Conversation avec le collectif AFRO TV

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Cet entretien poursuit notre enquête de terrain sur la cinquantaine de télévisions participatives au Venezuela (1). Si elles n’occupent encore que peu de place face à la télévision commerciale, elles annoncent peut-être une télévision libérée des monopoles privés qui partout empêchent les citoyens de se voir, de se connaître et de se comprendre.

D’emblée les compagnons d’AfroTV nous expliquent leur vision : “Transformer à travers la culture… on a créé les communes, ce type de choses…. Et nous venons nous ajouter comme une expérience de plus. Il y a un élément historique vénézuélien qui est le “cumbe”, cet espace libertaire où les esclaves en fuite cherchaient de l’eau, généraient leur communication et avaient trouvé un moyen de survivre, et tu vois, c’est exactement ce que la révolution exige de nous aujourd’hui, je suis en train d’écrire là-dessus : “d’accord, tu dis que le pays va mal, que le gouvernement ne fait rien mais que fais-tu toi, depuis ton espace, qu’apportes-tu?”

« Nous devons dépasser la démocratie représentative parce qu’il y a un nouveau modèle politique qui est la démocratie participative et protagonique – à partir de là nous sommes, tous, co-responsables de ce qui se passe, il nous reste donc à changer d’attitude. »

« Nous luttons à partir d’ici… Dans tout ce processus on trouve des fonctionnaires qui ne comprennent pas ce type de lutte, parce que c’est très facile d’être à l’abri, dans un bureau climatisé, et planifier sans avoir de contacts avec les gens. C’est pourquoi a surgi la proposition de Chavez, d’un gouvernement agraire, il y a un document qui s’appelle “coup de timon” (2) qui est aujourd’hui plus d’actualité que jamais…. Je crois que c’est l’heure de se définir… beaucoup de gens se contentent d’avoir, je préfère être et non pas avoir, je suis afro-descendant, cela te donne une force, mais l’avoir… l’avoir.. souviens-toi que c’est matériel… »

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Avez-vous noué des liens avec un type de télévision autre que communautaire, privée par exemple ?

Non.

Pourquoi vous êtes-vous tournés vers un média comme la télévision, était-ce le seul moyen de visibiliser la problématique sociale ?

Nous sommes partis de l’expérience de publier un journal, nous venions de ce processus de communiquer et ce journal reflétait note réalité et quand il circulait les gens commençaient à se voir, à se reconnaître…

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L’équipe d’Afro TV avec le militant et acteur Danny Glover

Quelle était votre situation avant de vous engager dans cette télévision communautaire ?

Nous diffusions notre culture, notre identité de Barlovento, notre identité afro aussi, et c’est de là que nous avons décidé de créer cette télévision…

Si je peux être différent, je peux faire en sorte que nous pensions différemment. C’est là qu’entre en jeu notre Collectif Intégral Afro qui se charge d’appuyer les jeunes qui font du sport, ceux qui jouent de la musique, moi je ne savais pas que c’était possible et je m’en suis rapproché, j’ai découvert que d’une manière ou d’une autre on peut manifester, enseigner, on peut apprendre, la tâche principale est là: transmettre la culture aux jeunes, leur parler de vivre, de ce que continuer à vivre vaut la peine.554520_3183147597768_1112752032_n

Qu’est-ce qui a changé depuis ton engagement ici ?

Hé bien, ma manière de penser, ma manière… d’être humain (rien de tel que le sens commun), davantage de responsabilité. Je peux te rappeler qui nous étions au départ: des amis qui sont plus âgés aujourd’hui comme Chucho García, Miguel Urbina, Yoni Ruda et différents lutteurs autour de Gerónimo Sánchez. Ils ont organisé un ciné-club, ils débarquaient et portaient le message de lutte aux communautés pour que les habitants prennent conscience de ce qui à cette époque était la lutte pour les droits citoyens et ils ont réussi pas mal de choses….

A travers les ciné-clubs, à travers ce principe de lutte, ils ont créé la fondation Afro-américaine un projet de développement culturel rural qui nous a permis d’inclure les jeunes des communautés rurales. De fait nous avons eu les rencontres de percussions dans les années 1990-91, bon, et toute cette série d’activités de la culture afro-vénézuélienne, et à ce moment malgré la présence des gouvernements de la démocratie représentative, ils ont réussi à communiquer aux gens un modèle révolutionnaire, un modèle de libération à travers la culture. C’est alors que démarre la lutte avec les représentations culturelles sur un plan national et à travers le réseau des organisations afro-vénézuéliennes qui aujourd’hui agrège nos mouvements. Ce réseau porte le principe de lutte, d’organisation en notre nom. Puis, comme l’a expliqué le compagnon, avec l’approbation de la constitution bolivarienne nous nous sommes engagés dans la refondation de la république. Comme tu vois, c’est toute une trajectoire de vie…

Nous avons une vidéo d’un groupe de jeunes qui raconte cette histoire en musique. Parce que les communautés rurales partaient du principe que pour sauver un jeune il fallait l’entourer, s’articuler pour le faire, c’était ainsi à l’époque, et aujourd’hui, nous parlons d’un autre modèle de vie et nous voulons créer cette alternative à travers les médias.9c1fb3e3-616c-4db9-8575-329fb0460ae5

Considérez-vous que la télévision communautaire a eu à voir avec ces changements ?

Nous portons un processus d’organisation et de formation des nôtres, imagine le jour où cet ouragan de réalités si diverses, apparaîtra à l’écran, c’est ce que je dis aux jeunes : vous n’imaginez pas le potentiel que nous avons aujourd’hui ! Pourquoi ? Parce que imaginez que nous devons être prêts à capter toute cette demande d’un coup, tout cela qui est dans la rue, je le dis à ceux qui sont en train d’étudier, parce que quand on étudie, on acquiert une responsabilité sociale

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Croyez-vous que la télévision communautaire a influé d’une manière ou d’une autre sur la vie de votre communauté à travers sa programmation ou par la formation que vous avez offerte ?

Bien sûr.. il va y avoir sous peu une réunion de jeunes, 3 ou 4, l’un d’eux a monté un studio d’enregistrement chez lui avec l’appui de son père et de sa mère, ce n’est pas un grand studio professionnel mais quelle fierté pour lui ! et il a déjà réalisé plusieurs productions avec des personnages du secteur. Tu vois, il y a des jeunes en milieu rural qui ont tout un potentiel, comme toi… et donc, nous enregistrons leur travail, nous les invitons à se présenter en public pour que la population les connaisse… Parce que qu’est-ce qui s’est passé avec nos jeunes ? Le manque de suivi, d’accompagnement de la part de la famille, de la communauté elle-même, a fait que n’importe quel délinquant qui débarque va le convaincre facilement de le suivre.

A partir de là il passe par un processus de formation. Nous croyons aujourd’hui que la télévision privée a pris ce rôle des parents, un enfant de 7 ou 8 ans a déjà consommé trois mille heures de télévision, il faut chercher le moyen de retourner cette situation, et nous savons que ce n’est pas la télévision seule qui va le faire, mais la télévision conjointement avec les parents et la communauté, pourraient contribuer de manière efficace à cette formation.100816530

Comment ont influé les ateliers de formation ?

Ici on n’a pas mené d’ateliers de formation depuis 2006, nous en avions menés ici au siège de la télévision mais aussi en zone rurale, à Mango de Ocoita…. S’y est déroulée toute une série de travaux pratiques, nous avons vu la théorie et nous l’avons pratiquée sur place. Des personnes du troisième âge ont participé, leur travail consiste à semer en tant que travailleurs de l’agriculture mais ils ont aussi manié la caméra, ils ont réalisé leurs prises de vue, ils ont fait un peu de montage, en d’autres termes il y a eu une véritable motivation à ce moment-là pour démarrer un processus de formation.

Nous avons eu une expérience de formation avec l’amie Jazmín Tovar, qui aujourd’hui est coordinatrice du site Aporrea, ainsi qu’une expérience de formation avec la compagne Celina de Vive TV. Donc nous ne partons pas de zéro mais il nous faut approfondir.

Considérez-vous que la télévision communautaire a fait le suivi de votre lutte ?

Oui parce qu’il est important de visibiliser notre lutte, nous en sommes convaincus. Encourager les communautés aussi. Il ne s’agit pas seulement des ressources, mais de l’envie de faire. De l’envie de changer les choses. Combien d’argent n’a-t-on pas investi ici ? Je me souviens de quand le baril pétrole était à 100 dollars. Hé bien… Crois-tu qu’ici à Barlovento nous avons besoin des bananes à cuire du marché de Coche ? (rires) Alors, comment nous montrer, à travers quelle image ? La question n’est pas dans l’avoir mais dans l’être, l’être humain comme je te le disais, moi j’ai changé ma forme de vie, le niveau de responsabilité et cela passe par un plan…
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Selon vous comment doit être un média communautaire, comment doivent être son image et son contenu ?

Il faut élaborer les contenus avec les familles et la télévision doit travailler avec la communauté, que la communauté sente que cette télévision lui appartient aussi.…. Qu’elle soit l’actrice principale du processus.

Entretien réalisé par Johanna Márquez et Maritfa Pérez

Notes :

(1) Dans le cadre de cette enquête on peut lire sur ce même blog :  Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au VenezuelaLara TVe, de la télé communautaire à la télé communale(Photos: ) Tatuy TV : le besoin d’être libres

(2) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

Source de l’entretien original (espagnol): http://wp.me/p2bGPp-IO . 

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-20x

Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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L’Afrique dans la vision de Malcom X et Hugo Chavez.

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Par Jesús Chucho García

On commémorait ce 21 février le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Malcom X, leader de l’auto-conscience afro-nord-américaine. Ce 5 mars, on commémorera le deuxième anniversaire de la mort (induite ?) du président Hugo Chávez Frías… En quoi ces deux afro-descendants libres se rapprochent-ils au sujet du continent africain ?

Les idées dans le temps

Malcom X était le nom de Malcom Little, mais son nom officiel était El Hajj Malik El Shabazz, s’étant converti à l’Islam après une jeunesse turbulente. De part son environnement familial, il connaissait l’histoire du légendaire panafricaniste jamaïcain Marcus Garvey. Ces deux aspects, à savoir l’Islam de tendance sunnite ainsi que les exposés de Garvey, lui permirent d’ approfondir son amour et sa connexion avec l’Afrique révolutionnaire.

Son voyage à la Mecque lui fit remettre en question l’idée de l’islam radical qu’il tenait de son ancien Maitre Elijah Muhamad, ce qui eut pour lamentable conséquence de fixer la date de sa mort le 21 février 1965, pendant un discours à Harlem, New York.

Dans un entretien accordé au journal Young Socialist, il s’exprimait ainsi «J’ai visité l’Égypte, l’Arabie, le Koweït, le Liban, le Soudan, l’Éthiopie, le Kenya, Tanganika et Zanzibar (actuellement la Tanzanie), le Niger, le Ghana, le Libéria et l’Algérie. Pendant ce voyage, j’ai pu m’entretenir avec le président Nasser d’Égypte, le président Nyerere, Jomo Kenyata du Kenya, Sékou Touré». A cette époque l’Afrique bouillonnait de lutes contre le colonialisme et pour l’autodétermination face aux impérialistes européens. Quand on l’interrogeait sur l’influence du processus anticolonial africain, il disait : «l’image positive des africains que sont en train de se développer ces processus contribuent à la formation de la conscience des afro-américains… La révolution africaine et l’état d’esprit des afro-américains sont deux choses indissociables.» Au sujet du capitalisme, Malcom X s’était exprimé quelques temps avant son assassinat : «il est impossible que le capitalisme survive puisque le capitalisme a toujours besoin de sang à sucer. Le capitalisme avait pour habitude d’être un aigle, aujourd’hui il est plutôt un vautour.»

Contre le colonialisme

cacDans quelques un de ses programmes télévisés, le commandant Hugo Chávez a mentionné à plusieurs reprises Malcom X comme un référent digne de la lutte des afro-américains contre le racisme, mais il le mentionnait aussi dans sa dimension humaine.

Chavez, tout comme Malcom X, avait été marqué par ses différents voyages en Afrique et peut être sans le vouloir, s’était-il connecté avec la vision de Malcom X dans les processus des luttes anti-impérialistes, comme il le fit apparaître clairement lorsqu’il était en Gambie et au Mali, où il avait réaffirmé la solidarité comme un geste dérivé des luttes anti-impérialistes.

En Afrique, Malcom X avait dit : «Notre problème est aussi le vôtre. Vos problèmes ne seront jamais résolus tant que nous n’aurons pas résolu les nôtres. On ne vous respectera jamais pleinement tant et à moins que nous ne soyons nous-mêmes respectés. Vous ne serez jamais reconnus comme des êtres humains libres tant que nous ne serons pas reconnus et traités comme des êtres humains.»

Cette pensée de Malcom X sur la nécessité de nous reconnaître comme un ensemble en lutte face aux mêmes pouvoirs s’est transformée de manière très concrète avec Hugo Chavez et ses initiatives très pratiques comme les Sommets Afrique/Amérique du Sud sans l’intervention des puissances capitalistes étrangères. En février 2013, Chavez réaffirmait cette heureuse coïncidence éthique avec Malcom X lorsqu’il écrivit au dernier sommet de l’ASA à Malabo (Guinée Équatoriale) cette « Lettre à l’Afrique » (vidéo):

https://www.youtube.com/embed/Nv8rPKcBCAA« >

« Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caraïbe. Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre les nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Et ainsi, l’Amérique Latine et Caraïbe partage avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de luttes, auxquelles nous ne pouvons renoncer, pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.»

L’actualité des argumentaires de Malcom X et Hugo Chávez Frías prend force aujourd’hui plus que jamais, alors que dans le pays de Malcom le racisme revient en force tout comme les interventions militaires menées en Afrique par les puissances occidentales ainsi qu’une diplomatie d’intervention pour appuyer des groupes qui veulent des «solutions hors de la constitution», assortie d’une guerre médiatique permanente contre le Vénézuela, l’Argentine, le Brésil, l’Équateur et la Bolivie.Malcolm X sur les médias

Source : http://alainet.org/active/81163

Traduction : Julie Jarozsewski

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A César ce qui est à Chirinos

Par Luis Britto Garcia

RIOCARMVC-026S

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Qu’a été le Venezuela pour nos romanciers ? Pour les romantiques, une compilation d’anecdotes de littérature picaresque et de genre ; pour les positivistes, un catalogue de tares raciales héréditaires aggravées par le métissage ; pour ceux de gauche, une étincelante violence prométhéenne. Néanmoins, au cours du dernier tiers du XXème siècle, se profile un genre narratif qui tente de récupérer une image du pays dépourvue de confrontation avec un projet sociopolitique à grande échelle. J’aime l’appeler la telluricité personnelle : le retour à la terre natale, ceci non pas selon la perspective du réformiste qui revient sous la forme d’un prédicateur, mais de celle d’un homme qui ne s’est jamais séparé spirituellement de sa région, au point de ne faire qu’une seule chose avec elle.

Carmen Navas

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Ce phénomène devient manifeste en 1970 avec « L’ossuaire de Dieu », d’Alfredo Armas Alfonzo. L’œuvre crée un modèle que suivront la majeure partie de ceux qui développent ce thème : le romancier qui se confond avec les personnages ; la simplicité et le colloquial dans le langage, la tension poétique, la fragmentation et l’extrême brièveté des textes. Ces traits caractérisent également Compagnon de voyage d’Orlando Araujo ainsi que les textes de sujet rural de Au pied de la lettre, livres publiés la même année. Les partagent aussi Redes maestras et Á deux pas à peine d’ Efrain Hurtado ; Merci pour les services rendus d’Orlando Chirinos ; Zone de tolérance de Benito Yradi, Mémoires d’Altagracia de Salvador Garmendia et Dictionnaire des fils à papa et Buchiplumas de César Chirinos. Il s’agit presque sans exception d’auteurs provinciaux qui ont cherché une vie nouvelle à la ville ; celles-ci leur semblent hostiles et inintelligibles et ils tentent de reconstruire une utopie sur les terres sacrées de leur souvenir. Presque tous, ils ont subi le choc culturel d’un déracinement précoce et une vie amphibie entre métropole et ruralité. Même César Chirinos, épitomé de zulianité, est né à Coro et résume de façon ancestrale l’héritage de l’hébraïsme sépharade, de l’africanité et des mille courants qui confluent dans les embarcadères de Coro et Zulia. Depuis 1632 les juifs sépharades qui parlent espagnol et, qui participent également au trafic d’esclaves africains, viennent de Hollande à Curaçao et de là à Coro. Un port est une agora où se retrouvent et se mêlent toutes les ethnies et toutes les cultures. Lors d’une interview César déclare au sujet de son parler : dans la Caraïbe tous ceux d’entre nous qui ont vécu dans les ports, nous avons ce langage propre à la Caraïbe.

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César reconstitue cette immense côte au moyen d’une dense élaboration linguistique : son terroir et ses origines trouvent leur fondement dans une façon de dire : un langage. Déjà dans les titres, des régionalismes agressifs nous assaillissent : El quiriminduña de los ñereñeres, Buchiplumas. Oui, nous sommes dans le baroque, la première des constantes de l’espace hallucinatoire de la Caraïbe : la complexité, la surcharge décorative qui, comme la chaleur, envahit tout. Lisons cette ligne initiale de El quiriminduña : » La main de trois doigts, arrondie, tremble dans l’une de ses pénombres ». Considérons cette fin de Desombresriendeplus : « C’est alors que ta plume et ta vie s’intègrent sublimement l’une à l’autre pour devenir poète et assumer la réciprocité des protagonistes terrestres et temporels et des protagonistes impérissables et universels, sans théomanie, rien qu’avec le symbole de ta volonté d’exprimer, exercé tel le métier guerrier de l’amour ». Dans la prose de César la fonction poétique prédomine, celle qui se rapporte au langage lui-même. Ainsi, comme l’auteur participe de ces héritages culturels africains, sépharades, coriens et zuliens, son écriture se meut entre la prose, la dramaturgie et le vers. Comme il déclare à Daniel Fermin : « Dans le passé, j’ai compris que la poésie ne suffisait pas pour dire ce que je voulais dire. Je l’ai abandonnée au profit du conte, du théâtre et du roman(…) A présent, j’utilise les ressources de ces trois genres pour faire des poèmes. Je reviens vers elle car j’ai épuisé la prose ».

César Chirinos

César Chirinos

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Mais qui dit baroque, dit musicalité et sensualité. Ecoutons César qui déclare à Yordi Piña : Bien sûr, parce que je suis fils d’afro-descendants. Je le dis toujours, en Afrique le sens guide l’ouïe, mais en occident c’est l’œil, mais celui-ci fait des erreurs. Avec l’oreille je recueille et je travaille avec ce qui se fait et non pas avec les êtres, comme dit Octavio Reyes, l’écrivain mexicain, qui a dit que ce qui se fait est un, alors que les êtres sont nombreux. Je suis spontané dans l’écriture car si je faisais des efforts je n’écrirais pas. Je vois les images et elles me poussent à écrire, même la plus simple. Avec ces boussoles sensorielles César parcourt ses labyrinthes, sans aide de parents illettrés et sans autre académie qu’un tardif doctorat Honoris Causa qui reconnaît une œuvre désormais accomplie. La mer et le lac évaluent les maîtres de la vie, attentifs au contretemps de l’infini.

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Mais les fêtes du corps de la Caraïbe ne sont qu’un déguisement pour le lointain, pour le détachement. Dans les romans du terroir le sujet s’affaiblit au moyen de la diffusion de l’anecdote qui concerne des centaines de petites créatures. Les personnages d’Alfredo Armas Alfonzo dans  L’ossuaire de Dieu et Le désert de l’ange, de César Chirinos dans Buchiplumas et Dictionnaire des fils à papa constituent une foule, des sujets collectifs. Leurs auteurs se refusent intentionnellement à faire de l’un d’eux un protagoniste. Ainsi, le personnage principal du Dictionnaire semble résumer la zulianité. Il a été homme Shell ou homme Creole, de ceux qui ôtent les boutons de manchette de leur chemise pour jouer au billard. Il a participé à des aventures imaginaires, comme le lancement d’un ballon aérostatique ; il est fidèle à la tradition qui préfère les sanitaires à chaîne Boy ; il conduit un camion jusqu’à ce que la foudre d’une syncope le précipite dans l’abîme. Dans cette profusion d’êtres et d’événements, même le narrateur, lorsqu’il se présente comme témoin des faits, semble effacé et flou. Le sujet n’est qu’une voix désireuse de se fondre et de se confondre dans l’immense communauté des voix, qui sont le souvenir. 

Un foule d’êtres sans voix et sans musique, de ceux qui incendient des universités et des écoles maternelles, a coupé des voies et m’a empêché de dire personnellement ces mots à cet admirable César. Jamais ils ne brûleront le symbole de la volonté du verbe, exercé tel le métier guerrier de l’amour.

cac

Liens utiles :

Chirinos, César: Diccionario de los hijos de papá. Edificaciones Guillo, Maracaibo. 1974.

-El Quiriminduña de los Ñereñeres. Monte Ávila Editores, C.A. Caracas,1980.

-Buchiplumas. Monte Ávila Editores C.A. Caracas, 1987.

-Mezclaje. Fundarte, Caracas, 1987.

-Sombrasnadamás. Editorial Planeta Venezolana S.A. Caracas, 1992.

Piña,Yordi: César Chirinos encuentra en haceres la tinta de su pluma caribeña, YVKE radio. 21-3-2014.

LBGPERSLuis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix « Casa de las Américas » 1970) et “Abrapalabra” (Prix « Casa de las Américas » 1969).

 

Source de cet article : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/al-cesar-lo-que-es-del-chirinos.html

Traduit de l’espagnol par Sylvie Carrasco

Photos : Luis Britto, Carmen Navas

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/22/a-cesar-ce-qui-est-a-chirinos/

Le Venezuela et le Mali renforcent leur coopération universitaire

« Formons un seul peuple, un seul continent, nous ne pouvons rien attendre sinon de nous-mêmes » : c’est pour continuer à faire vivre la “Lettre à l’Afrique” de Hugo Chavez  (1) que les gouvernements de Nicolas Maduro et de la République du Mali ont renforcé ce jeudi 9 mai 2013 leur coopération en matière universitaire.

Lors de sa réunion avec son homologue malien Messa Ould Mohamed Lady, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Ministre bolivarien de l’enseignement universitaire Pedro Calzadilla a rappelé que près de 400 étudiants africains ont bénéficié d’une bourse pour étudier au Venezuela, parmi lesquels vingt étudiant(e)s du Mali. “Le gouvernement bolivarien, dans sa politique de solidarité et d’amitié avec les peuples de l’Afrique, a mis en place une politique spéciale pour partager avec les étudiants et les universités africaines l’expérience que nous vivons au Venezuela. Il s’agit de pratiquer notre volonté d’ouverture, d’alliance avec ce continent qui est aussi notre mère, que Chavez nous a enseigné à comprendre et à reconnaître comme une de nos références. Calzadilla Mohammed Mali Venezuela 2013Les deux ministres ont évalué les accords passés et préparé de futures actions en commun. Le représentant officiel du Mali a notamment marqué son intérêt pour l’expérience développée par la “Mission Sucre” qui déploie l’accès à l’université à travers la “municipalisation”, la rendant ainsi plus accessible à l’ensemble de la population. Mr. Mohammed Lady a annoncé la prochaine visite au Mali d’un représentant vénézuélien pour connaître de plus près la situation de la nation africaine, signer les accords qui doivent encore l’être, offrir un séminaire sur l’expérience de la municipalisation et diagnostiquer ensemble de nouveaux domaines de coopération : “Tout ce que j’ai vu au Venezuela est plein d’exemples et de bonnes pratiques que le Mali doit s’approprier pour qu’ils contribuent au développement de notre peuple” a déclaré le Ministre malien qui s’est également réuni avec Prudencio Chacón, recteur de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV) et Sandra Moreno, Directrice de l’École Latino-américaine de Médecine “Salvador Allende” (ELAM). (2)

En mars dernier le legs du président Chavez était déjà évoqué par l’ex-Ministre de la Culture du Mali, l’écrivaine Aminata Traoré (3). Nous publions l’entretien qu’elle a accordé au site Jeune Afrique. Rappelons que Madame Traoré vient d’être interdite de séjour par la France pour avoir dénoncé les raisons de son intervention militaire au Mali (notamment protéger le pillage de l’uranium par Areva) – et exigé le respect de la souveraineté de son pays. Traoré cite à ce sujet Wolfgang Sachs : « Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre. Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal et en l’y situant au degré le plus bas. » (4).

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Jeune Afrique : Quelle est la réaction de l’Africaine altermondialiste que vous êtes à la mort d’Hugo Chavez ?

Aminata Traoré : Plus qu’en Africaine altermondialiste, je réagis d’abord en amie. C’est un homme courageux, qui est resté proche de son peuple et que certains considèrent à tort comme un simple populiste. J’ai eu le privilège de le côtoyer, d’aller au Venezuela me rendre compte de la parfaite gestion des ressources naturelles dans un pays du Sud. Hugo Chávez a démontré qu’un autre modèle est possible : les ressources naturelles, qui sont la richesse des pays du Sud, peuvent être utilisées au profit des populations.

Nul ne peut lui contester cet aspect de son bilan, très important à mes yeux. Car, dans nos pays, c’est là que le bât blesse. Sa gestion des ressources naturelles fait de lui un modèle pour les pays africains aux ressources abondantes, pris en otages par les pays occidentaux qui se les disputent sans que les populations y trouvent leur compte.

Pourtant il était aussi très critiqué…

Il est tellement facile de parler au nom des peuples et d’agir ensuite autrement. Elles sont légion, les fausses promesses de développement qui leur sont faites, au Nord comme au Sud. Je note actuellement l’extrême difficulté des démocraties occidentales à relever certains défis. Chávez, lui, aura marqué son temps, son continent, son pays, ainsi que la plupart des citoyens du monde qui ont pu noter sur le terrain les avancées de sa politique. Je n’ai pas l’impression d’avoir eu affaire à un dirigeant politique qui sert d’abord ses intérêts et ceux des siens. Pour l’Africaine que je suis, c’est extrêmement important. Cette particularité mérite d’être soulignée au moment où il disparaît.

Iriez-vous jusqu’à dire qu’il fut une sorte de Nasser latino ?

Il était lui-même. Il a puisé dans l’histoire de l’Amérique latine l’inspiration de ce qu’il nomme « révolution bolivarienne ». C’est vrai qu’il rendait hommage aux grandes figures de l’Histoire qui avaient privilégié l’intérêt de leurs peuples, c’est-à-dire qui avaient voulu consacrer les ressources naturelles à leur bien-être. Il est clair que certaines orientations économiques peuvent desservir les intérêts de quelques-uns : on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour son type de leadership, que personnellement je respecte, il compte parmi les grandes figures des luttes de libération de nos pays. C’est un homme de courage, de conviction. Ça peut coûter cher, mais il a assumé jusqu’au bout.

Des hommes politiques africains se réclament-ils ouvertement d’Hugo Chávez ?

Ils ne le peuvent pas. Il n’y a qu’à voir l’unanimisme qui prévaut aujourd’hui dans la lecture de la situation du Mali, où l’on réduit tout à la lutte contre le terrorisme. Or celui-ci est alimenté par la misère morale et matérielle des populations, qui n’en peuvent plus. À cause de fanatiques, de nombreux innocents sont tués, tout simplement parce que le problème est mal posé. La question fondamentale est économique. Peut-on prétendre avoir mis en œuvre dans les pays africains des politiques économiques et sociales qui profitent d’abord aux populations, notamment aux plus vulnérables ? C’est ce qu’Hugo Chávez, lui, a essayé de faire. En Afrique, les politiques économiques mises en place visent à ouvrir les portes aux investisseurs qui rapatrient systématiquement leurs profits. Je ne vois pas, dans nos régions, d’hommes d’État qui osent dénoncer ce type d’orientation. Ils n’en ont pas le courage ; ceux qui essaient sont sacrifiés.

C’est pour tenter de changer ces orientations qu’Hugo Chávez a contribué à la création de l’América del Sur – Africa (ASA) ?

Il a tendu une perche à l’Afrique. Je me souviens du passage d’ATT [l’ancien président malien Amadou Toumani Touré, NDLR] au Venezuela. À ma grande surprise, j’avais entendu le président malien affirmer qu’un autre monde était possible. La plupart des chefs d’État africains qui ont été au contact d’Hugo Chávez ont admis que son orientation était la bonne. Sauf que, dans la pratique, nos politiques ont tendance à céder au clientélisme. Par ailleurs, ils regardent encore trop peu du côté de l’Amérique latine. Ils se tournent vers l’Asie, rêvant d’émergence, mais oubliant que l’Asie qui gagne ne se laisse pas dicter des solutions. L’Afrique ne fait que ça : céder. Hugo Chávez, lui, était un résistant.

Par Clarisse Juompan-Yakam

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Notes :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

(2) Source : http://www.mppeu.gob.ve/web/index.php/noticias/show/id/5321

(3) Aminata Traoré, « Hugo Chavez était un résistant », « Jeune Afrique », 7 mars 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130307083907/

(4) Acceptée par une grande partie de la gauche française comme une “croisade laïque contre des terroristes islamiques”, cette guerre fait l’objet d’une forte manipulation médiatique et n’est pas étrangère à la destruction de l’État libyen (et de nombreuses vies civiles) par l’OTAN qui inclut la France. Pour Aminata Traoré, “les enjeux de l’intervention militaire en cours sont : économiques (l’uranium, donc le nucléaire et l’indépendance énergétique), sécuritaire (les menaces d’attentats terroristes contre les intérêts des multinationales notamment AREVA, les prises d’otages, le grand banditisme, notamment le narcotrafic et les ventes d’armes), géopolitique (notamment la concurrence chinoise) et migratoires.”

Lire son exposé intégral dans Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/le-naufrage-et-l-offense-le-mali-a-rendre-aux-maliens.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/10/le-venezuela-et-le-mali-renforcent-leur-cooperation-universitaire/

« Afro-descendants du Venezuela… en avant toute ! » par Jesús Chucho García

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Un Odu de Ifa dit : « Ne préfère pas le sentier au chemin »

Le mouvement social afro-vénézuélien (MSA) (1) s’est jeté dans la bataille électorale pour appuyer le Plan Patria 2013-2019 légué par le président Chavez et pour mobiliser le vote en faveur du candidat bolivarien à la présidence Nicolás Maduro. Celui-ci incarne cet engagement d’approfondir la participation populaire dans la prise des décisions qui  transformeront notre société, vers un socialisme comme inclusion sociale, sans distinction de race, visant l’égalité pleine de toutes et tous les vénézuéliens. L’opposition de droite exprime, une fois de plus, sa nature raciste (2) et son adhésion aux politiques impériales, avec sa menace arrogante de supprimer la plupart des acquis sociaux de quatorze ans de révolution et dont bénéficient quatre-vingt pour cent des vénézuéliens. L’enjeu de l’élection présidentielle du 14 avril 2013, au-delà d’un suffrage en faveur des déshérités, est un modèle de coexistence sociale, souverain, antiraciste.

Les cinq objectifs du « Plan Patria 2013-2019 » et la participation du mouvement afro-descendant.

Avant le départ physique du président Hugo Chavez, s’est ouvert dès 2012 un débat citoyen parmi tous les secteurs du peuple vénézuélien pour construire le plan socialiste 2013-2019, qu’on peut lire in extenso ici : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

Ce plan, repris intégralement et soumis aux électeurs par le candidat Nicolas Maduro pour les présidentielles du 14 avril 2013, repose sur cinq objectifs stratégiques :

  1. La consolidation de notre indépendance, liée à l’irréversibilité de notre souveraineté.
  2. La construction du socialisme du XXIe siècle pour atteindre « le plus grand bonheur possible, la plus grande quantité de sécurité sociale et le plus haut niveau de stabilité politique » (Simón Bolívar).
  3. Transformer le Venezuela en puissance sociale, économique et politique au sein de la grande nation latino-américaine et caraïbe.
  4. Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale multipolaire (le monde n’appartient plus à l’unipolarité: USA-Europe de l’Ouest) pour assurer la paix mondiale.
  5. La préservation de la vie humaine sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine.

    Jesus Chucho garcía

    Jesús Chucho García

Ces cinq objectifs ont été discutés ouvertement par le mouvement afro-descendant. Nous avons pu insérer nos propositions dans plusieurs de ces objectifs. Jamais jusqu’ici notre participation n’avait été prise en compte dans les douze plans stratégiques élaborés dans l’histoire de notre pays.

Dans l’objectif stratégique 1, sont à présent reconnues «les contributions morale et politique des afro-descendants tels que le héros José Leonardo Chirino, dans la construction de l’indépendance et de la souveraineté de notre pays. »

Dans l’objectif 2, est soulignée «l’émergence définitive du nouvel État démocratique et social, de droit et de justice, avec la participation des personnes afro-descendantes dans le développement du système fédéral de gouvernement.»

Dans l’objectif 4 – celui de «la construction d’un monde multipolaire» – l’intégration de notre Amérique Latine et dans les Caraïbes va au-delà d’une intégration économique, et vise l’intégration ethnique et l’inclusion de plus de 150 millions de personnes afro-descendantes historiquement exclues des vieux projets d’intégration néo-libérale.

A présent, des organismes comme l’ALBA, la CELAC, le MERCOSUR et l’UNASUR, contribueront à éliminer la pauvreté, à en apprendre davantage sur notre histoire commune, comme en ont convenu récemment les ministres de l’Éducation de la CELAC réunis à La Havane.

En ce qui concerne l’Afrique, ces projets et la «Lettre à l’Afrique», une des dernières lettres publiques du président Chavez, insistent sur la nécessité de créer des liens avec «la Mère-Patrie» et reconnaissent sa contribution à notre identité. Cette lettre doit être étudiée tant par nous comme afro-descendants que par les peuples d’Afrique et la diaspora africaine dans le monde. Son texte intégral est lisible ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

L’agenda électoral des afro-vénézuéliens en 2013.

Redisons d’abord que jamais nos communautés n’avaient reçu un appui de l’Etat vénézuélien tel qu’il s’est manifesté au cours des quatorze années de la révolution bolivarienne.

Aujourd’hui, au sein des plus de deux millions d’étudiants dans nos universités publiques, un grand pourcentage est afro-descendant. Nous avons aujourd’hui plus de terres agricoles pour notre consommation, avec des soutiens sous forme de prêts financiers et de dotations de machines. Nos pêcheurs artisanaux sont également soutenus, et dans de nombreuses communautés l’exploitation sociale et la destruction écologique causées par la pêche industrielle ont disparu. Le système de santé publique parvient à nos communautés rurales et urbaines. Les femmes afro-vénézuéliennes bénéficient des programmes de soutien socio-productif tels que «Mères de quartiers» et «Banque de la Femme». (3)

L’agenda électoral du mouvement afro-descendant vise à défendre des points spécifiques du Plan Patria 2013-2019. Le mouvement a déjà organisé une série de débats et de forums à Caracas, Osma, Barlovento et continuera cette semaine ces activités à Ocumare del Tuy, Valencia, San Juan de los Morros, Yaracuy, dans le sud du lac de Maracaibo et dans toute l’afro-géographie nationale.

Tâches futures du processus bolivarien vis-à-vis des afro-descendants.

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Créer l’Institut national contre la discrimination raciale. Rédiger le règlement de la Loi déjà approuvée contre la discrimination raciale. Créer la figure du médiateur et défenseur public des droits des communautés afro-descendantes. Redimensionner la Commission présidentielle contre la discrimination dans l’éducation. Favoriser la diffusion de textes scolaires sur les thèmes afro-vénézuéliens et africains. Inclure dans la Loi du Culte de la reconnaissance de la spiritualité afro-descendante. Reprendre la discussion de la Loi de la Culture avec les propositions des afro-descendants. Repenser les politiques culturelles avec une plus grande inclusion de la diversité culturelle afro-vénézuélienne. Créer au niveau des politiques publiques des espaces pour recevoir et traiter les revendications des communautés afro-descendantes, au sein des ministères et des institutions suivantes : Ministère des Communes, de la Santé, de la Femme, de la Jeunesse, de l’Agriculture, de l’Environnement, Institut National de la Statistique, Ministère de la Communication (soutien aux radios et Tvs communautaires afro-vénézuéliennes), INAPYMI (petites et moyennes entreprises), Corporation du Cacao, INAPESCA (pêche), pour que ces demandes servent de base contraignante aux politiques de développement soutenable de nos communautés.

Sur le plan international, concrétiser les accords de la quatrième réunion « afro-descendants et transformations révolutionnaires »: création du fonds afro de l’ALBA,  du Fonds de solidarité avec Haïti, création du Comité Afro-descendant de la CELAC, participation au Forum de Sao Paulo, conception d’un plan d’action dans le cadre de la « Décennie des peuples afro-descendants » (2012-2022),

Jesús Chucho García (4)

VENEZUELA  AFRODESCENDIENTE

Notes :

  1. Blog du Mouvement Social Afro-vénézuélien : http://movimientosocialafrovenezolano.blogspot.com/p/quienes-somos.html
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne et de ses médias (majoritaires) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  3. « Banco de la Mujer » (Banque de la Femme) : http://www.minmujer.gob.ve/banmujer/
  4. Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel, diplomate et fondateur/activiste du mouvement afro-descendant vénézuélien, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf )

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  1.  « Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/
  2.  « Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/
  3.  « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  4.   « Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/31/boubacar-boris-diop-il-est-temps-pour-nous-intellectuels-damerique-latine-dasie-dafrique-de-montrer-que-nous-vivons-dans-un-monde-dapparences/

Source (espagnol) : http://www.alainet.org/active/63054&lang=es

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/07/afro-descendants-du-venezuela-en-avant-toute-par-jesus-chucho-garcia/

Lettre d’Hugo Chavez à l’Afrique (21 février 2013) : « formons un seul peuple, un seul continent, nous ne pouvons rien attendre sinon de nous-mêmes »

Au moment où une part croissante de la gauche européenne se convertit au « droit d’ingérence » qu’elle critiquait il y a quelques années et où, complices de l’impunité, les médias occidentaux minimisent les milliers de victimes civiles de bombardements « humanitaires » ou « laïcs » (Afghanistan, Libye, Mali, etc…), les latino-américains ne sont pas dupes des habits neufs du colonialisme. Ils savent qu’au-delà du contrôle des matières premières, c’est l’unité politique du Sud qui est visée. La volonté des gouvernements progressistes latino-américains de développer des relations Sud-Sud (suivant la ligne tracée du Congrès de Panama organisé par Bolivar en 1828 au sommet de Bandoeng en 1955…) n’a rien à voir, contrairement à ce que martèlent les médias occidentaux, avec un quelconque « appui aux dictateurs ».

Lorsque le président brésilien Lula da Silva signa avec la Turquie un Pacte appuyant le droit de l’Iran à développer l’énergie nucléaire civile et qu’il critiqua « l’ ingérence des occidentaux dans les élections et dans la vie politique de l’Iran », quand les présidents Evo Morales, Cristina Fernandez ou Rafael Correa notamment, signent d’importants traités et contrats avec les iraniens, ils ne font qu’appliquer ce qu’il y a plus de trente ans un certain Régis Debray conseillait au prince à propos des pays du « socialisme réel ». Plutôt que d’entrer dans le Disneyland de la Guerre Froide en les ostracisant, développer une stratégie plus subtile et plus ambitieuse, garder des relations politiques et diplomatiques avec eux, pour les influencer dans le bon sens et garder son mot à dire.

En Amérique Latine, la concrétisation par des gouvernements de gauche de la démocratie participative, des droits de la femme, de l’éco-socialisme, etc… ne peuvent qu’influencer dans le bon sens la construction d’un monde multipolaire des trois-quarts de l’humanité. On ne peut qu’être frappé en comparaison par le néant idéologique qui caractérise le discours de gouvernants européens devenus simples « commis de commerce » vis-à-vis des nations du Sud (voir le récent sommet UE-CELAC à Santiago du Chili).

Lorsque les occidentaux (y compris de gauche) raillèrent et rejetèrent la proposition de nombreux gouvernements latino-américains, soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), d’entamer des pourparlers diplomatiques en Libye afin d’éviter une guerre meurtrière, la présidente argentine sut exprimer le sentiment d’un continent : « Quand je vois les gens dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je suis fière d’être latino-américaine ».


africa

Lettre du Président Hugo Chavez aux participants du IIIème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Guinée Équatoriale, février 2013)

Caracas, 22 février 2013.

Frères et sœurs,

Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et toute mon espérance pour le déroulement de ce III° Sommet tant attendu des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos Peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République Bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caribéenne.

Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique Latine et les Caraïbes partagent avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits , nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XX° siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA (1).

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même ». Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néo-coloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce II° merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la Déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat Permanent de la Table Présidentielle Stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le Sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néo-coloniale a été, depuis le début du XIX°, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extra-régionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce III° Sommet de l’ ASA dans cette république sœur de Guinée Equatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Energie, Education, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des Peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce III° Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens ».

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie,un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »

Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ‘ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

Hugo Chavez Frias

Note :

(1) ASA : América del Sur/Africa.

Traduction Gaston Lopez

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

cumbre-asa1

Le troisième sommet Afrique-Amérique du Sud, qui a réuni une soixantaine de chefs d’État à Malabo (Guinée Équatoriale) du 20 au 23 février 2013 a permis la signature de 27 accords de coopération sud-sud dans tous les secteurs d’activité. La réunion se poursuivra à Caracas le 26 avril 2013.

Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne

Dessin publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Le 16 mars 2012 le journal d’opposition « Tal Cual », dirigé par l’ex-ministre néo-libéral des années 90 Teodoro Petkoff, publiait une caricature accusant le gouvernement bolivarien de distribuer de l’eau sale aux usagers. Le dessin montre un homme coiffé d’un béret incarnant Hugo Chavez accompagné d’enfants et regardant l’eau jaillir d’un robinet sur lequel s’est posée une mouche. L’homme au béret dit: “Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons des eaux afrodescendantes”. Dans “Le général dans son labyrinthe”, Gabriel García Márquez raconte comment les peintres du XIXème siècle « blanchirent » les traits de Simón Bolívar jusqu’à effacer ses traits africains. Cette obsession raciste des « mantuanos » – aristocratie coloniale d’origine européenne – n’a pas disparu. L’élite qui rêve de chasser Hugo Chavez du pouvoir « par tous les moyens » considère comme illégitime l’élection à la Présidence de la République d’un « zambo » (mélange d’indigène et d’afrodescendant). Le mythe fondateur de la société coloniale puis censitaire postulait que les millions de « morenos », « pardos », « zambos », n’appartenaient pas au genre humain.

Hugo Chavez vu par l’opposition.

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas (1) : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes en général oublient que les « choses noires » qui leur lavent les cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, sont des « singes » qui habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. » Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne voient soudain leur statut se banaliser et nourrissent une rage raciste décuplée contre Hugo Chávez. Mais quand les dirigeants de cette opposition (minoritaire dans les urnes à l’issue de scrutins validés internationalement) répètent « nous sommes la majorité », ils ne mentent pas. Ils réaffirment sincèrement leur vision du monde. Eux seuls appartiennent au genre humain, eux seuls peuvent être comptés. Ils sont donc, très logiquement, « majoritaires ». Un racisme relayé par des « spécialistes » du monde extérieur comme le français Alexandre Adler pour qui « Hugo Chávez est un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005), un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) 

« Mantuana » espagnole avec son esclave noire, XVIIIème siècle.

Vargas et Sanoja : « Bien avant l’élection de Hugo Chávez et la démocratisation progressive du champ  politique, les “singes” étaient pourtant bien là, pas encore citoyens mais déjà constructeurs de tout un pays : majorité sociale d’employés, de domestiques, d’ouvriers, de journaliers que l’historiographie de l’oligarchie ignorait systématiquement, considérant comme naturelle l’exploitation des untermenschenindigènes, métis, blancs pauvres ainsi que leur maintien dans des conditions de vie dégradantes. »

Buste du héros national, le rebelle José Leonardo Chirinos (1754-1796), Caujarao, État de Falcón, Venezuela.

Eduardo Galeano a rappelé que les premières insurrections d’Africains en Amérique Latine eurent lieu au Venezuela, lorsque se soulevèrent les mineurs de Buria (1533) sous l’impulsion du Rey Miguel. Simon Bolívar avait douze ans lorsque près de trois siècles plus tard, à deux pas de chez lui, les mantuanos exécutèrent sur une place publique de Caracas un autre rebelle : José Leonardo Chirinos, dont le corps écartelé fut exposé aux quatre coins du pays pour rappeler aux esclaves ce qui les attendait en cas de récidive. Sanoja et Vargas : « Vers la fin du XVIIIème siècle, les métis et africains réduits en esclavage totalisaient les 72% d’une population dominée par une bourgeoisie (27%) de commerçants, artisans, producteurs agricoles et des premiers métis, indigènes et noirs affranchis. Au sommet de cette pyramide, 3000 oligarques “mantuanos” de Caracas (1%) accaparaient  plus de 50% de la richesse per capita. « Comme le montrent leurs nombreuses appellations – Angola, Cabindo, Carabalí, Congo, Fuló, Wolof, Mandinga, Malembe – , les esclaves capturés en Afrique occidentale provenaient de sociétés complexes structurées autour du commerce, de l’agriculture et de l’élevage, de l’extraction minière, de la forge et de la fonte du métal. Cette « main d’oeuvre » fut enrôlée dans les mines de cuivre de Cocorote, dans l’état de  Ya­racuy, au XVIIème siècle. « Bien que la structure des grandes plantations absorba la majeure partie de cette force de travail culturellement déracinée, les traditions de la musique, de la magie et de la médecine survécurent avec une intensité qui permit aux afrodescendants de conserver leur identité sociale. Les femmes réduites en esclavage eurent une immense importance dans la vie sexuelle des maîtres de l’oligarchie coloniale et républicaine, soumises aux viols illimités, fait qui explique l’énorme population de mulâtres qui forment le secteur social des « pardos ». Les africains d’origine mandinga, réputés plus rebelles, étaient associés dans l’esprit des maîtres à la représentation du diable, comme l’est Chavez aujourd’hui. « Beaucoup ignorent que le premier drapeau brandi par Bolívar en signe de rébellion contre la couronne espagnole était un drapeau noir appelant le peuple réduit en esclavage à se rallier à la cause de l’indépendance et, par la suite, de l’Égalité. Mais si Bolivar décréta l’abolition de l’esclavage dès 1816, respectant ainsi la promesse faite aux « jacobins noirs » de Haïti à qui il devait pratiquement tout, l’exploitation de cette main d’oeuvre lui survécut. Certes les républiques « indépendantes » qui s’ensuivirent étaient faites pour « les citoyens ». Mais les afrodescendants n’étaient pas encore considérés comme « citoyens ». C’est pourquoi nombre d’entre eux répondirent à l’appel « Terres et Hommes Libres ! » du général Ezequiel Zamora (1859-1863) dont l’assassinat repoussa une fois de plus l’émancipation espérée. Jesús Chucho García (2) : “Au Venezuela l’intellectuel Arturo Uslar Pietri  réclamait une immigration européenne pour “améliorer la race et le niveau culturel , expliquant que les antillais n’avaient rien à apporter au développement de notre pays. Dès 1937, Pietri proposait à la Chambre de Commerce que le Venezuela, pour devenir un pays moderne, renonce à ses composantes indigènes et afrodescendantes. Le marxisme vénézuélien, importé d’Europe comme signe de distinction sociale, refoula lui aussi les thèmes indigènes et afrodescendants. » Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : «à partir de 1936, avec le boom pétrolier et la fin de la dictature de Juan Vicente Gómez, s’effondrèrent les relations de production de type semi-féodal qui maintenaient les paysans enfermés dans leurs ghettos. Tous ces paysans sans terre, mulâtres, indigènes et noirs se joignirent à l’embryon de prolétariat urbain rejeté à la périphérie des grandes villes, en particulier à Caracas : une population essentiellement jeune, souvent désoeuvrée, souvent obligée de recourir à la délinquance pour subvenir à ses besoins. La démagogie électorale des années 60 et 70 stimula davantage encore l’exode rural, gonflant les ceintures de misère de millions d’habitants qu’on cherchait à manipuler à travers le média politique central : la télévision, avec sa vision d’une société blanche comme modèle incontournable du « développement ». « Le boom pétrolier permit à la classe moyenne de passer d’une vie austère à un vie aisée, condition qui s’améliora encore avec la hausse du pétrole dans les années 70. C’est à cette époque aussi que la bourgeoisie de gauche comme de droite, s’autoproclama soit comme avant-garde de la révolution mondiale soit comme bouclier anticommuniste, et dans les deux cas, comme garante des intérêts populaires. « Aujourd’hui ces secteurs se sentent trahis par « leurs sujets ». Ils n’ont pas vu venir les élections de 1998 où une majorité de «singes » leur a préféré Hugo Chavez. Cette inclusion soudaine de nouveaux sujets devenus citoyens à part entière, qui proposent des lois, se forment, s’organisent, participent à la vie politique, explique la convergence de certains secteurs marxistes des années 80 avec la droite de la classe moyenne, surtout parmi les universitaires irrités de perdre le monopole du discours critique, et qui défendent leurs intérêts de classe face à l’ « insurrection des singes ».

Norma Romero

La révolution bolivarienne, elle, a rompu avec le mythe officiel du métissage en vigueur sous les gouvernements antérieurs et a promulgué en 2011 une Loi contre la discrimination raciale. Recueillant une proposition exprimée lors de la IVème Rencontre Internationale des mouvements sociaux Afrodescendants d’Amérique Latine et des Caraïbes (juin 2011), le président Chavez a également décrété en mai 2012 la création du Conseil National des Communautés Afrodescendantes dont le rôle est de «concevoir les politiques publiques et d’articuler les différents ministères pour apporter des réponses concrètes et  mettre fin aux asymétries et discriminations qui affectent encore ces communautés». Norma Romero Marín (photo) a été nommée responsable de cet organisme lancé lors d’un acte officiel dans la région de Caucagua, berceau historique de rébellions et de communes libres organisées par les esclaves fugitifs.

Semaine de l’Afrique au Venezuela (mai 2012) en présence du Vice-Ministre Reinaldo Bolivar.

Récemment c’est autour de la figure du rebelle José Leonardo Chirinos que s’est ouverte la Semaine de l’Afrique (21-25 mai 2012). Des étudiants originaires d’Afrique de l’ELAM (École Latino-Américaine de Médecine « Salvador Allende »), de l’Université Expérimentale des Forces Armées (UNEFA), ou encore les étudiant(e)s du Lycée Andrés Bello ont débattu avec le Vice-Ministre des Affaires Étrangères pour l’Afrique, Reinaldo Bolivar (photo), également créateur d’un Centre des savoirs Africains (Centro de Saberes Africanos). Parmi les thèmes abordés : le racisme encore présent dans de nombreux médias privés, l’impact de la Loi contre la Discrimination Raciale et l’analyse des contenus éducatifs. Comme ces “bourgeoisies” locales historiquement fondées sur la négation de l’Autre, les empires actuels invisibilisent, déshumanisent, via les médias, les civilisations qu’ils veulent détruire. Cette réduction de l’Autre, doté de « moins de subtilité intellectuelle, moins de richesse historique » réapparaît parfois curieusement dans la gauche occidentale (avec la puissance du refoulé colonial et sous des dehors apparemment progressistes comme la « laicité » ou les « droits de l’homme »). Le cliché souvent entendu : «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté de comprendre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux. Comment ignorer encore le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir « les trois quarts de l’Humanité » lors d’un vaste congrès à Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), la stratégie bolivarienne consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples finira par démocratiser les institutions politiques et permettra des relations internationales enfin basées sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. Caracas accueillera le prochain sommet des non-alignés en 2015.

Jesús « Chucho » García lors d’une conférence-débat, Caracas.

Jesus « Chucho » García : « Le Venezuela fait un grand travail pour resserrer les liens avec l’Afrique: nous avons commencé à faire venir des étudiants de là-bas et à nouer toutes sortes d’accords : commerciaux, culturels, etc.. Pendant trop d’années et malgré tout ce que nous avons en commun nous avons tourné le dos à l’Afrique, au moment où l’impérialisme mène une guerre de reconquête pour s’emparer de ses ressources naturelles. Nous ne nous identifions pas pour autant à la religion afro-centrée ni à une certaine forme d’auto-ségrégation du mouvement noir états-unien. Nous sommes américains et sur ce continent américain a eu lieu un long processus d’innovation, de création. Nous ne voulons pas nous paralyser dans le temps. Notre objectif final est que nous soyons tous égaux et que l’on comprenne que le racisme fut inventé pour justifier un système d’exploitation mondiale». Auteur et traducteur : Thierry Deronne (1)  Ricardo Sanoja et Iraida Vargas,  anthropologues et historiens vénézuéliens, article ” El Origen de “Monos” y “Escuálidos”. Voir aussi http://www.dailymotion.com/video/xmi3bz_a-solas-con-dos-antropologos-venezolanos-mario-sanoja-obediente-e-iraida-vargas-arenas_news (2)  Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel vénézuélien et fondateur/activiste du mouvement afrodescendant, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf ) URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

Le Collectif Radio Chuspa au coeur de la communication populaire

samedi 9 janvier 2010

La radio communautaire Radio Chuspa 102,9 FM a son siège dans la maison de la famille Parra Blanco, dans le secteur El Trapiche de la localité de Chuspa, commune Caruao de l’Etat Vargas. Elle met en oeuvre la communication communautaire et alternative, luttant jour après jour pour déconstruire les messages que veulent imposer les médias privés.

“Nous assumons la communication libre, populaire, communautaire, comme un droit qui nous a a été offert par la constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Les communautés peuvent désormais utiliser le spectre radioélectrique, et pour cela elles utilisent la radio” explique Romel Parra, membre du collectif Radio Chuspa.

Tous, collectifs ou organisations communautaires, utilisent la radio communautaire. Le gouvernement bolivarien a permis de doter cette station d’un transmetteur et désormais ces communautés peuvent s’exprimer.

Grâce à lui, “en utilisant cet outil de communication, notre voix, nos messages, nos idées sont diffusées à tous les habitants de la zone”

Radio Chuspa 102,9 FM a déjà 8 ans d’existence et transmet 24h sur 24, en faisant vivre et en donnant l’exemple de communication et pouvoir populaire.

Romel Parra conclut : “En ces temps de bataille d’idées, de guerre médiatique, nous sommes convaincus de l’importance des médias communautaires, c’est ainsi que Radio Chuspa est en train de devenir le média communautaire le plus important de la région.”

Source : VIVE

Traduction : Grégoire Souchay pour http://www.larevolucionvive.org.ve/