Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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« Dans les processus révolutionnaires, démocratiser la communication est stratégique » (Journal CoLatino, El Salvador)

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Gloria Silvia Orellana
@SilviaCoLatino

Thierry Deronne, cinéaste, professeur universitaire et journaliste, est convaincu que la démocratisation d’une société passe par le renforcement du rôle du peuple et de ses histoires, comme il l’enseigne, et que cela renforce le processus révolutionnaire dans la République Bolivarienne du Venezuela. Deronne, qui est arrivé au Venezuela en 1994, venant de Belgique, a fondé, avec d’autres professionnels vénézuéliens de l’audiovisuel, l’ « Ecole populaire latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre » .

¿Pourquoi cet intérêt pour la communication des communautés?

Ce sont deux processus, les gens ont déjà leurs histoires, et évidemment nous partons de l’idée qu’il faut leur donner les outils pour renforcer le rôle principal du peuple, comme nous l’enseignons à l’université. Pour créer véritablement un processus de démocratisation il est important que le peuple joue le rôle principal, comme pour tout le processus révolutionnaire que nous sommes en train de vivre au Venezuela. Nous devons enseigner les nouvelles formes de communication sociale, pour que, lorsque s’ouvriront de nouveaux espaces de diffusion des acteurs audiovisuels, l’on ait une nouvelle forme et de nouveaux contenus.

¿Estimez-vous que cela a été un plus pour le concept de communication?

Quand je parle d’outils, je ne veux pas seulement parler des techniques, mais précisément d’un rapport au contenu. On tombe souvent dans le piège qui consiste à les séparer, d’un côté l’idéologie, de l’autre la technique. Et ce divorce est un danger, c’est un piège. En fait, nous leur expliquons qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau, et c’est là qu’est le saut qualitatif, une technique qui peut apporter un grand changement dans la communication.

¿Quelle est votre lecture dans le contexte politique actuel du Venezuela?

De manière générale, la réalité au Venezuela est bonne, bien que les medias soient entre les mains des grands groupes de pouvoir, mais je peux te dire que nous sommes un système démocratique qui se développe, nous savons qu’il y a une overdose d’élections, il y a eu plus de 25 scrutins en 18 ans, dont la légitimité et la transparence ont été certifiées par des présidents ou des représentants de cours électorales ainsi que par des experts de différentes latitudes de l’Amérique latine. Et nombreux de ces présidents électoraux qui ne sont pas proches de l’idéologie bolivarienne, mais qui sont des experts, ayant une longue expérience des processus électoraux, ont toujours corroboré et réaffirmé la transparence e des processus, mais ce qui caractérise véritablement cette démocratie vénézuélienne, c’est le Pouvoir Populaire.

¿Comment les institutions jouent-elles leur rôle?

Au-delà de la nature représentative de la démocratie, je crois que la démocratisation vient de la croissance en droits. Toutes les semaines, l’assemblée constituante élue l’année dernière mobilise pour une action, des mouvements sociaux ou de collectifs féministes. Et de cette manière, tout ce que l’on peut imaginer comme mouvement social cherche sa lutte aux côtés de ses représentants sectoriels et des députés à la Constituante. Car les députés ne sont pas seulement les députés des territoires, ils représentent aussi des secteurs, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les mouvements de femmes et les travailleurs font appel à leurs députés. Et à mon avis, il n’y a rien de tel que la mobilisation permanente pour que les revendications ou les pétitions ne tardent pas, ne soient pas reléguées au second plan. C’est comme une marmite toujours en ébullition, pleine de propositions. Grâce à cette participation populaire, peu à peu on vient à bout du monstre bureaucratique, pour en faire quelque chose de beaucoup plus contrôlé et efficace. C’est ce travail que nous appelons le pouvoir populaire.

¿Comment le pouvoir populaire relève-t-il les défis de la situation économique et sociale?

Il y a un secteur privé qui contrôle plus de 80% de la production et de la distribution nationales, ce qui te donne une idée des moyens qu’ils ont de créer les phénomènes de pénurie et de hausse permanente des Prix. Pour y faire face, le gouvernement travaille à deux niveaux, par l’augmentation du salaire, pour protéger le pouvoir d’achat des gens. Il y a deux mois on a presque atteint les 100%, mais le secteur privé a répliqué par une hausse des prix des produits quasiment dans la même proportion.

Cela fait dix jours que l’Etat contrôle les marchés municipaux, où se trame la manipulation des prix, avec la contrebande vers la Colombie. Le travail a été progressif et peu à peu on attaque la structure même de la spéculation, l’Etat cherche à protèger les voies vitales de production et de distribution pour les gens. Autre aspect du pouvoir populaire, la création des Comités locaux d’approvisionnement, c’est une nouvelle stratégie à laquelle a obligé la guerre économique, mais qui est intéressante car elle a réveillé à nouveau le mouvement populaire, qui était atténué depuis la mort d’Hugo Chavez.

Cela a conduit à la création de nouvelles stratégies de survie qui se sont substituées au conseil communal, et ce réveil de l’organisation populaire a joué un rôle stratégique dans la récente victoire électorale.

¿Comment abordez-vous la guerre médiatique?

On ne peut plus remettre vraiment à plus tard une initiative commune ou de démocratisation des médias. C’est inévitable, nous sommes dans la caverne de Platon, où les reflets arrivent à travers les medias hégémoniques, qui sont entre les mains des groupes du pouvoir économique qui sont ceux qui font la guerre médiatique.

Je vais te donner un exemple: l’image constante du Venezuela dans les medias, avec une grande intensité, pour justifier une invasion étrangère par une soi-disant crise humanitaire. Ou bien quand un expert de l’ONU, Alfred Maurice de Zayas, spécialiste en situations humanitaires qui travaille depuis vingt ans en Afrique, qui a publié de nombreux livres et qui enseigne dans de nombreuses universités sur la question de la crise humanitaire affirme qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, mais un défaut d’approvisionnement et qu’il faut différentes manières pour l’éviter.

¿Quel est l’intérêt des Etats-Unis au Venezuela?

Il y a deux niveaux d’appétit de l’empire des Etats-Unis pour le Venezuela. Les grandes réserves de pétrole sont mondialement connues, de même que d’autres richesses comme l’or et d’autres métaux, ainsi que des ressources naturelles qui intéressent les multinationales. Il y a un deuxième aspect que l’on oublie parfois, le plus important: “l’exemple politique”, cet élan qu’a donné la Révovolution Bolivarienne à de nombreux autres peuples qui aspirent à l’émancipation et à la construction d’alternatives au Capitalisme Libéral.

¿Quels sont les défis pour la gauche latino-américaine?

Le défi pour la gauche est d’apprendre à gérer les problèmes des critiques, sans les couvrir, mais au contraire en saisissant l’occasion pour aller à la rencontré des demandes et offrir de solutions , pour consolider la formation permanente du peuple , nourrir la politique publique. Il faut abandonner le verticalisme, le manque d’écoute ou les séparations bureaucratiques. Cette inconscience a coûté cher à la gauche dernièrement. C’est une leçon de plus, nul besoin de pessimisme,  c’est à partir du pouvoir populaire qu’on créera les changements.

Source : https://www.diariocolatino.com/en-procesos-revolucionarios-es-estrategico-democratizar-la-comunicacion-thierry-deronn/

Habitants populaires au Venezuela: des gens qui ne cherchent pas qu’un toit

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Par: Jessica Dos Santos

Cet après-midi du 27 février, il y a 29 ans, la ville brûlait sous les braises du Caracazo, mais aujourd’hui elle est recouverte d’un inhabituel froid intense, ce qui n’a pas empêché les gens de se mobiliser pour accompagner le Président lors du dépôt de sa candidature à la réélection.

C’est de là que revenait Iraida, portant une veste noire et des tennis marron qui semblaient bien fragiles pour une pareille marche. Elle prit une chaise en plastique et s’assit à mon côté : « Moi j’aime marcher » m’a-t-elle déclaré, tout en ôtant un peu ses chaussures.

Nous nous trouvions au Campement des Pionniers “Combattants de ma Patrie”, à l’intersection de Miguelacho et Tracabordo, à La Candelaria, où autrefois il y avait d’ordinaire un stationnement dont subsistent encore les postes de surveillance. Autour de nous, des jeunes s’affairent à réparer une moto sur le point de rendre l’âme.

Ici personne ne nous aimait, et on se faisait huer, mais aujourd’hui ils nous acceptent et nous, on aide les gens à faire leurs courses, on leur monte les bouteilles de gaz, nous organisons des ventes de poisson, nous essayons de leur faire voir que nous n’allons pas apporter d’insécurité,” me dit Iraida, tandis que deux gamins jouent au basket et que des jeunes-filles interrompent la confection d’une banderole, pour préparer du café.

Iraida fait partie du Movimiento Pobladores y Pobladoras de Venezuela (Le mouvement des occupants et occupantes du Venezuela), un regroupement né en 2002, qui rassemble les Comités des Terres Urbaines, les Travailleuses de l’Habitat (Residenciales), le  Movimiento de Inquilinos Mouvement des locataires, les Campements de Pionniers, parmi d’autres. Tous avec un même objectif : le droit à un logement (et un habitat) digne.

Un droit difficile à conquérir quand on se trouve dans le pays le plus urbanisé de l’hémisphère (le Venezuela) où près de 90% de la population vit dans des villes et 60% dans des quartiers auto-construits, sans sécurité juridique sur le terrain qu’ils occupent et, souvent, dans des conditions de grande vulnérabilité.

Ma situation en matière de logement, avant de me marier, était « normale » ; c’est-à-dire que je vivais chez mes parents, un espace très modeste, au Quartier 5 de Julio, à Petare ; je me suis mariée en 92 et nous avons alors loué une toute petite maison dans le secteur de La Capilla ; après quoi ça n’a été que des allées et venues, j’ai dû déménager tous les 2 ou 4 ans » se souvient-elle. Elle a aussi vécu dans l’Impasse Urdaneta, rue Guaicaipuro, etc…, toujours à l’intérieur du même quartier. De tous ces logements, elle a dû partir contrainte et forcée, tout comme elle apprit à ses dépens les différentes modalités d’expulsion qui peuvent coexister dans ce système.

Je faisais un travail social , mais, en plus, mon frère était entré dans les rangs du parti Bandera Roja, et moi je finis par être une sorte d’alliée, celle qui a des tâches spécifiques ; mais ils rasaient les maisons, quelques-unes des camarades finirent en prison, et cela en quelque sorte me barra dans le quartier, c’est-à-dire que les gens éprouvèrent une certaine peur à me fréquenter”, me raconte-t-elle.

Cependant Chavez devint président et des choses commencèrent à changer.

“Le décret 1666, sur les Comités de Terres Urbaines est promulgué.  Avant, tous les quartiers déshérités étaient considérés comme zones vertes, mais Chavez nous donna ce décret, cette reconnaissance, titres de propriété, travaux d’amélioration, à partir de cela je me suis totalement engagée dans les rangs chavistes”.

C’est alors que je me suis souvenue de la communication de l’une des dernières feuilles de route de Chavez que je devais couvrir : à côté de l’emblématique « mur » de Petare. Cependant c’est un autre jour que se remémora Iraida, lorsque le Commandant alla remettre des titres de propriété de terrains à La Vega et qu’elle entra dans une colère noire :

J’étais contrariée car ils ne prenaient en compte que ce secteur, alors nous avons bloqué une rue et nous avons protesté. Mais est arrivée María Cristina Iglesias et elle nous a envoyés au bureau technique national, j’y suis allée, j’ai réclamé et ils m’ont offert du travail. La femme m’a dit : si tu ne veux pas que cela continue, eh bien, viens et organise-toi ”.

Alors Iraida s’est intégrée. “Et puis après avoir remis de très nombreux titres de propriété, c’est moi qui ai été délogée. Et sais-tu pourquoi ? En tant que chaviste, cela s‘est passé pendant la tentative de coup d’Etat contre Chavez ”.

En effet, Iraida a déménagé, mais pour une autre maison du même quartier: “J’avais la facilité de tout connaître, d’être dans les comités, de les avoir recensés (…)mais, après les premières barricades de rue, quelque chose a changé, c’était un quartier uni, avec une forte opposition, certains très très proches de la droite, cependant il y avait du respect, jusqu’à ce que commencent à surgir des situations d’insécurité bien mystérieuses ”.

Le regard d’Iraida se perd dans le fond du campement où l’on aperçoit des tables organoponiques en construction. “L’angoisse est arrivée, la terreur, beaucoup croyaient qu’il s’agissait d’une lutte pour un secteur de drogue, mais non, ceux qui s’incorporent au travail, qui respectent les gamins, s’occupent des autres, commencèrent à être assassinés, ils nous enlevèrent notre protection et le niveau d’insécurité a augmenté (…) ils se mirent à tuer les gens qui vivaient autour de moi, ils mirent le feu au troisième étage de ma maison, jusqu’à ce que quelqu’un me dise ; tu ne crois pas que tu devrais partir ?”

Moi je ne comprenais pas encore ce que tout cela avait à voir avec le mouvement, avec le droit au logement, jusqu’à ce qu’elle décrète : “C’est le niveau d’expulsion le plus révoltant qui existe, parce que, s’ils essaient de te déloger par une augmentation de loyer, bon, tu te mets à te battre ou tu cherches une solution, mais si l’on t’expulse en te disant « tu t’en vas ou on te tue» , c’est différent, c’est comme si tous les matins quand tu te lèves on te braquait un pistolet contre la tempe. Ils voulaient que je m’en aille de chez moi et du quartier.

Iraida éclate en sanglots, je ne sais pas bien que faire, il y a quelques minutes à peine nous étions des inconnues l’une pour l’autre , mais, soudain, à travers son récit, nous devenions une même personne, je tendis ma main et ne parvins qu’à susurrer un timide: “allez, ça va aller”. Mais elle insista:

En plus c’est une forme d’expulsion que les gens ne voient pas, ne remarquent pas car personne ne porte plainte, contre qui vas-t-u porter plainte ? On te vole ta nuit (…) On a vécu une guerre et nous n’en avons pas eu conscience (…) Moi, parfois j’y retourne, quand le quartier est tranquille, je suis contente de les voir, ils sont contents de me voir, mais il y a des endroits où je n’ai pu retourner, trop de souvenirs, je te parle de plus de dix personnes tuées d’un coup ”.

C’est ainsi qu’Iraida finit par être délogée de Petare. Elle se trouve aujourd’hui dans une commune proche, mais dans une autre ambiance : “Je suis allée temporairement dans un campement, à Chacao, une belle communauté, avec des gens unis malgré les différences, cependant là aussi il y avait des embrouilles à tout instant, car les flics de Chacao intervenaient etc,,, mais moi je me sentais protégée parce que tout le monde défendait l’espace, ici nous savons que personne n’est seul ”.

Mais dans le quartier ils sont plus nombreux ”, insisté-je. “Oui, mais dans le quartier ils sèment la terreur et nous isolent, au point que parfois les gens ne sortent même pas voir ce qui est arrivé, lorsqu’ils ont tué mon ex beau-père à Petare, d’une balle dans la tête, j’ai demandé de l’aide aux gens et personne ne voulait aider, il n’a pas été facile de trouver une voiture pour l’emmener à l’hôpital”.

Iraida me dit qu’au “Campamento de Pioneros 22 de enero” elle a eu un hébergement de solidarité, cependant ce n’est pas là qu’elle fixera ses racines. “C’est transitoire, eux ne vivent pas encore par désir d’aboutir, mais ils font leurs gardes, c’est un espace dédié (…) j’ai compris là que le logement c’est un détail, le plus important est ce qui se cache derrière : les gens ne cherchent pas un toit, ils cherchent leur sécurité ”.

C’est alors que l’alarme d’une voiture voisine se déclencha et, tandis que des gens cherchaient à l’éteindre, j’en profitai pour boire la dernière gorgée de café, pour sourire devant la présence d’une poule dans une espèce de « cage » confectionnée avec des caisses du CLAP, et lâcher ma dernière pointe d’amertume : tu as bien conscience que cela ne suffit pas pour résoudre la question?

Ce n’est ni avec les deux millions de logements déjà livrés ni avec la Grande Mission, que l’on résoudra tout le problème, mais ici et là on obtient quelque chose, tu sais quoi ?L’espérance (…)Nous les pionniers nous nous battons pour vivre en commun et nous ne nous rendons pas

Tu es sûre? “Moi, avec les Comités des Terres, j’allais empêcher des expulsions, nous nous heurtions avec la police mais ils ne nous délogeaient pas, nous sommes une plateforme, nous nous appuyons, et nous recommençons comme au début parce qu’ici bien que l’expulsion par la force soit interdite, des gens continuent d’être délogés et le négoce immobilier s’est renforcé parallèlement à la crise”.

Au Venezuela, comme dans le reste du monde capitaliste, le logement et la ville sont un produit coûteux interdit à la grande majorité. Mais, le Mouvement des Occupants et des Occupantes croit en la possibilité d’inverser cette “logique”.

Source : http://desafioconstituyente.com.ve/pobladores-una-gente-no-busca-4-paredes/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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« La grande victoire du Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé »

Vanessa Angustia est sénatrice d’Izquierda Unida / Podemos dans l’Etat espagnol. Elle faisait partie de la délégation d’accompagnement international présente au Venezuela lors des élections du 20 mai dernier qui ont abouti à la réélection de Nicolas Maduro à la présidence de la république.

Deux jours après la tenue de ces élections, la sénatrice a interpelé le Sénat espagnol au sujet des raisons pour lesquelles le gouvernement de l’Espagne ne reconnaissait pas la légitimité des résultats électoraux au Venezuela, en signalant que cette position était “antidémocratique, qu’elle constituait une ingérence qui faisait fi de la volonté émanant du peuple vénézuélien”.

Elle a aussi demandé à cette chambre parlementaire pour quelle raison le gouvernement espagnol avait, en revanche, reconnu les élections au Honduras et au Paraguay, malgré les plaintes importantes pour fraude dans ces deux cas, et ce qui « justifiait ces deux poids deux mesures de la part du gouvernement au sujet des élections au Venezuela ».

Lors de cette question au gouvernement, Vanessa Angustia a conclu en demandant si le gouvernement espagnol “allait rompre les relations diplomatiques avec le Venezuela , alors qu’il ne le fait pas avec des pays qui violent les droits de l’homme en permanence et de manière flagrante, comme le Maroc et Israël”

L’équipe de Prensa CRBZ s’est entretenue avec la sénatrice dans le cadre de son intervention et de sa récente visite au Venezuela en tant qu’accompagnatrice internationale des élections.

Quelle est ton appréciation du processus électoral du point de vue technique?

Le travail du Conseil National Electoral a été impeccable. Rares sont les pays dans le monde qui ont un système de garanties électorales offrant la fiabilité que nous avons pu constater ici. Le processus a été dans l’ensemble impeccable, depuis l’annonce le 23 janvier des élections présidentielles par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), pendant la négociation dans le cadre de l’accord de garanties électorales dans la République Dominicaine et jusqu’au 20 mai.

Je viens d’un pays où le gouvernement gère les processus électoraux avec une entreprise privée qui lui fournit l’appui et qui se charge de la logistique, de la transmission et de la diffusion des votes décomptés, une entreprise appelée Indra qui est assez contestée au plan international, par conséquent je souligne toujours le fait qu’au Venezuela tout le système électoral est public. Ce processus a fait l’objet de dix-neuf audits, sous tous ses aspects : registres électoraux, PV de scrutin, données des électeurs dans les machines à voter, etc. Pratiquement tout est vérifié. Et il faut signaler la vérification des résultats après le module du dépouillement, lorsqu’on procède à la comparaison de 54% des bulletins de vote électronique et des bulletins de sauvegarde.

Par rapport à d’autres processus il y a eu des améliorations cette fois-ci, telles que l’ajout de cinq nouveaux audits. Le système électoral n’est pas statique, il est au contraire en cours de révision et d’amélioration constante. Il faut rappeler cette volonté de rechercher un système qui offre toujours plus de garanties.

Et du point de vue politique, quelle est ton impression?

Dans l’opposition, il y a eu deux lignes, une ligne intérieure et une ligne extérieure. La ligne extérieure a été de continuer de tabler sur l’ingérence. D’un côté, une partie importante et non négligeable de l’opposition a décidé de participer au processus, ne s’est pas retirée de la table de négociation des accords de garanties électorales, a légitimé le processus dans chacune de ses étapes, et mené une campagne tranquille et en paix. Toutefois, une fois les élections perdues, elle s’est plaint de fraude électorale, sans fournir en plus aucune espèce de preuve.

D’un autre côté, il y a l’opposition regroupée dans la MUD qui a décidé de ne pas participer aux élections et de les délégitimer en appelant à s’abstenir. Il semble que cet appel a été entendu et que le taux d’abstention correspond à sa part de l’électorat. Cet argument contredit le discours qui dit qu’il y a eu une faible participation. Cette opposition est justement celle qui a été à l’origine des violences précédant l’ANC. C’est là qu’entrent en jeu la participation internationale, l’intervention et l’ingérence des Etats Unis et de l’Union Européenne, qui ont décidé dès le départ de ne pas reconnaitre les élections et de mener leur propre campagne dans les médias et les gouvernements, en annonçant la non-reconnaissance des résultats électoraux et en menaçant de sanctions.

Les intentions sont très claires: peu importe ce qui se passe au Venezuela et les garanties démocratiques qu’on donne. On décide des gros titres pendant la campagne et sur cette base on construit un discours. Ils ne vont jamais reconnaître l’espace électoral, parce que l’objectif politique est autre: renverser le gouvernement et s’approprier le pays aux côtés des secteurs qui cherchent à exploiter les ressources du Venezuela pour faire leurs profits et reconstruire leur oligarchie défaite avec les oligarchies aux Etats-Unis et en Europe. Il ne faut pas tomber dans l’erreur qui consiste à chercher quelque élément de vérité que ce soit dans cette stratégie politique. En plus, c’est une communauté internationale qui vient de légitimer la violence provoquée en 2017.

C’est un programme qui a une composante très dure pour l’espace des alliances que nous cherchons à construire dans la gauche européenne sur la base de relations d’égalité, et il a fait un pas en arrière, vers le XXème siècle, vers un type de politique coloniale a l’égard de l’Amérique latine qui croit que l’on peut décider des ressources et de l’organisation de ses peuples. Et ce serait une erreur de notre part de ne pas comprendre qu’il s’agit d’une stratégie globale de l’empire contre les pays et les secteurs politiques qui, comme nous, ne s’alignent pas sur cette politique coloniale.

D’après toi, maintenant que les résultats sont connus, que peut-on dire de la légitimité du nouveau mandat de Maduro?

Dans ce cas, il est important de fournir des données, parce que celles-ci ne sont pas neutres, elles sont des données politiques. Il y a des données qui sont manipulées pour ternir la légitimité d’un processus qui a été impeccablement propre, valable et démocratique.

Lors des dernières élections européennes en 2014, le taux global de participation dans tous les pays a été de 41,6%; en Espagne, 43,8% et au Royaume-Uni de 35,6%. C’est-à-dire que l’Europe ne peut pas parler du niveau de légitimité des élections en se fondant sur le taux de participation, parce que personne n’a contesté la représentativité du Parlement européen sur cette base, personne ne l’a mise en doute.

Lors des dernières élections aux Etats-Unis il y a eu 48% de participation, et le président Trump a été reconnu comme légitime, alors qu’il a été élu avec un pourcentage inférieur à celui de Maduro. Même chose dans les cas de Macri, Piñera et Santos. En France, le taux de participation lors des législatives de l’année dernière était de 42 à 48%, au Portugal pareil.

La question n’est donc pas la participation mais l’usage que l’on veut faire des données, c’est ce qui s’appelle une manipulation.

En tant que militante et en tant que députée, dans le contexte des énormes difficultés que vit le peuple vénézuélien et dans lequel se sont déroulées ces dernières élections, quel bilan dresses-tu de ce que tu as pu apprécier au contact des gens dans notre pays pendant le élections?

La grande victoire au Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé, d’avoir des classes laborieuses qui se défendent elles-mêmes, qui savent parfaitement quel est l’ennemi et qui est l’agresseur, et qui agissent en conséquence, qu’elles aient ou non des divergences ou des critiques, et elles savent parfaitement à qui elles doivent faire face et qui cherche à leur enlever des droits et de la souveraineté. C’est le résultat d’une politique dans laquelle on ne fragmente pas la vision de la vie, on ne parle pas d’économie d’un côté et de politique, de garanties sociales et de politique internationale de l’autre. Cette fragmentation est appliquée par le pouvoir sur les peuples, en Europe et aux Etats-Unis, afin qu’ils n’aient pas de vision d’ensemble ni de compréhension de leur réalité, ce qui provoque de la démotivation politique et une fragmentation des luttes.

Quand on ne fait pas cela, et que l’on gouverne avec des politiques favorables au peuple, il y a une formation politique du peuple qui apprend à faire la différence. Et ce qui a l’air facile à expliquer n’est pas un modèle dans nombreux de nos états. Ce n’est pas la dynamique sociale de participation politique que l’on voit en Espagne, par exemple.

Les difficultés au Venezuela sont énormes. Il en résulte un découragement et la certitude très partagée que la situation est difficilement tenable car les sanctions et les agressions étaient déjà annoncées. Cependant, ce découragement a été surmonté et a trouvé son aboutissement avec cette conscience qu’ont prise les classes populaires. Même si la situation est extrême pour des millions de personnes, il y a aussi cette idée qu’il ne faut pas se rendre, parce que si l’impérialisme l’emporte, la situation sera bien pire.

Je crois qu’être au Venezuela, c’est se plonger dans un bain de réalité. Nombreux sont ceux et celles qui devraient aller au Venezuela prendre une leçon d’humilité et connaître un peuple qui se défend et se protège lui-même, surtout ceux qui délégitiment le processus et le peuple parce qu’il continue de soutenir le gouvernement sans connaître en réalité les circonstances, sans s’être informés des raisons des agressions et de ce qui provoque cette guerre avec le Venezuela.

Et il est toujours agréablement étonnant de voir la joie de vivre avec laquelle le peuple vénézuélien vit ce processus, même dans les moments les plus difficiles, tels que les élections à l’Assemblée Constituante étant donné le degré de violence organisée par la droite et la situation économique extrêmement dure. Il y a beaucoup à en apprendre, comme l’exemple que nous donnent des codes culturels et sociaux qui sont précieux pour la participation démocratique. Il y a là un enseignement à méditer afin d’améliorer nos propres garanties démocratiques.

Source : Prensa Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora, le 24 mai 2018

Traduction : Paula Faraone

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Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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Les Sans Terre du Brésil appuient la création de Terra TV

 

Participez à la création de Terra TV en faisant un don ! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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Union Européenne contre démocratie vénézuélienne : «l’Occident n’est jamais qu’une toute petite partie de la communauté internationale» (Maurice Lemoine)

Interrogé par RT France pour analyser les enjeux de l’élection présidentielle vénézuélienne, Maurice Lemoine a qualifié les résultats de «classiques» mettant en avant le taux d’abstention provoqué par l’appel d’une partie de l’opposition au boycott du scrutin. A ce sujet, il a cependant précisé : «Contrairement à ce que l’on dit souvent, en particulier dans les médias en France, [sur] l’opposition [qui a] boycotté ce scrutin, ce n’est évidemment pas vrai […] C’est une partie de l’opposition qui a boycotté : la droite dure et l’extrême droite.»

Par ailleurs, revenant sur l’idée selon laquelle Henri Falcon, principal opposant de Maduro, est un «candidat fantoche», Maurice Lemoine a affirmé qu’il n’avait rien d’un «comparse» : «C’est un candidat d’opposition tout à fait crédible qui prône le retour du FMI et la dollarisation du Venezuela.»

Enfin, réagissant à l’hostilité occidentale vis-à-vis de Nicolas Maduro, Maurice Lemoine a souhaité rappeler que «l’Occident n’est jamais qu’une toute petite partie de la communauté internationale» : les Etats membres de l’ONU sont près de 200 «dont la Russie, la Chine, [des pays venant de] l’Afrique et [de] l’Asie», explique-t-il.

La victoire de Nicolas Maduro a suscité de nombreuses réactions à l’échelle mondiale. Si certains pays, comme la Russie, ont tenu à féliciter le chef d’Etat réélu, la position occidentale est quant à elle majoritairement hostile au système politique de la République bolivarienne.

 

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Ne m’appelez plus Radio France…

Maurice Lemoine Paraguay

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine (ici au Paraguay) couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus (entre autres): “Chávez Presidente”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains á Miami” et “Les enfatns cachés du général Pinochet”

Courrier au médiateur

auditeurs.inter@radiofrance.com

http://mediateur.radiofrance.fr/mediateur/

Le service public de radiodiffusion et de télévision français a-t-il pour vocation d’informer les citoyens ou d’être le porte-parole de l’opposition vénézuélienne ? La question est posée tant le lynchage mené par ses différentes chaînes – avec, en tête de gondole, France Inter et France culture –  contre la République bolivarienne du Venezuela a redoublé de violence (s’il était possible) à l’occasion de l’élection présidentielle du 20 mai, laquelle a vu la réélection du président Nicolás Maduro.

La critique du gouvernement dit « bolivarien » est légitime, dans le cadre, démocratique, de tout média d’information ou d’analyse digne de ce nom. Néanmoins, et sans entrer dans un débat sur le Venezuela qui nécessiterait de longs développements, comment la quasi totalité de vos propagandistes à microphone peut-elle affirmer que ce denier scrutin s’est déroulé sans opposition ? Jusqu’à preuve du contraire, il n’a été boycotté que par la droite dure et l’extrême droite, d’où une abstention similaire à celles enregistrées, par exemple, lors des présidentielles chiliennes de 2013 et 2017, la colombienne de 2014 ou… le second tour des législatives françaises de 2017 !

De la même manière, pourquoi présenter systématiquement le candidat Henri Falcón comme un « dissident chaviste »  – en gros, un candidat fantoche – quand, après avoir effectivement appartenu à cette mouvance politique, il a changé de camp au point de devenir le chef de campagne de Henrique Capriles Radonski, représentant de toutes les droites, au sein de la Table d’unité démocratique (MUD), lors de l’élection présidentielle perdue en 2013 contre Maduro ? Imagine-t-on un chaviste, quand bien même il serait « dissident », prôner la dollarisation du pays et le retour du FMI ? Et, tiens, amusons-nous un peu : présenteriez-vous Bernard Guetta comme un « dissident » de la Ligue communiste révolutionnaire (aujourd’hui NPA) qu’il a fréquentée ?

A quelques exceptions près – dont nous ne donnerons pas ici les noms afin de leur éviter tout problème avec les maîtres à penser que chaque jour ils côtoient –, la majorité de vos journalistes et éditorialistes sont totalement alignés, s’agissant du Venezuela, sur les thèses du brillant président des Etats-Unis Donald Trump, des très progressistes chefs (ex et actuel) du gouvernement espagnol José Maria Aznar et Mariano Rajoy, ou de l’ancien et dangereux chef de l’Etat colombien Álvaro Uribe, qui, pour ne citer qu’eux, refusent de reconnaître le résultat de ce scrutin et entendent sanctionner Caracas. Nous en sommes d’accord, leur position mérite d’être exposée pour comprendre la situation. Mais pourquoi ce silence absolu sur les déclarations du président bolivien Evo Morales, de l’ancien chef de l’Etat Rafael Correa (Equateur) ou même de l’espagnol José Luis Rodríguez Zapatero ? Un redoutable « gauchiste populiste », Zapatero ?

Médiateur lors du dialogue tenu en République dominicaine entre gouvernement et représentants de la MUD, Zapatero a exprimé son amertume lorsque ces derniers, au tout dernier moment, le 6 février, sous la pression de Washington, ont refusé de signer l’accord qui avait été conclu (pour, entre autres, organiser cette élection tant contestée !). Observateur du scrutin de dimanche dernier, il a été hué et agressé par certains de vos nouveaux amis « démocrates » quelque peu fascisants, dans un bureau de vote d’un quartier chic de Caracas et, s’agissant de la non-reconnaissance du résultat par l’Union européenne, a déclaré : « C’est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu’elles n’aient lieu. C’est une marque d’irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d’éléments de jugement me fait peur. » Aznar plutôt que Zapatero : c’est une option politique possible (et même légitime au Figaro). Mais sûrement pas un choix éditorial acceptable sur une chaîne publique d’intérêt général. N’ayez pas peur du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) : prononcer le mot « Zapatero » à l’antenne n’est pas un gros mot (pour ne parler que de lui).

On ne recensera pas ici (cela nécessiterait trop de place et de temps !) les innombrables bobards malveillants diffusés sur vos antennes concernant le Venezuela. Mais, pour prendre en référence cette dernière période, de l’émission « Cultures Monde » (France Culture, 18 mai), destinée à discréditer Maduro et à faire la promotion d’un documentaire « à charge » programmé sur Arte le lendemain, à la chronique hilarante (si le sujet n’était aussi grave) du « spécialiste de tout » Anthony Bellanger dans la matinale de France Inter (21 mai), votre production est devenue une véritable malédiction pour le service public, qu’il discrédite quotidiennement. D’ailleurs, peut-on encore parler de service public et d’une quelconque spécificité ?

Quand Nicolas Demorand quitte la matinale de France Inter en 2010, c’est pour rejoindre Europe 1, puis, en 2011, la codirection des « unes » racoleuses de Libération. Lorsque, après avoir échoué à redresser les ventes de ce quotidien, il revient animer la même tranche de France Inter, Patrick Cohen, qui l’avait remplacé devant le micro, part à son tour à Europe 1, dont il ne parvient pas plus à ranimer l’audience (ce qui prouve, entre parenthèses, que si France Inter demeure la station de radio la plus écoutée le matin et en début de soirée, ce n’est pas à ces rois du boniment qu’elle le doit, mais à l’attachement des Français au service public, envers et contre tout). Evincé du « 20 heures » de France 2, David Pujadas a lui quitté France Télévision et rejoint la chaîne d’info LCI (sous produit de TF1).

Appelé par Arnaud Lagardère,  le nouveau vice-président directeur général d’Europe 1 (ainsi que de RFM et de Virgin Radio), Laurent Guimier, a officiellement pris ses fonctions le 22 mai. Il y avait commencé sa carrière avant de devenir le numéro deux de… Radio France. Dans un premier temps, la rumeur a couru que Matthieu Aron, un ancien de la Maison de la radio, actuellement conseiller éditorial et directeur adjoint de la rédaction à L’Obs, quitterait l’hebdomadaire détenu par les actionnaires du Monde pour rejoindre la direction des antennes du service public, où il s’occuperait de l’information. Pour la petite histoire, Aron avait été nommé en août 2016 à L’Obs pour y remplacer Aude Lancelin, licenciée car non suffisamment « pensée conforme ».

C’est finalement Guy Lagache qui succédera à Guimier et prendra le 25 juin ses fonctions de directeur délégué aux antennes et à la stratégie éditoriale de Radio France. Il a, jusque-là, effectué toute sa carrière au sein de chaînes de télévision privées, essentiellement à M6 où, de 2003 à 2011, il a présenté le magazine économique « Capital ». Les noms d’Aron et de Catherine Nayl (directrice de l’information de France Inter après l’avoir été de… TF1) circulent pour un éventuel poste de directeur(trice) de l’information de Radio France, pour assister Laurent Guimier.

Vous avez dit service public ou « caste médiatique » indifférenciée ?

S’agissant des chaînes privées, il suffit de les éviter ou d’appuyer sur le bouton si les programmes ou l’idéologie déplaisent. Mais, qu’ils l’apprécient ou non, tous les Français (ou à peu près) sont obligés de payer la redevance rémunérant le service public. Dès lors, ils ont des droits. Entre autre celui de recevoir une information digne de ce nom, pluraliste, vérifiée et sourcée, plutôt qu’un discours de propagande. Au nom de quoi devraient-ils accepter de financer de leurs deniers les porte-paroles de la droite et de l’extrême-droite vénézuéliennes, comme c’est actuellement le cas ? Même camouflée sous un manteau démocratique, l’extrême droite est l’extrême droite, que ce soit à Caracas ou à Paris. Et qui dit qu’un jour, excédés, nombre de vos usagers ne s’organiseront pas pour boycotter le paiement injustifié d’une somme se retournant contre leurs intérêts (car, en matière de traitement médiatique, le Venezuela ne constitue pas une exception) ?

Que les tenants de la laïcité nous pardonnent, mais une excellente citation s’impose : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? » (Evangile, Luc, 6, 41). Au lieu de bassiner vos auditeurs et téléspectateurs avec les « fake news » (réelles ou supposées) des autres, commencez par faire la chasse à celles qui sortent de vos studios. Entre autres, celle prétendant qu’il existe une « dictature » au Venezuela. Sinon,  vous ne faites que renforcer le croissant sentiment de défiance à l’égard des journalistes, que vous dénoncez à longueur de temps. Le citoyen n’y trouve pas son compte. Et ne vous faites aucune illusion. Ceux à qui vous « servez la soupe » ne vous en seront nullement reconnaissants.

En témoigne la glorieuse prestation des soixante-huitards ayant accédé à la caste, Daniel « moi je » Cohn-Bendit et Romain Goupil, ex-trotskiste admirateur de George W. Bush, invités le 21 mai dans la matinale de France Culture, après avoir bénéficié d’un complaisant tapis rouge, dans toutes les rédactions, pour leur dernière production cinématographique. La chronique du talentueux Aurélien Bellanger croquant avec humour leur nouvelle idole, Emmanuel Macron, ils l’ont interpelé en direct,  verbalement rudoyé, tutoyé comme un domestique, gratifié d’une pulsion de haine braillarde « Mélenchon – Castro ! » (nullement mentionnés dans son texte), sans que le courageux Guillaume Erner, producteur et animateur  des « Matins » plutôt obsédé par les « populismes », ne songe à élever la voix pour protester et fustiger ces petits caïds de cour de récréation.

MAURICE LEMOINE

(journaliste)

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(Photos :) Nicolas Maduro est réélu Président de la République avec 68 % des voix

Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera l’avait annoncé il y a quelques jours : ¨Le peuple du Venezuela détient aujourd’hui, de nouveau, la clef de l’avenir de l’Amérique Latine. Exactement comme il y a deux siècles, comme à l’époque de Simon Bolivar, son rôle historique est de protéger notre continent face à un empire et d’empêcher celui-ci de balayer les autres foyers de résistance¨. Après quatre ans de guerre économique, la tâche était difficile, à l’image du peuple indigène d’Autana, dans l’État d’Amazonas, faisant la file sous la bruine pour traverser le fleuve Orénoque et rejoindre les bureaux de vote (photo).

La campagne de la droite consistait, à travers le secteur privé majoritaire dans l’économie, à augmenter les prix au-delà de tout ce qu’on avait connu jusqu’ici et à promouvoir le boycott du scrutin, allant jusqu’à paralyser le transport dans la région de la capitale, le jour de l’élection. Une droite sous forte influence externe, en osmose avec les annonces anticipées de l’Union Européenne et de la Maison Blanche de refuser le verdict des urnes. Dans sa conférence de presse tenue peu avant l’annonce des résultats, le candidat le mieux placé de l’opposition Henri Falcon a soudain refusé de reconnaître la légitimité du scrutin et a exigé d’en organiser un autre, tout en critiquant les secteurs radicaux de la droite: ¨aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela¨.

Avec 98,78 % des votes comptés, le Centre National Électoral a donné les résultats officiels. La participation totale s’élève à 46 %, soit 8 millions 360 mille votes. De ceux-ci, 6 millions 190 mille se sont portés sur le candidat Nicolas Maduro qui remporte la présidentielle avec près de 68 % des suffrages. De son côté, l’opposant Henry Falcón a obtenu 1.917.761 votes soit 21 %, l’évangéliste Javier Bertucci 988.761 votes (11 %) et Reinaldo Quijada, 36.246 votes. La Constitution vénézuélienne, dans son article 228 stipule : « sera proclamé vainqueur le candidat ou la candidate ayant obtenu la majorité des votes valides » : quel que soit le niveau de la participation, c’est la majorité simple qui détermine la victoire. Force est de constater que le ¨noyau dur¨ du chavisme, qui a toujours oscillé entre 5 et 6 millions de votes, est resté intact et a augmenté par rapport aux élections de 2015 remportées par la droite. L’abstention concerne essentiellement une opposition fragmentée qui a obéi au boycott, ou simplement déprimée depuis l’échec de ses violences pour ¨sortir Maduro¨ en 2017, déçue par l’abandon de ses chefs. La pression de la guerre économique et des sanctions euro-américaines s’est heurtée à une fibre historique de résistance populaire et a même réveillé toute une organisation de base – notamment autour de la distribution et de la production d’aliments, en alliance concrète avec les mesures et les programme sociaux de Nicolas Maduro.

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Liesse à Caracas le 20 mai 2018. Nicolas Maduro salue ses partisans rassemblés autour du palais présidentiel de Miraflores peu après l’annonce de sa victoire par le Centre National Électoral.

Après 26 jours de campagne officielle qui ont vu quatre candidats exposer des propositions antagoniques dans les médias, le Centre National Electoral avait installé 14.638 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire. Étaient présents près de 2000 observateurs internationaux, venus notamment des nations caraïbes réunies au sein du CARICOM, de l’Union Africaine, et du CEELA, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains17 audits du système électoral avaient été organisés.

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA) avec Tibisay Lucena, Présidente du Centre National Électoral (CNE)

Composé en majorité de présidents des tribunaux nationaux électoraux de pays gouvernés par la droite, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains a expliqué par la voix de son président Nicanor Moscoso : ¨Nous avons eu des réunions avec chacun des candidats qui ont accepté les résultats des inspections et des contrôles. Nous sommes en présence d’un processus transparent, harmonieux.¨ Luis Emilio Rondón, Recteur du Centre National Électoral et membre de l’opposition, avait estimé publiquement que le scrutin offrait les mêmes garanties de transparence que celles des élections de 2015, remportées par la droite avec deux millions de voix d’avance.

L’ex-président de l’Équateur Rafael Correa, présent lui aussi en tant qu’observateur,  a rappelé que ¨les élections vénézuéliennes se sont déroulées avec une absolue normalité. J’ai assisté au vote dans quatre centres : flux permanent de citoyen, peu de temps d’attente pour effectuer le vote. Système très moderne avec double contrôle. De ce que j’ai vu, organisation impeccable. Personne ne peut mettre en doute les élections du Venezuela et sur la  planète entière, il n’existe pas d’élections plus contrôlées qu’au Venezuela.¨

Autre observateur, l’ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait déclaré vendredi que la position des Etats-Unis et de l’Union Européenne de « désapprouver » les élections présidentielles au Venezuela avant qu’elles n’aient lieu était une « absurdité ». Il a reconnu éprouver « une certaine colère à cause de ce qui est en jeu. C’est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu’elles n’aient lieu. C’est une marque d’irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d’éléments de jugement me fait peur ».

Zapatero s’est interrogé sur les préjugés de l’Union Européenne envers le Venezuela : « Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec le Venezuela ? Ce n’est pas raisonnable, ce n’est pas facile à expliquer. (..) Je crois que l’Union Européenne doit redevenir une puissance régionale qui donne la priorité au dialogue et à la paix. Je crois que l’Amérique Latine attend de l’Union Européenne qu’elle parie sur le dialogue ». Zapatero a pris comme exemple Cuba : « Après tout ce que nous avons entendu sur Cuba, maintenant, il y a un changement total de situation, il est très facile de discuter avec Cuba. L’attitude envers le Venezuela reste un grand mystère. Celui qui dit avant de l’avoir vécu que les conditions ne sont pas réunies pour des élections au Venezuela soit est un devin soit a des préjugés. Si le gouvernement bolivarien voulait frauder, il n’aurait pas invité le monde entier à observer les élections. Or, mise à part l’Organisation des Etats Américains (OEA), on a invité le monde entier à vivre le processus électoral. L’Union Européenne, l’ONU, n’ont pas d’experts pour vérifier un processus électoral ? Bien sûr qu’elles en ont, mais nous sommes enfermés dans un grand préjugé, dans des dogmes et cela conduit au fanatisme et au désastre. » Il a souligné, pour conclure, qu’il faut « venir sur le terrain. La vie et l’expérience politique consistent à bannir les préjugés et à connaître la vérité par soi-même. »

Thierry Deronne, Caracas, le 21 mai 2018.

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Venezuela, en temps de guerre (ZIN TV)

Réalisation : Thomas MICHEL & Rafael ABRIL

Production : ZIN TV

Genre : Documentaire
Durée : 45 minutes
Support : HD 720p

Tournage : décembre 2017
Sortie du film : mai 2018

Image, montage et voix off : Thomas MICHEL

  • avec
    Marco Teruggi – sociologue
    Pablo Kunich – ALBA TV
  • Pablo Sepulveda Allende – médecin
    Maria Hernandez – avocate, militante féministe

Synopsis : Au Venezuela, un processus révolutionnaire fait face à une contre-révolution menée par les classes dominantes et les États-Unis et s’acharnent à vouloir détruire le chavisme. Ce conflit est aussi une guerre non-conventionnelle, baptisée « guerre de 4e génération ». L’année 2017 a mené la droite nationale dans une aventure insurrectionnelle et paramilitaire ainsi qu’à des échecs électoraux… Néanmoins, elle contrôle encore le pouvoir économique et médiatique, là où le chavisme peine à trouver des solutions. L’inconfort matériel de la population privera-t-il le chavisme d’un vote favorable ?