Wakapa, les Jibi et la victoire dans la guerre de la faim

José Roberto Duque

Los Jibi sont un des peuples originaires qui peuplent la frontière colombo-vénézuélienne, il est plus connu comme le peuple Guajibo.

atarayaimg_20160721_134234-copiaJe dirai plus loin quelque chose sur ce verbe répugnant de « guajibier » pour ceux qui ne le connaitraient pas ou ne s’en souviendraient pas. Nous parlerons aussi de ce que font les fils de ce peuple survivant de massacres pour remporter un round dans la guerre de la faim menée contre le Venezuela.

Les Jibi comptent dans leur vaste cosmogonie plus d’une divinité parmi lesquelles Yamaju, la Mater qui fabrique la fureur des éclairs et du tonnerre. Par conséquent les divinités et leurs taches intimidantes possèdent une relation directe avec les eaux : il y a des éclairs et du tonnerre quand il pleut.

Ces lignes proviennent de ma une rencontre récente avec quelque chose qui se produit dans et avec les abondantes, torrentielles et productives eaux du sud du Venezuela, aussi me pardonnera-t-on le détour par une paire de mythes ancestraux et par quelques données historiques avant d’aller au cœur du sujet. Ce cœur ne battrait pas sans les auspices de deux ou trois phénomènes qui ont lieu aux abords du colossal Orénoque.

Il existe un village appelé Puente Parhueña, à mi-chemin entre Puerto Páez et Puerto Ayacucho. Il s’agit d’une communauté de formation récente : je ne dispose pas de données précises mais la mémoire des amis Jibi, fondateurs et fils de fondateurs, fait remonter le peuplement initial de cette ancienne plantation aux années 50 du vingtième siècle. Ses premiers habitants furent dans leur majorité des Guajibo déplacés par les multiples guerres et massacres commis dans les territoires colombiens du Vichada, du Meta et de Casanare. Cette communauté de l’état vénézuélien d’Amazonas est le produit d’un cruel exode colombien : celui des « Guajibos » ou « Jibis » qui fuyaient les « guajibiades ». “Guajibier” signifie « chasser du Guajibo ». Les guajibiades étaient des pratiques ethnocidaires et génocidaires très communes consistant à liquider des indigènes à coups de fusil et de machette, soit pour les déposséder de leurs terres originelles, soit par pur plaisir.

En 1971, lors du procès des assassins de 16 indigènes (massacre de La Rubiera, 1967), quand les autorités colombiennes se décidèrent à capturer quelques-uns des criminels, un des prévenus fit une déclaration insolite pour se défendre des accusations de multiples assassinats. Cette phrase simple fit le tour du monde et devint le titre du reportage de Daniel Samper : « Je ne savais pas que c’était mal de tuer des indiens ». Grâce au cynisme, à l’ignorance, à la maladie mentale ou spirituelle ou à la sincérité de ce salaud, beaucoup de personnes ont découvert quelque chose qu’elles ne se rappellent probablement pas à chaque « festivité » du 12 octobre : tuer des indigènes est mal et pour cela ils insistent pour qu’on rende à cette date le nom de « journée de la race » qui donne une légitimité historique aux guajibiades.

Histoire ancienne ?  D’aucune manière. La folie guerrière continue d’assassiner des indigènes de tous les peuples ancestraux ainsi que des peuples métis et de toute provenance.

Ce dieu Yamaju, père des éclairs et des grondements, porte sur lui une arme de poids appelée Wakapa. Wakapa est un lieu de l’État d’Amazonas, en plein Parhueña, où il y a six ans s’est produite la révélation suivante. Il existe une autre divinité Jibi appelée Munueno ; c’est le père vigilant et protecteur des poissons. La tradition orale Jibi en fait un vieil homme maigre, barbe et cheveux blancs, qui marche dans l’eau appuyé sur deux troncs et qui a les yeux sur les genoux. La révélation fut l’arrivée subite à Parhueña d’un sujet appelé Walter Lanz. Personne n’a vérifié si ce camarade a des yeux aux genoux mais à peine est-il arrivé sur les terres de la famille Yuave que tout le monde est tombé d’accord qu’il était identique au Munueno de la mythologie guajibo. La surprise a continué lorsque l’homme à la barbe blanche a commencé à les enthousiasmer à propos du projet de l’Ecole Populaire de Pisciculture et avec la possibilité que dans ces sablières amazoniennes on pourrait élever des « cachamas » et en outre semer des fruits, des légumes, des types de mais pour la consommation humaine.

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne, auteur de ce blog (droite)

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne (droite), auteur de ce blog.

« Élever des poissons près de l’Orénoque » c’est comme « vendre des frigos au Pôle Nord »

Voici les clefs de cette blague:

  • Parhueña se trouve à une demi-heure du fleuve Orénoque, en voiture.
  • L’expression « élever des poissons près de l’Orénoque » équivaut à dire « emmener des chèvres à Coro » ou « vendre des frigos au Pôle Nord ». Ou si l’on veut, « habituer les gens des villes à semer dans la cour de leur maison et à administrer des poulaillers verticaux quand le pétrole est à 100 dollars et que la nourriture abonde dans les épiceries et dans les supermarchés ».

Bref, il y a quelques jours j’ai visité Parhueña. De là on m’a emmené pour réaliser une activité de celles dont on ne sait comment remercier la vie, surtout quand on est vénézuélien : nous sommes allés avec Jessica pêcher dans l’Orénoque, accompagnés par des habitants de Parhueña et de Mare Mare (État de Bolívar). Notre barque à moteur a bondi durant une demi-heure au pied d’une de ces rochers préhistoriques de la taille du Polyèdre de Caracas. Là nous est arrivé quelque chose qui en aurait déprimé d’autres : à cause de l’équipement de fortune que nous emportions (un hameçon très grand et un fil de nylon très mince), le peu d’adresse, l’intervention de Munueno le grand Veilleur et la dentition des poissons « Caribes », nous nous sommes retrouvés sans matériel de pêche en quelques minutes. Munueno sait que l’être humain s’alimente de poissons mais sa mission est d’éviter que les consuméristes et les accumulateurs ne viennent extraire plus de poissons qu’ils n’en ont besoin.

Il manquait la partie principale du privilège : être entourés d’enfants Jibi et métis, de 8 à 14 ans, être témoins de la manière fraîche et agréable avec laquelle ces petits sortaient, un par un, des poissons de six variétés, certains plus grands que d’autres. Parenthèse : un des garçons portait un filet qu’il lançait de temps à autre. A chaque lancer il ramenait une demi-douzaine de petits poissons, mais ceux-ci n’étaient pas la pêche proprement dite : c’était la proie pour l’hameçon des poissons grands ou moyens. C’est ainsi, en riant de et avec nous, caraquègnes maladroits pas foutus de pêcher quoi que ce soit, qu’ils ont pêché des « bagres », des « paletos », des « torunos », des « payaras », des « caribes » et des « bocones ». Une heure et quelque de jeux et de manœuvres ont suffi pour que nous rentrions au village sur le fleuve et pour nous livrer à l’indescriptible rite de dépecer et de manger ces poissons avec les mains, collectivement. Nous avons fini par nous lasser de tant de « payara », « bocón » et de « sapoara ».

Nous allons redire avec un marteau pour qu’on l’entende bien (une fois encore) la partie cachée de cette blague : ces enfants indigènes ont réussi, en une heure et quelque d’amusement et d’espiègleries, ce qui dans les villes nous coûte des heures de files, de colère, de frustration, de maladies nerveuses, cardiovasculaires; de violence physique et psychologique : obtenir quelques kilos de protéines animales pour le foyer et pour les nôtres.dsc07383-copia

« En ce moment il y a une marée de bancs de poissons dans l’Orénoque » nous ont expliqué Ruben et Mayra, et de là vient une autre : dans deux semaines une marée de poissons viendra de Caicara ».

Cette manne n’est pas un phénomène permanent, mais il y aura toujours des poissons dans l’Orénoque et dans les grands fleuves. Toujours.

Ces jours-ci il y avait à Puerto Ayacucho une Fête du Poisson. L’offre : sept kilos de « bocón » à deux mille bolivars. C’était un 19 juillet; dans la majorité des villes le poisson du fleuve coûtait alors de mille huit cents à deux mille bolivars le kilo.

Munueno ignore peut-être un détail : malgré cette fête du poisson, qui révèle une offre suffisante pour couvrir les besoins régionaux et certainement nationaux, une bonne partie de ce qu’on pêche dans nos grands fleuves est emporté en Colombie, où tout s’achète et se vend à des prix 50 fois plus élevés que de ce côté-ci du fleuve et de la frontière.

Cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson. Elle s’est contentée de les récolter.

Quelques jours plus tard nous écoutions la transmission en direct sur toutes les chaînes de Lorena Fréitez, ministre de l’Agriculture Urbaine, expliquer à tout le pays le point de départ le plus simple de la politique gouvernementale de production de protéine animale : on calcule le besoin par personne, on multiplie cet indice par la quantité d’habitants d’une communauté. Ensuite on détermine de combien de porcs, de poulets ou de poissons a besoin cette communauté. La logique mène au reste : si on a besoin de deux mille kilos de produits carniques et que je finis par en produire 4 mille, une fois les besoins en protéines de la communauté satisfaits je passe à la distribution du reste aux communautés qui n’ont pas atteint leur « quota de production » (terminologie nuisible que nous, les ignorants en la matière, employons parfois à défaut de connaitre un terme plus approprié).

Voyons comment s’applique cette formule à une communauté telle que Mare Mare, sur les rives de l’Orénoque : cette communauté peut pêcher et manger tout ce qu’elle voudra, l’excédent de poissons restants est incommensurable. Mais il ne faut pas oublier la donnée cruciale : cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson (de même que nous, citadins n’avons rien fait pour produire tout le pétrole que nous a offert le sous-sol), elle s’est limitée à les récolter. Une fois souligné le mot « production », nous trouvons la formule et l’analyse du Ministère de l’Agriculture Urbaine correctes. Revenons à Parhueña, à Wakapa et à l’École Populaire de Pisciculture.

A Parhueña, après l’arrivée de Walter et la mobilisation des sœurs Mayra et Alejandra Yuave, de leur mère María, de Ruben Montoya et d’autres parents et voisins, ont commencé à se produire des faits étranges tels que par exemple le fait qu’on y a élevé et qu’on y élève du poisson en contrevenant quelques paramètres des techniciens, universitaires et « experts en la matière ». Par exemple : quelqu’un leur ayant dit qu’ils ne pouvaient créer d’étangs pour élever des poissons sans auparavant demander les permis et les études de sol auprès du Ministère de l’Environnement, ils s’y sont rendus pour demander ces autorisations. Comme ces messieurs tardèrent à apparaître on a décidé de construire sans permis les foutus étangs, sans connaissances en ingénierie, ni en hydraulique et en autres disciplines.

Après quelques vaines tentatives, ils ont réussi à faire un trou qui s’est rempli d’eau sans la filtrer et y ont plongé les premiers alevins de moins de 4 centimètres. Munueno (Walter) était présent en 2012 avec plusieurs jeunes étudiants de l’Institut Agroécologique Latino-Américain (IALA), paysans de plusieurs pays intégrés à une expérience éducative vénézuélienne fondée par les Sans Terre du Brésil, et tous ensemble réalisèrent un réservoir d’une capacité de 60 mille litres. Enthousiasmés par le récit d’un iranien, ils ont jeté par-dessus une sorte de basse-cour de poules et de canards ; les excréments et les aliments rejetés par ces volailles tombaient dans le réservoir et le fertilisaient, ce qui permettait de nourrir les « cachamas ».

Dans la partie basse du réservoir un robinet ou mécanisme de vidage fut connecté à un tube qu’ils ont percé de nombreux trous (contre l’avis des experts) et l’eau « sale » (fertilisée) alla se répandre dans une sablière soi-disant stérile. Grâce à cette eau puant le poisson un verger magnifique alimente des canards, des poules, les poissons et les personnes. Ainsi, sans un seul gramme d’aliment concentré commercial pour poissons (chose obligatoire, disent les techniciens) ont grandi les premières « cachamas ».

Autre mythe des experts : pour que l’expérience soit considérée comme rentable il est nécessaire que les « cachamas » atteignent, sur une période de temps donnée, un poids proche ou supérieur à 2 kilos. Mais au bout d’un an passé à alimenter les poissons la logique Jibi de María – la maman de Mayra et d’Alejandra – s’est imposée avec le décret suivant : « Si elles prennent place dans une assiette c’est qu’elles sont bonnes à manger ». Madame María pleura, car il a des gens qui s’enamourent des « cachamas » (Munueno travaille aussi les émotions des Jibi). Quoi qu’il en fût elles les mangèrent, les partagèrent et en vendirent même. Les techniciens, experts et universitaires n’ont encore convaincu personne à Parhueña que l’élevage de « cachamas » n’est bon que s’il donne des bénéfices déterminés en bolivars.

Les « experts en la matière » vivent dans un monde fantastique alors que ce « Wakapa » possède un restaurant contigu à l’élevage

Alors que florissait l’expérience et que trois étangs avaient été construits, une lettre arriva aux mains des jeunes Montoya et Yuave; c’était le résultat de l’étude nécessaire pour procéder au creusement. Le rapport ministériel disait : « Après les analyses correspondantes il a été déterminé que le sol recueilli dans la zone est INAPTE à la construction d’étangs productifs ».

Le rire résonna depuis l’Orénoque jusqu’à la Pierre du Cocuy, à la frontière du Brésil.

Certains « experts en la matière », de chair, d’os et de papiers, vivent dans un monde fantastique car trop “sérieux” et irréalisable, alors que ce « Wakapa », où Munueno et Yamaju ont parrainé toute une expérience à partir de leur être mythique, possède un restaurant contigu à l’aire d’élevage. Ses impulseurs propagent en outre le concept d’Ecole Populaire dans la municipalité d’Atures. Mayra Yuave est arrivée le 27 mai 2016 à la communauté Kuweï (autre divinité Jibi), à quelques kilomètres seulement du Tobogán de la Selva (secteur Platanillal) avec 11 alevins de cachama de quelques 4 centimètres. Elle les a remis à Javier Sánchez, autre citoyen du peuple Guajibo sans la moindre expertise ni expérience en matière de pisciculture ou de fabrication de viviers. Avec pelles et pioches, l’aide de deux parents et l’enthousiasme propre aux survivants de massacres séculaires, ils ont ouvert un trou de 10 mètres sur trois et un de profondeur. Les pluies torrentielles des derniers mois ont rempli d’eau ce vulgaire trou converti en vivier.dsc07365_-_copia

Javier s’est consacré à alimenter les 11 poissons (oui, 11 poissons seulement, à quelques kilomètres de plusieurs fleuves remplis de « payaras », « palometas », « bagres » et « bocones »). Le gars sème (dans le Venezuela au pétrole cher qui sert à tout acheter) avec ce qu’il a sous la main : semences rayées de « guama », restes de riz, petits crapauds, maïs tendre, vers, insectes variés. Le 20 juillet ces alevins remis à Javier étaient « de la taille de ma main ». Pardonnez cette expression si peu professionnelle ou scientifique.

Impossible d’arriver à Wakapa, de converser avec les braves gens qui ont rendu ceci possible sans vouloir rassembler l’histoire, les mythes, les sensations et les nouvelles dans ce puzzle. Avec le genre de chronique que nous venons d’achever il se passe la même chose que lorsque Ruben Montoya nous a demandé de lui expliquer comment il pouvait y avoir des gens qui ont faim au Venezuela. Les méandres de la langue ne nous a pas permis d’aller au bout de l’idée : s’il y a des gens qui ont faim c’est parce que tout le monde n’habite pas au bord d’un Orénoque et parce que le système nous a habitués à ce que la nourriture vienne en paquet, en boîte, en bouteille, raffinée, pasteurisée, avec un prix marqué sur un petit papier. Les compagnons Jibi eux-mêmes nous l’ont confirmé ensuite : il y a des communautés indigènes réclamant en plein forêt et en plein fleuve leur sac de sucre, de riz, de pâtes et de sardine en boîte. Jessica Dos Santos, juste avant la zambullida à Wakapa, l’Orénoque et la générosité des Jibi, avait analysé en détail le piège honteux appelé « panier alimentaire de base” ; nous recommandons sa lecture dans en 15yultimo.

Cet après-midi nous avons frit et mangé des fourmis à gros cul. Un mets exquis que les Jibi obtiennent dans un rite d’où ils sortent lacérés par les fourmis-soldats de cette colonie : c’est la reine qu’ils mangent.

Peu importe qu’après des siècles ou des milliers d’années de l’invention de cette pratique par nos peuples originaires, la FAO (ONU) recommande la consommation d’insectes comme source de protéines. Il y aura toujours un arrogant pour pointer le doigt : « Vous voyez, les chavistes obligent les gens à manger des fourmis et des vers « . La stupidité aussi est gratuite.

Source : http://misionverdad.com/pais-adentro/wakapa-los-jibi-y-el-triunfo-en-la-guerra-del-hambre

Traduction : Thierry Deronne

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Démocratisation de l’Etat, hausse des budgets sociaux : Nicolas Maduro met les bouchées doubles.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivariene, Caracas, 15 décembre 2014.

Manifestation pour célébrer les quinze ans de la Constitution Bolivarienne, Caracas, 15 décembre 2014.

On connaît la musique : chaque fois que le Venezuela approfondit la démocratie, les grands médias en remettent une couche pour créer l’image d’un régime répressif (1). Qu’une population passe de l’état de paysage colonial muet a celui de sujet politique actif explique la réaction locale de la minorité blanche, riche et raciste. Celle-ci sait comment fabriquer les violences dont les médias internationaux ont besoin pour mettre en images leur “révolte populaire contre le gouvernement vénézuélien“. Cette alliance entre les grands groupes médiatiques et une droite locale du seizième siècle – médiatiquement majoritaire au Venezuela – rappelle que l’Occident reste, lui aussi, profondément colonial face à l’émergence du Sud comme sujet politique.

Depuis l’approbation par les électeurs de la Constitution Bolivarienne il y a quinze ans, les gouvernement Chavez puis Maduro ont travaillé à la concrétisation de la “participación protagónica”, à savoir la participation effective et efficace des citoyens au pouvoir d’État. En 2014, dans cette deuxième année de révolution sans Chavez, tout en surmontant toutes sortes de déstabilisations violentes, économiques, médiatiques et politiques, Nicolas Maduro a franchi une étape fondamentale sur cette voie : la création des Conseils Présidentiels.

Formés de porte-paroles désignés par les mouvements sociaux, ils sont baptisés “présidentiels” parce qu’ils disposent du même rang que le Conseil des Ministres – des décisions gouvernementales pouvant être prises directement au cours de ces réunions.  “Ces Conseils ont été créés pour construire les institutions, précise Maduro, et pour réorienter les investissements. Ce sont des conseils de gouvernement, au plus haut niveau présidentiel, au plus haut niveau constitutionnel et des pouvoirs publics”. Cerveau collectif, flux constant de critiques, de propositions, de solutions émanant des mouvements sociaux, ils sont une manière de démultiplier la fonction présidentielle, d’en faire un inspecteur collectif sur le terrain, qui rend compte en connaissance de cause au Président de la république des retards, problèmes, dans la réalisation des accords et des nouveaux besoins en matière de politiques publiques.

Le premier Conseil installé le 19 septembre 2014 fut celui des Communes. A quoi bon parler de “révolution citoyenne” ou de “socialisme bolivarien” sans transformer les relations sociales de production et la division sociale du travail liées à la globalisation néo-libérale ? Basée sur le concept de “toparquía” (“gouvernement local”) créé au 19ème siècle par le philosophe Simón Rodriguez, la commune vénézuélienne – qui regroupe des conseils communaux liés par une même problématique sociale – commence à incarner ce nouveau mode de production centré sur les besoins directs d’une population et administré par celle-ci (2).

En décembre 2014 on note une forte progression du nombre de communes (930 enregistrées dans tout le pays) et de conseils communaux (47 mille 332). “Aucune de ces communes, aucun de ces conseils communaux ne resteront sans financement de leurs projets en 2015 » explique le Vice-Président pour le Socialisme Territorial, le sociologue Elías Jaua. Ce nouveau pouvoir citoyen commence à bousculer les vieilles formes de pouvoir local alors que pour de nombreux maires, gouverneurs, y compris certains chavistes, la politique restait un négoce clientéliste et autoritaire.

Autre Conseil créé ces derniers mois, celui des Travailleurs, articule les politiques impulsant l’économie productive, les avancées du droit du travail et le plan de travail pour les entreprises nationalisées : un nouveau modèle de direction des entreprises publiques sera mis en place en 2015.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

Le Conseil des Femmes réuni avec le président Maduro, novembre 2014.

Le Conseil des Femmes a déjà renforcé les programmes visant à éliminer la violence contre la femme, dénoncé l’image dénigrante que diffusent de la femme les médias privés, majoritaires au Venezuela. Sont mises en place de nouvelles politiques sociales pour les femmes de milieu populaire – historiquement, le secteur le plus vulnérable à l’extrême pauvreté. L’accent sera mis en 2005 sur la création de nouvelles “Bases de missions sociales” (qui regroupent tous les services publics et sociaux essentiels) dans les communautés les plus pauvres, avec priorité pour les femmes.

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs

Le président Maduro réuni avec le Conseil des Paysans et des Pêcheurs, décembre 2014.

Du Conseil Présidentiel des Paysans et des Pêcheurs ont émergé un plan général de développement agricole et la décision saluée par les mouvements sociaux de restructurer le Ministère des Terres et de l’Agriculture, avec de nouvelles mesures contre les mafias privées qui interceptent et gonflent les prix des produits agricoles avant qu’ils n’arrivent aux mains des habitants.

Les pénuries passagères de certains aliments ont mis en évidence la faillite du capitalisme au Venezuela, où le secteur de l’alimentation reste à 70 % aux mains du secteur privé. Le géant privé Polar, quasi monopolistique sur des produits d’usage quotidien comme la farine de maïs, produit moins qu’il n’importe… grâce aux dollars préférentiels que lui octroye l’Etat.

Le président Maduro a également défendu la réactivation de l’agriculture familiale en petite surface (le traditionnel “conuco”), suivant ainsi les recommendations de la Via Campesina et de la FAO (ONU) qui insistent sur l’importance de ce mode de production pour la souveraineté alimentaire, le développement rural soutenable, une nourriture saine produite de manière agro-écologique.

Il fut aussi question de la lutte accrue contre les exactions de  grands propriétaires qui ont assassiné à ce jour près de deux cents paysans – un thème dont ne parlent jamais les médias internationaux car cela les obligerait à évoquer la réforme agraire. Cette volonté de mettre fin à l’impunité se heurte encore à une justice liée aux grands lobbies terriens – pour preuve la récente tentative – qui a heureusement échoué – du Tribunal Suprême de Justice d’abroger la charte agraire de la commune “El maizal” – modèle de participation populaire dans l’État de Lara. Maduro a aussitôt pris la défense des communards de El Maizal, jugeant cette décision “anticonstitutionnelle et attentant aux droits fondamentaux des paysans”.

Qui aurait cru que 522 ans plus tard, les 44 peuples indigènes qui ont résisté au colonisateurs, allaient être assis au centre du pouvoir politique, au palais présidentiel ? Le Conseil Présidentiel des Peuples Indigènes doit être une nouvelle structure d’État et de gouvernement pour décider et diriger. C’est une rénovation de la révolution, et c’est une révolution dans la révolution”. C’est en ces termes que le président Maduro a salué l’installation du Conseil des Peuples Indigènes avec lequel il a décidé d’augmenter les investissements de projets socio-productifs formulés par les peuples originaires, d’assurer la couverture sociale intégrale de toutes les communautés et de “fonder immédiatement l’institut des langues indigènes, avec une équipe qui travaille de manière permanente, scientifique, à enregistrer, retrouver et rendre vie à toutes les langues indigènes qui existent sur le territoire vénézuélien”.

Le Conseil des Peuples originaires réuni au Palais présidentiel

Le Conseil des Peuples originaires réuni au palais présidentiel, octobre 2014.

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Autres conseils en pleine installation : le Conseil des Jeunes et des Étudiants, et celui des Travailleurs de la Culture qui vise a développer les systèmes de sécurité sociale pour tous les créateurs sans exception. S’y ajouteront en janvier 2015 le Conseil de la classe moyenne et des associations de voisins, celui des organisations de persones âgées et des associations de personnes handicapées.

Pour renforcer cette participation populaire au plus haut niveau de l’État, Maduro a signé dans les derniers mois plusieurs lois importantes : telle la Loi organique des Missions Sociales qui protège légalement tous les travailleurs de ces services publics, assortie de la création du fonds économique unique des grandes missions; La loi de financement des projets du pouvoir citoyen pour accélérer les conditions d’octroi de crédits aux entrepreneurs individuels ou associés, aux conseils communaux, aux communes, aux coopératives, aux personnes de faibles revenus et à toute autre instance de pouvoir populaire; La Loi organique de la gestion communautaire des Services, compétences et autres attributions; La Loi de l’Emploi productif pour les Jeunes qui garantit à ceux-ci la protection légale lors de leur premier emploi, avec salaires et horaires décents, contre l’habituelle exploitation dont ils sont victimes; La Loi d’Alimentation des Travailleurs qui augmente le niveau du ticket alimentation (en complément du salaire); La Loi organique de Planification Publique et Populaire qui oblige l’État à consulter en permanence les citoyens et à planifier de manière participative  l’octroi des ressources pour leurs projets.

Vice-présidents, faites du pouvoir citoyen une priorité. Obligez les ministres qui sont sous votre responsabilité à le faire aussi. Et vous, ministres, exigez à ceux qui travaillent dans vos équipes à en faire la priorité : le nouvel État doit être l’État du pouvoir populaire, tel qu’il est prévu dans la Constitution de la République Bolivarienne. C’est ce nouvel État qui doit substituer l’ancien – l’État bourgeois qui possède encore des tentacules de corruption et de bureaucratie, seul le pouvoir populaire en action pourra y mettre fin”a déclaré Maduro pour résumer l’esprit des lois signées en novembre 2014.

2015, année de la relance économique

Alors que des journalistes européens euphoriques annonçaient dès la chute des cours du pétrole que le “Venezuela allait devoir faire des coupes dans son budget”, le président Maduro a maintenu la hausse du budget social pour 2015, aux antipodes des politiques d’austérité pratiquées en Europe. La majorité des députés socialistes – contre la minorité des députés de droite – a voté un budget de 741 mille 708 millions de bolivars – soit 21,6% du PIB – financé en grande partie par les recettes fiscales non-pétrolières (517 mille 455 millions de Bolivars), les recettes pétrolières (124 mille 74 millions) et un complément d’emprunts publics. Ce qui garantit le financement d’activités et de projets de secteurs aussi divers (à titre d’exemples) que les producteurs agricoles, les organisations communales, les infrastructures publiques – centrales électriques hydro- et géothermiques, le renforcement de 240 centres hospitaliers, l’alimentation destinée aux 4 millions 351 mille étudiants de l’enseignement primaire ou celle que le gouvernement distribue à bas prix à la population en général à travers les réseaux Mercal, PDVAL et les “Maisons d’alimentation” destinés aux secteurs les plus pauvres.

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014

Courbe du salaire minimum jusque fin 2014.

Le chômage poursuit sa baisse (5,9 % en novembre 2014, un des meilleurs chiffres en quinze ans de révolution) tandis que sur l’ensemble de l’année le salaire minimum intégral a augmenté de 68,28% pour éviter qu’il soit rogné par l’inflation encore très haute (64% en 2014). Selon le rapport de la Banque Centrale de décembre 2014, celle-ci a été renforcée en 2014 par les “guarimbas” violentes de l’opposition, la guerre économique via le dollar parallèle et la contrebande massive de produits subventionnés par le gouvernement, revendus plus cher à l’étranger.

En 2015, Maduro l’a annoncé, les efforts du gouvernement se centreront sur l’élimination de ces mafias économiques par la lutte accrue contre la contrebande, la fixation des prix justes au consommateur, et surtout le passage définitif de l’économie rentière-pétrolière, avec sa culture médiatique d’ultra-consommation, à une économie productive et rationnelle.

Pour que la structure économique ne corsette pas le déploiement des nouvelles formes de participation et de production citoyennes, Maduro a également signé en noviembre 2014 une série de 28 lois en matière économique. Nulle mesure d’austérité, nulle augmentation de l’essence (écartée à court terme). Il s’agit d’assainir une économie depuis longtemps empêtrée dans la corruption et la bureaucratie anti-productives. Ces lois transforment les conditions d’accumulation du capital pour les réorienter en faveur de l’investissement productif – règlementant les investissements étrangers, empêchant les monopoles, simplifiant l’administration pour les mouvements communaux et les secteurs productifs nationaux, fixant une contribution sérieuse du secteur capitaliste – bancaire notamment, qui a engrangé 13% de bénéfices en 2014 – au budget de l’État.

Ces lois fortifient la courbe de croissance des revenus fiscaux non-pétroliers (qui participent déjà pour 72% au budget de l’État) et seront multipliées par deux. Exemple : une des 28 lois modifie les “concessions molles” accordées aux transnationales exploitant le sous-sol vénézuélien et met fin à leur hégémonie, la restituant à l’État. En récupérant l’extraction de cette quantité plus importante que prévue, l’État pourrait en dix ans porter ses réserves internationales à 50 milliards de dollars et renforcer la valeur de la monnaie nationale et la stabilité économique en général.

Sans doute la Sainte Alliance qui va des médias de la droite locale à la majorité des journalistes occidentaux commet-elle la même erreur que celle qu’ils ont commise contre Chavez : celle de sous-estimer Maduro et le “peuple-président”.

Thierry Deronne, Caracas, le 31 décembre 2014.

Notes

(1) Exemple : le mensonge, relayé par le très controversé Paulo Paranagua du “Monde”, d’une “dessinatrice licenciée pour un dessin anti-Chavez”. En réalité le départ de la dessinatrice Rayma (ouvertement raciste et d’extrême droite) provenait de son conflit personnel avec la direction de son journal ”EL Universal” (droite). Il n’ y a eu aucune censure du gouvernement et ses livres sont disponibles dans toutes les bonnes librairies. Rappelons qu’au Venezuela les trois quart des médias écrits, web, radio et télévision (inter-) nationaux, régionaux ou locaux, appartiennent au secteur privé, que leur nombre a augmenté en quinze ans de révolution, et qu’ils propagent en majorité des idées de droite. Pour une liste non-exhaustive des mensonges sur les “atteintes-à-la-liberté-d’expression-au-Venezuela”, voir le site ACRIMED http://www.acrimed.org/spip.php?page=recherche&recherche=venezuela

(2) “La commune, co-présidente du Venezuelahttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

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« El Curarire », sous la bannière de l’organisation

1La place du village grouille de monde. On a l’impression d’avoir affaire à une exposition de motos en tout genre, tant elles stationnent en nombre, les unes à côté des autres. Juché sur le mur du monument qui se situe en son centre, Danis – un porte-parole du parlement communal – explique à la centaine de pêcheurs présents le but de l’assemblée : élaborer un document collectif qui sera adressé à Insopesca, l’Institut de la Pêche dont le siège se situe dans la capitale de l’Etat de Zulia.

« On peut et on doit trouver un terrain d’entente, car la situation actuelle nous porte préjudice, à tous autant que nous sommes ». Perdu au sein de cette nombreuse assemblée, un des pêcheurs présents renchérit : « on ne peut pas remettre les décisions à plus tard, cela entretient la désunion. En outre il faut préserver les ressources ».

Une des raisons d’être  de la Commune « El Curarire », c’est la pêche. Elle façonne en grande partie son identité. A quoi il faut ajouter l’élevage laitier. Danis Parra est natif de la côte occidentale du Lac de Maracaibo. Il vit depuis toujours à La Canada de Urdaneta. Son père, mais aussi le père de son père étaient pêcheurs. Avec un sourire malicieux qui lui éclaire le visage – dont les traits attestent de ses lointaines origines indigènes – Danis se souvient encore de sa première sortie en mer. Il avait 9 ans. Pour la première fois, il accompagnait son frère aîné et son père dans une campagne de pêche nocturne. Bien que son regard soit teinté d’une certaine timidité, Danis, son chapeau bien calé sur le crâne, n’en est pas moins la figure de proue des pêcheurs de la commune. Il préside par ailleurs l’assemblée qui déterminera la voie à suivre, la position collective à adopter pour le futur immédiat.

Danis Parra

Danis Parra

Et quelle est cette réclamation adressée à Insopesca (Institut socialiste de la Pêche et de l’Agriculture) ? En 2011, dans le cadre d’une réunion annuelle, toute une série d’accords furent ratifiés, qui engageaient les deux parties en présence : pour l’État  Insopesca, d’une part ; 115 Conseils de pêcheurs représentatifs de l’état du Zulia dans son ensemble, d’autre part. Il s’agissait de mettre en oeuvre  la Loi de la Pêche promulguée en 2008, interdisant la pratique du chalutage, en raison de son impact négatif bien connu sur l’écosystème marin, et par voie de conséquence, sur la biodiversité.

De cette rencontre, il résulte ce qui suit : aux fins de préservation des ressources halieutiques, une décision est prise, consistant à substituer la pêche à la palangre à celle ayant recours aux nasses. En effet, ces dernières ont ceci de spécifique, qu’elles doivent reposer durant un laps de temps assez long, sur le fond. Or, de ce fait, elles ont fait l’objet de vols répétés. Le Lac de Maracaibo n’ayant pas échappé à la règle. De plus, ce dispositif est nocif, puisque les nasses agissent comme autant de pièges, qui se referment d’une manière non discriminante sur toutes sortes de poissons, y compris les plus jeunes. Il était impératif de prendre un certain nombre de dispositions : établir au plus vite, une taille minimale de capture ; déterminer un quota de pêche hebdomadaire à ne pas dépasser, assorti d’un nombre de jours de sortie à respecter. Malgré quoi la pression qu’exercent certains gros employeurs de la région, pourrait mettre à mal cet ensemble de mesures et amener une régression, avec la réintroduction des vieilles méthodes de pêche que ces récents cadres légaux ont bannies. De cela, les Conseils de pêcheurs ne veulent pas entendre parler.Orillas-de-la-cañanada

Il faut également préciser que l’Assemblée dont Danis est le porte-parole, est l’expression de l’un des secteurs les plus défavorisés, les plus pauvres de la communauté. La majeure partie des hameaux regroupant les familles de pêcheurs, sont composés de maisonnettes bien précaires, surmontées de plaques de zinc faisant office de toits. Ces villages se blotissent tout autour du Lac, et les rivages qui en constituent le prolongement, sont maculés de pétrole et d’huile de bateaux. De loin en loin, tant bien que mal, les filets de pêche noircis de graisse, sèchent au soleil.

Danis passe en revue les besoins des pêcheurs qu’il représente :

1/ créer un centre de stockage du produit de la pêche afin de le soustraire à l’obligation de le vendre au secteur privé, et donc, à un prix fixé par le marché ;

2/ consolider la filière de la pêche artisanale, afin de contrer les gros employeurs qui embauchent  les pêcheurs en leur versant en retour un salaire de misère ;

3/ concourir au maintien des accords passés avec Insopesca, sur base de la nouvelle loi de la pêche, prenant en ligne de compte la nécessité de se placer dans une logique qui serait celle du développement durable; inverser les tendances lourdes se situant à l’origine des diverses formes de pollution.

Depuis la côte – bercée par une douce brise – on distingue les plate-formes pétrolières qui se détachent nettement sur l’horizon marin. Elles sont les témoins d’un temps où dans l’Etat de Zulia comma ailleurs, l’extraction de l’or noir ne s’accompagnait d’aucune mesure concrète de préservation. « L’industrie pétrolière portent de rudes coups à l’écosystème. Les plaques de pétrole  s’échouent en permanence sur les plages. Chaque soir qui passe, nous nous voyons dans l’obligation de nous laver les pieds et les mains avec de l’essence. Nous souhaitons que tous ces  »tuyaux » soient bouchés. Et en plus de cela, on est exposé à des émanations de gaz ».Cangrejos-El-Curarire

« Nous voulons court-circuiter le réseau des intermédiaires »

A La Canada, le circuit de commercialisation relève du secteur privé. Et uniquement de ce dernier. C’est la raison pour laquelle la préférence est donnée au plus offrant. Le crabe bleu est la principale espèce qui se pêche ici.  On en capture jusqu’à 8 tonnes par jour. Quant aux crevettes, la production journalière s’échelonne d’une à trois tonnes. En ce qui concerne le poisson en tant que tel, Danis nous apprend qu’on en ramène en moyenne 1 tonne par jour. « Pourtant, lorsque le fournisseur s’occupe de la commercialisation, il cherche à dégager une marge financière qui lui est extrêmement favorable. Alors que la marchandise achetée au pêcheur relève de la portion congrue. Donc, vendre au plus offrant, ce n’est pas probant. Il faut procéder autrement. C’est notre conviction ». Pour eux, l’alternative est simple : « Il faut court-circuiter le réseau des intermédiaires, et nous approprier cette fonction. Nous nous occuperons aussi des relations commerciales. Et les points de vente, nous les animerons nous-mêmes ».

Katiuska Rincon est membre du Conseil communal « La Gabarra », un des premiers à être mis sur pied et qui, avec les autres Conseils représentant le secteur de la pêche, a jeté les bases du système actuel. Vivant depuis 52 ans des produits de la pêche, son père  lui fera découvrir le  métier à l’âge de 7 ans. Par la suite, les vols d’embarcations se multipliant, il est devenu dangereux pour une fille de travailler dans ce secteur. Katiuska s’est consacrée aux études. Elle se souvient : « de retour du Lac, chaque jour, tôt le matin, papa nous réveillait pour nous faire manger du poisson frais ».

Kati insiste sur le fait que la vie collective placée sous le signe de la commune, a profondément transforme la communauté : « le conseil communal, c’est un peu notre famille à tous. Si une partie de la communauté venait à être confrontée à un problème, c’est la commune dans son ensemble qui s’en emparerait, pour le résoudre ».

Katiuska, le conseil communal

Katiuska Rincón, le conseil communal

Si on souhaite porter un regard extérieur sur cet échantillon d’humanité, sur ce qu’il est en train de réaliser, il ne faut surtout pas se contenter d’une première impression. « Toutes les bonnes choses,  viennent aussi de ce qui est proche, de ce que l’on connaît depuis toujours ».  Ainsi parle Marylis, une vénérable grand-mère. (Sa bisaïeule , une «indigène guajira vêtue de sa tunique traditionnelle », est décédée à l’âge canonique de 114 ans). Ce qui ne l’empêche nullement d’être l’une des porte-parole de la commune et d’y assumer nombre de responsabilités. Entourée à ce jour de quelque 72 petits-enfants, elle est issue d’une famille de modestes agriculteurs.

« Nous devons préserver ce mode d’être »

Marylis est convaincue du fait que le nouvel état d’esprit qui émane de cette organisation communale puise à la source de la forme de vie paysanne, dont elle s’abreuve depuis sa plus tendre enfance. « La vie collective telle qu’elle s’exprime aujourd’hui, à travers la commune, nos ancêtres la pratiquaient déjà. C’est la raison pour laquelle nous devons préserver ce mode d’être, mais aussi cette culture fondés sur une vie collective  harmonieuse, qui nous rend chaque jour, un peu plus forts. Cette vigueur, on la doit également à la possibilité d’être formés sur le plan idéologique. Car si nous ne sommes pas pourvus d’une idée claire de ce qu’est le socialisme, on ne pourra pas appréhender correctement la nature même de la commune. Parce que la commune plonge également ses racines dans cette matrice ».

Marylis

Marylis

Jeune, Marylis devait partir à la recherche de maigres touffes d’herbe qu’elle trouvait le plus souvent sur les trottoirs. Telle était la pitance qu’elle donnait aux quelques pauvres vaches qui lui appartenait. La police l’a arrêtée à deux ou trois reprises alors qu’elle faisait paître les  animaux sur la place du village.

Désormais, au sein de l’Unité de Production Familiale (UPF) de La Flerida, Marylis s’occupe de l’élevage de bovins, de chèvres et de porcs. Toutefois, le poste qui marche le mieux dans cette structure, c’est la fabrication de fromages. Il en est ainsi parce que Marylis est des petits producteurs locaux qui ont bénéficié de la réforme agraire. En 2003, les plus grands propriétaires terriens de la commune – la famille Urdaneta – ont vu leurs terres expropriées aux fins de redistribution. A ce jour, la majeure partie de ce qui est produit est vendu au secteur privé. Il en est ainsi parce que même si l’on souhaitait vendre le lait à l’entreprise publique Lacteos Los Andes, cela ne serait pas possible, du fait de l’absence de moyens de transport et de réseau routier adéquat. Il faut néanmoins préciser que les excédents en matière de production de fromages et de viande, sont vendus aux membres de la communauté, à des tarifs préférentiels, solidaires.leche

Bien que les inégalités en matière économique et sur le plan du développement entre les différents secteurs soient encore perceptibles, Marylis tient à souligner que le point fort de la commune, c’est sa capacité organisationnelle : « depuis que nous nous sommes donné les moyens d’apparaître sous cette forme, nous constituons un véritable gouvernement local. Désormais, tout ce qui est constitutif de notre secteur, est de notre ressort. Nous avons également besoin de nous appuyer sur tous les moyens existants pour parvenir à l’éradication des dernières poches de pauvreté ».

« El Curarire », est la seule et unique Commune qui existe dans la localité « La Canada de Urdaneta ». Pour être précis, 17 conseils communaux la  composent : 6 pour la partie urbaine proprement dite ; 5 pour le secteur  piscicole ; 6 enfin, pour l’agriculture.

C’est en 2010, que l’on a jeté les bases de ce qui deviendra cette articulation sur laquelle la Commune repose. Il a fallu dans un premier temps, dresser un état des lieux, établir un diagnostic initial. Pas moins de 2 années ont été nécessaires qui auront permis la recension des secteurs les plus fragiles, en situation de pauvreté extrême.

Un an après sa constitution officielle et légale, « El Curarire » est incontestablement pourvu d’un potentiel réellement prometteur. Marylis : « Dans 5 ans,  »El Curarire » s’appuyera sur une chaîne de commercialisation efficace, qui lui permettra de nouer des liens de ce type, avec d’autres Etats de notre pays. Il en sera ainsi, parce que les moyens de transport tout autant que les voies de communication nouvelles, nous en donneront la possibilité. De ce fait, les secteurs se situant en marge des grands axes d’échanges et de communication disparaîtront. Pour ce faire, nous allons entreprendre la construction de logements d’habitation, et extirper une fois pour toute de la misère, tous ces gens qui méritent un  autre sort ».

«  Notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion.»

Irwin, l’un de ces autres producteurs locaux qui a obtenu de bons  résultats ces dernières années du fait des changements en cours, tient également à s’exprimer. Il se défie des phrases toutes faites et des stéréotypes qui les accompagnent. Bien qu’un peu mal à l’aise avec les constructions de phrases, il s’emploie à donner à son intervention toute la verve nécessaire. Et ce qu’il ne sait pas dire, il le dessine. Il ne cesse de sécher son visage ruisselant de sueur, tandis que s’agitant sans arrêt, ses mains accompagnent son effort. A sa manière, c’est un véritable maître en rhétorique : « certains  producteurs locaux se tiennent à distance du Conseil communal. Quelques-uns manifestent de l’indifférence, d’autres éprouvent une certaine inquiétude à s’investir au sein de la Commune. Toutefois la grande majorité d’entre nous , soutient l’expérience de Pouvoir populaire en cours ».

Irwin

Irwin

Comme Marilys, Irwin est issu de ce secteur de petits producteurs locaux, qui ont accédé à une certaine prospérité, à travers son appartenance à l’Unité Familiale (UPF) dont il dépend. C’est donc en connaissance de cause qu’il fait partie de ceux qui ont souhaité s’intégrer aux activités de la Commune, à partir d’une prise en compte du caractère politique de l’organisation : « notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion. Or, l’autogestion relève à la fois du politique et du social ».

Selon Irwin, la production laitière de la Commune s’élève à 45 000 litres par jour. Toutefois ces brillants résultats ne peuvent être étendus aux sphères de la pêche et de l’agriculture proprement dite. Irwin : « Au jour d’aujourd’hui, le Plan de Développement Communal 2014, relève de la théorie pure et simple, puisque aucun des 44 projets dont nous avons prévu la réalisation, n’est sorti des cartons ».

Parmi ceux-ci, l’on peut citer : la reprise d’une unité d’élevage et de production de crevettes ; la consolidation de deux Entreprises de Propriété Sociale (fabrication de parpaings, et textile) en cessation d’activité par manque d’intrants; des centres d’approvisionnement pour le secteur de la pêche;  le percement de puits supplémentaires pour l’agriculture (eau/irrigation).

Bien qu’à l’abri d’un arbre solitaire qui lui prodigue une ombre bienfaisante, Irwin ne cesse de transpirer. Il poursuit : « la commune est un espace de communication et d’échanges qui offre de très nombreuses opportunités. La convivialité est le maître-mot. C’est également un lieu où les paradigmes d’antan qui ont la vie dure, peuvent être dépassés. Quant à la solidarité, c’est un point d’appui solide, qui nous permet de replacer au centre du débat des valeurs longtemps mises à l’écart, et que l’on a trop souvent dénigrées ».

Carmen

Carmen

Carmen a les yeux légèrement bridés, les pommettes hautes, les mains tannées et maculées de terre : « Je suis paysanne jusqu’au bout des ongles. J’ai grandi dans les montagnes environnantes, avec en permanence autour de moi, des poules, des vaches, des cochons. Sans oublier les chats et les chiens ».

Lors du déroulement de la réunion hebdomadaire – à laquelle les porte-paroles des autres Conseils communaux participent – on s’attache (à la manière de l’État du Zulia) à mutualiser les problèmes auxquels on se heurte, en vue d’un règlement rapide. Les cris et les gesticulations sont également au rendez-vous. Les rires ne manquent pas et les plaisanteries fusent de toutes parts.

Carmen adopte une certaine attitude de retrait qui la singularise quelque peu. Elle place en effet toutes ses interventions, sous le signe de la mesure et de la pondération. Ceci dit, tout est enregistré pour le lendemain. Ce qui permet à qui le souhaite, de consulter la teneur des débats de la veille.  Bien connue de tous, la maisonnette de Carmen, qu’elle partage avec son époux, se situe sur un terrain sec et aride.

Le Conseil communal « Tagualayuu » (« Mes frères » en langue indigène wayuu) a vu le jour, il y a 6 ans. Chacune des 42 familles qui le compose dispose d’une parcelle depuis 2003, date à laquelle, l’Institut National des Terres (Inti)  les a mises à leur disposition. Et ce, à la suite de l’expropriation de terrains que le propriétaire terrien et « grand homme » du secteur détenait. Il s’agit de Rafael Urdaneta dont on a déjà parlé.

En dépit de cette aide initiale, la faiblesse (voire l’absence) des infrastructures existantes a été un frein constant, auquel se sont heurtées les aspirations du secteur productif local dans son ensemble. Quand les pluies surviennent, les routes inondées ont contribué à la perte totale de plus d’une récolte. Par ailleurs, pour l’instant, un seul et unique puits est mis à la disposition de toutes ces familles.

« Que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? »

Carmen, fille de paysans, est l’aînée d’une fratrie de 7 enfants. Quand elle s’exprime, sa voix est pleine de fermeté : « que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? Qui plus est, quand il occupe une ferme au fin fond de la forêt, avec pour seule compagnie, quelques colonies de chauve-souris ? Rien. Nous ne manquons pas de ressources quand il s’agit de mettre la main à la pâte. La volonté est là, en nous. Bien présente. La terre est désormais mise à notre disposition. Il nous faut une seule chose : que le gouvernement/les pouvoirs publics nous donne le coup de pouce décisif, en nous apportant les financements appropriés. Parce que, je le répète, sans eau, sans machines agricoles, sans moyens de transport et en l’absence d’infrastructures routières dignes de ce nom, on ne pourra rien produire. Alors que cette terre est généreuse et fertile ».

Une femme approchant la cinquantaine témoigne du fait qu’elle ignorait tout de la politique, jusqu’à ce fameux 4 février 1992. A ce moment, sûre de son fait, elle affirma aux membres de sa famille : « c’est l’homme qu’il nous faut ». (Il s’agissait du futur Président Chavez, auteur d’une insurrection contre la corruption et la répression du régime de Carlos Andrés Pérez). Aujourd’hui, 20 ans après, elle soutient que la clé du succès réside dans le fait de réunir les moyens d’obtenir ce coup de pouce financier : « avec cette aide, nous pourrons résoudre les questions relatives au manque d’électricité, d’habitations, de routes. En somme, si l’on peut construire ici, 30 unités d’habitation pour les paysans, ce sera 30 problèmes en moins pour notre président et ses ministres ».

D’après Carmen, si certaines catégories de producteurs du secteur ont tout de même réussi à prospérer, elles le doivent aux prêts qui leur ont été accordés, ce qui leur a permis d’entreprendre sur des bases spécifiques, le travail de la terre qui leur ont été concédées à l’époque. Toutefois, à l’unisson de tous les membres du Conseil communal, Carmen poursuit son total engagement au sein de cette organisation. Parce qu’ils sont convaincus que c’est le seul et unique moyen d’atteindre ce à quoi ils aspirent collectivement. «Cette organisation, ce n’est qu’un bébé qui vient de naître. Procéder étape par étape, méthodiquement, telle est la voie. Une organisation digne de ce nom est l’outil incontournable. Cela suppose également que l’on respecte la loi. Nous veillons scrupuleusement à ce que personne ne cherche à la violer. La commune est en plein essor. C’est certain. Nous allons très prochainement recueillir les fruits de nos efforts. Nous organisons de nombreuses réunions. Nous engageons de multiples débats. Quant à l’opposition, elle est dans les cordes. Les maires et les gouverneurs qui la représentent sont sur les dents, parce qu’ils sont contraints à leur corps défendant de transmettre le pouvoir au peuple ».el-peladero

Les nuages de terre que soulève la camionnette engagée sur le chemin de terre, l’accompagnent jusqu’au seuil de la maisonnette. L’atmosphère compacte rend plus oppressante la chaleur de midi qui s’abat sur les environs immédiats. Ici et là, quelques pauvres vaches paissent le long de la piste poussiéreuse. Au centre de ce paysage désolé, se dresse un maisonnette solitaire, qui semble avoir été comme déposée ici, sur ce sol sec et cassant. Une clôture de cactus complète le décor. Ce tableau d’ensemble est caractéristique du grand problème qui affecte d’une manière récurrente cette zone agricole : le tragique manque d’eau.

La nuit s’abat sur le toit de zinc de la galerie attenante au logement de Marylis, qui accueille ce soir, quelques communardes et communards qui se retrouvent ici après une journée de travail au Mercal local (magasin d’État qui vend les aliments bon marché) et la visite à ceux qui bénéficient du réfectoire communautaire. Les familles de pêcheurs et certaines personnes liées aux Unités de Production Familiales sont de celles qui le fréquentent assidûment. C’est à ce moment de la journée que les moustiques locaux profitent de leur festin quotidien. La chaleur de Maracaibo est de celle qui pourrait effrayer le Diable en personne. Toutefois, une brise bienfaisante la chasse peu à peu. Malgré toutes les contradictions et les problématiques, avec tous leurs désaccords, les erreurs et réussites, les communardes et aux communards de « El Curarire » continuent à parier sur l’organisation.

Texte : Martín Di Giácomo. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-organizacion-como-bandera/

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Depuis l’Orénoque, pour que le peuple gouverne

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, la guitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communal Angostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara– la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

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Là où le fleuve dissout les frontières

Par Marianny Sánchez

delta1delta8La nuit menace d’éteindre les dernières étincelles de l’éclairage au gazoile qui illumine les terrains des baraques, Myriam se bat avec le transistor à piles, tord l’antenne dans tous les sens et finit par gagner. Dans l’obscurité de ces terres lointaines une voix parvient “… mon peuple… il faut s’organiser… en commune…”, un son assez métallique, sale, là où les télécommunications tiennent presque du miracle.

À cette date perdue d’un jour de 2009, dans cette masse de milliers d’années formées par les volcans, ce conglomérat de sédiments, de terre et d’histoire entraînés par le puissant fleuve Orénoque, la femme endort les sept enfants et rêve. “Quand le commandant a lancé cet appel, cet appel à se former en comunes pour le bien-être social, je me suis dit “voilà ce qu’il faut faire’ (…) Le camarade  Humberto et moi nous avons allumé cette petite flamme. Nous avons sorti la barque et le petit moteur 40 pour aller de maison en maison dire aux gens que c’était la solution, parce que comme disait Chavez, les gens organisés sont plus forts que chacun séparément” se souvient Myriam Hernández, face au pionnier et compagnon de lutte Humberto “Mon” Güira.

Myriam Hernández

Myriam Hernández

A voir ce couple combatif on finit par penser que dans tout le silence et toute la solitude qui rythment la vie du Delta, l’imagination est le muscle le plus puissant. Cette “commune” qui n’était qu’un mot ils l’ont d’abord entrevue, palpé ses fondations invisibles dans la terre, ils l’ont détectée dans les visages de quelques voisins qui un jour se joindraient au va-et-vient : jusqu’à ce que naisse l’an dernier la commune au nom légitime : “Ribereña del Caño Mánamo, Hugo Chávez Frías”.

Quand les remous du fleuve annonçaient l’arrivée de la barque, par une de ces après-midis, l’indiscret du coin courait à leur rencontre en criant : “Les fous sont arrivés !”, raconte-t-elle, pendant que ses mains imitent les airs de surprise et de méfiance – mains brûlées de tant de soleil, de tant de fourneau, de terre et même de la construction de 14 maisons dans son conseil comunal “Los Mangos”.

Nous avons cherché pendant trois mois les gens pour un projet dont ils pensaient qu’il n’allait pas se réaliser : la commune. Humberto et moi nous allions et venons partout (…) Après, quand les gens ont commencé à nous croire, nous avons démarré les réunions tous les jeudis, avec les porte-paroles des 12 conseils communaux. Maintenant ils se rendent compte que la constance et la foi font que les choses arrivent. Par exemple nous avions la conviction qu’un jour nous habiterions nos propres maisons, et voilà : 14 baraques ont été remplacées par de vrais logements”.

“Ici les gens s’étaient habitués à faire de la politique bidon”

Une brise tempère la chaleur brûlante de midi sur le Delta. Dans le fond, les maisons à la façade de vieux rose, les enfants pieds nus, en couches, courent dans les couloirs, mi-curieux mi-cachés, pendant que la grand-mère, la communarde respectée par les voisins, reconstruit l’histoire de comment furent bâties non seulement les 180 maisons dans toute la commune depuis 2010 mais aussi l’organisation qui fut nécessaire pour changer la relation des riverains au travail, à la production et à la participation politique.

Humberto Guira "Mon"

Humberto Guira « Mon »

Ici les gens se sont habitués à faire de la politique bidon, à se former pour obtenir un place à la Mairie ou au Gouvernement Régional, travailler à Tucupita, Même si dans leur communauté il vivent dans la misère (…)  Nous nous sommes rendus compte que cela fait beaucoup de dégâts parce qu’on nous donne du travail, mais cela nous fait oublier d’où tu viens et où tu vis : la campagne. Donc le problème n’est pas d’obtenir un travail dans un bureau et puis voilà, mais de contrôler la production du produit” explique Humberto Güira, en mettant le doigt sur un des plus grands obstacles qu’affrontent les communard(e)s de Caño Mánamo.

Celui qui demande où est Humberto, ne le trouvera jamais. Ici, pour tous, c’est “Mon”. A la différence de beaucoup, le fantasme de Caracas n’a pas duré longtemps pour lui, à cause d’une révélation. Exceptionnellement originaire d’un des coteaux aujourd’hui baptisé conseil communal “Altagracia”, il décida à treize ans que sa voie était la technique des coups et il abandonna la campagne pour devenir boxeur.

Je prenais des classes de boxe et je vivais à Caracas, à Quinta Crespo, chez une de mes soeurs, qui était restée veuve. J’ai travaillé dans une banque, puis dans une fabrique de chaussures et un jour en parlant avec un compagnon je me suis dit “Mais bon Dieu, mon père qui a tant de terrain, avec tant de choses là-bas, et moi ici  travaillant pour un autre ! Je retourne dans ma campagne, je veux produire. Et quand je suis arrivé à Tucupita je me suis dit que j’irai à Altagracia, sur la rive du Delta. Ils pensaient que j’étais fou, parce qu’on y produisait à peine un peu de lait, mais c’est là que j’ai commencé à troquer des bananes à cuire ou du manioc que produisait ma famille, contre du poisson que d’autres pêchaient sur le fleuve, et ainsi de suite”.

Avec son talent pour flairer tous les chemins possibles, devenu la preuve vivante qu’en produisant et en pratiquant le troc solidaire on peut nourrir la compagne, les enfants et même les voisins, armé de cette pulsion de vie qui se lit dans les mocassins démolis par tant de chemins de terre, de flaques et d’asphalte, “Mon” s’est mis à porter des coups aux structures bureaucratiques et s’est converti – sur la base d’un accord unanime – en porte-parole politique de la commune.

Pas besoin de papier pour qu’il cite de mémoire les projets du Plan de Développpement Communal. Là oú l’étranger ne voit qu’une simple structure, Humberto voit le siège de l’usine de traitement de bora, d’où sortira, après traitement du potiron, de la banane à cuire, du manioc en surplus et du lys d’eau (bora) qui se reproduit sur les rives du fleuve, un aliment innovateur pour le bétail : NutriBora. “Avec cette entreprise nous allons créer 20 emplois directs, par exemple, pour que nos gens sortent de l’inactivité – les jeunes surtout – et que les gens se rendent compte aussi que le seul horizon n‘est pas de décrocher un poste public” insiste-t-il.
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Il manie la barque de deux moteurs 100 remise à la commune il y a deux ans, tout un navire si on la compare avec les barques des particuliers. Il connaît ces eaux comme sa poche et, au-delà du squelette de ce qui sera l’entreprise NutriBora, nous amène aux terrains où quelques branches servent d’enclos aux 60 buffles qui donnent le lait – 35 à 40 litres par jour – pour fabriquer le fromage, actuellement revenu principal de la commune.

Il sait – et l’a fait savoir aux voisins – que l’usine de traitement ne sera pas suffisante pour que la production communale puisse faire face aux moyens producteurs et aux grands propriétaires qui détiennent encore de grandes étendues de terres sur ces rives.

De quoi a besoin la commune ? De l’alimentation, et où allons-nous la trouver ? Avec ce que nous produisons nous travaillons à l’installation d’un Mercal Communal type II (NdT :  magasin d’État d’aliments bon marché) pour la communauté de Chaguarama. Nous avons aussi besoin de produit pour les semailles, c’est pourquoi un autre de nos projets est d’ouvrir un Agropatria Communal. Et pour que nous ne perdions plus l’excédent – par exemple lors d’une forte période de pluies – nous proposons de créer un centre de stockage. Et une entreprise d’élevage de cachamas (poissons) et une unité de production de casabe (grandes galettes de manioc), nous raffolons du casabe et c’est absurde que celui que nous mangeons vienne des États de Monagas ou de Bolívar”.delta4 delta5

Dur pour la rétine de passer des gris de l’aube à la lueur incandescente du matin. Le jour nouveau s’annonce entre le sommeil qui humidifie la peau et la chaleur qui rebondit sur les parois de zinc. Rafael Contreras, Jean Carlos Contreras et Eliseo Contreras s’éveillent, l’un d’eux part à cheval convoyer les femelles de buffles pour la traite.

Tous trois portent sur leur visage l’empreinte maternelle, celle de Candelaria del Valle Urrieta. Elle leur a non seulement transmis les rudiments de la fabrication du fromage mais aussi la vocation diffuse pour la commune et ce sont ces trois frères qui – dès cinq heures du matin – traient, font cailler puis fermenter le lait dont sortira la forme fraîche de dix kilos distribuée dans les conseils communaux et au Marché Municipal de Tucupita.

La mère affronte le peu de loquacité des fils, et tout ce qu’ils ne veulent pas expliquer, Candelaria le décrit, elle qui a dû se former en un temps record en matière de lois du Pouvoir Populaire, démarches administratives, plans productifs et tout ce que l’envergure de l’engagement – celui de rendre les comptes – lui a imposé.

Trois jours avant c’est elle qui a dû redresser la fromagerie lors du décès de l’ancien trayeur, quand que sa veuve a réclamé la moindre des choses qui lui avait appartenu. “Vous voyez, c’est ça être communarde. De même que nous avons construit une baraque en un jour, nous avons dû relever ce défi, ils nous ont laissé sans rien (…) La femme a réclamé toutes les choses matérielles qu’il possédait, ils ont tout emporté, même ce qui était à l’intérieur, mais immédiatement en tant que commune organisée, nous avons érigé une autre maison (…) En tant que communards unis nous l’avons remise en route, nous avons réuni les bêtes, nous les avons comptées, et nous sommes arrivés au compte, nous continuons à produire tous les jours le fromage”.GLS-19-de-48

L’action solidaire, à plusieurs, “pour s’en sortir, pour avancer” ponctue les réponses qui surgissent de chaque bouche, de chaque itinéraire parcouru pour mériter le titre de communard ou de communarde. Ici, où le fleuve dissout les frontières, entre les états de Delta Amacuro et de Monagas, où le bateau peut mettre des minutes ou des heures pour atteindre sa destination, le fromage est non seulement un revenu mais aussi la nourriture de nombreux voyages au port ou aux villes proches.

Morceaux de fromage frais, galettes de mélasse (catalina) et grandes galettes de manioc (casabe), raconte Humberto, c’est ce qu’ont emporté 12 jeunes de la commune pour leur voyage jusqu’à San Félix, dans l’état de Bolívar, pour y recevoir une formation sur l’élevage des cachamas (poissons d’eau douce). Et sur la fabrication du fromage – maintenant qu’il se vend à 110 bolivars le kilo – un groupe plus nombreux a voyagé pour un échage de savoirs et non seulement pour apprendre à faire des galettes de maïs, mais aussi pour apprendre à gérer la future fabrique de casabe.GLS-8-de-48

“Du peu que nous tirons de la production de fromage de buffle, nous finançons les voyages nécessaires pour nous former et de cette manière pouvoir faire fonctionner nos projets. Parfois nous vendons un fromage, deux fromages et nous en emportons une partie pour le manger avec du pain jusqu’à l’arrivée en ville; que nous percevions ou non des viatiques, c’est ce qui compte le moins. S’il faut aller à une Rencontre Nationale de Communards, nous vendons 3, 4 fromages, nous en emportons un et nous nous mettons en route” explique-t-il en découpant à la corde la haute tour de fromage produite ce matin même pour en tirer une rondelle parfaite qu’il découpe en triangles, le résidu encore laiteux fond sur la langue qui savoure – affamée – les morceaux huileux et salés.

Pablo Plaza

Pablo Plaza

Quand “l’oiseau joyeux” Pablo Plaza tire quelques notes de sa guitare à quatre cordes et de l’harmonica, ni la chaleur ni la paresse ne peuvent affaiblir les applaudissements. Les pieds et quelques hanches se meuvent au rythme des merengue qu’il a composés et – l’espace d’un instant – tout obstacle semble léger face au paysage de fleuve, mangrove, arbres araguatos, palmiers, infini.

Ce mercredi d’assemblée extraordinaire, seuls 15 personnes ont répondu présentes – pour une communauté de 1900 habitants – pour discuter de la mise en place du Plan Jeunes des Quartiers. En tant que communards ils le savent : surmonter la difficulté du transport fluvial quand on ne possède pas de pirogue, de barques à moteur qui fassent office de transport public, est très ardu. Le rêve de multitude parlementaire s’évanouit face à la réalité des chiffres : 100 bolivars pour un aller-retour.

Avec la difficulté du transport – qui renforce l’indifférence des plus jeunes vis-à-vis de l’éducation formelle -, il y a le fait d’être à la merci des voleurs qui profitent de la nuit et de l’impunité pour faire main basse sur les poulets, les chêvres, les porcs, et les buffles, un coup qui s’ajoute aux autres.GLS-26-de-48

Les riverains en savent peu sur leurs voisins et ancêtres les indigènes waraos. Les communautés indigènes se trouvent à une distance de la commune mesurable en heures, un lointain trop coûteux à parcourir quand on lutte pour trouver de l’huile à moins de 300 bolivars et de l’essence. Mais cette mystique qui pour l’heure est identifiée à l’autre, cette chose exotique qu’on aperçoit dans les campements payés en dollars, en euros et dont les noms se terminent par “lodge”, cette chose qui vit dans les yeux des habitants du Delta, ce ton jaune de la peau, remonte aussi le fleuve.

Ils ne le savent pas mais ces navigateurs du Wirinoko, toponyme warao des eaux qui réunissent leurs histoires de persévérance, portent la marque profonde du “lieu où on rame”. Là dans la barque rament avec “Mon”, Candelaria, Alexis, Nery, Rafael, les visionnaires : là où le distrait ne voit que le vide, eux voient la naissance, là où d’autres voient l’obstacle, eux voient l’occasion.

Ils sont parvenus à ces rives au milieu des années 70, quand la fermeture du caño Mánamo, un bras de l’Orénoque, avait causé le déclin de la pêche et salinisé les terres au point de les rendre incultivables,  au moment où commença la migration vers les centres urbains. Mais eux sont allés à contre-courant. Myriam : “Ici nous n’avons jamais pensé que nous ne pourrions pas, nous sommes amoureux de notre condition d’habitants du Delta, nous restons ici, nous accouchons des fils du Delta, nous aimons ce paysage, cette terre, et si vous me demandez s’il y eut un jour où la difficulté m’a fait perdre la foi je vous le dis très clairement “non, non et non”, il n‘y en pas eu. Sans foi, pas de lutte et sans lutte, tout est perdu, vous entendez ?”. On l’entend, comme en écho.delta7delta9

Texte : Marianny Sánchez. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Thierry Deronne

Source : “Allá, donde el río diluye las fronteras, Comuna Ribereña del Caño Mánamo Hugo Chávez Frías, municipios Tucupita (Delta Amacuro) y Uracoa (Monagas)”, http://www.mpcomunas.gob.ve/alla-donde-el-rio-diluye-las-fronteras/

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Chant de travail à un vénérable corossolier, par Neirlay Andrade

La journaliste vénézuélienne Neirlay Andrade

La journaliste vénézuélienne Neirlay Andrade

On ne saura jamais qui du coq ou du jour se lève le plus tôt. Ce qui est sûr, c’est qu’au moment où la première mamelle sera vidée de tout son lait, le coq se dresse fièrement face aux étoiles. Au même moment précis, comme toujours, certaines personnes s’affairent ici et là, avec en tout et pour tout un guayoyo (café allongé) en guise de nourriture dans l’estomac.

Tout s’accélère en moins de 10 minutes : les veaux sont libérés et se précipitent avidement sur les pis disponibles, tandis que des mains agiles font leur travail en trayant les vaches. A l’issue de la traite -au moment où le coq remporte enfin sa victoire sur les étoiles – les 180 litres de lait attendus quotidiennement, sont acquis.

Non loin de la Vega del Navay, la ferme Jamaica est l’une des unités de production agricole de la Commune « Ali Primera II ». Elle se situe sur le territoire de La Pedrera, état du Táchira.

Celles et ceux qui désormais s’en occupent collectivement, ont tous contribué à sa construction, dans cette zone où la tyrannie uniformisante du llano, se substitue peu à peu aux derniers contreforts des chaînes montagneuses du secteur.

A l’affût du bruit feutré des premiers pas qui se font entendre, les cochons et les truies se dressent sur leurs pattes à l’unisson, immobiles toutefois, et silencieux. Des essaims de mouches trahissent tout de même leur présence, que les suidés éloignent, en jouant de leurs groins impressionnants. Cet état de fait met fin à leur discrétion relative, et le troupeau commence à s’activer, dès qu’il s’habitue à la présence humaine. Toute proche.

Les porcelets arrivent à la ferme à l’âge d’un mois. 30 jours après, ils atteignent déjà le poids respectable de 25 kg. Au quatrième mois, les 120 spécimens d’à peu près 100 kg chacun, ils sont envoyés à l’abattoir.1

« Les politiciens classiques ne respectaient pas leurs engagements. Par conséquent, ils n’étaient pas nos mandataires »

En réalité, malgré les apparences, le point fort des communards de La Pedrera, ce sont les eaux. Située tout au sud de l’état de Tachira, la commune Libertador est la seconde productrice de cachamas (poisson d’eau douce du bassin amazonien) du Venezuela.

L’organisation des Conseils de pêcheurs-aquaculteurs (Conpas) est l’une des principales conquêtes politico-sociales dont la Commune Ali Primera II peut s’enorgueillir. Conpas a réussi le tour de force de regrouper 450 producteurs locaux. Résultats : chaque semestre (7 mois pour être précis),les 2700 sites de pêche dont ils s’occupent, produisent en tout et pour tout 5400 tonnes de cachamas.

A ce jour, précédant leur inscription au registre public (23 février 2013) -acte leur octroyant une existence légale- les Conseils communaux auront à leur actif,pas moins de 160 réunions qu’ils ont puissamment contribué à organiser. Quant à Pedro Ortega -l’un des porte-parole locaux- il nous fait part très clairement des raisons pour lesquelles ils ont décidé de se regrouper, de jouer la carte collective : « les politiciens classiques ne respectaient leurs engagements. Par conséquent, ils n’étaient pas nos mandataires ».2

Les formes d’organisation antérieures -dont la plupart étaient caduques- ont été dépassées.

Le peuple a décidé de devenir le « compositeur et interprète » de sa propre partition. De prendre les choses en mains. C’est Ali Primera qui avait averti les uns et les autres que la dispersion, mais aussi l’individualisme exacerbé, faisaient le lit -et la joie- des ennemis du peuple. Cette communauté a très vite saisi les enjeux en présence. Elle s’est emparée à bras le corps de cette tâche titanesque consistant tout d’abord à unifier les critères et méthodes techniques qui présidaient aux activités (originellement émiettées) des uns et des autres. Cette étape étant franchie, les formes d’organisation antérieures -dont la plupart étaient caduques- ont été dépassées, au profit de celles qui allaient déboucher sur une évidente réussite : la mise en place d’une vaste unité de production, qui allait faire de La Pedrera le vecteur stratégique d’une forme de développement, réussie aux marges du territoire national. Puisque nous avons affaire ici, à une zone frontalière.

C’est à l’ombre tutélaire et bienfaisante d’un palo de guanabana (un corossolier) que la « geste » de la Commune « Ali Primera II » a pris racine. En un lieu précisément, qui se situe à l’exact embranchement des routes menant aux états Barinas et Apure, un groupe d’activistes -qu’on appelait dans le coin d’un ton moqueur « les pasteurs »- a jeté les bases de cette expérience d'(auto)-organisation populaire.

Pedro Ortega

Pedro Ortega

Le corossolier a également été le témoin de ces mémorables et studieuses journées de formation, durant lesquelles les porte-parole se sont emparés des multiples et abscons dispositifs légaux en vigueur. Forts de ces nouvelles connaissances acquises, ils purent affronter avec efficacité un Etat bourgeois dont les arcanes bureaucratiques sont autant de chausse-trappes pour celles et ceux qui n’en sont pas les adeptes. Pedro Ortega prend soin de différencier Etat bourgeois et Etat bolivarien dont l’actuel Gouvernement chaviste est l’émanation. Le premier étant en voie de dépérissement ; le second étant clairement un allié.

En sus du corossolier qui leur a apporté son concours, les « activistes » ont également profité de l’hospitalité bien relative d’une étable abandonnée. Elle sera le creuset duquel est issu la Commune « Ali primera II », dont le siège se situe désormais dans les locaux de l’école Eleazar Lopez Contreras, dont l’effectif s’élève à 200 élèves.

Les travaux se situant à l’origine de la récupération de l’espace suffisant à la création d’un centre d’enseignement, n’ont pas marqué les débuts des Communards en tant que maçons. En effet, dès 2011, ces derniers avaient déjà à leur actif la construction de 15 unités d’habitation offertes en priorité aux familles sinistrées, du fait de la crue (2010) du fleuve Navay. De plus, à l’issue de l’édification de 10 unités supplémentaires, une bien agréable surprise attendait les Communards : le reliquat dont ils ont pu bénéficier a immédiatement été investi dans la rénovation de l’équipement de la Maison Communale.

Ce bilan conséquent s’élève à une centaine de maisons construites. Yudith Galavis occupe quant à elle, l’une de celles-ci. Une charge bien lourde (mais ô combien exaltante) pèse sur ses épaules. Celle de « formatrice du Pouvoir Populaire ». Elle sera de celles et ceux qui auront profité de la protection tutélaire que le corossolier leur a prodiguée. Tant de choses ont pris corps depuis ! Il en est ainsi des jardins d’« auto-subsistance », qui permettent aux familles dans le besoin, de se nourrir convenablement. Ces nouveaux espaces communautaires s’inscrivant dans un programme d’ensemble intitulé « Renacer Bolivariano ». Maintenant, les avocats, les oranges, les mangues , les bananes et les fruits du yucca sont accessibles à tous les Communards. Sans oublier les cachamas dorées qui se situent au centre de l’économie de subsistance dont ils peuvent désormais profiter.

Cependant, ce ne sont pas uniquement les assiettes des Communards qui se sont enrichies. Il en est de même pour les débats, les discussions qui alimentent les nombreuses assemblées communales. Yudith Galavis exprime toute sa fierté lorsque ce sujet est abordé. Elle en profite pour ajouter que les relations établies avec des Communes se situant sur le territoire d’autres états, leur permettent d’échanger expériences et savoirs.

Yudith Galavis

Yudith Galavis

L’EPS : à la fois le corps et l’esprit du Pouvoir Populaire.

Non seulement il a fallu s’organiser; trouver un accord d’association avec les bouchers du secteur; superviser les activités relatives au marché populaire local; sillonner le pays afin d’entrer en campagne contre la pêche à la traîne, et pour la sauvegarde des cours d’eau…Non seulement il a fallu se consacrer au bon fonctionnement de la maison de santé; se pencher sur le recensement des travailleurs peuplant les Conseils communaux afin de les intégrer d’une manière concrète aux projets locaux. Il a été aussi nécessaire de promouvoir tous les projets, et de se défendre sur tous les fronts.

Tels ont été tous les thèmes abordés -qui ont enflammé les débats- par les animateurs de la station de radio locale communautaire. Notamment dans le cadre du programme « Commune en action », qui est diffusé à l’antenne, tous les mercredis soir (19 heures).

L’un de ces projets qui prend corps en ce moment, est celui qui concerne la réfection de l’école General Cipriano Castro. Bien que les travaux de rénovation ait été confiés à un entrepreneur privé, 75% des ouvriers employés sur le chantier sont membres des comités de travailleurs des Conseils communaux.

Chaque victoire obtenue est porteuse d’une signification précise. Toutefois l’une des plus importantes que l’on n’ait pas encore remportée, est celle de la structuration effective de ces fameuses Entreprises de Propriété Social (EPS), véritable symbole du Pouvoir Populaire.

Si l’on ne parvient pas à contrôler les divers maillons constituant la chaîne de commercialisation, il ne sera pas possible de se débarrasser des intermédiaires

Nul doute cependant, que l’on va dans le bon sens. La Commune Ali Primera s’apprête à relever ce défi. En effet, les obstacles et les problèmes qui surgissent sur cette voie, sont d’ores et déjà parfaitement identifiés : si l’on ne parvient pas à contrôler les divers maillons constituant la chaîne de commercialisation dans son ensemble, il ne sera pas possible de se débarrasser des intermédiaires qui dans le cadre du processus de distribution représentent les intérêts privés, et s’enrichissent aux dépens des Communards vivant de la pêche des cachamas.

Il faut préciser qu’à ce jour, aucun accompagnement effectif n’a été mis en place, qui aurait permis une bonne maîtrise des niveaux (quotas) de production atteints. Paradoxalement, le succès que représentent les 450 tonnes de cachamas pêchées chaque semestre (7 mois pour être précis), se mue en problème à résoudre, lorsque l’on sait que les produits destinés à l’ alimentation du poisson, se trouvent aux mains du secteur privé. Or, bien que les matières premières nécessaires à leur fabrication soient fournies par l’Etat, c’est le secteur privé qui fixe le cours des prix. Le problème atteint son point d’incandescence avec les programmes Agropatria qui ne remplissent pas correctement le rôle qui leur a été initialement assigné, sans parler de tous ces éléments profiteurs de la bourgeoisie se déguisant volontiers en paysans. C’est d’ailleurs ces états de fait que Domingo Parilli -porte-parole national des pisciculteurs et aquaculteurs- s’attache à dénoncer.

Il y a quelques années, une entreprise spécialisée espagnole s’était engagée à construire -partout dans le pays- 24 unités de production destinées à traiter le poisson. Elle a été entretemps déclarée en faillite, et le projet fut abandonné. La Commune « Ali Primera II » a toutefois réussi à faire en sorte que l’une de ces unités soit transférée sur le territoire de l’état de Táchira. On attend que les autorités d’Insopesca (Institut d’État pour le développement de la pêche) allouent à la Commune les terrains suffisants (quelques hectares) dont elle a besoin pour que cette structure, flanquée d’une unité de production d’aliments pour poissons, voie enfin le jour.6

« Nous étions des sentinelles assoupies. Cette époque est révolue. »

Ce n’est pas pour autant que les uns et les autres se laissent abattre par les délais que toute demande faite auprès des structures institutionnelles supposent. Parce que les Communards savent pertinemment que leur exigence est juste. Qu’obtenir gain de cause dans cette affaire, c’est s’opposer efficacement à la guerre économique à laquelle le peuple vénézuélien est confronté. En plus des divers trafics de contrebande qui sévissent dans cette zone frontalière, ils se retrouvent face à des ennemis de taille, tel que le terrorisme paramilitaire de Colombie. Ils ont répondu à ces agressions, à ce climat d’insécurité permanente, par la levée au sein de leurs propres rangs, de milices populaires. Ils savent bien que tout homme est mortel. Que l’on peut aisément l’abattre. Cependant, forts de l’enseignement d’Ali, ils savent que les aspirations à la liberté ne peuvent être effacées. Qu’elles aboutiront. C’est la conclusion de Jacobo Sanchez, bien à l’abri du vénérable corossolier : « nous étions des sentinelles assoupies. Cette époque est révolue. S’il advenait que l’un d’entre nous tombe, d’autres le remplaceront et poursuivront la lutte engagée. Nous perdrons vraisemblablement quelques batailles, pourtant cette guerre, nous la gagnerons : ce pays, notre pays sera enfin libre ».5

Neirlay Andrade

Photos : Oscar Arria

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/07/tonada-para-un-palo-de-guanabana.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

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« C’est ici qu’on a retrouvé Alberto Lovera » : une commune qui a de la mémoire.

Octobre 1965. Côtes de Lechería. Etat d’Anzoategui.

imagesComme toujours, le travail commence tôt. Le pêcheur a préparé un par un chacun des outils dont il aura besoin. Il a d’ores et déjà appareillé, jeté ses filets à la mer. A l’instant précis, il s’apprête à découvrir le fruit de son travail : des pagres, des seiches , des poissons-perroquets et peut-être quelques petits poulpes. Sauf qu’aujourd’hui, le filet remonte à la surface les restes d’une dépouille. Celle d’un être humain : pieds, mains, bras seront de ceux-ci ; une tête également, méconnaissable du fait des coups reçus. Mêlés à quelques poissons résultant de cette pêche bien particulière, les doigts tranchés et ce qui subsiste de la colonne vertébrale du corps d’Alberto Lovera, sont restitués par la mer. Plus personne n’avait de ses nouvelles depuis une semaine.

Alberto Lovera

Alberto Lovera

En fait, l’océan s’est fait le complice de ce retour, puisque le corps retenu par la chaîne de l’ancre a été récupéré par les filets. C’est ainsi que le cadavre d’Alberto fut ramené sur la terre ferme. Pour ses proches, et pour ses camarades du Parti communiste du Venezuela (PCV), Alberto, c’était déjà une vieille connaissance lorsqu’après son arrestation, il sera traîné jusque dans une cellule qui s’apparentera en réalité à une oubliette. Tout cela est dû à cet « organisme de bienfaisance » qu’est la Digepol (Direction générale de la Police), la force spéciale de répression servant le gouvernement, que Raul Leoni dirigeait à cette époque. Celui-là même qui s’était engagé à réunir les conditions politiques d’une « paix démocratique ».

 

Mai 2014. Lecheria. Costa d’Anzoategui.

DSC09405-300x206Comme à l’accoutumée, le travail commence tôt. Désormais, ce sont les mains d’Henry qui préparent minutieusement le matériel de pêche nécessaire. Il met toutefois au point un engin improvisé, que l’on nomme « canard » du fait de sa ressemblance avec le volatile. A l’horizon, des dégradés de rose et d’orange font la toile de fond du paysage. A ce moment précis du le lever du jour, le froid pénètre jusqu’aux os le corps du pêcheur pas bien réveillé. C’est malgré tout sur ce tableau resplendissant que ce dernier pose son regard. Désormais, il n’est plus seul face à la mer. Il est l’un de ces « soldats », l’un des maillons de la Commune « Alberto Lovera » qui a adopté le nom du disparu de 1965. Depuis 40 ans, la pêche est l’activité principale. Tout commence avec elle.

Chaque matin, le savoir-faire et les connaissances acquises s’imposent sur le terrain, bien avant le lever du soleil. Henry Quijada et ses camarades communards ne font qu’un. Ils ne sont pas tous pêcheurs. Cela ne les empêche pas de partager une préoccupation commune : faire de leurs communautés, une seule et même force. Celle qui précisément, transforme Lechería -commune Urbaneja- en l’une de ces zones où l’on construit le socialisme. Tout cela, sur le territoire de « l’une des communes les plus déshéritées du pays », comme le rappelle Pancho, de son vrai nom José Vasquez. On ne sera pas étonné d’apprendre que lors des dernières élections, c’est au total 70% des suffrages qui se reporteront sur le représentant du MUD (Mesa de la Unidad Democrática, qui regroupait initialement 16 organisations dont les principaux partis de droite), le maire actuel.

Chacun est bien conscient du potentiel que recèle une zone littorale, généreuse en ensoleillement et pourvue de plages conséquentes. Il est par conséquent aisé de pointer l’ensemble des difficultés auxquelles on est confronté. Il ne faut pas avoir de scrupules à les énumérer. A lui seul, un bateau qui évolue dans le secteur, a la capacité de ramener plus d’une tonne de poissons dans ses cales. C’est un travail de longue haleine. Difficile. Malheureusement comme Pancho le souligne : « rien n’est fait pour doter systématiquement les équipages de pêcheurs d’un petit bateau pourvu d’un moteur. Certes, on continue à pêcher, mais il n’y a pas de chaîne du froid, et pas d’organisation permettant la commercialisation des produits de la pêche ». Paradoxalement, l’halieutique est de moins en moins la clé de voûte d’une commune dont les activités semblent être a priori tournées vers la mer. Tourisme y compris. Il s’agit-là d’une carence, qui résulte de la sous-exploitation, mais aussi d’une absence de prise en compte des atouts caractérisant ce territoire.

La voie d’un développement économique alternatif.

DSC09144-201x300Jorge Serrano, porte-parole du secteur Transport : « Comme Chavez en parlait dans l’émission « Alo Présidente » (Allo, Président)  de février 2010, les Communes doivent préfigurer ce que seront le futur, les territoires de l’avenir. Or, pour regarder en avant, il ne faut pas se contenter de reproduire des expériences que l’on connaît. Il faut explorer chacune des possibilités en gestation que nous offrent les territoires concernés. Sans oublier les gens qui y vivent. En suivant cette voie, on a pu -à partir de la mise en œuvre d’une série d’expérimentations- recourir concrètement à des alternatives pour accéder à de nouvelles ressources financières, que l’on a réinvesti. Il en est ainsi du domaine des transports qui a par ailleurs, fait l’objet d’un financement émanant des autorités gouvernementales. A ce jour, trois véhicules sont en activité. On en sera très prochainement à quatre. Ce seront ainsi les territoires pourvus de 3 Conseils communaux qui seront reliés entre eux : « Secteur central », « Secteur Santa Rosa » et « Punta Caraïbes ». Jorge Serrano s’exprime à bord de l’un de ces autocars, qui sillonnent le secteur « Casco Central ».

De sa voix traînante, Jorge met à nu l’ensemble de la trame organisationnelle et administrative ayant trait à la gestion des revenus dérivés du secteur routier. Les 86 mille bolivars d’excédents ont été réinvestis dans la construction d’une boulangerie socialiste. Avec sa mise en activité, une augmentation des ressources matérielles sur laquelle on pourra compter, est attendue. Chacun a bien compris que les surplus financiers doivent également servir à la consolidation de ce qui a d’ores et déjà été acquis. Jorge : « Il en est ainsi des unités de transport et de leur maintenance. Le reste va aux collectivités ». Pour sa part, le Conseil communal « Santa Rosa » pourvoit au bon entretien d’un CDI (Centre de diagnostic intégral de santé) mais aussi d’un centre de soins dentaires et d’un Simoncito, c’est-à-dire, une école maternelle. L’autobus que conduit Jorge, emprunte l’avenue se situant entre la plage de Sotavento et Barlovento.

Sur la ligne droite, la vitesse du véhicule, mais aussi le débit de paroles augmentent au même rythme. Une émotion que Jorge ne cherche pas à dissimuler. Tout le travail accompli jusqu’à ce jour, en est l’origine. Il souligne le fait que sur le territoire du « Centre Colonial » on a investi pas loin de 84 mille bolivars pour la création d’un autre CDI, dont l’édifice qu’il occupe reçoit également la cellule locale de formation de base. Mais aussi, la Salle de Bataille Sociale ?

¨Il nous faudrait 5 bonnes années pour obtenir une pièce de rechange en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question¨.

DSC09533-300x148Jorge : « nous reprenons à notre compte cette charge initialement dévolue à la fondation Barrio Adentro et au ministère de tutelle ». Cependant, par delà le soutien apporté à l’Etat, c’est surtout une tentative visant à la bonne résolution de problèmes pendants et récurrents : « l’inertie bureaucratique fera en sorte que si l’on demande le remplacement d’un élément de carter cassé, il nous faudra 5 bonnes années pour en obtenir un autre, en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question ». L’argent disponible a également servi à réparer les faux-plafonds de l’immeuble du Centre de Diagnostic Intégral. Quant aux climatiseurs, et aux brancards pour malades , ils ont été purement et simplement remplacés. Le passage en revue ne s’arrête pas là, puisque comme Jorge le déclare : « nous avons installé une nouvelle porte sécurisée, et réparé toutes les chaises et bancs qui en avaient besoin. Sans oublier la peinture des locaux qui a été refaite ».

Le bus à l’arrêt, Jorge se détend. Arpentant la rue, il traverse le secteur destiné à bénéficier d’aménagements, et d’un développement digne de ce nom. Un terrain faisant face à la boulangerie en voie de construction, est appelé à recevoir les installations relatives à la venue de l’eau potable, et à sa desserte ; mais aussi les canalisations destinées à l’évacuation des eaux usées. Ces réalisations ont vu le jour grâce au concours du Ministère de l’alimentation et des 86 mille bolivars dont on a parlé auparavant. Organisation, planification et conviction sont les maîtres-mots qui sous-tendent les actions entreprises : d’abord, deux chauffeurs sont détachés auprès de chaque unité de transport. Ils se partagent l’emploi du temps qui leur est attribué. Pour cela, ils perçoivent respectivement 200.000 et 300.000 bolivars par semaine. (La rémunération variera en fonction du travail plus ou moins long accompli en alternance, par l’un et par l’autre). Toutefois, en lieu et place du terme habituellement usité, on parlera ici d’une collaboration rétribuée. Telle est l’expression que l’on emploie au sein de la Commune. Parce que pour engendrer du neuf sur le plan politique, il est impératif de recourir à des termes nouveaux, afin de caractériser un mode de relation qui rompt avec le passé.

Dépendre de l’Etat ou opter pour la gestion communale.

DSC09027-300x189La Commune est la traduction d’un niveau d’organisation populaire qui cristallise l’ensemble des acquis émanant des luttes du peuple pour son émancipation ; qui recueille l’ensemble des expériences propres à la remise en question récurrente -aux fins d’amélioration- des formes organisationnelles dont elle se dote. Ce que l’on attend de l’Etat c’est l’impulsion initiale. En retour, c’est une forme de « prise de distance » qualitative vis-à-vis de lui, qui doit se concrétiser. Ce processus devant in fine, déboucher sur la transformation effective de l’État traditionnel.

Les aides telles que celles que la communauté de Santa Rosa a reçu, sont les bienvenues. Pas moins de 48 logements ont ainsi été créés, par le truchement de la Grande Mission Logement Venezuela (GMVV). Ce complexe est la première étape d’un projet plus large, qui verra l’aménagement d’un abri de pêche (l’infrastructure de base existe déjà), auquel l’on adjoindra un centre de stockage pour le poisson pêché. Ce n’est pas tout. En effet, l’activation d’un module dépendant du programme de santé intégrale Barrio Adentro et l’amélioration du réseau routier déjà existant complèteront le tableau. La porte-parole de la communauté -Ludy Figueroa- insiste sur le fait que la généralisation de la gestion communale met à mal le paternalisme de toujours. La création locale d’un campement de pionniers -futurs (auto-)constructeurs de leur propres logements- en est l’une des illustrations. On a en effet déterminé que 600 familles de la commune ont besoin d’accéder à un logement décent. (C’est le cas de Ludy elle-même).

« La droite locale veut s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en baie privée ».

DSC09055-300x199On a d’ores et déjà prévu que 300 de celles-ci bénéficieraient de ces logements dans le cadre du nouveau projet. Ce sont les ménages les plus démunis qui ont fait l’objet d’une désignation prioritaire. Ils participeront activement aux transformations programmées. « Il s’agit d’une lutte collective ». Cette réflexion tout emplie d’espoir, ce sera le porte-drapeau explicitant la nature du labeur en voie d’accomplissement : « tous ceux qui le veulent, ont vocation à nous accompagner dans la lutte ». Il en a bel et bien été ainsi. Ils ont grossi les rangs du Conseil communal ; ils travaillent avec la municipalité ; ils participent à la gestion de l’une des unités de transport et du CDI du secteur. C’est à la plage du Lido que se trouve Aliyabor Baez, porte-parole du Conseil des travailleurs de Playa. Ce dernier est en charge de la gestion et des questions organisationnelles ayant trait au pôle touristique de la communauté. Le dénommé boulevard Eneas Perdomo -qui longe le littoral-est une zone sur laquelle la droite souhaite depuis longtemps jeter son dévolu. « Ils veulent s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en une baie privée ». Le Conseil se doit de prendre position sur ce dossier. Car il s’agit de préserver l’activité de tous ceux qui s’occupent de la propreté des plages, de ceux qui vendent de la nourriture ; de ceux qui s’occupent de la sécurité des estivants et des baigneurs. Car ce sont autant de personnes qui pourvoient ainsi aux besoins de leurs familles. Et ce, à travers l’autre grand pôle d’activités spécifiant la commune : le tourisme.

DSC09205-300x199Pour Pancho, tout le monde n’a pas encore atteint un niveau de conscience qui permet à ceux qui en sont les protagonistes de partager équitablement entre eux, les bénéfices de ces activités. Et de s’acquitter par la suite, des impôts à verser à la commune. Toutefois, selon lui, bien que subsistent encore ces différences, on va dans le bon sens. Tous ensemble. « Nous ne cherchons pas à nous différencier. Nous recherchons la symbiose ». C’est un sentiment largement partagé. « De tout cela, émane la force du pouvoir populaire. Être unis. C’est ce qui rassemble malgré tout, l’ensemble des gens. Nous visons par ailleurs à placer toutes nos activités et les unités productives qui en sont issues, sous le signe de la propriété sociale ». (Empresas de Propriedad Social). Cependant, la réalité ne concorde pas toujours avec les désirs. Il en est ainsi d’Insopesca (Institut socialiste de la pêche et de l’aquaculture). Cette structure n’a pas répondu aux nécessités opérationnelles des communautés de pêcheurs de la zone. Parmi celles-ci, il faut noter la présence des habitants de l’île La Borracha. Ces derniers s’étant réunis en Conseil communal.

DSC09730-300x184Les enfants de la communauté sont blonds pour la plupart. En fait, ils paraissent l’être. Il existe une explication à cet état de fait. José Cordoba, que nous donne le porte-parole du Conseil comunal : « comme on ne peut pas accéder à l’eau douce après s’être baigné, -le taux de salinité étant ce qu’il est- il en résulte que les cheveux virent au clair ». Tout cela ne pourrait relever que du souci esthétique. C’est pourtant l’un des signes manifestes d’un secteur qui a été négligé. En effet, les installations électriques adéquates font encore défaut. (On recourt ici et là, à des générateurs qui sont largement insuffisants par rapport aux besoins effectifs). Malgré sa situation encore précaire, La Borracha a récemment adhéré à cette forme organisationnelle qu’est la Commune. Car les membres de la communauté sont convaincus que ce type d’organisation pourra peser positivement sur leur vie, et inverser le cours des choses en leur faveur. Ils s’inspirent de l’exemple donné par les autres Communes, qui ont su, à partir de cela, concrétiser de nombreux projets qui auront amélioré la vie de tous. Les habitants de La Borracha continuent à se tourner vers la mer. Car la pêche, c’est leur unique savoir-faire. Pour l’instant.

DSC09198-300x177Suivre le cheminement qui relève de l’expérience communale, c’est aussi parier sur l’ouverture de nouveaux espaces, de nouveaux horizons, qui leur permettront de combler les lacunes auxquels ils sont confrontés. Ils en ont conscience. C’est pourquoi José insiste sur le fait qu’ils ont jeté les bases d’un projet à vocation touristique qui améliorera leurs propres conditions de vie : « il verra enfin le jour, alors qu’il a végété durant de nombreuses années à l’état d’ébauche». La concrétisation de cette belle aventure passe par la mise en place d’une EPS (Empresa de Propriedad Social/Entreprise de propriété sociale), qui sera en charge de la plage El Guaro, mais aussi d’une zone que l’Inparques (Institut National des Parcs) a classé dans la catégorie « loisirs récréatifs » ; et qui jusqu’à présent, n’a jamais fait l’objet d’un aménagement approprié. Ses atouts essentiels : des eaux peu profondes, que longe une belle plage de sable. Des paillotes, des tentes à vocation touristique, mais aussi un service de restauration sont autant de points forts du projet en voie de réalisation. Les habitants de La Borracha, entendent bien ainsi, apporter leur concours à la dynamique communale globale. Ils pourront également écouler les produits de leur labeur. José : « nous pourrons ainsi, vendre aux touristes le poisson que nous aurons pêché ». José est confiant. Car il perçoit désormais clairement que la vie de la communauté dont il est le porte-parole, va s’améliorer sensiblement. Dans un proche avenir.

Ce qu’annonce l’activité halieutique : un nouveau cycle. ¨Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique¨

DSC09318-300x211Pancho s’explique sur son choix de « privilégier l’engagement politique par rapport à la pêche ». Il précise également qu’il souhaite consacrer sa vie à la Commune. « Je disparaîtrai peut-être avant l’aboutissement des projets qui nous tiennent à cœur. Mais je souhaite vraiment que tout cela aboutisse ». Il se réfère ici, à une communauté qui serait parfaitement organisée, qui serait l’actrice principale de son propre développement, parce composée de gens désormais pourvus d’une haute conscience et convaincus que c’est dans l’union que l’on peut arriver.

Peu à peu le jour prend congé. Entre deux chansons, José Monasterio -communard et chanteur invétéré- évoque le projet de pêche récréative, également à l’ordre du jour. L’idée générale consiste à impliquer des personnes qui savent très précisément ce qu’est pêcher. Il en est ainsi parce que comme le souligne Pancho, il n’est pas question de se contenter d’un touriste qui se dit « je souhaite venir ici, me baigner, me dorer au soleil sur la plage, m’enivrer et repartir chez moi ». Il faut proposer aux estivants, une approche des vacances différant des lieux communs courants. Les uns et les autres souhaiteraient que l’on prenne conscience du fait que les milieux naturels -la mer, la plage- sont des écosystèmes, qui doivent être également respecter. Alors que ceux qui ont pris la parole se taisent, leurs camarades communards poursuivent leur tour de chant improvisé.

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A l’horizon, du côté de Lecheria, le soleil couchant brille de ses derniers feux. « C’est ici que l’on a retrouvé Alberto Lovera ». Tout en s’exprimant, Pancho montre du doigt un groupe de récifs qui affleurent à la surface de l’eau. Toutefois, l’espoir d’une vie meilleure illumine son visage. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, on ne retirera pas de cadavre mutilé de la mer. Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique. Longtemps, trop longtemps, la lumière du soleil a semblé inaccessible aux plus pauvres, aux plus démunis. Désormais, la pêche telle qu’elle est pratiquée ici, démontre que ces derniers ont su enfin s’unir sous l’égide de la Commune.

En définitive, le sacrifice du militant Alberto Lovera n’aura pas été vain.

DSC09919-300x277Texte : Juan Sebastián Ibarra. Photos : Milangela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-pesca-de-alberto-lovera-una-comuna-con-memoria/

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Islamar : une autre économie est possible

pescadores 1Au fur et à mesure que l’on avance sur la route, les faubourgs de la commune de Tubores laissent peu à peu la place à quelques hameaux isolés, à de vastes étendues de terres arides, couvertes ici et là, d’une végétation clairsemée. A l’horizon, par-delà une colline, se profile la Mer des Caraïbes dans toute sa plénitude ; une extension verte et bleue de la terre ferme, qui nous incite à poursuivre notre chemin.

A première vue, le complexe piscicole semble inoccupé. Telle une île installée au beau milieu du désert de l’île de Margarita, brûlé par le soleil. Toutefois, dès le portail franchi, le visiteur se trouve confronté à une odeur mêlée, celle de la mer et du poisson pêché, qui constitue l’ordinaire en quelque sorte, du Complexe Piscicole Islamar.

Luis Benito Marval a tout de celui qui passe plus de temps en mer que sur la terre ferme. Son regard exercé et son visage buriné, l’attestent. « Au moment où la construction du complexe a été lancée, j’avais de mon côté abandonné l’activité de pêcheur. Je m’étais reconverti dans la maçonnerie, ce qui m’a paermisde participer à son édification ». Tandis qu’il s’exprime posément, il surveille de près la fabrication d’andouillettes de poisson qui s’accumulent devant lui, sur la table en acier inoxydable. Outre les andouillettes l’entreprise mixte Islamar produit également des croquettes de poisson, dont la valeur ajoutée est la plus intéressante du fait de la mécanisation et des méthodes appliquées au conditionnement. Les filets de merlu, de dorade, de sardine, mais aussi les steaks de thon, sont partie intégrante de la production. Foto-destacada-Islamar

De sa voix traînante, Benito nous raconte que le recrutement du personnel s’est fait, à partir d’une série d’entretiens d’embauche, dont les conseils communaux de la zone avaient la responsabilité. En ce qui le concerne, c’est la communauté de Guamache qui a procédé à son désignation. Quant à la main d’oeuvre, elle a été recrutée sur des bases analogues. Enfin, la Mission Saber y Trabajo s’est chargée de la sélection et de l’évaluation des postulants. « C’est une situation nouvelle pour nous. Auparavant, les pêcheurs locaux n’intéressaient pas les entreprises. Ceux qui en ce moment travaillent, vivent en effet, ici même. D’une manière ou d’une autre, nos activités ont toujours été liées à l’halieutique ». C’est en ces termes que Benito s’exprime tout en surveillant son travail de près.

Les Conseils de Pêcheurs de Nueva Esparata fournissent la matière première que traite le Complexe piscicole. Les 12 personnes engagées dans cette première étape, participent à toutes les instances de production : le lavage des poissons ; l’éviscération ; le broyage ; le mélange qui débouchera sur la fabrication des andouillettes et des croquettes. Viennent ensuite, le conditionnement et l’empaquetage.

Benito

Benito

Benito ajoute qu’avant, il ne souciait pas de la bonne réussite ou non, d’entreprises telles qu’Islamar. Mais depuis que la communauté s’en occupe, il la défend becs et ongles. « Je me considère comme une partie de cette entreprise, parce qu’elle est à nous. La clé de la réuissite : se sentir impliqué, et par conséquent, avoir envie de travailler ». Un sourire se dessine sur son visage : « j’espère bien vivre un peu plus longtemps. Avoir une vieillesse un peu plus tranquille. Parce que la pêche vieillit rapidement son homme. Parce que celui qui est en mer, qui subit les assauts répétés du soleil, vieillit bien vite ».

Eleazar Villarroel, un pêcheur de 73 ans travaille également à Islamar. Il vivait à Los Roques. Il s’est vu dans l’obligation d’abandonner sa Margarita natale, car les résultats de la pêche en haute mer étaient de plus en plus mauvais. C’est dans ce contexte qu’il a rejoint le Complexe. Maryelis Leon, est une bien jeune mère célibataire, dont la timidité transparaît, lorsqu’elle s’emploie à nous dire de quelle manière elle recherche constamment l’efficacité. Et ce, afin que le peuple soit satisfait des produits issus du Complexe piscicole. Lesquels sont commercialisés chaque vendredi, à l’occasion de la foire qui voit ces mêmes travailleurs partager les fruits de leur travail avec l’ensemble des membres de la communauté. Il faut préciser que les produits sont vendus à des prix solidaires.

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Histoire d’un changement de paradigme.

L’expérience d’Islamar s’ancre dans la réalité concrète depuis 2 ans maintenant. Mais l’idée d’une telle configuration est beaucoup plus ancienne, elle germe dès les premières années de la Révolution. En 2001, une nouvelle disposition légale relative à la Pêche et à l’Aqua-culture a vu le jour. A partir de cette date, un nouveau paradigme de la pêche dans son ensemble, a commencé à s’imposer. Il peut être circonscrit ainsi : rendre prioritaires le social et la souveraineté alimentaire ; la logique économique basée sur la recherche exclusive du profit leur étant désormais subordonnée. La reconnaissance et la protection d’un mode de pêche artisanal, en sera le corollaire.

« Quelques-uns des pêcheurs parmi les plus représentatifs se sont réunis. Nous avons jeté les bases d’un projet, qui visait dans ses grandes lignes à donner la possibilité à chaque pêcheur de confier le fruit de son travail à ce Complexe en devenir, aux fins de conditionnement. La vente directe -le peuple en étant le bénéficiaire- sera la dernière étape ». C’est le président d’Islamar et par ailleurs porte-parole de Nueva Esparta du ¨Frente National de Pescadores y acuicultores¨ (Front National des pêcheurs et aqua-culteurs), Luis Rodriguez qui parle ainsi

A partir de mars 2008, la réforme introduite par la loi soulève l’espoir de voir aboutir rapidement de ce projet. Ce changement de paradigme débouche sur la résolution d’une demande émanant de longue date, des travailleurs de la mer vénézueliens : l’interdiction définitive d’un mode de pêche industrielle au chalut/à la traîne. « La conservation du potentiel hydro-biologique visant au maintien dans la durée de l’halieutique, des pêcheurs et de la pêche en est l’esprit », ajoute Luis qui est de plus, partie prenante d’un des nombreux Conseils de Pêcheurs qui ont vu le jour à Nueva Esparta et qui ont obtenu de l’Etat, le statut d’interlocuteurs à part entière. Telle est l’une des retombées parmi les plus remarquables, de l’application effective de la nouvelle législation. Tripas-y-pescados-detalle-Islamar

« Nous avons été un maillon à part entière d’un processus qui a débouché sur l’élaboration de la loi. Nous nous sommes introduits au sein de ce dispositif participatif grâce à Chavez. Et grâce à cela, nous nous sommes lancés dans la concrétisation du projet qui nous tenait à cœur ». La construction du Complexe piscicole a débuté en 2009. C’est à partir d’août 2012, qu’il commencera à faire ses preuves. A l’heure actuelle, l’entreprise mixte destine 51% de sa production à l’Etat, en retour des crédits qui lui ont été alloués. Les Conseils de Pêcheurs se répartissent les 49% restants.

Pour Luis, le fait saillant de cette démarche, c’est son caractère exemplaire. Car elle démontre qu’une autre économie est possible. Il n’en demeure pas moins que des pans entiers de la pêche au Venezuela, dépendent toujours d’une perception proprement mercantile : des intermédiaires achètent aux pêcheurs le fruit de leur travail, qu’ils vendent à un prix élevé à ceux qui l’écouleront sur les marchés. L’aisance des touristes en matière de pouvoir d’achat, participe également de cette flambée des prix. En définitive, comme Luis le remarque, « c’est le marché qui fixe les prix. De ce fait, le capitalisme est enquisté dans cette manière de commercialiser . La mission d’Islamar, c’est de participer à la construction du socialisme. Il ne faut pas oublier la pratique d’une manière de troc consistant à échanger le poisson pêché contre des produits, du matériel de pêche. Et ce, à des prix solidaires afin de baisser les coûts ». L’idée globale consiste faire en sorte que les pêcheurs bénéficient de revenus réguliers. L’établissement de tarifs solidaires au profit de l’ensemble de la communauté, sera l’objectif ultime affiché. Luis termine en rappelant qu’« éliminer le rôle du revendeur et du spéculateur à l’origine de l’augmentation des prix, est la condition requise afin que le peuple puisse consommer les produits de la mer ». Selon lui, la tâche à laquelle il s’agit de s’atteler, c’est renouer avec l’état d’esprit originel de la communauté des pêcheurs, qui n’a jamais considéré le poisson comme une marchandise, mais comme l’un des éléments majeurs d’une forme d’économie de subsistance qui lui est propre depuis toujours.

La clé de tout : la persévérance.

Siège d'Islamar

Siège d’Islamar

L’édifice principal d’Islamar est pourvu d’une chambre froide de la taille d’un terrain de basket-ball ; d’une zone tout entière dédiée à l’éviscération du poisson et à la fabrication de pulpes qui en résulte ; mais aussi de la salle au sein de laquelle les andouillettes et les croquettes sont produites.

Au total 12 personnes sont employées à ce jour, parties prenantes de la première étape de ce projet pilote. Il faudra rapidement résoudre la question de la désignation de la nouvelle junte de Direction, afin de mener à bien cette tâche. Pour ce faire, il est prévu l’incorporation progressive de personnel nouveau. L’objectif à atteindre étant le suivant : élever le niveau de production à 50% de la capacité totale. Pour atteindre les 100% -c’est-dire 10 tonnes de production par jour- il faudra compter sur 70 personnes travaillant au sein du Complexe piscicole. Ce qui le rendra totalement opérationnel.Foto-grupal-Islamar

Cette jeune femme -Mariangel Salazar- était initialement professeur de chimie. Désignée par le conseil communal dont elle dépend, bénéficiant par ailleurs de l’entremise de la Mision Saber y Trabajo (mission sociale de formation professionnelle), , elle a rejoint Islamar en tant que chargée du contrôle de qualité. Mettant à profit sa pause-déjeuner, elle revient sur l’importance de cette expérience aux yeux de tous les membres de la communauté. « Tout cela est réellement gratifiant. C’est en effet la première fois que nous voyons au niveau de la commune, des personnes issues de la même communauté, des mêmes secteurs d’activité pouvoir profiter d’un bassin d’emploi tel que celui-ci. Car le bien-être consiste à pouvoir gagner sa vie dignement, en offrant aux communautés avoisinantes, d’accéder aux produits de la pêche ».

Son visage rubicond flanqué de lunettes professionnelles de couleur noire de taille imposante nous fait face. Mariangel se souvient des débuts de cette entreprise. Tout n’a pas été facile. Elle songe notamment aux pertes de temps résultant de l’inertie bureaucratique. Mais aussi du manque de moyens financiers qui ont obéré/retardé la mise en fonctionnement effective du Complexe. « La persévérance a été l’élément décisif. Si nous avions compté sur des aides extérieures, si nous avions fait appel à un spécialiste afin de venir à bout de ces difficultés, nous n’aurions pas avancé d’un pas ». Pendant que les travailleurs et travailleuses du Complexe ôtent masques et tabliers pour la pause obligatoire du déjeuner, les blagues fusent, les visages s’éclairent d’un sourire. Mariangel : « rien qu’à voir ces installations, nous constatons qu’Islamar est une belle réussite. Et toutes celles et ceux qui travaillent au sein de ce Complexe en sont comme confortés ».

Après la pause-déjeuner, la journée de travail reprend. Les andouillettes de poisson sont pesées et conditionnées. Ce sont à peu près 2 tonnes d’aliments qui chaque jour, sont produits. Outre la prise en compte des objectifs touchant à l’augmentation de la production, Luis indique que dans un futur proche, ils atteindront ce but : procéder à un échange d’expériences avec des entreprises socialistes se situant sur le territoire d’autres états. Et ce, afin que les unes et les autres puissent bénéficier d’une consolidation conjointe, assurant ainsi à chacune d’entre elle, une assise solide.

Islamar avance jour après jour, grâce à l’apport et aux efforts de chacun de ceux qui lui donnent vie. Pour Luis, « la participation des travailleurs aux décisions relatives à la production est l’essentiel. Nous devons nous doter d’un état d’esprit semblable à celui d’un essaim d’abeilles solidaires les unes des autres. Chacun d’entre nous est appelé à formuler des propositions. Nous en déduisons que c’est le meilleur moyen pour continuer à se développer. »

Luis Rodriguez

Luis Rodriguez

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/islamar-otra-economia-es-posible/

Texte : Martín Di Giácomo

Photos : Sabrina Porras

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/15/islamar-une-autre-economie-est-possible/

« Afro-descendants du Venezuela… en avant toute ! » par Jesús Chucho García

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Un Odu de Ifa dit : « Ne préfère pas le sentier au chemin »

Le mouvement social afro-vénézuélien (MSA) (1) s’est jeté dans la bataille électorale pour appuyer le Plan Patria 2013-2019 légué par le président Chavez et pour mobiliser le vote en faveur du candidat bolivarien à la présidence Nicolás Maduro. Celui-ci incarne cet engagement d’approfondir la participation populaire dans la prise des décisions qui  transformeront notre société, vers un socialisme comme inclusion sociale, sans distinction de race, visant l’égalité pleine de toutes et tous les vénézuéliens. L’opposition de droite exprime, une fois de plus, sa nature raciste (2) et son adhésion aux politiques impériales, avec sa menace arrogante de supprimer la plupart des acquis sociaux de quatorze ans de révolution et dont bénéficient quatre-vingt pour cent des vénézuéliens. L’enjeu de l’élection présidentielle du 14 avril 2013, au-delà d’un suffrage en faveur des déshérités, est un modèle de coexistence sociale, souverain, antiraciste.

Les cinq objectifs du « Plan Patria 2013-2019 » et la participation du mouvement afro-descendant.

Avant le départ physique du président Hugo Chavez, s’est ouvert dès 2012 un débat citoyen parmi tous les secteurs du peuple vénézuélien pour construire le plan socialiste 2013-2019, qu’on peut lire in extenso ici : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

Ce plan, repris intégralement et soumis aux électeurs par le candidat Nicolas Maduro pour les présidentielles du 14 avril 2013, repose sur cinq objectifs stratégiques :

  1. La consolidation de notre indépendance, liée à l’irréversibilité de notre souveraineté.
  2. La construction du socialisme du XXIe siècle pour atteindre « le plus grand bonheur possible, la plus grande quantité de sécurité sociale et le plus haut niveau de stabilité politique » (Simón Bolívar).
  3. Transformer le Venezuela en puissance sociale, économique et politique au sein de la grande nation latino-américaine et caraïbe.
  4. Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale multipolaire (le monde n’appartient plus à l’unipolarité: USA-Europe de l’Ouest) pour assurer la paix mondiale.
  5. La préservation de la vie humaine sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine.

    Jesus Chucho garcía

    Jesús Chucho García

Ces cinq objectifs ont été discutés ouvertement par le mouvement afro-descendant. Nous avons pu insérer nos propositions dans plusieurs de ces objectifs. Jamais jusqu’ici notre participation n’avait été prise en compte dans les douze plans stratégiques élaborés dans l’histoire de notre pays.

Dans l’objectif stratégique 1, sont à présent reconnues «les contributions morale et politique des afro-descendants tels que le héros José Leonardo Chirino, dans la construction de l’indépendance et de la souveraineté de notre pays. »

Dans l’objectif 2, est soulignée «l’émergence définitive du nouvel État démocratique et social, de droit et de justice, avec la participation des personnes afro-descendantes dans le développement du système fédéral de gouvernement.»

Dans l’objectif 4 – celui de «la construction d’un monde multipolaire» – l’intégration de notre Amérique Latine et dans les Caraïbes va au-delà d’une intégration économique, et vise l’intégration ethnique et l’inclusion de plus de 150 millions de personnes afro-descendantes historiquement exclues des vieux projets d’intégration néo-libérale.

A présent, des organismes comme l’ALBA, la CELAC, le MERCOSUR et l’UNASUR, contribueront à éliminer la pauvreté, à en apprendre davantage sur notre histoire commune, comme en ont convenu récemment les ministres de l’Éducation de la CELAC réunis à La Havane.

En ce qui concerne l’Afrique, ces projets et la «Lettre à l’Afrique», une des dernières lettres publiques du président Chavez, insistent sur la nécessité de créer des liens avec «la Mère-Patrie» et reconnaissent sa contribution à notre identité. Cette lettre doit être étudiée tant par nous comme afro-descendants que par les peuples d’Afrique et la diaspora africaine dans le monde. Son texte intégral est lisible ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

L’agenda électoral des afro-vénézuéliens en 2013.

Redisons d’abord que jamais nos communautés n’avaient reçu un appui de l’Etat vénézuélien tel qu’il s’est manifesté au cours des quatorze années de la révolution bolivarienne.

Aujourd’hui, au sein des plus de deux millions d’étudiants dans nos universités publiques, un grand pourcentage est afro-descendant. Nous avons aujourd’hui plus de terres agricoles pour notre consommation, avec des soutiens sous forme de prêts financiers et de dotations de machines. Nos pêcheurs artisanaux sont également soutenus, et dans de nombreuses communautés l’exploitation sociale et la destruction écologique causées par la pêche industrielle ont disparu. Le système de santé publique parvient à nos communautés rurales et urbaines. Les femmes afro-vénézuéliennes bénéficient des programmes de soutien socio-productif tels que «Mères de quartiers» et «Banque de la Femme». (3)

L’agenda électoral du mouvement afro-descendant vise à défendre des points spécifiques du Plan Patria 2013-2019. Le mouvement a déjà organisé une série de débats et de forums à Caracas, Osma, Barlovento et continuera cette semaine ces activités à Ocumare del Tuy, Valencia, San Juan de los Morros, Yaracuy, dans le sud du lac de Maracaibo et dans toute l’afro-géographie nationale.

Tâches futures du processus bolivarien vis-à-vis des afro-descendants.

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Créer l’Institut national contre la discrimination raciale. Rédiger le règlement de la Loi déjà approuvée contre la discrimination raciale. Créer la figure du médiateur et défenseur public des droits des communautés afro-descendantes. Redimensionner la Commission présidentielle contre la discrimination dans l’éducation. Favoriser la diffusion de textes scolaires sur les thèmes afro-vénézuéliens et africains. Inclure dans la Loi du Culte de la reconnaissance de la spiritualité afro-descendante. Reprendre la discussion de la Loi de la Culture avec les propositions des afro-descendants. Repenser les politiques culturelles avec une plus grande inclusion de la diversité culturelle afro-vénézuélienne. Créer au niveau des politiques publiques des espaces pour recevoir et traiter les revendications des communautés afro-descendantes, au sein des ministères et des institutions suivantes : Ministère des Communes, de la Santé, de la Femme, de la Jeunesse, de l’Agriculture, de l’Environnement, Institut National de la Statistique, Ministère de la Communication (soutien aux radios et Tvs communautaires afro-vénézuéliennes), INAPYMI (petites et moyennes entreprises), Corporation du Cacao, INAPESCA (pêche), pour que ces demandes servent de base contraignante aux politiques de développement soutenable de nos communautés.

Sur le plan international, concrétiser les accords de la quatrième réunion « afro-descendants et transformations révolutionnaires »: création du fonds afro de l’ALBA,  du Fonds de solidarité avec Haïti, création du Comité Afro-descendant de la CELAC, participation au Forum de Sao Paulo, conception d’un plan d’action dans le cadre de la « Décennie des peuples afro-descendants » (2012-2022),

Jesús Chucho García (4)

VENEZUELA  AFRODESCENDIENTE

Notes :

  1. Blog du Mouvement Social Afro-vénézuélien : http://movimientosocialafrovenezolano.blogspot.com/p/quienes-somos.html
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne et de ses médias (majoritaires) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  3. « Banco de la Mujer » (Banque de la Femme) : http://www.minmujer.gob.ve/banmujer/
  4. Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel, diplomate et fondateur/activiste du mouvement afro-descendant vénézuélien, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf )

Articles liés :

  1.  « Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/
  2.  « Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/
  3.  « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  4.   « Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/31/boubacar-boris-diop-il-est-temps-pour-nous-intellectuels-damerique-latine-dasie-dafrique-de-montrer-que-nous-vivons-dans-un-monde-dapparences/

Source (espagnol) : http://www.alainet.org/active/63054&lang=es

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/07/afro-descendants-du-venezuela-en-avant-toute-par-jesus-chucho-garcia/

Le dimanche au Venezuela, les pêcheurs votent aussi.

«C’était pas dans le catalogue !». Surprise de touristes occidentaux qui espéraient oublier le boulot sans rien voir de la révolution au Venezuela, jouissant du soleil, des palmiers et d’autres plaisirs apolitiques, lorsque surgit entre les planches de surf une caravane de pêcheurs artisanaux. Cette image parle bien de cette campagne présidentielle et, surtout, de ceux qui s’apprêtent à voter.

Caravane de pêcheurs appuyant la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, août 2012.

Le Venezuela fut en effet le premier pays à interdire, en 2009, la pêche industrielle et à octroyer aux pêcheurs artisanaux des crédits pour monter des coopératives, ainsi que le droit à la sécurité sociale. Des milliers de travailleurs jusqu’ici exploités sur des bateaux-usines, jouissent à présent d’une retraite, même s’ils n’ont pas cotisé et même si leur patron les employait illégalement. Cette loi a permis le repeuplement des fonds marins par une flore et une faune en voie d’extinction. Ici l’écologie n’est pas un hobby de plus ou une correction du libre marché mais une base structurante du socialisme du 21ème siècle.

Déjà, en 2007, s’opposant à l’introduction des OGM et à la substitution de cultures vivrières par celles destinées à l’éthanol, Hugo Chavez déclarait son refus d’“enlever le maïs aux gens, à la chaîne alimentaire, pour remplir les automobiles”.

Dans un quartier populaire d’Antimano (Caracas). L' »unité de production agricole » Fernando Carlos Clavijo  » est une des 19.000 coopératives développées par le gouvernement et les communautés organisées en vue de construire une souveraineté alimentaire sous contrôle des habitants. Crédit : Venezuelanalysis.com

Aujourd’hui, son programme prévoit de poursuivre le développement de l’agro-écologie et de l’agriculture urbaine, la réforme agraire et la protection des réserves d’eau, de la biodiversité, des lacs, mers et forêts, de continuer à s’opposer sur les plans régional et international à toute forme de commercialisation de la nature et à défendre l’équilibre climatique (tel que défini dans le Pacte de Kyoto) ; de démanteler les schémas du charbon sur le marché international qui légitiment le droit de polluer, ou encore de concrétiser un plan national contre le rejet de gaz (effet de serre) et la transformation des industries concernées (1).

Ces nouvelles relations entre être humain et nature sont absentes du programme du candidat de la droite, Henrique Capriles Radonski, qui promet de rétablir la pêche industrielle pour  « recréer l’emploi perdu» et de « rétablir la compétitivité des entreprises ». La fuite, grâce à des dissidents de l’opposition, des documents du «vrai programme» de Capriles a provoqué ces derniers jours la défection de plusieurs personnalités de la droite (comme les ex-gouverneurs De Lima, Cermeño ou le député Ojeda). Ceux-ci dénoncent à présent «le danger que ferait courir Capriles au Venezuela en nous ramenant à un libre marché pur et dur», ainsi que l’intolérance de son noyau vis-à-vis des autres courants de l’opposition.

La loi de la pêche n’est qu’un exemple d’une révolution générale qui motive les appels à voter pour Chavez depuis le Venezuela et depuis l’Amérique Latine. Ils sont signés par la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, les mouvements écologistes, des collectifs féministes, gay et de la diversité sexuelle, des travailleurs de la culture (photo), des groupes de populaires de rap, de hip-hop ou de rock, des coordinations indigènes (comme en Bolivie) et afrodescendantes, les mouvements de paysans sans terre (p. ex. du Brésil), d’éducation populaire (comme le Frente Dario Santillan ou Pañuleos en Rebeldia d’Argentine), les collectifs défenseurs de l’usage du software libre, des mouvements étudiants (Chili, etc..), ou encore des syndicats nationaux comme la puissante CUT brésilienne .

Coordination nationale de travailleurs de la culture manifestant leur appui à la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, septembre 2012.

Pour construire le « socialisme bolivarien » le gouvernement écoute souvent les revendications de ces mouvements (2), par exemple en instaurant le software libre dans toute l’administration publique, en légalisant des centaines de radios et de télévisions associatives, en légiférant pour faire avancer la condition de la femme et pour sanctionner toute forme de discrimination. Il a aussi, par exemple, rompu avec l’École des Amériques (école des bourreaux qui ont sévi dans les dictatures latino-américaines), sorti de l’impunité les cas de tortures et de disparitions de nombreux vénézuéliens dans les années 50 à 80, ou encore créé au terme d’un vaste débat citoyen une loi du travail très avancée (3).

Le candidat Chávez veut aller plus loin. Son programme propose de structurer un État communal basé sur la démocratie participative (on compte déjà 40.000 conseils communaux au Venezuela, approfondissant un modèle que les altermondialistes découvrirent à Porto Alegre (Brésil), où les citoyens élaboraient eux-mêmes le budget municipal) et de réaliser ce qu’il appelle « l’éco-socialisme » : l’écologie non comme « accompagnement » mais comme négation et dépassement du capitalisme (4).

Thierry Deronne, Caracas, le 4 octobre 2012.

Notes: 

(1)  – Un lac sauvé, un village agro-écologique en construction : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/23/un-lac-sauve-un-village-agro-ecologique-en-construction-lecologie-en-mouvement-au-venezuela/

– Le Venezuela à contre-courant sur le maïs : :https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/le-venezuela-a-contre-courant-le-mais-pour-lalimentation-pas-comme-combustible/

(2) – Lorena Freitez militante de la culture alternative: Chavez est un politique de type nouveau, il valorise les savoirs populaires : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/17/lorena-freitez-militante-de-la-culture-urbaine-alternative-au-venezuela-chavez-est-un-politique-de-type-nouveau-il-valorise-les-savoirs-populaires/

(3) – La nouvelle loi du travail au Venezuela, un pas de plus vers la vraie vie : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(4) – C’est aussi pour cela que des campagnes ciblent régulièrement les mouvements écologistes : il y a quelques semaines les grands médias et les réseaux sociaux diffusèrent l’information sur « le massacre d’une communauté indigène Yanomami par des chercheurs d’or au Venezuela ». La source, l’ONG britannique Survival, critiqua aussitôt l’inaction du gouvernement vénézuélien… avant de se rétracter discrètement quelques jours plus tard, reconnaissant qu’ « en fait, aucun massacre n’a eu lieu » tout en répétant que le gouvernement vénézuélien « devrait être honteux » (shameful) de cette situation.

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Annexes en images.

1. Quelques uns des messages de solidarité des mouvements sociaux latino-américains.

Ce reportage de Telesur: http://multimedia.telesurtv.net/media/telesur.video.web/telesur-web/#!es/video/liderazgo-de-chavez-debe-ser-defendido-movimientos-alba/ débute par un message vidéo de la « Sole », une habitante d’une commune chilienne qui vit au pied du chantier abandonné d’un immense hôpital public : celui que le Président Salvador Allende voulait offrir aux pauvres du Chili et d’Amérique Latine. Sole rappelle que quarante ans après le coup d’État de Pinochet, l’éducation et la santé coûtent de plus en plus cher au Chili. Elle appelle à voter pour celui qui, au Venezuela, a réalisé le rêve d’Allende :  la gratuité de l’université et de la santé.  Ensuite, l’argentin Manuel Bertoldi du Frente Popular Darío Santillán et la brésilienne Messilene Gorete du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, expriment le soutien de la coordination continentale des mouvements de l’ALBA à la révolution bolivarienne face à la dictature des transnationales médiatiques qui veulent interférer avec les élections du 7 octobre, en générant des scènes de violence pour les imputer au « dictateur » Chavez.

Manifestation de soutien depuis le Chili.

Manifestation de soutien au Brésil.

Manifestation de soutien en Argentine.

Manifestation de soutien en Bolivie.

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2. Des images que vous ne verrez pas dans vos médias : le meeting de clôture de campagne de Hugo Chavez à Caracas, le 4 octobre 2012.

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

URL de cet article :  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/05/au-venezuela-les-pecheurs-votent-aussi-le-dimanche/