Crier au loup à propos de « fraude électorale » ? OK pour le New York Times… si les cibles sont des ennemis officiels, par Alan MacLeod (FAIR)

Le refus catégorique de Donald Trump d’accepter ce qui semble être une défaite électorale inévitable et de plus en plus écrasante a fait craindre à juste titre à de nombreux médias les répercussions politiques d’une telle décision, certains tirant la sonnette d’alarme sur un éventuel coup d’État aux États-Unis. (e.g., Salon11/11/20Washington Post11/12/20Guardian11/13/20New Republic11/13/20).

Une vache sacrée de la presse états-unienne comme le New York Times, a pris la tête des condamnations, accusant le président de « vandaliser notre pays » (11/11/20), le diagnostiquant comme un narcissique et un sociopathe, et citant ses tentatives de s’accrocher au pouvoir comme « un renoncement brutal à la démocratie américaine ». (11/11/20).

NYT: Trump’s Post-Election Tactics Put Him in Unsavory Company

Le New York Times (11/11/20) déclare que Donald Trump agit comme le président vénézuélien Nicolás Maduro en « refusant de concéder la défaite et en lançant des accusations infondées de fraude électorale » – même si c’est l’opposition vénézuélienne qui a refusé de concéder la défaite et a fait des allégations douteuses de fraude.

Andrew Higgins, chef du bureau du Times à Moscou (11/11/2011/12/20) a été le dernier collaborateur du journal à dénoncer Trump, affirmant que « nier la défaite, invoquer la fraude et utiliser la machine gouvernementale pour inverser les résultats des élections sont les outils traditionnels des dictateurs » tels que Robert Mugabe du Zimbabwe, Slobodan Milosevic de Serbie et Nicolás Maduro du Venezuela.

Pour Higgins, Trump a effectivement « brisé la tradition démocratique de base » des États-Unis, en la faisant passer du « monde libre » au royaume des États tyranniques auxquels les États-Unis se sont si longtemps opposés au nom de la démocratie et des « élections libres ». (En réalité les Etats-Unis fournissent l’aide militaire aux trois quarts des dictateurs du monde, bien que les médias privés utilisent ce mot presque exclusivement pour désigner les politiciens Washington n’aiment pas, Fair.org 4/11/19.)

Bien sûr, a concédé Higgins, Trump n’est pas aussi mauvais que Milosevic ou Maduro, et « n’a pas à s’inquiéter d’être accusé de crimes de guerre et de génocide, comme l’était M. Milosevic ». Cela peut être une nouvelle pour les populations du Yémen, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie ou de toute autre nation que Trump a personnellement ordonné de bombarder, ou pour les pays dont les diplomates qu’il avait assassiné, ou au presque quart de la population mondiale qui subit les sanctions mortelles des Etats-Unis.

Higgins a affirmé que, comme Trump, Maduro « a frauduleusement fabriqué une victoire dans une élection de mai 2018 », une affirmation qui a aussi peu de fondement dans la réalité que la prétention de Trump d’avoir réellement remporté la course présidentielle de 2020. Contrairement aux États-Unis, l’élection vénézuélienne a été marquée par un vote effectué dans les temps, avec des machines de vote ultra-modernes qui ont été surveillées par des centaines d’éminents observateurs internationaux, dont les rapports attestent de la propreté du processus (FAIR.org5/23/18). Maduro a remporté plus de 4 millions de votes de plus que son plus proche concurrent – un résultat peu surprenant (PAP5/20/18), en raison d’un boycott généralisé du scrutin et d’une division du vote de l’opposition restante entre deux candidats.

AP: Maduro favored as Venezuelans vote amid crisis

La réélection du président vénézuélien Nicolás Maduro était très attendue (AP5/20/18)-mais après le vote, la matrice médiatique a martelé que sa victoire ne pouvait s’expliquer que par la fraude.

Après cette élection, cependant, l’opposition de droite soutenue par les États-Unis a crié à la fraude et a tenté de renverser le gouvernement à plusieurs reprises, en utilisant des tactiques qui ne sont pas différentes des manœuvres post-électorales de Trump. Pourtant, Higgins s’est prononcé en faveur de Trump pour avoir sanctionné le Venezuela (des actions qui ont causé la mort d’au moins 100,000 personnes, selon un rapporteur spécial américain des Nations Unies), et pour la reconnaissance du president auto-proclamé Juan Guaidó comme dirigeant légitime. Une récente enquête d’opinion a révélé que Mr. Guaidó ne bénéficiait du soutien que de 3 % des Vénézuéliens – et ce, avant le désasstre de son invasion mercenaire ratée dans le style de la “Baie des Cochons”.

Ainsi, pour le Times, crier à la fraude électorale puis mettre en scène un coup d’État est mauvais car c’est ce que font les dictateurs – à moins que les États-Unis ne fassent des allégations douteuses de fraude électorale contre des ennemis officiels, auquel cas c’est une pratique honorable. Tel est le monde confus des experts des médias d’élite.

Depuis que le Venezuela a voté à gauche en 1998, le Times a préconisé le renversement du gouvernement vénézuélien. Son comité de rédaction a appuyé le coup d’État éphémère contre le président Hugo Chávez en 2002, allant jusqu’à affirmer qu’un tel événement n’avait même pas eu lieu. Avec la démission hier du président Hugo Chávez, la démocratie vénézuélienne n’est plus menacée par un apprenti dictateur. M. Chávez, un démagogue ruineux, s’est retiré après l’intervention des militaires et a remis le pouvoir à un chef d’entreprise respecté, Pedro Carmona.

Ainsi, Times (4/13/02) a écrit que Carmona licenciait tous les élus et se donnait le pouvoir suprême de gouverner par décret. Une étude FAIR 2019 sur le Venezuela (4/30/19) a constaté que Times avait publié 22 articles favorables au changement de régime sur une période de trois mois, et aucun qui s’opposait à la destitution du gouvernement démocratiquement élu.

Pas de coup d’État, juste une « surprise ». 

Les actions de Trump reflètent également celles de l’aile droite soutenue par les États-Unis en Bolivie, qui a clairement perdu les élections en octobre dernier, pour ensuite crier à la fraude et lancer un coup d’État réussi contre le vainqueur légitime, le président Evo Morales, un autre leader socialiste devenu figure de la haine dans les médias privés (FAIR.org4/11/19).

NYT: Evo Morales Is Gone. Bolivia’s Problems Aren’t.

Selon un éditorial du New York Times (11/11/19), chasser le président bolivien qui venait d’être réélu avec une marge de plus de 10 points de pourcentage était « la seule option restante ».

Alors que la sénatrice d’extrême droite, la raciste Jeanine Añez (qui ne s’est même pas présentée à la présidence, et dont le parti n’a obtenu que 4 % des voix) commençait à ordonner les rafles de journalistes et à superviser des massacres d’opposants, Times était en extase. Refusant à nouveau d’utiliser le mot « coup d’Etat » pour décrire les événements (FAIR.org11/11/19), son comité de rédaction (11/11/19) a décrit Morales comme un populiste « arrogant » qui « a effrontément abusé de son pouvoir », « a perdu sa légitimité » et « a écrasé toute institution » à sa manière. Le comité l’a accusé de présider une élection « très louche », citant une déclaration de l’Organisation des États américains (OEA) qui parlait de « manipulation évidente » des votes. Times a également applaudi la droite pour « le respect des règles et des institutions démocratiques ». Cela a apparemment forcé Añez à prendre le pouvoir… à cause d’un « vide de pouvoir ».

Le même jour, Times a publié un article d’opinion (11/11/19) intitulé « Comment l’ambition d’Evo Morales a contribué à sa chute », qui écartait d’emblée l’idée qu’il s’agissait d’un coup d’État, malgré le fait que l’armée a littéralement placé le cordon présidentiel autour du cou d’Añez.

Comme c’était évident à l’époque (CounterSpin11/21/19), les affirmations de l’OEA avaient autant de substance que les fantasmes de Trump sur la fraude électorale à l’échelle nationale. Ce n’est que sept mois plus tard – bien après que la poussière soit retombée et qu’Añez fut installée au pouvoir – que le Times (6/7/20) a reconnu que le rapport de l’OEA était défectueux. Mais même après cela, il a continué (9/17/20) à apporter de l’eau au régime d’Añez, prétendant par euphémisme qu’elle était arrivée au pouvoir de façon « surprenante » après une élection « chaotique » et qu’elle avait présidé une « année orageuse au pouvoir ».  Il s’agit d’une description peu utile d’une dirigeante qui est arrivée au pouvoir par un coup d’État militaire et qui a supervisé les fusillades de ses opposants politiques, et que seul un soulèvement national a finalement forcée à concéder une défaite électorale, qui a montré combien son pouvoir était rejeté par la population.

Imaginez que vous essayez de décrire un éléphant sans jamais utiliser le mot « éléphant ». Seuls des écrivains au talent prodigieux pourraient le faire de manière convaincante. De même, s’abstenir d’utiliser le mot « coup d’Etat » là où il est évidemment approprié demande un effort énorme, mais cela semble être la politique de Times, le mot apparaissant à peine en un an de couverture, sauf comme accusation dans la bouche des partisans de Morales (FAIR.org11/11/197/8/2010/23/20), un homme longtemps diabolisé comme un autoritaire. En écrivant sur le coup d’État, il est difficile d’éviter la répétition constante de ce mot dans chaque paragraphe, donc ne pas le mentionner du tout est un sérieux exploit.

Bien que Morales est rentré en Bolivie la semaine dernière après l’élection écrasante qui a chassé Añez et a vu le retour en force du Mouvement vers le Socialisme (MAS), Times (11/9/20) tentait encore de dissimuler le fait du coup d’État, moquant la « tentative ratée de Morales pour garder le pouvoir » qui « a déchiré la nation et l’a envoyé en exil ». Le retour de Morales, a informé Times à ses lecteurs, des Boliviens « inquiets », qui étaient « désireux de surmonter les troubles politiques déclenchés par sa tentative de division pour un quatrième mandat présidentiel ». L’aggravation de la tension politique était peut-être davantage liée au coup d’État d’extrême droite, aux massacres qui l’ont suivi, à la répression des médias critiques, à l’expulsion des étrangers et à la suspension des élections et des droits fondamentaux – mais même les abonnés avides de Times n’en sauront rien, à moins de savoir lire habilement entre les lignes.

Les coups d’Etat sont bons, en fait

Le Venezuela et la Bolivie sont loin d’être des cas isolés. De fait, une étude réalisée par Adam Johnson (Truthdig1/29/19) a constaté que le comité de rédaction du New York Times a explicitement soutenu 10 des 12 coups d’État soutenus par les Américains en Amérique latine depuis 1954.

Joao Goulart

Le comité de rédaction du New York Times (5/8/64) sur le renversement par un coup d’Etat militaire du président brésilien démocratiquement élu João Goulart : « Nous ne regrettons pas le décès d’un dirigeant qui s’était montré si incompétent et si irresponsable ».

Par exemple, deux jours après un coup d’État militaire au Brésil qui a mis fin à l’ère réformiste libérale de João Goulart et installé plus de 20 ans de dictature fasciste avec tortures et disparitions, le comité de rédaction du Times (4/3/64) a soutenu la « révolution pacifique » contre un personnage qui « n’avait presque pas de partisans ». Refusant d’utiliser le mot « coup d’Etat », ils ont conclu : « Nous ne regrettons pas la disparition d’un leader qui s’était montré si incompétent et si irresponsable ».

Un mois plus tard, la rédaction (5/8/64) a écrit sur le prétendu « sentiment général de soulagement et d’optimisme » du Brésil, selon lequel le « régime » d’extrême gauche de Goulart était terminé, et a annoncé que la « nation semble avoir aspiré » à un « nettoyage politique » des « extrémistes », tout en applaudissant l’emprisonnement généralisé de fonctionnaires libéraux au motif qu’ils étaient « communistes ».

Et comme dans le cas de Morales, le New York Times (9/12/73) a également blâmé le président chilien Salvador Allende pour son propre renversement en 1973. « Aucun parti ou faction chilien ne peut cacher sa part de responsabilité », écrit-il : Mais une part importante de responsabilité doit être attribuée au malheureux Dr Allende lui-même. Même lorsque les dangers de la polarisation sont devenus indéniablement évidents, il a persisté à impulser un programme de socialisme exacerbé pour lequel il n’avait pas de mandat populaire.

Le comité de rédaction a également éclairé son propre public avec désinvolture, en insistant sur le fait que: rien ne prouve que l’administration Nixon ait sérieusement envisagé les manœuvres à l’encontre du Dr Allende…. Il est essentiel que Washington garde méticuleusement les mains loin de la crise actuelle, que seuls les Chiliens peuvent résoudre. Il ne doit y avoir aucune raison de soupçonner une intervention extérieure.

Or les archives non gouvernementales de la Sécurité Nationale à Washington viennent de publier en novembre 2020 une nouvelle mine de documents concernant les efforts acharnés de l’administration Nixon pour renverser Allende).

En fin de compte, pour le New York Times, la légitimité des fraudes électorales criantes ne repose pas sur le fait qu’elles se soient réellement produites, mais sur leur utilité politique. Si Times dénonce les tentatives de Trump de renverser les résultats de l’élection, lorsqu’il s’agit de pays ennemis, toute accusation, aussi infondée soit-elle, est traitée avec respect et mérite d’être amplifiée. Les gouvernements légitimes qui tentent de se défendre contre les coups d’État antidémocratiques sont accusés de déployer les mêmes tactiques que celui qui veut les renverser.

Alan-MacLeod

L’auteur: @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/crying-wolf-on-election-fraud-is-ok-at-nyt-if-targets-are-official-enemies/

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/24/crier-au-loup-a-propos-de-fraude-electorale-ok-pour-le-new-york-times-si-les-cibles-sont-des-ennemis-officiels-par-alan-mc-leod-fair/

Joe Biden devrait serrer la main de Nicolas Maduro, par Vijay Prashad (Peoples Dispatch)

En juin dernier, Joe Biden, le président des États-Unis en 2021, a envoyé un tweet qualifiant le président vénézuélien Nicolas Maduro et d’autres dirigeants de « voyous et dictateurs ». Cependant, Maduro a largement remporté deux élections pour atteindre ce poste, en 2013 et 2018. Maduro a remporté 67,8 % des voix en 2018, le tiers restant étant partagé entre deux figures de l’opposition, Henri Falcón et Javier Bertucci. La participation à cette élection a été minée par le sabotage des autres partis d’opposition qui ont suivi les instructions de Washington visant à délégitimer le processus politique vénézuélien. Les États-Unis ont promu un coup d’État au nom de la démocratie au lieu de reconnaître que leurs alliés n’avaient tout simplement pas la capacité de gagner la présidence lors des élections.

Les administrations états-uniennes, tant démocrates que républicaines, ont tenté d’employer des méthodes antidémocratiques pour renverser les gouvernements au Venezuela depuis la victoire d’Hugo Chavez en 1998. En janvier 2019, le rapporteur spécial des Nations unies sur l’impact des sanctions, Idriss Jazairy, s’est dit « préoccupé d’apprendre que l’objectif de ces sanctions est un changement de gouvernement au Venezuela », ce qui, selon l’ambassadeur Jazairy, « viole toutes les normes du droit international ». Mais cela ne semble pas avoir d’importance pour Biden, dont le langage libre rappelle l’expression la plus utilisée par Trump : « pays de merde ».

Les Nations unies ont demandé le retrait de toutes les sanctions pendant la crise actuelle. Selon leurs propres termes, « ces sanctions causent la mort de nombreuses personnes en les privant de leurs droits fondamentaux, y compris le droit à la santé, à l’alimentation et à la vie elle-même ».

Tout semble indiquer que la nouvelle administration maintiendra les sanctions punitives contre le Venezuela qui étouffent le pays en pleine pandémie. Le président Maduro, en revanche, est apparu à la télévision pour féliciter Biden et a déclaré que son gouvernement espère « reprendre des canaux de dialogue dignes, sincères et directs » avec la nouvelle présidence. Ce serait une bonne idée que Biden accepte l’offre de Maduro et participe aux pourparlers pour mettre fin aux politiques américaines visant à renverser le gouvernement vénézuélien. C’est la seule option digne qu’il ait.

L’auteur : Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est rédacteur et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017). Il écrit régulièrement pour Frontline, the Hindu, Newsclick, AlterNet et BirGün.

Source : https://peoplesdispatch.org/2020/11/12/joe-biden-should-shake-hands-with-nicolas-maduro/

URL de cet article : https://venesol.org/2020/11/18/joe-biden-nicolas-maduro/

Le gouvernement Maduro inaugure 100 bases de missions socialistes

« Aujourd’hui, nous inaugurons 100 bases de missions socialistes dans 100 localités où vivent les familles populaires, pour servir des milliers d’entre elles, afin que la population sache qu’elle est protégée. Malgré le blocus états-unien nous avons réorganisé ce réseau avec le soutien de la communauté » a expliqué le président Maduro lors d’une évaluation générale avec l’ensemble des ministres concernés, le 10 novembre 2020. « Nous devons gouverner avec le peuple, par le peuple, pour le peuple, c’est ainsi que Chávez l’a conçu« .

Pour accélérer le mouvement face à la détérioration des conditions socio-économiques sous la pression, depuis plusieurs années, de la guerre économique états-unienne, Maduro a également approuvé le budget qui permettra de mener à bien de nouveaux chantiers avec les conseils communaux et les communes avant le 31 décembre. « Nous allons inaugurer 100 autres bases de missions socialistes pour 150000 communautés populaires, nous le ferons malgré le blocus, car c’est comme ça que nous attaquons vraiment la pauvreté. Les grandes missions sociales sont le mécanisme permettant d’atteindre l’égalité, d’éliminer la pauvreté et de maintenir la communication permanente avec la population« , a-t-il précisé.

La base de missions socialistes « Marisela Mendoza de Brito » a été l’une des premières à être inaugurée dans l’État de Miranda : 13 communautés de la municipalité de Charallave en bénéficieront, soit 2026 familles. Dans ce lieu opérera la Mission Barrio Nuevo Barrio Tricolor dont l’objectif est de réparer les maisons ou d’en construire, le Programme de l’accouchement humanisé, les missions sociales éducatives Ribas, Robinson, Foyers de la Patrie et le Mouvement Somos Venezuela.

À San Carlos, dans le secteur de San Ramón, sept nouvelles bases de mission ont été inaugurées, où les patients seront également soignés par la médecine naturelle. Sur place, 1527 familles bénéficieront des services de cette base. De même, la base de missions socialistes « Rosa Inés » a été inaugurée dans le secteur de San Simón, de la municipalité de Maturín (région orientale du pays), pour s’occuper de plus de 3300 familles. La base de mission « Darío Vivas » dans le secteur de Las Majaguas de la municipalité de Juan Germán Roscio activera les espaces éducatifs, la clinique de médecine générale, ainsi que le système « point et cercle » avec un terrain de sport, l’espace préscolaire et Simoncito.

Ces « bases de missions socialistes » sont composées de trois modules à partir desquels sont gérées les missions sociales, programmes publics de protection créés par la Révolution bolivarienne.

En général le premier des modules internes de chaque base sert de logement aux médecins déjà installés dans ces communautés pour y dispenser des soins permanents. Le second est l’espace prévu pour les programmes de formation et les programmes culturels, notamment le Simoncito (enseignement initial), Misión Robinson (alphabétisation), Misión Ribas (enseignement secondaire) et Misión Sucre (enseignement universitaire). Il y a également un espace pour des activités culturelles, des cours, des ateliers, des lectures de groupe, etc. Le troisième module est une clinique de soins primaires dont le personnel est composé de médecins qui vivent dans la communauté. C’est là qu’opèrent les missions Barrio Adentro, le programme de santé de l’État. En bref, il y a trois espaces : le module résidentiel, le module de services et le module éducatif.

Cette campagne de construction de bases a été relancée par le président Nicolas Maduro le 7 juin 2014, après une enquête qui a déterminé qu’il y avait encore 1 500 communautés dans 255 paroisses avec une pauvreté extrême dans le pays.

Plan de relance de la Gran Misión Barrio Nuevo Tricolor

Le président a également ordonné d’accélérer la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (GMBNBT), dont l’objectif est de construire et/ou transformer l’habitat des secteurs populaires au niveau national (cette mission a déjà remis plus de trois millions de logements à très bas prix aux secteurs populaires).

« Je veux un plan spécial pour donner une forte impulsion à cette mission« , a-t-il déclaré depuis le Palais présidentiel, rappelant que « cette mission est un mécanisme pour vaincre la pauvreté et assurer une meilleure qualité de vie » dans le cadre de la lutte gouvernementale contre l’inégalité produite par les sévères restrictions économiques, financières et commerciales imposées depuis 2014 par l’Occident.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/mas-vida/gobierno-entrego-100-nuevas-bases-de-misiones-socialistas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/11/le-gouvernement-maduro-inaugure-100-bases-de-missions-socialistes/

USA/Amérique Latine: le grand air de la « fraude » ou les arroseurs arrosés, par Maurice Lemoine

Depuis plus de trente ans Maurice Lemoine reste fidèle au métier d’informer comme enquête de terrain, aux antipodes du « copier-coller » qui tient lieu aujourd’hui de journalisme. Photos: par 35 mètres de fond, avec les travailleurs de l’Arc minier de l’Orénoque (Etat de Bolivar, Venezuela, 2018). Avec Giorgio Trucchi au Honduras en 2013 pour couvrir la résistance populaire au coup d’État de l’oligarchie contre le président Zelaya. Au Paraguay, en 2012, enquêtant sur un massacre de paysans dans le contexte du coup d’Etat contre Fernando Lugo… ou traversant les lignes des « guarimbas » violentes de l’extrême droite à Caracas en 2017.

Dès le 23 octobre, reçu dans le « Tonight Show » de Jimmy Fallon, sur la chaîne NBC, le sénateur Bernie Sanders, éliminé de la course à la Maison-Blanche car trop « à gauche » pour ses « amis » démocrates, avait prévu la situation. Pandémie de Covid-19 oblige, estimait-il, le vote par correspondance – les « absentee ballots » – allait considérablement augmenter et, en bonne logique, les électeurs démocrates, plus respectueux de la distanciation sociale, favoriseraient ce mode de vote par anticipation. « Pour des raisons que je n’ai pas le temps d’expliquer ce soir, déclara Sanders, vous allez avoir une situation, je suppose, dans des Etats comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et d’autres, où vous allez recevoir d’énormes quantités de bulletins de vote par la poste. Contrairement à des Etats comme la Floride ou le Vermont, ils ne peuvent pas, pour de mauvaises raisons, commencer à traiter ces bulletins avant, je ne sais pas, le jour des élections ou peut-être la fermeture des bureaux de vote. Cela signifie que les Etats vont devoir traiter des millions de bulletins de vote par correspondance. » Dans ces conditions, le républicain Donald Trump pourrait très bien se retrouver en tête des décomptes dans certains Etats, le soir du scrutin, et devancé le ou les jours suivants par son adversaire démocrate Joe Biden, une fois tous les bulletins dépouillés. D’où cette prédiction de Sanders : « A ce moment-là, Trump dira : « Vous voyez ? Je vous avais dit que tout cela était une escroquerie. Je vous avais dit que ces bulletins étaient truqués. Nous ne quitterons pas nos fonctions. » C’est une préoccupation que beaucoup de gens et moi-même avons… Les gens doivent être conscients de cette possibilité. »

Sans lui retirer aucun des mérites que lui reconnaissent ses partisans, on ne qualifiera pas Sanders de « prophète ». Le 30 juillet, invoquant les « risques de fraudes » liés à la mise en place du vote par correspondance, Trump en personne avait annoncé la couleur et évoqué « l’élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l’Histoire ». Ce en quoi il n’innovait guère. En 2016 déjà, à la fin du troisième débat l’opposant à Hillary Clinton, il avait provoqué la stupeur en refusant de s’engager à accepter les résultats du scrutin : « Je verrai en temps voulu », avait- il déclaré.

On ne peut donc mettre les derniers événements sur le compte d’une quelconque improvisation. Le 4 novembre, lors de sa première prise de parole après la fermeture des bureaux de vote, et sans s’embarrasser des quelques millions de bulletins restant encore à dépouiller [1], le président sortant s’est autoproclamé vainqueur en dénonçant que certains Etats aient arrêté de compter les bulletins le temps de la nuit : « C’est une fraude contre le peuple américain. C’est une honte pour notre pays. Nous étions en train de gagner cette élection. Franchement, nous avons gagné cette élection. » Quelques heures plus tard, il dénoncera la dynamique désormais favorable à Biden : « Hier soir, j’avais une bonne avance dans de nombreux Etats décisifs, puis, un par un, ils ont commencé à disparaître par magie avec l’apparition et le comptage de bulletins surprises. Très étrange. »

De là à réclamer la suspension du dépouillement des votes par correspondance, en particulier dans le Michigan, la Géorgie et en Pennsylvanie, il n’y avait qu’un pas, allégrement franchi. Dans une réaction officielle, la directrice de campagne de Biden, Jen O’Malley Dillon, a déclaré scandaleuses, sans précédent et incorrectes les déclarations du président : « Scandaleuses parce qu’il s’agit d’un effort évident pour retirer les droits démocratiques aux citoyens américains. Sans précédent, car jamais auparavant dans notre histoire un président américain n’avait tenté de priver les Américains de leur voix lors d’une élection nationale. » Même la chaîne CNN, à travers ses commentateurs, a jugé la réaction de Trump « contraire à la démocratie ».

Dont acte, aux uns et aux autres. Mais on leur fera remarquer – et pas uniquement à eux ! – qu’ils auraient pu se montrer aussi clairvoyants en octobre 2019 lorsque se produisit le même phénomène en… Bolivie. Le dimanche 20 octobre, le décompte de 84 % des voix donnait au président sortant Evo Morales, candidat à la réélection en représentation du Mouvement pour le socialisme (MAS), une avance de sept points sur son concurrent de droite Carlos Mesa (45,28 % des voix contre 38,16 %), plaçant ce dernier en position de disputer un second tour. Après une interruption nocturne du dépouillement, le décompte du lundi soir changea la donne. Morales devançait à présent Mesa de dix points et, avec 46,8 % des suffrages contre 36,7 %, l’emportait dès le premier tour [2].
Aussi « trumpistes » que Trump, leur grand allié, la droite et l’extrême droite boliviennes, ainsi que quelques renégats censément « de gauche », hurlèrent à la fraude. Chargée d’observer le processus électoral, l’Organisation des Etats américains (OEA), aux ordres et à la botte de Washington, leur vint en aide en dénonçant un « changement inexplicable de tendance ».En fait, comme on l’avait constaté lors des élections précédentes, les zones rurales, indiennes et paysannes, très majoritairement favorables à « Evo », mais dont les résultats arrivaient en dernier du fait des difficultés de communication, avaient fait basculer définitivement le résultat [3].

La suite est connue. Washington parla d’une tentative de « subversion de la démocratie ». Encouragés, les « ultras » boliviens déclenchèrent une vague de violence qui déboucha sur un coup d’Etat. Que l’Union européenne entérina. Le mimétisme moutonnier faisant le reste, l’immense majorité de la « communauté médiatique » ratifia la thèse de « la fraude », responsable de la crise qui s’ensuivit. Aux Etats-Unis mêmes, seul Bernie Sanders qualifia de putsch l’éviction de Morales. Egalement classée « à gauche » du Parti démocrate, la sénatrice du Massachusetts, Elisabeth Warren, évita soigneusement d’utiliser l’expression « coup d’Etat » et qualifia le « gouvernement » de la présidente autoproclamée Jeanine Añez de « leadership intérimaire », validant ainsi la nouvelle administration [4]. Il est vrai que, comme Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Warren a reconnu en Juan Guaidó le président du Venezuela, que seul Trump et son équipe ont élu à cette haute fonction ; elle a également approuvé l’utilisation des sanctions aussi illégales que criminelles imposées à ce pays.
S’agissant de la Bolivie, et laissant la voie libre aux faucons républicains, l’ensemble du Parti démocrate s’est donc très ostensiblement désintéressé de la question.

Pour Washington et les « élites politiques » conservatrices qui, dans les Amériques, lui servent de relais en même temps qu’elles défendent leurs propres intérêts, les élections sont certes indispensables, mais à une condition : il faut pouvoir garantir que les gens votent comme il faut. De sorte que, chanté depuis la droite du noble orchestre de la Démocratie, et promus par le puissant voisin du Nord, le « grand air de la fraude » est depuis longtemps un grand classique dans la région.
 
En 2008, au Nicaragua, lors d’élections municipales largement remportées par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) – 109 villes sur 153 –, le candidat battu pour la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, hurle au scandale et exige un recomptage des votes. Lorsque le Conseil suprême électoral (CSE) accepte la requête, il refuse d’assister à l’opération. Il n’apportera ultérieurement aucune des « preuves » censées sustenter son accusation.
Le 6 novembre 2011 voit la réélection du sandiniste Daniel Ortega, avec 62 % des suffrages. Arrivé en deuxième position avec 31 % des voix, le représentant du Parti libéral indépendant (PLI), Fabio Gadea, conteste sa défaite, prétendant avoir lui-même recueilli 62 % des voix (alors que tous les sondages lui avaient accordé environ 30 %). Alertant la « communauté internationale » (comprendre : les Etats-Unis et l’Union européenne) acquise à sa cause, il annonce une protestation massive et, pour le 3 décembre suivant, cent mille manifestants dans les rues de la capitale Managua. Présent sur place, nous n’assistons qu’à un défilé de cinq à dix mille personnes (en l’absence d’un appareil massif de répression).
Lorsque Ortega est réélu pour un troisième mandat le 6 novembre 2016, le CSE annonce une abstention de 31,8 % ; sans citer aucune source identifiable, la coalition d’opposition du Front large de la démocratie (FAD) l’estime à plus de 70 % et, comme d’habitude, conteste le résultat du scrutin.
A chaque fois, invoquant « la fraude », l’administration américaine (en l’occurrence celles de George W. Bush et Barack Obama) condamne (et sanctionne) l’indésirable vainqueur. A chaque fois, la sphère médiatique, sans plus d’hésitations que de preuves, enferme le Nicaragua dans la catégorie des « Etats voyous » [5].

Novembre 2009, en Haïti : trois jours d’émeute pour contester un résultat ! Le Conseil électoral provisoire (CEP) a bien exclu quatorze partis politiques – dont Fanmi Lavalas, formation de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide (deux fois bouté hors du pouvoir par des coups d’Etat) –, ce n’est pas suffisant. Les Haïtiens ont mal voté. Le premier tour de l’élection présidentielle a placé Mirlande Manigat (31,4 %) et Jude Célestin (22,5 %) devant le candidat de Washington Michel Martelly (21,8 %), dès lors éliminé pour le deuxième tour. Jeté dans la rue par ce dernier, un dévergondage de gens de toutes sortes sème le chaos. Sensibles à cette mobilisation de la « société civile » et sur la base d’un rapport fort bien venu de l’OEA, les principaux bailleurs de fonds, Washington en tête, obligent le CEP à modifier les résultats. Celui-ci installe Martelly en deuxième place, permettant ainsi à cet individu carrément corrompu, franchement incompétent, de participer au second tour et de devenir président de la République le 20 mars 2011.

L’année suivante, au Venezuela, le camp bolivarien emmené par Hugo Chávez continuant manifestement à envisager sa permanence au pouvoir, l’oppositionsonne le tocsin. Pourtant, le 15 septembre, l’argentin Carlos Álvarez, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union des Nations sud-américaines (Unasur), a déclaré : « Il est intéressant de souligner un élément que très peu connaissent, je parle surtout de ceux qui analysent la réalité depuis la désinformation ou les préjugés, c’est que le Venezuela possède aujourd’hui l’un des systèmes électoraux les plus vigoureux et les plus avancés technologiquement de l’Amérique latine, ce qui garantit la transparence, le contrôle et la surveillance du scrutin. » La semaine précédente, l’ancien président américain James Carter, dirigeant du Centre éponyme, avait pour sa part déclaré : « En réalité, sur les quatre-vingt-douze élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde »…

Il n’en demeure pas moins que, à l’instar de Rafael Poleo, directeur du quotidien El Nuevo País, qui a écrit le 7 août « ignorer que le gouvernement prépare une fraude est une idiotie », l’opposition ne cesse de mettre en cause l’impartialité du Conseil national électoral (CNE) ; chaque fois qu’on le lui demande, Henrique Capriles, le candidat de droite, se refuse à préciser si, dans l’hypothèse où il lui serait défavorable, il acceptera le résultat (Trump n’a rien inventé).
Manque de chance : le 7 octobre, jour du scrutin, un million six cent mille voix de différence constituent une marge suffisante pour couper court à toute contestation. Avec 55,1% des votes et quasiment dix points d’avance, le président en exercice repart pour un nouveau de mandat. Capriles range provisoirement ses protestations dans son chapeau.

Chávez disparu, les Vénézuéliens élisent son dauphin Nicolás Maduro, le 14 avril 2013, avec 50,60 % des voix (n’importe quel fraudeur moyennement intelligent aurait porté cet avantage à 55-60 % pour éviter ce résultat « ric-rac » ; un vrai dictateur aurait, lui, gagné avec au minimum 80 %). Qu’importe. Capriles refuse d’admettre sa défaite. Le fait devrait surprendre : tout comme il a accepté avoir perdu lors de la présidentielle précédente, organisée par le même CNE, il n’a pas mis en cause l’arbitre électoral lorsque, quelques semaines auparavant, il a été réélu gouverneur de l’Etat de Miranda avec moins de trente mille voix d’avance sur le candidat du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) Elías Jaua. Appuyé par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, l’OEA et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, Capriles demande un recomptage de « tous » les bulletins de vote. Puis déclenche l’escalade en appelant ses partisans à exprimer leur « arrechera » –  mélange de rage et de hargne mêlées d’indignation morale – dans les rues. Suggérée sur les réseaux sociaux par le journaliste d’opposition Nelson Bocaranda, au prétexte que « les médecins cubains cachent des urnes pleines de bulletins de vote », des centres médicaux sont attaqués, incendiés et détruits. La vague de violence provoque la mort de onze personnes. Comme elles sont toutes chavistes, les grandes multinationales dites de défense des droits de l’Homme ne s’emparent pas de la question.

Contrairement à ce que croient certains niaiseux, l’impérialisme ne se manifeste pas que sous la forme extrême de l’intervention militaire et de l’invasion armée. Aux coups d’Etat menés à bien par des acteurs locaux, tentatives de déstabilisation, mesures coercitives unilatérales, guerres non conventionnelles, opérations clandestines, s’ajoutent les techniques de désinformation permettant de diaboliser l’ « ennemi ». Quoi de plus efficace, pour transformer un pays en « dictature », face à l’opinion internationale, que d’y remettre en cause l’honnêteté des processus électoraux ?
Au Venezuela, la comédie dure depuis deux décennies. Quand, en 2004, Chávez gagna un référendum révocatoire avec 59 % des suffrages exprimés, le dirigeant d’opposition Henry Ramos Allup dénonça une « gigantesque fraude » dont il présenterait les preuves dans les vingt-quatre heures. Seize années plus tard, on ne les a pas encore vues. Mais d’aucuns prennent toujours Ramos Allup au sérieux.

En 2018, en pleine période de déstabilisation économique, les leaders de l’opposition, sur ordre explicite de Washington, refusent de participer à la présidentielle et appellent à la boycotter. D’autres dirigeants, tout aussi critiques à l’égard du « chavisme », mais plus soucieux de l’intérêt général, se portent malgré tout candidats. Dans un tel contexte, 9,2 millions de citoyens se rendent aux urnes (46,02 % de participation). Maduro l’emporte avec 68 % des voix, devant Henri Falcón (ex-chef de campagne d’Henrique Capriles ; 21 %) et le pasteur Javier Bertucci (11 %). Ce qui se passe à ce moment ne peut même plus être placé dans la catégorie « comique de répétition » : soumis à une pression extrême des « ultras » étatsuniens et vénézuéliens, Falcón refuse soudain de reconnaître la légitimité du scrutin et exige… d’en organiser un autre. « On pourrait les faire en octobre et nous, nous sommes disposés une fois de plus, cohérents comme nous sommes [authentique !], à y participer. » Avec l’infime étincelle de lucidité qui semble lui rester, il constate néanmoins : « Aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela. » Arrivé en troisième position, Bertucci n’entre pas dans une fausse polémique : « Les gens qui ont voté ont voté, on ne peut pas dire que le résultat n’est pas le produit du vote. »
En état de choc, échaudés, écœurés par l’irresponsabilité et l’incohérence de leurs dirigeants, les électeurs qui s’en réclament et les abstentionnistes ne descendent même pas dans la rue pour manifester. Nul n’y prête attention. L’effet troupeau faisant son œuvre, les médias dominants bourdonnent sur le même thème : la légende noire d’un Maduro « président illégitime » vient de naître.

On n’occultera pas ici que, le 30 juillet 2017, l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC) avait été très controversée. Pas tant du fait du boycott des mêmes que l’année suivante et des violences qu’ils incitèrent alors à déclencher pour saboter la consultation. On déplora au moins quinze morts au cours de ce week-end, dont un sergent de la Garde nationale et un candidat chaviste. Vingt-et-un fonctionnaires de police furent blessés par arme à feu, huit gardes nationaux brûlés par un engin explosif. En vain : 8 089 320 Vénézuéliens se rendirent aux urnes pour élire leurs Constituants, soit 41,5 % de l’électorat.
Ces chiffres, bien sûr, furent immédiatement contestés. Toujours en première ligne dès qu’il s’agit de ruses, de manèges et de finasseries, Ramos Allup estima la participation à 12 %, soit à peine 2,4 millions de personnes. Plus troublante, et semant légitimement le doute, se révéla la déclaration d’Antonio Mugica, président de la firme Smartmatic, qui fournissait le software des machines à voter et l’assistance technique, quand il dénonça une manipulation des résultats. « Nous estimons que la différence entre la participation réelle et celle annoncé par les autorités est d’au moins un million de voix », déclare-t-il, depuis… Londres, trois jours après le scrutin.

Depuis, Mugica a disparu des radars, sans jamais avoir soumis à quiconque un quelconque rapport technique détaillé expliquant la supposée fraude, qui l’a réalisée et comment elle a été détectée. En revanche, tout observateur attentif dispose de quelques certitudes. Smartmatic, leader mondial en solutions électorales et de gestion d’identités, jouit d’une solide réputation internationale. Elle opère dans une quarantaine de pays. Sans jamais aucun incident, et défendant l’intégrité des résultats de douze élections vénézuéliennes successives, Smartmatic en encadrait techniquement le déroulement depuis 2004 – le vote étant complètement automatisé. Or, dans un contexte d’agression permanente, Washington venait d’annoncer des sanctions contre la présidente du CNE Tibisay Lucena, pour son rôle dans l’organisation de cette élection « illégale ». Toute entreprise travaillant avec le CNE risquait désormais d’être condamnées à de très fortes amendes par la justice étatsunienne et même de se voir exclue définitivement du marché américain. Or…

Après cette spectaculaire mise en cause de Caracas, et la rupture qui s’ensuivit, Smartmatic annoncera que l’Argentine (du président de droite Mauricio Macri) fait appel à sa technologie biométrique pour l’authentification de ses électeurs ; qu’elle présente sa technologie innovante aux experts et administrateurs électoraux du Royaume-Uni ; qu’elle participe à la mise en place de la même technologie innovante au Mexique (du président conservateur Enrique Peña Nieto) ; que, d’ici à 2020, « après une évaluation technique, légale et financière », le comté de Los Angeles achèvera avec elle l’installation d’un nouveau système de vote ; que la Commission européenne a attribué à son Centre d’excellence sur le vote par internet une nouvelle bourse de recherche dans le cadre du programme Horizon 2020 ; que, dans le secteur en charge des infrastructures électorales, elle intègre… le Conseil de coordination du Département de la sécurité intérieure des Etats-Unis ! Que des « amis » très chers du Venezuela ! Mieux vaut ne pas se placer sous l’épée de Damoclès des sanctions américaines quand on ne souhaite pas perdre de tels contrats [6].

« Personne n’a expliqué comment, pendant ces deux décennies de gouvernement bolivarien, l’opposition a presque toujours gagné, par exemple, dans l’Etat de Miranda, où se trouve la partie la plus grande et la plus puissante de Caracas, constate la philosophe et historienne vénézuélienne Carmen Bohórquez ; et qu’elle a également gagné à plusieurs reprises des Etats stratégiques tels que les Etats de Zulia, Táchira, Mérida, Nueva Esparta ou Amazonas [7]. » Néanmoins, au prétexte que « les conditions pour qu’il y ait des élections justes et démocratiques (n’y) sont pas réunies », l’Union européenne, en parfaite supplétive de l’administration Trump (et des ténors du Parti démocrate), refuse par avance de reconnaître les résultats des élections législatives organisées le 6 décembre prochain. Scrutin que, comme il se doit, leur petit protégé, l’autoproclamé Juan Guaido, appelle à boycotter. Une question, et non des moindres, demeurant néanmoins en suspens : le jour où aura lieu, au Venezuela, cette consultation électorale (à laquelle participent les factions non anti-démocratiques de l’opposition), connaîtra-t-on le nom du prochain président des Etats-Unis ?

Effarés, nombre d’Américains découvrent des méthodes que leurs gouvernements successifs ont sans vergogne appuyées, voire suscitées, à l’étranger. C’est que, à répandre cyniquement la peste chez les autres, on finit par l’attraper. Le 4 novembre, sans la moindre preuve, Trump s’est à nouveau posé en victime d’une vaste fraude électorale : « Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l’élection ! » S’il perd (ce qui est probable, mais pas absolument certain, à l’heure de la rédaction de ce billet), il va multiplier les recours en justice et en appelle déjà à la Cour suprême, pour que « la loi soit respectée et utilisée de manière appropriée  ». La partie est loin d’être terminée.
 
Mais au fait… Où est passée l’OEA ? Pas d’ironie facile : elle est là et bien là. Défenseur intraitable, scrupuleux et désintéressé de la pureté des processus démocratiques sur le continent, son secrétaire général Luis Almagro a dirigé en personne une mission d’observation électorale. Pour ces minuscules Etats-Unis, pays de 328 millions d’habitants répartis sur 9,834 millions de Km², 28 experts et observateurs ont été déployés ; rien à voir avec l’immense Bolivie (11,35 millions d’habitants, 1,098 million de Km²) qui avait nécessité… 92 experts et observateurs déployés en 2019 dans les neuf départements du pays et dans trois pays étrangers (Argentine, Brésil et Etats-Unis) pour y surveiller le vote des expatriés.

Disons qu’au sein de l’OEA, et en matière de surveillance du respect de la démocratie, tous les pays sont égaux, mais que certains sont plus égaux que d’autres. « En raison de la nature décentralisée de l’administration électorale aux Etats-Unis, explique le Rapport préliminaire rendu public le 6 novembre, la Mission a dû obtenir l’autorisation de chaque Etat afin d’observer leurs processus de vote. La Mission a donc contacté les autorités de quatorze Etats [sur cinquante !] et du district de Columbia pour demander un accès pendant la période préélectorale et le jour du scrutin. (…) En fin de compte, les restrictions résultant de COVID-19 ainsi que d’autres facteurs échappant au contrôle de la Mission ont limité les Etats dans lesquels elle a pu se déployer [8]. » Et pour cause : certains Etats n’autorisent pas ou ne prévoient pas de dispositions spécifiques pour l’observation internationale de leurs processus électoraux. Et n’ont pas l’intention d’y changer quoi que ce soit. De sorte que l’imposante « Mission de l’OEA pour les élections présidentielles américaines » n’a été en réalité présente qu’en Géorgie, dans l’Iowa, dans le Maryland, dans le Michigan et dans le district de Columbia [9] !

Dans le rapport préliminaire qui en découle, l’OEA indique qu’elle « n’a pas directement observé de graves irrégularités jetant le doute sur les résultats » Préalablement, elle a mentionné sur un ton critique qu’ « un candidat en particulier » a fait référence à la « progression et à la crédibilité du vote » ce qui a ensuite conduit sa campagne à « contester le processus en cours et les résultats devant les tribunaux ». « Un candidat en particulier »… Jamais le nom de Donald Trump n’est mentionné. Il a plus de chance qu’Evo Morales, nommément cité et épinglé à de multiples reprises dans les mensongers rapports préliminaire et définitif de 2019. Mais Almagro n’insulte pas l’avenir. Le 6 novembre, date de publication de ce premier document, il n’est pas encore certain que Trump ait perdu l’élection.
On se permettra tout de même d’interpeller le secrétaire général sur cette « mission d’observation électorale à portée limitée » (expression employée dans le rapport précité). Plutôt que vouloir imposer autoritairement ses diktats à la Bolivie, au Nicaragua, au Venezuela ou aux autres pays de la région, ne devrait-il pas, en priorité, exiger des Etats-Unis un accès sans limites à l’observation de ses élections ? (excusez, « it’s a joke » : on n’a jamais vu un « péon » [10] imposer quoi que ce soit à son patron). Autre question : dans la plus extravagante des hypothèses (mais qui sait…), le président français Emmanuel Macron recevra-t-il Trump à l’Elysée si celui-ci s’autoproclame chef de l’Etat ? Et encore : comme elle l’a fait avec la Bolivie post-coup d’Etat, pourquoi l’Union européenne ne se propose-t-elle pas comme médiatrice pour « pacifier le pays »  ? Sans augurer du pire, on y note déjà une montée des tensions digne de la dernière des Républiques bananières. Selon le Washington Post, le Secret Service s’inquiète de la sécurité de Joe Biden : des agents ont été envoyés en renfort à Wilmington (Delaware) pour protéger son QG.

M.L.

Illustration : Clay Banks / Unsplash


[1] Il s’agit de bulletins postés au plus tard le jour du scrutin, donc le 3 novembre.

[2] En Bolivie, pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des voix avec 10 points de pourcentage d’écart sur le second.

[3http://www.medelu.org/Les-petits-telegraphistes-du-coup-d-Etat-qui-n-existe-pas

[4https://jacobinmag.com/2019/12/bernie-sanders-elizabeth-warren-foreign-policy-bolivia

[5http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du#nb2

[6https://www.smartmatic.com/fr/

[7https://www.alainet.org/es/articulo/209597?utm_source=email&utm_campaign=alai-amlatina

[8file :///Users/admin/Downloads/PreliminaryReportoftheOASEOMUSA2020.pdf

[9] Le District de Columbia abrite la capitale fédérale Washington.

[10] En Amérique latine : gardien de bétail, ouvrier agricole, paysan pauvre, domestique…

Source : https://www.medelu.org/Le-grand-air-de-la-fraude-ou-les-arroseurs-arroses

Décolonialisme et anti-impérialisme, le point de vue d’Amzat Boukari

L’Ecole Décoloniale de Caracas, avec l’universitaire Ramon Grosfoguel et toute une génération de jeunes intellectuels comme Daniel Montanez, vient marquer une rupture salutaire depuis le Sud: reconnaître la « décolonialité » en « décolonialité anti-impérialiste. » Notre ami Amzat Boukari apporte son point de vue, mûri par son important travail d’organisation et de formation au sein du mouvement panafricaniste. Il aborde notamment la moue d’intellectuels « progressistes » ou « universitaires décoloniaux » à propos du Venezuela bolivarien. « On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple vénézuélien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines. »

LE DÉCOLONIAL N’EST PAS LE TROPHÉE D’UN PRIVILÈGE DE CONSCIENCE MALHEUREUSE, par Amzat Boukari

Avec Frantz Fanon, Amilcar Cabral et Cheikh Anta Diop en pivots, il existe une vraie critique radicale et RE-constructive de la pensée et de l’action décoloniales dans les milieux panafricanistes et afrocentrés, critique dans laquelle je m’inscris de manière solidaire mais qui est invisibilisée par la ridicule guerre médiatique menée par quelques pions de l’establishment conservateur au nom de la survie de la République. Des gens qui ne connaissent strictement rien de nos travaux et de nos luttes sont ainsi en train de se placer au centre du débat et de faire diversion. Des gens qui n’ont que mépris pour nos luttes et nos vies obtiennent des privilèges ou des crédits pour les étudier ou les caricaturer.

Pas plus que le panafricanisme, le décolonial n’est pas un fait divers. C’est une diversification des bifurcations géopolitiques de ceux qui voient l’eurocentrisme comme une impasse. Pour les militants panafricains, c’est soit on ouvre un chemin en faisant sauter le mur du fond (intégration dans une visée internationaliste), soit on creuse un tunnel pour faire convergence (Harlem/Alger/Accra/Bandung), soit on rebrousse chemin (Back to Africa). La hantise des milieux conservateurs est peut être de voir une véritable politique d’alliance panafricaine et décoloniale. La preuve en est que la critique panafricaine du décolonial n’est pas reprise par les conservateurs, bien qu’ils soient en train de chercher des valets dans nos rangs, car ils savent que le panafricanisme ne peut que renforcer et fluidifier le débat sur le décolonial en leur défaveur.

Un sas de décompression résidait jusqu’à présent dans le décolonial présent dans le cadre universitaire qui n’a pas forcément grand chose à voir avec le décolonial dans le cadre politique et militant. Il suffit de voir les quelques 2000 universitaires qui signent une tribune de défense de la liberté académique et de se demander lesquels accepteraient de signer une tribune de soutien à la politique bolivarienne, décoloniale et panafricaine du Venezuela soumis à une agression impérialiste. C’est une situation intéressante de voir autant d’universitaires signer une tribune et c’est toujours rassurant quelque part.

Néanmoins ce fossé entre la théorie et l’action est peut être le cœur de la liberté d’expression comme limite de l’engagement. On peut accepter de débattre d’une idée sans en valider les modalités d’application pratique. Comme sans doute plusieurs peuvent accepter de parler de la Françafrique et du néocolonialisme mais sans valider les actions qui mettraient fin à la Françafrique et au néocolonialisme. Une volonté de passer entre les gouttes qui se défend. C’est pour cela que le camp d’été décolonial avait marqué un tournant politique particulier, ainsi que le lancement de l’École décoloniale. C’est pour cela que je me suis engagé pour lancer l’école politique africaine (EPA) qui est un outil nécessaire sans avoir besoin de faire de longs discours ou de grandes tribunes.

Le paradoxe rejoint aussi les élections américaines où la victoire de Trump en Floride a été présentée comme le signe qu’il n’y aurait pas de vague démocrate. Les gens étaient déçus mais le vote en Floride est très lié à la politique américaine de déstabilisation envers Cuba et le Venezuela, thème qui a été absent des rares reportages-bilan du mandat Trump que j’ai pu voir. Sous Trump, beaucoup d’intellectuels et de médias « progressistes » ont d’ailleurs refusé de prendre position contre l’agression impérialiste au Venezuela.

Comment veut on combattre une idée en tournant le dos aux forces politiques d’alternative et de résistance qui incarnent cette idée ? C’est effectivement une problématique à géométrie variable car les idées se confondent parfois avec des opérations de communication et de récupération. Et des carrières. On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple venezuelien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines.

J’entends parler de retour au maccarthysme, oui, mais pour nous, le cointelpro n’a jamais cessé et nous n’oublions pas que la première cible des ancêtres du FBI et de la DGSI au début du 20eme siècle fut le panafricanisme et le garveyisme. Nous pouvons déplorer une critique répressive contre les militants panafricains et décoloniaux, puis les universitaires potentiellement « complices » de ces mouvements, selon une tactique d’intimidation qui a egalement déjà été appliquée aux Black and Africana studies dans le passé. Toujours plus facile à dire qu’à faire mais ne reproduisons pas la hiérarchie que nous prétendons combattre car on ne passera pas entre les gouttes. Don’t Agonize, Organize.

PS : évidemment, le panafricanisme est aussi pris dans de nombreuses illusions de puissance et des contradictions multiples donc dans ce post je n’en parle que de mon point de vue.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/05/decolonialisme-et-anti-imperialisme-le-point-de-vue-damzat-boukari/

La capacité du Venezuela à lutter contre les effets sociaux du blocus états-unien reste entravée par le vol de 31 tonnes d’or de son trésor

Par Vijay PrashadCarmen Navas Reyes

Bien qu’ayant réussi à aplatir la courbe du Covid et à maintenir les décès à un des taux les plus bas du monde selon les chiffres de l’OMS, le combat du Venezuela contre la pandémie reste affecté par le vol de 31 tonnes d’or par la Banque d’Angleterre. Le 5 octobre 2020, la Cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles a annulé une décision d’un tribunal inférieur de juillet qui refusait au gouvernement vénézuélien l’accès à 31 tonnes d’or stockées dans la Banque d’Angleterre. Personne ne nie que l’or appartient au gouvernement vénézuélien. Cependant, la banque a refusé de le rendre au gouvernement du président vénézuélien Nicolás Maduro. Cet or d’une valeur de 1,95 milliard de dollars devrait servir à l’achat d’équipements et de fournitures médicales essentiels.

Au départ, suivant l’exemple du ministère britannique des affaires étrangères, la banque a déclaré que le véritable président du Venezuela était Juan Guaidó. Mais Mr. Guaidó, contrairement au président Maduro, n’a ni participé ni remporté d’élection à la présidence, et n’est pas en voie de devenir président, sous quelque éventualité que ce soit. L’onction de M. Guaidó est venue du gouvernement des États-Unis, et non du peuple vénézuélien; le ministère britannique des affaires étrangères et les tribunaux inférieurs ont donné raison à Washington mais la cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles s’est appuyée pour sa décision finale sur les faits et la logique.

En effet, la principale conclusion de la Cour d’appel est que, bien que le ministère britannique des affaires étrangères a déclaré qu’il ne reconnaissait pas le gouvernement du président Maduro, il continue en réalité à traiter diplomatiquement avec les représentants de ce gouvernement. L’ambassadrice Rocío Del Valle Maneiro González a présenté ses lettres de créance à la reine d’Angleterre en 2015 et représente depuis cinq ans le gouvernement du président Maduro au Royaume-Uni. L’actuel ambassadeur britannique au Venezuela – Andrew Soper – a présenté ses lettres de créance au président Maduro le 5 février 2018; il reste en poste à Caracas. Ces relations diplomatiques de base ont donc amené la Cour d’appel à conclure que le président Maduro – aux yeux du gouvernement britannique – « exerce en fait une partie ou la totalité des pouvoirs du président du Venezuela ».

L’avocat de M. Guaidó – Vanessa Neumann – a déclaré que le gouvernement vénézuélien voulait les 1,95 milliard de dollars (selon le prix actuel de l’or) pour pouvoir « se financer illégalement » (sic). Mais l’avocat du gouvernement vénézuélien – Sarosh Zaiwalla – a fait valoir que ces fonds seraient utilisés par le gouvernement pour briser la chaîne d’infection de COVID-19 et apporter un soulagement à une population frappée par les sanctions unilatérales des États-Unis et par les perturbations causées par la pandémie. La Banque centrale du Venezuela (BCV) a déclaré qu’elle voulait vendre l’or, faire verser les fonds au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et permettre à ce dernier d’aider le gouvernement à faire face à la pandémie. Ce canal via le PNUD a été rejeté par M. Guaidó, par le gouvernement britannique et par Washington ; il n’y a aucune raison probable qu’ils changent de politique en dehors d’une volonté de punir le peuple vénézuélien en pleine pandémie.

De l’argent pour les médicaments

L’Institut Tricontinental de recherche sociale et l’Instituto Simón Bolívar étudient l’impact social de ces sanctions très sévères imposées par l’administration états-unienne depuis 2017. Ils ont constaté que les sanctions primaires et secondaires ont privé le peuple vénézuélien des moyens de faire du commerce de base : vendre son pétrole et acheter de la nourriture, des médicaments et du matériel éducatif (les sanctions primaires empêchent directement les citoyens et les entreprises du pays sanctionné d’avoir des relations avec le pays sanctionné ; les sanctions secondaires empêchent un tiers – pays ou entreprise – de traiter avec le pays sanctionné). Des dizaines de milliers de Vénézuéliens sont morts inutilement à cause du refus de faire le commerce de médicaments et de matériel médical, ce qui a mis à mal un système déjà fragile pendant la pandémie. Il est choquant de voir que ces sanctions unilatérales des États-Unis, et leur poursuite du changement de régime au Venezuela, définissent la manière dont le Venezuela peut combattre le virus et la maladie. « Les sanctions collectives », dit la quatrième Convention de Genève (1949), « sont interdites ».

La vice-présidente Delcy Rodriguez en réunion à Caracas avec les divers organismes de l’ONU présents sur place (notamment l’OMPS/OPS, la FAO et le PNUD)

Que souhaite acheter le gouvernement vénézuélien avec les 1,95 milliard de dollars qui seraient remis au PNUD ? Selon une étude de l’Institut Tricontinental de recherche sociale et de l’Institut Simón Bolívar, la majeure partie de ces fonds – 600 millions de dollars – devrait servir à l’achat de médicaments pour 400 000 personnes dans les hôpitaux, de médicaments obstétriques pour 550 000 femmes enceintes et de médicaments pour les 243 pharmacies communautaires. Ensuite, 450 millions de dollars sont prévus pour l’achat de fournitures médicales jetables pour 400 000 opérations chirurgicales, pour 245 centres de santé et pour 3 000 stimulateurs cardiaques. Enfin, 250 000 dollars ont été prévus pour la fourniture de réactifs pour les laboratoires (pour l’hématologie et la sérologie) et de pièces de rechange pour divers types d’équipements médicaux (y compris les équipements de radiothérapie). C’est ainsi que le gouvernement vénézuélien – en collaboration étroite avec le PNUD – voudrait « se financer illégalement« .

En mai, trois rapporteurs spéciaux des Nations unies ont écrit qu’au Venezuela, « les hôpitaux signalent une pénurie de fournitures médicales, d’équipements de protection et de médicaments ». Ce sont exactement les matériaux qui figurent sur la liste du gouvernement vénézuélien à acheter avec le produit de la vente des 31 tonnes d’or. Ces experts-Olivier De Schutter (extrême pauvreté et droits de l’homme), Léo Heller (eau et assainissement), et Kombou Boly Barry (éducation) – a déclaré que « à la lumière de la pandémie de coronavirus, les États-Unis devraient immédiatement lever les sanctions générales, qui ont un impact sévère sur les droits humains du peuple vénézuélien ».

Les recherches indépendantes de l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale et de l’Institut Simón Bolívar sont en accord avec les opinions de ces experts des Nations unies ; les sanctions états-uniennes ont eu un impact négatif sur la capacité du peuple vénézuélien à s’épanouir et à exercer ses droits humains. Les sanctions unilatérales doivent être levées. À défaut, nous estimons que les 31 tonnes d’or du Venezuela détenues par la Banque de Londres doivent être vendues, que le produit de la vente doit être remis au PNUD et que les fournitures médicales doivent être expédiées d’urgence au Venezuela. Toute autre mesure est un crime contre le peuple vénézuélien.

Cet article a été produit par Globetrotter.

Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est collaborateur de rédaction et correspondant en chef de Globetrotter. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il est chercheur principal non résident à l’Institut d’études financières de Chongyang, Université de Renmin en Chine. Il a écrit plus de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Son dernier livre s’intitule Washington Bullets, avec une introduction d’Evo Morales Ayma.

Carmen Navas Reyes, politologue vénézuélienne, est la Directrice exécutive de l’Instituto Simón Bolívar à Caracas.

Traduction de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/02/la-capacite-du-venezuela-a-lutter-contre-les-effets-sociaux-du-blocus-etats-unien-reste-entravee-par-le-vol-de-31-tonnes-dor-de-son-tresor/

Le président bolivien Arce invite le président Maduro à son investiture, alors que les putschistes invitent Guaido

Le gouvernement putschiste tente d’empêcher le président vénézuélien d’être présent à la cérémonie d’investiture. D’autre part, il est très peu probable que le leader d’extrême droite nommé par Trump fake-président du Venezuela, soit présent.

Luis Arce, était ce dimanche le quartier de Senkata dans la ville d’El Alto pour
« recevoir les âmes » comme le veut la tradition de la Toussaint. Il a rencontré les familles des personnes assassinées par les putschistes blanchis par les médias occidentaux.

En Bolivie le gouvernement putschiste a perdu les élections le 18 octobre dernier, mais quelques jours avant de quitter le palais présidentiel, il tente de prendre des décisions de dernière minute. L’une d’entre elles concerne les invitations internationales à l’investiture du gouvernement nouvellement élu de Luis Arce et David Choquehuanca, qui aura lieu le 8 novembre.

Un des principaux points de tension est apparu autour du Venezuela, quand le ministère des affaires étrangères a invité l’autoproclamé Juan Guaidó, tandis que le gouvernement élu, et en particulier la « Commission de passation des pouvoirs » créée pour coordonner ces questions, a invité le président Nicolás Maduro.

La politique étrangère du gouvernement de facto à l’égard du Venezuela était prévisible dès le début : la non-reconnaissance de Maduro et la reconnaissance de Guaidó, l’entrée de la Bolivie dans le groupe de Lima (pays néo-libéraux gravitant sur orbite états-unienne) et, le 20 octobre dernier, c’est-à-dire deux jours après la victoire électorale du MAS, la réception des lettres de créance de « l’ambassadeur » envoyé de Guaidó par la présidente de facto, Jeanine Áñez.

Avec le nouveau gouvernement Arce, la politique étrangère bolivienne envers le Venezuela reconnaîtra à nouveau le président Maduro, et les relations avec Cuba, qui avaient été suspendues en janvier par Áñez, seront également rétablies. « Nous allons rétablir toutes les relations, ce gouvernement a agi de manière très idéologique en privant le peuple bolivien de l’accès à la médecine cubaine, à la médecine russe, aux progrès de la Chine », a déclaré M. Arce.

Cependant, le gouvernement de facto tente, via le ministère des affaires étrangères, d’imposer sa politique étrangère dans le cadre d’invitations internationales. Jusqu’à présent, il a été confirmé que le roi Philippe VI d’Espagne sera présent aux côtés du vice-président des droits sociaux, Pablo Iglesias, et du président du Chili, Sebastián Piñera, et la liste des confirmations devrait s’allonger dans les heures et jours à venir.

Cette manœuvre de dernière minute du gouvernement de facto vise donc à essayer de faire en sorte que le gouvernement vénézuélien ne soit pas présent lors de la passassion de pouvoir. Il est très peu probable, voire impossible, que Guaidó y assiste. Celui-ci est confronté à une nouvelle exposition de preuves de sa participation à l’opération Gedeón, lorsqu’un groupe de mercenaires a tenté d’entrer dans le pays en mai 2020, et il cherche comment continuer à occuper un espace politique dans le pays après ses erreurs, sa perte de crédibilité et à peu de temps des élections législatives du 6 décembre, auxquelles il ne participera pas.

Les derniers jours précédant l’entrée en fonction du nouveau gouvernement en Bolivie sont marqués par les incertitudes propres à un scénario exceptionnel : celui d’un gouvernement putschiste et raciste, battu politiquement et électoralement, qui doit céder le pouvoir politique à la majorité un an après avoir organisé un coup d’État.

On s’attend à une semaine agitée par de possibles actes désespérés de la part de certains facteurs de la droite. Vendredi et samedi, il y a eu des blocages et des violences à Santa Cruz et à Cochabamba, et le président de la conférence épiscopale ainsi qu’un ministre du gouvernement de facto, Iván Arias, se sont joints à l’appel à un audit international des élections du 18 octobre.

Pendant ce temps, la ville de La Paz est calme. Pendant la Toussaint, Arce s’est rendu dans le quartier de Senkata à El Alto, où le 19 novembre de l’an dernier dix personnes ont été tuées par des putschistes blanchis par les médias occidentaux. « Ils ont perdu la vie en défendant la démocratie », a déclaré le président élu. Ce n’est pas le seul massacre : il y en a eu un aussi à Sacaba, dans le département de Cochabamba, le 15 novembre, avec huit morts.

La violence et la persécution exercées pendant un an ont été considérables. Le nouveau gouvernement devra faire face à de nombreux défis de tous ordres. Pour l’instant, l’un des objectifs est que la dernière semaine avec Añez à la présidence de facto se passe dans le calme, en particulier dans les zones où il y a eu des protestations et des annonces de nouvelles actions de rue. Le 8 novembre sera un jour historique avec la transmission des pouvoirs, et les jours suivants, avec l’annonce du retour d’Evo Morales en Bolivie, sera un autre événement d’envergure nationale.

Marco Teruggi

Source : https://www.pagina12 

Traduction : Venesol

Le chef d’une opération paramilitaire contre Nicolas Maduro confirme l’implication de la Maison Blanche

Alors que l’administration Trump poursuit son plan combiné d’attentats terroristes pour détruire des raffineries d’essence au Venezuela et de sanctions économiques (comme le blocus récent sur l’importation de diesel par le gouvernement bolivarien), le journal états-unien Miami Herald publie une longue enquête, particulièrement fouillée, qui comporte de nouvelles révélations de Jordan Goudreau, ex-béret vert et patron de l’organisation mercenaire SilverCorp, organisateur de l’opération Gedeon, incursion paramilitaire sur les côtes du Venezuela qui a échoué en mai 2020.

L’ex-béret vert et actuel patron de l’organisation paramilitaire Silvercorp, Jordan Goudreau, ici membre de l’équipe de sécurité du candidat Trump en 2016

Goudreau a remis des documents audio et vidéo confirmant que « deux responsables de l’administration de Trump se sont réunis et ont offert leur soutien aux organisateurs de l’opération Gedeon » explique le journal de Miami, qui confirme par ailleurs l’approbation par Juan Guaidó (le fake-président nommé par Trump) de l’incursion de mercenaires armés.

Les deux responsables américains sont Andrew « Drew » Horn, qui était à l’époque l’assistant du vice-président Mike Pence, et Jason Beardsley, un ancien soldat qui est aujourd’hui conseiller au ministère des anciens combattants.

Les hauts fonctionnaires de la Maison Blanche étaient pleinement conscients de ce projet d’invasion armée par des mercenaires étrangers et vénézuéliens et y ont apporté leur soutien.

Le propriétaire de la SilverCorp « a insisté sur le fait qu’il avait le soutien de l’administration Trump et a même tenu des réunions pour planifier l’opération au Trump Hotel à Washington et au club de golf Trump Doral à Miami.

Goudreau a décider d’attaquer un conseiller en guerre psychologique d’Alvaro Uribe, Juan Jose Rendon, pour « rupture de contrat », « exigeant le paiement de 1,4 million de dollars ». Cette plainte a été déposée vendredi par l’avocat Gustavo J. Garcia-Montes devant le Tribunal du Circuit de Miami-Dade.

Dans cette plainte, il est allégué que « Horn a assuré à Goudreau que les licences du gouvernement états-unien concernant l’acquisition d’armes et d’armements pour le projet étaient sur le point d’arriver ».

Le document complet, obtenu par le Miami Herald et sa société mère McClatchy, contient une clause inédite qui donnait à Guaidó la possibilité de se dissocier de l’opération Gedeon si la mission échouait.

Photo du « General Services Agreement » signé par Juan Guaidó et d’un amendement qui inclut la clause permettant au fake-président vénézuélien de se distancer de l’opération Gedeón (Photo : Jordan Goudreau)

Le New Herald précise:

« Les messages de texte dévoilés par Goudreau suggèrent qu’au moins une des réunions a eu lieu au restaurant de P.J. Clarke, situé à quelques blocs de la Maison Blanche, tandis que les témoignages de personnes liées à l’opération indiquent que des personnalités de haut rang de l’opposition ont été informées de l’opération à différentes occasions, notamment le chef du parti d’extrême droite de Guaidó, Leopoldo López, qui a fui Venezuela la semaine dernière.

Le journal insiste sur le fait que « Goudreau a dit qu’il se sentait abandonné et utilisé comme un bouc émissaire » et qu’il a donc décidé de donner les éléments qui prouvent sa version des faits, contrairement à ce que proclament les porte-parole du parti d’extrême droite vénézuélien « Volonté populaire », de l’équipe Guaidó et des États-Unis.

En raison de ces informations, on tente de faire taire l’équipe de SilverCorp, comme le rapporte le Miami Herald:

« Goudreau, qui a reçu trois étoiles de bronze pour sa bravoure au combat au cours de sa carrière militaire, allègue que le FBI a tenté de provoquer une confrontation armée avec lui pour provoquer artificiellement ce qui est connu aux États-Unis sous le nom de « suicide par la police » pendant le raid.

« Un autre participant à l’opération a confirmé que Goudreau fait l’objet d’une enquête fédérale en cours.

Sources: Miami Herald https://amp.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/article246819562.html et Mision Verdad https://misionverdad.com/jordan-goudreau-la-casa-blanca-respald%C3%B3-la-operaci%C3%B3n-gede%C3%B3n

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/02/le-chef-dune-operation-paramilitaire-contre-nicolas-maduro-confirme-limplication-de-la-maison-blanche/

Avis du CEELA et de l’Association Internationale des Avocats Démocrates sur les élections parlementaires du 6 décembre 2020 au Venezuela

Le 14 octobre 2020 Nicanor Moscoso (photo), Président du Conseil des Experts Électoraux d’Amérique Latine (CEELA)- organisme pluraliste et indépendant qui regroupe des juristes électoraux, des magistrats professionnels et des présidents de tribunaux électoraux de tous les pays du continent indépendamment de leur couleur politique, a confirmé que le Conseil accompagnera les élections législatives au Venezuela le 6 décembre, expliquant que l’audit du système électoral auquel participent les partis de la majorité et de l’opposition y est mené « mieux que dans aucun autre pays du continent« . Le CEELA a observé plusieurs scrutins antérieurs au Venezuela, les qualifiant de « transparents et légitimes », une observation déjà émise par les observateurs du Centre Carter qui avait qualifié le système électoral vénézuélien de « meilleur système du monde« .

Le 16 novembre le même Conseil des experts électoraux latino-américains s’est dit confiant que les élections législatives qui se tiendront au Venezuela le 6 décembre prochain seront un succès. Le chef de la mission d’observation technique au Venezuela, Guillermo Reyes (au centre sur la photo), a expliqué que Ceela a participé (comme le font tous les partis participant au scrutin, y compris d’opposition comme AD) à tous les audits effectués sur les machines et le système de vote en général et qu’elle surveillera le reste du processus jusqu’au décompte final des votes le jour du scrutin.

Guillermo Reyes (CEELA)

La mission consiste à « observer le processus électoral dans chacune de ses phases », a-t-il déclaré, précisant que cette tâche comprend des contacts directs avec les partis participants, ainsi que la tenue de réunions avec les techniciens et les directeurs du Conseil national électoral (CNE). Un aspect du travail est de « formuler des recommandations tout au long » du processus que l’organe électoral travaille sur « l’amélioration et le perfectionnement » du système de vote.

M. Reyes a rappelé que l’accompagnement du Ceela au Venezuela est éminemment technique et reste « en dehors de la politique » et, en ce sens, a indiqué qu’ils ont pu vérifier la configuration des machines de vote qui seront utilisées en décembre, lorsque quelque 14 400 candidats de 107 formations politiques seront en lice pour obtenir 277 sièges de député(e)s.

Le Ceela se réunit avec les différents partis

La mission du Ceela, lors de cette deuxième visite dans le pays qui a débuté en novembre, a rencontré des représentants de plus de 20 organisations politiques. Lors de ces réunions, a expliqué M. Reyes, les groupes anti-gouvernementaux ont exprimé leur inquiétude quant au manque de carburant dans le pays, et à la manière dont cela pourrait affecter le développement du vote, mais « nous n’avons constaté aucune remise en cause de l’autorité électorale par les organisations politiques, au contraire, il y a une pleine confiance dans ceux qui dirigent » le CNE, a déclaré le chef de la mission.

Pour sa part, réuni le 25 octobre 2020, le Conseil de l’Association Internationale des Avocats Démocrates (photo) a publié la déclaration suivante:

L’Association internationale des avocats démocrates (AIJD), fidèle à ses principes démocratiques et à l’ordre institutionnel qui nous guide, exprime à la communauté internationale sa solidarité avec le peuple vénézuélien à l’occasion des élections législatives qui se tiendront le 6 décembre 2020, conformément aux dispositions de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela.

Cette élection revêt une grande importance pour une population qui a subi le poids de plus de 300 mesures coercitives unilatérales imposées par l’administration Trump et ses pays alliés qui soutiennent ces actions. Celles-ci ont entraîné un blocus économique, commercial et financier qui a généré de vastes souffrances et douleurs, en particulier à l’encontre des groupes les plus vulnérables, en plus de la situation de pandémie COVID-19 qui menace l’humanité.

L’Association internationale des avocats démocrates, engagée en faveur des droits de l’homme, de la paix, de la démocratie, de la souveraineté et de la justice, et dans le respect du droit international :

  1. aspire à ce que le peuple vénézuélien, grâce à des mécanismes démocratiques et institutionnels, surmonte les difficultés qui affectent la société vénézuélienne, par le dialogue, la rationalité et l’exercice de la politique en tant que science destinée à faire prévaloir la civilité sur la violence.
  2. Est convaincue que le processus électoral au Venezuela est le fondement du renforcement de la démocratie et nécessite la création d’espaces de débat politique institutionnel et populaire pour permettre de progresser dans la résolution des problèmes, des besoins et des demandes actuels.
  3. Appelle à la cessation des ingérences et des politiques néocoloniales et des attaques politiques, économiques et diplomatiques répétées ainsi que des menaces d’intervention militaire contre la République bolivarienne du Venezuela. Nous demandons également le respect des résultats électoraux et nous rejetons les opinions anticipées qui prétendent ignorer ces résultats. Nous appelons à la distanciation du secteur radicalisé de l’opposition qui nie et rejette la voie électorale comme moyen de trouver des solutions à la crise actuelle.
  4. Affirme qu’il est donc nécessaire de développer le système électoral, en tenant compte d’une approche progressive des droits de l’homme. Le vote est un droit de l’homme qui permet de trouver des solutions aux conflits politiques et sociaux, et l’approfondissement de la démocratie avec la participation du large spectre des courants politiques et idéologiques constitue la base fondamentale pour parvenir à l’équilibre et à la paix sociale.
  5. Souligne que, dans le cadre du processus électoral vénézuélien, 107 organisations à caractère politique et 14 400 candidats se présentent, parmi lesquels : des jeunes, des femmes, des autochtones, des personnes d’origine africaine, la communauté LGBTI+ et des personnes souffrant d’un certain type de handicap, ce qui montre l’avancée inclusive des différents secteurs sociaux et politiques.
  6. Affirme que le processus électoral est un mandat constitutionnel incontournable pour la restitution de l’ordre institutionnel du pouvoir législatif, qui a été utilisé ces dernières années comme un instrument de réduction de la capacité institutionnelle de la République et a créé les conditions pour déstabiliser le gouvernement présidé par Nicolás Maduro Moros
  7. Affirme que le suffrage est un droit, conformément aux dispositions de l’article 63 de la Constitution bolivarienne du Venezuela, et que les citoyens ont la liberté de participer ou non aux élections. Toutefois, même si certains secteurs décident de ne pas participer, cela n’invalide pas et n’affecte pas la légitimité du processus électoral ou de ses résultats.

Pour toutes les raisons susmentionnées, nous soutenons la position des institutions vénézuéliennes en vue de la tenue de ces élections législatives en décembre 2020. Nous espérons que le peuple vénézuélien démontrera que la démocratie se renforce avec plus de démocratie et que la volonté populaire est un outil sur lequel les peuples peuvent compter pour défendre la civilisation et ne pas retourner à la barbarie.

Source : CNE / CEELA / https://iadllaw.org/2020/10/iadl-resolution-on-the-parliamentary-elections-in-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/29/resolution-de-lassociation-internationale-des-juristes-democrates-sur-les-elections-parlementaires-du-6-decembre-au-venezuela/

« Un changement de régime à visage si humain… la politique de Trudeau au Venezuela » par Jorge Arreaza (The Canada Files)

Jorge Arreaza, Ministre des Affaires étrangères du Venezuela

Les relations entre le Venezuela et le Canada sont actuellement au plus mal. Bien que les gouvernements canadiens précédents n’aient pas caché leur aversion pour nos politiques visant à récupérer la souveraineté sur nos ressources naturelles et accorder la priorité aux politiques sociales, aucun n’avait aussi activement reproduit la politique des États-Unis envers le changement de régime que l’actuelle administration Trudeau. Le Canada fait un usage calculé et mal intentionné du discours sur les droits de la personne afin de saper efficacement les institutions démocratiques du Venezuela et de promouvoir des sanctions illégales qui causent d’énormes souffrances à la majorité des Vénézuéliens.

Bien que Trudeau soit premier ministre depuis 2015, c’est en 2017, après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, que le Canada a intensifié son interventionnisme dans les affaires du Venezuela. Auparavant, nos ministères des Affaires étrangères étaient en communication constante et se sont rencontrés au moins neuf (9) fois en 2016 pour discuter de questions bilatérales. Après des désaccords notoires avec Trump sur les changements climatiques et, dans une moindre mesure, sur les termes d’un nouvel accord de libre-échange pour l’Amérique du Nord, Trudeau a découvert au Venezuela un point sur lequel il pouvait soutenir ouvertement Trump, et obtenir en échange un leadership régional qui l’aiderait à décrocher un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies aux élections de 2020. De plus, ce soutien à Trump favoriserait également les intérêts des entreprises canadiennes aspirant à occuper la place du Venezuela en tant que fournisseur de brut lourd aux raffineries américaines, et pourquoi pas reprendre Citgo, une filiale américaine de la société pétrolière d’État du Venezuela, PDVSA. 

Nulle part dans ce plan ne figurait une réelle préoccupation pour la démocratie vénézuélienne, les droits de la personne ou même la stabilité du pays. Trudeau a repris une stratégie conçue par des gens comme John Bolton et a lancé quatre séries de mesures coercitives illégales contre le Venezuela en reproduisant et même, dans certains cas, en amplifiant la liste des cibles des États-Unis. Les fonctionnaires vénézuéliens sanctionnés sont responsables de l’organisation des élections, de l’exercice de leurs fonctions diplomatiques et même de la mise en œuvre de la politique officielle des droits de la personne du pays. Même les athlètes olympiques connus pour sympathiser avec le gouvernement ont été empêchés d’entrer au Canada et de terminer leurs essais pour les prochains Jeux olympiques. Cependant, l’ancien général Manuel Christopher, qui en avril 2019 a comploté un coup d’État manqué contre le président Maduro, a été rapidement gracié et rayé de la liste des cibles des États-Unis.

Depuis 2017, le Canada, sous étroite surveillance américaine, a participé à la création du Groupe de Lima, un cartel de gouvernements néolibéraux du continent américain qui n’a pas réussi à obtenir la majorité des voix à l’Organisation des États américains (OEA). Le Groupe visait à harceler le Venezuela et à rechercher une tribune pour présenter le pays comme une menace régionale au profit de l’opposition pro-étasunienne. Où étaient les préoccupations humanitaires du Canada lorsque, par l’entremise du Groupe de Lima, il a cherché à rétablir le Traité de Rio pour servir de cadre à une éventuelle intervention militaire? 

La démocratie vénézuélienne a également été victime de cette politique interventionniste. Lors des élections du 20 mai 2018, le Canada a été le seul pays au monde à avoir expressément interdit aux missions diplomatiques vénézuéliennes, soit l’ambassade à Ottawa et les consulats à Montréal, Toronto et Vancouver, d’ouvrir comme bureaux de vote pour les citoyens vénézuéliens vivant au Canada. Le gouvernement d’Ottawa s’est plutôt engagé à reconnaître le président intérimaire autoproclamé Juan Guaidó en violation de la Constitution vénézuélienne. Depuis, le Canada a soutenu politiquement et matériellement le lobbying de Guaidó auprès d’autres gouvernements de la région et a nommé un conseiller spécial, Allan Culham, pour utiliser son « réseau de contacts afin de plaider en faveur d’un soutien élargi pour faire pression sur le gouvernement illégitime », selon sa référence au gouvernement démocratiquement élu du président Nicolás Maduro. 

En soutenant la mascarade de Guaidó conçue à Washington, le Canada a également été complice du pillage des avoirs étrangers du Venezuela. La Fondation Simon Bolivar de Citgo, autrefois dédiée au financement de programmes sociaux tels que l’huile de chauffage à prix abordable pour les familles nord-américaines à faible revenu ou le traitement spécialisé de la moelle osseuse pour les patients vénézuéliens, utilise maintenant ses fonds pour financer une soi-disant ONG, la Venezuelan Engagement Foundation, dont le conseil d’administration au Canada est composé d’Orlando Viera-Blanco et de sa famille, un opportuniste qu’Ottawa reconnaît comme l’ambassadeur de Guaidó au Canada. 

Cette semaine, pendant que le Canada continue de faire pression sur l’Union européenne au nom des États-Unis dans le but de remettre en question les prochaines élections législatives du 6 décembre, des millions de Vénézuéliens – partisans du gouvernement et de l’opposition – veulent voter, renouveler l’Assemblée nationale et remplir le mandat constitutionnel, mais le Canada, se considérant toujours au-dessus de la loi vénézuélienne, estime le contraire. 

Le 20 août, j’ai eu le rare plaisir de m’adresser aux Canadiens à l’invitation de l’Institut canadien de la politique étrangère sur ces questions. Aujourd’hui, je réitère l’invitation au ministre Champagne et au gouvernement canadien pour un retour à la diplomatie, à la recherche d’une entente réaliste entre nos nations pour mettre fin à cette politique sans issue que l’administration Trump a établie pour Ottawa. Les entreprises inconstitutionnelles et illégales ne devraient plus être encouragées par le Canada. Notre invitation est de revenir à la politique électorale comme option, à la diplomatie comme choix. Ce n’est qu’à cette condition que le Canada sera de nouveau considéré comme un bon voisin et non comme le complice de la plus grande agression contre le peuple vénézuélien de son histoire moderne.

Tribune publiée originalement en anglais dans The Canada Files, sous le titre Regime Change with a Human (Rights) Face: Trudeau’s Venezuela Policy | Op-Ed

Merci à Anne-Marie et à Arnold August pour la traduction.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/29/un-changement-de-regime-a-visage-si-humain-la-politique-de-trudeau-au-venezuela-par-jorge-arreaza-the-canada-files/