« Les États-Unis n’arrivent pas à trouver un Augusto Pinochet dans l’armée vénézuélienne »

Entretien du 12/9/2019 avec Maurice Lemoine, journaliste, écrivain, spécialiste de l’Amérique Latine, auteur de nombreux ouvrages sur ce continent dont récemment « Venezuela, chronique d’une déstabilisation« . L’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique analyse la réactivation par les Etats-Unis d’un ancien traité militaire régional contre le Venezuela. Cette annonce du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo intervient en réponse à de supposés mouvements «belliqueux» de la part du gouvernement vénézuélien le long de la frontière avec la Colombie.

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Maurice Lemoine: « Pourquoi le Venezuela a expédié un « bras d’honneur » à l’OEA » (Mémoire des Luttes)

Note de Venezuelainfos : les médias français nous ont présenté Juan Guaido ou Leopoldo López comme des opposants démocratiques reconnus par la communauté internationale. Or non seulement ces militants d’une extrême droite raciste, coloniale, ont refusé d’attendre les élections et tenté un nouveau coup d’Etat sanglant le 30 avril, mais ils ont échoué à construire une base populaire, leurs sympathisants restant confinés aux quartiers chics de la capitale. Malgré l’appui apporté à ces putschistes par l’ambassadeur français à Caracas, la réalité est que sur les 197 Etats actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, seuls 34 ont reconnu Juan Guaido. Contrairement à Mr. Macron qui les a adoubés à l’Elysée, la majeure partie de la communauté internationale (Inde, Chine, Russie, Mexique, et..) refuse l’avènement d’un nouveau Pinochet à Caracas. Même la Suisse qui avait dans un premier temps reconnu Mr. Guaido, a rectifié son jugement : son nouvel ambassadeur Didier Chassot a présenté ses lettres de créance au président Nicolas Maduro le 13 mai.

D6cjwlaXoAEoUpz.jpgPour la minorité nostalgique de l’apartheid, il ne restait donc qu’une carte à jouer pour renverser le président démocratiquement élu: demander directement l’intervention militaire des Etats-Unis. C’est chose faite. Un “ambassadeur” autoproclamé par Guaido et reconnu.. par les Etats-Unis, vient d’écrire une lettre au nom du… Venezuela pour demander une réunion en ce sens au chef du Southern Command du Pentagone. Le spécialiste Maurice Lemoine analyse pourquoi et comment l’OEA prête main forte à Washington dans cette volonté de détruire la démocratie vénézuélienne.

T.D., Caracas, 14 mai 2019

Pourquoi le Venezuela a expédié un « bras d’honneur » à l’OEA

par Maurice Lemoine

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Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, en compagnie de Gustavo Tarre Briceño, ambassadeur fantoche du président fantoche Juan Guaido.

Depuis le samedi 27 avril, le Venezuela est le second pays de la région, avec Cuba, à ne plus faire partie de l’Organisation des Etats américains (OEA). Ce retrait – car il s’agit d’un retrait et non d’une expulsion – marque le dénouement d’une crise qui, le 26 avril 2017, avait amené le président Nicolás Maduro à annoncer que la République bolivarienne abandonnait l’organisation continentale – décision ne pouvant entrer en vigueur qu’au terme du délai de deux ans imposé par l’article 143 de ses statuts. Cette année-là, et alors que les relations s’étaient déjà considérablement tendues, l’OEA, et en particulier son Secrétaire général, l’uruguayen Luis Almagro, avaient ouvertement soutenu les secteurs extrémistes de l’opposition vénézuélienne, responsables d’une vague de violence insurrectionnelle qui provoqua la mort de cent vingt-cinq personnes et fit des centaines de blessés – opposants, mais aussi « indifférents », chavistes et policiers.

Depuis, et en vertu d’un scénario écrit dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, l’ingérence de l’OEA, déjà plus que contestable, s’est transformée en agression caractérisée. Sans jamais atteindre le quorum nécessaire pour respecter ses propres règles (les voix de 24 pays sur 34), l’organisation dite « multilatérale » a approuvé le 10 janvier 2019 une résolution niant la légitimité du second mandat de Nicolás Maduro – démocratiquement réélu le 20 juin 2018. Poussant le viol de la légalité internationale à l’extrême, une « session extraordinaire » convoquée le 24 janvier a depuis vu une minorité de seize pays, parmi lesquels bien entendu les Etats-Unis en « premier de cordée », « reconnaître » le fantoche Juan Guaido – qui s’était autoproclamé la veille – « chef de l’Etat par intérim » du Venezuela.

Dans le courrier envoyé le 27 avril 2017 à un Secrétaire général qui, inféodé à l’impérialisme, déclarerait bientôt, et à plusieurs reprises, ne pas exclure la nécessité d’ « une intervention militaire  » extérieure pour«  renverser  » le pouvoir vénézuélien, le président Maduro signifiait déjà : « Vous avez fait, Monsieur Luis Almagro, la pire action jamais connue dans l’histoire de cette Organisation. L’avenir se souviendra de vous comme du plus infâme et triste sire qui ait déambulé dans les couloirs de l’OEA (…).  »

Pour l’Histoire, cette organisation continentale a vu le jour le 30 avril 1948, à Bogotá, lors de la IXe Conférence panaméricaine, présidée par le général étatsunien George Marshall, afin de « renforcer la paix et la sécurité sur le continent ». Joli message, mais sombre présage : une vingtaine de jours auparavant, le 9 avril, dans cette même capitale colombienne, alors que la Conférence avait débuté, le très populaire – on dirait aujourd’hui « populiste » – dirigeant libéral colombien Jorge Eliécer Gaitán avait été assassiné. A son sujet, l’ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, John Wiley, avait rédigé le 22 avril 1947 un dossier confidentiel intitulé en latin « Cave Gaitanu » : « Attention avec Gaitán ». Entre autres gracieusetés, il l’accusait de « tendances dictatoriales » (affirmation d’autant plus saugrenue que les « amis » conservateurs colombiens alors au pouvoir faisaient montre d’un enthousiasme non dissimulé pour le régime espagnol de Franco), de « manipuler les masses et d’être sans doute lui-même manipulé par les communistes pour atteindre leurs fins ».

Sans trop de souci de cohérence, l’assassinat de Gaitán est immédiatement imputé… au communisme international. Pas dupe, le petit peuple colombien, enragé, prend la rue. Révolte aveugle, sans plans, sans chefs, la manifestation dégénère en émeute – « el bogotazo »(la guerre civile qui va ravager le pays pendant soixante ans vient objectivement de commencer). Tandis que la Conférence panaméricaine reprend ses travaux dans l’ambassade du Honduras, le général Marshall s’enflamme le 10 avril : « Les faits dépassent le cadre de la seule Colombie. C’est le même modèle d’événements qui a provoqué des grèves en France et en Italie, et qui tente de troubler la situation en Italie où des élections doivent avoir lieu le 18 avril. »
Le lendemain, dans un discours à la radio, le président colombien Mariano Ospina Pérez enfourche le même cheval de bataille : « Nous sommes devant un mouvement d’inspiration et de pratiques communistes. »
Du point de vue de ses promoteurs étatsuniens, la IXe Conférence atteint ses objectifs : la perpétuation de la Doctrine de Monroe et du Destin manifeste par d’autres (ou les mêmes) moyens [1]. C’est par une résolution anticommuniste que l’OEA signe son acte de naissance sur les fonds baptismaux. Et décide que Washington abritera son siège, comme il se doit.

Le « renforcement de la paix et de la sécurité sur le continent » dont il est question n’interdit pas que, dans certaines circonstances, avec les Etats-Unis aux commandes, ne demeurent en vigueur les vieilles recettes et les vieilles lois. Dès novembre 1948, la toute jeune OEA fait silence sur le coup d’Etat militaire qui expulse du pouvoir le premier président vénézuélien élu au suffrage universel, Rómulo Gallegos. Même mutisme du Secrétaire général Carlos Dávilaet de l’institution lors du renversement en 1954 de Jacobo Arbenz au Guatemala – cet « incendiaire » (très modéré) ne prétendait-il pas nationaliser une partie des terres de la compagnie bananière américaine United Fruit ?
La présence au pouvoir des régimes antidémocratiques et répressifs de Fulgencio Batista (Cuba), Rafael Leonidas Trujillo (République dominicaine), Anastasio Somoza (Nicaragua), François « Papa Doc » Duvalier (Haïtí) ou Alfredo Stroessner (Paraguay) ne dérange pas plus.

En revanche, le 31 janvier 1962, à Punta del Este (Uruguay), un conclave servile « aux ordres » du président étatsunien John F. Kennedy expulse Cuba de l’organisation au prétexte que « l’adhésion » d’un de ses membres « au marxisme léninisme est incompatible avec le Système interaméricain des droits humains ». Quatorze pays votent en faveur de cette soudaine criminalisation de l’île, laquelle débouchera sur un embargo – que le président Donald Trump, après « Bill » Clinton en 1996, vient à nouveau de durcir considérablement.
En 1962, lors de la session de ce Tribunal d’Inquisition, seuls Cuba – que représente alors Che Guevara – et le Mexique s’opposent à l’exclusion. L’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Chili et l’Equateur sauvent relativement leur honneur en s’abstenant. Ministre des Affaires étrangères de Fidel Castro, Raúl Roa – demeuré dans l’Histoire comme le « chancelier de la dignité » – rebaptisera l’OEA de la formule qui demeure pertinente aujourd’hui encore en la qualifiant de « Ministère des colonies yankee ».

Le 24 septembre 1963, en République dominicaine, une junte militaire chasse du pouvoir le président Juan Bosch. En envisageant quelques réformes on ne peut plus raisonnables, ce modéré a effrayé l’armée, l’Eglise et les Etats-Unis. Après trois décennies de la dictature « tout à fait acceptable » de Trujillo, la démocratie n’aura donc tenu que sept mois.
Toutefois, le 24 avril 1965, deux casernes se soulèvent, font tomber le pouvoir illégitime et réclament le retour du véritable chef de l’Etat. Un quart d’heure plus tard, des chasseurs P-51 et des jets Gloster Meteor surgissent et piquent vers le Palais national qu’ils mitraillent – précurseurs des chasseurs chiliens, dix ans plus tard, à Santiago, sur le Palais de la Moneda.
En appui au mouvement « constitutionnaliste » « el pueblo » prend la rue. Porte-parole des insurgés, un leader émerge du soulèvement et l’organise – une sorte de précurseur de Hugo Chávez : le colonel Francisco Caamaño. Sous son impulsion, la résistance populaire, à qui il a fait distribuer des armes, met en échec les militaires factieux.
Le 28 avril, dans une lettre rédigée en anglais, ceux-ci demandent au président Lyndon Johnson « le soutien temporaire des Etats-Unis pour rétablir l’ordre ». Avant que la nuit ne soit terminée, les paras de la 82e Division aéroportée se posent en République dominicaine à une cadence accélérée. Grâce à eux, et au prix de cinq mille cinq cents victimes, les milices populaires qui se battent avec l’énergie du désespoir dans les ruines fumantes de quartiers dévastés sont désarticulées.

Dans un élan de dignité, le Chili, l’Uruguay, le Pérou, le Mexique et l’Equateur dénoncent cette intervention des Etats-Unis. Des fâcheux osent brandir l’article 15 de la Charte de l’OEA, rédigée en espagnol, mais aussi en anglais (et que nous demandons à nos lecteurs d’avoir en mémoire lorsque, au terme de ce modeste survol historique, nous reviendrons au Venezuela) : « Aucun Etat ou groupe d’Etat n’a le droit d’intervenir directement ou indirectement pour quelque raison que ce soit dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre Etat. » Au cas ou cela serait nécessaire, ils exhibent également l’article 17 : « Le territoire d’un Etat est inviolable. Il ne doit pas être l’objet, même temporairement, d’une occupation militaire ou d’autres mesures de force prises par un autre Etat, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit. »

Réuni en urgence, soumis à de fortes pressions de Washington et du Secrétaire général de l’OEA José Antonio Mora, le Conseil permanent de cette dernière n’en décide pas moins, le 6 mai, la création d’une « force armée collective chargée de favoriser le retour à la normale en République dominicaine ». Deux semaines plus tard, les parachutistes « yankees » portent… un brassard « OEA » !
Pour parfaire l’illusion de cette opération qu’on appellerait aujourd’hui « humanitaire », le Département d’Etat invite les pays membres à participer à la fête. Six d’entre eux – le Brésil, le Costa Rica, le Salvador, le Nicaragua, le Honduras et le Paraguay – envoient un contingent symbolique de quelques centaines de d’hommes, le Brésil détachant pour sa part mille soldats. La constitution de cette rassurante « force de paix interaméricaine » – les Etats-Unis y comptant jusqu’à trente-cinq mille hommes – permet de contester la compétence du Conseil de sécurité des Nations unies, qui avait engagé un débat sur l’« intervention américaine en République dominicaine » (toute suggestion de ressemblance avec la potentielle évolution d’une crise actuelle relèverait bien entendu de notre imagination).

Un an auparavant (1964), au Brésil, le président Joao Goulart avait lui aussi été victime d’un coup d’Etat mené par les généraux dont se réclame l’actuel président Jair Bolsanaro. L’OEA n’y trouva rien de vraiment dérangeant (pas plus qu’elle n’a réagi aux commémorations organisées dans les casernes, le 31 mars dernier, pour le 55e anniversaire de ce « golpe », à l’instigation du nostalgique chef de l’Etat). Moyennant quoi, les coups d’Etat se succédèrent dans tout le cône sud. En 1973, l’un d’entre eux torpille la plus ancienne démocratie du continent lorsque le général Augusto Pinochet, au terme d’une violente déstabilisation économique (un grand classique qu’on retrouvera ultérieurement), renverse le président socialiste Salvador Allende.
A l’arrivée du « compañero presidente », en 1970, les Etats-Unis avaient bien envisagé d’expulser le Chili de l’OEA, mais sans résultat dans un premier temps. Dans ses câbles envoyés au Département d’Etat, l’ambassadeur américain à Santiago, Edward Korry, se plaignait amèrement du Secrétaire général de l’Organisation, l’ex-président équatorien Galo Plaza Lasso : « infatué incompétent », celui-ci avait le toupet de prétendre que « le Chili [n’était] pas Cuba et Allende pas Fidel [Castro] [2]  » !
Il y a de fait toujours quelqu’un pour s’offusquer de quelque chose : après le 11 septembre 1973, certains mauvais esprits évoquent une « violation des droits humains » au Chili ! Une inquiétude quelque peu exagérée. Les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine œuvrent avec succès pour bloquer toute initiative de débat sur ce sujet. Les infâmes ragots « de la subversion » ayant ainsi été déblayés à grands coups de pelles, vingt-trois ministres des Affaires étrangères des pays membres, dont le futur prix Nobel de la paix Henry Kissinger, se retrouvent pour la VIe assemblée générale de l’OEA, le 4 juin 1976, à… Santiago du Chili. Seul le Mexique refuse d’envoyer un représentant. Depuis mars 1974 (et jusqu’en 1983), organisée par les six régimes militaires présents – Chili, Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay, Uruguay [3] –, l’Opération Condor enlève, torture, assassine et fait disparaître des milliers d’opposants.

A l’interminable chapitre de la soumission et du conformisme, on rajoutera que, dans les années 1980, l’OEA ne s’implique nullement dans la résolution des conflits centraméricains ; se tait quand les Etats-Unis dévastent le Nicaragua sandiniste en déstabilisant son économie et en finançant son opposition armée (la « contra »)  ; lorsque les mêmes « yankees », au Salvador, entraînent les unités les plus criminellement répressives ; envahissent la minuscule Grenade (1985) ; font 4000 morts au Panamá (1989) pour y renverser le chef de l’Etat – un général Manuel Noriega certes quelque peu despote, narcotrafiquant sur les bords, mais aussi ancien collaborateur de la CIA.

La guerre froide se termine. Toutefois, nouvel ordre mondial ou pas, un Etat détenteur de ressources en hydrocarbures présente neuf fois plus de risques d’être le théâtre de conflits qu’un Etat qui n’en a pas [4]. A plus forte raison si son président – en l’occurrence Hugo Chávez au Venezuela –, prétend inventer un « socialisme du XXIe siècle », bouscule l’ordre néolibéral, prône l’intégration latino-américaine, donne la priorité à la mise en place de programmes sociaux. Avec l’appui de George W. Bush et d’un « quarteron de généraux félons », menée par les mêmes dirigeants civils d’opposition que ceux qui à l’heure actuelle prétendent renverser Maduro, la tentative de coup d’Etat d’avril 2002 tente de briser les reins à l’expérience. Chávez est séquestré le 11 au soir et toute la journée du 12. Alors que Bush (et José María Aznar) ont reconnu l’inévitable « président autoproclamé » (le patron des patrons Pedro Carmona), l’OEA discute, l’OEA débat, mais l’OEA omet de « condamner » le « pronunciamiento  ».

Lorsque dans la nuit du 13, le chef de l’Etat vénézuélien est ramené à Miraflores – le palais présidentiel – par une alliance des secteurs populaires et des militaires loyaux, l’organisation multilatérale n’a « malheureusement » pas encore eu le temps de se prononcer. En revanche, pour favoriser le dialogue entre le pouvoir chaviste et l’opposition putschiste, elle expédie à Caracas son Secrétaire général, l’ex-président colombien (et néolibéral) César Gaviria. Pendant toute la fin 2002 et l’année 2003, ce curieux « médiateur » favorisera ouvertement les thèses et désidératas de la droite et de l’extrême droite. A tel point que Chávez se félicitera publiquement de la fin de son mandat quand, en mai 2005, l’avocat et ancien ministre « socialiste » de l’Intérieur chilien José Miguel Insulza le remplacera.

Le coup d’Etat qui chasse le président hondurien Manuel Zelaya en 2009 est trop grossièrement exécuté pour pouvoir être ignoré. D’autant que de nombreux pays de gauche radicale ou modérée siègent désormais au sein de l’OEA. Cette dernière, une fois n’est pas coutume, condamne le grotesque Roberto Micheletti,président de l’Assemblée nationale (le Congrès) qui s’est emparé du pouvoir en se ralliant les chefs de l’armée (pour qui aurait perdu la mémoire : Trump et Guaido n’ont rien inventé). Non reconnu par l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, l’Equateur, le Nicaragua, le Paraguay et le Venezuela, le Honduras est exclu de l’OEA.
Consciente de ce rapport de forces défavorable, Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat de Barack Obama, contourne l’obstacle et parvient à faire nommer un médiateur « ami », extérieur à l’OEA, l’ex-président costaricien Óscar Arias. Grâce à leurs manœuvres et à l’inertie d’Insulza, Zelaya sera maintenu en exil et le gouvernement « de facto » pourra se maintenir au pouvoir le temps nécessaire à l’organisation d’une première élection « sous contrôle » (et boycottée par les tenants de la démocratie) qui portera à la présidence le néolibéral Porfirio Lobo (Parti national) le 29 novembre 2009.

Seule mesure de ce type affectant un pays depuis l’éviction de Cuba, cette expulsion (très provisoire) a été prise en invoquant pour la première fois la Charte démocratique interaméricaine (CDI). Adopté à Lima le 11 septembre 2001 – jour de la destruction des « Twin Towers » par une attaque terroriste –, cet instrument juridique a pour objet de défendre la « démocratie représentative ». La majorité des actions qu’il prévoit en cas d’altération nécessite « le consentement du gouvernement légitime du pays affecté ». Une seule exception se trouve prévue à l’article 20 si, dans un Etat membre, du fait de son gouvernement, se produit « une altération de l’ordre constitutionnel affectant gravement l’ordre démocratique ».
Dans ce cas, et dans ce cas seulement, « n’importe quel Etat membre, ou le Secrétaire général », peut convoquer une réunion immédiate de l’OEA « pour réaliser une appréciation collective de la situation et adopter les décisions qui paraissent nécessaires ». Le degré de « gravité » devant être décidé à la majorité simple de dix-huit votes sur des critères qui, aussi subjectifs que flous, permettent toutes les interprétations, Caracas a, dès 2001, exprimé de fortes réserves face à cette possibilité d’ingérence étrangère « à le tête du client ».

Exemple flagrant justifiant une telle inquiétude : après l’auto-coup d’Etat d’Alberto Fujimori, à Lima, le 5 avril 1992, le Venezuela rompit ses relations diplomatiques avec le Pérou, l’Argentine et le Chili réclamèrent sa suspension de l’OEA, mais cette dernière, suivant le gouvernement de George H.W. Bush, continua à reconnaître officiellement Fujimori comme « chef d’Etat légitime » du pays andin.

De fait, l’OEA ne lève pas le petit doigt lorsque le Mexique connait deux scrutins particulièrement contestés. En 2006, alors que plus de la moitié des procès-verbaux établis par les 130 000 bureaux de vote présentent des irrégularités, le candidat de gauche Andrés Manuel López Obrador (AMLO), « battu » par Felipe Calderón avec l’écart infime de 0,57 % des suffrages, accuse la droite de « fraude généralisée » et réclame un recomptage « bulletin par bulletin », ce qui ne lui est pas accordé. L’OEA ne lève pas le petit doigt.
En juillet 2012, le même AMLO, opposé cette fois à Enrique Peña Nieto, dénoncera « l’achat de cinq millions d’électeurs » à travers une entité financière (la banque Monex) et des cartes prépayées permettant de faire des achats dans des supermarchés. Dirigée par César Gaviria – celui-là même qui, en 2002 et 2003, au Venezuela, dirigea la « Table de négociation » entre Chávez et l’opposition, avec une partialité sauvage en faveur de cette dernière –, la mission des observateurs de l’OEA réagira immédiatement en déclarant que le vote s’est déroulé avec « tranquillité, respect et ordre » et que le système électoral mexicain est « robuste et fiable ».

Entretemps, en Haïti, en novembre 2009, dans la perspective des élections législatives et présidentielles de 2010, le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé l’exclusion de quatorze partis politiques – dont Fanmi Lavalas, formation de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide (deux fois bouté hors du pouvoir par des coups d’Etat). Dans ce contexte déjà bien peu démocratique, le premier tour place deux candidats en tête – Mirlande Manigat (31,4 %) et Jude Célestin, (22,5 %) –, éliminant, pour le deuxième tour, le candidat de Washington Michel Martelly (21,8 %). Après trois jours d’émeutes organisées par ce dernier, les principaux bailleurs de fonds, Washington en tête, sur la base d’un rapport fort bien venu de l’OEA, obligent le CEP à modifier les résultats. Celui-ci installe Martelly en deuxième place, lui permettant ainsi de participer au second tour et de devenir président de la République le 20 mars 2011.
Quatre ans plus tard, alors que les élections législatives du 25 octobre 2015 se déroulent dans des conditions dantesques et que huit candidats, dénoncent une fraude massive et réclament une commission d’enquête, l’OEA affirme que le scrutin s’est « globalement bien déroulé ».

C’est à Insulza, réélu à son poste en 2010, qu’il est également revenu de gérer l’authentique coup d’Etat qui a sorti du pouvoir par le biais d’un « procès politique » expéditif et truqué le président paraguayen Fernando Lugo, le 22 juin 2012. A cette occasion, la Charte démocratique montre une nouvelle fois ses limites. Dès le 11 juillet, et malgré la demande de vingt Etats, le Secrétaire général s’oppose à une suspension du Paraguay – qu’ont pourtant exclu l’Union des nations sud-américaines (Unasur ; créée en 2008 à l’initiative de Chávez et du brésilien Lula da Silva) et le Marché commun du sud (Mercosur) [5].

Insulza se contentera d’envoyer une première « mission spéciale » à Asunción, suivie d’une seconde en novembre pour préparer de futures élections, de fait illégitimes, uniquement appuyé par les Etats-Unis, le Canada, le Honduras (que gouvernent les responsables du « golpe » de 2009), le Panamá et le Costa Rica.
En revanche, l’année précédente (janvier 2011), Insulza avait vertement critiqué la « loi habilitante » octroyée en toute légalité au président Chávez par l’Assemblée nationale vénézuélienne pour résoudre les graves problèmes provoqués par des désordres climatiques, estimant qu’elle violait la lettre et l’esprit de la CDI. Après la disparition de Chávez, il se montrera également ulcéré, applaudi par nombre d’ « observateurs », par le fait que l’OEA n’est pas « invitée » – démarche nécessaire pour qu’elle intervienne – à « observer » l’élection présidentielle du 14 avril 2013 qui verra, en présence d’une mission de l’Unasur, la première victoire de Maduro. Il échappe sans doute alors aux uns et aux autres que, sans que cela ne fasse scandale, d’autres pays n’ont jamais convié l’Organisation à superviser leurs scrutins, à l’image du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et, bien entendu… des Etats-Unis.

On mentionnera dans ce registre une autre incongruité. Depuis Washington, où se trouve son siège, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), organe consultatif autonome de l’OEA, produit des rapports ainsi que des recommandations. En certaines circonstances, elle s’est montrée à la hauteur de sa mission en faisant avancer les causes des victimes des dictatures militaires, des défenseurs des libertés fondamentales, des droits des femmes, des Indigènes et de l’environnement. Ces antécédents n’empêchent pas qu’elle a particulièrement dans le collimateur les gouvernements se réclamant du « socialisme du XXIe siècle » et a multiplié ces dernières années des comptes rendus particulièrement assassins sur le Venezuela, l’Equateur, le Nicaragua, voire la Bolivie (et bien sûr Cuba). A l’occasion, elle saisit la Cour interaméricaine des droits humains (également CIDH, basée au Costa Rica) qui, depuis la prise de pouvoir de Chávez, a condamné Caracas à trente-six reprises (un record qui sera difficile à égaler).

Le président bolivien Evo Morales a accusé la CIDH de « juger uniquement le comportement démocratique des gouvernements progressistes » et, ironique, a demandé ce qu’elle a fait, par exemple, face aux cas de tortures et de détentions arbitraires à Guantánamo. Réponse évidente. La CIDH n’a rien fait dans la mesure où certes les tout puissants Etats-Unis ont signé en 1977 la Convention américaine relative aux droits de l’homme (CADH, également appelée Pacte de San José), mais ne l’ont jamais ratifiée. Les imagine-t-on se soumettre à la compétence de la Cour de San José, la juridiction régionale ? Estimant qu’elle viole leur souveraineté nationale, ils ont toujours refusé, comme le Canada, de se soumettre à la juridiction de la CIDH et ne reconnaissent pas son autorité. Ce qui n’empêche pas Washington de la financer à hauteur de 80 %, de l’inonder de ses experts et d’influencer très fortement ses décisions [6].

C’est en 1994 qu’a eu lieu à Miami, à l’initiative de « Bill » Clinton, le premier Sommet des Amériques, dont l’ambition était à l’origine d’imposer le libre-échange de l’Alaska à la Terre de Feu. Tous les pays du continent à l’exception de Cuba vont se retrouver à intervalle régulier pour de tels sommets, sous les auspices de l’OEA. Or on l’a vu, depuis le début du XXIe siècle, un bras de fer permanent oppose l’Institution et ses mentors de la Maison-Blanche et du Département d’Etat à la vague des pays progressistes démocratiquement arrivés au pouvoir.
Mise sous pression par cette gauche, qui en fait une question « de principe », l’OEA lève à l’unanimité en 2009, lors du Sommet tenu à Trinidad-et-Tobago, l’exclusion qui pèse sur Cuba. Tout en remerciant ses amis, mais considérant toujours l’institution comme « à la solde de Washington », La Havane ne la réintègre pas, préférant participer activement à la Création de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (Celac). Toutefois, une crise éclate dans la perspective du VIe Sommet des Amériques prévu les 14 et 15 avril 2012 à Carthagène (Colombie). Considérant que Cuba participe désormais à tous les autres forums régionaux, les pays les plus radicaux, membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [7], menacent collectivement de boycotter le Sommet si La Havane n’y est pas conviée.

Les Etats-Unis et le Canada réitérant leur veto à cette participation, contre l’avis du reste du continent finalement rallié à l’idée, le Sommet tourne au fiasco. L’équatorien Rafael Correa, le vénézuélien Hugo Chávez et le nicaraguayen Daniel Ortega n’y assistent pas, l’argentine Cristina Kirchner et le bolivien Evo Morales quittent prématurément les débats et, en présence d’un Barack Obama dépité, aucune déclaration finale n’est signée. « A quoi servent ces réunions, s’insurge le ministre des Affaires étrangères vénézuélien Nicolás Maduro ? Quand on débat, 32 pays sur 34 se mettent d’accord pour une position de respect à l’égard de Cuba (…) Comment décide-t-on les choses en démocratie ? » 
De l’épisode ressort une conclusion manifestée par plusieurs chefs d’Etat (dont la brésilienne Dilma Rousseff et le colombien Juan Manuel Santos) : un VIIe Sommet des Amériques, trois ou quatre ans plus tard, est d’ores et déjà mort-né si Cuba n’y est pas invité.

Message apparemment reçu. A Panamá, en avril 2015, Cuba participe pour la première fois au grand raout continental, ce qui permet la « rencontre historique » du 11 entre Obama et Raúl Castro. Les deux chefs d’Etat conviennent de renouer leurs relations diplomatiques, mais Obama ne promet pas la suspension de l’embargo économique, seul le Congrès étatsunien pouvant le lever. Cette réserve ainsi que l’annonce, au mois de mars précédent, de sanctions contre le Venezuela, qualifié par un décret du même Obama de « menace extraordinaire pour la sécurité nationale des Etats-Unis » provoquent de fortes crispations. Une fois encore, ce Sommet se termine sans document final : selon les normes de l’OEA, un tel document doit faire l’objet d’un consensus – qui, dans ce cas, n’existe pas, deux pays (les Etats-Unis et le Canada) s’opposant aux trente-trois autres nations.

On mentionnera à nouveau, car sa vie politique n’est qu’une sinistre répétition, le cas du Honduras. L’ élection présidentielle du 24 novembre 2013 a eu, en protagonistes principaux, la candidate du parti Liberté et refondation (Libre) Xiomara Castro (épouse de Manuel Zelaya, renversé en 2009) et Juan Orlando Hernández (« JOH »), du Parti national (PN), illégitimement au pouvoir depuis 2011. Les fraudes, ce jour-là, ont été aussi manifestes que grossières. L’OEA (mais aussi la Mission d’observation électorale de l’Union européenne) ont pourtant validé le processus, qualifié de « transparent ». « Le mot “transparent” ne peut pas s’appliquer à ce scrutin, ni au comptage, ni aux élections en général »,affirmera, dénonçant la collusion Washington-Bruxelles, l’un des membres de la mission d’observation européenne, l’autrichien Léo Gabriel [8].

Lors de la présidentielle suivante, en novembre 2017, « JOH » n’a pas le droit de se représenter. Il le fait néanmoins en violant ouvertement la Constitution. Mandatée depuis le 19 avril 2016 dans ce pays failli par la très vertueuse OEA, la Mission d’appui contre la corruption et l’impunité au Honduras (MACCIH) s’en lave les mains : « Nous ne nous mêlons pas de politique », déclare, le 19 août 2016, son porte-parole Juan Jiménez Mayor.
Au terme du scrutin lui aussi entaché de fraudes manifestes, et alors que l’opposition proteste et manifeste vigoureusement, le chef de la mission d’observation de l’OEA, l’ex-président (néolibéral) bolivien Jorge Quiroga, lui reproche bruyamment de retarder les opérations. Mieux informé peut-être, Luis Almagro, nouveau Secrétaire général de l’Organisation, dénonce les irrégularités qui ont affecté le scrutin et qui rendent impossible la désignation d’un vainqueur, ce qui constitue à ses yeux un « dangereux précédent pour la région  ». Cela n’empêche pas qu’au même moment, les Etats-Unis, suivis comme des toutous par le Canada, l’Argentine, le Mexique, la Colombie et le Guatemala, reconnaissent dans son dos « le triomphe » du président Hernández. Almagro prend acte des consignes envoyées par le Département d’Etat, se couche et en fait autant [9]

En revanche, il pique une colère homérique en évoquant la fraction de la droite vénézuélienne qui, au terme d’une vague de violence ayant provoqué 135 morts, va se rasseoir pour dialoguer, en République dominicaine, avec les représentants du président Maduro, « Je crois que, définitivement, l’opposition va devoir séparer le bon grain de l’ivraie », lâche-t-il sèchement pour exprimer sa réprobation devant l’absence de nouvelles victimes [10].

Les milieux politiques conservateurs trouvent toujours, quand cela leur paraît nécessaire, les carriéristes prêts aux plus viles besognes. C’est lors de l’Assemblée générale extraordinaire tenue le 18 mars 2015 au siège de l’Organisation, à Washington, que Luis Almagro, ancien ministre des Affaires étrangères du président uruguayen de centre gauche José « Pepe » Mujica, a été élu Secrétaire général de l’OEA, au terme d’un vote à bulletins secrets (33 voix « pour » et une abstention). Du fait de l’existence de l’Unasur et de la Celac, forums de concertation politique et économique créées respectivement en 2008 et 2011, sans les Etats-Unis (ni le Canada), sous l’impulsion des gouvernements progressistes, Almagro était le seul candidat en lice pour ce poste de moins en moins « prestigieux ».

Avant l’élection, l’image « de gauche » d’Almagro en trompa plus d’un. Craignant sans doute qu’il n’ait été contaminé par les ayatollahs, les secteurs les plus droitiers s’inquiétèrent du fait qu’il ait été ambassadeur de l’Uruguay en Iran pendant cinq années (1991-1996). D’autres dénoncèrent ses liens étroits avec les capitales « latinas » « populistes », et en particulier Caracas. Ce qui ne trompa ni Washington – qui avait fait pression sur l’ex-vice-président guatémaltèque Eduardo Stein et le juriste péruvien Diego García-Sayán pour qu’ils ne se présentent pas – ni l’ex-ministre des Affaires étrangères (et désormais président) du Venezuela, Nicolás Maduro.
Lorsque tous deux occupaient la même fonction pour leurs pays respectifs, Almagro avait beaucoup fait grincer des dents en se prononçant contre l’intégration du Venezuela dans le Mercosur, malgré la décision de tous les présidents des pays membres – dont le sien, « Pepe » Mujica [11]. Il irrita encore à Caracas lorsque, en 2014, il prôna avec insistance un « dialogue » prenant en compte les exigences de l’opposition, alors que cette dernière, depuis ses « guarimbas » (barricades), mettait le Venezuela à feu et à sang.
Elu finalement Secrétaire général de l’OEA, Almagro prend ses fonctions le 26 mai 2015. Deux semaines ne se sont pas écoulées qu’il attaque et agresse déjà le Venezuela. Les relations se détériorent ouvertement quand, en octobre, il reçoit chaleureusement les épouses des dirigeants d’opposition incarcérés, Leopoldo López, Antonio Ledezma et Daniel Ceballos.

C’est avec une agitation de convulsionnaire qu’Almagro va se joindre à la campagne des Etats-Unis et entretenir une belligérance permanente contre Caracas. En novembre 2015, à la veille des élections législatives, il pond un rapport de dix-huit pages dans lequel il avertit que « les conditions nécessaires de transparence et de justice électorale » ne sont pas remplies. La droite l’emportant largement, il oublie (très) momentanément ce mensonge éhonté. Mais accuse le Tribunal suprême de justice (TSJ) de se livrer à un « attentat contre la démocratie » lorsque celui-ci déclare la nouvelle Assemblée nationale en « desacato » (outrage à l’autorité) pour voir fait prêter serment à trois députés sur lesquels pèsent des suspicions de fraude.
Les 12 et 13 mai 2016, Almagro participe à un forum au cours duquel l’ex-président colombien Álvaro Uribe appelle à l’occupation du territoire vénézuélien par une armée étrangère. Le 31 du même mois, après avoir exercé sans résultat sur la région une forte pression pour discuter du cas vénézuélien, il décide de son propre chef d’invoquer la Charte démocratique et de convoquer en urgence une première réunion.

Plus aucune équivoque n’existe. « Tu sais que je t’ai toujours soutenu et encouragé, lui a déjà écrit le 18 novembre 2015 son mentor, l’ex-président José Mujica. Tu sais que j’ai soutenu tacitement ta candidature à l’OEA. Je regrette que les faits m’aient démontré à plusieurs reprises que je m’étais trompé (…) Je déplore la direction dans laquelle tu t’engages et je la sais irréversible. A cause de cela, je te dis adieu maintenant officiellement et prends congé [12]. » Ce désaveu n’empêchera pas nombre de faussaires médiatiques de continuer à présenter Almagro comme l’ex-ministre du président « de gauche » Mujica. Ils observeront d’ailleurs le même silence complice lorsque sa formation d’origine, le Front large (centre gauche), en décembre 2018, expulsera Almagro de ses rangs pour sa conduite interventionniste et fonctionnelle aux intérêts des Etats-Unis à la tête de l’OEA.

Cent trente-deux pages, pas une de moins : le « rapport » que présente Almagro à l’OEA tente le 31 mai 2016 de justifier la suspension dont il rêve en raison de « la crise humanitaire, du blocage des pouvoirs d’Etat et de la situation des droits humains contre (sic) les prisonniers politiques ». Seul le Paraguay l’appuie (on y déteste Maduro en raison du rôle qu’il a joué en 2012 dans la dénonciation du coup d’Etat contre Lugo). Dans une démarche qui deviendra une habitude, Almagro va se réfugier dans le giron des sénateurs républicains et démocrates étatsuniens Dick Durbin, Marco Rubio, Bill Nelson et Tom Udall, avant de tweeter triomphalement : « (ils) appuient mon initiative sur le Venezuela. »
Le Conseil permanent de l’OEA n’apprécie guère : le 14 juin, par 19 voix (12 « contre », une abstention, deux absences), il approuve une demande d’évaluation de la conduite du Secrétaire général déposée par la délégation du Venezuela. Une claque, un rappel à l’ordre, l’équivalent d’une condamnation.
Mais le vent tourne dans la région.

Première réaction d’Almagro lorsque débute au Brésil, toujours en 2016, le renversement de Dilma Roussef, à l’instigation d’Eduardo Cunha, président de… la Chambre des députés (cela devient une manie) : « Pour nous, il s’agit d’une procédure de destitution contre une présidente qui n’est pas accusée d’avoir commis des actes illégaux. C’est d’autant plus préoccupant que ceux qui ont actionné le mécanisme de destitution sont des parlementaires qui sont eux-mêmes sous le coup d’accusations, ou qui ont été condamnés. C’est le monde à l’envers. »
La planète retombe miraculeusement sur ses pattes dès lors que, le 7 septembre suivant, le vice-président américain Joe Biden qualifie le coup d’Etat institutionnel – rebaptisé « impeachment » – « d’un des meilleurs changements politiques qu’a connu la région ces derniers temps », que le président « de facto » Michel Temer se joint à la croisade contre Caracas (et que, sans aucune preuve attestant de sa culpabilité, « Lula » da Silva ne tardera pas à être embastillé). Dans une interview, Almagro peut oublier tant « Dilma » que la protection de l’Etat de droit et revenir aux fondamentaux : « La profonde crise sociale, économique et institutionnelle du Venezuela est la problème numéro un de l’OEA. »

A partir de mars 2017, sur la base d’un « Rapport Almagro » élaboré avec les secteurs les plus extrémistes de l’opposition et leurs ONG satellites, le Secrétaire général multiplie les invectives et les ultimatums, les accusations de « rupture totale de l’ordre démocratique », les demandes d’« élections générales sans délai et à tous les niveaux », les tentatives d’application de la CDI. Malgré le renfort de l’Argentine, passée à droite avec l’élection de Mauricio Macri, ses efforts demeurent vains. Vingt pays continuent à exprimer leur soutien au Venezuela. En phase avec les membres de la Communauté des Caraïbes (Caricom), Harvel Jean-Baptiste, ambassadeur d’Haïti au sein de l’OEA, s’insurge (le 27 mars) : « Le moment est grave. Il dépasse de loin la question du Venezuela. Les agissements du Secrétaire général fragilisent notre Organisation. Ses actes ne nous rassurent pas du tout pour ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Si nous laissons le Secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays, au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région, seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’Organisation. »

Il n’y a dans cette formule aucune exagération. Un nouveau coup de force a lieu début avril au sein de l’institution théoriquement « multilatérale » lors d’une « réunion extraordinaire » tenue en l’absence du représentant bolivien Diego Pary, pourtant président pro tempore du Conseil permanent et, à ce titre, seul habilité à convoquer ou suspendre une session. Dénonçant ce viol éhonté du règlement (article 37), le Venezuela et le Nicaragua se retirent et c’est présidé par l’ambassadeur du Honduras Leónidas Rosa Bautista (le vice-président haïtien du Conseil permanent ayant également été écarté) que 21 pays sur 34 débattent de la situation de la République bolivarienne. Sans vote, « par consensus » – la République dominicaine, les Bahamas, le Belize et le Salvador s’étant abstenus ! –, 17 voix dénoncent « une altération inconstitutionnelle de l’ordre démocratique » au Venezuela. Ce qui, en l’occurrence, et au-delà des effets d’annonce qu’amplifie la caste médiatique, ne change strictement rien à la situation : 24 voix sont irrévocablement nécessaires pour suspendre le pays que préside Maduro.

Pour aller de nulle part à nulle part, les tentatives vont se multiplier, toujours sans résultat. « Ils ont cherché un consensus et le seul consensus qu’ils ont réussi à obtenir dans cette réunion est qu’il n’y a pas de consensus »,s’amusera le 31 mai 2017 la chancelière vénézuélienne Delcy Rodríguez. Un tel échec permanent amène les sbires de Trump, Almagro et ceux qui les suivent à susciter l’apparition du Groupe de Lima, coalition informelle dépourvue de toute assise juridique, qui naît dans la capitale péruvienne le 8 août 2017, au moment où de violentes manifestations secouent le Venezuela [13]. Comme ses mentors, cette Sainte alliance s’étrangle lorsque, mettant fin aux violences, Maduro convoque et fait élire, respectant à la lettre les articles 347, 348 et 349 de la Constitution, une Assemblée nationale constituante, le 30 juillet 2017.

La coalition d’opposition volant en éclat lorsque ses secteurs modérés participent à l’élection présidentielle du 28 mai 2018, en la personne d’Henri Falcón, c’est désormais et uniquement depuis l’administration Trump, le Groupe de Lima et l’OEA que la bataille du Venezuela va être menée.
Un art très sûr de la mise en scène… Dès septembre 2017, l’Organisation a entamé des audiences pour évaluer s’il est possible de porter la situation au Venezuela devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Ces auditions sont menées par le prestigieux « conseiller spécial » dont s’est doté Almagro : Luis Moreno Ocampo, ancien procureur de la CPI. Celui-ci commence à recevoir des membres de la « société civile » et des déserteurs des forces armées. Manque de chance, dans le cadre des révélations dites des « Panama Papers », on découvre que l’admirable justicier a réalisé de fortes transactions financières dans des paradis fiscaux – Panamá, Belize et Iles Vierges britanniques. Pris la main dans le pot de confiture (ou le sac de dollars), Ocampo préfère renoncer à s’occuper du Venezuela.

On devra attendre mai 2018 pour qu’Almagro, sur la base d’un « rapport » de 400 pages (plus 400 pages d’annexes) demande à la CPI d’ouvrir une enquête contre le régime de Maduro. Ce qui fait le « buzz » et impressionne l’opinion (là est son but), mais omet l’essentiel : juridiquement, l’OEA n’est pas habilitée à envoyer une plainte à la CPI ; seul peut le faire l’un des vingt-huit Etats américains qui ont ratifié le Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour de La Haye.

En 2018, l’offensive tourne à l’hystérie. Membre du premier cercle, très réactionnaire, de Trump, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton pointe du doigt une supposée « troïka de la tyrannie » – Cuba, le Venezuela et le Nicaragua (tous trois membres de l’ALBA). Dans le troisième de ces pays, une alliance hétéroclite de la faction la plus droitière de la bourgeoisie, du patronat, de l’Eglise et d’une classe moyenne « mondialisée » insensible au sort des classes populaires tente par la violence de déstabiliser Daniel Ortega. Dont les forces de l’ordre et les partisans, au nom de la légitime défense, réagissent tout aussi rudement.

L’OEA emboîte immédiatement les pas de la Maison-Blanche et hurle avec les loups. Un projet de résolution écrit sous la dictée de l’ambassadeur américain Carlos Trujillo et appuyé par sept pays enjoint le chef de l’Etat « nica » de mettre en place un calendrier électoral – en d’autres termes, d’organiser des élections anticipées (le même type d’injonction que celle adressée à Maduro). Sur la base d’un chiffre de victimes relevant de la manipulation, Almagro invoque son article préféré de la Charte démocratique, l’article 21, qui permettrait de suspendre le Nicaragua de l’OEA. La même bataille que celle qui cible le Venezuela débute au sein de l’Organisation.
Le même type d’imposture opère également, avec la complicité d’ONG nationales et internationales tendancieuses et simplistes et de l’ensemble des médias dominants.

Le conflit qui déchire le Nicaragua opposerait les tenants d’une « dictature » et les défenseurs, présentés comme « progressistes », de la démocratie. Le 26 avril 2019, lors d’une session de l’OEA consacrée à ce pays, l’ « expert » chargé de mettre en cause le gouvernement sandiniste s’appellera Jaime Aparicio. Bolivien, celui-ci a été vice-ministre, puis ministre des Affaires étrangères durant la première présidence du néolibéral Gonzalo Sánchez de Lozada (1993-1997), plus tard ambassadeur de son pays aux Etats-Unis lors du second mandat, débuté en 2002, du même Lozada – lequel devra démissionner précipitamment et s’enfuir à Miami en octobre 2003 pour échapper aux procès concernant sa responsabilité dans la répression d’un mouvement populaire (une soixantaine de morts et des centaines de blessés) [14].

En 2007, c’est Aparicio qui a coordonné une visite aux Etats-Unis des préfets des riches régions boliviennes en rébellion contre Evo Morales – Rubén Costas (Santa Cruz) ; Ernesto Suárez (Beni) ; Manfred Reyes Villa (Cochabamba) ; Mario Cossío (Tarija). En juin de l’année suivante, ceux-ci tentèrent de renverser l’ « Indien » en déclenchant un très violent mouvement séparatiste, qui n’échoua que grâce à l’action déterminée de l’Unasur (et pas de l’OEA). Depuis, et en tant qu’avocat, Aparicio a défendu, contre le gouvernement du président Morales, la cause d’un mouvement indigène qui refuse l’ouverture d’une route dans la région amazonienne du TIPNIS (Territoire indigène et Parc national Isiboro-Sécure), quand d’autres communautés autochtones réclament une telle voie de communication.
En quoi de telles activités lui donnent-elles une quelconque légitimité pour dénoncer devant l’OEA l’ « Etat délinquant » de Daniel Ortega ? Opération de propagande qui n’a eu jusqu’à présent aucun effet pratique (faute du nombre de voix requis), sauf celui de « préparer » l’opinion. Et de justifier la mise en application des sanctions illégitimes mises en œuvre par Washington, en vertu d’un « Nica Act » approuvé le 20 décembre 2018 [15].

Pour en revenir au Venezuela, Trump accentue là aussi les sanctions et, au mépris du droit international, provoque un mortifère et dramatique étranglement économique du pays. Le vice-président Mike Pence en personne participe à une session spéciale du Conseil permanent le 7 mai 2018. Dans les installations de cette même OEA où, le 14 octobre, il a présidé la cérémonie d’investiture d’un Tribunal suprême de justice vénézuélien fantoche, la dérive d’Almagro prend une telle ampleur qu’Evo Morales estime qu’il faudrait lui envoyer un psychiatre.
Une pression terrible est exercée par les Etats-Unis sur les petites nations de la Caraïbe (et même habituellement sur les autres pays, Washington finançant 60 % du budget de l’OEA et menaçant régulièrement de réduire sa contribution se sa ligne politique n’est pas respectée). Menacés de sanctions et des pires turpitudes, certains vont flancher et retourner leur veste, comme la Jamaïque ou Haïti (après l’accession au pouvoir de l’actuellement très contesté Jovenel Moïse).

De son côté, Almagro « fait le job ». On l’a vu, en octobre 2017, aux côtés de l’amiral Kurt Tidd, chef du Commandement sud de l’armée des Etats-Unis. On le voit une première fois en septembre 2018 à Cucutá, côté colombien de la frontière, où il invoque à nouveau une intervention militaire, préoccupé qu’il est par la vague migratoire des Vénézuéliens qui, victimes de la crise, abandonnent leur pays. Il s’agît là d’une grande première. A t’on jamais un Secrétaire général de l’OEA se déplacer en Colombie pour se préoccuper du sort des réfugiés internes ? :

  • 99 000 entre 1990 et 1994 (mandat de César Gaviria) ;
  • 457 735 de 1994 à 1998 (Ernesto Samper) ;
  • 1 550 409 de 1998 à 2002 (Andrés Pastrana) ;
  • 2 869 986 de 2002 à 2010 (deux mandats d’Álvaro Uribe) ;
  • 704 148 de 2010 à 2014 (Juan Manuel Santos) [16]

Qu’on n’espère pas plus entendre Almagro interpeler le président Iván Duque sur le fait que (d’après le très officiel Défenseur du peuple Carlos Negret), du 1er janvier 2016 à février 2019, 462 dirigeants communautaires ou politiques, défenseurs des droits humains ou syndicalistes ont été vilement assassinés [17].

On a soutenu le pour et le contre sur ce point, mais, en dernière analyse, malgré les efforts d’Almagro et de la droite continentale, nulle réunion, de routine ou « extraordinaire », n’a débouché sur les résultats escomptés : aucune des résolutions destinées à suspendre Caracas pour ses supposés égarements n’a obtenu le nombre de voix requis. L’auto-proclamation le 23 janvier 2019 du fantoche Guaido – non reconnu par les deux tiers des pays siégeant à l’Assemblée générale de l’ONU – ne change que très peu à l’affaire (si l’on s’en tient strictement au droit). Quand l’OEA, le 10 janvier, a déclaré « illégitime » le second mandat de Maduro (19 « pour », 6 « contre », 8 abstentions, une absence), il s’agissait d’une résolution illégale, ce type de décision ne figurant en aucun cas dans les statuts de l’Organisation. La reconnaissance de Guaido, le 24 janvier, s’est inscrite dans le même registre.
Lors de l’étape suivante, le 9 avril, dix-huit jours avant le départ officiel du Venezuela – au terme du délai de deux années imposé, après l’annonce de son départ, par les statuts de l’OEA –, il a fallu pousser encore plus loin le bouchon pour l’ « expulser » précipitamment et symboliquement avant… qu’il ne parte volontairement, comme prévu !

Pendant des semaines, les Etats-Unis et la plupart des pays du Groupe de Lima ont multiplié les efforts pour obtenir l’adoption d’une résolution qui, à l’OEA, destituerait les représentants du gouvernement de Maduro et les remplacerait par un « ambassadeur » désigné par Guaidó. En désespoir de cause, sur instruction de la Maison-Blanche, un cynique coup de force a permis cette opération. Là où il eut fallu l’accord des deux tiers des pays membres, c’est avec une majorité simple de 18 voix que, ce 9 avril, le Conseil permanent a expulsé de facto le gouvernement vénézuélien et a reconnu Gustavo Tarre Briceño, représentant du président illégitime.

Cette décision illégale, sans précédent dans l’histoire diplomatique et politique du continent a créé de fortes tensions au sein des pays non alignés sur Trump, Bolsonaro, Duque et leur « porte flingue » Almagro (par charité chrétienne, on n’évoquera ni l’Union européenne ni le président français Emmanuel Macron). « Nulle part dans la charte de l’OEA, ni dans ses règlements, le Conseil permanent n’a le pouvoir de décider de la reconnaissance d’un gouvernement, s’est indigné Sir Ronald Sanders, ambassadeur d’Antigua-et-Barbuda. De plus, comme cela a été mentionné à maintes reprises lors de la réunion, la reconnaissance d’un gouvernement est le droit souverain des Etats et ne peut être déterminée ou imposée par une organisation multilatérale. A tout le moins, étant donné son importance politique, la question aurait dû être examinée par une session extraordinaire de l’Assemblée générale, l’organe suprême de l’OEA. »

Peu relayé médiatiquement, un vent de révolte souffle sur l’institution multilatérale – et non supranationale ! – ainsi que sur la mafia qui prétend y imposer sa loi. Un nombre important d’Etats membres ont considéré comme nulle et non avenue, sans effet juridique, la résolution du 9 avril. Chacune à sa manière, les délégations d’Antigua-et-Barbuda, de Trinidad-et-Tobago, de Saint-Vincent-et-les Grenadines, de la Dominique, de la Bolivie, du Mexique, du Nicaragua, du Guyana, du Surinam, de Saint-Kitts-et-Nevis, de la Barbade et de l’Uruguay ont exprimé leur refus de reconnaître l’ambassadeur fantoche du fantoche Guaido.

Le Venezuela, lui, a fait la fête. Le samedi 27 avril, jour effectif de son retrait « des latrines de l’impérialisme », comme les a qualifiées le président de l’Assemblée nationale constituante Diosdado Cabello, une grande manifestation populaire a eu lieu à Caracas pour fêter l’événement.

Au nom de la souveraineté et de la dignité.

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Maurice Lemoine

Notes:


[1Exprimée en 1823 par le président étatsunien James Monroe, la déclaration de principe « l’Amérique aux Américains » (dite « Doctrine de Monroe »), sous couvert de rejeter le colonialisme européen, avait surtout pour objectif de placer tout le continent sous l’aire d’influence de Washington. Enoncé pour la première fois en 1845, un concept du même ordre la compléta : « Notre Destinée manifeste [consiste] à nous étendre sur tout le continent que nous a alloué la Providence pour le libre développement de nos millions d’habitants qui se multiplient chaque année. »

[2D’après des documents étatsuniens « déclassifiés » en septembre 1998.

[3Ainsi que, à un degré moindre, les gouvernements du Pérou et du Venezuela.

[4Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les conflits armés africains », Hérodote, Paris, 2009/3.

[5Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay.

[6Le système interaméricain des droits de l’Homme (SIDH) n’est en vigueur que dans 22 des 34 Etats membres de l’OEA : les Etats-Unis et le Canada ne l’ont pas ratifiée (Trinidad-et-Tobago s’en est retiré en mai 1999 et le Venezuela en septembre 2013).

[7En 2012 : Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Equateur, la Dominique, Antigua-et-Barbuda et Saint-Vincent-et-les-Grenadines (le Honduras s’est retiré après le coup d’Etat de juin 2009).

[10El Universal, Caracas, 28 novembre 2017.

[11Le Venezuela rejoindra finalement le Mercosur le 31 juillet 2012 (avant d’en être suspendu en août 2017 pour une supposée « rupture de l’ordre démocratique »).

[12Cette lettre ne sera rendue publique par Mujica que le 18 juin 2016.

[13Le Groupe de Lima rassemble alors l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panamá, le Paraguay, le Pérou, le Guyana et Sainte-Lucie. Le Mexique le quittera après la prise de fonction du président de centre gauche Andrés Manuel López Obrador en décembre 2018.

[14Reconnu coupable (avec son ministre de la Défense) par une cour de justice de Floride, Sánchez de Lozada a été condamné en avril 2018 à payer 10 millions de dollars d’indemnisation aux familles des victimes qui s’étaient portées partie civile.

[15Si aucun accord n’est trouvé entre les délégations du pouvoir et de l’opposition (Alliance civique) actuellement en négociation, une réunion de l’Assemblée générale de l’OEA est prévue, le 26 juin prochain, à Medellín (Colombie), pour tenter d’appliquer la Charte démocratique et suspendre le Nicaragua.

[16Chiffres du Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) et de la très officielle Unité des victimes, du gouvernement colombien.

Roger Waters (Pink Floyd) et l’ex-président Rafael Correa démontent l’emballement médiatique contre la démocratie vénézuélienne

Ce 18 février Roger Waters, fondateur des Pink Floyd, a posté ce message vidéo urgent : « Richard Branson veut organiser dans quelques jours un « Concert live » à la frontière de la Colombie avec le Venezuela « pour rassembler une aide humanitaire pour le peuple du Venezuela ». Je l’ai lu dans le Daily Mail et j’ai vu un vidéoclip de Branson avec son coeur saignant et son tee-shirt de Virgin. L’important à comprendre, si vous entendez ce truc comique, c’est que tout ça n’a rien à voir avec l’aide humanitaire. Cela regarde l’adhésion de Richard Branson (ce qui ne m’étonne pas de sa part) à la décision états-unienne de s’emparer du Venezuela. Tout cela n’a rien à voir avec les besoins du peuple du Venezuela. Ce concert n’a rien à voir avec la démocratie. Rien à voir avec la liberté. Rien à voir avec une « aide ». J’ai des amis à Caracas. Il n’y a pas de guerre civile, pas de violence, pas de meurtres, pas de dictature apparente, pas d’emprisonnement massif d’opposants, pas de suppression de la presse, non, rien de tout cela n’a lieu, même si c’est le storytelling qu’on vend au reste des Etats-Unis. Il faut s’éloigner de tout ça, et en particulier de Richard Branson. Et Peter Gabriel, mon ami, appele-moi. Car il est très facile d’être emmené par le bout du nez vers un « changement de régime ». Voulons-nous vraiment que le Venezuela devienne un autre Irak ? Ou Syrie ? Ou Libye ? Pas moi. Le peuple vénézuélien non plus. » 

C’est aussi l’avis de Rafael Correa, ex-président d’Equateur qui s’exprimait hier sur les ondes de la Radio-Télévision Publique Belge. Il y a démonté la vulgate médiatique de la « crise humanitaire », comme l’a déjà fait l’expert de l’ONU envoyé sur place, Alfred de Zayas, et a pointé la guerre économique contre le Venezuela. Il a rappellé que le président Maduro a été élu démocratiquement et accusé les Etats-Unis de manipulation. « Quel plus grand attentat contre les droits de l’Homme que le blocus de la part des Etats-Unis ? Qui peut croire que Donald Trump défend les droits de l’Homme ? « .

Notons le rôle des « questions » des journalistes dans ce type d’interviews : recycler le « sens commun » qu’ils ont eux-mêmes sédimenté depuis des années. Dans ce cas, répéter que le gouvernement élu du Venezuela est un « régime » et que ce « régime bloque l’aide humanitaire » (1). Ce qui contribue à neutraliser l’opinion et à justifier une intervention ou un coup d’Etat contre une démocratie électorale et participative.

Face à l’arrivée en Colombie de militaires états-uniens et du sénateur Marco Rubio dans le cadre de l' »aide humanitaire », l’ex-candidat présidentiel Gustavo Petro s’est exprimé via son compte twitter: « Bien que nos médias n’aiment pas le dire, le sénateur Rubio est l’expression des secteurs les plus rétrogrades de la politique états-unienne et a aidé à construire une politique extérieure violente. Cette politique a assassiné des millions de personnes au vingt-et-unième siècle » ajoutant dans un autre message : « Le sénateur américain Marco Rubio était également allé apporter la démocratie en Libye. Ce pays est aujourd’hui un État failli avec des dizaines de milliers de morts et est devenu un marché d’esclaves noirs ».

Thierry Deronne, Caracas, le 18 février 2019

Note (1) : la télévision canadienne vient d’admettre que l’image du « pont bloqué par le Venezuela » était une fake news : https://www.cbc.ca/news/world/venezuela-bridge-aid-pompeo-1.5018432

URL de l’article : https://wp.me/p2ahp2-4vu

Arc Minier de l’Orénoque: la solution accusée d’être le problème, par José Roberto Duque

Félix Caraballo dirige asamblea de mineros

Le pilonnage contre le Révolution Bolivarienne fait rage sur tous les fronts à la fois. Comme cela se passe ailleurs, c’est l’artillerie informative qui confère à l’agression son caractère massif, cherchant à conditionner la population, sujet et objet du phénomène “opinion publique”. Parmi les nombreux objectifs de guerre identifiables dans l’attaque contre le Venezuela, le plus vulnérable est probablement l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO), un plan de régularisation de l’exploitation minière décrété par le gouvernement national en février 2017.

On peut qualifier ce thème de “vulnérable” parce que comme il s’agit d’une tentative d’organiser et d’exploiter de manière souveraine la mine au Venezuela, il fait s`élever les voix de protestation, en premier lieu, des mafias et des bandes criminelles qui contrôlaient l’exploitation de l’or, des diamants et du coltan au sud du fleuve Orénoque; en deuxième lieu, des groupes environnementaux et des organisations sociales (authentiques ou opportunistes, les deux existent), préoccupés par certains énoncés de l’Arc Minier de l’Orénoque, et dévastés dans leur sensibilité par une propagande systématique et bien organisée. En troisième lieu, viennent les attaques contre l’Arc Minier de la part des transnationales et des gouvernements étrangers qui voient freiné ou stoppé leurs plan de tirer bénéfice des richesses minérales du sol vénézuélien. En dernier lieu intervient aussi un secteur citoyen qui n’a jamais été intéressé ni par le thème de la mine, ni par celui de la souveraineté, pas plus que par la problématique indigéniste ou environnementale, mais qui voit dans l’Arc Minier un thème facile pour insulter et pester, même sans éléments concrets.

Exploitation minière ou seulement responsable ?

L’Arc Minier de l’Orénoque (AMO) est un thème sensible et vulnérable pour une raison puissante: l’exploitation minière, pour tout ce qu’elle représente dans le capitalisme industriel, est un thème facile à attaquer et susceptible de criminalisation. Il est pratiquement impossible de parler en termes laudatifs d’une activité qui a détruit nature et cultures, et qui a appauvri les pays pauvres dont le sous-sol contient la matière première. Quand le gouvernement vénézuélien a créé le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, le nom fit scandale, qui suggère qu’on peut faire de l’exploitation minière tout en contribuant à l’écologie. Quand on donne les éclaircissements et les précisions nécessaires – il n’existe pas d’exploitation minière écologique mais il existe une forme hautement polluante de l’exercer -, il est trop tard: le nom du ministère fonctionne comme le titre des articles, et la majorité s’y arrête sans approfondir le contenu.

 

Le résumé ou la synthèse de ce cirque volant communicationnel est celui-ci : on attribue à l’Arc Minier (créé en 2017) toute la dévastation causée par un exercice irresponsable, esclavagiste et déprédatrice de l’exploitation minière pendant les deux siècles antérieurs. Il n’a servi à rien d’informer, intensément et de manière soutenue, sur le fait que l’Arc Minier est la réponse de l’État pour diminuer la pollution engendrée par l’activité extractiviste, pour faire que la classe ouvrière (travailleurs de la petite exploitation minière) s’engagent à une exploitation plus propre et responsable, pour préserver les zones sacrées et peuplées par les peuples indigènes. Toujours revient la campagne qui rejette la faute sur l’État vénézuélien de générer ce qu’il vient en réalité éradiquer et corriger.

Le contexte est le suivant. Il y a des territoires au nord de l’état de Bolivar (sud du Venezuela, limitrophe avec le Brésil et le territoire de l’Essequibo) où on pratique depuis 200 ans l’exploitation minière, moyenne et à grande échelle. Dans ces zones s’est développé, comme dans toute ville ou conglomérat humain produit par les dynamiques économiques extractivistes, un réseau de mafias, prostitution et drogues, pollution au mercure, dévastation des zones naturelles, présence de transnationales (dans la seconde moitié du vingtième siècle) et corruption. Pour ces raisons, l’Etat a décrété un plan, applicable dans des zones spécifiques de ces territoires, baptisé Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque. L’État vénézuélien avait une dette historique envers les habitants de cette région et de tout le Venezuela, qui consistait à reprendre le contrôle souverain de ce territoire et de ses ressources, et cela ne peuvent le faire à eux seuls ni le gouverneur de Bolivar, ni les Forces Armées, ni l’entreprise privée, ni un ministère. L’Arc Minier compte parmi ses principes directeurs le respect des peuples indigènes, la protection de zones où il n’est ni nécessaire ni pertinent de développer l’exploitation minière, la mise en œuvre de techniques et de méthodes moins toxiques et moins destructrices que l’usage traditionnel du mercure, et la dignification et la relance de la petite exploitation (activité dont vivent des milliers de familles depuis plusieurs générations) alors que se réduit et se régule l’exploitation minière à grande échelle. Il est faux que vont être dévastés 111.800 kilomètres carrés de forêt, comme le dit la propagande contre l’Arc Minier: le décret estime que moins de 5 pour cent de ce territoire sera directement affecté, et que cela est suffisant pour extraire les ressources du sous-sol.

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Le gros de la campagne contre l’Arc Minier s’est appuyé sur des images et des témoignages recueillis dans les zones minières… avant le décret gouvernemental. Fleuves éteints et réduits à des puits stériles pleins de mercure, vastes zones forestières dévastées. Il s’est avéré incroyablement difficile d’expliquer aux groupes d’opinion créés à ce sujet comprennent que l’Arc Minier est une solution potentielle à ces dévastations et non leur origine.

Tandis que cette propagande négative se renforce et que se déploient des sites informatifs ( http://arcominerodelorinoco.com/ ) financés par la NED (National Endowment for Democracy (cette façade montée par le Département d’État pour “laver” ou filtrer ses rétributions aux mouvements anticommunistes, progressistes et anti-vénézuéliens d’Amérique) charriant tous les préjugés et les mensonges proférés contre l’AMO, le travail sur le terrain a commencé à démontrer son efficacité en matière de captation souveraine et responsable de ressources. Le Venezuela a produit entre 2012 et 2016, 5,1 tonnes d’or, avec des processus conventionnels et l’intervention minière à grande échelle. En seulement huit mois à partir de l’activation de l’Arc Minier de l’Orénoque, la production a atteint 8,6 tonnes. Ces 8,6 tonnes ont été converties en lingots et entreposées dans les chambres fortes de la Banque Centrale du Venezuela, pour grossir les réserves internationales, les actifs de la République.

Le cas le plus récent et vérifiable du pillage de l’or vénézuélien est celui de Curaçao, une dépendance hollandaise des Caraïbes proche de nos côtes: cette île a exporté 2.300 millions de dollars en or entre 2010 et 2015, sans posséder une seule mine d’or…

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L’explication de ce saut olympique tient à deux facteurs d’explication: le contrôle effectif des ressources exploitées, qui auparavant “s’évadaient“ impunément par d’autres pays à travers les fleuves et les forêts, et l’encadrement de la petite exploitation minière, jusqu’ici considérée comme illégale et objet de persécution.

Classe ouvrière et communautés de mineurs

Dans la petite exploitation se trouve la clef, non seulement de l’augmentation de la production mais de l’humanisation et de la reconnaissance de l’activité minière. Les travailleurs se sont organisés en Conseil Populaire Minier, et cette instance de travailleurs maintient une relation net une coordination directes avec l’État. En échange de cette reconnaissance ce sont les travailleurs organisés qui concrétisent et massifient les instructions et la philosophie de l’Arc Miner : petit à petit on élimine l’usage du mercure (la technologie d’extraction par cyanure et charbon actif est moins risquée et moins polluante), on réalise un recensement des travailleurs qui interviennent dans le processus, on vérifie l’accomplissement des engagements centraux: les ressources extraites ne sont vendues qu’à l’État (un coup porté aux mafias transnationales) et les zones protégées et les territoires indigènes sont respectés et préservés.

De nombreux activistes de l’agroécologie, et beaucoup d’entre nous, défenseurs d’une agriculture propre et liée à la terre, souhaiteraient que l’exploitation minière soit proscrite come activité économique. Mais dans des territoires où il y a des communautés qui vivent de la petite exploitation minière depuis plusieurs générations cette élimination ne serait pas possible sans perpétrer un véritable génocide. Après avoir longtemps tourné le dos à l’exploitation minière l’État vénézuélien a permis que croissent des phénomènes parallèles et pervers de l’extractivisme criminelle à grande échelle et la délinquance organisée qui a pillé ces ressources durant des siècles.

Il y aura certainement une opposition au projet, et le discours transversal continuera à être la perversion de l’activité minière en tant qu’activité extractiviste. Toute attaque transnationale, corporative ou de gouvernements ennemis, sera compréhensible et logique. La difficulté sera de concilier le discours de groupes environnementalistes (authentiques ou manipulés) du Venezuela qui continueraient à attaquer l’exploitation minière pendant que l’on continue à se servir de l’activité minière par antonomasie : la pétrolière. Attaquer l’activité minière pendant qu’on vit du pétrole : c’est le paradoxe fondamental de ces étranges temps de furie antivénézuélienne.

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L’assemblée informative commence avec les mineurs, avant d’initier le recensement. Ils sont dans une communauté proche de Tumeremo, mais plus proche du territoire de l’Essequibo, où sont arrivés au bout d’un voyage de plusieurs heures en barque. Les jeunes du Ministère du Développement Écologique expliquent le motif de leur présence : quelques hommes interviennent, interrompent, veulent parler tous à la fois, par moments la conversation se fait lourde et difficile. Soudain arrive un monsieur qui veut mettre « de l’ordre » à sa manière : il sort un pistolet et tire vers le toit. Alors les autres se taisent. Sachez-le : il y a beaucoup de façons de faire respecter un droit de parole.

Pendant trois mois une équipe de techniciens et de professionnels du Ministère du Pouvoir Populaire pour le Développement Minier Écologique, accompagnés par des jeunes garçons et filles de la Mission Piar et du Plan Travail pour les jeunes, formé dans sa majorité par des jeunes de 17 à 35 ans, ont décidé d’abandonner leur confort pour se submerger dans la forêt et créer à la sueur de leur front, le Registre Unique des Mineurs (RUM); pour connaître et faire connaître de près la réalité des peuples miniers qui habitent l’Arc.

Ainsi formulé, cela pourrait sembler n’être qu’une action de plus de la bureaucratie d’État. Jusqu’à ce qu’on se rende compte des données profondes du contexte et que l’exploit soit mesuré à sa juste valeur : il y avait des endroits où aucune institution de l’État n’avait jamais mis les pieds, et c’est là où ces jeunes garçons et filles ont dû se rendre, se plongeant dans des zones où se déplacent des groupes et des individus qui exercent le contrôle et l’autorité sans discussion possible. Ces derniers qui ont oublié un (gros) détail : cette région fait partie d’un pays où il y a des lois et des institutions. La Révolution a décidé de ne pas le leur expliquer à coups de tanks, d’avions et d’infanterie (ce à quoi on pense souvent dans cette situation) mais en envoyant des jeunes armés d’un sourire, d’une dose de naïveté, et de l’envie de travailler. A la tête de cette équipe chevauche Félix Caraballo, un lutteur de La Vega qui jusqu’il y a peu de mois n’en savait pas beaucoup sur les mines mais pas mal sur les dimensions humaines de l’organisation sociale.

Auparavant le mineur arrivait à un lieu où l’information était centralisée; cette fois, avec l’appui des organisations populaires et de mineurs organisés, plus de 70 jeunes ont habité chez eux, dans les mines d’or de l’état Bolívar. C’est là, dans cet autre Venezuela, caché pour la majorité, qu’ils ont déambulé, embrassant avec vigueur et apprenant avec les neurones frais une réalité en marge du quotidien.

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Le travail du Registre Unique des Mineurs

Petits et (grands) mineurs : de la mitraille à l’hymne national

Liss Lares a 30 ans, est sociologue et assistante adjointe à la Direction Générale de la Gestion Productive de la Petite Exploitation Minière; elle a fait partie de cette équipe qui est partie dans la forêt à la recherche de ces vénézuéliens demi-oubliés. “Nous sommes restés dans les mines des municipalités de El Callao, Cedeño et Piar; nous avons dormis dans des espaces seulement pourvus d’un toit, dans des hamacs ou sans hamacs, avec une moustiquaire, dans des zones ou rôde le paludisme, où il y a des dynamiques de violence. Nous avons mangé ce que mangent les mineurs, car c’est de ce que cela qu’il s’agissait. Pour nous ce fut un processus transformateur, nous avons toujours été disposés à arriver aux mines les plus profondes et nous avons réussi à atteindre la tâche que nous nous étions fixée”.

Le Registre Unique Minier a eu pour objet la caractérisation des zones consacrées à l’exploitation minière et à ses réalités connexes: qui sont les mineurs, d’où ils viennent, quels sont les attentes de ces personnes qui vont chercher de l’or et d’autres ressources minérales de la terre. Liss était particulièrement intéressée de connaître la situation de la femme; créer cet instrument qui permettra à l’État d’orienter les politiques sociales avec l’appui du peuple des travailleurs de la mine, fut une bonne occasion de s’approcher de cette réalité.

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Liss Lares, s’acclimatant au rythme minier

Pour le dire avec élégance et décence, les femmes sont les personnes qui ont vécu les pires choses dans un territoire et une activité où abondent, parmi les mineurs de vieille souche et qui ont construit une culture de travail, des aventuriers de partout du Venezuela et d’autres pays, qui lorsqu’ils arrivent à une zone minière (à une “bulla”: c’est le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté) installent en grappe un campement chaotique et insalubre, couvert de baraques et de toits de plastique; ils s’organisent pour perforer des trous de plusieurs mètres de profondeur, sortir les “moulins” et récupérer de l’or à raison d’un gramme par 200 kilos de matériel brut. Dans la culture du mineur, tout travailleur nouveau qui sort ses premiers grammes d’or doit les dépenser dans les currutelas (bordels), où les jeunes filles se font payer en grammes (un gramme valait 5 millions de bolivars en décembre). Il y a aussi des femmes qui travaillent à creuser le sol mais la stigmatisation fait que toute femme qui travaille comme mineuse soit qualifiée ou traitée comme un objet sexuel.

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Une “bulla” : le lieu où quand on découvre de l’or commence à se former une communauté

Hilgardo Medina travaille comme analyste au ministère, sa préoccupation principale est l’impact environnemental que provoque l’exploitation minière. Dans un véhicule du style Fun Race il a voyagé huit heures de Tumeremo jusqu’à la mine de Botanamo. Tenter de récupérer la couche végétale superficielle où on note les dommages environnementaux est la raison d’être de ce qu’on appelle l’« exploitation minière écologique”, et qui ont éveillé tant de doutes et de soupçons chez des personnes qui croient tout savoir de la mine mais ne sont jamais allés à aucune d’elles. “C’est le lieu où on accède le plus difficilement, ce n’est pas un problème d’accès physique mais la difficulté d’accéder à la conscience du mineur”, dit Hilgardo. “A Botanamo, il y a deux ans, il y a eu une opération de la garde nationale qui a démantelé le campement des mineurs pour trouver le chef d’une bande criminelle qui opérait sur ce territoire. Quand les mineurs ont repris le territoire ils se sont réinstallés comme une organisation populaire, avec leurs règles internes pour restituer l’ordre et avec un grand niveau de conscience. Aujourd’hui quand ils nous ont reçu ils ont chanté l’hymne national”.

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Mineurs en condition d’artisans

Alexandra Meneses, ingénieure géologue, diplômée de l’Université d’Orient, a 26 ans et bien que sa spécialité soit le pétrole, sa vocation sociale l’a poussée à rejoindre cette équipe. Durant cinq semaines elle a parcouru les différentes zones pour parvenir aux fronts miniers et inspecter, géoréférencer (à l’aide du GPS) chacune des communautés productives. “Un jour nous sommes arrivés à la Mine de Hoja de Lata, située dans la municipalité de El Callao, à neuf heures du soir. A cette heure nous avons dressé le campement; le jour suivant nous nous sommes éveillé à 5 h. 30 pour nous doucher avec un demi seau d’eau et déjeuner entourés de chèvres, de vaches, de chiens et de coqs. Parfois nous marchions pendant deux heures et en arrivant à la mine nous nous mettions à travailler immédiatement avec les gens, mais très tôt on se réunissait avec l’équipe pour préparer l’assemblée d’introduction avec les mineurs, pour les informer de ce que nous étions en train de faire sur place. Ensuite nous revenions à El Callao comme point de rencontre pour laver les vêtements, se reposer et réunir les données que nous avions recueillies”.

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Saydubi Santana est de Caracas, elle a 25 ans, est activiste de la communauté de la diversité sexuelle et était chargée de l’enregistrement audiovisuel. Durant le parcours de six heures aller/retour à El Chivao en barque, elle est tombée malade à El Dorado, et vu les symptômes, a dû être rapatriée parce qu’on soupçonnait le paludisme. Finalement on a su que c’était autre chose : un parasite qui s’était introduit par les pieds. Le paludisme fait peur à cause de ses séquelles : tu l’attrapes une seule fois et l’organisme s’en ressent toute la vie. Elle était en train d’apprendre tout ça quand elle rencontra un mineur qui avait souffert réellement du paludisme… mais 79 fois. “Voir autant d’enfants malades de paludisme, voir des jeunes filles de 15 ans travailler dans un bordel pour survivre au coût de la vie élevé, observer la division marquée des rôles de genre, c’est-à-dire l’homme à la mine et la femme à la cuisine, c’est quelque chose de réellement très choquant”. On suppose que l’Arc Minier a été créé pour mettre un terme à ces choses choquantes mais, à cause de la propagande, beaucoup de gens continuent à croire que ce fut l’Arc Minier qui a créé ces maux. Qu’allons-nous y faire ? Un jour nous apprendrons à écouter des histoires de la voix de ceux qui se sont plongés dans l’Histoire.

José Roberto Duque et César Vázquez

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/ et http://epaleccs.info/chambeando-en-otra-venezuela/. Photos: José Roberto Duque et Emilio Guzmán

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-3Yn

Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)

Démontez la désinformation de Courrier International (1) et la “chargée de l’Amérique Latine” Sabine Grandadam vous répondra qu’il n’y a pas de désinformation puisque ses sources sont “pluralistes”. Tout comme Thomas Cluzel (France-Culture), auteur d’un record de mensonges en cinq minutes (2) : “Je ne fais qu’une revue de presse internationale”. Tout le monde sait pourtant que l’information est passée sous le contrôle de grands groupes privés et que sous l’apparente “diversité” il y a peu de chances de trouver une dissonance avec la doxa. Ainsi, l’internationale médiatique fait campagne contre des États souverains comme l’Équateur, le Venezuela ou l’Argentine parce qu’ils font ce que toute démocratie doit faire : équilibrer la propriété des médias, desserrer l’étau du monopole privé en permettant aux secteurs public et associatif d’exister à parts égales (3). Une évidence difficile à comprendre pour Cluzel ou Grandadam puisque leur survie dépend sans doute du fait qu’ils ne la “comprennent” pas.

Pour nous parler du récent Sommet des Amériques en tout “pluralisme” (5), Courrier International a choisi cinq sources :

1 – El Nuevo Herald (États-Unis, droite souvent extrême, en pointe contre la gauche latino, propriété de la McClatchy Company, groupe propriétaire de 31 autres publications)

2 – El Universal (Venezuela, droite, propriété de l’entreprise privée espagnole Torreangulo Arte Gráfico et de Industrias Gráficas Bohe).

3 – El País (Espagne, autre fer de lance des campagnes contre la gauche latino, propriété du groupe PRISA. Impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 contre le président Chavez (4), ce groupe est actionnaire à 12% du Monde et propriétaire de dizaines de télévisions, radios, revues, journaux dans 22 pays d’Amérique Latine et d’Europe).

4 – Daniel Lansberg-Rodriguez, politologue étasunien connu pour sa critique du “totalitarisme constitutionnel” de la gauche latino-américaine.

5 – Foreign Policy (États-Unis, droite, propriété de Graham Holdings Company, conglomérat propriétaire de The Washington Post, Newsweek., Slate, Graham Media Group, chaînes de télévisions, entreprises privées de santé, etc..)

Aucun média de gauche. Aucun média public. Aucun média associatif. Aucun gouvernement progressiste. Aucun des mouvements sociaux organisateurs du Sommet des Peuples qui ont travaillé parallèlement au Sommet des chefs d’État, sur des thèmes aussi anodins que la lutte pour l’emploi, le travail et un salaire digne, la sécurité sociale, les retraites, les négociations collectives, la syndicalisation, le droit de grève, la santé au travail, les droits économiques et sociaux, le respect des migrants et des afro-descendants, l’éradication du travail des enfants et de l’esclavage, l’égalité de genre, et dont les porte-paroles étaient pourtant accessibles à tout instant. Cumbre de Los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate. Cumbre de los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate.

Le “pluralisme” de Courrier International sur ce Sommet des Amériques, ce sont les médias conservateurs, privés, de préférence étasuniens.

L’article qui en résulte (5), c’est un peu le “plan média” de Washington : il fallait tout miser sur la photo de la poignée de main Obama-Castro pour redonner un look actif à la fin de mandat plutôt frustrante de l’occupant de la Maison Blanche. En réalité, ce n‘est pas grâce à Barack Obama que Cuba était présent pour la première fois depuis 1962 à un sommet de l’OEA mais à la pression constante, unitaire, des gouvernements latino-américains. Dans son intervention, Cristina Fernández a rappelé : « Cuba est aujourd’hui parmi nous parce qu’il a lutté pendant 60 ans avec une dignité sans précédents ». Obama, lui, n’avait rien apporté de neuf : dans les “mois qui viennent” il devrait en principe étudier la levée de l’embargo toujours en vigueur et fermer Guantanamo, base militaire et centre de tortures installée sur le territoire cubain.

CCVEyu9W4AAucu3Face au rejet unitaire par la CELAC, l’UNASUR, l’ALBA, PetroCaribe, le Groupe des 77 + la Chine et le Mouvement des Non-Alignés du décret traitant le Venezuela de “menace pour la sécurité des États-Unis”, Obama avait tenté in extremis de limiter les dégâts en divisant les latino-américains. La veille du Sommet, il découvrait que tout compte fait, “le Venezuela n’est pas une menace”. Mais les latino-américains pensent aussi. Pendant le Sommet, Barack Obama a dû écouter la dénonciation unanime de la violation du droit international que représente son décret. Il finira par abandonner l’assemblée plénière avant que Cristina Fernández n’intervienne : « La première chose que j’ai faite en apprenant l’existence de ce décret, ce fut de rire. Une menace ? C’est incroyable. C’est ridicule. Le général Perón disait qu’on revient de partout, sauf du ridicule ».

Dès l’extinction des feux médiatiques, la sous-secrétaire d’État Roberta Jacobson a rappelé que Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. Démentant les propos d’Obama sur la fin des ingérences, le Pentagone renforce sa présence en Colombie, au Honduras et au Pérou, déploie la IVème flotte, multiplie les opérations secrètes et l’espionnage des télécommunications.

Mais puisqu’il faut à tout prix “sauver le soldat Obama”, Courrier International martèle la vulgate : les militaires et civils arrêtés au Venezuela parce qu’ils préparaient un coup d’État l’ont été pour leurs “opinions”. Nul doute que si Salvador Allende et d’autres président élus démocratiquement avaient réussi à empêcher les coups d’État planifiés par Washington en faisant arrêter les Pinochet et consorts, Courrier International aurait lancé une campagne pour la libération de ces “prisonniers politiques”. (6)

Bref, oublions cet hebdomadaire qui n’a de valeur que comme témoin d’une nord-américanisation médiatique en France, et revenons au réel latino-américain, plus que copieux.

Un mouvement irréversible

Le véritable événement du Sommet des Amériques 2015, ce n’est bien sûr pas une photo, fût-elle celle d’Obama-et-Castro. C’est l’irréversibilité du mouvement de fond entamé en 2001 sous l’impulsion de Chavez, Kirchner et Lula, lorsque fut enterré le Traité de Libre Commerce que voulaient imposer les États-Unis, le Mexique et le Canada. »Qu’il est loin ce décembre 1994, note la journaliste argentine Telma Luzzani, quand Bill Clinton annonçait que les pays du continent américain devraient tous faire partie de l’ALCA, un seul marché sans barrières ! » (7).

21 ans plus tard, une CELAC indépendante remplace une OEA sous influence de Washington; l’UNASUR demande aux États-Unis de retirer leurs bases militaires (8); l’Amérique Latine signe d’importants accords de coopération avec la Chine et les BRICS; la Banque du Sud est sur le point d’être inaugurée. Pour le politologue argentin Juan Manuel Karg, le fait que les États-Unis et le Canada refusent de signer le document approuvé à l’unanimité par les 33 chanceliers d’Amérique Latine et des Caraïbes souligne cette distance croissante entre Nord isolé et Sud unifié de l’Amérique (9).CCVbrl0WIAAHOHn.jpglarge-632x356

Même la tentative d’Obama d’affaiblir PetroCaribe en profitant de la baisse des cours du pétrole n’a pas fonctionné : c’est d’une voix pratiquement unanime que les États des Caraïbes ont salué les bienfaits économiques et sociaux du programme de solidarité énergétique lancé en 2005 par Hugo Chavez.

La propagande peut-elle arrêter l’Histoire ? C’est ce que que croit encore Paulo Paranagua qui avait promis aux lecteurs du “Monde” qu’”Obama arrivait en position de force face à une Amérique Latine divisée” (sic). La même obsession du contrepied lui avait fait écrire à la mort de Hugo Chavez que “celui-ci avait nui à l’unité latino-américaine” au moment précis où l’ensemble des gouvernements, y compris de droite, ainsi que des organismes d’intégration et des mouvements sociaux du continent saluaient “l’œuvre du principal artisan de l’unité latino-américaine”…(10)

Une dimension populaire invisible pour les médias

Il y a eu, aussi, cet immense contraste dont aucun média occidental n’a rendu compte : d’un côté la dialectique entre peuples et leaders progressistes d’Amérique Latine; de l’autre, la solitude des pouvoirs du Nord. Pendant qu’Eduardo Galeano accomplissait son dernier geste public en signant l’appel à abroger le décret d’Obama, à Caracas Evo Morales le signait aux côtés de Nicolas Maduro, face à des milliers de vénézuéliens.ag_8678142862650311-632x752pueblo en Caracas para apoyar la entrega de 10 millones de firmas contra el decreto Obama

Dès son arrivée à Panama, le président bolivarien est allé à la rencontre d’autres invisibles des médias: les familles des milliers de victimes massacrées par les soldats étasuniens lors de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989. Dans le quartier martyr de El Chorrillo, Maduro a reçu du « même peuple » qu’à Caracas 2000 signatures de plus contre le décret Obama et une lettre des familles des victimes de l’invasion, qu’il a remise au président Obama.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Nicolas Maduro

CCPoaroUkAAeItEAu Sommet des Peuples organisé en parallèle à l’officiel, Maduro, Morales et Correa ont poursuivi leur dialogue avec les mouvements sociaux. “L’important n’est pas de voter tous les cinq ans, mais d’être tous les acteurs actifs des décisions politiques” a rappelé le président vénézuélien. Pendant ce temps, dans un couloir du Sommet des États, le président mexicain, qui mène dans son pays – avec l’appui en armement des États-Unis – une destruction systématique des mouvements sociaux (dont le massacre de Ayotzinapa n’est que la pointe émergée) s’offrait un selfie avec l’empereur de la transnationale Facebook.

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L’Équateur.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a été le premier à s’exprimer avec force, exigeant l’abrogation du décret Obama : « le décret pris par le président Obama contre le Venezuela, viole de manière flagrante le droit international, et plus précisément, la teneur de l’article 3 de la Charte de l’OEA. En réponse, les pays de la région ont massivement rejeté ce décret et ont également demandé son abrogation. Désormais, nos peuples n’acceptent plus les mises sous tutelle, les ingérences et les interventions dans leurs affaires intérieures ». Rappelant les morts du quartier El Chorrillo (1989) lors de l’intervention des USA destinée à chasser du pouvoir le dictateur Manuel Noriega – qu’ils avaient dans un premier temps imposé – Rafael Correa a relevé que « la mémoire collective des peuples de ce continent est saturée des abus et des ingérences».

Le Brésil.

La présidente en exercice Dilma Roussef a signalé  : « la dynamique en cours, des relations au sein de l’hémisphère, n’admet plus les mesures unilatérales et les décisions politiques qui sont prises sous le sceau du secret. Parce qu’en général, elles s’avèrent être contre-productives et inefficaces. Par conséquent, nous rejetons l’adoption de sanctions contre le Venezuela. Le contexte dans lequel ce pays frère évolue, requiert la modération, mais aussi le rapprochement des positions de toutes les parties concernées. C’est dans ce but, que l’Unasur travaille, afin d’appuyer le dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition vénézuelienne. Nous nous employons également à faire en sorte que toutes les parties respectent les règles démocratiques inhérentes à l’État de droit. »

 

Cuba.

Raul Castro, président de Cuba a dit sous les applaudissements que « le Venezuela n’est pas et ne peut représenter une menace pour la sécurité nationale d’une super-puissance comme les USA. Il est bon que le président nord-américain l’ait reconnu. Je réaffirme notre soutien résolu et loyal à la République Bolivarienne sœur, du Venezuela, à son gouvernement légitime, à l’union civico-militaire dirigée par Nicolas Maduro. Mais aussi au peuple bolivarien et chaviste qui lutte, tout en suivant sa propre voie ; qui fait face aux tentatives de déstabilisations, aux sanctions unilatérales dont nous réclamons la levée. »

Raul Castro a conclu en demandant «l’abrogation du décret – même si c’est difficile légalement – que notre communauté interprèterait comme une contribution au dialogue et à la compréhension mutuelle au sein de notre hémisphère. Nous savons ce qui se passe…il est également probable que de tous les pays réunis ici, c’est nous qui comprenions le mieux le processus en cours au Venezuela. Il en est ainsi, non pas parce que nous cherchons à nous immiscer, non pas parce que nous nous efforçons d’exercer notre influence, sur le cours des choses. Il en est ainsi non pas parce qu’on nous rapporte tout ce qui se déroule là-bas. Nous savons tout cela, car nous sommes passés par les mêmes épreuves que le Venezuela en ce moment. Et il est en train de subir des agressions identiques à celles dont nous avons eu à souffrir ! En tout cas une bonne part d’entre elles.»

 

L’Argentine.

Pour sa part, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, s’est prononcée d’une manière forte contre les sanctions prononcées par Obama : « Il est honteux que le déroulement de ce Sommet soit entaché par cette décision. Nous demandons de conserve avec les autres pays frères, que ce décret soit écarté. Toutefois, je n’en appellerai pas à la souveraineté, et ne verserai pas non plus de larmes. Je m’appuierai sur le bon sens. Le général Perón disait que l’on peut revenir de tout, sauf du ridicule. Et il est absolument ridicule de considérer que l’un d’entre nous, constituerait une menace. Je suis par ailleurs satisfaite de participer en ma qualité de présidente à la dernière réunion de ce sommet, car il s’agit d’un événement historique. Pour la première fois en effet, le Sommet des Amériques reçoit Cuba »

Il faut préciser que lors de cette intervention, Obama avait déjà quitté la séance plénière.

« Nous en étions là, quand survint soudainement la nouvelle de la signature de ce décret, déclarant que la République Bolivarienne sœur du Venezuela, représentait une menace pour la sécurité des USA. Je dois vous avouer qu’à l’écoute de cette annonce, je me suis dit : il y a une erreur. Ils doivent vouloir dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique menée ; qu’ils condamnent cette politique. Mais non. On m’a remis le document. Une menace pour la sécurité des États-Unis. La première réponse qui me soit venue à l’esprit, n’a pas été une flamboyante répartie anti-impérialiste. J’ai éclaté de rire. Il est hautement improbable -cela frise le ridicule- que le Venezuela ou l’un des pays de notre continent puisse représenter une menace pour la première puissance du monde ».

« Au-delà de l’idée que nous nous faisons des USA, on ne peut manquer de reconnaître que ce pays est la plus grande puissance sur les plans militaire, économique, financier et scientifique. Il est pourvu d’un budget militaire s’élevant à 640 milliards de dollars. Dans ces conditions, les États-Unis devraient combattre d’une manière effective le narcotrafic et l’immigration illégale ». La présidente a comparé ce budget militaire à celui du Venezuela qui y consacre quant à lui, « 1 ou 2 milliards de dollars, voire un peu plus ». Cristina Fernandez de Kirchner a questionné : « comment concevoir que le Venezuela représente une menace pour la plus grande puissance du monde ? ».

Elle a également rappelé, qu’Obama lui-même se vantait devant ses compatriotes que son pays était le plus puissant de la planète ; que son budget militaire dépasse de 20 fois celui de l’Iran.

« Personne ne peut croire à cette menace du Venezuela. Tout comme personne ne peut envisager que l’Argentine représenterait une menace pour le Royaume-Uni ». Elle se référait ici à cette revendication historique de l’Argentine qui réclame la souveraineté sur les Iles Malouines (enjeu d’un affrontement militaire entre les deux pays en 1982). « J’ai été frappé par la similitude et la simultanéité de ces deux prises de position », a-t-elle conclu.

 

Trinidad et Tobago.

De même, Madame Kamla Persad-Bissessar, le premier ministre de Trinidad y Tobago a fait observer que la célébration de l’accueil de Cuba à ce Sommet des Amériques, coïncide avec la signature du décret visant le Venezuela.

« Président Maduro, je demande qu’une fois encore, nous élevions collectivement et individuellement notre voix. En tant que nations de la région, nous nous devons d’élever notre voix contre ce décret, dont vous nous avez rappelé qu’il existe un précédent, qui a été suivi d’une invasion. Bien que ce décret n’a pas été accompagné d’une déclaration de guerre, ou de tout acte du même genre, cette initiative nous inquiète au plus haut point ».

« Je souhaite ajouter que lorsque les  »éléphants » se mettent à jouer et à danser, c’est l’herbe qu’ils foulent qui en pâtit. Nous autres au Caricom, sommes nous cette « herbe menue ?» Nous sommes de petits pays, très soucieux de leur indépendance, et très en faveur de la démocratie et de la primauté du droit. Il en résulte que nous croyons à la souveraineté des nations, c’est pourquoi nous sommes avec vous, Président Maduro. En défense de votre souveraineté, de votre droit à l’autodétermination. Mais aussi pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, je demande que tout le monde autour de cette table, en parle et croit en cela. Il faut faire ce que nous avons à faire, dès maintenant, et agir de notre mieux, afin d’aboutir à l’élimination de ce décret ».

Kamla Persad-Bissessar a également souligné que tous les pays membres de la Celac (Communauté d’États latino-américains et caraïbes) ont signé la demande d’abrogation de ce décret ; que la Caricom (Communauté caribéenne) est constituée de 14 des 33 nations faisant partie de cette organisation. Le Sommet des Amériques réunit quant à lui, 35 nations, à quoi il convient d’ajouter les USA et le Canada : « 33 d’entre elles ont déclaré que le décret était inutile et qu’il devait être retiré. Nous travaillons dans ce sens. Caricom a du poids: presque la moitié des pays constituant la Celac et le Sommet des Amériques. Ainsi donc, bien qu’étant de petits pays, nous nous faisons entendre parce qu’en la matière, nous sommes unis ».

 

La Bolivie.

Le président bolivien, Evo Morales a prononcé un discours fortement anti-impérialiste. A trois reprises, il a soulevé la question du décret de Barack Obama visant le Venezuela. « Aujourd’hui, ce sont nos peuples qui écrivent l’histoire. Sur le plan politique, économique et militaire, notre Amérique latine et les Caraïbes, ont longtemps été prises en otage par l’Empire, en vertu de la doctrine Monroe nord-américaine :  »L’Amérique aux Nord-américains ». Nous ne voulons plus de Monroe sur notre continent. Nous ne voulons plus de doctrine Truman, plus de doctrine Reagan, plus de doctrine Bush. Nous ne voulons plus de décrets présidentiels, plus d’ordres de l’exécutif, qui déclarent que nos pays représentent une menace. Nous ne souhaitons plus être mis sous surveillance, que nos téléphones soient piratés, que l’on séquestre des avions présidentiels. Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix ! »

« De quelle démocratie parle-t-on, lorsque l’on transforme un peuple révolutionnaire tel que celui du Venezuela, en une menace pour la sécurité nationale ? Le peuple vénézuelien, tout comme ceux de l’Amérique latine et des Caraïbes, ne représentent une menace pour quiconque. La solidarité, la justice, l’égalité, les idées, sont nos seules armes. Nous luttons pour que nos concitoyens puissent jouir d’une vie décente, digne d’un être humain. Selon cette logique, tous les gouvernements d’Amérique latine représentent une menace évidente pour la sécurité des USA ! La menace qui pèse sur les USA, ne provient d’aucun des peuples de l’Amérique latine. Elle est le résultat de leurs propres erreurs, de leur condition d’empire et de leur capacité à déclencher partout des guerres, là où la paix devrait régner ».

Evo Morales a également dénoncé le fait « qu’il n’est pas possible pour eux (les USA) d’expulser du Sommet, l’ensemble de nos mouvements sociaux. 33 pays appuient le Venezuela, et qu’un ou deux pays appuient le décret qui menace non seulement le Venezuela, mais aussi toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Sœurs et frères : puisque les USA sont l’une des plus grandes puissances du monde, alors je prie le Président Obama de faire en sorte que l’Amérique soit un continent de paix et de justice sociale. Président Obama, si vous considérez être le dirigeant d’une puissance planétaire, je vous demande de protéger la Terre Mère, pour que l’Humanité puisse être sauvée ».

 

L’Uruguay.

Le président uruguayen Tabaré Vasquez a condamné la menace latente que les USA font planer sur le droit à l’auto-détermination des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il a également prôné le respect des principes garantissant la pleine expression du droit international, tout en exigeant la non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Il a aussi émis le vœu que l’on travaille au règlement pacifique des différends.

Tabaré Vasquez a par ailleurs précisé qu’il était impossible de ne pas inclure à l’ordre du jour de cette assemblée plénière, l’agression commise contre la souveraineté du Venezuela, faisant suite à la signature du décret pris par le président des USA, Barack Obama, le 9 mars dernier. « Pour le dire brièvement et clairement : comme nous l’avons d’ores et déjà exprimé à l’occasion de rencontres bilatérales ou multilatérales -UNASUR et OEA- nous rejetons le décret du Gouvernement des États-Unis, ce qui illustre bien notre engagement en faveur du plein respect du droit international, du règlement pacifique des différends, mais aussi du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Tout en soulignant qu’en absence de discussion, il n’y aura pas d’issue possible, le président Vasquez a précisé : « Pour le Venezuela, nous appelons au dialogue, toutes les parties en présence ». Le président uruguayen a réitéré son appel à ce que les gouvernements s’abstiennent d’appliquer des mesures coercitives et unilatérales, qui contreviennent au droit international. Il a aussi rendu hommage au rétablissement des relations entre Cuba et les USA, la participation de l’île à ce Sommet en étant l’une des manifestations : « Il convient également de le garder à l’esprit. Nous saluons la présence de Cuba à ce Sommet, dont elle n’aurait jamais dû être absente ». Vasquez s’est également félicité de l’ouverture d’un dialogue de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des conversations qui se déroulent depuis 2012, à la Havane.

Le Salvador.

Le président salvadorien, Salvador Sanchez Ceren, a réclamé l’abrogation du décret signé par le président Obama, le 9 mars dernier. « Je ne peux manquer de noter » a-t-il dit, « que les récentes mesures récemment prises par les USA contre le Venezuela, ont aggravé les tensions entre les deux nations. Ces mesures ont également un impact sur le climat de paix et de concorde, que nous promouvons en Amérique latine. Il est important de se rappeler que tout au long de notre histoire, aucune des mesures unilatérales prises par un État contre un autre n’a résolu quoi que ce soit. Bien au contraire, les problèmes se sont approfondis. Par conséquent, en vertu de ce constat, et invoquant le principe de l’auto-détermination des peuples, nous considérons que le décret récemment pris contre le Venezuela devrait être annulé ». Le président a par ailleurs fait ressortir la participation de Cuba à ce Sommet, pour la première fois depuis son exclusion de l’OEA en 1962.

« Pour la première fois, tous les pays de l’Hémisphère sont réunis, pour atteindre un objectif commun, et travailler conjointement pour le bien-être de nos peuples ». Le président a également salué les progrès accomplis par l’île et le Gouvernement des États-Unis, en vue du rétablissement des relations diplomatiques entre les 2 pays. Et ce, après 50 années d’hostilités entretenues par les USA contre Cuba.

Antigua y Barbuda.

Le premier ministre d’Antigua y Barbudo, Gaston Browne, a condamné samedi le décret pris par le président des États-Unis Barack Obama, par lequel il déclare que le Venezuela représente « une menace » pour la sécurité nationale, et la politique étrangère de son pays. Une action qui a été condamnée par nombre de gouvernements et d’organisations d’intégration dans le monde. Il s’est également félicité du rétablissement des relations entre les USA et Cuba, et de la participation à ce Sommet, de cette île des Caraïbes. G Browne a appelé les pays de l’hémisphère à travailler de manière conjointe, pour lutter contre la pauvreté et offrir des emplois décents à tous ceux qui font partie de ce continent. « Continuons à travailler ensemble, solidairement, pour le progrès des peuples de cet hémisphère » a-t-il conclu.

Le Nicaragua.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega a observé que le décret pris par le président des États-Unis, Barack Obama contre le Venezuela, a mis à mal le consensus qui aurait pu conduire à la déclaration finale de ce VIIème Sommet des Amériques (Panama), rassemblant 35 nations du continent.

« Qui est le provocateur ? Les USA. Qui a fait du mal à ce Sommet ? Les USA. Pourquoi ce Sommet ne se termine-t-il pas, par une déclaration finale ? A cause des USA. Qui a fait du mal à ce Sommet en focalisant sur lui, les préoccupations politiques de ce Sommet ? C’est le décret. Par conséquent, ce dernier a empêché d’aboutir à tout accord sur une résolution commune. »

Le président a dédié une grande partie de son discours à l’énumération des nombreuses interventions et invasions visant les pays de l’Amérique centrale, dont les USA ont été les auteurs. Il a par ailleurs écarté l’hypothèse selon laquelle ces dernières se justifiaient du fait de la Guerre Froide, parce que la plupart ont été perpétrées, bien avant la création de l’Union soviétique. Il a précisé que le décret d’Obama est alarmant parce qu’il se situe dans le droit fil de ces ingérences et interventions.

Daniel Ortega a aussi rappelé les propos du président du Panama, Juan Carlos Valera : 97% du document final résultent d’un consensus sur les aspects économiques, sociaux et autres thèmes abordés. Toutefois, les 3% restant, relatif au volet politique ont été rejetés par les USA. Le président du Nicaragua a également insisté sur le fait que le décret Obama remettant en cause la souveraineté du Venezuela, est un coup porté à l’Amérique tout entière.

Il a en outre observé que le rétablissement des relations entre Cuba et les USA, peut être interprété comme un geste d’Obama. « Indubitablement, toute l’Amérique latine se sent concernée par ce geste. (…) Cependant, les USA se retournent maintenant contre le Venezuela, au prétexte que ce ne serait pas un pays  »démocratique ». Un pays dans lequel se sont déroulées 20 consultations électorales, ne serait pas une démocratie ? Le Venezuela incarne désormais le mal. On tend la main à droite, et l’on porte un coup à gauche ».

 

San Vicente et las Granadinas

Ralph Gonsalves, premier ministre, a exprimé sa préoccupation “face aux actions exécutives qui traitent la République du Venezuela comme une menace, et face aux sanctions, qui marquent un continuel manque de respect pour l’autonomie de ce pays. La situation qui menace le Venezuela nous menace tous. Le Venezuela a été et reste un partenaire, un ami, un pays qui a travaillé pour la paix et l’intégration entre toutes les nations d’Amérique. Caractériser le Venezuela comme une menace ou Cuba comme pays pro-terrroriste, sont des mensonges”.

Les blocus et les décrets sur des menaces attentent contre notre idéal de prospérité, de développement conjoint et de collaboration que nous appuyions ici , où nous avons besoin de respect et de dialogue”.

Jamaïque

Portia Simpson-Miller, premier ministre : “Les accords offerts par le gouvernement du Venezuela à travers Petrocaribe sont un des meilleurs exemples de coopération nord-sud et résument bien l’esprit de ce sommet : prospérité avec équité. Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier une fois de plus le président Maduro pour cet appui continuel apporté par le Venezuela à notre pays”.

Haïti

Michel Martelly, président : “Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un grand hommage au peuple et au gouvernement du Venezuela, en particulier au président Maduro, et lui donner nos remerciements pour l’alliance et la solidarité exprimées concrètement travers des programmes comme PetroCaribe initié par feu le Président Hugo Chávez Frías. Ce programme dont bénéficient une grande majorité de peuples des Caraïbes et de l’Amérique centrale, constitue une aide inestimable pour le peuple d’Haïti, sans lui nous n’aurions pas été en mesure de faire face à des besoins fondamentaux”.

Thierry Deronne, Caracas, 15 avril 2015

Traduction des interventions des chefs d’État : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) « Courrier International », le produit offshore du « Monde », 18 février 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/18/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde/

(2) Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, 12 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

(3) C’est selon la loi ce que devrait faire le CSA en France. Il est vrai que malgré quarante ans de théorie critique des médias, la gauche occidentale n’a pas eu le courage de passer à la pratique et de démocratiser la propriété des médias.. hâtant ainsi sa propre disparition.

(4) Voir à ce sujet l’étude du conseiller parlementaire espagnol José Manuel Fernández (Izquierda Unida) : “Prisa por el Golpe”, http://www.ehu.eus/mediaberri/00tik10arte/08%20Astea/Investigaci%F3n%20realizada%20IU%20venezuela.htm

(5) “Diplomatie : une poignée de main historique entre Obama et Castro”, http://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-une-poignee-de-main-historique-entre-obama-et-castro

(6) Sur ce coup d’État, lire le récit d’Ignacio Ramonet, La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela, 7 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/07/la-tentative-de-coup-detat-contre-le-venezuela-par-ignacio-ramonet/

(7)  “EE.UU ya no marca la agenda”, http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-270363-2015-04-12.htmlTelma Luzzani

(8) L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine 5 avril 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/05/lunasur-exige-des-etats-unis-quils-retirent-leurs-bases-militaires-damerique-latine/

(9) Les États-Unis ont motivé leur refus par leur désaccord avec six points : le transfert de technologies sans conditions, le combat contre le changement climatique, la reconnaissance de la santé comme droit humain, l’accès sûr et fiable aux technologies de l’information et le respect de la privacité, et l’annulation du décret Obama contre le Vénézuela. Lire aussi de Juan Manuel Karg, América Latina después de Panamá, http://alainet.org/es/articulo/168918

(10) Lire « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale », par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

Interventions des chefs d’État collectées par Luigino Bracci :  http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/cumbre-americas-rafael-correa-dilma-rousseff-evo-morales-cristina-fernandez-rechazan-orden-ejecutiva-obama/

 

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L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine

« L’Argentine représente une menace pour nous ». C’est en usant d’un argument semblable à celui du président Obama au sujet du Venezuela que Londres vient d’augmenter sa présence militaire dans les îles Malouines, en plein territoire argentin. María Cristina Perceval, ambassadrice de l’Argentine aux Nations Unies, a dénoncé cet acte hostile auprès du secrétaire général Ban Ki-moon, ainsi que du Comité Spécial de Décolonisation et du Groupe des 77 + la Chine : « Nous, qui ne sommes pas une menace, nous menacerions ceux qui de manière constante nous menacent. Nous défendons les principes de souveraineté, de dialogue et d’intégrité territoriale alors que le Royaume-Uni utilise ce thème comme un mécanisme dégradant dans sa politique intérieure. La voie de la violence n’a pas sa place dans une zone de paix et de coopération comme l’est l’Atlantique Sud.”

anexo_2_portaaviones_de_la_iv_flotaParallèlement, dans le cadre de la contention des démocraties de gauche, les États-Unis renforcent leur présence militaire en Amérique latine. En février 2015, sous l’argument de « combattre le trafic de drogue et le terrorisme », le gouvernement péruvien a approuvé l’augmentation demandée par Washington d’une augmentation de son contingent de 125 a 3.200 marines en 2015, qui seront répartis dans les sept bases étasuniennes installées au Pérou. Le gouvernement péruvien – membre de « L’Alliance Pacifique » proche de Washington et dont font partie aussi le Chili, le Mexique et la Colombie – a également octroyé à la IVème Flotte trois ports pour qu’elle puisse héberger et ravitailler ses navires de guerre.

Par ailleurs, la base aérienne étasunienne de Soto Cano, au Honduras – que l’on appelle également « Palmerola » et qui se situe à 86 km de Tegucigalpa – a reçu ce mercredi le renfort d’une nouvelle unité spéciale. La base de Soto Cano, qui accueille en permanence un effectif de 500 à 600 soldats américains, va voir 250 marines supplémentaires s’ajouter à ces forces. Ils seront accompagnés d’au moins 4 hélicoptères lourds, et d’un catamaran amphibie à grande vitesse, conçu pour le transport de troupes et de matériel de port à port, dans le cadre de l’ouverture d’un théâtre d’opération militaire. La nouvelle unité sera définitivement opérationnelle entre juin et novembre.

bases-yanquisCes effectifs supplémentaires sont censés répondre « à une situation de crise ». Officiellement, leur mission consiste à collaborer avec l’armée hondurienne, améliorer sa formation, apporter une assistance humanitaire, et participer à des « opérations anti-drogue »  (SPMAGTF-South). L’arrivée de cette nouvelle force est concomitante de la venue au Honduras de John Kelly, le chef du Commandement Sud de l’armée américaine, qui a participé à la Conférence sur la sécurité transnationale Centraméricaine. Les représentants et chefs des armées de 14 pays étaient présents, dont le Canada, le Mexique, la Colombie, la République Dominicaine, Haïti et le Costa Rica.

En 2009, le président de la République hondurienne -Manuel Zelaya- avait manifesté son intention de transformer Soto Cano en aéroport civil, avec le financement de l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques). Cette décision avait été rejetée par l’ambassadeur des États-Unis au Honduras et peu après, en juin 2009, Manuel Zelaya avait été renversé par un coup d’État. Soto Cano – clé de voûte de la défense des intérêts américains dans la région – servit alors d’appui logistique pour l’arrestation et l’expulsion du territoire du président. En France le quotidien « Libération », notamment, avait justifié ce coup d’État sous la plume de Gérard Thomas, avec l’argument que « Zelaya avait joué avec le feu ». Depuis, le Honduras a vu des centaines de militants des mouvements sociaux et des dizaines de journalistes assassinés sélectivement avec l’appui de formateurs de la police venus de Colombie et d’Israël, et Soto Cano est resté un aéroport militaire sous contrôle des États-Unis.

Bases-militares-en-ColombiaEnfin, la sous-secrétaire d’État américaine à la Défense Mary Beth Long, a félicité les forces armées de Colombie d’avoir pris en compte la « menace » éventuelle que pourrait représenter le Venezuela, apportant ainsi une réponse à ceux qui se demandaient quelles seraient les missions futures d’une armée forte de 500 000 hommes, une fois résolu -par le biais d’un accord entre les parties- le conflit avec la guérilla colombienne.

La réponse de l’UNASUR

samper-unasur-630x378Dans ce contexte qui pourrait voir le décret du président Obama désignant le Venezuela comme « une menace extraordinaire et inhabituelle contre les États-Unis » se transformer en conflit armé, Ernesto Samper, le secrétaire général de l’UNASUR – qui regroupe les douze nations sud-américaines, a proposé lundi, l’élimination de toutes les bases militaires américaines implantées sur le territoire de l’Amérique latine, les considérant comme des anachronismes « de l’époque de la Guerre Froide ».

C’est dans la perspective du Sommet des Amériques qui se tiendra au Panama, les 10 et 11 avril prochains, que l’ex-président colombien Ernesto Samper a déclaré : « qu’il n’y ait plus de bases militaires nord-américaines en Amérique du Sud, constituerait un bon départ pour le nouvel agenda des relations à établir entre les USA et l’Amérique Latine ».

Opposant une fin de non recevoir aux mesures unilatérales prises par les USA à l’encontre du Venezuela, Samper considère qu’il serait temps de repenser les relations entre le Gouvernement des États-Unis et l’ensemble des pays de la région. En cela, la conférence qui se déroulera prochainement au Panama arrive à point nommé : « dans un monde globalisé comme le nôtre, il n’est pas possible de préconiser des règles du jeu pour l’économie à l’échelle mondiale, tout en imposant l’unilatéralisme dans le domaine politique. Aucun pays n’est en droit de juger de la conduite d’un autre, et moins encore de lui imposer des sanctions ou des pénalités pour son propre compte ». Ernesto Samper a condamné le fait qu’ «un pays qui n’adhère pas formellement au système inter-américain de protection des Droits de l’Homme (Les États-Unis, NdT), s’érige en juge ».

Il a souligné que la rencontre entre le président de Cuba, Raul Castro, et son homologue nord-américain Barack Obama, est l’un des moments attendus de ce Sommet. Samper a également insisté sur le fait qu’il serait important de procéder à un tour d’horizon sur la nécessité de lever le blocus économique imposé à Cuba et qui reste en vigueur malgré les négociations actuelles. De plus, selon le secrétaire général de l’UNASUR, il faudra aborder d’« autres thèmes que ceux pour lesquels les USA manifestent un intérêt ».

… et des États-Unis

Roberta-Jacobson-Departamento-Latinoamerica-AP_NACIMA20130228_0470_6La sous-secrétaire d’État des États-Unis pour l’Amérique Latine, Roberta Jacobson, a déclaré ce vendredi être « déçue » par la réaction et le large soutien des pays latino-américains au Venezuela face aux sanctions et au décret adoptés par le président étasunien Barack Obama

Au terme de sa participation à une conférence au centre d’Études Brookings à Washington, dans laquelle elle a abordé le prochain Sommet des Amériques qui aura lieu à Panama les 10 et 11 avril, Jacobson a déclaré que « les mots sont importants, comme le ton sur lequel on dit ces mots. Le ton qu’utilisent maintenant les leaders latino-américains diabolise les États-Unis comme si c’était la source des problèmes du Venezuela alors que ce n’est pas le cas. Cela nous empêche d’avancer de façon pragmatique. J’ai été déçue qu’il n’y ait pas plus de pays qui défendent le fait que les sanctions n’étaient pas destinées à faire des dommages aux Vénézuéliens ou au gouvernement vénézuélien dans son ensemble » a expliqué la diplomate.

La sous-secrétaire d’État étasunienne a argumenté que les sanctions « contre certains fonctionnaires vénézuéliens ont été très spécifiques et que l’Administration Obama s’est refusée à prendre toute mesure tant qu’il y avait un espoir de dialogue entre le gouvernement de Nicolas Maduro et l’opposition. Mais il est arrivé un moment où on ne percevait pas de volonté claire de trouver des solutions qui iraient dans la bonne direction, nous avons vu encore plus d’arrestations et aucune libération importante.»

Rappelons que suite à une énième tentative de coup d’État contre le gouvernement vénézuélien et le président Maduro, élu en 2013, plusieurs organisateurs du putsch – militaires et civils comme Antonio Ledezma – ont été arrêtés. Ils ont aussitôt été transformés en “prisonniers politiques” par des médias qui épousent la vision de la Maison Blanche et mettent en doute ou passent sous silence les actions violentes d’extrême-droite ou la préparation de coups d’État contre des démocraties de gauche en Amérique Latine, tels “Le Monde” ou “Libération” (France).

Sources : http://www.telesurtv.net/ , http://www.resumenlatinoamericano.org/2015/04/03/ee-uu-admite-fracaso-en-su-agresion-contra-venezuela/ et http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/03/31/propone-unasur-eliminacion-de-las-bases-militares-en-latinoamerica-infografia/#.VRyL9fyG-88

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla

Cinq théologiens et activistes écrivent à Obama sur le VenezuelaCher président Obama,

Nous te saluons comme un frère, disciple de Jésus, avec tout l’amour et le respect que nous devons, conformément à notre voeu, même à ceux qui se sont comportés avec nous en ennemis.

Qu’est-ce qui t’est arrivé, cher frère ? Qu’est-il advenu de cet intrépide et lumineux Obama qui, en 2008 et à travers sa campagne présidentielle, a parlé de changement, d’un VRAI changement qui emporterait l’adhésion du peuple? Tu as redonné l’espoir à des millions de personnes, non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde, à nous y compris.

Nous nous rappelons des sondages d’opinion recensant un nombre étrangement significatif d’afroaméricains qui n’étaient pas favorables à ton élection, non pas parce que ils ne t’aimaient pas, ou qu’ils n’étaient pas d’accord avec les valeurs que tu défendais. Ils t’aimaient trop. Ils craignaient ton assassinat par le complexe industriel-militaire et financier, qui serait certainement passé à l’acte si tu avais eu le courage de l’affronter avec ta vision et ta promesse que les Etats-Unis fassent à nouveau partie de la communauté humaine.

Tu es bien placé pour savoir que les Etats-Unis ont toujours été le pays le plus haï dans l’histoire du monde pour son arrogance et son obsession nationaliste, diabolique, de domination planétaire. Contrairement à des leaders comme Ronald Reagan et Georges W. Bush, qui ne se sont pas distingués par leur intelligence, tu es sans nul doute une personne douée d’intelligence. De plus, tu as manifesté un attachement à des valeurs morales et éthiques profondément ancrées, et une adhésion aux valeurs prônées par Jésus, et de fait, par tous les grands leaders spirituels du monde, quelle que soit leur religion.

Ce qui nous presse, cher frère, de t’écrire cette lettre, c’est le décret exécutif extrêmement honteux d’urgence nationale que tu as pris le 9 mars 2015 en déclarant que « la situation au Venezuela représente une menace inhabituelle et et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis ». Ce qui n’est pas sans nous rappeler la décision ordonnée par Reagan, il y a plus de trente ans, de déclencher la guerre des Contras contre le Nicaragua dans les années 80. Cette décision, que nous considérons comme honteuse et extrêmement hypocrite est en plus une violation flagrante du droit international: Il s’agit bien d’une menace d’user de la force contre le Venezuela, et en même temps une incitation pour tes valets vénézuéliens de poursuivre leurs efforts pour déstabiliser le pays.

Tu devrais savoir, cher frère, qu’en Amérique Latine, il existe un sentiment croissant d’unité et de solidarité, dans toute cette région Latino-américaine et afro-antillaise que le peuple considère comme la terre de ses ancêtres.

En même temps que nous rejetons ton ordre exécutif arrogant et interventionniste, nous t’adjurons de te tourner vers Jésus, la fraternité et la solidarité, et de rejeter une fois pour toutes, les démons de la cupidité, de la guerre et de la domination planétaire.

Nous continuerons de prier pour toi et tes proches. Ton pays est notre monde.

Sois assuré de la grâce infinie de Dieu, si toutefois tu ne lui tournes pas le dos.

Amour et bénédiction,

Miguel d’Escoto Brockmann, Prêtre Maryknoll, Nicaragua

Pedro Casaldáliga, Évêque, Brésil

Ramsey Clark, États-Unis

Leonardo Boff, Brésil

Thomas Gumbleton, Evêque, États-Unis

Copie : Pape François

Sources (anglais) : https://fromcentralamerica.wordpress.com/2015/03/13/letter-to-obama/

(espagnol) : http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/03/13/importantes-teologos-y-activistas-envian-carta-a-obama-denunciando-injerencia-de-eeuu-en-venezuela/

Traduction : Philippe Tasquin

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Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret contre le Venezuela

unasur-oficx1x.jpg_1718483346 Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Vénézuéla le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.

Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “avec la pleine actualité du droit international, la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” et, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ont appelé tout gouvernement “à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international”. Les participants à la réunion de Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique “des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basée sur les príncipes de souveraineté des peuples« .

En outre, le porte-parole a rappelé que l’UNASUR poursuivra sa mission d’accompagnement du “plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit”. La semaine passée la délégation de l’UNASUR s’était rendue à Caracas pour enquêter sur la tentative de coup d’État du 12 février contre le gouvernement de Nicolas Maduro, avait invité les diverses forces politiques à un réunion et s’était entretenue avec les autorités du Centre National Électoral. Au terme de ces travaux, le président de l’UNASUR, l’ex–président colombien Ernesto Samper, avait rejeté l’ ingérence extérieure et recommandé à l’opposition de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence.

Une position réaffirmée ce samedi par le chancelier uruguayen : “L’Unasur considère que la situation intérieure du Venezuela doit être résolue par les mécanismes prévus dans la Constitution vénézuélienne” et offre son plein appui dans le cadre de l’observation des prochaines élections législatives prévues cette année au Venezuela,  “convaincue de l’importance de maintenir l’ordre constitutionnel, la démocratie et la plus totale permanence des droits humains fondamentaux de l’Unasur”.

Pour rappel, le lundi 9 mars 2015, le gouvernement des États-Unis avait franchi un nouveau seuil dans les menaces vis-à-vis du Venezuela lorsque le président Barack Obama avait signé un ordre exécutif décrétant “l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure” (sic). Ce document avait, en peu de jours, suscité une solidarité active avec le Venezuela de la part des mouvements sociaux latino-américains et de collectifs du monde entier qui ont défilé à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à Managua, à La Havane, etc.. jusqu’à Madrid : collectifs citoyens, mouvements étudiants, syndicats de travailleurs, mouvements paysans comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil CAB6QwnWUAElRHT

Marche de soutien au Venezuela á Buenos Aires

Marche de soutien à Buenos Aires

Marche de soutien au Vénézuéla á Brasilia

Marche de soutien à Brasilia

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré : “Comment ne pas rejeter avec indignation cette barbarie ! A l’époque des dictatures des années 70, c’était quelque chose de commun mais aujourd’hui, en plein XXIème siècle ! Le droit international existe ! Que l’on soit ou non d’accord avec le gouvernement de Nicolas Maduro, la plus élémentaire des dignités nous oblige, en tant que latino-américains, à rejeter tant d’arrogance, tant d’unilatéralisme, tant d’impérialisme. Nous en avons assez ! Quelle honte !”. Pour l’ex-Président Mujica, dire que « le Venezuela est une menace est une folie, nous en avons assez de l’intromission permanemte des États-Unis ! » et  le président bolivien Evo Morales a exigé au président Obama de présenter ses excuses à l’Amérique Latine.

Des théologiens brésiliens de la Libération comme le père franciscain Leonardo Boff et l’évêque Pedro Casaldáliga, le Père nicaraguayen Miguel d’Escoto, ex-Président de l’Assemblée des Nations-Unies, ainsi que l’évêque Thomas Gumbleton et l’ex-Procureur Général des États-Unis Ramsey Clark, ont  écrit au président Obama pour lui demander de retirer son décret. “Nous qualifions d’honteux et de profondément hypocrite votre décret. Il constitue également une violation flagrante du droit international en tant que menace d’usage de la force contre le Venezuela et en tant qu’encouragement à vos agents vénézuéliens pour qu’ils continuent à déstabiliser le pays”. (1)

T.D., Caracas, 14 mars 2015.

Note: (1) Lire Cinq théologiens et activistes des droits humains écrivent à Obama sur le Vénézuéla, http://wp.me/p2ahp2-1NG

Message envoyé à la Maison Blanche par la population de l'État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

Message personnel envoyé à la Maison Blanche par la population de l’État de Falcon (Venezuela), depuis le Parc National Médanos de Coro, le 12 mars 2015.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1N7

L’unité latinoaméricaine comme projet historique

Monica Bruckmann

Monica Bruckmann

La plupart des journalistes occidentaux ignorant le mouvement historique incarné récemment par l’inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur, puis par le sommet de la CELAC (Communauté des États Latinoaméricains et des Caraïbes) avec la Chine et son plan d’investissements massifs pour 2015-2019, nous livrons l’éclairage de Monica Bruckmann, Docteur en science politique, professeure du Département de Science Politique de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro et Directrice de Recherche de la chaire UNESCO sur l’Économie globale et le Développement Durable.

Siége de l?UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Siége de l’UNASUR, inauguré en Équateur le 5 décembre 2014

Inauguration du siège de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014) en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

Inauguration du siège de l’UNASUR en présence notamment des chefs d’État Horacio Cartes (Paraguay), Dési Bouterse (Surinam), José Mujica (Uruguay), Dilma Roussef (Brésil),Cristina Fernandez (Argentine), Rafael Correa (Équateur), Juan Manuel Santos (Colombie), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Michele Bachelet (Chili) ainsi que d’Ernesto Samper, ex-Président de la Colombie et Secrétaire Général de l’organisme.

La conjoncture latinoaméricaine contemporaine est marquée par de grandes avancées dans les projets et processus d’intégration régionale (1). C’est la première fois dans l’histoire que la région a une densité diplomatique aussi dynamique, un ensemble si vaste et divers de mécanismes d’échange et d’action politique conjointe. À la dynamique complexe d’intégration des nations, se joint également l’intégration des peuples et des mouvements populaires, avec un pouvoir croissant de pression sociale et de participation à l’élaboration des politiques publiques qui reflète l’affirmation du mouvement démocratique. Dans ce contexte, il est un principe qui demande toujours plus de centralité, c’est celui de la souveraineté, comme la capacité d’autodétermination des États, des nations, des peuples et des communautés.
Le débat actuel autour de l’intégration régionale et de ses perspectives possède de forts antécédents qui montrent la profondeur de l’unité latino-américaine comme projet historique. Sans nous attarder plus longuement sur le développement de ces antécédents, nous cherchons à présenter quelques exemples de ce qui constitue les bases doctrinaires de l’actuel processus d’intégration régionale. Cette approche montre surtout, les limites d’une tentative de conversion de ce processus d’intégration en un simple échange commercial.

Intégration régionale et projet stratégique

La géopolitique de l’intégration régionale latino-américaine est profondément affectée par une dispute des intérêts entre le projet hégémonique des États-Unis, exprimé dans une stratégie complexe de domination et d’appropriation des ressources naturelles considérées ’« vitales », ce qui convertit l’accès à ces ressources, qui se trouvent essentiellement hors du territoire continental et d’outre-mer des États-Unis, en un sujet de « sécurité nationale » pour ce pays. D’autre part, des processus d’intégration régionale se développent hérités des luttes continentales pour l’indépendance pendant le 19ème siècle, qui rencontrent dans la rénovation du bolivarianisme un projet d’affirmation souveraine qui a avancé et s’est approfondi au cours des dernières années.
Cependant, le renforcement de l’intégration régionale exige une nouvelle vision stratégique élaborée à partir d’une vaste discussion sur la dynamique et les tendances du système mondial, l’émergence des nouvelles puissances à l’échelle globale, et le développement d’une vision géopolitique qui articule les intérêts en jeu et la conformation de nouvelles territorialités à partir d’un grand mouvement social du ’« bas vers le haut ». Ce moment d’élaboration de la pensée régionale a pour défi la construction d’une stratégie de réappropriation sociale des ressources naturelles et de leur gestion économique et scientifique, ce qui exige une rediscussion approfondie de la notion-même de développement, du concept-même de souveraineté et de la position de l’Amérique Latine dans la géopolitique mondiale.
L’analyse des diverses dimensions qu’implique la dispute globale pour les ressources naturelles considérées stratégiques, requiert un bilan de l’histoire mondiale récente qui a pour aspect fondamental, l’émergence de la Chine. La nouvelle centralité de la Chine dans l’économie et la politique mondiale nous conduit à souligner l’importance de l’approche de longue durée (du point de vue Braudélien) et des processus de civilisation dans la construction des instruments théorico-méthodologiques pour l’analyse de la conjoncture. Dans ce contexte, et avec une approche qui s’efforce de capturer la complexité du monde contemporain, la question stratégique transcende largement le cadre de la politique de sécurité et de la défense nationale, pour s’insérer dans l’analyse des processus historiques de longues durées et de la dimension civilisatrice des visions stratégiques.
L’Amérique Latine a, en relation avec la Chine, une opportunité historique de développer une coopération stratégique à long terme, visant à rompre la relation de dépendance qui marqua son insertion dans le système mondial. Il convient à la région de profiter de cette opportunité ou de reproduire la logique de la dépendance et la dynamique d’exportation des matières premières à faible valeur ajoutée, qui a pour base la logique de ce qu’on appelle l’extractivisme, qui étranger à tout projet national, restreint notre horizon économique aux intérêts des économies centrales et des entreprises transnationales qui deviennent les agents économiques de ces intérêts.
Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

Forum CELAC-Chine, les 8 et 9 janvier 2015 à Beijing

De l’hégémonie unipolaire à l’hégémonie partagée

Pendant la dernière décennie, le débat théorique et politique a été profondément marqué par la crise de l’hégémonie unipolaire et par la configuration d’un espace global avec hégémonie partagée, ou multipolaire. L’importance économique et politique croissante des puissances émergentes, ceux que l’on nomme « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et, récemment, Afrique du Sud), posent des éléments nouveaux afin de repenser la dynamique économique et politique d’un monde multipolaire, où les processus et projets d’intégration régionale se convertissent en mécanismes nécessaires pour la compartimentation du pouvoir mondial et régional et pour le renforcement des projets de développement par et pour le Sud.

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Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela) et Rafael Correa (Équateur) en Chine les 5 et 6 janvier 2015

La collaboration sud-sud puise son inspiration plus profonde dans l’affirmation de la lutte anti-coloniale du tiers monde et dans l’apparition des pays non-alignés. La Conférence de Bandung, qui s’est tenue en avril 1955, représenta un des moments les plus importants de ce processus. Ce rassemblement, auquel participèrent 23 pays asiatiques et 5 africains, se nourrit des principes de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste, élaborant un vaste appel d’autodétermination et de développement des peuples basé sur la solidarité et la coopération économique et culturelle et cherchant à créer un espace politique indépendant quant aux blocs militaires et la confrontation entre États-Unis et l’Union Soviétique durant la période de la Guerre Froide. Le thème principal était porté sur les luttes nationales pour l’indépendance, l’éradication de la pauvreté et le développement économique, au travers des organisations régionales et des politiques économiques de coopération entre les pays du tiers monde.
Sommet de Bandung (1955)

Sommet de Bandung (1955)

L’esprit de Bandung a permit de créer un vaste consensus entre les principaux leaders et les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine par rapport à l’affirmation de la paix et les principes de coexistence pacifique, à un moment où le monde vivait une situation d’extrême tension et de menace de guerre : l’invasion du Guatemala organisée par les États-Unis pour renverser le président Jacobo Árbenz, le déplacement de la Septième Flotte des États-Unis vers la mer de Chine, la substitution des troupes françaises par les troupes états-uniennes dans la région sud du Vietnam, après la défaite française à Dien Bien Phu en 1954 et la guerre de Corée (1950-1953).
Les cinq principes de coexistence pacifique, proposés par le premier ministre chinois Chou En-lai et ratifiés par le premier ministre hindou Jawaharlal Neru en 1954 : pas d’agression, pas d’intervention dans les affaires internes d’autres États, égalité et avantages mutuels et coexistence pacifique, ont été repris par la Conférence de Bandung comme partie des dix principes généraux, qui incluaient :
  • le respect des droits fondamentaux en accord avec la Charte de l’ONU de 1948
  • respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations
  • reconnaissance de l’égalité de toutes les races et nations, indépendamment de leur taille
  • pas d’intervention et ni d’ingérence dans les affaires internes d’autres pays
  • respect des droits de chaque nation à se défendre, individuellement ou collectivement en accord avec la Charte de l’ONU
  • refus de participer aux préparatifs de défense destinés à servir les intérêts particuliers des superpuissances
  • abstention de tout acte ou menace d’agression ou emploi de force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’autres pays
  • solution pacifique des conflits internationaux, en accord avec la Charte de l’ONU
  • encouragement des intérêts communs de coopération
  • respect de la justice et des obligations internationales
Le Mouvement des non-alignés a donné du contenu diplomatique, aux Nations Unies, à ses lignes d’action. Sous influence latino-américaine se créé la United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD). Émergent également des expressions radicales de la lutte politique révolutionnaire, comme l’organisation Trilatérale, qui se crée à La Havane, en 1973. L’émergence de gouvernements comme celui de Velasco Alvarado au Pérou, de Juan José Torres en Bolivie, de Omar Torrijos au Panamá, de Salvador Allende au Chili, et le retour d’Eva Peron en Argentine, conduisent à des initiatives de l’État qui s’expriment dans la transformation de la ALALC en ALADI (Association Latino-américaine d’Intégration). Le Système Économique Latino-américain et de la Caraïbe (SELA) est également créé en 1975, destiné à l’étude de l’intégration régionale et à la formulation de ses politiques. Cependant, l’organisation interétatique la plus forte se créé en 1960 avec l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Dans le même temps, le vote de la « Charte des Droits et Devoirs Économiques des États », en 1972, promue par le président mexicain Luis Echeverría, consacre les principes du non-alignement aux Nations Unies.
Les initiatives internationales qui forment partie de cette offensive du tiers monde sont diverses, qui voit dans la victoire de la révolution vietnamienne et la libération du Laos et du Cambodge une épopée de la lutte anti-impérialiste mondiale. La réponse du centre impérial à cette offense commence à s’articuler autour de la formation de la Commission Trilatérale (Trilateral Commission) en 1973, qui réunit les États-Unis, l’Europe et le Japon avec pour stratégie la récupération du pouvoir mondial. Cette stratégie atteindra ses résultats dans la décennie de 1980, pendant les gouvernements de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et s’exprime dans l’établissement de l’hégémonie de la pensée unique qui réussit, à transformer le Glanost et la Perestroika, commencées par les soviétiques, grâce à dissolution de l’Union Soviétique.
Pendant la décennie de 1990 débutent de forts mouvements de restructuration de l’offensive des gouvernements et des mouvements du tiers monde, qui voit dans la réussite économique de la Chine et de l’Inde et, en partie, du Brésil au début du 21ème siècle, une recherche de formes institutionnelles qui expriment cette nouvelle situation.
Si dans la décennie de 1970 se créa le Groupe des 7 principaux pays développés (G7), dans les années 2000, en plus de l’incorporation de la Russie, sont inclus également plusieurs pays émergents composant le groupe des 20 (G20). Le principe de l’hégémonie partagée est ainsi consacré comme successeur des désastres causés par la politique de l’unilatéralisme qui a été imposée avec le gouvernement de Bush fils.
L’héritage historique des luttes du tiers monde se révèle de grande utilité pour une stratégie d’affirmation d’un système multipolaire et pour orienter, d’un point de vue stratégique, le processus d’intégration latino-américaine et son impact sur la géopolitique mondiale contemporaine.
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Sommet de l’UNASUR en Équateur (5 décembre 2014)

L’Amérique Latine et la construction de l’unité continentale

Dans le même temps, l’Amérique Latine vit un processus à travers duquel la diplomatie régionale acquiert une densité inconnue jusqu’alors. Un ensemble de nouvelles articulations se traduisent en institutions sous-régionales, régionales et continentales, qui transforment le processus d’intégration en une réalité complexe qui implique des chefs d’État, ministères des relations étrangères et diverses autres agences nationales, qui en même temps, est accompagné d’un processus d’intégration des peuples et des mouvements sociaux, incluant les syndicats et les mouvements des agriculteurs et des étudiants qui avaient déjà une certaine tradition de l’intégration régionale.
Quant aux sciences sociales, un processus croissant d’intégration régionale s’est développé avec de nouvelles institutions d’étude, des universités et des réseaux académiques qui permettent d’avancer vers l’étude de la problématique régionale, en renforçant une vision d’ensemble. Peut-être que certains des exemples les plus remarquables de ce processus sont le Conseil Latinoaméricain de Sciences Sociales (CLACSO), dont la première session s’est organisée à Lima, en 1968 ; ou la Faculté Latinoaméricaine de Sciences Sociales (FLACSO), qui se créé en 1954, au Chili, et ensuite, s’étend à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à l’Équateur et à l’Amérique Centrale.
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Dans le domaine de la recherche se sont créés, après la Commission économique pour l’Amérique Latine (CEPAL), le Centre Latinoaméricain et Caribéen de Démographie (CELADE), au Chili (1957) ; la Escolatina (master à l’université du Chili), dans le secteur de l’économie (Chili) ;l’Institut Latinoaméricain de Planification Économique et Sociale (ILPES) ; la Maîtrise Latinoaméricaine de l’Administration Publique de la Fondation Getulio Vargas, au Brésil ; le Conseil Supérieur Universitaire Centre-Américain (CSUCA), qui coordonne les universités de cette sous-région ; la Coordination des Universités du Cône Sud et, plus récemment, le Forum Universitaire du Mercosur (FOMERCO) et l’Université d’Intégration Latinoaméricaine (UNILA), qui a son siège dans la ville aux trois frontières, Foz de Iguaçu (Brésil). Parmi les diverses associations professionnelles qui se sont constituées au fil des dernières décennies se distinguent l’Association d’Économistes d’Amérique Latine et de la Caraïbe (AEALC) et l’Association Latinoaméricaine de Sociologie (ALAS). Cela montre que sont en train de se créer des conditions pour une intégration à long terme par l’intermédiaire d’un réseau d’institutions qui permettent la coopération et l’échange sur divers domaines de la connaissance.
Un bilan historique un minimum informé montre la densité croissante de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus.
Les parlements latinoaméricains du Mercosur, de la Communauté Andine, du Traité de Coopération Amazonienne, sont également des mécanismes de développement du processus d’intégration. Ce cadre institutionnel croissant ouvre le chemin pour le débat sur une stratégie commune sudaméricaine et latinoaméricaine, avec des possibilités de se convertir en des politiques concrètes. Le renforcement du Mercosur et la création postérieure de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ; l’impact croissant sous-régional de la Communauté et Marché Commun de la Caraïbe, qui actuellement porte le nom de Communauté Caribéenne (Caricom) et plus récemment, la création de l’Union des Nations Suraméricaines (UNASUR) et celle de la Communauté d’États latinoaméricains et caraïbes (CELAC), sont l’expression de la densité croissante et du dynamisme de l’intégration régionale, contrairement à ce que les défenseurs du panaméricanisme plaident, qui disqualifient systématiquement les avancées de ce processus et qui persistent dans leurs tentatives visant à déstabiliser et affaiblir un projet historique d’unité des peuples de la région qui se révèle, en dernier ressort, comme un projet historique de longue durée.
Monica Bruckmann
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement, Nº500 de décembre 2014 qui traite du thème « América Latina : Cuestiones de fondo »
Note :

Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie accordent l’asile politique à Edward Snowden

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Nicolas Maduro en compagnie de Daniel Ortega, Managua. Nicaragua, juin 2013

« Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis, vous écris pour demander l’asile à la république du Nicaragua étant donné le risque que je cours d’être poursuivi par le gouvernement et ses agents » (...) « Etant donné les circonstances, il est improbable que j’aie un procès juste ou que je sois traité de façon convenable avant le procès, et je risque la prison à vie ou même la mort » (..) « Mon cas est très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, emprisonné et traité de manière inhumaine. « 

Ce 5 juillet à Caracas, lors des cérémonies des 202 ans d’indépendance du Venezuela, le président Nicolas Maduro a annoncé publiquement, comme l’a fait de son côté le président Ortega pour le Nicaragua, que le Venezuela a décidé de répondre favorablement à la demande d’asile politique présentée par le citoyen états-unien Edward Snowden.

Il a précisé que d’autres pays latino-américains agiront de même pour protéger le jeune informaticien de la persécution du gouvernement Obama et a salué celui qui est devenu un héros universel des libertés citoyennes en dénonçant le système mondial d’espionnage des communications, téléphonie et internet par la CIA (notamment dirigé contre les gouvernements européens). « Les États-Unis craignent les prochaines révélations de Snowden » a ajouté Maduro. Le 7 juillet le président Evo Morales a lui aussi annoncé sa décision de lui accorder l’asile politique vu les menaces dont il est l’objet, au cas où il en faisait la demande à la Bolivie.

Thank you, Venezuela !

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Le cinéaste Michael Moore a remercié le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua depuis son site www.michaelmoore.com  : « En offrant l’asile à Edward Snowden, vous aidez quelqu’un qui nous a tous aidés ici aux États-Unis ».

Le président du Comité d’Intelligence de la Chambre des Représentants des États-Unis, Mike Rogers, a annoncé sur CNN des représailles et des sanctions contre les nations latino-américaines.

L’hedomadaire allemand Der Spiegel a publié ce dimanche une entrevue dans laquelle Snowden explique que les espions de la NSA « travaillent la main dans la main avec les services secrets allemands et ceux de la la majorité des autres pays occidentaux et que cette étroite collaboration vise notamment à protéger des dirigeants politiques de l’indignation publique. »

Le quotidien brésilien O’Globo Paulo note que les documents libérés indiquent que le Brésil est un des principaux pays visés par le programme de surveillance de la NSA, aux côtés de la Chine, La Russie, l’Iran et le Pakistan. 2,3 milliards d’appels téléphoniques et de mails brésiliens ont été interceptés en dix ans. Le gouvernement de Dilma Roussef a d’ores et déjà exigé des explications à l’administration Obama.

Snowden se trouve depuis le 23 juin en zone de transit à Moscou. Alors que les Etats-Unis veulent l’emprisonner pour… “espionnage” et ont annulé son passeport, celui-ci avait déposé des demandes d’asile politique auprès d’une vingtaine de pays.

Le gouvernement français a refusé jeudi, sur instruction de Washington, de donner une suite favorable à sa demande.

Le président du Venezuela a rappelé que tout en persécutant Snowden, le  gouvernement des États-Unis maintient sous sa protection le terroriste Posada Carriles et refuse son extradition au Venezuela (ex-agent de la CIA, né cubain et naturalisé vénézuélien, auteur de plusieurs attentats à la bombe qui ont fait de nombreuses victimes civiles).

Maduro a par ailleurs confirmé qu’”un ministre très important nous a confirmé que c’est la CIA qui a donné l’ordre à la France, l’Italie et le Portugal de fermer leur espace aérien au président Evo Morales” le mardi 2 juillet alors que celui-ci rentrait du sommet des producteurs de gaz à Moscou.

Le président vénézuélien a rappelé que l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) réunie en urgence le 4 juillet à Cochabamba (Bolivie) attend des “explications et des excuses publiques de ces pays violateurs du droit international” dont la décision de dernière minute avait forcé le président de la Bolivie à atterrir d’urgence à Vienne lors d’une manoeuvre non dépourvue de risques, et à rester bloqué pendant treize heures avant de pouvoir redécoller à destination de son pays. (1)

T.D., Caracas, 8 juillet 2013

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4 juillet 2013, Cochabamba, Bolivie. Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela), Cristina Fernandez (Argentine), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Équateur) réunis avec les mouvements sociaux peu avant le sommet de l’UNASUR consacrée à l’atteinte au droit international dont a été victime Evo Morales.

Note :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/06/le-venezuela-et-le-nicaragua-accordent-lasile-politique-a-edward-snowden/