La voix dissonante du Forum de São Paulo, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

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La 24e édition du Forum de São Paulo (FSP), rencontre qui rassemble les partis et mouvements progressistes de l’Amérique latine et de la Caraïbe, s’est tenue à La Havane du 15 au 17 juillet. Fondé en 1990 par le président cubain Fidel Castro et celui qui n’était encore que le dirigeant au Brésil du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio Lula da Silva, ce rassemblement accueillit d’emblée tant des partis de gauche modérés que des formations forgées dans la lutte armée, des partis communistes (dont le PCC cubain) et leurs différentes scissions. « Affronter le néolibéralisme en Amérique latine, nous expliquera bien plus tard Valter Pomar, membre de la direction nationale du PT, exigeait une attitude ouverte et plurielle, prenant en compte tant la crise traversée par le communisme que celle frappant la social-démocratie. »

Présent à La Havane et évoquant, lors de la journée de clôture de cette édition 2018, son prédécesseur à la présidence du Venezuela, Nicolás Maduro a rappelé avec émotion : « [Hugo] Chávez disait que quand toutes les lumières se sont éteintes dans le monde ; quand l’Union soviétique s’est effondrée et que son pouvoir s’est désintégré en mille morceaux ; quand l’ancien bloc des pays socialistes s’est écroulé et est tombé entre les mains du capitalisme ; quand il semblait que le monde unipolaire, le consensus de Washington et la fin de l’Histoire s’imposaient, il y a eu une lumière et un drapeau s’est levé en Amérique latine. Depuis Cuba, depuis le Brésil, depuis le Forum de São Paulo, cet espace de lumière et de lutte s’est dressé. »

A la naissance du FSP, un seul parti membre exerçait le pouvoir : le PCC de Fidel Castro. La droite, partout ailleurs, imposait son hégémonie. Depuis la fin des années 1990 et leur tournant historique, la majorité des autres partis, modérés ou radicaux, ont accédé à un moment ou à un autre, par les urnes, à la magistrature suprême – au Venezuela, en Uruguay, en Bolivie, au Chili, au Brésil, en Equateur, au Nicaragua, au Panamá, au Paraguay, au Salvador, pays auxquels s’ajoute, depuis le 1er juillet dernier, le Mexique, grâce à la victoire du Mouvement de régénération nationale (Morena) d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO).

Cette victoire, elle aussi historique, ne peut néanmoins occulter le recul et les difficultés de gauches de gouvernement, en particulier les plus radicales, que les secteurs conservateurs – en bonne logique – n’ont jamais accepté. La gauche n’est tolérée que lorsque elle se soumet aux codes du monde dans lequel elle navigue. Pas lorsqu’elle s’attaque au néolibéralisme et bouscule (ne serait-ce qu’en partie) ses diktats.

Les gouvernements progressistes (ou « populistes », pour satisfaire les grincheux), comme tous les autres, commettent des erreurs, des impairs. Des fautes politiques parfois. Qu’ils les paient dans les urnes – comme en Argentine (2015) – est évidemment dommageable, mais n’a rien de scandaleux. En revanche, quand la nouvelle restauration conservatrice utilise le coup d’Etat « militaro-parlementaire » (Manuel Zelaya, Honduras, 2009), « parlementaire » (Fernando Lugo, Paraguay, 2012), « juridico-parlementaire » (Dilma Rousseff, Brésil, 2016), condamne sans preuves un ex-chef de l’Etat pour l’exclure de la vie politique (Lula, Brésil, 2018), tente d’en faire incarcérer d’autres, dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons (l’équatorien Rafael Correa ou même l’argentine Cristina Fernández de Kirchner), déstabilise une nation souveraine (le Venezuela depuis l’arrivée au pouvoir de Maduro), elle remet à l’ordre du jour le déni de démocratie et l’oppression. Avec la bénédiction d’un ordre médiatique globalement peu porté à reconnaître une infamie flagrante quand il l’a sous les yeux. En témoigne le traitement des deux crises les plus graves de la période, celle récurrente du Venezuela, et celle, actuellement en plein paroxysme, du Nicaragua.

Pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle ou simplement journalistique, en aucun cas l’explosion de violence nicaraguayenne ne peut être qualifiée de lutte du bien contre le mal, des « gentils étudiants » contre le méchant « caudillo » [1]. Lire : Daniel Ortega. Qu’un policier (ou un civil) tuant un manifestant soit un assassin est parfois ou souvent vrai. Tout dépend du contexte et des circonstances. Mais qu’un contestataire mâtiné de délinquant blesse un policier (ou un militant sandiniste), le tue, l’arrose d’essence, puis le brûle, n’en fait pas, même béni par les évêques, un membre pacifique de la « société civile ».

Il faut une certaine dose de naïveté, l’arrogance de ceux qui savent disposer à l’étranger de puissants appuis ou une totale méconnaissance du Nicaragua pour s’imaginer que, dans un pays où ils ont renversé au prix de milliers de morts la dictature de Somoza, puis ont résisté, les armes à la main, au prix d’autres milliers de morts, pendant dix ans, à l’agression américaine, puis ont accepté de rendre démocratiquement le pouvoir après avoir perdu les élections, puis les ont regagnées tout aussi démocratiquement et ont bénéficié de programmes sociaux, les sandinistes acceptent sans réagir de voir l’opposition se livrer à une tentative brutale de renversement du président qu’ils ont élu. D’où, aux côtés des forces de l’ordre, l’apparition de groupes de militants souvent « historiques » – rebaptisés « paramilitaires » par les médias – répondant parfois par les armes, pour le meilleur – la libération de populations prises en otage – et aussi le pire – une violence meurtrière incontrôlés –, à une situation insurrectionnelle également armée (ce qui ne signifie nullement qu’il n’existe pas d’opposants pacifiques, on l’aura compris).

Seulement, il est parfois très mal vu de se référer à un « réel » aussi complexe. Et la solidarité avec les « étudiants » dressés contre l’ « infernal couple sandiniste Ortega-Murillo [2] » (comme ceux du Venezuela s’opposant en 2014 à Maduro !) prend parfois de bien curieux chemins. Le 20 juillet, en France, en appelant à l’arrêt immédiat des violences (option que nous partageons), le Groupe d’amitié interparlementaire France – Mexique et pays d’Amérique centrale a « condamné l’aggravation des attaques visant ces derniers jours des groupes de religieux et d’étudiants qui manifestent contre le gouvernement » et déploré « l’intervention de groupes paramilitaires [« sandinistes »] lourdement armés. »

Pour arriver à cette conclusion sans nuance, qui ne met en cause que le pouvoir, ce groupe d’élus s’est contenté de recueillir le témoignage de trois étudiantes d’opposition en tournée de propagande européenne, qui lui ont été amenées sur un plateau, et de s’entretenir avec des représentants de la section française d’Amnesty International. Certes très respectée, cette organisation non gouvernementale (ONG) a une fâcheuse tendance à ne condamner « que » la violence des Etats et paraît considérer relevant de « la violence légitime », nous y revenons, la déstabilisation, l’organisation insurrectionnelle du chaos, la tentative assumée de renversement d’un président démocratiquement élu, l’utilisation des séquestrations et de la torture, ou l’usage d’armes létales contre les forces de sécurité. Toutes choses dûment constatées au Nicaragua (et en 2014 et 2017 au Venezuela).

Pourquoi ne pas prendre également en compte l’appel de l’Association des travailleurs ruraux (ATC), référent nicaraguayen de l’également très respectée (mais dans les milieux populaires et anticapitalistes) Vía Campesina, pour que « cesse la violence et la manipulation médiatique des classes dominantes avec l’appui des forces de l’Empire [lire : les Etats-Unis] [3 » ?

Cette suggestion passablement naïve ne tient évidemment pas compte de la composition politique de ce groupe parlementaire de supposés amis français du Nicaragua : huit de ses membres appartiennent au parti Les Républicains (LR) ; neuf à l’Union centriste (UC) ; quatre au Groupe socialiste et républicain (SOCR, socialiste et apparentés) ; un à La République en Marche (LREM) ; un au Rassemblement démocratique et social européen (RDSE, très majoritairement « macroniste »). Disons : du centre mou (pour être aimable) à la droite dure (pour être précis).

On retrouve là une configuration similaire à celle du Groupe parlementaire d’amitié France-Venezuela, dont la présidente Michèle Crouzet (LREM) a organisé le 5 juillet, au siège de l’Assemblée nationale, à l’occasion de la commémoration du jour de l’Indépendance vénézuélienne, un « débat » pour lequel elle n’a invité que des intervenants viscéralement « antichavistes » – dont (à titre d’anecdote significative) Paula Doumerg-Osorio, franco-vénézuélienne militante à Paris du très droitier parti Voluntad Popular et, en même temps, collaboratrice à l’Assemblée de Guillaume Gouffier-Cha, député LREM du Val-de-Marne.

A ces adversaires somme toute évidents, se joignent curieusement d’autres chevaliers de l’« axe du bien ». Le 18 juillet, un groupe latino-américain « d’intellectuels, de militants sociaux et d’universitaires », comme eux-mêmes se définissent, a émis une « déclaration urgente sur le Nicaragua » : « Nous voulons exprimer notre profond rejet face à la très grave situation de violence politique d’Etat et de violation des droits humains que traverse le Nicaragua, avec pour responsable l’actuel régime Ortega-Murillo ». Suit une dénonciation féroce du « dictateur, aveugle de pouvoir et aux mains tachées de jeune sang » et du « gouvernement illégitime et criminel qui, aujourd’hui, usurpe la mémoire sandiniste [4] ». Parmi les signataires, le ban et l’arrière-ban de l’ « anti-corréisme » équatorien dit « de gauche » emmené par Alberto Acosta, les détracteurs d’Evo Morales sous la conduite de Pablo Solón [/a] et, emmenés par l’inévitable Edgardo Lander, les contempteurs dits « progressistes » de Maduro.

Un texte du même type et émanant de la même mouvance avait circulé le 30 mai 2017 pendant la phase insurrectionnelle sanglante (125 morts) de la déstabilisation du Venezuela, sous le titre « Appel international urgent pour stopper la montée de la violence au Venezuela [5] ». Une formulation louable. Mais une escroquerie, par sa seule dénonciation d’un « gouvernement de plus en plus délégitimé, prenant un fort caractère autoritaire (…) principal responsable de la situation ». Par son parti pris évident, cet appel avait donné lieu à une réponse diffusée par le Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’humanité : « Qui accusera les accusateurs ? [6] »

Un malaise existe et il n’est pas forcément inutile d’en faire état. Avec ses faiblesses, mais aussi ses incontestables réussites, la gauche latino-américaine doit désormais se battre sur deux fronts. Contre la droite conservatrice, ce qui ne surprendra personne. Mais aussi contre certains secteurs de ce qu’on appelait autrefois l’extrême gauche, lesquels, « post-trotskistes », « anarcho-irresponsables », « académiques haut de gamme », « khmers verts » de l’écologie (sans parler du sous-courant des « marxistes narcissistes » qui, depuis Paris, Caracas, Buenos Aires ou Quito, inondent les réseaux sociaux), à l’instar de la gauche institutionnelle, ont perdu leurs repères et leurs fondamentaux. Localement ultra minoritaires, dépourvus de poids politique, mais exerçant une réelle influence grâce aux réseaux de leurs alliés, amis et groupuscules internationaux (en particulier européens), ils confortent l’offensive de la droite et de l’extrême droite en les rejoignant, non dans une critique nécessaire et légitime, mais dans des dénonciation outrancières et des analyses extravagantes. Celles d’un supposé « autoritarisme de Correa » pendant ses dix années de pouvoir, de la « régression nationale-stalinienne » de Maduro, du « retour de la dictature » au Nicaragua (sans par ailleurs avoir seulement l’idée de s’indigner dans une de leurs brillantes tribunes contre l’extermination silencieuse des dirigeants populaires et sociaux en Colombie – plus de 300 depuis 2016).

A l’abri du regard théorique, indifférents aux difficultés et aux contradictions de la pratique du pouvoir, que démultiplient par ailleurs les diverses techniques de déstabilisation employées par la réaction, ces faiseurs d’opinion estampillés « think tank », ONGs (et bailleurs de fonds), carrières universitaires, chapelles, clans et coteries, se comportent en alliés objectifs des présidents faucons Donald Trump (Etats-Unis), Juan Manuel Santos ou son successeur Ivan Duque (Colombie), Mauricio Macri (Argentine), de l’Organisation des Etats américains (OEA), des médias dominants (qui se pourlèchent les babines à chacun de leurs communiqués), quand bien même les plus « purement révolutionnaires » d’entre eux terminent religieusement chacun de leur article ou intervention par un vibrant et surtout très confortable « nous dénonçons autant la dérive autoritaire de Nicolás Maduro que la droite putschiste vénézuélienne et les menaces d’intervention militaire des Etats-Unis, parce que nous défendons l’intérêt des classes populaires face à tous leurs ennemis. » Magnifique ! Mais, en présentant (dans le moins pire des cas) une pièce désenchantée qui renvoie tout le monde dos à dos, ils génèrent la confusion. Alors qu’une agression féroce s’abat sur les forces post-néolibérales, ils cassent les solidarités au sein des secteurs progressistes européen, et en particulier chez les plus jeunes qui, peu connaisseurs de cette région du monde et de son histoire, tiraillés entre des versions contradictoires, ne savent plus que penser.

Sur la gauche du champ politique, deux thèses s’affrontent donc à fleurets de moins en moins mouchetés. Dans son appel « Nicaragua » et sa dénonciation de la répression, la noble Inquisition haut de gamme s’indigne : « Et cette indignation devient encore plus intense quand ce panorama de violence politique d’Etat s’accompagne du silence complice de leaders politiques et de référents intellectuels (auto)proclamés de gauche. » Dans la tranchée d’en face, beaucoup plus modeste, car émanant de paysans nicaraguayens, l’Association des travailleurs ruraux (ATC) avertit : « Nous informons [la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC) et la Vía Campesina] que certains réseaux sociaux, ONG internationales et analystes qui s’auto-définissent comme de gauche se font l’écho de l’appel des forces réactionnaires au Nicaragua et, à travers une communication permanente, tergiversent la réalité du pays en prétendant représenter la majorité du peuple et la vérité absolue ; en tant que partie prenante de la manipulation médiatique, ils vont jusqu’à favoriser des déclarations qui ne tiennent aucun compte des faits et de la souffrance du peuple de Sandino (…).  »

Qui croire ? On ne prétendra pas ici détenir « la vérité ». En revanche, pour éclairer la lanterne de ceux qui s’interrogent de bonne foi, on se penchera, en s’attachant aux faits, sur le récent Forum de São Paulo (que l’appareil médiatique, est-ce un hasard, a totalement occulté).

Dans une lettre envoyée à ce « Foro » depuis la prison de Curitiba où le pouvoir judiciaire brésilien le séquestre [7], Lula a évoqué les lointaines années 1990 : « Ce que nous ne prévoyions pas, c’était que le Forum de São Paulo prendrait l’importance qu’il a prise et qu’il continuera à avoir car il a été le plus important, le plus large et le plus durable des forums de débat de la gauche latino-américaine et caribéenne tout au long de ces vingt-huit années. »

Qu’on en juge… Du 15 au 17 juillet dernier, ont honoré le FSP de leur présence l’amphitryon et chef d’Etat Miguel Díaz Canel (Cuba), les présidents Nicolás Maduro (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Salvador Sánchez Cerén (El Salvador) ; le premier ministre de Saint-Vincent-et les-Grenadines, Ralphs Goncalves ; les ex-chefs d’Etats Dilma Rousseff (Brésil), Manuel Zelaya (Honduras), Martín Torrijos (Panamá), Kenny Anthony (Sainte-Lucie) ; l’ex-premier ministre Denzil Douglas (Saint-Christophe-et-Nieves) ; des figures de premier plan comme l’ex-sénatrice colombienne Piedad Córdoba ; Adán Chávez, frère de feu Hugo ; Oscar López Rivera, dirigeant indépendantiste portoricain emprisonné pendant plus de trente-cinq ans dans les geôles étatsuniennes, récemment libéré le 17 mai 2017, à 74 ans. Et, surtout, cœur battant du grand « remue-méninges », 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques, mouvements sociaux et intellectuels, des observateurs d’une vingtaine de pays non latinos ainsi que 60 parlementaires venus du monde entier.

Parlons cuisine ! Tout auteur ou journaliste (digne de ce nom), confronté à des listes interminables, soit les ignore, soit les résume – « les personnalités », « les mouvements sociaux » –, soit les colle dans une note de bas de page (que bien peu liront) pour ne pas infliger au lecteur un décryptage rébarbatif et fastidieux. Nous ne le ferons pas ici. « S’informer fatigue », écrivit en octobre 1993, dans Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet. Nous confirmons et demandons encore un effort à ceux qui ont eu la patience de nous suivre jusqu’ici. Puisqu’il s’agit d’une certaine manière de mesurer la « représentativité » de tel ou tel courant, il n’est pas inconvenant d’en connaître les acteurs.

Etaient donc présents à ce FSP les partis de gauche de l’Argentine, d’Aruba, des Barbades, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, de Cuba, de Curaçao, d’Equateur, du Salvador, du Guatemala, de Haití, du Honduras, de la Martinique, du Mexique, du Nicaragua, de Panamá, du Paraguay, du Pérou, de Porto Rico, de la République dominicaine, de Trinidad et Tobago, d’Uruguay et du Venezuela.

Au nom du mouvement populaire, se sont également exprimés : l’ALBA Mouvements, l’Assemblée internationale des peuples, le Groupe de travail pour la démocratie et contre le néolibéralisme, le Réseau en défense de l’humanité, l’Assemblée des peuples de la Caraïbe, la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC), Vía Campesina, la Marche mondiale des femmes, la Rencontre syndicale de notre Amérique, le Front continental des organisations communales, les Amis de la terre, Latindad, le Mouvement des affectés par les barrages, etc. Toutes organisations difficilement assimilables à des « intellectuels de cour », pour reprendre une expression qui fait flores dans certains milieux.

S’il fallait résumer : un « collectif politique » aussi représentatif que le permet la nature humaine des gouvernants et des gouvernés.

Le lieu de ce rassemblement avait valeur de fort symbole. La Cuba « post Castro », toujours debout et en train de préparer, sous l’autorité du président Díaz Canel, une nouvelle Constitution adaptée aux temps nouveaux [8]. Sans renier en rien les anciens. Toujours premier secrétaire du PCC, Raúl fut particulièrement ovationné lors de l’ouverture et encore davantage lors de l’hommage général, rendu en clôture, à son frère Fidel. Non que l’ensemble des participants ait comme référence ou projet une décalque du système politique cubain, mais en témoignage d’admiration pour la résistance de la « génération historique » et d’un peuple qui n’ont jamais plié malgré les vicissitudes, plus de soixante années d’attaques permanentes et d’embargo étatsunien. Un exemple pour ceux qui aujourd’hui se battent contre les mêmes ennemis et le même type d’agression.

Comme il se doit dans ce type d’événement, qui fonctionnent aussi à l’« affectif », les « leaders » ont été attentivement écoutés. Pour ne pas dire avec ferveur. Victime d’un coup d’Etat en 2009, six mois après avoir rejoint l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) [9], le Hondurien Manuel Zelaya, sous les acclamations, a persisté et signé : « Si je devais aujourd’hui à nouveau demander mon entrée dans l’ALBA, une organisation à vocation anti-impérialiste et anticapitaliste, démocratique et solidaire, je le ferais avec encore plus d’orgueil, plus de dignité, de conviction et de responsabilité. »

Lors de leurs diverses interventions, en dénonçant l’obscène condamnation et incarcération de Lula, l’ex-présidente Dilma Rousseff, elle aussi défenestrée illégalement, et la présidente du Parti des travailleurs Gleisi Hoffmann ont et commenté la peur de la droite brésilienne de le voir remporter l’élection présidentielle d’octobre prochain si elle le laisse se représenter.

Lula lui-même, dans sa lettre, a synthétisé ce qui se révèlera pendant quatre jours être la philosophie générale du FSP : « Je l’ai toujours dit : s’ils veulent nous affronter, qu’ils le fassent politiquement, qu’ils soient candidats et qu’ils nous battent démocratiquement. Nous n’en avons pas peur et nous saurons les affronter et discuter avec le peuple de l’avenir qu’il veut (…) Ils veulent m’empêcher de participer aux élections de cette année mais jamais ils ne me feront taire ni ne m’empêcheront de lutter pour les droits du peuple brésilien, latino-américain et caribéen. » Avant de terminer « à la latina » par « une grande accolade de Lula ».

Du géant brésilien au confetti de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, au-delà des apparences, il n’y a eu qu’un pas. Lorsque vint son tour de s’exprimer, le premier ministre Ralph Gonsalves appela à appuyer le peuple brésilien, mais aussi à défendre Caracas et Managua : « Un jour c’est le Venezuela, un autre le Brésil, maintenant le Nicaragua, ce qui nous rappelle en permanence le coup d’Etat contre Zelaya (…).  »

On grincera sans doute, ici où là, que le discours du « despote » Maduro, dénonçant lors de la session de clôture « tous les types de guerre non conventionnelle » qu’affronte son pays, était cousu de fil blanc : « Tant qu’existera l’impérialisme, il y aura lutte. Tant qu’il y aura l’impérialisme des Etats-Unis, bien qu’il soit en pleine décadence, il y aura des intrigues contre les gouvernements progressistes ». Ou que celui de son ami Evo Morales était convenu  : « L’ennemi de ce temps est le président des Etats-Unis Donald Trump. C’est l’ennemi de l’Humanité et de la planète terre. » Mais constatons au passage que, dans la fameuse lettre de Lula, celui-ci écrit : « Nous condamnons les sanctions appliquées au Venezuela et les menaces d’intervention armée du président des Etats-Unis que, malheureusement, la droite, sur notre continent, ne condamne pas. Au contraire, dans la pratique, elle cherche à exclure le Venezuela des forums auxquels il a le droit de participer comme l’OEA ou le Mercosur [marché commun du sud].  » Quant à « Dilma », réputée encore plus modérée que son mentor, elle n’a pu s’empêcher de manifester son admiration : « Le Venezuela a démontré une immense capacité de résistance face à une force absolument disproportionnée mise en place par les Etats-Unis, et maintenant, avec le gouvernement de Trump, les menaces d’une intervention militaire. » Moyennant quoi la colombienne Piedad Córdoba, une autre femme qui, loin du monde des « idéologues », sait ce que lutter veut dire, a appelé à la résistance : « Tout est le produit d’un blocus inhumain [10] qui, non seulement affecte les présidents, mais le peuple vénézuélien ».

De cette revue de détail de la situation continentale, un authentique naufrage, lui, a émergé : la Colombie « post-conflit » se noie dans le sang. Parlant de sa propre nation, Córdoba a fait un constat hélas connu de tous : « Rien [de ce qui avait été signé avec la guérilla des FARC] n’a encore été respecté par l’Etat et, évidemment, cela menace gravement l’Accord de paix. La situation est extrêmement difficile du fait de l’assassinat de dirigeants et dirigeantes du mouvement social, 324 en tout, un fait extrêmement douloureux. » Tournant les Accords, les enfreignant, y contrevenant, la justice colombiennea été jusqu’à interdire de quitter le pays aux ex-commandants de l’opposition armée, Rodrigo Londoño et Rodrigo Granda, invités au FSP pour y parler de leurs perspectives de réintégration politique dans le cadre du nouveau parti Forces alternatives révolutionnaires du commun (également FARC), créé après le désarmement.

Dans le même registre « mesquineries, provocations et trahison », il a évidemment beaucoup été question à La Havane du président équatorien Lenin Moreno. Elu sous la bannière d’Alianza País (AP), parti de son prédécesseur Rafael Correa, dont il a été pendant six années vice-président, il a entrepris de détruire l’héritage de ce dernier et, dans le cadre d’une « chasse aux sorcières » digne de Torquemada, qui affecte tous les proches et partisans de l’ancien chef de l’Etat, va jusqu’à tenter de le faire condamner et emprisonner [11]. Tandis que Correa, dans un vidéo-message enregistré en Belgique détaillait la croisade menée contre lui, son ancien ministre de l’Economie, puis des Affaires étrangères, puis de la Défense, Ricardo Patiño, présent à La Havane, a appelé le FSP à se solidariser avec les dirigeants persécutés par la justice – Lula, Cristina Fernández de Kirchner, Correa et un autre de ses vice-présidents, Jorge Glas, déjà condamné et incarcéré au terme d’un procès sujet à caution.

Cassé en deux par Moreno et les opportunistes qui l’ont suivi, Alianza País était également représenté par son ex-secrétaire générale, présidente de l’Assemblée nationale de 2013 à 2017, la députée Gabriela Rivadeneira. Au-delà du cas Correa, celle-ci a mis en évidence le dramatique retour en arrière promu par Moreno : « Nous avons maintenant comme ministre de l’Economie le représentant des Chambres de commerce, nous avons reçu le vice-président des Etats-Unis et signé des accords de coopération militaire, nous revenons à nouveau aux traités bilatéraux d’investissement (…) En outre, depuis la rupture, nous avons perdu l’organisation politique qu’a fondé Rafael Correa, Alianza País. Depuis décembre [2017], nous avons commencé à travailler à la création d’une nouvelle organisation, mais nous nous heurtons à un blocage absolu : on ne nous permet pas de la légaliser, bien qu’elle soit la principale force du pays. »

Aux antipodes des thèses de la « gauche régressive », les manifestations de soutien à Correa se sont multipliées. Toujours sans existence légale dans son propre pays, le nouveau parti, Révolution citoyenne, a été accepté comme membre du FSP. Lequel, inquiet des rumeurs qui circulent avec de plus en plus d’insistance, a publié le 17 juillet un communiqué exhortant Quito à garantir les droits de Julian Assange, réfugié depuis six années dans l’ambassade équatorienne à Londres. Dans sa dérive, le président Moreno a clairement laissé entendre que ce locataire encombrant lui pose problème et qu’il aimerait s’en débarrasser. Au risque que l’homme qui a révélé leurs vilains petits secrets à travers Wikileaks soit ensuite extradé aux Etats-Unis.

Sans contact aucun avec les classes populaires, ce rassemblement de dirigeants et de partis prêterait légitimement le flanc à la critique. Raison pour laquelle a été portée une attention toute particulière à l’articulation des différents niveaux d’action politique. « Pour des raisons logiques et leurs formes différentes, tant les partis que les mouvements sociaux ont des façons distinctes de s’organiser et de fonctionner, constata d’emblée, sans fioritures, Mónica Valente, la secrétaire exécutive du FSP. Toutefois, nous qui sommes représentés ici partageons les mêmes objectifs et horizons, raison pour laquelle nous souhaitons stimuler un lien profond, dans nos pays, entre les partis et les mouvements sociaux, syndicaux et populaires. Nous connaissons la complexité de ces relations, mais également le potentiel dont nous disposons. »

On connaît les réussites de la vague post-néolibérale : selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), près de 94 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie. On en connaît aussi les difficultés, les insuffisances, les échecs, les contradictions. « Les partis ne parviennent pas toujours à lire toutes les sensibilités des groupes et communautés locales, a estimé le syndicaliste costaricain Jorge Coronado. Il faut promouvoir le dialogue, non que les mouvements sociaux aient la lecture intégrale correcte, mais afin d’analyser comment nous devons faire pour agir de façon complémentaire. Et nous devons avoir une discussion fondamentale, celle de la démocratie, vu que l’institutionnalité bourgeoise a avalé un courant important de la gauche, qui a adopté sa logique [12]. »

A rebrousse-poil des sentiers battus, ce FSP n’a, on le voit, en rien ressemblé à une assemblée de « béni-oui-oui ». Bureaucratisation des processus, verticalité excessive, erreurs économiques, fiscalité insuffisamment réformée, perte de l’éthique, corruption, extractivisme, modèle économique… Aucun thème n’a été éludé par cette gauche qui connaît elle aussi l’impérieuse nécessité de la critique. Mais ne se retourne pas contre les siens pour autant. Et qui a annoncé, entre bien d’autres proclamations, l’entame de conversations entre dix plateformes régionales de syndicats, mouvements de femmes, jeunes, militants LGTB, avec les partis, pour une meilleure coordination. Nul ne parie qu’il y aura forcément des miracles, mais, comme disait on ne sait trop qui [13], « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

De quatre jours d’embrassades, de poignées de mains et de claques dans le dos – l’Amérique latine n’est jamais triste, même lorsqu’elle affronte des difficultés – , mais surtout de discours, de conférences, de rencontres, d’échanges et de débats, est sorti un mot d’ordre : « Unité ! » Au-delà de leurs sensibilités différentes, inspirés par « l’offensive multiforme, réactionnaire et conservatrice de la restauration néolibérale », tous ces délégués de la gauche latino-américaine se sont retrouvés sur l’essentiel, exprimé à travers les Conclusions finales (et une quarantaine de « résolutions »). En voici, résumés, quelques éléments :

« Nous dénonçons l’ingérence de l’OEA, qui continue à être considérée par le gouvernement des Etats-Unis comme son ministère des Colonies. Les agissements de son secrétaire général [Luis Amlagro], marqués par une méprisable soumission aux intérêts de la Maison-Blanche, le prouvent tous les jours. L’OEA et le Groupe de Lima [14] constituent les chevaux de Troie contre l’unité latino-américaine et caraïbe. »

« Nous condamnons la guerre non conventionnelle et de large spectre imposée par l’impérialisme “yanki” et ses alliés européens, latino-américains et caraïbes contre la Révolution bolivarienne. (…) Comme il y a un an à Managua, le FSP reste en état d’alerte et en session permanente de solidarité internationaliste contre l’intervention au Venezuela. »

« Nous réaffirmons notre absolue volonté de parier pour la paix, en concordance avec la Celac [Communauté des Etats latino-américains et Caraïbes] qui, en janvier 2014 a déclaré l’Amérique latine zone de paix. Pour cette raison, nous appuyons la demande des forces politiques et sociales de Colombie pour que le gouvernement de ce pays mette en œuvre les Accords de La Havane, maintienne ouvert le dialogue avec l’ELN [Armée de libération nationale] et fasse des pas authentiques pour en finir avec l’assassinat d’ex-combattants, de dirigeants sociaux, politiques, écologistes et défenseurs des droits humains. »

« Nous rejetons de manière énergique la politique interventionniste des Etats-Unis dans les affaires internes du Nicaragua sandiniste, pays dans lequel est mise en œuvre la méthode appliquée par l’impérialisme nord-américain aux pays qui ne répondent pas à ses intérêts hégémoniques, causant la violence, la destruction et la mort à travers la manipulation et l’action déstabilisatrice des groupes terroristes de la droite “golpista”.  »

« Nous exigeons que soit rendu au peuple de Cuba le territoire occupé illégalement par la base navale étatsunienne à Guantánamo. »

« Nous exigeons l’élimination de toutes les bases militaires étatsuniennes existant dans la région (77 au total qui, avec la IVe Flotte, couvrent tout l’espace régional), et de toutes les bases militaires de n’importe quel pays, où qu’il se trouve [15]. »

« Nous exprimons notre solidarité au “compañero” Rafael Correa Delgado, dirigeant populaire et progressiste de notre région. En raison de la rupture de l’Etat de droit et de la procédure régulière, le “compañero” Rafael est lui aussi victime d’une persécution politique et de l’utilisation de la justice comme instrument de vengeance et d’intimidation. »

« Nous exigeons la libération immédiate de Lula après une condamnation et une incarcération sans preuves, et soutenons son droit à être candidat présidentiel lors des élections d’octobre au Brésil, respectant ainsi la volonté de la majorité du peuple brésilien. Lula est vivant ! Lula Innocent ! Lula président ! »

Cuba, Brésil, Equateur, Venezuela, Nicaragua… Tous les « sujets qui fâchent ». Il ne s’agit pas là des déclarations d’un groupuscule, d’une secte, d’un clan, d’une chapelle, d’une tendance, d’une sous-tendance, d’une faction. Rappelons-le : elles émanent de 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux… La gauche latina.

 

Notes

[1] Lire : http://www.medelu.org/Washington-FMI-patronat et http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du

[2] Daniel Ortega, dirigeant du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), réélu à la présidence le 6 novembre 2016, avec 72,5% des suffrages (abstention : 31,8 %) ; Rosario Murillo (son épouse), vice-présidente.

[3] http://www.cloc-viacampesina.net/noticias/nicaragua-comunicado-de-la-asociacion-de-trabajadores-del-campo-0

[4] http://www.rebelion.org/noticia.php?id=244304&titular=%22como-intelectuales-queremos-manifestar-nuestro-profundo-rechazo-frente-a-la-violencia-pol%EDtica-estatal

[/a] Ambassadeur de la Bolivie aux Nations unies depuis 2009, Pablo Solón a démissionné en 2011 pour marquer son désaccord avec la répression de manifestations radicales de groupes indigènes du parc Tipnis, mobilisés contre la construction d’une route traversant leur territoire.

[5] http://llamadointernacionalvenezuela.blogspot.com/2017/05/appelinternational-urgent-pour-stopper.html

[6] https://www.aporrea.org/ideologia/a247063.html

[7] Pour comprendre la crise brésilienne : http://www.medelu.org/Crise-democratique-et-condamnation

[8] Cuba avait déjà accueilli le FSP en 1993 et 2001.

[9] Née à l’initiative de Hugo Chávez et Fidel Castro, cette initiative d’intégration régionale innovante regroupe aujourd’hui neuf pays : la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela, le Nicaragua, Cuba, Antigua-et-Barbuda, La Dominique, Sainte-Lucie, -Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Les « golpistas » honduriens s’en sont retirés une fois leur coup d’Etat réussi.

[10] Référence aux sanctions américaines et à la « guerre économique » dont est victime le Venezuela.

[11] Vivant actuellement en Belgique, d’où est originaire son épouse, Correa est sous le coup d’un ordre de « prison préventive » qui a été notifié à Interpol – pour l’heure sans résultat. Mais il ne peut plus rentrer en Equateur pour y exercer une quelconque activité politique.

[12] https://www.alainet.org/es/articulo/194151

[13] La phrase est attribuée à Lénine, Winston Churchill, Jaurès et même Lao Tseu.

[14] Alliance de quatorze pays néolibéraux latino-américains, dont le Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Pérou et le Canada, agissant en supplétifs des Etats-Unis contre le Venezuela. La récente victoire d’Andrés Manuel López Obrador au Mexique devrait priver la coalition d’un poids lourd de la région.

[15] Référence à l’occupation des îles Malouines argentines par les Britanniques.

 

URL de cet article : http://www.medelu.org/La-voix-dissonante-du-Forum-de-Sao

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Venezuela. Cette habitude caribéenne de ne pas se rendre

Maduro meeting Maracay

Nicolas Maduro en campagne, Maracay, mai 2018. Photo: Fania Rodriguez, Brasil de Fato

Nicolas Maduro MTCR

Nicolas Maduro lance le Mouvement national de formation théâtrale César Rengifo, le 21 octobre 2013.

Par Marco Terrugi in La tinta

Le Venezuela se prépare aux élections présidentielles. Face à la menace des Etats-Unis et la nécessité de soutenir une révolution qui donne encore de l’espoir au continent.
Caracas vit au rythme de la rage et de la caraïbe. Ce n’est pas un bal de débutantes. Le transport y est une bataille, le distributeur d’argent y est une bataille, la pharmacie y est une bataille, les prix y sont une bataille. C’est une guerre qui éclate comme les tempêtes tropicales décrites par Maïakovsky : Il ne reste que peu d’air entre tant de pluie. Mais il ne pleut pas à Caracas, il y a des semaines de transition entre soleil et pluie, une sécheresse nuageuse. L’eau se recycle, elle passe de seau en bassine, on y fait attention dans la douche, dans la cuisine. Et quand revient son bruit dans les tuyaux, c’est la fête dans les maisons. Nous marchons au bord des limites, comme d’habitude.
Personne n’aurait dit que nous arriverions jusque là, en mai 2018. Ni avec des dés, ni en lisant les cendres de cigare, ni en appliquant de manière méticuleuse les hypothèses bien huilées qui ont donné des résultats dans les autres pays. Ce processus a pour habitude de ne pas respecter les règles, de frapper comme frappe le gitan du film Snatch, quand tout le monde le voit vaincu, que des millions ont été misé sur sa défaite, et qu’il se lève avec un poing droit qui casse les pronostics et laisse l’autre sur le tapis. Au tapis, il y a la droite vénézuélienne, qui ne se remet pas de la défaite de l’année dernière, quand elle a cherché à prendre le pouvoir politique avec les pires venins inoculés pendant des années dans sa base sociale et l’entrée en scène de groupes armés, entraînés pour des assauts violents. C’est pourquoi le gros de cette droite ne va pas aux élections. Et ceux qui avaient investi sur elle ont déchiffré son incapacité à convaincre les majorités. Je parle des Etats-Unis, impérialisme à l’ère des disputes géopolitiques ouvertes, condensées dans des pays comme la Syrie.
Ils veulent nous faire capoter. Que le pays s’effondre, que nous revenions aux misères qui ont engendré le cycle de la révolution, cette fois-ci pour tout faire chavirer, couler au niveau matériel et au niveau des idées. Ils le répètent avec l’impunité du pouvoir de leurs grands médias, semaine après semaine, ils annoncent d’autres attaques économiques, encore plus d’asphyxie par un blocus qui cherche à empêcher les importations, les transactions, les renégociations, en dollars et encryptomoneda Petro. Leur nouveau coup sera, et c’est déjà prévu, de ne pas reconnaître le président élu qui, selon les sondages, sera Nicolás Maduro. S’il gagne c’est par l’unité du chavisme autour de sa candidature, une base sociale historique, le poids de Chávez, et par la faiblesse de ses adversaires électoraux : Henry Falcón, ex chaviste, qui promet une dollarisation de l’économie (il se garde bien d’expliquer comment il le fera), et l’outsider évangéliste conservateur Javier Bertucci.
Tout n’est pas de la faute de l’impérialisme. C’est aussi évident que l’existence de l’impérialisme. Poser cela au centre de la scène permet de situer le conflit et ses dimensions, le ring où nous nous trouvons.
elecciones_regionales_2012
Le pain, le distributeur de monnaie, le transport, les prix et les médicaments font partie de cette trame géopolitique, sa manifestation immédiate, quotidienne, la forme qui impacte la bouche de chacun. La stratégie d’usure est une oeuvre élaborée, pas improvisée. Elle fait mal là où ça fait le plus mal, elle s’articule sur les misères et les contradictions du processus, la corruption, l’indolence, les compromissions pour obtenir une maison, une voiture, un compte en banque. Les effets du cadre économique sur le tissu social changent à mesure que la situation se prolonge. On peut le voir, à quelques jours des prochaines élections présidentielles qui auront lieu le 20 mai : Alors qu’une partie des gens, du chavisme, parle de la campagne, milite, suit les infos, une autre partie est immergée dans la résolution des batailles quotidiennes qui n’arrêtent pas, et qui ne se calment que de temps en temps sur certains points. Il y a plusieurs temps superposés dans les territoires où s’est fondé le chavisme.
Ces temps sont exigeants. Ils demandent à ce qu’on reprenne le contrôle sur une économie qui semble effrénée, particulièrement sur les prix, qu’on exerce l’autorité, que soit freinée cette course où beaucoup ont fait de petites, moyennes ou très juteuses affaires sur les besoins, que les dirigeants reprennent le langage des rues, qu’ils fassent de la politique à la Chavez, que la lutte contre la corruption qui s’est développée soit approfondie, que les promesses de campagne ne soient pas seulement des promesses de campagne mais des faits. C’est une demande adressée aux dirigeants, au Parti Socialiste Uni du Venezuela, aux institutions, à la révolution en tant qu’espace de construction, d’espoir, d’identité.
Nous ne sommes pas dans une crise humanitaire, ce concept politique installé par les Etats Unis et répété jusqu’à la nausée par les grands médias pour justifier les attaques et diaboliser par l’effroi dès que l’on prononce le nom du Venezuela. Nous sommes dans un cadre de recul des espaces qui avaient été conquis, qui pousse à des reconversions économiques pour arriver à finir le mois ou la quinzaine, en jonglant avec les chiffres pour que ça rentre. Le cas des transferts de fonds en est un exemple très clair : Cent dollars, ce qui est très peu dans un autre pays, servent à résoudre une grande partie des besoins mensuels.
Chavez de retour apres le coup d-Etat 2002fiesta Caracas
Ainsi, de même qu’il était impossible ou presque, il y a un an, de pronostiquer que ce mois de mai nous trouverait aux portes d’élections présidentielles avec une possibilité de victoire de Maduro, il est impossible de pronostiquer ce qui se passera dans un an. Le prochain pas, c’est de garantir la continuité du pouvoir politique le 20 mai. C’est indispensable au niveau national et continental, niveau que l’impérialisme ne perd jamais de vue. Il n’existe pas trois blocs, il n’y en a que deux. C’est à l’intérieur du processus, du chavisme en tant que courant historique, que peuvent se construire des solutions aux urgences du quotidien dans une perspective stratégique. Il serait trop tard de s’en rendre compte après, avec des classes dominantes déchargeant sans freins et sans demi-mesures leur revanche jusque dans nos maisons.
Nous sommes face à nous mêmes : Histoire, rage, caribéens, latinoaméricains, avec nos passions et nos pauvretés, dans une époque qui défie nos générations réunies autour du Venezuela. Il y a dans ce destin un destin commun, qui marque ce que nous pourrons, ou pas, dans les prochaines années. Ceux qui nous ont précédé, comme ceux qui viendront et chercheront ce que nous aurons réussi, nous regardent.

Tous, nous sommes le Venezuela, par Issa N’Diaye

Professeur-Issa-NDiaye

Le Professeur Issa N’Diaye, ancien ministre de la Culture et de l’Education, professeur de philosophie à l’Université de Bamako et Président du Forum Civique, Réseau des Mouvements Sociaux, Intellectuels et Artistes pour la Défense de l’Humanité-Mali

Du 06 au 7 mars 2018 s’est tenue à Caracas une journée internationale de solidarité avec le Venezuela. Des délégués de mouvements sociaux, d’organisations de société civile, de partis politiques, intellectuels, artistes, religieux, autres, sont venus de tous les continents et régions du monde. Amérique latine : 116, Amérique du Nord : 48, Caraïbes : 33, Afrique : 19, Europe : 34 et Océanie.

De nombreux délégués ont pris la parole pour dénoncer la guerre totale et multiforme (économique, financière, médiatique, diplomatique et militaire) imposée par les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés européens et sous-fifres de pays tiers au peuple du Venezuela et à son gouvernement légitime. Les dénonciations les plus fortes sont souvent venues des délégués venus des Etats-Unis, du Canada et d’Europe.

D’avril à juillet 2017, les attaques armées ont causé au Venezuela 120 morts, des milliers de blessés, la destruction de centaines de centres de santé, écoles, unités de transport et installations publiques.

Cependant, la mobilisation et la résistance des populations et du gouvernement vénézuélien a fini par faire échouer les tentatives violentes de changement de régime menées par les USA et les forces de la droite locale appuyée par celles d’autres pays d’Amérique Latine et d’Europe.

L’échec des agressions militaires par l’intermédiaire de groupes paramilitaires, la plupart étranger, a conduit à d’autres types d’action qui ressemblent fort au blocus total imposé à Cuba depuis de nombreuses décennies : blocus économiques, interdiction d’importations de denrées alimentaires de première nécessité et de médicaments, interdictions de transactions bancaires, attaques et spéculations sur la monnaie vénézuélienne, chutes des cours du pétrole, média mensonges et désinformations en tout genres. Tous les moyens même les plus amoraux ont été utilisés pour faire plier le pays, faisant des victimes innocentes parmi les populations.

Ce qui frappe avant tout en arrivant à Caracas, c’est le calme et la paix sociale face à cette hystérie qui se déchaine dans la presse occidentale. Ce qui est dépeint dans les media occidentaux est totalement différent des réalités de terrain. Le peuple vénézuélien est totalement mobilisé pour surmonter les difficultés qui lui sont imposées. La riposte populaire a conduit à la création de Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) composés de 5 à 12 familles pour assurer la fourniture aux populations des denrées de première nécessité et relancer le système de production nationale en vue d’assurer la souveraineté alimentaire. La relance de la production agricole se fait par la redynamisation de l’agriculture familiale et des coopératives paysannes.

La prise de conscience est nette au niveau du peuple et des dirigeants vénézuéliens de la nécessité de sortir du modèle économique dominant et d’explorer des voies endogènes de développement en dehors du système mondial imposé par le néolibéralisme. Partout et dans tous les domaines sont instaurés des débats populaires où sont explorées des solutions alternatives. Citoyens, spécialistes, experts, universitaires et politiques y sont impliqués dans des échanges féconds. Les délégués étrangers conviés y ont largement participé. Des expériences menées dans d’autres pays et continents ont été analysées et mises à profit.

La mobilisation populaire au Venezuela a mis en échec le plan de déstabilisation programmé par les puissances étrangères. Au plus fort de la crise, des exigences d’élections anticipées avaient été formulées par la droite locale et ses soutiens internationaux.

Ainsi les élections pour la mise en place de l’Assemblée Constituante du 30 Juillet 2017 ont été remportées par le Grand Pôle Patriotique chaviste. L‘opposition avait prôné le boycott.

Elles ont été suivies par les élections régionales du 15 octobre 2017 qui ont vu également le triomphe des chavistes. Aussi, 4 des 5 gouverneurs élus de l’opposition de droite ont décidé de reconnaitre la Constituante dominée par les chavistes, isolant du coup Capriles, chef de file de l’opposition et tête de pont des USA, qui a perdu dans la foulée, son poste de gouverneur de l’Etat de Miranda. Le Poste de Gouverneur de l’Etat pétrolier stratégique de Zulia fut pris également à la droite par les chavistes.

Les élections municipales du 10 décembre 2017 ont vu, grâce à la mobilisation populaire, la large victoire du peuple vénézuélien. Ainsi le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) au pouvoir, a remporté 308 mairies sur 335. Seulement 25 furent gagnées par l’Opposition et 2 par les dissidents.

Ainsi les élections de juillet, d’octobre et de décembre 2017 ont toutes confirmé, les importantes victoires du chavisme. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) a rappelé que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections. « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par des membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Electoral. Aussi le CEELA avait déclaré le 11 décembre dans son rapport final que « le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines coïncident à 100% »

En 18 ans de pouvoir chaviste, le Venezuela a connu 24 élections, faisant dire à la Fondation Jimmy Carter des USA que le Venezuela possède l’un des meilleurs systèmes électoraux au monde.

La dernière séquence du processus électoral au Venezuela doit connaître son épilogue le 20 mai prochain avec les élections présidentielles.

Ayant perdu tout espoir de renverser le pouvoir légitime au Venezuela, les USA prônent le boycott et menacent de sanctionner les opposants qui ont décidé de participer au processus électoral. Ils déclarent ne pas reconnaitre à l’avance les résultats de la prochaine présidentielle, suivis en cela par certains gouvernements européens et d’Amérique Latine. Drôle de façon d’exercer leur leadership mondial en ‘démocratie’ !

Il est évident que le peuple vénézuélien ne veut plus rester une néo-colonie des Etats-Unis. La dynamique de fond dans le monde actuel est en faveur du processus de reconquête par les peuples de leur pleine et entière souveraineté.

Ce qui se passe au Venezuela nous concerne tous. Il s’agit d’un tournant important pour tous les peuples en quête d’indépendance et de mieux-être.

Aussi nous devrions nous considérer Tous comme Venezuela. Jusqu’à la victoire finale.

Hasta Siempre !

Pr Issa N’DIAYE

URL de cet article: http://bolivarinfos.over-blog.com/2018/04/venezuela-nous-sommes-tous-le-venezuela-todos-somos-venezuela.html

« Non aux sanctions contre le Venezuela » : la lettre de Noam Chomsky et de près de 150 intellectuels et militants états-uniens et canadiens

Cette lettre va être envoyée aux membres du Congrès des États-Unis, au Parlement du Canada et aux médias. Elle sera publiée dans d’autres médias, et au moins 5 de ses signataires se rendront au Venezuela pour la commémoration d’Hugo Chavez en mars, où elle sera présentée.

Nous exhortons les gouvernements des États-Unis et du Canada à retirer immédiatement leurs sanctions illégales* contre le Venezuela et à soutenir les efforts de médiation entre le gouvernement du Venezuela et les segments non violents de l’opposition politique.

Nous, les organisations et individus aux États-Unis et au Canada soussignés, soutenons des relations hémisphériques fondées sur le respect de la souveraineté de tous les peuples des Amériques. Nous sommes profondément préoccupés par l’utilisation de sanctions illégales, dont l’effet se fait le plus sentir dans les secteurs les plus pauvres et les plus marginaux de la société, pour contraindre le changement politique et économique dans une démocratie sœur. Nous constatons depuis les années 1990 que les sanctions ne servent qu’à appauvrir les familles ordinaires et à déstabiliser l’ordre public. Nous sommes incapables de citer un seul cas où les sanctions ont eu un impact positif.

Les sondages au Venezuela montrent que la grande majorité des Vénézuéliens s’oppose aux sanctions, indépendamment de leur opinion sur le gouvernement Maduro. Les sanctions ne font que compliquer les efforts déployés par le Vatican, la République dominicaine et d’autres acteurs internationaux pour négocier une résolution de la polarisation profonde au Venezuela. De plus, les sanctions sapent les efforts du gouvernement démocratiquement élu et de l’Assemblée constituante pour résoudre les problèmes économiques critiques et déterminer leur propre destin politique.

Malgré la rhétorique de haut niveau des fonctionnaires de Washington et d’Ottawa, ce n’est pas un véritable souci de démocratie, de droits de l’homme et de justice sociale qui pousse cette position interventionniste belliqueuse à l’égard de Caracas. Du décret du président Obama qui, de l’aveu général, est faux, sur le Venezuela représentant une menace pour la sécurité nationale aux États-Unis, à la déclaration de l’ambassadeur Nikki Haley disant que le Venezuela est un « narco-état de plus en plus violent » qui menace le monde, l’utilisation de l’hyperbole dans les situations diplomatiques contribue rarement à des solutions pacifiques sur la scène internationale.

Ce n’est un secret pour personne que le Venezuela, contrairement au Mexique, au Honduras, à la Colombie, à l’Egypte ou à l’Arabie Saoudite, est la cible d’une mission de changement de régime par les États-Unis précisément à cause des qualités de leader du Venezuela dans la résistance à l’hégémonie américaine et à l’imposition du modèle néolibéral en Amérique latine. Et bien sûr, le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole au monde, ce qui attire encore plus l’attention non désirée de Washington.

Les États-Unis et le Canada ont essayé puis échoué à utiliser l’Organisation des États Américains (OEA) pour construire un bloc qui évoque la Charte démocratique contre le Venezuela de façon hypocrite. Récemment, Luis Almagro, le secrétaire général véreux de l’OEA, est allé jusqu’à soutenir publiquement l’assermentation d’une Cour suprême parallèle, nommée de façon inconstitutionnelle par les législateurs de l’opposition et leur a permis d’utiliser le siège de l’OEA à Washington, DC pour leur cérémonie (sans l’approbation de quelconque état membre de l’OEA). Almagro a ainsi délégitimé l’OEA, enhardi les éléments les plus extrêmes et les plus violents de l’opposition vénézuélienne, et mis de côté les efforts de médiation.

Les sanctions canado-américaines sont une utilisation cynique du pouvoir économique coercitif pour attaquer une nation qui fait déjà face à l’hyperinflation et à la pénurie de produits de base. Bien que prétendument faites au nom de la promotion de la démocratie et de la liberté, ces sanctions violent le droit humain fondamental du peuple vénézuélien à la souveraineté, tel que cela est énoncé dans les Chartes des Nations Unies et de l’OEA.

Nous appelons les dirigeants politiques des États-Unis et du Canada à rejeter la rhétorique déchaînée et à contribuer à la recherche de solutions réelles aux problèmes politiques et économiques du Venezuela. Nous exhortons les gouvernements américain et canadien à annuler leurs sanctions et à soutenir les efforts de médiation déployés par le chancelier de la République dominicaine Miguel Vargas, le président de la République dominicaine Danilo Medina, l’ancien premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, le Vatican et soutenus par un nombre croissant de nations latino-américaines.

* L’Article 19 du Chapitre 4 de la Charte de l’OEA stipule :
Aucun état ou groupe d’états n’a le droit d’intervenir, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit, dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre état. Le principe précédent interdit non seulement la force armée, mais aussi toute autre forme d’ingérence ou de tentative de menace contre la personnalité de l’état ou contre ses éléments politiques, économiques et culturels.

Signataires :

Pour les États-Unis d’Amérique

Noam Chomsky
Danny Glover, Citizen-Artist
Estela Vazquez, Executive Vice President, 1199 SEIU
Bishop Thomas J. Gumbleton, Archdiocese of Detroit
Jill Stein, Green Party

Peter Knowlton, General President, United Electrical Workers
Dr. Frederick B. Mills, Department of Philosophy, Bowie State University
Dr. Alfred de Zayas, former Chief, Petitions Dept, UN High Commissioner for Human Rights
Medea Benjamin, co-founder, Code Pink
Dan Kovalik, Counsel, United Steelworkers Union

Clarence Thomas, ILWU Local10 (retired)
Natasha Lycia Ora Bannan, President, National Lawyers Guild
Chuck Kaufman, National Co-Coordinator, Alliance for Global Justice
James Early, Articulation of Afro Descendants in Latin America and the Caribbean
Gloria La Riva, coordinator, Cuba and Venezuela Solidarity Committee
Karen Bernal, Chair, Progressive Caucus, California Democratic Party

Kevin Zeese, Margaret Flowers, co-directors, Popular Resistance
Chris Bender, Administrator, SEIU 1000, retired
Mary Hanson Harrison, President Women’s International League for Peace and Freedom, US Section
Alfred L. Marder, President, US Peace Council
Tamie Dramer, Executive Boardmember, California Democratic Party
Greg Wilpert, journalist

School of Americas Watch (SOAW) Coordinating Collective
Gerry Condon, President, Board of Directors, Veterans for Peace
Tiana Ocasio, President, Connecticut Labor Council for Latin American Advancement
Leah Bolger, Coordinator, World Beyond War
Alexander Main, Senior Assoc for Intl Policy, Center for Economic and Policy Research
Kevin Martin, President, Peace Action and Peace Action Education Fund

Dr. Robert W. McChesney, University of Illinois at Urbana-Champaign
Berthony Dupont, Director, Haiti Liberté Newspaper
Marsha Rummel, Adlerperson, City of Madison Common Council, District 6
Monica Moorehead, Workers World Party
Kim Ives, Journalist, Haiti Liberté
Cindy Sheehan, Cindy’s Soapbox
Claudia Lucero, Executive Director, Chicago Religious Leadership Network on Latin America

William Camacaro, Venezuela activist
Baltimore Phil Berrigan Memorial Chapter Veterans For Peace
David W. Campbell, Secretary-Treasurer, USW Local 675 (Carson, CA)
Alice Bush, retired Northwest Indiana Division Director SEIU Local 73
Teresa Gutierrez, Co-Director International Action Center
Claire Deroche, NY Interfaith Campaign Against Torture
Eva Golinger, journalist and writer

The Cross Border Network (Kansas City)
Antonia Domingo, Pittsburgh Labor Council for Latin American Advancement
David Swanson, Director of World Beyond War
Matt Meyer, National Co-chair, Fellowship of Reconciliation
Rev. Daniel Dale, Christian Church (Disciples of Christ), CLRN Board of Directors
Daniel Chavez, Transnational Institute
Kathleen Desautels, SP (8th Day Center for Justice*)

Michael Eisenscher, National Coord. Emeritus, U.S. Labor Against the War (USLAW)
Dr. Paul Dordal, Director, Christian Network for Liberation and Equality
Dr. Douglas Friedman, Director International Studies, College of Charleston
Fr. Charles Dahm, Archdiocesan Director of Domestic Violence Outreach
Blase Bonpane, Director, Office of the Americas
Larry Birns, Director, Council on Hemispheric Affairs

Task Force on the Americas
Dr. Sharat G. Lin, former president, San Jose Peace and Justice Center
Stansfield Smith, Chicago ALBA Solidarity
Alicia Jrapko, U.S. coordinator, International Committee for Peace, Justice and Dignity
National Network on Cuba
Diana Bohn, Co-coordinator, Nicaragua Center for Community Action
Joe Jamison, Queens NY Peace Council

Jerry Harris, National Secretary, Global Studies Association of North America
MLK Coalition of Greater Los Angeles
Charlie Hardy, author, Cowboy in Caracas
Dan Shea, National Board, Veterans For Peace
Houston Peace and Justice Center
Dr. Christy Thornton, Fellow, Weatherhead Center for International Affairs, Harvard University
Code Pink Houston

Workers Solidarity Action Network.org
Rochester Committee on Latin America
Patricio Zamorano, Academic and International Affairs Analyst
Cliff Smith, business manager, Union of Roofers, Waterproofers and Allied Workers, Local 36
Michael Bass, Convener, School of the Americas Watch-Oakland/East Bay
Joe Lombardo, Marilyn Levin, Co-Coordinators of United National Antiwar Committee
Dr. Jeb Sprague-Silgado, University of California Santa Barbara
Portland Central America Solidarity Committee (PCASC)

Dr. Pamela Palmater, Mi’kmaq lawyer Chair in Indigenous Governance Ryerson University
Lee Gloster, Steward IBT 364, Trustee, N. Central IN Labor Chapter, N. IN Area Labor Federation
Celeste Howard, Secretary, WILPF, Portland Branch (Oregon)
Mario Galván, Sacramento Action for Latin America
Hector Gerardo, Executive Director, 1 Freedom for All
Jorge Marin, Venezuela Solidarity Committee
Ricardo Vaz, writer and editor of Investig’Action
Dr. T.M. Scruggs, University of Iowa, Professor Emeritus

Dr. Mike Davis, Dept. of Creative Writing, Univ. of CA, Riverside ; editor of the New Left Review
Dr. Lee Artz, Dept of Media Studies ; Director, Center for Global Studies, Purdue University Northwest
Dr. Arturo Escobar, Dept. of Anthropology University of North Carolina, Chapel Hill
Cheri Honkala, Director, Poor Peoples Economic Human Rights Campaign
Suren Moodliar, Coordinator, Encuentro5 (Boston)
Dr. Jack Rasmus, Economics Dept., St. Mary’s College, Moraga, California
Alice Slater, Nuclear Age Peace Foundation

Rich Whitney, Co-chair, Green Party Peace Action Committee
David Bacon, independent photojournalist
Dr. Kim Scipes, Department of Sociology, Purdue University Northwest
Jeff Mackler, National Secretary, Socialist Action
Committee in Solidarity with the People of El Salvador (CISPES)
Henry Lowendorf, Co-chair, Greater New Haven Peace Council

Judith Bello, Ed Kinane (founders), Upstate Drone Action
Dr. Daniel Whitesell, Lecturer in the Dept. of Spanish & Portuguese, UCLA
Dr. William I. Robinson, Sociology and Global and International Studies, UC-Santa Barbara
Emmanuel Rozental, Vilma Almendra, Pueblos en Camino, Abya Yala
Ben Manski, President, Liberty Tree Foundation for the Democratic Revolution
Frank Pratka, Baltimore-Matanzas Association/Maryland-Cuba Friendship Coalition
Dr. Hilbourne Watson, Emeritus, Department of International Relations, Bucknell University

Dr. Minqi Li, Economics Department, University of Utah
Christina Schiavoni, PhD researcher, Boston
Dr. Robert E. Birt, Department of Philosophy, Bowie State University
Topanga Peace Alliance
Judy Somberg, Susan Scott, Esq., Co-chairs, National Lawyers Guild Task Force on the Americas
Audrey Bomse, Esq., Co-chair, National Lawyers Guild Palestine Subcommittee
Daniel Chavez, Transnational Institute

Barby Ulmer, Board President, Our Developing World
Barbara Larcom, Coordinator, Casa Baltimore/Limay ; President, Nicaraguan Cultural Alliance
Nick Egnatz, Veterans for Peace
Dr. Marc Becker, Latin American Studies, Truman State University
Dr. John H. Sinnigen, Professor Emeritus, University of Maryland, Baltimore County (UMBC)
Dr. Dale Johnson, Professor Emeritus, Sociology, Rutgers University
Sulutasen Amador, Co-coordinator, Chukson Water Protectors

Mara Cohen, Communications Hub, Trade Justice Alliance
Dorotea Manuela, Co-Chair Rosa Parks Human Right Committee
Efia Nwangaza, Malcom X Center – WMXP Community Radio
Dr. Chris Chase-Dunn, Sociology, University of California-Riverside
Dr. Nick Nesbitt, Comparative Literature, Princeton
Timeka Drew, coordinator, Global Climate Convergence
Jack Gilroy, Friends of Franz & Ben www.bensalmon.org

Berkeley Fellowship of Unitarian Universalists, Social Justice Committee
Victor Wallis, Professor, Liberal Arts, Berkeley College of Music

Canada
Jerry Dias, President, UNIFOR
Mike Palecek, National President, Canadian Union of Postal Workers
Harvey Bischof, President, Ontario Secondary School Teachers’ Federation
Mark Hancock National President of the Canadian Union of Public Employees

Stephanie Smith, President of the British Columbia Government and Service Employees’ Union
Linda McQuaig, journalist and author, Toronto
Raul Burbano, Program Director, Common Frontiers
Miguel Figueroa, President, Canadian Peace Congress
Heide Trampus, Coordinator, Worker to Worker, Canada-Cuba Labour Solidarity Network

Rights Action (U.S. and Canada)
Joe Emersberger, writer, UNIFOR member
Nino Pagliccia, Jorge Arancibia, Marta Palominos, Frente para la Defensa de los Pueblos Hugo Chavez
Fire This Time Movement for Social Justice Venezuela Solidarity Campaign – Vancouver
The Hamilton Coalition To Stop The War

Vancouver Communities in Solidarity with Cuba (VCSC)
Maude Barlow, Chairperson, Council of Canadians
Canadian Network on Cuba
Mobilization Against War and Occupation (MAWO) – Vancouver
Dr. William Carroll, University of Victoria, Canada

Andrew Dekany, LL.M, Lawyer
Dr. Leo Panitch, Professor Emeritus, York University, Toronto
Canada-Philippines Solidarity for Human Rights (CPSHR)
Alma Weinstein, Bolivarian Circle Louis Riel Toronto

Maria Elena Mesa, Coord, Sunday Poetry and Festival Internacional de Poesia Patria Grande, Toronto
Dr. Radhika Desai, University of Manitoba

autre
Sergio Romero Cuevas, former Mexican Ambassador to Haiti
Observatorio de Derechos Humanos de los Pueblos, Oaxaca, Mexico

URL de cet article : https://haitianalysis.blogspot.fr/2018/03/lettre-de-soutien-la-mediation-au_10.html

De Bruxelles à Paris, comprendre le Venezuela avec les invités de Mémoire des Luttes, Venesol et Zin TV

Deux rendez-vous à ne pas manquer pour tou(te)s les citoyen(ne)s qui veulent se réinformer sur le Venezuela face à l’homogénéisation du champ médiatique !

Rencontre/débat le 31 janvier 2018 au Lieu Dit ( 19 heures-21 heures ) à Paris autour de deux invités du Venezuela : Maria Hernandez, avocate féministe et Marco Teruggi, journaliste et sociologue franco-argentin basé à Caracas et dont Venezuelainfos publie les témoignages de terrain depuis quelques années

Crise politique et économique, tensions régionales, sanctions et ingérences des Etats-Unis (et de l’Union européenne), campagnes médiatiques, la situation au Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires, souvent instrumentalisés dans les débats politiques en France et en Europe. Quelle est la situation du pays avant l’élection présidentielle ? Quels sont les défis qui s’imposent au chavisme ? Quels sont les projets de « l’opposition » ?

Cette soirée est organisée à l’initiative de Mémoire des luttes et sera animée par Christophe Ventura, rédacteur en chef du site de Mémoire des luttes ( www.medelu.org)

Ces deux invités seront également présents à Bruxelles le samedi 27 janvier 2018, pour la conférence/concert « Comprendre le Vénézuéla », de 12h à 22h au Pianofabriek, rue du fort 35 – 1060 Bruxelles.

Au programme : 12h. : buffet sud-américain, expo, stands, projection film. 15h: débat avec les invités. 19h: Concert ZONA 7. Prix libre.

Organisé par VeneSol & ZIN TV

« Je ne cesse de m’interroger sur l’arrogance de ceux qui prétendent que l’Histoire commence à partir du moment où ils entrent en scène. Ils ont l’air de croire qu’au Venezuela les critiques n’existent pas, que le chavisme est monolithique, que les expériences d’organisation populaire, les communes par exemple, ne contestent pas la bureaucratie et ne la nomment pas publiquement pour ce qu’elle est : une bureaucratie corrompue. Puis ils viennent nous faire la leçon pour, disent-ils, occuper la place d’une gauche qui ne se tait pas. La première chose qu’ils auraient dû faire, la plus importante, est d’écouter avant de parler. (…)
Leur argumentation ignore tout de l’expression critique constructive qui existe au sein du chavisme. (…) Pour ma part, j’ai choisi de répondre de l’intérieur même du chavisme, en adoptant une position critique publique contre les bureaucrates, les corrompus, les traîtres et les « autoproclamés ».

Marco Teruggi
Journaliste franco-argentin, il habite Caracas et publie régulièrement des chroniques sur la vie politique de la révolution bolivarienne depuis son blog www.hastaelnocau.wordpress.com. Il intervient comme analyste dans TeleSur.

« Les Féministes qui, comme moi avons pris la décision de travailler avec les femmes des zones populaires , nous avons pu constater à quel point elles avaient des pratiques féministes dans leur quotidien y de plus, elles se sont approprié les outils développés par le processus pour transformer leurs propres vies, comprenant qu’on ne pouvait pas transformer le pays sans transformer nos propres réalités, nos familles, nos vies. Elles ont commencé à devenir protagonistes dans leurs quartiers, communautés, conseils communaux… alors qu’avant, lors de la 4e république, elles n’avaient pas la possibilité d’étudier, étant mères très jeunes qui devaient travailler ou rester dans la rue avec leurs enfants.
Chavez a réussi à inspirer ces femmes , il a reconnu qu’il y avait une dette historique envers les femmes en ce qui concerne l’éducation, la santé, il a créé des institutions qui ont pour but de garantir ce processus. il disait toujours que le Venezuela a un visage de femme. La majorité de la population qui s’est émancipé grâce aux différentes stratégies misent en place par le processus révolutionnaire sont des femmes, elles ont pu augmenter leurs capacités et autonomies grâces aux études , à de meilleurs salaires , à la participation et l’organisation populaire. C’est une des plus grandes victoire de cette révolution. Ces femmes qui venaient voir Chavez, suivaient et concrétisaient ses idées dans leurs vies au jour le jour, sont des femmes qui ont su voir dans ce processus leur propre libération, leur propre émancipation. »

Maria Hernández
Avocate, activiste féministe, co-rédactrice de lois à la base de la création de l’Institut National de la Femme (INAMUJER). Professeure d’université, élue défenseuse nationale des droits des femmes 2013/2016.

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Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

DRCIuHyX0AAFi11Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

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Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source : http://www.mst.org.br/2017/12/14/mst-repudia-acao-de-despejo-no-acampamento-hugo-chavez-no-para.html

Traduction : T.D.

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Urgent : appel à la solidarité contre les expulsions forcées des campements des travailleurs sans terre au nord du Brésil

Chers compagnons,

Une attaque agressive est menée contre les paysans sans terre du MST dans l’Etat de Pará, au nord du Brésil.

Les grands propriétaires fonciers ainsi que les autorités judiciaires locales, les grands médias et la police militaire brésilienne ciblent les campements du MST dans tout le pays.

2.000 familles paysannes vivant dans 20 campements situés dans l’Etat du nord de Pará risquent d’être violemment expulsées d’ici à la fin de l’année

Lundi (11), un commando  armé a attaqué le campement Hugo Chavez. Sept hommes lourdement armés – une «sécurité privée» illégale engagée par les grands propriétaires, ont fait feu sur des paysans désarmés, y compris des femmes et des enfants.

L’ordonnance judiciaire d’expulsion des 300 familles vivant dans le campement Hugo Chavez a été confirmée pour demain par la police militaire (14). On s’attend à plus de violence, puisque les familles sont prêtes à résister.

L’escalade récente de la violence a lieu alors que le gouvernement brésilien continue de mettre en place et d’utiliser de lois régressives sur la propriété foncière, qui ont eu des conséquences dévastatrices sur les travailleurs agricoles sans terre et les déplacés.

Pendant l’administration du président non élu du Brésil, Michel Temer, le Mouvement des Sans Terre a été victime de niveaux accrus de violence étatique et de criminalisation contre nos membres

Face à l’escalade de la violence et de la répression, nous lançons un appel urgent à la solidarité internationale!

Envoyez une courte vidéo ou une déclaration de soutien et de solidarité aux familles MST du Pará à l’adresse e-mail suivante: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br!

PLUS IMPORTANT: ESSAYONS D’ARRÊTER L’EXPULSION DE DEMAIN ET CETTE MONTÉE DE LA VIOLENCE.

Ecrivez aux autorités officielles pour condamner les expulsions au Pará et demander la révision de l’ordre d’expulsion du Camp Hugo Chavez!

Envoyer un email aux adresses électroniques suivantes:

Président de la Cour de justice – Ricardo Ferreira Nunes: presidencia@tjpa.jus.br

Secrétaire d’État à la Sécurité publique – Jeannot Jansen da Silva Filho:segup.ascom@gmail.com

Secrétaire de l’État du Pará – Jose Megale Filho: casacivil@palacio.pa.gov.br

Bureau du médiateur agricole – Rosi Maria Gomes de Farias:ouvidoria.agraria@tjpa.jus.br

Juge agraire de Maraba – Amarildo Mazutti: Amarildo.mazutti@tjpa.jus.br

Ombudsman agraire national – Jorge Tadeu Jatoba: ouvidoria@incra.gov.br

Copie: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br

Avec votre solidarité et la pression internationale, les 2 000 familles campées de l’État de Pará espèrent passer Noël dans leurs maisons et sur leurs terres.

Conseil national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil www.mst.org.br – Collectif des Relations Internationales

Traduction : T.D.

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Au Venezuela, apprendre à désapprendre

1er jour : « NOUS SOMMES DES MILITANTS DE LA VIE »

Luisa Araujo et sa fille Lydda

« Pourquoi nous chantons ? Nous chantons parce qu’il pleut sur les sillons, et nous sommes des militants de la vie, nous chantons parce que les champs sentent le printemps, parce que dans la tige de ce fruit, chaque question a sa réponse ». Luisa, directrice vénézuélienne de l’école de Caquetios créée par le Mouvement des Sans Terre (du Brésil) au Venezuela, lit un poème de Benedetti. Étudiants et professeurs forment un cercle autour du mot Révolution qu’ils ont écrit avec des pierres. Autour des pierres, le drapeau du Mouvement des Sans Terre (MST). Luisa Araujo a donné naissance à une petite fille, le 17 décembre 2016. Elle s’appelle Lydda, comme cette militante et poète Lydda Franco, féministe née dans les années 1960. La « mistica » comme disent les brésiliens termine avec l’hymne national vénézuélien.

Le premier jour, les militants du MST, nous expliquent l’histoire et le fonctionnement de l’école. Celia Rodrigues, chargée de la formation politique de l’école, revient du Brésil, où elle a suivi un cours de formation de formateurs. « Nous ne croyons pas au hasard mais à la causalité, explique-t-elle. La défense de la révolution bolivarienne, part d’un des principes du MST : la solidarité, ici nous sommes sur une terre libérée par la Révolution. Notre objectif, c’est d’être autonome pour la production de nourriture et la formation » Les terres de Caquetios appartenaient aux propriétaires terriens qui l’utilisaient pour faire des courses de chevaux. Aujourd’hui, ce sont des « unités de production sociale ». En 2010, l’espace a été récupéré par le gouvernement bolivarien, à travers la CVAL (Corporation Vénézuélienne d’Alimentation). En 2014, Nicolas Maduro signe un nouvel accord avec le Mouvement des Sans Terres, et légalise les titres de propriété des terres. « Caquetios n’est pas une île, les pompes à eaux ont crevé, nous avons beaucoup de problèmes pour la production, nous n’avons pas de quoi arroser. Nous avons du mal à récolter, car on nous vole notre production ». La plus grande avancée selon Celia, c’est l’incorporation de vénézuéliens à la brigade du Mouvement des Sans Terre.

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Celia Rodrigues, coordinatrice de formation du Mouvement des Sans Terre (Brésil) au Vénézuéla

Simon Uzcategui, responsable de la production, explique qu’aujourd’hui, les producteurs commencent à fabriquer des biofertilisants. « Nous développons le maïs autochtone qui allait disparaître : le maïs guanape, et la courge, et nous utilisons le champignon tricoderme pour tuer le parasite « cogollero », nous produisons 600 d’insecticides naturel ». Les paysans produisent aujourd’hui une tonne mensuelle de fertilisant organique, ils réparent les tracteurs argentins et biélorusses, et les paysans cultivent deux jardins pour leur propre consommation. Les organisations paysannes sont en train de s’articuler pour former un front de Conseils Paysans. Celia essaye d’organiser des rencontres avec les femmes pour parler de leurs droits sexuels et reproductifs. Le Mouvement des Sans Terres a aussi créé un réseau d’amis de l’école, pour réaliser des cours de production et récupération de semences autochtones.

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Cultures agro-écologiques sur les terres de Caquetios

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Début de l’atelier de cinéma

L’atelier de cinéma qui va durer 5 jours permettra aux étudiants d’apprendre les techniques du cinéma populaire d’EPLACITE, l’école populaire et latino-américaine de cinéma et théâtre fondée par Thierry Deronne dans les années 1990. Thierry est arrivé au Venezuela, après une rencontre avec des Vénézuéliens dans le Nicaragua sandiniste des années 80. L’histoire de l’école est liée au processus de transformation nationale de la Révolution bolivarienne avec la création de ViVE TV, mais c’est aussi l’école des mouvements sociaux, avec la participation du Mouvement des Sans Terre. « La production audiovisuelle c’est comme le travail du paysan, c’est exactement la même chose, dans les deux cas, il s’agit d’alimenter une population. Dans le premier cas c’est une alimentation physique et dans l’autre une alimentation intellectuelle, spirituelle, mais ces deux production passent par le temps. On ne fait pas un bon documentaire sans le temps de la participation, de l’enquête, de la réalisation, du montage, du retour vers la communauté avec ses images. Ce processus du temps est aussi au coeur du travail du paysan, il définit une vraie agriculture à l’écoute de la terre, au service d’un peuple, mais aussi d’une vraie information. »

L’atelier de cinéma commencera avec l’analyse de séquences de cinéma, et avec la critique de la monoforme télévisuelle où la figure sacro-sainte du journaliste fait de la radio déguisée en donnant la bonne parole au téléspectateur passif. Le « noticiero » de Santiago Alvarez propose une autre mode de produire l’information : une spirale croissante, participative qui part d’un problème vécu par la population pour remonter humblement vers les clefs et les possibles solutions. Une manière d’éveiller la conscience critique du téléspectateur-citoyen, responsable de la solution, lui aussi.

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Jesus Reyes (à gauche), enseignant de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma

Parallèlement, des militants-enseignants français du mouvement France Amérique Latine (FAL 33) de Bordeaux, enseignent la technique de la permaculture à des vénézuéliens venus jusqu’à Caquetios depuis les régions du Zulia, de Falcon, de Lara et de Caracas. Le premier jour, les participants reçoivent des cours théoriques, qu’ils mettront en pratique pendant la semaine. Il y aura trois ateliers : la construction de toilettes sèches, l’installation d’un réservoir d’eau pour filtrer les eaux usées, et un système de récupération des eaux de pluie.

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Le groupe franco-vénézuélien

Pendant ces cinq jours d’ateliers parallèles, nous formons différents groupes, chaque groupe porte un nom, et sera chargé des différentes tâches collectives dans l’école de Caquetios: solidarité, patrie, lutte, révolution, socialisme. Chaque matin, un groupe présente une poésie, un chant, une idée pendant 15 minutes : « C’est un moment de rencontre très important, de réaffirmation de pourquoi nous sommes là. Nous voulons voir le peuple, la lutte et ses espoirs, la joie et la célébration. L’exemple du partage, de la solidarité internationale, par exemple, c’est cette grande mare que vous avez traversé depuis la France pour venir ici travailler avec nous latino-américains », conclut Celia.

Le premier jour de l’atelier de permaculture, une étudiante de Rossana Melendez répond à la question du professeur de permaculture Franck David. Que signifie la permaculture ? La culture permanente, c’est apprendre à désapprendre. Réapprendre la culture ancestrale paysanne. « La révolution d’aujourd’hui, ce n’est pas la révolution verte, c’est la révolution de la résilience. La résilience c’est être en capacité de résister, ce que vous connaissez bien », répond Franck.

2ème jour : « J’ALLUME CETTE BOUGIE POUR RAVIVER LE FEU DU PATRIOTISME »

Ce matin, une jeune fille lit le poème, « une mer de petits feux », d’Eduardo  Galeano, tiré du « livre des étreintes », « Il y a des gens de grand feu, de petit feu, et des feux de toutes les couleurs. Il y a des feux de gens sereins, qui ne sentent pas le vent, des feux de gens fous, qui remplissent l’air d’étincelles ». Une bougie passe de main en main, et chacun dit une phrase que lui inspire la lumière. « J’allume cette bougie pour raviver le feu du patriotisme, dit une vénézuélienne. C’est mon tour. La première phrase qui me vient à l’esprit. « Que le sol « wicho » des yukpa, illumine le chemin des peuple en lutte ».

Sarah Gourdel participa en el taller de cine

Sarah Gourdel

Sarah Gourdel (photo) vit en France, elle arrive du Brésil pour assister à l’atelier de cinéma. Dans la région bordelaise, elle travaille dans un jardin pédagogique pour accompagner des collectifs d’habitants sur des résidences déjà construites, certaines en construction. L’organisme de formation met en place des pratiques agro-écologiques en jardinage naturel. Gloria Vergès, la présidente de FAL, est venue donner un cours de biofertilisants et lui a parlé de l’atelier de Caquetios au Venezuela. « J’ai décidé de prendre une semaine de vacances pour participer à cet atelier de cinéma, en même temps pour être en lien avec la communauté locale au Venezuela, faire de nouvelles rencontres, prendre ce temps pour moi, pour me former. » se souvient Sarah.

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Thierry Deronne, formateur de l’école populaire et latino-américaine de cinéma

L’atelier de cinéma documentaire se poursuit. Comment fabriquer un film à 10 personnes ? « On commence par l’enquête de terrain, sans caméra, on écoute avec patience, on se laisse surprendre par la réalité et on ne pas se laisse envahir par elle », explique Thierry à la pause-café. « Cet apprentissage devient un plan de bataille pour le documentaire à réaliser. Les trois groupes de 4 personnes vont être mélangé dans un montage parallèle final ».  Aujourd’hui, Sarah a appris la technique du montage parallèle : « deux situations se déroulent en même temps, et on va intercaler des plans, on fait des ellipses, on n’a pas toute la situation au même moment. » L’an dernier, les frères Rodriguez ont enseigné une autre méthodologie du documentaire. Ils ont demandé aux gens de se balader dans l’espace de Caquetios, et de ressentir cet espace directement, intuitivement, sans passer forcément par l’interview. A partir de là, les étudiants ont élaboré leur image personnelle, avec un montage final d’ordre poétique. « On sait qu’il y a différentes façons d’aborder le réel, que la poésie est aussi importante que la sociologie, l’histoire et la philosophie » précise Thierry.

28815317043_ff9c5c2429_bOdilio Mendez a 20 ans, il vient d’un Conseil Communal près de la Commune El Maizal dans l’Etat de Lara. Angel Prada, représentant de la Commune a été élu à l’Assemblée Constituante comme représentant territorial. « Nous sommes très fiers de son élection, cela fait 9 ans que nous luttons pour la consolidation de la Commune qui va être désormais inscrit dans la Constitution. Nous souhaitons arriver à l’autogouvernement. La commune a demandé une aide pour semer 800 hectares de maïs cette année. En 2016, 1100 hectares ont été semés, et 4 000 tonnes ont été récoltées. « Mais où se trouve la farine ? Le problème du manque de conscience du paysan est un grave problème. Il y a beaucoup de corruption entre nous. Sans faire cet examen, nous ne pouvons pas avancer. Nous devons mettre fin à la rivalité qui existe entre nous ». La Commune El Maizal dans l’Etat Portuguesa, est composée de 22 conseils communaux se trouve en face de la Commune El Piñal dans l’Etat de Lara, et ses 4 Conseils Paysans. « Les paysans refusent de s’entraider. Comment pouvons-nous dialoguer entre les Communes ? Notre commune est mieux consolidée, nous pourrions aider El Piñal avec le problème de l’électrification, de la consommation, de l’eau. »

Odilio Mendez de la Comuna el Maizal, Rosana Melendez y un militante del Frente Francisco de Miranda instalan un sistema para recolectar la lluvia

Odilio Mendez de la commune El Maizal (à droite)

Le problème de la production alimentaire est aussi liée au manque d’inspection, 4 millions d’hectares ont été remis à des producteurs qui ne produisent pas, mais n’ont qu’un objectif : soustraire des ressources à l’État. Le Fond de développement agricole (FONDAS) est tombé en ruine plusieurs fois, parce que beaucoup de crédits ont été déviés. L’État ne peut donc pas leur donner de nouveau crédit, ou financer d’autres producteurs. «Nous sommes habitués à cette culture capitaliste de recevoir des ordres, nous avons toujours besoin de la figure d’un chef », critique Douglas Quintero, du mouvement Fabricio Ojeda, qui appartient au Conseil Communal Indio Chejendé. « Il faut mettre la pression sur le paysan pour qu’il produise sans lui porter préjudice, car en fonction des saisons, la productivité n’est pas la même ». Changer le système bureaucratique inefficace est tout aussi essentiel. Auparavant, l’Institut National des Terres (INTI) mettait 5 ans à remettre le titre de propriété de la terre au paysan. Aujourd’hui, le système est automatisé, et ne dure que 15 jours. Douglas vient d’une famille pauvre, il se définit comme une « âme libre » qui n’aime pas recevoir des ordres. Il a travaillé dans plusieurs institutions agricoles et fondations privées, il est aujourd’hui technicien agricole à Boconó, dans l’État de Trujillo. « J’aime ce métier car j’ai le sentiment d’aider les gens. »

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Douglas Quintero dans l’atelier de phyto-épuration.

3ème jour: « COLIBRI, TU N’ES PAS FOU ? CE N’EST PAS AVEC CES GOUTTES D’EAU QUE TU VAS ÉTEINDRE LE FEU ! – « : JE LE SAIS, MAIS JE FAIS MA PART ».

Sur le sol, entre les pieds des participants, un chapeau Indien Yukpa. Deux compagnons lisent quelques lignes du livre « Notre Amérique, Passé Communautaire, vers un socialisme indigène ».  « Avec Guaicapuro, Paramaconi, les nus et héroïques indigènes Caracas, nous devons être, et non avec les flammes qui les ont brûlé, ni les cordes qui les ont attaché, ni les fers qui les ont décapité, ni les chiens qui les ont mordus ». Pendant la lecture, une des participantes distribue des fleurs et des plantes aux étudiants et professeurs. Je lis un passage du livre de Pierre Rahbi « Vers la sobriété heureuse », l’histoire du colibri, ce petit oiseau qui tente d’éteindre un immense incendie en recueillant des gouttes d’eau sur les fleurs, alors que les animaux fuient la forêt. Le tatou lui demande « Colibri, tu n’es pas fou, ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? « Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part. «  Ces fleurs qui ont été données, puis redéposées sur le sol pour la terre, des offrandes, des prières pour la terre, la terre est vraiment en souffrance et on a besoin de s’en occuper, c’est ce qui m’a le plus touché, c’est notre mère terre, la Pachamama, j’adore la nature, et le fait d’avoir aborder plein de lecture dont celle du colibri avec chacun fait sa part. comme ça vient plutôt d’Europe, c’est bien de faire cet échange »

Mistica del tercer dia con un sombrero yukpa en el centro, con flores y plantas recojidas en el jardin de Caquetios 2.jpgColibris, mouvement pour la terre et l’humanisme, lancé par Pierre Rabhi encourage l’émergence et l’incarnation de nouveau modèle de société fondée sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme. Son ambition est de participer à la construction d’une société fondée sur le bonheur d’être plutôt que la volonté d’avoir. En Europe, les mouvements écologistes parlent depuis une dizaine d’année de la « décroissance ». Une expression qui peut paraître aberrante pour les gens du Sud de notre terre. En Europe, on utilise de l’eau potable pour les toilettes, alors que dans l’État de Falcon, terre aride du nord-ouest du Venezuela où vit Rossana Melendez, l’eau potable n’arrive qu’une fois par semaine par camion-citerne. Le système de récupération des eaux de pluie est très utile. Même s’il ne pleut presque jamais dans cette région, lorsque la pluie tombe, cela peut durer plusieurs jours. Son rêve, créer une réserve naturelle pour la faune sylvestre. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a commencé à militer au sein d’un mouvement révolutionnaire, en désaccord avec sa famille de droite. Elle a aujourd’hui 26 ans, elle a fait des études de gestion environnementale à l’Université Bolivarienne. Le visage de Chavez tatouée sur sa cuisse n’est pas une veste qu’on retourne toujours du bon côté, comme dit Jacques Dutronc, dans sa chanson sur la critique de la mentalité capitaliste.

Rosaura Mendez es licenciada en gestion ambiental de la Universidad Bolivariana de Falcon 2

Rossana Menendez, licenciée en Gestion Environnementale de la (nouvelle) Université Bolivarienne, état de Falcon

 « Je crois que nous devrions avoir tous les même possibilités de nous développer. La croissance, c’est un appauvrissement moral. Nous devons nous diriger vers l’éco-socialisme. Je crois que le problème de l’arc minier nous montre qu’il faut un équilibre entre les différentes ressources du Venezuela. Mais nous ne devons pas commettre les mêmes erreurs qu’avec le pétrole, nous devons utiliser ces ressources comme l’agriculture ou le tourisme. Souvenons-nous des paysans qui ont quitté leurs terres pour travailler dans les villes au moment du boom pétrolier en 1973. Ils vont à nouveau partir pour travailler dans les mines en pensant à leur supposé « bien-être ». Mais peut-être que lorsqu’ils voudront revenir sur leurs terres, elles n’existeront plus. Pour le moment, nous avons ces ressources minières, mais elles ne sont pas infinies. »

Menehould, jeune française de 22 ans a décidé de participer à l’atelier des toilettes sèches qui permettent d’économiser 50 % de la quantité d’eau nécessaire pour l’être humain. En France, elle travaille dans l’aéronautique et vit dans un petit studio parisien. Elle rêve de construire une maison en bois écologique sur roulette, dans lequel elle installerait des toilettes sèche. Elle partage la vision de Rosaura sur le concept de décroissance. « C’est un terme péjoratif. Dans l’esprit de beaucoup de gens, la décroissance s’accompagne de l’idée de régression mais ce n’est pas du tout le cas. Dans les pays qui sont moins développés – si je puis dire-, c’est plutôt une opportunité de développer dans le bon sens. En Europe, on a un confort de vie bien trop futile, et c’est difficile de dire aux gens de faire autrement. Qu’est-ce que la croissance, elle n’est jouable que si on consomme toujours plus. On est arrivé aux limites de notre planète. Le 2 août, on a dépensé toutes les ressources naturelles existantes sur la planète qu’elle pouvait faire en un an. »

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Menehould (chemise blanche) entourée de Goya (gauche) et de Flor (droite)

Nous avons perdu 2 milliards d’hectares en 6000 ans, mais en 60 ans, nous en avons perdu un milliard. « L’homme peut dégrader le sol, l’eau et l’atmosphère, mais il ne peut pas supprimer le sol. Pour détruire l’eau il faudrait la faire bouillir à 100°, ce qui n’arrivera jamais heureusement, par contre le sol on le dégrade très facilement. La notion de sol est donc très importante en terme de permaculture », précise Franck David (photo), paysagiste de formation, depuis sa longue expérience au sein de la Scoop Saluterre.

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Le paysagiste et enseignant de permaculture Franck David

Les étudiants apprennent la technique de la phyto-épuration, des filtres naturels pour nettoyer cette eau.

Patricia Leal (photos ci-dessous) et David, le fils de Yanilys, du Réseau National des Communardes et Communards sont à l’œuvre, ils espèrent mettre en pratique cette méthode dans leur région semi-aride. Ils construisent avec leurs compagnons un premier filtre vertical. L’eau tombe dans ce filtre vertical, comme une piscine. Ils la remplissent de grosses pierres au fond. Un drain va permettre l’évacuation des gaz, car une grande activité bactériologique va se faire, sans oxygène. Le drain évite de tuer le système, qui attrape toute la pollution, la transforme en nitrate, azote, potassium. Les particules restent accrochées aux gros cailloux. Un autre tuyau transporte l’eau vers une autre piscine moins profonde, de seulement 30 centimètres, horizontale. Le passage de l’eau va se faire de manière horizontale. « Je vais mettre des graviers surtout, les particules vont rester dans les graviers, explique Gloria Verges, professeure de permaculture. Cette piscine est forcément recouverte d’eau, je vais installer des plantes, qui vont remuer les graviers, et vont permettre d’oxygéner cette eau, au bout, je mets encore un tuyau, et là l’eau va aller dans un petit étang avec des plantes à eaux qui terminent de nettoyer l’eau. Lorsque l’eau est là, elle est parfaite. »

Rossana souhaite organiser un voyage à Falcon avec l’équipe de FAL 33 pour étudier les possibilités de permaculture : « Je viens d’une zone très aride, où il y a très peu d’eau, quasiment nulle. Quelle serait la meilleure méthode pour utiliser ces eaux ? Il te faut regarder le sol, lui répond Franck. Il va falloir planter des arbres pour qu’il n’y ait pas de forte évaporation la journée avec des grosses chaleurs, car l’eau va très vite s’évaporer. Il faut planter des arbres parce que ce sont les racines des arbres qui vont permettre de faire percoler l’eau dans les nappes souterraines. Il faudrait se prosterner devant les arbres. C’est dans l’arbre qu’on devrait puiser notre énergie. L’arbre fabrique le sol, il va interférer sur les pollutions atmosphériques, il va filtrer en permanence l’eau. Il va épurer l’air, il va surtout être un réservoir de biodiversité extraordinaire. »

 4ème JOUR: L’ORÉNOQUE ET L’AMAZONE S’EMBRASSERONT.  

La poésie matinale, cette fois, ne se déroule pas dans la salle de classe, mais à l’air libre. Une carte du Venezuela est dessinée sur le sable. Nous sommes invités à en faire le tour, puis on prend un des objets posés au sol : graines, fleurs, fruits, instruments de musiques, caméra, outils de travail. Chacun se positionne sur un endroit de la carte du pays, dit une phrase. Je pose sur le sol un sac de graines : « Vive la loi des semences autochtones vénézuéliennes, interdiction de la directive 9.70 en Colombie ! » (La loi interdit aux paysans de garder leur graines qu’ils sont obligés de les acheter à la multinationale Monsanto).

Au Venezuela, l’utilisation des produits chimiques a dévoré les sols pendant des décennies, le développement de l’agro-écologie est comme la goutte d’eau du colibri, elle commence à éteindre le feu doucement. Mais d’abord, et encore, il faut lutter contre les mafias de la distribution. En 2015, dans la région de Trujillo, le fertilisant chimique était accaparé par les grandes boutiques d’agros. Le prix a tellement augmenté que l’idée de créer un conseil paysan est née. « Nous avons réussi à créer un lien direct avec l’institution Agropatría, et acheter directement les engrais à Pequiven, pour arriver à faire baisser les prix de manière conséquente, explique Douglas. Ces produits ne peuvent pas être gardés plus de 3 ou 4 mois, ils sont très corrosifs et se détériorent rapidement ». Douglas reconnaît que la lutte contre l’agriculture conventionnelle n’est pas facile, car elle est très rentable économiquement.

Face au capitalisme qui dévore notre mère terre, la permaculture nous offre la possibilité de prendre le temps d’observer la nature, échanger, mutualiser en permanence. Le temps n’est pas une ligne droite pour les peuples originaires, c’est une spirale, une forme très utilisée dans la nature : « Le vent est une spirale, le son est une spirale, la voix est une spirale, l’univers est une spirale, les escargots, les coroles, c’est une forme très belle la spirale, car on part de pas grand-chose, et on grandit, cela donne l’effet papillon, », raconte Franck.

Jeudi soir, on distribue des petits papiers. La lumière s’éteint, une voix parle de l’obscurité, de la tristesse, de la douleur, du deuil. Chacun brûle les papiers au centre du cercle, et la lumière s’allume. Les tambours sonnent au rythme de la batucada brésilienne. Sarah danse au centre, nous la rejoignons. La fête commence. Une chanson d’Ali Primera. « Viens, ami Colombien, nous allons chanter ensemble pour la deuxième Indépendance, nous allons lutter ensemble, l’Orénoque et le Magdalena s’embrasseront, entre les chansons de la jungle, tes enfants et les miens chanteront et souriront à la paix. »

Gloria Vergès ayuda los estudiantes a fabricar el la primera piscina de phyto-epuracion

Gloria Verges (à droite) avec les participants à l’atelier de construction du bassin de filtrage de phyto-épuration

Gloria Verges, présidente de FAL 33, a commencé à militer avec les exilés politiques latino-américains dans les années 1970. Au sein d’une association, La Peña, elle recevait les musiciens en exil, comme Inti Illimani et Quilapayun, Mercedes Sosa, Viglietti. Pour faire connaître les mouvements de libération d’Amérique latine, elle a participé à la création d’un comité France Amérique Latine en Gironde en 1981. Parallèlement, elle créé en 1983, un festival de ciné latino-américain. Elle part vivre 3 ans à Cuba, puis rentre en France en 1987. Elle milite avec les zapatistes à la fin des années 1980, développe un projet avec les mères célibataires boliviennes. La période spéciale commence à Cuba. Gloria continue de s’y rendre régulièrement, elle voyage aussi en Colombie pour travailler sur le problème des exactions des paramilitaires, des déplacés de guerre, des exécutions extrajudiciaires, et commence à s’intéresser à l’agriculture urbaine à Cuba. «J’ai rencontré la fondation Antonio Nuñez Jiménez (http://www.fanj.cult.cu), compagnon de lutte de Fidel Castro, un géographe cubain et spéléologue, qui a cartographié Cuba, et qui a découvert la moitié des grottes cubaines, qui a beaucoup travaillé au Venezuela sur l’Orénoque, et dans l’Amazonie, et qui a fondé une association pour la protection de l’environnement auprès des jeunes, la gestion des milieux humides et particulier à Cuba. »

La fondation commence à développer des formations à la permaculture, à partir de 1994, avec des australiens, qui étaient à Cuba au moment de la période spéciale, pour pouvoir faire en ville des jardins spontanés. « En pratiquant la permaculture, on ne va pas se mettre à vivre comme vivaient les hommes dans les cavernes, non. On sait que l’on peut vivre confortablement, en répondant à toutes les nécessités fondamentales de l’homme, c’est-à-dire bien se nourrir, s’alimenter pour être en bonne santé, avoir un toit, être en bonne relation avec les autres, avoir du temps pour soit, penser, ne rien faire, rêver, écrire de la poésie, chanter, regarder la lune, et non pas travailler 40 heures comme des abrutis, et rentrer chez soit complètement claqué, et se mettre devant la télé ou devant des écrans pour s’abrutir. La permaculture, c’est une façon de concevoir le monde, le rapport de l’homme à la planète, c’est une philosophie de vie sur la planète. »

Gloria découvre le Venezuela après avoir vu un film de Thierry Deronne, « le Passage des Andes » en 2005. Le réalisateur vient présenter son film à Bordeaux, invité par le festival « Rencontres » de FAL 33. Elle effectue un premier voyage au Venezuela en 2011, pour mettre en relation l’école populaire et latino-américaine de cinéma (EPLACITE) et le Festival de Cinéma de Bordeaux. « Cela nous permettait de faire se rejoindre nos deux secteurs principaux qui sont le cinéma et la solidarité. J’avais un projet d’agro-écologie, je savais que le Mouvement des Sans Terre était au Venezuela. On a monté à Camunare Rojo un projet avec des femmes paysannes dans l’Etat agricole de Yaracuy. L’an dernier, on a fait une formation permaculture et cinéma, et après on est venu ici, on a développé le projet de Camunare Rojo, celui de Caquetios, et on continue avec EPLACITE. »

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Le formateur Juan José Moreno (chemise rouge, à droite) pendant l’atelier de cinéma de l’EPLACITE

Juan José Moreno, Jota, a 25 ans, il a étudié à l’EPLACITE, où il est désormais professeur de ciné. Il accompagne les étudiants de Caquetios pour la réalisation de leur court-métrage. L’atelier réalisé l’an dernier à Camunare avec les femmes qui ont créé la télévision communautaire est une expérience inoubliable. Elles souhaitaient faire un film de fiction à partir d’une thèse réalisée par des étudiants de l’université centrale dans les années 1970. « Nous avons extrait de ce livre une lutte qui a beaucoup marqué l’histoire de ce village. Une femme violée, séparée de ses parents, mise en esclavage par le grand propriétaire, est témoin tardivement de la naissance de la révolution bolivarienne. Nous racontons dans le film l’assassinat de sa mère au moment de la naissance, puis son enlèvement par un péon du propriétaire terrien. Cette femme n’est plus en vie, mais celles qui ont travaillé le scénario l’ont connue. Dans ce court-métrage de 12 minutes, on voit un camarade qui lutte pour la titularisation des terres, plusieurs personnages se croisent. Le film ne termine pas avec l’étape de la révolution, mais avec un regard d’espoir. Pour nous, c’était très important de montrer que la révolution bolivarienne est un processus qui ne s’est jamais arrêté. L’histoire de Camunare Rojo, nous a ramené à l’histoire des racines des premières résistances indo-américaines sur ces terres, la lutte d’Ezéquiel Zamora, et de Chávez ».  

 5ÈME JOUR. VIE, TERRE

Nous sommes en cercle, dehors. Chacun écrit sur un petit papier les trois mots qui résume notre séjour à Caquetios, que l’on dépose au centre du cercle. « J’écris: sourire, vie, terre ». Ménéhould entonne “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?” 

Le dernier jour, nous rencontrons Ubiel Viñales, un agriculteur aveugle qui pratique l’agro-écologie. Ubiel a récupéré la terre de Yaracuy, avec son camarade député Braulio Alvarez. Il a dú se cacher pendant un an, il y a 20 ans, car les propriétaires terriens le cherchaient pour l’assassiner. Il s’est battu contre les policiers sicaires d’Eduardo Lapi, gouverneur de droite de l’état de Yaracuy, qui poursuivaient les paysans en lutte. « La centrale sucrière Matilde usurpait une terre de tradition indigène. Nous avons pu le démontrer avec la Gazette Officielle de 1904, lorsque Cipriano Castro a ordonné le droit de répartir ces terres. Si les droits indigènes sont intransmissibles, inaliénables, et inattaquables, comment est-ce possible que Jesus Asquetas, colonisateur cubain, arrive au Venezuela en 1946, pour acheter les réserves indiennes de Fermin Calderon, un homme riche qui battait sa propre monnaie ? Si tu étais propriétaire d’une réserve indigène, et que tu avais besoin d’argent, il te prêtait de l’argent, mais il mettait en garantie la terre. Comme au bout de deux ans, tu ne pouvais pas payer ta dette, il récupérait la terre. »

Ubiel a suivi un cours à l’Université Expérimentale de Portuguesa et des Llanos, l’UNELLEZ, puis s’est formé en agro-écologie, grâce à la mission sociale Savoir et Travail, qui devrait « éliminer la division de classe, sans patron ni ouvrier, si nous luttons pour une véritable indépendance. » Il a créé un engrais organique, le « curachire viñalero ». L’origine du nom est un oiseau d’Amazonie. Lorsque cet oiseau vole au-dessus des champs, c’est le signe que vient une grande production agricole. “Nos ancêtres n’utilisaient pas d’engrais chimiques, ils coupaient l’arbre “Rosa”, le brûlait, et utilisait la cendre des arbres comme engrais. Et comme cela, il pouvaient produire toute l’année. »

Marta Lopez, la femme d’Ubiel, est professeure des écoles, retraitée. Elle a mis en place dans son école des projets communautaire pour former les enfants au développement écologique. « C’est une graine qui est restée ici. J’avais 30 petits, il y avait beaucoup de producteurs autour qui utilisaient des produits chimiques. Un jour, je suis tombée malade, j’ai eu une forte bronchite, les enfants aussi. Nous avons commencé à organiser des débats avec les gardes forestiers. L’institutrice actuelle continue mon travail, c’est pour cela que l’éducation est tellement importante. Le monde est à l’envers, comme disait Galeano. Où se trouve l’eau ? Dans les pays du Sud » Et Ubiel, d’ajouter : « Le fleuve Tocuyo débouche sur la mer des Caraïbes dans l’Etat de Falcon. A travers l’érosion du fleuve, à chaque crue, il entraîne du sable. L’accumulation du sable dans le Yaracuy, dans les dunes de Coro se fait à travers la brise. Lorsque Colon, est arrivé et a trouvé au bord du fleuve les Indiens Caraïbes, eux connaissaient bien ce fleuve, parce qu’il était navigable.» Le couple se réjouit de la création de l’université de l’environnement à la Fleur du Venezuela à Barquisimeto, construit par l’architecte alternatif Fruto Vivas, pavillon du Venezuela à l’exposition mondiale de Hanovre en 2000. Le toit est composé de 16 pétales qui s’ouvrent et se ferment. Les vénézuéliens aiment y contempler le coucher de soleil. « Mais la pratique de l’agro-écologie doit se faire sur le terrain, non dans une salle de classe », souligne Ubiel.

L’éducation à l’environnement ouvre la voie patiente vers l’éco-socialisme. « Les jeunes sont comme des éponges, raconte Odilio. Nous devons retenir toutes ces informations, et les faires connaître dans nos communautés, et les mettre en pratique. Aujourd’hui, dans la Commune el Maizal, il n’y a que grands parents. Nous luttons pour la Commune, nous mourrons, et ensuite, que font les jeunes ? 70 % des votes pour l’Assemblée Constituante, ce sont des jeunes.  Nous devons luttons pour ne pas perdre les valeurs. Je suis jeune, rebelle, que vive la Commune ! ». David Torres, ne veut pas quitter la terre de ses ancêtres, comme dit son père Glaudy Alvarez, « s’il devait renaître, ce serait au même endroit, comme disait Chavez »

Dernier jour de formation. Luisa porte sa petite Lydda dans les bras. Sa voix résonne dans la salle de classe. Des bougies sont posées au sol. “Changez le superficiel, changez aussi ce qui est profond, changez la manière de penser, changez tout dans ce monde, changez le climat avec les années, comme le pasteur change avec son troupeau. Et comme tout change, les cheveux du vieil homme changent. Et comme tout change, que je change, ce n’est pas étrange.
Mais cela ne change pas mon amour aussi loin que je sois, ni la mémoire ni la douleur, de mon peuple. Ce qui a changé hier, vous devrez le changer demain. Tout comme je change, dans ce pays lointain. Que je change n’est pas étrange.

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Prévisionnage de leur image par les paysans qui travaillent la terre de Caquetíos

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Dernières heures de montage

L’atelier se termine sur la projection du court-métrage réalisé par la quinzaine de participants :

6ÈME JOUR : « JUSQU’À NOUS ENTERRER DANS LA MER »  

Retour vers la capitale. Avec Yannilys Torres, la mère de David, nous allons voir la projection du court-métrage « Mémoires du ciel » de Jésus Reyes, étudiant et aujoud’hui formateur de l’EPLACITE, réalisé dans le vaste quartier populaire de Catia, à l’Ouest de Caracas. Le son raconte l’histoire et la réalité du quartier. « J’aime beaucoup ce film, raconte une personne âgée. J’ai vu un quartier que je n’ai pas connu enfant. Thierry nous a aidés à construire un discours au-delà des mots. » 

Le film « jusqu’à nous enterrer dans la mer », qui sera présenté le 21 septembre au Festival du cinéma d’Attac en Belgique commence… « J’ai vécu un an dans un quartier populaire, me raconte Thierry Deronne, les 11 premiers mois, je n’ai fait qu’y vivre pour dialoguer avec les gens, partager des éléments d’organisation, y compris sur le plan de l’alimentation, sur la lutte contre cette guerre économique, et les pénuries qui en dérivent, puis j’ai senti le moment, le point de rencontre qui pouvait définir l’ensemble de cette réalité. Ce quartier populaire m’est apparu petit à petit comme un grand bateau avec beaucoup de passagers sur une mer violente, qui est la guerre économique, cet océan chaotique de la globalisation culturelle, de la déstructuration de la conscience, d’un jeune un peu perdu qui erre dans un no-man’s land culturel, cet mer violente qui explique en partie ce titre. »

La première image du film, un jardin en friche. « Si nous avions appris à semer, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». Ce n’est plus le temps lyrique de la révolution bolivarienne, où l’imaginaire se nourrissait de passions créatives, en vivant le temps présent. Aujourd’hui, c’est le temps de la résistance patiente du rêve. Une institutrice donne les cours à l’école, son bébé sous le bras. Il n’y a pas de médicament, mais une jeune femme asthmatique, est reçue gratuitement au dispensaire de Barrio Adentro installé au siège du conseil communal. « J’ai aussi voulu écrire cette chronique le plus fidèlement possible à ce que je vivais, par rapport à un cinéma militant qui projette parfois ses désirs sur la réalité, qui parfois se casse la figure, parce qu’il a confondu son rêve avec le réel, a projeté une iconographie du peuple en marche, de la combattante souriante avec un bébé dans les bras. Il ne s’agit pas d’un hymne lyrique à la révolution, mais de regarder la rose avec ses épines, pour mieux réfléchir collectivement et apporter à d’autres de nouvelles idées, mais aussi des leçons à tirer de l’expérience pour continuer à avancer, sans idéaliser la réalité. »

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Denir Sosa, membre de l’équipe du Mouvement brésilien des Sans Terre au Vénézuela

C’est la fin du film, les lumières s’allument. Denir Sosa, militant brésilien du Mouvement des Sans Terres prend la parole. « On nous montre qu’une autre communication est possible, celle des quartiers, invisibles dans les télévisions commerciales. Je dis cela, car les télénovelas brésiliennes sont supposément les meilleures, mais ce n’est pas vrai, si vous faites attention, vous verrez que les noirs sont toujours des employés, chauffeurs, mères au foyer, et lorsque la vie des quartiers apparaît, c’est manière caricaturale. »

Lorsque nous sortons du cinéma, nous discutons du film avec Ynnilys. Je lui demande ce qu’elle pense de la question de la colonialité : « Je vois dans la colonialité, le modernisme et le moi-je-isme. Nous devons arrêter d’être toujours dépendants d’une mode commerciale qui chasse l’autre, et nous identifier à nos racines. Chavez nous a dit qu’il fallait apprendre à produire. Nous devons enseigner aux jeunes à produire de manière écologique, comme par exemple la fabrication d’espadrilles artisanales. » Yanilys, paysanne de l’Etat semi-aride de Lara me parle de l’importance de l’agriculture urbaine. «Ce n’est pas parce que nous sommes en ville que nous ne pouvons pas semer de légumes sur notre balcon. Le film « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » conclut avec le mouvement culturel théâtral César Rengifo. C’est l’image finale qui m’a le plus marqué : la culture. Un des professeurs explique que dans ce programme d’enseignement populaire du théâtre, si on parle de l’Homme Nouveau, il faut bannir le mot de « compétition ». Nous devons partager ces savoirs, mais apprendre à travailler en collectivité. Et petit à petit, retrouver l’amour de semer. »

Texte et photos : Angèle Savino / Victor Rivera / Eplacite

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Irma, la France et l’ALBA…

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Décollage immédiat de l’aide humanitaire vénézuélienne après la dévastation de l’ouragan Irma dans les Caraïbes

L’ouragan Irma vient de passer sur les Antilles avec son cortège de tragédie, de vies humaines emportées, et de celles qui devront se reconstruire dans la douleur et dans les pertes matérielles.

Comme réponse politique à cette catastrophe naturelle, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a ordonné, le 10 septembre 2017, l´envoi d’aide humanitaire à Cuba, à Antigua-et-Barbuda ainsi qu’aux habitants de Saint Martin.

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L’auteur: le sociologue et journaliste Romain Migus

Le ministre de l’intérieur vénézuélien, Nestor Reverol, a annoncé, depuis l’aéroport de Caracas, que ce don de 10 tonnes de vêtements, de matelas, d’eau potable, et d’aliments non périssables à la collectivité d’outre mer française, s’inscrivait “dans le cadre du respect mais aussi de la solidarité avec le peuple de Saint Martin” (1). Il a précisé que l’aide humanitaire serait acheminée via “un avion des Forces Armées vénézuéliennes et que cette iniciative faisait partie de la coopération internationale dans le cadre de l´Alliance Bolivarienne des Peuples de notre Amérique (ALBA) » (2).

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Depuis Paris, bien peu de médias ont souligné le geste de la République Bolivarienne du Venezuela. Et pourtant, cela soulève plusieurs questions qu’aucun de nos éditorialistes n’a daigné relever. Eux qui, il y a quelques semaines, étaient si prompts à dénoncer le Venezuela bolivarien à longueur d´émissions. En effet, cette aide précieuse, venant pourtant d´un pays qui connaît une crise économique, révèle de grandes incohérences dans la politique menée par le président Macron.

Il y a 15 jours à peine, Emmanuel Macron qualifiait le gouvernement de Nicolas Maduro de « dictature ». Par quel mystère de notre diplomatie le pouvoir français approuve-t-il désormais des liens de coopération, quels qu’ils soient, avec un régime non démocratique ? Y a-t-il une quelconque cohérence dans la diplomatie de notre pays ou bien l’ouragan Irma a-t-il déboussolé la girouette de notre politique extérieure? Pourquoi le gouvernement français autorise-t-il un avion militaire en provenance d’une dictature à atterrir sur notre territoire ? Car le pouvoir français a donné son aval au gouvernement vénézuélien puisqu’il reste souverain tant dans sa politique de gestion des risques que dans celle des désastres naturels.

Dans le cas contraire, il s’agirait alors d’une invasion et notre armée aurait l´obligation de « mener les opérations de résistances militaires » (Article R*1421-1 du Code de la Défense) pour bouter le bolivarien hors de France. Si l’avion militaire n´a pas été autorisé à acheminer l´aide humanitaire, cela révèlerait surtout l´incapacité de notre gouvernement à protéger l’intégrité de notre territoire et notre population. Les conséquences en termes de sécurité pour nos concitoyens seraient tellement désastreuses que nous préférons penser que le gouvernement français a finalement coopéré avec un pays que le président a lui même définit comme étant une dictature.

Ce qui nous amène à la situation la plus probable. Si comme le déclarait le Quai d´Orsay le 30 août 2017, il convenait « d’évaluer les relations avec le Venezuela sur la base de l´Etat de droit et des libertés fondamentales » (3), alors les liens diplomatiques mis à jour dans les décombres du passage d’Irma semblent démontrer que Paris « évalue » de manière plutôt positive la situation politique vénézuélienne. Les récentes déclarations de notre ambassadeur à Caracas vont d´ailleurs dans le même sens (4).

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Le gouvernement français sait donc très bien que le gouvernement vénézuélien n’a rien de dictatorial mais pour des raisons médiatico-politiciennes, le président a décidé de soumettre la diplomatie de notre pays à des tactiques politicardes contre la France Insoumise. Autrement dit, d’utiliser l´appareil d´Etat à des fins partisanes et électorales. Ce qui est extrêmement préoccupant.

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Chaque jour qui passe semble donner raison aux propositions esquissées dans l’Avenir en Commun, le programme de la France Insoumise.

En effet, l’aide humanitaire envoyé par le Venezuela a été décidé dans le cadre de la solidarité régionale promue par l´ALBA, cette organisation de coopération qui regroupe plusieurs pays des Caraïbes. Cette fameuse ALBA à laquelle Jean-Luc Mélenchon voudrait faire adhérer la France, au même titre que d’autres processus de coopération régionale auxquels participe notre pays comme l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OEC), la communauté des Caraïbes (CARICOM), ou encore l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). A notre connaissance, aucune organisation supranationale régionale autre que l´ALBA n’a envoyé de l´aide aux sinistrés de Saint Martin.

Que vont donc faire Patrick Cohen et tous les membres de la caste politico-médiatique ? Vont-ils protester contre l´aide humanitaire envoyé par l’ALBA à nos compatriotes ? Oseront-ils, après Irma, reparler de l’adhésion de la France à l’ALBA, lorsqu’ils auront en face d´eux un des cadres de la France insoumise ? (5)

12 septembre 2017

12 septembre 2017, rencontre du chancelier vénézuélien Jorge Arreaza avec son homologue français et avec l’ex-Premier Ministre et ex-Ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin

Et que va faire le président Macron lors de son déplacement dans les Antilles françaises ? Remerciera-t-il publiquement la « dictature vénézuélienne » ? Lancera-t-il un processus d´adhésion de la France à l´ALBA ?

Décidemment, il semblerait que la queue du cyclone Irma ait considérablement dévasté ce qui reste de cohérence à la tête de l’Etat français.

Romain Migus

Notes :

(1) « Tras paso de Huracán Irma | Venezuela envió 10 toneladas de insumos como ayuda humanitaria a la isla de San Martín », Venezolana de Television, 10/09/2017, http://vtv.gob.ve/tras-paso-de-huracan-irma-venezuela-envio-insumos-como-ayuda-humanitaria-a-la-isla-de-san-martin/

(2) Ibid.

(3) « Venezuela : Extrait du point de presse », France Diplomatie, 30 août 2017, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/venezuela/evenements/article/venezuela-question-reponse-30-08-17

(4) Voir https://twitter.com/NadalDiplo/status/897279727442026496

(5) Lire « Quand France Inter et Europe 1 découvrent opportunément l’ALBA« , http://www.medelu.org/Quand-France-Inter-et-Europe-1

 

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Chronique de quelques semaines d’ateliers solidaires de permaculture au Venezuela

Depuis 2016, France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde (FAL 33) développe des projets de solidarité au Venezuela. Dans ce cadre, un groupe d’adhérents de l’association girondine et d’autres comités réalise un voyage solidaire du 4 au 22 août : ateliers de formation (réalisation audiovisuelle et permaculture) la première semaine et visite de projets la deuxième semaine.mapa-lara

Raiz Fuerte est un projet de ferme de production agricole qui fonctionne aussi comme une école en agro écologie et en organisation communautaire pour les paysans et petits producteurs des Etats de Lara, Falcon, Zulia, Vargas, Miranda, Yaracuy et du District Capitale. La ferme se situe dans la municipalité de Cabudare, à 15 minutes de Barquisimeto (Etat de Lara, nord-ouest du Venezuela), il s’agit de l’UPSA (Unité de Production Sociale Agricole) Los Caquetios, du nom des populations indigènes qui habitaient la région. La ferme, qui compte 290 hectares, dispose de bâtiments pouvant accueillir une soixante de personnes en formation ; elle est administrée par  la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC) du Mouvement des Sans Terre du Brésil au Venezuela en coopération avec les travailleurs vénézuéliens. Le MST apporte son expertise en agro-écologie, en éducation populaire et organisation communautaire de paysans et producteurs.

Nous nous rendons directement depuis l’aéroport à la ferme Caquetios. Installation, repos, visite de Barquisimeto et une réunion avec l’équipe qui administre la ferme afin de voir les derniers détails de la semaine, occupent nos deux premiers jours. Vingt personnes travaillent aujourd’hui sur la ferme qui s’auto gère et s’auto finance (apport du MST et vente de la production). Dès le dimanche après-midi les participant(e)s commencent à arriver, de l’Etat de Lara mais aussi de Miranda, Trujillo, Barinas, Mérida, ou Falcon…

La ferme de Caquetios a lancé l’invitation aux organisations populaires avec qui elle est en relation dans le cadre de son action de formation. Cette année, le choix a été de travailler sur la problématique de l’eau et de mettre en place un espace dont le design a été réalisé en août 2016, lors d’un atelier similaire. Cet espace se trouve à l’entrée de la ferme, il s’agit d’une maison d’habitation (et de l’espace alentours, environ 200 m2) où vivent les personnes de la brigade du MST : Celia (en charge de la formation globale des projets au Venezuela) et Ricardo, technicien en agro écologie et responsable financier du projet ainsi que des vénézuéliens, Luisa –responsable du projet –et Lida sa petite fille de un an–  et Verana, responsable logistique et secrétariat. Nous retrouvons plusieurs personnes ayant déjà participé à l’atelier l’an dernier.

L’une d’elle est Goya, elle vient des montagnes de Sanare, à 45 km de Barquisimeto et appartient à la Fondation Argimiro Gabaldón, du nom d’un leader social défenseur des droits de l’homme des années 60’. La Fondation se consacre à l’éducation populaire, la culture, la production agricole bio et autre (production de tuile et de briques) ; elle a aussi un « Infocentre », dirigé par des paysans de la zone, qui se charge de la communication et de la formation technologique. Goya se charge de l’éducation populaire envers les enfants, et les adultes ; elle est accompagnée de Franklin, un jeune qui travaille à l’Infocentre.

Ils arrivent en retard car à quelques voitures devant le bus qui les amenaient, un bus a été attaqué par 4 jeunes hommes armés de pierre et de bouteilles qui ont obligé les gens à descendre pour ensuite mettre le feu au bus. Ils ont fait le bout de chemin qu’il manquait à pied. Goya est indignée, « ils détruisent des bus, un dépôt entier de bus a été brûlé, de la nourriture, c’est criminel », elle commente qu’un homme du bus, excédé a invité les autres personnes à maîtriser les attaquants, « qui peut croire qu’il s’agit de gens du peuple, il n’y a que la presse pour raconter de tels mensonges ».  Ce sont les dernières manifestations de l’opposition très affaiblie depuis le vote de la Constituante. « Avec la Constituante, c’est le peuple et la paix qui ont gagné, les « guarimbas », c’est fini, ajoute Flor, leader sociale du Conseil Paysan El Tamarindo de la commune voisine de Palavecino. L’Etat de Lara a connu des épisodes très difficiles comme lorsque Danny José Subero, ex-lieutenant de la Garde Nationale Bolivarienne a été roué de coups jusqu’à la mort par un groupe de terroristes de l’opposition. Elle confie qu’à plusieurs reprises, elle a eu très peur et s’est enfermé chez elle, « ici tout le monde me connait, alors je n’allais pas prendre le risque d’être immolée comme d’autres l’ont été, tout le monde sait que je suis chaviste ».

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Des participants jeunes et déjà dans la production agricole

L’atelier permaculture est donné par deux membres de France Amérique Latine 33 formés et ayant une expérience en permaculture et compte plus de vingt participants.

L’atelier est conçu pour que les participants « apprennent en faisant » avec des allers-retours constants entre théorie et pratique. La première journée commence par une introduction théorique des grands principes de la permaculture avec des focus sur la gestion des eaux, les toilettes sèches, la phyto épuration et le design ; un temps est consacrée à la visite de l’espace concerné et des espaces alentours afin d’en faire une observation détaillée permettant de repérer les matériaux utilisables et d’organiser le travail à réaliser.

Un groupe se charge de la récupération et de la distribution des eaux de pluies pour l’arrosage, le second de la construction d’un philtre planté pour assainir les eaux vannes et les eaux grises des habitants de la maison et le troisième de la construction d’une toilette sèche et de son composteur.

Parmi les participants vénézuéliens, outre plusieurs travailleurs de la ferme et Simon, le responsable  de production, on compte de nombreux jeunes qui travaillent déjà dans la production agricole ou qui appartiennent à des collectifs ayant mis en place des jardins collectifs et/ou des groupements de vente directe du producteur au consommateur. Beaucoup sont des enfants ou petits enfants de paysans pratiquant une agriculture ancestrale appelée conuco. L’agriculture conuquera est très productive, elle consiste à cultiver trois légumes complémentaires –maïs, courge, haricot–, chacun ayant une action bénéfique sur les deux autres. Le haricot pousse sur le maïs et apporte l’azote nécessaire au sol ; la courge couvre le sol et aide à conserver l’humidité, deux éléments indispensable en zone tropicale. Ces trois plantes ont des développements différents et ne sont pas en concurrence quant aux nutriments qu’elles puisent dans le sol.

Douglas, Cesar, David, Patricia… : les eaux usées c’est un problème.

Ils sont jeunes, débordent d’énergie et s’inscrivent sur le chantier le plus « physique » : celui de l’assainissement des eaux grises et noires de la maison d’habitation.  Creuser des bassins, faire des coffrages et du béton, calculer le dimensionnement… rien ne les rebute. Un atelier où il faut faire preuve de toute la créativité et toute la débrouillardise propres à tout bon permacultrice/permaculteur. Pas de plan de l’évacuation des eaux, alors en tâtonnant on creuse et on tombe sur un tuyau de distribution d’eau : une vieille  chambre à air de tracteur viendra à bout de la fuite d’eau occasionnée. Pour l’étanchéité des bassins, le ciment manque cruellement et quand on en trouve, il est hors de prix. Verena et Rodrigo ont pu en trouver quelques sacs, à peine un quart de la quantité qu’on utiliserait en France pour faire du ciment. Qu’à cela ne tienne, une solution est trouvée en passant en revue les matériaux utilisés pour l’agriculture. Simon nous dégote de la chaux agricole qui fera l’affaire. On fait les essais et le tour est joué. Le gravier est « récolté » dans les alentours et les grosses pierres posées au fond du bassin à écoulement vertical qui feront le premier « nettoyage » des eaux par une fermentation anaérobique sont ramenée de la rivière proche.

   

Douglas est technicien en agriculture, il vient de Boconó, le « Jardin du Venezuela », ajoute-t-il avec fierté. C’est le  nom donné par le Libérateur Simon Bolivar à cette région des Andes vénézuéliennes de l’Etat de Trujillo. Il est vrai que cette zone entre 1200 et 1800 mètres avec un climat tempéré (17°) est propice à la production d’aliments divers et variés ainsi qu’à la culture du café. Le meilleur du Venezuela, parait-il.  Il avoue qu’il est venu piqué par la curiosité de la permaculture mais avec beaucoup de doutes. Il repartira convaincu et surtout il lui tarde de mettre en pratique, il en a les yeux qui brillent, « d’abord, je vais expérimenter sur mon espace » et après partager ce qu’il a appris avec les compañeros du Conseil Paysan de Producteurs et de Productrices Fabricio Ojeda. Ce conseil porte le nom du journaliste et président de la Junta Patriotica qui, cinq jours après sa mort, allait renverser la dictature de Marcos Pérez Jiménez.

La problématique de l’eau : les trois chantiers sont un tout.

La ferme est l’une des rares de la zone à disposer de puits permettant une alimentation régulière en eau et ainsi de cultiver toute l’année. Malgré cela la question de l’eau est cruciale, car une panne du système de pompage et une sècheresse prolongée de plus de trois mois sans une goutte de pluie a eu raison de plusieurs hectares de production. Il s’agit donc de mettre en place un cycle vertueux autour de l’eau : récupérer l’eau de pluie pour arroser des surfaces de productions de légumes près des bâtiments, réduire la consommation d’eau par les toilettes sèches et assainir les eaux souillées afin de les réutiliser pour l’arrosage.

Odilio, vient de la Comuna El Maizal, de l’Etat de Lara, pas loin de Caquetios. En 2009, 2200 hectares de terre non cultivées ont été données à 2000 familles pour les mettre en culture. Les 22 conseils communaux qui composent la Comuna assurent une organisation en autogestion de ce projet de production agricole qui produit et transforme les aliments pour ensuite les distribuer en vente directe à plus de 24 000 personnes. Produire, une façon de répondre à la guerre non conventionnelle que mène l’opposition contre le peuple. Alors l’eau, bien sûr, ça l’intéresse, pour produire. Tout comme Rossana, qui vient de la péninsule de Paraguaná, dans l’Etat de Falcón, une zone au climat aride où faire pousser une laitue est une gageure. Luis, fait partie du Front Francisco Miranda de Caracas et il se charge d’accompagner et de mettre en place des jardins urbains, alors récupérer de l’eau de pluie, c’est essentiel.

     

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Par chance, le troisième jour, il s’est mis à pleuvoir et car il a plus et en moins d’une heure, nous avons pu collecter plus de mille litres d’eau dans les récupérateurs installés. Le groupe de la phyto-épuration n’est pas du même avis, avec la pluie, impossible de couler le béton, il faudra attendre le lendemain.

Toilettes sèches, un atelier très « féminin ».

Flor, Goya, Méné, Darlys et Alexis –qui travaille à Caquetios– ont opté pour la construction d’une toilette sèche et de son composteur. Caquetios est une ferme de production d’aliments et de production de semences bio mais aussi un centre de formation en agro écologie où il n’est pas rare que soixante personnes y séjournent pendant une semaine : les volumes d’eau utilisés pour les toilettes sont importants. Aussi dans la gestion de l’eau, diminuer la consommation d’eau potable est fondamental ; rien de mieux que d’adopter des toilettes sèches. D’autant que le système actuel de fosses sceptiques a donné des signes de saturation. Celia nous explique que des problèmes de saturation sont apparus en avril lors de la formation Méthode d’organisation populaire pour la production bio agro alimentaire qui s’est déroulée à Caquetios du 24 au 30 avril, avec plus de soixante participants qui venaient de cinq Etat (Lara, Táchira, Mérida, Portuguesa, Trujillo) et appartiennent à une vingtaine de municipalités différentes.

Darlys travaille à la Fondation du Programme d’Aliments Stratégiques (FUNDAPROAL), un organisme qui accompagne les populations les plus fragiles dans l’accès à l’alimentation et dans la mise en place de projets socio-productifs, auprès des mères de familles pour l’élaboration de produits alimentaires par exemple, en collaboration avec l’Institut National de Nutrition (INN). Pour elle les toilettes sèches peuvent être une réponse au problème de l’eau et de la pollution des eaux dans des petites structures collectives, mais encore faut-il changer le regard des personnes.

Après discussion du groupe sur le « où » placer cette toilette sèche et une mini enquête menée auprès des utilisateurs habituels potentiels, il est décidé de ne pas les installer dans la maison d’habitation –ce qui demanderait un travail de maçonnerie plus important– mais plutôt dans un espace commun (une sorte de paillote en dur qui sert d’espace de réunions et aussi d’espaces pour soirées culturelles et festives) , ce qui permettra en outre, une collecte plus importante. Six mois seulement suffiront –en climat tropical– pour transformer ces matières collectées en excellent engrais qui aidera à la récupération des sols de la ferme longtemps appauvris par les intrants chimiques, les labours et le passage de gros engins, à tel point que certaines parcelles sont à ce jour improductives. Une fois les toilettes et le composteur terminés, un panneau pédagogique est confectionné pour en expliquer le fonctionnement.

 

Les toilettes ont été rapidement terminées –récupération de planches ayant servies au coffrage et pour la matière sèche, le foin produit par la ferme fera parfaitement l’affaire. Chacune et chacun a tenu à les inaugurer si bien que dès la fin de la semaine, le composteur est entré en service. Une belle réussite!

 Un compost planté pour aller au bout du cycle de l’eau

Le dernier jour, tout le groupe entier participe à la réalisation de plates bandes en lasagne dans lesquelles nous avons directement planté et semé des légumes qui pourront être arrosés grâce à l’eau collectée à proximité.

Cette technique de culture est particulièrement intéressante car elle permet de planter et semer tout de suite sur des sols difficiles (ou pas de sol du tout d’ailleurs), elle est ludique à réaliser, elle utilise tous les déchets (verts et marrons) du jardin et des alentours et elle permet d’avoir un sol très riche. Le premier travail consiste à collecter les matières vertes et les matières carbonées qui vont servir à faire les couches, ce qui ne manque pas dans les alentours. Les matières carbonées -feuilles mortes, papiers, cartons, brindilles, paille- seront humidifiées ; les couches seront d’égale épaisseur jusqu’à monter à 30 centimètres. Enfin pour semer ou planter on placera la plante ou la graine dans une motte de terreau. Et le tour est joué.

Autour de la maison d’habitation, il est intéressant de planter des plantes aromatiques, des condiments, des haricots, des courges, des tomates… Chacun(e) a choisi ce qu’il allait planter ou semer, puis placé un bâtonnet avec une étiquette destinée à celles et ceux qui prendront soin de ce potager improvisé !

Un potager qui viendra compléter les productions de la fermes.

           

Caquetios aujourd’hui…

La ferme, en auto gestion et auto financement, donne du travail à vingt personnes (agriculture, formations, administrations, logistique). Elle diversifie ses productions entre production d’intrants pour l’agriculture (bio fertilisants à partir de lombriculture, six cent litres d’insecticides pour le maïs et le manioc, une tonne d’engrais par mois à base de bouse, de bagasse et de sciure) et production agricole (maïs guanape autochtone, courges -840 kg lors de la dernière récolte-, poivrons, fruitiers…, du foin) et quelques hectares de production de semences bio pour la reproduction. Le foin est vendu aux petits producteurs des alentours et les légumes font l’objet d’une vente directe « communautaire » à travers la Commune Socialiste Ataroa, située au sud de Barquisimeto, commune qui compte plus de soixante mille personnes et est organisée autour de 36 conseils communaux et 18 organisations sociaux-productives.

Epilogue …

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Sieste franco-vénézuélienne, les français n’ont pas l’air préoccupés par l’état de guerre annoncée par les grands médias…

Gloria Verges, FAL33

Dimanche 13 août : Après une semaine à Caquetios, la ferme école du  Mouvement Sans Terre (brésilien), nous voilà pour un après midi dans une coopérative, près de Tucani, sur les terres basses et chaudes, au sud du lac de Maracaibo.

Ce sont 35 familles, essentiellement des afro-descendants, travailleurs de la terre qui se sont installés ici en 2001 et ont créé la coopérative Bervéré Fundo Zamorano Andrés Bello sur des terres récupérées par l’état, dès que la loi le leur a permis. Ils ont construit un village avec des petites maisons toutes pareilles et ils sont fiers de la diversification de l’agriculture qu’ils ont mise en place : 18 cultures différentes, des légumes, des céréales et plein d’arbres fruitiers ; et aussi de l’élevage ; et de la reforestation sur un demi km, le long de la rivière.

 

« Ici, on a été le premier lieu de formation du Mouvement Sans Terre, m’explique une vieille dame en épluchant des pamplemousses. Il y a eu jusqu’à 150 personnes qui dormaient là, sous des tentes. Ils venaient de tous les pays, d’Europe, du Japon ; on se rencontrait tous : C’était beau !… »

Nous, on n’est que 8, et au bout d’une heure, on se sent dans une grande famille ; autour de la table, il y a du monde : des vieux, des jeunes et plein d’enfants qui viennent nous voir et écouter les échanges, mais sans intervenir. La coordinatrice (élue pour 3 ans) est une belle dame d’une cinquantaine d’années, sans doute ; en 2005, elle était analphabète, aujourd’hui, elle a le Bac. Elle nous explique le fonctionnement : toutes les décisions se prennent au consensus, en Assemblée Générale tous les 2 mois et dans les différentes commissions   toutes les semaines. Parmi ces décisions, il y a bien sûr, l’utilisation des bénéfices et les critères de répartition entre tous.

Les difficultés sont abordées : « Maintenant, il y a moins de coopératives. Certaines ont périclité. Pourquoi ? C’est dur ! Il ne faut pas se décourager. Il peut y avoir des dissensions. Savoir discuter, écouter, respecter, prendre des décisions pour la communauté, ce n’est pas évident, ça s’apprend. Et il faut vraiment avoir conscience que c’est nécessaire. Nous, ça va bien. Il faut dire qu’on avait déjà mené des luttes ensemble avant de pouvoir fonder une coopérative.

Inutile de préciser qu’on a bien du mal à s’arracher à ces discussions et à remonter dans notre bus, surtout que les enfants veulent absolument nous amener à la rivière avec eux.

 

 

URL de cet article : http://www.fal33.org/caquetios-chronique-dune-semaine-datelier-solidaire-permaculture/

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