La stratégie chaviste pour combattre un foyer de Covid à Caracas

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MT&Une partie du quartier populaire de La Vega à Caracas est en pleine bataille épidémiologique. C’est la région de la capitale qui présente la plus forte concentration de cas COVID-19. La réponse locale, qui implique les efforts communs de l’État, des partis politiques et des organisations populaires, donne une bonne idée de l’architecture mise en place par le chavisme pour combattre la pandémie. (Au 10 juillet 2020 et depuis le début de la pandémie, le nombre de décès a pu être limité à 80, chiffre confirmé par l’OMS.)

« Ceux qui vivent dans ces quartiers populaires doivent rester chez eux, en respectant les mesures préventives pour éviter la propagation du coronavirus » répètent les haut-parleurs juchés sur les camions qui sillonnent dans les rues. Le quartier est fermé à chacun de ses accès, et c’est le point de plus forte concentration de COVID-19 à Caracas avec un total de 78 personnes infectées, alors que le nombre de cas augmente à 8 010 dans tout le pays.

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En temps de pandémie, les femmes de la mission sociale « Foyers de la Patrie » sont un pilier de l’économie populaire au Venezuela. Membres d’une Entreprise de Production Sociale (EPS) du quartier Cotiza avec les différents modèles de masques fabriqués, © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI.

Le « barrio » de la Vega est divisé en cinq axes, le troisième étant le plus touché, avec en son sein, 10 des 32 communautés. La barrière épidémiologique a commencé le 2 juillet. Personne n’est autorisé à entrer ou à sortir sans autorisation, sauf s’il remplit l’une des trois fonctions exemptées : santé, alimentation ou transport.

En parvenant à l’un des points d’accès, une opération conjointe est menée par la police et les membres des organisations politiques et sociales du site. « Ils nous accompagnent aux entrées et sorties, ce sont eux qui connaissent les gens de leur territoire« , explique la commissaire de police de Caracas en charge de la paroisse, Belkys Rangel.

À l’intérieur de la zone démarquée, les magasins d’alimentation et les pharmacies ne peuvent être ouverts que jusqu’à midi. L’objectif est d’empêcher la mobilité non seulement à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du secteur. C’est un lieu complexe, densément peuplé, avec une vie de quartier intense.

« Nous procédons à des dépistages à domicile et à des tests rapides afin de couper la chaîne de contagion de ce dangereux virus« , répète le camion qui circule lentement dans les rues.

Délimiter, tester, contenir

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Un des points de contrôle pour entrer dans le quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Marquer une ceinture épidémiologique implique de marquer l’espace où la mobilité de la population doit être limitée, et de faire une enquête générale sur 100% des foyers« , explique Mary Carmen Moreno, membre de l’équipe d’organisation populaire du maire.

Ce dépistage massif, c’est-à-dire les tests de détection des cas de COVID-19, a commencé dès le début, tant dans les modules de santé spécialement préparés pour faire face à l’épidémie, que dans les visites de porte à porte. Il y a 12.000 familles sur le territoire délimité, et jusqu’à présent 5 000 ont été testées.

Lorsqu’une personne est testée positive, « elle est prise en charge pendant que le personnel arrive avec les normes de biosécurité, et cette personne est transférée dans un centre conçu pour la distanciation« , explique Mayarí Armas, responsable du regroupement et de la coordination des différentes organisations qui fonctionnent dans le quartier, consacrées à la lutte contre la pandémie.

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A droite, Mayarí Armas, responsable des organisations de quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque étape est gratuite : le test, le transfert au centre d’isolement, le séjour sur place, l’admission si nécessaire, les médicaments et l’alimentation.

L’objectif est que, pendant la durée de ce confinement, estimée à 14 jours, le secteur soit isolé, qu’une cartographie famille par famille soit réalisée, que les personnes porteuses du virus soient retirées du site, et que l’épidémie puisse ainsi être réduite jusqu’à sa disparition. Il s’agit d’une situation exceptionnelle dans le cadre de la stratégie de confinement qui est déjà en place depuis près de quatre mois.

« On ne peut pas dire aux gens de rester chez eux, faire une démarcation épidémiologique sans concevoir un plan, ce plan implique la partie alimentaire, les services« , explique Nancy Villegas, coordinatrice politique des quartiers de La Vega.

Le plan, outre l’aspect sanitaire, comprend avant tout l’alimentation. Les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui fournissent des denrées alimentaires subventionnées par l’Etat, ont raccourci le cycle d’approvisionnement pour avoir une plus grande régularité de livraison. Ils ajoutaient à la nourriture habituelle – principalement des hydrates de carbone – trois kilos de protéines par semaine.

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Le laissez-passer de mobilité utilisé pour entrer et sortir de la zone de la clôture épidémiologique et du journal municipal face à la pandémie © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

En collaboration avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), se poursuit le travail des Maisons d’alimentation, du Plan alimentaire scolaire, auquel s’ajoute un plan conçu dès le début du confinement et baptisé « Yo Compro en Casa » (J’achète à la maison) pour que les gens puissent s’approvisionner sans sortir de chez eux, et ainsi réduire la mobilité.

La fourniture comprend également un plan d’urgence pour deux des services qui connaissent des difficultés d’approvisionnement : le gaz et l’eau : « Nous avons une situation difficile en ce qui concerne l’eau dans la ville pour deux raisons, l’une étant la sécheresse qui a été très dure, à Caracas l’eau est pratiquement distribuée via le pompage, elle atteint 1.000 mètres dans l’ensemble de la ville et 1800 mètres dans certains quartiers, or à cause de la guerre économique qui bloque les pièces de rechange, nous avons des détériorations dans le service de pompage de l’eau, » explique Moreno.

Le nouveau cadre institutionnel

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Un autre des points d’entrée contrôlés. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Le déploiement pour soutenir la barrière épidémiologique dans chacun de ses aspects implique l’action de nombreux acteurs simultanés et coordonnés. Les institutions concernées sont le ministère de la santé, la police, la mairie de Caracas, l’organisation politique, principalement le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et les différentes organisations sociales du territoire.

« C’est une approche avec une perspective de sécurité de l’État, qui n’a pas seulement un avantage institutionnel, mais qui repose fondamentalement sur la principale force que nous avons, qui est le tissu populaire, un tissu social qui a une série de leaderships organisés dans des instances de travail« , explique Moreno.

Chaque acteur joue un rôle dans un plan commun : la distribution de nourriture, les entrées et sorties de la zone démarquée, la tournée de porte à porte pour effectuer les dépistages, ou la désinfection des zones communes effectuée, par exemple, par les brigades de travail et de production communales :

« Nous avons deux brigades déployées pour effectuer des aspersions à hypochlorite, nous désinfectons les zones communes telles que les rampes, les escaliers, le parc, les murs où les gens s’assoient, les entrepôts, les épiceries, pour tenir à distance le foyer d’infection que nous avons dans la zone », explique Renny Colmenares, qui porte un costume qui couvre tout son corps avec une phrase écrite en chinois – plusieurs charters ont apporté des tonnes d’aide de Beijing.

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Lieu d’entrée dans le centre de tests du COVID-19. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Une autre des actions menées par l’organisation populaire est la sensibilisation, c’est-à-dire l’explication quotidienne du danger du COVID-19, de l’importance des mesures de sécurité, de l’utilisation de masques, de ne pas faire la fête, de rester à la maison. Cette tâche est effectuée de manière centralisée par ceux qui font partie de la communauté :

« Qui mieux que nous, les leaders de nos territoires, pour connaître notre communauté, les familles qui font la vie du quartier, pour donner des informations, pour expliquer que le danger est réel, que nous avons des cas d’infection dans notre espace, même si nous ne les voyons pas, mais qu’ils existent et qu’il faut éviter qu’ils ne se multiplient » explique-t-on dans un exposé de formation pour ceux qui doivent ensuite sensibiliser leurs points respectifs.

« Sans organisation populaire ce déploiement populaire ne serait pas possible à imaginer« , déclare Moreno. « C’est un échafaudage qui forme un nouveau concept d’institutionnalité.« 

Menace et unité

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Atelier de sensibilisation à COVID-19 pour les leaders de quartiers. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Nous combattons un ennemi commun et invisible. Cette situation a renforcé l’unité au sein des territoires, et a démontré l’avantage de l’accumulation de l’expérience, des situations comme celles-ci montrent ce que nous avons et ce qui nous manque » poursuit M. Moreno.

« Cette force n’est pas née avec le COVID-19. Des 20 dernières années, les cinq dernières ont été marquées par des situations de dégradation des conditions matérielles, ce qui a permis en même temps de développer des instruments qui se retrouvent au cœur de la lutte contre la pandémie, comme le Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). »

D’où l’existence d’une pratique organisationnelle au sein des quartiers, une connaissance des réponses aux urgences, des exercices de cartographie des territoires, avec des axes, des communautés, des îlots, des familles, afin de donner des réponses générales et personnalisées.

C’est une situation qui unifie toutes les forces sur le territoire avec des objectifs communs. « C’est une menace pour la vie, pas pour un parti, et si le chavisme a appris quelque chose, c’est bien d’unir et de se mobiliser face aux menaces » selon Moreno.

Cette mobilisation et cette unité sont stratégiques non seulement pour faire face à ce moment d’urgence et à d’autres qui viendront sûrement, mais aussi pour le prochain rendez-vous électoral des législatives du 6 décembre, qui bénéficiera de la participation d’une centaine d’organisations politiques et sociales, de tout bord idéologique.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/202007091092030015-la-estrategia-chavista-para-combatir-un-foco-de-covid-19-en-caracas/

Traduction : Thierry Deronne

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Venezuela: culture d’une Caraïbe en résistance, par Maria Claudia Rossel

Photo : Mídia NINJA

L’auteure : Maria Claudia Rossel. Ingénieure culturelle, artiste, productrice et coordinatrice de réseaux et féministe cofondatrice de la plateforme Cyberculture.

Depuis 2014, le Venezuela traverse une forte crise qui s’est encore aggravée depuis 2016, une crise économique pour l’essentiel. Cette crise englobe plusieurs éléments : d’une part, les effets dus aux sanctions et blocus émanant des pays centraux, que nous appelons la Guerre Economique proprement dite, et d’autre part, les facteurs liés à l’épuisement du modèle économique vénézuélien lui-même. 

Dans ce contexte, le secteur culturel a été touché de plein fouet, c’est pourquoi une analyse sur la situation du pays et les mesures palliatives à envisager en ce moment pour ce secteur doit être faite à la lumière d’une réalité antérieure de forte résistance, dans des conditions qui, avant le Covid déjà, pouvaient être qualifiées de conditions de guerre. 

Voici quelques idées et réflexions susceptibles de décrire notre réalité culturelle dans une Caraïbe en état de résistance.

  • Le Venezuela a été l’un des pays de la région qui a mis en place des mesures vraiment efficaces contre le Covid-19, comme le montrent les indicateurs – confirmés par l’OMS – qui présentent l’une des courbes de cas les plus plates de la région; ces mesures ayant eu pour effet, non seulement de réduire fortement la contagion, mais aussi de maintenir un taux très bas de mortalité, alors que le taux de dépistages (gratuits) est le plus élevé du continent.
  • Les mesures préventives prises par l’Etat ont accompagné l’évolution des politiques visant à enrayer en amont cette nouvelle crise. Dans un pays assiégé comme le nôtre, ces politiques se sont focalisées sur la base de la Pyramide de Waslow, basée sur deux axes essentiels : 
  •  L’accès à des aliments subventionnés au travers des Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), 
  •  et l’attribution d’allocations à divers secteurs sociaux par l’intermédiaire du système “Carnet de la Patria”. 

Ce système est un mécanisme que nous pourrions réexaminer dans le cadre de la reprise d’un débat historique sur la nécessité d’un revenu universel, après la pandémie. 

Ces politiques ont été conçues pour la protection de la population en général, et plus particulièrement pour les zones populaires et les secteurs les plus vulnérables.  Ce ne sont donc pas des mesures prises uniquement pour le secteur culturel. Pourtant, un certain nombre d’artistes et de créateurs de culture bénéficient de ces prestations ; je trouve donc important de présenter ces dispositifs, qui font partie du paysage actuel.

Photos: Cacica Honta/ Cacri Photos

Evidemment, face à une situation d’hyperinflation et de dollarisation de l’économie, face à un dollar qui augmente de jour en jour de manière exponentielle et indiscriminée, et fait bondir les prix des biens de consommation, ces bons représenteraient dans le meilleur des cas des allocations de subsistance.

Au niveau du Ministère de la Culture, organisme responsable de la politique culturelle au niveau de l’Etat, aucune politique officielle d’inclusion de ce secteur n’a été menée. Cependant, divers organismes publics ont développé des programmes afin de réinventer leurs activités suivant trois axes : la formation en ligne, la reconversion numérique de certains espaces (par exemple, les festivals) et la remise d’allocations comme encouragement à la création.

Diverses expériences ont été menées par des gouvernements locaux comme la Mairie de Caracas, non seulement dans le but d’ouvrir des champs de possibilités pour les artistes et les créateurs ou dans certains cas, de préserver des contrats antérieurs, mais aussi pour garantir une offre de consommation culturelle aux citoyens.

En voici quelques exemples :

  • L’un des évènements qu’il me paraît essentiel d’analyser en ce moment, sont les tentatives de reconfiguration analogique de l’activité culturelle entrepris par la mouvance indépendante, et parfois par la Mairie. Je me réfère à diverses activités expérimentées dans la rue et sur tout le territoire, à la réalisation d’évènements sans public à proximité immédiate et dans des zones de forte densité de population comme les zones urbaines ou celles dont la situation géographique le permet. Des équipements y sont installés pour l’organisation de concerts, d’activités ou de “sérénades”, tout en respectant les mesures de distanciation sociale, ce qui permet de créer des espaces de divertissement et de consommation culturelle.

Voici quelques exemples de ces expérimentations analogiques : 

  • Les activités de Radio Verdura (système sonore Tiuna+Tiuna El Fuerte 

On peut les regarder dans l’article suivant  

Photos: Giuliano Salvatore / CACRI photos

Photo: Dikó/ Cacri Photos

Pourquoi nous paraît-il si important d’évaluer ces expériences ? 

Parce que dans un pays où l’accès à internet est précaire, ou la fourniture d’électricité est instable, penser que la seule et unique manière de réinventer le secteur culturel est d’utiliser internet pose problème. 

S’y ajoutent d’autres raisons, découlant toutes des « sanctions » – mesures coercitives unilatérales – occidentales contre le Venezuela, par exemple : 

  •  Les possibilités de rémunération des créateurs et créatrices de ces contenus deviennent de plus en plus précaires;    
  • Il existe des plateformes comme Spotify dont l’accès est bloqué au Venezuela ; dans le cas de Facebook et Instagram, des plateformes existent et fonctionnent mais modifient chaque semaine leurs interdictions et règles d’utilisation en fonction de leur promotion et rentabilisation. 

Pour mieux illustrer la situation au Venezuela, nous donnerons un exemple récent qui a agité les réseaux sociaux : le cas de DirectTV, un opérateur de chaînes de télévisions qui, suite aux sanctions états-uniennes, a cessé d’émettre sur le territoire national; dans un pays dont nous venons de vous rappeler la situation de confinement généralisé, et où la consommation culturelle est fortement réduite à la télévision, un tel évènement nous permet d’évaluer le niveau des difficultés  que rencontre ce secteur, et donne un exemple de la dimension géopolitique du conflit qui nous impacte durement. 

A mon avis, le Venezuela a sans cesse démontré, au risque de tomber dans le lieu commun, que « les crises représentent des opportunités ». Comme l’affirme un dicton populaire vénézuélien : “nous sommes un cuir sec, si on l’écrase d’un côté, il se relève de l’autre”. C’est pourquoi, sans minimiser la gravité de cette nouvelle crise liée à la pandémie, je préfère croire, étant une incorrigible optimiste, que les solutions surgiront du terrain. 

Mai et juin sont les mois les plus effervescents pour ce qui est des fêtes populaires au Venezuela, et nos créateurs nous ont démontré que la culture cherchera toujours les formes, les interstices et les moyens qui lui permettront de renaître. Car, pour nous autres créateurs, créer ne se réduit pas à un simple choix, mais est l’expression de la vie même. Ne pas créer, c’est mourir. 

Depuis le 3 mai, date de la Fête de la Croix de Mai, fête de l‘abondance et de la prospérité, la culture populaire s’est mise à expérimenter des dispositifs qui tout en respectant les règles de distanciation sociale, permettent de perpétuer la tradition vivante. C’est pourquoi, voyant de nouvelles activités émerger quotidiennement, je m’approprie les mots d’un grand Vénézuélien Aquiles Nazoa et de son Credo en affirmant que je crois aux pouvoirs créateurs du peuple. Je suis certaine que malgré les moments difficiles que nous traversons, nous trouverons ensemble les meilleures technologies, collaborations et redistributions collectives et en réseau qui nous permettront de rebondir face aux défis de cette nouvelle ère où la culture doit jouer un rôle vital et devrons saisir cette deuxième opportunité qui nous est offerte, pour faire mieux encore.

María Claudia Rossell

Source : https://medium.com/especial-observa-culturas/venezuela-caracas-la-cultura-desde-un-caribe-en-resistencia-3d1e920b4e9a

Traduction : Frédérique Buhl

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Venezuela: La réponse au Covid-19 pourrait vous surprendre…

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Photo du haut : médecins vénézuéliens effectuant des visites à domicile dans les quartiers populaires de Caracas. Photo du bas: visite de dépistage et formation de la population de la Commune Socialiste de Lidice. Photos de @OrlenysOV et Giuliano Salvatore

Par Leonardo Flores  /  Global Research

Quelques heures après son lancement, plus de 800 Vénézuéliens aux États-Unis se sont inscrits pour un vol d’urgence de Miami à Caracas par le biais d’un site web géré par le gouvernement vénézuélien. Ce vol, offert gratuitement, a été proposé par le président Nicolás Maduro lorsqu’il a appris que 200 Vénézuéliens étaient bloqués aux États-Unis suite à la décision de son gouvernement d’arrêter les vols commerciaux à titre de mesure préventive contre les coronavirus. La promesse d’un vol s’est étendue à deux vols ou plus, car il est apparu clairement que de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis voulaient retourner au Venezuela, mais la situation n’est toujours pas résolue en raison de l’interdiction américaine sur les vols à destination et en provenance du pays.

Ceux qui se fient uniquement aux médias grand public pourraient se demander qui, dans leur bon sens, voudrait quitter les États-Unis pour le Venezuela. Le Time, le Washington PostThe Hill et le Miami Herald, entre autres, ont publié des opinions au cours de la semaine dernière décrivant le Venezuela comme un cauchemar chaotique. Ces médias ont brossé le tableau d’un désastre dû au coronavirus, de l’incompétence du gouvernement et d’une nation au bord de l’effondrement. La réalité de la réponse du Venezuela aux coronavirus n’est pas du tout couverte par les médias mainstream.

De plus, ce que chacun de ces articles résume, c’est le dommage causé par les sanctions de l’administration Trump, qui a dévasté l’économie et le système de santé bien avant la pandémie de coronavirus. Ces sanctions ont appauvri des millions de Vénézuéliens et ont eu un impact négatif sur des infrastructures vitales, comme la production d’électricité. Le Venezuela est empêché d’importer des pièces de rechange pour ses centrales électriques et les pannes qui en résultent interrompent les services d’eau qui dépendent des pompes électriques. Ces problèmes, ainsi que des dizaines d’autres implications de la guerre hybride contre le Venezuela, ont provoqué une baisse générale des indicateurs de santé, entraînant 100 000 décès à la suite des sanctions.

En ce qui concerne les coronavirus en particulier, les sanctions augmentent le coût des kits de dépistage et des fournitures médicales, et interdisent au gouvernement vénézuélien d’acheter du matériel médical aux États-Unis (et dans de nombreux pays européens). Ces obstacles semblent placer le Venezuela sur la voie du pire des scénarios, comme l’Iran (également frappé par les sanctions) ou l’Italie (frappée par l’austérité et le néolibéralisme). Contrairement à ces deux pays, le Venezuela a pris très tôt des mesures décisives pour faire face à la pandémie.

Grâce à ces mesures et à d’autres facteurs, le Venezuela se trouve actuellement dans son meilleur scénario. Au moment où nous écrivons ces lignes, 11 jours après le premier cas confirmé de coronavirus, le pays compte 86 personnes infectées, avec 0 décès. Ses voisins n’ont pas fait aussi bien : Le Brésil compte 1 924 cas avec 34 décès ; l’Équateur 981 et 18 ; le Chili 746 et 2 ; le Pérou 395 et 5 ; le Mexique 367 et 4 ; la Colombie 306 et 3 (à l’exception du Mexique, ces gouvernements ont tous participé et contribué activement aux efforts de changement de régime menés par les États-Unis au Venezuela). Pourquoi le Venezuela fait-il beaucoup mieux que les autres pays de la région ? (1)

Les sceptiques prétendront que le gouvernement Maduro cache des chiffres et des décès, qu’il n’y a pas assez de tests, pas assez de médicaments, pas assez de talents pour faire face de manière adéquate à une pandémie. Mais voici les faits :

Premièrement, la solidarité internationale a joué un rôle inestimable pour permettre au gouvernement de relever le défi. La Chine a envoyé des kits de diagnostic de coronavirus qui permettront de tester 320 000 Vénézuéliens, en plus d’une équipe d’experts et de tonnes de fournitures. Cuba a envoyé 130 médecins et 10 000 doses d’interféron alfa-2b, un médicament qui a fait ses preuves en aidant les patients atteints de COVID-19 à se rétablir. La Russieenvoyé le premier de plusieurs envois de matériel et de kits médicaux. Ces trois pays, que la politique étrangère américaine qualifie régulièrement de malfaisants, offrent leur solidarité et leur soutien matériel. Les États-Unis offrent davantage de sanctions et le FMI, dont on sait qu’il est sous contrôle américain, a rejeté une demande vénézuélienne de 5 milliards de dollars de financement d’urgence que même l’Union européenne soutient.

Deuxièmement, le gouvernement a rapidement mis en œuvre un plan pour contenir la propagation de la maladie. Le 12 mars, un jour avant les premiers cas confirmés, le président Maduro a décrété l’urgence sanitaire, a interdit aux foules de se rassembler et a annulé les vols en provenance d’Europe et de Colombie. Le 13 mars, premier jour, deux Vénézuéliens ont été testés positifs ; le gouvernement a annulé les cours, a commencé à exiger le port de masques dans le métro et à la frontière, a fermé les théâtres, les bars et les boîtes de nuit, et a limité les restaurants à emporter ou à livrer. Il convient de répéter que c’était le premier jour où un cas a été confirmé ; de nombreux États américains n’ont pas encore pris ces mesures. Au quatrième jour, une quarantaine nationale a été mise en place (équivalent à des ordonnances de confinement) et un portail en ligne appelé « Plan pour la Patrie » a été réorienté pour enquêter sur les cas potentiels de COVID-19. Au huitième jour, 42 personnes étaient infectées et environ 90 % de la population se conformait à la quarantaine. Au onzième jour, plus de 12,2 millions de personnes avaient répondu à l’enquête, plus de 20 000 personnes ayant déclaré être malades ont reçu la visite de professionnels de la santé à leur domicile et 145 personnes ont été orientées vers un test de dépistage du coronavirus. Le gouvernement estime que sans ces mesures, le Venezuela compterait 3 000 personnes infectées et un nombre élevé de décès.

Troisièmement, le peuple vénézuélien était en mesure de faire face à une crise. Au cours des 7 dernières années, le Venezuela a vécu la mort d’un leader très populaire, de violentes manifestations de droite, une guerre économique caractérisée par des pénuries et une hyperinflation, des sanctions qui ont détruit l’économie, un coup d’État en cours, des tentatives d’insurrections militaires, des attaques contre les services publics, des coupures de courant, des migrations massives et des menaces d’action militaire américaine. Le coronavirus est un défi d’un autre genre, mais les crises précédentes ont instillé une résilience chez le peuple vénézuélien et renforcé la solidarité au sein des communautés. Il n’y a pas de panique dans les rues ; au contraire, les gens sont calmes et suivent les protocoles de santé.

Quatrièmement, l’organisation de masse et la priorité donnée aux personnes avant tout. Les communes et les communautés organisées ont pris les devants, en produisant des masques, en maintenant le système d’approvisionnement alimentaire CLAP en marche (ce paquet alimentaire mensuel atteint 7 millions de familles), en facilitant les visites de médecins dans chaque maison et en encourageant l’utilisation des masques en public. Plus de 12 000 étudiants en médecine en dernière ou avant-dernière année d’études ont demandé à être formés aux visites à domicile. Pour sa part, l’administration Maduro a suspendu le paiement des loyers, a instauré un gel des licenciements à l’échelle nationale, a accordé des primes aux travailleurs, a interdit aux télécoms de couper le téléphone ou l’internet des gens, a conclu un accord avec les chaînes hôtelières pour fournir 4 000 lits au cas où la crise s’aggraverait, et s’est engagée à payer les salaires des employés des petites et moyennes entreprises. En pleine crise de santé publique – aggravée par une crise économique et des sanctions – la réponse du Venezuela a été de garantir la nourriture, de fournir des soins de santé gratuits et des tests de dépistage à grande échelle, et d’alléger encore la pression économique sur la classe ouvrière.

Le gouvernement américain n’a pas répondu à la demande de l’administration Maduro de faire une exception pour Conviasa Airlines, la compagnie aérienne nationale sous sanctions, afin de ramener à Caracas les Vénézuéliens bloqués aux États-Unis. Étant donné tout ce qui se passe aux États-Unis, où le traitement par COVID-19 peut coûter près de 35 000 dollars et où le gouvernement pèse la possibilité de donner la priorité à l’économie sur la vie des gens, peut-être que ces Vénézuéliens qui attendent de rentrer chez eux comprennent que leurs chances de survivre au coronavirus – tant physiquement qu’économiquement – sont bien meilleures dans un pays qui privilégie la santé aux profits.

(1) au 29 mars, les chiffres de contagion dans la plupart des pays mentionnés par Leonardo Flores ont fortement cru, alors que le Venezuela réussit toujours à « aplatir la courbe » de la progression. On y compte en effet 10 nouveaux cas de Covid-19, ce qui porte à 129 le nombre de patient(e)s atteint(e)s du virus. 87 patient(e)s restent sous surveillance médicale. 3 personnes sont malheureusement décédées mais 39 se sont rétabli(e)s. Près de 20.000 professionnel(le)s de la santé sont déployé(e)s dans tout le pays pour suivre les cas qui ont répondu à l’enquête en ligne du gouvernement. (Note de Venezuelainfos)
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Les étudiants en médecine communautaire intégrale, de la promotion « Helenira Resende », de l’Ecole de Médecine Latino-Américaine (Elam), au Venezuela, ont effectué une autre cycle de visites de dépistage du Covid-19 dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, auprès de la population d’une des zones les plus nécessiteuses de Caracas.
La promotion formée par les jeunes issus des unités productives rurales du Mouvement des Sans Terre ont recueilli les données sur le Covid-19 et répondu aux habitant(e)s qui restent confiné(e)s chez eux en cette période de quarantaine nationale.

Traduction: Bernard Tornare

Source en anglais

Leonardo Flores est un expert politique latino-américain et militant de CODEPINK.

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d’en mentionner  le traducteur, l’auteur et le blog Hugo Chavez.

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Nicolas Maduro décrète une série de mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a décrété dimanche plusieurs mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s face à la situation générée par le Covid-19. Ces mesures viennent accompagner les mesures de santé publique (confinement général à domicile, port généralisé de masques, interruption ou réduction des activités économiques au minimum vital des transports et des services publics et commerces, etc..) qui ont déjà permis d’endiguer la progression de l’épidémie (1)

Ces mesures sont :

1. Prolongement de l’interdiction totale de licenciement jusqu’à la fin de 2020.
2. Les banques doivent suspendre pour six mois le recouvrement du capital et des intérêts sur tous les prêts, dettes, crédits.
3. Suppression immédiate du paiement des loyers des logements principaux et des commerces pendant 6 mois.
4. Interdiction de toute expulsion de logement, de toute coupure d’électricité, d’eau, de téléphone et d’internet.
5. Plan spécial par lequel le gouvernement assumera le paiement des salaires aux petites et moyennes industries par le biais du système Patria pendant 6 mois.
6. Restructuration des conditions d’accès au crédit, en faveur des petits et moyens producteurs.
7. Plan d’investissement prioritaire pour l’agroalimentaire en vue de garantir la production de 7 millions de caisses de nourriture à très bas prix pour leur distribution par les Comités Locaux d’Approvisionnement au même nombre de familles.
8. Des primes spéciales pour tous les travailleur(se)s de l’économie informelle et des entreprises privées par le biais du système Patria
9. Allocation pour l’ensemble de la population via le Carnet Patria.

Note (1):

Depuis que le Covid-19 est arrivé dans le pays (via les liaisons aériennes avec l’Europe en majorité, ainsi que via la Colombie), on compte 77 cas confirmés et aucun décès à ce jour, selon les statistiques officielles. Le gouvernement a très tôt déclaré l’état d’alarme, imposant une quarantaine générale d’un mois dans tout le pays. Il commence à administrer de la chloroquine non seulement aux patients infectés mais aussi à ses contacts proches – une quinzaine – et au personnel soignant qui s’occupe de ces personnes. Aucun patient infecté, pas même ceux ou celles qui sont dans des cliniques privées, ne paie un centime pour le traitement. Sont disponibles 23.762 lits  (11 mille dans le réseau public, 4003 dans les Centres de Diagnostic Intégral installés dans les quartiers populaires, 4759 dans le réseau privé et 4000 supplémentaires dans les hôtels réquisitionnés).

Nicolas Maduro a appelé de nouveau les États-Unis à lever toutes leurs sanctions et leur blocus bancaire, afin de pouvoir acheter l’ensemble du matériel médical dont a besoin le pays. La coopération médicale de la Russie, la Chine et Cuba, avec la production d’Interféron, l’envoi de kits de dépistage ainsi que la présence sur le terrain de 130 médecins cubains, permettent de pallier en partie les effets de la guerre économique de l’administration Trump. Le Venezuela vient de déposer plainte pour ces “crimes contre l’humanité” responsables de nombreuses morts et de vagues d’émigration, et visant à générer un chaos social comme technique de renversement d’un gouvernement élu.

Thierry Deronne, Caracas, 23 mars 2020

Sources: agences et https://albaciudad.org/2020/03/jefe-de-estado-nicolas-maduro-anuncio-medidas-economicas-para-proteger-a-los-venezolanos-durante-la-contingencia-del-coronavirus/

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(Photos:) l’avantage de la démocratie communale dans l’endiguement d’une pandémie

« Le Venezuela à l’agonie » nous dit France Inter. Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait que les tigres de papier soient obligés depuis vingt ans de s’accrocher aux dix principes de la propagande de guerre pour nous convaincre que le Venezuela est une dictature doublée d’une faillite du socialisme, où tout effet aura fait fuir les causes.

A part les quelques fake news ponctuelles de Marie Delcas du « Monde » (comme les « 18000 morts du régime », resucée du « charnier de TImisoara« , ou des « charniers sandinistes » de De la Grange dans le même journal), démontées en leur temps par Maurice Lemoine, la méthode aura été aussi bête que peut l’être toute propagande. Les journalistes français basés dans les quartiers chics de l’Est de Caracas, ou.. à Bogota, ont tout simplement occulté la majorité de la population, les 80 % de secteurs populaires, la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif les insurrections périodiques de l’extrême droite et en « répression » les affrontements générés. Ils n’occultent pas le peuple par pure morgue idéologique ou par mépris de classe, comme ils le font en France face à la colère sociale. Il leur faut aussi cacher la mise en place par une révolution de gauche d’une participation citoyenne comme ressort démocratique renforçant la forme représentative. Car on pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américains, Rodriguez Zapatero, Lula, ou Rafael Correa, avec tant d’observateurs internationaux et de médiateurs entre gouvernement et opposition démocratique, ont insisté sur la transparence, sur la légitimité, et sur le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est en fin de compte l’avènement d’une démocratie participative depuis vingt ans qui aura permis d’endiguer assez vite, pour l’heure en tout cas, l’épidémie.

Nous venons d’étrenner « Temps de Lutte », chronique documentaire réalisée pendant plus d’un an aux côtés des citoyen(ne)s construisant une de ces communes invisibles dans les médias. Ces photos prises dans les dernières heures en sont la suite. Les personnages du film ont pris en main la prévention, le dépistage, la remise d’aliments à la population qui a rapidement accepté, avec un grand niveau de conscience, les instructions gouvernementales sur le confinement et la prévention. Au 19 mars, on compte dans tout le pays 42 cas détectés (34 de personnes voyageant d’Europe et 8 venues de Colombie) et suivis médicalement. Aucun décès. Le réseau de remise d’aliments gratuits créé face au blocus des USA sert à recenser les symptômes et, notamment, à préparer 320.000 examens grâce aux 4015 kits arrivés de Chine, avec laquelle un pont aérien vient d’être installé, et bientôt de Russie. Cuba aussi est présent, agit sur le terrain avec 130 nouveaux médecins qui renforceront le système de santé dans les quartiers populaires, ainsi qu’avec ses experts, dont le créateur du puissant Interféron, qui sera produit sur place.

Alors que la destruction du secteur public vendue depuis des décennies par les mêmes médias au nom de l' »efficacité du privé », génère aujourd’hui chaos, détresse, hécatombes en Europe ou aux Etats-Unis, le Venezuela récolte un travail sui generis de construction d’une double alliance : Etat-organisation populaire, et union civico-militaire. Les deux convergent en cet instant, dans un contexte de guerre économique et de blocus occidentaux. Car bien sûr les Etats-Unis redoublent leurs sanctions, empêchant des avions et des bateaux d’apporter de la nourriture ou des médicaments, tentant d’attiser le feu de l’épidémie. Face à quoi des soldats des forces armées bolivariennes aident avec les citoyen(ne)s à fermer des commerces privés, à arrêter des accapareurs qui cachent ou spéculent sur le matériel médical, à organiser la remise de tonnes de nourriture gratuite aux quartiers populaires via les Comités Locaux d’Approvisionnement, quand ce n’est pas à désinfecter les sols des marchés populaires ou fabriquer des masques et des gants dans le centre militaire de production textile.

Au blocus bancaire occidental, aux sanctions états-uniennes, à l’impossibilité d’acheter des médicaments essentiels, répond un travail invisible, essentiellement féminin, de recensement des besoins des familles, repris ensuite par le « Carnet de la Patria » pour faire arriver à des millions de bénéficiaires une alimentation mensuelle quasi gratuite mais aussi des allocations. C’est ce système du www.patria.org.ve qui a permis à chacun de remplir un questionnaire en ligne sur ses symptômes. Au 21 mars plus de de 10 millions de personnes ont participé à l’enquête en ligne du gouvernement. Grâce à cette carte 16336 personnes ont été visitées chez elles.

Tout cela explique – avec le confinement organisé par le gouvernement, la réduction des déplacements au strictement vital pour le métro, les routes, le maillage des centres de santé populaire renforcés récemment dans leur capacité d’accueil, et la capacité politique de Nicolas Maduro (toujours méprisé et sous-estimé en tant qu’ex-ouvrier)-, pourquoi le Venezuela bolivarien freine fortement la progression du virus, alors que des gouvernements voisins, d’extrême droite, laissent filer l’épidémie, comme le rappellent les concerts de casserole à Brasilia ou à Bogota.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 mars 2020

Photos: Giuliano Salvatore, Jesus Garcia, Commune socialiste d’Altos de Lídice.

Mise à jour 21 mars: depuis le début de l’épidémie dans le monde on compte 70 cas, pas de décès, deux états critiques, 15 guérisons. Tous sont suivis et soignés à l’hôpital.

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« Temps de lutte », le nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

On sait pourquoi le gouvernement mondial des médias a creusé un abîme entre la réalité du Venezuela et son image. Encore faut-il pouvoir ressourcer notre conscience au réel. “Temps de lutte” nous fait entrer au coeur d’une démocratie participative que la plupart des journalistes ont substituée par “la-dictature-de-Maduro”.

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les réalisateurs de ce documentaire dense et imposant de 90 minutes, Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son), se sont immergés pendant un an dans un “barrio”. Un de ces quartiers populaires où vit la majorité des vénézuélien(ne)s, invisibilisés par les grands médias depuis vingt ans en tant que base sociale de la révolution. Ils y ont suivi sept conseils communaux qui, face à la guerre économique impériale, prennent en main la santé, le transport, l’approvisionnement, et surmontent mille et une difficultés pour s’organiser en commune. Au départ, les auteurs voulaient étudier le lien possible entre luttes paysannes et approvisionnement de Caracas. Ils ont fini par se marier pour une année avec cette organisation populaire dans ses doutes, ses rires, ses conflits, ses chutes et ses nouveaux départs. Le personnage principal du film, ce sont comme souvent au Venezuela, les femmes.

Temps de lutte” est le contraire d’une vitrine. Il refuse la colonisation des images par la voix off. Le montage associe le local et le global, le passé et le futur, l’individu et le groupe, laissant le spectateur libre de sa lecture. Croire dans le documentaire, c’est aussi croire dans le droit des sujets d’une Histoire de transmettre une expérience qui peut nous aider dans nos propres processus de transformation.

Durée: 90 minutes. HD. Sous-titres français. Coproduction: Commune Socialiste « Altos de Lidice »/EPLACITE. Venezuela janvier 2020.

Ci-dessous: première du film au Théâtre Principal de Caracas, le 12 décembre 2019, en présence des communard(e)s. Photos: Yrleana Gomez.

Ci-dessous: photogrammes tirés du documentaire « Temps de lutte« .

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Comment les Vénézuéliens vivent-ils en temps de blocus économique et de crise ?

L’auteure: Fania Rodrigues, journaliste brésilienne en poste à Caracas

La crise économique, causée en grande partie par le blocus occidental dont souffre le pays, pousse la population à utiliser sa créativité au quotidien ; l’organisation populaire est le moyen que beaucoup ont trouvé pour résoudre collectivement les problèmes.

Il n’est que 6 heures du matin et toute une vie agite déjà les impasses, rues et les escaliers du grand quartier populaire de Altos de Lídice au centre de Caracas. Dans ce quartier, peuplé de maisons simples, chaque porte s’ouvre sur un travailleur qui rejoint la longue file ouvrière qui descend chaque jour la colline pour fournir la main-d’œuvre à la ville.

Là, au pied de l’imposante Avila, la chaîne de montagnes qui coupe Caracas d’un bout à l’autre, vit Wilmer Villarroel, cuisinier de 38 ans, qui se bat pour vivre en temps de crise. « Ici, nous ne pouvons pas travailler à une seule chose, nous devons avoir plusieurs emplois pour garantir la nourriture de la famille« , dit-il. Le salaire minimum légal est dépassé par l’inflation élevée, la crise financière, la baisse de la production pétrolière et du prix du pétrole, ainsi que par le blocus occidental et l’instabilité politique. Au Venezuela, le salaire est payé chaque quinzaine et s’élève environ à 150 000 bolívares (5 USD). C’est pour compenser sa faible valeur qu’il est combiné à des avantages sociaux.

Je me réveille à 5 heures du matin pour faire des arepas (galettes typiquement vénézuéliennes à base de maïs) et je descends la colline à 6h45 du matin pour les vendre. Il y a un arrêt de bus à proximité et je les vends aux chauffeurs. À 7 h, j’ai déjà tout vendu, je reviens et je me joins au travail communautaire, à la brigade d’entretien, nous balayons les rues jusqu’à 12 h” raconte Wilmer.

Le travail est rémunéré par l’intermédiaire de la Commune Altos de Lídice, une forme d’organisation populaire. Pour ce travail, ils perçoivent l’équivalent de six salaires minimums. Cela ne suffit pas. Wilmer doit complémenter avec un troisième et un quatrième revenu. “Je fais de la soupe que je vends le dimanche. Nous avons aussi des terres qui ont été abandonnées, où les gens jetaient des ordures. Avec un oncle et un voisin, nous avons nettoyé et commencé à planter. Nous avons maintenant de la citrouille, du poivre, du poivre, du manioc, du maïs, de la banane, de la tomate, de l’igname, de l’avocat et de la tomate” dit-il.

Comme Wilmer, des milliers de vénézuélien(ne)s considèrent la mise en culture de terres comme un moyen de résoudre le problème de la pénurie. Depuis octobre 2018, les supermarchés améliorent progressivement le niveau de l’offre. Aujourd’hui, il ne manque presque aucun produit dans les rayons, mais le problème est le prix, car le salaire dévalué par l’inflation et la valeur des produits marqués en dollars créent un abîme économique entre la classe qui a accès au dollar et le salarié, qui reçoit en bolivars, la monnaie locale.

Wilmer Villarroel: cultiver soi-même ses aliments pour résister aux pénuries. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Aujourd’hui, cela vaut la peine de planter, car un kilo de bananes dans la rue coûte très cher. Une banane plantain peut coûter 8 000 bolívares. Trois bananes plantains coûtent une demi-semaine. Nous économisons ainsi un argent dont parfois nous ne disposons même pas. Nous aidons également les habitant(e)s du quartier qui n’ont pas les ressources nécessaires pour acheter. Cet aspect est important” souligne Villarroel.

Le Venezuela subit un scénario d’hyperinflation causé par des facteurs internes et externes. La crise économique, qui a débuté en 2013, a été causée par le déficit budgétaire et la baisse de la production pétrolière. En 2012, la production de pétrole était de 2,2 millions de barils par jour et a diminué au cours des dernières années avec un peu moins d’un million de barils en 2019. De plus, le prix du baril a été réduit de plus de 50 %. L’impact a été immédiat, puisque 90% du budget de l’Etat dépend des recettes pétrolières.

En outre, la crise a été accélérée par des facteurs externes, tels que le blocus économique et financier imposé par les États-Unis depuis 2014. Selon le gouvernement vénézuélien, les ressources bloquées dans des banques à l’étranger dépassent 24 milliards de dollars, qui pourraient être utilisés pour acheter des produits de première nécessité, tels que de la nourriture et des médicaments.

A cela s’ajoute ce que l’on appelle l’inflation induite, terme utilisé au Venezuela pour désigner la spéculation opérée par des sites web gérés hors du pays et qui marquent la valeur du dollar parallèle et illégal, servant de référence au commerce et aux médias privés (tous deux majoritaires au Venezuela), et sont aussi les soutiens de la droite.

Économie collective

La vie en communauté est aussi un moyen de surmonter les problèmes économiques. “Le besoin économique nous a forcés à être plus unis et à reprendre l’organisation collective qui avait été laissée de côté après la mort du commandant Hugo Chávez. Organiser de nouveau la commune est le seul moyen de s’assurer que toutes les familles du quartier aient au moins de la nourriture”, explique l’artisane Rosiris Zapatero, une leader communautaire du quartier de La Pastora. Les habitants eux-mêmes ont essayé de faire un recensement du quartier afin de pouvoir suivre les familles qui ont des enfants souffrant de malnutrition infantile. Grâce à quoi ceux-ci bénéficient d’une assistance spéciale, de soins médicaux et du droit de prendre leurs repas à la cantine communautaire, qui fournit aujourd’hui de la nourriture à plus de 200 personnes.

En plus du travail communautaire, Rosiris se dédouble pour gagner sa vie, en tant que décoratrice de fêtes, ce qui est considéré comme un véritable luxe à l’heure où la plupart des gens travaillent pour se procurer la nourriture. Dans n’importe quel pays, dans ces conditions, elle se retrouverait sans travail, mais pas au Venezuela, où les célébrations sont presque sacrées, surtout quand il s’agit des anniversaires des enfants.

Les prix que je facture sont modestes. Les gens d’ici ne sont pas en condition d’acheter beaucoup de choses, alors ils inventent et utilisent leur créativité pour s’amuser. Nous continuons à célébrer, de façon plus simple, mais nous n’arrêtons pas de faire la fête”, dit Rosiris. “Le Vénézuélien est une personne très heureuse. Ils n’ont pas pu nous ôter cette identité. Nous n’avons pas perdu cet esprit joyeux. Les gens luttent contre ce sentiment de tristesse qui laisse une crise de cette ampleur. Nous résistons et luttons de toutes les façons. Nous n’allons pas devenir des personnes tristes parce qu’il y a un problème économique.

Pour Rosiris, “en temps de guerre, maintenir la joie est une forme de résistance”. “Nous n’attendons pas de miracle pour pouvoir célébrer la vie. Nous avons décidé de rendre réels les moments de joie. Pour une mère, il est important que son enfant ait un gâteau d’anniversaire et oui, c’est possible. Ce don de la joie, on ne pourra jamais nous l’enlever. Et j’aide les gens à profiter de ces moments et j’en vis” explique Rosiris.

Roisris: « Nous n’allons pas laisser le problème économique faire de nous des personnes tristes ». Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Outre les fêtes de famille, dans les quartiers les plus humbles, les distractions sont les jeux de hasard – tiercé, loteries et bingos -, les projections itinérantes de films, les jeux sportifs tels que le championnat intercommunal de basket-ball, les spectacles de danse et de théâtre dans les espaces communautaires, les fêtes et les réunions familiales. Quant aux voyages à la plage, les visites au centre commercial et les repas à l’extérieur de la maison, ils ont été réduits ou ont tout simplement cessé d’exister pour les secteurs populaires.

Même la façon de sortir a changé, raconte l’avocat Raúl Escalona, 28 ans, qui travaille pour un organisme public et gagne un peu plus qu’un salaire minimum. Le plus dur c’est la conquête amoureuse, selon Raul, parce que les temps de crise exigent plus de créativité.

Quand je rencontre quelqu’un que j’aime vraiment et avec qui je veux sortir, je l’invite, mais aux restaurants et aux boîtes de nuit on préfère un dîner à la maison, où je cuisine pour elle. C’est aussi un problème, parce que parfois la fille ne veut pas venir à la maison dès le début. Mais nous sommes tous clairs sur la situation actuelle” confie cet avocat venu de la classe moyenne, et qui ressent également les difficultés économiques du pays.

Une fois que l’amour est noué, on cherche ensemble des solutions quotidiennes pour maintenir la flamme. “Ce que nous faisons, en plus de tout diviser, c’est de recourir aux choses les plus simples. Parfois, nous mangeons un hot-dog dans la rue ou achetons cinq bières en réunissant nos ressources. Parfois, je dépense tout ce que j’ai pour sortir et elle aussi, et le week-end suivant, nous restons à la maison. Et c’est comme ça qu’on tient” dit Raúl.

Est-il possible de manger plus sainement dans un pays en crise ?

Dans un pays où la priorité pour beaucoup est tout simplement de manger, la variété nutritive passe au second plan. La question centrale est que le Venezuela importe plus de 50 pour cent de tous les aliments qu’il consomme et qu’avec le blocus économique, certains produits sont devenus plus chers et plus rares, notamment les protéines animales.

Le gouvernement vénézuélien fournit un panier de nourriture subventionné, qui atteint actuellement 25 % de la population la plus pauvre, selon les chiffres officiels du Ministère de l’alimentation. Cependant, il est composé d’aliments riches en glucides et pauvres en protéines animales, en fibres et autres nutriments.

Pour se nourrir plus sainement, le professeur de droit Sílio Sanchez, 42 ans, a décidé de sortir de son milieu intellectuel d’enseignant à l’Université Centrale du Venezuela, la première université du pays, pour aller vivre à la campagne, où il peut développer sa propre production alimentaire.

Ici, nous avons des chèvres, des lapins, des poules de pays et des cochons d’Inde. Ces animaux nous donnent d’autres protéines comme les œufs, le lait et les produits laitiers, en plus de la viande. Pour la viande, ce que nous avons le plus, ce sont les lapins, parce que c’est la production la plus rapide et la plus saine” raconte le professeur. Les chèvres sont davantage utilisées pour la production de fromage, de crème, de confiserie à base de lait, entre autres produits.

Silio explique aussi pourquoi il a choisi ces types d’animaux. « Ils sont plus résistants, ils peuvent survivre sans médicaments dans un contexte de crise et de blocus international, et se nourrissent d’une plus grande variété de végétation et de nourriture. Cela me permet d’économiser toute sorte de choses dont je ne pourrais disposer« .

C’est sur un terrain de 300 mètres, considéré comme petit pour la production rurale, dans une modeste maison en bois, qu’il vit avec sa femme et ses deux enfants. Il partage également le travail et la production avec un ami et un voisin. Ce qu’ils ne consomment pas, ils le vendent, ce qui rapporte environ sept salaires pour chacun des chefs de ménage. “Ce que nous produisons ici ne pourrait pas être achetés avec nos salaires, en tout cas pas dans la quantité que nous consommons. Nous nous offrons un luxe énorme, qu’on peut comparer aux pratiques de consommation de la classe moyenne. En outre, ce sont des produits sains, comme le fromage et le lait de chèvre, des œufs de ferme, le chocolat nutritif qu’ils fabriquent ici avec le cacao, le pollen, le sucre de mélasse et la citrouille”.

Silio est l’exemple du vénézuélien qui “transforme le citron en limonade”. Il a créé un nouveau style de vie et une nouvelle économie domestique qui à leur tout inspirent maintenant d’autres personnes. Des voisins et des amis se sont joints à lui, produisent maintenant collectivement et le partagent en parts égales. Il rêve déjà d’augmenter sa production et de continuer à s’associer avec ses voisins. “Nous avons toujours une carence, qui est celle des légumes, parce que nous n’avons pas d’espace où planter. Nous travaillons à résoudre ce problème, le voisin va nous prêter un terrain près d’ici”.

Les difficultés sont immenses et vont du manque de crédit aux outils de base, difficiles à obtenir dans un pays bloqué. Mais c’est ainsi que chaque vénézuélien(ne) résout les problèmes quotidiens. Le blocus économique et la crise ont touché toutes les classes sociales, mais les plus pauvres sont les plus touchés, c’est pourquoi l’organisation populaire a resurgi comme moyen de résoudre collectivement les problèmes.

Le professeur de Droit Silio Sanchez a laissé son milieu intellectuel d’universitaires pour produire ses propres aliments. Photo: Fania Rodrigues/Opera Mundi

Fania Rodrigues

Source : https://operamundi.uol.com.br/sociedade/61905/como-vivem-os-venezuelanos-em-tempos-de-bloqueio-economico-e-crise

Traduit du portugais par Thierry Deronne

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Le féminisme socialiste et l’Etat communal au Venezuela

Du 18 au 20 octobre 2019 se déroule au Venezuela, en présence d’invités internationaux,  le premier Congrès des Communes, Mouvements Sociaux et du Pouvoir Populaire (photo). L’occasion de revenir avec Blanca Eekhout sur une des caractéristiques sui generis du processus bolivarien: le rôle constant, majoritaire, des femmes dans la construction de la démocratie participative.

Actuellement, Blanca est la ministre du Pouvoir populaire pour les Communes et des mouvements sociaux du Venezuela. Elle s’est lancée dans le militantisme révolutionnaire bien avant l’élection du président Hugo Chávez en 1998. Initiatrice de plusieurs médias participatifs (Catia Tve, Vive TV), plusieurs fois ministre, élue députée, membre de la direction du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), elle a également occupé le poste de ministre du Pouvoir populaire pour les femmes et l’égalité des genres, ce qui fait d’elle une interlocutrice privilégiée pour nous expliquer le rôle des femmes dans les construction des communes (au Venezuela, organisations populaires visant l’autogestion) et, au-delà, comment le projet de l’État communal est lié au socialisme féministe.

Blanca Eekhout, Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux du Venezuela

María Fernanda Barreto – La première chose que je voudrais vous demander est si l’État communal proposé par le commandant Chávez est toujours valable dans les plans et dans la volonté politique du gouvernement?

Blanca Eekhout – Non seulement il reste en vigueur, mais il est essentiel pour construire une patrie aujourd’hui, pour construire un nouvel État. Ce nouvel État, tel qu’il est énoncé dans notre Constitution, doit être l’État communal. Sans lui il n’est pas possible de garantir l’égalité, des droits sociaux effectifs qui ne soient pas le privilège d’une minorité mais ceux de tous. La justice et la protection sociale pour notre peuple, passent aussi par la Commune.

Le président Nicolás Maduro l’a rappelé il y a quelques jours, lors d’une réunion que nous avons eue avec lui. Il nous a dit qu’il est conscient de porter une responsabilité historique envers le commandant Chávez, qui lui a dit lors du dernier conseil des ministres qu’il a dirigé, après la victoire du 7 octobre 2012: « Nicolás, je te confie les Communes comme si je te confiais ma propre vie. » Chávez est vivant dans la construction des Communes.

Cette autre façon de construire l’État se heurte-t-elle à la bureaucratie ?

C’est une autre vision que le commandant Chavez a réitérée et qui rappelle la réflexion de Gramsci : la contradiction entre « ce qui ne finit pas de mourir et ce qui ne finit pas de naître ». Cet ancien État qui vient de l’époque coloniale et de ses provinces, et qui est encore et toujours le lieu de la bataille. Ce vieux modèle est toujours là et dans les scénarios de guerre profite de toute lumière noire pour s’imposer.

Cela signifie-t-il que ce vieil État subsiste ?

C’est pourquoi nous luttons.

Au milieu de ces contradictions et de la lutte historique pour la construction du nouvel État, vous avez dû assumer plusieurs responsabilités au sein du gouvernement, dont celle de ministre du Pouvoir populaire pour les femmes et l’égalité entre les sexes, vous prétendez être féministe ?

Oui, je crois que le féminisme au Venezuela est socialiste et a beaucoup à voir avec la construction de l’État communal.

Quel a été le rôle des femmes dans la construction de l’Etat Communal, quel est son rôle de leader ?

Le féminin est un facteur déterminant dans l’État Communal. Mais les femmes, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, sont également décisives. En montant dans les espaces de pouvoir, plus de camarades commencent à apparaître, mais dans la base territoriale ce sont toujours les femmes qui sont à la tête et dirigent, celles qui maintiennent l’organisation, celles qui militent avec plus de force.

Il y a quelques années, j’ai fait des recherches sur la participation des femmes dans les domaines thématiques de discussion dans les Communes et j’ai pu constater qu’elles étaient majoritaires dans tous les domaines, sauf l’Économie et la Défense. Cela a-t-il changé ou l’Economie et la Défense Communale sont-elles encore majoritairement assumées par les hommes ?

Je pense que cela a changé. Dans le cas de la sécurité, la composante féminine que la milice a réalisée est très importante. La vérité est que nous avons encore la tâche de voir la question du genre dans tout le cadre organisationnel populaire, mais je crois que cela a changé, parce que les femmes sont de plus en plus impliquées dans la milice bolivarienne depuis leur territoire.

Sur le plan économique, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) – qui n’ont pas encore suffisamment progressé en termes de production – les femmes occupent 90% de la direction. Et il s’avère que les CLAPs sont maintenant l’un des moteurs fondamentaux de notre économie, de sorte que la question économique a cessé d’être éminemment masculine. La guerre économique, le fouet de la contre-révolution, a contraint les femmes à prendre en charge la garantie de la distribution alimentaire, la planification. Par exemple, les maisons d’alimentation ont maintenant des espaces productifs, où la majorité sont des femmes qui procèdent au recensement, coordonnent avec les responsables de rue et évaluent les résultats.

Nous cherchons actuellement à élaborer un système de recensement des besoins sociaux et des organisations populaires par le biais du « Carnet de la Patrie » et d’une application pour effectuer un recensement de la population de son conseil communal, ce qui nous permettra de recueillir des informations plus précises sur le genre et les questions communales.

Le 25 octobre a été proclamé Journée du socialisme féministe, pour célébrer le jour où Chavez a déclaré que les socialistes devraient être féministes et a appelé les femmes en lutte à adopter le féminisme comme stratégie. Selon lui, le socialisme féministe et l’État communal seraient imbriqués dans la réalité, est-ce bien cela ou est-ce que cette relation est encore en construction ?

Au Venezuela, il ne peut y avoir de véritable socialisme sans la construction de l’État communal, qui est la véritable construction du pouvoir populaire de commander en obéissant au peuple ; et pour nous, le communal a certainement à voir avec la construction du socialisme féministe.

Les femmes ont été les premières à adopter radicalement les propositions d’Hugo Chávez pour le Venezuela. Dans ce cas, ce que je vous ai dit au début, je ne parle pas seulement des femmes, mais en général du « féminin », à cause des caractéristiques de notre Révolution. Face au coup d’État du 11 avril 2002, par exemple, les gens se sont mobilisés d’abord par amour, et je ne dis pas qu’il n’y avait pas une grande conscience politique, mais le motif fondamental du sursaut était l’amour, associé au pôle féminin, qui est présent tant chez les hommes que les femmes. N’oublions pas que dans notre processus d’indépendance, les femmes ont joué un rôle déterminant et Bolívar en était clairement conscient. Le rôle des femmes dans l’ensemble du processus de résistance indigène, dans la formation de la société caribéenne et la contribution des femmes marrones dans les cumbes (communautés d’esclaves libres) a été tout aussi important.

Mais si à cette époque, l’historiographie a rendu invisible le rôle de la femme, son protagonisme est-il visible dans ce nouveau processus historique ?

Regardez, les corps des femmes patriotes sont entrés au Panthéon national pour la première fois avec Hugo Chávez, et ce n’étaient pas seulement des femmes, mais aussi des femmes indigènes, des femmes noires. C’est-à-dire, une revendication de la mémoire des femmes dans l’histoire a commencé. Les femmes ont commencé à jouer un rôle important dans la Force armée nationale bolivarienne (FANB) avec Hugo Chávez, ainsi que dans le pouvoir populaire, non pas parce qu’elles ne l’ont jamais été auparavant, mais parce qu’elles sont maintenant réellement reconnues comme des pionnières.

Et cette participation est-elle féministe ou se limite-t-elle au rôle d’aidant naturel que nous impose le patriarcat ?

La Révolution part du principe que les soins sont une affaire d’État. Cette protection sociale, et tout ce rôle que nous, les femmes, avons assumé pendant des siècles, est vraiment la tâche fondamentale de l’État. Ce qui fut longtemps une sorte de condamnation des femmes, a maintenu le tissu social en vie malgré le capitalisme. Le fait que l’État assume aujourd’hui ce rôle de la protection et partage le soin qui, jusqu’alors, était un rôle solitaire des femmes, est une des caractéristiques de notre socialisme féministe.

María Fernanda Barreto

Source : Correo del Alba / traduit par venesol

S’insurger en temps de guerre, par Pasqualina Curcio

L’économiste et universitaire vénézuélienne Pasqualina Curcio. Professeure titulaire (Université Simón Bolívar). Économiste (UCV). Master en Public Policies (IESA). Docteure en sciences politiques (USB).

Voyons en face la dimension de la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Cela fait 7 ans que les monopoles transnationaux et nationaux nous font faire des files d’attente et courir d’un lieu à l’autre pour obtenir des biens vitaux (nourriture, médicaments et produits d’hygiène). Notre monnaie, le Bolivar, a été attaquée à hauteur de… 29.862.393.456 % : en 2012 le taux de change était de 8,69 BsF/US$, aujourd’hui les sites comme DolarToday, sans base économique, pures créations politiques et guerrières, marquent 2.595.042.000 BsF/US$ et produisent la hausse incessante des prix depuis 2013.

Cette guerre, sans précédent historique en raison de ses dimensions, a débuté en 1999 et s’est intensifiée en 2013. Le peuple vénézuélien n’a pas seulement résisté, il a choisi de s’insurger héroïquement. Un phénomène inexplicable pour Donald Trump et ses conseillers, au point que John Bolton a perdu son emploi.

Nous, les Vénézuéliens, avons fait quelque chose que l’impérialisme américain ne peut déchiffrer.

Les leçons de la guerre. Ceci est une lutte de classes : ce qui paraissait autrefois une rhétorique se vit aujourd’hui au jour le jour. Il est clair qu’il y lutte de classe quand, dans le circuit des marchés privés, la relation entre le salaire, le prix et le profit (telle qu’élaborée par Marx) devient une caricature. L’augmentation accélérée et disproportionnée des prix, conséquence de l’attaque sur la monnaie et de la logique du marché capitaliste, fait chuter le salaire réel, au point que le travailleur ne parvient pas à couvrir ses besoins matériels. L’ouvrier qui fait du pain et reçoit un salaire de 40.000 BsS/mois, soit un peu plus de 1.000 BsS/jour, ne peut même pas acquérir l’un des dizaines de pains qu’il fait cuire chaque jour. Le prix de chaque pain est de 10 000 BsS. La différence se situe au niveau du bénéfice.

Le mythe de l’inefficacité de l’État. Imaginez qu’en ces temps de guerre, nous n’ayons pas un système national de santé publique qui desserve 85 % de la population (au-delà des carences qui le caractérisent). Imaginez qu’il n’y ait pas de plan d’immunisation qui garantisse, de la part du public, une couverture vaccinale supérieure à 90 %.

Imaginons que la seule option soit d’acheter des vaccins pour nos enfants en dollars, comme on nous le demande chez les médecins du privé. En ces temps de guerre, où est donc le fameux secteur privé « efficace » ? Combien de personnes se rendent dans les cliniques privées et à quel prix, et quel est le montant couvert par les assureurs ? D’où proviennent les réponses apportées aux populations, du circuit public ou du circuit privé ?

Imaginons qu’il n’y ait pas d’écoles publiques, de lycées ni d’universités qui accueillent 90% de nos enfants et de nos jeunes et que ce soient les écoles privées et les universités privées qui, en ces temps de guerre, garantissent l’accès à l’éducation ? Poursuivons l’exercice de l’imagination et supposons qu’en ces temps de guerre, le programme d’alimentation scolaire n’existe pas. Imaginons Caracas sans métro. Imaginez des familles sans Comités Locaux d’Approvisionnement et Production.

En termes d’activité industrielle et commerciale, 98,71% et 99,87% appartiennent respectivement au secteur privé. Le secteur public ne produit pas de farine de maïs précuite, de riz, de pâtes, d’huile, d’huile, de margarine, de papier hygiénique, de dentifrice ou de médicaments; le circuit privé le fait, surtout les multinationales qui, dans le cadre de cette guerre, se plaignent depuis sept ans et exigent de l’État des devises étrangères bon marché afin de remplir leur responsabilité d’approvisionnement du peuple vénézuélien.

Dans ce scénario, qui sont les plus efficaces, l’État qui génère 98% des devises étrangères du pays ou les entreprises privées qui n’exportent même pas 2% de leur produits ? Le gouvernement qui fournit des services de santé et d’éducation à plus de 85% de la population, ou les grandes entreprises privées qui n’attendent que des devises étrangères bon marché ?

L’occasion en or : Ce n’est qu’en renforçant le circuit public, collectif, étatique et communal que nous vaincrons la guerre économique. Il est temps d’avancer dans la construction du socialisme bolivarien du XXIe siècle.

Tomber dans le piège monétariste et décapitaliser l’administration publique au motif que l’argent ne peut être émis parce qu’il est la cause de l’inflation revient à épouser la stratégie de l’ennemi. En temps de guerre, lorsque les salaires se détériorent à la suite d’attaques contre la monnaie, il est essentiel de renforcer le circuit public et communal. C’est la seule garantie d’accès à des biens vitaux de la part de la population et, ce faisant, nous construisons le socialisme du XXIe siècle. En 2003, face au lock-out général du lobby pétrolier, la stratégie de Chávez fut de fortifier le secteur public.

Imaginons cette guerre sans les missions sociales. Et c’est que nous sommes organisés ! Malgré toutes les tentatives de déstabilisation, de démoralisation et de démobilisation menées par l’impérialisme, le peuple vénézuélien s’insurge dans cette guerre d’une manière consciente et organisée. Sur le territoire, dans la commune, nous nous formons, nous informons, nous communiquons, nous apprenons, nous inventons, nous résolvons et nous mobilisons. Nous sommes organisés dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, dans les unités de combat Bolívar Chávez, dans les milices, dans les conseils communaux, dans les conseils productifs ouvriers, dans les comités de santé, dans les missions, dans l’organisation nationale féminine UNaMujer, etc.

Les blessures de cette guerre sont profondes et aussi très douloureuses, mais le peuple vénézuélien a tout enduré et a résisté en s’insurgeant.

L’échec du modèle socialiste ? Les médias et les leaders d’opinion de droite disent que la cause de ce que nous, les Vénézuéliens, vivons aujourd’hui est l’échec du modèle socialiste. Échec pour qui ? Entre 1980 et 1998, dans le cadre du modèle capitaliste néolibéral, l’économie a progressé de 52% et l’extrême pauvreté de 132%. Entre 1999 et 2015, à partir de la révolution bolivarienne, l’économie a connu une croissance de 43% et la pauvreté a diminué de 56% malgré le siège, la guerre économique et le sabotage auxquels les Vénézuéliens sont confrontés depuis 1999. Le Venezuela reste le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine.

Pasqualina Curcio

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/economia/abre-brecha-insurgiendo-en-tiempos-de-guerra/

Traduction: Thierry Deronne

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Histoires de résistance : les héro(ïne)s méconnu(e)s du Venezuela d’aujourd’hui

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Jessica Dos Santos est professeure d’université, journaliste et écrivaine vénézuélienne. Son travail a été publié dans des revues comme Épale CCS, 15 y Último et Desafíos. Elle est l’auteur du livre « Caracas en sandales » (2018). Elle a remporté le Prix Aníbal Nazoa du Journalisme en 2014.

Il y a quelques jours, certain(e)s de mes ami(e)s, comme beaucoup d’autres vénézuélien(ne)s, se moquaient des milicien(ne)s (membres de la Milicia Bolivariana): “Ce sont eux qui vont nous défendre en cas de guerre ?” “Ils sont si vieux qu’ils peuvent à peine tenir debout”, “Ils sont tous gros” “Des sans-dents” !

En guise de réponse, comme dans d’autres occasions, j’ai évoqué le “Journal de Marquetalia” et ses récits sur une “commune” improvisée, une micro-société socialiste, écrit par un dirigeant de la guérilla colombienne, Jacobo Arenas, en 1972.

Adolescente, j’y découvris le rôle que nous avons toutes et tous à jouer dans la construction de nouvelles structures sociales: celle ou celui qui connaît et utilise correctement les médicaments, celle ou celui qui sait cuisiner sans faire de fumée (dans une guerre de guérilla) pour que le campement ne soit pas repéré, celui ou celle qui est capable de couper les cheveux pour changer totalement une apparence.

Dès lors, comment pourrais-je rabaisser celles et ceux qui, malgré leur âge ou leurs apparences, dans des conditions aussi difficiles que celles que traverse aujourd’hui le Venezuela, ont encore la force de revêtir un uniforme, de déclarer leur amour pour la patrie, et de sortir de chez eux pour accomplir un nombre infini de petites tâches sociales ?

Par exemple, les milicien(ne) ont la responsabilité de percevoir les tickets de métro, restant debout durant des heures et des heures, souvent dans une chaleur torride, tout en étant la cible de nombreuses moqueries de la part de nos médias privés, y compris internationaux. Dans un système où les tourniquets automatiques ne fonctionnent plus et où chaque réparation est extrêmement coûteuse, c’est une responsabilité importante, tout comme celle de maintenir l’ordre et le calme des files d’attente, celle d’assurer la surveillance des espaces publics, etc.

Ce n’est pas l’idéal, mais cela nous aide à « mettre de l’ordre » dans une vie quotidienne durement touchée par l’impact des sanctions états-uniennes et l’absence de réponses nécessaires.

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Il en va de même pour celles et ceux qui crient leur conviction: « Peu importe la faim et le chômage, je reste fidèle à ce processus » (« con hambre y desempleo con este peo me resteo »). D’une façon ou d’une autre, ce sont des gens qui connaissent depuis longtemps les difficultés, mais qui sont prêts à tout faire pour défendre ce en quoi ils ont appris à croire.

De tels héros et héroïnes, il y en a un nombre infini, qui restent invisibles dans les reportages des médias sur le Venezuela d’aujourd’hui. Par exemple, j’ai récemment filmé un court documentaire dans le barrio La Vega (Caracas) où chaque semaine, du lundi au vendredi, quelques femmes cuisinent pour plus de cent personnes dans l’une des cantines populaires du secteur (« comedor popular »).

« Ça commence à 9h du matin, quand les gens commencent à apporter leurs bols pour qu’on les remplisse. Parfois, il n’y a qu’un seul poulet et on le coupe en petits morceaux. Tout le monde en prend un peu et on peut utiliser ce poulet dans plusieurs repas. La même chose arrive avec la viande, le riz. Nous improvisons aussi, nous faisons des arepas (galettes traditionnelles, généralement faites avec de la farine de maïs) avec des pommes de terre, du yucca, des bananes plantains. Aujourd’hui, au Venezuela, il y a de la nourriture, ce qui manque, c’est de l’argent, un salaire pour joindre les deux bouts, donc nous devons agir collectivement« , m’a dit Alicia, l’une de ces femmes.

A certains, ces mots sembleront « conformistes », mais la vérité est que ce « conformisme » sauve cette communauté humaine, et bien d’autres, de la faim.

Parce que, d’une manière ou d’une autre, la crise économique et le blocus américain ont affecté l’accès des populations à l’alimentation et ces espaces (cantines populaires) sont devenus un moyen de prendre soin des secteurs les plus vulnérables du pays. Néanmoins, sans le courage de ces responsables féminines, rien de tout cela ne serait possible.

Je le répète : les femmes. Parce qu’au Venezuela, 70% des personnes qui dirigent les différentes organisations sociales (conseils communaux, communes, programmes alimentaires subventionnés, Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production) sont des femmes. Ce sont elles qui, de leur sueur, soutiennent ces projets d’en bas.

De même, au Venezuela, il y a encore beaucoup de fonctionnaires honnêtes, qui non seulement essaient de faire leur travail, mais qui luttent aussi pour que les gens ne tombent pas dans les griffes de la corruption. Il y a quelques semaines, l’un d’eux m’a donné beaucoup de conseils pour que je ne tombe pas entre les mains d’un « gestionnaire » à l’heure de renouveler mon passeport.

Tou(te)s font partie d’un groupe de personnes en bonne santé qui, même au-delà de leurs penchants politiques, sont animés par une essence humaine qui surmonte toute « tentation ». Ils ou elles possèdent une honnêteté, une dignité et un dévouement à l’égard du bien-être commun qui font défaut à bon nombre de ceux qui dirigent ou dirigeraient le pays. Ils savent tous ce que signifie le sacrifice, même s’ils ne méritent pas de continuer à devoir le faire.

Cette semaine, je passais en revue un article du journaliste argentin Luis Bruschtein intitulé « Le Sacrifice ». L’un de ses paragraphes dit : « Nombreux sont ceux qui pontifient sur le sacrifice qu’exige la croissance, comme s’ils avaient jamais eu besoin de se sacrifier eux-mêmes. Mais ils le demandent aux gens, aux citoyens, au « pueblo », aux travailleurs et aux chômeurs, pour qui toute la vie n’a été qu’un sacrifice (…) Les classes moyennes et supérieures ont peut-être souffert, c’est sûr. Mais dans les secteurs les plus humbles et les plus vulnérables, l’impact de la crise est dévastateur. On le voit sur les visages, les dents, le langage corporel. Écouter des politiciens bien nourris exiger des « sacrifices » de ces gens n’engendre aucune bonne volonté. »

Et oui, la même chose s’est produite ici, des deux côtés.

La vérité est que ceux qui se sacrifient (mais jamais ceux qui exigent ces sacrifices), les héros silencieux d’aujourd’hui, celles et ceux qui possèdent une dignité que ceux d’hier n’avaient pas, devraient être la seule réponse quand quelqu’un demande : comment se fait-il que le processus politique au Venezuela reste vivant ? C’est par elles et par eux que tout reste possible.

Jessica Dos Santos

Source: https://venezuelanalysis.com/analysis/14658

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

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