L’opposition paie des enfants pour les enrôler dans ses violences

ninosg-680x510Au Venezuela, la base militante de la droite voit s’éloigner l’objectif promis par ses dirigeants de chasser par la force le président Maduro et commence à se lasser de sacrifier des journées de travail ou de commerce. Ceci explique l’affaiblissement de sa participation aux manifestations – où sa propre violence se retourne parfois contre elle (des militants de droite en ont assassiné d’autres). Pour les leaders de l’opposition le problème est de maintenir les conditions d’une intervention extérieure et d’alimenter les médias internationaux en images de morts. Ils sont donc contraints de maintenir en activité des foyers de violence notamment en faisant donner directement les paramilitaires colombiens, en sous-traitant des pillages par la pègre locale ou en payant des mercenaires de tout âge… C’est ce que vient de révéler la journaliste Madeleine García de Telesur, en diffusant des interviews d’enfants utilisés par la droite pour les manifestations violentes organisées dans les quartiers riches de Caracas.

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Madelein Garcia, correspondante de TeleSur au Venezuela. @madeleintlSUR

Madelein Garcia

Des chaussures, des vêtements, de la nourriture, des confiseries, de l’argent ; ils me donnent de tout” raconte un des enfants. “C’est pour les aider”. Le “travail” consiste à “leur passer les munitions : pierres, essence, tout”. Il indique également qu’ils élaborent les boucliers, masques et casques qu’on observe dans les confrontations violentes avec la Police et la Garde Nationale Bolivarienne. Un autre des mineurs d’âge explique qu’ils l’ont payé jusqu’à 50 mille bolivars pour une journée de « travail », en plus de cadeaux en vêtements et en chaussures. “ça me paraît bien et en même temps cela me paraît mal, les gens se tuent et le pays s’enfonce”. Quand on lui pose la question de si ce sont des membres de l’opposition ou du chavisme qui le payent, il répond : l’opposition.

Rubén Darío Molina, vice-ministre des Relations Extérieures du Venezuela a annoncé ce jeudi le dépôt d’une plainte à l’UNICEF, appuyée par de nombreux témoignages verbaux et du matériel vidéo et photo, sur cette utilisation d’enfants – garçons et fillettes – dans des violences, avec toutes les conséquences que cela implique.

Source : http://albaciudad.org/2017/05/en-video-entregan-dinero-ropa-y-zapatos-a-ninos-para-colaborar-con-las-protestas-violentas/

Traduction : Thierry Deronne

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« Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’État

Dès les premiers jours de l’insurrection de la droite vénézuélienne, Paulo Paranagua (du journal français « Le Monde ») avait tenté de donner un visage humain aux « enfants de Pinochet ». Le 14 avril 2017, une interview complaisante nous campe Julio Borges, un des leaders de l’extrême droite, en sympathique combattant pour la démocratie qui ne rêve que d’« élections libres » et, la main sur le cœur, jure ne pas vouloir de coup d’état.

Un double mensonge pourtant facile à démonter. En ce qui concerne les élections, le Venezuela va vivre d’ici mars 2018 pas moins de trois scrutins majeurs : celui de l’Assemblée Constituante en juillet, celui des gouverneurs et parlements régionaux en décembre et last but not least, la présidentielle de mars 2018, sans assurance de victoire pour les chavistes. (1)

Quant au serment de Julio Borges de ne pas vouloir de putsch, rappelons qu’il fut un des acteurs publics du coup d’État sanglant mené en avril 2002 contre le président Chavez, avec la complicité du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Un coup d’État déjoué en 48 heures par un soulèvement conjoint de la population et de militaires loyalistes. Dans les années qui ont suivi, Wikileaks a révélé les liens de Borges avec le Département d’Etat et le versement de millions de dollars à son parti à travers des ONG financées par les États-Unis au Venezuela. (2)

Julio Borges (à gauche) avec la crème de l’extrême droite et du patronat, lors du coup d’État appuyé par les télévisions privées contre le président Chávez en avril 2002.

Mais la honte pour le « journaliste » du « Monde » est que ce mensonge a été démonté par… Julio Borges lui-même, désarçonné le 19 mai par le célèbre journaliste et présentateur britannique Stephen Sackur, lors du programme non complaisant HardTalk de BBC World. (3)

Publier de larges extraits de cette interview nous semble important dans la mesure où il est très rare que des questions gênantes soient posées en France à l’opposition vénézuélienne.

Dans cette interview, Borges nie toute responsabilité dans la mort des plus de 60 personnes provoquée par les violentes manifestations que lui et son parti ont dirigées au Venezuela. Il admet ouvertement qu’il appelle les Forces Armées à refuser d’obéir aux ordres de leur Commandant en chef, et qualifie de « propagande » les accusations de soutien à la tentative de coup d’état contre Hugo Chavez en 2002, les liens de son parti avec les États-Unis et les millions de dollars qui lui sont parvenus par la voie d’ONG financées par ce pays. Il affirme que lors de la réunion avec le Vice président des États-Unis, Mike Pence et avec le conseiller à la Sécurité Nationale de ce pays, H.R. McMaster il n’a fait que « demander leur soutien ».

Extrait de l’interview.

le journaliste de la BBC Stephen Sackur

Stephen Sackur : (…) En tant que leader politique responsable (vous êtes le Président de l’Assemblée Nationale et un des dirigeants du parti Primera Justicia) , n’avez-vous pas une certaine responsabilité? Quand on voit l’effusion de sang, et – comme vous le faites remarquer vous même- le fait que de nombreuses victimes son des étudiants et des gens très jeunes, n’avez-vous pas la responsabilité de dire aux manifestants de votre Parti et des autres formations que cela suffit, que l’effusion de sang et le prix à payer sont trop élevés ?

Julio Borges : Oui, mais notre responsabilité, Stephen, c’est d’apporter la démocratie, la paix et la liberté au pays. Nous vivons dans un Venezuela qui n’est qu’une mauvaise copie de Cuba ; il n’y a pas de droits au Venezuela, il n’y a pas de nourriture, il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas d’opportunités. Des milliers de jeunes quittent le Venezuela pour chercher un avenir dans d’autres pays. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit politique au Venezuela mais un affrontement vital, existentiel et de valeurs. Parmi les gens qui participent aux marches dans la rue, on y retrouve des personnes de tous horizons : des jeunes, des vieux, des politiques, des activistes, des chômeurs, absolument de tous horizons. C’est donc tout le peuple qui est contre Maduro ; ce n’est pas un simple affrontement politique.

SS. Oui, mais pensez vous réellement que ces protestations vont faire partir Maduro du pouvoir? C’est ce que demandent les manifestants –« Maduro doit partir » – clament-ils – mais il n’y a aucun signe du départ de Maduro.

JB. Nous luttons pour une série de valeurs, nous n’avons pas le temps et nous n’avons pas d’autre façon de lutter pour la liberté, la justice, la démocratie. Vous devez vous rappeler, Stephen, que c’est le coup d’état réalisé par Maduro contre le Parlement qui est à l’origine de tout cela. Il est presque parvenu à annuler le Parlement, mais tout le monde est descendu dans la rue pour défendre la démocratie, défendre la séparation des pouvoirs, le système de contrôles et d’équilibres, défendre le droit de vote, le droit à une économie libre ; c’est pour cela que nous sommes dans une lutte très profonde au Venezuela, avec un gouvernement qui n’a pas la moindre intention de proposer un calendrier démocratique; pour le peuple vénézuélien il n’existe pas d’autre voie que la lutte dans les rues, et le peuple est prêt à lutter pour son pays.

SS. Mais les vénézuéliens ont aussi le sens de l’histoire, et ils se rappellent qu’en 2014, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour essayer de lui faire quitter le pouvoir, en disant que ces élections avaient été truquées. Mais Maduro a fait face aux manifestants et est sorti vainqueur. On peut aussi rappeler les événements de l’année dernière, quand vous et beaucoup de vos camarades avez réclamé un référendum révocatoire ; vous croyiez que vous pourriez faire tomber Maduro, mais une fois de plus il s’est maintenu, et moi je vous dis une fois de plus que selon toute probabilité cette fois encore Maduro se maintiendra.

JB. Oui, mais nous avons un atout. La communauté internationale sait parfaitement que le gouvernement de Maduro est une dictature, et que le peuple vénézuélien est en position de force, ce n’est pas une minorité, mais une majorité énorme. Presque 80 ou 85% du peuple est convaincu que Maduro doit quitter le pouvoir, car il a perpétré un coup d’état au Venezuela.

SS. Mais Julio Borges, vous savez qu’en démocratie on ne gère pas le gouvernement par des enquêtes mais par des élections. Il ne faut pas oublier, que cela vous plaise ou non, que Nicolas Maduro a un mandat électoral, il a gagné les élections présidentielles après le décès de Chavez en 2013, et son mandat est prévu jusqu’en 2018 : c’est ce qui est prévu.

JB. Oui mais regardez, on doit gouverner en respectant la Constitution, et la Constitution stipule que l’an dernier nous aurions dû organiser des élections pour les gouverneurs, et Maduro a refusé. Nous aurions dû avoir un référendum révocatoire et Maduro l’a empêché ; nous aurions dû avoir des élections régionales et Maduro les a empêchées. Alors il ne peut pas y avoir une Constitution pour Nicolas Maduro et aucune Constitution pour le peuple vénézuélien. C’est là que se trouve le nœud du problème.

Au Venezuela nous n’avons aucune constitution, il n’y a que la volonté de Maduro, et c’est lui qui décide si nous avons ou non des élections. Ce n’est pas juste, ce n’est pas cela la démocratie. Et nous luttons précisément pour une voie démocratique au Venezuela.Nous luttons pour apporter la constitution dans la vie politique, alors que Maduro lutte en dehors du cadre de la constitution,. Nous nous luttons à l’intérieur de la constitution. C’est une différence énorme, nous luttons pour la démocratie, Maduro lutte pour la violence.

SS. Bien, mais Maduro dit que vous (et il vous a nommé, vous, Julio Borges en personne) êtes l’auteur intellectuel des coups d’état ; que ce que vous voulez en fait c’est un coup d’état, et je dois dire qu’un de vos commentaires récents stipule : « il est temps que les hommes en vert, c’est-à-dire les Forces Armées, sortent de leur silence ». Est-ce que cela signifie que vous voulez dire, implicitement, que vous souhaitez une situation où les forces de sécurité vénézuéliennes, et les Forces Armées en particulier refusent d’obéir aux ordres ?

JB. Ce que nous demandons aux Forces Armées du Venezuela c’est justement qu’elles aident le peuple vénézuélien, pas l’opposition, mais le peuple, pour garantir l’ordre constitutionnel et démocratique au Venezuela.

SS. Excusez-moi mais les Forces Armées au Venezuela doivent obéir aux ordres du Commandant en Chef, le Président du pays. Je ne comprends pas en quoi suggérer que vous souhaitez une mutinerie de toutes les Forces Armées du Venezuela puisse être constitutionnel.

JB. Non, parce qu’il existe une différence énorme entre un Commandant en Chef qui agit en tant que chef du gouvernement vénézuélien et Maduro, qui agit et donne des ordres aux Forces Armées en tant que chef d’un parti politique. Ce que nous ne voulons pas c’est une Force Armée avec une couleur politique, qui soit à l’intérieur d’un parti politique, c’est là que se trouve le vrai problème. Nous voulons une Force Armée constitutionnelle et indépendante. C’est là que se trouve le fond du problème. Nous n’appelons pas les Forces Armées à entrer dans l’opposition, mais nous voulons qu’elles répondent aux institutions démocratiques au Venezuela et non aux partis politiques ; c’est Maduro qui a montré sa couleur politique au Venezuela.

SS. Une question très simple, à laquelle il faut répondre par oui ou non. Vous appelez bien les Forces Armées dans la rue, celles là même qui ont contrôlé les manifestations en ouvrant le feu parfois contre les manifestants, à refuser d’obéir aux ordres ?

JB. Oui, tout à fait. Je pense que chaque agent qui viole les Droits de l’Homme au Venezuela doit réfléchir avec sa conscience, il n’est pas supportable qu’un gouvernement non démocratique puisse donner des ordres contre les gens, surtout quand les protestations ont lieu de façon aussi pacifique, simplement pour demander des élections. C’est complètement disproportionné que les jeunes qui manifestent pour une solution pacifique, à savoir un vote, doivent faire face à la répression du gouvernement qui nie les Droits de l’Homme, allant même jusqu’à les faire comparaître devant la juridiction des Forces Armées, ce qui est contraire à la Constitution et contraire aux Droits de l’Homme. Nous devons donc faire appel à la conscience et lutter pour une solution qui respecte des Droits de l’Homme au Venezuela et non pour la répression

SS. D’accord, mais le problème c’est que vous avez des antécédents. – comme Maduro et ceux du gouvernement le rappellent souvent- à savoir que vous avez soutenu la tentative de coup d’état militaire contre Hugo Chavez en 2002. Et grâce aux informations publiées par Wikileaks dans les années qui ont suivi, nous savons que votre parti a des liens avec les États-Unis et que des milliers, voire même des millions de dollars ont été versés à votre parti à travers des ONG financées par les États-Unis. Et par conséquent, beaucoup à l’intérieur du régime disent que vous n’êtes qu’un agent des États-Unis, c’est-à-dire de la puissance impériale.

JB. Tout ceci n’est que de la propagande, et il existe une façon très facile de le vérifier : entrons dans un processus électoral pour que le peuple décide si je suis ou non un agent de la puissance impérialiste, ou si je suis à même de diriger le Venezuela. Nous devons laisser le peuple décider, par la voie des élections, quel futur il veut pour le Venezuela. Et je suis convaincu que le mouvement politique que nous avons créé avec tant de jeunes dirigeants, est aujourd’hui même le choix et l’avenir que le Venezuela veut pour que le pays soit un pays moderne. C’est très facile : permettez au peuple de voter, et laissez- le décider quel type de Venezuela il veut. C’est Maduro qui refuse cette solution.

SS. Le 5 mai, me semble-t-il, vous avez rencontré le Vice-président (des États Unis) Mike Pence et le conseiller de la Sécurité Nationale, H.R. McMaster. Vous avez bien demandé à ces deux messieurs une aide nord-américaine, et vous leur avez demandé d’aller au-delà de sanctions individuelles, et vous leur avez bien demandé des sanctions économiques contre le pays en tant qu’entité n’est-ce pas?

JB. Bien sûr que non. Impossible. Nous sommes en train de mettre au point dans toute l’Amérique, et surtout en Amérique Latine, un groupe ou une équipe de pays qui pourraient aider le Venezuela. Nous avons parlé avec les présidents du Panama, du Pérou, de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique et ils sont tous très inquiets pour le Venezuela car ce pays ne représente pas seulement un problème local, mais un problème régional. Nous demandons l’appui de la communauté internationale et de la communauté latino-américaine pour proposer un programme démocratique ici au Venezuela, et l’objectif de ce programme c’est de permettre au peuple de voter. C’est très clair, seul le vote peut apporter une solution.

SS. Mais le problème c’est que, tout au long de cet entretien, vous avez parlé comme si l’opposition était unie, alors que l’opposition est très loin d’être unie. Il existe 21 partis politiques. Par exemple, vous, en tant qu’individu, vous avez un passé de divisions et de disputes avec des dirigeants de l’opposition, et franchement, la plupart du temps, les membres de l’opposition vénézuélienne se sont battus dans leur propre camp, comme des rats dans un sac. Pour quelles raisons les gens à l’extérieur, sans parler des vénézuéliens, croiraient, que s’il y avait des élections, et si vous parveniez à les gagner, vous pourriez gouverner de façon cohérente, dans la mesure où vous êtes divisés ?

JB Excuse moi, Stephen, mais ce n’est pas vrai. Je suis le Président du Parlement, et Président d’un Parlement qui compte 14 partis politiques dans sa coalition, et nous sommes très fiers de ce que nous avons construit ensemble. Il n’y a pas eu une seule élection où nous ayons présenté plus d’un candidat présidentiel. Il n’y a eu que deux candidats aux élections : un candidat de l’opposition et un candidat du Gouvernement. Nous avons une plate-forme unique, avec un seul message pour la campagne. Nous avons un système de règles pour les élections au travers du référendum et des élections primaires, et une seule position.

(…)

SS. Si vous le permettez, j’ai été au Venezuela, comme vous devez le savoir, j’ai parlé avec toute sorte de gens dans différentes parties du pays, des gens de conditions économiques différentes, depuis les quartiers aisés où vous vivez, jusqu’aux quartiers les plus pauvres, où vivent les chavistes les plus loyaux et les plus radicaux. L’impression que j’ai eue c’est que beaucoup de gens en veulent à Maduro, mais qu’il existe encore un noyau central qui appuie le socialisme et la Révolution Bolivarienne, et il me semble que si vous parvenez à faire partir Maduro, vous courez le risque de déclencher un conflit, et même une guerre civile au Venezuela. Êtes vous prêt à courir ce risque ?

JB. Je ne suis pas d’accord avec cette vision. D’abord parce que les chavistes habitent dans certaines des parties les plus riches de la ville.

SS. Je ne parle pas des membres du Gouvernement, mais des gens du peuple, et certains pensent que c’est grâce à Hugo Chavez qu’ils peuvent avoir une maison, un emploi et une situation économique meilleure que celle qu’ils avaient avant, quand votre classe, M. Borges, était au pouvoir au Venezuela dans les années 80 et au début des années 90.

JB. A cette époque, excusez–moi je n’avais que 20 ans. Mais ce que je peux dire, c’est que maintenant, ces gens savent que Maduro a détruit ce que Chavez avait construit, et à l’heure actuelle, les bases chavistes et pro-Maduro ne représentent que 10 ou 12% de la population, et nous savons que nous pouvons avoir un futur gouvernement qui intègre ces personnes dans un nouveau Venezuela ; un Venezuela uni. Donc je ne vois pas où est le problème ni les raisons pour un affrontement, puisque qu’il n’existe pas de position symétrique entre les deux parties, mais une situation très claire : l’opposition contre Maduro. Nous parlons de 90% de la population qui est contre Maduro, pas de la moitié de la population, c’est pourquoi je ne vois aucun risque à poursuivre la voie de la démocratie et du rassemblement (en cela vous avez raison), un discours politique très rassembleur pour unifier tout le pays.

Traduction : Pascale Mantel

Notes

(1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/venezuela-en-route-vers-lelection-de-lassemblee-constituante-les-regionales-et-les-presidentielles/

(2) https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

(3) http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd

 

Source : http://albaciudad.org/2017/05/julio-borges-bbc-world-stephen-sackur-hardtalk/

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« Le président qui parlait aux vaches » ou comment les médias transforment un président élu en « dictateur »

Au cours d’un meeting de sa campagne présidentielle en 2013, le candidat Nicolas Maduro était passé par une analogie historique pour illustrer la bataille entre le socialisme bolivarien et la menace d’une revanche néolibérale. Il avait évoqué la tragédie historique de la bataille de Macarapana (1567) où les espagnols avaient réussi à diviser et à monter les peuples indigènes les uns contre les autres, pour mieux écraser ensuite leur résistance : «Cette bataille de 1567, nous pourrions l’appeler la bataille de la trahison. Si la droite gagnait, ce serait comme si la malédiction de cette bataille retombait sur nous mais nous n’allons pas permettre que cela se reproduise». Dans « Le Monde » du 7 avril 2013, cela devint :

«Maduro agite la menace d’une malédiction sur les Vénézuéliens

Le Monde.fr avec Reuters | 07.04.2013 à 05h23

Candidat à l’élection présidentielle au Venezuela, Nicolas Maduro a affirmé samedi 6 avril qu’un sortilège vieux de plusieurs siècles s’abattrait sur ceux qui ne lui apporteraient pas leur voix le 14 avril . «Si quelqu’un parmi le peuple vote contre (moi), il vote contre lui-même et la malédiction de Macarapana s’abattra sur lui, a mis en garde le président par intérim, dauphin désigné par Hugo Chavez lui-même avant sa mort d’un cancer en mars.»

Les perruques poudrées qui s’ennuyaient à Versailles se délectaient déjà en observant les fous de Charenton ou les sauvages emplumés des Indes Galantes de Rameau, ces êtres lointains, fanatiques, dont la magie menace notre raison. «Eux les barbares, nous les civilisés» : retour du journalisme français à la case coloniale.

Le journal mexicain La Jornada du 18 mai 2017, sous la plume de Luis Hernandez Navarro, démonte à l’aide d’exemples plus récents  le besoin constant de ces grands médias de sédimenter une image donnée pour qu’elle devienne peu à peu « vérité », même si cette image est déconnectée du réel. Exemple récent : lors d’une visite à l’exposition de producteurs nationaux installée à Fuerte Tiuna à Caracas, Nicolas Maduro a échangé quelques propos avec un groupe d’ouvriers agricoles qui gardaient le bétail : « Je voudrais que des porte-paroles, des leaders et des producteurs du secteur agricole fassent partie des prochains députés de la Constituante.« .. Mais selon les informations parues dans la presse, c’est… aux vaches qu’il aurait parlé.

El Pais

Le quotidien espagnol El Pais « informe » ses lecteurs : c’est aux vaches que Maduro a parlé de l’assemblée constituante, « réforme grâce à laquelle il espère se maintenir au pouvoir » (sic)….

Les médias ont malignement fait semblant d’ignorer l’existence des ouvriers agricoles auxquels s’adressait la Président et rapporté qu’il expliquait la méthode de l’Assemblée Constituante au bétail. « Aberrant, Maduro parle aux vaches« , affichait par exemple la une d’un journal du Costa Rica.

Cette histoire de manipulation médiatique peut prêter à rire, mais d’autres indignent davantage. Ainsi du cas du jeune joueur de violon alto Armando Canizales, 17 ans, assassiné le 3 mai dernier lors d’une manifestation. Armando avait appris la musique dans l’emblématique Ensemble National des Orchestres de Jeunes et d’Enfants du Venezuela. « Ils ont tué un jeune de 17 ans pendant que Maduro dansait« , a twitté le député de droite Freddy Guevara qui, quelques heures auparavant, encourageait des jeunes à être téméraires face à la police. L’opposition vénézuélienne a dénoncé que la mort de Canizales avait été causée par une bombe lacrymogène lancée par la police. La presse internationale donna un large écho à cette version. Pourtant elle était fausse. Le journal catalan La Vanguardia, très critique à l’égard du gouvernement vénézuélien, a reconnu que les tirs venaient des manifestants de droite eux-mêmes, comme l’enquête l’a démontré. (1)

Dans leur majorité, ces histoires d’assassinats d’opposants de la main de leurs propres compagnons ainsi que l’exécution de sympathisants de Nicolas Maduro et de membres des forces de l’ordre sont ignorées par la majorité des agences de presse et des médias internationaux qui s’appliquent, en revanche, à répandre la fable selon laquelle la violence en cours dans ce pays est l’œuvre de la répression gouvernementale à l’encontre de manifestants pacifiques.

Pour comprendre l’origine et la nature de la violence vécue au Venezuela, il faut partir d’un constat vérifiable : une stratégie insurrectionnelle de la droite et de ses soutiens étrangers y est en cours, dans l’objectif de renverser la Présidence démocratiquement élue de Maduro, en fomentant une division dans l’armée et un éventuel coup d’état, en renforçant l’isolement international de ce pays, et en envisageant même de commanditer une intervention étrangère. Dans le cadre de de cette stratégie internationale, la plupart des grandes chaînes d’information manipulent sans vergogne l’information qu’elles diffusent, occultant le niveau de soutien réel apporté par d’amples secteurs de la population au Gouvernement et en faisant l’impasse sur la violence de l’opposition.

C’est dans ce cadre qu’il faut faire passer pour un fou autocrate le Président Maduro, celui-qui-parle-aux-vaches.

Autre cas récent : Euronews, à propos du cas d’un homme noir lynché et brûlé vif par l’extrême droite parce qu’il « ressemblait à un chaviste ». Les vidéos et témoignages abondent, les preuves sont irréfutables, et pourtant Euronews sème le doute : « Cet homme, poignardé, frappé, et grièvement brûlé, est toujours en vie aujourd’hui mais les partisans de Nicolas Maduro tiennent pour responsables les militants de l’opposition. » Et d’enfoncer le clou: « Le Président vénézuélien n’a lui-même pas hésité à lancer des accusations (…) ». Il suffit pourtant de s’informer un minimum pour se rendre compte que cet homme a été victime de la violence des militants de droite, qui l’ont pris pour un partisan du gouvernement. (2)

Comme c’est le cas depuis plusieurs semaines dans toute la presse dominante, Euronews évoque les « manifestations de l’opposition de plus en plus durement réprimées » et indique que « 48 personnes sont mortes depuis début avril ». Après avoir évoqué la répression des manifestations par les forces de police, le lien logique est naturel… mais sournoisement trompeur. 7 victimes sur 60 sont décédées en conséquence de bavures des membres de forces de l’ordre, ces derniers ont été arrêtés et jugés pour ces crimes, les autres victimes étant le résultat direct ou indirect des actions violentes provoquées par l’opposition.

Euronews rectifiera-t-il cet article ?

 

Merci à F.B. pour la traduction de l’article de La Jornada, réalisée pour le Blog Venezuelainfos.

Source : http://www.jornada.unam.mx/2017/05/18/opinion/025a1pol

NOTES :

  1. « Comment « Le Monde » invente la « répression » au Vénézuéla, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/20/comment-le-monde-invente-la-repression-au-venezuela/
  2. « La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne/

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« Affaires sensibles » sur Hugo Chávez et la « fermeture » de RCTV

par Nils Solari, mercredi 24 mai 2017

La crise économique, sociale et politique que traverse le Venezuela depuis plusieurs années fait l’objet, en France, d’un traitement médiatique fortement marqué par des partis-pris souvent unilatéraux qui altèrent gravement l’information. Nous y reviendrons. Mais, de même que nous nous sommes toujours gardés d’opposer à la propagande anti-Chávez une contre propagande, que l’on ne compte pas sur nous pour nous ranger dans un camp contre l’autre en lui accordant un soutien inconditionnel, comme le font de nombreux médias hostiles au gouvernement actuel. Ce sont l’exactitude et la qualité de l’information qui nous importent avant tout.

L’objet de cet article est très limité : il vise simplement à relever une désinformation persistante et significative sur un épisode de la « révolution bolivarienne ».

En ce 18 mai, l’émission de France Inter « Affaires sensibles », animée par Fabrice Drouelle [1] était consacrée à « Hugo Chávez et la révolution bolivarienne ». S’il ne s’agit pas, ici, de revenir sur le contenu de celle-ci dans son ensemble, il convient tout de même de souligner la perpétuation d’un mensonge qui, décidément, a la vie longue…

Tout auditeur de France Inter a probablement eu l’occasion d’entendre au moins une fois la promotion de l’émission « Affaires sensibles », dans laquelle son animateur annonce fièrement : « Quand l’histoire éclaire l’actualité »…

En ce jour, Fabrice Drouelle se proposait donc de nous éclairer, à la lumière de l’histoire, sur « Hugo Chávez et ses 14 années d’expérience socialiste. ». L’ambition n’est pas des moindres, puisque, comme le rappelait la page de présentation du programme, il s’agissait de « […] tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé durant ces 14 années de « Chavisme » et d’expérience socialiste. L’objectif est que chacun puisse se faire sa propre idée et se forger sa propre conviction ! »

Évidemment, prétendre revenir sur 14 années de régime, voire même sur ce qui les a précédées sur le plan historique, en moins d’une heure est une gageure, que même un journaliste mieux renseigné et plus consciencieux que Fabrice Drouelle, aurait du mal à soutenir. On notera, par exemple, que l’événement tragique du « Caracazo » [2], qui explique pourtant en partie comment un outsider comme Chavez a pu arriver au pouvoir quelque neuf ans après, a malheureusement été négligé… Mais passons.

La question qui nous intéresse particulièrement, c’est lorsqu’il est fait mention de la politique en matière de médias menée par l’ancien chef d’État vénézuélien. Dans cette perspective, nous ne pouvions faire autrement que de relever ce passage (à 31’44 du podcast) :

« En l’espace de quelques mois, sous l’impulsion du président Chávez, le Venezuela prend un virage socialiste radical. Malgré la contestation populaire, le gouvernement décide d’imposer plusieurs mesures fortes, à la symbolique politique non moins forte : d’une part, un contrôle des médias, on notera la fermeture d’une chaîne de radio-télé dont la ligne éditoriale faisait, selon les chavistes, le jeu de l’opposition […] » .

Du « contrôle des médias », l’auditeur avisé de France Inter ne saura pas grand-chose, si ce n’est la mention de la « fermeture d’une chaîne de radio-télé  » . Cette chaîne dont il est question et que Fabrice Drouelle ne prend pas le soin de nommer, c’est RCTV (Radio Caracas Télévision). Or, comme nous l‘avions expliqué ici-même, RCTV n’a pas été « fermée » par Chávez. Sa concession n’a tout simplement pas été renouvelée ! Et le motif n’était pas simplement que « la ligne éditoriale faisait, selon les chavistes, le jeu de l’opposition », mais, comme le rappelait Le Figaro – que l’on peut difficilement suspecter de « chavisme » –, du 26 mai 2007, que « pendant des années, la chaîne a ouvertement conspiré contre le président en place en relayant les appels à renverser le régime. Lors du coup d’État du 11 avril 2002, le canal [RCTV ndlr] annonçait qu’Hugo Chávez avait démissionné et accepté que le dirigeant du patronat local, Pedro Carmona, assure l’intérim à la tête de l’État. En réalité, le président était maintenu au secret dans une île au large du Venezuela par des militaires putschistes. »

On peut lire, sur la page Internet de l’émission de France Inter, cette observation d’une grande sagesse : « Une chose est sûre : la personnalité et les idées d’Hugo Chávez suscitent toujours un vif débat parmi les intellectuels que ce soit en France ou à l’étranger. Et bien souvent, ce débat engendre avec lui dans la presse ou sur les plateaux télévisés des raccourcis historiques ou des amalgames maladroits  ».

Et à France Inter : « raccourci historique » ou « amalgame maladroit » ?
Nils Solari

 Notes
[1Auquel nous avions consacré un article, au moment où son émission se substituait à celle de Daniel Mermet sur les ondes de la radio publique.
[2« Le Caracazo ou sacudòn est l’ensemble de manifestations et d’émeutes survenues le 27 février 1989 à Caracas, la capitale du Venezuela, et dans les villes alentour. Ces émeutes, les pires de l’histoire du Venezuela, causèrent la mort, selon les estimations, de 300 à 3 000 personnes, en majorité du fait des forces de l’ordre », comme on peut le lire sur Wikipedia.

Venezuela : en route vers l’élection de l’assemblée constituante, les régionales et les présidentielles

Le 23 mai 2017, par la voix de sa présidente Tibisay Lucena, le Centre National Électoral (1) a annoncé le calendrier des scrutins à venir. Les élections de l’Assemblée Constituante auront lieu à la fin du mois de juillet 2017; les élections des gouverneurs et des parlements régionaux le 10 décembre 2017. Les élections présidentielles seront organisées comme prévu en mars 2018. Le Venezuela continue de battre des records en matière de vitalité électorale (en 2018 on comptera 28 scrutins en 19 ans de révolution bolivarienne). Rappelons que son système automatisé de vote et de contrôle anti-fraude ont valu au Centre National Électoral les éloges de l’observateur Jimmy Carter en 2012. Après avoir comparé 98 scrutins dans le monde, celui-ci a conclu que le système électoral du Venezuela est « le meilleur au monde » (2).

En juillet prochain 540 parlementaires constituants seront donc élus par les vénézuéliens dans le secret de l’isoloir. Le président Maduro a usé de son droit constitutionnel pour lancer ce processus qui permettra d’élire 364 députés par territoire (toute municipalité, grande, moyenne ou petite, aura droit à un député), huit députés issus des populations indigènes, dans le respect des traditions des communautés indigènes pour l’organisation du vote ainsi que 168 députés par secteur social. Cette méthode qui consiste à mélanger des députations territoriales à des députés représentant des secteurs sociaux vise à insuffler davantage de pluralisme d’une assemblée qui pourrait notamment constitutionnaliser la diversification économique, les missions sociales, les mécanismes de démocratie participative, la lutte contre le changement climatique et la politique extérieure multipolaire. Les 168 parlementaires « sociaux » seront choisis parmi les secteurs suivants :

1. Travailleurs.

2. Paysans et pêcheurs.

3. Étudiants.

4. Personnes handicapées.

5. Peuples indigènes.

6. Pensionnés.

7. Entrepreneurs.

8. Communes et conseils communaux.

Pour l’opposition de droite, le chavisme ne fait plus que 10% de suffrages dans le pays. Selon une étude récente de la firme privée Hinterlaces, même si quatre ans de guerre économique ont incontestablement généré un fort degré de mécontentement et de dépolitisation dans le pays, et considérablement affaibli le chavisme, celui-ci reste la première force politique du pays (3), dépassant de quelques pour cent l’ensemble des partis de droite. Les urnes parleront.

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Travailleur(ses) de la santé publique manifestant en faveur de l’assemblée constituante, Caracas, le 22 mai

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Manifestation contre la violence et le terrorisme, et pour l’assemblée constituante, Caracas, le 22 mai 2017.

Thierry Deronne, Venezuela, 24 mai 2017

Notes

  1. Site du CNE (Centre National Électoral) : http://www.cne.gob.ve/web/index.php
  2. Voir https://venezuelanalysis.com/print/7272. Notons qu’en 2016, les décisions de justice sur la fraude massive de l’opposition dans la collecte de signatures pour demander un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro ont conduit le CNE à invalider cette demande. Pour plus de détails, lire « Guerre sournoise en Equateur, guerre totale au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/27/guerre-sournoise-en-equateur-guerre-totale-au-venezuela/
  3. Sur l’étude de Hinterlaces : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/04/16/les-surprises-des-sondages-prives-au-venezuela-avril-2017

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La rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne

On croyait avoir tout vu de la part de l’extrême droite vénézuélienne (rhabillée en « combattante de la démocratie » par les médias français) : formation par les paramilitaires colombiens, terrorisme, attentats à l’explosif, destructions de centres de santé et de maternités, sous-traitance de violences par la pègre, utilisation d’enfants-mercenaires, assassinats et tortures (1). Hé bien non. On peut toujours faire mieux dans la barbarie. Avoir la peau trop foncée n’est pas conseillé si on veut participer aux manifestations des fils des beaux quartiers d’Altamira ou de Chacao (Est de Caracas):  on peut être pris pour un « chaviste infiltré » (2). Ces photos et cette vidéo montrent un des manifestants éloigner ses comparses pour mettre le feu à Orlando Jose Figuera (21 ans) après l’avoir tabassé, jeté au sol et aspergé de combustible. Ces faits ont eu lieu le 20 mai 2017. Images déconseillées aux âmes sensibles.

 

 

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes bolivariens en général oublient que les choses noires qui lavent leurs cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. »

Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne (minoritaires sociologiquement car 95 % de la population vénézuélienne est métissée de sang africain) ont vu leur statut se banaliser par les efforts d’inclusion sociale de la révolution bolivarienne, et nourrissent une rage raciste décuplée contre les chavistes.

Vidéo : le groupe de chanteuses vénézuéliennes afrodescendantes « Eleggua »

 

Thierry Deronne, Venezuela, 23 mai 2017

Notes

  1. Comment « Le Monde » invente « la répression » au Venezuela, http://wp.me/p2ahp2-2zk
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne, lire « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2CO

Autoritarisme au Vénézuela ? Réponse à Gabriel Hetland

par Lucas Koerner, de Venezuelanalysis

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Le 21 mai, dans l’état d’Apure, une assemblée de communard(e)s se réunit pour faire des propositions en vue de l’Assemblée Constituante. Scène invisible pour les médias occidentaux. Photo: Marco Teruggi

Le Venezuela domine une fois de plus l’actualité internationale alors que les manifestations violentes visant à renverser le gouvernement élu de Maduro entrent dans leur septième semaine. Les manifestations ont coûté la vie à cette date à au moins 54 personnes depuis le 4 avril, dépassant la précédente vague de manifestations violentes anti-gouvernementales de 2014, connue comme « la Sortie ». Toutefois, cette fois-ci les troubles coïncident avec une grave récession économique et un paysage géopolitique transformé, marqué par le retour de la droite au Brésil et en Argentine, ainsi que par un régime encore plus belliqueux à Washington.

En attendant, l’indignation internationale face à ce dernier effort violent pour évincer le gouvernement chaviste a été bien plus feutrée que la dernière fois.

A l’exception notable d’une lettre ouverte des membres de LASA (Latin American Studies association), d’une déclaration conjointe UNAC/BAP (United National Antiwar Coalition et Black Alliance for Peace), et d’autres actions de protestation moindres, la gauche aux Etats-Unis est restée pour l’essentiel aussi passive face à l’intervention de plus en plus ouverte de l’administration Trump contre le Vénézuela, qu’à l’égard de la censure systématique des médias, préférant le silence à la solidarité active avec le chavisme.

Dans cet environnement, certains universitaires ont publiquement rompu avec le gouvernement Maduro à cause de sa réponse à la crise économique et politique actuelle du pays.

Dans un récent article pour NACLA, le professeur adjoint de l’Université d’Albany, Gabriel Hetland, se désolidarise du gouvernement bolivarien, évoquant des préoccupations au sujet de la dérive « autoritaire » de Maduro.

« Cependant, si bien les allégations précédentes d’autoritarisme de la part du Vénézuela avaient eu peu de fondement, ce n’est plus le cas aujourd’hui », écrit-il.

Tout en respectant profondément les contributions critiques du professeur Hetland au débat sur le Vénézuela, à Venezuelanalysis –un collectif de journalistes et de militants qui ont à un moment ou à un autre vécu, étudié et/ou travaillé au Vénézuela-, nous rejetons fermement cette accusation d’autoritarisme pour des raisons aussi bien analytiques que politiques.

Remettre les pendules à l’heure

Hetland cite un certain nombre d’actions récentes du gouvernement vénézuélien pour étayer ses allégations, notamment la soi-disant « dissolution » de l’Assemblée Nationale, tenue par l’opposition, par la Cour Suprême, l’ « annulation » du référendum révocatoire, le report des « élections municipales et régionales qui auraient dû avoir lieu en 2016 » et le blocage de l’activité législative de l’Assemblée Nationale par la Cour Suprême en 2016.

Ce récit pose bien entendu un certain nombre de problèmes.

Pour commencer, plusieurs éléments sont présentés de telle sorte qu’ils induisent en erreur, voire sont totalement inexacts.

Tout d’abord, comme l’a signalé Venezuelanalysis à l’époque, les décisions du 29 mars de la Cour Suprême (TSJ) n’ont pas « dissous » l’Assemblée Nationale, contrairement à ce qui a été rapporté de manière quasiment uniforme par la presse dominante. Les décisions visaient plutôt à autoriser temporairement le pouvoir judiciaire à exercer les fonctions législatives pertinentes, ce qui dans ce cas signifiait l’adoption d’un accord pressant pour une entreprise mixte entre l’entreprise pétrolière de l’état vénézuélien PDVSA et son homologue de la Russie, Rosneft, était décisif pour la solvabilité de PDVSA. La décision, basée sur l’article 336.7 de la constitution vénézuélienne, a provoqué une division au sein du chavisme, l’ancien et l’actuelle Procureur Général ralliant les camps opposés de ce clivage constitutionnel. On peut certes critiquer la décision, maintenant annulée, sur la base de motifs constitutionnels et politiques, mais la présenter comme une « dissolution » du parlement est de mauvaise foi.

Ceci nous conduit à la question du blocage par la Cour Suprême de la législature à majorité d’opposition de 2016. Il est indéniable que la TSJ a en fait annulé trois des quatre lois que l’AN avait réussi à adopter l’année dernière. Toutefois, c’est un jeu qui se joue à deux et Hetland minimise gravement le rôle joué par l’opposition dans cette longue impasse institutionnelle. Il est important de noter que l’AN n’a « abusé de ses compétences » que « dans certains cas », comme le décrit Hetland.

Dès son investiture en janvier 2016, l’AN a déclaré la guerre à l’ordre institutionnel bolivarien conçu par le chavisme, le président de l’AN, Henry Ramos Allup promettant d’évincer Maduro «en six mois », une menace ouvertement inconstitutionnelle à l’encontre d’un président en exercice. Un échantillon de la législation souhaitée par l’Assemblée Nationale en 2016 inclut une loi pour privatiser le programme de logements publics du Venezuela, une loi pour restituer les terres et les entreprises expropriées à leurs anciens propriétaires, une loi forçant l’exécutif à accepter l’aide humanitaire dans le pays, l’infâme loi d’amnistie ainsi qu’un amendement à la Constitution qui réduirait rétroactivement de deux ans le mandat présidentiel. On peut ajouter à cette liste la tentative de coup d’état parlementaire de l’opposition, lorsque celle-ci déclara que Maduro « avait abandonné son poste » en octobre d’abord, puis encore une fois en janvier dernier, chose que Hetland omet de reconnaître. Il ne dit pas non plus la raison du statut actuel de la législature, déclaré « nul », c’est-à-dire le refus de l’opposition de révoquer trois de ses députés de l’état d’Amazonas actuellement mis en examen pour achat de voix, en violation flagrante de la haute cour. On a donc le droit de critiquer le blocage de l’AN par la TSJ, mais minimiser l’effort systématique du parlement fait pour renverser par tous les moyens le gouvernement bolivarien induit franchement en erreur.

De la même manière, Hetland omet le rôle joué par l’opposition dans la suspension du processus de référendum révocatoire (RR). Comme nous l’avons indiqué, le parlement dominé par l’opposition a pris ses fonctions avec pour objectif de renverser Maduro « en six mois », objectif bien évidemment incompatible avec le référendum révocatoire, qui prend un minimum de huit mois. En effet, le RR n’était qu’une des quatre stratégies pour évincer Maduro que l’opposition avait prévues dans son plan dévoilé en mars 2016, qui incluait également l’amendement constitutionnel cité précédemment, une assemblée constituante pour réécrire la constitution (l’opposition est maintenant contre), et exciter la rue pour contraindre Maduro à démissionner. Étant donné ses propres divisions intestines, l’opposition a pris du retard dans le démarrage du référendum révocatoire et a fait de graves erreurs procédurales, comme la collecte de 53658 signatures frauduleuses, qui a fourni un prétexte au gouvernement pour paralyser indéfiniment la procédure devant les tribunaux. Nul doute que le gouvernement Maduro a trainé des pieds lors du processus de referendum révocatoire, sachant parfaitement qu’il risquait de le perdre, mais ce n’était pas du tout le scénario partial que présente Hetland.

Enfin, le Conseil National Électoral (CNE) a effectivement reporté les élections régionales prévues pour l’année dernière, invoquant des conflits logistiques par rapport au processus de RR, argument difficile à défendre sur le plan constitutionnel et politique. Il vaut cependant la peine de signaler qu’il existe un précédent de ce type de retard : les élections locales de décembre 2004 ont fini par être reportées à août 2005 pour cause de référendum révocatoire contre le Président Chavez l’année précédente. Dans sa hâte pour discréditer le caractère démocratique du Vénézuela, Hetland fait l’impasse sur cet important détail.

En outre, si bien il est parfaitement légitime de critiquer le gouvernement bolivarien parce qu’il retarde la course des gouverneurs, pour les élections municipales c’est une toute autre histoire. Les élections locales sont prévues en 2017, ce qui signifie qu’elles peuvent avoir lieu à tout moment avant la fin de l’année. En suggérant que le gouvernement a reporté les élections locales, Hetland commet une autre erreur factuelle qui lui permet de consolider sa démonstration essentiellement idéologique d’un « autoritarisme rampant » du gouvernement Maduro, comme on le verra plus loin.

Fétichisation de la démocratie libérale

Au-delà de ces inexactitudes et de ces déformations, le principal problème de l’article de Hetland est sa notion implicite d’ « autoritarisme », qu’il ne prend jamais la peine de définir.

Sans s’étendre sur l’origine du terme, force est de rappeler que l’autoritarisme est loin d’être un concept politiquement neutre.

Comme Hetland le fait remarquer à juste titre, le chef d’accusation d’autoritarisme a été lancé de manière contestable contre le gouvernement Chavez et d’autres gouvernements de la « vague rose » qui étaient dénoncés par les commentateurs et politologues occidentaux pour avoir osé contester l’hégémonie de la démocratie représentative capitaliste et (néo)libérale.

En effet, pendant toute la dernière décennie, les politologues sous la conduite de l’ancien ministre des affaires du Mexique Jorge Casteñeda ont fait la distinction entre une gauche « bonne »,  réformiste, libérale, représentée par celle de Lula Da Silva au Brésil, qui est prête à composer avec Washington et le capital transnational et une « mauvaise » gauche, radicale, populiste, incarnée par Hugo Chávez, qui a ouvert les vannes libérales et représentatives pour conduire la participation de masse dans la gouvernance démocratique.

Comme le souligne Sara Motta, c’est une distinction binaire de nature profondément coloniale : la « bonne gauche » occidentalisée et « mûre » a appris des soi-disant échecs du marxisme révolutionnaire et épousé le réformisme, alors que la « mauvaise gauche » reste engluée dans le clientélisme et l’autoritarisme tribal du passé « prémoderne », qui la rendent hostile à la démocratie libérale.

Cette dichotomie « bonne/mauvaise gauche » n’a bien entendu rien de nouveau, c’est la sempiternelle distinction entre gauche « révolutionnaire » et gauche « démocratique » appliquée à la gauche latino-américaine depuis la Révolution cubaine, qui à son tour remonte à l’opposition classique de la « civilisation » contre la « barbarie ».

Hetland, au lieu de remettre en question le critère idéologique libéral sur lequel elle repose , perpétue cette distinction binaire coloniale, lorsqu’il annonce que le gouvernement Maduro a basculé dans le sombre règne de l’autoritarisme :

En annulant le référendum révocatoire, en suspendant les élections et en empêchant les dirigeants de l’opposition de se porter candidats, le gouvernement vénézuélien entrave la faculté du peuple vénézuélien de s’exprimer par la voie électorale. On voit mal ce que cela peut être d’autre, sinon de l’autoritarisme rampant.

En d’autres termes, ce qui semble pour Hetland constituer de « l’autoritarisme », c’est que l’on invalide des normes formelles de la démocratie libérale, notamment la séparation des pouvoirs, menaçant les droits politiques de l’opposition de droite du pays.

Ce qui ressort de cette approche formaliste est une sorte de liste à cocher à la Freedom House, où les points forts et les points faibles des régimes du Sud (liberté d’expression, de la presse, etc.) sont soupesés statistiquement avant que la sentence morale irrévocable ne tombe concernant la « qualité démocratique ». Le Venezuela n’est pas encore un « régime autoritaire total », nous dit Hetland, « étant donné l’accès significatif qu’a l’opposition aux médias traditionnels et sociaux et l’importante capacité de celle-ci de participer à la contestation antigouvernementale ». Sur ce point, la conclusion de Hetland est pratiquement identique à celle du courant dominant les centres d’études de l’Amérique Latine, qui a depuis longtemps inventé des formules alambiquées telles que « autoritarisme compétitif participatif » pour caractériser le gouvernement bolivarien.

Le problème de ce point de vue est qu’il finit par réifier ces pratiques soi-disant autoritaires, et par en faire la cause – associée aux efforts de l’opposition pour renverser le régime- de la crise actuelle du Venezuela plutôt que le symptôme du rapport de forces sous-jacent.

Le piétinement supposé de certaines normes démocratiques libérales –notamment le report des élections régionales- par le gouvernement de Maduro est sans conteste très préoccupant, précisément parce qu’il met en évidence l’impasse catastrophique dans le processus révolutionnaire bolivarien.

Venezuelananalysis a depuis longtemps critiqué les manœuvres institutionnelles imposées par le gouvernement bolivarien pour endiguer les efforts de l’opposition pour évincer Maduro, que nous considérons comme une tentative conservatrice de maintien du statu quo au lieu de mobiliser les masses du peuple d’en bas pour sortir de la paralysie actuelle et trouver une sortir de la crise dans des conditions révolutionnaires.

Dans la même veine, nous avons critiqué les tendances au sein de l’état qui selon nous consolident le pouvoir de fractions de la classe « boli-bourgeoise » corrompue et réformiste dans la bureaucratie et l’armée, notamment le contrôle direct des importations par de l’armée, la libéralisation de facto des prix, la réduction des dépenses sociales associée à un service de la dette draconien, l’Arc minier de l’Orénoque, une procédure discutable mais maintenant modifiée d’enregistrement des partis et un tournant conservateur dans la politique de lutte contre la criminalité.

Or, Hetland reste étrangement silencieux au sujet de ces reculs et de ces régressions des quatre dernières années, qui à toutes fins pratiques sont bien plus graves que nombreux des abus « autoritaires » qu’il décrit.

C’est précisément là que l’accusation « d’autoritarisme » trahit son parti-pris idéologique libéral : en donnant la priorité aux violations procédurales qui frappent l’opposition bourgeoise de droite, Hetland rend invisible la dynamique sous-jacente de l’affrontement de classe qui a un impact brutal sur les classes populaires.

Par conséquent, et contrairement à ce qu’affirme Hetland, le problème n’est pas en soi que les normes démocratiques libérales ont été affaiblies, mais plutôt que la construction révolutionnaire des institutions alternatives de la démocratie radicale participative –« l’état communal » selon Chávez- est confrontée à des obstacles structurels décisifs.

Sur ce point il faut être sans ambigüité : la démocratie libérale n’est ni absolue ni universelle, et sa relation aux processus révolutionnaires est toujours fonction du contexte. Imposer ces normes à la Révolution cubaine, par exemple, dans son contexte de siège impérial génocidaire est le comble de l’absurdité et de l’irresponsabilité politique. Dans ces circonstances, le modèle cubain de démocratie révolutionnaire, malgré ses défauts et ses limites, n’est pas moins légitime que d’autres projets socialistes démocratiques qui ont utilisé stratégiquement certains éléments de la démocratie libérale, comme le Chili et le Nicaragua dans les années 70 et 80 ou le Vénézuela et la Bolivie aujourd’hui.

Le processus bolivarien est cependant fondamentalement différent, dans la mesure où il repose sur la voie électorale vers le socialisme qui aborde l’ordre démocratique et bourgeois existant comme un espace stratégique de lutte contre l’hégémonie. Dans ce contexte, la suspension de certains droits libéraux tels que les élections ou certaines libertés pour l’opposition ne seraient acceptables que dans des circonstances exceptionnelles, si le gouvernement bolivarien était en train de prendre des mesures révolutionnaires pour régler la crise actuelle et exigeait une légitimité sans conteste à ses bases sociales.

Malgré l’indéniable spirale de violence politique et économique provoquée par l’opposition, le Vénézuela ne traverse malheureusement pas l’équivalent d’une « période spéciale », dans la mesure ou la direction du parti et de l’état a échoué à s’attaquer à la corruption endémique et à mener l’offensive contre l’ennemi capitaliste local et transnational, comme ce fut le cas lors de tournants révolutionnaires cruciaux en Russie, en Chine et à Cuba.

Compte tenu de cette réalité, le message qui émane de certains secteurs du chavisme selon lequel il ne saurait y avoir d’élections dans des conditions de combat – un argument légitime dans d’autres contextes, notamment dans la Grande-Bretagne assiégée par les Nazis- est pour le moins contestable. Néanmoins, cet argument est utile dans la mesure où il démontre que la démocratie libérale est un critère d’évaluation totalement inadapté aux processus révolutionnaires, qui obscurcit bien plus qu’il n’éclaire la situation, comme dans le cas de la critique de Hetland de « l’autoritarisme » au Vénézuéla.

Qu’ils s’en aillent tous ?

Dans ce diagnostic des causes de la crise actuelle, notre position coïncide avec celle de la grande majorité des mouvements de gauche vénézuéliens dont la principale doléance est loin d’être la litanie des pratiques « autoritaires » contre l’opposition de droite qu’énumère Hetland, mais bien au contraire les mesures réformistes et parfois franchement contre-révolutionnaires du gouvernement Maduro.

La même chose vaut pour les classes populaires du Vénézuéla – la base sociale du chavisme- qui se moque bien de ce que la Cour Suprême a bloqué l’Assemblée Nationale et de ce que le président ait gouverné par décret d’urgence économique depuis février 2016. Selon l’institut de sondages indépendant Hinterlaces, près de 70 % des vénézuéliens ont une opinion défavorable du parlement contrôlé par l’opposition, tandis que 61% ont peu d’espoir qu’un gouvernement futur de l’opposition règle les problèmes économiques profonds du pays. La majorité des vénézuéliens souhaite plutôt que le gouvernement Maduro reste au pouvoir et trouve une solution à la crise économique actuelle. Leur mécontentement ne vient pas du recours de Maduro aux pouvoirs d’urgence, contrairement à ce que racontent les medias, mais plutôt de ce qu’il échoue à s’en servir pour prendre des mesures décisives de consolidation de la révolution, au lieu de faire davantage de concessions au capital.

Malgré les revers, reculs et trahisons qui ont caractérisé les quatre dernières années depuis le décès de Chávez, l’humeur parmi les masses vénézuéliennes n’est pas celle d’un rejet uniforme de tout l’establishment politique du Vénézuela, comme le suggère Hetland dans une généralisation simplificatrice.

S’il y a un slogan qui reflète bien l’humeur des classes populaires vivant en ce moment dans les barrios et villages du Vénézuela, ce serait sans doute : Que se vayan todos. Qu’ils s’en aillent tous.

Si bien le chavisme a perdu une partie importante de ses soutiens au cours des cinq dernières années et si les rangs des indépendants, ou des ni-ni, ont grossi pour atteindre plus de 40% de la population, le PSUV demeure remarquablement le parti le plus populaire du pays, ses soutiens passant de 27 à 35% de la population depuis janvier. De même, Maduro compte sur l’approbation de près de 24% des vénézuéliens, ce qui en fait un président plus populaire que ceux du Brésil, du Mexique et du Chili – fait systématiquement omis par les médias internationaux non indépendants. Ces sondages demeurent assez incroyables compte tenu de la gravité de la crise économique qui ravage actuellement le pays, et témoignent de l’efficacité partielle de certaines mesures du gouvernent, telles que les CLAPs (Comités locaux d’approvisionnement et de production), ainsi l’absence de programme alternatif proposé par l’opposition.

De même, malgré la désillusion croissante à l’égard du gouvernement et les indices d’une éventuelle rupture, le fait est que la majorité écrasante des mouvements sociaux du Venezuela et des partis politiques de gauche continue de soutenir Maduro.

Qui plus est, cette unité de la gauche en soutien au gouvernement bolivarien n’a fait que se durcir face à l’offensive de l’opposition en cours et en vue de l’Assemblée Nationale Constituante qui doit se tenir dans les prochains mois.

Aussi déconcertante qu’elle soit, cette défense farouche du gouvernement Maduro est parfaitement logique pour au moins deux raisons.

La première, comme peut en témoigner tout chaviste qui a vécu les six dernières semaines de terreur de droite, le choix entre la continuité du chavisme au pouvoir et un régime d’opposition n’est pas une simple question de préférence idéologique, c’est une question de survie, nul ne peut prévoir le degré de violence politique et structurelle que débriderait l’opposition si elle parvenait à prendre Miraflores. Cela ne revient en aucun cas à nier ni à minimiser les répercussions de la crise économique actuelle, pour laquelle le gouvernement porte une grande part de responsabilité, mais il n’y a aucun doute qu’un gouvernement d’opposition porterait cette guerre économique contre les pauvres à un nouveau niveau de sauvagerie néolibérale.

La deuxième est que l’existence du gouvernement bolivarien incarne la persistante possibilité d’une transformation du petro-état bourgeois hérité, dans le cadre de la transition vers le socialisme du 21ème siècle. S’il est vrai qu’il a de raisons d’être sceptique quant aux possibilités réelles de faire avancer la démocratisation et la décolonisation de l’état vénézuélien dans cette conjoncture, il y a eu un déferlement de soutien populaire à l’Assemblée Nationale Constituante qui pourrait servir de vecteur à une reprise de l’offensive révolutionnaire et institutionnaliser les revendications radicales venant d’en bas.

Ce vaste consensus de soutien décisif au gouvernement apporté par la gauche du Vénézuela contraste nettement avec l’approche de Hetland de « la malédiction sur vos deux maisons », qui, selon Ellner, aboutit à « mettre dans le même sac les leaders de l’opposition et les chavistes », comme deux alternatives également indésirables.

S’il y une énorme colère et frustration à l’égard du gouvernement, qui pourrait se traduire par une terrible défaite électorale du chavisme lors des prochaines élections, le sentiment qui prévaut toutefois dans une grande partie des classes populaires du Vénézuela face à la terreur que fait régner en ce moment l’opposition demeure est « no volverán » (ils ne reviendront pas).

Le rôle de la solidarité

Tout ceci nous conduit à la position des militants de la solidarité internationale avec le Vénézuéla.

Nous sommes absolument d’accord avec Hetland pour dire que c’est du devoir de chaque personne de gauche et de chaque progressiste qui se respecte de « rejeter tout appel à l’intervention impérialiste visant à « sauver » le Vénézuéla ».

Néanmoins, alors que l’anti-interventionnisme est une nécessité urgente, la question se pose de savoir avec qui nous sommes censés être solidaires.

Hetland nous appelle à être aux côtés de « la majorité des Vénézuéliens qui souffrent aux mains d’une opposition revancharde et inconsciente, et d’un gouvernement incompétent et irresponsable. »

Le résultat d’une approche de ce type, de la « malédiction sur vos deux maisons » est un refus de prendre parti dans ce combat, en un mot, la neutralité. Cette position découle naturellement du cadre libéral de Hetland de l’autoritarisme, qui place nécessairement l’intellectuel occidental dans le rôle de l’arbitre désincarné, adoptant le point de vue cartésien de « l’œil de Dieu », selon les termes d’Enrique Dussel, seul capable de pondérer objectivement les vertus et les déficits démocratiques des régimes du Tiers Monde.

A contrario, Venezuelanalysis prend inconditionnellement position pour le mouvement socialiste bolivarien du Vénézuela, qui dans cette conjoncture continue de soutenir de manière critique le gouvernement de Maduro.

Nous adoptons cette position non par aveuglément à l’égard des nombreux défauts et trahisons du gouvernement bolivarien, mais parce que (et en particulier nos journalistes sur le terrain) nous savons que pour un très grand nombre de chavistes, le choix entre la radicalisation de la révolution et la restauration de droite est littéralement, une question de vie ou de mort.

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Réunion de mouvements sociaux de tout le continent à Buenos Aires, Argentine, du 15 au 17 mai 2017, pour manifester leur soutien à la révolution vénézuélienne face aux tentatives de déstabilisation par la violence.

Source : https://venezuelanalysis.com/analysis/13136

Traduction : Paula Raonefa

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Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

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Caracas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

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Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie« . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

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tachiraparas_0Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

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Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale» (12).

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Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

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Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

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Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police» (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

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Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

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Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

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Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

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Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Thierry Deronne, Venezuela, 20 mai 2017.

Notes

  1. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/
  2. Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestoso https://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  3. http://ambito.com/883274-tras-reunirse-con-michetti-correa-defendio-a-venezuela . Voir aussi http://www.telesurtv.net/news/Long-rechaza-injerencia-de-EE.UU.-en-asuntos-internos-de-Venezuela-20170518-0039.html
  4. http://correodelorinoco.gob.ve/cancilleres-de-caricom-resaltan-solucion-pacifica-para-situacion-de-violencia-en-venezuela
  5. http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/papa-francisco-dialogo-venezuela-afectado-la-division-la-oposicion/
  6. https://www.state.gov/documents/organization/252179.pdf (voir page 96)
  7. http://www.southcom.mil/Portals/7/Documents/Posture%20Statements/SOUTHCOM_2017_posture_statement_FINAL.pdf?ver=2017-04-06-105819-923
  8. Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droite Primero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 : http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  9. http://tatuytv.org/index.php/noticias/duelo/3680-terrorismo-hallan-sin-vida-y-con-signos-de-tortura-a-militante-del-psuv-secuestrado-en-zona-opositora
  10. Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ; http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  11. http://albaciudad.org/2017/05/lista-fallecidos-protestas-venezuela-abril-2017/
  12. http://hastaelnocau.wordpress.com/2017/05/09/radiografia-de-la-violencia
  13. http://www.lavanguardia.com/internacional/20170507/422343873153/violinista-muerto-venezuela-manifestaciones.html
  14. http://www.desdelaplaza.com/poder/yeison-lo-mataron-manifestantes-la-mud-destacado/
  15. http://www.talcualdigital.com/Nota/142708/detenido-polisucre-por-asesinato-de-estudiante-de-la-ucv-carlos-jose-moreno
  16. https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne
  17. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture
  18. https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
  19. http://hinterlaces.com/61-afirma-que-responsables-de-manifestaciones-violentas-deberian-ir-presos/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2zk

Les bolivariens reprennent l’initiative et lancent le scrutin pour élire l’Assemblée Nationale Constituante

par Marco Teruggi 

Mobilisation bolivarienne à Caracas, image éclipsée par les médias au profit des manifestations de la droite

Le chavisme a repris l’initiative après un mois dans les cordes : on mettra en marche un processus constituant citoyen pour convoquer une Assemblée Nationale Constituante (ANC). C’est ce qu’a annoncé le président Nicolás Maduro devant la manifestation de masse réunie le 1° mai à Caracas. Il l’avait déjà laissé entrevoir dans son émission de télévision « En contact avec Maduro », c’était l’une des hypothèses dans un scénario d’incertitude marqué par l’escalade de la violence de la droite.

Légalement, cette convocation se base sur les articles 347 et 348 de la Constitution : Article 347- Le peuple du Venezuela est le dépositaire du pouvoir constituant d’origine. Dans l’exercice de ce pouvoir, il peut convoquer une Assemblée Nationale Constituante pour transformer l’Etat, créer un nouveau ordre juridique et rédiger une nouvelle Constitution.

Article 348- L’initiative de la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante pourra être prise par le Président ou la Présidente de la République en Conseil des Ministres, »

Politiquement, cette annonce a eu un fort impact : il en a appelé à l’origine du processus chaviste : l’Assemblée Nationale Constituante de 1999 en tant qu’élément fondateur et a mis en marche une initiative propre aussi importante que réformer la Constitution dans un moment de résistance aux attaques de coup d’Etat. Se défendre avec une réponse démocratique et participative, c’est de cela qu’il s’agit, avec une ligne pour tout le chavisme qui devra se regrouper autour de l’objectif commun et surtout convoquer la majorité de la société à la constituer. Ce processus, a souligné Maduro, sera celui des citoyens et des citoyennes, pas celui des partis politiques.

L’élection des députés de la Constituante, qui seront 500, se fera directement et secrètement. Ils seront à la tête de l’Assemblée Nationale Constituante qui, a signalé Maduro au Conseil des Ministres de dimanche soir, devra débattre, entre autres sujets, de la paix, de la construction d’un système économique d’après-pétrole, de l’intégration dans la Constitution des missions sociales, de al sécurité, de la justice et de la protection du peuple, des nouvelles formes de al démocratie participative et agissante, de al défense de la souveraineté nationale, de l’identité culturelle, des droits sociaux, culturels, des droits du travail et technologiques de la jeunesse et du changement climatique. Comme le stipule la Constitution, le président ne pourra faire d’objections aux modifications qui seront faites à la Grande Charte.

La droite

Julio Borges l’avait déjà annoncé ce même dimanche : « tout pas pour convoquer une Constituante communale n’est rien d’autre que la poursuite du coup d’Etat qui est en cours au Venezuela. » Capriles Radonski a écrit après cette annonce : « Face à la fraude constitutionnelle de Constituante qu’a fini par annoncer le dictateur : Peuple, dans la rue, désobéissez à une telle folie ! »

C’était prévisible. Le plan de la droite est de provoquer une aggravation de al violence de rue pour obtenir une fracture sur le front extérieur ou intérieur. Dans le premier cas, les résultats ont été ceux qui étaient attendus jusqu’à présent : les alliances internationales ont fait des déclarations, ont exercé des pressions mais n’ont pas fait d’autre pas. De plus, le Venezuela s’est retiré de l’Organisation des Etats Américains devant la partialité évidente de cet organisme dirigé par les Etats-Unis et une réunion de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens aura lieu. En ce qui concerne le Gouvernement, il a reçu le soutient de la Russie, de la Chine et indirectement du Pape François qui a dit que les dialogues n’ont pas abouti par la faute des divisions de la droite.

En ce qui concerne le front intérieur, la situation n’a pas évolué comme ils l’avaient prévu. Les quartiers populaires ne se sont pas joints à l’appel à renverser le président et les Forces Armées Nationales Bolivariennes n’ont pas donné d’écho aux appels réitérés de la droite. Julio Borges l’ à nouveau convoquée dimanche. Quant à sa capacité de mobilisation, elle a baissé. Les chiffres de l’institut de sondages Hinterlaces le confirment : 57% de ceux qui se définissent comme des opposants sont en désaccord avec les manifestations violentes ainsi que 83% des indépendants.

Cela conduit la tactique du coup d’Etat à sa pire situation, l’affaiblissement et l’isolement comme c’était arrivé en 2014 avec des actions similaires. Dans la situation actuelle, cela peut les conduire à plus de radicalisation, c’est à dire à chercher plus de morts, des actions de fort impact, des foyers paramilitaires nocturnes dans les quartiers ou dans les grandes artères de Caracas. Il y a déjà eu 29 victimes depuis le 6 avril. La dernière, Juan Pernalete, a été assassinée dans la mobilisation de la droite par un coup de pistolet boulon. Il y a une vidéo, une caméra qui a enregistré ce qu’elle ne devait pas enregistrer. La droite – malgré les images et l’autopsie – dit qu’il est mort à cause d’un impact de bombe lacrymogène et en a fait un martyre.

La suite

La droite se trouve face à l’initiative prise par le chavisme. Peut-elle refuser de la reconnaître et faire un nouveau pas dans l’escalade, sans dialogue, avec moins de gens et plus de violence ? Jusqu’où peuvent-ils aller ainsi ? Jusqu’à quel niveau la direction de la droite restera-t-elle unie ? On sait que les tensions intérieures sont grandes. La preuve en est l’enregistrement audio de la femme d’Henri Ramos Allup qui a reconnu qu’elle était inquiète à cause du « vandalisme » des mobilisations et a affirmé que si Lilian Tintori et Freddy Guevara « pouvaient brûler le Venezuela, ils le feraient. »

Le chavisme a pour sa part deux tâches qui pourraient être contenues dans l’appel de Maduro à l’Assemblée Nationale Constituante. Tout d’abord, conserver la pax, c’est à dire éviter que la guerre civile que cherche la droite se déchaîne. Cette hypothèse a été mise noir sur blanc sur la table par un analyste de droite, Luis Vicente León qui a affirmé que : « Ce scénario peut se prolonger indéfiniment, ce qui amène le pays à la formation de groupes paramilitaires et de guérilléros qui vont faire partie de la vie quotidienne du pays mais avec le Gouvernement restant au pouvoir. » A cause de cela, la résolution du conflit par une proposition de démocratie participative peut être une façon de relâcher la pression, d’obliger à canaliser le différend.

Deuxièmement, le chavisme doit revitaliser ses propres forces et reconstruire une majorité. Pour cela, une ligne politique claire est nécessaire, une ligne qui produise l’unité, qui réorganise le bloc lui-même dans un objectif large et stratégique. Dans cette direction, la convocation de Maduro peut être très importante. Mais il est aussi indispensable, en particulier pour reconstituer une majorité politique, de donner une réponse aux problèmes économiques qui tombent sur les épaules des plus humbles et des classes moyennes. L’un d’entre eux est l’augmentation des prix. Le Président a décrété le gel des prix, une mesure devenue urgente. Sans cette amélioration économique, il est difficile de penser à un changement des tendances politiques. Et le temps presse.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/opinion/El-chavismo-retoma-la-iniciativa-hacia-la-Asamblea-Nacional-Constituyente-20170502-0018.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/05/venezuela-le-chavisme-reprend-l-initiative-l-assemblee-nationale-constituante.html

José Mujica, ex-président de l’Uruguay : « Ce que fait l’OEA est un danger non seulement pour le Venezuela mais pour tout le continent »

Editorial du journal La Jornada (Mexique), 28 avril 2017.

La sortie du Venezuela de l’Organisation des États Américains (OEA) laisse ce forum international orphelin de deux pays qui, pour diverses raisons, ont eu un poids important dans l’histoire du continent. En 1962, l’organisme expulse Cuba de ses rangs en se basant sur l’argument révélateur que « l’adhésion d’un membre de l’OEA au marxisme léninisme est incompatible avec le Système Interaméricain ». Il était déjà clair que ce « système interaméricain » était sous haute influence politique et idéologique de Washington, et servait d’instrument pour arrimer les gouvernements de l’hémisphère au camp occidental pendant la guerre froide.

Rappelons que l’OEA, qui n’agit au nom de la démocratie que lorsque cela convient aux intérêts des États-Unis et des oligarchies locales latino-américaines, n’a rien fait de significatif pour, au moins, atténuer les atrocités de dictateurs tels que Rafael Léonidas Trujillo (République Dominicaine) ou Anastasio Somoza (Nicaragua), s’est tue quand un gouvernement sorti des urnes fut renversé au Guatemala par un coup d’État organisé directement par la CIA de Foster Dulles (1954), n’a pas bougé d’un pouce quand diverses démocraties sud-américaines ont été détruites dans les années 70 avec l’avènement de sanglantes dictatures militaires (Uruguay, Bolivie, Chili, Argentine…) impulsées dans de nombreux cas depuis la Maison Blanche, le Département d’État et le Pentagone. Plus récemment, l’organisme panaméricain a été incapable de faire quoi que ce soit pour empêcher un coup d’État au Honduras, les massacres quotidiens et les assassinats de journalistes, de militants sociaux et de défenseurs de droits de l’homme au Mexique et en Colombie, ou pour dénoncer les conspirations parlementaires qui ont eu comme conséquences les destitutions des présidents élus Fernando Lugo, au Paraguay (2012) et Dilma Rousseff, au Brésil (2016)…

A ce long historique, il faut ajouter aujourd’hui la suractivité de l’actuel secrétaire général de l’OEA, l’uruguayen Luis Almagro en faveur de la droite vénézuélienne. Loin de contribuer à une solution pacifique à la « crise », celui-ci a attisé le conflit, assumant ouvertement le rôle de soutien à une des parties dans le cadre du conflit politique et institutionnel en cours, convertissant l’organisme qu’il dirige en instrument de pression diplomatique contre le gouvernement bolivarien.

L’uruguayen Luis Almagro, actuel secrétaire de l’OEA, coiffant une casquette vénézuélienne lors d’un séminaire sur « marketing et gouvernance politiques en Amérique Latine » organisé récemment à Miami. A ses côtés, J.J. Rendon, spécialiste en guerre psychologique et conseiller de l’ex-président colombien Alvaro Uribe. L’ex-président uruguayen José Mujica a dénoncé son ex-chancelier Almagro : « ce qu’il fait est dangereux non seulement pour le Venezuela mais pour tout le continent« . (1) Pour sa part le président bolivien Evo Morales a déclaré « Almagro doit respecter les principes de l’OEA et le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela. On ne comprend pas ce que fait l’OEA contre le Venezuela » (2)

Evo MoralesAvec de tels antécédents et dans de telles circonstances, il n’est pas surprenant que Caracas ait décidé d’abandonner l’organisation pour recourir, en échange, à la Communauté des États Latino-Américains et Caribéens (CELAC), un forum plus équilibré duquel sont exclus les Etats-Unis et le Canada et dans lequel, par conséquent, on pourrait attendre une action plus constructive et propice dans le but de surmonter la crise vénézuélienne à travers le dialogue et la coopération diplomatique.

L’OEA était déjà sortie affaiblie de l’expulsion de Cuba; lorsqu’en 2009 l’organisme invita l’île des Caraïbes à reprendre sa place, La Havane rejeta l’offre. Aujourd’hui, la sortie volontaire du Venezuela, appuyé par les pays de l’ALBA, accentue le discrédit d’une instance internationale qui n’a jamais su être à la hauteur de ce que ses membres latino-américains auraient pu attendre d’elle et qui, depuis sa fondation (1948) jusqu’à ce jour, n’a fait que mériter la description populaire qui en est faite : le Ministère des Colonies de Etats-Unis.

Notes

(1) http://www.lr21.com.uy/politica/1330026-mujica-almagro-oea-venzuela-libro-urrazola-frente-amplio-izquierda

(2) http://ciudadccs.info/2017/05/01/evo-morales-almagro-respetar-principios-la-oea/

Source de cet article : http://www.jornada.unam.mx/2017/04/28/edito
Traduction : Luis Alberto Reygada pour Le Grand Soir (Twitter : @la_reygada).
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