La démocratie participative au Venezuela. Interview de Blanca Eekhout, Ministre des Communes

L'Assemblée générale des conseils communaux et des communes est la plus haute instance de décision selon la loi vénézuélienne

L’Assemblée générale des conseils communaux et des communes est la plus haute instance de décision selon la loi vénézuélienne

Interview de Blanca Eekhout, ministre des Communes de la République Bolivarienne du Venezuela

Depuis l’étranger, le Venezuela est souvent dépeint comme une dictature, où le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, règnerait de manière autoritaire et violente sans prendre en compte les aspirations populaires. Cette description se heurte pourtant à une réalité qu’il est impossible de nier : le chavisme et le président Maduro possèdent le soutien d’une partie non négligeable de la population vénézuélienne. La propagande du système médiatique ne permet donc pas de répondre à la question : pourquoi ?

Un des éléments de réponse est à chercher du côté de la démocratie directe et participative implantée au Venezuela depuis l’avènement d’Hugo Chávez au pouvoir. Cet aspect central de la Révolution Bolivarienne est systématiquement nié par le système médiatique. Les luttes du peuple vénézuélien au sein du système de Conseils communaux et des Communes socialistes sont invisibilisées. Nous sommes donc allés interviewer Blanca Eekhout, ministre des Communes afin qu’elle explique au lecteur francophone l’originalité de la démocratie vénézuélienne. 

Blanca est une militante sociale de la première heure, elle a été la fondatrice de nombreux médias communautaire comme Catia Tve, et est devenue la première présidente de la chaîne publique ViVe TV, puis de VTV. Élue députée en 2010, elle deviendra vice-présidente de l’Assemblée nationale de 2011 à 2015.  Cette jeune femme, qui a consacré sa vie à la lutte sociale et à l’approfondissement de la démocratie dans son pays, a occupé plusieurs postes de la haute fonction publique. Elle a été Ministre de la Communication et de l’Information (2009-2010), Ministre de la Femme et de l’Égalité des genres (2016-2018). Elle est aujourd’hui Ministre des Communes depuis septembre 2018.  

Le Ministère des Communes est situé dans le centre de Caracas dans un immeuble où furent relogés plusieurs vendeurs ambulants, il y a quelques années. Il apparaissait logique que ce ministère central déserte les quartiers administratifs traditionnels pour s’implanter aux côtés du Peuple. La ministre nous recevra dans son modeste bureau où trône côte à côte un portrait d’Hugo Chávez et de Josefa Camejo, une héroïne de la guerre d’indépendance du Venezuela: bon résumé iconographique du parcours politique de notre interlocutrice. 

Pendant que Blanca répondait avec fougue et passion à mes questions, je pensais aux revendications des Gilets jaunes français, exprimées à plusieurs milliers de kilomètres de Caracas. En cause ? Les thèmes évoqués par la ministre vénézuélienne: l’Assemblée Constituante et la mobilisation populaire pour écrire la nouvelle Charte suprême, les modalités du référendum révocatoire pour tous les élus, la force des conseils communaux et des communes -où toutes les décisions sont prises lors d’Assemblées générales, la nécessité d’inventer de nouvelles formes de propriété pour développer le pays. Les paroles de Blanca Eekhout fusent comme une rafale de AK47, chaque balle est un concept qui fait écho aux préoccupations politiques exprimées sur les ronds points de France. 

L’autre son de cloche que vous pouvez lire ci-dessous témoigne de l’extraordinaire vivacité démocratique du Venezuela, qui marque la colonne vertébrale du projet politique de la Révolution bolivarienne. On comprend mieux alors la terrible violence politique et médiatique qui s’abat contre ce Peuple. La démocratie participative vénézuélienne doit être absolument balayée pour enrayer le risque de voir fleurir 1, 2, 3 Blanca. Pour que ce modèle ne donne pas d’idées à d’autres et ne menace pas le système politique encore dominant…pour l’instant.  

Romain Migus Quelles sont les racines de la démocratie participative au Venezuela ? Comment s’est construit le modèle démocratique de la Révolution Bolivarienne ?  

Blanca Eekhout : Il faut commencer par le début de notre mouvement politique, ou en tout cas par la prise de pouvoir par le Commandant Chávez. Sa première action du gouvernement fut de convoquer un processus national constituant. Hugo Chávez a appelé le Peuple à refonder notre République. Avant cela, tout notre cadre juridique était déterminé par le pouvoir en place, par les oligarchies mais aussi par la dépendance historique héritée de notre histoire coloniale. Donc, refonder notre République a impliqué de changer de charte suprême, mais le plus important était de savoir qui allait participer à ce débat. La première action a donc consisté à convoquer un référendum pour mettre en place ce processus constituant. Ce fait politique extraordinaire avait pour racine historique le Congrès d’Angostura, réalisé sous l’égide de notre Libérateur Simon Bolivar, en 1819 (1). Bolivar donnera un discours historique lors de ce congrès et rappellera notamment : « Heureux le citoyen qui invoque et convoque son peuple, consulte la volonté du souverain ». C’est pour cette raison qu’au Venezuela, à partir de 1999, une fois que la nouvelle constitution est approuvée, notre démocratie est devenue participative et « protagonique ».

Avec Blanca Eeckout, Caracas 2019.

R.M : Excuse-moi de t’interrompre, mais pourrais-tu expliquer à nos lecteurs comment se sont organisés les comités constituants ? Comment s’est déroulé le débat au sein de la population pour nourrir de projets cette Assemblée Nationale Constituante ?

B.E : D’abord, il y a eu une élection nationale pour choisir nos représentants : il y avait des indigènes, des travailleurs et travailleuses, les femmes en tant que mouvement, les pêcheurs, les paysans, toutes les forces sociales, ceux qui étaient invisibles, ceux qui n’avaient jamais été consultés sur le destin de leur patrie ni sur les lois qui régissaient leur vie. Mais la véritable consultation a été réalisée lors d’assemblées de rue. On a créé différents mécanismes par lesquels on systématisait les propositions ; des camions recueillaient les propositions à travers tout le territoire national. Les mouvements initiaux, ceux du mouvement ouvrier, paysan, participaient par des lettres de propositions et de requêtes historiques. Ce fut une consultation nationale très, très large et complète car nous le modèle duquel nous voulions sortir avait eu comme objectif l’application des mesures néolibérales dictées par le FMI et la Banque Mondiale. Ceci avait provoqué une réponse forte de la part du peuple qui était descendu dans la rue en 1989. Cet événement, que nous appelons le Caracazo avait été réprimé de façon très violente. Toutes les demandes qui s’étaient exprimées en réaction contre le modèle néolibéral ont fini par se trouver recueillies dans le processus constituant, en tant que demande de la République, pour garantir le droit à la Sécurité Sociale, la réaffirmation de notre droit à l’éducation gratuite, à la santé gratuite, à la redistribution des revenus, à la reconnaissance des droits indigènes, etc.

Au début, nous avions une révolte nationale mais nous n’avions pas encore un développement des mouvements sociaux suffisamment organisé. C’est la convocation du président à une Assemblée Nationale Constituante qui fait que nombre de ces mouvements se regroupent comme force nationale. On reconnaît alors, par exemple, la communication comme un droit de l’homme ; pour la première fois, les médias communautaires alternatifs commencent à occuper l’espace hertzien alors que dans le vieux modèle précédent, ceux-ci étaient considérés comme illégaux, pirates, et étaient sanctionnés. Nous avons mis en marche un processus de révision de la question pétrolière, ainsi que de la question agraire pour faire face à toutes ces pratiques terribles de saccage de la terre par les grands propriétaires ; c’est pour cela que le mouvement paysan avance à partir du processus constituant. Ce processus a été une impulsion pour que se développent, se consolident et se renforcent les différents mouvements sociaux dans notre pays.

R.M : On peut dire que le processus constituant marque le départ d’une nouvelle démocratie. En quoi est-elle différente de la démocratie représentative dans laquelle vit la majorité des peuples du monde ?

B.E : En premier lieu, nous, nous avons innové en ce qui concerne l’exercice permanent du pouvoir et de la non-délégation de la volonté. C’est-à-dire que pour le peuple vénézuélien, notre souveraineté réside dans le peuple, elle ne peut pas être déléguée. C’est pour cela que nous dépassons le modèle de la démocratie représentative dans lequel tous les cinq ou six ans, selon les élections, le peuple finit par déléguer à un autre son droit de souveraineté. Dans le cas du Venezuela, il ne peut pas être délégué même si nous réaffirmons l’élection directe et universelle. Nous avons d’ailleurs, au Venezuela, battu des records, car nous avons eu 25 processus électoraux. Nous avons inclu lors de notre Constituante, la possibilité pour les citoyens d’organiser des référendum révocatoire à mi-mandat pour tous les élus. Nous avons été le premier pays à faire un référendum révocatoire pour le président de la République. Nous avons organisé un référendum révocatoire au président Chavez ; et il a été confirmé dans ses fonctions. Mais, au Venezuela, je disais que l’exercice de la démocratie et de la participation n’est pas délimité par des élections au terme d’un quinquennat ou sextennat. D’abord, nous élargissons les pouvoirs. Des trois pouvoirs traditionnels en démocratie (exécutif, législatif et judiciaire), nous en avons rajouté deux : le pouvoir électoral et le pouvoir moral. Le pouvoir électoral est devenu un pouvoir avec suffisamment de force et d’autonomie pour garantir des élections libres, directes, transparentes, totalement automatisées(2). Quant au pouvoir moral, il traite tout ce qui a à voir avec la défense du peuple (3), la fiscalité ; il est devenu un pouvoir important à l’intérieur de la République. 

En plus de cela, nous avons établi quelque chose de plus important et de nouveau, c’est le renforcement du pouvoir populaire. Le pouvoir populaire, c’est l’exercice permanent de l’auto-gouvernement sur le territoire. Nous avons approuvé des lois pour organiser ce pouvoir populaire, et qui déterminent l’organisation, le développement économique de tout ce qui est ce modèle de transfert d’attributions politiques, de gestions de ressources économiques. C’est ce qui nous donne aujourd’hui une force dans le pays.

R.M : Avant de s’attaquer à l’expérience des communes, on va déjà parler des conseils communaux. La première loi de Conseil communal a été votée en 2006  et, je crois qu’il y a eu de nombreuses modifications pour l’adapter peu à peu à la réalité concrète. Ceci démontre aussi que le Venezuela est en train d’inventer un nouveau système et qu’au début en tout cas, il a tâtonné. On va poser une question basique, mais essentiel pour nos lecteurs qui ne savent rien ou presque du modèle de démocratie vénézuélienne : qu’est-ce qu’un conseil communal ? En quoi consiste-t-il ?

B.E : La loi des Conseils Communaux garantit l’exercice, à tous les niveaux territoriaux de nos communautés de voisinage, à tous les citoyens d’un territoire, de se réunir en Assemblée citoyenne. Ils décident des processus d’actions au cours d’une prise de parole générale. Grâce à des élections directes, lors des assemblées territoriales, il est décidé par l’Assemblée générale de qui est à la tête des projets, des comités, et de la mise en marche des politiques publiques sur le territoire. Nous avons également une loi pour organiser l’économie populaire, nous avons les lois qui régissent l’organisation des communes, ainsi que des lois de communication qui relèvent également du pouvoir populaire.

R.M : Qui décide du rayon d’action du Conseil Communal ? Par qui va-t-il être composé ? Quelle est la relation avec l’Etat et les échelons administratifs de la démocratie représentative qui continuent d’exister ?

B.E : Au sein du Conseil communal, les gens décident, en Assemblée de l’espace territorial qui va délimiter l’action de leur conseil.  Les citoyens doivent être disposés à se regrouper volontairement en fonction de la délimitation géographique de leur territoire. Il y a des conseils communaux beaucoup plus petits, il y en a de plus grands ; s’ils se constituent dans les zones urbanisées, la population se concentre dans un immeuble, et cela peut dépendre de l’urbanisme. Dans les immeubles d’un même quartier, il peut y avoir deux ou même trois conseils communaux. L’assemblée de citoyens décide également de la capacité d’organisation. Pour nous, l’assemblée citoyenne est l’instance de délibération la plus importante ; c’est ce qu’il y a écrits dans l’article 20 de notre loi des Conseils Communaux (4). Elle est aussi l’organe de décision pour l’exercice du pouvoir communautaire : la participation et le protagonisme populaire. Les décisions du conseil communal doivent s’appliquer de manière obligatoire. Le conseil communal est reconnu par toutes les autres autorités qu’elles soient municipales ou régionales. Les conseils communaux dans une communauté paysanne peuvent être constitués par un plus petit nombre de familles en raison de l’immensité de l’espace et de la faible concentration de population. Ainsi, les assemblées de citoyens établissent eux-mêmes la délimitation de leur espace territorial.

R.M : Comment les gens s’organisent-ils au sein du Conseil communal ? 

B.E : Dans le Conseil communal, il y a des comités de santé, d’éducation, de culture, d’alimentation, de communication populaire, il y a aussi un comité de d’équité et d’égalité entre les genres, et bien d’autres comités en fonction de la réalité de la vie sur le territoire du Conseil communal. Mais il y a également un comité qui se charge de la question de l’économie et un autre qui se charge de la sécurité. Par sécurité nous n’entendons pas seulement la sécurité interpersonnel, mais aussi la sécurité et la défense intégrale de notre territoire qui est constamment menacé par une invasion étrangère.

R.M : Combien de conseils communaux y a-t-il sur tout le territoire vénézuélien ? 

B.E : En ce moment, il y en a 47.834. Cela représente l’équivalent de 14 millions de personnes.

R.M : Cet approfondissement de la démocratie directe et du pouvoir populaire vous a amené à reconsidérer le thème de la propriété (de la terre et des moyens de productions). Comment ces deux thèmes s’articulent-ils ? Pourquoi, aux cotés de la propriété privé ou publique avez-vous dû inclure la propriété sociale directe et indirecte ? Comment s’interconnectent l’économie populaire et le pouvoir populaire ?

B.E : Les unités de production familiale, nombre d’entre elles sont également discutées en assemblée citoyenne. Le développement d’une unité de production familiale, une Entreprise de Production Sociale, nombres de réalisations de ce type naissent dans le débat lors de l’assemblée de citoyens. En ce moment, nous sommes encore en train de travailler pour amplifier les types de propriété, non seulement les types d’organisation de propriété sociale mais aussi les types de propriété individuelle, familiale qui existent dans la commune et se mettent au service de la commune. Nous avons encore beaucoup à faire en ce qui concerne le développement d’un modèle économique communal, d’un circuit économique communal.

Les initiatives et les expériences de quelques communes sont extraordinaires, mais nous ne sommes pas encore parvenus à une articulation totale. Nous avons des systèmes de monnaie ou de banque communale qui existent, mais le développement est inégal. Il y a des communes qui ont réussi à dépasser les attentes même de ce que permettait la capacité productive et d’autres qui ne sont pas parvenues à s’articuler au niveau économique et continuent d’être des expériences isolées. Aujourd’hui, nous faisons un travail important pour systématiser la propriété sociale et collective. Nous nous inspirons aussi des conseils paysans qui ne fonctionnent pas tous selon la propriété sociale. Les paysans ont la propriété de leur terre, propriété individuelle ou familiale, et néanmoins, à partir d’expérience coopératives ils finissent par se rassembler pour que s’ajoute toute la production d’une commune à un effort collectif bien que la propriété soit diversifiée. Les mécanismes et les types de propriété sont diversifiés sur le territoire communal et nous affrontons un défi énorme qui consiste à garantir que tout permette l’autogestion, l’autonomie alimentaire et le renforcement économique sur le territoire.

R.M : Venons-en à la Commune. Qu’appelez-vous une Commune au Venezuela ? Comment expliquerais-tu à une personne qui ignore tout de ce processus politique de premier ordre, ce qu’est une commune et comment fonctionne-t-elle ?Quelle est la relation de la Commune avec les Conseils communaux ?

B.E : Peut-être que la première chose serait de dire qu’il s’agit d’un regroupement de conseils communaux mais c’est beaucoup plus que cela. L’idée est que toutes les forces et les mouvements présents sur un territoire forment une commune.  En plus des Conseils communaux, on trouve dans la Commune les conseils de jeunesse, les conseils paysans, les Conseils de production des travailleurs ; tout ce qui fait la vie politique et économique d’un territoire vient former la commune.  Les différents comités qui forment un conseil communal ont ensuite un porte-parole, qui, dans la commune, participe aux instances d’auto-gouvernement. Un porte-parole de chaque conseil communal siège au parlement de la commune. L’idée est que cela constitue un système d’agrégation et détermine une nouvelle géométrie du pouvoir. L’objectif est qu’à un moment donné, ce modèle communal dépasse les structures héritées de notre vieil état, où le modèle administratif est basé sur la mairie, ou le gouvernement régional. Ces structures qui nous viennent de la colonisation sont très liées au vieux modèle de démocratie représentative. Elles ne relèvent pas du système permanent et direct d’auto-gouvernement du peuple sur un territoire qu’il a lui-même décidé. Aujourd’hui au Venezuela, Il existe 3078 communes de ce type. Dans la commune et le conseil communal, l’assemblée de citoyens est l’instance supérieure, raison pour laquelle elle permet une démocratie permanente qui ne peut être déléguée. C’est une démocratie pleine, elle est participative, protagonique.

R.M : Quelle est la relation entre cet Etat communal qui prend forme et les structures traditionnelles de l’Etat vénézuélien ?

B.E : Les vieilles structures de l’Etat, les mairies, les conseils municipaux, les gouvernements régionaux, continuent d’avoir un rôle. Nous les avons maintenus, nous les avons rénovés, nous continuons d’organiser des élections –que le chavisme vient de gagner, d’ailleurs- mais nous croyons que si le pouvoir réside dans le peuple, l’exercice de démocratie par ce souverain qu’est le peuple, doit être permanent et le développement de politiques publiques doit être également entre les mains du peuple. C’est pourquoi, pour nous, le pouvoir de la commune et du conseil communal constitue la base de ce que doit être le nouvel Etat, un Etat véritablement populaire, un Etat qui rompt avec la bureaucratie, avec l’héritage de ce modèle de fausse démocratie bourgeoise et représentative. Nous sommes dans un processus d’invention permanente avec des erreurs et des réussites mais nous essayons de construire un autre modèle. Nous ne pouvons être protagonistes de notre processus politique qu’en le faisant, qu’en nous rencontrant, qu’en débattant, qu’en le discutant dans le même temps où nous sommes un acteur protagonique de ce changement.

Assemblée générale pour élire l’auto-gouvernement de la Commune Simon Bolivar dans l’Etat rural d’Apure (photo: Carolina Cruz)

R.M: Si le Conseil communal dépend en partie des instances administratives locales ou nationales pour financer ses projets, la Commune entend être véritablement autonome. Qu’en est-il de l’économie communale ?

B.E : La commune a son mode de fonctionnement propre mais elle intègre les initiatives de l’Etat central comme la création de comité pour la protection sociale ou le Carnet de la Patrie (5). Elle se charge aussi de nouvelles tâches. A cause de la guerre que nous subissons, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP) ont été créés et se chargent de la distribution directe de l’alimentation dans la Commune, maison par maison (5).

Il faut que la Commune soit autosuffisante dans le temps, et qu’elle ait les capacités de produire dans tous les secteurs : agricole, touristique et même dans l’industrie communale car nous avons développé grâce à l’investissement de l’état des processus industriels communaux qui garantissent tant l’approvisionnement au niveau de la commune que l’échange et l’apport au niveau national. Le développement économique de la commune est un élément fondamental pour qu’une commune soit une commune. Dans ces temps de guerre, la production est une impérieuse nécessité. Mais il y a aussi des processus différenciés : la capacité de production n’est pas la même dans une zone urbanisée que dans une communauté rurale.

R.M: Evidemment.

B.E : Néanmoins, dans les communes urbaines, nous avons des boulangeries communales, des potagers communaux, les gens commencent surtout à développer l’activité textile et nous avons obtenu, qu’à l’intérieur d’une commune urbaine, il existe des brigades de production auxquelles l’Etat a attribué des terres pour qu’ils produisent dans des zones rurales et rapportent les produits en zone urbaine.

R.M : Quel est le lien entre l’Etat, le Ministère des Communes, dont tu es la plus haute représentante, et les communes elles-mêmes ? C’est-à-dire entre cet état hérité mais également nécessaire pour appliquer une macro-politique, et les forces populaires organisées ?

B.E : Le Ministère des Communes promeut l’organisation de la Commune, il facilite les mécanismes pour qu’elle soit légale, pour qu’elle s’organise, pour que l’on forme les citoyens et citoyennes et qu’ils puissent se constituer en conseils communaux puis en commune. Ainsi, l’une des principales tâches est de promouvoir l’organisation du peuple pour qu’il parvienne à établir ses propres mécanismes d’auto-gouvernement. L’un des éléments également important, c’est la formation. D’une part, dans le processus de production et d’autre part dans la mise en marche des politiques sur le territoire, des politiques publiques qui se font au niveau de la commune. Nous soutenons de fait tous les leaderships naissant pour que se constituent des Communes. Mais, il y a un autre élément qui représente une tâche importante pour nous en tant que ministère. Il nous faut permettre l’articulation nationale de toutes les communes. Le commandant Chávez disait qu’une commune isolée pouvait même être contre-révolutionnaire. La seule façon pour qu’elle soit révolutionnaire, profondément démocratique et transformatrice, c’est qu’il y ait un tissu social communal, qu’il y ait une véritable articulation entre toutes les communes. Nous favorisons l’organisation de congrès et de rencontres entre les communes. Lors d’une récente rencontre nationale que nous avons organisé, a surgit l’idée de la création d’une Université des Communes. Ou plutôt devrais-je dire d’une Multiversité plutôt qu’Université. Tout ce travail de mise en relation dépend du Ministère. Celui-ci apporte, lorsque cela est nécessaire, des ressources pour le développement d’initiatives de production, des semences pour l’agriculture, des outils, des machines.

Mais l’organisation des communes ne peut relever exclusivement de la responsabilité du Ministère des Communes. Il existe un tel niveau de développement des forces communales qu’elles-mêmes sont et doivent être promotrices de la création d’autres communes, et organisatrices de ce grand mouvement communal national. Nous sommes donc dans une phase de transfert de pouvoir et d’attributions que détient le Ministère aux communes. Pour l’organisation du territoire, l’un des mécanismes est : « la commune sème d’autres communes ». Une commune pionnière, entreprenante qui s’est développée de façon importante économiquement, socialement et au niveau politique devient un facteur multiplicateur des communes à partir de son fonctionnement.

La ministre des Communes Blanca Eeckhout lors d’un échange avec les comuneros

R.M : Quels sont vos prochains défis politiques ?

B.E : Nous pensons que l’exercice permanent de la démocratie est plus que jamais nécessaire. C’est pourquoi, il nous faut accélérer le transfert de nouvelles attributions au mouvement communal. Nous sommes actuellement dans une phase d’organisation d’élections pour garantir le renouvellement des leaderships, et le renforcement des assemblées citoyennes. Et nous organisons ceci dans un scénario complexe, à cause de toutes les menaces et les attaques contre notre pays, ainsi que la guerre économique qui s’abat contre le Venezuela.

R.M : Dernière question, quelle est l’importance du thème de la démocratie pour la  Révolution Bolivarienne au Venezuela ? 

B.E : La Révolution bolivarienne au Venezuela existe parce qu’il y a un peuple organisé qui exerce le pouvoir. Sans cela, nous n’aurions pas pu supporter les terribles attaques dont nous sommes victimes depuis vingt ans. On nous a appliqué toutes les doctrines de guerre pour transformer le Venezuela en un état voyou, failli, nous vivons sous la menace permanente de coups d’état et d’une intervention militaire. Dans ces circonstances, dans les moments les plus difficiles, la Révolution a toujours convoqué le peuple souverain, comme ce fut le cas encore lors du processus constituant que nous avons initié en 2017.

Cette année là, alors que nous affrontions depuis plusieurs semaines un épisode insurrectionnel qui pouvait provoquer une guerre civile dans le pays, le président Nicolas Maduro a décidé de consulter le peuple, et de convoquer de nouveau une Assemblée Constituante. Ce processus a été encore plus démocratique que celui que nous avons fait en 1999 car le processus d’élections a été territorial et par secteurs de la population. Nous avons choisi de façon directe nos propres porte-paroles pour les personnes âgées, pour les personnes présentant un handicap, pour les paysans, pour les pêcheurs, pour la jeunesse, pour les travailleurs, pour les communes, pour toutes les forces vices de notre pays. Il y a des représentants de tous les secteurs dans notre Assemblée Nationale Constituante.

Actuellement, il y a un débat sur tout, ouvert, acharné, mais ce qui était fondamental pour aller à cette Assemblée Nationale Constituante, ce fut de chercher la paix. Ce qui démontre que la démocratie apporte la paix, la vraie démocratie, celle qui ne réduit pas la volonté du peuple, qui n’est pas la démocratie représentative. La démocratie participative et protagonique est une garantie de paix et c’est la garantie d’une Patrie. Dans les moments les plus difficiles, notre président Nicolas Maduro, de même que le Commandant Chavez avant lui, a constamment appelé au dialogue, à la négociation, à écouter les autres, et il a assumé au sein de ce dialogue des engagements énormes, comme rénover tous les pouvoirs au beau milieu d’une guerre.

En 2017 et 2018, au milieu de la guerre économique (6), de la guerre terroriste, de la tentative de guerre civile (7), nous avons convoqué un processus constituant et nous avons gagné. La voix du peuple est la voix de Dieu, elle s’est manifestée et nous avons retrouvé la paix le lendemain de l’élection des députés constituants. Puis, nous avons convoqué des élections municipales et régionales et enfin une élection présidentielle, et nous avons gagné. Je crois que, difficilement, en plein état de siège, en situation de blocus, un gouvernement se soumet à autant d’élections comme nous l’avons fait. C’est la confiance du peuple, c’est l’exercice direct et réel de la volonté du peuple de vivre en démocratie et d’avoir la paix. Devant toutes les menaces de la barbarie fasciste, je ne crois pas qu’il existe d’autres façons de garantir notre révolution, si ce n’est par une démocratie totale. Parce que, ainsi, c’est le peuple entier qui est concerné et qui s’unit pour la défendre.

C’est cela un peuple en mouvement. Et pour être en mouvement, il doit être protagoniste de son destin. Il ne peut être un « invité de pierre ». C’est pourquoi, malgré les mensonges médiatiques, malgré le fait que des millions d’hommes et de femmes ont été rendu complétement invisible, ils continuent de défendre cette révolution. Si nous résistons et que nous continuons d’avancer, c’est parce que le peuple est un véritable acteur politique, parce que cette démocratie est une vraie démocratie.

Extrait de notre rencontre avec Blanca Eekhout (en français)

Cette interview serait sûrement encore un fichier .mp3 dissimulé dans un des nombreux dossiers de mon ordinateur sans l’aide précieuse et admirable de Sylvie Carrasco qui nous a aidé à la transcrire et à la traduire. Qu’elle en soit mille fois remerciée.  

Notes ajoutées par nous :

(1)  Convoqué par Simon Bolivar le 15 février 1819 dans la ville d’Angostura (actuelle Ciudad Bolivar) au Venezuela, cette Assemblée constituante avait pour but d’organiser administrativement et législativement les territoires libérés de l’Empire espagnol ou en passe de l’être.

(2)  Pour connaître comment fonctionne le pouvoir électoral, et le système électoral vénézuélien, lire Romain Migus, «Tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela», Venezuela en Vivo, 09/01/2018, https://www.romainmigus.info/2019/01/tout-comprendre-sur-la-nouvelle.html

(3)  Le défenseur du Peuple est une figure équivalente au Défenseur des droits, en France.

(4)  « Ley Organica de los Consejos Comunales », publié au journal officiel nº39.335, 28/12/2009, disponible sur http://www.minci.gob.ve/wp-content/uploads/downloads/2012/11/LEY-CONSEJOS-COMUNALES-6-11-2012-WEB.pdf

(5)  Pour comprendre le système du Carnet de la Patrie ou des CLAP, lire Romain Migus, « Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat. Chroniques d’en bas nº4 », Venezuela en Vivo, 02/08/2018,

https://www.romainmigus.info/2018/08/entre-mesures-durgence-et-construction.html

(6)  Pour se rendre compte de la férocité de la guerre économique contre le Venezuela, lire Romain Migus, « Chronologie actualisée des sanctions économiques contre le Venezuela », Venezuela en Vivohttps://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

(7)  Lire Maurice Lemoine, Chronique d’une déstabilisation, Montreuil : éd. Le Temps des Cerises, 2019.

Note de Venezuelainfos: on trouvera sur ce Blog, sous les rubriques « commune« , « conseils communaux » ou « démocratie participative » quelques centaines de reportages ou d’analyses sur l’expérience communale au Venezuela.

URL de cet article: https://www.romainmigus.info/2019/06/la-democratie-participative-au.html

Vivre la démocratie vénézuélienne

64295586_2378141485844814_2039834338584952832_nS’il est un aspect du Venezuela que tout journaliste occidental se doit d’occulter (mises à part les causes de la guerre économique qu’il appelle « crise humanitaire »), c’est bien la démocratie participative. La solution finale consiste à éliminer le peuple pour faire croire que Maduro tient par « obstination » ou par « habileté ». En 2017 déjà, le sursaut citoyen pour élire une Assemblée Constituante et sortir par le haut des violences d’extrême droite, avait été repeint par les médias comme « imposition de Maduro ». Hélas pour eux, vingt ans après les premiers pas de la révolution bolivarienne, la démocratie participative déborde encore et toujours les urnes (et ladite guerre n’y est pas étrangère). Le 9 juin 2019, la Commune socialiste d’Altos de Lidice, à Caracas, a voté et a élu son premier Parlement Communal, au bout d’un an d’efforts et de pédagogie.

T.D., Caracas juin 2019

Reportage photo d’une journée d’élections, offert par Cacica Honta

Photos de Cacica Honta

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4MO

Comment les communes font face à la guerre de l’alimentation au Venezuela, par Marco Teruggi

4 juin 2019, par Marco Teruggi, depuis Caracas.

Un samedi matin. Loin des informations nationales et des chaînes de télévision, la commune s’organise pour réaliser un marché communal dans la partie haute du quartier de Lidice à Caracas. Plus on monte sur la colline, plus les maisons, les infrastructures et les revenus deviennent modestes. Il en est de même dans toute la capitale, dont le centre a été réservé à la minorité des classes supérieures et moyennes; les grands quartiers populaires, eux, ont été construits sur les hauteurs, avec des maisons les unes au-dessus des autres, des escaliers étroits, des labyrinthes, et pas mal d’efforts.

D’en haut, on voit presque tout Caracas. Le marché est installé dans le secteur de Nuestra Señora del Rosario, organisé par la Commune Socialiste des Hauts de Lidice. Ce samedi est inauguré le second marché communal. C’est un des principaux paris qui motivent les hommes et les femmes membres de la commune, en ces temps de guerre des prix, de guerre économique et de blocus financier international contre le Venezuela.

Dans une rue étroite, on installe les étals : pain, poisson et café. La semaine précédente, il y avait des salades, des légumes frais et du pain. On essaye, on expérimente des solutions, on cherche comment les mettre en œuvre en comptant sur ses propres initiatives et ses efforts.

« Une commune doit comprendre que l’alimentation est l’un des éléments de la politique qu’elle doit aborder ; nous savons, en tant que commune, que nous avons la possibilité de trouver des alternatives, de proposer une meilleure alimentation, plus complète, intégrale avec les protéines qu’apportent le poisson et la viande » explique Jesus Garcia, membre de la commune.

En plus de permettre aux Vénézuéliens touchés par les pénuries de la guerre économique états-unienne de se procurer des produits abordables, les marchés communaux sont aussi des instances de socialisation.

Cette autre voie, c’est celle que créent les communautés organisées, principalement celles qui le sont en communes ; elles représentent la principale forme d’organisation théorisée et développée par Hugo Chavez pour avancer dans la construction du socialisme sur les territoires. Actuellement, il existe près de 3000 communes enregistrées dans tout le pays. Les expériences de marchés, depuis plusieurs années, non seulement à Caracas mais dans tout le pays ont eu pour but de résoudre le problème de l’approvisionnement, et l’accès à l’alimentation est devenu l’une des principales préoccupations de toute organisation populaire.

Cette semaine, sur le marché de la commune des Hauts de Lidice, il y avait beaucoup de poisson sur les étals.

« Les marchés, c’est l’occasion de rencontrer nos concitoyens, d’informer sur ce que nous sommes en train de faire, d’offrir une alternative au-delà de celle du CLAP (Comité Local d’Approvisionnement et de Production) et en plus, cela nous permet de nous impliquer aux côtés d’autres communes au niveau national » explique Jesus.

C’est pourquoi des liens ont été noués avec des communes de l’état de Lara, comme Pio Tamayo, El Maizal, pour l’approvisionnement en farine et en viande de porc et de bœuf, tout comme avec des communes de Caracas, telle que « Panal 2021 » dans un autre barrio populaire, pour les légumes. Le principal problème, c’est le transport, en particulier pour les aliments qui doivent respecter la chaîne du réfrigération : l’objectif est de pouvoir réaliser les échanges directement entre les communes sans les intermédiaires qui sont ceux qui gardent des marges importantes pour payer leurs camions. Le lien direct entre des communes réduit les coûts et par conséquent les prix.

Dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, le projet est de faire un marché, tous les quinze jours, qui tourne sur les différentes zones de la commune, composée de sept conseils communaux; ceux-ci constituent le pilier de l’organisation communale : chaque conseil communal a sa propre assemblée et ses propres responsables.

Sur le marché de la semaine dernière, 400 familles ont pu faire leurs courses. Sur celui-ci elles sont plus de 500; sur tout le territoire communal vivent 2000 familles. On espère augmenter les quantités et les types de produits, ainsi que les alliances avec d’autres communes et avec l’État comme, par exemple, avec la Mairie de Caracas : La municipalité peut faciliter l’achat de produits sous la forme d’un prépaiement à la commune qui les vendra ensuite sur les marchés.

A moyen terme, l’objectif est plus ambitieux : des épiceries communales vendant la production communale. Les membres de la commune ont déjà un terrain où ils sèment différentes cultures ; ils produisent du pain et des textiles et viennent d’inaugurer une pharmacie communale dont s’occupent les médecins qui font partie de la collectivité, approvisionnée en médicaments donnés par la solidarité internationale.

Les classes populaires et moyennes qui n'ont pas accès aux dollars trouvent dans les communes un moyen de satisfaire leurs besoins alimentaires.

Les classes populaires et moyennes qui n’ont pas accès aux dollars trouvent dans les communes un moyen de satisfaire leurs besoins alimentaires.

L’un des objectifs stratégiques des communes consiste à parvenir à développer leur propre économie articulée et organisée selon des logiques d’autogestion, dirigées par l’auto-gouvernement pour administrer de façon participative le territoire communal.

Ce lundi 3 juin, la commune socialiste d’Altos de Lidice a fêté sa première année en tant que commune. Ce week-end, il y aura des élections pour décider de qui intégrera les organes de gouvernement communal, tel que le Parlement de la commune, l’Exécutif et le Contrôle des finances. Ce sera un espace de débat, de vote et de célébration: fonder une commune dans la tempête, contre vents et marées, mérite d’être fêté.

En plus de permettre l’accès à des produits touchés par la pénurie générée par la guerre économique à laquelle se livrent les États-Unis, les marchés communaux sont aussi des instances de socialisation.

L’objectif est d’apporter des aliments de qualité à la communauté et de garantir des prix inférieurs à ceux qui augmentent, dans la rue, semaine après semaine, souvent jour après jour.

Selon le Réseau des Défenseurs de la Sécurité et la Souveraineté Alimentaire – qui réalise un contrôle permanent des prix alimentaires des produits semés et/ou industrialisés dans le pays- on a eu une augmentation de 100% des prix sur les marchés municipaux de Caracas entre le 20 et le 31 mai, et de 91% la semaine antérieure.

Face à cette situation, il existe deux façons principales de résoudre ces questions dans les quartiers populaires et pour les classes moyennes n’ayant pas accès au dollar. L’une, au moyen des produits dont les prix sont subventionnés par le Gouvernement, distribués principalement par le biais des Comités Locaux d’Approvisionnement (CLAP), qui arrivent aux mains de six millions de familles dans le pays.

C’est justement contre ces CLAP que les Etats-Unis ont annoncé, très officiellement, qu’ils centreraient une partie de leurs attaques pour empêcher que les aliments importés puissent parvenir dans un port vénézuélien.

L’autre ce sont ces marchés communaux, avec leur poisson, leur pain, leur café, leurs légumes ainsi que le travail volontaire des gens et la mise en place de l’auto-gouvernement, qui sont une démonstration du quotidien chaviste, hors du champ des caméras, ignorés par la droite vénézuélienne et par ceux qui resserrent le blocus financier depuis les États-Unis.

C’est sur ces collines, voilà plus de vingt ans, qu’est née l’identité politique du chavisme, sa force s’exprimant lors de grandes dates historiques telles que les élections mais aussi – et surtout- dans la volonté de faire face aux difficultés. Ceux qui sont les plus affectés par la situation matérielle sont aussi ceux qui s’organisent le plus pour trouver des réponses, chercher un type de solution collective. C’est une façon de faire de la politique, inhérente au chavisme, solidaire, entre égaux ; elle explique, entre autres choses, pourquoi devant tant de difficultés, se maintient la décision de ne pas se rendre.

En achetant sur les marchés des communes, les Vénézuéliens peuvent s’approvisionner à des prix notoirement inférieurs à ceux du commerces privé.

L’expérience d’Altos de Lidice est l’une de toutes celles qui, jour après jour, surgissent à travers tout le pays. La révolution n’est pas seulement l’affaire du Palais présidentiel de Miraflores, mais un mouvement historique qui, avec ses réussites, erreurs et complexités, déborde les aspects traditionnels de la politique.

Avec plus de 3000 points de vente dans tout le pays, l'organisation communale permet à ses habitant(e)s de trouver des solutions face aux pénuries générées par la guerre économique imposée par les sanctions états-uniennes

Avec plus de 3000 points de vente dans tout le pays, l’organisation communale permet à ses habitant(e)s de trouver des solutions face aux pénuries générées par la guerre économique imposée par les sanctions états-uniennes

Marco Terrugi. 

Photos de l’auteur

Source : https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201906041087494097-venezuela-comunas-alimentos-mercados-escasez-inflacion/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Comment vit-on dans une commune du grand Caracas ? par Michele de Mello (Brasil de Fato)

Par la journaliste Michele de Mello, Brasil de Fato | São Paulo (SP), 5 juin 2019.

Applaudissements et rires à gorge déployée pour l’avant-première du film « Commune« . En seulement 18 minutes de projection, le public se multiplie par trois dans le secteur de la “redoma”, au centre du quartier populaire du Lídice, La Pastora, quartier historique de la zone centrale de la capitale où vivent 130 000 vénézuélien(ne)s et qui compte encore des maisons de style colonial dans sa partie basse.

Le mouvement des gens du quartier, traversé par les motos aux klaxons aigus, les enfants jouant au ballon et les chiens à la recherche de restes, s’interrompt pour la projection de la production de Terra TV qui raconte la vie quotidienne de la Commune socialiste de Altos de Lídice. Celle-ci célèbre ce 3 juin 2019 un an d’existence.

Les enfants regardent le documentaire sur la commune. (Photo : Carolina Cruz)

Cette soirée d’un lundi ordinaire sur une colline de Caracas, acquiert un charme supplémentaire lorsque des dizaines de personnes, les yeux rivés sur le mur de l’école maternelle du quartier, se voient, reconnaissent leurs voix et observent le résultat de leurs efforts.

La Commune Socialiste d’Altos de Lídice rassemble 350 familles à travers sept conseils communaux (Bosque, La Redoma, Poder y Union, el Rosario, Madre de Dios, Tres Uniones, Vista Bonita). C’est la première commune fondée dans le quartier populaire de La Pastora et la centième organisation communale du Grand Caracas.

Jésus Garcia, 26 ans, militant du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’un des fondateurs de la commune, se remémore une année de construction, les yeux mi-clos: « Je suis très fier, satisfait, je voudrais obtenir le double de tout ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Ce que nous avons fait est héroïque, toute cette construction a coûté beaucoup d’efforts, non pas parce que les gens ne veulent pas, mais à cause du moment que nous vivons. Sanctions, blocus, bureaucratie et réformisme. Il est très réconfortant qu’il y ait encore aujourd’hui des gens qui croient en Hugo Chávez, qui impulsent l’État communal« .

Le premier anniversaire de la commune d’Altos de Lídice. (Photo : Carolina Cruz)

Commune ou rien

Les communes sont des formes d’organisation populaire, territoriale et productive, dont le modèle économique se base le bien commun et la propriété commune. Cette forme a été promue par l’ancien président Hugo Chávez, en particulier au cours des dernières années de son mandat. Dans l’un des discours les plus connus de Chávez, intitulé « le coup de timon« , le chef d’État avait fait une série d’autocritiques sur le processus de la révolution bolivarienne, concluant sur un “commune ou rien!” comme méthode pour avancer dans le socialisme.

Et les vénézuéliens ont répondu à l’appel. Selon le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux, il y a aujourd’hui près de 48.000 conseils communaux et 3.115 communes créées au Venezuela. Rien qu’en mai de cette année, 20 autres ont été enregistrées légalement.

La multiplication est due, entre autres facteurs, au succès de l’expérience. « Beaucoup de gens ne s’étaient pas intégrés mais dernièrement, quelle que soit l’activité que nous faisons, nous voyons arriver davantage de participant(e)s et c’est gratifiant, cela montre que ce que nous faisons n’est pas vain« , dit Betty Valecillos, 26 ans, assistante administrative et membre de l’équipe de santé de la commune.

Betty Valecillos explique qu’elle s’est trouvé une famille dans la commune. (Photo: Michele de Mello)

Pour le bien commun

En 12 mois de construction communale à Altos de Lídice, il a été possible d’inaugurer une pharmacie communale, avec des médicaments donnés par des organisations de gauche de l’étranger. La pharmacie offre des médicaments – si difficiles à trouver en période de blocus – aux communard(e)s, la priorité étant donnée aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes.

Un autre domaine dans lequel de grandes nécessités ont été produites par les sanctions états-uniennes est celui de l’alimentation. En plus de garantir la distribution d’aliments à bas prix via les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les membres de la Commune Altos de Lídice prévoient également d’ouvrir un restaurant communal pour garantir les repas aux populations les plus vulnérables du secteur. Pour déterminer qui en bénéficiera, l’équipe de santé, en collaboration avec les médecins de la Mission sociale « Barrio Adentro », procédera à un recensement, une pesée et une consultation de chaque habitant(e) de la zone communale.

En plus d’améliorer le régime alimentaire, on stimule la coopération entre les communes afin d’assurer une alimentation moins chère. En un mois seulement, deux marchés communaux ont eu lieu, en mettant en vente notamment des produits des Communes El Maizal, dans l’état de Lara, San Martín dans le quartier San Juan, dans la zone ouest de Caracas, et El Panal 2021, dans le quartier 23 janvier, près du Palais présidentiel de Miraflores, dans le centre de la capitale. Café, pain, sardines, sardines, légumes, un peu de tout, produit par tous, pour tous.

On a également réussi à planter du maïs et des poivrons sur la partie la plus haute du “barrio”, là où ce quartier populaire touche les limites du Parc National Warairarepano, qui s’étend tout autour de Caracas.

En écoutant les témoignages, on peut voir qu’un autre aspect qui génère l’unité d’action des habitants autour de la commune est le besoin de services publics. Afin de garantir la propreté des rues et le bon fonctionnement de tout ce qui est d’utilité publique, la Commune a créé une Brigade d’Entretien qui répond aux besoins quotidiens en eau, mais coordonne également le système de collecte sélective et de recyclage des ordures, qui a déjà recueilli 200 kilos de matières recyclables pour générer des revenus aux habitants.

Le service d’eau n’est pas encore continu, mais aujourd’hui, la société publique Hidrocapital a distribué des dizaines de réservoirs d’eau dans toute la communauté et l’approvisionne régulièrement en camions-citernes.

Après avoir lu la liste des objectifs atteints et de quelques autres, Jésus ajoute: « Nous célébrons l’effort et la victoire. Elle est due à la patience, à l’effort et à la volonté de vivre mieux, de vivre dans un monde meilleur. Même si les oligarchies historiques nous ont envoyés vivre ici dans des baraquements, sur les hauteurs, cela ne veut pas dire que nous devons vivre mal« .

Reconnaissance internationale

Lors de la célébration de l’anniversaire, avec gâteau et chanson traditionnelle, les communard(e)s ont reçu des messages de soutien du Brésil, de la Colombie, de l’Argentine et des Etats-Unis.

Le travail ne s’arrête pas. Dimanche prochain, de nouveaux délégué(e)s des conseils communaux seront élus pour un mandat de deux ans. Ensuite, il s’agira de former le parlement communal, puis la banque communale, chargée de créer des liens communautaires et de gérer l’argent produit par la commune.

Le parlement communal serait la plus haute instance d’autonomie, composé de trois délégué(e)s des unités sociales productives créées au sein de la commune, un représentant de chaque conseil communal et un représentant de la banque commune.

Ces structures de base sont prévues par la Loi Organique des Communes, promulguée en 2010 pour donner un caractère constitutionnel à l’initiative. Avec la législation a été créé le Ministère des Communes, qui en plus de promouvoir la création de propriétés communales, conseille l’organisation et offre un soutien financier, politique et technique.

Obstacles à l’intérieur de l’État

Lorsqu’un collectif propose de créer un nouveau modèle socio-économique à l’intérieur des structures de l’ancien modèle de production, des contradictions apparaissent. Le délégué du comité des finances et l’un des fondateurs de la commune, Jizeeh Luy, un commerçant de 60 ans, ne s’en cache pas : « être membre d’une commune fait de vous une personne très critique vis-à-vis de l’Etat”.

« Nous nous engageons à former une commune dans la partie basse du quartier. Ce serait formidable, parce que nous aurions plus de force pour réclamer l’approvisionnement en eau » dit Jizeeh Luy. (Photo : Michele de Mello)

Le prochain grand défi est de résoudre le problème les transports publics à Altos de Lídice. En raison du blocus états-unien, les pièces de rechange sont difficiles à trouver, de sorte que les propriétaires d’autobus et de fourgonnettes privées ne veulent pas monter la colline pour éviter l’usure des véhicules. Et les unités de transport public sont également arrêtées par manque de pièces de rechange.

La proposition des communard(e)s est que la mairie ou le gouvernement du district de la capitale leur donne une partie des bus avariés, à l’arrêt depuis des mois, voire des années, dans des aires de stationnement des institutions publiques. Toutefois, puisqu’il s’agit de biens publics, ils ne peuvent pas être remis aux citoyen(ne)s.

« Mais si vous êtes en pleine guerre, et que vous n’avez pas la possibilité de résoudre le problème du transport et si une commune se montre capable de résoudre un véhicule et de résoudre ce problème, c’est quelque chose qui pour nous est illogique de la part de l’Etat et qui nous remplit d’impuissance, que nous ne puissions résoudre un problème de transport pour nous, simplement parce qu’un fonctionnaire nous dit que c’est très difficile de nous donner une concession. Ah, mais pour une entreprise privée, c’est possible, d’importer des bus de Chine ! » critique le fondateur de la commune.

Jésus Garcia dresse la liste des réalisations de la commune en un an. (Photo : Marco Teruggi)

Vers l’État communal

Malgré ces difficultés, ce qui peut apparaître dans les livres comme une utopie, comme quelque chose de lointain ou même d’inaccessible, est bien une réalité au Venezuela. L’article 10 de la Loi Organique des Communes le définit en ces termes: “La commune est une forme d’organisation politico-sociale de droit et de justice établie dans la Constitution, dans laquelle le pouvoir est exercé directement par le peuple, par autogestion, selon modèle économique de propriété sociale, de développement durable (..). La cellule fondamentale de conformation de l’état communal est la commune.

Bien sûr, un texte de loi ne suffit pas. Pour que le rêve écrit sur le papier puisse s’incarner, nous avons besoin de gens comme Jésus Garcia. Militant social 24 heures sur 24, il décrit l’avenir proche, le regard brillant: « Je me suis fixé un objectif : en 2017, structurer les conseils communaux. En 2018, construire une commune. En 2019, atteindre l’indépendance. En 2020, construire d’autres communes et, en 2021, avoir une ville commune. Ce rêve que j’ai partagé avec Chávez en visitant la Caserne de la Montagne [où reposent les restes de l’ancien président]. J’ai dit : « Compadre, je vais travailler dur et je vais l’obtenir”.

Michele de Mello

Edition: Pedro Ribeiro Nogueira

Source : https://www.brasildefato.com.br/2019/06/05/como-e-a-vida-em-uma-das-mais-de-tres-mil-comunas-venezuelanas/  

Traduction: Thierry Deronne

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La pharmacie communale. Comment les femmes d’un quartier populaire ont fait face au manque de médicaments

Par Nathali Gomez pour RT, 5 juin 2019

Pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas. Nathali Gómez / RT

C’est dans la maison de Manuela Gutiérrez, siège du “Conseil communal Coromoto de Dios” que démarre le plan-séquence de cette histoire, quelques heures avant l’inauguration de la pharmacie communale d’Altos de Lídice, un quartier populaire de l’ouest de Caracas.

Betsy Rebolledo découpe des ampoules de médicaments tout en s’assurant, encore et toujours, que tous les noms et toutes les quantités des médicaments soient bien inscrits sur la feuille de calcul. Pour arriver à cette scène, il a fallu des mois de visites communautaires, de réunions, de débats et de planification.

Dans la pharmacie  » Santé pour le quartier  » de la Commune d’Altos de Lidice / Nathali Gomez / RT

Cette femme de 26 ans, membre du “Conseil communal Pouvoir et Unité”, fait partie de l’Equipe de santé et de protection sociale » avec 19 autres femmes qui appartiennent à six autres conseils communaux qui forment à leur tour la « Commune Altos de Lídice« , située dans le secteur populaire de La Pastora à Caracas.

Au Venezuela, la commune est un outil important de la démocratie participative. Dans cette organisation politique, sociale et géographique promue par le Président Hugo Chávez, les citoyen(ne)s organisé(e)s construisent des services publics et développent des projets productifs.

D’où viennent les médicaments ?

Les mains de Betsy, responsable de la pharmacie, s’affairent à ranger des paquets de comprimés sur une étagère.

Le Dr Roberto Bermúdez, médecin chilien qui coordonne l' »Espace de santé communal intégral Carlos J. Bello« , dirigé par le Dr Dulfa Perozo, consulte un ordinateur portable et explique avoir reçu 311 lots de médicaments, fruit d’une collaboration internationale gérée par la commune.

Il évoque son récent voyage dans son pays, où il a « réuni beaucoup de bonnes volontés« , ce qui a “permis à des dons réguliers d’arriver il y a deux mois » fournis par un groupe de médecins chiliens qui ont étudié au Venezuela.

Les femmes peaufinent les détails avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Les médicaments et leurs compléments ont été envoyés à l’origine à la Fondation Dr. Allende, qui en a fait légalement le don à cette commune de Caracas, avec laquelle il travaille et qui est composée d’une population de 6.096 habitants.

La liste des médicaments est classée comme suit:

Neuro-psychiatriques.

Analgésiques et anti-inflammatoires.

Pour le cholestérol et le diabète.

Pour traiter les cardiopathies et les diurétiques.

Antibiotiques et antifongiques.

Anti-allergiques et anti-immunologiques.

Gastro-intestinaux et suppléments.

Gynécologiques.

Si vous imaginez qu’à la porte de la pharmacie « Santé pour le peuple« , il y a une file d’attente de patients avec une ordonnance en main, détrompez-vous.

Pour Marianne Blanco, médecin de la communauté intégrale, la réalité est bien éloignée de l’image qui s’est répandue en raison de la pénurie de certains médicaments dans le pays sud-américain.

Partie de l’inventaire de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique qu’une évaluation intégrale du patient est menée au préalable, un traitement est indiqué, qui n’est pas seulement pharmacologique, on vérifie sur base des mises à jour de l’inventaire de la pharmacie, et les ordonnances sont émises avec des caractéristiques particulières.

Dans la commune il y a trois centres de consultation où travaille le même nombre de médecins communautaires intégraux. La priorité d’accès aux médicaments est donnée aux patients alités et à ceux ou celles qui en ont besoin de manière indispensable. En cas d’absence du médicament, une « prescription ouverte » est établie et la personne est informée dans quel établissement elle peut la trouver.

La pharmacie en action

L’inauguration se fait sans coupure de ruban, ni flashes, ni applaudissements. Sans autre cérémonie, l’équipe féminine et le docteur Roberto disent quelques mots avant de poser pour la photo sur le seuil de Manuela.

Inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

L’inauguration se poursuit par la visite de trois patients alités. La médecin, qui fait partie du « Conseil Communal El Bosque de Lídice », escalade une fois de plus les escaliers de ce quartier, le plus haut de ce secteur, avec Barbara et Maritza.

Plus on grimpe, plus le chemin de marches se fait labyrinthe. En face, la montagne au nord de la capitale. La vue est traversée par d’humbles maisons en briques et toits en zinc. Tout le monde salue la médecin qui s’arrête, répond aux questions, avant de poursuivre l’ascension.

Les femmes de l’équipe de santé lors de leur visite sur les hauteurs de la Commune Altos de Lídice, à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle s’arrête dans la première maison de l’itinéraire, entre dans la chambre du patient, converse un moment et lui donne les médicaments. Elle continue une longue marche dans le quartier. Une deuxième maison. Les enfants et les chats sortent pour la recevoir. Une grand-mère assise sur un lit, tout émue de la voir, explique comment elle se sent, la médecin lui remet les comprimés. Finalement, avec les deux autres femmes, elle arrive au seuil du troisième “arrêt”: un grand-père, qui a obtenu son fauteuil roulant grâce à la Mission Sociale José Gregorio Hernández (qui s’occupe des personnes handicapées) reçoit une ampoule d’analgésiques. La pharmacie vient de faire ses premières livraisons.

Marianne Blanco, médecin intégrale communautaire remet des analgésiques à un patient de la commune. / Nathali Gómez / RT

« Aide humanitaire »

La médecin explique en riant que ces dons ne font pas partie de la pseudo “aide humanitaire” que le député d’extrême droite Juan Guaidó a tenté de faire entrer au Venezuela depuis la Colombie en février dernier, ni même – pour parler plus sérieusement – de l’aide technique humanitaire envoyée ces dernières semaines par la Chine, la Russie, Cuba et des organisations internationales comme les Nations Unies, dont l’OMS, et la Croix-Rouge.

Après l’aggravation des sanctions états-uniennes, après l’autoproclamation de Guaidó en tant que « président intérimaire », le gouvernement Maduro a reçu des tonnes de médicaments et de fournitures médicales de pays alliés pour le système de santé de l’Etat.

La commune ne les a pas encore demandées parce qu’elle veut démontrer par cette première expérience que le pouvoir populaire peut les administrer « scientifiquement, équitablement, sans clientélisme, sans copinage, sans corruption » précise-t-elle.

Trailer de « Commune » (sortie fin 2019). Une réunion de l’équipe de santé de la Commune Altos de Lidice. Image: Jesus Reyes. Son: Victor Hugo Rivera. Production: École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision / Terra TV

Élever le moral

Une pharmacie serait considérée comme le projet naturel d’une commune si elle n’avait pas pour toile de fond une situation plus urgente : les sanctions unilatérales de Washington ont empêché l’importation, par l’État, de médicaments pour les vénézuéliens, à hauteur d’environ 16 millions d’euros.

Face au manque de médicaments, nous avons décidé de nous organiser” explique Rosiris Zapateiro, éducatrice colombienne du Conseil communal “Coromoto de Dios”.

Comptage des médicaments avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique que son travail dans la commune est spontané et solidaire. “Nous n’avons pas de bénéfices, c’est un produit de la nécessité causée par le blocus” ajoute-t-elle. Elle insiste sur la force qui naît lorsqu’elle se joint à ses compagnes pour « élever le moral de la communauté » subissant les assauts de la guerre économique. “Nous luttons pour aller de l’avant”, dit-elle, tout en avouant que, bien qu’elles soient un groupe de femmes “guerrières”, lorsqu’elles se sentent faiblir, elles s’appuient sur les liens qu’elles ont noués en tant que famille.

Visites antérieures dans le quartier

Il y a un an, lors de la création de l’équipe de santé et de protection sociale de la commune, ses membres ont défini et réalisé une série d’objectifs pour aboutir à l’inauguration de la pharmacie “Santé pour le quartier”.

En quelques jours, ces femmes et les médecins ont fait le tour des zones couvertes par les sept conseils communaux. Ils ont visité les patients, consulté leurs rapports médicaux, établi des diagnostics et examiné quels médicaments leur avaient été prescrits. En trois mois ils ont systématisé les données.

Visite pour remettre les médicaments au patient de la “Commune Altos de Lídice”, à Caracas / Nathali Gómez / RT

« La pharmacie est née parce que nous avons vu que notre méthodologie était bonne, et nous l’avons vérifié avec les arepazos« , explique le médecin. Dans le cadre des “arepazos”, plus de 100 enfants des sept conseils communaux ont été pris en charge: des vaccins ont été administrés, des évaluations nutritionnelles et pathologiques ont été effectuées, et leur niveau de scolarité a été enregistré.

Alejandra Trespalacios, du conseil communal “Pouvoir et gloire” se souvient de son travail de collecte de données. « J’ai été surprise de voir ce que j’ai vu, de la façon dont certaines personnes vivent dans des conditions très vulnérables, je me suis rendue dans des endroits que je ne connaissais pas pour détecter les besoins que nous avions« .

Quand je l’interroge sur le pourquoi de l’écrasante majorité des femmes dans l’équipe de santé, elle répond qu’elles sont là parce qu’elles portent les connaissances de mères et de grands-mères. « Nous sommes toutes des femmes : on ne nous a pas encore vues en action !” lance-t-elle en riant.

Nathali Gómez

Source: https://actualidad.rt.com/actualidad/317066-farmacia-comunal-organizacion-popular-medicinas-venezuela

Traduction: Thierry Deronne

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Le président Maduro relance la construction du pouvoir communal

Beaucoup de ceux qui condamnent l’impérialisme états-unien ne savent pas, ou parfois ne s’intéressent pas, au fait que le Venezuela construit une démocratie participative avec ses conseils communaux, communes, et toute sorte de formes de pouvoir citoyen. Comme si on ne pouvait défendre ce pays que par défaut, au nom du principe de la souveraineté. Or il y a une sacrée différence entre la patrie de Bolivar et d’autres victimes de la voracité états-unienne. Non seulement cette démocratie a mené plus d’élections que n’importe quel autre pays en vingt ans, mais elle persiste à vouloir aller plus loin que la forme représentative. Cette construction d’une démocratie participative est l’aspect le plus intéressant pour n’importe quel progressiste. C’est aussi l’aspect où on lit le mieux les contradictions et la tension créatrice entre Etat ancien et souveraineté populaire. C’est lui aussi qui explique les actions en cours des Etats-Unis pour éliminer le Venezuela bolivarien en tant qu’exemple d’émancipation pour les peuples (au moins autant que la volonté de s’emparer de son pétrole). Alors, pourquoi ne pas sortir de la position défensive et de la “respectabilité” face à la dictature médiatique ? Et oser dire que c’est parce que la liberté du Venezuela est notre liberté, que nous voulons, aussi, le défendre ?

Le 15 avril nous avons publié le témoignage d’un jeune formateur communal, Jesus Garcia, en forme de critiques et propositions pour la politique gouvernementale de construction du pouvoir communal. Le 25 avril, le président de la République bolivarienne du Venezuela Nicolás Maduro, lui a en quelque sorte répondu en lançant un Plan d’offensive communale 2019 : « J’appelle à un débat pratique, théorique, politique et stratégique pour élaborer le plan offensif communal de 2019 et déterminer avec précision les potentialités du pouvoir communal. Vingt jours pour formuler une résolution et des propositions concrètes« . Les conclusions et mesures qui s’ensuivront produiront-elles des effets sociaux et politiques réels ? Une chose est sûre: au Venezuela les initiatives gouvernementales ne sont qu’un des leviers du changement. L’autre dépend de ce qu’on appelle ici la coresponsabilidad du peuple. L’état communal ne peut devenir réalité que si les lois, les mesures, les soutiens économiques du gouvernement sont portés et suivis dans leur exécution par la participation directe des citoyen(ne)s.

Le plan annoncé par le chef de l’Etat, et qui fait partie du plan de gouvernement général 2019-2025, se compose de cinq éléments principaux :

– Organisation et participation citoyennes.

– Circuit économique communal.

– Transformation intégrale de l’habitat.

– Sphère sociale et culturelle (dont l’éducation fait partie intégrante).

– La défense intégrale du pays, avec la participation des équipes populaires de défense.

Nicolas-Maduro3

Le président Maduro lors de l’annonce du Plan de l’Offensive Communale 2019, le 26 avril

Nicolas Maduro a chiffré les ressources pour promouvoir l’économie productive au sein des secteurs populaires à travers l’organisation renforcée des conseils communaux. « Nous devons reprendre l’idée des banques communales comme axe de financement des processus productifs.” Pour concrétiser ce plan, il a approuvé un financement public de 16.557 millions de bolivars, à distribuer de manière équitable, sous la supervision et la vigilance du pouvoir populaire dans tout le pays. Il a également demandé l’intégration de plusieurs missions sociales pour élaborer le plan. « Je veux que ce plan intègre la Mission des emplois pour les jeunes, le Mouvement “Nous Sommes Venezuela” et les 2 millions 200 mille miliciens et miliciennes (volontaires des secteurs populaires assumant des tâches défensives). Nous devons bâtir l’Economie Communale Productive !

Le président a décidé de nouvelles remises de terres agricoles. « 200.000 financements et 250 000 hectares seront donnés au Pouvoir Communal pour promouvoir la production nationale”. Maduro a également annoncé la création de l’Université bolivarienne des Communes dans le cadre de la mission d’enseignement supérieur Alma Mater. Il a invité les organisations citoyennes à présenter ses proposition concrètes pour son exécution : « je vous attends le 15 mai avec un Plan d’offensive communale 2019 et vos propositions concrètes pour nous guider et reprendre l’offensive dans les domaines économique, culturel, social, politique, territorial, militaire« .

T.D., Caracas, 26 avril 2019

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Les vénézuéliennes, “fer de lance” de la bataille politique (Brasil de Fato)

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L’auteure: la journaliste Fania Rodrigues, envoyée spéciale de Brasil de Fato

Venezuela est un nom féminin : les femmes y sont à la base de l’organisation sociale. On les retrouve dans les communes, dans les mouvements sociaux et dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs), structures d’organisation des secteurs populaires, formées dans le cadre de la révolution bolivarienne, pour gérer des politiques publiques destinées au “pouvoir populaire”, un des piliers de l’Etat. En ce mois des femmes, la journaliste de Brasil de Fato Fania Rodrigues (photo) a conversé avec des vénézuéliennes qui participent à diverses initiatives organisées dans le pays, pour mieux connaître le travail de base et les luttes qu’elles mènent.

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Dans le quartier populaire d’Antímano, à Caracas, des femmes construisent un immeuble de leurs propres mains – Photo: Fania Rodrigues

Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production

Les CLAPs sont organisés quartier par quartier par la communauté elle-même, et leurs dirigeant(e)s sont élu(e)s par la population. Ces comités distribuent des aliments subventionnés par le gouvernement pour 6 millions de familles, ce qui équivaut à peu près à 20 millions de personnes, les deux tiers de la population, selon les chiffres officiels. Les CLAPs sont importants parce qu’aujourd’hui, les produits que les comités distribuent à bas prix sont la base de l’alimentation de la majorité des classes populaires.

Les femmes constituent la majorité de toutes ces structures, avec plus de 60% de participation, selon les données officielles du Ministère des Communes. Dans certains endroits, ce chiffre est encore plus élevé. C’est le cas du quartier populaire de Manicomio, dans le secteur de La Pastora, à l’ouest de Caracas, où Angélica Calzadilla, de 33 ans, s’active comme une des dirigeantes de la communauté. “Nous nous sommes organisés à travers deux conseils communaux: Ali Primera avec ses 340 familles, et Canaima avec 710 familles. Dans les deux cas, la participation féminine atteint les 80% de participant(e)s” explique-t-elle.

Blocus économique

Les femmes représentent une des bases de soutien à la révolution bolivarienne et ont subi de plein fouet l’impact de la guerre économique contre le Venezuela et du blocus international imposé par les Etats-Unis. Elles sont les victimes directes de la pénurie de produits.

L’agricultrice urbaine et dirigeante de mouvement social Orailene Maccarri, 45 ans, explique que les vénézuéliennes ont été privées de l’accès aux produits qui ont le plus d’impact sur les femmes. “Dans cette guerre économique, le gouvernement des Etats-Unis sait que nous sommes le fer de lance de la révolution, c’est pourquoi nous sommes les plus attaquées et les plus affectées. Aujourd’hui encore nous manquent les pilules contraceptives, les tampons, les serviettes, les produits d’hygiène et de beauté, parce qu’on ne les produisait pas dans le pays” dénonce-t-elle.

Orailene est consciente des défis qu’affronte son pays. Pour elle, les femmes sont à la hauteur de la responsabilité historique qui se joue actuellement, et de la lutte pour la construction d’un autre modèle politique dans lequel elle croit et qu’elle se dit prête à défendre.

Les gestes d’une mère préoccupée, amoureuse, contrastent avec les mains calleuses, la force physique acquse dans le travail de la terre et la conviction de celle qui se dit prêt à porter un fusil pour défendre le projet de pays auquel elle croit. “Si on nous attaquent militairement, nous préférons le dire clairement : nous n’allons pas allumer d’encens ni prier les dieux, nous ne resterons pas à l’arrière-garde. Nous, les femmes vénézuéliennes, nous serons au front, avec des fusils et des munitions prêtes. S’il y a un problème, soyez sûrs que nous serons à notre place, aux côtés de nos hommes” souligne l’agricultrice urbaine.

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La dirigeante sociale Orailene Macarri parle du rôle de la femme dans la révolution bolivarienne | Photo: Fania Rodrigues

Orailene est aussi avocate. “J’ai étudié le Droit pour survivre, parce que nous étions attaqué(e)s par les grands propriétaires terriens et nous devions nous défendre.” Elle se définit comme avocate des pauvres, mais avec pour activité principale le travail de la terre. Elle et d’autres compagnes font partie d’un collectif de femmes qui produisent des aliments sur 4 mille mètres carrés, en pleine zone urbaine de Caracas. Le terrain se trouve dans le quartier d’Antímano, dans la zone ouest, une région populaire où l’organisation collective des femmes est devenue un exemple.

Actuellement le groupe cultive 15 types de légumes, de grains et de tubercules, ainsi que sept types de fruits, en plus de plantes médicinales et ornementales. Ensemble, elles produisent une tonne de poisson par an, sans oublier l’élevage de 22 lapins et d’un porc qui leur sert de “recycleur organique” car beaucoup de restes alimentaires sont consommés par l’animal et ses excréments se transforment en engrais avec d’autres matières dégradables.

L’activité économique d’Orailene ne se sépare pas de son activité politique. Elle est une des porte-paroles élue par les membres des organisations paysannes pour les représenter au sein du Conseil Présidentiel Paysan, qui réunit 582 organisations de base et 18 nationales. “Dans ce mouvement nous semons, nous planifions, nous construisons. Nous, les femmes de ce pays, nous éduquons, nous transmettons la culture à nos enfants, mais nous protégeons aussi la dignité de notre peuple” rappelle la paysanne.

Nouvelle génération

Gabriela Maccarri, 15 ans, la plus jeune fille d’Orailene, suit les pas de sa mère et participe elle aussi aux luttes sociales qui se nouent dans la capitale vénézuélienne. Elle s’est réunie avec des jeunes du quartier pour recueillir des signatures pour une pétition en défense de la paix au Venezuela, exigeant que “cessent les tambours de la guerre”, comme élément d’une campagne nationale promue par les organisations politiques chavistes.

Après cette initiative, elle est devenue membre du Conseil de Jeunesse des Législateurs. “Nous recueillons une série de propositions et de revendications dans les quartiers populaires éloignés pour les soumettre aux législateurs municipaux” explique cette étudiante du secondaire.

Avec des amis elle a conversé avec des jeunes qui avaient pris part aux manifestations violentes de l’extrême droite (appelées “guarimbas”) de 2016 et 2017. “Beaucoup d’entre eux ont eu une attitude violente, comme un de mes amis qui a attaqué la Garde Nationale avec un cocktail Molotov, bien sûr que la Garde a réagi en état de légitime défense. Il s’est fait frapper et s’est mis encore plus en colère. Le garde n’aurait pas dû faire cela parce que c’est un gosse, mais c’est aussi compréhensible humainement. Nous essayons donc de parler avec un jeune puis avec l’autre, parce que beaucoup de familles ne savent pas non plus quoi faire.” dit Gabriela.

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L’étudiante Gabriela Maccarri raconte comment elle et ses amis aident à mobiliser le quartier populaire | Photo: Fania Rodrigues

Gabriela affirme que les adolescents du quartier populaire où elle vit et qui ont pris part aux “guarimbas” n’avaient pas plus de 17 ans. “C’étaient tous des gosses, entre 12 et 15 ans” raconte-t-elle. « L’idée est de réintégrer ces jeunes, ne pas les laisser se perdre dans la violence« .

Femmes constructrices

Dans le même quartier d’Antímano, à quelques mètres de la plantation urbaine du collectif dont fait partie Orailene, 90 autres femmes construisent un immeuble où elles vont vivre avec leurs familles. Le mouvement “Infanterie Révolutionnaire pour le Logement” a reçu des ressources à travers le programme social d’Etat “Mission Logement Venezuela” qui a construit plus de 2 millions de maisons populaires dans les dernières vingt années. L’argent est autogéré par les futures propriétaires et elles-mêmes apportent la main d’oeuvre. Pour cela, elles se relaient de manière hebdomadaire et maintiennent 16 personnes en travail constant sur le chantier tous les jours.

Nous construirons au total 95 appartements, mais initialement nous allons en faire 45. Près de 85% des personnes qui travaillent ici sont des femmes. Ici nous sommes multi-fonctionnelles : nous sommes électriciennes, nous posons des briques, il y a celles qui assurent la logistique pour les ouvriers de la construction. C’est un travail de guerrières » pour la porte-parole du mouvement Ayary Rojas, 48 ans, femme au foyer.

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La porte-parole Ayary Rojas explique que les femmes représentent 85% des personnes qui participent à l’effort conjoint de construire des logements abordables pour les secteurs populaires | Photo : Fania Rodrigues

Parmi les femmes bâtisseuses on rencontre également Yrcedia Boada, 44 ans, qui élève et éduque seule ses deux enfants (l’un âgé de 10 ans et l’autre de 19 ans). Pour cette mère, la construction de sa propre maison a changé la relation entre les membres de la famille. « Mon fils adolescent rendait la vie difficile à la maison, il vivait une phase très rebelle, révoltée. Au début, il m’a accompagnée pour m’aider dans le travail. Après quelques mois, il a changé d’attitude. Maintenant qu’il est entré à l’armée, il passe ses jours de congé à m’aider ici. Savoir que c’est notre maison, celle de la famille, lui apporte ce sentiment d’appartenir à un lieu et à une vie en commun avec les voisins » raconte-t-elle avec fierté.

Comme Yrcedia, 40% des vénézuéliennes sont “chefs de famille”. Elles éduquent leurs enfants, travaillent pour faire vivre la famille et dans le cas de ce travail collectif de logements populaires, construisent leur propre maison : “Pas seulement des maisons, mais aussi un mode de vie collectif, en communauté. Une communauté socialiste” précise la femme au foyer.

Fania Rodrigues, Caracas, 25 mars 2019.

Source : Brasil de Fato, https://www.brasildefato.com.br/2019/03/25/marco-das-mulheres-or-venezuelanas-sao-ponta-de-lanca-na-batalha-politica-no-pais/

Traduction : Thierry Deronne

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Histoire du travail effectué par un village de communard(e)s pour faire avancer la Révolution Bolivarienne

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Notre Commune El Maizal est constituée de 22 Conseils Communaux dont 12 font partie de la Municipalité Simon Planas de l’Etat de Lara et 10 de celle d’Araure, dans l’état de Portuguesa. Nous sommes une des premières communes à avoir regroupé des terres de différents états. Depuis notre création nous gérons une exploitation de 2200 hectares dont environ 1800 sont essentiellement destinés à la culture du maïs. C’est Chavez en personne qui nous a remis ces terres le 5 mars 2009. Il nous a visités deux fois – le 29 novembre de la même année, c’est depuis El Maizal qu’il a transmis le n°344 d’Alo Presidente”.

Cette année-là, nous avions réalisé notre première plantation communale d’environ 150 hectares de haricots à l’aide d’un crédit géré par la Banque Mutuelle Gustavo Vegas Léon. En 2010, nous sommes passés au maïs avec un financement géré par le Conseil Communal El Esfuerzo de la communauté d’El Cerrito, car à cette époque-là nous n’étions pas encore officiellement enregistrés. Ce n’est que récemment, en octobre 2012, que le Ministère des Communes a procédé aux premiers registres légaux, celui de la Commune El Maizal a été signé le 25 mars 2013.

En 2011 et 2012, nous avons semé 250 hectares de maïs et en 2013 nous en avons planté 600, cette année-là ayant été une année cruciale pour la Commune qui, après de multiples conflits avec la Corporation Venezuela de Alimentacion, entreprise d’Etat avec laquelle nous partagions l’utilisation des sols, décida de s’en retirer lors d’une Assemblée. Cette superficie cultivée est restée constante jusqu’en 2015.

En 2016 et 2017, 1100 hectares de maïs ont été cultivés avec la participation de 68 petits producteurs; le financement attribué par le gouvernement révolutionnaire ne correspond qu’à une superficie de 600 hectares mais le reste a pu être cultivé grâce aux excédents provenant de la Commune. C’est ainsi que s’est constitué le Réseau de Producteurs qui s’étend et se renforce actuellement avec l’ajout d’autres cultures.

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.. mais la Commune El Maizal, ce n’est pas que du maïs !

En travaillant incessamment, nous avons pu mettre en place diverses expériences de production parallèlement avec notre développement organisationnel, grâce à notre détermination à aller de l’avant et au soutien du gouvernement révolutionnaire.

Cela nous a permis de contribuer de manière significative au bien-être de notre population, d’abord dans le cadre de la Commune El Maizal et maintenant au-delà, ce qui a amené la Municipalité Simon Planas à créer sa cité communale et son district de développement agro-industriel. Pas à pas, nous avons monté d’autres entreprises de propriété sociale directe et des unités de production qui forment aujourd’hui notre système d’économie communale. En 2011, nous avons lancé un projet d’élevage en achetant 48 taureaux destinés à l’engraissement grâce à un crédit du FONDEMI. Lors de l’Assemblée de juillet 2011, qui s’est tenue sur le terrain de foot de Sabana Alta, nous avons choisi le statut de l’entreprise, première étape dans ce nouveau défi. Puis nous avons agrandi le troupeau en y ajoutant quelques vaches, ce qui nous a permis de fabriquer nos premiers fromages. Cette nouvelle expérience nous a encouragé à demander un autre crédit auprès de FONDAS pour l’acquisition de bétail laitier en 2013, commençant par 60 vaches et 3 taureaux. L’année suivante, nous avons rajouté 50 vaches et 2 taureaux à ce troupeau. Dès 2012, nous nous sommes lancés dans la vente de viande et en 2013, dans celle de fromage aux Conseils Communaux de notre secteur. Fin 2017, nous disposions d’un cheptel de 1150 têtes. Nous avons amélioré chaque jour notre travail de sorte que nous avons pu maintenir puis augmenter la production de fromage, de beurre et de viande qui, ajoutée à celle du maïs, nous a permis d’organiser des journées de vente en plein air avec les conseils communaux.

Le Centre de stockage et de distribution de la Commune El Maizal

Dès 2013, quand la commune d’El Maizal a commencé son activité de vente aux conseils communaux, deux nouveaux défis se sont posés à nous : créer les conditions nécessaires au stockage de notre production et de celle des petits producteurs de la région (contribuant ainsi à lutter contre les intermédiaires et la spéculation), et élargir peu à peu le circuit des communautés desservies au-delà de notre territoire.

C’est ainsi qu’en 2014, la vente extérieure à notre secteur s’est étendue aux 86 Conseils Communaux de Sarare et La Miel. En 2016 s’acheva la construction de notre Centre de stockage et de distribution, répondant ainsi au besoin de disposer d’un espace où stocker la totalité de nos produits, dont le fromage, la viande, les haricots, le maïs, le beurre, les légumes, entre autres. Rien qu’en décembre 2017, près de 8 000 kilos de viande ont été écoulés, approvisionnant tout le secteur de la Commune El Maizal ainsi que les deux paroisses de la Municipalité, Sarare et La Miel. A la même époque, nous avons écoulé 1 500 kg de fromage, 800 kg de beurre, près de 4 tonnes de légumes dont des poivrons, de la coriandre, des oignons, sans compter la vente de près de 2 500 kg de café moulu.

Nous avons participé à bon nombre d’autres actions de vente en dehors de la Municipalité, couvrant des communes ou des organisations sociales, institutions et associations diverses ; nous étions par exemple présents pendant trois années consécutives sur les Marchés Communaux organisés par le Ministère des Commune à Caracas.

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La transformation du maïs : meule et minoterie

En 2017, nous avons tenté de réaliser un vieux rêve : transformer nous-mêmes le maïs que nous produisons, alors qu’il finit habituellement entre les mains de l’industrie agro-alimentaire, remis par ce même gouvernement auquel nous fournissons toute notre production subventionnée. Un système fermé qui renforçait notre dépendance et détournait une part importante du produit de notre travail de notre zone d’activité et de notre Municipalité. Après diverses tentatives et projets, nous avons fini par intégrer le Programme de Minoteries lancé par le Ministère des Communes et nous disposons déjà des infrastructures nécessaires pour en accueillir une qui devrait être opérationnelle sous peu et sera alimentée par la production de notre Plan de Semis. En parallèle, nous avons récemment installé un moulin, en sorte de disposer des deux options pour répondre aux besoins de la population ; elle aura une capacité de production journalière d’environ 2 000 kg de maïs.

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe et Communale (EPSDC) de Briques Simon Bolivar

La EPSDC de briques Simon Bolivar, créée en 2010, a été cruciale pour la réalisation de nombreux projets par la Commune El Maizal, en termes de construction d’infrastructures sociales et productives. C’est de là que proviennent les briques utilisées dans la construction des maisons de la Grande Mission Logements Venezuela, des lycées et des écoles que nous avons bâties, des maisons communales et des entrepôts, y compris les intrants permettant d’améliorer le rendement des récoltes. Une bonne partie de l’amélioration de notre habitat est due au travail de ses ouvriers. Cette même usine a pu maintenir une production de 400 000 briques par an jusqu’à ce que survienne la crise du ciment en 2016. Actuellement, elle est à l’arrêt à cause du coût élevé des matériaux et de son emplacement difficile d’accès.

L’Entreprise de Propriété Collective Directe Communale de Distribution de Gaz Camilo Cienfuegos

L’entreprise de distribution de gaz Camilo Cienfuego a été inaugurée en 2012 après la présentation de son projet à PDVSA Gaz et un conflit avec la Mairie de Simon Planas au sujet de son contrôle (qui perdure dans une certaine mesure). L’usine alimente 190 Conseils Communaux, et près de 16 000 familles avec la vente de 25 000 bonbonnes par mois. Elle est dirigée par une équipe de producteurs qui vivent dans les différentes communautés du territoire de la Commune. Elle est toujours en fonctionnement à ce jour malgré un contexte de crise, avec des baisses ponctuelles dans les cas où une expédition au secteur approvisionné est nécessaire et où des difficultés surviennent lors de l’entretien des camions. Elle est actuellement en pourparlers avec les conseils comunaux pour chiffrer de manière transparente ses coûts de production et rechercher des solutions qui ne représentent pas une charge supplémentaire pour les communautés.

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L’Unité de production communale de cultures

A Sabana Alta, qui fait partie du secteur de la Commune El Maizal, fonctionne une UPC de cultures protégées, un complexe agricole de 6,6 hectares constitué de 12 unités destinées à l’ensemencement d’une surface de 540 m2 chacune, un réservoir australien de 300 000 litres, des systèmes d’irrigation, un bureau, des appartements, des salles de bain, une serre pour la germination et pour les jeunes plants, une salle de fertilisation et un local pour les pompes, le tout recouvrant une superficie de plus de 160 m2. Elle a été construite par la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture et administrée par FONDAS pendant 8 ans, celle-ci l’ayant laissée complètement à l’abandon suite à une mauvaise gestion. Puis elle a été dévalisée jusqu’à sa récupération par la Commune.

En 2014, la Commune El Maizal l’a reprise en main et depuis lors nous la restaurons petit à petit à nos propres frais, après avoir relancé sa production dès le début, avec diverses cultures comme les poivrons, les tomates, les oignons, les concombres, la coriandre, le pois quinconcho, le manioc (yuca)…

Lors de la session du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire des Communes du 15 août 2015, le Président Maduro a signé son transfert à la Commune El Maizal, scellant ainsi notre victoire dans ce combat. A ce jour, six unités récoltent les poivrons tandis que les six autres sont en pleine reprise et viendront s’ajouter à sa capacité de production. Jusqu’en avril 2018, nous avons obtenu une récolte d’environ 3000 kg alors que cette plantation n’en est encore qu’à 50% de son exploitation. L’objectif de production annuel est d’environ 30 tonnes de légumes.

La plantation de semences de maïs et de riz sera aussi développée dans le cadre des projets-clés visant à renforcer l’autonomie dont a besoin notre production agricole. Parmi les réparations effectuées, la pose de la toiture de six pépinières et la remise en état d’un système d’irrigation qui avait été détérioré autant par l’usure que pendant le cambriolage, surtout au niveau de ses tuyaux, tubes et valves, ont exigé un gros investissement.

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L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon (anciennement Porcinos de Alba)

L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon, anciennement nommée Porcinos del Alba et aux mains de la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture, a été récupérée par ses travailleurs et les habitant(e)s de la Commune El Maizal le 28 juin 2017. Elle a été occupée parce que ladite entreprise n’assumait pas comme il le fallait l’entretien de l’unité de production, provoquant la perte de bétail et portant préjudice aux travailleurs, probablement pour la céder ensuite au secteur privé. Alors qu’elle dispose d’une capacité d’accueil de 6000 têtes de bétail, elle a été récupérée avec 350 animaux faméliques, des reproductrices pour la plupart. Les travailleurs, préoccupés par leur état, leur avait donné des mangues jusqu’à ce qu’au bout de 28 jours de privation de nourriture, ils aient fini par l’occuper avec l’aide de la Commune El Maizal.

En décembre 2017, après cinq mois de travail sous le contrôle de la commune et des travailleur(se)s, le troupeau avait déjà regagné 2 150 bêtes, dont 900 en croissance et 665 pour l’engraissement, sans compter les reproductrices et les veaux à la mamelle. La plus grosse difficulté que cette unité productrice de base a rencontrée a été d’obtenir de l’alimentation pour bétail à un prix juste qui dans les dispositifs actuels, dépend d’un quota chez des distributeurs d’aliments contrôlés par l’Etat. Curieusement, elle n’a pas pu y accéder jusqu’à présent, ce qui l’a obligée à recourir à l’achat par intermédiaires à des prix spéculatifs au cours des premiers mois.

La mortalité du bétail a chuté de 98%, les animaux sont suivis par des vétérinaires et un accord a été conclu avec Porcinos de Alba pour régulariser la fourniture d’aliments en échange de l’achat assuré par l’Etat de la majorité de la production. Mettre en route sa propre usine de production d’aliments équilibrés dans l’U.P.C. constitue une priorité pour la Commune El Maizal. C’est ce qui lui permettra d’améliorer les conditions de sa production et, par ailleurs, de récupérer la flotte de véhicules adaptés aux exigences du transport des porcins, actuellement à l’abandon.

S’y ajoutent : la remise en état des silos de chaque aire de travail (10 d’une capacité de 14 000 kg, dont 8 nécessitent une maintenance et 2 des réparations importantes, y compris un petit silo de 2 000 kg), l’installation d’une unité de production d’électricité assurant l’autonomie de l’U.P.C., et pour finir l’installation d’un système d’éclairage pour garantir sa sécurité en améliorant sa surveillance.

L’Unité de Production Communale Simon Bolivar (anciennement UCLA)

Le 17 octobre 2017, nous nous sommes engagés dans une nouvelle bataille. En effet, les installations de la station expérimentale de l’Université du Centre-Ouest Lisandro Alvarado, dans le secteur El Torrellero, étaient à l’abandon bien qu’ayant bénéficié d’un financement de l’Etat ; elle avait une longue expérience de la pisciculture derrière elle, grâce aux infrastructures qui s’y trouvaient et dont elle avait besoin pour son activité.

Nous avons été convoqués par le Conseil Communal de la Collectivité de Torrellero qui nous a proposé de nous charger de sa relance et d’assurer sa gestion avec celle-ci. Cette position avait été prise en Assemblée suite à l’indignation soulevée par les vols permanents et les dégâts importants causés à cette infrastructure destinée à la production et à la formation, et qu’il fallait maintenant remettre en état pour qu’elle retrouve son emploi. Ceci en hommage à la méthodologie du “point et du cercle” dont parlait Chavez.

L’UCLA réagit à cette récupération en mentant à l’opinion publique, affirmant que l’unité était pleinement opérationnelle et que ses installations étaient menacées. Elle porta plainte en Justice bien que l’évidence même prouvait tout le contraire. Nous sommes donc engagés dans un procès judiciaire dont nous sortirons certainement gagnants. Nous y avons trouvé du bétail de race Caroro dans de très mauvaises conditions, une maison considérée comme patrimoine régional tombait en ruines, les médicaments vétérinaires étaient périmés, les machines pillées et les étables s’écroulaient à cause des infiltrations d’eau, les caves et les pièces d’habitation étaient en mauvais état ou totalement endommagées. Bref, nous étions face au résultat de nombreuses années d’abandon.

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En mars 2018, la Commune El Maizal, avec l’accord de la communauté, décida d’installer là son troupeau laitier, car l’espace et les conditions qui s’y présentaient après l’aménagement des lieux permettait de mieux s’en occuper. Cette décision a été prise suite à l’incendie criminel de plus de 200 hectares de pâturages situés sur les terres de El Maizal, qui a mis notre cheptel en danger.

En avril 2018, nous avons obtenu une production journalière de 180 litres de lait et de 15 à 18 kg de fromage. Notre cheptel, qui se trouvait alors à l’UPC Simon Bolivar, comptait 46 vaches Girolando et 36 Carora, 25 veaux Girolando et 14 Carora répartis dans 14 parcs installés sur les 90 hectares dont les pâturages et les clôtures ont été récupérés. En ce qui concerne les infrastructures destinées à l’élevage, nous disposons de 4 corrals, une salle de traite mécanisée avec 4 stations dont 2 sont en activité et le reste en cours de restauration. Il y a également 8 chambres froides dont 2 fonctionnent, 3 entrepôts utilisables et un logement actuellement occupé par les producteurs qui vivent sur place.

Nous essayons de relancer le projet de pisciculture, vu qu’il existe six étangs sur le site (le premier en voie de réfection pour l’élevage de tilapias); la remise en état d’une salle d’alevinage, base de l’autonomie que requiert le bon déroulement de cette expérimentation, est également envisagée. Dans le cadre du démarrage du Plan de Semis 2018, nous avons déjà préparé 3 hectares pour la plantation de maïs, 4 pour le Verger Communal en collaboration avec la communauté, et ½ hectare pour les producteurs qui vivent à l’UPC.

Le Verger Communal est une nouvelle ligne de travail du Plan de Semis 2018, qui consiste à former des Brigades de plantation, que ce soit avec des équipes de producteurs provenant des différentes UPC et/ou des comuneras et comuneros qui développent le processus organisationnel du Mouvement Communal Simon Planas. La Commune El Maizal y conserve les intrants de base pour la culture de de produits essentiels comme le maïs, le quinconcho, les haricots et la yuca, entre autres. La majorité de la production est destinée à la consommation familiale des brigadistes, et le restant à l’approvisionnement à des prix équitables des secteurs où ceux-ci mènent leur travail politique et social. Ces ressources permettant de reconstituer le stock d’intrants et de créer un fonds pour la plantation suivante.

L’UPC Simon Bolivar a aussi un fort potentiel de développement du tourisme communal, car sa région est constituée de formations rocheuses offrant aux visiteurs nationaux comme étrangers l’occasion de pratiquer des sports extrêmes et d’effectuer des randonnées dans un milieu naturel riche en cascades, en faune et en flore. Cette unité est cruciale pour l’effet de levier qu’elle exerce sur les processus fondamentaux assurant la viabilité de la Commune et du Mouvement Communal Simon Planas, du fait qu’elle réunit toutes les conditions pour l’installation de plusieurs unités de conditionnement ; à part celle du fromage et du beurre qui fonctionne déjà, il pourrait s’en ajouter une produisant de la charcuterie et de la viande sous diverses présentations et découpes, ainsi qu’ un abattoir pour les bovins et les porcins, par exemple. Pour cela, il nous faut remettre en état les chambres froides et évaluer l’état des infrastructures physiques afin d’établir un plan de restauration ou de remplacement, tant de la maison que des entrepôts, y compris l’achèvement de l’aménagement des parcs et la réfection des clôtures extérieures, travail qui a déjà été commencé.

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Un travail de gestion et de production communales réinvesti dans le social

Notre Commune El Maizal a subvenu aux besoins sociaux des communautés grâce aux revenus de projets financés par l’Etat et aux excédents générés par nos entreprises et unités de production. Ceux-ci ont été nombreux au cours des dernières années, ce qui constitue une nouvelle preuve de l’importance du partage des responsabilités tel qu’il figure dans la Constitution Bolivarienne et dans les programmes de nos conseils communaux ; ce sont les deux axes majeurs de notre Révolution.

Nous pouvons affirmer avec fierté que c’est grâce à la mobilisation de la population et à sa gestion directe qu’ont pu être réalisés l’asphaltage des routes, effectué par les communes de Paujisal, Palmarito, El Flaco, Caballito et Palma Redonda, l’électrification de commune comme Paujisal, Palma Redonda, El Playon, La Calanchera, Brisas Del Cerrito, Palma Sola, Palmarto. Sans oublier la construction de l’aqueduc de El Calvario.

Nous avons aussi construit deux dispensaires, l’un à Caballito qui est sur le point de fonctionner, l’autre à Palmarito, que nous avons aussi équipé et qui est déjà en activité. S’y ajoutent plus de 1200 mesures d’aides en matière de santé, que ce soit pour des opérations, l’achat de médicament ou d’équipements médicaux. Sans compter divers dons apportés à des écoles, des lycées et à diverses activités sociales et culturelle, de même qu’à des églises catholiques et évangéliques, fournissant par exemple des kits sportifs à des disciplines comme le base-ball, le football, le volley ball et des uniformes pour les équipes, et enfin la construction du stade de El Cerrito.

Nous avons remis en état cinq écoles rurales et construits avec nos excédents trois lycées pour 450 élèves environ à El Cerrito, Caballito et Sabana Alta où a également été édifiée par nos soins la Maison Communale. Notre travail a aussi permis la construction de 284 logements distribués sur tout le territoire de la Commune, dans le cadre de la Grande Mission Logement. Nous projetons d’édifier une infrastructure qui servira de siège au groupe universitaire de L’Université Polytechnique Territoriale J.J. Montilla de l’Etat de Portuguesa, avec laquelle nous avons passé un accord en vue de construire des annexes qui accueilleront au minimum 300 de nos jeunes dans le cadre de trois Programmes Nationaux de Formation (P.N.F.) dans les spécialités de soins vétérinaires, agro-alimentation et conditionnement-distribution d’aliments.

Nous oeuvrons à un regroupement politique autour d’un projet de Cité Communale

Tout comme nous avons développé la Commune El Maizal, nous avons mis en route le Mouvement Communal Simon Planas, avec la collaboration des différentes communes de la Municipalité, relevant le défi d’aller encore plus loin dans l’édification de l’Etat Communal, projet stratégique de notre Commandant Chavez qui a devant lui une route toute tracée dans les Lois du Pouvoir Populaire; pour nous, il s’agit de la seule stratégie qui nous permette d’affronter la phase actuelle d’escalade de l’agression impériale en sortant des limites de l’Etat bourgeois et de ses méthodes de gestion politiques comme la corruption, la bureaucratie et le clientélisme ; méthodes qui ont depuis toujours favorisé la dépendance et le colonialisme du capitalisme rentier vénézuélien.

C’est pour cette raison que nous avons créé nos Conseils Communaux constitués de Communes, dont celle de El Maizal est la pionnière. Et nous continuons à nous regrouper politiquement pour consolider notre autogouvernement. Nous avancerons dans cette voie avec un nouveau pas en avant consistant à organiser nos Villes Communales pour ensuite développer la Fédération Communale avec son District Moteur de Développement Agroindustriel, pièce maîtresse de notre stratégie visant à devenir un modèle de construction du socialisme.

L’évaluation de notre territoire et des communes créées nous mène à la conclusion qu’il nous faut créer deux Cités Communales, bases de notre future Fédération Communale, ce qui veut dire que les communes faisant actuellement partie des paroisses Sarare et Gustavo Vegas Léon de Simon Planas constitueront une Cité Communale, parmi elles : El Maizal (sachant qu’elle est aussi composée de conseils communaux de l’Etat de Portuguesa), Lanceros de Atures, Sarare (où nous avons relevé le défi de développer une véritable dynamique communale et de faire en sorte qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être), Armando Bonilla (projet de cette commune suite à l’élargissement du territoire de la Commune de Sarare) et Ezequiel Zamora.

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La deuxième Cité Communale sera constituée des Communes de la Paroisse Buria (certaines comprenant des Conseils Communaux de l’Etat de Yaracuy), terre de Negro Miguel et de son épopée libertaire, dont Negro Miguel, Minas de Buria, Revolucionarios de Buria Con el Cuartel de la Montana, et Rio Turbio de Buria Patria Querida. Ce sont donc 9 Communes qui feront partie des deux Cités Communales devant former la Fédération Communale, en hommage à notre Commandant Chavez et à notre Général d’hommes et de femmes libres, Ezequiel Zamora : nous consoliderons ainsi notre Système de Gouvernement Populaire.

Ce processus met l’accent sur le rôle des femmes, des jeunes et de la production. Voilà pourquoi s’est développé le Mouvement des Femmes Communardes, créant ses propres méthodes et objectifs à partir de son programme, car la grande majorité de nos membres sont des femmes, ce qui fait notre force et caractérise nos actions tout en garantissant la qualité de sa ce que nous entreprenons ainsi que nos victoires. Il nous faut aussi renforcer le Mouvement des Jeunes Communeros, qui représente un autre succès important de notre lutte, à savoir le ralliement d’une importante partie de la jeunesse qui assume les tâches les plus variées et s’exprime par sa propre voix dans toutes nos actions.

Nous nous engageons aussi à développer intégralement la production communale avec son réseau de producteurs, dans la perspective d’améliorer notre Programme de plantations comunal qui vise à rendre plus efficace encore le travail effectué sur nos terres. La distribution et le conditionnement de notre production doivent être effectués de nos propres mains. Associer nos femmes et nos jeunes à la capacité organisatrice de nos Conseils Communaux et de nos Communes et à notre production, voilà la formule organisationnelle proposée durant toutes ces années et qui doit s’imposer plus que jamais en cette période extrêmement difficile que connait la révolution bolivarienne.

Source : http://www.albatv.org/Comuna-El-Maizal-en-el-camino-de.html

Traduction : Frédérique Buhl

Photos: Juan José Moreno pour Terra TV et Alba Ciudad

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Vivre le Vénézuéla

D’un coup de hache un géant a tranché ces collines de terre aujourd’hui semées de maisons. Des grands quartiers populaires de l’Ouest de Caracas roulent chaque matin les affluents humains qui rient, jurent, s’arrêtent, s’étirent et repartent, se pressent dans le métro: le monde du travail noue et dénoue le Venezuela. Là-haut un vieil ermite devenu fou avait bougé un caillou, puis deux puis trois, faisant jaillir la source. « Une eau pure » raconte un vieillard qui mime de ses bras la taille du ruisseau. « On pourrait creuser un puits d’eau profonde » répond aujourd’hui Jesus Garcia, le jeune coordinateur de la commune « Altos de Lidice ». La majorité des participants à la première réunion de l’année sont, comme toujours et partout, des femmes. Cette fois, les pieds de métal des pupitres de l’école primaire fraîchement repeinte ne font pas de bruit.

– Parfois on entend dire moi je n’aime pas la manière dont Maduro gouverne le pays, commence Garcia, hé bien voyons comment nous allons gouverner notre commune. Parce que c’est notre devoir de nous autogouverner. On va voir si nous en sommes capables, nous, et une commune, en principe, c’est plus facile à gouverner qu’un pays, non ? Maintenant, si nous disons aux gens que pour monter la banque communale nous devons faire deux élections, ils vont nous pendre. Ils en ont marre, ils ont déjà voté tant de fois, ils veulent des réponses concrètes. (Acquiescements). Autre chose : nous n’allons pas créer cette banque puis attendre le financement. Nous avons déjà l’argent. Alors cette banque créons-la sans délai. (Garcia dessine au tableau). Les trois projets sont, primo, semer des pommes de terre sur les terres récupérées la haut.

– A condition qu’on ne nous les vole pas ! lance Yudami.

– Exact. On a pris des mesures pour ça, là-haut. L’autre jour j’ai parlé avec la mairesse Erika. Il y a dans la cour de la Corporation Municipale de Services plusieurs camions abandonnés, jamais réparés depuis des lustres, certains n’ont plus les pneus du devant, à d’autres il manque une pièce, j’ai dit à Erika « pourquoi ne pas donner un de ces camions à la commune ? ». Ici avec nos mécaniciens, on s’arrange pour les réparer, on trouve les pièces manquantes. Avec un seul de ces camions que ne pourrions-nous faire ! Nous pourrions aller chercher les semences de la commune El Maizal, des semences de maïs, de haricots… Le deuxième projet c’est la boulangerie communale. Comme vous savez le boulanger à qui nous avions donné le crédit, les gens s’en sont plaints parce que son pain c’était de la farine et de l’eau, sans levure. Avec la levure, il vendait du pain ailleurs ! Il faut monter nous-mêmes notre boulangerie, nous devons acheter les fours, il y a beaucoup de gens qui savent faire du pain dans la commune. L’autre problème est qu’avec l’hyperinflation, le distributeur de farine de l’Etat ne fournit plus sans être payé d’abord et il faut trouver la levure autrement qu’aux prix du marché noir. Le troisième projet de la banque, c’est le recyclage. Nous parlons de salarier des équipes de jeunes qui vont trier les déchets. Au Venezuela nous sommes très en retard sur le recyclage et pourtant, avec tout l’argent gagné, on pourrait faire beaucoup.

– Je ne suis pas d’accord Jesus ! (c’est Rosiris qui parle), nous sommes tous égaux, nous sommes tous des êtres humains, il serait injuste que ces jeunes doivent trier des papiers hygiéniques souillés mélangés à du verre. C’est à chacun de trier.

– Moi je peux dire d’expérience, poursuit Luisa Elena, qu’il y a une grande réceptivité, j’ai travaillé avec les grand-mères, certaines sont ici à la réunion, et elles ont encouragé leurs petits-fils à trier eux-mêmes. Imaginez, quand on aura recensé tous les coins obscurs du quartier, tous ces lampadaires qu’on pourra avec l’argent gagné…

Un homme mince, lunettes à monture noire, se lève : un professeur d’économie de l’université bolivarienne, accompagné d’étudiant(e)s comme Mariana qui a dessiné un plan des fonctions de la banque. « Une banque comunale n’est pas comme une banque privée qui utilise notre argent pour faire des bénéfices sans que nous ne puissions rien contrôler. La banque communale génère des bénéfices pour la communauté. Chaque projet a ses caractéristiques et ses cycles. Semer des pommes de terre ou faire du pain, ce sont des frais différents et des délais de remboursement différents. Les étudiants peuvent vous aider, par exemple donner un cours de comptabilité… »

– Une question (Yarimir lève la main) : et si je propose à la banque un projet de gâteaux, qui serait bien sûr soumis à l’évaluation collective… ?

– … dans ce cas, reprend le professeur, je suppose que vous devrez vous mettre d’accord sur les critères de recevabilité des projets.

– Moi je sais que ce n’est pas un point à l’ordre du jour, intervient Yusleiny, mais je voudrais dire que c’est regrettable ce qui s’est passé l’autre soir quand est venu le camion du gaz communal, il n’y avait pas assez de bonbonnes. Quand j’ai vu les gens courir derrière le camion, je me suis sentie très triste.

– Oui nous devons tout réorganiser lors de la prochaine réunion sur le gaz, dit Jésus Garcia.

– Il y en a qui ont sorti leurs armes et ont tiré…

– Et l’eau ! (c’est Mara qui parle), écoutez-moi, là tout en haut, il y a des gens qui n’ont pas d’eau depuis un an et je peux vous certifier, j’ai un peu honte de le dire, que les camions-citernes sont pleins, que de l’eau il y en a mais les travailleurs de l’entreprise on ne leur a pas payé leurs allocations de décembre, et ils ont décidé de chômer, ils préfèrent ouvrir les robinets pour vider les camions…

– Moi ce que je veux dire ici puisque nous aurons bientôt la prochaine réunion sur le gaz, c’est que nous devons nous engager, mais vraiment nous engager. Parce que souvent à la première réunion nous y sommes tous, puis à la suivante, il y a la moitié qui vient, et à la suivante la moitié de la moitié. Cette banque nous devons la penser au-delà de tout intérêt individuel, c’est un bénéfice pour tous, s’exclame Rosiris.

Les longs cheveux des participantes sont comme les filets qu’on replie avec patience, dans une barque tendue entre passé et présent. Depuis vingt ans, le journaliste du vieux monde est resté sur le quai et leur a tourné le dos. Il ne peut pas considérer la patience de ces « pêcheuses » comme un bon « sujet ». Ainsi durant vingt ans fut cachée au reste du monde l’humble course des temps qui se surveillent du coin de l’oeil. Ne fuis pas, dit le passé au présent, oui, oui je sais, répond le présent. Les écrans ont caché le lointain, la quantité est devenue « vérité » et ceux qui avaient le plus intérêt à se connaître se sont éloignés. La droite rêvait de prendre racine ici, mais elle ne peut plus compter que sur les médias occidentaux. C’est pourquoi ceux qui débarquent à Caracas ne comprennent pas la sérénité, la nonchalance, le rire là où ils croyaient trouver violence, crise humanitaire, exode, famine. Notre révolution a vingt ans mais quel âge a-t-elle ?

Thierry Deronne, Caracas, 21 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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Teaser de “Commune”, nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne de TERRA TV

“Commune”, qui sortira en avril 2019, est un nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne produit par TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE).

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour la transformer aujourd’hui en ¨dictature de Maduro¨.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

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Assemblée populaire, maquette du quartier… Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera au son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir.  On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours.  »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction.¨

Et de citer Julio García Espinoza: ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

« Commune » de Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera, production Terra TV, sortie le 20 janvier 2019. Pour acquérir le DVD en sous-titres français, on peut écrire à partir de cette date à Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

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