Le Venezuela célèbre deux ans de son programme d’humanisation de l’accouchement

Par Michele de Mello, Brasil de Fato | Caracas 31 juillet 2019.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence au Venezuela. Approuvé par le Président Nicolas Maduro et institué comme politique d’État visant à établir et à promouvoir les conditions pour que les femmes puissent choisir une autre façon d’accoucher. Cette mesure fait du Venezuela un pionnier d’une politique publique qui permet un accouchement sans actes chirurgicaux ni médicamenteux.

Ce programme concerne plus de 50% de la population féminine vénézuélienne, et parmi celle-ci, près de 9 millions de femmes en âge de procréer. 520.000 accouchements par an sont réalisés dans le pays selon les données de 2014 de l’UNICEF.

De plus, le Venezuela est l’un des pays sud-américains ayant le taux de grossesse le plus élevé chez les adolescentes : 23% des naissances sont des enfants nés de mères ayant entre 15 et 19 ans. Les autres 75% de grossesses se produisent entre 25 et 35 ans.

« C’est un défi qui signifie surmonter un tabou. C’est aussi la construction d’un projet de vie avec ces jeunes femmes non seulement pour construire une société juste où chacun(e) est l’égal(e) de l’autre mais aussi sur le plan personnel, car les femmes peuvent avoir un projet, un horizon dans la société socialiste que nous voulons construire » affirme Asia Villegas, médecin et Ministre de la femme et de l’égalité des genres .

Ce programme social vise à faire que ces naissances soient réalisées dans le respect des volontés de la future mère, indépendamment de la classe sociale à laquelle elle appartient. Néanmoins, l’État crée également des mécanismes particuliers pour que les secteurs les plus pauvres de la population puissent avoir accès à ce Plan. Depuis 2017, il existe trois aides financières pour les femmes : une aide pour l’allaitement maternel, pour un accouchement humanisé, et une autre pour les promotrices de ce Programme. Actuellement, les aides sont de 26.600 bolivars, versée tous les mois par le biais du Sistema Patria à environ 760.000 vénézuéliennes.

« En tant que plan, nous sommes liés par un accord pour que les femmes aient un accompagnement médical. Nous n’encourageons pas les accouchements à la maison, du moins cela ne fait pas partie du Plan national. L’objectif est que les femmes enceintes reçoivent une attention respectueuse, chaleureuse dans les centre de santé » explique la responsable des accouchements et coordinatrice du Programme, Anabel Perez. L’Organisation Mondiale de la Santé défend un accord mondial selon lequel chaque pays devrait avoir un maximum de 10 à 15% d’accouchement par césarienne, cependant au Venezuela cette pratique concerne 52% des naissances, soit, près de 250.000 actes par an.

Asia Villegas, médecin et Vice-ministre de la Femme et de l'Égalité de Genre

Asia Villegas, médecin et Ministre de la Femme et de l’Égalité des Genres. Photo: Michele de Mello

Le nombre reste important malgré les coûts élevés de chirurgie. Dans une clinique privée, une césarienne peut valoir entre mille et six mille dollars ! Alors que les assurances santé des entreprises publiques couvrent des actes allant jusqu’à 250.000 bolivars… A présent, dans le système de santé, cet acte est devenu presque impossible en raison du manque de fournitures médicales- qui résulte du blocus économique. Les femmes qui ont besoin d’une césarienne ou qui choisissent cet acte dans le système de santé publique doivent acheter un kit à part, qui inclut les gants, les injections, les antibiotiques, les compresses et autres matériels qui coûte environ 100 dollars… Les profits dérivés de la césarienne sont un des principaux motifs pour lesquels les médecins privés vénézuéliens poussent les femmes enceintes à faire le choix de la chirurgie. Anabel Perez critique la marchandisation de l’accouchement et défend son humanisation comme moyen de respecter davantage le bébé et la femme enceinte.

« L’acte, quand il devient humain et quelque chose de naturel, ne dépend de rien ni de personne d’autre. Il est naturel pour une femme de mettre au monde un être vivant. La prise en charge de la grossesse autant que la procréation sont des processus que nous savons tous naturellement mettre en œuvre. Le déroulement social au sein du capitalisme nous fait croire que la seule façon de naître est celle que nous connaissons et nous oublions celle de nos ancêtres », affirme-t-elle.

Avec des techniques de yoga, les formatrices enseignent des exercices qui aident les femmes enceintes jusqu’au moment de l’accouchement. Photo: Michele de Mello

Au-delà du fait qu’il réduit la quantité d’accouchements réalisés par interventions chirurgicales, le Plan National d’accouchement Humanisé, adopté le 18 juillet 2017, vise également à lutter contre la violence obstétrique. « Vaincre la violence obstétrique passe par la conscience des droits et la conscience d’un défi pacifique » affirme la Ministre, Asia Villegas. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 830 femmes meurent quotidiennement dans le monde pour des raisons liées à la grossesse et à l’accouchement qui peuvent être évitées, comme les infections, les hémorragies et l’hypertension. En 2016, la mortalité maternelle a augmenté de 65% au Venezuela, ce qui représente 756 décès selon les données du Ministère de la Santé. Quant à la mortalité néonatale elle a augmenté de 30% dans cette même année, ce qui représente un total de 11.466 décès.

Ce fut le cas de Dilia Ortiz, professeur et actuellement formatrice du Plan d’accouchement Humanisé dans le quartier de Caucaguita du quartier populaire de Petare, à l’Est de Caracas. En 2016, Dilia a perdu sa première fille à cause de complications lors de l’accouchement et par manque de prise en charge rapide. Sa mère, Maria Munol, qui est également formatrice du Programme, affirme que « si ce programme avait existé à ce moment-là, Dilia n’aurait pas perdu son bébé ».

Dilia et Maria font partie d’une famille dont quatre générations de femmes ont accouché naturellement. L’arrière-grand-mère et la grand-mère de Dilia étaient sages-femmes, elle-même ainsi que sa mère sont formatrices et promotrices de l’accouchement humanisé.

Dilia Penarosa Barrios, grand-mère de Dilia Ortiz, quand elle était enfant, a accompagné sa mère – qui avait été hospitalisée pendant cinq mois à l’hôpital à cause d’une appendicite – observant la routine de l’endroit et aidant les infirmières. A 13 ans, elle a appris comment aider d’autres femmes à accoucher.

Toute sa vie durant, dans la zone rurale de Cartagenas de Indias en Colombie, Dilia a exercé comme sage-femme. Mère de 11 enfants, elle raconte qu’elle savait exactement quand elle allait accoucher et, du fait des difficultés de l’époque, elle nettoyait la maison, lavait tous ses enfants, se lavait, se nourrissait, se peignait les cheveux et disait : « Si je meurs, ne cherche pas une autre famille, va chercher tes parrains » se rappelle-t-elle.

Aujourd’hui, Dilia apporte ses connaissances dans les activités du Plan National d’accouchement humanisé. Sa fille et sa petite-fille font partie du programme social depuis sa création.

C’est de manière presque intuitive que la famille découvre le plan. Maria Munol termine ses études d’éducation de base à l’Institut National de Formation et d’Education Sociale où elle a entendu pour la première fois l’expression « accouchement humanisé » lors de l’annonce du début d’un cours pour promotrices. Avec l’expérience acquise à la maison, immédiatement, Maria a voulu rejoindre le projet. Dilia allait seulement accompagner sa mère aux cours et elle a fini par participer au Plan.

« Je portais ma tristesse, ma douleur, ma colère, et je n’ai fait que suivre. A cette époque, je pleurais tous les jours en entendant ce que l’on disait, mais j’ai pu me retrouver dans le processus d’accouchement humanisé. Je me suis enthousiasmée et passionnée pour cette idée de pouvoir partager ma si triste expérience et de pouvoir ainsi aider d’autres femmes »  raconte l’enseignante.

Maria Munol et Dilia Ortiz avec les photos de deux générations de sages-femmes dans la famille : photo Michele de Mello

LE PLAN

Depuis juillet 2017, ce plan promeut un traitement humain de l’accouchement dans deux hôpitaux publics du pays, une politique qui suppose la connaissance du territoire national et de la diversité des femmes. Actuellement, 12.000 femmes chargées de cette promotion sont enregistrées et 2500 autres se trouvent en formation. Le but, fixé par Nicolas Maduro, est de parvenir à une équipe de 20.000 femmes d’ici l’année prochaine.

Le Ministère de la Femme et de l’Égalité des Genres a désigné 24 responsables politiques pour la mise en application du plan, une dans chaque état vénézuélien; en plus de permettre la supervision des 30 espaces d’accouchement humanisés dans le pays, cela devrait attirer davantage de promotrices pour le programme social.

Pour être promotrice, il suffit d’avoir entre 18 et 60 ans et d’être en capacité d’apporter de l’affection à la famille qu’elle va accompagner ; c’est là le principal pré-requis selon Anabel Perez.

Après leur inscription, les femmes suivent une formation en tant qu’enseignante au sein du Plan dans les espaces de vie commune de leurs propres communautés. Durant six semaines de cours, les promoteurs apprennent les notions fondamentales sur le processus de grossesse, d’accouchement et de post-accouchement, d’allaitement et d’éducation respectueuse, sur les méthodes pour aborder des domaines de santé intégrale communautaire, d’organisation sociale sur le territoire et des notions de base pour assurer le suivi dans la vie quotidienne des femmes enceintes et surveiller les facteurs de risque.

« L’intention est de faire en sorte que les femmes enceintes soient responsables, confiantes par rapport à elles-mêmes et leur grossesse, qu’elles sachent respirer, comprendre ce qui va se passer » affirme Dilia Ortiz.

« Dans nos centres d’attention, les promotrices font partie de l’équipe de santé de base élargie. Cependant, au lieu d’attendre les patientes dans les unités, les promotrices parcourent les communautés en cherchant à établir le contact avec des femmes enceintes ou en âge de procréer. La promotrice est la voisine, l’amie qui vit dans la même communauté et connaît la réalité de l’endroit. C’est là qu’elle tisse des liens affectifs, de fraternité, grâce auxquels les femmes enceintes et les promotrices se rapprochent les unes des autres. La promotrice invite la femme enceinte à un cours de formation sur la grossesse, dans lequel elles se verront une fois par semaine pour faire des exercices, pour se détendre, pour apprendre tout ce qui a trait à la grossesse, à l’accouchement, à l’allaitement et à l’éducation » raconte Anabel Perez, l’assistante pour l’accouchement.

A Caracas, l’hôpital Maternel Hugo Chavez a été le premier à s’adapter et à s’ouvrir à ce programme. Dans cette unité, les promotrices du Plan peuvent faire des projets et des doulas (accompagnantes intégrales) peuvent accompagner les femmes enceintes lors de l’accouchement. Toutefois, cette réalité n’existe pas dans tout le pays.

Selon Villegas, les professionnels de la santé, axés sur la médecine privée, continuent d’opposer une résistance à l’accouchement humanisé. « Nous devons actualiser nos équipes médicales, convoquer les équipes de santé, en plus du travail d’institutionnalisation ».

C’est pourquoi, afin d’élargir le champ d’application du plan, le Ministère de la femme mise sur une action coordonnée avec d’autres institutions, telles que le Ministère de la santé et du Travail.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence

UN PEU D’HISTOIRE

Le programme social est le résultat d’une lutte d’environ 10 années des mouvements féministes pour la défense des droits de reproduction et sexuels des femmes. « C’est leur expertise, leur expérience qui nous ont accompagnés dans l’élaboration de la proposition du plan » affirme la vice-ministre, qui reconnaît également que tout ce qu’elle sait sur l’accouchement humanisé, elle l’a appris en dehors de l’université, aux côtés des mouvements sociaux. Ce que toutes les femmes impliquées dans le programme s’accordent à dire, c’est qu’un plan national comme celui-ci n’est possible que dans le cadre de la Révolution Bolivarienne. « Qu’un Etat, non seulement assume la défense de la dignité de sa population, de la personne sur le territoire, mais aussi qu’il assume la responsabilité de chaque femme enceinte dans chaque localité, c’est une transformation, c’est révolutionnaire » conclut la Ministre Asia Villegas.

Reportage et photos : Michele de Mello (+ 2 photos AVN)

Edition: Luiza Mançano

Coordination : Daniel Giovanaz et Vivian Fernandes

Source : Brasil de Fato https://www.brasildefato.com.br/2019/07/31/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (8): Marian Blanco

Synopsis:Ma satisfaction quotidienne, quand je remonte chez moi, c’est le salut et le sourire des gens. Ça ne s’achète pas. Une chose que m’ont enseignée mes patients, c’est de ne jamais renoncer à l’humilité. “ Ainsi parle la docteure Marian Blanco, médecin intégrale communautaire de la Mission Barrio Adentro, qui travaille dans les secteurs populaires de l’ouest de Caracas.

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Marian (à gauche) dans une des nombreuses assemblées de la Commune Altos de Lidice (Caracas)

Avant, dans les années 90, les politiciens nous considéraient comme des objets de leur charité, nous n’étions que leurs machines à voter. Chavez est venu changer tout cela. Pour lui chacune et chacun de ceux qui s’efforcent de vivre, qui luttent, était important(e). Cela vous rend amoureux. Cette même passion fait que le processus révolutionnaire ne va pas se refroidir, ni au bout de vingt ans, ni de trente ni de cinquante. La Patrie, ce n’est pas un morceau de terre situé géographiquement. La Patrie, c’est se reconnaître et de se respecter en tant qu’Égaux dans les différences. Nous sommes pétris d’adversité. Ce que nous n’avons pas, nous l’inventons. Rien ne nous nous paraît trop grand. Avec humilité, toujours.

Durée : 4 min. 40 sec., ESP sous-titres FR. 

Son: Víctor Hugo Rivera

Caméra et montage: Thierry Deronne

ProductionVenezuelainfos

République Bolivarienne du Venezuela, 2019

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Les Maisons d’Alimentation vénézuéliennes: la dernière tranchée contre le blocus économique

Par Marco Teruggi, pour SputnikNews

Les “Casas de Alimentación” (“Maisons d’Alimentation”) sont une des tranchées pour freiner les impacts de la situation économique au Venezuela. Dans le quartier de Caricuao, à Caracas, en fonctionne une, baptisée “Luchadoras de la Patria” (“Lutteuses de la Patrie”). Luisa et les cuisinières se lèvent tous les jours à l’aube pour garantir les repas des personnes qui en ont le plus besoin dans le quartier.

Luisa Del Valle Baiz se lève tous les jours à quatre heures du matin. Elle a 77 ans et la force caraïbe dans chaque mot. Elle est née à Güiria, dans l’état oriental de Sucre, une terre au parfum de mer, de plantations de cacao et de soleil. Depuis ses côtes on aperçoit l’île de Trinidad et Tobago, d’où sa famille est venue à la recherche d’un travail et d’une vie meilleure.

Luisa vit depuis 54 ans à Caracas, dans le quartier populaire de Caricuao. Lors de son arrivée, le paysage était autre: « tout était bananiers, manguiers, jardins potagers« . Il n’y avait pas encore d’autoroutes, ni de barres d’immeubles, ni ce dense réseau de maisons sur la colline où elle a construit son foyer et sa famille: quatre enfants, 21 petits-enfants, 12 arrières-petits-enfants, quatre arrière-arrière-petits-enfants. Sa mère a 101 ans.

Elle s’est toujours levée tôt pour travailler. Mais depuis dix mois ses journées s’organisent autour de la “Casa de Alimentación” qui a commencé à fonctionner sous son toit. Depuis lors, avec quatre femmes, elle prépare les repas du lundi au vendredi pour les 221 personnes qui ont été incluses grâce au diagnostic des besoins sociaux effectué dans le quartier.

« Leurs besoins étaient critiques mais maintenant regarde-les, cela fait plaisir de les voir ainsi » dit Luisa. Le lieu s’appelle “Lutteuses de la patrie ».

 

La proposition d’ouvrir la Maison d’alimentation est venue, comme dans la majorité des cas, de la population du quartier, et a trouvé sa réponse auprès de la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (Fundaproal), l’institution publique chargée de relancer ces Maisons d’Alimentation à partir de 2017. Celles-ci avaient été créées comme politique initiale de la révolution bolivarienne pour répondre à l’immense besoin social, mais avaient été progressivement fermées à la suite des réussites obtenues en matière d’alimentation.

De 2017 jusqu’à aujourd’hui ont été remises en fonctionnement 3.118 de ces cantines dans tout le pays. Chaque jour elles alimentent 605.628 personnes: personnes pauvres venues de ce pays profond où se trouve la genèse du chavisme.

« J’aime ce travail, il me naît de l’âme » dit Luisa, coiffée de son bonnet de cuisinière et d’un tablier qui porte en effigie la signature de Chávez et le nom du programme social. Ce n’est pas pour l’argent qu’elle se lève à l’aube et va et vient face aux fourneaux pour un travail qui n’a rien de simple. Ni pour elle ni pour ses compagnes: Lilibel López, Roxana Herrero et Rosa Vázquez, qui est venue de Guayaquil, Equateur, il y a 17 ans et qui s’est fixée dans ce quartier populaire du sud de la capitale vénézuélienne.

Elles veulent que les repas soient bons, très bons. « La population, on la gagne avec le goût » rient-elles. Aujourd’hui elles cuisinent du riz, du poulet, des lentilles, des galettes de maïs (les fameuses “arepas”), des sardines frites, et du lait. Une partie de ces repas est offerte à la population la plus vulnérable, celle qui est incluse à travers les Centres d’Education et de Récupération Nutritionnelle. « Je répartis les repas à toutes et tous de la même manière » explique Luisa.

Les objectifs de ces Maisons sont plusieurs. En premier lieu, garantir l’alimentation aux secteurs qui éprouvent les plus grands besoin, veiller à ne pas les abandonner. En second lieu, développer un plan pour que ces cantines qui dépendent totalement de l’Etat, puissent peu à peu se développer en espaces intégraux, avec une production alimentaire en propre, un contrôle citoyen, des activités culturelles, une formation sociopolitique.

« Un des objectifs est de transférer le pouvoir de décision à l’organisation populaire, le transférer en termes d’opérativité, pour qu’en sorte une méthode de travail socioproductive, culturelle, de santé alimentaire, pour qu’à un certain moment elle puissent se libérer de la dépendance d’institutions publiques fournisseuses d’aliments » explique Azurduy Tovar, gérant de Fundaproal.

Des pas ont déjà été franchis dans cette direction quant au transport, au traitement et à la remise de la nourriture. La méthode est simple: la responsable de la Maison doit chercher la quantité d’aliments au centre de stockage, à bord d’un camion géré par le quartier, recevoir la nourriture, revenir avec l’appui d’un membre de la milice bolivarienne (corps de réserve civil, effectuant des tâches d’appui à la défense du territoire et aux programme sociaux, NdT), vérifier que tout soit arrivé à bon port pour être ensuite cuisiné et distribué aux hommes et femmes bénéficiaires de cette mission sociale.

La distribution est réalisée à 11h.30 à “Lutteuses de la Patrie”. Jusqu’à cette heure la table est pleine de gobelets de plastique empilés en colonnes: chacune correspond à une famille, il y a des noms inscrits sur les “tupperwares”, même si chacun sait déjà à qui appartient chacun d’eux, raconte Rosa avec sa fille.

La nappe ne se libère que le soir, les fins de semaine, les jours fériés et les 4 décembre, jour de Santa Bárbara. Luisa et sa famille sont dévots de la sainte qui à présent garde le magasin de nourriture situé au fond de la maison, après les cages aux perroquets verts et jaunes, face à la colline de maisons construites l’une sur l’autre, dans une architecture produite par l’exclusion, la volonté et la capacité créatrice de tous ceux qui ont construit les villes du monde.

Maison d’Alimentation “Luchadoras de la Patria”, Caracas, Venezuela

Il n’y a pas que Santa Bárbara qui protège les sacs de riz, la farine, les lentilles, l’huile, les oeufs. Elle est accompagnée dans cette tâche par la Vierge du Carmen, d’El Valle, de La Pastora, de la Coromoto, l’immaculée Conception, Notre Dame du Pilar, le Nazaréen, le divin Enfant, le Coeur de Jésus, Saint Onofre, María Lionza, l’indigène de la force – celui qui donne force, paix et tranquilité – et Simón Bolívar. Autour de chacun d’eux se trouvent les photos des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, arrière-arrière-petits-enfants.

On compte 14.804 mères et pères “élaborateurs(trices)”s dans tout le pays, c’est ainsi qu’on appelle ceux qui assument les tâches de Luisa, Lilibel López, Roxana Herrero, et Rosa, pour les 645.840 bénéficiaires qui mangent tous les jours dans des espaces semblables à celui-ci.

La réactivation des Maisons d’Alimentation a été décidée un an après la mise en place du programme central d’accès aux aliments subventionnés – les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui s’occupent de près de six millions de foyers dans le pays.

Les CLAP furent créés lorsque la pénurie alimentaire constituaient le noeud des problèmes — entre 2015 et 2017 — et les Maisons d’Alimentation dûrent être réactivées à la suite des régressions induites par le cadre hyper-inflationniste et la rupture des salaires comme possibilité d’acquérir le panier de base.

Repas préparés dans la maison d’alimentation “Lutteuses de la Patrie”, à Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Car aujourd’hui le problème n’est plus la disponibilité d’aliments dans les supermarchés ou les épiceries populaires mais leurs prix, et ce sont les secteurs populaires qui subissent le plus cet impact.

Toute l’organisation mise en place pour garantir l’arrivée des aliments subventionnés aux quartiers populaires fait partie de la lutte contre le blocus étasunien contre l’économie vénézuélienne: des attaques ont été menées contre des bateaux important les aliments destinés aux CLAPs et contre les comptes bancaires utilisés pour payer ces achats. L’objectif est d’asphyxier le pays.

A “Lutteuses de la Patrie”, de même que dans la plupart des expériences d’organisation, se crée quelque chose de stratégique: une communauté humaine. C’est une des formes de résistance invisible, une possibilité de résister aux assauts qui ont pour objectif non seulement de renverser un gouvernement mais aussi et surtout tout un processus profond, celui qu’a mis sur pied un sujet historique dont l’identité politique est le chavisme.

« Chávez t’a ouvert les yeux tout grands et plus personne ne te trompe, avant personne ne connaissait ses droits et maintenant chacun prend la parole, sinon je ne serais pas là en train de te parler, je n’oserais pas » dit Luisa, avec la force caraïbe dans chaque mot.

Photos: Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201907121087994411-casas-de-alimentacion-venezolanas-la-ultima-trinchera-contra-el-bloqueo-de-eeuu/

Traduction: Thierry Deronne

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Le pouvoir constituant se mobilise pour le logement populaire

Le Venezuela est un pays hautement polarisé. La politique s’éveille chaque matin dans les conversations, dans les transports en commun, autour des kiosques à journaux, dans les bars, dans les écoles, dans la rue, au boulot… partout. Au coeur de cette politisation, le phénomène citoyen du chavisme compte vingt ans d’existence. Son sujet social, enraciné dans les quartiers populaires des 80% de la population, reste invisibilisé par les médias privés nationaux (majoritaires) et internationaux. Seule a droit de cité médiatique la minorité de classe moyenne et haute qui manifeste, souvent avec violence, son refus des verdicts électoraux et rêve encore d’un débarquement de marines, d’un coup d’Etat à la Pinochet, et d’un nouveau Plan Condor pour “nettoyer” définitivement le pays. Comme ces manifestant(e)s des quartiers aisés sont le seul “peuple” admis à la télé, on comprend que les visiteurs étrangers soient surpris de découvrir la réalité sociale du Venezuela. Telle la mobilisation citoyenne du 18 juin 2019, arrivée aux portes de l’Assemblée Constituante, en plein coeur de Caracas, pour défendre une nouvelle loi sur le logement populaire.

Alors que la “Gran Mision Vivienda”, créée par le président Chavez avec l’objectif de construire des logements bon marché (50 % du prix du secteur privé) pour les secteurs populaires, vient d’atteindre la barre de deux millions 694.185 mille logements en juin 2019 (avec près de 12 millions de bénéficiaires) et garde le cap sur l’objectif de 3 millions de logements, un collectif de 400 personnes est venu demander à ses député(e)s un droit de parole dans l’hémicycle. Dans quel but ? Présenter une loi sur la production autogérée d’habitats et de logements populaires.

« Renforcer les capacités des populations à produire et à reproduire leur vie, c’est cela, l’autogestion » expliquent dans leur manifeste plus de 30 organisations, dont le Mouvement des Habitant(e)s et les Assemblées Vivre au Venezuela. Le collectif a dû faire le tour de plusieurs entrées des bâtiments de l’Assemblée Constituante avant d’être reçu par le député Ricardo Molina, ancien ministre du Logement et de l’Habitat, des Transports et Travaux publics, qui était sorti leur parler à l’angle de la place Bolivar. Molina s’est engagé à travailler sur la loi, d’abord dans les commissions, pour la présenter ensuite en assemblée plénière.

Ce projet de loi a été présenté il y a deux semaines lors d’une mobilisation semblable. Aujourd’hui, l’objectif est d’accélérer le débat. Vu le contexte qu’affronte la nation, la proposition des organisateurs(trices) est de renforcer les organisations du pouvoir populaire, en particulier sur l’axe du logement.

« Beaucoup de progrès ont été réalisés au cours de toutes ces années avec la Grande Mission du Logement au Venezuela, le quartier populaire a été reconnu et revendiqué, ainsi que les habitant(e)s exclus et rejeté(e)s dans la périphérie urbaine. Nous comprenons qu’il reste encore un long chemin à parcourir. Nous voulons réaliser de nos propres mains la reconstruction territoriale de notre habitat : logement, zones récréatives, espaces socio-productifs. À notre Assemblée Nationale Constituante, nous proposons d’autogérer nos maisons, avec des outils et des matériaux fournis par l’Etat” nous explique Irma Pacheco tandis que la mobilisation avançait sur les trottoirs de l’avenue Universidad.

Dans le communiqué accompagnant la présentation du projet de loi, les organisations précisent: “Il y a une expérience sans précédent reconnue aux niveaux national et international: à ce jour 37% des maisons construites par la “Grande Mission Logement” ont été construites par des organisations populaires sous différentes modalités de gestion. C’est une grande école.” C’est à partir de cette expérience que l’idée est de faire avancer le débat sur la loi, sans plus retarder son approbation.

Habitad-20-300x168Habitad-5-300x168Source: http://www.crbz.org/en-defensa-de-la-vivienda-popular/

Traduction: Thierry Deronne

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Comment vit-on dans une commune du grand Caracas ? par Michele de Mello (Brasil de Fato)

Par la journaliste Michele de Mello, Brasil de Fato | São Paulo (SP), 5 juin 2019.

Applaudissements et rires à gorge déployée pour l’avant-première du film « Commune« . En seulement 18 minutes de projection, le public se multiplie par trois dans le secteur de la “redoma”, au centre du quartier populaire du Lídice, La Pastora, quartier historique de la zone centrale de la capitale où vivent 130 000 vénézuélien(ne)s et qui compte encore des maisons de style colonial dans sa partie basse.

Le mouvement des gens du quartier, traversé par les motos aux klaxons aigus, les enfants jouant au ballon et les chiens à la recherche de restes, s’interrompt pour la projection de la production de Terra TV qui raconte la vie quotidienne de la Commune socialiste de Altos de Lídice. Celle-ci célèbre ce 3 juin 2019 un an d’existence.

Les enfants regardent le documentaire sur la commune. (Photo : Carolina Cruz)

Cette soirée d’un lundi ordinaire sur une colline de Caracas, acquiert un charme supplémentaire lorsque des dizaines de personnes, les yeux rivés sur le mur de l’école maternelle du quartier, se voient, reconnaissent leurs voix et observent le résultat de leurs efforts.

La Commune Socialiste d’Altos de Lídice rassemble 350 familles à travers sept conseils communaux (Bosque, La Redoma, Poder y Union, el Rosario, Madre de Dios, Tres Uniones, Vista Bonita). C’est la première commune fondée dans le quartier populaire de La Pastora et la centième organisation communale du Grand Caracas.

Jésus Garcia, 26 ans, militant du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’un des fondateurs de la commune, se remémore une année de construction, les yeux mi-clos: « Je suis très fier, satisfait, je voudrais obtenir le double de tout ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Ce que nous avons fait est héroïque, toute cette construction a coûté beaucoup d’efforts, non pas parce que les gens ne veulent pas, mais à cause du moment que nous vivons. Sanctions, blocus, bureaucratie et réformisme. Il est très réconfortant qu’il y ait encore aujourd’hui des gens qui croient en Hugo Chávez, qui impulsent l’État communal« .

Le premier anniversaire de la commune d’Altos de Lídice. (Photo : Carolina Cruz)

Commune ou rien

Les communes sont des formes d’organisation populaire, territoriale et productive, dont le modèle économique se base le bien commun et la propriété commune. Cette forme a été promue par l’ancien président Hugo Chávez, en particulier au cours des dernières années de son mandat. Dans l’un des discours les plus connus de Chávez, intitulé « le coup de timon« , le chef d’État avait fait une série d’autocritiques sur le processus de la révolution bolivarienne, concluant sur un “commune ou rien!” comme méthode pour avancer dans le socialisme.

Et les vénézuéliens ont répondu à l’appel. Selon le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux, il y a aujourd’hui près de 48.000 conseils communaux et 3.115 communes créées au Venezuela. Rien qu’en mai de cette année, 20 autres ont été enregistrées légalement.

La multiplication est due, entre autres facteurs, au succès de l’expérience. « Beaucoup de gens ne s’étaient pas intégrés mais dernièrement, quelle que soit l’activité que nous faisons, nous voyons arriver davantage de participant(e)s et c’est gratifiant, cela montre que ce que nous faisons n’est pas vain« , dit Betty Valecillos, 26 ans, assistante administrative et membre de l’équipe de santé de la commune.

Betty Valecillos explique qu’elle s’est trouvé une famille dans la commune. (Photo: Michele de Mello)

Pour le bien commun

En 12 mois de construction communale à Altos de Lídice, il a été possible d’inaugurer une pharmacie communale, avec des médicaments donnés par des organisations de gauche de l’étranger. La pharmacie offre des médicaments – si difficiles à trouver en période de blocus – aux communard(e)s, la priorité étant donnée aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes.

Un autre domaine dans lequel de grandes nécessités ont été produites par les sanctions états-uniennes est celui de l’alimentation. En plus de garantir la distribution d’aliments à bas prix via les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les membres de la Commune Altos de Lídice prévoient également d’ouvrir un restaurant communal pour garantir les repas aux populations les plus vulnérables du secteur. Pour déterminer qui en bénéficiera, l’équipe de santé, en collaboration avec les médecins de la Mission sociale « Barrio Adentro », procédera à un recensement, une pesée et une consultation de chaque habitant(e) de la zone communale.

En plus d’améliorer le régime alimentaire, on stimule la coopération entre les communes afin d’assurer une alimentation moins chère. En un mois seulement, deux marchés communaux ont eu lieu, en mettant en vente notamment des produits des Communes El Maizal, dans l’état de Lara, San Martín dans le quartier San Juan, dans la zone ouest de Caracas, et El Panal 2021, dans le quartier 23 janvier, près du Palais présidentiel de Miraflores, dans le centre de la capitale. Café, pain, sardines, sardines, légumes, un peu de tout, produit par tous, pour tous.

On a également réussi à planter du maïs et des poivrons sur la partie la plus haute du “barrio”, là où ce quartier populaire touche les limites du Parc National Warairarepano, qui s’étend tout autour de Caracas.

En écoutant les témoignages, on peut voir qu’un autre aspect qui génère l’unité d’action des habitants autour de la commune est le besoin de services publics. Afin de garantir la propreté des rues et le bon fonctionnement de tout ce qui est d’utilité publique, la Commune a créé une Brigade d’Entretien qui répond aux besoins quotidiens en eau, mais coordonne également le système de collecte sélective et de recyclage des ordures, qui a déjà recueilli 200 kilos de matières recyclables pour générer des revenus aux habitants.

Le service d’eau n’est pas encore continu, mais aujourd’hui, la société publique Hidrocapital a distribué des dizaines de réservoirs d’eau dans toute la communauté et l’approvisionne régulièrement en camions-citernes.

Après avoir lu la liste des objectifs atteints et de quelques autres, Jésus ajoute: « Nous célébrons l’effort et la victoire. Elle est due à la patience, à l’effort et à la volonté de vivre mieux, de vivre dans un monde meilleur. Même si les oligarchies historiques nous ont envoyés vivre ici dans des baraquements, sur les hauteurs, cela ne veut pas dire que nous devons vivre mal« .

Reconnaissance internationale

Lors de la célébration de l’anniversaire, avec gâteau et chanson traditionnelle, les communard(e)s ont reçu des messages de soutien du Brésil, de la Colombie, de l’Argentine et des Etats-Unis.

Le travail ne s’arrête pas. Dimanche prochain, de nouveaux délégué(e)s des conseils communaux seront élus pour un mandat de deux ans. Ensuite, il s’agira de former le parlement communal, puis la banque communale, chargée de créer des liens communautaires et de gérer l’argent produit par la commune.

Le parlement communal serait la plus haute instance d’autonomie, composé de trois délégué(e)s des unités sociales productives créées au sein de la commune, un représentant de chaque conseil communal et un représentant de la banque commune.

Ces structures de base sont prévues par la Loi Organique des Communes, promulguée en 2010 pour donner un caractère constitutionnel à l’initiative. Avec la législation a été créé le Ministère des Communes, qui en plus de promouvoir la création de propriétés communales, conseille l’organisation et offre un soutien financier, politique et technique.

Obstacles à l’intérieur de l’État

Lorsqu’un collectif propose de créer un nouveau modèle socio-économique à l’intérieur des structures de l’ancien modèle de production, des contradictions apparaissent. Le délégué du comité des finances et l’un des fondateurs de la commune, Jizeeh Luy, un commerçant de 60 ans, ne s’en cache pas : « être membre d’une commune fait de vous une personne très critique vis-à-vis de l’Etat”.

« Nous nous engageons à former une commune dans la partie basse du quartier. Ce serait formidable, parce que nous aurions plus de force pour réclamer l’approvisionnement en eau » dit Jizeeh Luy. (Photo : Michele de Mello)

Le prochain grand défi est de résoudre le problème les transports publics à Altos de Lídice. En raison du blocus états-unien, les pièces de rechange sont difficiles à trouver, de sorte que les propriétaires d’autobus et de fourgonnettes privées ne veulent pas monter la colline pour éviter l’usure des véhicules. Et les unités de transport public sont également arrêtées par manque de pièces de rechange.

La proposition des communard(e)s est que la mairie ou le gouvernement du district de la capitale leur donne une partie des bus avariés, à l’arrêt depuis des mois, voire des années, dans des aires de stationnement des institutions publiques. Toutefois, puisqu’il s’agit de biens publics, ils ne peuvent pas être remis aux citoyen(ne)s.

« Mais si vous êtes en pleine guerre, et que vous n’avez pas la possibilité de résoudre le problème du transport et si une commune se montre capable de résoudre un véhicule et de résoudre ce problème, c’est quelque chose qui pour nous est illogique de la part de l’Etat et qui nous remplit d’impuissance, que nous ne puissions résoudre un problème de transport pour nous, simplement parce qu’un fonctionnaire nous dit que c’est très difficile de nous donner une concession. Ah, mais pour une entreprise privée, c’est possible, d’importer des bus de Chine ! » critique le fondateur de la commune.

Jésus Garcia dresse la liste des réalisations de la commune en un an. (Photo : Marco Teruggi)

Vers l’État communal

Malgré ces difficultés, ce qui peut apparaître dans les livres comme une utopie, comme quelque chose de lointain ou même d’inaccessible, est bien une réalité au Venezuela. L’article 10 de la Loi Organique des Communes le définit en ces termes: “La commune est une forme d’organisation politico-sociale de droit et de justice établie dans la Constitution, dans laquelle le pouvoir est exercé directement par le peuple, par autogestion, selon modèle économique de propriété sociale, de développement durable (..). La cellule fondamentale de conformation de l’état communal est la commune.

Bien sûr, un texte de loi ne suffit pas. Pour que le rêve écrit sur le papier puisse s’incarner, nous avons besoin de gens comme Jésus Garcia. Militant social 24 heures sur 24, il décrit l’avenir proche, le regard brillant: « Je me suis fixé un objectif : en 2017, structurer les conseils communaux. En 2018, construire une commune. En 2019, atteindre l’indépendance. En 2020, construire d’autres communes et, en 2021, avoir une ville commune. Ce rêve que j’ai partagé avec Chávez en visitant la Caserne de la Montagne [où reposent les restes de l’ancien président]. J’ai dit : « Compadre, je vais travailler dur et je vais l’obtenir”.

Michele de Mello

Edition: Pedro Ribeiro Nogueira

Source : https://www.brasildefato.com.br/2019/06/05/como-e-a-vida-em-uma-das-mais-de-tres-mil-comunas-venezuelanas/  

Traduction: Thierry Deronne

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La pharmacie communale. Comment les femmes d’un quartier populaire ont fait face au manque de médicaments

Par Nathali Gomez pour RT, 5 juin 2019

Pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas. Nathali Gómez / RT

C’est dans la maison de Manuela Gutiérrez, siège du “Conseil communal Coromoto de Dios” que démarre le plan-séquence de cette histoire, quelques heures avant l’inauguration de la pharmacie communale d’Altos de Lídice, un quartier populaire de l’ouest de Caracas.

Betsy Rebolledo découpe des ampoules de médicaments tout en s’assurant, encore et toujours, que tous les noms et toutes les quantités des médicaments soient bien inscrits sur la feuille de calcul. Pour arriver à cette scène, il a fallu des mois de visites communautaires, de réunions, de débats et de planification.

Dans la pharmacie  » Santé pour le quartier  » de la Commune d’Altos de Lidice / Nathali Gomez / RT

Cette femme de 26 ans, membre du “Conseil communal Pouvoir et Unité”, fait partie de l’Equipe de santé et de protection sociale » avec 19 autres femmes qui appartiennent à six autres conseils communaux qui forment à leur tour la « Commune Altos de Lídice« , située dans le secteur populaire de La Pastora à Caracas.

Au Venezuela, la commune est un outil important de la démocratie participative. Dans cette organisation politique, sociale et géographique promue par le Président Hugo Chávez, les citoyen(ne)s organisé(e)s construisent des services publics et développent des projets productifs.

D’où viennent les médicaments ?

Les mains de Betsy, responsable de la pharmacie, s’affairent à ranger des paquets de comprimés sur une étagère.

Le Dr Roberto Bermúdez, médecin chilien qui coordonne l' »Espace de santé communal intégral Carlos J. Bello« , dirigé par le Dr Dulfa Perozo, consulte un ordinateur portable et explique avoir reçu 311 lots de médicaments, fruit d’une collaboration internationale gérée par la commune.

Il évoque son récent voyage dans son pays, où il a « réuni beaucoup de bonnes volontés« , ce qui a “permis à des dons réguliers d’arriver il y a deux mois » fournis par un groupe de médecins chiliens qui ont étudié au Venezuela.

Les femmes peaufinent les détails avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Les médicaments et leurs compléments ont été envoyés à l’origine à la Fondation Dr. Allende, qui en a fait légalement le don à cette commune de Caracas, avec laquelle il travaille et qui est composée d’une population de 6.096 habitants.

La liste des médicaments est classée comme suit:

Neuro-psychiatriques.

Analgésiques et anti-inflammatoires.

Pour le cholestérol et le diabète.

Pour traiter les cardiopathies et les diurétiques.

Antibiotiques et antifongiques.

Anti-allergiques et anti-immunologiques.

Gastro-intestinaux et suppléments.

Gynécologiques.

Si vous imaginez qu’à la porte de la pharmacie « Santé pour le peuple« , il y a une file d’attente de patients avec une ordonnance en main, détrompez-vous.

Pour Marianne Blanco, médecin de la communauté intégrale, la réalité est bien éloignée de l’image qui s’est répandue en raison de la pénurie de certains médicaments dans le pays sud-américain.

Partie de l’inventaire de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique qu’une évaluation intégrale du patient est menée au préalable, un traitement est indiqué, qui n’est pas seulement pharmacologique, on vérifie sur base des mises à jour de l’inventaire de la pharmacie, et les ordonnances sont émises avec des caractéristiques particulières.

Dans la commune il y a trois centres de consultation où travaille le même nombre de médecins communautaires intégraux. La priorité d’accès aux médicaments est donnée aux patients alités et à ceux ou celles qui en ont besoin de manière indispensable. En cas d’absence du médicament, une « prescription ouverte » est établie et la personne est informée dans quel établissement elle peut la trouver.

La pharmacie en action

L’inauguration se fait sans coupure de ruban, ni flashes, ni applaudissements. Sans autre cérémonie, l’équipe féminine et le docteur Roberto disent quelques mots avant de poser pour la photo sur le seuil de Manuela.

Inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

L’inauguration se poursuit par la visite de trois patients alités. La médecin, qui fait partie du « Conseil Communal El Bosque de Lídice », escalade une fois de plus les escaliers de ce quartier, le plus haut de ce secteur, avec Barbara et Maritza.

Plus on grimpe, plus le chemin de marches se fait labyrinthe. En face, la montagne au nord de la capitale. La vue est traversée par d’humbles maisons en briques et toits en zinc. Tout le monde salue la médecin qui s’arrête, répond aux questions, avant de poursuivre l’ascension.

Les femmes de l’équipe de santé lors de leur visite sur les hauteurs de la Commune Altos de Lídice, à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle s’arrête dans la première maison de l’itinéraire, entre dans la chambre du patient, converse un moment et lui donne les médicaments. Elle continue une longue marche dans le quartier. Une deuxième maison. Les enfants et les chats sortent pour la recevoir. Une grand-mère assise sur un lit, tout émue de la voir, explique comment elle se sent, la médecin lui remet les comprimés. Finalement, avec les deux autres femmes, elle arrive au seuil du troisième “arrêt”: un grand-père, qui a obtenu son fauteuil roulant grâce à la Mission Sociale José Gregorio Hernández (qui s’occupe des personnes handicapées) reçoit une ampoule d’analgésiques. La pharmacie vient de faire ses premières livraisons.

Marianne Blanco, médecin intégrale communautaire remet des analgésiques à un patient de la commune. / Nathali Gómez / RT

« Aide humanitaire »

La médecin explique en riant que ces dons ne font pas partie de la pseudo “aide humanitaire” que le député d’extrême droite Juan Guaidó a tenté de faire entrer au Venezuela depuis la Colombie en février dernier, ni même – pour parler plus sérieusement – de l’aide technique humanitaire envoyée ces dernières semaines par la Chine, la Russie, Cuba et des organisations internationales comme les Nations Unies, dont l’OMS, et la Croix-Rouge.

Après l’aggravation des sanctions états-uniennes, après l’autoproclamation de Guaidó en tant que « président intérimaire », le gouvernement Maduro a reçu des tonnes de médicaments et de fournitures médicales de pays alliés pour le système de santé de l’Etat.

La commune ne les a pas encore demandées parce qu’elle veut démontrer par cette première expérience que le pouvoir populaire peut les administrer « scientifiquement, équitablement, sans clientélisme, sans copinage, sans corruption » précise-t-elle.

Trailer de « Commune » (sortie fin 2019). Une réunion de l’équipe de santé de la Commune Altos de Lidice. Image: Jesus Reyes. Son: Victor Hugo Rivera. Production: École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision / Terra TV

Élever le moral

Une pharmacie serait considérée comme le projet naturel d’une commune si elle n’avait pas pour toile de fond une situation plus urgente : les sanctions unilatérales de Washington ont empêché l’importation, par l’État, de médicaments pour les vénézuéliens, à hauteur d’environ 16 millions d’euros.

Face au manque de médicaments, nous avons décidé de nous organiser” explique Rosiris Zapateiro, éducatrice colombienne du Conseil communal “Coromoto de Dios”.

Comptage des médicaments avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique que son travail dans la commune est spontané et solidaire. “Nous n’avons pas de bénéfices, c’est un produit de la nécessité causée par le blocus” ajoute-t-elle. Elle insiste sur la force qui naît lorsqu’elle se joint à ses compagnes pour « élever le moral de la communauté » subissant les assauts de la guerre économique. “Nous luttons pour aller de l’avant”, dit-elle, tout en avouant que, bien qu’elles soient un groupe de femmes “guerrières”, lorsqu’elles se sentent faiblir, elles s’appuient sur les liens qu’elles ont noués en tant que famille.

Visites antérieures dans le quartier

Il y a un an, lors de la création de l’équipe de santé et de protection sociale de la commune, ses membres ont défini et réalisé une série d’objectifs pour aboutir à l’inauguration de la pharmacie “Santé pour le quartier”.

En quelques jours, ces femmes et les médecins ont fait le tour des zones couvertes par les sept conseils communaux. Ils ont visité les patients, consulté leurs rapports médicaux, établi des diagnostics et examiné quels médicaments leur avaient été prescrits. En trois mois ils ont systématisé les données.

Visite pour remettre les médicaments au patient de la “Commune Altos de Lídice”, à Caracas / Nathali Gómez / RT

« La pharmacie est née parce que nous avons vu que notre méthodologie était bonne, et nous l’avons vérifié avec les arepazos« , explique le médecin. Dans le cadre des “arepazos”, plus de 100 enfants des sept conseils communaux ont été pris en charge: des vaccins ont été administrés, des évaluations nutritionnelles et pathologiques ont été effectuées, et leur niveau de scolarité a été enregistré.

Alejandra Trespalacios, du conseil communal “Pouvoir et gloire” se souvient de son travail de collecte de données. « J’ai été surprise de voir ce que j’ai vu, de la façon dont certaines personnes vivent dans des conditions très vulnérables, je me suis rendue dans des endroits que je ne connaissais pas pour détecter les besoins que nous avions« .

Quand je l’interroge sur le pourquoi de l’écrasante majorité des femmes dans l’équipe de santé, elle répond qu’elles sont là parce qu’elles portent les connaissances de mères et de grands-mères. « Nous sommes toutes des femmes : on ne nous a pas encore vues en action !” lance-t-elle en riant.

Nathali Gómez

Source: https://actualidad.rt.com/actualidad/317066-farmacia-comunal-organizacion-popular-medicinas-venezuela

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (4) : Mardelis Graterol (Terra TV)

Venezuela, une femme parmi tant d’autres. Microportrait 4: Mardelis Graterol (5 min., ESP sous-titres FR).

Eloignée de son époux, Mardelis a commencé une vie nouvelle sur les terres fertiles de Boconoito, dans l’état de Portuguesa, en plein coeur agricole du Venezuela. Alphabétisatrice, militante de plusieurs programmes sociaux mis en place par la révolution bolivarienne, elle consacre aujourd’hui le plus de temps possible à ses enfants: leur enseigner à semer, à produire, leur transmettre une certaine idée de la vie, basée sur l’entraide et l’altruisme.

Enquête: Betzany Guedez.

Réalisation, montage, photographies: Victor Daniel Rivera et Jorge Henriquez.

Production: Terra TV.

République Bolivarienne du Venezuela, 2019.

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (2) : Adriana Ramirez

Venezuela, une femme parmi tant d’autres. Micro-portrait numéro 2: Adriana Ramirez (3 min., ESP Sous-titres FR).

Face au blocus économique états-unien et à la hausse des prix par le secteur privé, le gouvernement bolivarien remet chaque mois à six millions de familles des caisses d’aliments à très bas prix. Pour les distribuer, les citoyen(ne)s, en majorité des femmes, s’organisent en Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). Selon Adriana Ramirez, “le secret est d’écouter, écouter, les jeunes notamment, pour transformer l’ancien en nouveau”.

Production: Venezuelainfos. Réalisation: Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera. République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (1) : Graciela Rojas

A partir de mai 2019, chaque semaine, Venezuelainfos va produire et diffuser un micro-portrait d’une femme parmi les millions qui font la révolution bolivarienne. Leur participation majoritaire explique en partie pourquoi après vingt ans ce processus garde autant de vie, de force transformatrice et de capacité critique.

Portrait 1 (ESP ST FR): Graciela Rojas, docteure intégrale communautaire, travaille à offrir des soins de santé intégrale aux “voisins(e)s” du quartier populaire de Pinto Salinas (Caracas). Pour elle, la santé n’est pas une marchandise mais l’amour pour la vie, c’est-à-dire une santé du peuple pour le peuple.

Production : Venezuelainfos

Réalisation / montage / photos : Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera.

République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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Photos: journée intégrale de santé à Curiepe

S’il est une particularité du gouvernement bolivarien, c’est de maintenir tant bien que mal, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique déclarée en 2013 par les Etats-Unis, les programmes sociaux. Ce n’est pas une tâche facile: départ de personnel parti à la recherche de meilleurs salaires, pénurie de médicaments… Euroclear a gelé plusieurs milliards d’euros avec lesquels le gouvernement vénézuélien veut acheter des vivres et des médicaments, ce qui place cette entreprise dans la figure de complicité de crime contre l’humanité. S’y ajoute le sabotage contre le réseau électrique, entraînant des coupures d’eau, qui se multiplie depuis la nomination par Donald Trump d’un « envoyé spécial sur le Venezuela » ‘Elliot Abrams, condamné pour ses crimes de guerre, concepteur des politiques de terreur contre-insurrectionnelles dans l’Amérique Centrale des années 80, lié à des invasions comme celles de l’Irak.

Mais le Venezuela n’est pas seul. La grande majorité de la communauté internationale reconnaît le président Maduro. Plus : des pays comme le Mexique, la Chine, l’Inde et la Russie ont passé récemment des accords avec Caracas pour livrer mensuellement les tonnes de vivres et de médicaments qui permettent de résister à ces sanctions états-uniennes multiformes.

Exemple de ces politiques sociales systématiquement occultées par les grands médias depuis vingt ans, la Fundación Misión Negra Hipólita organisait il y a quelques jours une journée intégrale de santé et de remise de matériel médical à la population de Curiepe, dans l’Etat de Miranda, avec l’aide de la mission médicale cubaine.

Photos de Jonas Boussifet

T. D.

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