Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out)

Par Andrew King *

Un article récent du New York Times, intitulé « les supporters de Maduro sont pris pour cibles à Miami », décrit le groupe de plus en plus bruyant d’ « exilés » vénézuéliens anti-gouvernementaux vivant aux États-Unis qui renforcent leurs tactiques d’agitation et de harcèlement contre les Vénézuéliens qui soutiennent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro, L’opposition vénézuélienne a bénéficié du soutien inconditionnel du gouvernement US et des médias – qu’ils soient conservateurs ou libéraux – qui, tous en chœur, diabolisent et sapent le gouvernement démocratiquement élu de la nation, qualifié de dictature brutale, tout en dépeignant l’opposition financée par les États-Unis et souvent violente comme des manifestants anti-gouvernementaux pacifiques et démocratiques.

Il est vrai que la situation économique actuelle au Venezuela est assez grave ; la nation connaît actuellement un taux d’inflation à trois chiffres et les vénézuéliens doivent souvent subir de longues files d’attente pour acheter des produits de base. Bien que ces défis soient dus à un éventail complexe de facteurs, dont une guerre économique menée contre le pays et la chute du prix du pétrole, le New York Times, le Washington Post, CNN et Fox News assènent un barrage d’images de crise pour retourner l’opinion publique contre le gouvernement socialiste vénézuélien afin de le déstabiliser et, pour objectif final, le renverser.

Tout en cherchant à diaboliser le gouvernement de Maduro et à glorifier les manifestants anti-gouvernementaux, les grands médias s’abstiennent de montrer le véritable visage de l’opposition ou de faire état de la raison de son opposition. En effet, plusieurs dizaines de personnes, y compris des employés de l’état, ont été tuées ces dernières années en raison des actes violents des manifestants de droite. Les grand médias font soigneusement l’impasse sur ce qui devrait figurer en une, comme le cas de l’afro-vénézuélien Orlando Figuera. Le 20 mai, le jeune homme de 21 ans traversait le bastion de l’opposition gouvernementale de Chacao à Caracas lorsqu’un groupe de « manifestants » anti-gouvernementaux masqués l’accusèrent d’être un partisan du gouvernement. La foule a ensuite encerclé Figuera, l’a poignardé six fois pour ensuite l’arroser d’essence et d’y mettre en feu. Le jeune homme est mort plus tard à l’hôpital. Le président Nicolas Maduro a qualifié l’acte de symbole des crimes de haine commis au Venezuela, en soulignant le caractère raciste de ce lynchage d’un vénézuélien noir. C’est la neuvième personne à être tuée lors des barricades de l’opposition depuis que les violentes manifestations ont éclaté au début du mois d’avril. Les mêmes moyens de communication puissants qui dénoncent systématiquement les violations des droits de l’homme par le gouvernement vénézuélien demeurent en grande partie muets sur ces actes de terrorisme racistes commis par l’opposition de droite.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux déguisent tous les jours en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Il est important de noter que si l’opposition virulente de droite est concentrée dans les secteurs blancs et économiquement favorisés de la population, les barrios, les bidonvilles et les zones rurales où vivent les pauvres, les communautés autochtones et les afro-vénézuéliens ne se sont pas soulevés car la plupart soutiennent le gouvernement. Pour comprendre les racines de la haine et du racisme de l’opposition envers les partisans noirs et indigènes du gouvernement, il faut comprendre l’histoire de la présidence qui a précédé Maduro – celle de Hugo Chavez.

Hugo Chavez et la révolution bolivarienne

Des décennies de politiques néolibérales défaillantes et de répressions gouvernementales ont ouvert la voie à l’élection démocratique de Chavez en 1998. Après avoir pris ses fonctions, le gouvernement Chavez a lancé une campagne vigoureuse pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en redistribuant la vaste richesse pétrolière de la nation aux pauvres, aux secteurs afro-vénézuéliens de la population. Chavez a appelé ce mouvement contre l’hégémonie néolibérale US « la révolution bolivarienne », inspiré par le héros de l’indépendance sud-américaine du XIXe siècle, Simón Bolívar. Selon Chavez, le but ultime de cette révolution était de construire un socialisme du XXIe siècle qui serait mené par les pauvres, les femmes, les indigènes et les afro-vénézuéliens.

Un des objectifs centraux du projet révolutionnaire du Venezuela a été de lutter contre l’héritage historique du racisme envers les indigènes et les afro-vénézuéliens. La nouvelle constitution créée sous Chavez a fait progresser les droits sociaux, culturels et économiques des peuples autochtones, des afro-vénézuéliens et des femmes, y compris la reconnaissance de l’éducation interculturelle. Chavez a été le premier président des Amériques à reconnaître ouvertement son héritage indigène et africain. Les médias privés vénézuéliens se référaient souvent à lui avec des insultes racistes. En 2005, Chávez a déclaré que « la haine contre moi a beaucoup à voir avec le racisme. En raison de ma grande bouche et de mes cheveux bouclés. Je suis vraiment fier d’avoir cette bouche et ces cheveux parce qu’ils sont africains ». La même année, Chávez a créé la Commission présidentielle pour la prévention et l’éradication de toutes formes de discrimination raciale dans le système éducatif vénézuélien.

Le gouvernement Chavez a utilisé la richesse pétrolière du pays pour augmenter les dépenses sociales et a développé des programmes révolutionnaires connus sous le nom de « missions sociales », ce qui a entraîné des progrès sociaux considérables pour les secteurs pauvres et socialement exclus du pays, dont beaucoup sont d’origine africaine ou indigène. En 2010, les programmes gouvernementaux avaient réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de deux tiers. En 2005, l’ONU a déclaré le Venezuela libre d’analphabétisme, après que 1,5 million de vénézuéliens aient appris à lire et à écrire.

Des milliers de médecins cubains et de professionnels de la santé ont été envoyés dans les communautés rurales et pauvres du pays, offrant à des millions de citoyens un accès sans précédent aux soins de santé gratuits. Grâce à ce programme, plus de 6 000 cliniques de santé communautaires ont été construites et des millions de consultations gratuites ont été dispensées. Parmi les autres réalisations, on compte un programme massif de logements sociaux qui a créé plus d’un million de logements depuis son lancement ; la redistribution de milliers de titres de propriété de terres communales aux communautés autochtones ; et une démocratisation des médias grâce à une explosion du nombre de stations de radio et de télévision communautaires.

La nation sud-américaine a renforcé son engagement envers les vies noires en 2011 lorsqu’elle a adopté une loi historique interdisant la discrimination raciale qui, selon le journal international Correo del Orinoco, « mettra en place des mécanismes pour prévenir, réprimer, punir et éradiquer la discrimination raciale par toute personne, groupe de personnes, autorités publiques, institutions privées et organisations civiles, économiques, politiques, culturelles et sociales ». Le gouvernement a également créé une nouvelle question de recensement qui permet aux citoyens d’être classés comme afro-vénézuéliens.

Solidarité avec les Afro-Américains

En 2015, le président Maduro s’est rendu à Harlem pour parler avec des leaders noirs, dont Opal Tometi, cofondateur de Black Lives Matter. Ce geste rappelle la visite de Fidel Castro à Harlem en 1964 pour rencontrer Malcolm X. Plusieurs mois plus tard, le réseau Black Lives Matter et d’autres groupes nord-américains noirs ont publié une déclaration dénonçant l’intervention US au Venezuela et exprimant leur solidarité avec les afro-vénézuéliens et les Vénézuéliens indigènes à la suite de la victoire électorale de la droite aux élections législatives de 2014 qui menace les avancées sociales de la révolution.

Dans cette déclaration, les militants US remercient le Venezuela pour son soutien continu à la communauté afro-américaine des États-Unis, en remontant à l’offre de Chavez d’envoyer de grandes quantités d’aide, y compris des médecins et des spécialistes en gestion de catastrophes, à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. George W. Bush, qui a largement laissé les résidents noirs de la ville se noyer, a refusé l’offre. Au cours des 12 dernières années, Citgo – une filiale vénézuélienne – a fourni une aide au mazout de chauffage à coût réduit à des centaines de milliers de familles pauvres dans 23 états dont ont bénéficié les résidents noirs du Bronx, de Boston, de Chicago et de Philadelphie, entre autres villes. Un certain nombre de dirigeants afro-américains, de militants et d’artistes tels que Danny Glover, Harry Belafonte et Jesse Jackson Jr. se sont rendus au Venezuela et ont créé de solides liens de solidarité avec Chavez et la révolution bolivarienne et reconnaissent sa connexion avec le mouvement de libération des Noirs aux Etas-Unis.

Solidarité avec Haïti, les Caraïbes et l’Afrique

La solidarité du gouvernement vénézuélien envers les Noirs est peut-être nulle part plus évidente que dans l’aide généreuse et le soutien qu’il a apporté au peuple haïtien à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010, qui comprenait la fourniture de milliers de tonnes de nourriture, de médicaments, de camps de secours, d’hôpitaux de campagne et du personnel médical et de secouristes. En outre, Chavez a annulé la dette d’Haïti qui s’élevait à $395 millions, en proclamant que « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela — au contraire, c’est le Venezuela qui a une dette historique envers Haïti », en référence au fait que l’auto-libérée République noire avait fournit des armes, des munitions et des navires à Simón Bolívar pour combattre les Espagnols au Venezuela, en échange de la promesse qu’il abolirait l’esclavage dans son pays. Le Venezuela a également forgé de nouveaux liens avec les pays africains en ouvrant 18 nouvelles ambassades et en établissant des accords de coopération en matière de santé et d’éducation.

C’est précisément à cause de l’audace du gouvernement vénézuélien à lutter contre l’impérialisme raciste des États-Unis – et à affirmer sans réserve que la vie des Noirs compte (*) en faisant valoir les droits des pauvres d’ascendance africaine – qu’il est sous l’assaut constant de la classe dirigeante blanche US et des médias internationaux. Il est donc assez facile de comprendre pourquoi, pour citer le Premier ministre radical noir assassiné de Grenade, Maurice Bishop, « Goliath a tourné toute son attention vers David ».

Andrew King

Notes

Ecouter la dernière lettre officielle de Hugo Chavez, écrite quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

* L’auteur : Andrew King est un étudiant en doctorat en politique publique à UMass Boston, un activiste-érudit, et a soutenu l’organisation de Black Lives Matter et d’autres campagnes de justice raciale et économique. Il est le coordinateur d’un projet de recherche communautaire avec des organisateurs de jeunes de Boston qui se battent pour la justice éducative. Andrew a également fait de la solidarité en organisant et en effectuant des recherches sur les mouvements sociaux latino-américains et a voyagé au Venezuela et à Cuba. Il peut être contacté à andrew.king003@umb.edu.

(*) Wikipedia : « Black Lives Matter » (BLM), qui se traduit en français par « les vies des Noirs comptent », est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de BLM font régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis. Le mouvement est né en 2012 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Source : http://www.truth-out.org/news/item/40994-venezuela-is-under-attack-for-asserting-that-black-lives-matter

Traduit par Le Grand Soir

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Le jour où Haïti défendit le Vénézuéla

Dans le court terme informe et fébrile qui constitue l’horizon mental du consommateur d’actu européen, défile à toute vitesse le film « Venezuela ». Depuis quatre ans, les causes de la guerre économique lancée contre le gouvernement bolivarien sont remplacées par leurs effets, pour en rejeter la responsabilité sur… le gouvernement bolivarien. Plus amusant : ce 30 mars 2017, les grands groupes médiatiques habillés de papiers journaux comme « la Libre Belgique » diffusent la vulgate mondiale d’un « coup d’Etat du président Maduro ». Cette transformation du réel en son contraire par les médias de droite – majoritaires au Venezuela – et par leurs commanditaires internationaux, est tellement énorme et constante qu’elle indiffère la majorité de la population concernée.

L’architecture de la séparation des pouvoirs au Venezuela ressemble à celle de la France, mais en moins monarchique : le pouvoir juridique, législatif et exécutif s’équilibrent de manière plus subtile. Dans ce cas le Tribunal Suprême de Justice a décidé d’assumer les fonctions de l’Assemblée Nationale tant que sa majorité de droite continuera à ignorer les verdicts de la justice – par exemple sur les élections frauduleuses de certains de ses députés – ou de reconnaître les institutions démocratiques – ses députés viennent d’appeler à l’intervention extérieure contre le gouvernement issu des urnes. Comment l’Europe, possédée par les médias, pourrait-elle en être informée ? Comment pourrait-elle faire autre chose que croire au storytelling de la puissance qui veut détruire la démocratie participative du Venezuela avec un arsenal économico-médiatique bien plus puissant que celui qui détruisit le socialisme de Salvador Allende ?  « Les médias font passer les coups d’Etat modernes comme étant une défense de la démocratie » explique l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine (1).

La voix de Haïti, première république libre d’Amérique Latine, qui vient de s’élever au sein de l’OEA (organisme connu par les historiens pour ses appuis aux interventions de Washington en Amérique Latine) a valeur de rappel moral. Si tant est qu’on peut encore l’entendre au fond de la caverne de Platon.

Thierry Deronne, Venezuela, 30 mars 2017

Ambassadeur_Haiti

Discours prononcé par Harvel Jean-Baptiste, Ambassadeur de Haïti auprès de l’OEA, le 29 mars 2017 

Monsieur le Président,

L’Organisation des États américains dont Haïti est membre fondateur depuis sa création en 1948, reconnaît, avec l’entrée en vigueur de sa charte en 1951, quatre langues officielles de travail, dont l’anglais, l’espagnol, le portugais, et le français, qui est également l’une des langues officielles de la République d’Haïti.

Nous considérons que c’est un manque de respect vis-à-vis de la République d’Haïti, lorsque le Secrétaire général s’autorise de faire circuler un rapport qui concernerait une situation dans la région, sans se donner la peine de nous en faire avoir copie dans notre langue officielle qui est aussi, je le répète, l’une des quatre langues officielles de l’organisation.

Sur cette base, la République d’Haïti voudrait demander qu’il soit noté dans les procès-verbaux de ce Conseil permanent, que nous considérons ledit rapport du secrétaire général Luis Almagro concernant une situation au Venezuela comme une rumeur, car nous n’en avons pas pris connaissance selon les normes tracées par l’organisation.

Toutefois, cette rumeur nous préoccupe profondément et à plus d’un titre. Il est surprenant que le secrétaire général, Luis Almagro, recommande la suspension du Venezuela dans l’organisation et exige des « élections générales sans délai et à tous les niveaux » dans ce pays. (1)

Monsieur le Président,

Face à de tels agissements du secrétaire général, la situation est plus que grave pour notre Organisation. Avec de telles recommandations, le secrétaire général n’a pas seulement outrepassé ses prérogatives, il a aussi voué un mépris inadmissible aux principes fondamentaux consacrés dans la charte de l’organisation.

En effet, nous devons rappeler que, selon l’article premier de la Charte de l’OEA, « aucune disposition ne l’autorise à intervenir dans des questions relevant de la juridiction interne des Etats membres ».

De même, selon l’article 2 et 3 de la charte, l’OEA se donne pour principes d’ « encourager et consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention ainsi que « le respect de la souveraineté et de l’indépendance des Etats ».

Dans ces conditions, nous sommes absolument consternés devant le fait que le secrétaire général de l’OEA peut seulement songer à appeler à « la convocation d’élections générales sans délai et à tous les niveaux » dans un État membre de l’organisation ayant un président en fonction dont le mandat court jusqu’à 2019 !!! (1)

Monsieur le Président,

Le moment est grave. Il dépasse de loin la question du Venezuela. Les agissements du secrétaire général fragilisent notre organisation. Ses actes ne nous rassurent pas du tout pour ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Si nous laissons le secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays et au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’organisation.

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Vous n’êtes pas sans savoir que mon pays, Haïti, est l’un des pays ayant connu une difficile transition vers la démocratie. L’expérience d’Haïti nous enseigne qu’il ne saurait y avoir ni promotion ni protection de la démocratie dans un pays à coups de sanctions. Nous devons donc tirer leçon de l’expérience haïtienne. Seuls le dialogue, la recherche du compromis, la médiation non partisane et sans ingérence, peuvent protéger et promouvoir la démocratie dans la région. Nous profitons à cet effet de l’occasion pour remercier le Conseil permanent de l’OEA, pour le rôle médiateur qu’il a joué sans ingérence et sans menaces de sanctions, dans les négociations haïtiano-haïtiennes qui ont abouti au dénouement heureux du processus électoral en Haïti.

Force est alors de constater que les sanctions ne sont pas la solution.

De ce fait, il est impératif de défendre l’OEA contre toute instrumentalisation qui peut en être faite au détriment des intérêts d’un Etat membre. Ainsi notre appui au Venezuela relève-t-elle fondamentalement d’une question de principe. Si nous autorisons la menace de ce coup d’Etat maquillé contre le gouvernement élu du Venezuela, nous ne pourrons pas empêcher qu’on en fasse de même, à l’avenir, contre d’autres pays des Amériques.

Dans cette perspective, ce qui se passe à l’OEA en cet instant même, augure des jours sombres pour l’Organisation hémisphérique et pour notre région. L’Organisation des Etats Américains n’a jamais été aussi divisée. La convocation d’une réunion du Conseil permanent pour débattre de la situation d’un Etat-membre, sous la menace de suspension de cet Etat, et en cherchant à pousser vers des élections anticipées contre un Président élu, tout cela nous fait craindre la mise en œuvre d’un agenda qui ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre de la Charte de notre organisation.

Face à cet agenda qui ne peut que fragiliser l’organisation, la délégation haïtienne voudrait soutenir que la meilleure solution reste et demeure la voie du dialogue. Nous supportons le dialogue et la négociation entre les acteurs vénézuéliens eux-mêmes afin de trouver une issue à la situation politique dans leur pays. Nous soutenons également toutes les formes de médiation non partisane, qui respectent les principes de la souveraineté des Etats et qui croient que, comme nous l’a enseigné l’expérience haïtienne, la solution définitive ne peut venir que des acteurs eux-mêmes, dans le respect des principes constitutionnels qui régissent la vie politique interne du pays. Je vous remercie.

Source : http://www.lenouvelliste.com/article/169601/oea-venezuela-la -position-dhaiti

Notes

  • 1 – Le Venezuela, depuis la révolution bolivarienne, a organisé un nombre record de scrutins (une vingtaine) en 18 ans, reconnus comme transparents par les observateurs de l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains ou de l’Association des Juristes Latino-américains. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie.
  • 2 – Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet (précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation), Don Quichotte, Paris, 2015

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¨De Port-au-Prince à Caracas, nous partageons le même objectif : la souveraineté alimentaire.¨

Jaua630Haitireunion-2Quand nous faisons quelque chose pour Haïti nous ne le faisons pas par miséricorde mais avec la pleine conscience de notre devoir. Pour le peuple haïtien, nous, vénézuéliens, n’éprouverons jamais de la pitié mais la plus profonde admiration” : c’est en citant Hugo Chávez que le chancelier Elías Jaua a remis à la République d’Haïti 44 tracteurs, 37 motoculteurs, 51 ordinateurs et d’autres outils agricoles destinés à renforcer l’agriculture industrielle et familiale dans la Vallée de l’Artibonite. Objectif de cette coopération menée grâce à l’accord PetroCaribe (1): augmenter les surfaces de récolte de 4 mille à 14 mille hectares (de riz notamment) à travers le système d’irrigation, la remise en valeur des semences autochtones haïtiennes et le contrôle des maladies.

AITINous sommes venus concrétiser la volonté du président Maduro de poursuivre et approfondir la coopération avec Haïti. De Port-au-Prince à Caracas, nous partageons le même objectif : la souveraineté alimentaire” a expliqué Jaua qui compte pour ce faire sur l’appui du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil, dont les militants travaillent en terre haïtienne depuis quelques années au sein de la brigade de Via Campesina.

Vallée de l'Artibonite, Haïti

Vallée de l’Artibonite, Haïti

Cette coopération Sud-Sud s’inscrit dans un accord signé entre Haïti, le Venezuela, le Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil et l’Argentine à la suite du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince en 2010, causant la mort de 300.000 personnes et privant de logement deux millions d’habitants. Le chancelier Jaua a signé avec le gouvernement haïtien d’autres accords dans le cadre du programme PetroCaribe qui a déjà permis la construction de 3 mille nouveaux logements et la rénovation de 6 mille autres, ainsi que l’alphabétisation de 133 mille personnes. Le Vénézuéla a également répondu présent à la demande du Secrétaire Général de l’ONU d’intensifier la lutte contre le choléra en détachant dans l’île du personnel de son ministère de la Santé. Enfin, le chancelier Jaua accompagnera la troisième réunion de la difficile négociation qui vise à résoudre le conflit migratoire entre Haïti et la République Dominicaine.

Pendant ce temps au Venezuela, le représentant officiel de l’ONU au Venezuela Niky Fabiancic a déclaré ce jeudi 8 mai que le Venezuela est “un des pays leaders en Amérique Latine et dans les Caraïbes en matière de réduction des inégalités et ses indicateurs sont très encourageants en ce qui concerne la réalisation de tous les Objectifs de Développement du Millénaire fixés par l’Onu¨. (2) Les objectifs du Millénaire, souscrits par les 189 États membres des Nations Unies, sont assortis de cibles à atteindre dans des délais précis, de façon à mesurer les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté monétaire, la faim, la maladie, l’absence de logements adéquats et l’exclusion tout en promouvant l’égalité des sexes, la santé, l’éducation et le respect de l’environnement.

Le vice-président vénézuélien pour le secteur social, Héctor Rodríguez Castro, et le Directeur Général de la FAO (organisme de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture) José Graziano da Silva ont signé jeudi un accord de coopération pour développer des systèmes soutenables de production de riz en Afrique sub-saharienne, ¨cette céréale y représentant le tiers de l’alimentation quotidienne¨ selon le Directeur de la Fao qui a rappelé par aileurs qu’au Venezuela, grâce aux initiatives financées par le gouvernement et appuyées par la FAO, l’objectif du millénaire d’éradiquer la famine a été atteint de manière anticipée.

Cette semaine également, l’UNICEF par la voix de sa représentante Kiyomi Kawaguchi a rappelé que le Venezuela a déjà atteint ces objectifs en ce qui concerne les droits des enfants et adolescents à l’éducation avec pour les années2009-2010 une population de 7,7 millions d’étudiants – soit une augmention de 24% en comparaison avec les années antérieures à la révolution. L’UNESCO a octroyé un prix au Venezuela pour le développement du projet ¨Canaima Educative¨, distribution gratuite d’ordinateurs-encyclopédies portables destinés à l’alphabétisation technologique des enfants et adolescents. En 2014 23.000 ordinateurs seront remis aux universités, un chiffre 26 fois supérieur aux dotations d’il y a quinze ans, avant la révolution.

Enfin, ce vendredi 9 mai, lors de l’inauguration à Caracas du premier Congrès National Constituant des Mouvements Écologistes et de Défense de l’Environnement (photos), le président Maduro a demandé aux 1150 organisations venues de tout le Venezuela et qui vont débattre durant tout le week-end, d’élaborer des propositions concrètes pour aider le gouvernement à mettre fin aux multiples formes de destruction des ressources naturelles par le capitalisme et pour approfondir l’écosocialisme, un des cinq objectifs centraux du Plan Patria aprouvé par les électeurs en avril 2013. (3)

« Le congrés, a-t-il ajouté, doit assumer des fonctions constituantes pour générer un puissant mouvement social, démocratique, actif, doyé du pouvoir de décision, le pouvoir de dire et de faire. Il s’agit de changer notre relation avec la nature, de sauver la planète, nous devons nous engager dans la lutte pour que s’instaure partout une nouvelle vision écologique, écosocialiste« .

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Ouverture du premier Congrès National Constituant des Mouvements Écologistes et de Défense de l’Environnement, Caracas, 9 mai 2014.

008_ym_5361_1399683660002_ym_5304_1399683656Sources : Telesur, AVN

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1)  Sur cette coopération, lire ¨De PetroCaribe à la Patrie Caraïbe¨ https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

(2)  Pour la liste des Objectifs du Millénaire : http://www.un.org/fr/millenniumgoals/

(3)  On trouvera le détail de ce programme de gouvernement dans ¨Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/10/%C2%A8de-port-au-prince-a-caracas-nous-partageons-le-meme-objectif-la-souverainete-alimentaire-%C2%A8/

Semer l’homme qui écoute

Il y a un mystère que les politologues ne sont pas près de percer en ce qui concerne le président Chavez, mort le 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Malgré l’intense, incessant  travail des médias internationaux pour en faire un “dictateur”,  travail initié il y a deux siècles déjà par des consuls états-uniens qui diffusaient de Simón Bolívar l’image d’un “César assoiffé de pouvoir”, les peuples latino-américains n’ont jamais été dupes. D’où vient la connection souterraine ? D’où vient la communication secrète, anonyme, permanente ?

Hier, 3 mars 2014, une femme a tenu à se faire photographier avec ses enfants auprès du géant façonné par les artisans du carnaval populaire d’Olinda (État de Pernambuco, Brésil). Dans l’État de Santa Catalina, plus au sud, une paysanne et militante des Sans Terre, a réalisé un portrait dont chaque pièce est une semence.

Olinda, Brésil 4 mars 2014

Santa Catalina, Brésil, mars 2014

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Campement National « Hugo Chavez » organisé par les Sans terre à Brasilia, mars 2013.

Et l’an dernier lorsqu’il dénoncèrent l’abandon de la réforme agraire par le gouvernement de Dilma Roussef, c’est du nom du leader vénézuélien que les Sans Terre baptisèrent leur campement installé à deux pas du palais présidentiel, à Brasilia.

Les Sans Terre se souviennent d’un « leader d’origine pauvre qui n’a jamais trahi son peuple. Nous l’avons connu lors des premiers forums sociaux organisés pour débattre de la sortie du néo-libéralisme. Avec lui nous avons construit une proposition continentale d’agro-écologie qui serve de base pour une politique de production d’aliments sains pour toute la population, et un réseau continental d’écoles d’agro-écologie. Ensemble nous avons jeté les bases d’un projet d’intégration continentale, mais à partir des peuples, au-delà des articulations gouvernementales et commerciales. Beaucoup de présidents lorsqu’ils arrivent au pouvoir, se croient les maîtres du monde, ne conservent que la bouche et perdent les oreilles. Chavez, lui, en toute simplicité, t’écoutait, cherchait à converser avec toi pour apprendre,  écouter».chavez en OlindaCarnaval d'Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

MST OLINDA

Carnaval d’Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

 

Bref, d’oú vient que le mort Chávez ne meurt jamais ? La réponse se trouve peut-être dans son dernier message, écrit quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

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Hugo Chavez visite un campement productif du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

T.D., Caracas, 4 mars 2014

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/04/semer-lhomme-qui-ecoute/

Nicolas Maduro : “le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier”

reunion_maduro_gobernadoresNous sommes à Caracas le 16 juillet 2013, à Miraflores (palais présidentiel). Nicolas Maduro s’adresse à vingt gouverneurs bolivariens : “Comment est-il possible qu’à une personne âgée, à une de ces personnes que nous rencontrons lorsque le gouvernement sillonne le pays, on fasse payer 20 millions pour pouvoir accéder à une mission sociale?  Certains, ils me l’ont dit, ont payé et ils ont été effectivement inclus ensuite dans la mission ! Qu’est-ce cela veut dire? Qu’au-dessus de ces extorqueurs il y a des hauts fonctionnaires qui couvrent ces agissements, comme ceux qu’on a arrêtés. Nous devons aller jusqu’au bout de chaque enquête et vous, les gouverneurs, qui avez mille témoins dans vos régions, faites le travail sur place, car nous avons détecté beaucoup de cas lors de nos déplacements”.

Quelque semaines ont suffi pour détecter des systèmes de corruption mis en place par des hauts fonctionnaires du service des douanes, de l’immigration, de l’inspection du commerce, de l’industrie sidérurgique, de la compagnie pétrolière publique, de la banque nationale du développement… Nicolas Maduro a promis de nouvelles surprises dans cette offensive-éclair contre la corruption “où qu’elle soit, et à tous les niveaux, coiffée d’un béret rouge chaviste ou dans les rangs de la droite, dans le secteur public comme dans le privé : il n’y aura plus d’intouchables. Personne ne me fera prendre des vessies pour des lanternes. Je ferai bientôt quelques inspections-surprises sur les chantiers publics”.

Dans le même temps, le plan “Patria Segura” a déployé sur tout le territoire une police mieux formée à la protection des citoyens. Un premier bilan parle d’une baisse de 200 % des enlèvements et de 38 % des homicides. Maduro veut aller plus loin. Il rappelle comment il a vu toute une jeunesse populaire – sa génération – décimée par la drogue, la violence à partir des années 80 et veut s’attaquer frontalement à l’imaginaire des médias privés resté très puissant malgré quatorze ans de révolution, en multipliant les missions culturelles, la récupération des espaces publics et la rénovation intégrale des quartiers populaires (plan »barrio tricolor« ), le relancement de la musique populaire, l’appui aux artistes et aux mouvements de jeunes, le transfert de nouvelles technologies et la dotation de nouvelles chaînes de télévision aux secteurs jusqu’ici exclus.

Sans doute étaient-ce ces chantiers que le président Chavez voulait aborder en 2013 : quelques mois avant sa mort il appelait les jeunes du grand quartier populaire de Petare à renoncer à la drogue, à la violence pour mettre leur talent au service du pays.

La droite et les grands médias rêvaient d’enterrer la révolution bolivarienne avec son initiateur. Des politologues de gauche annonçaient la lutte fratricide des chavistes ou une “NEP” réformiste. 90 jours après la mort de Chavez, on découvre un homme d’Etat qui, s’appuyant sur une équipe élargie aux mouvements sociaux et aux partis progressistes, applique méthodiquement les cinq objectifs du “Plan Patria” légué par Chavez (1) et lance un “gouvernement de rue” (2).

BN-JYeYCUAADzyC.jpg largePresidente-Nicolás-Maduro-en-Sucre-4Né dans un quartier populaire de Caracas, militant syndical, bolivarien clandestin puis ministre de Chavez, Nicolas Maduro connaît bien les rouages de l’État et… du terrain. Avec une  moyenne de 102 projets pour chaque entité traversée – à savoir 23 états et le district de Caracas, le “gouvernement de rue” aligne déjà 2.037 projets financés par l’État. Un “banc d’essai” du pouvoir populaire que le président du Venezuela veut permanent et actif sur tout le territoire. Même la presse officielle et les partis de la gauche classique ont du mal à suivre ce dialogue direct de Maduro avec les problèmes du peuple.

« Combien de temps notre peuple s’est-il habitué à voir le pouvoir comme un concept lointain, étrange, comme le privilège d’une élite ? Et bien non: la révolution n’a d’autre sens, comme Chavez nous l’a rappelé sans cesse, que le transfert de la totalité du pouvoir aux mains d’un peuple qui doit se former sans cesse pour cela. Nous avons assez patienté, nous devons nous réveiller, redevenir des combattants de la rue, de tous les jours… Le pouvoir du peuple, quand il ne s’exerce plus, finit par s’atrophier. Comment faire une révolution avec un peuple passif ? Le pouvoir populaire sert à faire la révolution et pas n’importe laquelle : une révolution socialiste. Ou le peuple la fait, ou il n’y en aura pas. Le pouvoir populaire doit exister partout et tous les jours, dans les états, dans les rues, au palais présidentiel. Notre nouvel état sera l’État comunal, c’est un des axes principaux de notre programme, Chavez nous a exigé de lui donner la priorité (3). Nous allons redoubler d’efforts à partir du mois d’août pour construire partout la commune.”

« La commune ou rien »

venezuela_asambleacomunal7 venezuela_asambleacomunal2Deux jours plus tôt dans l’État de Lara, une assemblée d’organisations de base (photo) s’est réunie au nom des « trois R” – formule inventée par Chavez pour “revoir, rectifier, réimpulser” le gouvernement révolutionnaire. Ont fusé les critiques sur la gestion antérieure du ministère de la commune : mise sous tutelle du pouvoir populaire, arrogance de cadres auto-proclamés qui considèrent la masse populaire comme un simple champ de manoeuvres pour “ceux-qui-savent-comment-faire-la-révolution”, véritables boulets pour le travail populaire.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Itturizza (à droite), los d'une journée du "gouvernement de rue", mai 2013.

Le nouveau ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (à droite), lors d’une journée du « gouvernement de rue« , mai 2013.

Une grande partie des demandes que nous avons recueillies tout au long des assemblées populaires concerne une meilleure présence de l’État aux côtés des processus d’organisation” explique Reinaldo Iturizza, un sociologue critique devenu le nouveau ministre de la Commune sur décision de Maduro et qui a dû s’arracher au monde des thèses sur papier. “Je suis en train de créer une équipe qui racontera les histoires de ces journées dans la rue, qui vont continuer. Ce que nous voyons doit être connu”. L’équipe d’Iturizza met au point une méthodologie nouvelle réunissant les conseils communaux et les autorités du Ministère pour résoudre des problèmes tels que l’auto-construction de logements. 60 mille foyers de la Grande Mission Logement ont pu être construits par les habitants eux-mêmes. On en prévoit 100 mille de plus en 2013.

Alors que les médias privés qui dominent la majorité des ondes au Venezuela occultent cette école de pouvoir citoyen et ciblent Maduro, le “gouvernement de rue” est devenu en soi un véritable média populaire qui attaque vraiment la forme dominante, commerciale et représentative, de la communication politique, qui cultive la participation critique et ose prendre des décisions jusqu’ici freinées par une classe moyenne d’État peu ouverte aux propositions populaires.

006_ma_4086_1373321519Le 8 juillet, c’est dans l’état d’Amazonas, au Centre de Formation et de Production Agroécologique Matuwiniyu Yekuana Rene, que Maduro et son équipe font halte. Un militant indigène leur montre la maquette d’une maison autochtone : “Je vous présente une maison fluviale indigène totalement écologique, avec sa barque, sa batterie d’élevage de poules, son vivier à poissons, chaque famille peut y vivre et produire sans devoir quitter le fleuve”. “Bravo, c’est un des projets que nous voulons approuver !” applaudit Maduro pour qui c’est là tout le sens de ce “gouvernement de rue” : réactiver les propositions, la créativité du peuple. A ses côtés la Ministre des Peuples Indigènes Aloha Nuñez, précise : “nous sommes ici en territoire Jivi, l’État d’Amazonas compte 19 peuples indigènes et nous, les ministres, ne sommes pas restés en ville, par exemple la ministre de la santé a passé la nuit dans une communauté indigène. Ces populations étaient infiltrées par les “nouvelles tribus” (une ONG états-unienne), nos compagnons commençaient à parler anglais, à présent le travail est d’assurer l’intégralité des droits à la santé, à l’éducation pour nos peuples indigènes”.

Maduro en profite pour rappeler l’insistance du président Chavez : “Pourquoi les ministres ne pourraient-ils pas vivre deux ou trois jours durant dans les communautés ? Nous, gouvernement bolivarien, sommes du peuple, nous ne venons d’aucune élite, d’aucun groupe économique et même si nous devons nous protéger face aux menaces de l’ennemi, nous ne devons pas perdre le sens de qui nous sommes : des gens humbles, qui nous devons au peuple”.

Misión-Arbol-250x187Et d’évoquer le cinquième objectif du programme légué par son prédécesseur : l’éco-socialisme, qui prévoit notamment le reboisement massif de tout le pays – la Misión Árbol sèmera quelques deux millions d’arbres dans les deux ans à venir. Une mission grâce à laquelle la surface boisée du pays atteint 47,6 millions d’hectares, réduisant de 47 pour cent le taux de déforestation.

La biodiversité, poursuit Maduro, doit être pensée dans sa dimension macro-écologique. Nous n’allons plus comme le faisaient les gouvernements antérieurs recevoir les représentants de lobbies qui veulent acheter un morceau d’Amazonie. Mais pour nous qui sommes un pays amazonien, le plus incroyable c’est que nous n’ayons pas encore créé d’institut pour étudier cet immense patrimoine de biodiversité en fonction par exemple de nos besoins en médicaments, avant que ne les brevettent des transnationales. Nous ne pouvons pas attendre 15 ans, c’est aujourd’hui que nous devons prendre la décision. Créer un institut pas seulement pour produire des thèses universitaires mais pour générer des connaissances transfomatrices, des connaissances scientifico-populaires : on a souvent considéré les peuples indigènes, et le peuple en général, comme ignorants alors qu’ils produisent des milliers de savoirs vitaux, mille choses. C’est d’ailleurs pour cela que les élites nous méprisent, parce qu’au fond, nous sommes des indigènes.

007_mg_2703_1372195635-632x421Tout en menant tambour battant ces assemblées avec la population, Maduro a bouclé en deux semaines un agenda diplomatique très dense au service de l’unité du Sud et de l’intégration des organismes existants. En visite officielle en Haïti le 25 juin pour renforcer la coopération (photo) puis le 30 juin à Managua au sommet de PetroCaribe avec de nouveaux accords sur l’éducation, sur la “misión milagro” (chirurgie et soins oculaires gratuits), les politiques alimentaires et la création d’une zone économique élargie vers le Sud ; en prenant part à Moscou le 1er juillet au sommet des 18 états producteurs de gaz – le Venezuela est la quatrième réserve mondiale – pour plaider en faveur de la création d’une “OPEP” du gaz ; à Cochabamba, le 4 juillet, au sommet d’urgence d’UNASUR, pour joindre sa voix à celle de ses homologues face à la violation du droit international par des pays d’Europe qui, sur ordre de Washington, ont fermé leur espace aérien au président de la Bolivie (4); en invité d’honneur d’un sommet des 15 pays membres du Caricom (marché commun des Caraïbes) à Trinidad et Tobago ; enfin, le 10 juillet, à Montevideo, pour assumer la présidence du Mercosur et engager le “tournant social” de ce marché commun devenu le quatrième bloc économique mondial et proposer l’association stratégique avec PetroCaribe, l’ALBA et les BRICS.

Les 22 et 23 juillet, Caracas accueillera la première réunion ministérielle de la Communauté des États Latino-américains et de la Caraïbe (CELAC) pour élaborer de nouveaux plans contre la faim et la pauvreté. Elle sera suivie du 12ème sommet des présidents de l’ALBA, le 30 juillet, à Guayaquil (Équateur), consacré lui aussi à renforcer les programme sociaux.

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Pas de socialisme sans féminisme !

La maxime de Hugo Chavez s’incarne dans les choix ministériels de Nicolas Maduro.

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Maryann Hanson

Maryann Hanson (Éducation)

Maria Cristina Iglesias

Maria Cristina Iglesias (Travail)

Iris Varela

La Ministre du Système Pénitentiaire Iris Varela

Aux côtés de Maryann Hanson (Ministre de l’Éducation), de María Cristina Iglesias (Ministre du Travail) et d’Iris Varela, la Ministre du système pénitentiaire qui s’efforce d’humaniser un système encore dominé par des mafias et de réduire les retards dans le procédures de jugement, de nouvelles responsabilités et de nouveaux visages marquent l’équipe gouvernementale nommée en avril 2013 :

La ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez - ici réunie avec des indigènes états-uniens dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La nouvelle ministre des peuples indigènes Aloha Nuñez – ici réunie avec des autorités indigènes états-uniennes dans le cadre de l’octroi de gazoile de chauffage gratuit par le gouvernement bolivarien (elle était alors vice-ministre) – travaille notamment à conclure au plus vite la restitution des territoires indigènes du Venezuela.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

La championne d’escrime Alejandra Benitez, nommée ministre des sports pour sa connaissance pratique des problèmes des athlètes, doit réduire la bureaucratie dans les organisations sportives et fortifier tous les niveaux de formation.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées, alors que le Venezuela, toujours menacé par les États-Unis, vient d’installer un nouveau système de défense anti-aérienne.

Première mondiale : une femme ministre de la défense, Carmen Meléndez, elle aussi pratiquante du “gouvernement de rue” au sein des forces armées. Face aux menaces impériales et pour garantir la souveraineté du Venezuela, Nicolas Maduro vient d’annoncer l’installation d’un nouveau système de défense anti-aérienne.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

La chirurgienne Isabel Iturria, présidente-fondatrice depuis 2006 de l’Hôpital Cardiologique Infantile latino-américain qui a effectué gratuitement des milliers d’opérations du coeur, est la nouvelle Ministre de la Santé. Elle hérite de la lourde tâche de remettre sur pied le système défaillant des hôpitaux publics.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de genres. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

L’avocate Andreina Tarazón est nommée Ministre de la Femme et de l’Égalité de Genre. Priorités de cette militante féministe : former et intégrer les femmes des secteurs populaires dans les projets socio-productifs pour lutter efficacement contre la pauvreté et mettre fin aux violences et aux discriminations qui ont survécu dans une société marquée par le machisme.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 juillet 2013

Notes :

  1. Sur ces cinq objectifs : “Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. « Nous t’écoutons, Claudia« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/
  3. Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines » et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’État communal.”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
  4.  “Face à une Amérique du Sud unie et souveraine, la France et l’Europe ridicules”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/ et la note de protestation du Venezuela : http://www.legrandsoir.info/note-de-protestation-aux-gouvernements-d-espagne-de-france-d-italie-et-du-portugal.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/19/nicolas-maduro-le-pouvoir-du-peuple-quand-il-ne-sexerce-plus-finit-par-satrophier/

Ce que les médias ne vous montreront pas du Venezuela

(YVKE Mundial/LAY)

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Merci à l’équipe de Venezuelanalysis.com

Notes :

  1. Sur la domination des médias privés au Venezuela voir l’étude du groupe US Nielsen Rating : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela

  2. Sur cette coopération Sud-Sud, on peut lire aussi : « Le Venezuela et le Mali renforcent leur coopération universitaire » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/10/le-venezuela-et-le-mali-renforcent-leur-cooperation-universitaire/

  3. « La FAO considère que le problème de la faim est pratiquement éliminé au Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/la-fao-considere-que-le-probleme-de-la-faim-au-venezuela-est-pratiquement-elimine/

  4. Sur la politique mise en oeuvre par Maduro, « quarante jours à la rencontre des mouvements sociaux » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/06/03/videos-et-photos-quarante-jours-a-la-rencontre-des-mouvements-sociaux/ ; « Nous t’écoutons Claudia » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/ ; « Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/06/16/ce-que-les-medias-ne-vous-montreront-pas-du-venezuela/

Coopération Venezuela-Haïti : Lenteur ou blocage ?

Le Président Hugo Chavez est réélu le 7 octobre dernier pour un autre mandat de 6 ans. L’investiture du Président Chavez aura lieu le 10 janvier 2013.Un pas additionnel est franchi dans la lutte engagée pour l’élimination des iniquités sociales, l’épanouissement humain des vénézuéliens et la poursuite de la collaboration franche et entière entre les peuples luttant pour leur émancipation.

Réélu à partir d’un bilan positif, incontestablement remarquable, que ses adversaires tant nationaux qu’internationaux ne peuvent ignorer malgré leurs contorsions. Le Président Chavez ne se démarquera point de la ligne socialo bolivarienne tracée par les dirigeants de la révolution.
Ce pays de l’Amérique latine ayant le plus grand nombre de millionnaires est à la croisée des temps. Pour la première fois la manne découlant du boum pétrolier a été mise au service du pays et de la population, en particulier des autochtones (6% de la population de 30 millions).
Faisons parler les chiffres :
• Outre l’accès à la santé, plus de deux millions de femmes bénéficient d’un régime de sécurité sociale.
• Les retraités sont passés du nombre de 200 000 mille en 1998 à 2 300 000 en 2011.
• Au niveau universitaire, le nombre d’étudiants passe de 980 000 en 1998 à 2 100 000 en 2011.
• Grâce à la réforme agraire 24 700 000 tonnes d’aliments furent produits en 2010 contre 17 160 577 tonnes en 1998, une progression de 44%
• La pauvreté a régressée entre 2002 et 2010 de 46.6% à 27.8%.
• La pauvreté extrême, durant la même période est passée de 22.2% à 10.7%.
• Le Venezuela a le niveau d’inégalité le plus faible de la région
A l’hystérie de la grande presse internationale qui, un mois avant la tenue du scrutin, appelait à la vigilance, annonçait des turbulences venant des « pro-Chavez », affirmait que les 2 candidats étaient nez à nez, nous opposons cette déclaration de l’ex président américain, Jimmy Carter, faite le 22 septembre 2012 : « en réalité sur les 92 élections dont nous avions surveillé les déroulements, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur au monde ». A l’issue de ces joutes le taux de participation fut établi à 80.9% des électeurs. 54.42% des votes exprimés sont en faveur d’Hugo Chavez et 44.97% sont allés à Capriles Radonski.
La défaite a trois visages : celui de la droite vénézuélienne et latino américaine- celui des Etats Unis et leurs alliés européens – celui des média dominants nationaux et internationaux.
« Ta victoire est la nôtre », a dit l’ex président du Brésil, Luiz Inácio Lula, s’adressant à Hugo Chavez le 6 juillet 2012. A l’instar de l’ex président brésilien nous disons que la réélection de Chavez à la tête du Venezuela est une victoire pour les peuples aspirant à la liberté, la dignité, au bien-être et à l’équité tant économique que social.
Le Président Martelly en partance pour l’Amérique du Sud en décembre de l’an dernier lors du sommet des Chefs d’Etat des Pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe (CELAC) déclara, nous le citons : « Je crois que les haïtiens ont fini par savoir que la coopération avec le Venezuela est la coopération numéro Un, celle qui offre le plus de dons et d’assistance à Haïti. » A son retour le 6 décembre 2011 il renchérit : « vous me demandez quelle aide circule le mieux ? Laquelle est plus facile avec très peu de conditions ? Je vous dirai, celle du Venezuela. »
En réalité le Venezuela et Haïti ont toujours entretenu de bonnes relations à tous les niveaux, cependant un magistral coup d’élan s’est opéré dans la forme et dans la nature même des ces relations depuis le triomphe de la révolution bolivarienne sous la direction de Hugo Chavez. Un petit froid entre les deux pays fut constaté durant la période de transition 2004 – 2006. Néanmoins dès 2005 un dégel s’amorçait. En attestent les fuites livrées par Wikileaks. Largement radiodiffusées à l’époque ces fuites ont dévoilé aux haïtiens une partie des manœuvres orchestrées contre les intérêts de leur pays. Selon ces fuites, les américains, tout en reconnaissant les bénéfices importants que notre pays tirerait de sa participation au projet Petro-Caribe, s’y sont opposés farouchement et ont même eu gain de cause momentanément. Effectivement le fond Petro Caribe instauré par les dirigeants de la révolution bolivarienne est d’une portée inestimable. Petro Caribe couvre 43% des besoins en carburant de 18 pays membres. De fait, l’expédition de 100 000 barils de carburant par jour se traduit en économies substantielles aux bénéficiaires. Une petite digression : Au fait ce ne sont pas seulement les pays membres du Petro Caribe qui bénéficient de la solidarité de la révolution bolivarienne. Aux Etats Unis d’Amérique en 2005 inquiets des conséquences néfastes et parfois mortelles des hivers rigoureux des parlementaires américains écrivent à l’American Petroleum Institute (API) leur implorant de venir en aide aux familles défavorisées pour les aider à faire face aux prix exorbitants de l’huile de chauffage indispensable à leur survie, le API a répondu froidement « nous payons déjà des taxes ». En 2006 à nouveau 13 sénateurs américains ont sollicité une aide auprès des compagnies pétrolières américaines en faveur des familles pauvres pour leurs dépenses en huile de chauffage, elles ont toutes fait silence. Seulement Hugo Chavez a répondu à cet appel à travers la compagnie CITGO, propriété de l’Etat vénézuélien. Ainsi en 2006 le Venezuela a accordé une réduction de 40% sur 50 millions de gallons d’huile destinés aux familles en difficulté leur permettant ainsi de survivre aux rigueurs de l’hiver. En 2008 le Venezuela a cette fois-ci donné gratuitement 45 millions de gallons à près de 200 000 familles dans 15 Etats des Etats Unis. Solidarité Sud-Nord ?
Accédé à la présidence en mai 2006 le Président René Préval a pu tenir tête aux pressions, injonctions et tentatives d’obstruction des diplomates américains en mission en Haïti. Haïti devint membre du Fond Petro Caribe.
Aujourd’hui grâce à cette coopération nous avons en Haïti trois centrales électriques thermiques. En outre un apport appréciable est constate dans le domaine agricole depuis bientôt six ans et des fonds disponibles pour engager un ensemble de projets à caractère social.
Nul ne peut nier aux gouvernements américains le droit d’intervenir par tous les moyens à leur disposition pour déjouer ou bloquer toute initiative, qui selon leurs propres jugements bien entendu menace leurs intérêts suprêmes. C’est dans leur droit inaliénable de faire échec à tous prix à tout ce qui pourrait potentiellement contrarier leurs plans, surtout si ce prix à payer n’ est que le maintien de tout un peuple dans une misère abjecte, dans le cas qui nous concerne il s’agit du peuple haïtien. Cela peut s’appeler, le réalisme le pragmatisme, la loi de la jungle, la loi du plus fort…qui peut dire mieux ?
Pourtant malgré le différend qui les oppose, les Etats Unis et le Venezuela entretiennent de solides relations commerciales et économiques. En 2010 les échanges commerciaux entre eux se sont élevés à 55.6 milliards de dollars américains. 42% du pétrole vénézuélien est vendu aux EU soit 990 000 barils par jour pour un montant annuel de 43.3 milliards de dollars. Le Venezuela importe 12.4 milliards des Etats Unis. Et dans le domaine de l’alimentation en particulier le montant d’importation s’élève à 1 milliard de dollars annuellement, soit le quart de l’importation vénézuélienne dans ce domaine. On ne peut qu’admirer le « pragmatisme » des familles américaines bénéficiaires de l’aide du Venezuela, des hommes d’affaires américains et du gouvernement américain en dernier lieu. Car le pétrole et le dollar n’ont, dans ces cas précis, aucune « odeur idéologique »
On comprend par ce qui précède que la conduite des affaires est une chasse bien gardée dans les relations entre deux pays, entre deux peuples souverains. « Souverains » c’est le qualificatif déterminant dans toute cette histoire. Donc il faut donner vie à ces déclarations du Président Martelly à la lumière des accords passés au cours de cette année entre deux représentants de deux peuples « souverains »..
Au-delà de cette aide humanitaire il faudrait développer des relations commerciales dynamiques avec le Venezuela. A l’intérieur des accords déjà signés se trouve un cadre approprié à cet effet. A l’issue du sommet de l’Alba tenu au début de février 2012 auquel participait le président Martelly, le Palais National a émis le communiqué suivant : « Un accord cadre de coopération visant à accroître l’aide du Venezuela au-delà des fonds Petro Caribe déjà robuste et généreux et autres formes d’assistance bilatérale et multilatérale offert par le Venezuela. » Le communiqué rajoute : « la signature de ce document qui fait suite à la réunion bilatérale tenue entre les deux dirigeants le vendredi 3 février permettra d’augmenter l’aide du Venezuela de façon drastique et comprendra la coopération, les crédits à l’investissement direct dans les domaines de l’agriculture, le développement industriel, l’énergie et le tourisme entre autres. Cet accord vise aussi la création de co-entreprise pour travailler dans le secteur de l’agriculture, créer des emplois, augmenter la capacité de la production agricole à travers laquelle Haïti fournira la main-d’œuvre et le Venezuela la technologie, l’équipement ainsi que le crédit aux agriculteurs. En outre le Venezuela travaillera parallèlement avec des compagnies privées pour les encourager à investir en Haïti. »
Au cours de cette rencontre aussi le gouvernement haïtien a été invité par le Président Chavez à se joindre au SUCRE (Système Unitaire de Compensation Régionale de paiements) un système utilisé par les pays membres de l’ALBA pour les produits importés et exportés., CitonsHaïti Libre : « Chavez a expliqué que, par exemple, « si un importateur vénézuélien achète des textiles de la Bolivie, il n’a pas besoin de dollars, il paye en bolivars ici, à une banque vénézuélienne qui donne ces bolivars à la Banque Centrale du Venezuela, qui, dans le cadre de SUCRE, transfère ces fonds à la Banque Centrale de Bolivie. Ainsi, l’importateur vénézuélien a payé ses marchandises en monnaie locale. C’est merveilleux ! »
À propos de l’utilisation de SUCRE, le Président équatorien Rafael Correa, a souligné qu’il s’agissait d’un puissant outil pour le commerce au sein de l’Alba « Nous avons besoin de promouvoir le commerce équitable au sein de l’Alba et nous devons éviter l’utilisation de devises étrangères [sous entendu le dollar américain] dans nos échanges, les devises sont une vulnérabilité pour nous. »
A l’issue du sommet de l’Alba il a été annoncé qu’une réunion des ministres des Affaires Etrangères des pays membres aurait lieu à Jacmel les 3 et 4 mars 2012. Le but de cette réunion était non seulement de donner corps aux accords cités ci haut mais aussi à un vaste champ de coopération, d’aide et d’échanges commerciaux avec Haïti. Suite n’a pas été donnée à ce projet sans qu’aucune information n’ait été fournie au peuple haïtien anxieux de voir la concrétisation de ces accords. Le peuple a tiré ces propres conclusions quant aux raisons de la non tenue de cette rencontre importante pour le pays.
Le peuple haïtien supporte fermement les relations haitiano- vénézuéliennes, les relations Sud-Sud en général et celles avec les pays de la région en particulier. A ce carrefour où nous sommes, l’Alba est un créneau important pour jeter les bases et garantir le développement économique et social du pays dans la dignité, cependant jusqu’à maintenant le gouvernement haïtien n’ose pas intégrer cette communauté où nous sommes ‘obligés’ de maintenir un statut d’observateur. Il est temps qu’Haïti devienne membre à parti entière de l’ALBA.
Nous comprenons très bien que face aux pressions et menaces américaines il ne soit pas facile à quelque gouvernement haïtien que ce soit de faire avancer des initiatives même quand elles sont conformes aux intérêts majeurs du pays et aux aspirations légitimes du peuple haïtien. Cependant fort d’un soutien actif de secteurs importants de la nation un gouvernement serait plus en mesure de résister à ces obstacles et faire avancer ces dossiers cruciaux pour la nation haïtienne Nous devons créer la dynamique nécessaire pour sortir sous la coupe de l’assistanat international et des « gestionnaires internationaux de la misère ».
Ce n’est certes pas facile, aussi nous avons besoin de toute la solidarité nécessaire pour y parvenir, tout comme il n’était pas facile pour les peuples de l’Amérique latine de sortir sous la coupe de la colonisation au début du 19e siècle et ils avaient à ce moment besoin de toute la solidarité possible.
Cap Haitien 24 octobre 2012
Pour le Comité de Solidarité Haïti-Venezuela
Rony Mondestin

Venezuela-Haïti : de PetroCaribe à la « Patrie Caraïbe »

Port-au-Prince, 20 juillet 2012 – Les fonds consacrés par le programme vénézuélien Petrocaribe à la reconstruction de Haïtí s’élèvent à plus de 400 millions de dollars, a expliqué ce 20 juillet 2012 le directeur du Bureau de Financement des programmes d’aide au développement, Michael Lecorps (photo). 

Ces fonds proviennent d’un prêt du gouvernement vénézuélien pour l’achat d’hydrocarbures, a expliqué le fonctionnaire haïtien, et sont utilisés pour la réalisation de projets d’infrastructure parmi lesquels le réseau de santé publique et la reconstruction d’édifices détruits par le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le mois dernier, le Premier Ministre haïtien Laurent Lamothe, a annoncé que le  Venezuela construira près de 5000 maisons destinés aux victimes du tremblement de terre. 400 mille d’entre elles vivent encore sous des tentes.

Lamothe a précisé que le gouvernement de Hugo Chávez financera l’édification de 2500 maisons dans la capitale elle-même et environ 280 maisons dans chacun des 10 départements du pays.

Face à l’éventuel passage d’un cyclone par Haïti, quelques 450 mille personnes sont en situation de risque, selon l’Organisation des Nations Unies. En juin dernier le Venezuela a donné à Haïti un lot de matériels pour faire face à la saison des cyclones, comprenant des lits, des générateurs d’électricité, des tentes et des aliments.

Après la signature d’un accord tripartite en mai 2012 le Venezuela s’est en outre engagé à financer en compagnie de Cuba la construction d’un hôpital sur la base d’un budget de 78 mille dollars.

Cet accord, auquel a souscrit également l’Argentine, prévoit de développer des projets de développement agricole dans la nation Caraïbe.

Les quatre pays se sont mis d’accord pour créer une société mixte en vue d’administrer les fonds du projet vénézuélien Petrocaribe en Haïti, la construction d’auberges, la donation d’infrastructure pour l’éducation et l’octroi de 300 bourses à des jeunes membres de secteurs pauvres. Lamothe a lancé à la mi-mai un programme d’aide sociale qui bénéficiera à 100 mille mères haïtiennes, montant qui provient également du programme vénézuélien Petrocaribe.

Haïti vit une situation de crise depuis plus de deux ans, lorsqu’un tremblement de terre a tué plus de 300 mille personnes et a laissé sans logements à plus d’un million et demi d’habitants. Plus de 40 mille citoyens haïtiens vivent actuellement dans des campements, alors que le pays subit une épidémie de choléra qui a fait plus de sept mille morts.

C’est en 2005 autour de 14 nations qu’est né l’accord de coopération énergétique Petrocaribe. L’objectif : parvenir à l’intégration des peuples d’Amérique Centrale et des Caraïbes, grâce à la coopération énergétique sur un modèle d’échange équitable et favorable à tous les pays.

Ce projet a pour but d’encourager le développement social et économique de la région, avec cinq principes directeurs : l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité, et la vision Sud-Sud.

 L’initiative regroupe aujourd’hui dix-huit pays : Antigua-et-Barbuda, le Bahamas, le Belize, Cuba, la communauté de la Dominique, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua, la République Dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, le Surinam et enfin le Venezuela.
Les pays membres de PetroCaribe (2012): Source : Édition 3 du journal PatriaCaribe, Caracas, juillet 2012.

Cette volonté d’union politique caraïbe ne date pas d’aujourd’hui et s’appuie sur de profondes racines historiques. Dans le cas de Haïti et du Venezuela, voici un article signé par Gary Olius * et publié par par AlterPresse (Haïti) le 14 mars 2011, sous le titre : Haïti-Venezuela : sur les traces de Pétion et de Bolivar :

« Les héros haïtiens de la trempe de Toussaint Louverture, d’Alexandre Pétion ou de Dessalines sont souvent copieusement vénérés mais jamais bien imités. On ne sait pas exactement pourquoi, mais il semble que ceux qui sont capables de gargarisme ou de turlututu politique ne sont pas toujours aptes au mimétisme grandeur-nature, lequel exige une certaine capacité d’action politique concrète et positive. C’est peut-être une preuve de plus qu’il existe tout un monde de différence entre les blablablas passéistes et la reproduction – même en miniature – des exploits des grands d’antan.

Aux prises avec un présent désagréable, les dirigeants haïtiens et les politiciens de tout acabit s’accrochent toujours aux hauts faits du passé et oublient de définir la praxis appropriée qui permettrait au pays d’avoir droit à un présent plus supportable et de mieux faire face à son avenir. Ce qui serait une façon bien plus éloquente de rendre aux ancêtres l’hommage qu’ils méritent, juste un peu comme les tenants du bolivarisme qui s’activent à lier avec maestria le verbe patriotique à une action politique digne de la mémoire de leur héros chéri. Les faits historiques varient d’un pays à un autre et il n’existe pas en histoire cet homéomorphisme mathématique qui puisse faire en sorte que l’expérience vénézuélienne, par exemple, puisse servir de déclic facilitant le réveil des haïtiens.

Comme par un heureux hasard, une logique existentielle et un concours de circonstances ont voulu que les destins de certains grands hommes se croisent, et pour cause, l’amour de la liberté, le sens élevé du sacrifice et le don de soi ont mis barbe pour barbe deux révolutionnaires du continent américain et scellé à jamais leur destins. Et depuis, l’amitié Pétion-Bolivar est née. On dirait qu’ils ont été créés pour se comprendre rapidement, fraterniser et s’unir contre tout ce qui va à l’encontre du bien-être de l’être humain. Ils avaient en commun les mêmes ennemis et étaient tous deux prêts à mourir pour faire échec au colonialisme ou l’impérialisme sous sa forme rampante.

Cette amitié légendaire s’est convertie, jadis, en coopération militaire bilatérale entre le Venezuela et Haïti. Et on en connait les résultats. L’Espagne colonisatrice n’avait pas seulement vu rouge, mais de toutes les couleurs. Toute l’Amérique Latine a pu bénéficier des fruits de cette coopération pour la défense de la liberté et la dignité humaine. Cette amitié a consacré aussi le début d’une lutte sans merci pour le respect des droits de la personne et le respect de l’égalité entre les humains. Aussi, mérite-t-elle d’être considérée comme la légitime génitrice de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour le malheur des uns et, peut-être, pour le bonheur des autres, les générations se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Et, de fait, les néocolonialistes ont aujourd’hui le champ libre pour agir à leur guise sous nos cieux, puisque les dirigeants actuels n’ont pas grand’ chose à voir avec les contemporains de Pétion ou de Dessalines. Au Venezuela aussi, Hugo Chavez n’est pas l’égal de Simon Bolivar, mais tout porte à croire qu’il a su trouver la façon appropriée pour assurer la survie ou la pérennité des idéaux de ce grand Libertador et donner du fil à retordre aux ennemis déguisés de son peuple. Il s’est imprégné de l’idéologie bolivarienne et en a fait son cheval de bataille ; tandis que nos dirigeants se rappellent de Pétion ou de Dessalines uniquement quand la communauté internationale les traine dans la boue au grand jour, au vu et au su de tout le monde, à un point tel qu’on a l’impression que lorsqu’ils se disent fiers des héros de l’indépendance haïtienne que ces derniers, surement, ne doivent pas être fiers d’eux. Chavez, par contre, puise l’essentiel de ses réflexes politiques et diplomatiques dans cette idéologie bolivarienne, tout en se préoccupant très peu du tintamarre provoqué par ses prises de position et des qu’en dira-t-on ; car il sait pertinemment qu’en fin de compte l’histoire ne retiendra que les actions remarquables, laissant à la littérature politique le soin de passer au crible les verbiages sans valeur et les discours malveillants des uns et des autres.

Des historiens latino-américains comme Paul Verna et Lecuna Vicente ont redessiné avec minutie la route suivie par Simon Bolivar en vue de parvenir à la libération de son peuple du joug espagnol et, ce faisant, ont permis à ceux qui le veulent de suivre les traces de ce monument dans leurs luttes pour libérer leurs concitoyens des systèmes oppressifs d’envergure planétaire. C’est d’ailleurs pour s’élever à la dimension de l’esprit bolivarien que certains pays de l’Amérique Latine ont mis en place le mouvement régional baptisé ALBA.

Comme l’aube d’une solidarité agissante contre l’exploitation, la ségrégation internationale et la globalisation malfaisante de la bêtise économique, ce mouvement se veut être une farandole indéfectible servant à honorer sempiternellement Simon Bolivar et faire triompher son idéologie empreinte de dignité, de solidarité et d’équité, en ce bas monde où les velléités liberticides tendent à s’imposer au détriment de tout.

ALBA se veut aussi être un renvoi d’ascenseur à notre Haïti réprimée, meurtrie et appauvrie pendant plus d’un siècle et demi d’impérialisme ou de néocolonialisme. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre le statut particulier qui y est accordé à Haïti et la tenue de la future grande réunion des présidents et chanceliers albiens à Jacmel, en 2013.

Jacmel, faut-il le souligner, c’est cette ville aux quatre portails [1], portée sur les fonts baptismaux par un flibustier fuyard d’origine espagnole appelé Jacomelo et d’un franc-maçon doublé d’un Chevalier de la Toison d’Or, Gouverneur de la colonie de Saint-Domingue et répondant au nom de Jean-Baptiste du Casse en 1698 [2]. Tel le produit d’une combinaison savante de l’art de la fuite et de l’ésotérisme, ou d’un étrange mélange du matériel et du spirituel, Jacmel – ville assise confortablement sur deux épées croisées d’Archange Michel – a offert droit de cité à Simon Bolivar et lui a donné l’ultime onction contre la défaite, tout en lui inculquant la colère vertueuse d’Ogoun Feray qui rend invincible ; oui, ce dieu guerrier vêtu de rouge qui inspirait les combattants de 1804.

Bolivar et ses compagnons d’armes sont partis de ce coin de terre, comme si une drôle de coïncidence historique a voulu que ce français et cet espagnol participent à la mise en place de la rampe de lancement de la grande opération militaire qui alla chambarder l’ordre colonial dans la région. La raison des historiens s’égare quand li s’agit de comprendre le pourquoi de ce haut fait historique.

L’histoire, on dirait, manipule les hommes et leur joue des tours comme pour leur rappeler que les faits sont ce qu’il y a de plus rusé dans le monde des humains. Il a fallu un Price et un Verret, tous deux commerçants jacméliens, pour vendre à Bolivar une grande part de la quantité de poudre à canon et des cartouches dont il avait besoin pour mener les décisives batailles de Barcelona. Il a fallu que l’expédition des Cayes échoue pour que celle de Jacmel soit – à tout point de vue – mieux préparée et puisse porter bonheur aux révolutionnaires conduits par le super-héros latino-américain. Il a fallu un gouvernement de droite pour franchir les barrières idéologiques et convaincre Hugo Chavez qu’ALBA se donne en assise à Jacmel. Ah l’histoire ! Tu ne finiras jamais de nous surprendre. Plût au ciel que nous puissions déceler à temps les agréables surprises que recèle l’amitié Haitiano-Vénézuélienne. »

* Economiste, spécialiste en administration publique

Contact : golius_3000@hotmail.com

[1] Selon Bonnard Posy “Jacmel se distingue des autres villes de la république parce qu’elle est pourvue de 4 portails : le Portail de Léogane, le Portail de Bainet, le Portail de la Gosseline et le Portail de St. Cyr … chacun d’eux s’impose comme une âme vivante. Ils contribuent tous, efficacement, à la vie, à l’épanouissement de la cité. …Certaines villes étrangères ont édifié des remparts à l’ombre desquels se nouent les trames de leur vie quotidienne. De même, à partir de ces célèbres portails qui s’ouvrent sur le profil dentelé de ses rues, Jacmel se débat, s’affaire avec au cœur, un rêve tenace de progrès économique et social et de dépassement culturel. (JACMEL, SA CONTRIBUTION A L’HISTOIRE D’HAITI, p. 32)
[2] “… Yaqui, en langue Taino, signifie rivière, et dans toutes les cartes du 17e siècle, on parle de “Villanova de Yaquimo” toujours place à l’embouchure d’un cours d’eau à deux bras, au-dessus d’Aquin. Elle s’y trouve déjà sur la « Mapa miniature de la isla de Santo Domingo », dressée en 1516 et sur celle de Herrera, un siècle plus tard ; une autre carte anglaise du 14 septembre 1712 la place juste au-dessus de Léogane. Pour les Espagnols Yaquimo a toujours été « Le Port du Brésil »à cause de la grande quantité de bois de Brésillet qui occupait une place importante dans les exportations de Jacmel, prés de 600.000 livres annuellement. Ce bois de teinture a toujours été le monopole de la région. « Ojeda, après un voyage dans les Caraïbes avec Amerigo Vespucci, fit voile, nous dit Charlevoix, vers Hispaniola et prit terre le 5 septembre 1499 au port de Yaquimo pour charger des bois de Brésil. » Harry Carrenard cité dans JACMEL ET SES QUARTIERS POPULAIRES, Imprimerie l’Abeille, Jacmel, Juin 1955.

Sources : Radio Métropole et AlterPresse (Haïti)

Photos : Stediletto, avec la Brigade du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre (Brésil) et de Via Campesina en Haïti.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne

Dessin publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Le 16 mars 2012 le journal d’opposition « Tal Cual », dirigé par l’ex-ministre néo-libéral des années 90 Teodoro Petkoff, publiait une caricature accusant le gouvernement bolivarien de distribuer de l’eau sale aux usagers. Le dessin montre un homme coiffé d’un béret incarnant Hugo Chavez accompagné d’enfants et regardant l’eau jaillir d’un robinet sur lequel s’est posée une mouche. L’homme au béret dit: “Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons des eaux afrodescendantes”. Dans “Le général dans son labyrinthe”, Gabriel García Márquez raconte comment les peintres du XIXème siècle « blanchirent » les traits de Simón Bolívar jusqu’à effacer ses traits africains. Cette obsession raciste des « mantuanos » – aristocratie coloniale d’origine européenne – n’a pas disparu. L’élite qui rêve de chasser Hugo Chavez du pouvoir « par tous les moyens » considère comme illégitime l’élection à la Présidence de la République d’un « zambo » (mélange d’indigène et d’afrodescendant). Le mythe fondateur de la société coloniale puis censitaire postulait que les millions de « morenos », « pardos », « zambos », n’appartenaient pas au genre humain.

Hugo Chavez vu par l’opposition.

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas (1) : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes en général oublient que les « choses noires » qui leur lavent les cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, sont des « singes » qui habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. » Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne voient soudain leur statut se banaliser et nourrissent une rage raciste décuplée contre Hugo Chávez. Mais quand les dirigeants de cette opposition (minoritaire dans les urnes à l’issue de scrutins validés internationalement) répètent « nous sommes la majorité », ils ne mentent pas. Ils réaffirment sincèrement leur vision du monde. Eux seuls appartiennent au genre humain, eux seuls peuvent être comptés. Ils sont donc, très logiquement, « majoritaires ». Un racisme relayé par des « spécialistes » du monde extérieur comme le français Alexandre Adler pour qui « Hugo Chávez est un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005), un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) 

« Mantuana » espagnole avec son esclave noire, XVIIIème siècle.

Vargas et Sanoja : « Bien avant l’élection de Hugo Chávez et la démocratisation progressive du champ  politique, les “singes” étaient pourtant bien là, pas encore citoyens mais déjà constructeurs de tout un pays : majorité sociale d’employés, de domestiques, d’ouvriers, de journaliers que l’historiographie de l’oligarchie ignorait systématiquement, considérant comme naturelle l’exploitation des untermenschenindigènes, métis, blancs pauvres ainsi que leur maintien dans des conditions de vie dégradantes. »

Buste du héros national, le rebelle José Leonardo Chirinos (1754-1796), Caujarao, État de Falcón, Venezuela.

Eduardo Galeano a rappelé que les premières insurrections d’Africains en Amérique Latine eurent lieu au Venezuela, lorsque se soulevèrent les mineurs de Buria (1533) sous l’impulsion du Rey Miguel. Simon Bolívar avait douze ans lorsque près de trois siècles plus tard, à deux pas de chez lui, les mantuanos exécutèrent sur une place publique de Caracas un autre rebelle : José Leonardo Chirinos, dont le corps écartelé fut exposé aux quatre coins du pays pour rappeler aux esclaves ce qui les attendait en cas de récidive. Sanoja et Vargas : « Vers la fin du XVIIIème siècle, les métis et africains réduits en esclavage totalisaient les 72% d’une population dominée par une bourgeoisie (27%) de commerçants, artisans, producteurs agricoles et des premiers métis, indigènes et noirs affranchis. Au sommet de cette pyramide, 3000 oligarques “mantuanos” de Caracas (1%) accaparaient  plus de 50% de la richesse per capita. « Comme le montrent leurs nombreuses appellations – Angola, Cabindo, Carabalí, Congo, Fuló, Wolof, Mandinga, Malembe – , les esclaves capturés en Afrique occidentale provenaient de sociétés complexes structurées autour du commerce, de l’agriculture et de l’élevage, de l’extraction minière, de la forge et de la fonte du métal. Cette « main d’oeuvre » fut enrôlée dans les mines de cuivre de Cocorote, dans l’état de  Ya­racuy, au XVIIème siècle. « Bien que la structure des grandes plantations absorba la majeure partie de cette force de travail culturellement déracinée, les traditions de la musique, de la magie et de la médecine survécurent avec une intensité qui permit aux afrodescendants de conserver leur identité sociale. Les femmes réduites en esclavage eurent une immense importance dans la vie sexuelle des maîtres de l’oligarchie coloniale et républicaine, soumises aux viols illimités, fait qui explique l’énorme population de mulâtres qui forment le secteur social des « pardos ». Les africains d’origine mandinga, réputés plus rebelles, étaient associés dans l’esprit des maîtres à la représentation du diable, comme l’est Chavez aujourd’hui. « Beaucoup ignorent que le premier drapeau brandi par Bolívar en signe de rébellion contre la couronne espagnole était un drapeau noir appelant le peuple réduit en esclavage à se rallier à la cause de l’indépendance et, par la suite, de l’Égalité. Mais si Bolivar décréta l’abolition de l’esclavage dès 1816, respectant ainsi la promesse faite aux « jacobins noirs » de Haïti à qui il devait pratiquement tout, l’exploitation de cette main d’oeuvre lui survécut. Certes les républiques « indépendantes » qui s’ensuivirent étaient faites pour « les citoyens ». Mais les afrodescendants n’étaient pas encore considérés comme « citoyens ». C’est pourquoi nombre d’entre eux répondirent à l’appel « Terres et Hommes Libres ! » du général Ezequiel Zamora (1859-1863) dont l’assassinat repoussa une fois de plus l’émancipation espérée. Jesús Chucho García (2) : “Au Venezuela l’intellectuel Arturo Uslar Pietri  réclamait une immigration européenne pour “améliorer la race et le niveau culturel , expliquant que les antillais n’avaient rien à apporter au développement de notre pays. Dès 1937, Pietri proposait à la Chambre de Commerce que le Venezuela, pour devenir un pays moderne, renonce à ses composantes indigènes et afrodescendantes. Le marxisme vénézuélien, importé d’Europe comme signe de distinction sociale, refoula lui aussi les thèmes indigènes et afrodescendants. » Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : «à partir de 1936, avec le boom pétrolier et la fin de la dictature de Juan Vicente Gómez, s’effondrèrent les relations de production de type semi-féodal qui maintenaient les paysans enfermés dans leurs ghettos. Tous ces paysans sans terre, mulâtres, indigènes et noirs se joignirent à l’embryon de prolétariat urbain rejeté à la périphérie des grandes villes, en particulier à Caracas : une population essentiellement jeune, souvent désoeuvrée, souvent obligée de recourir à la délinquance pour subvenir à ses besoins. La démagogie électorale des années 60 et 70 stimula davantage encore l’exode rural, gonflant les ceintures de misère de millions d’habitants qu’on cherchait à manipuler à travers le média politique central : la télévision, avec sa vision d’une société blanche comme modèle incontournable du « développement ». « Le boom pétrolier permit à la classe moyenne de passer d’une vie austère à un vie aisée, condition qui s’améliora encore avec la hausse du pétrole dans les années 70. C’est à cette époque aussi que la bourgeoisie de gauche comme de droite, s’autoproclama soit comme avant-garde de la révolution mondiale soit comme bouclier anticommuniste, et dans les deux cas, comme garante des intérêts populaires. « Aujourd’hui ces secteurs se sentent trahis par « leurs sujets ». Ils n’ont pas vu venir les élections de 1998 où une majorité de «singes » leur a préféré Hugo Chavez. Cette inclusion soudaine de nouveaux sujets devenus citoyens à part entière, qui proposent des lois, se forment, s’organisent, participent à la vie politique, explique la convergence de certains secteurs marxistes des années 80 avec la droite de la classe moyenne, surtout parmi les universitaires irrités de perdre le monopole du discours critique, et qui défendent leurs intérêts de classe face à l’ « insurrection des singes ».

Norma Romero

La révolution bolivarienne, elle, a rompu avec le mythe officiel du métissage en vigueur sous les gouvernements antérieurs et a promulgué en 2011 une Loi contre la discrimination raciale. Recueillant une proposition exprimée lors de la IVème Rencontre Internationale des mouvements sociaux Afrodescendants d’Amérique Latine et des Caraïbes (juin 2011), le président Chavez a également décrété en mai 2012 la création du Conseil National des Communautés Afrodescendantes dont le rôle est de «concevoir les politiques publiques et d’articuler les différents ministères pour apporter des réponses concrètes et  mettre fin aux asymétries et discriminations qui affectent encore ces communautés». Norma Romero Marín (photo) a été nommée responsable de cet organisme lancé lors d’un acte officiel dans la région de Caucagua, berceau historique de rébellions et de communes libres organisées par les esclaves fugitifs.

Semaine de l’Afrique au Venezuela (mai 2012) en présence du Vice-Ministre Reinaldo Bolivar.

Récemment c’est autour de la figure du rebelle José Leonardo Chirinos que s’est ouverte la Semaine de l’Afrique (21-25 mai 2012). Des étudiants originaires d’Afrique de l’ELAM (École Latino-Américaine de Médecine « Salvador Allende »), de l’Université Expérimentale des Forces Armées (UNEFA), ou encore les étudiant(e)s du Lycée Andrés Bello ont débattu avec le Vice-Ministre des Affaires Étrangères pour l’Afrique, Reinaldo Bolivar (photo), également créateur d’un Centre des savoirs Africains (Centro de Saberes Africanos). Parmi les thèmes abordés : le racisme encore présent dans de nombreux médias privés, l’impact de la Loi contre la Discrimination Raciale et l’analyse des contenus éducatifs. Comme ces “bourgeoisies” locales historiquement fondées sur la négation de l’Autre, les empires actuels invisibilisent, déshumanisent, via les médias, les civilisations qu’ils veulent détruire. Cette réduction de l’Autre, doté de « moins de subtilité intellectuelle, moins de richesse historique » réapparaît parfois curieusement dans la gauche occidentale (avec la puissance du refoulé colonial et sous des dehors apparemment progressistes comme la « laicité » ou les « droits de l’homme »). Le cliché souvent entendu : «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté de comprendre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux. Comment ignorer encore le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir « les trois quarts de l’Humanité » lors d’un vaste congrès à Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), la stratégie bolivarienne consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples finira par démocratiser les institutions politiques et permettra des relations internationales enfin basées sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. Caracas accueillera le prochain sommet des non-alignés en 2015.

Jesús « Chucho » García lors d’une conférence-débat, Caracas.

Jesus « Chucho » García : « Le Venezuela fait un grand travail pour resserrer les liens avec l’Afrique: nous avons commencé à faire venir des étudiants de là-bas et à nouer toutes sortes d’accords : commerciaux, culturels, etc.. Pendant trop d’années et malgré tout ce que nous avons en commun nous avons tourné le dos à l’Afrique, au moment où l’impérialisme mène une guerre de reconquête pour s’emparer de ses ressources naturelles. Nous ne nous identifions pas pour autant à la religion afro-centrée ni à une certaine forme d’auto-ségrégation du mouvement noir états-unien. Nous sommes américains et sur ce continent américain a eu lieu un long processus d’innovation, de création. Nous ne voulons pas nous paralyser dans le temps. Notre objectif final est que nous soyons tous égaux et que l’on comprenne que le racisme fut inventé pour justifier un système d’exploitation mondiale». Auteur et traducteur : Thierry Deronne (1)  Ricardo Sanoja et Iraida Vargas,  anthropologues et historiens vénézuéliens, article ” El Origen de “Monos” y “Escuálidos”. Voir aussi http://www.dailymotion.com/video/xmi3bz_a-solas-con-dos-antropologos-venezolanos-mario-sanoja-obediente-e-iraida-vargas-arenas_news (2)  Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel vénézuélien et fondateur/activiste du mouvement afrodescendant, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf ) URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

Haïti et le Venezuela signent un accord cadre de coopération

dimanche 5 février 2012

Le Président de la République de Haïti, Michel Martelly, et son homologue vénézuélien Hugo Chavez ont signé, ce 5 Février, un accord-cadre de coopération visant à accroitre l’aide du Venezuela au-delà du Fonds Petro Caribe déjà généreux, et autres formes d’assistance bilatérale et multilatérale offertes par le Venezuela. (L´acteur états-unien Sean Penn, nommé récemment ambassadeur itinérant par le gouvernement haïtien en reconnaissance de son engagement sur le terrain aux côtés de la population, a participé à une des réunions entre les mandataires.)

La signature de ce document qui fait suite à la réunion bilatérale tenue le vendredi 3 Février entre les deux dirigeants, permettra d’augmenter l’aide du Venezuela de façon drastique, et comprendra la coopération, les crédits et l’investissement direct dans les domaines de l’agriculture, la production, le développement industriel, l’énergie et le tourisme entre autres.

Le Venezuela, à travers son accord de coopération avec la Chine, va également ouvrir plusieurs magasins électroménagers en Haïti afin de vendre des produits (réfrigérateurs, radios, panneaux solaires, fours électriques) à des prix réduits et subventionnés à la population. L’accord prévoit de fournir un financement à la population haïtienne pour faciliter l’accès à ces produits.

Cet accord vise aussi la création de coentreprises pour travailler dans les secteurs de l’agriculture, créer des emplois, augmenter la capacité de la production agricole, à travers laquelle Haïti fournira la main d’œuvre et la terre, et le Venezuela la technologie, l’équipement ainsi que le crédit aux agriculteurs. En outre, le Venezuela travaillera également avec des compagnies privées pour les encourager à venir investir en Haïti.

A l’occasion de ce sommet de l’ALBA, les pays membres se sont entendus pour renforcer la coopération avec Haïti par l’intermédiaire d’un « plan spécial » pour Haïti. « Il est de la responsabilité des pays de l’Amérique latine de rester unis pour aider Haïti », a dit le Président Chavez. La coopération accrue entre l’ALBA et Haïti comprendra les investissements, la coopération technique et la formation dans les domaines de la santé, l’éducation, l’énergie, la production agricole et les infrastructures.

Dans le but d’aller de l’avant avec ce plan, il a été convenu que les Ministres des Affaires Etrangères des pays membres de l’ALBA tiennent une séance de travail de deux jours afin d’élaborer un plan de travail détaillé pour cette nouvelle coopération. Cette séance de travail sera organisée dans la ville historique et touristique de Jacmel les 2 et 3 Mars prochains. Haïti recevra cette assistance en préservant son statut de pays observateur au sein de l’ALBA.

Fuente : http://www.avn.info.ve/contenido/ve…