Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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Comment le Sommet des Amériques a écrit l’Histoire (tout ce que ne vous a pas dit « Courrier International »)

Démontez la désinformation de Courrier International (1) et la “chargée de l’Amérique Latine” Sabine Grandadam vous répondra qu’il n’y a pas de désinformation puisque ses sources sont “pluralistes”. Tout comme Thomas Cluzel (France-Culture), auteur d’un record de mensonges en cinq minutes (2) : “Je ne fais qu’une revue de presse internationale”. Tout le monde sait pourtant que l’information est passée sous le contrôle de grands groupes privés et que sous l’apparente “diversité” il y a peu de chances de trouver une dissonance avec la doxa. Ainsi, l’internationale médiatique fait campagne contre des États souverains comme l’Équateur, le Venezuela ou l’Argentine parce qu’ils font ce que toute démocratie doit faire : équilibrer la propriété des médias, desserrer l’étau du monopole privé en permettant aux secteurs public et associatif d’exister à parts égales (3). Une évidence difficile à comprendre pour Cluzel ou Grandadam puisque leur survie dépend sans doute du fait qu’ils ne la “comprennent” pas.

Pour nous parler du récent Sommet des Amériques en tout “pluralisme” (5), Courrier International a choisi cinq sources :

1 – El Nuevo Herald (États-Unis, droite souvent extrême, en pointe contre la gauche latino, propriété de la McClatchy Company, groupe propriétaire de 31 autres publications)

2 – El Universal (Venezuela, droite, propriété de l’entreprise privée espagnole Torreangulo Arte Gráfico et de Industrias Gráficas Bohe).

3 – El País (Espagne, autre fer de lance des campagnes contre la gauche latino, propriété du groupe PRISA. Impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 contre le président Chavez (4), ce groupe est actionnaire à 12% du Monde et propriétaire de dizaines de télévisions, radios, revues, journaux dans 22 pays d’Amérique Latine et d’Europe).

4 – Daniel Lansberg-Rodriguez, politologue étasunien connu pour sa critique du “totalitarisme constitutionnel” de la gauche latino-américaine.

5 – Foreign Policy (États-Unis, droite, propriété de Graham Holdings Company, conglomérat propriétaire de The Washington Post, Newsweek., Slate, Graham Media Group, chaînes de télévisions, entreprises privées de santé, etc..)

Aucun média de gauche. Aucun média public. Aucun média associatif. Aucun gouvernement progressiste. Aucun des mouvements sociaux organisateurs du Sommet des Peuples qui ont travaillé parallèlement au Sommet des chefs d’État, sur des thèmes aussi anodins que la lutte pour l’emploi, le travail et un salaire digne, la sécurité sociale, les retraites, les négociations collectives, la syndicalisation, le droit de grève, la santé au travail, les droits économiques et sociaux, le respect des migrants et des afro-descendants, l’éradication du travail des enfants et de l’esclavage, l’égalité de genre, et dont les porte-paroles étaient pourtant accessibles à tout instant. Cumbre de Los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate. Cumbre de los Pueblos. Foto: Ismael Francisco/Cubadebate.

Le “pluralisme” de Courrier International sur ce Sommet des Amériques, ce sont les médias conservateurs, privés, de préférence étasuniens.

L’article qui en résulte (5), c’est un peu le “plan média” de Washington : il fallait tout miser sur la photo de la poignée de main Obama-Castro pour redonner un look actif à la fin de mandat plutôt frustrante de l’occupant de la Maison Blanche. En réalité, ce n‘est pas grâce à Barack Obama que Cuba était présent pour la première fois depuis 1962 à un sommet de l’OEA mais à la pression constante, unitaire, des gouvernements latino-américains. Dans son intervention, Cristina Fernández a rappelé : « Cuba est aujourd’hui parmi nous parce qu’il a lutté pendant 60 ans avec une dignité sans précédents ». Obama, lui, n’avait rien apporté de neuf : dans les “mois qui viennent” il devrait en principe étudier la levée de l’embargo toujours en vigueur et fermer Guantanamo, base militaire et centre de tortures installée sur le territoire cubain.

CCVEyu9W4AAucu3Face au rejet unitaire par la CELAC, l’UNASUR, l’ALBA, PetroCaribe, le Groupe des 77 + la Chine et le Mouvement des Non-Alignés du décret traitant le Venezuela de “menace pour la sécurité des États-Unis”, Obama avait tenté in extremis de limiter les dégâts en divisant les latino-américains. La veille du Sommet, il découvrait que tout compte fait, “le Venezuela n’est pas une menace”. Mais les latino-américains pensent aussi. Pendant le Sommet, Barack Obama a dû écouter la dénonciation unanime de la violation du droit international que représente son décret. Il finira par abandonner l’assemblée plénière avant que Cristina Fernández n’intervienne : « La première chose que j’ai faite en apprenant l’existence de ce décret, ce fut de rire. Une menace ? C’est incroyable. C’est ridicule. Le général Perón disait qu’on revient de partout, sauf du ridicule ».

Dès l’extinction des feux médiatiques, la sous-secrétaire d’État Roberta Jacobson a rappelé que Washington ne reviendra pas sur le décret contre le Venezuela. Démentant les propos d’Obama sur la fin des ingérences, le Pentagone renforce sa présence en Colombie, au Honduras et au Pérou, déploie la IVème flotte, multiplie les opérations secrètes et l’espionnage des télécommunications.

Mais puisqu’il faut à tout prix “sauver le soldat Obama”, Courrier International martèle la vulgate : les militaires et civils arrêtés au Venezuela parce qu’ils préparaient un coup d’État l’ont été pour leurs “opinions”. Nul doute que si Salvador Allende et d’autres président élus démocratiquement avaient réussi à empêcher les coups d’État planifiés par Washington en faisant arrêter les Pinochet et consorts, Courrier International aurait lancé une campagne pour la libération de ces “prisonniers politiques”. (6)

Bref, oublions cet hebdomadaire qui n’a de valeur que comme témoin d’une nord-américanisation médiatique en France, et revenons au réel latino-américain, plus que copieux.

Un mouvement irréversible

Le véritable événement du Sommet des Amériques 2015, ce n’est bien sûr pas une photo, fût-elle celle d’Obama-et-Castro. C’est l’irréversibilité du mouvement de fond entamé en 2001 sous l’impulsion de Chavez, Kirchner et Lula, lorsque fut enterré le Traité de Libre Commerce que voulaient imposer les États-Unis, le Mexique et le Canada. »Qu’il est loin ce décembre 1994, note la journaliste argentine Telma Luzzani, quand Bill Clinton annonçait que les pays du continent américain devraient tous faire partie de l’ALCA, un seul marché sans barrières ! » (7).

21 ans plus tard, une CELAC indépendante remplace une OEA sous influence de Washington; l’UNASUR demande aux États-Unis de retirer leurs bases militaires (8); l’Amérique Latine signe d’importants accords de coopération avec la Chine et les BRICS; la Banque du Sud est sur le point d’être inaugurée. Pour le politologue argentin Juan Manuel Karg, le fait que les États-Unis et le Canada refusent de signer le document approuvé à l’unanimité par les 33 chanceliers d’Amérique Latine et des Caraïbes souligne cette distance croissante entre Nord isolé et Sud unifié de l’Amérique (9).CCVbrl0WIAAHOHn.jpglarge-632x356

Même la tentative d’Obama d’affaiblir PetroCaribe en profitant de la baisse des cours du pétrole n’a pas fonctionné : c’est d’une voix pratiquement unanime que les États des Caraïbes ont salué les bienfaits économiques et sociaux du programme de solidarité énergétique lancé en 2005 par Hugo Chavez.

La propagande peut-elle arrêter l’Histoire ? C’est ce que que croit encore Paulo Paranagua qui avait promis aux lecteurs du “Monde” qu’”Obama arrivait en position de force face à une Amérique Latine divisée” (sic). La même obsession du contrepied lui avait fait écrire à la mort de Hugo Chavez que “celui-ci avait nui à l’unité latino-américaine” au moment précis où l’ensemble des gouvernements, y compris de droite, ainsi que des organismes d’intégration et des mouvements sociaux du continent saluaient “l’œuvre du principal artisan de l’unité latino-américaine”…(10)

Une dimension populaire invisible pour les médias

Il y a eu, aussi, cet immense contraste dont aucun média occidental n’a rendu compte : d’un côté la dialectique entre peuples et leaders progressistes d’Amérique Latine; de l’autre, la solitude des pouvoirs du Nord. Pendant qu’Eduardo Galeano accomplissait son dernier geste public en signant l’appel à abroger le décret d’Obama, à Caracas Evo Morales le signait aux côtés de Nicolas Maduro, face à des milliers de vénézuéliens.ag_8678142862650311-632x752pueblo en Caracas para apoyar la entrega de 10 millones de firmas contra el decreto Obama

Dès son arrivée à Panama, le président bolivarien est allé à la rencontre d’autres invisibles des médias: les familles des milliers de victimes massacrées par les soldats étasuniens lors de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989. Dans le quartier martyr de El Chorrillo, Maduro a reçu du « même peuple » qu’à Caracas 2000 signatures de plus contre le décret Obama et une lettre des familles des victimes de l’invasion, qu’il a remise au président Obama.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Invasion de Panama en décembre 1989. Bilan : près de 5000 morts.

Nicolas Maduro

CCPoaroUkAAeItEAu Sommet des Peuples organisé en parallèle à l’officiel, Maduro, Morales et Correa ont poursuivi leur dialogue avec les mouvements sociaux. “L’important n’est pas de voter tous les cinq ans, mais d’être tous les acteurs actifs des décisions politiques” a rappelé le président vénézuélien. Pendant ce temps, dans un couloir du Sommet des États, le président mexicain, qui mène dans son pays – avec l’appui en armement des États-Unis – une destruction systématique des mouvements sociaux (dont le massacre de Ayotzinapa n’est que la pointe émergée) s’offrait un selfie avec l’empereur de la transnationale Facebook.

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L’Équateur.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a été le premier à s’exprimer avec force, exigeant l’abrogation du décret Obama : « le décret pris par le président Obama contre le Venezuela, viole de manière flagrante le droit international, et plus précisément, la teneur de l’article 3 de la Charte de l’OEA. En réponse, les pays de la région ont massivement rejeté ce décret et ont également demandé son abrogation. Désormais, nos peuples n’acceptent plus les mises sous tutelle, les ingérences et les interventions dans leurs affaires intérieures ». Rappelant les morts du quartier El Chorrillo (1989) lors de l’intervention des USA destinée à chasser du pouvoir le dictateur Manuel Noriega – qu’ils avaient dans un premier temps imposé – Rafael Correa a relevé que « la mémoire collective des peuples de ce continent est saturée des abus et des ingérences».

Le Brésil.

La présidente en exercice Dilma Roussef a signalé  : « la dynamique en cours, des relations au sein de l’hémisphère, n’admet plus les mesures unilatérales et les décisions politiques qui sont prises sous le sceau du secret. Parce qu’en général, elles s’avèrent être contre-productives et inefficaces. Par conséquent, nous rejetons l’adoption de sanctions contre le Venezuela. Le contexte dans lequel ce pays frère évolue, requiert la modération, mais aussi le rapprochement des positions de toutes les parties concernées. C’est dans ce but, que l’Unasur travaille, afin d’appuyer le dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition vénézuelienne. Nous nous employons également à faire en sorte que toutes les parties respectent les règles démocratiques inhérentes à l’État de droit. »

 

Cuba.

Raul Castro, président de Cuba a dit sous les applaudissements que « le Venezuela n’est pas et ne peut représenter une menace pour la sécurité nationale d’une super-puissance comme les USA. Il est bon que le président nord-américain l’ait reconnu. Je réaffirme notre soutien résolu et loyal à la République Bolivarienne sœur, du Venezuela, à son gouvernement légitime, à l’union civico-militaire dirigée par Nicolas Maduro. Mais aussi au peuple bolivarien et chaviste qui lutte, tout en suivant sa propre voie ; qui fait face aux tentatives de déstabilisations, aux sanctions unilatérales dont nous réclamons la levée. »

Raul Castro a conclu en demandant «l’abrogation du décret – même si c’est difficile légalement – que notre communauté interprèterait comme une contribution au dialogue et à la compréhension mutuelle au sein de notre hémisphère. Nous savons ce qui se passe…il est également probable que de tous les pays réunis ici, c’est nous qui comprenions le mieux le processus en cours au Venezuela. Il en est ainsi, non pas parce que nous cherchons à nous immiscer, non pas parce que nous nous efforçons d’exercer notre influence, sur le cours des choses. Il en est ainsi non pas parce qu’on nous rapporte tout ce qui se déroule là-bas. Nous savons tout cela, car nous sommes passés par les mêmes épreuves que le Venezuela en ce moment. Et il est en train de subir des agressions identiques à celles dont nous avons eu à souffrir ! En tout cas une bonne part d’entre elles.»

 

L’Argentine.

Pour sa part, la présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, s’est prononcée d’une manière forte contre les sanctions prononcées par Obama : « Il est honteux que le déroulement de ce Sommet soit entaché par cette décision. Nous demandons de conserve avec les autres pays frères, que ce décret soit écarté. Toutefois, je n’en appellerai pas à la souveraineté, et ne verserai pas non plus de larmes. Je m’appuierai sur le bon sens. Le général Perón disait que l’on peut revenir de tout, sauf du ridicule. Et il est absolument ridicule de considérer que l’un d’entre nous, constituerait une menace. Je suis par ailleurs satisfaite de participer en ma qualité de présidente à la dernière réunion de ce sommet, car il s’agit d’un événement historique. Pour la première fois en effet, le Sommet des Amériques reçoit Cuba »

Il faut préciser que lors de cette intervention, Obama avait déjà quitté la séance plénière.

« Nous en étions là, quand survint soudainement la nouvelle de la signature de ce décret, déclarant que la République Bolivarienne sœur du Venezuela, représentait une menace pour la sécurité des USA. Je dois vous avouer qu’à l’écoute de cette annonce, je me suis dit : il y a une erreur. Ils doivent vouloir dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique menée ; qu’ils condamnent cette politique. Mais non. On m’a remis le document. Une menace pour la sécurité des États-Unis. La première réponse qui me soit venue à l’esprit, n’a pas été une flamboyante répartie anti-impérialiste. J’ai éclaté de rire. Il est hautement improbable -cela frise le ridicule- que le Venezuela ou l’un des pays de notre continent puisse représenter une menace pour la première puissance du monde ».

« Au-delà de l’idée que nous nous faisons des USA, on ne peut manquer de reconnaître que ce pays est la plus grande puissance sur les plans militaire, économique, financier et scientifique. Il est pourvu d’un budget militaire s’élevant à 640 milliards de dollars. Dans ces conditions, les États-Unis devraient combattre d’une manière effective le narcotrafic et l’immigration illégale ». La présidente a comparé ce budget militaire à celui du Venezuela qui y consacre quant à lui, « 1 ou 2 milliards de dollars, voire un peu plus ». Cristina Fernandez de Kirchner a questionné : « comment concevoir que le Venezuela représente une menace pour la plus grande puissance du monde ? ».

Elle a également rappelé, qu’Obama lui-même se vantait devant ses compatriotes que son pays était le plus puissant de la planète ; que son budget militaire dépasse de 20 fois celui de l’Iran.

« Personne ne peut croire à cette menace du Venezuela. Tout comme personne ne peut envisager que l’Argentine représenterait une menace pour le Royaume-Uni ». Elle se référait ici à cette revendication historique de l’Argentine qui réclame la souveraineté sur les Iles Malouines (enjeu d’un affrontement militaire entre les deux pays en 1982). « J’ai été frappé par la similitude et la simultanéité de ces deux prises de position », a-t-elle conclu.

 

Trinidad et Tobago.

De même, Madame Kamla Persad-Bissessar, le premier ministre de Trinidad y Tobago a fait observer que la célébration de l’accueil de Cuba à ce Sommet des Amériques, coïncide avec la signature du décret visant le Venezuela.

« Président Maduro, je demande qu’une fois encore, nous élevions collectivement et individuellement notre voix. En tant que nations de la région, nous nous devons d’élever notre voix contre ce décret, dont vous nous avez rappelé qu’il existe un précédent, qui a été suivi d’une invasion. Bien que ce décret n’a pas été accompagné d’une déclaration de guerre, ou de tout acte du même genre, cette initiative nous inquiète au plus haut point ».

« Je souhaite ajouter que lorsque les  »éléphants » se mettent à jouer et à danser, c’est l’herbe qu’ils foulent qui en pâtit. Nous autres au Caricom, sommes nous cette « herbe menue ?» Nous sommes de petits pays, très soucieux de leur indépendance, et très en faveur de la démocratie et de la primauté du droit. Il en résulte que nous croyons à la souveraineté des nations, c’est pourquoi nous sommes avec vous, Président Maduro. En défense de votre souveraineté, de votre droit à l’autodétermination. Mais aussi pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par ailleurs, je demande que tout le monde autour de cette table, en parle et croit en cela. Il faut faire ce que nous avons à faire, dès maintenant, et agir de notre mieux, afin d’aboutir à l’élimination de ce décret ».

Kamla Persad-Bissessar a également souligné que tous les pays membres de la Celac (Communauté d’États latino-américains et caraïbes) ont signé la demande d’abrogation de ce décret ; que la Caricom (Communauté caribéenne) est constituée de 14 des 33 nations faisant partie de cette organisation. Le Sommet des Amériques réunit quant à lui, 35 nations, à quoi il convient d’ajouter les USA et le Canada : « 33 d’entre elles ont déclaré que le décret était inutile et qu’il devait être retiré. Nous travaillons dans ce sens. Caricom a du poids: presque la moitié des pays constituant la Celac et le Sommet des Amériques. Ainsi donc, bien qu’étant de petits pays, nous nous faisons entendre parce qu’en la matière, nous sommes unis ».

 

La Bolivie.

Le président bolivien, Evo Morales a prononcé un discours fortement anti-impérialiste. A trois reprises, il a soulevé la question du décret de Barack Obama visant le Venezuela. « Aujourd’hui, ce sont nos peuples qui écrivent l’histoire. Sur le plan politique, économique et militaire, notre Amérique latine et les Caraïbes, ont longtemps été prises en otage par l’Empire, en vertu de la doctrine Monroe nord-américaine :  »L’Amérique aux Nord-américains ». Nous ne voulons plus de Monroe sur notre continent. Nous ne voulons plus de doctrine Truman, plus de doctrine Reagan, plus de doctrine Bush. Nous ne voulons plus de décrets présidentiels, plus d’ordres de l’exécutif, qui déclarent que nos pays représentent une menace. Nous ne souhaitons plus être mis sous surveillance, que nos téléphones soient piratés, que l’on séquestre des avions présidentiels. Nous voulons vivre en paix. Laissez-nous vivre en paix ! »

« De quelle démocratie parle-t-on, lorsque l’on transforme un peuple révolutionnaire tel que celui du Venezuela, en une menace pour la sécurité nationale ? Le peuple vénézuelien, tout comme ceux de l’Amérique latine et des Caraïbes, ne représentent une menace pour quiconque. La solidarité, la justice, l’égalité, les idées, sont nos seules armes. Nous luttons pour que nos concitoyens puissent jouir d’une vie décente, digne d’un être humain. Selon cette logique, tous les gouvernements d’Amérique latine représentent une menace évidente pour la sécurité des USA ! La menace qui pèse sur les USA, ne provient d’aucun des peuples de l’Amérique latine. Elle est le résultat de leurs propres erreurs, de leur condition d’empire et de leur capacité à déclencher partout des guerres, là où la paix devrait régner ».

Evo Morales a également dénoncé le fait « qu’il n’est pas possible pour eux (les USA) d’expulser du Sommet, l’ensemble de nos mouvements sociaux. 33 pays appuient le Venezuela, et qu’un ou deux pays appuient le décret qui menace non seulement le Venezuela, mais aussi toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Sœurs et frères : puisque les USA sont l’une des plus grandes puissances du monde, alors je prie le Président Obama de faire en sorte que l’Amérique soit un continent de paix et de justice sociale. Président Obama, si vous considérez être le dirigeant d’une puissance planétaire, je vous demande de protéger la Terre Mère, pour que l’Humanité puisse être sauvée ».

 

L’Uruguay.

Le président uruguayen Tabaré Vasquez a condamné la menace latente que les USA font planer sur le droit à l’auto-détermination des peuples de l’Amérique latine et des Caraïbes. Il a également prôné le respect des principes garantissant la pleine expression du droit international, tout en exigeant la non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Il a aussi émis le vœu que l’on travaille au règlement pacifique des différends.

Tabaré Vasquez a par ailleurs précisé qu’il était impossible de ne pas inclure à l’ordre du jour de cette assemblée plénière, l’agression commise contre la souveraineté du Venezuela, faisant suite à la signature du décret pris par le président des USA, Barack Obama, le 9 mars dernier. « Pour le dire brièvement et clairement : comme nous l’avons d’ores et déjà exprimé à l’occasion de rencontres bilatérales ou multilatérales -UNASUR et OEA- nous rejetons le décret du Gouvernement des États-Unis, ce qui illustre bien notre engagement en faveur du plein respect du droit international, du règlement pacifique des différends, mais aussi du principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays ».

Tout en soulignant qu’en absence de discussion, il n’y aura pas d’issue possible, le président Vasquez a précisé : « Pour le Venezuela, nous appelons au dialogue, toutes les parties en présence ». Le président uruguayen a réitéré son appel à ce que les gouvernements s’abstiennent d’appliquer des mesures coercitives et unilatérales, qui contreviennent au droit international. Il a aussi rendu hommage au rétablissement des relations entre Cuba et les USA, la participation de l’île à ce Sommet en étant l’une des manifestations : « Il convient également de le garder à l’esprit. Nous saluons la présence de Cuba à ce Sommet, dont elle n’aurait jamais dû être absente ». Vasquez s’est également félicité de l’ouverture d’un dialogue de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Des conversations qui se déroulent depuis 2012, à la Havane.

Le Salvador.

Le président salvadorien, Salvador Sanchez Ceren, a réclamé l’abrogation du décret signé par le président Obama, le 9 mars dernier. « Je ne peux manquer de noter » a-t-il dit, « que les récentes mesures récemment prises par les USA contre le Venezuela, ont aggravé les tensions entre les deux nations. Ces mesures ont également un impact sur le climat de paix et de concorde, que nous promouvons en Amérique latine. Il est important de se rappeler que tout au long de notre histoire, aucune des mesures unilatérales prises par un État contre un autre n’a résolu quoi que ce soit. Bien au contraire, les problèmes se sont approfondis. Par conséquent, en vertu de ce constat, et invoquant le principe de l’auto-détermination des peuples, nous considérons que le décret récemment pris contre le Venezuela devrait être annulé ». Le président a par ailleurs fait ressortir la participation de Cuba à ce Sommet, pour la première fois depuis son exclusion de l’OEA en 1962.

« Pour la première fois, tous les pays de l’Hémisphère sont réunis, pour atteindre un objectif commun, et travailler conjointement pour le bien-être de nos peuples ». Le président a également salué les progrès accomplis par l’île et le Gouvernement des États-Unis, en vue du rétablissement des relations diplomatiques entre les 2 pays. Et ce, après 50 années d’hostilités entretenues par les USA contre Cuba.

Antigua y Barbuda.

Le premier ministre d’Antigua y Barbudo, Gaston Browne, a condamné samedi le décret pris par le président des États-Unis Barack Obama, par lequel il déclare que le Venezuela représente « une menace » pour la sécurité nationale, et la politique étrangère de son pays. Une action qui a été condamnée par nombre de gouvernements et d’organisations d’intégration dans le monde. Il s’est également félicité du rétablissement des relations entre les USA et Cuba, et de la participation à ce Sommet, de cette île des Caraïbes. G Browne a appelé les pays de l’hémisphère à travailler de manière conjointe, pour lutter contre la pauvreté et offrir des emplois décents à tous ceux qui font partie de ce continent. « Continuons à travailler ensemble, solidairement, pour le progrès des peuples de cet hémisphère » a-t-il conclu.

Le Nicaragua.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega a observé que le décret pris par le président des États-Unis, Barack Obama contre le Venezuela, a mis à mal le consensus qui aurait pu conduire à la déclaration finale de ce VIIème Sommet des Amériques (Panama), rassemblant 35 nations du continent.

« Qui est le provocateur ? Les USA. Qui a fait du mal à ce Sommet ? Les USA. Pourquoi ce Sommet ne se termine-t-il pas, par une déclaration finale ? A cause des USA. Qui a fait du mal à ce Sommet en focalisant sur lui, les préoccupations politiques de ce Sommet ? C’est le décret. Par conséquent, ce dernier a empêché d’aboutir à tout accord sur une résolution commune. »

Le président a dédié une grande partie de son discours à l’énumération des nombreuses interventions et invasions visant les pays de l’Amérique centrale, dont les USA ont été les auteurs. Il a par ailleurs écarté l’hypothèse selon laquelle ces dernières se justifiaient du fait de la Guerre Froide, parce que la plupart ont été perpétrées, bien avant la création de l’Union soviétique. Il a précisé que le décret d’Obama est alarmant parce qu’il se situe dans le droit fil de ces ingérences et interventions.

Daniel Ortega a aussi rappelé les propos du président du Panama, Juan Carlos Valera : 97% du document final résultent d’un consensus sur les aspects économiques, sociaux et autres thèmes abordés. Toutefois, les 3% restant, relatif au volet politique ont été rejetés par les USA. Le président du Nicaragua a également insisté sur le fait que le décret Obama remettant en cause la souveraineté du Venezuela, est un coup porté à l’Amérique tout entière.

Il a en outre observé que le rétablissement des relations entre Cuba et les USA, peut être interprété comme un geste d’Obama. « Indubitablement, toute l’Amérique latine se sent concernée par ce geste. (…) Cependant, les USA se retournent maintenant contre le Venezuela, au prétexte que ce ne serait pas un pays  »démocratique ». Un pays dans lequel se sont déroulées 20 consultations électorales, ne serait pas une démocratie ? Le Venezuela incarne désormais le mal. On tend la main à droite, et l’on porte un coup à gauche ».

 

San Vicente et las Granadinas

Ralph Gonsalves, premier ministre, a exprimé sa préoccupation “face aux actions exécutives qui traitent la République du Venezuela comme une menace, et face aux sanctions, qui marquent un continuel manque de respect pour l’autonomie de ce pays. La situation qui menace le Venezuela nous menace tous. Le Venezuela a été et reste un partenaire, un ami, un pays qui a travaillé pour la paix et l’intégration entre toutes les nations d’Amérique. Caractériser le Venezuela comme une menace ou Cuba comme pays pro-terrroriste, sont des mensonges”.

Les blocus et les décrets sur des menaces attentent contre notre idéal de prospérité, de développement conjoint et de collaboration que nous appuyions ici , où nous avons besoin de respect et de dialogue”.

Jamaïque

Portia Simpson-Miller, premier ministre : “Les accords offerts par le gouvernement du Venezuela à travers Petrocaribe sont un des meilleurs exemples de coopération nord-sud et résument bien l’esprit de ce sommet : prospérité avec équité. Nous voudrions profiter de cette occasion pour remercier une fois de plus le président Maduro pour cet appui continuel apporté par le Venezuela à notre pays”.

Haïti

Michel Martelly, président : “Je voudrais profiter de cette tribune pour rendre un grand hommage au peuple et au gouvernement du Venezuela, en particulier au président Maduro, et lui donner nos remerciements pour l’alliance et la solidarité exprimées concrètement travers des programmes comme PetroCaribe initié par feu le Président Hugo Chávez Frías. Ce programme dont bénéficient une grande majorité de peuples des Caraïbes et de l’Amérique centrale, constitue une aide inestimable pour le peuple d’Haïti, sans lui nous n’aurions pas été en mesure de faire face à des besoins fondamentaux”.

Thierry Deronne, Caracas, 15 avril 2015

Traduction des interventions des chefs d’État : Jean-Marc del Percio

Notes :

(1) « Courrier International », le produit offshore du « Monde », 18 février 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/18/courrier-international-le-produit-offshore-du-monde/

(2) Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, 12 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

(3) C’est selon la loi ce que devrait faire le CSA en France. Il est vrai que malgré quarante ans de théorie critique des médias, la gauche occidentale n’a pas eu le courage de passer à la pratique et de démocratiser la propriété des médias.. hâtant ainsi sa propre disparition.

(4) Voir à ce sujet l’étude du conseiller parlementaire espagnol José Manuel Fernández (Izquierda Unida) : “Prisa por el Golpe”, http://www.ehu.eus/mediaberri/00tik10arte/08%20Astea/Investigaci%F3n%20realizada%20IU%20venezuela.htm

(5) “Diplomatie : une poignée de main historique entre Obama et Castro”, http://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-une-poignee-de-main-historique-entre-obama-et-castro

(6) Sur ce coup d’État, lire le récit d’Ignacio Ramonet, La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela, 7 mars 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/07/la-tentative-de-coup-detat-contre-le-venezuela-par-ignacio-ramonet/

(7)  “EE.UU ya no marca la agenda”, http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-270363-2015-04-12.htmlTelma Luzzani

(8) L’UNASUR exige des États-Unis qu’ils retirent leurs bases militaires d’Amérique Latine 5 avril 2015, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/04/05/lunasur-exige-des-etats-unis-quils-retirent-leurs-bases-militaires-damerique-latine/

(9) Les États-Unis ont motivé leur refus par leur désaccord avec six points : le transfert de technologies sans conditions, le combat contre le changement climatique, la reconnaissance de la santé comme droit humain, l’accès sûr et fiable aux technologies de l’information et le respect de la privacité, et l’annulation du décret Obama contre le Vénézuela. Lire aussi de Juan Manuel Karg, América Latina después de Panamá, http://alainet.org/es/articulo/168918

(10) Lire « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale », par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

Interventions des chefs d’État collectées par Luigino Bracci :  http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/cumbre-americas-rafael-correa-dilma-rousseff-evo-morales-cristina-fernandez-rechazan-orden-ejecutiva-obama/

 

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« Plus d’énergie pour l’unité » : le Salvador devient membre de PetroCaribe

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San Salvador, 1er juin 2014. Salvador Sánchez Céren, ancien dirigeant guérillero et ex-ministre de l’Éducation, devient Président de la République. Photos : G. Trucchi

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Par Giorgio Trucchi | LINyM

Il n’a pas perdu de temps. Pour son premier acte de politique internationale après sa prise de fonctions ce dimanche 1er juin, le président Salvador Sánchez Cerén a inauguré dans la capitale salvadorienne le 13ème Conseil Ministériel de PetroCaribe qui, au terme de ses travaux, a accepté la demande d’adhésion du Salvador, Celui-ci devient ainsi le 19ème pays membre à part entière de l’instance régionale [1].

Cette initiative avait été annoncée par Sánchez Cerén et par Medardo González, secrétaire général du parti de gauche FMLN (Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale) dans les jours qui ont précédé la cérémonie officielle. « Aujourd’hui nous allons faire un grand pas dans l’histoire de notre pays, un pas qui marque la volonté de transformation socio-économique pour continuer à forger le Salvador que nous voulons » a déclaré le nouveau président.

Le nouveau chancelier salvadorien Hugo Martínez a salué cette décision unanime de l’instance régionale, expliquant que l’adhésion de son pays lui permettra de se fournir en énergie « suivant les príncipes de coopération, solidarité, commerce juste et complémentarité » en vue d’atteindre le développement « dans la justice sociale, en préservant son indépendance, sa souveraienté et son identité« .

carte-politique-de-petrocaribe

Pays membres de PetroCaribe (en rouge), auxquels il faut ajouter à présent le Salvador.

Petrocaribe est une Alliance énergétique entre nations créée en 2005 par le président Hugo Chávez, qui permet aux pays membres d’obtenir du pétrole à bas prix, dans le cadre d’un projet plus vaste d’intégration régionale basée sur l’indépendance et la souveraineté des peuples.

L’accord propose une échelle de financement d’entre 5% et 50% de la facture pétrolière, en prenant comme référence le prix des hydrocarbures. Le délai de grâce pour le financement est étendu à un ou deux ans et prévoit un allongement de la période de paiement de 17 a 25 años, avec une réduction de l’intérêt à 1% si le prix du pétrole dépasse les 40 dollars par baril.

De cette manière les pays bénéficient d’un traitement préférentiel et peuvent faire usage d’au moins 40% de ce qu’ils doivent en facture pétrolière pour l’investir dans des programmes économiques et sociaux qui visent à réduire la pauvreté et une meilleure distribution de la richesse. En outre le paiement peut être effectué avec des biens et des produits nationaux, surtout agricoles, ce qui avantage les petits et moyens producteurs.

En matière de programmes sociaux, Petrocaribe compte 88 projets approuvés, dont 46 ont été réalisés, pour un investissement de 208 millions de dollars.

Petrocaribe est une réalité

Lors de l’inauguration du Conseil Ministériel, le vénézuélien Bernardo Álvarez, président de  Petrocaribe, s’est dit honoré par la décision du Salvador de demander l’adhésion. Selon les données communiquées par Álvarez, dans les 9 dernières années, le Venezuela a fourni journellement 105 mille barils de pétrole à tous les pays membres de Petrocaribe, ce qui leur permet de couvrir 43% des besoins énergétiques. En plus, a été financée la facture pétrolière à hauteur de 15 milliards de dollars. « Parmi ceux-ci 5 milliards de la facture à long terme ont été utilisés pour des projets d’inclusion sociale. Pendant ces années, le PIB (Produit Intérieur brut) des pays membres a augmenté de 25%, le revenu par habitant a augmenté de 387 dollars et l’indice de développement humain est monté de 0.60 à 0.70 » a souligné Álvarez.

ALBA Petróleos : ¨Pour la première fois au Salvador quelqu’un concurrence les grands entrepreneurs et offre un contrepoids à leur pouvoir¨

Sous le gouvernement de Mauricio Funes (2009-2014), le Salvador s’était converti en observateur de Petrocaribe et avait initié les études en vue de son adhéalba1sion intégrale.

ALBA Petróleos de El Salvador est une entreprise d’économie mixte créée précisément pour faire entrer le pays dans l’accord Petrocaribe. Face aux résistances qu’affrontait le projet d’y intégrer le Salvador en tant qu’État, fut mise sur pied l’Association Inter-municipale ENEPASA (Énergie pour le Salvador), en tant qu’interlocutrice.

Parmi les projets sociaux impulsés par cette entité, se détache le populaire programme ALBA Alimentos de El Salvador. “Avec ce projet nous avons appuyé le crédit aux producteurs individuels et organisés, on a remis des équipements technologiques pour l’ensemencement de haricot, riz, maïs, etc.. . Alba alimentos s’est chargée de la distribution commerciale, en signant des accords avec les grandes chaînes commerciales” a expliqué Abel Lara, président de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).get_img (1)

En outre, ALBA Alimentos s’est consacrée à la tâche de produire ces grains de base à un prix juste, a offert une formation technique et commerciale aux producteurs et a appuyé le programme gouvernemental du Verre de Lait Scolaire, qui a bénéficié à plus de 1.3 millions d’étudiants.get_img (3)

En 2013 a été inaugurée le premier centre de production de bio-fertilisants du pays, afin de réduire la dépendance et la forte consommation de produits agro-toxiques dans la production des grains de base. On a également installé une usine de traitement de maïs, ris et haricot, brisant le monopole qui existe dans ce secteur.

485212_469952743059952_1733896417_nLe projet a été très attaqué et a dû affronter l’opposition des grands entrepreneurs. Pour la première fois au Salvador quelqu’un les concurrence et offre un contrepoids à leur pouvoir. Aujourd’hui, avec ce nouveau gouvernement et ce nouveau pas vers l’intégration, nous espérons pouvoir aller plus loin et, de manière graduelle, cesser de dépendre des décisions d’une élite économique privée qui a fait beaucoup de mal à notre pays” conclut Ricardo Ramírez, de la direction de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).

Texte : Giorgio Trucchi

Source : http://www.nicaraguaymasespanol.blogspot.it/2014/06/el-salvador-ya-esta-en-petrocaribe.html

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Antigua et Barbuda, Bahamas, Bélize, Cuba, Dominique, Grenade, Guatémala, Guyana, Haití, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, République Dominicaine, San Cristóbal et Nieves, San Vicente et Las Granadinas, Santa Lucía, Suriname et Venezuela. Sur proposition du gouvernement bolivarien, l’État de Palestine a été récemment admis comme observateur au sein de PetroCaribe. Lire ¨Mahmoud Abbas : ¨le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/17/mahmoud-abbas-¨le-venezuela-nous-a-permis-de-briser-le-monopole-disrael-sur-notre-economie-¨/

Pour plus d’information sur PetroCaribe, on peut consulter sa page officielle http://www.petrocaribe.org/

(2)  Lire également ¨De PetroCaribe à la Patrie Caraïbe¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

 

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/04/plus-denergie-pour-lunite-le-salvador-devient-membre-de-petrocaribe/ 

Mahmoud Abbas : ¨Le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie.¨

Le gouvernement bolivarien vient de signer un accord avec la FAO pour le développement de cultures vivrières en Afrique sub-saharienne (1) sur la base de son expérience en Haïti via PetroCaribe et la CELAC, et de signer avec le chancelier Djibrill Bassolé plusieurs accords pour approfondir la coopération agricole et énergétique avec le Burkina Faso (2).

Avec la récente visite du chef de l’État Palestinien Mahmoud Abbas, Nicolas Maduro prolonge ce qui avait été son tout premier acte de politique étrangère au lendemain de son élection à la présidence de la République, lorsqu’avait été inauguré à Caracas le siège diplomatique de l’État Palestinien (3)Ce 16 mai 2014 la Palestine et le Venezuela ont signé à Caracas de nouveaux accords qui concernent la coopération énergétique et la solidarité politique.abbasmadurom1

L’accord énergétique, a précisé Maduro, permettra de fournir à la Palestine un premier chargement de 240.000 barils de diesel et de pétrole, ce qui contribuera à couvrir ses besoins pour qu’elle puisse continuer à se fortifier, à se consolider”, ajoutant que la Palestine participera dorénavant aux accords avec PetroCaribe et avec l’ALBA et que le Vénézuéla l’appuiera dans sa politique de renforcer ses liens avec l’Amérique Latine. Pour le président vénézuélien, les ¨traités de libre commerce ne sont ni libres, ni des traités, ce sont des traités de domination économique. L’Alba est arrivé pour en finir avec ces concepts néo-coloniaux dans l’économie« .

Mahmoud Abbas a souligné “un aspect important parmi tout ce que nous avons signé, qui fait de la Palestine une nation observatrice au sein de la CELAC (4); ainsi que la conformation d’une commission ministérielle vénézolano-palestinienne, nous allons préparer la réception de cette commission en Palestine, et la visite rapide du président Maduro et de toute son équipe. Merci à tous ceux qui ont préparé ces accords qui seront suivis de près, merci au Venezuela d’appuyer le peuple de la Palestine dans sa longue lutte, de nous aider à briser le monopole d’Israel sur notre économie¨.

Les deux chefs d’État ont également souscrit un accord pour mettre en place la ¨Misión Milagro¨ dans la nation arabe (mission sociale permettant d’opérer et de soigner gratuitement les patients souffrant de maladies ou de difficultés oculaires). “Nous serons toujours aux côtés du peuple palestinien. Que vivent les mémoires éternelles de Yasser Arafat et de Hugo Chávez !¨ a lancé Maduro.

Cette visite est la troisième pour Abbas qui signa en 2009 avec le président Chavez les trois premiers accords de coopération politique, universitaire, économique et commerciale (5). En octobre 2011, le président palestinien était de retour à Caracas, obtenant l’appui du gouvernement bolivarien pour demander son admission comme membre de plein droit lors de la 66ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU.

Source : Ciudad Caracas, http://www.ciudadccs.info/?p=562737

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

           (1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/10/%C2%A8de-port-au-prince-a-caracas-nous-partageons-le-meme-objectif-la-souverainete-alimentaire-%C2%A8/

(2) Pour le détail des accords avec le Burkina Faso voir le communiqué conjoint : http://www.fasozine.com/index.php/actualite/12305-djibrill-bassole-a-caracas-une-nouvelle-ere-s-ouvre-entre-le-burkina-faso-et-le-venezuela

(3) Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/18/premier-acte-de-politique-etrangere-du-gouvernement-maduro-defendre-les-droits-du-peuple-palestinien/ 

(4) Sur la CELAC, voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/iieme-sommet-de-la-celac-a-la-havane-retour-en-force-de-lequilibre-du-monde-de-bolivar-et-de-marti/

(5) Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/13/le-venezuela-defend-les-revendications-du-peuple-palestinien-plusieurs-accords-sont-signes/

URL de cet article : http://bit.ly/1jEeYSu

¨De Port-au-Prince à Caracas, nous partageons le même objectif : la souveraineté alimentaire.¨

Jaua630Haitireunion-2Quand nous faisons quelque chose pour Haïti nous ne le faisons pas par miséricorde mais avec la pleine conscience de notre devoir. Pour le peuple haïtien, nous, vénézuéliens, n’éprouverons jamais de la pitié mais la plus profonde admiration” : c’est en citant Hugo Chávez que le chancelier Elías Jaua a remis à la République d’Haïti 44 tracteurs, 37 motoculteurs, 51 ordinateurs et d’autres outils agricoles destinés à renforcer l’agriculture industrielle et familiale dans la Vallée de l’Artibonite. Objectif de cette coopération menée grâce à l’accord PetroCaribe (1): augmenter les surfaces de récolte de 4 mille à 14 mille hectares (de riz notamment) à travers le système d’irrigation, la remise en valeur des semences autochtones haïtiennes et le contrôle des maladies.

AITINous sommes venus concrétiser la volonté du président Maduro de poursuivre et approfondir la coopération avec Haïti. De Port-au-Prince à Caracas, nous partageons le même objectif : la souveraineté alimentaire” a expliqué Jaua qui compte pour ce faire sur l’appui du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil, dont les militants travaillent en terre haïtienne depuis quelques années au sein de la brigade de Via Campesina.

Vallée de l'Artibonite, Haïti

Vallée de l’Artibonite, Haïti

Cette coopération Sud-Sud s’inscrit dans un accord signé entre Haïti, le Venezuela, le Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil et l’Argentine à la suite du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince en 2010, causant la mort de 300.000 personnes et privant de logement deux millions d’habitants. Le chancelier Jaua a signé avec le gouvernement haïtien d’autres accords dans le cadre du programme PetroCaribe qui a déjà permis la construction de 3 mille nouveaux logements et la rénovation de 6 mille autres, ainsi que l’alphabétisation de 133 mille personnes. Le Vénézuéla a également répondu présent à la demande du Secrétaire Général de l’ONU d’intensifier la lutte contre le choléra en détachant dans l’île du personnel de son ministère de la Santé. Enfin, le chancelier Jaua accompagnera la troisième réunion de la difficile négociation qui vise à résoudre le conflit migratoire entre Haïti et la République Dominicaine.

Pendant ce temps au Venezuela, le représentant officiel de l’ONU au Venezuela Niky Fabiancic a déclaré ce jeudi 8 mai que le Venezuela est “un des pays leaders en Amérique Latine et dans les Caraïbes en matière de réduction des inégalités et ses indicateurs sont très encourageants en ce qui concerne la réalisation de tous les Objectifs de Développement du Millénaire fixés par l’Onu¨. (2) Les objectifs du Millénaire, souscrits par les 189 États membres des Nations Unies, sont assortis de cibles à atteindre dans des délais précis, de façon à mesurer les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté monétaire, la faim, la maladie, l’absence de logements adéquats et l’exclusion tout en promouvant l’égalité des sexes, la santé, l’éducation et le respect de l’environnement.

Le vice-président vénézuélien pour le secteur social, Héctor Rodríguez Castro, et le Directeur Général de la FAO (organisme de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture) José Graziano da Silva ont signé jeudi un accord de coopération pour développer des systèmes soutenables de production de riz en Afrique sub-saharienne, ¨cette céréale y représentant le tiers de l’alimentation quotidienne¨ selon le Directeur de la Fao qui a rappelé par aileurs qu’au Venezuela, grâce aux initiatives financées par le gouvernement et appuyées par la FAO, l’objectif du millénaire d’éradiquer la famine a été atteint de manière anticipée.

Cette semaine également, l’UNICEF par la voix de sa représentante Kiyomi Kawaguchi a rappelé que le Venezuela a déjà atteint ces objectifs en ce qui concerne les droits des enfants et adolescents à l’éducation avec pour les années2009-2010 une population de 7,7 millions d’étudiants – soit une augmention de 24% en comparaison avec les années antérieures à la révolution. L’UNESCO a octroyé un prix au Venezuela pour le développement du projet ¨Canaima Educative¨, distribution gratuite d’ordinateurs-encyclopédies portables destinés à l’alphabétisation technologique des enfants et adolescents. En 2014 23.000 ordinateurs seront remis aux universités, un chiffre 26 fois supérieur aux dotations d’il y a quinze ans, avant la révolution.

Enfin, ce vendredi 9 mai, lors de l’inauguration à Caracas du premier Congrès National Constituant des Mouvements Écologistes et de Défense de l’Environnement (photos), le président Maduro a demandé aux 1150 organisations venues de tout le Venezuela et qui vont débattre durant tout le week-end, d’élaborer des propositions concrètes pour aider le gouvernement à mettre fin aux multiples formes de destruction des ressources naturelles par le capitalisme et pour approfondir l’écosocialisme, un des cinq objectifs centraux du Plan Patria aprouvé par les électeurs en avril 2013. (3)

« Le congrés, a-t-il ajouté, doit assumer des fonctions constituantes pour générer un puissant mouvement social, démocratique, actif, doyé du pouvoir de décision, le pouvoir de dire et de faire. Il s’agit de changer notre relation avec la nature, de sauver la planète, nous devons nous engager dans la lutte pour que s’instaure partout une nouvelle vision écologique, écosocialiste« .

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Ouverture du premier Congrès National Constituant des Mouvements Écologistes et de Défense de l’Environnement, Caracas, 9 mai 2014.

008_ym_5361_1399683660002_ym_5304_1399683656Sources : Telesur, AVN

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1)  Sur cette coopération, lire ¨De PetroCaribe à la Patrie Caraïbe¨ https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

(2)  Pour la liste des Objectifs du Millénaire : http://www.un.org/fr/millenniumgoals/

(3)  On trouvera le détail de ce programme de gouvernement dans ¨Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/10/%C2%A8de-port-au-prince-a-caracas-nous-partageons-le-meme-objectif-la-souverainete-alimentaire-%C2%A8/

Nicolas Maduro : “le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier”

reunion_maduro_gobernadoresNous sommes à Caracas le 16 juillet 2013, à Miraflores (palais présidentiel). Nicolas Maduro s’adresse à vingt gouverneurs bolivariens : “Comment est-il possible qu’à une personne âgée, à une de ces personnes que nous rencontrons lorsque le gouvernement sillonne le pays, on fasse payer 20 millions pour pouvoir accéder à une mission sociale?  Certains, ils me l’ont dit, ont payé et ils ont été effectivement inclus ensuite dans la mission ! Qu’est-ce cela veut dire? Qu’au-dessus de ces extorqueurs il y a des hauts fonctionnaires qui couvrent ces agissements, comme ceux qu’on a arrêtés. Nous devons aller jusqu’au bout de chaque enquête et vous, les gouverneurs, qui avez mille témoins dans vos régions, faites le travail sur place, car nous avons détecté beaucoup de cas lors de nos déplacements”.

Quelque semaines ont suffi pour détecter des systèmes de corruption mis en place par des hauts fonctionnaires du service des douanes, de l’immigration, de l’inspection du commerce, de l’industrie sidérurgique, de la compagnie pétrolière publique, de la banque nationale du développement… Nicolas Maduro a promis de nouvelles surprises dans cette offensive-éclair contre la corruption “où qu’elle soit, et à tous les niveaux, coiffée d’un béret rouge chaviste ou dans les rangs de la droite, dans le secteur public comme dans le privé : il n’y aura plus d’intouchables. Personne ne me fera prendre des vessies pour des lanternes. Je ferai bientôt quelques inspections-surprises sur les chantiers publics”.

Dans le même temps, le plan “Patria Segura” a déployé sur tout le territoire une police mieux formée à la protection des citoyens. Un premier bilan parle d’une baisse de 200 % des enlèvements et de 38 % des homicides. Maduro veut aller plus loin. Il rappelle comment il a vu toute une jeunesse populaire – sa génération – décimée par la drogue, la violence à partir des années 80 et veut s’attaquer frontalement à l’imaginaire des médias privés resté très puissant malgré quatorze ans de révolution, en multipliant les missions culturelles, la récupération des espaces publics et la rénovation intégrale des quartiers populaires (plan »barrio tricolor« ), le relancement de la musique populaire, l’appui aux artistes et aux mouvements de jeunes, le transfert de nouvelles technologies et la dotation de nouvelles chaînes de télévision aux secteurs jusqu’ici exclus.

Sans doute étaient-ce ces chantiers que le président Chavez voulait aborder en 2013 : quelques mois avant sa mort il appelait les jeunes du grand quartier populaire de Petare à renoncer à la drogue, à la violence pour mettre leur talent au service du pays.

La droite et les grands médias rêvaient d’enterrer la révolution bolivarienne avec son initiateur. Des politologues de gauche annonçaient la lutte fratricide des chavistes ou une “NEP” réformiste. 90 jours après la mort de Chavez, on découvre un homme d’Etat qui, s’appuyant sur une équipe élargie aux mouvements sociaux et aux partis progressistes, applique méthodiquement les cinq objectifs du “Plan Patria” légué par Chavez (1) et lance un “gouvernement de rue” (2).

BN-JYeYCUAADzyC.jpg largePresidente-Nicolás-Maduro-en-Sucre-4Né dans un quartier populaire de Caracas, militant syndical, bolivarien clandestin puis ministre de Chavez, Nicolas Maduro connaît bien les rouages de l’État et… du terrain. Avec une  moyenne de 102 projets pour chaque entité traversée – à savoir 23 états et le district de Caracas, le “gouvernement de rue” aligne déjà 2.037 projets financés par l’État. Un “banc d’essai” du pouvoir populaire que le président du Venezuela veut permanent et actif sur tout le territoire. Même la presse officielle et les partis de la gauche classique ont du mal à suivre ce dialogue direct de Maduro avec les problèmes du peuple.

« Combien de temps notre peuple s’est-il habitué à voir le pouvoir comme un concept lointain, étrange, comme le privilège d’une élite ? Et bien non: la révolution n’a d’autre sens, comme Chavez nous l’a rappelé sans cesse, que le transfert de la totalité du pouvoir aux mains d’un peuple qui doit se former sans cesse pour cela. Nous avons assez patienté, nous devons nous réveiller, redevenir des combattants de la rue, de tous les jours… Le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier. Comment faire une révolution avec un peuple passif ? Le pouvoir populaire sert à faire la révolution et pas n’importe laquelle : une révolution socialiste. Ou le peuple la fait, ou il n’y en aura pas. Le pouvoir populaire doit exister partout et tous les jours, dans les états, dans les rues, au palais présidentiel. Notre nouvel état sera l’État comunal, c’est un des axes principaux de notre programme, Chavez nous a exigé de lui donner la priorité (3). Nous allons redoubler d’efforts à partir du mois d’août pour construire partout la commune.”

« La commune ou rien »

venezuela_asambleacomunal7 venezuela_asambleacomunal2Deux jours plus tôt dans l’État de Lara, une assemblée d’organisations de base (photo) s’est réunie au nom des « trois R” – formule inventée par Chavez pour “revoir, rectifier, réimpulser” le gouvernement révolutionnaire. Ont fusé les critiques sur la gestion antérieure du ministère de la commune : mise sous tutelle du pouvoir populaire, arrogance de cadres auto-proclamés qui considèrent la masse populaire comme un simple champ de manoeuvres pour “ceux-qui-savent-comment-faire-la-révolution”, véritables boulets pour le travail populaire.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Itturizza (à droite), los d'une journée du "gouvernement de rue", mai 2013.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (à droite), lors d’une journée du « gouvernement de rue« , mai 2013.

Une grande partie des demandes que nous avons recueillies tout au long des assemblées populaires concerne une meilleure présence de l’État aux côtés des processus d’organisation” explique Reinaldo Iturizza, un sociologue critique devenu le nouveau ministre de la Commune sur décision de Maduro et qui a dû s’arracher au monde des thèses sur papier. “Je suis en train de créer une équipe qui racontera les histoires de ces journées dans la rue, qui vont continuer. Ce que nous voyons doit être connu”. L’équipe d’Iturizza met au point une méthodologie nouvelle réunissant les conseils communaux et les autorités du Ministère pour résoudre des problèmes tels que l’auto-construction de logements. 60 mille foyers de la Grande Mission Logement ont pu être construits par les habitants eux-mêmes. On en prévoit 100 mille de plus en 2013.

Alors que les médias privés qui dominent la majorité des ondes au Venezuela occultent cette école de pouvoir citoyen et ciblent Maduro, le “gouvernement de rue” est devenu en soi un véritable média populaire qui attaque vraiment la forme dominante, commerciale et représentative, de la communication politique, qui cultive la participation critique et ose prendre des décisions jusqu’ici freinées par une classe moyenne d’État peu ouverte aux propositions populaires.

006_ma_4086_1373321519Le 8 juillet, c’est dans l’état d’Amazonas, au Centre de Formation et de Production Agroécologique Matuwiniyu Yekuana Rene, que Maduro et son équipe font halte. Un militant indigène leur montre la maquette d’une maison autochtone : “Je vous présente une maison fluviale indigène totalement écologique, avec sa barque, sa batterie d’élevage de poules, son vivier à poissons, chaque famille peut y vivre et produire sans devoir quitter le fleuve”. “Bravo, c’est un des projets que nous voulons approuver !” applaudit Maduro pour qui c’est là tout le sens de ce “gouvernement de rue” : réactiver les propositions, la créativité du peuple. A ses côtés la Ministre des Peuples Indigènes Aloha Nuñez, précise : “nous sommes ici en territoire Jivi, l’État d’Amazonas compte 19 peuples indigènes et nous, les ministres, ne sommes pas restés en ville, par exemple la ministre de la santé a passé la nuit dans une communauté indigène. Ces populations étaient infiltrées par les “nouvelles tribus” (une ONG états-unienne), nos compagnons commençaient à parler anglais, à présent le travail est d’assurer l’intégralité des droits à la santé, à l’éducation pour nos peuples indigènes”.

Maduro en profite pour rappeler l’insistance du président Chavez : “Pourquoi les ministres ne pourraient-ils pas vivre deux ou trois jours durant dans les communautés ? Nous, gouvernement bolivarien, sommes du peuple, nous ne venons d’aucune élite, d’aucun groupe économique et même si nous devons nous protéger face aux menaces de l’ennemi, nous ne devons pas perdre le sens de qui nous sommes : des gens humbles, qui nous devons au peuple”.

Misión-Arbol-250x187Et d’évoquer le cinquième objectif du programme légué par son prédécesseur : l’éco-socialisme, qui prévoit notamment le reboisement massif de tout le pays – la Misión Árbol sèmera quelques deux millions d’arbres dans les deux ans à venir. Une mission grâce à laquelle la surface boisée du pays atteint 47,6 millions d’hectares, réduisant de 47 pour cent le taux de déforestation.

La biodiversité, poursuit Maduro, doit être pensée dans sa dimension macro-écologique. Nous n’allons plus comme le faisaient les gouvernements antérieurs recevoir les représentants de lobbies qui veulent acheter un morceau d’Amazonie. Mais pour nous qui sommes un pays amazonien, le plus incroyable c’est que nous n’ayons pas encore créé d’institut pour étudier cet immense patrimoine de biodiversité en fonction par exemple de nos besoins en médicaments, avant que ne les brevettent des transnationales. Nous ne pouvons pas attendre 15 ans, c’est aujourd’hui que nous devons prendre la décision. Créer un institut pas seulement pour produire des thèses universitaires mais pour générer des connaissances transfomatrices, des connaissances scientifico-populaires : on a souvent considéré les peuples indigènes, et le peuple en général, comme ignorants alors qu’ils produisent des milliers de savoirs vitaux, mille choses. C’est d’ailleurs pour cela que les élites nous méprisent, parce qu’au fond, nous sommes des indigènes.

007_mg_2703_1372195635-632x421Tout en menant tambour battant ces assemblées avec la population, Maduro a bouclé en deux semaines un agenda diplomatique très dense au service de l’unité du Sud et de l’intégration des organismes existants. En visite officielle en Haïti le 25 juin pour renforcer la coopération (photo) puis le 30 juin à Managua au sommet de PetroCaribe avec de nouveaux accords sur l’éducation, sur la “misión milagro” (chirurgie et soins oculaires gratuits), les politiques alimentaires et la création d’une zone économique élargie vers le Sud ; en prenant part à Moscou le 1er juillet au sommet des 18 états producteurs de gaz – le Venezuela est la quatrième réserve mondiale – pour plaider en faveur de la création d’une “OPEP” du gaz ; à Cochabamba, le 4 juillet, au sommet d’urgence d’UNASUR, pour joindre sa voix à celle de ses homologues face à la violation du droit international par des pays d’Europe qui, sur ordre de Washington, ont fermé leur espace aérien au président de la Bolivie (4); en invité d’honneur d’un sommet des 15 pays membres du Caricom (marché commun des Caraïbes) à Trinidad et Tobago ; enfin, le 10 juillet, à Montevideo, pour assumer la présidence du Mercosur et engager le “tournant social” de ce marché commun devenu le quatrième bloc économique mondial et proposer l’association stratégique avec PetroCaribe, l’ALBA et les BRICS.

Les 22 et 23 juillet, Caracas accueillera la première réunion ministérielle de la Communauté des États Latino-américains et de la Caraïbe (CELAC) pour élaborer de nouveaux plans contre la faim et la pauvreté. Elle sera suivie du 12ème sommet des présidents de l’ALBA, le 30 juillet, à Guayaquil (Équateur), consacré lui aussi à renforcer les programme sociaux.

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Pas de socialisme sans féminisme !

La maxime de Hugo Chavez s’incarne dans les choix ministériels de Nicolas Maduro.

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Maryann Hanson

Maryann Hanson (Éducation)

Maria Cristina Iglesias

Maria Cristina Iglesias (Travail)

Iris Varela

La Ministre du Système Pénitentiaire Iris Varela

Aux côtés de Maryann Hanson (Ministre de l’Éducation), de María Cristina Iglesias (Ministre du Travail) et d’Iris Varela, la Ministre du système pénitentiaire qui s’efforce d’humaniser un système encore dominé par des mafias et de réduire les retards dans le procédures de jugement, de nouvelles responsabilités et de nouveaux visages marquent l’équipe gouvernementale nommée en avril 2013 :

La ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez - ici réunie avec des indigènes états-uniens dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La nouvelle ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez – ici réunie avec des autorités indigènes états-uniennes dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées, alors que le Venezuela, toujours menacé par les États-Unis, vient d’installer un nouveau système de défense anti-aérienne.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées. Face aux menaces impériales et pour garantir la souveraineté du Venezuela, Nicolas Maduro vient d’annoncer l’installation d’un nouveau système de défense anti-aérienne.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de genres. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de Genre. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 juillet 2013

Notes :

  1. Sur ces cinq objectifs : “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. « Nous t’écoutons, Claudia« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/
  3. Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines » et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’État communal.”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  4.  “Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/ et la note de protestation du Venezuela : http://www.legrandsoir.info/note-de-protestation-aux-gouvernements-d-espagne-de-france-d-italie-et-du-portugal.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/19/nicolas-maduro-le-pouvoir-du-peuple-quand-il-ne-sexerce-plus-finit-par-satrophier/

(vidéos et photos :) Quarante jours à la rencontre des mouvements sociaux.

«Je salue notre dangereux ami… » (rires) «…Joao Pedro Stedile, du mouvement des sans terre». Là où d’autres chefs d’Etat évitent tout risque d’incident diplomatique, le nouveau président du Venezuela, élu le 14 avril 2013, préfère bousculer le protocole pour se réunir avec les mouvements sociaux. La signature le même jour d’accords majeurs de coopération avec la présidente du Brésil n’empêche pas Nicolas Maduro de dialoguer avec ceux qui critiquent l’abandon de la réforme agraire et les progrès de l’agro-business sous le mandat de Dilma Roussef. (1)maduro_darcy_ribeiro_brasilia

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Réunion avec les mouvements sociaux à l’Université de Brasilia, Mémorial Darcy Ribeiro, 9 mai 2013

Ce 9 mai 2013 au mémorial Darcy Ribeiro – qui pour Maduro «fait partie des  hommes capables de transformer la conscience d’une époque» – c’est le porte-parole du Mouvement des Sans Terre, au nom des syndicats et collectifs présents, qui accueille le président vénézuélien. Le lutteur social rappelle que Chavez fut le premier à aller vers eux, à dénoncer les limites institutionnelles de l’État bourgeois en vigueur depuis trois siècles et à chercher l’appui  des mouvements sociaux dans cette transformation.

Avec les militants brésiliens, Maduro évoque la transformation du Marché Commun du Sud (MERCOSUR) dont le Venezuela assumera la présidence le 28 juin « en une identité de peuple, une opportunité de développement, d’intégration énergétique, économique, structurelle de nos pays », notamment à travers la consolidation du SUCRE,  monnaie régionale qui met fin à la dictature du dollar pour la vente et l’achat de produits entre pays de l’ALBA, la Banque du Sud, la création d’une École de Formation des Mouvements Sociaux, la défense des ressources naturelles lors de la prochaine réunion de la CELAC à Caracas, l’organisation d’un Fonds Égalitaire de lutte conte la pauvreté à discuter au sein de l’OPEP : «nous ne sommes pas simplement un gouvernement, nous sommes une révolution populaire au pouvoir et nous transformons la société.  Le pouvoir moral, politique, organisateur des mouvements sociaux est la garantie majeure pour les processus démocratiques de notre région et la clef de leur invincibilité face aux agressions impériales».

La première étape de cette tournée dans les pays du MERCOSUR l’avait mené en Uruguay à la rencontre du Président Mujica et des travailleurs. Maduro, qui entra en politique à travers la militance syndicale, y a proposé la création d’une confédération des travailleurs à l’échelle du continent..

Uruguay, 7 mai 2013

Avec les travailleurs uruguayens, 7 mai 2013

Uruguay Madurocon los trabajadoresNicolas Cochabamba BoliviaQuelques semaines plus tard à Cochabamba, lors de sa rencontre avec les mouvements sociaux boliviens en compagnie d’Evo Morales, le président du Venezuela a de nouveau plaidé pour la création d’une organisation continentale des mouvements de travailleurs, paysans, pêcheurs, communautés indigènes, mouvements féministes, étudiants et pour faire face ensemble aux nouvelles stratégies impériales et aux traités de libre commerce – notamment l’Alliance Pacifique mise sur orbite par les États-Unis (Mexique, Colombie, Pérou et Chili)- et aux plans de la droite latino-américaine pour détruire l’ALBA.“Nous avons décidé de développer fortement à travers l’ALBA tout ce qui concerne l’éducation publique gratuite et de qualité pour nos peuples, de fortifier nos universités publiques. Les pays membres de l’ALBA sont en tête des indicateurs de l’éducation universitaire en Amérique Latine et dans certains cas, dans le monde”.Bolivia movimientos sociales 1Bolivia movimientos sociales 3

Bolivie, 25 mai 2013

Bolivie, 25 mai 2013

Ce volontarisme social de la diplomatie bolivarienne est occulté, ou réduit à une « pétrodiplomatie », par les médias occidentaux qui taisent avec le même soin le « gouvernement de rue » au coeur de la politique intérieure que mène Maduro au Venezuela. Conçu pour « rencontrer directement les problèmes et les résoudre avec la population, organiser un nouveau modèle de gouvernement avec les conseils communaux, essence d’une nouvelle démocratie et du socialisme« , ce « gouvernement de rue » a déjà pris des centaines de mesures et alloué les ressources nécessaires sur la base du diagnostic participatif. (2)

Pour rendre à l’État sa capacité d’action sur le terrain et lutter contre la corruption, Maduro a décrété six Régions Stratégiques de Développement Intégral (REDI). Tout va se jouer dans l’efficacité du suivi par les relais mis en place. Après avoir surmonté la tentative de coup d’État organisée par la droite en avril 2013, le président est en train de regrouper les forces sociales autour du programme sorti des urnes, le « Plan Patria 2013-2019 » (3). C’est pourquoi la droite latino-américaine et ses alliés états-uniens intensifient leurs manoeuvres de déstabilisation, notamment depuis la Colombie. Mais le temps joue en faveur de la révolution bolivarienne. (4)

Thierry Deronne, Caracas, 3 juin 2013.
Version espagnole de cet article : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=169235

« Gouvernement de rue », quartier de Coropo, État d’Aragua, Venezuela, 31 mai 2013.

Aragua

Notes :
(1) Voir « A Brasilia le campement national Hugo Chavez exige la reprise de la réforme agraire » http://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/03/23/a-brasilia-le-campement-paysan-national-hugo-chavez-exige-la-reprise-de-la-reforme-agraire/
(2) Sur la méthode de gouvernement de Nicolas Maduro, on peut lire « Nous t’écoutons Claudia » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/ ; « Gouvernement dans la rue et révolutions dans la révolution : Nicolas Maduro commence à gouverner » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/20/gouvernement-dans-la-rue-et-revolutions-dans-la-revolution-nicolas-maduro-commence-a-gouverner/ ; et « Le Venezuela en 2013 : accroche-toi, tu n’as encore rien vu » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/06/le-venezuela-bolivarien-en-2013-accroche-toi-tu-nas-encore-rien-vu/
(3) Voir « Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(4) Parallèlement aux mesures issues des assemblées populaires, à l’augmentation générale des salaires et à la mise en oeuvre effective de la nouvelle Loi du Travail, voici quelques mesures qui ont marqué les quarante premiers jours de la présidence de Nicolas Maduro : (merci à Juan Miguel Díaz Ferrer)

Sécurité citoyenne

Création du “Mouvement pour la Paix et pour la Vie”, avec le désarmement effectif de bandes de jeunes délinquants, la création d’espaces culturels et de formation et la création du fonds spécial « Jóvenes de la Patria » (500 millions de Bolivars).
Mise en place du Plan National de sécurité avec l’appui mutuel des communautés populaires, des forces armées et de la police nationale bolivarienne. Dans les premiers mois le taux d’homicides a été réduit de 60 % en moyenne. Il s’agit aussi de mettre fin aux violations des droits de l’homme commises par les polices antérieures.
Renforcement de la Mission A Toda Vida Venezuela pour humaniser les conditions de détention dans le système pénitencier.
Réunion avec  les télévisions privées pour qu’elles réduisent leur dose quotidienne de violence.
Politiques alimentaires
Dialogue avec le secteur privé. La Chambre de l’industrie alimentaire du Venezuela a accepté de travailler avec l’exécutif à trouver des solutions aux problèmes d’approvisionnement et prévoit dans les 180 jours d’augmenter la production de 18%.
Lancement de la construction d’une centrale agro-industrielle près de Caracas avec un investissement d’environ 52 millions de dollars de la Chine.
Nouvelle stratégie visant à accroître les réserves alimentaires du pays.
Importation de 760.000  tonnes de nourriture, huile, lait en poudre, le sucre brut, le thon en conserve, sardines en conserve et le sorgho.
Renforcement du système des magasins d’État PDVAL, qui vend les produits de base 35% moins cher que dans le marché et du réseau FarmaPatria qui vend les médicaments à des prix 40% iférieurs à ceux du marché.
Recensement par les experts agricoles des pays du Mercosur, dans les états du Zulia, Aragua, Portuguesa et autres de 230 000 hectares aptes à la mise en culture immédiate.
 Subventions aux producteurs de riz et de canne à sucre.
 Avec l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, la Bolivie, signature de nouveaux accords agricoles et énergétiques.
 Avec des sociétés brésiliennes, le Venezuela construit une usine d’engrais pour produire 1,5 millions de tonnes par an.
Électricité
Déclaration de l’état d’urgence pour le réseau national d’électricité. Approbation des ressources nécessaires pour renforcer le système électrique national (SEN), dans le cadre du plan de 100 jours présenté par le ministre de l’Electricité.
Inspection du parc d’énergie éolienne de La Guajira (État du Zulia)
Tarifs spéciaux pour les grands consommateurs d’électricité, afin d’encourager les économies d’énergie (commerciaux, etc) et maintien du tarif social pour la population.
Logement
Reprise du plan massif de rénovation urbaine populaire « quartier tricolore ».
Objectif de la Grande Mission Logement Venezuela pour cette année : construction de 380.000 maisons à travers le pays.
Relations Internationales
Visite des pays du MERCOSUR qui ont signé plusieurs accords de coopération avec le Vénézuéla.
Appui aux candidatures de la Bolivie et de l’Equateur au sein du Mercosur.
Articulation des processus d’intégration régionale ALBA–Mercosur, et Petrocaribe-Mercosur. Organisatio à Caracas du VIIème Sommet de Petrocaribe,avec  l’entrée du Guatemala et du Honduras en tant que membres actifs du mécanisme de coopération, démarrage des travaux pour constituer la Zone Économique de Petrocaribe (ZEP), accord spécial signé pour la fourniture d’engrais à promouvoir le développement agro-industriel régional, et régime spécial des liaisons aériennes entre tous les pays membres. Création d’un fonds pour les opérations conjointes. Développement d’un système de développement du commerce interne dans la zone de Petrocaribe.
Vidéos : dialogue avec les mouvements sociaux brésiliens, Mémorial Darcy Ribeiro, le 9 mai 2013.



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« Nous t’écoutons, Claudia »

C’est sans doute la phase la plus importante de la révolution bolivarienne : la mise en pratique du “gouvernement dans la rue” que le président Chavez avait souvent demandé de réaliser, sans guère de résultats, à ses ministres (1). Les médias privés (hégémoniques au Venezuela) et internationaux ne s’y trompent pas en l’occultant totalement…Gobierno-de-calle-Miranda3

La caméra balaie les barrios, on dirait que la pluie leur a pris leurs couleurs. Le président Maduro interroge les citoyens assemblés.

– Comment êtes-vous arrivés ici ? Qui fut le premier a construire ici ?

– Lucero !

– Et d’où venait Lucero ?

– De la campagne.

– Voilà :  vous avez été expulsés de la campagne par le libéralisme. En plus dans les  années 70 les vallées du Tuy étaient devenus non seulement la cité-dortoir de Caracas mais aussi, pardon du mot, le dépotoir des pauvres de Caracas.

– C’est vrai, je l’ai vécu président, on nous a déportés ici dans les années 70, on nous amenait dans des autobus à deux heures du matin quand la pluie avait rasé nos maisons, et puis.. débrouillez-vous ! Et ce que dit la compagne sur nos hôpitaux, c’est vrai : l’autre jour un travailleur a failli mourir, on a trouvé de justesse une ambulance parce qu’il fallait l’emmener jusqu’à Caracas.

Assise parmi les habitants, la nouvelle ministre de la santé Isabel Iturria, fondatrice de l’Hôpital latino-américain de Cardiologie Infantile, confirme : «nous avons inspecté aujourd’hui deux hôpitaux publics : ils n’ont pas assez de lits».

Une porte-parole communale se lève : «Il nous faut plus que ces deux hôpitaux parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre et il ne nous reste qu’à mourir ou à accoucher dans la rue».

Maduro à la ministre : «réunissez-vous dans l’heure, il faut remettre sur pied tous ces hôpitaux, comme nous l’avons fait pour l’hôpital de Coche quand les gens ont dénoncé, nous, nous assumons nos erreurs et nous agissons rapidement».

Depuis deux semaines le gouvernement bolivarien se déploie dans les lieux de travail, les quartiers populaires, inspectant les chantiers publics et cherchant des solutions aux problèmes posés par les organisations sociales – pour la plupart des conseils communaux, au rythme de quatre à cinq assemblées par jour. Certains ministres y gagnent des cernes ou perdent du poids, ou la voix. D’autres en reviennent couverts de pluie et de ciment. Après les États du Zulia et de Miranda, la mobilisation sur le terrain promise par le président Maduro dès sa prise de fonctions, touchera les 21 états restants.noti1_3413

image_previewJohanna, porte-parole de l’économie informelle de la municipalité de Guaicaipuro, prend la parole.

– Président, nous sommes dans la rue sous la pluie, sous le soleil depuis des années, les passants se prennent les pieds dans nos kiosques. On ne nous brutalise plus comme le faisait la police avant, mais plutôt qu’un problème nous voulons être une solution. Nous avons besoin d’un marché couvert,  le dossier n’avance pas.

– Quel est l’organisme chargé du projet ?

– Fundapropatria.

– Appelez-moi le président de Fundapropatria.

– Président je suis Teresa Lopez, je suis fière de mon quartier de Guarimar, notre principal problème, ce sont les voies d’accès. La route alternative est dangereuse, la nuit il y a des accidents, beaucoup n’ont pas été voter parce qu’ils se sentent abandonnés, et Capriles quand il est passé, il nous a offert 25 mille Bolivars… (NdT : ex-candidat néo-libéral aux présidentielles, Henrique Capriles est l’actuel gouverneur de l’État de Miranda). La route c’est le plus important pour nous, nous ne nous vendons pas mais avec nos rues de terre, quand il pleut les enfants ne peuvent pas aller à l’école.

– Le ministre du transport doit s’en charger. Et je viens de parler au président de Fundapropatria, Mr. Tascon, qui viendra au plus tard dans deux semaines pour commencer avec vous la construction du marché populaire (applaudisssements).

– Président, nous avons de grands problèmes avec la collecte des immondices… Avec une dotation de camions, d’autres conseils communaux ont pu pallier l’irresponsabilité du maire….

– Oui nous avons reçu pas mal de dénonciations à ce sujet… (le nouveau ministre de l’environnement Dante Rivas promet de se réunir avec les conseils communaux concernés.)

– Il y a la distribution du gaz dans les quartiers, parfois les gens courent derrière les camions, les forcent à s’arrêter pour se fournir eux-mêmes…

– De qui dépend cela ?

– De PDVSA-Gaz. Et il y a le problème de l’Université Bolivarienne, j’y ai étudié moi-même à mes cinquante ans… (applaudissements) et elle n’a toujours pas de siège propre… nous proposons l’immeuble de Fetramiranda..

– Bien d’accord, nous allons transférer l’ancien siège de FetraMiranda, à l’Université Bolivarienne. Et toutes ces écoles primaires qui ne fonctionnent pas, qu’elles passent sous la responsabilité des communautés !

– Bonsoir Président, je suis Yanoares, porte-parole du secteur de la Matica. Nous avons 186 conseils communaux pour 38000 habitants, nous sommes très nombreux. Nous n’avons reçu aucune aide du gouverneur Capriles, par contre nous avons eu l’appui de mairies, de communes, du conseil fédéral de gouvernement mais les solutions manquent, nous n’avons pas encore l’eau, nous avons besoin de plus d’appui pour la sécurité.. Nous avons des projets de logements mais depuis des années nous n’avons obtenu aucun titre de propriété. A l’école nous prenons soin des pupitres, nous comptons 500 élèves mais la majorité des étudiants doit descendre jusqu’au centre, parce que dans notre communauté il n’y a pas de lycée, pas de Mission Ribas, pas de Mission Robinson. Nous avons une maison d’accueil pour les jeunes victimes de la drogue mais nous avons besoin d’appui, parce que nos permanents ne perçoivent aucun type de ressources.
Gobierno-de-calle-Miranda4– Maduro : Pardonne-moi de t’interrompre un instant, je sens en toi une grande capacité de lutte, je le vois dans ce le dossier que tu as dans les mains et je lis aussi en toi une grande impatience. Si nous faisons la liste des tous les problèmes de ta communauté, nous passerons ici plusieurs jours. Pour ne pas nous laisser submerger, nous devons intégrer les solutions à travers un plan comme le Barrio Tricolor, qui va rénover, reconstruire les quartiers et dont nous avons décidé qu’il allait se mettre en marche ici rapidement, ce qui comprend ton quartier. Nous avons faits nos calculs : 800.0000 sympathisants chavistes n’ont pas été voter le 14 avril, certains ont sombré dans la tristesse qui a suivi la mort du président Chavez et les médias privés les ont bombardés tous les jours : « Maduro n’est pas Chavez, Maduro n’est pas Chavez… ». En plus de cela, reconnaissons-le, nous n’avons pas fait le travail nécessaire, le porte-à-porte pendant la campagne, nous ne l’avons pas fait. Malgré tout, alors que je n’ai eu droit qu’à trois semaines de campagne pour parcourir tout le pays, nous avons gagné avec près de 300.000 voix d’avance, ce fut une victoire héroïque. Mais je vous demande, si deux pour cent de plus des nôtres n’étaient pas allés voter ? Que se serait-il passé avec l’éducation, la santé, le logement si le néo-libéral avait été élu ? Et avec l’ALBA, l’UNASUR, PetroCaribe ? Maintenant, croyez-vous qu’il est possible d’atteindre le socialisme en 2019 ? Je vous pose toutes ces questions pour que nous, le « Venezuela pensant » – avant la bourgeoise se croyait la seule à penser – nous tous réfléchissions aujourd’hui sur les moyens d’atteindre la pauvreté zéro. Certains d’entre nous, quand ils obtiennent enfin l’appartement construit par la révolution, quand ils sortent du chômage et reçoivent un salaire digne, oublient tout, se croient des « Rockefeller », c’est la misère spirituelle du capitalisme. Nous devons nous sentir fiers de nos quartiers populaires, les embellir chaque jour et c’est pouquoi ici dans l’État de Miranda, nous allons relancer le programme Barrio Tricolor.

noticias1116Quand un délégué de prévention d’accidents du travail prend la parole, Maduro parle «des travailleurs de l’électricité, ceux des lignes à haute tension, qui souffrent souvent des articulations, des vertèbres cervicales, évidemment la bourgeoisie n’en est même pas consciente alors qu’elle en est la responsable.»

Lorsque deux jeunes qui ont décidé de renoncer à la délinquance racontent leur vie, remettent leur projet socio-culturel à Maduro et parlent de la difficulté de la réinsertion, le nouveau ministre de la Commune, le sociologue Reinaldo Iturizza et la Ministre du Service Pénitenciaire Iris Varela prennent rendez-vous. Nicolas Maduro qui a lancé ce plan national de désarmement et d’action culturelle avec pour acteurs principaux les jeunes des quartiers populaires, leur demande s’ils connaissent la vie de Malcolm X, et comme ils répondent que non, il leur parle de lui, de l’importance d’étudier l’Histoire, sans laquelle un peuple perd tout horizon, et demande à la chaîne publique VTV de diffuser le film de Spike Lee. Il leur montre l’image qu’il a publiée sur son compte twitter @NicolasMaduro :

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Si vous n’y prenez garde, les médias vous feront aimer l’oppresseur et haïr l’opprimé. Malcolm X.

Puis le président annonce des rectifications comme « le contrôle ouvrier qui n’a pas fonctionné dans nos entreprises de base comme SIDOR, parce qu’il s’est mué en bureaucratie. Est-ce pour cela que nous allons renoncer au contrôle ouvrier ? Non, nous allons le renforcer car notre économie est encore essentiellement capitaliste ». Et d’évoquer le corps d’inspecteurs qui se déploie aujourd’hui dans le pays pour la bataille contre la corruption. « Il y aura des surprises dans les prochains jours. La corruption dans nos rangs, de ceux qui se déguisent en révolutionnaires, doit cesser totalement, comme celle de la bourgeoisie, peu importe le camp. Il y a deux siècles Bolivar avait décrété de fusiller les fonctionnaires corrompus. Nous, nous ne tuons personne mais la loi et la constitution s’appliquent à tous, même à ceux qui se diront ensuite avec l’appui des médias, « persécutés politiquement ».

–       Quand les ministres venaient-ils ici dans les vallées du fleuve Tuy ?

–       Jamais ! répond l’assemblée.

Gobierno-de-calle-Miranda2Routes alternatives, grand marché d’alimentation « Bicentenario », Centres de Diagnostic Intégral, lycées, canalisations d’eau potable, construction d’espaces culturels, crédits pour les producteurs agricoles, voies ferrées, extensions du métro de Caracas, création d’une université polytechnique régionale… Au bout de trois mois, les ministres et le président reviendront sur place pour l’inspection. Ces réunions sont cruciales pour le moral des bolivarien(ne)s. Les médias privés hégémoniques du Venezuela, ne s’y trompent pas : pas une news, pas un article, pas un bulletin radio ne mentionnent ce « gouvernement dans la rue».

Au même moment, alors que Barack Obama reste le seul gouvernant à refuser de reconnaître le verdict des électeurs vénézuéliens, un sommet extraordinaire de PetroCaribe et de l’ALBA se réunit à Caracas. 18 chefs d’État des Caraïbes et d’Amérique Latine rendent hommage au président Chavez en ratifiant l’alliance des deux organismes pour les éloigner un peu plus du chaos capitaliste, par la création d’une zone économique interne qui fortifiera l’industrie, le tourisme, l’agriculture, les liaisons aériennes, entre autres.Petrocaribe5Les médias internationaux, eux aussi, censurent ce sommet qui concerne des millions de latino-américains, de même qu’ils invisibilisent le « gouvernement dans la rue » et, depuis quatorze ans, l’ensemble des réalisations de la démocratie participative vénézuélienne. Ils occultent les sabotages et les assassinats commis par une droite sur orbite états-unienne, relaient avec sympathie le refus de reconnaître le scrutin par son leader Capriles et face aux plans de déstabilisation, personnalisent et réduisent la révolution bolivarienne à Nicolas Maduro, brossé en tribun fantasque, agressif comme ils l’ont fait avec Hugo Chavez.

Huit heures du soir. L’assemblée-fleuve déborde presque la sécurité. Tous veulent parler, saluer, montrer leurs banderoles, remettre leurs messages. Maduro : «Je le vois dans vos yeux, nous saurons répondre en travaillant, en exigeant le respect à l’empire, aux transnationales médiatiques. Tôt ou tard nous reviendrons travailler avec vous. Nous devons rester ce peuple plein d’énergie, invincible, sans jamais nous laisser emporter par l’indifférence, le populisme, le clientélisme. Si nous voulons une école pour nos enfants, pourquoi ne pas commencer en donnant un sac de ciment, toi les briques, toi le pot de peinture, pourquoi ne pas organiser une ou deux journées de travail volontaire ?»

– Président, il reste cinq porte–paroles de conseils communaux qui doivent prendre la parole, c’est le tour de Claudia.

– Nous t’écoutons, Claudia.

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Thierry Deronne, Caracas, le 6 mai 2013.

(1) Voir »Le président Chavez exige au gouvernement d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire »  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

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Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019

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Célébration de la victoire, 14 avril 2013, Caracas.

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Le programme révolutionnaire (socialiste, écologique, participatif, basé sur les concepts de souveraineté et de politique étrangère multipolaire) proposé par Nicolas Maduro a été approuvé par 50,7 % des électeurs ce 14 avril 2013, contre 48,9 % au programme néo-libéral du candidat Henrique Capriles Radonski. La victoire de ce programme inconnu des citoyens occidentaux frappe d’autant plus que les médias privés du Venezuela et leurs relais internationaux ont fabriqué depuis quatorze ans l’image du “dictateur Chavez”. Pourtant, en l’absence de celui-ci et malgré l’usure de quatorze ans de pouvoir, la majorité des citoyens s’est mobilisée pour confirmer dans les urnes le programme débattu publiquement depuis juillet 2012, qui avait valu sa victoire à Hugo Chavez en octobre 2013 et qui a constitué le coeur de la campagne présidentielle de Nicolas Maduro. Alors que le candidat de la droite appuyé par les médias privés fait campagne depuis trois scrutins et a disposé de plus de temps pour construire son plancher électoral, Nicolas Maduro n’a eu que quelques semaines pour mener sa première campagne au contact de la population.

Près de 19 millions d’électeurs pouvaient voter et, bien que le vote ne soit pas obligatoire, la participation a été massive (79,8 %). Ce scrutin, comme les 16 autres qui l’ont précédé depuis le début du processus révolutionnaire, a été suivi par 173 observateurs internationaux accrédités par le Conseil National Électoral (CNE) : l’Union des douze Nations Sud-américaines (UNASUR), l’Union Interaméricaine des Organismes Électoraux (UNIORE), le MERCOSUR et le Centre Carter, notamment. Nicolas Maduro a été proclamé officiellement président de la république ce lundi 15 avril par le Centre National Électoral. Les résultats définitifs sont publiés sur le site du CNE :  http://resultados.cne.gob.ve/resultado_presidencial_2013/r/1/reg_000000.html

Du côté de la droite, le scénario se répète : le candidat Capriles Radonski, qui avait participé activement au coup d’État du patronat et de généraux made in CIA contre Chavez en avril 2002, refuse de reconnaître le verdict des urnes et appelle au coup d’État, allumant ici et là des foyers de violence avec l’aide des mêmes  « puissances étrangères » et des mêmes médias. Des centres de santé populaire, un siège du Parti Socialiste Uni du Venezuela ont été détruits, plusieurs personnes ont été assassinées par des commandos d’extrême-droite. Le gouvernement bolivarien, sans tomber dans la provocation,  s’est attelé dès ce lundi à défendre la constitution, à empêcher la violence d’interrompre le cours de la démocratie, et à réaliser son programme pour résoudre les problèmes économiques, sociaux définis durant la campagne, avec l’appui de 20 sur 23 gouverneurs, une majorité de maires et de députés, et de nombreux espaces de démocratie participative.

Comme le dit José Roberto Duque, « Si l’état communal que nous sommes à peine en train de formuler, de discuter et de construire maladroitement à travers des processus et des expériences locales et pour l’heure isolées, se convertit en forme de vie et de participation citoyenne, là oui ce sera la révolution. Cela sera, oui, l’héritage de Chavez, ce sera aussi notre fierté. Nous, formés, moulés par les codes bourgeois, dans des écoles bourgeoises et dans une manière de nous relier absolument bourgeoises, nous aurons démontré que nous pouvons nous faire violence, faire échouer notre être égoïste, individualiste, consommateur et médiocre, pour mériter l’épithète de génération révolutionnaire. La mauvaise nouvelle est que nous, les vénézuéliens vivants, ne saurons jamais si on se souviendra de nous de cette manière. Je le regrette. L’histoire est pleine de personnes qui n’ont pas mesuré la taille de leur contribution à l’humanité« . (1)

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« J’ai voté pour Maduro ! Mission accomplie ». Face au dénigrement de Maduro par les médias comme « simple chauffeur d’autobus » (allusion à sa trajectoire de syndicaliste du transport), l’humour populaire a rendu la politesse.

morales_evoParmi les félicitations des présidents du monde entier, celle du président Evo Morales : « cette victoire montre que face à la soumission, face au pillage du capitalisme et de l’impérialisme, les peuples se manifestent démocratiquement« .

Depuis l’Équateur Rafael Correa a déclaré : “Gloire au peuple courageux qui a vaincu le joug ! Félicitations Président imagesMaduro. Commandant Chávez : le Venezuela ne retournera jamais au passé ! »

L’ensemble des présidents latino-américains seront présents à la prise de fonctions de Maduro, ce vendredi 19 avril 2013.

Le seul fait que le Venezuela bolivarien, système “excessivement démocratique” selon l’ex-président Lula, avec sa surdose de processus électoraux et la participation citoyenne aux dizaines de milliers de conseils communaux, puisse être dépeint comme un régime autoritaire démontre que les médias privés et leurs copies publiques ne défendent plus le droit des citoyens à l’information. Certes, cette propagande prend de moins en moins dans les secteurs populaires en Occident, et éveille des soupçons grandissants chez ceux qui ont compris le rôle des médias dans le maintien de l’ordre néo-libéral mondial.

Mais ni Facebook, ni les blogs ne suffiront à contrebalancer l’image du monde transmise par les médias de masse. Par exemple, la gauche occidentale ferme les yeux sur des guerres coloniales, sur des bombardements humanitaires ou laïcs de populations civiles ou sur des coups d’Etat téléguidés, parce qu’elle n’ose pas affronter les justifications démocratiques diffusées par ces médias et qu’elle préfère y soigner son image de marque. Les citoyens occidentaux ont devant eux une tâche urgente : démocratiser et répartir les ondes de radio et de télévision pour garantir la libre expression des mouvements sociaux, pour briser la colonisation du service public par la logique des médias privés et par le dogme du libre marché et pour que les citoyens puissent comprendre ce qui se passe dans le reste du monde.

L’Argentine l’a déjà fait en légiférant pour offrir un tiers des ondes radiophoniques et télévisées au service public, un tiers aux entreprises privées, un tiers aux associations citoyennes. En Equateur, en Bolivie, ou au Venezuela, la démocratisation des ondes avance plus lentement – ces pays vivent encore sous la domination médiatique de grands groupes économiques privés anti-État, anti-mouvements sociaux (2). Alors que ce thème était jusqu’ici tabou au Brésil, le Parti des Travailleurs et la principale centrale syndicale du pays, la CUT, évoquent pour la première fois publiquement la nécessité d’en finir avec la dictature du monopole privé incarné par TV Globo et toute sa chaîne de journaux, livres, revues, etc.. (3). Quelque chose s’est mis en mouvement en Amérique Latine. Mais démocratiser les ondes dans une seule partie du monde ne suffira pas s’ils restent monopolisés par de grands groupes privés ailleurs.

En Occident, il ne s’agit pas seulement de légaliser et de multiplier les médias citoyens et de refinancer le service public, mais aussi de revenir à une formation intégrale, universelle et critique des journalistes, qui les libèrera de la Fin de l’Histoire, leur rendra le sens original d’un métier qui passe par une véritable rencontre avec l’Autre, par le respect de son Histoire, de son droit d’élire qui il veut, et d’être entendu dans ses propositions. Ce qui implique de restaurer une logique de production où le temps est premier : le temps de voyager, de sortir des hôtels et des conférences de presse, le temps d’écouter, de se former, de comprendre et de découvrir tout qu’on ne savait pas, tout ce qu’on ne comprenait pas.

Sans cela, comment un journaliste européen pourra-t-il comprendre la rébellion vivante dans les gènes des vénézuéliens, ces métis qui n’ont jamais obéi à aucune capitainerie générale du royaume d’Espagne, et qui ne sont plus prisonniers du présent médiatique, mais ont un pied dans le passé et l’autre dans le futur ? Ou que la révolution au lieu de se militariser comme l’annonçaient les médias il y cinq ou dix ans, vient d’élire un président civil et que les médias privés, majoritaires, font librement campagne contre lui ? Ou ce qui pousse des voyageurs du monde entier à chercher à Caracas un sens aux mots démocratie, socialisme, politique ?

Nous publions une synthèse des 70 pages du programme choisi par les électeurs.

Dans beaucoup de pays la “gauche” gouvernementale s’est vidée de tout programme pour se muer en agence de casting et fournir des “évènements” quotidiens aux médias. Les bolivariens, eux, tiennent leurs promesses et ont ouvert le chantier infini de la transformation de la vie. “Ne nous y trompons pas : la formation socio-économique qui prévaut encore au Venezuela est de caractère capitaliste et rentier. Le socialisme commence à peine à imposer sa propre dynamique interne parmi nous. Ce programme est fait pour le fortifier et l’approfondir, en radicalisant la démocratie participative. Nous partons du principe qu’accélérer la transition au socialisme bolivarien du XXIème siècle passe nécessairement par l’accélération de la restitution du pouvoir au peuple. C’est sa condition indispensable. Le présent programme s’efforce d’exprimer la volonté des majorités populaires, mais nous avons beau vouloir figer celle-ci dans des mots, nous savons que cela est totalement insuffisant. C’est pourquoi, à partir de ce jour, nous voulons que ce texte soit le sujet du débat le plus large et le plus libre pour qu’il soit prolongé, biffé, amendé, corrigé, complété et enrichi, pour que ce deuxième Plan Socialiste de la Nation soit une oeuvre éminemment collective, comme il se doit en temps de révolution.” (Introduction du programme par Hugo Chavez, juin 2012).

Thierry Deronne, Caracas, avril 2013.

Programme de gouvernement pour 2013-2019.

Premier objectif :Défendre, étendre et consolider le bien le plus précieux que nous ayons reconquis depuis 200 ans : l’indépendance Nationale.”

INFOGRAFÍA obj 1Exemples de quelques mesures prévues :

Renforcement et expansion du Pouvoir Populaire pour que le peuple soit le pouvoir. Préserver, récupérer et avancer dans les espaces de gouvernement régional et local pour approfondir la restitution du pouvoir au peuple. Continuer à construire l’hégémonie en matière de communications, pour qu’au Venezuela, on écoute toutes les voix. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur Pétroles de Venezuela S.A. Garantir l’hégémonie de la production nationale de pétrole. S’assurer une participation majoritaire dans les entreprises mixtes. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur les entreprises d’état qui exploitent les ressources minières sur le territoire national.
Promouvoir et stimuler la recherche scientifique et le développement technologique dans le but d’assurer les opérations intermédiaires de l’industrie pétrolière. Renforcer la coordination des politiques pétrolières au sein de l’OPEP. Impulser des mécanismes pour la juste valorisation du gaz. Elever la conscience politique et idéologique du peuple et des travailleurs du pétrole et du secteur minier , ainsi que sa participation active dans la défense des ressources naturelles de la nation. Impulser la participation des travailleurs dans la planification des activités de l’industrie pétrolière. Consolider et approfondir les instances de participation politique du peuple et des travailleurs du pétrole et des mines. Impulser et promouvoir une initiative de coordination entre les grands pays pétroliers.
Garantir l’utilisation des ressources naturelles du pays, souverainement, pour la satisfaction des demandes internes ainsi que son utilisation en fonction des plus hauts intérêts nationaux. Etablir et développer un régime fiscal minier, comme mécanisme de récupération efficace de recouvrement des revenus de l’activité minière.
Projets de développement social, notamment via la convention Chine-Vénézuéla : logements, hôpitaux et centres médicaux. Projets de développement énergétique tels que raffineries, usines de production de gaz naturel, de pipelines et de gazoducs, usines de gaz liquide, projets d’extraction, transport et commercialisation du charbon, etc.. Cette politique a permis de nous rendre indépendants des organismes financiers multilatéraux comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) et la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Fortifier et amplifier les accords de coopération énergétique. Renforcement des accords dans le cadre de Petrocaribe pour contribuer à la sécurité énergétique, au développement socio-économique et à l’intégration des pays des Caraïbes et de l’Amérique Centrale par l’emploi souverain des ressources énergétiques. Renforcement de l’ALBA.
Souveraineté alimentaire pour garantir le droit sacré de notre peuple à l’alimentation. Développer notre potentiel de production agricole. Augmenter la surface agricole irriguée de 178 000 ha jusqu’à 538000 ha irrigués en 2019, ce qui représente une augmentation de 202%. Accélérer la démocratisation de l’accès , pour les paysans, les producteurs et les différentes collectivités et entreprises socialistes, aux ressources nécessaires (terres, eau, arrosage, semences et capitaux) pour la production, en encourageant leur utilisation rationnelle et soutenable. Commencer la construction de 14 Maisons de Pêcheurs au niveau national dans les états de Carabobo, Aragua, Apure, Falcon, Nueva Esparta, Sucre, Miranda et Portuguesa. Créer et consolider les centres de distribution et de vente locale dans les grandes villes, vente et distribution directe de produits de consommation directe dont l’accès sera garanti à la population avec une rémunération juste du travail du paysan dans le but de développer le commerce d’exportation. Multiplication des réseaux de distribution socialiste Mercal, PDVAL, BICENTENARIO, marchés communaux et programmes de distribution gratuite. Renforcer et moderniser le système de régulation sociale d’état pour combattre l’usure et la spéculation dans l’achat et la distribution des aliments, étant donné son caractère de bien essentiel pour la vie humaine.
Mettre en place une politique d’exportation dans les pays des Caraïbes et au nord du Brésil. Donner un coup de pouce au développement et à l’utilisation de technologies pour les matières premières, réduisant les émissions nocives dans le milieu environnemental. Consolidation des espaces de participation citoyenne dans la gestion publique des aires thématiques et territoriales en rapport avec les sciences, la technologie et l’innovation. Consolider le déploiement des infrastructures éducatives du pays dans les centres universitaires, techniques, des médias et pour la formation pour le travail libérateur. Accroître la capacité défensive du pays avec la consolidation de la redistribution territoriale des Forces Armées Nationales Bolivariennes. Accroître la participation active du peuple pour consolider l’union civique et militaire. Renforcer et accroître le système de renseignements et de contre-espionnage militaire pour la défense intégrale de la patrie.

Deuxième objectif :Continuer à construire le socialisme bolivarien du XXIème siècle comme alternative au système destructeur et sauvage du capitalisme et ainsi, assurer la «plus grande sécurité sociale possible, la plus grande stabilité politique et le plus grand bonheur possibles» (Simón Bolívar) pour notre peuple.

INFOGRAFÍA obj 2Exemples de quelques mesures prévues :

Favoriser la démocratisation des moyens de production et impulser de nouvelles formes d’articulation de formes de propriété, en les plaçant au service de la société. Fortifier l ‘appareil productif national, en le modernisant technologiquement pour fournir la base matérielle en l’orientant vers le nouveau modèle du socialisme. Développer des modèles de gestion des unités de production basés sur l’inclusion, la participation des travailleurs et travailleuses, alignés sur les politiques nationales ainsi que sur une culture du travail qui s’oppose au rentisme du pétrole, en démontrant la structure d’ oligopole et de monopole existante. Assurer la formation collective dans les centres de travail en assurant son incorporation dans le travail productif, solidaire et libérateur. Augmenter durablement la production et la distribution de biens culturels au niveau national, à travers la production de 15.000.000 d’exemplaires du système massif de revues, et avec l’augmentation de 200% de la production de livres. Augmenter les infrastructures culturelles mises à la disposition du peuple avec la construction de 336 salles de bibliothèques, une par municipalité, avec le mobilier nécessaire à la lecture. Universaliser la sécurité sociale pour les artistes, les employés du secteur de la culture et les créateurs.
Rendre plus puissantes les expressions culturelles libératrices. Rendre visible l’identité historique et communautaire (Mision Cultura Corazon Adentro). Améliorer l’habitat et les infrastructures pour les peuples indigènes. Accélérer la délimitation territoriale de leurs espaces, à travers la remise de titres de propriété de terres aux communautés indigènes et de dotation de logements dignes à chaque famille indigène en situation de vulnérabilité, dans le respect de leurs choix culturels. Encourager la formation et le financement pour des unités socioproductives, avec le renforcement de 2345 conseils communaux et communes socialistes indigènes au moyen du financement de projets, dans le respect de leurs pratiques et de leurs formes d’organisation traditionnelles. Approfondir la participation politique et active des femmes dans le Pouvoir Populaire. Améliorer et construire des infrastructures pour les communautés pénitentiaires. Développer une politique intégrale de protection et de divulgation scientifique en relation avec la diversité biologique de notre pays, et en particulier en ce qui concerne nos Parcs, ainsi que les réservoirs d’eau de notre pays et ce qu’ils représentent pour la planète.
Renforcer la lutte contre ce qui détermine les conditions d’inégalité qui doivent être supprimées pour éradiquer l’extrême pauvreté. Etendre la couverture de l’inscription scolaire à toute la population. Développer l’éducation interculturelle bilingüe avec la participation des populations indigènes. Consolidation de la transformation universitaire autour de la formation intégrale, de la production intellectuelle et des liens sociaux qui garantissent le développement des capacités créatives et des capacités qui permettent de résoudre les problèmes prioritaires du pays. Renforcer le droit constitutionnel à l’éducation universitaire pour tous et toutes en augmentant les investissements, la poursuite et la dépense, au moyen de l’augmentation de 90% de l’inclusion des jeunes bacheliers au système d’éducation universitaire. Assurer la santé de la population à travers la consolidation du système public national de santé, sur la base de l’approfondissement de Barrio Adentro, du pouvoir populaire et de l’articulation de tous les niveaux du système de protection, de promotion, de prévention et de soin intégrala u service de la santé individuelle et collective. Assurer une alimentation saine et adéquate tout au long de la vie, en concordance avec les demandes de la Constitution concernant la Santé, la Souveraineté et la Sécurité Alimentaire, avec l’augmentation de la prédominance de l’allaitement Maternel Exclusif  jusqu’à 70%.
Renforcer 4500 magasins d’alimentation pour en faire des centres de formation et de soins nutritionnels. Consolider et agrandir le Réseau de Pharmacies Populaires sur tout le territoire national. Développer le Système Economique Communal avec les différentes formes d’organisation socio-productive : entreprises de propriété sociale, unités familiales, groupes d’échange solidaires et d’autres formes associatives pour le travail. Fortifier la base sociale du système d’économie communale. Développer le Pouvoir Populaire dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Constitution de Conseils de Travailleurs et Travailleuses dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Créer de nouvelles Grandes Missions dans des zones et sur des thèmes ou des problèmes prioritaires. Développer à partir des Grandes Missions, les systèmes d’accompagnement territoriaux pour transformer la vie des familles et des communautés en situation de pauvreté. Garantir la participation active du peuple organisé en ce qui concerne la formation, la transformation du modèle économique de production, la prévention et la protection sociale par les nouvelles instances de participation populaire comme les Conseils Communaux, les organisations de femmes, de jeunes , d’adolescents, d’indigènes, d’afro-descendants, d’étudiants, d’ouvriers et d’ouvrières, de paysans et de paysannes,  de travailleurs du transport, de professionnels, de petits et moyens producteurs et commerçants, associations de la diversité sexuelle, employés de la culture, écologistes, mouvements de villageois parmi beaucoup d’autres dans les sphères de la formation.
Accélérer la participation du peuple aux conseils communaux, groupes de bataille sociale, communes socialistes, cités communales, fédérations et confédérations communales pour le renforcement des possibilités d’action locales dans une perspective territoriale , politique, économique, sociale, culturelle, écologique,et de défense de la souveraineté nationale . De 2013 à 2016 : on développera l’organisation des 21 004 Conseils Communaux qui relieront 8.821.296 personnes (couverture totale de la population vénézuélienne). Le renforcement et l’accompagnement du Pouvoir Populaire dans la période 2013-2019 permettront la mise en conformité de 3 000 Communes Socialistes, selon des prévisions approximatives de 450 Communes, conformément à la démographie des axes de développement territorial. Ces Communes regrouperont 39 000 Conseils Communaux où vivront 4 680 000 familles , ce qui représente 21 060 000 citoyens. Garantir le transfert de compétences en ce qui concerne la gestion et l’administration de la chose publique à partir des instances institutionnelles régionales et locales vers les communautés organisées , les organisations de base et autres instances du Pouvoir Populaire comme stratégie de restitution totale du pouvoir au peuple souverain. Création de 3 000 Banques Communales qui serviront à consolider la nouvelle architecture financière du Pouvoir Populaire. Supprimer toutes les démarches inutiles demandées aux citoyens et aux citoyennes, pour réaliser des opérations légales avec l’Etat, ou pour obtenir des licences, des enregistrements, des diplômes, des certifications, etc…
Elaborer à partir de l’Etat une profonde et définitive révolution dans le système d’administration de la justice pour que cesse l’impunité, pour l’égalité et pour supprimer le caractère de classe et le caractère raciste dans son application. Poursuivre la transformation du Système Pénitentiaire. Activer le Système National de Soins aux Victimes. Garantir le droit et l’accès au libre exercice de l’information et de la communication véritable. Consolider la régulation sociale des moyens de communication en tant qu’outils pour le renforcement du Pouvoir Populaire en promouvant le Système National de Communication Populaire (radios, télévisions communales, journaux communautaires, environnementaux, personnels de l’environnement, ouvriers, jeunes, membres des partis, syndicalistes, paysans,entre autres) en tant qu’espace pour l’articulation de signifiants et de relations produites par la pratique de la communication sociale et humaine dans le but de transformer la réalité à partir du Pouvoir Populaire organisé. Actualiser et développer les plate-formes technologiques des moyens de communication en profitant du développement que représente la mise en arche de la Télévision Digitale Ouverte (TDA) qui permettra d’améliorer la qualité des transmissions.

Troisième objectif :Transformer le Venezuela en une puissance du point de vue social, économique et politique, à l’intérieur de la grande puissance naissante de l’Amérique Latine et des Caraïbes qui garantisse la création d’une zone de paix dans Notre Amérique.

INFOGRAFÍA obj 3Exemples de quelques mesures prévues :

Développer la capacité de production du pays en rapport avec les immenses réserves d’hydrocarbures conformément au principe d’exploitation nationale et de la politique de conservation des ressources naturelles épuisables et non renouvelables. Développer des projets pétrochimiques pour l’exploitation du gaz naturel, la production de carburants et dérivés de raffinage en les transformant en produits d’une plus grande valeur ajoutée. Renforcer et étendre la souveraineté technologique. Approfondir les stratégies de diversification des marchés du pétrole brut et des produits dérivés, avec l’objectif, pour 2019, de 2.200 MBD destinés aux pays asiatiques, 1.250 MBD vers l’Amérique Latine et les Caraïbes, 550 MBD vers l’Europe et 1,150 MBD vers l’Amérique du Nord. Renforcer et élargir le réseau électrique national. Diversifier les sources de production électrique en favorisant le recours au gaz naturel, au coke, et aux autres sources d’énergie. Développer l’utilisation efficace de l’électricité, en ayant recours à des sources alternatives et en développant le recours à la ressource éolienne. Approfondir les alliances politiques et économiques avec les pays qui ont un positionnement géostratégique favorable et dont les intérêts convergent avec ceux de notre nation, ce qui encouragera la construction d’un monde multipolaire.
Développer et adapter les Forces Armées pour le défense de notre Patrie. Consolider la coopération avec les pays frères en accord avec les exigences de la Défense Intégrale de la Patrie. Conserver et préserver les milieux naturels. Incorporer la reconnaissance de la Culture propre à chaque Peuple dans les processus de planification et de mise en valeur des territoires. Entretenir et étendre le réseau de routes, autoroutes et voies de raccordement qui relient les agglomérations grandes et moyennes sur toute l’étendue du territoire national et pour relier les zones industrielles aux zones d’exploitation des ressources. Améliorer l’état des routes dans les zones rurales et agricoles. Développer la seconde phase de la Grande Mission Logement Venezuela pour en finir définitivement avec la pénurie de logements récurrente. Renforcer la construction de logements dans les zones rurales pour améliorer les conditions de vie des familles paysannes. Poursuivre la construction de réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement des eaux usées dans les agglomérations encore dépourvues de ces services. Accélérer le Plan de distribution de gaz domestique. Développer l’usage des transports collectifs pour qu’ils l’emportent sur les transports privés.

Quatrième objectif :Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale incarnant un monde multipolaire pour atteindre l’équilibre de l’univers (Simón Bolívar)et garantir la paix mondiale.

4Exemples de quelques mesures prévues :

Promouvoir le rôle d’avant-garde de l’ALBA dans le processus des changements en cours en Amérique Latine et les Caraïbes et dynamiser les nouveaux espaces tels que l’UNASUR et la CELAC. Renforcer le rôle du Système Unitaire de Compensation Régionale (SUCRE) et celui de la Banque de l’Alba dans la stratégie de complémentarité économique, financière, productive et commerciale de la zone. Renforcer le mécanisme de PETROCARIBE comme schéma de coopération énergétique et sociale solidaire. Assurer la participation active dans chacun des Conseils de UNASUR pour impulser des politiques et des actions bénéfiques pour les peuples de Notre Amérique. Impulser et renforcer la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC) comme mécanisme d’union de l’Amérique Latine et les Caraïbes. Développer les projets nationaux d’union économique avec les pays de l’ALBA et de complémentarité productive avec les pays du MERCOSUR. Renforcer la Banque du Sud en tant qu’institution visant l’intégration financière régionale. Consolider le rôle du Venezuela en tant qu’acteur d’une coopération solidaire, sans prétensions hégémoniques, et respectueux du principe de l’autodétermination de chaque peuple.
Développer le nouvel ordre latino-américain dans le domaine des communications en insistant sur les nouveaux systèmes et les nouvelles technologies de l’information et en développant de nouveaux outils de communication. Renforcer Telesur et lui assurer une plus grande présence régionale et mondiale. Développer les émissions de Radio du Sud comme outil de communication pour faire connaître les processus politiques en cours dans la région. Développer les réseaux de chaînes d’information alternatives et communautaires dans la région de même que les réseaux sociaux. Diffuser de façon permanente l’information véridique émise par les pays de l’ALBA et les pays alliés du Sud. Défendre la présence des miminorités ethniques et des peuples autochtones dans les organes décisionnels “notre-américains”. Développer le rapprochement et la coordination entre les nouveaux mécanismes de l’union latino-américaine et Caraïbes (ALBA, UNASUR, CEPALC) et le groupe BRICS pour donner plus de force à la voix des peuples du Sud dans l’arène mondiale. Nouer des alliances avec des chaînes de communication et d’information des pôles émergents du monde pour améliorer la compréhension mutuelle et l’information authentique sur nos réalités à l’abri du filtre déformant des grandes entreprises de la communication propriétés des puissances impérialistes.
Promouvoir la diplomatie des peuples et la participation active des mouvements populaires organisés dans la construction d’un monde multipolaire et équilibré.Promouvoir la participation des réseaux mondiaux des mouvements sociaux dans les grands Forums et Sommets internationaux. Poursuivre une politique active et entreprenante en partenariat avec les pays progressistes de notre zone en appelant à une urgente et indispensable réforme du Système Inter-américain de Défense des Droits de l’Homme et de la Justice étant donné que celui-ci est un bastion hautement politisé de l’impérialisme nord-américain. Dénoncer les traités et les accords bilatéraux pouvant limiter la souveraineté nationale face aux intérêts des puissances néocoloniales (promotion et défense des investisements). Porter à un niveau non vital les échanges commerciaux avec les puissances néocoloniales. Porter à un niveau non vital la connexion du Venezuela avec les réseaux de communication dominés par les puissances néocoloniales. Augmenter la part des devises des pays émergents dans les réserves et le commerce international du Venezuela. Réaliser la majeure partie des échanges économiques et commerciaux avec les pôles émergents du monde nouveau.

Cinquième objectif :Contribuer à préserver la vie sur la planète et au sauvetage de l’espèce humaine”.

5Exemples de quelques mesures prévues :

Développer l’action aux niveaux national et international pour la protection et la conservation des zones stratégiques, entre autres les sources et plans d’eau (eaux de surface et nappes phréatiques) pour une gestion globale des bassins hydrographiques, la biodiversité, la gestion soutenable des mers, des océans et des forêts. Continuer à militer pour la reconnaissance du droit à l’accès à l’eau comme un des Droits Humains supplémentaire dans tous les forums et toutes les enceintes. Combattre les chémas internationaux qui prônent la marchandisation de la nature, des services environnementaux et des écosystèmes. Rechercher des alliances stratégiques dans tous les forums internationaux pour lutter contre la marchandisation de la nature. Redynamiser la coopération avec les pays frontaliers sur les questions concernant la gestion respectueuse de l’environnement et les zones écologiques d’intérêt commun sur la base des principes du droit international. Défendre les droits territoriaux et la souveraineté de l’État du Venezuela dans les négociations concernant l’administration des espaces marins et océaniques de même que la diversité biologique marine au-delà de la juridiction nationale.
Elever le niveau des débats de fond sur les questions économiques, sociales et environnementales dans les instances pertinentes au niveau régional et international pour que les décisions y soient prises de façon inclusive et transparente, hors de toute orientation de type paternaliste et néocolonial de la part des pays développés.  Impliquer les institutions publiques dans la production d’une critique percutante des formes culturelles et des reconstructions historiques imposées par la culture jusqu’à présent dominante. Faire circuler la critique à travers les médias publics (magazines, télévision, manifestations événementielles, etc.). Développer l’édition de manuels scolaires pour faire naître une conscience nouvelle et former l’esprit critique des nouvelles générations. Créer des lieux d’expression et des mécanismes d’enregistrement et de conservation des cultures populaires et de la mémoire historique des groupes sociaux et ethniques tenus jusqu’à présent pour secondaires. Aux niveaux national et régional, recenser les lieux d’expression et les formes populaires de conservation de la mémoire historique (par exemple, les conteurs). Organiser, au sein de chaque Conseil de Communauté et dans chaque Commune en Création, des groupes de travail pour la conservation de la mémoire historique et pour la diffusion des acquis de la culture populaire ou ethnique (par exemple, s’agissant, des Afro-Vénézueliens, les travaux réalisés par les Comités “Tierras Urbanas”, “Mesas de Agua” et autres…).
Former des experts issus de ces populations pour la sauvegarde de leur patrimoine culturel et de leur mémoire historique. Accorder une attention toute particulière aux rapports entre les sexes. Dans ce sens, développer des groupes de travail constitués de femmes pour réfléchir sur leur vie familiale et professionnelle et mettre au point des stratégies de résistance et de libération, car les femmes sont les principales victimes des cultures dominantes, cultures qui lesrelèguent dans des rôles secondaires et qui font d’elles, souvent, les victimes de formesexplicites de violence. La même chose peut s’appliquer aux groupes dont l’orientation sexuelle est diverse (gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels), contraints de vivre dans un état de répression et d’humiliation permanentes et dont la seule issue est la frivolité offerte par le monde capitaliste. Élaborer des stratégies pour que soit conservée et diffusée, dans l’actuelle société“mondialisée”, la mémoire culturelle et historique du peuple de Venezuela. Contribuer à la constitution d’un mouvement mondial visant à enrayer les causes et à remédier aux effets du changement climatique conséquence du modèle capitaliste prédateur. Poursuivre la lutte pour la préservation, le respect et la stabilisation du régime climatique conformément à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et son Protocole de Kyoto.
Faire abolir les schémas de marchés internationaux du carbone qui légalisent l’achat de droits à polluer et la destruction de la planète en toute impunité. Développer et renforcer le régime juridique actuel concernant le climat en insistantsur les responsabilités historiques des pays développés. Impulser et soutenir toutes les actions qui visent à porter devant la justice internationale tous les manquements des pays développés à leurs obligations dans le cadre du Protocole de Kyoto. Concevoir, au niveau national, un Plan National de Modération qui concerne les secteurs productifs émetteurs de gaz à effet de serre, comme une contribution nationale volontaire aux efforts pour sauver la planète. Promouvoir, au niveau national, la transformation des secteurs productifs selon la ligne tracée par l’éthique transformatrice du modèle économique socialiste, en insistant en particulier sur les secteurs de l’energie, de l’agriculture et de l’élevage, de la gestion des déchets solides et celui de la forêt. Mettre au point un ambitieux Plan National d’Adaptation, conforme à l’engagement éthique bolivarien éco-socialiste, en vue de préparer notre pays à affronter les scénarios et impacts climatiques à venir en raison de l’irresponsabilité des pays industrialisés et pollueurs du monde.

Notes :

  1. « Hacia un nuevo ciclo de nuestra historia », http://www.tracciondesangre.blogspot.com/2013/04/hacia-un-nuevo-ciclo-de-nuestra-historia.html
  2. https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/04/au-venezuela-la-marche-vers-la-democratisation-des-medias/
  3. http://www.cut.org.br/destaques/23103/comunicacao-publica-e-debatida-por-cutistas-e-parceiros-da-luta-pela-libertacao-da-palavra

Illustrations : Collectif d’artistes “Crea y combate

Traduction du programme : Manuel Colinas, Gaston Lopez et Françoise Lopez. Texte intégral : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

Les bolivariens en campagne ne croient pas aux larmes (II)

Le Chancelier uruguayen Almagro et le Président vénézuélien Maduro à Caracas, le 26 mars 2013.

Le Chancelier uruguayen Almagro et le Président vénézuélien Maduro à Caracas, le 26 mars 2013.

Parallèlement à la mobilisation populaire pour l’élection présidentielle du 14 avril 2013, le gouvernement bolivarien poursuit la réalisation de la politique extérieure lancée par le président Chavez.

Le 24 mars 2013 le président par interim Maduro a ratifié un mécanisme d’échange et de complémentarité économique entre les pays membres de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (Alba-TCP) et le Marché Commun du Sud (Mercosur), accord qui laissse la porte ouverte à l’adhésion de nouveaux pays. Maduro, qui fut ministre des affaires étrangères de Chavez durant plus de six ans (2006-2013) explique qu’il s’agit d’une «grande alliance économique, financière, technologique et commerciale entre ce puissant moteur qu’est le MERCOSUR duquel le Venezuela est déjà membre à part entière, et les nouvelles zones économiques de l’ALBA et de Petrocaribe. Il faut également accélérer la mise en fonctionnement de la Banque du Sud».

Tout en conversant avec l’ex-président Lula pour organiser les prochans rendez-vous de l’agenda politique latino-américain, le vénézuélien a également fait l’éloge de la création d’une Banque de Soutien au Développement par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui permet aux pays émergents de se libérer de la tutelle d’organismes néo-libéraux tels que le FMI. Les nations signataires représentent à elles seules 25% de l’économie mondiale et 40 % de la population. Le 28 juin prochain le Venezuela assumera la présidence pro tempore du Mercosur, troisième marché mondial.

Le même jour à Caracas, le chancelier uruguayen Luis Almagro a signé de nouveaux accords de coopération avec le Président Maduro, ainsi que l’adhésion de son pays à la nouvelle unité monétaire latino-américaine – le SUCRE. Ce «Système Unitaire de Compensation gionale», créé à l’initiative du Venezuela, a été adopté en novembre 2008 par les pays membres de l’ALBA pour remplacer le dollar US dans le commerce inter-régional. En février le Nicaragua et le Venezuela ont effectué leurs premières transactions via ce système de paiement pour un montant de 25 milliards de Sucres, équivalents à 31.2 millions de dollars (1). Pour l’uruguayen Luis Almagro, «ces accords permettront de faire croître le commerce entre le Venezuela et l’Uruguay de 30%. Nous sortons des fonds baptismaux du Mercosur, de l’ALBA, du Pacte Andin, nous devenons chaque jour un peu plus latino-américains». (2)

« La paix en Colombie était le rêve de Chavez. Que n’a-t-il fait pour la Colombie, combien d’infamies n’a-t-il subies pour son amour et son respect de la Colombie. Nous renouvelons au président Juan Manuel Santos, aux FARC, notre engagement, en privé ou en public, en faveur du processus de paix en Colombie, car cette paix est celle de notre patrie» : c’est ce que le président Maduro a répondu à un paysan des montagnes du Chocó (Colombie) invité à la Xème Rencontre d’intellectuels, artistes et mouvements sociaux en Défense de l’Humanité organisée à Caracas du 25 au 26 mars 2013.

Pour ce militant colombien, « l’héritage de Chavez, c’est la paix, l’amour pour la terre-mère, pour nous qui l’habitons. Chavez a toujours insisté sur l’harmonie qui doit exister entre l’homme, la femme et la nature. C’est pourquoi nous sommes venus à cette rencontre, pour vous dire que nous sommes en lutte, en résistance, que nous aimons la révolution bolivarienne et que nous voulons la liberté des peuples ».

Autre invité de l’assemblée de Caracas, l’anthropologue et sociologue mexicain Héctor Díaz Polanco, qui estime que «Chávez est le centre de l’innovation politique des deux dernières décennes. Même sur un plan mondial, il y a longtemps que nous n’avions eu un leader de cette envergure. Il avait pris de l’avance sur beaucoup d’intellectuels avec sa vision adéquate du thème de l’environnement qu’il développe dans son programme de gouvernement, le Plan Patria 2013-2019 (3) : protéger la vie, la biodiversité, garantir la nature et ses ressources pour les générations futures : une éthique trans-temporelle qui ne nous engage pas seulement pour la génération contemporaine mais pour celles à venir».

Pour le vice-président bolivien Álvaro García Linera, présent lui aussi à la Xème Rencontre, Hugo Chávez “fut un parapluie pour que s’éveille le continent, un mur de contention pour que puisse affleurer l’impulsion bolivarienne dans la région. Il a surgi comme une force, un tourbillon, un ouragan qui a fait bouger l’histoire, a fait émerger les potentiels de lutte nichés dans les peuples, chacun d’eux apportant sa particularité tout en recueillant la force révolutionnaire de Chávez. Nous vivons une géopolitique continentale inédite : l’Amérique Latine est la région du monde qui possède le plus de gouvernements progressistes. Nous n’avions jamais vécu cela. Les vénézuéliens se sont tournés vers le monde pour améliorer la vie de tous. Aujourd’hui nous ne percevons qu’une partie de l’héritage de Chavez : sa vérité est dans le futur”.

«Chávez nous a appris que les processus d’intégration ne se basent pas seulement sur des principes financiers mais aussi sur la construction de mécanismes sociaux».

Patricia Rodas, Secretaria de Estado en el despacho de Relaciones Exteriores de Honduras, interviene en el acto de clausura de la Cumbre de la Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América (ALBA), en el Palacio de Convenciones, en La Habana, Cuba, el 14 de diciembre de 2009. AIN FOTO/Marcelino VAZQUEZ HERNANDEZ

Patricia Rodas, Ex-Ministre des Affaires Étrangères du Honduras

Après les élections du 14 avril 2013, se tiendra à Caracas une réunion spéciale des pays membres de l’ALBA et de Petrocaribe (4) pour sceller l’accord de collaboration entre les deux mécanismes de solidarité et de complémentarité, et créer «une grande zone pour le développement économique, la croissance authentique de notre industrie, la capacité de produire des aliments » (Maduro).

Présente à Caracas, Patricia Rodas, ex-Ministre des Affaires Étrangères du président Zelaya déchu par un coup d’État militaire en 2009, a déclaré : «Chávez nous a appris que les processus d’intégration ne se basent pas seulement sur des principes financiers mais aussi sur la construction de mécanismes sociaux».

Le cas du Honduras est exemplaire. En août 2008, las de ne pas recevoir d’aide états-unienne, le président Zelaya (centre-droit) avait adhéré à l’ALBA pour affronter l’énorme pauvreté régnant dans la population. Il fut renversé en juin 2009 par des militaires soutenus par des États-Unis soucieux de défendre leur arrière-cour (dans le même sens Wikileaks a révélé les efforts de Washington pour contrer l’aide du Venezuela et de PetroCaribe à Haïti). La presse française fit preuve de complaisance envers ce coup d’État qui remit le Honduras à l’heure des privatisations, des transnationales et des «assassinats sélectifs» de journalistes et de militants de mouvements sociaux. Dans le journal «Libération», Gérard Thomas alla jusqu’à mettre en doute l’existence du coup d’État et à critiquer le président Zelaya pour « avoir joué avec le feu » en adhérant à l’ALBA. (5)

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« Nous allons revenir dans l’ALBA, nous tourner vers la CELAC, le Brésil, vers le Vénézuéla » Manuel Zelaya, ex-président du Honduras.

Quatre ans plus tard, en mars 2013, le parti hondurien LIBRE (Liberté et Refondation), né de la résistance populaire au coup d’État, annonce qu’en cas de victoire aux prochaines présidentielles, le Honduras redeviendra membre de l’Alliance Bolivarienne des Peuples de l’Amérique (ALBA) : « La situation économique du pays a atteint une gravité sans précédent dans notre histoire. Nous n’avons jamais atteint un tel degré de détérioration des finances publiques, d’augmentation de la pauvreté et de manque de production et d’emploi au Honduras » a déclaré l’ex-président Zelaya. « La population ne mange pas de ciment mais des haricots, du maïs. Elle exige que soient résolus les problèmes de famine, de pauvreté et de manque de travail. La position de notre candidate Xiomara Castro est claire : nous allons revenir vers le Brésil, vers le Venezuela, vers des mécanismes de solidarité latino-américaine come l’ALBA, la CELAC, Petrocaribe et d’autres instances d’intégration continentale. Nous allons récupérer ce que nous avons perdu depuis le coup d’État » (6)

Après les récents rapports d’organismes de l’ONU – comme la CEPAL (commission d’études économiques et sociales en Amérique Latine) ou de la FAO (agriculture et alimentation mondiales) – faisant l’éloge du gouvernement bolivarien pour la réduction des inégalités, la croissance économique, la souveraineté alimentaire, c’est un autre organisme des Nations-Unies, le PNUD (développement mondial) qui vient de saluer le travail accompli par Hugo Chavez. Le 18 mars 2013, le représentant du PNUD au Venezuela Niky Fabiancic a remis au président Maduro le rapport intitulé «l’ascension du Sud» selon lequel le Venezuela est devenu «un des pays du monde possédant les plus hauts coefficients de développement humain, au-dessus du Brésil, de la Colombie et de l’Équateur» (7). Niky Fabiancic a déclaré à cette occasion : « Ce thème était très cher au Président Hugo Chávez, il a lutté pour cet objectif toute sa vie, pour le progrès humain. Il a lutté infatigablement pour le bien-être de son peuple, pour protéger les pauvres et pour promouvoir la cause de l’unité des peuples de l’Amérique Latine et des Caraïbes ». (8)

Thierry Deronne, Caracas, 26 mars 2013

avec AVN, Ciudad Caracas, Correo del Orinoco. pnud1

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Notes :

  1. Outre l’Uruguay ont déjà souscrit au S.U.C.R.E. : le Venezuela, Cuba, Antigua et Barbuda, la Bolivie, la Dominique, le Nicaragua, San Vicente et les Granadines, et l’Équateur.
  2. L’unité de l’Amérique Latine s’exprime également ce 26 mars 2013 dans la rencontre du Ministre des Affaires Étrangères argentin Héctor Timerman avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et avec le président du Comité de Décolonisation de l’ONU, Diego Morejón (Equateur). Au menu, le retour des île Malouïnes sous la souveraineté argentine. Pour cette réunion le chancelier argentin est accompagné par les Ministres des Affaires Étrangères Bruno Rodríguez (Cuba), Luis Almagro (Uruguay), et José Beraún Aranibar (vice-ministre, Pérou), respectivement représentants de la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes (Celac), du Marché Commun du Sud (Mercosur) et de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur). Jusqu’ici le Royaume-Uni colonise et occupe miltairement ce territoire pour ses ressources, notamment pétrolières, et fait la sourde oreille aux résolutions de l’ONU qui l’invitent à négocier avec l’Argentine.
  3. Hugo Chávez Frías, « Plan Patria 2013-2019 » : programme repris et soumis aux électeurs par le candidat bolivarien Nicolas Maduro pour les présidentielles du 14 avril 2013. Texte complet : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf
  4. Créée par le président Chavez, l’alliance Petrocaribe bénéficie à 22 pays de toute la zone caraïbe et centraméricaine – certains très pauvres comme Haïti ou le Honduras – en leur permettant d’acquérir du pétrole à un prix préférentiel. Petrocaribe a reçu de nouvelles demandes d’adhésion du Salvador, du Panamá et du Costa Rica. Le dernier pays en date à adhérer fut le Guatemala.
  5. Signe de la dérive des médias français : alors qu’en 1973 la presse parisienne défendait la démocratie face au coup d’État de Pinochet, en 2009 elle trouve des arguments pour justifier un coup d’État militaire. Voir l’analyse d’ACRIMED, par Henri Maler : http://www.acrimed.org/article3178.html
  6. Source : le Blog de Giorgio Trucchi http://nicaraguaymasespanol.blogspot.com/2013/03/honduras-partido-libre-ataca-politica.html
  7. Voir le site du PNUD – Venezuela : http://www.pnud.org.ve/
  8. Par comparaison, de 1995 à 2012, dans le même rapport du PNUD, la France a perdu 18 places au sein du classement mondial du Développement Humain, ce qui représente quasiment un recul d’un rang tous les ans. Lire « La France en route vers le tiers monde »  http://www.legrandsoir.info/la-france-en-route-vers-le-tiers-monde.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/26/les-bolivariens-en-campagne-ne-croient-pas-aux-larmes-ii/