Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

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Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

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Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

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Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

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L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
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Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

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L’État communal, une utopie en construction, par Angèle Savino

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Source : L’Humanité Dimanche, édition du 29 juin au 5 juillet 2017

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L’Assemblée Constituante, un visage nouveau pour la République

DAzBx5OWAAEmrNBRegain d’activité politique au Venezuela où trois grands scrutins sont prévus d’ici le début de 2018 : le premier en juillet pour choisir les députés à l’Assemblée Constituante – la population sera ensuite consultée par référendum sur le nouveau texte. En décembre la population élira les gouverneurs et des assemblées législatives pour chacun des 24 états. En 2018, l’élection présidentielle permettra aux citoyens de choisir entre retour au néolibéralisme ou poursuite du socialisme bolivarien.

On mesure le pouvoir d’un champ médiatique abandonné par la gauche aux grands groupes privés quand on voit qu’un pays qui a mené plus de scrutins que tout autre processus progressiste dans le continent latino-américain, qui dispose de ce que Jimmy Carter appelait dès 2012 « le meilleur système électoral du monde » et dont la majorité de l’économie et des médias sont privés et d’opposition, soit perçu comme « une dictature ». Les grands médias n’ont pas seulement transformé une insurrection de droite en « révolte populaire », un État qui se défend en État « répressif », une guerre économique en « pénuries dues au modèle socialiste ». Ils ont invisibilisé 18 ans de démocratie participative, en occultant ces mouvements sociaux qui aujourd’hui discutent des points de la nouvelle constitution : égalité de genre, mariage homosexuel, droit à l’avortement et droits de la femme en général, écosocialisme et protection de l’environnement, nouveaux mécanismes de pouvoir citoyen, droits culturels nouveaux…

La présidente du Conseil National Électoral Tibisay Lucena a fait part de sa surprise face au nombre élevé de postulations citoyennes (où de nombreux opposants se sont inscrits, désobéissant au consignes publiques des partis de droite). Au total 55.314 personnes se sont postulées, 19.876 par territoire et 35.438 pour le secteur social, représenté par une majorité de femmes (62 %) issues des secteurs des paysan(ne)s, pêcheur(se)s, conseils communaux, communes, entrepreneurs, étudiant(e)s, pensionné(e)s, personnes handicapées. Le 6 juin a commencé la collecte de signatures pour valider les postulations et choisir in fine 364 députés constituants « territoriaux » et 181 « sectoriels ».

Dans un contexte de conflits et de violence croissante générés par des secteurs de l’opposition qui ne reconnaissent pas le gouvernement élu, Nicolas Maduro a convoqué cette Assemblée Nationale Constituante (ANC) comme la constitution lui en donne le droit (articles 348 et 349) et comme stratégie pour rétablir la paix et consolider le processus de transformation du pays (1).

Par définition, une Assemblée Constituante a pour objectif de modifier l’ordre établi. Au cours des dernières décennies, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur ont utilisé ce mécanisme afin de remanier la totalité de leurs constitutions, refondant leurs États sur de nouveaux principes et objectifs. Ces États ont donné une leçon de démocratie de la plus haute importance : les lois ne sont pas gravées dans le marbre, elles doivent répondre aux besoins et aux caractéristiques des peuples et non l’inverse.

Les décrets 2830 et 2831 (2), émis le 1er mai dernier par l’exécutif vénézuélien, ouvrent la voie à une nouvelle Constitution et à la convocation d’élections des membres de l’Assemblée. Le décret 2830 prévoit d’inclure les objectifs suivants dans la nouvelle Constitution :

  1. Rétablir une collaboration entre les pouvoirs publics pour assurer le bon fonctionnement d’un État démocratique, social, de droit et de justice, ainsi que de remédier à l’impunité.
  2. Améliorer le système économique post-pétrolier, mixte, productif, diversifié et intégrateur en créant des outils qui permettront de dynamiser le développement des forces productives, ainsi qu’un nouveau modèle de distribution transparent et satisfaisant l’ensemble des besoins alimentaires de la population.
  3. Constitutionnaliser les Missions et les Grandes Missions Socialistes.
  4. Élargir les compétences du système judiciaire afin d’éliminer l’impunité des délits contre les personnes, la patrie et la société (corruption, contrebande de produits d’extraction, spéculation, terrorisme, narcotrafic, incitation à la haine sociale et à une intervention étrangère).
  5. Constitutionnaliser les Communes et les Conseils communaux, les conseils de travailleurs et de travailleuses, et toute autre organisation sociale ou de base territoriale pour en faire de nouvelles structures démocratiques.
  6. Défendre la souveraineté et l’intégrité de la Nation et protéger le pays contre l’interventionnisme étranger en renforçant les pouvoirs de l’État.
  7. Revendiquer la pluri-culturalité en vue d’une coexistence pacifique permettant d éliminer la haine sociale et raciale ancrée dans une minorité de la société.
  8. Reconnaître les droits des jeunes (travail digne, protection des jeunes mères, logement, respect de leurs idées)
  9. Préserver la biodiversité, combattre le changement climatique et développer l’écosocialisme.

Le décret 2831 a nommé une commission présidentielle qui a élaboré les bases électorales définissant la répartition des députés de l’Assemblée par territoire, la forme que prendront les élections et les conditions requises pour être candidat à l’Assemblée.

Le décret 2878 (3) publié dans le journal officiel du 25 mai dernier a établi que la future Assemblée Constituante comptera 540 membres chargés de rédiger un nouveau texte constitutionnel et répartis de la manière suivante : 364 constituants territoriaux et 181 par secteurs. Au niveau sectoriel, des représentants des secteurs indigènes (8), étudiants (24), paysans et pêcheurs (8), entrepreneurs (5), handicapés (5), retraités (28), conseils communaux (24) et travailleurs (79) seront élus par vote universel, direct et secret.

Le décret 2878 précise aussi que les candidatures peuvent être présentées

• Sur initiative personnelle

• Sur l’initiative de groupes nécessitant le soutien de 3% des listes électorales pour pouvoir s’inscrire

• Sur initiative sectorielle nécessitant le soutien de 3% du secteur concerné, la candidature de personnes appartenant à la fonction publique ne pouvant être présentée que si elles renoncent à leur charge avant de s’inscrire.

Le Décret précise en outre que le premier acte administratif de la future Assemblée devra établir ses statuts de fonctionnement en concordance avec la législation nationale et internationale.

Le registre des candidats potentiels a été établi entre le 31 mai et le 1er juin. Ils devront collecter les formulaires de recueil des soutiens pour leur candidature sur la page web autorisée du Centre National Électoral http://www.cne.gob.ve/web/index.php (4).

L’Assemblée Nationale, dont la majorité est opposée au gouvernement, a déclaré nulle la convocation à une assemblée nationale constituante le 10 mai dernier, prétendant qu’il s’agirait d’une stratégie du Président pour « éviter des élections » (5). Face à cette prise de position, le mandataire a engagé l’opposition à venir vérifier la légalité de la convocation auprès de la Salle constitutionnelle, qui a finalement tranché en faveur de la constitutionnalité du processus.

De son côté, le Conseil National Électoral poursuit la procédure de convocation ; le déroulement de l’élection des membres de l’assemblée est prévue pour fin juillet (6). Le CNE a également spécifié que les élections régionales (gouverneurs et conseils législatifs régionaux) auront lieu le 10 décembre 2017.

Les secteurs de l’opposition devront préciser s’ils comptent persister dans leur stratégie de violence de rue et dans leur non-reconnaissance des institutions ou s’ils choisissent de s’engager dans des voies démocratiques pour résoudre le conflit politique, aussi bien dans le cadre de la Constituante que lors des prochaines élections. Pour cela, ils devront proposer à la population un projet de gouvernement alternatif susceptible de recueillir des appuis électoraux, ce en quoi ils ont échoué systématiquement depuis 2006, pris dans un va-et-vient entre politique et violence.

Traduction de la vidéo réalisée par Katrina Kozarek pour Venezuelanalysis.com (23 mai 2017)

« Introduction : ces dernières semaines au Venezuela, malgré les violences des secteurs radicaux de l’opposition, différentes organisations de base organisent des assemblées pour mettre au point les propositions destinées à nourrir les débats de l’Assemblée Constituante qui pourra modifier profondément le texte actuel et la structure de l’État.

« Participant 1 : je pense que c’est une occasion de rénover et de rediscuter pour que cette assemblée constituante ne soit pas un coup dans l’eau et ne génère pas plus de mécontents. Pendant 15 ans, quand Chavez était vivant, les vénézuéliens ont opté pour un processus pacifique. Cette participation politique a été assurée par la première constitution bolivarienne, une des plus avancées que nous ayons eue, y compris au plan international, et qui nous a donné un grand nombre de droits. Mais nous ne nous étions jamais demandé quels étaient nos devoirs pour continuer à construire la révolution. Ce processus permet aussi de rassembler et remettre en ordre des idées pour construire une nouvelle pensée, une nouvelle venezolanité.
« Participant 2 : Je partage les points proposés par le collectif national, l’appel à la paix, la création de ponts pour le dialogue comme alternative à l’escalade de la violence, la nécessité de perfectionner notre système économique pour sortir d’une économie trop basée sur la rente pétrolière, et développer ce que Chavez appelait le développement endogène en consultant les potentialités existantes dans nos populations, dans nos communautés. Constitutionnaliser les missions sociales est aussi important, rappelons que l’Assemblée Nationale actuellement dominée par la droite, et présidée par un personnage qui en avril 2002 a coorganisé le coup d’État qui supprima tous les pouvoirs publics, s’est fixée pour objectif de supprimer ces conquêtes sociales.

« Participant 3 : en tant que secteur étudiant et mouvement de jeunesse, nous nous sentons partie prenante de ce processus constituant qui est un processus de repolitisation, c’est une occasion de participer au destin de notre République Bolivarienne, la jeunesse représente plus du tiers de la population et les deux tiers de la population active. C’est pourquoi nous appelons chacun à prendre part à ce processus, à discuter avec toute la complexité, l’analyse nécessaire, la volonté et l’amour pour construire ce que nous appelons la patrie nécessaire.

« Participante 4 : face au blocage du dialogue politique, le président Maduro a lancé le processus de l’Assemblée Constituante, et nous pensons qu’il ne s’agit pas seulement de blinder les conquêtes inscrites dans l’actuelle constitution mais de la révolutionner. En tant que mouvement de femmes, nous demandons depuis des années qu’on dépénalise l’avortement, nous souhaitons que soient garantis les droits du mariage égalitaire, de la communauté LGBT, de la transversalité du genre dans les pouvoirs publics, car on ne peut réduire la question de la femme a un seul ministère, quand on voit que les tribunaux ou le Parquet national n’agissent pas en fonction des lois créées par la révolution. Ce nouveau texte doit aussi embrasser la structure communale du pouvoir, cesser de tourner le dos à cet héritage du commandant Chavez et son « la commune ou rien ».

« Participant 5 : en tant que collectif Alexis Vive, nous sommes d’accord avec la stratégie et l’appel du président à rejeter la violence de rue et à reprendre le débat politique, nous appelons la population à se joindre a ce débat pour approfondir les thèmes inscrits dans la constitution bolivarienne discutée en 1999, cette assemblée constituante doit être un moyen d’accumuler du pouvoir citoyen, de faire que les communes soient réellement autogestionnaires, de prendre appui sur les expériences d’auto-gouvernement, d’autonomie, d’autogestion, l’assemblée constituante doit être productive, communarde et féministe.

« Participant 2, reprenant la parole : le chavisme est passé par un processus de décantation, par exemple quand Chavez a parlé de socialisme en 2004 et 2005, des secteurs se sont éloignés. Actuellement comme nous sommes en train de discuter de la nécessité d’une démocratie communale et d’un État communal, cela va sans doute entrer en conflit avec les institutions existantes et nous arriverons à de nouvelle prises de position et à de nouvelles décantations. C’est un processus contradictoire, dialectique, de radicalisation, de recherche des racines, nous sommes en présence de deux projets antagoniques, celui de l’opposition est néolibéral, aligné sur les positions de l’empire, alors que le nôtre est celui d’un peuple qui lutte pour sa dignité. Nous pouvons arriver à nous mettre d’accord sur certains points, mais nous ne pouvons oublier les racines historiques de ces deux projets. Selon des sondages de la firme privée Hinterlaces, 74 % des vénézuéliens ont confiance dans la sortie de crise et 82 % rejettent les violences. L’analyse de ces chiffres indique l’importance de l’espoir collectif et nous donne l’énergie nécessaire pour parier sur cette assemblée constituante et sur un processus pacifique. »

Notes

  1. http://www.celag.org/convocatoria-a-asamblea-constituyente-en-venezuela/
  2. Décrets présidentiels N°2830 et 2831, Journal Officiel du Venezuela du 1er mai2017. Caracas-Venezuela. http://www.mp.gob.ve/c/documentlibrary/getfile?p_l_id=1451149§folderd=16268491§name=DLFE-15160.pdf
  3. Décret présidentiel n°2878. Journal Officiel du Venezuela du 23 mai 2017. Caracas-Venezuela. Source : http://mp.gob.ve/c/document_library/get_file?p_l_id=14851149§folderld=1 6268491§name=DLFE-15259.pdf
  4. L’inscription des candidats à l’ANC s’effectuera sur le portail web http://www.cne.gob.ve/web/index.php Source : http://correodelorinoco.gob.ve/inscripcion-de-los-candidatos-a-la-anc-serealizara-el-proximo-miercoles-y-jueves-en-portal-web/
  5.  » L’Assemblée Nationale approuve la nullité du décret de la Constituante. Source: http://www.eluniversal.com/noticias/politica/aprobo-acuerdosobre-nulidad-del-decreto-constituyente_651917. « L’Assemblée vénézuélienne approuve l’accord de nullité du décret de la Constituante ». Source : http://www.diariolasamericas.com/america-latina/asambleavenezolana-aprueba-acuerdo-nulidad-del-decreto-constituyente-n4121584
  6. Le Conseil National Électoral a reçu les bases officielles de l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante. Source : http://www.cne.gob.ve/web/sala_prensa/noticia_detallada.php?id=3505

Source : http://www.celag.org/venezuela-camino-a-la-constituyente-informe/

Traduction : Frédérique Buhl et Thierry Deronne

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“Une cité communale brise toute limite établie”

17 avril 2016, Reportage de Katherine Castrillo pour Cultura Nuestra

IMG_20160330_222121-744x558Qu’est-ce qu’une cité communale ?

“C’est l’espace dans lequel nous dépassons les bornes géographiques. Ici, nous les habitants nous unifions les problèmes, les besoins, les pratiques, les forces, les identités.” Une définition de vie claire pour Alexander Molina, responsable de communication de la Commune Manuelita Sáenz. C’est sur ce chemin qu’avancent peu à peu les 14 mille habitants de la Cité Communale Florencio Ramírez.

Nous sommes dans l’État de Mérida mais en entrant dans cette cité communale nous entrons aussi dans l’état du Zulia où se trouve une des communes qui appartiennent à ce « système d’agrégation ».

Au Venezuela, ces formes d’organisation qui se répandent hors des concepts traditionnels de frontière, sont de plus en plus courants. Pour comprendre la dimension de ce qu’ont réussi ces quarante conseils communaux organisés en cinq communes réparties sur deux états, il faut revenir aux concepts de la Loi Organique des Communes (LOC) : un « système d’agrégation » est une figure qui permet à plusieurs systèmes communaux de s’articuler pour résoudre collectivement des problèmes territoriaux, politiques, économiques, sociaux, culturels, écologiques, de sécurité, et de défense de la souveraineté. Bien. Ce qui permet de fortifier leur autogouvernement, faire des plans d’investissement sur leur territoire, impulser leur système économique, effectuer des inspections citoyennes sur les plans et projets qu’exécutent les pouvoirs citoyens et pouvoirs publics. En d’autres termes leur niveau d’autonomie croît avec leur degré d’organisation.

Ces systèmes d’agrégation se développent à d’autres niveaux, à commencer par le conseil communal, puis l’articulation de plusieurs communautés avec leurs conseils communaux qui génèrent la commune. Au troisième niveau on trouve la cité communale: plusieurs communes s’organisent dans un territoire déterminé. Ici, dans la commune Florencio Ramírez, atteindre ce troisième niveau a pris trois ans.

“En 2013 nous commençâmes á nous organiser, à étudier comment nous pourrions former des communes. Les compagnons du courant révolutionnaire Bolívar y Zamora (CRBZ) nous ont beaucoup aidés. Ensuite nous sommes allés visiter tous les conseils communaux, pour les informer. Nous voulions passer à la deuxième étape, celle de la commune. Au début de 2014 nous étions déjà organisés en communes mais nous nous sommes arrêtés, nous avons lu, nous nous sommes formés avec notre école de pouvoir populaire et d’autogouvernement, et nous avons décidé de marcher vers la troisième étape, l’organisation en « cité communale” raconte  Alexander.

Pour initier leur organisation ils ont mis en commun ce dont chacun disposait pour pouvoir fortifier ce qui manquerait aux autres : “nous travaillons dans différents projets socio-productifs qui ne sont pas répétitifs, par exemple la Commune Manuelita Sáenz travaille dans un usine de traitement de la farine de banane à cuire et de manioc; la commune Simón Bolívar travaille dans la pisciculture et dans l’agriculture; la commune Juan Evangelista González dispose d’une unité d’empaquetage et de traitement de matières pour l’engrais organique; la commune Bolívar Bicentenaire travaille dans un centre de stockage de cacao; et la commune Luis Mora travaille dans la volaille et le café. Globalement, nous devons définir nos politiques de production et de travail, ce qui entraîne pas mal de difficultés, certes, mais nous le faisons toujours en débattant”.

Ismaël Reyes, parlementaire du conseil communal Delicias Altas, qui fait partie d’une des communes qui forment la cité communale, raconte qu’au début ils n’étaient qu’un groupe de voisins : “Ensuite, avec notre président Chavez, nous avons démarré les conseils communaux et petit à petit cette nouvelle politique a fait son sillon. Aujourd’hui je suis parlementaire, j’ai beaucoup lutté pour obtenir ce que nous avons”.IMG_20160331_042937-744x411

“Ici nous unifions la force de nos communes”

Dans l’état de Mérida existent deux cités communales. Celle-ci est à 90 % agricole. De son travail paysan bénéficient non seulement ses 14 mille habitants mais aussi plusieurs villes du pays. Ils cultivent du café, du manioc, de l’ananas, de la banane à cuire, du cacao, des citrons, de l’avocat et plusieurs types d’élevage.

Ils racontent que leurs conseils communaux ne perdent pas l’autonomie, mais échelonnent le travail, l’organisation, les projets, par étapes: si le projet est petit il est mené par le conseil communal, si le projet est important, il est porté par la commune, s’il est d’une envergure majeure, il sera traité par la cité communale. Comment ? A travers les porte-paroles de chaque conseil communal, plus les parlementaires que ces conseils communaux désignent pour la commune. Ceux qui légifèrent et discutent des projets sont les parlementaires de la commune. A part cette organisation, la cité communale est formée par onze comités choisis comme porte-paroles lors des élections du bloc de l’état de Mérida, formé de quatre-vingt-deux communes.

Les difficultés ne manquent pas. Bien qu’ils n’ont pas cessé de travailler un seul jour, ils subissent l’état précaire des routes, le manque d’intrants agricoles pour pouvoir travailler la terre, et en particulier la mafia des intermédiaires: “Ce que nous voulons, c’est vendre directement à qui va manger, c’est très triste de travailler et investir autant pour devoir vendre le kilo de banane à cuire à 90 bolivars et pour que celui qui va le manger le paye à 1000 bolivars” explique Lourdes Camacho, autre communarde. Ils veulent établir un système de distribution pour garantir que leur travail ne soit pas précarisé et pouvoir contribuer ainsi pouvoir contribuer à l’offensive économique.

Celui qui parcourt cette cité communale se rend compte que la majeure partie des terres productives sont travaillées par les conseils paysans alors que les terrains abandonnés sont aux mains des grands propriétaires. Hé oui…. Dans une cité communale peuvent persister des incohérences qui ne furent pas résolues à temps par l’appareil d’État et qui se maintiennent par la “grâce” de certains tribunaux agraires…

Face à ces contradictions ce qui soutient les processus sociaux et communaux nouveaux est le haut degré de conscience politique: “Ici nous ne sommes pas pour le bénéfice du logement ou des crédits, ce dont il est question c’est du transfert de pouvoirs, c’est le véritable pouvoir du peuple. Nous ne sommes pas ici pour une bourse ou pour une place, ce que nous voulons c’est de décider sur nos processus, sur notre économie. Le soi-disant “progrès” a fait que nous perdions les habitudes de produire, de générer nos propres processus, cela a fait de nous des parasites, la crise nous fait revenir à l’autogestion, au bénéfice de nos communautés et des voisines” dit Lourdes.IMG_20160331_044720-744x482

A suivre….

Ils veulent continuer à grandir et ils en sont capables. Selon la LOC ils peuvent avancer vers la création d’une Fédération Communale, mais cela dépend de la création d’autres cités communales qui peuvent s’articuler. Y de là, passer à la Confédération Communale, où se réunissent plusieurs fédérations. Le but ultime est la création d’un État communal complet, où le pouvoir “est exercé directement par le peuple, à travers les autogouvernements communaux, avec un modèle économique de propriété sociale et de développement endogène et soutenable”. Même si ce chemin est le plus long, le plus escarpé et le plus épineux, surtout au milieu de cette guerre économique, il y a des gens qui ont commencé à le parcourir et qui savent comme Jenifer Villafañe, que cette organisation se traduit en forces: “La force que nous avons maintenant est celle d’un peuple organisé, et à l’heure de défendre ceci nous allons tous nous mobiliser. Nous avons brisé des barrières, comme disait Chávez, brisé les limites géographiques établies”.

Alexander s’interroge : “quelle est notre légitimité comme cité communale? Celle de répondre à toutes sortes de problèmes d’organisation, de communication, de fraternité. De comment ressentir ce que vivent d’autres là-bas, à quatre heures de route, et eux de même envers nous. Assurer la continuité du travail territorial que nous a laissé Chávez et que poursuit Maduro. Nous sommes cinq communes qui se sont imbriquées l’une après l’autre, qui vivons la même chose. Cela nous permet de nous voir avec une même identité pour travailler. C’est une des expériences les plus fortes, parce qu’elle nous fait sentir que nous faisons partie d’u espace et d’un projet plus grand, où nous travaillons pour que les figures anciennes (mairies, gouvernements régionaux) disparaissent. Pour renforcer l’organisation populaire”.

La chose semble possible, construire depuis un seul corps, avec des identités communes, alors, à quand la suite ?

Source: http://laculturanuestra.com/una-ciudad-comunal-rompe-cualquier-limite-establecido/

Texte et photographies: Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Traduction: Thierry Deronne

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Au Venezuela, la République participative gagne du terrain

A partir du 5 janvier 2016 le parlement vénézuélien accueillera une majorité de députés de droite. Face à leur intention annoncée de revenir sur les mécanismes de la démocratie participative et sur les acquis sociaux, le président Nicolas Maduro a promulgué ce 29 décembre l’interdiction de licenciement jusqu’à la fin de 2018 : « c’est le fondement même de la doctrine constitutionnelle de la révolution bolivarienne: protéger celui qui est juridiquement le plus faible, la travailleuse ou le travailleur, face au capitalisme. ». Cette décision a aussitôt été dénoncée comme « démagogique » par le secrétaire général de la MUD (plate-forme de la droite), Chuo Torrealba, pour qui « la seule manière de garantir l’emploi est le libre marché ».

Autre loi signée par le président, la Loi des Semences (1) que viennent d’approuver les députés chavistes : « Nous entrons dans un profond processus de transformation pour remplacer notre modèle agricole actuel par un modèle agroécologique, écosocialiste, pour produire nos propres semences et cesser d’importer des OGMs à des prix astronomiques » a précisé Maduro.CXj44c-U0AEPOECLe mandataire a également signé la loi des « Conseils citoyens de rang présidentiel » qui ont pour tâche de nourrir l’agenda gouvernemental. Ces conseils existent déjà, formés par les mouvements sociaux les plus divers : peuples indigènes, travailleur(se)s de la culture, mouvements féministes, travailleur(se)s, pêcheurs, paysans, personnes souffrant d’un handicap, étudiants et jeunesse, communes (2). Ils voient à présent leur existence et leurs fonctions protégées et garanties par la loi. « Ils pourront ainsi fonctionner au rythme des besoins du pays et faire des propositions concrètes » a expliqué le président vénézuélien pour qui « cette instance de pouvoir doit être de plus en plus dynamique, et avoir plus de pouvoir encore que le conseil des ministres ».

« Le peuple doit être président à cent pour cent.  Nous ne pouvons nous laisser gouverner par aucune élite, aucune oligarchie. Et pour que cela ne reste pas théorique, je vais instituer un organe supplémentaire » a poursuivi Maduro en créant le « Conseil populaire d’État », instance inédite dans l’histoire politique du pays: « nous attendons de ce conseil un haut niveau critique vis-à-vis de la gestion gouvernementale. »

Un « parlement communal »

Aux lois promulguées par le président bolivarien s’ajoute la création par l’Assemblée Nationale, le 15 décembre, d’une autre instance tout aussi neuve au Venezuela : le Parlement Communal National.

Dénoncée par les députés de droite comme « inconstitutionnelle » ou comme « coup d’État du régime chaviste pour refuser le verdict des urnes », la nouvelle assemblée ne prétend pourtant pas concurrencer celle des député(e)s. Elle est plutôt la conséquence logique de quinze ans de construction de démocratie participative.

Ce parlement communal puise son origine dans la Constitution Bolivarienne (3) approuvée au suffrage universel en 1999 et qui instaure la démocratie participative et « protagonique » : « Tous les citoyens et les citoyennes ont le droit de participer librement dans les affaires publiques, directement ou par l’intermédiaire de leurs représentant(e)s élu(e)s. La participation du peuple dans la formation, l’exécution et le contrôle de la gestion des affaires publiques est un moyen nécessaire pour atteindre le processus qui garantisse un complet développement, tant individuel que collectif. C’est une obligation de l’Etat et un devoir de la société de faciliter l’émergence des conditions les plus favorables pour sa pratique.» (Art. 62). L’article 70 évoque le droit de participation directe des citoyens dans la sphère législative, avec la possibilité de formuler des lois d’initiative populaire – comme la Loi des semences, récemment approuvée grâce à une forte mobilisation sociale (1).

Le Parlement Communal est également prévu dans la plus récente Loi Organique des Communes (Articles 21 au 31) qui le définit comme “l’instance majeure d’auto-gouvernement de la commune” qui peut s’agréger pour former une instance plus vaste.

Session inaugurale du parlement communal national, Caracas, 15 décembre 2015

Session inaugurale du parlement communal national, Caracas, 15 décembre 2015

Il ne s’agit pas donc pas de supplanter les compétences de l’Assemblée Nationale mais de faire en sorte que les parlements de chaque commune (4) élisent des délégué(e)s pour former un auto-gouvernement national. Celui-ci se réunira chaque mois et disposera d’un pouvoir législatif – se faire l’écho d’initiatives recueillies dans les assemblées populaires, proposer des lois d’initiative citoyenne, voter des normes de décentralisation, de déconcentration, de planification budgétaire en matière d’éducation, de santé, de logement à l’échelon communal. Il aura également une fonction de suivi – appuyer les nouvelles communes en approuvant leurs projets territoriaux, en leur transférant des compétences, des financements, pour qu’elles puissent superviser et orienter les politiques publiques sur leurs territoires.

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Pari tenu : un million de logements

Ce 30 décembre 2015, dans la chaleur moite du quartier populaire Caña de Azucar de la municipalité de Maracay, Nicolas Maduro a remis à une famille les clefs du millionième logement public construit par la révolution.  « Plus besoin de rasoir » a-t-il plaisanté, rappelant qu’il s’était engagé à se tondre la moustache si l’objectif n’était pas atteint à la fin de l’année. Avant de rappeler que le secteur privé n’avait pratiquement rien investi cette année dans la construction de logements, que la population a participé à 60% dans la main d’œuvre qui a édifié tous ces immeubles, et que le gouvernement bolivarien respectera sa promesse de construire 3 millions de logements publics en 2019.

Alors que les gouvernements de Russie ou d’Arabie Saoudite annoncent des mesures d’austérité pour pallier la chute de 60% des cours du pétrole, Maduro a confirmé que le Venezuela fait le choix inverse depuis deux ans : maintenir et développer les politiques sociales.

En vue d’augmenter les ressources publiques, le président a annoncé de nouvelles lois sur le développement des activités pétrochimiques ou sur l’exploitation directe par l’État des gisements d’or et d’autres métaux précieux,  pour « éliminer les exploitations illégales des garimpeiros, tout en protégeant les populations indigènes et l’environnement ».

A partir d’aujourd’hui, a-t-il expliqué par ailleurs, “les grands capitaux devront payer un impôt de 0,75% pour chacune de leurs transactions financières – ce qui permettra de capter de nouvelles ressources pour nos politiques sociales. Près de 3000 sociétés privées concentrent une masse gigantesque de capital, elles ont même, au cours de la guerre économique, augmenté leur capital de 300 à 400%. Ils font payer la population en gonflant leurs prix alors qu’ils payent le moins d’impôts possible en usant de toutes sortes d’artifices. Nous, comme Robin des Bois, nous allons imposer ces grosses fortunes. Nous décidons aujourd’hui d’élever l’assiette imposable jusqu’à 40%, au juste niveau, pour le restituer aux citoyens en travail, en alimentation, en logements. »

Thierry Deronne, Caracas, le 31 décembre 2015

Notes :
(1)  « Rude coup pour l’agrobusiness au Venezuela : les députés chavistes votent la loi des semences», http://wp.me/p2ahp2-29x
(2)  Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/ / “Nicolas Maduro refonde l’État pour “donner plus de pouvoir au peuple”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/06/nicolas-maduro-refonde-letat-pour-donner-plus-de-pouvoir-au-peuple/
(3)  Texte intégral de la Constitution Bolivarienne (approuvée au suffrage universel en 1999): http://mjp.univ-perp.fr/constit/ve1999.pdf
(4)  « La commune, co-présidente du Venezuela», http://wp.me/p2ahp2-1EV

 

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-29K

(Photos :) Une commune dans les Andes du Venezuela

Comuna Los Apios Edo Mérida. Foto: Milangela Galea

Comuna Los Apios Edo Mérida. Foto: Milangela Galea

Comuna Los Apios Edo Mérida. Foto: Milangela GaleaA ce jour plus de 1300 communes se sont constituées au Venezuela. D’autres centaines sont en gestation, débattant et définissant en assemblées territoriales leurs futurs axes économiques politiques et sociaux et la forme de leur auto-gouvernement. Le nombre croît constamment, et si toutes les organisations ne sont pas parfaites dans leur fonctionnement, la démocratie participative s’en trouve peu à peu renforcée. Les communes disposent en outre d’un organe de décision qui a rang présidentiel depuis mars 2014: lire “la commune co-présidente du Venezuela(1)

Qui parcourt le pays peut rencontrer des communes aux quatre points cardinaux. Dans les montagnes ou dans les villes, les côtes des pêcheurs, les grandes plaines agricoles, les profondeurs amazoniennes ou, comme ici, dans les Andes, à trois mille mètres d’altitude. La Commune “El Paso de Bolívar 1813” a mis sur pied une auto-construction (autogérée) de logements, les semailles et la récolte du blé, de nouvelles formes d’économie à la fois nouvelles et aussi anciennes que la culture de la terre.

Note:

(1) « La commune, co-présidente du Venezuela »,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

Comuna Los Apios Edo Mérida. Foto: Milangela Galea

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Source de cet article : http://laculturanuestra.com/fotos-merida-una-comuna-de-trigo-hombre-y-mujeres-libres/

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Milangela Galea

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(Photos:) Quand le cinéma se fait peuple

juntera_1er_preestreno_carabobo-18-1200x803 (1)Juntera_1er_preestreno_carabobo-10-1200x803CR8pMqkWsAAVgaVCR8otxgWIAAdo8b

Ils sont 250 communard(e)s assis face à l’écran blanc qui dans quelques minutes va refléter le film. Dans le soir des montagnes de Carabobo, à part ce bout de rue et les maisons lointaines, tout est plongé dans le noir. On a chanté, dansé le joropo, et souhaité la bienvenue aux habitant(e)s de la Commune Negro Primero –organisatrice de cette première – et de quatre autres communes voisines. Tout est prêt, personne ne veut manquer la projection de “Juntera”.

“Avant de la projeter ailleurs, nous voulons que les communard(e)s qui ont aidé à la réaliser en soient les premiers spectateurs. On la verra à Caracas après qu’elle soit passée par les territoires où on doit la voir” dit Giuliano Salvatore, membre de la Coopérative Audiovisuelle “La Célula”, debout, micro à la main, écouté par certains des acteurs ou actrices qui vont se voir dans quelques instants.

“C’est le résultat d’un effort collectif” explique-t-il. Celui de La Célula, du mouvement paysan révolutionnaire “Bolívar et Zamora”, des communes actrices du documentaire : Negro Primero; Victoria Popular las Uvitas, dans l’État de Barinas; La Ciudad Socialista Simón Bolívar, en Apure; la Ciudad Socialista Juan Pablo Peñaloza, dans l’État du Táchira; et la Commune Orimed, dans l’État d’Amazonas. Autant de lieux où se poursuivront les premières du film dans les prochaines semaines.

“Sans le travail que vous menez, nos espoirs de voir la révolution se poursuivre s’étioleraient, vous êtes la garantie de son  avancée” conclut Giuliano. Les lumières s’éteignent. La projection commence.CR239ydWEAAdBT6 CR21r0HWoAARzW7CR8oCEfWUAAJ3DGCR8o75GWUAAOOiS

Il existe une épopée imperceptible à première vue : se réunir en longues assemblées, former des parlements communaux, décharger des matériaux de construction, traire quand le soleil n’est pas encore levé, transporter des aliments dans un camion. C’est là, dans ce mouvement invisible et permanent, qui pourrait sembler un simple “quotidien”, qu’est la révolution, cette création populaire qui, parfois, quand les circonstances l’exigent, défile à Caracas, autour du palais présidentiel de Miraflores, à la télévision.

Le reste du temps sa réalité ne se paie ni de grandes banderoles ni de slogans: les milliers de mobilisé(e)s – la mobilisation ne s’arrête jamais – apprennent à s’auto-gouverner, à gérer, à écrire des lois, à produire et à distribuer des aliments.

Comment le raconter ? Avec quelles images, quels temps, quels récits, quel équilibre de mots/silences/fleuves/rires peut-on rendre compte de la chose en soi, de la révolution dans son lit le plus profond ? Comment raconter cette épopée, celles d’humains qui veulent être libres, comment est l’esthétique du pouvoir lorsqu’il revient aux mains du peuple ? C’est ici, dans ce défi nécessaire, qu’entre “Juntera”.
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“J’ai été frappée par la pureté de la réalisation, la réalité de la vie paysanne, la manière spontanée de parler, c’est un vrai, beau film” réagit d’emblée Lucrecia Ávila, parlementaire communale de Negro Primero.

“Les compagnons qu’on voit sont des personnes du peuple, c’est la première fois qu’ils se voient dans un documentaire comme celui-ci, et c’est important en plein essor des communes, avec ce film nous allons dire que nous aussi nous sommes importants, et dire au monde que nous les communard(e)s, nous qui croyons au socialisme, nous allons donner de la voix à présent” dit Narbys Borrego, une autre parlementaire de la commune, déléguée au conseil à rang présidentiel du gouvernement populaire comunal (1).

“Juntera” place au premier plan des personnes comme Lucrecia, Narbys, avec leur extraordinaire quotidien, leur pari communal – cette orientation stratégique esquissée par  Hugo Chávez lorsqu’il remonta les bretelles à ses ministres le 20 octobre 2012 (2). Trois ans plus tard, dans la vallée de Carabobo, au sud de Valencia, c’est dans une commune de 39 mille hectares où habitent 9.685 personnes qu’est projeté le film.

“Le film est pensé pour que ses acteurs, actrices communard(e)s puissent évaluer l’importance de leur travail, l’importance pour la révolution du travail qui est mené. Le public que nous voulons le plus toucher est le peuple qui construit des communes, et celui qui n’en est pas encore là mais participe à un conseil communal, à une organisation de quartier : qu’ils sentent d’abord qu’il y a beaucoup de gens qui font ce travail dans le pays, et que ceux qui ont l’envie, l’enthousiasme, le besoin politique d’élever leur travail au plan d’organiser une commune, sachent qu’ils ne sont pas seuls et que leur travail donne des fruits, des fruits qu’on voit sur le territoire lui-même” dit Giuliano.

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Et si l’horizon de la révolution est la commune – “l’acte de naissance du socialisme”- c’est dans cette construction que peut et doit s’insérer le cinéma, autogéré.

“Pour nous le thème comunal est  le chemin fondamental, tout le reste des processus que nous menons, urbains, ruraux, tous sont appelés à s’agréger au processus de construction d’un État communal. Nous avons décidé de prioriser cette “semence”. Chaque fois que naît une commune, nous nous renforçons comme population compétente et capable de gouverner, de gérer, de se protéger avec ses propres équipes de sécurité, de produire ses biens de première nécessité – vêtements, aliments, loisirs, notre propre communication, montrer une image de nous faite par nous-mêmes”.

Quelques personnes restent sur place pour empiler les chaises, converser de tout et de rien, surtout dans une nuit communarde à quelques semaines des élections, aux prises avec une guerre économique. Narbys n’a pas de doutes: “Nous sommes au bon niveau, nous travaillons dur pour la bataille législative du 6 décembre, nous remporterons une nouvelle victoire avec nos candidats chavistes”. Ici aussi la commune est école de volonté collective, une grande “rassembleuse”.

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Un peu d’histoire..

L’expérience du film “Juntera” en rappelle beaucoup d’autres, menées en Amérique Latine depuis les années 60. Parmi elles, le groupe “Cinéma de la Base” de l’Argentine des années 70, sous la houlette de Raimundo Gleyzer: “Nous travaillons exclusivement avec la base, avec les travailleurs, les paysans, avec les intellectuels de gauche aussi mais qui doivent se déplacer jusqu’aux quartiers s’ils veulent voir les films (…) Nous ne pouvons qualifier les gens qui voient les films comme des spectateurs mais comme des personnes qui désirent les voir dans le cadre de leur militance, de leur formation, du déchiffrement du monde, ce sont des films réalisés en vue d’une pratique concrète”. 40 ans ont passé depuis que ces mots furent prononcés. En 1976 Gleyzer fut arrêté, torturé et « disparu ». Pas ses idées, qui reviennent ce soir du 20 octobre dans les montagnes de Carabobo.

Notes

(1) Lire « La commune, co-présidente du Venezuela » https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/17/la-commune-copresidente-du-venezuela/

(2) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/

Texte: Marco Teruggi. @Marco_Teruggi

Photos: Irene Echenique. @Irevendre

Source: http://laculturanuestra.com/juntera-cuando-el-cine-es-del-pueblo/

Traduction: Thierry Deronne

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Alfredo Serrano : « au Venezuela on a dépassé le stade du néolibéralisme »

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canadá). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

Alfredo Serrano Mancilla est docteur en Economie de l’Université Autonome de Barcelone, avec Post-Doctorat en Economie de l’Université Laval (Canada). Directeur du Centre Stratégique Latinoaméricain Géopolítique http://www.celag.org/. Professeur universitaire de la FLACSO (Equateur), Universidad Andina et UMSA (Bolivie), Universidad Hermosillo et UNAM (Mexique), Univ. Pablo de Olavide de Sevilla (Espagne), Université Santa Marta (Colombie).

Le 6 février s’est déroulé à l’Université Bolivarienne du Venezuela (Caracas) un débat qui a réuni étudiants, professeurs, mouvements sociaux autour du livre d’Alfredo Serrano Mancilla (CELAG): « La pensée économique d’Hugo Chavez ».

Interview : Ernesto Cazal
Traduction : Jean-Marc del Percio

Bien qu’il soit espagnol -son accent le trahit- Serrano n’hésite pas à dire qu’il s’exprime comme les Vénézuéliens, « avec tout le corps ». Nous avons fixé l’entretien pour le lendemain. C’est à la cafeteria de l’hôtel où il est descendu, qu’il s’est expliqué sur l’héritage économique légué par Chavez : « ce que Chavez a fait et que ne reconnaissent ni les économistes de renom, ni la doxa dominante de la science économique, c’est la réinvention de catégories, de concepts, de propositions; et la rediscussions sans tabou ni complexe, de tous les dogmes hégémoniques. »

Chavez a parlé de la nécessité d’atteindre un point de non retour. Non seulement sur le plan économique, mais aussi politique et social. A votre avis, à quel stade en  sommes-nous ? Avons-nous atteint ce point de non retour ?

D’un point de vue historique, je pense que oui, nous avons atteint à plusieurs niveaux un certain degré d’irréversibilité. Je crois que l’étape néolibérale a été dépassée. Ce qui n’est pas peu de choses. Le déroulement des élections d’octobre (2012) et avril (2013) en est l’illustration. En effet, l’opposition (de droite) s’est vue contrainte d’occuper un champ économique et politique autre. Il lui était très difficile de remettre en cause l’Etat social Bolivarien. Cela montre que nous avons atteint un certain point d’irréversibilité. Il peut être également question d’un point de non retour qui serait atteint sur le plan économique, social et politique, si l’on considère que la Révolution Bolivarienne a bâti – suivant en cela, la pensée de Gramsci – un nouveau sens commun économique.

Pourquoi est-il possible de parler d’un nouveau sens commun en matière d’économie ?

Il est très difficile aujourd’hui de discuter en usant de la terminologie de l’ancien modèle économique des années 1980 et 1990. A l’époque, la priorité revenait à l’investissement étranger direct, aux politiques d’ajustement ou d’austérité, à la libéralisation du commerce et du secteur financier – selon les préceptes de Washington. Il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Toutes ces orientations n’obtiendraient plus aucun soutien populaire. C’est pourquoi pour moi, il y a un nouveau sens commun, qui laisse loin derrière lui, les décennies néolibérales qui ont toutes été des échecs ; et qui est la clé du processus de transition en cours, vers le socialisme bolivarien du XXIème siècle.2

Vitesse et stratégie.

Il est midi à Caracas. Soleil timide. Serrano, un verre d’eau fraîche à la main, insiste sur le fait que repenser en permanence la politique est une tâche qui ne peut s’enliser.

Les processus de changement en cours, acquièrent une telle vitesse et il y a tellement de tensions créatives au niveau économique et social, que si l’on souhaite atteindre un degré d’irréversibilité définitive, on doit réactualiser le seuil d’irréversibilité en permanence. Non seulement on a réussi à enterrer définitivement le néolibéralisme et son sens commun. Mais on a réussi à construire autre chose. Il faut désormais atteindre de nouveaux points de non retour. La révolution de la productivité est l’un de ceux-ci. Certaines modifications de la structure économique sont nécessaires (1). Mais il faut garder à l’esprit qu’un changement structurel suppose que l’on module la rapidité des processus de transformation en fonction de la conjoncture. Quant à la rapide transition qui s’est faite en un temps record, elle doit être confirmée par des transformations stratégiques structurelles.

Cela concerne uniquement la question de la productivité ?

Je me réfère également aux sphères financière, fiscale; à l’intégration des activités commerciales; mais aussi à la place de l’organisation productive au sein du système-monde. Sans oublier la politique des marchés publics. Tous ces réaménagements, c’est ce que le président Maduro appelle le nouveau système économique interne. On devrait également améliorer le dialogue entre les différentes sphères institutionnelles relevant de l’économie : le Sicad (Sistema Complementario de administracion de divisas), le Seniat (Servicio Nacional integrado de administracion Aduanera y tributaria), les services des douanes. Il ne peut subsister ici de quelconque « triangle des Bermudes ». Ce sont des défis à relever. Il ne faut toutefois pas porter un regard trop inquiet sur cette question. Il s’agit plutôt d’un pari à gagner, qui concerne les changements vertigineux de la sphère productive.

Selon vous, dans un contexte de guerre et de sabotage permanent, quelle est la relation immédiate entre ce débat, et le peuple organisé tel qu’il s’exprime à travers les conseils communaux, les communes, les divers mouvements sociaux, les collectifs ?

Il est essentiel d’identifier les nouvelles questions que soulève la majorité sociale, pour y apporter les réponses adéquates. Prenons un exemple : à l’heure actuelle, elle aspire toujours à se nourrir correctement. Mais elle souhaite aussi accéder à une alimentation de meilleure qualité. C’est pourquoi il me semble intéressant de coller au plus près du comportement du sujet social majoritaire, afin d’en actualiser les contours en permanence. Il me semble également fondamental d’identifier les nouveaux défis à relever; mais aussi les nouveaux facteurs de motivation. Il y a une partie non négligeable de la population vénézuélienne qui n’a pas connu l’ère néolibérale, puisque de nombreux jeunes sont nés sous la révolution. Mais il ne s’agit pas uniquement de la jeunesse, il y a un tas de choses, de nombreux tournants positifs qui ont été pris dans le domaine social, politique, en matière de satisfaction des besoins de base. C’est pourquoi, il faut toujours être à l’écoute, parce que si l’on souhaite répondre aux aspirations du moment, il faut avoir à l’esprit qu’elles ne sont pas identiques à celles que la majorité sociale exprimait il y a 14 ans. Donc, oui, je considère qu’on doit revitaliser la sphère de l’économie, à partir de ce qui fait partie de l’actualité.

A quoi il faut ajouter le thème de la guerre…

C’est vrai. Il y a une guerre économique. Il y a du sabotage. Il y a également une tentative de
déstabilisation en cours, qui vient de l’étranger. Il est également vrai qu’il existe une bourgeoisie vénézuélienne parasitaire misant sur les importations improductives, sur la spéculation. Toutefois, comme le président Chavez l’a dit lui-même, malgré ces obstacles, il faut identifier les éléments qui permettent malgré tout d’accomplir ce bond en avant, afin que l’économie contribue à l’éclosion d’un climat de pacification générale. L’idée, ce n’est pas seulement résister à la guerre économique. Parce qu’il faut voir comment il est possible d’envisager la transition, afin que l’économie soit un outil de pacification de la période actuelle. Et c’est dans ce cadre, que pour moi, l’importance des communes, du peuple organisé apparaît.

Chavez pédagogue

« Il est essentiel de comprendre que les acquis, on ne les a pas obtenus gratuitement. Il faut donc faire appel au volet pédagogique, s’inspirer de l’esprit de Simon Rodriguez (1769-1854, philosophe et mentor de Simon Bolivar), sur lequel Chavez s’appuyait tant. C’est comme cela qu’il a été possible d’expliquer qu’en dépit d’un investissement social si élevé, la Mission Logement n’a pu être menée à bien, qu’en réunissant de très gros capitaux. C’était en 2011».

Alfredo croit en l’efficacité d’une formation économique qui s’acquiert au quotidien. Ce qui n’empêche pas de penser à la politique sur la longue durée : « l’élément-clé, c’est de penser le changement, tant sur le plan stratégique que tactique. Un changement qui concernerait la politique fiscale, afin de l’enchâsser dans le modèle socialiste bolivarien de ce siècle. Selon les besoins du pays, qui diffèrent de ceux qui étaient à l’ordre du jour il y a 15 ans. Un exemple : ce peuple qui était affamé, consomme de telle façon, que cela relève désormais, de l’agro-industrie. »

La droite affirme que nous souffrons de famine. Nous savons que cela ne tient pas debout. Est-ce que tu penses que cela est lié au fait que nous aurions atteint ce point de non retour ?

Tout ce qui a trait à l’Etat social -qu’il y ait un choc interne ou externe ; une mutation de l’économie mondiale ; une chute des prix du pétrole-  n’est plus négociable. Pourtant cet état de fait, ne peut pas être interprété sous l’angle du miracle advenu. Non. C’est ici, qu’intervient la nécessité d’être pédagogue. D’expliquer que ces acquis, ce caractère irréversible, cet accroissement de la souveraineté ; de l’indépendance économique dont le Plan de la Patrie (2) a jeté les bases, tout cela implique de devoir prendre certaines décisions sur le plan économique. Comme l’émission de monnaie souveraine incombant à l’Etat vénézuélien.

Dans ces conditions, que faire ?

Est-il possible de continuer à autoriser que les devises aillent sur les cartes de crédit, dans le cadre des actes de consommation quotidienne ? En la matière, les données de l’année et demie écoulée, sont éloquentes. Même questionnement au sujet du tourisme. Est-il envisageable de maintenir en l’état, le rythme de sortie des devises, dès lors qu’elles font défaut pour aiguiller le modèle sur le plan productif ? Idem en ce qui concerne l’essence. Est-il encore concevable de consacrer des devises pour subventionner l’essence en faveur de tous les secteurs, au moment où elles sont nécessaires à la réorganisation d’une économie productive ; à améliorer les chaînes d’approvisionnement ; la distribution, la productivité ? Cette nouvelle culture économique doit accompagner le changement de modèle en cours. Et c’est à ce travail que le peuple organisé, mais aussi l’Exécutif, doivent s’atteler.

Dans un article, vous déclarez qu’il y a trois secteurs économiques qui n’ont pas décliné, pour lesquels il y a des politiques très claires du gouvernement bolivarien. Il s’agit du social ; du travail et de la fiscalité. Quels sont les relations à établir avec la révolution productive en cours ? Comment s’articulent ces 3 niveaux, avec, disons, cette manière nouvelle de produire ?

Un des défis à relever, c’est celui qui consisterait à placer la politique économique sous le signe d’une intégration totale. La politique fiscale ne doit pas faire cavalier seul. Elle doit s’intégrer à l’ensemble des objectifs politiques et économiques qui ont été définis. Mais elle doit aussi être repensée afin de promouvoir un nouveau modèle de production. En la matière, il est d’autant plus important de percevoir les impôts et taxes pour asseoir sa souveraineté sur le plan fiscal et pour capter les grandes richesses engendrées, que nous vivons une période de contraction des prix du pétrole. C’est aussi un défi en soi, puisqu’il ne faut pas appréhender d’une manière réductionniste la politique fiscale de captation des revenus. Mais il faut faire en sorte que cette dernière puisse contribuer à l’émergence de revenus productifs dans la période immédiate. Pour cela, on doit étudier les cas où les incitations fiscales sont souhaitables et ceux pour lesquels elles ne le sont pas. Il est crucial de ne pas instaurer d’incitations fiscales au profit de secteurs improductifs relevant de la spéculation. Elles ne doivent en aucune manière concourir à oxygéner le métabolisme du capital.

Le Venezuela Bolivarien n’est pas une île.

Nous avons ensuite parlé du travail, pas de celui qui s’appuie sur les chaînes ou le fouet de l’horaire : « la politique menée dans le domaine social et du travail doit répondre à des critères évidents. Non seulement il est nécessaire de maintenir un faible taux de chômage, mais il faut faire en sorte que chaque nouvel emploi créé, consolide la productivité générale et engendre une plus forte valeur ajoutée. C’est pourquoi, il est utile d’insister sur la nécessité de conduire une bonne politique en matière scientifique et technologique. Pas besoin de se concentrer sur tous les domaines de la connaissance, mais sur les secteurs stratégiques à court terme, pouvant avoir un impact sur la réduction de la valeur ajoutée importée. Il faudrait même réfléchir à la manière dont les connaissances s’intègrent à la nouvelle matrice sectorielle ainsi créée» dit Serrano1

Hier, tu as parlé d’une nouvelle instance de production. Il ne s’agit pas uniquement de réorganiser les vieilles instances mais aussi d’en créer de nouvelles dans les domaines de la science, de l’alimentation, etc. Comment redimensionner cette nouvelle culture productive ? A partir de quel type de travail ? Quels seraient les critères à retenir ?

Je pense que d’ici peu, on se remerciera d’avoir été confrontés à ce moment critique, ce moment complexe comme le caractérise le président Maduro. On assiste à la renaissance d’un imaginaire économique fondé sur la nécessité de la production. A l’heure actuelle, c’est quelque chose que nous ne voyons pas, parce nous focalisons sur le court-terme et la conjoncture. Il est possible de tracer le parallèle avec ce qui s’est passé avec le putsch des cadres du pétrole. Cette année 2002 fut chaotique, compliquée. Après, la Révolution bolivarienne est sortie renforcée de l’épreuve. Sur le plan économique, ses positions se sont renforcées, car on a immédiatement instauré un contrôle de plus en plus efficace du secteur stratégique pétrolier. A partir de cela, la mise en œuvre des programmes des diverses Missions a été facilitée.

L’idée n’est pas seulement résister à la guerre économique. Il faut voir aussi comment envisager la transition, afin que l’économie soit un outil de pacification de la période actuelle. Dans ce cadre, pour moi, l’importance des communes, du peuple organisé apparaît.

« J’insiste une fois encore sur l’émergence de ce nouveau sens économique commun. Je constate que depuis 2 ou 3 ans, il a été beaucoup plus question de la productivité, que durant ces 14 dernières années. Jusqu’à maintenant, la mentalité liée à la rente pétrolière, était profondément ancrée dans le sujet social économique vénézuélien. Il s’agit moins de la critiquer que de la comprendre sur un plan historique. Toutefois, je crois qu’elle est en train de disparaître. L’analyse des documents officiels démontre que les questions relatives à la productivité, ont émergé majoritairement ces dernières années. Je ne dis pas que ce débat n’apparaissait pas avant. (On en parlé par exemple, en 2007). Mais désormais, ce thème s’impose d’une manière centrale. Il est temps d’accorder à ce thème une place moins importante. Notamment dans les secteurs où les débats sont vifs autour de lui. Il faut lui accorder moins d’importance, parce qu’il ne faudrait pas passer d’un extrême (une économie improductive) à l’autre (une économie la plus productive du monde). Vouloir tout produire en un temps record, ce serait une erreur monumentale. Ce serait insoutenable, parce que nous ne vivons pas en autarcie ».

Nous ne sommes pas isolés…

En fait, à aucun moment, le Gouvernement bolivarien n’a fait le choix de l’isolement. Nombreux sont ceux qui affirment le contraire. C’est le cas de Capriles (un leader de la droite vénézuélienne) et compagnie. Ils le disent au moment même où le Venezuela n’a jamais été aussi peu isolé qu’aujourd’hui. On ne peut tout bonnement pas envisager les choses en termes de modèle productif autarcique, alors que l’insertion de la révolution bolivarienne au système-monde s’est opérée sur la base de la vision et des alliances d’un monde multipolaire. Je pense que dans ce domaine, un grand travail est à réaliser. Démocratiser le système productif, veiller à son intégration vertueuse au sein du système-monde productif. Il faut également réfléchir à la nature des instances régionales et globales environnantes. Et ce, afin de choisir à bon escient les modes d’insertion éventuels, en fonction des capacités réelles du pays. Car vouloir produire absolument tout, n’aurait aucun sens. Si malgré tout, c’était le cas, les coûts seraient très élevés, puisque les capacités du pays ne seraient pas à la hauteur de l’échelle de production retenue.

Et la question des gens, du peuple qui font de la politique ?

Il est fondamental d’introduire de nouveaux modèles de production, et de rediscuter de la commune. On doit non pas uniquement se poser la question de qui produit, mais comment on produit. Sinon on pécherait par naïveté. Une commune ne peut s’inventer du jour au lendemain, ne peut pas être réellement productive du jour au lendemain. Il n’existe pas de logiciel capable de planifier minute par minute, les activités d’une communauté productive comme un modèle idyllique et définitif. C’est pourquoi il apparaît nécessaire de rediscuter le contenu de la Loi de la Commune, en sériant les volets productif, économique, mais aussi en y intégrant les missions actives dans le domaine du travail, et de la qualification. Il faut réunir les conditions de l’insertion de ce nouveau sujet productif.

A ce stade de la conversation, Serrano aborde un fait capital : le dernier rapport de la Cepal
(Commission économique pour l’Amérique Latine/ONU) signale que les importations dans le secteur pétrolier augmentent à une vitesse plus grande que les exportations. « Cela indique que l’industrie a de plus en plus besoin de science et de la technologie pour ne plus devoir importer de la valeur ajoutée à partir du secteur pétrolier. Bon, peut-être faut-il placer tous les efforts dans les sciences et la technologie. Mais il existe également d’autres domaines ». Ce qui oblige à reconsidérer le rôle des industries à ce stade du processus révolutionnaire ; selon leurs positions.

Et les entreprises mixtes ?

Les alliances entre entreprises supranationales existent. L’ALBA a été créée; le Mercosur aussi. Toutefois, il reste beaucoup de travail. L’industrie de fabrication de médicaments génériques est plus qu’importante, pour ce pays. Dans ce domaine, on peut envisager la mise en place d’alliances avec des entreprises régionales, publiques, nationales. Il faut également susciter des accords basés sur les transferts de technologie. Je crois que dans ce contexte, nous devons identifier clairement quels sont les domaines prioritaires. Parce que Chavez a toujours insisté sur l’ordre des priorités. Il faut donc poursuivre, en pensant programmation. Etablir des étapes.
Si l’on déclare que l’on va tout produire « vénézuélien », ce sont en définitive, les grandes entreprises transnationales qui vont se frotter les mains. Celles qui poursuivent les transferts de leur technologie, exportant ainsi de la valeur ajoutée. Dans ce cas de figure, apparaîtrait un modèle inédit de dépendance, en matière de valeur ajoutée et de connaissance.

Ce qui rendrait la guerre plus facile à mener.

C’est exact. Le président Maduro assume qu’il est nécessaire de rediscuter de tout cela.

Source: http://misionverdad.com/entrevistas/alfredo-serrano-en-venezuela-se-supero-el-estadio-neoliberal

Notes:

(1) Voir l’article en espagnol de Alfredo Serrano Mancilla : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7687-2014-05-25.html
(2) Voir « Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

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Le Venezuela signe avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil un important accord de coopération

Le vénézuélien Elías Jaua – ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – vient de signer avec les brésiliens Alexandre Conceiçao – membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre et Erivan Hilario dos Santos, Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes, un important accord, qui est l’aboutissement d’un double processus.

D’une part, au Venezuela, la montée en puissance du pouvoir citoyen comme base d’un futur État comunal – avec une demande croissante de formation de la part des nouveaux acteurs sociaux. D’autre part, au Brésil, le travail constant de l’université construite par les Sans Terre (photos) pour que les mouvements sociaux d’Amérique Latine disposent d’un espace permanent d’articulation, d’échange d’expériences et de formation permanente en philosophie, critique de l’économie politique, histoire, théorie de l’organisation politique, question agraire (réforme agraire, rôle de la paysannerie) et sociologie, sous la férule de professeurs volontaires venus du monde entier (1).enff3 ??????????????????????????????? enff2Présenté par Elías Jaua comme “un accord pour la formation des communards, et pour l’organisation et la conscientisation d’un peuple qui lutte pour construire une société socialiste”, le texte porte sur trois objectifs communs :

  • La mise en place de stratégies de coopération en matière d’économie solidaire et communale, de développement local et d’économie sociale;
  • La coordination de stratégies intégrales pour la formation d’entreprises socio-productives;
  • La conception et la réalisation de programmes de formation en matière d’économie solidaire et communale, l’organisation d’entreprises de propriété sociale directe et indirecte au Venezuela.

Des formateurs, techniciens et spécialistes mettront au point ces projets de complémentarité productive, et organiseront des séminaires, ateliers, rencontres et conférences destinés aux mouvements sociaux et aux collectifs communards.

enff7L’accord signé ce 28 octobre 2014 en présence des étudiants latino-américains de l’école basée au sud du Brésil (photo) couronne aussi un itinéraire commun. En janvier 2003, Hugo Chavez, le premier, avait rompu le protocole d’un de ses voyages au Brésil pour aller écouter les paysans d’un asentamiento (unité de production agricole) installés sur un “latifundio” (grande propriété sous-exploitée) ensemencé aux cris de “occuper, résister, produire !” (2). En mai 2013, peu après son élection à la présidence du Venezuela, Nicolas Maduro avait fait une halte à Brasilia pour dialoguer et prendre note des propositions des mouvements sociaux de tout le pays (3).

Thierry Deronne, Caracas, le 29 octobre 2014.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial - et  Erivan Hilario dos Santos (de face), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – et Erivan Hilario dos Santos (centre), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travaileurs ruraux Sans Terre.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre.

Notes

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La vitalité de la révolution

comunas-2-Par Reinaldo Iturriza *

Les Conseils communaux sont des espaces communs de construction politique. Ils ne sont en aucune manière -pour le dire avec Foucault- des sujets de droit. Ils ne sont même pas un sujet en tant que tel. Ils sont, répétons-le, un espace dont le commun dénominateur est le chavisme – ce vigoureux sujet de sujets qui partage non seulement une origine prédominante de classe mais aussi l’expérience commune de la politisation.

Quelle est l’essence du chavisme ? Ce sont des hommes et des femmes issus des classes populaires, qui ont souffert, ont éprouvé de la répulsion pour la démocratie représentative et se sont rebellés contre elle. Si la souffrance, le rejet, l’indifférence supposent une attitude passive et une décision plus ou moins ouverte de rester en marge de la politique, la rébellion est un acte politique de premier ordre. D’ailleurs, avant de s’identifier comme tel, le chavisme entre en politique comme un fait de rébellion. Il est inconcevable sans cette mémoire collective, sans cette notion commune de la rébellion. C’est à travers elle que fraternisent et se politisent ces hommes et ces femmes, c’est par elle qu’ils reçoivent leur baptême du feu.

Ignorer les conditions historiques ayant présidé à l’émergence du chavisme -en sa qualité de sujet politique et promoteur d’une éthique spécifique- conduirait à méconnaître la nature des espaces où il s’épanouit. En d’autres termes, si on ne comprend pas la forme particulière de politisation du chavisme et la culture politique qu’il a construit au fil des ans, on ne saurait prendre la véritable mesure des potentialités propres au Conseil communal.

Chavez n’a pas suscité le développement des Conseils communaux pour niveler par le bas mais pour permettre à ceux d’en bas de participer, pour leur garantir un espace, un lieu. Il ne l’a pas fait, comme on l’a affirmé, pour domestiquer le chavisme, pour le réduire à un seul et même moule, mais parce qu’il le reconnaît comme Autre, comme quelque chose de différent, comme un sujet qui peut générer une autre forme de politique. Chavez a immédiatement compris que dans le « chavisme » réside un esprit rétif aux formes traditionnelles de participation politique.

Ces espaces de construction politique de la commune sont caractéristiques de tout processus révolutionnaire. Tout comme est caractéristique la tendance à les contrôler, de la part de secteurs plus conservateurs et bureaucratiques dans les rangs des révolutionnaires. Puisqu’on sait désormais qu’il s’agit d’une constante historique, inutile d’en faire un scandale. Ce qui ne signifie pas que l’on doive se résigner. Tout au contraire, nous devons rester sur nos gardes en permanence.

Il ‘y a pas de manière plus efficace de contrôler ces espaces que de les corrompre, de les dénaturer : tenter de convertir le peuple organisé en clientèle, les leaders populaires en intermédiaires qui, dans l’incapacité de résoudre les problèmes de leur communauté face à la bureaucratie d’État, perdent tout légitimité. En se muant en terrains de batailles pour des ressources ou des postes, ces espaces se referment, le peuple commence à les voir comme la répétition du passé, et dans certains cas, les abandonne.

Mais aucun des phénomènes cités, résurgences de la vieille culture politique – ne doit nous faire oublier la nature de cet espace : pourquoi il fut créé, le sujet politique pour lequel il fut institué. La survie de l’ancien ne peut empêcher de discerner la radicale nouveauté.

Il n’existe pas de lieu dans le monde où le peuple peut faire ce qu’il fait aujourd’hui à travers les conseils communaux. Sans la vitalité que ceux-ci manifestent contre vents et marées, nous n’aurions pas vécu le saut qualitatif du mouvement communard, qui impulse aujourd’hui avec une vigueur extraordinaire le Conseil Présidence/Communes (1).

asambleas-comunitarias-amayito-081-redimensionadoDans de nombreuses communes, malgré la morgue des plus incrédules, le défi majeur est de façonner les contours d’une autre société. C’est notre mode de vie qui est remis en question dans nombre de ces territoires. Cette audace politique serait inconcevable sans une vitalité originelle, celle qu’on trouve dans les Conseils communaux.

L’indispensable vitalité des espaces de participation est un leit-motiv dans l’énorme bibliographie consacrée aux révolutions populaires. Prenons l’exemple -classique- de La révolution russe, où en 1918 Rosa Luxemburg critique sévèrement les raisons ayant poussé les bolchéviques à dissoudre l’Assemblée Constituante de novembre 1917 :  »le remède auquel Trotsky et Lénine ont eu recours, c’est-à-dire l’élimination de la démocratie en général, a été pire que le mal qu’ils souhaitaient guérir, parce qu’il tarit la source vivante d’où pourrait jaillir, et d’elle seulement, les correctifs des insuffisances des institutions sociales, qui est la vie politique, active, énergique et sans entraves, des plus larges masses populaires ».

Dix ans plus tard, Christian Rakovski, dans Les dangers professionnels du pouvoir, s’emploie à comprendre les raisons qui ont mené à la bureaucratisation progressive de l’Union soviétique :  » La bureaucratie des soviets et du parti constituent un fait d’ordre nouveau. Il ne s’agit pas de cas isolés ou d’erreurs dans la conduite d’un camarade mais bien d’une nouvelle catégorie sociale à laquelle il faudrait consacrer tout un traité ». En étudiant l’expérience de la Révolution française, Radovski voit que l’engourdissement du processus est lié à  »l’élimination graduelle du principe électif, auquel on substituera le principe des nominations ».

En cette matière, la bibliographie à notre disposition est plus que généreuse et fait partie du patrimoine de l’humanité. Et il n’y a pas meilleure façon de lui être fidèle que de lui consacrer un peu de notre temps afin d’éviter la répétition d’erreurs commises par des peuples aussi dignes et aguerris que le nôtre. Lorsque l’on place en perspective l’ensemble de ces recherches, on s’aperçoit qu’elles aboutissent à cette conclusion générale : la crise terminale des processus révolutionnaires passe par la confiscation des espaces de participation et l’ascension d’une caste bureaucratique, ou pour le dire avec John William Cooke, l’imposition d’un « style » bureaucratique.

Dans Péronisme et révolution, l’argentin Cooke affirme : « Le bureaucratique est un  »style » dans l’exercice des fonctions ou de l’influence. Il présuppose d’opérer avec les mêmes valeurs que l’adversaire, c’est-à-dire avec une conception réformiste, superficielle, antithétique du projet révolutionnaire… La bureaucratie est centriste, cultive une forme de  »réalisme » qui passe pour le comble du pragmatisme… Par voie de conséquence, son activité globale est dépourvue de la dimension créatrice propre à la politique révolutionnaire, de cette projection dans le futur qui doit imprégner chaque tactique, chaque fait, chaque épisode, pour qu’il ne s’épuise pas de lui-même. Le bureaucrate souhaite tout à la fois la chute du régime et durer. Il espère également que la transition se déroule sans qu’il doive renoncer à sa charge ou à sa position. Il se considère comme le représentant, parfois le bienfaiteur, des masses mais non comme partie de celles-ci. Sa politique est une succession de tactiques dont il considère que la somme arithmétique et l’extension dans le temps font une stratégie».

Au Venezuela, préserver et stimuler la vitalité des espaces de participation populaire, et des conseils communaux en particulier, est la condition de la poursuite de la révolution bolivarienne. Pour cela il est indispensable de neutraliser l’influence conservatrice, bureaucratisante présente dans tout processus de changements révolutionnaires.

Notre parti (le PSUV) est dans l’obligation éthique de construire une politique claire en matière de fonctionnement des conseils communaux, qui ne tolère en rien l’émergence d’un quelconque clientélisme. La lutte contre ce que la résolution « Lignes stratégiques d’action politique » assimile à bon escient à « une culture politique capitaliste »- doit passer des paroles aux actes, s’exprimer par des mesures pleines d’enseignement. Cette « culture politique capitaliste » doit être dénoncée et combattue au plus haut niveau. A la base, la critique contre le clientélisme et autres errements, est impitoyable. Le peuple chaviste est pleinement conscient du problème. Une position ferme du leadership politique contre ces dérives aurait un effet moralisateur.

De la même manière, notre parti doit renoncer expressément à la tentation d’instrumentaliser les conseils communaux, de piloter ces espaces à sa convenance. Plutôt que de les « contrôler à tout prix », les concevoir comme un espace pour construire l’hégémonie populaire et démocratique. La « gestion » mesquine de la force que Chavez a construite avec le peuple est le contraire de la politique révolutionnaire. Celle-ci consiste, comme dirait un camarade à la suite de Chavez, à substituer l’ « habitude d’administrer » par « l’art de convaincre ». Pas de politique révolutionnaire sans compréhension de comment cette force s’est construite. Cette force qui aujourd’hui soutient la révolution bolivarienne, lui sert de point d’appui, s’est construite en écoutant l’autre, celui qui pense différemment, en l’incluant, en lui offrant de participer. Une force politique incapable de convaincre perd le droit de s’appeler force et entre dans une phase de dépérissement. La construction de l’hégémonie du chavisme a été un exercice littéralement démocratique, populaire, au sens où il a été capable non seulement de rassembler les majorités, mais aussi une diversité de pensées et de demandes. C’est cela précisément, qui a sonné le glas de la vieille classe politique, de même que cesser de cultiver « l’art de convaincre » signifierait notre ruine.

Nous sommes au bon moment pour mener une action politique militante visant à relancer les conseils communaux là où ils sont en difficulté et à les défendre là où cela s’avère nécessaire. Afin, pour le dire avec Rosa Luxemburg, que ces espaces soient ceux de la « vie politique active, énergique, sans entraves » du peuple vénézuélien. Pour cela il est fondamental de reconnaître à l’instar de Rakovski, la validité du « principe électif ». Au 29 août 2014, quelques 33% de nos 43.198 conseils communaux n’avaient pas renouvelé les mandats de leurs porte-paroles arrivés à échéance. Notre parti devrait mobiliser toutes ses forces, comme tâche prioritaire, pour promouvoir ce renouvellement. Mais il ne suffit pas que les postes de ces conseils communaux soient mis à jour.

Notre effort devrait se tourner vers la transformation des conseils communaux en écoles de gouvernement, où les citoyens apprennent l’art et la pratique du gouvernement. “Aucune classe n’est née en possession de l’art de gouverner. Cet art ne s’acquiert que par l’expérience, grâce aux erreurs commises, c’est-à-dire en tirant les leçons des erreurs qu’on commet soi-même” écrivait Rakovski. Apprendre l’art de gouverner non pour que le peuple se convertisse en fonctionnaire mais pour construire une autre institutionnalité. Le militant révolutionnaire en fonctions, pour sa part, devrait travailler à réduire la brèche qui sépare les institutions du peuple, en livrant une bataille sans merci contre le « style » bureaucratique mentionné par Cooke.

Les conseils communaux ne sont, et ne sauraient être, le seul espace de la révolution bolivarienne. Ils sont un espace qui “ne peut être l’appendice du parti” comme le rappelait le président Chávez le 11 juin 2009. “Les conseils communaux ne peuvent être les appendices des mairies ! Ils ne peuvent pas l’être, ils ne doivent pas l’être, ne vous laissez pas faire ! Les conseils communaux, les communes, ne peuvent être les appendices des gouvernements régionaux, ni du Ministère, ni du Ministère des Commues, ni du président Chávez ni de personne. Ils sont du peuple, ils sont une création des masses, ils sont à vous !

Qu’il en soit ainsi.samancomunaplan-jovenes-del-barrio.-pintosalinas-13

BWtwoiwCEAAQN5O.jpg large* Sociologue, enseignant universitaire, ex-Ministre des Communes et des Mouvements Sociaux, Reinaldo Iturriza (photo) est l’actuel Ministre de la Culture de la République Bolivarienne du Venezuela.

Note :

(1) Lire « Le Vénézuéla accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernement », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/

Source : http://elotrosaberypoder.wordpress.com/2014/08/31/la-vitalidad-de-la-revolucion/

Traduction : Jean-Marc del Percio

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