Les incohérences du “Groupe de Lima” sur le Venezuela

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Le Groupe de Lima, qui réunit plusieurs gouvernements néo-libéraux sur orbite états-unienne, vient d’exprimer son refus absolu de la décision du Venezuela d’organiser les élections présidentielles le 22 avril 2018. Or cette date, selon les médiateurs internationaux du dialogue en République Dominicaine comme l’espagnol Rodriguez Zapatero, avait été fixée en accord avec les secteurs de la droite vénézuélienne. Dans un communiqué diffusé après la réunion du Groupe de Lima, les présidents Macri, Santos, etc… ont invoqué le “manque de transparence et de fiabilité” et exigé l’établissement d’un “nouveau calendrier electoral” au Venezuela.

Ironie de l’histoire, cet appel à des « élections générales » a été lancé depuis les bancs de la droite majoritaire à l’Assemblée Nationale (actuellement en état d’illégalité à la suite de trois élections frauduleuses de députés) lors de sa deuxième session en 2016, en exigeant un délai de quelques mois à peine pour leur réalisation.

Cette exigence sans fondement légal ne servait alors qu’à justifier une escalade de violence dans le pays, qui est effectivement survenue durant les mois d’avril à juillet 2017, jusqu’à ce que la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante désactive les tentatives de faire de la situation chaotique du pays en élément déclencheur d’une action militaire depuis l’étranger.

Pendant la première moitié de l’année 2017, parallèlement aux guarimbas (violences d’extrême droite) et au milieu des incitations à l’affrontement, des destructions et saccages d’institutions publiques, des assassinats et du chaos généralisé, les dirigeants de l’opposition ont réitéré leur appel à des élections anticipées, alléguant que si le Gouvernement ne les convoquait pas, c’était parce qu’il savait que sa défaite était assurée.

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L’intromission du Secrétaire Général de la O.E.A., Luis Almagro, visant à activer la Charte Démocratique qui s’appliquera à « évaluer la situation vénézuélienne » en s’appuyant sur le « Rapport Almagro » (nourri de données d’ONGs satellites de la droite comme Foro Penal, et financées par les promoteurs de l’intervention contre le Venezuela depuis les USA), avait elle aussi pour objectif, entre autres, de faire pression pour que se tiennent des « élections générales dans un délai de trente jours ».

Le but étant d’obtenir un consensus de 18 votes pour la discussion de la Charte Démocratique et 24 pour son application, de sorte que le Venezuela, qui ne permettrait pas que son auto-détermination soit violée et ne se plierait pas aux exigences de l’OEA, soit catalogué comme un pays hors-la-loi, donnant toute liberté à la prise de mesures coercitives et punitives à son encontre.

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Dans ce contexte, le Département d’Etat réclama également l’organisation d’élections présidentielles anticipées, juste au moment où la nation vénézuélienne se préparait à celles de l’Assemblée Nationale Constituante. C’est le Président Trump lui-même qui émit alors un communiqué dans lequel il assurait que les sanctions seraient renforcées si ces élections constituantes avaient lieu (une menace aussitôt répétée par l’Union Européenne) et exigeait de les supprimer en faveur d’ »élections libres et justes » – appel diffusé par le compte twitter du Secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’Etat, Francisco Palmieri.

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D’autre part, l’appel à la libération des « prisonniers politiques » (en réalité auteurs/organisateurs des violences d’extrême droite) contenu dans le communiqué contredit la décision de l’opposition de ne pas signer un accord d’entente en République Dominicaine, dont c’était pourtant l’un des point négociés entre la droite et le gouvernement. Lorsque le consensus a été obtenu entre les deux parties, la droite le rejeta au dernier moment, comme l’a publiquement regretté l’ex-président du gouvernement espagnol et accompagnateur du dialogue, José Luis Rodriguez Zapatero.

Par la suite, le représentant du Gouvernement National à la Table de Dialogue, Jorge Rodriguez, a confirmé que ce revirement in extremis était dû à un appel téléphonique reçu de Colombie lors de la tournée du Secrétaire d’Etat des U.S.A., Rex Tillerson.

Les références du communiqué du Groupe de Lima au troisième rapport sur le Venezuela de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, ainsi qu’à la décision de la Cour Pénale Internationale de procéder à un premier examen de « présumés crimes d’Etat et contre l’Humanité » , constituent la base des accusations de violation des droits de l’homme , de paralysie des institutions et de perte des libertés politiques de la population. La première de ces accusations ignore totalement les sources officielles pour alimenter son dossier, exposant un version unilatérale, tandis que la seconde, bien qu’on ne précise pas quels seront les rapports qui seront pris en compte pour l’examen préliminaire, s’est essentiellement basée sur les documents de l’O.E.A… inféodée à Washington.

Enfin, le communiqué s’oppose à la participation du Président Nicolas Maduro au Sommet des Amériques qui se tiendra à Lima (Pérou) les 13 et 14 avril, ainsi qu’à la convocation aux élections présidentielles, et engage vivement le gouvernement vénézuélien à ouvrir un « couloir humanitaire ».

Pour ce qui concerne les élections présidentielles, la position du Groupe de Lima met en évidence les inconséquences et contradictions du front vénézuélien de l’extérieur et des dirigeants de la droite qui exigeaient à l’unisson des élections présidentielles anticipées qu’aujourd’hui ils refusent.

En termes politiques, le durcissement de ce positionnement revêt la forme d’un acte d’autorité pour provoquer l’isolement électoral de l’opposition et permettre l’articulation de sanctions renforcées contre le pays à partir du Groupe de Lima, conformément aux injonctions des Etats-Unis.

Par ailleurs, pour ce qui est du « couloir humanitaire », utiliser les effets qu’ont eu les sanctions financières contre le pays, endommageant les couches sensibles du tissu social et économique, comme élément de la narrative très bien exploitée de « crise humanitaire » ne représente aucun intérêt réel pour enrayer les conséquences des actions menées pour asphyxier l’économie du Venezuela et ne consiste qu’à se rapprocher des intentions des Etats-Unis d’intervenir à l’intérieur du territoire vénézuélien sous un prétexte humanitaire ; ce qui sous d’autres latitudes (Haïti, République Centrafricaine,etc.) représente aussi une activité lucrative pour des agences comme l’USAID.

Le Groupe de Lima a délibérément étendu ses dénonciations jusqu’au niveau des frontières terrestres, en mentionnant « l’exode de milliers de Vénézuéliens » et en affirmant coordiner les efforts pour affronter cette situation. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit là d’une bonne excuse pour mobiliser des troupes militaires dans les zones limitrophes du Venezuela, décision prise par le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, en déployant plus de 3 000 soldats à la frontière comme mesure destinée à contenir le flux d’immigrants. Suivi en cela par le Brésil dans le cadre de la tournée de Michel Temer dans l’Etat de Roraïma, au cours de laquelle ce dernier a ordonné de doubler les effectifs militaires pour faire face à « l’exode massif d’immigrants ». Un signal de soutien a été donné au Mexique et au Chili les incitant à répondre rapidement aux appels à se retirer du processus de dialogue, qui vise à instaurer la paix au Vénézuela ; ces appels ont été lancés notamment par la plate-forme de l’opposition « Soy Venezuela » à l’instigation du secrétaire d’État Rex Tillerson et du sénateur Marco Rubio, dont les déclarations laissent entendre que les options militaires sont privilégiées au préjudice de toute autre solution qui pourrait contribuer à la stabilité politique au Venezuela que ce soit à moyen ou à long terme, comme, par exemple, la tenue d’élections présidentielles dans un climat de respect vis-à-vis des institutions vénézuéliennes.

Le communiqué du Groupe de Lima met donc, plus que jamais, en évidence les incohérences juridiques et politiques des ses propres demandes, ainsi que celles d’acteurs de l’opposition et d’autres agents du front international; il étale encore ses contradictions lorsqu’il réclame un hypothétique calendrier électoral que le CNE a pleinement réalisé depuis la tenue des élections régionales du 15 octobre 2017…

eSource : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/contradicciones-grupo-de-lima

Traduction : Frédérique Buhl

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Le président Evo Morales dénonce la menace d’une intervention états-unienne au Venezuela

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Le président de la Bolivie, Evo Morales, a demandé le mardi 13 février 2018 que se réunisse en urgence un sommet de l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) face à la menace états-unienne d’intervenir militairement au Venezuela depuis la Colombie.

Depuis La Paz, le dirigeant bolivien a réaffirmé sa solidarité avec le peuple frère du Venezuela et demandé à l’UNASUR de faire respecter sa souveraineté.

La menace d’une intervention militaire au Venezuela a été brandie par le secrétaire d’Etat états-unien, Rex Tillerson, lors de sa tournée au Mexique, en Colombie, au Pérou, en Argentine et en Jamaïque, pour préparer le renversement du gouvernement de Nicolás Maduro.

« Tillerson vient visiter plusieurs pays, j’imagine, pour convaincre ou influencer ses présidents de droite en vue de participer à une intervention militaire ou pour noyer le Venezuela », a déclaré Morales lors de son émission de radio « Caminando con el pueblo ».

Le président Morales a également dénoncé les déclarations du sénateur républicain Marco Rubio, qui a déclaré peu après Tillerson, que « c’est le meilleur moment pour un coup d’État au Venezuela, pour des raisons humanitaires ».

Le dirigeant bolivien a rappelé que dans les années 70 et 80, le Plan Condor a été créé pour exercer clandestinement le terrorisme d’Etat contre les dirigeants syndicaux, anticapitalistes et militants de gauche qui s’opposaient aux dictatures du Chili et de l’Argentine. Brésil, Paraguay, Bolivie et Uruguay.

Le Plan Condor a été coordonné avec les États-Unis et la CIA, avec un solde d’au moins 50 000 morts, 400 000 emprisonnés et 30 000 disparus.

Source : https://www.telesurtv.net/news/bolivia-cumbre-unasur-emergencia-intervencion-eeuu-venezuela-20180213-0044.html

Traduction: T.D.

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Vidéo intégrale du débat « Quel futur pour la révolution bolivarienne » organisé par Mémoire des Luttes

Le 31 janvier 2018 Mémoire des Luttes a organisé (merci à Christophe Ventura) le débat « Quel futur pour la révolution bolivarienne » avec des témoins du terrain : María Hernandez, avocate et militante féministe vénézuélienne, Marco Teruggi, journaliste et sociologue franco-argentin basé à Caracas depuis quelques années, et Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, qui parcourt l’Amérique Latine depuis trente ans. Une source détaillée de réinformation pour comprendre le Venezuela hors du champ médiatique actuel.

Réalisation du reportage : Stéphane Dujardin (RosaLux : http://www.rosa-lux.fr/). Débat enregistré au Lieu Dit (Paris)

URL de cet article : http://www.medelu.org/Venezuela-entre-crise-et,2747

Le Media TV sur le Venezuela

Première de la nouvelle émission « Les sujets qui fâchent » sur LeMediaTV, présentée par Gérard Miller, le 9 février 2018. Le journaliste Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et qui couvre l’Amérique Latine depuis trente ans, démonte l’univocité médiatique en France et rétablit le point de vue de la réalité du Venezuela. Cette émission existe grâce aux Socios.

 

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Les Etats-Unis reconnaissent publiquement que les sanctions cherchent l’effondrement du Venezuela

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Le Secrétaire d’État états-unien Rex Tillerson a suggéré la possibilité d’un coup d’État au Venezuela pour chasser le président élu Nicolas Maduro et l’exiler à Cuba : « parfois en Amérique Latine l’armée peut être un acteur de changement quand les choses vont trop mal«  a-t-il précisé le jeudi 1 février.

La thèse est assez souvent répétée mais elle ajoute plus de réalisme au scénario actuel : plus les partis d’opposition rendent visible leur incapacité à diriger le front intérieur de l’opération de changement de régime, plus les puissances occidentales se font les porte-paroles d’actions contre le Venezuela et agissent. De façon de plus en plus agressive et brutale.

La semaine dernière, le chef de la CIA, Mike Pompeo, a avoué lors d’un forum du think-tank néo-conservateur American Enterprises Institute que l’appareil de renseignement qu’il dirige a travaillé coude à coude avec Trump les éléments des sanctions contre le Venezuela.

Les médias internationaux qui ont rapporté ses déclarations en ont extrait la partie la plus rentable pour eux, oubliant les détails que, pendant presque une heure, Pompeo a donnés sur le parcours qui a abouti à la mise sur pied de institutionnalisation des sanctions financières par un Ordre Exécutif (13692) et la désignation de plus de 30 fonctionnaires de haut niveau du Gouvernement vénézuélien par l’OFAC/Département du Trésor.

Pour orchestrer les sanctions, la CIA, selon son chef, a préparé des rapports sur le statut actuel des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et leur relation avec le pouvoir exécutif. Il a aussi été élaboré une mosaïque des points faibles de la dette extérieure concernant le délai et la capacité de paiement du pays destinée à obtenir une plus grande efficacité qui se permettrait non seulement de forcer la situation de défaut de paiement mais aussi de déformer le schéma du commerce international du Venezuela concernant des produits de base comme les aliments et les médicaments.

Peut-être à cause du flux énorme d’informations au Venezuela où des événements importants peuvent remonter dans un ensemble de nouvelles concernant le spectacle, les déclarations du chef de la CIA sont arrivées dans la plus grande indifférence, encouragée par les nouvelles technologies de l’information en ce qui concerne la politique parce que c’est leur intérêt. Et cela aussi fait partie du plan : l’individualisation en tant que processus systémique (le contraire de la politique) est la dernière touche de la grande œuvre du pouvoir mondial pour supprimer les vases communicants de la société.

Des déclarations de Pompeo se détachent, au moins, 3 signes qui vont marquer le conflit politique et sa internationalisation consciente pour des raisons géopolitiques impérieuses après l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) et le désastre de l’opposition interne:

La confession de la CIA est un reflet du fait que le pouvoir dur (qu’on appelle « Etat profond » dans les conclaves des grandes corporations qui décident de la politique étrangère des puissances) laisse derrière lui la diplomatie et, dans le meilleur des cas, lui impose ses rythmes et ses façons d’agir.

Que des organes de sécurité étasuniens entrent en jeu de façon frontale révèle que les sanctions et ce qui en découle sur le terrain sont une expérimentation pré-guerrière dans laquelle la vie de la population et l’Etat Nation doivent être détruits par des mécanismes de pouvoir réel (interruption de la fourniture d’aliments, de produits d’hygiène, d’argent) en poussant un scénario d’intervention préventive pour « raisons humanitaires » et « l’effondrement définitif » tellement annoncé.

Les agences du Gouvernement des Etats-Unis et le Congrès prennent un tournant dans lequel « l’issue » à la crise vénézuélienne est transnationale et se fait par la force, les élections et l’Etat en exercice (la Constitution vénézuélienne) en tant que pratique sociale et cadres symboliques de la nation, deviennent des obstacles au développement du plan de fond. Le Gouvernement Trump est, à la base, une Junte Militaire. C’est pourquoi il crie à la « fraude » dès que les élections présidentielles ont été annoncées.

La création par l’extrême droite de María Corina Machado de « Je suis le Venezuela » comme avant-garde idéologique de « l’intervention humanitaire » nommée ainsi sans aucun détour car ils savent qu’ils recevront les applaudissements du Congrès, doit être vue comme l’élargissement de ce front. Le vertige que donne l’élargissement des sanctions demande de simuler une certaine vénézolanisation.

Dans une vidéoconférence avec des journalistes, le haut fonctionnaire du Département d’Etat a évoqué sans plus de détails la façon dont « un officiel du Département de l’Etat-major » a donné certains détails sur la tournée qu’effectuera le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson en Amérique Latine à partir du 1° février. Dans son programme, il est prévu qu’il se rende au Mexique, en Argentine, en Colombie, au Pérou et en Jamaïque et qu’il rencontre les principales autorités et le corps diplomatique des pays qui composent le Groupe de Lima.

Un détail important : cette tournée se déroule à quelques jours de la présentation par la Chine, qualifiée comme l’une des principales menaces pour les Etats-Unis dans sa Stratégie de Sécurité Nationale et de Défense pour 2018, de son projet Initiative de la Bande et de la Route au II° Forum Chine-CELAC (Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes). Un fait qui n’est pas sans importance étant donné que la Chine augmente son influence financière sur la région dont le Venezuela est un pivot dans les stratégies du géant asiatique qui prend la place des Etats-Unis comme principal partenaire commercial.

Les journalistes ont interrogé « l’officiel » sur les divers sujets que Tillerson devrait traiter pendant sa tournée. Les négociations complexes sur le TCLAN avec le Mexique, l’augmentation de la production de drogue en Colombie et d’autres négociations sur l’ouverture de marchés pour les exportations étasuniennes devraient tenir une bonne partie de l’ordre du jour bien que le sujet du Venezuela devrait être au premier plan pour la presse mondiale.

A une question de la journaliste María Molina de Radio Colombia sur l’efficacité des sanctions contre le Venezuela, il a répondu : « La campagne de pression fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées au Gouvernement vénézuélien l’ont obligé à commencer à créer le défaut de paiement aussi bien en ce qui concerne la dette souveraine que la dette de PDVSA, leur compagnie pétrolière. Et ce que nous allons amener, (…) c’est un effondrement économique complet du Venezuela. Alors, notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne (…) » Cette déclaration est un message pour tenter d’affaiblir la table de dialogue en République Dominicaine.

Il souligne aussi (sur un ton assez euphorique) les sanctions coordonnées avec l’Union européenne et la création du Groupe de Lima pour mettre en place une coalition qui augmente la capacité de nuisance des sanctions des Etats-Unis.

De cette façon, les Etats-Unis reconnaissent une évidence mais qui résonne différemment quand elle est prononcée par le pouvoir : les sanctions imposées au Venezuela n’ont pas pour but de « rétablir la démocratie » ou d’inciter à des « négociations sérieuses » avec l’opposition mais de faire s’effondrer le pays économiquement et financièrement pour l’engager dans une situation de chaos perpétuel qui pourrait permettre une issue militaire. La privation d’aliments et de médicaments, le boycott du dollar parallèle et le blocus financier sont des étapes préalables et ceux qui les mettent en place reconnaissent qu’elles suivent la bonne voie. Le moment d’occulter les ordres du jour est passé.

Pendant ce temps, le Congrès des Etats-Unis a déjà approuvé dans sa chambre basse un projet de loi « d’assistance humanitaire » au Venezuela qui oblige la diplomatie étasunienne à chercher à obtenir du Conseil de Sécurité de l’ONU des mesures coercitives qui permettent de faire parvenir cette « aide » grâce à des mécanismes militaires et privés. Le Département d’Etat reconnaît que les politiques de sanctions représentent un ensemble d’agressions préalables pour que cette loi l’impose comme la seule solution pour le Venezuela.

Tillerson semble avoir bien prévu son ordre du jour et la façon de faire pression, ce n’est pas pour rien que Pompeo s’attribue les sanctions et « l’officiel » du Département d’Etat interviewé fabrique un modèle aux objectifs que poursuivent les sanctions. Une manœuvre qui rend transparents les acteurs de poids qui sont derrière et contrôlent.

A la lumière des composantes du front intérieur (dialogue, Assemblée Nationale aux mains de gens comme ceux du parti Un Nouveau Temps, décomposition de l’opposition de partis politiques et organisation d’élections présidentielles) tout suggère que la tournée de Tillerson non seulement annonce une ronde de sanctions plus agressives contre l’économie – le Journal des Amériques envisage un éventuel embargo sur le pétrole – mais la construction de bases de soutien dans la région pour les rendre légitimes. Le Groupe de Lima a été créé pour cela. Au départ, il a été fondé en tant que garant du blocus politique, diplomatique et financier du pays. Il faudra voir combien de pays sont attirés par le fait de rompre les relations commerciales et diplomatiques avec le Venezuela car au-delà des communiqués, les Etats-Unis ont besoin d’envoyer un message fort et d’augmenter l’efficacité du blocus diplomatique et financier.

Une analyse minimale des éléments dont nous avons parlé permet d’envisager l’éventualité qu’à mesure que l’effondrement provoqué par les sanctions avance, cette coalition se transforme en front militaire pour faire pression pour une intervention « humanitaire. » La résistance provoquée par les paroles de Trump disant qu’il n’écartait pas « l’option militaire » au Venezuela a différentes acceptions, selon qu’il s’agit d’une intervention pour soi-disant protéger ou sauver un pays « effondré », ou de l’ouverture de « couloirs humanitaires » par des pays frontaliers pour balkaniser le pays. La CIA et le Congrès travaillent à ce changement de sens devant lequel le Département d’Etat et son « chef » baissent la tête.

The Washington Post et The New York Times, des médias qui ont d’importantes relations commerciales avec la CIA, accélèrent une intense campagne pour homologuer le Venezuela avec la Somalie ou le Congo, des pays également victimes de cette sorte de guerres. Les crimes ne sont pas seulement économiques mais se mènent aussi dans le domaine de l’information.

Les tournées de hauts fonctionnaires des Etats-Unis pour préparer un ordre du jour de siège ont un précédent dans la tournée de Mike Pence en août, quelques semaines après l’installation de l’Assemblée Nationale Constituante et avec une opposition dévastée, dans laquelle il s’agissait d’intégrer des soutiens régionaux pour augmenter les pressions sur le Venezuela.

Quelques semaines plus tard, un Ordre exécutif signé par Donald Trump institutionnalisait le blocus financier du Venezuela, une action qui aujourd’hui rend chaotiques tous les aspects de la vie sociale, économique et politique du pays. Un crime qui aujourd’hui dépasse toutes les lois internationales et « met contre le mur l’estomac de la population »…

Traduction:  Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/eeuu-reconoce-publicamente-que-busca-llevar-a-venezuela-al-colapso

URL de cet article :http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/02/venezuela-les-etats-unis-reconnaissent-publiquement-que-les-sanctions-cherchent-l-effondrement-du-pays.html

Venezuela : l’interdiction d’un parti qui n’existe pas

Même Le Média s’y est laissé prendre… Dans le cadre de l’élection présidentielle anticipée qui se déroulera dans quelques semaines au Venezuela, la Cour Suprême de Justice (TSJ) « acquise à Maduro » aurait exclu « la principale coalition d’opposition » du scrutin… sauf que cette coalition n’existe pas ! Rendons justice à @LeMediaTV ‏ pour sa volonté de rectifier rapidement. Les autres le feront-ils ?

Car comment ne pas comprendre le trouble de nombreux militants qui croient que le président du Venezuela a exclu l’opposition du scrutin ! S’il était vrai que Maduro interdit à ses adversaires de se présenter, on se trouverait évidemment face à l’intronisation d’un dictateur. Et on serait tenté, non sans raison, de “prendre ses distances”. Voire de comprendre ou de justifier les sanctions Etats-Uniennes/européennes, la guerre économique, les menaces d’invasion par Trump et les violences paramilitaires lors de l’insurrection de la droite en 2017…

Or c’est faux. L’opposition vénézuélienne peut bien sûr participer aux élections présidentielles qui se tiendront au cours du premier trimestre 2018, et peut présenter ses candidats comme dans toutes les élections précédentes. La Cour Suprême de Justice n’a exclu aucun parti mais une étiquette, celle de la coalition de droite appelée MUD (Mesa de Unidad Democratica). Cette sentence ne fait qu’appliquer la loi. Au Venezuela comme dans n’importe quel État de Droit, les inscriptions aux élections se font légalement par parti. La Constitution vénézuélienne n’autorise pas qu’un candidat soit affilié à deux partis politiques à la fois (double militantisme).

Par ailleurs un jugement de la Cour Suprême du 5 janvier 2016 et l’article 32 de la Loi sur les partis politiques interdisent qu’une coalition puisse présenter un candidat si un ou plusieurs de ses partis qui aurait boycotté les élections précédentes, ne s’est pas encore réinscrit auprès du Conseil national électoral (CNE). Les partis de droite qui ont boycotté le scrutin de décembre 2017 savent depuis cette époque qu’ils doivent se réinscrire auprès du CNE. Les partis qui ont participé à la dernière élection n’ont pas à se réinscrire et peuvent présenter leurs candidats sans refaire cette démarche.

La MUD soit dit en passant a éclaté l’an dernier et n’est plus qu’une coquille vide, victime des profondes divisions internes de la droite. Même si depuis quelques semaines l’opposition a reçu l’injonction de Washington de se retirer des négociations ouvertes en 2017 avec le gouvernement bolivarien et de boycotter les présidentielles pour renforcer l’image internationale d’une dictature, plusieurs de ses représentants se sont rassis ce lundi 29 janvier à la table de négociations. Un des observateurs internationaux de ces discussions, l’espagnol Rodriguez Zapatero, a critiqué les sanctions européennes parce que loin de contribuer au dialogue, elles renforcent  les secteurs radicaux de l’opposition qui préfèrent une confrontation violente.

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Le président Maduro reçoit trois des quatre gouverneurs d’Acción Democratica (parti d’opposition) qui ont prêté serment devant l’Assemblée Nationale Constituante, le 24 octobre 2017.

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Observateurs internationaux (dont l’espagnol Rodriguez Zapatero) aux négociations entre opposition et gouvernement, qui se poursuivent en janvier/février 2018.

Le vrai problème de la droite vénézuélienne, qui va de l’extrême droite aux centristes libéraux, c’est que depuis 9 mois, elle ne parvient pas à se mettre d’accord sur sa stratégie électorale et à désigner un candidat unique. En s’engageant dans des violences lors des manifestations de 2017 (attentats à la bombe, incendies de maternités, assassinats de passants, lynchages racistes, etc…), elle a perdu un grand nombre d’électeurs des classes moyennes qui se tournent vers l’abstention. Du coup, le seul espoir de la droite vénézuélienne, c’est de présenter un candidat unique à la présidentielle afin que ces électeurs des classes moyennes se retrouvent sur lui.

L’opposition et les grands médias dénoncent aujourd’hui l’anticipation des présidentielles votée par l’Assemblée Nationale Constituante. Or… cette anticipation est une vieille revendication de l’opposition et des gouvernements occidentaux : “on veut des élections générales, tout de suite !”. On mesure aujourd’hui la mauvaise foi de ces secteurs qui au lieu de s’en féliciter, en tirent prétexte pour de nouvelles sanctions…

Ce scrutin présidentiel sera le 25ème en 19 ans de révolution. L’importante victoire du chavisme aux élections municipales du 10 décembre 2017 avait déjà confirmé – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections.

Lors du scrutin de décembre, le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président, le juriste Nicanor Moscoso, que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables au vote: « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral. (..) Le 11 décembre, au lendemain du scrutin, le CEELA a donné lecture de son rapport final: « Le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que « le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines, coïncident à 100%“. (2). C’est ce système double – vote électronique + vote papier pour vérification, qui a fait dire à l’observateur Jimmy Carter que de tous les systèmes électoraux qu’il a pu observer dans le monde, le vénézuélien est ”le meilleur” (https://venezuelanalysis.com/news/7272)

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Voici par ailleurs la réponse officielle du Venezuela bolivarien au président français Mr. Macron qui depuis le sommet de Davos a réclamé de « nouvelle sanctions contre le Venezuela pour ses dérives autoritaires »:

« Le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela rejette énergiquement les déclarations inacceptables émises le vendredi 26 janvier par le Président de la République Française, Emmanuel Macron, dans lesquelles il déconsidère le gouvernement démocratique du Venezuela et demande à intensifier les sanctions de l’Union Européenne contre le Peuple vénézuélien, ce qui constitue un geste inamical de la part du leader d’une Nation avec laquelle avec laquelle le Venezuela a cultivé des liens historiques et fraternels.
La République Bolivarienne du Venezuela observe avec préoccupation que l’Etat français en appelant au délit et à l’adoption de mesures contraires au Droit International, ne fragilise pas seulement le principe de la libre détermination des Peuples et à la non-intervention dans les affaires intérieures des états souverain mais abandonne son précepte de « Liberté, Egalité, Fraternité », en prétendant se constituer en une copie fidèle du Gouvernement hégémonique des Etats-Unis qui, obstinément, cherche à faire sombrer le Peuple vénézuélien et attiser les conflits dans le pays.
Finalement, il est inacceptable pour la République Bolivarienne du Venezuela que le Président de la République Française prétende mettre en cause la légitimité, la pertinence et la transparence des Pouvoirs Publics et des institutions inscrites dans notre constitution. En ce sens, le Gouvernement Bolivarien exhorte le Gouvernement Français à poursuivre les liens bilatéraux par la voie d’un dialogue constructif et respectueux qui se traduisent par des relations mutuellement fructueuses, et éloignées des vieilles pratiques intimidatrices de la France colonialiste dépassée.


Caracas, le 27 janvier 2018 (
Traduction : Jean-Michel Hureau)

 

Thierry Deronne, Caracas, le 29 janvier 2018

Merci pour leur aide rédactionnelle à Pierrick du Yeti Blog https://yetiblog.org/venezuela-linterdiction-dun-parti-qui-nexiste-pas/ et à l’infatigable et patiente réinformatrice Louise de Lannoy φ @LoudL  

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Le Venezuela en vrai

Par Filip
En octobre dernier j’ai pu me rendre au Venezuela, et de mon voyage j’ai rapporté énormément de photos. Je ne peux m’empêcher d’en extraire les meilleures et de les partager avec vous. Si un pays devait se résumer à des violences insurrectionnelles et des pénuries, il y a longtemps que celui-ci aurait implosé. Alors qu’est-ce qui se passe quand il n’y a pas de violences ou de files d’attente ?
  1. Avant de commencer, je tiens à écrire un rapide préambule.

    Toutes les photos que vous allez voir ont été prises par moi-même à l’aide d’un smartphone. Certaines ont été capturées in extremis à bord d’une voiture quand d’autres ont vu le jour dans le calme sommet d’une montagne. Ce qui m’importe davantage que la netteté, c’est le message que peut renfermer une photo.
    Autre point sur lequel je veux insister, c’est qu’il n’y a pas dans ces images des files d’attente devant des supermarchés ou des cocktails Molotov volant dans les airs. C’est à la fois volontaire et involontaire. En ce qui concerne les cocktails Molotov, difficile d’en voir s’écraser lorsqu’il n’y a pas de manifestations de l’opposition (ce qui était le cas quand j’y étais). Pour les files d’attente, je n’ai pas non plus de photos, mais cela ne signifie pas que je les nie. Il y a en effet certains produits qui manquent périodiquement et localement, mais bien des supermarchés sont remplis et les Vénézuéliens ne meurent pas de faim, bien que la situation soit difficile.
    Enfin, mon séjour se concentre essentiellement sur la capitale Caracas et les photos également donc. Mais pour avoir aussi été en province, je trouve que Caracas est une sorte de condensé qui représente assez bien toute la complexité et la diversité de la société vénézuélienne. Donc ce n’est pas la peine de me reprocher le fait que les photos soient centrées sur Caracas car je le sais et le précise.

    Les choses étant clarifiées, nous pouvons donc commencer. Le Venezuela en vrai, c’est quoi ?

  2. Le Venezuela, c’est des maisons en briques, autrefois en tôle et terre séchée, emboîtées les unes sur les autres…

  3. …qui côtoient des maisons de familles très aisées (surtout à l’est de Caracas comme ici), fortifiées comme des prisons.

    Je n’ai malheureusement pas de photos acceptables de bâtiments de logements sociaux, qui eux aussi sont énormément présents.

  4. Le Venezuela, c’est des gens qui se promènent sur la Plaza Bolivar à Caracas…

    Au fond à gauche on peut apercevoir une statue du Libertador Simon Bolivar, et à droite la Casa Amarilla, siège de la chancellerie du Venezuela.

  5. …et d’autres qui jouent aux dominos à deux pas d’ici, avec en fond des fresques murales à l’effigie d’Ernesto « Che » Guevara et du défunt président Hugo Chavez.

    Ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’il n’y a pas un mur qui ne soit pas recouvert de messages politiques, que ce soit du gouvernement ou de l’opposition. C’est impressionnant, vraiment. En se promenant dans les rues, on ressent une forte politisation autour de nous, mais surtout un très fort clivage entre gouvernement et opposition.

  6. Le Venezuela, c’est donc des fresques, des affiches, des graffitis, partout, jusqu’aux murs de l’Assemblée Nationale…

    Ici on voit des slogans chavistes sur les murs extérieurs de l’Assemblée Nationale.
    « Territoire chaviste » , « Ici personne ne se rend »

  7. …et y compris ceux de l’opposition, qui a le droit au même titre que les chavistes, d’installer des panneaux de propagande géants.

    Sur ce panneau on peut voir l’opposition réclamer la libération de Leopoldo Lopez, qu’elle considère comme un « prisonnier politique »*.

    * : Qui est Leopoldo Lopez ? J’en dresse un bref portrait dans Révolution bolivarienne de B à M #4 (La fabrique du « martyr » Lopez)

  8. Le Venezuela, c’est les sourires de (très) jeunes musiciens…

  9. …après avoir assisté à un spectacle de danse traditionnelle en plein air.

  10. Le Venezuela, c’est l’ascension au sommet d’une montagne…

    Ici au Parc National El Avila.

  11. …pour y voir un spectacle de mime…

  12. …ou pour faire une promenade en altitude.

  13. Le Venezuela, c’est faire ses courses tranquillement dans des supermarchés/marchés (oui ça existe aussi)…

  14. …puis aller acheter son journal (la majorité d’opposition) chez ce monsieur qui tient un kiosque au milieu d’une rue piétonne.

  15. Le Venezuela, c’est pour certains rendre hommage au défunt président Hugo Chavez dans son mausolée…

    Le mausolée se trouve dans un bâtiment que l’on appelle le Cuartel de la Montana, dans lequel Chavez avait planifié son coup d’Etat en 1992 et qui s’était soldé par un échec. Cet événement avait considérablement augmenté sa popularité auprès des classes populaires qui le découvraient alors.

  16. …ou pour d’autres, préférer boire un coup et lire un livre au bar-bibliothèque ouvert par l’Etat.

  17. Le Venezuela, c’est des gens qui s’assemblent pour manifester…

    J’y étais en période électorale, lors des élections régionales d’octobre 2017.

  18. …puis qui se séparent pour aller voter…

    Ici un centre de vote à la base aérienne de La Carlota, Caracas.

  19. …et qui se rassemblent pour fêter leur victoire (si victoire il y a).

    Ici au mur de Petare, Caracas, un barrio très pauvre où règne en effet l’insécurité, surtout la nuit.

  20. Le Venezuela, c’est des étudiants de l’Université Centrale du Venezuela qui peuvent se détendre à l’ombre des arbres du campus…

    La cité universitaire de l’UCV est vraiment impressionnante, tant par sa taille que par sa diversité de disciplines qu’elle accueille. Elle a d’ailleurs été déclarée patrimoine de l’humanité par l’UNESCO.

  21. …ou faire un tour au jardin botanique de la Fac pour y admirer la faune et la flore…

  22. …et après les cours se rendre au théâtre quasi-gratuitement.

    Ici on voit la file d’attente, non pas pour l’entrée d’un supermarché, mais pour l’entrée du théâtre Teresa-Carreno, un des plus grand de Caracas.

  23. Enfin, le Venezuela, c’est cette jeune femme émue par l’affection dont fait preuve celui qui deviendra son mari…

  24. …tandis que sur une fenêtre quelque part, chien et chat attendent patiemment cette même affection de leur maître.

    Ainsi s’achève ce portfolio. J’espère avoir réussi à vous montrer que le peuple vénézuélien ne se résume pas aux images que l’on reçoit dans nos médias. Derrière les dépêches, derrière les Unes de presse, il y a des êtres humains qui vivent, parfois contre vents et marrées, mais qui vivent.

    Source : Le Blog de Filip, https://blogs.mediapart.fr/535983/blog/221017/le-venezuela-en-vrai

La révolution du logement dans la Révolution Bolivarienne

Entretien de Hernando Calvo Ospina avec l’architecte Jean-François Parent, président du Laboratoire International pour l’Habitat Populaire, une association française. Cette rencontre a eu lieu à Caracas, en décembre dernier. Jean-François Parent présente les projets du LIHP au Venezuela, mais parle aussi de la situation politique de ce pays.

Hernando Calvo Ospina. Parlez-moi du projet, comment a-t-il commencé, et pourquoi ici au Venezuela en particulier ?

Tout est lié au travail du Laboratoire et à ses relations avec l’Amérique Latine. On travaille depuis 2013 avec le Brésil, la Colombie, le Venezuela, Haïti et le Mexique. C’est un travail de recherche sur les questions urbaines et le rôle de l’habitat populaire, sur son histoire politique et sociale.

On s’est interrogés sur la façon dont les grands mouvements populaires visaient à transformer radicalement ces sociétés et comment cette ambition politique se traduisait sur le plan du mode de vie. C’est cela qui a motivé notre travail.

Au Venezuela, nous avons travaillé sur la présence du pouvoir populaire dans les décisions concernant la transformation urbaine, par le biais des conseils communaux. Nous sommes arrivés la première fois en 2011, mais c’est en 2013 que nous avons fixé les choses. Nous avons démarré ce travail et progressé au fur et à mesure. Nous sommes venus au Venezuela car l’architecture contemporaine nous intéressait. Il nous semblait que, comme au Brésil et au Mexique, la question de la modernité avait été traitée d’une manière particulière au Venezuela, du fait que des architectes avaient étudié en Europe puis rapporté cette culture de la modernité européenne ici, et l’avaient confrontée à La Caraïbe. Donc il s’agissait de comprendre comment la modernité s’était tropicalisée.

Mais dès qu’on abordait la question du logement social, de l’habitat populaire, ça restait très figé sur des modèles européens. On gardait les mêmes principes qu’en Europe, qu’en France. On n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Alors on s’est interrogés.

En travaillant, nous avons été amenés à rencontrer des représentants du monde de l’architecture, de l’urbanisme et des représentants populaires vénézuéliens.

On a établi des relations personnelles scientifiques tout à fait passionnantes. A un moment donné, des responsables politiques nationaux nous ont dit que ce que nous faisions les intéressait d’un point de vue opérationnel. Ils avaient réussi à produire sept à huit cent mille logements, dans le cadre de la grande Mission Vivienda, dont l’objectif est de 3 millions de logements. Mais selon eux, ils n’avaient pas répondu à la dette qu’ils avaient vis-à-vis du pays, c’est-à-dire de faire que les gens vivent dans des conditions décentes, où qu’ils soient sur le territoire national. Ils affirmaient que la grande mission Vivienda arrivait à un tournant nécessitant de travailler l’appareil critique de leurs propres productions.

Nous, on était sur le cul quand ils ont dit ça. On s’est dit que ce n’était pas possible que ces gens, impliqués dans un tel processus et compte tenu de l’agression extérieure, puissent se dire : on se met sur la table, à poil, et on réfléchit à cet appareil critique.

Nous leur avons dit très volontiers que nous étions prêts à participer dans la mesure de nos moyens, avec nos limites : nous sommes étrangers, nous ne maîtrisons pas bien la situation politique, sociale, ni les éléments techniques.

Et c’est là qu’on a rencontré Francisco Garcés qui était président du SENEVI, un organisme de certification pour tout ce qui concerne les questions de logement, d’habitat, de construction et de normes administratives.

Il nous a dit : je veux la transformation de Los Teques. Et sachant que Los Teques était aussi la capitale de l’Etat de Miranda, c’était symboliquement extrêmement important, car à l’époque le gouverneur était Henrique Capriles, un homme de droite, opposé à la Révolution Bolivarienne. Il y avait donc un enjeu politique fort.

Nous avons signé une convention avec eux dans le cadre du projet de la grande Mission Vivienda, donc avec le gouvernement national, pour mettre en place cette stratégie de travail.

Nous avons formé une équipe franco-vénézuélienne tout à fait exceptionnelle, c’était plus qu’une équipe franco-vénézuélienne, c’était une équipe de gens qui avaient vraiment envie de travailler.

HCO : Qu’est-ce que les vénézuéliens attendaient des français ?

Nous nous sommes inscrits dans la stratégie de développement de la ville de Los Teques. Le maire nous a dit : « Je veux que vous réfléchissiez, que vous travailliez à partir des axes politiques. Quels sont de votre point de vue les axes urbains et architecturaux à développer ? » Il ne nous a pas donné de contraintes de lieux, ni de quartiers à transformer. On a eu toute liberté, parce que ce qui l’intéressait c’était d’avoir un regard extérieur sur sa ville à partir de son projet politique.

HCO : Quel était son projet politique  ?

Redonner vie à Los Teques, une ville de la banlieue de Caracas avec une population pendulaire, c’est-à-dire, qui part en métro bosser le matin à Caracas et qui revient le soir. C’était devenu une ville dortoir, alors que c’était le lieu où l’on produisait la nourriture pour l’ensemble de la ville de Caracas, un territoire gigantesque.

C’est tout le phénomène d’urbanisation mondialisée qui s’applique là. Et le maire disait qu’il fallait réfléchir à une chose fondamentale : éviter ce phénomène pendulaire d’abord, même s’il ne se règle pas en 3 ans. Et réfléchir à redévelopper l’économie locale pour permettre un développement de la ville en l’intégrant d’une autre manière dans celui de Caracas. Pas le grand Caracas, parce qu‘ils ne sont pas sur cette notion de grand Paris, de grand machin, comme on a chez nous. Ça aussi c’est un modèle idéologiquement fort  : on impose une forme d’urbanisation qui est le modèle néolibéral.

Un des points qui me paraissait très important, était la question du travail, c’est-à-dire le rapport des gens à leur travail. Comment faire pour qu’en produisant de la ville, on change y compris le rapport à la nature du travail. On n’améliore pas que les conditions de travail, mais on change la manière dont on pense le travail.

C’était extrêmement passionnant, car il y avait plein de zones urbaines industrialisées en déshérence.

Un deuxième point important était l’implication populaire dans la conception de la transformation de la ville.

Nous avons travaillé dans un premier temps avec la représentation populaire, c’est-à-dire qu’on a discuté avec les conseils communaux et le maire. C’est à ce moment que le maire a défini un lieu important, un quartier en mutation, structuré politiquement sur le plan des conseils communaux.

Il y a eu 3 étapes successives pour en arriver là où on en est aujourd’hui, c’est-à-dire prêts à construire. On va démarrer la construction maintenant.

HCO : Avec quels moyens ? Comment se porte le secteur du bâtiment au Venezuela  ?

Cette question est extrêmement importante dans le processus de la grande Mission Vivienda. Comme le Venezuela est un pays pétrolier, pendant toute une période l’appareil de production industrielle a été mis de côté, parce qu’on n’en avait pas besoin. Tout était importé, et en particulier dans le bâtiment. Il y a toujours des constructions dans le secteur privé, mais qui ne répondent pas aux besoins de la population.

L’outil de production du bâtiment a été réduit à une industrie de médiocre ou de faible qualité qui n’est pas capable de répondre aux besoins des objectifs de la grande Mission Vivienda, c’est-à-dire de produire massivement 300 000 logements par an. La France arrive à peine à 100 000.

Il faut un puissant appareil industriel pour cela. D’où l’importance, à la fois politique et industrielle, de la présence de la population dans le processus de production de la ville.

HCO : Comment cela se met-il en place concrètement ?

C’est justement l’un des objectifs : impliquer la population dans la construction de logements, pour qu’ils deviennent des ouvriers permettant de développer des chaînes de production, des lignes de production préfabriquées aussi, et qu’ils participent à la construction, mais pas comme ils ont fait au départ en achetant clés en mains des logements aux chinois, aux biélorusses, etc.

En engageant ce processus, en même temps que tu produis du logement, tu construis un appareil de production populaire puisque ce sont les populations qui, au travers de leur conseil communal, permettent d’avoir de petites industries répondant aux demandes, qui ne sont pas les mêmes que celles de la construction de tours de 25 étages.

En ce qui concerne l’implication des citoyens, c’est un processus en plein développement, et c’est ça qui est très intéressant. Au départ, dans les statistiques, les vénézuéliens devaient représenter 30 % de la production du logement de la grande Mission Vivienda, maintenant ils atteignent 65 % voire 70 %.

On produit non seulement du logement, mais aussi de la richesse car c’est une source de travail. On dit que l’économie va mal, mais on voit bien qu’en ce moment les vénézuéliens sont en train de générer une nouvelle économie au travers de ces grands axes politiques.

HCO : Comment le gouvernement français considère-t-il ce projet ?

L’administration française dit que ce n’est pas facile, que c’est dangereux. C’est donc difficile d’organiser les choses dès qu’on les officialise, du côté français. Cela n’est pas une critique de l’administration française, c’est un constat.

D’abord, officiellement, la France n’a pas de très bonnes relations diplomatiques avec le Venezuela. En 2013, l’ambassadeur de l’époque avait une ambition, parce qu’on n’était pas encore dans la situation économique et politique actuelle, Chavez était encore là. Avec le pétrole à 100 dollars le baril, l’économie vénézuélienne n’était pas la même qu’aujourd’hui. Il y avait une volonté de coopérer, des champs d’investigation qui faisaient qu’on avançait dans plein de domaines.

Avec Hollande, quand tout s’est arrêté, nous avons été marginalisés de fait, puisque plus rien ne se passait.

Nous nous sommes rendu compte à un moment donné que si l’on s’appuyait sur la structure de coopération officielle, on n’avançait pas. On ne peut pas dire qu’ils nous empêchaient d’avancer, mais c’était très difficile. Alors, on s’est libérés de tout ça et on a avancé.

Avec Macron, des positions politiques officielles ont été prises, qui font que c’est très difficile d’aller au Venezuela en disant qu’on représente la France. Mais on ne la représente pas, on représente un idéal de travail et de coopération.

Il y a un nouvel ambassadeur qui essaie de faire des choses un peu plus dynamiques, donc on verra bien. Mais on n’est pas dans une situation où l’on peut attendre de la France quoi que ce soit. Ce n’est pas possible.

HCO : Comment pouvez-vous progresser alors que le gouvernement français a décrété que le Venezuela était une dictature  ?

Cela nous freine par moments. Mais comme nous avons atteint la phase opérationnelle, que nous ne sommes plus des chercheurs travaillant sur une dimension théorique, c’est le gouvernement vénézuélien qui nous dit  : Allez les mecs, on construit. Opérationnaliser, c’est ce qui nous intéresse, d’autant plus que les vénézuéliens sont très clairs là-dessus, ils nous disent que nous avons une histoire très particulière, celle du logement social, de la location des logements. Le logement social en France est un outil de démocratisation, un outil de transformation de la ville, qui commence à se perdre.

HCO : Avez-vous obtenu le soutien d’entreprises françaises ?

Oui, on a fait une réunion à l’ambassade du Venezuela à Paris en mars 2017. Les géants du BTP étaient là. Les entreprises publiques françaises étaient intéressées. On leur a dit  : venez, on monte une délégation et on rencontre les autorités vénézuéliennes et à travers ce projet-là, on aborde les questions de gestion de l’eau, des déchets, de la construction, de la relation politique. C’est-à-dire, comment articuler la politique, le pouvoir politique et la représentation populaire, le pouvoir municipal, etc.

C’est là qu’est l’os avec l’administration française, puisque les relations franco-vénézuéliennes sont difficiles en ce moment sur le plan politique. Donc les entreprises qui avaient envie de venir avaient une certaine réticence. Ils nous ont dit, on reporte un peu.

Les vénézuéliens font appel à des partenaires, pas seulement économiques, mais des partenaires qui comprennent leur logique. Il faut voir aussi que ce qui se produit actuellement au Venezuela est observé par beaucoup de pays en voie de développement ou de pays frères.

J’ai dit aux autorités françaises de bien prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. Bien sûr, les relations politiques peuvent être conflictuelles, mais en ce moment en Amérique latine la ville est en train de changer. Et si nous ne mesurons pas cela, ne nous faisons pas d’illusions, d’autres sauront le faire. Nous voulons participer au développement économique d’un continent puissant extrêmement riche, mais d’une manière que nous appelons la coopération renouvelée, car engagée. Nous considérons que nous pouvons avoir aussi un engagement, pas pour faire du fric, ce n’est pas possible. C’est fini de venir au Venezuela pour faire du fric. Il faut donc voir ou revoir des positions qui s’affranchissent de cet eurocentrisme. C’est ça qu’on est en train d’essayer de mettre en place, mais ce n’est pas facile à cause des autorités françaises. Quand tu vas au ministère des affaires étrangères, les mecs que tu côtoies sortent tous de Sciences po, ils ne comprennent rien. Ils ont une forme de pensée que je trouve abstraite, éloignée de tout.

HCO  : Avez-vous été touchés par les problèmes des « guarimbas »  (violences de l’extrême droite) ?

Ils nous ont affectés de 2 manières, mais assez secondaires.

Premièrement du côté français. On nous disait que nous ne pouvions pas aller au Venezuela, car c’était la guerre là-bas. Et nous leur disions que nous y allions déjà, et que nous n’avions pas vu de guerre. Cela a créé une certaine tension avec nos partenaires, car ils n’avaient que l’information bête que tout le monde avait en France.

Deuxièmement, ici au Venezuela nous avons été touchés cette année en particulier, parce que l’organisation du pays a été bloquée et que nous avons eu des difficultés pour travailler. Je suis allé plusieurs fois au ministère du logement, et l’année dernière, le rez-de-chaussée avait été complètement détruit et brûlé par la guarimba.

On a aussi ressenti un peu de tension, quand on allait dans les beaux quartiers où se trouve le Ministère du logement entre autres. Des gens nous avaient repérés comme étrangers, parce qu’il n’y en a pas tant que ça, et nous ont dit  : vous, vous êtes des traîtres. Il fallait qu’on fasse un peu attention à ça parce qu’on travaille avec le gouvernement. Ils voyaient bien qu’on n’était pas ici pour passer des vacances, mais parce qu’on avait une activité scientifique, intellectuelle, culturelle, économique avec le pays et qu’on n’était pas en train de pleurer. Nous étions en train de travailler, non pas avec le sourire, mais avec la satisfaction du travail.

Mais c’est plus à l’étranger, en France, que ça nous a affectés parce que nos amis disaient que nous étions « des ambassadeurs du gouvernement vénézuélien », et donc « vous n’êtes plus du tout objectifs ».

Alors moi je réponds, et le Labo répond régulièrement : Non, nous ne sommes pas objectifs, nous sommes engagés. Nous avons fait des choix. Et nous sommes prêts à en débattre, y compris sur le plan de la forme architecturale des projets. C’est-à-dire que vous pouvez émettre une critique sur nos productions architecturales. C’est pour ça qu’on les publie, qu’on les présente en différents endroits, parce qu’on attend la critique, on n’a aucune raison de ne pas l’accepter. C’est la démonstration d’un engagement.

Nos idées se traduisent dans cet engagement, un processus de transformation radicale de la société, et elles génèrent des formes particulières, un espace particulier. C’est pour cela que nous travaillons au Venezuela.

Jean-François PARENT avec Hernando CALVO OSPINA

URL de cet article :
https://www.legrandsoir.info/la-revolution-du-logement-dans-la-revolution-bolivarianne.html

De Bruxelles à Paris, comprendre le Venezuela avec les invités de Mémoire des Luttes, Venesol et Zin TV

Deux rendez-vous à ne pas manquer pour tou(te)s les citoyen(ne)s qui veulent se réinformer sur le Venezuela face à l’homogénéisation du champ médiatique !

Rencontre/débat le 31 janvier 2018 au Lieu Dit ( 19 heures-21 heures ) à Paris autour de deux invités du Venezuela : Maria Hernandez, avocate féministe et Marco Teruggi, journaliste et sociologue franco-argentin basé à Caracas et dont Venezuelainfos publie les témoignages de terrain depuis quelques années

Crise politique et économique, tensions régionales, sanctions et ingérences des Etats-Unis (et de l’Union européenne), campagnes médiatiques, la situation au Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires, souvent instrumentalisés dans les débats politiques en France et en Europe. Quelle est la situation du pays avant l’élection présidentielle ? Quels sont les défis qui s’imposent au chavisme ? Quels sont les projets de « l’opposition » ?

Cette soirée est organisée à l’initiative de Mémoire des luttes et sera animée par Christophe Ventura, rédacteur en chef du site de Mémoire des luttes ( www.medelu.org)

Ces deux invités seront également présents à Bruxelles le samedi 27 janvier 2018, pour la conférence/concert « Comprendre le Vénézuéla », de 12h à 22h au Pianofabriek, rue du fort 35 – 1060 Bruxelles.

Au programme : 12h. : buffet sud-américain, expo, stands, projection film. 15h: débat avec les invités. 19h: Concert ZONA 7. Prix libre.

Organisé par VeneSol & ZIN TV

« Je ne cesse de m’interroger sur l’arrogance de ceux qui prétendent que l’Histoire commence à partir du moment où ils entrent en scène. Ils ont l’air de croire qu’au Venezuela les critiques n’existent pas, que le chavisme est monolithique, que les expériences d’organisation populaire, les communes par exemple, ne contestent pas la bureaucratie et ne la nomment pas publiquement pour ce qu’elle est : une bureaucratie corrompue. Puis ils viennent nous faire la leçon pour, disent-ils, occuper la place d’une gauche qui ne se tait pas. La première chose qu’ils auraient dû faire, la plus importante, est d’écouter avant de parler. (…)
Leur argumentation ignore tout de l’expression critique constructive qui existe au sein du chavisme. (…) Pour ma part, j’ai choisi de répondre de l’intérieur même du chavisme, en adoptant une position critique publique contre les bureaucrates, les corrompus, les traîtres et les « autoproclamés ».

Marco Teruggi
Journaliste franco-argentin, il habite Caracas et publie régulièrement des chroniques sur la vie politique de la révolution bolivarienne depuis son blog www.hastaelnocau.wordpress.com. Il intervient comme analyste dans TeleSur.

« Les Féministes qui, comme moi avons pris la décision de travailler avec les femmes des zones populaires , nous avons pu constater à quel point elles avaient des pratiques féministes dans leur quotidien y de plus, elles se sont approprié les outils développés par le processus pour transformer leurs propres vies, comprenant qu’on ne pouvait pas transformer le pays sans transformer nos propres réalités, nos familles, nos vies. Elles ont commencé à devenir protagonistes dans leurs quartiers, communautés, conseils communaux… alors qu’avant, lors de la 4e république, elles n’avaient pas la possibilité d’étudier, étant mères très jeunes qui devaient travailler ou rester dans la rue avec leurs enfants.
Chavez a réussi à inspirer ces femmes , il a reconnu qu’il y avait une dette historique envers les femmes en ce qui concerne l’éducation, la santé, il a créé des institutions qui ont pour but de garantir ce processus. il disait toujours que le Venezuela a un visage de femme. La majorité de la population qui s’est émancipé grâce aux différentes stratégies misent en place par le processus révolutionnaire sont des femmes, elles ont pu augmenter leurs capacités et autonomies grâces aux études , à de meilleurs salaires , à la participation et l’organisation populaire. C’est une des plus grandes victoire de cette révolution. Ces femmes qui venaient voir Chavez, suivaient et concrétisaient ses idées dans leurs vies au jour le jour, sont des femmes qui ont su voir dans ce processus leur propre libération, leur propre émancipation. »

Maria Hernández
Avocate, activiste féministe, co-rédactrice de lois à la base de la création de l’Institut National de la Femme (INAMUJER). Professeure d’université, élue défenseuse nationale des droits des femmes 2013/2016.

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-3YL

Arc Minier de l’Orénoque: la solution accusée d’être le problème, par José Roberto Duque

Félix Caraballo dirige asamblea de mineros

Le pilonnage contre le Révolution Bolivarienne fait rage sur tous les fronts à la fois. Comme cela se passe ailleurs, c’est l’artillerie informative qui confère à l’agression son caractère massif, cherchant à conditionner la population, sujet et objet du phénomène “opinion publique”. Parmi les nombreux objectifs de guerre identifiables dans l’attaque contre le Venezuela, le plus vulnérable est probablement l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO), un plan de régularisation de l’exploitation minière décrété par le gouvernement national en février 2017.

On peut qualifier ce thème de “vulnérable” parce que comme il s’agit d’une tentative d’organiser et d’exploiter de manière souveraine la mine au Venezuela, il fait s`élever les voix de protestation, en premier lieu, des mafias et des bandes criminelles qui contrôlaient l’exploitation de l’or, des diamants et du coltan au sud du fleuve Orénoque; en deuxième lieu, des groupes environnementaux et des organisations sociales (authentiques ou opportunistes, les deux existent), préoccupés par certains énoncés de l’Arc Minier de l’Orénoque, et dévastés dans leur sensibilité par une propagande systématique et bien organisée. En troisième lieu, viennent les attaques contre l’Arc Minier de la part des transnationales et des gouvernements étrangers qui voient freiné ou stoppé leurs plan de tirer bénéfice des richesses minérales du sol vénézuélien. En dernier lieu intervient aussi un secteur citoyen qui n’a jamais été intéressé ni par le thème de la mine, ni par celui de la souveraineté, pas plus que par la problématique indigéniste ou environnementale, mais qui voit dans l’Arc Minier un thème facile pour insulter et pester, même sans éléments concrets.

Exploitation minière ou seulement responsable ?

L’Arc Minier de l’Orénoque (AMO) est un thème sensible et vulnérable pour une raison puissante: l’exploitation minière, pour tout ce qu’elle représente dans le capitalisme industriel, est un thème facile à attaquer et susceptible de criminalisation. Il est pratiquement impossible de parler en termes laudatifs d’une activité qui a détruit nature et cultures, et qui a appauvri les pays pauvres dont le sous-sol contient la matière première. Quand le gouvernement vénézuélien a créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, le nom fit scandale, qui suggère qu’on peut faire de l’exploitation minière tout en contribuant à l’écologie. Quand on donne les éclaircissements et les précisions nécessaires – il n’existe pas d’exploitation minière écologique mais il existe une forme hautement polluante de l’exercer -, il est trop tard: le nom du ministère fonctionne comme le titre des articles, et la majorité s’y arrête sans approfondir le contenu.

 

Le résumé ou la synthèse de ce cirque volant communicationnel est celui-ci : on attribue à l’Arc Minier (créé en 2017) toute la dévastation causée par un exercice irresponsable, esclavagiste et déprédatrice de l’exploitation minière pendant les deux siècles antérieurs. Il n’a servi à rien d’informer, intensément et de manière soutenue, sur le fait que l’Arc Minier est la réponse de l’État pour diminuer la pollution engendrée par l’activité extractiviste, pour faire que la classe ouvrière (travailleurs de la petite exploitation minière) s’engagent à une exploitation plus propre et responsable, pour préserver les zones sacrées et peuplées par les peuples indigènes. Toujours revient la campagne qui rejette la faute sur l’État vénézuélien de générer ce qu’il vient en réalité éradiquer et corriger.

Le contexte est le suivant. Il y a des territoires au nord de l’état de Bolivar (sud du Venezuela, limitrophe avec le Brésil et le territoire de l’Essequibo) où on pratique depuis 200 ans l’exploitation minière, moyenne et à grande échelle. Dans ces zones s’est développé, comme dans toute ville ou conglomérat humain produit par les dynamiques économiques extractivistes, un réseau de mafias, prostitution et drogues, pollution au mercure, dévastation des zones naturelles, présence de transnationales (dans la seconde moitié du vingtième siècle) et corruption. Pour ces raisons, l’Etat a décrété un plan, applicable dans des zones spécifiques de ces territoires, baptisé Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque. L’État vénézuélien avait une dette historique envers les habitants de cette région et de tout le Venezuela, qui consistait à reprendre le contrôle souverain de ce territoire et de ses ressources, et cela ne peuvent le faire à eux seuls ni le gouverneur de Bolivar, ni les Forces Armées, ni l’entreprise privée, ni un ministère. L’Arc Minier compte parmi ses principes directeurs le respect des peuples indigènes, la protection de zones où il n’est ni nécessaire ni pertinent de développer l’exploitation minière, la mise en œuvre de techniques et de méthodes moins toxiques et moins destructrices que l’usage traditionnel du mercure, et la dignification et la relance de la petite exploitation (activité dont vivent des milliers de familles depuis plusieurs générations) alors que se réduit et se régule l’exploitation minière à grande échelle. Il est faux que vont être dévastés 111.800 kilomètres carrés de forêt, comme le dit la propagande contre l’Arc Minier: le décret estime que moins de 5 pour cent de ce territoire sera directement affecté, et que cela est suffisant pour extraire les ressources du sous-sol.

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Le gros de la campagne contre l’Arc Minier s’est appuyé sur des images et des témoignages recueillis dans les zones minières… avant le décret gouvernemental. Fleuves éteints et réduits à des puits stériles pleins de mercure, vastes zones forestières dévastées. Il s’est avéré incroyablement difficile d’expliquer aux groupes d’opinion créés à ce sujet comprennent que l’Arc Minier est une solution potentielle à ces dévastations et non leur origine.

Tandis que cette propagande négative se renforce et que se déploient des sites informatifs ( http://arcominerodelorinoco.com/ ) financés par la NED (National Endowment for Democracy (cette façade montée par le Département d’État pour “laver” ou filtrer ses rétributions aux mouvements anticommunistes, progressistes et anti-vénézuéliens d’Amérique) charriant tous les préjugés et les mensonges proférés contre l’AMO, le travail sur le terrain a commencé à démontrer son efficacité en matière de captation souveraine et responsable de ressources. Le Venezuela a produit entre 2012 et 2016, 5,1 tonnes d’or, avec des processus conventionnels et l’intervention minière à grande échelle. En seulement huit mois à partir de l’activation de l’Arc Minier de l’Orénoque, la production a atteint 8,6 tonnes. Ces 8,6 tonnes ont été converties en lingots et entreposées dans les chambres fortes de la Banque Centrale du Venezuela, pour grossir les réserves internationales, les actifs de la République.

Le cas le plus récent et vérifiable du pillage de l’or vénézuélien est celui de Curaçao, une dépendance hollandaise des Caraïbes proche de nos côtes: cette île a exporté 2.300 millions de dollars en or entre 2010 et 2015, sans posséder une seule mine d’or…

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L’explication de ce saut olympique tient à deux facteurs d’explication: le contrôle effectif des ressources exploitées, qui auparavant “s’évadaient“ impunément par d’autres pays à travers les fleuves et les forêts, et l’encadrement de la petite exploitation minière, jusqu’ici considérée comme illégale et objet de persécution.

Classe ouvrière et communautés de mineurs

Dans la petite exploitation se trouve la clef, non seulement de l’augmentation de la production mais de l’humanisation et de la reconnaissance de l’activité minière. Les travailleurs se sont organisés en Conseil Populaire Minier, et cette instance de travailleurs maintient une relation net une coordination directes avec l’État. En échange de cette reconnaissance ce sont les travailleurs organisés qui concrétisent et massifient les instructions et la philosophie de l’Arc Miner : petit à petit on élimine l’usage du mercure (la technologie d’extraction par cyanure et charbon actif est moins risquée et moins polluante), on réalise un recensement des travailleurs qui interviennent dans le processus, on vérifie l’accomplissement des engagements centraux: les ressources extraites ne sont vendues qu’à l’État (un coup porté aux mafias transnationales) et les zones protégées et les territoires indigènes sont respectés et préservés.

De nombreux activistes de l’agroécologie, et beaucoup d’entre nous, défenseurs d’une agriculture propre et liée à la terre, souhaiteraient que l’exploitation minière soit proscrite come activité économique. Mais dans des territoires où il y a des communautés qui vivent de la petite exploitation minière depuis plusieurs générations cette élimination ne serait pas possible sans perpétrer un véritable génocide. Après avoir longtemps tourné le dos à l’exploitation minière l’État vénézuélien a permis que croissent des phénomènes parallèles et pervers de l’extractivisme criminelle à grande échelle et la délinquance organisée qui a pillé ces ressources durant des siècles.

Il y aura certainement une opposition au projet, et le discours transversal continuera à être la perversion de l’activité minière en tant qu’activité extractiviste. Toute attaque transnationale, corporative ou de gouvernements ennemis, sera compréhensible et logique. La difficulté sera de concilier le discours de groupes environnementalistes (authentiques ou manipulés) du Venezuela qui continueraient à attaquer l’exploitation minière pendant que l’on continue à se servir de l’activité minière par antonomasie : la pétrolière. Attaquer l’activité minière pendant qu’on vit du pétrole : c’est le paradoxe fondamental de ces étranges temps de furie antivénézuélienne.

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L’assemblée informative commence avec les mineurs, avant d’initier le recensement. Ils sont dans une communauté proche de Tumeremo, mais plus proche du territoire de l’Essequibo, où sont arrivés au bout d’un voyage de plusieurs heures en barque. Les jeunes du Ministère du Développement Écologique expliquent le motif de leur présence : quelques hommes interviennent, interrompent, veulent parler tous à la fois, par moments la conversation se fait lourde et difficile. Soudain arrive un monsieur qui veut mettre « de l’ordre » à sa manière : il sort un pistolet et tire vers le toit. Alors les autres se taisent. Sachez-le : il y a beaucoup de façons de faire respecter un droit de parole.

Pendant trois mois une équipe de techniciens et de professionnels du Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, accompagnés par des jeunes garçons et filles de la Mission Piar et du Plan Travail pour les jeunes, formé dans sa majorité par des jeunes de 17 à 35 ans, ont décidé d’abandonner leur confort pour se submerger dans la forêt et créer à la sueur de leur front, le Registre Unique des Mineurs (RUM); pour connaître et faire connaître de près la réalité des peuples miniers qui habitent l’Arc.

Ainsi formulé, cela pourrait sembler n’être qu’une action de plus de la bureaucratie d’État. Jusqu’à ce qu’on se rende compte des données profondes du contexte et que l’exploit soit mesuré à sa juste valeur : il y avait des endroits où aucune institution de l’État n’avait jamais mis les pieds, et c’est là où ces jeunes garçons et filles ont dû se rendre, se plongeant dans des zones où se déplacent des groupes et des individus qui exercent le contrôle et l’autorité sans discussion possible. Ces derniers qui ont oublié un (gros) détail : cette région fait partie d’un pays où il y a des lois et des institutions. La Révolution a décidé de ne pas le leur expliquer à coups de tanks, d’avions et d’infanterie (ce à quoi on pense souvent dans cette situation) mais en envoyant des jeunes armés d’un sourire, d’une dose de naïveté, et de l’envie de travailler. A la tête de cette équipe chevauche Félix Caraballo, un lutteur de La Vega qui jusqu’il y a peu de mois n’en savait pas beaucoup sur les mines mais pas mal sur les dimensions humaines de l’organisation sociale.

Auparavant le mineur arrivait à un lieu où l’information était centralisée; cette fois, avec l’appui des organisations populaires et de mineurs organisés, plus de 70 jeunes ont habité chez eux, dans les mines d’or de l’état Bolívar. C’est là, dans cet autre Venezuela, caché pour la majorité, qu’ils ont déambulé, embrassant avec vigueur et apprenant avec les neurones frais une réalité en marge du quotidien.

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Le travail du Registre Unique des Mineurs

Petits et (grands) mineurs : de la mitraille à l’hymne national

Liss Lares a 30 ans, est sociologue et assistante adjointe à la Direction Générale de la Gestion Productive de la Petite Exploitation Minière; elle a fait partie de cette équipe qui est partie dans la forêt à la recherche de ces vénézuéliens demi-oubliés. “Nous sommes restés dans les mines des municipalités de El Callao, Cedeño et Piar; nous avons dormis dans des espaces seulement pourvus d’un toit, dans des hamacs ou sans hamacs, avec une moustiquaire, dans des zones ou rôde le paludisme, où il y a des dynamiques de violence. Nous avons mangé ce que mangent les mineurs, car c’est de ce que cela qu’il s’agissait. Pour nous ce fut un processus transformateur, nous avons toujours été disposés à arriver aux mines les plus profondes et nous avons réussi à atteindre la tâche que nous nous étions fixée”.

Le Registre Unique Minier a eu pour objet la caractérisation des zones consacrées à l’exploitation minière et à ses réalités connexes: qui sont les mineurs, d’où ils viennent, quels sont les attentes de ces personnes qui vont chercher de l’or et d’autres ressources minérales de la terre. Liss était particulièrement intéressée de connaître la situation de la femme; créer cet instrument qui permettra à l’État d’orienter les politiques sociales avec l’appui du peuple des travailleurs de la mine, fut une bonne occasion de s’approcher de cette réalité.

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Liss Lares, s’acclimatant au rythme minier

Pour le dire avec élégance et décence, les femmes sont les personnes qui ont vécu les pires choses dans un territoire et une activité où abondent, parmi les mineurs de vieille souche et qui ont construit une culture de travail, des aventuriers de partout du Venezuela et d’autres pays, qui lorsqu’ils arrivent à une zone minière (à une “bulla”: c’est le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté) installent en grappe un campement chaotique et insalubre, couvert de baraques et de toits de plastique; ils s’organisent pour perforer des trous de plusieurs mètres de profondeur, sortir les “moulins” et récupérer de l’or à raison d’un gramme par 200 kilos de matériel brut. Dans la culture du mineur, tout travailleur nouveau qui sort ses premiers grammes d’or doit les dépenser dans les currutelas (bordels), où les jeunes filles se font payer en grammes (un gramme valait 5 millions de bolivars en décembre). Il y a aussi des femmes qui travaillent à creuser le sol mais la stigmatisation fait que toute femme qui travaille comme mineuse soit qualifiée ou traitée comme un objet sexuel.

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Une “bulla” : le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté

Hilgardo Medina travaille comme analyste au ministère, sa préoccupation principale est l’impact environnemental que provoque l’exploitation minière. Dans un véhicule du style Fun Race il a voyagé huit heures de Tumeremo jusqu’à la mine de Botanamo. Tenter de récupérer la couche végétale superficielle où on note les dommages environnementaux est la raison d’être de ce qu’on appelle l’« exploitation minière écologique”, et qui ont éveillé tant de doutes et de soupçons chez des personnes qui croient tout savoir de la mine mais ne sont jamais allés à aucune d’elles. “C’est le lieu où on accède le plus difficilement, ce n’est pas un problème d’accès physique mais la difficulté d’accéder à la conscience du mineur”, dit Hilgardo. “A Botanamo, il y a deux ans, il y a eu une opération de la garde nationale qui a démantelé le campement des mineurs pour trouver le chef d’une bande criminelle qui opérait sur ce territoire. Quand les mineurs ont repris le territoire ils se sont réinstallés comme une organisation populaire, avec leurs règles internes pour restituer l’ordre et avec un grand niveau de conscience. Aujourd’hui quand ils nous ont reçu ils ont chanté l’hymne national”.

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Mineurs en condition d’artisans

Alexandra Meneses, ingénieure géologue, diplômée de l’Université d’Orient, a 26 ans et bien que sa spécialité soit le pétrole, sa vocation sociale l’a poussée à rejoindre cette équipe. Durant cinq semaines elle a parcouru les différentes zones pour parvenir aux fronts miniers et inspecter, géoréférencer (à l’aide du GPS) chacune des communautés productives. “Un jour nous sommes arrivés à la Mine de Hoja de Lata, située dans la municipalité de El Callao, à neuf heures du soir. A cette heure nous avons dressé le campement; le jour suivant nous nous sommes éveillé à 5 h. 30 pour nous doucher avec un demi seau d’eau et déjeuner entourés de chèvres, de vaches, de chiens et de coqs. Parfois nous marchions pendant deux heures et en arrivant à la mine nous nous mettions à travailler immédiatement avec les gens, mais très tôt on se réunissait avec l’équipe pour préparer l’assemblée d’introduction avec les mineurs, pour les informer de ce que nous étions en train de faire sur place. Ensuite nous revenions à El Callao comme point de rencontre pour laver les vêtements, se reposer et réunir les données que nous avions recueillies”.

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Saydubi Santana est de Caracas, elle a 25 ans, est activiste de la communauté de la diversité sexuelle et était chargée de l’enregistrement audiovisuel. Durant le parcours de six heures aller/retour à El Chivao en barque, elle est tombée malade à El Dorado, et vu les symptômes, a dû être rapatriée parce qu’on soupçonnait le paludisme. Finalement on a su que c’était autre chose : un parasite qui s’était introduit par les pieds. Le paludisme fait peur à cause de ses séquelles : tu l’attrapes une seule fois et l’organisme s’en ressent toute la vie. Elle était en train d’apprendre tout ça quand elle rencontra un mineur qui avait souffert réellement du paludisme… mais 79 fois. “Voir autant d’enfants malades de paludisme, voir des jeunes filles de 15 ans travailler dans un bordel pour survivre au coût de la vie élevé, observer la division marquée des rôles de genre, c’est-à-dire l’homme à la mine et la femme à la cuisine, c’est quelque chose de réellement très choquant”. On suppose que l’Arc Minier a été créé pour mettre un terme à ces choses choquantes mais, à cause de la propagande, beaucoup de gens continuent à croire que ce fut l’Arc Minier qui a créé ces maux. Qu’allons-nous y faire ? Un jour nous apprendrons à écouter des histoires de la voix de ceux qui se sont plongés dans l’Histoire.

José Roberto Duque et César Vázquez

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/ et http://epaleccs.info/chambeando-en-otra-venezuela/. Photos: José Roberto Duque et Emilio Guzmán

Traduction : Thierry Deronne

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