Le gouvernement Maduro inaugure 100 bases de missions socialistes

« Aujourd’hui, nous inaugurons 100 bases de missions socialistes dans 100 localités où vivent les familles populaires, pour servir des milliers d’entre elles, afin que la population sache qu’elle est protégée. Malgré le blocus états-unien nous avons réorganisé ce réseau avec le soutien de la communauté » a expliqué le président Maduro lors d’une évaluation générale avec l’ensemble des ministres concernés, le 10 novembre 2020. « Nous devons gouverner avec le peuple, par le peuple, pour le peuple, c’est ainsi que Chávez l’a conçu« .

Pour accélérer le mouvement face à la détérioration des conditions socio-économiques sous la pression, depuis plusieurs années, de la guerre économique états-unienne, Maduro a également approuvé le budget qui permettra de mener à bien de nouveaux chantiers avec les conseils communaux et les communes avant le 31 décembre. « Nous allons inaugurer 100 autres bases de missions socialistes pour 150000 communautés populaires, nous le ferons malgré le blocus, car c’est comme ça que nous attaquons vraiment la pauvreté. Les grandes missions sociales sont le mécanisme permettant d’atteindre l’égalité, d’éliminer la pauvreté et de maintenir la communication permanente avec la population« , a-t-il précisé.

La base de missions socialistes « Marisela Mendoza de Brito » a été l’une des premières à être inaugurée dans l’État de Miranda : 13 communautés de la municipalité de Charallave en bénéficieront, soit 2026 familles. Dans ce lieu opérera la Mission Barrio Nuevo Barrio Tricolor dont l’objectif est de réparer les maisons ou d’en construire, le Programme de l’accouchement humanisé, les missions sociales éducatives Ribas, Robinson, Foyers de la Patrie et le Mouvement Somos Venezuela.

À San Carlos, dans le secteur de San Ramón, sept nouvelles bases de mission ont été inaugurées, où les patients seront également soignés par la médecine naturelle. Sur place, 1527 familles bénéficieront des services de cette base. De même, la base de missions socialistes « Rosa Inés » a été inaugurée dans le secteur de San Simón, de la municipalité de Maturín (région orientale du pays), pour s’occuper de plus de 3300 familles. La base de mission « Darío Vivas » dans le secteur de Las Majaguas de la municipalité de Juan Germán Roscio activera les espaces éducatifs, la clinique de médecine générale, ainsi que le système « point et cercle » avec un terrain de sport, l’espace préscolaire et Simoncito.

Ces « bases de missions socialistes » sont composées de trois modules à partir desquels sont gérées les missions sociales, programmes publics de protection créés par la Révolution bolivarienne.

En général le premier des modules internes de chaque base sert de logement aux médecins déjà installés dans ces communautés pour y dispenser des soins permanents. Le second est l’espace prévu pour les programmes de formation et les programmes culturels, notamment le Simoncito (enseignement initial), Misión Robinson (alphabétisation), Misión Ribas (enseignement secondaire) et Misión Sucre (enseignement universitaire). Il y a également un espace pour des activités culturelles, des cours, des ateliers, des lectures de groupe, etc. Le troisième module est une clinique de soins primaires dont le personnel est composé de médecins qui vivent dans la communauté. C’est là qu’opèrent les missions Barrio Adentro, le programme de santé de l’État. En bref, il y a trois espaces : le module résidentiel, le module de services et le module éducatif.

Cette campagne de construction de bases a été relancée par le président Nicolas Maduro le 7 juin 2014, après une enquête qui a déterminé qu’il y avait encore 1 500 communautés dans 255 paroisses avec une pauvreté extrême dans le pays.

Plan de relance de la Gran Misión Barrio Nuevo Tricolor

Le président a également ordonné d’accélérer la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (GMBNBT), dont l’objectif est de construire et/ou transformer l’habitat des secteurs populaires au niveau national (cette mission a déjà remis plus de trois millions de logements à très bas prix aux secteurs populaires).

« Je veux un plan spécial pour donner une forte impulsion à cette mission« , a-t-il déclaré depuis le Palais présidentiel, rappelant que « cette mission est un mécanisme pour vaincre la pauvreté et assurer une meilleure qualité de vie » dans le cadre de la lutte gouvernementale contre l’inégalité produite par les sévères restrictions économiques, financières et commerciales imposées depuis 2014 par l’Occident.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/mas-vida/gobierno-entrego-100-nuevas-bases-de-misiones-socialistas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/11/le-gouvernement-maduro-inaugure-100-bases-de-missions-socialistes/

Venezuela: La réponse au Covid-19 pourrait vous surprendre…

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Photo du haut : médecins vénézuéliens effectuant des visites à domicile dans les quartiers populaires de Caracas. Photo du bas: visite de dépistage et formation de la population de la Commune Socialiste de Lidice. Photos de @OrlenysOV et Giuliano Salvatore

Par Leonardo Flores  /  Global Research

Quelques heures après son lancement, plus de 800 Vénézuéliens aux États-Unis se sont inscrits pour un vol d’urgence de Miami à Caracas par le biais d’un site web géré par le gouvernement vénézuélien. Ce vol, offert gratuitement, a été proposé par le président Nicolás Maduro lorsqu’il a appris que 200 Vénézuéliens étaient bloqués aux États-Unis suite à la décision de son gouvernement d’arrêter les vols commerciaux à titre de mesure préventive contre les coronavirus. La promesse d’un vol s’est étendue à deux vols ou plus, car il est apparu clairement que de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis voulaient retourner au Venezuela, mais la situation n’est toujours pas résolue en raison de l’interdiction américaine sur les vols à destination et en provenance du pays.

Ceux qui se fient uniquement aux médias grand public pourraient se demander qui, dans leur bon sens, voudrait quitter les États-Unis pour le Venezuela. Le Time, le Washington PostThe Hill et le Miami Herald, entre autres, ont publié des opinions au cours de la semaine dernière décrivant le Venezuela comme un cauchemar chaotique. Ces médias ont brossé le tableau d’un désastre dû au coronavirus, de l’incompétence du gouvernement et d’une nation au bord de l’effondrement. La réalité de la réponse du Venezuela aux coronavirus n’est pas du tout couverte par les médias mainstream.

De plus, ce que chacun de ces articles résume, c’est le dommage causé par les sanctions de l’administration Trump, qui a dévasté l’économie et le système de santé bien avant la pandémie de coronavirus. Ces sanctions ont appauvri des millions de Vénézuéliens et ont eu un impact négatif sur des infrastructures vitales, comme la production d’électricité. Le Venezuela est empêché d’importer des pièces de rechange pour ses centrales électriques et les pannes qui en résultent interrompent les services d’eau qui dépendent des pompes électriques. Ces problèmes, ainsi que des dizaines d’autres implications de la guerre hybride contre le Venezuela, ont provoqué une baisse générale des indicateurs de santé, entraînant 100 000 décès à la suite des sanctions.

En ce qui concerne les coronavirus en particulier, les sanctions augmentent le coût des kits de dépistage et des fournitures médicales, et interdisent au gouvernement vénézuélien d’acheter du matériel médical aux États-Unis (et dans de nombreux pays européens). Ces obstacles semblent placer le Venezuela sur la voie du pire des scénarios, comme l’Iran (également frappé par les sanctions) ou l’Italie (frappée par l’austérité et le néolibéralisme). Contrairement à ces deux pays, le Venezuela a pris très tôt des mesures décisives pour faire face à la pandémie.

Grâce à ces mesures et à d’autres facteurs, le Venezuela se trouve actuellement dans son meilleur scénario. Au moment où nous écrivons ces lignes, 11 jours après le premier cas confirmé de coronavirus, le pays compte 86 personnes infectées, avec 0 décès. Ses voisins n’ont pas fait aussi bien : Le Brésil compte 1 924 cas avec 34 décès ; l’Équateur 981 et 18 ; le Chili 746 et 2 ; le Pérou 395 et 5 ; le Mexique 367 et 4 ; la Colombie 306 et 3 (à l’exception du Mexique, ces gouvernements ont tous participé et contribué activement aux efforts de changement de régime menés par les États-Unis au Venezuela). Pourquoi le Venezuela fait-il beaucoup mieux que les autres pays de la région ? (1)

Les sceptiques prétendront que le gouvernement Maduro cache des chiffres et des décès, qu’il n’y a pas assez de tests, pas assez de médicaments, pas assez de talents pour faire face de manière adéquate à une pandémie. Mais voici les faits :

Premièrement, la solidarité internationale a joué un rôle inestimable pour permettre au gouvernement de relever le défi. La Chine a envoyé des kits de diagnostic de coronavirus qui permettront de tester 320 000 Vénézuéliens, en plus d’une équipe d’experts et de tonnes de fournitures. Cuba a envoyé 130 médecins et 10 000 doses d’interféron alfa-2b, un médicament qui a fait ses preuves en aidant les patients atteints de COVID-19 à se rétablir. La Russieenvoyé le premier de plusieurs envois de matériel et de kits médicaux. Ces trois pays, que la politique étrangère américaine qualifie régulièrement de malfaisants, offrent leur solidarité et leur soutien matériel. Les États-Unis offrent davantage de sanctions et le FMI, dont on sait qu’il est sous contrôle américain, a rejeté une demande vénézuélienne de 5 milliards de dollars de financement d’urgence que même l’Union européenne soutient.

Deuxièmement, le gouvernement a rapidement mis en œuvre un plan pour contenir la propagation de la maladie. Le 12 mars, un jour avant les premiers cas confirmés, le président Maduro a décrété l’urgence sanitaire, a interdit aux foules de se rassembler et a annulé les vols en provenance d’Europe et de Colombie. Le 13 mars, premier jour, deux Vénézuéliens ont été testés positifs ; le gouvernement a annulé les cours, a commencé à exiger le port de masques dans le métro et à la frontière, a fermé les théâtres, les bars et les boîtes de nuit, et a limité les restaurants à emporter ou à livrer. Il convient de répéter que c’était le premier jour où un cas a été confirmé ; de nombreux États américains n’ont pas encore pris ces mesures. Au quatrième jour, une quarantaine nationale a été mise en place (équivalent à des ordonnances de confinement) et un portail en ligne appelé « Plan pour la Patrie » a été réorienté pour enquêter sur les cas potentiels de COVID-19. Au huitième jour, 42 personnes étaient infectées et environ 90 % de la population se conformait à la quarantaine. Au onzième jour, plus de 12,2 millions de personnes avaient répondu à l’enquête, plus de 20 000 personnes ayant déclaré être malades ont reçu la visite de professionnels de la santé à leur domicile et 145 personnes ont été orientées vers un test de dépistage du coronavirus. Le gouvernement estime que sans ces mesures, le Venezuela compterait 3 000 personnes infectées et un nombre élevé de décès.

Troisièmement, le peuple vénézuélien était en mesure de faire face à une crise. Au cours des 7 dernières années, le Venezuela a vécu la mort d’un leader très populaire, de violentes manifestations de droite, une guerre économique caractérisée par des pénuries et une hyperinflation, des sanctions qui ont détruit l’économie, un coup d’État en cours, des tentatives d’insurrections militaires, des attaques contre les services publics, des coupures de courant, des migrations massives et des menaces d’action militaire américaine. Le coronavirus est un défi d’un autre genre, mais les crises précédentes ont instillé une résilience chez le peuple vénézuélien et renforcé la solidarité au sein des communautés. Il n’y a pas de panique dans les rues ; au contraire, les gens sont calmes et suivent les protocoles de santé.

Quatrièmement, l’organisation de masse et la priorité donnée aux personnes avant tout. Les communes et les communautés organisées ont pris les devants, en produisant des masques, en maintenant le système d’approvisionnement alimentaire CLAP en marche (ce paquet alimentaire mensuel atteint 7 millions de familles), en facilitant les visites de médecins dans chaque maison et en encourageant l’utilisation des masques en public. Plus de 12 000 étudiants en médecine en dernière ou avant-dernière année d’études ont demandé à être formés aux visites à domicile. Pour sa part, l’administration Maduro a suspendu le paiement des loyers, a instauré un gel des licenciements à l’échelle nationale, a accordé des primes aux travailleurs, a interdit aux télécoms de couper le téléphone ou l’internet des gens, a conclu un accord avec les chaînes hôtelières pour fournir 4 000 lits au cas où la crise s’aggraverait, et s’est engagée à payer les salaires des employés des petites et moyennes entreprises. En pleine crise de santé publique – aggravée par une crise économique et des sanctions – la réponse du Venezuela a été de garantir la nourriture, de fournir des soins de santé gratuits et des tests de dépistage à grande échelle, et d’alléger encore la pression économique sur la classe ouvrière.

Le gouvernement américain n’a pas répondu à la demande de l’administration Maduro de faire une exception pour Conviasa Airlines, la compagnie aérienne nationale sous sanctions, afin de ramener à Caracas les Vénézuéliens bloqués aux États-Unis. Étant donné tout ce qui se passe aux États-Unis, où le traitement par COVID-19 peut coûter près de 35 000 dollars et où le gouvernement pèse la possibilité de donner la priorité à l’économie sur la vie des gens, peut-être que ces Vénézuéliens qui attendent de rentrer chez eux comprennent que leurs chances de survivre au coronavirus – tant physiquement qu’économiquement – sont bien meilleures dans un pays qui privilégie la santé aux profits.

(1) au 29 mars, les chiffres de contagion dans la plupart des pays mentionnés par Leonardo Flores ont fortement cru, alors que le Venezuela réussit toujours à « aplatir la courbe » de la progression. On y compte en effet 10 nouveaux cas de Covid-19, ce qui porte à 129 le nombre de patient(e)s atteint(e)s du virus. 87 patient(e)s restent sous surveillance médicale. 3 personnes sont malheureusement décédées mais 39 se sont rétabli(e)s. Près de 20.000 professionnel(le)s de la santé sont déployé(e)s dans tout le pays pour suivre les cas qui ont répondu à l’enquête en ligne du gouvernement. (Note de Venezuelainfos)

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Les étudiants en médecine communautaire intégrale, de la promotion « Helenira Resende », de l’Ecole de Médecine Latino-Américaine (Elam), au Venezuela, ont effectué une autre cycle de visites de dépistage du Covid-19 dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, auprès de la population d’une des zones les plus nécessiteuses de Caracas.
La promotion formée par les jeunes issus des unités productives rurales du Mouvement des Sans Terre ont recueilli les données sur le Covid-19 et répondu aux habitant(e)s qui restent confiné(e)s chez eux en cette période de quarantaine nationale.

Traduction: Bernard Tornare

Source en anglais

Leonardo Flores est un expert politique latino-américain et militant de CODEPINK.

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d’en mentionner  le traducteur, l’auteur et le blog Hugo Chavez.

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Première du documentaire « Temps de lutte » en France

Nous vous invitons à découvrir notre documentaire « Temps de lutte » sur l’épopée de la construction d’une commune populaire au Venezuela ! Avant-première au Laboratoire International pour l’Habitat Populaire le samedi 7 mars à 17 heures, 25A, rue Jean Jaurès, 93200 Saint-Denis. Pour y aller en bus ou en métro: https://www.lihp.info/contact

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Le documentaire sera également présenté le jeudi 19 mars à 18 heures au Cinéma Jean Eustache, dans le cadre du Festival « Rencontres du cinéma latino-américain » à Bordeaux : http://www.lesrencontreslatino.org/index.php/es/inicio/

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Pour en savoir plus sur la genèse du documentaire : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/12/10/la-revolution-ne-sera-pas-televisee-episode-5-418-le-venezuela-quon-ne-voit-pas-entre-dans-la-lumiere-par-marco-teruggi/

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« Temps de lutte », le nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

On sait pourquoi le gouvernement mondial des médias a creusé un abîme entre la réalité du Venezuela et son image. Encore faut-il pouvoir ressourcer notre conscience au réel. “Temps de lutte” nous fait entrer au coeur d’une démocratie participative que la plupart des journalistes ont substituée par “la-dictature-de-Maduro”.

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les réalisateurs de ce documentaire dense et imposant de 90 minutes, Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son), se sont immergés pendant un an dans un “barrio”. Un de ces quartiers populaires où vit la majorité des vénézuélien(ne)s, invisibilisés par les grands médias depuis vingt ans en tant que base sociale de la révolution. Ils y ont suivi sept conseils communaux qui, face à la guerre économique impériale, prennent en main la santé, le transport, l’approvisionnement, et surmontent mille et une difficultés pour s’organiser en commune. Au départ, les auteurs voulaient étudier le lien possible entre luttes paysannes et approvisionnement de Caracas. Ils ont fini par se marier pour une année avec cette organisation populaire dans ses doutes, ses rires, ses conflits, ses chutes et ses nouveaux départs. Le personnage principal du film, ce sont comme souvent au Venezuela, les femmes.

Temps de lutte” est le contraire d’une vitrine. Il refuse la colonisation des images par la voix off. Le montage associe le local et le global, le passé et le futur, l’individu et le groupe, laissant le spectateur libre de sa lecture. Croire dans le documentaire, c’est aussi croire dans le droit des sujets d’une Histoire de transmettre une expérience qui peut nous aider dans nos propres processus de transformation.

Durée: 90 minutes. HD. Sous-titres français. Coproduction: Commune Socialiste « Altos de Lidice »/EPLACITE. Venezuela janvier 2020.

Ci-dessous: première du film au Théâtre Principal de Caracas, le 12 décembre 2019, en présence des communard(e)s. Photos: Yrleana Gomez.

Ci-dessous: photogrammes tirés du documentaire « Temps de lutte« .

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« La révolution ne sera pas télévisée », épisode 5.418 ? Le Vénézuéla qu’on ne voit pas entre dans la lumière, par Marco Teruggi

Photo © Sputnik / Marco Teruggi

Reportage de , Caracas, 10 décembre 2019

Deux cinéastes se sont immergés pendant une année dans un quartier populaire de Caracas pour montrer comment s’organise une commune. Le résultat sort enfin sur les écrans avec la première à Caracas de “Temps de lutte, actions d’une commune”, un documentaire pour rompre les mythes et nous ouvrir à la réalité populaire de Caracas.

Il y a un lieu très digne dans le monde. Il s’appelle Altos de Lidice” raconte à Sputnik Víctor Hugo Rivera, preneur de son de ce documentaire sur la Commune Socialiste Altos de Lídice, qui sera projeté en avant-première au théâtre principal de Caracas, ce 12 décembre à 17 h. 30.

L’oeuvre est le produit d’un an de travail. “Nous nous étions rapprochés dans le but de faire un reportage sur les semailles, nous avons pris conscience de tout un mouvement qui nous a fait dire : “cela doit donner quelque chose de plus”, et nous sommes restés un an” explique Jesús Reyes, qui a créé l’image et l’a montée, à Sputnik. Les semailles sont une des nombreuses activités liées à l’approvisionnement impulsées par la Commune d’Altos de Lidice, sur les hauteurs de cette colline qui jouxte le parc national Waraira Repano, au nord de Caracas.

Rivera et Reyes se présentent comme “inspirés par la philosophie de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre”, fondée comme projet social en 1995, à Maracay. Ces deux réalisateurs proviennent eux-mêmes de quartiers populaires de Caracas, ce que souligne Reyes: “Nous ne sommes pas des agents externes à l’environnement et à l’espace; nous avons conçu la réalisation audio-visuelle sur la base de la fraternité et de l’empathie”.

Que les gens se voient

Víctor Hugo Rivera y Jesús Reyes, réalisateurs du documentaire “Temps de lutte, actions d’une commune” © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

La force qui nous a poussés à réaliser le documentaire, c’est que les gens se voient et que cette vision s’opère par une réalisation audiovisuelle digne” dit Reyes assis dans une rue du quartier des Altos de Lídice. De là-haut on voit le quartier descendre jusqu’à l’avenue principale: là où commence le secteur du “23 de Enero”, un des lieux les plus emblématiques de la Caracas chaviste.

Cette recherche a empreint l’ensemble du tournage du documentaire. Il a supposé de rompre avec un regard présent dans de nombreux documentaires réalisés sur les quartiers populaires, dont le regard se centre sur ce que le cinéaste résume comme “des rues détruites, des briques rouges, des murs en ruine, des espaces pleins d’ordures” qui restent pour beaucoup la représentation visuelle de la pauvreté.

Notre relation avec l’espace part d’une autre sensibilité et cette sensibilité naît en nous parce que nous sommes du barrio. Dans le cinéma commercial la représentation du quartier populaire est le lieu des voyous, des putes, de la drogue, il ne s’agit pas de ça: le quartier a un potentiel infini, le documentaire éclaire cette dimension” explique Reyes.

L’objectif était différent dès le début: montrer les habitants dans leur mouvement quotidien de construction de leur organisation populaire, de leur commune. Pour réussir cela, il était nécessaire de s’immerger, de partager, de construire les images depuis le quotidien, de son rythme et de ses dynamiques.

Nous travaillons sur la base de l’esthétique de la dignité, du respect des gens, du refus d’exploiter la pauvreté ou les espaces. Le point de vue du cinéma direct nous donne l’avantage de ne pas intervenir dans l’espace des personnes, il n’y a pas de poses dans le documentaire; les portraits sont pris sans que les personnes ne s’en rendent comptent, d’où leur force d’authenticité” souligne-t-il.

Qu’est-ce qu’une commune ?

Espace récupéré par la Commune Socialiste Altos de Lídice, Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le documentaire dure une heure et demie. Tout au long de cette durée on peut voir, selon les réalisateurs, comme est menée la construction de la Commune Socialiste Altos de Lídice. Et pas par une explication narrée en off, mais par la visibilisation des mouvements propres aux habitant(e)s: actions, dialogues, débats entre eux.

Nous faisons le portrait du processus. Tu vois les gens au travail pour le bien-être social de chacun des conseils communaux et s’assurant du bien-être des aïeux, des enfants, depuis la pharmacie communale, l’éducation, les services, le transport” précise Reyes.

Temps de lutte, actions d’une commune montre la dynamique intérieure. La caméra pénètre au coeur de la construction d’une commune: ses assemblées quotidiennes, ses planifications d’activités, leur réalisation. “Toutes les fins de semaine il y a une activité, tous les jours quelque chose se passe, c’est comme un volcan sans fin, ce que nous avons fait c’est en tirer le meilleur portrait possible” ajoute le réalisateur.

D’où un double défi. D’une part, raconter l’expérience d’une commune ce qui signifie s’immerger dans une des formes d’organisation populaire nouvelles, créées par la Révolution Bolivarienne. D’autre part, le faire sans compter beaucoup d’antécédents à l’intérieur du pays: ce documentaire n’est que le quatrième depuis que les communes ont commencé à se former dans le pays depuis 10 ans.

Le point de vue est d’exposer le bon, le difficile, les contradictions qui selon Reyes “font que le processus avance et se maintienne. Nous ne brossons pas le “magique et le merveilleux”.

Le son du barrio

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les barrios (quartiers populaires) de Caracas, avec leur musique, leur vitesse et leurs zones de calmes, tissent un temps caraïbe et populaire à chaque coin de rue. La Commune Socialiste Altos de Lídice, immergée dans cet espace, respirent ce temps dans ses rues, ses conversations, ses activités.

Ce rythme de vie est un rythme de transformation politique, s’il y a des élections on a de la salsa à plein volume, un bouillonnement citoyen, les grandes soupes collectives, tout ça. Ces actions sont entrées dans le tournage, on a intégré la salsa populaire, les cris des gens, leur organisation, pas de mise en scène ou d’intervention du réalisateur en ce sens. Nous respectons l’espace et le son des habitants” soutient Rivera.

Ce rythme a donné lieu à ce qu’il appelle “une bande sonore propre aux Altos de Lídice” qui donne au documentaire son timbre particulier.

Le portrait du quartier devient alors celui d’un quartier populaire de Caracas en processus soutenu d’organisation. Il s’agit d’une des réalités invisibilisées par la majorité des grands médias internationaux qui construisent l’image d’une Caracas dévorée par la pauvreté, la violence et l’abandon de l’Etat.

Ce documentaire ouvre la porte de la réalité d’une colline filmée par ceux qui font partie de ces secteurs populaires, et permet de comprendre ce que signifie le chavisme pour les gens pauvres. Parce que la commune ne s’explique pas sans la révolution et que la révolution ne peut se comprendre sans prendre en compte les milliers de personnes qui jour après jour construisent des solutions collectives.

Nous allons offrir une autre information à la communauté internationale : le Venezuela lutte de manière digne, sans besoin de pleurer, sans besoin de mendier, depuis sa propre dynamique, sachant que seul le peuple sauve le peuple et que c’est le travail collectif qui compte” conclut Reyes.

M.T.

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201912101089583790-la-revolucion-no-sera-televisada-parte-5418-otra-venezuela-que-no-ves-sale-a-la-luz/

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

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« Commune Las Lomas. Les raisons d’un peuple » (Terra TV)

Terra TV transmet depuis Villa Nueva dans l’état de Lara, Venezuela. Dans ce deuxième épisode de la chronique communale de Betzany Guedez, le collectif révolutionnaire Argelia Lara raconte comment il s’est organisé pour mener à bien le sauvetage des terres abandonnées par des entreprises publiques ou des propriétaires privés. Il appelle à mettre fin aux intimidations de pouvoirs régionaux afin de pouvoir travailler pleinement en vertu de la Loi des Terres et pour la souveraineté alimentaire du Venezuela.

Montage : Miguel Escalona. Durée: 17 minutes. Production: Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela, novembre 2019.

Le champ médiatique qui surplombe aujourd’hui les champs universitaire et journalistique, fixe les obligations de recherche ou de réponse. Le temps médiatique a peu à peu remplacé le temps politique, menant la majorité des occidentaux a une inintelligence du monde. Nous sommes responsables de n’avoir jamais voulu démocratiser la propriété des médias, ni défendre et multiplier un authentique service public, ni protéger un enseignement journalistique des forces du marché, ni repenser une autre forme de “réseaux sociaux”. Le temps de l’Histoire, celui des peuples, continue.

Répondre sans cesse aux mensonges chaque jour plus grotesques du champ médiatique durera des siècles si nous ne construisons une hégémonie de médias au service des citoyens face à celle, actuelle, de grands groupes privés et de leurs actionnaires, bref : si nous ne sommes pas capables de développer notre propre agenda. La tactique doit céder le pas à la stratégie. Le journaliste ou le militant ne peut que rester en surface s’il ne s’immerge pas dans la pensée populaire. C’est-à-dire s’il ne récupère pas le temps perdu qui seul permet de cultiver la relation morale avec l’Autre social comme base de l’information. Être sur un pied d’égalité avec l’Autre, loin du marché thématique qui pousse subtilement à gommer l’Histoire pour individualiser des « objets humains ».

Prendre ce temps, c’est ce que fait Betzany Guedez , réalisatrice et formatrice de Terra TV, dans cette commune vénézuélienne née sur les hautes collines d’une ancienne “corporation publique du café” si mal gérée que les paysan(ne)s ont décidé de se l’approprier, en vertu de la Loi des Terres. Les médias privés les traitent d’envahisseurs pendant que les mafias agraires utilisent des corps régionaux de sécurité pour les intimider et les chasser de leurs terres. Les mots d’un paysan donnent une belle définition de ce que serait un média au service du peuple : “notre but est de produire des aliments pour satisfaire les besoins de la population la plus proche”.

Photos ci-dessous : pendant ce temps, à un autre bout du pays, dans l’état de Barinas, Betzany Guedez et Jorge Henriquez de TERRA TV donnent un atelier de réalisation aux étudiant(e)s autogestionnaires de l’Institut Agroécologique Latino-américain “Paulo Freire” (IALA). Ce futur noyau de production audiovisuelle est une réponse à leur demande de visibiliser toutes leurs activités et tous leurs efforts pour maintenir l’école en vie.

T.D. Caracas 13 novembre 2019

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S’insurger en temps de guerre, par Pasqualina Curcio

L’économiste et universitaire vénézuélienne Pasqualina Curcio. Professeure titulaire (Université Simón Bolívar). Économiste (UCV). Master en Public Policies (IESA). Docteure en sciences politiques (USB).

Voyons en face la dimension de la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Cela fait 7 ans que les monopoles transnationaux et nationaux nous font faire des files d’attente et courir d’un lieu à l’autre pour obtenir des biens vitaux (nourriture, médicaments et produits d’hygiène). Notre monnaie, le Bolivar, a été attaquée à hauteur de… 29.862.393.456 % : en 2012 le taux de change était de 8,69 BsF/US$, aujourd’hui les sites comme DolarToday, sans base économique, pures créations politiques et guerrières, marquent 2.595.042.000 BsF/US$ et produisent la hausse incessante des prix depuis 2013.

Cette guerre, sans précédent historique en raison de ses dimensions, a débuté en 1999 et s’est intensifiée en 2013. Le peuple vénézuélien n’a pas seulement résisté, il a choisi de s’insurger héroïquement. Un phénomène inexplicable pour Donald Trump et ses conseillers, au point que John Bolton a perdu son emploi.

Nous, les Vénézuéliens, avons fait quelque chose que l’impérialisme américain ne peut déchiffrer.

Les leçons de la guerre. Ceci est une lutte de classes : ce qui paraissait autrefois une rhétorique se vit aujourd’hui au jour le jour. Il est clair qu’il y lutte de classe quand, dans le circuit des marchés privés, la relation entre le salaire, le prix et le profit (telle qu’élaborée par Marx) devient une caricature. L’augmentation accélérée et disproportionnée des prix, conséquence de l’attaque sur la monnaie et de la logique du marché capitaliste, fait chuter le salaire réel, au point que le travailleur ne parvient pas à couvrir ses besoins matériels. L’ouvrier qui fait du pain et reçoit un salaire de 40.000 BsS/mois, soit un peu plus de 1.000 BsS/jour, ne peut même pas acquérir l’un des dizaines de pains qu’il fait cuire chaque jour. Le prix de chaque pain est de 10 000 BsS. La différence se situe au niveau du bénéfice.

Le mythe de l’inefficacité de l’État. Imaginez qu’en ces temps de guerre, nous n’ayons pas un système national de santé publique qui desserve 85 % de la population (au-delà des carences qui le caractérisent). Imaginez qu’il n’y ait pas de plan d’immunisation qui garantisse, de la part du public, une couverture vaccinale supérieure à 90 %.

Imaginons que la seule option soit d’acheter des vaccins pour nos enfants en dollars, comme on nous le demande chez les médecins du privé. En ces temps de guerre, où est donc le fameux secteur privé « efficace » ? Combien de personnes se rendent dans les cliniques privées et à quel prix, et quel est le montant couvert par les assureurs ? D’où proviennent les réponses apportées aux populations, du circuit public ou du circuit privé ?

Imaginons qu’il n’y ait pas d’écoles publiques, de lycées ni d’universités qui accueillent 90% de nos enfants et de nos jeunes et que ce soient les écoles privées et les universités privées qui, en ces temps de guerre, garantissent l’accès à l’éducation ? Poursuivons l’exercice de l’imagination et supposons qu’en ces temps de guerre, le programme d’alimentation scolaire n’existe pas. Imaginons Caracas sans métro. Imaginez des familles sans Comités Locaux d’Approvisionnement et Production.

En termes d’activité industrielle et commerciale, 98,71% et 99,87% appartiennent respectivement au secteur privé. Le secteur public ne produit pas de farine de maïs précuite, de riz, de pâtes, d’huile, d’huile, de margarine, de papier hygiénique, de dentifrice ou de médicaments; le circuit privé le fait, surtout les multinationales qui, dans le cadre de cette guerre, se plaignent depuis sept ans et exigent de l’État des devises étrangères bon marché afin de remplir leur responsabilité d’approvisionnement du peuple vénézuélien.

Dans ce scénario, qui sont les plus efficaces, l’État qui génère 98% des devises étrangères du pays ou les entreprises privées qui n’exportent même pas 2% de leur produits ? Le gouvernement qui fournit des services de santé et d’éducation à plus de 85% de la population, ou les grandes entreprises privées qui n’attendent que des devises étrangères bon marché ?

L’occasion en or : Ce n’est qu’en renforçant le circuit public, collectif, étatique et communal que nous vaincrons la guerre économique. Il est temps d’avancer dans la construction du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Tomber dans le piège monétariste et décapitaliser l’administration publique au motif que l’argent ne peut être émis parce qu’il est la cause de l’inflation revient à épouser la stratégie de l’ennemi. En temps de guerre, lorsque les salaires se détériorent à la suite d’attaques contre la monnaie, il est essentiel de renforcer le circuit public et communal. C’est la seule garantie d’accès à des biens vitaux de la part de la population et, ce faisant, nous construisons le socialisme du XXIe siècle. En 2003, face au lock-out général du lobby pétrolier, la stratégie de Chávez fut de fortifier le secteur public.

Imaginons cette guerre sans les missions sociales. Et c’est que nous sommes organisés ! Malgré toutes les tentatives de déstabilisation, de démoralisation et de démobilisation menées par l’impérialisme, le peuple vénézuélien s’insurge dans cette guerre d’une manière consciente et organisée. Sur le territoire, dans la commune, nous nous formons, nous informons, nous communiquons, nous apprenons, nous inventons, nous résolvons et nous mobilisons. Nous sommes organisés dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, dans les unités de combat Bolívar Chávez, dans les milices, dans les conseils communaux, dans les conseils productifs ouvriers, dans les comités de santé, dans les missions, dans l’organisation nationale féminine UNaMujer, etc.

Les blessures de cette guerre sont profondes et aussi très douloureuses, mais le peuple vénézuélien a tout enduré et a résisté en s’insurgeant.

L’échec du modèle socialiste ? Les médias et les leaders d’opinion de droite disent que la cause de ce que nous, les Vénézuéliens, vivons aujourd’hui est l’échec du modèle socialiste. Échec pour qui ? Entre 1980 et 1998, dans le cadre du modèle capitaliste néolibéral, l’économie a progressé de 52% et l’extrême pauvreté de 132%. Entre 1999 et 2015, à partir de la révolution bolivarienne, l’économie a connu une croissance de 43% et la pauvreté a diminué de 56% malgré le siège, la guerre économique et le sabotage auxquels les Vénézuéliens sont confrontés depuis 1999. Le Venezuela reste le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine.

Pasqualina Curcio

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/economia/abre-brecha-insurgiendo-en-tiempos-de-guerra/

Traduction: Thierry Deronne

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Comment distribuer le gaz bon marché dans les quartiers populaires ? Du sentiment d’appartenance collective de certaines entreprises au Venezuela

Au Venezuela certaines communautés populaires organisées ont créé et gèrent totalement leurs entreprises. L’une d’elles se charge de l’approvisionnement en gaz d’un vaste quartier populaire du sud de Caracas. Marco Teruggi a rencontré ces citoyen(ne)s dont l’expérience incarne l’enjeu fondamental du chavisme.

« Qui est prêt à affronter Trump?« . Tou(te)s lèvent la main. César Negrín, délégué de l’Entreprise de Propriété Sociale directe de gaz d’Antímano, pose la question en pleine assemblée organisée pour débattre du fonctionnement de l’E.P.S. Il relie les différents éléments du puzzle: la bataille pour le gaz, les prix, la situation de guerre, le président états-unien.

Délégué d’un conseil communal à l’entrée du dépôt de bonbonnes où on voit le tableau des contributions apportées par chacun(e) des voisin(e)s, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque mercredi, l’assemblée réunit les membres de l’Entreprise de Production Sociale Directe avec les délégué(e)s des 106 conseils communaux auxquels l’entreprise fournit le gaz. Chaque conseil communal est un espace organisé à l’intérieur du quartier, et couvre en moyenne près de 350 familles.

Du total des 106 conseils communaux, quelques 80 participent activement chaque mercredi à l’organisation de l’EPS. C’est l’espace vital pour veiller au bon fonctionnement: « le primordial est le bon fonctionnement, ensuite nous allons à la bataille, puis nous nous réunissons pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas marché » explique Negrín.

En réalité cette bataille en recouvre de nombreuses: collecter les bonbonnes de gaz, les remplir, les redistribuer aux habitant(e)s des hauteurs populaires où se trouvent les conseils communaux ravitaillés par l’EPS. Ces quartiers populaires sont très haut perchés, traversés de rues escarpées. D’ici, à Carapita, depuis tout en haut, on aperçoit l’ensemble du quartier, le centre de la ville et tout au fond, la cordillère du Waraira Repano qui sépare la cité de la mer caraïbe.

« Nous devons avoir un sentiment d’appartenance collective des moyens de production, les camions de l’entreprise appartiennent à tous les conseils communaux » poursuit Negrín. La formule a produit ses résultats.

La naissance

« Nous nous sommes réunis à plusieurs leaders de quartiers, de ceux et celles qui mènent la lutte ici, pour chercher des idées et tenter de résoudre ces problèmes et donner une forme à l’entreprise que nous voulions monter« . C’est ainsi qu’a commencé le projet de l’E.P.S, raconte Sonia Fernández, membre de l’entreprise.

Camion de l’entreprise de propriété sociale directe communale de gaz d’Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Plusieurs conseils communaux ont commencé à s’auto-organiser en février 2014, d’abord en fonction des urgences de l’heure, qui étaient d’inspecter les prix et les magasins. Ensuite est née l’idée de de construire une entreprise de propriété sociale avec l’aide de tou(te)s.

La décision de la consacrer à la distribution communale du gaz est liée, en plus des besoins concrets des quartiers populaires, à une politique gouvernementale de transférer ces compétences aux communautés organisées. Les entreprises de gaz communal ont alors fait partie du plan général de la révolution bolivarienne.

Deux ans se sont écoulés entre la proposition de créer l’EPS de la part des conseils communaux de Carapita et sa réalisation. « Nous avions la foi et la volonté de le faire, mais l’Etat était celui qui disposait des fonds pour acheter les camions » explique Sonia.

Assemblée de propriété sociale directe communale de gaz d’Antimano et des conseils communaux, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Finalement, le 28 de novembre 2016, l’EPS directe de gaz d’Antimano a été inaugurée. Elle a été dotée de trois camions, avec la capacité de charger 230 bonbonnes de gaz chacun. La structure organisative s’est incarnée dans les comités de planification, d’administration, de communication, de contrôle social. Le mercredi a été choisi comme jour d’assemblée conjointe de l’EPS et des conseils communaux.

« L’entreprise de propriété sociale directe fonctionne tant qu’existe l’orientation de l’organisation populaire, de la participation, sinon elle ne serait pas dirigée par la population, avec ses suggestions et ses besoins. Les habitant(e)s sont celles et ceux qui connaissent les problématiques, font les propositions et donnent des réponses à leurs propres besoins » précise Negrín.

Une entreprise de propriété sociale directe ?

Le camion, chargé de centaines de bonbonnes entassées, grimpe par les rues des quartiers où vont et viennent les motard(e)s, conversent les habitant(e)s sous un soleil de midi vertical, éblouissant. Il s’arrête face à un portail où vont être déchargées les bonbonnes remplies et où les voisin(e)s font la file.

Comment marche le système ? L’assemblée du mercredi fixe le chronogramme de distribution. Une fois qu’on tombe d’accord sur l’itinéraire des camions, les délégué(e)s de chaque conseil communal doivent informer les habitant(e)s de leur secteur du jour où ils doivent ramener des bonbonnes vides. Le pas suivant, c’est la collecte par le camion de l’EPS qui les ramène au centre de remplissage de l’Etat, pour les ramener ensuite au conseil communal. Tout es entièrement géré par l’EPS et par les conseils communaux. D’où l’épithète de “directe« .

« Nous ne vendons pas de gaz, nous offrons un service » répète Negrín au cours de l’assemblée. Le coût du remplissage des bonbonnes par le service public est symbolique, « pratiquement gratuit » ajoute Sonia.

Membres de l’entreprise sociale directe communale d’Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

La contribution demandée aux habitant(e)s « est établie sur la base d’un accord préalable avec les conseils communaux, à travers un modèle de coûts: nous calculons l’ensemble des dépenses et des recettes, pour en tirer le prix, à savoir le montant qui assure l’opérativité de l’entreprise« .

Bonbonnes vides dans le camion de l’entreprise de propriété sociale directe communale du gaz, Antímano, Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

De cette manière, le prix de la bonbonne reste économique, produit d’un accord collectif. “On n’écarte pas la personne qui ne peut payer, nous ne sommes pas une entreprise destinée à s’enrichir” rappelle-t-on. « Ici, pas de chef, nous sommes un groupe dont les vision et mission sont d’offrir un service public. Si tu viens avec une mentalité capitaliste et l’envie d’acheter le dernier modèle de portable, ce n’est pas la bonne porte” clarifie Sonia.

Dépôt de bonbonnes d’un conseil communal membre de l’entreprise communale de propriété sociale directe de gaz, Antímano, Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’entreprise de gaz d’Antímano livre les bonbonnes gratuitement aux maisons d’alimentations, aux lycées et aux centres de santé qui opèrent dans son rayon d’action.

Batailler

« C’est dur » répète Sonia. Le problème majeur réside dans les centres de remplissage de l’Etat: « on fait la file, le premier arrivé est servi, actuellement il y a moins de gaz à cause des camions qui n’arrivent pas, des bateaux qu’on ne laisse pas passer, la situation de guerre nous rend la tâche plus difficile« .

Ne pas charger les bonbonnes signifie perdre un jour pour les habitant(e)s et pour l’entreprise. A quoi Sonia ajoute un autre problème: la corruption: « dans les centres de remplissage il y a toute une lutte à mener« .

Le niveau d’organisation atteint leur permet de surmonter des situations complexes: « les gens s’engagent, il y a une clarté sur la situation que nous vivons, nous sommes restés un mois ou deux sans pouvoir offrir les services mais comme on voit ici, nous faisons des assemblées, nous informons, les gens font preuve de patience et croient dans notre entreprise« .

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe de gaz d’Antímano fait partie du quotidien des quartiers populaires, avec ses camions qui montent et descendent les hauteurs de Carapita, chargés de bonbonnes vides ou pleines. Sur la base de cette légitimité, de l’expérience, on pense construire d’autres entreprises de propriété sociale: l’une d’emballage et de distribution d’aliments, l’autre de transport.

Vue sur Caracas depuis les hauteurs de Carapita. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’objectif est d’apporter une réponse aux besoins des quartiers populaires à travers l’organisation communale. C’est une des clefs de la révolution bolivarienne à l’heure la plus critique, une des forces les plus puissantes du processus. « Que peut bien penser Trump de nous ? Il a limogé Bolton, ce fou s’est cassé les dents sur la stratégie vénézuélienne » commente Negrín.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201909121088669507-el-gas-comunitario-y-la-pertenencia-colectiva-de-empresas-en-venezuela-/

Traduction: Thierry Deronne

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Force féminine : comment les communardes vénézuéliennes affrontent le blocus

Par Marco Teruggi, pour Sputnik News

Les femmes qui habitent les quartiers populaires de Caracas ont un plan: mettre sur pied un système économique qui leur permette de garantir que les aliments leur parviennent directement des producteurs à leurs tables. La clef est l’organisation citoyenne, qu’on appelle ici le pouvoir populaire.

« On dirait une crèche quand la nuit tombe, si tu voyais quand s’allument toutes les ampoules » dit un communard depuis le toit d’une maison en construction du quartier La Libertad, au sud de Caracas. En cet endroit se trouvent les collines des pauvres avec les montagnes vertes, c’est la fin de la “ville”, la frontière. Comme d’habitude, la division géographique est une division de classes et politique : les hauteurs sont peuplées par les plus pauvres, en majorité chavistes, alors que les zones basses sont habitées par la minorité de classe moyenne, en général d’opposition.

Au seuil du quartier, tout en bas, se trouve l’épicentre commercial, le point névralgique: le rond-point de Ruiz Pineda. On y trouve tout ce qu’on veut. Le problème, comme dans le reste du pays, ce sont les prix. Il y a des épiceries, des supermarchés, des magasins et une petite galerie où il y a un mois, on a installé le siège du système d’Initiative Économique Socialiste Communale.

A l’intérieur du local sont empilés des sacs de farine de maïs, de café, de sucre, de sel, de savons bleus, les étagères sont remplies de beurre et de crème fraîche. Il en reste peu, presque tout a déjà été distribué, on attend la prochaine arrivée de produits. La précédente était de 14 tonnes, la prochaine sera plus fournie, avec deux produits de plus : savons de toilette et farine de blé.

« Un des objectifs est de démontrer que le peuple organisé, mobilisé, conscient, peut combattre la guerre, apporter son concours pour préserver la révolution, construire avec des actions concrètes » explique la communarde Yaritza Navarro, entourée d’autres femmes.

Le Système a commencé il y a trois mois. La nécessité l’avait précédé, dès qu’il est devenu évident qu’un des problèmes des prix résidait dans la dimension monopolistique de plusieurs produits, dans la chaîne d’intermédiaires et la spéculation de nombreux commerçants. La question a toujours été: comment transformer ce diagnostic en actes ?

Le point de départ fut la conviction du besoin d’avancer, l’organisation propre, et la certitude de le faire, avec ou sans appui de l’Etat. Mais comment commence-t-on si on ne possède pas de capital, dans un scénario comme celui de l’économie actuelle du Venezuela ?

Yaritza Navarro, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le diagnostic fut le suivant : il existe des communes rurales productrices d’aliments et des communes urbaines disposées à acheter cette production. Il est nécessaire de construire un système d’économie communale qui permette d’aller directement des premières aux secondes, celles-ci se chargeant aussi de la distribution finale. Bref, supprimer les intermédiaires et les commerçants.

Le début

Elles ont commencé avec une tonne de café à crédit. Le plus difficile fut de convaincre la commune, située dans l’état de Lara, vers l’ouest du pays, qu’elle envoie cette quantité sans paiement préalable et qu’elle en prenne en charge le transport. Pour cela furent déterminantes la confiance et la légitimité des communes réunies à Caracas: le Système qui faisait ses premiers pas, regroupe 13 communes de Caricuao, dont Ruiz Pineda est un des secteurs.

La deuxième étape fut de recevoir le café sans avoir encore de lieu pour le stockage, aujourd’hui installé dans la galerie. La distribution et la vente s’est faite dans chaque commune, elles ont réuni l’argent et ont pu payer la commune productrice de café. C’est ainsi qu’a commencé à se mettre en marche la machine qui leur a permis d’obtenir le premier capital et un excédent.

« Avec ce fonds nous nous sommes risqués à tisser plus de liens avec plus de producteurs pour obtenir plus de produits » explique Yaritza. Dans un cadre de dévaluation monétaire, elles ont choisi de réinvestir dans davantage de produits – mieux vaut avoir de la nourriture que des bolivars – et utiliser l’excédent pour l’outil indispensable : le camion communal, qui se trouvait hors de service faute d’argent pour l’arranger.

Le pouvoir populaire en action

Le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale a commencé à se mettre sur pied. Il a impliqué d’aborder trois éléments simultanément : l’économique à proprement parler, l’organisationnel et le politique. L’objectif n’a jamais été d’ouvrir une épicerie de produits de communes rurales mais de réussir à fortifier chaque instance d’organisation territoriale, ce qu’on appelle le pouvoir populaire, par des actions concrètes.

Luisa Gragirena, communarde, montre la Loi Organique de l’Économie Communale: ”C’est notre base, notre président Hugo Chávez nous a légué la plate-forme juridique pour que nous, en tant que pouvoir populaire, développions et brisions les schémas du système capitaliste. Evidemment ce n’est pas facile mais ce n’est pas impossible non plus.

Luisa Gragirena, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Luisa lit « La présente Loi a pour objectif de développer, et fortifier, le pouvoir populaire, en établissant les normes, principes et procédures pour la création, le fonctionnement et le développement du système économique communal (…) dans le but de satisfaire les nécessités collectives et de réinvestir socialement l’excédent, à travers une planification stratégique, démocratique et participative« .

Pas d’économie communale sans organisation populaire, sans construction d’instances démocratiques pour participer et décider. Dans le Système on a décidé que cette instance principale se réunirait chaque mercredi à 15 h. C’est là que se réunissent les délégué(e)s des communes pour évaluer, planifier et prendre les décisions.

Le mercredi 17 juillet par exemple, elles sont venues présenter les nouveaux produits qui entreront dans la prochaine opération. Il s’agit de ce que produit l’Unité de Production Familiale dont fait partie Rosa Meléndez, communarde de Caricuao: savons, shampoing et baume pour les cheveux. Pour le moment elles produisent 4.000 savons mensuels et atteindront les 20.000 à travers des portes de vente et de financement qu’ouvrira le système.

L’objectif est d’avancer vers des instances productives: « Nous allons financer les semences certifiées et selon la projection des terrains nous allons impulser des unités productives. En décembre nous pourrons manger notre ciboulette, nos poivrons et les épices typiques de fin d’année” explique Yaritza.

Savon de toilette offert dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communal de Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’avenir

Chaque pas a été franchi grâce à la force de l’organisation. On espère installer des centres d’approvisionnement dans chaque commune faisant partie du système, ajouter deux produits à chaque livraison, agréger plus de communes, réussir à monter un réseau communal soutenable dans le contexte de la guerre économique : pour garantir un revenu juste pour les producteurs et des excédents à réinvestir.

En trois mois ces femmes ont réussi quelque chose de stratégique: garantir l’approvisionnement en ingrédients du petit déjeuner consommé dans les quartiers populaires: café, arepa (galette de maïs), beurre, et la pointe de crème fraîche qui comme on me l’explique, avait disparu des tables. Il manque le fromage et les protéines animales – c’est un de leurs objectifs.

Elles projettent beaucoup de choses pour la suite. Il existe chez elles – la grande majorité sont des femmes – une volonté profonde de faire face collectivement aux difficultés qu’elles vivent. La dimension du chavisme prend ici tout son sens: dans la présence de chacune d’elles, dans les conseils communaux, les communes, le Système. Il y a des milliers de Yaritza et de Luisa dans tout le pays.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201907191088080809-fuerza-femenina-asi-enfrentan-el-bloqueo-las-comuneras-venezolanas/

Traduction: Thierry Deronne

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La commune « Che Guevara », une expérience d’auto-gouvernement au Venezuela

S’il n’y a pas de café pour tous, il n’y aura de café pour personne”. La phrase est attribuée à Ernesto “Che” Guevara, dans les premières années de la révolution cubaine, quand on lui tendit une tasse au cours d’une réunion. Refus des privilèges jusque dans ses moindres détails. La conscience du collectif. Tou(te)s ou personne. Sur les collines touffues des hauteurs de Tucaní, chef-lieu du municipe Caracciolo Parra Olmedo, Mérida, cette phrase du Che résonne pratiquement. Non seulement parce qu’il y a du café pour toute la commune, au point d’en user comme monnaie d’échange, mais surtout parce que les prémisses des communard(e)s se basent sur la même aspiration à vivre mieux, dans un projet collectif qu’ils construisent depuis quelques années et continuent à défendre au milieu des difficultés auxquelles est soumis le pays.

Dans la Commune Che Guevara vivent 1600 familles, quelques 6000 personnes, organisées en 12 conseils communaux. La population élit deux représentants par conseil communal pour le parlement communal. Même si la légalisation s’est formalisée en 2013, cette organisation se construit depuis les 2008 et 2009 quand, avec le mouvement social et politique Corriente Révolutionnaire Bolivar et Zamora, les habitant(e)s ont établi la planification territoriale des communes, un plan toujours actuel et qui vise la construction d’une cité communale.

Le gouvernement des Etats-Unis nous assiège, désinforme sur notre processus révolutionnaire. Pas seulement sur ce que fait notre gouvernement mais aussi sur le travail que nous menons dans les communes, dans les conseils paysans, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs)explique Cati Lobo, communarde et militante de la “Corriente”.

Ecoles, lycées, dispensaires et, principalement, production. Une des forces majeures tient dans la capacité productive de la commune. Dans les zones de moindre altitude, on observe des plantations de banane à cuire, de potiron, de yucca (manioc). A mesure qu’on gravit les collines, apparaissent en quantité des hectares d’ananas, d’orange et de citron. 15 camions d’ananas, quelques 450 tonnes sont produites chaque semaine aux moments de plus forte production. Et chaque semaine un camion de citron et d’oranges, parmi d’autres exemples.

La commune compte plusieurs entreprises familiales mais le bastion productif est le café et le cacao. La fierté de la commune, ce sont l’entreprise “Che Guevara 2021” qui produit, traite et distribue le cacao et dans une moindre mesure le café, ainsi que la Coopérative Colinas del Mirador (COLIMIR), productrice et distributrice de café.

La commune impulse l’échange de production en interne, avec d’autres communes, des privés, et l’Etat. Dans ce circuit intérieur on utilise le café comme moyen de paiement. Les prix de plusieurs produits se mesurent en kilos. Dans cette municipalité relativement proche d’une vaste zone frontalière qui s’étend économiquement de jour en jour (où domine le peso colombien), en pleine guerre économique que subit le pays et qui affecte entre autres la monnaie nationale, l’équivalence du café est une alternative inventée par les habitants.

Les entreprises de propriété sociale ne se concurrencent pas, elles pratiquent des prix unifiés. Avec d’autres communes on échange différents types d’aliments (viande, pâtes, riz) contre du café et du cacao. Même les uniformes scolaires s’échangent lors de journées organisées par les différents conseils communaux. Cette pratique est si courante que COLIMIR utilise une monnaie propre pour ses échanges avec des producteurs associés: le “Cafeto”, équivalent d’un kilogramme étalonné physiquement en sacs de café que la coopérative garde dans ses dépôts.

Pratiques et créations du peuple dans ses batailles quotidiennes pour affronter la guerre économique déployée par les Etats-Unis et ses alliés locaux. Ces derniers ont organisé des violences à Tucaní à la fin de février 2019: les “guarimbas” (violences d’extrême droite) ont obligé les conseils communaux à renforcer les conditions de sécurité pour empêcher le retour de telles actions. La défense territoriale de la commune est assurée par des brigades de défense populaire. “Les organisateurs de guarimbas ne peuvent être nos porte-paroles” affirme un boulanger qui possède un commerce face à la Place Bolívar, place nettoyée et reconstruite lors des journées de travail volontaire réalisées les samedis.

Les communes sont un des héritages les plus importants en termes d’organisation construits par la révolution bolivarienne. Organisation des gens visant à résoudre les problèmes quotidiens et à construire un pouvoir ascendant pour construire la nouvelle société. Comme l’explique Cati Lobo: “C’est le peuple qui impulse les communes. C’est le peuple, les bases citoyennes, qui s’approprient le projet communal et travaillent le plus dans ce sens. Ces efforts et ces initiatives ont permis d’arriver à ce que nous voyons aujourd’hui. Nous voulons détruire l’Etat ancien. Si nous ne croyons pas en notre propre pouvoir, si nous n’en faisons pas un précédent, on ne nous reconnaîtra pas. Nous sommes appelé(e)s à chercher les formes et les alternatives. Avancer vers l’auto-gouvernement, c’est un défi qui n’a rien de facile. Pour le relever, nous avons besoin de force et de conscience.

Source : Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Traduction: Thierry Deronne

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