Alex Saab : Trump en a rêvé, Biden l’a fait

par Maurice Lemoine

France Culture (« l’esprit d’ouverture »), journal du 17 octobre 2021 au matin : « Extradition aux Etats-Unis d’Alex Saab, un proche de Maduro accusé d’avoir détourné l’aide alimentaire destinée au Venezuela. » Pour Libération (« CheckNews » à tous les étages), « l’opposition vénézuélienne et de nombreux journalistes qui ont enquêté sur le personnage affirment qu’il sait tout sur la corruption du régime de Nicolas Maduro ». Ce que confirme La Croix : « Soupçonné d’avoir profité de sa proximité avec Caracas pour détourner 350 millions de dollars, il pourrait détenir des informations compromettantes pour Maduro. » D’autant que, à en croire Le Monde (le quotidien « de référence »), reprenant l’Agence France Presse (AFP), l’opposant vénézuélien Julio Borges déclare qu’avec l’extradition commence « le passage devant la justice de quelqu’un qui a volé des millions de dollars aux Vénézuéliens, qui est responsable direct de la faim et de la crise humanitaire » dans ce pays. Bref, résume France Inter (« écoutez la différence »), « le président Maduro a de quoi être inquiet. Un homme qui sait tout de sa fortune, du financement de son régime, de la corruption vénézuélienne, est aujourd’hui entre les mains des Etats-Unis, son pire ennemi [1]. »

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Version quelque peu différente de l’histoire : envoyé spécial du gouvernement vénézuélien, avec rang d’ambassadeur, Saab effectuait une mission pour le compte de celui-ci, volant de Caracas vers l’Iran, le 12 juin 2020, afin d’acquérir de la nourriture et de l’essence dont manquent cruellement les habitants de la République bolivarienne du fait du blocus économique et financier imposé par les Etats-Unis. A la requête de Washington, Saab a été arbitrairement arrêté lors d’une escale technique au Cap-Vert. Depuis, Caracas s’est battu becs et ongles pour empêcher cette « séquestration » d’aller à son terme par le biais d’une extradition vers un cul-de-basse fosse étatsunien.

Né dans une famille colombienne d’ascendance libanaise, mais également citoyen vénézuélien, Alex Saab (49 ans), n’est pas entré subrepticement dans le sillage de la révolution bolivarienne. En novembre 2011, cet homme d’affaires inconnu du grand public participe à une rencontre entre les présidents vénézuélien Hugo Chávez et colombien Juan Manuel Santos. Les relations sont alors au beau fixe. Chávez s’implique personnellement pour persuader la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) de négocier une sortie du conflit armé avec le pouvoir de son pays. Lors de cette rencontre, donc, et en présence du ministre des Affaires étrangères vénézuélien Nicolás Maduro, le jeune Saab monte à la tribune et signe une « alliance stratégique » : Fondo Global de Construcción, une de ses entreprises, fournira au Venezuela des maisons préfabriquées destinées au programme naissant de la Mission logement (« Misión Vivienda »).

Deux années plus tard, en mars 2013, Chávez disparaît. Maduro accède démocratiquement au pouvoir (50,61 % des voix). L’estimant moins solide que le défunt « comandante », l’opposition radicale se lance dans sa déstabilisation. Le 8 mars 2015, le président des Etats-Unis Barack Obama apporte sa pierre à l’édifice et prépare l’avenir en signant l’Ordre exécutif 13692 qui fait du Venezuela « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ». Chef du Southern Command (le commandement sud de l’armée américaine), le général John Kelly déclare le 28 octobre suivant que les Etats-Unis interviendront en cas de crise humanitaire au Venezuela. Ne reste plus qu’à provoquer celle-ci. La doctrine a été développée par le politologue américain Gene Sharp, le « Machiavel de la lutte non violente » (camouflage moderne des « révolutions de couleur ») [2] : « Les piliers économiques sont des cibles bien plus faciles que les bases militaires ou les palais présidentiels ; secouez-les et le tyran finira par tomber. » En avril 2016, le blocus financier commence. Il n’a qu’un objectif : affamer la population vénézuélienne pour qu’elle se retourne contre le pouvoir bolivarien.

L’économie se détraque. Le chœur médiatique et le troupeau des pseudo érudits vont bientôt s’en donner à cœur joie : « Au Venezuela, Nicolás Maduro fait face à un effondrement économique sans précédent, avec des conséquences dramatiques pour les habitants (…), une crise liée à la gabegie gouvernementale, à l’incurie de la gestion pétrolière » et (pour paraître objectif) « aggravée par les sanctions de l’administration Trump [3 » Aggravée ? Dès le 9 janvier 2018, une déclaration d’un haut fonctionnaire du Département d’Etat interrogé par María Molina de Radio Colombia a implicitement taillé en pièces cette niaiserie : « La campagne de pression contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées (…) ont obligé le gouvernement à commencer à tomber en défaut [de paiement], tant pour la dette souveraine que pour la dette de PDVSA, sa compagnie pétrolière. Et ce que nous voyons (…) est un effondrement économique total au Venezuela. Donc notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. »

Le 12 février 2021, la rapporteuse spéciale des Nations unies, Alena Douhan, dénoncera, depuis Caracas, les « effets dévastateurs » pour la population des sanctions décrétées par Washington contre le Venezuela. Soulignant les difficultés rencontrées par ce pays pour vendre son pétrole et obtenir du carburant sur le marché international, la rapporteuse demandera la levée des sanctions et l’accès du gouvernement vénézuélien aux fonds lui appartenant, mais gelés, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Portugal – quelque 6 milliards de dollars – pour acheter des médicaments, des vaccins et du matériel médical. « Les entraves aux importations de denrées alimentaires, précisera-t-elle, qui représentent plus de 50 % de la consommation, ont conduit à la croissance soutenue de la malnutrition au cours des six dernières années. » Même le Government Accountability Office (Bureau de la responsabilité gouvernementale ; GAO), agence d’audit travaillant pour le Congrès des Etats-Unis, affirmera sans détours, quasiment au même moment, que l’économie vénézuélienne s’est brusquement effondrée du fait des 450 mesures coercitives unilatérales prises à son encontre, tout en précisant : « Quelle que soit la position de chacun sur les sanctions, nous devrions convenir qu’elles ne doivent pas être imposées à la légère et qu’elles ne doivent pas faire obstacle à une aide qui sauve des vies [4]. »
Dès la fin 2015, les pénuries de toutes sortes accablent la population vénézuélienne. Les étals se vident des produits de première nécessité. Pour empêcher ses citoyens de mourir de faim du fait de cette « guerre économique », le pouvoir invente les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP). Un plan de distribution d’aliments à prix subventionnés. Fin 2016, à travers son Group Grand Limited, entreprise enregistrée à Hong Kong en 2013, puis au Mexique, Saab signe ses premiers contrats pour fournir dix millions de colis alimentaires destinés aux CLAP. « Il a fallu chercher des solutions pour créer de nouvelles chaînes d’approvisionnement, de logistique, de financement et de relations commerciales, souvent avec des entreprises et des pays qui, historiquement, auraient été laissés à l’écart du marché vénézuélien, en raison de la présence des entreprises américaines », expliquera-t-il ultérieurement [5].
L’homme n’a rien d’un philanthrope. En homme d’affaire avisé, il n’ignore rien de la notion de profit. Il prend son bénéfice au passage. Il vit sur un grand train – hôtels de luxe et jet privé. Mais si, fondamentalement, il dérange, c’est parce qu’il participe très activement à la politique destinée à protéger les Vénézuéliens, et en particulier les plus modestes, de la famine organisée par l’anti-chavisme local et international.

La première flèche est tirée par une transfuge, l’ex-procureure générale vénézuélienne Luisa Ortega Díaz. Ayant pris ses distances avec le pouvoir après les « guarimbas » (émeutes insurrectionnelles) de 2017, mais surtout soupçonnée de corruption, elle a rejoint la Colombie et s’est ralliée à une opposition dont, la veille encore, elle poursuivait certains éléments. Elle a beaucoup à se faire pardonner par ses nouveaux amis. En cette année 2017, elle pointe du doigt Saab. Mais pas que lui. Elle déclare en effet que les enquêtes qu’elle a menées au sein du ministère public l’ont amenée à présumer que le président Maduro est en réalité le propriétaire de Group Gran Limited – alors que les documents mentionnent comme propriétaires Saab et son associé colombien Álvaro Pulido.
Journaliste aux antipodes du chavisme, directeur de l’équipe d’investigation de la chaîne télévisée Univisión, aux Etats-Unis, Gerardo Reyes a interviewé Ortega pour son livre « à charge » Alex Saab : la verdad sobre el empresario que se hizo multimillonario a la sombra de Nicolás Maduro (Alex Saab : la vérité sur l’homme d’affaires devenu multimillionnaire dans l’ombre de Nicolás Maduro) [6]. « Quand elle était au Venezuela, explique-t-il néanmoins, elle n’a pas dit grand-chose à ce sujet, mais elle est sortie et a dit qu’elle en savait beaucoup et a appelé Saab l’homme de paille de Maduro. Lorsque je l’ai interrogée pour lui demander la preuve qu’il était l’homme de paille de Maduro, elle ne me l’a jamais donnée, alors que c’est elle qui a inventé ce terme [7]. »

Saab se retrouve dans le collimateur. Les CLAP, qui assistent six millions de familles, également. En 2018 le site d’opposition vénézuélienne Armando Info, dont les journalistes vivent à Miami et Bogotá, déclenche une violente campagne contre les entreprises mexicaines qui approvisionnent les CLAP en question. Leurs produits seraient de mauvaise qualité, sans valeur nutritive et de surcroît surfacturés. Avec un pouvoir éditorial concentré dans quelques mains, le cirque médiatique emboîte le pas. Le Département du Trésor américain sanctionne les entreprises mexicaines (El Sardinero, Rice&Beans et La Cosmopolitana), huit autres firmes et deux navires. La justice mexicaine – pays alors gouverné par la droite en la personne de Enrique Peña Nieto – « démantèle le réseau » ! Partout dans le monde, firmes et entreprises enregistrent le danger qu’il y a à commercer avec le Venezuela.

Devenu un élément clé dans la lutte contre le blocus, Saab est inclus dans la « Liste Clinton » par le Département du trésor. Toute personne intégrant cette liste, voit ses biens aux Etats-Unis confisqués, ses comptes bancaires gelés, la déchéance de ses visas et donc de la possibilité d’entrer dans le pays, ainsi que l’interdiction de toute relation avec des personnes physiques ou morales américaines. Pour le protéger, Caracas nomme Saab « envoyé spécial », avec rang d’ambassadeur, toujours en 2018. Privé de la voie mexicaine pour acheter aliments et médicaments, Saab se tourne entre autres vers la Turquie et les Emirats arabes unis. Grâce à ces tours de passe-passe discrets, les Vénézuéliens modestes survivent. Et Washington enrage, forcément.
 
Quand Washington enrage, la Colombie d’Iván Duque rugit. Saab possède dans ce pays l’entreprise Shatex. La Direction d’investigation criminelle et Interpol (Dijin), la Direction des impôts et des douanes nationales (DIAN), l’Unité d’information et d’analyse financière (UIAF) lancent des meutes de limiers aux trousses de Saab. En arrière plan se tiennent la Drug Enforcement administration (DEA, les « stups » américains) et le FBI. Pour incriminer Saab, ces deux organismes s’appuient sur le « témoignage » de Jorge Luís Hernández Villazón, alias « Boliche », ex-paramilitaire colombien, proche du leader Salvatore Mancuso, et qui, depuis deux décennies, est « témoin protégé » du gouvernement américain. Dépendant des autorités pour sa liberté et sa sécurité, ce type de repenti n’a rien à leur refuser. D’ailleurs, pour faire d’une pierre deux coups, il met également en cause l’ex-sénatrice colombienne d’opposition Piedad Córdoba, dont la carrière politique aurait été financée par… Saab, évidemment.
 
Début septembre 2018, mandat d’arrestation en main pour « blanchiment d’argent » et « terrorisme », un groupe d’enquêteurs colombiens se présente afin d’arrêter Saab à Barranquilla. Sans doute averti par son avocat Abelardo De La Espriella – grand admirateur d’Álvaro Uribe ! – l’oiseau a quitté le nid. Mais sa « légende noire » prend de l’ampleur. Elle ne faiblira plus, bien que, en mai 2019, un juge de Barranquilla, Néstor Segundo Primera Ramírez, ait annulé, faute de preuves, l’ordre d’arrestation le concernant [8]. Ni même quand en Suisse, en mars 2021, les procureurs de Genève décideront, après trois années d’investigation, de clôturer l’enquête lancée contre lui pour vingt-deux comptes supposés suspects dans la banque UBS, faute de trouver là encore une quelconque irrégularité.
 
Entretemps, en 2019, le justice américaine a inculpé l’homme d’affaires pour « blanchiment d’argent » et l’accuse d’être à la tête d’un vaste réseau ayant permis au président vénézuélien et son gouvernement de… détourner de l’aide humanitaire destinée aux habitants.
L’absurdité de l’accusation saute tellement aux yeux que, même au sein de l’opposition vénézuélienne, on observe des réactions. Après un début de « Cirque Juan Guaido » (président autoproclamé) tonitruant, les manifestations anti-Maduro peinent à rassembler et des fissures commencent à apparaître au sein de l’antichavisme. Conscients des souffrances d’une population sacrifiée par les tenants de la déstabilisation économique, neuf députés des partis Primero Justicia, Voluntad Popular, Un Nuevo Tiempo, Cambiemos et de la fraction 16 de Julio (dont ils seront ultérieurement expulsés) se rendent en Europe, en Colombie et aux Etats-Unis où ils mènent des négociations informelles en défense des entreprises de Saab [9]. Sans résultat, bien entendu.

Plus d’exportations pétrolières permettant financer les achats vitaux pour la population, en pleine pandémie. Souterraines, les transactions s’effectuent en particulier grâce à l’or extrait de l’Arc minier de l’Orenoque [10] – que, volant au secours de Washington, certains inconscients d’extrême gauche et écologistes ignorants dénoncent vigoureusement, au nom de la défense de l’environnement.
Le 12 juin 2020, en route pour l’Iran en quête de nourriture, Saab fait escale à l’aéroport international Amílcar-Cabral de l’île de Sal, au Cap-Vert – un archipel composé d’îles volcaniques situé au large du Sénégal – pour procéder à une opération de ravitaillement. Bien que muni de son passeport diplomatique – le Venezuela l’ayant également nommé ambassadeur auprès de l’Union africaine –, il est arrêté par les autorités cap-verdiennes. « On ne m’a jamais montré de notice rouge [d’Interpol] ou de mandat d’arrêt, racontera-t-il ; on m’a poussé hors de l’avion sans chaussures et on a ensuite dit au pilote de quitter l’île immédiatement [11]. » En cas de non reconnaissance de son immunité diplomatique, le respect du droit internationalimpliquerait pourtant que, au pire, Saab soit déclaré persona non grata et qu’il puisse poursuivre son voyage. Pour justifier cette incarcération arbitraire, un mandat d’Interpol ne surgira que le lendemain de l’arrestation. Le mandat d’arrêt américain, qui réclame l’extradition, n’arrivera qu’au bout de vingt-cinq jours de détention préventive.

Il est désormais possible d’examiner de plus près l’acte d’accusation rédigé en juillet 2019. En fait, la Cour du District de Floride fait référence à une somme de 350 millions de dollars ayant circulé entre 2011 et 2015 à travers le système bancaire américain – et, entre autres, la Bank of America, la Citibank et la Deutsche Bank. Tous établissements supervisés par le Département de services financiers de New York et la Réserve fédérale (FED) – qui, pendant cette période, n’ont pas levé un sourcil. Aucune preuve n’accompagne l’accusation – juste des insinuations et de demi-vérités recueillies auprès de témoins « repentis » qui ont obtenu en échange la nationalité étatsunienne.
La prison préventive se prolonge au-delà des délais permis par la loi. Bientôt, l’ex-juge espagnol Baltasar Garzón, qui dirige l’équipe de défense, devra faire remarquer que « la durée maximale de privation de liberté dans le cadre d’un processus d’extradition, en vertu de la législation cap-verdienne, est de 80 jours ». Délai allégrement dépassé, malgré des demandes d’habeas corpus répétées.

Saab dénonce : « Dès le premier jour de mon enlèvement, j’ai été torturé et soumis à des pressions pour signer des déclarations d’extradition volontaire et faire un faux témoignage contre mon gouvernement. Par la suite, le Cap-Vert m’a torturé physiquement trois autres fois en prison, en plus d’une torture psychologique constante. Demandez à n’importe lequel des autres prisonniers qui étaient là. Ils peuvent le confirmer [12]. » Malgré une détérioration de sa santé et une intervention rapide du Tribunal de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), il faudra attendre le 21 janvier 2021, soit sept mois, pour que le détenu soit transféré dans une résidence touristique abandonnée. Une bien piètre amélioration. « Je suis surveillé par cinquante gardes armés, mes avocats sont fouillés quand ils viennent et quand ils partent, mes flacons de médicaments sont vidés, même quand ils sont neufs et scellés, confie-t-il le 3 mars à l’agence de presse espagnole EFE. Si je sors dans le jardin, la police suit tous mes mouvements avec des drones. Je n’ai pas le droit d’accéder à l’internet et si je veux parler à ma famille, je dois le faire sur un téléphone fourni et surveillé par la police. Le Cap-Vert refuse de me laisser accéder aux médecins spécialistes de mon choix, même à mes propres frais. Avec autant de gardes armés autour de moi, je suis très stressé. Le jeu de la torture psychologique, commencé en prison, se poursuit sous cette fausse assignation à résidence. »

Le 1er mars 2021, Hannibal Uwaifo, président de l’Association des avocats d’Afrique (AFBA), lance un appel public pour que le gouvernement du Cap-vert libère immédiatement « le diplomate vénézuélien Alex Saab ». Le 15 mars, puis à nouveau le 24 juin, c’est la Cour de justice de la Cedeao qui juge la détention « illégale », ordonne une « libération immédiate », « l’arrêt de l’exécution de la procédure d’extradition vers les Etats-Unis » et le versement à l’intéressé d’une indemnité de 200 000 dollars « pour les dommages moraux résultant de sa détention illégale ». Bien que parti prenante de cet organisme régional et membre de plein droit de son Tribunal, le Cap-Vert décide de ne pas appliquer la décision. Il ne réagit pas plus quand, le 8 juin, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU demande à Praia (la capitale) de suspendre la procédure d’extradition pendant qu’il examine les allégations de torture physique et psychologique.

Approuvée dès le 31 juillet 2020, suspendue par les appels et les recours de l’équipe de l’avocat Garzón, l’extradition de Saab est confirmée le 7 septembre 2021 par le Tribunal constitutionnel cap-verdien, une sentence de 194 pages attestant, contre toute évidence, de la « légalité » du processus. Confronté au danger imminent de sa déportation, le pouvoir vénézuélien nomme Saab membre de la délégation gouvernementale qui, au Mexique, a entamé des négociations avec la droite radicale, ramenée à la raison par l’échec spectaculaire de la stratégie de « changement de régime » qu’a incarné le président imaginaire Juan Guaido.
Le Cap-Vert, pour sa part, se prépare à une élection présidentielle. Des rumeurs courent, audibles de Praia à Washington. Candidat de gauche pour le compte de l’historique Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), José Maria Neves, envisagerait de libérer Saab, pour « raisons humanitaires », s’il était élu. En toute hâte, le chef d’Etat sortant, Jorge Carlos Fonseca, colle Saab dans un avion, à destination des Etats-Unis, le 17 octobre, veille du scrutin. Détail qui fait mal : l’aéroport porte le nom d’Amilcar Cabral, le héros de l’indépendance du pays (ex-colonie portugaise), l’homme qui en son temps déclara : « Notre lutte n’est pas seulement contre le colonialisme portugais ; nous voulons, dans le cadre de notre lutte, contribuer de manière plus efficace à mettre définitivement fin à la domination étrangère sur notre continent. »
Le lendemain du « vol de l’infamie », José Maria Neves, l’éventuel libérateur, a été élu avec 51,5% des voix.
 
Ce 18 octobre, Saab a été présenté devant un juge de la Cour de Miami. La porte-parole du Département de la justice, Nicole Navas Oxfam, a exprimé sa gratitude et son admiration pour le gouvernement du Cap-vert en raison de « son professionnalisme et de sa persévérance dans ce cas complexe ». Comme toujours, les mouches du coche et les larbins ont tenu à se faire remarquer. « L’extradition d’Alex Saab est un triomphe dans la lutte contre le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et la corruption qui ont conduit à la dictature de Nicolás Maduro, a tweeté l’imprésentable président colombien Iván Duque. La Colombie a soutenu et continuera de soutenir les Etats-Unis dans l’enquête contre le réseau criminel transnational dirigé par Saab. » Traité comme un « criminel » parce qu’il a contribué à contourner les sanctions américaines illégales destinées à asphyxier l’économie vénézuélienne, Saab risque vingt années de prison.
 
Le captif sera jugé en Floride, nid des puissants lobbys anti-castristes et anti-bolivariens dressés vent debout contre les négociations en cours à Mexico. A son corps défendant, il rejoint ainsi le cercle des emblématiques otages de l’Empire. Les Cinq Cubains de Miami – René González, Fernando González, Gerardo Hernández, Ramón Labañino et Antonio Guerrero – iniquement jugés et incarcérés, de treize à seize années, entre 1998 et 2014, pour avoir infiltré les réseaux criminels qui, depuis la Floride, menaient des actes terroristes contre Cuba. Ou encore Ricardo Palmera (alias Simón Trinidad), dirigeant guérillero et négociateur des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), extradé en 2005 et depuis enterré, au sens propre du mot, dans un « Alcatraz » inhumain, à Florence (Colorado) [13]. Incapable de le faire condamner, faute de preuves, pour narcotrafic, comme elle l’avait prévu, la justice américaine l’a finalement déclaré coupable de « conspiration », avec d’autres membres des FARC, lorsque, dans le cadre du conflit armé, furent capturés en 2003 trois mercenaires américains (finalement libérés en 2008). On n’oubliera pas Julian Assange. Bien qu’incarcéré en Angleterre, il est avant tout l’otage du gouvernement américain. Mais lui, il s’agit de le réduire au silence ; en ce qui concerne Saab, il faut le faire parler !

Pour les Etats-Unis, il s’agit de pénétrer le système de défense économique et financier du gouvernement bolivarien ainsi que les méthodes utilisées pour tourner l’embargo. But ultime : neutraliser et démanteler les réseaux d’approvisionnement, mais aussi de vente de l’or et du pétrole vénézuéliens, tordre dans le mauvais sens une situation qui, pour le gros de la population, tend à s’améliorer. Il s’agit aussi, sur la base de « confessions » réelles ou inventées dans l’objectif d’obtenir une réduction de peine, de bombarder l’opinion publique des « turpitudes » de Maduro et de son entourage.
Pris dans un piège de cette nature, certains flanchent, d’autres résistent. Dans une lettre écrite avant d’être extradé et lue par son épouse Camilla Fabri lors d’un rassemblement public à Caracas, Saab a fait savoir que jamais ilne fournira volontairement « des informations classifiées sur le gouvernement du président Maduro et les relations diplomatiques et commerciales » de la République bolivarienne : « J’affronterai mon procès avec une dignité totale (…) Je veux être clair  : je n’ai pas à collaborer avec les Etats-Unis. Je n’ai commis aucun crime, ni aux Etats-Unis ni dans aucun autre pays et je n’ai pas l’intention de mentir pour favoriser les Etats-Unis contre un pays qui subit un blocus inhumain. »
Pour lui, le calvaire commence, à n’en pas douter.

Quand bien même le Département de la justice aurait mené l’opération, c’est en toute connaissance de cause que l’administration de Joe Biden s’est livré à cette opération. Le locataire de la Maison-Blanche n’a pas modifié d’un iota les mesures particulièrement agressives mises en œuvre par son prédécesseur Donald Trump contre la « Troîka de la tyrannie » – Cuba, le Nicaragua et le Venezuela. Les « midterm elections » (élections de mi-mandat) de novembre 2022, seront, pour les démocrates une épreuve redoutable. Il s’agit, dans cette perspective, de ne pas décevoir la Floride, un Etat clé. Mais il s’agit aussi, incontestablement, d’une torpille lancée contre le processus de dialogue entrepris par les chavistes et les anti-chavistes au Venezuela. D’ores et déjà, Caracas a suspendu sa participation aux conversations, qui devaient reprendre le 18 octobre. L’extradition de Saab, a déclaré Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et chef de la délégation gouvernementale, « est une agression inacceptable qui viole les principes juridiques internationaux et contredit l’esprit constructif qui devrait prévaloir dans toute négociation politique. » Très cyniquement, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a immédiatement réagi : « Par sa suspension du dialogue avec l’opposition, le président vénézuélien Nicolás Maduro fait passer le cas de l’homme d’affaires Alex Saab avant les intérêts de millions de Vénézuéliens. »

C’est dans le cadre de ces conversations que les secteurs durs de l’opposition, mettant un terme à leur stratégie de boycott des élections, ont annoncée leur participation au méga-scrutin (pour les maires et les gouverneurs) du 21 novembre prochain. Malgré les réticences clairement exprimées de Washington, l’Union européenne a prévu l’envoi d’une Mission de plusieurs dizaines d’observateurs. Que feront les uns et les autres ? Caracas veut avant tout une suppression des sanctions imposées par les Etats-Unis. En ce sens, l’extradition de Saab relève à l’évidence de la provocation et du refus. La perspective de normalisation politique qui se dessinait en interne risque-t-elle, de ce fait, et d’une évidente volonté de Washington, d’être réduite à néant ?


[1https://www.franceinter.fr/emissions/le-monde-d-apres/le-monde-d-apres-de-jean-marc-four-du-lundi-18-octobre-2021

[2] Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet (précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation), Don Quichotte, Paris, 2015.

[3] Thomas Posado, Michel Rogasky, Pierre Salama, « L’Amérique latine en bascule », Recherches internationales, n° 115, Paris, juillet-septembre 2019.

[4https://www.gao.gov/assets/720/712253.pdf

[5https://misionverdad.com/venezuela/alex-saab-denuncia-extralimitacion-judicial-de-eeuu-en-su-contra

[6] Planeta, Bogotá, 2021.

[7https://www.diariolasamericas.com/america-latina/las-claves-del-caso-alex-saab-un-proceso-dinamitado-el-chavismo-n4234534

[8] Le 9 juin 2020, après qu’eussent été lancés de nouveaux chefs d’accusation, ses luxueux biens immobiliers de Barranquilla ont été saisis.

[9] Parmi ces députés d’opposition figurent Luis Eduardo Parra (futur président de l’Assemblée nationale de janvier 2020 à janvier 2021), Conrado Pérez, Richard Arteaga, José Brito, Chaim Bucaran, José Luis Pirela et Adolfo Superlano.

[10https://www.medelu.org/L-Arc-minier-de-l-Orenoque-les

[11https://www.elespectador.com/noticias/judicial/desde-el-primer-dia-me-torturaron-y-me-presionaron-para-que-firmara-mi-extradicion-alex-saab/?cx_testId=20&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s

[12https://www.elespectador.com/noticias/judicial/desde-el-primer-dia-me-torturaron-y-me-presionaron-para-que-firmara-mi-extradicion-alex-saab/?cx_testId=20&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s

[13] Trinidad a été capturé en 2004 en Equateur où il établissait des contacts avec des diplomates européens afin de parvenir à des accords d’échanges humanitaires de prisonniers.

Maurice Lemoine

Source de cet article : https://www.medelu.org/Trump-en-a-reve-Biden-l-a-fait

L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela

par Franco Vielma

Lors de l’installation de l’Assemblée Nationale (AN) élue le 6 décembre dernier, son nouveau président, le député Jorge Rodriguez, a indiqué certaines orientations fondamentales que le nouveau parlement aura, plaçant dans cet ordre de priorités celui de légiférer et d’agir en faveur de la construction du pouvoir communal au Venezuela.

Rodriguez a déclaré que la nouvelle gestion parlementaire « ira vers le Parlement communal, cette gestion ira vers la conformation de lois pour protéger les cités communales, les communes, les conseils communaux », ce qui suppose une relance ou une réforme des lois du pouvoir populaire et la promulgation d’autres, parmi elles, du projet de loi des cités communales, qui est considéré par beaucoup comme une pièce juridique manquante pour l’avancée dans la concrétion des gouvernements autonomes dans le pays.

Dans le cadre de la campagne pour ces élections législatives, déjà, Rodriguez avait indiqué que la transformation de l’État était possible à partir de l’approfondissement des mécanismes de transfert du pouvoir aux organisations populaires.

« Nous devons adopter la loi qui donne du pouvoir à ceux qui connaissent le quartier, les conseils communaux, nous devons donner un vrai pouvoir aux communes et ce sera par la loi des cités communales. Une loi pour que les communes prennent le pouvoir une fois pour toutes à partir de leurs territoires »

L’agenda de l’Assemblée Nationale est en phase avec la stratégie de l’exécutif vénézuélien qui assume de nouveaux termes dans la gestion sociale et dans l’exercice de la démocratie participative. En octobre dernier, lors du Congrès national des Communes 2.0 organisé par voie numérique, le président Nicolás Maduro a donné des instructions visant à l’organisation, l’installation et le déploiement de 200 cités communales gérées en autogouvernement populaire, par les communes et les conseils communaux eux-mêmes.

De même, le président a accepté la proposition de mettre en place, à travers les travaux de l’assemblée nationale, un instrument qui confère une existence juridique au Parlement communal qui, selon ses termes, « oblige le Parlement national à consulter les Communes, sur tous les projets et sur tous les sujets qui seront mis en débat ». Une proposition politiquement très ambitieuse. Le chavisme propose la création d’un organe législatif complémentaire à l’Assemblée Nationale elle-même et qui aurait un véritable corps politique dans les axes territoriaux du pouvoir communal.

De même, le président Maduro a évoqué la nécessité de consolider un nouveau bloc historique national, où les nouvelles façons de faire de la politique soient un facteur inexorable, une nouvelle forme à l’échafaudage de gestion et de participation pour moduler l’infrastructure et la superstructure du pays.

Contours et défis politiques

La nouvelle Assemblée Nationale a pris sa place dans la politique nationale avec une présentation claire et concrète. Ils s’agit de « réparer » les dégâts laissés par le cycle de la majorité de droite qui l’a précédée : le blocus et le siège extérieur, la fracture de l’espace intérieur et du débat politique entre les Vénézuéliens, et la stagnation et l’échouage partiel de la politique intérieure.

La nouvelle Assemblée nationale, favorable à la « réconciliation », à l’ouverture de « mécanismes de dialogue », à la distension politique, selon les termes du député et président de l’assemblée Jorge Rodriguez (photo ci-dessous, à droite), vise à maintenir la paix, à briser le blocus, au retour des institutions et à l’harmonie politique nationale comme atouts politiques stratégiques.

Mais le chavisme ne conçoit pas que le dialogue national soit perpétué comme le seul dialogue de deux camps. Il a su reconnaître l’existence de diverses oppositions politiques et, au-delà, de tout un pays beaucoup plus diversifié, avec un ensemble de besoins politiques, de revendications de la population et d’anciennes dettes en termes de participation sociale et de démocratie directe.

La pleine reconnaissance du terrain rend ces propositions parlementaires hautement stratégiques. Pour la première fois dans un parlement national, les lois concernant le pouvoir populaire sont en tête de l’agenda législatif. Dans ce sens, aller vers la Commune, c’est, pour le chavisme, aller au fond des choses, au cœur politique de la nation, là où se nouent les contradictions de la vie quotidienne, aujourd’hui, parmi tant de souffrances et de conquêtes.

La nouvelle Assemblée Nationale est, dans tous ses aspects, une assemblée pour le « déblocage » du pays. La politique intérieure est un élément à « débloquer », et pour cela, outre les dialogues politiques avec les oppositions, le chantier concerne la création de lois qui, pour l’ensemble du spectre social, changent les règles du jeu démocratique du pays le plus profond.

Ces lois seront rédigées dans un cadre conflictuel, car elles seront contestées par des secteurs politiques auto-exclus, qui se sont abstenus aux élections et qui défendront la permanence des anciennes formes de politique. Pour cela, ils feront appel à la défense d’instances qui seraient supposées être éradiquées, comme les mairies, ou en signalant l’élimination des AN par un Parlement communal, en déclarant l’inconstitutionnalité de ces lois du pouvoir populaire.

Ils se soumettront à des pressions extérieures, au blocus et chercheront à perpétrer l’État national, en diabolisant ces initiatives et dénonçant à nouveau un prétendu communisme imposé au pays.

En outre, ces lois seront débattues dans un nouveau pays, un pays différent, soumis à de nouvelles inerties et conditions qui n’existaient pas lorsque les premières lois du pouvoir populaire ont été promulguées. Les nouvelles lois seront élaborées selon les critères d’un État limité en ressources, sous blocus occidental, en contingence permanente et en chemin de démantèlement du rentisme pétrolier qui fut le contrat matériel fondateur du Venezuela contemporain, avant et après 1999.

L’expérience accumulée

Les meilleures références sur lesquelles les parlementaires peuvent compter pour assumer les nouvelles tâches législatives de la Commune, sont peut-être dans les mémoires des Congrès communaux qui ont eu lieu ces dernières années. Il existe des principes élémentaires écrits à partir de l’expertise et de l’expérience de ses protagonistes.

Les forces communales et autres expressions du tissu politique du Chavisme sont la réserve sociale, morale et politique du pays ; ce sont elles qui ont eu le privilège ardu d’expérimenter dans l’arène politique du « nouveau ». Ils ont travaillé avec des hauts et des bas, des erreurs, des incongruités, des faiblesses et avec mille obstacles au premier plan, mais ce sont eux qui ont donné naissance à une nouvelle façon de faire de la politique au Venezuela et font, par conséquent, partie des expressions du savoir indispensable pour repenser le pays.

Les conseils communaux, et après eux, les communes et les systèmes d’agrégation communale, sont tous des expressions germinales du pouvoir social, ils sont le point de départ pour donner forme aux Cités communales comme espaces géo-humains. Ils sont aussi le point exact pour décanter un système de participation parlementaire communale, qui permet de dépasser la vieille logique clientéliste de l’ancien parlementarisme.

Mais écrire une loi des villes communales et une loi qui se réfère au Parlement communal, implique l’identification de sujets politiques appropriés avec une plus grande amplitude, non seulement pour être rendus visibles dans ces lois, mais aussi parce qu’ils sont les facteurs qui peuvent donner l’assentiment dans la réalité à ces initiatives législatives.

Nous parlons de l’avant-garde, des Comités d’Approvisionnement et de Production (CLAPS), des Unités de Bataille Hugo Chavez (UBCH) et du tissu politique principalement féminin qui fait la vraie politique depuis le quotidien et au plus profond de l’espace politique national : référence indispensable, car ils sont dans les formes cellulaires de la politique au jour le jour.

Ce sont des secteurs qui, par excellence, se sont formés aux façons de faire de la politique au milieu des nouveaux obstacles ou inerties internes, loin des méthodes aériennes de formulation des politiques publiques. Ils sont donc essentiels, car ils comprennent que l’éventuelle loi sur les cités communales et une loi sur le parlement communal doivent aller à la recherche de nouvelles formes de gestion politique et sociale. Ces secteurs sociaux et leurs espaces naturels constituent un foyer d’expertise inestimable et peuvent être, en tant que facteurs de première ligne, les promoteurs du changement opportun des règles qui pourraient découler de ces lois importantes.

Les lois qui viendront, pourraient même reformuler les lois du Pouvoir Populaire en vigueur, car après des années de leur promulgation la réalité a montré que les mécanismes prévus pour leur mise en œuvre sont dépassés, ils n’ont pas été remplis car les méthodes pour les imposer n’ont pas été efficaces et de plus de nombreuses conditions ont changé. Cela n’implique pas l’expiration des lois en vigueur, mais plutôt que celles-ci soient réinventées.

La lutte naturelle entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant, qui a été longue et complexe dans les entrailles de la gestion publique, va maintenant avoir de nouvelles lois qui, avec une grande emphase, vont déléguer à de nouveaux acteurs politiques et sociaux de nouveaux rôles pour l’exercice du pouvoir citoyen. C’est très important, car ces lois pourraient résoudre les différends qui découlent des anciennes pratiques et prétentions des fonctionnaires et des institutions en matière de préservation des quotas. Cette lutte est donc aussi une source d’apprentissage pour les législateurs.

En outre, il conviendrait que la rédaction de ces lois soit originale, en explorant l’idéologie nationale d’origine, en particulier celle qui est née de Simón Rodríguez lui-même, qui a appelé « Toparquía » le gouvernement local et l’autonomie comme forme d’organisation de l’exercice du pouvoir sur le territoire de la République, en dissolvant les formes de pouvoir apparues dans l’inertie coloniale et en les remplaçant par des autonomies adaptées aux hommes et aux femmes libres en association et en organisation. Il y a là, dans toute cette accumulation théorique, une immense richesse que nous ne pouvons pas continuer à sous-estimer.

Source : La agenda parlamentaria arranca con destino hacia lo comunal | Misión Verdad (misionverdad.com)

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela | Venezuela Infos (wordpress.com)

Révolution bolivarienne, révolution latino-américaine: l’interview intégrale de Nicolas Maduro par Ignacio Ramonet

Si effrayante pour tous, l’année 2020 a été relativement clémente pour le Venezuela. Bien sûr, le blocus et les attaques de l’extérieur n’ont pas cessé, et se sont même parfois intensifiés. Mais la révolution bolivarienne, qui vient d’avoir 22 ans, est déjà affermie par ces batailles. Ce qui est remarquable, c’est qu’ici, contrairement à ce qui s’est passé dans presque toute l’Amérique latine et en particulier dans les pays voisins (Colombie, Brésil), la pandémie de Covid-19 a été maîtrisée. Peu d’infections, faible mortalité (voir les chiffres de l’OMS). Entre-temps, l’économie, dans des circonstances très difficiles, a connu une reprise spectaculaire. Avec une augmentation sans précédent de la production agricole et des activités commerciales. En outre, la nouvelle législation encourage un afflux important d’investissements étrangers. Ces nouveaux airs et ces nouvelles grâces, après plusieurs années de difficultés, se sont traduits politiquement par une victoire éclatante du Chavisme, le 6 décembre dernier, aux élections législatives.

Attaqué férocement depuis des années, le président Nicolas Maduro savoure l’heure où, par ailleurs, deux de ses principaux adversaires mordent successivement la poussière. Sur la scène nationale : l’opposition extrémiste dirigée par Juan Guaidó, battue le 6 décembre et expulsée démocratiquement de l’Assemblée nationale. Sur la scène étrangère : le chef de la conspiration internationale, Donald Trump,a été mis KO aux Etats-Unis le 3 novembre et sera hors-jeu à dater du 20 janvier.

Pour parler de ces questions, dans les magnifiques jardins de La Casona  qui était autrefois la résidence officielle des présidents du Venezuela et qui est aujourd’hui un centre culturel ouvert au public , nous nous sommes entretenus avec Nicolás Maduro. 

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour la gentillesse dont vous avez fait preuve en nous accordant cette interview. Il est devenu une tradition pour nous de nous rencontrer chaque premier janvier pour faire le bilan de l’année écoulée et aussi pour que vous nous disiez comment vous envisagez les perspectives pour l’année à venir.

Cet entretien s’articulera autour de neuf questions : trois sur la politique intérieure, trois sur l’économie et trois sur la politique internationale.

Je voudrais commencer par la politique intérieure. L’année 2020, qui vient de se terminer, restera dans l’histoire comme « l’année de la pandémie Covid-19 » avec un bilan terrifiant à l’échelle planétaire, en termes de contagion et de victimes…. Dans ce panorama effrayant, les chiffres présentés par le Venezuela sont très encourageants, très positifs, et sont parmi les meilleurs du monde… Comment expliquez-vous ces bons résultats malgré les blocus et les mesures coercitives unilatérales imposées à votre pays par les autorités étasuniennes et européennes ? Existe-t-il peut-être un « modèle vénézuélien » pour la lutte contre le Covid ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, je vous remercie pour cette opportunité, cette fenêtre que vous nous ouvrez pour communiquer avec de nombreuses personnes honnêtes dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique… En effet, ces entretiens s’inscrivent déjà dans une tradition publiée le 1er janvier et qui marquera le début de la nouvelle année 2021. En effet, nous avons fait un grand effort pour traiter le coronavirus. Je pourrais vous dire qu’il existe un modèle vénézuélien. Je le dis humblement, parce qu’au Venezuela il y a un système de santé publique gratuit et de qualité construit en révolution. Et parce que, malgré les persécutions et les sanctions pénales qui nous empêchent d’acheter du matériel médical dans le monde ; et qui nous empêchent d’acquérir, de manière naturelle, les médicaments dont le pays a besoin, nous avons réussi à maintenir, à augmenter et à perfectionner le système de santé publique fondé par le commandant Chavez. La « Mission Barrio Adentro » a été la première étape de la construction de notre système primaire de médecine familiale avec plus de 14.000 cliniques externes, avec le médecin de famille, etc. Tout cela avec le soutien de Fidel Castro, de Cuba et, depuis seize ans, de milliers de médecins et du personnel de santé cubains… Entre-temps, nous avons également formé des milliers de médecins, d’infirmiers et d’infirmières…

Quand, en mars dernier, le Venezuela a commencé à faire face à Covid, je me souviens des articles du Miami Herald, des journaux espagnols El País et ABC, du New York Times, etc. qui « prédisaient », comme toujours avec le Venezuela, l’ »effondrement » de la société vénézuélienne, l’ »effondrement » de notre système de santé, donnaient des chiffres vraiment terrifiants, tragiques…

Entretien réalisé par Ignacio Ramonet à Caracas, le 30 décembre 2020

Cette guerre psychologique a un effet… Parce que vous lisez ces chiffres et vous vous dites : « Mon Dieu, que va-t-il se passer… » En mars, quand on a su que c’était une pandémie, eh bien, on a activé tous les mécanismes de la médecine préventive… Nous avons mobilisé environ 16.000 brigades médicales — qui sont toujours actives… — pour aller chercher les cas avec les tests PCR, les tests rapides, pour aller de maison en maison, dans les quartiers, dans les communautés…

Nous avons décidé d’offrir un traitement complet à tous les patients atteints de Covid… Tous ! Et les faire hospitaliser dans le système de santé publique… Et un petit pourcentage dans les cliniques privées, le système privé avec lequel nous avons établi une parfaite coordination, pour leur donner un traitement et une hospitalisation à 100 % des cas…

Aujourd’hui, je peux vous dire que 95 % des cas de Covid que nous avons eus — cent mille et demi cas d’infection — au Venezuela, ont été détectés à temps, ont reçu un traitement médical à l’hôpital et ont eu tous leurs médicaments.

Nous avons identifié un groupe des meilleurs médicaments nationaux et internationaux et nous avons effectivement fourni un traitement complet garanti à tous les patients : à ceux qui sont asymptomatiques, à ceux qui sont légèrement infectés, à ceux qui sont modérément infectés et, naturellement, à ceux qui sont gravement infectés dans leurs différentes modalités.

De plus, la science vénézuélienne a réussi à créer deux médicaments : un appelé DR10, et un autre que j’appelle les « gouttes miracles José Gregorio Hernández », qui sont deux thérapies permettant d’attaquer et de neutraliser le coronavirus à 100 %. C’est notre petite contribution…

Ces deux médicaments, nous les certifions auprès de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… Et très bientôt, le pays entrera dans la phase de production de masse, pour la consommation nationale, de ces deux médicaments, qui sont vraiment encourageants.

Lorsque nous parlons du « modèle vénézuélien », nous devons également mentionner une formule que nous avons créée après les longues quarantaines volontaires pendant les mois de mars, avril, mai, juin et juillet. Parce que, ensuite, nous avons essayé une méthode, qui est notre méthode, que nous appelons « 7 + 7 » : sept jours de quarantaine radicale profonde, toujours volontaire ; et sept jours de flexibilisation. Cela nous a permis de combiner la protection indispensable avec l’activité économique… La nécessaire reprise économique s’est combinée à une quarantaine stricte et volontaire pour couper les cycles de contagion. C’est ainsi que nous avons construit notre méthode.

Où l’avons nous trouvé, Ramonet ? De l’étude des expériences dans le monde. De l’étude des expériences positives, comme il y en a eu en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Nicaragua, en Nouvelle-Zélande, dans une étape en Corée du Sud… De ces expériences et de l’étude des expériences néfastes comme celle des États-Unis, du Brésil, de la Colombie, qui ont rempli ces pays frères de coronavirus, de maladies et de décès. Nous avons donc atteint un équilibre entre la quarantaine nécessaire, les soins nécessaires, la discipline nécessaire, et la flexibilité.

IR : Il faut dire aussi que le Venezuela a été le premier pays des Amériques, sur l’ensemble du continent, à prendre des mesures de quarantaine. Si je me souviens bien, l’OMS a déclaré la pandémie le 11 mars, et ici, la quarantaine a été décrétée le 13 mars… C’est-à-dire bien avant tout autre pays de la région.

Nicolás Maduro : Oui, et nous avons eu beaucoup de succès avec très peu de cas au cours des trois premiers mois. Puis il y a eu un phénomène : le retour massif de milliers de migrants vénézuéliens de Colombie, d’Equateur, du Pérou… Fuyant le coronavirus, la violence, la famine… Certains sont venus à pied de l’Équateur, du Pérou, de Cali, de Medellin, de Bogota jusqu’à la frontière.

Nous avons reçu plus de 270.000 Vénézuéliens, dont près de 250.000 de Colombie… Une « vague » qui est arrivée en juin, juillet… La frontière est très poreuse, très longue aussi. Et une grande partie de ces migrants sont arrivés par des moyens illégaux, par les « trochas » (Une « trocha » est un chemin souvent utilisé par les narcotrafiquants et qui permet de traverser la jungle ou les sous-bois.)… C’est pourquoi on parle de « trochismo »… Beaucoup d’entre eux sont venus de Colombie, d’Equateur, du Pérou et sont arrivés directement dans leurs communautés…  Ce qui a augmenté le nombre de cas de Covid. Actuellement, cela est contrôlé. Aujourd’hui, je peux dire que, malgré le fait que nous ayons fait une flexibilisation totale au mois de décembre 2020 — nécessaire pour la famille, pour l’économie — nous avons un bon niveau de contrôle.

Et maintenant, nous avons signé un accord avec la Russie pour acheter 10 millions de doses du vaccin Spoutnik V. Nous terminons les études de phase 3 de ce vaccin contre le Spoutnik V, qui sont très favorables. Et nous allons commencer la phase de vaccination. Mais il ne faut pas se leurrer : les vaccins aideront, mais ils ne protégeront que durant six mois à deux ans… Ce n’est pas pour toujours… Les gens doivent le savoir. De nombreuses personnes qui se font vacciner maintenant dans le monde, se font vacciner en espérant que c’est la fin définitive de tout danger de contracter le Covid. Non, c’est une expérience. La vaccination de masse est encore une expérience qui sera évaluée…

IR : Monsieur le Président, tout au long de l’année dernière, les attaques et le sabotage  en particulier contre l’industrie électrique et l’industrie pétrolière  dirigés et financés de l’étranger contre la révolution bolivarienne se sont également poursuivis.  En ce sens, la défaite de l’incursion armée appelée « Opération Gédéon« , en mai 2020, a démontré une fois de plus la force de l’union civile-militaire. Quelles sont les clés de cette union qui semble résister à toutes les épreuves ? Quelles nouvelles menaces armées craignez-vous contre le Venezuela et contre vous-même ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous travaillons beaucoup. En premier lieu, nous travaillons avec notre parole, avec des exemples, avec des actions du gouvernement permanent. Nous travaillons sur l’idéologie, la politique, les valeurs dans toute la société… Le Venezuela a montré, en cette année 2020, une fois de plus, la grande force de ses nouvelles institutions, des valeurs constitutionnelles. Et elle a démontré une grande force de conscience de l’ »union civique, militaire et policière », comme je l’appelle.

Le Venezuela est attaqué par une guerre permanente. Il ne faut laisser planer aucun doute sur le fait que l’empire étasunien, en tant qu’empire, a décidé de reconquérir, de recoloniser le Venezuela, de détruire notre révolution, de détruire nos institutions.

Durant ces quatre années de présidence de Donald Trump, nous avons connu une version extrémiste de la politique impériale contre le Venezuela. Un extrémisme total… Trump a autorisé à plusieurs reprises — on le saura en temps voulu, Ramonet — mon assassinat. Trump a pris goût pour le sang, pour la mort… Il a fait tuer Soleimani (Le 3 janvier 2020, le général iranien Qasem Soleimani, chef de la Force Quds, a été tué à Bagdad, en Irak, par une attaque de drones étasuniens) et bien d’autres. Et à plusieurs reprises, il a autorisé des plans, coordonnés avec le président colombien Iván Duque, pour m’assassiner. Ces plans sont toujours en vigueur aujourd’hui. De temps en temps, nous découvrons des éléments et prenons des mesures pour la protection, non seulement de ma vie, de la vie de ma famille, de la vie du haut commandement politico-militaire, de la vie des dirigeants du pays, de la vie des institutions…

Récemment, nous venons de démanteler un plan qui avait été conçu à Riohacha, sur la côte atlantique de la Colombie. C’est là qu’a eu lieu, le 21 décembre 2020, une réunion dirigée par trois agents des services secrets colombiens étroitement liés à Álvaro Uribe Vélez [ex-Président Colombien], envoyés par Iván Duque pour organiser un plan d’attaque de notre centrale hydroélectrique de Guri, pour attaquer nos raffineries, pour tenter de détruire, avec des explosifs, le siège de l’Assemblée nationale ? Ce plan s’appelait « Boycott de l’Assemblée nationale ».

Nous sommes en train de le démanteler en ce moment même, avec des preuves à l’appui, avec les témoignages des personnes qui ont participé à cette réunion à Riohacha. Le gouvernement colombien a gardé le silence, parce que nous avons découvert le plan secret qu’ils avaient pour ces jours de décembre et janvier. Nous sommes attaqués en permanence, menacés en permanence…

Mais la clé, c’est la prise de conscience. Sans aucun doute, si on nous demandait : quelle est la clé pour maintenir la révolution bolivarienne ? La réponse est : la vérité ; une parole engagée ; une action permanente ; avoir l’initiative politique… Et la conscience supérieure du peuple, la conscience supérieure de notre Force armée nationale bolivarienne.

Cette année, une loi a été adoptée — la loi constitutionnelle qui régit la Force armée nationale bolivarienne — et dans cette loi ont été exposés les éléments doctrinaux avec lesquels le soldat vénézuélien se meut. L’anti-impérialisme, le bolivarisme, l’américanisme latin s’expriment… La Force armée s’est déclarée comme une force armée anti-oligarchique.

Il y a des principes, des éléments clés : travailler la conscience, travailler les valeurs avec la vérité… C’est une clé fondamentale de l’union civile-militaire-policière qui soutient, en combat permanent, notre révolution.

IR : Monsieur le Président, les élections législatives du 6 décembre ont donné une nouvelle et éclatante victoire au Chavisme et à ses alliés. Le 5 janvier, le mandat de la précédente Assemblée, qui était dominée par l’opposition, prendra fin. Et le Chavisme va reprendre le contrôle de l’Assemblée nationale. Cependant, une partie de l’opposition a refusé de participer à ces élections et ne reconnaît pas les résultats. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour convaincre cette opposition de participer à un nouveau dialogue pour aller vers la pacification définitive de la vie politique ?

Nicolás Maduro : Eh bien, en effet, une partie importante de l’opposition a adopté la vision extrémiste imposée par Washington en cette période de Trump. Mais l’ère de Trump se termine, et nous allons voir comment cette partie de l’opposition réagit maintenant. Nous avons toujours mené des dialogues et des négociations avec toute l’opposition, y compris celle qui s’est exclue du système politique démocratique du pays. Nous leur avons même parlé, en les invitant à occuper leurs espaces. L’opposition vénézuélienne a des partisans, des militants ; elle a des électeurs. Et bien, ils ont le droit d’occuper leurs espaces politiques.

J’espère qu’avec l’installation de la nouvelle Assemblée nationale le 5 janvier pour la période 2021-2025… Le mandat constitutionnel est de cinq ans, du 5 janvier 2021 au 5 janvier 2026, et ici les mandats constitutionnels sont de cinq ans pour le pouvoir législatif, pas un jour de plus, pas un jour de moins. Je souhaite que cette Assemblée nationale qui se met en place appelle à un grand dialogue, inclusif, large, très large. Je propose de participer à ce dialogue comme une personne de plus, assis sur une chaise comme une personne de plus ; j’enlève mes épaulettes présidentielles et je m’assieds là pour contribuer à la rencontre et à la réconciliation des Vénézuéliens. Et j’espère que ce dialogue convoqué par l’Assemblée nationale donnera de bons résultats. Et qu’elle devienne un épicentre politique de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation.

Nous espérons que toute l’opposition participera aux élections de 2021 pour les gouverneurs que nous avons et qui sont très importantes… Ils sont mandatés par la Constitution… Il y a 23 gouvernorats dans le pays.

La dernière fois, Ramonet, que nous avons lutté contre toute l’opposition unie contre les forces bolivariennes, c’était lors d’une élection de gouverneurs, le 15 octobre 2017. Et sur 23 gouvernorats, nous en avons gagné 19, bien mérités. Nous avons obtenu 54 % des votes nationaux. Une formidable victoire. C’est la dernière fois que nous avons pu nous mesurer. De plus, je peux ajouter que nous voulons nous mesurer à toute l’opposition dans tous les États du pays, au bras de fer, ou comme ils le veulent, en taekwondo, en boxe… comme ils le souhaitent, mais aux élections, aux élections… Si seulement. Puis, en 2022, vient l’élection des maires de 335 municipalités, très importante pour le gouvernement local. Et en 2022, je dois rappeler que le 10 janvier 2022, je serai président depuis trois ans…

IR : Il y a une possibilité de révocation…

Nicolás Maduro : Oui, il y a le droit à un référendum révocatoire. Si quelqu’un de l’opposition voudrait recueillir les signatures, et s’il les recueillait, en respectant les exigences constitutionnelles et légales, nous aurions, en 2022, un référendum révocatoire, nous irions nous mesurer aussi.

Et puis, en 2024, qu’il fasse beau temps ou mauvais temps, il y aura des élections présidentielles au Venezuela. Nous avons donc un grand programme électoral, un programme politique, et au-delà du programme électoral, au-delà du programme politique, il y a un programme économique de relance, il y a un programme social, il y a un programme moral de lutte contre la corruption. J’aimerais parler de toutes ces questions avec toute l’opposition, et être capable de parvenir à un consensus.

Maintenant je peux vous dire sincèrement Ramonet, vous êtes un citoyen franco-espagnol, vous connaissez très bien l’Europe. La responsabilité de l’extrémisme de l’opposition, de l’exclusion de l’opposition de la vie politique du pays, de l’abandon de ses espaces naturels et de ses électeurs, incombe en grande partie à l’Union européenne et aux gouvernements européens. Pas seulement Donald Trump, parce que ceux qui ont suivi Donald Trump c’est l’Union européenne, soutenant toutes les politiques barbares, d’extrémisme de droite, toutes les politiques insensées, imprésentables… Le seul endroit au monde où l’Union européenne soutient ces politiques est le Venezuela. Il faudra voir pourquoi. Une grande partie du fait que la droite vénézuélienne, l’opposition, s’engage dans une politique de bon sens, de participation et de dialogue, est liée à l’Union européenne, qui a une telle influence sur l’esprit de ces dirigeants politiques dans ce secteur de l’opposition. Espérons que l’Union européenne leur parlera de dialogue et les aidera à réfléchir et à rectifier le tir.

IR : Nous allons maintenant parler de l’économie, je voulais vous demander la chose suivante : votre gouvernement a choisi, depuis un an, de permettre une dollarisation partielle de l’économie, plutôt que du commerce. Pourriez-vous faire un bilan de cette dollarisation ? Pourquoi cette mesure a-t-elle été prise ? Quels avantages a-t-elle apportés ? Quels inconvénients ? Jusqu’à quand va-t-elle être maintenue ? Et une autre question que certains analystes se posent : Révolution et dollarisation, n’y a-t-il pas là une contradiction ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, le Venezuela est soumis à une situation très particulière. Nous sommes poursuivis par toutes les sources de financement. Je pourrais vous dire, Ramonet, que pratiquement l’empire étasunien a interdit l’utilisation de la monnaie dollar par l’État vénézuélien. Donc, vous voyez… Je vais couper court à votre question en vous disant cette grande vérité : le Venezuela n’a pas le droit de vendre du pétrole au monde et d’encaisser en dollars. Le Venezuela n’a pas le droit, en tant qu’État, de gérer des comptes pour acheter les médicaments, la nourriture dans le monde… Elle n’en a pas le droit.

Nous avons nos propres façons de faire bouger les ressources, mais elles doivent toutes être atypiques, parallèles au monde du dollar. Tout cela montre comment le dollar, comment le système bancaire étasunien est utilisé pour tenter d’imposer un modèle économique, un modèle politique, un changement de régime au Venezuela. C’est la vraie vérité.

Nous sommes au milieu d’une économie de résistance, d’une économie de guerre. Nous avons dû passer de 56 milliards de dollars de revenus en 2013 à moins de 500 millions de dollars de revenus pétroliers en 2020. Que chacun tire ses propres conclusions. Et pourtant, nous avons maintenu l’État-providence social tel que dicté par notre Constitution. Ici, l’éducation publique gratuite et de qualité a été maintenue pour notre peuple. Ici, la santé publique gratuite et de qualité a été maintenue et même augmentée. Ici, nous avons maintenu le droit au logement… Nous avons un record mondial dans la construction et la livraison de logements… Je viens de livrer 3.400.000 logements… Nous construisons 1.095 logements sociaux par jour… Un record, un vrai record du monde. Et ici, les niveaux d’emploi ont été maintenus.

Qu’est-ce qui s’est effondré ? Le revenu national et le revenu des travailleurs. Le revenu des travailleurs a été attaqué en raison de la chute à 99 % du revenu national en devises étrangères.

Et au milieu de tout cela, que s’est-il passé ? Une économie autrefois subreptice a émergé, désormais ouverte et publique, où le dollar est géré, notamment au niveau commercial. J’ai quelques chiffres que, pour la première fois, je vais vous donner officiellement. Au niveau du commerce, et au niveau de certaines activités, le dollar a fonctionné comme une soupape de sécurité pour les revenus, pour le commerce et pour la satisfaction des besoins de secteurs importants de la vie vénézuélienne… Il s’agit d’une soupape de sécurité.

Mais je peux vous donner des données à partir de cette année 2020, vous voyez ? Toute l’activité commerciale est collectée dans ces chiffres. En 2020, je peux vous dire, en particulier au cours des deux derniers mois de novembre et décembre, que l’activité commerciale dans le pays a été multipliée par cinq par rapport à l’année dernière. Quintuplé en bolivars et en dollars.

Maintenant, je peux vous dire qu’en dollars — ces données sont récentes —, l’importance relative des dépenses faites par les ménages, selon les moyens de paiement utilisés, je peux vous dire que 77,3 % des transactions commerciales dans le pays, en 2020, ont été faites en Bolivar par des moyens de paiement numériques. Vous pouvez donc encore voir le poids de la monnaie nationale, et nous allons la récupérer. Seuls 18,6 % ont été réalisés en espèces en devises convertibles, principalement en dollars… Vous pouvez voir ici, par exemple, qu’au mois de juin, juillet les paiements en devises étrangères sont passés à plus de vingt pour cent, mais le résultat annuel est déjà de 18,6 pour cent de paiements en espèces en dollars, dans de nombreuses activités des centres commerciaux, y compris le commerce de rue, le commerce informel… Et 3,4 % en bolivars physiques, dont vous savez qu’ils nous font la guerre contre la monnaie physique. Nous allons, cette année 2021, vers une économie numérique plus profonde et plus étendue… J’ai fixé l’objectif : une économie 100 % numérique, que chacun ait ses moyens de paiement en carte de débit, carte de crédit…

IR : L’argent physique disparaît, donc dans une certaine mesure ….

Nicolas Maduro : Il disparaît. Pour le Venezuela, c’est un grand avantage. Nous allons même créer quelques formats de paiement en monnaie numérique, avec un compte d’épargne en devises étrangères dans la banque vénézuélienne. Les comptes d’épargne et les comptes courants en devises étrangères sont autorisés, et les gens pourront payer au prix de la monnaie en bolivars sur le marché général du pays. Cela signifie que le dollar est une soupape de sécurité. Vous ne pouvez pas dire que le Venezuela est, comme l’Équateur par exemple, une économie dollarisée. Il ne dépend pas du département du Trésor étasunien comme le Panama. Non. Le Venezuela a sa monnaie, le bolivar, et nous allons la défendre en 2021 en améliorant les revenus. Nous devons améliorer la qualité de la monnaie vénézuélienne. Nous devons continuer à faire baisser l’inflation, qui est encore très élevée, même si nous l’avons contrôlée progressivement. Mais c’est difficile, en raison de la situation globale du revenu national… On ne peut donc pas parler d’une dollarisation de l’ensemble de l’économie. Alors à la question : Y a-t-il une contradiction entre dollarisation et révolution ? La réponse est, pour autant qu’on puisse le voir : non. Il y a plutôt une complémentarité.

IR : Monsieur le Président, le Venezuela a été victime d’un vol spectaculaire de biens à l’étranger. Vous avez notamment été dépouillé de la société Citgo aux Etats-Unis, ainsi que des réserves d’or déposées à Londres. Quelles initiatives votre gouvernement a-t-il prises pour récupérer ces avoirs ? Quelle est la situation actuelle ? Quels espoirs avez-vous de les récupérer ?

Nicolás Maduro : Nous avons toujours de l’espoir, parce que nous avons la raison juridique, nous avons la raison nationale, républicaine. Ce sont des biens de la République. L’or de Londres appartient à la République, gérée par sa Banque centrale du Venezuela. Les comptes bancaires gelés au Portugal, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, sont des comptes bancaires de près de 30 milliards de dollars qui, s’ils étaient activés et récupérés, constitueraient une injection immédiate de reprise et de relance économique du Venezuela, uniquement avec la récupération de cet argent.

Ils nous ont volé l’entreprise Citgo, une société qui possède huit mille stations d’essence aux États-Unis. Elle est gelée, volée par le clan Trump, ils la guettaient depuis que Donald Trump est devenu président avec son groupe d’affaires pour nous voler Citgo… Avec la complicité de ces bandits sournois, des voleurs, issus de l’extrême droite vénézuélienne, dirigés par Juan Guaidó… Ils ont volé Citgo. Il y a un espoir de récupération.

Nous avons eu du mal à défendre le Venezuela et ses intérêts car, même pour payer les cabinets d’avocats internationaux, on nous en empêche. Parce que, je le répète, ils nous ont gelés et ont volé nos comptes.

Mais au Venezuela, nous trouvons toujours un moyen de trouver de bons cabinets d’avocats, de trouver des avocats courageux, compétents et bien informés… Et pour défendre nos intérêts, une nouvelle Assemblée nationale arrive… Et l’Assemblée nationale, qui a été l’épicentre du pillage, de la dépossession, du vol du Venezuela, s’en va… Cela va beaucoup changer la situation parce qu’une nouvelle Assemblée nationale dotée de pleins pouvoirs législatifs va arriver, et je crois que cela va nous aider à avancer dans l’objectif de récupérer ce qui appartient à la République. Elle n’appartient pas à Maduro, elle n’appartient pas à un groupe, elle est l’héritage de la République, elle est l’argent et l’héritage de tous les Vénézuéliens, de toutes les femmes vénézuéliennes.

IR : Monsieur le Président, dans la difficile situation économique nationale et internationale actuelle, marquée par les conséquences, comme vous le soulignez, du blocus et de la pandémie, quelles seraient les principales questions à résoudre pour relancer la croissance économique de votre pays ? Dans quelle mesure le récent vote d’une loi « anti-blocus » peut-il y contribuer ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous nous sommes formés aux difficultés. Le Libérateur Simon Bolivar se disait « l’homme des difficultés ». Et nous appelons notre peuple le « peuple des difficultés ». Nous avons déjà indiqué et guidé un plan de relance qui a eu pour axe, cette semaine, la loi anti-blocus.

La loi anti-blocus joue le rôle d’un grand axe matriciel dans le processus de recouvrement du revenu national. Et avec le redressement du revenu national, nous devons progressivement retrouver les facteurs et les équilibres de la macroéconomie. Recouvrer les revenus des travailleurs et maintenir un processus de redressement du marché intérieur national.

Je peux vous donner une information importante sur la façon dont, en 2020, nous avons progressé dans le processus d’installation d’une économie alternative, d’une économie post-rentière, d’une économie productive… Nous avons augmenté de 400.000 tonnes, par exemple, la production alimentaire, et nous avons dépassé les niveaux de pénurie de produits et de nourriture qui existaient il y a trois, quatre ou cinq ans. Avec une production nationale.

Je tiens à féliciter les hommes d’affaires et les producteurs, l’industrie agro-alimentaire… Nous sommes en train d’élaborer le plan du CLAP 2021… Aujourd’hui, j’ai approuvé le plan pour le CLAP 2021, qui signifie le marché alimentaire mensuel pour 7 millions de ménages…

Pour me faire bien comprendre : les CLAP sont les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production qui constituent un instrument fondamental du marché alimentaire. Qu’il s’agit sans doute d’améliorer, d’augmenter… Nous en parlerons en janvier, avec le ministère de l’alimentation, le vice-président exécutif… J’ai déjà approuvé les lignes de travail pour la production nationale de tous les CLAP, de toute la nourriture distribuée aux 7 millions de ménages nationaux. Avant, nous importions 60 ou 70 % de cette nourriture… Ainsi, à partir de 2021, avec la loi anti-blocus, nous allons récupérer le revenu national, rétablir l’équilibre macroéconomique, contenir encore plus l’inflation l’année prochaine et reprendre la croissance économique réelle, de l’économie réelle.

L’année 2021 marque le début d’une nouvelle croissance progressive, soutenue, réelle, je vous le dis, de l’économie réelle, de l’économie productive. Pas de l’économie des papiers, de la spéculation, du mensonge, de la farce, non, c’est la croissance de l’économie qui produit des céréales, du lait, de la viande, du maïs, des arépas (spécialité Vénézuélienne et Colombienne) des vêtements, du pétrole, de l’or, etc. De l’économie réelle.

Je pense que toute cette cruauté qui a été appliquée contre le Venezuela nous a laissé de grandes leçons, et nous nous sommes mis sur la voie du développement de notre propre économie, une véritable économie, qui va être très forte, très puissante, vous verrez, et d’ailleurs, nous en donnons un exemple au monde. On peut nous interdire le dollar, on peut nous interdire le financement et le refinancement dans le système bancaire occidental, on peut nous persécuter et nous retirer nos comptes, mais on ne nous a pas arrêtés et on ne nous arrêtera jamais. Et ce qui émerge ici va donner au monde un exemple qu’un autre monde est possible, qu’il n’y a plus de chantage au dollar et au système financier par le Fonds monétaire international… Au Venezuela, nous démontrons, dans la résistance, dans une résistance très dure, qu’un autre monde est possible. Nous allons aller de l’avant, vous allez le voir.

IR : Monsieur le Président, nous allons maintenant parler de politique internationale et nous allons commencer par parler de l’Amérique latine. Quelque chose est en train de changer en Amérique latine. Aux gouvernements progressistes du Mexique et de l’Argentine se sont ajoutés la récente victoire du MAS en Bolivie, le succès du plébiscite au Chili, la défaite de Bolsonaro aux élections municipales au Brésil, la révolte populaire au Pérou, les protestations au Guatemala et en Colombie, les perspectives raisonnables de victoire du candidat Araúz aux prochaines élections présidentielles en Équateur et la victoire retentissante du Chavisme aux élections législatives du 6 décembre au Venezuela… Tout cela crée une atmosphère très différente de celle qui existait récemment lorsque certains parlaient de la « fin du cycle progressif »… Comment voyez-vous la situation géopolitique en Amérique latine pour cette année 2021 qui commence ?

Nicolás Maduro : Eh bien, je peux dire que les mouvements populaires radicaux de lutte, les mouvements dits progressistes, les mouvements de gauche, les mouvements révolutionnaires sont une réalité en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous sommes l’alternative de nos peuples, chacun avec son profil, sa caractéristique, son discours, son leadership… On ne peut pas, par exemple, comparer la direction des mouvements populaires en Colombie avec celle de l’Equateur, ou du Venezuela, ou du Brésil… Chacun a son profil, sa texture, son esthétique, son discours, son courage, ses opportunités mais, sans aucun doute, du Mexique à la Patagonie et dans toute la Caraïbe, il existe un puissant mouvement populaire, radical, rebelle. Il existe un puissant mouvement progressiste et un puissant mouvement de gauche. Il y a une direction révolutionnaire puissante. À l’avant-garde se trouve l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. La victoire en Bolivie a été une grande victoire pour l’ALBA et, eh bien, elle recompose ce qui est une grande alliance pour la paix, le développement social, la vie de nos peuples. A l’avant-garde est sans aucun doute Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie, les Caraïbes avec nos dirigeants des Caraïbes, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade…   La grande alliance profonde et véritable qui a été maintenue face aux menaces, face à toutes les circonstances.

L’ALBA a toujours tenu bon. L’ALBA est née et est le produit de la première vague révolutionnaire menée par Hugo Chávez à cette époque, la première vague qui a conduit à la rencontre historique de Chávez et Fidel, au moment du retour au pouvoir du Sandinisme, de la victoire d’Evo Morales, de Rafael Correa, la victoire de Kirchner… Eh bien, de cette première vague est née l’ALBA, et là, elle est ferme, forte… Et maintenant, sans aucun doute, je vois arriver une deuxième vague. La deuxième vague de gouvernements progressistes, populaires, nationalistes, latino-américains… Une deuxième vague arrive qui est en plein développement, et pourquoi cette deuxième vague arrive-t-elle ? parce que le capitalisme néolibéral est épuisé… Le capitalisme néolibéral génère la pauvreté, l’exclusion, la répression… Observons le Chili, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, toute la partie Pacifique : répression, misère, chômage… Colombie cette année plus de 90 massacres… Plus de 250 anciens combattants des FARC ont été tués… Et que disent les médias, que dit le monde ? Ils se taisent… Le modèle répressif, antipopulaire, excluant et générateur de misère du capitalisme néolibéral n’a pas de réponse pour le peuple… C’est un épuisement très profond, et il est naturel que de nouveaux leaderships émergent qui surprendront non seulement l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi le monde entier.

Passons à une deuxième vague, je ne le dis pas simplement par optimisme, par foi — bien que je suis un homme optimiste, de foi, de foi dans les peuples, de foi dans la lutte, de foi dans l’histoire de nos pays —  je le dis par observation directe de la réalité et avec les données que vous, même, avez apportées dans votre question.

IR : Monsieur le Président, ces dernières années, alors que l’hostilité de Washington et de nombreuses capitales européennes envers le Venezuela s’est accrue, votre gouvernement a renforcé ses liens avec plusieurs puissances telles que la Chine, la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Inde et d’autres qui ont défendu la souveraineté du Venezuela. Pouvez-vous nous dire quelles sont les perspectives de projets de coopération et de développement avec ces puissances ?

Nicolás Maduro : Nous sommes ouverts sur le monde. Sans aucun doute, nos relations sont particulières avec la Fédération de Russie, avec la République populaire de Chine, avec la République islamique d’Iran, avec Cuba… Nous avons aussi des liens privilégiés avec l’Inde, il y a une grande identité avec l’Inde, avec sa spiritualité, avec son peuple… Et avec de nombreux autres pays. Avec la Turquie… Et avec l’Afrique, avec de nombreux pays dans le monde, nous avons de grandes et excellentes relations.

Nous voulons que ces relations soient consolidées, nous continuerons à travailler. Grâce à la loi anti-blocus, de nouvelles alliances ont déjà fait des progrès spectaculaires dans divers domaines de l’investissement dans l’économie… Je ne peux pas en dire d’avantage, c’est la caractéristique de la loi anti-blocus, de faire sans dire, et de dire quand cela a été fait. C’est le principe : faire, faire, faire, avancer sans rien dire, pour éviter la guerre impérialiste, pour la neutraliser, et dire plus tard, quand tout sera fait, quand j’aurai l’accomplissement ici entre mes mains. Maintenant, dans cette même ligne de la loi anti-blocus, j’invite aussi les investisseurs d’Amérique latine, du Mexique, du Panama, nos frères d’investissement de Colombie, du Brésil, d’Argentine, de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, des États-Unis : venez, voilà un monde pour investir avec des conditions spéciales. Si quelqu’un a porté préjudice aux investisseurs de toutes sortes, aux détenteurs de la dette des États-Unis, c’est bien Donald Trump et sa politique obstinée et extrémiste contre le Venezuela.

Parce que les investisseurs étasuniens ont les portes ouvertes ici pour investir dans le pétrole, le gaz, la pétrochimie, les télécommunications, le tourisme, la finance, tout ce qu’ils veulent. Trump a fait beaucoup de dégâts aux détenteurs de dettes… Et je peux également vous dire, pour la première fois, que nous avons versé aux détenteurs de la dette, par engagement de la République, plus de 76 milliards de dollars sur la période 2014-17. Et avec le commandant Chavez, sur la période 2010-2013, nous avons versé jusqu’à 56 milliards de dollars… Faites le calcul, comme le dit un de mes amis, faites le calcul : 76 milliards plus 56 milliards, c’est 132 milliards de dollars que nous avons payés de 2010 à 2017 jusqu’à l’arrivée de Trump…

C’étaient les profits des investisseurs financiers… Les détenteurs de la dette ont tout perdu quand ils ont gelé nos comptes, quand ils ont attaqué nos revenus pétroliers… J’ai affirmé à tous les détenteurs de dettes, à tous les investisseurs américains, notre volonté de négocier et de renégocier, et d’honorer tous nos engagements à l’avenir. Pour parvenir à des accords… Nous avons les meilleures relations… Ils savent que nous sommes bien payés, que nous sommes des gens de parole, fiables pour l’activité financière, économique, ils le savent, et ils savent que Trump a fait beaucoup de mal à leurs investissements, ils le savent parfaitement.

Il y a des investisseurs, Ramonet, qui représentent même des groupes, des syndicats de retraités américains, des groupes sociaux aux États-Unis qui ont acheté, pour leur fiabilité, des obligations de la dette vénézuélienne et maintenant, regardez, Trump les a brisées, Trump les a détruites. Un autre monde est possible, même à cet égard.

Je profite donc de votre question pour envoyer un message à tous les investisseurs du monde : nous sommes prêts, préparés, nous avons la loi anti-blocus, il y a la nouvelle Assemblée nationale qui va élaborer un ensemble de lois pour rendre plus flexible tout ce qui est investissement dans l’activité économique vénézuélienne, le Venezuela est ouvert au monde pour l’investissement.

IR : Monsieur le Président, c’est précisément la récente défaite électorale de Donald Trump aux États-Unis et l’arrivée imminente de la nouvelle administration démocratique du président Joe Biden qui constituent un moment particulier de changement dans la vie politique internationale. Qu’attendez-vous de cette nouvelle administration américaine ? Quel message de bienvenue adressez-vous à Joe Biden ?

Nicolas Maduro : À ce sujet, je suis obligé d’être prudent… Cela ne veut pas dire que je n’ai pas une pensée claire, j’en ai une, sur les changements aux États-Unis, sur la défaite retentissante de Donald Trump. Trump s’en va… Voyons si avec le départ de Trump, sa politique néfaste et extrémiste contre le Venezuela va partir aussi… Voyons voir… Il y a beaucoup de lobbying en cours. J’ai reçu hier des informations sur ce voleur et meurtrier nommé Leopoldo López : il vient d’engager, à Washington, deux sociétés de lobbying proches du Parti démocrate pour commencer à faire pression en faveur de l’extrémisme de droite au Venezuela face au nouveau gouvernement Biden. Vous savez que la politique américaine est basée sur le lobbying. C’est même légal… Maintenant, ils embauchent de nouveaux lobbyistes liés à Biden, liés au nouveau secrétaire d’État [Anthony Blinken] nommé par Biden, alors, eh bien, espérons que le 20 janvier arrive, que le président Joe Biden soit assermenté et que nous puissions suivre notre chemin.

J’ai toujours dit qu’avec le départ de Trump, puisse sa politique extrémiste et cruelle contre le Venezuela disparaître, espérons-le, et que le dialogue sera rétabli avec Biden et les États-Unis sur un programme constructif. Espérons, espérons. En attendant, nous sommes entre les mains de Dieu, toujours en fonction de nos propres efforts… Je dis toujours au peuple vénézuélien et aux peuples du monde : ne dépendons de personne, dépendons toujours de nos propres efforts, dépendons de nos propres pensées, de nos propres mots, le reste est du profit, comme disent nos peuples. Espérons que c’est pour le bien, le changement aux États-Unis, pour l’humanité, et espérons que c’est aussi pour le bien du Venezuela. C’est ce que je souhaite.

IR : Merci beaucoup, Monsieur le Président, nous sommes arrivés au terme de cette interview, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, à votre famille et, bien sûr, au Venezuela et à tout son peuple, une bonne année.

Nicolás Maduro : Merci beaucoup pour cette opportunité. Face à l’avalanche de mensonges, de manipulations, d’attaques qu’il y a dans la presse mondiale… Je vois tout le temps, dans la presse et à la télévision à Madrid, des attaques et des attaques… Madrid est devenu l’épicentre de l’attaque d’extrême droite contre le Venezuela, on lit le « New York Times« , le « Miami Herald« , la presse colombienne et le monde en général : des attaques sans pitié, incessantes, incessantes… Mais, eh bien, voici notre vérité et pour notre vérité nous donnons nos vies ; et avec notre vérité nous prenons les chemins du futur.

L’année 2021, sera une année emblématique car c’est le bicentenaire de la bataille de Carabobo (Le 24 juin 1821, la victoire des forces patriotiques de Simon Bolivar contre les troupes royalistes dans la bataille de Carabobo a été décisive dans la guerre d’indépendance du Venezuela.). Elle a été fixée par le commandant Chavez lui-même : « En 2021, 200 ans après Carabobo, Chavez a dit, nous devons arriver à être libres, indépendants et souverains ». Et c’est ainsi que nous sommes arrivés : libres, indépendants, souverains dans la résistance, mais aussi dans la victoire. Bonne année.

IR : Merci Monsieur le Président, prenons rendez-vous pour le 1er janvier 2022.

Nicolás Maduro : d’accord, approuvé !

(Caracas, 30 décembre 2020.)

Source : Cubadebate / Traduit par Venesol

La stratégie chaviste pour combattre un foyer de Covid à Caracas

Par

MT&Une partie du quartier populaire de La Vega à Caracas est en pleine bataille épidémiologique. C’est la région de la capitale qui présente la plus forte concentration de cas COVID-19. La réponse locale, qui implique les efforts communs de l’État, des partis politiques et des organisations populaires, donne une bonne idée de l’architecture mise en place par le chavisme pour combattre la pandémie. (Au 10 juillet 2020 et depuis le début de la pandémie, le nombre de décès a pu être limité à 80, chiffre confirmé par l’OMS.)

« Ceux qui vivent dans ces quartiers populaires doivent rester chez eux, en respectant les mesures préventives pour éviter la propagation du coronavirus » répètent les haut-parleurs juchés sur les camions qui sillonnent dans les rues. Le quartier est fermé à chacun de ses accès, et c’est le point de plus forte concentration de COVID-19 à Caracas avec un total de 78 personnes infectées, alors que le nombre de cas augmente à 8 010 dans tout le pays.

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En temps de pandémie, les femmes de la mission sociale « Foyers de la Patrie » sont un pilier de l’économie populaire au Venezuela. Membres d’une Entreprise de Production Sociale (EPS) du quartier Cotiza avec les différents modèles de masques fabriqués, © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI.

Le « barrio » de la Vega est divisé en cinq axes, le troisième étant le plus touché, avec en son sein, 10 des 32 communautés. La barrière épidémiologique a commencé le 2 juillet. Personne n’est autorisé à entrer ou à sortir sans autorisation, sauf s’il remplit l’une des trois fonctions exemptées : santé, alimentation ou transport.

En parvenant à l’un des points d’accès, une opération conjointe est menée par la police et les membres des organisations politiques et sociales du site. « Ils nous accompagnent aux entrées et sorties, ce sont eux qui connaissent les gens de leur territoire« , explique la commissaire de police de Caracas en charge de la paroisse, Belkys Rangel.

À l’intérieur de la zone démarquée, les magasins d’alimentation et les pharmacies ne peuvent être ouverts que jusqu’à midi. L’objectif est d’empêcher la mobilité non seulement à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du secteur. C’est un lieu complexe, densément peuplé, avec une vie de quartier intense.

« Nous procédons à des dépistages à domicile et à des tests rapides afin de couper la chaîne de contagion de ce dangereux virus« , répète le camion qui circule lentement dans les rues.

Délimiter, tester, contenir

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Un des points de contrôle pour entrer dans le quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Marquer une ceinture épidémiologique implique de marquer l’espace où la mobilité de la population doit être limitée, et de faire une enquête générale sur 100% des foyers« , explique Mary Carmen Moreno, membre de l’équipe d’organisation populaire du maire.

Ce dépistage massif, c’est-à-dire les tests de détection des cas de COVID-19, a commencé dès le début, tant dans les modules de santé spécialement préparés pour faire face à l’épidémie, que dans les visites de porte à porte. Il y a 12.000 familles sur le territoire délimité, et jusqu’à présent 5 000 ont été testées.

Lorsqu’une personne est testée positive, « elle est prise en charge pendant que le personnel arrive avec les normes de biosécurité, et cette personne est transférée dans un centre conçu pour la distanciation« , explique Mayarí Armas, responsable du regroupement et de la coordination des différentes organisations qui fonctionnent dans le quartier, consacrées à la lutte contre la pandémie.

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A droite, Mayarí Armas, responsable des organisations de quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque étape est gratuite : le test, le transfert au centre d’isolement, le séjour sur place, l’admission si nécessaire, les médicaments et l’alimentation.

L’objectif est que, pendant la durée de ce confinement, estimée à 14 jours, le secteur soit isolé, qu’une cartographie famille par famille soit réalisée, que les personnes porteuses du virus soient retirées du site, et que l’épidémie puisse ainsi être réduite jusqu’à sa disparition. Il s’agit d’une situation exceptionnelle dans le cadre de la stratégie de confinement qui est déjà en place depuis près de quatre mois.

« On ne peut pas dire aux gens de rester chez eux, faire une démarcation épidémiologique sans concevoir un plan, ce plan implique la partie alimentaire, les services« , explique Nancy Villegas, coordinatrice politique des quartiers de La Vega.

Le plan, outre l’aspect sanitaire, comprend avant tout l’alimentation. Les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui fournissent des denrées alimentaires subventionnées par l’Etat, ont raccourci le cycle d’approvisionnement pour avoir une plus grande régularité de livraison. Ils ajoutaient à la nourriture habituelle – principalement des hydrates de carbone – trois kilos de protéines par semaine.

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Le laissez-passer de mobilité utilisé pour entrer et sortir de la zone de la clôture épidémiologique et du journal municipal face à la pandémie © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

En collaboration avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), se poursuit le travail des Maisons d’alimentation, du Plan alimentaire scolaire, auquel s’ajoute un plan conçu dès le début du confinement et baptisé « Yo Compro en Casa » (J’achète à la maison) pour que les gens puissent s’approvisionner sans sortir de chez eux, et ainsi réduire la mobilité.

La fourniture comprend également un plan d’urgence pour deux des services qui connaissent des difficultés d’approvisionnement : le gaz et l’eau : « Nous avons une situation difficile en ce qui concerne l’eau dans la ville pour deux raisons, l’une étant la sécheresse qui a été très dure, à Caracas l’eau est pratiquement distribuée via le pompage, elle atteint 1.000 mètres dans l’ensemble de la ville et 1800 mètres dans certains quartiers, or à cause de la guerre économique qui bloque les pièces de rechange, nous avons des détériorations dans le service de pompage de l’eau, » explique Moreno.

Le nouveau cadre institutionnel

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Un autre des points d’entrée contrôlés. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Le déploiement pour soutenir la barrière épidémiologique dans chacun de ses aspects implique l’action de nombreux acteurs simultanés et coordonnés. Les institutions concernées sont le ministère de la santé, la police, la mairie de Caracas, l’organisation politique, principalement le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et les différentes organisations sociales du territoire.

« C’est une approche avec une perspective de sécurité de l’État, qui n’a pas seulement un avantage institutionnel, mais qui repose fondamentalement sur la principale force que nous avons, qui est le tissu populaire, un tissu social qui a une série de leaderships organisés dans des instances de travail« , explique Moreno.

Chaque acteur joue un rôle dans un plan commun : la distribution de nourriture, les entrées et sorties de la zone démarquée, la tournée de porte à porte pour effectuer les dépistages, ou la désinfection des zones communes effectuée, par exemple, par les brigades de travail et de production communales :

« Nous avons deux brigades déployées pour effectuer des aspersions à hypochlorite, nous désinfectons les zones communes telles que les rampes, les escaliers, le parc, les murs où les gens s’assoient, les entrepôts, les épiceries, pour tenir à distance le foyer d’infection que nous avons dans la zone », explique Renny Colmenares, qui porte un costume qui couvre tout son corps avec une phrase écrite en chinois – plusieurs charters ont apporté des tonnes d’aide de Beijing.

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Lieu d’entrée dans le centre de tests du COVID-19. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Une autre des actions menées par l’organisation populaire est la sensibilisation, c’est-à-dire l’explication quotidienne du danger du COVID-19, de l’importance des mesures de sécurité, de l’utilisation de masques, de ne pas faire la fête, de rester à la maison. Cette tâche est effectuée de manière centralisée par ceux qui font partie de la communauté :

« Qui mieux que nous, les leaders de nos territoires, pour connaître notre communauté, les familles qui font la vie du quartier, pour donner des informations, pour expliquer que le danger est réel, que nous avons des cas d’infection dans notre espace, même si nous ne les voyons pas, mais qu’ils existent et qu’il faut éviter qu’ils ne se multiplient » explique-t-on dans un exposé de formation pour ceux qui doivent ensuite sensibiliser leurs points respectifs.

« Sans organisation populaire ce déploiement populaire ne serait pas possible à imaginer« , déclare Moreno. « C’est un échafaudage qui forme un nouveau concept d’institutionnalité.« 

Menace et unité

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Atelier de sensibilisation à COVID-19 pour les leaders de quartiers. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Nous combattons un ennemi commun et invisible. Cette situation a renforcé l’unité au sein des territoires, et a démontré l’avantage de l’accumulation de l’expérience, des situations comme celles-ci montrent ce que nous avons et ce qui nous manque » poursuit M. Moreno.

« Cette force n’est pas née avec le COVID-19. Des 20 dernières années, les cinq dernières ont été marquées par des situations de dégradation des conditions matérielles, ce qui a permis en même temps de développer des instruments qui se retrouvent au cœur de la lutte contre la pandémie, comme le Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). »

D’où l’existence d’une pratique organisationnelle au sein des quartiers, une connaissance des réponses aux urgences, des exercices de cartographie des territoires, avec des axes, des communautés, des îlots, des familles, afin de donner des réponses générales et personnalisées.

C’est une situation qui unifie toutes les forces sur le territoire avec des objectifs communs. « C’est une menace pour la vie, pas pour un parti, et si le chavisme a appris quelque chose, c’est bien d’unir et de se mobiliser face aux menaces » selon Moreno.

Cette mobilisation et cette unité sont stratégiques non seulement pour faire face à ce moment d’urgence et à d’autres qui viendront sûrement, mais aussi pour le prochain rendez-vous électoral des législatives du 6 décembre, qui bénéficiera de la participation d’une centaine d’organisations politiques et sociales, de tout bord idéologique.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/202007091092030015-la-estrategia-chavista-para-combatir-un-foco-de-covid-19-en-caracas/

Traduction : Thierry Deronne

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Venezuela: culture d’une Caraïbe en résistance, par Maria Claudia Rossel

Photo : Mídia NINJA

L’auteure : Maria Claudia Rossel. Ingénieure culturelle, artiste, productrice et coordinatrice de réseaux et féministe cofondatrice de la plateforme Cyberculture.

Depuis 2014, le Venezuela traverse une forte crise qui s’est encore aggravée depuis 2016, une crise économique pour l’essentiel. Cette crise englobe plusieurs éléments : d’une part, les effets dus aux sanctions et blocus émanant des pays centraux, que nous appelons la Guerre Economique proprement dite, et d’autre part, les facteurs liés à l’épuisement du modèle économique vénézuélien lui-même. 

Dans ce contexte, le secteur culturel a été touché de plein fouet, c’est pourquoi une analyse sur la situation du pays et les mesures palliatives à envisager en ce moment pour ce secteur doit être faite à la lumière d’une réalité antérieure de forte résistance, dans des conditions qui, avant le Covid déjà, pouvaient être qualifiées de conditions de guerre. 

Voici quelques idées et réflexions susceptibles de décrire notre réalité culturelle dans une Caraïbe en état de résistance.

  • Le Venezuela a été l’un des pays de la région qui a mis en place des mesures vraiment efficaces contre le Covid-19, comme le montrent les indicateurs – confirmés par l’OMS – qui présentent l’une des courbes de cas les plus plates de la région; ces mesures ayant eu pour effet, non seulement de réduire fortement la contagion, mais aussi de maintenir un taux très bas de mortalité, alors que le taux de dépistages (gratuits) est le plus élevé du continent.
  • Les mesures préventives prises par l’Etat ont accompagné l’évolution des politiques visant à enrayer en amont cette nouvelle crise. Dans un pays assiégé comme le nôtre, ces politiques se sont focalisées sur la base de la Pyramide de Waslow, basée sur deux axes essentiels : 
  •  L’accès à des aliments subventionnés au travers des Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), 
  •  et l’attribution d’allocations à divers secteurs sociaux par l’intermédiaire du système “Carnet de la Patria”. 

Ce système est un mécanisme que nous pourrions réexaminer dans le cadre de la reprise d’un débat historique sur la nécessité d’un revenu universel, après la pandémie. 

Ces politiques ont été conçues pour la protection de la population en général, et plus particulièrement pour les zones populaires et les secteurs les plus vulnérables.  Ce ne sont donc pas des mesures prises uniquement pour le secteur culturel. Pourtant, un certain nombre d’artistes et de créateurs de culture bénéficient de ces prestations ; je trouve donc important de présenter ces dispositifs, qui font partie du paysage actuel.

Photos: Cacica Honta/ Cacri Photos

Evidemment, face à une situation d’hyperinflation et de dollarisation de l’économie, face à un dollar qui augmente de jour en jour de manière exponentielle et indiscriminée, et fait bondir les prix des biens de consommation, ces bons représenteraient dans le meilleur des cas des allocations de subsistance.

Au niveau du Ministère de la Culture, organisme responsable de la politique culturelle au niveau de l’Etat, aucune politique officielle d’inclusion de ce secteur n’a été menée. Cependant, divers organismes publics ont développé des programmes afin de réinventer leurs activités suivant trois axes : la formation en ligne, la reconversion numérique de certains espaces (par exemple, les festivals) et la remise d’allocations comme encouragement à la création.

Diverses expériences ont été menées par des gouvernements locaux comme la Mairie de Caracas, non seulement dans le but d’ouvrir des champs de possibilités pour les artistes et les créateurs ou dans certains cas, de préserver des contrats antérieurs, mais aussi pour garantir une offre de consommation culturelle aux citoyens.

En voici quelques exemples :

  • L’un des évènements qu’il me paraît essentiel d’analyser en ce moment, sont les tentatives de reconfiguration analogique de l’activité culturelle entrepris par la mouvance indépendante, et parfois par la Mairie. Je me réfère à diverses activités expérimentées dans la rue et sur tout le territoire, à la réalisation d’évènements sans public à proximité immédiate et dans des zones de forte densité de population comme les zones urbaines ou celles dont la situation géographique le permet. Des équipements y sont installés pour l’organisation de concerts, d’activités ou de “sérénades”, tout en respectant les mesures de distanciation sociale, ce qui permet de créer des espaces de divertissement et de consommation culturelle.

Voici quelques exemples de ces expérimentations analogiques : 

  • Les activités de Radio Verdura (système sonore Tiuna+Tiuna El Fuerte 

On peut les regarder dans l’article suivant  

Photos: Giuliano Salvatore / CACRI photos

Photo: Dikó/ Cacri Photos

Pourquoi nous paraît-il si important d’évaluer ces expériences ? 

Parce que dans un pays où l’accès à internet est précaire, ou la fourniture d’électricité est instable, penser que la seule et unique manière de réinventer le secteur culturel est d’utiliser internet pose problème. 

S’y ajoutent d’autres raisons, découlant toutes des « sanctions » – mesures coercitives unilatérales – occidentales contre le Venezuela, par exemple : 

  •  Les possibilités de rémunération des créateurs et créatrices de ces contenus deviennent de plus en plus précaires;    
  • Il existe des plateformes comme Spotify dont l’accès est bloqué au Venezuela ; dans le cas de Facebook et Instagram, des plateformes existent et fonctionnent mais modifient chaque semaine leurs interdictions et règles d’utilisation en fonction de leur promotion et rentabilisation. 

Pour mieux illustrer la situation au Venezuela, nous donnerons un exemple récent qui a agité les réseaux sociaux : le cas de DirectTV, un opérateur de chaînes de télévisions qui, suite aux sanctions états-uniennes, a cessé d’émettre sur le territoire national; dans un pays dont nous venons de vous rappeler la situation de confinement généralisé, et où la consommation culturelle est fortement réduite à la télévision, un tel évènement nous permet d’évaluer le niveau des difficultés  que rencontre ce secteur, et donne un exemple de la dimension géopolitique du conflit qui nous impacte durement. 

A mon avis, le Venezuela a sans cesse démontré, au risque de tomber dans le lieu commun, que « les crises représentent des opportunités ». Comme l’affirme un dicton populaire vénézuélien : “nous sommes un cuir sec, si on l’écrase d’un côté, il se relève de l’autre”. C’est pourquoi, sans minimiser la gravité de cette nouvelle crise liée à la pandémie, je préfère croire, étant une incorrigible optimiste, que les solutions surgiront du terrain. 

Mai et juin sont les mois les plus effervescents pour ce qui est des fêtes populaires au Venezuela, et nos créateurs nous ont démontré que la culture cherchera toujours les formes, les interstices et les moyens qui lui permettront de renaître. Car, pour nous autres créateurs, créer ne se réduit pas à un simple choix, mais est l’expression de la vie même. Ne pas créer, c’est mourir. 

Depuis le 3 mai, date de la Fête de la Croix de Mai, fête de l‘abondance et de la prospérité, la culture populaire s’est mise à expérimenter des dispositifs qui tout en respectant les règles de distanciation sociale, permettent de perpétuer la tradition vivante. C’est pourquoi, voyant de nouvelles activités émerger quotidiennement, je m’approprie les mots d’un grand Vénézuélien Aquiles Nazoa et de son Credo en affirmant que je crois aux pouvoirs créateurs du peuple. Je suis certaine que malgré les moments difficiles que nous traversons, nous trouverons ensemble les meilleures technologies, collaborations et redistributions collectives et en réseau qui nous permettront de rebondir face aux défis de cette nouvelle ère où la culture doit jouer un rôle vital et devrons saisir cette deuxième opportunité qui nous est offerte, pour faire mieux encore.

María Claudia Rossell

Source : https://medium.com/especial-observa-culturas/venezuela-caracas-la-cultura-desde-un-caribe-en-resistencia-3d1e920b4e9a

Traduction : Frédérique Buhl

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Venezuela: La réponse au Covid-19 pourrait vous surprendre…

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Photo du haut : médecins vénézuéliens effectuant des visites à domicile dans les quartiers populaires de Caracas. Photo du bas: visite de dépistage et formation de la population de la Commune Socialiste de Lidice. Photos de @OrlenysOV et Giuliano Salvatore

Par Leonardo Flores  /  Global Research

Quelques heures après son lancement, plus de 800 Vénézuéliens aux États-Unis se sont inscrits pour un vol d’urgence de Miami à Caracas par le biais d’un site web géré par le gouvernement vénézuélien. Ce vol, offert gratuitement, a été proposé par le président Nicolás Maduro lorsqu’il a appris que 200 Vénézuéliens étaient bloqués aux États-Unis suite à la décision de son gouvernement d’arrêter les vols commerciaux à titre de mesure préventive contre les coronavirus. La promesse d’un vol s’est étendue à deux vols ou plus, car il est apparu clairement que de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis voulaient retourner au Venezuela, mais la situation n’est toujours pas résolue en raison de l’interdiction américaine sur les vols à destination et en provenance du pays.

Ceux qui se fient uniquement aux médias grand public pourraient se demander qui, dans leur bon sens, voudrait quitter les États-Unis pour le Venezuela. Le Time, le Washington PostThe Hill et le Miami Herald, entre autres, ont publié des opinions au cours de la semaine dernière décrivant le Venezuela comme un cauchemar chaotique. Ces médias ont brossé le tableau d’un désastre dû au coronavirus, de l’incompétence du gouvernement et d’une nation au bord de l’effondrement. La réalité de la réponse du Venezuela aux coronavirus n’est pas du tout couverte par les médias mainstream.

De plus, ce que chacun de ces articles résume, c’est le dommage causé par les sanctions de l’administration Trump, qui a dévasté l’économie et le système de santé bien avant la pandémie de coronavirus. Ces sanctions ont appauvri des millions de Vénézuéliens et ont eu un impact négatif sur des infrastructures vitales, comme la production d’électricité. Le Venezuela est empêché d’importer des pièces de rechange pour ses centrales électriques et les pannes qui en résultent interrompent les services d’eau qui dépendent des pompes électriques. Ces problèmes, ainsi que des dizaines d’autres implications de la guerre hybride contre le Venezuela, ont provoqué une baisse générale des indicateurs de santé, entraînant 100 000 décès à la suite des sanctions.

En ce qui concerne les coronavirus en particulier, les sanctions augmentent le coût des kits de dépistage et des fournitures médicales, et interdisent au gouvernement vénézuélien d’acheter du matériel médical aux États-Unis (et dans de nombreux pays européens). Ces obstacles semblent placer le Venezuela sur la voie du pire des scénarios, comme l’Iran (également frappé par les sanctions) ou l’Italie (frappée par l’austérité et le néolibéralisme). Contrairement à ces deux pays, le Venezuela a pris très tôt des mesures décisives pour faire face à la pandémie.

Grâce à ces mesures et à d’autres facteurs, le Venezuela se trouve actuellement dans son meilleur scénario. Au moment où nous écrivons ces lignes, 11 jours après le premier cas confirmé de coronavirus, le pays compte 86 personnes infectées, avec 0 décès. Ses voisins n’ont pas fait aussi bien : Le Brésil compte 1 924 cas avec 34 décès ; l’Équateur 981 et 18 ; le Chili 746 et 2 ; le Pérou 395 et 5 ; le Mexique 367 et 4 ; la Colombie 306 et 3 (à l’exception du Mexique, ces gouvernements ont tous participé et contribué activement aux efforts de changement de régime menés par les États-Unis au Venezuela). Pourquoi le Venezuela fait-il beaucoup mieux que les autres pays de la région ? (1)

Les sceptiques prétendront que le gouvernement Maduro cache des chiffres et des décès, qu’il n’y a pas assez de tests, pas assez de médicaments, pas assez de talents pour faire face de manière adéquate à une pandémie. Mais voici les faits :

Premièrement, la solidarité internationale a joué un rôle inestimable pour permettre au gouvernement de relever le défi. La Chine a envoyé des kits de diagnostic de coronavirus qui permettront de tester 320 000 Vénézuéliens, en plus d’une équipe d’experts et de tonnes de fournitures. Cuba a envoyé 130 médecins et 10 000 doses d’interféron alfa-2b, un médicament qui a fait ses preuves en aidant les patients atteints de COVID-19 à se rétablir. La Russieenvoyé le premier de plusieurs envois de matériel et de kits médicaux. Ces trois pays, que la politique étrangère américaine qualifie régulièrement de malfaisants, offrent leur solidarité et leur soutien matériel. Les États-Unis offrent davantage de sanctions et le FMI, dont on sait qu’il est sous contrôle américain, a rejeté une demande vénézuélienne de 5 milliards de dollars de financement d’urgence que même l’Union européenne soutient.

Deuxièmement, le gouvernement a rapidement mis en œuvre un plan pour contenir la propagation de la maladie. Le 12 mars, un jour avant les premiers cas confirmés, le président Maduro a décrété l’urgence sanitaire, a interdit aux foules de se rassembler et a annulé les vols en provenance d’Europe et de Colombie. Le 13 mars, premier jour, deux Vénézuéliens ont été testés positifs ; le gouvernement a annulé les cours, a commencé à exiger le port de masques dans le métro et à la frontière, a fermé les théâtres, les bars et les boîtes de nuit, et a limité les restaurants à emporter ou à livrer. Il convient de répéter que c’était le premier jour où un cas a été confirmé ; de nombreux États américains n’ont pas encore pris ces mesures. Au quatrième jour, une quarantaine nationale a été mise en place (équivalent à des ordonnances de confinement) et un portail en ligne appelé « Plan pour la Patrie » a été réorienté pour enquêter sur les cas potentiels de COVID-19. Au huitième jour, 42 personnes étaient infectées et environ 90 % de la population se conformait à la quarantaine. Au onzième jour, plus de 12,2 millions de personnes avaient répondu à l’enquête, plus de 20 000 personnes ayant déclaré être malades ont reçu la visite de professionnels de la santé à leur domicile et 145 personnes ont été orientées vers un test de dépistage du coronavirus. Le gouvernement estime que sans ces mesures, le Venezuela compterait 3 000 personnes infectées et un nombre élevé de décès.

Troisièmement, le peuple vénézuélien était en mesure de faire face à une crise. Au cours des 7 dernières années, le Venezuela a vécu la mort d’un leader très populaire, de violentes manifestations de droite, une guerre économique caractérisée par des pénuries et une hyperinflation, des sanctions qui ont détruit l’économie, un coup d’État en cours, des tentatives d’insurrections militaires, des attaques contre les services publics, des coupures de courant, des migrations massives et des menaces d’action militaire américaine. Le coronavirus est un défi d’un autre genre, mais les crises précédentes ont instillé une résilience chez le peuple vénézuélien et renforcé la solidarité au sein des communautés. Il n’y a pas de panique dans les rues ; au contraire, les gens sont calmes et suivent les protocoles de santé.

Quatrièmement, l’organisation de masse et la priorité donnée aux personnes avant tout. Les communes et les communautés organisées ont pris les devants, en produisant des masques, en maintenant le système d’approvisionnement alimentaire CLAP en marche (ce paquet alimentaire mensuel atteint 7 millions de familles), en facilitant les visites de médecins dans chaque maison et en encourageant l’utilisation des masques en public. Plus de 12 000 étudiants en médecine en dernière ou avant-dernière année d’études ont demandé à être formés aux visites à domicile. Pour sa part, l’administration Maduro a suspendu le paiement des loyers, a instauré un gel des licenciements à l’échelle nationale, a accordé des primes aux travailleurs, a interdit aux télécoms de couper le téléphone ou l’internet des gens, a conclu un accord avec les chaînes hôtelières pour fournir 4 000 lits au cas où la crise s’aggraverait, et s’est engagée à payer les salaires des employés des petites et moyennes entreprises. En pleine crise de santé publique – aggravée par une crise économique et des sanctions – la réponse du Venezuela a été de garantir la nourriture, de fournir des soins de santé gratuits et des tests de dépistage à grande échelle, et d’alléger encore la pression économique sur la classe ouvrière.

Le gouvernement américain n’a pas répondu à la demande de l’administration Maduro de faire une exception pour Conviasa Airlines, la compagnie aérienne nationale sous sanctions, afin de ramener à Caracas les Vénézuéliens bloqués aux États-Unis. Étant donné tout ce qui se passe aux États-Unis, où le traitement par COVID-19 peut coûter près de 35 000 dollars et où le gouvernement pèse la possibilité de donner la priorité à l’économie sur la vie des gens, peut-être que ces Vénézuéliens qui attendent de rentrer chez eux comprennent que leurs chances de survivre au coronavirus – tant physiquement qu’économiquement – sont bien meilleures dans un pays qui privilégie la santé aux profits.

(1) au 29 mars, les chiffres de contagion dans la plupart des pays mentionnés par Leonardo Flores ont fortement cru, alors que le Venezuela réussit toujours à « aplatir la courbe » de la progression. On y compte en effet 10 nouveaux cas de Covid-19, ce qui porte à 129 le nombre de patient(e)s atteint(e)s du virus. 87 patient(e)s restent sous surveillance médicale. 3 personnes sont malheureusement décédées mais 39 se sont rétabli(e)s. Près de 20.000 professionnel(le)s de la santé sont déployé(e)s dans tout le pays pour suivre les cas qui ont répondu à l’enquête en ligne du gouvernement. (Note de Venezuelainfos)

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Les étudiants en médecine communautaire intégrale, de la promotion « Helenira Resende », de l’Ecole de Médecine Latino-Américaine (Elam), au Venezuela, ont effectué une autre cycle de visites de dépistage du Covid-19 dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, auprès de la population d’une des zones les plus nécessiteuses de Caracas.
La promotion formée par les jeunes issus des unités productives rurales du Mouvement des Sans Terre ont recueilli les données sur le Covid-19 et répondu aux habitant(e)s qui restent confiné(e)s chez eux en cette période de quarantaine nationale.

Traduction: Bernard Tornare

Source en anglais

Leonardo Flores est un expert politique latino-américain et militant de CODEPINK.

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d’en mentionner  le traducteur, l’auteur et le blog Hugo Chavez.

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Nicolas Maduro décrète une série de mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a décrété dimanche plusieurs mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s face à la situation générée par le Covid-19. Ces mesures viennent accompagner les mesures de santé publique (confinement général à domicile, port généralisé de masques, interruption ou réduction des activités économiques au minimum vital des transports et des services publics et commerces, etc..) qui ont déjà permis d’endiguer la progression de l’épidémie (1)

Ces mesures sont :

1. Prolongement de l’interdiction totale de licenciement jusqu’à la fin de 2020.
2. Les banques doivent suspendre pour six mois le recouvrement du capital et des intérêts sur tous les prêts, dettes, crédits.
3. Suppression immédiate du paiement des loyers des logements principaux et des commerces pendant 6 mois.
4. Interdiction de toute expulsion de logement, de toute coupure d’électricité, d’eau, de téléphone et d’internet.
5. Plan spécial par lequel le gouvernement assumera le paiement des salaires aux petites et moyennes industries par le biais du système Patria pendant 6 mois.
6. Restructuration des conditions d’accès au crédit, en faveur des petits et moyens producteurs.
7. Plan d’investissement prioritaire pour l’agroalimentaire en vue de garantir la production de 7 millions de caisses de nourriture à très bas prix pour leur distribution par les Comités Locaux d’Approvisionnement au même nombre de familles.
8. Des primes spéciales pour tous les travailleur(se)s de l’économie informelle et des entreprises privées par le biais du système Patria
9. Allocation pour l’ensemble de la population via le Carnet Patria.

Note (1):

Depuis que le Covid-19 est arrivé dans le pays (via les liaisons aériennes avec l’Europe en majorité, ainsi que via la Colombie), on compte 77 cas confirmés et aucun décès à ce jour, selon les statistiques officielles. Le gouvernement a très tôt déclaré l’état d’alarme, imposant une quarantaine générale d’un mois dans tout le pays. Il commence à administrer de la chloroquine non seulement aux patients infectés mais aussi à ses contacts proches – une quinzaine – et au personnel soignant qui s’occupe de ces personnes. Aucun patient infecté, pas même ceux ou celles qui sont dans des cliniques privées, ne paie un centime pour le traitement. Sont disponibles 23.762 lits  (11 mille dans le réseau public, 4003 dans les Centres de Diagnostic Intégral installés dans les quartiers populaires, 4759 dans le réseau privé et 4000 supplémentaires dans les hôtels réquisitionnés).

Nicolas Maduro a appelé de nouveau les États-Unis à lever toutes leurs sanctions et leur blocus bancaire, afin de pouvoir acheter l’ensemble du matériel médical dont a besoin le pays. La coopération médicale de la Russie, la Chine et Cuba, avec la production d’Interféron, l’envoi de kits de dépistage ainsi que la présence sur le terrain de 130 médecins cubains, permettent de pallier en partie les effets de la guerre économique de l’administration Trump. Le Venezuela vient de déposer plainte pour ces “crimes contre l’humanité” responsables de nombreuses morts et de vagues d’émigration, et visant à générer un chaos social comme technique de renversement d’un gouvernement élu.

Thierry Deronne, Caracas, 23 mars 2020

Sources: agences et https://albaciudad.org/2020/03/jefe-de-estado-nicolas-maduro-anuncio-medidas-economicas-para-proteger-a-los-venezolanos-durante-la-contingencia-del-coronavirus/

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(Photos:) l’avantage de la démocratie communale dans l’endiguement d’une pandémie

« Le Venezuela à l’agonie » nous dit France Inter. Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait que les tigres de papier soient obligés depuis vingt ans de s’accrocher aux dix principes de la propagande de guerre pour nous convaincre que le Venezuela est une dictature doublée d’une faillite du socialisme, où tout effet aura fait fuir les causes.

A part les quelques fake news ponctuelles de Marie Delcas du « Monde » (comme les « 18000 morts du régime », resucée du « charnier de TImisoara« , ou des « charniers sandinistes » de De la Grange dans le même journal), démontées en leur temps par Maurice Lemoine, la méthode aura été aussi bête que peut l’être toute propagande. Les journalistes français basés dans les quartiers chics de l’Est de Caracas, ou.. à Bogota, ont tout simplement occulté la majorité de la population, les 80 % de secteurs populaires, la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif les insurrections périodiques de l’extrême droite et en « répression » les affrontements générés. Ils n’occultent pas le peuple par pure morgue idéologique ou par mépris de classe, comme ils le font en France face à la colère sociale. Il leur faut aussi cacher la mise en place par une révolution de gauche d’une participation citoyenne comme ressort démocratique renforçant la forme représentative. Car on pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américains, Rodriguez Zapatero, Lula, ou Rafael Correa, avec tant d’observateurs internationaux et de médiateurs entre gouvernement et opposition démocratique, ont insisté sur la transparence, sur la légitimité, et sur le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est en fin de compte l’avènement d’une démocratie participative depuis vingt ans qui aura permis d’endiguer assez vite, pour l’heure en tout cas, l’épidémie.

Nous venons d’étrenner « Temps de Lutte », chronique documentaire réalisée pendant plus d’un an aux côtés des citoyen(ne)s construisant une de ces communes invisibles dans les médias. Ces photos prises dans les dernières heures en sont la suite. Les personnages du film ont pris en main la prévention, le dépistage, la remise d’aliments à la population qui a rapidement accepté, avec un grand niveau de conscience, les instructions gouvernementales sur le confinement et la prévention. Au 19 mars, on compte dans tout le pays 42 cas détectés (34 de personnes voyageant d’Europe et 8 venues de Colombie) et suivis médicalement. Aucun décès. Le réseau de remise d’aliments gratuits créé face au blocus des USA sert à recenser les symptômes et, notamment, à préparer 320.000 examens grâce aux 4015 kits arrivés de Chine, avec laquelle un pont aérien vient d’être installé, et bientôt de Russie. Cuba aussi est présent, agit sur le terrain avec 130 nouveaux médecins qui renforceront le système de santé dans les quartiers populaires, ainsi qu’avec ses experts, dont le créateur du puissant Interféron, qui sera produit sur place.

Alors que la destruction du secteur public vendue depuis des décennies par les mêmes médias au nom de l' »efficacité du privé », génère aujourd’hui chaos, détresse, hécatombes en Europe ou aux Etats-Unis, le Venezuela récolte un travail sui generis de construction d’une double alliance : Etat-organisation populaire, et union civico-militaire. Les deux convergent en cet instant, dans un contexte de guerre économique et de blocus occidentaux. Car bien sûr les Etats-Unis redoublent leurs sanctions, empêchant des avions et des bateaux d’apporter de la nourriture ou des médicaments, tentant d’attiser le feu de l’épidémie. Face à quoi des soldats des forces armées bolivariennes aident avec les citoyen(ne)s à fermer des commerces privés, à arrêter des accapareurs qui cachent ou spéculent sur le matériel médical, à organiser la remise de tonnes de nourriture gratuite aux quartiers populaires via les Comités Locaux d’Approvisionnement, quand ce n’est pas à désinfecter les sols des marchés populaires ou fabriquer des masques et des gants dans le centre militaire de production textile.

Au blocus bancaire occidental, aux sanctions états-uniennes, à l’impossibilité d’acheter des médicaments essentiels, répond un travail invisible, essentiellement féminin, de recensement des besoins des familles, repris ensuite par le « Carnet de la Patria » pour faire arriver à des millions de bénéficiaires une alimentation mensuelle quasi gratuite mais aussi des allocations. C’est ce système du www.patria.org.ve qui a permis à chacun de remplir un questionnaire en ligne sur ses symptômes. Au 21 mars plus de de 10 millions de personnes ont participé à l’enquête en ligne du gouvernement. Grâce à cette carte 16336 personnes ont été visitées chez elles.

Tout cela explique – avec le confinement organisé par le gouvernement, la réduction des déplacements au strictement vital pour le métro, les routes, le maillage des centres de santé populaire renforcés récemment dans leur capacité d’accueil, et la capacité politique de Nicolas Maduro (toujours méprisé et sous-estimé en tant qu’ex-ouvrier)-, pourquoi le Venezuela bolivarien freine fortement la progression du virus, alors que des gouvernements voisins, d’extrême droite, laissent filer l’épidémie, comme le rappellent les concerts de casserole à Brasilia ou à Bogota.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 mars 2020

Photos: Giuliano Salvatore, Jesus Garcia, Commune socialiste d’Altos de Lídice.

Mise à jour 21 mars: depuis le début de l’épidémie dans le monde on compte 70 cas, pas de décès, deux états critiques, 15 guérisons. Tous sont suivis et soignés à l’hôpital.

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« Temps de lutte », le nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

On sait pourquoi le gouvernement mondial des médias a creusé un abîme entre la réalité du Venezuela et son image. Encore faut-il pouvoir ressourcer notre conscience au réel. “Temps de lutte” nous fait entrer au coeur d’une démocratie participative que la plupart des journalistes ont substituée par “la-dictature-de-Maduro”.

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les réalisateurs de ce documentaire dense et imposant de 90 minutes, Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son), se sont immergés pendant un an dans un “barrio”. Un de ces quartiers populaires où vit la majorité des vénézuélien(ne)s, invisibilisés par les grands médias depuis vingt ans en tant que base sociale de la révolution. Ils y ont suivi sept conseils communaux qui, face à la guerre économique impériale, prennent en main la santé, le transport, l’approvisionnement, et surmontent mille et une difficultés pour s’organiser en commune. Au départ, les auteurs voulaient étudier le lien possible entre luttes paysannes et approvisionnement de Caracas. Ils ont fini par se marier pour une année avec cette organisation populaire dans ses doutes, ses rires, ses conflits, ses chutes et ses nouveaux départs. Le personnage principal du film, ce sont comme souvent au Venezuela, les femmes.

Temps de lutte” est le contraire d’une vitrine. Il refuse la colonisation des images par la voix off. Le montage associe le local et le global, le passé et le futur, l’individu et le groupe, laissant le spectateur libre de sa lecture. Croire dans le documentaire, c’est aussi croire dans le droit des sujets d’une Histoire de transmettre une expérience qui peut nous aider dans nos propres processus de transformation.

Durée: 90 minutes. HD. Sous-titres français. Coproduction: Commune Socialiste « Altos de Lidice »/EPLACITE. Venezuela janvier 2020.

Ci-dessous: première du film au Théâtre Principal de Caracas, le 12 décembre 2019, en présence des communard(e)s. Photos: Yrleana Gomez.

Ci-dessous: photogrammes tirés du documentaire « Temps de lutte« .

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Comment les Vénézuéliens vivent-ils en temps de blocus économique et de crise ?

L’auteure: Fania Rodrigues, journaliste brésilienne en poste à Caracas

La crise économique, causée en grande partie par le blocus occidental dont souffre le pays, pousse la population à utiliser sa créativité au quotidien ; l’organisation populaire est le moyen que beaucoup ont trouvé pour résoudre collectivement les problèmes.

Il n’est que 6 heures du matin et toute une vie agite déjà les impasses, rues et les escaliers du grand quartier populaire de Altos de Lídice au centre de Caracas. Dans ce quartier, peuplé de maisons simples, chaque porte s’ouvre sur un travailleur qui rejoint la longue file ouvrière qui descend chaque jour la colline pour fournir la main-d’œuvre à la ville.

Là, au pied de l’imposante Avila, la chaîne de montagnes qui coupe Caracas d’un bout à l’autre, vit Wilmer Villarroel, cuisinier de 38 ans, qui se bat pour vivre en temps de crise. « Ici, nous ne pouvons pas travailler à une seule chose, nous devons avoir plusieurs emplois pour garantir la nourriture de la famille« , dit-il. Le salaire minimum légal est dépassé par l’inflation élevée, la crise financière, la baisse de la production pétrolière et du prix du pétrole, ainsi que par le blocus occidental et l’instabilité politique. Au Venezuela, le salaire est payé chaque quinzaine et s’élève environ à 150 000 bolívares (5 USD). C’est pour compenser sa faible valeur qu’il est combiné à des avantages sociaux.

Je me réveille à 5 heures du matin pour faire des arepas (galettes typiquement vénézuéliennes à base de maïs) et je descends la colline à 6h45 du matin pour les vendre. Il y a un arrêt de bus à proximité et je les vends aux chauffeurs. À 7 h, j’ai déjà tout vendu, je reviens et je me joins au travail communautaire, à la brigade d’entretien, nous balayons les rues jusqu’à 12 h” raconte Wilmer.

Le travail est rémunéré par l’intermédiaire de la Commune Altos de Lídice, une forme d’organisation populaire. Pour ce travail, ils perçoivent l’équivalent de six salaires minimums. Cela ne suffit pas. Wilmer doit complémenter avec un troisième et un quatrième revenu. “Je fais de la soupe que je vends le dimanche. Nous avons aussi des terres qui ont été abandonnées, où les gens jetaient des ordures. Avec un oncle et un voisin, nous avons nettoyé et commencé à planter. Nous avons maintenant de la citrouille, du poivre, du poivre, du manioc, du maïs, de la banane, de la tomate, de l’igname, de l’avocat et de la tomate” dit-il.

Comme Wilmer, des milliers de vénézuélien(ne)s considèrent la mise en culture de terres comme un moyen de résoudre le problème de la pénurie. Depuis octobre 2018, les supermarchés améliorent progressivement le niveau de l’offre. Aujourd’hui, il ne manque presque aucun produit dans les rayons, mais le problème est le prix, car le salaire dévalué par l’inflation et la valeur des produits marqués en dollars créent un abîme économique entre la classe qui a accès au dollar et le salarié, qui reçoit en bolivars, la monnaie locale.

Wilmer Villarroel: cultiver soi-même ses aliments pour résister aux pénuries. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Aujourd’hui, cela vaut la peine de planter, car un kilo de bananes dans la rue coûte très cher. Une banane plantain peut coûter 8 000 bolívares. Trois bananes plantains coûtent une demi-semaine. Nous économisons ainsi un argent dont parfois nous ne disposons même pas. Nous aidons également les habitant(e)s du quartier qui n’ont pas les ressources nécessaires pour acheter. Cet aspect est important” souligne Villarroel.

Le Venezuela subit un scénario d’hyperinflation causé par des facteurs internes et externes. La crise économique, qui a débuté en 2013, a été causée par le déficit budgétaire et la baisse de la production pétrolière. En 2012, la production de pétrole était de 2,2 millions de barils par jour et a diminué au cours des dernières années avec un peu moins d’un million de barils en 2019. De plus, le prix du baril a été réduit de plus de 50 %. L’impact a été immédiat, puisque 90% du budget de l’Etat dépend des recettes pétrolières.

En outre, la crise a été accélérée par des facteurs externes, tels que le blocus économique et financier imposé par les États-Unis depuis 2014. Selon le gouvernement vénézuélien, les ressources bloquées dans des banques à l’étranger dépassent 24 milliards de dollars, qui pourraient être utilisés pour acheter des produits de première nécessité, tels que de la nourriture et des médicaments.

A cela s’ajoute ce que l’on appelle l’inflation induite, terme utilisé au Venezuela pour désigner la spéculation opérée par des sites web gérés hors du pays et qui marquent la valeur du dollar parallèle et illégal, servant de référence au commerce et aux médias privés (tous deux majoritaires au Venezuela), et sont aussi les soutiens de la droite.

Économie collective

La vie en communauté est aussi un moyen de surmonter les problèmes économiques. “Le besoin économique nous a forcés à être plus unis et à reprendre l’organisation collective qui avait été laissée de côté après la mort du commandant Hugo Chávez. Organiser de nouveau la commune est le seul moyen de s’assurer que toutes les familles du quartier aient au moins de la nourriture”, explique l’artisane Rosiris Zapatero, une leader communautaire du quartier de La Pastora. Les habitants eux-mêmes ont essayé de faire un recensement du quartier afin de pouvoir suivre les familles qui ont des enfants souffrant de malnutrition infantile. Grâce à quoi ceux-ci bénéficient d’une assistance spéciale, de soins médicaux et du droit de prendre leurs repas à la cantine communautaire, qui fournit aujourd’hui de la nourriture à plus de 200 personnes.

En plus du travail communautaire, Rosiris se dédouble pour gagner sa vie, en tant que décoratrice de fêtes, ce qui est considéré comme un véritable luxe à l’heure où la plupart des gens travaillent pour se procurer la nourriture. Dans n’importe quel pays, dans ces conditions, elle se retrouverait sans travail, mais pas au Venezuela, où les célébrations sont presque sacrées, surtout quand il s’agit des anniversaires des enfants.

Les prix que je facture sont modestes. Les gens d’ici ne sont pas en condition d’acheter beaucoup de choses, alors ils inventent et utilisent leur créativité pour s’amuser. Nous continuons à célébrer, de façon plus simple, mais nous n’arrêtons pas de faire la fête”, dit Rosiris. “Le Vénézuélien est une personne très heureuse. Ils n’ont pas pu nous ôter cette identité. Nous n’avons pas perdu cet esprit joyeux. Les gens luttent contre ce sentiment de tristesse qui laisse une crise de cette ampleur. Nous résistons et luttons de toutes les façons. Nous n’allons pas devenir des personnes tristes parce qu’il y a un problème économique.

Pour Rosiris, “en temps de guerre, maintenir la joie est une forme de résistance”. “Nous n’attendons pas de miracle pour pouvoir célébrer la vie. Nous avons décidé de rendre réels les moments de joie. Pour une mère, il est important que son enfant ait un gâteau d’anniversaire et oui, c’est possible. Ce don de la joie, on ne pourra jamais nous l’enlever. Et j’aide les gens à profiter de ces moments et j’en vis” explique Rosiris.

Roisris: « Nous n’allons pas laisser le problème économique faire de nous des personnes tristes ». Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Outre les fêtes de famille, dans les quartiers les plus humbles, les distractions sont les jeux de hasard – tiercé, loteries et bingos -, les projections itinérantes de films, les jeux sportifs tels que le championnat intercommunal de basket-ball, les spectacles de danse et de théâtre dans les espaces communautaires, les fêtes et les réunions familiales. Quant aux voyages à la plage, les visites au centre commercial et les repas à l’extérieur de la maison, ils ont été réduits ou ont tout simplement cessé d’exister pour les secteurs populaires.

Même la façon de sortir a changé, raconte l’avocat Raúl Escalona, 28 ans, qui travaille pour un organisme public et gagne un peu plus qu’un salaire minimum. Le plus dur c’est la conquête amoureuse, selon Raul, parce que les temps de crise exigent plus de créativité.

Quand je rencontre quelqu’un que j’aime vraiment et avec qui je veux sortir, je l’invite, mais aux restaurants et aux boîtes de nuit on préfère un dîner à la maison, où je cuisine pour elle. C’est aussi un problème, parce que parfois la fille ne veut pas venir à la maison dès le début. Mais nous sommes tous clairs sur la situation actuelle” confie cet avocat venu de la classe moyenne, et qui ressent également les difficultés économiques du pays.

Une fois que l’amour est noué, on cherche ensemble des solutions quotidiennes pour maintenir la flamme. “Ce que nous faisons, en plus de tout diviser, c’est de recourir aux choses les plus simples. Parfois, nous mangeons un hot-dog dans la rue ou achetons cinq bières en réunissant nos ressources. Parfois, je dépense tout ce que j’ai pour sortir et elle aussi, et le week-end suivant, nous restons à la maison. Et c’est comme ça qu’on tient” dit Raúl.

Est-il possible de manger plus sainement dans un pays en crise ?

Dans un pays où la priorité pour beaucoup est tout simplement de manger, la variété nutritive passe au second plan. La question centrale est que le Venezuela importe plus de 50 pour cent de tous les aliments qu’il consomme et qu’avec le blocus économique, certains produits sont devenus plus chers et plus rares, notamment les protéines animales.

Le gouvernement vénézuélien fournit un panier de nourriture subventionné, qui atteint actuellement 25 % de la population la plus pauvre, selon les chiffres officiels du Ministère de l’alimentation. Cependant, il est composé d’aliments riches en glucides et pauvres en protéines animales, en fibres et autres nutriments.

Pour se nourrir plus sainement, le professeur de droit Sílio Sanchez, 42 ans, a décidé de sortir de son milieu intellectuel d’enseignant à l’Université Centrale du Venezuela, la première université du pays, pour aller vivre à la campagne, où il peut développer sa propre production alimentaire.

Ici, nous avons des chèvres, des lapins, des poules de pays et des cochons d’Inde. Ces animaux nous donnent d’autres protéines comme les œufs, le lait et les produits laitiers, en plus de la viande. Pour la viande, ce que nous avons le plus, ce sont les lapins, parce que c’est la production la plus rapide et la plus saine” raconte le professeur. Les chèvres sont davantage utilisées pour la production de fromage, de crème, de confiserie à base de lait, entre autres produits.

Silio explique aussi pourquoi il a choisi ces types d’animaux. « Ils sont plus résistants, ils peuvent survivre sans médicaments dans un contexte de crise et de blocus international, et se nourrissent d’une plus grande variété de végétation et de nourriture. Cela me permet d’économiser toute sorte de choses dont je ne pourrais disposer« .

C’est sur un terrain de 300 mètres, considéré comme petit pour la production rurale, dans une modeste maison en bois, qu’il vit avec sa femme et ses deux enfants. Il partage également le travail et la production avec un ami et un voisin. Ce qu’ils ne consomment pas, ils le vendent, ce qui rapporte environ sept salaires pour chacun des chefs de ménage. “Ce que nous produisons ici ne pourrait pas être achetés avec nos salaires, en tout cas pas dans la quantité que nous consommons. Nous nous offrons un luxe énorme, qu’on peut comparer aux pratiques de consommation de la classe moyenne. En outre, ce sont des produits sains, comme le fromage et le lait de chèvre, des œufs de ferme, le chocolat nutritif qu’ils fabriquent ici avec le cacao, le pollen, le sucre de mélasse et la citrouille”.

Silio est l’exemple du vénézuélien qui “transforme le citron en limonade”. Il a créé un nouveau style de vie et une nouvelle économie domestique qui à leur tout inspirent maintenant d’autres personnes. Des voisins et des amis se sont joints à lui, produisent maintenant collectivement et le partagent en parts égales. Il rêve déjà d’augmenter sa production et de continuer à s’associer avec ses voisins. “Nous avons toujours une carence, qui est celle des légumes, parce que nous n’avons pas d’espace où planter. Nous travaillons à résoudre ce problème, le voisin va nous prêter un terrain près d’ici”.

Les difficultés sont immenses et vont du manque de crédit aux outils de base, difficiles à obtenir dans un pays bloqué. Mais c’est ainsi que chaque vénézuélien(ne) résout les problèmes quotidiens. Le blocus économique et la crise ont touché toutes les classes sociales, mais les plus pauvres sont les plus touchés, c’est pourquoi l’organisation populaire a resurgi comme moyen de résoudre collectivement les problèmes.

Le professeur de Droit Silio Sanchez a laissé son milieu intellectuel d’universitaires pour produire ses propres aliments. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Fania Rodrigues

Source : https://operamundi.uol.com.br/sociedade/61905/como-vivem-os-venezuelanos-em-tempos-de-bloqueio-economico-e-crise

Traduit du portugais par Thierry Deronne

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