensuite cuisiné et distribué aux hommes et femmes bénéficiaires de cette mission sociale.

La distribution est réalisée à 11h.30 à “Lutteuses de la Patrie”. Jusqu’à cette heure la table est pleine de gobelets de plastique empilés en colonnes: chacune correspond à une famille, il y a des noms inscrits sur les “tupperwares”, même si chacun sait déjà à qui appartient chacun d’eux, raconte Rosa avec sa fille.

La nappe ne se libère que le soir, les fins de semaine, les jours fériés et les 4 décembre, jour de Santa Bárbara. Luisa et sa famille sont dévots de la sainte qui à présent garde le magasin de nourriture situé au fond de la maison, après les cages aux perroquets verts et jaunes, face à la colline de maisons construites l’une sur l’autre, dans une architecture produite par l’exclusion, la volonté et la capacité créatrice de tous ceux qui ont construit les villes du monde.

Maison d’Alimentation “Luchadoras de la Patria”, Caracas, Venezuela

Il n’y a pas que Santa Bárbara qui protège les sacs de riz, la farine, les lentilles, l’huile, les oeufs. Elle est accompagnée dans cette tâche par la Vierge du Carmen, d’El Valle, de La Pastora, de la Coromoto, l’immaculée Conception, Notre Dame du Pilar, le Nazaréen, le divin Enfant, le Coeur de Jésus, Saint Onofre, María Lionza, l’indigène de la force – celui qui donne force, paix et tranquilité – et Simón Bolívar. Autour de chacun d’eux se trouvent les photos des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, arrière-arrière-petits-enfants.

On compte 14.804 mères et pères “élaborateurs(trices)”s dans tout le pays, c’est ainsi qu’on appelle ceux qui assument les tâches de Luisa, Lilibel López, Roxana Herrero, et Rosa, pour les 645.840 bénéficiaires qui mangent tous les jours dans des espaces semblables à celui-ci.

La réactivation des Maisons d’Alimentation a été décidée un an après la mise en place du programme central d’accès aux aliments subventionnés – les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui s’occupent de près de six millions de foyers dans le pays.

Les CLAP furent créés lorsque la pénurie alimentaire constituaient le noeud des problèmes — entre 2015 et 2017 — et les Maisons d’Alimentation dûrent être réactivées à la suite des régressions induites par le cadre hyper-inflationniste et la rupture des salaires comme possibilité d’acquérir le panier de base.

Repas préparés dans la maison d’alimentation “Lutteuses de la Patrie”, à Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Car aujourd’hui le problème n’est plus la disponibilité d’aliments dans les supermarchés ou les épiceries populaires mais leurs prix, et ce sont les secteurs populaires qui subissent le plus cet impact.

Toute l’organisation mise en place pour garantir l’arrivée des aliments subventionnés aux quartiers populaires fait partie de la lutte contre le blocus étasunien contre l’économie vénézuélienne: des attaques ont été menées contre des bateaux important les aliments destinés aux CLAPs et contre les comptes bancaires utilisés pour payer ces achats. L’objectif est d’asphyxier le pays.

A “Lutteuses de la Patrie”, de même que dans la plupart des expériences d’organisation, se crée quelque chose de stratégique: une communauté humaine. C’est une des formes de résistance invisible, une possibilité de résister aux assauts qui ont pour objectif non seulement de renverser un gouvernement mais aussi et surtout tout un processus profond, celui qu’a mis sur pied un sujet historique dont l’identité politique est le chavisme.

« Chávez t’a ouvert les yeux tout grands et plus personne ne te trompe, avant personne ne connaissait ses droits et maintenant chacun prend la parole, sinon je ne serais pas là en train de te parler, je n’oserais pas » dit Luisa, avec la force caraïbe dans chaque mot.

Photos: Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201907121087994411-casas-de-alimentacion-venezolanas-la-ultima-trinchera-contra-el-bloqueo-de-eeuu/

Traduction: Thierry Deronne

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Le rusé rapport Bachelet

Par Manuel Cabieses Donoso (1)

Plus martelé qu’une télésérie turque, le Rapport Bachelet sur le Venezuela reprend de A à Z les affirmations du gouvernement étatsunien : les malheurs du peuple vénézuélien sont dus à un gouvernement qui viole les droits humains, le prive d’alimentation et de santé et le pousse à l’exil.

Venant d’une Haute Commissaire des Nations Unies, ex-présidente de la République du Chili, militante du Parti socialiste, ex-détenue politique et fille d’un général constitutionnaliste mort sous la torture, le Rapport Bachelet manque de contexte historique, utilise des informations biaisées fournies par les ONGS d’opposition, et sert une politique qui cherche à étrangler le processus de changement social au Venezuela.

Ce n’est pas que dans ce pays, les droits humains ne sont pas violés. Les protagonistes de son histoire contemporaine se trouvent à la limite de leurs capacités de contrôler le tourbillon que vit le pays. Seul le dialogue -auquel le gouvernement appelle sans relâche- peut sauver le pays d’une guerre civile attisée par l’empire ou d’une agression de la Colombie où neuf bases militaires US sont prêtes à soutenir le fratricide. Le Rapport Bachelet fait omission flagrante des causes de la crise vénézuélienne. Il devient ainsi un outil de plus dans la campagne internationale destinée à faire tomber le gouvernement légitime du Venezuela. Une campagne de plusieurs années qui n’a pas atteint son objectif.

L’histoire ne connaît pas de « dictature » aussi particulière que celle du Venezuela. L’opposition compte plus d’une dizaine de partis légaux, possède de nombreux moyens de communication écrits et audiovisuels, contrôle l’Assemblée nationale, convoque des manifestations publiques quand elle en a envie, reçoit de nombreux financements étrangers et jouit du droit constitutionnel -qu’elle refuse d’exercer- de révoquer le mandat présidentiel au moyen d’un plébiscite. Les dirigeants les plus radicaux de l’opposition proclament par l’intermédiaire de la chaîne CNN et d’autres médias internationaux, la nécessité de faire tomber la « dictature » par n’importe quel moyen, y compris par une invasion des Marines US. De plus, l’opposition possède, depuis six mois, un président-fantoche reconnu par une cinquantaine de gouvernements bien qu’il ne commande même pas dans la rue où il habite.

Le gouvernement du président Maduro ne peut être accusé de rester impassible devant les atteintes aux droits humains que commettent les organes policiers. Près de 400 fonctionnaires des Forces d’Actions Spéciales (FAES) sont actuellement jugés pour ces délits. De même, le gouvernement a été le premier à réagir lors de la mort de l’ex-capitaine de corvette Rafael Acosta, le cas de torture le plus exploité ces derniers jours. Les auteurs de cet homicide ont été arrêtés : il s’agit d’un lieutenant et d’un sergent de la Garde nationale bolivarienne. Il n’y a pas de crime plus détestable que les sévices commis par des agents de l’État sur des hommes et des femmes sans défense. Nous les Chiliens le savons bien pour avoir souffert d’horribles tortures pendant la dictature. Aujourd’hui encore, des compatriotes sont victimes d’excès policiers rarement punis.

J’ai confiance dans le fait que le gouvernement bolivarien persistera dans ses efforts de contention des débordements répressifs des corps policiers. Le Rapport Bachelet est une manière trompeuse d’esquiver la responsabilité des Nations unies dans le drame que les États-Unis ont créé au Venezuela. Peu ou rien n’a fait l’Organisation mondiale pour empêcher l’objectif étatsunien de s’approprier à tout prix le pétrole et d’autres richesses du Venezuela. Face à sa décadence, l’empire donne des coups mortels pour assurer son accès à des sources d’énergie. L’Irak, la Syrie, la Libye, l’Afghanistan -et maintenant le blocus et les menaces de bombardement de l’Iran- constituent le moule de ce qui attend le Venezuela si son peuple et ses forces armées vacillent dans la défense de la patrie.

Le Rapport Bachelet fait table rase du dépouillement de milliards de dollars dont souffre le Venezuela à cause du blocus financier qui l’empêche d’acheter les aliments et les médicaments dont le peuple a besoin. Des millions de Vénézuéliens émigrent à la recherche de meilleures conditions de vie. Ils appartiennent à la vague migratoire qui secoue le monde suite aux attaques de l’empire envers la souveraineté des nations. En Amérique centrale, les migrants frappent aux portes hermétiques des États-Unis et poussent le gouvernement démocratique du Mexique à réprimer les paysans migrants du Honduras, du Nicaragua, du Salvador et du Guatemala. En Méditerranée, les tentatives désespérées des migrants africains pour traverser la mer vers l’Europe provoquent des milliers de morts parmi lesquels plus de 3 000 enfants.

Le Rapport Bachelet contribue au dessein impérial de faire se rendre par la faim une nation qui a choisi l’indépendance, comme l’avait tenté le président Salvador Allende au Chili. Ce n’est pas la première fois que Bachelet est impliquée dans des manœuvres troubles. Son second gouvernement avait promu en 2017 la création du Groupe de Lima pour seconder l’agression US contre le Venezuela. La même année, elle avait accepté l’Opération Ouragan, un montage des services de renseignement policiers pour accuser des responsables du peuple mapuche de « terroristes » et défendre ainsi les intérêts des entreprises forestières et électriques qui sont harcelées par l’indomptable résistance du peuple indigène.

Aujourd’hui, son pari est plus ambitieux. Mais, comme les antérieurs, ce mauvais coup se terminera par un échec.

Juin 2019

M.-Cabieses-3-e1473711832773

(1) L’auteur: le journaliste chilien Manuel Cabieses Donoso a été longtemps le directeur de la prestigieuse revue Punto Final dont il raconte l’histoire dans son livre “Punto Final. Autobiographie d’un rebelle”. Détenu par la dictature de Pinochet durant deux ans, exilé à Cuba, il rentre dans son pays en 1979 où il vivra clandestinement jusqu’en 1989. Ex-secrétaire général du Collège Chilien des Journalistes, ex-dirigeant de la Fédération Latino-américaine des Journalistes (FELAP), Cabieses a reçu de nombreux prix internationaux et au Chili, en 2019, le Prix National du Journalisme.

Source : https://www.puntofinalblog.cl/blog/el-ma%C3%B1oso-informe-bachelet

Traduit par Jac Forton

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“Patience dans les collines”, le nouveau documentaire de TERRA TV (Venezuela, juillet 2019)

Synopsis: Patience dans les collines” raconte comment les communard(e)s de Villa Nueva, dans l’état de Lara au Vénézuéla, décidèrent d’occuper et de cultiver les 186 hectares d’une plantation de café. En à peine 5 mois celles et ceux que méprisaient les grands propriétaires et certains fonctionnaires publics ont donné à ces terres un visage nouveau. Une lutte en forme d’école populaire dans un Vénézuela inconnu du monde. 

Espagnol sous-titres français. Durée: 18 minutes. Enquête et réalisation: Betzany Guédez. Assistant du son: Yoneider Garcias. Production et montage: Terra TV, juillet 2019.

Betzany Guedez, réalisatrice et formatrice de Terra TV, en plein tournage de « Patience dans les collines »

Patience dans les collines” est la 55ème production de Terra TV. Pour celles et ceux qui découvrent ce projet en cours de route et nous demandent comment y participer, voici deux moyens de le faire :

  • Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail: contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).
  • Vous pouvez aussi donner du petit matériel audiovisuel ou informatique :

– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme au Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

D’avance, merci pour votre aide !

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« Nous, les vénézuéliennes, ne reviendrons jamais à la soumission ! »

Yirley Rodriguez

La vénézuélienne Yirley Rodríguez Naranjo est une militante du collectif Cimarrón engagé dans la révolution bolivarienne et dans la lutte féministe. Elle nous parle des droits conquis par les mères et les femmes au foyer, du travail en commun avec les colombiens déplacés et les brésiliens du Mouvement des Sans Terre, dans la lutte pour une vie digne. Interview réalisée par Fabian Perlini, publiée dans le numéro sur la grève des femmes du 14 juin 2019 de «vorwärts» (en avant!), le journal socialiste suisse, www.vorwaerts.ch

Qu’est-ce que le « Collectif Cimarrón », peux-tu nous parler du travail de ce groupe ?

Cimarrón est une organisation sociale de femmes et d’hommes qui fait partie du mouvement populaire vénézuélien. Il est né en 2005 dans la ville de Maracaibo, dans l’État du Zulia. C’est un territoire limitrophe de la Colombie, qui a conféré au collectif Cimarrón ses caractéristiques de lutte – comme faire face aux agressions permanentes du paramilitarisme colombien, au déplacement forcé de la population colombienne par la guerre, à la guerre de guérillas, mais aussi construire la relation des peuples frères de Colombie et du Venezuela dans une lutte commune.

Cimarrón est né à la chaleur de la révolution bolivarienne, dans les luttes des étudiants universitaires et dans la construction d’un État communal : des jeunes s’organisent pour construire des conseils communaux et des communes, à travers la création et le développement d’une méthode de formation avec les communautés, la lutte politique féministe et l’action culturelle dans la rue. Pendant ces 13 années, Cimarron a développé un travail de base pour féconder la révolution culturelle, la révolution féministe, la révolution socialiste.

Tu travailles avec les Travailleurs sans Terre du Brésil. Comment cela s’est-il produit ?

Le collectif Cimarrón a rencontré le Mouvement des Sans Terre (MST) du Brésil, par l’étude des mouvements sociaux de Notre Amérique, et aussi par le travail que la brigade internationaliste Apolonio de Carvalho (délégation du MST au Vénézuéla, à la suite d’un accord passé avec le président Chavez) mène ici pour appuyer les processus d’unité du mouvement populaire, de formation politique avec ceux qui militent dans la révolution bolivarienne. Nous donnons la même importance que les brésiliens au travail de base et de formation au-delà des conjonctures, et c’est ce qui nous a amenés à fraterniser. Nous avons construit une idée qui est celle d’une école de formation politique marxiste, qui développe la méthode du matérialisme historique dialectique recréé par Paulo Freire dans l’éducation populaire. Une école des et par les mouvements sociaux.

Au cours de l’année 2016 et 2017, la compagne Luisa du Collectif Cimarron a assumé la responsabilité de l’école et depuis 2018, j’assume la tâche de coordonner l’école au nom du collectif, l’idée est de faire tourner cette tâche, pour que l’expérience aboutisse à former des militant(e)s dans le domaine de la coordination et du développement de la méthode (1).

Quelle est la signification de la lutte des femmes dans la situation actuelle au Venezuela ?

Les femmes du monde du travail se sont construites comme le sujet politique qui fait preuve de la plus grande participation à la base et à la direction de la révolution bolivarienne. Puisque cette révolution est une proposition politique de justice sociale pour les opprimés, les exploités et les démunis, les femmes la comprennent comme une stratégie d’émancipation définitive des systèmes d’oppression capitaliste, patriarcale, raciste et colonialiste qui placent les femmes au centre de toutes les agressions. Ainsi, les femmes se constituent en peuple chaviste, c’est-à-dire comme militantes, militantes, créatrices, productrices de la lutte politique pour construire le pouvoir populaire contre le pouvoir de l’état ancien, bourgeois, machiste, raciste, colonial et de masse, et se sont organisées dans les différentes structures qui ont été créées comme celle du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), celle de l’Etat communal dans les conseils communaux et les communes, ainsi que les missions sociales créées pour résister au blocus immoral que les Etats-Unis ont imposé au Venezuela: comme les CLAPS (Comités Locaux de Production et d’Approvisionnement).

Une des femmes des quartiers populaires qui ont défendu la frontière du Venezuela face aux assauts paramilitaires, le 23 février 2019. Voir « Le peuple bolivarien inflige une nouvelle défaite aux médias occidentaux » https://wp.me/p2ahp2-4wb

Les femmes chavistes d’aujourd’hui sont en pleine résistance contre l’ingérence et le blocus imposés par les États-Unis, par exemple lors de la bataille des ponts du 23 février 2019 à la frontière entre la Colombie et le Venezuela où les paramilitaires et la CIA épaulèrent l’autoproclamé Guaido dans l’entrée en force d’une pseudo « aide humanitaire » comme prétexte de l’invasion. Les femmes se sont rassemblées à la frontière pour la défendre contre l’invasion étrangère, ce sont elles qui ont défendu en nombre la souveraineté et l’intégrité territoriale, avec la force d’une peuple féminin chaviste prêt à donner sa vie pour défendre les droits et le pouvoir déjà conquis. Et ce n’est pas un slogan: l’article 88 de la Constitution Bolivarienne du Venezuela prévoit des droits historiques tels que la reconnaissance de la valeur économique du travail domestique comme production de richesse, ce travail que les femmes accomplissent gratuitement depuis des siècles en tant qu’esclaves du patron et de la famille. Comme beaucoup d’autres droits à présent inscrits dans la Loi Organique du Travail, le congé postnatal de 6 mois, la réduction de la journée de travail avec le même salaire pour la protection de l’allaitement maternel, l’interdiction de licenciement dans les deux années post-accouchement pour le père et la mère.

Ces droits nouveaux qui portent par exemple sur les rapports de production au travail, ont été construits dans plus de 60 assemblées de femmes organisées en 2011, auxquelles j’ai eu l’honneur de participer, nous avons participé, discuté et débattu des contradictions rendues visibles, je me souviens qu’une compagne avait dit que le patron allait se fâcher parce que nous ne travaillerions que 4 heures après l’accouchement et qu’ils n’allaient plus donner de travail aux femmes, ce qui a enflammé le débat: une autre a répondu que l’employeur avait plus besoin de nous que nous de lui, que dans le socialisme on doit respecter les heures d’allaitement comme un acte de souveraineté alimentaire pour ne pas donner plus ces produits Nestlé qui rendent malades les enfants, que tout cela serait un coup d’arrêt porté au machisme patronal et aux transnationales de l’alimentation. C’est ainsi que s’est forgée la compréhension du triple temps de travail imposé aux femmes et de comment une Loi Organique se devait d’éliminer cette triple exploitation.

C’est ainsi qu’au Venezuela, la femme s’est configurée en sujet politique : dans le débat, dans la contradiction qui n’est plus passée sous silence, dans la reconnaissance du nous, dans le sentiment d’être fortes, actrices directes, courageuses de l’Histoire. Plus jamais la vénézuélienne ne reviendra à la soumission dont elle a été l’objet. Certaines personnes critiquent le fait que des femmes passent toute la journée dehors dans la rue, hors de chez elles, qu’elles perdent leur temps dans le parti, dans le conseil communal, au centre de soins, dans la manif, dans la remise des colis d’aliments du CLAP, qu’elles négligent leurs familles, qu’elles cherchent un amant, qu’elles sont devenus folles, que les valeurs sociales se perdent. À ces critiques, nous répondons que, oui, nous sommes devenus folles d’amour pour le peuple, que oui, se perdent les anti-valeurs que nous imposaient des racistes, des machistes: celles de l’obéissance, de la soumission, et que se construisent les valeurs de la solidarité, du travail socialiste et du respect, que se construisent des relations sociales féministes et socialistes parce que jamais nous ne redeviendrons, ni aucune femme émancipée, les esclaves du travail domestique gratuit ou des relations privées ou publiques violentes au nom de mensonges comme la liberté individualiste du capitalisme ou l’amour romantique.

Source : https://www.vorwaerts.ch/feminismus/wir-frauen-werden-nie-wieder-in-die-unterwerfung-zurueckkehren/

Merci à Natalie Benelli

Traduction: Thierry Deronne

Note: (1) dans cette vidéo réalisée par Terra TV sur un des ateliers de cette école, Yirley Rodriguez nous explique en détail cette méthode de formation des mouvements sociaux :

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Terra TV, la télévision paysanne qui ne cesse de grandir

Nous remercions pour leur générosité et leur engagement les 150 donatrices et donateurs qui ont permis d’atteindre l’objectif de créer Terra TV via HelloAsso et France-Amérique Latine Bordeaux. Vous avez donné vie à notre télévision paysanne ! « Revenir » (« Volver« , 20 min, ST FR) est la cinquante-quatrième production de Terra TV en à peine dix mois d’existence.

Synopsis: sur les terres denses de Boconoito, les paysan(ne)s enseignent aux enfants pourquoi sortir de la monoculture et comment aimer les semences. Il y quelques années la compagne Ana Moraes, membre de l’équipe des Sans Terre du Brésil au Venezuela, nous disait : « au fond, tout est un problème de civilisation ». La question-clef  pour construire la justice sociale, la souveraineté alimentaire, l’identité culturelle, reste : comment équilibrer le fast-food urbain avec le temps paysan ? “Revenir” est ce temps retrouvé, trop longtemps repoussé. Enquête: Betzany Guedez. Réalisation: Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera. Durée: 20 min. HD. Production: Terra TV, Venezuela 2019.

En juillet 2019 nous diffuserons d’autres reportages et deux documentaires: l’un sur une commune paysanne occupant une plantation de café abandonnée dans les montagnes de l’état de Lara; l’autre sur des paysans qui résistent aux menaces d’expulsion d’un océan de terres improductives du Hato Las Mercedes, dans l’état de Barinas.

Diffusées sur les ondes hertziennes, la télévision numérique et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des vidéoprojections au sein des organisations de base, les images de Terra TV ont pour effet de multiplier les demandes d’atelier de formation audiovisuelle, et les invitations à filmer partout, sur le terrain, les luttes et les expériences agroécologiques.

Pour celles et ceux qui découvrent Terra TV en cours de route et nous demandent comment continuer à faire grandir ce projet, voici deux moyens de le faire :

– Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail : contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).

– Vous pouvez aussi nous envoyer du petit matériel audiovisuel ou informatique :
– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme dans tout le Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

Dans l’atelier de Terra TV, le compagnon Victor Hugo Rivera fait feu de tout bois.

Ci-dessus: la lutte des paysan(ne)s du Hato Las Mercedes, mai-juin 2019, filmée par Victor Daniel Rivera, Betzany Guedez et Jorge Henriquez, prise de vues au smartphone et prise de son au Tascam, matériel donné par la solidarité suisse (gracias à Amanda Ioset, Laura Florez, Natalia Benelli et Leonardo Schmidt !)

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Le pouvoir constituant se mobilise pour le logement populaire

Le Venezuela est un pays hautement polarisé. La politique s’éveille chaque matin dans les conversations, dans les transports en commun, autour des kiosques à journaux, dans les bars, dans les écoles, dans la rue, au boulot… partout. Au coeur de cette politisation, le phénomène citoyen du chavisme compte vingt ans d’existence. Son sujet social, enraciné dans les quartiers populaires des 80% de la population, reste invisibilisé par les médias privés nationaux (majoritaires) et internationaux. Seule a droit de cité médiatique la minorité de classe moyenne et haute qui manifeste, souvent avec violence, son refus des verdicts électoraux et rêve encore d’un débarquement de marines, d’un coup d’Etat à la Pinochet, et d’un nouveau Plan Condor pour “nettoyer” définitivement le pays. Comme ces manifestant(e)s des quartiers aisés sont le seul “peuple” admis à la télé, on comprend que les visiteurs étrangers soient surpris de découvrir la réalité sociale du Venezuela. Telle la mobilisation citoyenne du 18 juin 2019, arrivée aux portes de l’Assemblée Constituante, en plein coeur de Caracas, pour défendre une nouvelle loi sur le logement populaire.

Alors que la “Gran Mision Vivienda”, créée par le président Chavez avec l’objectif de construire des logements bon marché (50 % du prix du secteur privé) pour les secteurs populaires, vient d’atteindre la barre de deux millions 694.185 mille logements en juin 2019 (avec près de 12 millions de bénéficiaires) et garde le cap sur l’objectif de 3 millions de logements, un collectif de 400 personnes est venu demander à ses député(e)s un droit de parole dans l’hémicycle. Dans quel but ? Présenter une loi sur la production autogérée d’habitats et de logements populaires.

« Renforcer les capacités des populations à produire et à reproduire leur vie, c’est cela, l’autogestion » expliquent dans leur manifeste plus de 30 organisations, dont le Mouvement des Habitant(e)s et les Assemblées Vivre au Venezuela. Le collectif a dû faire le tour de plusieurs entrées des bâtiments de l’Assemblée Constituante avant d’être reçu par le député Ricardo Molina, ancien ministre du Logement et de l’Habitat, des Transports et Travaux publics, qui était sorti leur parler à l’angle de la place Bolivar. Molina s’est engagé à travailler sur la loi, d’abord dans les commissions, pour la présenter ensuite en assemblée plénière.

Ce projet de loi a été présenté il y a deux semaines lors d’une mobilisation semblable. Aujourd’hui, l’objectif est d’accélérer le débat. Vu le contexte qu’affronte la nation, la proposition des organisateurs(trices) est de renforcer les organisations du pouvoir populaire, en particulier sur l’axe du logement.

« Beaucoup de progrès ont été réalisés au cours de toutes ces années avec la Grande Mission du Logement au Venezuela, le quartier populaire a été reconnu et revendiqué, ainsi que les habitant(e)s exclus et rejeté(e)s dans la périphérie urbaine. Nous comprenons qu’il reste encore un long chemin à parcourir. Nous voulons réaliser de nos propres mains la reconstruction territoriale de notre habitat : logement, zones récréatives, espaces socio-productifs. À notre Assemblée Nationale Constituante, nous proposons d’autogérer nos maisons, avec des outils et des matériaux fournis par l’Etat” nous explique Irma Pacheco tandis que la mobilisation avançait sur les trottoirs de l’avenue Universidad.

Dans le communiqué accompagnant la présentation du projet de loi, les organisations précisent: “Il y a une expérience sans précédent reconnue aux niveaux national et international: à ce jour 37% des maisons construites par la “Grande Mission Logement” ont été construites par des organisations populaires sous différentes modalités de gestion. C’est une grande école.” C’est à partir de cette expérience que l’idée est de faire avancer le débat sur la loi, sans plus retarder son approbation.

Habitad-20-300x168Habitad-5-300x168Source: http://www.crbz.org/en-defensa-de-la-vivienda-popular/

Traduction: Thierry Deronne

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La commune « Che Guevara », une expérience d’auto-gouvernement au Venezuela

S’il n’y a pas de café pour tous, il n’y aura de café pour personne”. La phrase est attribuée à Ernesto “Che” Guevara, dans les premières années de la révolution cubaine, quand on lui tendit une tasse au cours d’une réunion. Refus des privilèges jusque dans ses moindres détails. La conscience du collectif. Tou(te)s ou personne. Sur les collines touffues des hauteurs de Tucaní, chef-lieu du municipe Caracciolo Parra Olmedo, Mérida, cette phrase du Che résonne pratiquement. Non seulement parce qu’il y a du café pour toute la commune, au point d’en user comme monnaie d’échange, mais surtout parce que les prémisses des communard(e)s se basent sur la même aspiration à vivre mieux, dans un projet collectif qu’ils construisent depuis quelques années et continuent à défendre au milieu des difficultés auxquelles est soumis le pays.

Dans la Commune Che Guevara vivent 1600 familles, quelques 6000 personnes, organisées en 12 conseils communaux. La population élit deux représentants par conseil communal pour le parlement communal. Même si la légalisation s’est formalisée en 2013, cette organisation se construit depuis les 2008 et 2009 quand, avec le mouvement social et politique Corriente Révolutionnaire Bolivar et Zamora, les habitant(e)s ont établi la planification territoriale des communes, un plan toujours actuel et qui vise la construction d’une cité communale.

Le gouvernement des Etats-Unis nous assiège, désinforme sur notre processus révolutionnaire. Pas seulement sur ce que fait notre gouvernement mais aussi sur le travail que nous menons dans les communes, dans les conseils paysans, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs)explique Cati Lobo, communarde et militante de la “Corriente”.

Ecoles, lycées, dispensaires et, principalement, production. Une des forces majeures tient dans la capacité productive de la commune. Dans les zones de moindre altitude, on observe des plantations de banane à cuire, de potiron, de yucca (manioc). A mesure qu’on gravit les collines, apparaissent en quantité des hectares d’ananas, d’orange et de citron. 15 camions d’ananas, quelques 450 tonnes sont produites chaque semaine aux moments de plus forte production. Et chaque semaine un camion de citron et d’oranges, parmi d’autres exemples.

La commune compte plusieurs entreprises familiales mais le bastion productif est le café et le cacao. La fierté de la commune, ce sont l’entreprise “Che Guevara 2021” qui produit, traite et distribue le cacao et dans une moindre mesure le café, ainsi que la Coopérative Colinas del Mirador (COLIMIR), productrice et distributrice de café.

La commune impulse l’échange de production en interne, avec d’autres communes, des privés, et l’Etat. Dans ce circuit intérieur on utilise le café comme moyen de paiement. Les prix de plusieurs produits se mesurent en kilos. Dans cette municipalité relativement proche d’une vaste zone frontalière qui s’étend économiquement de jour en jour (où domine le peso colombien), en pleine guerre économique que subit le pays et qui affecte entre autres la monnaie nationale, l’équivalence du café est une alternative inventée par les habitants.

Les entreprises de propriété sociale ne se concurrencent pas, elles pratiquent des prix unifiés. Avec d’autres communes on échange différents types d’aliments (viande, pâtes, riz) contre du café et du cacao. Même les uniformes scolaires s’échangent lors de journées organisées par les différents conseils communaux. Cette pratique est si courante que COLIMIR utilise une monnaie propre pour ses échanges avec des producteurs associés: le “Cafeto”, équivalent d’un kilogramme étalonné physiquement en sacs de café que la coopérative garde dans ses dépôts.

Pratiques et créations du peuple dans ses batailles quotidiennes pour affronter la guerre économique déployée par les Etats-Unis et ses alliés locaux. Ces derniers ont organisé des violences à Tucaní à la fin de février 2019: les “guarimbas” (violences d’extrême droite) ont obligé les conseils communaux à renforcer les conditions de sécurité pour empêcher le retour de telles actions. La défense territoriale de la commune est assurée par des brigades de défense populaire. “Les organisateurs de guarimbas ne peuvent être nos porte-paroles” affirme un boulanger qui possède un commerce face à la Place Bolívar, place nettoyée et reconstruite lors des journées de travail volontaire réalisées les samedis.

Les communes sont un des héritages les plus importants en termes d’organisation construits par la révolution bolivarienne. Organisation des gens visant à résoudre les problèmes quotidiens et à construire un pouvoir ascendant pour construire la nouvelle société. Comme l’explique Cati Lobo: “C’est le peuple qui impulse les communes. C’est le peuple, les bases citoyennes, qui s’approprient le projet communal et travaillent le plus dans ce sens. Ces efforts et ces initiatives ont permis d’arriver à ce que nous voyons aujourd’hui. Nous voulons détruire l’Etat ancien. Si nous ne croyons pas en notre propre pouvoir, si nous n’en faisons pas un précédent, on ne nous reconnaîtra pas. Nous sommes appelé(e)s à chercher les formes et les alternatives. Avancer vers l’auto-gouvernement, c’est un défi qui n’a rien de facile. Pour le relever, nous avons besoin de force et de conscience.

Source : Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Traduction: Thierry Deronne

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