Décolonialisme et anti-impérialisme, le point de vue d’Amzat Boukari

L’Ecole Décoloniale de Caracas, avec l’universitaire Ramon Grosfoguel et toute une génération de jeunes intellectuels comme Daniel Montanez, vient marquer une rupture salutaire depuis le Sud: reconnaître la « décolonialité » en « décolonialité anti-impérialiste. » Notre ami Amzat Boukari apporte son point de vue, mûri par son important travail d’organisation et de formation au sein du mouvement panafricaniste. Il aborde notamment la moue d’intellectuels « progressistes » ou « universitaires décoloniaux » à propos du Venezuela bolivarien. « On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple vénézuélien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines. »

LE DÉCOLONIAL N’EST PAS LE TROPHÉE D’UN PRIVILÈGE DE CONSCIENCE MALHEUREUSE, par Amzat Boukari

Avec Frantz Fanon, Amilcar Cabral et Cheikh Anta Diop en pivots, il existe une vraie critique radicale et RE-constructive de la pensée et de l’action décoloniales dans les milieux panafricanistes et afrocentrés, critique dans laquelle je m’inscris de manière solidaire mais qui est invisibilisée par la ridicule guerre médiatique menée par quelques pions de l’establishment conservateur au nom de la survie de la République. Des gens qui ne connaissent strictement rien de nos travaux et de nos luttes sont ainsi en train de se placer au centre du débat et de faire diversion. Des gens qui n’ont que mépris pour nos luttes et nos vies obtiennent des privilèges ou des crédits pour les étudier ou les caricaturer.

Pas plus que le panafricanisme, le décolonial n’est pas un fait divers. C’est une diversification des bifurcations géopolitiques de ceux qui voient l’eurocentrisme comme une impasse. Pour les militants panafricains, c’est soit on ouvre un chemin en faisant sauter le mur du fond (intégration dans une visée internationaliste), soit on creuse un tunnel pour faire convergence (Harlem/Alger/Accra/Bandung), soit on rebrousse chemin (Back to Africa). La hantise des milieux conservateurs est peut être de voir une véritable politique d’alliance panafricaine et décoloniale. La preuve en est que la critique panafricaine du décolonial n’est pas reprise par les conservateurs, bien qu’ils soient en train de chercher des valets dans nos rangs, car ils savent que le panafricanisme ne peut que renforcer et fluidifier le débat sur le décolonial en leur défaveur.

Un sas de décompression résidait jusqu’à présent dans le décolonial présent dans le cadre universitaire qui n’a pas forcément grand chose à voir avec le décolonial dans le cadre politique et militant. Il suffit de voir les quelques 2000 universitaires qui signent une tribune de défense de la liberté académique et de se demander lesquels accepteraient de signer une tribune de soutien à la politique bolivarienne, décoloniale et panafricaine du Venezuela soumis à une agression impérialiste. C’est une situation intéressante de voir autant d’universitaires signer une tribune et c’est toujours rassurant quelque part.

Néanmoins ce fossé entre la théorie et l’action est peut être le cœur de la liberté d’expression comme limite de l’engagement. On peut accepter de débattre d’une idée sans en valider les modalités d’application pratique. Comme sans doute plusieurs peuvent accepter de parler de la Françafrique et du néocolonialisme mais sans valider les actions qui mettraient fin à la Françafrique et au néocolonialisme. Une volonté de passer entre les gouttes qui se défend. C’est pour cela que le camp d’été décolonial avait marqué un tournant politique particulier, ainsi que le lancement de l’École décoloniale. C’est pour cela que je me suis engagé pour lancer l’école politique africaine (EPA) qui est un outil nécessaire sans avoir besoin de faire de longs discours ou de grandes tribunes.

Le paradoxe rejoint aussi les élections américaines où la victoire de Trump en Floride a été présentée comme le signe qu’il n’y aurait pas de vague démocrate. Les gens étaient déçus mais le vote en Floride est très lié à la politique américaine de déstabilisation envers Cuba et le Venezuela, thème qui a été absent des rares reportages-bilan du mandat Trump que j’ai pu voir. Sous Trump, beaucoup d’intellectuels et de médias « progressistes » ont d’ailleurs refusé de prendre position contre l’agression impérialiste au Venezuela.

Comment veut on combattre une idée en tournant le dos aux forces politiques d’alternative et de résistance qui incarnent cette idée ? C’est effectivement une problématique à géométrie variable car les idées se confondent parfois avec des opérations de communication et de récupération. Et des carrières. On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple venezuelien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines.

J’entends parler de retour au maccarthysme, oui, mais pour nous, le cointelpro n’a jamais cessé et nous n’oublions pas que la première cible des ancêtres du FBI et de la DGSI au début du 20eme siècle fut le panafricanisme et le garveyisme. Nous pouvons déplorer une critique répressive contre les militants panafricains et décoloniaux, puis les universitaires potentiellement « complices » de ces mouvements, selon une tactique d’intimidation qui a egalement déjà été appliquée aux Black and Africana studies dans le passé. Toujours plus facile à dire qu’à faire mais ne reproduisons pas la hiérarchie que nous prétendons combattre car on ne passera pas entre les gouttes. Don’t Agonize, Organize.

PS : évidemment, le panafricanisme est aussi pris dans de nombreuses illusions de puissance et des contradictions multiples donc dans ce post je n’en parle que de mon point de vue.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/05/decolonialisme-et-anti-imperialisme-le-point-de-vue-damzat-boukari/

Les « biens communs » coloniaux et la décolonisation de la gauche

Les chercheurs universitaires Daniel Montañez et Juan Vicente Iborra (UNAM, Mexique) dénudent les contradictions d’une certaine gauche « communaliste » occidentale. Tracer trop vite une « internationale des biens communs » dissout le rapport prépondérant du colonialisme. Le « ni-nisme » sur le Venezuela, si utile à l’Empire, n’en est qu’une des conséquences politiques.

Des vendeurs informels protestent sur la Plaça Catalunya de Barcelone contre la persécution raciste qu’ils affirment subir de la part des médias et des institutions. Photo : Sandro Gordo

Le paradigme du « commun » s’est installé dans la politique contemporaine à différentes échelles depuis des décennies. D’une assemblée de quartier à une ville collectivisée, en passant par les centres culturels, les musées et même les environnements institutionnels tels que les mairies, les municipalités et les partis politiques, cette idée rassemble diverses expériences d’organisation sociale qui renouvellent de manière créative divers horizons politiques. S’inscrivant dans le cadre universitaire, la proposition rassemblerait des intellectuels et des militants de toutes sortes, auparavant encadrés dans des traditions très diverses allant du marxisme et de la social-démocratie à l’anarchisme, l’autonomie, le municipalisme ou le mouvement des squatters. En bref, il semble s’agir d’une sorte de renouveau de la gauche qui est parfaitement exprimé par le jeu de mots proposé par la philosophe Marina Garcés dans le titre d’une de ses publications : « Commun (sans isme) ».

Mais qu’entend-on par « commun » ? Un nombre infini de livres ont été écrits sur le sujet au cours des dernières décennies, et une synthèse risque de caricaturer la proposition. Mais nous allons essayer. Au fond, ils semblent faire appel au fait que dans la civilisation capitaliste, le monde a été divisé de manière dichotomique entre les sphères publique et privée, faisant disparaître tout vestige de relation communautaire. L’individu apparaît ainsi comme un sujet éclaté qui affronte dans la solitude le monde des entreprises et de l’État, qui définissent le cadre de son existence. Il s’agit alors de retrouver les liens communautaires dans toutes les dimensions de la vie, des relations entre les voisins d’une ville ou d’un quartier à celles des ouvriers d’une usine ou de toute entreprise. Cela révolutionnerait la politique et le sens même de la vie en redonnant aux individus leur rôle actif dans le monde et leur essence d’êtres sociaux, récupérant ainsi les rênes de leur existence dans la collectivité.

Dans cette grande idée, il y a fondamentalement deux positions, l’une libérale et l’autre critique. La première proposerait que le commun puisse communaliser et humaniser le capitalisme, en proposant qu’à la propriété privée et publique s’ajoute la défense d’une propriété commune de ressources et de moyens de production. Le défenseur le plus connu de cette ligne était la politologue Elinor Ostrom, qui a étudié diverses expériences de gestion communale des ressources dans le monde entier et a montré qu’il s’agissait des moyens les plus efficaces et humains de produire des biens. D’autre part, la perspective critique de la proposition verrait l’expansion du commun comme un moyen d’affronter et de transformer le capitalisme en un nouveau système civilisateur, où la gestion collective des ressources et des moyens de production viserait non seulement à gérer collectivement la production de biens de manière efficace mais aussi à mettre fin au système d’exploitation au niveau mondial. Cette ligne a été développée par de nombreux intellectuels dans l’orbite du marxisme hétérodoxe, mettant en avant des auteurs comme Silvia Federici ou Raquel Gutiérrez et des auteurs comme David Harvey, Antonio Negri, Peter Linebaugh ou Raúl Zibechi.

Cette proposition étant née en Europe se base sur une généalogie historique centrée sur les luttes contre la dépossession des biens communs au Moyen Âge européen, surtout l’enclosure des terres. Cela n’a pas empêché la proposition d’être reçue et développée à sa manière dans d’autres contextes comme l’Amérique latine, où l’accent est mis sur le fait que les modes de vie communautaires des peuples indigènes et leurs luttes contre le colonialisme sont également une part importante de cet horizon global de lutte pour le commun. En fait, une tendance importante de la théorie des biens communs consiste à décentraliser les réflexions de l’expérience européenne, en essayant de montrer comment les biens communs des différents territoires et cultures se sont articulés contre le système mondial capitaliste. Des œuvres telles que « L’hydre de la révolution : marins, esclaves et paysans dans l’histoire cachée de l’Atlantique » de Peter Linebaugh et Marcus Rediker ou « Caliban et la sorcière » de Silvia Federici montrent une sorte d' »unité » dans les luttes des différents groupes à travers le monde contre le capitalisme au cours des siècles de son expansion mondiale et de la transition entre les modes de production féodaux et capitalistes. Les pirates, les esclavisé.e.s d’origine africaine, les peuples indigènes et les paysan.ne.s d’Europe organisés à partir de leurs propres formes et institutions, au-delà des sphères de l’État public et du commerce bourgeois, sont montrés dans ces œuvres comme une « première internationale communale » hétérogène contre le capitalisme.

Nous ne nions pas que ces liens et articulations soient intéressants et séduisants, mais c’est précisément à partir de ce type d’extrapolations qu’une série de contradictions ont commencé à apparaître, qui ont conduit certains intellectuels indigènes à proposer l’existence de « biens communs coloniaux« . Comme nous le savons, la gauche n’a pas été exempte de colonialisme dans son parcours historique, étant généralement fidèle à l’idéal occidental moderne qui postule un linéarisme téléologique historique où les peuples occidentaux sont présentés comme les plus « avancés » du monde. Le concept des « biens communs coloniaux » met en lumière que la nouvelle gauche communale porte encore en elle le vieux problème de l’ancienne gauche. Nous souhaitons montrer deux façons dont les biens communs reproduisent le colonialisme :

1. L’EUROCENTRISME ET LE COLONIALISME THÉORIQUE DES BIENS COMMUNS

Le débat sur l’eurocentrisme de l’approche commune a récemment eu lieu dans le contexte latino-américain. En 2015, Raquel Gutiérrez et son cercle de recherche sur les « réseaux communautaires » à l’Université de Puebla ont convoqué le « Congrès international de la communalité » au Mexique, en essayant de mettre en dialogue diverses traditions de pensée et d’activisme qui ont pour horizon le commun. Cependant, au moment du dialogue, il est devenu évident que le terme « communalité« , inventé par les intellectuels indigènes de Oaxaca pour penser aux « modes de vie des peuples indiens« , avait peu à voir avec les biens communs dont parlaient la plupart des invités à l’événement, et plus à voir avec la trajectoire critique des biens communs inventés en Europe, comme l’a particulièrement souligné l’intellectuel zapotèque Carlos Manzo. Des auteurs tels que Raquel Gutiérrez, Raúl Zibechi, Mina Navarro et Lucía Linsalata avaient réussi à « latino-américaniser » la tradition européenne des biens communs en intégrant des études de cas de la région et en l’articulant avec les travaux théoriques d’intellectuels tels que le critique marxiste équatorien Bolívar Echeverría, mais ils avaient encore un cadre épistémologique eurocentrique ancré dans l’expérience historique européenne de la dépossession des biens communs.

Travailler avec une idée eurocentrique des biens communs efface effectivement de profondes différences. Ce n’est pas la même chose d’être dépossédé en tant que paysan européen par un processus de transformation des relations sociales de production au sein de votre propre civilisation, que d’être dépossédé en tant que paysan indigène, africain ou tout autre paysan non occidental par une civilisation qui vous est étrangère. Dans ce dernier cas, la dépossession comprend la destruction non seulement du mode de production et du mode de vie, mais aussi de la culture elle-même, qui comporte des dimensions spirituelles, religieuses et existentielles de la plus haute importance en plus des dimensions sociales et économiques. L’indistinction de la signification même du communal dans chaque contexte montre à quel point cette approche peut être problématique. Rappelons qu’en Europe, au cours de ces siècles, la politique de clôture des biens communs et la chasse aux sorcières – comme l’a excellemment raconté Federici – avaient pour but de détruire les relations communales afin d’établir la solitude de l’individu contraint de vendre sa force de travail au capital. Dans le cas des Amériques, les communautés indigènes ont souvent été re-fonctionnalisées et encouragées de manière contrôlée afin qu’en plus de payer les taxes sur les épices qui en résultent à la Couronne, elles restent des usines de main-d’œuvre bon marché pour les mines et les armées de réserve dans les guerres d’invasion du continent contre les autres peuples indigènes.

D’autre part, et ce n’est pas moins important, cette approche occulte le colonialisme historique donné au sein des expériences de « commun » en Occident. La confirmation de ce phénomène a été soulignée avec insistance par des auteurs comme Allan Green, qui fait référence à l’existence de « biens communs coloniaux » historiques, en faisant allusion dans son cas aux traditions communales des colons d’Amérique du Nord, qui ont privé les indigènes de leurs terres pour les utiliser parmi eux en commun. L’auteur confronte ainsi les visions quelque peu idéalistes d’auteurs-rices tels que Kēhaulani Kauanui, qui soutiennent que la rébellion de Nathaniel Bacon en 1675 a présenté un scénario à partir duquel on peut imaginer des croisements et des intersections entre les classes ouvrières blanche, noire et indienne. Alors que l’alliance entre la classe ouvrière blanche et l’élite coloniale renforcerait la domination raciale avec la promulgation des codes noirs de Virginie, qui peuvent être interprétés comme une genèse du suprématisme blanc qui prévaut dans les sociétés modernes, qu’elles soient communautaires ou non.

Ce « racisme communautaire » peut être relié à d’autres expériences communautaires historiques revendiquées par les communautés contemporaines. Par exemple, les expériences communautaires de la péninsule ibérique n’étaient pas exemptes de racisme à l’égard des groupes gitans, juifs et musulmans. Le caractère anti-mauresque de la révolte des Germanías à Valence et à Majorque et leurs attaques continues contre les Morerías font partie de l’implantation coloniale hispanique dans le territoire, s’accordant sur la question coloniale avec l’autoritarisme impérial auquel ils ont eux-mêmes été confrontés. En bref, il s’agissait de racistes et d’exclusifs communs, une question qui n’est pas débattue dans d’importants ouvrages récents tels que « Las vecindades vitorianas : una experiencia histórica de comunidad popular embodied in the future » (Ayllu Egin, 2014) ou « El comú català : la història dels que no surten a la història » (David Segarra, 2015), qui sont venus présenter dans le contexte péninsulaire des expériences d’auto-organisation et de travail collectif à partir desquelles on peut imaginer les processus de reproduction communautaire de nos jours. Cependant, cet exercice reste incomplet s’il n’est pas accompagné d’une réflexion sur la manière dont les enclosures et les processus d’accumulation primitive délimitaient, à travers la division raciale du travail, les formes d’organisation actuelle du travail, les privilèges de la citoyenneté par les politiques migratoires et les noyaux de concentration et d’accumulation des richesses.

En bref, l’eurocentrisme de l’approche affecterait au moins deux questions dans la vision des biens communs : d’une part la notion même de ce qui est communal, où aucune différence n’est faite entre l’économie politique du communal au sein des sociétés du « centre » et de la « périphérie », et d’autre part l’occultation du racisme au sein des expériences historiques des biens communs occidentaux.

2. L’IMPÉRIALISME ET LE COLONIALISME POLITIQUE DES « BIENS COMMUNS »

Étant donné l’eurocentrisme et le colonialisme théoriques des biens communs, il est plus facile de comprendre les dérives politiques coloniales qu’ils prennent actuellement. Nous en avons identifié au moins trois :

Tout d’abord, le problème de la cooptation. Cette question a été soulignée par des intellectuels indigènes d’Amérique du Nord, qui ont mis en garde contre l’existence de « biens communs coloniaux » qui viennent essayer d’inclure leurs luttes dans un horizon qui leur est étranger. Des auteurs comme Glen Sean Coulthard (Déné Yellowknives) ou J. Kēhaulani Kauanui (Kanaka maoli ou Hawaïen natif) pointent dans ce sens vers une cooptation des mouvements indigènes du paradigme des biens communs. Cette question est historiquement liée à la longue tradition d’intégration coloniale des sociétés communales non occidentales au sein de l’impérialisme, bien que dans ce cas elle se réfère plus directement à l’expérience de l’intégration des luttes indigènes dans les horizons de la gauche occidentale. Pendant longtemps, les mouvements indigènes ont été contraints de s’inscrire dans des catégories de classe et des luttes politiques, et se sentent aujourd’hui dans une situation similaire face aux exigences du bien commun.

Deuxièmement, le problème de la répression. Ce débat a été intense en Europe en ce qui concerne les peuples racialisés et migrants qui s’y sont établis. Par exemple, le gouvernement des « communs » dirigé par Ada Colau à Barcelone a eu d’intenses conflits avec le syndicat des vendeurs de rue de la ville, une organisation de migrants racialisés qui les accuse de promouvoir des politiques racistes contre leurs formes sociales de survie. Ces actions sont historiquement liées au racisme des gens du commun donné dans le passé dans la péninsule ibérique. On assiste ainsi à l’exclusion des biens communs et à la répression des stratégies de survie vitales des groupes de migrants entraînés sur le territoire par l’impérialisme mondial, en accord avec la logique raciste du passé et en toute harmonie avec les logiques racistes du discours citoyen.

TROISIEMEMENT, L E PROBLEME DE L’ALLIANCE AVEC L’IMPERIALISME. Cette question est clairement d’actualité face à la situation politique au Venezuela. De nombreux intellectuels de gauche du monde entier ont promu un manifeste « de et pour le peuple vénézuélien pour arrêter la guerre et l’impérialisme« , parmi lesquels se trouvaient de grandes figures de la nouvelle gauche mondiale des biens communs, tant européen-ne-s que latino-américain-ne-s. Suivant la logique « communale », ils proposent de ne s’aligner ni sur l’impérialisme dirigé par les États-Unis ni sur le gouvernement autoritaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, mais sur le peuple lui-même, qui devrait décider de sa propre voie au-delà des logiques partisanes et impérialistes, qu’il soit de gauche ou de droite. Certains ont même rencontré le chef de l’opposition Juan Guaidó, récemment autoproclamé président du pays avec le soutien des États-Unis et des puissances occidentales. Bien que la proposition d’aller au-delà des parties et de résoudre le conflit à partir des pouvoirs communs du peuple lui-même puisse sembler intéressante, cette prétendue « voie médiane » dans la crise politique actuelle ne fait que soutenir le coup d’État de l’opposition au Venezuela et l’entrée de l’impérialisme et du néocolonialisme occidental dans le pays. Cet exemple montre malheureusement comment fonctionne cette logique du bien commun colonial, où le pari sur le bien commun continue de participer à la logique du colonialisme. Cet exemple est historiquement lié aux alliances établies entre les classes ouvrières blanches organisées en commun et les élites impériales, comme nous l’avons vu dans le cas de l’Amérique du Nord.

Il semblerait que la nouvelle gauche communale maintienne un vieux problème non résolu de l’ancienne gauche : le problème du colonialisme. Le paradigme du commun contient des contributions très intéressantes à la politique contemporaine et cette remarque doit être considérée comme une critique constructive. L’analyse de cette face obscure coloniale de la théorie, de la généalogie et de la pratique politique des biens communs pourrait contribuer à la tâche importante d’une véritable décolonisation de la gauche et à la construction d’un paradigme non colonial des biens communs des deux côtés de l’Atlantique, puisque, comme nous l’avons vu : le « communal » ne chasse pas forcément le « colonial ».

D.M.
J.V.I.

Les auteurs (photographiés avec la veuve de Haywood Harry, Gwendolyn Midlo Hall, qui a théorisé avec son mari la Nation Noire comme « colonie interne ») :

Daniel Montañez Pico a étudié l’anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Grenade et a obtenu une maîtrise et un doctorat en études latino-américaines à l’Université nationale autonome du Mexique. Il enseigne à l’Universidad Nacional Autónoma de México et écrit régulièrement pour le supplément Ojarasca sur les affaires indigènes de La Jornada et pour Gara. Auteur de Marxisme noir, pensée décolonisatrice dans les Caraibes anglophones.

Juan Vicente Iborra Mallent est diplômé en sciences politiques et en administration (Université de Valence), en histoire (Université de Valence), spécialiste des conflits (Université d’Utrecht) et titulaire d’un master en études latino-américaines (Université nationale autonome du Mexique). Il a récemment effectué un séjour de recherche à l’Université de New York (NYU) et un travail ethnographique de terrain au Honduras et à New York (USA). Il a également collaboré avec diverses revues scientifiques, éditeurs, médias numériques et avec des universités interculturelles telles que l’Universidad de los Pueblos del Sur (UNISUR). En outre, il a participé à diverses conférences et activités universitaires. Sa dernière publication est Black Lives Matter à travers la série télévisée américaine (2018, North America, Revista Académica del CISAN-UNAM).

Source : https://www.elsaltodiario.com/1492/los-comunes-coloniales-y-la-descolonizacion-de-la-izquierda

Traduction : Julie Jaroszewski pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/13/les-biens-communs-coloniaux-et-la-decolonisation-de-la-gauche/

Classe 4 de l’Ecole de communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : le son paysan

Comment écouter le paysan et transmettre sa pensée politique, sans que le discours sonore écrase l’image ? Comment laisser parler la nature elle-même, et entendre le travail ? Comment le vent de l’état de Falcon, au Venezuela, peut-il devenir un axe sonore pour écrire l’histoire collective ? Le professeur et réalisateur Victor Hugo Rivera donne une classe magistrale sur la construction de la bande sonore de son documentaire « Il vente », pour les étudiant(e)s de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez ». Vous pouvez lui poser vos questions à escuelaterratv@gmail.com

Le 3 octobre 2020, à la demande de la Coordination latino-américaine des organisations rurales – Vía Campesina, notre Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » a participé comme formatrice à la Vème Ecole de Communication de la CLOC-VC . Le cours avait pour thème la « langue et l’intégration du sujet populaire dans le cinéma latino-américain » et a été donné par le réalisateur et formateur Jesús Reyes. Coordination et photos: ALBA TV

Une des réalisations de notre école populaire de cinéma qui raconte un an de l’expérience de la Commune Socialiste « Altos de Lidice » (Caracas, Venezuela) continue à faire parler d’elle ! Les photos montrent la discussion sur le documentaire vénézuélien « Temps de Lutte » de Jesus Reyes Yisus Reyes et Victor Hugo Rivera Víctor H Rivera présenté au Festival international « Cinéma et droits des travailleurs » Séoul 2020, Corée du Sud

Vous pouvez vous joindre aux 125 ami(e)s solidaires qui aident à créer cette école, l’objectif est très proche : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/classe-4-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-le-son-paysan/

Classe III de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : sur le montage de documentaires paysans

Comment monter des documentaires sur les mouvements paysans sans utiliser les recettes technico-industrielles ? Dans cette troisième classe de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez », le Professeur Miguel Escalona, monteur de nombreux documentaires de la chaîne paysanne Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision (EPLACITE) propose quelques pistes de travail hors du champ comercial, à partir d’une méthodologie basée sur la compréhension du temps intrinsèque du matériel filmé et de la connaissance profonde du point de vue paysan.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous aussi pouvez l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/09/27/classe-iii-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-sur-le-montage-de-documentaires-paysans/

Création de l’Institut Simon Bolivar : une bouffée d’oxygène pour un monde en lutte

Par Arnold August, pour COHA, Montréal, Canada

La création de l’Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples, le 6 septembre 2020, marque un nouvelle étape du combat politique. Dans des circonstances extrêmement difficiles, face non seulement aux sanctions états-uniennes et canadiennes mais aussi à la pandémie, la Révolution bolivarienne redéploie son énergie au profit de toutes celles et ceux qui croient en ses idéaux de libération à travers la planète. L’objectif de l’Institut est de coordonner la solidarité mondiale avec la Révolution bolivarienne et le peuple vénézuélien, mais aussi la solidarité de la nation sud-américaine envers les luttes pour la justice sociale et économique des peuples du monde entier. Il développera également la recherche, la formation et promouvra la discussion critique.

L’Institut répond également à la crise actuelle et urgente à laquelle la planète est confrontée. Le premier paragraphe de la déclaration de l’Institut Simón Bolívar explique : 

« La pandémie COVID-19 a montré que le modèle de société capitaliste basé sur des valeurs individualistes, dont le seul but est d’accumuler des richesses, n’est pas capable de défendre l’humanité, de garantir ses droits fondamentaux ni de sauvegarder la vie sur la planète. Face à cet échec, le modèle utilise la violence pour maintenir son hégémonie, s’approprie les ressources naturelles des peuples, s’attaque à la classe ouvrière et à ceux qui cherchent à construire un modèle alternatif« .

Les téléspectatrices(eurs) du monde entier qui ont assisté en ligne à la cérémonie à Caracas ont pu constater qu’un autre monde est possible, avec plus de 100 invités spéciaux, parmi lesquels des leaders sociaux, d’anciens présidents et des militants de nombreux pays, dont le prestigieux musicien Roger Waters :

L’un des premiers à prendre la parole a été Fernando González Llort, président de l’Institut cubain de l’amitié des peuples (ICAP). Le peuple cubain a été victime ces dernières années d’une intensification de l’embargo criminel des Etats-Unis, et González Llort a expliqué que  l’accent sur la solidarité internationale entre les peuples  et non sur le système bipartisan états-unien comme source de salut.

Parmi les autres participant(e)s figuraient Evo Morales et Rafael Correa, qui avaient beaucoup de choses à expliquer sur le récent coup d’État en Bolivie et le Lawfare qui se déchaîne en Équateur. Les deux anciens présidents sont touchés par des décisions de justice à motivation politique qui les empêchent de participer aux élections. Beaucoup d’autres voix ont résonné comme celle de la militante colombienne Laura Capote (photo), représentant la Marcha Patriótica, depuis la Colombie où se multiplient les assassinats de leaders sociaux. Dans l’une des premières déclarations publiques de l’Institut Simón Bolívar pour la paix et la solidarité entre les peuples, l’organisation a condamné dix meurtres récemment perpétrés par la police colombienne. L’Institut a également dénoncé l’assassinat de plus de 600 dirigeants sociaux et indigènes au cours des deux dernières années et celui de deux cents anciens guérilleros démobilisés et pourtant protégés par les Accord de Paix signés en 2016 par le gouvernement et les insurgés.

Un discours rafraîchissant

Au fur et à mesure que les travaux avançaient et que je réfléchissais à toutes ces paroles, à cette bouffée d’oxygène face au paradigme étouffant de la politique états-unienne dominante, une des nombreux représentant(e)s des États-Unis a pris la parole : l’universitaire Adrienne Pine (photo). Elle a souligné l’importance et la nécessité de développer le mouvement révolutionnaire contre ce concept idéologique empoisonnée de réformer un système en déclin. J’ai immédiatement commenté sur Twitter ses paroles formidables et rafraîchissantes : « le problème du fascisme n’est pas de voter pour l’un ou l’autre parti, la solution est la révolution« .

Les animateurs ont parlé la même langue, ne voyant aucune brèche transformatrice, aucun espoir d’humanisation sous l’actuel duopole états-unien qui a appliqué des sanctions sévères et illégales qui font tant de mal au peuple vénézuélien.

Nous avons également eu le privilège d’être en contact virtuel avec le président Nicolás Maduro dont le message s’adressait à tou(te)s les représentant(e)s des peuples du monde, lorsqu’il a dit : « Je demande le plein appui des mouvements de solidarité pour diffuser la vérité sur le Venezuela et ainsi conquérir la paix, la souveraineté, l’indépendance et le respect de notre peuple« .

Le Ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères, Jorge Arreaza, a souligné que cette initiative a été créée pour coordonner la solidarité avec la révolution bolivarienne, mais aussi pour renforcer la solidarité du Venezuela et des Amériques avec toutes les révolutions et les causes justes du monde. Dans un récent article publié par le COHA, Arreaza a écarté toute illusion quant au scrutin de novembre 2020 alors qu’il est clair que les démocrates attaquaient Trump depuis la droite : « Trump ferait mieux de suivre son instinct initial de parler au président Maduro. Un dialogue respectueux avec le Venezuela va vraiment dans l’intérêt des États-Unis« .

Lors de son discours inaugural, le ministre Arreaza a également déclaré que « Cet Institut appartient aux peuples du monde et nous voulons que vous en tiriez profit, que vous l’utilisiez comme votre propre institut (…) Depuis le Venezuela, nous sommes solidaires de toutes ces luttes, de Julian Assange et de sa prison plus qu’injuste, du peuple palestinien, Saharahui, de tous ceux qui sont opprimés, soumis à des guerres injustes, et à l’impérialisme ».

Beaucoup d’entre nous, de l’Ouest capitaliste ou du Sud, se sentent chez eux au Venezuela. La solidarité n’est pas à sens unique. La solidarité est plutôt un soutien mutuel à la même cause d’opposition au capitalisme, à ses ramifications racistes, à l’hégémonie unipolaire de l’impérialisme et à ses guerres génocidaires. Nous sommes tous sur un pied d’égalité pour la même cause d’un monde multipolaire, de la souveraineté des peuples, de la paix et d’un nouveau système socio-économique.

Carlos Ron est le vice-ministre des Affaires Etrangères du Venezuela pour l’Amérique du Nord (au centre, avec Margaret Flowers et son compagnon Kevin Zeese, à Washington) et le nouveau président de l’Institut Simón Bolívar. Il nous l’a dit lors de la cérémonie de lancement : 

« Mes amis, soyez conscients que vous avez ici un peuple qui connaît vos luttes, qui les reconnaît et les partage« . De fait, au Canada, comme nos sœurs et frères aux États-Unis, nous avons fait l’expérience de la profonde sincérité des propos de Carlos Ron. Rien qu’en 2020, nous avons partagé deux événements. Tout d’abord, nous avons savouré la défaite de la candidature du gouvernement Trudeau à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies (et je suis convaincu que l’une des raisons de cette victoire sur la candidature de Trudeau était la politique du gouvernement canadien au Venezuela). Deuxièmement, l’Institut canadien de politique étrangère, avec la collaboration de nombreux autres, a organisé une conférence virtuelle Zoom avec Jorge Arreaza depuis le Canada, qui a été vue par plusieurs milliers de personnes. Arreaza a fait une critique diplomatique mais aussi politique cinglante de l’ingérence de Trudeau au Venezuela par le biais de sa direction du groupe de Lima.

Le lancement de l’Institut Simón Bolívar a coïncidé avec l’anniversaire de la Lettre de Bolívar écrite en Jamaïque le 6 septembre 1885, par laquelle il voulait approfondir les perspectives et les objectifs du mouvement d’indépendance de l’Espagne. Un paragraphe de cette lettre nous permet d’apprécier la pertinence de l’héritage de Bolívar, en remplaçant simplement l’Espagne par les États-Unis : « Actuellement, le poids de l’adversité subsiste : nous sommes menacés par la peur de la mort, du déshonneur et de tout mal ; il n’y a rien que nous n’ayons subi aux mains de cette belle-mère contre-nature qu’est l’Espagne. Le voile a été déchiré. Nous avons déjà vu la lumière, et nous ne voulons pas être repoussés dans les ténèbres. Les chaînes ont été brisées, nous avons été libérés, et maintenant nos ennemis cherchent à nous asservir à nouveau. C’est pourquoi l’Amérique [du Sud] se bat désespérément, et il est rare que le désespoir n’aboutisse pas à une victoire. »

L’Institut a repris cette épée de Bolivar pour se tailler immédiatement une place dans les cyber-communications. Son compte Twitter est passé de zéro à plus de 3700 abonnés le 18 septembre, et de nombreuses mises à jour quotidiennes sont publiées depuis la création de l’Institut. De même, ses deux nouvelles chaînes YouTube (en anglais avec plus de 300 abonnés et en espagnol avec plus de 800) sont en constante évolution, tout comme ses comptes et son site web Telegram et Instagram. La cérémonie de lancement peut être vue ici en espagnol, et ici en anglais.

Hommage à l’avocat et militant Kevin Zeese

L’événement était consacré à la mémoire et à l’héritage de Kevin Zeese, connu dans le monde entier comme membre du Collectif de protection des ambassades vénézuéliennes à Washington DC. Il est décédé subitement au petit matin du 6 septembre, le jour où l’événement s’est déroulé à Caracas. À seulement 64 ans, sa mort a été un choc pour nous tous. Carlos Ron a immédiatement transformé notre chagrin en une émotion collective. Il a dédié le lancement de l’Institut à Kevin. Il ne s’agissait pas d’une dédicace officielle. Au contraire, le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza et Carlos Ron ont tous deux intégré un hommage à Kevin dans le tissu même de la fondation de l’Institut.

Je n’ai jamais rencontré Kevin. Mais j’ai suivi de près sa défense héroïque de la souveraineté vénézuélienne dans le ventre de la bête impériale, alors que la police de Washington menaçait à chaque instant de le déloger, lui et les siens, de l’ambassade du Venezuela. Cependant, bien que j’aurais pris l’avion pour Washington pour lui offrir mon soutien et écrire des articles, je n’ai pas pu entrer aux États-Unis depuis mars 2019. À cette époque, il y a un an et demi, je me rendais à Washington DC avec un message de soutien des mouvements canadiens pour cette manifestation historique dans la capitale américaine en faveur du Venezuela.

Je dédie donc, moi aussi, cet article à Kevin Zeese, à sa compagne Margaret Flowers, à sa famille et à ses camarades.

Arnold August est un auteur, journaliste, conférencier et membre de l’Institut canadien de politique étrangère basé à Montréal. Il a écrit trois livres sur Cuba, l’Amérique latine et les États-Unis. Ses articles sont publiés en anglais, en espagnol et en français en Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe et Moyen Orient. Thèmes actuels : géopolitique des relations entre Etats-Unis, Venezuela, Cuba, Bolivie et le rôle du Canada.

[Credit of all photos: Foreign Relations Ministry of Venezuela]

Source : https://www.coha.org/new-simon-bolivar-institute-for-peace-and-solidarity-among-peoples-a-refreshing-contribution-from-venezuela-to-the-world/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5B7

Classe II de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez ». Analyse de « Las Mercedes, la forge d’un héritage »

Humilité, patience, écoute, souplesse, dignité… Comment réaliser un documentaire au service d’un mouvement social sans répéter le schéma classique des interviews avec questions/réponses induites ? Ce deuxième cours de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » raconte une expérience menée avec le mouvement paysan vénézuélien (dont la genèse est lisible ici). Il a été réalisé par Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera, formateurs/réalisateurs intégraux de Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous pouvez vous joindre aux 124 premiers donateurs, et l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

A bientôt.
Fraternellement.

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5AI

Huit thèses sur l’impérialisme américain et les luttes anti-impérialistes au 21ème siècle, par Ramon Grosfoguel

Ce texte a été prononcé par le professeur Ramón Grosfoguel lors de la réunion « Regards depuis l’Amérique du Nord » le 25 août 2020. Sociologue formé à l’Université de Puerto Rico et à la Temple University de Pennsylvanie (avec un Post-Doctorat, à la Maison des Sciences de l‘Homme, Centre Fernand Braudel, Paris) Ramon Grosfoguel est internationalement reconnu pour son travail sur la décolonisation du savoir et du pouvoir ainsi que pour son travail sur les migrations internationales et la politico-économie du système mondial. Il  enseigne actuellement à l’Université de Berkeley, où il travaille au sein de l’équipe de chercheurs « Modernité/Colonialité ». Site : https://ethnicstudies.berkeley.edu/people/ramon-grosfoguel-1/

_____________________________________________

THÈSE 1 : Le cycle de l’hégémonie américaine dans le système-monde est entré en crise terminale. L’hégémonie américaine, qui a commencé après la Seconde Guerre mondiale en 1945, a pris fin en 2020. Le nouveau centre de l’économie capitaliste mondiale s’est déplacé en Chine. Les États-Unis sont aujourd’hui l’épicentre de la pandémie avec le plus grand nombre de victimes au monde et l’épicentre de la Grande Dépression mondiale du système capitaliste mondial, avec plus de 50 millions de personnes ayant perdu leur emploi au cours des 12 dernières semaines.

THÈSE 2 : Le déclin de l’empire américain est une bonne nouvelle pour le monde à long terme, mais une mauvaise nouvelle à court terme pour l’Amérique latine. Après avoir perdu les guerres au Moyen-Orient, et après avoir perdu la guerre commerciale avec la Chine en Afrique et en Asie, l’empire se replie sur la seule chose qui lui reste, sa périphérie historique : l’Amérique latine et les Caraïbes. Cela signifie que la politique états-unienne dans notre région deviendra plus agressive et plus guerrière à mesure que la chute de l’empire s’accélère. L’empire cherche à monopoliser les ressources naturelles et les marchés de la région et cherche à récupérer les pays perdus afin de préserver son statut impérial dans le monde. D’où la vague de coups d’État, doux ou durs, de la dernière décennie, le dernier contre le gouvernement d’Evo en Bolivie en novembre dernier, et la guerre de 4ème génération contre le Venezuela.

THÈSE 3 : Les prochains mois seront des moments de grande tension pour le Venezuela. L’administration Trump est confrontée à une élection qu’elle craint de perdre. En désespoir de cause, elle utilise la Colombie avec son gouvernement fantoche néocolonial, narco-politique et parapolitique – ainsi que les pays voisins – pour faire monter cette tension et si possible créer un conflit qui détournera l’attention des problèmes intérieurs des États-Unis en pleine élection présidentielle.

Un classique de l’Empire : détourner la discussion de ses problèmes internes par des aventures guerrières dans le monde. Alors qu’au Moyen-Orient, ils ont usé de la rhétorique du « terrorisme islamique » pour justifier leur terrorisme d’État en détruisant des pays et en tuant des millions d’êtres humains, en Amérique latine, ils recourent à la rhétorique du trafic de drogue. Nous avons assisté à leur invention d’un cartel (El Cartel de los Soles) par le martèlement de « fake news », pour accuser le président Maduro et la direction du gouvernement bolivarien d’en être les chefs. Ce sont des prétextes pour neutraliser l’opinion publique mondiale, mais surtout pour l’opinion publique au sein de l’empire. C’est pourquoi la bataille de l’information devient fondamentale et la préparation au pire doit être organisée afin qu’il n’y ait pas de surprises.

THÈSE 4 : L’empire se débat entre deux versions de la suprématie blanche : la version de l’apartheid et du racisme ouvert et flagrant représentée par Donald Trump avec les groupes terroristes suprémacistes blancs qui le suivent, et la version du nouvel apartheid libéral multiculturel dirigé aujourd’hui par Joe Biden. La version du nouvel apartheid libéral multiculturel des administrations Clinton, Bush et Obama cherche à donner un visage multiculturel et multiracial à la suprématie blanche afin que rien ne change.

THÈSE 5 : Ces deux versions de la suprématie blanche sont deux réponses différentes face au fait que les états-uniens blancs sont en train de devenir une minorité démographique au cours des deux prochaines décennies. La population qui croît le plus rapidement est celle des Latinos. La réponse du vieil apartheid de Trump est de dresser un mur à la frontière sud pour arrêter la croissance de la population latino. La réponse libérale multiculturelle est de donner un visage multiracial à l’État impérial en intégrant les élites des groupes racialement inférieurs dans l’administration de l’État, et cela tant que l’État racial blanc et les élites capitalistes blanches continueront à gouverner et que les groupes représentés par ces élites noires et latino resteront appauvris et super-exploités. C’est pourquoi nous avons des ministres noirs et latinos, un ancien président noir et maintenant un candidat noir à la vice-présidence sans que rien ne change en termes de capitalisme, d’impérialisme et de racisme aux États-Unis. L’important est de garder à l’esprit que ces versions concurrentes de la suprématie blanche américaine sont les deux faces d’une même pièce. Leurs différences sont secondaires et se situent en lien avec la politique intérieure de l’empire. En ce qui concerne la politique étrangère de l’empire, elles ne font aucune différence. C’est pourquoi nous ne pouvons nous faire d’illusions sur aucun président américain : que ce soit la version de Donald Trump de l’ancien apartheid ou la version de Joe Biden du nouvel apartheid libéral multiculturel. La politique agressive de l’empire dans son déclin va s’intensifier à l’égard de l’Amérique latine et surtout du Venezuela, quel que soit le vainqueur des élections. Tant que la Maison Blanche sera blanche, quel que soit le président qui l’occupera, l’État restera un État capitaliste racial suprémaciste blanc.

THÈSE 6 : Cette croissance démographique des populations non blanches qui deviendront majoritaires au sein de l’empire dans 15-20 ans a le potentiel de renforcer les luttes anti-impérialistes au sein de l’empire vers la décolonisation et la disparition de la barbarie de l’État américain capitaliste racial en tant qu’empire et sa transformation en un pays civilisé au niveau international qui se comporterait avec solidarité, en paix et dans un rapport d’égalité avec les peuples du monde. Ces luttes ont été jusqu’à présent invisibles en dehors des États-Unis en raison du blocus médiatique. Mais ces luttes anti-impérialistes au sein de l’empire existent et ont un grand potentiel stratégique. Rappelons que la guerre du Vietnam a été gagnée non seulement par la lutte héroïque du peuple vietnamien mais aussi par les puissantes mobilisations au sein de l’empire contre la guerre du Vietnam. Et l’empire ne tombera que des luttes anti-impérialistes depuis l’intérieur corrélée à l’affaiblissement causé par les luttes anti-impérialistes depuis l’extérieur.

THÈSE 7 : Face au 21ème siècle, une lutte anti-impérialiste ne peut être pensée sans coordination avec les luttes anti-impérialistes au sein de l’empire. Au XXIe siècle, l’empire se débat entre la suprématie blanche dans l’une ou l’autre de ses deux versions et la lutte pour la décolonisation de l’empire de l’intérieur. La population latino et d’autres groupes au sein de l’empire comme les noirs, les indigènes et les migrants est stratégique. L’évolution démographique ouvre un potentiel de décolonisation. Ce n’est pas automatique comme nous l’avons vu avec la présidence Obama où l’impérialisme et l’état racial n’ont pas changé. Il s’agit d’organiser le travail politique en vue de la décolonisation de l’empire de l’intérieur, qui, en solidarité avec les autres peuples, développe une lutte anti-impérialiste globale pour la destruction de l’empire.

THÈSE 8 : Tout comme on ne peut penser à l’anti-impérialisme du 21e siècle sans la coordination des luttes anti-impérialistes au sein de l’empire, on ne peut penser à l’anti-impérialisme du 21ème siècle sans la diversité épistémique. Nous devons penser à un anti-impérialisme qui ne peut pas avoir comme point de départ une seule épistémologie ou vision du monde. L’anti-impérialisme du XXIe siècle doit être épistémiquement et spirituellement pluriversel, diversifié et pluriel. La paix, la solidarité et le droit souverain à l’autodétermination des peuples doivent être les principes de l’unité anti-impérialiste dans le respect des diverses spiritualités et épistémologies. Et il doit avoir pour thème central la défense de la VIE car le système impérialiste avec sa destruction écologique de la planète nous conduit à la mort.

Ramon Grosfoguel

ob_0f618e_blog-1

Avec le philosophe mexicain Enrique Dussel, d’autres intellectuels décoloniaux et le Président Nicolas Maduro, à Caracas en 2018, pour la création de l’Institut Décolonial.

Traduction : Julie Jaroszewski

Source : http://mppre.gob.ve/wp-content/uploads/2020/08/GROSFOGUEL-TESIS-DEL-IMPERIO.pdf

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5Ao

L’IALA, une école d’agroécologie en résistance au Venezuela

La télévision paysanne Terra TV continue de former les étudiant(e)s de l’IALA, une école latino-américaine d’agroécologie qui comme beaucoup d’autres projets résiste aux épreuves que traverse le Venezuela aujourd’hui et en particulier au blocus très lourd de l’économie par les Etats-Unis. Voici un nouvel épisode de leur chronique audiovisuelle et un résumé des tâches récemment accomplies, rédigé par Leiber Montana :

✓ La brigade permanente de 15 membres formée par les étudiants nationaux et internationaux, et les professeurs accompagnateurs, bénéficie du soutien à mi-temps des familles paysannes vivant autour de l’école.

✓ Avancement du processus pédagogique-académique avec des études de la communauté familiale et des communautés d’origine de chaque étudiant. On a initié les processus de 18 recherches en agroécologie sur les mêmes territoires.

✓ Appui agroécologique aux projets sociaux et productifs intégrés pour l’élevage, l’ensemencement et la production de bio-intrants. Tous ces éléments sont renforcés par le potentiel des unités de production.

✓ Prise en charge et protection du territoire local. Avec la volonté de ne pas abandonner les espaces d’éducation et de production, mais plutôt de les renforcer de manière durable.

✓ La territorialité agroécologique travaille main dans la main avec les communautés du Pie de Monte Andino, pour générer des processus agroécologiques à partir de l’agriculture familiale et communautaire.

✓ Ouverture et renforcement des projets : semis communautaires, semences paysannes, élevage collectif de porcs.

Dans les moments actuels de crise structurelle, où le capitalisme intensifie son contrôle hégémonique de la biosphère planétaire dans l’extraction, la contamination et la marchandisation de la nature et continue à étendre son contrôle culturel de la population, à la fragmentation des relations humaines, de la société et de la nature, la formation de l’être humain est plus que jamais un axe transversal de toute transformation révolutionnaire.

Ces moments de difficulté doivent devenir des leviers de grandes transformations et nous avons réussi à réparer des machines endommagées, un camion, une pompe…En inventant des formes d’appui qui viennent des organisations populaires et du gouvernement bolivarien, nous devons continuer à rassembler nos forces, échanger, troquer pour donner une réponse à ces difficultés et ouvrir de nouveaux projets qui renforcent la souveraineté alimentaire et les processus d’éducation populaire.

Étude, lutte et organisation, avec l’agroécologie dans la révolution

Pour la Coordination Politico-Éducative de la Coordinadora Latinoamericana de las Organizaciones del Campo (CLOC-VIA CAMPESINA), CLOC-LVC.

Leiber Montana

EgXnHSbWoAAn4OB (1)

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5A9

L’École de Communication des Mouvements Sociaux Hugo Chavez, c’est parti !

Avant d’initier les premiers ateliers présentiels à Caracas, nous avons décidé de diffuser nos cours en ligne. Ce premier cours « Pour un documentaire qui exprime la beauté intérieure des secteurs populaires » a été conçu par le réalisateur et formateur Jesus Reyes et restera disponible de manière permanente sur Youtube. Après l’avoir regardé, vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com

Tous les quinze jours un nouveau cours sera mis en ligne pour que vous puissiez vous former à fond, avec l’aide de notre équipe de formateurs(trices), à tous les aspects de la communication populaire au service de la transformation sociale.

La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » est en cours. Vous pouvez vous joindre aux 120 premiers donateurs, et faire naître l’école grâce à ce lien : https://www.helloasso.com/…/pour-la-creation-de-l-ecole-de…/

URL de cet article : lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-cest-parti

Le pouvoir populaire et le rôle de la femme dans l’autogestion du logement au Venezuela

58f35414-4531-4436-84b4-79530ebd1288-1068x1068

Par Nahir González

Par l’intermédiaire de la Gran Misión Vivienda Venezuela (Grande Mission Sociale du Logement, GMVV), le gouvernement bolivarien de Nicolas Maduro a remis au secteurs populaires 3.105.131 maisons, ce qui en fait le seul pays au monde à développer ce type d’action sociale en pleine pandémie. Et jusqu’à présent 1.087.869 titres de propriété ont été remis aux familles bénéficiaires selon les données publiées par la presse du ministère de l’habitat et du logement du pays.

La GMVV a promu l’auto-construction, avec les Conseils Communaux, qui sont l’une des organisations de base les plus consolidées, et a formé les hommes et les femmes dans ce domaine, en leur fournissant des outils pour le plan des structures, le nettoyage du terrain, la préparation des matériaux de construction tels que les blocs et les structures métalliques, entre autres tâches de construction, et en participant également au processus de planification et aux propositions de développement urbain.

Ces politiques de protection sociale s’étendent à tout le pays. La création de la « Mission Venezuela Bella », qui vient de fêter un an de création, a été un facteur fondamental dans la restauration des espaces publics et leur entretien afin de fournir une qualité de vie au peuple vénézuélien. Elle s’appuie également sur les mairies et d’autres organisations pour la réhabilitation et la remise en état des maisons dans les zones urbaines établies par la « Misión Barrio Nuevo Barrio Tricolor« . L’objectif du Ministère de l’Habitat et du Logement pour 2025 est d’en construire et remettre cinq millions, pour lesquels il a garanti l’achat de matériaux de construction spéciaux nationaux et internationaux, avec notamment la coopération de la Chine, en donnant la priorité aux domaines et aux ressources.

Fin avril 2020, dans le cadre de la célébration du neuvième anniversaire de la GMVV, le président Maduro a approuvé un budget pour continuer à honorer la dette sociale qui, au Venezuela, fait partie du Plan de la Patrie rédigé par le chavisme: « Que les villes et les établissements humains soient inclusifs, sûrs, résistants et durables« . Il est prévu de construire 500.000 maisons d’ici 2020 : « Je signe le budget de 647.133 mille petros, pour cette première phase qui prévoit la construction de 500.000 maisons, 602 travaux d’urbanisme et de services de base, l’activation de 729 terrains, la délivrance de titres de propriété unifamiliale et de terrains urbains, ainsi que la planification de neuf nouvelles villes et l’attribution de 200.000 logements pour les jeunes » a déclaré M. Maduro.En 2018, le plan des Assemblées de Construction du Bien-Vivre Vénézuélien (AVV) a été lancé, pour préparer la population au processus d’auto-construction et de gestion de logements durables. Nous nous sommes entretenus avec Ayary Rojas, le principal porte-parole de l’organisation et le responsable de la construction urbaine « Jorge Rodríguez padre », situé dans le secteur El Algodonal de Caracas.
En quoi consiste ce projet et comment les gens ont-ils été préparés au processus d’auto-construction de logements ?
Il s’agit d’une construction verticale de plus de cinq étages, qui bénéficiera à 96 familles de Caracas. Nous sommes un système organisationnel, participatif et acteur direct de son destin : chacune des familles impliquées qui forge sa propre clé, son habitat et son logement digne, avec beaucoup de discipline, de constance, de volonté, avec des objectifs clairs, avec l’esprit, avec le cœur, avec l’action, notre devoir, notre droit, notre obligation de maintenir ce merveilleux processus qu’est la Grande Mission Logement.Nous avons l’organisation du pouvoir populaire, nous sommes les garants de ce processus d’autogestion constructive et de la distribution équitable des ressources économiques, des matériaux qui sont assignés par l’État à travers Construpatria et l’AVV.Les décisions sont prises en assemblée, l’information est discutée, diagnostiquée et socialisée, et là nous planifions, exécutons, réévaluons dans tous les aspects, modifions et sommes complètement impliqués dans tous les aspects.

« En tant que femmes, nous avons pris le contrôle de cette réalité et nous avons vu dans l’art de la construction les possibilités de l’exercer comme une profession ou comme une partie de notre métier« .

La formation des personnes au processus d’auto-construction de logements a été progressive. Nous avons le soutien technique du Ministère de l’Habitat et du Logement, et de la main d’œuvre qualifiée, nous sommes des organisations atypiques car 80% d’entre nous sont des femmes, constructrices intégrales, nous imprimons le temps d’exécution et nous sommes des participantes directes, du choix de la qualité des matériaux à la bonne exécution des travaux. Le matériel doit être conforme aux normes de sécurité, il doit être le bon, coupé à la taille exacte, selon ce qui a été établi dans le projet initial.

Dans le secteur de l’autogestion, et pour être durable dans le temps, nous nous sommes aventurés dans la production de protéines animales, nous sommes une communauté dédiée à la production de lapins, de lombriculture, nous avons une unité de production porcine et une plantation de maïs qui couvre deux hectares, des arbres différents Pour la récolte à moyen et long terme de mangues, fruits de la passion, carottes, avocat, guanabana, courge, qui sont distribués également aux membres de l’organisation.

8643a0c0-d7d8-4145-86ad-39de957e3c39-768x1024Nous traitons tous les domaines que nous considérons vitaux : formation sociopolitique, convivialité sociale, santé, constructif, malheureusement nous avons souffert d’un blocus bestial et inhumain qui nous a affaiblis, mais nous n’avons pas renoncé et nous nous battons toujours, nous sommes un projet qui va du personnel au collectif.
Comment le Covid-19 a-t-il affecté l’achèvement des travaux?
Le confinement a bien sûr touché le monde entier et nous n’échappons pas à cette réalité, cependant, comme nous sommes un projet autogéré, nous travaillons et nous construisons tous les jours avec quelques limitations, car nous évitons le surpeuplement de personnes dans les espaces. Nous ayons l’avantage d’être dans un espace ouvert, nous respectons les mécanismes de biosécurité mis en place par le gouvernement national.Le chantier a été un peu retardé, c’est vrai, par exemple, nous devions réaliser le faux-plafond du troisième étage et depuis deux semaines nous avons suspendu la tâche en raison du confinement radical, c’est quelque chose que nous ne pouvons pas éviter, nous convenons en tant que communauté que nous devons d’abord garantir la santé et ne pas générer de surexposition aux membres de l’organisation.L’État nous a accompagnées à tout moment, n’a cessé de nous soutenir, de nous envoyer le matériel pour répondre aux attentes et notre urbanisation entre dans les statistiques à livrer à la fin de cette année.
Comment s’est opérée la transformation personnelle pour vous en tant que femme, et en tant que leader communautaire, pour la famille?
Je pense que cela a été un tournant total, intense, y compris dans le cadre familial, et ce n’est pas courant, malgré le fait qu’Hugo Chávez se soit affirmé comme féministe, car dans notre pays nous continuons dans une certaine mesure à subir cette culture patriarcale, où les femmes ont généralement été invisibilisées, étiquetées comme “sexe faible”, comme des êtres incapables de mener des activités de ce type. Je crois que nous avons brisé des paradigmes, parce qu’ici nous, les femmes, nous nous sommes autonomisées et avons vu dans la construction la possibilité de l’exercer comme une profession ou comme une partie de notre profession, bien que cela soit d’habitude réservé aux hommes, nous démontrons que nous avons la force physique, et à notre rythme la capacité d’effectuer des tâches avec les mêmes compétences et capacités que n’importe quel expert.Nous avons découvert au cours de ces années ce qu’est un travail collectif, l’implication totale du noyau familial, nos attentes sont nombreuses pour l’avenir, nous savons qu’elles ne s’arrêtent pas ici, que le mouvement vénézuélien du logement existe au niveau national et que simultanément dans toutes les régions on construit des logements unifamiliaux et qu’à la différence de Caracas, le système de construction a été extraordinaire et que la formation, l’auto-formation, ce travail cohérent est ce qui nous a conduit au succès. Nous continuons de penser que c’est la voie qui nous incombe en tant que pouvoir populaire, en tant que personne à faibles ressources ou de ressources non constantes. Nous savons bien que dans le capitalisme, nous ne sommes pas en mesure d’acheter une maison dans un habitat décent semblable à ces espaces que nous construisons et qui deviennent une réalité tangible dans ce pays.

Source : https://correodelalba.org/2020/07/10/poder-popular-y-el-rol-de-la-mujer-en-la-autogestion-de-la-vivienda-en-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5yT