La voix dissonante du Forum de São Paulo, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

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La 24e édition du Forum de São Paulo (FSP), rencontre qui rassemble les partis et mouvements progressistes de l’Amérique latine et de la Caraïbe, s’est tenue à La Havane du 15 au 17 juillet. Fondé en 1990 par le président cubain Fidel Castro et celui qui n’était encore que le dirigeant au Brésil du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio Lula da Silva, ce rassemblement accueillit d’emblée tant des partis de gauche modérés que des formations forgées dans la lutte armée, des partis communistes (dont le PCC cubain) et leurs différentes scissions. « Affronter le néolibéralisme en Amérique latine, nous expliquera bien plus tard Valter Pomar, membre de la direction nationale du PT, exigeait une attitude ouverte et plurielle, prenant en compte tant la crise traversée par le communisme que celle frappant la social-démocratie. »

Présent à La Havane et évoquant, lors de la journée de clôture de cette édition 2018, son prédécesseur à la présidence du Venezuela, Nicolás Maduro a rappelé avec émotion : « [Hugo] Chávez disait que quand toutes les lumières se sont éteintes dans le monde ; quand l’Union soviétique s’est effondrée et que son pouvoir s’est désintégré en mille morceaux ; quand l’ancien bloc des pays socialistes s’est écroulé et est tombé entre les mains du capitalisme ; quand il semblait que le monde unipolaire, le consensus de Washington et la fin de l’Histoire s’imposaient, il y a eu une lumière et un drapeau s’est levé en Amérique latine. Depuis Cuba, depuis le Brésil, depuis le Forum de São Paulo, cet espace de lumière et de lutte s’est dressé. »

A la naissance du FSP, un seul parti membre exerçait le pouvoir : le PCC de Fidel Castro. La droite, partout ailleurs, imposait son hégémonie. Depuis la fin des années 1990 et leur tournant historique, la majorité des autres partis, modérés ou radicaux, ont accédé à un moment ou à un autre, par les urnes, à la magistrature suprême – au Venezuela, en Uruguay, en Bolivie, au Chili, au Brésil, en Equateur, au Nicaragua, au Panamá, au Paraguay, au Salvador, pays auxquels s’ajoute, depuis le 1er juillet dernier, le Mexique, grâce à la victoire du Mouvement de régénération nationale (Morena) d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO).

Cette victoire, elle aussi historique, ne peut néanmoins occulter le recul et les difficultés de gauches de gouvernement, en particulier les plus radicales, que les secteurs conservateurs – en bonne logique – n’ont jamais accepté. La gauche n’est tolérée que lorsque elle se soumet aux codes du monde dans lequel elle navigue. Pas lorsqu’elle s’attaque au néolibéralisme et bouscule (ne serait-ce qu’en partie) ses diktats.

Les gouvernements progressistes (ou « populistes », pour satisfaire les grincheux), comme tous les autres, commettent des erreurs, des impairs. Des fautes politiques parfois. Qu’ils les paient dans les urnes – comme en Argentine (2015) – est évidemment dommageable, mais n’a rien de scandaleux. En revanche, quand la nouvelle restauration conservatrice utilise le coup d’Etat « militaro-parlementaire » (Manuel Zelaya, Honduras, 2009), « parlementaire » (Fernando Lugo, Paraguay, 2012), « juridico-parlementaire » (Dilma Rousseff, Brésil, 2016), condamne sans preuves un ex-chef de l’Etat pour l’exclure de la vie politique (Lula, Brésil, 2018), tente d’en faire incarcérer d’autres, dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons (l’équatorien Rafael Correa ou même l’argentine Cristina Fernández de Kirchner), déstabilise une nation souveraine (le Venezuela depuis l’arrivée au pouvoir de Maduro), elle remet à l’ordre du jour le déni de démocratie et l’oppression. Avec la bénédiction d’un ordre médiatique globalement peu porté à reconnaître une infamie flagrante quand il l’a sous les yeux. En témoigne le traitement des deux crises les plus graves de la période, celle récurrente du Venezuela, et celle, actuellement en plein paroxysme, du Nicaragua.

Pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle ou simplement journalistique, en aucun cas l’explosion de violence nicaraguayenne ne peut être qualifiée de lutte du bien contre le mal, des « gentils étudiants » contre le méchant « caudillo » [1]. Lire : Daniel Ortega. Qu’un policier (ou un civil) tuant un manifestant soit un assassin est parfois ou souvent vrai. Tout dépend du contexte et des circonstances. Mais qu’un contestataire mâtiné de délinquant blesse un policier (ou un militant sandiniste), le tue, l’arrose d’essence, puis le brûle, n’en fait pas, même béni par les évêques, un membre pacifique de la « société civile ».

Il faut une certaine dose de naïveté, l’arrogance de ceux qui savent disposer à l’étranger de puissants appuis ou une totale méconnaissance du Nicaragua pour s’imaginer que, dans un pays où ils ont renversé au prix de milliers de morts la dictature de Somoza, puis ont résisté, les armes à la main, au prix d’autres milliers de morts, pendant dix ans, à l’agression américaine, puis ont accepté de rendre démocratiquement le pouvoir après avoir perdu les élections, puis les ont regagnées tout aussi démocratiquement et ont bénéficié de programmes sociaux, les sandinistes acceptent sans réagir de voir l’opposition se livrer à une tentative brutale de renversement du président qu’ils ont élu. D’où, aux côtés des forces de l’ordre, l’apparition de groupes de militants souvent « historiques » – rebaptisés « paramilitaires » par les médias – répondant parfois par les armes, pour le meilleur – la libération de populations prises en otage – et aussi le pire – une violence meurtrière incontrôlés –, à une situation insurrectionnelle également armée (ce qui ne signifie nullement qu’il n’existe pas d’opposants pacifiques, on l’aura compris).

Seulement, il est parfois très mal vu de se référer à un « réel » aussi complexe. Et la solidarité avec les « étudiants » dressés contre l’ « infernal couple sandiniste Ortega-Murillo [2] » (comme ceux du Venezuela s’opposant en 2014 à Maduro !) prend parfois de bien curieux chemins. Le 20 juillet, en France, en appelant à l’arrêt immédiat des violences (option que nous partageons), le Groupe d’amitié interparlementaire France – Mexique et pays d’Amérique centrale a « condamné l’aggravation des attaques visant ces derniers jours des groupes de religieux et d’étudiants qui manifestent contre le gouvernement » et déploré « l’intervention de groupes paramilitaires [« sandinistes »] lourdement armés. »

Pour arriver à cette conclusion sans nuance, qui ne met en cause que le pouvoir, ce groupe d’élus s’est contenté de recueillir le témoignage de trois étudiantes d’opposition en tournée de propagande européenne, qui lui ont été amenées sur un plateau, et de s’entretenir avec des représentants de la section française d’Amnesty International. Certes très respectée, cette organisation non gouvernementale (ONG) a une fâcheuse tendance à ne condamner « que » la violence des Etats et paraît considérer relevant de « la violence légitime », nous y revenons, la déstabilisation, l’organisation insurrectionnelle du chaos, la tentative assumée de renversement d’un président démocratiquement élu, l’utilisation des séquestrations et de la torture, ou l’usage d’armes létales contre les forces de sécurité. Toutes choses dûment constatées au Nicaragua (et en 2014 et 2017 au Venezuela).

Pourquoi ne pas prendre également en compte l’appel de l’Association des travailleurs ruraux (ATC), référent nicaraguayen de l’également très respectée (mais dans les milieux populaires et anticapitalistes) Vía Campesina, pour que « cesse la violence et la manipulation médiatique des classes dominantes avec l’appui des forces de l’Empire [lire : les Etats-Unis] [3 » ?

Cette suggestion passablement naïve ne tient évidemment pas compte de la composition politique de ce groupe parlementaire de supposés amis français du Nicaragua : huit de ses membres appartiennent au parti Les Républicains (LR) ; neuf à l’Union centriste (UC) ; quatre au Groupe socialiste et républicain (SOCR, socialiste et apparentés) ; un à La République en Marche (LREM) ; un au Rassemblement démocratique et social européen (RDSE, très majoritairement « macroniste »). Disons : du centre mou (pour être aimable) à la droite dure (pour être précis).

On retrouve là une configuration similaire à celle du Groupe parlementaire d’amitié France-Venezuela, dont la présidente Michèle Crouzet (LREM) a organisé le 5 juillet, au siège de l’Assemblée nationale, à l’occasion de la commémoration du jour de l’Indépendance vénézuélienne, un « débat » pour lequel elle n’a invité que des intervenants viscéralement « antichavistes » – dont (à titre d’anecdote significative) Paula Doumerg-Osorio, franco-vénézuélienne militante à Paris du très droitier parti Voluntad Popular et, en même temps, collaboratrice à l’Assemblée de Guillaume Gouffier-Cha, député LREM du Val-de-Marne.

A ces adversaires somme toute évidents, se joignent curieusement d’autres chevaliers de l’« axe du bien ». Le 18 juillet, un groupe latino-américain « d’intellectuels, de militants sociaux et d’universitaires », comme eux-mêmes se définissent, a émis une « déclaration urgente sur le Nicaragua » : « Nous voulons exprimer notre profond rejet face à la très grave situation de violence politique d’Etat et de violation des droits humains que traverse le Nicaragua, avec pour responsable l’actuel régime Ortega-Murillo ». Suit une dénonciation féroce du « dictateur, aveugle de pouvoir et aux mains tachées de jeune sang » et du « gouvernement illégitime et criminel qui, aujourd’hui, usurpe la mémoire sandiniste [4] ». Parmi les signataires, le ban et l’arrière-ban de l’ « anti-corréisme » équatorien dit « de gauche » emmené par Alberto Acosta, les détracteurs d’Evo Morales sous la conduite de Pablo Solón [/a] et, emmenés par l’inévitable Edgardo Lander, les contempteurs dits « progressistes » de Maduro.

Un texte du même type et émanant de la même mouvance avait circulé le 30 mai 2017 pendant la phase insurrectionnelle sanglante (125 morts) de la déstabilisation du Venezuela, sous le titre « Appel international urgent pour stopper la montée de la violence au Venezuela [5] ». Une formulation louable. Mais une escroquerie, par sa seule dénonciation d’un « gouvernement de plus en plus délégitimé, prenant un fort caractère autoritaire (…) principal responsable de la situation ». Par son parti pris évident, cet appel avait donné lieu à une réponse diffusée par le Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’humanité : « Qui accusera les accusateurs ? [6] »

Un malaise existe et il n’est pas forcément inutile d’en faire état. Avec ses faiblesses, mais aussi ses incontestables réussites, la gauche latino-américaine doit désormais se battre sur deux fronts. Contre la droite conservatrice, ce qui ne surprendra personne. Mais aussi contre certains secteurs de ce qu’on appelait autrefois l’extrême gauche, lesquels, « post-trotskistes », « anarcho-irresponsables », « académiques haut de gamme », « khmers verts » de l’écologie (sans parler du sous-courant des « marxistes narcissistes » qui, depuis Paris, Caracas, Buenos Aires ou Quito, inondent les réseaux sociaux), à l’instar de la gauche institutionnelle, ont perdu leurs repères et leurs fondamentaux. Localement ultra minoritaires, dépourvus de poids politique, mais exerçant une réelle influence grâce aux réseaux de leurs alliés, amis et groupuscules internationaux (en particulier européens), ils confortent l’offensive de la droite et de l’extrême droite en les rejoignant, non dans une critique nécessaire et légitime, mais dans des dénonciation outrancières et des analyses extravagantes. Celles d’un supposé « autoritarisme de Correa » pendant ses dix années de pouvoir, de la « régression nationale-stalinienne » de Maduro, du « retour de la dictature » au Nicaragua (sans par ailleurs avoir seulement l’idée de s’indigner dans une de leurs brillantes tribunes contre l’extermination silencieuse des dirigeants populaires et sociaux en Colombie – plus de 300 depuis 2016).

A l’abri du regard théorique, indifférents aux difficultés et aux contradictions de la pratique du pouvoir, que démultiplient par ailleurs les diverses techniques de déstabilisation employées par la réaction, ces faiseurs d’opinion estampillés « think tank », ONGs (et bailleurs de fonds), carrières universitaires, chapelles, clans et coteries, se comportent en alliés objectifs des présidents faucons Donald Trump (Etats-Unis), Juan Manuel Santos ou son successeur Ivan Duque (Colombie), Mauricio Macri (Argentine), de l’Organisation des Etats américains (OEA), des médias dominants (qui se pourlèchent les babines à chacun de leurs communiqués), quand bien même les plus « purement révolutionnaires » d’entre eux terminent religieusement chacun de leur article ou intervention par un vibrant et surtout très confortable « nous dénonçons autant la dérive autoritaire de Nicolás Maduro que la droite putschiste vénézuélienne et les menaces d’intervention militaire des Etats-Unis, parce que nous défendons l’intérêt des classes populaires face à tous leurs ennemis. » Magnifique ! Mais, en présentant (dans le moins pire des cas) une pièce désenchantée qui renvoie tout le monde dos à dos, ils génèrent la confusion. Alors qu’une agression féroce s’abat sur les forces post-néolibérales, ils cassent les solidarités au sein des secteurs progressistes européen, et en particulier chez les plus jeunes qui, peu connaisseurs de cette région du monde et de son histoire, tiraillés entre des versions contradictoires, ne savent plus que penser.

Sur la gauche du champ politique, deux thèses s’affrontent donc à fleurets de moins en moins mouchetés. Dans son appel « Nicaragua » et sa dénonciation de la répression, la noble Inquisition haut de gamme s’indigne : « Et cette indignation devient encore plus intense quand ce panorama de violence politique d’Etat s’accompagne du silence complice de leaders politiques et de référents intellectuels (auto)proclamés de gauche. » Dans la tranchée d’en face, beaucoup plus modeste, car émanant de paysans nicaraguayens, l’Association des travailleurs ruraux (ATC) avertit : « Nous informons [la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC) et la Vía Campesina] que certains réseaux sociaux, ONG internationales et analystes qui s’auto-définissent comme de gauche se font l’écho de l’appel des forces réactionnaires au Nicaragua et, à travers une communication permanente, tergiversent la réalité du pays en prétendant représenter la majorité du peuple et la vérité absolue ; en tant que partie prenante de la manipulation médiatique, ils vont jusqu’à favoriser des déclarations qui ne tiennent aucun compte des faits et de la souffrance du peuple de Sandino (…).  »

Qui croire ? On ne prétendra pas ici détenir « la vérité ». En revanche, pour éclairer la lanterne de ceux qui s’interrogent de bonne foi, on se penchera, en s’attachant aux faits, sur le récent Forum de São Paulo (que l’appareil médiatique, est-ce un hasard, a totalement occulté).

Dans une lettre envoyée à ce « Foro » depuis la prison de Curitiba où le pouvoir judiciaire brésilien le séquestre [7], Lula a évoqué les lointaines années 1990 : « Ce que nous ne prévoyions pas, c’était que le Forum de São Paulo prendrait l’importance qu’il a prise et qu’il continuera à avoir car il a été le plus important, le plus large et le plus durable des forums de débat de la gauche latino-américaine et caribéenne tout au long de ces vingt-huit années. »

Qu’on en juge… Du 15 au 17 juillet dernier, ont honoré le FSP de leur présence l’amphitryon et chef d’Etat Miguel Díaz Canel (Cuba), les présidents Nicolás Maduro (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Salvador Sánchez Cerén (El Salvador) ; le premier ministre de Saint-Vincent-et les-Grenadines, Ralphs Goncalves ; les ex-chefs d’Etats Dilma Rousseff (Brésil), Manuel Zelaya (Honduras), Martín Torrijos (Panamá), Kenny Anthony (Sainte-Lucie) ; l’ex-premier ministre Denzil Douglas (Saint-Christophe-et-Nieves) ; des figures de premier plan comme l’ex-sénatrice colombienne Piedad Córdoba ; Adán Chávez, frère de feu Hugo ; Oscar López Rivera, dirigeant indépendantiste portoricain emprisonné pendant plus de trente-cinq ans dans les geôles étatsuniennes, récemment libéré le 17 mai 2017, à 74 ans. Et, surtout, cœur battant du grand « remue-méninges », 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques, mouvements sociaux et intellectuels, des observateurs d’une vingtaine de pays non latinos ainsi que 60 parlementaires venus du monde entier.

Parlons cuisine ! Tout auteur ou journaliste (digne de ce nom), confronté à des listes interminables, soit les ignore, soit les résume – « les personnalités », « les mouvements sociaux » –, soit les colle dans une note de bas de page (que bien peu liront) pour ne pas infliger au lecteur un décryptage rébarbatif et fastidieux. Nous ne le ferons pas ici. « S’informer fatigue », écrivit en octobre 1993, dans Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet. Nous confirmons et demandons encore un effort à ceux qui ont eu la patience de nous suivre jusqu’ici. Puisqu’il s’agit d’une certaine manière de mesurer la « représentativité » de tel ou tel courant, il n’est pas inconvenant d’en connaître les acteurs.

Etaient donc présents à ce FSP les partis de gauche de l’Argentine, d’Aruba, des Barbades, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, de Cuba, de Curaçao, d’Equateur, du Salvador, du Guatemala, de Haití, du Honduras, de la Martinique, du Mexique, du Nicaragua, de Panamá, du Paraguay, du Pérou, de Porto Rico, de la République dominicaine, de Trinidad et Tobago, d’Uruguay et du Venezuela.

Au nom du mouvement populaire, se sont également exprimés : l’ALBA Mouvements, l’Assemblée internationale des peuples, le Groupe de travail pour la démocratie et contre le néolibéralisme, le Réseau en défense de l’humanité, l’Assemblée des peuples de la Caraïbe, la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC), Vía Campesina, la Marche mondiale des femmes, la Rencontre syndicale de notre Amérique, le Front continental des organisations communales, les Amis de la terre, Latindad, le Mouvement des affectés par les barrages, etc. Toutes organisations difficilement assimilables à des « intellectuels de cour », pour reprendre une expression qui fait flores dans certains milieux.

S’il fallait résumer : un « collectif politique » aussi représentatif que le permet la nature humaine des gouvernants et des gouvernés.

Le lieu de ce rassemblement avait valeur de fort symbole. La Cuba « post Castro », toujours debout et en train de préparer, sous l’autorité du président Díaz Canel, une nouvelle Constitution adaptée aux temps nouveaux [8]. Sans renier en rien les anciens. Toujours premier secrétaire du PCC, Raúl fut particulièrement ovationné lors de l’ouverture et encore davantage lors de l’hommage général, rendu en clôture, à son frère Fidel. Non que l’ensemble des participants ait comme référence ou projet une décalque du système politique cubain, mais en témoignage d’admiration pour la résistance de la « génération historique » et d’un peuple qui n’ont jamais plié malgré les vicissitudes, plus de soixante années d’attaques permanentes et d’embargo étatsunien. Un exemple pour ceux qui aujourd’hui se battent contre les mêmes ennemis et le même type d’agression.

Comme il se doit dans ce type d’événement, qui fonctionnent aussi à l’« affectif », les « leaders » ont été attentivement écoutés. Pour ne pas dire avec ferveur. Victime d’un coup d’Etat en 2009, six mois après avoir rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [9], le Hondurien Manuel Zelaya, sous les acclamations, a persisté et signé : « Si je devais aujourd’hui à nouveau demander mon entrée dans l’ALBA, une organisation à vocation anti-impérialiste et anticapitaliste, démocratique et solidaire, je le ferais avec encore plus d’orgueil, plus de dignité, de conviction et de responsabilité. »

Lors de leurs diverses interventions, en dénonçant l’obscène condamnation et incarcération de Lula, l’ex-présidente Dilma Rousseff, elle aussi défenestrée illégalement, et la présidente du Parti des travailleurs Gleisi Hoffmann ont et commenté la peur de la droite brésilienne de le voir remporter l’élection présidentielle d’octobre prochain si elle le laisse se représenter.

Lula lui-même, dans sa lettre, a synthétisé ce qui se révèlera pendant quatre jours être la philosophie générale du FSP : « Je l’ai toujours dit : s’ils veulent nous affronter, qu’ils le fassent politiquement, qu’ils soient candidats et qu’ils nous battent démocratiquement. Nous n’en avons pas peur et nous saurons les affronter et discuter avec le peuple de l’avenir qu’il veut (…) Ils veulent m’empêcher de participer aux élections de cette année mais jamais ils ne me feront taire ni ne m’empêcheront de lutter pour les droits du peuple brésilien, latino-américain et caribéen. » Avant de terminer « à la latina » par « une grande accolade de Lula ».

Du géant brésilien au confetti de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, au-delà des apparences, il n’y a eu qu’un pas. Lorsque vint son tour de s’exprimer, le premier ministre Ralph Gonsalves appela à appuyer le peuple brésilien, mais aussi à défendre Caracas et Managua : « Un jour c’est le Venezuela, un autre le Brésil, maintenant le Nicaragua, ce qui nous rappelle en permanence le coup d’Etat contre Zelaya (…).  »

On grincera sans doute, ici où là, que le discours du « despote » Maduro, dénonçant lors de la session de clôture « tous les types de guerre non conventionnelle » qu’affronte son pays, était cousu de fil blanc : « Tant qu’existera l’impérialisme, il y aura lutte. Tant qu’il y aura l’impérialisme des Etats-Unis, bien qu’il soit en pleine décadence, il y aura des intrigues contre les gouvernements progressistes ». Ou que celui de son ami Evo Morales était convenu  : « L’ennemi de ce temps est le président des Etats-Unis Donald Trump. C’est l’ennemi de l’Humanité et de la planète terre. » Mais constatons au passage que, dans la fameuse lettre de Lula, celui-ci écrit : « Nous condamnons les sanctions appliquées au Venezuela et les menaces d’intervention armée du président des Etats-Unis que, malheureusement, la droite, sur notre continent, ne condamne pas. Au contraire, dans la pratique, elle cherche à exclure le Venezuela des forums auxquels il a le droit de participer comme l’OEA ou le Mercosur [marché commun du sud].  » Quant à « Dilma », réputée encore plus modérée que son mentor, elle n’a pu s’empêcher de manifester son admiration : « Le Venezuela a démontré une immense capacité de résistance face à une force absolument disproportionnée mise en place par les Etats-Unis, et maintenant, avec le gouvernement de Trump, les menaces d’une intervention militaire. » Moyennant quoi la colombienne Piedad Córdoba, une autre femme qui, loin du monde des « idéologues », sait ce que lutter veut dire, a appelé à la résistance : « Tout est le produit d’un blocus inhumain [10] qui, non seulement affecte les présidents, mais le peuple vénézuélien ».

De cette revue de détail de la situation continentale, un authentique naufrage, lui, a émergé : la Colombie « post-conflit » se noie dans le sang. Parlant de sa propre nation, Córdoba a fait un constat hélas connu de tous : « Rien [de ce qui avait été signé avec la guérilla des FARC] n’a encore été respecté par l’Etat et, évidemment, cela menace gravement l’Accord de paix. La situation est extrêmement difficile du fait de l’assassinat de dirigeants et dirigeantes du mouvement social, 324 en tout, un fait extrêmement douloureux. » Tournant les Accords, les enfreignant, y contrevenant, la justice colombiennea été jusqu’à interdire de quitter le pays aux ex-commandants de l’opposition armée, Rodrigo Londoño et Rodrigo Granda, invités au FSP pour y parler de leurs perspectives de réintégration politique dans le cadre du nouveau parti Forces alternatives révolutionnaires du commun (également FARC), créé après le désarmement.

Dans le même registre « mesquineries, provocations et trahison », il a évidemment beaucoup été question à La Havane du président équatorien Lenin Moreno. Elu sous la bannière d’Alianza País (AP), parti de son prédécesseur Rafael Correa, dont il a été pendant six années vice-président, il a entrepris de détruire l’héritage de ce dernier et, dans le cadre d’une « chasse aux sorcières » digne de Torquemada, qui affecte tous les proches et partisans de l’ancien chef de l’Etat, va jusqu’à tenter de le faire condamner et emprisonner [11]. Tandis que Correa, dans un vidéo-message enregistré en Belgique détaillait la croisade menée contre lui, son ancien ministre de l’Economie, puis des Affaires étrangères, puis de la Défense, Ricardo Patiño, présent à La Havane, a appelé le FSP à se solidariser avec les dirigeants persécutés par la justice – Lula, Cristina Fernández de Kirchner, Correa et un autre de ses vice-présidents, Jorge Glas, déjà condamné et incarcéré au terme d’un procès sujet à caution.

Cassé en deux par Moreno et les opportunistes qui l’ont suivi, Alianza País était également représenté par son ex-secrétaire générale, présidente de l’Assemblée nationale de 2013 à 2017, la députée Gabriela Rivadeneira. Au-delà du cas Correa, celle-ci a mis en évidence le dramatique retour en arrière promu par Moreno : « Nous avons maintenant comme ministre de l’Economie le représentant des Chambres de commerce, nous avons reçu le vice-président des Etats-Unis et signé des accords de coopération militaire, nous revenons à nouveau aux traités bilatéraux d’investissement (…) En outre, depuis la rupture, nous avons perdu l’organisation politique qu’a fondé Rafael Correa, Alianza País. Depuis décembre [2017], nous avons commencé à travailler à la création d’une nouvelle organisation, mais nous nous heurtons à un blocage absolu : on ne nous permet pas de la légaliser, bien qu’elle soit la principale force du pays. »

Aux antipodes des thèses de la « gauche régressive », les manifestations de soutien à Correa se sont multipliées. Toujours sans existence légale dans son propre pays, le nouveau parti, Révolution citoyenne, a été accepté comme membre du FSP. Lequel, inquiet des rumeurs qui circulent avec de plus en plus d’insistance, a publié le 17 juillet un communiqué exhortant Quito à garantir les droits de Julian Assange, réfugié depuis six années dans l’ambassade équatorienne à Londres. Dans sa dérive, le président Moreno a clairement laissé entendre que ce locataire encombrant lui pose problème et qu’il aimerait s’en débarrasser. Au risque que l’homme qui a révélé leurs vilains petits secrets à travers Wikileaks soit ensuite extradé aux Etats-Unis.

Sans contact aucun avec les classes populaires, ce rassemblement de dirigeants et de partis prêterait légitimement le flanc à la critique. Raison pour laquelle a été portée une attention toute particulière à l’articulation des différents niveaux d’action politique. « Pour des raisons logiques et leurs formes différentes, tant les partis que les mouvements sociaux ont des façons distinctes de s’organiser et de fonctionner, constata d’emblée, sans fioritures, Mónica Valente, la secrétaire exécutive du FSP. Toutefois, nous qui sommes représentés ici partageons les mêmes objectifs et horizons, raison pour laquelle nous souhaitons stimuler un lien profond, dans nos pays, entre les partis et les mouvements sociaux, syndicaux et populaires. Nous connaissons la complexité de ces relations, mais également le potentiel dont nous disposons. »

On connaît les réussites de la vague post-néolibérale : selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), près de 94 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie. On en connaît aussi les difficultés, les insuffisances, les échecs, les contradictions. « Les partis ne parviennent pas toujours à lire toutes les sensibilités des groupes et communautés locales, a estimé le syndicaliste costaricain Jorge Coronado. Il faut promouvoir le dialogue, non que les mouvements sociaux aient la lecture intégrale correcte, mais afin d’analyser comment nous devons faire pour agir de façon complémentaire. Et nous devons avoir une discussion fondamentale, celle de la démocratie, vu que l’institutionnalité bourgeoise a avalé un courant important de la gauche, qui a adopté sa logique [12]. »

A rebrousse-poil des sentiers battus, ce FSP n’a, on le voit, en rien ressemblé à une assemblée de « béni-oui-oui ». Bureaucratisation des processus, verticalité excessive, erreurs économiques, fiscalité insuffisamment réformée, perte de l’éthique, corruption, extractivisme, modèle économique… Aucun thème n’a été éludé par cette gauche qui connaît elle aussi l’impérieuse nécessité de la critique. Mais ne se retourne pas contre les siens pour autant. Et qui a annoncé, entre bien d’autres proclamations, l’entame de conversations entre dix plateformes régionales de syndicats, mouvements de femmes, jeunes, militants LGTB, avec les partis, pour une meilleure coordination. Nul ne parie qu’il y aura forcément des miracles, mais, comme disait on ne sait trop qui [13], « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

De quatre jours d’embrassades, de poignées de mains et de claques dans le dos – l’Amérique latine n’est jamais triste, même lorsqu’elle affronte des difficultés – , mais surtout de discours, de conférences, de rencontres, d’échanges et de débats, est sorti un mot d’ordre : « Unité ! » Au-delà de leurs sensibilités différentes, inspirés par « l’offensive multiforme, réactionnaire et conservatrice de la restauration néolibérale », tous ces délégués de la gauche latino-américaine se sont retrouvés sur l’essentiel, exprimé à travers les Conclusions finales (et une quarantaine de « résolutions »). En voici, résumés, quelques éléments :

« Nous dénonçons l’ingérence de l’OEA, qui continue à être considérée par le gouvernement des Etats-Unis comme son ministère des Colonies. Les agissements de son secrétaire général [Luis Amlagro], marqués par une méprisable soumission aux intérêts de la Maison-Blanche, le prouvent tous les jours. L’OEA et le Groupe de Lima [14] constituent les chevaux de Troie contre l’unité latino-américaine et caraïbe. »

« Nous condamnons la guerre non conventionnelle et de large spectre imposée par l’impérialisme “yanki” et ses alliés européens, latino-américains et caraïbes contre la Révolution bolivarienne. (…) Comme il y a un an à Managua, le FSP reste en état d’alerte et en session permanente de solidarité internationaliste contre l’intervention au Venezuela. »

« Nous réaffirmons notre absolue volonté de parier pour la paix, en concordance avec la Celac [Communauté des Etats latino-américains et Caraïbes] qui, en janvier 2014 a déclaré l’Amérique latine zone de paix. Pour cette raison, nous appuyons la demande des forces politiques et sociales de Colombie pour que le gouvernement de ce pays mette en œuvre les Accords de La Havane, maintienne ouvert le dialogue avec l’ELN [Armée de libération nationale] et fasse des pas authentiques pour en finir avec l’assassinat d’ex-combattants, de dirigeants sociaux, politiques, écologistes et défenseurs des droits humains. »

« Nous rejetons de manière énergique la politique interventionniste des Etats-Unis dans les affaires internes du Nicaragua sandiniste, pays dans lequel est mise en œuvre la méthode appliquée par l’impérialisme nord-américain aux pays qui ne répondent pas à ses intérêts hégémoniques, causant la violence, la destruction et la mort à travers la manipulation et l’action déstabilisatrice des groupes terroristes de la droite “golpista”.  »

« Nous exigeons que soit rendu au peuple de Cuba le territoire occupé illégalement par la base navale étatsunienne à Guantánamo. »

« Nous exigeons l’élimination de toutes les bases militaires étatsuniennes existant dans la région (77 au total qui, avec la IVe Flotte, couvrent tout l’espace régional), et de toutes les bases militaires de n’importe quel pays, où qu’il se trouve [15]. »

« Nous exprimons notre solidarité au “compañero” Rafael Correa Delgado, dirigeant populaire et progressiste de notre région. En raison de la rupture de l’Etat de droit et de la procédure régulière, le “compañero” Rafael est lui aussi victime d’une persécution politique et de l’utilisation de la justice comme instrument de vengeance et d’intimidation. »

« Nous exigeons la libération immédiate de Lula après une condamnation et une incarcération sans preuves, et soutenons son droit à être candidat présidentiel lors des élections d’octobre au Brésil, respectant ainsi la volonté de la majorité du peuple brésilien. Lula est vivant ! Lula Innocent ! Lula président ! »

Cuba, Brésil, Equateur, Venezuela, Nicaragua… Tous les « sujets qui fâchent ». Il ne s’agit pas là des déclarations d’un groupuscule, d’une secte, d’un clan, d’une chapelle, d’une tendance, d’une sous-tendance, d’une faction. Rappelons-le : elles émanent de 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux… La gauche latina.

 

Notes

[1] Lire : http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat et http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du

[2] Daniel Ortega, dirigeant du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), réélu à la présidence le 6 novembre 2016, avec 72,5% des suffrages (abstention : 31,8 %) ; Rosario Murillo (son épouse), vice-présidente.

[3] http://www.cloc-viacampesina.net/noticias/nicaragua-comunicado-de-la-asociacion-de-trabajadores-del-campo-0

[4] http://www.rebelion.org/noticia.php?id=244304&titular=%22como-intelectuales-queremos-manifestar-nuestro-profundo-rechazo-frente-a-la-violencia-pol%EDtica-estatal

[/a] Ambassadeur de la Bolivie aux Nations unies depuis 2009, Pablo Solón a démissionné en 2011 pour marquer son désaccord avec la répression de manifestations radicales de groupes indigènes du parc Tipnis, mobilisés contre la construction d’une route traversant leur territoire.

[5] http://llamadointernacionalvenezuela.blogspot.com/2017/05/appelinternational-urgent-pour-stopper.html

[6] https://www.aporrea.org/ideologia/a247063.html

[7] Pour comprendre la crise brésilienne : http://www.medelu.org/Crise-democratique-et-condamnation

[8] Cuba avait déjà accueilli le FSP en 1993 et 2001.

[9] Née à l’initiative de Hugo Chávez et Fidel Castro, cette initiative d’intégration régionale innovante regroupe aujourd’hui neuf pays : la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela, le Nicaragua, Cuba, Antigua-et-Barbuda, La Dominique, Sainte-Lucie, -Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Les « golpistas » honduriens s’en sont retirés une fois leur coup d’Etat réussi.

[10] Référence aux sanctions américaines et à la « guerre économique » dont est victime le Venezuela.

[11] Vivant actuellement en Belgique, d’où est originaire son épouse, Correa est sous le coup d’un ordre de « prison préventive » qui a été notifié à Interpol – pour l’heure sans résultat. Mais il ne peut plus rentrer en Equateur pour y exercer une quelconque activité politique.

[12] https://www.alainet.org/es/articulo/194151

[13] La phrase est attribuée à Lénine, Winston Churchill, Jaurès et même Lao Tseu.

[14] Alliance de quatorze pays néolibéraux latino-américains, dont le Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Pérou et le Canada, agissant en supplétifs des Etats-Unis contre le Venezuela. La récente victoire d’Andrés Manuel López Obrador au Mexique devrait priver la coalition d’un poids lourd de la région.

[15] Référence à l’occupation des îles Malouines argentines par les Britanniques.

 

URL de cet article : http://www.medelu.org/La-voix-dissonante-du-Forum-de-Sao

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Le président Evo Morales dénonce la menace d’une intervention états-unienne au Venezuela

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Le président de la Bolivie, Evo Morales, a demandé le mardi 13 février 2018 que se réunisse en urgence un sommet de l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) face à la menace états-unienne d’intervenir militairement au Venezuela depuis la Colombie.

Depuis La Paz, le dirigeant bolivien a réaffirmé sa solidarité avec le peuple frère du Venezuela et demandé à l’UNASUR de faire respecter sa souveraineté.

La menace d’une intervention militaire au Venezuela a été brandie par le secrétaire d’Etat états-unien, Rex Tillerson, lors de sa tournée au Mexique, en Colombie, au Pérou, en Argentine et en Jamaïque, pour préparer le renversement du gouvernement de Nicolás Maduro.

« Tillerson vient visiter plusieurs pays, j’imagine, pour convaincre ou influencer ses présidents de droite en vue de participer à une intervention militaire ou pour noyer le Venezuela », a déclaré Morales lors de son émission de radio « Caminando con el pueblo ».

Le président Morales a également dénoncé les déclarations du sénateur républicain Marco Rubio, qui a déclaré peu après Tillerson, que « c’est le meilleur moment pour un coup d’État au Venezuela, pour des raisons humanitaires ».

Le dirigeant bolivien a rappelé que dans les années 70 et 80, le Plan Condor a été créé pour exercer clandestinement le terrorisme d’Etat contre les dirigeants syndicaux, anticapitalistes et militants de gauche qui s’opposaient aux dictatures du Chili et de l’Argentine. Brésil, Paraguay, Bolivie et Uruguay.

Le Plan Condor a été coordonné avec les États-Unis et la CIA, avec un solde d’au moins 50 000 morts, 400 000 emprisonnés et 30 000 disparus.

Source : https://www.telesurtv.net/news/bolivia-cumbre-unasur-emergencia-intervencion-eeuu-venezuela-20180213-0044.html

Traduction: T.D.

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-40e

Les États-Unis à Evo Morales : « Fasse le Ciel que la Bolivie ne parvienne jamais au point où se trouve le Venezuela »

Par Hugo Moldiz Mercado *

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Le président Evo Morales auprès du Chargé d’Affaires de l’ambassade des Etats-Unis, Peter Brennan.

Le Chargé d’Affaires de l’ambassade des Etats-Unis, Peter Brennan, -un expert en questions de subversion idéologique-, s’est chargé de « faire savoir » au président Evo Morales que « Fasse le Ciel que la Bolivie ne parvienne jamais au point où se trouve le Venezuela. » La réponse du leader indigène ne s’est pas faite attendre : « Ni la Bolivie ni le Venezuela ne sont l’arrière-cour de personne ».

Il a fallu un peu plus de trois années pour que le chargé d’Affaires des Etats-Unis, Peter Brennan, confirme enfin, ce 10 Août dernier, le caractère de la mission politique, opaque et déstabilisatrice, qui lui a été confiée pour la Bolivie, depuis le Département d’État, les agences et les services secrets étasuniens.

En des circonstances apparemment en rien extraordinaires, l’homme qui, depuis Juin 2014, est à la tête de l’Ambassade des Etats-Unis, a profité d’un acte public pour s’entretenir avec la presse et lancer, tout naturellement, un message d’ingérence à objectifs multiples. « Fasse le Ciel que la Bolivie ne parvienne jamais au point où se trouve le Venezuela » telles furent les mots du diplomate étasunien.

Que les questions de la presse aient été programmées ou non, Brennan, expert en subversion idéologique, dans sa rencontre avec les journalistes, a tourné autour de trois aspects ponctuels : la crise au Venezuela, le soutien que les leaders de gauche apportent au gouvernement et ce qui pourrait bien arriver à la Bolivie si elle s’engageait sur le même chemin.

Les déclarations du responsable de l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie pourraient être interprétées comme une provocation et un ballon d’essai faisant partie de la stratégie que Washington déploie pour user le processus de changement et ainsi éviter que le président Evo Morales ne se présente aux élections générales de décembre 2019 . En tous cas, il ne s’agit pas là de paroles improvisées et encore moins lancées au hasard sans en espérer des effets politiques à l’intérieur comme à l’extérieur de la Bolivie.

Quels sont les objectifs poursuivis par Brennan ?

En premier lieu, avoir une plus forte incidence sur les voix politiques, médiatiques et des secteurs de la société civile –toutes dans l’opposition- qui critiquent les diverses manifestations de soutien et de solidarité du président Evo Morales à l’égard de la révolution bolivarienne, du gouvernement de Nicolás Maduro et de l’Assemblée constituante.

Les paroles de Brennan sont cohérentes. La stratégie impériale vise à isoler le Venezuela de la majeure partie de la communauté internationale, objectif qu’elle n’a pas atteint des mois durant, malgré toute la complicité de l’infatigable secrétaire général de la OEA, Luis Almagro, lequel ne put réunir un total des deux tiers des voix des états membres de l’organisme régional pour activer la Charte Démocratique Interaméricaine. A Cancún, Mexique, un total de 20 fut atteint et lors de la rencontre de Lima, convoquée par le président péruvien, Pablo Kuczynski –semblable à Sánchez de Lozada dans sa physionomie, sa façon de parler et de penser- une déclaration fut approuvée par 17 pays.

Une stratégie d’ingérence de grande ampleur a été lancée contre le Venezuela, incluant des éléments et des mesures politiques, économiques, militaires et médiatiques dans l’objectif de détruire la révolution Bolivarienne à partir d’une implosion interne et, si cela était nécessaire, avec une intervention militaire « pour des raisons humanitaires » comme a prévenu Trump vendredi dernier.

En deuxième lieu, se servir de la très mauvaise image que l’appareil médiatique est parvenu à installer dans l’imaginaire collectif de secteurs sociaux perméables à la stratégie étasunienne, pour dissuader le gouvernement d’Evo Morales de continuer à soutenir Maduro. On joue avec les sentiments des gens -la peur, l’indignation et la haine, propres à la dénommée guerre de quatrième génération-, pour renforcer les certitudes chez les personnes alignées politiquement et culturellement contre les processus de changement, pour soulever des doutes dans quelques secteurs qui, à la base et à des niveaux de direction, font partie de ces expériences révolutionnaires élevées à la catégorie d’Etat. C’est-à-dire qu’il s’agit de semer le doute chez certains proches de Morales.

Voilà pourquoi le « fasse le Ciel que la Bolivie ne parvienne jamais au point où se trouve le Venezuela » ne peut être pris comme une réflexion politique imprécise. Pas quand ces mots sortent de la bouche de Brennan. En réalité ils viennent étayer le discours des politiques, analystes et commentateurs qui cherchent à semer chez les gens la peur d’un hypothétique « futur sombre » pour l’économie bolivienne, laquelle, à la surprise de l’opposition qui ne veut l’admettre, est l’économie qui se comporte le mieux dans la zone sud-américaine et qui jouit d’une structure productive diversifiée qui diminuerait les effets de toute guerre économique.

En troisième lieu, c’est un avertissement à Evo Morales et aux mouvements sociaux s’ils persistent dans la ligne du dernier congrès du MAS, en décembre 2016, lorsque furent approuvées quatre voies pour garantir la continuité du processus de changement sous la direction du leader indigène paysan pour 2025. Ce qui veut dire, Morales candidat en décembre 2019.

L’avertissement au gouvernement du président Morales s’est fait en douceur mais non sans profondeur pour autant. Il faut lire textuellement ce qui a été dit en réponse à l’interrogation sur le chemin emprunté par la Bolivie, peut-être le même que le Venezuela, alors que n’étaient pas connus les résultats du 21 Février 2016, lorsque le NON s’imposa pour un point au référendum sur l’engagement vers une réforme constitutionnelle qui rendrait possible la participation du binôme Evo-Alvaro aux élections générales de 2019. “Je ne vais pas avoir un avis ni spéculer sur la situation de la Bolivie, sur la situation politique interne qu’il appartient aux boliviens de résoudre ; mais fasse le Ciel que la Bolivie ne parvienne jamais au point où se trouve le Venezuela actuellement car sa situation est déplorable et lamentable”.

Dérapage verbal ou une ligne d’action ?

Pour répondre à cette question il vaut mieux se rapporter à la logique avec laquelle les Etats-Unis agissent contre le processus de changement depuis Janvier 2006, lorsqu’ Evo Morales l’emporta, par une victoire indiscutable en Décembre 2005, obtenant 54% des votes.

La stratégie étasunienne pour renverser Morales s’est mise en mouvement depuis le début. Les Etats Unis ont envoyé dans le pays, en 2006, un ambassadeur expert en organisation de batailles, en confrontation ouverte : Philip Golberg, qui avait acquis sa réputation pour son rôle dans la division de l’ex-république socialiste de Yougoslavie. De fait, le diplomate a parié sur le départ brutal du leader indigène en 2008, lorsque l’opposition non démocratique fit le choix d’actions de fait comme la prise d’institutions publiques, le siège de l’Assemblée Constituante, le harcèlement physique des autorités et dirigeants du processus de changement et l’assassinat de Morales. La révolution s’est installée, la DEA fut expulsée en Juin 2008 pour espionnage politique et Golberg, en septembre, connut le même sort pour être intervenu dans des affaires internes (réunions systématiques avec l’opposition non démocratique à Santa Cruz).

Après Golberg, la conduite de l’ambassade des Etats-Unis fut assumée, en sa condition d’attaché commercial, par Larry Memmott, qui, tout en privilégiant la ligne politique, dut souvent marcher sur les traces laissées par l’Agence Centrale d’Intelligence (CIA), dans des opérations réalisées contre le gouvernement de Morales. Cela ne réussit pas non plus au diplomate et, à côté de son second collaborateur, Mitchel Ferguson, il n’eut pas plus de dix jours pour quitter le pays. Ce ne fut pas Evo qui l’expulsa mais le Département d’Etat qui le rappela de façon impromptue.

Entre Memmott et Peter Brennan il y eut quelques mois de transition à la charge d’un autre Chargé d’Affaires, Aruna Amirthanayagam, dont l’unique et fondamentale tâche consista à «faire le ménage» dans la maison laissée par le premier, afin de garantir l’action prédominante des agences en matière de subversion et de renseignement, à la charge du second. Deux mois à peine suffirent pour accomplir cette tâche.

Trois exemples suffisent, en guise d’échantillon.

Sous la gestion Brennan à la tête de l’ambassade des Etats Unis, on compte trois opérations à la fois ouvertes et masquées contre le processus de changement du président Morales.

La première, la participation de Brennan à l’affaire Zapata. La rencontre entre le Chargé d’Affaires et Carlos Valverde (celui qui a lancé l’accusation) a lieu à l’hôtel Los Tajibos, actuellement propriété du chef d’entreprise Samuel Doria Medina, peu de temps avant que cette « bombe » fabriquée et médiatique ne soit lancée en pleine campagne pour la modification de la Constitution Politique de l’Etat. Mais a lieu également l’arrivée de techniciens en informatique pour appuyer la même opération.

La deuxième, la déclaration de Brennan lors de la célébration du jour de l’indépendance de son pays, en Juillet dernier ; au cours de la cérémonie à laquelle, curieusement, aucun membre de l’opposition n’était présent, il tint les propos suivants : “la liberté; la liberté de la presse et la liberté d’expression; un pouvoir judiciaire indépendant, non partisan et choisi selon un processus juste et transparent; être à l’abri de poursuites acharnées; la protection des minorités; de même le caractère inacceptable de l’emprisonnement, de la répression ou du harcèlement des opposants politiques ainsi que de ceux qui ne respectent pas la ligne d’un parti (…) tels sont les idéaux, les principes, les intérêts communs et les valeurs universelles auxquels, nous, aux Etats-Unis, nous croyons fermement et que, j’en suis sûr, nous partageons aussi avec la grande majorité des boliviens ».

La troisième, une action permanente et caractéristique de subversion masquée dans quelque chose qui, à première vue, ne dévoile rien : la dénommée « diplomatie de peuple à peuples » comme il déclara dans son discours. Pareille méthode a touché des communautés de la province de Omasuyos, en particulier Achacachi, de Los Yungas de La Paz, où, « curieusement » des voix se sont élevées contre les politiques publiques du gouvernement.

Mais l’ingérence de Brennan s’est manifestée, et sans voile, dans la fermeté de la position d’Evo Morales qui déclara dans son compte tweeter : « Les Etats-Unis nous menacent et oublient que nous avons expulsé leur ambassadeur pour de pareilles ingérences. Ni la Bolivie ni le Venezuela ne sont l’arrière-cour de personne ».

Brennan -substitut idéal de Memmott en raison de son profil- arrive à La Paz dans l’étape qui précède la ligne droite finale de la campagne électorale de Décembre 2014, alors que Washington espère que l’opposition formera un front uni pour lutter contre les aspirations à la réélection de Morales, lequel passera à l’histoire pour avoir conduit la révolution la plus profonde de la Bolivie et pour avoir recueilli un nombre de votes sans précédents pour la démocratie dans le pays ( 54% aux élections de 2005, e 64% aux élections de 2009 et 62% aux dernières élections).

Brennan, en raison de son expérience, convenait parfaitement aux stratèges des Etats-Unis, car il disposait de la connaissance et de la pratique suffisantes pour appliquer la stratégie du « coup d’état en douceur », la nouvelle modalité de déstabilisation menée par Washington. Le Venezuela en est la meilleure preuve.

Celui qui a été désigné comme Chargé d’Affaires depuis Juillet 2014 a joué un rôle implacable dans l’ingérence des Etats-Unis au Costa-Rica et au Nicaragua, en tant que chef en second, comme en attestent les liaisons révélées par Wikileaks et d’autres informations en provenance des deux pays. En 2007 Brennan a fait pression sur le gouvernement costaricain d’Oscar Arias pour que des policiers de ce pays (devant le manque de Forces Armées) soient « discrètement » entrainés à l’académie du Commando Sud.

Sous le gouvernement d’Enrique Bolaños au Nicaragua, Brennan a également joué un rôle d’ingérence ouverte. En Mars 2003, le diplomate étasunien informa le Chef d’Etat-Major de l’Armée du Nicaragua, le Général Julio César Avilés, que l’aide militaire annuelle versée à ce pays –estimée à 2.3 millions de dollars- serait suspendue tant que ne seraient pas détruits tous les missiles et la capacité de défense militaire que le gouvernement sandiniste avait construite au cours de près d’une décennie de révolution.

L’expérience de Brennan, tout comme Brown, dans le domaine que l’USAID et la NED nomment “initiatives démocratiques”, s’est aussi exercée dans de multiples actions subversives contre Cuba: le 13 Janvier, aux côtés de trois hauts fonctionnaires du Département d’Etat, le diplomate qui est en Bolivie profita d’un déplacement à La Havane consacré aux thèmes migratoires, pour rencontrer clandestinement un groupe de dissidents cubains dont les actions de subversion sont organisées et financées par le gouvernement des Etats-Unis, comme l’a fréquemment prouvé le gouvernement socialiste.

Le diplomate étasunien, qui était l’un des personnages chargés de garantir la stabilité politique pour les militaires de son pays au Pakistan, et de promouvoir le déplacement de jeunes de ce pays aux Etats-Unis pour y aborder des thèmes autour de « initiatives démocratiques », fut assez actif depuis sa condition de « Chef du Bureau des Affaires Cubaines » à Washington puisqu’il impulsa une série d’actions pour obtenir la libération d’Alan Gross, un agent engagé par USAID pour installer un réseau clandestin de télécommunications à Cuba.

Avec Brennan chargé du “bureau Cuba” les actions étasuniennes contre le gouvernement socialiste s’intensifièrent. Il ne serait nullement surprenant que le programme « Zunzuneo » récemment découvert, -un programme de « Twitter cubain » pour interconnecter la dissidence-, n’ait ses origines dans la gestion de celui qui sera chargé des Affaires des Etats-Unis en Bolivie à partir de Juillet.

Hugo Moldiz Mercado est un avocat bolivien, enseignant universitaire, chercheur, Master en Relations Internationales. Il a conseillé plusieurs commissions de l’Assemblée Constituante de Bolivie.

Source : http://www.cubadebate.cu/opinion/2017/08/15/eeuu-viene-por-evo-morales-brennan-lanza-una-medida-activa-contra-bolivia/#.WZ2WFY-cHIW

Traduction : Michele Elichirigoity

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Le président Evo Morales : la CPI doit juger les financeurs et organisateurs de la violence au Venezuela

Tweets Evo Morales

Qui découvre ce qui se passe au Venezuela uniquement via les médias occidentaux confondra droite insurgée avec révolte populaire, croira que le gouvernement a la mainmise sur les médias alors que c’est la droite qui domine dans la presse écrite, radio et télévisée. Les journalistes parlent de « chaos » et de « pénuries comme faillite du socialisme bolivarien » pour ne pas analyser la guerre économique menée par un secteur privé qui possède 80 % de l’économie. Ils parlent, avec un solide mépris de la démocratie, de « régime » : ce gouvernement élu a mené plus d’élections que dans n’importe quel autre pays d’Amérique Latine et Jimmy Carter considère que ce pays « possède le meilleur système électoral du monde ».

En ce qui concerne la violence, il faut répéter, vu la force massive de la désinformation, que les médias inversent la chronologie des faits : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/29/antidote/ , faisant passer la réponse des forces de l’ordre à une insurrection d’extrême droite négrophobe, qui a lynché et brûlé vifs près de vingt personnes, pour une « répression de manifestants pacifiques ». Les violences de la droite sont la cause de la majorité des morts. Les membres des forces de l’ordre qui ont désobéi et fait un usage excessif de la force ont rapidement été arrêtés et jugés, fait plutôt rare dans le monde.

La journaliste Abby Martin (Empire Files) a réalisé ces reportages sur la vraie nature de cette opposition de droite qu’on nous a présenté comme « démocratique ». (On peut activer les sous-titres français en bas à droite de la vidéo)

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Venezuela : du coup d’État planétaire à un monde sans murs médiatiques

Cette photo de Paris-Match résume ce que la plupart des citoyens savent du Venezuela. Une croyance entretenue jour après jour par la nouvelle église que sont les transnationales de l’information. Le vieux rêve industriel est devenu réalité : que la population du monde pense la même chose au moment voulu. Or…

  • Ces 80 jours ne sont pas de simples manifestations contre le gouvernement Maduro. Ce sont 80 jours de manifestations d’une droite dont le secteur pacifique en perte de vitesse se fait déborder quotidiennement par une insurrection entraînée, financée et armée par qui rêve de reprendre le contrôle politique d’un continent – et pas seulement des réserves pétrolières du pays. Localement, l’objectif est de stopper la campagne pour élire une Assemblée Constituante et de réunir les conditions d’un coup d’État.
  • Fait significatif : cette insurrection se déploie a partir des quartiers riches où a été prise la photo, des municipalité de droite et de la frontière avec la Colombie en étroite alliance avec le paramimitarisme d’Alvaro Uribe.
  • La majorité de la population vénézuélienne, ces 95 % de citoyen(ne)s qui habitent les quartiers populaires, n’y participe pas, et rejette la violence.
  • La majorité des victimes ne sont pas des victimes du gouvernement comme le disent les grands médias mais les victimes de ces « manifestants pacifiques » que votre télévision ou votre radio ou votre journal, transforment en « population du Venezuela ».
  • Les membres de forces de l’ordre qui ont désobéi aux ordres de ne pas user d’armes a feu et sont responsables de blessures ou d’assassinats ont été aussitôt arrêtés et jugés.
  • Trois scrutins nationaux sont prévus d’ici 2018, sans assurance de victoire pour le chavisme qui a d’ailleurs perdu les législatives de décembre 2015. Dans ce pays qui a mis en place une démocratie participative (invisibilisée systématiquement depuis 18 ans), la majorité des médias écrits, radio, web et télévisés s’opposent au gouvernement bolivarien. Selon l’observateur d’élections Jimmy Carter, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde.
  • Conclusion : le fait que l’opinion occidentale dénonçait Pinochet en 1973 mais soutienne aujourd’hui ses fils au Venezuela confirme que nous sommes gouvernés par les grands médias. Ce pouvoir écrasant fait qu’il est très difficile pour la gauche éloignée de l’Amérique Latine de prendre parti. La voici contrainte de se taire pour protéger sa réputation et de justifier son « ni-ni » par les erreurs de gestion ou les cas de corruption des bolivariens (manifestes mais dont la solution dépend des vénézuéliens). Elle rejoint ainsi passivement l’étau international. Maurice Lemoine : « On a connu le même phénomène de « lâcheté collective » d’intellectuels de gauche auto-proclamés, à la fin des années 1980, lorsque les contre-révolutionnaires (« la contra »), l’administration Reagan et les difficultés accablaient le Nicaragua« . La solution passe par démocratiser en profondeur la propriété des médias tout en créant de nouveaux paradigmes éloignés de l’information-marchandise, à travers des médias non commerciaux, alimentés directement par les mouvements sociaux et reliant les pays du Sud en particulier. C’est ce que proposait le rapport de Sean Mac Bride « Un seul monde, des voix multiples » réalisé pour l’UNESCO en … 1980 : http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000400/040066fb.pdf

Pour l’heure voici les images invisibles sur la « planète Paris-Match » : à commencer par l’assemblée qui réunit ce 21 juin 2017 en Bolivie 2500 délégué(e)s de mouvements sociaux venus de 45 pays pour réclamer « Un monde sans murs ». Accompagné de l’ex-ministre espagnol Rodriguez Zapatero – médiateur du dialogue national au Venezuela, d’Ernesto Samper, ex-président colombien et secrétaire général de l’UNASUR (lui aussi médiateur) ou de Rafael Correa, ex-président de l’Équateur, le président Evo Morales a lancé un fort message de soutien des forces démocratiques au gouvernement du Venezuela : « Ce qui se passe au Venezuela est un coup d’État. Sois fort, Nicolas, contre les putschistes, le peuple latino-américain est avec toi ».

Thierry Deronne, Venezuela, 21 juin 2017.

« Violence ? Quelle violence ? Dans le centre populaire de Caracas, les badauds déambulent, qui dégustant une glace, qui promenant les enfants. Plus à l’ouest encore, royaume des petites motos de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une auto – sociologiquement plutôt « chavistes » –, la capitale vénézuélienne palpite et, comme dans plus de 90 % des agglomérations et des territoires du pays, chacun y vaque tranquillement à ses occupations. » Voir de Maurice Lemoine, la fable des manifestants pacifiques, http://www.medelu.org/Au-Venezuela-la-fable-des

Marche bolivarienne du 19 juin dans les rues de Caracas pour rejeter une enième réunion de l’OEA – organisme basé à Washington et relais historique des visées états-uniennes en Amérique Latine. Cette réunion a finalement échoué à émettre une résolution contre le Venezuela, les pays des Caraïbes notamment ayant apporté leur soutien au gouvernement de Nicolas Maduro.

Congrès de la jeunesse à Caracas, le 20 juin 2017. Nicolas Maduro y a annoncé l’embauche de plusieurs dizaines de milliers de jeunes pour fortifier les missions sociales de lutte contre la pauvreté et de défense de l’environnement.

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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L’Amérique Latine défend le Venezuela face au décret du président Obama. Rapprochement de Caracas avec Athènes.

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Après la décision du président Barack Obama, le 9 mars 2015, de décréter « l’urgence nationale aux États-Unis » face à la « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et notre politique extérieure qu’est le Venezuela » (sic), le président de Bolivie Evo Morales a demandé une réunion d’urgence de l’UNASUR (organisme regroupant la totalité des nations sud-américaines) et de la CELAC (Communauté élargie des États Latino-américains et des Caraïbes) « pour nous déclarer en état d’urgence et défendre le Venezuela face à l’agression de Barack Obama. Nous allons défendre le Venezuela » Il a souligné l’importance de l’unité des peuples face à l’Empire qui tentent de « nous diviser, pour nous dominer politiquement et nous spolier sur le plan économique ».

Le président Correa, à travers son chancelier, a exprimé son « rejet le plus ferme de la décision illégale et extra-territoriale contre le Venezuela, qui représente une attaque inacceptable pour sa souveraineté ». Il a rappelé le signal négatif que constitue la signature de ce décret par Obama 48 heures après la visite de travail de l’UNASUR à Caracas. Cette délégation a enquêté sur la récente tentative de coup d’État contre le président Nicolas Maduro, élu en avril 2013, a rejeté l’ingérence extérieure, demandant aux secteurs violents de l’opposition de revenir à la voie électorale.

« Comment le Venezuela menace-t-il les Etats-Unis? A des milliers de kilomètres de distance, sans armes stratégiques et sans employer de ressources ni de fonctionnaires pour conspirer contre l’ordre constitutionnel étasunien ? Une telle déclaration faite dans une année d’élections législatives au Venezuela révèle la volonté d’ingérence de la politique extérieure étasunienne. » a déclaré pour sa part le gouvernement cubain.

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Les mouvements sociaux latino-américains se sont mobilisés en défense de la démocratie vénézuélienne. Pour Joao Pedro Stédile, de la direction nationale du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « Au Brésil il y a un peuple qui est avec vous, nous serons toujours solidaires et nous ne laisserons pas l’Empire envahir le Venezuela pour récupérer ses gisements de pétrole ». Le mouvement social bolivien a également manifesté sa solidarité. Rodolfo Machaca, dirigeant de la Confédération syndicale des travailleurs agricoles, a condamné l’ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures vénézueliennes, et leur complicité avec les violences organisées par la droite. Selon Machaca : « La situation au Venezuela nous préoccupe, c’est pourquoi nous proclamons notre solidarité avec ce pays, mais aussi avec le président Maduro. Nous condamnons l’ingérence nord-américaine, et toutes les tentatives de coup d’État ou autres manœuvres visant à la déstabilisation du Venezuela. ».

Rafael Correa dénonce les manipulations médiatiques contre le Venezuela.

Le 1er mars, depuis Montevideo, où il assistait à l’investiture du président uruguayen Tabaré Vasquez, le président Correa a déclaré : «Le Venezuela est confronté à une guerre économique et médiatique, et se retrouve dans la situation d’autres gouvernements progressistes d’Amérique latine, avant lui. Cette situation, on l’a déjà vécu en Amérique latine. Souvenons-nous de ce qui est arrivé à (Salvador) Allende : la même guerre économique, le même type d’ingérence, les mêmes attaques médiatiques. De grâce, tirons les leçons de l’Histoire ». Selon Correa, cette ingérence « ne débouchera pas forcément sur ce qui est arrivé à Allende. Il n’en demeure pas moins que nous sommes confrontés chaque jour aux tentatives de déstabilisation de gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine, par la guerre économique, et à la manipulation mondiale en matière d’information ».

Au sujet de l’arrestation du maire d’opposition de Caracas, Antonio Ledezma, accusé d’implication dans un complot visant à déstabiliser le gouvernement de Nicolas Maduro, le président Correa a déclaré qu’il était « réducteur de commenter cet événement sans connaître les détails de l’affaire, en outre la souveraineté et les institutions de chaque pays doivent être respectées ».

Le Venezuela et la Grèce renforcent leurs relations bilatérales.

En visite officielle en Grèce le 6 mars, la ministre des Affaires étrangère Delcy Rodriguez a félicité le nouveau gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras, au nom du Gouvernement Bolivarien et du peuple vénézuelien. Dès la victoire de Syriza, Maduro avait salué la décision des électeurs malgré « la campagne médiatique qui tentait de leur faire peur en présentant notamment Alexis Tsipras comme l’agent d’une dictature vénézuélienne »

La Chancelière vénézuélienne a été reçue par Alexis Tsipras qui a manifesté son intention d’accueillir prochainement en Grèce le président Nicolas Maduro, assurant de son soutien le Venezuela et son peuple et insistant sur l’affection qu’il lui porte.

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Accompagnée de l’ambassadeur du Venezuela en Grèce – Farid Fernandez – Mme Rodriguez a eu aussi l’occasion de rencontrer son homologue grec Nikos Kotzias (photo). La réunion a porté sur la possibilité de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays dans le domaine économique et commercial. Nikos Kotzias a reçu des informations sur la situation actuelle au Venezuela et a souligné l’importance de nouer des relations solides dans les domaines de la technologie, de l’économie, du commerce et du tourisme.

Un désir commun s’est exprimé : qu’Athènes devienne l’un des principaux partenaires de Caracas.

Cette visite officielle en Grèce répond à la volonté de Caracas de renforcer l’émergence d’un monde multipolaire, au sein duquel prévaudront le respect mutuel, la compréhension, la coopération, mais aussi le droit pour les peuples à l’autodétermination, à la liberté et à la souveraineté.

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Evo Morales: ¨Je ne vois nul hasard dans ce qui se passe au Venezuela¨

evo-morales-5Le président de Bolivie, Evo Morales a affirmé ne voir “nul hasard” dans ce qui se passe au Venezuela, faisant référence aux violences de l’extrême-droite qui depuis février ont causé la mort de 42 personnes (en majorité dans le camp bolivarien), des centaines de blessés et la destruction de nombreux services publics.

Dans son discours prononcé dans le cadre du séminaire ¨Face au changement climatique: économie et société pour le Bien-Vivre¨ à Santa Cruz de la Sierra, Morales a expliqué aux participants que lorsqu’un pays pratique la vraie démocratie (1), “il devient une menace pour le système capitaliste” et que la nouvelle stratégie impériale consiste à y promouvoir des conflits internes.

Que fait l’Empire face à la crise du capitalisme, crise économique, financière ? Il crée des conflits internes, des affrontements pour justifier une intervention soit des casques bleus soit de l’OTAN. Les États-Unis cherchent l’intervention militaire pour rétablir la domination politique et le pillage économique”. Morales a regretté la situation au Venezuela et a rappelé que s’il est normal d’affronter des problèmes internes, ¨la défense de la souveraineté nationale passe par-dessus tout¨.

Les violences ont débuté lorsque la droite radicale, appuyée par le paramilitarisme d’Alvaro Uribe (2), a rejeté les dernières élections qui ont conforté une majorité de gauche en avril et en décembre 2013 (3). Les 19 scrutins organisés au Venezuela depuis 15 ans ont été validés internationalement par l’OEA, l’UE, etc.. et ont été qualifiés par l’ex-président Jimmy Carter comme le ¨meilleur système électoral du monde¨ (4). Alors que la grande majorité de la population a rejeté la campagne de violences et d’assassinats, alors que seuls 7 % des personnes arrêtées pour meurtres ou violences sont des étudiants, et que les manifestations n’ont eu pour base que les quartiers riches ou la zone proche de la Colombie, la plupart des journalistes européens ont relayé aveuglément la version de la droite et des médias privés vénézuéliens d’une ¨révolte étudiante contre la vie chère¨ et de l’État vénézuélien comme ¨État répressif¨ (5).

Sources : AVN, Telesur, Correo del Orinoco.

Traduction : T.D.

Notes :

(1) Lire ¨Pour qu’émerge le nouveau. Un premier bilan de la démocratie communale¨, par Reinaldo Iturriza, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/27/pour-quemerge-le-nouveau-un-premier-bilan-de-la-democratie-communale-par-reinaldo-iturizza/

(2) Voir ¨Le président Santos qualifie le mouvement d’Alvaro Uribe de ¨néo-nazi¨et ¨néo-fasciste¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/23/le-president-colombien-santos-qualifie-le-mouvement-dalvaro-uribe-de-¨neo-nazi¨et-¨neo-fasciste¨/

(3) Lire ¨Voter au Vénézuéla¨ https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/09/voter-au-venezuela/

(4) Déclarations de Jimmy Carter à la suite de ses observations de plus de 90 scrutins dans le monde, http://www.globalresearch.ca/former-us-president-carter-venezuelan-electoral-system-best-in-the-world

(5) Lire ¨Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges, par Seumas Milne (The Guardian), https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/ et la ¨Lettre au médiateur du Monde¨ de Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/19/lettre-au-mediateur-du-monde-par-maurice-lemoine/

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FiveThirtyEight se trompe sur le Venezuela, par Mark Weisbrot (CEPR, Washington)

Mark Weisbrot, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research in Washington DC (CEPR)

Mark Weisbrot, économiste, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research, Washington DC (CEPR)

Nate Silver, rendu célèbre par sa capacité à manier les données électorales pour projeter avec succès les résultats des élections aux USA, a lancé le mois dernier un nouveau blog – FiveThirtyEight.com. Ce fut un démarrage difficile, “quelque chose entre une déception et un désastre” comme Paul Krugman l’a écrit après son lancement, en constatant le mauvais traitement de certains éléments et des “affirmations basée sur l’emploi désinvolte et bâclé de quelques données, comme le dit la vieille expression, à la manière dont un ivrogne utilise un réverbère — comme support, non comme éclairage” dit Krugman.

Je laisse le lecteur juger si cette image s’applique à l’article publié dans FiveThirtyEight le 17 mars par Dorothy Kronick sur le Venezuela. Bien qu’il soit devenu banal de publier à peu près n’importe quoi sur le Venezuela du moment que ce soit négatif pour le gouvernement, au CEPR nous appliquons les mêmes mesures aux mêmes produits.

La thèse de l’article de D. Kronick est étrange. Tout en notant correctement que la polarisation politique au Venezuela épouse à l’extrême les coupures de classe, avec des groupes de haut revenu qui tendent à soutenir les protestations et les vénézuéliens de moindre revenu appuyant le gouvernement, l’auteur pose la question rhétorique : ¨pourquoi la division ?¨et répond :

Le désaccord sur la vision politique pour leur pays proviendrait en partie du fait qu’ils utilisent des références différentes pour mesurer le ¨chavisme¨ : alors que les chavistes comparent le Venezuela d’aujpurd’hui à celui d’avant la révolution, l’opposition compare la situation économique actuelle avec les récents développements dans le reste de l’Amérique Latine.

Je pense que l’auteure veut dire que le chavisme semble meilleur si on le compare à l’ère d’avant Chávez que si on le compare avec le reste de l’Amérique Latine. Il est très facile de répondre à la première partie : le PIB per capita a chuté de plus de 15 pour cent au cours des 20 années qui ont précédé Chávez (1978-1998). Cependant, il n’existe aucune preuve que les deux parties fassent ces comparaisons. Quels électeurs dans le monde jugent-ils leur gouvernement en se basant sur une comparaison avec ses voisins ? Si c’était le cas aux États-Unis par exemple, les taux d’approbation du président Obama seraient très élevés et les démocrates voleraient vers une victoire éclatante aux électiosn pour le Congrès en novembre grâce à la comparaison du niveau de revenu se ferait avec l’Europe, qui s’est comportée de manière bien pire dans sa récupération de la grande récession depuis 2009.

Voyons maintenant la comparaison entre le Venezuela et le reste de l’Amérique Latine. Est-il probant ou même logique d’évaluer la performance des gouvernements de Chávez (et de Maduro) depuis 1999, l’année où le premier a pris ses fonctions ? Pendant les quatre premières années le gouvernement bolivarien ne contrôlait pas la compagnie nationale pétrolière, qui compte pour 50 pour cent dans les ressources du gouvernement et pour 90 % dans les bénéfices de l’exportation. Cette compagnie était sous contrôle de l’opposition qui l’a utilisée pour saboter l’économie et pour lancer plusieurs tentatives de renverser le gouvernement. Comme le journaliste d’opposition Teodoro Petkoff l’a écrit par la suite, l’opposition vénézuélienne a suivi une stratégie de “prise de pouvoir militaire” de 1999 à 2003 (brièvement couronnée de succès lors du coup d’État d’avril 2002).  La dernière tentative de l’opposition pour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière en décembre 2002 a provoqué une perte de 24 % du PIB, comparable au pire moment de la récession états-unienne. Elle a aussi mené à une forte chute permanente de la production des champs pétrolifères traditionnels du Venezuela.

Pour poser une question analogue en ce qui concerne les États-Unis : si Paul Ryan (congressiste républicain ultra-libéral, NdT) contrôlait la Réserve fédérale et augmentait les taux d’intérêt à 25 %, pour plonger l’économie américaine dans une grave récession alors que le président Obama était au pouvoir, Obama serait-il responsable des résultats de l’économie américaine au cours de cette récession ? Bien sûr, si vous êtes un opposant inconditionnel, vous pouvez blâmer Chávez pour tous ces dégâts en disant que s’il avait fait ce que ses adversaires politiques voulaient qu’il fît (au lieu d’accomplir le programme pour lequel avait voté les électeurs), alors il n’y aurait pas eu cet énorme sabotage de l’économie. Mais je ne voudrais pas mettre Dorothy Kronick ou Nate Silver dans cette catégorie.

Même si D. Kronick peut avoir d’autres raisons de tenir le gouvernement pour responsable des dommages économiques causés par ses adversaires, nous ne pouvons pas commencer à 1999. Le gouvernement a finalement obtenu le contrôle de l’industrie pétrolière en 2003. Mais reprendre la mesure à partir de 2003 ne serait pas juste non plus pour ceux qui critiquent le gouvernement, car cela reviendrait à mesurer la croissance depuis un point très bas. La façon juste de le faire est de recommencer en 2004, lorsque le PIB a rattrapé le niveau d’avant la récession. C’est une mesure valable des années Chávez/Maduro.

Si l’on regarde la croissance du PIB par habitant entre 2004 et 2013, l’image change de façon significative. Le Venezuela est le 12ème sur 20 pays latino-américains, et plus important encore pour la comparaison faite par D. Kronick, il égale la Bolivie avec une croissance du PIB annuel par habitant de 2,7 pour cent. (D. Kronick utilise la Bolivie comme une comparaison pour affirmer que le Venezuela ne s’est pas bien porté sous les années Chávez/Maduro).

Amérique latine: croissance annuelle, PIB par habitant 2004-2013 

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 Source: FMI.

L’auteure note la réduction de la pauvreté au Venezuela, mais pour une raison inconnue, ne la compare pas à celle des autres pays. Toutefois, si nous faisons cette comparaison, nous voyons que le Venezuela est la quatrième de 9 pays d’Amérique du Sud plus le Mexique dans le pourcentage de réduction de la pauvreté et aussi de l’extrême pauvreté; notons qu’il est en avance sur la Bolivie, la comparaison choisie par Kronick, et loin devant la moyenne de l’Amérique latine dans son ensemble. Cette mesure comprend le revenu mesuré uniquement en espèces; si nous devions mettre une valeur monétaire sur les augmentations de l’accès gratuit aux soins de santé, à l’éducation et au logement, le rang du Venezuela monterait de manière significative.

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Source: CEPAL, Commission Économique Pour l’Amérique Latine (ONU).

Remarque: Les exposants se rapportent à des périodes de temps reflétées dans le graphique; (1) 2004-2012, (2) 2004-2011, (3) 2003-2011, et (4) de 2007 à 2012.

Le reste des comparaisons de Kronick ne prend pas en compte le niveau de vie. L’inflation est bien sûr devenue un problème grave au cours des 16 derniers mois, et si elle devait se poursuivre à ce rythme, elle pourrait nuire à la production, à l’emploi et éventuellement à la répartition des revenus. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer que ce sera le cas; par exemple, l’inflation annuelle était de 39 pour cent en Février 2003, mais a baissé en février 2014. Donc, tout ce que nous pouvons faire actuellement pour une comparaison de ce genre est de comparer les mesures du niveau de vie et la protection sociale de 2004 à nos jours, avec les dernières données disponibles. Beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce fait, mais l’inflation n’est pas une mesure du niveau de vie.

Pas plus que ne l’est le montant des réserves de liquidités détenues par le gouvernement central du Venezuela, qui est comparé avec la Bolivie dans cet article. Il n’est pas dit clairement pourquoi nous devrions penser que c’est un point de comparaison important, ou pourquoi les Vénézuéliens devraient s’en soucier. Selon le dernier rapport de Bank of America Merrill Lynch, les actifs liquides et semi-liquides de la banque centrale, de PDVSA, et d’autres avoirs du gouvernement totalisent plus de 50 milliards de dollars, ce qui est un montant tout à fait raisonnable de réserves par rapport aux importations du Venezuela (équivalent à la valeur d’une année). Et ce d’autant plus que la monnaie du Venezuela n’est pas directement convertible (il existe des contrôles de change). Il n’est pas clair pourquoi les réserves de trésorerie serait la mesure la plus pertinente pour la balance des paiements.

D. Kronick compare également la dette publique extérieure du Venezuela avec celle de la Bolivie, qui montre que celle du Venezuela est plus élevée, à environ 27 pour cent du PIB alors que la Bolivie en est à 16 pour cent du PIB. Bien sûr, ce n’est pas une mesure du niveau de vie soit, mais cela pourrait être pertinent si on considère que le Venezuela est confronté à une sorte de crise de la dette. Mais ce n’est pas le cas. Si nous comparons, il est important de souligner que la Bolivie avait un montant de dette extérieure à 10 pour cent de son PIB – due à la Banque interaméricaine de développement – qui fut annulée en 2007. Ce chiffre représente la quasi-totalité de la différence entre la la dette publique extérieure de deux pays. Ce fut Chávez, d’ailleurs, qui réussit à faire annuler la dette en poussant d’autres gouvernements d’Amérique du Sud à l’accepter (ce mouvement comprenait également l’annulation de la dette pour le Honduras, Haïti, le Guyana et le Nicaragua).

La comparaison de la réduction de la mortalité infantile entre le Venezuela et le reste de l’Amérique latine est aussi peu valide. D. Kronick mesure le pourcentage de réduction annuelle mais bien sûr, il est beaucoup plus facile de réduire la mortalité infantile de 1 point de pourcentage si vous êtes à 60 pour mille que si vous êtes déjà tombé à 18 comme le Venezuela. Comme l’explique le graphique ci-dessous, le Venezuela a commencé la période (ici vous pouvez utiliser 1999 ou 2004 comme ici, cela ne change pas la photo) avec le cinquième le plus bas taux de mortalité infantile et a terminé la période avec le sixième le plus bas taux de mortalité infantile.

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Il y a d’autres comparaisons tout aussi peu pertinentes (par exemple, Kronick écrit que Chávez a remporté l’élection de 2012 par « seulement » 11 points d’avance, c-à-d moins que les autres titulaires) mais cela ne vaut pas la peine de les relever toutes. L’article illustre bien le commentaire initial que Krugman fait sur ce blog, celui d’utiliser (ou d’abuser) des chiffres sans cadre cohérent.

La comparaison avec la Bolivie, par exemple, aurait pu être instructive pour illustrer deux importantes erreurs de politique économique importantes faites par le gouvernement vénézuélien, si l’auteur avait disposé d’un cadre cohérent. Bien que la Bolivie n’avait nul besoin de 50 pour cent du PIB en réserves de liquidités, le gouvernement Morales a maintenu le taux de change bolivien très stable pendant sept ans. Les boliviens ont utilisé un flottement dirigé sans cible pré-annoncée, et accumulé suffisamment de réserves (tout en utilisant des contrôles de change) pour maintenir le taux de change dans une fourchette étroite. Le système du taux de change au Venezuela, en revanche, a été beaucoup moins stable et a rencontré des difficultés graves depuis un an et demi, avec une forte hausse du prix du dollar sur le marché noir et une forte augmentation conséquente de l’inflation.

La seconde comparaison intéressante entre la Bolivie et le Venezuela porte sur leur réponse à la crise financière et à la récession mondiales de 2008-09. La Bolivie – en partie à cause des plans déjà mis en route – disposait d’une large stimulation fiscale et a fini avec pratiquement la meilleure performance en termes de croissance de l’hémisphère en 2009. Le Venezuela a répondu avec des réductions de dépenses pro-cycliques et a donc connu une récession qui a duré un et demi (toute l’année 2009, plus de la première année de l’année 2010). Si le gouvernement vénézuélien avait adopté des politiques anticycliques, sa croissance durant la dernière décennie aurait été plus élevée que la Bolivie et en avance sur la plupart des pays de la région.

Bien sûr, si la tendance des 16 derniers mois devait se maintenir, l’économie vénézuélienne suivrait une autre voie et pourrait en effet afficher des résultats moindres que ceux des pays voisins dans son but affiché d’élever le niveau de vie des vénézuéliens. Mais l’auteure prétend que ceci s’est déjà produit sous les années Chávez/Maduro – et sur ce point, les données vont dans le sens contraire de ses affirmations.

Finalement, toute évaluation des années Chávez/Maduro devrait prendre en compte les milliards de dollars de coopération extérieure que le Venezuela a fournis à la région – un fait probablement sans précédent pour une économie de cette taille. Du point de vue d’un opposant, bien sûr, cela ne mérite aucun crédit. Mais quand on considère ce qui s’est passé avec les recettes pétrolières de cette époque qui ne furent pas réinvesties sur place, il y a ici une grande différence avec le fait de les transférer sur un compte en Suisse comme c’est le cas pour de nombreux alliés des États-Unis. D’un point de vue économique, humain et moral, cela mérite d’être pris en compte.

Mark Weisbrot

Source: CEPR

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/fivethirtyeight-se-trompe-sur-le-venezuela-par-mark-weisbrot-cepr-washington/

Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie accordent l’asile politique à Edward Snowden

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Nicolas Maduro en compagnie de Daniel Ortega, Managua. Nicaragua, juin 2013

« Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis, vous écris pour demander l’asile à la république du Nicaragua étant donné le risque que je cours d’être poursuivi par le gouvernement et ses agents » (...) « Etant donné les circonstances, il est improbable que j’aie un procès juste ou que je sois traité de façon convenable avant le procès, et je risque la prison à vie ou même la mort » (..) « Mon cas est très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, emprisonné et traité de manière inhumaine. « 

Ce 5 juillet à Caracas, lors des cérémonies des 202 ans d’indépendance du Venezuela, le président Nicolas Maduro a annoncé publiquement, comme l’a fait de son côté le président Ortega pour le Nicaragua, que le Venezuela a décidé de répondre favorablement à la demande d’asile politique présentée par le citoyen états-unien Edward Snowden.

Il a précisé que d’autres pays latino-américains agiront de même pour protéger le jeune informaticien de la persécution du gouvernement Obama et a salué celui qui est devenu un héros universel des libertés citoyennes en dénonçant le système mondial d’espionnage des communications, téléphonie et internet par la CIA (notamment dirigé contre les gouvernements européens). « Les États-Unis craignent les prochaines révélations de Snowden » a ajouté Maduro. Le 7 juillet le président Evo Morales a lui aussi annoncé sa décision de lui accorder l’asile politique vu les menaces dont il est l’objet, au cas où il en faisait la demande à la Bolivie.

Thank you, Venezuela !

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Le cinéaste Michael Moore a remercié le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua depuis son site www.michaelmoore.com  : « En offrant l’asile à Edward Snowden, vous aidez quelqu’un qui nous a tous aidés ici aux États-Unis ».

Le président du Comité d’Intelligence de la Chambre des Représentants des États-Unis, Mike Rogers, a annoncé sur CNN des représailles et des sanctions contre les nations latino-américaines.

L’hedomadaire allemand Der Spiegel a publié ce dimanche une entrevue dans laquelle Snowden explique que les espions de la NSA « travaillent la main dans la main avec les services secrets allemands et ceux de la la majorité des autres pays occidentaux et que cette étroite collaboration vise notamment à protéger des dirigeants politiques de l’indignation publique. »

Le quotidien brésilien O’Globo Paulo note que les documents libérés indiquent que le Brésil est un des principaux pays visés par le programme de surveillance de la NSA, aux côtés de la Chine, La Russie, l’Iran et le Pakistan. 2,3 milliards d’appels téléphoniques et de mails brésiliens ont été interceptés en dix ans. Le gouvernement de Dilma Roussef a d’ores et déjà exigé des explications à l’administration Obama.

Snowden se trouve depuis le 23 juin en zone de transit à Moscou. Alors que les Etats-Unis veulent l’emprisonner pour… “espionnage” et ont annulé son passeport, celui-ci avait déposé des demandes d’asile politique auprès d’une vingtaine de pays.

Le gouvernement français a refusé jeudi, sur instruction de Washington, de donner une suite favorable à sa demande.

Le président du Venezuela a rappelé que tout en persécutant Snowden, le  gouvernement des États-Unis maintient sous sa protection le terroriste Posada Carriles et refuse son extradition au Venezuela (ex-agent de la CIA, né cubain et naturalisé vénézuélien, auteur de plusieurs attentats à la bombe qui ont fait de nombreuses victimes civiles).

Maduro a par ailleurs confirmé qu’”un ministre très important nous a confirmé que c’est la CIA qui a donné l’ordre à la France, l’Italie et le Portugal de fermer leur espace aérien au président Evo Morales” le mardi 2 juillet alors que celui-ci rentrait du sommet des producteurs de gaz à Moscou.

Le président vénézuélien a rappelé que l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) réunie en urgence le 4 juillet à Cochabamba (Bolivie) attend des “explications et des excuses publiques de ces pays violateurs du droit international” dont la décision de dernière minute avait forcé le président de la Bolivie à atterrir d’urgence à Vienne lors d’une manoeuvre non dépourvue de risques, et à rester bloqué pendant treize heures avant de pouvoir redécoller à destination de son pays. (1)

T.D., Caracas, 8 juillet 2013

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4 juillet 2013, Cochabamba, Bolivie. Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela), Cristina Fernandez (Argentine), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Équateur) réunis avec les mouvements sociaux peu avant le sommet de l’UNASUR consacrée à l’atteinte au droit international dont a été victime Evo Morales.

Note :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/06/le-venezuela-et-le-nicaragua-accordent-lasile-politique-a-edward-snowden/