Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

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Congrès des Communes : comment passer des engagements aux actes ?

Une analyse du mouvement social vénézuélien Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora (www.CRBZ.org)

Une première phase du Congrès national des communes vient de s’achever. Comme l’a annoncé le président Maduro, celui-ci sera prolongé durant soixante jours pour élaborer et développer les propositions de manière plus détaillée. Après des jours de débats, lors de la réunion de clôture avec le Président de la République, Nicolás Maduro lui-même a fait siennes et approuvé les propositions présentées par les congressistes. C’est sans aucun doute de la plus haute importance, surtout si l’on considère que le discours officiel acte la décentralisation de la question des communes et l’approfondissement du pouvoir populaire.

Le fait que le président Maduro a publiquement pris ces engagements signifie que le gouvernement national dans son ensemble et les mairies et les administrations doivent prendre en compte et appliquer ces orientations. Ainsi, la question communale reprend de l’importance dans les actions du gouvernement, en vertu de l’engagement pris par la première autorité de l’État vénézuélien, le gouvernement et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

Il ne s’agit pas d’une question mineure, car l’approfondissement de la construction communale n’est rien moins que l’horizon stratégique défini par le commandant Chávez pour développer une démocratie révolutionnaire et ainsi transformer la société à travers un socialismo territorial. C’est dans la commune en effet, dans ses formes d’organisation, dans son potentiel de productivité économique, dans sa capacité à générer de nouvelles formes d’administration, de gestion des services et la satisfaction des besoins de base, à partir de structures organisationnelles fondées sur la participation et l’implication du peuple, que se manifeste le mieux la possibilité de créer une société dans laquelle le peuple lui-même prend en main son destin pour ne pas être conduit par les élites économiques et politiques. D’où l’importance de la tenue du Congrès et des résultats exprimés dans l’engagement du Président Maduro, qui vont dans cette direction.

Un peu de mémoire…

Ces nouveaux accords devraient comporter un nécessaire équilibre d’engagements semblables pris dans le passé par l’Exécutif national. Par exemple, le programme de travail avec lequel le président Maduro s’est engagé le 15 août 2015 et dans lequel il a également impliqué un nombre important de hauts fonctionnaires.

Dans cet ensemble d’accords, il avait été proposé d’avancer dans des domaines tels que la police communale, les plans de défense territoriale, l’intégration des plans de développement communaux dans le système national de planification, la création d’un système national de presses communales, la création d’un réseau pour la distribution et la commercialisation de la production des communes et d’une grande société de production et de distribution commune, la création d’une super intendance du système économique communal, la construction d’un plan afin de transférer des compétences à l’administration et la gestion des services, un plan de transfert de l’administration et de la gestion des sablières, des carrières, des fours à chaux, entre autres, la détermination par la banque de programmes de financement des communes, la promotion du système agricole communal qui implique, entre autres, la création d’un plan agro-industriel pour les communes et une banque de semences, l’affectation d’un code unique d’achat de fournitures pour les communes et autres organisations socio-productives pour avoir un accès préférentiel aux intrants agricoles, au ciment, au fer et à l’acier ainsi qu’à la production des entreprises publiques d’aliments.

Si l’on fait le bilan aujourd’hui, force est de constater que très peu de choses ont été accomplies et beaucoup a été fait pour des choses qui n’ont pas avancé. La logique bureaucratique s’est imposée, la lassitude, des retards, des intérêts politiques partisans, des quotas de pouvoir régional et municipal, mais aussi la corruption et les mafias. Comment faire en sorte que le cela ne se répète pas et que nous puissions réellement avancer dans la réalisation des objectifs proposés ? Comment pouvons-nous reprendre cet agenda en suspens et l’intégrer dans l’agenda actuel ?

Tout d’abord, nous pensons qu’en plus de l’élaboration détaillée des propositions, il est nécessaire de définir des priorités, d’élaborer des plans et des calendriers d’exécution, d’orienter les ressources ainsi que de définir les responsables des tâches aux différents niveaux de gouvernement et dans les instances organisées des communes ; ces plans et calendriers doivent être examinés périodiquement. Les raisons du non-respect et des retards éventuels doivent être évalués afin de déterminer les responsabilités et prendre les décisions en la matière.

Deuxièmement, il est essentiel que cela soit fait à l’égard du pays, d’une manière publique et transparente, sans opacité d’aucune sorte ; à cette fin, il faut mettre à profit internet et les technologies de l’information et de la communication.

Troisièmement, il est essentiel que les communes disposent d’instances et de canaux au sein du gouvernement pour pouvoir porter plainte au sujet des obstacles, des retards, du détournement des ressources dans la mesure où cela se produit : ces canaux doivent être d’une efficacité immédiate.

Quatrièmement, il doit y avoir un espace et des moyens pour que les médias publics deviennent des haut-parleurs tant pour les mesures prises dans les processus de respect des accords que pour les critiques, alertes et dénonciations qui doivent être faites.

Cinquièmement, il faut que les électeurs du Secteur des communes et des Conseils communaux élus par le peuple lors d’élections libres et directes aient un poids déterminant ; le pouvoir transféré par la base communale à ces fonctionnaires doit se traduire par une contre-expression et doit être reconnu dans sa juste mesure par les institutions du gouvernement national, régional et municipal, ainsi que par les autres organes qui constituent l’État.

Le peuple des communes et ceux d’entre nous qui promeuvent et accompagnent la construction communale se sont avérés être l’une des constructions les plus importantes de toutes ces années de révolution ; c’est là que se concentre la base populaire la plus engagée dans les transformations profondes, celles qui concernent l’approfondissement de la démocratie, la défense de la souveraineté, le développement productif. Ceux d’entre nous qui font partie du secteur communal ont également fait preuve d’une loyauté absolue envers la révolution, le gouvernement bolivarien et le président Maduro. Nous voilà, ancrés au sol, fermes dans la défense de l’héritage du commandant Chavez. Notre combativité et notre capacité de lutte seront entièrement mises à disposition pour respecter ces nouveaux accords. L’institutionnalisation du gouvernement bolivarien à tous les niveaux et l’institutionnalisation de l’État dans son ensemble doivent également s’avancer et assumer cette tâche. C’est l’horizon stratégique de la révolution qui est en jeu.

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

Jardins d’orangettes, Commune de Macho Capaz.

L’ex-ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (assis au fond) durant la fête populaire qui a marqué la légalisation de la six-centième commune

Commune Agro-écologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographie : Verónica Canino

Le communicateur alternatif et directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Commune Sabas Peralta

Source : http://www.crbz.org/congreso-de-comunas-como-trascender-del-compromiso-a-los-hechos-comunicado-de-la-corriente/

Traduction : VeneSol

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Le Président Maduro annonce la création de l’Institut National pour la Décolonisation

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A l’occasion d’une rencontre avec des intellectuels de différents pays qui participaient à la IIIème Ecole de Pensée Critique Décoloniale ouverte au public vénézuélien, le Président vénézuélien Maduro a approuvé la proposition présentée par Enrique Dussel et Ramon Grosfoguel de créer un Institut pour la Décolonisation, qui combattra la formation européo-centrée qui prévaut toujours à l’intérieur de nombreux programmes éducatifs. Le Ministre du Pouvoir Populaire pour la Culture, Ernesto Villegas, a été désigné pour parachever sa création avec le collectif des intellectuels.

La rencontre entre le Chef de l’État et les intellectuels a eu lieu au palais présidentiel de Miraflores à Caracas, et a été retransmise par la chaîne publique de télévision. Les penseurs visitaient le Vénézuela à l’occasion de  la Troisième Ecole de Pensée Critique Décoloniale : Etat et Processus Constituants, qui se déroulait à la Bibliothèque Nationale du Vénézuela entre le 22 et le 26 octobre.

« Ce furent des journées de débat et de réflexion extrêmement intéressantes, pertinentes, profondes et absolument libres » a expliqué le Ministre de la Culture Ernesto Villegas.  « Le gouvernement bolivarien, à travers ses distinctes institutions, leur a donné tout son soutien, mais cela ne s’est nullement traduit en restriction ou limitation, de manière à ce que l’évènement soit un plan pour le débat critique et autocritique des grandes affaires de l’humanité, particulièrement depuis la perspective de la décolonisation ».

Parmi les participants à l’évènement, on dénombre Enrique Dussel (Mexique), Ramón Grosfoguel (Porto Rico), Juan José Bautista (Bolivie, gagnant du Premier pris du Libérateur de la Pensée Critique en 2014), Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni (Afrique du Sud), Houria Bouteldja (France), Karina Ochoa (Mexique) et José Romero-Losacco (Venezuela). S’est également joint au rendez-vous à Miraflores, le Directeur général de la Bibliothèque Nationale Ignacio Barreto ; le président du Centre National des Etudes Historiques, Pedro Calzadilla; Adán Chávez, Saúl Ortega, Jacobo Borges, Cilia Flores, Tania Díaz, Nicolás Maduro Guerra et Aurora Paredes, entre autres.

« Ce n’est pas dû au hasard que cet évènement ait lieu ici au Vénézuéla, au milieu du bourgeonnement fasciste qui s’est implanté sur notre continent et dans le monde » a exprimé Villegas. « Le Vénézuela  confirme être le bastion de la lutte pour la décolonisation, l’émancipation, la construction d’une nouvelle société distincte et supérieure au capitalisme sauvage et à celle de la modernité et du colonialisme ».

Les propositions.

Le professeur Ramón Grosfoguel a souligné l’importance de défendre l’anti-impérialisme : «  tout anti-impérialisme n’est pas décolonial, mais on ne peut pas être décolonial sans être d’abord anti-impérialiste ».

A l’intérieur des débats en Amérique Latine, beaucoup de gens se présentent comme anticolonialistes, mais à l’heure d’opiner sur le processus bolivarien au Vénézuela « lamentablement, ceux-ci prennent partit pour la droite pro-impérialiste et néolibérale de ce pays ». C’est pour nous, une contradiction énorme ». Cela indique que le décolonial doit tenir un engagement politique et éthique avec les peuples en lutte pour leur libération.

Il a également suggéré qu’« il faut avoir l’idée de penser conjointement un institut de production de en connaissance décoloniale, qui soit transversal » et qui puisse contribuer « pas seulement une fois l’an, mais chaque jours au Vénézuela ». Il a indiqué qu’il y a une génération de de vénézuéliens « formés pour nous, qui peuvent assumer le projet eux-mêmes et l’emmener ».

Enrique Dussel, académicien reconnu, philosophe, historien, théologien d’origine argentine, naturalisé au Mexique, a signalé que, « par malheur, même dans les processus révolutionnaires avancés comme ceux de Cuba ou de la Bolivie, l’éducation primaire, secondaire et universitaire continuent d’être dispensées depuis une vision européo-centrée de la culture et de la science. «C’est difficile, mais nous devons une fois pour toutes changer le contenu du cursus d’enseignement, afin de changer aussi la mentalité de la jeunesse et de tous les citoyens, et ne pas attendre un siècle mais 4 ou 5 ans ». Il a également soutenu l’idée de former un institut qui pourra fournir un équipement « au niveau économique, politique et agricole » touchant ainsi toutes les activités d’un Etat.

« Nous continuons d’éduquer à la manière d’un français ou d’un nord-américain notre jeunesse et le citoyen, nous pouvons changer cela en peu de temps, avec des équipes qui écrivent des textes d’étude pour tous les collèges du pays, gratuits et qui permettront le changement. A cette fin, l’idée de suggérer la constitution d’un institut d’étude décoloniale, mais qui ne sera pas partie de différents ministères ou secrétariats, mais qui dépendra directement de la Présidence, pour que depuis cet endroit, il puisse irradier toutes les activités de l’État. Et cela signifie que « même la stratégie militaire doit être pensée de manière décoloniale ».

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Approbation de la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela.

A ce propos, le Président Maduro a signifié son accord pour la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela, à cette fin , il a désigné pour responsable le ministre Ernesto Villegas. Il a indiqué que cela était absolument nécessaire afin de donner cohérence, articulation et pouvoir avancer dans l’ensemble de ce processus pour consolider une indépendance absolue du pays. «  Pour la consolidation de l’indépendance véritable, il faut approfondir la décolonisation de notre pays, de notre continent et de nos peuples » a insisté Maduro.

« Je donne mon accord pour que l’Institut de Décolonisation soit connecté à la Présidence de la République, mais je désigne de manière publique le compagnon Ernesto Villegas (ministre de la Culture), comme cadre révolutionnaire du Vénézuela, comme grand essayiste politique, institutionnel et culturel pour un plan intégral de décolonisation. Mais avec un sens éminemment pratique ! » Il a manifesté sa pleine confiance en Villegas, et a appelé à installer ces initiatives « qu’elles aient une grande portée et tout le soutien dans tous les sens du terme ».

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a insisté sur le fait que le nouveau devait être enraciné dans les bases de la pensée révolutionnaire, défavorable à la période coloniale, ce qu’a toujours proclamé le Commandant Chavez. “Hugo Chávez était un homme qui changeait les structures et questionnait les paradigmes établit et il construisait de nouveau paradigme depuis la racine populaire vénézuélienne (…) Nous devons aller à un processus de décolonisation intégral du pays, (…) et l’intégrer au Plan de la Patrie 2025 pour consolider les valeurs de la nouvelle culture et l’indépendance du Vénézuela (…) Nous devons identifier comment créer des processus autonomes, pour aller conquérir les espaces qui consolident le 21ème siècle de la résurrection de l’Amérique Latine et des Caraïbes », a-t-il exprimé.

« Je suis convaincu que cet Institut, depuis l’Alba (Alternative Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique) fera l’Histoire, pour doter de lumières, d’idées, de projets, les processus inévitables que nous allons vivre en Amérique Latine et dans les Caraïbes » a indiqué le Chef de l’État vénézuélien.

Il a également indiqué que la décolonisation devra s’inclure comme une ligne additionnelle du Plan de la Patrie qui est en quelque sorte le programme fondamental du gouvernement.

En Réponse à Mike Pence.

Maduro a également répondu aux accusations du vice-président des Etats Unis, Mike Pence, qui avait déclaré récemment, que selon les informations reçues par le président du Honduras,  Juan Orlando Hernández, c’était… le Gouvernement vénézuélien qui aurait organisé et financé la déferlante de migrants fuyant la misère de ce pays jusqu’au territoire états-unien.

« J’alerte le monde sur la paranoïa de Mike Pence et des secteurs extrémistes du Gouvernement des Etats Unis contre le Vénézuela. Ils ont une obsession car ils n’ont pas pu nous mettre en déroute, et ne pourront jamais le faire car la Révolution Bolivarienne est décidée à avancer » a souligné le mandataire.

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a commenté le danger que représentent de telles déclarations pour sa sécurité et celle du Vénézuela, il a affirmé que les Etats Unis cherchent à démolir la Révolution, formant part d’une campagne de discrédit sans précédent contre la nation.

Maduro a rappelé les différents obstacles qu’a eu à affronter le chavisme depuis son arrivée en 1999, et particulièrement le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002.

« Nous avons du affronter l’assaut durant le premier Gouvernement de George Bush, quand ils vinrent donner un coup d’État, et ils l’ont donné. Ce Palais fût pris entre le 11 et le 12 avril 2002 (…) mais la mobilisation du peuple dans la rue, et l’union civique et militaire, ont fait échouer le coup d’Etat de l’Empire » a-t-il insisté.

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Traduction : Julie Jaroszewski

Source :  http://albaciudad.org/2018/10/presidente-maduro-anuncio-la-creacion-del-instituto-nacional-para-la-descolonizacion-videos/

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Terra TV : les paysan(ne)s du Venezuela définissent les contenus et se forment pour les réaliser

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Après avoir adopté les propositions faites par les paysan(ne)s de tout le Venezuela pour construire la forme et les contenus de Terra TV, l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre leur a donné un premier atelier de réalisation audiovisuelle. De cette manière naît concrètement le réseau de producteurs(trices) audiovisuel(le)s de Terra TV. Un média stratégique au moment où les grands propriétaires déclarent la guerre aux paysans, veulent reprendre les terres distribuées aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. Vous aussi vous pouvez appuyer la naissance de ce nouveau média en rejoignant ici les 88 premiers donateurs : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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A la plate-forme de la marche paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons totalement comme nous l’avons fait jusqu’à présent”. Compte-rendu de l’assemblée paysanne qui a défini les contenus de Terra TV, le 13 août 2018.

José Ramón Bastardo Martínez, de l’Etat Bolivar prend la parole : “nous semons des tomates avec moins d’eau que les privés et en décembre, nous on récolte le triple ! Mais ça les médias ne peuvent pas le dire. Cela doit rester caché, on produit pour la patrie mais ça il ne faut pas le montrer… Il y a quelques années je disais que j’allais monter une école de paysans mais ce n’était pas pour former des paysans mais pour former des hommes et des femmes de la campagne. Terra Tv doit être aussi une école pour ces jeunes qui vivent dans la ville, avec les pères et les mères qui sont dans le plus grand besoin, leur enseigner à traire une vache, à manier des machines, à monter à cheval, à manier la hache et la houe, comme on le voyait dans cette vidéo…

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Pour Neida Rodríguez, venue de l’Etat de Portuguesa : “Quand vous nous demandez ce que pourrait être une télévision paysanne, sur nos propres terres, dans nos propres espaces, je dis qu’on pourrait faire, pourquoi pas, un feuilleton de la femme paysanne, du fils de paysans, du mari paysan, faire le feuilleton à partir de là, faire le feuilleton depuis ce lieu, vivre notre vie à nous les paysans. Si on réalise des feuilletons de toute sorte, sur les rives du fleuve Arauca, pourquoi pas un feuilleton plein d’amour pour le Venezuela et non seulement pour le Venezuela mais pour toute l’Amérique Latine. Comment est la femme et l’homme paysan, pourquoi nous avons un grand cœur en tant que paysans, si le monde n’en sait rien c’est parce qu’on nous a invisibilisés mais grâce à Terra TV, la télévision populaire qui va porter notre voix et nos sentiments aux pays frères, ils verra comment est le travail du paysan et de la paysanne quand ils se lèvent pour réaliser leur tâche quotidienne, tout ce qu’il leur faut faire, pourquoi ne pas en faire un feuilleton, quand ils se lèvent tôt avec leur gourde d’eau, pourquoi nous n’avons pas droit nous les paysans à ça ? Sans maquillage, sans déguisement, vers d’autres frontières, ou un documentaire pour qu’on voie comme on travaille, comment on fait la production. Si vous voyiez nos enfants, nos petits enfants, comment nous semons, ou comment nous marchons, pourquoi nous marchons pieds nus, on pourrait faire un feuilleton où nous lavons, là où nous sommes, au bord d’un fleuve, dans la cuisine de terre ou dans une maison qui n’est pas en ciment mais dans une maison paysanne, une maison de palmes. Nous, nous produisons de tout, c’est un bonheur. Malgré tout nous vivons bien, à la campagne. Nous voyons la femme urbaine, et nous sommes tristes pour elle, quand l’enfant lui demande à manger, quand il y a la faim, il y a la faim, alors pourquoi ne pas venir travailler avec nous, au moment des vacances, en décembre, pourquoi ne pas aller avec nous à la campagne, je ne leur dis pas de déménager mais ils vont voir qu’après le travail avec nous, ils vont commencer à construire des maisons avec nous. Nous sommes des oubliés sur le plan des institutions, des intrants, de l’engrais, des semences… Et pourquoi nous les paysan(ne)s nous ne pourrions pas être comme vous ? Avoir un studio, Terra Tv, je vous dis d’aller sur les terres pour voir la qualité de personnes que nous sommes et oui, j’aimerais qu’on fasse un feuilleton pour que les gens attendent l’heure de la diffusion et se disent “nous allons regarder le feuilleton des paysans” et que jour après jour on suive l’évolution de la femme paysanne, comment la situation s’améliore… Merci à Terra TV d’avoir suivi notre marche pas à pas et je vous le dis, ceci est un début, un éveil du paysan, parce que nous avons encore un tas de choses à régler.

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Selon un autre compagnon de l’état du Zulia, “Terra TV est un grand espace pour développer tout le potentiel culturel de notre peuple, la danse, la musique, la gastronomie, je parle d’une culture qui naît dans nos peuples, de racines, c’est différent de ce qui se projette dans une école, dans une maison de la culture. Il y a toute une transculturation, nous devons valoriser ce que font notre peuple, nos paysans.

Pour sa part le militant Andrés Alayo exprime : “Pourquoi Terra TV naît à El Esfuerzo et non à El Tunal ?, pourquoi ? Parce qu’il y a une option à El Esfuerzo, une communauté paysanne qui a été expulsée, son école brûlée, il y a une communauté qui construit, qui est un modèle agricole totalement différent de celui d’El Tunal. C’est une lutte communicationnelle avec des acteurs concrets. Comment construire un autre modèle de communication sans que les outils ne soient aux mains du peuple ?”

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Arbonio Ortega, un des leaders de la marche paysanne, de l’état Portuguesa : “on se souvient de comment était Vive TV il y a quelques années, dans la lutte et on se disait : pour travailler la terre, il y a la houe, la binette, le soc et pour la lutte, il y a la télévision; la communication… des armes qui font peur au grand propriétaire et au latifundiste. C’était aussi un moment d’intégration. On s’intégrait et on perdait même la peur de parler, de parler à la caméra, au micro, il y avait une intégration entre le journaliste, le reporter, le paysan… Ces jeunes de la chaîne prenaient leur sac à dos et s’en allaient à la campagne, ainsi était Vive. Je me souviens de plusieurs traversées, à l’Esfuerzo Bolivariano à Guanarito, à cheval, avec l’eau jusqu’à la ceinture… et quel bonheur, avec la caméra dans le sac à dos, et ce n’était pas une petite caméra comme celles d’aujourd’hui, c’était un machin grand et lourd qu’on portait sur le dos, pour enregistrer la lutte, ce n’était pas comme les pistolets-jouets d’aujourd’hui, même si ceux-ci sont tout aussi redoutables et peut-être plus, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de cas n’ont-ils pas été documentés ? 2006, 2005, où on surprenait les vigiles des grands domaines en pleine action, armés jusqu’aux dents, et on a fait tant de documentaires. Combien de programmes ne concernaient le secteur paysan ? Je me souviens de “arrachons les barbelés” à Vive TV. Combien d’images n’avons-nous vues de tant de compagnons tombés, tués, disparus ? Combien de compagnons n’ont-ils pas dit de mots en faveur de la lutte pour ensuite se transformer en dévoreurs de terres, vendant la terre, ceci sert aussi à réfléchir. Pour apprendre de ceux que nous appelons les voyous de la terre. Notre idiosyncrasie, l’échange de notre idiosyncrasie aussi, à travers la télévision.

Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ?

À El Esfuerzo, “Jota” de Terra TV attendait un ministre à Acarigua pendant que les grands propriétaires incendiaient l’école, et il y est allé avec la caméra, ce fut un coup de maître, sans doute que sans ces images l’Etat n’aurait pas bougé, même si les enfants d’El Esfuerzo allaient les enregistrer avec leurs tablettes, mais le plus fort ce fut Jota avec sa caméra. Les médias privés comme Venevisión ont produit des feuilletons comme “Doña Bárbara”, mais même la manière de parler des personnages n’allait pas, c’était comme une moquerie. Quand on lit “Doña Barbara”, on voit que le roman n’a rien à voir avec ça, ils le trahissent complètement. Pour l’auteur Rómulo Gallegos ce serait une honte de voir cela. Par contre si les mêmes personnages sont fidèlement restitués, si leur langue est maintenue, et le contexte aussi, alors l’adaptation nous touche. Là aussi la télévision devient nécessaire, pour maintenir vivante notre identité, notre manière d’être, de penser. Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ? Certains se battent encore comme la compagne de Colombeia TV, de Terra TV, mais Vive TV s’est perdue totalement, cette chaîne ne ressemble plus en rien à ce qu’il était initialement. Au début les compagnons voyageaient jusqu’au lieu de la lutte; parce qu’ils sentaient qu’il fallait y aller, “allons-y !”, sans rien demander en échange, parfois sans hamac, pour vivre la réalité rurale, avec les moustiques et tout. Je vois Terra TV comme une bonne initiative qui va nous réveiller à cette étape de l’Histoire. Je crois que c’est crucial dans ce moment historique que nous vivons, à ce croisement des chemins, parce que quand l’ennemi veut nous voler à nouveau nos terres, quand il veut déclarer une guerre aux paysans, la communication va jouer un rôle important, nous devons livrer cette bataille. Nous devons réussir ou perdre. Le grand propriétaire fonce sur nous et nous n’allons pas le permettre. A travers la communication nous allons montrer les degrés d’unité, d’organicité, la capacité de mobilisation que nous pouvons mener et cela va être une arme puissante contre l’impérialisme. A la plate-forme paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons sous tous ses aspects comme nous l’avons fait jusqu’ici. Autre chose : l’échange sur le plan international avec les autres mouvements paysans. Ici l’élément de pouvoir est la terre. Ils veulent nous éliminer pour conquérir le monopole de la terre et de ses ressources, c’est pourquoi ils nous tuent, partout.

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Douglas Quintero, de l’Etat de Trujillo, prend la parole : “Comment j’imagine la télévision des paysans ? D’abord comme instrument de formation sociopolitique. Deuxièmement comme un outil didactique pour offrir des connaissances au paysan. Parce que la guerre économique nous a fait comprendre que nous en sommes aux balbutiements à l’heure de produire. Qu’on nous coupe l’approvisionnement en intrants, en produits chimiques, qui sont des composants de l’agriculture conventionnelle… et la production retombe presque à zéro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous les paysans, bien que nous disposions de la parcelle comme outil de production, nous sommes encore loin du compte. Beaucoup de paysans sur le plan national ne savent pas ce qu’est un compostage et ne savent pas qu’à travers un biodigesteur nous pouvons produire du gaz. La télévision pourrait nous aider, en plus de la formation, à renforcer la lutte politique. Je voudrais qu’existent des espaces pour transférer la technologie, par exemple, pour comprendre que l’engrais organique est plus puissant que l’engrais chimique et ainsi nous le produirions dans toute la plantation. Je crois qu’il y a des gens qui ne saisissent pas la différence entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture organique, alors que c’est l’agriculture organique qui va nous apporter l’émancipation comme paysans y que va nous libérer d’une entreprise comme Agropatria, mais nous ne cherchons pas à en sortir. L’heure est arrivée. La guerre économique nous a apporté de mauvaises choses mais aussi des points positifs comme de nous rendre compte qu’il y a d’autres outils pour renforcer la production et pour que l’alimentation revienne dans les rayons. A partir de 2016, la majorité des productions étaient à prix écrasé, le riz, la farine de maïs, la viande, mais aujourd’hui même les marchés paysans ne sont plus une option, les commerçants mettent un kilo de pommes de terre à deux millions, ils nous ont ruinés, même un kilo de bananes qui étaient le produit meilleur marché vaut un million. Nous devons aller au plus profond et avec cette télévision apprendre comment on peut produire des semences d’oignon, de pomme de terre, ici nous avons tous les climats. Introduire des connaissances comme celles de la ferme intégrale, pour que le producteur soit plus efficace, plus intégral à l’heure de produire et qu’il y ait plus de bonheur tant envers les consommateurs qu’envers les producteurs. Il y aura moins de cancers.”

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Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes.”

Une compagne paysanne de l’Etat de Barinas conclut : “c’est important de visibiliser le travail, de mettre en lumière ce que les médias ne montrent pas. Parce que le média privé montre le paysan comme un pauvre hère, par exemple comme la femme qui doit épouser un riche mari pour pouvoir cesser d’être paysanne. Nous ne voulons pas que l’on nous regarde comme des pauvres gens, nous sommes celles et ceux qui travaillons et produisons la nourriture pour que ce pays puisse s’en sortir. Mais les institutions se sont pliées aux intérêts des grands riches qui ont de quoi les acheter sous la table. Mais nous sommes ceux qui semons. Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes, fiers d’être paysans. Moi par exemple j’étudie mais je veux aussi semer, je veux aussi avoir mon lopin de terre. L’agroécologie rend indépendant le paysan. Nous les paysans nous dépendons des semences de transnationales et nous ne voulons pas travailler avec des produits chimiques, avec des OGM. Les paysans sont ceux qui transmettent à leurs enfants les connaissances ancestrales, nous devons donc chercher et voir où sont ces connaissances. C’est ce dont nous avons besoin. Comment nous réussissons à maintenir par exemple les semences de maïs. Par exemple en ce moment l’Institut Agroécologique Latino-américain Paulo Freire (état de Barinas, NDT), travaille avec certaines de ces semences. Mais ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont rien et ce sont eux qui poussent tout le thème agroécologique. Ils ont un programme qui s’appelle “maître populaire”: je suis paysan, je vais, je vois et en tant que paysan je vais en former d’autres, on donne des cours sur la manière de cultiver la terre, pas comme ces ingénieurs qui viennent commander. Et quelle fut la manière de revendiquer la marche paysanne invisibilisée par tous les médias ? Ce fut une diffusion télévisée nationale exigée par le président. Parce que ce fut une marche des pauvres, venus à pied, avec un camion qui devait transporter l’eau mais qui est tombé en panne. N’importe qui aurait dit : je rebrousse chemin, parce qu’imaginez, sans eau ni nourriture; et en fait les gens qui nous ont vus, ont dit : nous voulons que vous parveniez au terme de votre marche, nous allons vous aider, et les gens sont sortis pour nous donner de l’eau. Ils nous ont dit : “entrez chez moi, vous pouvez rester ici, ici il y a de la nourriture pour que vous l’emportiez”. Ce sont ces choses qui nous ont fait tenir à tout moment, et plus encore maintenant, quand on voit la réussite que la marche a permis, qui a dépassé nos espérances. L’espoir a envahi les gens, ils se sont sentis fiers et se sont enfin éveillés, c’était l’unique façon; tout le monde se plaint mais jusqu’à présent ce fut la seule action pour dénoncer la situation, pour que le président Maduro se rende compte de ce qui se passait, se rende compte de toute notre souffrance, de tous nos problèmes et que ces problèmes ne viennent pas d’aujourd’hui, depuis combien d’années se battait le compagnon Parra pour les terres (paysan assassiné par des grands propriétaires peu après la réunion entre Maduro et la marche paysanne, NDT) ? Pas depuis un mois ou deux jours, parce qu’ils ont entamé la marche avec nous et cela faisait six ans qu’ils occupaient ces terres. Comment l’ont-ils tué, pourquoi l’ont-ils tué de cette manière ? Ils l’ont torturé pour que le reste des paysans quittent les lieux, s’enfuient.. Et ce paysan, ce n’est pas qu’ils l’ont tué tout à coup, il y a eu tant de dénonciations, de visites aux institutions mais le grand propriétaire s’est dit : après tout ce n’est qu’un petit paysan, je le tue, je paie le juge, je paie la police, je m’en sors bien et plus personne ne saura rien du paysan. Grâce à cette marche on essaie de faire que justice soit rendue, je crois qu’on peut y arriver et aussi pour deux autres paysan assassinés au même endroit par les mêmes personnes (les assassins de Parra ont depuis été arrêtés grâce aux pressions des paysans, NDT).

Photographies de l’assemblée et de l’atelier : Jonas Boussifet.

Source de cet article : https://wp.me/p2bGPp-1Tb

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4hI

Terra TV… ou les efforts d’une luciole

par Julie Jaroszewski, envoyée spéciale au Venezuela

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Julie Jaroszewski à la guitare, lors de l’atelier de Terra TV avec les paysan(ne)s de la Commune El Esfuerzo, Portuguesa, Venezuela, 16-21 juillet 2018

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Le camion chargé à ras-bord de sacs, vidéoprojecteur, bout de matelas, cadre de lit, et d’une équipe féminine de l’Ecole Populaire et LatinoAméricaine de Cinéma et de Théâtre, a laissé derrière lui la route de goudron de Guanare dans l’Etat de Portuguesa et s’engage dans les chemins de terre. Le soleil se couche doucement sur les collines au fond de cette plaine agricole du cœur du Venezuela et les premières lucioles commencent à scintiller dans les arbres. Entre un cadre de lit et deux dos d’âne, on s’échange des tartines de fromage blanc en riant. Puis une étoile s’allume, puis une autre, puis c’est la lune.

Impossible de ne pas penser à la Barraca, la compagnie théâtrale dirigée par Federico Garcia Lorca, durant la seconde République espagnole et s’intégrant au projet gouvernemental des missions pédagogiques de la « Nina Roja ». La vocation de Terra TV est semblable : apporter via le théâtre, le cinéma et la télévision, les outils aux communautés rurales en lutte afin de pouvoir se raconter.

La commune ici, s’appelle El Esfuerzo (« l’effort»), et rassemble une quarantaine de familles paysannes. Depuis 2011 et après avoir initié la procédure légale pour la récupération des terres -telle que le stipule la loi des Terres et Développement Agraire- celles-ci ont commencé à construire leurs maisons et à cultiver la terre. Ce 14 février dernier, après dix ans de lutte, les habitants ont vu leurs efforts reconnus par l’État bolivarien à travers l’obtention d’un titre de propriété reconnaissant leur droit à vivre et produire sur ces terres.

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Yarumi Gonzalez et Estephanie Carrizales, formatrices de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Marilena Jara, formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

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Betzany Guedez formatrice de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE)

La présence de l’Ecole a pour vocation de donner de manière récurrente des ateliers transmettant des techniques de jeu d’acteur, de langage audiovisuel mais aussi de dramaturgie, afin de dégager avec la communauté les bases qui serviront à l’élaboration d’un scénario retraçant l’épopée menée pour la construction de leur commune paysanne. Il ne s’agit pas seulement de raconter le passé, mais d’interroger le présent, afin de fortifier de manière consciente au sein du groupe, ce qui fût acquis, les fragilités, les conflits en cours, et l’émergence des nécessités. La dramaturgie ici, devient un outil au service de la communauté apportant la distance nécessaire afin de se reconnaître dans la construction d’un récit commun.

C’est la chanson de Chicho Sanchez, Gallo Rojo – Gallo Negro, qui va être choisie pour exemple afin de transmettre les fondamentaux de la dramaturgie et dégager les bases d’un scénario. Composée au début des années 60, cette chanson était rapidement devenue un hymne contre la dictature franquiste. Elle met en jeu deux coqs, l’un rouge et l’autre noir. Le premier veut chanter l’espérance avec les siens, le second appelle l’obscurité et veut chanter seul. Ils s’affrontent dans l’arène, le coq noir est grand et traitre mais le coq rouge est courageux. La chanson se conclut sur la révélation du coq rouge, il y formule qu’il ne se rendra pas avant d’être mort. Le choeur du refrain, chante la peine du manque de transmission historique.

A travers des ateliers avec les enfants, les femmes et les hommes de la Commune del Esfuerzo, ceux-ci analysent et transposent la chanson à leur réalité. Le coq noir ici, c’est Bernardo Medina Moser, le fils de l’ancien propriétaire de ces terres laissées à l’abandon et saisies par l’État vénézuélien suite à la présence de groupe impliqués dans des délits. Aujourd’hui, celui-ci tente d’exproprier une partie des terres occupées par la communauté afin de s’approprier le bois des tecks, ses arbres précieux représentant une valeur marchande considérable.

Le coq rouge c’est la communauté del Esfuerzo en pleine construction de son conseil communal. Son école a été brûlée par le coq noir, mais les fondations d’un nouveau bâtiment sont d’ores et déjà debout, grâce à l’endurance du groupe et au soutien du gouvernement bolivarien. Une partie de la communauté et de ses leaders sont en marche depuis l’État agricole jusqu’à Caracas afin de faire entendre leurs revendications auprès du gouvernement et solliciter un rendez vous avec le Président de la République Bolivarienne Nicolas Maduro.

Alors que les ateliers de dramaturgie se concluent, le dernier jour voit l’arrivée d’une inspection du Ministère Agricole. L’avocate de Bernardo Medina Moser a demandé une inspection des terres, celle-ci a dénoncé le non-respect de l’environnement dans la Commune del Esfuerzo. L’argumentation est cynique et oppose sans aucune honte, d’une part la volonté des paysans de vivre du travail de la terre et d’autre part l’appétit vorace des propriétaires terriens alléché par la valeur marchande des tecks (bois précieux).

Alors que la réunion se conclut et que la date de la prochaine séance est avancée entre les juges, les avocats et la communauté ; les membres de l’Ecole et la Communauté entonnent en choeur « Gallo Rojo, Gallo Negro ». Pendant que les véhicules des visiteurs démarrent et traversent la rivière, on énonce déjà les articles de lois à relire, étudier, travailler lors des prochaines sessions de travail. On discute des stratégies à adopter afin de valoriser le travail de reforestation entrepris par la Communauté afin de se défendre de toutes nouvelles attaques visant le non-respect de l’environnement.

Si dans la chanson de Chicho Sanchez, le choeur chante la peine du manque de transmission dans le combat que fût la guerre d’Espagne, ici, à El Esfuerzo, la bataille est toujours en cours. « Si le vent efface sans cesse ce que l’on chante », les membres de Terra TV sont debout aux côtés des communautés en lutte. Loin de lutter contre des moulins à vent, ils inscrivent dans le présent les bases d’un combat concret, celui de la nécessité d’une souveraineté dramaturgique et d’une liberté à oser définir ses objectifs loin de la culture dominante imposée par le capitalisme et le modèle colonial.

J.J. – 24 juillet 2018. Photos de l’auteure

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4am

Terra TV : le monde vu par les paysans

Atelier de Terra TV du 5 au 9 juin 2018 pour former les paysan(ne)s de la commune rurale « El Esfuerzo », Suruapo, état de Portuguesa, Venezuela.

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Nous enseignons le cinéma aux paysan(ne)s d’Amérique Latine pour qu’ils soient les producteurs de TERRA TV . Nous avons déjà reçu l’appui de 50 donateurs. Aidez-nous à créer ce nouveau média! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

« Dans les processus révolutionnaires, démocratiser la communication est stratégique » (Journal CoLatino, El Salvador)

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Gloria Silvia Orellana
@SilviaCoLatino

Thierry Deronne, cinéaste, professeur universitaire et journaliste, est convaincu que la démocratisation d’une société passe par le renforcement du rôle du peuple et de ses histoires, comme il l’enseigne, et que cela renforce le processus révolutionnaire dans la République Bolivarienne du Venezuela. Deronne, qui est arrivé au Venezuela en 1994, venant de Belgique, a fondé, avec d’autres professionnels vénézuéliens de l’audiovisuel, l’ « Ecole populaire latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre » .

¿Pourquoi cet intérêt pour la communication des communautés?

Ce sont deux processus, les gens ont déjà leurs histoires, et évidemment nous partons de l’idée qu’il faut leur donner les outils pour renforcer le rôle principal du peuple, comme nous l’enseignons à l’université. Pour créer véritablement un processus de démocratisation il est important que le peuple joue le rôle principal, comme pour tout le processus révolutionnaire que nous sommes en train de vivre au Venezuela. Nous devons enseigner les nouvelles formes de communication sociale, pour que, lorsque s’ouvriront de nouveaux espaces de diffusion des acteurs audiovisuels, l’on ait une nouvelle forme et de nouveaux contenus.

¿Estimez-vous que cela a été un plus pour le concept de communication?

Quand je parle d’outils, je ne veux pas seulement parler des techniques, mais précisément d’un rapport au contenu. On tombe souvent dans le piège qui consiste à les séparer, d’un côté l’idéologie, de l’autre la technique. Et ce divorce est un danger, c’est un piège. En fait, nous leur expliquons qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau, et c’est là qu’est le saut qualitatif, une technique qui peut apporter un grand changement dans la communication.

¿Quelle est votre lecture dans le contexte politique actuel du Venezuela?

De manière générale, la réalité au Venezuela est bonne, bien que les medias soient entre les mains des grands groupes de pouvoir, mais je peux te dire que nous sommes un système démocratique qui se développe, nous savons qu’il y a une overdose d’élections, il y a eu plus de 25 scrutins en 18 ans, dont la légitimité et la transparence ont été certifiées par des présidents ou des représentants de cours électorales ainsi que par des experts de différentes latitudes de l’Amérique latine. Et nombreux de ces présidents électoraux qui ne sont pas proches de l’idéologie bolivarienne, mais qui sont des experts, ayant une longue expérience des processus électoraux, ont toujours corroboré et réaffirmé la transparence e des processus, mais ce qui caractérise véritablement cette démocratie vénézuélienne, c’est le Pouvoir Populaire.

¿Comment les institutions jouent-elles leur rôle?

Au-delà de la nature représentative de la démocratie, je crois que la démocratisation vient de la croissance en droits. Toutes les semaines, l’assemblée constituante élue l’année dernière mobilise pour une action, des mouvements sociaux ou de collectifs féministes. Et de cette manière, tout ce que l’on peut imaginer comme mouvement social cherche sa lutte aux côtés de ses représentants sectoriels et des députés à la Constituante. Car les députés ne sont pas seulement les députés des territoires, ils représentent aussi des secteurs, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les mouvements de femmes et les travailleurs font appel à leurs députés. Et à mon avis, il n’y a rien de tel que la mobilisation permanente pour que les revendications ou les pétitions ne tardent pas, ne soient pas reléguées au second plan. C’est comme une marmite toujours en ébullition, pleine de propositions. Grâce à cette participation populaire, peu à peu on vient à bout du monstre bureaucratique, pour en faire quelque chose de beaucoup plus contrôlé et efficace. C’est ce travail que nous appelons le pouvoir populaire.

¿Comment le pouvoir populaire relève-t-il les défis de la situation économique et sociale?

Il y a un secteur privé qui contrôle plus de 80% de la production et de la distribution nationales, ce qui te donne une idée des moyens qu’ils ont de créer les phénomènes de pénurie et de hausse permanente des Prix. Pour y faire face, le gouvernement travaille à deux niveaux, par l’augmentation du salaire, pour protéger le pouvoir d’achat des gens. Il y a deux mois on a presque atteint les 100%, mais le secteur privé a répliqué par une hausse des prix des produits quasiment dans la même proportion.

Cela fait dix jours que l’Etat contrôle les marchés municipaux, où se trame la manipulation des prix, avec la contrebande vers la Colombie. Le travail a été progressif et peu à peu on attaque la structure même de la spéculation, l’Etat cherche à protèger les voies vitales de production et de distribution pour les gens. Autre aspect du pouvoir populaire, la création des Comités locaux d’approvisionnement, c’est une nouvelle stratégie à laquelle a obligé la guerre économique, mais qui est intéressante car elle a réveillé à nouveau le mouvement populaire, qui était atténué depuis la mort d’Hugo Chavez.

Cela a conduit à la création de nouvelles stratégies de survie qui se sont substituées au conseil communal, et ce réveil de l’organisation populaire a joué un rôle stratégique dans la récente victoire électorale.

¿Comment abordez-vous la guerre médiatique?

On ne peut plus remettre vraiment à plus tard une initiative commune ou de démocratisation des médias. C’est inévitable, nous sommes dans la caverne de Platon, où les reflets arrivent à travers les medias hégémoniques, qui sont entre les mains des groupes du pouvoir économique qui sont ceux qui font la guerre médiatique.

Je vais te donner un exemple: l’image constante du Venezuela dans les medias, avec une grande intensité, pour justifier une invasion étrangère par une soi-disant crise humanitaire. Ou bien quand un expert de l’ONU, Alfred Maurice de Zayas, spécialiste en situations humanitaires qui travaille depuis vingt ans en Afrique, qui a publié de nombreux livres et qui enseigne dans de nombreuses universités sur la question de la crise humanitaire affirme qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, mais un défaut d’approvisionnement et qu’il faut différentes manières pour l’éviter.

¿Quel est l’intérêt des Etats-Unis au Venezuela?

Il y a deux niveaux d’appétit de l’empire des Etats-Unis pour le Venezuela. Les grandes réserves de pétrole sont mondialement connues, de même que d’autres richesses comme l’or et d’autres métaux, ainsi que des ressources naturelles qui intéressent les multinationales. Il y a un deuxième aspect que l’on oublie parfois, le plus important: “l’exemple politique”, cet élan qu’a donné la Révovolution Bolivarienne à de nombreux autres peuples qui aspirent à l’émancipation et à la construction d’alternatives au Capitalisme Libéral.

¿Quels sont les défis pour la gauche latino-américaine?

Le défi pour la gauche est d’apprendre à gérer les problèmes des critiques, sans les couvrir, mais au contraire en saisissant l’occasion pour aller à la rencontré des demandes et offrir de solutions , pour consolider la formation permanente du peuple , nourrir la politique publique. Il faut abandonner le verticalisme, le manque d’écoute ou les séparations bureaucratiques. Cette inconscience a coûté cher à la gauche dernièrement. C’est une leçon de plus, nul besoin de pessimisme,  c’est à partir du pouvoir populaire qu’on créera les changements.

Source : https://www.diariocolatino.com/en-procesos-revolucionarios-es-estrategico-democratizar-la-comunicacion-thierry-deronn/

Pour soutenir la création de Terra TV, une télévision nouvelle produite par des collectifs paysans en lutte pour la terre, et une école de formation pour les mouvements sociaux

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Lien pour les dons : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Qui sommes-nous ?

Depuis 20 ans l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) a formé des milliers de membres des mouvements sociaux d’Amérique Latine pour qu’ils puissent créer eux-mêmes leur image. Un vaste réseau s’est constitué, qui permet aujourd’hui de passer à nouvelle une étape : la création d’un nouveau média, Terra TV.

Pourquoi Terra TV ?

Notre objectif est de créer une télévision différente, horizontale qui sera un outil de formation, de diffusion et d’articulation des mouvements sociaux paysans et qui permettra de nouer un dialogue entre les expériences vécues dans un grand domaine occupé et mis en culture par les paysans sans terre du Brésil, dans une organisation paysanne de Colombie, une communauté indigène d’Amérique Centrale, une commune rurale du Venezuela et peu à peu avec des collectifs d’Europe, d’Afrique, du monde entier. Ces chroniques croisées, libérées de l’ »événementiel », donneront au spectateur la possibilité de découvrir l’image faite par les paysan(ne)s eux-mêmes. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV accompagnera d’autres collectifs dans la création de formes innovantes, non formatées.

 

Terra TV aura une triple fonction :

–          Diffuser l’image, et faire le suivi, de la vie quotidienne et du travail en profondeur des organisations paysannes et les traduire en portugais, espagnol, anglais ou français.

–          Mettre en ligne des modules de formation en réalisation audio-visuelle, en agroécologie, en Histoire, en économie, en philosophie, en pratiques socioculturelles, eux aussi, traduits en portugais, espagnol, anglais ou français, avec un suivi pédagogique pour les collectifs participant(e)s.

–          Organiser, articuler et nouer des solidarités internationales grâce au suivi des processus et à l’agenda des luttes. Toute organisation qui lutte pour la terre sous n’importe quelle latitude pourra afficher ses activités.

 

Comment soutenir la création de Terra TV ?

Nous faisons appel à vous pour financer l’équipe de ce nouveau média et pouvoir investir dans les outils adéquats. L’équipe sera constituée par :

–          2 monteur(se)s pour assembler les séquences envoyées par les mouvements sociaux et organiser quotidiennement la grille de la WebTV.

–          2 formateurs(trices) pour répondre aux  demandes de formation en ligne des mouvements, générer du contenu formatif adapté en poursuivant  le travail effectué depuis 20 ans par l’EPLACITE.

–          4 traducteurs(trices) pour traduire les productions audiovisuelles et les textes formatifs du portugais ou de l’espagnol au français/portugais/espagnol.

–          Un(e) Webmaster pour coordonner toute l’équipe, répondre aux courriers et maintenir la conception du site à jour. C’est donc un coordinateur et un graphiste en même temps.

–          1 ordinateur type Mac Pro pour le Webmaster + location du serveur.

Autres manières d’aider ce projet..

Si vous ne pouvez aider économiquement ce projet, vous pouvez aussi le soutenir en relayant l’information dans les réseaux sociaux, journaux, etc.…

Note : Les dons au profit de Terra TV vous donnent droit à une réduction d’impôt de l’ordre 66 % du montant versé.

 

(Vidéo intégrale) : « Un pont pour Pluton » ou comment fonctionne notre école populaire de cinéma

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Ce reportage montre les cinq jours d’atelier/tournage et le court-métrage réalisé par les militant(e)s de diverses télévisions associatives du Venezuela lorsqu’en 2015 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, de Télévision et de Théâtre (EPLACITE) prit ses quartiers sur les hauts de Cordero, à la frontière avec la Colombie. Un cours de scénario donné par Thierry Deronne à partir du temps-spirale d’Alejo Carpentier avait motivé les 12 participant(e)s à écrire l’histoire de “Pluton”, le vieux contrebandier d’essence. Puis vint cette leçon de cinéma sous la caméra-férule de Luis Rodriguez, réalisateur/professeur invité par l’EPLACITE.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-3Xi

La ferme-centre de formation de Caquetíos : «la production agricole est la clé pour ne pas disparaître en tant que nation»

Avec une importante production d’oignons, entre autres, l’Unité de Production Sociale Agricole (UPSA) Caquetíos, souligne l’importance de la production pour la conquête de la souveraineté alimentaire du Venezuela. Tel est l’objectif exprimé par les travailleurs de cette ferme aux journalistes de Ciudad Barquisimeto, « il ne s’agit pas simplement de mettre le produit sur le marché, mais aussi de reproduire des semences pour les donner à d’autres producteurs ».

Leonardo Herrera, l’un des responsables de la production, explique que les oignons qu’ils sont en train de planter viennent du Brésil. « Les graines sont amenées là par les camarades brésiliens du Mouvement sans terre, l’idée étant de planter des oignons pas seulement pour obtenir un produit frais, mais pour produire des graines ; en ce moment nous sommes en plein processus de la germination des graines ».

Avec cette procédure, les producteurs de Caquetíos, assurent que les différences entre une économie capitaliste et une économie socialiste sont démontrées. Dans le premier cas, les entreprises sont isolées et cachent les graines pour maintenir un monopole sur un produit, en profitant de la concurrence ; dans le second, les entreprises sociales travaillent en étroite collaboration pour que le progrès de l’une serve d’exemple aux autres. Ils expliquent que de meilleurs produits atteignent la population et ainsi le bien-être des personnes est au-dessus des intérêts particuliers des producteurs.

SI NOUS NE PRODUISONS PAS, NOUS DISPARAITRONS EN TANT QUE NATION

Les producteurs disent que les techniques de production devraient être améliorées pour tirer le meilleur parti de la terre. Par exemple, Herrera explique que la population paysanne au Venezuela ne dépasse pas 13 pour cent et que seulement 7 pour cent produit. Avec un pourcentage si faible, il faut nourrir plus de 30 millions d’habitants, ce qui, selon lui, nécessite un meilleur travail de la terre et de meilleurs moyens agricoles de production.

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« Nous devons encourager les gens pour qu’ils se consacrent  à la production agricole, parce que si nous ne produisons pas, nous disparaîtrons en tant que nation », a-t-il dit, se référant aux allusions de nombreux analystes qui se plaignent de ce que la nourriture au Venezuela dépende de la stabilité ou de l’instabilité des autres pays exportateurs.

Bien qu’il y ait en ce moment une plantation d’oignons, les producteurs expliquent que leur travail ne se limite pas à la monoculture, mais à la diversité des cultures. La raison est double, fournir des produits variés aux consommateurs locaux et prendre également soin de la terre, car «en cas de monoculture, les épidémies créent une résistance, ce qui est très négatif. L’idée est d’avoir une production constante avec cultures différentes « .

Après l’oignon, UPSA entrera dans un nouveau cycle de production avec la coriandre et la ciboulette, entre autres.

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Le maïs autochtone d’origine indigène, sauvé et produit à Caquetíos

LES SOLS VENEZUELIENS

Dans de nombreuses parties du territoire national, la monoculture a été utilisée pendant de nombreuses années. Les raisons en étaient diverses, l’une d’entre elles étant que les sols vénézuéliens n’étaient pas de bonne qualité pour certains produits, de sorte qu’il fallait les importer. Contrairement à cette affirmation, Edson Bagnara, représentant du Mouvement sans terre (MST) a déclaré que les terres vénézuéliennes sont de haute qualité, déplorant que jusqu’à présent, elles aient été condamnés à la monoculture.

« Au Venezuela, il n’y a pas de problèmes de sols. Au Brésil, il y a des endroits où la terre est très bonne et où il n’y a pas besoin d’engrais, mais après des années d’utilisation, il faut utiliser les mêmes engrais utilisés dans le cas de mauvaises terres. Au Venezuela, c’est exactement pareil », explique le brésilien et ajoute que« le problème n’est pas la terre. Dans la nature, tout doit être organisé, la terre est amendée, il faut s’y consacrer de façon appropriée ».

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Edson Bagnara, coordinateur du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil (www.mst.org.br) au Venezuela

Il a comparé la situation du Venezuela à celle du Cerrado Brésilen, où on disait qu’on ne pouvait rien y produire à cause de la qualité supposée médiocre du sol. Cependant, il explique que les meilleures cultures de soja ne sont pas dans les meilleures terres, mais dans le Cerrado où il ne pleut seulement quatre ou cinq fois par an. « On y sème du maïs en grande quantité pour exporter, c’est la preuve que le sol au Venezuela ne pose aucun problème », a-t-il réitéré.

IL FAUT PRÉSERVER LA MÉMOIRE AGRICOLE

Pour Bagnara, le vrai problème au Venezuela, c’est que la bourgeoisie a éliminé la culture agricole du peuple. « Il y a un énorme manque de motivation pour la production, parce qu’au Venezuela, intentionnellement, la bourgeoisie a effacé la mémoire agricole du peuple. La jeunesse ne ressent aucun sentiment pour la production héritée de génération en génération. Vous pouvez avoir les meilleurs sols, les meilleures semences et le meilleur système d’irrigation, mais s’il n’y a pas des personnes pour se charger de chaque processus, il n’y aura pas de production.»

Alexander Alayo, pour sa part, a rappelé que UPSA Caquetíos appartenait à la famille Sigala, mais plus tard, en 2008, elle a été récupéré grâce le commandant Chavez. Pour Alayo qui fait partie du groupe de soutien travaillant dans la UPSA, « le travail doit être fait avec soin, pour donner un traitement approprié au sol » et rappelle que le Venezuela souffre actuellement d’une attaque par ceux-là mêmes qui pendant de nombreuses années ont ruiné l’agriculture du pays.

Ils ont appelé d’autres producteurs à «croire dans le pays». Ils expliquent que les humains «peuvent vivre dans des grottes, sans églises, mais sans nourriture, ils ne peuvent pas vivre, la production est essentielle pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. L’appel est lancé aux producteurs et surtout aux jeunes pour sauver la culture du travail agricole ».

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Avec Carmen Meléndez, élue depuis gouverneure (chaviste) de l’ëtat de Lara

Alejandro Gil Rivero, pour CIUDAD BQTO, lundi 23 octobre 2017

Source : http://ciudadbqto.com/2017/10/22/upsa-caquetios-la-produccion-agricola-es-la-clave-para-no-sucumbir-como-nacion/

Traduction : FAL 33 (www.fal33.org)

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