La politique des États-Unis à l’égard du Venezuela n’a jamais consisté à « promouvoir la démocratie » (Steve Ellner, The Progressive Magazine).

Photo: Juan Guaidó aux côtés de l’ex-président Donald Trump à la Maison Blanche.

L’an dernier, Elliott Abrams, alors représentant spécial, a déclaré que l’administration Trump « travaillait dur » pour évincer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Aujourd’hui, M. Abrams (actuellement chargé de mission au Council on Foreign Relations), ainsi que l’administration Biden, exhortent l’opposition vénézuélienne à participer aux prochaines élections locales et régionales de novembre.

Le récent rétropédalage de Washington ne signifie toutefois pas qu’il a renoncé à intervenir dans les affaires intérieures du Venezuela.

Sans surprise, Washington a fait pression sur l’opposition de droite vénézuélienne – dirigée par le président autoproclamé Juan Guaidó et le chef de l’opposition Leopoldo López – pour qu’elle abandonne sa politique de trois ans de boycott des élections, qu’elle prétend truquées. La participation électorale est une pilule difficile à avaler pour les deux politiciens car elle brise l’illusion, entretenue par beaucoup à Washington, que Guaidó est le président légitime et qu’il n’est qu’à quelques jours ou semaines d’occuper le palais présidentiel.

Le rejet de la légitimité de Maduro remonte à début 2015, lorsque l’administration Obama a déclaré que le Venezuela constituait « une menace pour la sécurité nationale des États-Unis » (sic). Cette déclaration a préparé le terrain pour les sanctions sévères de Trump, conçues pour intimider les entreprises internationales afin qu’elles rompent leurs relations avec le Venezuela. Francisco Rodríguez, économiste ultra-libéral vénézuélien, anciennement à la Bank of America et principal conseiller de la droite, a extrapolé que sans les sanctions, la production de pétrole dans la région à haut rendement de l’Orénoque aurait été trois à cinq fois plus importante cette année.

Lors des élections de novembre, le parti de droite Voluntad Popular, fondé par López, présentera des candidats sous la bannière d’une alliance entre les principaux partis d’opposition du pays. De nombreux petits partis modérés présentent également des candidats qui ont critiqué les sanctions et qui, contrairement à Voluntad Popular et à ses alliés, reconnaissent la légitimité de Maduro. La fragmentation de l’opposition augmente la possibilité que le Parti socialiste unifié de Maduro obtienne une majorité dans les urnes.

Un sondage récent d’une firme privée a évalué la popularité du parti chaviste à 34 %, contre 13 % pour Voluntad Popular et le reste de la droite réunis. (Le sondeur de droite Luis Vicente León, lui, affirme que le parti chaviste est à 20 ou 25 %). Malgré l’avance du parti chaviste, le « phénomène Nicaragua » (les Nicaraguayens ont voté pour le départ des Sandinistes en 1990 par peur de la violence et des sanctions économiques encouragées par les États-Unis) pourra-t-il profiter à l’opposition ?

Pratiquement rien n’a changé depuis que le président Joe Biden a pris ses fonctions en 2020, a récemment rappelé Maduro. « Il n’y a pas eu un seul signe positif », a déploré Maduro, même s’il est au courant qu’au moins certains fonctionnaires du département d’État « sont d’accord avec un dialogue politique entre les Vénézuéliens. »

Néanmoins, la politique de Biden semble s’écarter de la stratégie de Trump consistant à inciter à un coup d’État militaire et à menacer d’une intervention militaire. Malgré cette approche, le Panam Post a noté que l’administration Biden a généralement minimisé l’importance du Venezuela et « tourné son regard vers le Nicaragua », où les perspectives de changement de régime sont plus intéressantes.

Le véritable changement de politique en 2021 a consisté à pousser Maduro à tenir compte des intérêts économiques et politiques des États-Unis, par opposition à un changement de régime. Quelques jours après les élections américaines de 2020, Abrams a recommandé à Biden de ne plus utiliser les sanctions comme stratégie de changement de régime contre le Venezuela. Au lieu de cela, la nouvelle approche propose de modifier ou de lever les sanctions en échange de concessions de Maduro.

Maduro, dans une interview accordée à Bloomberg, a indiqué qu’il savait comment jouer le jeu. « Les détenteurs d’obligations savent qu’il est possible d’investir au Venezuela », a-t-il déclaré,  » pour autant que toute cette persécution et ces sanctions cessent. »

En réponse, le journaliste de Bloomberg Erik Schatzker a demandé : « Lorsque les négociations commenceront, si elles commencent, chercherez-vous un accord tout ou rien, ou accepterez-vous un processus graduel ? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller avec cette réouverture [économique] ? ».

L’approche par effet de levier de Washington révèle que la politique à l’égard du Venezuela n’a jamais vraiment porté sur la « démocratie ». Exercer des pressions pour obtenir des concessions en faveur des intérêts des entreprises américaines n’équivaut guère à la promotion des idéaux démocratiques.

Carlos Ron, vice-ministre vénézuélien des affaires étrangères pour l’Amérique du Nord, déclare à Progressive qu’en dépit de sa posture, Washington « ne s’est jamais vraiment préoccupé de la démocratie vénézuélienne et a tenté de saper et d’écarter tous les processus électoraux depuis le président Chavez ».

Soucieux de voir Biden lever les sanctions, Maduro fait des concessions en faveur du parti Voluntad Popular. En juillet, Maduro a libéré de prison le putschiste d’extrême droite Freddy Guevara, du parti Voluntad Popular, accusé pour l’organisation de violences. Il n’est pas surprenant que ce soit Guaidó qui ait nommé l’équipe de négociation de l’opposition pour les pourparlers, qui se déroulent avec le gouvernement vénézuélien au Mexique.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Ned Price, a annoncé que Washington « allègera les sanctions » s’il y a des « progrès significatifs » dans les négociations entre Maduro et l’opposition. De même, Abrams suggère l’éventualité d’un « assouplissement des sanctions ou d’un accord permettant d’utiliser des fonds vénézuéliens, gelés par les banques occidentales, pour acheter des médicaments et pour des objectifs connexes », en fonction des concessions que Maduro est prêt à accorder.

Tout comme dans le cas de l’approche de marchandage de l’administration pour obtenir des concessions économiques, sa stratégie fragmentaire sur le front politique favorisant les dirigeants de droite, il est difficile de faire valoir que la démocratie est, ou a toujours été, le but final de Washington en ce qui concerne le Venezuela.

La rhétorique binaire de Washington, qui oppose les bons aux méchants, convaincrait n’importe qui que le choix en novembre sera entre Maduro et Guaidó. Fidèle à la devise de Washington, « notre homme à Caracas », Guaidó est supposé être le principal porte-parole de l’opposition, tandis que Voluntad Popular est supposée être le plus grand parti de la droite.

Cette vision est démentie par l’impopularité de Guaidó au Venezuela et le fait que Voluntad Popular est un parti relativement petit, situé à la frange radicale de la droite. En fait, le traitement privilégié accordé à Guaidó et à son parti par Washington a nui à l’opposition dans son ensemble, étant donné que d’autres partis et leaders anti-révolutionnaires jouissent d’un peu plus de crédibilité au Venezuela.

La rivalité qui existe entre Voluntad Popular et ses plus proches alliés de droite et d’extrême droite à l’approche des élections du 21 novembre n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au 6 septembre, 70.244 candidats – dont la majorité sont anti-gouvernementaux – étaient en lice pour 3.082 postes. Alors que les quatre plus grands partis, y compris Voluntad Popular populaire, sont unis dans une alliance électorale, d’autres groupes leur reprochent leurs tentatives ratées de changement de régime sous l’égide de Washington.

Luis Vicente León, sondeur de droite, prédit un taux d’abstention de 50 à 60 %, malgré l’attention nationale et internationale que ces élections ont suscitée. Selon León, le problème de l’opposition est son extrême fragmentation et le fait que, dans certains cas, elle présente « des candidats qui ne sont pas présentables, qui arrivent sur la scène à la suite d’un accord politique. »

Les sanctions des États-Unis ont fait des ravages sur l’économie et le peuple vénézuéliens. Comment pourrait-il en être autrement alors que, depuis un siècle, le Venezuela est totalement dépendant de l’exportation de pétrole qui est maintenant bloquée par des sanctions contre toute entreprise du monde entier qui ose acheter ce produit.

Sur le plan politique, la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela a également eu un effet dévastateur : elle exacerbe la polarisation aux dépens d’un terrain d’entente constitué des modérés de l’opposition ainsi que des critiques de Maduro sur la gauche. Les modérés, par opposition à la volonté populaire, sont plus en phase avec les préoccupations des Vénézuéliens ; ils s’opposent aux sanctions et préfèrent se concentrer sur les solutions aux problèmes économiques concrets plutôt que sur un changement de régime.

Le grand dilemme de la droite sera de faire voter en novembre. Le taux d’abstention prévu de 50 % en novembre reflète le rejet généralisé de l’ensemble de la classe politique par les électeurs. En effet, la moitié du pays reproche au gouvernement d’être responsable des problèmes économiques urgents de la nation et à l’opposition d’être tombée dans le piège du programme de changement de régime de Washington.

Au cours des trois dernières années, les principaux partis de l’opposition se sont attribués le mérite du fort taux d’abstention aux élections vénézuéliennes, affirmant que ceux qui n’avaient pas voté étaient une « majorité silencieuse » qui sympathisait avec leur cause. Maintenant que ces mêmes partis ont opté pour la participation électorale, le taux d’abstention élevé attendu pour les élections de novembre est une indication claire de la surestimation de leur soutien populaire.

Si c’est effectivement le cas, l’échec de la droite vénézuélienne à obtenir une majorité importante parmi les électeurs éligibles démontrera la folie de la reconnaissance continue par Washington de Juan Guaidó comme le « président » du Venezuela.

L’auteur : Professeur retraité de la Universidad De Oriente (Venezuela), Steve Ellner a été professeur invité à l’Universidad Central de Venezuela (1994-2001), au St. John Fisher College de Rochester, NY (2001), à Georgetown University (2004), à Duke University (2005), à l’Universidad de Buenos Aires (2010), à l’Australian National University (2013) et à Tulane University (2015), a enseigné à la School of International and Public Affairs de Columbia University (2011) et à Johns Hopkins University (2012). Outre son appartenance au collectif des éditeurs coordinateurs de Latin American Perspectives, Ellner fait partie du comité consultatif de Science and Society. Son dernier livre est Latin American Extractivism : Dependency, Resource Nationalism, and Resistance in Broad Perspective (Rowman and Littlefield, 2021).

Source : https://progressive.org/latest/us-policy-venezuela-never-about-democracy-ellner-211027/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/01/la-politique-des-etats-unis-a-legard-du-venezuela-na-jamais-consiste-a-promouvoir-la-democratie-steve-ellner-the-progressive-magazine/

Le Venezuela n’est pas en faillite, par Luis Britto García

Après avoir racheté les parts de Total et Equinor, le gouvernement bolivarien du Venezuela place l’entreprise Petrocedeno à 100% sous contrôle public et renforce sa politique de nationalisation pétrolière au service du développement social et économique. Les exportations pétrolières remontent lentement, notamment en direction de la zone asiatique.

« Blinken, puis Harris, maintenant Sullivan… les premiers voyages états-uniens de haut niveau en 2021 ont eu lieu en Amérique latine. L’empire se concentre sur le continent, devenu front de bataille existentiel entre son « America is Back » et le « One Belt, One Road » de la Chine » explique William Serafino, historien et politologue vénézuélien qui ajoute : « Après la Guerre d’Indépendance et la construction d’une République souveraine au XIXe siècle, la résistance socialement organisée contre le blocus et l’agression des USA de ces dernières années est l’œuvre collective et historique la plus importante du peuple vénézuélien. »

Occasion d’écouter aussi l’écrivain et historien vénézuélien Britto Garcia.

En 1919, le jeune José Rafael Pocaterra, emprisonné dans un cachot de la Rotonde pour s’être opposé à la dictature de Juan Vicente Gómez, écrivit deux ouvrages, avec des moignons de crayon, qui sont fondamentaux pour comprendre le Venezuela : Mémoires d’un Vénézuélien en décadence, et le roman prémonitoire La maison de la famille Abila. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille possédant de vastes domaines. Les héritiers sont des ahuris, des dépensiers ou des fous, qui laissent la gestion du domaine à un gendre, qui le charge de dettes fictives et d’importations fantômes. Un incendie se déclare dans une hacienda, et le gendre convoque un conseil de famille : « Nous sommes ruinés ! Nous devons tout liquider ! Nous devons nous rendre sans condition aux créanciers ! En secret ! Et sans y penser ! Bien sûr, nous ferons un grand spectacle pour le dissimuler« . Seul le plus jeune frère, Juan de Abila, a pu penser à objecter que l’incendie de quelques palissades de canne ne pouvait pas anéantir une fortune comme celle de la famille. Les proches l’insultent ; le gendre profiteur, l’administrateur, transfère tous les biens à sa succession individuelle pour une bouchée de pain, et c’est à Juancito de lutter contre la ruine dans un lointain troupeau ravagé par la peste équine, dans les marécages duquel jaillit… une mare d’huile noire.

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87% de la consommation énergétique mondiale est couverte par les hydrocarbures. Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole, avec 302,81 milliards de barils, soit 25% du total. Il est suivi en ordre décroissant par l’Arabie saoudite, le Canada, l’Iran, l’Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Russie, la Libye, le Nigeria, le Kazakhstan, et les États-Unis à une mélancolique 12e place, avec 36,52 milliards de barils, soit un peu plus d’un dixième des réserves du Venezuela, ce qui est insuffisant pour le plus grand consommateur d’énergie fossile au monde. L’OPEP estimait qu’en 2014, il y aurait 1,65 trillion de barils de pétrole sur la planète : si la production de 83 millions de barils par jour était maintenue, il resterait à peine assez de pétrole pour 54 ans. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_proven_oil_reserves). Les hydrocarbures états-uniens seront épuisés dans une ou deux décennies ; déjà, les coûts de production de la fracturation atteignent plus de quatre-vingts dollars par baril ; pour rester une puissance industrielle, les USA dépendent de notre sous-sol. Celui qui contrôle nos réserves dominera le monde. C’est à nous de décider si ce sera le Venezuela ou le capital transnational auquel nous les cédons.

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Jusqu’à présent, les États-Unis ont obtenu les hydrocarbures vitaux en forçant les producteurs à les vendre en échange d’un papier vert sans support : le fameux pétrodollar. La Chine, première puissance mondiale, se prépare à le remplacer par une monnaie adossée à l’or. À cet égard, nous citons à nouveau Víctor Cano, ministre du Développement minier écologique en 2018, qui a déclaré :  » Dans la seule zone 4 de l’Arc minier de l’Orénoque, nous estimons qu’il y a 8 000 tonnes d’or présumé. Nous avons certifié 2 300 tonnes sur ces 8 000 tonnes. Cela ferait de nous la deuxième plus grande réserve d’or au monde, mais nous pourrions être les premiers ». (https://www.conelmazodando.com.ve/venezuela-podria-tener-la-reserva-de-oro-mas-grande-del-planeta)
C’est à nous de décider si la future monnaie mondiale dépend de notre or, ou si nous le cédons en échange de l’espoir de recevoir un quelconque papier vert sans garantie.

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Abrégeons le catalogue de nos ressources, en commençant par l’énergie hydroélectrique en Guyane, puis l’eau douce, le fer, l’aluminium, le coltan, le cuivre, le thorium, la biodiversité et la faune marine. Passons au plus grand de tous, la splendide main-d’œuvre de 14.167.281 personnes, soit presque la moitié de la population, dont 6.274.817 sont des travailleurs intellectuels et 2.267.003, soit presque un cinquième, se qualifient comme professionnels, techniciens et travailleurs assimilés. Ils sont la source du travail, la source de toute valeur et richesse. C’est à nous d’utiliser leurs pouvoirs créateurs pour développer le pays, ou de les enterrer dans des zones spéciales où ne s’appliqueront ni les lois ni les tribunaux vénézuéliens, ni les droits du travail ni les droits syndicaux, exploités par des transnationales qui s’empareront de nos ressources sans payer d’impôts.

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Le Venezuela n’est pas en faillite : ce sont les puissances qui sont en faillite, elles qui ne peuvent pas survivre sans nos ressources, ni nous les enlever par la force brute, car cela déclencherait un conflit mondial aux conséquences incalculables. Si les bombes ne pleuvent pas sur notre pays, c’est en raison d’un équilibre tendu des menaces entre blocs géopolitiques où se joue l’hégémonie mondiale. Avec une maladresse brutale, le bloc dirigé par les États-Unis, au lieu de parvenir à un accord raisonnable, judicieux et équitable avec le Venezuela, a choisi une politique de confrontation qui ne peut que creuser les distances et les conflits sans solution possible par la force directe, obligeant notre pays à renforcer ses liens avec des blocs concurrents.

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Ainsi, les États-Unis ont fait bouger leurs alliances internationales en vain, n’obtenant ni l’isolement diplomatique du Venezuela, ni son expulsion des Nations unies, ni une action décisive ou une condamnation de la communauté internationale à son encontre. Ils ont parrainé un gouvernement fantoche, sans autre résultat qu’une succession de larcins et de détournements de fonds qui ont discrédité à la fois les commanditaires et les parrainés. Ils ont poussé leurs alliés militaires à soutenir des attaques ratées, des infiltrations désordonnées, des violences, des invasions farfelues – des politiques qui n’ont pas réussi, et qui ne semblent pas devoir s’intensifier, étant donné la situation interne délicate de la Colombie, dont le gouvernement lutte pour sa propre survie.

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Le blocus et les embargos sur les avoirs vénézuéliens à l’étranger ne sont rien d’autre qu’un aveu flagrant de l’échec de toutes les politiques d’agression directe et, comme elles, obligent le Venezuela à se rapprocher toujours plus du groupe dirigé par la Chine, à accroître ses relations commerciales et sa dette publique avec elle. La richesse du Venezuela est suffisante et excédentaire pour plus que rembourser toute dette sans nous livrer à qui que ce soit. La seule certitude est que plus les mesures coercitives du pouvoir du Nord dureront, plus nous nous en éloignerons. Dans cette confrontation, il nous appartient d’être fidèles à un équilibre que nous avons tous le pouvoir de faire pencher en notre faveur.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/venezuela-no-esta-en-quiebra-luis-britto-garcia/

Traduction : Thierry Deronne

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Le Président Maduro présente la « Loi Anti-blocus » à l’Assemblée Constituante

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a présenté ce mardi à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) le projet de loi constitutionnelle anti-blocus pour le développement national et pour la garantie des droits du peuple vénézuélien, compte tenu des menaces d’intervention militaire et de l’intensification du blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. L’activité s’est déroulée au Palais législatif fédéral, en présence des cabinets exécutif et ministériel, ainsi que d’une partie du corps diplomatique résidant au Venezuela.

Ce projet de loi permettra de « doter l’État vénézuélien des outils institutionnels, juridiques et de gestion pour faire face et surmonter l’agression la plus perverse, la plus répandue et la plus brutale que notre Patrie ait subie en 200 ans de vie républicaine. Le président a demandé que ce projet de loi soit débattu par le peuple vénézuélien afin de « partager l’information, de le sensibiliser, mais aussi de renforcer l’avenir et d’expliquer beaucoup de choses qui avaient dû être tues« .

Maduro a souligné que le blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis fait partie d’une doctrine de la nation américaine visant à générer un changement de régime dans le pays, et en installer un qui réponde à ses intérêts.

Il a cité des déclarations officielles du Département d’État états-unien : « La campagne de pression contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées ont contraint le Venezuela à faire défaut et nous assistons à un effondrement économique total dans ce pays. Ainsi, notre politique fonctionne. Notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. » Maduro a rappelé que cette citation « est l’aveu d’un crime international, d’un acte de sauvagerie économique visant à détruire un peuple, l’aveu d’un crime contre l’humanité. »

Il a expliqué les étapes successives des « sanctions » (mesures coercitives unilatérales):

  • Persécution financière pour étouffer le pays économiquement
  • Opérations politico-juridiques dans les tribunaux étrangers afin de déposséder le pays de ses avoirs
  • Embargo économique sur le pétrole et les produits vénézuéliens
  • Sabotage interne, pour provoquer la destruction des équipements et appareil industriel de la PDVSA, la compagnie publique du pétrole.

Maduro a indiqué que les mesures appliquées contre le Venezuela pendant la période de six ans entre 2014 et 2019, ont provoqué une baisse de 99% des recettes en devises. « Pour chaque 100 dollars ou euros que le pays obtenait de la vente du pétrole en 2014, il obtient aujourd’hui moins d’un dollar. Nous sommes passés de 56 milliards de dollars à moins de 400 millions de dollars sur 2019″.

Maduro a donné des chiffres : En 6 ans, le pays a perdu 99% de ses revenus pétroliers à cause du blocus

Le président vénézuélien a souligné que grâce au système des missions et des grandes missions sociales et à la conscience et à la résistance du peuple vénézuélien, les conséquences du blocus ont été surmontées. Il a également déclaré que la chute des revenus externes a été exacerbée en 2015, avec le « vol » de la société Citgo aux États-Unis.

Il a confirmé l’acte de piraterie contre des navires en provenance du Libéria, qui apportaient 3 millions de barils d’essence au Venezuela, illégalement expropriés par le gouvernement de Donald Trump et dont la marchandise a été mise aux enchères sur le marché étranger, alors qu’elle avait été payée par le Venezuela. Toutefois, il a indiqué que de bonnes nouvelles pour le Venezuela seront annoncées ce mercredi.

Nicolas Maduro a demandé de ne pas se faire d’illusions au sujet des élections états-uniennes. « Nous devons nous lever et être prêts à tout pour défendre le Venezuela contre l’empire états-unien. Si Trump gagne, nous l’affronterons et le vaincrons ! Et si Biden gagne, aussi ! » Le président a indiqué que, si l’un d’entre eux souhaite revoir la politique menée à l’encontre du Venezuela et veut engager des relations respectueuses avec ce pays, il est disposé à le recevoir à bras ouverts à renouer le dialogue. « Mais qu’ils sachent qu’ici ils trouveront des hommes et des femmes dignes« .

Qu’est-ce que la loi anti-blocus ?

Il s’agit d’une réponse de l’État dans son ensemble, qui, à travers un cadre juridique spécial et temporaire, « permettra à l’État, par une gestion efficace, de protéger nos actifs internes et externes contre la menace de confiscation, de vol et de pillage par des gouvernements étrangers et des entreprises alignées sur le blocus« .

Loi anti-blocage au Venezuela : Maduro explique en 6 minutes les mesures qui seront mises en œuvre:

La loi vise à renforcer l’administration publique et à améliorer les revenus de la nation. Elle créera des incitations pour stimuler l’activité économique interne et des partenariats productifs externes qui favorisent le développement national. Maduro propose de conclure des alliances avec des secteurs productifs et des entreprises à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, afin de développer des secteurs économiques et des entreprises dans des domaines stratégiques, tels que les hydrocarbures, l’agriculture, les services, etc. Le revenu national sera amélioré en assouplissant la participation de l’État dans les coentreprises, ainsi qu’en gérant les actifs et les passifs de l’État afin d’accroître le revenu de la nation.

Des incitations fiscales et de travail seront créées et la stabilité juridique sera renforcée pour le développement des secteurs et des zones de production, et l’utilisation du pétrole et d’autres crypto-monnaies dans le commerce intérieur et extérieur sera améliorée, et toutes les crypto-monnaies du monde pourront être utilisées pour le commerce intérieur et extérieur.

La loi réaffirmera le décret d’interdiction de licenciement pour tou(te)s les travailleur(se)s et la pleine jouissance des droits sociaux. Les nouveaux revenus obtenus dans le pays serviront à renforcer le revenu réel des travailleurs, et les politiques de récupération progressive du salaire, à renforcer le réseau et les politiques de protection sociale de l’État et ses priorités telles que l’alimentation et la santé.

Les revenus extraordinaires générés par les partenariats productifs seront obligatoirement investis dans des programmes tels que le Comité Local d’approvisionnement et de Production (CLAP), la protection des enfants, des adolescents, des mères, de tous les secteurs vulnérables, l’amélioration des services publics, l’eau, l’électricité, le gaz, les télécommunications, les transports, entre autres. Cette loi et ses mécanismes resteront en vigueur exceptionnellement tant que le blocus durera ou jusqu’à ce que les effets des sanctions et des menaces sur l’économie cessent.

Le président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Diosdado Cabello, a affirmé que « le projet de loi anti-blocage est une alternative pour le peuple pour faire face aux agressions impériales, raison pour laquelle le pouvoir plénipotentiaire s’est déclaré en état d’urgence réglementaire pour la révision, la diffusion et l’approbation de ce projet dans les plus brefs délais. Ce projet de loi contient tout ce qui est nécessaire, non seulement pour faire face à ce dernier trimestre, mais aussi aux années à venir. Dès aujourd’hui une Commission mixte sera formée, composée de la Commission de l’économie, de la Commission constitutionnelle, de la Commission de la participation citoyenne, de la Commission des travailleurs et de la Commission de la sécurité et de la défense, pour approuver cette loi dans les prochains jours »

Texte : AVN et Alba Ciudad

Traduction : Thierry Deronne

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La Grande Interview : Rafael Correa converse avec Nicolás Maduro (RT France)

Pour cette édition exceptionnelle de « Conversation avec Correa« , l’ex-président équatorien voyage à Caracas afin d’évoquer avec le président Nicolás Maduro les mythes et les réalités du Venezuela actuel. Les deux chefs d’Etat abordent la question de l’intensification de la manipulation des médias qui va de pair avec l’accroissement des sanctions états-uniennes, la place de l’individu dans l’Histoire ainsi que les récents développements politiques de la révolution bolivarienne.

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Le sucre vénézuélien et une politique stratégique à la frontière avec la Colombie

Une sucrerie emblématique du Venezuela a rouvert ses portes dans l’un des points les plus critiques de la frontière colombienne. À l’intérieur, 300 employés travaillent, dont un tiers sont des prisonniers. Spoutnik était présent lors de l’inauguration et raconte l’histoire d’un territoire marqué par la contrebande et le paramilitarisme. 

« Ce sont les actions qui constituent la patrie« , a déclaré Iris Varela, ministre du Pouvoir populaire du Service pénitentiaire. On entend le sifflet – qui ressemble à celui d’un bateau qui est prêt à naviguer – qui indique que la sucrerie a rouvert ses portes après deux ans d’arrêt. On voit les casques des travailleurs, les bleus de travail, des personnes privées de liberté – en jaune de bas en haut -, l’enthousiasme et les drapeaux tricolores du Venezuela.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Centrale sucrière à Azureña, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Il s’agit désormais de l’Azureña, le sucre raffiné produit à Ureña, dans l’État de Táchira, à moins de 500 mètres de la Colombie et de la ville de Cúcuta. Un site qui, il y a quelques mois, était l’épicentre de l’actualité internationale : c’est un pont par lequel, le 23 février, une entrée en force a été tentée sur le territoire vénézuélien  . Ce jour-là aurait dû être celui qui ouvrirait la voie à l’éviction du président vénézuélien Nicolás Maduro.

La décision de remettre en marche la centrale sucrière a été prise l’an dernier. C’est un site emblématique pour le peuple : ouverte en 1954, l’usine est passée des mains de l’Etat à celles du privé, puis de nouveau à celles de l’Etat, jusqu’à ce qu’elle commence à péricliter pour finalement fermer ses portes.

« L’État s’est dégagé en la confiant au secteur privé, ce qui a entraîné une baisse de la production. Il a ensuite voulu la rescaper, mais elle avait subi des dommages importants sans qu’il y ait eu suffisamment d’investissements », explique Varela. La ministre est originare de la région. Elle a fait partie du noyau fondateur du mouvement politique qui a conduit à la victoire de Hugo Chavez à la présidence du pays, en 1998.

La reprise de l’usine avait plusieurs objectifs : augmenter la production nationale, encourager la croissance des champs de canne à sucre, créer des emplois et remporter une victoire dans la zone frontalière.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. La ministre du Service pénitentiaire, Iris Varela, à l’intérieur de la centrale sucrière, en conservation avec le travailleur Virginio Prada, à Ureña, dans l’État de Táchira, au Venezuela

Faire cela à Ureña est particulièrement difficile, cette frontière étant un centre nerveux du siège économique international subi par le Venezuela. La guerre est ici vécue quotidiennement, entretenue par les actions des contrebandiers et des paramilitaires.

Prisonniers et capitalistes

La ministre insiste sur le fait que la « volonté politique » est un facteur déterminant, par opposition à l’idée répandue selon laquelle tout se résout « en piochant dans la bourse », c’est-à-dire avec de l’argent. C’est cette volonté qui est à l’origine du projet de réactivation de l’usine, à quoi s’ajoute celle de recourir à ce que la ministre appelle « un trésor », à savoir la main-d’œuvre pénitentiaire.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Cérémonie d’ouverture de l’usine en présence de la ministre Iris Varela et du représentant de l’État, Táchira Freddy Bernal, Ureña, État de Táchira (Venezuela)

Selon elle, « il y a, au sein de cette population, des personnes qualifiées, des ingénieurs, des architectes, des médecins, des avocats ainsi que des personnes qui n’ont aucune qualification. Si on met en place les conditions matérielles pour les former, on peut tirer parti de leur potentiel, encore largement inexploré ».

C’est dans cet esprit qu’elle a visité l’usine avec Ricardo Gallo, un ingénieur en mécanique faisant partie des détenus. La ministre lui a « tendu la perche », en lui demandant de mettre la main à la pâte en remettant en marche les machines et de faire fonctionner ce qui est l’emblème central d’Ureña et de la région.

« Nous sommes entrés dans la centrale, nous avons évalué la situation : la centrale était en piêtre état. Après trois ans d’interruption de l’activité, elle n’était plus opérationnelle. Il fallait remettre en marche des équipements longtemps arrêtés, ayant subi l’usure du temps depuis la date de leur mise en place, en 1954″, explique Gallo, habillé à présent d’un blue jeans et d’une chemise d’une couleur autre que le jaune, qui sert à désigner les détenus.

Tout y était : la volonté politique de la ministre, le travail fourni par des personnes qualifiées détenues, par d’autres en apprentissage, par d’anciens ouvriers de la centrale, qui y sont revenus. Tout, sauf le capital.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Bureau administratif de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Iris Varela a alors établi une alliance avec un entrepreneur privé qui a fourni l’investissement nécessaire. Ce n’est pas la première fois qu’elle le faisait : le ministère des Services pénitentiaires a lancé d’autres expériences fructueuses de ce genre.

Sucre destiné à être raffiné, Ureña, État de Táchira, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

« Personne ne va investir sans s’attendre à récupérer sa mise et sans croire qu’elle est en de bonnes mains. Aucun entrepreneur du monde ne le fait. Ceux qui ont investi, ont vu leurs ressources croître », a-t-elle déclaré. La ministre met sur la table le débat sur les relations entre le chavisme et les hommes d’affaires :

« Il n’est pas vrai que nous persécutons les entreprises privées. Nous ne persécutons que les mafias politiques créées avec les ressources de l’Etat, qui veulent constituer des cartels, générer des monopoles », ajoute-t-elle. 

À son avis, si la volonté d’investir et de respecter les lois en vigueur existe, il y a un espace pour une collaboration commune, et nécessaire. Maduro a d’ailleurs insisté sur ce point ces dernières années.

Travail et contrebande

Virginio Prada a 61 ans. Il a commencé à travailler à la centrale sucrière en 1984. Il y a occupé plusieurs postes, il connaît les machines et les diverses facettes du processus de raffinage. La centrale fait partie de sa vie, une vie qu’il a dû réorganiser lorsque l’ activité y a cessé. Il est alors retourné chez lui au sein, dit-il, d’un groupe familial uni, où prévaut l’entraide.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Intérieur de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Gallo a recommandé Prada, qui a rejoint d’autres anciens travailleurs de la centrale, décidés à affronter des tâches apparemment trop complexes pour eux. En plus des machines, ils devaient résoudre des problèmes critiques – par exemple, la production suffisante d’énergie électrique. Ils ont néanmoins réussi à installer une centrale électrique puis un turbogénérateur capable d’éclairer l’ensemble de Ureña, lui permettant de parvenir à l’autonomie électrique.

La centrale a cessé d’être une sorte de souvenir de temps meilleurs, pour devenir une réalité. Du moins en partie : le raffinage du sucre brut en sucre blanc, d’une capacité de 200 tonnes par jour, et l’emploi de 300 travailleurs, dont un tiers de détenus. Reste l’autre partie, le broyage de la canne à sucre, dont la mise en oeuvre sera la deuxième grande étape, décisive, pour la réactivation des producteurs de canne à sucre de la région.

L’un des plus grands défis à la frontière, un territoire où les principales difficultés vécues dans d’autres régions du pays se retrouvent de façon condensée, consiste à offrir des sources de travail formel avec un revenu qui permette de vivre. Car, pour le moment, l’économie informelle y prédomine, avec la contrebande qui s’articule autour du paramilitarisme : des produits tels que l’essence, la viande, le fromage sont vendus à la Colombie alors que d’autres, qui y sont moins chers, sont importés.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Intérieur de la centrale sucrière, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Les sommes en jeu sont élevées, en comparaison avec les salaires : la revente d’essence au détail, c’est-à-dire avec un seul véhicule, deux fois par semaine, peut générer un revenu de 200 dollars par mois. Pour cela, il suffit de remplir de carburant son réservoir puis de vendre son contenu de l’autre côté de la frontière. La contrebande d’essence est légale en Colombie, selon le gouvernement de l’ancien président colombien Álvaro Uribe. Cela fait partie de l’architecture du siège économique qui sape le Venezuela.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Zone de café pour les travailleurs de la sucrerie, Ureña, État de Táchira, Venezuela

Prada explique : « Ici, le jeune ne veut pas trop aller à l’université. À 17 ans, il se lance dans cette activité illégale et il la saisit comme la seule opportunité qu’il entrevoit : ‘je gagne vite fait mon argent’, pense-t-il, ». L’argent vient vite, les risques aussi : l’économie informelle n’offre aucune garantie. Prada a les codes de l’ouvrier formel, celui qui a grandi avec la sécurité médicale, un crédit pour sa maison, la retraite assurée. Tel est le désir, le rêve, que la centrale incarne.

© SPUTNIK / MARCO TERUGGI. Vue à partir de la centrale sucrière, Ureña, état de Táchira, Venezuela

La centrale électrique doit alors faire face à un ensemble de facteurs locaux, nationaux et internationaux dus au siège économique subi depuis plusieurs années et qui ont causé, ou ont exacerbé, des distorsions dans l’économie, avec la présence d’acteurs tels que les paramilitaires, avec lesquels le président autoproclamé Juan Guaidó et une partie de la droite vénézuélienne ont formé une alliance.

Un modèle

Gallo est ému aux larmes lorsqu’il bénéficie, avant la réouverture de l’usine, d’une mesure de confiance, qui consiste à mettre fin à son statut de détenu. Prada, de son côté, parcourt l’usine comme s’il était chez lui. Il connaît le bruit, les températures, tous les circuits ; il explique que la canne est un être vivant, « nous ne fabriquons pas du sucre, c’est la canne qui le fait, l’usine doit se spécialiser pour extraire tout le sucre que la canne a fabriqué et être efficace pour parvenir à la rentabilité « .

Varela se félicite d’avoir renforcé ainsi le front économique, politique et idéologique dans un endroit crucial du pays. La nuit de l’inauguration, un feu d’artifice a eu lieu, dont a profité la population de Ureña mais aussi celle de Cúcuta.

« Aucune ville ici ne sera autorisée à s’agenouiller », a déclaré la ministre. Elle a insisté sur les résultats qui peuvent être générés par l’alliance de la volonté politique de l’État, de ceux qui sont détenus, des travailleurs du secteur formel et du capital privé.  L’économie, le gouvernement et le chavisme ont besoin de résultats concrets, en association avec des victoires politiques, comme celle du 23 février à Ureña.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/sociedad/201909301088837935-el-azucar-venezolano-y-una-politica-estrategica-en-la-frontera-con-colombia/

Traduction: Bernard Guerrien

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S’insurger en temps de guerre, par Pasqualina Curcio

L’économiste et universitaire vénézuélienne Pasqualina Curcio. Professeure titulaire (Université Simón Bolívar). Économiste (UCV). Master en Public Policies (IESA). Docteure en sciences politiques (USB).

Voyons en face la dimension de la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Cela fait 7 ans que les monopoles transnationaux et nationaux nous font faire des files d’attente et courir d’un lieu à l’autre pour obtenir des biens vitaux (nourriture, médicaments et produits d’hygiène). Notre monnaie, le Bolivar, a été attaquée à hauteur de… 29.862.393.456 % : en 2012 le taux de change était de 8,69 BsF/US$, aujourd’hui les sites comme DolarToday, sans base économique, pures créations politiques et guerrières, marquent 2.595.042.000 BsF/US$ et produisent la hausse incessante des prix depuis 2013.

Cette guerre, sans précédent historique en raison de ses dimensions, a débuté en 1999 et s’est intensifiée en 2013. Le peuple vénézuélien n’a pas seulement résisté, il a choisi de s’insurger héroïquement. Un phénomène inexplicable pour Donald Trump et ses conseillers, au point que John Bolton a perdu son emploi.

Nous, les Vénézuéliens, avons fait quelque chose que l’impérialisme américain ne peut déchiffrer.

Les leçons de la guerre. Ceci est une lutte de classes : ce qui paraissait autrefois une rhétorique se vit aujourd’hui au jour le jour. Il est clair qu’il y lutte de classe quand, dans le circuit des marchés privés, la relation entre le salaire, le prix et le profit (telle qu’élaborée par Marx) devient une caricature. L’augmentation accélérée et disproportionnée des prix, conséquence de l’attaque sur la monnaie et de la logique du marché capitaliste, fait chuter le salaire réel, au point que le travailleur ne parvient pas à couvrir ses besoins matériels. L’ouvrier qui fait du pain et reçoit un salaire de 40.000 BsS/mois, soit un peu plus de 1.000 BsS/jour, ne peut même pas acquérir l’un des dizaines de pains qu’il fait cuire chaque jour. Le prix de chaque pain est de 10 000 BsS. La différence se situe au niveau du bénéfice.

Le mythe de l’inefficacité de l’État. Imaginez qu’en ces temps de guerre, nous n’ayons pas un système national de santé publique qui desserve 85 % de la population (au-delà des carences qui le caractérisent). Imaginez qu’il n’y ait pas de plan d’immunisation qui garantisse, de la part du public, une couverture vaccinale supérieure à 90 %.

Imaginons que la seule option soit d’acheter des vaccins pour nos enfants en dollars, comme on nous le demande chez les médecins du privé. En ces temps de guerre, où est donc le fameux secteur privé « efficace » ? Combien de personnes se rendent dans les cliniques privées et à quel prix, et quel est le montant couvert par les assureurs ? D’où proviennent les réponses apportées aux populations, du circuit public ou du circuit privé ?

Imaginons qu’il n’y ait pas d’écoles publiques, de lycées ni d’universités qui accueillent 90% de nos enfants et de nos jeunes et que ce soient les écoles privées et les universités privées qui, en ces temps de guerre, garantissent l’accès à l’éducation ? Poursuivons l’exercice de l’imagination et supposons qu’en ces temps de guerre, le programme d’alimentation scolaire n’existe pas. Imaginons Caracas sans métro. Imaginez des familles sans Comités Locaux d’Approvisionnement et Production.

En termes d’activité industrielle et commerciale, 98,71% et 99,87% appartiennent respectivement au secteur privé. Le secteur public ne produit pas de farine de maïs précuite, de riz, de pâtes, d’huile, d’huile, de margarine, de papier hygiénique, de dentifrice ou de médicaments; le circuit privé le fait, surtout les multinationales qui, dans le cadre de cette guerre, se plaignent depuis sept ans et exigent de l’État des devises étrangères bon marché afin de remplir leur responsabilité d’approvisionnement du peuple vénézuélien.

Dans ce scénario, qui sont les plus efficaces, l’État qui génère 98% des devises étrangères du pays ou les entreprises privées qui n’exportent même pas 2% de leur produits ? Le gouvernement qui fournit des services de santé et d’éducation à plus de 85% de la population, ou les grandes entreprises privées qui n’attendent que des devises étrangères bon marché ?

L’occasion en or : Ce n’est qu’en renforçant le circuit public, collectif, étatique et communal que nous vaincrons la guerre économique. Il est temps d’avancer dans la construction du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Tomber dans le piège monétariste et décapitaliser l’administration publique au motif que l’argent ne peut être émis parce qu’il est la cause de l’inflation revient à épouser la stratégie de l’ennemi. En temps de guerre, lorsque les salaires se détériorent à la suite d’attaques contre la monnaie, il est essentiel de renforcer le circuit public et communal. C’est la seule garantie d’accès à des biens vitaux de la part de la population et, ce faisant, nous construisons le socialisme du XXIe siècle. En 2003, face au lock-out général du lobby pétrolier, la stratégie de Chávez fut de fortifier le secteur public.

Imaginons cette guerre sans les missions sociales. Et c’est que nous sommes organisés ! Malgré toutes les tentatives de déstabilisation, de démoralisation et de démobilisation menées par l’impérialisme, le peuple vénézuélien s’insurge dans cette guerre d’une manière consciente et organisée. Sur le territoire, dans la commune, nous nous formons, nous informons, nous communiquons, nous apprenons, nous inventons, nous résolvons et nous mobilisons. Nous sommes organisés dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, dans les unités de combat Bolívar Chávez, dans les milices, dans les conseils communaux, dans les conseils productifs ouvriers, dans les comités de santé, dans les missions, dans l’organisation nationale féminine UNaMujer, etc.

Les blessures de cette guerre sont profondes et aussi très douloureuses, mais le peuple vénézuélien a tout enduré et a résisté en s’insurgeant.

L’échec du modèle socialiste ? Les médias et les leaders d’opinion de droite disent que la cause de ce que nous, les Vénézuéliens, vivons aujourd’hui est l’échec du modèle socialiste. Échec pour qui ? Entre 1980 et 1998, dans le cadre du modèle capitaliste néolibéral, l’économie a progressé de 52% et l’extrême pauvreté de 132%. Entre 1999 et 2015, à partir de la révolution bolivarienne, l’économie a connu une croissance de 43% et la pauvreté a diminué de 56% malgré le siège, la guerre économique et le sabotage auxquels les Vénézuéliens sont confrontés depuis 1999. Le Venezuela reste le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine.

Pasqualina Curcio

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/economia/abre-brecha-insurgiendo-en-tiempos-de-guerra/

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela : Spéculation et hausse des prix (Chroniques d’en bas par Romain Migus)

 

Cet article sur la spéculation et la hausse des prix, s’inscrit dans un cycle de chroniques de notre ami Romain Migus, journaliste français qui a longtemps exercé son métier au Venezuela où il se trouvait encore il y a quelques semaines.
Son témoignage est particulièrement opportun quand les médias français (on se demande bien pourquoi ?) désinforment.
LGS

 

“On va aller faire les courses avant que les prix n’augmentent” me dit Paola, en rigolant.

Paola, c’est la cousine qui habite dans notre appartement. Elle est biologiste, et travaille à l’Institut vénézuélien de recherche scientifique. C’est une sportive, ainsi qu’une écologiste radicale, ce qui est assez rare dans ce pays pétrolier. Chaussures de montagne aux pieds et sac à dos sur les épaules, elle crapahute avec autant de dextérité à la campagne qu’à la ville. Quand elle est en mode rat des champs, elle rapporte toutes sortes de pousses de plantes, de mousses et d’autres espèces végétales qu’elle entrepose soigneusement dans des pots qui s’entassent dans le salon de l’appartement ou sur le rebord des fenêtres. Dans le cas présent, c’est plutôt le rat des villes qui m’intéresse. Ce matin, on va aller remplir le frigo et son sac à dos ne sera pas de trop.

« On va aller dans un supermarché et on achètera les légumes au marché de Coche, me dit Paola, ça nous reviendra moins cher ».
Au contraire de l´année 2016, tous les produits sont désormais disponibles sur les étals et les files d´attente ont disparudevant les portes des supermarchés. Désormais ce sont les prix qui s´envolent chaque semaine. En un mois et demi passé à Caracas, les prix de la plupart des produits ont doublé. On comprendra donc que n´importe quelle discussion au Venezuela s´amorce par une catharsis nécessaire sur l´augmentation continuelle des prix à la consommation.

La plupart des gens échangent sur le thème, se donnent des tuyaux pour trouver des produits à bas prix, se plaignent -à juste titre- de la situation, s’organisent pour assurer leur subsistance, critiquent tel ou tel membre du gouvernement pour son inaction, mais s’amusent aussi des multiples anecdotes que génère la hausse des prix.

Le poète José Javier me racontera comment, alors qu’il en train de manger une soupe dans un restaurant, dont le prix était indiqué á 250.000 bolivars sur l’ardoise des menus du jour, le patron effaça le prix initial pour indiquer le nouveau tarif en vigueur : 340.000.

« Hermano, protesta le poète en lâchant sa cuillère. Moi, j’ai commencé à manger la soupe avant, quand elle coutait 250.000.
– Dépêche-toi de la finir, lui répondit le tenancier, ou je te la compte au nouveau prix. »

Un autre jour, Sandra et Enrique (1) , en sortant du travail, tombe sur un camion frigorifique rempli de sardines qui revient de la côte caribéenne. Fraîchement pêchées, de nombreuses sardines gigotent encore dans les bacs. Le prix est imbattable : 300.000 le kilos.

« On savait que dans les prochains jours, le prix allait certainement doubler, me racontera Sandra. Alors, on en a acheté 12 kilos pour les congeler. Le problème, c’est qu’on a dû les ramener en métro à la maison. Je ne te raconte pas l’odeur sur la demi-heure de trajet.
– En plus, poursuit Enrique en rigolant, plusieurs sardines était encore vivantes et sautaient en dehors des sacs. J’étais obligé de les ramasser dans la rame de métro ».

Malgré ces histoires racontées dans la bonne humeur, la situation économique est plus préoccupante que drôle. Les citoyens doivent constamment s’adapter à cette réalité délicate, provoquée en partie par une guerre économique brutale.

Aux mesures de blocus économique et financier contre le pays bolivarien, s’ajoutent la contrebande d’extraction des produits de première nécessité, le pillage de l´essence ou encore la baisse de la note de solvabilité du Venezuela malgré le paiement de sa dette. Au cœur de ce dispositif mis en place pour étouffer l’économie du pays, la spéculation contre la monnaie nationale et le trafic de billets de banque compliquent particulièrement la vie quotidienne des Vénézuéliens.

« Pas besoin que tu achètes des féculents ou des aliments non périssables, on en a avec le Clap, me dit Paola. On devrait d’ailleurs recevoir cette caisse d’aliments subventionnée par l’Etat dans les prochains jours ». (2)

Au supermarché, on trouve de tout. La sélection par l’argent s’est substituée au rationnement des produits de base, mis en place il y a quelques années. Malgré cela, le lieu est bondé, et la seule file d’attente que nous rencontrons est celle qui se forme aux caisses.

Après avoir fait la queue, le verdict tombe : 40 millions de bolivars pour un demi caddie, comprenant un marché pour deux pour 15 jours (sans les légumes), des produits d’entretien pour l’appartement et des produits d’hygiène personnel dont le fameux papier toilette. 40 millions de bolivars, c’est 10 fois le salaire minimum et prés de 3 fois le salaire d’un directeur d’un organisme public.

Cette distorsion des échelles de prix est la conséquence de la manipulation du taux de change et de la spéculation criminelle contre la monnaie nationale.

Si l’Etat vénézuélien a depuis l’instauration du contrôle des changes en 2003 toujours eu le monopole du maniement des devises étrangères, il n’a jamais nationalisé le commerce extérieur. N’importe quelle entreprise peut lui acheter des dollars au taux fixé par le gouvernement pour importer des biens. Un taux parallèle a également toujours coexisté, afin de pallier les limites de l’offre officielle de devises, dépassant la valeur nominale officielle du bolivar de 50% à 100%. Or depuis 2012, la valeur du dollar au marché noir s’est envolé, et n’entretient plus aucun type de rapport rationnel avec le taux flottant officiel.

Si au début de notre séjour, le dollar au marché noir s’échangeait autour de 1 million de bolivars, un mois et demi plus tard, il valait 2,5 millions de bolivars. Cette dernière valeur est 1150% plus importante que la valeur du taux officiel flottant (autour de 200.000 bolivars). Il va de soi que le commerce de dollars est aujourd’hui plus rentable qu’aucune autre entreprise.

Cette augmentation du prix du dollar au marché noir ne correspond plus à aucun critère rationnel. Depuis maintenant plusieurs années, Dolar Today, un site web hébergé aux Etats-Unis donnait les cours du dollar parallèle comme bon lui semblait. Aujourd’hui, plusieurs autres plateformes web donnent des cours parallèles, et complexifient les mesures de contrôles. Des bourses d’achats de dollars en bolivars se sont propagées sur le web, sans parler des multiples manières de rentrer dans ce système de change depuis l’étranger.

Si ces contradictions liées au mode de production vénézuélien, ont toujours existé, avec la spéculation contre la monnaie nationale, le fossé s’est amplifié entre deux pays. D’un coté, le pays Dolar Today, minoritaire mais nombreux qui a accès à des devises – soit directement, soit par l’envoi des remesas, l’aide de famille ou proches vivant à l’étranger- ou qui commerce en bolivars au taux du marché noir. De l’autre, le pays Clap -du nom de cette caisse d’aliments subventionnés que distribue l’Etat- composé de ceux qui ne peuvent suivre l’augmentation continuelle des prix.


Vue aérienne du marché de Coche

Les achats au supermarché étant faits, on va aller acheter les légumes au marché.
Le sac à dos se remplit doucement et nous voilà dans le métro direction le marché en gros de Coche, au sud de la ville. Les étals de fruits et légumes sont nombreux. Au cul des camions, on vend aussi les produits qui arrivent des provinces agricoles. Le marché grouille de monde, venu acheter en quantité et à moindre coût.

Devant un gros marchant assis sur une petite chaise. Je lance : « Combien le kilo de patates ?
– 850.000 par carte de crédit. 100.000 en liquide.
J’ai très bien compris la phrase mais je me retourne perplexe vers Paola :
« C’est devenu compliqué d’avoir du cash, tu dois faire la queue des heures à la banque. Du coup, l’argent liquide est devenu une marchandise comme les autres. Si tu veux, tu peux même en acheter sur ce marché.
– Comment ça ?
– Là bas, me dit-elle en me montrant un coin du marché, il y a des types qui te vendent du cash. Tu leur payes 600.000 par carte, et ils te donneront 100.000 en billet. Ça te reviendra moins cher que si tu payes tes patates directement par carte.

Depuis 2015, un gigantesque trafic de billets de banque vénézuéliens s’est mis en place. En Colombie, dans la ville frontalière de Cúcuta, des négociants achètent les billets vénézuéliens à 150% de la valeur marquée sur le papier. Pour un billet de 100 bolivars, 150 bolivars seront transférés sur le compte du vendeur au Venezuela. Voilà pour la contrebande “artisanale”.


Point de vente de billets de banque vénézuéliens à Cúcuta

Le versant industriel de ce trafic est encore plus impressionnant. Régulièrement des hangars remplis de billets de banques sont découverts par les autorités vénézuéliennes, ou par la police de pays étrangers. Au Paraguay, à 6.000 kilomètres de Caracas, les autorités de ce pays ont arrêté, en 2016, un commerçant en possession de 30 tonnes de billets vénézuéliens.


30 tonnes de billets de banques vénézuéliens sont récupérés par la police du Paraguay

Le résultat de ce front particulier de la guerre économique est cruel. Le billet de banque a presque disparu des transactions quotidiennes. En un mois et demi passé à Caracas, je n’en ai jamais touché un. La plupart des achats se font par virement ou par carte de crédit. Aujourd’hui, même les vendeurs de rue, y compris les plus humbles, disposent d’un terminal de paiement électronique.

C´est avec un sac à dos remplide victuailles et un autre de questionnements économiques en tout genre que nous rentrons à l´appartement. A peine les courses rangées, je décide d´appeler Pascualina Curcio. Elle est économiste et pourra certainement m’aider à y voir plus clair. Rendez-vous est pris dans l’après midi à l´Hôtel Alba. Pour l’instant, on va déjeuner avec Paola qui me supplie : « Quand tu verras ton économiste tout à l’heure, n’oublie pas de lui demander quelles sont les solutions qu’elle propose, parce qu’on n’y comprend plus rien ».

Nicolas Maduro vient d’être largement réélu à la présidence du Venezuela. Parallèlement un sondage a révélé que 58% des vénézuéliens préfèrent que ce soit le chef de l’Etat actuel qui règle les problèmes économiques. Preuve, s’il en est, que les Vénézuéliens continuent de décrypter les difficultés du quotidien au prisme des idéologies politiques en jeu. Une grande majorité est consciente que la vie de tous les jours est fortement perturbée par la guerre économique. Ce qui ne l’empêche pas de critiquer le gouvernement lorsqu’elle le juge trop passif. Si les Vénézuéliens soutiennent Nicolas Maduro, l’absence, de la part du gouvernement, de prises de décisions radicales ou d’un cadre économique ajusté à la situation peut désorienter et mettre à l’épreuve la patience de la population.*

Bien conscient de cette problématique, je me dirige vers l’Hôtel Alba en ce début d’après-midi. Cet ancien hôtel de la chaine Hilton, nationalisé en 2007, a été, durant de nombreuses années, l’épicentre des rencontres internationales organisées par le gouvernement bolivarien. Il n’était pas rare de rencontrer au lobby ou au bar de l’Alba, la fine fleur du monde progressiste mondial. De très nombreux politiques ou intellectuels, membres de mouvements sociaux ou de syndicats ont fourmillé entre ces murs. Aujourd’hui, ce type de rencontres, plus rare à cause du manque de devise, s’est déplacé vers d’autres lieux de la capitale.

Du coup, l’Alba a perdu de sa splendeur d’antan, et ressemble plus à l’Hôtel Overlook dans le film Shinning qu’à ce qu’il fut dans ses meilleures années. Oublié l’activité permanente des années précédentes. C’est seul, que je patiente dans le fastueux lobby, en m’attendant plus à voir débarquer Jack Torrance avec sa hache, qu’Ignacio Ramonet ou Piedad Cordoba.

Une personne s’approche de moi et me demande : « Vous êtes Romain ?
– Pascualina ? On pouvait pas se louper, on est tous seuls. Venez, allons au bar, on y sera tout aussi tranquille.
Pascualina est docteure en sciences politiques, économiste, et professeure à l’Université Simon Bolivar. C’est une petite dame à la voix fluette, ce qui me change des braillards avec lesquels je converse habituellement. Depuis plusieurs années, elle a centré ses recherches sur les mécanismes de la guerre économique qui sévissent contre le Venezuela bolivarien.

Nous nous asseyons à une table, immédiatement servis par le garçon en costume. Tout en sirotant un soda, je raconte à Pascualina mon expérience au marché de Coche.
« Ce que tu as vu au marché, commence-t-elle, est une conséquence de la manipulation artificielle du taux de change. C’est injustifiable qu’en un mois le bolivar ait perdu la moitié de sa valeur et que les prix aient doublé. Depuis l’année 2013, ceux qui manipulent le cours de notre monnaie ont fait augmenter le prix du dollar au marché noir de 26.000.000% ».
Je manque de m’étouffer et de recracher ma boisson.
« 26 millions de pourcents ? Un 26 avec six zéros derrière ?
– C’est bien ça, me dit-elle d’un air grave. L’objectif est politique. Ils cherchent à déstabiliser l’économie, générer du mécontentement et détruire le soutien populaire à la révolution. Dans ce cas de figure où la conséquence est une inflation élevée, les billets viennent à manquer car la banque centrale ne peut pas suivre le rythme. Donc effectivement, tu vas payer moins cher un produit avec un billet parce qu’ensuite ce même billet va se commercialiser et être revendu plus cher.
« C’est une sorte de placement financier dans le papier ? lui dis-je un brin ironique.
– Si on veut répond-elle, en tout cas, le billet est devenue une marchandise comme une autre ».
Nous poursuivons la discussion.
« Comment expliques-tu que certains politiques ou intellectuels insistent pour faire endosser au seul gouvernement de Nicolas Maduro le problème de l’inflation ?
Pascualina démarre sa réponse au quart de tour. Visiblement ce n’est pas la première fois qu’elle s’attache à démonter cette position.
« Ça fait parti du jeu politique. La vérité, c’est que l’inflation au Venezuela est induite, ce n’est pas le résultat de politiques monétaires du gouvernement. Ceux qui prétendent le contraire vont te dire que le gouvernement fait tourner la machine à billets, que cet argent -qui n’est pas épargné- est dépensé, et que dés lors qu’il y a plus d’argent en circulation, la demande dépasse l’offre et donc que les prix augmentent.
– C’est la théorie monétariste.
– C’est ça, continue-t-elle. Sauf qu’au Venezuela, aucun vénézuélien ne consomme plus qu’avant, malgré l’augmentation des liquidités. De plus, cette augmentation de l’argent en circulation n’est pas proportionnelle à la manipulation des taux de change. Et d’autre part, cette augmentation des liquidités n’a eu aucune influence sur la demande, et donc sur les prix. Au mieux, elle a empêché une chute drastique de la demande face à une offre dont les prix augmentent sans cesse. En fait tu es face à deux politiques possibles : ou tu réduits la quantité d’argent et la population va en souffrir ou tu choisis de protéger la population en t’adaptant aux prix et en augmentant la quantité d’argent disponible. Mais j’insiste : c’est une conséquence et non pas la cause de l’augmentation des prix ».

Je repense à Paola. C’est le moment d’exaucer sa supplique pour une solution.
« La spéculation contre le bolivar est devenue le problème principal en ce moment. Parler de récupération du tissu productif ou de lutte contre la contrebande et la corruption peut paraître vain tant qu’il existe une différence aussi importante entre la valeur réelle du bolivar et celle du marché noir. Quelles seraient les solutions pour sortir de cette spirale ?
– La manipulation du taux de change est la plus puissante des armes de la guerre économique. Cela génère de l’inflation et de la pauvreté, mais a aussi des conséquences sur le tissu productif et sur le budget de l’Etat. Elle crée des distorsions dans toute notre économie. L’inflation est une arme politique, qui a déjà été utilisé au Nicaragua dans les années 80 ou dans le Chili d’Allende. Il faut donc éviter avant tout que la valeur de notre monnaie, le bolivar, puisse être manipulée par des personnes externes. C’est pourquoi une des solutions possibles est de fixer la valeur du bolivar à la valeur de l’or que nous possédons… »

Je la coupe : « Et en quoi cela empêcherait des facteurs externes de spéculer et manipuler le taux de change ? Pourquoi ne pourraient-ils pas indiquer une valeur irréelle du bolivar-or ? »
La professeure ne se démonte pas : « La confiance dans la valeur monnaie est une des principales variables sur laquelle jouent ceux qui manipulent les taux de change. Ils disent : “la valeur que fixe le gouvernement n’est pas correcte et ils inventent la valeur de change qu’ils veulent”. Nous prônons que le calcul de la valeur du bolivar ne se fasse plus en fonction du dollar mais en fonction de la richesse dont nous disposons.
– Et comment ça marcherait en pratique ?
– Si la Banque Centrale du Venezuela dispose par exemple de 160 tonnes d’or , tu prends tous les bolivars en circulation et tu les divise par la quantité d’or pour avoir une valeur de référence : tant de bolivars valent tant d’onces d’or. Ce n’est pas manipulable car cela dépend de la quantité d’or dont dispose la République et du prix de l’or sur les marchés internationaux ».

Il y a quelques mois, le Venezuela a lancé une crypto-monnaie indexée sur les richesses de la Nation : le Petro. Je demande à Pascualina en quoi cette crypto-monnaie diffère de son plan de sauvetage du bolivar.

« Le Petro, me répond-elle, est plus conçu pour déjouer le blocus imposé par les Etats-Unis et pouvoir réaliser des transactions commerciales normales. Il ne faut pas que le Petro se substitue au Bolivar ou qu’il entre en concurrence avec lui au plan national, parce qu’il y a un risque que la plus forte monnaie déplace l’autre, comme le stipule la loi de Gresham. Et le bolivar est notre monnaie, c’est inscrit dans la Constitution ».

Nous nous séparons devant la porte de l’hôtel. J’ai tout de suite conscience que la résolution du thème économique ne va pas être aussi simple que le “bon sens“ prôné par Pascualina. Si, par les erreurs politiques de l’opposition et son vide programmatique en la matière, le chavisme est aujourd’hui hégémonique, il n’est pas monolithique. Au sein même de l’administration de l’Etat ou du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv), plusieurs courants politiques se confrontent, chacun ayant une conception différente –parfois antagonique- pour résoudre la situation économique actuelle, pour répondre aux attentes des secteurs énergétiques et pétroliers, ou pour pallier les défaillances au sein de certains services publics.

Les mesures d’urgences prises par l’Etat, si elles sont nécessaires et bienvenues, ne résolvent pas l’augmentation continuelle des prix. Il y a fort à parier que, dans les semaines qui viennent, le président Maduro tranchera dans les diverses options économiques proposées au sein de l’exécutif, du Psuv ou de l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le prochain cours économique de la Révolution. *

En attendant, les citoyens tentent de résoudre leur vie quotidienne. Les cartes de crédit revolving, très répandues dans le pays, permettent d’avancer l’argent d’un achat en attendant un prochain programme d’appoint salarial décrété par le gouvernement.

Dans la tourmente d’une situation économique délicate, les réseaux de solidarité se multiplient. Tout comme les Comités locaux d’Approvisionnement et de Production pour distribuer les caisses d’aliments subventionnés. Comme nous l’avions déjà mentionné, la situation économique actuelle n’est pas perceptible dans l’espace public.

Les Vénézuéliennes, très coquettes, continuent toutes de se maquiller, et de refuser de troquer un rimmel ou un rouge à lèvres pour un plat de lentilles. Les gens continuent de vivre. De sortir. De se réunir. De partager. De rire. Et de s’organiser pour laisser le mythe de la « crise humanitaire » aux organes de propagande du système médiatique.

Prochain épisode : Entre mesures d´urgence et construction de l´Etat.

* Un mois après notre retour, le 25 juillet 2018, Nicolas Maduro annoncera plusieurs mesures pour stabiliser la situation économique : 1) une reconversion monétaire : de nouveaux billets circuleront avec 5 zéros en moins 2) la valeur de la monnaie nationale sera fixée à la valeur du Petro, lui même indexé sur les réserves pétrolières vénézuéliennes 3) un champ pétrolier du bassin de l’Orénoque, dont les réserves sont certifiées à 29.298 millions de barils deviendra propriété de la Banque Centrale afin de supporter les devises internationales de l’entité financière 4) réforme de la loi sur les délits de change –Ley de ilicitos cambiarios-, prélude nécessaire à une profonde réforme des politiques de change de la monnaie vénézuélienne 5) exonération d’impôt pour les importations de matières premières, pièces de rechange pour l’industrie, matériel pour la production agricole 6) recensement de tout le parc automobile national afin d’améliorer le système de transport public et privé.

Romain MIGUS
(Pour legrandsoir.info).

Notes :
(1) Pour connaitre Sandra et Enrique, voir Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº2 : 2016-2017, le calme après la tempête”, Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/2016-et-2017-le-calme-apres-la-tempete-ch…

(2) Voir la prochaine chronique, Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº4 : Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat”, à paraître sur Le Grand Soir.

URL de cet article 33627
https://www.legrandsoir.info/venezuela-speculation-et-hausse-des-prix-chroniques-d-en-bas-no-3.html

Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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Comment Nicolas Maduro répond aux nouvelles offensives économiques et impériales

Roger Noriega, ex-assistant du Secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental, connu pour ses antécédents de « faucon » allié direct des secteurs putschistes et terroristes de la droite latino-américaine vient de publier dans le New York Times un article intitulé : « les options sont épuisées pour le Venezuela » où il réitère l’appel d’autres politiques républicains en faveur d’un coup d’Etat militaire pour renverser le président Nicolas Maduro. D’autres responsables de la politique étrangère des Etats-Unis ont émis des déclarations dans le même sens comme le vice-président Mike Pence qui a annoncé que les prochains pays à libérer sont « le Nicaragua, le Venezuela et Cuba » ou Mike Pompeo, ex-chef de la CIA et nouveau secrétaire d’Etat des Etats-Unis, qui a donné autorité à un nouveau groupe de diplomates étasuniens pour promouvoir un changement au Venezuela.

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Kurt Walter Tidd, Chef du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis

La journaliste Stella Calloni a diffusé un nouveau document du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis, signé par l’Amiral Kurt Walter Tidd, qui explique en onze pages, méthodiquement, ce que les États-Unis entendent faire pour empêcher la victoire du président Nicolás Maduro aux élections du 20 mai prochain ou, en cas d’échec de cette tentative, user de leur pouvoir médiatique pour lancer et justifier une intervention. Ce plan dénoncé par le président Evo Morales a été élaboré avant l’organisation des élections présidentielles du 20 mai prochain, il accorde un rôle à l’opposition mais il reconnaît aussi l’inefficacité de ces partis, vu l’absence d’une base sociale, les divisions, l’arrivisme et la corruption qui règne en leur sein. Les militaires étasuniens parlent d’une « renaissance de la démocratie » en Amérique Latine et ils citent l’exemple du Brésil, de l’Équateur et de l’Argentine. Ils considèrent que le tour du Venezuela est arrivé.

Si, comme la plupart des sondages des firmes privées l’indiquent, Nicolás Maduro sort vainqueur des urnes, tous les outils du Pentagone en matière de guerre psychologique seront déployés pour créer un climat favorable à une action militaire. À cette fin, assure le document, on travaille avec des pays alliés des États-Unis dont le Brésil, la Colombie, l’Argentine, le Panama et la Guyana, à la préparation d’une force conjointe sous la bannière de l’OEA, l’Organisation des États Américains et sous la supervision, sur le plan médiatique et juridique, de son secrétaire général Luis Almagro. Le Commandement Sud se servira des bases militaires en Colombie, des installations régionales de surveillance électronique, des hôpitaux et des enclaves dans la forêt panaméenne de Darién, ainsi que des terrains des anciennes bases d’Howard et d’Albrrok, dans la zone du Canal.

La première phase du projet est d’ores et déjà en marche : elle consiste à aggraver les problèmes internes du Venezuela, en particulier la pénurie d’aliments et de produits de première nécessité, couper l’accès aux sources de devises, exacerber la violence, épuiser le pouvoir d’achat de la monnaie nationale et, en même temps, mettre en marche tout l’appareil de propagande pour rendre le gouvernement de Nicolás Maduro responsable de cette crise et l’accuser lui et ses principaux collaborateurs de présumée corruption.

Après l’échec des « guarimbas » (violences d’extrême droite) organisées d’avril à juillet 2017, et présentées par les médias internationaux comme une « révolte populaire », la droite a reporté ses efforts sur le terrain économique, renforçant les variables comme la hausse des prix, le taux de change et la contrebande d’extraction.

Face à cette guerre aux mille visages qui vise à saper l’appui populaire au chavisme, le président Nicolas Maduro accélère la riposte en multipliant la distribution des aliments subventionnés à la population. Il porte en même temps des coups au cœur du système capitaliste : les dirigeants de la mégabanque privée Banesco qui se consacrait a une contrebande massive de la monnaie vénézuélienne et au blanchiment de capitaux, ont été arrêtés, et la banque mise sous tutelle publique.

A l’apogée de l’abondance pétrolière, Banesco avait ouvert la route de la fuite des capitaux vers des paradis fiscaux comme la République Dominicaine, la Colombie, le Panamá, Porto Rico et La Floride (Etats-Unis) où année après année commencèrent à apparaître des filiales de Banesco avec un capital de base très supérieur, comme dans le cas bien connu de Banesco Panamá, à celui de banques étasuniennes de grande envergure comme Citibank. Jusqu’à il y a peu, l’ascension de Banesco était présentée à l’opinion publique comme la conséquence des grandes qualités de son patron fondateur Juan Carlos Escotet. Cependant, en 2015, Banesco Panamá reçut une amende 614 000 dollars pour violation des règles de prévention du blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Le mythe recevait sa première dose de réalité…

Pendant ce temps, sur la frontière avec la Colombie, l’opération « mains de papier » s’efforce de démanteler le vaste système de contrebande des billets vénézuéliens, lavés et réimprimés en dollars ou réutilisés par la mafia colombienne pour acheter des biens subventionnés par le gouvernement bolivarien et les revendre cent fois plus cher sur le marché colombien. Les autorités nationales et régionales découvrent de nombreux hangars avec des passages secrets où on accaparait et on reconditionnait riz, beurre, sucre, huile, fongicides, et une grande quantité d’aliments protégés par l’Etat vénézuélien que les mafieux faisaient passer et versaient dans des emballages colombiens, aussi bien dans des ballots que dans des sachets. Sans oublier la contrebande massive d’essence – avec parc de camions-citernes. Dans la capitale des dépôts remplis de tonnes de nourriture accaparée (photo) ont été découverts et ces aliments sont redistribués a la population via les comités d’approvisionnement.

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Pour protéger le salaire des travailleurs, Maduro a décrété le 30 avril une nouvelle augmentation de 95 % du salaire légal, a annoncé l’augmentation des allocations et une couverture à 100% des pensionnés, et a multiplié les allocations aux plus vulnérables : personnes âgées, étudiants, femmes enceintes, femmes allaitant leurs enfants, etc… La réplique des chaînes de distribution qui sont comme la production et la commercialisation, à 80% aux mains du secteur privé, consiste à augmenter les prix dès le lendemain. Maduro a annoncé que s’il est réélu le 20 mai à la présidence, il va mettre au pas la mafia des supermarchés et relancera le « gouvernement de rue », ville par ville, pour renforcer le contrôle citoyen et gouvernemental des mécanismes de distribution.

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Photos : Nicolas Maduro en pleine campagne présidentielle, interrompue un temps pour recevoir le Président palestinien Mahmoud Abbas et signer avec lui un accord de coopération portant sur 20 millions de Petros, la nouvelle crypto-monnaie vénézuélienne indépendante du dollar.

Le candidat  le mieux placé de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon, affirme qu’en dollarisant le Venezuela, on gagnerait la confiance des organismes internationaux comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Le président Nicolás Maduro envisage la voie opposée, rendre le pays indépendant du dollar en créant une devise propre : le petro : « Qu’un pays comme le nôtre puisse avoir sa propre monnaie internationale serait un succès sans précédent dans le monde, » a-t-il ajouté en évoquant le Petro lancé par le Gouvernement Bolivarien.

5 domaines de travail

Dans le cadre de la coordination de la proposition du Président, la Commission de l’Economie a établi plusieurs domaines de travail : le domaine de la sécurité et de la souveraineté agro-alimentaire, la conception d’une nouvelle architecture financière concernant la gestion des finances publiques, la relation avec les capitaux étrangers, l’économie de production, un nouveau modèle économique avec exposition des motifs à la Constituante et le problème de l’énergie qui comporte plusieurs points faibles.

L’un d’entre eux est PDVSA Gas Communal : le service direct et la distribution en bombonnes font aussi partie des lignes de travail essentielles à cause de l’importance qu’ils ont dans les foyers populaires. En plus, on a insisté sur le problème des courants de raffinage pour valoriser le travail de transformation du brut aussi bien dans l’exploitation que dans l’extraction.

Interrogé sur le destin des plus importantes réserves de brut du monde, le député constituant David Paravisini a déclaré que les ressources de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque Hugo Chávez continuent à être utilisées comme instrument de la géopolitique mondiale.

« Celui qui veut du pétrole doit s’adapter aux conditions établies par l’Etat. On envisage même de fixer des conditions plus strictes dans cette relation de propriété : 60% à la république et 40% à l’investisseur privé pour qu’il soit associé et qu’il apporte la technologie en plus du financement. »

La démocratisation de la gestion de l’industrie doit se poursuivre car malgré le contrôle du Gouvernement sur Petróleos de Venezuela (PDVSA) qui, avant le coup d’Etat et la grève pétrolière de 2002-2003 contre le président Hugo Chávez était contrôlé par « une caste bureaucratique » appelée méritocratie, elle continue à être géré par une structure très liée aux pouvoirs factuels des transnationales. Le décret présidentiel 3 368, publié le jeudi 12 avril au Journal Officiel du Venezuela N° 41 376 est un pas dans cette direction. Ce décret a valeur de loi a pour but de réorganiser les opérations pétrolières et de minimiser la bureaucratie à l’intérieur de l’entreprise d’Etat et dans ses entreprises mixtes pour rétablir les capacités de production du brut.

« L’activité de l’industrie pétrolière s’est totalement déformée. D’une soi-disant prise de contrôle de toutes les variables avec la nationalisation du pétrole en 1975 qui, en réalité, est devenue un Ministère du Pétrole très fort mais avec une industrie qui, en réalité, est gérée par les transnationales grâce à des rabatteurs, nous sommes passés à une autre dans laquelle les 2 flanc devaient être contrôlés par l’Etat. »

Cela a provoqué un renforcement sur le moment mais dans la pratique « nous avons perdu le contrôle sur le problème du pétrole. Aujourd’hui, nous l’avons perdu sur l’industrie et on a perdu la force du ministère, » a regretté Paravisini, député à la Constituante. « PDVSA a été une création de l’impérialisme et de la CIA. Rómulo Betancourt, au début, s’est opposé à sa création et ensuite, il a accepté à condition que les entreprises soient dirigées par les anciens directeurs des transnationales. » a-t-il rappelé.

Thierry Deronne, avec tous nos remerciements à Françoise Lopez pour ses traductions

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