Liz Guaramato: doula, sociologue, féministe et marrone

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Doula Liz, depuis quand pratiques-tu ce métier ?

– Quand j’ai entendu parler de l’existence des doulas, j’ai ressenti l’appel profond d’accompagner et de soutenir la femme dans ce moment de son cycle de vie. En 2015, j’ai commencé ma formation et depuis lors, j’ai incorporé d’autres traditions de la médecine naturelle dans ce processus. Le service que j’offre a été l’une des façons de pratiquer le « bien vivre », un paradigme de santé différent et basé sur d’autres méthodes de guérison du corps, de l’esprit et de l’âme. La réalisation de ce processus de guérison, au-delà du modèle imposé par le mode de vie capitaliste et patriarcal, est essentielle, d’autant plus que le peuple vénézuélien a tant de besoins. Je suis convaincu qu’un peuple sain est un peuple indomptable.

– Peux-tu nous raconter l’histoire de la santé sexuelle et reproductive des femmes, Liz ?

– Actuellement, les femmes se heurtent à une série d’obstacles pour accéder aux services reproductifs les plus élémentaires. Cela s’ajoute à la réglementation de leurs capacités reproductives par des entités extérieures à elles. Cela a conduit à une méconnaissance du corps féminin dans un contexte où, par exemple, on ignore que la contraception et l’accouchement étaient des arts féminins et que les femmes vivaient la procréation ou l’avortement avec l’aide de guérisseuses, de sages-femmes ou de femmes dites « sages ». Avec l’avènement de la modernité, nous avons commencé à perdre notre autonomie et notre pouvoir de décision dans ces domaines. La révolution scientifique et médicale a impliqué l’exclusion des femmes du champ de la médecine, avec le soutien de l’Église qui, dans un décrets pontifical, affirma : « Si une femme ose guérir sans avoir étudié, c’est une sorcière et elle doit mourir. » Ainsi, les sages-femmes ont cessé d’apprendre et de prescrire. La chasse aux sorcières a été efficace et a réussi à briser une chaîne de connaissances qui s’étaient enrichies au cours d’un parcours millénaire.

– Comment le Venezuela a-t-il vécu ce processus de « modernisation » de la vie ?

– Il existe plusieurs documents décrivant le processus de modernisation qui a impliqué la médicalisation et l’institutionnalisation de l’accouchement, et avec lui la prohibition et la stigmatisation des sages-femmes à partir du milieu des années 1950. Leur condition de femmes pauvres a entraîné que les sages-femmes soient identifiées comme sales, ignorantes, avorteuses, dangereuses, etc… ce qui a permis à la corporation des obstétriciens de construire son pouvoir économique et symbolique sur nos corps et nos connaissances. Certaines voix se sont élevées pour remettant en cause ce paradigme. Mais c’est avec la Révolution bolivarienne que les sages-femmes ont été légitimées d’un point de vue décolonial, et ont cessé d’être criminalisées.

– Qu’est-ce qui est arrivé à tes cheveux, ils ont toujours été comme ça ?

– Pour moi le chavisme a été un séisme décolonial, qui a secoué mes idées mais aussi mon corps. Et ça s’exprime sous toute sorte d’aspects. Cela peut sembler frivole, mais celles d’entre nous qui ont les cheveux frisés savent qu’il ne s’agit pas seulement de cheveux, c’est un acte de résistance. Se réconcilier avec ce volume, avec nos racines noires, est une façon de guérir tant de pression et de violence exercée sur notre corps.

– Six ans ont passé depuis le départ de Chávez, qui est Liz Guaramato aujourd’hui ?

– Plus chaviste que jamais et plus engagée dans la vie. Centrée sur la micro-politique, construisant des espaces d’autonomie. Re-politisant le quotidien et révolutionnant des espaces politiques à partir de nos affects. En plus de l’organisation Mamiferas, où j’écris des articles avec des sages-femmes, des doulas, des « conuqueras » (cultivatrices de lopins de terre), des thérapeutes de différents types, unis autour du « bien vivre », j’habite aussi un espace collectif appelé Ateneo Popular, où le bien commun est au « coeur » de l’espace. C’est là que nous créons en permanence et collectivement notre modèle de gestion horizontale et de coexistence à partir d’accords construits lors de nos réunions hebdomadaires.

BIOGRAPHIE MINIMALE

Doula, sociologue, féministe et marrone, c’est ainsi que Liz se définit, à partir d’une individualité qui se construit à partir du tissu d’affects, de solidarité, d’expériences, de connaissances partagées et l’accompagnement d’autres femmes engagées dans l’autogestion des soins, de la santé, du bien-être et de la vie. Auteure du livre Mujeres y hombres libres : relaciones de género en el Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora (Femmes et hommes libres : relations de genre dans le Front national Paysan Ezequiel Zamora).

Interview réalisée par Ketsy Medina / CIUDAD CCS.

Photos: Javier Campos / Ciudad CCS et Milángela Galea / Alba Ciudad

Source : http://ciudadccs.info/liz-guaramato-doula-sociologa-feminista-cimarrona/

Traduction : Julie Jaroszewski

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4A3

« Il est aussi nécessaire de défendre la construction du modèle du peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique », entretien avec Alessandra Moonens, médecin et militante féministe

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En Belgique, le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) a rencontré Alessandra Moonens (photo), médecin de famille, membre de Venesol et du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne. Elle a vécu au Venezuela pendant 8 ans, de 2007 à 2015, participant en tant que militante à la construction politique de divers mouvements de femmes dont Plataforma para el Derecho al Aborto, Araña Feminista, Feministas en Acción Libre y Directa por la Autonomía Sexual y Reproductiva (Faldas-R), Escuela de Feminismo Popular.

Elle a également travaillé avec des mouvements de base tels que le Courant Révolutionnaire Bolivar y Zamora (CRBZ), le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ), le Mouvement des Habitants (mouvement anti-spéculation immobilière et pour le droit au logement) et l’Alianza Sexo-Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) – l’Alliance Révolutionnaire des Différences de Sexe et de Genre. En tant que professionnelle de la médecine, elle a travaillé dans plusieurs centres de santé ruraux et dans l’un des centres de soins intégraux pour femmes. Aujourd’hui, elle nous parle de son expérience au Venezuela et de la façon dont le processus bolivarien est perçu en Europe.

Par rapport à ton expérience de vie au Venezuela, avec les mouvements de base féministes, les mouvements paysans et en tant que médecin en milieu rural, que retiendrais-tu du processus bolivarien ?

Eh bien, soulignons d’abord qu’il s’agit d’un processus, c’est-à-dire d’un ensemble d’initiatives, de nouvelles structures, de façons d’organiser, d’expériences qui vont toutes de pair. Nous essayons de révolutionner tous les espaces et tous doivent avancer en même temps, car tous sont imbriqués, nous ne pouvons révolutionner la santé sans toucher à l’éducation, au transport, etc. Mais si je devais insister sur un de ces aspects… je pense que j’insisterais sur la territorialisation de l’éducation, c’est-à-dire sur l’arrivée de missions éducatives dans tous les coins du pays. C’est ce qui a permis au Venezuela d’être déclaré Territoire Libre d’Analphabétisme par l’Unesco en quelques années, et avec cela, des espaces de formation ont été développés au niveau universitaire dans des villes où la majorité des gens ne pouvaient même pas rêver d’aller à l’université, des carrières ont été ouvertes comme ingénieur agroalimentaire, médecine, droit, génie dans la construction civile, entre autres. Il convient de noter que le taux de scolarisation universitaire au Venezuela est le cinquième plus élevé au monde et le deuxième en Amérique latine.

Maintenant, en tant que médecin, je ne peux m’empêcher de citer les Missions de Santé telles que « Barrio Adentro », qui ont permis aux médecins, aux infirmières, aux dentistes et aux programmes de prévention d’atteindre directement le village, où qu’il soit, au lieu que les malades aient à se rendre en ville pour trouver des médecins – ce qui était une forme de mépris par ailleurs, comme une claire démonstration de différence de classe – qui les traitent directement dans leurs communautés ou quartiers. Néanmoins, je dois également dire que les femmes sont un peu oubliées dans ces Missions lorsqu’il s’agit de développer la planification familiale, la grossesse et l’accouchement car la pierre angulaire de l’émancipation des femmes est le droit de décider de leur corps et non de mourir dans tout ce qui a trait à la grossesse, l’accouchement ou l’avortement… et on ne s’en est pas préoccupé dans ces Missions.

C’est une dette historique que le processus révolutionnaire garde envers les femmes et que, de nos jours, le mouvement féministe au sein du processus bolivarien exige avec plus de force chaque jour. Mais nous, les femmes, nous ne nous attendons jamais à ce qu’on nous donne le droit de nous organiser et au Venezuela, les femmes ont commencé à s’organiser pour défendre leurs droits, avec une clarté politique révolutionnaire qui m’a fait comprendre que, même si je me sens féministe, je me sens avant tout appartenir à ce féminisme socialiste, révolutionnaire et Bolivarien. En d’autres termes, sortir du rôle que la société patriarcale leur impose pour révolutionner leur propre vie, tout en construisant la Révolution bolivarienne dont elles sont l’axe fondateur puisqu’elles représentent la majorité des bases de la force bolivarienne. Les femmes ont utilisé les politiques sociales pour transformer leur réalité et celle du processus sans que cela ait été pensé à cette fin. Il est indispensable de parler de l’espace le plus révolutionnaire qui s’est développé durant toutes ces années de processus : les communes et les villes communales, urbaines et rurales. Ce sont les laboratoires de la société du futur. Les expériences qui s’y construisent sont essentielles pour ceux d’entre nous qui cherchons à nous organiser dans une société post-capitaliste, juste, profondément et véritablement démocratique, participative, protagoniste et bien sûr, anti-patriarcale.

13508859_10154270692393615_569623303900787297_nÀ présent que tu es en Belgique, comment perçois-tu la réalité de ce qui se passe au Venezuela ?

Cela dépend évidemment des sources d’information. Ayant vécu au Venezuela pendant tant d’années, je continue d’entretenir des liens étroits avec mes camarades et je peux recevoir des informations directes de personnes de confiance, en plus des médias alternatifs que je lis. Maintenant, en écoutant dans les médias hégémoniques les nouvelles quotidiennes sur le Venezuela, je suis abasourdie et je me demande ce qui se passe vraiment dans le reste du monde où je n’ai pas d’amis qui me donnent des informations directes. La plupart du temps, les médias reprennent exactement ce qu’on peut lire au Venezuela dans les médias clairement identifiés comme étant de droite et profondément anti-chavistes. Ce sont des mensonges, déformations et exagérations, au lieu d’une analyse politique des causes de la situation actuelle. Les choses positives et constructives qui se sont également développées depuis plus de 20 ans dans le pays ne sont jamais mentionnées. Aussi, je me rends compte que, malheureusement, beaucoup de gens qui se disent de gauche et qui sur d’autres questions multiplient leurs sources et ont des positions que je partage, se laissent sans hésitation emporter par le discours dominant sur le Venezuela. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand un peuple passe de la résistance à la construction réelle du socialisme, ceux qui ne participent pas à cette expérience semblent frustrés et préfèrent critiquer depuis une perspective théorique, au lieu de soutenir un peuple qui met en jeu toute sa vie, sa force et son courage pour construire son avenir et le futur de la société que nous voulons.

Que penses-tu des sanctions de l’Union européenne ou, par exemple, du blocage de l’argent vénézuélien par l’un des systèmes de transactions financières mondiaux comme Euroclear, situé à Bruxelles, qui affecte le peuple vénézuélien ?

Venant des États-Unis et de l’Europe il n’y avait rien de mieux à attendre. Dans l’histoire du monde ceux qui ont le pouvoir ont toujours essayé d’annuler, d’annihiler et d’éradiquer les expériences de socialismes qui sont nées. En fait, ils l’ont toujours fait avec beaucoup plus de détermination qu’avec l’extrême-droite qu’ils préfèrent, bien qu’ils la « condamnent ». Pour le capitalisme, rien n’est plus dangereux qu’un peuple en révolution.

Il est terriblement cynique que les sanctions « assumées » ces dernières années et que les conséquences directes de ces sanctions soient utilisées pour accuser l’État vénézuélien. Il y a quelques années au Venezuela, quand les marchandises n’entraient plus comme elles l’auraient dû, cela n’était pas considéré comme une sanction.

Malgré le fait que ceux qui se plaignent de la situation économique actuelle sont les gens de la classe moyenne et supérieure de l’opposition, ceux qui souffrent, qui ont faim, qui meurent et qui perdent leurs filles et leurs fils par manque de médicaments… ce sont les pauvres, comme toujours. Ce sont les mêmes qui gardent la tête haute et traversent les rivières et les dangers pour voter en faveur de la Constituante, en faveur du processus parce qu’ils savent que c’est la voie à suivre. Une fois de plus, je déplore que les « gauches » ne dénoncent pas ce blocus avec plus d’unité et de force, qu’elles ne défendent pas les populations victimes de cette guerre non conventionnelle même s’il n’y a pas de consensus sur la politique intérieure du Venezuela. Sans oublier que, comme dans le monde entier, lorsqu’un peuple est attaqué, les premières victimes sont les femmes, elles sont la cible privilégiée de ces attaques. Au Venezuela, il n’y a plus d’accès aux contraceptifs depuis plus de 5 ans – bien avant la mise en place des sanctions illégales. Il est notoire que pour appauvrir un peuple, le moyen le plus efficace et le plus rapide est de mettre les femmes enceintes le plus tôt et le plus souvent possible.

Dans le cadre de VeneSol et du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, pourquoi soutenir la défense du processus bolivarien et comment pouvez-vous aider l’Europe ?

Je pense avoir développé dans les questions précédentes les raisons de défendre le processus bolivarien, mais en résumé, je pourrais dire qu’il est aussi nécessaire de défendre le modèle de société construit par le peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique. L’avenir de la planète et de l’humanité sont en jeu. Et je parle de toute l’humanité, non seulement de l’espèce humaine mais de tous les individus qui la composent et qui ont besoin de vivre en paix, dans le respect de nos diversités.
Pour aider, il est nécessaire de dénoncer le blocus, ce qui permettra de dégager un consensus dans la dénonciation, même s’il n’y a pas de consensus sur le projet d’une société qui défend le Venezuela ; de faire du lobbying politique dans le plus grand nombre d’espaces possibles, de briser le cercle des médias et l’isolement que le Venezuela a subi ces dernières années ; développer des projets de solidarité avec les populations, dans les domaines de l’agronomie, de la santé et de l’éducation, par exemple, mais en mettant l’accent sur l’autonomie et l’autodétermination des populations.

Mais, surtout, je crois que le plus important est de diffuser des informations alternatives et correctes sur ce qui se passe réellement au Venezuela, au lieu de répéter ce que disent les médias dominants. C’est pour cela que nous avons développé le site http://www.venesol.org, qui permet aux francophones de découvrir une autre façon de voir ce pays. Personne ne défend ce qu’il ne connaît pas, et pour défendre le peuple du Venezuela nous devons savoir pourquoi nous le faisons, nous devons savoir comment démonter les mensonges, mais aussi découvrir ce qui se construit et ce dont personne n’a jamais entendu parler, comme les communes, les expériences de solidarité entre les peuples, la destruction quotidienne du capitalisme, du colonialisme et du patriarcat pour construire un socialisme féministe et divers. Et peut-être… s’inspirer de ce qui s’y passe pour construire un monde meilleur, ici. Si nous voulons mettre fin au capitalisme, nous devons être convaincu.e.s qu’un autre monde est possible et que c’est la voie à suivre.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

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Traduction : VeneSol, http://venesol.org/2018/12/26/il-est-aussi-necessaire-de-defendre-la-construction-du-modele-du-peuple-venezuelien-que-de-lutter-contre-le-rechauffement-climatique/

Yelitza et Mireya, femmes, paysannes du Venezuela, vies et voix de Terra TV

Ce mercredi 12 décembre sera projeté à Bruxelles le documentaire « Marche » produit par Terra TV. L’occasion de se solidariser avec cette télévision paysanne en train de naitre en Amérique Latine, et qui n’est pas un média de plus mais un nouveau type de média. Si on comprend que« la forme, c’est le fond qui monte à la surface » (Victor Hugo) on comprend pourquoi Terra TV est née d’une assemblée paysanne, pourquoi chaque point du territoire, chaque voix y ont valeur égale. Pas de studio, pas de journalistes, pas de politologues, pas de maquillage : Terra TV est une école permanente qui forme les paysan(ne)s à transmettre leur regard.  Celui des femmes, comme dans toute la révolution bolivarienne, y est particulièrement important.

La construction d’une fiction féminine

Betzany Guedez (au centre) lors d’un exercice d’atelier dans la communauté paysanne d’El Esfuerzo, juin 2018

Récemment, la compagne Betzany Guedez (photo), formatrice et productrice de l’équipe de Terra TV s’est rendue à la communauté paysanne d’el Esfuerzo, de l’État de Portuguesa pour y mener une recherche participative et collective. Celle-ci servira de base à la création d’un scénario de fiction paysanne et populaire. Betzany raconte : « au milieu des travaux quotidiens des femmes de El Esfuerzo, de façon très respectueuse, ont été réalisés des enregistrements audio et photographiques avec quelques témoignages des histoires personnelles des paysan(ne)s qui décidèrent d’occuper les terres qui enrichissaient et donnaient du pouvoir à quelques-uns.

Pour Betzany, « C’est une incroyable expérience pour nous en tant que communicateurs populaires de pouvoir partager et connaître la réalité qui a conduit ce groupe de personnes à prendre la décision d’occuper les terres. De la même manière, il est très intéressant de voir comment, aujourd’hui, des hommes, des femmes et des enfants sont réunis pour former une communauté productive avec de nouvelles valeurs. Quelque chose dans leur histoire a suscité en moi un grand intérêt : la façon dont ils utilisent le troc en guise d’échange ; c’est une des formes de la vie en commun qui caractérise la communauté de el Esfuerzo ; ils échangent les objets, ils se prêtent les animaux pour leur reproduction, les semences et même les œufs pour élever des poules ; ces camarades, à travers leurs actions, donnent un exemple de solidarité et d’indépendance.

Telle l’histoire de Yelitza, une femme de 24 ans qui décida avec son conjoint de se libérer du système opresseur des grands propriétaires qui veulent maintenir tels des esclaves les humbles familles de paysans pour qu’ils s’occupent de leurs terres sans avoir aucun droit sur elles. Yelitza est une femme combative, engagée dans le travail collectif ; elle est très organisée et elle aime que les choses soient bien faites, et surtout qu’elles soient faite avec amour ; elle est humble, gaie, affectueuse ; elle a de beaux enfants et un mari qui l’aime, et qui la valorise. Elle vit avec eux, s’occupe des animaux et travaille la terre pour nourrir sa famille et les voisins proches.

C’est elle qui a écrit l’histoire et accepté que je l’enregistre. En voici quelques extraits:

Comment je suis arrivée à el Esfuerzo, par Yelitza

Il y a dix ans, je travaillais dans des parcelles privées en tant que responsable ; à cette époque-là, ces terres ont été libérées et nous sommes parvenus à faire en sorte qu’une parcelle nous soit attribuée parce que nous étions las, mon mari et moi, de travailler pour un autre ; c’est là qu’a commencé notre histoire en tant que combattants paysans ; nous avons commencé à nous organiser, à nous battre et à organiser des réunions dans notre modeste école aux gros poteaux, au toit de palmes et au sol de terre battue; de cet endroit, nous avons tout bâti ; au bout d’un moment, les cours ont commencé, mon fils Yeiker a été l’un des premiers élèves ; beaucoup de gens me disaient : sors ton fils de là car il est en train de perdre son temps, il va arriver en sixième et il n’aura pas son diplôme ; je leur répondais, un jour tout sera bien en place, quelqu’un doit nous aider pour apporter des solutions ici, sur ces terres. Et, le temps passa, mon fils est resté dans son école et nous n’avons pas cessé d’agir.

Un dimanche, nous nous trouvions à Guanare dans une réunion car, ces jours-là, nous avions reçu des menaces comme quoi nous allions être délogés et lorsque nous étions de retour chez nous, une camarade est sortie, démontée et désespérée ; elle nous a dit de nous dépêcher et d’aller rapidement à l’école parce qu’elle avait été incendiée. C’est à ce moment-là qu’a commencé ma grande tristesse ; je me demandais, mon dieu, comment est-il possible que notre école ait été incendiée : le lundi, nous étions à l’école, déchirés de voir la tristesse sur le visage des enfants qui ne savaient plus où ils allaient recevoir leurs cours ; alors, nous avons décidé de faire une vidéo avec Juan Moreno (Jota) de Terra TV, l’information a « explosé », telle une bombe, est parvenue à la Présidence de la République et au Ministre de l’Éducation, à ce moment-là, Elias Jauas.

Avant l’arrivée d’Elias, le 14 décembre, deux camions sont arrivés, remplis de policiers et deux soi-disant généraux ; nous n’avons reçu de leur part que des menaces ; ils nous disaient de partir car ces terres étaient privées. Pour nous, ce furent de très mauvais jours, nous ne pouvions pas laisser nos petites maisons abandonnées, il nous fallait forcément laisser quelqu’un pour surveiller nos biens et nos cultures ; arriva le jour tant espéré par tout le monde de la visite du Ministre de l’Éducation et il approuva l’établissement d’une école rurale; ce fut le plus beau jour du monde pour moi, même si, quand on commença à construire l’école, des juges vinrent nous « inspecter » mais, nous, droits dans nos bottes, comme les paysans, avec le respect et l’humilité avec lesquels nous défendons tout ce qui est nôtre ; ce qui me dérangea le plus lors de l’une de ces inspections, ce fut le commentaire d’un général qui, assis sur un des gros poteaux de bois et le bureau de l’institutrice dit : il faut voir comment ils gaspillent le bois dans cette porcherie. Je lui répondis : « c’est peut-être une porcherie, mais on y transmet l’éducation ! Il me fusilla du regard puis regarda ailleurs.

Eh bien, c’est cela mon histoire. »

Yelitza

Plus tard, l’équipe de Terra Tv a eu l’occasion d’organiser différents espaces formatifs et des échanges collectifs avec la communauté el Esfuerzo. Lors de certaines conversations et du recueil de témoignages auprès des habitant(e)s du secteur, une question surgissait toujours : Comment s’était constituée la communauté ? Quels avaient été ses premiers habitants ? Tous étaient d’accord pour affirmer qu’une autre paysanne, Mireya avait été la première personne à prendre la décision de pénétrer sur les terres. A plusieurs reprises, nous avons voulu échanger et nous approcher d’elle pour qu’elle nous parle un peu de cette expérience, mais au départ elle nous évitait. Sans y avoir pensé, après plusieurs moments que nous avions partagés avec Mireya, un jour, de manière très spontanée, elle décida de nous raconter son histoire.

Nous avons partagé presque quatre jours avec elle. Au-delà d’avoir l’occasion de savoir comment elle était arrivée sur les terres de el Esfuerzo, de façon très humble et amicale, nous avons pu partager avec elle un peu de sa vie personnelle, sous son toit . Ce fut la première maison qui fut construite dans le secteur ; nous passions un moment à prendre le café, à faire notre récit, à parler des peurs ; nous avons fait la lessive à la rivière, nous nous sommes occupés des animaux et nous avons même contemplé la nuit en regardant les étoiles avant d’aller dormir.

Comment je fus la première habitante d’El Esfuerzo, par Mireya

Un jour, de très bonne heure, Mireya prit les vêtements de ses trois plus jeunes enfants, les mit dans un sac et qu’elle partit vivre au beau milieu de la forêt de teck, du fait d’une absolue nécessité par rapport à un problème qui lui était arrivé à ce moment-là ; lorsqu’elle arrive à l’endroit où elle avait décidé de s’établir, elle prit sa machette et commença à construire sa maison de bois.

Lors de cette première nuit, elle nous raconte que ses enfants avait très peur à cause du bruit des animaux et de la solitude qu’ils ressentaient au milieu de plus de 600 hectares où il n’y avait que des arbres et des animaux ; les voisins les plus proches d’elle dans la communauté où elle vivait, savaient qu’elle était partie vivre au milieu de la forêt de teck et au bord d’une clôture, ils lui apportaient leur aide en lui donnant à manger et quelques autres choses personnelles pour elle et ses enfants.

C’est ainsi que commença sa vie dans cet endroit, les jours passèrent et elle continue de construire et d’organiser sa petite maison ; bien que ses enfants aient un peu peur la nuit et qu’ils aient des manques ; elle nous dit que sa tranquillité était plus importante que toute autre chose.

Á cette époque-là, les terres d’ « El Esfuerzo » étaient sous le contrôle de quelques personnes qui, un jour, sans que ne leur importe le mal qu’ils allaient faire à la nature, détruisirent les arbres autochtones pour planter des tecks et les vendre à une scierie que l’on avait construit tout près, dans le secteur. Lorsque ces personnages apprirent que Mireya vivait au milieu du bois, ils commencèrent à l’importuner ; elle nous raconte que, surtout la nuit, ils venaient la menacer jusqu’au jour où ils voulurent détruire sa petite maison avec un tracteur. Mireya résista ainsi durant six mois lorsqu’un jour de la période de Pâques sa famille lui fait une bien joyeuse surprise, en apportant pour ses enfants, à manger, des vêtements ; ils étaient venus passer un moment avec elle ; mais, ce partage fut si agréable qu’ils décidèrent de rester, eux-aussi, dans la forêt de tecks pour commencer par la voie légale leur lutte pour la terre.

Mireya

Traduction : Sylvie Carrasco

Pour soutenir Terra TV, la télévision paysanne : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv 

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Au Venezuela, les femmes grandissent politiquement

Par : Geraldina Colotti, 30/10/2018

Entretien avec la dirigeante bolivarienne Maria Rosa Jiménez lors du IIème Congrès des Femmes Vénézuéliennes.

Maria Rosa Jiménez (au centre, avec la fillette) et ses compagnes de lutte

En tant que Secrétaire Exécutive des Missions et Grandes Missions, ces programmes sociaux créés par Hugo Chavez et appliqués dans les différents domaines de compétence des ministères correspondants, Maria Rosa Jiménez joue un rôle prépondérant qui lui permet de prendre le pouls de la Révolution Bolivarienne et, en particulier de celui des femmes.

Maria Rosa est aussi secrétaire exécutive du Mouvement “Somos Venezuela” qui organise 287.000 jeunes, en majorité des femmes, en comités de porte-à-porte déployés sur tout le territoire. Ces jeunes se rendent dans chaque famille pour expliquer et mettre en pratique le système de protection sociale conçu par le Président Maduro et approuvé par l’Exécutif, par le biais du Carnet de la Patrie. Elle est aussi présidente de la Grande Mission Logement de la Patrie, destinée à 6 millions de familles  principalement sous forme de versements d’allocations. Ce projet, nous explique Jiménez, est basé sur l’article 10 de la Constitution Bolivarienne approuvée en 1999 qui porte sur la reconnaissance du travail domestique et éducatif des femmes, en le considérant comme un travail social qui génère de la valeur et dont l’Etat doit tenir compte. 

Quelle expérience de la la problématique hommes-femmes t’a apporté ton parcours politique?

La Révolution a dès le début adopté la question de l’égalité entre les sexes comme axe central de sa politique, considérant qu’il était indispensable de lutter pour le respect des droits de la femme, contre la violence patriarcale et pour l’égalité des sexes. Aux yeux de Chavez, le socialisme devait être féministe et pour le rappeler, il a proclamé le 25 octobre journée nationale du socialisme féministe. Dans un modèle de société socialiste, la production sociale doit nécessairement être égalitaire et le travail des femmes au foyer doit être considéré comme une tâche assumée par la collectivité entière et non seulement par la femme. De mon point de vue, les femmes ont grandi politiquement au cours de ce parcours révolutionnaire depuis que Chavez nous a invitées à sortir de la sphère individuelle pour nous transformer en sujet politique s’engageant à élaborer des projets, à défendre la Révolution et la patrie (ou plutôt de la Matrie) et à changer le pays, faisant de notre diversité une richesse. Cette diversité, on peut la constater dans le Congrès actuel auquel ont participé divers organisations et mouvements : de la Plateforme Nationale des Femmes au Mouvement Logement de la Patrie et aux organisations du Grand Pôle Patriotique. Y étaient présentes des femmes des différents partis, des collectifs, des organisations de jeunesses, de la diversité des genres :  toutes constituant un mouvement ample et pluriel faisant preuve d’une grande responsabilité du fait que malgré ses différences, il soutient  en permanence la révolution dans les communautés. Ceci est très important.

Nous nous retrouvons en tant que sujet en plein milieu d’une bataille d’idées quotidienne que nous menons aux côtés de la révolution bolivarienne. Tout en découvrant que même en étant des leaders politiques, nous pouvons faire l’objet de violences patriarcales, d’abus et de fémicides, ce qui nous amène à réfléchir sur la nature systémique de la violence contre les femmes. Le fait que la lutte politique que nous menons est non seulement destinée à garantir des biens et des services à la population, mais aussi à nous libérer des formes de domination exercées par la société capitaliste, nous amène à réfléchir et à trouver des solutions pour combattre et désactiver cette violence en agissant d’une autre manière, à partir d’un nouveau point de vue et d’une position différente dans la société par rapport au genre.

Quelle est le débat qui a conduit à ce 2ème Congrès et dans quel contexte a-t-il eu lieu?

Je voudrais tout d’abord évoquer quelques épisodes tragiques qui nous ont directement touchées. Dans le Mouvement Logements de la Patrie Eulalia Buroz, nous avons fait l’expérience du fémicide de Celia Silva le 22 octobre de l’année dernière, et plus récemment, de celui de Mayell Hernandez. Ce sont deux indices de l’équilibre qui est en train de s’établir entre la force des femmes et la révolution bolivarienne. Le fémicide de Celia nous a beaucoup marqués, car elle travaillait avec nous dans le Mouvement Logements de la Patrie et luttait pour les droits des femmes. Nous la pleurons et soutenons sa famille. Nous sommes en mesure d’affirmer que justice ne lui a pas été pleinement rendue car même si l’assassin est en prison, le procès portant sur la pénalisation du fémicide n’a toujours pas eu lieu. Cependant, dans le cas de Mayell, le mouvement des femmes s’est mobilisé immédiatement après le fémicide et l’assassin, d’abord relâché, a fini par été arrêté. Mais c’est le Mouvement d’artistes et d’intellectuels dont elle faisait partie qui a contribué à donner de la visibilité au fémicide, en se mobilisant aux côtés des femmes et  en mettant en évidence que le coupable avait agi par haine contre les femmes, pour infliger des sévices à un corps féminin, le rendre vulnérable et le dominer jusqu‘à sa destruction.

Cette présomption de responsabilité de la part des hommes a permis de montrer qu‘il s’agit d‘un fait culturel, d’enclencher un mécanisme juridique et de susciter le débat. Pour notre part, nous avons un président féministe, Nicolas Maduro, qui réclame des projets et des programmes au Mouvement, au Parti, au Gouvernement. La révolution nous donne la possibilité d’organiser des mobilisations de masse, d’agir contre la violence sexiste, grâce à nos actions et contre toutes les formes de maltraitance infligées aux plus faibles que génère le capitalisme. Le crime de fémicide existe juridiquement depuis six ans, mais les directives relative à la lutte contre la violence patriarcale figuraient déjà dans le processus constituant de 1999 et dans la Constitution actuelle. En coordonnant l‘action de l’Etat et celle des mouvements populaires, nous devons convaincre la société de mener une lutte constante pour obtenir un pouvoir politique.  Nous menons nos batailles dans un contexte politique complexe, en plein milieu d’un blocus économique et financier et d’une guerre non conventionnelle imposés par l‘impérialisme. Au cours de l’année 2017, nous avons travaillé sans répit à la mise en place de l‘Assemblée Nationale Constituante et à la préparation des élections.

La guerre économique  a tenté de porter un coup dur aux femmes en les obligeant à s’occuper de problèmes de survie au lieu de s’engager dans des activités politiques. Comment ont réagi les communautés?

Depuis la disparition physique de Chavez, nous sommes toujours en deuil de ce qu’il a signifié pour nous. Nous avons pleinement conscience de la responsabilité qui nous incombe de ne pas trahir son legs. En 2012, lors de sa dernière campagne électorale, j’ai assisté à un évènement qui a eu lieu au stade Aragua. Et je l’ai entendu dire : “Je ne suis pas Chavez, je suis tout un peuple”. C’était un sujet collectif, méthodique et conscient, et il est clair aujourd’hui qu’il était prédisposé à le devenir depuis longtemps déjà.  Je me souviens par exemple du jour où il est venu nous demander, à nous autres étudiants, de consacrer un an à la Révolution en différant nos projets individuels. C’était en septembre 2003, après le coup d’Etat de l’année précédente. Les Missions étaient en train de naître, ainsi que le Front Francisco de Miranda auquel j’appartenais. Nous avons formé un premier groupe qui est parti à Cuba, suivi d’un deuxième. Dès le départ, nous étions surtout des femmes à faire partie de cette force sociale de la Révolution. Chavez commençait déjà à évoquer le Projet d’Intégration de l’Amérique Latine, l’ALBA.

Il ne s’est pas seulement consacré à administrer un Etat, mais aussi à persuader les gens à s’organiser en pouvoir populaire. Qui sommes-nous? Nous sommes les filles et les fils de celle qui se lève à 4 heures du matin pour préparer des empanadas, les filles et les fils de travailleurs, de paysans, nous ne faisons pas partie de la bourgeoisie mais d’un peuple que Chavez a formé. C’est pour cela qu’à la fin de sa vie, après avoir  demandé à ses médecins de le laisser rentrer de Cuba pour transmettre un dernier message à son peuple, il avait dit : “Que personne ne s’y trompe, aujourd’hui nous avons une Patrie”. J’étais alors enceinte de sept mois. J’ai appelé ma fille Alba Lucia. Puis les forces de la droite ont lancé une offensive violente de rue pour anéantir notre identité de peuple et de patrie. Mais nous, après la victoire de la droite au Parlement en 2015, nous avons compris qu’il fallait continuer à agir plus consciemment encore en tant que peuple. Nous avons compris et soutenu les propositions de Nicolas Maduro qui configurent une nouvelle réalité. Comment vivons-nous la guerre économique ? En résistant. Nous avons compris qu’il nous fallait rester unis face dans le projet de Nicolas, un camarade conséquent, qui agit de concert avec son peuple et ses leaders, convaincus de notre capacité à développer notre propre modèle alternatif au capitalisme.

Quels sont les objectifs et les enjeux du Congrès actuel ?

En premier lieu, préciser le modèle de société que nous voulons construire en réponse aux attaques impériales et aux limites du système rentier du pétrole. Un modèle dans lequel la question du genre sera déclinée sous tous ses aspects, la lutte contre le machisme et le système patriarcal y représentant la force centrale de la révolution. En fin de compte nos luttes seront gagnées grâce au travail et aux efforts poursuivis par les communautés populaires.

Source : https://www.alainet.org/es/articulo/196259

Traduction : Frédérique Buhl

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Le Venezuela vu du Sud féministe

 

 

 

Par Virginia Bolten, journal digital argentin.

Cette chronique est la première que le Journal Virginia Bolten publiera au fil des prochaines semaines sur le voyage réalisé dans ce territoire de Notre Amérique.

 

Venezuela, la dignité d’un peuple qui ne se rend pas

En débarquant à l’aéroport international de Maiquetía, proche de Caracas, on peut lire sur les uniformes des travailleurs : “Ministère du Pouvoir Populaire”; Ces mots ¨peuple¨et ¨populaire¨ sont ceux que nous avons le plus lus tout au long des journées intenses vécues dans la capitale.

Ce voyage que nous avions planifié pour écouter les mouvements sociaux et connaître de première main la réalité vénézuélienne, commençait par de nombreuses surprises… Les rues tranquilles démentaient la réalité inventée par l’hégémonie médiatique. Le chaos exposé dans les images et déroulé dans les storytellings de la ¨crise humanitaire¨ se désagrégeait peu à peu, faisant place sous nos yeux à la réalité concrète, palpable. Un privilège seulement possible quand on se trouve au coeur d’une situation.

Sur la route de Parque Central – où nous étions logées – apparaissaient de longues files dans les boulangeries et dans les banques. De nombreuses personnes, de manière ordonnée et calme, mais avec le visage de la fatigue, attendaient pour acheter du pain et retirer de l’argent. Une scène qui se répèterait souvent les jours suivants. A plusieurs reprises nous avons dû faire de longues files pour acheter des aliments et là aussi nous avons pu parler avec des personnes sur comment obtenir tel ou tel produit et partager leurs sentiments sur la situation économique en pleine réforme monétaire.

Nous sommes arrivées au moment où le gouvernement avait annoncé l’émission de nouveaux billets. Les millions de Bolivars Forts se convertissaient en Bolivars Souverains après l’élimination de cinq zéros. Dans la rue, dans les magasins et dans les ascenseurs les conversations tournaient toujours autour de : “Combien coûteront les choses après le changement de monnaie ?¨ Malgré la nouveauté, les personnes ne semblaient pas espérer grand chose de la modification monétaire. Le salaire avait certes été augmenté de 6000% mais le secteur privé, majoritaire, avait augmenté les prix dans la même proportion.

Féminisme bolivarien

Le premier jour de notre visite se tenait l’Assemblée Populaire Féministe sur la Place Bolivar. Nous arrivâmes un peu plus tôt, ce qui nous permit d’observer d’autres activités qui se déroulaient sur au coeur du vieux centre historique.

Peu à peu les compagnes arrivèrent. Les drapeaux de couleur violette, LGTB, et les foulards verts au cou des organisatrices indiquaient le lieu de l’activité : face à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La première du genre fut proclamée durant le gouvernement de Hugo Chávez. C’est le plus haut organe de pouvoir de l’État vénézuélien. Peu après nous sûmes que depuis un an, chaque 28 du mois, l’assemblée féministe se réunissait au même endroit.

Les interventions dénoncèrent le manque d’accès aux pilules contraceptives, celles du lendemain comme le Misoprostol. Sur ce sujet Daniella Inojosa de l’organisation féministe Encre Violette (Tinta Violeta) du Réseau de l’Araignée Féministe expliqua : “les médicaments se trouvent aux mains des grandes transnationales qui possèdent les licences, elles livrent un blocus économique contre le Venezuela et attentent contre les médicaments génériques. Durant le gouvernement de Hugo Chávez, ces médicaments étaient subventionnés mais actuellement, en pleine attaque économique contre le pays, les pilules contraceptives ne sont pas considérées comme prioritaires, elles ne comptent pas parmi les médicaments subventionnés”.

Le machisme structurel qui tarde à céder, et le manque d’appui dans les espaces de lutte, surgirent au fil de toutes les interventions. Parmi les slogans criés par les compagnes :  “Avortement légal partout !” “Pas à l’État, ni au parti, ni au mari, ni au patron; mon corps est à moi et la décision m’appartient”. Une des exigences faites au gouvernement, comme nous l’expliqua une des manifestantes du réseau de femmes qui appuient les compagnes décidant d’avorter, est que la contraception soit considérée comme un droit humain. Une intervention des plus fortes rappela le fait qu’il n’y a pas de droit à l’avortement en cas de viol.

La manifestation et les revendications prirent fin avec l’intervention d’un groupe d’étudiants qui participaient à une autre activité sur la place, avec leur uniforme scolaire et tou(te)s avec un peu plus de dix ans d’âge, et qui crièrent au micro : “hommes et femmes luttant en équité : ainsi se construit le pouvoir populaire!”.

Source : Journal Virginia Bolten, http://virginiabolten.com.ar/editorial/venezuela-la-dignidad-de-un-pueblo-que-no-se-rinde/

Traduction : Thierry Deronne

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Visages de Femmes dans la Révolution d’Avril

Plusieurs mois après la disparition « physique » de Chavez,  à cette période du deuil où l’on s’interroge sur les détails de la vie de l’être aimé qui s’en est allé, nous nous sommes penchées avec quelques amies sur le virage féministe du Président ; pas sur le moment où il s’est engagé, mais plutôt sur les raisons qui l’amenèrent à comprendre cette lutte et à l’intégrer à son horizon libertaire.
Quelqu’un qui fut très proche de Chavez tout au long de son mandat nous a raconté l’amorce de ce tournant : dans l’esprit du stratège militaire qu’était Chavez, ce fut une révélation de découvrir ce 13 avril-là les visages des femmes qui défendaient l’espoir dans les rues, coude à coude avec leurs compatriotes masculins. Elles n’étaient pas restées tranquillement à la maison : elles avaient affronté les balles depuis le 11. Ce proche témoin raconte aussi que, parmi d’autres, Maria Leon, sa lionne, commença à lui parler du féminisme et de la lutte des femmes pour leur liberté. Chavez comprit si rapidement le potentiel transformateur des femmes comme sujets politiques qu’à peine quatre ans plus tard, lors du Forum Social Mondial, il se déclara pour la première fois féministe et invita Evo et Rafael à en faire de même. Dans le monde entier, ce fut une première pour un président.
Des histoires héroïques…
Comment les femmes ont-elles vécu le coup d’Etat, la riposte et la révolution d’avril? Comment ont-elles été transformées par ces événements? Nous avons posé ces questions à nos voisines, nos amies, nos proches, qui ont fait honneur aux paroles du sociologue Reinaldo Iturriza, qui soulignait dans un entretien que « seul un peuple très éduqué politiquement est capable de faire ce que le peuple vénézuélien a fait en 2002 ».
Pour raconter leur vision du 13 avril (libération de Chavez) ces femmes se rappellent la journée du 11 avril 2002, une analyse particulière face à la certitude de faire partie d’un peuple qui fut et est un peuple héroïque.

Sandra del Toro
Sandra est membre du Comité des Terres Urbaines du quartier Jose Felix Rivas, zone 8 de Petare. Elle milite au sein de la plateforme du Movimiento de pobladores et de la Comuna Rogelio Castillo. En 2002, bien qu’active dans aucune organisation, il était clair pour elle qu’elle était chaviste. Au moment de la détention du Commandant, elle se trouvait à Cartagena, en Colombie, en visite auprès de sa famille et enceinte de sa dernière fille.
C’est depuis là-bas qu’elle assiste médusée à la célébration par les médias colombiens du prétendu renoncement de Chavez. Elle décide de rentrer immédiatement, bien que beaucoup lui disent alors que ce sera impossible parce que la frontière sera fermée. Elle parcourt le trajet entre vomissements et nausées des trois mois de grossesse, convaincue qu’on avait enlevé Chavez et que personne ne réagirait, dans un silence total.
Arrivée chez elle, elle apprend par les informations que Chavez n’a pas renoncé, que les gens se dirigent vers Miraflores, qu’à Petare on se mobilise ; elle canalise sa rage et son impuissance en discutant avec les gens dans le quartier, puisque sa grossesse avancée ne lui permet pas d’aller plus loin. Sandra était dépitée : « Je n’ai pas pu y aller, je n’ai pas pu, j’étais enceinte jusqu’au cou » ; mais elle se rappelle aussi de l’émotion partagée lors du retour télévisé de VTV, récemment récupérée.
Un an après la naissance d’Alexandra, Sandra s’est activée politiquement : elle ne pouvait se départir de cette sensation d’en avoir fait trop peu et du vide qu’elle avait éprouvé quand ils avaient emmené Chavez, certaine que cela pouvait se reproduire. Elle s’est engagée toute entière avec les CTU et a participé à l’essor de la régularisation des terres urbaines.
Irama La Rosa
Irama, sociologue, fondatrice de Red de la Calle, raconte son incrédulité face au coup d’Etat puis sa prise de conscience que c’était bien un plan macabre savamment programmé qui était en train de se dérouler. Elle n’a pas cru aux assassinats attribués à un président qui entretenait avec son peuple une relation d’intense affection comme aucun autre avant lui. Elle fut profondément émue quand elle vit sa mère pleurer et crier devant la menace de mort qui pesait sur le Commandant.
En 2002, Irama travaillait au Ministère de la Science et de la Technologie. Elle raconte comment sa cheffe directe – qui se trouvait en Équateur à ce moment – s’est dévoilée en affichant son indifférence face au coup d’État, dans la mesure où elle avait garanti la continuité du programme de travail avec Fedecamaras. Elle comprit alors que la conspiration s’étendait jusqu’à des groupes de sabotage interne. Elle raconte la rupture survenue depuis ce moment-là avec sa cheffe, mais aussi avec des proches, des parents, des amis.
Au bout de l’attente qui a maintenu éveillée toute la famille, chacun vécut avec émotion la lecture, le 13 avril, de la célèbre lettre de Turiamo dans laquelle Chavez annonce clairement qu’il n’a pas renoncé à son mandat. Toutes et tous étaient alors emplis d’espoir jusqu’à finalement voir Chavez arriver en hélicoptère. « Le 13 avril tout s’est renforcé ; notamment la conviction d’être en Révolution ». A partir de là, Irama fut convaincue d’une révolution d’Amour- “revolucion amorosa”- dans laquelle le peuple se renforçait à travers la figure de Chavez mais aussi d’une constitution qui fut, selon elle, la grande vainqueure.
Tarcila Salazar
Tarcila, habitante de la parroisse El Valle, appartient au Frente Francisco de Miranda et à l’organisation des comités de santé. Elle a vécu la quatrième République et en apprenant le plan de gouvernement de Chavez, quelque chose s’est passé en elle : “Je me suis mariée avec Chavez”.
Les paroles de Tarcila m’ont rappelé le témoignage de Margarita – recueilli par Jose Roberto Duque dans son livre « Du 11 au 13. Témoignages et grandes histoires minuscules d’avril 2002 ». A 60 ans, Margarita révèle l’émergence de l’autre politique : « Avec Chavez, ce n’est pas pour l’argent, moi j’ai toujours travaillé et je n’ai jamais eu besoin des gouvernements. Ce n’est pas non plus politique, je n’aime pas la politique. Non, c’est quelque chose du cœur : je l’aime et il m’aime ».
Tarcila, sachant dans une confusion profonde que la marche de l’opposition arriverait à Miraflores, s’en va chercher ses parents et, avec son compagnon, ils se dirigent vers le centre. A la hauteur du magasin Korda Modas, c’est une rafale de balles qui les accueille et ils aperçoivent un des cadavres sur le trottoir. Tarcila ne pouvait pas comprendre pourquoi la police tirait sur eux et elle disait « Mais si nous nous n’avons rien fait, pourquoi nous tirent-ils dessus alors qu’ils doivent nous protéger ? ». Ils rentrent comme ils le peuvent vers El Valle. Dans la nuit du 12, ils arrivent à la Alcabala II en compagnie de voisines de la paroisse, qui étaient elles aussi convaincues que Chavez était séquestré au Fuerte Tiuna. Là-bas, entre les consignes données pour sa libération et la crainte de représailles de la part des soldats, un homme habillé en civil apparaît à la porte et leur dit: “ Organisez-vous”. Cela sonnait comme un ordre. Ils comprirent que cet homme était un militaire et ce fut, dans cette situation angoissante, une lueur d’espoir.
Maria Antonieta Izaguirre
María Antonieta, psychanaliste, est membre de Psychologues pour le Socialisme. Elle était sortie dans la matinée du 11 pour se rendre à l’enterrement du père d’une amie. Dans la descente de El Hatillo, elle apercevait, dégoûtée, la concentration de l’opposition munie de ses « kits pour manifester » comme s’il s’agissait d’une fête, alors que les jours précédents avaient été le théâtre de tant de violence et d’incertitude.
Au milieu de la confusion provoquée par l’étau médiatique, elle songea dans un premier temps à l’absence de liens sociaux qui lui permettraient de comprendre ce qui se déroulait : on lui racontait par téléphone certaines choses mais comme elle ne faisait partie d’aucun collectif, d’aucune organisation…
Le 12, elle devait se rendre à l’avenue Rio de Janeiro et elle assista à une grande partie du siège de l’ambassade de Cuba: “J’éprouvais beaucoup de dégoût et d’angoisse, je pensais que le projet se terminait et je n’avais pas encore réellement conscience de la nécessité de la communication. La nuit suivante, j’ai appelé Carlos Noguera, qui était mon référent chaviste; non, pas “chaviste”, parce que je pense que jusqu’alors, cette manière de nous identifier n’existait pas: le chavisme, désigné comme tel, ne débuta qu’à ce moment-là. Je l’ai appelé pour mettre ma maison à disposition, sachant que les persécutions étaient devenues réalité avec l’arrestation de Rodriguez Chacin.”
Quand le canal 8 fut repris, Maria Antonieta abandonna l’idée que tout était terminé. Elle contint sa joie par courtoisie à l’égard de certains proches déçus par la tournure des évènements. Enfin vint le soulagement, ce « il faut continuer » ainsi que la certitude qu’il était nécessaire de (se) collectiviser.

Seulement l’organisation…
Un point commun entre les témoignages de ces femmes fut l’émergence dans leur conscience de la nécessité de s’organiser politiquement et socialement pour permettre la continuité d’un projet politique et national dans lequel elles croyaient et croient toujours ; en d’autres termes, la nécessité de s’assumer comme protagonistes d’un processus de transformation qu’elles savent continu et inachevé. Aucune d’elle ne s’arrêtera à la version des faits diffusées par les transnationales de l’information. Aucune ne se pensera isolée, parce qu’elles savent qu’elles forment un peuple qui s’organise, résiste et se bat.
Par Indhira Libertad Rodriguez, avril 2018
source : desafio constituyente / Traduction : VeneSol

Les droits des femmes dans la révolution bolivarienne: avancées et défis, par Gioconda Mota (Alba TV)

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15 décembre 2015.

Quels ont été les conquêtes du mouvement des femmes et du féminisme dans la révolution bolivarienne ? Quels sont les aspects et les défis actuels ? Quel est le rôle que doivent jouer les mouvements féministes et le peuple organisé en général ? C’est autour de ces questions que nous avons interrogé Gioconda Mota, militante féministe, pour la Revue Sacudón et Alba TV (www.albatv.org ).

Pour commencer, dit Gioconda Mota, il est important de reconnaître que “la Révolution Bolivarienne a assumé le thème de la femme comme un aspect central de sa visibilisation politique. Non seulement en qualifiant la révolution, le gouvernement comme féministes mais parce qu’on fait de manière permanente allusion – sur les plans national et international – au fait que la femme fait partie d’une base sociale très ferme qui impulse les processus bolivariens: on parle de la révolution au “visage de femme”, on parle de “Peuple-Femme”, de sa participation dans les processus de la révolution bolivarienne ”.

Cependant, pour Gioconda Mota, cette visibilisation du thème de la femme “comporte aussi ses risques” : parce qu’énoncer le thème ne se traduit pas automatiquement dans la mise en œuvre d’actions concrètes qui impliquent une amélioration de la vie des femmes. Telle est selon elle le noeud central à considérer de la part des organisations de femmes et féministes.

Les conquêtes législatives

Si on fait un bilan de ce qu’ont été les conquêtes les plus significatives pour les femmes depuis la révolution bolivarienne, Gioconda Mota souligne que celle-ci n’ont pas été obtenues par simple “osmose” mais toujours comme fruit du mouvement des femmes et de sa lutte organisée. Et ce, à partir de l’élaboration de la première Assemblée Constituante, celle de 1999 : l’usage d’un langage inclusif et non sexiste; la reconnaissance du travail des femmes au foyer comme travail qui génère valeur et richesse pour la nation et qui donne droit, par conséquent, à la sécurité sociale ; le rang constitutionnel donné au traités souscrits par le pays en matière de droits humains tels la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW, http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm ); la reconnaissance de la protection de la maternité et de la famille. Cette construction constitutionnelle est cruciale car elle permet de nombreuses avancées dans les législations successives en matière de droit du travail. Exemple récent (décembre 2017), la promulgation par le Tribunal Suprême de Justice du régime de l’allaitement maternel au travail (http://www.correodelorinoco.gob.ve/tsj-establece-regimen-de-lactancia-materna-con-alimentacion-complementaria-en-jornadas-laborales/ )

Une des conquêtes les plus significatives est la Loi Organique du Travail, des Travailleuses et des Travailleurs, qui avait donné lieu à un intense processus de débat “auquel a participé à l’échelle nationale une masse importante de femmes et d’hommes” et dans lequel ont été atteint des objectifs concrets tels que l’allongement du congé post-natal; “l’interdiction de licenciement pour les parents; l’interdiction de licenciement permanente pour les pères et mères d’enfants souffrant d’invalidités à haut niveau de dépendance. Et pour la première fois a été pris en compte le thème des abus sexuels au travail” raconte Mota.

Une autre conquête législative importante est la Loi Organique pour le Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence (2007): “une loi d’avant-garde qui reconnaît 19 formes de violence et qui en outre, en 2014, a ajouté le fémicide et l’induction au suicide” explique Gioconda Mota, précisant que cette loi “permet l’avancée d’un ensemble de politiques publiques en matière d’administration de justice […]: commencent à se configurer des tribunaux spécialisés et des juges spéciaux, ainsi que des processus de formation pour les fonctionnaires de justice dans diverses instances”.

La “norme officielle pour l‘attention intégrale de la santé sexuelle et reproductive” du Ministère de la Santé, est également mentionné par la militante féministe : “une norme merveilleuse, pour tout ce qu’implique sa conceptualisation, pour toute la diversité de droits qu’elle inclut, pour la manière dont – dans une bonne mesure –  elle traduit par une route méthodologique ce qui doit se passer dans les instances exécutives, dans les processus qui concernent la santé sexuelle et la santé reproductive des femmes”.

Les problèmes de la mise en pratique

“Il y a eu un corps de conquêtes législatives qui a fait l’objet d’une grande attention des  mouvements de femmes, de l’organisation féministe. Mais cela ne signifie pas nécessairement que toutes ces conquêtes sont devenues des réalités quotidiennes  dans la vie concrète des femmes. C’est là où se trouve la tension concrète du moment présent” affirme Gioconda Mota.

La nouvelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), élue le 30 juillet grâce à la mobilisation populaire, appelle la population vénézuélienne “à considérer la possibilité d’élargir les droits conquis à partir de la compréhension que le droit est quelque chose qui bouge en permanence. […] cependant pour moi la tension fondamentale réside dans le fait qu’au-delà des conquêtes législatives – celles déjà obtenues comme celles pour lesquelles nous continuons à lutter – nous avons dans le pays un grave problème de mise en œuvre des politiques publiques » alerte-t-elle.

Cela se traduit par un enlisement et “même un recul” de l’action concrète, qui débouche sur une augmentation de la problématique que vivent les femmes. Parmi les causes directes, Mota signale le caractère vertigineux des changements de ministres (“il y a parfois des ministres qui ne restent que 3, 4, ou 6 mois à leur poste, cela rend difficile l’approfondissement d’une politique”) mais surtout sur la personnalisation de ces politiques: “à certains moments on dirait que les politiques publiques sont aux mains de l’un ou l’autre décideur. Il y a eu des fortes avancées à certains moments, liées à la personne qui dirige à un moment, ou à une politique donnée. Le problème est que lorsque la personne quitte ce poste (..), les politiques se paralysent ou régressent”.

Les thèmes à prioriser

Il existe aussi un problème de netteté dans la définition et dans la mise en œuvre des politiques publiques, dit Gioconda Mota, qui prend pour exemple un thème très grave : “il y a une augmentation étonnante de la mortalité maternelle. En ce moment nous pouvons considérer que c’est une situation d’urgence nationale, bien qu’on ne lui ait pas donné ce caractère visible de la situation d’urgence et par conséquent d’actions à mener face à elle. Près de 5 femmes meurent chaque jour dans notre pays à cause du problème des soins apportés pendant l’accouchement et la période post-accouchement (puerpérale), en particulier dans les centres publics de santé, parce que plus de 80% des accouchements dans notre pays sont traités dans les centres publics de santé”.

Il est donc évident qu’il ne s’agit pas “d’un problème d’accès aux centres de santé, mais du problème qui s’y présente : le ’ruleteo’[1], la violence obstétrique durant les soins – le problème concerne le personnel traitant. Cela signifie deux choses : qu’il n’y a pas de justice de genre (en n’importe quel autre endroit du monde, pour chacune de ces femmes qui meurent, il y aurait au moins une vérification du personnel médical impliqué) et par ailleurs qu’il n‘y a pas de politique centrée sur le nœud du problème. Parce qu’il y a des politiques très positives: par exemple le récent programme national des doulas [2], qui est un programme magnifique. Ce que nous devons nous demander, c’est s’il s’agit d’un programme d’action complémentaire ou si ce programme touche vraiment le fond du problème”.

Il faut une volonté politique pour prioriser ce thème et d’autres points d’honneur qui affectent ce Peuple-Femme qui continue à livrer la bataille, qui aborde les processus révolutionnaires depuis la dimension la plus concrète ” dit-elle.

Selon  Gioconda Mota, une attention particulière doit être donnée à l’impact de la guerre économique sur la vie des femmes, qui s’est aggravée : à la double ou triple journée de travail s’ajoute l’effort de résoudre des problèmes liés à l’alimentation, au transport, aux  services affectés, mais aussi aux articles d’usage féminin et aux méthodes anticonceptives. “Cela a une incidence sur les problèmes de contrôle, d’infection par des maladies sexuellement transmissibles, les problèmes liés à la grossesse (non désirée) et à l’augmentation du nombre de grossesses adolescentes – qui est déjà en soi une problématique grave dans le pays”. Mota précise que ce problème est aggravé par une législation “qui n’est pas en accord avec les besoins réels des femmes : par exemple le thème de l’interruption libre et volontaire de grossesse, qui continue à être un thème non abordé par la révolution, et même invisibilisé”.

Besoin d’exigence, volonté politique et capacités

“Il semble que les mouvements ont centré leur attention sur l’exigence vis-à-vis des législateurs. Je crois que ce foyer doit se déplacer vers l’exécutif, et le judiciaire en particulier. Pace que si l’exécutif n’arrive pas à mettre en place ce que les lois lui ordonnent, le système judiciaire doit faire pression sur l’exécutif: c’est ainsi que fonctionne la trame juridique du pays” dit Gioconda Mota.

Elle évoque trois éléments-clefs: l’augmentation des niveaux d’exigence, la volonté politique et les capacités: “il y a un fort exercice de rhétorique autour du thème du féminisme […] mais qui ne se traduit pas en actions concrètes pour cause de volonté politique, de manque de regard critique sur ce que sont réellement les demandes et les besoins historiques des femmes”. Exiger une plus grande volonté politique doit s’accompagner de l’exigence de majeures capacités pour ceux qui sont désignés pour impulser des politiques publiques orientées vers la construction d’une équité et de l’égalité de genre: “il faut avoir des connaissances, il faut construire une trame de connaissances et de capacités pour que les politiques se traduisent vraiment dans cette direction”.

Les défis de la Constituante

L’attention doit être centrée sur comment “récupérer, reformuler et donner une impulsion puissante aux politiques publiques concrètes de la condition des femmes » affirme Gioconda Mota.

Cependant, “il y a encore une lutte à mener et un effort à faire pour continuer à faire des conquêtes en matière législative”. Dans ce domaine, un des thèmes à souligner est celui de la participation politique des femmes: “nous nous battons depuis des années pour la parité avec alternabilité pour les charges de représentation et d’élection. C’est-à-dire que nous, femmes, ayons les mêmes opportunités politiques, qu’il y ait des mesures d’action positive de l’État pour que les femmes accèdent aux postes de représentation en condition d’égalité. Une culture machiste, patriarcale continue à dominer : la majorité de ceux qui militent et participent socialement sont des femmes mais ce n‘est pas nécessairement le cas de ceux qui détiennent des postes de décision ou des mandats de représentation. […] cela il faut le transformer culturellement mais il faut aussi avoir une incidence juridique pour que ces transformations avancent plus vite”.

Une autre lutte de caractère législatif, poursuit Mota, est celle des droits sexuels et reproductifs qui possèdent différents aspects dont “le droit de décider combien d’enfants on souhaite avoir et donc celui qu’on ne veut pas avoir”; l’éducation sexuelle tout au long des différents processus éducatifs; l’accès public et gratuit aux méthodes de contraception ; la jouissance d’espaces de soins de qualité et territorialisés en matière de santé sexuelle et de santé reproductive, entre autres.

Un troisième aspect est lié au thème du droit au traitement égal. “La Révolution Bolivarienne a revendiqué fortement tout ce thème du Peuple-Femme et cela a signifié une chose à mon avis très positive: de très nombreuses femmes ont cessé d’être circonscrites exclusivement à la sphère privée ou au rôle domestique – à n‘être que des femmes au foyer – pour commencer à occuper différents rôle de la vie publique : en participant aux espaces éducatifs, aux espaces sociaux, politiques… toute une conquête du monde public. Mais cela ne se traduit pas par une reconfiguration du monde privé, dont elle reste souvent l’unique responsable. […] Cela signifie qu’il y a encore un déséquilibre très important dans l’emploi du temps, dans l’effort physique et dans la jouissance d’autres droits fondamentaux pour la vie, comme le loisir et le divertissement”.

L’objectif serait donc une politique publique qui pour une part promeuve culturellement la redistribution des rôles à l’intérieur des familles et qui par ailleurs génère une coresponsabilité dans les actions sur le plan communautaire, affirme Gioconda Mota.

Tels sont les principaux défis législatifs du point de vue des droits de la femme, pour le processus de la Constituante. “L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est un espace pour tout le peuple organisé, dans une perspective historique, dans des secteurs et dans le territoire, pour continuer à faire des conquêtes législatives : mais ce n‘est pas le seul espace” souligne-t-elle.

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Le peuple organisé doit manifester davantage ses exigences

“Je crois que la participation sociale et politique du peuple vénézuélien, dont le Peuple-Femme, est une participation qui doit être orientée dans deux directions : une direction qui est celle des luttes historiques propres au développement, à la transformation et à la libération de nos peuples. Et d’autre part les luttes qui visent à la soutenabilité de la Patrie. Selon moi ce sont des luttes jumelées. Cependant je vois comme une difficulté qu’on veuille les canaliser: c.-à-d. qu’on veuille diriger l’orientation de ce processus d’organisation uniquement depuis l’État” dit Gioconda Mota.

Elle explique qu’en réalité l’État doit être le promoteur de processus d’organisation comme il l’a déjà été “dans un moment de croissance d’un État qui promouvait l’organisation populaire pour qu’elle fût coresponsable de l’exécution des politiques publiques – c’est-à-dire de la formulation, de l’accompagnement et même du contrôle de l’exécution des politiques publiques ”.

Même si cette période est passée, il en est resté “un solde d’organisation substantiel dans notre pays, où existent de “haut niveaux d’organisation populaire très diversifiée” tant sur le plan territorial que sectoriel, avec des luttes d’initiative en propre.

Pour Gioconda Mota, dans le cas spécifique des droits de la femme, les réponses que l’État a apportées ne vont pas au même rythme ni dans la même direction, et c’est pourquoi elle estime que la lutte doit faire preuve de plus d’exigence vis-à-vis de l’État. Et en général, “dans le présent, dans le cadre de la révolution bolivarienne, les mouvements devraient se traduire par des luttes d’un plus grand niveau d’exigence, parce que nous avons lutté au coude à coude avec le processus révolutionnaire, pour la soutenabilité et l’appui au gouvernement bolivarien, en nous comprenant comme partie d’une société et d’un processus historique”. Face à la conjoncture actuelle, dit Gioconda, “en ce moment, dans le territoire et dans la réalité concrète, dans le quotidien de notre vie, nous avons un tas d’éléments qui se trouvent dans un état de démantèlement réel et qui ont besoin d’être abordés aussi par ceux qui impulsons des processus de lutte. Qui répond pour ces éléments ? La responsabilité est de l’État. Il faut donc avoir plus d’exigence vis-à-vis de l’État”.

Notes:

[1] Le “ruleteo” est une pratique dangereuse (mais très commune) qui a lieu quand les centres de santé refusent d’admettre des patients, même en situation d’urgence, et que ceux-ci se voient obligés de parcourir plusieurs hôpitaux pour tenter de recevoir des soins avant qu’il ne soit trop tard.
[2] Plan National d’Humanisation de l’Accouchement (2017), décrit ici : http://www.minmujer.gob.ve/?q=/Parto_Humanizado

[3] Site du Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre : http://www.minmujer.gob.ve/

Source: IA/AlbaTV/2017, http://www.albatv.org/Los-derechos-de-las-mujeres-en-la.html

Traduction: Thierry Deronne

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Le Venezuela lance la campagne nationale contre la violence envers les femmes 

L’élection le 30 juillet dernier d’une Assemblée Constituante au Venezuela remobilise les énergies dans la bataille permanente pour développer les droits de la femme. Ce mercredi, dans tout le Venezuela, a commencé la campagne nationale contre la violence envers les femmes.  Les activités se dérouleront du 1er novembre au 10 décembre 2017 afin de sensibiliser tous les secteurs de la population au droit de la femme à une vie exempte de toute forme de violence. La campagne a démarré le mercredi 1 novembre sur le thème : « La paix commence à la maison, stop à la violence contre les femmes« .

Lors d’un entretien dans le cadre de l’émission « Encendidos » à Venezolana de Television, la Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz a la société à mener une évaluation interne sur ce plan dans chacun de ses secteurs et surtout d’introduire le thème de la violence contre les femmes en tant que délit dans le débat public et politique, ainsi qu’à exiger que les droits des citoyennes soient reconnus comme étant des droits humains.

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La Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz

Le programme des activités commence ce 1er novembre et durera jusqu’au 10 décembre, date à laquelle sera célébrée la Journée Internationale des Droits Humains ». A partir de 19 heures ce soir, des projecteurs de lumière violette illumineront symboliquement des espaces publics et touristiques du pays pour réaffirmer l’engagement du gouvernement à renforcer le dispositif de protection des femmes et des spots TV seront diffusés : https://twitter.com/twitter/statuses/925693161955000321.

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La Ministre des Droits de la Femme Blanca Eekhout (à gauche) lors d’un des meetings de la campagne conte la violence envers la femme.

Madriz a précisé que l’Etat soutiendra les institutions chargées de la défense des droits de la femme dont l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui discutera d’un projet de loi sur la création d ‘un Institut National de Défense des Droits des Femmes afin de développer des actions de promotion (défense, protection) face à ce phénomène qui représente un véritable problème social, d’Etat et de santé publique.

Dix ans après sa promulgation, la Loi Organique sur les Droits de la Femme à une vie exempte de violences sera révisée afin de potentialiser divers thèmes dans le domaine culturel, de renforcer la sensibilisation aux droits relatifs à l’égalité des sexes et de proposer une thérapie aux hommes qui usent de violence.

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Un débat national sera également ouvert sur la dépénalisation de l’avortement, la création d’un dispositif national de planning familial, l’actualisation du Code pénal et un programme de prévention et de réduction des grossesses précoces.

Rebeca Madriz a rappelé que la loi définit actuellement 21 délits de violence contre la femme allant de la violence physique à la violence psychologique, et que l’Institut National de la Femme (Inamujer) et le Ministère des Droits de la Femme ont mis en place un Bureau national d’assistance aux femmes victimes de violence, la Défendeure Nationale des Droits des Femmes, joignable au numéro de téléphone 0800 femmes (6853737) qui reçoit les plaintes et offrent les services de conseillères.

Source : http://ciudadccs.info/este-miercoles-comienza-campana-nacional-la-violencia-hacia-la-mujer/

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Venezuela, le peuple constituant fait des propositions pour le chapitre « Droits de la Femme ».

Le 30 juillet 2017 une mobilisation populaire, assez inattendue dans le contexte difficile de la guerre économique, a élu une Assemblée Constituante au Venezuela. Un moment démocratique qui rappelle le référendum en Catalogne: la droite, appuyée par la plupart des médias, a usé de la violence pour tenter d’empêcher ce scrutin, menaçants les électeurs, saccageant des bureaux de vote, sans autre résultat que galvaniser la volonté de la population (1). Depuis que les urnes ont parlé, la droite a mis fin (pour l’heure) à l’insurrection armée, déplaçant l’offensive sur le plan économique avec l’aide du secteur privé. Dans ce contexte marqué par des hausses de prix constantes des produits de base et les réponses du gouvernement bolivarien pour renforcer l’accès de la population à l’alimentation subventionnée, s’est ouvert le chantier constitutionnel. Toutes sortes de mouvements sociaux et de partis politiques s’expriment au-dehors et au dedans de la nouvelle assemblée, pendant que l’opposition, les médias, l’Union Européenne et Donald Trump crient à la « dictature ». (2)

Une décision récente de l’Assemblée Nationale Constituante a été de désigner le 25 octobre comme journée du « féminisme socialiste ». L’ANC a annoncé sa volonté de renforcer l’ensemble des droits de la femme, dont le thème de l’avortement. Dans leur décret les constituant(e)s veulent  « promouvoir une approche de genre et féministe. Le machisme est une culture capitaliste rétrograde qui affecte autant les hommes que les femmes, nie la diversité et l’intégration et légitime les relations de domination et êtres humains ». 28 associations féministes comme l’Araña Feminista ont participé aux débats (photo) et fait entendre leur voix dans la rue pour demander d’aller plus vite et plus loin, d’accélérer non seulement la dépénalisation de l’avortement mais aussi la diffusion de l’éducation sexuelle et de la distribution des contraceptifs.

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L’ANC a décrété la convocation « de toutes les femmes et les hommes à participer de façon active à la construction collective du Chapitre Femme, Équité et Égalité de genre de la nouvelle proposition constitutionnelle, dont l’objectif est de libérer toutes les potentialités de la femme dans ses multiples facettes vitales », comme de renforcer la participation de ce secteur dans les différents champs de la transformation de la patrie. Promouvoir les valeurs de paix, égalité, entente, équité et justice sociale seront les tâches fondamentales de la Commission Constituante sur la Femme, l’égalité et l’Équité de genre, installée en session ordinaire de l’organe plénipotentiaire, qui a eu lieu au Palais Fédéral Législatif. De même, il a été décidé de créer sur tout le territoire national des équipes de femmes pour « garantir la participation citoyenne à l’Assemblée Nationale Constituante », qui permette la rédaction du nouveau texte constitutionnel.

L’installation de cette commission a été stipulée dans le décret lu et approuvé pendant la session de l’assemblée, durant laquelle ont pris la parole des représentantes de mouvements de femmes de même que la Ministre pour la Femme et l’Égalité de Genre, Blanca Eekhout. Celle-ci a souligné le rôle fondamental de la femme vénézuélienne depuis l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, rôle impulsé par le commandant Hugo Chávez il y a 18 ans.

« Nous avons des avancées extraordinaires parce que la participation des femmes aux institutions de ce pays, s’est consolidée avec la Révolution Bolivarienne », a-t-elle déclaré tout en rappelant la création des différentes missions sociales, créées en priorité pour protéger les femmes des secteurs populaires, exclues pendant l’ère puntofijiste . (3)

La preuve en est – a-t-elle détaillé- la grande mission sociale Hogares de la Patria (foyers de la Patrie), mise en place en 2015 par le président de la République, Nicolás Maduro, pour protéger les enfants et les mères de ce pays. «  Avec la Grande Mission Hogares de la Patria nous avons protégé plus d’un million 200 mille femmes. Dans cette mission des hommes aussi ont été inclus. », a indiqué la titulaire du ministère.

Elle a également manifesté l’importance du premier processus constituant convoqué en 1999 par le leader bolivarien et au cours duquel ont été établis les droits de femme vénézuélienne. «  La Révolution Bolivarienne est la première à hisser le drapeau du féminisme, aucun autre leader dans le monde n’a osé dire je suis féministe. Le premier a été Hugo Chávez et ceci en dit long sur le caractère de la Révolution Bolivarienne », a-t-elle souligné.

Pour sa part, la députée constituante et porte-parole des Comités Locaux d’Approvisionnement et Production (CLAP) Beysimar Pérez, a souligné que les vénézuéliennes sont la clé dans le renforcement de la productivité, grâce aux programmes sociaux comme « Soy mujer » (Je suis une femme) et la Banque de la Femme, instances destinées à financer et accompagner la mise en œuvre des projets socio- productifs mis en œuvre par des femmes des secteurs populaires.

Notes

  1. Voir « (Photos :) Médias du monde libre contre droit au suffrage des vénézuéliens », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/01/photos-medias-contre-droit-au-suffrage-des-venezueliens/
  2. Voir entre autres « L’assemblée constituante renforcera les droits des peuple indigènes » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/15/lassemblee-constituante-renforcera-les-droits-des-peuples-indigenes/
  3. Le « puntofijisme » est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo au Venezuela entre les deux principaux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour se relayer en alternance au pouvoir sans en modifier les structures. Il durera… quarante ans (jusqu’en 1998), date de l’élection d’Hugo Chavez.
  4. Lire « L’indulgence de la presse française (et d’une partie de la gauche) pour la violence d’extrême droite » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/17/venezuela-lindulgence-de-la-presse-francaise-et-dune-partie-de-la-gauche-pour-la-violence-dextreme-droite/

Sources : https://venezuelanalysis.com/news/13404http://albaciudad.org/2017/09/pueblo-debatira-propuestas-para-redactar-capitulo-mujer-en-la-constitucion/ 

Traduction : Cathie Duval

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Venezuela – 28 organisations des droits humains demandent le respect du droit au suffrage pour l’Assemblée Constituante

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La présidente de la Fondation Latino-Américaine pour les Droits Humains et le Développement Social (Fundalatin), María Eugenia Russián, signataire de l’appel.

Caracas, le 28 Juillet – Vingt-huit organisations et mouvements de défense des droits humains au Venezuela ont exprimé ce mercredi, leur soutien au processus de vote de l’Assemblée nationale constituante (ANC) qui aura lieu le dimanche 30 Juillet 2017 : « Nous soutenons ce processus électoral constitutionnel convoqué par le Conseil national électoral (CNE), et nous avons l’intention de participer, conformément aux principes démocratiques énoncés à l’article 348 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela ». Pour ces organisations, qui vont de mouvements féministes de défense de la femme contre toute forme de violence aux associations qui mènent un travail de mémoire et de dédommagement avec les familles des disparus et des torturés vénézuéliens des années 60-90, l’Assemblée Nationale Constituante « crée une société démocratique, participative, et permettra d’aborder des questions d’intérêt national et de progrès dans la construction de la paix et de la justice. Elle est aussi l’occasion d’aller plus loin, de renforcer et d’élargir l’éventail des droits consacrés par la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela en 1999. Pour ces raisons, en tant qu’organisations des droits humains, nous avons décidé d’installer une équipe avec des délégués de toutes nos organisations, pour développer une proposition liée aux droits humains, aux garanties et aux devoirs, afin de la soumettre à la nouvelle assemblée. »

Les ONG appellent les pouvoirs publics, les organisations et les partis politiques et la société en général à respecter et à protéger le droit de vote: « Ce processus démocratique doit être effectué dans des conditions qui permettent à tous ceux qui le souhaitent de participer librement et de façon responsable au scrutin. En tant que mouvement national des droits humains, nous demandons instamment à tous de respecter la décision individuelle de ceux qui souhaitent élire et électeurs et condamnons toute criminalisation, les menaces, l’intimidation ou ingérence dans l’exercice de ce droit de l’homme, que ce soit par des actions prises par l’État, les partis politiques et leurs membres ou même par les organisations sociales » .

« Nous appelons toutes les parties à faire preuve de sagesse et demandons aux organisations ou aux personnes qui ont publiquement appelé à empêcher ou tenté de dissuader les électeurs de se rendre aux bureaux de vote, à revenir sur leur position, au nom du respect des droits humains de ceux qui veulent participer à ce processus démocratique ».

(NDLR:) Récemment l’ONG vénézuélienne PROVEA, source d’Amnesty International, a publié plusieurs communiqués visant à dissuader les fonctionnaires d’exercer leur droit au suffrage lors de l’élection de l’assemblée constituante, leur rappelant qu’ils pourraient être sanctionnés. Une position surprenante vu les objectifs d’impartialité et de défense des droits supposés de cette ONG. L’ensemble des partis de droite a annoncé publiquement son intention d’empêcher ce scrutin « par tous les moyens ». Le président Trump ainsi que l’Union Européenne ont exigé du Venezuela qu’il renonce à l’organisation de cette consultation démocratique, curieusement occultée par les médias internationaux. Depuis 48 heures, les commandos d’extrême droite ont attaqué des centres de vote, détruit du matériel électoral, incendié ou lancé des explosifs contre des médias communautaires comme Radio Crepuscular (état de Lara) ou Montana TV (état de Tachira), les 27 et 28 juillet. La Présidente du Centre National Électoral Tibisay Lucena, a annoncé que des mesures de protection seront prises pour protéger les électeurs et éviter qu’ils ne soient agressés au moment d’exercer leur droit au suffrage. Elle a expliqué que « l’opposition peut ne pas être d’accord avec l’élection du 30 juillet mais ce qu’elle ne peut faire, c’est l’empêcher, la saboter, ce qui serait antidémocratique. »

Signataires de la déclaration :

1. Fondation Latino-Américaine des Droits de l’Homme et de Développement Social (FUNDALATIN)

2. Comité des victimes de Guarimba

3. Association civile « Sures ». Études et défense et droits de l’homme

4. Institut du développement humain et de l’économie sociale (IDHES)

5. Fondation Ricardo Durán

6. Association des victimes du coup d’État 2002

7. Fondation des familles de militants du droit à la terre victimes d’assassinats au Venezuela.

8. Observatoire National des Prisons .

9. Les victimes du massacre du « Caracazo »

10. Centre Juvénile pour les Droits Humains

11. Front Alberto Lovera

12. Fondation Américo Silva

13. Mouvement Équateur Alfariste bolivarien.

14. Fondation Argimiro Gabaldon

15. Front des Familles IVème République / ASOFACY

16. Conseil pour la défense des droits (José Félix Ribas)

17. Famille et amis Torturés et persécutés politiques (1958-1999)

18. Fondation vénézuélienne du droit au logement (Fundavendervi)

19. Collectif d’Études féministes Aquelarre Caribeno

20. Association des défenseurs des droits humains

21. Association Genre et Classe

22. Association des psychologues pour le socialisme

23. Association « Cantaura est vivant »

24. Association des survivants, amis et familles des victimes du massacre de Yúmare

25. Réseau National des collectifs « Araignée Féministe »

26. Conseil National pour la Défense des Droits Humains à la Santé

27. Fondation capitaine de navire Manuel Ponte Rodriguez

28. Collectif pour l’éducation et la recherche pour le développement social (Ceides).

Traduction : Thierry Deronne

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