Le Venezuela célèbre deux ans de son programme d’humanisation de l’accouchement

Par Michele de Mello, Brasil de Fato | Caracas 31 juillet 2019.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence au Venezuela. Approuvé par le Président Nicolas Maduro et institué comme politique d’État visant à établir et à promouvoir les conditions pour que les femmes puissent choisir une autre façon d’accoucher. Cette mesure fait du Venezuela un pionnier d’une politique publique qui permet un accouchement sans actes chirurgicaux ni médicamenteux.

Ce programme concerne plus de 50% de la population féminine vénézuélienne, et parmi celle-ci, près de 9 millions de femmes en âge de procréer. 520.000 accouchements par an sont réalisés dans le pays selon les données de 2014 de l’UNICEF.

De plus, le Venezuela est l’un des pays sud-américains ayant le taux de grossesse le plus élevé chez les adolescentes : 23% des naissances sont des enfants nés de mères ayant entre 15 et 19 ans. Les autres 75% de grossesses se produisent entre 25 et 35 ans.

« C’est un défi qui signifie surmonter un tabou. C’est aussi la construction d’un projet de vie avec ces jeunes femmes non seulement pour construire une société juste où chacun(e) est l’égal(e) de l’autre mais aussi sur le plan personnel, car les femmes peuvent avoir un projet, un horizon dans la société socialiste que nous voulons construire » affirme Asia Villegas, médecin et Ministre de la femme et de l’égalité des genres .

Ce programme social vise à faire que ces naissances soient réalisées dans le respect des volontés de la future mère, indépendamment de la classe sociale à laquelle elle appartient. Néanmoins, l’État crée également des mécanismes particuliers pour que les secteurs les plus pauvres de la population puissent avoir accès à ce Plan. Depuis 2017, il existe trois aides financières pour les femmes : une aide pour l’allaitement maternel, pour un accouchement humanisé, et une autre pour les promotrices de ce Programme. Actuellement, les aides sont de 26.600 bolivars, versée tous les mois par le biais du Sistema Patria à environ 760.000 vénézuéliennes.

« En tant que plan, nous sommes liés par un accord pour que les femmes aient un accompagnement médical. Nous n’encourageons pas les accouchements à la maison, du moins cela ne fait pas partie du Plan national. L’objectif est que les femmes enceintes reçoivent une attention respectueuse, chaleureuse dans les centre de santé » explique la responsable des accouchements et coordinatrice du Programme, Anabel Perez. L’Organisation Mondiale de la Santé défend un accord mondial selon lequel chaque pays devrait avoir un maximum de 10 à 15% d’accouchement par césarienne, cependant au Venezuela cette pratique concerne 52% des naissances, soit, près de 250.000 actes par an.

Asia Villegas, médecin et Vice-ministre de la Femme et de l'Égalité de Genre

Asia Villegas, médecin et Ministre de la Femme et de l’Égalité des Genres. Photo: Michele de Mello

Le nombre reste important malgré les coûts élevés de chirurgie. Dans une clinique privée, une césarienne peut valoir entre mille et six mille dollars ! Alors que les assurances santé des entreprises publiques couvrent des actes allant jusqu’à 250.000 bolivars… A présent, dans le système de santé, cet acte est devenu presque impossible en raison du manque de fournitures médicales- qui résulte du blocus économique. Les femmes qui ont besoin d’une césarienne ou qui choisissent cet acte dans le système de santé publique doivent acheter un kit à part, qui inclut les gants, les injections, les antibiotiques, les compresses et autres matériels qui coûte environ 100 dollars… Les profits dérivés de la césarienne sont un des principaux motifs pour lesquels les médecins privés vénézuéliens poussent les femmes enceintes à faire le choix de la chirurgie. Anabel Perez critique la marchandisation de l’accouchement et défend son humanisation comme moyen de respecter davantage le bébé et la femme enceinte.

« L’acte, quand il devient humain et quelque chose de naturel, ne dépend de rien ni de personne d’autre. Il est naturel pour une femme de mettre au monde un être vivant. La prise en charge de la grossesse autant que la procréation sont des processus que nous savons tous naturellement mettre en œuvre. Le déroulement social au sein du capitalisme nous fait croire que la seule façon de naître est celle que nous connaissons et nous oublions celle de nos ancêtres », affirme-t-elle.

Avec des techniques de yoga, les formatrices enseignent des exercices qui aident les femmes enceintes jusqu’au moment de l’accouchement. Photo: Michele de Mello

Au-delà du fait qu’il réduit la quantité d’accouchements réalisés par interventions chirurgicales, le Plan National d’accouchement Humanisé, adopté le 18 juillet 2017, vise également à lutter contre la violence obstétrique. « Vaincre la violence obstétrique passe par la conscience des droits et la conscience d’un défi pacifique » affirme la Ministre, Asia Villegas. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 830 femmes meurent quotidiennement dans le monde pour des raisons liées à la grossesse et à l’accouchement qui peuvent être évitées, comme les infections, les hémorragies et l’hypertension. En 2016, la mortalité maternelle a augmenté de 65% au Venezuela, ce qui représente 756 décès selon les données du Ministère de la Santé. Quant à la mortalité néonatale elle a augmenté de 30% dans cette même année, ce qui représente un total de 11.466 décès.

Ce fut le cas de Dilia Ortiz, professeur et actuellement formatrice du Plan d’accouchement Humanisé dans le quartier de Caucaguita du quartier populaire de Petare, à l’Est de Caracas. En 2016, Dilia a perdu sa première fille à cause de complications lors de l’accouchement et par manque de prise en charge rapide. Sa mère, Maria Munol, qui est également formatrice du Programme, affirme que « si ce programme avait existé à ce moment-là, Dilia n’aurait pas perdu son bébé ».

Dilia et Maria font partie d’une famille dont quatre générations de femmes ont accouché naturellement. L’arrière-grand-mère et la grand-mère de Dilia étaient sages-femmes, elle-même ainsi que sa mère sont formatrices et promotrices de l’accouchement humanisé.

Dilia Penarosa Barrios, grand-mère de Dilia Ortiz, quand elle était enfant, a accompagné sa mère – qui avait été hospitalisée pendant cinq mois à l’hôpital à cause d’une appendicite – observant la routine de l’endroit et aidant les infirmières. A 13 ans, elle a appris comment aider d’autres femmes à accoucher.

Toute sa vie durant, dans la zone rurale de Cartagenas de Indias en Colombie, Dilia a exercé comme sage-femme. Mère de 11 enfants, elle raconte qu’elle savait exactement quand elle allait accoucher et, du fait des difficultés de l’époque, elle nettoyait la maison, lavait tous ses enfants, se lavait, se nourrissait, se peignait les cheveux et disait : « Si je meurs, ne cherche pas une autre famille, va chercher tes parrains » se rappelle-t-elle.

Aujourd’hui, Dilia apporte ses connaissances dans les activités du Plan National d’accouchement humanisé. Sa fille et sa petite-fille font partie du programme social depuis sa création.

C’est de manière presque intuitive que la famille découvre le plan. Maria Munol termine ses études d’éducation de base à l’Institut National de Formation et d’Education Sociale où elle a entendu pour la première fois l’expression « accouchement humanisé » lors de l’annonce du début d’un cours pour promotrices. Avec l’expérience acquise à la maison, immédiatement, Maria a voulu rejoindre le projet. Dilia allait seulement accompagner sa mère aux cours et elle a fini par participer au Plan.

« Je portais ma tristesse, ma douleur, ma colère, et je n’ai fait que suivre. A cette époque, je pleurais tous les jours en entendant ce que l’on disait, mais j’ai pu me retrouver dans le processus d’accouchement humanisé. Je me suis enthousiasmée et passionnée pour cette idée de pouvoir partager ma si triste expérience et de pouvoir ainsi aider d’autres femmes »  raconte l’enseignante.

Maria Munol et Dilia Ortiz avec les photos de deux générations de sages-femmes dans la famille : photo Michele de Mello

LE PLAN

Depuis juillet 2017, ce plan promeut un traitement humain de l’accouchement dans deux hôpitaux publics du pays, une politique qui suppose la connaissance du territoire national et de la diversité des femmes. Actuellement, 12.000 femmes chargées de cette promotion sont enregistrées et 2500 autres se trouvent en formation. Le but, fixé par Nicolas Maduro, est de parvenir à une équipe de 20.000 femmes d’ici l’année prochaine.

Le Ministère de la Femme et de l’Égalité des Genres a désigné 24 responsables politiques pour la mise en application du plan, une dans chaque état vénézuélien; en plus de permettre la supervision des 30 espaces d’accouchement humanisés dans le pays, cela devrait attirer davantage de promotrices pour le programme social.

Pour être promotrice, il suffit d’avoir entre 18 et 60 ans et d’être en capacité d’apporter de l’affection à la famille qu’elle va accompagner ; c’est là le principal pré-requis selon Anabel Perez.

Après leur inscription, les femmes suivent une formation en tant qu’enseignante au sein du Plan dans les espaces de vie commune de leurs propres communautés. Durant six semaines de cours, les promoteurs apprennent les notions fondamentales sur le processus de grossesse, d’accouchement et de post-accouchement, d’allaitement et d’éducation respectueuse, sur les méthodes pour aborder des domaines de santé intégrale communautaire, d’organisation sociale sur le territoire et des notions de base pour assurer le suivi dans la vie quotidienne des femmes enceintes et surveiller les facteurs de risque.

« L’intention est de faire en sorte que les femmes enceintes soient responsables, confiantes par rapport à elles-mêmes et leur grossesse, qu’elles sachent respirer, comprendre ce qui va se passer » affirme Dilia Ortiz.

« Dans nos centres d’attention, les promotrices font partie de l’équipe de santé de base élargie. Cependant, au lieu d’attendre les patientes dans les unités, les promotrices parcourent les communautés en cherchant à établir le contact avec des femmes enceintes ou en âge de procréer. La promotrice est la voisine, l’amie qui vit dans la même communauté et connaît la réalité de l’endroit. C’est là qu’elle tisse des liens affectifs, de fraternité, grâce auxquels les femmes enceintes et les promotrices se rapprochent les unes des autres. La promotrice invite la femme enceinte à un cours de formation sur la grossesse, dans lequel elles se verront une fois par semaine pour faire des exercices, pour se détendre, pour apprendre tout ce qui a trait à la grossesse, à l’accouchement, à l’allaitement et à l’éducation » raconte Anabel Perez, l’assistante pour l’accouchement.

A Caracas, l’hôpital Maternel Hugo Chavez a été le premier à s’adapter et à s’ouvrir à ce programme. Dans cette unité, les promotrices du Plan peuvent faire des projets et des doulas (accompagnantes intégrales) peuvent accompagner les femmes enceintes lors de l’accouchement. Toutefois, cette réalité n’existe pas dans tout le pays.

Selon Villegas, les professionnels de la santé, axés sur la médecine privée, continuent d’opposer une résistance à l’accouchement humanisé. « Nous devons actualiser nos équipes médicales, convoquer les équipes de santé, en plus du travail d’institutionnalisation ».

C’est pourquoi, afin d’élargir le champ d’application du plan, le Ministère de la femme mise sur une action coordonnée avec d’autres institutions, telles que le Ministère de la santé et du Travail.

En juillet 2019, le Plan National d’Accouchement Humanisé a célébré ses deux années d’existence

UN PEU D’HISTOIRE

Le programme social est le résultat d’une lutte d’environ 10 années des mouvements féministes pour la défense des droits de reproduction et sexuels des femmes. « C’est leur expertise, leur expérience qui nous ont accompagnés dans l’élaboration de la proposition du plan » affirme la vice-ministre, qui reconnaît également que tout ce qu’elle sait sur l’accouchement humanisé, elle l’a appris en dehors de l’université, aux côtés des mouvements sociaux. Ce que toutes les femmes impliquées dans le programme s’accordent à dire, c’est qu’un plan national comme celui-ci n’est possible que dans le cadre de la Révolution Bolivarienne. « Qu’un Etat, non seulement assume la défense de la dignité de sa population, de la personne sur le territoire, mais aussi qu’il assume la responsabilité de chaque femme enceinte dans chaque localité, c’est une transformation, c’est révolutionnaire » conclut la Ministre Asia Villegas.

Reportage et photos : Michele de Mello (+ 2 photos AVN)

Edition: Luiza Mançano

Coordination : Daniel Giovanaz et Vivian Fernandes

Source : Brasil de Fato https://www.brasildefato.com.br/2019/07/31/venezuela-comemora-dois-anos-do-plano-nacional-de-parto-humanizado/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (8): Marian Blanco

Synopsis:Ma satisfaction quotidienne, quand je remonte chez moi, c’est le salut et le sourire des gens. Ça ne s’achète pas. Une chose que m’ont enseignée mes patients, c’est de ne jamais renoncer à l’humilité. “ Ainsi parle la docteure Marian Blanco, médecin intégrale communautaire de la Mission Barrio Adentro, qui travaille dans les secteurs populaires de l’ouest de Caracas.

marian

Marian (à gauche) dans une des nombreuses assemblées de la Commune Altos de Lidice (Caracas)

Avant, dans les années 90, les politiciens nous considéraient comme des objets de leur charité, nous n’étions que leurs machines à voter. Chavez est venu changer tout cela. Pour lui chacune et chacun de ceux qui s’efforcent de vivre, qui luttent, était important(e). Cela vous rend amoureux. Cette même passion fait que le processus révolutionnaire ne va pas se refroidir, ni au bout de vingt ans, ni de trente ni de cinquante. La Patrie, ce n’est pas un morceau de terre situé géographiquement. La Patrie, c’est se reconnaître et de se respecter en tant qu’Égaux dans les différences. Nous sommes pétris d’adversité. Ce que nous n’avons pas, nous l’inventons. Rien ne nous nous paraît trop grand. Avec humilité, toujours.

Durée : 4 min. 40 sec., ESP sous-titres FR. 

Son: Víctor Hugo Rivera

Caméra et montage: Thierry Deronne

ProductionVenezuelainfos

République Bolivarienne du Venezuela, 2019

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Force féminine : comment les communardes vénézuéliennes affrontent le blocus

Par Marco Teruggi, pour Sputnik News

Les femmes qui habitent les quartiers populaires de Caracas ont un plan: mettre sur pied un système économique qui leur permette de garantir que les aliments leur parviennent directement des producteurs à leurs tables. La clef est l’organisation citoyenne, qu’on appelle ici le pouvoir populaire.

« On dirait une crèche quand la nuit tombe, si tu voyais quand s’allument toutes les ampoules » dit un communard depuis le toit d’une maison en construction du quartier La Libertad, au sud de Caracas. En cet endroit se trouvent les collines des pauvres avec les montagnes vertes, c’est la fin de la “ville”, la frontière. Comme d’habitude, la division géographique est une division de classes et politique : les hauteurs sont peuplées par les plus pauvres, en majorité chavistes, alors que les zones basses sont habitées par la minorité de classe moyenne, en général d’opposition.

Au seuil du quartier, tout en bas, se trouve l’épicentre commercial, le point névralgique: le rond-point de Ruiz Pineda. On y trouve tout ce qu’on veut. Le problème, comme dans le reste du pays, ce sont les prix. Il y a des épiceries, des supermarchés, des magasins et une petite galerie où il y a un mois, on a installé le siège du système d’Initiative Économique Socialiste Communale.

A l’intérieur du local sont empilés des sacs de farine de maïs, de café, de sucre, de sel, de savons bleus, les étagères sont remplies de beurre et de crème fraîche. Il en reste peu, presque tout a déjà été distribué, on attend la prochaine arrivée de produits. La précédente était de 14 tonnes, la prochaine sera plus fournie, avec deux produits de plus : savons de toilette et farine de blé.

« Un des objectifs est de démontrer que le peuple organisé, mobilisé, conscient, peut combattre la guerre, apporter son concours pour préserver la révolution, construire avec des actions concrètes » explique la communarde Yaritza Navarro, entourée d’autres femmes.

Le Système a commencé il y a trois mois. La nécessité l’avait précédé, dès qu’il est devenu évident qu’un des problèmes des prix résidait dans la dimension monopolistique de plusieurs produits, dans la chaîne d’intermédiaires et la spéculation de nombreux commerçants. La question a toujours été: comment transformer ce diagnostic en actes ?

Le point de départ fut la conviction du besoin d’avancer, l’organisation propre, et la certitude de le faire, avec ou sans appui de l’Etat. Mais comment commence-t-on si on ne possède pas de capital, dans un scénario comme celui de l’économie actuelle du Venezuela ?

Yaritza Navarro, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le diagnostic fut le suivant : il existe des communes rurales productrices d’aliments et des communes urbaines disposées à acheter cette production. Il est nécessaire de construire un système d’économie communale qui permette d’aller directement des premières aux secondes, celles-ci se chargeant aussi de la distribution finale. Bref, supprimer les intermédiaires et les commerçants.

Le début

Elles ont commencé avec une tonne de café à crédit. Le plus difficile fut de convaincre la commune, située dans l’état de Lara, vers l’ouest du pays, qu’elle envoie cette quantité sans paiement préalable et qu’elle en prenne en charge le transport. Pour cela furent déterminantes la confiance et la légitimité des communes réunies à Caracas: le Système qui faisait ses premiers pas, regroupe 13 communes de Caricuao, dont Ruiz Pineda est un des secteurs.

La deuxième étape fut de recevoir le café sans avoir encore de lieu pour le stockage, aujourd’hui installé dans la galerie. La distribution et la vente s’est faite dans chaque commune, elles ont réuni l’argent et ont pu payer la commune productrice de café. C’est ainsi qu’a commencé à se mettre en marche la machine qui leur a permis d’obtenir le premier capital et un excédent.

« Avec ce fonds nous nous sommes risqués à tisser plus de liens avec plus de producteurs pour obtenir plus de produits » explique Yaritza. Dans un cadre de dévaluation monétaire, elles ont choisi de réinvestir dans davantage de produits – mieux vaut avoir de la nourriture que des bolivars – et utiliser l’excédent pour l’outil indispensable : le camion communal, qui se trouvait hors de service faute d’argent pour l’arranger.

Le pouvoir populaire en action

Le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale a commencé à se mettre sur pied. Il a impliqué d’aborder trois éléments simultanément : l’économique à proprement parler, l’organisationnel et le politique. L’objectif n’a jamais été d’ouvrir une épicerie de produits de communes rurales mais de réussir à fortifier chaque instance d’organisation territoriale, ce qu’on appelle le pouvoir populaire, par des actions concrètes.

Luisa Gragirena, communarde, montre la Loi Organique de l’Économie Communale: ”C’est notre base, notre président Hugo Chávez nous a légué la plate-forme juridique pour que nous, en tant que pouvoir populaire, développions et brisions les schémas du système capitaliste. Evidemment ce n’est pas facile mais ce n’est pas impossible non plus.

Luisa Gragirena, communarde qui travaille dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communale de Caracas, Venezuela. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Luisa lit « La présente Loi a pour objectif de développer, et fortifier, le pouvoir populaire, en établissant les normes, principes et procédures pour la création, le fonctionnement et le développement du système économique communal (…) dans le but de satisfaire les nécessités collectives et de réinvestir socialement l’excédent, à travers une planification stratégique, démocratique et participative« .

Pas d’économie communale sans organisation populaire, sans construction d’instances démocratiques pour participer et décider. Dans le Système on a décidé que cette instance principale se réunirait chaque mercredi à 15 h. C’est là que se réunissent les délégué(e)s des communes pour évaluer, planifier et prendre les décisions.

Le mercredi 17 juillet par exemple, elles sont venues présenter les nouveaux produits qui entreront dans la prochaine opération. Il s’agit de ce que produit l’Unité de Production Familiale dont fait partie Rosa Meléndez, communarde de Caricuao: savons, shampoing et baume pour les cheveux. Pour le moment elles produisent 4.000 savons mensuels et atteindront les 20.000 à travers des portes de vente et de financement qu’ouvrira le système.

L’objectif est d’avancer vers des instances productives: « Nous allons financer les semences certifiées et selon la projection des terrains nous allons impulser des unités productives. En décembre nous pourrons manger notre ciboulette, nos poivrons et les épices typiques de fin d’année” explique Yaritza.

Savon de toilette offert dans le Système d’Initiative Économique Socialiste Communal de Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

L’avenir

Chaque pas a été franchi grâce à la force de l’organisation. On espère installer des centres d’approvisionnement dans chaque commune faisant partie du système, ajouter deux produits à chaque livraison, agréger plus de communes, réussir à monter un réseau communal soutenable dans le contexte de la guerre économique : pour garantir un revenu juste pour les producteurs et des excédents à réinvestir.

En trois mois ces femmes ont réussi quelque chose de stratégique: garantir l’approvisionnement en ingrédients du petit déjeuner consommé dans les quartiers populaires: café, arepa (galette de maïs), beurre, et la pointe de crème fraîche qui comme on me l’explique, avait disparu des tables. Il manque le fromage et les protéines animales – c’est un de leurs objectifs.

Elles projettent beaucoup de choses pour la suite. Il existe chez elles – la grande majorité sont des femmes – une volonté profonde de faire face collectivement aux difficultés qu’elles vivent. La dimension du chavisme prend ici tout son sens: dans la présence de chacune d’elles, dans les conseils communaux, les communes, le Système. Il y a des milliers de Yaritza et de Luisa dans tout le pays.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/america-latina/201907191088080809-fuerza-femenina-asi-enfrentan-el-bloqueo-las-comuneras-venezolanas/

Traduction: Thierry Deronne

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« Nous, les vénézuéliennes, ne reviendrons jamais à la soumission ! »

Yirley Rodriguez

La vénézuélienne Yirley Rodríguez Naranjo est une militante du collectif Cimarrón engagé dans la révolution bolivarienne et dans la lutte féministe. Elle nous parle des droits conquis par les mères et les femmes au foyer, du travail en commun avec les colombiens déplacés et les brésiliens du Mouvement des Sans Terre, dans la lutte pour une vie digne. Interview réalisée par Fabian Perlini, publiée dans le numéro sur la grève des femmes du 14 juin 2019 de «vorwärts» (en avant!), le journal socialiste suisse, www.vorwaerts.ch

Qu’est-ce que le « Collectif Cimarrón », peux-tu nous parler du travail de ce groupe ?

Cimarrón est une organisation sociale de femmes et d’hommes qui fait partie du mouvement populaire vénézuélien. Il est né en 2005 dans la ville de Maracaibo, dans l’État du Zulia. C’est un territoire limitrophe de la Colombie, qui a conféré au collectif Cimarrón ses caractéristiques de lutte – comme faire face aux agressions permanentes du paramilitarisme colombien, au déplacement forcé de la population colombienne par la guerre, à la guerre de guérillas, mais aussi construire la relation des peuples frères de Colombie et du Venezuela dans une lutte commune.

Cimarrón est né à la chaleur de la révolution bolivarienne, dans les luttes des étudiants universitaires et dans la construction d’un État communal : des jeunes s’organisent pour construire des conseils communaux et des communes, à travers la création et le développement d’une méthode de formation avec les communautés, la lutte politique féministe et l’action culturelle dans la rue. Pendant ces 13 années, Cimarron a développé un travail de base pour féconder la révolution culturelle, la révolution féministe, la révolution socialiste.

Tu travailles avec les Travailleurs sans Terre du Brésil. Comment cela s’est-il produit ?

Le collectif Cimarrón a rencontré le Mouvement des Sans Terre (MST) du Brésil, par l’étude des mouvements sociaux de Notre Amérique, et aussi par le travail que la brigade internationaliste Apolonio de Carvalho (délégation du MST au Vénézuéla, à la suite d’un accord passé avec le président Chavez) mène ici pour appuyer les processus d’unité du mouvement populaire, de formation politique avec ceux qui militent dans la révolution bolivarienne. Nous donnons la même importance que les brésiliens au travail de base et de formation au-delà des conjonctures, et c’est ce qui nous a amenés à fraterniser. Nous avons construit une idée qui est celle d’une école de formation politique marxiste, qui développe la méthode du matérialisme historique dialectique recréé par Paulo Freire dans l’éducation populaire. Une école des et par les mouvements sociaux.

Au cours de l’année 2016 et 2017, la compagne Luisa du Collectif Cimarron a assumé la responsabilité de l’école et depuis 2018, j’assume la tâche de coordonner l’école au nom du collectif, l’idée est de faire tourner cette tâche, pour que l’expérience aboutisse à former des militant(e)s dans le domaine de la coordination et du développement de la méthode (1).

Quelle est la signification de la lutte des femmes dans la situation actuelle au Venezuela ?

Les femmes du monde du travail se sont construites comme le sujet politique qui fait preuve de la plus grande participation à la base et à la direction de la révolution bolivarienne. Puisque cette révolution est une proposition politique de justice sociale pour les opprimés, les exploités et les démunis, les femmes la comprennent comme une stratégie d’émancipation définitive des systèmes d’oppression capitaliste, patriarcale, raciste et colonialiste qui placent les femmes au centre de toutes les agressions. Ainsi, les femmes se constituent en peuple chaviste, c’est-à-dire comme militantes, militantes, créatrices, productrices de la lutte politique pour construire le pouvoir populaire contre le pouvoir de l’état ancien, bourgeois, machiste, raciste, colonial et de masse, et se sont organisées dans les différentes structures qui ont été créées comme celle du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), celle de l’Etat communal dans les conseils communaux et les communes, ainsi que les missions sociales créées pour résister au blocus immoral que les Etats-Unis ont imposé au Venezuela: comme les CLAPS (Comités Locaux de Production et d’Approvisionnement).

Une des femmes des quartiers populaires qui ont défendu la frontière du Venezuela face aux assauts paramilitaires, le 23 février 2019. Voir « Le peuple bolivarien inflige une nouvelle défaite aux médias occidentaux » https://wp.me/p2ahp2-4wb

Les femmes chavistes d’aujourd’hui sont en pleine résistance contre l’ingérence et le blocus imposés par les États-Unis, par exemple lors de la bataille des ponts du 23 février 2019 à la frontière entre la Colombie et le Venezuela où les paramilitaires et la CIA épaulèrent l’autoproclamé Guaido dans l’entrée en force d’une pseudo « aide humanitaire » comme prétexte de l’invasion. Les femmes se sont rassemblées à la frontière pour la défendre contre l’invasion étrangère, ce sont elles qui ont défendu en nombre la souveraineté et l’intégrité territoriale, avec la force d’une peuple féminin chaviste prêt à donner sa vie pour défendre les droits et le pouvoir déjà conquis. Et ce n’est pas un slogan: l’article 88 de la Constitution Bolivarienne du Venezuela prévoit des droits historiques tels que la reconnaissance de la valeur économique du travail domestique comme production de richesse, ce travail que les femmes accomplissent gratuitement depuis des siècles en tant qu’esclaves du patron et de la famille. Comme beaucoup d’autres droits à présent inscrits dans la Loi Organique du Travail, le congé postnatal de 6 mois, la réduction de la journée de travail avec le même salaire pour la protection de l’allaitement maternel, l’interdiction de licenciement dans les deux années post-accouchement pour le père et la mère.

Ces droits nouveaux qui portent par exemple sur les rapports de production au travail, ont été construits dans plus de 60 assemblées de femmes organisées en 2011, auxquelles j’ai eu l’honneur de participer, nous avons participé, discuté et débattu des contradictions rendues visibles, je me souviens qu’une compagne avait dit que le patron allait se fâcher parce que nous ne travaillerions que 4 heures après l’accouchement et qu’ils n’allaient plus donner de travail aux femmes, ce qui a enflammé le débat: une autre a répondu que l’employeur avait plus besoin de nous que nous de lui, que dans le socialisme on doit respecter les heures d’allaitement comme un acte de souveraineté alimentaire pour ne pas donner plus ces produits Nestlé qui rendent malades les enfants, que tout cela serait un coup d’arrêt porté au machisme patronal et aux transnationales de l’alimentation. C’est ainsi que s’est forgée la compréhension du triple temps de travail imposé aux femmes et de comment une Loi Organique se devait d’éliminer cette triple exploitation.

C’est ainsi qu’au Venezuela, la femme s’est configurée en sujet politique : dans le débat, dans la contradiction qui n’est plus passée sous silence, dans la reconnaissance du nous, dans le sentiment d’être fortes, actrices directes, courageuses de l’Histoire. Plus jamais la vénézuélienne ne reviendra à la soumission dont elle a été l’objet. Certaines personnes critiquent le fait que des femmes passent toute la journée dehors dans la rue, hors de chez elles, qu’elles perdent leur temps dans le parti, dans le conseil communal, au centre de soins, dans la manif, dans la remise des colis d’aliments du CLAP, qu’elles négligent leurs familles, qu’elles cherchent un amant, qu’elles sont devenus folles, que les valeurs sociales se perdent. À ces critiques, nous répondons que, oui, nous sommes devenus folles d’amour pour le peuple, que oui, se perdent les anti-valeurs que nous imposaient des racistes, des machistes: celles de l’obéissance, de la soumission, et que se construisent les valeurs de la solidarité, du travail socialiste et du respect, que se construisent des relations sociales féministes et socialistes parce que jamais nous ne redeviendrons, ni aucune femme émancipée, les esclaves du travail domestique gratuit ou des relations privées ou publiques violentes au nom de mensonges comme la liberté individualiste du capitalisme ou l’amour romantique.

Source : https://www.vorwaerts.ch/feminismus/wir-frauen-werden-nie-wieder-in-die-unterwerfung-zurueckkehren/

Merci à Natalie Benelli

Traduction: Thierry Deronne

Note: (1) dans cette vidéo réalisée par Terra TV sur un des ateliers de cette école, Yirley Rodriguez nous explique en détail cette méthode de formation des mouvements sociaux :

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (7): Eneida Ramirez

En mai 2019 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et Terra TV ont initié un cycle de portraits de femmes du peuple vénézuélien. C’est une plongée dans le Venezuela « hors champ médiatique », à savoir populaire, quotidien et féminin en sachant que la femme est en première ligne des organisations révolutionnaires et de la résistance à la guerre économique états-unienne. Et qu’elles parlent sans besoin de faire dans la contre-propagande. Comme Eneida Ramirez, la couturière installée dans le quartier populaire de Petare (Caracas), passée de la découpe des patrons de catalogues à la fondation de sa propre “école”.

Durée : 4 min. 15’, ESP sous-titres FR. 

Image et montage: Jesus Reyes.

Son: Victor Hugo Rivera.

Production: Venezuelainfos 2019.

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (6): Yaniska Gámez

Venezuela, une femme parmi tant d’autres (6): Yaniska Gámez. Durée : 4 min. 45’, ESP sous-titres FR. 

Aux confins de l’état de Portuguesa, beaucoup de femmes ont appris l’artisanat en suivant les cours de Yaniska Gámez. Nous l’avons rencontrée alors qu’elle préparait ses filles pour leur répétition de danse. « On me demande d’enseigner quelque chose qui soit vraiment utile, alors j’enseigne à faire des chaussures, des sacs à dos, des trousses pour les enfants. Vu la situation actuelle je leur dis « ne vous compliquez pas la vie, apportez une bonne semelle ».

Réalisation : Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera. Mixage: Victor Hugo Rivera.

Production : Betzany Guedez / Venezuelainfos 2019

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La pharmacie communale. Comment les femmes d’un quartier populaire ont fait face au manque de médicaments

Par Nathali Gomez pour RT, 5 juin 2019

Pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas. Nathali Gómez / RT

C’est dans la maison de Manuela Gutiérrez, siège du “Conseil communal Coromoto de Dios” que démarre le plan-séquence de cette histoire, quelques heures avant l’inauguration de la pharmacie communale d’Altos de Lídice, un quartier populaire de l’ouest de Caracas.

Betsy Rebolledo découpe des ampoules de médicaments tout en s’assurant, encore et toujours, que tous les noms et toutes les quantités des médicaments soient bien inscrits sur la feuille de calcul. Pour arriver à cette scène, il a fallu des mois de visites communautaires, de réunions, de débats et de planification.

Dans la pharmacie  » Santé pour le quartier  » de la Commune d’Altos de Lidice / Nathali Gomez / RT

Cette femme de 26 ans, membre du “Conseil communal Pouvoir et Unité”, fait partie de l’Equipe de santé et de protection sociale » avec 19 autres femmes qui appartiennent à six autres conseils communaux qui forment à leur tour la « Commune Altos de Lídice« , située dans le secteur populaire de La Pastora à Caracas.

Au Venezuela, la commune est un outil important de la démocratie participative. Dans cette organisation politique, sociale et géographique promue par le Président Hugo Chávez, les citoyen(ne)s organisé(e)s construisent des services publics et développent des projets productifs.

D’où viennent les médicaments ?

Les mains de Betsy, responsable de la pharmacie, s’affairent à ranger des paquets de comprimés sur une étagère.

Le Dr Roberto Bermúdez, médecin chilien qui coordonne l' »Espace de santé communal intégral Carlos J. Bello« , dirigé par le Dr Dulfa Perozo, consulte un ordinateur portable et explique avoir reçu 311 lots de médicaments, fruit d’une collaboration internationale gérée par la commune.

Il évoque son récent voyage dans son pays, où il a « réuni beaucoup de bonnes volontés« , ce qui a “permis à des dons réguliers d’arriver il y a deux mois » fournis par un groupe de médecins chiliens qui ont étudié au Venezuela.

Les femmes peaufinent les détails avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Les médicaments et leurs compléments ont été envoyés à l’origine à la Fondation Dr. Allende, qui en a fait légalement le don à cette commune de Caracas, avec laquelle il travaille et qui est composée d’une population de 6.096 habitants.

La liste des médicaments est classée comme suit:

Neuro-psychiatriques.

Analgésiques et anti-inflammatoires.

Pour le cholestérol et le diabète.

Pour traiter les cardiopathies et les diurétiques.

Antibiotiques et antifongiques.

Anti-allergiques et anti-immunologiques.

Gastro-intestinaux et suppléments.

Gynécologiques.

Si vous imaginez qu’à la porte de la pharmacie « Santé pour le peuple« , il y a une file d’attente de patients avec une ordonnance en main, détrompez-vous.

Pour Marianne Blanco, médecin de la communauté intégrale, la réalité est bien éloignée de l’image qui s’est répandue en raison de la pénurie de certains médicaments dans le pays sud-américain.

Partie de l’inventaire de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique qu’une évaluation intégrale du patient est menée au préalable, un traitement est indiqué, qui n’est pas seulement pharmacologique, on vérifie sur base des mises à jour de l’inventaire de la pharmacie, et les ordonnances sont émises avec des caractéristiques particulières.

Dans la commune il y a trois centres de consultation où travaille le même nombre de médecins communautaires intégraux. La priorité d’accès aux médicaments est donnée aux patients alités et à ceux ou celles qui en ont besoin de manière indispensable. En cas d’absence du médicament, une « prescription ouverte » est établie et la personne est informée dans quel établissement elle peut la trouver.

La pharmacie en action

L’inauguration se fait sans coupure de ruban, ni flashes, ni applaudissements. Sans autre cérémonie, l’équipe féminine et le docteur Roberto disent quelques mots avant de poser pour la photo sur le seuil de Manuela.

Inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

L’inauguration se poursuit par la visite de trois patients alités. La médecin, qui fait partie du « Conseil Communal El Bosque de Lídice », escalade une fois de plus les escaliers de ce quartier, le plus haut de ce secteur, avec Barbara et Maritza.

Plus on grimpe, plus le chemin de marches se fait labyrinthe. En face, la montagne au nord de la capitale. La vue est traversée par d’humbles maisons en briques et toits en zinc. Tout le monde salue la médecin qui s’arrête, répond aux questions, avant de poursuivre l’ascension.

Les femmes de l’équipe de santé lors de leur visite sur les hauteurs de la Commune Altos de Lídice, à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle s’arrête dans la première maison de l’itinéraire, entre dans la chambre du patient, converse un moment et lui donne les médicaments. Elle continue une longue marche dans le quartier. Une deuxième maison. Les enfants et les chats sortent pour la recevoir. Une grand-mère assise sur un lit, tout émue de la voir, explique comment elle se sent, la médecin lui remet les comprimés. Finalement, avec les deux autres femmes, elle arrive au seuil du troisième “arrêt”: un grand-père, qui a obtenu son fauteuil roulant grâce à la Mission Sociale José Gregorio Hernández (qui s’occupe des personnes handicapées) reçoit une ampoule d’analgésiques. La pharmacie vient de faire ses premières livraisons.

Marianne Blanco, médecin intégrale communautaire remet des analgésiques à un patient de la commune. / Nathali Gómez / RT

« Aide humanitaire »

La médecin explique en riant que ces dons ne font pas partie de la pseudo “aide humanitaire” que le député d’extrême droite Juan Guaidó a tenté de faire entrer au Venezuela depuis la Colombie en février dernier, ni même – pour parler plus sérieusement – de l’aide technique humanitaire envoyée ces dernières semaines par la Chine, la Russie, Cuba et des organisations internationales comme les Nations Unies, dont l’OMS, et la Croix-Rouge.

Après l’aggravation des sanctions états-uniennes, après l’autoproclamation de Guaidó en tant que « président intérimaire », le gouvernement Maduro a reçu des tonnes de médicaments et de fournitures médicales de pays alliés pour le système de santé de l’Etat.

La commune ne les a pas encore demandées parce qu’elle veut démontrer par cette première expérience que le pouvoir populaire peut les administrer « scientifiquement, équitablement, sans clientélisme, sans copinage, sans corruption » précise-t-elle.

Trailer de « Commune » (sortie fin 2019). Une réunion de l’équipe de santé de la Commune Altos de Lidice. Image: Jesus Reyes. Son: Victor Hugo Rivera. Production: École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision / Terra TV

Élever le moral

Une pharmacie serait considérée comme le projet naturel d’une commune si elle n’avait pas pour toile de fond une situation plus urgente : les sanctions unilatérales de Washington ont empêché l’importation, par l’État, de médicaments pour les vénézuéliens, à hauteur d’environ 16 millions d’euros.

Face au manque de médicaments, nous avons décidé de nous organiser” explique Rosiris Zapateiro, éducatrice colombienne du Conseil communal “Coromoto de Dios”.

Comptage des médicaments avant l’inauguration de la pharmacie « Santé pour le quartier » de la « Commune Altos de Lídice », à Caracas / Nathali Gómez / RT

Elle explique que son travail dans la commune est spontané et solidaire. “Nous n’avons pas de bénéfices, c’est un produit de la nécessité causée par le blocus” ajoute-t-elle. Elle insiste sur la force qui naît lorsqu’elle se joint à ses compagnes pour « élever le moral de la communauté » subissant les assauts de la guerre économique. “Nous luttons pour aller de l’avant”, dit-elle, tout en avouant que, bien qu’elles soient un groupe de femmes “guerrières”, lorsqu’elles se sentent faiblir, elles s’appuient sur les liens qu’elles ont noués en tant que famille.

Visites antérieures dans le quartier

Il y a un an, lors de la création de l’équipe de santé et de protection sociale de la commune, ses membres ont défini et réalisé une série d’objectifs pour aboutir à l’inauguration de la pharmacie “Santé pour le quartier”.

En quelques jours, ces femmes et les médecins ont fait le tour des zones couvertes par les sept conseils communaux. Ils ont visité les patients, consulté leurs rapports médicaux, établi des diagnostics et examiné quels médicaments leur avaient été prescrits. En trois mois ils ont systématisé les données.

Visite pour remettre les médicaments au patient de la “Commune Altos de Lídice”, à Caracas / Nathali Gómez / RT

« La pharmacie est née parce que nous avons vu que notre méthodologie était bonne, et nous l’avons vérifié avec les arepazos« , explique le médecin. Dans le cadre des “arepazos”, plus de 100 enfants des sept conseils communaux ont été pris en charge: des vaccins ont été administrés, des évaluations nutritionnelles et pathologiques ont été effectuées, et leur niveau de scolarité a été enregistré.

Alejandra Trespalacios, du conseil communal “Pouvoir et gloire” se souvient de son travail de collecte de données. « J’ai été surprise de voir ce que j’ai vu, de la façon dont certaines personnes vivent dans des conditions très vulnérables, je me suis rendue dans des endroits que je ne connaissais pas pour détecter les besoins que nous avions« .

Quand je l’interroge sur le pourquoi de l’écrasante majorité des femmes dans l’équipe de santé, elle répond qu’elles sont là parce qu’elles portent les connaissances de mères et de grands-mères. « Nous sommes toutes des femmes : on ne nous a pas encore vues en action !” lance-t-elle en riant.

Nathali Gómez

Source: https://actualidad.rt.com/actualidad/317066-farmacia-comunal-organizacion-popular-medicinas-venezuela

Traduction: Thierry Deronne

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (5): Elizabeth Noite.

Venezuela, une femme parmi tant d’autres. Microportrait 5: Elizabeth Noite. Durée: 3 min. ESP sous-titres français.

La brume des hauteurs populaires de Caracas rafraîchit les muscles de l’équipe de foot. C’est pour ces enfants du barrio qu’Elizabeth, entraîneuse sportive, a choisi de travailler, malgré la résistance initiale de ses parents. Il y a un autre frisson: le plaisir de voir, au fil des matches, ses efforts et sa passion porter leurs fruits. « Même si ce ne sont que six heures par semaine, tu connais chaque enfant, il fait partie de toi. Mon projet est qu’ils cessent d’avoir peur en tant que personnes, qu’ils puissent déployer la même énergie dans tous les aspects de la vie ».

Son direct: Victor Hugo Rivera (photos).

Caméra, montage, photos: Jesús Reyes.

Production: Venezuelainfos / Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma et de Télévision 2019.

République Bolivarienne du Venezuela 2019


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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (4) : Mardelis Graterol (Terra TV)

Venezuela, une femme parmi tant d’autres. Microportrait 4: Mardelis Graterol (5 min., ESP sous-titres FR).

Eloignée de son époux, Mardelis a commencé une vie nouvelle sur les terres fertiles de Boconoito, dans l’état de Portuguesa, en plein coeur agricole du Venezuela. Alphabétisatrice, militante de plusieurs programmes sociaux mis en place par la révolution bolivarienne, elle consacre aujourd’hui le plus de temps possible à ses enfants: leur enseigner à semer, à produire, leur transmettre une certaine idée de la vie, basée sur l’entraide et l’altruisme.

Enquête: Betzany Guedez.

Réalisation, montage, photographies: Victor Daniel Rivera et Jorge Henriquez.

Production: Terra TV.

République Bolivarienne du Venezuela, 2019.

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Venezuela, une femme parmi tant d’autres (3): Yirley Rodriguez

Venezuela, une femme parmi tant d’autres, micro-portrait 3 : Yirley Rodriguez (durée 1 min. 30, ESP sous-titres FR). Membre du Collectif Cimarron, formatrice intégrale au service des mouvements sociaux et du féminisme populaire, Yirley collabore aussi avec l’équipe des Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil arrivée il y a dix ans pour appuyer la révolution bolivarienne. Pour elle “le pouvoir populaire est une femme. Toutes ces écoles de pouvoir populaire ne se font que grâce à la force de travail des femmes“.

Production: Venezuelainfos. Réalisation et montage: Yarumi Gonzalez et Miguel Escalona. République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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