Venezuela : Spéculation et hausse des prix (Chroniques d’en bas par Romain Migus)

 

Cet article sur la spéculation et la hausse des prix, s’inscrit dans un cycle de chroniques de notre ami Romain Migus, journaliste français qui a longtemps exercé son métier au Venezuela où il se trouvait encore il y a quelques semaines.
Son témoignage est particulièrement opportun quand les médias français (on se demande bien pourquoi ?) désinforment.
LGS

 

“On va aller faire les courses avant que les prix n’augmentent” me dit Paola, en rigolant.

Paola, c’est la cousine qui habite dans notre appartement. Elle est biologiste, et travaille à l’Institut vénézuélien de recherche scientifique. C’est une sportive, ainsi qu’une écologiste radicale, ce qui est assez rare dans ce pays pétrolier. Chaussures de montagne aux pieds et sac à dos sur les épaules, elle crapahute avec autant de dextérité à la campagne qu’à la ville. Quand elle est en mode rat des champs, elle rapporte toutes sortes de pousses de plantes, de mousses et d’autres espèces végétales qu’elle entrepose soigneusement dans des pots qui s’entassent dans le salon de l’appartement ou sur le rebord des fenêtres. Dans le cas présent, c’est plutôt le rat des villes qui m’intéresse. Ce matin, on va aller remplir le frigo et son sac à dos ne sera pas de trop.

« On va aller dans un supermarché et on achètera les légumes au marché de Coche, me dit Paola, ça nous reviendra moins cher ».
Au contraire de l´année 2016, tous les produits sont désormais disponibles sur les étals et les files d´attente ont disparudevant les portes des supermarchés. Désormais ce sont les prix qui s´envolent chaque semaine. En un mois et demi passé à Caracas, les prix de la plupart des produits ont doublé. On comprendra donc que n´importe quelle discussion au Venezuela s´amorce par une catharsis nécessaire sur l´augmentation continuelle des prix à la consommation.

La plupart des gens échangent sur le thème, se donnent des tuyaux pour trouver des produits à bas prix, se plaignent -à juste titre- de la situation, s’organisent pour assurer leur subsistance, critiquent tel ou tel membre du gouvernement pour son inaction, mais s’amusent aussi des multiples anecdotes que génère la hausse des prix.

Le poète José Javier me racontera comment, alors qu’il en train de manger une soupe dans un restaurant, dont le prix était indiqué á 250.000 bolivars sur l’ardoise des menus du jour, le patron effaça le prix initial pour indiquer le nouveau tarif en vigueur : 340.000.

« Hermano, protesta le poète en lâchant sa cuillère. Moi, j’ai commencé à manger la soupe avant, quand elle coutait 250.000.
– Dépêche-toi de la finir, lui répondit le tenancier, ou je te la compte au nouveau prix. »

Un autre jour, Sandra et Enrique (1) , en sortant du travail, tombe sur un camion frigorifique rempli de sardines qui revient de la côte caribéenne. Fraîchement pêchées, de nombreuses sardines gigotent encore dans les bacs. Le prix est imbattable : 300.000 le kilos.

« On savait que dans les prochains jours, le prix allait certainement doubler, me racontera Sandra. Alors, on en a acheté 12 kilos pour les congeler. Le problème, c’est qu’on a dû les ramener en métro à la maison. Je ne te raconte pas l’odeur sur la demi-heure de trajet.
– En plus, poursuit Enrique en rigolant, plusieurs sardines était encore vivantes et sautaient en dehors des sacs. J’étais obligé de les ramasser dans la rame de métro ».

Malgré ces histoires racontées dans la bonne humeur, la situation économique est plus préoccupante que drôle. Les citoyens doivent constamment s’adapter à cette réalité délicate, provoquée en partie par une guerre économique brutale.

Aux mesures de blocus économique et financier contre le pays bolivarien, s’ajoutent la contrebande d’extraction des produits de première nécessité, le pillage de l´essence ou encore la baisse de la note de solvabilité du Venezuela malgré le paiement de sa dette. Au cœur de ce dispositif mis en place pour étouffer l’économie du pays, la spéculation contre la monnaie nationale et le trafic de billets de banque compliquent particulièrement la vie quotidienne des Vénézuéliens.

« Pas besoin que tu achètes des féculents ou des aliments non périssables, on en a avec le Clap, me dit Paola. On devrait d’ailleurs recevoir cette caisse d’aliments subventionnée par l’Etat dans les prochains jours ». (2)

Au supermarché, on trouve de tout. La sélection par l’argent s’est substituée au rationnement des produits de base, mis en place il y a quelques années. Malgré cela, le lieu est bondé, et la seule file d’attente que nous rencontrons est celle qui se forme aux caisses.

Après avoir fait la queue, le verdict tombe : 40 millions de bolivars pour un demi caddie, comprenant un marché pour deux pour 15 jours (sans les légumes), des produits d’entretien pour l’appartement et des produits d’hygiène personnel dont le fameux papier toilette. 40 millions de bolivars, c’est 10 fois le salaire minimum et prés de 3 fois le salaire d’un directeur d’un organisme public.

Cette distorsion des échelles de prix est la conséquence de la manipulation du taux de change et de la spéculation criminelle contre la monnaie nationale.

Si l’Etat vénézuélien a depuis l’instauration du contrôle des changes en 2003 toujours eu le monopole du maniement des devises étrangères, il n’a jamais nationalisé le commerce extérieur. N’importe quelle entreprise peut lui acheter des dollars au taux fixé par le gouvernement pour importer des biens. Un taux parallèle a également toujours coexisté, afin de pallier les limites de l’offre officielle de devises, dépassant la valeur nominale officielle du bolivar de 50% à 100%. Or depuis 2012, la valeur du dollar au marché noir s’est envolé, et n’entretient plus aucun type de rapport rationnel avec le taux flottant officiel.

Si au début de notre séjour, le dollar au marché noir s’échangeait autour de 1 million de bolivars, un mois et demi plus tard, il valait 2,5 millions de bolivars. Cette dernière valeur est 1150% plus importante que la valeur du taux officiel flottant (autour de 200.000 bolivars). Il va de soi que le commerce de dollars est aujourd’hui plus rentable qu’aucune autre entreprise.

Cette augmentation du prix du dollar au marché noir ne correspond plus à aucun critère rationnel. Depuis maintenant plusieurs années, Dolar Today, un site web hébergé aux Etats-Unis donnait les cours du dollar parallèle comme bon lui semblait. Aujourd’hui, plusieurs autres plateformes web donnent des cours parallèles, et complexifient les mesures de contrôles. Des bourses d’achats de dollars en bolivars se sont propagées sur le web, sans parler des multiples manières de rentrer dans ce système de change depuis l’étranger.

Si ces contradictions liées au mode de production vénézuélien, ont toujours existé, avec la spéculation contre la monnaie nationale, le fossé s’est amplifié entre deux pays. D’un coté, le pays Dolar Today, minoritaire mais nombreux qui a accès à des devises – soit directement, soit par l’envoi des remesas, l’aide de famille ou proches vivant à l’étranger- ou qui commerce en bolivars au taux du marché noir. De l’autre, le pays Clap -du nom de cette caisse d’aliments subventionnés que distribue l’Etat- composé de ceux qui ne peuvent suivre l’augmentation continuelle des prix.


Vue aérienne du marché de Coche

Les achats au supermarché étant faits, on va aller acheter les légumes au marché.
Le sac à dos se remplit doucement et nous voilà dans le métro direction le marché en gros de Coche, au sud de la ville. Les étals de fruits et légumes sont nombreux. Au cul des camions, on vend aussi les produits qui arrivent des provinces agricoles. Le marché grouille de monde, venu acheter en quantité et à moindre coût.

Devant un gros marchant assis sur une petite chaise. Je lance : « Combien le kilo de patates ?
– 850.000 par carte de crédit. 100.000 en liquide.
J’ai très bien compris la phrase mais je me retourne perplexe vers Paola :
« C’est devenu compliqué d’avoir du cash, tu dois faire la queue des heures à la banque. Du coup, l’argent liquide est devenu une marchandise comme les autres. Si tu veux, tu peux même en acheter sur ce marché.
– Comment ça ?
– Là bas, me dit-elle en me montrant un coin du marché, il y a des types qui te vendent du cash. Tu leur payes 600.000 par carte, et ils te donneront 100.000 en billet. Ça te reviendra moins cher que si tu payes tes patates directement par carte.

Depuis 2015, un gigantesque trafic de billets de banque vénézuéliens s’est mis en place. En Colombie, dans la ville frontalière de Cúcuta, des négociants achètent les billets vénézuéliens à 150% de la valeur marquée sur le papier. Pour un billet de 100 bolivars, 150 bolivars seront transférés sur le compte du vendeur au Venezuela. Voilà pour la contrebande “artisanale”.


Point de vente de billets de banque vénézuéliens à Cúcuta

Le versant industriel de ce trafic est encore plus impressionnant. Régulièrement des hangars remplis de billets de banques sont découverts par les autorités vénézuéliennes, ou par la police de pays étrangers. Au Paraguay, à 6.000 kilomètres de Caracas, les autorités de ce pays ont arrêté, en 2016, un commerçant en possession de 30 tonnes de billets vénézuéliens.


30 tonnes de billets de banques vénézuéliens sont récupérés par la police du Paraguay

Le résultat de ce front particulier de la guerre économique est cruel. Le billet de banque a presque disparu des transactions quotidiennes. En un mois et demi passé à Caracas, je n’en ai jamais touché un. La plupart des achats se font par virement ou par carte de crédit. Aujourd’hui, même les vendeurs de rue, y compris les plus humbles, disposent d’un terminal de paiement électronique.

C´est avec un sac à dos remplide victuailles et un autre de questionnements économiques en tout genre que nous rentrons à l´appartement. A peine les courses rangées, je décide d´appeler Pascualina Curcio. Elle est économiste et pourra certainement m’aider à y voir plus clair. Rendez-vous est pris dans l’après midi à l´Hôtel Alba. Pour l’instant, on va déjeuner avec Paola qui me supplie : « Quand tu verras ton économiste tout à l’heure, n’oublie pas de lui demander quelles sont les solutions qu’elle propose, parce qu’on n’y comprend plus rien ».

Nicolas Maduro vient d’être largement réélu à la présidence du Venezuela. Parallèlement un sondage a révélé que 58% des vénézuéliens préfèrent que ce soit le chef de l’Etat actuel qui règle les problèmes économiques. Preuve, s’il en est, que les Vénézuéliens continuent de décrypter les difficultés du quotidien au prisme des idéologies politiques en jeu. Une grande majorité est consciente que la vie de tous les jours est fortement perturbée par la guerre économique. Ce qui ne l’empêche pas de critiquer le gouvernement lorsqu’elle le juge trop passif. Si les Vénézuéliens soutiennent Nicolas Maduro, l’absence, de la part du gouvernement, de prises de décisions radicales ou d’un cadre économique ajusté à la situation peut désorienter et mettre à l’épreuve la patience de la population.*

Bien conscient de cette problématique, je me dirige vers l’Hôtel Alba en ce début d’après-midi. Cet ancien hôtel de la chaine Hilton, nationalisé en 2007, a été, durant de nombreuses années, l’épicentre des rencontres internationales organisées par le gouvernement bolivarien. Il n’était pas rare de rencontrer au lobby ou au bar de l’Alba, la fine fleur du monde progressiste mondial. De très nombreux politiques ou intellectuels, membres de mouvements sociaux ou de syndicats ont fourmillé entre ces murs. Aujourd’hui, ce type de rencontres, plus rare à cause du manque de devise, s’est déplacé vers d’autres lieux de la capitale.

Du coup, l’Alba a perdu de sa splendeur d’antan, et ressemble plus à l’Hôtel Overlook dans le film Shinning qu’à ce qu’il fut dans ses meilleures années. Oublié l’activité permanente des années précédentes. C’est seul, que je patiente dans le fastueux lobby, en m’attendant plus à voir débarquer Jack Torrance avec sa hache, qu’Ignacio Ramonet ou Piedad Cordoba.

Une personne s’approche de moi et me demande : « Vous êtes Romain ?
– Pascualina ? On pouvait pas se louper, on est tous seuls. Venez, allons au bar, on y sera tout aussi tranquille.
Pascualina est docteure en sciences politiques, économiste, et professeure à l’Université Simon Bolivar. C’est une petite dame à la voix fluette, ce qui me change des braillards avec lesquels je converse habituellement. Depuis plusieurs années, elle a centré ses recherches sur les mécanismes de la guerre économique qui sévissent contre le Venezuela bolivarien.

Nous nous asseyons à une table, immédiatement servis par le garçon en costume. Tout en sirotant un soda, je raconte à Pascualina mon expérience au marché de Coche.
« Ce que tu as vu au marché, commence-t-elle, est une conséquence de la manipulation artificielle du taux de change. C’est injustifiable qu’en un mois le bolivar ait perdu la moitié de sa valeur et que les prix aient doublé. Depuis l’année 2013, ceux qui manipulent le cours de notre monnaie ont fait augmenter le prix du dollar au marché noir de 26.000.000% ».
Je manque de m’étouffer et de recracher ma boisson.
« 26 millions de pourcents ? Un 26 avec six zéros derrière ?
– C’est bien ça, me dit-elle d’un air grave. L’objectif est politique. Ils cherchent à déstabiliser l’économie, générer du mécontentement et détruire le soutien populaire à la révolution. Dans ce cas de figure où la conséquence est une inflation élevée, les billets viennent à manquer car la banque centrale ne peut pas suivre le rythme. Donc effectivement, tu vas payer moins cher un produit avec un billet parce qu’ensuite ce même billet va se commercialiser et être revendu plus cher.
« C’est une sorte de placement financier dans le papier ? lui dis-je un brin ironique.
– Si on veut répond-elle, en tout cas, le billet est devenue une marchandise comme une autre ».
Nous poursuivons la discussion.
« Comment expliques-tu que certains politiques ou intellectuels insistent pour faire endosser au seul gouvernement de Nicolas Maduro le problème de l’inflation ?
Pascualina démarre sa réponse au quart de tour. Visiblement ce n’est pas la première fois qu’elle s’attache à démonter cette position.
« Ça fait parti du jeu politique. La vérité, c’est que l’inflation au Venezuela est induite, ce n’est pas le résultat de politiques monétaires du gouvernement. Ceux qui prétendent le contraire vont te dire que le gouvernement fait tourner la machine à billets, que cet argent -qui n’est pas épargné- est dépensé, et que dés lors qu’il y a plus d’argent en circulation, la demande dépasse l’offre et donc que les prix augmentent.
– C’est la théorie monétariste.
– C’est ça, continue-t-elle. Sauf qu’au Venezuela, aucun vénézuélien ne consomme plus qu’avant, malgré l’augmentation des liquidités. De plus, cette augmentation de l’argent en circulation n’est pas proportionnelle à la manipulation des taux de change. Et d’autre part, cette augmentation des liquidités n’a eu aucune influence sur la demande, et donc sur les prix. Au mieux, elle a empêché une chute drastique de la demande face à une offre dont les prix augmentent sans cesse. En fait tu es face à deux politiques possibles : ou tu réduits la quantité d’argent et la population va en souffrir ou tu choisis de protéger la population en t’adaptant aux prix et en augmentant la quantité d’argent disponible. Mais j’insiste : c’est une conséquence et non pas la cause de l’augmentation des prix ».

Je repense à Paola. C’est le moment d’exaucer sa supplique pour une solution.
« La spéculation contre le bolivar est devenue le problème principal en ce moment. Parler de récupération du tissu productif ou de lutte contre la contrebande et la corruption peut paraître vain tant qu’il existe une différence aussi importante entre la valeur réelle du bolivar et celle du marché noir. Quelles seraient les solutions pour sortir de cette spirale ?
– La manipulation du taux de change est la plus puissante des armes de la guerre économique. Cela génère de l’inflation et de la pauvreté, mais a aussi des conséquences sur le tissu productif et sur le budget de l’Etat. Elle crée des distorsions dans toute notre économie. L’inflation est une arme politique, qui a déjà été utilisé au Nicaragua dans les années 80 ou dans le Chili d’Allende. Il faut donc éviter avant tout que la valeur de notre monnaie, le bolivar, puisse être manipulée par des personnes externes. C’est pourquoi une des solutions possibles est de fixer la valeur du bolivar à la valeur de l’or que nous possédons… »

Je la coupe : « Et en quoi cela empêcherait des facteurs externes de spéculer et manipuler le taux de change ? Pourquoi ne pourraient-ils pas indiquer une valeur irréelle du bolivar-or ? »
La professeure ne se démonte pas : « La confiance dans la valeur monnaie est une des principales variables sur laquelle jouent ceux qui manipulent les taux de change. Ils disent : “la valeur que fixe le gouvernement n’est pas correcte et ils inventent la valeur de change qu’ils veulent”. Nous prônons que le calcul de la valeur du bolivar ne se fasse plus en fonction du dollar mais en fonction de la richesse dont nous disposons.
– Et comment ça marcherait en pratique ?
– Si la Banque Centrale du Venezuela dispose par exemple de 160 tonnes d’or , tu prends tous les bolivars en circulation et tu les divise par la quantité d’or pour avoir une valeur de référence : tant de bolivars valent tant d’onces d’or. Ce n’est pas manipulable car cela dépend de la quantité d’or dont dispose la République et du prix de l’or sur les marchés internationaux ».

Il y a quelques mois, le Venezuela a lancé une crypto-monnaie indexée sur les richesses de la Nation : le Petro. Je demande à Pascualina en quoi cette crypto-monnaie diffère de son plan de sauvetage du bolivar.

« Le Petro, me répond-elle, est plus conçu pour déjouer le blocus imposé par les Etats-Unis et pouvoir réaliser des transactions commerciales normales. Il ne faut pas que le Petro se substitue au Bolivar ou qu’il entre en concurrence avec lui au plan national, parce qu’il y a un risque que la plus forte monnaie déplace l’autre, comme le stipule la loi de Gresham. Et le bolivar est notre monnaie, c’est inscrit dans la Constitution ».

Nous nous séparons devant la porte de l’hôtel. J’ai tout de suite conscience que la résolution du thème économique ne va pas être aussi simple que le “bon sens“ prôné par Pascualina. Si, par les erreurs politiques de l’opposition et son vide programmatique en la matière, le chavisme est aujourd’hui hégémonique, il n’est pas monolithique. Au sein même de l’administration de l’Etat ou du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv), plusieurs courants politiques se confrontent, chacun ayant une conception différente –parfois antagonique- pour résoudre la situation économique actuelle, pour répondre aux attentes des secteurs énergétiques et pétroliers, ou pour pallier les défaillances au sein de certains services publics.

Les mesures d’urgences prises par l’Etat, si elles sont nécessaires et bienvenues, ne résolvent pas l’augmentation continuelle des prix. Il y a fort à parier que, dans les semaines qui viennent, le président Maduro tranchera dans les diverses options économiques proposées au sein de l’exécutif, du Psuv ou de l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le prochain cours économique de la Révolution. *

En attendant, les citoyens tentent de résoudre leur vie quotidienne. Les cartes de crédit revolving, très répandues dans le pays, permettent d’avancer l’argent d’un achat en attendant un prochain programme d’appoint salarial décrété par le gouvernement.

Dans la tourmente d’une situation économique délicate, les réseaux de solidarité se multiplient. Tout comme les Comités locaux d’Approvisionnement et de Production pour distribuer les caisses d’aliments subventionnés. Comme nous l’avions déjà mentionné, la situation économique actuelle n’est pas perceptible dans l’espace public.

Les Vénézuéliennes, très coquettes, continuent toutes de se maquiller, et de refuser de troquer un rimmel ou un rouge à lèvres pour un plat de lentilles. Les gens continuent de vivre. De sortir. De se réunir. De partager. De rire. Et de s’organiser pour laisser le mythe de la « crise humanitaire » aux organes de propagande du système médiatique.

Prochain épisode : Entre mesures d´urgence et construction de l´Etat.

* Un mois après notre retour, le 25 juillet 2018, Nicolas Maduro annoncera plusieurs mesures pour stabiliser la situation économique : 1) une reconversion monétaire : de nouveaux billets circuleront avec 5 zéros en moins 2) la valeur de la monnaie nationale sera fixée à la valeur du Petro, lui même indexé sur les réserves pétrolières vénézuéliennes 3) un champ pétrolier du bassin de l’Orénoque, dont les réserves sont certifiées à 29.298 millions de barils deviendra propriété de la Banque Centrale afin de supporter les devises internationales de l’entité financière 4) réforme de la loi sur les délits de change –Ley de ilicitos cambiarios-, prélude nécessaire à une profonde réforme des politiques de change de la monnaie vénézuélienne 5) exonération d’impôt pour les importations de matières premières, pièces de rechange pour l’industrie, matériel pour la production agricole 6) recensement de tout le parc automobile national afin d’améliorer le système de transport public et privé.

Romain MIGUS
(Pour legrandsoir.info).

Notes :
(1) Pour connaitre Sandra et Enrique, voir Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº2 : 2016-2017, le calme après la tempête”, Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/2016-et-2017-le-calme-apres-la-tempete-ch…

(2) Voir la prochaine chronique, Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº4 : Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat”, à paraître sur Le Grand Soir.

URL de cet article 33627
https://www.legrandsoir.info/venezuela-speculation-et-hausse-des-prix-chroniques-d-en-bas-no-3.html
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Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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Comment Nicolas Maduro répond aux nouvelles offensives économiques et impériales

Roger Noriega, ex-assistant du Secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental, connu pour ses antécédents de « faucon » allié direct des secteurs putschistes et terroristes de la droite latino-américaine vient de publier dans le New York Times un article intitulé : « les options sont épuisées pour le Venezuela » où il réitère l’appel d’autres politiques républicains en faveur d’un coup d’Etat militaire pour renverser le président Nicolas Maduro. D’autres responsables de la politique étrangère des Etats-Unis ont émis des déclarations dans le même sens comme le vice-président Mike Pence qui a annoncé que les prochains pays à libérer sont « le Nicaragua, le Venezuela et Cuba » ou Mike Pompeo, ex-chef de la CIA et nouveau secrétaire d’Etat des Etats-Unis, qui a donné autorité à un nouveau groupe de diplomates étasuniens pour promouvoir un changement au Venezuela.

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Kurt Walter Tidd, Chef du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis

La journaliste Stella Calloni a diffusé un nouveau document du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis, signé par l’Amiral Kurt Walter Tidd, qui explique en onze pages, méthodiquement, ce que les États-Unis entendent faire pour empêcher la victoire du président Nicolás Maduro aux élections du 20 mai prochain ou, en cas d’échec de cette tentative, user de leur pouvoir médiatique pour lancer et justifier une intervention. Ce plan dénoncé par le président Evo Morales a été élaboré avant l’organisation des élections présidentielles du 20 mai prochain, il accorde un rôle à l’opposition mais il reconnaît aussi l’inefficacité de ces partis, vu l’absence d’une base sociale, les divisions, l’arrivisme et la corruption qui règne en leur sein. Les militaires étasuniens parlent d’une « renaissance de la démocratie » en Amérique Latine et ils citent l’exemple du Brésil, de l’Équateur et de l’Argentine. Ils considèrent que le tour du Venezuela est arrivé.

Si, comme la plupart des sondages des firmes privées l’indiquent, Nicolás Maduro sort vainqueur des urnes, tous les outils du Pentagone en matière de guerre psychologique seront déployés pour créer un climat favorable à une action militaire. À cette fin, assure le document, on travaille avec des pays alliés des États-Unis dont le Brésil, la Colombie, l’Argentine, le Panama et la Guyana, à la préparation d’une force conjointe sous la bannière de l’OEA, l’Organisation des États Américains et sous la supervision, sur le plan médiatique et juridique, de son secrétaire général Luis Almagro. Le Commandement Sud se servira des bases militaires en Colombie, des installations régionales de surveillance électronique, des hôpitaux et des enclaves dans la forêt panaméenne de Darién, ainsi que des terrains des anciennes bases d’Howard et d’Albrrok, dans la zone du Canal.

La première phase du projet est d’ores et déjà en marche : elle consiste à aggraver les problèmes internes du Venezuela, en particulier la pénurie d’aliments et de produits de première nécessité, couper l’accès aux sources de devises, exacerber la violence, épuiser le pouvoir d’achat de la monnaie nationale et, en même temps, mettre en marche tout l’appareil de propagande pour rendre le gouvernement de Nicolás Maduro responsable de cette crise et l’accuser lui et ses principaux collaborateurs de présumée corruption.

Après l’échec des « guarimbas » (violences d’extrême droite) organisées d’avril à juillet 2017, et présentées par les médias internationaux comme une « révolte populaire », la droite a reporté ses efforts sur le terrain économique, renforçant les variables comme la hausse des prix, le taux de change et la contrebande d’extraction.

Face à cette guerre aux mille visages qui vise à saper l’appui populaire au chavisme, le président Nicolas Maduro accélère la riposte en multipliant la distribution des aliments subventionnés à la population. Il porte en même temps des coups au cœur du système capitaliste : les dirigeants de la mégabanque privée Banesco qui se consacrait a une contrebande massive de la monnaie vénézuélienne et au blanchiment de capitaux, ont été arrêtés, et la banque mise sous tutelle publique.

A l’apogée de l’abondance pétrolière, Banesco avait ouvert la route de la fuite des capitaux vers des paradis fiscaux comme la République Dominicaine, la Colombie, le Panamá, Porto Rico et La Floride (Etats-Unis) où année après année commencèrent à apparaître des filiales de Banesco avec un capital de base très supérieur, comme dans le cas bien connu de Banesco Panamá, à celui de banques étasuniennes de grande envergure comme Citibank. Jusqu’à il y a peu, l’ascension de Banesco était présentée à l’opinion publique comme la conséquence des grandes qualités de son patron fondateur Juan Carlos Escotet. Cependant, en 2015, Banesco Panamá reçut une amende 614 000 dollars pour violation des règles de prévention du blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Le mythe recevait sa première dose de réalité…

Pendant ce temps, sur la frontière avec la Colombie, l’opération « mains de papier » s’efforce de démanteler le vaste système de contrebande des billets vénézuéliens, lavés et réimprimés en dollars ou réutilisés par la mafia colombienne pour acheter des biens subventionnés par le gouvernement bolivarien et les revendre cent fois plus cher sur le marché colombien. Les autorités nationales et régionales découvrent de nombreux hangars avec des passages secrets où on accaparait et on reconditionnait riz, beurre, sucre, huile, fongicides, et une grande quantité d’aliments protégés par l’Etat vénézuélien que les mafieux faisaient passer et versaient dans des emballages colombiens, aussi bien dans des ballots que dans des sachets. Sans oublier la contrebande massive d’essence – avec parc de camions-citernes. Dans la capitale des dépôts remplis de tonnes de nourriture accaparée (photo) ont été découverts et ces aliments sont redistribués a la population via les comités d’approvisionnement.

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Pour protéger le salaire des travailleurs, Maduro a décrété le 30 avril une nouvelle augmentation de 95 % du salaire légal, a annoncé l’augmentation des allocations et une couverture à 100% des pensionnés, et a multiplié les allocations aux plus vulnérables : personnes âgées, étudiants, femmes enceintes, femmes allaitant leurs enfants, etc… La réplique des chaînes de distribution qui sont comme la production et la commercialisation, à 80% aux mains du secteur privé, consiste à augmenter les prix dès le lendemain. Maduro a annoncé que s’il est réélu le 20 mai à la présidence, il va mettre au pas la mafia des supermarchés et relancera le « gouvernement de rue », ville par ville, pour renforcer le contrôle citoyen et gouvernemental des mécanismes de distribution.

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Photos : Nicolas Maduro en pleine campagne présidentielle, interrompue un temps pour recevoir le Président palestinien Mahmoud Abbas et signer avec lui un accord de coopération portant sur 20 millions de Petros, la nouvelle crypto-monnaie vénézuélienne indépendante du dollar.

Le candidat  le mieux placé de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon, affirme qu’en dollarisant le Venezuela, on gagnerait la confiance des organismes internationaux comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Le président Nicolás Maduro envisage la voie opposée, rendre le pays indépendant du dollar en créant une devise propre : le petro : « Qu’un pays comme le nôtre puisse avoir sa propre monnaie internationale serait un succès sans précédent dans le monde, » a-t-il ajouté en évoquant le Petro lancé par le Gouvernement Bolivarien.

5 domaines de travail

Dans le cadre de la coordination de la proposition du Président, la Commission de l’Economie a établi plusieurs domaines de travail : le domaine de la sécurité et de la souveraineté agro-alimentaire, la conception d’une nouvelle architecture financière concernant la gestion des finances publiques, la relation avec les capitaux étrangers, l’économie de production, un nouveau modèle économique avec exposition des motifs à la Constituante et le problème de l’énergie qui comporte plusieurs points faibles.

L’un d’entre eux est PDVSA Gas Communal : le service direct et la distribution en bombonnes font aussi partie des lignes de travail essentielles à cause de l’importance qu’ils ont dans les foyers populaires. En plus, on a insisté sur le problème des courants de raffinage pour valoriser le travail de transformation du brut aussi bien dans l’exploitation que dans l’extraction.

Interrogé sur le destin des plus importantes réserves de brut du monde, le député constituant David Paravisini a déclaré que les ressources de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque Hugo Chávez continuent à être utilisées comme instrument de la géopolitique mondiale.

« Celui qui veut du pétrole doit s’adapter aux conditions établies par l’Etat. On envisage même de fixer des conditions plus strictes dans cette relation de propriété : 60% à la république et 40% à l’investisseur privé pour qu’il soit associé et qu’il apporte la technologie en plus du financement. »

La démocratisation de la gestion de l’industrie doit se poursuivre car malgré le contrôle du Gouvernement sur Petróleos de Venezuela (PDVSA) qui, avant le coup d’Etat et la grève pétrolière de 2002-2003 contre le président Hugo Chávez était contrôlé par « une caste bureaucratique » appelée méritocratie, elle continue à être géré par une structure très liée aux pouvoirs factuels des transnationales. Le décret présidentiel 3 368, publié le jeudi 12 avril au Journal Officiel du Venezuela N° 41 376 est un pas dans cette direction. Ce décret a valeur de loi a pour but de réorganiser les opérations pétrolières et de minimiser la bureaucratie à l’intérieur de l’entreprise d’Etat et dans ses entreprises mixtes pour rétablir les capacités de production du brut.

« L’activité de l’industrie pétrolière s’est totalement déformée. D’une soi-disant prise de contrôle de toutes les variables avec la nationalisation du pétrole en 1975 qui, en réalité, est devenue un Ministère du Pétrole très fort mais avec une industrie qui, en réalité, est gérée par les transnationales grâce à des rabatteurs, nous sommes passés à une autre dans laquelle les 2 flanc devaient être contrôlés par l’Etat. »

Cela a provoqué un renforcement sur le moment mais dans la pratique « nous avons perdu le contrôle sur le problème du pétrole. Aujourd’hui, nous l’avons perdu sur l’industrie et on a perdu la force du ministère, » a regretté Paravisini, député à la Constituante. « PDVSA a été une création de l’impérialisme et de la CIA. Rómulo Betancourt, au début, s’est opposé à sa création et ensuite, il a accepté à condition que les entreprises soient dirigées par les anciens directeurs des transnationales. » a-t-il rappelé.

Thierry Deronne, avec tous nos remerciements à Françoise Lopez pour ses traductions

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L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Construite à l’origine, en 1952, pour servir de centre administratif à la Orinoco Mining Company, multinationale américaine exploitant à l’époque le minerai de fer et l’embarquant vers les marchés internationaux, Puerto Ordaz, fière de ses grappes d’immeubles modernes et d’antennes-relais que séparent de vastes zones vertes, est l’une des villes les plus modernes et industrieuses du Venezuela. Dès l’aube, à la sortie sud de sa « petite sœur pauvre » San Felix (cité dortoir avec laquelle elle forme l’ensemble de Ciudad Guyana), des files d’hommes se pressent sur le bord de la route et jouent des coudes pour aborder les bus, cars, camions, camionnettes ou véhicules parfois vétustes qui passent en vrombissant.
Route nationale qu’emprunte cette noria, la « Troncal 10 » trace son sillon en direction du sud et du Brésil, à 600 kilomètres de là. Toutefois, au bout de 165 kilomètres, elle traverse la première des localités à sinistre réputation vers laquelle se dirige, dans l’espoir d’un possible revenu, cette multitude enfiévrée : Guasipati. De dizaines de kilomètres en dizaines de kilomètres, suivront l’inquiétant El Callao, puis la pustule urbaine de Tumeremo. Il y a même pire, à ce qu’il paraît. « A partir de là, grimace le Vénézuélien qui nous accompagne, c’est l’anarchie. Le point le plus obscur, c’est la mine d’or à ciel ouvert de La Cristina. »

Nous nous trouvons au nord de l’Etat de Bolivar, en plein cœur du très polémique Arc minier de l’Orénoque (AMO). Le 24 février 2016, confronté à la campagne de déstabilisation économique menée par l’opposition et le gouvernement des Etats-Unis, le président Nicolás Maduro en a fait une « zone de développement stratégique nationale » de 112 000 km2 afin d’y exploiter d’importants gisements – or, diamants, coltan, kaolin, dolomie, autres métaux rares et stratégiques – et de diversifier l’économie, trop dépendante du pétrole – ce qui, sur tous les tons, est en permanence reproché au Venezuela « bolivarien ».
L’annonce a provoqué de très virulentes critiques de l’opposition, de partis politiques considérés « progressistes » (tels Marea socialista), de « défenseurs de l’environnement » nationaux et étrangers, d’organisations indigènes et de personnalités présentées comme « dissidentes » du chavisme – une poignée d’ex-ministres de feu le président Hugo Chávez (Ana Elisa Osorio, Héctor Navarro, Gustavo Márquez Marín, Olly Millán), le général en retraite Cliver Alcalá Cordones, l’intellectuel Edgardo Lander et Nicmer Evans (« chouchou de certains « gauchistes » européens, qui vient de s’allier à la droite dure au sein d’un Front large récemment constitué en remplacement de la MUD [1] que l’incohérence et les erreurs de ses dirigeants ont fait exploser).
« Le président a rejoint le camp de la droite en méconnaissant le fait irréfutable que les mouvements de gauche, partout dans le monde, ont incorporé à leur patrimoine doctrinal la préservation de l’environnement (…) », déclarera ainsi Freddy Guttiérrez, le 15 août 2016, lors d’une conférence de presse organisée conjointement par la Plateforme citoyenne de défense de la Constitution bolivarienne et les instigateurs du « recours de nullité » déposé devant le Tribunal suprême de justice (TSJ) contre l’AMO. « Il [le chef de l’Etat] a décidé d’amputer le territoire national de 112 000 km2, un espace plus grand que Cuba, l’Irlande ou la Croatie. Il s’agit de la création d’un Etat dans l’Etat. » Qui plus est, ajoutent les relais internationaux de cette virulente campagne, « livré à la rapacité de dizaines de multinationales dérogeant aux lois du travail et à l’impôt [2] ». Pour l’ex-ministre de l’environnement Osorio, « cette initiative provoquera des dégâts environnementaux irréversibles, avec de graves conséquences pour les ressources hydriques, et rendra plus aiguë la décomposition sociale dans d’importantes zones du territoire aujourd’hui quasiment dépeuplées. »

Il y a là des arguments à ne pas négliger. Mais aussi de quoi sursauter d’étonnement… Tout au long du parcours qui, de Ciudad Guyana, mène à Upata, Guasipati, puis El Callao et Tumeremo, les longues lignes droites de la route ne traversent que des zones déboisées, des aires désolées, des champs qu’arpentent quelques troupeaux. Des cocotiers découpent leurs palmes contre le ciel. Où diable est donc passée la forêt vierge immaculée, l’immense jungle aux lianes énormes, aux cours d’eau inviolés, aux peuples d’Indigènes vivant en harmonie avec la Terre Mère, aux innombrables espèces d’oiseaux qu’est censément en train de détruire Maduro ?
« Il y a méconnaissance et désinformation malicieuse, réagit Luis Alberto Vásquez, technicien « révolutionnaire » (de tendance « écologiste et anarchiste » précise-t-il), qui, pour le compte du Centre national de technologie chimique (CNTQ), collabore avec le ministère du Pouvoir populaire pour le développement minier et écologique (MPPDME). On présente l’Arc comme le responsable de la situation alors qu’il prétend la régler. Il y a dans cette région un héritage historique très lourd auquel le gouvernement cherche à apporter des solutions. »

C’est en 1853 – et non en 2016 ! – qu’El Callao, fondée par des migrants en provenance de la Caraïbe, a changé pour toujours lorsque de l’or y fut découvert. Alluvionnaire d’abord, dans les fleuves et les cours d’eau, puis en sous-sol. A 20 minutes aujourd’hui en hélicoptère de Tumeremo, une compagnie anglaise creusa son premier puits en 1881 – fin de XIXe siècle au cours de laquelle des firmes européennes s’abattaient sur ce nouvel eldorado [3]. Lorsque, un peu plus tard, le prix de l’or s’effondra, ces entreprises se retirèrent. Mais l’exploitation des filons n’a jamais cessée.
En 1970 naquit la vénézuélienne Minerven, nationalisée quatre années plus tard. En même temps, multinationales et compagnies appartenant à la classe dominante – celle-là même qui s’est opposée à Chávez et tente aujourd’hui de renverser Maduro – se voyaient octroyer d’importantes concessions qu’elles exploitaient de façon totalement incontrôlée. Dans le pire des cas, elles ne produisaient pas un gramme du précieux métal. Faisant « certifier » leur minerai [4], elles jouaient en bourse avec les fluctuations du prix de l’or sur les marchés et engrangeaient d’importants profits, n’apportant, sous forme d’impôt, aucun bénéfice à l’Etat. D’autres, jouissant d’une autorisation d’exploitation de vingt, voire cinquante ans, en terminaient rapidement avec le filon le plus facile à arracher au sous-sol – le « filet mignon », s’amuse un acteur de terrain ! – et réclamaient immédiatement une autre concession, laissant derrière elles à l’Etat le reliquat de minerai le plus malaisé et le moins rentable à exploiter.
Dans ce sillage, au milieu de ceintures de misère, toute une population informelle s’installait et, repoussant la forêt et parfois les Indiens, transformait le Bolivar en un gruyère tropical creusé d’innombrables puits. N’en déplaise aux rêveurs mal informés, il y a bien longtemps que le paradis terrestre n’y existe plus.

Entre mines et activités connexes – acheteurs d’or plus ou moins véreux, fournisseurs de matériel, vendeurs de bricoles et de boustifaille, camionneurs, mototaxis, compagnes, prostituées –, environ deux cent cinquante mille personnes vivent d’un « extractivisme » devenu sauvage au fil du temps. Dont une proportion notable d’étrangers – Colombiens, Brésiliens, Guyaniens, Dominicains. A l’exception de quelques gisements à ciel ouvert, les plus épouvantables pour l’environnement, l’exploitation, souterraine, se mène depuis les « verticales », puits d’où s’enfoncent, entre 25 et plus de 80 mètres de profondeur, de très étroites et obscures galeries. Précairement assis sur un court bâton fixé perpendiculairement à l’extrémité inférieure de la corde qu’ils cramponnent à deux mains, les travailleurs descendent ou ressortent, au bout de plusieurs heures d’un labeur épuisant, grâce à un treuil des plus rudimentaires que deux gaillards aux traits rudes actionnent à la force des bras. A mesure que la profondeur augmente, rendant l’effort physiquement impossible, un « winch » électrique modernise quelque peu l’installation. Tout au long du jour, de ces mines, remontent à la surface les sacs de 50 kilos de terre d’où, dans les « plantas » voisines, sera extrait, par un ravageur traitement au mercure, le métal convoité.

Entre deux plongées, les travailleurs se reposent dans leur hamac. Partout autour, sur le « barranco » (le front de travail), l’équivalent d’une fourmilière redouble d’activité. Huit hommes et une cuisinière composent généralement l’équipe qui exploite les mines les plus modestes, l’immense majorité. Incapables de payer un logement ou même une chambre d’hôtel, tous vivent dans des campements insalubres faits de « casuchas » – toiles de plastique noire tendues sur des piquets. Ils ne tiennent d’ailleurs pas forcément à une habitation en dur. Leur précarité leur permet de se déplacer « à vitesse grand V » pour peu que surgisse la rumeur d’une « bulla » – le « raffut » que provoque la découverte inopinée d’un nouveau et supposé riche filon.
« Quand tu trouves de l’or, tu oublies tout, s’esclaffe un intéressé, jusqu’au nom de ta maman ! Tu récupères toute ton énergie. » Parfois jusqu’à l’absurde, jusqu’à la folie ! « En 1981, dans l’ouest du Bolivar, en pleine forêt, sous la piste d’atterrissage de leur campement, des types ont découvert des diamants, raconte Sergio Milano, professeur à l’Université nationale expérimentale de Guyana et spécialiste de l’activité minière. En une nuit, ils ont totalement défoncé la piste ! Quand ils ont retrouvé un minimum de bon sens, ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus ni sortir de là, ni être ravitaillés… »
Traditionnellement, les mineurs ont de l’or une vision magique. Pour eux, le métal pense, il a une personnalité. Ils prétendent qu’ils ne le découvrent pas, que c’est lui qui les trouve. Que c’est lui qui décide à qui il va apparaître. « Dans leur idiosyncrasie, dans leur cosmovision, la nature est seulement porteuse de richesse. Le concept de sa protection ou de sa conservation n’existe pas. » C’est donc, lorsque surgit la « bulla », à grands coups de pics, de pelles, d’explosifs et souvent de conflits que naît une nouvelle communauté.

Un gramme d’or environ pour 200 kilos de matériel brut : la boue collée sur leurs vêtements, les chanceux du moment s’entassent devant les officines qui, de Guasipati à Tumeremo, le long des rues bruyantes et encombrées d’une foule grouillante courant en tous sens, achètent, en argent liquide (qui a disparu dans tout le reste du pays) le métal précieux. La bière et le rhum coulent à flots. Les « filles » des « currutelas » cambrent les reins et tendent la main. « La maison de passe, c’est le centre social de la mine », soupire, ayant l’air d’en connaître un rayon sur la nature humaine, un habitant désabusé.

En période de crise économique, comme celle que traverse le Venezuela actuellement, des hordes d’hommes en quête de survie déboulent de partout. Des zones périphériques surgissent autour des agglomérations, dans la plus totale anarchie. « Cela a un fort impact, nous confie José Alejandro Martínez, le maire chaviste de Guasipati, ex-plus jeune édile du pays, qui entame son troisième mandat. En matière d’eau, d’électricité, d’équipements, cette ville n’est pas préparée à recevoir tant de gens. De plus, cette déferlante a une influence sur l’insécurité. »
Il rôde dans les parages des « malandros » (délinquants), des « pranes » (caïds), des bandes mafieuses appelées « syndicats » ou « bases », qui luttent pour le contrôle des territoires, armés de fusils R-15, FAL et AK-47. On pratique le racket – « la vacuna » (« vaccination » : un terme colombien). Quatre ou cinq grammes d’or à payer chaque mois pour éviter d’être embarqué dans les collines et tabassé, voire exécuté, parfois découpé à la tronçonneuse. A El Callao (25 000 habitants, 80 000 avec la population flottante), l’un des onze « municipios » du Bolivar, 90 assassinats ont eu lieu en 2015. Avec, de temps en temps, un pic spectaculaire de violence, très médiatisé. Le 4 mars 2016, à Tumeremo, quatorze corps sont retrouvés dans une fosse commune, exécutés par la bande d’Ulloa Suárez, alias « El Topo » (abattu par les forces de l’ordre ultérieurement). Cinq morts à El Callao, le 5 avril 2017, quand des sujets armés s’en prennent à une patrouille militaire. Onze malfrats au tapis et un officier de l’armée blessé, le 11 septembre 2017, à Tumeremo, lors d’un affrontement avec le « syndicat » du mafieux « Fausto ». Après neuf morts encore, à El Callao, dans le secteur San Luis, le 15 novembre, dix-huit malfrats porteurs d’armes de gros calibre tombent, le 11 février 2018, dans la mine Cicapra de Guasipati.

Chacune de ces tragédies voit se renouveler la même plaisanterie : les députés d’opposition, leurs supplétifs et leurs médias clouent au pilori… les forces de l’ordre, le gouvernement et Maduro. Quelques heures à peine après l’ultime drame de Guasipati, sans avoir effectué aucune enquête de terrain, Provea, supposée organisation de défense des droits humains devenue une quasi annexe du Département d’Etat américain, estimait que, d’après les faits portés à sa connaissance, il s’agissait « d’un nouveau massacre » des Forces armées bolivariennes [5]. Faisant réagir (parmi beaucoup d’autres) Carlos Clarck Wallace, bel homme de 74 ans, noir comme du charbon (et pas spécialement politisé), rencontré dans sa mine de Caratal (près d’El Callao) : « Pendant la IVe République [avant Chávez], il y avait d’avantage de respect pour la loi. Maintenant, avec leurs histoires de droits de l’Homme, quand vient la Garde nationale, on prétend que c’est de la répression. Ces choses-là circulent jusqu’à l’opinion internationale et contribuent à criminaliser le gouvernement. » 

Depuis quelques années, la violence a changé de nature. « Le mineur est un homme rude, mais pacifique, cette barbarie est importée, analyse Sergio Milano. Une partie des formes d’assassinat utilisées ces derniers temps viennent de Colombie. » La « ruée vers l’or » n’ayant pas attiré que des enfants de chœur, des paramilitaires en provenance du pays voisin ont effectivement importé leurs obscènes méthodes. « Comme ce sont des zones où le contrôle policier est déficient et où, jusqu’à présent, ils pouvaient agir avec une certaine liberté, ils se sont enkystés. »
Dans quel but ? A elle seule, l’activité minière informelle – la « pequeña minería » – produit au grand minimum deux tonnes d’or par mois. Paradoxalement, en 2015, la Banque centrale du Venezuela (BCV) n’en a reçu pour toute l’année que 700 kilos – 500 kg en 2016 – alors que, selon une directive de 2009, les mineurs ont l’obligation de lui vendre 60 % de leur production. En revanche, au large des côtes vénézuéliennes, l’île de Curaçao en exportait plus de 18 tonnes. Cette dépendance hollandaise des Caraïbes a ainsi engrangé 2,3 milliards de dollars entre 2010 et 2015… sans posséder une seule mine sur son territoire !
Dans le chaudron étouffant du Bolivar, or et diamants s’échappent par d’obscurs chemins – « los caminos verdes » – ou de discrètes pistes d’aviation clandestines vers le Brésil, la Colombie, le Guyana, Aruba et Curaçao… Qui, sans vergogne, « légalisent » puis exportent la richesse qu’ils savent volée à leur voisin. Aidés, chez celui-ci, pendant longtemps, par l’absence de contrôles et la plaie endémique de la corruption. « Un garde national, un policier, un fonctionnaire public ont des salaires modestes, explique Milano. On leur offre quelques grammes. Ça vaut des millions. Il est très difficile de résister. »

Longtemps, l’Etat a envisagé d’exploiter cette richesse. Sans réellement passer à l’acte. « Ce secteur était toujours relégué car le pétrole constituait la force motrice du pays : une extraction facile, avec peu de travailleurs, et un marché d’exportation à proximité », nous expliquait en mai 2017 le ministre du MPPDME Jorge Arreaza. Le péché capital du Venezuela du XXe siècle : l’or noir freinant toute autre activité. Par ailleurs, dans la loi des mines de 1952, le petit mineur n’existait pas. « Il devait être éliminé et était censé s’incorporer à l’industrie minière, rappelle Milano. Mais, que cela plaise ou non, il était là ! »
Il faut attendre 2001 pour que Chávez signe un décret-loi prenant en considération cet acteur oublié, qui extraie des fortunes, mais n’en récolte que de misérables miettes. En 1995, peu de temps après être sorti de prison pour sa tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez, il a parcouru l’Etat de Bolivar et y a découvert la dure réalité de la vie des « mineros ». N’ayant rien oublié, il reconnaît la dette historique du pays à l’égard de cette population.
En août 2011, Chávez, encore lui, expose en conseil des ministres, puis publiquement, l’idée qu’il a en tête depuis longtemps. « Dans le sud du pays, affirme-t-il, nous avons l’une des réserves d’or les plus importantes du monde et je vous informe que je vais bientôt approuver une loi nous permettant de prendre en main la gestion de la région aurifère parce que les mafias et la contrebande y font régner l’anarchie. Cette loi est déjà prête pour réserver à l’Etat les activités d’exploration et d’exploitation de l’or et toutes les activités connexes. » Sans coup férir, il « invente » l’Arc minier. Quand le « comandante » parle, les courtisans se taisent. Aucun de ceux qui, aujourd’hui, sur ce thème, se réclament de lui pour crucifier Maduro, n’élève la voix.

« On ne va pas tenter de cacher le soleil avec un doigt en prétendant qu’il n’y a pas de dégâts environnementaux, admet en haussant les épaules José Ortiz. Evidemment qu’il y en a ! Il ne s’agit donc pas de produire “plus d’or”, mais “plus et dans de meilleures conditions”. Cela implique que nous devons être accompagnés par le peuple minier pour transformer les relations sociales de production. »
« Muchacho » né à Guasipati, avocat sans costume ni cravate, mais à l’énergie débordante et communicative, Ortiz est depuis un an président de la Mission Piar [6], elle même apparue en 2005 pour mettre un terme à ce Far-West « polluant et générateur de vices » par une « reconversion minière » pleine de bonnes intentions. Un échec, à ce moment. Car il existe trois types de « mineros ». Ceux qui, surgissant en période de crise, repartiront si la situation générale du pays vient à s’améliorer ; les investisseurs d’entreprises de taille moyenne et leurs salariés ; mais, et surtout, la masse des « historiques », dont les pères, grands-pères et aïeux, parfois sur cinq ou six générations, pratiquaient déjà cette activité. « Ces gens-là, tu ne les transformes pas en coiffeurs, en paysans ou en en boutiquiers du jour au lendemain. Tu te heurtes à tout un substrat culturel. Ils ne bougeront jamais, et moins que tout par décret. Le gouvernement a dû reculer. »

Lorsque le vice-président Elías Jaua lance à son tour en 2010 le Plan Caura, destiné à interdire la recherche illégale et terriblement nocive de l’or et du diamant sur le bassin du río Caura, habitat et terre ancestrale des Indiens Yekuwana, Sanemá et Hoti, il se heurte lui aussi à des résistances initialement sous-estimées. En plein boom pétrolier, l’Etat indemnise les propriétaires de barges et d’installations, lesquels empochent l’argent et… vont se réinstaller un peu plus loin.
Quand enfin Chávez « nationalise » l’or en 2011, en expliquant aux investisseurs privés et aux multinationales que, désormais, l’Etat se réserve les tâches d’exploration-exploitation aurifère et devra posséder 55 % du capital des firmes du secteur, ceux-ci décident de s’en aller. A travers Minerven, l’unique entreprise publique existant alors avec ses 800 travailleurs, l’Etat prend le contrôle des multinationales – Crystallex, Rusoro Mining, Mineria MS Ca, Promotora minera de Guyana, Gold Reserve Inc. –, mais, d’une certaine manière, semble hésiter sur le rôle à attribuer à la « pequeña minería ».

« L’or, jusque-là, ne laissait rien, à l’exception de la malaria, d’un environnement saccagé et d’une situation sociale absolument désastreuse, résume l’actuel ministre du MPPDME Victor Cano. Il y avait dès lors deux manières de procéder. A feu et à sang, en envoyant l’armée nettoyer le secteur d’une partie de sa population, ou en travaillant avec les mineurs, chemin que nous avons choisi. Même si c’est difficile, nous en sommes conscients. »
En récupérant en 2016 le flambeau defeu Chávez, Maduro et ses collaborateurs ont établi les bases « réelles » du projet de développement. Premier élément, essentiel, systématiquement occulté par les détracteurs de l’Arco : seuls 5 % de la « potentielle » zone de production de 112 000 km2 donneront lieu à une exploitation, qui plus est « contrôlée ». Ailleurs, dans les aires sous régime d’administration spéciale et les parcs nationaux, la biodiversité sera protégée.

Le 5 décembre 2017, un décret a démarqué les vingt-trois zones (3 400 km2), définies avec le ministère de l’Ecosocialisme, dans lesquelles pourra être exercée l’activité minière. Tout individu ou communauté exerçant en dehors de ces zones doit immédiatement migrer vers les aires autorisées. Deux pour le diamant, vingt-et-une pour l’or. Quelques-unes destinées à la grande industrie – Faoz (Venezuela) pour le coltan – et à quelques multinationales – Afridiam (République démocratique du Congo) pour le diamant, Bedeschi (Italie) pour l’or, ainsi que Yankuang Group (Chine), Barrick Gold Corporation, MPE International Inc et Gold Reserve (Canada). Comme pour le pétrole, des entreprises obligatoirement « mixtes » dont l’Etat sera propriétaire à 55 % et, précise-t-on au ministère, avec un volontarisme évident, « garant du respect des règles salariales et environnementales ».
La majorité des zones sera néanmoins réservées à la moyenne et petite « minería » [7], dans des conditions également imposées par l’Etat.  » Une recherche d’équilibre entre quatre lignes « stratégiques » : apport à l’économie nationale, sécurité, mesures sociales et protection de l’environnement. « Un plan construit sur le territoire, précise Ortiz, avec la participation des gens et la pleine connaissance de leur réalité, de leur culture, de leurs traditions ; pas planifié à Caracas dans une station de métro. »

En 2017, plus de sept cent réunions ont été organisées, par le biais du Conseil populaire minier (CPM), entité créée par les intéressés ces dernières décennies pour lutter, parfois avec succès (et l’aide de Chávez), contre la grande industrie qui tentait de les expulser. « Il y a des zones, explique Victor Cano, où l’on ne savait même pas combien il y a de personnes… » Pendant trois mois, une équipe de techniciens et de professionnels, accompagnés par cinquante garçons et filles de 17 à 35 ans encadrés par la Mission Piar et le « chapitre minería  » du Plan de travail pour les jeunes – la Chamba Juvenil [8] – se sont plongés dans ces espaces chaotiques pour en recenser les habitants. « Le mineur ne sort pas de sa mine, poursuit le ministre, jamais. Il fait sa vie dans la mine, mange dans la mine, reste à la mine. Impossible de lui dire “va te faire enregistrer à El Callao ou Ciudad Bolivar”, il ne le fera pas. On doit se rendre sur place pour l’identifier. »
Au terme de cette intervention a été formalisé un Registre unique des mineurs (RUM) qui permet de connaître de plus près la réalité. « L’accueil a été différent en fonction des endroits, nous confie une jeune femme de Puerto Ordaz, qui a participéà cette enquête de terrain. Une fois seulement, les mineurs ont refusé de nous recevoir, tout en nous traitant avec cordialité. Ailleurs, ça s’est passé très tranquillement. On n’a rencontré des réticences que dans environ 10 % des cas. » Pour la première fois dans l’Histoire, nous content quelques grands-pères, le gouvernement prend en compte la « piétaille » des « mineros » pour formaliser et réglementer leur activité.

En quelques mois, le gouvernement a signé quarante-six « alliances stratégiques » avec ces derniers – entre cent et cent cinquante autres se trouvant en instance de formalisation. « Ils s’organisent en coopératives, en entreprises dotées d’un statut juridique, s’associent à l’Etat, doivent payer des impôts, mais, en échange, rentrent dans la légalité, c’est gagnant-gagnant. » Jusque-là livrés à une armée de profiteurs et de trafiquants pour se fournir en matériels et combustible à des tarifs exorbitants, ils peuvent désormais les acquérir légalement, à prix régulé, réduisant ainsi leurs coûts de production. En contrepartie, ils s’engagent à vendre leur or à travers la compagnie nationale Minerven, qui, pour le compte de la Banque centrale du Venezuela (BCV), le leur achète, rubis sur l’ongle, au prix international du marché – pour parler clair : au taux de change illégal et manipulé dans le cadre de la « guerre économique » imposée au Venezuela [9]. Un aveu d’impuissance, mais aussi, très pragmatiquement, le seul moyen de décourager l’exploitation clandestine et de mettre à mal la concurrence des mafias. « Actuellement, c’est l’Etat qui paye le mieux, nous confie Mireya Cobarubia, co-propriétaire de la mine Tesoro de Dios. Plus que les étrangers ! Depuis qu’on a signé notre alliance et qu’on est partenaires, tout va beaucoup mieux, on collabore à la construction de ce pays. »

Pour bénéficier de ces conditions qui ne nuisent en rien à leurs intérêts, les « mineros » doivent néanmoins faire un effort et, « impérativement », respecter un certain nombre de règles, en matière de sécurité et de protection de l’environnement. Dans ce registre, le principal défi concerne le traitement du matériel aurifère sorti des puits. « C’est nouveau dans le pays, se réjouit Alberto Vásquez, notre « écologiste anarchiste » du CNTQ. Jusque-là, le traitement se faisait presque exclusivement avec du mercure, dont il faut deux tonnes pour obtenir une tonne d’or. Peu efficace donc, et terriblement polluant, il contamine nos ríos et nos poissons. » En effet très toxique, ce métal lourd relâché dans les eaux résiduelles, détruit la faune, la flore et même les hommes en contaminant la chaîne alimentaire par bioaccumulation ; auparavant, chauffé en plein air pour en séparer l’or qu’il a amalgamé, il a produit des gaz dévastateurs pour le « minero » qui procède à l’opération et son entourage immédiat [10].
Il s’agit désormais, pour les mineurs organisés, de se tourner vers les « plantas » utilisant le cyanure, dont quelques-unes existent déjà ; et de pousser les propriétaires d’équipements utilisant le mercure à remplacer leurs néfastes installations. Négativement connoté – à cause des suicides et des homicides par empoisonnement ! –, le cyanure, infiniment moins contaminant que le mercure, se dégrade beaucoup plus facilement. Si, dans son installation initiale, le processus de lixiviation qu’il permet se révèle plus coûteux, il permet, une fois opérationnel, de récupérer 92 % de l’or contenu dans le matériau brut, quand le mercure n’en capte que 38 à 40 %. A minima, une production passant du simple au double, donc un investissement rapidement rentabilisé [11]. Par ailleurs, la cyanuration ne présente un danger qu’en cas de rupture des digues qui retiennent les boues à 75 % liquides qu’elle rejette en bout de course – ce qui s’est déjà produit de par le monde, chacun en est conscient. « Le ministère nous a sollicités pour qu’on trouve des technologies alternatives, souligne Vásquez. On travaille activement sur de nouvelles possibilités, plus écologiques, de substitution. »

Bien entendu, les chemins du progrès, rarement linéaires, ne sont pas exempts de difficultés. Au sortir du traitement dans les « plantas » (également appelées « molinos » ou « moulins brésiliens ») utilisant le mercure, les boues résiduaires mêlées aux flots d’eaux toxiques constituent, une fois asséchées, les « colas » – sables inertes qui contiennent encore, on l’a vu, environ 60 % de l’or très fin non capté par cette technique d’extraction. Ce sont ces « arenas » que récupèrent en priorité les quelques installations procédant par cyanuration, comme Inversiones Guaviare (10 à 15 kilos d’or par mois, 200 ouvriers travaillant en trois-huit). « L’objectif à atteindre est qu’elles traitent la matière primaire, que le mineur y aille directement, sans passer par le mercure, explique lucidement Darwin Evans, vice-président de Minerven, à El Callao. Mais il y a une quantité importante de “molinos” et de gens qui dépendent de leur activité. A mesure du processus d’organisation, on devrait dépasser cette phase, mais ça va forcément prendre du temps. »
Nous faisant visiter son modeste « molino » de Tesoro de Dios, Mireya Cobarubia confirme à sa manière : « On est conscients de ce que le mercure est mauvais pour notre santé et l’environnement, qu’il va arriver un jour où ce moulin ne pourra plus fonctionner, à cause de la contamination, et qu’on devra apporter le matériel directement à l’usine de cyanuration. Donc, tout le monde commence à se réorganiser, mais sans pression. » Un processus de transformation graduel qui a, quoi qu’on en pense, le mérite d’avoir commencé. Et dans lequel chacun peut trouver son compte s’il est bien mené…
« En 2005-2007, avec le CNTQ, on a calculé la quantité d’“arenas” issues du mercure non encore retraitées, raconte Vásquez, évoquant l’Etat de Bolivar. On est arrivés à 10 millions de tonnes ! Si l’on répartit cette quantité entre les traditionnelles équipes de mineurs, et si l’Etat finance ou subventionne de nouvelles installations de cyanuration, ils vont récupérer de l’or sans être tentés de partir dans les zones de forêt primaire ! »

Souvent levés à quatre heures du matin pour arpenter routes et pistes de terre rouge, les membres de la Mission Piar déploient une activité aussi enthousiaste qu’incessante. Militants autant que fonctionnaires, ils constituent la pièce maîtresse de « la grande transformation » recherchée. Deux cent-trente étudiants et professionnels du Plan de travail pour les jeunes – géologues, ingénieurs des mines, travailleurs sociaux, bacheliers, de toutes les universités de l’Etat de Bolivar – actuellement en formation au cri enthousiaste et ludique de « pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea [12 ! », vont les assister pour, selon José Ortiz, « entreprendre une humanisation des mines ». En poussant à l’abandon du mercure, déjà interdit, mais qui jouit d’une période de « tolérance » : « On n’envoie pas l’armée, on fait les choses progressivement. Quand le temps de grâce sera terminé, tout le monde devra se soumettre à la loi. » Avec des principes simples à comprendre. Par exemple : « Si tu as dévasté la nature, tu dois replanter ! »
La mission entend également favoriser l’émergence de projets socio-productifs – pisciculture, agriculture, briqueteries, petites entreprises – « car il ne s’agit pas de remplacer la rente pétrolière par la rente minière ». Ce qu’ont manifestement intégré nombre d’intéressés : « On a déjà prévu un terrain pour monter un élevage de porcs et développer le maraichage, confirme ainsi Ramón Calderón en nous accueillant dans la zone de La Ramona (1 500 familles, plus une population flottante de 500 personnes). On projette également d’avoir un camion, une ambulance, un module de santé, un terrain de foot, une bonne école et un lycée avec leur cantine. Nous devons aussi préparer notre jeunesse en l’envoyant à l’Université… »
Autres axes de travail, « la santé intégrale, sexuelle et reproductive » ainsi que la sécurisation des mines, souvent dangereuses, non étayées, mal ventilées, où ne sont utilisés ni casques, ni masques, ni gants. Et même un registre « loisirs » pour pousser les mineurs à créer des équipes de football, organiser des tournois, « prendre des vacances de quelques jours au bord de la mer plutôt que de dépenser tout leur fric au bordel… »
« On dira que je suis fou, rit Ortiz, mais c’est notre rôle ! La mine doit cesser d’être un espace de production avec violence pour devenir un espace de production humain. »

« Vous allez vous marier avec un projet et ses difficultés, annonçait ce même Ortiz le 10 mars, sans langue de bois, aux deux cent soixante « chamberos » – jeunesde la « Chamba Juvenil » – réunis à Ciudad Bolivar, capitale de l’Etat que borde le puissant Orenoque. Il y a des choses qu’on pourra faire immédiatement, d’autres à moyen terme, d’autres à long terme. Lorsque des complications inattendues vont surgir, ne sombrez pas dans le découragement. Aucun de nos efforts ne sera vain. Nous ne pouvons pas nous rendre ! Notre champ de bataille, c’est les mines, les pieds dans la boue, avec les gens. »
De fait, le message global commence à générer une dynamique. Les premiers résultats sautent aux yeux. Lors d’une visite à San Rafael de la Camora, l’éternel sourire d’Ortiz s’élargit : « la alzadora » – un simple monte-charge – protège du vide impressionnant les trois hommes qu’il transporte à moins 85 mètres grâce à de très inhabituelles sangles de sécurité. Tous les mineurs portent bottes et casque de sécurité.
De quoi motiver les « chamberos » qui se préparent à se lancer dans l’aventure, avec ferveur, « patriotisme », ils ne s’en cachent pas, mais aussi quelques craintes au fond des yeux. Jolie brune de 32 ans abritée derrière de larges lunettes de soleil, Maria Santoya frissonne : « Tu te demandes comment on va te recevoir… Il y en a qui sont dans les mines depuis une éternité, sur plusieurs générations, et nous, on va se pointer et leur dire qu’il faut mettre un casque, un masque pour les poumons, des gants de chantier ! “Qu’est-ce que c’est que cette jeunette qui vient m’expliquer ce que je dois faire”, vont-ils penser… » Laissant fuser un léger rire, une de ses copines l’interrompt : « C’est tous des hommes ! C’est justement parce qu’on est des “muchachas” qu’ils vont ouvrir de grands yeux et nous écouter. » Ce à quoi Isberlyn González, une géologue de Caroni, ajoute : « On n’y va pas seulement pour les mineurs. On y va aussi pour aider, sur le plan social, leurs femmes et leurs enfants. » Derrière elles, dans un charivari d’exclamations joyeuses, un groupe rugit : « Pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea  ! »
C’est aussi ça, le Venezuela.

« On a défini cinq minéraux stratégiques  : l’or, les diamants, le coltan, le cuivre et l’argent », commente le ministre Victor Cano. Le coltan est exploité depuis moins longtemps que l’or, et de façon artisanale. On ne savait pas qu’il était si important, on n’en a entendu parler que ces dernières années. » Et pour la première fois en 2009, quand Chávez en personne révéla qu’on avait découvert des mafias exploitant de manière illégale et détournant en contrebande en Colombie « un métal stratégique appelé coltan ».
Minerai aussi précieux que l’or du fait de son utilisation dans les industries électronique et spatiale, indispensable à la fabrication des téléphones portables, tablettes et condensateurs d’ordinateurs que même les « écolos » les plus purs utilisent quotidiennement pour dénoncer son extraction « par le gouvernement irresponsable de Maduro », le coltan peut être extrait artisanalement et dans des conditions apocalyptiques, comme en République démocratique du Congo (RDC), ou selon un mode industriel, mécanisé et relativement sécurisé. Pas d’enfants dans les mines donc, ni travail forcé au Venezuela où deux entreprises mixtes fonctionnent d’ores et déjà dans le secteur de Los Pijiguaos. Le 9 septembre 2017, l’Entreprise mixte minière écosocialiste Parguaza (Emmepas) a annoncé avoir produit sa première tonne et le pays a communiqué qu’il allait procéder à sa première exportation « officielle » – aucune nation d’Amérique latine ne disposant encore d’installations pour raffiner cet « or bleu ».
Lui aussi exploité artisanalement, le diamant fait l’objet, depuis plusieurs années, de négociation et de discussions avec des entreprises angolaises et sud-africaines intéressées par une association avec l’Etat vénézuélien. D’après le président Maduro, cité par le quotidien El Universo du 3 juin 2017, la zone concernée s’étend sur 10 000 hectares où, estiment les géologues, se trouveraient 40 millions de carats [13].

Ne voir dans l’arrivée de multinationales, dans les conditions précitées, qu’une « mise à l’encan du pays » et une « soumission au capitalisme » a un aspect terriblement simpliste et réducteur. Toutefois, que le retour de la canadienne Gold Reserve reste en travers de la gorge de ses détracteurs n’a rien non plus de vraiment indécent.
En 1992, pour exploiter la mine Brisas de Las Cristinas, Gold Reserve a obtenu une concession, dont elle s’est crue propriétaire (alors que, selon la Constitution, le sous-sol appartient à la nation). Lorsque, en 2009, Chávez a révoqué cette concession, la multinationale en a appelé à la Banque mondiale qui, bien entendu, à travers le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Ciadi), lui a donné raison. Au terme de six années de confrontation, l’Etat vénézuélien a été condamné à payer 1,037 milliards de dollars d’indemnité – dont près de 800 millions ont été réglés, le solde donnant lieu à un accord qui permet la création de l’Entreprise mixte éco-socialiste Siembra minera, dont la compagnie canadienne possède 45 % des actions. Le champ d’action de ce « partenariat, que le pouvoir entend « plus écologique qu’auparavant », s’étendra sur les 18 951 hectares du projet Brisas Cristinas, l’un des plus importants gisement d’or et de cuivre du monde, où Gold Réserve opérait avant 2009 et où elle a laissé derrière elle un désastre épouvantable en matière d’environnement [14].

L’apparition en 2016 de la Compagnie anonyme militaire des industries minières, pétrolières et gazières (Camimpeg) provoque tout autant les suspicions. Pour le pouvoir, il s’agit, la crise économique étant ce qu’elle est, de permettre à ce « moteur industriel militaire » de générer des ressources afin de subvenir à ses besoins en matière d’équipement, d’armement et de fonctionnement. Et, s’agissant de l’Arc minier, d’y assurer une présence permettant de contrôler et réduire la présence des groupes irréguliers. Pour ses critiques, ce « cadeau » fait aux généraux donne à ceux-ci un pouvoir économique, et donc politique (déjà non négligeable) préoccupant. D’autres, et pas forcément anti-chavistes, du côté de Guasipti et El Callao, se montrent dubitatifs – certains militaires se montrant, en quelques circonstances, sur le terrain, moins enclins à travailler de pair avec le peuple « minero » qu’à défendre des intérêts douteux, y compris à travers la corruption ou même parfois la répression.
Les mêmes rajoutent généralement que si Washington et l’opposition, à la recherche d’un « Pinochet » (« démocratique », cette fois !), n’appelaient pas ouvertement les forces armées à renverser Maduro, le pouvoir aurait moins de raisons de s’assurer sa fidélité en lui consentant quelques « gratifications » excessives. Néanmoins limitées dans le cas présent : contrairement aux thèses absurdes véhiculées par les réseaux sociaux – qui mériteraient d’ailleurs, à l’examen, d’être rebaptisés « copier-coller sociaux » – les militaires ne se sont pas vu octroyer l’exclusivité de l’exploitation de l’Arc minier : ils ne pourront opérer que dans deux zones, quand on peut supposer qu’ils en espéraient beaucoup plus.

D’après le recensement de 2011, 54 686 Indigènes vivent dans l’Etat de Bolivar, répartis dans 182 communautés. Il n’est pas possible ici d’entamer une description systématique des frictions existant sur ce thème, très classiques au demeurant. Arrêtons nous plutôt sur quelques instantanés qui aideront à baliser le terrain.
D’après les opposants, le gouvernement ne respecte pas la Constitution qui, dans son article 119, traite des « garanties que les Indigènes doivent avoir quant à leurs terres » et, dans le 120, précise que l’exploitation des minerais y existant se fera « sans préjudice pour leur intégrité culturelle, sociale et économique ». La loi organique des peuples indigènes de décembre 2005, par ailleurs, prévoit une « consultation préalable et informée (…) de bonne foi, prenant en compte les langues, la spiritualité, respectant l’organisation propre, les autorités légitimes (…) des peuples et communautés indigènes concernés ». Obligation qui ne serait pas respectée.
De son côté, en mai 2017, le ministre Jorge Arreaza nous affirmait que de telles consultations, respectant les formes et les normes, avaient bel et bien lieu. « On leur présente le projet, on leur explique l’impact environnemental. S’ils disent “ici, non, c’est un territoire sacré”, on écarte immédiatement. On leur explique aussi le besoin de main d’œuvre, certains s’opposent, d’autres non. »
Pour Juan Carlos Velásquez, capitaine général des communautés du « municipio » Gran Sabana, l’Arc minier représente un problème de plus pour des populations déjà affectées par les trafiquants de combustibles. Dans le même registre, Esteban Rodríguez, porte-parole des Ye’kuana de l’Alto Ventuari (Amazonas), estime qu’« il attirera des inconnus sur le territoire, prostituera les femmes indigènes et apportera des maladies ». Francisco Rojas, de la Confédération indigène bolivarienne d’Amazonas, affirme quant à lui qu’il provoquera « des guerres et des problèmes entre Indigènes, car quelques membres des communautés concernées par le décret ont donné leur accord et l’ont même fait savoir à l’opinion publique [15 ».

Deux logiques, deux cultures, deux modes de pensée ? Pas forcément. Les « peuples originaires » ne constituent pas un bloc homogène. Pour le compte de la communauté Mapoyo, Jairo García, lors d’une audience devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme, a fait connaître son appui au développement de l’Arc minier. Une partie des Yekuana partage cette position « pro-minería  ». Les Pemones ont une histoire minière ancestrale. Pour le meilleur et pour le pire : utilisation du mercure, liens avec les contrebandiers. Le 2 mars dernier, pendant notre séjour, alors que la vice-ministre devait rencontrer leur capitaine général le lendemain, ils séquestraient une fonctionnaire, provoquant l’émoi. Car les logiques des fils de la « Terre-mère » sont parfois tordues : alors qu’ils ont signé une alliance stratégique et pratiquent l’extraction de l’or, ils veulent pouvoir le faire dans une zone qu’a interdit le gouvernement pour… préserver la biodiversité !

Au-delà des polémiques et controverses, une forte majorité de mineurs plébiscite manifestement le changement. Le 9 mars, dans la chaleur moite de Caicara del Orinoco, sous les paillotes d’un « Club de musique créole », une assemblée attentive et joyeuse assiste à la signature de 43 « alliances stratégiques » entre le gouvernement et des petits producteurs de diamant. A la tribune, le ministre Victor Cano côtoie le vice-président de la BCV José « Chino » Khan, le gouverneur du Bolivar Justo Noguera, les autorités militaires et les édiles locaux. « Cette alliance stratégique avec l’Etat est un acte historique de dignification de notre travail, scande, sans trop de précautions oratoires, l’orateur qui ouvre la cérémonie. Avec tout le respect pour nos Forces armées, ici présentes, les mineurs artisanaux qui sortaient les diamants pour nourrir leur famille avaient peur chaque fois qu’elles apparaissaient ! Ils étaient illégaux, on leur brûlait tout, on leur détruisait leurs machines, comme s’ils étaient des délinquants. Ce qu’ils voulaient, c’était simplement travailler pour élever leurs enfants. Aujourd’hui, grâce au gouvernement révolutionnaire, c’est possible… D’autres vont nous rejoindre. (…) L’or, le diamant, le coltan vont jouer un rôle aussi important que le pétrole et notre activité va être capitale pour renforcer économiquement la patrie dans la difficile situation que nous traversons. »
On pourrait multiplier les déclarations entendues à l’infini, mais l’essentiel, ce jour-là, est dit. On citera simplement la confirmation apportée par Catalina Gómez, sympathique jeune femme actionnaire d’une modeste mine – neuf personnes au fond du « barranco », cinq en surface – dans le secteur Pérou d’El Cllao : « Avant, on avait des problèmes, on nous confisquait nos machines, on nous maltraitait, on nous expulsait ! Maintenant, on est protégés par l’Etat, ça nous permet de travailler. »
Un Etat qui récolte les fruits de sa politique : alors que la Banque centrale (BCV) ne recevait que 500 kilos d’or en 2016, elle en a stocké 8,5 tonnes en 2017 et en annonçait déjà 8 tonnes début mars 2018 – avec un objectif raisonnable de 24 tonnes en fin d’année. Deux milliards de dollars pour le fisc, espère Victor Cano. Un dur coup aux mafias étrangères qui, durant des années, se sont enrichies sur le dos du pays. Et de quoi alimenter la fureur de Washington et de l’opposition… C’est en effet grâce à cet or que le Venezuela, soumis à des sanctions économiques chaque jour plus pénalisantes des Etats-Unis, a pu financer une partie de ses importations, en particulier d’aliments, en janvier et février 2018.

Avec la complexité de ses causes, de ses effets et de ses contradictions, la transformation et l’utilité de l’Arco requièrent, comme on peut le voir, pour être jugées objectivement, un minimum d’informations et de bonne foi. Décoloniser la « minería », la rendre moins prédatrice pour l’environnement, améliorer la situation de dizaines de milliers de travailleurs, tout en remplissant les caisses de l’Etat… On peut débattre de cette approche, douter de sa réussite (et pour certains souhaiter son échec !), mais, en tout état de cause, on est loin de la planification cynique et irresponsable du « saccage à grande échelle » régulièrement dénoncé.
Le 20 mars dernier a été célébré le premier anniversaire de la création du Parc national indigène populaire Caura, espace vierge de 7,5 millions d’hectares (20 % de l’Etat du Bolivar), dans lequel vivent, entre autres, sept ethnies – Yekwana, Sanema Hoti, Pemón, Hivi (Guajibo), Eñepa et Kariñas – reconnu par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) comme la zone forestière humide protégée la plus grande du monde.
Oui… au Venezuela !

[1] Table d’Unité démocratique : organisatrice des violences insurrectionnelles qui se sont soldées par 45 morts en 2014 et 125 en 2017 parmi les opposants, les forces de l’ordre, des malchanceux passant au mauvais endroit au mauvais moment et des chavistes, avec, à chaque fois, des centaines de blessés.

[2] « Arc minier de l’Orénoque  : quand Maduro et l’opposition s’entendent sur le dos des indigènes, des travailleurs et de l’environnement », Hebdo anticapitaliste, Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Paris, 26 juin 2017.

[3] D’après les chroniques, on peut même remonter plus loin puisque celles-ci rapportent que, à l’époque coloniale, les missionnaires faisaient exploiter l’or par les Indigènes afin de l’exporter en Espagne.

[4] Processus d’évaluation et de quantification des réserves minières exécuté par des organismes scientifiques d’exploration et d’analyse du sous-sol.

[5]  BBC Mundo, Londres, 12 février 2018.

[6] Général pendant les guerres d’indépendance et ami de Simón Bolivar, Manuel Carlos Piar, condamné à mort pour « insubordination sédition et conspiration », fut exécuté le 16 octobre 1817 après que Bolivar ait ratifié la sentence.

[7] La petite « minería » traite entre 0 et 100 tonnes de minerai aurifère par jour ; la moyenne, entre 100 et 500 tonnes ; la grande, aujourd’hui représentée par la seule Minerven, plus de 500 tonnes.

[8] Programme de formation et de production destiné à inclure 600 000 jeunes dans le développement d’un nouveau programme économique rompant avec le rentisme pétrolier.

[9] Début mars 2018, lors de la réalisation de ce reportage, 1 dollar s’échangeait officiellement contre 25 000 bolivars ; au marché noir, il permettait d’obtenir 240 000 bolivars.

[10] A El Callao, depuis 2009, 37 % de la population présente des taux de mercure supérieurs au niveau tolérable.

[11] C’est l’acquisition nécessaire de « moulins à bol de broyage » et de réservoirs avec injection d’air, qui rend important l’investissement pour une usine de cyanuration.

[12] « Pic, pic, pelle, pelle, remue, remue la batée ! »

[13] 1 carat = 0,20 grammes.

[14] Ce retour de Gold Reserve se fait pour elle à des conditions avantageuses. Toutefois, contrairement aux allégations des opposants, les impôts et taxes qu’elle devra payer, ainsi que les bénéfices revenant à l’Etat n’ont rien de léonins. Lire : « Oro y CIADI : El arreglo de Gold Reserve con Venezuela », Mining Press, Buenos Aires, 8 août 2016.

[15] Lorena Meléndez, « El Arco minero pasó hasta por encima de los derechos indígenas », Runrunes, Caracas, 23 février 2017.

URL de cet article : http://www.medelu.org/L-Arc-minier-de-l-Orenoque-les

PORTFOLIO

L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias

Photographies : Maurice Lemoine

 

« Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »

Jorge Rodriguez

Dans un entretien réalisé pour l’Humanité par Cathy dos Santos, Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication et chef de campagne du président Nicolas Maduro, candidat à sa réélection, revient sur les raisons de l’échec des pourparlers avec l’opposition, dont une partie concourra au scrutin présidentiel.

L’élection présidentielle aura lieu le 20 mai prochain dans un contexte économique très tendu. Une partie de l’opposition a annoncé qu’elle ne participera pas à ce scrutin. Pourquoi selon vous ?

Jorge Rodriguez Voilà deux ans que le président Nicolas Maduro appelle l’opposition à un processus de dialogue. Un processus durable pour jeter les bases d’une cohabitation pacifique et ce, malgré le fait que nous ayons une vision du pays différente. Nous prônons des modèles sociaux, politiques, économiques complètement antagoniques. Mais, pour le gouvernement, il s’agissait d’éviter toute action extraconstitutionnelle : coup d’État, violences dans les rues… Cette proposition de dialogue s’est concrétisée par plus de cent cinquante réunions secrètes et officielles avec l’opposition. Après l’élection de l’Assemblée nationale constituante en août 2017, l’idée de renouer le dialogue en République dominicaine a été avancée. Le président dominicain, Danilo Medina, a offert ses bons offices. Le dialogue a abouti en décembre à un préaccord qui contenait toutes les garanties électorales, à savoir le registre électoral, la présence d’une observation internationale, la composition du Conseil national électoral. Il abordait également le renforcement institutionnel, la reconnaissance de l’Assemblée nationale constituante de la part de l’opposition…

En tant que chef de la commission de dialogue du gouvernement bolivarien, vous étiez aux premières loges de ces pourparlers en République dominicaine. En février encore, l’accord était présenté comme imminent…

Jorge Rodriguez Durant l’année 2016, les dirigeants de l’opposition vénézuélienne et les mentors internationaux tels que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos, et même le président américain, Donald Trump, disaient que la solution à la crise politique passait par une présidentielle. En décembre donc, nous nous sommes fixé comme objectif un nouveau round de discussion exclusivement autour de la question de l’agenda électoral. L’opposition voulait que la présidentielle se tienne le 9 juin et nous, le 18 mars. L’ancien président du gouvernement espagnol, et médiateur, José Luis Rodriguez Zapatero, entreprend un voyage à Caracas et se réunit avec l’opposition. Celle-ci avance alors la date du 22 avril, et le président Nicolas Maduro donne son accord. J’ai moi-même appelé les responsables de la Mesa de Unidad Democratica (MUD – coalition de l’opposition), en leur confirmant que nous allions donc signer l’accord. Tout était prêt en République dominicaine jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie.

Qui était au bout du fil ?

Jorge Rodriguez Coïncidence, le secrétaire d’État américain (qui a depuis été limogé), Rex Tillerson, entreprenait une tournée en Amérique latine. Ce jour-là, il se réunissait avec le président colombien, Juan Manuel Santos. L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.

Peut-on affirmer que les États-Unis ont directement influencé la décision de la coalition de droite de ne pas signer l’accord politique et électoral ?

Jorge Rodriguez Il n’y a aucun doute à avoir en la matière. Tout comme il est vrai également que le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Caracas, Todd Robinson, a demandé à Henry Ramos Allup, qui s’était porté pré-candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, de ne pas se présenter.

Lors de sa tournée en Amérique latine, l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson a plaidé pour la constitution d’une sorte de front anti-Venezuela. Cet appel augure-t-il d’un interventionnisme plus direct de Washington ?

Jorge Rodriguez Le président Donald Trump a intronisé une période des plus agressives à l’encontre du Venezuela. Il s’agit d’un suprémacisme grossier, virulent. L’intention est claire : empêcher le Venezuela de poursuivre ses transformations par la voie démocratique des urnes.

En dépit de la posture de certains dirigeants de l’opposition, Henri Falcon s’est porté candidat à la présidentielle. Comment interprétez-vous son choix ?

Jorge Rodriguez La MUD est composée de plusieurs partis. Quatre d’entre eux dénient aux autres le droit de participer à une élection ou d’intervenir dans les prises de position de cette coalition. Mais, au vu de l’accord qui avait été élaboré en République dominicaine, Henri Falcon a décidé de participer à la présidentielle. Parce qu’il a fait ce choix, on le présente aujourd’hui comme un chaviste, comme un faux opposant. Pour rappel : il a été deux fois gouverneur de l’État de Lara pour l’opposition et il a occupé le poste de chef de campagne du candidat de la MUD, Henrique Capriles, à la présidentielle de 2013.

L’Union européenne pourrait-elle emboîter le pas à Washington et ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle du 20 mai ?

Jorge Rodriguez Il est triste que des pays européens endossent les mêmes habits que les États-Unis et mènent de ce fait une politique agressive envers le Venezuela. Ne trouvez-vous pas étrange que notre pays subisse des sanctions parce qu’il organise des élections ? Nous parlons d’élections libres, transparentes et secrètes. En Colombie, les électeurs photocopient leurs bulletins de vote. Au Honduras, 65 % des bulletins de vote disparaissent. C’est tellement incroyable que même Luis Almagro, le président de l’Organisation des États américains, n’a pas certifié la validité des élections honduriennes. Au Brésil, comment Michel Temer (président autoproclamé suite au coup d’État contre la cheffe de l’État de gauche, Dilma Rousseff – NDLR) a-t-il été élu ? Que s’est-il passé au Paraguay après le coup d’État ? L’ancien président Jimmy Carter a dit de notre système électoral qu’il était l’un des plus fiables au monde. C’est le même qui a permis à l’opposition de remporter les législatives en 2015. Il s’agit de nos vingt-cinquièmes élections en dix-huit ans. On nous menace de sanctions parce que nous faisons ce que l’opposition nous demandait de faire en décembre dernier, c’est-à-dire d’avancer la présidentielle ! Les garanties électorales existent et ceux qui souhaitent envoyer une mission d’observation peuvent le faire.

Vous évoquez le climat régional. L’avènement de plusieurs gouvernements de droite ne participe-t-il pas également à une forme d’isolement de Caracas ?

Jorge Rodriguez Avec les virages droitiers pris dans certains pays, nous pourrions dire que nous assistons à une « restauration », au retour du modèle néolibéral, qui a pourtant généré tant de pauvreté sur notre continent. Les structures que nous avons promues telles que l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, la Communauté des États latino-américains et caribéens ou encore l’Union des nations sud-américaines sont fragilisées. Pourtant, lorsque les présidents de gauche les ont impulsées, personne n’est allé demander au président mexicain ou au président colombien quelles étaient leurs idéologies pour pouvoir les intégrer. Nous avons toujours promu l’unité. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski voulait interdire au président Maduro de participer au sommet des Amériques de Lima (les 13 et 14 avril) mais c’est lui qui n’y assistera pas puisqu’il a été démis de ses fonctions pour son implication dans la grande affaire de corruption Odebrecht. Néanmoins, je crois que nous assisterons à une récupération des forces progressistes en Amérique latine avec l’élection au Venezuela mais également en Colombie, ou encore au Brésil si Lula ne se voit pas interdit d’élection. Il a d’ailleurs eu cette phrase terrible : « S’ils me tuent, je deviens un martyr. S’ils me mettent en prison, ils font de moi un héros et si je suis libre, je serai président. »

Pour revenir à la situation économique vénézuélienne, les nouvelles sanctions contre la cryptomonnaie, le petro, auront-elles un impact sur le scrutin ?

Jorge Rodriguez Le Venezuela est soumis à des sanctions unilatérales. Il s’agit d’un véritable blocus économique et financier. On parle beaucoup de la crise humanitaire que connaît le pays mais nous avions 1 500 millions de dollars que la République bolivarienne destinait à acheter des médicaments et des aliments, ici, en Europe. Ils ont été bloqués ! Face à cette situation, le président Nicolas Maduro a avancé une série de plans pour protéger le peuple vénézuélien. Il s’agit d’une protection directe de 6 millions de familles qui concerne 20 millions de Vénézuéliens sur une population totale de plus de 31 millions d’habitants. Chaque mois, ils reçoivent 18 produits du panier de base. Le carnet de la patrie permet à 16 millions de personnes de bénéficier d’une protection sociale accrue pour préserver les droits fondamentaux du peuple. En dépit de la crise économique et financière, le caractère social du modèle vénézuélien n’a pas été touché puisque 74 % du budget sont destinés aux dépenses sociales. Aucun des 34 000 centres de santé n’a été fermé même si nous avons des difficultés d’approvisionnement de médicaments. Dans le cadre de la grande mission logement, nous venons de franchir les 2 millions d’appartements livrés en sept ans. Hier encore, à chaque crise pétrolière, les gouvernements abandonnaient aussitôt les politiques sociales pour maintenir les bénéfices d’une minorité de la population. La révolution chaviste fait exactement le contraire.

L’inflation atteint des records hallucinants. Ses conséquences ne peuvent être endiguées par les seules politiques sociales. Quelles mesures adoptez-vous pour y faire face ?

Jorge Rodriguez Il faut des réponses plus macroéconomiques. Le président a annoncé des mesures de compensation monétaire avec la suppression de trois zéros du bolivar. La prévente du petro, la cryptomonnaie, a été de 5 milliards de dollars. Cela va permettre de nous désengorger du blocus financier. Le président Donald Trump ne peut endiguer le petro, sauf à éteindre Internet sur l’ensemble de la planète. Les réserves de la cryptomonnaie s’élèvent à 5 342 millions de barils de pétrole à Ayacucho. Elles s’appuient aussi sur d’autres ressources : nous venons de découvrir la quatrième mine d’or la plus grande au monde. Sans parler du cuivre, des diamants. Le petro doit nous aider à détruire la dictature du dollar au Venezuela.

La crise économique que connaît votre pays ne révèle-t-elle pas les limites d’un modèle économique hyperdépendant de sa rente pétrolière et donc celles de son manque de diversité économique ?

Jorge Rodriguez Oui, bien sûr. Mais la chute drastique du cours du pétrole est partie intégrante de la guerre économique de l’administration contre le Venezuela mais également contre la Russie et l’Iran avec qui nous avions scellé des accords au sein de l’Opep pour stabiliser le prix du pétrole. Cela fait cent vingt ans que le Venezuela a un problème de dépendance au pétrole. Il faut substituer le modèle de la rente mais sans toucher au modèle de protection sociale. Le président Nicolas Maduro en a fait sa principale proposition de campagne présidentielle. Il nous faut diversifier notre économie pour garantir, par exemple, notre suffisance alimentaire. Le petro a permis au Venezuela d’accéder à des ressources financières renouvelées. Car l’idée est que le pétrole ne soit plus la première source de financement. Deuxièmement, nous devons substituer le cours monétaire avec le petro. 2018 doit être l’année de la mise en échec de l’inflation. L’élection, avec ces cinq candidats, constitue une étape importante pour générer un climat plus propice à la paix sociale mais également économique.

Jorge Rodriguez
Ministre de la Communication du Venezuela

entretien réalisé par Cathy Dos Santos.

Source : https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

Dollariser le Venezuela : la promesse du candidat de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon.

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Selon certains médias, la dollarisation est une proposition « nouvelle » de l’un des candidats de l’opposition à la Présidence de la République, Henri Falcon, qui a fait de la confiscation de la monnaie nationale vénézuélienne l’élément central de son programme de gouvernement. Toutefois, les antécédents et l’orchestration de ce projet n’ont pas commencé avec Falcon, bien au contraire.

Les antécédents.

Depuis le lancement de Dolar Today comme arme de guerre financière dans un contexte de blocus à l’encontre du Venezuela, la question de la dollarisation s’est positionnée dans le champ médiatique comme une nécessité prétendument inéluctable. Certains cercles intellectuels vénézuéliens en lien avec des organismes de lobbies états-uniens, tout particulièrement le Centre CEDICE LIBERTAD, qui est lui-même une filiale du puissant think-thank INSTITUTO CATO, ont commencé à introduire ce thème pour rivaliser avec le débat économique national depuis 2015 au moins, année où il a acquis une certaine notoriété en deçà de ses activités académiques. Deux éléments clés ont placé cette proposition le plus à droite du spectre politique vénézuélien, où l’on peut aisément identifier avec Maria Corina Machado et l’ancien Parti Voluntad Popular. D’un côté, nous avons une appartenance à la charte intellectuelle du néolibéralisme et de ses principaux représentants ; de l’autre, une identification (pas toujours chaleureuse) de l’Instituto Cato avec le Parti Républicain, outre ses activités de lobbying et de conseil juridique en vue d’engager des réformes favorables aux grandes multinationales au sein du Congrès Américain. Entre parenthèses, il convient de rappeler que l’Instituto Cato a récompensé en 2008 le dirigeant étudiant Yon Goicoechea en lui décernant un prix créé par l’Institution elle-même, le prix Milton Friedman, à savoir 500 mille dollars en espèces remis à quiconque irait grossir les files de Voluntad Popular une fois de retour au Venezuela en 2017.

Mi-2015, CEDICE a commencé à organiser une série de rencontres internationales sur la dollarisation au Venezuela, dans la ville de Caracas. Pour améliorer l’image de ces évènements, ont été invités des acteurs financiers du processus de dollarisation qui avait été mis en œuvre en Equateur et quelques représentants de la classe capitaliste vénézuélienne comme Victor Maldonado, alors président de la Chambre de Commerce de Caracas et qui fait aussi partie du CEDICE.

En publiant une large gamme d’articles et d’enquêtes, CEDICE a tenté de se présenter comme l’avant-garde idéologique de la dollarisation au Venezuela, et a également financé des activités académiques relevant du domaine économique, en mettant en avant des référents intellectuels et en promouvant les idées de ceux qui, dans le spectre politique national, montrent de la sympathie pour la dollarisation et le démantèlement de l’Etat Vénézuélien. Le CEDICE a, par exemple, mis en avant la figure de Maria Corina Machado et ses relations en publiant ses articles, l’admettant en quelque sorte comme membre non officiel de son organisation.

Le parrainage des activités du CEDICE passe par le cordon ombilical de la NED, ce qui revient à dire par le Département d’Etat des Etats-Unis opérant par des mécanismes de pouvoir doux. Publiquement, cette institution a reconnu son soutien à cette ONG et à d’autres qui constituent un vaste réseau d’agents de déstabilisation du pays.

Bref portrait de qui se cache derrière Falcon.

Les droits d’auteur concernant la dollarisation au Venezuela reviennent à Steve Hanke. Il est actuellement le directeur de l’Instituto Cato et l’un des 30 économistes les plus influents du monde selon divers points de vue. Il a également été conseiller du second gouvernement de Rafael Caldera

à qui il a proposé de dollariser l’économie vénézuélienne comme élément de base du programme de privatisation –dont tout le monde se rappelle- nommé Agenda Venezuela. Il a conseillé les chefs d’Etat de plus de 10 pays dans leur politique monétaire ; c’est un économiste qui bénéficie d’une forte présence médiatique et qui se vante d’avoir été l’artisan de la dollarisation en Equateur et du démantèlement du secteur public dans plusieurs pays d’Europe de l’Est après l’effondrement de l’Union Soviétique. Son rôle de sicaire financier au Venezuela est amplement connu et on sait qu’il est l’un des promoteurs et des conseillers de l’indice parallèle Dolar Today, dont on se sert pour dévaluer le bolivar et altérer sévèrement le système des prix de l’économie vénézuélienne. Il est aussi le créateur de « l’indice de la Misère », une méthode d’évaluation globale de la pauvreté très peu crédible en comparaison des paramètres internationaux admis, bien qu’il se révèle être un produit médiatique très rentable.

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Pour Hanke, le Venezuela est le « pays le plus misérable du monde ». Il se sert de son influence dans les médias internationaux et d’importantes publications académiques et instrumentalise cette qualification pour apporter sa contribution au dossier dit « l’Etat en faillite » au Venezuela depuis le domaine qui est le sien. Autre chose pour laquelle on peut le remercier.

Depuis l’année 2015, Hanke a soutenu la dollarisation du Venezuela dans divers médias, le présentant comme un remède magique aux problèmes de l’inflation du pays, ceux-là même que Dolar Today a contribué à intensifier. Il a défendu en personne cet indice en mai 2016 lorsque l’Etat vénézuélien a dénoncé cette page web devant les tribunaux états-uniens. Cette année-là, il a accordé une interview au journal Panorama dans laquelle il affirme « Je peux résoudre les problèmes en quelques heures seulement, la seule chose à faire est de dollariser le pays, et les médicaments, les aliments commenceront à affluer. L’autre solution, que j’ai recommandée au Président Caldera et que nous avons presque mise en œuvre en 1996, mais il n’a malheureusement pas obtenu les voix suffisantes aux élections, consiste à remplacer le bolivar par le dollar comme nous l’avons fait en Equateur en 2001 », voulant montrer par là qu’il serait le seul à être capable d’engager ce processus au Venezuela.

En 2017, il a soutenu dans une publication de Forbes que son « modèle » de dollarisation du Venezuela était prêt ; il s’agissait d’un projet de loi de 8 points incluant l’élimination du bolivar, le transfert de tous les actifs de la République en monnaie étasunienne et la désignation d’un comité d’experts chargé de redéfinir le schéma des investissements et du remboursement de la dette du pays. Bien qu’à l’époque, la publication ait été propagée par de grands médias financiers, sa proposition n’a pas obtenu de soutien notoire de la part des acteurs politiques et économiques vénézuéliens. Néanmoins, son offensive destinée à influencer l’opinion publique vénézuélienne en faveur de la dollarisation ne s’est pas arrêtée là. Au mois de mars dernier, il a accordé une entrevue à El Universal du Venezuela au cours de laquelle il a de nouveau présenter le modèle qu’il avait déjà évoqué une année auparavant, mais en se référant cette fois-çi aux aspects politiques de la dollarisation, ce qui est nouveau chez Hanke : « s’il y avait un nouveau gouvernement dans ce pays, les sanctions en cours deviendraient inutiles et seraient immédiatement levées », citant l’exemple du Panama où même en pleine détérioration des relations entre les Etats-Unis et Manuel Noriega puis l’invasion ultérieure de 1989 « il n’y eut aucune difficulté à mettre en œuvre la dollarisation ».

Une conclusion qui dépasse le point de vue économique

L’idée de dollarisation ne vient pas de Henri Falcon et encore moins de son conseiller en économie, Francisco Rodriguez, même s’ils ont essayé de la présenter comme une initiative personnelle dont ils auraient la propriété exclusive. Ceci d’un point de vue économique.

D’un point de vue politique, Henri Falcon reste le candidat présidentiel qui a délégué son programme de gouvernement et son activité stratégique de campagne à un économiste étasunien. Il a ainsi mis en évidence non seulement son manque de créativité politique et économique face à la situation actuelle, mais aussi son extrême dépendance à la constellation d’idées liée au néolibéralisme. Un très mauvais service qu’il rend de la sorte à sa tentative de se distancier des autres acteurs de l’opposition qui ne cachent pas leur sympathie culturelle pour les Etats-Unis, ses ONG’s et ses think-thanks, et qui soutiennent programme d’assiègement et d’asphyxie à l’encontre du Venezuela.

Reproduire à la lettre et en actes le programme de dollarisation de Steve Hanke voulait dire, au début de la campagne de Henri Falcon, aller à l’encontre d’une charte de significations liées à l’identité vénézuélienne, comme la défense du pays et de ses principaux symboles qui comprend aussi la monnaie ne se résumant pas à ses seules propriétés métalliques. Dans le cadre de la confrontation directe imposée par les Etats-Unis ces derniers mois, ces caractéristiques ont agi au sein de la société vénézuélienne en faveur de l’unité et de la cohésion face à la menace visant ouvertement l’existence politique même du pays. C’est ce qui a constitué l’atout politique et moral fondamental du chavisme et a fait sa force en plein conflit. De ce point de vue, le fait que Falcon reconnaisse que son programme de « changement » dépend explicitement et politiquement d’un acteur identifié aux Etats-Unis le place automatiquement dans une position de confrontation à l’intérêt national. C’est un autre mauvais service qu’il se rend à lui-même lorsqu’il se présente contre le chavisme à sa base populaire face au mépris qu’il a suscité auprès des secteurs de la classe moyenne supérieure et ses principaux porte-paroles.

Il reste cependant quelques facteurs à éliminer de l’équation, surtout sur le plan de la tactique. Compte-tenu de la pression idéologique que Steve Hanke exerce sur des acteurs de l’extrême droite vénézuélienne (je pense à Maria Corina Machado), le fait d’avoir recours à la dollarisation en tant que programme central de son gouvernement pourrait représenter une manœuvre destinée à inverser le modèle de compétition qu’entretient la campagne de Falcon avec les dirigeants les plus en vue de l’opposition vénézuélienne rassemblées au sein de Primero Justicia, Voluntad Popular et Accion Democratica, et, avant tout, avec la politique de sanctions des Etats-Unis qui sont en définitive les meilleurs des tacticiens.

Pour l’instant, il bénéficie du soutien de Steve Hanke.

Il est fort probable que sur le plan tactique, Falcon se serve de la dollarisation pour obtenir un consensus minimal avec les principaux dirigeants du milieu de l’opposition et du front international contre le Venezuela, qui l’ont qualifié d’instrument de « la dictature » et l’ont accusé de soutenir la « fraude ». Obtenir l’appui de ses adversaires au sein de l’anti-chavisme est primordial pour le candidat de l’opposition afin de lui permettre de libérer sa campagne présidentielle du discrédit qui pèse sur elle. Une bonne partie de cette contre-campagne provient de porte-paroles de l’establishment états-unien qui brandissent la narrative du caractère « frauduleux » des élections du 20 mai, parmi lesquels figurent Marco Rubio, Ileana Ros et l’état-major du Département d’Etat. Ils considèrent Falcon comme un obstacle à l’escalade des sanctions économiques contre le pays après les élections. Dans ce contexte, la proposition de dollarisation tente de persuader les Etats-Unis de baisser le ton de la confrontation, celle-ci étant l’élément fondamental de l’orientation des porte-paroles les plus extrémistes de l’anti-chavisme, puisque le programme central du candidat de l’opposition accorderait à la Réserve Fédérale le contrôle total du Venezuela une fois gagnées les élections. Un bon échange apparemment pour relâcher les tensions au sein de l’opposition. Mais au-delà du point de vue de la tactique, ou de ce que Falcon tente de faire avec son arme de persuasion, il ne semble pas qu’il existe de lignes nettes de démarcation dans le spectre des dirigeants anti-chavistes puisque tous à leur manière poursuivent le même but : livrer le pays aux centres du pouvoir mondial qui a déclaré la guerre au Venezuela.

Source : http://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/dolarizacion-steve-hanke

Traduction : Frédérique Buhl

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Andrés Antillano : « l’Arc Minier apporte de la cohérence à une activité minière qui devenait chaotique ».

Après plusieurs mois de recherche ethnographique dans l’Arc Minier, un scientifique vénézuélien renommé soutient que l’activité minière de l’Orénoque fait l’objet d’une stigmatisation intéressée, de la part du grand capital tout particulièrement. L’une de ses conclusions est qu’un « partenariat entre l’État et la petite exploitation minière est un moyen de conjurer la violence et de garantir un développement minier respectueux de l’environnement ».

par Nerliny Caruci. « Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise compréhension de l’activité minière, faite de répression et de non reconnaissance qui a mené à une situation favorable à l’émergence de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs ». C’est ainsi que le scientifique explique dans quel contexte est apparu le controversé Arc Minier de l’Orinoco et comment cette nouvelle politique rend sa dignité au monde des mineurs.

Andrés Antillano- en el río Cuyuni - Foto Emilio Guzmán

Andrés Antillano (à droite sur la photo) est psychosociologue et enseignant à l’Université Centrale du Venezuela (UCV), spécialiste en criminologie et militant des Droits de l’Homme. Ce scientifique a fait des recherches sur le terrain, à l’intérieur même des mines de l’Etat de Bolivar, afin de comprendre la vie du peuple des mineurs dans sa quotidienneté, et pour aller plus loin, la manière dont les pratiques sociales associées à l’activité minière s’organisent. « L’Arc Minier nous permet de garantir un développement responsable de l’activité minière reposant, avant tout, sur ce qui représente la force motrice de cette transformation minière : la classe laborieuse des mineurs », souligne l’expert en référence à l’impact environnemental et social qu’aura l’Arc de Guayana.

Selon l’opinion qu’il s’est forgée sur la base des dispositifs ethnographique de coproduction de l’information, le secteur minier exprime l’identité de la classe travailleuse vénézuélienne, malgré « la stigmatisation intéressée » que propagent à son sujet »le grand capital qui était à l’origine de l’activité minière ». La pression exercée contre l’Arc Minier augmente avec le temps. Il suffit de se rappeler comment il a été discrédité ces derniers jours dans l’opinion publique : « l’activité minière décrétée par Maduro cause des ravages », « l’Arc Minier dévore le Venezuela et personne ne dit rien » ou « L’Arc Minier ampute de 12% le territoire national », alors même que des scientifiques, le peuple des mineurs, des leaders indigènes et le gouvernement national ont démontré que l’Arc Minier de Guayana est une politique qui est venue mettre de l’ordre dans le chaos qui régnait dans une activité minière qui, selon les termes d’Antillano, « partait en vrille ».
Selon ce chercheur universitaire, il y a un peu de tout dans ces critiques : des critiques malveillantes, des critiques justes et des jugements à l’emporte-pièce dues à l’incompréhension. Artillano a défini le partenariat entre l’Etat et la petite exploitation minière dans l’Arc Minier de l’Orinoco comme la voie incontournable à suivre, pouvant être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions d’exploitation relevant quasiment de l’esclavage et qui subissent des spoliations et des pillages sans fin ».

Pourquoi mener une recherche scientifique sur le thème de l’activité minière?

L’intérêt de cette recherche est de dénoncer la stigmatisation qui pèse sur les petits exploitants miniers et qui répond à certains intérêts, selon moi. Cette stigmatisation fait partie d’une stratégie de négation de notre peuple, de négation des petites gens qui sont pourtant ceux qui produisent nos richesses et qui font le pays. Il s’agit d’une stigmatisation historique des petits exploitants miniers qui cherche à les faire apparaître comme des groupes criminels, des fainéants et des prédateurs de l’environnement, alors que ce sont justement ces petits mineurs qui, j’insiste là-dessus, produisent la richesse, tout comme les pauvres et les travailleurs de ce pays.

Donc, pour l’essentiel, cette recherche a tenté de connaître de près le monde de la mine. L’ethnographie consiste justement à faire partie intégrante de l’objet que l’on étudie : il ne s’agit pas de voir les choses de loin, mais de connaître de près la vie, les pratiques sociales, les formes d’organisation, les problèmes des mineurs, et bon, ç’était vraiment passionnant. Et je suis arrivé à la conclusion, Nerliny, Ministre, Maria, que si un secteur de la population est à même d’exprimer l’identité de la classe travailleuse de ce pays, c’est bien celui des mineurs. Dans notre imaginaire collectif, il y a un peu de cette représentation très coloniale d’El Dorado, l’idée que l’or se trouve facilement, qu’il est à portée de main.

Andrés Antillano- en El Callao - Foto Emilio Guzmán
Quelle idée!

Oui vraiment, quelle idée! Comme cette croyance aussi que lorsqu’il a plu à El Callao, apparaissent des « cochanitos » en or ; peut-être cela s’est-il passé un jour? Non, sérieusement, si l’or a une quelconque valeur, ce n’est pas le métal en lui-même qui la lui confère, mais le travail gigantesque fourni par le mineur.

Andrés, pourquoi le public a-t-il une mauvaise image du mineur? Pourquoi cette image négative du mineur est-elle autant relayée par les médias?

Parmi les mineurs, on trouve toutes sortes de personnes, mais les gens honnêtes et travailleurs prédominent, des gens qui s’efforcent de gagner leur vie par leur travail avec une détermination impressionnante. De plus, le mineur mène une vie très simple, très modeste ; il utilise l’or pour survivre, mais il ne s’agit pas du tout de fortunes colossales! Cette croyance est un autre grand mythe!

Il peut y avoir beaucoup de raisons à cette stigmatisation, mais je pense qu’elle est intéressée, tout particulièrement lorsqu’elle provient du grand capital qui était à l’origine de l’exploitation minière. On parle par exemple de déprédation de l’environnement ; je suis allé sur place et j’ai vu, en effet, des zones présentant beaucoup de dégâts, mais c’était le résultat de l’activité d’anciennes grandes entreprises minières qui ont été expulsées (par le gouvernement du Président Chavez). J’étais sur les lieux, on ne pourra pas me raconter d’histoires. En outre, le mineur éprouve un profond sentiment anti-impérialiste. C’est une des choses que j’ai pu constater, car leur lutte de classe a toujours été dirigée contre les grandes corporations qui exploitaient les mineurs ; et le mineur a toujours revendiqué la souveraineté nationale. Se rapprocher du monde des mineurs, c’est côtoyer un monde culturellement riche du fait qu’il est le creuset du peuple vénézuélien : on trouve dans les mines des gens de la partie orientale du pays, de la partie occidentale, des gens de l’Apure, des gens des Andes, des camarades venus d’autres pays, des frères colombiens. Bref, l’Arc est un véritable creuset des secteurs populaires et à ce titre possède une culture très riche. De plus, le mineur a le sens du bien commun -bien sûr j’insiste sur le fait qu’il y a un peu de tout parmi cette population et qu’il ne faut pas généraliser – mais il comprend que la nature ne peut pas être pillée éternellement, car il en vit et doit entretenir avec elle une relation fondée sur le respect. Ensuite, il y a un problème qui relève de la responsabilité de l’Etat ; j’entends par là que le Ministère du Développement Minier Ecologique se doit de régler la question de la situation irrégulière des petits exploitants miniers.

Arco Minero del Orinoco - Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán

Le secteur informel?

Exactement. Le travail informel fait du peuple des mineurs une proie facile des groupes criminels et des victimes d’extorsions. J’ai pu voir comment, sous prétexte de lutte contre le paludisme, des mercenaires de la santé détournent les médicaments pour les vendre à leur propre profit et à des prix exorbitants aux mineurs – des médicaments qui sont gratuits au Venezuela! -, vous vous rendez compte? Le travail informel est aussi lié à la situation juridique, légale du mineur ; à cet égard, une politique de régularisation, de légitimation, une présence de l’Etat et des partenariats entre l’Etat et les petites exploitations minières, non seulement amélioreraient la situation des mineurs, mais garantiraient également un développement respectueux de l’environnement tout en allant dans le sens d’une stratégie visant à remédier à la situation de guerre économique que vit le pays.

Ces jours-ci, on a pu lire dans quelques médias que les résultats d’une enquête que vous avez faite dans l’Arc Minier de l’Orinoco montrent qu’ « il y a une relation directe entre la flambée de la production d’or et la violence ». Peut-on considérer les choses ainsi? Cette affirmation rend-elle justice à la manière dont le phénomènes de la violence se forme dans l’Arc?

Je n’ai absolument pas dit cela, vraiment! D’abord, il y a la question de la rente. L’exploitation minière existe au nord de l’Etat de Bolivar depuis presque 200 ans – en 1824, la première exploitation s’est installée dans la région de Cuyuni – et pourtant la violence n’y régnait pas. Les groupes criminels ne proviennent pas du peuple des mineurs ; bien au contraire, ce sont les mafias qui abusent des mineurs. La violence présente dans l’Arc Minier est liée à plusieurs facteurs dont, je crois, la faible présence de l’Etat. C’est pourquoi il faut renforcer cette présence et réglementer l’activité minière. Par exemple, les mineurs envisagent, entre autres choses, la possibilité de vendre l’or directement à l’Etat et à cet égard, les premiers résultats positifs des bureaux de l’or laissent envisager une politique d’une haute importance, consistant à vendre l’or directement à la Banque Centrale et à Minerven ; et aussi d’entrer en relation étroite avec l’Etat, car les mineurs comprennent que l’Etat Vénézuélien n’est pas là pour les brimer, mais pour les protéger et leur rendre leur dignité. Puisque c’est justement la faible présence de l’Etat qui favorise la toute-puissance des organisations criminelles. La perspective de très gros revenus est également très attractive pour les bandes criminelles qui finissent par exploiter les mineurs. En fait, le problème central est le le prélèvement dérégulé de revenus en l’absence d’un partenariat actif entre l’Etat et les communautés.

La violence est liée à un contexte de lutte de classes ; c’est-à-dire qu’actuellement, ce n’est pas le grand capital des entreprises transnationales qui exploite le mineur, mais les groupes criminels eux-mêmes. Donc, la présence forte de l’Etat, la collaboration entre l’Etat et la petite exploitation minière est un bon moyen de conjurer la violence dans l’Arc Minier de l’Orinoco La violence et l’activité minière ne sont pas nécessairement liées! La violence relève de l’absence de politiques visant à intégrer les mineurs et à leur garantir des conditions de vie satisfaisantes – et je pense que l’Arc Minier de l’Orinoco représente un effort important dans ce sens-.

Arco Minero_Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán
Y a-t-il des personnes qui s’opposent à l’Arc Minier conçu par le Commandant Chavez et qui se concrétise aujourd’hui par le décret du Président Nicolas Maduro ? A votre avis, quel est l’impact social de l’Arc Minier de l’Orinoco?

Bien sûr! Parmi les critiques contre l’Arc Minier, on trouve de tout : de la critique malveillante, des critiques valables et justes que je pourrais même partager, et des critiques dues au manque d’information. C’est pourquoi je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour saluer le travail médiatique effectué par En la bulla, dont l’émission a été réalisée au Ministère du Développement Minier Ecologique avec la Radio Nationale du Venezuela. Mais je pense qu’avant tout l’Arc Minier cherche à donner une cohérence à une activité minière qui existe depuis très longtemps et qui partait en vrilles de toute façon.

Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise connaissance de l’activité minière, faite de répression et d’incompréhension ; créant ainsi un contexte qui, par exemple, a favorisé l’apparition de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs. Donc, je suis convaincu que l’Arc Minier contribue à régulariser la situation des petits exploitants miniers, à garantir leurs droits, à garantir une présence active de l’Etat et à démontrer que le développement d’une activité minière écologique n’est certainement pas une utopie. Des expériences intéressantes ont été menées dans des régions minières du Pérou où la communauté des mineurs établit elle-même des mécanismes de contrôle et de surveillance de l’environnement ; ce sont des initiatives susceptibles d’assurer un développement responsable de l’activité minière, surtout si elle repose sur ce que je pense être la force motrice de cette transformation de l’activité minière : les petits exploitants miniers la classe travailleuse des mineurs.

Tu disais il y a un instant que le peuple des mineurs est un peuple très modeste qui manie de grandes richesses. Est-ce que cette pauvreté découle de l’ignorance de la valeur de tant de richesse? Qu’en penses-tu ?

Eh bien figure-toi qu’une des choses qui, à mes yeux, est sans rapport avec ces mythes dont parlait Nerliny, est le fait que le petit exploitant minier ne produit vraiment pas beaucoup. Il ne garde qu’une très petite part de sa production pour lui, en réalité, et l’estimation de ses gains n’est qu’approximative.

Et ce qu’il gagne, il le perd à cause des rackets.

Oui, il finit par le donner aux racketteurs ou en achetant certains produits à des prix exorbitants ; par exemple, des médicaments contre le paludisme qui sont gratuits mais qu’on leur vend à des prix faramineux. Le mineur se retrouve donc avec juste 10 ou 15% de sa production. Il extrait de très petites quantités et ne conserve pour lui que 10% de ce qu’il a sorti. Le surplus reste là. Et qui se l’approprie? Les mafias, les opérateurs qui rackettent les mineurs. Dans un tel contexte, le développement des forces productives minières, l’assistance technique aux mineurs et le déblocage de fonds au profit des mines pouvant être réinvestis, jouent un rôle clé.

Minero_Hoja de Lata II - Foto Emilio Guzmán
Nous allons créer un Fond Social Minier.

Ce genre de choses va permettre d’éviter des dangers bien réels qui menacent la souveraineté nationale. Il y a des pays où des dynamiques de conflits armés sont largement financées par ces pratiques d’extorsion exercées sur les petits mineurs. Ce n’est pas le cas au Venezuela heureusement! Mais c’est un danger permanent. Donc, la possibilité pour la classe travailleuse des mineurs et l’Etat de se réapproprier cet excédent et d’alimenter les caisses de la Banque Centrale, selon des accords équitables entre les petits exploitants miniers et l’Etat, va non seulement écarter ce danger, mais favorisa aussi le développement de l’activité minière traditionnelle, qui représente une activité productive effectuée essentiellement à la main. Au cours de mon enquête, je suis descendu dans les « barrancos » (ravins) comme on appelle là-bas les galeries verticales, jusqu’à 50 mètres de profondeur pour voir comment on extrait l’or à coups de marteau. C’est un travail très artisanal, très rudimentaire et qui met souvent la vie du mineur en danger. Par conséquent, la mise au point et l’application de technologies plus performantes et respectueuses de l’environnement ainsi que la protection de la sécurité au travail et de la santé des mineurs vont se traduire non seulement par la dignification de la vie du mineur mais aussi par une activité beaucoup plus rentable et bien moins coûteuse ; tout cela a quelque chose à voir avec cette enquête, le savoir-faire et l’assistance technique que vous mentionnez. C’est une réelle opportunité de régler le problème de l’usage du mercure qui affecte autant les mineurs que l’environnement.

Toi qui as côtoyé le peuple des mineurs et qui a fait des enquêtes, peux-tu nous dire si les mineurs sont conscients de la nécessité de préserver l’environnement et les écosystèmes dans lesquels ils travaillent? Quelle est ton impression sur ce peuple?

Je dois d’abord souligner que le monde du petit exploitant minier est très hétérogène. Il y a le mineur traditionnel –comme c’est le cas de Maria – : un mineur qui exerce ce métier durant toute sa vie et a développé un savoir-faire dans la protection de l’environnement ; et puis il y a les nouveaux arrivants qui s’adonnent à des activités très nuisibles ; ils veulent se constituer un petit capital le plus vite possible, parfois même au détriment de leur propre vie. Mais en règle générale, l’impact destructeur de l’activité du mineur traditionnel sur l’environnement est plutôt faible. Bien sûr, comme les mineurs sont nombreux, les dégâts seront sans doute plus importants, mais c’est avant tout leur propre vie qui est menacée par la contamination au mercure et par le paludisme. Mais, je le répète, le mineur traditionnel sait intuitivement que la préservation de l’environnement est primordiale ; car, en fin de compte, le mineur vit en relation étroite avec son environnement ; le mineur traditionnel prend soin de son milieu naturel.

Le mineur générationnel a une forte culture propre au monde de la mine et qui se différencie nettement ne serait-ce que par le fait qu’il est moins sujette aux accidents que les autres. Il a une relation responsable avec son travail et avec l’environnement, puisqu’il est né et a vécu dans la mine, ou bien a toujours été en relation avec le monde de la mine. Cette relation est d’ailleurs très intéressante. A El Callao par exemple, de nombreuses familles ont une mine dans la cour de leur maison et n’exploitent que le strict nécessaire. Imaginez-vous, Ministre, Nerliny, la différence que cela représente avec le grand capital! C’est vraiment une grande différence en comparaison avec les grandes industries minières qui épuisent rapidement le gisement en extrayant les plus grandes quantités possibles de ce minerai ; parfois même elles n’extraient rien car ce qui les intéresse c’est le chiffre d’affaires boursier, c’est de figurer à la bourse de valeurs de Wall Street.

Le mineur traditionnel comprend que son mode de vie prioritaire doit être de se procurer uniquement la quantité d’or dont il a besoin pour vivre ; il n’entretient pas de relation déprédatrice avec la mine, ni avec son milieu environnemental. Néanmoins, d’autres formes de relations existent sur le territoire ; par exemple, l’usage de dragues et de bassins, qui constitue une sorte de moyenne exploitation minière, illégale, mobilisant d’importants capitaux et agissant en toute impunité, a un sérieux impact destructeur sur les lits des rivières. Il y aussi les familles de mineurs qui viennent des grandes villes et, pour une bonne part, de la campagne, fuyant la pauvreté que provoquent la guerre économique criminelle menée actuellement contre les secteurs populaires et les opérations de spéculation dirigées contre le peuple vénézuélien. Ces familles viennent le plus souvent pour chercher une bouffée d’oxygène, reprendre leur souffle dans l’activité minière, certaines d’entre elles croyant à la légende d’El Dorado et s’imaginant faire fortune rapidement ; cette légende est fausse, j’insiste là-dessus, car le petit exploitant travaille avec des méthodes très peu industrielles, voire artisanales, et ne réussit jamais à faire fortune, sauf dans quelques rares endroits – il se fait moins d’un gramme d’or – moins d’une « grama » comme ils disent dans les mines.

C’est ce que l’on constate dans les bureaux de l’or : le travail de 25 000 mineurs s’est traduit, lors de la 12ème livraison de 2017, par un peu plus de 700 kilos de métal aurifique.

Vous touchez là un point très important que je n’ai pas fini de développer : chaque mineur, chaque équipe et chaque compagnie travaillent essentiellement en coopération. L’exploitation minière produit relativement peu et les gains des mineurs ne sont pas très élevés ; mais les mineurs dans leur ensemble peuvent obtenir des gains importants. A ce point de vue, il existe un vide que les petits exploitants comblent avec le Conseil Populaire Minier.

Avec les brigades de mineurs.

…avec les brigades de mineurs. Qui n’ont rien à voir avec des unités isolées : elles constituent un véritable mouvement. Car leur capacité de production pourrait faire du mouvement de l’Arc Minier le mouvement populaire le plus important du pays : autant pour leur production que par le grand nombre de familles qui y sont impliquées. C’est-t-à-dire que les petits mineurs organisés de manière collective pourraient se réapproprier leurs propres excédents, avec l’aide de l’Etat, pour le transférer à ce dernier et à la Banque Centrale à un prix juste, ce qui rendrait possible une évolution sociale, technologique et éducative. Le gros problème est que la plupart du temps les mines se trouvent en-dehors des secteurs les mieux implantés, et les enfants n’y ont donc pas accès à l’enseignement scolaire. Avec le Conseil Populaire des Mines, nous avons réfléchi à des projets d’enseignement non officiel et de santé qui permettraient à ces enfants d’être pris en charge, et de quelle manière on pourrait intégrer ces projets dans une dynamique de développement local global.

Minas Ríos Cuyuní-Chicanán - Foto Emilio Guzmán

De tout l’Arc Minier de l’Orinoco ?

De tout l’Arc Minier, contrôlé par ceux qui produisent la richesse. Car, finalement, c’est cela le socialisme, que ceux qui produisent les richesses soient aussi ceux qui décident politiquement de leur usage. De ce point de vue, la possibilité d’un partenariat entre les petits exploitants miniers et l’Etat, dans l’Arc de l’Orinoco, est la seule voie à suivre et peut être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions de surexploitation voir de quasi esclavage, livrés à la spoliation et aux pillages permanents, que ce soit dans différents pays de notre Amérique que dans le reste du monde.
Une fois de plus, nous pouvons constater, Nerliny, que là encore nous avons besoin de l’Arc Minier de l’Orinoco pour aborder la question socio-environnementale qui, comme nous le disions dans notre titre, est de laisser « la plus petite trace possible dans le milieu naturel mais le plus grand impact possible sur le social » et de soutenir l’organisation des mineurs, hommes et femmes, qui mènent leur vie dans l’Arc.

Et de les reconnaître. Il est important que l’Etat reconnaissent les petits exploitants comme producteurs de la richesse minière du pays. Au titre de cette légitimité , la communauté locale doit participer aux processus de prise de décision, de contrôle et de gestion de la politique minière. Dans cette optique, le respect des droits des peuples indigènes sur leurs terres ancestrales, tels qu’ils sont consacrés par la Constitution, relève de la responsabilité de l’Etat.

Si nous reprenons les objectifs de l’Arc Minier, nous trouvons celui de prendre le contrôle souverain de la chaîne productive minière et d’y inclure celui des activités connexes de l’exploitation minière. Vous qui avez eu l’opportunité d’être sur place aux côtés des mineurs, hommes et femmes, de toute cette région du Nord de Bolivar, quelles sont les perspectives de développement de projets agroproductifs, compte-tenu du fait que mineurs paient très leurs aliments?

C’est vrai : le petit mineur est devenu la cible d’intermédiaires sans scrupules. Et ce qui est lamentable, c’est qu’il s’agit parfois de personnes appelées à protéger les petits exploitants, comme des membres des corps de sécurité -pas tous! Juste quelques uns d’entre eux qui exercent une répression disproportionnée- et d’autres acteurs civils qui sans vergogne se livrent au pillage et à la spoliation du petit mineur allant même jusqu’à l’extorsion, ou encore à des opérations spéculatives qui provoquent le coût élevé de la vie. Dans l’Arc Minier, les mineurs produisent des aliments. Dans la plupart des mines, j’ai vu des plantations et des élevages de bétail. C’est ce qu’il faut encourager en apportant aux mineurs une assistance technique et en établissant des partenariats avec eux. Un autre élément important est que les mineurs côtoient les peuples indigènes -beaucoup d’indigènes sont mineurs- et on trouve de nombreuses mines chez les indigènes. Ces peuples sont les seuls à être présents sur des territoires particulièrement vulnérables, à proximité de la frontière avec le Guyana, notre Guyana Esequibo, et de celle avec le Brésil.

Le peuple des mineurs est un facteur de souveraineté, qui permet d’exercer la souveraineté nationale sur des territoires que l’Etat vénézuélien a depuis toujours laissés à l’abandon, et dans lesquels ce sont, comme c’est toujours le cas, les pauvres et les travailleurs qui, par leur présence, renforcent cette souveraineté et y créent la patrie. Cet facteur de la souveraineté nationale doit aussi être pris en compte dans la politique minière et dans la politique d’organisation des petits exploitants miniers. J’ai rencontré l’Association des Gardiens de l’Esequibo près de Hoja de Lata. Les mineurs envisagent sérieusement un développement productif responsable près d’une frontière devenue particulièrement sensible en raison du pillage historique de notre Esequibo par l’empire britannique. La présence de l’Etat est très aléatoire, très faible dans ces régions. C’est un problème qui reste à résoudre. Il est par exemple lamentable de voir comment des semi-wagons remplis d’essence vénézuélienne, refusée aux mineurs, passent au Guyana pour y financer l’usurpation du territoire de l’Esequibo. C’est pourquoi, je le répète, ce sont les mineurs qui représentent une garantie de souveraineté pour la protection et la défense du territoire nationale.

Après avoir vécu cette expérience d’investigation dans les territoires de l’Orinoquia, que signifie l’Arc Minier de l’Orénoque aux yeux du scientifique que vous êtes, Andrés Antillano?

Je crois que l’Arc Minier repose sur la légitimation de la classe laborieuse des mineurs, l’intégration et la réhabilitation de cette classe composée de milliers, de centaines de milliers même de petits exploitants miniers qui, tous les jours, produisent non seulement de l’or et des diamants, mais font la patrie sur les territoires qu’ils occupent. L’Arc Minier doit concevoir un développement à orientation écologique basé sur les relations communautaires et renforcer une présence active de l’Etat, qui protège et potentialise les capacités créatrices de notre peuple.

Photos : Emilio Guzman

Traduction : Frédérique Buhl

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Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent. 

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral important pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste

Arantxa Tirado, @aran_tirado

Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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Pour le droit à être informés sur l’Arc Minier

 

Hein? Les défenseurs de la patrie agroécologique et de la parcelle productive comme style de vie prenant la défense de l’Arc Minier ? Mais ici nous ne sommes pas en train de défendre un style de vie mais le droit d’être informés des raisons pour lesquelles il y a « quelqu’un » là-bas au-dehors et ici même sur notre territoire qui s’obstine à créer la zizanie entre nous. Le thème de l’Arc Minier est un thème extrêmement sensible pour les chavistes ? Profitons-en pour les bombarder d’informations fausses ou dévoyées sur l ‘Arc Minier, et voyons comment ils vont se déchirer entre eux ! Il est aisé de voir comment cette tactique vieille comme le monde fonctionne encore.

L’extraction minière est une activité méprisable, horrible ; c’est peut-être l’activité humaine la plus immonde qu’il ait été donné au capitalisme à son apogée de produire. On rêve d’une autre humanité, dans laquelle le concept de richesse ne signifie ni accumulation, ni exploitation humaine, ni destruction de l’environnement. Mais le fait de rêver ne doit pas nous déconnecter du réel. Nous sommes à un moment de l’histoire où ce qui se meurt doit servir à financer et à lancer ce qui est en train d’émerger. Ça ne paraît pas très éthique, mais l’histoire de l’humanité l’est-elle ? Ainsi cette noble entreprise appelée en son temps « Indépendance » n’a-t-elle pas été financée par le système esclavagiste ? et ensuite par l’essor des bourgeoisies européennes émergentes ? Désolé si vous pensiez que cette glorieuse épopée a été menée par des ouvriers communistes, vraiment désolé !

Les rêves d’une humanité engagée massivement dans la production artisanale et traditionnelle d’aliments, de vêtements, de culture et d’habitat continueront à nous porter mais nous savons au fond que chacun de nous mourra sans le voir réalisé ; après nous d’autres générations viendront pour tenter de l’inscrire dans le réel et cela prendra des siècles. Mais celle qu’on appelle « génération actuelle» dépend et continuera à dépendre de l’extraction minière, que cela nous plaise ou non. Et celui qui souffre de cet état de fait au point de pester contre l’âme vénézuélienne (parce que soyons clair : l’industrie pétrolière est bien une activité minière répugnante) et bien qu’il s’exile vers la patrie idéale, ce Pays Imaginaire socialiste où le combustible fossile, le fer, le ciment et maintenant le coltran, ne sont plus des facteurs déterminants de son développement et de sa civilisation.

***

Il est probable que l’un des exercices rhétoriques -disons plutôt exercice d’humilité et de maturité- les plus difficiles à réaliser ces temps-ci est de reconnaître qu’une opinion ou une position défendue ardemment peuvent se révéler erronées. Certaines fois on se trompe par obstination, d’autres fois par désinformation ou manque d’information. Dans ce dernier cas de figure, il est plus aisé de reconnaître publiquement et solennellement : « camarades, je me suis trompé. Je demande pardon ; je vais rectifier, corriger et me forger une nouvelle opinion ». Par contre dans le premier cas, il n’y a pas grand-chose à attendre ; il y a des gens qui ont de la peine, de la rage ou tout simplement peur de dire qu’ils ne savent pas, qu’ils ignorent le sujet ou qu’ils le connaissent de manière imparfaite. C’est le type de personnes capable de se plonger dans des discussions interminables sur des sujets qu’ils ont découverts 5 minutes auparavant dans Wikipedia ; et ils en parlent tels des experts.

Sur le thème de l’Arc Minier nous nous sommes trouvés en présence des 2 types de contumace (au fait, cherchez « contumace » sur le dictionnaire de Google) évoqués plus haut. Des gens qui ont jeté en un tweet incendiaire une malédiction contre l’Arc Minier à peine avaient-ils lu les 3 premiers paragraphes sur ce sujet et qui se sont crus obligés de défendre becs et ongles ces 140 caractères simplement parce qu’ils avaient lu une citation d’Einstein, de Benedetti, ou du Che -à moins que ce ne soit de Bob Marley- qui disait à peu près ceci « Les gens qui valent ce sont ceux qui n’ont qu’une parole et qui s’y tiennent de façon inébranlable. Les autres ne sont que des personnes stupides qui ne méritent pas le titre de révolutionnaires ». Donc nous avons les réseaux sociaux et les conversations de café de commerce saturées de gens qui savent tout sur tout sur l’Arc Minier et qui ont décidé d’être une fois pour toutes pour ou contre. Mais à peine sont-ils interrompus au milieu de la conversation par une question du style « mais l’Arc Minier, c’est quoi ? » qu’ils s’enferrent dans la colère et l’invective, tout simplement parce qu’au fond ils réalisent qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent.

On devait s’attendre logiquement à ce qu’une campagne nationale et internationale de diabolisation du décret de « zone de développement stratégique national » (je parie les cendres de mon père et le cartable de mon fils que 98% des lecteurs viennent juste de réaliser que c’est ainsi que se nomme le fameux décret sur l’Arc Minier) ne se développe ; par cette attaque on cherche ainsi à criminaliser le gouvernement de Nicolas Maduro et à affaiblir les possibilités pour le Venezuela de profiter pleinement de nouvelles ressources financières. Mais ce qui rend ce moment si particulier c’est une des facettes de la campagne en cours, qui cible un secteur du chavisme, très sensible au thème de l’extractivisme et de son impact sur les écosystèmes, les populations indigènes et la souveraineté.

Par exemple, les discours récents de Valentina Quintero (la spécialiste du tourisme télévisé, NdT) et Luisa Ortega Diaz (ex-procureure générale, aujourd’hui en campagne contre la « dictature de Maduro », NdT) à ce propos sont truffés de bêtises, d’imprécisions et de mensonges éhontés ; et tout ce qui est dit par ce genre de porte-paroles du catastrophisme trouvera toujours un écho certain dans un secteur chaviste qui a décidé que l’Arc Minier est un instrument créé pour contribuer à la dégradation des cours d’eau et des populations ; ce sont des gens pourtant authentiquement chavistes et révolutionnaires, et qui pour des raisons liées à l’image de soi ou au «qu’en-dira-t-on » corrigeront difficilement leur erreurs ou n’iront même pas vérifier la véracité de l’information. L’Arc Minier de l’Orénoque est devenu le maillon faible d’une chaîne (notre nécessaire, mais si malmenée, unité) que les mafias hégémoniques ont décidé de faire céder, aidées en cela par hypersensibilité des uns, les mauvaises intentions des autres et l’ignorance de la majorité.

Ainsi la vision que les gens (de notre bord et de l’autre) ont de l’Arc Minier de l’Orénoque est à peu près la suivante (accrochez-vous bien!) :

L’Arc Minier est un territoire couvert de forêts vierges et peuplé d’indigènes qui vivent en harmonie avec la Terre-mère. Le gouvernement a vendu ce territoire à des entreprises transnationales chargées d’en extraire et d’en exporter toutes les richesses du sous-sol (or, diamants, coltan, etc…). L’extraction va impliquer la déforestation de 111 800km2 de terres, la mort des cours d’eau à coup de flots de mercure (l’Orénoque disparaîtra et laissera place à une immense flaque rouge ; précisons que le mercure est rouge comme le mercurochrome), la mise en esclavage, l’assassinat ou la mise à l’écart de plusieurs populations indigènes. Là où il y avait la paix, un vivre-ensemble harmonieux, à cause de l’Arc Minier il y aura des bandes et des mafias, de la drogue et de la prostitution, de le contamination au mercure, de la délinquance, de la drogue, la dévastation de zones naturelles, encore de la prostitution, des transnationales assassines et de la corruption. Et encore plus de prostitution et de drogue.

En résumé la propagande attribue à l’Arc Minier tous les travers que l’Arc Minier a précisément pour objectif d’éradiquer. Je peux grâce à un simple article (et je le démontre dans le paragraphe suivant) démentir tout ça et partager une vérité qu’on a voulu nous cacher ou déformer:

Il existe au nord de l’état Bolivar des territoires où ont sévi des bandes, des mafias, de la drogue et de la prostitution, de la contamination au mercure, de la délinquance, des drogues, la destruction de zones naturelles, encore de la prostitution, des transnationales criminelles et de la corruption. Et encore plus de prostitution, de drogue et de contamination par le mercure. C’est pourquoi l’État a conçu et décrété un plan, applicable à cette zone du pays appelée Zone de développement stratégique national Arc Minier de l’Orénoque. Les raisons de ce plan ? L’État vénézuélien a une dette envers la population de cette région et celle de tout le pays, qui consiste à asseoir sa souveraineté sur ce territoire et toutes ses ressources ; cela ne peut être fait de façon isolée par le gouvernorat de l’état Bolivar,  ni par l’armée, ni par l’initiative privée, ni par un ministère. L’Arc Minier est sous-tendu par la volonté ferme et déterminée de respecter les populations indigènes, de protéger les zones où il n’est pas nécessaire ni justifié de développer l’extraction minière, de développer des techniques et de méthodes moins toxiques et destructrices que l’usage traditionnel du mercure (qui au passage n’est pas rouge mais argenté), et de rendre sa dignité et son essor à l’extraction minière de petite envergure, autrement moins nocive que l’extraction minière industrielle à grande échelle. C’est un mensonge éhonté que de dire que 111 800 km2 de forêts vont être dévastés: c’est à peine 1,5% de ce territoire qui sera impacté directement, ce qui est amplement suffisant pour extraire les minerais du sous-sol. L’Arc Minier a été décrété il y a 8 mois (le 24 février précisément) ; et on voudrait qu’en à peine 8 mois on efface les désastres résultant de 200 ans d’irresponsabilité !

Mais ce simple paragraphe ne suffira pas à convaincre certaines personnes de cesser de croire ou de répéter ce que la propagande de guerre assène. Vous pouvez dire toutes les vérités que vous voulez et sur tous les tons, si votre interlocuteur répond systématiquement « ce n’est pas vrai », et vous en ressentirez de la frustration; vous avez gaspillé votre temps, votre salive et votre énergie ; et probablement perdu l’amitié de votre interlocuteur. La machiavélique propagande fasciste a concentré tous ses efforts pour convaincre les gens désinformés, sous-informés ou très sensibles, que Nicolas Maduro a décidé d’étendre l’exploitation minière dans des recoins où personne n’avait encore usé de pelle ou de pioche.

Le territoire concerné par le plan appelé Arc Minier (notez bien : l’Arc Minier n’est pas un territoire mais un plan!) est une zone dévastée, surexploitée par plusieurs transnationales qui ont détruit des milliers d’hectares de forêts, des milliers de vies humaines et de cultures, via des procédés et des techniques criminels ; la mission de l’Arc Minier est d’en finir avec tout cela ! Bien sûr qu’il y a de la criminalité dans les zones minières, de la drogue et de la prostitution aussi. Tout autant que dans certaines zones de Caracas, de Valence ou de Mérida, villes depuis lesquelles on attaque avec le plus de virulence qu’ailleurs l’Arc Minier (en ignorant dans la majorité des cas ce qu’est l’Arc Minier). Si quelqu’un à Valence s’indigne de la destruction de la nature, de la prolifération de la drogue et de la prostitution dans l’état Bolivar, qu’il s’interroge si la fondation de Valence n’est pas passée par des phases d’extermination de populations et d’espèces naturelles et s’il n’y a aucune prostituée ni aucun drogué dans ses rues…

Le plus grand allié de l’État dans la tâche de développer un extractivisme respectueux de l’environnement et soucieux de l’appropriation souveraine des ressources est bien le petit mineur artisanal ; soit dit en passant c’est grâce à lui que l’État a pu récupérer plus de 5 tonnes d’or en 6 mois ! 5 tonnes qui, s’il n’y avait pas eu l’Arc Minier, seraient parties en Colombie, au Brésil, au Guyana, dans une île des Caraïbes, aux États-Unis ou dans un quelconque pays européen. Les petits mineurs artisanaux ont été à la pointe de mouvements de rébellion qui ont permis d’enlever des mines des griffes de grandes entreprises transnationales ou de mafias  que les autorités vénézuéliennes envisagent maintenant d’expulser. A souligner le cas particulier d’une de ces émeutes (la rébellion, ou la prise de Nuevo Callao) qui a vu un groupe de mineurs, en colère suite à l’assassinat d’un des leurs, prendre possession d’une mine gérée par la Greenwich Resources, retenir en otage ses dirigeants, les obliger à signer sur un bout de papier la cession totale de l’entreprise et en assurer un total contrôle ouvrier. C’était en 1995 avant que Chavez ne mette à l’ordre du jour de la Révolution bolivarienne la notion d’expropriation; c’est dire si ces ouvriers-là de l’état Bolivar n’ont aucune leçon à recevoir de qui que ce soit quant au contrôle social des moyens de production.

Le travail à mener par l’État et les travailleurs dans le domaine de l’Arc Minier est titanesque. J’ai rappelé plus haut combien les tares plus ou moins importantes qui caractérisent l’activité minière ont pu macérer ou s’enkyster au cours de ces 200 dernières années. Au fil des générations, l’extractivisme a pu modeler une mentalité et une personnalité spécifiques pour des populations et des communautés entières, dont des communautés indigènes. Si l’on veut démonter de telles structures mentales à la hussarde et en quelques mois, un seul moyen : le génocide ! Hélas il y a toujours ceux qui croient encore que tout se résout à marche forcée, y compris l’édification du socialisme ou l’implantation obligatoire de la permaculture ! Il y a encore des gens qui pensent ainsi : « Il y a un million de personnes vivant directement ou indirectement de l’extractivisme ? Pas de problème : il suffit d’interdire l’extraction minière, d’emprisonner ou de tuer ceux qui persistent à pratiquer cette activité, de déplacer de force les milliers de gens qui en vivent, ou de les convertir en artisans, agriculteurs, journalistes, danseurs, coiffeurs , avocats ou ouvriers textiles ! Ainsi l’extractivisme se meurt, vive le socialisme ! » L’irresponsabilité a souvent des audaces que même l’ignorance n’a pas !

Nous serons encore présents et pour un bon moment, dans des zones minières de l’état Bolivar. Nous venons d’amorcer un premier parcours exploratoire ; vient maintenant le temps de l’approfondissement de ces explorations et des perspectives dévoilées. L’engagement éthique nous oblige à enquêter sur ce qui est digne d’être recherché afin d’ informer le reste du pays au plus près de la vérité, ou à tout le moins cette partie du pays qui accepte d’être informée en dépit de ses préjugés, sur la façon de vivre de ces gens dans ces zones-là, sur leurs luttes et leurs rêves…

Il y a une limite au droit d’informer et de s’informer: la préservation de la vie humaine. Comme vieux routard du journalisme que je suis, je n’ai désormais que faire des prime-times ou des coups d’éclat journalistiques et je serai d’une attention intransigeante sur toutes ces informations ou rumeurs qui pourraient léser la vie ou la réputation de gens qui ne le méritent pas. Je vois une autre limite, qui a trait à la sûreté de l’État, celle-là : si vous apprenez quelque chose et vous le révélez avant que cela ne se concrétise, vous tuez l’information dans l’œuf. Très prosaïquement cela signifie que je ne publierai pas tout ce que je sais, je ne me précipiterai pas pour le dire avant tout le monde, mais je dirai toute la vérité et rien que la vérité. Méditez tout cela et donnez-en l’interprétation que vous voulez, mais je ne serai jamais la cause du malheur de quelqu’un par l’usage d’artifices communicationnels ou par l’ambition de gagner des points d’audience avec la souffrance et les tragédies vécues par d’autres.

José Roberto Duque

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/2017/11/tras-la-noticia-y-tras-la-historia-en.html

Traduction: Jean-Claude Soubiès

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A propos de l’Arc Minier au Venezuela

L’Arc Minier au Venezuela, comme d’autres projets de sortie de la pauvreté (par exemple le canal interocéanique mis en construction par le gouvernement sandiniste du Nicaragua) sont critiqués par certaines ONG qui allèguent un « désastre écologique ». Même si on n’est jamais assez prudent, il ne faut pas sous-estimer le fait que cette vigilance existe aussi sur place et que les gouvernements progressistes sont plus soucieux que les gouvernements néo-libéraux de l’impact écologique. Par ailleurs on élude, de manière assez inhumaine, l’objectif de ces projets. Dans le cas vénézuélien, il s’agit de sortir les mineurs artisanaux du joug de mafias sans scrupules et, sur le plan national, de financer des droits fondamentaux comme la santé, l’éducation et toutes les politiques d’État dont des millions de citoyens pauvres ont un besoin vital. La prudence est donc requise, notamment vis-à-vis d’un anti-extractivisme qui s’est développé fortement sur la Toile… à partir du moment où les gouvernements progressistes en Amérique Latine ont mis fin au pillage de leurs ressources par les transnationales et les consacrent au développement social et économique de leurs peuples. (1)

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Ce jeudi 28 septembre 2017, un avion transportant 45 barres d’or a atterri à l’aéroport La Carlota en provenance de l’Etat de Bolivar. Cette cargaison permet de dépasser le chiffre de 4 tonnes d’or que contiennent déjà les coffres-forts de la Banque Centrale du Venezuela (BCV). Elle est le fruit du projet « Moteur Minier » initié par le Gouvernement national pour diversifier l’économie, la dégager du « rentisme » pétrolier ainsi que pour renforcer les réserves internationales face à la guerre économique.

« Depuis 2009, aucun dépôt permettant de dépasser ce montant  n’avait pu être effectué. Ce résultat a été obtenu grâce aux efforts conjoints du Ministère du Développement Ecologique et de plus de 25 000 petits mineurs syndiqués » explique le Ministre du Développement Minier Ecologique Victor Cano. Avec le déploiement du projet « Moteur Minier » dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque, l’extraction minière artisanale à petite échelle a fourni des cargaisons d’or apportant au pays de nouvelles sources de richesses par le biais d’une exploitation responsable, mettant fin au pillage par les mafias des guarimperos de la vaste réserve de ressources minérales  située dans le Sud de l’Etat de Bolivar. « Il est indéniable qu’une population locale a mis sur pied une activité minière depuis plus de 80 ans dans l’Arc Minier de l’Orénoque.  Nous voulons que cette activité se poursuive, mais il est temps qu’elle se fasse de manière responsable et sans nuire à l’environnement. Nous devons nous emparer des technologies et des savoir-faire qui permettront de changer la situation existant dans la région de l’Arc Minier de l’Orénoque » explique le ministre qui a appelé la population des mineurs à s’approprier les nouvelles technologies et à prendre connaissance des projets scientifiques afin de continuer à progresser vers une exploitation minière moins dommageable pour l’environnement.

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Victor Cano, le nouveau Ministre du Développement Minier Ecologique

Ces propos ont été tenus lors de la clôture des Journées Technologiques de l’Or qui se tenaient à la fin du mois de septembre à Ciudad Guyana, dans l’Etat de Bolivar. Lors de cette rencontre, plus de 3 000 techniciens, scientifiques, chercheurs et producteurs miniers ainsi que des représentants des Ministères de l’Education Universitaire, de la Science et de la Technologie et du Développement Minier Ecologique ont échangé expériences et savoir-faire. Le Ministre considère ces journées comme un pas supplémentaire dans l’élaboration d’une pratique minière en accord avec la nature et les droits des populations indigènes, ainsi qu’avec  les revendications économiques et sociales des mineurs et la reconnaissance de leur métier.

« L’idée est que notre activité minière nuise le moins possible à l’écosystème. Nous devons faire appel à la conscience de nos amis mineurs et nous adapter aux nouvelles technologies afin de parvenir à ce que cette activité ait le moins d’impact négatif possible sur l’environnement. Nous avons aussi pris des mesures pour rendre sa dignité au métier de mineur. Au Venezuela, l’être humain et la nature ont priorité sur l’exploitation de l’or et le mineur, sa famille et l’environnement passent en premier » explique le Ministre, qui insiste sur le fait que le gouvernement national et le pouvoir populaire des mineurs discutent, dans les assemblées permanentes,  des options possibles de substitution du mercure pour le traitement de l’or dans l’Arc Minier de l’Orénoque (AMO). Cano rappelle que si depuis des années les petits exploitants miniers ont utilisé le mercure dans le traitement de l’or, c’est parce que cette méthode faisait partie d’un héritage d’exploitation et d’abus laissé par les transnationales qui opéraient dans la zone avec le soutien des gouvernements néolibéraux du « Puntofijismo » (coalition social-démocrate et social-chrétienne qui a gouverné le Venezuela durant 40 ans, de 1958 à 1998).

Jusqu’à ce jour, quelques villes minières du sud de l’Etat de Bolivar ont perçu des financements de la banque publique pour construire des usines de cyanuration, procédé consistant à faire évaporer rapidement le composant toxique utilisé dans l’extraction de l’or. Il attire également l’attention sur le financement que l’Etat affecte au développement de projets scientifiques et technologiques destinés à une exploitation optimale et responsable des richesses minérales du pays. Ces journées tendaient justement à  évaluer les solutions de remplacement proposées par des chercheurs vénézuéliens dans les domaines scientifique et technologique, afin de concevoir de nouvelles méthodes de traitement de l’or.

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L’initiative de l’Arc Minier a été lancée par le Président Hugo Chavez en 2011 dans le but de diversifier l’économie vénézuélienne et de briser sa dépendance historique au pétrole. Ainsi fut créée la Zone de Développement Stratégique National Arc Minier de l’Orénoque, qui s’étend sur une surface de 111  846,86 km2 occupant en grande partie le nord de l’Etat de Bolivar, et en moindre proportion le nord-est de l’Etat d’Amazonas et une partie de l’Etat de Delta Amacuro. Cette zone contient 7 000 tonnes de réserves d’or, de cuivre, de diamant, de Coltan, de fer, de bauxite et d’autres minéraux cruciaux pour l’industrie électronique et d’armement.

Cette stratégie de développement national est mal vue par les États-Unis : ce n’est un secret pour personne qu’une partie du financement du Département d’Etat des États-Unis est investi dans l’industrie médiatique afin de créer « des médias indépendants, libres et professionnels en plus grand nombre ». Ce financement est important (plus d’1 million 300.000 dollars). Les médias tels que « Efecto Cocuyo » et « OCCRP » (sigle en anglais pour « Projet d’Enquête sur les Délits Organisés et la Corruption) évoquent les « promesses non tenues » du gouvernement de Nicolas Maduro par rapport à l’Arc Minier. Cette opération est financée par le magnat Georges SOROS, Google, le « National Endowment for Democracy » (NED), l’USAID par le biais du Centre International de Journalistes (ICFJ), le Département d’Etat des États-Unis et la Confédération Suisse, ces deux derniers pays ayant été les principaux acquéreurs d’or du Venezuela entre 2010 et 2015.

Recyclage de la bannière de la corruption

Les Etats-Unis et ses corporations qui engendrent le chaos écrivent en gros titres, comme s’ils n’y participaient pas : »L’or et le chaos dans l’Orénoque » (en anglais) et « Arc Minier de l’Orénoque : criminalité, corruption et cyanure », ces articles servant d’alibi pour  poursuivre la narrative d’ingouvernabilité susceptible de justifier une intervention militaire tout en étayant leur propagande sur le journalisme d’investigation et en recyclant le thème de la corruption dans le cortège des matrices médiatiques destinées à alimenter le dossier « Etat en faillite ».

L’or échappe à tout contrôle

Selon les déclarations du vice-président du Conseil Législatif de l’Etat de Bolivar, Aldrin Torres, l’usage de la violence armée et l’appui de bandes armées ont commencé en 2011, juste après la révocation par le Président Chavez des concessions de quelques entreprises transnationales. Des affrontements entre les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et des mafias minières, qui ont emprunté le visage de « syndicat » pour exercer leur contrôle sur l’extraction d’or et d’autres métaux précieux, ont été enregistrés cette année-là. Mais le scénario vénézuélien est loin de ressembler à la situation lamentable de certaines nations africaines, car l’Etat y combat les bandes paramilitaires. Cependant, une partie de l’économie aurifère reste partiellement hors du contrôle souverain de l’Etat vénézuélien, ce qui génère un trafic illégal d’or et représente donc une perte de ressources pour la nation.

Le Venezuela détient la principale réserve d’or du continent. En ce qui concerne la législation réformée en 2011, les médias ont tendancieusement utilisé la matrice de la nationalisation lorsqu’ont été établies des entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat vénézuélien devait avoir une participation actionnaire majoritaire. La violence devint le mécanisme auquel les entreprises concessionnaires évincées ont eu recours pour tenter de maintenir leur contrôle sur la commercialisation des minéraux, car bien que ne les extrayant plus, elles se chargeaient toujours de leur vente liée au marché mondial.

Quelques dates

Selon l’Observatoire de la Complexité économique de l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT), le Venezuela a exporté 1 milliard 770 millions de dollars-or entre 2010 et 2015, dont 900 en Suisse en 2015, les Etats-Unis apparaissant comme acquéreur les années précédentes.

Curaçao, dont les côtes sont situées face au Venezuela, a exporté 2 milliards 300 millions de dollars-or  dans le même laps de temps. 539 millions (plus de la moitié de ce qui a été exporté par le Venezuela) ont été exportés en Suisse en 2015 (67%) et aux Etats-Unis (33%), ce qui représente 33% des recettes d’exportation de ce pays pour cette année-là.

Curaçao déclare avoir importé 2,28 millions de dollars-or (la millième partie de ses exportations). Ce qui nous pousse à nous demander d’où sort le restant d’or exporté par Curaçao et d’où provient l’intérêt commercial de la Suisse et des Etats-Unis à payer des journalistes pour qu’ils présentent une version  de sang et de chaos à l’intérieur de la zone minière.

Ordre ou chaos ?

Ce n’est pas la première fois que le Venezuela tente de mettre de l’ordre dans son modèle  extractif, comme ce fut le cas pour la Frange Pétrolifère de l’Orénoque (FPO), zone riche en pétrole lourd et extra-lourd située au nord du fleuve Orénoque et de l’Arc Minier. Avec l’aménagement de zones d’extraction sur le territoire des Etats de Guárico, Anzoátegui et Monagas, la participation de plus de 20 entreprises mixtes de différents pays et la mise en œuvre du plan de certification « Proyecto Magna Reserva », a été calculé le meilleur mode d’organisation possible pour une région dont le sous-sol contient les réserves de pétrole les plus importantes du monde : 296 milliards 500 millions de barils (avec un facteur de reconstitution de 20%).

Les évènements violents liés à l’activité pétrolière sont peu nombreux et l’intention de Chavez était d’appliquer le même mode d’extraction méthodique au sud de l’Orénoque. Si malgré toute la vision politique et souveraine adoptée par la FPO, des structures mafieuses constituées de hauts fonctionnaires du Ministère Public, d’importants gérants d’entreprises pétrolières et des entreprises de tous bords ont pu apparaître comme dispositifs de sabotage de l’industrie pétrolière, ce qui peut se produire dans la zone du Bouclier Guyanais est bien pire : une activité minière illégale s’y maintient et des bandes criminelles y sont présentes, ainsi que des agent de la MUD (Mesa de la Unidad Democratica) comme Americo de Grazia, à qui la journaliste de droite Patricia Poleo en personne dit être intéressée à ce que la « situation actuelle » d’exploitation minière illégale y perdure.

Par ailleurs, une donnée géopolitique est devenue incontournable : les achats massifs d’or par la Russie et la Chine au cours des dernières années vont de pair avec l’édification d’une architecture financière mondiale basée sur des monnaies autres que le dollar et rivées à l’étalon-or qui les soutient comme réserve de valeur et d’échange. Ce qui représente une atteinte au règne du pétrodollar qui a soutenu les Etats-Unis en tant que principale économie mondiale basée sur l’émission de billets verts devant influer sur le commerce pétrolier et d’autres matières premières au niveau mondial.

Le fait que le Venezuela détient la plus importante réserve d’or de la région représente non seulement pour le pays une source de devises non liées au pétrole sur le moyen terme et est nécessaire pour la stabilisation de l’économie nationale face aux sanctions a américaines, mais devient aussi un actif sensible pour retarder ou accélérer, selon l’angle géopolitique où l’on se place, le processus de dédollarisation mondial qui menace l’hégémonie de Washington. C’est ce qu’il faut lire entre les lignes de la propagande contre l’Arc Minier de l’Orénoque.

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Note:

(1) Sur ce thème on peut lire l’enquête de terrain de Marco Teruggi, « L’or en temps de guerre », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/27/lor-en-temps-de-guerre/

Source : Eder Peña, article publié dans http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/al-fondo-del-arco-minero-del-orinoco-los-que-financian-el-caos-y-la et données disponibles sur le site du Ministère du Développement Écologique Minier : http://desarrollominero.gob.ve/

Traduction : Frédérique Buhl

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