« Ne plus porter de joug, ne plus être dominés »

Une étudiante en journalisme de l’IHECS (Bruxelles) qui rédige un mémoire sur le traitement du Venezuela par l’AFP, m’a posé la question : « Y a-t-il, selon vous, des événements qui ont été particulièrement mal traités par la presse européenne ? Si oui, lesquels ? ». J’ai dû lui dire la vérité : un « évènement » ici, cela peut être la création ou légalisation de nouveaux médias associatifs, les initiatives de la démocratie participative en général, ou la création d’un vaste système de santé gratuite. Or ces « évènements » n’en sont pas pour les médias dominants.

Il y a quelques semaines, j’ai pris le temps d’écouter les voix du conseil communal du quartier où je vis. Une réflexion collective sur les hauts et les bas de la démocratie participative, sans filtre, sans propagande. Loin des médias.

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Entrée du quartier « Bello Monte »

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Nelly García

Je m’appelle Nelly Garcia, je suis une des dirigeantes de la communauté Bello Monte. Dès leur acquisition, ces terrains ont été destinés à l’enseignement agricole; ils ont été divisés en lots et vendus pour être cultivés par certaines personnes qui en furent nommées responsables. C’est une communauté qui s’étend sur environ 15 hectares et qui s’est agrandie par la suite. En 1984, nous nous sommes organisés pour fonder la première association de quartier.

En 1989, nous n’étions encore que peu d’habitants, environ une soixantaine de familles. Mais déjà notre force résidait dans l’organisation, ce qui a conduit d’autres habitants à se joindre progressivement à nous; nous avons conçu de nouveaux projets et nous avons effectué les démarches auprès des organismes compétents. Nous avons obtenu de pouvoir construire des logements à travers l’INAVI (Instituto NAcional de la VIvienda – Institut National du Logement), l’électrification, l’aménagement des  trottoirs, la construction de puits, du réseau d’égouts, bref tous les travaux d’assainissement et de viabilisation; tout cela s’est fait sur environ 15 ans ce qui a permis l’enracinement et le renforcement de la communauté.

Depuis lors nous travaillons avec les conseils communaux qui ont intégré la Mission Robinson (mission d’alphabétisation); les habitants du quartier ont aussi participé à la Mission Rivas (mise à niveau universitaire), certes pas de manière directe mais dans des communautés voisines.

Avec un groupe de personnes arrivées dans  la communauté en 2010, nous avons concrétisé un projet de logements élaboré par le premier conseil communal dont le financement avait été approuvé en 2009: remplacement de 4 «ranchos» (baraques) par des maisons décentes, rénovation de 66 logements et du terrain communal  multisports, construction d’une aire de jeux pour les enfants. Grâce à Dieu mais aussi à la lutte coopérative, nous avons obtenu durant la première période du conseil communal le déblocage de fonds pour la construction d’une maison communale; finalement avec ces fonds on a opté pour l’achat d’une maison en cours de construction. Les travaux ne sont toujours pas terminés, mais nous disposons ainsi d’un siège fixe pour toutes nos activités, fait rare dans les conseils communaux.

«Nous devons être capables d’appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance»

En tant que responsable de quartier, j’estime que nous ne pouvons pas transformer nos faiblesses en défaites; tout au contraire, nous, les responsables nous devons nous concerter et voir ce que nous avons fait et où nous avons failli, et à partir de là en tirer les leçons et la force pour qu’à la prochaine occasion les choses s’améliorent. A nous de nous former par le biais d’un apprentissage quotidien,  car chaque jour de lutte apporte des changements, il y a de nouvelles lois et de nouvelles structures avec lesquels nous devons nous familiariser. Je crois que nos faiblesses viennent de notre manque de formation. Notre formation comme responsables communautaires ou politiques doit se faire au jour le jour; ce sont des expériences que nous devons partager avec les autres et si nous n’avons pas la préparation adéquate nous ne pouvons pas interagir avec une communauté d’habitants aux orientations politiques et idéologiques aussi diverses, aussi différentes. Nous devons être capables de bien appréhender les divergences afin de les surmonter avec sagesse et tolérance et être prêts à  toute éventualité. Le travail communautaire n’est pas facile. Qui a dit que la révolution était une tâche facile ? Tout est politique et d’une façon ou d’une autre, la politique s’immisce dans nos foyers…

«Quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal.»

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Simon Landaeta

Je m’appelle Simon Antonio Landaeta, j’ai commencé à lutter ici dans la communauté en 1992 dans une des associations de quartier. En soumettant à referendum le nom de notre Conseil Communal, nous avons été pionniers en la matière, peu de communautés ont utilisé cette procédure; nous avons aussi élu le directeur de l’école Simon Rodriguez; nous avons recruté une des personnes de la communauté comme enseignant, le professeur Becerra. Peu de communautés peuvent se targuer d’avoir ce type de propositions et d’initiatives.

C’est notre lutte communautaire en 2002 qui a permis l’arrivée du personnel médical cubain à Palo Negro, tout un évènement. Il arrive que ces initiatives ne soient pas appréciées à leur juste mesure, ou qu’on ne les regrette que quand elles disparaissent, mais je connais tous les conseils communaux de la Commune et celui qui fonctionne le mieux, aux dires des habitants des autres communautés qui aimeraient avoir un Conseil Communal comme le nôtre, c’est le nôtre, le Conseil Communal de Bello Monte.

Nous nous efforçons de constituer notre Commune conformément aux orientations proposées par  notre président sur le démantèlement de l’État traditionnel, de l’État bourgeois, des mairies et des gouvernements. Nous le faisons en tant que communauté, en tant que peuple organisé. Comme l’a toujours dit notre président: le pouvoir appartient au peuple, aux communautés; le peuple doit s’approprier du pouvoir. Mais personnellement je remarque que quand quelqu’un arrive pour prendre en charge une mairie ou une région, il oublie vite l’idée fondatrice de ce que doit être l’État communal. Il ne poursuit pas la consolidation du projet communal; il y met des embûches; car il y voit là une structure rivale, une répartition du pouvoir qui entrave son leadership et son ascendant sur les gens. C’est encore, je ne dirais pas une faiblesse, mais un des travers sur lesquels il faut rester vigilants et qu’il faut surmonter pour renforcer le pouvoir communal.

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Ismery Castillo

Bonjour, je m’appelle Ismery Castillo. J’ai intégré la communauté Bello Monte en 2004, au moment du démarrage de la Mission «Barrio Adentro» (mission de soins de santé gratuite dans les quartiers populaires). Après quoi est venue la mise en place d’une structure préscolaire à l’Unité éducative Simon Rodriguez; le développement d’un module d’assistance aux citoyens dans leurs démarches, qui fonctionne toujours, au siège du Conseil Communal; il manque encore 2 modules à concrétiser; Le réaménagement du terrain multi-sport a été effectué grâce à l’apport financier de l’ONA (Office National Anti-Drogue) à hauteur de 150 000 bolivars.

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Cité Universitaire inachevée depuis plusieurs années

Il y a aussi le projet de cité universitaire, à l’entrée de la communauté Bello Monte; les ressources ont été octroyées par le Ministère de l’enseignement supérieur en 2005, 2006 et 2013; ce projet a été exécuté par étapes à l’époque où notre président Chavez était toujours vivant. Pour lui, cette cité était déjà achevée. En réalité nous sommes toujours en attente de l’achèvement des travaux car comme les choses se sont faites par étapes, tout a augmenté avec le temps et les sommes débloquées n’ont pas suffi à couvrir les achats ou travaux prévus initialement; donc l’œuvre reste en souffrance et avec le nombre important d’étudiants il est urgent d’avoir une nouvelle aide pour terminer les travaux: seuls les murs, l’électricité et une partie du câblage ont été effectués jusqu’à présent.

Nous fonctionnons actuellement avec quatre CLAP (Comité Local de Abastecimiento y de Produccion – comité local d’approvisionnement et de production).

Nous avons recensé 1042 familles réparties sur 838 logements, soit en tout 2904 habitants ; afin  que tout le monde puisse bénéficier du programme, grâce au premier bureau ouvert, nous avons actualisé ce recensement.organizando los CLAP 6

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Réunion d’organisation des CLAP au siège du conseil communal

Un autre projet pour lequel nous avons sollicité de l’aide auprès des institutions compétentes est celui de l’équipement en citernes, pompes et flotteurs. La demande a été faite à FUNDACOMUNAL (institution publique d’appui aux conseils communaux) et nous attendons la réponse.

L’axe culturel et sportif n’est pas négligé; on y a réfléchi; il viendra après la réhabilitation de l’habitat, par le biais de formations dans le domaine de la danse, de la culture, du théâtre, de l’informatique; les étudiants qui ont choisi d’étudier dans notre communauté nous aident en nous laissant les méthodes, outils et manuels pédagogiques, une fois qu’ils ont obtenu leur diplôme. Nous avons également le projet de construire un module de police; nous avons de la place pour ce faire.

Tout n’est pas que dépenses. Nous avons donné beaucoup de nous-mêmes, en complément à l’apport des institutions. Que nous ayons eu des problèmes, bien sûr, ne nous voilons pas la face !, mais nous discutons et nous révisons tout de la manière la plus transparente possible. Pourquoi ? Parce que le travail en communauté n’est pas facile, il y a de la méfiance envers certains conseils de quartier, qu’on accuse de voler par exemple. Un exemple : alors que nous étions en train de rénover les logements, une compagne du Conseil communal est allée porter plainte pour vol. Comment démontrer que c’était faux ? Nos camarades sont allés à la quincaillerie, ont demandé des copies de toutes les factures et nous avons pu démontrer que nous n’avions rien volé. Au contraire c’est le fournisseur qui était débiteur à notre égard d’une somme de près de trois mille Bolivars, et c’est nous qui étions traités de voleurs ! Mais la leçon a été retenue : désormais nous travaillons minutieusement, nous contrôlons chacune des factures, les copies, les formulaires, les plannings. On ne va pas se faire avoir une nouvelle fois !

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Reinaldo Corredor

Bonjour, mon nom est Reinaldo Corredor, j’habite dans cette communauté depuis 1995 environ. Depuis mes débuts ici je me bats pour l’organisation des travailleurs dans le secteur textile. C’est là que j’ai compris la nécessité d’une participation du peuple et des travailleurs dans la construction d’un véritable socialisme, d’une nouvelle société.

Mon implication date des années 1997-1998, quand j’ai intégré l’association de quartier. L’organisation de la communauté s’est construite sur plusieurs fronts; dans nos tracts nous parlions de «front résidentiel», «front sportif» car c’était la terminologie qu’on utilisait dans les années 90. J’ai toujours considéré que si les premiers pionniers ont pu obtenir ce qu’ils ont obtenu en apportant leur pierre, alors imaginez ce que nous pourrions conquérir tous ensemble, aujourd’hui ! J’ai aussi fait partie des comités de secteurs fonciers, c’était le secteur A je crois ; il y en avait 4 (A, B, C et D) ; c’est de là que sont nés les conseils communaux.

« Sinon, on va rester toujours sous le joug, dominés, tu comprends… »

Nous ne pouvons pas abandonner cette lutte de chaque instant, aussi prégnant soit le contexte, aussi forte soit la guerre économique. L’essentiel réside dans la participation de tous, parce que quels que soient les dirigeants de l’État ou d’un pays, il leur est impossible de résoudre l’ensemble des  problèmes qui se présentent.

L’émancipation du peuple dépend du peuple lui-même, tu comprends. Il faut que le peuple réalise enfin que c’est à partir de ses seules mobilisations et participation que l’on peut obtenir et consolider les réussites. Sinon, on va rester toujours sous le joug, toujours dominés, tu comprends…

En ce qui concerne les projets à venir d’une Commune comme la nôtre, qui est composée de 13 conseils communaux, nous avons l’intention de développer un axe agricole et touristique; en effet, nous avons des terres cultivables; c’est notre environnement et nous devons aller vers une pleine participation à l’exploitation de ces terres afin d’arriver à une production agricole durable et solide. Un autre projet qui pourrait grandement aider la Commune serait la vente du lait de l’entreprise publique « Los Andes », qui ne rapporte pas beaucoup certes, mais ce sont ces choses qui appartiennent au gouvernement que nous devons contrôler de plus en plus via les circuits de production et de commercialisation. C’est ainsi que l’État révolutionnaire met à disposition du peuple les ressources et l’invite à s’organiser pour en disposer; mais c’est aussi là qu’est notre faiblesse, notre retard à l’allumage : le peuple n’a pas encore compris l’intérêt de la participation de chacun dans l’appropriation des choses.

Mon avis personnel est qu’une éducation sur ce qu’est un socialisme participatif, actif, doit être impartie dans les écoles, les lycées et les universités; de fait notre Conseil communal est un de ceux qui sont le plus fréquentés par les étudiants; pour qu’ils luttent à nos côtés pour les mêmes objectifs que nous; mon engagement personnel est de veiller à ce que l’éducation participative et active soit une réalité dans le domaine éducatif; et nos enfants, parce qu’ils sont aussi étudiants, sont les témoins de nos démarches et de nos discussions au sein de la famille. J’espère que tôt ou tard ma fille va y entrer pour qu’elle apporte sa contribution, qu’elle soit protagoniste et actrice dans ce travail commun.

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Santos Flores (gauche)

Je m’appelle Santos Flores, je suis arrivé ici en 2009. D’emblée j’ai intégré le Conseil communal, grâce au camarade Simon Landaeta. J’ai cherché l’adresse et me suis renseigné auprès des leaders du Conseil, et je me suis lancé. J’ai participé aux différentes élections et je suis encore à ce jour au Conseil. De 2009 à ce jour nous n’avons pas cessé de travailler. Nous avons eu nos moments de faiblesse, mais nous avons su rebondir. Notre rôle est de servir, quelles que soient les critiques, les commentaires à notre encontre. C’est à ça que nous avons été appelés : à servir ; à être au service de la communauté, comme l’a dit le président Chavez, être au service des autres, sans aucune contrepartie financière. Et c’est ce qui plaît aux gens, recevoir un service, d’intérêt public, sans qu’ils aient à payer.

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rue principale

La majorité des rues ne sont pas éclairées, seule la rue principale est  éclairée, les autres sont encore dans le noir. Nous avons contacté CORPOELEC (compagnie publique de l’électricité); ils nous ont promis de venir, mais à ce jour et après plusieurs rendez-vous manqués, ils ne l’ont toujours pas fait. Ce problème ne concerne pas seulement le quartier de Bello Monte, mais d’autres secteurs vitaux de la commune. Ils nous ont apporté les ampoules manquantes dans la rue principale. Les gens de la communauté se rendent compte de ce qui est fait quand ils constatent de visu que tu montes sur les poteaux pour installer les ampoules, mais si tu fais quelque chose moins visible à priori, pour aussi bon que ce soit, ils ne semblent pas s’en rendre compte.

Comme je suis un des porte-parole, c’est à moi que la communauté adresse les réclamations. Je réponds que si j’en avais la possibilité j’installerais moi-même les ampoules, mais ce n’est pas dans mes prérogatives; on transmet seulement les projets, et il ne reste aux employés gouvernementaux qu’à intervenir; mais à ce jour ils ne l’ont pas encore fait.

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Blanca Facundez

Mon nom est Blanca Facundez, je participe au comité de santé de notre communauté. J’ai commencé en 2006 et à ce jour je continue toujours dans ce même comité. A trois ou quatre reprises dans le courant de l’année nous menons des campagnes de soins: vaccinations, en podologie, ophtalmologie, réhabilitation… Tous les comités assument leurs responsabilités au moment opportun.

L’an dernier nous avons recensé 85 personnes du troisième âge, parmi lesquelles nous en avons repéré, grâce à Dieu, une douzaine qui étaient en attente d’une retraite.

Il est bon de s’investir dans ce genre de tâches et d’inviter les gens à le faire pour qu’ils réalisent que ce n’est pas facile, combien d’effort cela représente et combien il faut aimer les gens que tu prends en charge mais aussi aimer ce que tu fais; sans se préoccuper de ce que les gens disent car il y a toujours des personnes pour affirmer qu’on ne travaille pas.

Au cours de ces campagnes, nous sommes en contact avec les petits commerçants du quartier, qui nous aident bien, grâce à Dieu, et s’il manque quelque chose, entre nous tous nous arrivons à compléter; j’ai appris que les choses progressent positivement avec beaucoup de force de volonté, pas mal de tolérance et de pragmatisme.

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Antonio Guanipa

Je m’appelle Antonio Guanipa je suis actuellement porte-parole du comité d’économie populaire; mon rôle ne s’est pas cantonné à celui de porte-parole, j’ai aussi contribué au développement des bénéfices concrets de l’action collective : par exemple ce parc a pu être réalisé grâce à la main d’œuvre fournie par nous tous, les habitants du quartier, de même que pour le terrain multi-sport.

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Raquel Sanchez

Bonsoir, je m’appelle Raquel Sanchez, je vis ici depuis 1990, je suis membre également du Conseil Communal. J’ai même fait de la prison à cause de cette longue lutte, et je suis toujours là (rires). J’ai beaucoup appris. J’ai appris à connaître chaque membre de la communauté, celui qui est solidaire, celui qui ne l’est pas. Je rappelle à l’ordre les voisins pour qu’ils s’intègrent au collectif afin de ne pas laisser dépérir le travail de ceux qui se sont investis pour nous; je rappelle les bénéfices concrets de l’engagement de tous : le terrain multi-sport, la présence d’un médecin à Bello Monte  -jusqu’alors un enfant malade devait partir au petit matin à l’hôpital de la Sécurité sociale- ; nous ne souhaitons pas revenir en arrière et nous nous appuyons sur les acquis et l’espoir que nous a laissés le président Chavez.

Le drainage des eaux pluviales et l’asphaltage de chemins agricoles, c’est un autre projet qui nous mobilise actuellement, et qui implique les institutions officielles – gouvernement régional, mairies, conseil fédéral de gouvernement (institution chargée de transférer les fonds publics aux projets des conseils communaux)-; j’ai informé les gens que nous sommes attentifs au bon déroulement de ce projet, et que quand il sera mené à son terme nous le célébrerons comme il se doit, ici à Bello Monte, avec feux d’artifice et fêtes (applaudissements).

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Ana Ibarra

Bonsoir, je m’appelle Ana Ibarra,  je travaille au sein du comité d’alimentation depuis 2005, année au cours de laquelle a été créée la maison communale d’alimentation de Bello Monte qui approvisionnait 150 personnes par jour, parmi lesquelles des personnes du 3e âge, des enfants en situation de handicap  des femmes enceintes et des mères célibataires à faibles revenus: les aliments fournis leur permettaient d’assurer l’équivalent d’un déjeuner et d’un goûter quotidiens.

Nous avons dispensé des cours de conservation des aliments, de pâtisserie locale; les bénéficiaires y assistaient ainsi que des mères. En ce moment la maison communale d’alimentation ne fonctionne plus parce que la propriétaire a vendu le local et l’équipement et les ingrédients sont en attente de transfert chez une autre mère engagée dans le processus. Ça fait un an et quelques mois que nous attendons sans résultat. C’était un beau local accueillant, et quand on nous demande quand le nouveau va ouvrir nous sommes malheureusement incapables d’apporter une réponse concrète.

Nous aimerions que la communauté bénéficie à nouveau de ce service, même s’il est minime, car les besoins des gens en la matière sont réels, je pense notamment en priorité aux vieillards et aux enfants qui sont dans les rues. Nous assurions ce service de 7h00  à 14 h00, et le faisions de manière très personnalisée, car chaque personne bénéficiaire avait sa problématique, ses besoins spécifiques. Et chacun était servi avec le même amour et la même affection.

plan general proyectosTémoignage du Conseil Communal « Bello Monte », Palo Negro, État d’Aragua, mai 2016. Transcription et photos: Thierry Deronne

Publication en espagnol : http://laculturanuestra.com/voces-comuneras-no-queremos-seguir-siempre-arreados-ni-dominados/

Traduction: Jean-Claude Soubiès

URL de cet article: http://bit.ly/2av4g4h

Le tournage de « nous vivrons » commence…

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Relancement de la télévision populaire Teletambores et de l’École Populaire et Latino-amércaine de Cinéma, Télévision et Théâtre « Berta Cáceres » en présence d’Ignacio Ramonet (avril 2016)

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Ces derniers mois nous avons consacré pas mal d’énergie au nouveau départ de la télévision communautaire Teletambores – un émetteur puis puissant atteindra sous peu les écrans de près de 800.000 habitants, et à l’installation d’un nouveau siège pour l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre, rebaptisée Berta Cáceres, militante sociale assassinée au Honduras.

Ces projets motivèrent mon départ au Venezuela il y a vingt-deux ans…

ITW sur mon livre "Commune, temps et télévision" par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Enrtetien sur mon livre « Comuna, tiempo y televisión » par Géraldine Colotti, Monde Diplomatique Italie, mars 2016

Pendant toute l’année 2015, j’ai parcouru le pays pour mener une enquête participative sur nos 35 télévisions communautaires, tirer le bilan de 15 ans d’expérience afin d’éviter aux futures télévisions de vivre les erreurs des pionnières et, aussi, de faire des propositions pour rendre plus cohérent le modèle de communication avec la démocratie participative.

Ces travaux ont retardé de quelques mois le début du tournage de mon documentaire « Nous vivrons » mais nous y sommes enfin. Comment ne pas remercier tous ceux qui m’ont aidé dès le départ, comme Bernard T., Sonia B., Julien J., Ismaël M., Philippe H., Nicolas B., Jean D., Fabienne H. et quelques autres. On peut soutenir le film ici : http://wp.me/p2ahp2-1Ev. Le DVD du film sous-titré en français sortira à la fin de 2016.

Pour préparer le tournage j’ai emménagé en janvier dans un quartier populaire de l’Etat d’Aragua, comme on pose l’oreille sur un corps pour se laisser envahir par sa pulsation. Dans ce barrio, un conseil communal composé presque uniquement de femmes qui n’ont pas oublié le volontarisme féministe de Chavez, bataille pied à pied contre la guerre des monopoles privés en réorganisant avec l’appui du gouvernement Maduro le système de distribution d’aliments. Tous les jours le ciel nord-américain descend dans les têtes par mille machines inventées par le capitalisme : la jeunesse vit en majorité dans une sorte de terrain vague comme ceux de l’Italie de Pasolini, errant parmi les jeux vidéo de guerre, Facebook, Discovery Channel, le trafic de drogue. Les chefs paramilitaires lui semblent avoir plus de pouvoir que l’État. Cette jeunesse n’est plus dans la politique mais ailleurs, et c’est ce terrain vague qui déterminera le futur immédiat de la révolution bolivarienne.barrio 18barrio1P1270483Sous l’influence de la télévision, le documentaire se heurte au problème de capturer un objet pour le vendre. Ici, il s’agit d’un nous-documentaire. Nous avons besoin de comprendre le réel et la guerre pour continuer à avancer, c’est en quoi le cinéma peut être un outil d’organisation. Et si la transformation du Venezuela devait cesser un temps, celui d’une bataille politique perdue, ce film, sera, un texte pour le futur: préparer l’après-demain, commence aujourd’hui.

Comment l’œil de la caméra peut-il le dire ?

En filmant les deux contradictions principales: l’extérieure – nous et la guerre des grands groupes économiques, médiatiques subie depuis trois ans – et l’intérieure, notre difficulté à nous organiser, à exercer notre pouvoir citoyen et en même temps, la musique, l’excès de foi qui débordent le quotidien : l’équation de l’être vénézuélien.

En filmant la relation des êtres avec les choses, et la relation des êtres avec les êtres.

Le montage mettra face à face le présent et le futur, juchés sur la flèche du temps qui va des désirs de chacun a la nécessité profonde, collective, au fil des questions intimes que se posent les personnages-clefs. Tout sujet est une forme ineffable et infinie qu’on ne peut connaitre qu’à travers ses effets. D’où des moments de « fiction » pour cheminer plus loin avec les personnages du réel. D’où les images successives de ces personnages, séparées dans le temps, qui révèleront plus que l’apparence de réalité que donnerait une continuité quotidienne. C’est aussi pourquoi nous reviendrons d’année en année tourner de nouveaux épisodes avec eux. Chaque scène, autant que la structure d’ensemble, doit permettre au spectateur d’osciller entre les deux temps, de plus en plus intensément, jusqu’à faire surgir l’émotion d’une connaissance : le lit du fleuve et ses différents cours possibles.

T.D., Aragua, mai 2016

PS : voir mon documentaire précédent « Carlos l’aube n’est plus une tentation » : https://www.youtube.com/watch?v=7uCxTYdteLM

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-2bp

“Une cité communale brise toute limite établie”

17 avril 2016, Reportage de Katherine Castrillo pour Cultura Nuestra

IMG_20160330_222121-744x558Qu’est-ce qu’une cité communale ?

“C’est l’espace dans lequel nous dépassons les bornes géographiques. Ici, nous les habitants nous unifions les problèmes, les besoins, les pratiques, les forces, les identités.” Une définition de vie claire pour Alexander Molina, responsable de communication de la Commune Manuelita Sáenz. C’est sur ce chemin qu’avancent peu à peu les 14 mille habitants de la Cité Communale Florencio Ramírez.

Nous sommes dans l’État de Mérida mais en entrant dans cette cité communale nous entrons aussi dans l’état du Zulia où se trouve une des communes qui appartiennent à ce « système d’agrégation ».

Au Venezuela, ces formes d’organisation qui se répandent hors des concepts traditionnels de frontière, sont de plus en plus courants. Pour comprendre la dimension de ce qu’ont réussi ces quarante conseils communaux organisés en cinq communes réparties sur deux états, il faut revenir aux concepts de la Loi Organique des Communes (LOC) : un « système d’agrégation » est une figure qui permet à plusieurs systèmes communaux de s’articuler pour résoudre collectivement des problèmes territoriaux, politiques, économiques, sociaux, culturels, écologiques, de sécurité, et de défense de la souveraineté. Bien. Ce qui permet de fortifier leur autogouvernement, faire des plans d’investissement sur leur territoire, impulser leur système économique, effectuer des inspections citoyennes sur les plans et projets qu’exécutent les pouvoirs citoyens et pouvoirs publics. En d’autres termes leur niveau d’autonomie croît avec leur degré d’organisation.

Ces systèmes d’agrégation se développent à d’autres niveaux, à commencer par le conseil communal, puis l’articulation de plusieurs communautés avec leurs conseils communaux qui génèrent la commune. Au troisième niveau on trouve la cité communale: plusieurs communes s’organisent dans un territoire déterminé. Ici, dans la commune Florencio Ramírez, atteindre ce troisième niveau a pris trois ans.

“En 2013 nous commençâmes á nous organiser, à étudier comment nous pourrions former des communes. Les compagnons du courant révolutionnaire Bolívar y Zamora (CRBZ) nous ont beaucoup aidés. Ensuite nous sommes allés visiter tous les conseils communaux, pour les informer. Nous voulions passer à la deuxième étape, celle de la commune. Au début de 2014 nous étions déjà organisés en communes mais nous nous sommes arrêtés, nous avons lu, nous nous sommes formés avec notre école de pouvoir populaire et d’autogouvernement, et nous avons décidé de marcher vers la troisième étape, l’organisation en « cité communale” raconte  Alexander.

Pour initier leur organisation ils ont mis en commun ce dont chacun disposait pour pouvoir fortifier ce qui manquerait aux autres : “nous travaillons dans différents projets socio-productifs qui ne sont pas répétitifs, par exemple la Commune Manuelita Sáenz travaille dans un usine de traitement de la farine de banane à cuire et de manioc; la commune Simón Bolívar travaille dans la pisciculture et dans l’agriculture; la commune Juan Evangelista González dispose d’une unité d’empaquetage et de traitement de matières pour l’engrais organique; la commune Bolívar Bicentenaire travaille dans un centre de stockage de cacao; et la commune Luis Mora travaille dans la volaille et le café. Globalement, nous devons définir nos politiques de production et de travail, ce qui entraîne pas mal de difficultés, certes, mais nous le faisons toujours en débattant”.

Ismaël Reyes, parlementaire du conseil communal Delicias Altas, qui fait partie d’une des communes qui forment la cité communale, raconte qu’au début ils n’étaient qu’un groupe de voisins : “Ensuite, avec notre président Chavez, nous avons démarré les conseils communaux et petit à petit cette nouvelle politique a fait son sillon. Aujourd’hui je suis parlementaire, j’ai beaucoup lutté pour obtenir ce que nous avons”.IMG_20160331_042937-744x411

“Ici nous unifions la force de nos communes”

Dans l’état de Mérida existent deux cités communales. Celle-ci est à 90 % agricole. De son travail paysan bénéficient non seulement ses 14 mille habitants mais aussi plusieurs villes du pays. Ils cultivent du café, du manioc, de l’ananas, de la banane à cuire, du cacao, des citrons, de l’avocat et plusieurs types d’élevage.

Ils racontent que leurs conseils communaux ne perdent pas l’autonomie, mais échelonnent le travail, l’organisation, les projets, par étapes: si le projet est petit il est mené par le conseil communal, si le projet est important, il est porté par la commune, s’il est d’une envergure majeure, il sera traité par la cité communale. Comment ? A travers les porte-paroles de chaque conseil communal, plus les parlementaires que ces conseils communaux désignent pour la commune. Ceux qui légifèrent et discutent des projets sont les parlementaires de la commune. A part cette organisation, la cité communale est formée par onze comités choisis comme porte-paroles lors des élections du bloc de l’état de Mérida, formé de quatre-vingt-deux communes.

Les difficultés ne manquent pas. Bien qu’ils n’ont pas cessé de travailler un seul jour, ils subissent l’état précaire des routes, le manque d’intrants agricoles pour pouvoir travailler la terre, et en particulier la mafia des intermédiaires: “Ce que nous voulons, c’est vendre directement à qui va manger, c’est très triste de travailler et investir autant pour devoir vendre le kilo de banane à cuire à 90 bolivars et pour que celui qui va le manger le paye à 1000 bolivars” explique Lourdes Camacho, autre communarde. Ils veulent établir un système de distribution pour garantir que leur travail ne soit pas précarisé et pouvoir contribuer ainsi pouvoir contribuer à l’offensive économique.

Celui qui parcourt cette cité communale se rend compte que la majeure partie des terres productives sont travaillées par les conseils paysans alors que les terrains abandonnés sont aux mains des grands propriétaires. Hé oui…. Dans une cité communale peuvent persister des incohérences qui ne furent pas résolues à temps par l’appareil d’État et qui se maintiennent par la “grâce” de certains tribunaux agraires…

Face à ces contradictions ce qui soutient les processus sociaux et communaux nouveaux est le haut degré de conscience politique: “Ici nous ne sommes pas pour le bénéfice du logement ou des crédits, ce dont il est question c’est du transfert de pouvoirs, c’est le véritable pouvoir du peuple. Nous ne sommes pas ici pour une bourse ou pour une place, ce que nous voulons c’est de décider sur nos processus, sur notre économie. Le soi-disant “progrès” a fait que nous perdions les habitudes de produire, de générer nos propres processus, cela a fait de nous des parasites, la crise nous fait revenir à l’autogestion, au bénéfice de nos communautés et des voisines” dit Lourdes.IMG_20160331_044720-744x482

A suivre….

Ils veulent continuer à grandir et ils en sont capables. Selon la LOC ils peuvent avancer vers la création d’une Fédération Communale, mais cela dépend de la création d’autres cités communales qui peuvent s’articuler. Y de là, passer à la Confédération Communale, où se réunissent plusieurs fédérations. Le but ultime est la création d’un État communal complet, où le pouvoir “est exercé directement par le peuple, à travers les autogouvernements communaux, avec un modèle économique de propriété sociale et de développement endogène et soutenable”. Même si ce chemin est le plus long, le plus escarpé et le plus épineux, surtout au milieu de cette guerre économique, il y a des gens qui ont commencé à le parcourir et qui savent comme Jenifer Villafañe, que cette organisation se traduit en forces: “La force que nous avons maintenant est celle d’un peuple organisé, et à l’heure de défendre ceci nous allons tous nous mobiliser. Nous avons brisé des barrières, comme disait Chávez, brisé les limites géographiques établies”.

Alexander s’interroge : “quelle est notre légitimité comme cité communale? Celle de répondre à toutes sortes de problèmes d’organisation, de communication, de fraternité. De comment ressentir ce que vivent d’autres là-bas, à quatre heures de route, et eux de même envers nous. Assurer la continuité du travail territorial que nous a laissé Chávez et que poursuit Maduro. Nous sommes cinq communes qui se sont imbriquées l’une après l’autre, qui vivons la même chose. Cela nous permet de nous voir avec une même identité pour travailler. C’est une des expériences les plus fortes, parce qu’elle nous fait sentir que nous faisons partie d’u espace et d’un projet plus grand, où nous travaillons pour que les figures anciennes (mairies, gouvernements régionaux) disparaissent. Pour renforcer l’organisation populaire”.

La chose semble possible, construire depuis un seul corps, avec des identités communes, alors, à quand la suite ?

Source: http://laculturanuestra.com/una-ciudad-comunal-rompe-cualquier-limite-establecido/

Texte et photographies: Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Traduction: Thierry Deronne

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Gouvernements populaires en Amérique latine : « fin de cycle » ou nouvelle étape politique ?

Isabel Rauber

L’auteure: Isabel Rauber, Docteur en philosophie, enseignante universitaire et formatrice populaire, militante sociale (Argentine). Spécialiste des mouvements sociaux latino-américains engagés dans des processus participatifs de construction d’un pouvoir populaire. Blog : http://isabelrauber.blogspot.com/ Twitter : @IsabelRauber

Quelques intellectuels qui se définissent comme étant de gauche ou de centre gauche, ont affirmé récemment que nous vivons une fin de cycle des gouvernements progressistes, caractérisée par l’épuisement de leurs programmes néo-développementistes – qui incluent l’extractivisme – et leur « inefficace » capacité de gestion. Selon eux, nous devons donc nous attendre à une avancée de la droite dans la région, situation qui dessinerait une nouvelle carte politique en Amérique latine. Avec ce discours « visionnaire », basé sur la connaissance des projets géopolitiques de l’empire pour la région, ces intellectuels ont contribué à installer et à « rendre naturel » dans l’opinion publique l’avènement de la fin des gouvernements populaires et leur remplacement « inévitable » par des gouvernements de droite, en les présentant même comme une « salutaire alternance ». Il convient donc de partager quelques réflexions au sujet de ce diagnostic et de ce jugement.

Le retour critique sur les événements politiques de ces dernières années révèle que les propositions politiques qui ont caractérisé l’action des gouvernements populaires dans la phase post-néolibérale, ont été accomplies. Ceci annonce l’ouverture d’une nouvelle époque, supposant des problématiques et des tâches nouvelles ainsi que de nouveaux sujets et défis. Mais au-delà des tâches et de la programmation des agendas, les premières années des gouvernements populaires ont permis aux peuples d’évoluer à travers toutes sortes  d’apprentissages.

Il est devenu clair –dans les faits- que « gouvernement » et « pouvoir » ne sont pas synonymes, qu’il n’est pas possible de les affronter en même temps ni de la même façon. Les révolutions démocratiques ne sont pas synonymes de la « voie pacifique » d’autrefois. Elles supposent l’approfondissement de conflits politiques comme véhicules de la lutte des classes,  ceux-ci étant fortement liés à une profonde bataille d’idées, tant politique que culturelle.

Il est devenu clair qu’il ne suffit plus de placer « de bons gouvernements » à des postes institutionnels qui répondent au système que l’on cherche à changer.

  • La croissance économique est importante, mais insuffisante. L’éducation politique, la bataille idéologique est centrale. Et elle est liée à la participation politique, à la prise de pouvoir. Personne ne peut autonomiser autrui et moins encore par le haut. L’autonomisation germe dans la participation consciente et active des sujets lors des processus qui transforment la société.
  • La conception de la politique par le haut et discrétionnaire du XXème siècle est épuisée; la niaiserie, le romantisme fade au sujet de la démocratie, la sous-estimation de la politique, et les vieilles modalités de la représentation politique qui supplantent la participation populaire et séparent le politique du social.
  • Fin du maximalisme théorique et du minimalisme pratique de l’extrême-gauche.
  • Fin de l’avant-gardisme, de la pensée libérale de gauche et des pratiques qui en sont issues, et qui isolent les militants de gauche des processus concrets que vivent les peuples, leurs acteurs et leurs dynamiques, en les situant hors des espaces concrets où ont lieu les combats politiques.

DÉFIS FONDAMENTAUX DE CETTE NOUVELLE ÉPOQUE POLITIQUE

Les peuples, les mouvements sociaux et politiques, ainsi que les gouvernements populaires, révolutionnaires et progressistes ont besoin de faire une pause, de rendre compte des réussites, des limites et des nouvelles missions. Il s’agit de cela : retourner aux questions initiales, reconsidérer les réponses qui ont guidé les pas de l’action politique, économique, sociale et culturelle durant plus d’une décennie, tout en se préparant à affronter de nouveaux défis. Parmi eux, je soulignerais les suivants :

Conserver les acquis implique renforcer le processus de changement   

Le retour en force d’oppositions politiques de type néolibéral a mis certains gouvernements sur la défensive. Conserver les acquis est devenu une priorité de l’action politique. Mais ce qui n’a pas été – n’est pas – clarifié c’est que, pour conserver ce qui a été conquis et pour maintenir les processus de changements, il est nécessaire de les renforcer, de les approfondir. Ce n’est pas par des accords entre groupes de pouvoir, ni en cherchant des alliances avec des secteurs opposés aux changements qu’on y parvient; l’exemple du Brésil est plus qu’éloquent à cet égard.

La clé réside dans le fait d’ancrer les processus dans la participation active des citoyens. Une nouvelle époque sociale, politique et culturelle s’est bâtie : ce qui suppose de nouvelles missions dont la réalisation doit se marier avec l’action populaire. Cela implique également de renforcer les processus de conscientisation et d’organisation collective pour revigorer la détermination des peuples à maintenir les acquis et à entraîner le processus vers de plus grandes transformations. Cela ne peut pas être spontané ; si l’on livre les événements à la « spontanéité », ne nous étonnons pas face à l’avènement de substitutions politiques de droite.

L’actuelle conjoncture politique du continent place les gouvernements populaires, les forces progressistes et révolutionnaires face au choix de renforcer les transformations ou de succomber face à elles, s’ils choisissent de les défendre exclusivement « par le haut ».

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Argentine, décembre 2015: première manifestation en défense de la loi démocratisant la répartition des ondes radio et tv (1/3 publiques, 1/3 privées, 1/3 associatives) que le président néo-libéral Macri vient de déroger par décret.

Argentine, janvier 2016: répression de travailleurs par le gouvernement Macri

Argentine, janvier 2016: répression de travailleurs licenciés.

La participation active des citoyens est stratégique pour que les gouvernements populaires deviennent aussi une manière de construire ce pouvoir populaire.

Le renforcement de la démocratie requiert d’assumer l’impératif politique décisif du rôle actif du peuple : les transformations relient simultanément les lignes politiques des gouvernements populaires aux différents processus de construction et de consolidation du pouvoir par le bas. C’est ce qui constitue le fondement de l’approfondissement des processus de transformation sociale en cours. Le penser comme un simple aggiornamento de l’agenda public laisse les gouvernements populaires à la merci de la voracité politique des opposants.

Les réalités objectives et subjectives ont changé ; les subjectivités politiques des acteurs qui prennent part aux processus de changement se sont approfondies, il y a une exigence de rôles nouveaux, plus importants. Cette action a besoin aujourd’hui de se réorganiser et de se réarticuler pour constituer de nouvelles convergences dans les actions militantes sociales et politiques, à l’intérieur et à l’extérieur de ce qui est institutionnel, et en actualisant l’horizon stratégique des changements.

Parier sur la construction du rôle collectif des peuples pour qu’ils se constituent en force politico-sociale de libération est le facteur essentiel qui marquera le cap et les dynamiques politiques du présent et du futur immédiat. C’est lui aussi qui conduira à la construction de l’unité des peuples.

Reconnaître la participation populaire organique comme un facteur clé pour la consolidation et l’approfondissement des processus de changement en cours, ne s’oppose pas à la reconnaissance du rôle des leaderships individuels. Mais cela ne signifie pas accepter que la continuité des leaders à la tête des gouvernements populaires soit le facteur qui donne de la stabilité et de la solidité aux processus. Au contraire, lorsque des leaders se substituent au rôle politique des peuples, en réalité, loin d’en garantir la continuité, ils entraînent le processus dans le court terme.

Des peuples sans autonomie et sans conviction propre agiront peu pour renforcer et/ou approfondir des processus s’ils ne les perçoivent pas réellement come les leurs. La distance s’installera silencieusement dans les rangs populaires et ouvrira la voie à de prévisibles défaites. Ce n’est pas une situation en « noir ou blanc » ; il faut beaucoup nuancer. On a souvent vu des organisations populaires faire preuve de davantage de maturité et de responsabilité que leurs dirigeants et, même quand ils ne parviennent pas à éviter des dénouements négatifs, leur présence active dans la rue, les réduisent de façon non négligeable. Les leaders sont importants et dans certains cas, décisifs. Jamais pour remplacer la participation active des peuples, plutôt pour la déclencher et la faire progresser.

Hugo Chavez, exemple de leader charismatique et grand architecte du processus révolutionnaire bolivarien au Venezuela, n’a pas centré ce processus sur sa personne. Pour lui, il était clair que le peuple auto-constitué en tant que sujet révolutionnaire est le véritable créateur, constructeur et support d’un nouveau type de pouvoir en gestation dans les conseils communaux et les communes. C’est avec ces derniers que  la révolution bolivarienne avance vers une nouvelle civilisation, en s’orientant- avec  des citoyens assumant de plus en plus de pouvoirs – vers la construction d’un État communal. C’était si clair pour Chavez que son slogan a été (et restera) « la commune ou rien ».

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

Projets d'agriculture urbaine et jardins dans les écoles primaires (Venezuela, janvier 2016)

Projets d’agriculture urbaine et jardins dans les écoles primaires (Venezuela, janvier 2016)

Construire un nouveau mode de production et de reproduction (société-nature)

L’une des plus grandes limitations de ce que l’on pourrait définir, sans trop de peine, comme « modèle économique néo-développementiste » c’est qu’il s’ajuste aux cadres du modèle de production capitaliste, et entretient ainsi le cycle de la mort. Ceci contribue à fixer pour cette nouvelle époque une tâche importante : créer et articuler des processus productifs alternatifs existants et promouvoir la recherche de nouvelles bases économiques qui rendent possible la cohérence sociale entre ce cycle de production et la reproduction.

Il s’agit d’élaborer un système productif responsable socialement du cycle reproductif qu’il génère. C’est-á-dire contribuer à la création d’un nouveau mode de production-reproduction sociales respectant une logique circulaire. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle économie, qui, en plus de répondre avec succès à la question de la lutte contre la faim, la pauvreté, l’analphabétisme et les maladies, constituerait le socle d’un nouveau mode de vie et une nouvelle forme de civilisation, celle du bien vivre et du vivre ensemble.

Sortir de l’étau idéologique, politique, culturel et médiatique du pouvoir hégémonique

  • Déployer la bataille politique culturelle sur tous les terrains et dans toutes les dimensions, en particulier les réseaux sociaux.
  • Veiller au développement de la subjectivité et de la spiritualité des peuples en favorisant l’expression de leur identité, de leurs cultures et cosmovisions…
  • Développer durablement des processus interactifs de formation politique.
  • Ouvrir la voie d’une nouvelle pensée critique latino-américaine, décolonisée, interculturelle, embrassant de nombreuses cosmovisions, s’exprimant dans de multiples voix, et ancrée dans les pratiques des peuples.
  • Promouvoir des processus articulés de décolonisation, d’interculturalité et de rupture avec le cadre patriarcal visant la construction du pouvoir populaire par le bas.
  • Développer un nouveau type d’intellectuel organique, qui découvre, met e lumière et renforce la pensée des peuples dans toute sa diversité, son ampleur et sa richesse.

Travailler au renforcement et au développement de l’articulation régionale, continentale des mouvements et organisations sociales populaires, et, en particulier agrandir et renforcer l’espace des mouvements sociaux dans l’ALBA. Mais également, impulser la création d’espaces de rencontre, d’échange et de coordination des organisations sociales et politiques continentales, régionales et existantes au sein de chaque pays.

Parier sur la création et la construction d’une nouvelle gauche politique, sociale et culturelle

Il est vital de comprendre les nouvelles dimensions du politique, de l’action et de l’organisation politique; vital de souligner l’existence de nouvelles réalités et de nouveaux sujets : les déplacé(e)s de diverses origines, les populations précarisées de manière permanente, les mouvements indigènes, les femmes, les jeunes filles et jeunes hommes, les enfants, les adultes plus âgés, les LGTB…, de consacrer un espace aux identités, cosmovisions, savoirs, sagesses et courants de pensée : les connaissances écologiques, la biopolitique, la bioéthique, le féminisme politique et la rupture avec le patriarcat pour réaliser ainsi une critique radicale du pouvoir du capital…

Construire l’offensive stratégique populaire révolutionnaire

L’une des résultantes les plus récurrentes de la division du camp populaire, et particulièrement parmi la gauche latino-américaine, c’est que les manifestations et les luttes sociales finissent par exister en fonction des intérêts des puissants. Le camp populaire étant marqué par des querelles internes de « pouvoir », par des divisions multicolores de tout type entre les forces politiques et leurs corrélats dans les mouvements sociaux populaires, les conflits sociaux finissent par se subordonner aux stricts intérêts du pouvoir, en le renforçant comme « alternative politique » au lieu de parvenir –collectivement- à subordonner les puissants aux intérêts des citoyens et de passer à l’offensive en proposant un agenda politique des objectifs populaires. Le cas de l’Argentine nous en fournit en exemple très clair, visible tant dans les événements les plus récents que dans la trajectoire historique des gauches.

A cette grande faiblesse politique et culturelle, ajoutons la démagogie d’une pensée binaire (« ceci ou cela », « blanc ou noir »…), le développement de la guerre médiatique qui vise à conquérir et à anesthésier les esprits du « grand public » sans que les organisations politiques et sociales – occupées par leurs querelles internes – n’assument le travail de la bataille d’idées comme querelle fondamentale des luttes politiques de notre temps.

Le manque de convergence et d’unité des divers acteurs sociaux et politiques, ajoutée au peu de formation politique, à la sectorisation et au corporatisme… met les organisations sociales et politiques des peuples en situation de subordination aux intérêts des puissants. Ceux-ci peuvent les manipuler pour atteindre leurs objectifs, en affaiblissant et en brisant la base sociale des gouvernements populaires pour se regrouper en tant que bloc de pouvoir d’opposition, capable de récupérer son hégémonie. Cette récupération témoigne d’une adaptation des puissants qui, ayant analysé la nouvelle donne politique liée aux gouvernements populaires, chercheront une fois au gouvernement à détruire les bases démocratiques des sociétés pour empêcher tout retour de gouvernements progressistes, populaires ou révolutionnaires sur le continent. Ils ne sont pas seuls pour ce faire; ils comptent sur l’appui impérial, les institutions du pouvoir globalisé du capital et de ses « canonnières » médiatiques locales et globales.

L’arrivée de gouvernements de droite dans la région n’est pas un simple «retour au passé », pas plus qu’il ne répond à une « alternance enrichissante » de gouvernements et de gouvernants. Il s’agit d’une nouvelle phase, d’un virage radical pour articuler les processus locaux aux besoins hégémoniques et logiques du pouvoir global du capital : pillage, domination et mort… Il est important de ne pas le sous-estimer, et de préparer de nouvelles résistances ancrées dans la coordination, l’unité, la participation des secteurs populaires dans toute leur diversité. C’est cela que doit viser le renforcement de la formation sociopolitique et des processus organiques de convergence collective. Avec des objectifs communs s’inscrivant dans la création et la construction collectives d’un nouvel horizon de civilisation.

Visite de l'ex-président Lula à l'école de formation sociopolitique intégrale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre et autres mouvements sociaux, Brasil janvier 2015.

Visite de l’ex-président Lula à l’école de formation sociopolitique intégrale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre et autres mouvements sociaux, Brésil janvier 2015.

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Source : http://www.alainet.org/es/articulo/174409

Traduction : Sylvie Carrasco

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Retrouvailles avec le journalisme

José Roberto Duque

periodismoaltamiraQu’au Venezuela la propagande a assassiné et enterré le journalisme, je l’ai souvent soutenu dans les dernières années. Au centre de ma conviction, le fait que la profession s’est scindée en deux versants, le premier du côté de l’entreprise privée pour attaquer le gouvernement, l’autre “blindant” ce dernier dans une défense tous azimuts de ses politiques.

Certes le second groupe offre des nuances dans l’adhésion aux discours et aux actes du chavisme officiel (il y a des communicateurs critiques et d’autres moins critiques) mais émettre des opinions nous entraîne dans la guerre actuelle, celle de la propagande. Les journalistes ont abandonné (nous avons abandonné) le travail consistant à donner les informations avec tous leurs bémols, de part et d’autre, et les travaux qui gardent une vague apparence de journalisme sont en réalité des productions destinées à promouvoir les bontés ou les misères de l’un ou l’autre groupe dans la lutte pour le pouvoir.

Mis à part quelques exercices destinés à visibiliser les conquêtes du peuple pauvre dans son processus de création et de mobilisation comme alternative à ce qui est établi (une forme de journalisme très vigoureuse et qui dignifie comme peu d’autres le “pourquoi” de ce métier), je fais moi aussi de la propagande chaviste et de la contre-propagande antihégémonique, j’aime jouer des muscles dans l’immense bagarre en cours, peut me chaut qu’on me le reproche.

Mais je déambule aussi parmi ces villages, demandant à la vie de nous surprendre et de nous enseigner (histoire de ne pas nous enliser ou nous momifier dans une idée fixe pour plusieurs années ou pour toujours). Me voici emporté dans une dynamique qui m’a fait découvrir, ébloui, un territoire, un milieu où le journalisme peut puiser sa renaissance ou sa rédemption. Ce milieu ne pouvait être que les communes en gestation.

Nous nous sommes embarqués dans l’expérience du journal-école Piedemonte, ici, dans les montagnes de l’État de Barinas. L’idée est simple même si elle exige pas mal de sueur. De quoi s’agit-il ? De faire descendre un journal dans la rue et d’inviter les habitants de la commune à y participer. Comment ? En rédigeant des nouvelles ou des histoires, en prenant des photos, en informant de vive voix ou par tout autre moyen. Il y a des gens qui n‘ont pas d’habileté pour écrire mais qui sont bien vivants et qui remontent les rues avec leurs sens éveillés; ce sont ces personnes aussi qu’on invite à l’atelier de reportage ou de journalisme communautaire. Nous avions déjà offert ce type d’ateliers. Ici les choses se sont bien déroulées également mais avec quelques ingrédients nouveaux (nous reviendrons sur ces quelques éléments fondamentaux).

C’est dans les communes que nous retrouverons le journalisme authentique.

Cet atelier est permanent et continu, c’est-à-dire qu’il ne s’achève pas à la fin de la session: il porte sur la fabrication du journal et le journal, c’est l’école. Ce n’est pas un atelier théorique: il consiste à réaliser dans la vie ce foutu journal pour le distribuer dans la rue tous les mois.

L’atelier suit une dynamique théorico-pratique de trois heures. Au bout d’une demi-heure les participants (dans ce cas, en majorité des paysans et des fils de paysans, entre 13 et 56 ans) connaissent le cadre légal qui nous autorise tous à informer et à être informés, et comprennent la différence entre communication, information, fait divers, nouvelle, rumeur et calomnie. Ils se familiarisent avec les genres qui seront utilisés dans le journal : recension, reportage, chronique, portrait, légendes photo, article d’opinion.

Une heure plus tard on démonte collectivement quelques nouvelles publiées pour voir où est le titre, l’intro et le corps de l’article. On entre dans l’aventure des “cinq questions” (“quoi, qui, où, quand” et on ajoute le “comment”). Un peu plus tard, sur la base de cette grille simple mais nécessaire à l’intégralité de l’information, les participants en sont déjà à construire leurs propre information. Le premier exercice consiste à rédiger une recension ou une note simple sur l’atelier, qui est la nouvelle la plus immédiate.

Parmi les huit participant(e)s-reporters des hameaux de Agua Fría, Cobalongo et La Laguna, aucun(e) n’a jamais pratiqué le journalisme ou n’a envisagé de devenir reporter de sa communauté. Ils ont commencé leur exercice ainsi:

CHAPEAU:

“S’ouvre une dynamique permanente pour que les nouveaux reporters de la campagne recueillent et traitent les nouvelles de Piedemonte.”

TITRE:

“Des communards de Colafría ont entamé un atelier de reporters communautaires”

INTRO:

« Les habitants des communautés membres du Conseil Communal Colafría (Agua Fría, Cobalongo et La Laguna) ont inauguré dans l’école unitaire El Cabalongo de l’État de Barinas les ateliers de formation de reporters communautaires de la Commune Socialiste Agro-Touristique et Productrice de Café “Pie de Monte Andino Barinés”, ce jeudi 29 octobre 2015… »

Et ainsi de suite, jusqu’à épuiser dans la note tout ce qu’ils ont appris.piedemonte

Une fois entamé ce voyage, le formateur leur dit que c’est tout. Que le reste nous l’apprendrons et l’expérimenterons à la mesure de la fabrication du journal. C’est alors que commencent les “problèmes”: le groupe surexcité exige la poursuite de l’atelier et des sessions. Voilà ou mène la libération d’une énergie tellurique: le peuple communicateur sort fébrilement dans la rue à la recherche de nouvelles et de récits. Nous comptons aujourd’hui 32 reporters pour les trois secteurs de notre commune qui s’adonnent à communiquer des choses importantes, qu’ils croyaient jusque là “locales” ou sans importance pour un journal.

Mes dernières leçons de journalisme je les ai reçues de paysans et de fils de paysans.

D’un exercice aussi basique d’initiation au journalisme, pratiqué par ceux qui s’assument comme paysans et comme créateurs, j’ai tiré des leçons importantes dont une insolite, surprenante et inattendue : les participants ont proposé la création d’équipes de reporters comunautaires. On ne trouvera guère ici de reporters en mal de figuration personnelle mais des équipes qui abordent collectivement la production de l’information: il leur est facile et naturel de se réunir pour décider du meilleur titre, de l’intro idéale; de vérifier qu’aucune question n’a été omise (quoi, qui, quand, pourquoi, comment..). Ce ne sont pas des reporters mais des équipes de reporters que nous formons, celles de Colafría, La Quinta y Bicampocerca, et d’autres suivront.

Autre point: comme dans ces communautés tout le monde se connaît et qu’il y a beaucoup de familles et d’amitiés de toute une vie, il a été facile de mener une réflexion sur l’éthique de la communication sociale: personne n’utilisera le journal pour détruire la réputation d’autrui, et en cas d’accusations et de dénociations, elles seront accompagnées du droit à la défense de quiconque en ferait l’objet. Ceci n’est posible que sur un plan communautaire; dans les cadre national et même régional, ces actes d’honnêteté et de respect sont impossibles. Il n‘y a que dans la commune qu’on peut pratiquer un journalisme propre, sas qu’il perde sa combativité.

Parmi les apprentissages surprenants et inattendus, celui-ci m’a particulièrement frappé : Luis Alberto Uzcátegui, un des nombreux producteurs de café de ce territoire m’a fait comprendre que lorsqu’on recherche des informations détaillées, il vaut mieux que la personne interviewée se libère de son travail, pour se consacrer calmement à l’entrevue. Mais si on veut recueillir des histoires et des mémoires, le mieux est de travailler avec cette personne: quand l’être humain travaille de ses mains, l’esprit s’envole, la mémoire jaillit, les cris du passé parviennent avec assez de netteté et de détails pour raconter l’Histoire humaine et géographique.

Bref, si vous êtes un chercheur d’histoires, enfilez votre tenue de travail et accompagnez le travailleur dans sa tâche: le corps sue, l’oreille s’accorde, le récit transpire.

Merveilleux moment d’apprentissage; j’ai 50 ans et la moitié d’une vie consacrée au journalisme (ma première pige pour l’Universal fut une chronique hippique, en 1990). En vérité, et je le dis avec fierté, je jouis de cette heure déconcertante et fabuleuse: les dernières leçons de journalisme, je les ai reçues non d’écrivains érudits ou d’orateurs d’université, mais de paysans et de fils de paysans (qui m’ont aussi appris les secrets de la récolte et des semailles, ce qui vaut un chapitre à part).

Source : http://misionverdad.com/columnistas/volver-al-periodismo

Traduction : Thierry Deronne

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(Photos:) Quand le cinéma se fait peuple

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Ils sont 250 communard(e)s assis face à l’écran blanc qui dans quelques minutes va refléter le film. Dans le soir des montagnes de Carabobo, à part ce bout de rue et les maisons lointaines, tout est plongé dans le noir. On a chanté, dansé le joropo, et souhaité la bienvenue aux habitant(e)s de la Commune Negro Primero –organisatrice de cette première – et de quatre autres communes voisines. Tout est prêt, personne ne veut manquer la projection de “Juntera”.

“Avant de la projeter ailleurs, nous voulons que les communard(e)s qui ont aidé à la réaliser en soient les premiers spectateurs. On la verra à Caracas après qu’elle soit passée par les territoires où on doit la voir” dit Giuliano Salvatore, membre de la Coopérative Audiovisuelle “La Célula”, debout, micro à la main, écouté par certains des acteurs ou actrices qui vont se voir dans quelques instants.

“C’est le résultat d’un effort collectif” explique-t-il. Celui de La Célula, du mouvement paysan révolutionnaire “Bolívar et Zamora”, des communes actrices du documentaire : Negro Primero; Victoria Popular las Uvitas, dans l’État de Barinas; La Ciudad Socialista Simón Bolívar, en Apure; la Ciudad Socialista Juan Pablo Peñaloza, dans l’État du Táchira; et la Commune Orimed, dans l’État d’Amazonas. Autant de lieux où se poursuivront les premières du film dans les prochaines semaines.

“Sans le travail que vous menez, nos espoirs de voir la révolution se poursuivre s’étioleraient, vous êtes la garantie de son  avancée” conclut Giuliano. Les lumières s’éteignent. La projection commence.CR239ydWEAAdBT6 CR21r0HWoAARzW7CR8oCEfWUAAJ3DGCR8o75GWUAAOOiS

Il existe une épopée imperceptible à première vue : se réunir en longues assemblées, former des parlements communaux, décharger des matériaux de construction, traire quand le soleil n’est pas encore levé, transporter des aliments dans un camion. C’est là, dans ce mouvement invisible et permanent, qui pourrait sembler un simple “quotidien”, qu’est la révolution, cette création populaire qui, parfois, quand les circonstances l’exigent, défile à Caracas, autour du palais présidentiel de Miraflores, à la télévision.

Le reste du temps sa réalité ne se paie ni de grandes banderoles ni de slogans: les milliers de mobilisé(e)s – la mobilisation ne s’arrête jamais – apprennent à s’auto-gouverner, à gérer, à écrire des lois, à produire et à distribuer des aliments.

Comment le raconter ? Avec quelles images, quels temps, quels récits, quel équilibre de mots/silences/fleuves/rires peut-on rendre compte de la chose en soi, de la révolution dans son lit le plus profond ? Comment raconter cette épopée, celles d’humains qui veulent être libres, comment est l’esthétique du pouvoir lorsqu’il revient aux mains du peuple ? C’est ici, dans ce défi nécessaire, qu’entre “Juntera”.
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“J’ai été frappée par la pureté de la réalisation, la réalité de la vie paysanne, la manière spontanée de parler, c’est un vrai, beau film” réagit d’emblée Lucrecia Ávila, parlementaire communale de Negro Primero.

“Les compagnons qu’on voit sont des personnes du peuple, c’est la première fois qu’ils se voient dans un documentaire comme celui-ci, et c’est important en plein essor des communes, avec ce film nous allons dire que nous aussi nous sommes importants, et dire au monde que nous les communard(e)s, nous qui croyons au socialisme, nous allons donner de la voix à présent” dit Narbys Borrego, une autre parlementaire de la commune, déléguée au conseil à rang présidentiel du gouvernement populaire comunal (1).

“Juntera” place au premier plan des personnes comme Lucrecia, Narbys, avec leur extraordinaire quotidien, leur pari communal – cette orientation stratégique esquissée par  Hugo Chávez lorsqu’il remonta les bretelles à ses ministres le 20 octobre 2012 (2). Trois ans plus tard, dans la vallée de Carabobo, au sud de Valencia, c’est dans une commune de 39 mille hectares où habitent 9.685 personnes qu’est projeté le film.

“Le film est pensé pour que ses acteurs, actrices communard(e)s puissent évaluer l’importance de leur travail, l’importance pour la révolution du travail qui est mené. Le public que nous voulons le plus toucher est le peuple qui construit des communes, et celui qui n’en est pas encore là mais participe à un conseil communal, à une organisation de quartier : qu’ils sentent d’abord qu’il y a beaucoup de gens qui font ce travail dans le pays, et que ceux qui ont l’envie, l’enthousiasme, le besoin politique d’élever leur travail au plan d’organiser une commune, sachent qu’ils ne sont pas seuls et que leur travail donne des fruits, des fruits qu’on voit sur le territoire lui-même” dit Giuliano.

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Et si l’horizon de la révolution est la commune – “l’acte de naissance du socialisme”- c’est dans cette construction que peut et doit s’insérer le cinéma, autogéré.

“Pour nous le thème comunal est  le chemin fondamental, tout le reste des processus que nous menons, urbains, ruraux, tous sont appelés à s’agréger au processus de construction d’un État communal. Nous avons décidé de prioriser cette “semence”. Chaque fois que naît une commune, nous nous renforçons comme population compétente et capable de gouverner, de gérer, de se protéger avec ses propres équipes de sécurité, de produire ses biens de première nécessité – vêtements, aliments, loisirs, notre propre communication, montrer une image de nous faite par nous-mêmes”.

Quelques personnes restent sur place pour empiler les chaises, converser de tout et de rien, surtout dans une nuit communarde à quelques semaines des élections, aux prises avec une guerre économique. Narbys n’a pas de doutes: “Nous sommes au bon niveau, nous travaillons dur pour la bataille législative du 6 décembre, nous remporterons une nouvelle victoire avec nos candidats chavistes”. Ici aussi la commune est école de volonté collective, une grande “rassembleuse”.

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Un peu d’histoire..

L’expérience du film “Juntera” en rappelle beaucoup d’autres, menées en Amérique Latine depuis les années 60. Parmi elles, le groupe “Cinéma de la Base” de l’Argentine des années 70, sous la houlette de Raimundo Gleyzer: “Nous travaillons exclusivement avec la base, avec les travailleurs, les paysans, avec les intellectuels de gauche aussi mais qui doivent se déplacer jusqu’aux quartiers s’ils veulent voir les films (…) Nous ne pouvons qualifier les gens qui voient les films comme des spectateurs mais comme des personnes qui désirent les voir dans le cadre de leur militance, de leur formation, du déchiffrement du monde, ce sont des films réalisés en vue d’une pratique concrète”. 40 ans ont passé depuis que ces mots furent prononcés. En 1976 Gleyzer fut arrêté, torturé et « disparu ». Pas ses idées, qui reviennent ce soir du 20 octobre dans les montagnes de Carabobo.

Notes

(1) Lire « La commune, co-présidente du Venezuela » https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

(2) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

Texte: Marco Teruggi. @Marco_Teruggi

Photos: Irene Echenique. @Irevendre

Source: http://laculturanuestra.com/juntera-cuando-el-cine-es-del-pueblo/

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article: http://wp.me/p2ahp2-23X

« Pourquoi la population ne pourrait-elle pas diriger l’économie ? »

SACOVal-16« Ce n’est pas une foire pour vendre bon marché mais pour créer le système d’approvisionnement communal (SACO) et pour démontrer que le peuple peut diriger l’économie ». Il est encore tôt dans le sud de Valencia, presque huit heures. Presque toutes les caisses sont déjà vides. Partis tout de suite, les haricots : 150 bolivars le kilo contre 500 chez les détaillants privés.

Ils reste des oignons (80 Bs.), des tomates (120 Bs.), du fromage (420 Bs.). On sent pas mal d’énergie dans cette sixième journée du Saco dans le quartier Trapichito. Beaucoup d’habitants sont venus et savent de quoi il retourne. Un tract circule: Guerre économique: on cache des produits, on les sort en contrebande et on augmente les prix des articles de première nécessité […]. Des opérateurs de partis politiques et les journaux privés des entrepreneurs montent une campagne contre le gouvernement pour lui attribuer la responsabilité de la situation économique, et pour s’emparer de nouveau du pouvoir politique au Venezuela, alors qu’ils sont les organisateurs de cette guerre économique, et – un comble – subventionnés par les dollars du pétrole”.SACOVal-5

A ceux qui s’approchent pour converser, on explique le projet de ce système d’approvisionnement qui réunit déjà 22 autres communautés de l’État de Carabobo et qui, le samedi 24 juillet, s’est déployé dans 17 autres secteurs (au début on n’en comptait que cinq). Sans comptabiliser cette journée-ci, on a distribué 16 tonnes d’aliments, en faveur de 3855 familles. L’objectif du SACO  est de montrer qu’il est possible d’acheter à prix juste, qu’il y a un sabotage”. Avec divers résultats dans la communauté: les aliments vendus au prix du producteur, la preuve de l’intérêt d’une organisation communale, l’optimisme nécessaire pour affronter une guerre économique qui sévit, sans trêve, depuis deux ans.

Enseigner par les actes qu’il est possible de lutter contre un tel pouvoir déployé contre une population, qui dans certains cas se livre elle-même au “bachaqueo” (NdT : achat de produits subventionnés par le gouvernement pour les revendre au prix du marché, notamment en Colombie (1). C’est pourquoi Carmen Moldes, de Trapichito, vend depuis cinq heures du matin; Jesús Moreno, militant du Conseil Régional du Pouvoir Citoyen, fait le tour des popotes du « Saco ». On compte douze points de vente de plus que la semaine antérieure. Pour la prochaine ils comptent sur 20. Pour la fin du mois d’août, 50.

SACOVal-9SACOVal-15Des premiers pas au maillage

Tu me vends ou tu perds tout” dit l’intermédiaire privé à l’agriculteur. Le prix d’achat est bas – inférieur à ce qu’il devrait être; le prix de revente par le grossiste est élevé; quant au prix final que fixe le détaillant privé, il n’a plus aucun rapport avec le prix initial. Résultat : producteurs appauvris et prisonniers des réseaux capitalistes, et consommateurs soumis à la spéculation et à la guerre économique.

Une des premières chose auxquelles ont pensé les organisateurs du « Saco » fut de construire un lien direct entre producteurs et consommateurs. Le premier pas dans cette direction fut de s’associer au Centre de Stockage de Valencia, établissement de l’État capable de stocker jusqu’à 2000 tonnes — et qui actuellement, selon Jesús, fonctionne à moins de 2% de sa capacité.

Quant au transport, il a été mis à disposition par les diverses communautés – camions communaux par exemple, véhicules particuliers —, espaces de vente – maisons, places, etc..  et travail, toujours volontaire. C’est comme ça qu’on a démarré. Les résultats ne se sont pas fait attendre: les points de vente ont commencé à surgir et à générer des excédents – contre l’idée de “bénéfice” – destinés au financement du système d’approvisionnement.

Avec quelques obstacles en chemin : la tentative de certain(e)s d’entrer individuellement dans le système pour faire du bénéfice personnel, et le refus de vendre les quantités requises de la part du Centre d’Approvisionnement. Face à quoi le système s’est renforcé : ne sont admis à participer que les Conseils Communaux, les Communes ou les assemblées légitimées par les habitants. On a organisé depuis la semaine passée un mécanisme de contrôle depuis le Centre.

Simultanément des liens se sont noués avec les producteurs – communes, conseils paysans, réseaux de production, etc…. Actuellement, non seulement on acquiert les produits du centre de stockage mais aussi, directement, des producteurs, sans intermédiaire. C’est le cas de la Commune El Panal 2021, qui fournit sucre et prochainement grains.

Mais pour approfondir ce lien direct et donner force et autonomie au système d’approvisionnement – une économie communale, explique Jésus – l’étape suivante serait de créer directement des centres de stockage dans les communautés. C’est un des objectifs centraux à atteindre – il y a déjà des idées de par où commencer.SACOVal-2-1200x800

La clef : l’intégralité

Un des premiers objectifs a été atteint : des équipes capables de gérer la distribution ont été formées. Il ne s’agit pas seulement de distribuer, expliquent-ils, mais d’encourager la production au sein du Saco. Dans ce but on a formé les brigades “Che” Guevara, qui fonctionnent actuellement dans trois des communautés où s’est développé le système.

En même temps on projette de développer des parcelles productives et des potagers communaux. Il faut avancer vers l’intégralité, analyse Jesús, qui donne l’exemple d’expériences développées à Barquisimeto avec l’Entreprise de Propriété Sociale “Travailleurs Unis” – ex-Brahma S.A. (2) – ou de l’entreprise avicole Souto —également récupérée par ses travailleurs, qui ont mis en place une unité paysanne/communale/ouvrière.

Nous avons besoin de créer un système en marge du marché capitaliste” explique-t-il, considérant – comme le font d’autres expériences d’organisation dans le pays – que “face à la crise les gens ont commencé à chercher des solutions, à s’organiser pour surmonter la situation”. La guerre, systématique, niée par ses propres dirigeants, ouvre un champ d’action/réaction populaire, d’exercice de créativité, d’apprentissage de pouvoir et de force.

Tel est le contexte dans lequel est né le « Saco ». Avec un défi : faire face aux acteurs du désapprovisionnement, du vol de la population dont les responsables sont nommés dans les tracts : “Secteur économique criminel, entrepreneurs nationaux ou étrangers d’une bourgeoisie vivant de la rente pétrolière, tous liés aux secteurs de l’importation, distribution, du commerce et, parfois, de la production”.

Pas seulement le secteur privé mais aussi : “les fonctionnaires corrompus, militaires, policiers et civils infiltrés dans l’État et qui, par égoïsme, individualisme, se servent de l’État pour mener leurs négoces inavouables”.

Pour Jesús, il s’agit de travailler vers un horizon stratégique : démontrer que le peuple peut diriger l’économie, qu’il en est capable et qu’il est nécessaire d’apprendre pour trouver les moyens. C’est pourquoi il est important “d’obtenir des victoires rapidement, de délégitimer les bénéfices, le marché – pourquoi quelqu’un devrait-il “gagner” ? – livrer la bataille culturelle, sans doute la plus profonde et difficile, faire trembler les fondements d’un système qui modèle encore les désirs et le sens commun de millions de personnes.

Pour tout cela, le « Saco ». Parce que la possibilité d’en finir avec cet héritage – faiblesse qui donne toute sa force à la guerre économique – réside en grande partie dans le peuple. Celui qui a démontré si souvent qu’on peut inventer, s’organiser et faire face aux tentatives – qui ne cesseront pas – de la droite de mettre un terme à cette expérience de liberté, d’action et de renaissance d’un peuple.SACOValJsica-Vivas

Notes :

(1) Lire Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demanderhttp://wp.me/p2ahp2-1J7

(2) Lire (Photos :) Occuper, résister, produirehttp://wp.me/p2ahp2-1UN

Texte : Marco Teruggi. Contact : @Marco_Teruggi. Photos : Orlando Herrera (contact: @landulf4) et Jesica Vivas, militante du Saco.

Source : http://laculturanuestra.com/no-podemos-contra-la-guerra-economica/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-206

Maîtres de la terre et de l’Histoire

Oscar Arria

Jusqu’en 1947, toutes les habitations de la ville étaient en terre. C’est alors, avec la fabrique de ciment venue de Caracas et les premiers parpaings, que fut construit le premier quartier résidentiel. Événement oublié, mais pas pour Jesus Coello « Chucho » qui avait 17 ans, dont 7 passés à apprendre l’art de la construction en terre armée.

Avec le béton armé, c’est tout un discours du « progrès » qui s’est imposé : efficacité, beauté, rapidité. L’usage de la terre est resté associé au passé, à la chaumière pauvre, à l’archaïsme, à ce « lieu qu’il fallait laisser derrière soi ». On a commencé à migrer vers les techniques nouvelles – ciment et acier. L’expansion de la ville a commencé, tandis que les maisons en terre se cantonnaient à la Vieille Ville : moins de torchis, moins d’adobes (briques de terre crue séchée au soleil), moins de de bois, moins d’osier. Mais aussi, moins de maîtres-artisans, et d’apprentis. Et plus de manœuvres, de maçons, plus de conducteurs de travaux, plus d’architectes et d’ingénieurs.

Pour les artisans de la construction en terre, ces changements ont entraîné une perte. Ils durent transformer leur vie, devenir salariés d’entreprises, mal payés, et surtout relégués, méconnus comme porteurs d’un savoir-faire ancien et populaire. Un savoir-faire de fondateurs de cités, partie constitutive de l’identité culturelle de Santa Ana de Coro (capitale de l’État de Falcon), et d’une grande partie du Venezuela.

Dans un pays se fondant sur le béton, le pétrole et l’exclusion, quelle place restait-il à ces personnes ? Quel a été le destin de ces hommes, de ces travailleurs, héritiers d’un savoir transmis de génération en génération, mis en pratique à travers l’effort ?Oscar ArriaDiego Morillo se souvient bien de cette époque. Son père, associé à Chucho, en a été l’un des principaux protagonistes. Lui et son frère ont pris le relais. 26 ans d’expérience dans le domaine de ce qu’il appelle la construction traditionnelle. « On entend bien défendre les droits de tous les maîtres-artisans. Cela n’a pas été facile, tant les gouvernements précédents nous ont humiliés, trompés, exploités. Nous sommes des artisans. Cela implique que l’on doive nous exploiter ? Pas du tout. Nous sommes les héritiers d’un patrimoine ».

Quand il parle de patrimoine, il se réfère à sa maîtrise de la technique de la construction en terre mais aussi à la reconnaissance de ce savoir-faire comme patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, de par la diversité des méthodes de construction et du professionnalisme des maîtres-artisans. (Depuis 1993, l’UNESCO a classé Coro et La Vela de Coro, au Patrimoine mondial de l’humanité).

L’ère du ciment a été celle de la marginalisation et du peu de cas fait à la mention de l’UNESCO. Les lignes ont commencé à bouger avec l’arrivée de Hugo Chavez – puis de Nicolas Maduro – et le financement d’importants chantiers de restauration d’édifices de 400 ans d’âge du Centre Historique de Coro. Toutefois, si les murs et les toits des maisons et des églises avaient bénéficié du changement, il n’en était rien pour leurs bâtisseurs, restés dans l’ombre, confinés à l’anonymat.

Jusqu’en 2010, l’année des pluies torrentielles qui se sont abattues avec une telle force sur le centre de la ville, que les murs et les toits ont été détruits. Des mètres cubes de décombres se sont accumulés, dans et hors des maisons. Un scénario d’urgence sur le plan humain et patrimonial et une crise s’est transformée en opportunité.Oscar Arria

Oscar ArriaTravailler avec la communauté et en collaboration avec les maîtres-artisans fut la première idée qui s’imposa avec une conviction : ils étaient les seuls en mesure d’apporter une réponse stratégique à l’urgence de la situation. C’est pourquoi la directrice de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – Merlin Rodriguez- décida d’entrer en contact avec les 9 Conseils communaux se situant dans les zones à risques, et en relation avec les artisans-bâtisseurs concernés : «Le plus important, c’est qu’ils ont eux-mêmes pris les décisions de s’occuper des édifices qui en avaient besoin, non pas exclusivement pour leur valeur architecturale, mais aussi en fonction de leurs occupants, de la présence d’habitants âgés, de personnes n’ayant que peu de ressources pour réparer leurs maisons. C’est l’Assemblée communale qui pouvait décider, ce fut une grande avancée ».

Tous se consacrèrent à cette priorité sociale, au patrimoine ensuite. Avec les 5 millions de bolivars alloués par le Gouvernement pour remettre en état 37 logements, ils en ont restauré 47. Comment ? Le travail volontaire des maîtres-artisans -ils ont travaillé un an sans être payés – mais aussi l’implication des riverains et des techniciens de l’Institut du Patrimoine culturel de l’État de Falcon – a fait la différence.

Merlin : « Le discours a commencé à changer. Le patrimoine n’était plus seulement la vitrine, le luxe, mais aussi l’empreinte historique qui te permet de savoir d’où tu es. Mettre en valeur le peuple et ses savoirs. Des voisins sans emploi ont aidé et appris comment on faisait. Surtout, il y a l’organisation sociale qui est restée, le moral qui s’est renforcé. Les gens ont donc appris que le travail en commun est possible. Que pour aboutir, il faut s’organiser. Que cela améliore la vie quotidienne ».

Un pari qui a permis de renforcer les liens entre les maîtres-artisans et les habitants et le respect vis-à-vis du savoir-faire, de l’art et de la technique de la construction en terre. Sans oublier le pari majeur : la création d’une entreprise de Propriété Sociale (EPS) qui regroupe 176 artisans et maîtres-artisans.Oscar ArriaSi quelqu’un demande à Lucas Morillo -le frère de Diego- ce qui est le plus important en ce moment, il répondra clairement : « Pour nous, le plus important, c’est d’être respectés, reconnus, qu’on ne nous exploite plus, qu’on ne nous humilie plus».

Quand on cherche des responsables, la Direction parle de ces entreprises sous contrat de l’État de Falcon, qui sous-traitaient les maîtres-artisans. A bas coût, payés de la main à la main, sans droit à la sécurité sociale, sans aucune protection en cas d’accident. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de fondé l’Entreprise de Production Sociale, pour accéder directement aux chantiers en cours, sans retomber dans l’exploitation de la sous-traitance par le secteur privé.

Mais le gouvernement de Falcon a refusé de passer des accords avec la nouvelle structure créée par les artisans. Il ne considère comme interlocutrices que les entreprises privées, alors que celles-ci ne peuvent construire sans les maîtres-artisans.

Diego : « Pourquoi ? Nous savons bien que nous sommes un caillou dans la chaussure des patrons, des entreprises privées, de tous ceux qui dans l’État de Falcon se sont enrichis sur le dos des artisans ». L’option ciment s’est imposée au détriment de la construction en terre – perçue comme désuette- alors même qu’elle est porteuse d’avenir et non pas un héritage dont on devrait se débarrasser.

De fait, plus aucun logement n’a été conçu à partir de la technique de la terre. Coro et La Vela (ville et port) ont poursuivi leur expansion de béton armé et d’acier, alors que comme l’explique Chucho, une maison conçue de terre armée est achevée en 6 mois/1an, et que ses coûts sont moindres. Aucune n’a été construite jusqu’à présent mais avec la consolidation des liens découlant de la structure ayant vu le jour en 2010, l’option de la terre refait surface. Un Conseil Communal a décidé que les locaux de la future station de radio communautaire, seraient entièrement construits avec cette technique traditionnelle. 

Les maîtres-artisans ont l’âge de la fondation de Coro, la doyenne des cités vénézueliennes. Ce sont eux, qui ont édifié et entretenu chacune des maisons et des églises qui la composent : « l’objectif est de changer le discours: passer de la vision des colonisateurs, à la restitution au peuple de ce qui lui appartient, à travers la Révolution. Voir dans les immeubles, le travail des invisibilisés. Voir cet effort collectif, ces mains d’esclaves innombrables qui ont permis la construction d’une ville ».Oscar Arria

Oscar ArriaTelle est la quête de Merlin. La transmission de la technique de la terre s’est faite sans enrichissement quelconque. Les maître-artisans l’expliquent, Chucho par exemple : « on me dit : ceux qui à l’origine étaient ici pour t’aider, eh bien ces manœuvres, ils en savent aujourd’hui plus que toi. Oui. C’est vrai. C’est pour cela qu’on leur transmet notre savoir, pour qu’au final, ils en sachent plus que toi. C’est cela, un maître-artisan. Si je souhaitais qu’ils en sachent moins que moi, quelle sorte de maître-artisan serais-je ? » Ou Lucas : « être maître-artisan, c’est toute ma vie. C’est tout un savoir à léguer, tout l’amour que je ressens au contact de ces maisons. C’est exactement ce que ressentait mon père. Ces maisons, c’était toute sa vie ».

C’est pourquoi, parallèlement à la restauration de la ville, ils ont centré leurs efforts sur la transmission de leurs savoir-faire respectifs. Ils l’ont fait avec les élèves des écoles de la ville (les équipes patrimoniales de la jeunesse) mais aussi avec des jeunes en difficultés, originaires de divers points du Venezuela. Ils se sont également déplacés en plusieurs endroits. Comme à Cumana (Est du pays), où ils ont participé à la restauration des lieux, tout en intervenant face aux étudiants en architecture de l’Université Bolivarienne du Venezuela.

Ils ont remis sur pied la Casa del Sol (« Maison du Soleil ») au cœur du centre historique. C’est ici qu’ils enseignent l’art de préparer la terre, les blocs. Comment couper le bois (toujours à la lune décroissante). Comment construire la maison de terre traditionnelle. Diego insiste sur point : « c’est comme cela qu’on l’appelle. Pas une baraque».

Les dernières années de travail ont permis de jeter des ponts de savoir-faire : on a profité des restaurations de bâtiments pour y adjoindre du matériel moderne, tel que des manteaux imperméabilisants pour les toitures ou l’injection de béton dans les murs porteurs (45 à 60 centimètres de large). En ce qui concerne les maisons de terre proprement dites, les maîtres-artisans considèrent qu’ «il est tout aussi important d’en assurer l’entretien que de les restaurer ».

« La maison de terre est climatologiques : quand il fait chaud à l’extérieur, il fait frais à l’intérieur; et lorsqu’il fait froid dehors, il fait chaud dedans. Pas besoin de recourir à l’air conditionné et aux ventilateurs. Dans ces lieux de vie, tout est naturel » : Diego regarde ces toits recouverts de tuiles artisanales, les murs larges et hauts, les caresse de la main, comprend ces maisons, leur terre, ceux qui l’ont précédé dans la construction.

C’est pourquoi il est crucial de construire de concert avec les habitants des quartiers et des maisons : pour en prendre soin au quotidien, en comprenant les spécificités de la vie et de l’entretien de murs de plus de 300 ans d’âge. C’est ce qui les a faits maîtres de la glèbe, d’un métier, d’une ville qui il y a moins de 70 ans, tenait debout sans un bloc de béton, où les savoirs populaires s’étaient réunis. D’un métier qui porte en lui le futur : une vision du temps propres aux maîtres-artisans s’oppose aux critères des entreprises privées et d’une conception capitaliste des choses et de la vie.Oscar Arria

Oscar ArriaTexte : Marco Teruggi.  Photos: Oscar Arria

Source : http://laculturanuestra.com/?p=1085

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Lara TVe, de la télé communautaire à la télé communale

Willians Sivira, de Lara Tve

Willians Sivira, de Lara Tve

Thierry Deronne : Willians, peux-tu nous expliquer l’origine de Lara Tve, première « télévision communale » du Venezuela ?

William Sivira : je travaille à Lara Tve dans les domaines du montage, de l’enregistrement et de la programmation. Je suis pluridisciplinaire, j’anime des ateliers de sérigraphie dans la communauté. A l’origine, lorsque je me suis rapproché de ce collectif, Lara Tve était pourvue d’une structure traditionnelle, avec son président, son vice-président, etc. Enfin, comme on peut envisager le fonctionnement normal de ce type de structure. Parallèlement je suivais les ateliers de  »Voces urgentes », un collectif de communication populaire qui voulait occuper cet espace, mais n’avait pas beaucoup d’incidence sur les programmes.  »Voces urgentes » apportait bien des reportages, mais la direction n’en faisait qu’à sa tête. Il n’y avait pas de prise en compte des débats émanant du gouvernement de la commune.

Et puis, il y a eu une assemblée de la commune du fait des rumeurs : face au succès de l’organisation communale, la direction s’employait à se débarrasser des équipes en place. La commune a donc décidé d’occuper cet espace. Puis le processus a pris du temps parce que le MINCI (Ministère de l’Information et de la Communication) et Conatel (Commission nationale des Télécommunications) ne comprenaient pas qu’un espace communautaire soit pris en charge par la commune. Cela leur paraissait contradictoire. Au sein de ces institutions, il y a des gens qui ne saisissent pas toujours le sens de la lutte. Ils ne le comprennent pas, parce qu’ils ne font pas partie du pouvoir populaire. Malgré tout, nous sommes allés au fond des choses, on a fait en sorte qu’ils comprennent que le noyau précédent se débrouillait mal. Contrairement aux apparences, ce dernier ne construisait pas un projet communautaire. C’est pourquoi de nouvelles élections ont été organisées. Mais à ce moment, on ne pensait pas créer une entreprise de production sociale, telle qu’elle existe aujourd’hui, même si la commune existait déjà.

comuna-ataroaCe qu’on voulait, c’était faire notre travail et avancer. Pour commencer, on a procédé à un nouvel enregistrement légal de la fondation, avec sa nouvelle direction. Cela s’est fait lentement, parce que l’équipe dirigeante d’avant est tout bonnement partie avec le matériel ! Sans oublier de saboter le transmetteur ! Malgré tout, on a poursuivi notre tâche. Et c’est avec un financement de l’État, que la relance de la télévision a été possible. On a revu les lignes éditoriales. Une nouvelle manière de faire de la télévision est née, s’inspirant clairement du travail de formation qu’a mené l’ANMCLA (organisation de médias alternatifs à l’échelle nationale). Peu à peu, la communauté nouvellement créée a trouvé sa place. Cependant, une partie des camarades a dû partir, ou s’investir dans d’autres activités, par nécessité économique. Certains ont rejoint la presse institutionnelle. Il fallait bien manger, peu de gens sont restés.

Quant à moi, qui ne faisais pas partie encore directement partie de Lara Tve, occupé par mes ateliers de sérigraphie, j’ai décidé de réagir face à cette situation, et d’accroître ma participation en épaulant les deux camarades qui poursuivaient le travail et qui m’ont aidé à me former. J’ai appris d’eux, de manière désintéressée. J’ai assimilé tout ce que je pouvais, convaincu de la justesse de cette lutte. Parce que même sans argent, il faut faire les choses. Être clair. Apprendre, pour enseigner au peuple. La communication est une forme de pouvoir. Il faut transférer ces outils au peuple. Ceci dit, je ne pense pas m’éterniser ici. Non pas parce que cela ne m’intéresse pas, mais parce qu’on passe tous par des cycles. Et il faut que d’autres se forment. Il faut laisser la place aux jeunes, pour passer à autre chose. Nous, en tant qu’adultes on doit retourner à la terre et semer. Tout cela pour qu’ils poursuivent la lutte à leur tour, pendant que ous travaillons pour donner à manger aux jeunes et ainsi maintenir le processus. C’est nécessaire, c’est comme un cycle.

TD : peux-tu nous parler des organisations qui s’articulent autour de Lara Tve ?

William Sivira : dans l’État de Lara, au sein de la communauté et jusque dans le monde entier, on connaît la commune Ataroa. C’est grâce à la radio communautaire  » Crepuscular », et à la station de télévision Lara Tve. On a retracé toutes les étapes menant à la création de la commune. Il y a des archives, les images sur toutes les élections des conseils communaux. Tout cela a été largement diffusé, pour que les gens puissent connaître la nature du processus en cours.lara_tvlogo

Toutefois, vu de l’extérieur, il y a des gens qui pensent que ceux qui font de la télévision, le vivent comme un hobby. Comme s’ils avaient attrapé le virus de la télé. En fait, ils ne se rendent pas compte que c’est un travail au moins aussi conséquent que le maniement d’une truelle. D’ailleurs on a effectivement participé à des activités de construction ! Nous participons aux entreprises de production sociale. La commune est de toutes ces initiatives, elle participe pleinement au processus en cours. Nous avons pris part à des chantiers. Nous avons animé des ateliers. Nous avons formé des gens dans tous les domaines. Il faudrait cependant, que les communautés, les conseils communaux comprennent que la communication est un outil crucial. On l’a bien vu en avril 2002 (date du coup d’État contre le président Chavez), le coup d’État a été co-organisé par les médias. Participer à la télévision communautaire est aussi important que de participer à la gestion populaire de la santé publique.

TD : comment concevez-vous l’économie communale ?

William Sivira : en plus de la télévision et de la radio communautaires, une société de distribution de gaz a été mise sur pied, pour appuyer les familles des communautés de la Caruciena. Une entreprise de transport a vu le jour. Sans parler de la briqueterie communale, qui produit 1000 à 2000 briques par jour. Sa capacité de production est bien plus grande mais avec les problèmes de livraison du ciment et du sable, c’est une lutte incessante et qui est loin d’être terminée, parce qu’il y a une structure bureaucratique qui fait que la bonne réception des matériaux dont on a besoin, est aléatoire. C’est le cas du sable. Parfois on en reçoit, parfois non. Il y a bien une sablière sur le territoire de la commune. On a même été confrontés à des moments où la construction de logements était bloquée, du fait de la pénurie de sable. Le problème est le suivant : la sablière en question appartient à une entreprise privée. C’est une des luttes de la commune depuis un bon bout de temps. Nous souhaitons que cette entreprise soit partie intégrante de la commune, qu’elle se mette au service de toutes les communautés et des conseils communaux.

poligonal_ataroaNous nous heurtons à un autre écueil : le pouvoir de la famille Reyes Reyes (Ndt: Ex-gouverneur bolivarien jusqu’en 2012), avec ses investissements . Au niveau de CorpoLara (Structure publique en charge du développement des États de Lara, Yaracuy et Portuguesa), il y a des membres de la famille de Reyes Reyes qui sont aux commandes, parallèlement à l’ancien propriétaire de la structure privée. De ce fait, ils pilotent les choses entre eux. C’est pour cela, qu’il nous est difficile d’acquérir un réel contrôle territorial de cet espace. Nous sommes en train de voir si au niveau national, on nous accorderait une concession sur cette sablière.

Historiquement, il y a une catégorie de travailleurs qui en vit : les « paleros »(ouvriers qui extraient le sable). Quant il pleut, le sable afflue. Et par conséquent, ils peuvent travailler d’une manière artisanale. Par contre, l’entreprise tirant profit de la sablière entend l’exploiter sur des bases industrielles. Autre problème, puisqu’on sait que l’eau est également issue de ce secteur, la vallée du Turbio. Donc, qui dit poursuite des excavations, dit pollution du cours d’eau. Et c’est toute la communauté qui en pâtit. C’est pour cela que nous voulons prendre le contrôle de la sablière et l’exploiter selon des méthodes exclusivement artisanales, tout en préservant l’environnement. On ne peut pas se permettre de perdre cette source d’eau.

Willians Sivira (gauche)

Willians Sivira (gauche)

TD : et le travail avec les jeunes ?

William Sivira : depuis quelques années déjà, on organise des activités de vacances pour les jeunes. Les camarades ont mis sur pied une véritable entreprise récréative. En plus de cela, depuis quelque temps déjà, on récupère les rebuts de légumes du marché périphérique qui se situe dans le secteur de la Caruciena, pour transformer le tout en engrais. Tous les samedis, on rassemble les restes que le marché rejette -c’est un vrai attrape-mouches- et on le convertit en engrais organique. Tout cela, c’est fait par les jeunes qui s’investissent dans les activités de la station de télévision, de la radio. Ils réalisent également des fresques murales. D’une manière ou d’une autre, ils font œuvre de révolution. Pour en revenir à l’engrais, on est en train de donner forme à une projet qui consiste à mécaniser notre activité . Cela nous permettra de parachever le processus de transformation de cette matière, afin de pouvoir la commercialiser.

Il y a aussi un terrain que quelques camarades sont en train de transformer en parcelle collective (« conuco »). L’obtention de cette parcelle collective, on la doit à un crédit alloué par l’État. A cela il faut ajouter d’autres terrains rachetés. On y trouve un hangar et quelques têtes de bétail. On produit de la viande. Quelques arpents ont été ensemencés. Ils sont occupés par des arbres fruitiers, des plantations productives et des citrouilles. Les participants sont des jeunes aux études ou qui les ont arrêtées. Dans tous les cas, ils ont un lieu de rencontre à leur disposition. On les appuie en leur offrant une formation. La question des semailles, les arbres fruitiers. Il faut penser aux problèmes de sécheresse et aux conditions climatiques. On plante des néfliers, des tamariniers, des avocatiers, des manguiers, des papayers., des arbres à mamones. A partir de 2 ans, ils peuvent se défendre seuls. Cela permettra de passer à autre chose. Nous bénéficierons de l’ombre des arbres. On repère d’autres lieux pour étendre le secteur des plantations. Dans un futur proche, on pourra aussi en faire commerce, puisqu’un jeune arbre, on peut espérer le vendre 100 bolivares. On pourrait aussi planter 100 pousses de tamariniers. Pour cela, on aura besoin de beaucoup d’eau durant les 3 premières années. Cela peut représenter une rentrée d’argent, dont la station de télévision, la radio, pourront profiter. Sans oublier les jeunes qui s’investissent tout à la fois dans les activités télévisuelles et l’entretien de la parcelle collective.

TD : peux-tu nous parler de la programmation de Lara Tve ?

William Sivira : dès la relance de la télévision (https://es-es.facebook.com/LaraTve) avec sa nouvelle équipe de direction, des programmes ont été repris. C’est le cas de  »Reporte en la calle » qui parle des luttes populaires invisibles dans les grands médias:

et de l »’Informativo comunal » qui concerne la construction de la commune dans son ensemble, et qui sort tous les 15 jours :

Quant au programme intitulé  »Por todas nuestras luchas », c’est une synthèse des discussions issues des activités du parlement communal, qui est soumise aux téléspectateurs et aux auditeurs (radio communautaire), tous les mardis ou mercredis. Il est également visible sur YouTube, sur le canal d’Ataroa.

Aujourd’hui, nous produisons un programme réalisé par un étudiant de l’Université Bolivarienne, qui concerne la fabrique de bière industrielle Brahma. C’est une usine qui a été reprise par les travailleurs, les anciens patrons sont partis sans les payer. (1) En ce moment, la production du programme est ralentie pour des raisons d’ordre logistique mais il est maintenu :

Nous proposons également une émission intitulée  »Tiempo de canto ». C’est le collectif  »Jesus Gordo Paez » de l’État de Lara, qui visiblise non pas la musique commerciale mais les vies des groupes de ce que nous appelons la « chanson nécessaire » :

Il faut également prendre en compte, les diverses programmations que nous puisons sur internet, et sur d’autres stations de télévision communautaire, et une co-réalisation avec la chaîne publique Vive dont le titre est  »Agenda popular ». Pour se faire, nous mettons en commun nos dépêches respectives. Il faut ajouter que nous prenons appui sur cette dernière programmation, pour animer un atelier de formation. Pourvus d’une expérience supérieure à la nôtre, les camarades de Vive transmettent ainsi leur savoir à nos propres animateurs. Ceci dit, nous sommes hors antenne depuis 3 ou 4 semaines, parce qu’il nous manque le système d’air conditionné. On a tenté d’en obtenir par le biais de personnes en charge de ces systèmes mais les lourdeurs bureaucratiques sont telles que nous avons décidé de vendre le produit de nos récoltes (légumes) au marché, pour en faire nous-mêmes l’acquisition. Toutefois, si les structures institutionnelles finissent par nous donner ce matériel nous l’accepterons volontiers !

TD : quels sont les problèmes qui ont surgi dans le cadre des activités du collectif, et quelles sont les solutions ?

William Sivira : dans le cadre de l’assemblée, lorsque des décisions sont à prendre, c’est l’opinion majoritaire des adultes -dotés de plus d’expérience et d’une solide formation idéologique- qui prédomine. On ne prend pas suffisamment en considération les projets des jeunes. Il y a comme un choc de points de vue. Par ailleurs, il y a la question pendante de la production. Il en est ainsi parce que nous nous situons en milieu urbain. Par conséquent, nous ne sommes pas des producteurs de produits alimentaires au sens premier du terme. Notre projet prioritaire, c’est la création d’une commune de distribution de produits alimentaires.

0 (1)En ce qui concerne les projets futurs, on aimerait pouvoir obtenir le contrôle de terres se situant sur le territoire de la commune. Ce sont des terrains à vocation agricole que l’on pourrait transformer en champs cultivés. Il y a les questions de délinquance. Je ne parle pas de « voyous ». Je songe aux jeunes gens victimes de la violence du système et qui ont été tenus en marge des projets politiques qui ont déjà vu le jour. Cela motive leurs agissements, comme s’ils étaient tributaires d’un héritage. C’est pourquoi nous cherchons avec les camarades, à créer une interface qui nous permettra de leur donner une formation, de les rapprocher de la communauté sur les bases d’un respect mutuel, tout en tenant compte de leur propre espace de vie. En fait, on va chercher à poursuivre la mise en valeur de ce territoire avec leur concours. On pourrait envisager de créer une lagune artificielle pour les cachamas (poissons d’élevage en eau douce) ou de donner la priorité à une plantation quelconque.

Bon, il y a des gens qui pourraient penser  »ça va être difficile ». Pourtant nous pensons que lorsque ces jeunes verront que l’un des problèmes qui se posent à la communauté est en voie d’être résolu, grâce à nos efforts conjoints; et que l’on va assurer la sécurité alimentaire de notre communauté (car au final, ils sont partie intégrante de la sécurité apportée à la communauté) ils commenceront à voir cette question sous un nouvel angle. Et ils nous considèreront comme leurs alliés. C’est pour toutes ces raisons que nous croyons pouvoir entamer un travail avec eux. D’autres personnes pourraient penser  »bon, on va recourir à la police, à la garde » pour ces camarades. Nous ne pensons pas que cela soit la bonne solution, parce que nous ne les considérons pas comme des délinquants. Nous croyons que ce sont des victimes de la violence sociale. Et que c’est d’une aide dont ils ont besoin.

TD : quel est le modèle télévisuel que défend Lara Tve, et que proposez-vous au sujet de la démocratisation des ondes ?

William Sivira : sur le plan juridique, les télévisions ou radios communautaires sont des « fondations à but non lucratif ». Bien que notre télévision communautaire relève de cette catégorie, on ne fonctionne pas ainsi. Par contre, la gestion antérieure fonctionnait sous ce statut.

Lors des dernières assemblées auxquelles Lara Tve a participé et au regard des propositions de l’ANMCLA- (Association nationale des médias communautaires, libres et alternatifs) nous avons décidé que la station de télévision communautaire devait abandonner son statut actuel et devenir une entreprise de production sociale directe. Parce que c’est le modèle qui correspond à celui de la commune, à l’État communal, et qui entre en résonance avec les paroles du président Chavez :  »La Commune ou Rien ». Chavez a parlé de la sorte parce qu’il en avait assez de changer de ministres, l’un par ici, l’autre par là. Il a dit non, cette manière de faire ne peut pas durer. Cet État, il faut l’abolir au profit de la Commune, de l’auto-gouvernement communal. C’est la raison pour laquelle nous estimons que nous devons relever de la production sociale directe. Et Conatel (Commission nationale des Télécommunications du Venezuela) a du boulot en perspective. Parce qu’elle reproduit la même bureaucratie, elle s’appuie sur le même système qui était en vigueur sous la droite. Dans ce domaine, on n’a pas avancé d’un iota.2_captura_de_pantalla_2015-01-05_a_las_13.11.370On est en train de réactiver le projet de loi sur la communication populaire. Nous avons été partie prenante de ces débats. Un de nos camarades de Lara Tve a soumis le projet de loi à l’Assemblée Nationale, il y a deux ans. En fait, il a été mis en sommeil. La députée Blanca Eekhout a avancé un autre projet de loi dont on n’a pas discuté le contenu au niveau des communautés. C’est celui qui est en vigueur pour le moment. Le nôtre ne paraît pas avoir retenu l’attention des députés, sinon il aurait été adopté. On a l’impression que quelque chose freine là-bas. Il y a quelque temps, on a organisé diverses mobilisations et marches à ce sujet, pour obtenir une visibilité. Les revendications tournent autour de ces chiffres : 50/50.

TD : tu veux dire 50% des ondes radios et des canaux de télévision pour les médias communautaires et 50% pour les médias publics et privés ?

William Sivira : oui. Si nous sommes le gouvernement et si nous savons que la guerre est médiatique, si nous savons que la violence mais aussi une quantité de problèmes auxquels nous sommes confrontés, ont pour origine la guerre des ondes qui est menée, alors nous devons profiter de notre majorité de députés pour légiférer. Les camarades qui siègent à l’Assemblée devraient avancer ce type d’argument, pour que nous puissions engager une véritable révolution, ne pas en rester à une révolution d’apparence.

TD : tu souhaites ajouter quelque chose ?

William Sivira : oui. L’actuelle loi sur la communication populaire, aborde uniquement la question des médias télévisuels et des radios. Alors qu’il y a tout un éventail de communications populaires, telles que celles qui recourent aux tee-shirts, aux affiches, aux arts muraux. Il est donc nécessaire de les inclure au texte de loi. Pourquoi en est-il ainsi ? Rappelons-nous que le muralisme a occupé une place immense dans le cadre de la révolution chilienne. Il en est de même ici, au Venezuela. Il y a une grande quantité d’artistes muralistes qui réalisent un travail important. Même si l’électricité était coupée, les murs eux, continueraient à parler, et la communication se poursuivrait. C’est pourquoi il est fondamental de ne pas oublier tous ces camarades qui exercent ce type d’activité.

Entretien réalisé à Acarigua (Venezuela) le 11 juin 2015

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Dans la Commune Pio Tamayo l’organisation est la clef pour défaire l’inflation.

par Ingrid Navarro Leonet

La Commune Pio Tamayo a réussi à réduire de moitié, le prix de certains articles de base. Les habitants insistent : le peuple organisé doit avancer vers l’autogestion. Il est nécessaire de changer le mode de consommation alimentaire du Venezuelien. Pour cela, il faut raccourcir la chaîne de commercialisation de divers produits, réduire leur prix de vente, et casser la spirale inflationniste.

A Barquisimeto (Lara), les membres de la Commune Jose Pio Tamayo -elle-même constituée de 15 conseils communaux- qui regroupe 30 000 personnes sont conscients de ces enjeux.

Prête à lutter contre « la guerre économique » et l’inflation, l’organisation citoyenne a jeté les bases d’une alliance stratégique, dont les producteurs des zones agricoles avoisinantes, les femmes au foyer et les responsables de quartiers, sont les piliers. Les mécanismes de distribution directe ainsi mis en place, se sont traduits par une réduction de moitié (50%) du prix de certains produits alimentaires. De ce fait, de nouvelles expériences ont pu voir le jour.

La mise en œuvre de cette initiative a favorisé la commercialisation à bas prix de produits tels que la yuca (manioc), le piment rouge, les tomates, citrouilles, potirons, le tubercule d’ocumo, sans oublier le poisson et les poulets.

La communarde Lorena Pena, animatrice du secteur La Antena, affirme avoir mis au point une méthode qui consiste en un recensement -maison par maison- des besoins en nourriture de la population locale. En ce moment, 70% des foyers concernés bénéficient de cette mesure.

Ensuite, en fin de journée, Lorena et ses camarades se réunissent pour faire état de leurs expériences positives et négatives. Ce qui leur permet de peaufiner leur connaissance du terrain, et même d’élaborer de nouvelles recettes pour lesquelles les aliments commercialisés qui ont été choisis, sont utilisés comme matière première. Parmi leurs objectifs, il est par exemple prévu la recherche d’alternatives à des produits tels que la farine de maïs pré-cuite.

Pena : « Ces activités, nous les menons sans l’aide de l’Etat. C’est une initiative qui nous est propre, parce que nous sommes convaincus que c’est la voie à suivre, pour la bonne éducation du consommateur, mais aussi pour briser la situation de dépendance, et s’opposer à la guerre économique. Ceci dit, l’achat régulier des aliments et leur distribution, ce n’est pas une tâche facile ».

Cette femme est devenue communarde, en réponse à l’appel aux organisations populaires lancé par le Président Hugo Chavez. Elle se rappelle d’ailleurs, qu’en 1994 les habitants de La Antena l’ont reçu avec un grand enthousiasme. C’était juste après sa sortie de la prison de Yare. Au moment où il avait décidé de partir à la rencontre du pays.

En ce moment, la Commune anime une campagne pour la réutilisation des sacs en plastique. De plus, la confection de sacs en tissu est à l’ordre du jour. Cela, pour réduire l’impact environnemental.

Témoignages.

José Gomez : « on ne doit pas se borner à lancer des slogans, tels que  »la commune ou rien ». Il doit y avoir une méthodologie qui s’ancre dans le concret ».

Angel Hernandez : « en coopération avec le pouvoir populaire, la zone nord de Barquisimeto n’est pas encore fournie en eau par des canalisations parce que ce service est centralisé ».

Lorena Peña « Ce n’est pas facile de mener le travail communal. Cela implique une lutte permanente pou le bien-être collectif, cela requiert la participation de tous ».

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Pour la terre.

Pour nombre d’entre eux, les conseils communaux constitutifs de la Commune José Pio Tamayo, ont commencé à lutter pour la propriété de la terre. Le Comité des Terres Urbaines fut la première structure à voir le jour.

A l’heure actuelle, les conseils communaux Sapui, Union 1et 1C, Union de la Salle 2, Lanceros, San Antonion 1 et 2, Circulo Obrero, Antena 1,2,3,4 et 5, La Vega et Nuevo Amanecer, forment un tout, et tracent un axe d’est en ouest. (De la Calle 1 jusqu’à l’avenue Las Industrias). Du nord au sud, le périmètre s’étend de la via Ferrea jusqu’à l’avenue Libertador.

A ce jour, 200 personnes représentent les intérêts de la collectivité, à travers les conseils communaux et le Parlement communal. Sans compter le millier de pâtés de maisons organisés, dont les habitants peuvent rapidement se mobilier si les circonstances l’exigent.

Plus productif.

José Miguel Gomez, porte-parole de l’organisation populaire souligne : « nous sommes conscients de la nécessité pour le pays, d’accroître l’activité productive, pour promouvoir, renforcer et consolider le bien-être social ».

Pour se faire, 3 entreprises communales en propriété collective directe ont été fondées: Travailleurs Unis (ex-Brahma) (1), Construction , Génie civil et Transport qui agissent avec des fonds alloués -d’un montant de 23 millions de Bolivars- par le Conseil fédéral de gouvernement et le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes.

En ce qui concerne l’entreprise de construction qui s’appuie sur le programme de La grande Mission Logement Venezuela : on travaille en ce moment sur le remplacement de 120 masures par des logements neufs (auto-construction). Par ailleurs, on s’est donné un objectif qui doit être atteint avant la fin de l’année : plus d’habitat précaire sur le territoire de la Commune.

Dans le cas de « Travailleurs Unis », grâce à un accord passé avec les travailleurs de Brahma et une entreprise de camions-citerne, la distribution d’une quantité substantielle d’eau potable, est quotidiennement assurée. En bénéficient notamment : les centres hospitaliers, la maison d’arrêt d’Uribana et d’autres infrastructures souffrant de carences en matière d’approvisionnement. Car il est prévu que certaines de celles-ci, seraient prochainement transformées en une unité d’emballage (grains), un entrepôt de produits alimentaires, et une fabrique de jus de fruits.

D’autre part, il y a un mois, ils ont instauré un fonds de solidarité destiné à la rénovation de logements, parce que ce type de réparations concernant la réhabilitation des quartiers les plus anciens, « n’entre pas dans les plans de l’Etat ».

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Gomez : « chaque semaine, les intéressés fournissent un apport de 30 bolivars. A ce jour, 400 personnes sont inscrites. C’est une stratégie qui cosiste pour nous à  »fomenter la participation populaire dans les politiques de l’Etat », afin qu’on ne verse pas dans le clientélisme. Car chacun doit pouvoir en bénéficier selon ses besoins ».

En outre, est prévue la création de 2 entreprises communales en propriété collective : santé intégrale et distribution des produits alimentaires. Ils ajoutent que ces deux unités débuteront leurs activités à partir de ressources propres, c’est-à-dire en ayant recours à l’autogestion.

Pour le centre de santé intégrale, ils estiment l’investissement à 4 millions de Bolivars. Le projet ayant trait à la distribution des produits alimentaires est en cours d’élaboration.

La technologie comme alliée.

La Commune JP Tamayo travaille en coordination avec le Système des Entreprises occupées de l’Etat de Lara. Et plus spécifiquement avec Veneagro et Alfarero de Gres. La première s’occupant de volailles (poulets) ; la seconde, de la fabrication de blocs d’argile.

A l’instar de l’ancienne Brahma (ebaptisée « travailleurs unis », la productivité de ces 2 unités est établie selon un plan d’urgence. Ce qui signifie qu’elles ne couvrent que les dépenses liées au personnel.

Alfarero de Gres fabrique 8000 blocs d’argile/jour. Mais elle vise à augmenter la production, pour atteindre le chiffre de 35 000/jour.

Les porte-parole du parlement communal, se sont adressés aux gouvernements national et régional, pour que l’on accélère la délivrance des permis dont ils ont besoin : « Chez Veneagro, nous restons mobilisés, jusqu’à ce que l’on obtienne les autorisations légales et sanitaires nécessaires à l’obtention du  »guide de traçabilité des marchandises et des produits transformés). Ce qui nous permettra d’avancer dans le domaine de l’élevage, de la distribution, et des bénéfices obtenus. Sans oublier la chaîne de fabrication d’aliments pour animaux ».

La Commune Jose Pio Tamayo est également en charge du centre d’information Rafael Chinchilla, inauguré il y 3 ans. Le site dispose de 10 ordinateurs et fonctionne comme une bibliothèque virtuelle pour les recherches. De plus, des ateliers de technique informatique sont organisés, pour que les membres de la communauté puissent se familiariser avec les outils technologiques mis à leur disposition.

Jormi Jimenez, animateur et membre du conseil communal «  Cercle Ouvrier »  explique que les formations ayant trait à la technologie, l’information et la communication (TIC), occupent une bonne place parmi les enseignements dispensés . A cela s’ajoute les cours de réparation et de maintenance des ordinateurs. En outre, le centre s’occupe de la mise à jour des canaimitas (ordinateurs de fabrication venezuelienne) mis à la disposition des jeunes de la zone, et apporte son soutien aux bénéficiaires des diverses Missions.

Le centre d’information est logé dans les locaux de Radio Antena Libre (96.3), partie intégrante de la commune en matière d’organisation communicationnelle. Elle diffuse quotidiennement le programme Amaneciendo en Comunas, qui traite de sujets destinés au plus grand nombre : planification, exploitations, conditions de travail. De plus, la radio rend compte aux auditeurs des progrès réalisés par la Commune dans le domaine de la gestion.

L’info-centre dispose également d’un espace consacré aux femmes, et un autre aux universités, tandis que son programme musical favorise le tamunangue, en tant que patrimoine régional (tradition folklorique, union de 3 cultures : l’indigène, l’espagnole et l’africaine) mais aussi d’autres genres, tels que la salsa.

Antonio Gomez souligne que c’est avec les ressources du Conseil communal que l’émetteur radio a été acquis. Toutefois, il ne manque pas de préciser que la solidarité a joué, puisque la première transmission (5 juillet 2003) s’est faite de La Antena, à l’aide d’équipements prêtés par les radios Crepuscular, et Tamunangue Libre.

« Progressivement, la communauté s’est appropriée cet outil. Aujourd’hui, nous n’hésitons pas à l’appeler  »notre radio ». Car c’est notre instrument en matière de communication. C’est un exemple qui démontre qu’en agissant collectivement, on résout tous les problèmes ».

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La planification est essentielle.

La Commune José Pio Tamayo travaille en conformité avec le Plan Communal 2014-2019, qui a défini les stratégies à déployer et les objectifs à atteindre durant cette période.

Parmi ces derniers, on compte la création de fonds d’épargne autogérés, et de nouvelles entreprises socio-productives.

Pour mener à bien ces réalisations, 6 assemblées communales se sont réunies, sans oublier les tables-rondes qui ont traité de sujets particuliers. La charte de la Commune- qui en présente toutes les potentialités- a servi de base de travail. Le Plan de la Patrie et les dispositions légales concernant la région, ont également été pris en compte. Toutefois, Toni Medina, député et porte-parole du district, en charge de la planification a déclaré que la bataille a été rude. En effet, dans le cas du Venezuela, la documentation ad hoc n’est pas très abondante. « Et celle qui est disponible dans des pays tels que la Colombie et le Chili vise un système bureaucratique et non un État communal ».

Initialement, « les infrastructures existantes, étaient le point fort de la Commune. Cependant, la guerre économique et l’occupation de l’ex entreprise Brahma par les travailleurs, nous ont forcé à nous concentrer davantage sur la question de la production ».

Ceci dit, le porte-parole est également préposé à la mise en adéquation du contenu de la formation pour le Diplôme de Planification Communale, avec la méthodologie préconisée par l’École Nationale de Planification (Caracas).

C’est d’ailleurs en réponse à une demande du Président Nicolas Maduro, que cette tâche consiste à unifier les critères pour l’élaboration et l’adaptation des plans visant à favoriser le développement équitable des Communes et leurs territoires respectifs. T Medina : « Nous avons été parmi les premiers -si ce n’est les premiers- à mener à bien cette mission ».

Note:
(1) Lire (Photos :) Occuper, résister, produire 4 mai 2015

Source : Ingrid Navarro Leonet, Últimas Noticias http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/actualidad/investigacion/video-en-la-comuna-pio-tamayo-la-organizacion-es-c.aspx

Traduction : Jean-Marc del Percio

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