Le Venezuela au fond des yeux (5) : le collectif Cacri brosse la vie populaire en temps de pandémie

Cacri est un collectif vénézuélien qui a décidé de mettre la photographie dans la rue. Le groupe des sept ami(e)s est resté actif pendant la période de confinement que traverse le pays et profitent des heures ouvrables (les magasins essentiels ouvrent jusqu’à 14 heures) non seulement pour effectuer leurs emplettes ou démarches, mais aussi pour peindre le moment particulier que vit la nation caraïbe. Le collectif est composé des photographes Maxwell Briceño, Cacica Honta, Carlos Foucault, Marcelo Volpe, Nica Guerrero, Dikó Betancourt et Giuliano Salvatore.

Avant de sortir l’appareil photo, ils prennent toutes les mesures nécessaires pour prendre soin d’eux-mêmes et de leur entourage. Même si la production photographique n’est pas comparable à celle qu’ils ou elles menaient avant la pandémie, ils ont réussi à réaliser un travail important sur le travail de désinfection dans les rues, les visites médicales et le dépistage massif à domicile, la vie chez soi pendant le confinement et l’organisation du pouvoir populaire pour faire face aux problèmes sociaux. (NdT : au 23 mai 2020, le Venezuela a réussi à maintenir le nombre de décès à 10, chiffres confirmés par l’OMS. 74% des 1010 cas sont venus des pays voisins. Le gouvernement bolivarien a mis en place une vaste opération de rapatriement gratuit par les avions de la compagnie publique Conviasa ou d’accueil aux frontières, avec assistance médicale et logistique gratuites également, pour les dizaines de milliers de vénézuélien(ne)s en détresse, fuyant les régimes néo-libéraux qui ont laissé exploser l’hécatombe : Chili, Brésil, Colombie, Equateur ou Pérou.)

Les photographes de Cacri ont été parmi les rares à saisir les images de l’arrivée des premiers compatriotes revenant de Colombie. Ce fut pour eux une expérience unique. Ils n’avaient pas prévu de couvrir ce moment mais lorsqu’ils ont reçu la nouvelle, ils n’ont pas hésité une seconde.

Les compagnons de Cacri ont également documenté la façon dont la vie quotidienne des vénézuélien(ne)s a été transformée, en capturant dans leurs images la transformation de l’économie populaire et les alternatives que les gens ont imaginées pour rendre la pandémie plus supportable. Ils ont profité de cette période pour publier des travaux inédits, grâce à leur compte dans le réseau social instagram @cacriphotos, et continuent à se former à la photographie documentaire et sociale pour dire la patience du peuple vénézuélien.

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/coronavirus/historias-de-cuarentena-los-cacri-registran-las-dinamicas-del-pueblo/

Traduction : Thierry Deronne

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Comment une plate-forme en ligne a-t-elle aidé à combattre le Covid-19 au Venezuela ? par Jessica Dos Santos (RT)

On ne déplore que 10 décès au Venezuela depuis le début de la pandémie (chiffres confirmés par l’OMS dont les experts travaillent sur place) : l’ONU a demandé l’autorisation au Venezuela d’étudier son modèle pour le répliquer dans d’autres nations. Bien que les médias internationaux persistent à occulter ce succès et  ses facteurs – confinement précoce, masques généralisés, centaines de milliers de tests, etc… il en est un particulièrement peu connu et pourtant décisif : le « Sistema Patria« . Si un(e) citoyen(ne) présente des symptômes de Covid-19, il peut accéder en ligne au « Sistema Patria« , plate-forme bien connue, pour le signaler grâce à une enquête de dépistage composée de huit questions qui aident à déterminer si la personne a une fièvre supérieure à 37,5 degrés, des difficultés à respirer, une toux sèche, une congestion nasale, un mal de gorge, entre autres.

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Jessica Dos Santos est enseignante universitaire, journaliste et écrivaine vénézuélienne. Son travail a été publié dans des revues comme Épale CCS, 15 y Último et Desafíos. Elle est l’auteur du livre « Caracas en sandales » (2018).

Cette enquête, à laquelle chacun(e) peut répondre en permanence, et modifier les réponses au besoin toutes les 24 heures, a été réalisée par les autorités sanitaires du Venezuela en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la santé (OMS). Elle est obligatoire lorsque vous entrez dans le système, c’est-à-dire que vous ne pouvez faire aucun autre mouvement sans y répondre au préalable.

Lorsqu’une personne signale des symptômes positifs, les médecins et spécialistes vénézuéliens et cubains, selon le protocole sanitaire standard, se rendent immédiatement à son domicile pour vérifier à l’aide de tests rapides ou de PCR, si la contagion existe ou non, ce qui permet d’éviter le transfert du patient vers un centre de santé et réduit fortement les risques de propagation du virus. Au 9 mai 2020 le Venezuela se porte à la tête des pays d’Amérique Latine avec 507.119 tests, soit  16.904 par million d’habitant(e)s.

Si un cas est confirmé, les autorités hospitalisent la personne concernée et établissent la chaîne de contacts correspondante pour poursuivre les enquêtes.

Avant et après le virus

Ce système créé par le président Nicolás Maduro en décembre 2016, avait et a toujours pour but premier de faire face aux effets de la guerre économique états-unienne et d’évaluer la situation socio-économique de la population pour lui octroyer des allocations d’État. Environ 20 millions de Vénézuéliens sont inscrits sur la plate-forme depuis plusieurs années.

« Il a été utilisé pour faire des études socio-économiques, c’est-à-dire pour vous demander dans quel état est votre logement, si on a accès aux services publics, le type d’emploi que vous avez, et le niveau de revenus, votre situation géographique. C’est un moyen d’unifier les données sociales de la population pour orienter les mesures gouvernementales de protection, en fonction des ressources économiques existantes » explique Luigino Bracci, professionnel de l’informatique.

La nouvelle enquête permet à l’État d’utiliser la plate-forme pour faire un suivi du virus. « Et aussi, d’avoir une carte qui indique la localisation géographique exacte des personnes interrogées et leurs symptômes« , explique Mr. Bracci, ajoutant que si la personne répond depuis son téléphone portable, l’application permet même d’activer le système de géolocalisation (GPS).

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Le médecin et chercheur Ricardo León, directeur de l’Observatoire de l’impact sanitaire et social du Venezuela

Selon les experts de la santé, ces visites à domicile ont joué un rôle décisif pour aplatir la courbe d’infection. « Le « Sistema Patria » a été un outil puissant pour planifier et collecter le volume de données structurées et semi-structurées dont toute nation aimerait disposer« , explique Ricardo León, spécialiste en médecine interne et directeur de l’Observatoire de l’impact sanitaire et social du Venezuela (photo).

Grâce à cet outil, qui possède un domaine public, le Venezuela a pu prendre des décisions en temps réel, et même à l’avance, en matière de contrôle épidémiologique

Cette technologie a également permis la participation directe de la population au contrôle de la pandémie. « Grâce au système Patria, nous sommes connectés jour après jour avec les gens sur leur territoire et nous obtenons un grand volume de participation citoyenne qui nous permet d’obtenir des informations, de les traiter, d’avoir des résultats et d’agir en temps réel. C’est un outil formidable, bien qu’il soit peu utilisé encore en épidémiologie aujourd’hui. Il nous place à l’avant-garde« , ajoute le Dr León.

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Un travailleur de la santé prend des notes pendant que les migrants vénézuéliens attendent d’être contrôlés. 13 avril 2020. Luis Robayo / AFP

Photos : fuyant la xénophobie et la pandémie en Equateur, au Chili, en Colombie, au Pérou ou au Brésil où ils avaient émigré à cause de la guerre économique des USA contre le Venezuela, des milliers de vénézuélien(ne)s rentrent chez eux à bord d’avions publics activés par le gouvernement de Nicolas Maduro

Le gouvernement vénézuélien a fait du système « Patria » l’un des quatre points principaux de sa stratégie.

« Le gouvernement est très fier de ce système car on ne parle généralement pas du Venezuela comme d’un pays à la pointe de la technologie. Et quand on cherche parmi les pays qui ont utilisé la technologie pour combattre le covid-19, on trouve des exemples comme la Corée du Sud, connue pour son très haut niveau technologique, ainsi que la Chine« , explique l’expert en informatique Bracci, qui considère que la plateforme locale « a été assez bien faite » car « les applications pour androïde et ordinateur sont solides« .

Actuellement, la plateforme est également utilisée pour mesurer le degré de conformité avec les mesures de confinement et de prévention – dépistage, port de masque et désinfection des espaces publics mis en place au niveau national.

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Enquête sur la quarantaine et l’analyse de la situation du Covid-19 disponible sur la Plataforma del Carnet de la Patria https://www.facebook.com/CarnetDLaPatria/posts/1604564769697481

Aucun sectarisme

L’initiative a été critiquée par certains secteurs de la droite vénézuélienne qui affirment que la plate-forme « est discriminatoire ». L’argument qu’ils avancent est que de nombreux opposants au gouvernement ne sont pas enregistrés.

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Luigino Bracci, spécialiste en informatique

Pour Bracci la chose est facile à réfuter: « le fait que les allocations sont octroyées à l’ensemble de la population à travers le « Sistema Patria », a depuis longtemps conduit de très nombreuses personnes, de toutes les positions politiques, à s’inscrire sur la plate-forme. La meilleure preuve en est que lors des élections, le gouvernement du président Nicolas Maduro a obtenu environ 7.000.000 de voix, alors qu’on compte plus de 19.000.000 de personnes inscrites dans le « sistema Patria », ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un système réservé aux « chavistes« .

L’expert considère que ce système a un énorme potentiel. « Il pourrait aider à mettre en place un contrôle social, par exemple, pour exprimer les problèmes que nous vivons tous et que souvent les dirigeants ou les fonctionnaires, en raison de leurs multiples occupations, ne voient pas. En d’autres termes, les défaillances peuvent être détectées et faire l’objet d’une réponse rapide.« 

Par ailleurs le président Nicolás Maduro a précisé que ces visites à domicile réalisées grâce à l’enquête « ont permis d’améliorer la santé de la population en général » : dans certains cas en effet, alors que les personnes interrogées ne présentaient pas d’infection au Covid-19, « elles ont présenté d’autres pathologies requérant des soins« .

Les autorités vénézuéliennes estiment que sans cette méthode et sans les mesures de confinement, le pays compterait à cette heure 200.360 cas positifs et le nombre de décès dépasserait les 7.000. En revanche, la nation latino-américaine n’a enregistré jusqu’à présent que 381 infections et dix décès, chiffres confirmés par l’OMS.

Jessica Dos Santos

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Photo: Commune Socialiste « Altos de Lidice »

Source : https://actualidad.rt.com/actualidad/351545-venezuela-pandemia-coronavirus-plataforma-patria

Traduction : Thierry Deronne

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Le Venezuela au fond des yeux (4) : « contribuer à écrire l’Histoire » par le photographe Giuliano Salvatore

GiulianoGiuliano Salvatore (photo) est un talentueux réalisateur audiovisuel, documentaliste et photographe vénézuélien. Directeur de photographie chez Salvaje Films et à la coopérative La Célula, Giuliano a contribué à réaliser divers projets audiovisuels, dont le long métrage Juntera (2014). Giuliano a aussi été l’un des premiers photographes que nous avions mis en valeur dans cette série “Esta vida nuestra”.

L’art et la précision dont fait preuve le réalisateur vénézuélien lorsqu’il capte et fixe les expressions des sujets photographiés sous leurs multiples facettes nous étonne toujours encore. Nous avons voulu en savoir davantage sur l’auteur de cet important travail audiovisuel. Voici son histoire.

De quelle partie du Venezuela es-tu originaire ? Parle-nous un peu de toi et de tes débuts dans le pays.

Je suis né à Cumana où j’ai vécu jusqu’à mes dix ans. Ensuite, je suis allé à San Antonio de Los Altos et plus tard à Caracas. A vrai dire, même si en ce moment je ne suis pas un “caraqueno”, je considère Caracas comme mon chez moi, bien que j’aie voulu m’installer dans d’autres endroits du pays depuis un certain temps déjà et que j’ai failli le faire à maintes reprises. Mais plus maintenant. Caracas est tout un pays en lui-même, petit, hétéroclite et isolé du restant du pays. Quand je reste longtemps sans en partir, cette impression se renforce. Puis on sort de la ville, et l’univers que nous pensions être se dilate à l’infini tandis que Caracas se fait toute petite face au reste du monde.

Il est bien évident pour nous autres qui sommes de l’intérieur de ce petit monde, que lorsque nous quittons la ville, nous nous dilatons aussi et nous retrouvons des horizons que nous avions souvent oubliés.

Tu as fait des études littéraires. Qu’est-ce qui t’y a poussé ? Pourrais-tu nous citer un auteur qui t’a influencé ?

J’ai étudié la littérature à l’Université Centrale du Venezuela. Ma mère est écrivaine, j’ai donc passé mon enfance entouré de livres et occupé à lire; jusqu’à mes treize ans, rien ne m’intéressait hormis la lecture. Plus tard, j’ai attrapé le bon filon et me suis mis à écrire de la poésie, et à quinze ans j’avais déjà décidé d’étudier la littérature, bien qu’au fond étudier ne m’intéressait pas vraiment. A cette époque, je voulais surtout connaître des gens qui avaient la même motivation.

L’Université m’a transformé. J’ai un peu traîné les premières années, mais j’ai tenu bon et j’ai même fait une maîtrise en littérature latino-américaine à L’Université Simon Bolivar, dont je me suis échappé juste au moment de passer ma thèse pour réaliser mon premier documentaire, sans jamais y retourner. Beaucoup d’auteurs m’ont influencé : Ramos Sucre, Julio Garmendia, Lezama, Juarroz, Saint-Exupéry, Kafka, Borges, Barthes, Deleuze, Derrida, Mutis, Faulkner, Capote, Cabrera Infante, Miguel Hernandez, Araujo, entre autres.

Comment se sont passés tes débuts dans la photographie ?

Eh bien, il se trouve que je suis aussi fils de photographe, donc la photographie et la littérature m’ont toujours été proches. Très souvent, petit, je m’asseyais sur une petite chaise dans le laboratoire de mon père pour le regarder développer ses photos ; l’ambiance me plaisait beaucoup, le silence, l’odeur du révélateur, la lumière rouge. J’ai grandi dans cette atmosphère dans ma propre maison. Le premier appareil photo à pellicule que j’ai eu entre les mains, préparé par mon père vers mes seize ans, a été un vrai désastre : j’avais bougé en prenant les photos, elles étaient brouillées, floues, l’exposition était mal faite. Je ne m’y suis plus intéressé pendant plusieurs années. Je préférais faire des vidéos.

J’ai réalisé mon premier court métrage avec un ami, à vingt ans. Par la suite, nous en avons fait quelques autres. Puis je suis revenu à la littérature. En 2008, j’ai présenté un film documentaire au Centre National du Cinéma, et il a été accepté. A partir de ce moment, j’ai commencé à tourner des vidéos documentaires. Il y a environ cinq ans, je me suis mis à prendre des photos avec un portable, puis j‘ai utilisé une Canon avec laquelle je faisais presqu’exclusivement des vidéos jusqu’à ce que je l’aie prise au bureau pour commencer à faire de la photo. C’était en 2017. Je faisais déjà de la photo avant, mais pas très sérieusement.

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Quel photographe ou réalisateur -ou leur travail- t’ont-ils influencé ?

Au Venezuela, disons qu’il y a eu mon propre père, Rafael Salvatore, puis Paolo Gasparini, Claudio Perna, Torito, Joaquin Cortez, Alexis Pérez Luna, Antolin Sanchez, Leo Alvarez, Luis Brito et quelques autres. A l’étranger, je crois que c’est Alex Webb qui restait à mes yeux le plus étonnant, techniquement et artistiquement parlant ; il y a eu aussi Blossfeld, Weston, Arbus, Mary Ellen Mark, Brassaï, Marilyn Mugot, Saul Leiter, David Alan Harvey.

Ta série de photographies “La Pastora” publiée le 16 mars nous plait beaucoup. Pourrais-tu nous en dire quelques mots ?

Eh bien, la Commune Altos de Lidice est un lieu qui m’est très proche, politiquement et affectivement parlant, et je connais bien le sérieux et la ferveur avec lesquels les habitant(e)s poursuivent leur action. Je suis allé photographier cela, pas les petits faits de l’existence quotidienne, mais la cohérence de l’effort qu’ils font et la logique qui est la leur, l’état d’esprit qui anime le quotidien.

La photographie est également l’art du temps, aussi bien par rapport au contenu de la photo que de sa publication, et en ce moment, juste au début de la quarantaine, je sens qu’il faut nous rendre compte que nous pouvons prendre en charge par nous-mêmes cette situation, nous mettre en retrait en l’assumant avec courage, efficacité et dévouement. Rien ne vaut une communauté faisant face au problème avec ses propres moyens et de manière solidaire.

A certains moments, on se rend compte que ce qu’il faut réussir à faire, c’est de contribuer à écrire l’Histoire, à fournir des arguments (même si ce n’est qu’une photo) pour qu’ensuite nous revoyions le passé, la photo nous donnant une image de nous-mêmes qui nous plaise ou, en tout cas, nous évoque.

Parlons à présent de matériel. Qu’utilises-tu pour prendre les photos que tu publies sur Instagram ?

Depuis l’an dernier, j’utilise un Sony Alpha 7II, équipé de trois lentilles, de 50 mm, de 14 mm et de 28-70 mm, toutes étant de gamme moyenne ou basse. Avant, j’avais une Canon 60D, avec des lentilles de meilleure qualité parfois, et avec plus de possibilités de distances focales. Mais je n’utilise plus la Canon ni le capteur APSC. La Sony me convient très bien, c’est moi qui dois encore m’améliorer, et beaucoup.

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Quels projets as-tu prévu pour les années à venir ?

J’en ai plusieurs en cours, que je ne pensais pas aussi longs à réaliser. A Caracas, j’aimerais faire un essai sur Altagracia, l’une des communes de Caracas qui me plait le plus, car j’y ai vécu deux ans et je crois bien que c’est là que j’ai commencé à me mettre sérieusement à la photo, même si ce n’était qu’avec un portable ; et un autre sur Santa Rosalia, un bel aménagement urbain de la ville. Mais Caracas m’étouffe un peu, j’aimerais retourner, cette fois avec une caméra photo, à des endroits qui me manquent comme les régions de Barinas, Apure ou Sucre. De plus, en ce moment, l’un de mes grands projets est le collectif dont je fais partie, Cacri Photos et les projets de mes étudiants de UNEARTE.

Pour finir, une question que nous posons à tous nos interviewés en ce moment : que fais-tu pendant le confinement ?

Depuis la deuxième semaine de confinement, je ne suis presque pas sorti faire de photos. Je n’ai pas voulu prendre de risques et je ne savais pas quoi photographier qui ne l’ait déjà été par d’autres collègues. J’ai commencé à écrire sur la photographie comme sur le cinéma, je lis des ouvrages de référence et je regarde aussi des films. Sans oublier de voir des memes et écouter de la musique.

Pour suivre le travail de Giuliano Salvatore sur Instagram: https://www.instagram.com/giuliosalvadio/ et sur Behance: https://www.behance.net/GiulianoSalvatore

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Source: https://estavidanuestra.com/giuliano-salvatore-la-voz-detras-de-las-fotografias/

Traduction: Frédérique Buhl

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Les entretiens des Nouvelles Libres – L’école de communication internationale des mouvements sociaux à Caracas

Thierry Deronne, créateur du blog Venezuela infos, a accepté de nous parler du projet qui est en train de voir le jour à Caracas : celui d’une école de communication internationale des mouvements sociaux. Entretien.

  1. Bonjour Thierry. Vous habitez au Venezuela depuis 1994. Comment d’abord avez vous pris la décision d’aller vivre là-bas ?

 « Dans les années 80, parmi d’innombrables “internationalistes”, j’ai vécu deux ans au Nicaragua pour apporter mon modeste concours de vidéaste à l’immense effort de transformation mené par le gouvernement sandiniste (1). J’y ai rencontré Mariana Yonüsg Blanco, une militante vénézuélienne féministe dont l’appartement était devenu une sorte de “siège de l’ONU ». Jésuites madrilènes, théologienne de gauche allemande, infirmières basques, professeur de musique mexicain, médecins cubains, femmes bâtisseuses de Condega, nous débattions passionnément, de longues nuits durant, de comment nous allions construire la planète socialiste. Après la défaite électorale des sandinistes en 1990, nombre de ces “architectes” ont dû renoncer à leur « folie » et sont rentrés dans leur pays. Mariana est retournée au Venezuela avec ses enfants. Elle m’a invité à la rejoindre à Maracay pour poursuivre le travail d’éducation populaire. C’est elle qui m’a fait connaitre le MBR-200, le mouvement bolivarien – encore à demi clandestin – conçu par Hugo Chavez à sa sortie de prison. Après la victoire électorale du Comandante en 1998 s’est déployée au Venezuela la même énergie collective qu’au Nicaragua. Grâce à quoi j’ai pu fonder une école populaire et latino-américaine audiovisuelle et deux télévisions populaires. A partir de 2004 j’ai participé à la direction et à la formation du personnel de la télévision publique participative Vive TV créée à la demande du président Chavez par la militante de la communication populaire Blanca Eekhout. »

  1. Sur votre site vous présentez un aspect du Venezuela qu’en France et en Europe nous ne connaissons pas ou peu. Pourquoi ce choix ?

 « Les médias qui fabriquent le consentement mondial ont pour tactique de personnaliser les processus (Venezuela = Maduro, etc.). Invisibiliser le peuple, son rôle moteur dans la démocratie participative, vise à empêcher l’identification citoyenne pour mieux construire des opinions publiques favorables aux “frappes sélectives” contre un “dictateur solitaire”. Depuis vingt ans, les journalistes français, logés dans les secteurs chics de Caracas, ont occulté les 80 % de quartiers populaires où vit la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif l’extrême droite insurgée des Guaido et autres, et en « répression » les affrontements générés pour les médias internationaux. On pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américainsRodriguez ZapateroLula ou Rafael Correa, parmi tant d’observateurs internationaux, ont attesté la transparence, la légitimité, le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est l’inclusion des exclu(e)s et l’avènement d’une démocratie participative qui caractérisent le mieux le Venezuela bolivarien. Montrer ce que les gens font de leur destin, apprendre à comprendre, à respecter et à aimer ce sujet plein d’histoire, qui construit des communes et d’autres formes de pouvoir citoyen, et qui n’est pas seulement une “victime de l’impérialisme pétrolier”, est donc stratégique. C’est l’angle que je privilégie dans mon Blog Venezuela Infos. »

« Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? »

 

  1. Un projet, l’école de communication internationale des mouvements sociaux est en train de voir le jour. Pouvez-nous le présenter ?

 « Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Préparer le monde nouveau pourrait-il se faire sans créer de nouveaux médias qui permettent « au peuple de discuter avec le peuple » ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant d’abord et partout à une forme nouvelle, plus participative, moins narcissique, et moins éphémère, d’informer. Et comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« … »

  1. D’où est venue cette idée et par qui est-elle portée ?

 « Depuis vingt ans, avec Pablo Kunich d’Alba TV et tant d’autres, nous avons participé à des rencontres de mouvements sociaux latino-américains qui concluaient à ce besoin pressant d’un vaste système de communication populaire. C’est paradoxal : alors que nous assumons que tout travail politique, toute compréhension de l’Histoire suppose de mettre les cartes sur la table, d’ouvrir et de traiter les contradictions à partir du cerveau collectif, au moment de « communiquer » nous revenons à la forme pauvre – commerciale, lisse, verticale – de vendre un message à un consommateur individuel. On recycle les schèmes de la communication du libre marché, des techniques émanant d’un monde que nous rejetons. Or s’il est un acquis de la pensée révolutionnaire en matière de communication, c’est celui qu’Althusser résumait: “Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie”. Un média (ou une usine, un État, une université, une commune, etc.) n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est mais parce que son mode de production l’est (à savoir comment il émane de la population, comment il organise le travail, la formation interne, la programmation, etc.).

Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier. »

  1. Quel est le rôle des mouvements sociaux, et notamment du Mouvement des Sans Terre dans ce projet ?

 « Les Sans Terre du Brésil appuient depuis le début, puissamment, notre école, et de beaucoup de manières, ils font d’ailleurs partie de son équipe pédagogique à Caracas. En tant qu’enseignant(e)s nous avons été très influencé(e)s par l’extraordinaire Université populaire des Sans Terre construite par eux-mêmes, sur la base du volontariat, au sud de Sao Paulo pour les mouvements sociaux du monde entier.

L’école Florestan Fernandes est un projet intégral. Après les matins d’étude de la philosophie, de l’économie politique, de l’agroécologie ou de la théorie de l’organisation, les étudiant(e)s de tous les continents partagent la tâche de produire leur alimentation en cultivant sur le terrain de l’école, et ils s’organisent pour faire la cuisine, entretenir l’école et créer toutes sortes d’activités culturelles parallèles aux cours. Aucune activité n’y est étrangère à la vision transformatrice. Dans notre école de communication aussi, chaque mouvement social apportera sa propre expérience. »

  1. Quelles en seront les modalités ? Qui pourra s’inscrire ? Quels seront les cursus et les matières ?

 « L’école est destinée aux mouvements sociaux – qu’il s’agisse de travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, elle organisera chaque année 30 ateliers intégraux, quatre ateliers de formation de formateurs, quatre séminaires, quatre laboratoires de création et deux stages internationaux. Elle apportera des réponses concrètes aux besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’école sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. »

  1. Depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez au Venezuela, les attaques économiques, mais aussi médiatiques, contre le pays se multiplient. Plus généralement elles touchent tous les pays Latinos-américains dirigés par la gauche mais aussi tous les pays du monde qui refusent d’être les valets de l’impérialisme. Cette école est-elle un moyen de rétablir quelques vérités ?

 « Une des conséquences de la vitesse émotionnelle, de l’instantané satellitaire, de l’absence de contexte, etc. qui caractérisent le champ médiatique actuel, est « l’obligation de moyenne ». D’un côté mille médias martèlent la Weltanschauung états-unienne (Maduro-est-un-dictateur-qui-affame-son-peuple), de l’autre le terrain du Venezuela reste trop lointain, difficile d’accès. La plupart des citoyens, intellectuels ou militants sont donc réduits à « faire une moyenne » forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et le réel. Ce qui donne, dans le meilleur des cas : « Il y a des problèmes de droits de l’homme, de famine, de pauvreté, je condamne la violence d’où quelle vienne, etc. »

Comment, dès lors, nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, ou Via Campesina, ou le Forum de Sao Paulo qui regroupe 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux d’Amérique Latine, ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains décrivent la déstabilisation économique, les violences, mais aussi les réponses populaires et gouvernementales à cette guerre impériale, on dispose d’un large éventail alternatif de sources et d’expertises provenant d’organisations démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité que la « moyenne » d’un science-po occidental, obligé de préserver sa carrière médiatique et universitaire. Dans notre école, le temps d’enquête, l’acquisition d’une culture historique, la possibilité de travailler sur place avec un secteur aussi ancré dans le réel que les mouvements sociaux, vont permettre en effet de générer toute sortes de contenus, documentaires, reportages multimédias, au-delà de toute propagande. »

« L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. »

 

  1. A long terme l’école pourra-t-elle être reproduite dans d’autres pays afin d’aider à l’émergence de nouveaux médias ?

 « Telle est en effet notre stratégie : contribuer à mettre en place une politique de rupture médiatique partout dans le monde. Il est temps de sortir de l’éternelle “critique des médias” pour récupérer notre temps, notre agenda. Seule la souveraineté populaire, communicationnelle, la polyphonie des témoignages contradictoires, endogènes, permettent à une nation de croître mais aussi de dialoguer avec les autres. L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. C’est pour esquiver les menaces, survivre, croître et trouver des alliés qu’il a besoin d’une information plurielle et différenciée – alors que la commerciale est de plus en plus homogène, superficielle, socialement inutile. C’est pourquoi l’avenir du métier d’informer est dans la démocratie participative. Pour le dire avec Sartre “le rôle du journaliste est de permettre que le peuple discute avec le peuple”. Contrairement aux médias commerciaux, la communication populaire ne résout pas la réalité sur l’écran ou sur la scène mais reste une « oeuvre ouverte » pour que le peuple participe à la construction du sens et se mette en mouvement. C’est aussi pourquoi elle est toujours originale dans sa forme. Elle repart toujours de quelque chose de nouveau parce que la réalité bouge à chaque instant, génère une forme nouvelle, non-formatée, à tout moment. Elle fait aussi ce que ne font jamais les médias dominants : un suivi d’une information pour transmettre les leçons qui nourriront la construction d’autres organisations.

Comment ne pas voir que lorsque le mode de produire l’information sera totalement nié par le grand monopole privé, notre grande “cellule” – appelons-la république, nation ou peuple – aura toujours besoin de “s’alimenter” ? Dès lors qu’attendons-nous ? Pourquoi ne pas anticiper les événements ? Combien de coups d’Etat médiatiques de plus attendrons-nous pour rédiger une loi mondiale, de démocratisation de la propriété des médias, refonder un service public participatif qui ne soit pas la copie du privé, remettre le reste des ondes, concessions, fréquences et ressources aux organisations populaires, repenser un usage du numérique organisateur et non narcissique, tribal ou éphèmère, et mettre en activité les écoles de la nouvelle communication sociale ? L’école “Hugo Chavez” est une école parmi d’autres. Chaque peuple va construire la sienne pour générer des médias socialement utiles qui posent les questions utiles aux citoyen(ne)s. »

Pour aider cette école à naître, tout don, même petit, sera très utile : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

(1) : Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Créer l’école internationale des mouvements sociaux « Hugo Chavez » : pour rester maîtres de notre futur

Cher(e) Ami(e), l’école internationale de communication des mouvements sociaux « Hugo Chavez » est un projet merveilleux que nous demandent de réaliser depuis vingt ans de nombreux mouvements du monde entier qui n’acceptent plus l’écrasement des luttes sociales par le champ médiatique. Comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« .

C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien. Nous espérons aussi, avec votre aide, toucher un peu plus de gens tous les jours. Voici la présentation détaillée du projet ainsi que les modalités pour qui souhaiterait faire un don et faire de cette idée folle une réalité forte d’engagement et de solidarité: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

Un abrazo fraternel depuis Caracas!

 

L’école de communication continentale Hugo Chavez : rester maîtres de notre futur

[Versión en español al final – English version below]

 

Si les grands médias effacent l’Histoire des peuples et opposent les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant partout à une forme nouvelle, participative, d’informer. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier.

Pour former qui ?

Toutes celles et ceux qui cherchent des réponses concrètes à leurs besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia : travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, l’école organisera chaque année 30 ateliers intégraux, 4 Ateliers de formation de formateurs, 4 Séminaires, 4 Laboratoires de Création et 2 Stages Internationaux. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne à la disposition des mouvements sociaux, afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’École sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. L’objectif économique vise à financer tous ces ateliers : hébergement, nourriture, transport, équipe d’instructeurs(trices). Nous fournissons, en plus de notre expérience, le matériel d’études, l’équipement technique nécessaire aux ateliers, l’infrastructure où la formation aura lieu et nos équipes de formatrices et formateurs qui garantiront la réalisation des ateliers. C’est pourquoi nous vous invitons à participer à cet effort collectif.

Qui porte le projet ?

Quatre associations à but non-lucratif ont décidé d’unir leur expérience en formation intégrale pour créer cette école: l’ EPLACITEALBA TV , TERRA TV et la BALEINE NOIRE. Ses enseignant(e)s se sont formé(e)s depuis quinze ans aux côtés de professeurs chevronnés comme Augusto Boal (Théâtre de l’Opprimé, Brésil), Jorge Sanjines (Cinéaste, Bolivie), Thierry Odeyn (professeur de documentaire, INSAS, Bruxelles), Claude Bailblé (professeur de son, FEMIS, France) et toute sorte d’enseignant(e)s d’Histoire, de littérature, de formation sociopolitique comme celles et ceux de l’École des Sans Terre au Brésil.

L’EPLACITE

Depuis 1995 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision a formé des milliers de personnes comme le salvadorien Sergio Sibrián dont la première oeuvre Le Tigre et le Cerfa reçu le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen (Floride) et du Meilleur Documentaire Indigène au Festival Voces Urgentes (Mexique). « Mémoire des Luttes » raconte l’histoire de l’EPLACITE.

ALBA TV

Depuis 13 ans, la chaîne de télévision Alba TV travaille main dans la main avec des mouvements sociaux et avec d’autres télévisions communautaires ou médias alternatifs en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans le monde entier. C’est un média basé sur la participation directe des peuples, et ses lignes de travail sont la production, la formation et l’articulation d’un point de vue décolonial, anti-impérialiste et anti-patriarcal.

TERRA TV

Diffusé via le satellite et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des projections de terrain, Terra TV transmet les luttes et les propositions des paysan(ne)s. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV les accompagne dans la création de formes innovantes, non formatées. Des participants tels le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil ont réalisé « La terre est à tous » visible dans ce reportage de Reporterre.

LA BALEINE NOIRE

La BALEINE NOIRE a créé des documentaires comme Qui-es tu octobre ? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival International de documentaires de Buenos Aires, Visions du Réel, etc..) ou d’oeuvres théâtrales telles que le Choeur d’Ali Aarrass dont les 30 femmes racontent la lutte pour la libération du détenu belgo-marocain Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE place la rencontre au centre du processus créatif, et tend à effacer la frontière entre acteur et spectateur à travers l’émancipation d’un regard critique.
Pour savoir comment participer aux cours de l’école, proposer des thèmes ou des collaborations, écrivez-nous : escuelaenred.comunicacion@gmail.com
 
[Versión en español]

La Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez: para seguir siendo dueños de nuestro futuro

Si los grandes medios de comunicación borran la historia de los pueblos y dividen a lxs ciudadanxs para desmovilizar sus luchas, ¿bastará con democratizar su propiedad? La recuperación de todos estos espacios sólo tendrá sentido si nos formamos en todas partes en una nueva forma participativa de informar. Ubicada en Caracas, en la encrucijada de las Américas y el Caribe, la Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez es un viejo sueño de los movimientos sociales. Su fuerza radica en los 25 años de experiencia de sus fundadore(a)s y en su infraestructura concreta de capacitación, producción y transmisión televisiva. Será un paso importante en el retorno del campo mediático a manos de los ciudadanos y extenderá sus brazos a otros continentes, en particular a África.

¿Para formar a quién?

A todxs aquellxs que buscan respuestas concretas a sus necesidades de formarse en escritura audiovisual, fotográfica, teatral, radiofónica, televisiva (incluso en vivo) y multimedia: trabajadorxs y creadorxs de todo tipo, sindicatos, movimientos de mujeres y jóvenes, organizaciones campesinas, de maestrxs, estudiantiles, colectivos de medios alternativos o comunitarios, etc… A partir de 2020, la escuela organizará 30 talleres integrales, 4 talleres de formación de formadores, 4 diplomados, 4 seminarios, 4 laboratorios de creación y 2 prácticas internacionales cada año. Pondrá a disposición de los movimientos sociales sus módulos de formación y clases magistrales en linea, para facilitar el acceso de todos y todas. Los movimientos también podrán enviar sus guiones o producciones para que sean analizados por nuestros formadore(a)s. La escuela será un espacio de articulación de los movimientos sociales de todo el mundo y de encuentro con las organizaciones populares locales. El objetivo económico apunta a cubrir la realización de todos estos talleres: alojamiento, comida, transporte, equipo de instructores. Aportamos, además de nuestra experiencia, los materiales de estudio, los equipos técnicos necesarios para las prácticas, la infraestructura donde se realizarán la formación y nuestros colectivos de compañeras y compañeros que garantizarán la realización de los talleres. Por eso te invitamos a ser parte de este esfuerzo colectivo.

¿Quién lleva el proyecto?

Cuatro asociaciones sin ánimo de lucro han decidido unir sus experiencias en formación integral para crear esta escuela: la EPLACITEALBA TVTERRA TV y la BALLENA NEGRA. Sus educadore(a)s se formaron durante quince años junto a maestros experimentados como Augusto Boal (Teatro de los Oprimidos, Brasil), Jorge Sanjinés (Cineasta, Bolivia), Thierry Odeyn (Profesor de Documentales, INSAS, Bruselas), Claude Bailblé (Profesor de Sonido, FEMIS, Francia) y todo tipo de maestrxs de Historia, Literatura, formación sociopolítica como lxs de la Escuela de los Sin Tierra de Brasil.

La EPLACITE

Desde 1995 la Escuela Popular y Latinoamericana de Cine, Teatro y Televisión ha formado a miles de personas como el salvadoreño Sergio Sibrián, cuya primera obra El Tigre y el Venado recibió el Premio al Mejor Documental Latinoamericano en el Festival Sunscreen (Florida) y al Mejor Documental Indígena en el Festival Voces Urgentes (México). « Mémoire des Luttes » cuenta la historia de la EPLACITE.

ALBA TV

Durante los últimos 13 años, el canal de televisión ALBA TV ha trabajado de la mano de los movimientos sociales y otros medios de televisión comunitaria y alternativa en América Latina, el Caribe y en todo el mundo. Es un medio de comunicación basado en la participación directa de los pueblos, y sus líneas de trabajo son la producción, la formación y la articulación de un punto de vista descolonial, antiimperialista y antipatriarcal.

TERRA TV

Transmitido por satélite y por cable a través de ALBA TV, de las redes sociales o mediante proyecciones de campo, TERRA TV es un canal-escuela que transmite las luchas y propuestas del mundo campesino. Como escuela audiovisual, Terra TV acompaña a los campesinos en la creación de formas innovadoras y sin formato. Participantes como el Movimiento de los Trabajadores Rurales Sin Tierra del Brasil, han realizado el corto « La Tierra es para todos » visible en este informe de Reporterre.

LA BALLENA NEGRA

La Ballena Negra ha creado documentales como Quien eres octubre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival Internacional de Documentales de Buenos Aires, Visions du Réel, etc.) u obras teatrales como el Coro de Ali Aarrass cuyas 30 mujeres cuentan la historia de la lucha por la liberación del prisionero belga-marroquí Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE coloca el encuentro en el centro del proceso creativo, y tiende a borrar la frontera entre el actor y el espectador a través de la emancipación de una mirada crítica.

Para saber cómo participar a los cursos de la escuela, proponer temas o colaboraciones, escríbanos a: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

(English version)

The Hugo Chavez School of Continental Communication : Let us remain in control of our Future

If the mass media erase the History of the peoples and oppose the citizens to demobilize their struggles, will it be enough for us to democratize their ownership? Recovering all those spaces will only make sense if we are trained everywhere in a new participatory form of informing. Located in Caracas, at the crossroads of the Americas and the Caribbean, the Hugo Chavez School of Continental Communication is a long-standing dream of the social movements. Its strength lies in its founders’ 25 years of experience and in its ready-made infrastructure for television production and transmission. It will be an important step towards the return of the media landscape in the hands of citizens and will reach out to other continents, in particular Africa.

To train whom?

All those who are looking for concrete answers to their needs in audiovisual, photographic, theatrical, radio, television (including live transmission) and multimedia writing training : workers and creators of all kinds, trade unions, women’s and youth movements, environmentalists, farmers’ organizations, teachers, students, alternative media, etc. Starting in 2020, the school will organize every year 30 integral workshops, 4 Workshops for Trainers’ training, 4 Seminars, 4 Creation Laboratories and 2 International Internships. It will upload its training modules and master classes which will be available to social movements, in order to facilitate access to all. The movements will also be able to send their scripts or productions for analysis by our trainers. The School will be a space for the articulation of social movements from all over the world and a meeting space with local popular organizations. The economic intention is to finance all of these workshops: including accommodation, food, transport, and the teams of instructors. In addition to our experience, we provide the study material and the technical equipment necessary for the workshops, as well as the spaces where the training will take place, as well as the personnel (the trainers) who will ensure the implementation of the workshops. This is why we invite you to participate in this collective effort.

Who carries the project?

Four non-profit associations have decided to combine their experience in integral training to create this school: EPLACITEALBA TVTERRA TV and the BLACK WHALE. Its teachers have been trained for fifteen years along with experienced teachers such as Augusto Boal (Theatre of the Oppressed, Brazil), Jorge Sanjines (Filmmaker, Bolivia), Thierry Odeyn (Documentary Film Teacher, INSAS, Brussels), Claude Bailblé (Sound Teacher, FEMIS, France) and all kinds of teachers of History, Literature, socio-political training such as those of the School of the Landless in Brazil.

EPLACITE

Since 1995 the Popular and LatinAmerican School of Cinema, Theatre and Television has trained thousands of people, such as the Salvadorian Sergio Sibrián, whose first work The Tiger and the Deer received the Award for Best Latin American Documentary at the Sunscreen Festival (Florida) and Best Indigenous Documentary at the Voces Urgentes Festival (Mexico). « Mémoire des Luttes » tells the story of EPLACITE.

ALBA TV

For the past 13 years, Alba TV has been working hand in hand with social movements and other community televisions and alternative media in Latin America, the Caribbean and around the world. It is a medium based on the direct participation of the peoples, and its directions of work are production, training and the articulation of a decolonial, anti-imperialist and anti-patriarchal point of view.

TERRA TV

Broadcast via satellite and cable of Alba TV, via social networks or through field projections, Terra TV transmits the struggles and calls for help of the peasants. As an audio-visual school, Terra TV accompanies its participants in the creation of innovative, unformatted forms. Participants such as the Landless Rural Workers Movement of Brazil have made « Earth is for everyone » which is viewable in this Reporterre report.

THE BLACK WHALE

The Black Whale has created documentaries such as Who are you Octobre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Buenos Aires International Documentary Festival, Visions du Réel, etc.) or theatrical works such as the Choir of Ali Aarrass, whose 30 women tell the story of the struggle for the liberation of the Belgian-Moroccan prisoner Ali Aarrass. The Black Whale sees the encounter as a central part of the creative process and tends to blur the lines between actor and spectator through the emancipation of a critical gaze.

To find out how to participate in the school’s courses, propose topics or collaborations, write to us at: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

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Barcelone-Caracas, au-dessus de l’océan des médias

Le 27 février, nous avons parlé via Skype avec un public de Catalogne qui a regardé notre documentaire « Temps de lutte ». Ici, au Venezuela, les communard(e)s s’étaient joints aux cinéastes de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma pour répondre à ses questions. Nous n’abandonnerons jamais le rêve de Dziga Vertov de faire des images et des sons un moyen « de créer un lien visuel entre les travailleurs du monde entier, afin qu’ils puissent se voir mutuellement« .

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Première du documentaire « Temps de lutte » en France

Nous vous invitons à découvrir notre documentaire « Temps de lutte » sur l’épopée de la construction d’une commune populaire au Venezuela ! Avant-première au Laboratoire International pour l’Habitat Populaire le samedi 7 mars à 17 heures, 25A, rue Jean Jaurès, 93200 Saint-Denis. Pour y aller en bus ou en métro: https://www.lihp.info/contact

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Le documentaire sera également présenté le jeudi 19 mars à 18 heures au Cinéma Jean Eustache, dans le cadre du Festival « Rencontres du cinéma latino-américain » à Bordeaux : http://www.lesrencontreslatino.org/index.php/es/inicio/

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Pour en savoir plus sur la genèse du documentaire : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/12/10/la-revolution-ne-sera-pas-televisee-episode-5-418-le-venezuela-quon-ne-voit-pas-entre-dans-la-lumiere-par-marco-teruggi/

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Le Venezuela au fond des yeux (3) : le Caracas qu’on ne vous a jamais montré, par Marco Teruggi

Photo: Darwin Canas (Diko)

Reportage: Marco TERUGGI 14.12.2019

Caracas est décrite par les médias traditionnels comme une ville invivable, dangereuse et plongée dans la pauvreté. Un groupe de photojournalistes a décidé de se mobiliser pour présenter la ville telle qu’elle est en réalité. Sputnik a interviewé deux membres de la Callejera Criolla (CACRI), un collectif qui montre la capitale vénézuélienne dans toute sa vitalité, au fil de sa vie quotidienne.

Caracas semble prisonnière du mythe qui s’est construit autour d’elle : une ville invivable, en proie à des types armés de revolvers et toujours prêts à vous braquer, offrant le spectacle de rues pleines de pauvreté et des zones d’oasis où le dollar est roi. Cette image est le produit d’une construction sociale alimentée par les grands médias qui la reproduisent chaque jour en se basant essentiellement sur le travail de leurs photojournalistes.

Photo de Caracas prise par Marcelo Volpe, membre du collectif Callejera Criolla (CACRI)

C’est ce cliché dominant qui imprègne l’imaginaire de ceux qui ne connaissent pas la capitale du Venezuela ou qui vivent dans ses oasis. La ville en elle-même, cependant, ne correspond pas et ne se réduit pas aux stéréotypes créés à son sujet. Caracas abrite plusieurs villes mais peu de travaux photographiques les exposent.

“Le Collectif de photojournalistes “Callejera Criolla” a été créé dans l’objectif de déconstruire les mythes qui l’entourent. L’ambition initiale du CACRI était de révéler un pays très différent de l’image qu’en a élaboré la stratégie de la droite, qui dépeint à grands traits un pays chaotique, faisant face à une guerre civile et dont la société s’effondre”, explique Giuliano Salvatore, qui fait partie du Collectif Callejera Criolla (CACRI) créé cette année par un groupe de sept reporters.

Ils ont commencé à se mettre en relation à partir de mi 2019. Salvatore, Maxwell, Briceno, Marcelo Volpe, Darwin Canas -alias Diko-, Nica Guerrero, Carlos Foucault et Cacica Honta ont intégré le Collectif chacun avec son projet personnel. Cependant l’idée n’était pas de promouvoir leur travail individuel mais de faire émerger un projet collectif ; l’objectif premier étant de d’inverser l’image hégémonique donnée sur le Venezuela, les Vénézuéliens et Vénézuéliennes”, précise Salvatore.

“L’esprit du projet initial était de faire appel à des photojournalistes qui couvriraient le champ de l’une des rives du fleuve politique et s’identifieraient avec le courant de la gauche ; à aucun moment il n’a été question que le travail de ce Collectif soit apolitique”.

UNE VILLE SANS IMAGE

Caracas a des frontières internes. L’une d’elle, la plus importante, divise l’est de l’ouest ; c’est celle qui sépare les zones économiques aisées et les classes populaires. Il ne s’agit pas d’un découpage linéaire – Petare, le plus grand faubourg populaire de la ville, se trouve par exemple à l’est-, mais cette coupure relève à la fois de l’imaginaire et de la réalité : les classes moyenne et supérieure qui vivent à l’est ne mettent généralement pas les pieds à l’ouest.

La partie ouest représente le cœur même de la ville, avec la Place Bolivar, les institutions publiques, le palais présidentiel, le Panthéon, le centre-ville. Un centre-ville qui est lui-même entouré de quartiers populaires comme 23 de Enero, Catia, La PastoraSarria ou San Agustín.

Tous les membres du CACRI vivent à l’ouest, ont grandi dans ses rues, fréquentent ses bars, partagent ses discussions et son quotidien. “Nous prenons des photos lors de nos activités quotidiennes, en relation avec nos vies sociale et professionnelle”, dit Salvatore. Et comme l’exprime bien le nom du Collectif, la rue est l’axe central de son activité.

Garçon jouant au ballon à La Pastora, Caracas. Photo de Cacica Honta.

L’appartenance au milieu et la manière d’aborder les personnes interviewées surprennent ceux qui regardent nos photos : “Comment faites-vous pour sortir dans la rue sans vous faire voler ?” car tout le monde considère Caracas comme un endroit dangereux. Tout le monde pense : “Si je sors dans la rue, on va m’agresser”, donc les gens retrouvent leur motivation en voyant notre travail, en constatant que “nous sortons capter la réalité quotidienne sans rencontrer aucun problème”, remarque Briceno.

Comme nous l’explique Salvatore, “les photos ne sont pas prises depuis une voiture ou une moto en marche, en cachette. Mais en pleine avenue, au milieu de la rue, sur une place, dans une démarche de rencontre entre le photographe et la personne photographiée”.

C’est l’une des dimensions politiques du travail réalisé par le CACRI, une partie de notre approche qui consiste à montrer une ville différente, dynamique, vivante prenant en photo des endroits dont les gens pensent “qu’on ne devrait pas sortir une caméra ici” ; ce n’est donc pas seulement le thème de la photo mais son existence même qui importe dans le cadre d’une ville qui aux yeux du plus grand nombre est la ville la plus dangereuse de la planète”.

LA VILLE MUTANTE

Coiffeur de rue à Caracas. Photo de Giuliano Salvatore.

Caracas a changé au cours des trois dernières années. L’une de ces transformations a eu lieu dans les rues mêmes et résulte d’une économie qui est sous le joug d’un blocus international, donc affaiblie et en crise. “La crise a poussé la population à sortir davantage en public, les dynamiques sociales, professionnelles, affectives, familiales et culturelles ont été incitées à réinvestir la rue sous l’effet de la crise”, selon l’analyse de Salvatore.

L’économie de rue a pris une place fondamentale dans une économie déjà coutumière de l’informalité, “caractérisée par la débrouille”, explique le photographe. C’est ainsi qu’apparaissent des services comme celui de coiffeurs de rue qui se sont multipliés dans toute la ville.

La ville est beaucoup plus riche visuellement et ce que nous photographions, c’est cette vie quotidienne forcée par la crise à être ce qu’elle est devenue, la population s’efforçant de définir sa propre dynamique ; l’Etat apporte des solutions ponctuelles au niveau économique, comme les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, les allocations, mais une autre partie de l’économie est gérée par le peuple lui-même via le travail informel et les transferts des vénézuéliens de l’extérieur.

Le CACRI montre cette réalité quotidienne, la vie qui se renouvelle au milieu de l’adversité, “dans une période difficile mais pas aussi désastreuse qu’on le prétend à l’étranger car tu sors dans la rue et tu vois le Venezuela en train de travailler et de régler ses problèmes quotidiens”, dit Briceno. La ville ne s’arrête jamais et la ville, ce sont aussi ses habitants.

Beaucoup de gens ne sont plus là, cela aussi fait partie de la mutation de Caracas et du pays. Briceno raconte qu’il a reçu de nombreux messages de ceux qui ont quitté le pays, qui disent en voyant les photos:”Waouh, pour un instant je me suis retrouvé au pays!” ; ils se nourrissent de ces images.

Vie quotidienne à Caracas. Photo: Carlos Foucault

Salvatore définit un nouveau sujet vénézuélien qui n’existait pas encore il y a quelques années en arrière “de manière massive” : il s’agit du migrant : “nous sommes à peine en train de le décrypter, lui-même aussi bien que la relation entre nous qui sommes restés et lui qui est parti ; et simultanément le nouveau sujet que nous sommes en tant que “ceux qui sont restés”. La photo représente une passerelle qui “contribue à ce que le lien symbolique et affectif entre nous ne se brise pas”, explique-t-il. Le CACRI a une image positive au sens moral du terme, notre apport à nous qui sommes restés, ceux qui sont partis se reliant ainsi à Caracas dans une logique de retrouvailles, de nostalgie.

UNE VILLE QUI RÉSISTE

Garçons jouant au ballon le soir à Caracas. Photo: Nica Guerrero

Le travail réalisé par le CACRI nous montre une autre facette de la ville, sans retouches numériques : “nous ne modifions quasiment jamais la couleur du ciel, il ne s’agit pas d’une photographie basée sur une reconfiguration technique et technologique de l’image, c’est une image réelle, documentaire ; une relation historique s’établit entre la population et la photo et tu te retrouves devant une réalité authentique”, nous dit Salvatore. C’est ce qui rend la photo crédible, c’est ainsi que nous décrivons une ville invisible occultée par l’image hégémonique qui en est donnée.

Le CACRI s’efforce “d’évacuer les préjugés visuels concernant ce qui est bon ou mauvais, photographiable ou non, les sujets pouvant entrer dans le champ de la caméra et ceux qui ne le devraient pas”. Les photos montrent par conséquent une ville qui résiste de multiples façons, une ville qui appartient à ceux qui sont debout jour après jour pour vendre de la nourriture, couper les cheveux, ceux qui montent dans un autobus, se réunissent dans leur quartier, surmontant les difficultés causées par l’augmentation et des prix et l’éloignement de ceux qui sont partis. Ce sont de multiples façons de résister qui, prises dans leur ensemble, créent une vie quotidienne que cherche à détruire la tentative d’étranglement dirigée contre le Venezuela depuis l’étranger.

“Cette stratégie d’asphyxie consiste à détruire notre quotidien, à s’attaquer à ce qui est le plus fondamental, la nourriture, le temps de repos, les relations affectives entre les personnes : maintenir malgré tout cette vie quotidienne représente donc une réponse forte à cette stratégie ; démontrer que nous sommes toujours présents et que nos liens sociaux subsistent est la meilleure  riposte que nous puissions opposer à ce qui représente le nœud gordien de l’attaque extérieure”, selon Giuliano Salvatore.

Le travail réalisé par le CACRI est un miroir qui reflète Caracas et ses habitants sous un jour que les médias traditionnels occultent ou que ceux qui habitent dans leurs oasis dollarisées ne connaissent pas. C’est une ville vivante, traversée de contradictions, de personnes bien réelles qui rient, font face, souffrent, se lèvent chaque matin pour façonner un pays, former une patrie.

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201912141089646358-la-caracas-que-nunca-te-mostraron–fotos/

Traduction: Frédérique Buhl

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Propositions sur comment sortir de l’écrasement médiatique

Lors du récent Congrès International de la Communication qui s’est tenu à Caracas du 2 au 4 décembre avec la participation de 35 pays, l’interview réalisée par le sociologue et journaliste Romain Migus m’a permis de faire quelques propositions sur comment sortir de l’écrasement de la vie politique et des luttes sociales par le champ médiatique.

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« La révolution ne sera pas télévisée », épisode 5.418 ? Le Vénézuéla qu’on ne voit pas entre dans la lumière, par Marco Teruggi

Photo © Sputnik / Marco Teruggi

Un reportage de Caracas, 10 décembre 2019

Deux cinéastes se sont immergés pendant une année dans un quartier populaire de Caracas pour montrer comment s’organise une commune. Le résultat sort enfin sur les écrans avec la première à Caracas de “Temps de lutte, actions d’une commune”, un documentaire pour rompre les mythes et nous ouvrir à la réalité populaire de Caracas.

Il y a un lieu très digne dans le monde. Il s’appelle Altos de Lidice” raconte à Sputnik Víctor Hugo Rivera, preneur de son de ce documentaire sur la Commune Socialiste Altos de Lídice, qui sera projeté en avant-première au théâtre principal de Caracas, ce 12 décembre à 17 h. 30.

L’oeuvre est le produit d’un an de travail. “Nous nous étions rapprochés dans le but de faire un reportage sur les semailles, nous avons pris conscience de tout un mouvement qui nous a fait dire : “cela doit donner quelque chose de plus”, et nous sommes restés un an” explique Jesús Reyes, qui a créé l’image et l’a montée, à Sputnik. Les semailles sont une des nombreuses activités liées à l’approvisionnement impulsées par la Commune d’Altos de Lidice, sur les hauteurs de cette colline qui jouxte le parc national Waraira Repano, au nord de Caracas.

Rivera et Reyes se présentent comme “inspirés par la philosophie de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre”, fondée comme projet social en 1995, à Maracay. Ces deux réalisateurs proviennent eux-mêmes de quartiers populaires de Caracas, ce que souligne Reyes: “Nous ne sommes pas des agents externes à l’environnement et à l’espace; nous avons conçu la réalisation audio-visuelle sur la base de la fraternité et de l’empathie”.

Que les gens se voient

Víctor Hugo Rivera y Jesús Reyes, réalisateurs du documentaire “Temps de lutte, actions d’une commune” © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

La force qui nous a poussés à réaliser le documentaire, c’est que les gens se voient et que cette vision s’opère par une réalisation audiovisuelle digne” dit Reyes assis dans une rue du quartier des Altos de Lídice. De là-haut on voit le quartier descendre jusqu’à l’avenue principale: là où commence le secteur du “23 de Enero”, un des lieux les plus emblématiques de la Caracas chaviste.

Cette recherche a empreint l’ensemble du tournage du documentaire. Il a supposé de rompre avec un regard présent dans de nombreux documentaires réalisés sur les quartiers populaires, dont le regard se centre sur ce que le cinéaste résume comme “des rues détruites, des briques rouges, des murs en ruine, des espaces pleins d’ordures” qui restent pour beaucoup la représentation visuelle de la pauvreté.

Notre relation avec l’espace part d’une autre sensibilité et cette sensibilité naît en nous parce que nous sommes du barrio. Dans le cinéma commercial la représentation du quartier populaire est le lieu des voyous, des putes, de la drogue, il ne s’agit pas de ça: le quartier a un potentiel infini, le documentaire éclaire cette dimension” explique Reyes.

L’objectif était différent dès le début: montrer les habitants dans leur mouvement quotidien de construction de leur organisation populaire, de leur commune. Pour réussir cela, il était nécessaire de s’immerger, de partager, de construire les images depuis le quotidien, de son rythme et de ses dynamiques.

Nous travaillons sur la base de l’esthétique de la dignité, du respect des gens, du refus d’exploiter la pauvreté ou les espaces. Le point de vue du cinéma direct nous donne l’avantage de ne pas intervenir dans l’espace des personnes, il n’y a pas de poses dans le documentaire; les portraits sont pris sans que les personnes ne s’en rendent comptent, d’où leur force d’authenticité” souligne-t-il.

Qu’est-ce qu’une commune ?

Espace récupéré par la Commune Socialiste Altos de Lídice, Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le documentaire dure une heure et demie. Tout au long de cette durée on peut voir, selon les réalisateurs, comme est menée la construction de la Commune Socialiste Altos de Lídice. Et pas par une explication narrée en off, mais par la visibilisation des mouvements propres aux habitant(e)s: actions, dialogues, débats entre eux.

Nous faisons le portrait du processus. Tu vois les gens au travail pour le bien-être social de chacun des conseils communaux et s’assurant du bien-être des aïeux, des enfants, depuis la pharmacie communale, l’éducation, les services, le transport” précise Reyes.

Temps de lutte, actions d’une commune montre la dynamique intérieure. La caméra pénètre au coeur de la construction d’une commune: ses assemblées quotidiennes, ses planifications d’activités, leur réalisation. “Toutes les fins de semaine il y a une activité, tous les jours quelque chose se passe, c’est comme un volcan sans fin, ce que nous avons fait c’est en tirer le meilleur portrait possible” ajoute le réalisateur.

D’où un double défi. D’une part, raconter l’expérience d’une commune ce qui signifie s’immerger dans une des formes d’organisation populaire nouvelles, créées par la Révolution Bolivarienne. D’autre part, le faire sans compter beaucoup d’antécédents à l’intérieur du pays: ce documentaire n’est que le quatrième depuis que les communes ont commencé à se former dans le pays depuis 10 ans.

Le point de vue est d’exposer le bon, le difficile, les contradictions qui selon Reyes “font que le processus avance et se maintienne. Nous ne brossons pas le “magique et le merveilleux”.

Le son du barrio

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les barrios (quartiers populaires) de Caracas, avec leur musique, leur vitesse et leurs zones de calmes, tissent un temps caraïbe et populaire à chaque coin de rue. La Commune Socialiste Altos de Lídice, immergée dans cet espace, respirent ce temps dans ses rues, ses conversations, ses activités.

Ce rythme de vie est un rythme de transformation politique, s’il y a des élections on a de la salsa à plein volume, un bouillonnement citoyen, les grandes soupes collectives, tout ça. Ces actions sont entrées dans le tournage, on a intégré la salsa populaire, les cris des gens, leur organisation, pas de mise en scène ou d’intervention du réalisateur en ce sens. Nous respectons l’espace et le son des habitants” soutient Rivera.

Ce rythme a donné lieu à ce qu’il appelle “une bande sonore propre aux Altos de Lídice” qui donne au documentaire son timbre particulier.

Le portrait du quartier devient alors celui d’un quartier populaire de Caracas en processus soutenu d’organisation. Il s’agit d’une des réalités invisibilisées par la majorité des grands médias internationaux qui construisent l’image d’une Caracas dévorée par la pauvreté, la violence et l’abandon de l’Etat.

Ce documentaire ouvre la porte de la réalité d’une colline filmée par ceux qui font partie de ces secteurs populaires, et permet de comprendre ce que signifie le chavisme pour les gens pauvres. Parce que la commune ne s’explique pas sans la révolution et que la révolution ne peut se comprendre sans prendre en compte les milliers de personnes qui jour après jour construisent des solutions collectives.

Nous allons offrir une autre information à la communauté internationale : le Venezuela lutte de manière digne, sans besoin de pleurer, sans besoin de mendier, depuis sa propre dynamique, sachant que seul le peuple sauve le peuple et que c’est le travail collectif qui compte” conclut Reyes.

M.T.

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201912101089583790-la-revolucion-no-sera-televisada-parte-5418-otra-venezuela-que-no-ves-sale-a-la-luz/

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-53L

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