Maurice Lemoine : « Joe Biden face au Venezuela, il fait la même chose que Trump en plus faux-cul »

Par Jean-Baptiste Mendes

Joe Biden a prolongé le décret Obama classant la situation au Venezuela comme une menace pour la sécurité nationale, reconduisant de fait l’arsenal de sanctions américaines à l’encontre de Caracas depuis 2015. Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, dénonce pour Sputnik une attitude hypocrite qui asphyxie le pays.

«Le Venezuela, qui n’a jamais attaqué personne, n’est en rien une menace pour les États-Unis.»

Maurice Lemoine ne mâche pas ses mots face à la prolongation des sanctions contre Caracas par Joe Biden au-delà du 8 mars. Selon la Maison-Blanche, la situation au Venezuela représenterait une «menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis».

Lignes rouges –Jean-Baptiste Mendes reçoit le journaliste Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, spécialiste de l’Amérique latine et auteur de «Venezuela, chronique d’une déstabilisation» (Éd. Le Temps des Cerises).

«450 mesures coercitives unilatérales» contre le Venezuela

En 2015, Barack Obama signait un premier décret afin de sanctionner sept responsables accusés de violations des droits de l’Homme au Venezuela. Depuis, plus de «450 mesures coercitives unilatérales» ont été mises en place contre Caracas par la Maison-Blanche, suivie par l’Union européenne. Sont désormais ciblés indistinctement hauts fonctionnaires et politiques. L’embargo contre la compagnie pétrolière nationale PDVSA, imposé par Donald Trump en avril 2019, a achevé d’asphyxier économiquement cet État, déjà étouffé par la chute des prix du brut. Avec l’émigration de plus de 5 millions de ses citoyens, une inflation de 3.000% en 2020 et de régulières pénuries, le pays a dépassé depuis longtemps le seuil d’alerte. Après deux semaines passées au Venezuela, le rapporteur spécial des Nations unies Alena Douhan a affirmé le 12 février que ces sanctions avaient «un effet dévastateur», affectant «considérablement les droits du peuple vénézuélien et doivent être levées».

Pour Maurice Lemoine, la situation à Caracas est aggravée par le contexte de pandémie mondiale:

«Le Venezuela ne peut plus acheter d’aliments, ne peut plus acheter de médicaments, ne peut pas acheter de vaccins. Fort heureusement, un certain nombre de pays viennent à son aide, en particulier la Russie et la Chine, et demain Cuba –lorsque son vaccin sera au point. Mais en période de pandémie, certains jugent que ces sanctions sont un crime contre l’humanité.»

Joe Biden dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche

Dénonçant la «dictature de Nicolas Maduro», Washington et une cinquantaine d’autres États reconnaissaient en janvier 2019 Juan Guaido, le président de l’Assemblée nationale, comme Président par intérim. Une confirmation explicite de la volonté américaine de voir un changement de régime s’opérer à Caracas. Sauf que ce scénario n’a pas été suivi de faits, constate Maurice Lemoine.

«Guaido a échoué dans tous les sens du terme […]. Il était censé faire en sorte que l’armée vénézuélienne renverse Maduro, ça a échoué. Il a essayé une tentative d’invasion de l’extérieur, ça a échoué. Il a même échoué à se faire arrêter, ce qui aurait fait de lui un martyr.»

Celui qui n’est désormais plus député, sa mandature ayant pris fin le 5 janvier dernier, a été reconnu par la nouvelle administration démocrate. Le nouveau secrétaire d’État américain Anthony Blinken s’est ainsi entretenu le 2 mars avec lui, le qualifiant toujours de Président par intérim –alors même que l’Union européenne ne le reconnaît plus. Car, après tout, il reste «compliqué pour Washington de laisser tomber celui qui a été son pion quand il n’y a pas encore de stratégie de rechange», souligne l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique.

L’Amérique latine, chasse gardée de Washington

Rien de nouveau du côté américain donc, malgré le changement d’administration. «En réalité, c’est la même chose en plus hypocrite, en plus faux-cul», dénonce Maurice Lemoine. John Bolton, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale, n’avait pas hésité à citer la doctrine Monroe, symbole ultime de l’impérialisme américain.

«Dans cette administration, nous n’avons pas peur d’utiliser [l’expression] “doctrine Monroe”», avait-il déclaré en mars 2019.

Si Joe Biden ne le dirait «pas comme ça», n’étant pas Républicain, ironise Lemoine, il n’en penserait pas moins. «L’Amérique aux Américains», disait-on en 1823 à Washington pour souligner que le continent américain entier devait être la chasse gardée des États-Unis. Utilisée au XIXe siècle contre les puissances coloniales européennes, l’expression pourrait être aujourd’hui employée face à la Chine et la Russie.

Mais les raisons de l’ingérence de Washington sont aussi très prosaïques. Le Venezuela détient les «premières réserves de pétrole au monde, des réserves d’or très importantes, des mines de coltan et d’un certain nombre d’autres produits miniers». L’essor de l’influence chinoise en Amérique latine –Pékin étant notamment le premier partenaire commercial du Brésil– inquiète les Américains. Celle de Moscou aussi, alors que le vaccin russe Spoutnik V a été massivement commandé en Amérique du Sud. En janvier, le Président argentin Alberto Fernandez en recevait une injection et Nicolas Maduro lui a emboîté le pas le 6 mars.

Une manière de signifier à Washington qu’ils ne sont ni isolés ni dépourvus d’alliés, explique Maurice Lemoine. Et un signal qui se vérifie également dans le domaine militaire: «L’armée vénézuélienne est devenue une armée puissante grâce en particulier à l’achat d’armes et de systèmes d’armement à la Russie.» Ce qui a évidemment valu à Maduro des accusations.

«Ce que l’on oublie régulièrement, rappelle Maurice Lemoine, c’est que lorsque Chavez est arrivé au pouvoir en 1998, l’armée de l’air vénézuélienne avait deux types de chasseurs: des Mirages français et des F-16 américains. En cessant de lui livrer des pièces de rechange, Washington a poussé Chavez à acheter des Sukhoi russes.»

Source : Joe Biden face au Venezuela: «Il fait la même chose que Trump, en plus faux-cul»

« Biden doit mettre fin aux sanctions illégales contre le Venezuela » par Ken Livingstone

Photo : les nouveaux députés chavistes, redevenus majoritaires après les législatives du 6 décembre 2020, prennent possession de leurs sièges à l’Assemblée Nationale le 5 janvier 2021, et ramènent les portraits d’Hugo Chavez et de Simon Bolivar, héros de l’indépendance, que la majorité de droite et d’extrême droite avait interdits dans les espaces du Congrès.

Malgré les coûts énormes pour son économie et son peuple imposés par les sanctions états-uniennes illégales, le Venezuela a survécu au mandat du président Donald Trump et à son objectif déclaré de renverser le gouvernement élu de Nicolas Maduro.

Dès le début de son mandat, Trump a considérablement renforcé les sanctions imposées au Venezuela par l’administration Obama, ce qui signifie de plus en plus que le pays est soumis à un blocus états-unien du type de celui imposé à Cuba.

Ces sanctions ont été accompagnées de menaces constantes d’action militaire et d’une campagne de désinformation persistante destinée à retourner les pays et l’opinion internationale (non sans succès) contre le Venezuela pour soutenir l’objectif de « changement de régime » de Trump.

Le but était de reprendre le contrôle des grands gisements de pétrole du monde.

La stratégie états-unienne a donc été de ruiner l’économie vénézuélienne, visant à pousser la population vers une migration de masse ou un conflit civil interne et de créer ainsi les conditions d’une soi-disant « intervention humanitaire ».

Les effets ont été considérables, en particulier pour un pays qui dépend fortement des exportations pétrolières pour financer ses politiques publiques.

Les sanctions interfèrent avec la possibilité de commercer internationalement du Venezuela, limitant sévèrement l’accès aux médicaments mais aussi à la nourriture et aux autres biens essentiels.

Elles bloquent les transactions financières, tant les paiements que les envois de fonds, gèlent les actifs financiers du Venezuela détenus à l’extérieur et retardent les opérations d’achat et de vente, non seulement du gouvernement et des entreprises vénézuéliennes, mais aussi des partenaires commerciaux étrangers.

On sait depuis toujours que les sanctions ont des répercussions négatives sur les citoyens les plus pauvres et les plus vulnérables du Venezuela. Un rapport de 2019 du Centre for Economic and Policy Research, basé à Washington, a estimé que les sanctions avaient causé plus de 40 000 décès entre 2017 et 2018.

Au total, ces sanctions décrétées par les Etats-Unis ont coûté à l’économie vénézuélienne plus de 116 milliards de dollars (84,8 milliards de livres sterling).

Alors que la crise Covid-19 s’est étendue jusqu’en 2020 et 2021, les mesures coercitives unilatérales de Trump contre le Venezuela sont non seulement plus dommageables pour le peuple vénézuélien, mais aussi encore plus difficiles à justifier.

L’opposition à ces mesures est venue de diverses voix, comme l’appel du Pape à la fin des sanctions empêchant les pays de « fournir un soutien adéquat à leurs citoyens ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a également appelé à la levée des sanctions : « C’est le moment de la solidarité, pas de l’exclusion ».

Mais malgré ces appels de haut niveau, les États-Unis ont refusé de lever les sanctions pour permettre au Venezuela (et à d’autres pays sanctionnés de la même manière comme Cuba et le Nicaragua) de faire face à la pandémie plus efficacement.

Au lieu de cela, tout au long de l’année 2020, les États-Unis ont agi encore plus vigoureusement pour renforcer le blocus.

Depuis mai 2020, ils ont ciblé quatre compagnies maritimes pour les sanctions et ont envisagé des sanctions contre des dizaines de navires dans le but de mettre le Venezuela « hors limites ».

Comme s’en vantait Brian Hook, conseiller politique du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, lors d’une interview à la mi-juillet : « Je pense que la communauté maritime sait que si vous recevez un appel téléphonique pour transporter du carburant au Venezuela, c’est une offre que vous ne devriez pas accepter. Les cinq pétroliers qui ont fait route vers le Venezuela, tous leurs capitaines ont été sanctionnés et ils vont devoir faire face à un avenir très difficile économiquement parce qu’ils ont dit oui à cette offre de transport de carburant. Nous allons donc continuer à sanctionner toute activité sanctionnable ».

Un mois plus tard, les États-Unis ont saisi plus d’un million de barils d’essence expédiés au Venezuela par quatre pétroliers en provenance d’Iran, aggravant la pénurie de carburant domestique causée par le blocage des diluants et des pièces de rechange pour les raffineries de pétrole brut du pays.

Et en novembre, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams, a annoncé un durcissement des accords d’échange de pétrole contre du diesel, intensifiant le blocus contre le pays malgré l’avis d’un groupe d’ONGs avertissant dans une lettre à l’administration Trump que « cette décision aurait des conséquences dévastatrices pour la population ».

Le Venezuela, cependant, survit grâce au soutien et à la solidarité de pays amis.

Depuis mars 2020, la Chine a acheminé par voie aérienne plus de 250 tonnes de fournitures, de médicaments et de matériel sanitaire pour lutter contre la pandémie.

Cuba a envoyé 50 professionnels de la santé hautement qualifiés de la brigade Henry Reeve pour aider les médecins vénézuéliens à contenir l’urgence du Covid-19.

Sur le plan politique, le Venezuela est entré dans une phase nouvelle avec l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale.

N’étant plus membre de l’assemblée, s’auto-proclamant « président intérimaire » – en réalité un putschiste – Juan Guaido est désormais totalement dépourvu de toute légitimité juridique ou constitutionnelle.

Cela n’a pas empêché Trump de continuer à reconnaître Guaido, même si, à la différence politique états-unienne, l’Union européenne ne le désigne plus comme « président par intérim ».

M. Trump a tout récemment imposé de nouvelles sanctions au Venezuela alors qu’il est sur le point de quitter la Maison Blanche (la veille de son départ, il a étranglé un peu plus l’économie vénézuélienne en décrétant de nouvelles sanctions contre des hommes d’affaire, navires et compagnies maritimes « soupçonnées d’aider le Venezuela à vendre du pétrole », NdT) et son envoyé spécial pour le Venezuela, Elliott Abrams, a exhorté le nouveau président Joe Biden à maintenir la politique de sanctions et son objectif de « changement de régime ».

Le président Maduro a déclaré qu’il était prêt à participer à un « dialogue décent » basé sur « le respect et la coopération » et à conclure des « accords » avec la nouvelle administration états-unienne.

Mais compte tenu des antécédents et de la position de M. Biden à ce jour, un tel dialogue n’est pas sûr.

Aujourd’hui plus que jamais, il est vital d’intensifier nos expressions de solidarité internationale avec le Venezuela pour défendre sa souveraineté nationale et de faire comprendre que les sanctions sont non seulement illégales, mais aussi inacceptables et injustifiables.

Signez la pétition de la campagne de solidarité avec le Venezuela contre les sanctions illégales des États-Unis contre le Venezuela à bit.ly/stopvenezuelasanctions

Source : Biden must end the US’s illegal sanctions on Venezuela | Morning Star (morningstaronline.co.uk)

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

L’auteur : Ken Livingstone, ex-député du Parti Travailliste, ex-Maire de Londres (2000-2008). Du même auteur, on peut lire : Bellicisme tous azimuts : Trump veut reprendre le contrôle de l’Amérique Latine, par Ken Livingstone (RT) | Venezuela Infos (wordpress.com). On peut suivre Ken Livingstone sur www.twitter.com/Ken4London et www.facebook.com/KenLivingstoneOfficial

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/01/19/biden-doit-mettre-fin-aux-sanctions-illegales-contre-le-venezuela-par-ken-livingstone/

La différence idéologique n’empêche pas le Venezuela et l’Iran de nouer des relations stratégiques, par Elijah J. Magnier

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son équipe ont mis fin au rêve du président Donald Trump de renverser le système démocratique au Venezuela par un coup d’État : le parti au pouvoir de Maduro a remporté une claire victoire avec 68% des sièges à l’Assemblée nationale. L' »homme de Washington », Juan Guaidó, appartient désormais à l’Histoire, comme toute personne qui sert à faire pression pour que des forces étrangères interviennent dans son propre pays et, dans ce cas particulier, pour être de ceux qui demandent aux États-Unis de maintenir et d’augmenter les sanctions contre le Venezuela.

Maduro offre à la Russie et à l’Iran la possibilité de jouer un rôle dans l’arrière-cour des États-Unis, tant que le Venezuela tire un bénéfice de cette bataille internationale. La guerre « de basse intensité » menée par les États-Unis, par le biais de sanctions sévères, se révèle inefficace au Venezuela, et son échec ressemble déjà à celui d’autres régions du monde, en particulier au Moyen-Orient.

Pendant six ans, l’opposition vénézuélienne a détenu la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui a permis au président Donald Trump de diviser la société vénézuélienne pour tenter de la retourner contre le président Maduro. Les États-Unis, l’Union européenne et 50 autres pays ont reconnu le député Guaidó autoproclamé président, un acte qui constitue une violation flagrante du droit international. Par contre, les 3/4 des 197 États actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, avec parmi eux des puissances comme l’Inde, la Chine ou la Russie, reconnaissent le président élu, Nicolas Maduro. Quand les États-Unis ont envisagé d’utiliser la force militaire pour arrêter le Venezuela, la Russie a envoyé des conseillers militaires et des armes pour les avertir de se tenir à l’écart. Moscou a envoyé des avions SU-30 et des missiles S-300 au Venezuela. Certes ce n’est pas déterminant. En dernière instance, ce ne sont pas les armes qui pourraient arrêter les États-Unis, mais une politique de dissuasion : la Russie peut mettre en danger les intérêts américains dans des dizaines d’autres endroits du monde, si cet équilibre des pouvoirs n’est pas respecté.

L’Iran s’est joint à la Russie pour défier les États-Unis en envoyant au Venezuela plusieurs méga-pétroliers et des pièces détachées pour tenter de réparer les six raffineries paralysées par les sanctions américaines, notamment par le blocus sur les pièces détachées pour le pétrole et le gaz, la nourriture et les médicaments (mesures, rappelons-le, renforcées en pleine pandémie de coronavirus). Ainsi, la réserve de pétrole la plus riche du monde s’est trouvée paralysée par la guerre économique états-unienne.

Cette « guerre de basse intensité » utilisée par les États-Unis pour affamer les Vénézuéliens est la même politique que celle adoptée en Syrie, au Liban, en Palestine, en Iran et au Yémen et, en fait, partout où les États-Unis sont maintenant désobéis.

La Russie est soupçonnée d’investir au Venezuela sans tenir compte des gains ou des pertes financières, car le président Vladimir Poutine a décidé de redonner à la Russie sa place sur la scène internationale et s’est dressé face à l’éternelle volonté unilatérale d’hégémonie des États-Unis. La présence des Russes au Venezuela représente un énorme avantage pour Poutine face à toute administration états-unienne, car Moscou sera toujours considéré comme un ennemi pour la Maison Blanche.

Si Washington décide de se mouvoir ou d’agir sur un quelconque front (comme il l’a fait en Ukraine) ou dans tout autre pays considéré comme une question de sécurité nationale pour la Russie, Moscou peut avancer sur le front vénézuélien et accroître son soutien au gouvernement de Caracas.

La Russie et l’Iran sont présents en Syrie et coopèrent sur le terrain depuis cinq ans (2015-2020). Tous deux ont lutté ensemble contre le plan états-unien visant à renverser le président Bachar al-Assad et ont gagné la bataille. En Irak, les deux pays étaient également présents, offrant des renseignements et d’autres formes de soutien au gouvernement de Bagdad, afin de contrecarrer activement le plan états-unien visant à diviser le pays en trois sous-États.

Au Venezuela, Téhéran réagit en traversant les mers. La « République islamique » d’Iran met ses pas dans ceux de la Russie, en frappant Washington là où cela fait mal. Les États-Unis ont construit des dizaines de bases militaires autour de l’Iran et ont amené la plupart des pays du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël, l’ennemi juré de l’Iran. Téhéran a répondu, non seulement en construisant un front d’alliés au Moyen-Orient, mais en soutenant le Venezuela, défiant Washington sur sa scène latino-américaine.

Les États-Unis ont toujours joué dans les arènes des autres pays, mais le Venezuela offre une occasion unique à la Russie et à l’Iran d’être présents dans l’arrière-cour des États-Unis.

La relation Iran-Vénézuela peut sembler plus opportuniste que stratégique. Elle a peut-être été déclenchée par la politique étrangère de Trump, en particulier ses sanctions sévères contre l’Iran, qui l’ont incité à trouver d’autres cartes à jouer contre cette administration américaine hostile. Cependant, le Venezuela devrait maintenant chercher à renforcer ses liens, en élevant ses relations avec l’Iran à un niveau stratégique.

Maintenant que le président Maduro contrôle la majorité de l’Assemblée nationale, il a prouvé qu’il était l’homme fort du pays. Il a complètement ignoré la marionnette états-unienne (Juan Guaidó) qui n’a pas réussi à renverser le président ni même à unifier l’opposition sous un même toit, malgré le soutien total des États-Unis et de l’UE.

Maduro a résisté en organisant une élection démocratique, en harmonie avec les aspirations des Vénézuéliens. Il n’est pas tombé dans le piège de jeter Guaidó en prison même si celui-ci s’est comporté en traître à la Nation (notamment en volant des actifs de l’État vénézuélien ou en appelant les forces US à intervenir dans le pays), préférant attendre le verdict des urnes. Le premier objectif de Maduro est d’essayer de résoudre la crise économique aiguë et la dévaluation de la monnaie locale, malgré les sanctions persistantes des USA. Le président vénézuélien doit maintenant tendre la main à ses proches alliés pour obtenir leur soutien et bâtir un pays autosuffisant pour la plupart des biens, qui ne dépende plus exclusivement du pétrole.

Nicolas Maduro continue d’envoyer des messages positifs au président élu Joe Biden, invitant la nouvelle administration à adopter une nouvelle politique à l’égard du Venezuela, même si, de l’avis général, Trump et Biden pourraient s’avérer n’être que les deux faces d’une même médaille en ce qui concerne la politique états-unienne à l’égard de l’Amérique latine.

En attendant, Maduro continue de bénéficier du soutien de l’Iran, qui envoie une grande flotte de pétroliers, et il est convaincu que Trump ne l’arrêtera pas en cours de route. L’Iran a déterminé que l’administration états-unienne devrait faire face aux conséquences de ses actes, en cas de confiscation de tout pétrolier traversant le détroit d’Ormuz, au cas où la marine US arrêtait un navire iranien en route vers le Venezuela.

Il est vrai qu’idéologiquement, le Venezuela socialiste et bolivarien n’a aucun lien avec l’idéologie de la « République islamique » d’Iran. Toutefois, les deux pays se trouvent dans une position similaire. Le Venezuela soutient la cause palestinienne et s’oppose à l’hégémonie de Washington. L’Iran considère la cause palestinienne comme une question prioritaire, ce qui lui permet de « rencontrer » le Venezuela dans son défi de la domination états-unienne. Il n’est pas nécessaire que les politiques socialistes et l’Islam se confondent : les deux nations sont réunies sous le parapluie de la résistance, ce qui a pour effet ultime d’alléger la pression politique de Washington sur l’Iran. Téhéran a trouvé une place dans l’arrière-cour des États-Unis, en envoyant un message clair qu’il n’est pas seulement un pays du Moyen-Orient qui attend la protection des États-Unis, comme la plupart des États du Golfe. Elle est devenue une puissance régionale qui doit être prise en compte lorsque les États-Unis développent leur stratégie dans la région.

L’auteur: le journaliste Elijah J. Magnier est un ancien correspondant de guerre et analyste politique qui a plus de 35 ans d’expérience dans la couverture du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Il est spécialisé dans les reportages en temps réel sur la politique, la planification stratégique et militaire, le terrorisme et la lutte contre le terrorisme. Magnier a couvert un grand nombre des principales guerres et affrontements militaires dans la région, notamment l’invasion israélienne du Liban en 1982, la guerre Irak-Iran, la guerre civile libanaise, la guerre du Golfe de 1991, la guerre de 1992-1996 en ex-Yougoslavie, l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et la guerre et l’occupation qui ont suivi, la deuxième guerre du Liban en 2006, ainsi que les guerres plus récentes en Libye et en Syrie. Il a vécu plusieurs années au Liban, en Bosnie, en Irak, en Iran, en Libye et en Syrie.

Source : https://ejmagnier.com/2020/12/12/venezuela-an-operational-stage-for-russia-and-iran-to-challenge-the-usa/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/12/17/la-difference-ideologique-nempeche-pas-le-venezuela-et-liran-de-nouer-des-relations-strategiques-par-elijah-j-magnier/

Exclusif : L’aide humanitaire au Venezuela est devenue un négoce multimillionnaire, par Fania Rodrigues

L’auteure: Fania Rodrigues, journaliste brésilienne en poste à Caracas.

La journaliste brésilienne Fania Rodrigues explique: “Depuis des mois, j’entends la même question au Venezuela : « qu’est-il advenu de l’aide humanitaire des États-Unis ? » J’ai fait mon enquête. Et j’ai découvert un négoce de plusieurs millions de dollars .”

Autoproclamé “président” sur un trottoir de quartier riche à Caracas en 2019, l’hologramme Guaido s’est vite évaporé sous les révélations par la presse états-unienne de sa corruption ou de ses liens avec les assassins narco-paramilitaires “Los Rastrojos” (1500 victimes). On sait moins que ses réseaux ont fait main basse sur “l’aide humanitaire”. Déjà, les grands médias avaient occulté la cause principale de la migration vénézuélienne : la guerre économique des Etats-Unis et ses mesures coercitives unilatérales – sanctions contre des entreprises, blocus maritime, blocage des paiements bancaires pour l’achat de vivres, de médicaments et de pièces de rechange, vols d’actifs pétroliers et financiers de l’Etat vénézuélien par Guaido et les cercles trumpistes, sabotages et attentats paramilitaires contre les services publics, pénuries et hausses de prix organisées par le secteur privé majoritaire dans le pays.

Les mêmes médias passent aujourd’hui sous silence les dizaines de milliers de vénézuéliens qui rentrent au Venezuela, fuyant l’explosion du Covid-19 et la surexploitation des régimes néolibéraux voisins, sans avoir jamais rien vu de la fameuse “aide”

L’aide humanitaire au Venezuela est devenue un négoce multimillionnaire

Le gouvernement américain a envoyé 656 millions de dollars au Venezuela entre 2017 et 2019 comme « aide humanitaire« , selon des documents officiels de l’Agence américaine pour le Développement International (USAID). Mais on ne sait pas comment les ONGs qui ont reçu ces ressources les ont utilisées dans la pratique.

Après quelques rapports de corruption sortis par la presse, l’Assemblée nationale vénézuélienne (à majorité de droite) a créé une commission pour enquêter sur ce qui s’est passé. Les ONG dirigées par des militants politiques proches de Juan Guaidó sont soupçonnées de recevoir des fonds donnés pour l’aide humanitaire et d’investir dans des activités politiques, dans la formation de jeunes dirigeants, des événements, des campagnes publiques contre le gouvernement, le financement de médias d’opposition, des cours pour journalistes et d’autres activités étrangères à la fonction d’aide humanitaire.

En outre, des rapports publiés aux États-Unis indiquent que le gouvernement américain utilise l’USAID pour financer des politiques contre le gouvernement vénézuélien. L’USAID nie avoir donné de l’argent à Juan Guaidó, mais admet qu’elle paie les dépenses du leader de l’opposition et de l’Assemblée nationale. « Le gouvernement intérimaire [de Juan Guaidó] n’administre aucun programme ou fonds de l’USAID. Dans certains cas, l’USAID paie les remboursements, les frais de voyage et les dépenses des conseillers techniques de l’Assemblée nationale et de l’administration intérimaire de Guaidó, par le biais de fonds d’assistance« .

Autres négoces des ONGs vénézuéliennes

La commission du contrôle de l’Assemblée nationale vénézuélienne enquête sur plus de 200 ONG, selon le président de la commission d’enquête, le député José Brito, du parti d’opposition Primero Justicia. « Ici, nous pouvons mettre en évidence certaines des personnes qui font l’objet d’une enquête, comme Ciudadania Activa, Espacio Público, Foro Penal (NdT: source d’Amnesty International), Redes Ayudas, Súmate, Fundación Futuro Presente, Rescate Venezuela, Cedice-Atlas-Libertad, entre autres« , a déclaré le député.

Le député d’opposition (parti Primero Justicia) José Brito. Photo: archive personnelle

L’ONG Espacio Público, par exemple, est dirigée par le militant de l’opposition Carlos Correa et fait l’objet d’une enquête pour détournement présumé de l’aide humanitaire pour financer le site web d’opposition Crónica Uno. Sur son site web, Crónica Uno déclare que « ce média est une initiative d’Espacio Público« .

Selon M. Brito, les documents indiquent qu’Espacio Público a reçu de l’argent de l’USAID pour l’aide humanitaire mais ne présente pas de projets dans ce domaine. En outre, des documents déclassifiés du gouvernement des Etats-Unis à partir de 2015 montrent que cette ONG est financée par la Fondation Panaméricaine de Développement (PADF), qui reçoit des fonds de l’USAID, de Freedom House et de l’USAID elle-même.

Mais, Crónica Uno n’est pas le seul média soupçonné de recevoir des fonds de l’urgence humanitaire. « Il existe de nombreux médias financés par des ONG qui ont bénéficié de l’aide humanitaire. Nous enquêtons actuellement sur quatre médias, dont le site d’information La Patilla« , explique M. Brito. La Patilla est l’un des plus grands sites d’information du Venezuela. Il est dirigé par l’homme d’affaires Alberto Federico Ravell, qui est également directeur de la communication du bureau de Juan Guaidó et du « Centre national de communication » (site web du « gouvernement provisoire » de Guaidó).

Carlos Correa, directeur de l’ONG « Espacio Publico », fait l’objet d’une enquête de l’Assemblée Nationale

La Fundación Futuro Presente fait l’objet d’une enquête pour utilisation présumée de ressources humanitaires dans les activités des partis politiques. Cette ONG a été fondée en 2008 par le leader politique Yon Goicoechea du parti d’extrême droite Voluntad Popular. En 2014, cette fondation a ouvert une succursale dans l’État de La Floride, aux États-Unis, où elle a été enregistrée en tant que société à but lucratif. Comme Súmate, qui est également enregistrée en tant que société aux États-Unis.

Yon Goicoechea, dirigeant du parti d’extrême droite de Juan Guaido, est soupçonné de détournement de l’aide humanitaire

Le président de la commission du Contrôleur financier explique pourquoi cette fondation fait l’objet d’une enquête. « Un nom qui apparaît dans nos enquêtes est celui de Yon Goicochea, chef du parti de la Volonté populaire et un homme proche du chef de ce parti, Leopoldo López. Goicochea a reçu une grande quantité de dollars de l’USAID et devra expliquer les objectifs et les domaines dans lesquels il a investi tout cet argent« , explique José Brito. Leopoldo López est l’un des principaux leaders du secteur putschiste de l’opposition vénézuélienne et le parrain politique de Juan Guaidó.

Futuro Presente reçoit de l’argent de l’aide humanitaire mais ses activités sont des formations de leaders sur la base d’un cursus néo-libéral. Cette ONG est également impliquée dans l’incursion paramilitaire du 3 mai dernier.

Un document interne de l’USAID, posté sur les réseaux sociaux par le blogueur vénézuélien Alek Boyd, montre que la Fondation Futuro Presente a reçu de l’argent du fonds de l’USAID pour l’agriculture et la sécurité alimentaire en 2019. Selon Brito, ce montant se chiffrerait à environ 10 millions de dollars.

Toutefois, sur son site web, la fondation n’enregistre aucune activité dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation. La nature des projets qu’elle développe est différente : « La Fundación Futuro Presente développe le programme de formation le plus transcendant pour les jeunes leaders au Venezuela« , indique le site web. Ce programme n’a rien à voir avec l’aide humanitaire.

Cette même ONG a été mentionnée par l’ancien militaire vénézuélien, l’ancien capitaine Antonio Sequea, qui a été arrêté pour avoir participé à l’incursion paramilitaire en territoire vénézuélien le 3 mai, connue sous le nom d’opération Gedeon. Dans son témoignage, M. Sequea a déclaré que pendant la période d’entraînement, les mercenaires avaient reçu des fonds de la Fundación Futuro Presente pour payer le loyer de maisons et de voitures sur le territoire colombien.

Une autre ONG vénézuélienne mentionnée dans un document de l’USAID est le Centre de Diffusion des Connaissances Économiques pour la Liberté (Cedice-Atlas-Libertad) qui a également reçu de l’argent du fonds pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. Comme la Fundación Futuro Presente, l’ONG Cedice propose des cours de leadership pour les jeunes, principalement issus de la classe moyenne. Dans le programme d’enseignement, elle décrit l’un des cours. « Cedice Joven » : un groupe de jeunes qui partagent l’idée d’une société libre. Parmi les activités, on peut citer le « Cercle de lecture Bastiant pour discuter, réfléchir sur le libéralisme et la culture libérale« . Elle organise également des cours pour les journalistes, dont l’accent est mis sur les « théories et doctrines économiques du système de l’économie libre ». Rien dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation, ni dans celui de l’aide humanitaire.

Les rapports des médias vénézuéliens montrent qu’entre 2009 et 2015, le Cedice avait déjà reçu des financements et des conseils du Centre pour l’entreprise privée internationale (CIPE), qui est une branche commerciale du Département d’État et de ses institutions financières. Il a également reçu des ressources du National Endowment for Democracy (NED) et de l’USAID. La NED est une ONG créée et financée par le Congrès américain, selon des informations officielles du gouvernement américain. Elle fonctionne comme une agence gouvernementale, bien qu’elle ait le statut d’ONG.

Parmi les directeurs de Cedice figure l’ancien banquier Oscar García Mendoza, qui a été nommé vice-président de l’ONG. Mendoza était président du Banco Venezolano de Crédito et est identifié comme un intermédiaire dans les négociations entre les ONG vénézuéliennes et des organisations telles que NED et USAID, selon un article de 2014 sur le site web Aporrea.

Aux États-Unis, le Cedice est partenaire du think thank Cato Institute, un établissement d’enseignement libéral dont la mission est de former « les futurs dirigeants, penseurs, avocats et partisans du mouvement libéral, promouvant ainsi les principes de liberté individuelle, d’État minimal, de libre marché et de paix« . Au Venezuela, les deux institutions ont fondé l’université de Cato-Cedice, située dans une zone rurale à l’extérieur de Caracas.

partenaires et financeurs de CEDICE / ATLAS / LIBERTAD

Selon son site web, le Cedice est actuellement parrainé par l’Institut Atlas aux États-Unis, financé par les frères David et Charles Koch, milliardaires de l’industrie pétrolière. En outre, Charles Koch a contribué à la fondation de plusieurs organisations, dont le Cato Institute lui-même, l’Institut d’études humaines et la Déclaration des droits. Et comme tout est lié, c’est le Cato Institute qui décerne chaque année le prix Milton Friedman et l’a remis à Yon Goicoechea en 2008. Le dirigeant de Voluntad Popular a reçu 500 000 dollars et c’est avec cette ressource qu’il a créé la Fundación Futuro Presente.

Le Cedice est également partenaire d’une autre organisation, l’ONG Un Mundo Sin Mordaza (UMSM), « un monde sans baillon« , dont la mission principale est de « mener des campagnes internationales de sensibilisation sur la situation au Venezuela« , selon le site web de l’UMSM.

L’UMSM est l’une des principales ONG financées par le gouvernement étatsunien et reçoit des fonds de l’USAID et du NED, selon le professeur américain Tim Gill de l’Université de Caroline du Nord Wilmington. « NED et USAID ont continuellement soutenu les partis d’opposition et les ONG orientées vers l’opposition comme A World Without a Gag et Cedice« .

Comme si tout cela ne suffisait pas, une nouvelle plainte concerne un autre proche de Guaidó, depuis la semaine dernière. Le directeur pour l’Amérique latine de l’ONG Project Cure, Marvin Autry, dit avoir donné un total de 25 000 dollars au militant du parti d’extrême droite Voluntad Popular Lester Toledo. L’argent devait servir à payer l’expédition d’un conteneur rempli de fournitures et d’équipements médicaux, d’une valeur de 500 000 dollars, qui serait donné à la clinique de la maison San Rafael dans la ville de Maracaibo (État vénézuélien de Zulia).

Autry a déposé une plainte officielle et a remis un bordereau de dépôt sur le compte de la société présenté par Toledo : V and Sons Supply. Cependant, la cargaison n’a jamais été retirée de l’entrepôt de Houston, où elle est stockée depuis un an et quatre mois. Tolède est le coordinateur international de l’organisation vénézuélienne Coalición Ayuda y Libertad, créée par Juan Guaidó lui-même pour collecter des fonds pour « l’aide humanitaire. »

Photos : les ONG dirigées par des militants politiques proches de Juan Guaidó sont soupçonnées de recevoir des fonds donnés pour l’aide humanitaire et d’investir dans des activités politiques, dans la formation de jeunes dirigeants, des événements, des campagnes publiques contre le gouvernement bolivarien, le financement de médias d’opposition, des cours pour journalistes et d’autres activités étrangères à la fonction d’aide humanitaire.

 

L’USAID finance-t-elle l’opposition vénézuélienne ?

Le professeur Tim Gill déclare que ses recherches ont révélé que le Bureau des Initiatives de Transition (OTI), un département de l’USAID, a aidé à organiser des groupes d’opposition au Venezuela avec l’aide d’entrepreneurs et de sous-traitants. En laissant la première ligne à des tiers contractuels, ces activités ne sont plus soumises à la loi des États-Unis sur la liberté de l’information, ce qui signifie qu’il n’y aura pas de déclassification des documents à l’avenir.

« Les États-Unis ont soutenu les partis politiques d’opposition vénézuéliens tout au long du gouvernement d’Hugo Chávez et continuent de le faire aujourd’hui. Ils aident à organiser des ateliers pour former les dirigeants des partis, sur des sujets tels que le développement de programmes politiques, des séminaires avec des journalistes et la sensibilisation des jeunes électeurs« , rapporte Gill. Le chercheur est une référence dans l’étude des relations étrangères des États-Unis avec le Venezuela et est chroniqueur pour le Washington Post.

Tim Gill a interviewé des hommes d’affaires, d’anciens entrepreneurs de l’USAID au Venezuela et d’anciens employés de l’USAID aux États-Unis. Un ancien entrepreneur a indiqué qui étaient les interlocuteurs dans le secteur politique de l’opposition au Venezuela. « Lorsque Gill a interrogé un haut responsable de l’USAID sur le travail de l’OTI au Venezuela, l’ancien fonctionnaire a expliqué que l’OTI est une sorte de « force spéciale dans la communauté de l’assistance [humanitaire] pour promouvoir la démocratie« . Un autre responsable de l’agence américaine a déclaré à M. Gill que l’USAID envoie de l’argent aux opposants vénézuéliens « parce que cette formule est plus rapide que l’obtention de ressources par les canaux traditionnels.« 

« L’USAID et le NED ont travaillé avec des groupes d’étudiants vénézuéliens et des organisations communautaires sur le terrain pour accroître le soutien à l’opposition. L’USAID a également sous-traité au groupe privé Development Alternatives, Inc (DAI) pour réaliser ses projets sur le terrain au Venezuela« , note Tim Gill.

La DAI est une vieille connaissance du Département d’État des États-Unis. Cette société multinationale spécialisée dans les « projets de reconstruction » a été engagée pour réaliser de grands projets en Irak après l’invasion militaire américaine en 2003.

Pour tenter de comprendre ce qui se cache derrière ces ressources d’aide humanitaire, nous nous sommes entretenu avec l’un des experts les plus renommés du Droit international humanitaire, le professeur suisse et américain Alfred de Zayas. Titulaire de deux doctorats en droit de l’Université du Havard, Zayas est professeur à l’École de relations diplomatiques internationales de Genève en Suisse, expert indépendant au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, de 2012 à 2018.

Selon le professeur, les ONGs qui mènent des activités de formation au leadership, qui ont financé les médias ou les partis politiques, ne devraient pas recevoir d’argent des fonds de protection sociale. « L’utilisation du terme « aide humanitaire » dans ce cas est de mauvaise foi. Nous sommes dans le domaine de la propagande politique. Faire un usage politique de ces ressources, c’est aller à l’encontre du vrai sens du travail humanitaire« , note Alfred de Zayas.

L’expert a critiqué le rôle du gouvernement américain dans le financement de ces ONG. « Cela n’a rien à voir avec l’aide humanitaire. Parce que l’aide humanitaire ne vise pas à renverser les gouvernements, mais à aider directement les populations. Si les États-Unis veulent aider le Venezuela, la première chose qu’ils doivent faire est de lever les sanctions économiques contre ce pays » continue M. Zayas.

Ce système de corruption autour de l’aide humanitaire n’est cependant pas exclusif du Venezuela, explique-t-il. « La NED et l’USAD ont instrumentalisé l’aide humanitaire dans le monde entier, non seulement au profit de leurs alliés, mais aussi pour disposer d’un système de chantage. Une fois que ces acteurs politiques sont impliqués dans ce schéma, ils ne peuvent plus échapper à leur jeu politique« .

Le gouvernement des États-Unis, qui prétend qu’il y a une crise humanitaire au Venezuela, n’a pas encore été clair sur ce dans quoi est investie l’aide humanitaire qu’il envoie au Venezuela. La NED, par exemple, a financé 42 projets au Venezuela, mais aucun d’entre eux n’est lié à l’aide humanitaire, malgré l’affirmation du gouvernement états-unien d’une crise humanitaire.

A Cucuta (Colombie) un véhicule de luxe utilisé pour remettre des aliments aux migrants vénézuéliens

« Il est plus rentable d’ouvrir une ONG qu’une entreprise »

La ville colombienne de Cúcuta, à la frontière colombienne avec le Venezuela, est un havre pour les ONG qui ont transformé l’aide humanitaire en une entreprise de plusieurs millions de dollars, selon le membre du Congrès José Brito. « Lors des premières enquêtes, j’ai été surpris par les propos de certaines personnes à Cúcuta. De nombreux Vénézuéliens nous ont dit qu’il valait mieux ouvrir une ONG que d’avoir une entreprise, car il était facile de justifier l’aide aux immigrants vénézuéliens à la frontière« .

Les recherches indiquent que, dans la plupart des cas, l’argent destiné à ces ONG n’entre même pas au Venezuela. Ils opèrent avec des comptes bancaires en Colombie et aux États-Unis. En outre, le Venezuela est le seul pays d’Amérique latine pour lequel l’USAID ne signale pas quelles organisations ont reçu ses fonds, se contentant de préciser les fonds d’où provenait l’argent. Tout cela rend l’enquête difficile.

Le Venezuela est le seul pays d’Amérique Latine pour lequel l’USAID ne mentionne pas les ONGS qui reçoivent ses fonds

Un autre problème dans le suivi des ressources est que les fonds de l’USAID et du NED ne sont pas transférés directement aux ONGs, mais qu’ils utilisent plutôt d’autres organisations comme intermédiaires. Parmi les plus récurrents, on trouve le National Democratic Institute (NDI), l’International Republican Institute (IRI), la Pan American Development Foundation (PADF), la Freedom House, tousétats-uniens, et la Fondation espagnole pour l’analyse et les études sociales (FAES). La NED utilise le Centre international pour l’entreprise privée (CIPE) de la Chambre de commerce américaine, l’Institut Syndical Libre (FTUI), du secteur des employeurs industriels, l’Institut National Démocratique pour les Affaires Internationales (NDIIA), associé au Parti démocrate, et l’IRI, associé au Parti républicain.

Le directeur de la Fondation Progresar, basée à Cúcuta, Wilfredo Cañezalez, explique comment fonctionne le programme des ONGs. La fondation qu’il dirige n’a aucun lien avec l’USAID ou les ressources d’aide humanitaire. « L’immigration des Vénézuéliens et le transit de ces immigrants vers d’autres pays ont fait de la Colombie une grande entreprise, non seulement pour les petites ONGs, mais aussi pour les entreprises et les grandes ONGs qui ont des contrats de grande valeur avec des organisations internationales, pour apporter un soutien supposé à la population immigrée » explique M. Cañezalez.

Selon lui, la principale source de corruption se trouve dans les contrats de fourniture de nourriture et de kits d’hygiène aux immigrants qui traversent chaque jour le pont international Simon Bolívar. « Ces ONGs fournissent de la nourriture, du matériel d’hygiène personnelle et une aide au transport. Ce sont de gros contrats. Ils peuvent faire payer jusqu’à 30 000 pesos colombiens (8 dollars) pour livrer un simple sandwich mortadelle-fromage. Il existe un réseau de corruption qui tourne autour de la surfacturation« , explique-t-il.

Photo: Fania Rodrigues. Par la frontière colombo-vénézuélienne vont et viennent quotidiennement 35 mille personnes qui ne sont pas des "migrants"

Photo: Fania Rodrigues. Par la frontière colombo-vénézuélienne vont et viennent quotidiennement 35 mille personnes qui ne sont pas des « migrants »

Pour justifier la livraison de ces produits par les financiers, ils prennent des photos des personnes qui reçoivent les kits. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont tous des immigrants, car il s’agit de la frontière la plus « chaude » du continent, après Tijuana, au Mexique. Avant la pandémie, environ 35 000 personnes se déplaçaient entre Cúcuta et São António de Táchira, une ville frontalière du côté vénézuélien. La plupart ont traversé la frontière le matin pour faire des achats ou travailler et sont revenus le soir, selon les fonctionnaires locaux.

Le plan principal est d’obtenir un contrat avec des organisations internationales, telles que l’USAID, selon le directeur de la Fundación Progresar. « Ici, nous savons que pour obtenir un gros contrat avec une organisation internationale, pour fournir de la nourriture aux immigrants, il faut payer une commission. Le pourcentage varie entre 30 et 40 % de la valeur du contrat et doit être versé aux chefs de l’opposition vénézuélienne, qui font payer l’intermédiation. Ici, il y avait des opposants vénézuéliens qui demandaient jusqu’à 50 % de la valeur du contrat. »

Cette information est également mentionnée dans un document de l’Assemblée nationale vénézuélienne fourni au rapport par des sources indépendantes. Le document interne rapporte ce qui suit : « Un des points [à examiner] concerne le cas des ONG qui ont reçu de l’argent de l’USAID, ainsi que 30% des commissions [versées] aux exécutants, avec la présentation préalable des projets. Un autre point est l’intermédiation de M. Alejandro Plaz Castillo, qui est apparu comme le lien entre l’USAID et les ONG, pour la présentation des projets et l’obtention des ressources« . Alejandro Plaz Castillo est directeur de l’ONG Súmate.

Pour José Brito, de nombreuses ONG ont perdu de vue l’objectif humanitaire des ressources données pour améliorer la vie des Vénézuéliens. « Avoir une ONG qui reçoit des ressources des organisations internationales est devenu une affaire de plusieurs millions de dollars, surtout pour une structure politique qui défend publiquement l’idée qu’elle se bat pour les Vénézuéliens. »

« Vous ne voyez pas les ONGs qui opèrent à la frontière et qui servent les immigrants vénézuéliens en Colombie, dit Orlando Bantran, directeur de la Fondation Bronx Banquet, qui s’occupe des Vénézuéliens. « Aucune ONG qui contrôle les ressources de l’aide humanitaire n’a pris la responsabilité de servir ces migrants qui sont en transit en Colombie. Nous desservons entre 400 et 600 personnes, qui passent chaque jour sur la route entre Bogota et Cúcuta« , explique Beltrán. Cependant, cette ONG ne reçoit pas de financement de l’USAID. « Nous recevons des dons de particuliers, de propriétaires de petites entreprises et d’amis« .

Les immigrants vénézuéliens parcourent actuellement des milliers de kilomètres pour rentrer au Venezuela en raison des difficultés économiques causées par la pandémie de covid-19. En cours de route, ils ont besoin d’une assistance médicale, de transport, d’un abri et de nourriture. Bronx Banquet et l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC) sont les seuls à fournir ce type d’aide à l’heure actuelle.

Les ressources pour 2020 se sont multipliées

L’Union européenne a également organisé une conférence des donateurs le 26 mai. 595 millions d’euros ont été collectés auprès de donateurs publics et privés, un chiffre que l’UE et l’Espagne ont porté à 2,54 milliards en tenant compte des prêts et autres types d’aide financière qui seront disponibles pour cette crise.

Pour cette année, le Congrès américain a approuvé 400 millions de dollars pour l’aide humanitaire au Venezuela et 17 millions de dollars supplémentaires pour « les acteurs politiques démocratiques et les organisations de la société civile au Venezuela« . Le chef du département d’État, Mike Pompeo, a déclaré en mai que l’administration Trump ferait un don de 200 millions de dollars supplémentaires. Et 100 millions de dollars supplémentaires, réservés par les donateurs internationaux, lors d’une conférence des donateurs en février de cette année. Cela signifie que cette année et rien que des Etats-Unis, au moins 717 millions de dollars seront envoyés.

Fania Rodrigues, pour la Revista Forum

Source : https://revistaforum.com.br/global/exclusivo-a-ajuda-humanitaria-a-venezuela-tornou-se-um-negocio-milionario/

Version espagnole : https://www.laiguana.tv/articulos/754137-ayuda-humanitaria-oposicion-eeuu-usaid-venezuela/

Compléments de lecture : « Comment les libertariens refont la politique latino-américaine des Etats-Unis« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/comment-les-libertariens-us-refont-la-politique-latino-americaine-par-lee-fang/ et « Prétexter une crise migratoire pour envahir le Venezuela ?« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/09/10/pretexter-une-crise-migratoire-pour-envahir-le-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

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Le Venezuela et le journal « Le Monde » : la nausée, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Dans son édition du 12 juin, se substituant aux présidents Donald Trump (Etats-Unis), Jair Bolsonaro (Brésil) et Iván Duque (Colombie), trop discrédités pour être audibles, le quotidien français Le Monde a offert une tribune à leur «  protégé », le « président autoproclamé » du Venezuela, Juan Guaido. Décryptage pour Mémoire des Luttes par l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, auteur de nombreux ouvrages et spécialiste de l’Amérique Latine, Maurice Lemoine.

Qui oserait, aujourd’hui, se réclamer de Donald Trump (nous parlons là de tout humain doté de raison) ? Sans aller jusqu’à faire le bilan de trois années de mandat, sa gestion de la pandémie du coronavirus et de la crise raciale qui a suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd en disent long sur le président des Etats-Unis. S’agissant de la crise sanitaire, il y eut d’abord, entre fin janvier et la mi-mars, dénégation, puis minimisation de la gravité de l’épidémie. Avec ses épisodes ubuesques. Quand, le 10 février, en meeting dans le New Hampshire, Trump déclare : « En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra. Comme par miracle. » Quand, en pleine réunion à la Maison-Blanche, le 23 avril, il « réfléchit » à haute voix et suggère d’injecter de l’eau de javel dans les poumons malades ou, pourquoi pas, un traitement aux UV ? « Les briefings de Trump mettent activement en danger la santé du public. Boycottez la propagande. Ecoutez les experts. Et s’il vous plaît, ne buvez pas de désinfectant », devra déclarer, soutenu par la communauté scientifique, Robert Reich, un professeur de la prestigieuse université de Berkeley. Entretenant la confusion, le locataire de la Maison-Blanche n’en appelle pas moins ses partisans à manifester pour « libérer » du confinement les Etats – Michigan, Minnesota, Virginie – gérés par des gouverneurs démocrates. Conséquence : une politique aussi incohérente tue les malades plutôt que la maladie. Désormais premier foyer planétaire du coronavirus, les Etats-Unis comptabilisent plus de 117 000 morts à l’heure de la rédaction de ce billet.

Même positionnement aberrant après la mort de George Floyd asphyxié par le policier Derek Chauvin à Minneapolis. La situation provoque un mouvement de colère historique, toutes communautés confondues (sauf celles des chrétiens évangéliques blancs, socle électoral du président). Sans un mot de compassion pour la victime et sa famille, Trump parle de déployer l’armée pour ramener le calme dans les villes que secouent d’importantes manifestations contre les violences policières et la discrimination raciale.
Même des figures du Parti républicain s’opposent désormais à la façon dont le businessman gère le pays. Depuis les colonnes du magazine The Atlantic, son ex-ministre de la Défense, James Mattis, est monté au créneau : « De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n’essaie pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer. Au lieu de cela, il tente de nous diviser. (…) Nous payons les conséquences de trois années sans adultes aux commandes. » Plus significatif encore : l’actuel titulaire du Pentagone, Mark Esper annonce en conférence de presse son opposition à l’usage de la Loi d’insurrection qui, pour rétablir l’ordre, permettrait d’utiliser l’armée contre les manifestants.

Dans sa logique impérialiste, dans son obsession de détruire le multilatéralisme et le droit international, la grosse patte rugueuse de Trump va jusqu’à menacer de quitter, en lui coupant définitivement les vivres, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et à autoriser des sanctions économiques – son arme favorite contre les pays souverains qui lui déplaisent – envers tout magistrat ou responsable de la Cour pénale internationale (CPI) qui enquêterait sur des militaires américains ou les inculperait « sans le consentement des Etats-Unis » [1]. Est-il nécessaire de développer plus avant ?

Qui (nous parlons-là des personnes responsables) oserait encore soutenir le président brésilien Jair Bolsonaro ? Dès 2016, ce médiocre parlementaire d’extrême droite avait annoncé la couleur : « La carte de visite pour un marginal du MST [Mouvement des sans terre], c’est une cartouche de 7.62. » Nostalgique de la dictature militaire, arrivé au pouvoir grâce au coup d’Etat juridico-parlementaire contre Dilma Rousseff, puis l’emprisonnement arbitraire de Luiz Inácio Lula da Silva, Bolsonaro a nommé un ministre des Affaires étrangères à son image : Ernesto Araujo. Hanté par la « menace communiste », ce dernier voit en Trump « le sauveur de l’Occident ».
Négationniste comme son mentor du Nord face à la pandémie, Bolsonaro la « gère » de la même façon. Ministre de la Santé, le populaire Luiz Henrique Mandetta a été limogé en avril pour avoir prôné la distanciation sociale et exprimé son désaccord avec la politique du gouvernement fédéral. Il a été remplacé par un millionnaire, Carlos Wizard, dépourvu d’une quelconque expérience dans le domaine de la santé.

Pour tenter de cacher la réalité désastreuse du Covid-19 – plus de 44 000 morts désormais – alors que le président continue d’en nier la gravité, les autorités ont tenté de changer la façon de compter les cas de contaminations et de décès. Il a fallu que la Cour suprême intervienne pour les en empêcher. De la même manière, le juge Marcio Santoro Roch avait dû annuler un décret présidentiel publié le 27 mars pour exclure les églises, les temples religieux et les bureaux de loterie des mesures de quarantaine imposées dans certains Etats.
Durant une réunion ministérielle tenue le 22 avril, Bolsonaro, entre insultes et propos venimeux, a demandé à ce que la population soit armée pour éviter qu’une dictature ne s’installe à la tête du pays. Dans le collimateur : les maires et gouverneurs qui adoptent des mesures contraires à ses recommandations dans la lutte contre le fléau sanitaire.

Si la température grimpe en flèche au Brésil, ce n’est toutefois pas uniquement en raison de la pandémie. Car, le 19 avril, à Brasilia, en haranguant des manifestants qui, brisant la quarantaine, s’étaient rassemblés devant la Caserne générale de l’armée, Bolsonaro a légitimé de fait leur demande : une intervention militaire et la mise en œuvre de l’Acte institutionnel n° 5 (AI-5). En 1968, celui-ci avait permis de supprimer de nombreuses garanties constitutionnelles et de fermer le Congrès.
Ces prises de position témoignent de l’embarras de l’extrême droite brésilienne. Un juge de la Cour suprême, Celso de Mello, a en effet autorisé l’ouverture d’une investigation sur les accusations selon lesquelles Bolsonaro a tenté de s’ingérer dans le travail de la Police fédérale à des fins politiques. Il s’agissait pour lui d’en faire remplacer le chef pour éviter des enquêtes concernant ses fils. Par ailleurs, le Tribunal supérieur électoral a ouvert une enquête pour déterminer si, lors de la campagne présidentielle de 2018, le « candidat Bolsonaro » n’a pas utilisé des réseaux illégaux disséminant des « fake news » – ce qui, de fait, remettrait en cause son élection.

Depuis lors, le ton monte contre l’Etat de droit. Le 21 mai, le député fédéral Bia Kicis (PSL-GO), un allié du chef de l’Etat, a suggéré une « intervention militaire constitutionnelle » au cas où l’on continuerait à empêcher celui-ci de gouverner. Alors que les voix se multiplient pour demander sa démission ou une procédure d’ « empeachment », Bolsonaro a explicitement averti (13 juin) la Cour suprême et le Congrès – où il ne dispose pas d’une majorité – que « les Forces armées n’obéissent pas à des ordres absurdes » et qu’elle n’accepteront pas le résultat d’un éventuel jugement politique destiné à le destituer.
Pour les Brésiliens, le message est clair : en affichant son désir de s’arroger tous les pouvoirs, en s’attaquant délibérément aux corps constitués, Bolsonaro prône rien moins qu’un retour aux méthodes de la dictature militaire du passé.

Qui (nous parlons là des citoyens moyennement informés) se répandrait en félicitations sur la gestion du président colombien Iván Duque ? Signés en 2016 avec la guérilla des Forces armés révolutionnaires de Colombie (FARC) les Accords de paix ont été torpillés. Dans l’impunité la plus totale, toutes les vingt-quatre heures, un dirigeant social ou populaire est assassiné.
Les scandales succèdent aux scandales. On apprend que, en 2019, dans la plus totale illégalité, des membres des services de renseignement de l’armée ont placé sur écoute et espionné 130 personnes – magistrats, opposants, journalistes (dont des reporters du New York Times, du Wall Street Journal et de National Geographic) [2]. On découvre que l’actuelle vice-présidente, Marta Lucía Ramírez, a payé 150 000 dollars de caution en 1997 pour faire remettre en liberté, pendant son jugement, son frère Bernardo Ramírez Blanco, arrêté à Miami pour narcotrafic. Celui-ci fut condamné à une peine minime eu égard aux charges qui pesaient sur lui, mais pendant plus de vingt ans, en Colombie, Marta Lucía Ramírez poursuivit sa carrière politique sans jamais rendre publique cette information.
Devant le tollé provoqué par cette révélation et les demandes de démission provenant d’un certain nombre de sénateurs, le ban et l’arrière-ban de la droite se sont mobilisés pour défendre la « persécutée ». L’intervention la plus remarquée a été celle de Samuel Azout, un « homme d’affaires respectable », ex-Haut conseiller pour la prospérité sociale du président Juan Manuel Santos, quand il a déclaré : « Que celui qui n’a pas un parent ou un ami qui ait été narcotrafiquant lui jette la première pierre [3] ! » Ce qui a au moins le mérité de la clarté.

Il convient de noter à ce propos que, depuis mai dernier, l’époux de la vice-présidente, Álvaro Rincón Muñoz, doit s’expliquer devant la justice pour ses liens d’affaires, dans le secteur immobilier, avec Guillermo León Acevedo, alias « Memo Fantasma », connu pour ses liens avec les paramilitaires et les narcotrafiquants. Et que la Commission d’investigation et d’accusation de la Chambre des représentants a ouvert une enquête préalable contre le président Duque en personne, mis en cause dans le cadre de la « Ñeñepolítica ». Pour mémoire : avant sa mort par assassinat en mai 2019, l’éleveur José Guillermo Hernández Aponte, dit « Ñeñe », lui aussi notoirement proche des mafieux, a révélé des « achats de votes » et une fraude électorale organisés sur la côte caraïbe et dans la Guajira, pour favoriser l’élection de l’actuel chef de l’Etat [4].

Dans ces conditions, faut-il s’étonner de la nomination récente, mais surtout particulièrement cynique, au poste de Coordinateur des victimes du conflit armé, au sein du ministère de l’Intérieur, de Jorge Rodrigo Tovar, fils de l’ex-paramilitaire Rodrigo Tovar Pupo, alias « Jorge 40 » ? Démobilisé en 2006, extradé aux Etats-Unis en mai 2008 pour trafic de drogues, prochainement libéré après douze années d’incarcération, « Jorge 40 », ex-commandant du Bloc Nord des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), est directement responsable de 333 massacres dans les Départements de l’Atlantique, du César, du Magdalena et de la Guajira, avec un solde de 1 573 victimes [5]. Il a été exclu du programme Justice et paix, pourtant particulièrement clément, car clé de voûte de la stratégie du président Uribe vis-à-vis de ses alliés, pour n’avoir rien révélé des actes commis sous ses ordres et son désintérêt total pour leurs victimes.
Un fils ne peut être tenu pour responsable des crimes de son père. Mais, s’est interrogé le député Inti Asprilla (Alliance verte), en phase avec un sentiment largement partagé, « comment va être résolu le conflit d’intérêt : par exemple quand se présenteront à son bureau des victimes de son père [6] » ? Sachant que, publiquement, il défend son géniteur, le considérant comme un « prisonnier politique aux Etats-Unis » et un « héros ».

Dernière polémique en date. L’arrivée dans le pays des cinquante premiers militaires étatsuniens d’une Security Force Assitance Brigade (SFAB) en comportant dans le futur un nombre indéterminé – peut-être jusqu’à 800. Pour une telle incursion d’une force étrangère sur le territoire national, le Sénat colombien aurait dû donner son autorisation. Il n’a pas été consulté. Visée annoncée du déploiement : la lutte contre le narcotrafic (vingt ans après le début du Plan Colombie – 10 milliards de dollars pour le même supposé objectif – signé par les présidents Bill Clinton et Andrés Pastrana !). Avec une particularité relevée, entre autres, par le sénateur Iván Cepeda (Pôle démocratique alternatif ; PDA) : le manuel d’opérations de ces Forces spéciales « mentionne explicitement la fonction de conseiller des milices non gouvernementales et des associés irréguliers ». Faut-il traduire des groupes illégaux ? Si l’on excepte les guérillas encore en activité, par définition écartées d’une telle alliance, il n’en existe que de deux types (étroitement liés) : les paramilitaires (rebaptisés « bandes criminelles émergentes ») et les narcotrafiquants. Pour lutter contre les activités illicites dont ils sont les acteurs principaux ? Plus vraisemblable : avec les yeux tournés vers un certain pays voisin (au hasard : le Venezuela).

Trump, Bolsonaro, Duque [7]… Les défauts, tares et souillures qui ternissent leurs mandats sont unanimement réprouvés, et pas uniquement à gauche. Difficile pour quiconque défend une cause ou entend mettre en scène sa propre respectabilité de revendiquer publiquement l’appui de tels « parrains ». Quand bien même ils seraient votre « boss » (Trump) et vos deux partenaires privilégiés. Face aux humains dotés de raison, aux personnes responsables et autres citoyens moyennement informés évoqués précédemment, la mise en avant d’une telle confrérie se révélerait hautement significative. Et donc contreproductive.

Situation des plus inconfortables pour le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido, leur protégé. Il est en perte de vitesse, chez lui et à l’étranger. De larges factions de l’opposition vénézuélienne ne croient plus en lui. Voire entendent le mettre hors-jeu. Depuis septembre 2019, les secteurs « responsables » de la droite antichaviste négocient avec le gouvernement de l’authentique chef de l’Etat, Nicolás Maduro. Ils préparent ensemble le renouvellement du Conseil national électoral (CNE), en vue d’organiser des élections législatives en cette année 2020. S’ils disposent en s’alliant de la majorité au Parlement, l’opposition modérée et les chavistes, du fait de l’obstruction des radicaux, n’atteignent pas les deux tiers des voix nécessaires à la nomination des nouveaux recteurs du CNE. D’où une situation bloquée. Conformément à ce que stipule la Constitution, c’est donc le Tribunal suprême de justice (TSJ) qui, avec l’aval de la droite modérée, les nommera (le 13 juin). Provoquant qui plus est d’importantes scissions et luttes pour le contrôle des partis traditionnels – Action démocratique, Primero Justicia –, entre les partisans d’une sortie politique et les fous furieux pro-Guaido. Une catastrophe, une défaite politique majeure pour Washington (et ses supplétifs de l’Union européenne), l’extrême droite et le chef d’Etat imaginaire qui, en aucun cas, ne veulent d’un prochain scrutin. Il leur faut « faire tomber » Maduro dans le chaos, la violence et le sang. D’où la contre-offensive lancée depuis plusieurs semaines par Guaido. Mais qui pour se substituer à ses encombrants partenaires, dans le travail de propagande qu’il doit mener ?

Pour le quotidien français Le Monde, et s’agissant de la République bolivarienne, « toutes les compromissions sont sur la table ». Dans son édition datée du vendredi 12 juin, c’est donc lui qui offre une demi-page de « tribune » au protégé de Trump, Bolsonaro et Duque. Titre : « Sauvons le Venezuela ensemble ». Aucune surprise dans le texte, porteur de l’argumentation classique de l’extrême droite « bushiste » « trumpiste » et vénézuélienne depuis 2002. Objectif principal (et, d’une certaine manière, plutôt amusant) : « Nous appelons la communauté internationale à être particulièrement vigilante sur les efforts de Nicolas Maduro pour mettre définitivement fin à la démocratie au Venezuela. Il compte en effet organiser de nouvelles élections législatives cette année. » En lieu et place, l’homme lige de l’Impérialisme et de la réaction préconise un « gouvernement national d’urgence ». Cela ne coûtant rien, il lustre de quelques coups de brosse à reluire appuyés les « pompes » de l’ex-« socialiste » Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères rallié au président de droite Emmanuel Macron. Le Monde, bien entendu fait sa part du travail de sape. Destiné à demeurer imprimé dans l’esprit du lecteur, composé en plus gros, en lettres capitales et en couleur, l’intertitre reprend la plus spectaculaire des accusations de Guaido (et de Trump, son patron [8]) :

monde2-6a4f2« La réalité est la suivante : une narco-dictature s’est saisie des institutions et confisque tous les pouvoirs au Venezuela ». En fin de dernière colonne, comme il se doit, également rédigée par le quotidien, ce qu’on appelle la « note signature » : « Juan Guaido Marquez est reconnu comme “président par intérim” de son pays par les Etats-Unis, la France et plus de cinquante pays ».

 

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! », réagirait Cyrano de Bergerac devant une telle provocation. « On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton – par exemple, tenez… »

Juan Guaido, devient député en 2015, avec 91 000 voix (sur les 20 millions d’inscrits sur les listes électorales). N’a émis aucune désapprobation, blâme ou critique, quand, le 4 août 2018, une tentative d’assassinat de Maduro à l’aide de deux drones chargés d’explosifs a échoué de peu. Est élu « président par intérim » le 23 février 2019 par l’administration Trump après que, la veille, le vice-président Mike Pence ait appelé l’opposition à descendre dans la rue. Se proclame chef de l’Etat sur un bout de trottoir. Un mois plus tard, se fait aider par des criminels notoires – les narco-paramilitaires colombiens Los Rastrojos (1 500 victimes) – pour passer clandestinement en Colombie [9]. Destitue fin novembre son pseudo ambassadeur dans ce pays, Humberto Calderón Berti, après que celui-ci ait dénoncé d’importantes malversation des fonds de la supposée « aide humanitaire » de la part de l’équipe désignée par Guaido pour l’administrer.

Sans se préoccuper aucunement des souffrances infligées à la population, l’individu réclame et appuie les mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis à son pays, dans le but de le mettre à genou économiquement (dernier épisode en date : le Département des Transports US vient d’infliger une amende de 450 000 dollars à la compagnie aérienne panaméenne COPA pour avoir transporté « illégalement », en leur faisant faire une escale évitant un vol direct, « interdit », 15 000 Vénézuéliens entre les Etats-Unis et leur pays). Guaido pille et laisse piller par la puissance impériale les actifs de l’Etat vénézuélien, dont ceux de sa compagnie pétrolière PDVSA, à l’étranger. Le 30 avril 2019, en compagnie d’un groupe réduit de militaires, il tente un dangereux coup de poker en feignant avoir « pris », à Caracas, la base aérienne de La Carlota, afin de faire basculer et l’armée et la population. Personne ne le suit. Le coup d’Etat échoue. Réussi, il aurait déclenché une tragédie.

Le 16 octobre 2019, Guaido signe un contrat avec Jordan Goudreau, ancien béret vert US et patron d’une compagnie de sécurité privée basée en Floride, Silvercorp [10]. En échange de 212,9 millions de dollars pour une opération durant globalement 495 jours, le mercenaire s’engage à conseiller et assister l’équipe du président élu par Trump, Bolsonaro et Duque « dans la planification et l’exécution d’une opération pour capturer / arrêter / éliminer Nicolás Maduro » (pour les respectables journalistes du Monde ne disposant pas d’un dictionnaire des synonymes, on précisera qu’ « éliminer », dans un tel contexte, signifie « assassiner »).
C’est ce même Goudreau qui encadre, avec deux autres mercenaires américains, l’opération « Gedeón » du 3 mai dernier : une tentative d’incursion de plusieurs dizaines de commandos (essentiellement des déserteurs vénézuéliens) pour s’emparer de Maduro, « éliminer » un certain nombre de dirigeants chavistes et provoquer la confusion – sachant que, à proximité immédiate, dans la Caraïbe, les Etats-Unis ont déployé une flotte navale, dont un porte-avions, susceptible d’intervenir pour des raisons « humanitaires », afin de « sauver des vies », en cas de chaos [11].
Entraînés par les hommes de Goudreau en Colombie, les assaillants y ont bénéficié au moment de leur départ de la collaboration non des Rastrojos, mais, cette fois, d’Elkin Javier López Torres, alias « Doble Rueda », l’un des principaux « capos » du narcotrafic de la région de la Guajira.

Au terme de ce nouvel échec (qui confirme les liens mafieux de sa mouvance), Guaido ne cache pas sa satisfaction lorsqu’il entend Donald Trump déclarer qu’il a « encerclé » le Venezuela à un niveau « que tout le monde ignore » et que « quelque chose arrivera » parce que Washington « ne supporte plus la situation [12] ».
A chacun ses références. Pour l’anti-Bolsonaro, le très respecté ex-président brésilien « Lula » – élu homme politique de l’année 2004, quand il était à la mode (pour de bonnes raisons) par le quotidien… Le Monde –, il y a longtemps que Guaido « devrait être en prison pour les violences meurtrières qu’il a co-organisées et ses tentatives de coup d’Etat [13]  ».
Voilà, somme toute, ce qui aurait pu figurer dans la « note signature »d’un quotidien d’information. Il n’en a rien été. Pourquoi ? La question est moins innocente qu’il y paraît. On ne prétendra pas ici que Le Monde est « à la botte du pouvoir » – ce qui serait particulièrement insultant. Mais on notera tout de même que, par le plus grand des hasards, la tribune de Guaido est parue le jour même où l’ambassadeur d’Emmanuel Macron au Venezuela, Romain Nadal, régulièrement épinglé pour son appui ostentatoire au président fantoche, devait être auditionné par le Sénat.

L'auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l'Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

L’auteur: Maurice Lemoine, dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: T. Deronne

Notes:


[1L’enquête souhaitée par la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, vise entre autres des exactions qui auraient été commises par des soldats américains ou des agents de la CIA en Afghanistan, pays où les Etats-Unis mènent depuis 2001 la plus longue guerre de leur histoire.

[2Curieusement, Jorge Mario Eastman, ex-vice-ministre de la Défense (sous Andrés Pastrana et Álvaro Uribe), puis secrétaire général de la Présidence de Duque, a également été espionné.

[6 El Tiempo, Bogotá, 19 mai 2020.

[7Plus, évidemment, leurs habituels comparses : le chilien Sebastian Pinera (sauvé de la fureur des mouvements sociaux par l’explosion de la pandémie) ; l’équatorien Lenín Moreno (lequel, trahissant la gauche qui l’a élu, a détruit l’Equateur en deux ans) ; la bolivienne Janine Añez (présidente de facto après le coup d’Etat contre Evo Morales et manœuvrant pour se maintenir au pouvoir en tentant d’empêcher la future élection présidentielle de septembre prochain) ; ainsi que leurs amis conservateurs du Groupe de Lima – Canada, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panamá, Paraguay, Pérou. Sans parler, évidemment, de l’Union européenne.

[8Lire « Maduro mort ou vif » – http://www.medelu.org/Maduro-mort-ou-vif

[9« Venezuela : aux sources de la désinformation » – http://www.medelu.org/Venezuela-aux-sources-de-la-desinformation

[11A ce jour, 79 participants à cette opération ont été arrêtées par les forces de sécurité.

La perspective manquante dans les médias : les liens entre l’Iran et le Venezuela ne concernent pas les États-Unis, par Gregory Shupak (Fair.org)

L’État états-unien n’étouffe pas seulement des vies en pressant des genoux sur des cous à l’intérieur de son territoire. Il cherche également à asphyxier des pays entiers comme l’Iran et le Venezuela. Lorsque les ennemis de l’empire états-unien défient les injonctions de Washington, les médias privés participent volontiers à l’émergence d’une crise, même lorsque l’enjeu est quelque chose d’apparemment aussi banal qu’un échange de biens. Cela est évident dans la couverture médiatique des livraisons de pétrole iranien au Venezuela, qui a présenté ces livraisons comme un problème à résoudre, plutôt que comme une transaction commerciale qui ne concerne en rien une tierce partie.

Alors que les pétroliers iraniens étaient encore en route, un article du Washington Post (5/23/20) affirmait:

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela "offre à Téhéran la perspective d'un nouveau centre d'influence juste de l'autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride". (Par "juste de l'autre côté", le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela « offre à Téhéran la perspective d’un nouveau centre d’influence juste de l’autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride ». (Par « juste de l’autre côté », le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

L’opposition soutenue par les États-Unis au Venezuela fournit des munitions potentielles en dénonçant le fait que les Iraniens pourraient transporter plus que de la simple essence.

Les dirigeants de l’opposition ont averti que Téhéran pourrait fournir du matériel pour ce qu’ils décrivent comme une opération secrète visant à aider l’appareil de renseignement de Maduro à construire un poste d’écoute dans le nord du Venezuela pour intercepter les communications aériennes et maritimes.

« Pour l’Iran qui est un ennemi des Etats-Unis, cela signifie qu’ils marchent presque sur la queue de l’Amérique », a déclaré Iván Simonovis, commissaire à la sécurité de Juan Guaidó, le leader de l’opposition vénézuélienne reconnu par les Etats-Unis comme le leader légitime de la nation.

Le ministre des communications de Maduro a rejeté ces affirmations comme étant « absurdes ».

L’article présente la question de savoir si l’Iran envoie secrètement au Venezuela une technologie d’espionnage comme un « tel a dit ceci, l’autre a dit cela« , comme si les deux affirmations étaient également susceptibles d’être vraies. Pourtant, il n’y a pas la moindre preuve que l’envoi de l’Iran était destiné à « aider l’appareil de renseignement de Maduro« , mais le Post choisit de ne pas partager cette information avec ses lecteurs.

Le fait d’évoquer le danger que l’Iran et le Venezuela pourraient préparer quelque chose de malfaisant, contribue cependant à légitimer la possibilité que les Etats-Unis mènent une attaque militaire pour stopper la livraison. Le Post poursuit :

Les responsables états-uniens ont minimisé la suggestion de l’Iran selon laquelle ces forces affronteront le convoi. Le porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, a déclaré jeudi aux journalistes qu’il n’était pas au courant des plans de lancement d’une opération militaire contre les pétroliers iraniens.

Mais un haut responsable de l’administration Trump, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour décrire les discussions internes, a déclaré que l’administration « ne tolèrerait pas » le soutien de l’Iran à Maduro.

« Le président a clairement indiqué que les Etats-Unis ne tolèreront pas l’ingérence répétée de la part de partisans d’un régime illégitime », a déclaré le fonctionnaire.

A aucun moment l’article ne remet en cause l’idée qu’un pays qui envoie des ressources à un autre puisse justifier le lancement d’un acte de guerre. Il n’y a pas non plus de contrepoint à l’idée que l’Iran « se mêle » des affaires du Venezuela en lui vendant du pétrole, comme si les États-Unis « se mêlaient » des affaires du Venezuela en essayant à plusieurs reprises de renverser son gouvernement (Grayzone, 1/23/20) et d’écraser son économie (FAIR.org, 2/6/19).

Dans un tel contexte idéologique, il devient possible aux grands médias de présenter l’ajout de sanctions supplémentaires, du type de celles qui ont ravagé les systèmes de santé en Iran et au Venezuela (FAIR.org, 3/25/20), comme une réaction raisonnable aux relations entre les deux pays : « Les analystes disent que l’administration [Trump] est plus susceptible d’utiliser des sanctions économiques supplémentaires que la force pour dissuader le commerce iranien/vénézuélien« . Cette formulation masque la façon dont les sanctions sont une mesure de « force« , qui est pourtant le terme exact pour désigner les sanctions qui ont causé des pénuries alimentaires en Iran, et qui auraient tué plus de 40 000 Vénézuéliens de 2017 à 2018 (CEPR, 4/25/19).

Photo NYT : Le Venezuela en manque d'essence célèbre l'arrivée de pétroliers en provenance d'Iran Le New York Times (5/25/20) décrit l'Iran et le Venezuela comme "deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires".

Titre du New York Times : « Le Venezuela en manque d’essence célèbre l’arrivée de pétroliers en provenance d’Iran »
Le New York Times (5/25/20) décrit l’Iran et le Venezuela comme « deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires« .

Un article du New York Times (5/25/20) a clairement indiqué dès le départ que son public devait s’inquiéter du commerce iranien/vénézuélien, le décrivant dans la deuxième phrase comme « un approfondissement des relations économiques entre le Venezuela et l’Iran, deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires ». En d’autres termes, les méchants unissent leurs forces ; soyez alarmés.

Le Times cite « un analyste du Venezuela au sein du groupe Eurasie » qui a déclaré que « la livraison de pétrole a mis en évidence les objectifs économiques et politiques de plus en plus parallèles de l’Iran et du Venezuela, ainsi que les options de plus en plus limitées du gouvernement états-unien pour faire obstacle à leurs relations« , mais n’offre aucune raison de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les États-Unis devraient essayer de « faire obstacle à leurs relations« .

L’article indique que « le gouvernement états-unien, distrait par la pandémie de coronavirus et ayant déjà pris des sanctions sévères, n’a que peu d’options de représailles en dehors d’une intervention militaire« . « Les représailles » impliquent que le fait que la collaboration économique Iran/Venezuela constitue un acte d’agression contre les États-Unis. Une proposition ridicule, surtout quand on sait que le gouvernement états-unien mène depuis longtemps une série d’attaques contre les deux nations. Mais ce genre de poudre aux yeux est nécessaire pour faire passer une « action militaire » pour une option valable. Que les États-Unis puissent réagir à la vente de pétrole par l’Iran au Venezuela en ne faisant rien n’est même pas pris en considération.

Dans la même veine, le Wall Street Journal (5/20/20) donne du crédit à l’idée selon laquelle d’autres sanctions s’imposent, en particulier contre l’Iran, sans pour autant affirmer qu’il serait indésirable de condamner l’Iran à une mort encore plus massive par coronavirus (FAIR.org, 4/8/20) afin de le punir pour ses relations avec le Venezuela. L’article dit :

Le soutien de l’Iran au Venezuela souligne les limites des sanctions en tant qu’instrument de politique étrangère. Après des décennies de sanctions, l’Iran a développé une vaste industrie de raffinage qui fabrique ses propres équipements et produit le carburant dont sa population a besoin. La plupart de son pétrole étant invendu en raison des sanctions et de l’effondrement de la demande mondiale, l’Iran trouve maintenant de nouveaux débouchés pour son brut auprès d’ennemis des Etats-Unis.« 

Ce qui mérite réflexion, évidemment, c’est l’efficacité des sanctions, et non pas la question de savoir si elles doivent être imposées.

Wall Street Journal : Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l'Iran au Venezuela Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l'Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme "un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s'oppose à... l'ingérence internationale dans l'hémisphère occidental" (sic) - comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d'autres pays d'Amérique latine ne constituaient pas une "ingérence internationale"

Wall Street Journal : « Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l’Iran au Venezuela« 
Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l’Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme « un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à… l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental » (sic) – comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d’autres pays d’Amérique latine ne constituaient pas une « ingérence internationale »

L’article ne s’intéresse pas non plus au mal que les sanctions ont fait au Venezuela et à l’Iran. Il décrit les sanctions contre l’Iran comme « faisant partie d’une stratégie plus large visant à accroître la pression sur le régime », comme si ces mesures n’affectaient pas la population iranienne – par exemple elles provoquent le décès de cancéreux (Foreign Policy, 8/14/19).

L’article tentait d’absoudre les sanctions états-uniennes contre le Venezuela pour leur dégradation de l’industrie pétrolière du pays, en alléguant que:

Les raffineries du pays sud-américain, qui possède les plus grandes réserves de pétrole brut du monde, sont à l’abandon après des années de corruption et de mauvaise gestion qui ont précédé l’imposition de sanctions strictes sur ses ventes de pétrole l’année dernière.

Cette affirmation est trompeuse : les sanctions états-uniennes d’avant 2019 avaient gravement porté atteinte au secteur pétrolier du Venezuela. Comme le souligne l’économiste vénézuélien Francisco Rodríguez, un critique virulent du président Nicolás Maduro (WOLA, 20/9/2018), le décret de Trump de septembre 2017 a recommandé que les institutions financières signalent plusieurs transactions en provenance du Venezuela comme potentiellement criminelles :

« De nombreuses institutions financières ont procédé à la fermeture de comptes vénézuéliens, estimant que participer par inadvertance au blanchiment d’argent était un risque inutile. Les paiements vénézuéliens aux créanciers se sont retrouvés bloqués dans la chaîne de paiement, les institutions financières refusant de traiter les virements provenant d’institutions du secteur public vénézuélien. Même Citgo, une entreprise vénézuélienne constituée dans le Delaware, a eu du mal à obtenir des banques qu’elles lui délivrent des lettres de crédit.

Ces restrictions ont eu plusieurs conséquences sur l’industrie pétrolière vénézuélienne. Tout d’abord, et c’est le plus évident, la perte de l’accès au crédit vous empêche d’obtenir des ressources financières qui auraient pu être consacrées à l’investissement ou à l’entretien…

Il existe également des liens plus directs entre la finance et l’activité réelle qui peuvent conduire une entreprise à laquelle on ferme le réseau financier, à connaître une baisse de sa capacité de production. Par exemple, l’un des mécanismes les plus efficaces que PDVSA [la compagnie pétrolière publique du Venezuela] a trouvé pour augmenter la production ces dernières années a été la signature d’accords de financement dans lesquels des partenaires étrangers prêteraient pour financer l’investissement dans un accord de coentreprise (Joint Venture) tant qu’ils pourraient payer le prêt. Or le décret de Trump a effectivement mis un terme à ces prêts.

De même, avant l’imposition des sanctions, PDVSA avait commencé à refinancer une partie importante de ses arriérés envers les prestataires de services par l’émission de billets à ordre de droit new-yorkais. Le décret a également mis fin à ces arrangements. Ce qui était inhabituel pour PDVSA en 2017, ce n’était pas d’avoir un niveau d’arriérés important – de nombreux producteurs de pétrole avaient accumulé des arriérés après la chute des prix. Ce qui était inhabituel, c’est qu’il n’était pas en mesure de les refinancer. »

Ainsi, les sanctions états-uniens ont entravé le secteur pétrolier du Venezuela pendant au moins deux ans de plus que ce que le Wall Street Journal affirme.

Le journal cite l’amiral Craig Faller, qui dirige le Commandement Sud des États-Unis dans les Caraïbes : « l’ouverture de l’Iran au Venezuela est destinée à l’aider à « acquérir un avantage de position dans « notre » voisinage comme moyen de contrer les intérêts américains« . Ce qui manque dans cette pièce, c’est une réflexion sur la possibilité que le Venezuela soit le « voisinage » du Venezuela, et que ce qui se passe au Venezuela ne soit pas une question d' »intérêts états-uniens » mais d’intérêts vénézuéliens.

Selon l’article, « les efforts croissants de l’Iran pour construire un avant-poste commercial et politique en Amérique latine constituent un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental« . Le fait que l’Iran fournisse du pétrole au Venezuela est une « ingérence internationale« , mais le fait que les États-Unis tentent d’être l’arbitre de l’activité économique vénézuélienne n’est pas une « ingérence internationale« , bien qu’il semble y avoir des preuves que les États-Unis et le Venezuela ne sont pas, en fait, le même pays.

Le Journal exclut de son compte-rendu le point de vue selon lequel les pays de l’hémisphère ont le droit d’acheter et de vendre des ressources de et vers n’importe quel pays, indépendamment des souhaits des États-Unis. Au contraire il partage l’avis des responsables états-uniens selon lequel:

« les États-Unis pourraient également essayer de confisquer les navires, par le biais d’une procédure judiciaire états-unienne appelée « action de confiscation » pour violation de la loi états-unienne…. Mais comme il est peu probable que le Venezuela coopère à un tel ordre, l’outil juridique devrait être utilisé lorsque les navires s’arrêtent pour se ravitailler dans les ports en route vers l’Iran, ont déclaré les responsables.« 

Le Wall Street Journal a par ailleurs refusé de donner la parole à ceux qui s’opposent à la perspective de piraterie états-unienne.

Il ne manque pourtant pas de personnes originaires d’Iran ou du Venezuela, ni d’écrivains ou de militants pacifistes états-uniens, vers lesquels ces journaux auraient pu se tourner pour apporter les points de vue qu’ils ont laissés de côté. Au contraire, de nombreux points de vue douteux sur les relations irano-vénézuéliennes sont présentés comme s’ils constituaient la gamme complète des points de vue sur la question.

L’auteur: Docteur en Études Littéraires, Gregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur, 2018.

L’auteur: Docteur en Études LittérairesGregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur2018.

Le public des médias n’est pas exclusivement composé de crétins qui croient tout ce qu’ils lisent. Evidemment si les médias martèlent encore et toujours, que les États-Unis ont le droit d’intervenir où ils veulent et qu’il faut combattre ce qu’ils perçoivent comme des méchants, sans donner d’éléments pour remettre en cause cette perspective, beaucoup de gens dans ce public vont finir par croire que c’est vrai.

Source : https://fair.org/home/missing-perspective-in-media-iran-venezuela-ties-are-none-of-uss-business/ 

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

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Maduro, mort ou vif !, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

« Offrir des récompenses, comme le faisaient les cowboys racistes du Far West avec les révolutionnaires mexicains, montre le désespoir de l’élite suprémaciste de Washington envers le Venezuela », a jugé le Ministre des Relations extérieures du Venezuela, Jorge Arreaza (note de Venezuelainfos).
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Dans sa croisade destinée à reconquérir et soumettre les colonies dont l’indépendance devient intolérable, Washington vient d’atteindre des sommets. En pleine explosion du Covid-19 – une épidémie si catastrophiquement gérée par Donald Trump que, d’après lui, un bilan final limité à quelque 100 000 morts démontrerait « l’excellence de ses décisions [1]  » –, le procureur général William Barr a annoncé le 26 mars, en conférence de presse, l’inculpation du président vénézuélien Nicolás Maduro pour « narcotrafic » et « blanchiment d’argent » [2]. Selon le Département de la Justice, a précisé le procureur Geoffrey S. Berman, le chef de l’Etat bolivarien a établi un « partenariat de narco-terrorisme avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie [FARC] au cours des vingt dernières années » et, après avoir été l’une des « têtes » du Cartel des Soleils (un supposé cartel vénézuélien de narcotrafiquants), en est désormais le seul « leader » avec pour objectif, aujourd’hui comme hier, d’« inonder les Etats-Unis de cocaïne ».
Faisant preuve d’une imagination illimitée dans l’invention de méthodes destinées à déstabiliser, renverser, emprisonner (et même assassiner) les dirigeants qui dérangent, cette accusation extravagante s’accompagne d’une mise à prix de la tête de Maduro – 15 millions de dollars (13,5 millions d’euros) étant promis à qui permettra de le localiser ou de le capturer.

L'auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l'Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

L’auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

Des poursuites ont également été lancées contre treize autres hauts fonctionnaires du gouvernement vénézuélien, parmi lesquels le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, le président du Tribunal suprême de justice (TSJ) Maikel Moreno et, surtout, avec une offre de 10 millions de dollars pour qui les livrera, le président de l’Assemblée nationale constituante (ANC), Diosdado Cabello, et le vice-ministre de l’économie, Tareck El Aissami.
« Offrir des récompenses comme le faisaient les cowboys racistes du Far West montre le désespoir de l’élite suprématiste de Washington et son obsession envers le Venezuela », a réagi le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza. Ajoutant au caractère grotesque de l’accusation, le montant proposé pour la capture de Maduro n’a été dépassé dans l’Histoire que par les 25 millions de dollars offerts pour la tête d’Oussama Ben Laden, après les attentats du 11 septembre 2001, et celle d’Ayman al-Zawahiri, actuel chef du réseau terroriste Al-Quaïda. Plus grand « capo » latino-américain du narcotrafic, le colombien Pablo Escobar ne valait « que » 10 millions de dollars et, son successeur mexicain, Joaquín « El Chapo » Guzmán [3], 8,5 millions.

Comme il se doit, cette violente offensive du régime de Donald Trump contre le gouvernement bolivarien a décuplé les débordements, passions et appétits du ban et de l’arrière-ban de la droite extrémiste vénézuélienne (et de ses alliés). A commencer par la principale tête de gondole, le « président » (élu par Trump) Juan Guaido. « Je suis persuadé que les accusations présentées contre les membres du régime sont bien fondées et vont aider à libérer le pays du système criminel qui a séquestré notre peuple depuis tant d’années », a-t-il immédiatement réagi par communiqué. Comme il l’a fait pendant des décennies en annonçant la « chute imminente de Fidel Castro », le cubano-américain (et espagnol) Carlos Alberto Montaner prévoit déjà « la fin du chavisme » dans la presse de Miami : « Après l’accusation formulée contre Maduro et ses acolytes par le Département d’Etat et celui de la Justice, les prédictions changent totalement, jusqu’à ce que quelqu’un de leur entourage décide de les éliminer [4]. » En Bolivie, le secrétaire à la Présidence Erick Foronda, bras droit de Janine Añez, portée au pouvoir par un coup d’Etat, s’est fendu d’un Tweet menaçant pour « le suivant » : « Ils viennent pour toi, Maduro. Tu n’auras pas d’échappatoire. El le suivant est Evo Morales. Tes jours de conspiration sont terminés, délinquant ! »
Confortablement confinée dans l’Hexagone d’où elle appuie les secteurs fascisants qui s’acharnent sur les habitants de son pays d’origine, l’anthropologue et écrivaine franco-vénézuélienne Elizabeth Burgos s’enthousiasme dans un message à la journaliste Jurate Rosales : « C’est un coup de maître contre les partisans du dialogue et l’Union européenne, etc. On ne peut pas dialoguer avec un “Wanted” [5]. » Le dialogue, voilà l’ennemi…

Tant les agissements ubuesques de la Maison-Blanche que ce type de commentaires devraient ne provoquer qu’un simple haussement d’épaules accablé. Toutefois, si une chose est de constater leur ineptie, autre chose est d’en mesurer l’ampleur et les possibles prolongements. Raison pour laquelle, des années de propagande politico-médiatique ayant passablement troublé les esprits, on tentera d’analyser ici en profondeur les mensonges et incohérences de cette agression majeure des pitbulls de Washington contre le Venezuela.

Premier rappel indispensable : de tous temps, les Etats-Unis ont instrumentalisé le « narcotrafic », tantôt le combattant, tantôt l’ignorant, tantôt l’utilisant pour leurs sombres desseins. Dans les années 1980, sous l’administration de Ronald Reagan et avec la pleine collaboration de la Central Intelligence Agency (CIA), les « contras » (contre révolutionnaires) nicaraguayens se sont livrés au trafic de cocaïne pour financer leur guerre contre les sandinistes. Dans son rapport du 13 avril 1989, le Comité du Sénat des affaires étrangères mentionna : « Les activités des Contra incluent des paiements aux trafiquants de drogue par le Département d’Etat des Etats-Unis, autorisés par le Congrès en tant qu’aide humanitaire [déjà !], dans certains cas après l’inculpation de trafiquants par des agences fédérales, dans d’autres pendant que les trafiquants étaient sous enquête par ces mêmes agences. » L’un des artisans de ces manœuvres scélérates s’appelait Elliott Abrams. Avant d’être gracié par George H. W. Bush, il fut condamné pour cela à deux ans de prison. Trump en a fait l’actuel responsable (« envoyé spécial ») de sa politique sur le Venezuela, avec pour tâche de contribuer au renversement de Maduro.

Au Panamá, le général Manuel Antonio Noriega a de même pactisé avec les barons du Cartel de Medellín. Depuis la fin des années 1950, il émargeait également à la CIA, qui, à partir de 1967, le rémunéra grassement. Des liens étroits l’unissaient à George H. W. Bush, promu directeur de l’« Agence » en 1976.
Entre 1983 et 1989, Noriega confisque les élections et gouverne de façon autoritaire (mais beaucoup moins que son homologue chilien Augusto Pinochet). Seulement, Noriega se montre soudain moins docile aux injonctions de la Maison-Blanche, qui lui demande une participation accrue à l’agression contre le Nicaragua sandiniste. De gangster ami Noriega se transforme en ennemi scélérat. Déclenchée le 20 décembre 1989, l’« Opération Juste Cause » lance 28 000 « marines », commandos et parachutistes sur Panama City. L’arrestation du trafiquant fait 4 000 morts – essentiellement des civils. Le 29 décembre 1989, par 75 voix contre 20 et 40 abstentions, l’Assemblée générale de l’ONU adoptera une résolution condamnant cette pseudo intervention « anti-narco ».

Peu avant le procès de l’ex-général, embarqué manu militari et incarcéré aux Etats-Unis, le Département de la Justice conclue un accord secret avec le Cartel de Cali (le second, en importance, en Colombie). Si les « narcos » apportent des témoignages contre Noriega, une remise de peine sera accordée à Luis Santacruz Echeverri, frère d’un des chefs du cartel, qui purge alors une peine de vingt-trois ans d’emprisonnement.
Pendant son procès, Noriega prétendit que sa collaboration avec la CIA lui avait rapporté 10 millions de dollars. Il demanda à pouvoir révéler les tâches qu’il avait effectuées pour les Etats-Unis. Le tribunal statua : « L’information sur le contenu des opérations secrètes dans lesquelles Noriega a été engagé en échange de versements présumés est sans rapport avec sa défense » et pourrait « confondre le jury ». En conséquence de quoi, sur cette séquence embarrassante, le silence lui fut imposé. On le condamna à 40 ans de prison [6].
Lors de sa conférence de presse du 26 mars dernier, le procureur général Barr n’a pas hésité à établir un parallèle douteux, mais surtout alarmant : « Nous ne reconnaissons pas Maduro comme président du Venezuela ; c’est déjà arrivé avec Noriega, que nous ne reconnaissions pas non plus. »

En ce qui le concerne, le colombien Álvaro Uribe n’a rencontré aucun problème pour être reconnu. Pourtant, l’Agence du Renseignement du Département de la Défense (DIA) américain lui a attribué, en 1991, le numéro 82 d’une liste de personnalités entretenant des liens étroits avec Pablo Escobar et le Cartel de Medellín [7] ! Uribe n’en a pas moins poursuivi sans encombres sa carrière politique. Accédant à la tête de l’Etat en 2002, il est devenu le principal allié des Etats-Unis dans la région. Ses liens avérés avec les « narco-paramilitaires » ne lui ont pas attiré plus d’ennuis.
Bien que toujours en mouvement, la vie n’opère pas forcément de constants changements : en février 2019, c’est avec l’aide de l’organisation narco-paramilitaire colombienne des Rastrojos que le président fantoche vénézuélien Juan Guaido a traversé clandestinement la frontière pour rejoindre le président Iván Duque (le fils spirituel d’Uribe) à Cúcuta, en Colombie [8]. Pas de problème. Il s’agissait de « bons narcos ».

Les concepteurs de l’acte d’accusation contre le chef de l’Etat vénézuélien comptent manifestement sur le fait que, d’une manière générale, les journalistes n’ont ni mémoire ni archives. Si l’on en croit les « révélations » de Barr au nom de la Justice US, lorsque Chávez a fait de Maduro son ministre des Affaires étrangères, le 7 août 2006, les FARC ont remis à ce dernier 5 millions de dollars, produit du narcotrafic. On est là un paquet de mois avant le 1er mars 2008, jour où un commando de l’armée colombienne bombarde et tue le numéro deux de cette guérilla, Raúl Reyes. Près de son corps, sont, dit-on, récupérés trois ordinateurs, deux disques durs et trois clés USB. Lesquels « révèlent » leurs secrets. Des milliers de courriers électroniques « prouvent » les liens entre l’« organisation terroriste » et Chávez (ainsi que le chef de l’Etat équatorien Rafael Correa). Les gouvernements colombien et américain font feu de tout bois. Un certain nombre de médias influents – The Wall Street Journal, The New York TimesEl País (Madrid), etc. – relaient avec délice l’information. Le monde entier apprend ainsi que Chávez, « sans un haussement de sourcils », a donné 300 millions de dollars à la guérilla.
Comprenne qui pourra… Les FARC sont tellement misérables qu’elles quémandent (affirme-t-on à l’époque) 300 millions de dollars à Chávez, mais tellement prospères qu’elles ont auparavant ou en même temps (prétend-on aujourd’hui) arrosé Maduro de 5 millions !

Pour qui ne connaîtrait pas le fin mot de l’histoire des « ordinateurs magiques » de Reyes, on rappellera que le 18 mai 2008, la Cour suprême de justice (CSJ) colombienne a déclaré les informations obtenues à partir d’eux « nulles et illégales ». La Cour contesta en particulier l’existence des fameux e-mails, les documents présentés comme tels se trouvant dans les fichiers d’un traitement de texte (Word) et non dans un navigateur permettant de démontrer qu’ils avaient été envoyés et/ou reçus. En d’autres termes : n’importe qui avait pu les rédiger et les introduire dans les ordinateurs a posteriori [9].
Cette information n’intéressa guère. Dans l’un de ses multiples éditoriaux consacrés au Venezuela, le Washington Post avait déjà résumé à lui seul l’objectif de la formidable campagne d’intoxication : « Si le scandale des ordinateurs est utilisé de manière adéquate [c’est nous qui soulignons], il approfondira le trou dans lequel cette supposée “révolution bolivarienne” est en train de se noyer. »
Douze ans plus tard, les méthodes et la thématique n’ont pas changé.

« Durant plus de vingt ans, affirme le procureur général Barr, Maduro et un grand nombre d’alliés ont conspiré avec les FARC, provoquant que des tonnes de cocaïne entrent et dévastent les communautés étatsuniennes. » Si le postulat du jeu est que la conduite de chaque individu ou groupe est rationnelle, nul n’envisagerait de renoncer à une si lucrative poule aux œufs d’or. Pourtant, avant même d’être président, Chávez estimait qu’il fallait en terminer avec le conflit colombien. « Un mouvement de guérilla n’est plus à l’ordre du jour dans les montagnes d’Amérique latine », lança-t-il même en 2008, créant le trouble chez les radicaux, tant colombiens que vénézuéliens.
Lui et Maduro, son ministre des Affaires étrangères, ne ménagèrent pas leurs efforts pour favoriser des négociations de paix entre la guérilla et le gouvernement de Juan Manuel Santos. Tous deux réussirent à convaincre les rebelles, ce qui n’avait rien d’évident (et raison pour laquelle des contacts existaient effectivement entre émissaires vénézuéliens et état-major des insurgés). Lors des obsèques de Chávez, le 8 mars 2013, c’est bel et bien Santos qui déclara, parlant de son homologue bolivarien : « L’obsession qui nous unissait, et qui a été la base de notre relation, était la paix de la Colombie et de la région. Si nous avons avancé dans un processus solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des avancées comme jamais il n’y en avait eu avec la guérilla des FARC, c’est aussi grâce au dévouement et à l’engagement sans limites du président Chávez et du gouvernement vénézuélien. »

Il en faudrait davantage pour que le Département de la Justice américain renonce à ses calembredaines. D’après lui, en 2008, Chávez, « qui était alors président du Venezuela et l’un des leaders du “Cartel des Soleils”, s’est mis d’accord avec Luciano Marín Arango, alias Iván Márquez [futur négociateur des Accords de paix, côté guérilla], pour utiliser les fonds de l’entreprise [pétrolière] d’Etat vénézuélienne PDVSA, pour appuyer les actions terroristes et de narcotrafic des FARC ». C’est l’époque où, toujours d’après les mêmes représentants de la loi et de l’ordre yankees, « Maduro a abusé de son pouvoir comme ministre des Affaires étrangères pour s’assurer que la frontière entre le Venezuela et la Colombie demeure ouverte et, ainsi, faciliter le trafic de drogue ».
Fichtre ! Maintenir les frontières de son pays ouvertes… Nul n’en disconviendra, il s’agit là d’un crime absolu. Sauf, bien sûr, si les Etats-Unis avaient commis un écart analogue… Car, n’ayant pas fermé les leurs, ne demeurent-ils pas, avec 6,8 millions de « clients » (d’après l’ONU), les premiers consommateurs mondiaux de cocaïne ? Faute de questions posées lors de la conférence de presse sur cette complicité de Washington avec les « narcos » colombiens, les procureurs vedettes de la chasse au Maduro ne se sont malheureusement pas prononcés sur la question.

De fait, le Venezuela se trouve coincé entre le premier pays producteur de cocaïne, la Colombie, avec laquelle il partage 2 300 kilomètres de frontière, et la principale destination de la « blanche », les Etats-Unis. Il se trouve donc particulièrement vulnérable – et le constat ne date pas d’aujourd’hui. En octobre 1997, lors d’une visite du président William « Bill » Clinton à Caracas, un accord de coopération pour la lutte contre le narcotrafic (11 millions de dollars) fut signé avec le prédécesseur de Chávez, Rafael Caldera. Raison invoquée à l’époque : « Le Venezuela est la plus importante route de contrebande du narcotrafic [drug-smuggling] depuis la Colombie jusqu’aux marchés illicites. Le pays sert de zone de transit pour environ 100 tonnes de cocaïne et 10 tonnes d’héroïne par an [10] » Vraiment trop « coooooool », Clinton n’a pas mis la tête de Caldera à prix.

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Ce document officiel états-unien (US Coast Guard) montre la densité de l’autoroute du trafic de drogue entre le premier producteur – la Colombie – et le premier consommateur – les Etats-Unis, essentiellement via l’Amérique Centrale et le Pacifique,…  mais c’est contre le Venezuela que Trump vient d’annoncer l’envoi imminent de navires pour mener une « guerre contre la drogue ». Il s’agit a minima de renforcer le blocus de la nourriture et des médicaments fournis par les pays alliés (note de Venezuelainfos).

Une telle situation géographique fait par définition naître des « vocations ». Lesquelles, défraient régulièrement la chronique, de multiples façons. Très court florilège. En 1997 (avant Chávez), le « dernier grand capo » après la mort de Pablo Escobar, l’ex-militaire colombien Justo Pastor Perafán, est capturé en plein centre de San Cristóbal (Venezuela). Deux ans plus tard, un Boeing 727 appartenant au prince saoudien Nayef Bin Fawwaz al-Shaalan quitte Caracas au terme d’une réunion de l’OPEP ; lors d’une escale à Paris, la police française y découvre 2 tonnes de cocaïne de la plus grande pureté [11]. Le 10 septembre 2013, c’est également à Paris qu’a lieu une « saisie record » (1,3 tonnes) à bord d’un vol d’Air France en provenance de l’aéroport Maiquetía de Caracas. Parmi les vingt-huit arrestations effectuées au Venezuela, figurent le lieutenant-colonel Ernesto Mora Carvajal (directeur de la sécurité de l’aéroport) et huit membres de la Garde nationale. En août 2011 déjà, lors de la capture d’une « narcoavioneta » transportant 1,4 tonnes de « coke » dans l’Etat de Falcón, on avait découvert que le petit appareil avait décollé de la base militaire de La Carlota (Caracas). En 2016, c’est l’officier de police représentant Interpol, Eliecer García Torrealba, qui tombera. Très remarqués, et pour cause, deux civils – Efrain Antonio Campo Flores et Franqui Francisco Flores de Freitas –, neveux de l’épouse de Maduro, Cilia Flores, finiront, pour le même motif supposé, condamnés en décembre 2017 à 18 ans de réclusion, dans une prison des Etats-Unis [12].
Financée par les barons de la drogue, la corruption à très large échelle s’infiltre à tous les niveaux et contamine, nul n’en disconvient, jusqu’à certains éléments de la police et de l’armée.
Mais quid du « Cartel des Soleils » ?

Il s’agit, peut-on lire ou entendre dans les rubriques « Le Venezuela par les Nuls », d’un gang de généraux né sous la présidence de Chávez et jouissant de sa complicité. Ridicule ! L’expression « Cartel des Soleils » a été utilisée pour la première fois en… 1993, lorsque deux généraux de la Garde nationale furent inculpés pour trafic de stupéfiants. Les « soleils » en question sont les insignes d’épaules que portent les généraux des Forces armées vénézuéliennes (quatre « soleils » pour le général en chef).
La formule revient sporadiquement lorsque des militaires sont impliqués ou arrêtés, mais refait surtout surface en 2015 sous la plume du « journaliste » Emili Blasco, correspondant à Washington du (monarchique, catholique et ultra-conservateur) quotidien espagnol ABC. Chávez est mort, l’« offensive finale » contre la révolution bolivarienne vient de commencer. Sur la base de supposées révélations de la Drug Enforcement Administration (DEA), Blasco fait de Diosdado Cabello, alors président de l’Assemblée nationale, le leader du Cartel des Soleils et l’un des narcotrafiquants les plus puissants du continent (ne connaissant pas encore le procureur général américain William Barr, il oublie de mentionner Chávez et Maduro).
Avec un ensemble touchant, extrapolant à partir du strict minimum de données, la docile corporation des faiseurs d’opinion – à commencer par The Wall Street Journal (Etats-Unis) et El Mundo (Espagne) [13] – se charge de colporter l’accusation. Que les plus prudents de leurs confrères reprennent à demi-mots, à coups de « conditionnels » hypocrites – ce qui suffit à imprimer une « vérité » dans l’opinion. Plus direct, le sénateur républicain cubano-américain Marco Rubio fait de Cabello « le Pablo Escobar vénézuélien ».
Preuves, faits irréfutables ou même moyennement étayés, vérifiables et vérifiés ? Aucun. Jamais.

Dans ce registre, le « think tank » Insight Crime se distingue particulièrement. Organisation supposément indépendante possédant son siège à Medellín (Colombie), Insight Crime a été fondé par Steven Dudley, ex-chef du bureau pour la région andine du quotidien le Miami Herald (« anticastriste », « antichaviste », « anti-tout-ce-qui-bouge-à-gauche ») et par Jeremy McDermott, ancien officier des Forces armées britanniques. Une bonne odeur de souffre, un parfum de barbouzerie. Les différents rapports d’Insight Crime s’appuient essentiellement sur les informations distillées par la DEA ou le Bureau du contrôle des actifs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain, les « révélations » de transfuges ex-chavistes cherchant à s’obtenir les bonnes grâces de leurs nouveaux amis américains, et des articles de presse. Laquelle presse, reprend à son tour la production d’Insight Crime, dans un classique dispositif de serpent qui se mord la queue. Oubliant au passage quelques particularités évoquées par le « think tank » lorsquemalgré son parti pris, il estime qu’il s’agit (le « Cartel des Soleils ») d’ « un réseau disparate de trafiquants, comprenant des acteurs étatiques et non étatiques », et précise que « s’il y a bien des cellules dans les principales branches des Forces armées, et à tous leurs niveaux (…), on ne peut pas les décrire comme un cartel, car la manière dont fonctionnent les relations entre ces cellules n’est pas claire [14]  ». En matière de de certitudes, on a déjà fait mieux.

Chacun voit midi à sa porte. Difficile pour le non belligérant de discerner où se trouve la vérité. Régulièrement mis en accusation par le rapport que publie chaque année le Département d’Etat américain, le Bureau national anti-drogue (ONA) vénézuélien ne reconnaît en la matière que les données de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC). Dans son rapport 2019, cet organisme peu suspect de partialité décrit ainsi en quelques lignes lapidaires la situation(§ 578) [15] : « Il y a des indices que, dans la République bolivarienne du Venezuela, les groupes délictueux ont réussi à s’infiltrer au sein des forces de sécurité gouvernementales et ont créé un réseau informel connu comme le “Cartel des Soleils” pour faciliter l’entrée et la sortie de drogues illégales ». Indices, réseau informel… Même un média vénézuélien férocement d’opposition comme Costa del Sol admet : « Les experts en matière de sécurité reconnaissent que ce n’est pas un groupe organisé verticalement comme les cartels du narcotrafic colombien ou mexicain. Ils agissent plutôt comme un groupe d’individus aux connexions bureaucratiques, qui peuvent avoir peu ou aucune coordination les uns avec les autres [16] »
Qu’on examine le problème par n’importe quelle entrée, la thèse de Chávez, puis Cabello, et maintenant Maduro épluchant d’énormes liasses de billets en dirigeant d’une main de fer un gang criminel structuré ne repose sur aucun élément sérieux. Comme l’a noté l’avocat vénézuélien Juan Martorano, l’existence du Cartel des Soleils relève plus que tout du « mythe urbain » [17].

Le 9 août 2019, l’administration Trump a « certifié » la Colombie d’Iván Duque – preuve de sa bonne conduite et de sa pleine coopération avec Washington en matière de lutte contre la drogue. Dans le même temps, elle « dé-certifiait » la Bolivie (encore dirigée par Evo Morales) et le Venezuela gouverné « par le régime illégitime de Nicolás Maduro ». La pertinence de ces traitements différenciés apparaît avec évidence lorsqu’on sait que, en Colombie, la surface dédiée aux cultures de coca, la matière première de la cocaïne, a atteint des niveaux sans précédents : d’après l’UNODC (Nations unies) elle est passée de 48 000 hectares en 2013 à… 169 000 hectares en 2018 (et même 208 000 hectares d’après le Bureau de la politique nationale pour le contrôle des drogues [ONDCP] de la Maison-Blanche). Et ce, alors que les FARC, longtemps accusées d’être les principales responsables de ce fléau, ont déposé les armes en 2016.
D’après le procureur général « yankee » Barr, plus de 250 tonnes de cocaïne sortent du Venezuela chaque année à destination de l’Amérique centrale et de la Caraïbe « avec le consentement de Maduro ». Ce qui fait de la République bolivarienne LE « narco-Etat » de la région. D’après la très officielle Base de données antidrogues consolidée inter-agences (CCDB), un organisme gouvernemental américain, c’est pourtant en Colombie, pas au Venezuela, que la production de cocaïne a atteint 2 478 tonnes en 2017 (+ 269 % par rapport aux 918 tonnes de 2012).

Peu importe. Les « enquêteurs » étatsuniens persistent et signent : le Venezuela constitue le principal tremplin d’expéditions de drogue vers les Etats-Unis. Nouvelle supercherie.En 2012, d’après l’Organisation des Etats américains (OEA), dirigée alors par le chilien José Miguel Insulza, près de 70 % de la « coke » sortait de Colombie à travers le Pacifique, 20 % à travers l’Atlantique et 10 % via le Venezuela [18]. Vingt ans plus tard (11 mars 2020), s’appuyant sur les chiffres de la CCDB « yankee », le Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA) parvient au même constat : 84 % de la drogue produite chez Uribe, Santos et maintenant Duque passent par l’Océan Pacifique (que bordent la Colombie et, à un degré moindre, concernant les expéditions, l’Equateur et le Pérou), 9 % empruntent la voie de la Caraïbe occidentale (l’Amérique centrale) et seulement 7 % la Caraïbe orientale (le Venezuela) [19]. En d’autres termes : même ses propres services – le CCDB, le Département de la Défense – mettent en évidence la supercherie de Trump (et de ses « employés »).

Pour illustrer la manipulation du thème des pays de transit, on précisera que, toujours d’après la CCDB, 210 tonnes de cocaïne ont circulé par le Venezuela en 2018 (ce qui est plausible) et… 1 400 tonnes par le Guatemala. De son côté, l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC) mentionne dans son dernier rapport (§ 579) que le trafic par la voie maritime depuis les ports du Chili est en constante augmentation, ce qui le convertit, « avec le Brésil et la Colombie, en l’un des principaux pays de sortie de la cocaïne saisie à Valencia et Algésiras, en Espagne, importantes voies d’entrée de ces stupéfiants en Europe ».
Pendant que le régime de Trump amuse la communauté internationale avec ses fantaisies, « des gens », à Miami, Los Angeles, ou ailleurs dans des paradis fiscaux, déposent des centaines de milliers de dollars, sans trop attirer l’attention.

Le 1er novembre 2019, le ministre de l‘Intérieur vénézuélien, Néstor Reverol, informait que, cette même année, les forces de sécurité avaient intercepté et confisqué 29,779 tonnes de drogues de toutes natures, arrêtant 5837 personnes et ouvrant 1 556 procédures judiciaires (d’après la même source, entre 2015 et mars 2020, ce sont 212 tonnes qui ont été saisies). Insuffisant pour bloquer la très peu Sainte Inquisition : 15 millions de dollars, on l’a vu, pour la tête de Maduro, 10 millions pour celles de Cabello et d’El Assaimi, mais aussi pour deux autres piliers du « régime corrompu » et de son « cartel », Hugo Carvajal, ancien chef du Renseignement, ex-député chaviste (et en cavale en Espagne, soit dit en passant) et Cliver Alcalá. Quiconque fournira une information permettant de localiser tous ces gens-là touchera (théoriquement) le gros lot. S’agissant de Maduro, on se permettra ici de donner un indice relevant du très à la mode « journalisme d’investigation » : Palais présidentiel de Miraflores, Final Avenida Urdaneta 1010, Esquina de Bolero, Caracas Distrito Capital (Venezuela). Pour Cliver Alcalá, membre du même gang, pas de difficulté majeure non plus : depuis deux ans, au vu et au su de tous, ce « dangereux narcotrafiquant », vit tranquillement à Barranquilla, en Colombie. Sans que les forces conjointes de la CIA et de la DEA ne l’y aient repéré. Sans que les autorités colombiennes ne l’aient détecté. Et pour cause…

Général au sein des Forces armées nationales bolivariennes (FANB), Alcalá s’est démarqué du pouvoir et, après avoir pris sa retraite en 2013, s’est publiquement opposé à Maduro. Il a été un excellent « client » pour un certain nombre de chercheurs, universitaires et journalistes dits « de gauche », avides des déclarations de « chavistes critiques » leur permettant de rejoindre l’offensive anti-Maduro sans paraître renier Chávez et sa révolution pour lesquels, lorsqu’on pouvait le faire sans s’exposer outre mesure aux condamnations de la majorité conformiste, ils avaient manifesté une certaine sympathie.
Accusé depuis 2014 de liens avec le narcotrafic, Alcalá est entré tout à fait légalement en Colombie par Cúcuta (d’après Migración Colombia). Bien qu’ayant (ou parce qu’il a) épousé en mai 2012 Marta González, une sœur d’Hermágoras González Polanco, alias « El Gordito González », narcotrafiquant et ancien membre de l’organisation paramilitaire des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), Alcalá vivrait encore paisiblement dans son pays d’accueil si [20]

Le 24 mars, l’épidémie de Coronavirus restreignant la circulation, la police de la route colombienne, dans une opération de routine, contrôle un véhicule qui circule sur la route Barranquilla – Santa Marta. Elle y découvre un arsenal : 26 fusils d’assaut AR-15, des silencieux, des viseurs nocturnes, des casques, des gilets pare-balles, des émetteurs-récepteurs radio, etc. Arrêté, le conducteur confesse qu’il se dirigeait vers la Guajira (département frontalier avec le Venezuela). Deux jours plus tard, une radio colombienne à forte audience, Web Radio, diffuse une déclaration explosive de… Cliver Alcalá, l’un des « narcos » vénézuéliens complices de Maduro recherchés par la Justice des Etats-Unis : « Je me trouve à Barranquilla, dans mon logis, où le gouvernement colombien, depuis longtemps, sait que je suis. » Ce détail précisé, Alcalá dévoile que les armes saisies le 24 appartiennent à un groupe de 90 officiers vénézuéliens (déserteurs) qu’il dirige. Objectif : « Obtenir la liberté du Venezuela ». Comment ? En faisant passer ces armes dans la Guajira vénézuélienne où elles devaient être réceptionnées par un officier – alias « Pantera ». Continuant ses révélations, Alcalá dit ceci : toute cette opération a eu lieu dans le cadre d’un accord passé avec « le président » Guaido, son conseiller politique Juan José « J.J. » Rendon (consultant de multiples candidats présidentiels latinos de droite) et des conseillers américains. Il implique dans le complot Leopoldo López (leader de Volonté populaire, le parti de Guaido), Sergio Vergara (député de VP, bras droit de Guaido) et Iván Simonovis, nommé Coordinateur spécial de la sécurité et du renseignement aux Etats-Unis par le président autoproclamé [21].

Alcalá multiplie ensuite ses interventions sur Twitter et, finalement, livre ses dernières révélations en exclusivité sur Infobae : « Depuis plusieurs mois, nous travaillons à la formation d’une unité pour libérer le pays et éliminer chirurgicalement les objectifs criminels du narcotrafic et du désastre qu’“ils” ont généré dans notre pays [22]  ». Assurant une dernière fois qu’il ne fuit pas, comme le laisse entendre la Justice des Etats-Unis – laquelle vient « à sa grande surprise » de le placer sur la liste des « narcoterroristes » de la bande à Maduro ! –, Alcalá précise, évoquant le procureur général Barr : « Je présume qu’il ne connaît pas l’accord confidentiel que nous avons. » Raison pour laquelle il annonce son intention de se mettre à disposition des autorités colombiennes et son entière disposition « à collaborer avec la justice nord-américaine ».
Sur un personnage et un épisode aussi « tordus », les spéculations vont bon train. On ne s’engagera pas ici dans un fatras d’hypothèses oiseuses et de théories. On s’en tiendra aux faits. Alcalá s’est affectivement « rendu » sans perte de temps aux forces de l’ordre colombiennes. Durant son transfert jusqu’à l’aéroport de Bogotá, en vue d’une extradition immédiate aux Etats-Unis, il a eu tout le loisir de donner des interviews téléphoniques et par vidéo sur les réseaux sociaux (ce qui est très fréquent chez les narcotrafiquants détenus !). Evoquant les agents de la Direction nationale du renseignement (DNI) qui l’escortaient, il déclara : « Je les connais, je les ai vus et je traite avec eux depuis plus d’un an. J’ai été constamment en communication avec eux. Par le passé, en Colombie, je me suis réuni avec eux, ici, à Barranquilla [23] » Les heures qui vont suivre n’apporteront guère de démenti à ces allégations. Lorsque le 27, Alcalá s’apprête à monter dans l’avion dépêché en toute hâte par la DEA pour le ramener à New York (malgré la fermeture des frontières), où l’attend théoriquement une prison de haute sécurité, il le fait sans menottes, de manière détendue, après avoir salué très cordialement et échangé quelques « abrazos » avec ceux qui le surveillaient. Nul doute que les « révélations » les plus explosives sur Maduro vont maintenant se multiplier dans le cadre de négociations dont raffole la Justice étatsunienne pour, en échange d’une réduction de peine, compromettre, diffamer et si possible jeter dans un cul de basse fosse le ou les individus qu’elle poursuit de sa vindicte.

A l’origine de cette séquence, l’arsenal confisqué aux opérateurs d’Alcalá n’était à l’évidence pas de nature à déclencher une opération d’envergure de type invasion ou coup d’Etat. En revanche, il était parfaitement adapté à l’organisation d’opérations de type « élimination chirurgicale » (pour reprendre l’expression de l’ex-général) ou « assassinat sélectif ». L’avenir dira peut-être quels objectifs étaient visés. Mais en tout état de cause, le lot d’armes s’inscrit dans la stratégie de déstabilisation du Venezuela – de la tentative d’assassinat de Maduro le 4 août 2018 à la présence notoire de camps d’entraînements pour mercenaires (liés à Alcalá, en particulier à Riohacha, dans la Guajira). Cette politique de caractère terroriste, dont le régime de Trump donne le « la », atteint son point d’orgue avec la récente mise à prix de Maduro. Une semaine après cette dernière, et le lendemain du jour où le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a présenté un plan de « Gouvernement de transition, sans Maduro ni Guaido », le gouvernement américain a en effet annoncé le déploiement d’une importante opération navale destinée à réduire l’entrée de drogues illégales aux Etats-Unis« Alors que les gouvernements et les nations se concentrent sur le coronavirus, a expliqué sans rire le maître de la Maison-Blanche, il existe une menace croissante que les cartels, les criminels, les terroristes et d’autres acteurs malveillants tentent d’exploiter la situation pour leur propre profit. » Pour qui n’aurait pas tout à fait saisi la nature de l’opération, le conseiller à la Sécurité nationale Robert O’Brien a ajouté qu’il s’agit de réduire les ressources financières du narcotrafic, lequel «  fournit au régime corrompu de Maduro (…) et à d’autres acteurs pernicieux les fonds nécessaires à la réalisation de leurs activités malignes ».
Au moins dix garde-côtes, des destroyers, des navires de guerre de dernière génération, des porte-hélicoptères, une brigade d’infanterie, des membres des forces spéciales et une importante couverture aérienne – P-8 (version militaire du Boeing 737), E-3 Awacs, E-8 JStars – vont prendre progressivement position, théoriquement dans le Pacifique et l’Atlantique, en réalité massivement face aux côtes du Venezuela. Un marteau pilon ! Pour combattre… des mouches. Les cargaisons maritimes de « coke » quittent les côtes latino-américaines à bord de « go fast » (vedettes rapides), de bateaux de pêche, de mini-sous-marins, de navires commerciaux et de porte-conteneurs ; les expéditions aériennes utilisent des avions de tourisme. Des cibles et objectifs sans commune mesure avec le déploiement spectaculaire de cette armada.

Au moment où les Nations Unies demandent une suspension des mesures coercitives unilatérales (dites « sanctions ») contre le Venezuela et Cuba (ainsi que l’Iran) pendant la crise du Coronavirus, Trump a donc opté pour une authentique déclaration de guerre. Brandie à la face du monde, la « cocaïne » de Maduro est l’équivalent de la petite fiole de poudre de perlinpimpin de Colin Powell accusant Saddam Hussein, devant l’Assemblée générale des Nations unies, de disposer d’armes de destruction massive. Cette dangereuse surenchère a au moins une cause aisément détectable : l’échec de la stratégie du « président fantoche » censé faire tomber Maduro. Pauvre Guaido ! Il fait pourtant tout ce qu’il faut : il approuve les sanctions qui martyrisent ses compatriotes, il célèbre la mise au ban de Maduro, il appuie le déploiement de la force navale. Il n’en a pas moins été congédié sans ménagements. En proposant un plan de transition « sans Maduro ni Guaido », Washington a signé la fin de cette comédie. Et le Guaido en question s’est montré pour ce qu’il est et n’a jamais cessé d’être : une marionnette. Depuis janvier 2019, il joue au chef de l’Etat légitime, inébranlable, ferme, crâne, intrépide, viril, courageux, « reconnu par la communauté internationale », et ne cédant sur rien. Que Trump lui intime de se retirer, et il obtempère sans résistance, sans une once de dignité : « Oui chef ! bien chef ! » Comme on dit au Mexique, « qui paye le mariachi choisit la chanson ».

Quinze millions de dollars pour la tête de Maduro ! En tant qu’objectif prioritaire des « faucons » étatsuniens, le chef de l’Etat vénézuélien, à travers ce procédé original, succède à l’irakien Saddam Hussein et au libyen Mouammar Kadhafi – avec, en ce qui concerne ces derniers, les dénouements que l’on connaît. Certes, le pouvoir vénézuélien tient bon. Malgré les énormes difficultés quotidiennes (qu’aggravent le Coronavirus), une très large fraction des secteurs populaires l’appuient. Les discussions se poursuivent avec l’opposition modérée. Les Forces armées demeurent loyales. Evoquant « la furia bolivariana », l’alliance « civico-militaire » (très mal comprise à l’étranger) prépare, au cas où, la défense du pays.
Mais c’est précisément cette résistance aux desseins de la puissance impérialiste qui incite cette dernière à utiliser les méthodes les plus extrêmes (quand bien même elles seraient cousues de gros fil blanc). « Des millions pour la tête de… » Maduro, Cabello, El Aissami ! Une telle promesse de récompense attire les avides comme la lumière attire les papillons. On trouve toujours des hommes qui aiment les sales besognes. Quelque militaire félon, acheté, opportuniste ou intimidé par la puissance de l’ennemi. Des paramilitaires (colombiens ou venézolano-colombiens). Des barbouzes, des aventuriers. Des mercenaires de compagnies de sécurité privée. Des « spécialistes » américains – surgis, par exemple, du sein de l’armada en cours de déploiement.
Pour ce type de coup tordu, les méthodes ne manquent pas. L’opération commando permettant de séquestrer la cible. Le drone, chargé de l’assassiner. Le bombardement « chirurgical ». La balle d’un « sniper ». Le coup d’Etat mené par un secteur minoritaire de l’armée…

Le pire n’est bien entendu jamais sûr. On ne négligera pas la capacité de la révolution bolivarienne à déjouer les plans ennemis. Ni même un changement de pouvoir lors de la prochaine élection américaine, Trump semblant moins doué pour gérer une pandémie que pour semer la terreur et la mort dans ce qu’il croit être son pré-carré. Néanmoins, en l’état, au mépris du droit international, la préparation d’un crime potentiel se déroule sous nos yeux. Une conspiration. La séquestration ou l’assassinat d’un chef de l’Etat reconnu par l’Organisation des Nations unies et qui n’a commis aucun crime, sauf ceux de défendre la Constitution et la souveraineté de son pays.
Nul n’est obligé d’aimer le président vénézuélien. Nul n’est contraint d’appuyer la révolution bolivarienne. Mais, tout de même… A l’époque où il existait en France une gauche digne de ce nom, elle aurait crié, à l’unisson, toutes tendances confondues : « Nous sommes tous Maduro ! Trump, pas touche au Venezuela ! »

Maurice Lemoine, 8 avril 2020.


[3Chef du Cartel de Sinaloa, considéré comme le « trafiquant le plus dangereux du monde » par les Etats-Unis, Joaquin Guzmán a été capturé en février 2014 par les autorités mexicaines (après une première évasion), extradé aux Etats-Unis et condamné à perpétuité par le tribunal de New York, le 17 juillet 2019.

[6Sa peine fut ultérieurement ramenée à trente ans, puis, pour bonne conduite, réduite à dix-sept ans.

[7Rapport du 23 septembre 1991.

[9Sur cette affaire, lire Maurice Lemoine, « La Colombie, Interpol et le cyberguérillero », Le Monde diplomatique, juillet 2008.

[10 The International Herald Tribune, 14 octobre 1997.

[11Condamné en France à dix années par contumace, le prince est depuis protégé par son pays.

[12Les deux jeunes hommes sont tombés dans un piège tendu par des agents de la DEA : des informateurs payés par cette agence leur ayant promis 20 millions de dollars en échange de cocaïne, ils auraient prévu d’obtenir la marchandise auprès d’un intermédiaire se fournissant auprès des FARC. Du fait de leur arrestation, le crime n’a pas été commis. Ils ont été condamnés pour « conspiration en vue de… ».

[14Pour les différents articles consacrés par IC au Cartel des Soleils : https://www.insightcrime.org/venezuela-organized-crime-news/cartel-de-los-soles/

[20D’après Caracol Radio, Marta González, l’épouse d’Alcalá, a une sœur, Lucy, qui a été en couple avec le truand José Guillermo « Ñeñe » Hernández, assassiné en 2019 et au cœur d’un scandale d’« achats de votes » au profit de l’actuel président Iván Duque. Sur cette affaire, lire : http://www.medelu.org/La-Colombie-aux-temps-du-cholera

Trump veut-il bombarder Caracas comme Panamá en 1989? (par Vijay Prashad, Paola Estrada, Ana Maldonado, Zoe PC / PeoplesDispatch.org)

Attorney-General-William-BarrLors d’une conférence de presse tenue le 26 mars, il était presque comique de constater le peu de preuves fournies par le ministère américain de la justice lorsqu’il a accusé le président du Venezuela Nicolás Maduro et plusieurs dirigeants de son gouvernement de « trafic de stupéfiants ». Les États-Unis ont offert 15 millions de dollars pour l’arrestation de Maduro et 10 millions de dollars pour les autres. « Maduro », a dit le procureur américain Geoffrey Berman sur un ton façon dramatique, « a très délibérément utilisé la cocaïne comme arme ». Des preuves ? Aucune.

Sanctions

Il est surréaliste que les États-Unis – en pleine pandémie mondiale COVID-19 – choisissent de placer leurs efforts dans cette mise en accusation ridicule et sans preuves contre Maduro et d’autres membres du gouvernement. L’argent de la récompense aurait mieux fait d’être versé à l’hôpital surchargé d’Elmhurst, à New York. Des pressions sont déjà exercées sur les États-Unis pour qu’ils réduisent les sanctions non seulement contre le Venezuela mais aussi contre l’Iran (même le New York Times a publié le 25 mars un appel à la fin des sanctions contre l’Iran). L’Organisation Mondiale de la Santé a clairement indiqué que ce n’était pas le moment d’entraver la capacité des pays à importer des biens de première nécessité pour lutter contre la pandémie. Le Secrétaire Général des Nations unies, António Guterres, a appelé à un cessez-le-feu dans les conflits ; ce n’est plus qu’une question de jours pour qu’il fasse une déclaration sur les sanctions. Aujourd’hui, en désespoir de cause, les États-Unis ont tenté de faire glisser le débat, non plus sur le COVID-19 et les sanctions, mais sur le narco-terrorisme.

Interrogé sur ces mises en accusation en pleine pandémie, le procureur général américain William Barr a tenté d’expliquer que la faute n’en incombe pas à Washington mais à Caracas. Il a déclaré, en l’absence de toute preuve, que le Venezuela bloquait l’entrée de l’aide dans le pays. Rien n’est plus faux, puisque le Venezuela a demandé et obtenu du matériel médical et l’envoi de personnel soignant en provenance de Chine, de Cuba et de Russie, ainsi que de l’Organisation mondiale de la Santé. En fait, l’Organisation Mondiale de la santé a fait pression sur les États-Unis pour qu’ils lui laissent plus de liberté pour faire parvenir cette coopération dans le pays – une demande que les États-Unis ont rejetée (les États-Unis ont également rendu difficile pour l’Organisation Mondiale de la Santé l’entrée de matériel médical en Iran). Lorsque le Venezuela s’est adressé au Fonds Monétaire International pour demander l’octroi d’un fond de 5 milliards de dollars – fonds humanitaire sans intérêt ni conditions – pour des achats liés au COVID-19, le gouvernement américain a fait pression sur le Fonds pour qu’il refuse la demande. Mais Barr peut facilement multiplier les contre-vérités : aucun des médias présents à la conférence de presse ne l’a contesté en se basant sur des faits qui sont pourtant clairement dans le domaine public.

Changement de régime

En 1989, les États-Unis ont utilisé l’accusation de trafic de stupéfiants, en particulier de cocaïne, pour entacher la réputation de leur ancien agent, le président du Panama Manuel Noriega. Le même juge Barr est lié à l’invasion du Panama par les Etats-Unis qui massacrèrent 6000 personnes. C’est sur la base de cette accusation et d’une inculpation en Floride que les États-Unis ont finalement envahi le pays, enlevé Noriega, installé la marionnette de Washington à Panama City et jeté Noriega dans une prison de Floride. L’ombre de la manière dont les États-Unis ont traité Noriega plane sur Caracas : les États-Unis vont-ils lancer un raid expéditionnaire sur la base de ce nouvel acte d’accusation ? Ce n’est pas une question théorique. Les États-Unis ont tenté depuis longtemps, et au moins depuis janvier 2019, de déstabiliser et de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro. Le but de cette accusation est tout simplement d’essayer de serrer la vis.

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En 1989, dans l’indifférence mondiale, les Etats-Unis envahirent le Panama, massacrant six mille habitant(e)s des quartiers populaires.

La mise à prix des têtes de Maduro et d’autres dirigeants suggère que le gouvernement états-unien veut frapper d’un coup de massue de style mafieux les dirigeants du Venezuela. Il s’agit là d’une manœuvre très dangereuse de la part des États-Unis. Elle donne essentiellement aux gangsters le feu vert pour tenter de commettre un assassinat à l’intérieur du Venezuela. Le refus d’autoriser Maduro à voyager hors du Venezuela est une violation d’une série de conventions internationales qui priment la diplomatie sur la belligérance. Mais, étant donné la manière illégale dont les États-Unis ont formulé leur stratégie de changement de régime contre le Venezuela, il est peu probable que quelqu’un critique cette décision.

Quelques heures avant l’annonce à Washington, la rumeur a commencé à se répandre que les États-Unis allaient placer le gouvernement du Venezuela sur la liste des « États qui soutiennent le terrorisme » – la plus haute condamnation d’un gouvernement. Mais ils ont dû faire une pause. Cette pause est survenue pour des raisons absurdes. Si le gouvernement américain accusait le gouvernement de Maduro d’être un « État parrain du terrorisme », il reconnaîtrait tacitement que le gouvernement de Maduro était bien le gouvernement du Venezuela. Depuis l’année dernière, l’une des tentatives de déstabilisation a consisté à nier que le gouvernement de Maduro était le gouvernement légitime du Venezuela, voire à nier qu’il s’agissait d’un quelconque gouvernement. Il serait impossible de dire que le gouvernement Maduro était un « État qui soutient le terrorisme » sans reconnaître qu’il s’agit du gouvernement du Venezuela. Les États-Unis ont donc dû garder la main, pris au piège par leur propre logique.

Pendant ce temps, le gouvernement américain n’ose pas prendre des mesures contre ses alliés dans les principaux pays producteurs et trafiquants de drogue que sont la Colombie et le Honduras. L’ancien président colombien et actuel membre du Sénat Álvaro Uribe Vélez est en ce moment impliqué dans plus de 270 affaires judiciaires en Colombie, avec des accusations d’écoutes illégales, de crime organisé, d’assassinats sélectifs et de disparitions forcées. Uribe et les membres de sa famille ont des liens avérés avec le groupe paramilitaire Bloque de Antioquia, responsable de milliers d’assassinats de civils colombiens et profondément impliqué dans le trafic de stupéfiants. Uribe et son protégé Iván Duque ont une relation étroite avec le gouvernement états-uniens et ont été la pierre angulaire et l’allié de divers plans d’intervention contre le Venezuela.

L’actuel président du Honduras, Juan Orlando Hernández, a été impliqué dans l’affaire intentée par un tribunal fédéral de New York contre son frère Antonio Hernández. Les procureurs ont affirmé que le président avait reçu 25.000 dollars de pots-de-vin de la part de trafiquants de drogue qui ont été utilisés pour sa campagne présidentielle de 2013.

La déclaration publiée par le ministère américain de la justice se lit comme un thriller, tant le manque de preuves amène à la comparaison avec la fiction. Elle énumère des noms et des accusations, fait constamment référence au « narco-terrorisme » et affirme que le gouvernement vénézuélien veut « inonder » les États-Unis de cocaïne. Il faudrait un effort surhumain d’aveuglement pour croire à ces divagations et délires sans fondement. Mais le problème est que le peuple vénézuélien doit prendre cela au sérieux, car il s’agit d’un renforcement de la belligérance du gouvernement des États-Unis. Le peuple vénézuélien est conscient d’une situation de type panaméen. Il est difficile de les blâmer. C’est le bilan du gouvernement des États-Unis.

Le commentaire du secrétaire général de l’ONU selon lequel les cessez-le-feu sont à l’ordre du jour étant donné la pandémie mondiale devrait s’appliquer à la guerre hybride des États-Unis contre le Venezuela. Elle doit s’arrêter maintenant. C’est l’heure de la réconciliation et de la compassion, pas celle de la masculinité toxique et de la guerre.

Vijay Prashad est historien, rédacteur et journaliste indien. Il est collaborateur de rédaction et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017).
Paola Estrada fait partie du Secrétariat de l’Assemblée Internationale des Peuples et est membre du chapitre brésilien des Mouvements de l’ALBA (Coordination continentale des mouvements sociaux vers l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique).
Zoe PC est journaliste à Peoples Dispatch et fait des reportages sur les mouvements populaires en Amérique latine.
Ana Maldonado fait partie du Frente Francisco de Miranda (Venezuela).

Source: https://peoplesdispatch.org/2020/03/26/as-the-world-tackles-the-covid-19-pandemic-the-us-raises-the-pressure-on-venezuela/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

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Deux importants experts du Droit International dénoncent les vraies causes des migrations et des morts au Venezuela

Genève, 26 février 2020. « Les flux migratoires au Venezuela ont leur origine dans l’asphyxie financière, dans le blocus. C’est la cause et on veut l’ignorer, en rejetant la faute sur la victime » explique le professeur Alfred de Zayas, spécialiste du droit humanitaire, ex-expert de l’ONU qui a visité le Venezuela: « on peut dire qu’aujourd’hui plus de 100.000 vénézuélien(ne)s sont mort(e)s victimes des mesures unilatérales coercitives des Etats-Unis, des dizaines de milliers par manque de médicaments« .
Pour l’avocat Antonio Remiro Brotóns de l’Institut de Droit International et du Permanent Court of Arbitration: « la plainte du Venezuela à la Cour Pénale Internationale est justifiée: créer une famine, augmenter le nombre de morts pour renverser un régime, est un crime international« .

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Sources:
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232749437501526025 
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232760591607107591
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232755688109158401 

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Après la tournée de Guaido à Washington, l’administration Trump alloue plus d’argent au « changement de régime » au Venezuela (Cavan Kharrazian, CEPR)

Cavan Kharrazian, chercheur au Center for Economic and Policy Research à Washington, est titulaire d'une maîtrise en études du développement de l'Institut international d'études sociales de La Haye, où il a exploré les modèles de développement alternatifs et s'est intéressé plus particulièrement aux questions agraires, alimentaires et environnementales. Il a notamment participé à des recherches avec des mouvements sociaux au Mexique qui luttent contre l'accaparement de l'eau, et poursuit son activisme universitaire en solidarité avec les mouvements des Amériques.

L’auteur : Cavan Kharrazian (à droite), chercheur au Center for Economic and Policy Research (Washington DC), est titulaire d’une Maîtrise en études du développement de l’Institut international d’études sociales de La Haye, où il a exploré les modèles de développement alternatifs et les questions agraires, alimentaires et environnementales. Il a participé à des recherches avec des mouvements sociaux au Mexique qui luttent contre l’accaparement de l’eau, et poursuit son activisme universitaire en solidarité avec les mouvements des Amériques.

Le voyage de haut niveau de Juan Guaidó à Washington au début du mois semble porter ses fruits. Alors qu’il a reçu une ovation bipartisane lors du discours sur l’état de l’Union de M. Trump, assisté à une conférence de presse conjointe avec la démocrate Nancy Pelosi et rencontré en privé le vice-président Pence dans le bureau ovale, l’administration de M. Trump vient pour sa part d’allouer des millions de dollars supplémentaires pour soutenir les efforts de changement de régime au Venezuela.

Selon la justification du budget du Congrès pour l’année fiscale 2021, récemment publiée par le Département d’État, les dépenses consacrées au changement de régime au Venezuela ont reçu une impulsion significative.

L’administration Trump a demandé 200 millions de dollars du Fonds de Soutien et de Développement économique (ESDF, sigles en anglais) pour l’exercice 2021, « pour faire face à la crise au Venezuela« , qui comprend une programmation flexible « pour soutenir une transition démocratique et les besoins connexes au Venezuela ». Ce qui représente 22 fois plus que la demande de l’administration pour l’exercice 2020, et environ 26 % de la demande de financement total du ESDF pour l’ensemble de l’hémisphère occidental.

Souvent, la destination finale de ces fonds peut changer et, compte tenu de la situation politique, ils finissent par être dépensés en dehors du territoire vénézuélien. L’année dernière, Trump a détourné plus de 40 millions de dollars de l' »aide » centraméricaine au profit direct de l’opposition vénézuélienne dirigée par Juan Guaidó, pour financer, entre autres, les salaires, les billets d’avion et la formation technique du personnel de Guaidó – dont la majorité réside à Washington, DC.

Parmi les autres postes budgétaires, on peut citer l’Agence Américaine pour les Médias Mondiaux (USAGM), qui a demandé un budget de 637 millions de dollars pour « informer, engager et connecter les gens du monde entier en faveur de la liberté et de la démocratie » tout en donnant la priorité aux « régions d’importance stratégique pour la sécurité nationale des États-Unis » et en « assurant une couverture complète du conflit actuel de gouvernance au Venezuela« . Ce chiffre est conservateur, car les deux budgets précédents ont largement dépassé des demandes similaires, dépensant plus de 810 millions de dollars rien que pour l’année dernière. On ne sait toutefois pas exactement quelle part de ce budget financera les différentes campagnes médiatiques de l’USAGM au Venezuela.

Un autre nouveau développement dans le budget de cette année est le transfert de 25 millions de dollars du Fonds pour le Progrès Diplomatique vers le « Contrôle international des stupéfiants et l’application de la loi« , citant la « transition politique au Venezuela » comme l’une des priorités politiques de ce financement. Bien que restant vague sur la façon dont l’argent sera utilisé, il semble en phase avec la rhétorique politique du « narcoterrorisme« , que l’administration Trump et ses alliés dans la région ont imposé à certains des gouvernements qu’ils ont cherché à renverser.

Bien qu’une partie des fonds du budget de cette année soit destinée à l’aide humanitaire au Venezuela, dont 5 millions de dollars pour le programme vénézuélien de santé mondiale de l’USAID, ce n’est qu’une goutte dans l’océan par rapport à l’impact dévastateur que les sanctions américaines ont eu sur le pays depuis qu’elles ont été fortement accrues en 2017.

Les sanctions sur les transactions financières avec les entreprises vénézuéliennes et les sanctions économiques contre la compagnie pétrolière nationale du Venezuela ont coûté au pays les milliards de dollars dont il a besoin pour maintenir les infrastructures vitales en matière de santé, d’eau et de sécurité alimentaire, tout en empêchant les transactions bancaires, les paiements et donc l’importation de médicaments et de nourriture qui pourraient sauver des vies. Le résultat a été la mort de dizaines de milliers de Vénézuéliens et de millions de réfugiés pour des raisons économiques. Ces sanctions sont illégales tant en vertu des traités que les États-Unis ont signés, qu’en vertu du droit international.

Avec la tournée internationale de Juan Guaidó et les promesses vides de soutien de Trump au « peuple vénézuélien« , la résolution pacifique et diplomatique de la crise politique semble rester lointaine. Le nouveau budget de Trump, au lieu de se concentrer sur les solutions diplomatiques, qui serait de faciliter une aide humanitaire dépolitisée et d’aider à la reprise de l’économie vénézuélienne, ne fait que miser de plus belle sur une stratégie de changement de régime qui a échoué et qui n’a fait que nuire à des millions de Vénézuéliens, tout en coûtant aux contribuables états-uniens des centaines de millions de dollars en impôts.

Cavan Kharrazian

Source de l’article: Center for Economic and Policy Research, Washington DC, https://cepr.net/after-guaidos-dc-circuit-trump-admin-earmarks-more-money-for-regime-change-in-venezuela/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

Notes de Venezuelainfos:

L'hologramme Guaido et ses putschistes d'extrême droite re-adoubés par Trump. Comment lancer l'intervention militaire ? Les grands médias préparent le terrain en faisant passer Guaido pour un démocrate et le Venezuela pour une dictature. Déchirer un discours est une image vide, un alibi médiatique. Nancy Pelosi s'est levée pour applaudir le faux président du Venezuela autoproclamé par Trump. Deux leaderships pourris jusqu'à la moelle. Le 4 février, le président vénézuélien Nicolas Maduro a pris la tête d'une marche dans le centre-ville de Caracas en l'honneur de la rébellion civilo-militaire du 4 février 1992, menée par le commandant Hugo Chávez. Ce 4 février vient de loin, de la résistance indigène, des lutteurs Noirs d'avant l'indépendance, des actes héroïques de nos Libérateurs Bolívar, Sucre, avec l'appui décisif de Pétion.. une lutte reprise dans les temps modernes, par Hugo Chavez.

Photos du haut: à gauche l’hologramme Guaido et ses putschistes d’extrême droite re-adoubés par Trump. Comment lancer l’intervention militaire ? Les grands médias préparent le terrain en faisant passer Guaido pour un démocrate et le Venezuela pour une dictature. A droite, déchirer un discours est une image vide, un alibi médiatique. Nancy Pelosi s’est levée pour applaudir le faux président du Venezuela autoproclamé par Trump. En bas: Le 4 février, le président vénézuélien Nicolas Maduro a pris la tête d’une marche dans le centre-ville de Caracas en l’honneur de la rébellion civilo-militaire du 4 février 1992, menée par le commandant Hugo Chávez. Ce 4 février vient de loin, de la résistance indigène, des lutteurs Noirs d’avant l’indépendance, des actes héroïques de nos Libérateurs Bolívar, Sucre, avec l’appui décisif de Pétion.. une lutte reprise dans les temps modernes, par Hugo Chavez.

En haut : en escortant le délinquant Juan Guaido (putschiste d'extrême droite élu par Trump, lié à une bande d'assassins paramilitaires et narcotrafiquants de Colombie, ultra-corrompu selon des médias colombiens, panaméens, le Washington Post, son ex-"ambassadeur" à Bogota ou plusieurs ex-amis députés de droite), l'ambassadeur français à Caracas Romain Nadal perpétue une ingérence coloniale sans avenir. En bas: Face aux menaces de Trump contre le Venezuela, répétées à Washington lors de la visite de Juan Guaido, la population s'entraîne le 15 février aux côtés des forces armées bolivariennes pour protéger le pays.

En haut : en escortant le délinquant Juan Guaido (putschiste d’extrême droite élu par Trump, lié à une bande d’assassins paramilitaires et narcotrafiquants de Colombie, ultra-corrompu selon des médias colombiens, panaméens, le Washington Post, son ex-« ambassadeur » à Bogota ou plusieurs ex-amis députés de droite), l’ambassadeur français à Caracas Romain Nadal perpétue une ingérence coloniale sans avenir. En bas: Face aux menaces de Trump contre le Venezuela, répétées à Washington lors de la visite de Juan Guaido, la population s’entraîne le 15 février aux côtés des forces armées bolivariennes pour protéger le pays.

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