Conversation avec le collectif AFRO TV

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Cet entretien poursuit notre enquête de terrain sur la cinquantaine de télévisions participatives au Venezuela (1). Si elles n’occupent encore que peu de place face à la télévision commerciale, elles annoncent peut-être une télévision libérée des monopoles privés qui partout empêchent les citoyens de se voir, de se connaître et de se comprendre.

D’emblée les compagnons d’AfroTV nous expliquent leur vision : “Transformer à travers la culture… on a créé les communes, ce type de choses…. Et nous venons nous ajouter comme une expérience de plus. Il y a un élément historique vénézuélien qui est le “cumbe”, cet espace libertaire où les esclaves en fuite cherchaient de l’eau, généraient leur communication et avaient trouvé un moyen de survivre, et tu vois, c’est exactement ce que la révolution exige de nous aujourd’hui, je suis en train d’écrire là-dessus : “d’accord, tu dis que le pays va mal, que le gouvernement ne fait rien mais que fais-tu toi, depuis ton espace, qu’apportes-tu?”

« Nous devons dépasser la démocratie représentative parce qu’il y a un nouveau modèle politique qui est la démocratie participative et protagonique – à partir de là nous sommes, tous, co-responsables de ce qui se passe, il nous reste donc à changer d’attitude. »

« Nous luttons à partir d’ici… Dans tout ce processus on trouve des fonctionnaires qui ne comprennent pas ce type de lutte, parce que c’est très facile d’être à l’abri, dans un bureau climatisé, et planifier sans avoir de contacts avec les gens. C’est pourquoi a surgi la proposition de Chavez, d’un gouvernement agraire, il y a un document qui s’appelle “coup de timon” (2) qui est aujourd’hui plus d’actualité que jamais…. Je crois que c’est l’heure de se définir… beaucoup de gens se contentent d’avoir, je préfère être et non pas avoir, je suis afro-descendant, cela te donne une force, mais l’avoir… l’avoir.. souviens-toi que c’est matériel… »

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Avez-vous noué des liens avec un type de télévision autre que communautaire, privée par exemple ?

Non.

Pourquoi vous êtes-vous tournés vers un média comme la télévision, était-ce le seul moyen de visibiliser la problématique sociale ?

Nous sommes partis de l’expérience de publier un journal, nous venions de ce processus de communiquer et ce journal reflétait note réalité et quand il circulait les gens commençaient à se voir, à se reconnaître…

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L’équipe d’Afro TV avec le militant et acteur Danny Glover

Quelle était votre situation avant de vous engager dans cette télévision communautaire ?

Nous diffusions notre culture, notre identité de Barlovento, notre identité afro aussi, et c’est de là que nous avons décidé de créer cette télévision…

Si je peux être différent, je peux faire en sorte que nous pensions différemment. C’est là qu’entre en jeu notre Collectif Intégral Afro qui se charge d’appuyer les jeunes qui font du sport, ceux qui jouent de la musique, moi je ne savais pas que c’était possible et je m’en suis rapproché, j’ai découvert que d’une manière ou d’une autre on peut manifester, enseigner, on peut apprendre, la tâche principale est là: transmettre la culture aux jeunes, leur parler de vivre, de ce que continuer à vivre vaut la peine.554520_3183147597768_1112752032_n

Qu’est-ce qui a changé depuis ton engagement ici ?

Hé bien, ma manière de penser, ma manière… d’être humain (rien de tel que le sens commun), davantage de responsabilité. Je peux te rappeler qui nous étions au départ: des amis qui sont plus âgés aujourd’hui comme Chucho García, Miguel Urbina, Yoni Ruda et différents lutteurs autour de Gerónimo Sánchez. Ils ont organisé un ciné-club, ils débarquaient et portaient le message de lutte aux communautés pour que les habitants prennent conscience de ce qui à cette époque était la lutte pour les droits citoyens et ils ont réussi pas mal de choses….

A travers les ciné-clubs, à travers ce principe de lutte, ils ont créé la fondation Afro-américaine un projet de développement culturel rural qui nous a permis d’inclure les jeunes des communautés rurales. De fait nous avons eu les rencontres de percussions dans les années 1990-91, bon, et toute cette série d’activités de la culture afro-vénézuélienne, et à ce moment malgré la présence des gouvernements de la démocratie représentative, ils ont réussi à communiquer aux gens un modèle révolutionnaire, un modèle de libération à travers la culture. C’est alors que démarre la lutte avec les représentations culturelles sur un plan national et à travers le réseau des organisations afro-vénézuéliennes qui aujourd’hui agrège nos mouvements. Ce réseau porte le principe de lutte, d’organisation en notre nom. Puis, comme l’a expliqué le compagnon, avec l’approbation de la constitution bolivarienne nous nous sommes engagés dans la refondation de la république. Comme tu vois, c’est toute une trajectoire de vie…

Nous avons une vidéo d’un groupe de jeunes qui raconte cette histoire en musique. Parce que les communautés rurales partaient du principe que pour sauver un jeune il fallait l’entourer, s’articuler pour le faire, c’était ainsi à l’époque, et aujourd’hui, nous parlons d’un autre modèle de vie et nous voulons créer cette alternative à travers les médias.9c1fb3e3-616c-4db9-8575-329fb0460ae5

Considérez-vous que la télévision communautaire a eu à voir avec ces changements ?

Nous portons un processus d’organisation et de formation des nôtres, imagine le jour où cet ouragan de réalités si diverses, apparaîtra à l’écran, c’est ce que je dis aux jeunes : vous n’imaginez pas le potentiel que nous avons aujourd’hui ! Pourquoi ? Parce que imaginez que nous devons être prêts à capter toute cette demande d’un coup, tout cela qui est dans la rue, je le dis à ceux qui sont en train d’étudier, parce que quand on étudie, on acquiert une responsabilité sociale

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Croyez-vous que la télévision communautaire a influé d’une manière ou d’une autre sur la vie de votre communauté à travers sa programmation ou par la formation que vous avez offerte ?

Bien sûr.. il va y avoir sous peu une réunion de jeunes, 3 ou 4, l’un d’eux a monté un studio d’enregistrement chez lui avec l’appui de son père et de sa mère, ce n’est pas un grand studio professionnel mais quelle fierté pour lui ! et il a déjà réalisé plusieurs productions avec des personnages du secteur. Tu vois, il y a des jeunes en milieu rural qui ont tout un potentiel, comme toi… et donc, nous enregistrons leur travail, nous les invitons à se présenter en public pour que la population les connaisse… Parce que qu’est-ce qui s’est passé avec nos jeunes ? Le manque de suivi, d’accompagnement de la part de la famille, de la communauté elle-même, a fait que n’importe quel délinquant qui débarque va le convaincre facilement de le suivre.

A partir de là il passe par un processus de formation. Nous croyons aujourd’hui que la télévision privée a pris ce rôle des parents, un enfant de 7 ou 8 ans a déjà consommé trois mille heures de télévision, il faut chercher le moyen de retourner cette situation, et nous savons que ce n’est pas la télévision seule qui va le faire, mais la télévision conjointement avec les parents et la communauté, pourraient contribuer de manière efficace à cette formation.100816530

Comment ont influé les ateliers de formation ?

Ici on n’a pas mené d’ateliers de formation depuis 2006, nous en avions menés ici au siège de la télévision mais aussi en zone rurale, à Mango de Ocoita…. S’y est déroulée toute une série de travaux pratiques, nous avons vu la théorie et nous l’avons pratiquée sur place. Des personnes du troisième âge ont participé, leur travail consiste à semer en tant que travailleurs de l’agriculture mais ils ont aussi manié la caméra, ils ont réalisé leurs prises de vue, ils ont fait un peu de montage, en d’autres termes il y a eu une véritable motivation à ce moment-là pour démarrer un processus de formation.

Nous avons eu une expérience de formation avec l’amie Jazmín Tovar, qui aujourd’hui est coordinatrice du site Aporrea, ainsi qu’une expérience de formation avec la compagne Celina de Vive TV. Donc nous ne partons pas de zéro mais il nous faut approfondir.

Considérez-vous que la télévision communautaire a fait le suivi de votre lutte ?

Oui parce qu’il est important de visibiliser notre lutte, nous en sommes convaincus. Encourager les communautés aussi. Il ne s’agit pas seulement des ressources, mais de l’envie de faire. De l’envie de changer les choses. Combien d’argent n’a-t-on pas investi ici ? Je me souviens de quand le baril pétrole était à 100 dollars. Hé bien… Crois-tu qu’ici à Barlovento nous avons besoin des bananes à cuire du marché de Coche ? (rires) Alors, comment nous montrer, à travers quelle image ? La question n’est pas dans l’avoir mais dans l’être, l’être humain comme je te le disais, moi j’ai changé ma forme de vie, le niveau de responsabilité et cela passe par un plan…
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Selon vous comment doit être un média communautaire, comment doivent être son image et son contenu ?

Il faut élaborer les contenus avec les familles et la télévision doit travailler avec la communauté, que la communauté sente que cette télévision lui appartient aussi.…. Qu’elle soit l’actrice principale du processus.

Entretien réalisé par Johanna Márquez et Maritfa Pérez

Notes :

(1) Dans le cadre de cette enquête on peut lire sur ce même blog :  Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au VenezuelaLara TVe, de la télé communautaire à la télé communale(Photos: ) Tatuy TV : le besoin d’être libres

(2) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

Source de l’entretien original (espagnol): http://wp.me/p2bGPp-IO . 

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-20x

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Une maison en juillet à Caracas

Milangela GaleaC’est dans un bruit confus, “comme ce bruit de chaise renversée sur le tapis ou le murmure noyé d’une conversation” que fut occupée la maison du conte connu de Julio Cortázar. Depuis ce jour, le frère et la soeur qui habitaient la maison cédèrent peu à peu l’espace, entre la peur de ce qu’on ne voit pas et l’indifférence face à l’inconnu.

Il y a des manières très opposées d’occuper des maisons. L’une d’elles nous a menés à convertir une maison en terre collective de création artistique.

De quoi s’agit-il ? Plusieurs artistes qui partageaient le quotidien d’un même espace dans le secteur populaire de La Pastora (Caracas) devaient déménager et pour marquer cette fin de cycle ont décidé de transformer la maison en galerie d’un jour, pour montrer à la communauté que toute création peut être itinérante.Milangela Galea

“Cette expo offre les résultats d’un projet qui lie l’espace de vie en commun à la création collective et qui en même temps l’ouvre au public, tant pour montrer des œuvres que pour initier des processus de formation et récupérer des espaces dans les quartiers” explique Joseph Villamizar du collectif Antimantuanxs.

En une semaine ils ont rassemblé vingt créateurs pour monter des expositions de photographie, de peinture, de gastronomie, d’artisanat, de littérature, des installations, du vidéo-art, sur les murs, sur les toits, sur les sols.

C’est la première expérience de cette sorte pour la plate-forme Urbano Aborigen, un collectif qui travaille depuis trois ans dans diverses disciplines artistiques et qui se veut une organisation itinérante, révolutionnaire et latino-américaine.Milangela Galea

“Parmi nous il y a des compagnons et des compagnes qui savent travailler, planifier, s’organiser. Nous venons des Andes, de Maracay, de Los Teques, de Barquisimeto, de Caracas. Quand nous nous sommes réunis nous avons voulu récupérer notre héritage bâillonné, récupérer notre mémoire. Nous avons commencé à travailler l’art corporel à partir de l’esthétique aborigène, des pétroglyphes mais à mesure que le groupe a mûri nous nous sommes transformés en réseau de réseaux interdisciplinaires” raconte Marijó.

Avec la maison-galerie on tente de casser les paramètres traditionnels des musées, les distances entre communautés et espaces d’exposition formels ou académiques. Casser, aussi, cette tradition de mettre le travail artistique dans un espace blanc avec un éclairage spécifique.Milangela Galea

Ce qu’on recherche, pour le dire avec Marijó, c’est “faire de notre foyer un lieu de création. Se rapprocher des collectifs et des voisins. Que les biens culturels s’exposent principalement dans les lieux où ils naissent, dans ce cas das le quartier lui-même, le lieu qui a été mis à la marge dans sa relation avec l’art, comme si, d’ici, nous n’avions pas la possibilité de créer, de nous penser !”.

Et à quoi peut aboutir l’action d’une journée? A ce grain de folie de créer un précédent là où on n’a jamais assumé qu’on pouvait le faire, à la signification symbolique de ce qu’une maison fermée et silencieuse en face de laquelle nous sommes passés durant des années puisse faire palpiter de musique une impasse endormie, la possibilité de vivre une expérience créative, ne fût-ce qu’un jour, qui nous rapproche d’un art qui nous plaît, et que nous ressentons profondément parce qu’il est notre identité.

Et pourquoi une maison partagée et pas une maison réservée aux expositions d’art ? “Parce qu’on nous a habitués à entrer en relation en maintenant les distances, avec cette idée de “la maison d’autrui”, dans l’ignorance de comment vivent nos voisin(e)s. Nous voulons briser ces paradigmes, nous regarder depuis l’intimité, de toi à toi”. Ouvrir la maison, donc, pour la visite du voisin mécanicien, de la compagne muraliste, des enfants qui veulent se peindre le visage. Alors la maison paraît s’étendre, embrasser la rue, jusqu’à l’arrêt du bus.

Cortázar le disait, dans le conte mentionné au début : quand la porte fut ouverte, “on se rendit compte que la maison était très grande”.casa tomada fotos

Texte : Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Photos: Milangela Galea

Source : La Cultura Nuestra, http://laculturanuestra.com/?p=1110

Traduction : T.D.

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Zk

Canal Z, l’aventure de l’appropriation populaire des médias au Venezuela

Après 40 ans de critique de médias passés sous contrôle de grands actionnaires privés ou imprégnés de logique commerciale, à quoi bon perdre encore le temps à tirer sur les “pianistes” – journalistes qui se déchainent contre un référendum en Grèce ou transforment en “dictatures” des démocraties d’Amérique Latine ? La solution n’est-elle pas plutôt de démocratiser la propriété des médias ? Après Tatuy TV, Lara TVe, nous poursuivons avec Canal Z notre enquête sur l’appropriation populaire de la communication au Venezuela. Expérience difficile… mais unique au monde.BANNER CANAL Z

Q – Comment est né Canal Z ?

R – Canal Z voit le jour en 2000. Ce fut au départ une revue née de la volonté de certains quartiers de populariser les expériences dans le domaine culturel. Ce sont les habitants du quartier Rafael Urdaneta de Maracaibo qui en sont les initiateurs et qui avaient également mis sur pied un réseau de distribution de l’eau. L’aide, elle est venue de professeurs, et d’étudiants (universités), de militants expérimentés. En 2000, la publication s’intitulait Letra Zurda. C’est de là que vient le  »Z », qui identifie désormais cette station de télévision.

Sur le plan juridique, Canal Z existe depuis 2002, à la d’une rencontre organisée par des animateurs de médias communautaires, les camarades de Catia Tve. C’est à cette occasion, qu’enthousiasmés par cette expérience, les futurs fondateurs de Canal Z ont pris la décision. Aucune télévision communautaire n’émettait depuis Maracaïbo. À l’origine, on avait prévu de l’implanter dans le secteur ouest de la ville. Bien que cette partie concentre le plus grand nombre de quartiers, c’est aussi celle qui est la moins bien lotie. Donc en 2002, peu après le coup d’État contre Chavez co-organisé par les médias privés, que le projet prend corps, et qu’en mars de la même année, la station de télévision est légalisée. C’est à partir de la tenue de vidéos-débats, que la station a commencé à capter l’attention des gens dont nous espérions qu’ils nous rejoignent, et qu’ils participent à l’initiative. Ce sont ceux-là même, qui donneront corps à cette structure organique, de type horizontal, composeront les équipes de production audio-visuelle communautaires, en charge de l’organisation -dans tous les quartiers- des vidéos-rencontres. On y collectera ainsi, tout ce qui relève de l’histoire locale; des questions locales, etc. En cette période de coup d’État, on s’est appuyés là-dessus, pour montrer ainsi, toutes les choses que les médias privés taisaient. Les manipulations allaient bon train, tant et plus. On a donc décidé de relayer les luttes en cours. Et on a rallié beaucoup de gens à notre projet.canalz-0085 canal z

Q.- Vous avez une expérience télévisuelle, hors du cadre communautaire ?

R – Sur le plan professionnel ?

Q – Vous avez été contacté par d’autres stations non communautaires ? Vous en avez visité les locaux ?

R: Oui. Des stations qui relèvent du secteur public. Je pense à Vive TV, avec laquelle les contacts ont été étroits durant toutes ces années de travail. Il y a aussi Catatumbo TV qui est proche de la mouvance privée. Avec eux, on a monté quelques coproductions,etc. Dans tous les cas, notre vision des choses et la leur, sont compatibles.

Q – Qu’est-ce qui différencie entre eux les secteurs communautaire, public et commercial ?

R – En connaissance de cause, nous pensons que les moyens de production sont entre les mains des grandes entreprises de diffusion audio-visuelle. Leur position dominante dans les domaines technique, en audience et sur le terrain technologique, leur permet de contrôler ce qui relève de la culture populaire, jusques et y compris les secteurs de la consommation et de la vente. Sans oublier les manœuvres visant à influer sur ce que l’on dit, ce que l’on pense, sur les conduites à suivre, et la mode.hqdefault

On a décidé de construire quelque chose, le plus éloigné possible de ce système. On est bien conscients du fait qu’une station de télévision privée sert avant tout les intérêts de ceux qui la possèdent, des patrons d’entreprises qui la financent, et de certains acteurs de la scène politique. Et les intérêts en question peuvent se situer aussi hors des frontières de notre pays.

Il faudrait aller vers plus de démocratisation : en finir avec cette idée dépassée selon laquelle les médias seraient le domaine réservé des journalistes ou des experts. Pourquoi auraient-ils plus de qualités pour s’exprimer qu’un habitant de quartier ou qu’une association ? Celui qui a quelque chose à dire, peut le dire et il a tous les outils à sa disposition pour le faire. Tout cela donne de la crédibilité au message. C’est ce qui nous distingue des stations de télévision privées et publiques où il y aura toujours l’obligation de préserver ou de promouvoir quelque chose. Dans notre cas, notre souci principal consiste à ce que les choses se voient et se disent. Ce qui influe sur d’autres éléments : ce qui est montré, et comment c’est montré. En effet, le modèle esthétique dominant (NDLR: au Venezuela, les médias privés font, en 2015, 80% d’audience) exige que ceux qui apparaissent à l’écran obéissent à certaines caractéristiques physiques (blanc(he), blond(e), etc.. Sans oublier la forme commerciale à respecter. Nous rejetons ce travestissement de la réalité. Ce qui ne signifie pas que les choses à voir, soient laides ou mal faites. Il faut tout simplement coller à la réalité et laisser de côté toutes ces formes de camouflage et ces apparences que l’on nous habitue à voir à la télévision. La réalité, toujours différente, génère une forme différente.

Sur le plan technique, les stations de télévision communautaires sont sérieusement handicapées, du fait de leur dépendance technologique (NDLR : au Venezuela l’économie est à 80% aux mains du secteur privé). On est en effet obligés d’importer pratiquement tout ce dont nous avons besoin. Du câble au transmetteur. Mais aussi aux caméras. Toutes ces choses. Quand du matériel se dégrade, les pièces de rechange sont difficiles à obtenir. C’est coûteux. Le système économique dominant au Venezuela reste privé, lié au rentisme pétrolier : il est plus facile d’importer pour les privés que de produire chez nous. Par conséquent, les pratiques spéculatives sur ces équipements atteignent des proportions énormes.

cz2Sans l’aide de l’État, il y a des technologies qui seraient inabordables pour nous, les télévisions communautaires. On ne pourrait pas les acheter, tant elles sont coûteuses. Non seulement il faut les renouveler fréquemment, mais elles demandent aussi, un gros effort de maintenance. Sinon, on est rattrapé par l’obsolescence des matériels. En plus de la dépendance technique, on rencontre également des difficultés à avancer sur le thème de l’autonomie financière. Nous sommes en train de rechercher les moyens nous le permettant, sans recourir au sponsoring ou à l’appui de l’État. Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas, nous ne ferons appel à la publicité ou à des choses de ce genre.

Q – Vous bénéficiez de subventions ? Est-ce l’État vous paient pour réaliser des programmes ?

R: Non. Tout d’abord, on ne vend pas nos espaces. On ne procède pas comme ça. Si quelqu’un souhaite réaliser un programme, aborder une question quelconque, la première chose à faire, c’est de s’organiser, et de se former, de s’approprier les outils permettant de mener à bien le programme prévu. On ne vend pas nos espaces. On n’en tire pas profit, tout comme l’État ne nous rémunère pas. Je l’ai déjà dit. En tant que médias communautaires, nous sommes profondément engagés dans le processus révolutionnaire pour une raison simple : la démocratisation de la politique. Mais nous ne sommes pas  »gouvernementaux », au sens où l’État nous entretiendrait. Nous ne sommes pas dans ce schéma. Le nôtre, c’est être partie prenante d’un processus en voie de consolidation.

Ceci dit, la question de l’auto-suffisance, est l’une des plus difficiles auxquelles nous sommes confrontés. Comment procéder pour surmonter cette dépendance vis-à-vis de l’État ? Cette dépendance économique et financière ? Il faut dire qu’on ne reçoit pas d’argent pour que la station de télévision existe en tant que telle. On peut recevoir un paiement à travers la diffusion de messages d’intérêt général. C’est précisément ce terrain que nous explorons à Canal Z. Je pense notamment aux projets de formation qui nous permettent d’assurer l’auto-suffisance de notre structure. Il y a aussi le thème de la participation, dont on perçoit quelques signes d’essoufflement. Je crois que c’est inhérent au processus cyclique que vit la révolution dans cette étape. Cela a poussé quelques compagnons à se détacher de ce type d’investissement. Au final, deux éléments se détachent en terme de difficulté : la dépendance sur le plan technologique et la dépendance économique.

Q – Quelles solutions pourrait-on apporter à tout cela ?

R: Continuer à inventer. Nous tentons de trouver la bonne formule qui nous permettrait de résoudre les problèmes des volets économique et technologique. La nationalisation de la production serait une solution.

Q – Et sur l’articulation organisation populaire/télévision communautaire ?

R: Il faut renforcer ces deux mouvements : aller vers les membres de la communauté, et sur ce que nous faisons. Mais il serait souhaitable que les membres de la communauté aillent également à nous. Car ce projet, ce n’est pas seulement celui de Keila, de Kenia, de Roxalide. C’est un projet qui appartient à tous. Nous sommes ce que notre slogan exprime bien :  »la fenêtre populaire ». Donc, celui qui le veut, il vient. L’idée, c’est qu’il y ait le moins de dépendance possible par exemple s’il y a un transport disponible ou non pour aller jusqu’à Canal Z. L’idée, c’est de montrer les processus en cours, les luttes.

R – Moi, j’étais présente à l’inauguration de Canal Z. J’étais jeune. J’en étais également, lorsqu’il était question du programme Barrio Adentro (NDLR: programme de santé gratuite installé dans les quartiers populaires) et des luttes que nous avons menées et gagnées. Canal Z nous a aidés.

Q – Pourquoi le lien avec Canal Z ne s’est-il pas renforcé?

R – Parce qu’on a perdu la liaison avec Canal Z.

Q – Tu aimerais participer ?

R – Évidemment ! On continue à voir nos têtes quand Canal Z nous apporte son soutien.

Q – Sous quel angle vois-tu l’expérience de Canal Z ?

R – C’est une expérience d’autant plus merveilleuse que j’étais là, à ses balbutiements. Cela faisait un bout de temps que je n’étais pas revenue ici. Le studio est vraiment bien. Il s’est beaucoup agrandi.

Q – Tu as conscience que c’est moins à Canal Z d’aller vers la communauté que l’inverse ?

R: Oui. En tant que communauté, nous nous devons d’investir Canal Z, parce que c’est l’unique média de ce genre. Et il nous apporte son soutien. Alors que les autres médias ne le font pas.

Q – Qu’en est-il de ta participation ? Ici même, au sein de cette communauté ? Quel est ton nom ?

R: Bonjour. Mon nom, c’est Édith Pirela. Je suis coordinatrice de quartier des Comités pour la Santé du programme Barrio Adentro. Pour répondre plus précisément, je voudrais dire d’abord que je suis fière de tout ce qui compose Barrio Adentro Santé. On avait affaire à de nombreuses communautés qui ne bénéficiaient d’aucun soutien en la matière. Il y avait des gens qui ne savaient même pas qu’existaient des moyens pouvant sauver des vies. Qui leur donne cette qualité de vie, dont nous avons besoin en tant qu’êtres humains. Personne ne nous tendait la main, à l’exception de Hugo Chavez. C’est lui qui nous a ouvert les yeux. Nous le répétons souvent. Nous sommes des êtres humains. On n’attend pas que l’on nous réponde :  »Oh les pauvres ! ». Nous choisissons la lutte. Un groupe de personnes issues des communautés et des quartiers s’est lancé dans Barrio Adentro. Quelques collaboratrices, des mères de famille en fait. Et ces femmes au foyer comme on les appelait avant, eh bien ces femmes au foyer se sont rassemblées, et ont répondu à cet appel du président :  »j’ai besoin de vous ». Aujourd’hui nous poursuivons la lutte.

Q – Et ton lien avec l’expérience de Canal Z ?

R – La persévérance nous a fait défaut. On n’a pas suffisamment appuyé Canal Z dans son travail. Parce qu’être présent en permanence, c’est difficile. Les membres de l’équipe en avaient conscience, et ils s’en sont préoccupés. Après l’inauguration, on aurait dû les assister, leur apporter notre appui. Dans ce domaine, on n’a pas été à la hauteur. On doit remédier à cela, c’est ce qui explique ma présence ici. Comme vous l’avez dit : ce n’est pas à Canal Z d’aller vers nous en permanence.

R – Bonjour. Je m’appelle Doris del Carmen Ortiz Baez. Je travaille en tant qu’éducatrice de santé au dispensaire El Membrillo, Quartier Francisco Eugenio Bustamente. Je me félicite de l’existence de Canal Z, parce qu’on n’a pas besoin de maquiller la réalité. On n’a pas besoin d’être des professionnels de la télé. On n’exige pas ce qui l’est dans le secteur privé. Du genre, si tu n’es pas un député, si tu ne sais pas t’exprimer correctement, si tu n’es pas ceci ou cela, on te dénie le droit de mettre les pieds dans la station. On te refuse l’entrée. Les médias communautaires, ils sont solidaires. Par conséquent, c’est bien que ce lien existe. Cela doit continuer. C’est l’existence même du canal qui en définit la mission. Pourquoi ? parce qu’il va vers les communautés et s’adresse à la personne qu’il faut. De la base. Il s’adresse à ceux qui savent comment naît une Mission.

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Photo prise durant cet entretien

R – Mon nom, c’est Morelia Herrera. Cela fait à peu près 3 ans que je suis partie prenante du collectif Canal Z. Appréhender la télévision communautaire comme un outil, ce n’est pas une fin en soi. Tout comme ne doit pas l’être le fait d’assumer des responsabilités au sein de la station, et de garder pour soi, les connaissances acquises. Il faut au contraire, être un élément démultiplicateur, et participer ainsi à la consolidation d’autres collectifs. Il est nécessaire d’assumer cette démarche et son caractère révolutionnaire bien compris. Ce n’est pas le fait d’entrer en relation avec des collectifs pourvus d’une station de télévision communautaire, qui prime. Ce qui compte, c’est le lien que l’on noue, la liaison que l’on établit avec toutes les expériences en cours. On peut partir d’expériences personnelles, et mettre en place une relation étroite avec d’autres.

Q – Comment la télévision communautaire, peut-elle aider à la construction du pouvoir citoyen ?

R – Si l’on part de ce qui vient d’être dit, c’est-à-dire du lien à établir, il faut dans un premier temps comprendre la situation. On devient complémentaires, à partir de la mise en visibilité des actions en cours. Y compris celles dont on s’occupe. Il ne s’agit pas seulement de l’action engagée par les télévisions communautaires. Cela englobe aussi les batailles d’autres collectifs, dont on relaie l’action soit par le biais des programmes de télévision ou de toutes autres formes de médias populaires. Par exemple, la radio. L’objectif : populariser et rendre visibles toutes ces initiatives. De cela, nous en sortons toujours plus forts. Plus solides. Cela provient de l’assimilation des expériences propres à d’autres collectifs. Y compris ceux qui n’ont pas à leur disposition un média communautaire. Quel sont les buts à atteindre ? où nous situons-nous par rapport aux autres ? Quelle est la nature de l’aide à envisager ? En tout état de cause, la leçon à tirer de tout cela, est la suivante : c’est avec le collectif que l’on peut avancer. Dans le contexte actuel, je crois que c’est l’une des plus grandes expériences dont on puisse faire mention en ce moment.

Q – Tu nous donnes ton avis sur le contenu de la programmation ?

R: L’un des aspects les plus séduisants, c’est la volonté toujours affichée, d’être présents, là où l’on se doit de l’être : aux côtés des luttes populaires. Comme Kelly le disait tout à l’heure, quand on fait la comparaison avec les médias privés, on parle beaucoup de professionnalisme, et on travestit la réalité. En ma qualité d’auteur-compositrice, j’ai expérimenté concrètement ce lien. C’est pour toute ces raisons que j’ai souhaité faire partie de cette expérience. Parce que d’une certaine manière, je connais le caractère monstrueux du secteur privé dans ce domaine. Je sais comment on formate un chanteur. Ce n’est pas le talent, ni le message ou le contenu du répertoire qui priment mais la dimension commerciale qui domine. A rebours, ici quelqu’un peut s’exprimer librement à travers la chanson. C’est mon cas. Voilà un autre thème susceptible d’étoffer les champs d’un média communautaire. Dans ce cas, c’est le message qui importe. Et le message principal qui transparaît à travers les batailles menées, mais aussi à partir du moment où tu franchis les portes de la station se résume en ces mots : solidarité, respect des principes, honnêteté.

Canal Z sur Youtube: https://www.youtube.com/channel/UC1szr01op1-mexsm8h70_jQ  

Entretien réalisé à Maracaïbo par Iris Castillo et Gladys Castillo, membres de la télévision communautaire Catia Tve (Ouest de Caracas)

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Au Venezuela et en Amérique Latine, le Rap et le Hip Hop dans la lutte des femmes

10983861_420120394828475_3963683475912358862_nDans les missions sociales, les conseils communaux, les communes, dans les salles de classe des universités gratuites, bref dans ces espaces de participation que les journalistes occidentaux ne visitent jamais et qui sont le cœur même du processus vénézuélien, on rencontre une majorité de femmes. Au point qu’on peut dire que nous avons affaire à une révolution « féminine ». « Pas de socialisme sans féminisme, pas de féminisme sans socialisme » :  l’idée lancée par Chavez prend peu à peu corps dans un pays affecté d’une forte tradition machiste. Il reste beaucoup à faire. Le 14 avril 2015 un nouveau circuit judiciaire chargé spécialement des délits de violence contre la femme a été inauguré dans l’État de Lara pour accélérer le dépôt de plaintes et la réponse de la justice, portant le nombre de ces circuits spéciaux à 16 pour l’ensemble du pays. Les revendications pour les droits de la femme rencontrent un large écho au sein du mouvement hip hop vénézuélien et latino, contrairement à certains courants musicaux dont les paroles la dénigrent souvent comme le reggaeton, le dembow, la bachata et dans certains cas spécifiques, le merengue.

Le rap latino-américain aussi s’emploie à valoriser l’image des femmes et de leurs luttes, à travers des textes combatifs et explicites, qui traitent des divers aspects de la vie quotidienne. C’est ainsi que sont abordés les thèmes ayant trait aux abus physiques et aux pressions psychologiques, tels qu’ils se dévoilent à la maison ou sur les lieux de travail, manifestations du joug patriarcal partie prenante du système de domination sur les femmes. Un de ces collectifs musicaux – « Nous sommes femmes, nous sommes hip hop » – a présenté pour la première fois sur les réseaux sociaux, son vidéoclip intitulé « Amérique latine unie ». C’était le dimanche 5 avril 2015 à 20 heures:

Depuis les années 1990, des groupes tels que Actitud Mariamarta, La Mala Rodriguez, Diana Avella et Ariana Puello, se sont frayés un chemin au sein d’un univers musical traditionnellement dominé par les hommes.

10430852_437792856394562_989442698790732176_nPar ailleurs, faisant suite à des années de persévérance, des représentantes de ce style, mais aussi des groupes se sont imposés au niveau mondial, consolidant ainsi la présence des femmes dans le rap. Se chargeant de la mise en valeur de l’univers de la femme et ses expériences, Lucia Vargas, Anita Tijoux et Arena La Rosa, sont de ces chanteuses qui auront imposé au sein de cette tendance, un courant philosophique, résolument activiste, qui excède le simple champ de la distraction musicale. Quant aux artistes telles que Telmary Diaz, Danay Suarez, elles ont opté pour une exploration expérimentale du rap ; Michu Mc et Ursula y Dj Gely, ayant choisi une orientation privilégiant la radicalité.Somos-Mujeres-Somos-Hip-Hop-Latinoamerica

A l’heure actuelle, le Venezuela connaît une véritable explosion de cette tendance, dont le centre de gravité est Caracas. En effet, il n’y est pas rare -c’est le cas chaque semaine- que des interprètes exclusivement féminines se produisent sur scène. De plus, à raison d’un jour par semaine, des programmes de radio tel que celui de Mega Flow, sont dédiés à ce genre de rap. Apolonia, Garee, La Nena, Gabylonia, Anarkia Mc, Mc Kim, Robex Mc, Arena La Rosa et Knela Palacios sont les principales représentantes de ce genre musical. La génération montante n’est pas en reste, puisqu’elle commence à s’imposer, notamment en milieu urbain. En sont : Ly Maraday, Estructura Mc, Zahory La Real, Divina Vertud Nativa, Ruedac Fyah Babylon, Rima Rap, Raya Mc, Meztiza, Lira Mc, Neblina, Satya Riot, Vaneza Ezayla, Imalay Rojas, Bari Amatista, Kathy Flow, Afreeka, Bengali, Dariani Mc, Joy Martinez et Karen Caceres. 

Pour en savoir un peu plus sur ce mouvement, nous avons discuté avec deux des représentantes du rap vénézuélien : Anarkia Mc et Knela Palacios.

Anarkia Mc (@maestrarima)

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Comment sont présentées les revendications de la femme et ses luttes, au moyen du rap ?

Grâce au pouvoir de la rime, à notre mode d’expression, nous faisons en sorte que les femmes aient le sentiment de s’exprimer, de s’exclamer, qu’elles prennent la parole, qu’elles aient le sentiment d’être entendues. A chaque fois que ces chansons sont programmées, elles comprennent qu’elles ne sont pas seules, que nous sommes vivantes ; mais aussi que notre liberté de pensée est bien réelle, que leurs luttes sont nos luttes. Que tout cela n’est pas vain.

C’est difficile d’évoluer dans un milieu musical traditionnellement dominé par les hommes ?

Bien sûr, c’est difficile. Parce que c’est une sphère culturelle dominée par les hommes. C’est comme tout dans ce monde. Le système patriarcal s’impose partout. C’est la raison pour laquelle une forme de « non existence » s’est imposée aux femmes. D’après les canons dominants, nous sommes destinées à enfanter, à nous occuper de notre foyer. C’est pourquoi nous avons de longue date engagé une lutte historique qui concerne tout à la fois, les sphères du travail, de la culture, de l’histoire, du sport ,etc. Il en résulte également, que tout ce que nous faisons, nous tenons à l’identifier, nous le nommons, nous l’édictons. Dire que nous faisons du « rap féminin », procède de cela. Parce qu’ainsi, chacun sait que ce sont des femmes qui font du rap. Que nous possédons tout aussi bien que les hommes -parfois en mieux- la faculté d’écrire des textes, la maîtrise de l’improvisation.

Les femmes de ce mouvement sont-elles organisées ?

Si l’on considère ce qui se passe au niveau mondial, il y a effectivement divers pays au sein desquels des collectifs de femmes bien structurés s’expriment. C’est le cas du Mexique avec le collectif  »Mujeres Trabajando » ( »Les Femmes au Travail ») ; mais aussi de l’Equateur, avec le collectif  »Somos Mujeres, Somos Hip Hop » ( »Nous sommes femmes, nous sommes Hip Hop »), qui est à l’origine d’un réseau s’étendant à l’heure actuelle, sur toute l’Amérique latine. Quant au Venezuela, je crois que nous souffrons d’un défaut d’organisation. Il faudrait plus de solidarité et moins de concurrence entre nous. Personnellement, je suis en train de me battre pour mettre sur pied un collectif intitulé  »mujeres urbanas » ( »Les femmes des villes ». J’espère atteindre cet objectif dans un futur proche.

Knela Palacios (@knelarap)10628855_10204853902287594_4800076646938241679_o-632x421

Quel est ton sentiment en ce qui concerne le rap féminin au Venezuela ?

Je voudrais tout d’abord dire, que toutes celles qui font du rap dans notre pays, sont dignes de respect. Quant à ma propre vision du rap, je dirai que je m’attelle à l’approfondissement de concepts relevant tout à la fois du questionnement, et des réponses à fournir à ces interrogations. C’est pourquoi j’ai du mal à m’étiqueter  »chanteuse de rap ».

J’ai l’impression que le rap féminin de notre pays manque encore de maturité. Le plus souvent, on a tendance à personnaliser à outrance le rap. De ce fait, on se heurte aux égos des unes et des autres, c’est pourquoi j’ai du mal à m’identifier à cela. Toutefois, il y des exceptions notables dans le rap féminin. Je pense aux  »rappeuses » de la vieille école : Garee, Arena et Apolonia.

Peut-on affirmer que le rap féminin est un rap politique ?

Tout est politique à partir du moment où tu décides d’interroger la réalité, quand tu souhaites formuler un schéma de vie, « hors norme ». Mais aussi quand tu écris les paroles d’une chanson. Tout cela relève de l’action politique. Cela n’a rien à voir avec la politique au sens classique du terme. Moi, je définis la politique comme un ensemble d’actions de forme individuelle ou collective, qui détermine l’émergence de situations, de réalités concrètes.

Que cherche à mettre en exergue le rap de Knela, ton rap ?

Je tente uniquement de m’émanciper de ces paradigmes, qu’un système abusif, répressif et fasciste cherche à m’imposer. Quand j’écris, c’est toute ma rage que je libère, je donne une expression à mes émotions, mes potentialités, aux contradictions qui me traversent. J’observe ainsi le monde, je le savoure, je le questionne, je le vis et m’y adapte. En fait, je suis ce que j’écris. Je n’écris pas pour écrire. Je tiens uniquement à exprimer ce que je suis, tout en cherchant à approfondir, ce qui en moi, m’autorise à évoluer en tant qu’essence.

Zahory “La Real ” Soy (Venezuela) : 

Rima Roja con Black Mama – Bendición ser mujer (Equateur)

Diana Avella – Nací Mujer (Colombie)

Rebeca Lane – Bandera Negra (Guatemala)

Audry Funk – Rompiendo Esquemas : 

Mala Rodríguez – Quien Manda

Source : http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/04/las-mujeres-en-el-movimiento-de-hip-hop-en-espanol/

Traduction : Jean-Marc del Percio

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(Photos) Mille tambours contre les médias

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité avec la révolution bolivarienne face au décret Obama

Au Brésil un militant du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre parmi des milliers à manifester leur solidarité.

Rarement un président états-unien a fait une telle unanimité contre lui. Après l’UNASUR soit les douze gouvernements sud-américains, la CELAC qui regroupe les 33 états d’Amérique Latine et des Caraïbes, l’ALBA, PetroCaribe, les 134 pays membres du G-77 + la Chine… bref, tout le sud de la planète a rejeté le décret Obama parce qu’”il viole le droit international, la souveraineté et l’indépendance politique du Venezuela”.

En Équateur, le président Correa s'est joint á la campagne

En Équateur, le président Correa s’est joint à la campagne

Signataires de l'appel au Nicaragua

Signataires de l’appel au Nicaragua

Partout dans le monde, des mouvements sociaux soutiennent cet appel qui, au Venezuela, a déjà recueilli 5 millions de signatures. On peut le signer ici : http://bit.ly/1OyOoNz

Parallèlement à cette mobilisation nationale, il semble que le travail de fond entrepris par le gouvernement Maduro pour contrer la guerre économique commence à porter ses fruits. Une étude de la firme privée Hinterlaces (réalisée du 14 au 18 mars sur base de 1200 interviews dans tout le pays) et portant sur le moral de la population montre que 65 % se disent “optimistes”, soit quatre points de plus qu’en janvier 2015. 34 % se disent “pessimistes” contre 38% en janvier.

On fêtait le 24 mars le 161ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage décidée par le président José Gregorio Monagas dans la foulée des décrets de Simon Bolivar. Une politique qui valut à ce dernier d’être traité par les journaux des grands planteurs esclavagistes du sud des États-Unis et des oligarchies latino-américaines de “César assoiffé de pouvoir”. Aujourd’hui, c’est en organisant une “marche des mille tambours” que le mouvement afrodescendant a exprimé son rejet des campagnes médiatiques et du décret du Président Obama déclarant le Venezuela “menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité et la politique extérieure des États-Unis”. David Abello, du Conseil pour le Développement de la Communauté Afrodescendante, a déclaré: “En cette heure de l’Histoire, alors que nous sommes libres, nous ne permettrons pas qu’une quelconque ingérence cherche à nous recoloniser”.

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img_52841427211539-533x800Avec CiudadCCS et AVN / Photos: AVN (Juan Carlos La Cruz) http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/03/con-cientos-de-tambores-el-pueblo-afrodescendiente-rechazo-la-injerencia-fotos/

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Éducation bolivarienne au Venezuela, par Ken Jones

clasesLors de mon voyage au Venezuela au sein d’une délégation d’enseignants (1), je n’ai pas entendu une seule fois les mots “prise de responsabilité”ou “tests à haut risque” (2). En tant que professeur formant des enseignants aux États-Unis, je discute rarement des politiques éducatives et des réalités de mon pays sans devoir affronter ces concepts stressants. Mais dans les écoles et dans les systèmes éducatifs du Venezuela ? Cela n’entre pas dans la discussion.

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Ken Jones, professeur associé d’éducation à l’Université du Maine du Sud, États-Unis (1)

Là-bas, le dialogue porte davantage sur l’éducation comme droit humain et comme responsabilité de l’État. Il ne s’agit pas des “produits” comme nous disons aux États-Unis mais davantage “d’accès” et de “possibilités”. Ce que notre petit groupe venu des États-Unis a découvert fut une foule de témoignages, pas un “test”.

Nous avons aussi appris certaines choses quant aux résultats très concrets et positifs obtenus depuis que le Président Chavez a commencé à s’occuper de l’analphabétisme et de l’absence d’accès à l’éducation en général, à la suite de son élection en 1998.

Par exemple en 2005, l’UNESCO a déclaré le Venezuela territoire libre d’analphabétisme, avec plus d’un 1,5 millions de personnes initiées à la lecto-écriture, principalement à travers un curriculum et une approche pédagogique développés par les cubains. Le taux d’inscription de l’école secondaire a augmenté de 53.6% en 2000 à 73.3% en 2011. Récemment l’UNESCO a placé le Venezuela à la cinquième place mondiale pour le pourcentage de personnes inscrites dans l’enseignement supérieur – la deuxième place en Amérique Latine après Cuba. L’éducation publique au Venezuela est gratuite pour tou(te)s, de l’école maternelle à l’université. L’État assure également la gratuité des repas et du transport.

Chavez a mis en mouvement un système scolaire novateur – les écoles bolivariennes s’inspirent de l’émancipateur de l’Amérique Latine Simón Bolivar, qui a aussi donné son nom à la République Bolivarienne du Venezuela. Le volet éducatif de la Révolution Bolivarienne, lancé par Chavez, fait partie du nouveau tissu socialiste qui émerge dans la société, articulé avec d’autres initiatives gouvernementales visant à encourager le pouvoir communal, le coopérativisme, la santé gratuite (là aussi en coopération avec Cuba) et l’alimentation subventionnée. Ensemble, ces initiatives et d’autres mesures cherchent à transférer le pouvoir à la majorité de citoyens pauvres jusqu’ici exclus du droit de vote, et s’inscrivent dans une perspective socialiste plutôt que capitaliste.

Notre délégation a visité une école maternelle bolivarienne, un école primaire, un lycée, une école professionnelle, un centre de formation d’adultes, une université, un conservatoire de musique et une académie de la police. Nous avons également visité une coopérative de femmes dans une communauté agricole, un centre culturel dans un quartier populaire, et une agence gouvernementale de droits humains. Le point commun qui relie ces différents lieux et initiatives est l’objectif de construire une société nouvelle par la construction de connaissances et de compétences nouvelles, d’une citoyenneté responsable, de coopérativisme, de collaboration et d’apprentissage avec la communauté locale. Nous avons observé le plaisir et la réussite dans l’expression artistique, un enseignement axé sur le concept de projet, et une attention particulière portée au bien-être des personnes et à la santé des différents éco-systèmes.

“Quelque chose de plus grand que soi”

On pouvait presque palper un sentiment d’espoir et d’énergie connecté à ces écoles, au sens de ne pas travailler seulement à produire une amélioration personnelle, mais aussi pour quelque chose de plus grand que soi. Il existe aussi une conscience politique incisive, informée sur le pays et sur le monde. Les personnes ont très envie de s’exprimer sur les changements en cours dans leur pays. Ils ont parlé de leur vision démocratique de l’avenir d’un pays libéré de l’exploitation des transnationales et de notre propre nation impérialiste. Ils ont parlé consciemment d’une histoire nationale faite de dictatures et de capitalisme extrême et ont versé des larmes sincères sur la mort de leur cher enseignant et dirigeant Hugo Chavez. Ils savaient que Chavez et la révolution qu’ils continuent à mener ont été diabolisés par leurs propres médias privés comme par ceux des États-Unis et du monde occidental. Ils voulaient que nous connaissions leur réalité, sur place.

Nous avons également rencontré un couple d’étudiants universitaires qui s’identifiaient comme opposants à Chavez. Ils n’étaient pas aussi positifs au sujet des changements, bien sûr, et mettaient en cause la qualité des nouvelles écoles et des missions éducatives, exprimant des réserves sur la viabilité de ces nouveaux programmes largement financés par les revenus pétroliers. Ils ont également exprimé leurs préoccupations au sujet de la réussite individuelle et des avantages compétitifs, ainsi que sur les effets dissuasifs et les inéquités générées par ce qu’ils voient comme un système éducatif  “d’aumônes”. Pour notre délégation venue des États-Unis, ceci avait une résonance familière : nous avons pu percevoir le fort contraste entre ces valeurs issues d’une vision globale du capitalisme et celles du socialisme. Simplification excessive peut-être, mais néanmoins évidente.

Les écoles bolivariennes prennent au sérieux l’idée d’éduquer tout le monde et offrent aux éducateurs états-uniens une vision de ce qui peut être fait d’une manière tout à fait différente de la réforme éducative de notre pays. C’est perceptible dans une foule de détails, dans les approches observées, dans les points de vue recueillis tout au long de notre séjour, de lieu en lieu.

Les écoles maternelles sont appelées Simoncitos (3), en référence à Simón Bolivar. Selon les statistiques gouvernementales, près de 70% des enfants du Venezuela sont accueillis par ces écoles gratuites, où le gouvernement paie les salaires des enseignants, et où les conseils communaux (fondés par les habitants et appuyés par le gouvernement) fournissent les immeubles et les matériels scolaires. Souvent, les parents viennent aussi en tant que bénévoles, s’ils le peuvent. Lors de notre visite à une école maternelle, nous avons vu un groupe de 14 petits avec 3 adultes. Ils nous ont dit leurs noms, âges, couleurs et animaux préférés, et ont dansé le hokey-pokey avec nous.simoncitos Les écoles primaires sont aujourd’hui des écoles à temps plein (dans le passé la plupart fonctionnaient avec deux horaires de demi-journées pour deux populations étudiantes séparées) qui offrent des repas et des soins de santé gratuits, ainsi que des activités extra-curriculaires. Les édifices scolaires sont remeublés et de nouveaux bâtiments sont rapidement construits. Tous les étudiants reçoivent un ordinateur portable (bien que comme nous l’avons appris il existe encore un grand besoin de formation professionnelle des enseignants sur comment les utiliser efficacement).

A travers les projets des étudiants et les services d’éducation d’adultes, ces écoles sont connectées à la vie des communautés avoisinantes. Notre groupe de dix a obtenu d’être invité d’honneur le jour d’une remise de diplômes dans une école primaire qui a présenté des performances très réussies et maîtrisées des élèves : danses, chants, costumes traditionnels et expositions d’art original. Les étudiants diplômés sont venus vers nous pour nous demander d’ajouter notre signature sur les t-shirts qu’ils portaient – une coutume semblable à la signature des albums de promotion aux États-Unis.

“Nous devons faire évoluer notre langage”

L’école secondaire que nous avons visitée se trouve dans une communauté rurale, Monte Carmelo. Elle vient d’emménager dans un bâtiment achevé en 2010 – un cadeau du président Chavez, personnellement convaincu de le faire par sa directrice charismatique, Gaudy Garcia. Le curriculum de l’école est centré sur les vies des habitants à travers des récits oraux, les manières naturelles de cultiver les aliments, les artisanats et traditions locales, les confiseries, les guérisseurs. Cette année les projets des étudiants tournent autour de l’histoire de leur propre communauté, dont l’histoire de l’éducation. Les projets sont réalisés en sous-groupes et doivent posséder un impact social, au-delà d’une simple enquête. Les thèmes choisis par les étudiants incluent l’agro-écologie, la coopérative locale féminine, les plantes qui protègent les cultures des insectes prédateurs, la lombriculture et les serres.

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Gaudy Garcia, directrice de l'école de Monte Carmelo.

Gaudy Garcia, directrice de l’école de Monte Carmelo.

Dans ce lycée l’accent est mis sur la collecte des semences et la fabrication de plats à partir des cultures produites par ces graines. Gaudy nous a parlé en connaissance de cause du problèmes des organismes génétiquement modifiés (OGM). En 2005, lorsqu’elle a mené un inventaire des semences locales, elle a réalisé qu’il y avait encore beaucoup de semences indigènes dans sa propre communauté et qu’on devrait collecter et protéger ces semences. « Monsanto a sa main partout« , dit-elle. «Nous devons veiller à ce qu’ils ne volent plus nos semences, notamment le maïs. Nous ne voulons pas qu’il se passe chez nous ce qui s’est passé au Mexique.” L’école a créé sa «réserve» ou son «réservoir» de graines. Gaudy ne veut pas l’appeler «banque» de graines. “Nous devons faire évoluer notre langage du capitalisme au socialisme”, dit-elle.

La “Mission Robinson” est le programme d’alphabétisation d’adultes. Irlanda Espinoza, directrice régionale de ce programme dans la ville de Sanare, s’est entretenue avec nous. Elle nous a parlé avec émotion de ce programme comme une réponse à la dette sociale envers les pauvres, accumulée pendant de nombreuses années avant Chavez, lorsque la croyance dominante était que tous n’ont pas droit à l’éducation. Elle a expliqué qu’avant la révolution on avait cessé d’offrir une éducation aux jeunes filles enceintes, d’où la dette actuelle envers leurs enfants.

Irlanda nous a décrit les efforts intensifs menés pour tenter d’inclure tout le monde dans ce programme d’alphabétisation. Par exemple, le gouvernement a envoyé les statistiques de l’administration éducative réunies lors du recensement des habitants inscrits dans la nouvelle Mission « En Amor Mayor » qui offre des pensions à toutes les personnes âgées, même celles qui n’ont jamais cotisé.

Irlanda va de maison en maison pour visiter celles qui ont signalé dans ce recensement qu’elles ne savent pas lire ni écrire, et leur demande si elles souhaitent apprendre. Si non, elles signent qu’elles ne désirent pas ce service. Le programme vise une participation de 100%, qu’elle considère comme essentielle. «C’est une façon de faire de chacun un citoyen actif», dit-elle. « Si vous ne pouvez pas lire ni écrire, vous ne connaissez pas vos droits et vos responsabilités, vous ne pouvez vraiment pas faire partie d’un conseil communal. » Elle sait tout de la philosophie éducative émancipatice de Paulo Freire.

"Lire le monde avant de lire le mot" : Paulo Freire (Recife 1921-São Paulo, 1997)

« Lire le monde avant de lire le mot » : Paulo Freire (Recife 1921-São Paulo, 1997)

“La musique, une manière naturelle d’être solidaire de l’autre”

Dans la ville de Barquisimeto, nous avons visité une branche locale du Conservatoire national de musique pour la jeunesse, “El Sistema”. Il s’agit d’un programme d’éducation à la musique classique financé par le gouvernement et qui concerne 350.000 jeunes dans 125 orchestres. Selon les rapports de l’institution, près de 70% des participants proviennent de secteurs de faible revenu. Le programme a démarré en 1975 et s’est transformé en un système reconnu mondialement au point d’être adopté partout en Amérique Latine et en Europe. Le célèbre directeur Gustavo Dudamel, qui travaille actuellement comme chef d’orchestre de l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar et du Philharmonique de Los Angeles, s’est formé dans la branche de Barquisimeto. Le “Sistema” possède des programmes spéciaux pour les enfants handicapés et un choeur White Hands de sourds-muets. Le mois dernier, le fondateur du “Sistema” (4) José Antonio Abreu a rencontré le nouveau président Nicolas Maduro et a convenu avec lui d’étendre le programme pour intégrer un million d’enfants à l’apprentissage des instruments de musique.

Gustavo Dudamel, directeur de « El sistema »

Dante_happy-band-kidsNUCLEO-articleLargesistemaAvec 2000 étudiants inscrits dans ses programmes, l’école de Barquisimeto était une vraie ruche le samedi où nous l’avons visitée. Un groupe de vingt enfants de quatre ans se familiarisait avec des violons et des violoncelles dans une cour ouverte, les couloirs étaient pleins de personnes jouant toutes sortes d’instruments. Dans de petites salles travaillaient les sections de pratique. Deux orchestres de jeunes au complet se trouvaient en pleine répétition, ainsi qu’un ensemble avec chef d’orchestre et un orchestre de musique de chambre sans chef : “cela les aide à s’écouter l’un l’autre” a dit notre guide.

Il nous a expliqué que le système suivi au conservatoire dépend du coopérativisme. “Si vous savez un peu, vous pouvez enseigner un peu” est la maxime. Notre guide a expliqué que l’instruction musicale offre un équilibre parfait d’excellence individuelle et de coopération de groupe – des étudiants de tous les âges jouent dans un orchestre. “La musique est une manière naturelle d’être solidaire de l’autre” a-t-il dit.

A Barquisimeto, nous avons aussi visité une école professionnelle pour des étudiants de 14 à 25 ans qui avaient quitté l’enseignement formel. En tant qu’états-uniens nous fûmes surpris d’apprendre que cette école fait partie du réseau d’écoles catholiques mais est financée par l’État. Des cycles courts et longs sont offerts dans des matières telles que l’électricité, la plomberie, la coiffure, la cuisine, la céramique. On compte 222 de ces programmes à travers tout le pays, situés dans les secteurs les plus pauvres, selon le gouvernement. Il est encore plus surprenant d’apprendre que bien que ces écoles sont subventionnées par le gouvernement, l’Église catholique a adopté une position fortement anti-Chavez, voyant le gouvernement comme “castro-communiste.” L’enseignant qui nous a rencontrés nous a dit “c’est quelque chose qui est dans leur tête mais pas dans la réalité. Ils voient comme un droit le fait de recevoir de l’argent du gouvernement fédéral.” 

“Articuler les savoirs populaire et universitaire”

Un des aspects les plus intéressants du système scolaire bolivarien est la “territorialisation” de l’université. Les nouvelles universités ont été initiées par Chavez comme une alternative aux universités dites autonomes, traditionnelles, qui ont principalement servi les élites et qui conservent la part du lion dans le financement de l’enseignement supérieur par l’État. Les facultés des communautés locales sont converties en universités territoriales dans le but de former chacun mais aussi de contribuer aux projets stratégiques nationaux. L’université que nous avons visitée à Barquisimeto compte 12.500 étudiants en science et technologie, ergonomie, bibliothécologie, systèmes intégraux, administration publique, sciences informatiques appliquées, souveraineté alimentaire, sécurité, protection de l’environnement, entre autres domaines. Comme dans les écoles bolivariennes de niveaux inférieurs, les curriculums cherchent à contribuer à la solution de problématiques des communautés locales. Et contrairement aux universités traditionnelles, les études ne sont pas enfermées dans les départements de chacune des disciplines mais générés par la faculté et les étudiants à travers une approche intégrée, multidisciplinaire. Les professeurs et les instructeurs ne possèdent pas toujours de diplômes formels. “Il est important d’articuler les connaissances populaires avec le savoir académique”, nous a-t-on expliqué.

Une section unique de cette université est appelée Chaires Libres et offre des études sur la culture populaire, la transformation sociale, l’égalité de genre et le “bien vivre”. Ce dernier point est développé en collaboration avec les élèves pour dégager ce que « le socialisme peut nous apporter en termes de relations mutuelles » et s’inspire largement de la pensée indigène sur la vie en harmonie avec la nature.

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Université Indigène du Venezuela, conçue par les peuples originaires

Université Indigène du Venezuela, conçue par les peuples originaires

D’autres universités sont encore en cours de création – parmi lesquelles une Université des Travailleurs (où les connaissances sont acquises au travail et construites sur base des savoirs des travailleurs), une Université Expérimentale des Arts (5) et l’Université Indigène du Venezuela (6) située dans l’État d’Amazonas et conçue par les peuples indigènes.

Peut-être le plus grand défi posé au système éducatif vénézuélien est-il le problème de la corruption policière et de la violence. Dans ce pays les forces armées sont considérées comme un appui solide du gouvernement et appuyées par la population en général. Chavez était un militaire et les membres des forces armées sont venus historiquement des secteurs pauvres et du monde du travail, aussi défendent-elles la révolution bolivarienne. La police, en revanche, ne bénéficie pas de la même confiance, vu son rôle dans la violence et dans la corruption tout au long des dernières années, et sa collusion dans les fréquents enlèvements et homicides à Caracas.

Afin de transformer la police, Chavez a créé une Police Nationale Bolivarienne (7) et a nommé Soraya El Achkar, ex-laïque de l’ordre Maryknoll et militante des droits humains, à la tête de la nouvelle académie de la police, l’Université Nationale Expérimentale de la Sécurité (UNES) (8). Nous avons rencontré Soraya à l’université de Caracas, dont les bâtiments sont encore en cours de construction. Sur ces lieux, avant Chavez, se dressait une prison haïe par la population. Soraya a persuadé Chavez de transformer ce site en académie, en lieu d’espérance sur les cendres du désespoir.

Fondée en 2009 pour transformer les méthodes policières, pour rendre les officiers plus attentifs aux droits humains et pour qu’ils travaillent en lien étroit avec les communautés, l’UNES dispose de neuf sièges à travers le pays et en prévoit sept de plus. Pour l’heure, selon le rapport de Soraya, elle accueille 25.000 étudiants et dispose d’un personnel de 4.000 professeurs, administrateurs et travailleurs. On y forme tous les niveaux de la police ainsi que des inspecteurs et du personnel pénitentiaire

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L’approche éducative passe par une prise de décision collective des policiers, enseignants et groupements de droits humains sur ce qui doit figurer dans les curriculums. Trois axes fondent ce curriculum, selon Soraya : éco-socialisme, droits humains et égalité de genre.

Le curriculum s’articule autour de quatre aspects du travail communautaire : la jeunesse; le désarmement (ce que nous appellerions aux États-Unis le contrôle des armes); la culture, les sports, la musique et l’art; et la vie en commun (à savoir la médiation des difficultés). Les partenariats et les accords communautaires sont encouragés et des efforts sont menés pour aider les jeunes à trouver du travail et s’insérer dans des activités productives.

Il y a deux thèmes transversaux dans l’ensemble du cursus policier :

1.      L’usage progressif et différencié de la force, pour adapter la réponse policière aux personnes impliquées et au contexte. La violence est interdite. On enseigne l’usage judicieux et approprié de la force.

2.      La police communautaire. La police apprend à développer des relations de travail et de collaboration avec la communauté et la recherche de solutions communautaires à la criminalité.

Soraya nous a dit que Chavez était “grand sur l’éducation” et qu’il disait “nous avons besoin de plus d’intelligence et de moins de force”. “La réforme de la police”, a-t-elle dit, “incarne l’esprit de Chavez sur la révolution et les droits humains.”

Sa vision de l’académie est qu’elle évoluera de l’UNES (université nationale) à l’ULES (académie latino-américaine) pour devenir un équivalent de l’École Latino-Américaine de Médecine (ELAM) de Cuba. Soraya voit aussi ce travail comme un contrepoids aux états-uniennes École des Amériques (SOA) et International Law Enforcement Academy (ILEA), toutes deux connues pour avoir formé des militaires et des policiers aux méthodes de répression et dont les diplômés sont réputés pour leurs tortures, assassinats et coups d’État. Le Venezuela vient d’assumer la présidence du MERCOSUR et la formation de la police sera peut-être un des axes de travail au sein de ce groupe de nations.

Conclusion

Après ce bref parcours à travers le système éducatif vénézuélien il est apparu à notre délégation que ce qu’on entend par “réforme éducative” dans ce pays est virtuellement à l’opposé de ce que nous appelons réforme éducative aux États-Unis. Ici, ce terme a fini par désigner une approche centralisée et standardisée dont les prémisses blâment et dévalorisent les enseignants des écoles publiques. Il fonctionne à travers l’individualisme et un régime de contrôle externe, une réduction du financement public, et une politique de privatisation appuyée par le gouvernement. Sa raison d’être est de générer une plus grande compétitivité sur la scène mondiale. L’effet est d’exclusion. C’est un modèle capitaliste, modelé sur des paramètres de domination du monde.

Au Venezuela, par contraste, la réforme éducative implique des aproches locales et diversifiées, inspirantes, dont les prémisses sont la valorisation et l’autonomisation de l’ensemble du personnel travaillant dans les écoles. Il fonctionne grâce à une éthique de responsabilisation interne et de travail collectif, l’augmentation du financement public, et l’appui par le gouvernement de la prise de décision au niveau local. Sa raison d’être est de construire une coopération accrue au niveau de la communauté. L’effet est d’inclusion. Il s’agit d’un modèle socialiste, formulé en termes de «bien vivre».

Un soir au Venezuela, alors que nous discutions à  quelques uns sur ce que nous considérons comme les agressions tragiques contre l’éducation publique aux États-Unis, une personne a demandé où nous pouvions voir un espoir. J’ai répondu: «Au Venezuela».

 Ken Jones

bachilleresSource : ZNet, 26 juillet 2013, http://www.zcommunications.org/bolivarian-education-in-venezuela-by-ken-jones

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

Notes :

(1)  Ken Jones, auteur de cet article, est professeur associé d’éducation à l’Université du Maine du Sud. Membre de l’American Educational Research Association (AERA) et du National Network for Educational Renewal (NNER). Éditeur de “Democratic School Accountability: A Model for School Improvement”. Du même auteur, on peut lire “la guerre contre les écoles publiques”, http://www.zcommunications.org/the-war-on-public-schools-by-ken-jones. Il peut être contacté à jonesk@maine.edu

(2)    Remis en vogue sous l’administration Obama, critiquées pour leur social-darwinisne, les “high stake tests” sont des épreuves du type “quitte ou double” qui fixent en une seule fois le sort d’un élève.

(3)   Sur les Simoncitos, voir http://www.slideshare.net/edelinbravo29/05-simoncito-comunitario

(4)   Site de “El sistema” : http://www.fesnojiv.gob.ve/

(5)   Site de l’Université Expérimentale des Arts : http://www.unearte.edu.ve/

(6)   Sur l’Université Indigène, voir “Nous sommes comme des herbes qui repoussent quand on les arrache”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/27/nous-sommes-comme-les-herbes-des-haut-plateaux-qui-repoussent-quand-on-les-arrache/

(7)    Voir “La sécurité au Venezuela : la solution depuis l’État et non comme offre électorale”, par Jesse Chacón, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/14/la-securite-au-venezuela-la-solution-depuis-letat-et-non-comme-offre-electorale-par-jesse-chacon-fondation-gisxxi/

(8)   Site de l’Université Expérimentale de la Sécurité : http://www.unes.edu.ve/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/30/education-bolivarienne-au-venezuela-par-ken-jones/

Daniel Viglietti: “Les processus révolutionnaires comme celui du Venezuela jettent une lumière sur l’invisible”

Auteur de classiques latino-américains comme « A desalambrar » (chantée par Victor Jara, Mercedes Sosa ou Joan Manuel Serrat), « Canción para mi América » ou « El Chueco Maciel », ami et complice de scène du poète Mario Benedetti, le célèbre chanteur-compositeur uruguayen Daniel Viglietti est à Caracas pour appuyer la campagne bolivarienne et la poursuite de l’intégration latino-américaine.

Vidéo : Viglietti chante « A desalambrar »  à Managua en 1983, en pleine révolution sandiniste, lors du légendaire « Concert pour la paix”.

Les propos qui suivent ont été recueillis à Caracas le 11 avril 2013 par les journalistes brésiliens Leonardo Wexell Severo et Vanessa Silva, de ComunicaSul, Blog de journalisme coopératif.

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Daniel Viglietti : «J’ai toujours senti que j’avais deux patries. La première, de naissance, est l’Uruguay. L’autre, c’est la patrie latino-américaine que j’aime appeler «notre-américaine». J’ai inventé ce mot à partir de l’expression de José Martí (qui opposait notre Amérique, à l’autre, celle de l’empire du nord). J’ai remarqué que nos frontières sont artificielles au-delà de la langue et de la culture qui ont leur poids dans les différentes régions mais ces frontières, ces douanes, ces bureaux d’immigration sont des inventions faites pour nous diviser. Quand j’entre au Brésil, au Venezuela, à Cuba ou dans de tant de pays progressistes, je sens qu’il est irréel d’user d’un passeport. La chanson n’a pas besoin de demander un visa pour aller où elle veut. La musique entre naturellement et, quand c’est nécessaire, on la traduit, comme je l’ai fait pour quelques chansons de mon ami Chico Buarque. Le mouvement de la musique, de la culture, est totalement libre. Je me sens de plus en plus « notre-américain » même si ma naissance, ma nationalité me font « uruguayen ».

« Il y a un processus de transformation, avec une tendance révolutionnaire au Venezuela, dont la lumière éclaire l’invisible sous de nombreux aspects. Celui des peuples indigènes, de la classe ouvrière, du peuple qu’on appelait «marginal» alors que cette soi-disant « marge » n’était que la conséquence du système. La culture invisible est l’une des lumières que ce processus est en train d’identifier, avec l’expression de chanteurs, de groupes, de collectifs … Le Venezuela nous a donné la génération d’Ali Primera, de Cecilia Todd, de Lilia Vera, et les jeunes surgissent pour assurer la continuité. Cela montre comment la culture peut se renouveler et combien il est bon que la culture – pas nécessairement « pamphlétaire » ni supra-gouvernementale mais créatrice, à la recherche de langages – soit mise en lumière par ces processus. Elle offre un contrepoint à la conception réactionnaire fondée sur des valeurs qui sèment l’obscurité.

« TeleSUR, qui est un canal « notre-américain », grâce auquel les gens peuvent s’informer sur ce qui se passe dans le continent, devrait être vu librement dans nos pays. Dans le cas de Montevideo, capitale de l’Uruguay, on ne peut voir TeleSUR qu’en louant un câble argentin. Il y a des mesures à prendre. Ceci est un exemple clair de ce qu’il est possible de faire en termes de communication.

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Daniel Viglietti chante « La terre pour qui la travaille » pour les travailleurs de la canne à sucre de Bella Unión, Uruguay 2006.

« Je suis heureux de travailler avec la Radio Nationale du Venezuela dans le cadre du programme « Tympan » qui est produit aussi en Uruguay, en Argentine, Peut-être même un jour nous au Brésil ! (rires). Je suis heureux d’être ici avec le Mouvement des Paysans sans Terre, parce que je sais ce que leur lutte signifie dans un pays-continent comme le Brésil, la lutte pour plus de justice, pour la répartition des terres. Je suis content de vivre ces retrouvailles.

« Je viens de l’Uruguay où nous avons rendu hommage à Chavez dans une petite ville appelée Bolivar. Notre président « Pepe » Mujica était présent. J’ai écrit la chanson intitulée « bolivarienne ». Je l’ai chantée hier sur TeleSUR et je la chanterai pour l’acte de clôture de la campagne de Nicolas Maduro. Je pense que ce sera le plus grand acte auquel j’ai participé dans ma vie et je dois la chanter avec un « cuatro » (guitare à quatre cordes, traditionnelle du Venezuela). C’est un instrument d’une grande richesse, que j’utilise avec modestie mais qui donne une couleur différente à la chanson. C’est un honneur d’être ici avec tous ceux qui appuient cette élection, si limpide qu’elle a été saluée par l’ancien président américain Jimmy Carter. Face au cynisme, face aux offenses, face à la haine de ceux qui sont capables de choses terribles – et nous devons en être conscients – nous devons rester unis. Ensuite nous allons nous retrouver au milieu de la joie collective. »

L’argentin Diego Maradonna a lui aussi fait le voyage de Caracas, pour accompagner la bataille électorale des bolivariens autour de Nicolás Maduro, et pour rendre hommage à Hugo Chavez, n’ayant pu assister à ses obsèques. Une longue amitié qui lui a valu les moqueries et les attaques des médias privés argentins.

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« Hugo Chávez a changé la manière de penser des latino-américains. Nous étions soumis aux États-Unis depuis toujours, et il nous a mis dans la tête que nous pouvions marcher nous-mêmes. C’est pour cela qu’il est tellement aimé et respecté par tous ceux qui le connaissions et qui l’aimions. Nous continuons la lutte. Il n’est plus là physiquement mais avec Nicolás Maduro nous allons continuer sur la même ligne, plus personne ne nous humiliera.

« Hugo pour moi fut un ami, nous parlions de toutes sortes de thèmes. Lui, le joueur de base-ball et moi de football, mais ce qui restera pour moi c’est une grande amitié et une sagesse politique incroyable. Quand l’Amérique latine repoussa le modèle des accords de libre commerce (ALCA) que voulaient imposer les États-Unis, nous nous sommes rassemblés en 2005 à Mar del Plata (Argentine) pour dire non à l’ALCA et lancer l’ALBA (Alliance Bolivarienne des Peuples de l’Amérique), Hugo a pris la parole dans le stade et il a commencé à pleuvoir, il nous a demandé de répéter trois fois un mot pour faire cesser la pluie. Nous l’avons fait. Dix minutes plus tard, le soleil est apparu.»

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Diego Maradonna salue les supporters de Nicolas Maduro, Caracas, 11 avril 2013.

Dans un récent entretien à la revue « The Clinic », l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet (centriste), probable candidate à sa réélection, revient elle aussi sur le président bolivarien.

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“Hugo avait un profond engagement envers l’Amérique Latine et un profond engagement envers les plus pauvres. Beaucoup des politiques qu’il a mises en oeuvre en sont la claire expression, ce qui explique le grand appui dont il jouissait.

« Il fut un leader de référence pour la région. Il fut toujours un excellent compagnon et collègue. En tant que président on pouvait être d’accord ou non avec lui mais quand on avait besoin de lui pour des affaires fondamentales, dans des situations complexes, il jouait un rôle important, il a eu une participation très active dans la création de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur) et de la Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes (Celac).

« Une Amérique Latine unie permet de mieux affronter une toute une série de défis, aujourd’hui il est complètement irréel de penser que chacun va résoudre tous ses problèmes isolément, qu’il s’agisse d’infrastructures, de technologies, etc.. L’Amérique latine a montré son sérieux, sa responsabilité, et a fait des propositions innovatrices très intéressantes. Dans les dialogues internationaux on entend dire aujourd’hui : « nous devrions apprendre de l’Amérique Latine ».

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/daniel-viglietti-les-processus-revolutionnaires-comme-celui-du-venezuela-jettent-une-lumiere-sur-linvisible/

Le Panthéon des rebelles, par José Roberto Duque

llano natal

Je n’ai pas pu te dresser de monument
de marbre aux inscriptions de couleur
Tite Curet Alonso
 

Les maisons où a vécu Hugo à Sabaneta et à Barinas révèlent une chose tellement répétée qu’on semblerait l’oublier : le trait essentiel qui a forgé ce caractère, c’est la pauvreté. Pauvres maisons. Pauvres écoles, champs, rues d’une enfance. Il était pauvre et son langage était simple quand il cessait de se moquer de l’Empire pour dialoguer avec nous, d’où cette manie des mauvaises blagues alors que le protocole lui commandait la modération et le respect. « Pourquoi tu ne te tais pas ? » lui lança un jour le roi Juan Carlos lors d’un sommet ibéro-américain. Parce que mon peuple est volubile, vieil imbécile, et que je suis fils de mon peuple.

casa natal, Barinas
733924_499016033467268_2047322820_nEn parlant d’hommages, il s’est produit il y a peu de temps quelque chose de significatif au sujet des symboles culturels que les conventions bourgeoises considèrent comme dignes de prix et de sanctifications. Le Venezuela au complet a célébré le décret de l’UNESCO sacrant Patrimoine Immatériel de l’Humanité les « Diables dansants du Venezuela”. Presque TOUS les diables dansants du Venezuela. J’ignore si ce fut le fait des proposeurs ou des décerneurs, toujours est-il que quelqu’un a écarté du lot les diables de San Hipólito. Qu’est-ce que cela à voir avec Chávez ? Beaucoup. Symboliquement, géographiquement, celui qui se rend à San Hipólito comprendra mieux  Chávez et la Venezuela chaviste.

Les Diables Dansants de San Hipólito naquirent en 1810; ils sont, d’ailleurs, les plus anciens du Venezuela. La différence avec les diables primés est qu’alors que ces derniers possèdent un substrat catholique comme le reflète leur cérémonie  (ce sont des diables soumis : ils descendent dans la rue, chantent, font la fête, mais quand le curé leur dit d’arrêter ils se vautrent, posent la tête au sol et la fête prend fin), ceux de San Hipólito en revanche sont des marrons, des esclaves en fuite, qui ne se prosternent devant personne. Leur rituel est simple, populacier et plus ou moins chaotique. Il célèbre la fête du peuple par-dessus toute idée de soumission et de genouflexion propre aux religions. Les diables arrivent sur les lieux de la fête en criant, en rameutant les gens; démarre un rythme de « polca » (danse) qu’accompagnent quelques dévots en tissant un arbre à la manière du rite du « sebucán ». La fête se déploie avec le merengue paysan et le joropo résonne ensuite, presque toujours avec le « seis por derecho« , la « periquera » et le « pajarillo« .

Comme il n’y a pas d’autorité religieuse pour interdire la bagarre ou le lancer de bouteilles en pleine euphorie collective, les figures des Grands Diable et Diablesse se chargent de mettre de l’ordre, armés d’un fouet. L’ivrogne qui se lâche ou qui tente de violer la cérémonie reçoit son coup de fouet, et ainsi la discipline se maintient, autogérée et sans police, le châtiment étant vécu plus comme une blague que comme un acte de répression. Bien que la date centrale de la célébration soit le 24 juin, le jour de la Saint Jean, l’autre clef de ces diables est qu’ils se rendent partout où on les invite, à tout moment de l’année, dans tout le pays.
diablos san hipolito
llano adentro
Les Diables de San Hipólito sont adorés par le peuple, parce qu’ils sont l’expression du peuple et détestés ou regardés avec méfiance par la bourgeoisie (c’est pourquoi on ne leur a pas donné le prix qu’octroie la vision hégémonique de « Culture » dans le monde).
Les Diables de San Hipólito sont des ex-esclaves, des marrons, des rebelles, populaciers et incontrôlables par la bourgeoisie, qui échappent aux règles établies.
Les Diables de San Hipólito ne seront jamais l’objet d’hommages bourgeois parce que leur seule existence est un crachat à la face des amidonnés, des faux, des domestiques, des soumis et des cireurs de pompe.
Les Diables de San Hipólito sont nés sur l’axe San Hipólito-Los Rastrojos, une série de terres et de hameaux aux alentours de Sabaneta de Barinas.
Le camarade Hugo Chávez est né dans une des terres de Los Rastrojos. C’est là que Mamá Rosa lui a enseigné les clefs du courage et de la dignité. Ce petit village mérite d’être reconnu comme berceau de la rébellion américaine.
Alors, nous enfermons Chávez dans un Panthéon européen ou bourgeois, ou nous lui offrons le hamac dans la plaine qui l’a vu naître et se convertir en légende, là, dans le berceau de sa rébellion ?
Traduction : Thierry Deronne

Le Tigre de Matanegra et le petit exploit quotidien de Las Uvitas

Qui veut commencer à comprendre la révolution vénézuélienne devra réapprendre à se perdre pendant quelques années dans des millions d’histoires comme celle du Tigre de Matanegra ou de l’enseignante de Las Uvitas, de ces milliers de citoyens qui discutent à voix basse depuis treize ans, loin des micros et des flashes, avec leur président. Treize ans de protocoles interrompus par la dignité des invisibles : l’image la plus exacte de la révolution bolivarienne. Celle qu’aucun grand média ne transmettra.

T.D.

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Parmi ces invisibles d’hier que croisent José Roberto Duque dans son Blog, il y a le Tigre de Matanegra.
« De cette brève rencontre me sont restées quelques sensations et beaucoup d’information, mais j’en retiens la métaphore essentielle : le Tigre de Matanegra représente l’être  simple et honnête, né au Venezuela, qu’une élite a soumis à l’exclusion et à l’oubli mais pour qui, dès l’irruption de Chávez à l’horizon “nos yeux se sont ouverts” (mots du chanteur). L’histoire de ce chanteur est, fondamentalement, celle d’un peuple.

Grand et simple

Jesús Quintero, le Tigre de Matanegra, est né en 1943 à Camachero, près de  Santa Bárbara de Barinas et du village qui lui a donné son nom d’artiste. Fils et neveu de musiciens et de chanteurs, il fut témoin de beaucoup d’événements extraordinaires même s’ils ne le semblent pas. Enfant, il assistait aux fêtes rurales et regardait ses oncles gratter les vieux modèles de mandolines, “de tout petits machins, pas les gros culs d’aujourd’hui qui datent du jour où Anselmo López a commencé à jouer”. Avec ces mandolines, les guitares à quatre cordes et les maracas on dansait le « joropo » (années 40 et 50). A 12 ans, après la mort de son père, il fut recueilli par un certain Bernabé Márquez, natif de Pregonero (“comme il chantait bien ce vieux, et il n’a rien enregistré !” se souvient le Tigre). « Il me disait “Venez ici petit Silvan (mon père s’appelait Silvan), n’ayez pas peur. Vous allez être chanteur, vous avez une très bonne voix” qu’il me disait, et il me faisait chanter avec lui. Et il eut raison”.
Un jour le Tigre apprit qu’à Santa Bárbara allait chanter Juan de los Santos Contreras, “El Carrao de Palmarito” (photo); il se rappelle que ce fut quand il avait 12 ans, vers 1955. En arrivant il vit quelque chose de prodigieux : la première harpe de sa vie. C’est Luis Reyes qui en jouait, il est encore en vie. Soudain les gens ont commencé à demander au jeune Jesús de monter sur le podium pour faire le contrepoint avec le « Carrao » mais comme le le jeune homme ne bougeait pas, un homme du village le porta sur ses épaules et le déposa comme un coq sur l’estrade. “Les jambes m’en tremblaient », raconte Jesús. Le Carrao n’accepta pas de chanter avec lui mais le laissa chanter quelques uns de ses morceaux. “Quand il eut terminé de chanter il me tendit la main et me dit : ‘Je vous félicite, vous avez une grande voix, une grande oreille, bossez dur et un jour vous serez quelqu’un dans la chanson’”.
On écoute les chansons du Tigre de Matanegra, on écoute tant d’histoires et soudain on a face à soi la légende vivante. Dans toute sa simplicité. Celle, profonde, du paysan. On commence à comprendre la clef qui d’ailleurs n’a rien d’un mystère : l’authentique héros, le symbole qui perdure, c’est celui qui ne perd jamais le lien avec la terre ni avec les pauvres. Seuls les gens du peuple reconnaissent le peuple dans ses codes, rien qu’en regardant le visage et les gestes.
“A nous les sans le sou on nous enseigna à voter. Je votai pour  Copei parce que mes parents votaient pour Copei (parti démocrate-chrétien) mais je n’en ai jamais vécu” avoue-t-il avec une honnêteté qu’on voit rarement aujourd’hui. “En plus Rafael Caldera était un prétentieux. Un jour on nous a emmenés chanter dans une grande propriété de  Pedraza, l’homme était là tout près de nous et il ne nous a même pas regardés”. C’est le moment opportun de lui demander quand il s’est éveillé à la politique, quand il s’y est intéressé. “Dans mon cas, avec Chávez” dit-il.
Il avait 49 ans quand, à l’aube du 4 février 1992, il a vu avec son épouse le « Pour l’heure… la rébellion a échoué » prononcé par Chavez à la télévision. Il a dit à sa femme : “Cet homme, on va le mettre en prison et il n’en sortira plus jamais, le pauvre. Mais s’il sort et s’il se lance dans la politique, je vote pour lui ». Confirmation de la clef : quelques secondes lui ont suffi pour reconnaître dans ce jeune homme le compagnon de misères et de sang, l’opposé de cet aigri en frac, de ce premier président qu’il a vu en personne pour ne recevoir que son mépris.
——–
Yajuri Ruiz (photo) est la seule enseignante qui donne cours dans l’École Nationale Las Uvitas (qui dépend du Gouvernement de l’État de Barinas), située dans le ce secteur de la parroisse Santa Lucía. C’est au sud de Barinas, au coeur du llano; presque dans l’état d’Apure. Elle s’occupe de 14 enfants qui suivent les cours de la première à la sixième année primaire. “Il y a des secteurs proches où je sais qu’il y a au moins 20 enfants de plus en âge scolaire mais en temps de pluie ils ne vont pas à l’école parce que les conditions du terrain les en empêchent ».
Cette enseignante a obtenu son diplôme à l’UNELLEZ, en éducation intégrale. Avant le diplôme elle donnait déjà cours, et quand elle a reçu son titre, au lieu de quitter la campagne natale, elle est revenue pour former les enfants. “Cette école fut fondée en 1958; c’est ici qu’ont étudié ma mère et mes soeurs, beaucoup de gens de la communauté y ont suivi les cours. Maintenant cette école est détruite, mais même ainsi nous donnons les cours, parmi les ruines”.
Dans cette zone, comme dans tout le llano, quand il pleut, il pleut vraiment, et le fleuve Pagüey déborde. “Le gouvernement a réparé la route plusieurs fois mais les pluies la détruisent à nouveau. Il n’y a pas de courant non plus”.
L’enseignante raconte qu’en saison de pluie elle se rend à dos d’âne à l’école. Si vous n’êtes jamais allé dans le llano à cette époque vous ne pouvez pas savoir ce qu’est une inondation ; dans ce secteur les gens la vivent, la subissent, l’affrontent : “Je mets 40 minutes pour arriver et parfois l’âne est dans l’eau jusqu’au cou. Il y a des enfants qui font des trajets plus longs pour aller à l’école et ne renoncent pas à leurs études. Mais pour d’autres c’est impossible, en saison des pluies ils ne vont pas à l’école, autrement dit ils perdent presque toute l’année”.
La situation administrative de l’enseignante mérite aussi d’être résolue : elle travaille depuis 8 ans sans qu’on lui octroie de poste fixe. Ses revenus sont inférieurs à ceux que mérite son effort. Elle fait partie de la commune récemment constituée “Victoria Popular Las Uvitas” et espère que cette organisation rendra plus facile la gestion du dossier.
Source : « Traccción de sangre », le Blog de José Roberto Duque, http://tracciondesangre.blogspot.com/
Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

La nuit où la salsa réapprit à danser

Eddie Palmieri est une légende vivante, un génie de la salsa, de la vraie, d’avant la commerciale, de celle que les peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes inventèrent dans les années 70, aux antipodes de la salsa actuelle, ce sirop exotique pour corps frustrés.

Un internaute commente sur Youtube : « Palmieri ce n’est pas seulement le cadre musical, il faut se rappeler le cadre historique de la musique dans le monde, l’époque de la libre pensée où beaucoup ôtèrent les doigts de la bouche, se mirent un sac au dos pour parcourir le monde. Des gens comme Eddie et tant de musiciens de son époque se sont rassemblés pour charger les batteries d’une humanité qui s’éveillait… »

Ce 26 mai Eddie Palmieri est chez nous, à Caracas, et sa première visite est pour notre “Système d’Orchestre” mondialement connu. Quand il débarque au Centre d’Action Sociale pour la Musique avec quelques membres de son propre groupe,vêtu d’un blue jean, d’une chemise noire et d’un veston moutarde, les jeunes du « Système » l’attendent et lui interprètent le Danzón N°2 de Antonio Márquez, sous la conduite du jeune Manuel Jurado. L’oeuvre le fait se souvenir de ses débuts. « Vous m’avez bouleversé avec ce danzón, je n’avais jamais senti cela avant. Vous devez sentir un très grand orgueil de votre pays, de l’effort qui est fait. »

Eddie rend visite aux jeunes du Sistema de Orquestas

Il y a un piano solitaire au milieu de la salle et au milieu du morceau Guzmán et Morales invitent Palmieri à jouer. Il ne se le fait pas dire deux fois, et le « sapo » (le crapaud, un de ses surnoms populaires) se met à coasser comme les meilleurs de son espèce… Conrad Herwig et Brian Lynch vont au milieu de la cour, l’un au trombone, l’autre à la trompette pour accompagner Palmieri.

Émotion contagieuse mais indescriptible, plus encore quand le maestro dialogue avec le pianiste de la Latino Caribeña. Ce moment existe… Palmieri repart avec en lui, selon ses mots, « le congo rallumé ». Le groupe de tambours de la Fondation Madera lui a offert un kit de petrotambores, fabriqués écologiquement à travers le projet « Anda Sonando ».

Le peuple vénézuélien attend Eddie Palmieri, Place Diego Ibarra, Caracas, 26 mai 2012

Quand quelques heures plus tard Eddie Palmieri est monté sur le podium de la place de Caracas Diego Ibarra, ce 26 mai 2012, il a regardé vers l’horizon et a levé la main dans l’espoir que ceux qui le regardaient avec des jumelles depuis le coin de la rue Sociedad, recevraient la chaleur d’un musicien habitué à se marier avec son peuple, avec les masses. Après tout c’est ce qu’il fait depuis 61 ans, depuis qu’il a créé son propre groupe dans le quartier latin de New York.

Celui qu’on surnomme aussi l’empereur du jazz a prévenu : « Si on compare la salsa actuelle avec celle qui se jouait à mes débuts, je peux dire que pour moi ce mot n’existe pas. C’est à Cuba que s’est développé le tambour-mère et la rumba, et c’est de là qu’a surgi le guaguancó et le danzón, etc…  Le mot « salsa » a été plaqué là-dessus pour une raison commerciale. La salsa a empêché la jeunesse d’aller aux origines, à la racine profonde de la rumba, cette gamme musicale qu’ont apportée les ancêtres, principalement à Cuba. C’est une tragédie rythmique parce qu’il n’y a plus ni tension ni résistance dans ces compositions. Cela n’existe plus. C’est une souffrance pour moi.. Ce que nous entendons aujourd’hui c’est de la musique latine pop qui n’a rien à voir avec ce que nous jouions avant et avec ce que nous allons offrir ce soir au peuple vénézuélien. Pour moi les modèles rythmiques sont les plus excitants et dans ce qu’on entend aujourd’hui, il n’ y a pas de solo de base, pas de solo de bongo, pas de solo de tambour alors que ces solos sont vitaux. Quand est joué tout ce qui doit être joué, il y a une énergie, puis une tension qui permet d’atteindre le climax musical. Je ne doute pas un seconde que je vais t’exciter avec ma musique. C’est immanquable. Si la musique a la structure qu’il faut, elle ne rate pas et aujourd’hui on ne sait plus le faire. La “salsa dure” n’existe plus et je l’emporte dans ma tombe. La salsa sensuelle, la salsa érotique, a tout abîmé. »

Mais ce soir les vénézuéliens dansent et tanguent d’un bout à l’autre de la place au rythme des touches brisées… Eddie le “rompeteclas” (le “brise-touches”) l’avait dit  : « Ce soir même les pierres vont danser» et c’est exactement ce qu’il a fait : un accouplement musical entre le public et lui. « La malanga ». « Tirándote flores ». “Muñeca”. “El molestoso”…  Succès de ce groupe “La nueva Perfecta” avec la flûtiste Karen Joseph et José Clausell à la batterie. Inspirations solo, divines de Palmieri pour embrasser de nouveau les trombones de Conrad Herwig (le meilleur du jazz) pendant que Vicente Rivero (Petit Johny) et Orlando Vegas menaient le rythme avec la conga et le bongó.

Lorsque le peuple de Caracas lui chante « joyeux anniversaire » pour ses 61 ans de carrière, Palmieri laisse un instant son clavier pour se transformer en Tito Puente à la batterie, avant de goûter le gâteau, avant un dernier « Azúcar pa’ti » et « Oye lo que te conviene ». Une salsa revenue à pied là où elle est née : dans le peuple des tambours. José est venu de Valencia, à trois heures de route, avec son fils : “Je ne voyais pas le maestro en chair et en os depuis 1967, j’avais huit ans et la chanson qui me trottait dans la tête c’était “la Malanga”, sur la route je racontais à mon fils, je lui chantai d’autres pièces de son répertoire dont je croyais qu’il allait les jouer mais quand le concert a commencé avec « La malanga » , je suis revenu à mes huit ans, une sensation indescriptible. »

Ce concert gratuit est offert au peuple par la compagnie publique de télécommunications, la CANTV, pour ses cinq ans de nationalisation. La droite et ses médias privés qui font 90% d’audience, annonçaient un naufrage. Aujourd’hui les excédents de cette entreprise publique permettent de financer les missions sociales;  le téléphone, ou internet, sont devenus accessibles à tous et même dans les zones que le privé appelait « non rentables ». Après le concert, des milliers de personnes s’éparpillent dans une Caracas qui a changé en un an plus que dans les années antérieures. Arbres et bancs, librairies, tables et chaises des cafés, ventes de chocolats produits par les petits producteurs des entreprises nationalisées, rues piétonnes où on joue aux dominos, on patine, on danse. Théâtres publics reconstruits par l’État avec l’aide et la mémoire des conseils communaux, là où ne restaient que des ruines, des terrains vagues, des hangars privés, des immeubles vides aux mains de spéculateurs. Dans la rue tout est redevenu gratuit : des spectacles, des concerts partout, sans entrée à payer, certains ont du mal à y croire mais comme dit le jeune Fyiad « il était temps de cesser de remplir les poches du capitalisme et de réoccuper ces espaces qui nous appartiennent ».

Avec Angel Méndez, Yennifer Calvo /CIUDAD CCS
Photos :  Ender Curbello, Luis Bobadilla, Marcos Colina/ AVN et de l’auteur/traducteur : Thierry Deronne

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