Dans la Commune Pio Tamayo l’organisation est la clef pour défaire l’inflation.

par Ingrid Navarro Leonet

La Commune Pio Tamayo a réussi à réduire de moitié, le prix de certains articles de base. Les habitants insistent : le peuple organisé doit avancer vers l’autogestion. Il est nécessaire de changer le mode de consommation alimentaire du Venezuelien. Pour cela, il faut raccourcir la chaîne de commercialisation de divers produits, réduire leur prix de vente, et casser la spirale inflationniste.

A Barquisimeto (Lara), les membres de la Commune Jose Pio Tamayo -elle-même constituée de 15 conseils communaux- qui regroupe 30 000 personnes sont conscients de ces enjeux.

Prête à lutter contre « la guerre économique » et l’inflation, l’organisation citoyenne a jeté les bases d’une alliance stratégique, dont les producteurs des zones agricoles avoisinantes, les femmes au foyer et les responsables de quartiers, sont les piliers. Les mécanismes de distribution directe ainsi mis en place, se sont traduits par une réduction de moitié (50%) du prix de certains produits alimentaires. De ce fait, de nouvelles expériences ont pu voir le jour.

La mise en œuvre de cette initiative a favorisé la commercialisation à bas prix de produits tels que la yuca (manioc), le piment rouge, les tomates, citrouilles, potirons, le tubercule d’ocumo, sans oublier le poisson et les poulets.

La communarde Lorena Pena, animatrice du secteur La Antena, affirme avoir mis au point une méthode qui consiste en un recensement -maison par maison- des besoins en nourriture de la population locale. En ce moment, 70% des foyers concernés bénéficient de cette mesure.

Ensuite, en fin de journée, Lorena et ses camarades se réunissent pour faire état de leurs expériences positives et négatives. Ce qui leur permet de peaufiner leur connaissance du terrain, et même d’élaborer de nouvelles recettes pour lesquelles les aliments commercialisés qui ont été choisis, sont utilisés comme matière première. Parmi leurs objectifs, il est par exemple prévu la recherche d’alternatives à des produits tels que la farine de maïs pré-cuite.

Pena : « Ces activités, nous les menons sans l’aide de l’Etat. C’est une initiative qui nous est propre, parce que nous sommes convaincus que c’est la voie à suivre, pour la bonne éducation du consommateur, mais aussi pour briser la situation de dépendance, et s’opposer à la guerre économique. Ceci dit, l’achat régulier des aliments et leur distribution, ce n’est pas une tâche facile ».

Cette femme est devenue communarde, en réponse à l’appel aux organisations populaires lancé par le Président Hugo Chavez. Elle se rappelle d’ailleurs, qu’en 1994 les habitants de La Antena l’ont reçu avec un grand enthousiasme. C’était juste après sa sortie de la prison de Yare. Au moment où il avait décidé de partir à la rencontre du pays.

En ce moment, la Commune anime une campagne pour la réutilisation des sacs en plastique. De plus, la confection de sacs en tissu est à l’ordre du jour. Cela, pour réduire l’impact environnemental.

Témoignages.

José Gomez : « on ne doit pas se borner à lancer des slogans, tels que  »la commune ou rien ». Il doit y avoir une méthodologie qui s’ancre dans le concret ».

Angel Hernandez : « en coopération avec le pouvoir populaire, la zone nord de Barquisimeto n’est pas encore fournie en eau par des canalisations parce que ce service est centralisé ».

Lorena Peña « Ce n’est pas facile de mener le travail communal. Cela implique une lutte permanente pou le bien-être collectif, cela requiert la participation de tous ».

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Pour la terre.

Pour nombre d’entre eux, les conseils communaux constitutifs de la Commune José Pio Tamayo, ont commencé à lutter pour la propriété de la terre. Le Comité des Terres Urbaines fut la première structure à voir le jour.

A l’heure actuelle, les conseils communaux Sapui, Union 1et 1C, Union de la Salle 2, Lanceros, San Antonion 1 et 2, Circulo Obrero, Antena 1,2,3,4 et 5, La Vega et Nuevo Amanecer, forment un tout, et tracent un axe d’est en ouest. (De la Calle 1 jusqu’à l’avenue Las Industrias). Du nord au sud, le périmètre s’étend de la via Ferrea jusqu’à l’avenue Libertador.

A ce jour, 200 personnes représentent les intérêts de la collectivité, à travers les conseils communaux et le Parlement communal. Sans compter le millier de pâtés de maisons organisés, dont les habitants peuvent rapidement se mobilier si les circonstances l’exigent.

Plus productif.

José Miguel Gomez, porte-parole de l’organisation populaire souligne : « nous sommes conscients de la nécessité pour le pays, d’accroître l’activité productive, pour promouvoir, renforcer et consolider le bien-être social ».

Pour se faire, 3 entreprises communales en propriété collective directe ont été fondées: Travailleurs Unis (ex-Brahma) (1), Construction , Génie civil et Transport qui agissent avec des fonds alloués -d’un montant de 23 millions de Bolivars- par le Conseil fédéral de gouvernement et le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes.

En ce qui concerne l’entreprise de construction qui s’appuie sur le programme de La grande Mission Logement Venezuela : on travaille en ce moment sur le remplacement de 120 masures par des logements neufs (auto-construction). Par ailleurs, on s’est donné un objectif qui doit être atteint avant la fin de l’année : plus d’habitat précaire sur le territoire de la Commune.

Dans le cas de « Travailleurs Unis », grâce à un accord passé avec les travailleurs de Brahma et une entreprise de camions-citerne, la distribution d’une quantité substantielle d’eau potable, est quotidiennement assurée. En bénéficient notamment : les centres hospitaliers, la maison d’arrêt d’Uribana et d’autres infrastructures souffrant de carences en matière d’approvisionnement. Car il est prévu que certaines de celles-ci, seraient prochainement transformées en une unité d’emballage (grains), un entrepôt de produits alimentaires, et une fabrique de jus de fruits.

D’autre part, il y a un mois, ils ont instauré un fonds de solidarité destiné à la rénovation de logements, parce que ce type de réparations concernant la réhabilitation des quartiers les plus anciens, « n’entre pas dans les plans de l’Etat ».

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Gomez : « chaque semaine, les intéressés fournissent un apport de 30 bolivars. A ce jour, 400 personnes sont inscrites. C’est une stratégie qui cosiste pour nous à  »fomenter la participation populaire dans les politiques de l’Etat », afin qu’on ne verse pas dans le clientélisme. Car chacun doit pouvoir en bénéficier selon ses besoins ».

En outre, est prévue la création de 2 entreprises communales en propriété collective : santé intégrale et distribution des produits alimentaires. Ils ajoutent que ces deux unités débuteront leurs activités à partir de ressources propres, c’est-à-dire en ayant recours à l’autogestion.

Pour le centre de santé intégrale, ils estiment l’investissement à 4 millions de Bolivars. Le projet ayant trait à la distribution des produits alimentaires est en cours d’élaboration.

La technologie comme alliée.

La Commune JP Tamayo travaille en coordination avec le Système des Entreprises occupées de l’Etat de Lara. Et plus spécifiquement avec Veneagro et Alfarero de Gres. La première s’occupant de volailles (poulets) ; la seconde, de la fabrication de blocs d’argile.

A l’instar de l’ancienne Brahma (ebaptisée « travailleurs unis », la productivité de ces 2 unités est établie selon un plan d’urgence. Ce qui signifie qu’elles ne couvrent que les dépenses liées au personnel.

Alfarero de Gres fabrique 8000 blocs d’argile/jour. Mais elle vise à augmenter la production, pour atteindre le chiffre de 35 000/jour.

Les porte-parole du parlement communal, se sont adressés aux gouvernements national et régional, pour que l’on accélère la délivrance des permis dont ils ont besoin : « Chez Veneagro, nous restons mobilisés, jusqu’à ce que l’on obtienne les autorisations légales et sanitaires nécessaires à l’obtention du  »guide de traçabilité des marchandises et des produits transformés). Ce qui nous permettra d’avancer dans le domaine de l’élevage, de la distribution, et des bénéfices obtenus. Sans oublier la chaîne de fabrication d’aliments pour animaux ».

La Commune Jose Pio Tamayo est également en charge du centre d’information Rafael Chinchilla, inauguré il y 3 ans. Le site dispose de 10 ordinateurs et fonctionne comme une bibliothèque virtuelle pour les recherches. De plus, des ateliers de technique informatique sont organisés, pour que les membres de la communauté puissent se familiariser avec les outils technologiques mis à leur disposition.

Jormi Jimenez, animateur et membre du conseil communal «  Cercle Ouvrier »  explique que les formations ayant trait à la technologie, l’information et la communication (TIC), occupent une bonne place parmi les enseignements dispensés . A cela s’ajoute les cours de réparation et de maintenance des ordinateurs. En outre, le centre s’occupe de la mise à jour des canaimitas (ordinateurs de fabrication venezuelienne) mis à la disposition des jeunes de la zone, et apporte son soutien aux bénéficiaires des diverses Missions.

Le centre d’information est logé dans les locaux de Radio Antena Libre (96.3), partie intégrante de la commune en matière d’organisation communicationnelle. Elle diffuse quotidiennement le programme Amaneciendo en Comunas, qui traite de sujets destinés au plus grand nombre : planification, exploitations, conditions de travail. De plus, la radio rend compte aux auditeurs des progrès réalisés par la Commune dans le domaine de la gestion.

L’info-centre dispose également d’un espace consacré aux femmes, et un autre aux universités, tandis que son programme musical favorise le tamunangue, en tant que patrimoine régional (tradition folklorique, union de 3 cultures : l’indigène, l’espagnole et l’africaine) mais aussi d’autres genres, tels que la salsa.

Antonio Gomez souligne que c’est avec les ressources du Conseil communal que l’émetteur radio a été acquis. Toutefois, il ne manque pas de préciser que la solidarité a joué, puisque la première transmission (5 juillet 2003) s’est faite de La Antena, à l’aide d’équipements prêtés par les radios Crepuscular, et Tamunangue Libre.

« Progressivement, la communauté s’est appropriée cet outil. Aujourd’hui, nous n’hésitons pas à l’appeler  »notre radio ». Car c’est notre instrument en matière de communication. C’est un exemple qui démontre qu’en agissant collectivement, on résout tous les problèmes ».

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La planification est essentielle.

La Commune José Pio Tamayo travaille en conformité avec le Plan Communal 2014-2019, qui a défini les stratégies à déployer et les objectifs à atteindre durant cette période.

Parmi ces derniers, on compte la création de fonds d’épargne autogérés, et de nouvelles entreprises socio-productives.

Pour mener à bien ces réalisations, 6 assemblées communales se sont réunies, sans oublier les tables-rondes qui ont traité de sujets particuliers. La charte de la Commune- qui en présente toutes les potentialités- a servi de base de travail. Le Plan de la Patrie et les dispositions légales concernant la région, ont également été pris en compte. Toutefois, Toni Medina, député et porte-parole du district, en charge de la planification a déclaré que la bataille a été rude. En effet, dans le cas du Venezuela, la documentation ad hoc n’est pas très abondante. « Et celle qui est disponible dans des pays tels que la Colombie et le Chili vise un système bureaucratique et non un État communal ».

Initialement, « les infrastructures existantes, étaient le point fort de la Commune. Cependant, la guerre économique et l’occupation de l’ex entreprise Brahma par les travailleurs, nous ont forcé à nous concentrer davantage sur la question de la production ».

Ceci dit, le porte-parole est également préposé à la mise en adéquation du contenu de la formation pour le Diplôme de Planification Communale, avec la méthodologie préconisée par l’École Nationale de Planification (Caracas).

C’est d’ailleurs en réponse à une demande du Président Nicolas Maduro, que cette tâche consiste à unifier les critères pour l’élaboration et l’adaptation des plans visant à favoriser le développement équitable des Communes et leurs territoires respectifs. T Medina : « Nous avons été parmi les premiers -si ce n’est les premiers- à mener à bien cette mission ».

Note:
(1) Lire (Photos :) Occuper, résister, produire 4 mai 2015

Source : Ingrid Navarro Leonet, Últimas Noticias http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/actualidad/investigacion/video-en-la-comuna-pio-tamayo-la-organizacion-es-c.aspx

Traduction : Jean-Marc del Percio

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(Photos :) La Commune « Indigènes Quiriquire » de Yare : un exemple d’organisation citoyenne

1 qA quelques kilomètres de la route Tocorón-Punta Brava, dans le secteur de San Francisco de Yare, État de Miranda, deux portails conduisent à une immense propriété de 2,6 hectares récupérés par les organisations citoyennes. L’ancienne Hacienda San Juan, rebaptisée Centre Agroécologique « Indigènes Quiriquire », est protégée par la fraîcheur des arbres fruitiers.3 q

Debout face à un foyer, casquette et chemise rouge, la porte-parole du parlement communal Elizabeth Guzmán a milité toute sa vie. Elle raconte qu’elle travaille ici depuis trois ans, depuis que le gouvernement national a déclaré la propriété d’utilité publique et l’a transformée en centre agro-écologique. Parmi les projets qu’y gère aujourd’hui la commune sur une aire de 127 hectares, on trouve les unités de culture protégée, le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, le centre de traitement d’eau, l’usine d’aliments pour animaux et l’usine de produits laitiers Yare.2 q

La Commune “Indigènes Quiriquire” est une des expressions concrètes du pouvoir citoyen dans la région des Vallées du fleuve Tuy. Elle regroupe neuf conseils communaux, quatre d’entre eux faisant partie du secteur agricole de cette zone qui compte une population de 5.033 habitants.4 q

Six femmes, porte-paroles de l’organisation citoyenne, se répartissent les tâches de la cuisine, de l’entretien des espaces verts, des unités de culture et des espaces communs de cette hacienda faite de grands couloirs, d’une salle principale, d’une cuisine, de toilettes, de sept chambres et de six placettes baptisées Bolívar, Afrodescendance, La Milagrosa, San Antonio, Café Venezuela, Souvenir, ainsi que d’un espace réservé au grill et un parc pour les enfants. La vieille hacienda possède en outre une salle de conférences, des allées, des animaux (vaquiros (petits sangliers), vaches du type “maute”, pintades, oies, canards), des zones de culture de plantes médicinales (moringa, baies de morera, origan); des arbres fruitiers, cacao, légumes, racines et tubercules, parmi les aliments destinés à la population locale.9 q5 q

Elizabeth Guzmán évoque la récupération de cette hacienda par l’organisation citoyenne locale, fatiguée de voir la structure se détériorer et les fruits pourrir au pied des arbres : “les grands propriétaires préféraient laisser l’hacienda à l’abandon, ils préféraient jeter le lait produit plutôt que nous l’offrir”.6 q

Pour développer leurs projets socio-productifs, les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” comptent sur l’appui intégral et la formation permanente offertes par la Corporation pour le Développement de la Vallée du Fleuve Tuy Francisco de Miranda (Corpomiranda), l’Institut National de Développement Rural (Inder), la Corporation Vénézuélienne d’Alimentation, toutes deux inscrites au Ministère de l’Agriculture et des Terres.

Le centre développe diverses activités. Parmi elles, la vente de repas modiques pour les travailleurs des quatre usines et les visiteurs qui parcourent la route Tocorón-Punta Brava. 7 qMême s’il n’offre pas de logement touristique, le centre ouvre aussi ses espaces aux divers groupes citoyens (partis, conseils communaux, communes) pour leurs réunions et pour leurs ateliers de formation.

Production

Dans le rayon de la commune “Indigènes Quiriquire” fonctionne aussi le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, secteur de San Francisco de Yare, inauguré le 7 mars 2015 par le président Nicolas Maduro afin d’articuler les systèmes de production, de distribution et de commercialisation avec les besoins de la population. Jorge Navas, coordinateur de ce centre, explique que l’activation de cette petite entreprise a créé 90 emplois directs et 15 indirects et bénéficiera à plus de 65 producteurs laitiers recensés et aux 32 mille habitants de la Vallée du fleuve Tuy.8 q

Le centre compte quatre entrepôts frigorifiques avec la capacité de stocker 3 mille litres de lait chacun, soit un total de 12 mille litres, pour la production du fromage (du type Paisa et demi dur). “Actuellement nous recevons mille litres de lait par jour pour produire 170 kilos de fromage par semaine”.

A court terme on prévoit le renforcement de la ligne de production pour élaborer la crème, le flan, le babeurre, le beurre et les confiseries à base de lait, produits qui seront écoulés à travers le supermarché public « Abasto Bicentenario ». “Nous attendons une écrémeuse pour initier la production de tous ces dérivés” ajoute Navas.

Pour construire ce centre de production laitière de 4.030 hectares, l’Etat a apporté 15 millions de bolivars. A part le centre de stockage proprement dit, on trouve des aires d’élevage de bétail, des corrals, des unités de traite et 30 hectares de patures irriguées, afin d’alimenter le bétail qui arrivera bientôt dans ce complexe agro-industriel.

Unité de production de maracuyas

Un autre projet mis en oeuvre par les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” de Yare, depuis janvier 2015, est la mise en culture de milliers de plants de maracuyas (fruits de la passion) sur un terrain de cinq hectares, lui aussi reconnu d’intérêt public, à l’entrée du secteur de Tocorón. “Ce terrain en friche est devenu productif. Avec un investissement de 6 millions de bolivars on a semé 4.700 arbustes de maracuya, sous la supervision de membres de la commune qui se consacrent à l’entretien, au désherbage, arrosage, fertilisation et à la récolte” poursuit Jorge Navas.

Actuellement l’Unité de Production de fruits, à son niveau le plus élevé, produit par semaine plus de 500 kilos de fruits écoulés par le même supermarché « Abasto Bicentenario » de la municipalité Cristóbal Rojas et des communautés des Vallées du Tuy. Une partie de la récolte sera traitée par l’Usine Laitière Yare, qui fonctionne depuis le 7 mars 2013 dans le complexe Agroindustriel Ezequiel Zamora, sur la route Ocumare – Yare.

Projets

Autres projets qu’on veut impulser avec l’appui de la commune : une unité d’extraction de  pulpe de fruits pour l’élaboration de jus et de produits concentrés et emballés. Cette usine génèrera de nouveaux emplois locaux. D’autres projets agricoles s’articulent autour de la Base agro-productive “La Espada de Bolívar”, sur la route nationale San Francisco de Yare- Santa Teresa del Tuy. Inaugurée il y a trois ans par le gouvernement, elle possède une surface de deux hectares composés d’une centaines d’aires de culture organoponique (écologique), un vivier de plantes médicinales (moringa et baies de morera) et d’ornement, un point d’Agrociudad, une salle de formation,  une chambre de conservation d’aliments, un bureau administratif, un réfectoire et sept réservoirs d’eau potable avec une capacité de 14 mille litres chacun. On y trouve aussi deux unités de culture protégée (avec la technologie de contrôle de température et d’humidité) qui permettront de récolter durant le reste de l’année des produits prisés comme la tomate et le poivron.10 q

Ces différents projets font partie des efforts actuels d’articulation des organisations communales avec le gouvernement pour développer le potentiel productif de l’État de Miranda.15 q 14 q 13 q 12 q 11 q

Source : AVN, Reina Ruiz, http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/05/comuna-indios-quiriquire-de-yare-un-modelo-exitoso-de-organizacion-popular-fotos/

Traduction : T. Deronne

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Le Venezuela lutte contre les transnationales en produisant ses semences autochtones

UPSA "Los caquetíos"

UPSA « Los caquetíos »

L’initiative a pris corps ce samedi 15 mai avec le semis par les organisations communales et paysannes de deux premiers hectares de mais, dans l’unité de Production Sociale Agricole (Upsa) « Los Caquetíos », située sur l’ancienne route Barquisimeto-Yaritagua  (État de Lara, centre occidental du pays). La variété de maïs “Guanape” permet de produire entre 6 et 7 tonnes de semences par hectare. Le plan comprend d’autres semences de légumes comme la tomate, l’oignon, le piment rouge et le persil produits par l’Institut National de Recherches Agricoles (Inia) et concerne dans une première phase, la mise en culture de 38 hectares de semences agro-écologiques, pour être étendu à la région orientale du pays et dans les états d’Aragua et de Carobobo.

afiche_semillaaaaaCette avancée est le fruit d’un accord de coopération entre le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre du Brésil, représenté par Celia Rodrigues et Messilene Gorete, coordinatrices de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho, le Ministère vénézuélien de l’Agriculture et des Terres dont l’actuel titulaire est José Luis Berroterán, et la FAO (Nations Unies).

« Ce projet est basé sur l’usage de nos semences autochtones, sélectionnées par les producteurs. Il y a une avancée technologique qui va nous permettre de progresser de manière soutenable et sûre : les semences de légumes seront disponible en 70 jours et la semence de maïs en 140 jours. Sans production de semences dans l’agriculture nous continuerons à dépendre des transnationales et nous ne pourrions atteindre la souveraineté alimentaire” a déclaré le ministre Berroteran.

Lancement du plan de production des semences autochtones, UPSA "Los caquetíos", 15 mai 2015

Lancement du plan de production des semences autochtones, UPSA « Los caquetíos », 15 mai 2015

CFTLqH1UkAAfusy CFKqgFbWAAAOX72 CFTIg4KW0AI83dF CFTIFLfXIAAYgoI CFTIN3qWIAAlJKe CFTLoG0UsAAljI1 CFTLt4dVIAEGbmoFAO  (Nations-Unies) : “Nous vivons une nouvelle époque au Venezuela”

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Marcelo Resende (FAO Venezuela)

Présent lors de ce lancement, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation au Venezuela (FAO), Marcelo Resende, a déclaré : « Je veux, au nom des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, vous féliciter (…) Ici, nous avons un exemple très vivant de la façon dont les paysans, les paysannes, les conseils communaux, les communes, le Gouvernement sont en train de parvenir à la souveraineté et à la sécurité alimentaire. Par conséquent, félicitations à vous tous pour cette initiative ». Resende a réaffirmé la disposition de la FAO à soutenir le Venezuela dans le développement de sa souveraineté alimentaire : « Nous vivons une nouvelle époque, au Venezuela (…) La FAO se joint à ce projet qui est d’une importance fondamentale pour l’agriculture familiale », a-t-il ajouté au sujet du nouveau programme mis en place grâce à un accord entre le Venezuela et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil.

En juin 2013, à Rome, Italie, la FAO avait décerné un prix au Venezuela pour avoir relevé par anticipation le défi proposé par le Sommet Mondial sur l’Alimentation de 1996, et qui était de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans chaque pays avant 2015.

Selon les chiffres de l’Organisation, entre 1990 et 1992, au Venezuela, 13,5% de la population souffrait de la faim alors qu’entre 2007 et 2012, seulement 5% en souffrait encore.

Chaque jour qui passe, la lutte pour la semence continue.

Tandis que le jour se lève sur Montecarmelo (Sanare), les membres de la section locale des Guardianes de Semillas se préparent pour l’assemblée et le travail en commun.

Au même moment à Merida, Lalo boit son café avant de sortir pour prendre soin de la terre et semer des pommes de terre.

Quant à Analia, elle va confier à un laboratoire de Caracas, le soin d’analyser des échantillons de sols et de semences locales. A Carabobo, déambulant dans les couloirs de l’école d’agro-écologie, Magda s’apprête à quantifier la production de la semaine, avant de tenir conseil avec ses compagnons de travail, afin d’améliorer le cursus de formation pour la plantation et l’entretien des semences. Mariana et Alejandro chaussent leurs bottes, avant d’irriguer les différentes aires agro-productives (agriculture urbaine) se situant à Bellas Artes (Caracas).

Viana allaite Simon tout en mettant à jour le blog de la commune, en y ajoutant le projet de loi. Gerardo prend place devant l’ordinateur et envoie un email à ses interlocuteurs : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Le mouvement Populaire pour la nouvelle Loi sur les Semences regroupe plus de 140 organisations et mouvements sociaux qui se sont donné pour tâche de mettre au point collectivement, une loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences. Ce projet de loi, qui va faire l’objet d’une seconde lecture à l’Assemblée Nationale en 2015, s’incrit dans le combat mondial mené contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), et toute forme de privatisation de la semence, via les brevets ou les licences d’exclusivité. Etant entendu, que dans cette optique, la semence est un organisme vivant et relève du patrimoine naturel commun. Il s’agit d’un des points-clés de la Loi.

Des 26 au 29 octobre 2012, s’est tenue la Rencontre internationale des Guardianes de Semillas, à laquelle 300 organisations et institutions sociales se sont associées, démontrant solennellement la participation des organisations du pouvoir citoyen à l’élaboration du projet de Loi sur les Semences, qui parachèvera sur le plan juridique/légal l’engagement historique du Venezuela à être un territoire libre d’OGM. C’est à ce titre, que les unes et les autres ont élaboré collectivement la Déclaration de Montecarmelo.

Quelque temps auparavant, le 28 juin 2013, le premier atelier d’élaboration collective de la Loi sur les semences a vu le jour, dans le but d’apporter ses propres contributions au débat. Le 22 octobre de la même année, c’était au tour des porte-parole des mouvements sociaux de se rencontrer, en présence de la seconde vice-présidente de l’Assemblée Nationale -Blanca Eechout- et du député à l’origine du projet de loi. Ces échanges ont débouché sur cet accord fondamental : bâtir sur le mode d’un débat populaire constituant, les termes de la Loi Nouvelle sur les Semences. Un pari fondé sur l’élaboration collective –et sur le mode participatif- du projet de loi, associant tout à la fois les pouvoirs exécutif, législatif et populaire.ley_semillas

Des discussions animées ont caractérisé les débats organisés autour de diverses tables-rondes et de déjeuners pris en commun. Par ailleurs, la résolution a fait valoir que « les semences dont il est question, excèdent un cadre purement local, autochtone, voire même paysan. Il s’agit plus profondément, de graines d’origine africaine, indigène ». Il a aussi été précisé ce qui suit : « nous ne voulons pas l’obtention de licences d’exclusivité. Nous souhaitons la mise en place d’une forme de protection alternative de nos semences, nous garantissant également un accès libre et gratuit à ces dernières ». Cette initiative collective a pris de l’ampleur, puisqu’elle a vu les débats se poursuivre à Lara, Carabobo, La Azulita, Mérida, Barinas, Anzoategui, avant de rejoindre à nouveau l’Assemblée Nationale. Le mouvement retient son souffle. Le législateur prend le relai. Et au sein des commissions techniques, on attend que le débat constitutionnel se traduise par un projet de loi proprement dit.

Le texte est proposé en première lecture à l’Assemblée Nationale. L’écart entre pouvoir constitué et pouvoir constituant est tangible. Puisque dans ce cas de figure, c’est le premier qui imprime sa marque, l’approche qui en résulte ne paraît pas tout à fait conforme aux attentes du peuple. A la suite de quoi, le processus de débat public (relatif au projet de Loi) qui s’enclenche, débouche sur une proposition de Loi, émanation du Pouvoir Populaire. Le peuple s’approprie la technique législative pour la faire sienne et la maîtriser. C’est le peuple législateur qui s’exprime ici. Celui qui participera à toutes les tables-rondes prévues dans le cadre de la consultation publique. C’est ainsi que le projet de Loi prend corps.

Le travail en commun se déroule dans le cadre d’un comité technique. (Ministères de l’Agriculture et des Terres ; de l’écosocialisme et de l’Eau) et Mouvement Populaire pour une Loi nouvelle sur les Semences. On aboutit à un accord, on discute de concepts. Gerardo s’assoit et rédige un email : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et à des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Deux ans déjà ont passé. Deux années de discussions, et le mouvement s’empare de la rue, essaimant, recherchant, lisant, se formant. C’est le Peuple Légiférant. Un communiqué est rédigé, qui demande que les dispositions suivantes soient appliquées :

– Reconnaissance du Pouvoir Populaire organisé en différentes instances telles que le Conseil Populaire de Sauvegarde et de Protection de la Semence Locale, Paysanne, Indigène et Afrodescendante, les systèmes participatifs d’assurance qualité, les installations de stockage et de préservation des semences, à l’instar des enseignants populaires et des formes traditionnelles d’organisation citoyenne.

– Application de licences libres aux semences, comme mécanisme de protection juridique/légale des connaissances et innovations relatives aux graines, pouvant faire l’objet de droits de propriété intellectuelle sous la forme de brevets. Dans ce secteur, on les appelle les « droits de l’obtenteur » ou « licences exclusives pour la production et la commercialisation ». Ces licences d’exclusivité favorisent la monopolisation, l’accaparement et l’appropriation des semences. Un état de fait allant à l’encontre de notre Constitution Bolivarienne, qui stipule que « le génome des êtres vivants ne peut être breveté ».

L’application de licences libres aux semences que la nouvelle Loi sur les Semences autorise, permet ainsi de protéger les graines contre toute forme d’appropriation privée, (qui restreint les droits d’améliorer, d’utiliser et de partager librement ces dernières) à travers l’établissement d’un contrat de droits non exclusifs. Autrement dit, l’application de licences libres aux semences garantit le caractère anti-brevet du projet de Loi.

-Interdire et sanctionner la production, l’importation, la commercialisation, la distribution, la propagation et l’usage de graines transgéniques, dont la menace qu’elles font peser sur l’agrobiodiversité, la santé des peuples, et la souveraineté de l’Etat est reconnue.

-Reconnaître et revitaliser les connaissances traditionnelles associées aux semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, comme patrimoine des peuples et de la nation.

-Promouvoir la revitalisation des systèmes de production, de distribution, de circulation, d’échange et de consommation des semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, reposant sur le principe de co-responsabilité.

Au final, une résolution qui engage l’ensemble du mouvement est mise au point : « nous déclarons l’adoption de cette loi révolutionnaire, dont les termes sont issus des discussions antérieures avec le Pouvoir Populaire. Partie prenante de la lutte anti-impérialiste et en défense de la Patrie ». De plus, cette loi nouvelle sur les semences, « reflète l’héritage que nous a légué le président Chavez. Un héritage présent dans notre Constitution Bolivarienne, qui établit ce qui suit : les êtres vivants, mais aussi les connaissances et innovations émanant des peuples indigènes, ne peuvent être privatisés. Par ailleurs, cette loi se place dans le droit fil d’un Venezuela libre d’OGM, selon les propres termes du Commandant Chavez, auxquels il associait la dénonciation de l’agro-business et des semences transgéniques, véritables menaces pour la souveraineté des peuples, et la santé de l’humanité ».

En définitive, l’on peut désormais s’appuyer sur une Loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences, issue d’une proposition du Pouvoir Populaire, en accord avec les pouvoirs exécutif et législatif. En attendant le passage en seconde lecture de la proposition de loi à l’Assemblée Nationale, le temps passe, jour après jour, et le secteur de l’agro-industrie pro-OGM tisse sa toile, tandis que la lutte engagée contre lui continue.

Yrleana Gómez

Photos : Yrleana Gómez

Yrleana Gómez

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Sources : 

http://www.avn.info.ve/contenido/fao-reconoce-avance-venezuela-materia-seguridad-y-soberanía-alimentaria

La Cultura Nuestra http://laculturanuestra.com/?p=438Texte: Liliana Buitrago. Photos :  Alejandra Teijido; Colectivo Agujero Negro; Yrleana Gómez

Traduction : Jean-Marc del Percio

Voir aussi : « Au Venezuela, le peuple légifère contre Monsanto« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/ et « Le Venezuela signe avec les Sans Terre du Brésil un important accord de coopération », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/10/30/le-venezuela-signe-avec-le-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-un-important-accord-de-cooperation/

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(Photos :) Occuper, résister, produire

63-de-98Inquiet de l’avenir, Vicente Pacheco a décidé ce soir, de parler à sa femme et à son fils. Ils vivent de son labeur. Vicente compte 32 ans d’ancienneté dans la même usine. C’est dur, mais ils font avec. Il leur a parlé des décisions prises par l’entreprise, de ce qui pourrait se passer, des doutes qui traversent la plupart de ses collègues. La conversation a été longue. Il se rappelle ce qu’il se sont dit : «tu resteras ici jusqu’à la fin, pas question de s’en aller».

C’est en 1981 -à l’âge de 29 ans- qu’il a été embauché. A l’époque, cette usine de Barquisimeto produisait de la bière, de la marque Zulia. Vicente a occupé tous les postes, en particulier celui du conditionnement des canettes de bière (palettiseur) en fin de chaîne de production. Dans l’intervalle, l’entreprise a changé de patrons, et Pacheco a poursuivi son travail pour le compte de la Cervecera Nacional. Toujours avec un maigre salaire et sans possibilité de défendre ses droits, malgré la présence d’un syndicat « maison ».

En 1995, la multinationale brésilienne Brahma, a repris les rênes de l’usine. Vicente à dû obéir aux nouvelles directives. Celles de ceux qui empochaient les dividendes. La production quotidienne s’élevait alors à 36 000 boîtes métalliques et à 18 000 canettes. Jour après jour, 7 jours sur 7. Son travail ne changeait pas : il chargeait et conditionnait la marchandise, submergé par le bruit des nombreuses machines qui transportaient, lavaient, remplissaient, déplaçaient, attribuaient un code, pasteurisaient et étiquetaient tout autour de lui, les articles produits.

Vicente a passé la moitié de sa vie, dans cette usine. « Je ne suis pas de ceux qui reviennent en arrière. Quand une décision est prise, elle est prise. C’est ainsi que je reste moi-même, fidèle à mes principes », dit-il dans le silence d’un entrepôt de plusieurs milliers de mètres carrés, qui hier encore débordait d’activités 24 heures sur 24. Désormais, toute la production s’est arrêtée. La poussière qui s’accumule depuis 2 ans, sur toutes les parties de ce vaste local en témoigne. On discerne encore les couleurs jaune, noir, blanche des différentes installations -dont celles des gros interrupteurs électriques rouge- sans oublier les couches de graisse qui ruissellent de ci, de là.

Avec Brahma -qui s’est appelée AmBev à partir de 2003, et qui est l’une des plus grandes multinationales du continent- une nouvelle organisation du travail a vu le jour : aux 12 heures de travail d’affilée, succédaient 12 heures de repos. Pour combattre la fatigue, de nombreux ouvriers mastiquaient des chiques de tabac (« chimo »), buvaient du Coca-Cola et du café noir qu’ils mélangeaient.

En accord avec les gérants de l’usine, le « syndicat » maison avait la haute main sur la convention collective. Pacheco et ses collègues de travail n’avaient pas le droit d’en discuter, ni d’en débattre. Pas de voix au chapitre. Vicente : « jour après jour, on vendait notre force de travail. C’est tout ».

93-de-9880-de-98Malgré sa situation d’exploité, Pacheco aime ces imposantes machines et la puissance qui se dégage de l’entreprise qui s’étend sur 14 ha. Le site contient 14 silos d’une capacité de stockage de 8.1980 tonnes; des cuves de fermentation, de cuisson, de mélange, de refroidissement et de filtrage, mais aussi 2 réservoirs pouvant recueillir 24 000 litres d’eau chacun. Des ateliers de réparation et des laboratoires complètent le tout. En somme, tout ce qui est nécessaire à la production de la bière, de A jusqu’à Z. A l’exception des matières premières (importées), telles que l’orge et le houblon.

Accompagné de son propre écho, Pacheco se souvient. Il s’installe aux commandes des machines, actionne le mécanisme qui remplit 900 canettes (boîtes métalliques)/minute.

Le 5 mars 2013 à 16h25, les patrons ont débouché les bouteilles de whisky. Tout en applaudissant les nouvelles de la télévision, ils demandèrent aux travailleurs, à travers les fenêtres ouvertes des bureaux de la direction : « qu’est-ce que vous allez faire maintenant que votre président (Chavez) est mort? ». Le 18, ils ont convoqué l’ensemble du personnel pour lui annoncer que l’usine allait fermer ses portes, « du fait que la viabilité économique n’était plus au rendez-vous pour le maintien de leurs activités au Venezuela ». A aucun moment ils n’ont parlé de faillite. Il était également prévu que les 600 travailleurs sous contrat, et les 300 intérimaires recevraient sous peu, une « indemnité ».

Pacheco avait déjà parlé chez lui des stratagèmes de la société, et c’est avec les siens qu’il a décidé de la réponse à donner. De nombreux autres travailleurs de l’usine en ont fait autant. Ils savaient qu’on pouvait résister, qu’ils étaient dans leur droit – la nouvelle Loi du Travail n’autorise pas ce type de cessation d’activités (1). Ils n’avaient pas à courber l’échine. De plus, la majorité d’entre eux adhéraient au chavisme, et ils étaient organisés.

A tout prix

Les premières réunions ont eu lieu dans les locaux sanitaires, à 3 heures du matin. Alors la direction en a fait retirer les portes et les ouvriers ne furent plus autorisés à s’y rendre qu’accompagnés d’un contremaître, à raison de 10 minutes à prendre sur les 12 heures de roulement. Au début, ils étaient peu nombreux. 12 pour être exact. Ils savaient aussi que des mouchards rôdaient, que le « syndicat maison » allait main dans la main avec les patrons. Des travailleurs avaient été menacés. Chaque réunion devenait un risque.

La première chose qu’ils firent fut d’étudier les textes de lois et de discuter de la convention collective. Ils se sont ensuite procurés une brochure intitulée Movimiento Fuerza Unida (Mouvement Force Unie), dont ils ont assuré la diffusion clandestine. Leur objectif principal, selon Heiber Mogollon qui est référent de l’usine et membre de la Fédération Socialiste Bolivarienne pour les zones urbaine, rurale et de pêche : « organiser la classe ouvrière, préparer l’émergence des conditions subjectives, la conscience de notre peuple, les conditions objectives étant d’ores et déjà réunies ».

En 2005, ils ont été découverts par hasard. Aussitôt les accusations ont fusé : traîtres, agents déstabilisateurs, apprentis guérilleros, gauchistes. Mais ils avaient déjà jeté les bases d’une organisation. Mogollon : « ce qui importait dans ce premier temps, c’était de diffuser auprès des travailleurs la vraie nature de leur convention collective. Pour cela, on a convoqué une assemblée, on a imprimé un contrat et le personnel s’est rendu compte de toutes les irrégularités qui entachaient ce document, au seul profit du patron et de son syndicat. Chacun a pu se faire une opinion. Entre 300 et 400 travailleurs mécontents et grugés ont demandé des comptes au syndicat en place, qui les tenait depuis 20 ans sous sa coupe. « On a fait monté la sauce ». Résultat : lors des élections de 2006, 99,5% des bulletins exprimés se sont portés sur de nouvelles instances qui ont été élues, et la convention collective est passée aux mains du nouveau syndicat.67-de-98

Par la suite, les patrons de l’entreprise ont tenté de les acheter en offrant des fourgonnettes, des valises pleines de billets de 100, de comptes bancaires ouverts à leur noms. Ils ont même recruté un homme de main chargé de les menacer de mort. Pourtant ces tentatives de corruption n’ont mené à rien, l’intelligence des gens a déjoué le projet d’homicide, le syndicat s’est renforcé, et une première et authentique convention collective a vu le jour (2008-2011). L’une des premières mesures à être prise, portait sur la suppression des 12X12, et au retour des rotations de travail de 8 heures.

Mais au moment où tous ces changements survenaient, Ambev avait échafaudé d’autres plans : en 2010, elle formalisa la vente de 85% du capital de l’usine, qu’elle céda à l’entreprise brassicole Regional. « Ce sont eux qui ont réuni les conditions pour que l’usine s’achemine lentement vers la fermeture de ses portes. Ils ont tenté de faire valoir cet argument auprès des services du Ministère des Finances, qui consistait à dire que le manque de viabilité économique de l’usine, rendait inopérant le soutien à une entreprise dont les pertes étaient toujours plus importantes. Mais c’est la direction qui est responsable de cela » selon Angel Vazquez, qui a tenu pendant les deux années de résistance.

Tous ensemble, ils ont étudié, essayé de comprendre le cours des événements. AmBev se devait de fermer l’usine, de la vider de ses travailleurs, pour mener à bien l’opération de cession prévue et consolider son alliance avec Regional, qui produisait la bière de marque Zulia, sur le brevet de laquelle la multinationale d’origine brésilienne, avait un droit de regard. Angel : « le capitalisme a eu le dernier mot et les travailleurs se sont retrouvés à la rue ».

Le 18 mars 2013, de nombreux ouvriers revenaient de Caracas, où ils avaient rendu un dernier hommage à Hugo Chavez. On traversait une mauvaise passe. Mogollon était du voyage. Pourtant, l’heure n’était pas aux lamentations. Il devait s’adresser au personnel de l’usine, convaincre sans pour pouvoir promettre ce qu’il ignorait. « Soutenir leur regard a été le plus difficile pour moi, quand j’ai pris la parole lors de l’assemblée qu’on avait réuni. Il fallait vraiment leur démontrer que ce que je disais, j’en avais l’intime conviction : nous allions résister ». Des centaines d’entre eux l’ont suivi.

« Dans un premier temps, on a décrété une sorte d’état d’urgence au niveau de l’usine. Le but : contrôler et protéger notre outil de travail. Pour cela, on a mis sur pied des équipes de surveillance, d’entretien » raconte le dirigeant qui a occupé les locaux toutes les nuits, une année durant, en compagnie de 300 autres travailleurs. Toutefois, au bout d’un certain temps, le manque d’argent s’est fait sentir et certains d’entre eux ont commencé à chercher du travail ailleurs, à courir après une solution pour les enfants, pour la famille. S’est formé le dernier carré des irréductibles. « On était convaincu de la nécessité d’agir, de faire bouger les choses. On se disait : si on s’en va, tout cela sera peu à peu oublié, et le système en sortira renforcé ».14-de-98

L’unité

C’est par nécessité qu’ils ont contacté la Commune José Pio Tamayo, dans un premier temps. Dans l’attente de l’expropriation, on leur avait recommandé de faire enregistrer l’usine sous le statut d’Entreprise de Propriété Sociale (EPS), un concept juridique communautaire. Le Parlement Communal a fait un peu plus que leur ouvrir ses portes : les aider à relever le défi. On a même inventé une expression pour caractériser cette initiative : le pouvoir ouvrier-communal.

Jusque là, seule une partie des travailleurs connaissaient l’existence des Communes, pour avoir entendu Hugo Chavez en parler lors de sa participation personnelle à un Conseil communal. Toutefois, la majorité d’entre eux ignorait tout de cette structure. Ils étaient encore moins nombreux à se douter de ce qu’ils allaient entreprendre, à partir de la création de l’Entreprise de Propriété Sociale Travailleurs Unis.

Tout d’abord, confrontés à la nécessité pressante de créer de nouvelles sources de revenus, ils ont élaboré un plan d’urgence avec l’appui de la Commune : à l’aide de camions-citernes, ils se sont lancés dans le lavage de voitures. Ils ont également mis en vente des poulets, achetés à crédit. Dans ce domaine, Veneagro -une usine relevant du contrôle ouvrier- leur apporta son concours. De cette manière, ils ont pu assurer une rentrée d’argent hebdomadaire oscillant entre 1000 et 1500 Bolivars. Chacun des 60 travailleurs ayant poursuivi la lutte a pu en bénéficier. Survivre, c’est une chose, mais il faut aussi avoir un projet précis. Il a aussi été nécessaire de se défendre contre un procureur acheté par AmBev, qui a lancé des ordres d’expulsion.

Mogollon : « Nous parions sur un nouveau modèle de gestion fondé sur la participation et appuyé sur un collectif ouvrier-communal. Au sein d’une entreprise privée, gagner son pain à la sueur de son front, cela s’appelle  »plus-value ». Dans notre cas, c’est de la  »rétribution » et du  »contrôle social ». Les richesses produites par cette grande usine servent à la réalisation de nos projets : bâtir des écoles, des centres de santé, assurer l’éducation de nos enfants, sans pour autant devoir tout demander à l’État, ni dépendre du bon vouloir du secteur privé ».

C’est ce que le porte-parole de la Commune, José Miguel Gomez appelle le double processus de création : création de richesse, et libération de territoire. Pour articuler ces deux axes, lui et un autre « communard » élu ont commencé à participer aux assemblées d’usines et de Travailleurs Unis, tandis que deux travailleurs/socio-producteurs ont rejoint le Parlement Communal.

Cette participation croisée plonge ses racines dans les assemblées des conseils communaux. C’est à cet échelon qu’on traite des besoins les plus criants de chaque zone concernée. C’est aussi à ce niveau, que les porte-parole sont élus. Ceux qui donnent vie au parlement. Mais aussi les socio-producteurs, qui assistent aux débats, en recueillent les propos, et les relaient auprès des assemblées d’usines. Gomez : « Au final, tous ces éléments sont transmis à un fonds social, qui en synthétise les termes et se charge de les transformer en réalisations concrètes sur le terrain ».

Dans cette nouvelle unité de production, organisée autour d’une assemblée centrale à participation ouverte -ce qui permet de prendre collectivement les décisions- on a rompu avec les logiques verticales propres aux modes d’organisation capitalistes, avec la fragmentation des tâches et des savoirs. Gomez : « un système de transfert des connaissances s’est mis en route. Ici, les ouvriers participent à la planification, ont accès aux livres comptables, parce que désormais, on peut maîtriser les processus de connaissance liés aux domaines de la science et de la technologie ». La démocratisation des grilles de salaires, des tâches et des savoirs. C’est dans cette direction, que les travailleurs commencent à penser. C’est dans cette voie qu’ils s’engagent.

Mettre sur pied un vrai contrôle des travailleurs. Sans supervision administrative de l’État, comme ce fut le cas dans d’autres expériences. Prendre directement les choses en main, comme dans le cas des Empresas de Propriedad Social Directe qui dépendent des Communes. Mais ici, c’est l’amorce d’une expérience à grande échelle. Pour Gomez, c’est une étape vers l’inversion du scenario actuel : « L’économie du Venezuela, la majorité des moyens de production restent privées à 80 %, l’État en contrôle une petite partie mais bien peu se trouvent sous le contrôle citoyen. Les relations sociales sont encore marquées par la méthode capitaliste ».

Être autogestionnaires, c’est faire en sorte « que le peuple contrôle les rouages de l’économie pour qu’ils puisse s’émanciper et avancer dans la construction d’un socialisme vénézuélien» (Angel Vazquez).18-de-98

Jusqu’au bout

Pacheco achève sa visite de l’usine et des vastes terrains qui l’environnent. Il pense que le pire est derrière lui. Il ne manque plus que la signature présidentielle d’expropriation de l’entreprise, et que les projets se concrétisent. Ils ne vont plus produire de bière, mais vont se tourner vers la mise en bouteille d’eau minérale et la création d’un jus de moringa et de stevia, s’associer à la chaîne de production de l’entreprise publique Lacteos Los Andes, assurer le stockage des productions issues des communes agricoles et le conditionnement des silos à grains de la commune.

Le vieux travailleur a également découvert que personne n’a à lui dicter ce qu’il doit faire, ce qu’il doit être. Ce que les patrons de l’usine ont essayé d’écraser, de réduire au silence, d’acheter. Eux savent qu’ils doivent étudier, se former, s’organiser pour pouvoir agir, et résister.

Note :

(1) Lire « Nouvelle loi du travail : un pas de plus vers la vraie vie », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

Texte : Marco Teruggi

Photos : Gustavo Lagarde

Source : http://laculturanuestra.com/?p=175

Traduction : Jean-Marc del Percio

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L’autre langue

le saman du quartierDimanche 26 avril 2015, six heures de l’après-midi. Près de 17 femmes du Conseil Communal “Dr Alberto Smith” réalisent une assemblée pour discuter des points du jour. Nous sommes à Ocumare del Tuy, État de Miranda. « Terra incognita » pour les médias occidentaux, comme l’est ce pays hors du Caracas qui lève et baisse son rideau selon les besoins de l’internationale médiatique.

La réunion se déroule dans l’ombre fraîche du “samán”, l’arbre du quartier, trois hommes s’y sont joints. Le menu est varié : les erreurs initiales dans l’organisation du conseil communal comme la double identité juridique vis-à-vis des autorités lors de la remise de comptes annuelle, le besoin de vérifier les comptes des autorités antérieures par la commission de contrôle du nouveau conseil, le programme de substitution de l’éclairage ancien par les nouvelles ampoules blanches qui économisent l’énergie, le programme des allocations de retraite pour les personnes âgées, la vente de postes et d’antennes de télé par câble des entreprises de l’État. Le samán est un patrimoine national et ne peut être coupé sans permis de l’Institut National des Parcs et du corps de pompiers mais il faudra au moins en couper quelques branches.

La réunion respire la cordialité de voisins mais la tension revient dès qu’une parcelle de pouvoir est en jeu. Presque toutes ces femmes sont mères, fonctionnaires publiques ou employées, travaillent du lundi au vendredi, travaillent chez elles et consacrent un samedi ou un dimanche par semaine au conseil communal. Elles font leur propre critique parce qu’elles n’ont pas réussi à élire le ou la porte-parole au conseil de rang présidentiel. Le problème est que la personne à choisir doit se consacrer à plein temps à cette tâche : autant il est possible que ce conseil ne se réunisse pas pendant un an, autant il arrive qu’on doive se rendre à toutes les réunions pendant toutes les semaines, un mois complet. Madame Mary parle de la “faible participation aux assemblées”, Cristina explique qu’il faut “s’activer pour obtenir davantage de bénéfices”.

Une heure passe. Il y a d’autres critiques, il faut arriver à des accords. Quelles personnes sont-elles prioritaires pour l’assignation des postes de télévision et des antennes de Cablevisión (les personnes âgées). Le programme « Barrio Nuevo, Barrio Tricolor » organise une journée de substitution des toits d’amiante (encore nombreux dans les communautés intérieures du Venezuela) et des toits de zinc avariés, et la réfection des façades en mauvais état pour les maisons jugées prioritaires. Face aux problèmes de pénurie de certains produits de base on s’organisera avec des entreprises régionales pour vendre certaines denrées comme les produits laitiers.

Les maisons dont les lampes éclairent les rues du quartier recevront une dotation additionnelle d’ampoules incandescentes.

On dirait une autre langue mais c’est le langage de la démocratie participative, ce n‘est pas facile, ce n‘est pas un chemin de roses mais il semble que c’est le chemin.

Carmen Navas Reyes

Anita

Source : https://lacumbale.wordpress.com/2015/04/28/los-consejos-comunales-como-expresion-de-la-democracia-participativa/

Traduction : T.D.

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Démocratisation de l’Etat, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivariene, Caracas, 15 décembre 2014.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivarienne, Caracas, 15 décembre 2014.

On connaît la musique : chaque fois que le Venezuela approfondit la démocratie, les grands médias en remettent une couche pour créer l’image d’un régime répressif (1). Qu’une population passe de l’état de paysage colonial muet a celui de sujet politique actif explique la réaction locale de la minorité blanche, riche et raciste. Celle-ci sait comment fabriquer les violences dont les médias internationaux ont besoin pour mettre en images leur “révolte populaire contre le gouvernement vénézuélien“. Cette alliance entre les grands groupes médiatiques et une droite locale du seizième siècle – médiatiquement majoritaire au Venezuela – rappelle que l’Occident reste, lui aussi, profondément colonial face à l’émergence du Sud comme sujet politique.

Depuis l’approbation par les électeurs de la Constitution Bolivarienne il y a quinze ans, les gouvernement Chavez puis Maduro ont travaillé à la concrétisation de la “participación protagónica”, à savoir la participation effective et efficace des citoyens au pouvoir d’État. En 2014, dans cette deuxième année de révolution sans Chavez, tout en surmontant toutes sortes de déstabilisations violentes, économiques, médiatiques et politiques, Nicolas Maduro a franchi une étape fondamentale sur cette voie : la création des Conseils Présidentiels.

Formés de porte-paroles désignés par les mouvements sociaux, ils sont baptisés “présidentiels” parce qu’ils disposent du même rang que le Conseil des Ministres – des décisions gouvernementales pouvant être prises directement au cours de ces réunions.  “Ces Conseils ont été créés pour construire les institutions, précise Maduro, et pour réorienter les investissements. Ce sont des conseils de gouvernement, au plus haut niveau présidentiel, au plus haut niveau constitutionnel et des pouvoirs publics”. Cerveau collectif, flux constant de critiques, de propositions, de solutions émanant des mouvements sociaux, ils sont une manière de démultiplier la fonction présidentielle, d’en faire un inspecteur collectif sur le terrain, qui rend compte en connaissance de cause au Président de la république des retards, problèmes, dans la réalisation des accords et des nouveaux besoins en matière de politiques publiques.

Le premier Conseil installé le 19 septembre 2014 fut celui des Communes. A quoi bon parler de “révolution citoyenne” ou de “socialisme bolivarien” sans transformer les relations sociales de production et la division sociale du travail liées à la globalisation néo-libérale ? Basée sur le concept de “toparquía” (“gouvernement local”) créé au 19ème siècle par le philosophe Simón Rodriguez, la commune vénézuélienne – qui regroupe des conseils communaux liés par une même problématique sociale – commence à incarner ce nouveau mode de production centré sur les besoins directs d’une population et administré par celle-ci (2).

En décembre 2014 on note une forte progression du nombre de communes (930 enregistrées dans tout le pays) et de conseils communaux (47 mille 332). “Aucune de ces communes, aucun de ces conseils communaux ne resteront sans financement de leurs projets en 2015 » explique le Vice-Président pour le Socialisme Territorial, le sociologue Elías Jaua. Ce nouveau pouvoir citoyen commence à bousculer les vieilles formes de pouvoir local alors que pour de nombreux maires, gouverneurs, y compris certains chavistes, la politique restait un négoce clientéliste et autoritaire.

Autre Conseil créé ces derniers mois, celui des Travailleurs, articule les politiques impulsant l’économie productive, les avancées du droit du travail et le plan de travail pour les entreprises nationalisées : un nouveau modèle de direction des entreprises publiques sera mis en place en 2015.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

Le Conseil des Femmes réuni avec le président Maduro, novembre 2014.

Le Conseil des Femmes a déjà renforcé les programmes visant à éliminer la violence contre la femme, dénoncé l’image dénigrante que diffusent de la femme les médias privés, majoritaires au Venezuela. Sont mises en place de nouvelles politiques sociales pour les femmes de milieu populaire – historiquement, le secteur le plus vulnérable à l’extrême pauvreté. L’accent sera mis en 2005 sur la création de nouvelles “Bases de missions sociales” (qui regroupent tous les services publics et sociaux essentiels) dans les communautés les plus pauvres, avec priorité pour les femmes.

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs, décembre 2014.

Du Conseil Présidentiel des Paysans et des Pêcheurs ont émergé un plan général de développement agricole et la décision saluée par les mouvements sociaux de restructurer le Ministère des Terres et de l’Agriculture, avec de nouvelles mesures contre les mafias privées qui interceptent et gonflent les prix des produits agricoles avant qu’ils n’arrivent aux mains des habitants.

Les pénuries passagères de certains aliments ont mis en évidence la faillite du capitalisme au Venezuela, où le secteur de l’alimentation reste à 70 % aux mains du secteur privé. Le géant privé Polar, quasi monopolistique sur des produits d’usage quotidien comme la farine de maïs, produit moins qu’il n’importe… grâce aux dollars préférentiels que lui octroye l’Etat.

Le président Maduro a également défendu la réactivation de l’agriculture familiale en petite surface (le traditionnel “conuco”), suivant ainsi les recommendations de la Via Campesina et de la FAO (ONU) qui insistent sur l’importance de ce mode de production pour la souveraineté alimentaire, le développement rural soutenable, une nourriture saine produite de manière agro-écologique.

Il fut aussi question de la lutte accrue contre les exactions de  grands propriétaires qui ont assassiné à ce jour près de deux cents paysans – un thème dont ne parlent jamais les médias internationaux car cela les obligerait à évoquer la réforme agraire. Cette volonté de mettre fin à l’impunité se heurte encore à une justice liée aux grands lobbies terriens – pour preuve la récente tentative – qui a heureusement échoué – du Tribunal Suprême de Justice d’abroger la charte agraire de la commune “El maizal” – modèle de participation populaire dans l’État de Lara. Maduro a aussitôt pris la défense des communards de El Maizal, jugeant cette décision “anticonstitutionnelle et attentant aux droits fondamentaux des paysans”.

Qui aurait cru que 522 ans plus tard, les 44 peuples indigènes qui ont résisté au colonisateurs, allaient être assis au centre du pouvoir politique, au palais présidentiel ? Le Conseil Présidentiel des Peuples Indigènes doit être une nouvelle structure d’État et de gouvernement pour décider et diriger. C’est une rénovation de la révolution, et c’est une révolution dans la révolution”. C’est en ces termes que le président Maduro a salué l’installation du Conseil des Peuples Indigènes avec lequel il a décidé d’augmenter les investissements de projets socio-productifs formulés par les peuples originaires, d’assurer la couverture sociale intégrale de toutes les communautés et de “fonder immédiatement l’institut des langues indigènes, avec une équipe qui travaille de manière permanente, scientifique, à enregistrer, retrouver et rendre vie à toutes les langues indigènes qui existent sur le territoire vénézuélien”.

Le Conseil des Peuples originaires réuni au Palais présidentiel

Le Conseil des Peuples originaires réuni au palais présidentiel, octobre 2014.

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Autres conseils en pleine installation : le Conseil des Jeunes et des Étudiants, et celui des Travailleurs de la Culture qui vise a développer les systèmes de sécurité sociale pour tous les créateurs sans exception. S’y ajouteront en janvier 2015 le Conseil de la classe moyenne et des associations de voisins, celui des organisations de persones âgées et des associations de personnes handicapées.

Pour renforcer cette participation populaire au plus haut niveau de l’État, Maduro a signé dans les derniers mois plusieurs lois importantes : telle la Loi organique des Missions Sociales qui protège légalement tous les travailleurs de ces services publics, assortie de la création du fonds économique unique des grandes missions; La loi de financement des projets du pouvoir citoyen pour accélérer les conditions d’octroi de crédits aux entrepreneurs individuels ou associés, aux conseils communaux, aux communes, aux coopératives, aux personnes de faibles revenus et à toute autre instance de pouvoir populaire; La Loi organique de la gestion communautaire des Services, compétences et autres attributions; La Loi de l’Emploi productif pour les Jeunes qui garantit à ceux-ci la protection légale lors de leur premier emploi, avec salaires et horaires décents, contre l’habituelle exploitation dont ils sont victimes; La Loi d’Alimentation des Travailleurs qui augmente le niveau du ticket alimentation (en complément du salaire); La Loi organique de Planification Publique et Populaire qui oblige l’État à consulter en permanence les citoyens et à planifier de manière participative  l’octroi des ressources pour leurs projets.

Vice-présidents, faites du pouvoir citoyen une priorité. Obligez les ministres qui sont sous votre responsabilité à le faire aussi. Et vous, ministres, exigez à ceux qui travaillent dans vos équipes à en faire la priorité : le nouvel État doit être l’État du pouvoir populaire, tel qu’il est prévu dans la Constitution de la République Bolivarienne. C’est ce nouvel État qui doit substituer l’ancien – l’État bourgeois qui possède encore des tentacules de corruption et de bureaucratie, seul le pouvoir populaire en action pourra y mettre fin”a déclaré Maduro pour résumer l’esprit des lois signées en novembre 2014.

2015, année de la relance économique

Alors que des journalistes européens euphoriques annonçaient dès la chute des cours du pétrole que le “Venezuela allait devoir faire des coupes dans son budget”, le président Maduro a maintenu la hausse du budget social pour 2015, aux antipodes des politiques d’austérité pratiquées en Europe. La majorité des députés socialistes – contre la minorité des députés de droite – a voté un budget de 741 mille 708 millions de bolivars – soit 21,6% du PIB – financé en grande partie par les recettes fiscales non-pétrolières (517 mille 455 millions de Bolivars), les recettes pétrolières (124 mille 74 millions) et un complément d’emprunts publics. Ce qui garantit le financement d’activités et de projets de secteurs aussi divers (à titre d’exemples) que les producteurs agricoles, les organisations communales, les infrastructures publiques – centrales électriques hydro- et géothermiques, le renforcement de 240 centres hospitaliers, l’alimentation destinée aux 4 millions 351 mille étudiants de l’enseignement primaire ou celle que le gouvernement distribue à bas prix à la population en général à travers les réseaux Mercal, PDVAL et les “Maisons d’alimentation” destinés aux secteurs les plus pauvres.

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014.

Le chômage poursuit sa baisse (5,9 % en novembre 2014, un des meilleurs chiffres en quinze ans de révolution) tandis que sur l’ensemble de l’année le salaire minimum intégral a augmenté de 68,28% pour éviter qu’il soit rogné par l’inflation encore très haute (64% en 2014). Selon le rapport de la Banque Centrale de décembre 2014, celle-ci a été renforcée en 2014 par les “guarimbas” violentes de l’opposition, la guerre économique via le dollar parallèle et la contrebande massive de produits subventionnés par le gouvernement, revendus plus cher à l’étranger.

En 2015, Maduro l’a annoncé, les efforts du gouvernement se centreront sur l’élimination de ces mafias économiques par la lutte accrue contre la contrebande, la fixation des prix justes au consommateur, et surtout le passage définitif de l’économie rentière-pétrolière, avec sa culture médiatique d’ultra-consommation, à une économie productive et rationnelle.

Pour que la structure économique ne corsette pas le déploiement des nouvelles formes de participation et de production citoyennes, Maduro a également signé en noviembre 2014 une série de 28 lois en matière économique. Nulle mesure d’austérité, nulle augmentation de l’essence (écartée à court terme). Il s’agit d’assainir une économie depuis longtemps empêtrée dans la corruption et la bureaucratie anti-productives. Ces lois transforment les conditions d’accumulation du capital pour les réorienter en faveur de l’investissement productif – règlementant les investissements étrangers, empêchant les monopoles, simplifiant l’administration pour les mouvements communaux et les secteurs productifs nationaux, fixant une contribution sérieuse du secteur capitaliste – bancaire notamment, qui a engrangé 13% de bénéfices en 2014 – au budget de l’État.

Ces lois fortifient la courbe de croissance des revenus fiscaux non-pétroliers (qui participent déjà pour 72% au budget de l’État) et seront multipliées par deux. Exemple : une des 28 lois modifie les “concessions molles” accordées aux transnationales exploitant le sous-sol vénézuélien et met fin à leur hégémonie, la restituant à l’État. En récupérant l’extraction de cette quantité plus importante que prévue, l’État pourrait en dix ans porter ses réserves internationales à 50 milliards de dollars et renforcer la valeur de la monnaie nationale et la stabilité économique en général.

Sans doute la Sainte Alliance qui va des médias de la droite locale à la majorité des journalistes occidentaux commet-elle la même erreur que celle qu’ils ont commise contre Chavez : celle de sous-estimer Maduro et le “peuple-président”.

Thierry Deronne, Caracas, le 31 décembre 2014.

Notes

(1) Exemple : le mensonge, relayé par le très controversé Paulo Paranagua du “Monde”, d’une “dessinatrice licenciée pour un dessin anti-Chavez”. En réalité le départ de la dessinatrice Rayma (ouvertement raciste et d’extrême droite) provenait de son conflit personnel avec la direction de son journal ”EL Universal” (droite). Il n’ y a eu aucune censure du gouvernement et ses livres sont disponibles dans toutes les bonnes librairies. Rappelons qu’au Venezuela les trois quart des médias écrits, web, radio et télévision (inter-) nationaux, régionaux ou locaux, appartiennent au secteur privé, que leur nombre a augmenté en quinze ans de révolution, et qu’ils propagent en majorité des idées de droite. Pour une liste non-exhaustive des mensonges sur les “atteintes-à-la-liberté-d’expression-au-Venezuela”, voir le site ACRIMED http://www.acrimed.org/spip.php?page=recherche&recherche=venezuela

(2) “La commune, co-présidente du Venezuelahttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

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(Photos) Naha mopue : nous sommes mapoyos

Le professeur Benito Irady, président du Centre Vénézuélien pour la Diversité Culturelle, avec le Cacique Simon Bastidas et Carolina Bastidas, représentants du Peuple Mapoyo, à l’UNESCO.

Le 25 novembre la UNESCO a entériné la proposition du Venezuela de déclarer Patrimoine immatériel de l’Humanité la langue (menacée) du peuple indigène Mapoyo. gls-1-de-34Au début, il y avait Maiguata et Cabeza de Morocho. Le premier était Dieu, le second un sorcier : le bien et le mal, qui vivaient dans les cieux. Sur terre, dans la vallée Guanay, Maiguata était en train de donner la vie : il avait créé là trois lagunes pour les poissons. Et cette vie, ces poissons, Cabeza de Morocho, les lui dérobait, car chaque nuit il descendait avec ses deux filles et des paniers.
Alors, Maiguata envoya le singe, son neveu, pour tirer les choses au clair. Puis, le grillon, le héron, le perroquet, le tigre, le cerf et la mouche : ils s’endormaient tous avant minuit, ils étaient tous des gens, alors – chacun, après cette nuit-là, reçut sa façon de chanter. Jusqu’à ce que l’oiseau chenchena découvre ce qu’il se passait, il les vit descendre du ciel et ne laisser que quelques écailles, après leur larcin.

C’est ainsi que commença la création du monde telle que Maritza Reyes la raconte à sa petite-fille assise sur ses genoux, tandis qu’elle raccommode une chemise sur une vieille machine à coudre. Il est midi dans la communauté El Palomo qui s’appelle Mucuruni en langue mapoyo.
A cette heure-là, la classe du matin est finie, la construction de la hutte de trente mètres où fonctionnera un marché-école est arrêtée et dans les maisons, on sent une odeur de poisson de rivière en train de cuire. Au fond, on voit le Cerro Caripito, un immense rocher sombre aux reflets brillants de l’eau qui tombe, avec une forêt tout en haut. A ses pieds, on trouve plusieurs petites exploitations avec des plants de bananiers divers ; il n’y a pas de clôture pour les séparer, comme sur presque tout le territoire ancestral de 230 000 ha qui s’étend du fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza.

Witi turu mopue wuaimuru : je parle la langue mapoyo.

A 7H30 du matin, les 120 enfants, depuis la maternelle jusqu’au cours moyen deuxième année, chantent l’hymne en mapoyo à l’entrée de l’école. Lorsqu’ils ont fini, ils rentrent en classe en saluant dans leur langue, tandis que l’institutrice fait de même tout en leur faisant signe de s’asseoir. Puis, elle commence à parler espagnol pour présenter les sujets du jour, et le matin passe ainsi, partagé entre les deux langues.
Cette scène qui se répète tous les jours du lundi au vendredi, n’existait pas il y a dix ans : à cette époque-là, les enfants n’apprenaient pas le mapoyo et les plus âgés ne l’enseignaient pas, ni à l’école ni à la maison. La langue se perdait peu à peu et, avec elle, une part essentielle de l’identité du peuple indigène le plus petit du Venezuela – presque 400 personnes à Murucuni et une quantité équivalente sur le territoire national.
Ce sont les nouvelles générations qui commencèrent à impulser ce processus de récupération, à vouloir comprendre et savoir ce qu’elles entendaient de la bouche des anciens et de leurs parents. « la langue et la culture étaient endormis mais la connaissance est là : nous devons la réveiller », affirme Carolina, qui a trente ans, et qui fut l’une de celles qui tendirent ce pont nécessaire entre les générations.

L’organisation les conduisit à faire des recherches non seulement sur la langue mais sur l’intégralité de leur culture. Alors, avec l’appui de l’Ecole Nationale des Cultures Populaires, elles créèrent la figure des « maîtres des savoirs ancestraux » : un(e) pour chaque sujet : la langue, l’histoire, les tissus et les jeux, l’élaboration de la pirogue et des pagaies, l’architecture- la construction de la hutte pour le marché et une partie de cet enseignement-, la médecine, le travail de poterie domestique, l’agriculture et l’élaboration du « casabe » et de la farine de maïs.
Ils commencèrent ainsi à se rencontrer : les uns, avec le désir d’apprendre et les autres, disposés à enseigner. Les enfants commencèrent à dire des mots dans leur langue –« C’est encore difficile de dire de longues prières », précise Carolina-, alors cela engendra une forme de stimulation chez leurs parents qui décidèrent de s’impliquer dans l’apprentissage du mapoyo. Aujourd’hui, tous les vendredis, il y a des cours de langue pour adultes.
Carolina est la fille de Simon Bastidas, le chef. Son frère, Argenio est capitaine, ce qui signifie que plus tard, il sera à son tour chef de la communauté. Telle est l’organisation traditionnelle du peuple mapoyo et des autres communautés indigènes, même si, dans ce cas, c’est le chef qui choisit le capitaine, et cela ne se fait pas au moyen d’un vote-« chaque peuple indigène a sa culture », souligne Simon.
Ceci fait partie de leur identité, de l’ordre interne de Murucuni. Mais cela fait l’objet d’un dialogue avec d’autres formes d’organisation : le conseil communal sur lequel ils se sont mis d’accord, et la Commune, qu’ils sont en train de mettre en place, avec les sept autres peuples qui habitent ce territoire. « Le conseil communal doit bien se mettre d’accord avec les autorités légitimes de la communauté, travailler main dans la main avec le chef et le capitaine » raconte Argenio, et il signale que dans d’autres communautés il est arrivé que le conseil communal veuille mettre de côté l’autorité historique.
Ce n’est pas le cas de Palomo, où c’est précisément Simon qui a impulsé la création du conseil communal ; et Carolina, par exemple, est porte-parole en ce qui concerne la culture. Ils ont obtenu ainsi plusieurs avancées : l’alimentation électrique, la construction d’une cantine scolaire, un dispensaire qui est en travaux, un camion, trois embarcations, des réservoirs d’eau pour les logements. Il s’agit d’avancées matérielles liées au processus d’organisation que connaît la communauté et qui réunit la récupération de ce qui est ancestral et la tentative de nouveauté.

Mapoyo : liberté et résistance.

Au terme de la bataille, Simon Bolivar fit appeler Paulino Sandoval, cacique suprême. Les mapoyos avaient combattu sous le commandement du capitaine Alejo, et grâce à son aide ils purent vaincre les espagnols. Lorsque le chef arriva, le Libertador lui demanda ce qu’il désirait pour son peuple : des terres pour vivre, telle fut la réponse. Alors, il lui donna un papier avec la mention : depuis le fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza, comme on lui avait demandé. Ainsi que son épée, avec la lance de José Antonio Paez.

Ce titre fut égaré lors d’un incendie, et Simon Bastidas – qui est en possession de l’épée et de la lance- consacra une grande partie de ses efforts à le retrouver. Il y parvint en mars 2013 : l’Etat reconnut leur territoire, de fleuve à fleuve ; « Ici, nous sommes libres », affirme le petit Simon, l’un de ses enfants, en signalant l’absence de clôture, l’une des règles de cohabitation- qui représente le fondement de la future Commune- en accord avec les sept peuples indigènes.

Mais cette liberté vit aux côtés d’une autre réalité, celle d’une transformation que s’est produite très rapidement sur son propre territoire depuis 1960, lorsqu’on découvrit que dans ces collines il y avait de la bauxite et que la quantité présente permettrait de l’exploiter durant quatre cents années.

Alors, en 1985 son extraction commença aux mains de l’entreprise Bauxiven-aujourd’hui Bauxilum-, et à côté on fonda un village, Morichalito, puis on construisit la route qui passe en face de la communauté mapoyo. Jusque là, ils n’avaient de contact qu’avec des « piaroas » qui s’approchaient par le fleuve pour faire du troc, ainsi qu’avec les familles venues de Coro, installées à Pijiguao, juste en limite de l’endroit où l’on installa ensuite l’entreprise.

Les impacts, trente années plus tard, sont visibles : des fleuves pollués et une décharge à ciel ouvert. « Ils profanent les sites sacrés que nous avons », explique Simon. On trouve des ordures au pied du Cerro de las Piñas, l’un des trois lieux où le peuple mapoyo enterre ses morts ; quant à la capitainerie générale où se trouvait Paulino, c’est aujourd’hui un lieu de stockage de la bauxite, inaccessible et pollué.

Face à cette situation, la communauté a pensé et proposé plusieurs solutions à l’entreprise – jusqu’à présent restées lettre morte : réaliser les travaux nécessaires pour éviter le débordement vers les fleuves, reboiser là où ils ont extrait le minerai, et créer une coopérative de recyclage des ordures. Prendre soin. Quant à recevoir, jusqu’à présent peu ou rien. Récemment, depuis 2002 les indigènes ont pu commencer à travailler dans l’entreprise, et sur les 1800 employés, cinq sont mapoyos.

Le Cerro de las Piñas se trouve près de Morichalito. C’est un roc très étroit et plus haut que le cerro Caripita : il est noir et semble avoir été découpé au fil du temps. Un épisode important de l’histoire des mapoyos s’y déroula : le suicide collectif de l’une des capitaineries.

L’événement eut lieu du fait d’une erreur de la communauté envers ceux qui, une nuit, étaient descendus pour les rencontrer. Devant ce qui était arrivé la solution fut de se lancer depuis le cerro, comme cela leur avait été demandé. En le faisant, ils ne se dirigeaient pas vers la mort mais ils allaient à la rencontre de « ceux d’en haut ». C’est pourquoi, ils chantaient en montant.

Dans le centre de Palomo, il y a une réplique en bois du cerro de las Piñas : là, les enfants du collège firent une représentation théatrale de ce qui s’était passé, de l’histoire de leur peuple. Maintenant, l’après-midi, ils grimpent sur la structure de bois, ils restent en haut pour bavarder et puis ils descendent comme sur un tobogan alors que, tout près, sur le terrain les adolescents jouent au football.

Patrimoine immatériel de l’humanité, histoire vivante du Venezuela

Le 26 novembre prochain, Simon et Carolina se sont présentés  devant l’Unesco pour que leur communauté puisse être reconnue comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité et être déclarée comme culture à préserver de manière urgente.

Le petit Simon explique pourquoi ils décidèrent de franchir ce pas : « l’Unesco est un instrument de plus pour nous renforcer dans l’optique de continuer à promouvoir notre langue, et c’est nous, la nouvelle génération, qui, aux côtés de nos anciens qui possèdent la connaissance, allons inculquer aux enfants toutes ces connaissances qui sont restées peu à peu derrière nous ».

Le peuple mapoyo, comme tous les indigènes d’Amérique, est un peuple de survivants ; de l’esclavage, de la guerre, des grands propriétaires, du mépris, de la contamination, et même de l’affirmation qu’ils avaient disparu et qu’il n’en restait pas un seul. Aujourd’hui, ils sont en train de donner un souffle nouveau à leur identité, en retrouvant un orgueil que voulut anéantir une culture qui prétendit qu’ils étaient des sauvages et leur nia le don de raison- c’est pour cela qu’ils ont appelé historiquement les non-indigènes « les rationnels ».

C’est pour cela que Maiguata est toujours là, celui qui a fait le bien, qui a créé l’Orénoque large et profond pour que son fils Manati puisse y vivre un jour. Mais également, Cabeza de Morocho, le mal, qui voulut tuer Maiguata et créa les moustiques, grands et petits, ainsi que la gale. Parce que le souvenir ne s’est jamais perdu et qu’il se trouvait endormi, à présent, il se réveille pour se dévoiler et montrer qu’ils ont toujours été là, qu’ils sont une partie centrale de l’histoire et du pays qu’il faut redécouvrir.

Texte : Marco Teruggi
Photos : Gustavo Lagarde
Source : https://comoelvientoenlanoche.wordpress.com/2014/11/25/naha-mopue-somos-mapoyos/
Traduction : Sylvie Carrasco

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Ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire

SONY DSCLes deux hectares de terre brûlée se trouvent au sommet de la colline.  Des petits foyers de fumée grise y persistent encore, des restes de ce qui brûlait à l’aube, à six heures du matin, lorsque la chaleur permet de se mouvoir plus légèrement. Ensuite, le soleil tape, crevasse, désespère. Avec ce feu on a soigné la terre, on l’a rendue plus sèche, plus dure, plus semblable à la couleur des vautours, préparée pour les semailles, pour l’époque des pluies.

A cet endroit, chaque trace a été laissée par un groupe de quatre hommes. Chaque bananier qui poussera aura été planté de leurs mains qui ressemblent à cette même terre qu’ils travaillent à la machette, à la binette et qui les forge eux-mêmes également à chaque coup.

Autour de ces hectares, tout est vert. La forêt se perd, en hauteur et dans le lointain ; sous les cimes, tel de l’or vert, se trouve le cacao. Sur la colline voisine on voit une parcelle de terre identique à celle-ci. D’autres paysans s’y trouvent, eux aussi ils voient naître le jour dans la nuit, ils chargent les plants de bananier, de maïs, de piment remontant depuis le fleuve et ils les gardent dans le même refuge, sous un plastique noir que supportent six piquets de bois.

Lorsque les quatre hommes reviennent à leur communauté à une heure, ils le font par un chemin étroit, sur des pierres qui sont des obstacles, des marches, encore des coups.

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Sur leur passage, par terre, ils voient des coquilles de cacao ouvertes en leur milieu – il y en a des jaunes, orange, vertes, rouge foncé, violette. Tous les quatre ils avancent dans l’ombre traversée par la lumière, sur les feuilles sèches tombées des cacaotiers et des arbres plus hauts qui les protègent- d’où pendent des racines, des orchidées et des nids.

En arrivant, ils traversent la rue principale, saluent les habitants qui, à cette heure-là, se trouvent chez eux- certains se penchent à la fenêtre- ils marchent entourés d’enfants jusqu’à arriver au fourneau où se tient le déjeuner qu’on leur a préparé. Alors, ils s’assoient sur des chaises, des grosses pierres, par terre et mangent le pot-au-feu commun. Des chiens, des chiots courent autour d’eux, des poules cherchent les restes et tout près, le fleuve,  ce fleuve qu’on ne voit pas d’en haut.

La base productive

Ces quatre hommes, qui chaque jour montent jusqu’au sommet brûlé, font partie du conseil communal Los Marines. Tout comme ces terres qu’ils travaillent. L’assemblée a approuvé le financement pour y commencer la production.

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Avec cet argent, ils ont acheté des semis, des outils et ils en ont destiné une partie pour une prime hebdomadaire-un peu moins qu’un salaire. L’accord collectif est le suivant : quand la récolte et la vente se termineront, ils commenceront à rembourser le prêt au conseil communal, et avec l’excédent ils se paieront pour vivre-tout en vivant- en même temps que 3% seront destinés à l’organisation communautaire.

Comme ces deux hectares, il en existe 98 de plus sur la Commune agricole Cajigal, située dans l’état de Sucre, de la municipalité qui lui donne son nom : Cajigal, paroisse Yaguaraparo. Sa surface est de 20 000 hectares, dont la moitié est impropre à la culture, 2300 ha de cacao, 3000 autres attendent d’être mis en production. Sur les hectares restants, on cultive d’autres produits : fruits, et toute sorte de légumes ; les habitants y ont leur logis.

L’agriculture communautaire est l’un des principaux axes économiques encouragés par la Commune. Dans une zone agraire- abandonnée par l’état durant des décennies, marquées par des migrations massives vers les villes et de faible productivité- et dans le contexte d’une guerre économique qui s’est accrue depuis plus d’un an, commencer à faire produire ces terres est une stratégie.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Rien de tout cela n’est nouveau pour les « communards » et les « communardes » : le premier conseil communal de la zone –La Horqueta de Mata de Chivo- a commencé à s’organiser en ce sens, et c’est dans cette direction qu’ils continuent de regarder, vers les 150 nouveaux hectares qu’ils projettent de mettre en production collectivement et dont le financement a été approuvé en partie par l’Etat. A présent, il n’y a plus un conseil communal mais 16, organisés sur la Commune fondée par un après-midi d’août 2013.

Augusto Espinoza, l’un des principaux  membres référents de la Horqueta, connaît cette réalité depuis ses débuts. Avec les autres « communards » il en est arrivé à cette certitude : « il ne peut y avoir de Commune qui ne soit pas productive. Nous travaillons pour qu’il y ait un équilibre entre les 16 conseils communaux, et qu’ils produisent tous ».

Dans son conseil communal, ils sont parvenus à mettre sur pied 5 hangars d’élevage de poulets où travaillent 29 personnes – pour un total de 18 000 unités tous les deux mois – et une fabrique de parpaings d’une capacité de production de 2500 parpaings par jour, où sont employés 20 « communards »  et « communardes » en deux équipes. Ils savent que de cette façon ils créent des emplois, des revenus pour l’organisation communale, un nouveau système économique qui cherche à être productif et un peu plus que cela : socialiste.

***

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Dans les rues, face aux portes, se trouve étalé dans des rectangles le cacao qui sèche au soleil – ceux-ci peuvent mesurer 8 mètres de long ou davantage, et approximativement un mètre et demi de large, pas plus ; ils doivent laisser l’espace nécessaire à la circulation des véhicules. L’air se caractérise par une odeur aigre, presque sucrée, pénétrante. C’est la période des quatre jours qui suivent la sélection des grains, la mise en sachet pour que commence le processus de fermentation. Une semaine au total. Jours durant lesquels les enfants ne vont pas à l’école, pour rester travailler aux côtés de leurs parents.
Dans le village, les maisons sont basses, avec des grilles ; elles sont colorées, très colorées. Des vertes, rose, violette, pourpre, bleu clair et jaunes ; les journées commencent tôt tout comme dans la zone haute. A sept heures c’est comme s’il était dix heures ; dix heures, c’est trop.

En parcourant le territoire communal, rien ne semble indiquer la présence de la Commune, ni les groupes d’hommes et de femmes qui construisent leur maison, ni les files de maisons déjà construites, ni l’institutrice qui va à l’école avec ses enfants, ni les personnes qui préparent les fondations de la nouvelle zone récréative et d’éducation. Pas plus que la pépinière qui se trouve au bord de la route, ou le camion qui vend du poisson sur la place centrale. Cependant, tout l’est. Une excessive évidence qui la rend invisible, la Commune, c’est la vie quotidienne.

Travailleuses de l'Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d'Approvisionnement.

Travailleuses de l’Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d’Approvisionnement.

L’un des rares espaces communaux qui se trouve signalé par un panneau est l’entreprise de Propriété Sociale Directe Commune Unité d’Approvisionnement La Horqueta Produciva, – «  directe car c’est la population qui l’organise directement », explique Elinor, membre de l’entreprise-, située au centre de Cajigal. Ses portes – qui présentent de chaque côté une peinture murale de Simon Bolivar, libérateur, à cheval et portant son épée – ouvrent à 8 heures du matin. Sur les étagères se trouve ce qui manque souvent ailleurs : de l’huile de tournesol et d’olive de l’entreprise Diana, du lait concentré et en poudre de l’entreprise Los Andes, de la farine de maïs, des haricots de la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAl), des fruits, des salades et des légumes produits sur les terres communales, et également par des producteurs individuels – familles – de la communauté.

De bonne heure accourent également vers cet endroit des habitants et habitantes. Ils viennent des rues principales, de la zone basse et empruntent le pont rouge en fer qui enjambe le fleuve, ce fleuve qui descend vers l’endroit où quatre hommes déjeunent de retour du haut qui paraît trop haut, des hommes qui d’ici quelques mois vendront leurs bananes.

La chaîne libératrice

« Nous sommes encore des novices qui posent les fondements ; même si nous avançons, nous produisons encore à très faible échelle, nous devons couvrir les besoins de l’axe communal », dit Eidis Brito tout en conduisant l’un des camions de la communauté. Avec celui-ci, ils montent jusqu’à la zone haute par la route empierrée, pleine de trous et pentue, ils descendent les récoltes jusqu’à l’Unité d’approvisionnement, et vont jusqu’à l’état de Carabobo acheter directement les produits des entreprises d’état.

Eidis sait qu’ils doivent augmenter la production, qu’ils ont besoin de 40 000 poulets et 400 hectares pour les semailles communales pour répondre au besoin de l’axe (où vivent 10 630 personnes) dans ces domaines. Ils doivent aussi avancer sur deux points : avoir le contrôle sur la totalité de la chaîne productive, et renforcer la chaîne. C’est-à-dire, le processus qui permet la mise en marche d’un nouveau projet à partir d’un projet déjà existant pour renforcer celui-ci à son tour.

Vivier communal agro-écologique

Vivier communal agro-écologique

Sur le premier point, ils ont pu avancer à certains niveaux. Le cas de la production agricole, par exemple, est le suivant : avec les pépinières communales agro écologiques (où  fonctionnera  en plus un banc de géo plasma, et dont l’objectif principal est de récupérer les variétés de cacao autochtone, comme le cacao perla), ils produisent une partie des semis pour les petites exploitations communautaires- les autres sont achetés aux entités d’état ou sur le marché privé.

Ce que l’on récolte là est transporté par la communauté vers l’Unité d’Approvisionnement, rompant ainsi partiellement avec le monopole des intermédiaires, qui achètent les produits aux agriculteurs à bas prix pour les revendre avec une augmentation qui à la fin peut aller jusqu’à 100%. La réponse communale est cependant insuffisante : ils doivent distribuer avec un camion –parfois ils en ont deux- 1 240 000 bananes, ceci correspond à la quantité que peuvent produire les 62 hectares communaux.

Finalement, les efforts des paysans sont rassemblés et le fruit de ces efforts est vendu de façon communautaire, à un prix inférieur à celui qu’impose le marché (« la maracuya » (fruit de la passion), par exemple, est vendue 40 bolivars le kilo, alors que dans les magasins privés elle se trouve à 60). De plus, depuis l’Unité d’Approvisionnement, on réalise des opérations de vente aux communautés les plus éloignées pour garantir un accès équilibré aux produits.

Ce parcours – qui n’est pas encore totalement entre les mains de la communauté, et qui fonctionne à une échelle réduite – représente l’exemple le plus avancé de ce que l’on fait dans la communauté de Cajigal. Néanmoins, ceci ne se produit pas dans d’autres circuits, comme celui des poulets. Là, il y a un problème à la base : l’aliment, les poussins (que l’on fait grossir) de même que les matériaux pour construire les hangars : tout est aux mains du secteur privé. La vente, elle, se fait directement à la communauté sans intermédiaires.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le problème des matériels de production auxquels doivent faire face les « communards» (dans un contexte de guerre économique qui provoque de soudaines hausses de prix) n’est pas réservé à ce cas. Face à cela, ils ont élaboré un projet, la chaîne productive. Pour continuer avec cet exemple : Eliel, Augusto et des centaines d’hommes et de femmes qui construisent jour après jour la communauté en sont arrivés à la conclusion qu’il leur fallait un local pour l’abattage des poulets. Pour pouvoir le mettre sur pied il leur faut produire une plus grande quantité, 70 000 unités environ.

Avec ce local en état de fonctionnement, ils pourraient commencer un processus de séchage des viscères, des plumes et des ongles des poulets, pour ensuite les traiter et les transformer en farine (avec un concentré de protéines) qui serait utilisé comme aliment pour des poulets, économisant ainsi une grande partie des aliments qu’aujourd’hui ils achètent au secteur privé et qui représente une grande partie des dépenses (450 000 bolivars pour 10 000 poulets, qui, au bout du compte, rapportent un bénéfice de 150 000 à 200 000 bolivars nets). A son tour, ce même aliment pourrait être utilisé pour le projet d’élevage de cachamas (poisson d’élevage), autre espace de production qu’ils cherchent à mettre sur pied.

Le local d’abattage permettrait de vendre des poulets déjà préparés pour être cuisinés, des poulets qui pourraient être stockés dans les cinq caves (d’une capacité de 10 000 kilos chacune) qui se trouvent à l’Unité d’Approvisionnement ; ils pourraient  être vendus à un prix, là encore, plus bas (actuellement ils les vendent à 40 bolivars alors que dans les magasins privés ils frisent les 60).

Le problème auquel ils sont confrontés pour mettre en marche ce processus représente un seul problème mais il est central : les ressources (ils expliquent qu’en plus du local d’abattage, ils pourraient mettre en fonctionnement une incubatrice ce qui réduirait le coût de l’achat des poussins). Sur ce point, la communauté a trouvé une solution, partielle, mais qui est parvenue à dynamiser le projet : le réinvestissement des excédents générés par les projets eux-mêmes de la communauté. Néanmoins, les temps que nous vivons durent et sont incertains (la construction d’un hangar coûte aujourd’hui 200 000 bolivars, mais dans le contexte inflationniste spéculatif son prix peut augmenter rapidement), et pour réaliser des projets « d’ampleur » ils ont besoin d’un financement d’État, assure Eilis.

Le socialisme, c’est plus que produire

La genèse est la suivante : d’abord, il y a eu 105 maisons attribuées par l’Etat (le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux). Avec la construction de ces logements on a généré un excédent économique- en économisant- qui leur a permis de construire les 5 hangars, et avec l’excédent né de l’élevage des poulets ils ont pu mettre sur pied la fabrique de parpaings, qui à son tour a généré une part d’économie dans la construction de nouvelles habitations (jusqu’à présent, ils en ont construit 487 sur la communauté). Les deux secteurs de production sont situés sur les 9 hectares communautaires également achetés avec les excédents.

Comment ? Grâce au travail volontaire. Celui-ci est le moteur qui a permis d’en arriver là aujourd’hui, construire l’esprit de la communauté, ses moyens. Car, non seulement ils ont économisé sur la main d’œuvre (les hangars ont été construits par des volontaires de la communauté, en plus de l’horaire normal de travail de chacun, seuls les soudeurs ont reçu une prime). Comme l’explique Eidis, « C’est ce mécanisme qui a réveillé la conscience sociale face à une culture capitaliste de 500 ans et a fait que l’on pense comme des sujets collectifs et non pas individuels ».

Ainsi, par exemple, avec les ressources pour construire 500 mètres de route, ils en ont construit un kilomètre. Ceci, en plus de générer une amélioration de la viabilité (dans un secteur, bien qu’à petit échelle, stratégique pour le transport des récoltes), a renforcé la communauté elle-même. Leyda Espinoza, porte-parole et membre référente de la communauté, explique ce que signifie pour eux cette pratique : « Le travail volontaire est le travail libérateur par excellence, car nous travaillons pour notre environnement, nous ne le faisons pas pour gagner quelque chose de personnel, nous nous renforçons nous-mêmes, nous renforçons le développement endogène, la communauté qui croît et s’alimente socialement, économiquement et culturellement ».

Centre communal de fabrication des parpaings

Centre communal de fabrication des parpaings

C’est pour cette raison que, grâce au travail volontaire, ils parviennent à générer des excédents dans chacune de leurs entreprises ; ceux-ci ont été réinvestis dans cette même entité qui les a générés (des machines pour de nouveaux espaces de production,  l’ouverture d’une période de nouvelles semailles, de l’aide pour les problèmes de santé, des œuvres sociales, des enterrements, etc…). Ainsi petit à petit,  s’est consolidé « cet être social » dans lequel croit Eilis  et qu’il a découvert aux côtés de ses « compagnons » et « compagnes » de la Commune.

Car, comme l’affirmait Ernesto Guevara lorsqu’il était ministre de l’industrie en 1965, lors de la révolution cubaine naissante, « le communisme est un phénomène de conscience et pas seulement un phénomène de production ; on ne peut pas parvenir au communisme par la simple accumulation de quantités de produits mis à la disposition du peuple ».

C’est pour cette raison que celui-ci insistait sur le besoin de « stimulant moral » comme étant le moteur central (en tension/confrontation avec le « stimulant matériel individuel »). Le travail volontaire était dans cette perspective l’une des principales formes de prise de conscience populaire pour impulser une production, un développement d’un autre type, non capitaliste, la même conclusion à laquelle sont arrivés les « communards » et « communrades » de Cajigal.  C’est pourquoi Augusto insiste et relie ce nouveau processus avec un nouveau travail : « N’importe quel compagnon peut être membre de la Commune. Il doit commencer par participer au travail volontaire, par être avec l’autre, alors un instituteur peut être membre de la Commune, n’importe qui peut l’être ».

***

L’horizon prend fin quelques petits mètres plus loin, parfois moins. Les hommes se cherchent les uns les autres en criant. Dans la zone basse, il n’y a plus de montagnes et les plantes poussent grandes, grosses et serrées. Près de là, se trouvent les palétuviers, les canaux et le fleuve débouche dans le golfe de Paria, la mer s’ouvre. Là, les hérons rouges marchent sur le sable à marée basse, ils volent par dix, vingt, quarante et reviennent se poser, et chercher dans les flaques, les aliments, la vie que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

Un homme avance avec sa machette entre les plants de maïs, les cocotiers et les potirons. Il admire ce que lui donne la terre, l’effort. Celui-ci a prêté son terrain à la Commune et à présent une petite exploitation y fonctionne; six personnes y travaillent, toutes financées comme les quatre hommes de la colline brûlée, comme ceux qui voudront parier sur la production collective. « Le problème, ce n’est pas la terre- les pastèques  mesurent jusqu’à près d’un mètre- mais les outils et la distribution », explique Eidis.

Les « communards » et « communardes » de Cajigal savent que les terres représentent  tout comme l’organisation populaire, la conscience collective qui va croissant, le processus de  transformation. Ils ont également découvert qu’ils peuvent. Ils l’ont prouvé aux gens qui n’y croyaient pas, à l’État. Mais de cet État ils en ont encore plus besoin, pour renforcer le pouvoir communal- ce nouveau pouvoir qui libère-, l’autonomie. Car ils ont un financement propre, capable d’impulser des projets mais, comme disait Eidis, les limites sont celles de la dimension de cette impulsion.

C’est pour cela que, depuis leur réalité enracinée dans la terre, ils donnent l’exemple et réclament. Ils réclament, de même qu’Augusto demande, propose : « je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement conclut une fois de plus des accords avec le privé qu’ils acceptent jusqu’à ce qu’ils se disputent à nouveau. Pourquoi n’en finit-il pas avec cette toile d’araignée et ne met-il pas en place un plan de six mois avec le peuple et l’armée, nous vivrons ces six mois terribles mais nous monterons des fabriques d’aliments concentrés, de traitement du cacao, nous ferons des plans nationaux de semis de riz, de maïs et de haricots ». Il ne comprend pas non plus pourquoi le Ministère de l’Agriculture et de la Terre ne finance pas des conseils communaux mais seulement des producteurs individuels.

Plant de banane à cuire

Plant de banane à cuire

Toutefois, ce désaccord ne mène pas à l’échec mais à la nécessité de lutter davantage, de se retrouver avec d’autres Communes pour débattre de l’économie communale, d’une économie qui doit être inventée, avec un héritage comme celui de Guevara (qui a inventé, remis en question l’existant- même le socialisme qui était alors en vigueur-, qui a montré le chemin de la transition en Amérique latine : « un cri lancé depuis le sous-développement ») et surtout les héritages laissés par chaque expérience révolutionnaire vénézuélienne qui pousse le possible un peu plus loin.

Car, derrière les bananes, derrière la Commune se trouvent les hommes qui sortent à l’aube, refermant la porte de leur maison, qui allument des feux, brûlent la terre, au soleil et qui marchent sur des chemins violets et rouges de cacao- d’un cacao que d’autres sur d’autres continents ont pris durant des siècles-, et ils le font pour le repas, la vie et un projet nouveau dont ils savent qu’il leur est propre, qu’il appartient à un peuple qui en a ouvert les portes. C’est sur ces hommes que repose l’urgence de la possibilité de la Commune, de sa nécessité, comme celle du fleuve qui descend, des hérons rouges et de ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

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Texte: Marco Teruggi. Photos: Milangela Galea

Source: http://www.mpcomunas.gob.ve/lo-que-deja-el-agua-cuando-se-va/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1G5

Dire « nous, femmes »

Macu

Macu

Macu a eu l’attention attirée par une phrase, dans l’après-midi : “Ce que je sens, ce que je vois, non au loin mais comme processus, c’est que pratiquer l’égalité tous les jours nous rend plus libres”. Elle l’aime et la répète. Elle l’a trouvée dans un livre qu’elle dévore à ses heures libres, aux moments construits pour elle.

Pendant qu’elle feuillette dans la salle à mager, ses enfants jouent dans la cour. Sa mère et son frère sont à côté. Macu vit sur les hauteurs de Loma de León, dans la communauté Alí Primera, née d’une occupation de terres il y a 17 ans. De là on voit le secteur La Carusieña, l’aéroport et le centre de Barquisimeto qui prend toute la largeur de la vallée.

Macu profite de ce temps de lecture, les jours vont vite, remplis d’activités. Elle retrouvera bientôt la China, comme tous les mercredis depuis un an, à cinq heures, pour la réunion du Comité de la Femme et d’Égalité de Genre “Beatriz Pérez”. Une quinzaine de femmes avec leurs enfants, leurs bébés, avec pour toit un auvent de tôle, dans l’après-midi qui avance, avance, c’est presque le soir. Adolescentes jusque grands-mères. Femmes. Un homme aussi : José Gregorio.

Macu, qui s’appelle Elvira Dorantes, répète la phrase, une fois de plus. Ensuite elle parcourt les rues de terre du conseil communal “L’éveil d’Alí”, passe en face de la salle collective où joue l’orchestre traditionnel de la commune puis devant l’école maternelle, contourne la fabrique de parpaings, et arrive à la réunion. Avec un sourire ouvert, qui semble chasser une douleur grâce à la lueur de ce qui se passe ici.

Les Comités de la Femme et d’Égalité de Genre

SONY DSCLe Comité Beatriz Pérez est un des premiers à avoir fonctionné dans un conseil communal de la Commune socialiste Ataroa. Il y a un an déjà. Parmi les premières participantes il y avait Macu, la China et José Gregorio. Elles ont répondu à l’appel d’un des mouvements sociaux actifs dans la zone et membre de la commune dès sa fondation : Femmes pour la Vie.

Mais la participation au Comité ne fut pas immédiate. Et ce malgré leur participation à des ateliers de formation, des dialogues et des ateliers de peinture murale organisés par Femmes pour la Vie. “En tant que femmes nous ne nous donnons pas l’importance dont nous avons besoin et nous avons besoin de notre temps pour nous-mêmes” explique la China qui s’appelle Reina Peña.

Les comités sont des groupes de femmes dans les conseils communaux. Chaque comité défend les femmes qui souffrent de violence domestique, de violence sociale  parce que même si cela semble incroyable,  il y a toujours dans n’importe quel espace, une violence contre la femme, en vérité”.

Au début elle a simplement accompagné une amie. “A mesure que nous suivions les ateliers et parlions avec d’autres femmes, nous avons ressenti réellement le besoin parce que dans la vie quotidienne on va et vient, on se dit “bonjour” sans savoir ce qui se passe derrière les murs. C’est alors que nous avons commencé à approfondir le Comité de Genre. C’est urgent, ici, vraiment , parce qu’il y a toute sorte de problèmes, un peu de tout, de machisme, de mauvais traitements, de fierté de soi”. Elles ont resserré les rangs et installé le Comité permanent dans leur conseil comunal – un des huit qui font partie formellement d’Ataroa, même si tous ne fonctionnent pas tout le temps, précise la China. Chaque semaine elles se retrouvent au sein de la réunion de “L’éveil d’Ali”. Elles se battent pour que davantage de femmes participent : c’est important, comme aujourd’hui, de voir débarquer une adolescente comme Wilmery, de 13 ans, qui même si elle ne parle pas beaucoup est présente, c’est le plus important, le premier pas. Souvent, il est ardu de se rapprocher, de participer, de raconter. Mais elles persévèrent : “Même si nous ne sommes que 2, 3 femmes à nous réunir, ici c’est un progrès” explique la China au moment où commence l’assemblée.

Un mercredi de Comité

SONY DSCUn point central occupe la réunion de cette après-midi d’août : plusieurs crédits ont été approuvés par la Banque du Peuple, pour divers projets de production impulsés par des compagnes : bracelets et colliers, pâtisserie, empanadas,coûture, confiseries, hamacs. L’objectif est de lancer le fonctionnement d’Unités de Production Familiale.

A la demande de toutes, Quilmary Gutiérrez montre les colliers qu’elle a produits jusqu’ici. Elle explique comment les faire, la difficulté de fixer les prix à cause de “ce maudit truc de l’inflation”, et où elle pense les vendre. Elles insistent sur la nécessité de suivre des ateliers d’administration pour planifier toutes les étapes et faire en sorte que chaque effort soit rentable.

Macu explique la situation qu’elles vivent comme femmes : “Beaucoup ont leurs compagnons qui travaillent mais il est très difficile de dire “je voudrais manger un chocolat, me teindre les cheveux, faire telle ou telle chose”, se sentir bien avec soi-même, et parfois nous nous inhibons face au “je te donne ce qu’il faut pour la nourriture et pour les enfants”, sans voir les besoins que nous avons comme femmes, penser un peu à nous-mêmes, nous faire plaisir”.

D’où l’idée d’un revenu propre, d’une autonomie pour “ne pas dépendre du revenu du mari”, comme l’explique la China. Macu va plus loin : “pourquoi penser tout le temps à cuisiner, à faire des empanadas, au travail le plus dur… pourquoi en tant que femmes continuer à nous identifier à un torchon, à une cuisine, à un réfrigérateur, pourquoi ne pas penser en grand, à des coopératives d’emballage, de transformation de plastique, où nous soyons celles qui transformons une matière première en quelque chose de productif pour toute la communauté”.

Cette entreprise de recyclage de plastique elles en ont élaboré le projet, parcouru les premières étapes. De même que la fabrique de parpaings dans laquelle Macu a commencé à travailler, bien qu’elle soit freinée pour l’heure à cause de la difficulté d’obtenir le matériel. Petit à petit, en essayant, en s’organisant, elles avancent.

La réunion se poursuit – projets, ateliers… Beaucoup d’enfants tout autour, des pleurs soudains, des courses, allaitement de jeunes mères. Une proposition que toutes jugent nécessaire pour aider à la participation des femmes, et leur droit de suivre des réunions : une garderie communale.

Elles conversent de leurs foyers, de la récente prestation de serment de 400 formatrices communales de l’État de Lara réalisée par le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre, parmi lesquelles 30 sont de la commune Ataora comme Macu et la China, comme d’autres qui passent dans la rue avec la chemisette violette, et le sac en bandoulière. Avec un grand problème à affronter : la violence, celle des foyers et celle des institutions.

Cette situation de violence institutionnelle s’observe surtout dans le secteur obstétrique, où nous sommes les plus victimes au sens du traitement quand nous allons chez le médecin, ou lorsque nous allons accoucher, on nous traite mal; et aussi quand nous devons formuler des dénonciations parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre, on ne prend pas acte de nos dénonciations, on nous met des bâtons dans les roues” explique Macu.

En bonnes lutteuses elles ont commencé à diffuser les adresses des lieux où on peut se rendre face aux situations de violence, où on peut obtenir des réponses et un suivi.

Elles parlent, et il y a quelque chose dans leurs voix, un rire presque constant. Une joie qui les unit de manière invisible. Qui se répète dans chacune d’elles. Qui peut disparaître en une seconde pour faire place à une ombre rouge attachée au mot, une tristesse profonde. Jusqu’à ce qu’une phrase peu à peu leur rende cette voix d’être ensemble.

Femmes pour la Vie

Katrina

Katrina

A travers l’amitié entre femmes, nous construisons le pouvoir populaire” est un des slogans principaux de ce mouvement social né à La Carusieña il y a 20 ans. “Nous allions de porte en porte, là où se trouvaient les femmes ayant des problèmes, femmes victimes de violence, nous les appuyions en les écoutant”, raconte Ana Martínez, une des fondatrices.

Elles ont commencé à réaliser des conversations, des ateliers de formation, de peintures murales, des programmes de radio, et à mettre en oeuvre une politique enracinée dans ce territoire. Face à elles, une réalité très ancienne : “Les conditions des femmes dans les communautés populaires ne sont pas égales à celles des hommes, elles vivent dans des conditions de pauvreté plus extrêmes parce qu’elles sont mères et seules, sans sources de revenus, il leur est plus difficile de trouver du travail, et nous avons encore un système patriarcal où l’homme et tout ce qui est masculin est au-dessus du féminin”.

C’est ce qu’explique Katrina Kozarek, militante du mouvement qui a pris part à la fondation de la “Commune Socialiste Ataroa” en 2007. Elles ont alors poursuivi leur politique envers les femmes dans les communautés, mais à l’intérieur de ce nouveau et grand défi de la Commune. Jusqu’à ce qu’elles décident d’impulser de manière systématique la construction d’une figure présente dans la Loi organique des Conseils Communaux : le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre.

Une décision prise deux ans plus tôt. Promouvoir ce qui est légalement constitué mais inexistant dans la réalité. Elles ont parcouru les conseils communaux pour expliquer ce que sont les Comités et promouvoir l’élection des porte-paroles. Elles ont ensuite mis en marche un plan de formation avec des dialogues où elles ont étudié par exemple la Loi du Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence  – où sont sanctionnées 19 formes de violence -, le système patriarcal comme système oppresseur lié au capitalisme, et la participation des femmes dans l’espace politique.

Et il y a cette affirmation de Hugo Chávez: “Pour être un authentique socialiste il faut être un authentique féministe” que cite Katrina. Finalement, avec chacun des Comités, elles ont monté un plan de travail. Puis ont organisé le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre de la commune “pour planifier des actions à grande échelle où puissent participer les porte-paroles, hommes ou femmes, des comités”. “C’est toujours un peu difficile de démarrer le travail, de réussir à convaincre les gens de participer aux réunions, parce que les porte-paroles travaillent en même temps dans les comités d’alimentation, de santé, de logement, ce qui fait qu’elles priorisent ces secteurs par rapport au travail avec les femmes elles-mêmes” raconte Katrina, qui connaît bien la réalité de gravir des collines, de lancer des appels à se réunir, de se battre avec entêtement pour renverser une réalité pesante, et souvent de l’intérieur.

Dépatriarcaliser les relations

La China

La China

A la fin de la réunion du mercredi les compagnes conversent des difficultés qu’elles recontrent, de l’opposition des maris, des accusations, condamnations ouvertes ou proférées entre les murs. “L’homme n’a pas la maturité de dire “oui, les femmes travaillent, il faut les laisser en paix pour qu’elles puissent s’amuser, se détendre, oublier le stress”, ce qu’ils disent c’est que nous perdons notre temps ici” explique la China. Une situation qui se retrouve dans tous les récits, et se reproduit même dans les conseils communaux et dans la commune : “Dans la commune on ne voit pas l’importance du Comité d’Égalité de Genre, au contraire à tout instant les femmes doivent sortir pour cuisiner, où est le casse-dalle, et ceci, et cela ? On ne nous laisse pas en position de prendre des décisions, nos propositions ne sont pas très prises en compte : “Ah non encore ces femmes avec leurs problèmes, leur patriarcalisme, leur machisme, etc.. et il ne faut pas leur donner d’importance” raconte Macu. Qui parle d’éliminer cela, de conquérir un espace.

85% des participants de la commune sont des femmes. Mais, comme le raconte Katrina, les comités les plus publics – pour les relations avec les institutions, avec d’autres communes, ou le Comité Exécutif de la commune, sont ceux où on compte le moins de femmes.

Parfois la femme, dans les espaces de débat politique, là où il faut planifier et faire des propositions, sont déplacées par certains hommes qui ont une manière d’être qui peut être dure, qui peuvent crier, renverser la table, qui ont tout leur temps pour écrire alors que les femmes travaillent, parce qu’elles s’occupent des enfants et du mari, et dans tous les comités accomplissent des tâches journalières qui prennent tout le temps”.

Dans les ateliers elles parlent par exemple du triple horaire de travail des femmes, du féminisme –“la réalisation, ou l’éveil, être nous-mêmes, visibles, et créer une condition d’égalité entre tous” affirme Macu-, se reconnaître et s’organiser.

C’est difficile. “Il y a des compagnons qui vont même jusqu’à nous accuser de divisionnisme, de vouloir  dévier de la lutte de classes. Mais il ne s’agit pas de ça, la lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme est l’expression même de la lutte des classes, parce que les personnes qui subissent le plus la pauvreté, l’exploitation capitaliste, et en plus de cela l’exploitation du système patriarcal, ce sont les femmes, c’est la même lutte de classes, sauf qu’en plus nous sommes opprimées par le système patriarcal” poursuit Katrina.

Cependant parmi les femmes du Comité d’Égalité de Genre existe une profonde certitude. Grâce à laquelle elles avancent contre les difficultés : “Nous pouvons assumer n’importe quel rôle parce que nous en sommes capables et beaucoup de choses encore, depuis soulever une pelle de ciment jusqu’à rédiger un compte-rendu, pour nous il n’y a pas de limites”.

Une certitude collective comme la nécessité de dépatriarcaliser la commune, intégrer la perspective féministe à cette lutte menée pour un socialisme qu’on cherche chaque jour.

Stratégies et victoires

José Gregorio

José Gregorio

La China, Macu et José Gregorio se sont mis d’accord et ont mis au point une stratégie au sein du conseil communal : la première s’est présentée pour être porte-parole du Comité de Sports, la deuxième pour le Comité de la Femme et d’Égalité de Genre, et le troisième pour le Comité d’Éducation. Ils se sont portés candidats au vote et ont gagné.

Une triangulation, expliquent-ils. Pour, à partir de là, commencer à travailler avec les enfants, les jeunes, les familles. Le thème de l’enfance,  pour José Gregorio et ses compagnes, est central. Il raconte que dans un atelier auquel il a participé avec d’autres hommes, ils ont fait un exercice : se rappeler son enfance. “Alors, en se souvenant, on se rend compte qu’en effet dès le plus jeune âge les jeux enseignent à devenir machiste”.

D’où le travail avec les enfants, par exemple à travers l’orchestre traditionnel communal. Où il travaille d’autres compagnons : “Cela me permet de bouger avec eux et de leur expliquer tout le temps, en blaguant, que je m’identifie au féminisme et à la dépatriarcalisation, et tous les jours nous travaillons le thème de la musique et de comment traiter les enfants, pourquoi il faut éviter la manière répressive de les traiter, cela est lié à la nécessité de la dépatriarcalisation”.

José Gregorio élève seul ses deux filles. Il explique que les deux compagnes l’aident, surtout dans cette étape de l’adolescence.  Il s’est engagé dans la “lutte des femmes” après avoir conversé avec quelques compagnes de Femmes pour la Vie et c’est ainsi, peu à peu, qu’il a compris ce machisme qui génère la violence dans les foyers, dans les quartiers.

Peu à peu elles ont avancé à partir du Comité, obtenant des victoires sur elles-mêmes, sur la communauté, avec d’autres femmes qui se sont rapprochées, avec des compagnons comme  José Gregorio, des initiatives productives qu’elles feront fonctioner, les débats et perspectives qu’elles ont réussi à installer dans la commune, avec leur activisme politique. Et jusque dans la famille elle-même, comme l’explique Macu avec un sourire: “Quand j’ai commencé à oeuvrer au sein du Comité d’Égalité de Genre, en tout cas mes enfants et mes frères ne faisaient absolument rien pour aider, après je les ai même pris en photo les uns en train de nettoyer, les autres de faire la vaisselle, parce que nous avons mis en oeuvre les principes que nous vivons dans les comités.

C’est pour cela qu’elle a construit ces instants, et qu’on les respecte, là où elle peut, comme cette après-midi, le temps de lire le livre de Luciano Fabbri sur féminisme et pouvoir populaire, tandis qu’au-dehors les enfants courent. Parce que dans ce regard de Macu il y a une victoire sur la peur, avoir expulsé une obscurité des mots, de la maison, avoir eu la volonté chaque matin, avec d’autres comme elle, de dire nous femmes.

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Macu et les siens

Texte : Marco Teruggi. Photos: Milángela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/una-estrategia-como-decir-nosotras/

Traduction : Thierry Deronne

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La Commune, “coprésidente du Venezuela”

Pour ceux qui désespèrent de voir un jour la démocratie – au sens originel du terme – s’incarner dans la pratique politique, les mesures prises ce mardi 16 septembre par le président Maduro et le mouvement communal montrent que le rêve reste permis. Nous avons rendu compte ici des premières étapes de l’aspect central de la révolution bolivarienne qu’est la transformation de l’État : des critiques répétées du président Chavez face au manque de volonté de ses ministres pour déraciner la bureaucratie de l’État bourgeois et lui substituer l’État communal (1) à la création en juillet dernier du Conseil présidence/commune (2) et à la refondation de l’État opérée par Nicolas Maduro il y a quelques jours (3).

Ce conseil s’est réuni deux fois pour élaborer un cahier de propositions (4). “Ce ne sont ni des conseillers ni des experts qui les ont rédigées, a insisté Maduro, c’est l’intellectuel collectif, le peuple qui pense”. Cette instance de gouvernement populaire, dotée du rang présidentiel, comptera 120 délégués (à raison de 5 délégués communaux par état régional). Elle siègera tous les deux mois, renouvelée par une rotation annuelle de ses membres. Le président a demandé au ministre des télécommunications de mettre en place un système de vidéo-conférence pour que les délégué(e)s puissent organiser des réunions de travail en temps réel avec les 874 communes fondées à ce jour sur l’ensemble du territoire.consejo-presidencial-de-gobierno-popular-059 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-065 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-071

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Lors de cet échange télévisé avec les délégués nationaux du mouvement communal, le délégué Jesús Marcano dela commune « Guarico Sur » de l’État agricole du même nom a rappelé au président la revendication principale : la concrétisation rapide du transfert du pouvoir aux communes. Lui répondant en direct, Maduro a signé le transfert de compétences à travers la création d’entreprises communales de propriété sociale directe couvrant les secteurs de la santé, de l’éducation, du sport, de la culture, des programmes sociaux, de la construction et des travaux publics; et a approuvé d’autres revendications communardes comme la fusion des diverses banques créées jusqu’ici pour lutter contre la pauvreté (Banque de la Femme, Banque du Peuple ou Fonds de Développement des Micro-crédits) en une banque unique, plus ambitieuse : la Banque de Développement Social des Communes. Également approuvée par le président, la refonte du Fonds de financement des conseils communaux (Safonac) en fonds de financement des communes.

Le chef de l’État, qui s’est défini comme “président communal, récepteur des projets portés par les mouvements sociaux”, a demandé au ministre compétent de concrétiser un accord immédiat pour faciliter aux communes la vente et la distribution de leur production par les organismes de l’État et l’accès aux devises pour importer les matériels nécessaires à la réalisation de leurs projets. « Si les entreprises privées qui veulent importer des marchandises ont accès aux dollars de l’État, comment les communes- qui ne représentent pas des élites mais des millions de personnes -, ne jouiraient-elles pas du même droit ? » a expliqué Maduro, qui a aussi approuvé la proposition que des délégués communaux soient dorénavant présents au sein des instances régionales chargées de planifier les puissantes Grande Mission Logement Venezuela (5) et Quartier nouveau, quartier tricolore (6), ajoutant qu' »il faut renforcer le tissu urbain des communes« .

Ce conseil présidence-commune sera suivi le 23 septembre par l’installation du Conseil des mouvements de femmes, le 30 septembre par celui des mouvements de jeunesse, le 7 octobre par celui des organisations de travailleurs, le 12 octobre par celui des peuples indigènes, le 14 octobre par celui des coordinations de paysans et de pêcheurs et le 21 octobre par celui des travailleurs de la culture. Chaque conseil a pour tâche centrale la formulation de critiques et de propositions pour démonter les structures de l’État bourgeois.002_FB__6735_W-425x292

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Arrivée du président Maduro à la rencontre avec les communard(e)s, au cinéma Cipreses (Caracas), le 16 septembre 2014.

Ce dialogue, rythmé par les exclamations émues des communard(e)s, était transmis par une chaîne publique depuis le cinéma Cipreses, une des salles tombées en ruines ou aux mains de sectes religieuses – ce qui a longtemps obligé le public à se replier sur les films diffusés dans les centres commerciaux. Remis à neuf comme une quinzaine d’autres salles de la capitale, il accueille aujourd’hui le premier festival international de cinéma de Caracas, au contenu essentiellement latino-américain et non-commercial. Le président y a par ailleurs annoncé la construction prochaine de 1500 nouvelles écoles intégrales, dont les espaces seront repensés en fonction du saut qualitatif défini par le pédagogue Prieto Figueroa : “notre école ne doit pas ressembler à la société actuelle mais à celle du futur”.

Nicolas Maduro a écouté l’acteur Pedro Lander dresser le bilan du mouvement de formation théâtrale César Rengifo, créé il y a un an pour permettre aux écolier(e)s de s’initier aux techniques d’écriture et d’interprétation dramatiques, et conçu sur le modèle de la formation musicale offerte par le système des orchestres symphoniques, devenu célèbre dans le monde entier, dont l’objectif est d’ouvrir les portes de l’apprentissage musical à un million de jeunes vénézuélien(ne)s de milieu populaire. Le président a annoncé la création de l’École nationale de Théâtre, qui permettra à la nouvelle génération de donner “un nouvel essor à notre dramaturgie”, invitant au passage les créateurs de l’Amérique Latine et d’ailleurs à appuyer cet effort mené sous l’égide de Rodolfo Santana, Ignacio Cabrujas, César Rengifo, Dario Fo et Bertolt Brecht.

Thierry Deronne, Caracas, le 17 septembre 2014

Notes :
(1)  “Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines », et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’état communal”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
(2)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(3)     “Nicolas Maduro refonde l’État pour “donner plus de pouvoir au peuple”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/06/nicolas-maduro-refonde-letat-pour-donner-plus-de-pouvoir-au-peuple/
(4)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(5)     “Le gouvernement Maduro accélère la révolution citoyenne du logement”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/14/le-gouvernement-maduro-accelere-la-revolution-citoyenne-du-logement/
(6)   “Dans mon quartier, la vie a changé”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/27/dans-notre-quartier-la-vie-a-change/

 

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