Peut-il exister un réseau social latino-américain ?, par Anne-Dominique Correa

L’autrice: Anne-Dominique Correa est journaliste indépendante. Elle a étudié Science-Po à Paris.

Lors de sa conférence de presse matinale du 20 janvier, le Président Andres Lopez Obrador mettait en garde les Mexicains contre les liens de Twitter avec l’aile droite du pays. « Le directeur de Twitter au Mexique était un militant ou un sympathisant très proche du PAN – Partido Accion Nacional (…) c’est important parce qu’au-delà des institutions ou des organisations, ou disons Twitter ou Facebook, il faut voir qui gère ces institutions, qui ils sont, parce que vous qui êtes journalistes savez qu’il est très, très difficile qu’il y ait une neutralité » déclarait-il.

Peu après la déclaration d’Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), le « King Twitero« , un compte appuyant le gouvernement, dénonça le fait que lorsqu’un nouveau compte Twitter est ouvert, la plateforme propose de suivre des politiciens du PAN.

Les représailles ne se firent pas attendre. Dans les jours qui suivirent, Twitter a non seulement suspendu le compte du « King twitero » mais aussi ceux de deux autres partisans du gouvernement suivis par des dizaines de milliers de followers, prétendument pour « violation des règles de la plateforme en matière de spam et de manipulation« . Ces fermetures ont suscité l’indignation des usagers pro-AMLO, devenue virale avec les hashtags #TwitterEsPanista et #Twitter Censura.

Les réseaux sociaux ne semblent plus être aussi « bénis » comme les qualifiait AMLO lorsqu’il a fêté son triomphe à l’élection présidentielle dans la nuit du 1er juillet 2018. À l’époque, Andres Manuel Lopez Obrador avait remercié les réseaux de lui avoir permis de contourner la censure des consortiums médiatiques pour s’adresser directement à son électorat pendant sa campagne. Trois ans plus tard, la romance a pris fin. Dans l’une de ses conférences de presse, AMLO a accusé les réseaux d’être devenus « la Sainte Inquisition de notre époque« .

Ce n’est pas la première fois que les réseaux sociaux font taire les voix progressistes dans la région. Le 12 avril 2019, la plateforme a fermé définitivement la page de l’ancien président équatorien Rafael Correa (1,5 million de followers). En septembre de la même année, Twitter a bloqué plusieurs journalistes et médias à Cuba sans justification. Un an plus tôt, le réseau avait également suspendu momentanément le compte de l’ancien candidat de gauche à la présidence colombienne, Gustavo Petro (1,4 million d’abonnés), et ce ne sont là que quelques exemples.

Le progressisme divisé sur l’idée de régulation

La censure des comptes pro-AMLO a finalement réveillé le progressisme face au pouvoir croissant des réseaux. Sans accord, cependant, sur la stratégie à adopter pour l’enrayer.

Le 1er février, Ricardo Monreal, leader de MORENA (le parti du président mexicain), a proposé un projet de loi visant à réglementer les réseaux qui comptent plus d’un million d’utilisateurs au Mexique (Twitter, Facebook, Instagram, YouTube et TikTok). « La seule façon correcte de protéger le droit humain de la liberté d’expression dans le cyberespace est de légiférer » a-t-il déclaré.

L’initiative prévoit que toute personne dont le compte est bloqué peut s’opposer à la décision et exiger une réponse du réseau dans les 24 heures. Si les utilisateurs ne reçoivent pas de réponse positive dans leur cas, ils peuvent faire appel à l’Institut fédéral des télécommunications (IFT), puis aux tribunaux mexicains. Si la suspension est jugée arbitraire, le réseau pourrait payer une amende allant jusqu’à 4,4 millions de dollars.

Le président Lopez Obrador, cependant, n’a pas été convaincu par cette proposition. « Ces questions [la réglementation] sont controversées » a-t-il expliqué.

Faisait-il référence à l’expérience des gouvernements de Cristina Kirchner en Argentine et de Rafael Correa en Équateur en matière de régulation des médias ? Les deux gouvernements ont créé des lois (la loi sur les médias en Argentine et la loi sur la communication en Équateur) pour briser le monopole des médias par le secteur privé. Dans les deux cas, on a qualifiés ces lois de « bâillons » et leurs gouvernements d' »ennemis de la liberté d’expression« , même si les lois n’ont jamais été pleinement appliquées.

En tout état de cause, les nouveaux gouvernements progressistes excluent fermement l’option réglementaire. « Je suis en faveur de ne pas réglementer ce qui a trait aux médias (…) qu’il n’y ait pas de mécanisme de régulation, pas de censure » a déclaré Lopez Obrador pour justifier son opposition à la proposition de Monreal. « Il est interdit d’interdire« , a-t-il ajouté.

De même, le président argentin Alberto Fernandez a estimé que la loi sur les médias « n’était pas le moyen » de promouvoir une plus grande pluralité dans les médias. Selon le président, « pour multiplier [les voix], il y a beaucoup de recours et ils n’ont pas besoin d’une loi sur les médias : il y a la défense de la concurrence, la protection des consommateurs, ce sont des mécanismes qui permettent de multiplier les voix« . Cette rhétorique mercantile marque une rupture avec la vision de sa prédécesseuse Cristina Kirchner, qui définissait l’information comme une activité « d’intérêt public » et ne saurait donc être confiée aux seules entreprises privées.

Vers un réseau social régional ?

L’opposition d’AMLO à la loi de Monreal ne signifie pas que le président ait l’intention de rester les bras croisés face au pouvoir croissant des réseaux. Comme alternative à la réglementation, le président a proposé une autre initiative qui pourrait réconcilier les deux côtés du progressisme dans la région : la création d’un réseau social public.

La conception de la nouvelle application a été confiée fin janvier au Conseil national de la science et de la technologie (Conacyt), ainsi qu’aux ministères de l’intérieur et des affaires étrangères. Le gouvernement n’a pas précisé à quelle date le réseau est prévu, ni donné de détails supplémentaires sur la forme qu’il prendrait.

Une idée naïve ? Les réseaux sociaux sont des entreprises monopolistiques par essence. Pour qu’un réseau social puisse concurrencer Facebook, il doit atteindre une masse critique d’utilisateurs qui abandonnent ensuite la plateforme de Zuckerberg. Toutefois, le succès du réseau social public russe VK créé en 2007, surnommé « le Facebook russe« , prouve que ce n’est pas impossible. En 2020, VK est devenu le réseau social le plus populaire du pays en termes de messages échangés.

Cependant, pour augmenter le nombre potentiel d’utilisateurs du réseau proposé par AMLO, « il serait préférable que l’initiative soit régionale » estime Luis Angel Hurtado, expert en réseaux sociaux à l’UNAM.

Selon le chercheur, lors d’une réunion avec d’autres dirigeants de la région, l’ancienne présidente brésilienne Dilma Rousseff avait appelé à la création d’un réseau social pour le Cône Sud peu avant d’être destituée. Mais la proposition ne s’est jamais concrétisée, car « (…) elle a perdu de son intérêt en raison du processus de destitution de Dilma Rousseff et du changement de gouvernement au Brésil » a déploré M. Hurtado.

La proposition de Lopez Obrador pourrait être l’occasion de reprendre cette initiative. De cette manière, le progressisme pourrait garantir un espace de discussion libre, ce que le premier « virage à gauche » n’avait pas permis de réaliser.

En effet, les lois sur la communication de Kirchner et de Correa n’ont pas survécu au tournant conservateur. Quelques semaines après leur arrivée au pouvoir, les gouvernements néolibéraux de Lenín Moreno et Mauricio Macri ont abrogé leurs articles les plus importants. Les deux dirigeants ont démantelé les médias publics créés par leurs prédécesseurs. Ces violations de la liberté d’expression n’ont pas fait grand bruit, car ces plateformes n’ont pas réussi à obtenir des taux d’audience élevés et avaient la réputation d’être des « porte-parole du gouvernement« .

La création d’un réseau social public régional pourrait empêcher que l’Histoire se répète. Atteindre une masse critique d’utilisateurs sur un réseau social est un véritable défi, mais s’il est relevé, il assurera également sa longévité. En d’autres termes, il serait plus difficile pour les gouvernements au pouvoir de s’en débarrasser. Qui peut imaginer une vie sans Facebook ou Twitter ? La force des réseaux réside dans le fait que, même si nous ne les aimons pas, nous continuons à les utiliser parce que nous en dépendons.

Anne-Dominique Correa

Source : https://jacobinlat.com/2021/05/02/puede-existir-una-red-social-latinoamericana/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/04/peut-il-exister-un-reseau-social-latino-americain-par-anne-dominique-correa/

« Et nous revînmes aux terres de Buria »

Ce reportage tourné en mars 2021 par l’équipe de Tatuy TV peut se voir comme une suite au documentaire de Terra TV « Marche » (2018) qui raconte comment une colonne paysanne exaspérée par les assassinats commis par les mafias agraires, monte vers Caracas pour dialoguer avec Nicolas Maduro. Le reportage actuel nous permet de retrouver quelques personnages de cette épopée comme Arbonio Ortega « El Diablo ». La marche paysanne qui – comme disait Arbonio en conclusion du film « Marche » – ne « devra jamais prendre fin », renaît ici sous les traits d’une action conjointe de l’Union Communarde et de la Commune El Maizal pour récupérer les terres de la Commune « Negro Miguel ». Le gouvernement bolivarien appuye cette initiative populaire, notamment à travers la présence du président de l’Institut National des Terres David Hernandez.

Le 27 mars 2021, les membres de la Commune Negro Miguel, avec le soutien et l’accompagnement de la Commune d’El Maizal et de l’Union Communale, ont organisé la réoccupation des terres Negro Miguel situées à Buria, municipalité de Simón Planas, État de Lara. Le président de l’INTI, David Hernandez, le maire de la municipalité, Gian Ortiz, ainsi qu’une délégation de parlementaires de l’Assemblée nationale ont assisté à cette activité. Avec plus d’une centaine de membres de la communauté, ils ont procédé à l’inspection des terres de la ferme, pour planifier la politique de soutien gouvernemental en vue de récupérer leur productivité.

Cette terre de 1200 hectares avait été occupée en 2015 par l’Axe Communal Negro Miguel, compte tenu de l’état d’abandon dans lequel l’avait laissée l’administration de la Corporation Alimentaire Vénézuélienne (CVA).Quelques membres de l’organisation communale elle-même qui occupait l’espace depuis 2015, ont fini par détourner l’identité sociale du projet, en démantelant la ferme et en la ramenant à une situation d’abandon. Face à l’inquiétude suscitée par l’état actuel de l’unité de production, par ailleurs menacée de privatisation, la réoccupation des terres a été décidée par les paysans et communard.e.s pour relancer les processus organisationnels, productifs et politiques de la commune, et travailler à la formation de la Cité communale.

« Et nous revînmes aux terres de Buria« , reportage de @TatuyTv, coproduit par la @ComunaElMaizal et la @UnionComunera (Venezuela, 2021). VO (ESP) sous-titrée en français par Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/22/et-nous-revinmes-aux-terres-de-buria/

Du Synco de Salvador Allende au Sinco d’Hugo Chavez: l’internet au service de la démocratie participative

Le système d’intégration communale, SINCO, est une plateforme électronique développée pour la communication directe du gouvernement avec les organisations populaires au Venezuela. Elle s’inspire de la création du Cybersyn au Chili, en 1972, lorsque la révolution socialiste de Salvador Allende définissait un nouveau type d’État et un nouveau type de gouvernement. Le projet Cybersyn fut reconnu comme un ancêtre de l’Internet actuel, et son concepteur, Stafford Beer (photo), un expert britannique en gestion connu comme le père de la cybernétique, apporta au projet d’Allende une vision nouvelle de la gestion de l’information à des fins publiques et du libre accès pour les acteurs sociaux.

Les créateurs vénézuéliens du Sistema de Integración Comunal (SINCO) Guy Vernáez, Luisana Velásquez et César Carrero, évoquent l’inspiration fournie par l’expérience chilienne: « Cybersyn a abordé pour la première fois dans l’histoire le problème de la gestion de l’information au profit de l’État, en comprenant la nécessité de créer une société dans laquelle la cohésion sociale était obtenue par la transparence et la libre distribution de l’information et des connaissances ». C’est en 2015, sur base de cette prémisse qu’ils ont conçu un système qui interconnecterait les organisations de base du pouvoir populaire pour enregistrer les projets élaborés au sein des conseils communaux et des communes, les demandes de financements publics correspondants, pour qu’elles puissent rendre compte des avancées et évaluer les résultats des projets.

SINCO compte actuellement près de 30.000 organisations populaires, principalement des conseils communaux et communes, enregistrées dans l’état de Mérida, à l’ouest du Venezuela, et dans l’état de Guárico, au centre du pays. Ces régions servent de pilotes pour étendre la mise en œuvre dans tout le pays.

Dans sa deuxième étape, SINCO a incorporé un module de communication directe entre les organisations de base du pouvoir populaire, le Conseil fédéral du Gouvernement et le gouverneur de l’état. Désormais, en plus d’être un moyen de communication efficace entre les organisations de base et les institutions régionales, à tout moment et en tout lieu, et d’offrir la possibilité d’exprimer des exigences spécifiques, il permet aux communautés organisées de participer à la planification et à l’exécution elles-mêmes de leurs projets.

Communication sans « intermédiaires »

Luisana Velásquez, membre du Secrétariat national du Conseil fédéral du gouvernement et de l’équipe qui a créé cette plateforme numérique, explique l’innovation de SINCO: « une proposition disruptive aux schémas médiatiques conventionnels qui restent concentrés principalement sur les activités individuelles et unidirectionnelles des acteurs. Ici on cherche à favoriser de nouvelles relations entre les institutions, les Conseils communaux et les Communes du Venezuela, pour donner des réponses directes et sans intermédiaires au besoins sociaux et communs de la population. ».

Velásquez précise que SINCO a été initié pour le téléchargement des projets communaux élaborés par la population et les demandes de financements publics correspondants; cependant, en 2017, de nouvelles fonctions ont été incorporées pour améliorer la communication entre l’institution et les organisations, fonctions qui ont continué à évoluer et à se développer jusqu’à la consolidation de la version SINCO 2.0. « En 2018 l’outil a évolué. De plate-forme uniquement destinée à télécharger des projets, il est passé à un système de communication régionale directe afin de rapprocher le dirigeant de l’État de Guárico de l’ensemble des organisations sociales de son territoire et, en même temps, pour fournir des réponses aux besoins locaux dans le cadre de la coresponsabilité peuple/gouvernement ».

La chercheuse attire l’attention sur les changements que le lien nouveau ainsi créé avec les communautés de Mérida et Guárico a impliqué pour le Conseil fédéral du gouvernement.

« Il a permis de transformer les formes traditionnelles de communication et d’attention aux personnes, en surmontant la bureaucratie et l’intermédiation des processus d’organisation communautaire, ce qui a contribué à optimiser la capacité de réponse aux demandes sociales collectives. Il a rendu possible la construction des indicateurs de gestion nationale comme base de prise de décision, depuis les plans de développement intégral des Conseils communaux et des Communes jusqu’au Plan de développement intégral de la Nation ».

Démocratie participative et citoyenne

César Carrero, député à l’Assemblée nationale pour l’état de Mérida, a également participé à la création du système d’intégration communale. « Pour nous, le système d’intégration communale, plus qu’un système, est un projet politique, la possibilité d’avoir un outil qui vise à renforcer la démocratie participative et citoyenne, axe central de la révolution bolivarienne. SINCO permet à l’État de prendre des décisions directement avec le pouvoir citoyen, en utilisant les informations des organisations populaires pour générer la planification. Par exemple, au moment de l’approbation d’un projet, la manière efficace dont les déboursements respectifs seront effectués, ou comment se fera la remise des comptes, comment on peut effectuer les démarches à partir des régions elles-mêmes, sans besoin de voyager vers d’autres villes, en réduisant l’utilisation de papier, en réduisant la bureaucratie, en évitant l’interférence de « gestionnaires ».

Pour Carrero, le plus difficile a été de briser les paradigmes dominants au sein de l’État vénézuélien sur la gestion de l’information, même si le Venezuela dispose d’un éventail législatif visant à simplifier l’action publique. Le député de l’État de Mérida rappelle qu’il y a actuellement plus de 49.000 projets en cours d’exécution par près de 30.000 organisations.

« D’autres pays qui parlent tant de démocratie et où l’on nous accuse de dictature, se limitent dans leur grande majorité à convoquer le peuple tous les cinq ans à un processus électoral pour élire un président. Ici, au Venezuela, le pouvoir du peuple part d’une constante élection, d’une constante participation, non seulement pour élire un président, un gouverneur ou un maire, mais aussi pour élire les conseils communaux, parlements communaux où on décide des priorités sur lesquelles travailler dans le territoire. Le SINCO est un des outils qui contribuent à construire cet objectif politique de la démocratie participative et citoyenne ».

Source : https://mundo.sputniknews.com/20210415/sinco-el-proyecto-digital-que-interconecta-al-poder-popular-en-venezuela-1111206467.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/16/du-synco-de-salvador-allende-au-sinco-dhugo-chavez-linternet-au-service-de-la-democratie-participative/

Le Venezuela que les médias ne vous montrent pas

Au-delà des formes politiques classiques (personnalités, partis..) peu de médias parlent de ce qui fait depuis 20 ans la singularité, l’or du chavisme : l’organisation communale, le pouvoir de décider collectivement, le vaste tissu féminin qui soutient la révolution. C’est pour empêcher les citoyens du monde entier de s’identifier avec ceux du Venezuela qu’on occulte la plus grande démocratie participative du monde. Les équipes de TERRA TV vivent sur place et vont vous la montrer.

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/14/le-venezuela-que-les-medias-ne-vous-montrent-pas/

Rafael Correa sur les élections au Venezuela

Au Venezuela la droite vient de perdre l’Assemblée Nationale lors des élections du 6 décembre. Les électeurs ont choisi une majorité de députés chavistes (68 %). Les petits partis de droite/gauche se partagent le reste des sièges. Malgré des années de blocus, sanctions, guerre économique menés par les USA et l’UE dans l’objectif de créer de grandes difficultés quotidiennes, mécontenter et détruire la base sociale de la révolution, 32% des électeurs.trices se sont rendue.s aux urnes. L’ex-président d’Equateur, Rafael Correa, faisait partie avec la sénatrice colombienne et militante des Droits Humains Piedad Cordoba, ou Evo Morales, des 3000 observateurs internationaux du scrutin (ainsi que l’ex-président espagnol Zapatero qui a souligné le caractère pluraliste des élections et l’absurdité du soutien de l’UE à l’extrême droite du président fantoche Juan Guaido). Rafael Correa s’est dit impressionné par la désinformation qui sévit par rapport au pays bolivarien. « Ils veulent nous faire croire qu’il y a une dictature et ils disent que le modèle a échoué alors que le Venezuela est soumis à un blocus ».

Entretien avec l’ancien président de l’Équateur

Rafael Correa est au Venezuela depuis jeudi dernier. Il a été le premier ex-président à arriver en tant qu’observateur pour les élections de mi-mandat de dimanche, à l’issue desquelles le Grand pôle patriotique de Nicolas Maduro a gagné avec 68 % des voix. Le leader équatorien est arrivé à Caracas via le Mexique, partageant un vol avec la délégation argentine, dont l’auteure de cet interview en tant qu’observatrice pour l’Internationale progressiste.

« Qu’est-ce qu’il faisait froid dans l’avion ! J’étais inquiet parce qu’ils m’ont servi un petit déjeuner chaud et ne vous ont rien donné », dit-il en nous accueillant avec sa chaleur habituelle, où son masque ne parvient pas à cacher son sourire et où les salutation se font le poing fermé. L’interview se déroule au milieu de l’emploi du temps chargé de l’ancien président, dans un bâtiment situé dans le centre de Caracas, à quelques pâtés de maison de la maison de Simón Bolívar et de la place du même nom.

Quelle est l’importance de ces élections législatives au Venezuela ?

La démocratie au Venezuela est toujours vivante. Ce qui se passe c’est que pour certaines personnes la démocratie est effective tant qu’elles gagnent les élections. Ces élections sont exactement les mêmes qu’en 2015, lorsque le gouvernement avait perdu et que l’opposition avait gagné, là elles étaient valables (dit-il avec ironie). Aujourd’hui, pour certains groupes radicaux de droite qui n’ont pas participé, il semble qu’elles ne soient plus valables.

La déformation de ce qui se passe au Venezuela est impressionnante. Dans tous les domaines : en politique, où ils veulent nous faire croire qu’il y a une dictature ici ; en économie, lorsqu’ils disent que le modèle a échoué quand le Venezuela est soumis à un blocus. Le pays a dû développer une économie de guerre, c’est comme si je bombardais le Chili demain pour dire ensuite que le néolibéralisme a échoué ».

En parlant d’économie de guerre, comment analysez-vous le Venezuela, précisément à partir du blocus, du pétrole, de la décision de Nicolas Maduro de faire des ouvertures au capital privé ?

Je ne sais pas comment le Venezuela survit, les choses sont terribles. On pourrait croire qu’il s’agit d’une histoire fantastique, d’une mauvaise plaisanterie. Le pays qui avait autrefois plus de 50 milliards de dollars de revenus pétroliers, n’atteint plus aujourd’hui 500 millions, soit un centième de ce montant. Voilà à quel point la situation est grave, un blocus brutal. Face à ces circonstances, il est nécessaire de rendre le cadre juridique plus flexible afin d’attirer les investissements étrangers. C’est ce que le président Maduro a fait avec la loi anti-blocage et je suis tout à fait d’accord. Ce que nous ne pouvons pas ignorer, ce sont les conséquences de ce blocus. Je ne comprends pas les analystes et les pseudo-professeurs qui parlent de l’échec des politiques économiques du Venezuela ou de la migration, en omettant de dire que le pays est bloqué, qu’il est dans une économie de guerre ».

Quelle est l’intention de cette droite politico-médiatique qui, par exemple, en Argentine a des dirigeants comme Patricia Bullrich, la présidente du PRO (parti de Macri) qui a appelé le peuple à ne pas aller voter ?

Les élections sont valables tant qu’ils les gagnent, la démocratie est valable tant qu’elle sert leurs intérêts. Mais quand il y a un risque que quelque chose change dans cette démocratie, ils n’ont aucun souci à y mettre fin. Nous avons vu les coups d’État, les déstabilisations, etc. Alors, sûrement, puisque cette dame a vu que son allié au Venezuela n’allait pas gagner les prochaines élections, a-t-elle voulu les délégitimer en appelant à l’abstention.

Rafael Correa interviewé par Cynthia Garcia

Correa porte un costume bleu et une chemise blanche andine avec une broderie pré-colombienne bleue. La tenue vestimentaire habituelle reste un message d’identité nationale auquel il n’a pas renoncé. La salle où se déroule l’entretien est vitrée. Des fenêtres, on peut voir une partie de la ville. À l’extérieur de la salle, on aperçoit, attendant une réunion Fernando Lugo, l’ancien président du Paraguay qui a été renversé par un coup d’État en 2012 et qui est également l’un des anciens présidents venus en observateurs, avec le Bolivien Evo Morales et l’Espagnol José Luis Rodríguez Zapatero.

Comment voyez-vous la situation actuelle en Équateur, le binôme Arauz-Rabascall, votre propre interdiction ?

Triomphale. Nous travaillons comme si nous n’avions pas un seul vote, mais tous les sondages nous placent en tête et pour beaucoup d’entre eux, nous gagnons au premier tour. C’est le bon côté de l’histoire, le mauvais est que le gouvernement le sait. Pour ce gouvernement malfaisant (de Lenin Moreno), la pire chose au monde serait que nous gagnions. Ils n’auront nulle part où se cacher, nous ne cherchons pas la vengeance mais la justice. Ils ont commis des crimes terribles : corruption, persécution politique ; ils sont prêts à tout, absolument à tout…  Le binôme, qui s’est inscrit le 18 septembre et a été contesté à maintes reprises, n’est pas encore officiellement enregistré. Plus de deux mois plus tard, le duo n’est pas très fort, bien qu’il soit en tête de tous les sondages. Très probablement, arguant du problème de la pandémie, voudront-ils reporter les élections pour voir comment ils peuvent nous vaincre ou accepter un candidat à la dernière minute en enfreignant les règles électorales et en forçant un second tour et, dans ce second tour, s’unir contre nous. Ils sont désespérés, mais nous sommes optimistes et enthousiastes.

Rafael Correa rappelle les persécutions menées par le gouvernement de Lenin Moreno. Cette interview se déroule avec trois citoyens équatoriens exilés de leur pays : Correa lui-même, qui a été condamné et a reçu l’ordre d’être arrêté en Équateur ; Fernando Alvarado, ancien fonctionnaire et chef de campagne de la révolution citoyenne, et Gabriela Rivadeneira, une cadre importante des partisans de Correa et ancienne présidente de l’Assemblée équatorienne. Chacun d’eux raconte l’histoire du moment où il a dû quitter l’Equateur. Ces expériences donnent le frisson en pensant à un appareil d’État répressif qui les cherche dans la ville et à des amis qui appellent et disent, comme dans le cas de Rivadeneira et Alvarado : « Jette ton téléphone portable, prends tes affaires, tes enfants, et partez maintenant parce qu’ils vous cherchent ».

Alvarado est ici au Venezuela et Rivadeneira vit au Mexique avec ses deux enfants. L’ancienne députée révèle que le jour où le président Andrés Manuel López Obrador lui a donné refuge, le Mexique a rouvert la porte de l’asile politique après presque quarante ans d’inactivité.

La dette, le coronavirus, les médias

Comment les pays de la région vont-ils se sortir des situations de dette extérieure et de pandémie ?

Pour surmonter la pandémie, nous aurons besoin d’une aide et d’un financement extérieurs et il est préférable de le faire au niveau régional, de manière coordonnée, pour être un peu plus présent au niveau mondial. L’Argentine est un cas particulier. Elle a reçu le plus grand financement de l’histoire du FMI, mais il a été fait de manière absolument irresponsable : cette dette envers le FMI n’a pas servi à financer des routes, des centrales hydroélectriques, des augmentations de réserves, mais elle a financé la fuite des capitaux. L’Argentine s’est retrouvée endettée, l’économie est en crise et l’argent a quitté le pays.

Il y a quelques minutes, vous avez dit qu’en 2015 « ce n’est pas Macri mais Clarín (le plus grand groupe de presse et médias d’Argentine) qui a triomphé ».

Tant que nous n’aurons pas résolu la question des médias, il n’y aura  ni démocratie ni développement en Amérique latine. Parfois, nous ne lui accordons pas l’importance qu’ont certains problèmes. Que font les médias ? Ils nous informent. En principe, ils devraient être les gardiens de la vérité ; en Amérique latine, ils ont été les premiers à voler cette vérité. Sans vérité, sans information, nous n’avons pas de démocratie, pas d’élections libres, nous sommes manipulés, il n’y a pas de décisions politiques correctes, pas de décisions correctes pour l’action politique et sans cela, il n’y aura pas de développement. Les médias sont les grands opposants aux gouvernements progressistes.

Propos recueillis par Cynthia Garcia

Source : Pagina12

Traduction : Venesol

Classe 4 de l’Ecole de communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » : le son paysan

Comment écouter le paysan et transmettre sa pensée politique, sans que le discours sonore écrase l’image ? Comment laisser parler la nature elle-même, et entendre le travail ? Comment le vent de l’état de Falcon, au Venezuela, peut-il devenir un axe sonore pour écrire l’histoire collective ? Le professeur et réalisateur Victor Hugo Rivera donne une classe magistrale sur la construction de la bande sonore de son documentaire « Il vente », pour les étudiant(e)s de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez ». Vous pouvez lui poser vos questions à escuelaterratv@gmail.com

Le 3 octobre 2020, à la demande de la Coordination latino-américaine des organisations rurales – Vía Campesina, notre Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » a participé comme formatrice à la Vème Ecole de Communication de la CLOC-VC . Le cours avait pour thème la « langue et l’intégration du sujet populaire dans le cinéma latino-américain » et a été donné par le réalisateur et formateur Jesús Reyes. Coordination et photos: ALBA TV

Une des réalisations de notre école populaire de cinéma qui raconte un an de l’expérience de la Commune Socialiste « Altos de Lidice » (Caracas, Venezuela) continue à faire parler d’elle ! Les photos montrent la discussion sur le documentaire vénézuélien « Temps de Lutte » de Jesus Reyes Yisus Reyes et Victor Hugo Rivera Víctor H Rivera présenté au Festival international « Cinéma et droits des travailleurs » Séoul 2020, Corée du Sud

Vous pouvez vous joindre aux 125 ami(e)s solidaires qui aident à créer cette école, l’objectif est très proche : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/classe-4-de-lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-le-son-paysan/

Classe II de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chávez ». Analyse de « Las Mercedes, la forge d’un héritage »

Humilité, patience, écoute, souplesse, dignité… Comment réaliser un documentaire au service d’un mouvement social sans répéter le schéma classique des interviews avec questions/réponses induites ? Ce deuxième cours de l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » raconte une expérience menée avec le mouvement paysan vénézuélien (dont la genèse est lisible ici). Il a été réalisé par Jorge Henriquez et Victor Daniel Rivera, formateurs/réalisateurs intégraux de Terra TV et de l’Ecole Populaire et Latino-américaine de Cinéma.

Comme tous les autres, ce cours de 24 minutes restera en ligne sur Youtube, et complémente les futurs cours présentiels à Caracas. Vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com. La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » approche de son objectif. Vous pouvez vous joindre aux 124 premiers donateurs, et l’aider à naître: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

A bientôt.
Fraternellement.

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5AI

L’IALA, une école d’agroécologie en résistance au Venezuela

La télévision paysanne Terra TV continue de former les étudiant(e)s de l’IALA, une école latino-américaine d’agroécologie qui comme beaucoup d’autres projets résiste aux épreuves que traverse le Venezuela aujourd’hui et en particulier au blocus très lourd de l’économie par les Etats-Unis. Voici un nouvel épisode de leur chronique audiovisuelle et un résumé des tâches récemment accomplies, rédigé par Leiber Montana :

✓ La brigade permanente de 15 membres formée par les étudiants nationaux et internationaux, et les professeurs accompagnateurs, bénéficie du soutien à mi-temps des familles paysannes vivant autour de l’école.

✓ Avancement du processus pédagogique-académique avec des études de la communauté familiale et des communautés d’origine de chaque étudiant. On a initié les processus de 18 recherches en agroécologie sur les mêmes territoires.

✓ Appui agroécologique aux projets sociaux et productifs intégrés pour l’élevage, l’ensemencement et la production de bio-intrants. Tous ces éléments sont renforcés par le potentiel des unités de production.

✓ Prise en charge et protection du territoire local. Avec la volonté de ne pas abandonner les espaces d’éducation et de production, mais plutôt de les renforcer de manière durable.

✓ La territorialité agroécologique travaille main dans la main avec les communautés du Pie de Monte Andino, pour générer des processus agroécologiques à partir de l’agriculture familiale et communautaire.

✓ Ouverture et renforcement des projets : semis communautaires, semences paysannes, élevage collectif de porcs.

Dans les moments actuels de crise structurelle, où le capitalisme intensifie son contrôle hégémonique de la biosphère planétaire dans l’extraction, la contamination et la marchandisation de la nature et continue à étendre son contrôle culturel de la population, à la fragmentation des relations humaines, de la société et de la nature, la formation de l’être humain est plus que jamais un axe transversal de toute transformation révolutionnaire.

Ces moments de difficulté doivent devenir des leviers de grandes transformations et nous avons réussi à réparer des machines endommagées, un camion, une pompe…En inventant des formes d’appui qui viennent des organisations populaires et du gouvernement bolivarien, nous devons continuer à rassembler nos forces, échanger, troquer pour donner une réponse à ces difficultés et ouvrir de nouveaux projets qui renforcent la souveraineté alimentaire et les processus d’éducation populaire.

Étude, lutte et organisation, avec l’agroécologie dans la révolution

Pour la Coordination Politico-Éducative de la Coordinadora Latinoamericana de las Organizaciones del Campo (CLOC-VIA CAMPESINA), CLOC-LVC.

Leiber Montana

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L’École de Communication des Mouvements Sociaux Hugo Chavez, c’est parti !

Avant d’initier les premiers ateliers présentiels à Caracas, nous avons décidé de diffuser nos cours en ligne. Ce premier cours « Pour un documentaire qui exprime la beauté intérieure des secteurs populaires » a été conçu par le réalisateur et formateur Jesus Reyes et restera disponible de manière permanente sur Youtube. Après l’avoir regardé, vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com

Tous les quinze jours un nouveau cours sera mis en ligne pour que vous puissiez vous former à fond, avec l’aide de notre équipe de formateurs(trices), à tous les aspects de la communication populaire au service de la transformation sociale.

La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » est en cours. Vous pouvez vous joindre aux 120 premiers donateurs, et faire naître l’école grâce à ce lien : https://www.helloasso.com/…/pour-la-creation-de-l-ecole-de…/

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Alto Apure, victoire paysanne (Terra TV)

Le documentaire s’ouvre sur le « courtois » dialogue de sourds entre les « héritiers » des terres abandonnées et les paysans qui veulent les faire produire. Les premiers sont obligés de négocier avec les seconds qui ont commencé à délimiter leurs parcelles à force de marches épuisantes dans les marais. Reflet d’un rapport de force qui, ici, dans l’Alto Apure, a basculé en faveur des paysans grâce à la révolution bolivarienne… Dans l’ensemble la lutte initiée sous l’impulsion des mouvements paysans et du volontarisme agraire du président Chavez reste difficile. Le 8 août, le président Maduro a de nouveau exigé des Forces Armées qu’elles protègent les paysans et a exigé un rapport sur les 370 paysan(ne)s assassiné(e)s par les grands propriétaires en vingt ans de lutte pour la terre.

La genèse de ce film produit par une équipe de la télévision paysanne Terra TV (Betzany Guedez, Jorge Henriquez, Thierry Deronne, Miguel Escalona) pour défendre la lutte des pionniers du campement « Hugo Rafael Chavez Frias », et coproduit par la Coordination paysanne CRBZ (Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora), est narrée ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/10/22/vivre-le-venezuela-3-au-pays-du-bucheron-perdu/

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