Nicaragua : Washington, FMI, patronat, travailleurs, retraités… même combat ?

auton62-d273aMaurice LEMOINE

C’est dans une déclaration datée du 16 avril que le président de l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) Roberto López a rendu publiques une série de mesures destinées à redresser l’institution, laquelle annonce un déficit de 71 millions de dollars (59,8 millions d’euros). Ratifiée le 18 avril par la « résolution 1/317 » du président Daniel Ortega, l’un des leaders de la révolution qui, en 1979, renversa la dictature d’Anastasio Somoza, cette réforme augmentait les cotisations des employeurs, des travailleurs et, surtout, instaurait sur les retraites une contribution spéciale de 5 %. Après un moment de stupeur, cette amputation du pouvoir d’achat d’hommes et de femmes âgés souvent très modestes a provoqué un fort rejet.

Emmenés dans un premier temps par des groupes d’étudiants de l’Université centraméricaine (UCA ; jésuite) et de l’Université polytechnique du Nicaragua (UPOLI) « solidaires de leurs anciens », des milliers de manifestants occupèrent la rue dès le 18 avril contre ce « paquete » qualifié d’« illégal et inhumain ». En quelques heures, cette protestation s’étendit et gagna les villes de province (Jinotepe, Diriamba, Granada, León) et prit un caractère violent, des groupes d’individus vandalisant installations du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir), commerces et supermarchés. Une répression particulièrement « musclée » de la police anti-émeutes et des heurts avec des groupes de contre-manifestants provoquèrent les premières victimes – quatre morts le troisième jour, dont un policier tué par un coup de fusil.

nicaragua-800x445Nicaragua se divide entre defensores y detractores del Gobierno de Ortega

Dès le 21 avril, prenant conscience de l’ampleur du mécontentement, le président Ortega fait marche arrière en appelant à un dialogue national après avoir annoncé la révocation de la « résolution 1/317 ». Ce rapide recul ne provoque aucun effet : une large opposition allant du Conseil supérieur de l’entreprise privée (Cosep) et des partis de droite traditionnels jusqu’aux étudiants et à la classe moyenne en passant par les « dissidents », supposément de centre-gauche, du Mouvement de rénovation sandiniste (MRS) affichent leur détermination de continuer la lutte jusqu’à l’obtention du départ d’Ortega et de son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo, élue en même temps que lui.

A l’appel du Cosep et des étudiants, les rues de Managua s’embrasent à nouveau le lundi 23 avril contre le gouvernement et, le 28, convoquée par l’Eglise, une « marche pour la paix », au cri de « qu’ils s’en aillent ! », exige « la fin du régime » et réclame la justice pour les morts des dernières semaines – les chiffres annoncés, très imprécis, iront de quarante-trois à soixante-trois.

Tout aussi importante, bien que très peu médiatisée, une manifestation monstre des secteurs populaires sandinistes « pour la paix et le dialogue » réagit le 30 avril en appui au chef de l’Etat.

Dcw1pc_W4AARbDW

A partir de ce récit qu’on qualifiera de « standard », au moins trois versions et analyses des événements s’affrontent. Pour certains, le Nicaragua a vécu une explosion sociale provoquée par une mesure impopulaire. Pour l’opposition, les Etats-Unis et les médias en général, il y a au Nicaragua une « dictature »(The Wall Street Journal) et « Daniel Ortega doit partir » (éditorial du quotidien de droite espagnol El País [1]). Pour sa part, le gouvernement voit dans ces troubles une conspiration de la droite pour mener à bien une déstabilisation « à la vénézuélienne  » ou l’un de ces coups d’Etat « light » qui ont écarté du pouvoir Manuel Zelaya (Honduras, 2009) ou Fernando Lugo (Paraguay, 2012). D’autres enfin, peut-être plus pointilleux, s’efforcent de séparer les informations vraies des informations fausses et les ni vraies ni fausses des à moitié-vraies à moitié-fausses. Ce que nous tenterons de faire ici.

Depuis leur retour au pouvoir en 2007, après les seize années de désastre néolibéral qui ont suivi la sanglante agression des Etats-Unis contre la révolution sandiniste (1980-1991), Daniel Ortega et le FSLN ont mis en œuvre d’importants programmes sociaux. Bien plus que toutes les turpitudes qui leur sont attribuées, ces programmes leur ont valu le soutien d’une base populaire, majoritaire, qui explique leur réélection en 2011 et 2016 [2]. Bien entendu, nul n’oserait prétendre qu’ils mènent une politique « révolutionnaire » au sens classique ou même hétérodoxe du mot : depuis 1979 et le renversement de la dictature, le monde a quelque peu changé et les rapports de force ne sont plus ce qu’ils ont été.

Remportant l’élection de 2006 par une marge étroite, Ortega et le FSLN se sont assurés un minimum de stabilité en formulant un « pacte d’unité nationale », une alliance de fait avec une partie de l’Eglise, très conservatrice, et le secteur privé. A l’autre extrémité de l’arc idéologique, ils ont rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [3] et ont ainsi bénéficié de l’aide substantielle du Venezuela (de l’ordre de 500 millions de dollars par an).

Très peu appréciées des castes et de leurs chiens de gardes médiatiques, cette alliance de gouvernements « populistes » et une politique interne qualifiée d’« assistancialiste » (par des analystes généralement bien nourris) ont sorti de la misère et de la faim des dizaines de milliers de déshérités. De 48,3 % en 2005, le taux de pauvreté est passé à 24,9 % en 2016 (l’extrême pauvreté régressant de 17,2 % à 6,9 %) [4].

Malgré ces résultats positifs, un thème demeure fort délicat : assurer l’équilibre structurel du système de Sécurité sociale, laissé dans un état pitoyable par les gouvernements de droite précédents, qui l’ont littéralement pillé. Et qui, aujourd’hui, souffre d’un fort déficit. Mais pas pour les mêmes raisons.

De passage à Paris, Sidhartha Marín, ministre conseiller du président Ortega, souligne, chiffres en main : « Nous nous sommes acquittés d’une énorme dette sociale en augmentant considérablement le nombre des pensions de retraite et en réincorporant des gens qui, pour différentes raisons, et en particulier leur participation à la guerre, n’en avaient pas. » De 420 200 en 2006, le nombre des bénéficiaires a effectivement plus que doublé pour atteindre 914 279 en avril 2017. La retraite minimum, quant à elle, passe dans le même temps de 1212 cordobas (33,8 euros) à 4 680 cordobas (129 euros). Un droit à une pension réduite est instauré pour 42 946 « anciens » du conflit armé qui n’ont jamais cotisé tandis que le pouvoir améliore considérablement le système de santé. On a connu pire casse sociale dans une Amérique centrale ravagée par la pauvreté. Mais le budget de l’INSS n’y a pas résisté…

« On a analysé diverses options pour faire une réforme garantissant la soutenabilité du système à moyen et long terme », explique Sidhartha Marín. Tandis que gouvernement, Cosep et syndicats discutent au sein d’une Commission technique, le Fonds monétaire international (FMI), présent à titre consultatif, livre ses préconisations. Classiques, impitoyables, assassines : doubler de 750 à 1500 le nombre de semaines de cotisation pour accéder à une pension pleine ; passer l’âge de la retraite légal de 60 à 65 ans ; éliminer les pensions pour les victimes de guerre (instaurées par Ortega) ; supprimer les mini-pensions pour les personnes âgées n’ayant pas la totalité des semaines requises de cotisation (également redevables au gouvernement FSLN) ; éliminer le treizième mois versé aux retraités.

Le Cosep applaudit des deux mains. Les syndicats refusent catégoriquement. Le pouvoir les suit et écarte le verdict du FMI. Puis cherche la voie médiane qu’il annonce le 16 avril : les cotisations des travailleurs passent de 6,25 % à 7 % (une hausse de 0,75 %) ; celles des patrons, plus importante, de 19 % à 22,5 % (+ 3,5 %) ; celles des retraités de… 0 % à 5 %. Les travailleurs acceptent la proposition. Le secteur privé la rejette. De même que les retraités.

Somme toute, en amputant le maigre pouvoir d’achat de ces derniers, le pouvoir sandiniste applique une mesure peu ou prou similaire à celle prise par le « président des riches » Emmanuel Macron lorsqu’il a augmenté la Contribution sociale généralisée (CSG) des retraités français. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, il est donc tout à fait compréhensible, pour ne pas dire normal et légitime que, dans les deux pays, ceux-ci descendent dans la rue pour protester. Et, au Nicaragua, ruent dans les brancards quand, jouant de l’urgence et de l’émotion au détriment de la raison, la vice-présidente Rosario Murillo déclare impulsivement que les manifestants sont de « minuscules groupes encourageant la haine » et des « médiocres » à qui elle souhaite « un châtiment divin ».

Elle s’attire en retour les foudres très terrestres d’un dirigeant sandiniste historique, Jaime Wheelock, qui, dans une lettre publique, s’adresse à Ortega : « Par son contenu et par sa forme, le décret qui a réformé l’INSS a été une grave erreur politique, technique et légale du gouvernement (…) car il a affecté les droits économiques acquis et les économies d’un million de chefs de famille, sans offrir de solution pratique à la grave situation financière de l’INSS [5]. »

Connaissant à l’évidence la maxime « errare humanum est, perseverare diabolicum » – « l’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique » – Ortega abroge le décret et en appelle au dialogue – là où bien d’autres à sa place s’entêteraient (cf un certain Emmanuel Macron).

Au-delà de cet aspect de la crise, systématiquement et quasi-uniquement mise en avant, il convient de préciser que le premier acteur de poids à « prêcher la révolte » à l’annonce de la réforme a été le patronat. Pour l’économiste Adolfo Acevedo, ces mesures allaient signifier « une augmentation considérable des coûts s’ajoutant aux salaires », incitant les grandes et moyennes entreprises « à chercher des mécanismes pour réduire l’affiliation de leurs travailleurs au système [de l’INSS] », tandis que les petites y trouveraient « un formidable manque d’encouragement à déclarer leurs travailleurs [6] ». Tout aussi inquiète, la Chambre de commerce américaine du Nicaragua (AmCham), regroupant les firmes étatsuniennes, avertit que ces réformes allaient affecter « les revenus de milliers de Nicaraguayens employés dans l’économie formelle et la compétitivité du pays ».

Ulcérés qu’Ortega n’ait accepté ni de repousser l’âge de la retraite, ni d’augmenter le nombre de semaines de cotisations, ni de revenir sur diverses mesures de protection sociale, ni de privatiser les centres de santé en appliquant les recettes préconisées par le FMI, ces altruistes analystes ont par ailleurs une grosse arête en travers de la gorge (qu’eux et leurs alliés évitent avec soin de mentionner publiquement) : outre l’augmentation des charges précitées, le décret élimine le plafond de 82 953 cordobas (2 322 euros) au-delà duquel un salarié, quand bien même il dispose d’un très haut salaire, ne paie plus de cotisations. Outre la classe moyenne bien intégrée, sont directement affectés les membres de la famille et les amis ou obligés souvent placés dans l’entreprise aux postes d’encadrement et de direction avec des émoluments élevés. Une bonne raison pour hurler à la mort et réclamer « un changement de régime » dans des manifs de déshérités.

C’est donc ce patronat « solidaire » (mais de qui ?) qui sonne le tocsin. Une partie de l’Eglise l’accompagne quand une vingtaine de prêtres ayant à leur tête le cardinal Leopoldo Brenes et l’évêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio Báez, appuient publiquement les protestations. Souvent issus de la classe moyenne et d’idéologie confusément conservatrice, les étudiants montent en première ligne, forts de leur esprit de rébellion. Particulièrement agressifs à l’égard de « Daniel », les « sandinistes dissidents » donnent de la voix. Groupuscule sans poids réel au sein des secteurs populaires, mais regroupant, souvent au sein du Mouvement de rénovation sandiniste (MRS), d’anciens révolutionnaires historiques – Dora María Téllez, Mónica Baltodano, Hugo Torres, Edmundo Jarquín – et quelques intellectuels de renom – Sergio Ramírez, Gioconda Belli –, ils représentent une moyenne bourgeoisie vaguement social-démocrate (dans son acceptation la moins respectable : celle qui a provoqué la phase terminale des PS européens) et n’ont, sur les problèmes de l’INSS, absolument aucune proposition digne de ce nom.

Toutefois, comme nombre d’Organisations non gouvernementales (ONG) qui leur servent de relai – Centre nicaraguayen des droits humains (Cenidh), Commission permanente des droits humains (CPDH), Fundación Violeta Barrios de Chamorro, Hagamos Democracia, etc. –, ils ont, au nom de leur passé (incontestable) et de leur virage idéologique (très dans l’air du temps), maintenu d’excellentes relations aussi bien avec les secteurs considérés « progressistes » de la « communauté internationale » qu’avec, s’agissant des ONG, des sources de financement ni spécialement philanthropes ni particulièrement désintéressées (USAID, NED, Union européenne, etc.) [7]. C’est donc, en symbiose totale avec la droite, leur interprétation des événements – « Un peuple se soulève contre la dictature » – qui, majoritairement, va circuler et s’imposer.

« La réforme de l’INSS a été un prétexte, estime Sidhartha Marín. Après la dérogation, la protestation n’avait plus lieu d’être, les retraités n’étaient plus dans la rue. L’articulation, les niveaux de coordination attirent l’attention. Certains ont récupéré et utilisé le mécontentement pour créer le chaos. »

Dès le 17 avril, surgit sur Twitter un compte nommé #SOSINSS. En quelques heures, des attaques d’une violence extrême s’en prennent aux mairies (Esteli, Grenada), au siège départemental du FSLN à Chinandega, aux commerces, à des maisons de sandinistes, à des centres culturels ou de santé. Dans des villes bientôt jonchées de débris, de voitures incendiées, de barricades érigées à proximité de bâtiments publics saccagés et de grandes surfaces pillées, des pistolets et armes semi-automatiques s’ajoutent aux cocktails Molotov et mortiers artisanaux traditionnellement utilisés dans ce pays à l’Histoire tourmentée. Malgré l’apparente absence de direction, des actions manifestement coordonnées, synchronisées, dans l’ensemble du pays… Et accompagnées du « storytelling » afférent.

Répression il y a eu. Excessive, à l’évidence, en certaines occasions. Dans une interview accordée à la chaîne télévisée Univisión, Bayardo Arce, révolutionnaire de large trajectoire et conseiller économique d’Ortega, après avoir exprimé sa solidarité aux familles endeuillées, avance son explication : « Je ne dirais pas qu’il y a eu répression, mais, concernant la police, une situation comme il s’en produit dans ce type de phénomènes sociaux où, à un certain moment, tu perds le contrôle. La police a perdu le contrôle… » Et parfois l’usage « raisonnable et proportionné » de la force. A tel point que, le 27 avril, la cheffe très critiquée de l’institution, Aminta Granera, qui occupait cette fonction depuis 2006, a présenté sa démission.

Toutefois, tandis que les discours s’enflamment dénonçant le « gouvernement assassin », d’autres voix s’élèvent pour dénoncer une manipulation majuscule », similaire à celle qui accompagna au Venezuela la période insurrectionnelle d’avril à juillet 2017. Pour ne parler que d’elle, la « sympathique » Université polytechnique (UPOLI, propriété d’une Eglise baptiste dont le siège se trouve aux Etats-Unis) est en réalité devenue le centre de commandement de bandes de délinquants recrutés dans les quartiers et transformés en force de choc pour provoquer la police et mettre Managua à feu et à sang.

Fils de Carlos Fonseca Amador, l’un des fondateurs en 1961 du FSLN, assassiné le 8 novembre 1976 par la dictature de Somoza, Carlos Fonseca Terán, secrétaire adjoint aux relations internationales du Front, livre un témoignage édifiant : « Dans l’après du lundi 7 mai, un groupe de citoyens s’étaient réunis sur la rotonde de La Virgen [à Managua] pour demander la paix et appuyer le dialogue. En très peu de temps, ils ont été attaqués par surprise et par derrière à coups de mortiers [artisanaux] et de pierres, depuis une très courte distance, par les “pandilleros” [délinquants]. Une partie de ces personnes attaquées, comme il est naturel, ont quitté les lieux, mais une autre partie, avec l’appui de la population, a décidé de résister aux agresseurs, manifestement en provenance de l’UPOLI et armés jusqu’aux dents. Face à cette situation, la police n’a eu d’autre option que d’intervenir pour empêcher une tragédie. Alors, 100% Noticias [8], qui n’avait jusque-là pas dit un mot sur ce qui se passait, a commencé à “informer” que la Police réprimait durement les étudiants de l’UPOLI [9]. »

Le même type de phénomène a été constaté à Niquinohomo et Catarina, pour ne citer que ces cas, où les forces de l’ordre n’ont pas surgi pour « casser de l’opposant », mais pour protéger des manifestants pro-gouvernementaux pacifiques de bandes antisandinistes enragées.

Au Venezuela, rebaptisés « paramilitaires » par la corrida médiatique, les « colectivos », groupes militants chavistes très politisés, mais, à 95 % pacifiques, se voient accusés de tous les crimes, réels et supposés (présent en mai 2017, dans l’est de Caracas, au cœur de nombreux affrontements de manifestants avec les forces de l’ordre, nous n’avons jamais constaté la présence d’aucun d’entre eux, là où nombre de nos confrères les voyaient partout [10]).

Au Nicaragua, ce sont les Jeunesses sandinistes, mouvement à caractère politique et idéologique présent dans les quartiers les plus vulnérables, qui deviennent des « nervis » et des « gros bras meurtriers ». Que des échauffourées aient eu lieu entre ces contre-manifestants imprégnés de passion politique et des émeutiers tout aussi ardents n’est pas contestable. Mais qui meurt et qui tue ? Là encore, le parallèle avec le Venezuela s’impose, où la vulgate médiatique a attribué toutes les victimes à « la répression », quand il n’en était rien.

Sympathisant sandiniste, le journaliste « assassiné » à Bluefields, Ángel Eduardo Gahona, contrairement aux allégations initiales attribuant sa mort aux forces de l’ordre, aurait (on notera ici l’emploi du conditionnel) été tué par l’arme à feu artisanale du citoyen Brandon Cristopher Lovo Taylor, également accusé d’avoir blessé l’officier de la Police nationale Carlos Anselmo Rodríguez. Deux officiers de police sont morts. De même que des sympathisants sandinistes. L’un d’entre eux brûlé vif dans un bâtiment incendié par des vandales. Et bien sûr, et hélas, des opposants. Mais combien ? « Certaines ONG, de manière imprécise et irresponsable, sans preuves ni arguments, avancent des chiffres, grimace Sidhartha Marín. Pour l’instant, rien n’a été démontré. Il faut être sérieux, très rigoureux, et c’est la raison pour laquelle l’Assemblée nationale a créé une Commission de la justice et de la vérité. »

Personne n’a planifié en amont cette vague de violence, ni au Nicaragua ni à l’étranger. Elle naît d’une mesure sociale impopulaire et très mal reçue. Mais, il existe trop de similitudes avec les méthodes antidémocratiques utilisées dans d’autres pays pour ne pas l’insérer dans la grande partie géopolitique qui se déroule actuellement. Car en quelques jours, la crise a changé de nature. Exploitant l’erreur voire la faute du pouvoir, l’opposition s’est organisée très vite, car prête, à l’affût de la première occasion, pour tenter de le renverser. Ce qui n’a plus rien à voir ni avec la contestation ni avec la démocratie tant revendiquée. Est-ce un hasard ? La « star » de CNN (en espagnol) et d’Univisión Patricia Janiot débarque en personne et en urgence, avec son équipe, dans le chaudron nicaraguayen. L’a-t-on vue dans les manifestations brutalement réprimées qui, il n’y a pas si longtemps, ont suivi une fraude électorale grosse de la taille du soleil lors de l’élection présidentielle au Honduras [11] ? Non. S’est-elle déplacée en Argentine où des foules se rassemblent périodiquement pour protester contre les mesures antisociales du président néolibéral Mauricio Macri ? Non plus. Va-t-elle interroger en Colombie les dirigeants de mouvements sociaux qui, tous les jours, voient l’un de leurs membres ou militants tomber (une victime toutes les trente-six heures en janvier dernier) ? Certainement pas. Mais la gauche latina est en difficulté au Nicaragua, un pays qui plus est membre de l’ALBA. C’est merveilleux ! Contribuons à formater l’opinion.

A l’heure tant espérée de la revanche, l’offensive se développe sur tout le continent. Coup d’Etat parlementaire au Brésil contre Dilma Rousseff, suivi de la condamnation et de l’emprisonnement de l’ex-chef de l’Etat Luiz Inacio da Silva (« Lula), favori des sondages dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre prochain. Sur des bases judiciaires aussi douteuses, emprisonnement du vice-président équatorien Jorge Glass et démantèlement sournois de l’héritage de Rafael Correa. En Colombie, mise en danger des accords de paix par l’arrestation d’un de ses signataires, l’ex-commandant des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) Jésus Santrich, accusé de « narcotrafic » sur la base d’un vraisemblable « montage » de la justice colombienne et de la Drug Enforcement Administration (DEA) – les « anti-narcos » étatsuniens. Abandon par six pays de l’Union des nations sud-américaine (Unasur), créée sous l’impulsion d’Hugo Chávez et pensée comme un contrepoids aux Etats-Unis et à son annexe, l’Organisation des Etats américains (OEA) [12]. Déstabilisation féroce du Venezuela…

On n’oubliera pas que Washington n’a pas attendu la crise de l’INSS pour s’intéresser de très près au Nicaragua. Certes plus révolutionnaire, mais encore trop indocile, Managua se trouve dans le collimateur depuis que le Capitole a mis à l’ordre du jour le « Nicaraguan Investment Conditionality Act 2017 » – plus connu sous le nom de « Nica Act » –, porté par vingt-cinq législateurs (quinze républicains et dix démocrates) également déchainés contre le Venezuela, et destiné à empêcher tout financement du Nicaragua par les organismes financiers internationaux. Approuvée par le Congrès américain en octobre 2017, cette loi se trouve en attente d’examen au Sénat. Des sanctions économiques qui, si elles sont appliquées, auront pour principal effet de torpiller les efforts de Managua pour améliorer les conditions de vie des « Nicas » et diminuer la pauvreté. Une nouvelle agression qui ne peut que hérisser tout « sandiniste » digne de ce nom ayant connu les terribles années 1980. A moins que…

Estimant qu’Ortega et son épouse Murillo ont abandonné les principes historiques du parti, les dissidents du Front ont rebaptisé le pouvoir « danieliste » ou « orteguiste ». Pourquoi pas. Mais peuvent-ils eux-mêmes se réclamer du sandinisme ces dirigeants du MRS qui, en compagnie des secteurs conservateurs les plus rances, demandent aux Etats-Unis, au vu et au su de tous, d’appliquer le « Nica Act » pour punir Ortega ? Des sanctions étranglant leur propre pays ! La droite ne pouvait rêver plus efficaces supplétifs. Plutôt que se rallier à l’« Empire » qui a tant fait souffrir leurs compatriotes, que ne lui réclament-ils le paiement des 17 milliards de dollars qu’il a été condamné à verser par la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, en juin 1986, pour avoir soutenu les mouvements « terroristes » agissant en territoire nicaraguayen depuis le Honduras ? Cette somme, jamais payée, au mépris du droit international, permettrait de combler 240 fois le déficit de l’INSS ou de financer de multiples programmes sociaux.

Membre de ce front politique post-moderne, Cristiana Chamorro, directrice de la Fondation Violeta Barrios de Chamorro – du nom de sa mère et ex-présidente du Nicaragua (1990-1997), qui y a réintroduit les politiques néolibérales – est allée rencontrer, le 4 mai, le secrétaire général de l’OEA et « homme de main » de Washington, Luis Almagro. En le pressant d’intervenir, elle lui a présenté deux scénarii : « Ou des élections justes et transparentes, anticipées [ce que réclamait la droite dure vénézuélienne pendant la phase insurrectionnelle de 2017, avant de refuser d’y participer dès lors qu’elles ont été organisées] permettant une transition pacifique, comme Ortega l’a fait en 1989, ou une sortie sanglante et de destruction du pays comme l’a choisi Somoza en 1979. » Avant d’ajouter : « Malheureusement, il semble qu’Ortega a choisi le second [13]. »

C’est précisément devant le Conseil permanent de l’OEA que Mike Pence, le vice-président des Etats-Unis, a déclaré le 7 mai : « Un obscur nuage de tyrannie plane sur Cuba, le Venezuela et le Nicaragua. » Le 24 avril, la Maison Blanche avait fait référence « à la répugnante violence politique de la Police et des matons pro-gouvernementaux contre le peuple du Nicaragua. » On peut donc craindre que les troubles actuels, s’ils devaient perdurer, ne servent de prétexte parfait à une accélération de l’approbation du « Nica Act ». Et à une déstabilisation accentuée en vue d’un « changement de régime » selon l’expression consacrée du Venezuela à… l’Iran.

Le peuple nicaraguayen a connu une guerre, organisée et financée par Ronald Reagan, qui a fait plus de cinquante mille morts. Il aspire à la paix, n’en déplaise aux violents. « Je tiens à souligner le rôle qu’a joué le pape Francisco en appelant à la concorde et au dialogue, ce que faisait déjà Daniel », nous confie Sidhartha Marín. C’est grâce à cet appel que la Conférence épiscopale a accepté de servir de médiateur et de témoin. »

Reste à savoir si la raison prendra le dessus ou si les boutefeux l’emporteront. Tandis que les évêques demandaient, pour entamer le dialogue, la fin de la violence, le respect du droit de réunion des manifestants et l’accès au pays de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) [14] pour seconder la Commission de la vérité, ce que le pouvoir a accepté, des affrontements opposaient encore forces de l’ordre et émeutiers pendant le week-end des 12 et 13 mai.

Maurice LEMOINE

Illustration : Miolo / Flickr CC

»» http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat

[1] « Daniel Ortega debe marcharse », 2 mai 2018.

[2] Lire « Le Nicaragua sous dictature… du double standard et du copier-coller », Mémoire des Luttes, 29 novembre 2016 ; http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du

[3] Pacte économique, culturel et social fondée le 14 décembre 2004 à la Havane par Hugo Chávez et Fidel Castro, et conçu en opposition à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), voulue à l’époque par les Etats-Unis.

[4] S’agissant du Nicaragua, les derniers chiffres fournis par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) des Nations unies dans son « Panorama social 2017 » concernent l’année 2014 et indiquent respectivement 29,6 % (pauvreté) et 8,3 % (extrême pauvreté).

[5] Marcelo Colussi, « Nicaragua : ¿quién ganó y quién perdió ? », Comité pour l’annulation des dettes illégitimes (CADTM), 5 mai 2018.

[6El País, Madrid, 19 avril 2018.

[7] USAID : Agence des Etats-Unis pour le développement international. NED : Fondation nationale pour la démocratie ; créée par Ronald Reagan, financée via le Congrès des Etats-Unis, attribue des centaines d’importantes subventions chaque année, partout dans le monde, pour soutenir les groupes « pro démocratie » (au sens néolibéral et alignés sur les intérêts de Washington).

[8] Chaîne d’information en continu et site Web d’opposition.

[9] Carlos Fonseca Terán, « Indignación », América latina en movimiento (Alainet), Quito, 10 mai 2018.

[10] Lire sur Mémoire des Luttes : « Au Venezuela, la fable des manifestations pacifiques », 15 juin 2017 – http://www.medelu.org/Au-Venezuela-la-fable-des – et « Les “colectivos” vénézuéliens, du fantasme à la réalité », 28 juillet 2014 – http://www.medelu.org/Les-colectivos-venezueliens-du

[11] Lire « Au Honduras, tout est mal qui finit mal »

[12] Leur abandon « pour un temps indéfini  » de l’Unasur a été annoncé le 18 avril par le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Paraguay, le Pérou et la Colombie.

[13] « Abril 2018, la insurección de la conciencia », Envío, Managua, mai 2018.

[14] Organe juridique de l’OEA, entité sous forte influence des Etats-Unis, qui n’ont eux-mêmes pas signé la Convention interaméricaine des droits de l’Homme, la CIDH a très souvent montré une évidente partialité à l’égard des gouvernements de gauche latino-américains. Le 10 septembre 2013, le Venezuela s’en est retiré.

Source : http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat

Publicités

Invitation à la première de notre documentaire sur « l’autre Che » à Bruxelles, le 18 novembre

Grâce aux amis d’ATTAC sera projeté, pour la première fois en Belgique, notre documentaire « Carlos l’aube n’est plus une tentation » le 18 novembre à 20 h. au Botanique, Rue Royale à Bruxelles, dans le cadre du Festival du cinéma d’ATTAC Bruxelles. Nous publions aussi un nouveau livre (en espagnol) basé sur ce film, qu’on peut télécharger ici https://t.co/leUSDLEePP

Format original : Vidéo HDV NTSC). Durée : 1 h. 22. Production : Las Tres Raíces, Venezuela. Avec l’appui de Zin TV (Bruxelles). Image : Henry Linares, Deylin Peugnet et Olivier Auverlau. Assistante de réalisation : Marjorie Arostegui. Musique : Philippe Tasquin. Enquête, scénario, réalisation, prise de son et montage : Thierry Deronne. Diffusion du DVD (V.O. sous-titres FR) : gloriaverges@free.fr

Quelques avis sur le film

Un film émouvant à l’image de la rencontre du commandant Borge avec son rêve d’un parc d’enfants

Alex Cox, cinéaste britannique, réalisateur de “Walker

C’est un cadeau non seulement pour ma famille mais pour les nouvelles générations qui, comme la fillette qui apparaît au début du documentaire, ignorent tout de cette Histoire

Tania de los Andes Fonseca, fille de Carlos Fonseca

Alors que beaucoup de films ne la peignent que par petites touches, ce documentaire donne accès à la séquence complète de l’Histoire

Gilda Bolt, Ambassadrice du Nicaragua au Salvador

Il faut que la jeunesse le voie dans tout le Nicaragua

Tomás Borge, Commandant de la Révolution, lors de la première du film à Managua.

 

La journaliste Sonia Contreras (au centre)

La journaliste Sonia Contreras (au centre), La Guajira, État du Zulia.

Interview du réalisateur Thierry Deronne par la journaliste vénézuélienne Sonia Contreras

Sonia Contreras – Que retiens-tu des témoignages rassemblés autour de la vie de Carlos Fonseca ?

Thierry Deronne : d’abord, la gorge nouée de beaucoup lorsqu’ils évoquaient la perte d’un leader visionnaire qui en même temps était le frère humble, celui qui te parlait avec clarté. Les paysans qui l’appuyèrent durant sa guérilla dans les montagnes se sont mobilisés pour participer au tournage en réactivant leur réseau. Pour projeter le documentaire dans diverses communautés, ils sont allés en charrette à chevaux emprunter un générateur d’électricité dans un village appelé La Concordia. Du froid des montagnes du nord du Nicaragua, nous est parvenue cette énergie, ce sentiment.

Sonia Contreras – Comment as-tu procédé pour ton enquête ?

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Dès le début l’objectif fut de contribuer à écrire une Histoire détruite par les grands médias, pour la rendre au peuple, en particulier à la jeunesse. Avant de commencer à enquêter, je me suis demandé : comment nous libérer de la “Fin de l’Histoire” et du dogme de ¨la Vie”, de l’intimisme des tranches de vie télévisées qui règnent depuis les années 80, de ce centrage sur l’individu qui est une forme subtile d’obscurantisme ? La première réponse fut que si ce sont les peuples qui font l’Histoire, nous devons la raconter de leur point de vue. Écouter celles et ceux qui ont lutté dans l’ombre avec Fonseca ne revient pas à nier l’individu mais à lui rendre sa vraie dimension. La priorité fut donc de retrouver celles et ceux qui ont connu personnellement Fonseca, mais aussi d’incarner la mémoire populaire dans des personnages anonymes. C’est une idée empruntée à Rius, un extraordinaire dessinateur mexicain qui raconte l’Histoire et vulgarise la philosophie à partir de petits personnages populaires en marge du texte. D’autre part, le Carlos de 1976 n’est plus celui de 1936 parce que l’Histoire l’a transformé, il fallait donc s’immerger dans la reconstruction d’une dialectique sociale, économique, politique, avant de pouvoir écrire le scénario.

Sonia Contreras – Tu disais que ce qui t’a motivé était le risque de voir disparaître la mémoire de Carlos Fonseca Amador. En faisant ce film, qu’as-tu découvert ?

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain jean-Paul Sartre.

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain Jean-Paul Sartre.

T.D. –  Si nous parlons encore aujourd’hui de Fonseca (ou de Simón Bolívar, de Simón Rodríguez, de Augusto Sandino), c’est parce qu’ils ont fait le ¨travail¨. Fonseca fut une intelligence supérieure à son temps : il voulait la formation intégrale comme garantie de l’irréversibilité d’une révolution socialiste. Il a donné des cours à ses militants jusqu’au dernier jour pour organiser les combattants, collaborateurs, les cadres qui l’entouraient. Pour lui l’unité, la modestie, la sincérité, étaient les ferments d’un nouveau type de conscience. Cette vision, Fonseca la puisait chez Sandino, le rebelle nicaraguayen des années 30, adoubé Général des Hommes Libres par ses paysans-soldats métis et indigènes. Or, dans les rares écrits de Sandino, recueillis, étudiés, publiés par Fonseca, on trouve le ¨Plan de réalisation du rêve de Bolívar¨ dans lequel il propose aux 21 gouvernants latino-américains la création d’une banque latino-américaine pour le développement, de voies de communication, d’une citoyenneté et d’un passeport latino-américains, d’une cour de justice et d’une force de défense commune constituée par les nations latino-américaines pour garantir leur souveraineté et du canal interocéanique dont le gouvernement de Daniel Ortega vient de lancer la construction et qui va devenir un moteur économique très puissant… Sandino avait tout pensé dans les années trente… Hé bien nous y sommes… Si tu lis l’Histoire avec les yeux du principal sujet historique, de la majorité sociale, tu te rends compte qu’aujourd’hui le Nicaragua réalise peu à peu le programme historique conçu par Carlos Fonseca : une assemblée nationale à majorité féminine, l’appui direct au petit producteur agricole, l’armée populaire et patriotique, l’autonomie de la Région Atlantique, l’unité des peuples d’Amérique Latine et les réalisations de l’ALBA, tout ne fait que commencer. Et même s’il est à la mode en Europe de dire que « le sandinisme n’est plus ce qu’il était » ou de parler de « fin de cycle », la popularité des sandinistes et le vote d’une majorité d’électeurs en faveur de leurs politiques, comme on vient encore de le voir aux municipales de novembre 2017, inviterait à plus de prudence et à moins de projection. Depuis le retour du Front Sandiniste au gouvernement en 2006, la pauvreté générale est en baisse constante, ce qui n’était pas possible dans les années 80 à cause de la guerre contre le développement menée par l’administration Reagan.

Sonia Contreras – Carlos publia en 1975 le manifeste clandestin ¨Qu’est-ce qu’un sandiniste ?¨ où il jetait les bases morales du militantisme : « Le sandiniste doit posséder un authentique esprit critique, car cet esprit donne plus de consistance à l’unité, la renforce et lui donne sa continuité, alors qu’une critique mal comprise et qui met en péril l’unité perd son sens révolutionnaire¨. Qu’en penses-tu dans le cadre de la révolution bolivarienne ?

T.D. – Pour Carlos il fallait à tout prix éviter l’inclusion dans le Front d’éléments petit-bourgeois qui débarquent avec leurs critiques ¨démocratiques¨. Carlos préférait enseigner aux travailleurs l’art de la critique à partir des erreurs pour ¨être plus¨ comme disait Paulo Freire… Aujourd’hui au Venezuela, grâce à l’impulsion de Nicolas Maduro, la révolution bolivarienne tente de faire émerger le nouveau pouvoir des organisations communales, il y a un déplacement du champ politique classique, d’où découle la possibilité, la nécessité d’une critique et d’une autocritique populaire. La guerre médiatique non seulement nous empêche de voir le passé et le futur, elle déplace et occulte ce qui devraient être les champs principaux de l’information. Nous devons sortir du cercle argumentaire des médias pour pouvoir informer et réfléchir sur ce que nous faisons autour d’une nouvelle forme de vie, sur ce que signifie un pouvoir, une économie exercée par des communes organisées. C’est là où on comprend que la critique populaire n’a rien à voir avec la critique ¨médiatique¨ que pratiquent la plupart des journalistes. Il y a une autre ressemblance de Carlos Fonseca avec Hugo Chávez : tous deux parlaient la langue du peuple. Fonseca recommandait aux cadres de s’exprimer dans un langage clair. Rafael Correa aime citer Fonseca : ¨Il faut critiquer de face et faire l’éloge dans le dos”.

Sonia Contreras – Comment s’est passée la participation du Commandant Tomás Borge ?

Tomás Borge, de retour dans la prison où il subit neuf mois de torture

Tomás Borge, de retour dans la prison somoziste où il subit neuf mois de torture.

T.D. – Malgré sa santé fragile – il allait mourir quelques mois plus tard –  il nous a beaucoup aidés. Sous son caractère rude, on percevait une grande nostalgie. Au début du film, on le voit rencontrer par hasard une jeune étudiante et il lui demande si elle sait ce que fit Somoza. Elle l’ignore et Borge est abasourdi, il n’arrive pas à le croire, ne comprend pas. Comment une lycéenne peut-elle ignorer que ce dictateur installé par les États-Unis a assassiné 200.000 nicaraguayens ? Lors du montage final il nous a rappelé cette rencontre, il voulait montrer le film aux quatre coins du pays. Il vint à la première, à la Cinémathèque de Managua, pour demander aux adolescents de ne pas oublier les causes de la révolution. Les derniers mots qu’ils nous a adressés furent : ¨Entre nous, Carlos Fonseca était beaucoup plus grand que toute la révolution sandiniste¨.

Sonia Contreras – Si nous situons le documentaire dans l’ici et maintenant de la révolution bolivarienne, que peut-il nous apporter de plus ?

T.D. – Dans le documentaire nous mettons l’accent sur un épisode de la lutte sandiniste aussi fondateur que notre 4 février 1992 au Venezuela, c’est la Geste Héroïque de Pancasán, en 1967. Du point de vue militaire ce fut une lourde défaite pour la guérilla mais qui se transforma en victoire morale parce qu’elle montra au peuple que les sandinistes étaient capables de mourir pour lui. Cet épisode fit beaucoup pour marquer la fin de l’apathie, pour réveiller  la Nation nicaraguayenne. Ce qui pousse à réfléchir sur l’idée fondatrice d’unité civico-militaire. Dans le Programme Historique des sandinistes, Carlos Fonseca insère la création d’une ¨armée populaire et patriotique¨. Sandino est à Fonseca ce que Zamora est à Chavez. Depuis les montagnes du nord du Nicaragua, Sandino rappelait ¨nous ne sommes pas des soldats mais des citoyens armés¨ et depuis son ¨llano¨ vénézuélien, Ezequiel Zamora, autre général paysan, posait sur son képi militaire un chapeau paysan pour symboliser cette double nature de soldat/peuple.Brvz3t2IcAArhQg

A partir de ces racines, Fonseca et Chavez comprennent que défendre durablement un processus révolutionnaire, signifie défendre la souveraineté tout en élevant le niveau de conscience. Tous deux croient dans une police et dans une armée non répressives, au ¨citoyen armé¨ dont parle Sandino. Carlos Fonseca admirait Ho-Chi-Minh pour sa capacité à créer une armée populaire, s’opposait aux enlèvements et préconisait la formation de gardes nationaux du somozisme pour les humaniser et les insérer dans le processus révolutionnaire. Un jour que son jeune fils, pour un jeu dans le quartier, l’interroge sur les grades militaires, Fonseca lui répond que le plus haut est celui de ¨simple soldat”. Comme pour Chavez, c’est ce concept civico-militaire qui provoque la rupture de Fonseca avec la gauche classique, assez éloignée du peuple et qui préférait, dans le cas du Nicaragua, ¨attendre les élections¨.

Quand Fonseca s’oppose à ce pacifisme de l’opposition à Somoza il réaffirme la nécessité d’une voie politico-militaire pour que la révolution puisse se défendre et se construire à long terme, et relie le Front Sandiniste à son ancêtre, l’Armée de Défense de la Souveraineté Nationale mise sur pied par Sandino. A Caracas, en janvier 2013, Evo Morales nous disait : “En Bolivie aussi nous avions des forces armées désidéologisées qui terrorisaient les enfants, des soldats utilisés pour tuer. Nous avons expulsé les étasuniens de notre État-Major, de même qu’au Vénézuéla. Ce que garantit la révolution bolivienne ce sont des mouvements sociaux alliés à des forces armées conscientes.”

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Sonia Contreras – Tu parlais de la mémoire paysanne, de ceux qui appuyaient la lutte du guérillero Fonseca, qu’as-tu appris auprès d’eux ?

T.D. –L’enquête a révélé le rôle peu connu des syndicats ruraux dans la genèse de la guérilla du FSLN. Les bases de la guérilla de Pancasán s’enracinaient dans les luttes menées par les journaliers indigènes pour améliorer leurs conditions de travail et pour récupérer leurs terres ancestrales. Comme dit le commandant Borge dans le film, “beaucoup ont été assassinés parce qu’ils aidèrent le Front sandiniste, ils ont offert leurs vies”. C’est un autre élément important de l’enquête : sous chaque silence il y a la voix de ceux qui parlent sous la terre, des corps sans sépulture qui flottent sur nos têtes, qui continuent à penser pour nous, qui nous pressent d’agir. Parmi les points du programme historique du Front Sandiniste, Carlos Fonseca inscrivit “Vénération des martyrs” pour que les anonymes des poèmes de Roque Dalton, les “Saints” de Leonel Rugama, donnent un sens à nos vies.

Images du film

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

cf412 Image du film Image du filmfotoCF5Sequence con Cerna 011531;22 cf581

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-3Th

Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie accordent l’asile politique à Edward Snowden

7117

Nicolas Maduro en compagnie de Daniel Ortega, Managua. Nicaragua, juin 2013

« Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis, vous écris pour demander l’asile à la république du Nicaragua étant donné le risque que je cours d’être poursuivi par le gouvernement et ses agents » (...) « Etant donné les circonstances, il est improbable que j’aie un procès juste ou que je sois traité de façon convenable avant le procès, et je risque la prison à vie ou même la mort » (..) « Mon cas est très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, emprisonné et traité de manière inhumaine. « 

Ce 5 juillet à Caracas, lors des cérémonies des 202 ans d’indépendance du Venezuela, le président Nicolas Maduro a annoncé publiquement, comme l’a fait de son côté le président Ortega pour le Nicaragua, que le Venezuela a décidé de répondre favorablement à la demande d’asile politique présentée par le citoyen états-unien Edward Snowden.

Il a précisé que d’autres pays latino-américains agiront de même pour protéger le jeune informaticien de la persécution du gouvernement Obama et a salué celui qui est devenu un héros universel des libertés citoyennes en dénonçant le système mondial d’espionnage des communications, téléphonie et internet par la CIA (notamment dirigé contre les gouvernements européens). « Les États-Unis craignent les prochaines révélations de Snowden » a ajouté Maduro. Le 7 juillet le président Evo Morales a lui aussi annoncé sa décision de lui accorder l’asile politique vu les menaces dont il est l’objet, au cas où il en faisait la demande à la Bolivie.

Thank you, Venezuela !

Pantallazo-300x225

Le cinéaste Michael Moore a remercié le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua depuis son site www.michaelmoore.com  : « En offrant l’asile à Edward Snowden, vous aidez quelqu’un qui nous a tous aidés ici aux États-Unis ».

Le président du Comité d’Intelligence de la Chambre des Représentants des États-Unis, Mike Rogers, a annoncé sur CNN des représailles et des sanctions contre les nations latino-américaines.

L’hedomadaire allemand Der Spiegel a publié ce dimanche une entrevue dans laquelle Snowden explique que les espions de la NSA « travaillent la main dans la main avec les services secrets allemands et ceux de la la majorité des autres pays occidentaux et que cette étroite collaboration vise notamment à protéger des dirigeants politiques de l’indignation publique. »

Le quotidien brésilien O’Globo Paulo note que les documents libérés indiquent que le Brésil est un des principaux pays visés par le programme de surveillance de la NSA, aux côtés de la Chine, La Russie, l’Iran et le Pakistan. 2,3 milliards d’appels téléphoniques et de mails brésiliens ont été interceptés en dix ans. Le gouvernement de Dilma Roussef a d’ores et déjà exigé des explications à l’administration Obama.

Snowden se trouve depuis le 23 juin en zone de transit à Moscou. Alors que les Etats-Unis veulent l’emprisonner pour… “espionnage” et ont annulé son passeport, celui-ci avait déposé des demandes d’asile politique auprès d’une vingtaine de pays.

Le gouvernement français a refusé jeudi, sur instruction de Washington, de donner une suite favorable à sa demande.

Le président du Venezuela a rappelé que tout en persécutant Snowden, le  gouvernement des États-Unis maintient sous sa protection le terroriste Posada Carriles et refuse son extradition au Venezuela (ex-agent de la CIA, né cubain et naturalisé vénézuélien, auteur de plusieurs attentats à la bombe qui ont fait de nombreuses victimes civiles).

Maduro a par ailleurs confirmé qu’”un ministre très important nous a confirmé que c’est la CIA qui a donné l’ordre à la France, l’Italie et le Portugal de fermer leur espace aérien au président Evo Morales” le mardi 2 juillet alors que celui-ci rentrait du sommet des producteurs de gaz à Moscou.

Le président vénézuélien a rappelé que l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) réunie en urgence le 4 juillet à Cochabamba (Bolivie) attend des “explications et des excuses publiques de ces pays violateurs du droit international” dont la décision de dernière minute avait forcé le président de la Bolivie à atterrir d’urgence à Vienne lors d’une manoeuvre non dépourvue de risques, et à rester bloqué pendant treize heures avant de pouvoir redécoller à destination de son pays. (1)

T.D., Caracas, 8 juillet 2013

1373039407_922201_1373039650_noticia_normal

4 juillet 2013, Cochabamba, Bolivie. Les présidents Nicolas Maduro (Venezuela), Cristina Fernandez (Argentine), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Équateur) réunis avec les mouvements sociaux peu avant le sommet de l’UNASUR consacrée à l’atteinte au droit international dont a été victime Evo Morales.

Note :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/05/face-a-une-amerique-du-sud-unie-et-souveraine-la-france-et-leurope-ridicules/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/06/le-venezuela-et-le-nicaragua-accordent-lasile-politique-a-edward-snowden/

Margarita Zapata : “Les grands médias occidentaux ne pardonnent pas au Nicaragua de reprendre le projet révolutionnaire”

mercredi 22 février 2012

par Juan Agulló, de Crónica Popular

Margarita Zapata (México DF, 1950) n´hésite pas. Elle a quelques décennies d´expérience politique. Sa militance vient de loin : après avoir participé à la Révolution Sandiniste, la petite-fille d´Emiliano Zapata, sociologue, journaliste, fut la vice-présidente de l´Internationale Socialiste de 2000 à 2008 (1). Sa vie est un combat sur tous les fronts. En 2011, après s´être éloignée un temps du pays, elle a été nommée ambassadrice itinérante du Nicaragua. C´est une grande connaisseuse de l´Amérique Latine qui parle.

Pourquoi revenir à un poste de responsabilité après un si long éloignement et à un moment oú le Nicaragua offre une image internationale controversée ?

C´est vrai que le Nicaragua a une image internationale controversée mais cela est dû au fait que le président, Daniel Ortega, est en train de reprendre le projet de la Révolution Sandiniste : la réforme agraire, l´éducation et la santé gratuites, l´accès au logement, les politiques de la jeunesse…

La meilleure arme pour combattre la pauvreté est l´éducation. C´est pourquoi quand je vois que les enfants ne sont plus dans la rue, aux feux rouges, je revis le rêve pour lequel nous avons lutté et pour lequel sont morts les meilleurs fils du Nicaragua.

Mais à l´extérieur du Nicaragua on dit plutôt que l´élite sandiniste s´est convertie en une sorte d´oligarchie semblable à celle qui existait du temps de Somoza (avant la révolution Sandiniste).

Cette oligarchie sandiniste n´existe pas. Je ne vais pas nier qu´il y a des sandinistes riches mais beaucoup sont devenus entrepreneurs quand le FSLN [Frente Sandinista de Liberación Nacional, récemment réélu en novembre 2011] a perdu les élections [en 1990]. Ce sont ceux qui s´appellent aujourd´hui les « rénovateurs » [en référence au Mouvement de Rénovation Sandiniste, allié à l´opposition de droite]. Les gens les appellent encore « sandinistes » mais ils ne sont plus à l´intérieur du projet sandiniste.

Mais par exemple la relève de génération est-elle garantie à l´intérieur du FSLN ? Sur le plan international on dit beaucoup que la personne qui succèderait Porque à Daniel Ortega pourrait être son épouse Rosario Murillo. On nourrit des craintes, d´ailleurs, pour la continuité du projet.

La continuité du projet est garantie et la relève générationnelle aussi. Le FSLN a travaillé beaucoup pour rapprocher la jeunesse de l´expérience. De fait l´évolution a été très positive : des membres de la direction historique du FSLN, il ne reste que trois. On a travaillé beaucoup aussi pour instaurer la parité : actuellement, plus de la moitié des députés du FSLN sont des femmes. A partir de ces principes, cependant, il faut avancer en s´adaptant aux circonstances, sans précipitations.

Vous faites beaucoup allusion aux changements concrets dans le secteur social. S´agit-il de changements structurels ?

Oui et non seulement il s´agit de changements structurels mais il s´édifient sur une forte croissance économique que même le FMI a reconnue (4 % en 2011).

Ce qu´on dit sur le plan international, c´est que cette croissance serait dopée par le Venezuela et plus concrètement par Hugo Chávez.

Le Nicaragua ne reçoit pas de cadeaux : ce qu´il y a c´est un commerce juste dans le cadre de l´ALBA [Alternative Bolivarianne pour les Peuples de Notre Amérique – Traité de Commerce des Peuples]. Ce n´est pas que le Venezuela soit le bienfaiteur et subventionne à fonds perdus. Il y a un échange avec le Venezuela et avec d´autres pays qui ne font pas partie de l´ALBA.

Quelle différence y a-t-il actuellement entre les modèles nicaraguayen et salvadorien ?

Je ne connais pas le cas salvadorien en profondeur mais je ne réussis pas à voir clairement où est l´avantage économique de maintenir une certaine distance avec le reste des pays latino-américains. Ceci dit avec tout le respect, je ne comprends pas non plus le pari du présidente Mauricio Funes de faire un gouvernement “apolitique” alors qu´il a été lui-même porté au pouvoir par un parti politique [le FMLN, ex-guérrilla]. Il veut maintenir la distance avec son parti, la distance avec le gouvernement, la distance avec la gauche, il veut qu´on parle de « ses » succès et non de ceux du FMLN. Wikileaks a publié des conversations oú il demande l´aide des États-Unis pour “se dégager” du FMLN. Il me semble en tout cas qu´il y a des choses qui dérangent les salvadoriens.

Puisque nous parlons de gauche et d´Amérique Latine, où situez-vous le projet sandiniste actuel, dans le cadre idéologique des gouvernements de gauche qui existent dans le continent ?

Le gouvernement de Daniel Ortega est de gauche. C´est très clair…

Mais le Nicaragua est très proche de l´ALBA ; a-t-il d´autres éléments, des apports en propre… ?

Le sandinisme se rénove, se met à jour, s´adapte. Le FSLN de 1979 [année du triomphe de la révolution] n´est pas le FSLN de 1984, lorsque ont été organisées les premières élections démocratiques du Nicaragua ; ni celui de 1990 qui a perdu les élections, ni celui de 2006 qui les a remportées ni même, pour aller vite, celui qui a gagné en 2011. C´est logique…

Est-il compatible de faire partie de l´ALBA en tant que pays et, en même temps, en tant que parti au pouvoir, de l´Internationale Socialiste (IS) ?

Bien sûr. De fait si nous prenons au pied de la lettre les statuts de l´IS, la majorité de ses membres devraient être alignés sur la gauche latino-américaine actuelle. Le problème est qu´ils ne le sont pas parce que l´IS se positionne de plus en plus à droite.

Et que pense faire Daniel Ortega à ce sujet ?

Cela dépendra de ce que sera l´IS après son prochain congrès, prévu en fin d´année. Ce qui va s´y décider est si l´IS va continuer à parier sur le néo-libéralisme ou si elle va revenir aux principes et aux valeurs sur la base desquels elle s´est créée et qui sont ceux de la Révolution Sandiniste. Hors de l´Internationale Socialiste il y a beaucoup d´espaces (comme la COPPPAL [Conférence Permanente des Partis Politiques d´Amérique Latine] et le Forum de Sao Paulo) qui sont beaucoup plus fédérateurs et beaucoup plus à gauche que l´IS, car on ne peut continuer de cette manière.

Le prix à payer pour ces positions politiques est l´image médiatique qui se projette du Nicaragua à l´extérieur depuis que le FSLN est revenu au pouvoir ?

En effet. La mauvaise image du Nicaragua dans les grands médias occidentaux est le résultat de ses positions mais aussi de son projet politique. Le problème est que le Front Sandiniste et le gouvernement nicaraguayen ne sont pas là pour plaire aux médias occidentaux mais pour résoudre les problèmes des nicaraguayens. Et ils ne le font pas si mal. Daniel Ortega a été réélu avec 62 pour cent des suffrages.

Note :

(1) Lire à ce sujet l´enquête très fouillée de Maurice Lemoine « L´Internationale Socialiste, une coquille vide« , in le Monde Diplomatique de janvier 2012: http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1897&lang=fr

Source (espagnol) : http://www.cronicapopular.es/2012/0…

Traduction : Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com